Mode: Bienvenue au meilleur des mondes de l’exploitation heureuse ! (Happy and exploited: Welcome to the brave new bohemian world of cool industries !)

1 novembre, 2018

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Bohémien : artiste, littérateur, personne vivant sans règles, au jour le jour, hors des cadres sociaux. Trésor de la langue française
Is this the real life? Is this just fantasy? Caught in a landslide No escape from reality Open your eyes Look up to the skies and see I’m just a poor boy, I need no sympathy Because I’m easy come, easy go A little high, little low Anyway the wind blows, doesn’t really matter to me, to me (…) Nothing really matters Anyone can see Nothing really matters nothing really matters to me Anyway the wind blows. Bohemian rhapsody
Personne n’aspirerait à la culture si l’on savait à quel point le nombre d’hommes vraiment cultivés est finalement et ne peut être qu’incroyablement petit; et cependant ce petit nombre n’est possible que si une grande masse, déterminée au fond contre sa nature et uniquement par des illusions séduisantes, s’adonne à la culture; on ne devrait donc rien trahir publiquement de cette ridicule disproportion entre le nombre des hommes vraiment cultivés et l’énorme appareil de la culture; le vrai secret de la culture est là: des hommes innombrables luttent pour acquérir la culture, travaillent pour la culture, apparemment dans leur propre intérêt, mais au fond seulement pour permettre l’existence du petit nombre. Nietzsche (Réflexions sur l’avenir de nos établissements d’enseignement, 1869)
Voilà pourquoi j’aime l’Art. C’est que là, au moins, tout est liberté, dans ce monde de fictions. On y assouvit tout, on y fait tout, on est à la fois son roi et son peuple, actif et passif, victime et prêtre. Pas de limites; l’humanité est pour vous un pantin à grelots que l’on fait sonner au bout de sa phrase comme un bateleur au bout de son pied. Gustave Flaubert (A Louise Colet, 15-16 mai 1852)
Et si l’ambition intellectuelle n’était que l’inversion imaginaire de la faillite des ambitions temporelles ? (…) Comment l’écrivain pourrait-il ne pas se demander si le mépris de l’écrivain pour le bourgeois et pour les possessions temporelles où il s’emprisonne, propriétés, titres, décorations, ne doit pas quelque chose au ressentiment de bourgeois manqué, porté à convertir son échec en aristocratisme du renoncement électif ? (…) Toute l’ambivalence de la relation subjective que l’intellectuel entretient avec les fractions dominantes et leurs pouvoirs mal acquis tient dans l’illogisme de ce propos. Le mépris affiché pour le succès, pour ce qu’il procure et pour ceux qui savent l’obtenir coexiste avec la reconnaissance honteuse que trahissent la honte et l’envie devant la réussite des autres ou l’effort pour transformer l’échec en refus. (…) Mais l’Art industriel est aussi une industrie artistique capable d’exploiter économiquement le travail des artistes non pas bien qu’il soit mais parce qu’il est, indissociablement, une instance de pouvoir proprement intellectuel et artistique capable d’orienter la production des écrivains et des artistes en la consacrant. Arnoux était d’une certaine façon prédisposé à remplir la fonction double du marchand d’art, qui ne peut assurer le succès de son entreprise qu’en en dissimulant la vérité, c’est-à- dire l’exploitation, par un double-jeu permanent entre l’art et l’argent : il n’y a place sur le marché des biens symboliques, que pour la forme douce de violence qu’est la violence symbolique (…). Cet être double, « alliage de mercantilisme et d’ingénuité », d’avarice calculatrice et de « folie » (…) c’est-à-dire d’extravagance et de générosité autant que d’impudence et d’inconvenance, ne peut cumuler à son profit les avantages des deux logiques antithétiques, celle de l’art désintéressé qui ne connaît de profits que symboliques et celle du commerce, que parce que sa dualité plus profonde que toutes les duplicités lui permet de prendre les artistes à leur propre jeu, celui du désintéressement, de la confiance, de la générosité, de l’amitié et de leur laisser ainsi la meilleure part, les profits tout symboliques de ce qu’ils appellent eux-mêmes « la gloire » pour se réserver les profits matériels prélevés sur leur travail. Homme d’affaires et de commerce parmi des gens qui se doivent de refuser de reconnaître, sinon de connaître, leur intérêt matériel, il est voué à apparaître comme un bourgeois aux artistes et comme un artiste aux bourgeois. Entre la bohème et le « monde », le « demi-monde », représenté par le salon de Rosanette, se recrute à la fois dans les deux univers opposés : « Les salons des filles (c’est de ce temps-là que date leur importance) étaient un terrain neutre où les réactionnaires de bords différents se rencontraient ». Ces « filles » de luxe -et même d’art, comme les danseuses et les actrices, ou la Vatnaz, moitié femme entretenue et moitié femme de lettres- sont aussi de ‘bonnes filles », comme dit Arnoux à propos de Rosanette. Souvent issues des « basses classes », elles ne s’embarrassent pas de manières et n’en embarrassent pas les autres. Payées pour être frivoles, elles chassent le sérieux et l’ennui par leurs fantaisies et leur extravagance. (…) Ce « milieu fait pour plaire », d’où sont bannies toutes les règles et les vertus bourgeoises, sauf le respect de l’argent, qui, comme ailleurs la vertu, peut empêcher l’amour, cumule les avantages des deux mondes opposés, conservant la liberté de l’un et le luxe de l’autre, sans en cumuler les manques, puisque les uns y abandonnent leur ascétisme forcé et les autres leur masque de vertu. Et c’est bien à « une petite fête de famille », comme dit ironiquement Hussonnet, que les « filles » convient les artistes parmi lesquels elles recrutent parfois leurs amis de coeur (ici Delmar), et les bourgeois qui les entretiennent (ici Oudry); mais une fête de famille à l’envers, encore dominée, comme la messe noire, par ce qu’elle nie, où l’on va masqué pour déposer un moment le vrai masque. Pierre Bourdieu
Le jeu de l’art est, du point de vue des affaires, un jeu « à qui perd gagne ». Dans ce monde économique renversé, on ne peut conquérir l’argent, les honneurs (…) , les femmes, légitimes ou illégitimes, bref tous les symboles du succès mondain, succès dans le monde et succès en ce monde, sans compromettre son salut dans l’au-delà. La loi fondamentale de ce jeu paradoxal est qu’on y a intérêt au désintéressement: l’amour de l’art est l’amour fou, au moins lorsqu’on le considère du point de vue des normes du monde ordinaire, « normal », celui que met en scène le théâtre bourgeois. Pierre Bourdieu
La pièce de Patrick Süskind, La Contrebasse, fournit une image particulièrement réussie de l’expérience douloureuse que peuvent avoir tous ceux qui, comme le contrebassiste au sein de l’orchestre, occupent une position inférieure et obscure à l’intérieur d’un univers prestigieux et privilégié, expérience d’autant plus douloureuse sans doute que cet univers, auquel ils participent juste assez pour éprouver leur abaissement relatif, est situé plus haut dans l’espace social. Cette misère de position, relative au point de vue de celui qui l’éprouve en s’enfermant dans les limites du microcosme, est vouée à paraître « toute relative », comme on dit, c’est-à-dire tout à fait irréelle, si, prenant le point de vue du macrocosme, on la compare à la grande misère de condition ; référence quotidiennement utilisée à des fins de condamnation (« tu n’as pas à te plaindre ») ou de consolation (« il y a bien pire, tu sais »). Pierre Bourdieu
Well, my joke is that I consider myself a bobo with bad grades. If I’d studied more, I would have gotten into Harvard and I could afford the big kitchen and all that. But I am a bobo in some sense. You know, the essence of bobo life is people who consider themselves sort of artistic or writers or intellectuals but find themselves in the world of making money, in the world of commerce. And so I certainly am in that. You know, I consider myself a writer, and I live for ideas and things like that. But I also want a big house, so I’m caught between money and spirituality. David Brooks
Si nos ancêtres pouvaient voir les cadavres gesticulants qui ornent les pages de nos revues de mode, ils les interprèteraient vraisemblablement comme un memento mori, un rappel de la mort équivalent, peut-être, aux danses macabres sur les murs de certaines églises médiévales. Si nous leur expliquions que ces squelettes désarticulés symbolisent à nos yeux le plaisir, le bonheur, le luxe, le succès, ils se lanceraient probablement dans une fuite panique, nous imaginant possédés par un diable particulièrement malfaisant. René Girard
Quand les riches s’habituent à leur richesse, la simple consommation ostentatoire perd de son attrait et les nouveaux riches se métamorphosent en anciens riches. Ils considèrent ce changement comme le summum du raffinement culturel et font de leur mieux pour le rendre aussi visible que la consommation qu’ils pratiquaient auparavant. C’est à ce moment-là qu’ils inventent la non-consommation ostentatoire, qui paraît, en surface, rompre avec l’attitude qu’elle supplante mais qui n’est, au fond, qu’une surenchère mimétique du même processus. Dans notre société la non-consommation ostentatoire est présente dans bien des domaines, dans l’habillement par exemple. Les jeans déchirés, le blouson trop large, le pantalon baggy, le refus de s’apprêter sont des formes de non-consommation ostentatoire. La lecture politiquement correcte de ce phénomène est que les jeunes gens riches se sentent coupables en raison de leur pouvoir d’achat supérieur ; ils désirent, si ce n’est être pauvres, du moins le paraitre. Cette interprétation est trop idéaliste. Le vrai but est une indifférence calculée à l’égard des vêtements, un rejet ostentatoire de l’ostentation. Le message est: « Je suis au-delà d’un certain type de consommation. Je cultive des plaisirs plus ésotériques que la foule. » S’abstenir volontairement de quelque chose, quoi que ce soit, est la démonstration ultime qu’on est supérieur à quelque chose et à ceux qui la convoitent. Plus nous sommes riches en fait, moins nous pouvons nous permettre de nous montrer grossièrement matérialistes car nous entrons dans une hiérarchie de jeux compétitifs qui deviennent toujours plus subtils à mesure que l’escalade progresse. A la fin, ce processus peut aboutir à un rejet total de la compétition, ce qui peut être, même si ce n’est pas toujours le cas, la plus intense des compétitions. (…) Ainsi, il existe des rivalités de renoncement plutôt que d’acquisition, de privation plutôt que de jouissance. (…) Dans toute société, la compétition peut assumer des formes paradoxales parce qu’elle peut contaminer les activités qui lui sont en principe les plus étrangères, en particulier le don. Dans le potlatch, comme dans notre société, la course au toujours moins peut se substituer à la course au toujours plus, et signifier en définitive la même chose. René Girard
Ma vision de la France de 2030, c’est celle d’une France où tous partagent la fierté et le bonheur d’être Français. Fierté d’être citoyen d’un grand pays qui ait repris sa place en Europe et dans le monde. Bonheur de vivre en liberté, en égalité, en fraternité dans une République rassemblée. Oui, je refuse d’avoir l’identité malheureuse, frileuse, anxieuse , presque névrotique. Pour moi , identité ne rime pas avec exclusion ni refus de l’autre. Je veux faire rimer identité avec diversité et unité : respect de notre diversité, affirmation de notre unité. (…) Nous , Français, nous sommes divers, nous n’avons pas les mêmes origines, la même couleur de peau, la même religion ni les mêmes croyances. Cette diversité, qui remonte loin dans le temps, est une richesse, une force. Il ne faut pas chercher à l’effacer en prétendant nous couler tous dans le même moule. Entreprise vaine et dangereuse. Il faut respecter nos différences. (…) Je continuerai à tracer la route d’une France apaisée, juste, ouverte au dialogue et à la recherche d’une identité heureuse. Alain Juppé (2016)
La création de 1 000 emplois en France, c’est toujours une bonne nouvelle, largement relayée. Mais à quel prix pour ses futurs salariés ? Amazon a annoncé, mardi 3 octobre, l’ouverture à l’automne 2018 d’un sixième centre de distribution en France, à Brétigny-sur-Orge (Essonne), et l’embauche de 1 000 CDI à temps plein. Mais entre cadences minutées, troubles musculo-squelettiques et lettres recommandées au moindre fléchissement du salarié, le revers de la médaille est beaucoup moins doré. Franceinfo s’est penché sur les conditions de travail dans les allées du géant de la vente en ligne. (…) sur le site de Sevrey (Saône-et-Loire) (…) Selon un rapport de la médecine du travail, auquel franceinfo a eu accès, sur les 121 personnes du site examinées par les médecins en 2015, 75 présentaient des « affections périarticulaires », c’est-à-dire des troubles musculo-squelletiques liés à leur travail et 30, des « affections chroniques du rachis lombaire » en lien avec leur activité de manutention. (…) En temps normal, un salarié peut parcourir entre 15 et 20 kilomètres par jour dans les allées des entrepôts. Car dans les allées des entrepôts d’Amazon, tout est minuté, codifié, scruté, grâce aux scanners utilisés à chaque étape du traitement des colis. Une méthode qui permet à un employé d’en empaqueter jusqu’à 250 par heure. »Avec ça, ils savent exactement où vous vous trouvez et se servent de ces informations pour calculer votre temps d’arrêt », accuse Alain Jeault. Et même s’hydrater peut poser problème, rapporte de son côté France 3 Nord. Si dans la journée, vous êtes allé aux toilettes, si vous avez pris un verre d’eau ou que vous ne pouvez pas justifier un temps d’arrêt, vous recevez une lettre de sensibilisation. Si dans la journée, vous êtes allé aux toilettes, si vous avez pris un verre d’eau ou que vous ne pouvez pas justifier un temps d’arrêt, vous recevez une lettre de sensibilisation. Gérald Defauquet, délégué CGT sur le site de Douai à France 3. Si ces temps sont trop longs ou trop fréquents, « on se fait convoquer ou on reçoit chez nous un courrier recommandé nous incitant à accélérer la cadence », confirme Alain Jeault, qui dénonce « un véritable stress, que le salarié ramène à la maison ». Elodie raconte ainsi avoir déjà été convoquée jusqu’à quatre fois dans une même semaine, pour faire le point sur ces temps d' »inactivité ». Fr3
Pour les artistes, il devient difficile de se faire un nom et de vivre de leur art sans plaire aux grands collectionneurs, « des multimillionnaires qui n’ont pas forcément une ouverture artistique énorme », précise Stéphane Corréard. (…) Les critiques voient surgir des artistes « qui défraient le marché et dont on se demande pourquoi ils sont mis en avant », estime Elisabeth Couturier, si ce n’est qu’ils plaisent à ceux qui ont les moyens de les acheter. Elle se souvient notamment des « formalistes zombies », des peintres abstraits à la mode en 2014 « et qui ne valent plus un clou aujourd’hui ». Leurs tableaux ne portaient aucune idée forte mais étaient « parfaits pour les décorateurs », résume le New York Magazine. Béatrice Joyeux-Prunel rappelle que nombre de ces mouvements d’avant-garde « ont pu innover parce que les artistes vendaient une production plus classique à côté », tel Monet, envoyé peindre des vues sur la Côte d’Azur parce qu’elles plaisaient aux collectionneurs américains. En revanche, ce phénomène prend aujourd’hui des proportions jamais vues dans le cas de certains artistes les plus chers du monde. La production de Damien Hirst ou Jeff Koons s’est transformée en une industrie qui emploie des dizaines de personnes, pour satisfaire la demande. « Je pense qu’ils sont aujourd’hui plus proches de ce qu’est une maison de couture qu’un artiste », estime Stéphane Corréard : des marques qui produisent de façon créative, mais pour vendre à des clients fortunés. Il imagine même un futur où ces stars auraient « vocation à être remplacées un jour, à la tête de leur griffe, par de jeunes stylistes qui apporteraient de nouvelles idées ». La métamorphose de certains artistes en marques, que vous pouvez déplorer, serait alors complète. FranceTVinfos
Pour beaucoup, Amazon est quelque chose de très virtuel. Or, même avec l’économie numérique, le travail est toujours présent. Je voulais également montrer que les potentialités d’Internet ont bouleversé le monde du travail sur ce secteur. Amazon, c’est une révolution dans le monde industriel. Les entrepôts logistiques sont régis par une organisation du travail très précise qui n’est pas simplement celle du taylorisme ou du fordisme. Elle inclut toutes les potentialités d’Internet et fournit des outils de contrôle de productivité parfaitement inédits. (…) Chacun à sa propre image d’Internet. Je ne veux pas tenir un discours moral, simplement rappeler des faits et décrire ce qui se passe dans une usine logistique. Les travailleurs chez Amazon, loin, très loin des progrès du XXIe siècle, ont des conditions de travail qui sont dignes du XIXe siècle. Que ce soit en ce qui concerne les conditions de travail des intérimaires, que ce soit dans les cadences qui sont imposées, dans les contrôles de productivité, dans les fouilles au corps qui sont réalisées chaque fois qu’un travailleur franchit les portiques. Les exemples foisonnent dans mon livre et tendent tous à montrer qu’Amazon, en ce qui concerne le respect des droits sociaux, est une entreprise qui n’est pas progressiste mais parfaitement réactionnaire. (…)  il faut garder en tête que Jeff Bezos (actuel PDG d’Amazon) est libertarien. J’étais d’ailleurs surpris de voir le nombre de portraits apologistes qu’on a pu faire de cet homme. Dans le slogan il y a « make history », mais il faut voir qui écrit l’histoire. On ne peut se contenter d’une apologie des puissants et des milliardaires sous prétexte qu’ils arrivent à rassembler des énergies. Il faut voir à quel coût et à quelle société ils nous préparent. Pour l’heure, Amazon, avant de représenter un progrès, c’est d’abord une formidable régression en ce qui concerne le devenir de notre humanité. (…) La force d’Amazon, vis-à-vis du commerce de proximité, c’est d’avoir des coûts de stockage et de distribution beaucoup plus faibles. Un entrepôt logistique en zone périurbaine, c’est un loyer qui est beaucoup plus faible que celui d’un commerce de proximité. Après, il est incontestable que ce qui fait l’efficacité d’Amazon, c’est son infrastructure informatique, qui permet l’expédition de colis au plus vite une fois la commande passée car tout est fluidifié par le réseau. Cette infrastructure permet un contrôle total de tout ce qui se passe dans les entrepôts, y compris au niveau des travailleurs. Par ailleurs Amazon n’a pas besoin de machines complexes comme l’automobile : en réalité, Amazon ce sont de grand entrepôts avec des étagères métalliques, quelques ordinateurs et des bornes Wi-Fi. La machine la plus complexe étant l’être humain qui, grâce au levier informatique, peut générer des richesses incroyables. La multinationale réalise également des économies sur les pointeuses, placées non pas à l’entrée de l’entrepôt mais à trois minutes de marche, sur le recours outrancier à l’intérim et sur son évasion fiscale. Il faut savoir qu’Amazon doit 198 millions au fisc français. (…) Je m’attendais à un travail pénible, à la culture à l’américaine, mais pas à devoir subir des discours moralistes. Chaque jour on vous demande d’être meilleur que la veille. Il y a un aspect très idéologique au travail et on va applaudir ce qu’on appelle le « top performer », la résurgence de l’ouvrier Stakhanov en URSS, qui va au-delà de ce qu’on lui a demandé de faire. Les contre-pouvoirs sont complètement muselés. La plupart des syndicalistes ont la vie dure [la CGT a déposé plainte car ils étaient fouillés arbitrairement]. Et c’est assez surprenant de voir qu’une multinationale, dans le cadre de son travail, une fois qu’elle a nié tous les droits les plus élémentaires contenus dans le code du travail, ensuite s’ingénie à reproduire une forme de collectivisme. Je pense que cela est dû au fait qu’Amazon est un univers qui est coupé du monde. (…) En dernier échelon, et ce n’est pas quelque chose de dérisoire, le consommateur lui-même peut se poser la question de savoir ce qu’il gagne en consommant sur Amazon et ce qu’il y perd. Je ne suis pas convaincu que la plupart des Français souhaitent voir le politique distribuer des subventions publiques pour l’implantation de tels entrepôts, d’autant qu’Amazon n’a pas besoin d’argent public aujourd’hui. D’ailleurs, lors de l’implantation du quatrième entrepôt dans le Nord-Pas-de-Calais, la région n’a pas donné d’aide publique. Jean-Baptiste Malet
L’industrie du jeu vidéo est éclaboussée par une polémique sur les cadences infernales imposées aux employés. Le grand patron du studio Rockstar, connu pour la série « Grand Theft Auto » ou encore « Red Dead Redemption », a lui-même lâché cette information sans réaliser l’impact de cet aveu involontaire. Pour faire la promotion de son prochain jeu, Dan Houser, qui a fondé le studio Rockstar avec son frère Sam, a évoqué « les semaines de 100 heures de travail », nécessaires pour arriver à sortir ce nouveau petit bijou, Red Dead Redemption 2, sans doute le jeu le plus attendu de l’année. Cent heures, cela fait du 14 heures par jour, 7 jours sur 7. Après l’avalanche de réactions négatives sur les réseaux sociaux, il s’est empressé de minimiser. Sans vraiment convaincre, car ces fameuses périodes de crunch, c’est comme ça que les studios ont baptisé ces sessions de travail hyper intense qui sont une réalité trop fréquente pour être ignorées. (…) Un jeu de belle facture contient aujourd’hui des millions de lignes de code, des centaines de personnages, des décors complexes et détaillés, et bien sûr des vérifications minutieuses pour éliminer tous les bugs avant la sortie. Cela passe par des tâches très répétitives dans les périodes de bouclage, périodes qui peuvent durer parfois non pas quelques semaines, mais une année entière. D’où les burn-out, les dépressions et les protestations de plus en plus véhémentes des employés; (…) C’est sans doute aux Etats-Unis où cette industrie emploie le plus de monde, plus de 220 000 l’an dernier, et donc où les abus sont les plus nombreux et les plus médiatisés. Mais cela concerne le monde entier, car cette activité est mondialisée. Rockstar a des studios en Europe, aux Etats-Unis et même en Inde. Cela concerne aussi la France où les plus grands comme les plus modestes ont été pointés du doigt pour leurs pratiques abusives. En début d’année, les employés d’Eugen System se sont mis en grève pendant plusieurs semaines pour défendre leurs droits. Le studio Quantic Dream, rendu célèbre pour ses jeux Heavy Rain, Beyond Two Souls et plus récemment Detroit : Become Human, a été dénoncé par nos confrères de Mediapart pour sa culture d’entreprise limite, avec du harcèlement, des propos racistes ou homophobes. Et Ubisoft, l’autre fleuron français (Assassin’s Creed, The Division, Just Dance, Watch Dogs…) a été épinglé au début du siècle et est devenu depuis un modèle social. RFI
A la démesure de la catastrophe asiatique répondent un élan de solidarité inédit et un flux incroyable de dons venus du monde entier, un pactole d’environ 10 milliards de dollars offerts par des millions de particuliers, des milliers d’entreprises et des Etats. Mais, au bout de la chaîne, ce sont des associations, souvent fragiles, et des équipes réduites qui doivent assumer toutes les responsabilités, et elles tentent, tant bien que mal, de gérer cette manne colossale. Toutes ne sont pas équipées pour canaliser cette vague de générosité. Pour la première fois de son histoire, Médecins sans frontières (MSF) a interrompu sa collecte mondiale, après avoir récolté 40 millions d’euros en une semaine :  » Notre structure ne nous permet pas de gérer plus d’argent « , ont affirmé ces pionniers de l’urgence, au grand dam de plusieurs de leurs collègues humanitaires. Le petit monde des ONG n’a jamais paru si éclaté, si divers. En vingt-cinq ans, elles seraient passées de 4 000 à quelque 35 000 dans le monde. La France est, avec le Royaume-Uni et les Etats-Unis, au tout premier rang mondial.  » Il n’y a pas un mouvement humanitaire unifié, mais des organisations qui oeuvrent un peu chacune dans leur coin « , constate Thierry Pech, auteur avec Marc-Olivier Padis d’un ouvrage de référence, Les Multinationales du coeur (Seuil). Cela va des petites structures d’une demi-douzaine de personnes à la Croix-Rouge française, dont le budget dépasse les 700 millions d’euros. Le charity business fait des émules et a explosé depuis une bonne dizaine d’années. En France et en Europe, surtout, mais pas seulement. La Banque mondiale affirme travailler avec près de 1 000 ONG dans le monde entier. Un tri s’impose entre celles qui tiennent leurs engagements et d’autres, aussi opaques qu’opportunistes. Sans oublier  » les « faux nez », ces organisations derrière lesquelles on trouve un gouvernement, une idéologie, une organisation religieuse ou un lobby industriel « , ajoute Thierry Pech. Un tabou est peut-être en passe de voler en éclats : le petit monde des ONG découvre les exigences du contrôle et de l’évaluation. Le mouvement est d’abord venu des grandes organisations internationales, qui ont commencé à poser des conditions. Pour une raison simple : plus de 10 % de l’aide au développement distribuée par les Etats passent aujourd’hui par les ONG. Les bailleurs de fonds internationaux ont structuré leurs procédures de financement de projets. A l’instar de la Banque mondiale, qui a imposé une longue liste de critères aux organisations avec lesquelles elle travaille. Mais aussi de l’Union européenne, qui, en créant Echo en 1992, s’est donné les moyens de superviser ses opérations d’aide humanitaire. Bruxelles n’accorde ses financements – 600 millions d’euros par an – qu’après la signature de contrats-cadres très pointus. Echo veille au grain et a audité en 2003 près de 150 de ses partenaires. Audit : le mot est lancé. Il a fallu un énorme scandale français pour voir enfin cette pratique se développer. En 1996, la justice découvrait un détournement massif au sein de l’Association pour la recherche sur le cancer (ARC), dont le président, Jacques Crozemarie,  » siphonnait  » la caisse. Il fut condamné à quatre ans de prison.  » On sort enfin de l’opacité « , observe Thierry Pech.  » Cette affaire nous a poussés à être beaucoup plus rigoureux « , renchérit Jean-Luc Bellynck, directeur financier de la Croix-Rouge française. Les contrôleurs se sont mis au travail.  » De telles dérives ne sont plus envisageables, car la probabilité de se faire contrôler est beaucoup plus forte « , estime ainsi Jean-François Carrez, président de la 5e chambre de la Cour des comptes. Cette dernière et l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) auditent chaque année une demi-douzaine d’associations. Un chiffre ridicule par rapport à la quantité d’organisations, mais Philippe Séguin, premier président de la Cour des comptes, assure ne pas vouloir relâcher la pression : les contrôles seront renforcés en 2006, surtout en ce qui concerne l’utilisation des fonds collectés pour l’Asie. (…) Les Restos du coeur ont eux aussi revu leur système de contrôle après la découverte de détournements par des bénévoles, au siège et en région. Ils ont ainsi recruté une directrice financière, créé une commission d’appels d’offres et développé un service interne d’audit. Ils ont obligé leurs 113 antennes départementales à s’entourer de commissaires aux comptes, cinq ans avant que la loi l’impose, en 2003.  » Il n’existe pas de système infaillible, avoue Olivier Berthe. On peut juste mettre en place un maximum de garde-fous afin d’éviter les dérives. (…) l’association Raoul-Follereau, créée pour lutter contre la lèpre, a été épinglée par l’Igas en 2002, car elle investissait dans des plantations de palmiers en Côte d’Ivoire et finançait les oeuvres de cardinaux conservateurs du Vatican, deux missions sans rapport avec ses objectifs initiaux. Le Comité de la charte a mis plusieurs mois avant de lui retirer son précieux label. (…) S’il devient de plus en plus difficile pour les organisations, du moins pour les plus importantes et les plus connues, de frauder ou d’affecter l’argent des donateurs comme bon leur semble, la question de l’évaluation du travail accompli sur le terrain demeure taboue : combien de personnes ont-elles été secourues, les moyens utilisés ont-ils été les plus pertinents, l’argent a-t-il été dépensé de la façon la plus efficace ?…  » On en est, dans ce domaine, au stade infantile « , lâche Thierry Pech. (…) Il faut dire que l’humanitaire fascine. On estime à 20 000 par an le nombre de candidats au départ pour le bout du monde. La Croix-Rouge reçoit 20 curriculum vitae par jour en temps normal, plus de 70 depuis le désastre en Asie. L’an dernier, 8 000 candidatures sont arrivées au siège de Médecins du monde ! Beaucoup d’entre elles proviennent de jeunes diplômés de l’enseignement supérieur plus attirés par le charity business que par le monde de l’entreprise. Né en 1998 de la volonté de proposer aux populations sinistrées des coups de téléphone gratuits, Télécoms sans frontières emploie ainsi deux jeunes ingénieurs recrutés à la fin de leur stage. Et 15 % des jeunes diplômés affirment vouloir faire tout ou partie de leur carrière dans l’humanitaire. Une fascination pour les ONG dont s’est emparé le milieu de la formation. Dès 1983 naissait Bioforce Développement, un institut spécialisé préparant des techniciens de l’humanitaire (voir encadré page 37). Depuis le milieu des années 90, les universités rivalisent d’imagination pour créer à leur tour des formations aux métiers du développement ou de la santé dans les pays pauvres. La collecte de dons n’échappe pas à cette tendance. Cinquante ans après le célèbre  » Mes amis, au secours !  » de l’abbé Pierre au profit des mal-logés, les techniques de marketing visant à alimenter la machine à dons ont beaucoup évolué. Une ONG doit parfois investir jusqu’à 30 % de ses ressources pour faire la différence sur le marché compétitif de la générosité, évalué à environ 2 milliards d’euros en France. Mais obtenir l’appui d’une personnalité reste le meilleur moyen d’acquérir de la notoriété à bon prix. Les Restos du coeur reçoivent ainsi un cinquième de leur budget annuel grâce aux Enfoirés (voir encadré ci-contre). La Voix de l’enfant, dont le budget ne dépasse pas 1 million d’euros, accède aux plateaux de télévision grâce une ambassadrice de charme, l’actrice Carole Bouquet.  » La télévision est le meilleur moyen de susciter l’émotion, et c’est l’émotion qui déclenche les dons « , analyse Laurent Terrisse, directeur de Non Profit, filiale de l’agence de communication TBWA, spécialiste des ONG. L’Express
Que la direction confonde bénévolat et salariat, ça, c’est une réalité dans cette entreprise qui manque de transparence. Les cadres ne sont pas payés pour leurs heures supplémentaires et ont du mal à les récupérer. Il n’est pas rare qu’on nous convoque pour des réunions fixées après nos horaires de travail. Comme au siège, ce serait bien que l’inspection du travail fasse un petit tour chez nous. Cadre marseillais de la Croix-Rouge française
C’est beau l’image de la Croix-Rouge, mais l’envers du décor ce sont des petits salaires. Ce n’est pas qu’on soit maltraités mais il y a beaucoup de précarité, des salariés qui ont du mal à joindre les deux bouts, à trouver un logement… On nous dit qu’on est là pour sauver des vies mais cela ne doit pas se faire à n’importe quel prix. Marie (prénom modifié à sa demande)
Cela fait dix ans que je vis la pression des horaires et du toujours plus, c’est bien que cela sorte au grand jour. Secrétaire (Croix rouge)
Tout le monde veut ça. Tout le monde veut être nous. Le Diable s’habille en Prada
Quand ta vie privée ne sera plus qu’un champ de ruines, fais-moi signe : je t’obtiendrai une promotion. Le Diable s’habille en Prada
Les gens pensent que si tu travailles dans la mode, tu es riche mais on mange au McDo comme tout le monde parce qu’on est fauchés. On est tous fauchés. En tout cas moi, je dois faire attention. Dans la mode, tout le monde crève la dalle, les créateurs crèvent la dalle. Mais en même temps, on a des beaux vêtements, on boit du champagne partout, on fait des beaux voyages, on va dans des super hôtels. Philip (styliste et enseignant de mode belge)
C’est un métier de parias parce que c’est un métier qui a toujours été exercé par les juifs, par les homosexuels, par les gens qui avaient l’interdiction de pratiquer d’autres métiers. de fait, ce sont des gens qui sont aussi des parias dans leur famille, aussi. On atterrit dans la mode parce qu’on est homosexuel et que ce n’est pas bien vu, parce qu’on est hypersensible et que ce n’est pas bien vu, parce qu’on est créatif et que ce n’est pas un métier. Marguerite
Depuis 2008, la fortune des plus riches a doublé et augmenté bien plus que la production nationale, qui n’a crû que de 12 %. Et cette concentration s’accroît à mesure qu’on s’élève dans l’échelle de la richesse : les dix premiers de notre classement ont ainsi vu leur fortune cumulée quadrupler en dix ans, alors que celle des 490 suivants ne faisait que doubler. Symbole de cette envolée : Bernard Arnault, dont la fortune est passée de 18 à 73 milliards entre 2008 et 2018. Ce qui fait de lui non seulement la première fortune française, mais aussi, selon le dernier palmarès de notre confrère suisse Bilan, la première en Europe, devant Amancio Ortega, fondateur de Zara. Le secret de ce bond spectaculaire ? Trois éléments se conjuguent. D’abord, la capitalisation du leader mondial du luxe, devenue la premiè­re de la place de Paris, a augmenté de 25 % sur un an (au 8 juin, date retenue pour l’évaluation des entreprises cotées de notre classement). Ensuite, la progression des ventes de LVMH (43 milliards en 2017), qui se poursuit à un rythme d’environ 10 % par an depuis une décennie, donnant le sentiment que les arbres peuvent grimper jusqu’au ciel… Enfin, dernier point déterminant : il y a un an, Bernard Arnault a conduit une opération financière assimilable à un « coup d’accordéon », faisant absorber le holding intermédiaire Christian Dior par LVMH, ce qui lui a permis de faire passer sa part du capital du groupe de 35,2 à 46,6 %. Résultat, une fortune qui décolle de 56 % d’une année sur l’autre. Sur ce terrain, il n’est dépassé que par les frères Wertheimer, Gérard et Alain. Les deux héritiers de Chanel détiennent 100 % du groupe de luxe et vont, cette année, voir leur fortune faire un bon de… 100 %. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous disposons désormais de bases solides pour estimer leur patrimoine. Jusqu’à présent, le groupe de luxe ne diffusait aucun chiffre, même pas son chiffre d’affaires, qui était estimé par la concurrence et quelques spécialistes à un niveau légèrement supérieur à 5 milliards. Mais fin juin, le directeur ­financier de Chanel a communiqué les vrais comptes de l’entreprise, soit un chiffre d’affaires de près de 10 milliards de dollars (8,4 milliards d’euros), proche de celui de Vuitton, numéro un mondial du luxe, et bien supérieur à celui de Gucci (6,4 milliards), considéré jusqu’alors com­me le numéro deux du secteur. Une révélation qui nous conduit, bien évidemment, à réévaluer la fortune des deux frères, qui passe de 21 à 40 milliards, et qui les propulse au deuxième rang de notre classement. Sur ce terrain, il n’est dépassé que par les frères Wertheimer, Gérard et Alain. Les deux héritiers de Chanel détiennent 100 % du groupe de luxe et vont, cette année, voir leur fortune faire un bon de… 100 %. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous disposons désormais de bases solides pour estimer leur patrimoine. Jusqu’à présent, le groupe de luxe ne diffusait aucun chiffre, même pas son chiffre d’affaires, qui était estimé par la concurrence et quelques spécialistes à un niveau légèrement supérieur à 5 milliards. Mais fin juin, le directeur ­financier de Chanel a communiqué les vrais comptes de l’entreprise, soit un chiffre d’affaires de près de 10 milliards de dollars (8,4 milliards d’euros), proche de celui de Vuitton, numéro un mondial du luxe, et bien supérieur à celui de Gucci (6,4 milliards), considéré jusqu’alors com­me le numéro deux du secteur. Une révélation qui nous conduit, bien évidemment, à réévaluer la fortune des deux frères, qui passe de 21 à 40 milliards, et qui les propulse au deuxième rang de notre classement. Cette arrivée sur le podium des ­Wertheimer renforce la place, déjà considérable, du luxe dans le peloton de tête de notre classement : les actionnaires de grands groupes du secteur y trustent en effet quatre des six premières places. Et leur fortune combinée représente l’équivalent du tiers de celle, cumulée, des 500 du classement ! Challenges
Joannou évoque ici la présence en nombre d’hommes ouvertement gays dans l’industrie de la mode. Aux côtés des femmes, ils représentent la majeure partie du million d’emplois liés à la mode en France. L’homme hétéro y est minoritaire; il se braque et refuse de devenir un travailleur de cette industrie, de passer par une école de stylisme et de parler chiffons en public. Depuis la fin du XIXe siècle, les hommes excellent dans l’art de l’habillement. Ce sont eux qui donnent naissance à la haute couture en France et en font un business lucratif. Charles Frederick Worth marque l’histoire en étant l’un des rares couturiers hétérosexuels et d’origine étrangère à enrichir la mode française. Son disciple, Paul Poiret, également hétérosexuel, a été la star de la couture des années 1900 à 1930. Un basculement s’opère après la Seconde Guerre mondiale, avec l’arrivée de Christian Dior dans la fashion sphère parisienne. Très secret sur sa vie privée, il ne dévoilera que très tard son homosexualité. Depuis, les designers vedettes –Yves Saint Laurent, Pierre Balmain, Karl Lagerfeld et Jean-Paul Gaultier, entre autres– ne se cachent plus et osent parler de leur orientation sexuelle. La jeune génération, elle aussi, fait rapidement son coming out, d’Olivier Rousteing à Simon Porte Jacquemus. La raison qui explique cette présence massive d’hommes gays est simple: la mode a toujours accueilli ceux considérés comme des parias. Les juifs, les créatifs, les hypersensibles, les marginaux, le vilain petit canard de la famille et les homosexuels, tous trouvent leur place dans ce milieu qui les acceptent comme ils sont. C’est grâce à cette communauté à la tête du navire que la culture gay s’immisce dans la mode. Les costumes italiens flamboyants, le port du rose, les pièces moulantes –dont le jean skinny– ou le cuir et le sportswear fétichistes quittent le microcosme des clubs gays pour rejoindre les moodboards et atterrir sur les défilés. Les marques grand public ont suivi cette mutation de près et ont intégré ces nouveaux codes dans leurs collections masculines, avec un storytelling adapté: dans les années 1990, on assiste à la naissance de la métrosexualité. Pour la première fois, la mode apprivoise ces clients hétéros qui ne veulent surtout pas être vus comme des acheteurs compulsifs frivoles –l’équivalent de «gays» dans leur imagination. Cette image d’homosexuel très efféminé et expert de la mode est également diffusée par la pop culture. En témoigne le personnage de Nigel, journaliste de Vogue et expert du relooking dans Le Diable s’habille en Prada, celui de Kurt dans la série Glee ou plus récemment Tan France, technocrate mode dans Queer Eye sur Netflix. Malgré eux, ces personnages participent à l’auto-exclusion des hommes hétéros de l’industrie de la mode, car ceux-ci veulent s’éloigner le plus possible de cette image. La mode, et surtout celle des podiums, leur apparaît comme un domaine élitiste et complexe, au même titre que l’art contemporain. Ils cherchent alors des chemins de traverse pour éviter celle-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. L’homme hétéro qui commence à s’intéresser au vêtement part toujours d’une démarche utilitaire. (…) Selon Marc Beaugé, journaliste passionné par le vêtement mais qui se «qualifie rarement de journaliste mode», les hommes ont besoin d’une raison valable et de profondeur pour acheter un vêtement: «Il y a encore, chez beaucoup d’hommes, un complexe par rapport au shopping. Ils refusent d’être des fashion victims, ou de faire du shopping au premier degré. Ils veulent un vêtement entouré de sens, de référence culturelles et historiques. Ils ne veulent pas donner l’impression de répondre simplement aux diktat des magazines ou aux tendances. Moi-même, je déteste me balader avec un shopping bag. Ca ne m’arrive jamais.»(…) Pour Geoffrey Bruyère, il y a eu une vraie évolution du regard de l’homme hétéro sur la mode depuis une dizaine d’années. «Quand on a commencé à faire du coaching et que l’on proposait à des hommes des pièces qu’ils n’avaient pas l’habitude de porter, on nous faisait souvent la remarque: “Ça fait gay.” C’est bête, mais ça montre bien à quel point les hétéros peuvent associer la mode à une communauté. Et la remarque est ensuite passée de “Ça fait gay” à “Ça fait femme”, puis à “C’est pas vraiment mon style, c’est pas vraiment moi.”» La connotation gay est en revanche inexistante lorsque l’homme s’intéresse au vêtement sportif ou urbain. Il est par exemple totalement décomplexé lorsqu’il achète et collectionne des sneakers. Toute la culture du «Hype Beast» a misé sur cette nécessité de virilité amenée par le vêtement sportif, en l’associant à l’exclusivité. Aujourd’hui, les hommes s’arrachent les chaussures et vêtements Supreme et documentent leur passion pour ces chiffons précieux sur les réseaux sociaux. Au Congo, les célèbres sapeurs –membres de la Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes– vont plus loin que le vestiaire sportif, en assumant sans aucun complexe leur goût pour les vêtements et accessoires chatoyants. Ils ont choisi la mode pour religion, sans que le mot gay ne soit mentionné nulle part. Christelle Bakima, fondatrice du podcast reportage «Bak’s to Congo», explique que cette coquetterie masculine est même source de virilité: «Ce que l’on pourrait qualifier de comportement métrosexuel en France sera considéré comme synonyme de richesse et de bon vivant au Congo. Si cet homme peut s’entretenir, il peut subvenir aux besoins de sa famille, et donc potentiellement d’une femme, ce qui est perçu comme d’autant plus viril.» La virilité est précisément l’élément que l’homme hétéro n’arrive pas à associer à la mode des créateurs et des maisons. Le dessin de mode et la couture étant souvent conjugués au féminin, cet univers lui semble bien trop inhospitalier. En plus des tenues créatives qui effraient, l’androgynie et le très jeune âge des mannequins –souvent filiformes et imberbes– ne leur ressemblent pas et insistent sur cette cassure entre la mode des défilés et la leur. Dans l’enquête sociologique Le plus beau métier du monde, Giulia Mensitieri explique que «depuis l’extérieur, [la mode] apparaît comme un monde homogène fait de paillettes et de lumière, mais, une fois franchi son seuil, on découvre un espace fortement structuré fonctionnant sur des exclusions permanentes, à la fois économiques, sociales et symboliques». Une des exclusions les plus visibles est le nombre réduit de femmes et d’hommes LGBT+ à la tête des grands groupes. Dans ce microcosme, la cooptation et la passation de père en fils règne encore. Les hommes hétéros dominent les conseils d’administration des marques, sont directeurs de publication de magazines de mode ou travaillent l’angle financier de la mode, loin des sphères créatives. Antoine Arnault passe bien du temps sur les défilés, mais parce qu’il fait partie du socle de LVMH. Son couple avec le top model Natalia Vodianova ne fait qu’amplifier son rôle de patron de la mode puissant et hétérosexuel. En France, ces métiers de pouvoir et d’argent sont intimement liés à un idéal de l’homme viril. Craintifs à l’idée de ne pas correspondre à cet idéal, les jeunes hétéros évitent les formations en mode connotées féminines, comme le stylisme ou le marketing du luxe. Ancien étudiant en école d’art, Valentin Esquier en a été témoin: « Les gens qui voulaient s’orienter dans la mode, c’étaient les filles, les gays de la classe et un mec qui ne se disait pas gay, mais qui s’est senti obligé de le préciser. » Slate
La mode est l’une des plus puissantes industries du monde : elle représente 6 % de la consommation mondiale et est en croissance constante. Depuis les années 1980 et l’entrée dans l’économie néolibérale, elle est devenue l’image étincelante du capitalisme, combinant prestige, pouvoir et beauté, et occupe une place centrale dans les médias et les imaginaires. Pourtant, cette industrie, qui apparaît comme un horizon professionnel hautement désirable, repose principalement sur du travail précaire, et ce aussi bien là où la production est externalisée qu’au coeur de la production créative du luxe, comme les prestigieux ateliers des maisons de couture. À partir d’une enquête en immersion auprès des travailleurs créatifs de cette industrie (stylistes, mannequins, créateurs indépendants, coiffeurs, maquilleurs, vendeurs, journalistes, retoucheurs, stagiaires, agents commerciaux, etc.), ce livre dévoile la réalité du travail à l’oeuvre derrière la façade glamour de la mode. Il met notamment en lumière les dynamiques d’exploitation et d’autoexploitation ainsi que le prestige social liés au fait de travailler dans un milieu désirable. Des séances de « shooting » pour magazines spécialisés à la collaboration auprès d’un créateur de mode, en passant par des entretiens avec des stylistes travaillant pour de célèbres maisons de luxe et de couture, cette enquête dévoile une nouvelle forme de précarité caractéristique des industries culturelles du capitalisme contemporain, une précarité combinée au prestige, à la reconnaissance et à la visibilité. Il s’agit ainsi de décrypter les dynamiques invisibles sur lesquelles repose l’industrie de la mode pour mieux la « déglamouriser ». Présentation du Plus beau métier du monde
Il est valorisé et valorisant d’être artiste. Avant, l’artiste, c’était une figure marginale. Maintenant tout le monde veut être créatif. Il y a cette dimension-là qui est mise en avant aussi par les discours publics. La ville qui se fabrique, Paris est une ville pour cette nouvelle population « cool », etc. Eh bien, qu’est-ce qu’on voit ? Que ces mêmes secteurs professionnels qui sont à la base de l’économie et des structurations sociales des nouvelles élites d’une certaine manière, eh bien, ce sont les mêmes secteurs qu’on va précariser de plus en plus. (…) Parce qu’il y a une dynamique qu’on peut faire remonter aux contestations de la « critique artiste » de Mai 68, contre l’aliénation de la société industrielle du travailleur aliéné par la répétition des tâches, qui a été donc complètement approprié par le capitalisme néolibéral. Avec ce discours de l’épanouissement personnel, de l’expression de soi dans le travail qui s’est révélé être un outil très puissant pour démonétiser le travail. Et pour l’individualiser aussi, c’est une dimension que la mode permet de voir d’une manière saisissante. Giulia Mensitieri
Quand j’étais étudiante à Paris, j’étais entourée de chercheurs et de travailleurs impliqués dans les industries créatives. Ils avaient une position sociale privilégiée mais ils étaient tous précaires, essayant de boucler leurs fins de mois. Il y avait un énorme décalage entre leur capital symbolique et leur capital économique. Je voulais comprendre comment on en arrive à une scission si forte. Je m’intéresse depuis plusieurs années aux nouvelles élites de la mondialisation, aux formes de précarité et aux transformations du travail, à la place qu’on cherche dans le travail dans l’Occident soi-disant riche. Je cherchais un terrain d’étude. J’ai rencontré Mia, styliste pour de grandes marques de luxe, qui m’a introduite dans le monde de la mode. Elle portait des habits luxueux mais vivait dans une grande précarité. Son cas n’était pas du tout exceptionnel. Je ne dis pas que c’est la norme mais c’est très diffus dans le monde de la mode qui produit beaucoup de désir et de richesses. (…) Travailler pour le luxe et être exploité, ça a toujours existé, chez les ouvriers et les artisans qui produisent des biens de luxe notamment. Ce qui m’intéressait ici, ce n’était pas la production matérielle, mais le décalage entre le statut social donné par le fait de travailler dans un milieu créatif, ce qu’il représente, et les conditions matérielles. Je ne connaissais pas ce monde et je ne m’attendais pas à ce que l’auto-exploitation y soit aussi forte. (…) On retrouve dans la mode une série d’éléments du capitalisme actuel : le pouvoir des imaginaires sur les individus et sur ses travailleurs, l’interconnexion fondamentale entre les productions matérielles et immatérielles. Si la mode est aussi riche et vend autant, c’est parce qu’elle produit certes des habits et des sacs, mais aussi des images, des campagnes publicitaires qui servent à générer du désir pour les biens matériels et assurent les consommations à l’échelle globale. De Hongkong à Rio, on porte le même sac, on voit les mêmes pubs. Derrière cette dimension globale, on trouve aussi des circulations inégalitaires. Il y a une dimension cosmopolite chez les travailleurs créatifs de la mode : un shooting à Singapour, un défilé à Paris, un casting à New York, une production à suivre en Roumanie. Mais selon votre nationalité, vous êtes plus ou moins rattrapé par les inégalités, bloqué à une frontière, à cause d’un problème de visa par exemple. Par ailleurs, énormément d’argent est distribué de manière très inégalitaire. Le secteur continue de s’enrichir, même en temps de crise, mais ce n’est pas parce que les profits augmentent que les travailleurs sont mieux payés. La mode est exemplaire du capitalisme actuel pour toutes ces raisons. (…) On y cherche autre chose dans le travail : l’expression de la subjectivité, être créatif, reconnu. En ça aussi la mode est exemplaire des transformations du sens et de la valeur du travail dans l’Occident capitaliste : on y cherche avant tout l’épanouissement personnel. Il y a une représentation très négative de ce qui pourrait être le salariat, la routine. Il y a une énorme focalisation sur la dimension individuelle. A la fin des années 60, la revendication était «il faut être sujet dans le travail, mettre de la vie, il faut s’exprimer». Le néolibéralisme s’est approprié ces revendications contestataires, en les injectant dans des modèles managériaux. Ça s’est révélé très efficace. Si on est exceptionnel, créatif, unique, artiste, il est plus compliqué de s’identifier à un projet commun. (…) Dans la mode, il n’y en a aucune [solidarité]. Chez les mannequins, on en voit un peu. Pour avoir la parole, il faut être un sujet. Les stars ont cette visibilité. Derrière, il y a des milliers de mannequins qui circulent une saison et c’est fini. Elles restent des mannequins parmi d’autres, interchangeables, qui n’ont pas d’identité dans le milieu et qui n’en auront peut-être jamais. C’est très compliqué de prendre la parole dans ces circonstances. Dans les autres métiers de la mode, il n’y a pas de solidarité. L’utilisation du mot «créateur» est emblématique de ce point de vue. Son emploi est assez récent. Il coïncide avec la période néolibérale du capitalisme. Avant, on disait couturier ou styliste. Créateur, c’est dieu, un individu seul qui crée un univers. Aucun créateur ne travaille seul, mais c’est la représentation que l’on donne. Toute cette spectacularisation de l’ego est en train de changer un peu. On voit des créateurs plus en retrait, mais il reste cette dimension de mise en scène de soi que la mode exige. C’est l’une des règles : il faut se construire un personnage. Et puis il y a la peur. C’est un marché professionnel relativement petit. Les gens craignent de parler et il existe dans les maisons de luxe et de prêt-à-porter des clauses de confidentialité. Les salariés ne peuvent rien dire de ce qui se passe dans leur entreprise et il n’existe pas de syndicat. Karl Lagerfeld avait même dit un jour que si vous vouliez de la justice, mieux valait faire travailleur social que de travailler dans la mode. (…) C’est difficile de renoncer à cet emplacement social. La mode est un monde clos qui a besoin du regard désirant de l’extérieur. La mode fascine. Les personnes qui sortent de la mode vivent très mal de ne plus avoir cette place. Il y a aussi la dimension créative, l’adrénaline. Dans les grandes maisons, il y a énormément de moyens, on peut créer ce qu’on veut. Ça crée une sorte d’addiction, disent certains travailleurs. Et il y a l’amour de la beauté. Certains restent aussi car ils travaillent trop, ils ont le nez dans le guidon. Ils n’ont pas le temps de chercher autre chose, de réfléchir. Ils sont trop pris par la machine. Et il y a évidemment la dimension de plaisir. (…) La mode est une industrie à la fois créative et vouée au profit. Cette double dimension crée une forme de violence structurelle étant donné le rythme actuel. Certaines maisons produisent dix à douze collections par an. Même si le directeur artistique n’est pas seul, la dimension créative a besoin d’un temps de recherche, d’inspiration. Elle ne coïncide pas avec les rythmes imposés par la recherche de profit. Raf Simons n’est pas un précaire mais même à son niveau, c’est structurellement intenable. Ecologiquement aussi… L’industrie textile est la plus polluante au monde, juste derrière le pétrole. On est habitué à penser par fragments : le Bangladesh avec les ouvriers exploités d’un côté, les mannequins de l’autre… Si on suit tous les stades de la production, la matière première (le coton), ce qui se passe en Inde avec les graines, Monsanto, le suicide des paysans, jusqu’aux travailleurs créatifs et aux mannequins, il y a des formes d’exploitation à tous les niveaux de la chaîne. Giulia Mensitieri
Je me suis intéressée au décalage existant entre leur statut social et leurs conditions matérielles de vie, souvent de galère (…) La mode est intéressante parce qu’elle agit comme une loupe. C’est le lieu de l’individualité, de la singularité. C’est éminemment néo-libéral. C’est « une industrie générant d’énormes bénéfices, où l’argent est distribué de manière totalement inégalitaire. [avec] des conditions de travail où la pression est extrêmement forte, où on n’est pas payé, où on ne sait pas quand on est payé, où la relation avec la hiérarchie est vraiment très dure. Le roman adapté au cinéma « Le Diable s’habille en Prada » est « emblématique: c’est la glamourisation de la domination. (…) il y a cette idée que c’est violent, mais c’est comme ça. Et il y a une compensation non monétaire, celle du prestige social: je reste pour le nom, pour la carte de visite, pour le CV. [Dans ce milieu règne] une perception très négative du salariat, de la routine. Etre dans la norme, c’est presque un stigmate. (…) il y a énormément de concurrence. Du coup tu te tais, parce que derrière, il y en a 200 qui veulent ta place. Giulia Mensitieri
L’usine à rêves qu’est le monde de la mode fonctionne, affirme l’anthropologue Giulia Mensitieri, grâce au consentement de travailleurs précaires qui œuvrent à faire accéder une minorité d’entre eux aux feux de la rampe. Si ces « petites mains » acceptent d’être asservies (travail gratuit, paiement en nature, humiliations), c’est qu’elles valorisent symboliquement leur appartenance à une « élite du désir ». Telle est la thèse principale de l’auteure qui a mené une enquête de plusieurs années entre Paris et Bruxelles. L’intérêt de ce livre tient assurément à la richesse des descriptions ethnographiques : pause casse-croûte lors d’une séance de shooting organisée dans un hôtel de luxe, défilé de mannequins venues d’Europe de l’Est par des filières clandestines, stagiaire éconduit sans ménagement… Si une telle approche permet de vivre de l’intérieur la violence de ce monde professionnel ultrahiérarchisé, on peut malgré tout regretter que G. Mensitieri n’ait pas davantage mis en lumière les trajectoires sociales et scolaires de ces travailleurs de la mode. L’attention portée aux processus de socialisation aurait permis d’appuyer davantage la comparaison qu’elle fait à plusieurs reprises avec le monde des industries créatives. Mais cela n’enlève rien au mérite de ce travail qui met le doigt sur un exemple caractérisé des effets redoutables du néolibéralisme et révèle les liens délétères qui associent prestige social et précarité, travail-passion et exploitation. Anne Both

Attention: une bohémianisation peut en cacher une autre !

Manucures, maquilleuses, coiffeurs, stylistes, photographes et même mannequins payés au smic, voire non payés ou payés en sacs à main ou bâtons de rouge à lèvres; horaires démentiels sans weekends ni vacances; multiplication des stagiaires non rémunérés et corvéables à merci; logement, entre deux nuits en palace à l’autre bout de la planète, en studios exigus voire insalubres; pression constante sur l’apparence physique mais aussi sur la vie privée des personnels; appropriation du capital esthétique, social et culturel des employés; harcèlement, stress, surmenage, anorexie, prise de stupéfiants; concentration toujours plus grande des entreprises de luxe et explosion des profits (6% de la consommation mondiale, soit 1 400 milliards d’euros), omerta généralisée des formateurs comme du Pôle emploi et des autorités …

En ces temps étranges …

Où l’on peut faire sans drapeau des films sur la conquête de l’espace …

Ou sans références autres que passagères à ses excès, ses frasques ou son sida, sur l’une des icônes de la scène homosexuelle …

Et où à l’instar des ces artistes qui emploient des dizaines de personnes pour satisfaire la demande, l’art imite à son tour la haute couture

Pendant qu’au moment où elle disparait avec l’immigration incontrôlée, l’identité nous est vendue comme heureuse

Comment ne pas repenser …

A la lecture de la récente thèse de Giulia Mensitieri sur l’industrie de la mode …

A la fameuse phrase de Nietzsche sur l’incroyable décalage entre la petite minorité de gens cultivés et l’immense majorité de ceux qui, en luttant et travaillant pour la culture, ne font en fait que permettre l’existence des premiers …

Ou étrange retour à la bohème littéraire et artistique du milieu du XIXe siècle via sa réactivation par la contestation étudiante des années 60 …

Comme une sorte de face cachée des fameux bobos qui gentrifient nos centre-villes …

Aux pages de Flaubert sur l’invention de la vie d’artiste dans L’Education sentimentale …

Et notamment, comme l’a montré Bourdieu, sur ce « jeu paradoxal à qui perd gagne » et ce « monde économique renversé » (plus de prestige, moins d’argent) que celle-ci tient du monde de l’art …

Où l’argent et les honneurs apparaissent comme des compromissions parce qu' »on y a intérêt au désintéressement » ?

Mais surtout comment ne pas voir et s’inquiéter de …

La manière dont, pour « cumuler à son profit les avantages les deux logiques antithétiques de l’art désintéressé et du commerce », cette industrie « prend les artistes à leur propre jeu du désintéressement » en ne leur laissant que les « profits symboliques » » pour se « réserver les profits matériels prélevés sur leur travail » …

Et derrière les paillettes et le glamour des pubs de papier glacé et sous couvert, individualisme oblige, d’épanouissement personnel et d’expression de soi dans le travail …

La véritable bohémisation de ces sortes d’intermittents du rêve que sont devenus les employés de la mode …

Qui entre salaires dérisoires et précarité croissante et au seul profit d’une élite de multi-milliardaires

Mais souvent avec leur propre consentement voire leur ferveur de nouveaux convertis …

S’étend progressivement et de proche en proche des industries culturelles et créatives (travailleurs du numérique ou du jeu vidéo …

Mais aussi professions intellectuelles et même secteur associatif ou caritatif) à l’ensemble du monde social ?

Anthropologie. Victimes consentantes de la mode

Une enquête de Giulia Mensitieri montre les conditions de travail des précaires sur lesquels repose l’industrie de la mode, entre rêve et cauchemar.

Anne Both (Anthropologue et collaboratrice du « Monde des livres »)

Le Monde

Le Plus Beau Métier du monde. Dans les coulisses de l’industrie de la mode, de Giulia Mensitieri, La Découverte, 276 p., 22 €.

Vous le saviez, vous, que nombre de modèles qui défilent sur les podiums des maisons de haute couture parisiennes le font gracieusement, quand elles ne sont pas payées en bâtons de rouge à lèvres ? Que les robes présentées sont confectionnées durant des mois, nuit et jour, par de talentueuses petites mains payées au smic ? Des informations de ce type, le livre de Giulia Mensitieri en regorge. Son enquête, menée de 2010 à 2014 à Paris et Bruxelles dans le cadre de sa thèse en anthropologie, lève en effet le voile sur le monde prétendument merveilleux de la mode. Et le passionnant récit qui découle de ses rencontres avec des stylistes, des modèles, des photographes, des créateurs ou des maquilleurs laisse pantois.

Ces professionnels excentriques, arrogants, touchants, ont en commun une passion pour la mode qui confine à la dévotion et leur permet d’accepter l’inacceptable. Evoluant dans un milieu qui ringardise le salariat et fait l’apologie de la flexibilité, ils ont converti leur liberté en esclavage. Le travail précaire, gratuit, les nuits blanches et les humiliations constituent leur ordinaire, le prix à payer pour en être.

Ampleur de la violence qui règne dans cet univers

C’est le stagiaire non rémunéré qui finance sur ses deniers les salades non assaisonnées auxquelles personne ne touche. Ce sont ces filles, très souvent originaires des pays de l’Est, qui s’endettent durablement auprès de leur agence, qui a avancé les frais de visa, de transport ou d’hébergement, pour des castings ou des prises de vue réalisés à des milliers de kilomètres.

L’anthropologue souligne l’ampleur de la violence qui règne dans cet univers, où la cocaïne devient un bon coupe-faim, et les suicides chez les élèves d’une école de mode, des actes banalisés. Quant à la description de la séance de « shooting » d’une fillette de 7 ans pesant 18 kg, sous le regard de sa mère en surpoids se goinfrant de hamburgers, elle est nauséeuse. D’ailleurs, à plusieurs reprises, l’auteure avoue son écœurement. Car ces professionnels de la mode subissent non seulement des humiliations dans des conditions à faire blêmir un inspecteur du travail, mais ils sont soumis à l’injonction d’être « cool », souriants, créatifs et enthousiastes.

Au-delà de sa richesse ethnographique, ce livre montre comment s’agencent, avec une insolente évidence, visibilité et secret, enchantement et déconvenues, indépendance et soumission. Un tissu de contradictions dont se drapent, du reste, depuis déjà plusieurs décennies, des secteurs moins lucratifs, comme la recherche ou la culture.

Circulation de l’imaginaire

Pourtant, Giulia Mensitieri nous explique que Mia, Franck ou Vanja s’estiment heureux, chanceux même de travailler là : « Le fait que le présent ne soit pas à la hauteur des attentes ne pose jamais de problèmes, puisque celui-ci est déjà colonisé par d’autres projections désirables. » Tout est dit. La ruse du système se loge précisément dans le rêve – celui de transformer leur statut pour ces précaires consentants, d’acquérir des petits bouts de luxe pour les consommateurs de produits dérivés ou de s’approprier la beauté des mannequins pour les acheteuses. La circulation de cet imaginaire est rendue possible par les reportages ou les publicités, diffusés dans les magazines du monde entier.

Néanmoins, toute internationale qu’elle est, la mode, notamment parisienne, tient beaucoup à son inscription géographique, qui participe de son supplément d’âme. « L’Europe fait tout pour conserver son pouvoir symbolique, pouvoir économiquement rentable puisque l’industrie du luxe enregistre des bénéfices grâce à la vente d’une certaine idée, hégémonique, de l’élégance et du raffinement », rappelle Giulia Mensitieri. Aussi les défilés privés organisés en Asie ou dans le monde arabe, où sont pourtant les principaux acheteurs, doivent-ils rester confidentiels. Infiniment moins glamour que ceux tenus à Paris, ils ne coïncideraient pas avec « les cartographies imaginaires du luxe ». Les apparences doivent être maintenues pour que la magie opère.

En refermant cet ouvrage, on peut bien sûr lui reprocher de n’accorder que trop peu de lignes à une mise en perspective plus générale de ces nouvelles formes de servitude volontaire. Mais on peut aussi se réjouir de l’élégante acuité avec laquelle l’auteure livre ses réflexions et ses observations sur cet univers surexposé et obscur.

Voir aussi:

Interview

Giulia Mensitieri : «Dans la mode, il n’y a aucune solidarité»

L’anthropologue Giulia Mensitieri publie une enquête sur ce milieu prestigieux, où les travailleurs de l’ombre sont prêts à vivre dans la précarité pour côtoyer le glamour.

Marie Ottavi

«Je ne fabrique pas des vêtements. Je fabrique des rêves.» Ainsi parle Ralph Lauren, grand manitou de la mode américaine et mondialisée. Vendre du beau, faire rêver les foules, incarner un idéal (souvent très formaté), produire de l’exceptionnel – dans le cas de la haute couture -, voilà à quoi sert la mode. Sur ces postulats, l’industrie du secteur est florissante. En France, elle engrange 150 milliards d’euros de chiffre d’affaires direct, selon les données du gouvernement.

Dans le Plus Beau Métier du monde, l’anthropologue Giulia Mensitieri (EHESS) donne la parole aux travailleurs créatifs, pour qui le simple fait de participer à la création de produits désirés par le plus grand nombre sur la planète compense tous les sacrifices. La chercheuse dévoile ainsi les aspects peu reluisants d’une industrie qui constitue pourtant «l’image étincelante du capitalisme, combinant prestige, beauté et pouvoir» : les stagiaires non rémunérés et usés jusqu’à l’os, œuvrant sans jour de repos quand un catalogue ou une collection doit être finalisée, mais prêts à tout pour faire partie d’un milieu fantasmé auquel ils deviennent même accros ; les stylistes qui dorment dans des palaces en marge des shootings mais sous-louent des boîtes à chaussures dans la vraie vie ; les mannequins qui travaillent gratuitement pour améliorer leur book, d’autres endettées auprès de leur agent, d’autres encore rémunérés avec une paire de chaussures, ce qui n’aide guère quand vient l’heure de remplir le frigo.

Qu’est-ce qui vous a poussée, en tant qu’anthropologue, à enquêter sur le milieu de la mode ?

Quand j’étais étudiante à Paris, j’étais entourée de chercheurs et de travailleurs impliqués dans les industries créatives. Ils avaient une position sociale privilégiée mais ils étaient tous précaires, essayant de boucler leurs fins de mois. Il y avait un énorme décalage entre leur capital symbolique et leur capital économique. Je voulais comprendre comment on en arrive à une scission si forte. Je m’intéresse depuis plusieurs années aux nouvelles élites de la mondialisation, aux formes de précarité et aux transformations du travail, à la place qu’on cherche dans le travail dans l’Occident soi-disant riche. Je cherchais un terrain d’étude. J’ai rencontré Mia, styliste pour de grandes marques de luxe, qui m’a introduite dans le monde de la mode. Elle portait des habits luxueux mais vivait dans une grande précarité. Son cas n’était pas du tout exceptionnel. Je ne dis pas que c’est la norme mais c’est très diffus dans le monde de la mode qui produit beaucoup de désir et de richesses.

Vous parlez d’«auto-exploitation», le phénomène est-il répandu dans ce milieu ?

Travailler pour le luxe et être exploité, ça a toujours existé, chez les ouvriers et les artisans qui produisent des biens de luxe notamment. Ce qui m’intéressait ici, ce n’était pas la production matérielle, mais le décalage entre le statut social donné par le fait de travailler dans un milieu créatif, ce qu’il représente, et les conditions matérielles. Je ne connaissais pas ce monde et je ne m’attendais pas à ce que l’auto-exploitation y soit aussi forte.

L’industrie de la mode incarne les valeurs du capitalisme et les dérives du néolibéralisme…

On retrouve dans la mode une série d’éléments du capitalisme actuel : le pouvoir des imaginaires sur les individus et sur ses travailleurs, l’interconnexion fondamentale entre les productions matérielles et immatérielles. Si la mode est aussi riche et vend autant, c’est parce qu’elle produit certes des habits et des sacs, mais aussi des images, des campagnes publicitaires qui servent à générer du désir pour les biens matériels et assurent les consommations à l’échelle globale. De Hongkong à Rio, on porte le même sac, on voit les mêmes pubs. Derrière cette dimension globale, on trouve aussi des circulations inégalitaires. Il y a une dimension cosmopolite chez les travailleurs créatifs de la mode : un shooting à Singapour, un défilé à Paris, un casting à New York, une production à suivre en Roumanie. Mais selon votre nationalité, vous êtes plus ou moins rattrapé par les inégalités, bloqué à une frontière, à cause d’un problème de visa par exemple. Par ailleurs, énormément d’argent est distribué de manière très inégalitaire. Le secteur continue de s’enrichir, même en temps de crise, mais ce n’est pas parce que les profits augmentent que les travailleurs sont mieux payés. La mode est exemplaire du capitalisme actuel pour toutes ces raisons.

On constate une sorte de consentement à l’injustice sociale dans ce milieu…

On y cherche autre chose dans le travail : l’expression de la subjectivité, être créatif, reconnu. En ça aussi la mode est exemplaire des transformations du sens et de la valeur du travail dans l’Occident capitaliste : on y cherche avant tout l’épanouissement personnel. Il y a une représentation très négative de ce qui pourrait être le salariat, la routine. Il y a une énorme focalisation sur la dimension individuelle. A la fin des années 60, la revendication était «il faut être sujet dans le travail, mettre de la vie, il faut s’exprimer». Le néolibéralisme s’est approprié ces revendications contestataires, en les injectant dans des modèles managériaux. Ça s’est révélé très efficace. Si on est exceptionnel, créatif, unique, artiste, il est plus compliqué de s’identifier à un projet commun.

Il n’y a donc pas de solidarité ?

Dans la mode, il n’y en a aucune. Chez les mannequins, on en voit un peu. Pour avoir la parole, il faut être un sujet. Les stars ont cette visibilité. Derrière, il y a des milliers de mannequins qui circulent une saison et c’est fini. Elles restent des mannequins parmi d’autres, interchangeables, qui n’ont pas d’identité dans le milieu et qui n’en auront peut-être jamais. C’est très compliqué de prendre la parole dans ces circonstances. Dans les autres métiers de la mode, il n’y a pas de solidarité. L’utilisation du mot «créateur» est emblématique de ce point de vue. Son emploi est assez récent. Il coïncide avec la période néolibérale du capitalisme. Avant, on disait couturier ou styliste. Créateur, c’est dieu, un individu seul qui crée un univers. Aucun créateur ne travaille seul, mais c’est la représentation que l’on donne.

Toute cette spectacularisation de l’ego est en train de changer un peu. On voit des créateurs plus en retrait, mais il reste cette dimension de mise en scène de soi que la mode exige. C’est l’une des règles : il faut se construire un personnage. Et puis il y a la peur. C’est un marché professionnel relativement petit. Les gens craignent de parler et il existe dans les maisons de luxe et de prêt-à-porter des clauses de confidentialité. Les salariés ne peuvent rien dire de ce qui se passe dans leur entreprise et il n’existe pas de syndicat. Karl Lagerfeld avait même dit un jour que si vous vouliez de la justice, mieux valait faire travailleur social que de travailler dans la mode.

Les travailleurs tolèrent ce système en raison du prestige ?

Entre autres. C’est difficile de renoncer à cet emplacement social. La mode est un monde clos qui a besoin du regard désirant de l’extérieur. La mode fascine. Les personnes qui sortent de la mode vivent très mal de ne plus avoir cette place. Il y a aussi la dimension créative, l’adrénaline. Dans les grandes maisons, il y a énormément de moyens, on peut créer ce qu’on veut. Ça crée une sorte d’addiction, disent certains travailleurs. Et il y a l’amour de la beauté. Certains restent aussi car ils travaillent trop, ils ont le nez dans le guidon. Ils n’ont pas le temps de chercher autre chose, de réfléchir. Ils sont trop pris par la machine. Et il y a évidemment la dimension de plaisir.

Vous débutez votre livre sur les déclarations de Raf Simons et Alber Elbaz sur le temps frénétique de la mode, qui ne leur permettait pas de réfléchir et de trouver l’inspiration.

La mode est une industrie à la fois créative et vouée au profit. Cette double dimension crée une forme de violence structurelle étant donné le rythme actuel. Certaines maisons produisent dix à douze collections par an. Même si le directeur artistique n’est pas seul, la dimension créative a besoin d’un temps de recherche, d’inspiration. Elle ne coïncide pas avec les rythmes imposés par la recherche de profit. Raf Simons n’est pas un précaire mais même à son niveau, c’est structurellement intenable. Ecologiquement aussi… L’industrie textile est la plus polluante au monde, juste derrière le pétrole. On est habitué à penser par fragments : le Bangladesh avec les ouvriers exploités d’un côté, les mannequins de l’autre… Si on suit tous les stades de la production, la matière première (le coton), ce qui se passe en Inde avec les graines, Monsanto, le suicide des paysans, jusqu’aux travailleurs créatifs et aux mannequins, il y a des formes d’exploitation à tous les niveaux de la chaîne.

Marie Ottavi Le Plus Beau Métier du monde. Dans les coulisses de l’industrie de la mode de Giulia Mensitieri 276 pp., éd. La Découverte, 22 euros.

Voir également:

Mode: derrière la façade glamour, la précarité des travailleurs

Capital

26.01.2018

Alors que s’éteignent les projecteurs des défilés parisiens, une enquête de l’anthropologue Giulia Mensitieri met en lumière une face moins glamour de cette industrie, en s’intéressant aux travailleurs de la mode, « autant valorisés que précaires ».

Pour son livre « Le plus beau métier du monde » qui vient de sortir aux éditions La Découverte, tiré de sa thèse de doctorat soutenue à l’EHESS, l’anthropologue Giulia Mensitieri a interviewé pendant trois ans près d’une quarantaine de « travailleurs créatifs de la mode« : stylistes, mannequins, vendeurs, stylistes photo, stagiaires, photographes, maquilleurs, journalistes ou encore étudiants.

« Je me suis intéressée au décalage existant entre leur statut social et leurs conditions matérielles de vie, souvent de galère« , explique à l’AFP cette chercheuse à l’université libre de Bruxelles. Dans cette enquête, où les témoignages sont anonymes, elle suit une styliste photo qui organise des défilés dans des palaces à Hong Kong mais peine à payer le loyer du petit appartement parisien qu’elle habite en colocation, dormant dans le salon.

Elle décrit des mannequins endettés auprès de leurs agences, peu voire pas payées lors des défilés. Une séance photo pour un magazine de mode avant-gardiste pour laquelle personne n’est rémunéré, un journaliste de mode indépendant qui vit dans 15 mètres carrés  et gagne sa vie en donnant des cours d’anglais…

L’argent distribué de manière inégalitaire

« La mode est intéressante parce qu’elle agit comme une loupe. C’est le lieu de l’individualité, de la singularité. C’est éminemment néo-libéral« , souligne cette chercheuse italienne. C’est « une industrie générant d’énormes bénéfices, où l’argent est distribué de manière totalement inégalitaire« .

La chercheuse évoque « des conditions de travail où la pression est extrêmement forte, où on n’est pas payé, où on ne sait pas quand on est payé, où la relation avec la hiérarchie est vraiment très dure« . Le roman adapté au cinéma « Le Diable s’habille en Prada » est « emblématique« , dit-elle: « c’est la glamourisation de la domination« .

Chez les travailleurs de la mode, « il y a cette idée que c’est violent, mais c’est comme ça. Et il y a une compensation non monétaire, celle du prestige social: je reste pour le nom, pour la carte de visite, pour le CV« . Dans ce milieu règne « une perception très négative du salariat, de la routine. Etre dans la norme, c’est presque un stigmate« , poursuit-elle.

Et puis « il y a énormément de concurrence. Du coup tu te tais, parce que derrière, il y en a 200 qui veulent ta place« , ajoute la chercheuse, qui dit avoir recueilli de nombreux témoignages « de crises d’angoisse, de panique, de dépression, de burn out« .

La rédaction avec AFP

Voir par ailleurs:

Fierté et bonheur

Alain Juppé

12/06/2016

La France a besoin de profondes réformes. Je veux que le prochain quinquennat soit celui des réformes réussies. Je les prépare avec vous.

Mais réformer n’est pas une fin en soi. Il faut savoir pourquoi. Il faut donner du sens à l’action réformatrice, il faut fixer un cap, il faut partager un but , il faut une vision qui nous projette ensemble au delà de 2022.

Ma vision de la France de 2030, c’est celle d’une France où tous partagent la fierté et le bonheur d’être Français. Fierté d’etre citoyen d’un grand pays qui ait repris sa place en Europe et dans le monde. Bonheur de vivre en liberté, en égalité, en fraternité dans une République rassemblée .

Oui, je refuse d’avoir l’identité malheureuse, frileuse, anxieuse , presque névrotique. Pour moi , identité ne rime pas avec exclusion ni refus de l’autre. Je veux faire rimer identité avec diversité et unité : respect de notre diversité, affirmation de notre unité.

Naïveté, me dira-t-on … Ma longue expérience du terrain me protège de ce risque. Je sais bien que la France dont je rêve n’est pas la France d’aujourd’hui, pas toute la France d’aujourd’hui. Je vois la France qui doute, qui souffre, qui est en colère. Il faut apporter des réponses à ses légitimes attentes. C’est l’objectif des réformes dont je parlais en commençant.

Mais je ne me résigne pas à laisser se répandre l’idée que demain sera pire qu’aujourd’hui , qui serait déjà pire qu’hier. Non! Il faut une autre ambition : partager demain la fierté et le bonheur d’être Français.

Et pour cela, je veux faire rimer identité avec diversité et unité.

Nous , Français, nous sommes divers, nous n’avons pas les mêmes origines, la même couleur de peau, la même religion ni les mêmes croyances. Cette diversité, qui remonte loin dans le temps, est une richesse, une force. Il ne faut pas chercher à l’effacer en prétendant nous couler tous dans le même moule. Entreprise vaine et dangereuse. Il faut respecter nos différences.

A deux conditions.

D’abord que notre société ne bascule pas dans le communautarisme , c’est-à-dire dans le repli de chaque groupe sur lui-même, dans le refus du dialogue et du partage avec les autres. Dérive détestable qui est en contradiction même avec l’idée que nous avons de la France.

Ensuite que notre diversité converge vers l’unité , c’est-à-dire le partage d’un bien commun autour duquel se rassemblent tous les Français. Sans ce bien commun, reconnu et partagé, il n’y a pas de pays, pas de nation, pas de patrie, pas de France.

Ce bien commun, nous le connaissons : c’est notre histoire, le patrimoine qui nous a été transmis, notre culture, notre langue ; ce sont nos racines , chrétiennes bien sûr  (qui pourrait en douter sérieusement?), judéo-chrétiennes, gréco-latines aussi. Le français est une langue latine et il faut continuer à l’enseigner à nos enfants. Ces racines, les nouveaux arrivants doivent les connaître pour s’intégrer à la Nation. Et puis, notre bien commun, c’est aussi l’esprit des Lumières qui est combat contre l’oppression et le fanatisme, et qui prépare 1789. Les valeurs républicaines bien sûr qu’exprime si fortement la devise qui n’a pas pris une ride : « Liberté, égalité, fraternité  » . Enfin la laïcité à la française qui est à la fois liberté de religion garantie à chaque citoyen, et strict respect par toutes les religions de la séparation du temporel et du spirituel et des lois de la République. Y compris l’égalité entre les femmes et les hommes qui est un droit fondamental.

Connaître et respecter des principes, des valeurs , des droits ne suffit pas à souder l’unité d’un pays. Il y faut un supplément d’âme, le sentiment d’appartenance à la même patrie, l’élan du cœur que nous éprouvons lorsqu’on hisse le drapeau national ou qu’on entonne l’hymne national. Avez-vous remarqué que , depuis les attentats terroristes qui défient ce que nous sommes, nous chantons la Marseillaise avec plus d’ardeur?

Et l’Islam dans tout cela ? Je ne veux pas éluder cette question qui, formulée plus ou moins explicitement , est omniprésente dans le débat actuel.

J’y ai longuement réfléchi. J’en ai parlé avec des interlocuteurs de tous bords. Récemment encore avec le jeune maire de Tourcoing, Gérald Darmanin , avec lequel je me suis trouvé en grande harmonie de pensée. Peut-être parce que nous sommes tous deux maires et que notre expérience quotidienne nous vaccine contre les simplifications idéologiques .

De deux choses l’une :

  • ou bien l’on pense que la religion musulmane n’est pas soluble dans la République , et alors il faut se préparer à une forme de guerre civile ;
  • ou bien l’on est convaincu qu’il existe une lecture du Coran et une pratique de la religion musulmane compatibles avec nos valeurs et notre mode de vie, et alors il faut travailler avec détermination à poser des règles claires entre les musulmans qui partagent cette conviction et la République. Ce ne sera pas facile. G. Darmanin rappelle que cela n’a pas été facile avec l’Eglise catholique jusqu’au début du siècle dernier. Ce sera plus difficile encore avec la religion musulmane qui n’a pas d’organisation hiérarchique. Mais il faudra le faire pour clarifier la question des lieux de culte et de leur financement, la question des imams , de leur recrutement et de leur formation. J’ai dans cet esprit proposé que les imams de France prêchent en français et soient titulaires d’un diplôme de formation à l’histoire et aux lois de la République.

Dans le même temps , nous devons nous montrer intraitables avec toutes les formes de radicalisation des esprits qui menacent notre civilisation. Radicalisation dans nos écoles où nos enseignants doivent recevoir la formation et le soutien hiérarchique pour résister à la propagande des fanatiques et développer le contre-discours adapté à leurs élèves ; radicalisation sur les réseaux sociaux et le web en général qui intoxiquent les esprits faibles et permettent hélas! à la haine de se lâcher; radicalisation dans les prisons où j’ai proposé la création d’une police pénitentiaire spécialisée dans la recherche du renseignement ; radicalisation dans certaines salles de prière ou l’on ne doit pas tolérer des prêches qui appellent à la violence et à la haine, en violation de nos lois.

Il y a longtemps que j’ai observé, dans notre vie politique, qu’il est plus facile d’avoir des positions simplistes qu’une approche équilibrée. Je suis la cible d’attaques venimeuses sur les réseaux sociaux où je suis parfois rebaptisé (sic) « Ali Juppé » ou qualifié de « Grand Mufti » de Bordeaux, ou accusé de financer à Bordeaux la plus grande mosquée de France… qui n’existe pas et n’existera pas ! Ce n’est pas cette campagne qui me fera vaciller. Je continuerai à tracer la route d’une France apaisée, juste, ouverte au dialogue et à la recherche d’une identité heureuse. Parce que je suis profondément convaincu que cette France est possible et que c’est cette France là qui est fidèle à ses racines.

Voir aussi:

« Les travailleurs chez Amazon ont des conditions de travail dignes du XIXe siècle »

Auteur d’« En Amazonie, infiltré dans le meilleur des mondes », Jean-Baptiste Malet décrit le fonctionnement du géant du commerce en ligne. En Allemagne, les salariés de trois sites sont en grève.

Elvire Camus (Propos recueillis)

Le Monde

La plateforme de vente en ligne Amazon réalise 70 % de son chiffre d’affaires pendant la période des fêtes de fin d’année, selon le syndicat allemand Verdi. Pour faire face à l’explosion de commandes passées en un clic à l’approche de Noël, la multinationale recrute des centaines d’intérimaires pour renforcer ses équipes.

L’année dernière, Jean-Baptiste Malet a fait partie des 1 200 salariés embauchés pour travailler au sein de l’entrepôt de Montélimar. Ce journaliste révèle dans son livre, En Amazonie, infiltré dans le meilleur des mondes, les conditions de travail à la fois archaïques et ultramodernes en vigueur au sein des entrepôts d’Amazon, interdits d’accès aux journalistes.

Pourquoi avoir choisi Noël pour votre infiltration dans un entrepôt d’Amazon ?

Jean-Baptiste Malet : Tout simplement parce que j’avais de grandes chances d’être recruté. Amazon recourt massivement aux intérimaires pendant cette période, qui commence fin octobre et se termine fin décembre. A Montélimar, 1 200 intérimaires ont été recrutés pour Noël. Les travailleurs allemands [actuellement en grève] m’expliquaient cet été que certains entrepôts doublaient voire triplaient leurs effectifs [en fin d’année]. Je tiens à rappeler que je me suis infiltré parce que les employés ont refusé de me parler lorsque je les ai sollicités et qu’il est impossible de visiter les entrepôts en tant que journaliste.

A quel point la période de Noël est-elle importante pour Amazon ?

Amazon réalise 70 % de son chiffre d’affaires à Noël. Début décembre débute ce que l’entreprise appelle la période de « rush ». C’est assez impressionnant quand on se rend aux abords des entrepôts à ce moment-là, d’ailleurs. Des cars de travailleurs qui habitent à plusieurs dizaines de kilomètres sont spécialement affrétés, il y a un va-et-vient de camions poids lourds incessant.

Quel est l’objectif de votre livre ?

Pour beaucoup, Amazon est quelque chose de très virtuel. Or, même avec l’économie numérique, le travail est toujours présent. Je voulais également montrer que les potentialités d’Internet ont bouleversé le monde du travail sur ce secteur. Amazon, c’est une révolution dans le monde industriel. Les entrepôts logistiques sont régis par une organisation du travail très précise qui n’est pas simplement celle du taylorisme ou du fordisme. Elle inclut toutes les potentialités d’Internet et fournit des outils de contrôle de productivité parfaitement inédits.

Les méthodes de travail que vous décrivez dans votre livre, très semblables à celles du travail à la chaîne dans les usines dites traditionnelles, sont-elles en contradiction avec l’image 2.0 d’Amazon ?

Chacun à sa propre image d’Internet. Je ne veux pas tenir un discours moral, simplement rappeler des faits et décrire ce qui se passe dans une usine logistique. Les travailleurs chez Amazon, loin, très loin des progrès du XXIe siècle, ont des conditions de travail qui sont dignes du XIXe siècle. Que ce soit en ce qui concerne les conditions de travail des intérimaires, que ce soit dans les cadences qui sont imposées, dans les contrôles de productivité, dans les fouilles au corps qui sont réalisées chaque fois qu’un travailleur franchit les portiques. Les exemples foisonnent dans mon livre et tendent tous à montrer qu’Amazon, en ce qui concerne le respect des droits sociaux, est une entreprise qui n’est pas progressiste mais parfaitement réactionnaire.

Nous sommes loin du fameux slogan « Work hard, have fun, make history »…

Pour moi, ce n’est pas une contradiction. Car il faut garder en tête que Jeff Bezos (actuel PDG d’Amazon) est libertarien. J’étais d’ailleurs surpris de voir le nombre de portraits apologistes qu’on a pu faire de cet homme. Dans le slogan il y a « make history », mais il faut voir qui écrit l’histoire. On ne peut se contenter d’une apologie des puissants et des milliardaires sous prétexte qu’ils arrivent à rassembler des énergies. Il faut voir à quel coût et à quelle société ils nous préparent. Pour l’heure, Amazon, avant de représenter un progrès, c’est d’abord une formidable régression en ce qui concerne le devenir de notre humanité.

Comment Amazon gagne de l’argent ?

La force d’Amazon, vis-à-vis du commerce de proximité, c’est d’avoir des coûts de stockage et de distribution beaucoup plus faibles. Un entrepôt logistique en zone périurbaine, c’est un loyer qui est beaucoup plus faible que celui d’un commerce de proximité. Après, il est incontestable que ce qui fait l’efficacité d’Amazon, c’est son infrastructure informatique, qui permet l’expédition de colis au plus vite une fois la commande passée car tout est fluidifié par le réseau. Cette infrastructure permet un contrôle total de tout ce qui se passe dans les entrepôts, y compris au niveau des travailleurs. Par ailleurs Amazon n’a pas besoin de machines complexes comme l’automobile : en réalité, Amazon ce sont de grand entrepôts avec des étagères métalliques, quelques ordinateurs et des bornes Wi-Fi. La machine la plus complexe étant l’être humain qui, grâce au levier informatique, peut générer des richesses incroyables. La multinationale réalise également des économies sur les pointeuses, placées non pas à l’entrée de l’entrepôt mais à trois minutes de marche, sur le recours outrancier à l’intérim et sur son évasion fiscale. Il faut savoir qu’Amazon doit 198 millions au fisc français.

Vous ne vous attendiez pas à tout ce que vous avez découvert ?

Je m’attendais à un travail pénible, à la culture à l’américaine, mais pas à devoir subir des discours moralistes. Chaque jour on vous demande d’être meilleur que la veille. Il y a un aspect très idéologique au travail et on va applaudir ce qu’on appelle le « top performer », la résurgence de l’ouvrier Stakhanov en URSS, qui va au-delà de ce qu’on lui a demandé de faire. Les contre-pouvoirs sont complètement muselés. La plupart des syndicalistes ont la vie dure [la CGT a déposé plainte car ils étaient fouillés arbitrairement]. Et c’est assez surprenant de voir qu’une multinationale, dans le cadre de son travail, une fois qu’elle a nié tous les droits les plus élémentaires contenus dans le code du travail, ensuite s’ingénie à reproduire une forme de collectivisme. Je pense que cela est dû au fait qu’Amazon est un univers qui est coupé du monde.

Comment voyez-vous ces conditions de travail évoluer ?

Je pense qu’il y a un véritable espoir en Allemagne, où les syndicalistes ont réussi avec beaucoup d’intelligence à réinventer les outils du syndicalisme avec le simple argument du droit. Cela pourrait être un exemple pour d’autres entreprises en Europe. Je pense aussi qu’il y a une réponse politique à apporter, notamment au sujet de l’évasion fiscale. En dernier échelon, et ce n’est pas quelque chose de dérisoire, le consommateur lui-même peut se poser la question de savoir ce qu’il gagne en consommant sur Amazon et ce qu’il y perd. Je ne suis pas convaincu que la plupart des Français souhaitent voir le politique distribuer des subventions publiques pour l’implantation de tels entrepôts, d’autant qu’Amazon n’a pas besoin d’argent public aujourd’hui. D’ailleurs, lors de l’implantation du quatrième entrepôt dans le Nord-Pas-de-Calais, la région n’a pas donné d’aide publique.

 

Voir également:

Stress, cadences infernales, maladies professionnelles… L’envers du décor d’Amazon

A l’automne 2018, le géant américain de la distribution en ligne va ouvrir un sixième centre de distribution en France, à Brétigny-sur-Orge (Essonne). A la clé : le recrutement de 1 000 personnes en CDI. Pourtant, dans les allées de ses entrepôts, les conditions de travail sont largement dénoncées.

Alain Jeault travaille depuis septembre 2012 sur le site de Sevrey (Saône-et-Loire). Délégué CGT, il ne compte plus le nombre de ses collègues arrêtés pour se faire opérer du poignet, du coude ou de l’épaule. « Des jeunes de 25 ans », souffle-t-il. Selon un rapport de la médecine du travail, auquel franceinfo a eu accès, sur les 121 personnes du site examinées par les médecins en 2015, 75 présentaient des « affections périarticulaires », c’est-à-dire des troubles musculo-squelletiques liés à leur travail et 30, des « affections chroniques du rachis lombaire » en lien avec leur activité de manutention.

« Personne n’était au courant de mes problèmes »

C’est ce qui est arrivé à Ana. Salariée sur le site de Montélimar (Drôme), cette femme de 46 ans a été licenciée pour inaptitude, en juin dernier. Embauchée en 2010, elle a contracté en 2012 une maladie à l’épaule gauche, à force de soulever des cartons. Elle est reconnue comme travailleur handicapé en mai 2013 par la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH). De retour à son poste de travail, elle demande simplement à ce que la hauteur de son bureau, sur lequel elle empaquette les colis, soit abaissée. « Je n’ai pas eu de réponse », explique-t-elle à franceinfo.

Elle l’aménage alors toute seule. « Un seul manager me proposait de temps en temps de me servir de la scotcheuse automatique, mais c’est tout. Au contraire, on venait me faire la remarque que je ne traitais que les petits colis. Personne n’était au courant de mes problèmes. » Du coup, Ana se voit contrainte de forcer sur son autre épaule. Il ne faudra que quelques mois pour qu’elle lâche elle aussi. « J’ai alors tenté de me reclasser, mais les documents qu’on m’a fournis étaient tous en anglais, une langue que je maîtrise très mal. » 

J’étais inapte à mon poste, mais pas à tous. Ils n’ont pas cherché à trouver une solution.Ana, ancienne salariée d’Amazonà franceinfo

Pour autant, elle n’en veut pas à ses anciens managers. « Eux aussi ont la pression. D’ailleurs, ils ne restent pas très longtemps à leur poste. » Depuis juin, elle se bat pour obtenir ses indemnités de licenciement.

Des scanners pour surveiller les salariés

Sur le site de Sevrey (Saône-et-Loire), Elodie se dit également en souffrance. Opérée récemment de la cheville, elle a bénéficié d’aménagements pour sa convalescence. Des restrictions que l’entreprise veut désormais supprimer. Pour cela, elle a été convoquée trois fois en deux mois par la médecine du travail, diligentée par l’entreprise. Ce qu’elle interprète comme un coup de pression. « C’est dur pour moi de marcher des kilomètres toute la journée. Je souffle une à deux minutes. Mais si je fais trop de pauses, ils (les managers) le savent tout de suite et me le font remarquer », confie-t-elle a franceinfo. En temps normal, un salarié peut parcourir entre 15 et 20 kilomètres par jour dans les allées des entrepôts.

Car dans les allées des entrepôts d’Amazon, tout est minuté, codifié, scruté, grâce aux scanners utilisés à chaque étape du traitement des colis. Une méthode qui permet à un employé d’en empaqueter jusqu’à 250 par heure.« Avec ça, ils savent exactement où vous vous trouvez et se servent de ces informations pour calculer votre temps d’arrêt », accuse Alain Jeault. Et même s’hydrater peut poser problème, rapporte de son côté France 3 Nord.

Si dans la journée, vous êtes allé aux toilettes, si vous avez pris un verre d’eau ou que vous ne pouvez pas justifier un temps d’arrêt, vous recevez une lettre de sensibilisation.Gérald Defauquet, délégué CGT sur le site de Douaià France 3

Si ces temps sont trop longs ou trop fréquents, « on se fait convoquer ou on reçoit chez nous un courrier recommandé nous incitant à accélérer la cadence », confirme Alain Jeault, qui dénonce « un véritable stress, que le salarié ramène à la maison ». Elodie raconte ainsi avoir déjà été convoquée jusqu’à quatre fois dans une même semaine, pour faire le point sur ces temps d' »inactivité ».

Cette situation tendue n’a pas échappé à certains élus, comme le député PCF du Nord, Alain Bruneel. En août dernier, il s’est rendu sur le site de Douai pour aller à la rencontre des salariés. Une visite suivie par un journaliste de L’Humanité et durant laquelle « une employée a fondu en larmes », se souvient Alain Jeault. Quelle a été la réaction d’Amazon ? « Le député n’a pas été reçu par la direction et des managers ont pris des photos des employés qui lui parlaient… » . Il a finalement été reçu par la direction, rapporte La Voix du Nord.

« Un environnement de travail sûr », selon Amazon

Contacté par franceinfo, Amazon refuse de commenter les situations particulières de ses employés ou ex-employés, mais rappelle que chaque collaborateur qui intègre l’entreprise reçoit « une formation spécifique en matière de sécurité et de manipulation sans risque, complétée tout au long de l’année par une formation progressive et continue, afin que les procédures de travail en toute sécurité soient bien maîtrisées ». L’entreprise estime également offrir « un environnement de travail sûr », avec notamment une « étude et amélioration constante de l’ergonomie des postes de travail ». Elle se défend enfin sur l’utilisation des scanners, en estimant qu’ils permettent plutôt une réduction des itinéraires au sein des entrepôts, et non un contrôle des cadences comme le dénonce le syndicaliste Alain Jeault.

Malgré ces démentis, le manque de dialogue et les conditions de travail sont régulièrement pointés du doigt, notamment dans l’enquête du journaliste Jean-Baptiste Malet, auteur d’En Amazonie : Infiltré dans « le meilleur des mondes », publié en 2013 (et en vente… sur Amazon !). Avec neuf autres de ses collègues, Alain Jeault se bat actuellement pour faire reconnaître leur spécialisation de cariste et faire en sorte qu’ils soient hissés au niveau 5, alors qu’ils ne sont pour le moment qu’au niveau 2. « Je suis cariste à 94% de mon temps, et lorsque l’on m’a embauché, on m’a demandé mon permis et j’ai passé une visite médicale spéciale. Et pourtant, je ne suis pas reconnu comme tel. » Cette reconnaissance porterait leur rémunération de 1 671 euros à 2 254 euros mensuels.

Cette mauvaise image n’empêche pourtant pas le groupe, qui promet des CDI payés 23% de plus que le SMIC selon Challenges, de trouver des candidats. Mais il doit élargir son bassin de recrutement et employer des personnes de plus en plus éloignées des sites. Alain Jeault relève ainsi qu’Amazon a dû mettre en place des navettes sur le site de Sevrey pour faire venir des salariés recrutés à Nemours… situé à 2h30 de là. Ceux qui tentent l’expérience ne restent pas plus de deux ans et demi en moyenne, estime le syndicaliste. Pour Ana, les cadences infernales représentent le véritable problème. « C’est un travail comme un autre, mais si les salariés étaient moins sous pression, ils s’abîmeraient beaucoup moins. »

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L’industrie du jeu vidéo: un travail de forçat?

Dominique Baillard

L’industrie du jeu vidéo est éclaboussée par une polémique sur les cadences infernales imposées aux employés. Le grand patron du studio Rockstar, connu pour la série « Grand Theft Auto » ou encore « Red Dead Redemption », a lui-même lâché cette information sans réaliser l’impact de cet aveu involontaire.

Pour faire la promotion de son prochain jeu, Dan Houser, qui a fondé le studio Rockstar avec son frère Sam, a évoqué « les semaines de 100 heures de travail », nécessaires pour arriver à sortir ce nouveau petit bijou, Red Dead Redemption 2, sans doute le jeu le plus attendu de l’année. Cent heures, cela fait du 14 heures par jour, 7 jours sur 7. Après l’avalanche de réactions négatives sur les réseaux sociaux, il s’est empressé de minimiser. Sans vraiment convaincre, car ces fameuses périodes de crunch, c’est comme ça que les studios ont baptisé ces sessions de travail hyper intense qui sont une réalité trop fréquente pour être ignorées.

Pourquoi les conditions de travail sont-elles aussi dures dans cette industrie ?

C’est une activité encore jeune, donc encore peu organisée sur le plan social, et surtout où la concurrence est féroce. Il n’y a pas de monopole comparable à celui des GAFA qui peuvent attirer les talents et les garder pour eux. La sortie d’un nouveau jeu est donc souvent un enjeu vital pour le studio. Et pour séduire les joueurs du monde entier, il faut proposer le produit le plus innovant et le plus parfait possible sur le plan formel. Le succès mondial de Grand Theft Auto (GTA) a fait de Rockstar l’une des entreprises les plus performantes du secteur, au prix d’un travail titanesque. Un jeu de belle facture contient aujourd’hui des millions de lignes de code, des centaines de personnages, des décors complexes et détaillés, et bien sûr des vérifications minutieuses pour éliminer tous les bugs avant la sortie. Cela passe par des tâches très répétitives dans les périodes de bouclage, périodes qui peuvent durer parfois non pas quelques semaines, mais une année entière. D’où les burn-out, les dépressions et les protestations de plus en plus véhémentes des employés.

Est-ce que cela concerne seulement le marché américain ?

C’est sans doute aux Etats-Unis où cette industrie emploie le plus de monde, plus de 220 000 l’an dernier, et donc où les abus sont les plus nombreux et les plus médiatisés. Mais cela concerne le monde entier, car cette activité est mondialisée. Rockstar a des studios en Europe, aux Etats-Unis et même en Inde. Cela concerne aussi la France où les plus grands comme les plus modestes ont été pointés du doigt pour leurs pratiques abusives. En début d’année, les employés d’Eugen System se sont mis en grève pendant plusieurs semaines pour défendre leurs droits. Le studio Quantic Dream, rendu célèbre pour ses jeux Heavy Rain, Beyond Two Souls et plus récemment Detroit : Become Human, a été dénoncé par nos confrères de Mediapart pour sa culture d’entreprise limite, avec du harcèlement, des propos racistes ou homophobes. Et Ubisoft, l’autre fleuron français (Assassin’s Creed, The Division, Just Dance, Watch Dogs…) a été épinglé au début du siècle et est devenu depuis un modèle social.

Comment réagissent les employés, et les employeurs ?

Les premiers parlent de plus en plus, surtout sur les réseaux sociaux. Le hash tag #AsagameWorker, « en tant que travailleur du jeu », est devenu leur bannière. Maintenant il est plus délicat de contester publiquement des pratiques sans risquer de perdre son emploi. L’organisation Game Workers Unite essaie de fédérer leurs revendications et surtout de dénoncer les abus. En France est né discrètement en 2017 un syndicat des travailleurs du jeu vidéo. Les employeurs de leurs côtés sont encore trop souvent dans le déni, c’est le cas de Rockstar, mais de plus en plus dans la volonté d’améliorer la situation pour éviter de voir leur image dégradée.

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Les dessous du business de la solidarité

Marketing, contrôle, évaluation… Les associations qui croulent sous les dons pour l’Asie doivent concilier bonne gestion et efficacité sur le terrain. Enquête sur les professionnels de l’urgence.
Laurent Barbotin, Marc Landré, Benjamin Neumann et Sabine Syfuss-Arnaud
L’Express

 

Ce jeudi 6 janvier, au siège parisien de Médecins du monde, une vingtaine de volontaires ont dû déchanter : un géologue, un élagueur d’arbres, une cadre de banque, un retraité et même une femme médecin, spécialisée en chirurgie maxillo-faciale… L’envie de partir et la bonne volonté sont des conditions nécessaires, mais elles ne suffisent plus pour retenir l’attention des  » recruteurs  » des ONG. Aujourd’hui, il faut parler anglais ou espagnol, pouvoir résister au stress, justifier de compétences techniques recherchées, être disponible trois mois d’affilée. Et pouvoir partir sur-le-champ à l’autre bout du monde secourir les victimes d’un tsunami dévastateur. Le tout pour une rémunération mensuelle comprise entre 510 et 920 euros, agrémentée d’une (modeste) prime de séjour. La solidarité humanitaire demeure une aventure, souvent rude, et elle a désormais des exigences. Ce jour-là, les deux  » recruteuses  » de Médecins du monde ne retiennent que des infirmières, des sages-femmes, des logisticiens, des urgentistes…

A la démesure de la catastrophe asiatique répondent un élan de solidarité inédit et un flux incroyable de dons venus du monde entier, un pactole d’environ 10 milliards de dollars offerts par des millions de particuliers, des milliers d’entreprises et des Etats. Mais, au bout de la chaîne, ce sont des associations, souvent fragiles, et des équipes réduites qui doivent assumer toutes les responsabilités, et elles tentent, tant bien que mal, de gérer cette manne colossale. Toutes ne sont pas équipées pour canaliser cette vague de générosité. Pour la première fois de son histoire, Médecins sans frontières (MSF) a interrompu sa collecte mondiale, après avoir récolté 40 millions d’euros en une semaine :  » Notre structure ne nous permet pas de gérer plus d’argent « , ont affirmé ces pionniers de l’urgence, au grand dam de plusieurs de leurs collègues humanitaires.

Le petit monde des ONG n’a jamais paru si éclaté, si divers. En vingt-cinq ans, elles seraient passées de 4 000 à quelque 35 000 dans le monde. La France est, avec le Royaume-Uni et les Etats-Unis, au tout premier rang mondial.  » Il n’y a pas un mouvement humanitaire unifié, mais des organisations qui oeuvrent un peu chacune dans leur coin « , constate Thierry Pech, auteur avec Marc-Olivier Padis d’un ouvrage de référence, Les Multinationales du coeur (Seuil). Cela va des petites structures d’une demi-douzaine de personnes à la Croix-Rouge française, dont le budget dépasse les 700 millions d’euros.

Le charity business fait des émules et a explosé depuis une bonne dizaine d’années. En France et en Europe, surtout, mais pas seulement. La Banque mondiale affirme travailler avec près de 1 000 ONG dans le monde entier. Un tri s’impose entre celles qui tiennent leurs engagements et d’autres, aussi opaques qu’opportunistes. Sans oublier  » les « faux nez », ces organisations derrière lesquelles on trouve un gouvernement, une idéologie, une organisation religieuse ou un lobby industriel « , ajoute Thierry Pech.

Un tabou est peut-être en passe de voler en éclats : le petit monde des ONG découvre les exigences du contrôle et de l’évaluation. Le mouvement est d’abord venu des grandes organisations internationales, qui ont commencé à poser des conditions. Pour une raison simple : plus de 10 % de l’aide au développement distribuée par les Etats passent aujourd’hui par les ONG. Les bailleurs de fonds internationaux ont structuré leurs procédures de financement de projets. A l’instar de la Banque mondiale, qui a imposé une longue liste de critères aux organisations avec lesquelles elle travaille. Mais aussi de l’Union européenne, qui, en créant Echo en 1992, s’est donné les moyens de superviser ses opérations d’aide humanitaire. Bruxelles n’accorde ses financements – 600 millions d’euros par an – qu’après la signature de contrats-cadres très pointus. Echo veille au grain et a audité en 2003 près de 150 de ses partenaires.

Audit : le mot est lancé. Il a fallu un énorme scandale français pour voir enfin cette pratique se développer. En 1996, la justice découvrait un détournement massif au sein de l’Association pour la recherche sur le cancer (ARC), dont le président, Jacques Crozemarie,  » siphonnait  » la caisse. Il fut condamné à quatre ans de prison.  » On sort enfin de l’opacité « , observe Thierry Pech.  » Cette affaire nous a poussés à être beaucoup plus rigoureux « , renchérit Jean-Luc Bellynck, directeur financier de la Croix-Rouge française. Les contrôleurs se sont mis au travail.  » De telles dérives ne sont plus envisageables, car la probabilité de se faire contrôler est beaucoup plus forte « , estime ainsi Jean-François Carrez, président de la 5e chambre de la Cour des comptes. Cette dernière et l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) auditent chaque année une demi-douzaine d’associations. Un chiffre ridicule par rapport à la quantité d’organisations, mais Philippe Séguin, premier président de la Cour des comptes, assure ne pas vouloir relâcher la pression : les contrôles seront renforcés en 2006, surtout en ce qui concerne l’utilisation des fonds collectés pour l’Asie.

 » Ils durent des mois, et tout est épluché, y compris les comptes personnels des dirigeants « , confie Olivier Berthe, président des Restaurants du coeur, contrôlés en 2004.  » Nous avons des pouvoirs d’investigation très larges, confirme Jean-François Carrez. Les dirigeants sont même parfois obligés de nous donner des informations qu’ils ne communiquent pas à leur conseil d’administration.  » Comme le détail de contrats passés avec des entreprises, la rémunération de dirigeants, voire certains arrangements comptables.

Les Restos du coeur ont eux aussi revu leur système de contrôle après la découverte de détournements par des bénévoles, au siège et en région. Ils ont ainsi recruté une directrice financière, créé une commission d’appels d’offres et développé un service interne d’audit. Ils ont obligé leurs 113 antennes départementales à s’entourer de commissaires aux comptes, cinq ans avant que la loi l’impose, en 2003.  » Il n’existe pas de système infaillible, avoue Olivier Berthe. On peut juste mettre en place un maximum de garde-fous afin d’éviter les dérives.  »

Certaines ONG ont également tenté de s’organiser et d’élaborer des standards communs de bonne gestion. Créé en 1999, le Comité de la charte de déontologie délivre un label de bonne conduite à ses adhérents. Une bonne idée, en théorie, mais loin d’être suffisante.  » Les contrôleurs sont bénévoles et leurs compétences laissent parfois à désirer « , constate Marie-Caroline Bonnet-Galzy, patronne de l’Igas. MSF a d’ailleurs refusé d’intégrer le Comité de la charte, stigmatisant l’amateurisme des contrôles et contestant la validité d’un label que les ONG s’autodécernent…  » Le label peut constituer un premier niveau de sécurité, mais il n’est nullement suffisant « , admet un adhérent. Pour preuve : l’association Raoul-Follereau, créée pour lutter contre la lèpre, a été épinglée par l’Igas en 2002, car elle investissait dans des plantations de palmiers en Côte d’Ivoire et finançait les oeuvres de cardinaux conservateurs du Vatican, deux missions sans rapport avec ses objectifs initiaux. Le Comité de la charte a mis plusieurs mois avant de lui retirer son précieux label.

Ce manque de professionnalisme avéré avait conduit en 2000 l’Association française contre les myopathies à quitter ce comité pour faire certifier ses comptes par un cabinet indépendant, le BVQI. Mais celui-ci ne certifie aujourd’hui que quatre associations, dont l’ARC et l’Armée du salut, tandis que le Comité de la charte affiche une cinquantaine d’adhérents…

S’il devient de plus en plus difficile pour les organisations, du moins pour les plus importantes et les plus connues, de frauder ou d’affecter l’argent des donateurs comme bon leur semble, la question de l’évaluation du travail accompli sur le terrain demeure taboue : combien de personnes ont-elles été secourues, les moyens utilisés ont-ils été les plus pertinents, l’argent a-t-il été dépensé de la façon la plus efficace ?…  » On en est, dans ce domaine, au stade infantile « , lâche Thierry Pech.

Là encore, l’ampleur du mouvement de solidarité au lendemain du tsunami a permis d’ouvrir le débat. Mais ce dossier est aussi explosif que complexe. Les acteurs concernés sont réticents. A MSF, Marc Sauvagnac, directeur financier, pointe d’emblée  » les limites  » de l’évaluation :  » Un référentiel tout-terrain n’est pas satisfaisant, car chaque contexte est différent. Il est déjà très compliqué d’identifier les populations les plus vulnérables, sur place, dans un contexte de crise. Qui pourrait alors avoir les moyens et la légitimité de noter nos actions ?  »

Même dans le secteur de la microfinance, très en avance en termes d’évaluation des structures de crédit via des agences de notation comme Planet Rating, on réfléchit encore aux moyens de mesurer leur impact socio-économique. Sans avoir trouvé la solution miracle.

Certaines associations se sont toutefois lancées dans l’aventure en se dotant de moyens internes d’évaluation. Médecins du monde a mis en place en 1990 un  » comité des donateurs « , composé de seize membres bienfaiteurs élus par leurs pairs. Il veille  » à ce que les fonds collectés soient utilisés à bon escient « . Ses membres n’hésitent pas à se rendre sur le terrain pour réaliser un rapport comparant les moyens mis en oeuvre et les objectifs. En 2002, l’ARC a créé une commission d’évaluation scientifique de douze membres. Suivi des projets, grille d’évaluation : elle tente de mesurer l’impact des subventions accordées.

Les entreprises donatrices – de plus en plus nombreuses depuis dix ans – pourraient aussi faire fonction d’évaluateurs. Mais elles s’en gardent le plus souvent, préférant le rôle de donateur. La loi du 1er août 2003 sur le mécénat, qui permet de déduire des impôts 60 % des dons, a été un coup d’accélérateur pour les partenariats. Handicap International, la fondation Abbé-Pierre et le Secours catholique se sont même dotés l’an dernier de services chargés de démarcher les entreprises, dont la participation est encore très modeste : en 2003, elle ne représente qu’environ 3 % du budget des grandes ONG françaises.

Il faut dire que la rencontre entre l’humanitaire et l’entreprise est récente et a d’abord été conflictuelle. Au cours des années 90, une cinquantaine de campagnes hostiles à un groupe ou à un secteur d’activité ont été lancées par des ONG, contre Nike, Shell, Total et BP. Même si des associations comme MSF ou la fondation Abbé-Pierre ont leurs listes noires et refusent l’aumône de certains groupes, la tendance est plutôt à la coopération.  » Les ONG sont aujourd’hui parties prenantes de la stratégie des sociétés, explique Philippe Chabasse, un ancien de Handicap International qui a créé un cabinet de conseil guidant les entreprises au sein de la nébuleuse humanitaire. C’est même devenu un impératif économique pour certaines d’entre elles.  »

Elles ont compris que travailler avec les ONG pouvait être très bénéfique.  » On y gagne en termes d’image auprès de nos clients comme de nos salariés « , admet Thierry Desouches, chargé de la communication de Système U, qui développe un partenariat avec Action contre la faim depuis 1997. Les points de fidélité accumulés par les clients peuvent être reversés à l’association sous forme de dons abondés par l’entreprise. En 2004, Système U a versé 500 000 euros à Action contre la faim, soit la moitié des sommes collectées par l’organisation humanitaire auprès des entreprises. Mais cet argent est affecté à un fonds d’intervention d’urgence. L’entreprise est informée de l’affectation de ses dons un an après.

Les partenariats entreprises-ONG peuvent aussi prendre la forme de  » produit partage  » (versement d’une somme d’argent à une association donnée lors de l’achat d’un bien défini) et de  » mécénat de compétences « . Cap Gemini et Ernst & Young mettent ainsi tous les ans des auditeurs à disposition de Planet Rating, qui note les institutions de microfinance : trois personnes à temps plein pour le premier et quatre cents jours/hommes pour le second. Idem pour Sanofi-Aventis, qui offre à Médecins du monde les services d’un juriste et d’un fiscaliste.

Parallèlement, en interne, les ONG sont devenues une affaire de professionnels.  » Sur le terrain, le baroudeur au grand coeur a laissé la place à un logisticien très pointu « , observe Thierry Pech. Directeurs des ressources humaines, collecteurs de dons, informaticiens, spécialistes en traitement des eaux… les équipes se sont étoffées et spécialisées. Ainsi, Greenpeace emploie aujourd’hui 45 permanents, contre une dizaine en 1996. Christophe Glenisson, directeur de la collecte de fonds, est arrivé fort d’un mastère de publicité de l’université de Chicago et de son expérience à EuroRSCG. Le directeur financier de la Croix-Rouge française est l’ancien patron d’Air liquide santé. Le directeur général de Médecins du monde est un ancien de HEC, tout comme la coordinatrice qui vient de s’envoler pour le Sri Lanka.

Il faut dire que l’humanitaire fascine. On estime à 20 000 par an le nombre de candidats au départ pour le bout du monde. La Croix-Rouge reçoit 20 curriculum vitae par jour en temps normal, plus de 70 depuis le désastre en Asie. L’an dernier, 8 000 candidatures sont arrivées au siège de Médecins du monde ! Beaucoup d’entre elles proviennent de jeunes diplômés de l’enseignement supérieur plus attirés par le charity business que par le monde de l’entreprise. Né en 1998 de la volonté de proposer aux populations sinistrées des coups de téléphone gratuits, Télécoms sans frontières emploie ainsi deux jeunes ingénieurs recrutés à la fin de leur stage. Et 15 % des jeunes diplômés affirment vouloir faire tout ou partie de leur carrière dans l’humanitaire.

Une fascination pour les ONG dont s’est emparé le milieu de la formation. Dès 1983 naissait Bioforce Développement, un institut spécialisé préparant des techniciens de l’humanitaire (voir encadré page 37). Depuis le milieu des années 90, les universités rivalisent d’imagination pour créer à leur tour des formations aux métiers du développement ou de la santé dans les pays pauvres.

La collecte de dons n’échappe pas à cette tendance. Cinquante ans après le célèbre  » Mes amis, au secours !  » de l’abbé Pierre au profit des mal-logés, les techniques de marketing visant à alimenter la machine à dons ont beaucoup évolué. Une ONG doit parfois investir jusqu’à 30 % de ses ressources pour faire la différence sur le marché compétitif de la générosité, évalué à environ 2 milliards d’euros en France. Mais obtenir l’appui d’une personnalité reste le meilleur moyen d’acquérir de la notoriété à bon prix. Les Restos du coeur reçoivent ainsi un cinquième de leur budget annuel grâce aux Enfoirés (voir encadré ci-contre). La Voix de l’enfant, dont le budget ne dépasse pas 1 million d’euros, accède aux plateaux de télévision grâce une ambassadrice de charme, l’actrice Carole Bouquet.  » La télévision est le meilleur moyen de susciter l’émotion, et c’est l’émotion qui déclenche les dons « , analyse Laurent Terrisse, directeur de Non Profit, filiale de l’agence de communication TBWA, spécialiste des ONG.

Dynamisée par les déductions fiscales instituées par le législateur, la collecte de fonds s’effectue principalement au moyen d’opérations de publipostage, sur la base de fichiers que les associations s’échangent,  » quand elles ne travaillent pas sur les mêmes secteurs de l’humanitaire « , précise un professionnel. Le message lui-même évolue : un temps culpabilisant, il est aujourd’hui plus concret et surtout personnalisé par le parrainage direct, l’envoi de photos des villages aidés ou des travaux effectués, l’édition d’étiquettes autocollantes ou l’adjonction d’une enveloppe prétimbrée suscitant la réponse. Mais les ONG hexagonales sont moins offensives que leurs homologues anglo-saxonnes. Certaines envoient jusqu’à 24 lettres de relance dans l’année pour reconquérir un donateur perdu, d’autres mettent en oeuvre des loteries qui font un riche et quelques moins pauvres !

Dans les années 80 sont même apparus des cabinets de conseil, comme RMG Connect et Excel, spécialisés dans le marketing humanitaire. Celui-ci se déploie en plusieurs temps : prospection, fidélisation et, dans le meilleur des cas, legs. Ce qu’Antoine Vaccaro, fondateur d’Excel, racheté en 2001 par TBWA, appelle  » la trilogie du don « . La prospection est la phase la plus onéreuse et la plus aléatoire : l’association dépense environ 1 euro par personne démarchée et peut, au mieux, espérer rembourser ses frais. Environ la moitié de ceux qui auront répondu favorablement pourront être fidélisés, pour une durée moyenne de cinq à sept ans.  » C’est là seulement que le système est rentable « , précise Antoine Vaccaro. MSF a même introduit le prélèvement automatique il y a une dizaine d’années avec son opération  » 1 euro par semaine « . Don indolore, il dissipe l’impression de gâchis et de paperasserie. Mais le vrai jackpot, c’est lorsque des personnes âgées lèguent une partie de leur fortune à l’association. Avec un record en la matière : en 2001, les tableaux d’un collectionneur était offerts à l’Unicef par son épouse, Jeanne Gaffé ; un don valorisé à 73 millions de dollars !

D’où vient et où va l’argent. Bilan comptable des associations caritatives (TABLEAU VOIR PDF)

Du Biafra à Bam, six crises qui ont forgé la réputation des humanitaires1967-1970

BIAFRA

Les conséquences de cette guerre civile au Nigeria, avec 3 millions de déplacés, ont provoqué la première réaction humanitaire planétaire. En plus d’un an, la Croix-Rouge va récolter 23 millions de francs et organiser 320 vols pour acheminer 2 135 tonnes de vivres.

1979-1989

AFGHANISTAN

Au début des combats, en 1979, Action contre la faim est créée pour aider les 3 millions d’Afghans vivant dans des camps de réfugiés au Pakistan. Pendant les dix ans de l’occupation soviétique, 1 200 volontaires français vont clandestinement passer la frontière pour monter des dispensaires.

1984-1985

ÉTHIOPIE

Alors que la famine décime tout un peuple, un concert géant, Live Aid, est organisé en juillet 1985. Suivi par 1,5 milliard de téléspectateurs, il rapporte 74 millions de dollars. Tandis que des artistes enregistrent aux Etats-Unis We Are the World et en France SOS Ethiopie.

1992-1993

SOMALIE

Sous la férule des chefs de guerre locaux, 1 million de personnes déplacées sont menacées par la famine. Quand, en décembre 1992, les Etats-Unis lancent l’opération spectacle Restore Hope, qui marque la naissance controversée du droit d’ingérence militaro-humanitaire.

1999

KOSOVO

Deux mois après le début de l’exode de 950 000 réfugiés, près de 150 millions de francs et 17 000 tonnes de nourriture et de produits d’hygiène ont été récoltés. Jamais les ONG françaises n’avaient reçu autant de dons : 80 millions de francs en trois jours pour la Croix-Rouge.

2003

IRAN

Ce 26 décembre, un séisme tue plus de 26 000 personnes à Bam. Un programme d’aide internationale fort de 500 millions d’euros est mis en place. La France promet 6 millions d’euros. Chiffre qui ne sera finalement atteint que grâce aux 4,1 millions des organisations caritatives.

Thierry Bandiera, expert en logistique d’urgence à la Croix-RougeBravo, Alpha, November, Delta, India, Echo…  » Lorsque Thierry Bandiera épelle son nom, c’est en alphabet radio. Efficacité, rapidité et disponibilité sont les leitmotivs de ce  » Monsieur 100 000 Volts  » de 37 ans, responsable de la logistique à la Croix-Rouge française depuis treize ans.

Le 8 janvier, cet ancien de l’armée de l’air a supervisé le décollage d’un DC10 dont la soute était remplie de matériel et de colis pour l’Asie. C’était le quatrième avion qu’il affrétait depuis le tsunami. Lui s’envolait le jour même pour Kuala Lumpur, pour réceptionner la cargaison et ouvrir un bureau en mesure d’accueillir une équipe d’humanitaires.

C’est en  » voltigeur  » qu’il a débarqué dans la capitale de la Malaisie. Entendez qu’il n’y avait jamais mis les pieds, mais que, malgré tout, il a assuré ses arrières avant le départ, jouant du téléphone, du fax et du courriel pour activer ses réseaux à l’ambassade et dans les entreprises françaises sur place. Son but : trouver des grues pour décharger le DC10 ; disposer de surfaces de stockage pour entreposer les 60 tonnes de marchandises, dont l’essentiel provenait de dons d’entreprises (10 tonnes de shampooing et de savon, des kilomètres de ficelle, 13 citernes pour l’eau, une tronçonneuse thermique…).

Equipé de téléphones satellitaires et d’ordinateurs portables, Thierry Bandiera s’est donné trois semaines pour faire tourner le bureau de Kuala Lumpur. Trois volontaires l’y aident : une logisticienne et deux chefs d’entreprise, qui, de temps en temps, quittent leur quotidien pour le suivre en mission.

La Croix-Rouge française a recueilli plus de 60 millions d’euros pour secourir l’Asie. Une grande partie sera dépensée en médicaments, rations alimentaires, kits de première nécessité, expédiés depuis la France. Sur place, Thierry Bandiera achètera aussi des équipements peu sophistiqués (jerricans, casseroles ou réchauds) chez des fabricants locaux, de Malaisie, d’Indonésie ou de Singapour. Début janvier, déjà, il lançait, depuis son bureau parisien de la rue de Berri, des appels d’offres sur Internet. Car l’humanitaire est prévoyant et ne dépense pas à l’aveugle. D’ailleurs, tous les jours, il envoie un rapport financier au siège.

S.S.-A.

A l’école des  » pros  » de l’humanitaireCréé en 1983 dans la banlieue de Lyon par Charles Mérieux, l’institut privé Bioforce forme des techniciens de l’humanitaire. Diplômés de niveau bac + 2, ils sont logisticiens, administrateurs, gestionnaires de projet ou spécialistes de l’eau. L’actuelle promotion compte 120 étudiants, dont 62 % d’hommes, de dix-huit nationalités. L’âge moyen est de 29 ans. Bioforce compte un réseau de 850 anciens, dont la moitié travaillent dans des ONG.

Les Enfoirés, recette magique des RestosRien de mieux que des artistes mobilisés autour d’une cause pour faire rentrer des sous dans les caisses. Champions toutes catégories : Les Restos du coeur. Ils réunissent avec Les Enfoirés la plus belle brochette de VIP du pays : Jean-Jacques Goldman, Patricia Kaas, Patrick Bruel, Muriel Robin, Pascal Obispo… Les Enfoirés, c’est une superbe opération de marketing au profit des plus démunis (plus de 66 millions de repas servis l’an dernier). Leur tournée, réalisée chaque année fin janvier à guichets fermés (une date au Zénith de Clermont-Ferrand en 2005 et cinq à Paris-Bercy), bénéficie d’une incroyable couverture médiatique, et sa diffusion, en mars, sur TF 1, est l’une des meilleures audiences annuelles : dix-septième en 2004, avec 11 millions de téléspectateurs ! L’opération financière est excellente. Le CD et le DVD du concert rapportent plus de 16 millions d’euros, soit 17,8 % des recettes de l’association. Cette année, Les Enfoirés ont fait une infidélité aux Restos en donnant un concert supplémentaire au profit de la Croix-Rouge, pour venir eux aussi en aide aux sinistrés de l’Asie du Sud. M.L.

Ce magistrat veille sur vos donsJean-François Carrez, président de la 5e chambre de la Cour des comptes, encadre les magistrats chargés de contrôler les associations faisant appel à la générosité publique. Son programme pour l’année 2005 ? La publication attendue en mars du second rapport sur l’ARC (Association pour la recherche sur le cancer) et, à la rentrée, ceux sur la fondation Abbé-Pierre et France Alzheimer. Ainsi que la supervision des contrôles en cours au Secours catholique et à la Ligue nationale contre le cancer.

Salaires : 10 à 30 % de moins que dans les entreprises Il y a deux ans, la directrice d’Action contre la faim, Sylvie Brunel, lançait un pavé dans la mare en dénonçant le  » business  » humanitaire et les hauts salaires des cadres du secteur (plus de 4 500 euros par mois). Si certaines associations comme la Croix-Rouge offrent des conditions avantageuses (rémunérations inférieures de 10 % seulement à celles du privé, convention collective), la majorité des salariés d’ONG sont moins bien lotis, avec des différences de 30 % par rapport aux revenus au sein d’entreprises classiques.

Greenpeace

Directeur général : 4 200 à 4 500 euros

Directeur : 3 000 à 3 500 euros

Chargé de mission (bac + 4 en moyenne) : 2 000 à 2 700 euros

Employé : 1 600 euros

Secours populaire

Directeur général : 2 786 euros

Chef comptable : 2 484 euros

Responsable du contrôle de gestion : 2 334 euros

Comptables et assistantes de direction : 1 995 euros

Chargé de développement : 1 844 euros

Agent d’accueil : 1 506 euros

Médecins du monde

Salaire le plus élevé : 7 274 euros

Salaire le plus faible : 1 312 euros.

Volontaire à l’étranger : 510 à 920 euros net, plus une prime de séjour de 200 à 500 euros.

Collecteurs de fonds : 11,10 euros l’heure.

Tous les salaires sont donnés en brut sauf pour les volontaires à l’étranger de Médecins du monde.

Sources : ONG citées

Le tsunami a aussi dopé le volontariatMédecins du monde fait salle comble au lendemain du tsunami lors de la réunion mensuelle sur le volontariat. Au siège parisien, rue Marcadet, ils étaient près de 65, soit deux à trois fois plus que d’habitude, à proposer leurs services pour l’Asie. Des cadres de l’industrie, des employés, de jeunes retraités sont tous prêts à partir aider les victimes du raz de marée. Ne seront retenus que les médecins, infirmières et logisticiens.

Voir encore:
« Nous espérons que cette affaire ne ternira pas l’image de la Croix-Rouge »

Les révélations du « Parisien » sur les entorses au droit du travail à la Croix-Rouge française ont réduit au silence la plupart des employés.

« Je ne prendrai pas le risque de parler. Adressez-vous à la communication ou à la direction. » Les révélations, dimanche 31 mai, du Parisien sur les entorses au droit du travail à la Croix-Rouge française, le non-paiement d’heures supplémentaires et le risque d’une amende de 2,8 millions d’euros, ont eu un premier effet : réduire au silence la plupart des salariés et des bénévoles, que ce soit à Paris, à Lyon ou encore à Marseille. Il est vrai que consigne avait été donnée par la direction de ne pas parler à la presse.

Richard Schittly (Lyon, correspondant), Isabelle Rey-Lefebvre et Luc Leroux (Marseille, correspondant)

Le Monde

 

« Que la direction confonde bénévolat et salariat, ça, c’est une réalité dans cette entreprise qui manque de transparence », se hasarde un cadre marseillais de la Croix-Rouge française qui préfère conserver l’anonymat. « Les cadres ne sont pas payés pour leurs heures supplémentaires et ont du mal à les récupérer. Il n’est pas rare qu’on nous convoque pour des réunions fixées après nos horaires de travail. Comme au siège, ce serait bien que l’inspection du travail fasse un petit tour chez nous. »

La réalité décrite par Marie (dont le prénom a été modifié à sa demande), employée dans le service d’aide à domicile, tranche avec le renom de l’association. « C’est beau l’image de la Croix-Rouge, mais l’envers du décor ce sont des petits salaires. Ce n’est pas qu’on soit maltraités mais il y a beaucoup de précarité, des salariés qui ont du mal à joindre les deux bouts, à trouver un logement… » Fière malgré tout de travailler à la Croix-Rouge, Marie cite le salaire d’une aide-soignante avec vingt ans d’ancienneté, 1 200 euros pour un trois quart-temps, ou celui d’un brancardier à 1 100 euros en fin de carrière. « On nous dit qu’on est là pour sauver des vies mais cela ne doit pas se faire à n’importe quel prix. »

« Personne ne vous parlera ici ! »

A Paris, devant le siège rue Didot (14e arrondissement), aucun salarié n’accepte de répondre aux questions si ce n’est sous le couvert de l’anonymat. Une jeune femme pressée lance : « Éloignez-vous un peu, personne ne vous parlera ici ! » « Cela fait dix ans que je vis la pression des horaires et du toujours plus, c’est bien que cela sorte au grand jour », témoigne néanmoins une secrétaire. Mais ce sentiment ne fait pas l’unanimité : « Je suis très heureuse de travailler à la Croix-Rouge française où je peux récupérer mes jours », tient à faire savoir une cadre du service juridique. « Les cadres qui se plaignent oublient qu’ils ont 23 jours de RTT par an. Ils peuvent bien faire quelques heures supp’», estiment deux employés. « Les budgets sont en baisse, les demandes en hausse. Notre modèle économique et notre organisation sont bousculés », reconnaît une cadre.

Pour les salariés rhônalpins, cette affaire de défaut de comptage d’heures supplémentaires, est très parisienne. Le siège, où sont traitées les relations internationales, reste un peu à part de la réalité quotidienne de la Croix-Rouge en région. En tout cas, cette affaire ne semble pas devoir affecter les relations sociales des multiples établissements régionaux. « Pour la Croix-Rouge ça fait désordre. Mais franchement on ne se sent pas concernés. Dans les établissements régionaux, il est très peu question d’heures supplémentaires », confie Carmine Colangeli, brancardier, représentant CFDT au centre des Massues à Lyon. Pour lui, le personnel est plutôt vigilant sur la réorganisation globale engagée : « On nous présente un projet d’optimisation, on est dans une période de rigueur dans un secteur de santé ultra-concurrentiel, les partenaires sociaux discutent de ça dans les instances, c’est l’enjeu actuel. »

« Depuis une dizaine d’années nous sommes lancés dans la professionnalisation à grands pas, observe Marie-Catherine Roquette, directrice régionale Rhône-Alpes. L’association est devenue une entreprise, avec ses contrôleurs de gestion, ses pilotages par métiers, qui cherchent à dépoussiérer son image. »

Le choc est parfois violent

Dans la région Rhône-Alpes, la Croix-Rouge est devenue un acteur économique majeur avec près de 4 000 salariés. Elle gère une soixantaine d’établissements sanitaires et un institut de formation. Avec un budget de l’ordre de 150 millions d’euros, la direction Rhône-Alpes représente 12 % de l’activité de la Croix-Rouge française. « C’est une association magnifique, on est mobilisé pour améliorer la qualité de nos missions », juge Mme Roquette.

Chez les bénévoles, c’est l’incompréhension qui domine. Beaucoup refusent de témoigner, renvoyant à la direction de la communication. « Oui, il faut respecter le code du travail mais nous, nous ne comptons pas nos heures », indique Paul, 60 ans, bénévole à Paris depuis longtemps. « Tout ce que nous espérons, c’est que cette affaire ne ternisse pas l’image de l’association et n’entraîne pas une baisse des dons, car leur produit revient aux unités locales », remarque t-il, témoignant du rapport assez distant qu’entretiennent une grande majorité de bénévoles avec la direction.

Matisse Belusa, qui fut, jusqu’en 2012, président de l’unité locale du 6e arrondissement de Paris, explique :

« La Croix-Rouge française est une énorme organisation. A Paris, nous ne manquons jamais de bras et c’est une aventure humaine incroyable. Mais le choc peut être violent entre les bénévoles, qui s’impliquent énormément, et les instances dirigeantes, qui ne mesurent pas toujours leur travail, n’écoutent pas assez le terrain. Lorsqu’un bénévole a commis une maladresse, elles prennent parfois des sanctions humainement difficiles à vivre »

Un élu du bureau d’une délégation départementale confie :

« Depuis l’arrivée du nouveau président [Jean-Jacques Eledjam] il y a deux ans, nous sentons une gestion assez brutale, avec des instructions que nous ne pouvons pas discuter. Le moindre désaccord est sanctionné  »

« Beaucoup d’exagération »

« La Croix-Rouge ne peut pas se permettre d’un côté d’aider les gens par sa vocation essentielle, et de l’autre de mal se conduire avec ses salariés », réagit Jean-Pierre Vainchtock, président de la délégation départementale du Rhône, qui gère 800 bénévoles, dont 180 secouristes de l’organisme caritatif. Pour les bénévoles, l’affaire du droit du travail écorne bien sûr l’image de l’institution. « Une association à vocation humanitaire doit plus que tout autre respecter les règles du droit du travail », reconnaît bien volontiers M. Vainchtock, tout en relativisant la polémique : « Il y a sans doute beaucoup d’exagération dans la présentation médiatique des choses. »

« Cela n’entache pas l’image de la Croix-Rouge, estime Ludovic Lanzi, responsable des équipes mobiles et maraudes de nuit à Marseille. Il s’agit d’une question de gestion de salariés mais les bénévoles savent pourquoi ils font ce qu’ils font. Ils ont été plus choqués par la récupération de notre logo Samu social sur une affiche du Front national lors des dernières élections départementales. »

Voir enfin:

L’homosexualité masculine est-elle une norme dans l’industrie de la mode?

Si l’on vous demandait le nom d’un couturier français hétérosexuel, vous auriez sans doute bien du mal à en citer un.

Slate

Pour célébrer son 300e numéro sorti en septembre 2018, le magazine anglais Attitude –le premier média dédié à la communauté LGBTQ+ en Europe– célèbre l’industrie de la mode en mettant en couverture Olivier Rousteing, directeur artistique de Balmain, Edward Enninful, rédacteur en chef du Vogue britannique, et Nicola Formichetti, designer de Diesel et Lady Gaga.

Pour expliquer ce choix, le rédacteur en chef Cliff Joannou, dans son édito, évoque le rôle central du vêtement dans la vie des homosexuels: «Le style est une fenêtre ouverte sur notre identité, car les vêtements sont bien plus qu’une épaisseur qui nous protège des éléments. Beaucoup d’hommes homosexuels passent des années à cacher leur identité ou à se fondre dans un stéréotype de genre. En grandissant, est-ce si surprenant que ça de les voir faire carrière dans la mode, cet univers qui leur permet de mettre de la couleur dans un monde sombre et discriminant?”»

Joannou évoque ici la présence en nombre d’hommes ouvertement gays dans l’industrie de la mode. Aux côtés des femmes, ils représentent la majeure partie du million d’emplois liés à la mode en France. L’homme hétéro y est minoritaire; il se braque et refuse de devenir un travailleur de cette industrie, de passer par une école de stylisme et de parler chiffons en public.

Affaires d’hommes

Depuis la fin du XIXe siècle, les hommes excellent dans l’art de l’habillement. Ce sont eux qui donnent naissance à la haute couture en France et en font un business lucratif. Charles Frederick Worth marque l’histoire en étant l’un des rares couturiers hétérosexuels et d’origine étrangère à enrichir la mode française. Son disciple, Paul Poiret, également hétérosexuel, a été la star de la couture des années 1900 à 1930.

Un basculement s’opère après la Seconde Guerre mondiale, avec l’arrivée de Christian Dior dans la fashion sphère parisienne. Très secret sur sa vie privée, il ne dévoilera que très tard son homosexualité.

Depuis, les designers vedettes –Yves Saint Laurent, Pierre Balmain, Karl Lagerfeld et Jean-Paul Gaultier, entre autres– ne se cachent plus et osent parler de leur orientation sexuelle. La jeune génération, elle aussi, fait rapidement son coming out, d’Olivier Rousteing à Simon Porte Jacquemus.

La raison qui explique cette présence massive d’hommes gays est simple: la mode a toujours accueilli ceux considérés comme des parias. Les juifs, les créatifs, les hypersensibles, les marginaux, le vilain petit canard de la famille et les homosexuels, tous trouvent leur place dans ce milieu qui les acceptent comme ils sont.

C’est grâce à cette communauté à la tête du navire que la culture gay s’immisce dans la mode. Les costumes italiens flamboyants, le port du rose, les pièces moulantes –dont le jean skinny– ou le cuir et le sportswear fétichistes quittent le microcosme des clubs gays pour rejoindre les moodboards et atterrir sur les défilés.

Les marques grand public ont suivi cette mutation de près et ont intégré ces nouveaux codes dans leurs collections masculines, avec un storytelling adapté: dans les années 1990, on assiste à la naissance de la métrosexualité. Pour la première fois, la mode apprivoise ces clients hétéros qui ne veulent surtout pas être vus comme des acheteurs compulsifs frivoles –l’équivalent de «gays» dans leur imagination.

Cette image d’homosexuel très efféminé et expert de la mode est également diffusée par la pop culture. En témoigne le personnage de Nigel, journaliste de Vogue et expert du relooking dans Le Diable s’habille en Prada, celui de Kurt dans la série Glee ou plus récemment Tan France, technocrate mode dans Queer Eye sur Netflix.

Malgré eux, ces personnages participent à l’auto-exclusion des hommes hétéros de l’industrie de la mode, car ceux-ci veulent s’éloigner le plus possible de cette image. La mode, et surtout celle des podiums, leur apparaît comme un domaine élitiste et complexe, au même titre que l’art contemporain. Ils cherchent alors des chemins de traverse pour éviter celle-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom.

Quête de réassurance

L’homme hétéro qui commence à s’intéresser au vêtement part toujours d’une démarche utilitaire. Pour Valentin Esquier, YouTuber et coach en image, le déclic est arrivé autour de ses 20 ans: «À un moment de ma vie, j’ai pris beaucoup de poids et j’ai mis mon apparence de côté. Après m’être pris en main, je n’avais aucune connaissance des codes du style, savoir comment mettre ma morphologie en valeur, par exemple.»

C’est justement cette quête du manuel parfait avec les bons tuyaux qui a poussé Geoffrey Bruyère à développer en 2007 le blog Bonne Gueule, aux côtés de son associé Benoît Wojtenka. «Pour notre génération, la passation des conseils en style ne se fait plus par le père, mais par Google. On tape “Comment choisir un jean” sur les moteurs de recherche», souligne-t-il.

Le blog est un succès et compte des lecteurs de 15 à 70 ans, en recherche constante de conseils et de marques testées et validées. Quand on parle de mode à l’homme hétéro, il a besoin d’être en confiance avec ce qu’il touche et ce qu’il essaie: c’est ce qui le fera revenir. Cette quête de réassurance pousse les marques à développer tout un storytelling à destination des clients, dans l’espoir qu’ils s’engagent dans la durée.

Selon Marc Beaugé, journaliste passionné par le vêtement mais qui se «qualifie rarement de journaliste mode», les hommes ont besoin d’une raison valable et de profondeur pour acheter un vêtement: «Il y a encore, chez beaucoup d’hommes, un complexe par rapport au shopping. Ils refusent d’être des fashion victims, ou de faire du shopping au premier degré. Ils veulent un vêtement entouré de sens, de référence culturelles et historiques. Ils ne veulent pas donner l’impression de répondre simplement aux diktat des magazines ou aux tendances. Moi-même, je déteste me balader avec un shopping bag. Ca ne m’arrive jamais.»

C’est en apprenant plus sur la matière, l’histoire du vêtement ou de sa coupe et l’association des couleurs que l’homme va au fur et à mesure prendre plaisir à s’habiller. Pour Geoffrey Bruyère, il y a eu une vraie évolution du regard de l’homme hétéro sur la mode depuis une dizaine d’années.

«Quand on a commencé à faire du coaching et que l’on proposait à des hommes des pièces qu’ils n’avaient pas l’habitude de porter, on nous faisait souvent la remarque: “Ça fait gay.” C’est bête, mais ça montre bien à quel point les hétéros peuvent associer la mode à une communauté. Et la remarque est ensuite passée de “Ça fait gay” à “Ça fait femme”, puis à “C’est pas vraiment mon style, c’est pas vraiment moi.”»

Virilité interrogée

La connotation gay est en revanche inexistante lorsque l’homme s’intéresse au vêtement sportif ou urbain. Il est par exemple totalement décomplexé lorsqu’il achète et collectionne des sneakers. Toute la culture du «Hype Beast» a misé sur cette nécessité de virilité amenée par le vêtement sportif, en l’associant à l’exclusivité. Aujourd’hui, les hommes s’arrachent les chaussures et vêtements Supreme et documentent leur passion pour ces chiffons précieux sur les réseaux sociaux.

Au Congo, les célèbres sapeurs –membres de la Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes– vont plus loin que le vestiaire sportif, en assumant sans aucun complexe leur goût pour les vêtements et accessoires chatoyants. Ils ont choisi la mode pour religion, sans que le mot gay ne soit mentionné nulle part.

Christelle Bakima, fondatrice du podcast reportage «Bak’s to Congo», explique que cette coquetterie masculine est même source de virilité: «Ce que l’on pourrait qualifier de comportement métrosexuel en France sera considéré comme synonyme de richesse et de bon vivant au Congo. Si cet homme peut s’entretenir, il peut subvenir aux besoins de sa famille, et donc potentiellement d’une femme, ce qui est perçu comme d’autant plus viril.»

La virilité est précisément l’élément que l’homme hétéro n’arrive pas à associer à la mode des créateurs et des maisons. Le dessin de mode et la couture étant souvent conjugués au féminin, cet univers lui semble bien trop inhospitalier.

En plus des tenues créatives qui effraient, l’androgynie et le très jeune âge des mannequins –souvent filiformes et imberbes– ne leur ressemblent pas et insistent sur cette cassure entre la mode des défilés et la leur.

Exclusions permanentes

Dans l’enquête sociologique Le plus beau métier du monde, Giulia Mensitieri explique que «depuis l’extérieur, [la mode] apparaît comme un monde homogène fait de paillettes et de lumière, mais, une fois franchi son seuil, on découvre un espace fortement structuré fonctionnant sur des exclusions permanentes, à la fois économiques, sociales et symboliques».

Une des exclusions les plus visibles est le nombre réduit de femmes et d’hommes LGBT+ à la tête des grands groupes. Dans ce microcosme, la cooptation et la passation de père en fils règne encore. Les hommes hétéros dominent les conseils d’administration des marques, sont directeurs de publication de magazines de mode ou travaillent l’angle financier de la mode, loin des sphères créatives.

Antoine Arnault passe bien du temps sur les défilés, mais parce qu’il fait partie du socle de LVMH. Son couple avec le top model Natalia Vodianova ne fait qu’amplifier son rôle de patron de la mode puissant et hétérosexuel.

En France, ces métiers de pouvoir et d’argent sont intimement liés à un idéal de l’homme viril. Craintifs à l’idée de ne pas correspondre à cet idéal, les jeunes hétéros évitent les formations en mode connotées féminines, comme le stylisme ou le marketing du luxe.

Ancien étudiant en école d’art, Valentin Esquier en a été témoin: «Les gens qui voulaient s’orienter dans la mode, c’étaient les filles, les gays de la classe et un mec qui ne se disait pas gay, mais qui s’est senti obligé de le préciser.»

Part de féminité

L’idéal viril à adopter à tout prix est né juste après la Révolution française, comme l’explique Émilie Coutant, sociologue et présidente du Groupe d’études sur la mode: «C’est l’entrée dans la société moderne qui a entraîné un idéal viril. L’homme devait être civilisé, propre sur lui et ne pas s’intéresser au futile. Ensuite, pendant tout le XIXe siècle, il s’est vu imposer un costume sombre et austère qui correspondait à un ordre idéal viril.»

Pourtant, sous l’Ancien Régime, c’étaient bien les hommes de la cour qui se passionnaient pour le vêtement, la coiffure, le maquillage et les chaussures à talons. Ces aristocrates flamboyants se souciaient peu de la différence entre masculin et féminin, puisque c’était la société d’ordres qui prévalait. Ce goût pour la mode a été effacé de l’histoire pendant deux siècles, sous couvert de virilité.

Depuis la fin des années 1990, les archétypes du féminin et du masculin sont une nouvelle fois bousculés, notamment grâce à la culture gay et aux mouvements féministes. L’homme hétéro est à nouveau appelé à embrasser sa part de féminité, comme le furent les dandys du XIXe siècle.

Montrés du doigt par les hommes comme étant des individus loufoques et égarés du bon chemin, ces derniers étaient également les tombeurs de ces dames, qui raffolaient de cette image d’homme soigné, moustachu et qui savait parler chiffons.

L’homme français n’en est qu’au début de cette métamorphose. Il se rendra bientôt compte qu’accepter et maîtriser son côté féminin n’est pas synonyme de destruction du masculin. Le bleu et le rose ne s’annulent pas: ils peuvent former un sublime violet, la couleur de l’année 2018 selon Pantone.

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Hystérie anti-Trump: C’est une nouvelle guerre civile, imbécile ! (Who cares for the color of the cat if it catches the mice ?)

7 septembre, 2018
Peu importe que le chat soit noir ou blanc pourvu qu’il attrape les souris. Deng Xiaoping
Le problème – dont le président n’a pas pris toute la mesure – est que de nombreux hauts responsables de sa propre administration œuvrent activement de l’intérieur pour bloquer certains de ses projets et faire obstacle à ses pires penchants. Je suis bien placé pour le savoir. Je suis l’un de ces responsables. Soulignons tout de suite que notre action n’a rien à voir avec la “résistance” populaire menée par la gauche. Nous souhaitons la réussite de cette administration et pensons que nombre de mesures qu’elle a prises ont d’ores et déjà rendu l’Amérique plus sûre et plus prospère. Mais nous sommes convaincus que notre premier devoir est à l’égard de ce pays, et que le président persiste à agir d’une façon qui nuit à la santé de notre république. C’est pour cette raison que de nombreux responsables nommés par M. Trump se sont engagés à faire tout leur possible pour préserver nos institutions démocratiques et contrecarrer les impulsions les plus nocives de M. Trump jusqu’à ce qu’il quitte ses fonctions. La racine du problème, c’est l’amoralité du président. Quiconque travaille avec lui se rend rapidement compte que ses décisions ne se fondent sur aucun principe fondamental discernable auquel il serait attaché. Bien qu’élu sous l’étiquette républicaine, le président montre peu d’attachement aux idéaux portés depuis longtemps par les conservateurs : esprits libres, marchés libres, peuple libre. Au mieux il invoque ces idéaux dans des occasions soigneusement mises en scène. Au pire, il les attaque frontalement. Outre son acharnement à répandre l’idée selon laquelle la presse est “l’ennemie du peuple”, les réflexes du président Trump sont en général hostiles au commerce et à la démocratie. Que l’on ne se méprenne pas. Il y a eu, sur certains points, des avancées brillantes dont la couverture médiatique négative quasi permanente de cette administration n’a pas su rendre compte : une déréglementation efficace, une réforme fiscale historique, des forces armées plus puissantes, etc. Mais ces réussites ont été acquises en dépit, et non grâce au style de leadership du président, qui est impétueux, dans l’affrontement, mesquin et inefficace. Chaque jour, que ce soit à la Maison Blanche ou dans les différents départements et agences du gouvernement, les hauts responsables font part en privé de leur incrédulité devant les déclarations et les initiatives du commandant en chef. La plupart s’efforcent de protéger leurs activités de ses coups de tête. Les réunions avec lui s’égarent dans tous les sens, il se lance dans des diatribes à répétition, et son impulsivité débouche sur des décisions mal mûries, mal informées et parfois irresponsables, sur lesquelles il faut ensuite revenir. “Il est absolument impossible de prévoir s’il va changer d’avis ou pas dans la minute qui suit”, me confiait récemment un haut responsable exaspéré à la sortie d’une réunion dans le bureau Ovale au cours de laquelle le président avait opéré un virage à 180 degrés sur une décision politique majeure qu’il avait prise une semaine auparavant. Son comportement erratique serait plus inquiétant encore sans la présence dans et autour de la Maison Blanche de discrets héros. Certains de ses conseillers sont traités de scélérats par les médias. En privé pourtant, ils se démènent pour que les mauvaises décisions restent confinées dans l’Aile ouest – même s’il est évident qu’ils n’y réussissent pas toujours. Cela leur sera peut-être d’un maigre réconfort dans cette période chaotique, mais les Américains doivent savoir qu’il y a des adultes dans la pièce. Résistant et membre autoproclamé du cabinet Trump (NYT)
La politique du journal, c’est de décourager les sources anonymes au sein même des papiers des journalistes. Donc, publier une tribune anonyme, c’est très inhabituel ! Je ne crois pas que cela soit contesté au sein de la rédaction. On accepte les explications du chef de rubrique Opinions et de la porte-parole du journal, selon lesquels le sujet est d’une telle importance qu’il fallait faire une exception à la règle. Cela restera l’exception. (…) Je ne dirais pas que c’est du sabotage. Ce personnage, homme, femme, je ne sais pas qui a témoigné, n’a révélé que ce qu’on savait déjà à travers plusieurs déclarations de gens qui connaissent bien le fonctionnement, ou plutôt le dysfonctionnement, de la Maison Blanche actuelle, puis par le livre de Bob Woodward qui dit exactement la même chose. La seule nouveauté, c’est que cela vienne directement de l’intérieur de la Maison Blanche. (…) Trump lui-même a dit pendant la campagne qu’il pourrait se promener sur la Ve avenue à New York en tirant sur les gens et que ça ne lui coûterait aucune voix. Il s’est toujours placé en dehors de la moralité, et ses électeurs ont approuvé. (…) Un tiers de l’électorat continuera à le soutenir quoi qu’il arrive. C’est vérifié dans les sondages. Ils sont inébranlables. Ensuite, une autre partie des Républicains, environ 10% de l’électorat, flotte un peu. A des doutes. Un article comme celui qu’on vient de publier pourrait les faire basculer, ou du moins semer le trouble. Il faut aussi regarder les sondages sur la popularité de Trump, autour de 43-44%, ce qui est très mauvais pour un Président à ce stade de son mandat. Cela signifie qu’il va largement perdre les élections de mi-mandat le 6 novembre prochain, où la totalité de la Chambre des représentants est renouvelée. Tous les sondages donnent les Républicains perdants. Les Démocrates n’ont besoin de faire tomber que vingt-trois sièges pour avoir la majorité, ce n’est pas énorme. (…) Nous savions déjà qu’une majorité de Républicains émettait des doutes sur le fonctionnement de Donald Trump. Ils disent tous en « off » leur inquiétude. Et comment pour un observateur rationnel ne pas être convaincu que ce monsieur n’est à pas à la hauteur, qu’il est incapable, et dangereux ? Mais en public, les responsables républicains, à de rares exceptions près, ne vont jamais admettre que l’empereur est nu. (…) La déclaration de Michael Cohen est beaucoup plus grave pour Trump, elle l’a clairement placé dans l’illégalité. Michael Cohen a accusé, avec des preuves, Donald Trump d’avoir commis des actes illégaux. Le Président devrait donc être inculpé pour cela. (…) Il semble qu’il y ait eu une discussion entre membres de la haute administration là-dessus et qu’ils aient renoncé. Il me semble beaucoup plus probable que les démocrates, s’ils gagnent en novembre, enclenchent la procédure de destitution (impeachment). Qui échouera d’ailleurs, car s’il suffit d’une majorité à la Chambre pour déclencher la procédure, il faut les deux tiers au Sénat pour la condamnation, et les Démocrates n’auront jamais les deux tiers. (…) Ce sont surtout les grandes entreprises qui enregistrent des profits spectaculaires, pour une bonne part à cause des baisses d’ impôts. Mais les salaires stagnent, les gens ne voient pas de changement dans leur vie. Sauf ceux qui ont des titres en Bourse, c’est-à-dire une minorité d’Américains. L’Amérique qui était déjà prospère est encore plus prospère. L’ironie, c’est que l’électorat de Trump, «my guys» comme il les appelle, la classe ouvrière blanche, démunie, reste démunie. Elle n’a pas bénéficié de la politique de Trump, mais pas du tout. (…) Les contre-pouvoirs, dont la presse, font la démonstration que les Etats-Unis sont un Etat de droit. L’erreur de Trump est d’avoir pensé qu’il pouvait les balayer d’un revers de main, qu’il s’agisse de la presse, ou des institutions judiciaires. Ce n’est pas possible dans une vieille République comme la nôtre. Les institutions sont bien ancrées, on voit qu’elles réagissent. La démocratie américaine a plus de deux cents ans, elle se réveille. C’est vrai qu’on était endormi. On ne se rendait pas compte de l’enjeu. Tous les résultats des élections partielles montrent une très forte mobilisation de la résistance contre Trump. C’est parce qu’on croit très fort dans les valeurs de la démocratie. (…) Je ne suis pas naïf, j’ai fait presque toute ma carrière dans le sud profond, je connais très bien l’électorat Trump. Il faut absolument que les démocrates incorporent dans leurs programmes ces inquiétudes. Il faut absolument plus d’égalité dans la distribution des richesses. On voit d’ailleurs la percée d’une gauche qu’on croyait morte. Les élections partielles portent au pouvoir des hommes et femmes politiques qui s’affichent clairement à gauche, presque dans le socialisme à l’européenne – Bernie Sanders portait ce message, mais avec des failles, trop vieux, trop tourné vers le passé. Je pense à cette latino-américaine qui vient d’être élue dans le Bronx, Alexandra Ocasio-Cortez, et à cette jeune femme noire à Boston, Ariana Presley. Avec ces femmes démocrates très à gauche, un grand chamboulement est en train de se produire. Adam Nossiter (correspondant du “New York Times” en France)
Une autre chose qui devrait compter, c’est la décision prise par le Times de publier un éditorial anonyme. Il n’y a pas si longtemps, le journal avait juré qu’il allait sévir contre l’utilisation de sources anonymes dans ses reportages. L’argument pour cela était et demeure que c’est une erreur de laisser des personnes s’en prendre anonymement à d’autres sans risquer d’être réfutées et également d’empêcher les lecteurs de porter des jugements sur la véracité et les motivations d’un auteur. Mais cela c’était à l’ère A.T. – Avant Trump. Depuis la candidature à la présidence de Trump, le rédacteur en chef, Dean Baquet, a décidé que Trump ne méritait pas d’être traité selon les normes traditionnelles d’équité parce qu’il fallait l’empêcher de devenir président. C’est ainsi que chaque article est devenu un article d’opinion anti-Trump. À présent, les sources anonymes font partie de la routine, et en effet beaucoup de reportages n’existeraient pas sans elles. Cette pratique déloyale s’est maintenant déplacée dans la section éditoriale. Les mauvaises idées sont contagieuses. En réalité, ce qu’a fait le New York Times, c’est éliminer les reportages et les faits et se cacher derrière une longue et péjorative citation anonyme. Ce n’est pas du journalisme. C’est de la lacheté. Michel Goodwin
La ministre des Armées Florence Parly a annoncé un investissement massif dans les moyens spatiaux de l’armée. Une réponse à l’ »arsenalisation » de l’espace par les Etats-Unis, la Russie et la Chine… et à l’espionnage du satellite français Athena Fidus par un satellite russe l’an dernier. Challenges
Mounk convincingly argues that democracy and liberalism are not synonymous and that in the face of uneven growth and a multicultural world, friction (or worse) between the two concepts is now almost predictable. The People vs Democracy delivers a clear-eyed take on how liberal democracy fell out of favor in swaths of the Anglosphere and elsewhere. Not surprisingly, Mounk is alarmed by the rise of populism and what he diagnoses as liberal democracy’s fragility. He acknowledges that nationalism will be with us for the foreseeable future and posits the possibility that “citizens have built up loyalty to their political system because it kept the peace and swelled their pocketbooks, not because they hold a deep commitment to its most fundamental principles”. Does he overstate? Only maybe. Over decades, political values become baked into the national DNA. In the US, they are embedded in the constitution and celebrated on 4 July. Yet those same conventions are being buffeted by sustained centrifugal forces. In Mounk’s words, “democracy is deconsolidating”. (…) Although Mounk is openly discomfited by nationalism, he is impressed by its potency and durability, calling it the “most defining political force of its time”. He contends that in the 18th and 19th centuries, nationalism “nearly always took the form of a hankering for ethnic purity as well as democracy”. To be sure, the homogeneous impulse, a frequent component of nation-building, was a part of the American Genesis. In the drive to ratify the constitution, common ancestry and religion were enlisted, with English and Protestant the operative ties that bound. John Jay, the nation’s first chief justice and an abolitionist, wrote of Americans being “a people descended from the same ancestors, speaking the same language, professing the same religion”. Alexander Hamilton was not the only voice; the debate still rages. An immigration proponent, Mounk observes that going back in time citizenship was usually restricted to a subset of the overall population. In ancient Athens, the status of citizen was limited to the offspring of two Athenian parents. By contrast, the Roman empire was more elastic in its approach, mindful that citizenship and ethnic sameness counted for less when an emperor occupied the throne. The People vs Democracy is conscious of how the west arrived at its current inflection point. In addition to listing the usual causes, Mounk writes that too much distance emerged between government and the governed. As an illustration he points to the European commission, an opaque and unelected bureaucracy that affects the lives of hundreds of millions. Mounk also casts a wary eye at tribalism. Like Columbia University’s Mark Lilla, he rejects identity politics as antithetical to the “possibility of a truly open and multiethnic society”. And therein lies the challenge for Mounk and proponents of modern-day liberal democracy: preserving democracy with its attendant checks and balances while protecting individual freedoms in the face of growing antagonisms. As expected, The People vs Democracy lists possible remedies to this malaise, including “inclusive patriotism”. Mounk’s solutions will probably come up short as the haves and have-nots continue to move down separate paths, with the rich hiving off and the cognitive elites pairing off. Moreover, in the US reconciliation is further complicated by political affiliation becoming increasingly aligned with race and religion. These divides are organic if not intractable. Mounk is dead-on when he observes that candidates can no longer preach the virtues of the status quo when life is an unbridgeable moat to far too many. Citizens do not want to be sneered at as would-be vandals by their duly elected stewards. The world is no longer flat and, once again, blood and soil are relevant. Voters derided as “deplorables”, that is those who came up short in the march toward globalization, will no longer tolerate being ignored. How liberalism and democracy eventually respond to this latest test is the critical but unanswered question. The Guardian
If advisors [and] Trump staffers are working to undermine him because they know better on everything. If he can’t impose his will on his own branch of government, then what’s the difference between a government run by a technocratic junta and what we have now? There’s a reason people across the political spectrum were using the word “coup” yesterday after the op-ed appeared. Although to lefties, of course, the main knock on the junta is that they haven’t done enough to restrain him. Republicans are collaborators, they insist, not resisters. Hot air
Aside from the cultists, millions of voters cast their ballots knowing that he was a flawed man. They knew, and still know, that he’s cheated on his wife. They wished, and still wish, that he wouldn’t rage on Twitter, that he showed more self-discipline, and that he had more integrity. But they preferred him to Hillary Clinton, another corrupt candidate. But there’s something else that voters have “priced in,” too: They expect that Trump will face stiff resistance from the Republican establishment, and that the permanent class of civil servants — the “deep state” we hear so much about — will loathe and seek to undermine him. So when you run to the Times or to the Post and make anonymous claims, Trump’s supporters quite fairly question your motives. If the crisis is so bad, and your motives are so pure, why not go on the record? That said, I’ve been living alongside Trump supporters every day of my life since he came down that escalator. I know what they see in him. I know what they expect in him. And I’ll tell you what’s not “priced-in”: Actual instability. True stories of dangerous behavior. Some certain hardcore cohort of Twitter trolls and Trumpists will never leave their man. Some number of Republican congressmen would stand by his side no matter what, too. But constitutional correction in this case doesn’t require unanimity. It does require testimony and evidence that verifies your claims. We have reached a miserable point in American democracy. Unelected public servants so distrust the political branches of government that they actually work to undermine elected officials or refuse to even attempt to utilize constitutional systems of checks and balances. If you’re telling the truth, there exist within the Trump administration people who believe that our nation is led by a man who’s too unstable to govern. Yet to these people, even that level of a national emergency doesn’t justify the risk to career and reputation inherent in resignation and public testimony? A nation once worth dying for is now only worth leaking for? The alternative explanation, of course, is even worse: Maybe you and your fellow anonymous leakers aren’t telling the truth. Maybe you’re exaggerating so much that you’re stoking a false sense of fear and urgency. Based on the gap between the president’s Twitter feed and the administration’s actions, it’s clear that something is happening to thwart his will or change his mind. But is there a real fire behind all this smoke? We just don’t know. David French
The number of Americans filing new claims for unemployment benefits dropped to its lowest level in 49 years last week. Labor Department data released on Thursday show that seasonally adjusted initial claims filed in the week ending September 1 fell to 203,000, down 10,000 from the previous week. The last time the number of weekly jobless claims was this low was December, 1969, when 202,000 filed initial requests for benefits. Job openings started outstripping job seekers in March, and the labor market is now considered near full employment. The U.S. economy reached a record 6.7 million job openings in April, hundreds of thousands more than the number of unemployed workers. The number of openings has never been higher than the number of job seekers since the government started keeping statistics on both in 2000. At the same time, wages have mostly stagnated, confusing economists who continue to expect that their growth will pick up. The economy grew at a 4.2 percent rate in the second quarter of 2018, the fastest in four years. The Federal Reserve has hiked interest rates twice this year and is considering doing so again in response to the economy’s robust growth. National Review
Le président Donald Trump éprouve une difficulté indiscutable à former et à garder une équipe opérationnelle autour de lui ainsi qu’à prévenir des commentaires moqueurs à son égard par des membres de son gouvernement. Ajoutons à cela l’enquête en cours sur une éventuelle collusion entre son équipe de campagne et le gouvernement russe, et alors tous les ingrédients d’un film de suspense, à rebondissements, se trouvent réunis. Au milieu de la tourmente, cependant, le président américain peut éprouver un certain réconfort dans l’aide non intentionnelle que lui apportent ses ennemis idéologiques, c’est-à-dire les membres d’une gauche – représentée par le Parti démocrate et des analystes politiques proches de ce parti – dont les critiques envers Trump sont tellement biaisées et incohérentes qu’elles perdent largement en crédibilité et en lisibilité. (…) Prenons d’emblée le cas du conflit syrien. Après avoir établi une « ligne rouge » concernant l’éventuel usage d’armes chimiques en Syrie, le Président Obama renonça à mettre sa menace à exécution lorsque le régime de Bachar el-Assad employa ce type d’armes contre la population civile de son pays. La reculade d’Obama envoya un signal clair aux adversaires des États-Unis dans la région, notamment l’Iran et la Russie : ces derniers pouvaient désormais occuper le terrain en Syrie (comme ils ne se privèrent pas de le faire) sans craindre une riposte américaine. Et pourtant, cela ne dérangea guère, ou pas du tout, les membres du Parti démocrate. Or, lorsque le président Trump décida en mai de l’an passé de lancer des attaques aériennes sur les installations militaires du régime de Bachar el-Assad (et ce en réaction à l’emploi à nouveau d’armes chimiques par ce régime), le Parti démocrate offrit le spectacle de la division. En effet, tandis que les leaders de ce parti dans les deux chambres du pouvoir législatif américain – Chuck Schumer et Nancy Pelosi – manifestèrent un soutien, certes mitigé, à cette initiative, bien de leurs camarades condamnèrent leur prise de position, montrant de ce fait un parti sans position claire à cet égard. En ce qui concerne la Corée du Nord, la gauche américaine n’a pas lésiné sur les critiques à la rhétorique belliciste de Donald Trump à l’égard du dictateur Kim Jong-un. Elle a été, en revanche, bien avare de mots pour admettre que la fameuse « patience stratégique » d’Obama, appliquée à la Corée du Nord, fut un véritable fiasco ayant permis au dictateur Kim Jong-un de faire des progrès considérables dans la militarisation de son programme nucléaire. L’attitude de l’opposition démocrate sur le dossier nord-coréen est devenue encore moins lisible, et plus intenable, après l’annonce d’une rencontre prochaine entre Donald Trump et Kim Jong-un. En effet, plutôt que de montrer un enthousiasme quelconque pour la fenêtre d’opportunité qu’ouvre une telle rencontre, bien des membres de ce parti – y compris la candidate à la présidence lors des élections de 2016, Hillary Clinton – mettent l’emphase sur le manque de sobriété et d’expérience diplomatique de Donald Trump, ce qui, martèlent-ils, peut faire capoter les négociations entre les deux pays. Qu’on se le dise : le sommet États-Unis-Corée du Nord peut finir dans un cul-de-sac, ou même pourrait ne pas avoir lieu du tout. Mais indépendamment de l’issue de cette initiative, il n’en demeurera pas moins que le prédécesseur de Trump, en dépit de son expérience politique et de sa prudence diplomatique, n’était pas parvenu à mettre  Kim Jong-un en disposition de négocier. Puis, de même qu’au sujet de la Corée du Nord, les démocrates américains ne cessent de dénoncer la rhétorique offensive de Donald Trump à l’égard de Téhéran et sa menace de sortir les États-Unis de l’accord négocié par Barak Obama sur le nucléaire iranien. Il n’empêche que c’est bien cette rhétorique qui a poussé les partenaires européens concernés par cet accord à tenter de revoir celui-ci dans le but d’accommoder les objections et les exigences de Donald Trump. Dernier mais non le moindre, des membres de la gauche américaine ont regretté à maintes reprises l’absence d’une « grande stratégie » de politique extérieure chez Donald Trump. Et ils n’ont pas entièrement tort ; car le document publié par l’administration américaine en janvier dernier à ce sujet est prolixe en déclarations de principes et d’objectifs mais ne détaille pas les moyens d’y parvenir. Or, là où se trouve l’inconsistance de la gauche américaine à cet égard, c’est dans le fait qu’elle rechigne à admettre que le Président Obama, lui, ne mit en place une stratégie pouvant être classée parmi les grandes stratégies. Pourquoi, alors, s’en prendre exclusivement à la stratégie de Trump au lieu de proposer quelque chose de nouveau à ce sujet ? D’autre part, affirmer que « Trump a créé un vide temporaire dans le leadership mondial » – comme le fait Jake Sullivan, un haut fonctionnaire du Département d’État dans l’administration Obama – équivaut à ignorer un fait fondamental, à savoir : le vide en question existait déjà avant la présidence de Donald Trump et trouve en grande partie sa cause dans les atermoiements de Barak Obama face aux multiples contentieux internationaux. Les incohérences à répétition de la gauche américaine trahissent un manque d’idées en matière de politique extérieure, comme le reconnaît Zack Beauchamp, ancien chercheur d’un groupe de réflexion (think tank) de centre gauche : le Center for American Progress. Tirer à boulets rouges sur tout ce que Donald Trump puisse dire ou faire en matière de politique extérieure ne parviendra jamais à cacher ou à compenser les atavismes et les carences de la gauche américaine en ce domaine. Une aubaine pour l’actuel président américain. Fabio Raphael Fallio
Derrière les menaces tous azimuts qu’a brandies Donald Trump au cours des derniers mois, l’administration américaine joue en réalité un jeu assez complexe à l’échelle mondiale, vis-à-vis de ses partenaires de l’ALENA (Canada et Mexique), de l’UE, de la Chine ainsi que du Japon et de la Corée du Sud. La méthode se déploie en plusieurs temps. En premier lieu, ont été mises en place les taxes douanières sur l’acier et l’aluminium, assez généralisées, et qui ne sont pas d’une grande efficacité en termes de protection. En réalité, au-delà même du message à l’attention de l’électorat populaire américain, elles consistaient surtout à envoyer un message de détermination aux partenaires commerciaux des Etats-Unis dans le conflit commercial qui s’annonçait. Les taxes sur l’acier n’étaient toutefois pas à même d’enclencher une négociation commerciale poussée, que ce soit à l’échelle de l’ALENA ou avec l’UE. La deuxième phase repose sur la menace, bien plus redoutable, de mesures douanières substantielles dans l’industrie automobile. Sur la base de ce qui a déjà été mis en place dans l’acier, on constate que les menaces sur les industries automobiles des divers pays partenaires sont prises très au sérieux, que ce soit au Mexique, au Canada, en Europe ou au Japon. On a vu le Mexique s’engager dans une renégociation commerciale poussée, en acceptant des quotas et une révision des règles encadrant la provenance des composants des produits pouvant bénéficier d’une exemption de taxes douanières. L’enjeu de l’Alena est, de toute évidence, également majeur pour le Canada, dont les Etats-Unis sont de loin la première destination d’exportation.Il apparaissait clairement que les menaces douanières des Etats-Unis vis-à-vis des ses deux voisins visaient à une reconfiguration de l’accord de libre-échange, en maintenant cet accord in fine à condition que les trois pays se mettent d’accord sur un certain nombre de conditions. On voit en fait une stratégie à peu près comparable vis-à-vis de l’Europe. La Commission européenne insiste sur le fait qu’il ne s’agit en aucun cas de négocier sous la menace un accord commercial alternatif au défunt TTIP. On voit néanmoins une négociation large s’enclencher, sur la base des menaces qui pèsent sur le secteur automobile européen, et allemand en particulier. L’administration américaine était parvenue à un embryon d’accord avec la Commission lors du voyage de Jean-Claude Juncker en juillet à Washington, visant à supprimer les taxes douanières sur les produits industriels en dehors du secteur automobile. Derrière l’objectif de la suppression des droits de douane, on constate une négociation par secteurs. La partie américaine cherche surtout, pour rééquilibrer dans une certaine mesures les échanges, à développer les débouchés des entreprises américaines en Europe. Pour des raisons électorales notamment, Donald Trump insiste constamment sur l’accroissement par l’Europe mais aussi par la Chine des importations de soja américain. De la même façon, les négociations comportent systématiquement un volet sur les exportations de LNG américain. La proposition européenne consistant à supprimer les droits de douane dans l’automobile sur une base réciproque présente un certain intérêt pour les Etats-Unis, puisque les droits de douane européens sur les automobiles sont plus élevés que leur équivalent américain (bien que les USA taxent plus fortement les camions). Mais Donald Trump cherche avant tout à obtenir une renégociation plus générale qui amènent à un rééquilibrage partiel des échanges. Comme le montre son insistance sur les exportations de soja, il n’est sans doute pas guidé par une grande vision technologique. A ce stade, la méthode offre néanmoins une certaine lisibilité. Alors que le Mexique et le Canada (plus progressivement) en sont amenés à accepter une révision de l’Alena, l’UE s’efforce de présenter les négociations comme ne visant qu’à éviter une surenchère douanière. La partie américaine tente néanmoins de mettre au centre de son jeu vis-à-vis de l’Europe ce qui s’apparenterait également à une reconfiguration des échanges. (…) L’éditorial de Mohamed El Erian, célèbre économiste et financier, est un signe marquant, parmi de nombreux autres récemment, de l’évolution du débat sur la question commerciale aux Etats-Unis. L’amorce du débat par Trump sous la forme de menaces à tout va centrées sans grande cohérence sur la métallurgie semblait indiquer une approche chaotique sans véritable objectif si ce n’est électoral. Si la finalité de la stratégie en termes de promotions de certains secteurs interroge encore, il s’avère que l’on a affaire à une stratégie en plusieurs temps visant à une reconfiguration généralisée des échanges des Etats-Unis avec ses principaux partenaires commerciaux. Le cas européen présente tout de même une difficulté particulière, puisque l’UE, mais surtout la zone euro, évoluent vers un modèle généralisé d’excédents commerciaux. Au cœur de ce système, l’Allemagne présente un excédent de sa balance courante qui dépasse désormais largement les 8% du PIB. L’abaissement du taux de change de l’euro a été rendu indispensable par la crise qui a frappé l’union monétaire et fragilisé toute sa partie Sud. Ce faisant, le taux de change de l’euro est bien trop bas pour l’Allemagne, dont les excédents, par conséquent, ne cessent de croître. De plus, l’ensemble des pays de la zone se sont lancés sur la voie de la compression salariale pour compenser l’atonie de leur productivité et relancer tant bien que mal leur croissance par les exportations vers le reste du monde, et notamment vers les Etats-Unis. Le déséquilibre commercial européen est, d’une certaine façon, inhérent à l’union monétaire et à sa philosophie économique. Mohamed El Erian a raison dans son analyse de la dynamique des négociations, et de l’importance des négociations au sein de l’Alena pour la suite des négociations avec le reste du monde, et notamment avec la Chine. Les négociations avec l’Europe sont néanmoins bien plus compliquées qu’elles ne le sont avec le Mexique et le Canada. Donald Trump peut obtenir des concessions visant à accroitre les exportations américaines vers l’Europe dans certains secteurs, mais il est considérablement plus compliqué de parvenir à un véritable rééquilibrage, puisque les déséquilibres européens sont inhérents à la structure monétaire et politique de la zone euro. L’inertie liée à cette situation peut permettre à la partie européenne d’éviter le fond du sujet. Sur le plan monétaire notamment, l’euro est fortement sous-évalué pour l’Allemagne, mais les dirigeants américains étaient les premiers à justement encourager la BCE sur la voie de la relance monétaire et donc de l’affaiblissement du taux de change de l’euro pour maintenir à flot les économies en crise au sein de la zone. Par ailleurs, l’économie européenne montre déjà d’importants signes d’essoufflement, alors que les Etats-Unis affichent actuellement des chiffres de croissance élevés, à la suite du programme de baisse d’impôts. La dimension intrinsèque des excédents commerciaux européens avait permis à l’UE d’éviter ce débat à l’époque où Barack Obama n’avait de cesse de l’évoquer. Le risque lié à une approche comparable face à Donald Trump reste celui d’une fuite en avant sur le plan des tensions et des menaces. (…) Dans le fond, au-delà de la politique douanière ou de la construction de terminaux pour le LNG américain, tout véritable rééquilibrage des échanges entre l’Europe et le reste des pays développés nécessiterait un rééquilibrage, en premier lieu, au sein de l’Union européenne et de la zone euro en particulier. Ce sujet est le grand absent des débats européens, qui ont tendance à se focaliser sur les aspects plus institutionnels, comme le dispositif anti-crise de la zone euro, qui est au cœur des projets d’Emmanuel Macron. La zone euro suit un modèle d’accroissement continu de ses excédents commerciaux, à une échelle désormais massive. Les excédents de l’Allemagne vis-à-vis du reste de la zone euro se sont transformés, au cours de la crise de l’euro, en excédents vis-à-vis du reste du monde. Le débat européen devrait se concentrer sur les moyens de rééquilibrer la dynamique intra-européenne, au moyen d’un modèle de développement qui ne repose pas autant sur la demande extérieure comme moteur de la croissance. De plus, la France, qui n’a pas suivi les mêmes ajustements que les pays les plus durement touchés par la crise comme l’Espagne, le Portugal ou l’Italie, connait pour sa part une situation de déficit commercial chronique. Autant que la question du dispositif institutionnel de la zone euro, les efforts de rééquilibrage européen devraient se concentrer sur les conditions économiques réelles, qu’il s’agisse de salaires, d’investissement ou de moyens technologiques. Cette approche serait gagnante dans le sens où elle permettrait à l’Europe de s’ancrer dans une dynamique de croissance de meilleure qualité tout en limitant sa vulnérabilité face aux aléas mondiaux. Rémi Bourgeot
L’auteur –pour des raisons de simplification, on va partir du principe que c’est un auteur– choisit de rester anonyme pour des raisons évidentes. Pas seulement parce que cette lettre lui coûterait sa place (au minimum), mais parce que ce qu’il raconte est injustifiable. Les procédés qu’il décrit sont un coup terrible porté à la démocratie américaine et à la fonction présidentielle. Il s’agit presque d’un coup d’État clandestin. La crise constitutionnelle est déjà là, et c’est lui et ses homologues agissant dans l’ombre qui l’ont déclenchée. David A. Graham souscrit à cette thèse. Dans The Atlantic, il évoque un «coup d’État anti-démocratique». Et de fait, voici un haut fonctionnaire –nommé, donc, pas élu!– qui se vante de désobéir au président démocratiquement élu et se félicite que des membres de l’exécutif contournent les ordres présidentiels, travaillent à «piloter l’administration dans la bonne direction jusqu’à ce que –d’une manière ou d’une autre– tout cela se termine». Comme le dit Graham, «si contrôler le président demande de désobéir aux ordres et de recourir à la tromperie, cela devient plus dur à défendre». En vertu de quelle autorité de hauts fonctionnaires justifient-ils de tels agissements? Si l’on apprenait que l’entourage d’Obama en avait fait autant, comment réagirait-on? Mais Obama n’était pas fou, ni dangereux, ni impulsif, répondrez-vous. Eh bien, c’est une question de point de vue. On est tous le fou de quelqu’un. Dans la mesure où aucune preuve scientifique n’est établie de la folie de Trump, et même si la majorité de son entourage, voire du monde, estime qu’il a les fils qui se touchent, la loi américaine ne permet pas que des individus prennent de leur propre chef des décisions contraires aux devoirs que leur impose leur fonction. «TRAHISON?», a rageusement tweeté Trump après la publication de cet article. La question se pose, en effet. Car soit l’entourage de Trump estime qu’il est inapte à gouverner, que c’est un danger pour son pays et dans ce cas, son devoir est de mettre en branle une procédure de destitution pour l’empêcher de nuire, soit cet entourage se trompe ou est de mauvaise foi, auquel cas cette dénonciation et ces actes de rébellion larvée relèvent de la trahison. Voilà à la fois le problème et le talent de Trump: en rabaissant le niveau de la plus haute fonction de l’État, il a fait dégringoler tout son entourage avec lui. Celles et ceux qui œuvrent autour de lui à défaire ce qu’il fait utilisent des méthodes répréhensibles, hors de toute morale. Et l’’amoralité, c’est justement ce que reproche l’auteur de l’éditorial à Donald Trump, et ce qu’il évoque pour justifier son action et celle des autres «résistants». Si le mot «résistant» a une connotation en français qu’elle n’a pas en anglais américain –question d’histoire nationale bien sûr, le vocabulaire choisi par l’auteur anonyme pour se désigner et désigner ses homologues n’en est pas moins très fort, quasiment lyrique: il parle de «héros méconnus dans et autour de la Maison-Blanche», rien de moins. Il explique que «certains de ses conseillers ont été présentés comme des scélérats par les médias. Mais en privé, ils se donnent beaucoup de mal pour contenir les mauvaises décisions dans l’aile ouest, même si clairement, ils n’y arrivent pas toujours». Ce sont, selon lui, les «adultes» qui surveillent Donald Trump et qui l’empêchent de nuire. Curieusement, ces «adultes» ne trouvent pas la situation suffisamment alarmante pour continuer à respecter la loi. Le vingt-cinquième amendement permet à l’exécutif d’engager une procédure de destitution –certes complexe, heureusement d’ailleurs– du président. Ces «adultes» ne sont pourtant pas confrontés à une situation désespérée qui exige des actes de résistance héroïque –par exemple une dictature où la vie des lanceurs et lanceuses d’alerte serait en danger, et le président indéboulonnable par des voies légales. C’est loin d’être le cas aux États-Unis. Si ces personnes n’engagent pas de procédure de destitution, alors que de leur propre aveu la situation est grave et que Trump est fou, il s’agit d’un choix. C’est qu’elles risquent quelque chose (au hasard: perdre la majorité républicaine un peu partout, au Congrès, à la présidentielle de 2020), parce que la base qui soutient Trump est encore forte, mais que au cas où ça tournerait au vinaigre pour le quarante-cinquième président des États-Unis, au cas où, «d’une manière ou d’une autre», son mandat s’achevait de manière un peu précipitée, elles puissent sortir de l’ombre et sauver leur peau en clamant: «Moi, j’étais résistant» à toutes celles et ceux qui ne manqueront pas de demander des comptes aux responsables de cette calamiteuse administration et seront tentés de raser quelques crânes. Pour Ben Mathis-Lilley, journaliste politique à Slate.com, «c’est définitivement une explication très plausible pour expliquer pourquoi cette personne a choisi de publier cette tribune». « Mais d’un autre côté, spécule-t-il, peut-être que cet individu anonyme en avait tout simplement assez de lire et d’entendre des critiques de l’administration Trump, et qu’il n’a pour seule motivation que l’envie de se défendre en public. » Slate
The anonymous op-ed was also perfectly timed: It ran just days before Woodward’s book on Trump hits the shelves. The book tells of a White House in chaos and a mentally deranged president (I didn’t know Woodward had credentials in psychiatry), based on what he was told by Chief of Staff John Kelly. Kelly, by the way, denies everything. But that’s a minor detail. The author of the op-ed concedes that the Trump administration has accomplishments, but claims that they were made in spite of, not thanks to, Trump. Failures are attributed to Trump but accomplishments are assigned to his team. In reality, the Trump administration has generated unbelievable economic growth (4.1%), unemployment in the U.S. is at a record low, there are millions of new jobs, and millions of citizens have come off food stamps. A second Supreme Court justice will soon be appointed. China and Europe are yielding to Trump’s will. He is forcing NATO allies to pay more, improving the NAFTA treaty (despite warnings that Trump’s election would prompt Mexico to sever ties with the U.S.), stepping up sanctions against Russia, convincing North Korea to give up nuclear weapons, and has withdrawn from the 2015 nuclear agreement with Iran. He has moved the U.S. Embassy in Israel to Jerusalem. He has fulfilled his campaign promises, including making tax cuts. But the only thing that the liberal media can see is that Trump is deranged. James Freeman, a senior opinions editor at the Wall Street Journal, said in an interview Thursday that it might be acceptable to run an anonymous op-ed if, for example, revealing the name would endanger the author’s life. But that is not the case here. We’re talking about something very unusual – an op-ed that disputes the incredible achievements of the current administration. The American Left has lost its head. Its anti-Trump sentiment is taking this camp to alarming places. The New York Times, which a week before the election said there was a 95% chance that Democratic candidate Hillary Clinton would win, is keeping up its anti-Trump campaign. That is why it hired « Anonymous. » Anonymous became the resident hero of this shameful campaign, fueled not by the good of the public but rather by a power-hungry agenda. Nothing more. In the meantime, the New York Times, the Washington Post, CNN, and MSNBC are enthusiastically reporting and discussing this op-ed. At this rate, they’ll want to give him a Pulitzer even though (between us) the anonymous « hero » is nothing more than a coward with an agenda. I wonder: What will the American media do if Trump wins in 2020? Boaz Bismuth
The same “Resistance” howling about Trump’s desire to forge a détente with Russia based on a shared interest in fighting Islamic terrorists and preventing Iran from becoming the nuclear hegemon of the Middle East once bent over backwards to empower Iran. They gave the ayatollahs a clear path to a nuclear weapon, as well as $150 billion to finance their wars in Syria and Yemen, and their global terror attacks. The same Never Trump Republicans attacking Trump for his efforts to denuclearize the Korean Peninsula without war happily supported then-Secretary of State Condoleezza Rice as she cut a deal that only empowered Pyonyang. The Obama administration alumni who now insist that Putin is America’s number-one enemy did everything they could to appease him – in exchange for nothing — for years. As for Israel, the Israeli Left, and its American and European supporters, they have been attacking Netanyahu relentlessly for fostering close ties with the leaders of Hungary, Lithuania, Poland, Rwanda, Kenya, and the Philippines. At the same time, they insist that Israel must cough up its capital city and its heartland to the Palestine Liberation Organization (PLO) and its terrorist regime. Just last week, a delegation of leftist lawmakers and political activists made a pilgrimage to Ramallah, where they met with PLO chief and Palestinian Authority Chairman Mahmoud Abbas. They cooed and purred about his great visionary leadership, and insisted forcefully that Israel and the Trump administration must recognize his greatness. This would be the same Abbas who spends hundreds of millions of donor-transferred dollars every year to pay the salaries of terrorists. This is the same Abbas that continues to reject Israel’s right to exist, who wrote a dissertation arguing that the Holocaust is a Zionist fabrication; who has spent the past fifty years waging a political war to delegitimize Israel’s very existence. Beyond the rank hypocrisy of these critics and their criticism, their “morality” card ignores the key fact that Trump’s policies, like Netanyahu’s policies, are succeeding in making the U.S. and Israel stronger, and making the world safer. In contrast, the “moral” policies of their opponents made the world more threatening and dangerous to the U.S. and to Israel. (…) Like Israel, the U.S. cannot help its allies if it doesn’t help itself. The U.S. cannot advance its interests if they are subjected to automatic vetoes by allies acting selfishly. It cannot advance its interests if it maintains faith with “moral” policies, like the Iran nuclear deal and similarly failed nuclear agreements with North Korea, at the expense of actual counter-proliferation strategies that may involve smiling and waving while standing next to Kim Jong-un and Vladimir Putin. The hypocrisy and substantive failure of the “moral” policies of Trump’s and Netanyahu’s critics show that the assaults against these leaders are not about the proper ends of foreign policy, or even about morality. They are a power play. And given the disastrous failures of the “Resistance’s” foreign policies, it is clear that the outcome of this power struggle is something to which no one can be indifferent. Caroline Glick
Lyndon Johnson had a repulsive habit of referring openly to his sexual organ as “Jumbo”—and occasionally displaying it to startled staffers—a felony in our present culture. Worse still, he often gave dictation while defecating on the toilet. John Kennedy crudely seduced dozens of his own female staffers. One, Mimi Alford, who came to work a 19-year-old virgin, wrote an entire memoir of her mechanical trysts inside the White House with JFK, including his inaugural seduction, which, by any contemporary definition, would now qualify as sexual assault. She lamented that he once had pawned her off to fellate one of his aides. A perverted rapist as our beloved commander-in-chief? No need to imagine a Wolff version of the Clinton White House. I could an imagine a Wolff in FDR’s White House circa early 1945 having a field day: jazzing up the clandestine nocturnal trysts between the wheelchair-bound president and his mistress Lucy Mercer. His daughter Anna would be exposed as the go-between, the upstart young proto-Ivanka who had moved into the White House and became virtually a ceremonial First Lady. All the while the Roosevelt team would struggle to lie to the press about the president’s sky-high blood pressure, chain-smoking, martini drinking, and growing feebleness. In place of Steve Bannon’s shoot-from-the-hip notions of geopolitics, a Harry Hopkins or freelancing and estranged Eleanor Roosevelt could offer mini-interviews on the administration’s successful politicking with good old Uncle Joe at Yalta. The difference is that FDR had the press in his pocket and even was too crafty to trust any of his “friends” with unfettered access. Wolff’s ogre purportedly sloppily eats Big Macs in bed, golfs more than Obama did, has no hair at all on the top of his head, and at 71 is supposedly functionally illiterate. OK, perhaps someone the last half-century read out loud to Trump the thousands of contracts he signed. But what we wish to know from Wolff is how did his trollish Trump figure out that half the country—the half with the more important Electoral College voice—was concerned about signature issues that either were unknown to or scorned by his far more experienced and better-funded rivals? Why did not a well-read Marco Rubio or later Yale Law graduate Hillary Clinton focus on unfair trade and declining manufacturing, illegal immigration, unnecessary and optional overseas interventions, and the excesses of the deep administrative “swamp” state? Who discovered these issues or knew how to develop them? Was it really the feisty Corey Lewandowski? The genius Paul Manafort? How, then, could Wolff’s idiot grasp that these concerns were the keys to flipping purple swing-states that had previously been written off as reliably Democratically patronized clinger/irredeemable/deplorable territory by far better informed and more tech-savvy campaign operatives? Once Trump was in power, how does Wolff explain the near phenomenal economic turnaround in the latter part of 2017? Does he not see that the stupider you make Trump in his successful first year, by inference the even stupider you make the supposedly smarter actors in their many failed years? Although psychological in part, the upswing is not accidental. So far economic robustness seems predicated on massive deregulation, the expectation and then the reality of comprehensive tax reform and reduction, wooing home capital and industry, expanded energy production, loud business boosterism, recalibrating foreign investment and trade, and declining illegal immigration. Did Trump do that between scarfing down cups of Häagen-Dazs? Did his team act on their own while Trump was too busy scraping the crumbs out of the bottoms of his barrels of KFC? Why did not the supposedly far more sober and judicious Obama comprehend how to achieve 3 percent GDP growth. Could not Larry Summers or Timothy Geithner have ushered in record consumer and business confidence? Why did not black employment reach 2018 levels in 2013? Is not a man like Obama who eats arugula instead of daily swigging a dozen diet sodas far more studious and intellectually curious on all matters economic? Are we dunces really to believe merely building a high-rise in Manhattan takes more savvy than editing in near absentia the Harvard Law Review? Abroad, why did not the supposedly worldly Hillary Clinton as secretary of state tweet her support for the Iranian revolutionaries in the streets in 2009—in the manner that a supposedly buffoonish and semi-literate and combed-over Donald Trump instinctively did in 2018 ? Victor Davis Hanson
The Peter Strzok–Lisa Page texts, along with the careers of former FBI director James Comey and his deputy Andrew McCabe, reveal a politicized and in some sense rotten FBI hierarchy, beholden far more to its own exalted sense of a progressive self than merely to investigating crimes against the people. Lois Lerner was a clumsy reflection of how the IRS long ago became weaponized in service to auditing deplorables. Former CIA director John Brennan and Director of National Intelligence James Clapper used their supposedly nonpartisan positions to further political agendas. That each in his own way is clownish does not mitigate their rank efforts to graft intelligence agencies onto political causes. The same deterioration is true of many in the Department of Justice, who, along with the FBI, misled FISA-court justices, as if that were the only, or perhaps the easiest, way to obtain politically driven surveillance on U.S. citizens. Americans now are woke to the reality that straying too much into the forbidden zone guarantees that their communications can be monitored on the pretense that they’re colluding with some nefarious power. Yet if foreigners are the menace, why did our proverbial best and brightest traffic with a paid foreign spy at election time to sabotage a political campaign, then trump even the improper use of electronic surveillance with the insertion of paid informants? Google, Facebook, and Twitter are facing accusations of censoring social-media accounts and massaging Internet searches according to their progressive political agendas. The masters of the universe have given us the stereotype of 20- and 30-something social-warrior geeks, fiddling with their algorithms to virtue-signal their left-wing fides to a global audience. YouTube restricted more than 50 Prager University videos — often because either a human or computerized auditor did not approve of the videos’ presentation of America’s historical role as beneficent. Tie-dyed T-shirts, flip-flops, and faded jeans do not mask the reality that some $3 trillion in global capitalization is pledged to ensure that the nations’ computers, pads, and smartphones will not be polluted by traditionalist thinking. First-time congressional candidate Elizabeth Heng, a conservative from central California, found her video ad blocked on Facebook and Twitter. Apparently, her description of the Cambodian holocaust that her parents fled was too graphic or politically incorrect, or both. But then again, in California, everything is politicized, from plastic straws to single-user restrooms, in an Orwellian effort to distract us from the fact that we do not have enough water, usable roads, or workable public schools to remain a civilized state. Language is especially enlisted to disguise bothersome reality. During the Obama administration, no one would ever have known from “overseas contingency operations,” “man-caused disasters,” “workplace disasters,” and “holy struggles” that radical Islamic terrorists were seeking to kill Westerners from San Bernardino to Paris. As in the case of illegal aliens, undocumented aliens, illegal immigrants, undocumented immigrants, immigrants migrants, the progressive rationale is that anyone killed or harmed by a terrorist or migrant is usually a nobody and so an acceptable casualty in the greater war against incorrect speech and attitude. When our public colleges now find that an increasing number of newly admitted students cannot do college-level work when they begin their courses, administrators drop the old idea of catch-up “remedial” classes or compensatory “remediation” courses. The new language conveys that students are now suddenly qualified, or at least it virtue-signals the university’s effort to be suitably sensitive to the fact that in California nearly half of those entering the CSU system cannot read or compute at what previously had been thought to be a college level. Our very names and identities have become politicized. Desperate to highlight their progressive purity (or to enhance careers), politicians sometimes reinvent their nomenclatures and ancestries to suggest solidarity with those deemed racially, ethnically, or economically oppressed. Who now is who or what? Senator Elizabeth Warren claimed falsely — albeit not quite in the clumsy fashion of left-wing political activist and professor Ward Churchill — that she was part Native American. Socialist New York state senate candidate Julia Salazar recently and falsely rebranded herself as a virtual foreign-born immigrant. Was their intent to pose as poorer, more victimized Americans without actually having to become poorer or more victimized? White-male aspirant for a Texas Senate seat Patrick Francis O’Rourke has used the Latino nickname “Beto,” probably on the assumption that “Beto O’Rourke” might ensure a little more street cred among Texas’s Latino voters. I suppose “Pat O’Lopez” would be too shameless? But then again, California Senate candidate Kevin de León has added both a “de” and an accent to remind voters that he is not just an Anglicized Kevin Leon who could be mistaken for a third-generation Portuguese American. Americans have long accepted that Hollywood movies no longer seek just to entertain or inform, but to indoctrinate audiences by pushing progressive agendas. That commandment also demands that America be portrayed negatively — or better yet simply written out of history. Take the new film First Man, about the first moon landing. Apollo 11 astronaut Neil Armstrong became famous when he emerged from The Eagle, the two-man lunar module, and planted an American flag on the moon’s surface. Yet that iconic act disappears from the movie version. (At least Ryan Gosling, who plays Armstrong, does not walk out of the space capsule to string up a U.N. banner.) Gosling claimed that the moon landing should not be seen as an American effort. Instead, he advised, it should be “widely regarded as a human achievement” — as if any nation’s efforts or the work of the United Nations in 1969 could have pulled off such an astounding and dangerous enterprise. I suppose we are to believe that Gosling’s Canada might just as well have built a Saturn V rocket. Comic-book sales are static, purportedly because tired readers now find their make-believe heroes sermonizing, preachy, and predictable rather than one-dimensionally heroic. Social justice has entered the world of fantasy — and extends to science-fiction novels as well. Will 1984 have to be either banned or subjected to race/class/gender Bowdlerization? Sports offers no relief. It is now no more a refuge from political indoctrination than is Hollywood. Yet it is about as difficult to find a jock who can pontificate about politics as it is to encounter a Ph.D. or politico who can pass or pitch. The National Football League, the National Basketball Association, and sports channels are now politicalized in a variety of ways, from not standing up or saluting the flag during the National Anthem to pushing social-justice issues as part of televised sports analysis. What a strange sight to see tough sportsmen of our Roman-style gladiatorial arenas become delicate souls who wilt on seeing a dreaded hand across the heart during the playing of the National Anthem. Even when we die, we do not escape politicization. At a recent eight-hour, televised funeral service for singer Aretha Franklin, politicos such as Jesse Jackson and Al Sharpton went well beyond their homages into political harangues. Pericles or Lincoln they were not. Activist professor Michael Eric Dyson laced his supposed eulogy with an adolescent rant against Donald Trump: “Your lugubrious leach, your dopey doppelgänger of deceit and deviance” — and all that alliterative gibberish that apparently follows from a Ph.D. Politics likewise absorbed Senator John McCain’s funeral the next day. Sarah Palin —his persistently loyal 2008 running mate, who has never uttered an unkind word about him — was not invited. Apparently, her presence would now be seen as too politically incorrect; it might have polluted the observance with a deplorable odor or reminded us that she was once considered useful in appealing to the clinger/irredeemable/“crazies” vote. Meghan McCain, Barack Obama, and former president George W. Bush all did their best to praise the deceased, but in passing could not resist deprecating the current president. We have forgotten that the ancillary to de mortuis nihil nisi bonum dicendum est (about the dead nothing but good should be said) is “in speaking of the dead, nothing but good should be said about the still living.” It is certainly not an admirable trait to deplore incivility by gratuitously attacking a sitting president at a funeral — especially when neither the presidential encomiasts, nor the object of their encomia, had always been particularly civil and polite to each another in the past. Even the long-ago dead are fair game. Dark Age iconoclasm has returned to us with a fury. Any statue at any time might be toppled — if it is deemed to represent an idea or belief from the distant past now considered racist, sexist, or somehow illiberal. Representations of Columbus, the Founding Fathers, and Confederate soldiers have all been defaced, knocked down, or removed. The images of mass murderers on the left are exempt, on the theory that good ends always allow a few excessive means. So are the images and names of robber barons and old bad white guys, whose venerable eponymous institutions offer valuable brands that can be monetized. At least so far, we are not rebranding Stanford and Yale with indigenous names. Victor Davis Hanson
Donald Trump in his Twitter storms apparently has no idea that he is winning. The Brett Kavanaugh opening hearing turned into a progressive circus, with shouting would-be Democratic presidential candidates vying with screaming protesters to see who could be the most obnoxious. Ossified senior Democrat senators appeared bewildered how to match or somehow channel the street theater of activists on their left flank and ended up being sort of punked by their own protesters. It will be hard for network news to find a soundbite from all that to look presentable, given that democracy cannot function when elected officials join the mob. The consecutive Friday and Saturday funerals of the late Aretha Franklin and Senator John McCain reminded us why funerals are not good occasions for politicking and editorializing and end up reflecting poorly on those who try. There are 364 days a year to damn Trump without doing so at a funeral, especially by crowd-pleasing invective from those who call for civility and unity — and in the past often have shown neither to each other. New revelations about the strange nexus between Christopher Steele, Bruce Ohr, and a Russian oligarch only remind the public that Robert Mueller is looking for Russian collusion (to the extent that he is now, or ever was really) in all the wrong places. Future unredacted disclosures about the FISA warrants or communications between now-disgraced DOJ and FBI officials will be interesting. The great economic news — unemployment, GDP growth, Wall Street records, energy production, retail sales, and consumer confidence — continues to outpace even optimistic predictions. Abroad, the Iranian and Turkish economies are in shambles, and those countries’ hostility to the U.S. is proving to be a bad economic gamble. There is progress on NATO funding. Nobody is protesting over the supposedly radical decisions of leaving the Paris climate accord and the Iran deal, moving the U.S. embassy to Jerusalem, or assuming that, after 70 years, the surviving Palestinian “refugees” and their children, grandchildren, and great-grandchildren — like the 13 million who in 1945-7 walked back from Eastern Europe into Germany, or the 1 million Jews long ago ethnically cleansed from the Arab world, or the millions of “displaced persons” in post-war Western Europe — are no longer refugees. China shows signs of economic tension and does not seem to have its heart in an existential trade war with the U.S., given that it could probably keep its huge trade surpluses by simply trimming them down in art-of-the-deal fashion. NAFTA might be rebranded and improved. In other words, Trump’s superb foreign-policy team (Pompeo, Mattis, Bolton, and Haley) and his economic and judicial-appointments advisers have real accomplishments that reflect well on the Trump administration, and thus are driving the media and the Left into abject hysteria. All this is missing is a little silent forbearance on Trump’s own part to allow both his achievements and his critics, respectively, to speak for themselves, without need of his Twitter editorialization. Victor Davis Hanson
At the recent eight-hour, televised funeral of iconic singer Aretha Franklin, many of the speakers such as Al Sharpton and Jesse Jackson turned the event into a political wake—calling for everything from increased voter registration to tighter standards on drinking water. Activist and professor Michael Eric Dyson embarrassed himself with adolescent hits against President Donald Trump: “You lugubrious leach, you dopey doppelganger of deceit and deviance, you lethal liar, you dimwitted dictator, you foolish fascist.” On the next day, the televised state funeral for Sen. John McCain likewise soon became just as political. McCain and President Trump were hardly friends. During the 2016 election, Trump had in crude fashion impugned McCain’s stellar military service, which included a horrific five-and-a-half years as a prisoner of war in a dank North Vietnamese prison. For his part, McCain had earlier cruelly called Trump supporters “crazies.” Later he helped to bring the largely discredited anti-Trump Fusion GPS dossier to the attention of federal authorities. And he flipped on Obamacare to cast the deciding vote that defeated Trump’s effort to repeal and replace it. That McCain-Trump discord soon became thematic in the funeral eulogies. In not-so-veiled allusions, daughter Meghan McCain received loud applause for blasting Trump, as if she had delivered a partisan campaign speech: “We gather here to mourn the passing of American greatness, the real thing, not cheap rhetoric from men who will never come near the sacrifice he gave so willingly, nor the opportunistic appropriation of those who live lives of comfort and privilege while he suffered and served.” Former President Barack Obama used his time similarly to reference Trump, with similar not so subtle attacks, “Much of our politics can seem small and mean and petty. Trafficking in bombast and insult, phony controversies and manufactured outrage.” Likewise, former President George W. Bush, no friend of Trump, took a swipe as well. He contrasted McCain with Trump’s policies on illegal immigration and the summit with Vladimir Putin, “He (McCain) respected the dignity inherent in every life, a dignity that does not stop at borders and cannot be erased by dictators.” Once a funeral is turned into politics, then politics takes on a life of its own. Meghan McCain, Obama, and Bush were apparently all unaware of the paradox of calling for greater tolerance and civility while using a funeral occasion to score political uncivil points against a sitting president. Once solemnity is sacrificed, it becomes legitimate to remember that Bush himself once infamously looked into the eyes of Putin and said he saw a soul “straightforward” and “trustworthy”—a characterization mocked by John McCain. Obama had waged an often brutal 2008 campaign against McCain that saw low insinuations leveled at McCain as too old and at times near senile. Bush was accused by McCain in 2000 of running a dirty primary battle. Why are funerals of celebrities and politicians turning into extended and televised political rallies? Partly, the volatile Donald Trump and his frantic political and media critics are locked in a crude, no-holds-barred war against each other—waged everywhere nonstop. Partly, everything in America has become politicized. There is no escape from partisanship—not in movies, sitcoms, comic books, late-night TV, professional sports, social media, the Internet and 24/7 cable news. Not even the dead escape it. Now the funerals of notables apparently will be televised, scripted, and offer good ratings for political score-settling. Nothing is left sacrosanct. Victor Davis Hanson
The all-seeing social-justice eye penetrates every aspect of our lives: sports, movies, public monuments, social media, funerals . . .A definition of totalitarianism might be the saturation of every facet of daily life by political agendas and social-justice messaging. At the present rate, America will soon resemble the dystopias of novels such as 1984 and Brave New World in which all aspects of life are warped by an all-encompassing ideology of coerced sameness. Or rather, the prevailing orthodoxy in America is the omnipresent attempt of an elite — exempt from the consequences of its own ideology thanks to its supposed superior virtue and intelligence — to mandate an equality of result. We expect their 24/7 political messaging on cable-channel news networks, talk radio, or print and online media. And we concede that long ago an NPR, CNN, MSNBC, or New York Times ceased being journalistic entities as much as obsequious megaphones of the progressive itinerary. But increasingly we cannot escape anywhere the lidless gaze of our progressive lords, all-seeing, all-knowing from high up in their dark towers. (…) Americans have long accepted that Hollywood movies no longer seek just to entertain or inform, but to indoctrinate audiences by pushing progressive agendas. That commandment also demands that America be portrayed negatively — or better yet simply written out of history. Take the new film First Man, about the first moon landing. Apollo 11 astronaut Neil Armstrong became famous when he emerged from The Eagle, the two-man lunar module, and planted an American flag on the moon’s surface. Yet that iconic act disappears from the movie version. (At least Ryan Gosling, who plays Armstrong, does not walk out of the space capsule to string up a U.N. banner.) Gosling claimed that the moon landing should not be seen as an American effort. Instead, he advised, it should be “widely regarded as a human achievement” — as if any nation’s efforts or the work of the United Nations in 1969 could have pulled off such an astounding and dangerous enterprise. I suppose we are to believe that Gosling’s Canada might just as well have built a Saturn V rocket. (…) Sports offers no relief. It is now no more a refuge from political indoctrination than is Hollywood. Yet it is about as difficult to find a jock who can pontificate about politics as it is to encounter a Ph.D. or politico who can pass or pitch. The National Football League, the National Basketball Association, and sports channels are now politicalized in a variety of ways, from not standing up or saluting the flag during the National Anthem to pushing social-justice issues as part of televised sports analysis. What a strange sight to see tough sportsmen of our Roman-style gladiatorial arenas become delicate souls who wilt on seeing a dreaded hand across the heart during the playing of the National Anthem. Even when we die, we do not escape politicization. At a recent eight-hour, televised funeral service for singer Aretha Franklin, politicos such as Jesse Jackson and Al Sharpton went well beyond their homages into political harangues. Pericles or Lincoln they were not. (…) Politics likewise absorbed Senator John McCain’s funeral the next day. (…) Even the long-ago dead are fair game. Dark Age iconoclasm has returned to us with a fury. Any statue at any time might be toppled — if it is deemed to represent an idea or belief from the distant past now considered racist, sexist, or somehow illiberal. Representations of Columbus, the Founding Fathers, and Confederate soldiers have all been defaced, knocked down, or removed. The images of mass murderers on the left are exempt, on the theory that good ends always allow a few excessive means. So are the images and names of robber barons and old bad white guys, whose venerable eponymous institutions offer valuable brands that can be monetized. At least so far, we are not rebranding Stanford and Yale with indigenous names. This new politicized borg ferrets out every aspect of our lives. Nothing is safe, nothing sacred. Dead or alive, the relentless social-justice messaging continues. Like some sort of time machine, we go back in time to alter history as if a few corrections and adjustments will change and thus improve the entire present. Progressive politics seeks to connect and energize us as millions of shared malignant cells inside a metastasizing tumor — or to destroy us in the attempt. Victor Davis Hanson
Quel crédit peut-on attribuer à un auteur qui reste anonyme et qui explique qu’il reste à son poste parce qu’il veut limiter les dégâts et contenir le Président ? Cela ne parle ni en faveur de la moralité ni de la stabilité psychologique de la dite personne. De deux choses l’une, soit nous avons affaire à un clone de tous ces responsables de la haute administration allemande entre 1933 et 1945 qui expliquaient qu’ils servaient Hitler pour “éviter le pire”; soit nous avons affaire à la énième opération de l’establishment washingtonien pour déstabiliser Donald Trump, qui ne respecte pas les moeurs de la tribu. Nous sommes dans une guerre des mots sans précédent, entre les élites néo-libérales (qu’elles soient républicaines ou démocrates) et un selfmade man vulgaire, coureur, égotiste, qui ne recule devant aucune surenchère de communication pour faire plier ses adversaires. Il est très frappant de voir que, depuis le début de sa campagne des primaires, les adversaires de Trump commettent toujours la même erreur : ils le sous-estiment. Et plus ils le sous-estiment, plus Trump en profite. Insulter Donald Trump c’est d’abord le sous-estimer. Surtout, c’est alimenter ce qui le rend attractif auprès de ses électeurs: le fait qu’il soit rejeté par le système le rend éligible pour tous ces “déplorables” que la classe supérieure a écrasé de son mépris pendant toutes les années de la mondialisation néolibérale. Ajoutons un élément: combien pouvons-nous citer de présidents américains depuis Wilson qui n’aient pas été amoraux ou instables ou les deux? Peut-être Coolidge et Hoover; éventuellement Eisenhower; sûrement Carter. Mais dans le cas des deux derniers, ils ont tout de même alimenté la logique de guerre (renversement des gouvernements légitimes de l’Iran en 1953 et du Guatemala en 1954 par Eisenhower; ingérence en Afghanistan de Carter en 1978 afin de pousser l’URSS à l’invasion). Quant à nos icônes, Roosevelt, Kennedy, Obama, cela fait longtemps que leur légende a été écornée. C’est le moment de citer Lord Acton: “Tout pouvoir corrompt. Le pouvoir absolu corrompt absolument”. (…) On juge un arbre à ses fruits. Les adversaires de Trump peuvent raconter ce qu’ils veulent sur la personnalité de Trump, il reste à expliquer qu’au bout du compte il y ait une politique cohérente – détestable, si vous voulez, mais qui est lisible. Vous avez le droit de haïr la personne de Trump; vous pouvez enrager à lire son compte twitter; mais l’ordre ne sort jamais du chaos. Il y a une politique trumpienne, différente mais aussi cohérente que celle de Reagan en son temps. Jean-Pierre Chevènement la résume dans Le Figaro du 5 septembre: “Il rompt avec le multilatéralisme qui organisait autour de l’establishment américain la solidarité de tous les autres, y compris le Parti communiste chinois au sein d’un ensemble mondial hiérarchisé. Son mot d’ordre: “America first!” exprime avant tout la volonté de rebattre les cartes d’un jeu dont il estime que les règles doivent être revues, l’objectif central étant évidemment d’enrayer la montée de la Chine sur le long terme et de perpétuer l’hégémonie mondiale des Etats-Unis”. Nous ne comprenons pas la cohérence de la politique produite parce que nous sommes fascinés par le concepteur de cette politique, qui cultive son personnage comme un leurre, à l’abri duquel il avance en grande partie masqué. Trump n’est pas fou; il pratique la diagonale du fou, ce qui est très différent. Le personnage historique auquel il me fait le plus penser, c’est Bismarck : le fondateur de la première unité allemande annonçait toujours ce qu’il ferait et personne ne le croyait ou on le jugeait dérangé tellement il savait être grossier, direct, brutal en paroles. Il a été constamment sous-estimé et a pu engranger succès après succès en divisant ses adversaires. Bismarck aussi était à bien des égards haïssable mais il a au bout du compte réorganisé l’Europe autour de l’Allemagne, industrialisé le pays, développé ses infrastructures, créé le premier Etat-providence. (…) L’ouverture la plus large possible de l’économie américaine s’est produite au détriment de la cohésion sociale et territoriale du pays. Effectivement, Trump s’est adressé à tous ceux qu’Hillary Clinton appelait “les déplorables”. On pourrait parler de “l’Amérique périphérique”, même si elle est géographiquement centrale. Cette Amérique adhère à l’idée que l’on puisse refonder l’industrie américaine en élevant les droits de douane – en fait ce que fait Trump c’est de renégocier les accords commerciaux pour qu’ils deviennent à l’avantage des Etats-Unis. Elle est d’accord pour limiter la poussée des salaires vers le bas que permet l’immigration massive, régulière ou clandestine. En fait, nous assistons à une nouvelle Guerre de Sécession. La côte Est et la côte Ouest avaient tendance, depuis la présidence du premier Bush, à vouloir faire sécession, politiquement, économiquement, socialement, sous l’impulsion des élites néo-libérales. Et Donald Trump a pris la tête de l’autre Amérique, celle des perdants de la mondialisation, pour défendre l’unité du pays. A la différence de la première “Guerre Civile”, il n’y a pas de batailles rangées ni de morts de masse ; il y a en revanche une guerre sociale qui a produit des millions de pauvres et de forçats de l’emploi multiple ; c’est une guerre institutionnelle, médiatique, politique, financière, une sorte de “guerre civile froide”, dont nous ne devons pas sous-estimer la violence ni les dévastations psychologiques. Deux visions des Etats-Unis s’affrontent : celle d’une Amérique impériale dont les élites néolibérales éclairées se sont accommodées pendant vingt-cinq ans de la paupérisation d’une grande partie de la population ; ou bien celle du retour des Etats-Unis à un pacte national fondé sur la protection commerciale, la réindustrialisation, le contrôle de l’immigration, une politique favorable à la famille traditionnelle etc…. Et personne ne peut dire à ce jour qui va gagner cette guerre : a première vue, les élites néo-libérales devaient la gagner, tout comme les classes aisées de l’Italie antique ont imposé la fin de la République romaine et la création de l’Empire; un peu comme à la fin de la République romaine, on a oscillé dans l’Amérique des années 1990-2015 entre “optimates” républicains et “popolares” démocrates; mais Hillary Clinton ou les innombrables candidats républicains issus de l’establishment, n’avaient pas prévu qu’un milliardaire impulsif puisse se faire le porte-parole de “l’Amérique périphérique”, non pas pour entretenir l’alternance entre les factions oligarchiques mais pour revenir à la logique nationale, pré-impériale. Il était prévisible que les impériaux cherchent par tous les moyens à abattre le chef d’une armée qui se débanderait sans lui. C’est une lutte implacable et nous ne devons pas être dupes des apparences, surtout si notre sympathie va au camp impérial. Il serait temps que les néolibéraux acceptent de reconnaître leur propre violence; au lieu de passer leur temps à se donner bonne conscience en dénonçant celle de Trump. Edouard Husson

Et si comme l’ont bien compris ses partisans et s’obstinent à l’ignorer ses détracteurs, c’était la méthode apparemment « folle » de Trump qui à l’instar du chat de Deng Xiaoping était la plus efficace pour attraper les souris ?

En ces temps devenus fous …

Où en une Amérique n’ayant pas connu, minorités comprises, de chômage aussi bas depuis près de 50 ans …

Et en train de largement retrouver, y compris dans l’espace, sa puissance militaire …

Alors qu’autour d’elle, sans parler des Etats-voyous comme l’Iran ou des organisations terroristes comme l’Autorité palestinienne …

Les profiteurs de la mondialisation et du parapluie atomique américain commencent pour la première fois, de la Chine à l’Europe, à se calmer ou s’amender

Tout semble permis …

Jusqu’à la subversion revendiquée – mais courageusement anonyme en pleine campagne comme par hasard des élections de mi-mandat – de l’élu du peuple …

Ou la transformation de son propre enterrement en arme de guerre contre l’exécutif de son propre pays …

Du moment qu’on est du côté de la bonne cause, c’est-à-dire de gauche …

Il faut d’urgence lire l’analyse de l’historien Edouard Husson sur Atlantico …

Qui bien seul avec quelques rares commentateurs français comme Laure Mandeville du Figaro ou avec sa fougue habituelle l’universitaire Guy Millière

Ou américains comme l’historien militaire Victor Davis Hanson ou israéliens comme l’éditorialiste Caroline Glick

Garde la tête froide et rappelle, de Wilson, Coolidge et Hoover à Eisenhower, Reagan et Carter (sans parler de Kennedy ou Clinton), les nombreux autres cas de présidents américains dits « instables » …

Mais surtout pointe ce qui se joue vraiment derrière les actuelles gesticulations et imprécations …

A savoir une véritable nouvelle guerre civile pour l’instant froide …

Pour tenter d’arracher à des élites néolibérales dites « éclairées » le rééquilibrage de la prospérité en faveur d’une “Amérique périphérique » paupérisée par la mondialisation (les fameux « accros de la religion et des armes d’Obama et les « deplorables » d’Hillary Clinton) …

Autrement dit, le  « retour à un pacte national fondé sur la protection commerciale, la réindustrialisation, le contrôle de l’immigration, une politique favorable à la famille traditionnelle » …

Trump instable, dangereux et surveillé par sa propre administration… et pourtant efficace : comment comprendre ce qui se passe vraiment à Washington
Un membre de l’administration de Donald Trump vient de publier, anonymement, une tribune dans le New York Times. Tribune, dans laquelle, il s’attaque à la méthode de gouvernement d’un Trump qu’il juge amoral et instable.
Atlantico
7 Septembre 2018

Atlantico : Dans une tribune anonyme publiée par le New York Times, un haut membre de l’administration de Donald Trump s’attaque à la méthode de gouvernement d’une personnalité jugée amorale, instable. Au delà de la ligne politique, et en ne prenant en compte que la personnalité de Donald Trump, comment évaluer le risque que celle-ci peut représenter pour les Etats-Unis ?

Edouard Husson : Quel crédit peut-on attribuer à un auteur qui reste anonyme et qui explique qu’il reste à son poste parce qu’il veut limiter les dégâts et contenir le Président ? Cela ne parle ni en faveur de la moralité ni de la stabilité psychologique de la dite personne. De deux choses l’une, soit nous avons affaire à un clone de tous ces responsables de la haute administration allemande entre 1933 et 1945 qui expliquaient qu’ils servaient Hitler pour “éviter le pire”; soit nous avons affaire à la éniième opération de l’establishment washingtonien pour déstabiliser Donald Trump, qui ne respecte pas les moeurs de la tribu. Nous sommes dans une guerre des mots sans précédent, entre les élites néo-libérales (qu’elles soient républicaines ou démocrates) et un selfmade man vulgaire, coureur, égotiste, qui ne recule devant aucune surenchère de communication pour faire plier ses adversaires. Il est très frappant de voir que, depuis le début de sa campagne des primaires, les adversaires de Trump commettent toujours la même erreur : ils le sous-estiment. Et plus ils le sous-estiment, plus Trump en profite. Insulter Donald Trump c’est d’abord le sous-estimer. Surtout, c’est alimenter ce qui le rend attractif auprès de ses électeurs: le fait qu’il soit rejeté par le système le rend éligible pour tous ces “déplorables” que la classe supérieure a écrasé de son mépris pendant toutes les années de la mondialisation néolibérale.

Ajoutons un élément: combien pouvons-nous citer de présidents américains depuis Wilson qui n’aient pas été amoraux ou instables ou les deux? Peut-être Coolidge et Hoover; éventuellement Eisenhower; sûrement Carter. Mais dans le cas des deux derniers, ils ont tout de même alimenté la logique de guerre (renversement des gouvernements légitimes de l’Iran en 1953 et du Guatemala en 1954 par Eisenhower; ingérence en Afghanistan de Carter en 1978 afin de pousser l’URSS à l’invasion). Quant à nos icônes, Roosevelt, Kennedy, Obama, cela fait longtemps que leur légende a été écornée. C’est le moment de citer Lord Acton: “Tout pouvoir corrompt. Le pouvoir absolu corrompt absolument”.

Dans cette même tribune, l’auteur anonyme indique cependant « Il y a des points positifs que la couverture systématiquement négative ne parvient pas à « capturer » ». Derrière l’amoralité et l’instabilité décrite, comment juger de la cohérence de la politique menée par Donald Trump depuis le début de son mandat ? Dès lors, comment comprendre ce paradoxe entre instabilité personnelle et cohérence politique ?

On juge un arbre à ses fruits. Les adversaires de Trump peuvent raconter ce qu’ils veulent sur la personnalité de Trump, il reste à expliquer qu’au bout du compte il y ait une politique cohérente – détestable, si vous voulez, mais qui est lisible. Vous avez le droit de haïr la personne de Trump; vous pouvez enrager à lire son compte twitter; mais l’ordre ne sort jamais du chaos. Il y a une politique trumpienne, différente mais aussi cohérente que celle de Reagan en son temps.

Jean-Pierre Chevènement la résume dans Le Figaro du 5 septembre: “Il rompt avec le multilatéralisme qui organisait autour de l’establishment américain la solidarité de tous les autres, y compris le Parti communiste chinois au sein d’un ensemble mondial hiérarchisé. Son mot d’ordre: “America first!” exprime avant tout la volonté de rebattre les cartes d’un jeu dont il estime que les règles doivent être revues, l’objectif central étant évidemment d’enrayer la montée de la Chine sur le long terme et de perpétuer l’hégémonie mondiale des Etats-Unis”.

Nous ne comprenons pas la cohérence de la politique produite parce que nous sommes fascinés par le concepteur de cette politique, qui cultive son personnage comme un leurre, à l’abri duquel il avance en grande partie masqué. Trump n’est pas fou; il pratique la diagonale du fou, ce qui est très différent. Le personnage historique auquel il me fait le plus penser, c’est Bismarck : le fondateur de la première unité allemande annonçait toujours ce qu’il ferait et personne ne le croyait ou on le jugeait dérangé tellement il savait être grossier, direct, brutal en paroles. Il a été constamment sous-estimé et a pu engranger succès après succès en divisant ses adversaires. Bismarck aussi était à bien des égards haïssable mais il a au bout du compte réorganisé l’Europe autour de l’Allemagne, industrialisé le pays, développé ses infrastructures, créé le premier Etat-providence.

La logique d’une attaque provenant de l’administration elle-même, dans un objectif évident de déstabilisation, ne rate-t-elle pas l’essentiel de ce qu’est Donald Trump – c’est à dire le symptôme d’une population qui se retrouve majoritaire dans des idées liées au protectionnisme, ou au contrôle de l’immigration ? Ce type d’attaques n’est-elle pas, en ce sens, vouée à l’échec ?

L’ouverture la plus large possible de l’économie américaine s’est produite au détriment de la cohésion sociale et territoriale du pays. Effectivement, Trump s’est adressé à tous ceux qu’Hillary Clinton appelait “les déplorables”. On pourrait parler de “l’Amérique périphérique”, même si elle est géographiquement centrale. Cette Amérique adhère à l’idée que l’on puisse refonder l’industrie américaine en élevant les droits de douane – en fait ce que fait Trump c’est de renégocier les accords commerciaux pour qu’ils deviennent à l’avantage des Etats-Unis. Elle est d’accord pour limiter la poussée des salaires vers le bas que permet l’immigration massive, régulière ou clandestine.

En fait, nous assistons à une nouvelle Guerre de Sécession. La côte Est et la côte Ouest avaient tendance, depuis la présidence du premier Bush, à vouloir faire sécession, politiquement, économiquement, socialement, sous l’impulsion des élites néo-libérales. Et Donald Trump a pris la tête de l’autre Amérique, celle des perdants de la mondialisation, pour défendre l’unité du pays. A la différence de la première “Guerre Civile”, il n’y a pas de batailles rangées ni de morts de masse ; il y a en revanche une guerre sociale qui a produit des millions de pauvres et de forçats de l’emploi multiple ; c’est une guerre institutionnelle, médiatique, politique, financière, une sorte de “guerre civile froide”, dont nous ne devons pas sous-estimer la violence ni les dévastations psychologiques.

Deux visions des Etats-Unis s’affrontent : celle d’une Amérique impériale dont les élites néolibérales éclairées se sont accommodées pendant vingt-cinq ans de la paupérisation d’une grande partie de la population ; ou bien celle du retour des Etats-Unis à un pacte national fondé sur la protection commerciale, la réindustrialisation, le contrôle de l’immigration, une politique favorable à la famille traditionnelle etc….

Et personne ne peut dire à ce jour qui va gagner cette guerre : a première vue, les élites néo-libérales devaient la gagner, tout comme les classes aisées de l’Italie antique ont imposé la fin de la République romaine et la création de l’Empire; un peu comme à la fin de la République romaine, on a oscillé dans l’Amérique des années 1990-2015 entre “optimates” républicains et “popolares” démocrates; mais Hillary Clinton ou les innombrables candidats républicains issus de l’establishment, n’avaient pas prévu qu’un milliardaire impulsif puisse se faire le porte-parole de “l’Amérique périphérique”, non pas pour entretenir l’alternance entre les factions oligarchiques mais pour revenir à la logique nationale, pré-impériale. Il était prévisible que les impériaux cherchent par tous les moyens à abattre le chef d’une armée qui se débanderait sans lui. C’est une lutte implacable et nous ne devons pas être dupes des apparences, surtout si notre sympathie va au camp impérial. Il serait temps que les néolibéraux acceptent de reconnaître leur propre violence; au lieu de passer leur temps à se donner bonne conscience en dénonçant celle de Trump.

Voir aussi:

Indoctrination Saturation

The all-seeing social-justice eye penetrates every aspect of our lives: sports, movies, public monuments, social media, funerals . . .A definition of totalitarianism might be the saturation of every facet of daily life by political agendas and social-justice messaging.

At the present rate, America will soon resemble the dystopias of novels such as 1984 and Brave New World in which all aspects of life are warped by an all-encompassing ideology of coerced sameness. Or rather, the prevailing orthodoxy in America is the omnipresent attempt of an elite — exempt from the consequences of its own ideology thanks to its supposed superior virtue and intelligence — to mandate an equality of result.

We expect their 24/7 political messaging on cable-channel news networks, talk radio, or print and online media. And we concede that long ago an NPR, CNN, MSNBC, or New York Times ceased being journalistic entities as much as obsequious megaphones of the progressive itinerary.

But increasingly we cannot escape anywhere the lidless gaze of our progressive lords, all-seeing, all-knowing from high up in their dark towers.

The Peter Strzok–Lisa Page texts, along with the careers of former FBI director James Comey and his deputy Andrew McCabe, reveal a politicized and in some sense rotten FBI hierarchy, beholden far more to its own exalted sense of a progressive self than merely to investigating crimes against the people.

Lois Lerner was a clumsy reflection of how the IRS long ago became weaponized in service to auditing deplorables. Former CIA director John Brennan and Director of National Intelligence James Clapper used their supposedly nonpartisan positions to further political agendas. That each in his own way is clownish does not mitigate their rank efforts to graft intelligence agencies onto political causes.

The same deterioration is true of many in the Department of Justice, who, along with the FBI, misled FISA-court justices, as if that were the only, or perhaps the easiest, way to obtain politically driven surveillance on U.S. citizens. Americans now are woke to the reality that straying too much into the forbidden zone guarantees that their communications can be monitored on the pretense that they’re colluding with some nefarious power. Yet if foreigners are the menace, why did our proverbial best and brightest traffic with a paid foreign spy at election time to sabotage a political campaign, then trump even the improper use of electronic surveillance with the insertion of paid informants?

Google, Facebook, and Twitter are facing accusations of censoring social-media accounts and massaging Internet searches according to their progressive political agendas. The masters of the universe have given us the stereotype of 20- and 30-something social-warrior geeks, fiddling with their algorithms to virtue-signal their left-wing fides to a global audience.

YouTube restricted more than 50 Prager University videos — often because either a human or computerized auditor did not approve of the videos’ presentation of America’s historical role as beneficent. Tie-dyed T-shirts, flip-flops, and faded jeans do not mask the reality that some $3 trillion in global capitalization is pledged to ensure that the nations’ computers, pads, and smartphones will not be polluted by traditionalist thinking.

First-time congressional candidate Elizabeth Heng, a conservative from central California, found her video ad blocked on Facebook and Twitter. Apparently, her description of the Cambodian holocaust that her parents fled was too graphic or politically incorrect, or both. But then again, in California, everything is politicized, from plastic straws to single-user restrooms, in an Orwellian effort to distract us from the fact that we do not have enough water, usable roads, or workable public schools to remain a civilized state.

Language is especially enlisted to disguise bothersome reality. During the Obama administration, no one would ever have known from “overseas contingency operations,” “man-caused disasters,” “workplace disasters,” and “holy struggles” that radical Islamic terrorists were seeking to kill Westerners from San Bernardino to Paris. As in the case of illegal aliens, undocumented aliens, illegal immigrants, undocumented immigrants, immigrants migrants, the progressive rationale is that anyone killed or harmed by a terrorist or migrant is usually a nobody and so an acceptable casualty in the greater war against incorrect speech and attitude.

When our public colleges now find that an increasing number of newly admitted students cannot do college-level work when they begin their courses, administrators drop the old idea of catch-up “remedial” classes or compensatory “remediation” courses. The new language conveys that students are now suddenly qualified, or at least it virtue-signals the university’s effort to be suitably sensitive to the fact that in California nearly half of those entering the CSU system cannot read or compute at what previously had been thought to be a college level.

Our very names and identities have become politicized. Desperate to highlight their progressive purity (or to enhance careers), politicians sometimes reinvent their nomenclatures and ancestries to suggest solidarity with those deemed racially, ethnically, or economically oppressed. Who now is who or what?

Senator Elizabeth Warren claimed falsely — albeit not quite in the clumsy fashion of left-wing political activist and professor Ward Churchill — that she was part Native American. Socialist New York state senate candidate Julia Salazar recently and falsely rebranded herself as a virtual foreign-born immigrant. Was their intent to pose as poorer, more victimized Americans without actually having to become poorer or more victimized?

White-male aspirant for a Texas Senate seat Patrick Francis O’Rourke has used the Latino nickname “Beto,” probably on the assumption that “Beto O’Rourke” might ensure a little more street cred among Texas’s Latino voters. I suppose “Pat O’Lopez” would be too shameless? But then again, California Senate candidate Kevin de León has added both a “de” and an accent to remind voters that he is not just an Anglicized Kevin Leon who could be mistaken for a third-generation Portuguese American.

Americans have long accepted that Hollywood movies no longer seek just to entertain or inform, but to indoctrinate audiences by pushing progressive agendas. That commandment also demands that America be portrayed negatively — or better yet simply written out of history. Take the new film First Man, about the first moon landing. Apollo 11 astronaut Neil Armstrong became famous when he emerged from The Eagle, the two-man lunar module, and planted an American flag on the moon’s surface. Yet that iconic act disappears from the movie version. (At least Ryan Gosling, who plays Armstrong, does not walk out of the space capsule to string up a U.N. banner.)

Gosling claimed that the moon landing should not be seen as an American effort. Instead, he advised, it should be “widely regarded as a human achievement” — as if any nation’s efforts or the work of the United Nations in 1969 could have pulled off such an astounding and dangerous enterprise. I suppose we are to believe that Gosling’s Canada might just as well have built a Saturn V rocket.

Comic-book sales are static, purportedly because tired readers now find their make-believe heroes sermonizing, preachy, and predictable rather than one-dimensionally heroic. Social justice has entered the world of fantasy — and extends to science-fiction novels as well. Will 1984 have to be either banned or subjected to race/class/gender Bowdlerization?

Sports offers no relief. It is now no more a refuge from political indoctrination than is Hollywood. Yet it is about as difficult to find a jock who can pontificate about politics as it is to encounter a Ph.D. or politico who can pass or pitch.

The National Football League, the National Basketball Association, and sports channels are now politicalized in a variety of ways, from not standing up or saluting the flag during the National Anthem to pushing social-justice issues as part of televised sports analysis. What a strange sight to see tough sportsmen of our Roman-style gladiatorial arenas become delicate souls who wilt on seeing a dreaded hand across the heart during the playing of the National Anthem.

Even when we die, we do not escape politicization. At a recent eight-hour, televised funeral service for singer Aretha Franklin, politicos such as Jesse Jackson and Al Sharpton went well beyond their homages into political harangues. Pericles or Lincoln they were not.

Activist professor Michael Eric Dyson laced his supposed eulogy with an adolescent rant against Donald Trump: “Your lugubrious leach, your dopey doppelgänger of deceit and deviance” — and all that alliterative gibberish that apparently follows from a Ph.D.

Politics likewise absorbed Senator John McCain’s funeral the next day. Sarah Palin —his persistently loyal 2008 running mate, who has never uttered an unkind word about him — was not invited. Apparently, her presence would now be seen as too politically incorrect; it might have polluted the observance with a deplorable odor or reminded us that she was once considered useful in appealing to the clinger/irredeemable/“crazies” vote.

Meghan McCain, Barack Obama, and former president George W. Bush all did their best to praise the deceased, but in passing could not resist deprecating the current president. We have forgotten that the ancillary to de mortuis nihil nisi bonum dicendum est (about the dead nothing but good should be said) is “in speaking of the dead, nothing but good should be said about the still living.” It is certainly not an admirable trait to deplore incivility by gratuitously attacking a sitting president at a funeral — especially when neither the presidential encomiasts, nor the object of their encomia, had always been particularly civil and polite to each another in the past.

Even the long-ago dead are fair game. Dark Age iconoclasm has returned to us with a fury.

Any statue at any time might be toppled — if it is deemed to represent an idea or belief from the distant past now considered racist, sexist, or somehow illiberal. Representations of Columbus, the Founding Fathers, and Confederate soldiers have all been defaced, knocked down, or removed. The images of mass murderers on the left are exempt, on the theory that good ends always allow a few excessive means. So are the images and names of robber barons and old bad white guys, whose venerable eponymous institutions offer valuable brands that can be monetized. At least so far, we are not rebranding Stanford and Yale with indigenous names.

This new politicized borg ferrets out every aspect of our lives. Nothing is safe, nothing sacred. Dead or alive, the relentless social-justice messaging continues. Like some sort of time machine, we go back in time to alter history as if a few corrections and adjustments will change and thus improve the entire present.

Progressive politics seeks to connect and energize us as millions of shared malignant cells inside a metastasizing tumor — or to destroy us in the attempt.

Voir également:

Comment Donald Trump est en train de gagner le défi de la guerre commerciale (curieusement, sans humilier ses partenaires)

L’accord entre les Etats-Unis et le Mexique s’apparente à une victoire politique pour Donald Trump, sans trop de dégâts économiques pour le Mexique, incite le Canada et sans doute les Européens à accélérer les négociations pour éviter le pire.

Rémi Bourgeot

Atlantico

2 septembre 2018

Atlantico : A l’occasion d’une interview donnée à Bloomberg, Donald Trump a jugé insuffisantes les propositions faites par les Européens de réduire à 0 les droits de douane sur les automobiles, tout en menaçant d’une sortie des Etats-Unis de l’OMC. Après avoir conclu un accord le Mexique, et dans le contexte d’une négociation qui pourrait aboutir avec le Canada, comment évaluer les récents rapports de force entre Donald Trump et les Européens ? Comment expliquer le refus par Donald Trump des propositions européennes : peut-il réellement obtenir plus ?

Rémi Bourgeot : Derrière les menaces tous azimuts qu’a brandies Donald Trump au cours des derniers mois, l’administration américaine joue en réalité un jeu assez complexe à l’échelle mondiale, vis-à-vis de ses partenaires de l’ALENA (Canada et Mexique), de l’UE, de la Chine ainsi que du Japon et de la Corée du Sud.La méthode se déploie en plusieurs temps. En premier lieu, ont été mises en place les taxes douanières sur l’acier et l’aluminium, assez généralisées, et qui ne sont pas d’une grande efficacité en termes de protection. En réalité, au-delà même du message à l’attention de l’électorat populaire américain, elles consistaient surtout à envoyer un message de détermination aux partenaires commerciaux des Etats-Unis dans le conflit commercial qui s’annonçait. Les taxes sur l’acier n’étaient toutefois pas à même d’enclencher une négociation commerciale poussée, que ce soit à l’échelle de l’ALENA ou avec l’UE.

La deuxième phase repose sur la menace, bien plus redoutable, de mesures douanières substantielles dans l’industrie automobile. Sur la base de ce qui a déjà été mis en place dans l’acier, on constate que les menaces sur les industries automobiles des divers pays partenaires sont prises très au sérieux, que ce soit au Mexique, au Canada, en Europe ou au Japon. On a vu le Mexique s’engager dans une renégociation commerciale poussée, en acceptant des quotas et une révision des règles encadrant la provenance des composants des produits pouvant bénéficier d’une exemption de taxes douanières. L’enjeu de l’Alena est, de toute évidence, également majeur pour le Canada, dont les Etats-Unis sont de loin la première destination d’exportation.Il apparaissait clairement que les menaces douanières des Etats-Unis vis-à-vis des ses deux voisins visaient à une reconfiguration de l’accord de libre-échange, en maintenant cet accord in fine à condition que les trois pays se mettent d’accord sur un certain nombre de conditions.

On voit en fait une stratégie à peu près comparable vis-à-vis de l’Europe. La Commission européenne insiste sur le fait qu’il ne s’agit en aucun cas de négocier sous la menace un accord commercial alternatif au défunt TTIP. On voit néanmoins une négociation large s’enclencher, sur la base des menaces qui pèsent sur le secteur automobile européen, et allemand en particulier. L’administration américaine était parvenue à un embryon d’accord avec la Commission lors du voyage de Jean-Claude Juncker en juillet à Washington, visant à supprimer les taxes douanières sur les produits industriels en dehors du secteur automobile. Derrière l’objectif de la suppression des droits de douane, on constate une négociation par secteurs. La partie américaine cherche surtout, pour rééquilibrer dans une certaine mesures les échanges, à développer les débouchés des entreprises américaines en Europe. Pour des raisons électorales notamment, Donald Trump insiste constamment sur l’accroissement par l’Europe mais aussi par la Chine des importations de soja américain. De la même façon, les négociations comportent systématiquement un volet sur les exportations de LNG américain.

La proposition européenne consistant à supprimer les droits de douane dans l’automobile sur une base réciproque présente un certain intérêt pour les Etats-Unis, puisque les droits de douane européen sur les automobiles sont plus élevés que leur équivalent américain (bien que les USA taxent plus fortement les camions). Mais Donald Trump cherche avant tout à obtenir une renégociation plus générale qui amènent à un rééquilibrage partiel des échanges. Comme le montre son insistance sur les exportations de soja, il n’est sans doute pas guidé par une grande vision technologique. A ce stade, la méthode offre néanmoins une certaine lisibilité. Alors que le Mexique et le Canada (plus progressivement) en sont amenés à accepter une révision de l’Alena, l’UE s’efforce de présenter les négociations comme ne visant qu’à éviter une surenchère douanière. La partie américaine tente néanmoins de mettre au centre de son jeu vis-à-vis de l’Europe ce qui s’apparenterait également à une reconfiguration des échanges.

Selon un éditorial de Mohammed El-Erian, paru dans les colonnes de Bloomberg, l’accord signé avec le Mexique mettrait les Etats-Unis en position de force concernant les prochaines négociations qui s’annoncent. Quelles seraient les conséquences pour l’Europe d’une défaite politique, et économique dans le cadre de la guerre commerciale ? 

L’éditorial de Mohamed El Erian, célèbre économiste et financier, est un signe marquant, parmi de nombreux autres récemment, de l’évolution du débat sur la question commerciale aux Etats-Unis. L’amorce du débat par Trump sous la forme de menaces à tout va centrées sans grande cohérence sur la métallurgie semblait indiquer une approche chaotique sans véritable objectif si ce n’est électoral. Si la finalité de la stratégie en termes de promotions de certains secteurs interroge encore, il s’avère que l’on a affaire à une stratégie en plusieurs temps visant à une reconfiguration généralisée des échanges des Etats-Unis avec ses principaux partenaires commerciaux.

Le cas européen présente tout de même une difficulté particulière, puisque l’UE, mais surtout la zone euro, évoluent vers un modèle généralisé d’excédents commerciaux. Au cœur de ce système, l’Allemagne présente un excédent de sa balance courante qui dépasse désormais largement les 8% du PIB. L’abaissement du taux de change de l’euro a été rendu indispensable par la crise qui a frappé l’union monétaire et fragilisé toute sa partie Sud. Ce faisant, le taux de change de l’euro est bien trop bas pour l’Allemagne, dont les excédents, par conséquent, ne cessent de croître. De plus, l’ensemble des pays de la zone se sont lancés sur la voie de la compression salariale pour compenser l’atonie de leur productivité et relancer tant bien que mal leur croissance par les exportations vers le reste du monde, et notamment vers les Etats-Unis. Le déséquilibre commercial européen est, d’une certaine façon, inhérent à l’union monétaire et à sa philosophie économique.

Mohamed El Erian a raison dans son analyse de la dynamique des négociations, et de l’importance des négociations au sein de l’Alena pour la suite des négociations avec le reste du monde, et notamment avec la Chine. Les négociations avec l’Europe sont néanmoins bien plus compliquées qu’elles ne le sont avec le Mexique et le Canada. Donald Trump peut obtenir des concessions visant à accroitre les exportations américaines vers l’Europe dans certains secteurs, mais il est considérablement plus compliqué de parvenir à un véritable rééquilibrage, puisque les déséquilibres européens sont inhérents à la structure monétaire et politique de la zone euro. L’inertie liée à cette situation peut permettre à la partie européenne d’éviter le fond du sujet. Sur le plan monétaire notamment, l’euro est fortement sous-évalué pour l’Allemagne, mais les dirigeants américains étaient les premiers à justement encourager la BCE sur la voie de la relance monétaire et donc de l’affaiblissement du taux de change de l’euro pour maintenir à flot les économies en crise au sein de la zone. Par ailleurs, l’économie européenne montre déjà d’importants signes d’essoufflement, alors que les Etats-Unis affichent actuellement des chiffres de croissance élevés, à la suite du programme de baisse d’impôts.

La dimension intrinsèque des excédents commerciaux européens avait permis à l’UE d’éviter ce débat à l’époque où Barack Obama n’avait de cesse de l’évoquer. Le risque lié à une approche comparable face à Donald Trump reste celui d’une fuite en avant sur le plan des tensions et des menaces.

Quels sont les leviers dont disposent les Européens pour permettre une accalmie sur le front de la guerre commerciale, tout en aboutissant à un résultat « gagnant-gagnant » ? 

Dans le fond, au-delà de la politique douanière ou de la construction de terminaux pour le LNG américain, tout véritable rééquilibrage des échanges entre l’Europe et le reste des pays développés nécessiterait un rééquilibrage, en premier lieu, au sein de l’Union européen et de la zone euro en particulier. Ce sujet est le grand absent des débats européens, qui ont tendance à se focaliser sur les aspects plus institutionnels, comme le dispositif anti-crise de la zone euro, qui est au cœur des projets d’Emmanuel Macron. La zone euro suit un modèle d’accroissement continu de sesexcédents commerciaux, à une échelle désormais massive. Les excédents de l’Allemagne vis-à-vis du reste de la zone euro se sont transformés, au cours de la crise de l’euro, en excédents vis-à-vis du reste du monde. Le débat européen devrait se concentrer sur les moyens de rééquilibrer la dynamique intra-européenne, au moyen d’un modèle de développement qui ne repose pas autant sur la demande extérieure comme moteur de la croissance. De plus, la France, qui n’a pas suivi les mêmes ajustements que les pays les plus durement touchés par la crise comme l’Espagne, le Portugal ou l’Italie, connait pour sa part une situation de déficit commercial chronique. Autant que la question du dispositif institutionnel de la zone euro, les efforts de rééquilibrage européen devraient se concentrer sur les conditions économiques réelles, qu’il s’agisse de salaires, d’investissement ou de moyens technologiques. Cette approche serait gagnante dans le sens où elle permettrait à l’Europe de s’ancrer dans une dynamique de croissance de meilleure qualité tout en limitant sa vulnérabilité face aux aléas mondiaux.

Voir de même:

Les perdants de Novembre 2016 cherchent à instaurer un régime totalitaire aux Etats-Unis

Guy Millière

Dreuz

24 août 2018

L’article que j’ai rédigé pour fournir un antidote à la désinformation française n’a pu prendre en compte les développements les plus récents.

Ceux-ci, comme je m’y attendais, ont suscité une frénésie médiatique délirante en France, ce qui est logique : les journalistes français (à de rares exceptions près) ne font que recopier stupidement ce qu’écrivent leurs confrères de gauche et d’extrême gauche aux Etats-Unis, en y ajoutant quelquefois leur propre haine envers les millions d’Américains qui ont voté pour Donald Trump.

Disons donc ce qui doit l’être.

La présidence Trump n’est pas “cernée par les affaires judiciaires”, comme l’écrit le correspondant du journal de gauche Le Figaro. Aucune affaire judiciaire ne concerne la présidence Trump. Strictement aucune.

Stormy Daniels ne fait pas “trembler Donald Trump”, comme l’écrit un autre gratte papier ignare du même journal de gauche. Stormy Daniels est une prostituée vieillissante qui ne peut plus exhiber ses parties intimes dans des films pour adolescent acnéique et qui a cherché à gagner de l’argent facile en faisant chanter Donald Trump avant l’élection de 2016. Donald Trump a payé en lui faisant signer un document demandant qu’elle cesse son chantage. Il n’a aucunement tremblé. Il a fait ce qu’ont fait avant lui des milliers d’hommes riches aux Etats-Unis confrontés à des chantages du même type. Certains hommes riches refusent de payer. On peut comprendre que Donald Trump ait payé. L’élection était importante, et il avait à sauver les Etats-Unis et le monde d’une présidence Hillary Clinton. La prostituée vieillissante a violé le contrat qu’elle a signé ce qui, si la justice américaine fonctionnait normalement, devrait lui coûter cher. Que le parti démocrate et les médias aient transformé en star une personne aussi sordide montre qu’ils se vautrent dans la fange : je ne comparerai pas le parti démocrate et les médias qui ont glorifié Stormy Daniels a des porcs, ce serait insultant pour les porcs.

Michael Cohen n’est pas un “fidèle déchu”, et ne fera pas “tomber Donald Trump” : Michael Cohen se révèle être un avocat sans scrupules, coupable de quelques fraudes qui n’ont rien à voir avec Donald Trump. Il a été l’un des avocats de Donald Trump. Il a été mis sous pression par un procureur voulant le pousser à accuser Trump : il a accusé Trump et s’est accusé lui-même d’actes qui ne sont ni des crimes ni des délits. Il s’est conduit en minable lâche. Il a pris comme avocat l’un des exécuteurs des basses œuvres du clan mafieux Clinton, Lanny Davis. Il a échangé les soixante-cinq ans de prison dont on le menaçait contre (vraisemblablement) cinq ans de prison, à la condition qu’il accuse Trump. Ce dont il a accusé Trump ne fait pas courir le moindre risque à Trump, puisqu’il ne s’agit pas de crimes ou de délits. Trump a payé la prostituée maître chanteuse (et une autre prostituée maître chanteuse) avec son propre argent pour se protéger de la diffamation. Aucun texte de loi n’interdit de faire ce que Trump a fait. Et il ne s’agit pas de contribution illégale à la campagne électorale. L’accusation énoncée par Michael Cohen est tout juste destinée à exciter les médias de gauche et d’extrême gauche et à calomnier. Michael Cohen fera sa peine de prison et apparaîtra comme ce qu’il est : un minable lâche. Il a perdu toute chance d’être amnistié par Trump. Il a fait son choix et a préféré la prison. C’est son droit. Fin de l’histoire.

Il n’y a aucun “coup dur judiciaire” pour Donald Trump, comme l’écrit la correspondante venimeuse du magazine de gauche Le Point. Michael Cohen n’est plus l’avocat de Donald Trump et Donald Trump n’est aucunement concerné par les turpitudes de Michael Cohen. Paul Manafort, accusé lui-même de fraude fiscale, a travaillé pour la campagne électorale de Trump moins de cent jours, et n’a aucun autre lien avec Donald Trump, qui n’a aucun lien avec les crimes éventuels de Paul Manafort. Vu le traitement odieux subi par Paul Manafort, incriminé seulement parce qu’il a travaillé pour Donald Trump, il est très vraisemblable que Paul Manafort sera amnistié par Donald Trump.

Donald Trump n’est pas “ébranlé”, et il n’y a pas de “revers judiciaires de deux collaborateurs de Trump”, comme l’écrit le correspondant du journal de gauche Le Monde. Donald Trump préside. Michael Cohen et Paul Manafort ne sont pas des “collaborateurs de Trump”. Ni l’un ni l’autre n’a depuis des mois le moindre contrat ni le moindre contact avec Trump. Ils ne subissent pas des “revers judiciaires” mais des pratiques judiciaires totalement arbitraires venues de l’Etat profond mis en place par Obama.

Il y a eu des agents russes qui ont acheté des espaces publicitaires pour quelques milliers de dollars, ce qui se produit lors de chaque élection, mais il n’y a pas eu d’“ingérence russe” comme l’écrit un ignorant sournois dans le journal d’extrême gauche Libération. Et il n’y a eu aucun lien entre la Russie et la campagne de Donald Trump. Il y a eu, par contre, des liens entre des agents russes et la campagne de Hillary Clinton, avec la complicité de l’administration Obama finissante. Comme quasiment tous les journaux et magazines français, Libération, de manière crapuleuse, soutient les crapules Hillary Clinton et Barack Obama et accuse Trump des crimes commis par Hillary Clinton et Barack Obama.

Libération interviewe un ancien de l’administration Obama (à ce stade de conduite crapuleuse, pourquoi se gêner ?), un certain Norman Eisen, qui dit que la présidence Trump est “la présidence la plus corrompue de l’histoire” : quel élément apporte-t- il à l’appui de ses dires ? Aucun. Absolument aucun. Aucune trace de corruption n’existe chez Donald Trump, qui, étant multimilliardaire, n’a nul besoin de la présidence pour s’enrichir et a même renoncé à son salaire de Président pour le donner à des œuvres charitables. Norman Eisen venant de la présidence la plus crapuleuse de l’histoire, la présidence Obama, qu’il énonce des vomissures n’a rien d’étonnant.

Il n’y a rien à reprocher à Donald Trump. Ni “collusion”. Ni “obstruction à la justice”.

Il y a eu, par contre, une tentative d’empêcher l’élection de Donald Trump par une utilisation crapuleuse de la CIA, du FBI, du Ministère de la justice, d’agents russes et d’un agent britannique par le parti démocrate, Hillary Clinton et Barack Obama.

Il y a eu, dès le jour de l’élection de Donald Trump, une tentative par un réseau de crapules totalitaires d’annihiler le résultat d’élections démocratiques et de renverser un Président démocratiquement élu. Cela s’appelle une tentative de coup d’Etat.

Depuis le 9 novembre 2016, une opération de type totalitaire est menée pour renverser Donald Trump. C’est extrêmement grave. C’est la démocratie et l’état de droit qui sont menacés aux Etats Unis. C’est dangereux pour le monde.

Je dois l’ajouter : l’opération de type totalitaire ne pourrait se mener sans des complicités parmi les Républicains.

L’erreur la plus grave de Donald Trump a été de nommer Jeff Sessions au Ministère de la justice et d’avoir choisi Rod Rosenstein comme vice-ministre de la justice. L’un et l’autre n’ont cessé de se comporter en traîtres. Sans leur trahison, les choses seraient très différentes. Des criminels seraient en prison (Hillary Clinton, John Brennan, James Clapper, Andrew McCabe, James Comey) et des innocents (Carter Page, George Papadopoulos, Michael Flynn) ne seraient pas persécutés. Robert Mueller serait hors d’état de nuire. Donald Trump ne pouvait pas savoir que Jeff Sessions et Rod Rosenstein étaient des traîtres. Il aurait le droit constitutionnel de les évincer. Il ne peut pas, car l’establishment républicain s’y oppose.

Cinq forces sont à l’œuvre pour mener l’opération de type totalitaire : le parti démocrate, les grands médias devenus organes de propagande, l’état profond mis en place par Obama, l’establishment républicain, les imposteurs appelés Never Trumpers. Jeff Sessions et Rod Rosenstein sont à l’intersection de l’état profond et de l’establishment républicain. Robert Mueller est une émanation de l’état profond.

Une sixième force est à l’œuvre : les “médias sociaux” (Facebook, Twitter, YouTube, etc.) qui, façon Goebbels, commencent à sortir leur revolver quand ils voient la parole ou les écrits d’un conservateur soutenant Trump. C’est extrêmement grave, oui.

Dois-je le dire pour rassurer ceux qui me lisent ? L’opération de type totalitaire ne réussira pas. Soit Donald Trump gagnera les élections de mi-mandat, et il pourra se défaire de Jeff Sessions et Rod Rosenstein et nommer un Ministre de la justice digne de ce nom qui en finira avec Robert Mueller, et, en ce cas, il poursuivra sa politique. Soit les Démocrates obtiendront la majorité à la Chambre des représentants, et Donald Trump ne sera pas destitué (il faudrait une majorité des deux tiers au Senat, soit soixante-six voix sur cent, et les Démocrates ne l’auront pas), mais son action intérieure et extérieure sera fortement entravée par la frénésie destructrice des forces totalitaires.

Voir de plus:

McCain a fait de son enterrement un meeting anti-Trump
Guy Millière
Dreuz

3 septembre 2018

Pour lui rendre hommage à Phoenix en Arizona, [MCCain] a choisi deux Démocrates, dont Joe Biden, ancien vice-président d’Obama, qui n’a pas manqué l’occasion de s’en prendre à Donald Trump. Et pour lui rendre hommage à Washington, il a choisi George Walker Bush, Barack Obama, et sa fille Meghan. George Walker Bush, un homme que j’ai estimé quand il était Président (mais beaucoup moins depuis) s’est à nouveau conduit de manière peu estimable. Barack Obama a tenu un discours perfide et mensonger qui lui ressemble et a montré qu’il était plus que jamais un être sordide. Meghan McCain a montré, elle, que son but n’était pas de faire l’éloge de son père, mais de s’en prendre à Donald Trump avec autant de bassesse que le plus vil des Démocrates. Je respecte sa douleur. Je ne respecte pas ce qu’elle a fait lors de la cérémonie d’enterrement, et, dès lors que tout a été préparé avant la mort de John McCain, j’imagine aisément la haine ressentimentale qui a imprégné celui-ci à la fin de sa vie.

Le parti démocrate est devenu un parti infect, crapuleux, aux tentations totalitaires, flirtant avec des comportements fascistes.

L’establishment républicain que George Walker Bush a incarné est complice des Démocrates.

Meghan McCain, qui a une place à la télévision dans un talk show gauchiste, appartient à la cohorte des Never Trumpers qui font le lit de la destruction de l’Amérique.

Avoir dit que l’Amérique était grande avant Trump est cautionner tout ce qu’a fait Obama, que je ne vais pas rappeler ici en détail. Mais cela veut dire que l’Amérique était grande aux yeux de Meghan McCain quand un Président provoquait des émeutes raciales, laissait proliférer les gangs, monter le chômage, la pauvreté, l’immigration illégale, les meurtes de policiers, et permettait à l’Etat Islamique de massacrer et de former des terroristes.

Donald Trump a été élu contre les gens qui pensent ainsi, contre Obama, contre Hillary Clinton, contre les Démocrates crapuleux, contre l’establishment républicain, contre des médias également crapuleux, contre des conservateurs méprisant le peuple, contre des traîtres tels que John et Meghan McCain.

Ces gens là le haïssent parce qu’il n’est pas de leur monde. Ils crachent sur lui et ils crachent sur le peuple de l’Amérique profonde, qu’ils disent “déplorable”.

Le but de ces gens là est que la tentative de transformation des Etats-Unis en une république bananière, voire bien pire encore, à la fin de la présidence Obama ne soit pas mise au jour et que leurs petites et grandes turpitudes puissent se poursuivre.

Leur but est que le peuple américain ne découvre pas que comparé à ce qu’ils ont fait, le Watergate a été une infime broutille.

Leur but est que le peuple américain ne sache pas que Donald Trump accomplit immensément, dans tous les domaines, et de diffamer, salir, en espérant que cela aura un effet.

Ces gens là ont beau s’activer, le peuple américain qu’ils méprisent voit la croissance, le plein emploi, le retour à la sécurité dans le pays. Il voit aussi ce que Trump accomplit ailleurs sur la planète.

La “vague démocrate” dont on ne cesse de parler semble s’essoufler avant d’atteindre le rivage. Qu’en restera-t-il début novembre ?

Le parti démocrate choisit des candidats gauchistes abrutis et incultes (pléonasme). Les candidats soutenus par Trump montent en puissance. La crédibilité des grands médias est en chute libre.

Etant pour le pluralisme, je souhaite une défaite cuisante aux Démocrates aux fins que le parti démocrate redevienne un parti digne de ce nom.

Aimant profondément un pays qui est désormais mon pays, je souhaite que le redressement enclenché par Trump se poursuive.

Je souhaite pour les mêmes raisons que Jeff Sessions et Rod Rosenstein soient chassés du gouvernement au plus tôt, parce qu’ils couvrent les activités de criminels : Hillary Clinton, Barack Obama, John Brennan, James Comey, Andrew McCabe, et parce que c’est à cause d’eux que le grand inquisiteur Mueller mène une chasse aux sorcières monstrueuse et que les grands médias peuvent mentir impunément. Et je souhaite que Trump déclassifie les documents accablants que Jeff Sessions se refuse à divulguer. Il se dit qu’il va le faire. J’espère que c’est vrai. Il serait temps !

Je ne doute pas un seul instant que le redressement se poursuivra. Je vois ce que voient les Américains qui m’entourent car je partage leur vie.

Je connais un pays que les correspondants des médias français qui vivent en vase clos entre New York City et Washington DC ne connaissent pas et méprisent parce qu’il méprisent le peuple américain. Leur mépris suinte de leurs articles et de leurs commentaires. Ils intoxiquent les esprits. Ils mentent. Ils occultent. Ils ont renoncé au métier de journalistes. Donald Trump a dit que les médias désinformateurs américains sont les ennemis du peuple américain. Il a raison. Les médias désinformateurs français sont les ennemis du peuple français.

Lire un titre (presque identique) dans deux Pravda francaises (Le Figaro et Le Point) disant que “L’Amérique rend hommage à John McCain, l’anti-Trump” est consternant. L’Amérique n’est pas composée uniquement de journalistes de gauche et de politiciens de Washington, et l’essentiel du peuple américain n’a pas rendu hommage à John McCain, et ne s’est pas interessé au meeting politique anti-Trump qui s’est tenu à Washington. John McCain était si anti-Trump qu’il méprisait les électeurs de Trump (qu’il a traité de malades mentaux), soit plusieurs dizaines de millions d’Américains. John McCain est très différent de Trump : il n’a jamais été Président, s’est montré incapable de gagner une élection présidentielle et a trahi son camp. Donald Trump s’est montré capable d’être élu Président, a accompli davantage en vingt mois que John McCain dans toute sa vie politique, et n’a trahi personne. Lire dans les articles français que Donald Trump vient de la téléréalité est honteux et montre la prépondérance du crétinisme en milieu journalistique. Les journalistes français pensent que gérer pendant quatre décennies une entreprise planétaire, c’est faire de la téléréalité, et ne savent apparemment rien de ce que fait Donald Trump pour l’économie et la société américaine et pour le monde. S’ils savent, ils n’en parlent pas. Ils préfèrent Emmanuel Macron qui, lui, n’a rien accompli de sa vie et se montre plus minable que François Hollande. Crétinisme en milieu journalistique, disais-je ?

Guy Millière

PS. Donald Trump dénonce les biais des “médias sociaux”. Il a raison là encore. Google n’est plus un moteur de recherche, mais un vecteur de propagande (si vous cherchez quelque chose sur Israël en utilisant Google, vous trouverez à torrent de la propagande “palestinienne”, et si vous cherchez un article sur un Israélien tué par un terroriste, vous trouverez des articles d’Electronic Intifada accusant l’armée israélienne ; sur tous les sujets, c’est la même chose). Youtube et Twitter censurent les conservateurs, Facebook suit le même mouvement. C’est scandaleux. Ce qui devait être un vecteur de liberté devient un instrument d’oppression.

Voir de plus:

L’édito du New York Times révèle un danger peut-être plus grand que Trump lui-même

L’auteur de la tribune qui a semé le chaos à la Maison-Blanche peut avoir agi dans son seul intérêt.
Bérengère Viennot
Slate
7 septembre 2018

Difficile d’ignorer que depuis quelques jours, un véritable séisme secoue la Maison-Blanche et l’Amérique tout entière. Mardi 11 septembre sortira un livre –Fear: Trump in the White House de Bob Woodward, l’un des journalistes du Washington Post qui ont contribué à révéler le scandale du Watergate– qui affirme qu’en coulisses, l’entourage de Trump le prend pour un sombre crétin.

On pourra y lire, entre autres, qu’outre les jugements personnels peu flatteurs portés à l’encontre du président des États-Unis, un certain nombre de ses hauts fonctionnaires agissent derrière son dos pour contrer ses décisions.

Au lendemain de l’annonce de la parution du livre et de la publication de ses extraits les plus croustillants, le New York Times a publié un éditorial anonyme écrit par un haut fonctionnaire de l’administration Trump, où l’on peut lire que nombre de membres de l’entourage présidentiel savent pertinemment que le président américain est un danger pour la nation et qu’une résistance s’est organisée au sein même de la Maison-Blanche.

Prouver, pas juste dire

Cet éditorial est à la fois fascinant et terrifiant. Il décrit un Donald Trump «impétueux», «belliqueux», «mesquin», qui fait des «caprices», prend des décisions «qui ne tiennent pas debout, mal informées et parfois dangereuses». L’article montre Trump tel que tout le monde le connaît déjà, mais cette fois de l’intérieur, confortant dans son opinion la grande partie du monde qui était déjà convaincue que le président américain ne tournait pas rond.

Son auteur –son autrice?– explique qu’il écrit cette lettre pour rassurer le public: certes, Trump déraille, mais «des adultes» sont là et veillent au grain. Que si les hauts fonctionnaires «résistants» n’invoquent pas le vingt-cinquième amendement, celui qui permettrait de déclencher une procédure de destitution de Trump, c’est uniquement pour éviter de provoquer une «crise constitutionnelle».

La lecture de cet éditorial fantasque provoque chez le lectorat un enchaînement de réactions à la fois épidermiques et intellectuelles. Ah, on en était sûr, Trump est un malade, ça fait du bien de le lire noir sur blanc, et écrit par des témoins directs en plus, maintenant on a des preuves. Spoiler: non, on n’en a pas. Ce n’est pas parce qu’une source anonyme le dit que c’est vrai.

Ensuite: youpi, voilà qui va apporter de l’eau au moulin de celles et ceux qui veulent destituer Trump. Or non, désolée encore une fois pour le faux espoir: personne en l’état actuel des choses n’a les moyens de le faire. Il faudrait pouvoir prouver, pas juste dire, qu’il agit comme un dingue, ce qui ne risque pas d’être possible sur la seule foi de sources anonymes, ni sur celle de révélations d’un livre, que ce soit celui de Woodward ou de ceux qui l’ont précédé.

Coup terrible porté à la démocratie

L’auteur –pour des raisons de simplification, on va partir du principe que c’est un auteur– choisit de rester anonyme pour des raisons évidentes. Pas seulement parce que cette lettre lui coûterait sa place (au minimum), mais parce que ce qu’il raconte est injustifiable. Les procédés qu’il décrit sont un coup terrible porté à la démocratie américaine et à la fonction présidentielle. Il s’agit presque d’un coup d’État clandestin. La crise constitutionnelle est déjà là, et c’est lui et ses homologues agissant dans l’ombre qui l’ont déclenchée.

David A. Graham souscrit à cette thèse. Dans The Atlantic, il évoque un «coup d’État anti-démocratique». Et de fait, voici un haut fonctionnaire –nommé, donc, pas élu!– qui se vante de désobéir au président démocratiquement élu et se félicite que des membres de l’exécutif contournent les ordres présidentiels, travaillent à «piloter l’administration dans la bonne direction jusqu’à ce que –d’une manière ou d’une autre– tout cela se termine». Comme le dit Graham, «si contrôler le président demande de désobéir aux ordres et de recourir à la tromperie, cela devient plus dur à défendre».

En vertu de quelle autorité de hauts fonctionnaires justifient-ils de tels agissements? Si l’on apprenait que l’entourage d’Obama en avait fait autant, comment réagirait-on? Mais Obama n’était pas fou, ni dangereux, ni impulsif, répondrez-vous. Eh bien, c’est une question de point de vue. On est tous le fou de quelqu’un.

Dans la mesure où aucune preuve scientifique n’est établie de la folie de Trump, et même si la majorité de son entourage, voire du monde, estime qu’il a les fils qui se touchent, la loi américaine ne permet pas que des individus prennent de leur propre chef des décisions contraires aux devoirs que leur impose leur fonction.

«TRAHISON?», a rageusement tweeté Trump après la publication de cet article.

La question se pose, en effet. Car soit l’entourage de Trump estime qu’il est inapte à gouverner, que c’est un danger pour son pays et dans ce cas, son devoir est de mettre en branle une procédure de destitution pour l’empêcher de nuire, soit cet entourage se trompe ou est de mauvaise foi, auquel cas cette dénonciation et ces actes de rébellion larvée relèvent de la trahison.

«Résistants»

Voilà à la fois le problème et le talent de Trump: en rabaissant le niveau de la plus haute fonction de l’État, il a fait dégringoler tout son entourage avec lui. Celles et ceux qui œuvrent autour de lui à défaire ce qu’il fait utilisent des méthodes répréhensibles, hors de toute morale. Et l’’amoralité, c’est justement ce que reproche l’auteur de l’éditorial à Donald Trump, et ce qu’il évoque pour justifier son action et celle des autres «résistants».

Si le mot «résistant» a une connotation en français qu’elle n’a pas en anglais américain –question d’histoire nationale bien sûr, le vocabulaire choisi par l’auteur anonyme pour se désigner et désigner ses homologues n’en est pas moins très fort, quasiment lyrique: il parle de «héros méconnus dans et autour de la Maison-Blanche», rien de moins.

Il explique que «certains de ses conseillers ont été présentés comme des scélérats par les médias. Mais en privé, ils se donnent beaucoup de mal pour contenir les mauvaises décisions dans l’aile ouest, même si clairement, ils n’y arrivent pas toujours». Ce sont, selon lui, les «adultes» qui surveillent Donald Trump et qui l’empêchent de nuire.

Curieusement, ces «adultes» ne trouvent pas la situation suffisamment alarmante pour continuer à respecter la loi. Le vingt-cinquième amendement permet à l’exécutif d’engager une procédure de destitution –certes complexe, heureusement d’ailleurs– du président.

Ces «adultes» ne sont pourtant pas confrontés à une situation désespérée qui exige des actes de résistance héroïque –par exemple une dictature où la vie des lanceurs et lanceuses d’alerte serait en danger, et le président indéboulonnable par des voies légales. C’est loin d’être le cas aux États-Unis.

Un coup monté par Trump lui-même?

Si ces personnes n’engagent pas de procédure de destitution, alors que de leur propre aveu la situation est grave et que Trump est fou, il s’agit d’un choix. C’est qu’elles risquent quelque chose (au hasard: perdre la majorité républicaine un peu partout, au Congrès, à la présidentielle de 2020), parce que la base qui soutient Trump est encore forte, mais que au cas où ça tournerait au vinaigre pour le quarante-cinquième président des États-Unis, au cas où, «d’une manière ou d’une autre», son mandat s’achevait de manière un peu précipitée, elles puissent sortir de l’ombre et sauver leur peau en clamant: «Moi, j’étais résistant» à toutes celles et ceux qui ne manqueront pas de demander des comptes aux responsables de cette calamiteuse administration et seront tentés de raser quelques crânes.

Pour Ben Mathis-Lilley, journaliste politique à Slate.com, «c’est définitivement une explication très plausible pour expliquer pourquoi cette personne a choisi de publier cette tribune». «Mais d’un autre côté, spécule-t-il, peut-être que cet individu anonyme en avait tout simplement assez de lire et d’entendre des critiques de l’administration Trump, et qu’il n’a pour seule motivation que l’envie de se défendre en public.»

À moins, bien sûr, comme le suggère Corentin Sellin, spécialiste de la politique américaine, dans une interview accordée à Libération, que cette lettre ne soit «un coup monté par Trump pour discréditer le New York Times». Ce qui expliquerait le côté fantasque de la lettre et son absurdité, car ces «résistants», en la publiant, se condamnent eux-mêmes à devoir arrêter leurs activités souterraines.

Selon Dick Howard, professeur de philosophie politique à l’université de Stony Brook (New York) et auteur de Les ombres de l’Amérique, de Kennedy à Trump (à paraître le 20 septembre), ce serait en effet pour Trump un moyen de rassembler ses troupes autour de lui avant les élections de mi-mandat, en novembre, qui pourraient le voir perdre sa majorité à la Chambre des représentants et une majorité démocrate lancer une procédure de destitution.

Pour Howard, cet épisode marque possiblement la fin d’un cycle politique, un «réalignement» de la politique américaine, où les trente ans de règne républicain entamé avec l’élection de Reagan en 1981 et interrompu par les deux doubles mandats démocrates de Clinton et d’Obama arrivent à leur terme dans une apothéose.

La politique non-partisane d’Obama, qui refusait de régner sur un seul parti et voulait se placer au-dessus de la politique, aurait provoqué un retour de bâton d’une violence folle avec la présidence Trump et son sectarisme politique poussé à l’excès, avance Howard. Reste à savoir ce qui pourra le remplacer…

Si on veut être encore plus kafkaïen, on peut même imaginer que c’est l’entourage de Trump qui a monté ce coup dans son intérêt sans le lui dire, le sachant bien incapable, intellectuellement, de fomenter une stratégie aussi élaborée. À ce stade de spéculation, comme aurait dit John Kelly, le chef de cabinet de la Maison-Blanche: «On est chez les fous.

Voir par ailleurs:

Entre Trump et Merkel, adapter la politique de la France
Jean-Pierre Chevènement

Le Figaro

6 septembre 2018

La critique que l’establishment nord-américain exerce à l’égard de la politique de Donald Trump juxtapose de très nombreux griefs. Ainsi, l’ancien président Obama incrimine un réflexe de conservatisme émanant de couches sociales menacées dans leur «stabilité économique», leur «statut social», leurs «privilèges» ou leur «identité culturelle» (discours de Johannesburg du 17 juillet 2018). Cette critique trop rapide me paraît révélatrice d’une certaine tache aveugle qui dissimule à l’establishment nord-américain les fractures sociales engendrées par la globalisation dans les régions industrielles traditionnelles – ainsi la «Rust Belt» – et surtout la montée d’une inquiétude plus générale dans la société américaine: et si la globalisation conduisait non seulement à la désindustrialisation mais aussi à un certain déclin des États-Unis?

Trump, sans le dire explicitement, incrimine les conséquences des choix opérés il y a quatre décennies par l’establishment américain, républicain d’abord puis démocrate, en faveur du libre-échange notamment avec la Chine. L’actuel déficit commercial américain (862,7 milliards de dollars en 2017 dont 395,8 milliards avec la Chine) ne montre pas que les États-Unis vivent au-dessus de leurs moyens: pour Trump, ce déficit abyssal est d’abord le résultat de l’alliance déséquilibrée nouée entre les firmes multinationales américaines et le Parti communiste chinois au temps de Deng Xiaoping.

Trump attaque sur tous les fronts à la fois. D’abord le déficit commercial avec la Chine, dont par ailleurs le PIB (en dollars courants) s’approche de celui des États-Unis (12.237 milliards de dollars contre 19.390) et l’a même nettement dépassé en parité de pouvoir d’achat (23.000 milliards de dollars contre 19.000), selon la Banque mondiale, une Chine qui n’applique qu’avec réticence les règles de l’OMC en matière de propriété intellectuelle et de subventions publiques. Ensuite la dénucléarisation de la Corée du Nord, véritable test à l’égard de Pékin. En troisième lieu le déficit avec l’Union européenne (160,8 milliards de dollars), principalement avec l’Allemagne qui ne consacre par ailleurs qu’un très modeste effort à sa défense (1,1 % de son PIB). Trump, enfin, veut remettre en cause la domination de l’Iran sur le Moyen-Orient, résultat des deux guerres du Golfe, en dénonçant l’accord du 14 juillet 2015 qui était pourtant un autre moyen de la contenir.

Le président des États-Unis se veut «antisystème»: il combat le libre-échange qui est la philosophie de base des institutions de Bretton Woods (FMI, Banque mondiale) et plus encore de l’OMC. Il rompt avec le multilatéralisme qui organisait autour de l’establishment américain la solidarité de tous les autres, y compris le Parti communiste chinois, au sein d’un ensemble mondial hiérarchisé. Son mot d’ordre: «America first!» exprime avant tout la volonté de rebattre les cartes d’un jeu dont il estime que les règles doivent être revues, l’objectif central étant évidemment d’enrayer la montée de la Chine sur le long terme et de perpétuer l’hégémonie mondiale des États-Unis.

Ce retournement de tendance historique par rapport au paradigme libre-échangiste et multilatéral qui organisait depuis quarante ans l’hégémonie «soft» des États-Unis sur leurs alliés prend ceux-ci par surprise. Ils sont confrontés à une hégémonie «hard» qui les transforme en États tributaires. Ainsi leurs entreprises, si elles rechignent à plier devant les oukases du Centre (en matière d’investissements à l’étranger par exemple), sont-elles mises à l’amende en vertu de l’extraterritorialité du droit américain. En maintenant un conflit à demi gelé en Ukraine, les États-Unis croient s’être enfin approprié la clé de la sécurité européenne.

Dans le système de domination états-unien, un paradigme dur s’est ainsi substitué à un paradigme mou. À bien y réfléchir, cela a commencé avant Trump: avec les «révolutions arabes» et la crise ukrainienne. Dans les deux cas, la volonté d’exporter les «valeurs occidentales» a engendré la crise (sanctions ou diverses formes d’ingérence en Libye et en Syrie).

Ce changement de paradigme se fait au nom de l’intérêt national américain: ce sont deux conceptions de l’intérêt national qui s’affrontent dans le débat de politique intérieure américaine sur le multilatéralisme.

La cristallisation de ce débat autour de la Russie n’est qu’un trompe-l’œil. Le vrai sujet, c’est la Chine. Trump avec elle raisonne d’abord en termes commerciaux. L’establishment traditionnel met davantage en avant les «valeurs» face aux régimes qualifiés d’«autoritaires». La Russie à cet égard n’est qu’une pièce dans un dispositif plus vaste. Confrontés à l’échec de leur politique de «changement de régime» à Moscou, les États-Unis aujourd’hui ne peuvent espérer freiner le rapprochement de la Russie avec la Chine et l’Asie qu’en revoyant une politique des sanctions manifestement contreproductive. Il suffirait pour cela d’exercer sur l’Ukraine les pressions qui l’amèneraient à appliquer enfin les clauses de l’accord de Minsk qui lui incombent. Tel ne semble pas être aujourd’hui le chemin choisi. En attendant, rien ne s’opposerait à des «deals» circonscrits (à la Syrie par exemple), où la realpolitik, des deux côtés, trouverait son compte, si la question de l’Iran n’y faisait obstacle.

Fondée sur des rapports de force brutaux, la politique de Trump peut paraître procéder d’une logique simpliste: un déficit commercial abyssal peut-il être réduit par la hausse des droits de douane? Cette politique ne sera-t elle qu’une parenthèse qui se refermera bien vite? Il peut paraître bizarre de substituer à une politique étrangère globale visant à rassembler des alliés une somme de «deals» dont le premier effet est de rapprocher adversaires et partenaires. Ceux-ci dans l’immédiat paraissent tétanisés et divisés quant à la réponse à apporter à une politique dont le véritableobjet – la perpétuation de la suprématie américaine – est soustrait au débat public.

L’Union européenne est divisée par nature. Elle n’est pas capable aujourd’hui de définir une relation stratégique avec la Chine ou face aux États-Unis. Sur l’Iran ou en matière commerciale, Trump est en position de force. Il peut sans peine exciter au sein de l’Union européenne les contradictions: Brexit, taxation des grosses cylindrées, insuffisant effort de défense des Européens, et notamment de l’Allemagne, dont le statut politico-militaire limite la capacité qu’elle a de jouer «dans la cour des grands», sanctions rédhibitoires à l’égard des entreprises qui ne respecteraient pas les orientations de la politique américaine en Iran, faiblesse intrinsèque de la monnaie unique face aux secousses internationales prévisibles, etc.

Une lecture historique de la première mondialisation (1860-1914) ne permet pas sans aveuglement d’écarter un scénario qui ressusciterait encore une fois le «piège de Thucydide», c’est-à-dire le déclenchement par accident d’une «guerre préventive» entre deux coalitions formées l’une autour d’une puissance dominante (Athènes au Ve siècle avant J.-C. ou la Grande-Bretagne au XIXe siècle), l’autre autour d’une puissance montante (Sparte dans la guerre du Péloponnèse ou le IIe Reich allemand avant 1914).

Ce scénario qui fait partie du jeu de Trump face à la Chine peut rester virtuel. Y a-t-il une alternative? La Chine sera de toute façon demain une très grande puissance mais pas forcément la puissance hégémonique mondiale.

L’Union européenne, à certaines conditions réalistes, pourra peut-être devenir une entité stratégique. Ce n’est pas tant le néoprotectionnisme de Trump qui menace la paix dans le monde. En effet, le regain du protectionnisme à la fin du XIXe siècle a montré que la croissance de l’économie mondiale et même celle du commerce international pouvaient s’en accommoder. L’accord avec le Mexique est un bon accord, malheureusement trop peu commenté, qui subordonne l’importation aux États-Unis de voitures fabriquées au Mexique à un salaire minimum des ouvriers mexicains. Le néoprotectionnisme peut aller de pair avec le recentrage des économies chinoise et américaine sur leur marché intérieur. C’est plutôt de la configuration bipolaire du monde (en «G2») et de l’exacerbation des tensions entre les deux pôles que procède aujourd’hui le plus grand danger.

Un certain multilatéralisme peut-il être restauré? Avec peu de moyens, la Russie a rétabli sa souveraineté. L’Union européenne ne peut, selon moi, y parvenir par la voie de l’intégration. Les rapports de force en son sein sont trop déséquilibrés. Les résultats de notre commerce extérieur témoignent du manque de compétitivité de l’économie française qui depuis quatre décennies a laissé s’effilocher son industrie. Moins que jamais le gouvernement de Mme Merkel issu des élections de 2017 ne veut d’une «union de transferts» que le président Macron ne lui a d’ailleurs pas proposée. Un budget de la zone euro «à deux chiffres» ne peut être l’outil d’une politique économique contracyclique sérieuse. Certes la France pourrait proposer une politique contracyclique plus efficace où les investissements s’effectueraient principalement sur le territoire des pays contributeurs. Il serait peut-être ainsi possible de tempérer le mercantilisme allemand (un excédent de la balance courante, manifestement excessif,de 8,1 % du PIB).

La France et l’Allemagne pourraient aussi essayer de promouvoir l’euro comme monnaie internationale parallèlement au dollar, mais la volonté politique en existe-t-elle alors que les Européens, depuis les accords de la Jamaïque (1976), se sont toujours accommodés de l’abus du privilège du dollar par les États-Unis?

Plus encore qu’une politique économique contracyclique, ce qui fait défaut à l’Union européenne, c’est une capacité d’action stratégique dans le domaine monétaire mais aussi en matière de politique extérieure et d’intervention militaire, de politique migratoire, d’aide au développement, et enfin de promotion des technologies du futur.

À ces défis, l’intégration n’est pas une bonne réponse: les processus de décision à vingt-sept ou à dix-neuf sont trop lents. Surtout manque la volonté politique appuyée sur un puissant sentiment d’adhésion populaire qui pourrait fonder une ambition stratégique à l’échelle mondiale. Soyons réalistes: l’Union européenne restera pour l’essentiel une union de nations, c’est-à-dire une confédération. La nation reste en effet le cadre de la démocratie et de l’affirmation de la volonté politique des peuples. Au sein de l’Union européenne, plusieurs grands États pourraient ensemble constituer le noyau d’une entité stratégique opérationnelle. Un traité dans les traités serait sans doute pour cela nécessaire. Il n’y a pas de contradiction entre ce «noyau dur» et l’UE à vingt-sept ou la zone euro à dix-neuf, mais au contraire complémentarité. Ce qui compte, c’est la volonté politique de défendre les intérêts européens. Par ailleurs, le bon sens commanderait de réfléchir à un nouveau partenariat stratégique avec la Russie pour lever l’hypothèque de la sécurité européenne.
Desserrer les pinces du «G2» et contribuer à restaurer un véritable multilatéralisme

L’Europe, à ces conditions seulement, pourrait peser comme acteur stratégique mondial. Elle pourrait ainsi desserrer les pinces du «G2» et contribuer à restaurer un véritable multilatéralisme, plus propice que le tête-à-tête sino-américain à la stabilité et à la paix dans le monde.

L’Union européenne pourrait même tirer parti du néoprotectionnisme américain: la défense de l’État social en effet exige des frontières. Une certaine régionalisation de l’économie mondiale permettrait une meilleure régulation sociale au plan intérieur. De même, en matière migratoire, la prise en compte de tous les facteurs (développement des pays d’origine qui ont besoin de leurs élites, capacité d’intégration des sociétés d’accueil) pourrait conduire à un «mix» consensuel entre pays du Nord et pays du Sud, autour de formules équilibrées, cohérentes avec le maintien des valeurs universelles: il faudrait pour cela aider les pays du Sud à devenir de véritables États nations.

Trump incarne un défi qui ne peut être relevé que sur la base d’une vision stratégique, par une France remise au centre du jeu européen», selon la formule employée, un jour, parle président de la République. De toute évidence, des révisions s’imposent à notre politique pour tenir compte des changements majeurs intervenus depuis un an.

Voir encore:

La gauche américaine a fait de l’anti-Trumpisme sa nouvelle politique étrangère

Tirer à boulets rouges sur tout ce que Donald Trump puisse dire ou faire en matière de politique extérieure ne parviendra jamais à cacher les carences de la gauche américaine en ce domaine.
Fabio Rafael Fiallo
Contretemps
4 avril 2018

Le président Donald Trump éprouve une difficulté indiscutable à former et à garder une équipe opérationnelle autour de lui ainsi qu’à prévenir des commentaires moqueurs à son égard par des membres de son gouvernement. Ajoutons à cela l’enquête en cours sur une éventuelle collusion entre son équipe de campagne et le gouvernement russe, et alors tous les ingrédients d’un film de suspense, à rebondissements, se trouvent réunis.

Au milieu de la tourmente, cependant, le président américain peut éprouver un certain réconfort dans l’aide non intentionnelle que lui apportent ses ennemis idéologiques, c’est-à-dire les membres d’une gauche – représentée par le Parti démocrate et des analystes politiques proches de ce parti – dont les critiques envers Trump sont tellement biaisées et incohérentes qu’elles perdent largement en crédibilité et en lisibilité.

Le phénomène est devenu manifeste dans le domaine de la politique extérieure.

L’exemple syrien

Prenons d’emblée le cas du conflit syrien. Après avoir établi une « ligne rouge » concernant l’éventuel usage d’armes chimiques en Syrie, le Président Obama renonça à mettre sa menace à exécution lorsque le régime de Bachar el-Assad employa ce type d’armes contre la population civile de son pays. La reculade d’Obama envoya un signal clair aux adversaires des États-Unis dans la région, notamment l’Iran et la Russie : ces derniers pouvaient désormais occuper le terrain en Syrie (comme ils ne se privèrent pas de le faire) sans craindre une riposte américaine. Et pourtant, cela ne dérangea guère, ou pas du tout, les membres du Parti démocrate.

Or, lorsque le président Trump décida en mai de l’an passé de lancer des attaques aériennes sur les installations militaires du régime de Bachar el-Assad (et ce en réaction à l’emploi à nouveau d’armes chimiques par ce régime), le Parti démocrate offrit le spectacle de la division. En effet, tandis que les leaders de ce parti dans les deux chambres du pouvoir législatif américain – Chuck Schumer et Nancy Pelosi – manifestèrent un soutien, certes mitigé, à cette initiative, bien de leurs camarades condamnèrent leur prise de position, montrant de ce fait un parti sans position claire à cet égard.

En ce qui concerne la Corée du Nord, la gauche américaine n’a pas lésiné sur les critiques à la rhétorique belliciste de Donald Trump à l’égard du dictateur Kim Jong-un. Elle a été, en revanche, bien avare de mots pour admettre que la fameuse « patience stratégique » d’Obama, appliquée à la Corée du Nord, fut un véritable fiasco ayant permis au dictateur Kim Jong-un de faire des progrès considérables dans la militarisation de son programme nucléaire.

Face à la Corée du Nord

L’attitude de l’opposition démocrate sur le dossier nord-coréen est devenue encore moins lisible, et plus intenable, après l’annonce d’une rencontre prochaine entre Donald Trump et Kim Jong-un. En effet, plutôt que de montrer un enthousiasme quelconque pour la fenêtre d’opportunité qu’ouvre une telle rencontre, bien des membres de ce parti – y compris la candidate à la présidence lors des élections de 2016, Hillary Clinton – mettent l’emphase sur le manque de sobriété et d’expérience diplomatique de Donald Trump, ce qui, martèlent-ils, peut faire capoter les négociations entre les deux pays.

Qu’on se le dise : le sommet États-Unis-Corée du Nord peut finir dans un cul-de-sac, ou même pourrait ne pas avoir lieu du tout. Mais indépendamment de l’issue de cette initiative, il n’en demeurera pas moins que le prédécesseur de Trump, en dépit de son expérience politique et de sa prudence diplomatique, n’était pas parvenu à mettre  Kim Jong-un en disposition de négocier.

Puis, de même qu’au sujet de la Corée du Nord, les démocrates américains ne cessent de dénoncer la rhétorique offensive de Donald Trump à l’égard de Téhéran et sa menace de sortir les États-Unis de l’accord négocié par Barak Obama sur le nucléaire iranien.

L’absence de « grande stratégie »

Il n’empêche que c’est bien cette rhétorique qui a poussé les partenaires européens concernés par cet accord à tenter de revoir celui-ci dans le but d’accommoder les objections et les exigences de Donald Trump.

Dernier mais non le moindre, des membres de la gauche américaine ont regretté à maintes reprises l’absence d’une « grande stratégie » de politique extérieure chez Donald Trump. Et ils n’ont pas entièrement tort ; car le document publié par l’administration américaine en janvier dernier à ce sujet est prolixe en déclarations de principes et d’objectifs mais ne détaille pas les moyens d’y parvenir.

Or, là où se trouve l’inconsistance de la gauche américaine à cet égard, c’est dans le fait qu’elle rechigne à admettre que le Président Obama, lui, ne mit en place une stratégie pouvant être classée parmi les grandes stratégies. Pourquoi, alors, s’en prendre exclusivement à la stratégie de Trump au lieu de proposer quelque chose de nouveau à ce sujet ?

D’autre part, affirmer que « Trump a créé un vide temporaire dans le leadership mondial » – comme le fait Jake Sullivan, un haut fonctionnaire du Département d’État dans l’administration Obama – équivaut à ignorer un fait fondamental, à savoir : le vide en question existait déjà avant la présidence de Donald Trump et trouve en grande partie sa cause dans les atermoiements de Barak Obama face aux multiples contentieux internationaux.

Les incohérences à répétition de la gauche américaine trahissent un manque d’idées en matière de politique extérieure, comme le reconnaît Zack Beauchamp, ancien chercheur d’un groupe de réflexion (think tank) de centre gauche : le Center for American Progress.

Tirer à boulets rouges sur tout ce que Donald Trump puisse dire ou faire en matière de politique extérieure ne parviendra jamais à cacher ou à compenser les atavismes et les carences de la gauche américaine en ce domaine. Une aubaine pour l’actuel président américain.

Voir enfin:

Pourquoi la France doit se préparer à la guerre des étoiles

La ministre des Armées Florence Parly a annoncé un investissement massif dans les moyens spatiaux de l’armée. Une réponse à l’ »arsenalisation » de l’espace par les Etats-Unis, la Russie et la Chine… et à l’espionnage du satellite français Athena Fidus par un satellite russe l’an dernier.

C’est un satellite russe discret, connu sous le nom de Louch (ou Olymp). Lancé en 2014, l’engin s’était rapidement signalé en allant renifler d’un peu trop près des satellites de l’opérateur américain Intelsat situés sur l’orbite géostationnaire (36.000 km de la Terre). Ce n’était qu’un apéritif. La ministre des Armées Florence Parly a révélé vendredi 7 septembre que ce satellite de trois tonnes s’était approché « d’un peu trop près », en 2017, du satellite militaire français Athena-Fidus, dédié aux communications militaires sécurisées. « De tellement près qu’on aurait pu croire qu’il tentait de capter nos communications », a ironisé la ministre, en visite au Centre spatial toulousain du CNES, l’agence spatiale française. Avant d’envoyer un message clair à Moscou : « Tenter d’écouter ses voisins, ce n’est pas seulement inamical. C’est un acte d’espionnage. Nous avons pris les mesures qui s’imposaient. Nous le surveillons attentivement. »

Cette tentative d’espionnage par un satellite « butineur », le terme consacré, est loin d’être une première. Depuis une dizaine d’années, l’espace s’est lourdement militarisé. Une véritable « arsenalisation », selon le cabinet de la ministre, qui va obliger la France à repenser totalement la protection de ses satellites, civils comme militaires. « Nous savons très bien que d’autres très grandes puissances spatiales déploient en orbite des objets intrigants, expérimentent des capacités potentiellement offensives, conduisent des manœuvres qui ne laissent guère de doutes sur leur vocation agressive, a martelé Florence Parly. Nous ne sommes pas protégés contre ces menaces. Nous sommes en danger si nous ne réagissons pas. »

Destruction au laser

En quoi consistent ces menaces ? Il y a d’abord les satellites butineurs, comme le fameux Louch, qui viennent se placer dans les cônes d’émission des satellites pour tenter de capter les communications. « Il y a aussi la possibilité de corruption de personnels des stations-sols, d’installation de logiciels espions, et l’utilisation de satellites capables de désorbiter les nôtres grâce à des bras mécaniques », indique-t-on au cabinet de Florence Parly, qui évoque aussi des lasers capables de saturer les capteurs des satellites, des brouilleurs de télécommunications et, stade ultime, des armes capables de détruire les engins spatiaux (lasers, armes à impulsions électromagnétiques, missiles anti-satellites).

Ces scénarios n’ont rien du film de science-fiction : dès 2007, la Chine avait détruit un de ses vieux satellites avec un missile pour démontrer sa capacité spatiale offensive, ce qui avait généré des dizaines de milliers de débris. Les Etats-Unis avaient répondu en faisant de même en 2008. Une « guerre des étoiles », terme employé par Florence Parly dans son discours, n’est donc clairement plus à exclure. « Les Etats-Unis, la Chine et la Russie sont convaincus qu’il peut y avoir un intérêt à détruire des systèmes spatiaux, assure Xavier Pasco, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Les Etats-Unis envisagent carrément une dissuasion spatiale (« space deterrence » : quiconque leur cherche des noises sur orbite en paiera le prix fort.) Donald Trump a même ordonné au Pentagone, en juin dernier, de créer d’ici à 2020 une Space Force, sixième branche des forces armées.

100 milliards par an dans le spatial

La France peut-elle rester dans le jeu ? Elle ne boxe évidemment pas dans la même catégorie que Washington. Selon le cabinet de la ministre, 100 milliards de dollars sont investis tous les ans dans le secteur spatial, dont la moitié par les Etats-Unis (50 milliards dont 20 pour la NASA, 20 milliards pour le département de la défense, et 10 milliards pour les autres agences). Ce qui place les Etats-Unis loin devant la Chine (10 à 11 milliards), la Russie (4 milliards) et la France (environ 2 milliards).

Florence Parly assure pourtant que rien n’est perdu. Emmanuel Macron a chargé la ministre de lui présenter une « stratégie spatiale de défense » d’ici la fin de l’année. Un groupe de travail rassemblant le Commandement interarmées de l’espace, la DGA, la Direction du renseignement militaire ou encore l’Onera, est à l’œuvre au ministère des Armées. Piloté par le cabinet de la ministre, il remettra ses conclusions à Florence Parly en novembre. Un grand discours présidentiel sur le sujet est prévu début 2019.

La France ne part heureusment pas de zéro. Elle dispose de satellites d’observation Helios, qui seront remplacés par trois nouveaux satellites CSO : le premier sera lancé de Kourou dès la fin de l’année. Elle disposera de satellites d’interception électromagnétique, dits CERES, à partir de 2020, permettant de repérer les commandements ennemis. Les forces françaises peuvent aussi compter sur deux satellites de télécommunications militaires Syracuse 3, qui seront remplacés à partir de 2021 par trois Syracuse 4. Au total, la loi de programmation militaire 2019-2025 prévoit un investissement de 3,6 milliards d’euros dans le spatial.

La surveillance spatiale, talon d’Achille français

Ce montant pourrait pourtant se révéler insuffisant. C’est du côté de la surveillance de l’espace que le bât blesse. Certes, le radar français GRAVES, développé par l’Onera, permet de repérer les objets de plus d’un mètre carré sur les orbites basses, soit 3.000 objets environ. Certes, ce système va être modernisé pour pouvoir repérer 5 à 6.000 objets. Certes, les armées peuvent aussi compter sur le système GeoTracker de l’industriel ArianeGroup et sur les télescopes TAROT du CNRS pour repérer les objets en orbite géostationnaire (36.000 km).

Mais ces moyens apparaissent insuffisants pour surveiller un trafic spatial en forte croissance, avec un nombre de satellites qui devrait passer de 1.500 à 7.000 engins dans dix ans. Pour être réellement efficace, souligne-t-on au ministère des Armées, il faut observer l’espace depuis l’espace. Une première étape sera, indique Florence Parly, de « placer des charges utiles secondaires d’observation de l’environnement de nos satellites, autrement dit des caméras de surveillance ». Ce sera le cas sur la prochaine génération de satellites Syracuse. Le ministère devrait aussi s’appuyer sur les services des futures constellations de satellites des acteurs du New Space, mais aussi des systèmes développés par les acteurs traditionnels (Airbus, Thales) pour améliorer ses capacités de surveillance.

Vers des armes anti-satellites françaises ?

La France pourrait-elle par la suite passer aux armes spatiales offensives ? Le scénario n’est absolument pas exclu. « Toutes les options sont sur la table, martèle Florence Parly. Comme je n’ai pas hésité à armer les drones ou à me battre pour les budgets de défense, je n’hésiterai pas proposer au président de la République des décisions fortes. » Mais ce genre de « décisions fortes » risque de coûter cher : si la France veut vraiment peser dans le spatial militaire, il sera probablement nécessaire de débloquer des fonds supérieurs aux 500 millions annuels consacrés au segment. Ce qui obligerait le ministère à trouver des marges de manoeuvre à l’intérieur du cadrage budgétaire de la LPM… ou d’augmenter encore le budget des armées.

En attendant le grand soir, Florence Parly a annoncé le lancement d’un chantier moins onéreux : simplifier la gouvernance du spatial de défense. La responsabilité est aujourd’hui partagée entre une multitude d’acteurs (CNES, Onera, DGA, DRM, COSMOS, CIE…). Une rationalisation ne sera probablement pas de trop.


Présidence Trump: Vous avez dit accident de l’histoire ? (As Trump keeps defying economic and diplomatic logic, even critics wonder if pigs can fly after all)

29 juillet, 2018
Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. Antonio Gramsci
Si Trump est élu, l’économie américaine va s’écrouler et les marchés financiers ne vont jamais s’en remettre. Paul Krugman (2016)
No, pigs do not fly. Donald Trump is dreaming. Robert Brusca (FAO Economics, 12.10.2016)
Au moins, Donald Trump a eu le mérite d’encourager le débat sur l’impact de la mondialisation sur l’économie, c’est sain. Steven Friedman
Donald Trump has a big promise for the U.S. economy: 4% growth. No chance, say 11 economists surveyed by CNNMoney. And a paper published Tuesday by the Federal Reserve Bank of San Francisco backs them up. (…) The Republican presidential nominee made the promise in a speech in New York in September. « I believe it’s time to establish a national goal of reaching 4% economic growth, » he said. Since the Great Recession, growth has averaged 2%. Brusca and the other economists surveyed say that 4% growth is impossible, or at least highly unlikely. The reasons: Unemployment is already really low, lots of Baby Boomers are retiring, and there are far fewer manufacturing jobs today than in past decades. Trump’s team says it will get to 4% growth with tax cuts, better trade deals and more manufacturing jobs. One reason for slower growth is lower productivity — for example, how many widgets an assembly line worker can produce in an hour. Another problem is that the example of the assembly line worker is increasingly outdated: America has shed about 5.6 million manufacturing jobs since 2000, mostly because of innovation and partly because of trade, studies show. Manufacturing jobs tend to have higher productivity — and wages — than jobs in other service industries like retail, education and health care, which have added lots of low-productivity jobs while manufacturing jobs have disappeared. Interestingly, American manufacturers are producing more than ever before — in dollar terms. But as technology replaces jobs on the assembly line, more goods can be produced with fewer workers. On top of that, the economy is already near what economists consider full employment, meaning the unemployment rate can’t go much lower. The unemployment rate is 5% and was as low as 4.7% earlier this year. It can’t go much lower because there will always be people leaving jobs or searching for them. If the job market is already near capacity, the economy can’t expand much more, economists say. Unemployment did go really low in 2000 — as low as 3.8% — and the economy was growing above a 4% pace. But the San Francisco Fed attributes those good times to the late 1990s internet revolution. (…) Many economists call for more spending on building new roads, bridges and highways, as do both Trump and Hillary Clinton. (…) Many experts say comprehensive immigration reform — a path to citizenship — would create more documented workers. Historically, documented workers tend to have higher productivity than undocumented workers because they generally have higher job skills and can take on jobs that produce more valuable goods. Productivity has nothing to do with work ethic. CNN (12.10.2018)
The Soviet Union was famously described as « Upper Volta with rockets », a catchphrase that was updated by the geographically precise to become « Burkina Faso with rockets ». It was a powerfully succinct description. The United States was rich and space-age powerful; the Soviet Union was poor and space-age powerful. The contradictions and paradoxes that stemmed from that could never fully be resolved – least of all by the citizens of the Soviet Union themselves. During the 1930s, Stalin turned Russia into an industrially powerful nation, and made his Soviet compatriots feel proud of what they had achieved. The defeat of Hitler’s might, at the cost of millions of lives, was also seen as proof of Soviet greatness. The idea that Soviet was best took deep root. It convinced some Western visitors, and millions of Russians. Even now, many Russians find it hard to believe that there was anything wrong with the model itself. In last night’s episode of the Cold War series, interviewees visibly hankered after a time when Khrushchev was in his Kremlin, and all was right with the Soviet world. (…) While Cold War stripped some of the humbug from old-fashioned propaganda, Tim Whewell’s Correspondent special, « Two Weddings and the Rouble », was a bleak illustration of life in Russia today, seven years after the final collapse of the superpower and the propaganda machine. The Cold War has vanished; and with it, the heart of Russia’s pride. (…) The film resolutely avoided politics, though the story of the collapsing rouble – six to the dollar one day, 20 to the dollar a few days later – always lurked in the background. But the underlying theme was best expressed by the father who angrily complained that « this once-great country has been robbed and humiliated ». Humiliated: certainly. Russia these days is now Upper Volta without the rockets (all its best scientists have gone abroad; those who remain are usually unpaid). But robbed? Who did the robbing, and why? The comment reflected the still-deep Russian fatalism which enables millions to believe that somebody else is always responsible, and that Russians can change nothing themselves. It is not true – but many Russians believe it to be true, which comes to almost the same thing. (…) As Whewell noted, this is a country which has worshipped « one false prophet too many ». Gagarin and the sputnik era are still glowingly remembered as the time when the Soviet Union truly seemed great. As for the future: it sometimes seems difficult to find a Russian who has room for any optimism at all. Katya’s parents, it seems fair to guess, will never believe in anything again. As for Katya herself – maybe. If not, Russia is truly lost. The Independent
We hear too much about Vladimir Putin these days and not nearly enough about the actual forces reshaping the world. Yes, the Russian president has proved a brilliant tactician. And, President Trump’s fantasies aside, he is a ruthless enemy of American power and European coherence. Yet Russia remains a byword for backwardness and corruption. Its gross domestic product is less than 10% that of the U.S. or the European Union. With a declining population and a fundamentally adverse geopolitical situation, the Russian Federation remains a shadow of its Soviet predecessor. Add up the consequences of Mr. Putin’s troops, nukes, disinformation campaigns, financial aid to populist parties—and throw in the power of his authoritarian example. Russia still does not have the ability to roll back the post-1990 democratic revolution, overpower the North Atlantic Treaty Organization, or dissolve the EU. The West is in crisis because of European weakness, not Russian strength. Some of the Continent’s difficulties are well known. France foolishly imagined the euro would contain the rise of a newly united Germany after the Cold War. In fact it has propelled Germany’s unprecedented economic rise while driving a wedge between Europe’s indebted South and creditor North. The Continent’s so-called migration policy is a humanitarian and a political disaster. Berlin’s feckless approach to security has left Europe’s most important power a geopolitical midget, lecturing sanctimoniously while others shape the world. Meanwhile the EU’s Byzantine government machinery grinds at an ever slower pace, creating openings for Mr. Putin and Turkish President Recep Tayyip Erdogan. Europe’s weakness invites authoritarian assertion in the borderlands. Walter Russell Mead
My [Chinese] interlocutors say that Mr Trump is the US first president for more than 40 years to bash China on three fronts simultaneously: trade, military and ideology. They describe him as a master tactician, focusing on one issue at a time, and extracting as many concessions as he can. They speak of the skilful way Mr Trump has treated President Xi Jinping. “Look at how he handled North Korea,” one says. “He got Xi Jinping to agree to UN sanctions [half a dozen] times, creating an economic stranglehold on the country. China almost turned North Korea into a sworn enemy of the country.” But they also see him as a strategist, willing to declare a truce in each area when there are no more concessions to be had, and then start again with a new front. For the Chinese, even Mr Trump’s sycophantic press conference with Vladimir Putin, the Russian president, in Helsinki had a strategic purpose. They see it as Henry Kissinger in reverse. In 1972, the US nudged China off the Soviet axis in order to put pressure on its real rival, the Soviet Union. Today Mr Trump is reaching out to Russia in order to isolate China. In the short term, China is talking tough in response to Mr Trump’s trade assault. At the same time they are trying to develop a multiplayer front against him by reaching out to the EU, Japan and South Korea. But many Chinese experts are quietly calling for a rethink of the longer-term strategy. They want to prepare the ground for a new grand bargain with the US based on Chinese retrenchment. Many feel that Mr Xi has over-reached and worry that it was a mistake simultaneously to antagonise the US economically and militarily in the South China Sea. Instead, they advocate economic concessions and a pullback from the aggressive tactics that have characterised China’s recent foreign policy. Mark Leonard
In the one year since President Trump took office, the first quarter of 2017 through the first quarter of 2018, real GDP grew at a 2.55 percent annual rate. This is higher than the growth for six of the eight years former President Obama was in office, or even five of the eight years when former President George W. Bush was in office. Moreover, the economic growth rate in the first year of Trump in office is higher than the average annual growth rate for the entire presidencies of both Obama at 2.05 percent and Bush at 1.71 percent. For the full 65 years from the first quarter of 1953 through the first quarter of 2018, annual real GDP growth in the United States averaged 2.95 percent, which is still substantially higher than the first year under Trump. The growth rate for the second quarter of 2018 is 4.1 percent. This is a nice sign of American prosperity and is the strongest quarter of economic growth since the third quarter of 2014. Net exports contributed about 1 percent, while the change in private inventories subtracted 1 percent. Lots of changes like this happen on a quarter by quarter basis and should not be taken too seriously. (…) While the GDP growth of any one quarter can be offset, revised or magnified in subsequent quarters, a pattern appears to be emerging under the stewardship of the Trump administration, which makes a lot of sense, at least to me. (…) When it comes to trade, there are problems and risks in the vision Trump is carrying out. Trade should be free and with minimum barriers placed on American exports to other countries and foreign exports to the United States. (…) Finally, we have had a serious government spending problem in the United States for years. The economist Milton Friedman was famous for saying “government spending is taxation.” (…) The latest GDP figure is a great number that aids our recovery from the awful 16 years under Bush and Obama. It will also reduce deficits in the long term if such robust economic growth continues. But the challenge is far from over. We have a lot of work to do to fan the flames of prosperity and to hold at bay the prosperity killers. But one step forward is still one step forward, and it is a heck of a lot better than one step backward. Arthur B. Laffer
So much for “secular stagnation.” You remember that notion, made fashionable by economist Larry Summers and picked up by the press corps to explain why the U.S. economy couldn’t rise above the 2.2% doldrums of the Obama years. Well, with Friday’s report of 4.1% growth in the second quarter, the U.S. economy has now averaged 3.1% growth for the last six months and 2.8% for the last 12. The lesson is that policies matter and so does the tone set by political leaders. For eight years Barack Obama told Americans that inequality was a bigger problem than slow economic growth, that stagnant wages were the fault of the rich, and that government through regulation and politically directed credit could create prosperity. The result was slow growth, and secular stagnation was the intellectual attempt to explain that policy failure. The policy mix changed with Donald Trump’s election and a Republican Congress to turn it into law. Deregulation and tax reform were the first-year priorities that have liberated risk-taking and investment, spurring a revival in business confidence and growth to give the long expansion a second wind. (…) Deregulation signaled to business that arbitrary enforcement and compliance costs wouldn’t be imposed on ideological whim. Tax reform broke the bottleneck on capital mobility and investment from the highest corporate tax rate in the developed world. Above all, the political message from Washington after eight years is that faster growth is possible and investment to turn a profit is encouraged. (…) It would be nice to think that all Americans would take satisfaction in this growth. But in the polarized politics of 2018, the same people who said this growth revival could never happen are now saying that it can’t last. It’s a “sugar high,” as Mr. Summers has put it, due to one-time boosts like government spending and consumption. (…) There are risks to this outlook, not least from Mr. Trump’s tariff policies.. (…) The way to help the economy is for Mr. Trump to build on this week’s trade truce with the European Union, withdraw the tariffs on both sides, and work toward a “zero tariff” deal. Meantime, wrap up the Nafta revision with Mexico and Canada within weeks so Congress can approve it this year. Mr. Trump could claim he had honored another campaign promise while removing a pall on investmentWSJ
One thing came through loud and clear in President Trump’s press conference Wednesday with European Commission President Jean-Claude Juncker. When they announced an alliance against third parties’ “unfair trading practices,” they didn’t even have to mention China by name for listeners to know who their target was. Cooperation between the U.S. and EU will squeeze China’s protectionist model, and even before this agreement, there’s been evidence that China is already running up the white flag. Yes, China is acting tough in one sense, quickly imposing tariffs in retaliation for those enacted by the Trump administration. But while U.S. stocks approach all-time highs and the dollar grows stronger, Chinese stocks are in a bear market, down 25% since January. The yuan had its worst single month ever in June, and is well on its way to a repeat this month. Chinese corporate bonds have defaulted at a record rate in the past six months, yet this week China unveiled a new stimulus program designed to encourage even more corporate borrowing. (…) Weakening one’s currency is a standard weapon in trade wars, and one that China has often been accused of using—including in a tweet by Mr. Trump last week. Devaluation would be even more dangerous in this case because of China’s power to dump the $1.4 trillion in U.S. Treasury securities it holds. But by denying its intention to plunge the yuan, China has disarmed itself voluntarily. This was no act of noble pacifism; it had to be done. Devaluing the currency would risk scaring investors away, an existential threat to an emerging economy. For China, whose state-capitalism model has so far never produced a recession, such capital flight might expose previously hidden economic weaknesses. These weaknesses accumulate without the market discipline that occasional recessions impose. The fragility of China’s economy can be seen in its growth rate, which is slowing despite rising financial leverage, and in its overinvestment in commodities and real estate. The escalating trade war with the U.S. could tip China into the unknown territory of recession—and then capital flight could push it into a financial crash and depression. That would create mass joblessness in an economy that has never recorded unemployment higher than 4.3%. With that scenario in mind, the Chinese government must be wondering whether it has enough riot police. The risk of capital flight is real. The last time China let the yuan weaken—a slide that began in early 2014 and was punctuated in mid-2015 by the abandonment of the dollar peg in favor of a basket of currencies—the Chinese ended up losing almost $1 trillion in foreign reserves, which they have yet to recover. Now the sharp weakening of the yuan shows some degree of capital flight again is under way. No wonder that, despite tough talk from some quarters, the PBOC disarmed itself voluntarily to avoid further capital flight. The bank also is already offering to reimburse local firms for tariffs on imported U.S. goods. What’s more, China has put out a yard sign for international investors by announcing unilateral easing of foreign-ownership restrictions in some industries. China is beginning to realize that trade war isn’t really war. It’s more like a drinking contest at a fraternity: the game is less inflicting harm on your opponent than inflicting it on yourself, turn by turn. In trade wars, nations impose burdensome import tariffs on themselves in the hope that they’ll be able to stomach the pain longer than their competitor. Why play such a game? Because a carefully chosen act of self-harm can be an investment toward a worthy goal. For example, President Reagan’s arms race against the Soviet Union in the 1980s was in some sense a costly self-imposed tax. But it turned out the U.S. could bear the burden better than the Soviets could—Uncle Sam eventually out-drank the Russian bear and won the Cold War. The U.S. will win the trade war with China in the same way. The PBOC’s statements show that the Chinese understand they are too vulnerable to take very many more drinks. The only question is what they will be willing to offer Mr. Trump to get him to take yes for an answer. No wonder Beijing has ordered its state-influenced media to stop demonizing Mr. Trump—officials are desperate to minimize the pain when President Xi Jinping has to cut the inevitable deal. The drinking-contest metaphor takes us only so far. The wonderful thing about reciprocal trade is that it is a positive-sum game in which all contestants are made better off. If the conflict forces China to accept more foreign investors and goods, comply with World Trade Organization rules, and respect foreign intellectual property, it may feel it has lost but will in fact be better off. With this openness, both economic and political, China could spur a decadeslong second wave of growth that would bring hundreds of millions still living in rural poverty into glittering new cities. It took Nixon to go to China and show it the way to the 20th century. Now, through the unlikely method of trade war, Donald Trump is ushering China into the 21st century. Donald Luskin
Si l’on regarde les faits, et uniquement les faits, un constat s’impose: on ne peut pas trouver dans l’histoire récente des Etats-Unis un président ayant mené à bien autant de réformes en un laps de temps si court. Même Reagan a mis trois ans à réformer la fiscalité américaine! Trump, lui, l’a fait en quelques mois. Alors certes, «The Donald» n’a pas réussi à démanteler complètement l’Obamacare, suite aux oppositions rencontrées dans son propre parti ; mais sa réforme fiscale inclut la fin du «mandat individuel», cette fameuse obligation de souscrire à une assurance santé. Plus exactement, l’amende pour le non-respect de cette obligation est supprimée par la réforme. Cette mesure était nécessaire. En 2009, les conséquences de cette mesure coercitive, emblématique de la présidence d’Obama, ne s’étaient pas fait attendre. Il y avait eu d’énormes bugs informatiques qui ont découragé des millions de personnes de souscrire en ligne. Puis des millions d’Américains ont été contraints de résilier leur assurance privée, alors que nombre d’entre eux n’en ressentaient nullement l’envie. Depuis 2009, plus de 2 400 pages de réglementations se sont accumulées pour réguler le fonctionnement du système. Le président Obama avait promis de baisser les franchises de santé grâce à ce programme, mais ce fut tout le contraire: elles ont augmenté de 60 % en moyenne. Les primes d’assurance ont bondi dans l’ensemble de 25 % (et même jusqu’à 119 % dans l’état d’Arizona). Les assureurs ne s’en sortaient plus à cause des réglementations très strictes qui leur ont été imposées. Obama avait aussi promis de baisser le prix de l’assurance santé d’environ 2 500 dollars par famille et par an ; en réalité, le prix a augmenté de 2 100 dollars! Trump met fin à cette dérive en ouvrant le système un peu plus à la concurrence et en donnant aux Américains la liberté de choisir. (…) La réforme fiscale adoptée par le Congrès des États-Unis contient de nombreuses mesures audacieuses, que les Américains attendaient. Par exemple la baisse de la taxe sur les bénéfices des entreprises (de 35 % à 21 %), qui s’accompagne d’une déduction fiscale généreuse pour les entreprises dont les profits ne sont déclarés qu’au travers des revenus de leurs propriétaires. Plusieurs taxes ont par ailleurs été supprimées, comme la taxe minimum de 20 % sur les bénéfices effectifs. Surtout, le président Trump a entamé une vaste opération visant à rapatrier entre 2 000 et 4 000 milliards de dollars de profits placés à l’étranger, en diminuant la taxe sur ces profits de 35 % à moins de 15 %. Autre mesure symbolique: la suppression de la taxe sur les héritages au-dessous de 10 millions de dollars satisfait une large partie de l’électorat républicain. Certains Etats dont la fiscalité est particulièrement élevée, comme la Californie, seront également obligés de se réformer pour faire face à la suppression de certaines déductions fiscales. Leurs habitants ne pourront plus en effet déduire l’impôt sur le revenu local de leurs impôts fédéraux. Plusieurs mesures abolissent l’interdiction des forages de pétrole en Alaska. À l’heure actuelle, Trump a ouvert toutes les possibilités d’exploitation sur le continent américain, ce qui fera du pays l’un des principaux exportateurs de matières premières. Trump se positionne ainsi en ennemi du politiquement correct et reste méfiant à l’égard des gourous du réchauffement climatique. Il a été le seul à avoir le courage de se retirer de la COP 21, cette mascarade coûteuse qui consiste à organiser de gigantesques réunions de chefs d’État aux frais des contribuables. Il a supprimé la prime à la voiture électrique (pour une économie de 7 milliards de dollars) ainsi que les subventions aux parcs d’éoliennes. Enfin, Trump s’est attaqué aux réglementations. Entre janvier et décembre 2017, il a supprimé la moitié (45 000) des pages que contient le Code des réglementations. Plus de 1 500 réglementations importantes ont été abolies, dont beaucoup dans le domaine de l’environnement. Les économies obtenues sont estimées à plus de 9 milliards de dollars. Faisant fi des protestations, il a libéré le secteur d’internet de plusieurs contraintes anachroniques. Au plan international, Trump s’oppose à la Chine dont les pratiques commerciales douteuses ont fait l’objet d’enquêtes de la part de Washington. Mais cette position juste face aux Chinois ne devrait pas conduire la Maison Blanche à cautionner des mesures restrictives de la liberté du commerce et des échanges, qui risqueraient de peser sur la croissance américaine et même mondiale. (…) En tout état de cause, en ce début janvier 2018, l’économie américaine semble partir sur des bases solides. Le troisième trimestre de croissance s’est élevé à plus de 3 %, et le taux de chômage est au plus bas, à seulement 4.1 % (2.1 millions d’emplois créés en une année, du jamais vu depuis 1990), et même à 6.8 % pour la population noire, un taux qui n’a jamais été si faible depuis 1973. Les effets des baisses d’impôt se font d’ores et déjà sentir: des entreprises comme AT&T, Comcast, Wells Fargo, Boeing, Nexus Services ont annoncé des primes et des hausses de salaires. Nicolas Lecaussin
Volontarisme fiscal, brutalité commerciale : les critiques pleuvent sur la méthode du président américain, mais les États-Unis affichent d’excellentes performances économiques. Sur le climat, l’Iran, Israël, il s’est mis au ban de la communauté internationale. Ses tweets rageurs matinaux, son imprévisibilité, sa brutalité, laissent pantois. Ses démêlés avec le FBI et la justice interrogent sur sa capacité à mener son mandat jusqu’à son terme. Et pourtant. La méthode de Donald Trump, exposée il y a trente ans déjà, dans son best-seller l’Art du deal, du temps où le futur président de la première puissance mondiale n’était qu’un loup new-yorkais de l’immobilier, semble faire mouche. Depuis qu’il est installé à la Maison-Blanche, Donald Trump l’a éprouvée à plusieurs reprises, notamment avec la Corée du Nord. Il profère les pires menaces, exerce une pression maximale sur l’adversaire ou le partenaire, puis se dit prêt à discuter. Sur le front commercial, le président américain a marqué des points. Il a arraché des concessions au Brésil, son deuxième fournisseur d’acier ainsi qu’à la Corée du Sud. Évidemment, disposer du plus gros budget militaire de la planète (610 milliards de dollars, davantage que les sept pays suivants réunis) et diriger la première économie (un PIB de 19.000 milliards de dollars, une fois et demie celui de la Chine) offre quelques arguments. (…) L’issue est encore très incertaine, mais Trump a réussi à amener les Chinois à la table pour discuter d’une réduction du déficit commercial américain. Washington n’a pas non plus gagné son bras de fer contre l’Europe. (…) «Sa tactique de négociation est de taper fort et de se faire mousser auprès de son électorat, ajoute Florence Pisani, économiste chez Candriam et coauteur d’un livre sur l’économie américaine. C’est un jeu assez dangereux, car cela crée de l’incertitude et reporte les projets d’investissement.» Les bons indicateurs qui se succèdent semblent pourtant démentir cette vision pessimiste. À 3,9 %, le chômage est au plus bas depuis près de vingt ans, l’industrie crée des emplois, les ménages ont davantage confiance qu’au début du mandat. (…) « Il n’y a pas eu de changement majeur de tendance depuis l’arrivée de Trump, nuance Christian Leuz, économiste allemand installé depuis quinze ans aux États-Unis, à l’University of Chicago Booth School of Business. Obama a laissé une économie en bonne santé, il est encore trop tôt pour attribuer les bons résultats à Trump. » Ce leg solide est aussi largement imputable à dix ans de politique monétaire généreuse de la Fed, rappellent de nombreux économistes. Sa réforme fiscale, arrachée de haute lutte au Congrès, devrait tout de même avoir un impact positif sur l’économie. Elle a gonflé le profit des entreprises et permis à certaines comme Apple de rapatrier des milliards mis à l’abri à l’étranger. Florence Pisani pondère encore: une enquête récente de la réserve fédérale d’Atlanta indique que moins de 10 % des entreprises envisagent d’investir davantage malgré les réductions d’impôt. Quant aux ménages, ils pourraient perdre en impôts locaux (ceux des États) ce qu’ils ont gagné sur les impôts fédéraux. Même si le programme des grands travaux reste encore dans le flou, les dépenses votées par le Congrès devraient cependant soutenir l’activité de 0,3 % de PIB supplémentaire, concède Florence Pisani. Un surcroît de dépenses qui pourrait léguer au successeur de Trump «un déficit budgétaire de plus de 5 % du PIB et une dette alourdie», avertit Steven Friedman. Fabrice Nodé-Langlois
Selon la première estimation du Département du commerce, la croissance au second trimestre atteint 4,1% en rythme annuel. On n’a pas vu de conjoncture aussi favorable aux États-Unis depuis 2014. Donald Trump qualifie ces chiffres de «fascinants» et de «tout à fait tenables». Il y voit la preuve que sa politique de déréglementation et de baisses d’impôts porte ses fruits. D’autant que l’estimation de l’expansion de janvier à mars est révisée à la hausse de 2 à 2, 2% en rythme annuel. (…) Voilà déjà plus d’un an qu’il tourne en dérision les experts qui affirment qu’il ne sera pas possible de dépasser durablement 3% de croissance. Leurs arguments sont toujours que l’Amérique approche de la fin d’un très long cycle d’expansion engagé depuis l’été 2009, que la croissance démographique est désormais modeste et surtout que les hausses de productivité ne sont pas suffisantes pour renouer avec des taux de croissance dignes des années Reagan. Au cours du premier semestre l’expansion atteint néanmoins 3,1%. Si la montée des barrières douanières, les relèvements de taux directeurs par la Réserve fédérale et la hausse des coûts des matières premières ne font pas dérailler la conjoncture, le pari de Donald Trump peut être gagné, au moins en 2018. (…) Avec un taux de chômage au plus bas depuis la fin du siècle dernier, des créations d’emplois encore très fortes en moyenne de 215.000 postes par mois depuis janvier et une inflation de l’ordre de 2%, il pense présenter à l’opinion un premier bilan positif. Surtout s’il arrive à passer sous silence que, contrairement à l’orthodoxie fiscale prônée jadis par le Parti républicain, le déficit budgétaire en forte hausse est en partie responsable de l’accélération actuelle de la croissance. Signe de la confiance et du moral élevé des Américains, la consommation, qui représente plus des deux tiers du Produit intérieur brut (PIB) aux États-Unis, bondit au rythme de 4% au second trimestre, après une maigre progression de 0,5% de janvier à mars. Paradoxalement, les fortes tensions commerciales entre Washington et ses partenaires ont stimulé la croissance au cours du printemps. Dans l’anticipation de droits de douane chinois sur les denrées agricoles, les producteurs américains de soja ont par exemple tout fait pour avancer leurs livraisons avant le mois de juillet, date d’entrée en vigueur des mesures de rétorsion décidées par Pékin. Près d’un quart de la croissance a été donc généré par le commerce extérieur. Pierre-Yves Dugua
En 1917, contre les thèses de Marx, c’est en Russie, à Saint Pétersbourg, qu’éclate la Révolution. Enjeu intellectuel et enjeu politique, [Gramsci] va s’efforcer de comprendre pourquoi la Révolution a eu lieu en Russie et non en Allemagne, en France ou dans le Nord de l’Italie. Autour de la Révolution de 1917, s’ordonnent aussi une série de questionnements fondamentaux pour comprendre la pensée de Gramsci: hégémonie, crises, guerres de mouvements ou de positions, blocs historiques… Il distingue deux types de sociétés. Pour faire simple, celles où il suffit, comme en Russie, de prendre le central téléphonique et le palais présidentiel pour prendre le pouvoir. La bataille pour «l’hégémonie» vient après, ce sont les sociétés «orientales» qui fonctionnent ainsi… Et celles, plus complexes, où le pouvoir est protégé par des tranchées et des casemates, qui représentent des institutions culturelles ou des lieux de productions intellectuelles, de sens, qui favorisent le consentement. Dans ce cas, avant d’atteindre le central téléphonique, il faut prendre ces lieux de pouvoir. C’est ce que l’on appelle le front culturel, c’est le cas des sociétés occidentales comme la société française, italienne ou allemande d’alors. Au contraire de François Hollande et de François Lenglet, Antonio Gramsci ne croit pas à l’économicisme, c’est-à-dire à la réduction de l’histoire à l’économique. Il perçoit la force des représentations individuelles et collectives, la force de l’idéologie… Ce refus de l’économicisme mène à ouvrir le «front culturel», c’est-à-dire à développer une bataille qui porte sur la représentation du monde tel qu’on le souhaite, sur la vision du monde… Le front culturel consiste à écrire des articles au sein d’un journal, voire à créer un journal, à produire des biens culturels (pièces de théâtre, chansons, films etc…) qui contribuent à convaincre les gens qu’il y a d’autres évidences que celles produites jusque-là par la société capitaliste. La classe ouvrière doit produire, selon Gramsci, ses propres références. Ses intellectuels, doivent être des «intellectuels organiques», doivent faire de la classe ouvrière la «classe politique» chargée d’accomplir la vraie révolution: c’est-à-dire une réforme éthique et morale complète. L’hégémonie, c’est l’addition de la capacité à convaincre et à contraindre. Convaincre c’est faire entrer des idées dans le sens commun, qui est l’ensemble des évidences que l’on ne questionne pas. La crise (organique), c’est le moment où le système économique et les évidences qui peuplent l’univers mental de chacun «divorcent». Et l’on voit deux choses: le consentement à accepter les effets matériels du système économique s’affaiblit (on voit alors des grèves, des mouvements d’occupation des places comme Occupy Wall Street, Indignados, etc); et la coercition augmente: on assiste alots à la répression de grèves, aux arrestations de syndicalistes etc… Au contraire, un «bloc historique» voit le jour lorsqu’un mode de production et un système idéologique s’imbriquent parfaitement, se recoupent: le bloc historique néolibéral des années 1980 à la fin des années 2000 par exemple. Car le néolibéralisme n’est pas qu’une affaire économique, il est aussi une affaire éthique et morale. (…) il apporte à l’œuvre de Marx l’une des révisions ou l’un des compléments les plus riches de l’histoire du marxisme. Pour beaucoup de socialistes, il faut attendre que les lois de Marx sur les contradictions du capitalisme se concrétisent pour que la Révolution advienne. La Révolution d’Octobre, selon Gramsci, invalide cette thèse. Elle se fait «contre le Capital», du nom du grand livre de Karl Marx. Antonio Gramsci fascine au-delà de la gauche… Ainsi en France, en Italie ou en Autriche, des courants d’extrême droite se sont réclamés d’une version tronquée et biaisée du gramscisme. Ce «gramscisme de droite» faisait l’impasse sur l’aspect «économique» du gramscisme et le caractère émancipateur pour n’en retenir que la méthode le «combat culturel». Gaël Brustier
Les prédécesseurs de Trump, depuis la seconde guerre mondiale, voyaient dans la promotion d’un ordre libéral international, appuyé sur un tissu d’alliances, de forums multilatéraux et d’interdépendances économiques, la source de projection de la puissance américaine. Trump renverse la table. Ces règles restreignent l’Amérique: elles lui imposent des tabous et des normes bridant sa puissance, ne lui permettant pas de défendre au mieux ses intérêts. L’Amérique se laisse berner par ses partenaires commerciaux ; ses alliés profitent de sa générosité pour se comporter en passagers clandestins et financer leurs systèmes sociaux sous couvert de parapluie militaire américain. Dans un monde de jeu à somme nulle, le rapport de force brut favorisera le plus fort, donc l’Amérique. Ces thèmes ne sont pas nouveaux pour Trump qui répète ces antiennes depuis les années 1980. Sur le plan intérieur comme international, la question se pose: Donald Trump est-il un accident de l’histoire, élu sur un concours de circonstances, ou la manifestation de forces plus profondes traversant l’Amérique? Certes les idiosyncrasies du président sont incontestables. Sa vulgarité et sa personnalité brutale, son parcours d’homme d’affaires passé par la télé réalité ainsi que son inexpérience gouvernementale en font à coup sûr un animal politique sans précédent dans l’histoire américaine. De plus, son impopularité (à relativiser par le soutien fidèle de sa base) et les incertitudes pesant autour de l’enquête du Procureur Muller laissent certains espérer que la parenthèse sera de courte durée, qu’il suffit de s’armer de patience. Il faut doucher cet optimisme: le parti démocrate est profondément divisé et peine à faire émerger de nouvelles personnalités. L’économie américaine se porte bien, malgré des réalités souvent plus dures masquées par les statistiques, des inégalités aux addictions aux drogues. La réélection de Trump en 2020 n’est pas du tout à exclure ; mais l’enjeu va bien au-delà. Traiter Donald Trump comme une aberration historique qui sera suivie par un retour à «la normale» représenterait une erreur majeure de la part des Européens, pour trois raisons principales. Tout d’abord, l’Amérique traverse une période de questionnement profond sur son leadership international et les objectifs de sa politique étrangère, conséquence tardive de la fin de la Guerre Froide qui l’a privée d’adversaire clair et donc de continuité stratégique. Tous les présidents élus depuis la fin de la guerre froide, l’ont été sur une plateforme plaçant la priorité sur le plan intérieur: Bill Clinton insistant sur l’économie, George W. Bush comme Barack Obama contre l’interventionnisme de leur prédécesseur. Les divisions profondes qui affectent les États-Unis et l’absence de priorité internationale qui fasse consensus, Chine, terrorisme, immigration, commerce international, doivent nous préparer à une politique américaine plus erratique et déterminée par des considérations intérieures et électorales. Deuxièmement, le désastre irakien et la crise financière ont encouragé une tendance au repli et nourri le scepticisme d’une partie non négligeable de l’électorat quant à l’engagement international des États-Unis. L’observateur de Washington ne peut à cet égard que constater le décalage profond entre les experts de politique étrangère peuplant les think tanks et revues du reste de la population américaine. Durant la campagne présidentielle, Hillary Clinton avait ainsi dû changer de position sur le traité de libre-échange transpacifique pour suivre l’électorat, tandis que Trump pouvait brandir avec fierté la longue liste des experts de sécurité nationale «Never Trump» qui s’opposait à lui. Le fameux volte-face d’Obama sur la ligne rouge en Syrie a été largement critiqué à Washington comme à Paris, y compris par des membres de son entourage, mais soutenu par une large majorité de la population. À cet égard, Trump s’inscrit dans une forme de continuité avec son prédécesseur, Barack Obama, tout aussi prompt à dénoncer les experts interventionnistes de Washington. Les deux présidents partagent un scepticisme face à la notion «d’exceptionnalisme» américain. Obama comme Trump se gardent bien de voir une quelconque mission civilisatrice dans la politique étrangère américaine, promouvant le «nation building at home». Les conséquences étaient différentes: le scepticisme d’Obama sur les limites de puissance américaine l’entraînait à favoriser les accords multilatéraux comme le JCPOA ou l’accord de Paris sur le climat. À l’inverse, Trump prône l’unilatéralisme botté, dans la tradition du nationalisme martial d’un Andrew Jackson, président entre 1829 et 1837. Mais les deux approches sont deux pôles d’un même mouvement de retrait et de normalisation de la puissance américaine. Enfin, repli ou non, l’Europe perd sa centralité stratégique pour les États-Unis. Obama dénonçait déjà dans un entretien au journaliste Jeffrey Goldberg les alliés européens «passagers clandestins». Plutôt que de regretter sa non-intervention en Syrie, c’est l’intervention en Libye qu’Obama désigne comme son principal échec de politique étrangère, pointant du doigt la France et la Grande Bretagne responsables de ne pas avoir assuré la reconstruction post-conflit. L’une des principales annonces de politique étrangère fut le «pivot» vers l’Asie. Le réengagement américain en Europe fut tardif et réticent, provoqué par l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014. Mais ici aussi Obama a laissé Angela Merkel et François Hollande en première ligne pour négocier les accords de Minsk avec Vladimir Poutine. Les années 1990, caractérisées par l’attention portée à l’expansion de l’OTAN et les interventions américaines (tardives) dans les Balkans seront probablement une exception, reliquat de la guerre froide et d’un bref moment unipolaire triomphant. (…) Cela implique un investissement considérable dans notre défense et sécurité: l’Europe est-elle prête à affronter seule une crise comparable aux Balkans dans sa périphérie demain? La crise syrienne, avec ses conséquences sur l’Union Européenne en matière de réfugiés et l’émergence de Daesh, devrait servir de réveil stratégique. Or, la posture européenne s’est essentiellement limitée à espérer un engagement américain. Au-delà de l’investissement dans le militaire, les Européens doivent prendre les mesures pour se préserver des conséquences des décisions américaines, en particulier des sanctions extraterritoriales. Aujourd’hui Trump exploite la faiblesse des Européens. Peut-être cette séquence n’est elle qu’un cycle de plus dans le balancier permanent entre repli égoïste et aventurisme messianique qu’Henry Kissinger a souvent déploré dans l’histoire diplomatique américaine. Après les années de doute de la présidence Carter, post Watergate et Vietnam ont suivi l’optimisme triomphant des années Reagan. Mais l’Europe ne peut fonder sa stratégie sur cet espoir. De plus, même si le successeur de Trump renoue avec l’internationalisme, l’Europe n’en sera pas moins vue comme un partenaire secondaire, grevée par ses divisions et sa faiblesse militaire. Benjamin Haddad
Donald Trump est un cauchemar pour ses angéliques adversaires. Ils voudraient voir en lui un plouc en sursis. Mais les faits leur donnent tort. Certes, l’acteur Robert De Niro a reçu, dimanche, les vivats du public new-yorkais pour avoir crié sur scène, les poings levés : « Fuck Trump  !  » (« J’emmerde Trump  !  »). Après la décision du président américain de suspendre un temps, le 24 mai, les discussions avec la Corée du Nord, Le Monde avait titré, avec d’autres : « La méthode Trump en échec ». Or l’Histoire se montre aimable avec le proscrit du show-biz, des médias et autres enfants de chœur. L’accord conclu, mardi à Singapour, entre Trump et Kim Jong-un est un coup de maître. Il se mesure à l’aigreur des dépités. Alors que les « experts » prédisaient le clash et la duperie, tous deux ont signé un document dans lequel le Coréen réaffirme « son engagement ferme et inébranlable en faveur d’une dénucléarisation complète de la péninsule coréenne ». Les pinailleurs pinaillent. Le jeune tyran n’est pas devenu pour autant fréquentable, après s’être ainsi habilement hissé au niveau de la première démocratie du monde. Sa dictature communiste demeure encore ce qui se fait de pire. Toutefois, ce qui restait d’anachronique dans ce reliquat de guerre froide prend théoriquement fin. Il est à espérer que Trump et les dirigeants de la Corée du Sud sauront inciter le despote à ouvrir rapidement son pays-prison au monde qu’il a choisi d’approcher et de visiter. La poignée de main de mardi est déjà de celles qui resteront dans les livres. À ce rituel, le Coréen n’a pas eu à malaxer les doigts de l’Américain, à la manière d’Emmanuel Macron, pour mimer sa domination. Vendredi, des médias ont désigné le président français vainqueur de Trump, au G7 (Québec), au prétexte qu’il avait laissé la trace « féroce » de son pouce sur la peau de son rival. « Ma poignée de main, ce n’est pas innocent  », avait théorisé le chef de l’État il y a un an. En dépit de ses pénibles défauts, Trump se grandit de l’infantilisme de ses adversaires. Ceux qui reprochent au milliardaire hâbleur ses foucades et son narcissisme se comportent en prêcheurs apeurés et plaintifs, dépassés par les événements. Ivan Rioufol
Emmanuel Macron ne voit pas que l’histoire s’écrit sans lui. Les « populistes » qu’il méprise sont ceux qui, forts du soutien de leurs électeurs, remportent les victoires. Donald Trump vient de signer avec la Corée du Nord, mardi, un accord capital sur la dénucléarisation progressive de la péninsule coréenne. Le texte, à compléter, éloigne la perspective d’un conflit nucléaire. En s’opposant à l’arrivée en Italie d’un bateau transportant des clandestins, Matteo Salvini, le ministre de l’Intérieur italien, a également démontré que la détermination d’un homme à appliquer son programme était plus efficace qu’un bavardage multilatéral, incapable de produire une ligne claire. Face à Trump et à Salvini, Macron ne cache plus son aversion. Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, a qualifié le rapprochement historique entre les Etats-Unis et la Corée du nord de simple « événement significatif », alors même que Trump et Kim Jong Un ont confirmé, ce mercredi, des invitations dans leur pays respectif. Hier, le chef de l’Etat a dénoncé, parlant du refus italien d’accueillir l’Aquarius et ses 629 clandestins, « la part de cynisme et d’irresponsabilité » du nouveau gouvernement. La France s’est pourtant gardée d’ouvrir, même en Corse, un de ses ports au navire indésirable. L’Aquarius a finalement trouvé à accoster à Valence (Espagne). Les donneurs de leçons feraient mieux de s’abstenir quand eux-mêmes se révèlent incapables d’appliquer ce qu’ils exigent des autres… Le président français a eu les honneurs de la presse américaine pour sa « féroce » poignée de main avec Trump, lors du G7 : elle a laissé la trace de son pouce sur la peau du président américain. Cette vacuité dans l’évaluation des rapports de force résume la détresse du camp du Bien, confronté à sa marginalisation. Car un basculement idéologique est en cours, sous la pression des nations excédées. Trump est plus populaire aux Etats-Unis que Macron ne l’est en France. Les sondages soutiennent Salvini. Le chef de l’Etat se trompe d’adversaires quand il réserve ses attaques à ces fortes têtes, tout en ménageant ceux qui insultent la France. Ivan Rioufol
Selon moi, Macron n’a pas apporté une révolution telle qu’il le prétend. Au contraire, il nous fait vivre un grand bond en arrière. Il fait revivre ce que les Français croyaient pouvoir rejeter. Les Français pensaient avoir compris que Macron avait analysé la fracture entre les élites et le peuple. Malheureusement, on se rend compte, au contraire, que Macron a redynamisé le pouvoir des élites en canalisant la société civile qu’il avait appelée à la rescousse pour en faire un parti godillot. (…) Macron achève le système. C’est un accident de l’Histoire dans la mesure où sa venue a surpris tout le monde. Il y a encore un an, personne ne le voyait arriver à ce point de son parcours politique. Il a bénéficié d’un effondrement des partis qui étaient des partis vermoulus. Il n’a suffi qu’à donner un coup d’épaule pour qu’ils s’effondrent. Il a également bénéficié de cette coalition des affaires contre François Fillon dans la dernière ligne droite. Il est le produit d’un monde finissant. Il est un des rares, en Europe, à défendre une vision postnationale, une Europe souveraine, et à ne pas comprendre que tout ne se résume pas à l’économie. (…) Il ne veut expliquer les grandes questions sociétales qu’à travers l’économie et, donc, avec une vue beaucoup trop restreinte pour répondre aux questions liées à l’immigration, au communautarisme et à la montée de l’islam radical. Ce sont des sujets qui, pour lui, sont des impensés politiques. (…) Je pense qu’il y a beaucoup d’impostures dans ses postures. Il fait croire qu’il est ce Nouveau Monde. Pour l’instant, tout démontre qu’il n’a fait que reproduire la vieille technocratie, le monde des experts, le monde des financiers, le monde de Bercy. Tout ce monde-là a repris les commandes. Au contraire, François Fillon avait demandé le courage de la vérité. On peut donc se demander si son éviction n’était pas due au fait qu’il se soit peut-être approché de trop près du sujet brûlant de la dénonciation de cette mascarade et ces grands mensonges qui font croire qu’on peut faire une démocratie sans le peuple. Macron a théorisé lui-même son rôle de Président Jupiter, c’est-à-dire de Dieu coupé du peuple. (…)  je pense qu’il n’a fait que reprendre ce que les Américains ont précisément rejeté. Je vois notre Président comme étant un Barack Obama blanc ou un Justin Trudeau intellectuel. On voit bien que la politique de Barack Obama a conduit à l’éviction de Hillary Clinton et à l’élection de son exact contraire Donald Trump. Je fais le pari que si Macron poursuit dans cette voie du politiquement correct qu’il a réhabilité à l’image de ce qu’était Barack Obama, il va accélérer les processus de rejet de ce monde faux et de cet establishment que Donald Trump a réussi à pulvériser malgré tous ses défauts. (…) Si on trace ces lignes tel que je vous les décris, je pense que son essoufflement est programmé. Il a fait l’impasse sur de grandes questions qui se posent dès à présent. Comment répondre à une immigration de peuplement ? Comment répondre à un islam radical et colonisateur ? Comment répondre à une fracturation de la société ? Comment répondre au terrorisme ? Nous ne pouvons pas répondre à toutes ces questions simplement par l’économie. Toute sa campagne a été construite sur le rejet des populismes et sur le rejet d’un discours qui, précisément, alerte sur ces grandes questions sociétales. Or, nous voyons bien que, partout en Europe, l’opinion se raidit. Par conséquent, soit Macron est obligé de se dédire, et dans ce cas il va falloir qu’il fasse un grand travail de retour sur lui-même, soit il continue dans un aveuglement et dans une sorte d’idéologie « béni-oui-ouiste » qui l’empêchera d’apporter les réponses qu’attendent les Français. Nous le voyons en Allemagne, avec le discrédit de la chancelière après sa politique qui avait été soutenue par Emmanuel Macron. Nous le voyons aussi en Autriche, en Catalogne et même chez nous, en Corse, avec ce réveil identitaire. Toutes ces réactions sont le produit d’un impensé d’une partie de la politique qui se berce de politiquement correct, qui pense que l’immigration n’est pas un problème et que les peuples peuvent indifféremment se remplacer. Ivan Rioufol

Attention: un accident historique peut en cacher un autre !

Croissance à plus de 4%, taux de chômage au plus bas (4.1 % , 2.1 millions d’emplois créés en une année, du jamais vu depuis 1990), y compris pour les minorités (6.8 % pour la population noire, du jamais vu depuis 45 ans !), renégociation d’accords ou de traités commerciaux (Brésil, Corée du sud, Europe, Chine) …

A l’heure où après avoir prédit l’apocalypse …

Suite à l’élection du président Trump …

Nos beaux et bons esprits ont de plus en plus de mal à expliquer …

Sans compter, avec peut-être 10 points d’écart, l‘inversion des courbes de popularité entre les deux côtés de l’Atlantique …

La désormais indéniable embellie de l’économie américaine …

Comme, à l’instar d’une « Haute Volta » réduite outre « ses fusées » à sa capacité de nuisance et de l’Iran à la Corée du nord ou aux territoires dit palestiniens, le début de reflux et de marginalisation des forces du mal les plus radicales …

Comment ne pas voir …

L’obstination économiciste comme l’aveuglement post-nationaliste et immigrationniste des conséquences sociales et culturelles de la mondialisation ….

De la part de ses homologues français ou allemand  pour ce qu’elle est vraiment ….

A savoir de plus en plus décalée par rapport aux aspirations des peuples

Comme à la réalité gramcscienne de l’histoire elle-même ?

« Emmanuel Macron est un accident de l’Histoire. Il a bénéficié de l’effondrement des partis vermoulus »

Ivan Rioufol publie, aux Éditions de L’Artilleur, un livre intitulé Macron, la grande mascarade. Sa thèse est limpide : Macron n’a pas apporté la révolution, comme il veut le faire croire, mais il fait vivre au contraire un grand bond en arrière. Il a redynamisé le pouvoir des élites en canalisant la société civile qu’il avait appelée à la rescousse pour n’en faire qu’un parti godillot.
Boulevard Voltaire
21 décembre 2017

Ivan Rioufol, vous publiez aux Éditions de L’Artilleur un livre intitulé Macron, la grande mascarade. Pourquoi ce titre ?

J’ai appelé ce livre ainsi en hommage à Nicolás Gómez Dávila. Il explique, dans l’un de ses aphorismes, que toute époque finit en mascarade.
La thèse que je défends est le fruit de mes observations quasi quotidiennes. Selon moi, Macron n’a pas apporté une révolution telle qu’il le prétend. Au contraire, il nous fait vivre un grand bond en arrière. Il fait revivre ce que les Français croyaient pouvoir rejeter. Les Français pensaient avoir compris que Macron avait analysé la fracture entre les élites et le peuple. Malheureusement, on se rend compte, au contraire, que Macron a redynamisé le pouvoir des élites en canalisant la société civile qu’il avait appelée à la rescousse pour en faire un parti godillot.

Vous affirmez que Macron n’est qu’un accident de l’Histoire. Ne serait-il pas davantage une conséquence de notre époque ?

Macron achève le système. C’est un accident de l’Histoire dans la mesure où sa venue a surpris tout le monde. Il y a encore un an, personne ne le voyait arriver à ce point de son parcours politique. Il a bénéficié d’un effondrement des partis qui étaient des partis vermoulus. Il n’a suffi qu’à donner un coup d’épaule pour qu’ils s’effondrent. Il a également bénéficié de cette coalition des affaires contre François Fillon dans la dernière ligne droite. Il est le produit d’un monde finissant. Il est un des rares, en Europe, à défendre une vision postnationale, une Europe souveraine, et à ne pas comprendre que tout ne se résume pas à l’économie. Je lui fais le procès de ne voir que d’un œil. Il ne veut expliquer les grandes questions sociétales qu’à travers l’économie et, donc, avec une vue beaucoup trop restreinte pour répondre aux questions liées à l’immigration, au communautarisme et à la montée de l’islam radical. Ce sont des sujets qui, pour lui, sont des impensés politiques.

Pour reprendre Gramsci, Macron serait-il le vieux monde qui tarde à disparaître ?

En effet, c’est un peu cela. Je pense qu’il y a beaucoup d’impostures dans ses postures. Il fait croire qu’il est ce Nouveau Monde. Pour l’instant, tout démontre qu’il n’a fait que reproduire la vieille technocratie, le monde des experts, le monde des financiers, le monde de Bercy. Tout ce monde-là a repris les commandes. Au contraire, François Fillon avait demandé le courage de la vérité. On peut donc se demander si son éviction n’était pas due au fait qu’il se soit peut-être approché de trop près du sujet brûlant de la dénonciation de cette mascarade et ces grands mensonges qui font croire qu’on peut faire une démocratie sans le peuple. Macron a théorisé lui-même son rôle de Président Jupiter, c’est-à-dire de Dieu coupé du peuple.

Tsípras, Renzi, Trudeau… Le monde occidental semble céder à la mode du Young Leaders. Cela expliquerait-il l’élection de Macron ?

Non, je pense que le jeunisme est accessoire, dans cette affaire-là. Naturellement, sa jeunesse, son intelligence tactique incontestable, sa dextérité et ses qualités lui ont facilité la tâche. Je ne dis pas qu’il en soit dépourvu, mais je pense qu’il n’a fait que reprendre ce que les Américains ont précisément rejeté. Je vois notre Président comme étant un Barack Obama blanc ou un Justin Trudeau intellectuel. On voit bien que la politique de Barack Obama a conduit à l’éviction de Hillary Clinton et à l’élection de son exact contraire Donald Trump. Je fais le pari que si Macron poursuit dans cette voie du politiquement correct qu’il a réhabilité à l’image de ce qu’était Barack Obama, il va accélérer les processus de rejet de ce monde faux et de cet establishment que Donald Trump a réussi à pulvériser malgré tous ses défauts.

Selon vous, la mascarade cessera d’ici 2022, ou est-il parti pour rester un 2e mandat ? La bulle Macron pourrait-elle éclater ?

Si on trace ces lignes tel que je vous les décris, je pense que son essoufflement est programmé. Il a fait l’impasse sur de grandes questions qui se posent dès à présent. Comment répondre à une immigration de peuplement ? Comment répondre à un islam radical et colonisateur ? Comment répondre à une fracturation de la société ? Comment répondre au terrorisme ? Nous ne pouvons pas répondre à toutes ces questions simplement par l’économie.
Toute sa campagne a été construite sur le rejet des populismes et sur le rejet d’un discours qui, précisément, alerte sur ces grandes questions sociétales. Or, nous voyons bien que, partout en Europe, l’opinion se raidit. Par conséquent, soit Macron est obligé de se dédire, et dans ce cas il va falloir qu’il fasse un grand travail de retour sur lui-même, soit il continue dans un aveuglement et dans une sorte d’idéologie « béni-oui-ouiste » qui l’empêchera d’apporter les réponses qu’attendent les Français. Nous le voyons en Allemagne, avec le discrédit de la chancelière après sa politique qui avait été soutenue par Emmanuel Macron. Nous le voyons aussi en Autriche, en Catalogne et même chez nous, en Corse, avec ce réveil identitaire. Toutes ces réactions sont le produit d’un impensé d’une partie de la politique qui se berce de politiquement correct, qui pense que l’immigration n’est pas un problème et que les peuples peuvent indifféremment se remplacer.

Macron serait-il capable d’éviter, pour reprendre le titre d’un de vos livres, « cette guerre civile qui vient » ?

Je ne dis pas que Macron va accélérer ce processus. Mais je crains que, par la paresse intellectuelle de son idéologie et le confort intellectuel qui consiste à ne pas vouloir s’arrêter sur les grandes questions existentielles, il aggrave cette lente dissolution de la France. Cela pourrait aussi désemparer davantage cette société oubliée, cette France périphérique qui ne se reconnaît ni en lui ni en d’autres. En général, elle s’abstient ou vote pour le Front national.

Voir aussi:

Et si Donald Trump n’était pas qu’un accident historique ?

FIGAROVOX/ANALYSE – Benjamin Haddad pense que les Européens auraient tort de croire que Donald Trump est une parenthèse historique.


Benjamin Haddad est chercheur au Hudson Institute, un think tank spécialisé dans les relations internationales à Washington.


Le sommet du G7 au Canada, quelques jours après l’imposition de tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium sur les partenaires commerciaux des États-Unis, a illustré une fois de plus les différends entre les Européens et le président Donald Trump. On a finalement surestimé, peut-être par vœu pieux, l’imprévisibilité de Trump. Sur les tarifs douaniers, l’accord nucléaire iranien, Jérusalem ou encore le climat, le président américain, inspiré de son slogan America First, finit par mettre en œuvre ses promesses de campagnes de façon unilatérale et péremptoire, au détriment de la relation transatlantique.

Les prédécesseurs de Trump, depuis la seconde guerre mondiale, voyaient dans la promotion d’un ordre libéral international, appuyé sur un tissu d’alliances, de forums multilatéraux et d’interdépendances économiques, la source de projection de la puissance américaine. Trump renverse la table. Ces règles restreignent l’Amérique: elles lui imposent des tabous et des normes bridant sa puissance, ne lui permettant pas de défendre au mieux ses intérêts. L’Amérique se laisse berner par ses partenaires commerciaux ; ses alliés profitent de sa générosité pour se comporter en passagers clandestins et financer leurs systèmes sociaux sous couvert de parapluie militaire américain. Dans un monde de jeu à somme nulle, le rapport de force brut favorisera le plus fort, donc l’Amérique. Ces thèmes ne sont pas nouveaux pour Trump qui répète ces antiennes depuis les années 1980.

Sur le plan intérieur comme international, la question se pose: Donald Trump est-il un accident de l’histoire, élu sur un concours de circonstances, ou la manifestation de forces plus profondes traversant l’Amérique? Certes les idiosyncrasies du président sont incontestables. Sa vulgarité et sa personnalité brutale, son parcours d’homme d’affaires passé par la télé réalité ainsi que son inexpérience gouvernementale en font à coup sûr un animal politique sans précédent dans l’histoire américaine. De plus, son impopularité (à relativiser par le soutien fidèle de sa base) et les incertitudes pesant autour de l’enquête du Procureur Muller laissent certains espérer que la parenthèse sera de courte durée, qu’il suffit de s’armer de patience.

Il faut doucher cet optimisme: le parti démocrate est profondément divisé et peine à faire émerger de nouvelles personnalités. L’économie américaine se porte bien, malgré des réalités souvent plus dures masquées par les statistiques, des inégalités aux addictions aux drogues. La réélection de Trump en 2020 n’est pas du tout à exclure ; mais l’enjeu va bien au-delà.

Traiter Donald Trump comme une aberration historique qui sera suivie par un retour à «la normale» représenterait une erreur majeure de la part des Européens, pour trois raisons principales.

Tout d’abord, l’Amérique traverse une période de questionnement profond sur son leadership international et les objectifs de sa politique étrangère, conséquence tardive de la fin de la Guerre Froide qui l’a privée d’adversaire clair et donc de continuité stratégique. Tous les présidents élus depuis la fin de la guerre froide, l’ont été sur une plateforme plaçant la priorité sur le plan intérieur: Bill Clinton insistant sur l’économie, George W. Bush comme Barack Obama contre l’interventionnisme de leur prédécesseur. Les divisions profondes qui affectent les États-Unis et l’absence de priorité internationale qui fasse consensus, Chine, terrorisme, immigration, commerce international, doivent nous préparer à une politique américaine plus erratique et déterminée par des considérations intérieures et électorales.

Deuxièmement, le désastre irakien et la crise financière ont encouragé une tendance au repli et nourri le scepticisme d’une partie non négligeable de l’électorat quant à l’engagement international des États-Unis. L’observateur de Washington ne peut à cet égard que constater le décalage profond entre les experts de politique étrangère peuplant les think tanks et revues du reste de la population américaine. Durant la campagne présidentielle, Hillary Clinton avait ainsi dû changer de position sur le traité de libre-échange transpacifique pour suivre l’électorat, tandis que Trump pouvait brandir avec fierté la longue liste des experts de sécurité nationale «Never Trump» qui s’opposait à lui. Le fameux volte-face d’Obama sur la ligne rouge en Syrie a été largement critiqué à Washington comme à Paris, y compris par des membres de son entourage, mais soutenu par une large majorité de la population.

À cet égard, Trump s’inscrit dans une forme de continuité avec son prédécesseur, Barack Obama, tout aussi prompt à dénoncer les experts interventionnistes de Washington. Les deux présidents partagent un scepticisme face à la notion «d’exceptionnalisme» américain. Obama comme Trump se gardent bien de voir une quelconque mission civilisatrice dans la politique étrangère américaine, promouvant le «nation building at home». Les conséquences étaient différentes: le scepticisme d’Obama sur les limites de puissance américaine l’entraînait à favoriser les accords multilatéraux comme le JCPOA ou l’accord de Paris sur le climat. À l’inverse, Trump prône l’unilatéralisme botté, dans la tradition du nationalisme martial d’un Andrew Jackson, président entre 1829 et 1837.

Mais les deux approches sont deux pôles d’un même mouvement de retrait et de normalisation de la puissance américaine.

Enfin, repli ou non, l’Europe perd sa centralité stratégique pour les États-Unis. Obama dénonçait déjà dans un entretien au journaliste Jeffrey Goldberg les alliés européens «passagers clandestins». Plutôt que de regretter sa non-intervention en Syrie, c’est l’intervention en Libye qu’Obama désigne comme son principal échec de politique étrangère, pointant du doigt la France et la Grande Bretagne responsables de ne pas avoir assuré la reconstruction post-conflit. L’une des principales annonces de politique étrangère fut le «pivot» vers l’Asie. Le réengagement américain en Europe fut tardif et réticent, provoqué par l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014. Mais ici aussi Obama a laissé Angela Merkel et François Hollande en première ligne pour négocier les accords de Minsk avec Vladimir Poutine. Les années 1990, caractérisées par l’attention portée à l’expansion de l’OTAN et les interventions américaines (tardives) dans les Balkans seront probablement une exception, reliquat de la guerre froide et d’un bref moment unipolaire triomphant.

Que peuvent les Européens face à cette puissance plus erratique, plus repliée, moins européenne? À court terme, rester unis et fermes sur leurs positions tout en essayant de maintenir le lien avec le président pour assurer le damage control: l’approche privilégiée par Emmanuel Macron est la seule réaliste. À cet égard, il est le pendant international du Congrès, de la justice américaine, voire de certains conseillers du président Trump qui ont, tant bien que mal, réussi à maîtriser certains des instincts présidentiels. Le Pentagone, dirigé par le général James Mattis, assure la continuité de la fermeté vis-à-vis de Moscou: les sanctions contre la Russie n’ont pas été levées par exemple, et l’administration a renforcé la présence militaire en Europe de l’Est dans le cadre de l’opération de réassurance de l’OTAN.

Les décrets exécutifs sur l’immigration ont été fortement retoqués par la justice, tandis que les principales dispositions d’Obamacare n’ont pu être annulées, faute de majorité au Sénat.

Mais à long terme, les Européens doivent se préparer à une Amérique distante voire hostile. L’Europe ne doit pas abandonner la promotion de son modèle de multilatéralisme et de coopération mais sa défense passe par la prise en compte du fait qu’il est l’exception, plutôt que la norme aujourd’hui. Cela implique un investissement considérable dans notre défense et sécurité: l’Europe est-elle prête à affronter seule une crise comparable aux Balkans dans sa périphérie demain? La crise syrienne, avec ses conséquences sur l’Union Européenne en matière de réfugiés et l’émergence de Daesh, devrait servir de réveil stratégique. Or, la posture européenne s’est essentiellement limitée à espérer un engagement américain. Au-delà de l’investissement dans le militaire, les Européens doivent prendre les mesures pour se préserver des conséquences des décisions américaines, en particulier des sanctions extraterritoriales. Aujourd’hui Trump exploite la faiblesse des Européens.

Peut-être cette séquence n’est elle qu’un cycle de plus dans le balancier permanent entre repli égoïste et aventurisme messianique qu’Henry Kissinger a souvent déploré dans l’histoire diplomatique américaine. Après les années de doute de la présidence Carter, post Watergate et Vietnam ont suivi l’optimisme triomphant des années Reagan. Mais l’Europe ne peut fonder sa stratégie sur cet espoir. De plus, même si le successeur de Trump renoue avec l’internationalisme, l’Europe n’en sera pas moins vue comme un partenaire secondaire, grevée par ses divisions et sa faiblesse militaire. L’incertitude durable autour de la posture américaine doit entraîner l’Europe à s’engager dans la voie de l’autonomie stratégique.

Voir également:

Croissance : la conjoncture sourit à Donald Trump
Les États-Unis enregistrent au second trimestre la plus forte croissance depuis 2014, à 4,1% en rythme annuel, selon une première estimation. De quoi renforcer le président dans sa certitude que sa politique de déréglementation et de baisses d’impôts est la bonne.
Pierre-Yves Dugua
Le Figaro
27/07/2018

De notre correspondant à Washington

L’économie américaine se porte aussi bien que prévu. Selon la première estimation du Département du commerce, la croissance au second trimestre atteint 4,1% en rythme annuel. On n’a pas vu de conjoncture aussi favorable aux États-Unis depuis 2014.

Donald Trump qualifie ces chiffres de «fascinants» et de «tout à fait tenables». Il y voit la preuve que sa politique de déréglementation et de baisses d’impôts porte ses fruits. D’autant que l’estimation de l’expansion de janvier à mars est révisée à la hausse de 2 à 2, 2% en rythme annuel.

«Le monde entier nous envie», selon Trump

«Depuis notre arrivée nous constatons la création de 400.000 emplois dans le secteur manufacturier… des milliards de dollars reviennent vers les États-Unis… des usines rouvrent… les demandes d’indemnisation chômage sont au plus bas depuis près de 50 ans… Le monde entier nous envie» proclame le président, convaincu que la presse américaine refuse d’admettre le succès de sa politique.

Voilà déjà plus d’un an qu’il tourne en dérision les experts qui affirment qu’il ne sera pas possible de dépasser durablement 3% de croissance. Leurs arguments sont toujours que l’Amérique approche de la fin d’un très long cycle d’expansion engagé depuis l’été 2009, que la croissance démographique est désormais modeste et surtout que les hausses de productivité ne sont pas suffisantes pour renouer avec des taux de croissance dignes des années Reagan.

Au cours du premier semestre l’expansion atteint néanmoins 3,1%. Si la montée des barrières douanières, les relèvements de taux directeurs par la Réserve fédérale et la hausse des coûts des matières premières ne font pas dérailler la conjoncture, le pari de Donald Trump peut être gagné, au moins en 2018.

Les élections législatives en ligne de mire

En fait, il ne faut à Donald Trump que cinq mois de conjoncture aussi porteuse. C’est l’horizon économique très court qui suffit à ce président politiquement incorrect pour aborder avec sérénité les élections législatives de novembre prochain. Avec un taux de chômage au plus bas depuis la fin du siècle dernier, des créations d’emplois encore très fortes en moyenne de 215.000 postes par mois depuis janvier et une inflation de l’ordre de 2%, il pense présenter à l’opinion un premier bilan positif. Surtout s’il arrive à passer sous silence que, contrairement à l’orthodoxie fiscale prônée jadis par le Parti républicain, le déficit budgétaire en forte hausse est en partie responsable de l’accélération actuelle de la croissance.

Signe de la confiance et du moral élevé des Américains, la consommation, qui représente plus des deux tiers du Produit intérieur brut (PIB) aux États-Unis, bondit au rythme de 4% au second trimestre, après une maigre progression de 0,5% de janvier à mars.

Paradoxalement, les fortes tensions commerciales entre Washington et ses partenaires ont stimulé la croissance au cours du printemps. Dans l’anticipation de droits de douane chinois sur les denrées agricoles, les producteurs américains de soja ont par exemple tout fait pour avancer leurs livraisons avant le mois de juillet, date d’entrée en vigueur des mesures de rétorsion décidées par Pékin. Près d’un quart de la croissance a été donc généré par le commerce extérieur.

Voir de même:

Économie américaine: et si Trump réussissait?

Fabrice Nodé-Langlois

Le Figaro

18/05/2018

DÉCRYPTAGE – Volontarisme fiscal, brutalité commerciale : les critiques pleuvent sur la méthode du président américain, mais les États-Unis affichent d’excellentes performances économiques.

Sur le climat, l’Iran, Israël, il s’est mis au ban de la communauté internationale. Ses tweets rageurs matinaux, son imprévisibilité, sa brutalité, laissent pantois. Ses démêlés avec le FBI et la justice interrogent sur sa capacité à mener son mandat jusqu’à son terme.

Et pourtant. La méthode de Donald Trump, exposée il y a trente ans déjà, dans son best-seller l’Art du deal, du temps où le futur président de la première puissance mondiale n’était qu’un loup new-yorkais de l’immobilier, semble faire mouche. Depuis qu’il est installé à la Maison-Blanche, Donald Trump l’a éprouvée à plusieurs reprises, notamment avec la Corée du Nord. Il profère les pires menaces, exerce une pression maximale sur l’adversaire ou le partenaire, puis se dit prêt à discuter.

Sur le front commercial, le président américain a marqué des points. Il a arraché des concessions au Brésil, son deuxième fournisseur d’acier ainsi qu’à la Corée du Sud. Évidemment, disposer du plus gros budget militaire de la planète (610 milliards de dollars, davantage que les sept pays suivants réunis) et diriger la première économie (un PIB de 19.000 milliards de dollars, une fois et demie celui de la Chine) offre quelques arguments. «Face à des “petits” pays, les États-Unis ont des leviers de négociations, commente Steven Friedman, économiste américain chez BNP Paribas AM. Mais avec des grands pays comme la Chine, il faudra sûrement de longues négociations pour trouver un compromis.»

De fait, Washington et Pékin ont repris leurs négociations vendredi. L’Administration Trump a fixé un ultimatum à mardi prochain, 22 mai: faute d’accord, les États-Unis imposeront des droits de douane sur des produits chinois importés représentant une valeur de 50 milliards de dollars. L’issue est encore très incertaine, mais Trump a réussi à amener les Chinois à la table pour discuter d’une réduction du déficit commercial américain.

L’Europe prévient l’OMC qu’elle est prête à riposter

Washington n’a pas non plus gagné son bras de fer contre l’Europe. L’Union européenne affiche au moins une unité de façade. Elle a même notifié, vendredi, à l’OMC (Organisation mondiale du commerce) qu’elle est prête à prendre des contre-mesures tarifaires. Au sommet de Sofia, jeudi, les chefs d’État européens ont répété qu’ils voulaient d’abord une exemption définitive des surtaxes sur l’acier et l’aluminium avant de négocier une plus grande ouverture de leur marché.

«Au moins, Donald Trump a eu le mérite d’encourager le débat sur l’impact de la mondialisation sur l’économie, c’est sain», remarque Steven Friedman, pourtant critique du président. «Sa tactique de négociation est de taper fort et de se faire mousser auprès de son électorat, ajoute Florence Pisani, économiste chez Candriam et coauteur d’un livre sur l’économie américaine (*). C’est un jeu assez dangereux, car cela crée de l’incertitude et reporte les projets d’investissement.» Les bons indicateurs qui se succèdent semblent pourtant démentir cette vision pessimiste. À 3,9 %, le chômage est au plus bas depuis près de vingt ans, l’industrie crée des emplois, les ménages ont davantage confiance qu’au début du mandat. Résumé en langage Trump, cela donne ce tweet, publié jeudi: «Malgré la chasse aux sorcières dégoûtante, illégale et injustifiée, nous avons accompli les meilleurs 17 premiers mois d’une Administration dans l’histoire américaine».

Un leg solide

«Il n’y a pas eu de changement majeur de tendance depuis l’arrivée de Trump, nuance Christian Leuz, économiste allemand installé depuis quinze ans aux États-Unis, à l’University of Chicago Booth School of Business. Obama a laissé une économie en bonne santé, il est encore trop tôt pour attribuer les bons résultats à Trump.»

Ce leg solide est aussi largement imputable à dix ans de politique monétaire généreuse de la Fed, rappellent de nombreux économistes. Sa réforme fiscale, arrachée de haute lutte au Congrès, devrait tout de même avoir un impact positif sur l’économie. Elle a gonflé le profit des entreprises et permis à certaines comme Apple de rapatrier des milliards mis à l’abri à l’étranger. Florence Pisani pondère encore: une enquête récente de la réserve fédérale d’Atlanta indique que moins de 10 % des entreprises envisagent d’investir davantage malgré les réductions d’impôt.

Quant aux ménages, ils pourraient perdre en impôts locaux (ceux des États) ce qu’ils ont gagné sur les impôts fédéraux. Même si le programme des grands travaux reste encore dans le flou, les dépenses votées par le Congrès devraient cependant soutenir l’activité de 0,3 % de PIB supplémentaire, concède Florence Pisani.

Un surcroît de dépenses qui pourrait léguer au successeur de Trump «un déficit budgétaire de plus de 5 % du PIB et une dette alourdie», avertit Steven Friedman. Il faudra attendre la fin de l’année pour mieux mesurer l’impact des mesures de Trump. Surtout, il ne faut jamais oublier qu’aux États-Unis, en matière de politique intérieure, rien ou presque ne se décide sans le Congrès. «Il y a comme un pacte de Faust entre Trump et les parlementaires républicains, explique Christian Leuz. En échange d’avancées sur des sujets qui leur sont chers, ils sont obligés d’accepter le style Trump.» Jusqu’à ce que les divergences sur l’immigration et le libre-échange, ou les élections de novembre, ne fassent voler ce pacte en éclats.

(*) «L’Économie américaine», avec Anton Brender, éditions La Découverte.

Voir de plus:

Politiquement incorrectes, les réformes de Trump sont un succès pour l’économie américaine

FIGAROVOX/TRIBUNE – Un an après l’arrivée fracassante du nouvel occupant de la Maison-Blanche, l’économie américaine est au beau fixe. Nicolas Lecaussin décrypte les réussites de la politique fiscale de Trump.


Nicolas Lecaussin est directeur de l’IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales, Paris).


Dans un éditorial publié en 2016, avant le changement à la Maison Blanche, l’économiste Paul Krugman, titulaire du prix Nobel, écrivait: «Si Trump est élu, l’économie américaine va s’écrouler et les marchés financiers ne vont jamais s’en remettre». Un an après sa prise de fonction, le président Trump est à la tête d’un pays en plein boom économique, et dont l’indice boursier a battu tous les records.

On m’objectera que Trump est provocateur, imprévisible, irascible. Qu’il ne peut pas s’empêcher de tweeter tout (et surtout n’importe quoi). Mais si l’on regarde les faits, et uniquement les faits, un constat s’impose: on ne peut pas trouver dans l’histoire récente des Etats-Unis un président ayant mené à bien autant de réformes en un laps de temps si court. Même Reagan a mis trois ans à réformer la fiscalité américaine! Trump, lui, l’a fait en quelques mois.

Alors certes, «The Donald» n’a pas réussi à démanteler complètement l’Obamacare, suite aux oppositions rencontrées dans son propre parti ; mais sa réforme fiscale inclut la fin du «mandat individuel», cette fameuse obligation de souscrire à une assurance santé. Plus exactement, l’amende pour le non-respect de cette obligation est supprimée par la réforme.

Cette mesure était nécessaire. En 2009, les conséquences de cette mesure coercitive, emblématique de la présidence d’Obama, ne s’étaient pas fait attendre. Il y avait eu d’énormes bugs informatiques qui ont découragé des millions de personnes de souscrire en ligne. Puis des millions d’Américains ont été contraints de résilier leur assurance privée, alors que nombre d’entre eux n’en ressentaient nullement l’envie. Depuis 2009, plus de 2 400 pages de réglementations se sont accumulées pour réguler le fonctionnement du système. Le président Obama avait promis de baisser les franchises de santé grâce à ce programme, mais ce fut tout le contraire: elles ont augmenté de 60 % en moyenne. Les primes d’assurance ont bondi dans l’ensemble de 25 % (et même jusqu’à 119 % dans l’état d’Arizona).

Les assureurs ne s’en sortaient plus à cause des réglementations très strictes qui leur ont été imposées. Obama avait aussi promis de baisser le prix de l’assurance santé d’environ 2 500 dollars par famille et par an ; en réalité, le prix a augmenté de 2 100 dollars! Trump met fin à cette dérive en ouvrant le système un peu plus à la concurrence et en donnant aux Américains la liberté de choisir.

Ce n’est pas tout. La réforme fiscale adoptée par le Congrès des États-Unis contient de nombreuses mesures audacieuses, que les Américains attendaient. Par exemple la baisse de la taxe sur les bénéfices des entreprises (de 35 % à 21 %), qui s’accompagne d’une déduction fiscale généreuse pour les entreprises dont les profits ne sont déclarés qu’au travers des revenus de leurs propriétaires. Plusieurs taxes ont par ailleurs été supprimées, comme la taxe minimum de 20 % sur les bénéfices effectifs.

Surtout, le président Trump a entamé une vaste opération visant à rapatrier entre 2 000 et 4 000 milliards de dollars de profits placés à l’étranger, en diminuant la taxe sur ces profits de 35 % à moins de 15 %.

Autre mesure symbolique: la suppression de la taxe sur les héritages au-dessous de 10 millions de dollars satisfait une large partie de l’électorat républicain.

Certains Etats dont la fiscalité est particulièrement élevée, comme la Californie, seront également obligés de se réformer pour faire face à la suppression de certaines déductions fiscales. Leurs habitants ne pourront plus en effet déduire l’impôt sur le revenu local de leurs impôts fédéraux.

Plusieurs mesures abolissent l’interdiction des forages de pétrole en Alaska. À l’heure actuelle, Trump a ouvert toutes les possibilités d’exploitation sur le continent américain, ce qui fera du pays l’un des principaux exportateurs de matières premières. Trump se positionne ainsi en ennemi du politiquement correct et reste méfiant à l’égard des gourous du réchauffement climatique. Il a été le seul à avoir le courage de se retirer de la COP 21, cette mascarade coûteuse qui consiste à organiser de gigantesques réunions de chefs d’État aux frais des contribuables. Il a supprimé la prime à la voiture électrique (pour une économie de 7 milliards de dollars) ainsi que les subventions aux parcs d’éoliennes.

Enfin, Trump s’est attaqué aux réglementations. Entre janvier et décembre 2017, il a supprimé la moitié (45 000) des pages que contient le Code des réglementations. Plus de 1 500 réglementations importantes ont été abolies, dont beaucoup dans le domaine de l’environnement. Les économies obtenues sont estimées à plus de 9 milliards de dollars. Faisant fi des protestations, il a libéré le secteur d’internet de plusieurs contraintes anachroniques.

Au plan international, Trump s’oppose à la Chine dont les pratiques commerciales douteuses ont fait l’objet d’enquêtes de la part de Washington. Mais cette position juste face aux Chinois ne devrait pas conduire la Maison Blanche à cautionner des mesures restrictives de la liberté du commerce et des échanges, qui risqueraient de peser sur la croissance américaine et même mondiale. On songe ici à la proposition faite par la Chambre des Représentants de faire payer aux multinationales une taxe de 20 % sur les achats faits à des filiales étrangères de leur groupe. Ou encore, celle du Sénat de réimposer les sociétés américaines au taux de 13 % sur les services facturés de l’étranger par les sociétés du groupe.

En tout état de cause, en ce début janvier 2018, l’économie américaine semble partir sur des bases solides. Le troisième trimestre de croissance s’est élevé à plus de 3 %, et le taux de chômage est au plus bas, à seulement 4.1 % (2.1 millions d’emplois créés en une année, du jamais vu depuis 1990), et même à 6.8 % pour la population noire, un taux qui n’a jamais été si faible depuis 1973.

Les effets des baisses d’impôt se font d’ores et déjà sentir: des entreprises comme AT&T, Comcast, Wells Fargo, Boeing, Nexus Services ont annoncé des primes et des hausses de salaires.

Le pire ennemi de Trump est certainement lui-même. Cet homme d’affaires n’est pas un politicien professionnel. Saura-t-il alors se contrôler, pour continuer à remettre l’Amérique sur les rails et mépriser l’idéologiquement correct, sans se laisser aller à des provocations futiles?

Voir encore:

Donald Trump has a big promise for the U.S. economy: 4% growth.

No chance, say 11 economists surveyed by CNNMoney. And a paper published Tuesday by the Federal Reserve Bank of San Francisco backs them up.
« No, pigs do not fly, » says Robert Brusca, senior economist at FAO Economics, a research firm. « Donald Trump is dreaming. »
The Republican presidential nominee made the promise in a speech in New York in September. « I believe it’s time to establish a national goal of reaching 4% economic growth, » he said.
Since the Great Recession, growth has averaged 2%. Brusca and the other economists surveyed say that 4% growth is impossible, or at least highly unlikely. The reasons: Unemployment is already really low, lots of Baby Boomers are retiring, and there are far fewer manufacturing jobs today than in past decades.

Trump’s team says it will get to 4% growth with tax cuts, better trade deals and more manufacturing jobs.

One reason for slower growth is lower productivity — for example, how many widgets an assembly line worker can produce in an hour.

Another problem is that the example of the assembly line worker is increasingly outdated: America has shed about 5.6 million manufacturing jobs since 2000, mostly because of innovation and partly because of trade, studies show.

Manufacturing jobs tend to have higher productivity — and wages — than jobs in other service industries like retail, education and health care, which have added lots of low-productivity jobs while manufacturing jobs have disappeared.

Interestingly, American manufacturers are producing more than ever before — in dollar terms. But as technology replaces jobs on the assembly line, more goods can be produced with fewer workers.

On top of that, the economy is already near what economists consider full employment, meaning the unemployment rate can’t go much lower.

The unemployment rate is 5% and was as low as 4.7% earlier this year. It can’t go much lower because there will always be people leaving jobs or searching for them.

If the job market is already near capacity, the economy can’t expand much more, economists say.

Unemployment did go really low in 2000 — as low as 3.8% — and the economy was growing above a 4% pace. But the San Francisco Fed attributes those good times to the late 1990s internet revolution.

There are solutions to boost growth, the Fed notes.

Many economists call for more spending on building new roads, bridges and highways, as do both Trump and Hillary Clinton.

After World War II, the creation of the Interstate Highway System was a major boost to productivity and growth. You could go much faster from point A to point B.

Other solutions are a little more dreamy.

Many experts say comprehensive immigration reform — a path to citizenship — would create more documented workers. Historically, documented workers tend to have higher productivity than undocumented workers because they generally have higher job skills and can take on jobs that produce more valuable goods. Productivity has nothing to do with work ethic.

Outside of immigration reform and infrastructure spending, the Federal Reserve says America needs a game-changing invention, such as the IT innovation in the 1990s. New technology from fast-growing countries like China and India may also help too.

« Another wave of the IT revolution from machine learning and robots could boost productivity growth, » says Federal Reserve senior research adviser John Fernald.

Voir aussi:

American prosperity of Trump era marks real turning point in history
Arthur Laffer
The Hill
07/28/18

Gross domestic product, or GDP, is the measure of choice when assessing the health of any economy, especially in the United States. GDP, which is measured at annual rates, includes the value of production of all goods and services produced in a country. In the one year since President Trump took office, the first quarter of 2017 through the first quarter of 2018, real GDP grew at a 2.55 percent annual rate. This is higher than the growth for six of the eight years former President Obama was in office, or even five of the eight years when former President George W. Bush was in office.

Moreover, the economic growth rate in the first year of Trump in office is higher than the average annual growth rate for the entire presidencies of both Obama at 2.05 percent and Bush at 1.71 percent. For the full 65 years from the first quarter of 1953 through the first quarter of 2018, annual real GDP growth in the United States averaged 2.95 percent, which is still substantially higher than the first year under Trump.

The growth rate for the second quarter of 2018 is 4.1 percent. This is a nice sign of American prosperity and is the strongest quarter of economic growth since the third quarter of 2014. Net exports contributed about 1 percent, while the change in private inventories subtracted 1 percent. Lots of changes like this happen on a quarter by quarter basis and should not be taken too seriously.

The Commerce Department releases its quarterly estimates, but it has also revised a lot of historical numbers, although usually by only very small amounts. Perhaps its biggest revision was for the first four quarters of the Trump presidency. What had been an estimated annual growth of 2.82 percent was revised down to 2.55 percent, even though the first quarter of 2018 itself was revised up from 2 percent to 2.2 percent. This example is only meant to show the fragility of these numbers.

While the GDP growth of any one quarter can be offset, revised or magnified in subsequent quarters, a pattern appears to be emerging under the stewardship of the Trump administration, which makes a lot of sense, at least to me. I believe that people individually, and the economy collectively, respond strongly to economic incentives.

Other economists do not concur on this point. Jason Furman, the top economist for Obama, disagrees with me on the effects that Trump policies have on real GDP growth. In fact, using the ploy of damning with faint praise, he said of the 2017 tax cuts in a recent debate, “I think policy can make a difference. The tax cuts will make a very, very small positive difference, probably about half of one-tenth of 1 percent.”

History tells us a very different story than the naysayers. Lowering taxes and decreasing regulation has had powerful effects on growth over long periods of time. Taxes have a very important impact on employment, jobs, output and growth. An economy quite simply cannot be taxed into prosperity. The tax cuts signed by Trump stand in stark contrast to the tax increases under Obama. Corporate and personal tax rates were way too high. The Republican bill reduced those tax rates a lot. It included 100 percent expensing of capital expenditures, territorial taxation, and the elimination of state and local tax deductions to promote growth.

Trump has also waged war on debilitating regulations, including eliminating the Affordable Care Act individual mandate, along with reducing other health care and energy regulations as well. Monetary policy is now refocusing on market forces rather than zero interest rates, which means that money will flow to where it is needed, not to where some university professors believe it should go.

When it comes to trade, there are problems and risks in the vision Trump is carrying out. Trade should be free and with minimum barriers placed on American exports to other countries and foreign exports to the United States. We should, as a world, move to zero tariffs everywhere. We should eliminate other barriers and trade subsidies. Obviously, such an ideal world is not plausible, but there is no reason we cannot try.

Foreigners produce some things better than we do, and we produce some things better than they do. Both Americans and foreigners alike would be foolish in the extreme if Americans did not sell foreigners those products Americans make better than foreigners in exchange for those products foreigners make better than Americans do. It is a winning strategy for everyone and makes for great prosperity around the world.

Finally, we have had a serious government spending problem in the United States for years. The economist Milton Friedman was famous for saying “government spending is taxation.” He is completely correct. If a country taxes people who work and pays people when they do not work, then it is unsurprising if a lot more people choose not to work.

The latest GDP figure is a great number that aids our recovery from the awful 16 years under Bush and Obama. It will also reduce deficits in the long term if such robust economic growth continues. But the challenge is far from over. We have a lot of work to do to fan the flames of prosperity and to hold at bay the prosperity killers. But one step forward is still one step forward, and it is a heck of a lot better than one step backward.

Arthur B. Laffer is chairman of Laffer Associates. He was an economic adviser to the 2016 presidential campaign of Donald Trump and served as an economic adviser to the White House during the Reagan administration.

Voir également:

The Return of 3% Growth
Tax reform and deregulation have lifted the economy out of the Obama doldrums.
The Wall Street Journal
July 28, 2018

So much for “secular stagnation.” You remember that notion, made fashionable by economist Larry Summers and picked up by the press corps to explain why the U.S. economy couldn’t rise above the 2.2% doldrums of the Obama years. Well, with Friday’s report of 4.1% growth in the second quarter, the U.S. economy has now averaged 3.1% growth for the last six months and 2.8% for the last 12.

The lesson is that policies matter and so does the tone set by political leaders. For eight years Barack Obama told Americans that inequality was a bigger problem than slow economic growth, that stagnant wages were the fault of the rich, and that government through regulation and politically directed credit could create prosperity. The result was slow growth, and secular stagnation was the intellectual attempt to explain that policy failure.

The policy mix changed with Donald Trump’s election and a Republican Congress to turn it into law. Deregulation and tax reform were the first-year priorities that have liberated risk-taking and investment, spurring a revival in business confidence and growth to give the long expansion a second wind.

The nearby chart shows GDP growth by quarter over the last four years. The numbers show that the long, weak expansion that began in mid-2009 had flagged to below 2% growth in the last half of 2015 and in 2016. Nonresidential fixed investment in particular had slumped to an average quarterly increase of merely 0.6% in those final two years of the Obama Presidency. An economic expansion that was already long in the tooth began to fade and could have slid into recession with a negative shock.

The Paul Ryan-Donald Trump growth agenda was targeted to revive that investment weakness. Deregulation signaled to business that arbitrary enforcement and compliance costs wouldn’t be imposed on ideological whim. Tax reform broke the bottleneck on capital mobility and investment from the highest corporate tax rate in the developed world. Above all, the political message from Washington after eight years is that faster growth is possible and investment to turn a profit is encouraged.

The chart and the second-quarter GDP report show that this policy mix is working. Growth popped to a higher plane of nearly 3% in the middle of 2017 as business and consumer confidence increased with the Trump Administration’s policies taking center stage. A growth dip in the last quarter of 2017 on tax-reform uncertainties carried over to the start of the first quarter, but growth has since accelerated.

The acceleration has been driven by business investment, which increased 6.3% in 2017 and has averaged 9.4% in the first half of 2018. This investment surge has come in productive areas like equipment and commercial construction. It has not come from padding inventories that have to be sold down, or in a housing mania like the one that drove growth in the mid-2000s. Both housing and inventories subtracted from growth in the second quarter.

It would be nice to think that all Americans would take satisfaction in this growth. But in the polarized politics of 2018, the same people who said this growth revival could never happen are now saying that it can’t last. It’s a “sugar high,” as Mr. Summers has put it, due to one-time boosts like government spending and consumption.

But there are reasons to think that a 3% growth pace can continue with the right policies. The investment boom will drive productivity gains and job creation that will flow to higher wages and lift consumer spending. Inventories will have to be replenished and new household formation is increasing again, which should help housing demand.

Most intriguing is that the government’s annual revisions to long-term GDP on Friday showed a sharp increase in the personal savings rate. The increase was due to an upward revision in wages and salaries and jumped to 6.7% from 3.4% for 2017 and averaged 7% in the first half of this year. That’s about $500 billion more in the pockets of Americans than previously estimated and helps to explain why consumer spending has remained strong. With tight labor markets, consumer spending should keep contributing to growth.

There are risks to this outlook, not least from Mr. Trump’s tariff policies. This is the President’s version of Mr. Obama’s regulatory assault, with arbitrary victims, uncertainty that limits business investment, and the risks of escalation. Mr. Trump crowed at the White House on Friday that his trade policies are helping the economy, but the second-quarter lift from net exports isn’t likely to last amid foreign retaliation for his steel and aluminum tariffs.

The way to help the economy is for Mr. Trump to build on this week’s trade truce with the European Union, withdraw the tariffs on both sides, and work toward a “zero tariff” deal. Meantime, wrap up the Nafta revision with Mexico and Canada within weeks so Congress can approve it this year. Mr. Trump could claim he had honored another campaign promise while removing a pall on investment.

The other major risk is the Federal Reserve’s attempt to unwind the extraordinary monetary policies of the last decade. If near-zero rates and trillions in bond-buying lifted asset prices artificially, as some of our friends think, then reversing those policies could cause those prices to fall with uncertain results.
All of which is another reason to thank tax reform and deregulation for unleashing animal spirits and giving the expansion renewed life. It’s worth recalling that not a single Democrat in Congress voted for tax reform and nearly all of them opposed every vote to repeal the Obama Administration’s onerous rules. Had they prevailed, we’d still be experiencing secular stagnation instead of arguing if 4.1% growth is too much of a good thing.

Voir par ailleurs:

Putin Is Weak. Europe Doesn’t Have to Be
Moscow is a sideshow. The real dangers come from within the Continent.
Walter Russell Mead
WSJ
July 23, 2018

We hear too much about Vladimir Putin these days and not nearly enough about the actual forces reshaping the world. Yes, the Russian president has proved a brilliant tactician. And, President Trump’s fantasies aside, he is a ruthless enemy of American power and European coherence. Yet Russia remains a byword for backwardness and corruption. Its gross domestic product is less than 10% that of the U.S. or the European Union. With a declining population and a fundamentally adverse geopolitical situation, the Russian Federation remains a shadow of its Soviet predecessor. Add up the consequences of Mr. Putin’s troops, nukes, disinformation campaigns, financial aid to populist parties—and throw in the power of his authoritarian example. Russia still does not have the ability to roll back the post-1990 democratic revolution, overpower the North Atlantic Treaty Organization, or dissolve the EU.

The West is in crisis because of European weakness, not Russian strength. Some of the Continent’s difficulties are well known. France foolishly imagined the euro would contain the rise of a newly united Germany after the Cold War. In fact it has propelled Germany’s unprecedented economic rise while driving a wedge between Europe’s indebted South and creditor North. The Continent’s so-called migration policy is a humanitarian and a political disaster. Berlin’s feckless approach to security has left Europe’s most important power a geopolitical midget, lecturing sanctimoniously while others shape the world. Meanwhile the EU’s Byzantine government machinery grinds at an ever slower pace, creating openings for Mr. Putin and Turkish President Recep Tayyip Erdogan. Europe’s weakness invites authoritarian assertion in the borderlands.

Another failure of equal consequence still is not widely understood: the failure to integrate the countries of Central and Eastern Europe into Western prosperity and institutional life. The world’s 10 fastest-shrinking countries are all in Eastern Europe: Bulgaria, Croatia, Hungary, Latvia, Lithuania, Moldova, Poland, Romania, Serbia and Ukraine. All expect to see their populations shrink at least 15% by 2050. For the enterprising and mobile, there is good news; between three million and five million Romanians live and work in other EU countries, enjoying opportunities they could not find at home. But for those who cannot or do not wish to move on, life can be hard. Almost 30 full years after the fall of communism, more than one-fourth of Romanians live on less than $5.50 a day. Across Romania, less than half of households have an internet connection, and only 52% have a computer. Romania and Bulgaria—where living standards are lower than in Turkey—are exceptionally poor. Conditions are better elsewhere, but the gap between prosperous European countries like Germany and postcommunist states like Poland remains immense. Poles on average earn only a third as much as Germans. The rural, eastern parts of Poland are poorer still. Conditions in ex-Soviet countries like Armenia, Belarus, Georgia and Ukraine are even worse. Corruption is rampant, with weak institutions unable to stop it.

The hubris that led so many in the West to believe that Europe had entered a posthistorical paradise is fading. A clearer if darker picture has emerged. Swaths of Central and Eastern Europe will not smoothly and painlessly assimilate into the West. If voters in these countries lose faith that Western ideas and institutions can improve their lives, the political gap between East and West will widen. When the EU is more preoccupied with internal divisions, it is less able to respond effectively to Russian moves.

Europe’s weakness has provided Mr. Putin with opportunities to promote Russian power by supporting populist parties across the EU and deepening his relationship with leaders like Hungary’s Viktor Orbán. Yet even in the age of Trump, Moscow is too weak, too poor, too regressive and too remote to shape European politics. The days when Russian rulers like Catherine the Great and Alexander I could direct events across the Continent are gone for good. The collapse of the Soviet Union and the unification of Germany mean the most important relationship in the trans-Atlantic world is between Washington and Berlin.

President Trump is right that much of the trans-Atlantic relationship needs to be rethought. He is right that Germany asks too much and offers too little for the current relationship to be sustainable. He is right that the European Union has worked itself into a political crisis, and that the Continent’s errors and illusions strengthen Mr. Putin’s hand. But if the president thinks Mr. Putin’s Russia can serve as the linchpin of a new American security strategy, he is overestimating Russia’s capacity, misreading Mr. Putin’s goals, and underestimating the importance of the trans-Atlantic alliance. Moscow is a sideshow. To protect American prosperity and security, Mr. Trump most needs to strike a deal with Berlin.

Voir également:

Televison: From Burkina Faso with rockets to Upper Volta without
Steve Crashaw
The Independent
15 November 1998

The Soviet Union was famously described as « Upper Volta with rockets », a catchphrase that was updated by the geographically precise to become « Burkina Faso with rockets ». It was a powerfully succinct description. The United States was rich and space-age powerful; the Soviet Union was poor and space-age powerful. The contradictions and paradoxes that stemmed from that could never fully be resolved – least of all by the citizens of the Soviet Union themselves.

During the 1930s, Stalin turned Russia into an industrially powerful nation, and made his Soviet compatriots feel proud of what they had achieved. The defeat of Hitler’s might, at the cost of millions of lives, was also seen as proof of Soviet greatness.

The idea that Soviet was best took deep root. It convinced some Western visitors, and millions of Russians. Even now, many Russians find it hard to believe that there was anything wrong with the model itself. In last night’s episode of the Cold War series, interviewees visibly hankered after a time when Khrushchev was in his Kremlin, and all was right with the Soviet world.

« Sputnik », the title of last night’s episode, is the Russian word for a fellow-traveller: the spaceship was seen as a travelling companion for the planet earth. Here it was that we found true Soviet heroes, including Yuri Gagarin, the first man in space. As a Moscow baker declared – still misty-eyed, after all these years: « Gagarin, he was everybody’s love. He and his smile. I still keep his photograph. »

Television news may sometimes seem deeply superficial – never mind the reality, listen to that fabulous soundbite. But television history, with the participation of those who were in the front row of the stalls or even centre-stage at the events described, can, at its best, be more enlightening than anything that you could have read in the newspapers at the time. Series like the Cold War put things neatly into perspective, with descriptions of historic events coming directly from witnesses and participants – last night included a Soviet rocket designer, an aide to Khrushchev, and Gagarin’s running-mate. The heroism and the lies are equally visible.

The Cold War series gives a small example of why it must sometimes be quite fun to be a media billionaire. You flick your fingers, and unbelievable projects just happen. A few years ago, Ted Turner, creator of CNN, mused that he would like to do a definitive history of the Cold War. And thus it came to pass, without all the doggedly begging memos to potential backers which are usually par for the course. Turner was put in touch with Jeremy Isaacs, who had produced the landmark World at War series. Isaacs, in turn, gathered a team of experienced producers and writers, including highly respected figures like the journalist Neal Ascherson and (for last night’s programme on the space race) defence specialist Lawrence Freedman. Unsurprisingly, the result is much more than just televisual flam.

Last night’s programme included some dramatic eyewitness accounts of events – like a Soviet space disaster, where one woman remembered how « people fell like burning torches from the top of the rocket ». Her words were accompanied by dramatic pictures from the heart of the conflagration – pictures that you can be sure never appeared on the Soviet Nine O’Clock News. At that time, Soviet disasters were strictly not for public consumption.

At the same time, Sputnik exposed the absurdity that accompanied the whole notion of the space race. Shamed by the early Soviet lead, America had to prove that anything Russia could do, America could do better; Russia responded in kind. America became so fixated with the idea of the « missile gap » – that is, let’s spend more billions of dollars on defence – that they found one even when it did not exist. Almost forty years on, President Kennedy’s defence secretary, Robert McNamara, cheerfully acknowledged: « A major charge was that there was a missile gap. It took us about three weeks to determine: yes, there is a gap – but the gap is in our favour. » Was that what Time or Newsweek were writing at the time? Unlikely.

While Cold War stripped some of the humbug from old-fashioned propaganda, Tim Whewell’s Correspondent special, « Two Weddings and the Rouble », was a bleak illustration of life in Russia today, seven years after the final collapse of the superpower and the propaganda machine. The Cold War has vanished; and with it, the heart of Russia’s pride. Whewell’s film focused on two newly-marrieds. On the one hand, there was Yuri, the self-confident young entrepreneur who was about to take his new wife Yulia on a honeymoon to Thailand (they had already been to Cyprus; but there were too many Russians, so they wanted something more exotic). On the other, there was Katya, the 18-year-old accounts clerk who trudged round looking for jobs that might, if she was lucky, pay her one or two dollars a day.

Hauntingly photographed by Ian Perry (lots of wistfully Russian townscapes at dawn), « Two Weddings », a depiction of life in the provincial town of Yaroslavl, painted a simple portrait of Russia’s sadness. We saw the queues of blood donors, who come back day after day in the hope that they can thus earn a few more kopecks. We met the father who boasted of a good day in the potato fields by telling us of what he had managed to steal: « Today I took three buckets out. » And, above all, we are confronted with the despair. Vodka was described as the only way of blotting everything else out, if only for a short while. As one character said: « A swamp doesn’t go anywhere. It silts up – that’s what’s happening to our state. »

The film resolutely avoided politics, though the story of the collapsing rouble – six to the dollar one day, 20 to the dollar a few days later – always lurked in the background. But the underlying theme was best expressed by the father who angrily complained that « this once-great country has been robbed and humiliated ». Humiliated: certainly. Russia these days is now Upper Volta without the rockets (all its best scientists have gone abroad; those who remain are usually unpaid). But robbed? Who did the robbing, and why? The comment reflected the still-deep Russian fatalism which enables millions to believe that somebody else is always responsible, and that Russians can change nothing themselves. It is not true – but many Russians believe it to be true, which comes to almost the same thing.

As Whewell noted, this is a country which has worshipped « one false prophet too many ». Gagarin and the sputnik era are still glowingly remembered as the time when the Soviet Union truly seemed great. As for the future: it sometimes seems difficult to find a Russian who has room for any optimism at all. Katya’s parents, it seems fair to guess, will never believe in anything again. As for Katya herself – maybe. If not, Russia is truly lost.

Voir de plus:

The Chinese are wary of Donald Trump’s creative destruction

Mark Leonard

The Financial Times

July 24, 2018

Donald Trump is leading a double life. In the west, most foreign policy experts see him as reckless, unpredictable and self-defeating. But though many in Asia dislike him as much as the Europeans do, they see him as a more substantial figure. I have just spent a week in Beijing talking to officials and intellectuals, many of whom are awed by his skill as a strategist and tactician.

One of the people I met was the former vice-foreign minister He Yafei. He shot to global prominence in 2009 when he delivered a finger-wagging lecture to President Barack Obama at the Copenhagen climate conference before blowing up hopes of a deal. He is somewhat less belligerent where Mr Trump is concerned. He worries that strategic competition has become the new normal and says that “trade wars are just the tip of the iceberg”.

Few Chinese think that Mr Trump’s primary concern is to rebalance the bilateral trade deficit. If it were, they say, he would have aligned with the EU, Japan and Canada against China rather than scooping up America’s allies in his tariff dragnet. They think the US president’s goal is nothing less than remaking the global order.

They think Mr Trump feels he is presiding over the relative decline of his great nation. It is not that the current order does not benefit the US. The problem is that it benefits others more in relative terms. To make things worse the US is investing billions of dollars and a fair amount of blood in supporting the very alliances and international institutions that are constraining America and facilitating China’s rise.

In Chinese eyes, Mr Trump’s response is a form of “creative destruction”. He is systematically destroying the existing institutions — from the World Trade Organization and the North American Free Trade Agreement to Nato and the Iran nuclear deal — as a first step towards renegotiating the world order on terms more favourable to Washington.

Once the order is destroyed, the Chinese elite believes, Mr Trump will move to stage two: renegotiating America’s relationship with other powers. Because the US is still the most powerful country in the world, it will be able to negotiate with other countries from a position of strength if it deals with them one at a time rather than through multilateral institutions that empower the weak at the expense of the strong.

My interlocutors say that Mr Trump is the US first president for more than 40 years to bash China on three fronts simultaneously: trade, military and ideology. They describe him as a master tactician, focusing on one issue at a time, and extracting as many concessions as he can. They speak of the skilful way Mr Trump has treated President Xi Jinping. “Look at how he handled North Korea,” one says. “He got Xi Jinping to agree to UN sanctions [half a dozen] times, creating an economic stranglehold on the country. China almost turned North Korea into a sworn enemy of the country.” But they also see him as a strategist, willing to declare a truce in each area when there are no more concessions to be had, and then start again with a new front.

For the Chinese, even Mr Trump’s sycophantic press conference with Vladimir Putin, the Russian president, in Helsinki had a strategic purpose. They see it as Henry Kissinger in reverse. In 1972, the US nudged China off the Soviet axis in order to put pressure on its real rival, the Soviet Union. Today Mr Trump is reaching out to Russia in order to isolate China.

In the short term, China is talking tough in response to Mr Trump’s trade assault. At the same time they are trying to develop a multiplayer front against him by reaching out to the EU, Japan and South Korea. But many Chinese experts are quietly calling for a rethink of the longer-term strategy. They want to prepare the ground for a new grand bargain with the US based on Chinese retrenchment. Many feel that Mr Xi has over-reached and worry that it was a mistake simultaneously to antagonise the US economically and militarily in the South China Sea.

Instead, they advocate economic concessions and a pullback from the aggressive tactics that have characterised China’s recent foreign policy. They call for a Chinese variant of “splendid isolationism”, relying on growing the domestic market rather than disrupting other countries’ economies by exporting industrial surpluses.

So which is the real Mr Trump? The reckless reactionary destroying critical alliances, or the “stable genius” who is pressuring China? The answer seems to depend on where you ask the question. Things look different from Beijing than from Brussels.

The writer is director of the European Council on Foreign Relations

Voir encore:

China Is Losing the Trade War With Trump
It’s like a drinking contest: You harm yourself and hope your opponent isn’t able to withstand as much.
Donald L. Luskin
WSJ
July 27, 2018

One thing came through loud and clear in President Trump’s press conference Wednesday with European Commission President Jean-Claude Juncker. When they announced an alliance against third parties’ “unfair trading practices,” they didn’t even have to mention China by name for listeners to know who their target was. Cooperation between the U.S. and EU will squeeze China’s protectionist model, and even before this agreement, there’s been evidence that China is already running up the white flag.

Yes, China is acting tough in one sense, quickly imposing tariffs in retaliation for those enacted by the Trump administration. But while U.S. stocks approach all-time highs and the dollar grows stronger, Chinese stocks are in a bear market, down 25% since January. The yuan had its worst single month ever in June, and is well on its way to a repeat this month. Chinese corporate bonds have defaulted at a record rate in the past six months, yet this week China unveiled a new stimulus program designed to encourage even more corporate borrowing.

That’s probably why Yi Gang, a governor of the People’s Bank of China, took the extraordinary step of channeling Herbert Hoover, saying in a statement this month that “the fundamentals of China’s economy are sound.” And it’s why Sun Guofeng, head of the PBOC’s financial research institute, said, China “will not make the yuan’s exchange rate a tool to cope with trade conflicts.”

Weakening one’s currency is a standard weapon in trade wars, and one that China has often been accused of using—including in a tweet by Mr. Trump last week. Devaluation would be even more dangerous in this case because of China’s power to dump the $1.4 trillion in U.S. Treasury securities it holds. But by denying its intention to plunge the yuan, China has disarmed itself voluntarily. This was no act of noble pacifism; it had to be done. Devaluing the currency would risk scaring investors away, an existential threat to an emerging economy. For China, whose state-capitalism model has so far never produced a recession, such capital flight might expose previously hidden economic weaknesses.

These weaknesses accumulate without the market discipline that occasional recessions impose. The fragility of China’s economy can be seen in its growth rate, which is slowing despite rising financial leverage, and in its overinvestment in commodities and real estate. The escalating trade war with the U.S. could tip China into the unknown territory of recession—and then capital flight could push it into a financial crash and depression. That would create mass joblessness in an economy that has never recorded unemployment higher than 4.3%. With that scenario in mind, the Chinese government must be wondering whether it has enough riot police.
The risk of capital flight is real. The last time China let the yuan weaken—a slide that began in early 2014 and was punctuated in mid-2015 by the abandonment of the dollar peg in favor of a basket of currencies—the Chinese ended up losing almost $1 trillion in foreign reserves, which they have yet to recover. Now the sharp weakening of the yuan shows some degree of capital flight again is under way.
No wonder that, despite tough talk from some quarters, the PBOC disarmed itself voluntarily to avoid further capital flight. The bank also is already offering to reimburse local firms for tariffs on imported U.S. goods. What’s more, China has put out a yard sign for international investors by announcing unilateral easing of foreign-ownership restrictions in some industries.
China is beginning to realize that trade war isn’t really war. It’s more like a drinking contest at a fraternity: the game is less inflicting harm on your opponent than inflicting it on yourself, turn by turn. In trade wars, nations impose burdensome import tariffs on themselves in the hope that they’ll be able to stomach the pain longer than their competitor.
Why play such a game? Because a carefully chosen act of self-harm can be an investment toward a worthy goal. For example, President Reagan’s arms race against the Soviet Union in the 1980s was in some sense a costly self-imposed tax. But it turned out the U.S. could bear the burden better than the Soviets could—Uncle Sam eventually out-drank the Russian bear and won the Cold War.
The U.S. will win the trade war with China in the same way. The PBOC’s statements show that the Chinese understand they are too vulnerable to take very many more drinks. The only question is what they will be willing to offer Mr. Trump to get him to take yes for an answer. No wonder Beijing has ordered its state-influenced media to stop demonizing Mr. Trump—officials are desperate to minimize the pain when President Xi Jinping has to cut the inevitable deal.
The drinking-contest metaphor takes us only so far. The wonderful thing about reciprocal trade is that it is a positive-sum game in which all contestants are made better off. If the conflict forces China to accept more foreign investors and goods, comply with World Trade Organization rules, and respect foreign intellectual property, it may feel it has lost but will in fact be better off. With this openness, both economic and political, China could spur a decadeslong second wave of growth that would bring hundreds of millions still living in rural poverty into glittering new cities.
It took Nixon to go to China and show it the way to the 20th century. Now, through the unlikely method of trade war, Donald Trump is ushering China into the 21st century.
 
Mr. Luskin is chief investment officer at Trend Macrolytics LLC.

Voir enfin:

Pourquoi citent-ils tous Gramsci?

Le nom de Gramsci revient sans cesse depuis plusieurs mois, dans les médias, sur les réseaux sociaux, il est cité en permanence. Qui est-il et quelle est sa pensée?

Gaël Brustier
Slate
24 janvier 2017

Le 9 novembre 2016, au lendemain de l’élection de Donald Trump, sur les réseaux sociaux circulait cette phrase d’Antonio Gramsci:

«Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres».

Lundi 23 janvier, au lendemain du premier tour de la primaire de gauche, Benoît Hamon citait le philosophe à son tour :

«Je pense à cette définition de la crise d’Antonio Gramsci qui dit que la crise c’est quand le vieux est mort et que le neuf ne peut pas naître et nous sommes dans un moment comme celui-là, et il a rajouté que de ce clair-obscur peut naître un monstre.»

Il est devenu fréquent d’entendre des hommes politiques ou des commentateurs invoquer Gramsci, souvent pour dire que les victoires des idées précèdent les victoires politiques ou électorales. Mais cet intellectuel italien est un penseur trop important pour en rester là et ne pas le découvrir un peu davantage. S’il est autant cité en ce début de XXIe c’est qu’il a forgé des outils intellectuels essentiels aujourd’hui…

L’unité obsessionnelle

Homme politique, journaliste et penseur italien né en 1891, Gramsci est d’abord sarde, c’est-à-dire d’une île de Méditerranée périphérique par rapport au reste du Royaume d’Italie tout juste unifié. Issu d’un milieu pauvre, élève particulièrement brillant, enfant très tôt atteint de tuberculose osseuse qui le maintient à une taille de 1m50, il sera préoccupé par la question de cette unité du pays.

Son parcours le mène à Turin dans le Piémont, au Nord, où il fera ses études. C’est là qu’il s’établit et vit, en tant que journaliste et intellectuel, parmi les ouvriers de la capitale du Piémont. Il participe notamment à l’aventure du Biennio Rosso, «deux années rouges», faites de mobilisations paysannes et de manifestations ouvrières qui descendent jusqu’aux zones rurales du Pô.

Du Piémont, Gramsci est bien placé pour analyser ces fractures du pays. Le Nord industriel et le Sud paysan ne sont un que formellement par la couronne royale, et maintenus d’un bloc seulement par un système politique à la fois libéral et autoritaire qui parvient, notamment, à susciter le consentement des masses paysannes du Sud, au sein d’un «bloc méridional».

Sa vie intellectuelle le mène alors d’abord vers le socialisme car pour Gramsci, c’est l’avènement d’une société socialiste qui peut permettre d’achever l’unité italienne, et accomplira un saut civilisationnel de l’ampleur de la Renaissance.

Ouvrir le front culturel

En 1917, contre les thèses de Marx, c’est en Russie, à Saint Pétersbourg, qu’éclate la Révolution. Enjeu intellectuel et enjeu politique, il va s’efforcer de comprendre pourquoi la Révolution a eu lieu en Russie et non en Allemagne, en France ou dans le Nord de l’Italie. Autour de la Révolution de 1917, s’ordonnent aussi une série de questionnements fondamentaux pour comprendre la pensée de Gramsci: hégémonie, crises, guerres de mouvements ou de positions, blocs historiques…

Il distingue deux types de sociétés. Pour faire simple, celles où il suffit, comme en Russie, de prendre le central téléphonique et le palais présidentiel pour prendre le pouvoir. La bataille pour «l’hégémonie» vient après, ce sont les sociétés «orientales» qui fonctionnent ainsi… Et celles, plus complexes, où le pouvoir est protégé par des tranchées et des casemates, qui représentent des institutions culturelles ou des lieux de productions intellectuelles, de sens, qui favorisent le consentement. Dans ce cas, avant d’atteindre le central téléphonique, il faut prendre ces lieux de pouvoir. C’est ce que l’on appelle le front culturel, c’est le cas des sociétés occidentales comme la société française, italienne ou allemande d’alors.

Au contraire de François Hollande et de François Lenglet, Antonio Gramsci ne croit pas à l’économicisme, c’est-à-dire à la réduction de l’histoire à l’économique. Il perçoit la force des représentations individuelles et collectives, la force de l’idéologie… Ce refus de l’économicisme mène à ouvrir le «front culturel», c’est-à-dire à développer une bataille qui porter sur la représentation du monde tel qu’on le souhaite, sur la vision du monde…

Le front culturel consiste à écrire des articles au sein d’un journal, voire à créer un journal, à produire des biens culturels (pièces de théâtre, chansons, films etc…) qui contribuent à convaincre les gens qu’il y a d’autres évidences que celles produites jusque-là par la société capitaliste.

L’hégémonie, c’est l’addition de la capacité à convaincre et à contraindre

La classe ouvrière doit produire, selon Gramsci, ses propres références. Ses intellectuels, doivent être des «intellectuels organiques», doivent faire de la classe ouvrière la «classe politique» chargée d’accomplir la vraie révolution: c’est-à-dire une réforme éthique et morale complète. L’hégémonie, c’est l’addition de la capacité à convaincre et à contraindre.

Convaincre c’est faire entrer des idées dans le sens commun, qui est l’ensemble des évidences que l’on ne questionne pas.

La crise (organique), c’est le moment où le système économique et les évidences qui peuplent l’univers mental de chacun «divorcent». Et l’on voit deux choses: le consentement à accepter les effets matériels du système économique s’affaiblit (on voit alors des grèves, des mouvements d’occupation des places comme Occupy Wall Street, Indignados, etc); et la coercition augmente: on assiste alots à la répression de grèves, aux arrestations de syndicalistes etc…

Au contraire, un «bloc historique» voit le jour lorsqu’un mode de production et un système idéologique s’imbriquent parfaitement, se recoupent: le bloc historique néolibéral des années 1980 à la fin des années 2000 par exemple. Car le néolibéralisme n’est pas qu’une affaire économique, il est aussi une affaire éthique et morale.

Le communisme

C’est en France, à Lyon, en janvier 1926, qu’Antonio Gramsci prend la tête du Parti communiste italien, issu d’une scission de l’aile gauche du Parti socialiste italien au congrès de Livourne, cinq ans plus tôt. Faisant le choix des communistes contre les socialistes «maintenus», il est donc chargé de forger le noyau dirigeant du parti qui deviendra après 1945 le plus puissant et le plus brillant d’Occident. Son portrait orne encore les permanences du parti centriste, très lointain héritier (!) du PCI.

En 1922, son ancien collègue à Avanti!, un journal socialiste, Benito Mussolini (1883-1945), socialiste renégat qui a fondé le mouvement fasciste, a pris le pouvoir. Il fait voter en 1926 des lois qui lui donnent de larges pouvoirs. Gramsci, pourtant député de Venise, est arrêté en novembre de cette même année.

En 1927, Mussolini le fait emprisonner pour vingt ans, «pour empêcher son cerveau de fonctionner», dixit le procureur fasciste de l’époque. Il ne tiendra que 10 ans, avant de mourir des conséquences d’une tuberculose osseuse mal soignée, dans les geôles, puis les cliniques du régime. Mais il aura auparavant réussi à écrire une œuvre politique majeure: les Cahiers de prison.

Car dans sa cellule, il obtient progressivement le droit de disposer de quatre livres en même temps, et de quoi écrire. Naît alors progressivement une somme dans laquelle il utilise des «codes» pour tromper la censure..

A travers ces écrits, il devient le grand penseur des crises, casquette qui lui donne tant de pertinence aujourd’hui, et surtout depuis 2007 et 2008 que la crise financière propage ses effets. Dans ces Cahiers, il apporte à l’œuvre de Marx l’une des révisions ou l’un des compléments les plus riches de l’histoire du marxisme. Pour beaucoup de socialistes, il faut attendre que les lois de Marx sur les contradictions du capitalisme se concrétisent pour que la Révolution advienne. La Révolution d’Octobre, selon Gramsci, invalide cette thèse. Elle se fait «contre le Capital», du nom du grand livre de Karl Marx.

Au-delà de la gauche

Antonio Gramsci fascine au-delà de la gauche… Ainsi en France, en Italie ou en Autriche, des courants d’extrême droite se sont réclamés d’une version tronquée et biaisée du gramscisme. Ce «gramscisme de droite» faisait l’impasse sur l’aspect «économique» du gramscisme et le caractère émancipateur pour n’en retenir que la méthode le «combat culturel».

A gauche, en France, il a souvent été caricaturé ou dédaigné. On parle souvent de «combat culturel contre le FN» alors que le changement éthique et moral concerne, si l’on suit Gramsci, tous les aspects de la vie sociale et englobe donc, logiquement, le combat contre l’extrême droite, qui ne peut pas être «détaché».

On retrouve Gramsci dans les combats du Tiers Monde, on le retrouve dans les travaux d’Edward Said ou de Joseph Massad, dans les Subaltern Studies en Inde notamment…

En France, le philosophe André Tosel se réclame de Gramsci, auteur cette année d’un Étudier Gramsci paru aux Editions Kimé, ouvrage majeur pour comprendre l’auteur des Cahiers de Prison. Les économiste et sociologue Cédric Durand et Razmig Keucheyan, appliquent les outils de Gramsci notamment à l’analyse et la critique du processus d’intégration européenne. Il font le lien avec les thèses de Nicos Poulantzas qui prolongea, comme Stuart Hall, ainsi qu’Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, les thèses et travaux de Gramsci. Appartenant au courant post-marxiste, Chantal Mouffe, qui intervient de plus en plus en France, est l’inspiratrice de PODEMOS, le nouveau parti de la gauche radicale espagnole. Deux de ses fondateurs et principaux animateurs –Pablos Iglesias et Inigo Errejon– se réclament de l’héritage de Gramsci.

Le penseur italien fait partie du patrimoine intellectuel de l’Europe. Il a forgé des outils qui sont utiles aujourd’hui pour analyser le monde, comprendre comment les gens le voient et participent à la vie sociale, comment individus et médias interagissent, comment les représentations et les identités se forment continuellement et magmatiquement. Il a donné naissance à des écoles de pensée foisonnantes et utiles pour qui veut agir sur le monde.


Présidence Trump: Ils déversent leurs problèmes sur les États-Unis (As with many of his crusades, guess who basic numbers always seem to support in the end ?)

15 juillet, 2018
At that point, you’ve got Europe and a number of Gulf countries who despise Qaddafi, or are concerned on a humanitarian basis, who are calling for action. But what has been a habit over the last several decades in these circumstances is people pushing us to act but then showing an unwillingness to put any skin in the game. (…) Free riders (…) So what I said at that point was, we should act as part of an international coalition. But because this is not at the core of our interests, we need to get a UN mandate; we need Europeans and Gulf countries to be actively involved in the coalition; we will apply the military capabilities that are unique to us, but we expect others to carry their weight. Obama (2016)
Trump’s approval rating trajectory has diverged from past presidents. Trump’s approval rating has actually ticked up as the 2018 midterm elections approach. The Hill
Nous protégeons l’Allemagne, la France et tout le monde et nous payons beaucoup d’argent pour ça… Ça dure depuis des décennies mais je dois m’en occuper parce que c’est très injuste pour notre pays et pour nos contribuables. Nous sommes censés vous défendre contre la Russie alors pourquoi payez-vous des milliards de dollars à la Russie pour l’énergie ! En fait l’Allemagne est captive de la Russie. Donald Trump
Quand le Mexique nous envoie ces gens, ils n’envoient pas les meilleurs d’entre eux. Ils apportent des drogues. Ils apportent le crime. Ce sont des violeurs. Donald Trump
Ce que je dis – et j’ai beaucoup de respect pour les Mexicains. J’aime les Mexicains. J’ai beaucoup de Mexicains qui travaillent pour moi et ils sont géniaux. Mais nous parlons ici d’un gouvernement beaucoup plus intelligent que notre gouvernement. Beaucoup plus malin, plus rusé que notre gouvernement, et ils envoient des gens. Et ils envoient – si vous vous souvenez, il y a des années, quand Castro a ouvert ses prisons et il les a envoyés partout aux États-Unis (…) Et vous savez, ce sont les nombreux repris de justice endurcis qu’il a envoyés. Et, vous savez, c’était il y a longtemps, mais (…)  à titre d’exemple, cet horrible gars qui a tué une belle femme à San Francisco. Le Mexique ne le veut pas. Alors ils l’envoient. Comment pensez-vous qu’il est arrivé ici cinq fois? Ils le chassent. Ils déversent leurs problèmes sur États-Unis et nous n’en parlons pas parce que nos politiciens sont stupides. (…) Et je vais vous dire quelque chose: la jeune femme qui a été tuée – c’était une statistique. Ce n’était même pas une histoire. Ma femme me l’a rapporté. Elle a dit, vous savez, elle a vu ce petit article sur la jeune femme de San Francisco qui a été tuée, et j’ai fait des recherches et j’ai découvert qu’elle a été tuée par cet animal … qui est venu illégalement dans le pays plusieurs fois et qui d’ailleurs a une longue liste de condamnations. Et je l’ai rendu public et maintenant c’est la plus grande histoire du monde en ce moment. … Sa vie sera très importante pour de nombreuses raisons, mais l’une d’entre elles sera de jeter de la lumière et de faire la lumière sur ce qui se passe dans ce pays. Donald Trump
Ou vous avez des frontières ou vous n’avez pas de frontières. Maintenant, cela ne signifie pas que vous ne pouvez pas permettre à quelqu’un de vraiment bien devenir citoyen. Mais je pense qu’une partie du problème de ce pays est que nous accueillons des gens qui, dans certains cas, sont bons et, dans certains cas, ne sont pas bons et, dans certains cas, sont des criminels. Je me souviens, il y a des années, que Castro envoyait le pire qu’il avait dans ce pays. Il envoyait des criminels dans ce pays, et nous l’avons fait avec d’autres pays où ils nous utilisent comme dépotoir. Et franchement, le fait que nous permettons que cela se produise est ce qui fait vraiment du mal à notre pays. Donald Trump
I was in primary school in my native Colombia when my father was murdered. I was six – just one year older than my daughter is now. My father was an officer in the Colombian army at a time when wearing a uniform made you a target for narcoterrorists, Farc fighters and guerrilla groups. What I remember clearly from those early years is the bombing and the terror. I was so afraid, especially after my dad died. At night, I would curl up in my mother’s bed while she held me close. She could not promise me that everything was going to be all right, because it wasn’t true. I don’t want my daughter to grow up like that. But when I turn on my TV, I see terrorist attacks in San Bernardino and in Orlando. There are dangerous people coming across our borders. Trump was right. Some are rapists and criminals, but some are good people, too. But how do we know who is who, when you come here illegally? I moved to the US in 2006 on a work permit. It took nearly five years and thousands of dollars to become a US citizen. I know the process is not perfect, but it’s the law. Why would I want illegals coming in when I had to go through this? It’s not fair that they’re allowed to jump the line and take advantage of so many benefits, ones that I pay for with my tax dollars. People assume that because I’m a woman, I should vote for the woman; or that because I’m Latina, I should vote for the Democrat. The Democrats have been pandering to minorities and women for the last 50 years. They treat Latinos as if we’re all one big group. I’m Colombian – I don’t like Mariachi music. Donald Trump is not just saying what he thinks people want to hear, he’s saying what they’re afraid to say. I believe that he’s the only candidate who can make America strong and safe again. Ximena Barreto (31, San Diego, California)
This week, as President Trump comes out in support of a bill that seeks to halve legal immigration to the United States, his administration is emphasizing the idea that Americans and their jobs need to be protected from all newcomers—undocumented and documented. To support that idea, his senior policy adviser Stephen Miller has turned to a moment in American history that is often referenced by those who support curbing immigration: the Mariel boatlift of 1980. But, in fact, much of the conventional wisdom about that episode is based on falsehoods rooted in Cold War rhetoric. During a press briefing on Wednesday, journalist Glenn Thrush asked Miller to provide statistics showing the correlation between the presence of low-skill immigrants and decreased wages for U.S.-born and naturalized workers. In response, Miller noted the findings of a recent study by Harvard economist George Borjas on the Mariel boatlift, which contentiously argued that the influx of over 125,000 Cubans who entered the United States from April to October of 1980 decreased wages for southern Florida’s less educated workers. Borjas’ study, which challenged an earlier influential study by Berkeley economist David Card, has received major criticisms. A lively debate persists among economists about the study’s methods, limited sample size and interpretation of the region’s racial categories—but Miller’s conjuring of Mariel is contentious on its own merits. The Mariel boatlift is an outlier in the pages of U.S. immigration history because it was, at its core, a result of Cold War posturing between the United States and Cuba. Fidel Castro found himself in a precarious situation in April 1980 when thousands of Cubans stormed the Peruvian embassy seeking asylum. Castro opened up the port of Mariel and claimed he would let anyone who wanted to leave Cuba to do so. Across the Florida Straits, the United States especially prioritized receiving people who fled communist regimes as a Cold War imperative. Because the newly minted Refugee Act had just been enacted—largely to address the longstanding bias that favored people fleeing communism—the Marielitos were admitted under an ambiguous, emergency-based designation: “Cuban-Haitian entrant (status pending).” (…) In order to save face, Castro put forward the narrative that the Cubans who sought to leave the island were the dregs of society and counter-revolutionaries who needed to be purged because they could never prove productive to the nation. This sentiment, along with reports that he had opened his jails and mental institutes as part of this boatlift, fueled a mythology that the Marielitos were a criminal, violent, sexually deviant and altogether “undesirable” demographic. In reality, more than 80% of the Marielitos had no criminal past, even in a nation where “criminality” could include acts antithetical to the revolutionary government’s ideals. In addition to roughly 1,500 mentally and physically disabled people, this wave of Cubans included a significant number of sex workers and queer and transgender people—some of whom were part of the minority who had criminal-justice involvement, having been formerly incarcerated because of their gender and sexual transgression. Part of what made Castro’s propaganda scheme so successful was that his regime’s repudiation of Marielitos found an eager audience in the United States among those who found it useful to fuel the nativist furnace. U.S. legislators, policymakers and many in the general public accepted Castro’s negative depiction of the Marielitos as truth. By 1983, the film Scarface had even fictionalized a Marielito as a druglord and violent criminal. Then and now, the boatlift proved incredibly unpopular among those living in the United States and is often cited as one of the most vivid examples of the dangers of lax immigration enforcement. In fact, many of President Jimmy Carter’s opponents listed Mariel as one of his and the Democratic Party’s greatest failures, even as his Republican successor, President Ronald Reagan, also embraced the Marielitos as part of an ideological campaign against Cuba. Julio Capó, Jr.
For an economist, there’s a straightforward way to study how low-skill immigration affects native workers: Find a large, sudden wave of low-skill immigrants arriving in one city only. Watch what happens to wages and employment for native workers in that city, and compare that to other cities where the immigrants didn’t go. An ideal “natural experiment” like this actually happened in Miami in 1980. Over just a few months, 125,000 mostly low-skill immigrants arrived from Mariel Bay, Cuba. This vast seaborne exodus — Fidel Castro briefly lifted Cuba’s ban on emigration -— is known as the Mariel boatlift. Over the next few months, the workforce of Miami rose by 8 percent. By comparison, normal immigration to the US increases the nationwide workforce by about 0.3 percent per year. So if immigrants compete with native workers, Miami in the 1980s is exactly where you should see natives’ wages drop. Berkeley’s Card examined the effects of the Cuban immigrants on the labor market in a massively influential study in 1990. In fact, that paper became one of the most cited in immigration economics. The design of the study was elegant and transparent. But even more than that, what made the study memorable was what Card found. In a word: nothing. The Card study found no difference in wage or employment trends between Miami — which had just been flooded with new low-skill workers — and other cities. This was true for workers even at the bottom of the skills ladder. Card concluded that “the Mariel immigration had essentially no effect on the wages or employment outcomes of non-Cuban workers in the Miami labor market. » (…) Economists ever since have tried to explain this remarkable result. Was it that the US workers who might have suffered a wage drop had simply moved away? Had low-skill Cubans made native Miamians more productive by specializing in different tasks, thus stimulating the local economy? Was it that the Cubans’ own demand for goods and services had generated as many jobs in Miami as they filled? Or perhaps was it that Miami employers shifted to production technologies that used more low-skill labor, absorbing the new labor supply? Regardless, there was no dip in wages to explain. The real-life economy was evidently more complex than an “Econ 101” model would predict. Such a model would require wages to fall when the supply of labor, through immigration, goes up. This is where two new studies came in, decades after Card’s — in 2015. One, by Borjas, claims that Card’s analysis had obscured a large fall in the wages of native workers by using too broad a definition of “low-skill worker.” Card’s study had looked at the wages of US workers whose education extended only to high school or less. That was a natural choice, since about half of the newly-arrived Cubans had a high school degree, and half didn’t. Borjas, instead, focuses on workers who did not finish high school — and claimed that the Boatlift caused the wages of those workers, those truly at the bottom of the ladder, to collapse. The other new study (ungated here), by economists Giovanni Peri and Vasil Yasenov, of the UC Davis and UC Berkeley, reconfirms Card’s original result: It cannot detect an effect of the boatlift on Miami wages, even among workers who did not finish high school. (The wages of Miami workers with high school degrees (and no more than that) jump up right after the Mariel boatlift, relative to prior trends. The wages of those with less than a high school education appear to dip slightly, for a couple of years, although this is barely distinguishable amid the statistical noise. And these same inflation-adjusted wages were also falling in many other cities that didn’t receive a wave of immigrants, so it’s not possible to say with statistical confidence whether that brief dip on the right is real. It might have been — but economists can’t be sure. The rise on the left, in contrast, is certainly statistically significant, even relative to corresponding wage trends in other cities. Here is how the Borjas study reaches exactly the opposite conclusion. The Borjas study slices up the data much more finely than even Peri and Yasenov do. It’s not every worker with less than high school that he looks at. Borjas starts with the full sample of workers of high school or less — then removes women, and Hispanics, and workers who aren’t prime age (that is, he tosses out those who are 19 to 24, and 60 to 65). And then he removes workers who have a high school degree. In all, that means throwing out the data for 91 percent of low-skill workers in Miami in the years where Borjas finds the largest wage effect. It leaves a tiny sample, just 17 workers per year. When you do that, the average wages for the remaining workers look like this: (…) For these observations picked out of the broader dataset, average wages collapse by at least 40 percent after the boatlift. Wages fall way below their previous trend, as well as way below similar trends in other cities, and the fall is highly statistically significant. There are two ways to interpret these findings. The first way would be to conclude that the wage trend seen in the subgroup that Borjas focuses on — non-Hispanic prime-age men with less than a high school degree — is the “real” effect of the boatlift. The second way would be to conclude, as Peri and Yasenov do, that slicing up small data samples like this generates a great deal of statistical noise. If you do enough slicing along those lines, you can find groups for which wages rose after the Boatlift, and others for which it fell. In any dataset with a lot of noise, the results for very small groups will vary widely. Researchers can and do disagree about which conclusion to draw. But there are many reasons to favor the view that there is no compelling basis to revise Card’s original finding. There is not sufficient evidence to show that Cuban immigrants reduced any low-skill workers’ wages in Miami, even small minorities of them, and there isn’t much more that can be learned about the Mariel boatlift with the data we have. (…) Around 1980, the same time as the Boatlift, two things happened that would bring a lot more low-wage black men into the survey samples. First, there was a simultaneous arrival of large numbers of very low-income immigrants from Haiti without high school degrees: that is, non-Hispanic black men who earn much less than US black workers but cannot be distinguished from US black workers in the survey data. Nearly all hadn’t finished high school. That meant not just that Miami suddenly had far more black men with less than high school after 1980, but also that those black men had much lower earnings. Second, the Census Bureau, which ran the CPS surveys, improved its survey methods around 1980 to cover more low-skill black men due to political pressure after research revealed that many low-income black men simply weren’t being counted. (…) In sum, the evidence from the Mariel boatlift continues to support the conclusion of David Card’s seminal research: There is no clear evidence that wages fell (or that unemployment rose) among the least-skilled workers in Miami, even after a sudden refugee wave sharply raised the size of that workforce. This does not by any means imply that large waves of low-skill immigration could not displace any native workers, especially in the short term, in other times and places. But politicians’ pronouncements that immigrants necessarily do harm native workers must grapple with the evidence from real-world experiences to the contrary. Michael Clemens (Center for Global Development, Washington, DC)
His name was Luis Felipe. Born in Cuba in 1962, he came to the United States on a fishing boat and ended up in prison for shooting his girlfriend. He founded the New York chapter of the Latin Kings in 1986. Soon he was ordering murders from his prison cell. Esquire
Judge Martin says the extreme conditions are necessary to protect society.  »I do not do it out of my sense of cruelty, » the judge said at the sentencing, after Mr. Felipe had expressed remorse for the killings. But noting that the defendant had been convicted for ordering the murder of three Latin Kings and the attempted murder of four others, the judge said that without such restrictions,  »some of the young men sitting in this court today who are supporters of Mr. Felipe might well be murdered in the future. » (…) That Mr. Felipe, a man of charisma and intelligence, is nonetheless a ruthless criminal is not in dispute. His accounts of his background vary. He has said that his mother was a prostitute and that both parents are now dead. At the age of 9, he was sent to prison for robbery. On his 19th birthday in 1980, he arrived in the United States during the Mariel boatlift. In short order, Mr. Felipe became a street thug, settling in Chicago. There he joined the Latin Kings, a Hispanic organization established in the 1940’s. He moved to the Bronx. One night in 1981, in what has been described as a drunken accident, he shot and killed his girlfriend. He fled to Chicago and was not apprehended until 1984. Sentenced to nine years for second-degree manslaughter, he ended up at Collins Correctional Facility in Helmuth, N.Y. At Collins, he found an inmate system lorded over by black gangs and white guards. In 1986, he started a fledgling New York prison chapter of the Latin Kings. In a manifesto that followers circulated, he laid out elaborate laws and rituals, emphasizing Latin pride, family values, rigorous discipline and swift punishment. He was paroled in 1989 but by 1991 had returned to prison. He was eventually sent to Attica for a three-year sentence for possession of stolen property. His word spread, not least because he wrote thousands of letters, his prose a mix of flamboyant grandiosity and street bluntness. As King Blood, Inka, First Supreme Crown, Mr. Felipe corresponded with Latin Kings in and out of prison. (At its peak, the gang was estimated to have about 2,000 members.) He soared with self-aggrandizement, styling himself as both autocratic patriarch and jailhouse Ann Landers, dispensing advice about romance, family squabbles, schoolyard disputes. But in 1993 and 1994, disciplinary troubles erupted throughout the Latin Kings, with members vying for power, filching gang money, looking sideways at the wrong women. Infuriated, King Blood wrote to his street lieutenants: B.O.S. (beat on sight) and T.O.S. (terminate on sight).  »Even while he was in Attica in segregation, he was able to order the leader of the Latin Kings on Rikers Island to murder someone who ended up being badly slashed in the face, » said Alexandra A. E. Shapiro, a Federal prosecutor. One victim was choked and beheaded. A second was killed accidentally during an attempt on another man. A third was gunned down. Federal authorities, who had been monitoring Mr. Felipe’s mail, arrested 35 Latin Kings. Thirty-four pleaded guilty. Only Mr. Felipe insisted on a trial. The Latin Kings still revere him, said Antonio Fernandez, King Tone, the gang’s new leader, who is trying to reposition it as a mainstream organization.  »He brought a message of hope, » he said. NYT
Luis « King Blood » Felipe, who founded the New York chapter in 1986 (…) ran the gang from prison like a demented puppet-master. He ordered the murders of three Kings and plotted to murder three others. He routinely dispatched « T.O.S. » orders–shorthand for « Terminate on Sight. » In one particularly gory execution, a rival was strangled, decapitated and set afire in a bathtub. His Kings tattoo was peeled off his arm with a knife. Convicted of racketeering in 1996, Felipe was sentenced to life imprisonment in solitary confinement to cut him off from the Kings. LA Times
Julio Gonzalez, a jilted lover whose arson revenge at the unlicensed Happy Land nightclub in the Bronx in 1990 claimed 87 lives, making him the nation’s worst single mass murderer at the time, died on Tuesday at a hospital in Plattsburgh, N.Y., where he had been taken from prison. He was 61 (…) Mr. Gonzalez was born in Holguín, a city in Oriente Province in Cuba, on Oct. 10, 1954. He served three years in prison in the 1970s for deserting the Cuban Army. In 1980, when he was 25, he joined what became known as the Mariel boatlift, an effort organized by Cuban-Americans and agreed to by the Cuban government that brought thousands of Cuban asylum-seekers to the United States. It was later learned that many of the refugees had been released from jails and mental hospitals. Mr. Gonzalez was said to have faked a criminal record as a drug dealer to help him gain passage. (…) Mr. Gonzalez had just lost his job at a Queens lamp warehouse when he showed up at Happy Land. There he argued heatedly with his girlfriend, Lydia Feliciano, about their six-year on-again, off-again relationship and about her quitting as a coat checker at the club. Around 3 a.m., a bouncer ejected him. According to testimony, Mr. Gonzalez walked three blocks to an Amoco service station, where he found an empty one-gallon container and bought $1 worth of gasoline from an attendant he knew there. He returned to the club. (…) Mr. Gonzalez splashed the gasoline at the bottom of a rickety staircase, the club’s only means of exit, and ignited it. Then he went home and fell asleep. (…) Ms. Feliciano was among the six survivors. She recounted her argument with Mr. Gonzalez to the police, who went to his apartment, where he confessed. “I got angry, the devil got to me, and I set the fire,” he told detectives. (…) During a video conference-call interview at the time, he said he had not realized how many people were inside Happy Land that night, that he had nothing against them and that his anger had been directed at the bouncer. NYT
Cet exode des Marielitos a commencé par un coup de force. Le 5 avril 1980, 10 000 Cubains entrent dans l’ambassade du Pérou à La Havane et demandent à ce pays de leur accorder asile. Dix jours plus tard, Castro déclare que ceux qui veulent quitter Cuba peuvent le faire à condition d’abandonner leurs biens et que les Cubains de Floride viennent les chercher au port de Mariel. L’hypothèse est que Castro voit dans cette affaire une double opportunité : Il se débarrasse d’opposants -il en profite également pour vider ses prisons et ses asiles mentaux et sans doute infiltrer, parmi les réfugiés, quelques agents castristes ; Il espère que cet afflux soudain d’exilés va profondément déstabiliser le sud de la Floride et affaiblir plus encore le brave Président Jimmy Carter, préchi-prêcheur démocrate des droits de l’homme, un peu trop à gauche pour endosser l’habit de grand Satan impérialiste que taille à tous les élus de la Maison Blanche le leader cubain. De fait, du 15 avril au 31 octobre 1980, quelque 125 000 Cubains quitteront l’île. 2 746 d’entre eux ont été considérés comme des criminels selon les lois des Etats-Unis et incarcérés. Le Nouvel Obs
Avec l’autorisation du président Fidel Castro, 125 000 Cubains quittent leur île par le port de Mariel pour trouver refuge aux États-Unis. Cet exode massif posera plusieurs problèmes aux Américains qui y mettront un terme après deux mois. Le 3 avril 1980, six Cubains entrent de force à l’ambassade du Pérou à La Havane pour s’y réfugier. Les autorités cubaines demandent leur retour sans succès. Voulant donner une leçon au Pérou, le président Castro fait retirer les gardes protégeant l’ambassade. Celle-ci est submergée par plus de 10 000 personnes qui sont vite aux prises avec des problèmes de salubrité et le manque de nourriture. Pendant que d’autres ambassades sont envahies (Costa Rica, Espagne), la communauté cubano-américaine entreprend une campagne de support. Voulant récupérer le mouvement, Castro annonce le 23 avril une politique de porte ouverte pour ceux qui veulent quitter Cuba. Il invite les Cubains habitant aux États-Unis à venir chercher leurs proches au port de Mariel. Cet exode, qui se fait avec 17 000 navires de toutes sortes, implique environ 125 000 personnes, en grande partie des gens de la classe ouvrière, des Noirs et des jeunes. Son envergure reflète un profond mécontentement face à l’économie cubaine et la baisse de la ferveur révolutionnaire. D’abord favorables à cet exode, les États-Unis sont vite débordés. Le 14 mai, le président Jimmy Carter fait établir un cordon de sécurité pour arrêter les navires. Placés dans des camps militaires et des prisons fédérales, les réfugiés sont interrogés à leur arrivée. Parmi eux, on retrouve des criminels et des malades mentaux qui ont quitté avec le soutien des autorités cubaines, ce qui a un effet négatif sur la population. Carter cherche à remplacer l’exode maritime par un pont aérien avec un quota de 3000 personnes par année. Mais aucun accord n’est conclu avec Cuba. Submergées par un exode en provenance de Haïti, les autorités américaines mettront fin à l’exode cubain le 20 juin 1980. Perspective monde
As BuzzFeed investigative reporter Ken Bensinger chronicles in his new book, Red Card: How the U.S. Blew the Whistle on the World’s Biggest Sports Scandal, the investigation’s origins began before FIFA handed the 2018 World Cup to Russia and the 2022 event to Qatar. The case had actually begun as an FBI probe into an illegal gambling ring the bureau believed was run by people with ties to Russian organized crime outfits. The ring operated out of Trump Tower in New York City. Eventually, the investigation spread to soccer, thanks in part to an Internal Revenue Service agent named Steve Berryman, a central figure in Bensinger’s book who pieced together the financial transactions that formed the backbone of the corruption allegations. But first, it was tips from British journalist Andrew Jennings and Christopher Steele ― the former British spy who is now known to American political observers as the man behind the infamous so-called “pee tape” dossier chronicling now-President Donald Trump’s ties to Russia ― that pointed the Americans’ attention toward the Russian World Cup, and the decades of bribery and corruption that had transformed FIFA from a modest organization with a shoestring budget into a multibillion-dollar enterprise in charge of the world’s most popular sport. Later, the feds arrested and flipped Chuck Blazer, a corrupt American soccer official and member of FIFA’s vaunted Executive Committee. It was Blazer who helped them crack the case wide open, as HuffPost’s Mary Papenfuss and co-author Teri Thompson chronicled in their book American Huckster, based on the 2014 story they broke of Blazer’s role in the scandal. Russia’s efforts to secure hosting rights to the 2018 World Cup never became a central part of the FBI and the U.S. Department of Justice’s case. Thanks to Blazer, it instead focused primarily on CONCACAF, which governs soccer in the Caribbean and North and Central America, and other officials from South America. But as Bensinger explained in an interview with HuffPost this week, the FIFA case gave American law enforcement officials an early glimpse into the “Machiavellian Russia” of Vladimir Putin “that will do anything to get what it wants and doesn’t care how it does it.” And it was Steele’s role in the earliest aspects of the FIFA case, coincidentally, that fostered the relationship that led him to hand his Trump dossier to the FBI ― the dossier that has now helped form “a big piece of the investigative blueprint,” as Bensinger said, that former FBI director Robert Mueller is using in his probe of Russian meddling in the election that made Trump president. HuffPost
There are sort of these weird connections to everything going on in the political sphere in our country, which I think is interesting because when I was reporting the book out, it was mostly before the election. It was a time when Christopher Steele’s name didn’t mean anything. But what I figured out over time is that this had nothing to do with sour grapes, and the FBI agents who opened the case didn’t really care about losing the World Cup. The theory was that the U.S. investigation was started because the U.S. lost to Qatar, and Bill Clinton or Eric Holder or Barack Obama or somebody ordered up an investigation. What happened was that the investigation began in July or August 2010, four or five months before the vote happened. It starts because this FBI agent, who’s a long-term Genovese crime squad guy, gets a new squad ― the Eurasian Organized Crime Squad ― which is primarily focused on Russian stuff. It’s a squad that’s squeezed of resources and not doing much because under Robert Mueller, who was the FBI director at the time, the FBI was not interested in traditional crime-fighting. They were interested in what Mueller called transnational crime. So this agent looked for cases that he thought would score points with Mueller. And one of the cases they’re doing involves the Trump Tower. It’s this illegal poker game and sports book that’s partially run out of the Trump Tower. The main guy was a Russian mobster, and the FBI agent had gone to London ― that’s how he met Steele ― to learn about this guy. Steele told him what he knew, and they parted amicably, and the parting shot was, “Listen, if you have any other interesting leads in the future, let me know.” Steele had already been hired by the English bid for the 2018 World Cup at that point. What Chris Steele starts seeing on behalf of the English bid is the Russians doing, as it’s described in the book, sort of strange and questionable stuff. It looks funny, and it’s setting off alarm bells for Steele. So he calls the FBI agent back, and says, “You should look into what’s happening with the World Cup bid. » (…) It’s tempting to look at this as a reflection of the general U.S. writ large obsession with Russia, which certainly exists, but it’s also a different era. This was 2009, 2010. This was during the Russian reset. It was Obama’s first two years in office. He’s hugging Putin and talking about how they’re going to make things work. Russia is playing nice-nice. (…)That’s what I find interesting about this case is that, what we see in Russia’s attempt to win the World Cup by any means is the first sort of sign of the Russia we now understand exists, which is kind of a Machiavellian Russia that will do anything to get what it wants and doesn’t care how it does it. It was like a dress rehearsal for that. (…) It’s one of these things that looks like an accident, but so much of world history depends on these accidents. Chris Steele, when he was still at MI-6, investigated the death of Alexander Litvinenko, who was the Russian spy poisoned with polonium. It was Steele who ran that investigation and determined that Putin probably ordered it. And then Steele gets hired because of his expertise in Russia by the English bid, and he becomes the canary in the coal mine saying, “Uh oh, guys, it’s not going to be that easy, and things are looking pretty grim for you.” (…) I don’t know if that would have affected whether or not Chris Steele later gets hired by Fusion GPS to put together the Trump dossier. But it’s certain that the relationship he built because of the FIFA case meant that the FBI took it more seriously.   (…) I think [FIFA vice president Jérôme Valcke] and others were recognizing this increasingly brazen attitude of the criminality within FIFA. They had gone from an organization where people were getting bribes and doing dirty stuff, but doing it very carefully behind closed doors. And it was transitioning to one where the impunity was so rampant that people thought they could do anything. And I think in his mind, awarding the World Cup to Russia under very suspicious circumstances and also awarding it to Qatar, which by any definition has no right to host this tournament, it felt to him and others like a step too far. I don’t think he had any advance knowledge that the U.S. was poking around on it, but he recognized that it was getting out of hand. People were handing out cash bribes in practically broad daylight, and as corrupt as these people were, they didn’t tend to do that. (…) The FIFA culture we know today didn’t start yesterday. It started in 1974 when this guy gets elected, and within a couple years, the corruption starts. And it starts with one bribe to Havelange, or one idea that he should be bribed. And it starts a whole culture, and the people all sort of learn from that same model. The dominoes fell over time. It’s not a new model, and things were getting more and more out of hand over time. FIFA had been able to successfully bat these challenges down over the years. There’s an attempted revolt in FIFA in 2001 or 2002 that Blatter completely shut down. The general secretary of FIFA was accusing Blatter and other people of either being involved in corruption or permitting corruption, and there’s a moment where it seems like the Executive Committee was going to turn against Blatter and vote him out and change everything. But they all blinked, and Blatter dispensed his own justice by getting rid of his No. 2 and putting in people who were going to be loyal to him. The effect of those things was more brazen behavior. (…) It was an open secret. I think it’s because soccer’s just too big and important in all these other countries. I think other countries have just never been able to figure out how to deal with it. The best you’d get was a few members of Parliament in England holding outraged press conferences or a few hearings, but nothing ever came of it. It’s just too much of a political hot potato because soccer elsewhere is so much more important than it is the U.S. People are terrified of offending the FIFA gods There’s a story about how Andrew Jennings, this British journalist, wanted to broadcast a documentary detailing FIFA corruption just a week or so before the 2010 vote, and when the British bid and the British government got a hold of it, they tried really hard to stifle the press. They begged the BBC not to air the documentary until after the vote, because they were terrified of FIFA. That’s reflective of the kind of attitudes that all these countries have. (…) it reminds me of questions about Chuck Blazer. Is he all bad, or all good? He’s a little bit of both. The U.S. women’s national team probably wouldn’t exist without him. The Women’s World Cup probably wouldn’t either. Major League Soccer got its first revenue-positive TV deal because of Chuck Blazer. (…) At the same time, he was a corrupt crook that stole a lot of money that could’ve gone to the game. And so, is he good or bad? Probably more bad than good, but he’s not all bad. That applies to the Gold Cup. The Gold Cup is a totally artificial thing that was made up ultimately as a money-making scheme for Blazer, but in the end, it’s probably benefited soccer in this country. So it’s clearly not all bad. (…) The money stolen from the sport isn’t just the bribes. Let’s say I’m a sports marketing firm, and I bribe you a million dollars to sign over a rights contract to me. The first piece of it is that million dollars that could have gone to the sport. But it’s also the opportunity cost: What would the value of those rights have been if it was taken to the free market instead of a bribe? All that money is taken away from the sport. And the second thing was traveling to South America and seeing the conditions of soccer for fans, for kids and for women. That was really eye-opening. There are stadiums in Argentina and Brazil that are absolutely decrepit. And people would explain, the money that was supposed to come to these clubs never comes. You have kids still playing with the proverbial ball made of rags and duct tape, and little girls who can’t play because there are no facilities or leagues for women at all. When you see that, and then you see dudes making millions in bribes and also marketing guys making far more from paying the bribes, I started to get indignant about it. FIFA always ties itself to children and the good of the game. But it’s absurd when you see how they operate. The money doesn’t go to kids. It goes to making soccer officials rich. (…) When massive amounts of money mixes with a massively popular cultural phenomenon, is it ever going to be clean? I wish it would be different, but it seems kind of hopeless. How do you regulate soccer, and who can oversee this to make sure that people behave in an ethical, clean and fair way that benefits everyone else? It’s not an accident that every single international sports organization is based in Switzerland. The answer is because the Swiss, not only do they offer them a huge tax break, they also basically say, “You can do whatever you want and we’re not going to bother you.” That’s exactly what these groups want. Well, how do you regulate that? I don’t think the U.S. went in saying, “We’re going to regulate soccer.” I think they thought if we can give soccer a huge kick in the ass, if we can create so much public and political pressure on them that sponsors will run away, they’ll feel they have no option but to react and clean up their act. It’s sort of, kick ’em where it hurts. (…) But also, the annoying but true reality of FIFA is that when the World Cup is happening, all the soccer fans around the world forget all their anger and just want to watch the tournament. For three and a half years, everyone bitches about what a mess FIFA is, and then during the World Cup everyone just wants to watch soccer. There could be some reinvigoration in the next few months when the next stupid scandal appears. And I do think Qatar could reinvigorate more of that. There’s a tiny piece of me that thinks we could still see Qatar stripped of the World Cup. That would certainly spur a lot of conversation about this. Ken Bensinger
The United States has the world’s largest trade deficit. It’s been that way since 1975. The deficit in goods and services was $566 billion in 2017. Imports were $2.895 trillion and exports were only $2.329 trillion. The U.S. trade deficit in goods, without services, was $810 billion. The United States exported $1.551 trillion in goods. The biggest categories were commercial aircraft, automobiles, and food. It imported $2.361 trillion. The largest categories were automobiles, petroleum, and cell phones. (…) The Largest U.S. Deficit Is With China More than 65 percent of the U.S. trade deficit in goods was with China. The $375 billion deficit with China was created by $506 billion in imports. The main U.S. imports from China are consumer electronics, clothing, and machinery. Many of these imports are actually made by American companies. They ship raw materials to be assembled in China for a lower cost. They are counted as imports even though they create income and profit for these U.S. companies. Nevertheless, this practice does outsource manufacturing jobs. America only exported $130 billion in goods to China. The top three exports were agricultural products, aircraft, and electrical machinery. The second largest trade deficit is $69 billion with Japan. The world’s fifth largest economy needs the agricultural products, industrial supplies, aircraft, and pharmaceutical products that the United States makes. Exports totaled $68 billion in 2017.Imports were higher, at $137 billion. Much of this was automobiles, with industrial supplies and equipment making up another large portion. Trade has improved since the 2011 earthquake, which slowed the economy and made auto parts difficult to manufacture for several months. The U.S. trade deficit with Germany is $65 billion. The United States exports $53 billion, a large portion of which is automobiles, aircraft, and pharmaceuticals. It imports $118 billion in similar goods: automotive vehicles and parts, industrial machinery, and medicine. (…) The trade deficit with Canada is $18 billion. That’s only 3 percent of the total Canadian trade of $582 billion. The United States exports $282 billion to Canada, more than it does to any other country. It imports $300 billion. The largest export by far is automobiles and parts. Other large categories include petroleum products and industrial machinery and equipment. The largest import is crude oil and gas from Canada’s abundant shale oil fields. The trade deficit with Mexico is $71 billion. Exports are $243 billion, mostly auto parts and petroleum products. Imports are $314 billion, with cars, trucks, and auto parts being the largest components. The Balance
On connaît les photos de ces hommes et de ces femmes débarquant sur des plages européennes, engoncés dans leurs gilets de sauvetage orange, tentant à tout prix de maintenir la tête de leur enfant hors de l’eau. Impossible également d’oublier l’image du corps du petit Aylan Kurdi, devenu en 2016 le symbole planétaire du drame des migrants. Ce que l’on sait moins c’est que le « business » des passeurs rapporte beaucoup d’argent. Selon la première étude du genre de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (l’UNODC), le trafic de migrants a rapporté entre 5,5 et 7 milliards de dollars (entre 4,7 et 6 milliards d’euros) en 2016. C’est l’équivalent de ce que l’Union européenne a dépensé la même année dans l’aide humanitaire, selon le rapport. (…) En 2016, au moins 2,5 millions de migrants sont passés entre les mains de passeurs, estime l’UNODC qui rappelle la difficulté d’évaluer une activité criminelle. De quoi faire fructifier les affaires de ces contrebandiers. Cette somme vient directement des poches des migrants qui paient des criminels pour voyager illégalement. Le tarif varie en fonction de la distance à parcourir, du nombre de frontières, les moyens de transport utilisés, la production de faux papiers… La richesse supposée du client est un facteur qui fait varier les prix. Evidemment, payer plus cher ne rend pas le voyage plus sûr ou plus confortable, souligne l’UNODC. Selon les estimations de cette agence des Nations unies, ce sont les passages vers l’Amérique du Nord qui rapportent le plus. En 2016, jusqu’à 820 000 personnes ont traversé la frontière illégalement, versant entre 3,1 et 3,6 milliards d’euros aux trafiquants. Suivent les trois routes de la Méditerranée vers l’Union européenne. Environ 375 000 personnes ont ainsi entrepris ce voyage en 2016, rapportant entre 274 et 300 millions d’euros aux passeurs. Pour atteindre l’Europe de l’Ouest, un Afghan peut ainsi dépenser entre 8000 € et 12 000 €. Sans surprise, les rédacteurs du rapport repèrent que l’Europe est une des destinations principales des migrants. (…) Les migrants qui arrivent en Italie sont originaires à 89 % d’Afrique, de l’Ouest principalement. 94 % de ceux qui atteignent l’Espagne sont également originaires d’Afrique, de l’Ouest et du Nord. En revanche, la Grèce accueille à 85 % des Afghans, Syriens et des personnes originaires des pays du Moyen-Orient. (…) des milliers de citoyens de pays d’Amérique centrale et de Mexicains traversent chaque année la frontière qui sépare les Etats-Unis du Mexique. Les autorités peinent cependant à quantifier les flux. Ce que l’on sait c’est qu’en 2016, 2 404 personnes ont été condamnées pour avoir fait passer des migrants aux Etats-Unis. 65 d’entre eux ont été condamnés pour avoir fait passer au moins 100 personnes.Toujours en 2016, le Mexique, qui fait office de « pays-étape » pour les voyageurs, a noté que les Guatémaltèques, les Honduriens et les Salvadoriens formaient les plus grosses communautés sur son territoire. En 2016, les migrants caribéens arrivaient principalement d’Haïti, note encore l’UNODC. (…) Sur les 8189 décès de migrants recensés par l’OIM en 2016, 3832 sont morts noyés (46 %) en traversant la Méditerranée. Les passages méditerranéens sont les plus mortels. L’un d’entre eux force notamment les migrants à parcourir 300 kilomètres en haute mer sur des embarcations précaires. C’est aussi la cruauté des passeurs qui est en cause. L’UNODC décrit le sort de certaines personnes poussées à l’eau par les trafiquants qui espèrent ainsi échapper aux gardes-côtes. Le cas de centaines de personnes enfermées dans des remorques sans ventilation, ni eau ou nourriture pendant des jours est également relevé. Meurtre, extorsion, torture, demande de rançon, traite d’être humain, violences sexuelles sont également le lot des migrants, d’où qu’ils viennent. En 2017, 382 migrants sont décédés de la main des hommes, soit 6 % des décès. (…) Le passeur est le plus souvent un homme mais des femmes (des compagnes, des sœurs, des filles ou des mères) sont parfois impliquées dans le trafic, définissent les rédacteurs de l’étude. Certains parviennent à gagner modestement leur vie, d’autres, membres d’organisations et de mafias font d’importants profits. Tous n’exercent pas cette activité criminelle à plein temps. Souvent le passeur est de la même origine que ses victimes. Il parle la même langue et partage avec elles les mêmes repères culturels, ce qui lui permet de gagner leur confiance. Le recrutement des futurs « clients » s’opère souvent dans les camps de réfugiés ou dans les quartiers pauvres. Facebook, Viber, Skype ou WhatsApp sont devenus des indispensables du contrebandier qui veut faire passer des migrants. Arrivé à destination, le voyageur publie un compte rendu sur son passeur. Il décrit s’il a triché, échoué ou s’il traitait mal les migrants. Un peu comme une note de consommateur, rapporte l’UNODC. Mieux encore, les réseaux sociaux sont utilisés par les passeurs pour leur publicité. Sur Facebook, les trafiquants présentent leurs offres, agrémentent leur publication d’une photo, détaillent les prix et les modalités de paiement. L’agence note que, sur Facebook, des passeurs se font passer pour des ONG ou des agences de voyages européennes qui organisent des passages en toute sécurité. D’autres, qui visent particulièrement les Afghans, se posent en juristes spécialistes des demandes d’asile… Le Parisien
Mr. Trump’s anger at America’s allies embodies, however unpleasantly, a not unreasonable point of view, and one that the rest of the world ignores at its peril: The global world order is unbalanced and inequitable. And unless something is done to correct it soon, it will collapse, with or without the president’s tweets. While the West happily built the liberal order over the past 70 years, with Europe at its center, the Americans had the continent’s back. In turn, as it unravels, America feels this loss of balance the hardest — it has always spent the most money and manpower to keep the system working. The Europeans have basically been free riders on the voyage, spending almost nothing on defense, and instead building vast social welfare systems at home and robust, well-protected export industries abroad. Rather than lash back at Mr. Trump, they would do better to ask how we got to this place, and how to get out. The European Union, as an institution, is one of the prime drivers of this inequity. At the Group of 7, for example, the constituent countries are described as all equals. But in reality, the union puts a thumb on the scales in its members’ favor: It is a highly integrated, well-protected free-trade area that gives a huge leg up to, say, German car manufacturers while essentially punishing American companies who want to trade in the region. The eurozone offers a similar unfair advantage. If it were not for the euro, Germany would long ago have had to appreciate its currency in line with its enormous export surplus. (…) how can the very same politicians and journalists who defended the euro bailout payments during the financial crisis, arguing that Germany profited disproportionately from the common currency, now go berserk when Mr. Trump makes exactly this point? German manufacturers also have the advantage of operating in a common market with huge wage gaps. Bulgaria, one of the poorest member states, has a per capita gross domestic product roughly equal to that of Gabon, while even in Slovakia, Poland and Hungary — three relative success stories among the recent entrants to the union — that same measure is still roughly a third of what it is in Germany. Under the European Union, German manufacturers can assemble their cars in low-wage countries and export them without worrying about tariffs or other trade barriers. If your plant sits in Detroit, you might find the president’s anger over this fact persuasive. Mr. Trump is not the first president to complain about the unfair burden sharing within NATO. He’s merely the first president not just to talk tough, but to get tough. (…) All those German politicians who oppose raising military spending from a meager 1.3 percent of gross domestic product should try to explain to American students why their European peers enjoy free universities and health care, while they leave it up to others to cover for the West’s military infrastructure (…) When the door was opened, in 2001, many in the West believed that a growing Chinese middle class, enriched by and engaged with the world economy, would eventually claim voice and suffrage, thereby democratizing China. The opposite has happened. China, which has grown wealthy in part by stealing intellectual property from the West, is turning into an online-era dictatorship, while still denying reciprocity in investment and trade relations. (…) China’s unchecked abuse of the global free-trade regime makes a mockery of the very idea that the world can operate according to a rules-based order. Again, while many in the West have talked the talk about taking on China, only Mr. Trump has actually done something about it. Jochen Bittner (Die Zeit)
Is the Trump administration out to wreck the liberal world order? No, insisted Secretary of State Mike Pompeo in an interview at his office in Foggy Bottom last week: The administration’s aim is to align that world order with 21st-century realities. Many of the economic and diplomatic structures Mr. Trump stands accused of undermining, Mr. Pompeo argues, were developed in the aftermath of World War II. Back then, he tells me, they “made sense for America.” But in the post-Cold War era, amid a resurgence of geopolitical competition, “I think President Trump has properly identified a need for a reset.” Mr. Trump is suspicious of global institutions and alliances, many of which he believes are no longer paying dividends for the U.S. “When I watch President Trump give guidance to our team,” Mr. Pompeo says, “his question is always, ‘How does that structure impact America?’ ” The president isn’t interested in how a given rule “may have impacted America in the ’60s or the ’80s, or even the early 2000s,” but rather how it will enhance American power “in 2018 and beyond.” Mr. Trump’s critics have charged that his “America First” strategy reflects a retreat from global leadership. “I see it fundamentally differently,” Mr. Pompeo says. He believes Mr. Trump “recognizes the importance of American leadership” but also of “American sovereignty.” That means Mr. Trump is “prepared to be disruptive” when the U.S. finds itself constrained by “arrangements that put America, and American workers, at a disadvantage.” Mr. Pompeo sees his task as trying to reform rules “that no longer are fair and equitable” while maintaining “the important historical relationships with Europe and the countries in Asia that are truly our partners.” The U.S. relationship with Germany has come under particular strain. Mr. Pompeo cites two reasons. “It is important that they demonstrate a commitment to securing their own people,” he says, in reference to Germany’s low defense spending. “When they do so, we’re prepared to do the right thing and support them.” And then there’s trade. The Germans, he says, need to “create tariff systems and nontariff-barrier systems that are equitable, reciprocal.” But Mr. Pompeo does not see the U.S.-German rift as a permanent reorientation of U.S. foreign policy. Once the defense and trade issues are addressed, “I’m very confident that the relationship will go from these irritants we see today to being as strong as it ever was.”  (…) In addition to renegotiating relationships with existing allies, the Trump administration is facing newly assertive great-power adversaries. “For a decade plus,” Mr. Pompeo says, U.S. foreign policy was “very focused on counterrorism and much less on big power struggles.” Today, while counterterrorism remains a priority, geopolitics is increasingly defined by conflicts with powerful states like China and Russia. Mr. Pompeo says the U.S. must be assertive but flexible in dealing with both Beijing and Moscow. He wants the U.S. relationship with China to be defined by rule-writing and rule-enforcing, not anarchic struggle. China, he says, hasn’t honored “the normal set of trade understandings . . . where these nation states would trade with each other on fair and reciprocal terms; they just simply haven’t done it. They’ve engaged in intellectual property theft, predatory economic practices.” Avoiding a more serious confrontation with China down the line will require both countries to appreciate one another’s long-term interests. The U.S. can’t simply focus on “a tariff issue today, or a particular island China has decided to militarize” tomorrow. Rather, the objective must be to create a rules-based structure to avoid a situation in which “zero-sum is the endgame for the two countries.” Mr. Pompeo also sees room for limited cooperation with Russia even as the U.S. confronts its revisionism. “There are many things about which we disagree. Our value sets are incredibly different, but there are also pockets where we find overlap,” he says. “That’s the challenge for a secretary of state—to identify those places where you can work together, while protecting America against the worst pieces of those governments’ activities.” (…) And the president’s agenda, as Mr. Pompeo communicates it, is one of extraordinary ambition: to rewrite the rules of world order in America’s favor while working out stable relationships with geopolitical rivals. Those goals may prove elusive. Inertia is a powerful force in international relations, and institutions and pre-existing agreements are often hard to reform. Among other obstacles, the Trump agenda creates the risk of a global coalition forming against American demands. American efforts to negotiate more favorable trading arrangements could lead China, Europe and Japan to work jointly against the U.S. That danger is exacerbated by Mr. Trump’s penchant for dramatic gestures and his volatile personal style. Yet the U.S. remains, by far, the world’s most powerful nation, and many countries will be looking for ways to accommodate the administration at least partially. Mr. Trump is right that the international rules and institutions developed during the Cold War era must be retooled to withstand new political, economic and military pressures. Mr. Pompeo believes that Mr. Trump’s instincts, preferences, and beliefs constitute a coherent worldview. (…) The world will soon see whether the president’s tweets of iron can be smoothly sheathed in a diplomatic glove. Walter Russell Mead
Illegal and illiberal immigration exists and will continue to expand because too many special interests are invested in it. It is one of those rare anomalies — the farm bill is another — that crosses political party lines and instead unites disparate elites through their diverse but shared self-interests: live-and-let-live profits for some and raw political power for others. For corporate employers, millions of poor foreign nationals ensure cheap labor, with the state picking up the eventual social costs. For Democratic politicos, illegal immigration translates into continued expansion of favorable political demography in the American Southwest. For ethnic activists, huge annual influxes of unassimilated minorities subvert the odious melting pot and mean continuance of their own self-appointed guardianship of salad-bowl multiculturalism. Meanwhile, the upper middle classes in coastal cocoons enjoy the aristocratic privileges of having plenty of cheap household help, while having enough wealth not to worry about the social costs of illegal immigration in terms of higher taxes or the problems in public education, law enforcement, and entitlements. No wonder our elites wink and nod at the supposed realities in the current immigration bill, while selling fantasies to the majority of skeptical Americans. Victor Davis Hanson
Much has been written — some of it either inaccurate or designed to obfuscate the issue ahead of the midterms for political purposes — about the border fiasco and the unfortunate separation of children from parents. (…) The media outrage usually does not include examination of why the Trump administration is enforcing existing laws that it inherited from the Bush and Obama administrations that at any time could have been changed by both Democratic and Republican majorities in Congress; of the use of often dubious asylum claims as a way of obtaining entry otherwise denied to those without legal authorization — a gambit that injures or at least hampers thousands with legitimate claims of political persecution; of the seeming unconcern for the safety of children by some would-be asylum seekers who illegally cross the border, rather than first applying legally at a U.S. consulate abroad; of the fact that many children are deliberately sent ahead, unescorted on such dangerous treks to help facilitate their own parents’ later entrance; of the cynicism of the cartels that urge and facilitate such mass rushes to the border to overwhelm general enforcement; and of the selective outrage of the media in 2018 in a fashion not known under similar policies and detentions of the past. In 2014, during a similar rush, both Barack Obama (“Do not send your children to the borders. If they do make it, they’ll get sent back.”) and Hillary Clinton (“We have to send a clear message, just because your child gets across the border, that doesn’t mean the child gets to stay. So, we don’t want to send a message that is contrary to our laws or will encourage more children to make that dangerous journey.”) warned — again to current media silence — would-be asylum seekers not to use children as levers to enter the U.S. (…) Mexico is the recipient of about $30 billion in annual remittances (aside from perhaps more than $20 billion annually sent to Central America) from mostly illegal aliens within the U.S. It is the beneficiary of an annual $71 billion trade surplus with the U.S. And it is mostly culpable for once again using illegal immigration and the lives of its own citizens — and allowing Central Americans unfettered transit through its country — as cynical tools of domestic and foreign policy. Illegal immigration, increasingly of mostly indigenous peoples, ensures an often racist Mexico City a steady stream of remittances (now its greatest source of foreign exchange), without much worry about how its indigent abroad can scrimp to send such massive sums back to Mexico. Facilitating illegal immigration also establishes and fosters a favorable expatriate demographic inside the U.S. that helps to recalibrate U.S. policy favorably toward Mexico. And Mexico City also uses immigration as a policy irritant to the U.S. that can be magnified or lessened, depending on Mexico’s own particular foreign-policy goals and moods at any given time.
All of the above call into question whether Mexico is a NAFTA ally, a neutral, or a belligerent, a status that may become perhaps clearer during its upcoming presidential elections. So far, it assumes that the optics of this human tragedy facilitate its own political agendas, but it may be just as likely that its cynicism could fuel renewed calls for a wall and reexamination of the entire Mexican–U.S. relationship and, indeed, NAFTA.
Victor Davis Hanson
This year there have been none of the usual Iranian provocations — frequent during the Obama administration — of harassing American ships in the Persian Gulf. Apparently, the Iranians now realize that anything they do to an American ship will be replied to with overwhelming force. Ditto North Korea. After lots of threats from Kim Jong-un about using his new ballistic missiles against the United States, Trump warned that he would use America’s far greater arsenal to eliminate North Korea’s arsenal for good. Trump is said to be undermining NATO by questioning its usefulness some 69 years after its founding. Yet this is not 1948, and Germany is no longer down. The United States is always in. And Russia is hardly out but is instead cutting energy deals with the Europeans. More significantly, most NATO countries have failed to keep their promises to spend 2 percent of their GDP on defense. Yet the vast majority of the 29 alliance members are far closer than the U.S. to the dangers of Middle East terrorism and supposed Russian bullying. Why does Germany by design run up a $65 billion annual trade surplus with the United States? Why does such a wealthy country spend only 1.2 percent of its GDP on defense? And if Germany has entered into energy agreements with a supposedly dangerous Vladimir Putin, why does it still need to have its security subsidized by the American military? Trump approaches NAFTA in the same reductionist way. The 24-year-old treaty was supposed to stabilize, if not equalize, all trade, immigration, and commerce between the three supposed North American allies. It never quite happened that way. Unequal tariffs remained. Both Canada and Mexico have substantial trade surpluses with the U.S. In Mexico’s case, it enjoys a $71 billion surplus, the largest of U.S. trading partners with the exception of China. Canada never honored its NATO security commitment. It spends only 1 percent of its GDP on defense, rightly assuming that the U.S. will continue to underwrite its security. During the lifetime of NAFTA, Mexico has encouraged millions of its citizens to enter the U.S. illegally. Mexico’s selfish immigration policy is designed to avoid internal reform, to earn some $30 billion in annual expatriate remittances, and to influence U.S. politics. Yet after more than two decades of NAFTA, Mexico is more unstable than ever. Cartels run entire states. Murders are at a record high. Entire towns in southern Mexico have been denuded of their young males, who crossed the U.S. border illegally. The U.S. runs a huge trade deficit with China. The red ink is predicated on Chinese dumping, patent and copyright infringement, and outright cheating. Beijing illegally occupies neutral islands in the South China Sea, militarizes them, and bullies its neighbors. All of the above has become the “normal” globalized world. But in 2016, red-state America rebelled at the asymmetry. The other half of the country demonized the red-staters as protectionists, nativists, isolationists, populists, and nationalists. However, if China, Europe, and other U.S. trading partners had simply followed global trading rules, there would have been no Trump pushback — and probably no Trump presidency at all. Had NATO members and NAFTA partners just kept their commitments, and had Mexico not encouraged millions of its citizens to crash the U.S. border, there would now be little tension between allies. Instead, what had become abnormal was branded the new normal of the post-war world. Again, a rich and powerful U.S. was supposed to subsidize world trade, take in more immigrants than all the nations of the world combined, protect the West, and ensure safe global communications, travel, and commerce. After 70 years, the effort had hollowed out the interior of America, creating two separate nations of coastal winners and heartland losers. Trump’s entire foreign policy can be summed up as a demand for symmetry from all partners and allies, and tit-for-tat replies to would-be enemies. Did Trump have to be so loud and often crude in his effort to bully America back to reciprocity? Who knows? But it seems impossible to imagine that globalist John McCain, internationalist Barack Obama, or gentlemanly Mitt Romney would ever have called Europe, NATO, Mexico, and Canada to account, or warned Iran or North Korea that tit would be met by tat. Victor Davis Hanson

Attention: un dépotoir peut en cacher un autre !

Au lendemain du Sommet de l’Otan et de la visite au Royaume-Uni

D’un président américain contre lequel se sont à nouveau déchainés nos médias et nos belles âmes …

Et en cette finale de la Coupe du monde en un pays qui, entre dopage et corruption, empoisonne les citoyens de ses partenaires …

A l’heure où des mensonges nucléaires et de l’aventurisme militaire des Iraniens

Aux méga-excédents commerciaux et filouteries sur la propriété intellectuelle des Chinois …

Comme aux super surplus du commerce extérieur, la radinerie défensive et la mise sous tutelle énergétique russe des Allemands

Et sans parler, entre deux attentats terroristes ou émeutes urbaines, du « business » juteux (quelque 7 milliards annuels quand même !) des passeurs de prétendus « réfugiés » …

L’actualité comme les sondages confirment désormais presque quotidiennement les fortes intuitions de l’éléphant dans le magasin de porcelaine …

Comment qualifier un pays qui …

Derrière les « fake news » et images victimaires dont nous bassinent jour après jour nos médias …

Et entre le contrôle d’états entiers par les cartels de la drogue, les taux d’homicides records et les villes entières vidées de leurs forces vives par l’émigration sauvage …

Se permet non seulement, comme le rappelle l’historien militaire américain Victor Davis Hanson, d’intervenir dans la politique américaine …

Mais encourage, à la Castro et repris de justice compris, ses citoyens par millions à pénétrer illégalement aux États-Unis …

Alors qu’il bénéficie par ailleurs, avec plus de 70 milliards de dollars et sans compter les quelque 30 milliards de ses expatriés, du plus important excédent commercial avec les Etats-Unis après la Chine ?

Reciprocity Is the Method to Trump’s Madness
Victor Davis Hanson

National Review

July 12, 2018

The president sends a signal: Treat us the way we treat you, and keep your commitments.Critics of Donald Trump claim that there’s no rhyme or reason to his foreign policy. But if there is a consistency, it might be called reciprocity.

Trump tries to force other countries to treat the U.S. as the U.S. treats them. In “don’t tread on me” style, he also warns enemies that any aggressive act will be replied to in kind.

The underlying principle of Trump commercial reciprocity is that the United States is no longer powerful or wealthy enough to alone underwrite the security of the West. It can no longer assume sole enforcement of the rules and protocols of the post-war global order.

This year there have been none of the usual Iranian provocations — frequent during the Obama administration — of harassing American ships in the Persian Gulf. Apparently, the Iranians now realize that anything they do to an American ship will be replied to with overwhelming force.

Ditto North Korea. After lots of threats from Kim Jong-un about using his new ballistic missiles against the United States, Trump warned that he would use America’s far greater arsenal to eliminate North Korea’s arsenal for good.

Trump is said to be undermining NATO by questioning its usefulness some 69 years after its founding. Yet this is not 1948, and Germany is no longer down. The United States is always in. And Russia is hardly out but is instead cutting energy deals with the Europeans.

More significantly, most NATO countries have failed to keep their promises to spend 2 percent of their GDP on defense.

Yet the vast majority of the 29 alliance members are far closer than the U.S. to the dangers of Middle East terrorism and supposed Russian bullying.

Why does Germany by design run up a $65 billion annual trade surplus with the United States? Why does such a wealthy country spend only 1.2 percent of its GDP on defense? And if Germany has entered into energy agreements with a supposedly dangerous Vladimir Putin, why does it still need to have its security subsidized by the American military?

Canada never honored its NATO security commitment. It spends only 1 percent of its GDP on defense, rightly assuming that the U.S. will continue to underwrite its security.

Trump approaches NAFTA in the same reductionist way. The 24-year-old treaty was supposed to stabilize, if not equalize, all trade, immigration, and commerce between the three supposed North American allies.

It never quite happened that way. Unequal tariffs remained. Both Canada and Mexico have substantial trade surpluses with the U.S. In Mexico’s case, it enjoys a $71 billion surplus, the largest of U.S. trading partners with the exception of China.

Canada never honored its NATO security commitment. It spends only 1 percent of its GDP on defense, rightly assuming that the U.S. will continue to underwrite its security.

During the lifetime of NAFTA, Mexico has encouraged millions of its citizens to enter the U.S. illegally. Mexico’s selfish immigration policy is designed to avoid internal reform, to earn some $30 billion in annual expatriate remittances, and to influence U.S. politics.

Yet after more than two decades of NAFTA, Mexico is more unstable than ever. Cartels run entire states. Murders are at a record high. Entire towns in southern Mexico have been denuded of their young males, who crossed the U.S. border illegally.

The U.S. runs a huge trade deficit with China. The red ink is predicated on Chinese dumping, patent and copyright infringement, and outright cheating. Beijing illegally occupies neutral islands in the South China Sea, militarizes them, and bullies its neighbors.

All of the above has become the “normal” globalized world.

If China, Europe, and other U.S. trading partners had simply followed global trading rules, there would have been no Trump pushback — and probably no Trump presidency at all.
But in 2016, red-state America rebelled at the asymmetry. The other half of the country demonized the red-staters as protectionists, nativists, isolationists, populists, and nationalists.

However, if China, Europe, and other U.S. trading partners had simply followed global trading rules, there would have been no Trump pushback — and probably no Trump presidency at all.

Had NATO members and NAFTA partners just kept their commitments, and had Mexico not encouraged millions of its citizens to crash the U.S. border, there would now be little tension between allies.

Instead, what had become abnormal was branded the new normal of the post-war world.

Again, a rich and powerful U.S. was supposed to subsidize world trade, take in more immigrants than all the nations of the world combined, protect the West, and ensure safe global communications, travel, and commerce.

After 70 years, the effort had hollowed out the interior of America, creating two separate nations of coastal winners and heartland losers.

Trump’s entire foreign policy can be summed up as a demand for symmetry from all partners and allies, and tit-for-tat replies to would-be enemies.

Did Trump have to be so loud and often crude in his effort to bully America back to reciprocity?

Who knows?

But it seems impossible to imagine that globalist John McCain, internationalist Barack Obama, or gentlemanly Mitt Romney would ever have called Europe, NATO, Mexico, and Canada to account, or warned Iran or North Korea that tit would be met by tat.

Voir aussi:

Pompeo on What Trump Wants
An interview with Trump’s top diplomat on America First and ‘the need for a reset.’
Walter Russell Mead
The Wall Street Journal
June 25, 2018

Is the Trump administration out to wreck the liberal world order? No, insisted Secretary of State Mike Pompeo in an interview at his office in Foggy Bottom last week: The administration’s aim is to align that world order with 21st-century realities.
Many of the economic and diplomatic structures Mr. Trump stands accused of undermining, Mr. Pompeo argues, were developed in the aftermath of World War II. Back then, he tells me, they “made sense for America.” But in the post-Cold War era, amid a resurgence of geopolitical competition, “I think President Trump has properly identified a need for a reset.”
Mr. Trump is suspicious of global institutions and alliances, many of which he believes are no longer paying dividends for the U.S. “When I watch President Trump give guidance to our team,” Mr. Pompeo says, “his question is always, ‘How does that structure impact America?’ ” The president isn’t interested in how a given rule “may have impacted America in the ’60s or the ’80s, or even the early 2000s,” but rather how it will enhance American power “in 2018 and beyond.”
Mr. Trump’s critics have charged that his “America First” strategy reflects a retreat from global leadership. “I see it fundamentally differently,” Mr. Pompeo says. He believes Mr. Trump “recognizes the importance of American leadership” but also of “American sovereignty.” That means Mr. Trump is “prepared to be disruptive” when the U.S. finds itself constrained by “arrangements that put America, and American workers, at a disadvantage.” Mr. Pompeo sees his task as trying to reform rules “that no longer are fair and equitable” while maintaining “the important historical relationships with Europe and the countries in Asia that are truly our partners.”
The U.S. relationship with Germany has come under particular strain. Mr. Pompeo cites two reasons. “It is important that they demonstrate a commitment to securing their own people,” he says, in reference to Germany’s low defense spending. “When they do so, we’re prepared to do the right thing and support them.” And then there’s trade. The Germans, he says, need to “create tariff systems and nontariff-barrier systems that are equitable, reciprocal.”
But Mr. Pompeo does not see the U.S.-German rift as a permanent reorientation of U.S. foreign policy. Once the defense and trade issues are addressed, “I’m very confident that the relationship will go from these irritants we see today to being as strong as it ever was.” He adds that he has a “special place in my heart” for Germany, having spent his “first three years as a soldier patrolling . . . the West and East German border.”
In addition to renegotiating relationships with existing allies, the Trump administration is facing newly assertive great-power adversaries. “For a decade plus,” Mr. Pompeo says, U.S. foreign policy was “very focused on counterrorism and much less on big power struggles.” Today, while counterterrorism remains a priority, geopolitics is increasingly defined by conflicts with powerful states like China and Russia.
Mr. Pompeo says the U.S. must be assertive but flexible in dealing with both Beijing and Moscow. He wants the U.S. relationship with China to be defined by rule-writing and rule-enforcing, not anarchic struggle. China, he says, hasn’t honored “the normal set of trade understandings . . . where these nation states would trade with each other on fair and reciprocal terms; they just simply haven’t done it. They’ve engaged in intellectual property theft, predatory economic practices.”
Avoiding a more serious confrontation with China down the line will require both countries to appreciate one another’s long-term interests. The U.S. can’t simply focus on “a tariff issue today, or a particular island China has decided to militarize” tomorrow. Rather, the objective must be to create a rules-based structure to avoid a situation in which “zero-sum is the endgame for the two countries.”
Mr. Pompeo also sees room for limited cooperation with Russia even as the U.S. confronts its revisionism. “There are many things about which we disagree. Our value sets are incredibly different, but there are also pockets where we find overlap,” he says. “That’s the challenge for a secretary of state—to identify those places where you can work together, while protecting America against the worst pieces of those governments’ activities.”
Mr. Pompeo says his most important daily task is to understand what the president is thinking. As he prepared for the job, “I spoke to every living former secretary of state,” Mr. Pompeo says. “They gave me two or three big ideas about things you needed to do to successfully deliver on American foreign policy. Not one of them got out of their top two without saying that a deep understanding and good relationship with the commander in chief—with the person whose foreign policy you’re implementing—is absolutely central.”
He continues: “It needs to be known around the world that when you speak, you’re doing so with a clear understanding of what the president is trying to achieve. So I spend a lot of time thinking about that—trying to make sure that I have my whole workforce, my whole team, understanding the commander’s intent in a deep way.”
And the president’s agenda, as Mr. Pompeo communicates it, is one of extraordinary ambition: to rewrite the rules of world order in America’s favor while working out stable relationships with geopolitical rivals. Those goals may prove elusive. Inertia is a powerful force in international relations, and institutions and pre-existing agreements are often hard to reform.
Among other obstacles, the Trump agenda creates the risk of a global coalition forming against American demands. American efforts to negotiate more favorable trading arrangements could lead China, Europe and Japan to work jointly against the U.S. That danger is exacerbated by Mr. Trump’s penchant for dramatic gestures and his volatile personal style.
Yet the U.S. remains, by far, the world’s most powerful nation, and many countries will be looking for ways to accommodate the administration at least partially. Mr. Trump is right that the international rules and institutions developed during the Cold War era must be retooled to withstand new political, economic and military pressures.
Mr. Pompeo believes that Mr. Trump’s instincts, preferences, and beliefs constitute a coherent worldview. The secretary’s aim is to undertake consistent policy initiatives based on that worldview. This endeavor will strike many of the administration’s critics as quixotic. But Mr. Pompeo is unquestionably right that no secretary of state can succeed without the support of the president, and he is in a better position than most to understand Mr. Trump’s mind.
The world will soon see whether the president’s tweets of iron can be smoothly sheathed in a diplomatic glove.
Voir également:

De Cuba aux Etats-Unis : il y a trente ans, les Marielitos

Michel Faure

C’était il y a trente ans très exactement. Mai 1980. J’étais jeune journaliste, envoyé spécial de Libération à Key West, en Floride. Je restais des heures, fasciné, sur le quai du port où arrivaient, les unes après les autres en un flot continu extraordinaire, des embarcations diverses -bateaux de pêche, petits et gros, vedettes de promenade, yachts chics– chargées de réfugiés cubains.

C’était une noria incessante, menée avec beaucoup d’enthousiasme. Ces bateaux battaient tous pavillon des Etats-Unis et, pour la plupart, étaient la propriété d’exilés cubains vivant en Floride. Ils débarquaient leurs passagers sous les vives lumières des télévisions et les applaudissements d’une foule de badauds émus aux larmes et scrutant chaque visage avec intensité, dans l’espoir d’y retrouver les traits d’un parent, d’un ami ou d’un amour perdu de vue depuis plus de vingt ans.

Puis les bateaux repartaient pour un nouveau voyage à Mariel, le port cubain d’où partaient les exilés et qui leur donnera un surnom, « los Marielitos ».

La Croix Rouge et la logistique gouvernementale américaine ont fait du bon travail. Les arrivants, épuisés, l’air perdu, souvent inquiets, étaient accueillis avec égards, hydratés, nourris et enveloppés de couvertures.

Ils passaient à travers un double contrôle, médical et personnel, avant d’être rassemblés sous un immense hangar, libres de répondre, s’ils le souhaitaient, aux questions des journalistes, avant d’être transportés par avion à Miami.

Quand les Cubains étaient accueillis sous les bravos

Ceux que j’ai rencontrés, dans ces instants encore très incertains pour eux, racontaient plus ou moins la même histoire : la misère de tous les jours sous la surveillance constante des CDR, les Comités de la révolution, les commissaires politiques du quartier qui avaient (et ont toujours) le pouvoir de vous rendre la vie à peu près tolérable ou de vous la pourrir à jamais.

Oser dire qu’on aurait aimé vivre ailleurs n’arrangeait pas votre cas. Un mot du CDR et vous perdiez votre boulot. Le travail privé n’existant pas, le seul fait de survivre était l’indice d’un délit, genre travail au noir. Pour des raisons éminemment politiques, vous vous retrouviez donc en prison, délinquant de droit commun.

Bref, la routine infernale, les engrenages implacables et cruels de la criminalisation de la vie quotidienne pour quiconque ne courbait pas l’échine.

A Miami, dans un stade gigantesque, j’ai assisté quelques jours plus tard à des scènes de tragédies antiques, émouvantes à en pleurer. Les milliers de sièges du stade étaient occupés par des familles cubaines vivant aux Etats-Unis et, de jour comme de nuit, arrivaient de l’aéroport des autobus qui déposaient leurs occupants débarqués de Mariel (en ce seul mois de mai 1980, ils furent 86 000).

Ils étaient accueillis dans le stade sous les bravos. Puis, dans le silence revenu, un speaker énonçait ces noms interminables dont le castillan a le secret, ces Maria de la Luz Martinez de Sanchez, ou ces José-Maria Antonio Perez Rodriguez.

Et soudain, un cri dans un coin du stade, le faisceau lumineux des télés pointé vers un groupe de gens sautant en l’air de joie puis dévalant les escaliers du stade pour tomber dans les bras des cousins ou frères et sœurs retrouvés.

La stratégie de Fidel Castro

Cet exode des Marielitos a commencé par un coup de force. Le 5 avril 1980, 10 000 Cubains entrent dans l’ambassade du Pérou à La Havane et demandent à ce pays de leur accorder asile.

Dix jours plus tard, Castro déclare que ceux qui veulent quitter Cuba peuvent le faire à condition d’abandonner leurs biens et que les Cubains de Floride viennent les chercher au port de Mariel.

L’hypothèse est que Castro voit dans cette affaire une double opportunité :

  • Il se débarrasse d’opposants -il en profite également pour vider ses prisons et ses asiles mentaux et sans doute infiltrer, parmi les réfugiés, quelques agents castristes ;
  • Il espère que cet afflux soudain d’exilés va profondément déstabiliser le sud de la Floride et affaiblir plus encore le brave Président Jimmy Carter, préchi-prêcheur démocrate des droits de l’homme, un peu trop à gauche pour endosser l’habit de grand Satan impérialiste que taille à tous les élus de la Maison Blanche le leader cubain.

De fait, du 15 avril au 31 octobre 1980, quelque 125 000 Cubains quitteront l’île. 2 746 d’entre eux ont été considérés comme des criminels selon les lois des Etats-Unis et incarcérés.

L’économie de la région de Miami a absorbé en deux ou trois ans le choc de cet exode et, depuis, se porte très bien, notamment parce que de nombreux exilés étaient des professionnels diplômés (médecins, professeurs…) qui non seulement se sont facilement intégrés au sein de la société de Miami, mais l’ont aussi dynamisée.

Parmi les Marielitos, un poète : Reinaldo Arenas

En août 1994, 30 000 autres Cubains, « los Balseros » -ainsi nommés parce qu’ils s’enfuyaient par la mer sur des embarcations aussi précaires que des « balsas », des chambres à air de camion- ont rejoint à leur tour les côtes de Floride.

Puis la politique a repris la main. Castro a compris que le spectacle de ces exodes à répétition et le nombre et la qualité des exilés fragilisaient l’image du régime et son avenir. Les Etats-Unis, quant à eux, ont entendu les voix des conservateurs défenseurs des frontières.

Tout cela a abouti à un accord migratoire qui traduit une politique américaine absurde et déshonorante consistant à n’admettre sur le territoire des Etats-Unis que ceux qui l’auront touché du pied, et renvoyer tous les autres en direction de Cuba qu’ils fuyaient.

L’accommodement avec une dictature l’a emporté sur la générosité à l’endroit de ses réfugiés.

Parmi les Marielitos, il faut noter la présence de l’écrivain et poète Reinaldo Arenas, qui mourra quelques années plus tard du sida, à New York. Son véritable crime fut d’être homosexuel et son livre, « Avant la Nuit », a été remarquablement adapté en 2000 par Julian Schnabel avec le film « Before the Night Falls ». Il montre la terrible épreuve que fut pour tous les exilés le passage des contrôles du port de Mariel.

Voir de même:

Trump Was Right: Castro Did Send Criminals to U.S.

The Weekly Standard

If you ever worry about the quality of news on the Internet, consider a recent story at BuzzFeed from reporter Adrian Carrasquillo. The writer notes indignantly that Donald Trump’s infamous campaign comments about Mexican immigrants were not unprecedented: Speaking on a radio talk show, in 2011, Trump had anticipated his claim that « Mexico was sending criminals and rapists » to the United States (in Carrasquillo’s words) by « appear[ing] to suggest Fidel Castro had hatched a similar gambit. »

Here is what Trump said in 2011:

I remember, years ago, where Castro was sending his worst over to this country. He was sending criminals over to this country, and we’ve had that with other countries where they use us as a dumping ground.

Carrasquillo acknowledged that Trump’s facts are not imaginary— »Trump was speaking about the Mariel boatlift in 1980, when more than 125,000 Cubans came to the U.S. because of the island’s floundering economy »—but he seems to have gleaned what knowledge he has about the Mariel boatlift from the Internet, or perhaps a friend or neighbor: « Castro did send prisoners and mentally ill people to the U.S. mixed in with other refugees, » Carrasquillo wrote.

In fact, of course, it was not Cuba’s « floundering economy »—Cuba’s economy, it could reasonably be argued, has always been floundering—that prompted the exodus; it was Fidel Castro’s malice. The Jimmy Carter administration, as Democratic administrations tend to do, had been seeking a rapprochement with the Cuban regime, and in early 1980, Castro—habitually angered by the official American welcome to Cuban refugees—rewarded Carter’s credulity by emptying his nation’s jails, prisons, and mental institutions and sending their occupants, in overcrowded vessels, across the Straits of Florida to Miami.

It was an extraordinarily cruel, and cynical, gesture on Castro’s part; but of course, hardly surprising. And in any case, it swiftly halted Carter’s flirtation with Cuba.

What Adrian Carrasquillo doesn’t appear to know, however, and what gives this episode contemporary resonance, is that the Mariel boatlift, and its attendant migrant crisis, had political repercussions that extend to the present day. One of the repositories for Cuban criminals chosen by the Carter White House was Fort Chaffee, Arkansas, where there were subsequent riots and mass escapes. The governor of Arkansas, one Bill Clinton, was furious that his state had been chosen to pay the price for Carter’s misjudgment—and he complained loudly and publicly about it. So loudly, in fact, that it made Carter’s efforts to settle refugees elsewhere politically toxic.

Jimmy Carter never forgave Bill Clinton for the Mariel/Fort Chaffee debacle. And vice versa, since it was one of the main reasons which led to Clinton’s defeat for re-election in November 1980. It also explains the continued enmity between the senior living Democratic ex-president, Carter, and Clinton—whose wife Hillary is currently running for president.

A handful of lessons may be drawn from all this: The roots of political issues are deep and complicated; the settlement of refugees is a sensitive matter; and it seldom pays presidents to trust the Castro regime. From a journalistic standpoint, however, it raises an urgent question: Does BuzzFeed employ editors with knowledge of events before, say, 2011?

Voir de plus:

Years Before Mexican Comments, Trump Said Castro Was Sending Criminals To U.S.
« I remember, years ago, where Castro was sending his worst over to this country. He was sending criminals over to this country, and we’ve had that with other countries where they use us as a dumping ground. »
Adrian Carrasquillo
BuzzFeed News
October 6, 2016

Four years before Donald Trump roiled the presidential race by announcing that Mexico was sending criminals and rapists — their worst — to the U.S., he appeared to suggest Fidel Castro had hatched a similar gambit.

Speaking on Laura Ingraham’s radio show in 2011, Trump took a rhetorical tact that will be familiar to anyone paying even a passing interest to the 2016 presidential election.

« You either have borders or you don’t have borders. Now, that doesn’t mean you can’t make it possible for somebody that’s really good to become a citizen. But I think part of the problem that this country has is we’re taking in people that are, in some cases, good, and in some cases, are not good and in some cases are criminals, » Trump said.

« I remember, years ago, where Castro was sending his worst over to this country. He was sending criminals over to this country, and we’ve had that with other countries where they use us as a dumping ground, » he continued. « And frankly, the fact that we allow that to happen is what’s really hurting this country very badly. »

Liberal media watchdog Media Matters provided the audio from their archives, after a request by BuzzFeed News.

While Trump does not mention Fidel Castro’s full name, he made similar comments about Cubans on conservative radio last summer, just weeks after his initial remarks about Mexicans during his June announcement.

“And they’re sending — if you remember, years ago, when Castro opened up his jails, his prisons, and he sent them all over to the United States because let the United States have them,” Trump said. “And you know, these were the many hardcore criminals that he sent over. »

Trump was speaking about the Mariel boatlift in 1980, when more than 125,000 Cubans came to the U.S. because of the island’s floundering economy. Castro did send prisoners and mentally ill people to the U.S. mixed in with other refugees.

In a statement, Trump campaign senior advisor and Hispanic outreach director, AJ Delgado, said his remarks in 2011 were absolutely correct and only underscore his « keen awareness » of historical facts.

« The 1980 Mariel boatlift out of Cuba certainly did contain thousands of criminals, including violent criminals, the Castro regime having taken it as an opportunity to empty many of its prisons and send those individuals to the U.S, » she said, stressing that the matter is not in dispute.

« Worth noting, this 2011 audio also proves Mr. Trump’s years-long consistency: even five years ago, he was advocating for the same sound immigration policies he advocates today — one that places Americans’ safety and security first, » she added.

Trump’s relationship with Cuban-American voters is somewhat unusual for a Republican nominee. For years, support for the embargo on Cuba has been a major Republican plank; a recent Newsweek report also alleged that Trump violated the Cuban embargo when he disguised payments from his companies in Cuba in an attempt to make money on the island.

The Republican nominee changed his opinion on immigration multiple times in the past few years, including during the campaign. But he has also struck a nativist and restrictionist tone on the dangers and nefarious intentions of foreigners coming to the country for years. Though Barack Obama’s two campaigns showed the traditionally Republican voting bloc beginning to fray somewhat, that’s put more pressure on those voters, particularly younger ones.

« We know how Donald Trump feels about the Hispanic community, and this is just more of the same, » said Joe Garcia, a Cuban-American Democrat running for congress in Florida where Trump has become a flashpoint in his race against Rep. Carlos Curbelo, who has also denounced Trump. « Whether he makes hateful statements today or five years ago, Trump’s sentiments toward minority groups have been very clear. »

Ana Navarro, a CNN commentator and Republican strategist who has staunchly opposed Trump, noted that being a « marielito » was somewhat taboo for a while, « but it’s important not to forget all the good people who came. Many have gone on to make great contributions to the U.S. »

Jose Parra, a Democratic strategist from Florida who served as a senior adviser to Sen. Harry Reid, argued the comments leave no doubt that Trump doesn’t just have it out for Mexicans.

« Now we know that when he says Mexicans, he means all Hispanics, » Parra said. « He was talking about Cubans in this case… the issue is Hispanics not Mexicans. It’s immigrants period. »

Nathaniel Meyersohn contributed reporting.

Voir encore:

Trump Says Mexican Immigrants Are Just Like « Hardcore Criminals » Castro Sent To U.S.
Trump also took credit for bringing to the public’s attention the death of a San Francisco woman killed by an undocumented immigrant.
Andrew Kaczynski
BuzzFeed News
July 10, 2015

Republican presidential candidate Donald Trump on Wednesday compared undocumented Mexican immigrants to the « hardcore criminals » Fidel Castro sent to the United States in the early 1980s.

Speaking on conservative radio, the real estate mogul addressed the controversy surrounding his characterization of Mexican immigrants as « rapists » in his presidential announcement speech.

« A lot of people said, ‘Would you apologize?’ I said, ‘Absolutely, I’d apologize, if there was something to apologize for, » Trump told radio host Wayne Dupree on Wednesday.

« But what I said is exactly true. You understand that, Wayne. And what I’m saying — and I have great respect for the Mexican people. I love the Mexican people. I have many Mexicans working for me and they’re great. »

« But that’s — we’re not talking about — we’re talking about a government that’s much smarter than our government, » Trump continued. « Much sharper, more cunning than our government, and they’re sending people. »

Trump then went on to compare the immigrants coming into the country from Mexico to Cuban exiles who came to the U.S. as a part of the Mariel boatlift in 1980. Many of those exiles were later found to be inmates released from Cuban prisons and mental health facilities.

« And they’re sending — if you remember, years ago, when Castro opened up his jails, his prisons, and he sent them all over to the United States because let the United States have them, » Trump stated. « And you know, these were the many hardcore criminals that he sent over. And, you know, that was a long time ago but essentially Mexico is sending over — as an example, this horrible guy that killed a beautiful woman in San Francisco. Mexico doesn’t want him. So they send him over. How do you think he got over here five times? They push him out. They’re pushing their problems onto the United States, and we don’t talk about it because our politicians are stupid. »

Trump then took credit for bringing to the public’s attention the death of the San Francisco woman killed by an undocumented immigrant.

« I don’t even think it’s a question of, uh, good politics. I think they’re just stupid. I don’t think they know what they’re doing. So I bring it up and, you’re right, it became a big story, » said Trump.

« And I’ll tell you something: the young woman that was killed — that was a statistic. That wasn’t even a story. My wife brought it up to me. She said, you know, she saw this little article about the young woman in San Francisco that was killed, and I did some research and I found out that she was killed by this animal … who illegally came into the country many times, by the way, and who has a long record of convictions. And I went public with it and now it’s the biggest story in the world right now. … Her life will be very important for a lot of reasons, but one of them would be that she’s throwing light and showing light on what’s happening in this country. »

Voir par ailleurs:

The White House Used This Moment as Proof the U.S. Should Cut Immigration. Its Real History Is More Complicated

Julio Capó, Jr.

Time
August 4, 2017

This week, as President Trump comes out in support of a bill that seeks to halve legal immigration to the United States, his administration is emphasizing the idea that Americans and their jobs need to be protected from all newcomers—undocumented and documented. To support that idea, his senior policy adviser Stephen Miller has turned to a moment in American history that is often referenced by those who support curbing immigration: the Mariel boatlift of 1980. But, in fact, much of the conventional wisdom about that episode is based on falsehoods rooted in Cold War rhetoric.

During a press briefing on Wednesday, journalist Glenn Thrush asked Miller to provide statistics showing the correlation between the presence of low-skill immigrants and decreased wages for U.S.-born and naturalized workers. In response, Miller noted the findings of a recent study by Harvard economist George Borjas on the Mariel boatlift, which contentiously argued that the influx of over 125,000 Cubans who entered the United States from April to October of 1980 decreased wages for southern Florida’s less educated workers. Borjas’ study, which challenged an earlier influential study by Berkeley economist David Card, has received major criticisms. A lively debate persists among economists about the study’s methods, limited sample size and interpretation of the region’s racial categories—but Miller’s conjuring of Mariel is contentious on its own merits.

The Mariel boatlift is an outlier in the pages of U.S. immigration history because it was, at its core, a result of Cold War posturing between the United States and Cuba.

Fidel Castro found himself in a precarious situation in April 1980 when thousands of Cubans stormed the Peruvian embassy seeking asylum. Castro opened up the port of Mariel and claimed he would let anyone who wanted to leave Cuba to do so. Across the Florida Straits, the United States especially prioritized receiving people who fled communist regimes as a Cold War imperative. Because the newly minted Refugee Act had just been enacted—largely to address the longstanding bias that favored people fleeing communism—the Marielitos were admitted under an ambiguous, emergency-based designation: “Cuban-Haitian entrant (status pending).” At this week’s press conference, Miller avoided discussions of guest workers because they enter under separate procedures. It’s important to note, however, that the Marielitos also entered under a separate category.

In order to save face, Castro put forward the narrative that the Cubans who sought to leave the island were the dregs of society and counter-revolutionaries who needed to be purged because they could never prove productive to the nation. This sentiment, along with reports that he had opened his jails and mental institutes as part of this boatlift, fueled a mythology that the Marielitos were a criminal, violent, sexually deviant and altogether “undesirable” demographic.

In reality, more than 80% of the Marielitos had no criminal past, even in a nation where “criminality” could include acts antithetical to the revolutionary government’s ideals. In addition to roughly 1,500 mentally and physically disabled people, this wave of Cubans included a significant number of sex workers and queer and transgender people—some of whom were part of the minority who had criminal-justice involvement, having been formerly incarcerated because of their gender and sexual transgression.

Part of what made Castro’s propaganda scheme so successful was that his regime’s repudiation of Marielitos found an eager audience in the United States among those who found it useful to fuel the nativist furnace. U.S. legislators, policymakers and many in the general public accepted Castro’s negative depiction of the Marielitos as truth. By 1983, the film Scarface had even fictionalized a Marielito as a druglord and violent criminal.

Then and now, the boatlift proved incredibly unpopular among those living in the United States and is often cited as one of the most vivid examples of the dangers of lax immigration enforcement. In fact, many of President Jimmy Carter’s opponents listed Mariel as one of his and the Democratic Party’s greatest failures, even as his Republican successor, President Ronald Reagan, also embraced the Marielitos as part of an ideological campaign against Cuba. And the political consequences of the reaction to Mariel didn’t stop there: the episode also helped birth the English-only movement in the United States, after Dade County residents voted to remove Spanish as a second official language in November of 1980. (The new immigration proposal that Trump supports would also privilege immigrants who can speak English.)

While the Mariel boatlift—with its massive influx of people in a short period of time—may appear to be an ideal case study for economists to explore whether immigrants decreased wages for U.S.-born workers, its Cold War-influenced and largely anomalous history makes it less so.

During this week’s press conference, Miller later told Thrush that, more than statistics, we should use “common sense” in crafting our policies. As the case of the Mariel boatlift shows, so-called common sense can be inextricably informed by ulterior motives, prejudice and global political disagreement. When history is used to inform policy decisions, this too must be factored.

Historians explain how the past informs the present

Julio Capó, Jr. is assistant professor of history at the University of Massachusetts, Amherst and was a visiting scholar at the United States Studies Centre at the University of Sydney. His book on Miami’s queer past, Welcome to Fairyland, is forthcoming from the University of North Carolina Press.

Voir aussi:

There’s no evidence that immigrants hurt any American workers
The debate over the Mariel boatlift, a crucial immigration case study, explained.
Michael Clemens

Aug 3, 2017

Pressed by a New York Times reporter yesterday for evidence that immigration hurts American workers, White House senior adviser Stephen Miller said: “I think the most recent study I would point to is the study from George Borjas that he just did about the Mariel Boatlift.” Michael Clemens recently explained why that much-cited study shouldn’t be relied upon:

Do immigrants from poor countries hurt native workers? It’s a perpetual question for policymakers and politicians. That the answer is a resounding “Yes!” was a central assertion of Donald Trump’s presidential campaign. When a study by an economist at Harvard University recently found that a famous influx of Cuban immigrants into Miami dramatically reduced the wages of native workers, immigration critics argued that the debate was settled.

The study, by Harvard’s George Borjas, first circulated as a draft in 2015, and was finally published in 2017. It drew attention from the Atlantic, National Review, New Yorker, and others. Advocates of restricting immigration declared that the study was a “BFD” that had “nuked” their opponents’ views. The work underpinning the paper became a centerpiece of Borjas’s mass-market book on immigration, We Wanted Workers, which has been cited approvingly by US Attorney General Jeff Sessions as proving the economic harms of immigration.

But there’s a problem. The study is controversial, and its finding — that the Cuban refugees caused a large, statistically unmistakable fall in Miami wages — may be simply spurious. This matters because what happened in Miami is the one historical event that has most shaped how economists view immigration.

In his article, Borjas claimed to debunk an earlier study by another eminent economist, David Card, of UC Berkeley, analyzing the arrival of the Cubans in Miami. The episode offers a textbook case of how different economists can reach sharply conflicting conclusions from exactly the same data.

Yet this is not an “on the one hand, on the other” story: My own analysis suggests that Borjas has not proved his case. Spend a few minutes digging into the data with me, and it will become apparent that the data simply does not allow us to conclude that those Cubans caused a fall in Miami wages, even for low-skill workers.

The Mariel boatlift offered economists a remarkable opportunity to study the effect of immigration

For an economist, there’s a straightforward way to study how low-skill immigration affects native workers: Find a large, sudden wave of low-skill immigrants arriving in one city only. Watch what happens to wages and employment for native workers in that city, and compare that to other cities where the immigrants didn’t go.

An ideal “natural experiment” like this actually happened in Miami in 1980. Over just a few months, 125,000 mostly low-skill immigrants arrived from Mariel Bay, Cuba. This vast seaborne exodus — Fidel Castro briefly lifted Cuba’s ban on emigration -— is known as the Mariel boatlift. Over the next few months, the workforce of Miami rose by 8 percent. By comparison, normal immigration to the US increases the nationwide workforce by about 0.3 percent per year. So if immigrants compete with native workers, Miami in the 1980s is exactly where you should see natives’ wages drop.

Berkeley’s Card examined the effects of the Cuban immigrants on the labor market in a massively influential study in 1990. In fact, that paper became one of the most cited in immigration economics. The design of the study was elegant and transparent. But even more than that, what made the study memorable was what Card found.

In a word: nothing.

The Card study found no difference in wage or employment trends between Miami — which had just been flooded with new low-skill workers — and other cities. This was true for workers even at the bottom of the skills ladder. Card concluded that “the Mariel immigration had essentially no effect on the wages or employment outcomes of non-Cuban workers in the Miami labor market.”

You can see Card’s striking result in the graph below: There’s just no sign of a dip in low-skill Miami wages after the huge arrival of low-skill Cubans in 1980. The red line is the average wage, in each year, for workers in Miami, ages 19 to 65, whose education doesn’t go beyond high school. The dotted red lines show the interval of statistical confidence, so the true average wage could fall anywhere between the dotted lines.

These estimates come from a slice of a nationwide survey, in which small groups of individuals are chosen to represent the broader population. (It’s known as the March Supplement of the Current Population Survey, or CPS). Carving out low-skill workers in Miami alone, that leaves an average of 185 observations of workers per year, during the crucial years.

The gray dashed line shows what the wage would be if the pre-1980 trend had simply continued after 1980. As you can see, there is no dip in wages after those Cubans greatly increased the low-skill labor supply in 1980. If anything, wages rose relative to their previous trend in Miami. The same is true relative to wage trends in other, similar cities.

Current Population Survey, Clemens

Economists ever since have tried to explain this remarkable result. Was it that the US workers who might have suffered a wage drop had simply moved away? Had low-skill Cubans made native Miamians more productive by specializing in different tasks, thus stimulating the local economy? Was it that the Cubans’ own demand for goods and services had generated as many jobs in Miami as they filled? Or perhaps was it that Miami employers shifted to production technologies that used more low-skill labor, absorbing the new labor supply?

Regardless, there was no dip in wages to explain. The real-life economy was evidently more complex than an “Econ 101” model would predict. Such a model would require wages to fall when the supply of labor, through immigration, goes up.

Slicing up the data — all too finely

This is where two new studies came in, decades after Card’s — in 2015. One, by Borjas, claims that Card’s analysis had obscured a large fall in the wages of native workers by using too broad a definition of “low-skill worker.” Card’s study had looked at the wages of US workers whose education extended only to high school or less. That was a natural choice, since about half of the newly-arrived Cubans had a high school degree, and half didn’t.

Borjas, instead, focuses on workers who did not finish high school — and claimed that the Boatlift caused the wages of those workers, those truly at the bottom of the ladder, to collapse.

The other new study (ungated here), by economists Giovanni Peri and Vasil Yasenov, of the UC Davis and UC Berkeley, reconfirms Card’s original result: It cannot detect an effect of the boatlift on Miami wages, even among workers who did not finish high school.

In short, different well-qualified economists arrive at opposite conclusions about the effects of immigration, looking at the same data about the same incident, with identical modern analytical tools at their disposal. How that happened has a lot to teach about why the economics of immigration remains so controversial.

Suppose we are concerned that the graph above, covering all low-skill workers in Miami, is too aggregated — meaning it combines too many different kinds of workers. We would not want to miss the effects on certain subgroups that may have competed more directly with the newly-arrived Cubans. For example, the Mariel migrants were mostly men. They were Hispanic. Many of them were prime-age workers (age 25 to 59). So we should look separately at what happened to wages for each of those groups of low-skill workers who might compete with the immigrants more directly: men only, non-Cuban Hispanics only, prime-age workers only. Here’s what wages look like for those slices of the same data:

Here again, if anything, wages rose for each of these groups of low-skill workers after 1980, relative to their previous trend. There isn’t any dip in wages to explain. And, again, the same is true if you compare wage trends in Miami to trends in other, similar cities.

Peri and Yasenov showed that there is still no dip in wages even when you divide up low-skill workers by whether or not they finished high school. About half of the Mariel migrants had finished high school, and the other half hadn’t. So you might expect negative wage effects on both groups of workers in Miami. Here is what the wage trends look like for those two groups.

The wages of Miami workers with high school degrees (and no more than that) jump up right after the Mariel boatlift, relative to prior trends. The wages of those with less than a high school education appear to dip slightly, for a couple of years, although this is barely distinguishable amid the statistical noise. And these same inflation-adjusted wages were also falling in many other cities that didn’t receive a wave of immigrants, so it’s not possible to say with statistical confidence whether that brief dip on the right is real. It might have been — but economists can’t be sure. The rise on the left, in contrast, is certainly statistically significant, even relative to corresponding wage trends in other cities.

Here is how the Borjas study reaches exactly the opposite conclusion. The Borjas study slices up the data much more finely than even Peri and Yasenov do. It’s not every worker with less than high school that he looks at. Borjas starts with the full sample of workers of high school or less — then removes women, and Hispanics, and workers who aren’t prime age (that is, he tosses out those who are 19 to 24, and 60 to 65). And then he removes workers who have a high school degree.

In all, that means throwing out the data for 91 percent of low-skill workers in Miami in the years where Borjas finds the largest wage effect. It leaves a tiny sample, just 17 workers per year. When you do that, the average wages for the remaining workers look like this:

For these observations picked out of the broader dataset, average wages collapse by at least 40 percent after the boatlift. Wages fall way below their previous trend, as well as way below similar trends in other cities, and the fall is highly statistically significant.

How to explain the divergent conclusions?

There are two ways to interpret these findings. The first way would be to conclude that the wage trend seen in the subgroup that Borjas focuses on — non-Hispanic prime-age men with less than a high school degree — is the “real” effect of the boatlift. The second way would be to conclude, as Peri and Yasenov do, that slicing up small data samples like this generates a great deal of statistical noise. If you do enough slicing along those lines, you can find groups for which wages rose after the Boatlift, and others for which it fell. In any dataset with a lot of noise, the results for very small groups will vary widely.

Researchers can and do disagree about which conclusion to draw. But there are many reasons to favor the view that there is no compelling basis to revise Card’s original finding. There is not sufficient evidence to show that Cuban immigrants reduced any low-skill workers’ wages in Miami, even small minorities of them, and there isn’t much more that can be learned about the Mariel boatlift with the data we have.

Here are three reasons why Card’s canonical finding stands.

Borjas’s theory doesn’t fit the evidence

The first reason is economic theory. The simple theory underlying all of this analysis is that when the supply of labor rises, wages have to fall. But if we interpret the wage drop in Borjas’s subgroup as an effect of the Boatlift, we need to interpret the upward jumps in the other graphs above, too, as effects of the Boatlift. That is, we would need to interpret the sharp post-Boatlift rise in wages for low-skill Miami Hispanics, regardless of whether they had a high school degree, as another effect of the influx of workers.

But wait. The theory of supply and demand cannot explain how a massive infusion of low-skill Cuban Hispanics would cause wages to rise for other Hispanics, who would obviously compete with them. For the same reason, we would need to conclude that the boatlift caused a large rise in the wages of Miami workers with high school degrees only, both Hispanic and non-Hispanic — who constitute the large majority of low-skill workers in Miami. And so on.

Economic theory doesn’t offer a reason why such a big benefit should happen. So we should be suspicious of jumping to the rosy conclusion that the Mariel boatlift caused big wage increases for the other 91 percent of low-skill workers in Miami. One could reach that conclusion by the same method Borjas used, if one sought such a result. But we should hesitate to make strong conclusions — one way or another — from any handpicked subset of the data.

The study states that this was done because, among other reasons, the arrival of non-Cuban Hispanics in some of the other cities that Miami is being compared to — including Anaheim and Rochester — may have driven down wages in those places. But the graphs shown here are just for Miami, unaffected by that hypothetical concern.

As you can see above, the wages of low-skill Hispanics as a whole jumped upward in Miami in the years after the boatlift. Dropping the data on groups that experienced wage increases, without a sound theoretical reason to do so, ensures by construction that wages fall in the small group that remains. The method determines the result.

There’s too much noise in the data to conclude native workers were hurt

The second reason the data backs Peri and Yasenov’s interpretation is statistical noise caused by small subsamples. Because there is a great deal of noise in the data, if we’re willing to take low-skill workers in Miami and hand-pick small subsets of them, we can always find small groups of workers whose wages rose during a particular period, and other groups whose wages fell. But at some point we’re learning more about statistical artifacts than about real-world events.

Remember the key Borjas sample in each year — the one that experienced a large drop in wages — was just 17 men. By picking various small subsets of the data, a researcher could hypothetically get any positive or negative “effect” of the boatlift.

Race made a difference here

Yet another reason to believe the Card study remains solid has to do with something very different from statistical noise. Average wages in tiny slices of the data can change sharply because of small but systematic changes in who is getting interviewed. And it turns out that the CPS sample includes vastly more black workers in the data used for the Borjas study after the boatlift than before it.

Because black men earned less than others, this change would necessarily have the effect of exaggerating the wage decline measured by Borjas. The change in the black fraction of the sample is too big and long-lasting to be explained by random error. (This is my own contribution to the debate. I explore this problem in a new research paper that I co-authored with Jennifer Hunt, a professor of economics at Rutgers University.)

Around 1980, the same time as the Boatlift, two things happened that would bring a lot more low-wage black men into the survey samples. First, there was a simultaneous arrival of large numbers of very low-income immigrants from Haiti without high school degrees: that is, non-Hispanic black men who earn much less than US black workers but cannot be distinguished from US black workers in the survey data. Nearly all hadn’t finished high school.

That meant not just that Miami suddenly had far more black men with less than high school after 1980, but also that those black men had much lower earnings. Second, the Census Bureau, which ran the CPS surveys, improved its survey methods around 1980 to cover more low-skill black men due to political pressure after research revealed that many low-income black men simply weren’t being counted.

You can see what happened in the graph below, which has a point for each year’s group of non-Hispanic men with less than high school, in the data used by Borjas (ages 25 to 59). The horizontal axis is the fraction of the men in the sample who are black. The vertical axis is the average wage in the sample. Because black men in Miami at this skill level earned much less than non-blacks, it’s no surprise that the more black men are covered by each year’s sample, the lower the average wage.

But here’s the critical problem: The fraction of black workers in this sample increased dramatically between the years just before the boatlift (in red) and the years just after the boatlift (in blue). That demographic shift would make the average wage in this group appear to fall right after the boatlift, even if no one’s wages actually changed in any subpopulation. What changed was who was included in the sample.

Why hadn’t this problem affected Card’s earlier results? Because there wasn’t any shift like this for workers who had finished high school only (as opposed to less than high school). Here is the same graph for those workers (again, non-Hispanic males 25 to 59):

Here, too, you can see that in the years where the survey covered more black men, the average wage is lower. But for this group, there wasn’t any increase in the relative number of blacks surveyed after 1980. If anything, black fraction of the sample is a little lower right after 1980. So the average wage in the post-boatlift years (blue) isn’t any lower than the average wage in the pre-boatlift years (red). About two-thirds of Card’s sample was these workers, where the shift in the fraction of black workers did not happen.

When the statistical results in the Borjas study are adjusted to allow for changing black composition of the sample in each city, the result becomes fragile. In the dataset Borjas focuses on, the result suddenly depends on which set of cities one chooses to compare Miami to. And in the other, larger CPS dataset that covers the same period, there is no longer a statistically significant dip in wages at all.

You might think that there’s an easy solution: Just test for the effects of the boatlift on workers who aren’t black. But this is really pushing the data further than it can go. By the time you’ve discarded women, and Hispanics, and workers under 25, and workers over 59, and anyone who finished high school— and blacks, you’ve thrown away 98 percent of the data on low-skill workers in Miami. There are only four people left in each year’s survey, on average, during the years that the Borjas study finds the largest effect. The average wage in that minuscule slice of the data looks like this:

With samples that small, the statistical confidence interval (represented by the dotted lines) is huge, meaning we can’t infer anything general from the results. We can’t distinguish large declines in wages from large rises in wages — at least until several years after the boatlift happened, and those can’t be plausibly attributed to the boatlift. Taking just four workers at a time from the larger dataset, a researcher could achieve practically any result whatsoever. There may have been a wage decline in this group, or a rise, but there just isn’t sufficient evidence to know.

David Card’s canonical conclusion stands

In sum, the evidence from the Mariel boatlift continues to support the conclusion of David Card’s seminal research: There is no clear evidence that wages fell (or that unemployment rose) among the least-skilled workers in Miami, even after a sudden refugee wave sharply raised the size of that workforce.

This does not by any means imply that large waves of low-skill immigration could not displace any native workers, especially in the short term, in other times and places. But politicians’ pronouncements that immigrants necessarily do harm native workers must grapple with the evidence from real-world experiences to the contrary.

Michael Clemens is an economist at the Center for Global Development in Washington, DC, and the IZA Institute of Labor Economics in Bonn, Germany. His book The Walls of Nations is forthcoming from Columbia University Press.

Voir aussi:

The Republican candidate wants to deport immigrants and build a wall to keep Mexicans out. So what drives los Trumpistas?

Lauren Gambino

‘Trump is our wakeup call’

Raul Rodriguez, 74, Apple Valley, California

I always carry a bullhorn with me to rallies and campaign events. Into it I shout: “America, wake up!” Americans have been asleep for way too long. We need to realise that the future of our country is at stake.

If we don’t elect Donald Trump, we’ll get another four years of Barack Obama and frankly, I don’t know what would happen to this wonderful country of ours. Obama has already done so much to destroy our way of life and Hillary Clinton is promising to carry on where he left off. Like Obama, she wants to change our fundamental values – the ones people like my father fought to defend.

My father was born in Durango, Mexico. When he came to the US he joined the military and served as a medic during the second world war. He was a very proud American – he truly loved this country. I think I got my sense of patriotism from him.

Obama and Hillary Clinton want to have open borders. They let illegal immigrants cross our borders and now they want to accept thousands of Syrians. We don’t know who these people are. If they want to come to this country, they have to do it the right way, like my father did it.

I’m tired of politicians telling voters what they want to hear and then returning to Washington and doing whatever their party tells them to do. Politicians are supposed to represent the people – not their parties or their donors.

Part of the reason I like Donald Trump is because he isn’t an established politician. Sometimes that hurts him and people get offended. But the truth hurts. Even if he doesn’t say it well, he’s not wrong. Trump is our wakeup call.

‘Democrats treat Latinos as if we’re all one big group’

Ximena Barreto, 31, San Diego, California

I was in primary school in my native Colombia when my father was murdered. I was six – just one year older than my daughter is now. My father was an officer in the Colombian army at a time when wearing a uniform made you a target for narcoterrorists, Farc fighters and guerrilla groups.

What I remember clearly from those early years is the bombing and the terror. I was so afraid, especially after my dad died. At night, I would curl up in my mother’s bed while she held me close. She could not promise me that everything was going to be all right, because it wasn’t true. I don’t want my daughter to grow up like that.

But when I turn on my TV, I see terrorist attacks in San Bernardino and in Orlando. There are dangerous people coming across our borders. Trump was right. Some are rapists and criminals, but some are good people, too. But how do we know who is who, when you come here illegally?

I moved to the US in 2006 on a work permit. It took nearly five years and thousands of dollars to become a US citizen. I know the process is not perfect, but it’s the law. Why would I want illegals coming in when I had to go through this? It’s not fair that they’re allowed to jump the line and take advantage of so many benefits, ones that I pay for with my tax dollars.

People assume that because I’m a woman, I should vote for the woman; or that because I’m Latina, I should vote for the Democrat. The Democrats have been pandering to minorities and women for the last 50 years. They treat Latinos as if we’re all one big group. I’m Colombian – I don’t like Mariachi music. Donald Trump is not just saying what he thinks people want to hear, he’s saying what they’re afraid to say. I believe that he’s the only candidate who can make America strong and safe again.

‘Trump beat the system: what’s more American than that?’

Bertran Usher, 20, Inglewood, California

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Bertran Usher, centre. Photograph: Edoardo Delille and Giulia Piermartiri/Institute

Donald Trump is the candidate America deserves. For decades, Americans have bemoaned politicians and Washington insiders. We despise political speak and crave fresh, new ideas. When you ask for someone with no experience, this is what you get. It’s like saying you don’t want a doctor to operate on you.

But Trump is a big FU to America. He beat the system and proved everyone wrong. What’s more American than that?

As a political science student who one day hopes to go into politics, I am studying this election closely. Both candidates are deeply unpopular and people of my generation are not happy with their choices. I believe we can learn what not to do from this election. I see how divided the country is, and it’s the clearest sign that politicians will have to learn to work together to make a difference. It’s not always easy, but I’ve seen this work.

I was raised in a multicultural household. My mother, a Democrat, is Latino and African American, raised in the inner city of Los Angeles. My father, a Republican, is an immigrant from Belize. My parents and I don’t always see eye to eye on everything, but our spirited debates have helped add nuance to my politics.

I’m in favour of small government, but I support gay rights. I believe welfare is an important service for Americans who need it, but I think our current programme needs to be scaled back. I think we need to have stricter enforcement of people who come to the country illegally, but I don’t think we should deport the DREAMers [children of immigrants who were brought to the country illegally, named after the 2001 Development, Relief, and Education for Alien Minors Act].

Trump can be a nut, but I think he’s the best candidate in this election. Though there are issues of his I disagree with, at least he says what’s on his mind, as opposed to Hillary Clinton, who hides what she’s thinking behind her smile.

It’s up to my generation to fix the political mess we’re in. I plan to be a part of the solution.

‘Trump’s The Art Of The Deal inspired me to be a businessman’

Omar Navarro, 27, Torrance, California

When I was a kid, people would ask what I wanted to be when I grew up. I would tell them: I want to be president of the United States. If that doesn’t work out, I want to be a billionaire like Trump.

In a way, I supported him long before he announced he was running for president. He was my childhood hero. I read The Art Of The Deal as a student; it inspired me to become a businessman. Now I own a small business and am running for Congress in California’s 43rd district.

Trump built an empire and a strong brand that’s recognisable all around the world; he’s a household name and a world-class businessman. Almost anywhere you go, you can see the mark of Donald Trump on a building or property. When I see that, I see the American Dream.

Some people ask me how I can support Donald Trump as the son of a Mexican and Cuban immigrants. They are categorising me. In this country we label people: Hispanic, African American, Asian, Caucasian. We separate and divide people into social categories based on race, ethnicity, gender and creed. To me, this is a form of racism. I’m proud of my Hispanic heritage but I’m an American, full stop.

Like all immigrants, my parents came to this country for a better opportunity. But they did it legally. They didn’t cut the line. They assimilated to the American way of life, learned English and opened small businesses.

Why should we allow people to skirt the law? Imagine making a dinner reservation and arriving at the restaurant to find out that another family has been seated at your table. How is that fair?

We have to have laws and as a country we must enforce those laws. A society without laws is just anarchy. If someone invited you to their house and asked you to remove your shoes would you keep them on? If we don’t enforce the rules, why would anyone respect them? I believe Donald Trump will enforce the rules.

‘He has taken a strong stand against abortion’

Jimena Rivera, 20, student at the University of Texas at Brownsville

I’m Mexican, so I don’t have a vote, but I support Donald Trump because he is the one candidate who opposes abortion. He may have wavered in the beginning, but since becoming the nominee he has taken a strong stand against abortion.

Hillary Clinton is running as the leader of a party that has pushed a very pro-choice platform. Even Democrats like her running mate, Tim Kaine, who is a devout Catholic, compromise their faith to support abortion.

I don’t always agree with his positions on immigration. I see the border wall every day. I’m not convinced that it’s effective. The people who want to cross will find a way. I don’t think it’s right that they do, but most of them are looking for a better way of life. A wall won’t stop them.

‘Lower taxes and less regulation will create more jobs’

Marissa Desilets, 22, Palm Springs, California

I am a proud Hispanic conservative Republican woman. I became politically engaged as a political science and economics major at university. By my junior year, I was a member of the campus Republicans’ club. As a student of economics, I am very impressed with Trump’s economic agenda. I believe we must cut taxes for everyone and eliminate the death tax. Lowering taxes and reeling back regulations will create more jobs – meaning more tax-paying Americans. This in turn will generate more revenue for the Treasury.

I also support Trump because he favours strong leadership and promised to preserve the constitution of the United States. We must have a rule of law in this country. We must close our open borders. Like Trump says: “a nation without borders is not a nation.” This doesn’t mean we should not allow any immigrants. We should welcome new immigrants who choose to legally enter our beautiful country.

This won’t be the case if Hillary Clinton becomes president. I would expect the poor to become poorer and our country to become divided. I believe that liberals’ reckless domestic spending will bankrupt our future generations. I refuse to support a party that desires to expand the government and take away my civil liberties.

‘He has gone through so many divorces, yet raised such a close-knit family’

Dr Alexander Villicana, 80, Pasadena, California

I am an example of the opportunities this country has to offer. My parents came from Mexico at the turn of the 20th century. They were not educated but they worked hard to make a better life for us and it paid off.

I went to school and studied cosmetic surgery. Now I work as a plastic surgeon and have been in practice for the last 40 years. I have a beautiful family and my health. I am Hispanic – but I am a citizen of the United States and I feel very patriotic for this country that has given me so much.

I’m supporting Trump because I agree with his vision for our economy. He has experience at the negotiating table, so he knows what to do to create jobs and increase workers’ salaries. In Trump’s America people would be rewarded for their hard work rather than penalised with hefty taxes.

The security of our nation is a top priority for me. I think it would be impossible to deport 11 million people who are here illegally, but we have to do a better job of understanding who is in our country and who is trying to come into our country.

A lot of what Trump says, especially about security and immigration, is twisted by the media. What he said about Mexicans, for example, that wasn’t negative – it was the truth. There are Mexicans bringing over drugs and perpetrating rapes. But what he also said – and the media completely ignored – is that many Mexicans are good people coming over for a better quality of life.

He may be blunt and occasionally offensive but I find him likable. I was so impressed by Trump and his family at the Republican National Convention. It’s hard for me to imagine that someone who has gone through so many divorces has managed to raise such a close-knit family. None of his children had to work and yet they spoke with eloquence and integrity about their father.

‘When Trump is harsh about Mexicans, he is right’

Francisco Rivera, 43, Huntington Park, California

People ask me how I can support Donald Trump. I say, let me tell you a story. I was in line at the movie theatre recently when I saw a young woman toss her cupcake into a nearby planter as if it were a trash can. I walked over to her and said, “Honey, excuse me, does that look like a garbage can to you?” And you know what she told me? “There’s already trash in the planter, so what does it matter?”

I asked her what part of Mexico she was from. She seemed surprised and asked how I knew she was from Mexico. “Look at what you just did,” I told her. “Donald Trump may sound harsh when he speaks about Mexicans, but he is right. It’s people like you that make everyone look bad.”

I moved from Mexico with my family when I was seven. I still carry a photo of my brother and I near our home, to remind people how beautiful the city once was. Now I spend my time erasing graffiti from the walls and picking up trash. Sixty years ago, we accepted immigrants into our country who valued the laws, rules and regulations that made America the land of opportunity. Back in those days, people worked hard to improve themselves and their communities.

I’m tired of living in a lawless country. It’s like we put a security guard at the front door, but the Obama administration unlocked the back door. And I have seen what my own people have done to this country. They want to convert America into the country they left behind. This country has given me so many opportunities I wouldn’t have had if my mom had raised her family in Mexico. I want America to be great again, and that’s why in November I am going to vote for Donald Trump.

‘I voted for Obama twice, but Hillary gets a free pass’

Teresa Mendoza, 44, Mesa, Arizona

In my day job I am a real estate agent but every now and then I dabble in standup comedy. Comedy used to be a safe space. You could say whatever you wanted to and it was understood that it was meant to make people laugh. Now everything has to be politically correct. You can’t say “Hand me the black crayon” without someone snapping back at you: “What do you mean by that?” Donald Trump offended a lot of people when he gave the speech calling [Mexicans] rapists and criminals but he didn’t offend me.

I was a liberal Democrat all my life. Before this I voted for Obama twice. I wanted to be a part of history. If it wasn’t for Obamacare and the ridiculous growth of our federal government, I’d probably still be a Democrat, asleep at the wheel. But I woke up and realised I’m actually much more in line with Republicans on major policy points.

I like to joke that I’m an original anchor baby. My parents came from Mexico in the 1970s under the Bracero work programme making me a California-born Chicana. We later became US citizens. But now that I’m a Republican, Hillary Clinton is trying to tell me I’m “alt-right”. It’s strange isn’t it? All of a sudden I’m a white nationalist.

My sons and I go back and forth. They don’t like Trump. But it’s what they’re hearing in school, from their friends and teachers, who are all getting their news from the same biased news outlets.

I’m very concerned about the role the media is taking in this election. The networks sensationalise and vilify Trump while they give Hillary Clinton a free pass. It amazes me. I don’t care if Trump likes to eat his fried chicken with a fork and a knife. I do care that Clinton has not been held responsible for the Benghazi attacks.

Voir également:

En 2016, le business des passeurs de migrants s’élevait à 7 milliards de dollars

Zoé Lauwereys
Le Parisien
10 juillet 2018

L’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (l’UNODC) livre un rapport détaillé sur le trafic fructueux des passeurs.

On connaît les photos de ces hommes et de ces femmes débarquant sur des plages européennes, engoncés dans leurs gilets de sauvetage orange, tentant à tout prix de maintenir la tête de leur enfant hors de l’eau. Impossible également d’oublier l’image du corps du petit Aylan Kurdi, devenu en 2016 le symbole planétaire du drame des migrants. Ce que l’on sait moins c’est que le « business » des passeurs rapporte beaucoup d’argent. Selon la première étude du genre de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (l’UNODC), le trafic de migrants a rapporté entre 5,5 et 7 milliards de dollars (entre 4,7 et 6 milliards d’euros) en 2016. C’est l’équivalent de ce que l’Union européenne a dépensé la même année dans l’aide humanitaire, selon le rapport.

A quoi correspond cette somme ?

En 2016, au moins 2,5 millions de migrants sont passés entre les mains de passeurs, estime l’UNODC qui rappelle la difficulté d’évaluer une activité criminelle. De quoi faire fructifier les affaires de ces contrebandiers. Cette somme vient directement des poches des migrants qui paient des criminels pour voyager illégalement. Le tarif varie en fonction de la distance à parcourir, du nombre de frontières, les moyens de transport utilisés, la production de faux papiers… La richesse supposée du client est un facteur qui fait varier les prix. Evidemment, payer plus cher ne rend pas le voyage plus sûr ou plus confortable, souligne l’UNODC.Selon les estimations de cette agence des Nations unies, ce sont les passages vers l’Amérique du Nord qui rapportent le plus. En 2016, jusqu’à 820 000 personnes ont traversé la frontière illégalement, versant entre 3,1 et 3,6 milliards d’euros aux trafiquants. Suivent les trois routes de la Méditerranée vers l’Union européenne. Environ 375 000 personnes ont ainsi entrepris ce voyage en 2016, rapportant entre 274 et 300 millions d’euros aux passeurs.Pour atteindre l’Europe de l’Ouest, un Afghan peut ainsi dépenser entre 8000 € et 12 000 €.

L’Europe, une destination de choix

Sans surprise, les rédacteurs du rapport repèrent que l’Europe est une des destinations principales des migrants. Les pays d’origine varient, mais l’UNODC parvient à chiffrer certains flux. Les migrants qui arrivent en Italie sont originaires à 89 % d’Afrique, de l’Ouest principalement. 94 % de ceux qui atteignent l’Espagne sont également originaires d’Afrique, de l’Ouest et du Nord. LIRE AUSSI >Migrants : pourquoi ils ont choisi la France

En revanche, la Grèce accueille à 85 % des Afghans, Syriens et des personnes originaires des pays du Moyen-Orient.

En route vers l’Amérique du Nord

Le nord de l’Amérique et plus particulièrement les Etats-Unis accueillent d’importants flux de migrants. Comme l’actualité nous l’a tristement rappelé récemment, des milliers de citoyens de pays d’Amérique centrale et de Mexicains traversent chaque année la frontière qui sépare les Etats-Unis du Mexique. Les autorités peinent cependant à quantifier les flux. Ce que l’on sait c’est qu’en 2016, 2 404 personnes ont été condamnées pour avoir fait passer des migrants aux Etats-Unis. 65 d’entre eux ont été condamnés pour avoir fait passer au moins 100 personnes.Toujours en 2016, le Mexique, qui fait office de « pays-étape » pour les voyageurs, a noté que les Guatémaltèques, les Honduriens et les Salvadoriens formaient les plus grosses communautés sur son territoire. En 2016, les migrants caribéens arrivaient principalement d’Haïti, note encore l’UNODC.

Un trafic mortel

S’appuyant sur les chiffres de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le rapport pointe les risques mortels encourus par les migrants. Première cause : les conditions de voyage difficiles. Sur les 8189 décès de migrants recensés par l’OIM en 2016, 3832 sont morts noyés (46 %) en traversant la Méditerranée. Les passages méditerranéens sont les plus mortels. L’un d’entre eux force notamment les migrants à parcourir 300 kilomètres en haute mer sur des embarcations précaires.C’est aussi la cruauté des passeurs qui est en cause. L’UNODC décrit le sort de certaines personnes poussées à l’eau par les trafiquants qui espèrent ainsi échapper aux gardes-côtes. Le cas de centaines de personnes enfermées dans des remorques sans ventilation, ni eau ou nourriture pendant des jours est également relevé. Meurtre, extorsion, torture, demande de rançon, traite d’être humain, violences sexuelles sont également le lot des migrants, d’où qu’ils viennent. En 2017, 382 migrants sont décédés de la main des hommes, soit 6 % des décès.

Qui sont les passeurs ?

Le passeur est le plus souvent un homme mais des femmes (des compagnes, des sœurs, des filles ou des mères) sont parfois impliquées dans le trafic, définissent les rédacteurs de l’étude. Certains parviennent à gagner modestement leur vie, d’autres, membres d’organisations et de mafias font d’importants profits. Tous n’exercent pas cette activité criminelle à plein temps. Souvent le passeur est de la même origine que ses victimes. Il parle la même langue et partage avec elles les mêmes repères culturels, ce qui lui permet de gagner leur confiance. Le recrutement des futurs « clients » s’opère souvent dans les camps de réfugiés ou dans les quartiers pauvres.

Les réseaux sociaux, nouvel outil des passeurs

Facebook, Viber, Skype ou WhatsApp sont devenus des indispensables du contrebandier qui veut faire passer des migrants. Arrivé à destination, le voyageur publie un compte rendu sur son passeur. Il décrit s’il a triché, échoué ou s’il traitait mal les migrants. Un peu comme une note de consommateur, rapporte l’UNODC.Mieux encore, les réseaux sociaux sont utilisés par les passeurs pour leur publicité. Sur Facebook, les trafiquants présentent leurs offres, agrémentent leur publication d’une photo, détaillent les prix et les modalités de paiement.L’agence note que, sur Facebook, des passeurs se font passer pour des ONG ou des agences de voyages européennes qui organisent des passages en toute sécurité. D’autres, qui visent particulièrement les Afghans, se posent en juristes spécialistes des demandes d’asile…

Voir enfin:

How The Pee Tape Explains The World Cup

Bidding for the 2018 World Cup was the first glimpse of today’s “Machiavellian Russia,” Ken Bensinger explains in his new book about FIFA’s corruption scandal.

On the morning of May 27, 2015, Swiss police officers raided the Baur au Lac Hotel in Zurich and arrested nine of the world’s top soccer officials on behalf of the United States government. In the coming days, the world would learn about deep-seated corruption throughout FIFA, global soccer’s governing body, that stretched from its top ranks to its regional confederations to its marketing partners around the world.

Top soccer officials from across North, South and Central America and the Caribbean were among those implicated in the case, which also brought down top executives from sports marketing firms that had bribed their way into controlling the broadcast and sponsorship rights associated with soccer’s biggest events. FIFA’s longtime president, Joseph “Sepp” Blatter, eventually resigned in disgrace.

It was the biggest organized-corruption scandal in sports history, and some within FIFA were skeptical of the Americans’ motives. In 2010 the U.S. had bid to host the 2022 World Cup, only to lose a contentious vote to Qatar. For FIFA officials, it felt like a case of sour grapes.

But as BuzzFeed investigative reporter Ken Bensinger chronicles in his new book, Red Card: How the U.S. Blew the Whistle on the World’s Biggest Sports Scandal, the investigation’s origins began before FIFA handed the 2018 World Cup to Russia and the 2022 event to Qatar. The case had actually begun as an FBI probe into an illegal gambling ring the bureau believed was run by people with ties to Russian organized crime outfits. The ring operated out of Trump Tower in New York City.

Eventually, the investigation spread to soccer, thanks in part to an Internal Revenue Service agent named Steve Berryman, a central figure in Bensinger’s book who pieced together the financial transactions that formed the backbone of the corruption allegations. But first, it was tips from British journalist Andrew Jennings and Christopher Steele ― the former British spy who is now known to American political observers as the man behind the infamous so-called “pee tape” dossier chronicling now-President Donald Trump’s ties to Russia ― that pointed the Americans’ attention toward the Russian World Cup, and the decades of bribery and corruption that had transformed FIFA from a modest organization with a shoestring budget into a multibillion-dollar enterprise in charge of the world’s most popular sport. Later, the feds arrested and flipped Chuck Blazer, a corrupt American soccer official and member of FIFA’s vaunted Executive Committee. It was Blazer who helped them crack the case wide open, as HuffPost’s Mary Papenfuss and co-author Teri Thompson chronicled in their book American Huckster, based on the 2014 story they broke of Blazer’s role in the scandal.

Russia’s efforts to secure hosting rights to the 2018 World Cup never became a central part of the FBI and the U.S. Department of Justice’s case. Thanks to Blazer, it instead focused primarily on CONCACAF, which governs soccer in the Caribbean and North and Central America, and other officials from South America.

But as Bensinger explained in an interview with HuffPost this week, the FIFA case gave American law enforcement officials an early glimpse into the “Machiavellian Russia” of Vladimir Putin “that will do anything to get what it wants and doesn’t care how it does it.” And it was Steele’s role in the earliest aspects of the FIFA case, coincidentally, that fostered the relationship that led him to hand his Trump dossier to the FBI ― the dossier that has now helped form “a big piece of the investigative blueprint,” as Bensinger said, that former FBI director Robert Mueller is using in his probe of Russian meddling in the election that made Trump president.

Ahead of Sunday’s World Cup final, which will take place in Moscow, HuffPost spoke with Bensinger about Red Card, the parallels between the FIFA case and the current American political environment, FIFA’s reform efforts, and whether the idea of corruption-free global soccer is at all possible.

The following is a lightly edited transcription of our discussion.

You start by addressing the main conspiracy theory around this, which is that this was a case of sour grapes from the United States losing out on hosting the 2022 World Cup. But the origin was a more traditional FBI investigation into Russian organized crime, right?

That’s correct. And there are sort of these weird connections to everything going on in the political sphere in our country, which I think is interesting because when I was reporting the book out, it was mostly before the election. It was a time when Christopher Steele’s name didn’t mean anything. But what I figured out over time is that this had nothing to do with sour grapes, and the FBI agents who opened the case didn’t really care about losing the World Cup. The theory was that the U.S. investigation was started because the U.S. lost to Qatar, and Bill Clinton or Eric Holder or Barack Obama or somebody ordered up an investigation.

What happened was that the investigation began in July or August 2010, four or five months before the vote happened. It starts because this FBI agent, who’s a long-term Genovese crime squad guy, gets a new squad ― the Eurasian Organized Crime Squad ― which is primarily focused on Russian stuff. It’s a squad that’s squeezed of resources and not doing much because under Robert Mueller, who was the FBI director at the time, the FBI was not interested in traditional crime-fighting. They were interested in what Mueller called transnational crime. So this agent looked for cases that he thought would score points with Mueller. And one of the cases they’re doing involves the Trump Tower. It’s this illegal poker game and sports book that’s partially run out of the Trump Tower. The main guy was a Russian mobster, and the FBI agent had gone to London ― that’s how he met Steele ― to learn about this guy. Steele told him what he knew, and they parted amicably, and the parting shot was, “Listen, if you have any other interesting leads in the future, let me know.”

It was the first sort of sign of the Russia we now understand exists, which is kind of a Machiavellian Russia that will do anything to get what it wants and doesn’t care how it does it.

Steele had already been hired by the English bid for the 2018 World Cup at that point. What Chris Steele starts seeing on behalf of the English bid is the Russians doing, as it’s described in the book, sort of strange and questionable stuff. It looks funny, and it’s setting off alarm bells for Steele. So he calls the FBI agent back, and says, “You should look into what’s happening with the World Cup bid.” And my sense is the FBI agent, at that point, says something along the lines of: “What’s the World Cup? And what’s FIFA?”

He really didn’t know much about it, to the point that when he comes back to New York and opens the case, it’s sort of small and they don’t take it too seriously. They were stymied, trying to figure out how to make it a case against Russia. Meanwhile, the vote happens and Russia wins its bid for the 2018 World Cup.

So it’s more a result of the U.S. government’s obsession, if you will, with Russia and Russian crime generally?

The story would be different if this particular agent was on a different squad. But he was an ambitious agent just taking over a squad and trying to make a name for himself. This was his first management job, and he wanted to make big cases. He decides to go after Russia in Russia as a way to make a splash. It’s tempting to look at this as a reflection of the general U.S. writ large obsession with Russia, which certainly exists, but it’s also a different era. This was 2009, 2010. This was during the Russian reset. It was Obama’s first two years in office. He’s hugging Putin and talking about how they’re going to make things work. Russia is playing nice-nice. The public image is fairly positive in that period. It wasn’t, “Russia’s the great enemy.” It was more like, “Russia can be our friend!”

That’s what I find interesting about this case is that, what we see in Russia’s attempt to win the World Cup by any means is the first sort of sign of the Russia we now understand exists, which is kind of a Machiavellian Russia that will do anything to get what it wants and doesn’t care how it does it. It was like a dress rehearsal for that.

Steele has become this sort of household name in politics in the U.S., thanks to the Trump dossier. But here he is in the FIFA scandal. Was this coincidental, because he’s the Russia guy and we’re investigating Russia?

It’s one of these things that looks like an accident, but so much of world history depends on these accidents. Chris Steele, when he was still at MI-6, investigated the death of Alexander Litvinenko, who was the Russian spy poisoned with polonium. It was Steele who ran that investigation and determined that Putin probably ordered it. And then Steele gets hired because of his expertise in Russia by the English bid, and he becomes the canary in the coal mine saying, “Uh oh, guys, it’s not going to be that easy, and things are looking pretty grim for you.”

That’s critical. I don’t know if that would have affected whether or not Chris Steele later gets hired by Fusion GPS to put together the Trump dossier. But it’s certain that the relationship he built because of the FIFA case meant that the FBI took it more seriously. The very same FBI agent that he gave the tip on FIFA to was the agent he calls up in 2016 to say, “I have another dossier.”

The FBI must get a crazy number of wild, outlandish tips all the time, but in this case, it’s a tip from Christopher Steele, who has proven his worth very significantly to the FBI. This is just a year after the arrests in Zurich, and the FBI and DOJ are feeling very good about the FIFA case, and they’re feeling very good about their relationship with Christopher Steele.

If we think about the significance of the dossier ― and I realize that we’ve learned that the FBI had already begun to look into Trump and Russia prior to having it ― it’s also clear that the dossier massively increased the size of the investigation, led to the FISA warrants where we’re listening to Carter Page and others, and formed a big piece of the investigative blueprint for Mueller today. Steele proved his worth to the FBI at the right time, and that led to his future work being decisive

To the investigation itself: In 2010, FIFA votes to award the 2018 World Cup to Russia and the 2022 World Cup to Qatar, and you quote (now former) FIFA vice president Jérôme Valcke as saying, “This is the end of FIFA.” So there were some people within FIFA that saw this vote as a major turning point in its history?

I think he and others were recognizing this increasingly brazen attitude of the criminality within FIFA. They had gone from an organization where people were getting bribes and doing dirty stuff, but doing it very carefully behind closed doors. And it was transitioning to one where the impunity was so rampant that people thought they could do anything. And I think in his mind, awarding the World Cup to Russia under very suspicious circumstances and also awarding it to Qatar, which by any definition has no right to host this tournament, it felt to him and others like a step too far.

I don’t think he had any advance knowledge that the U.S. was poking around on it, but he recognized that it was getting out of hand. People were handing out cash bribes in practically broad daylight, and as corrupt as these people were, they didn’t tend to do that.

You write early in the book that this all started with the election, as FIFA president, of João Havelange in 1974. He takes advantage of modern marketing and media to begin to turn FIFA into the organization that we know today. Is it fair to say that this corruption scandal was four decades in the making?

I haven’t thought of it that way, but in a way, you’re right. The FIFA culture we know today didn’t start yesterday. It started in 1974 when this guy gets elected, and within a couple years, the corruption starts. And it starts with one bribe to Havelange, or one idea that he should be bribed. And it starts a whole culture, and the people all sort of learn from that same model. The dominoes fell over time. It’s not a new model, and things were getting more and more out of hand over time. FIFA had been able to successfully bat these challenges down over the years. There’s an attempted revolt in FIFA in 2001 or 2002 that Blatter completely shut down. The general secretary of FIFA was accusing Blatter and other people of either being involved in corruption or permitting corruption, and there’s a moment where it seems like the Executive Committee was going to turn against Blatter and vote him out and change everything. But they all blinked, and Blatter dispensed his own justice by getting rid of his No. 2 and putting in people who were going to be loyal to him. The effect of those things was more brazen behavior.

Everyone knew this was going on. Why didn’t it come to light sooner?

It was an open secret. I think it’s because soccer’s just too big and important in all these other countries. I think other countries have just never been able to figure out how to deal with it. The best you’d get was a few members of Parliament in England holding outraged press conferences or a few hearings, but nothing ever came of it. It’s just too much of a political hot potato because soccer elsewhere is so much more important than it is the U.S. People are terrified of offending the FIFA gods.

There’s a story about how Andrew Jennings, this British journalist, wanted to broadcast a documentary detailing FIFA corruption just a week or so before the 2010 vote, and when the British bid and the British government got a hold of it, they tried really hard to stifle the press. They begged the BBC not to air the documentary until after the vote, because they were terrified of FIFA. That’s reflective of the kind of attitudes that all these countries have.

A lot of the things that resulted from the bribery and the corruption, or that were done to facilitate bribery and corruption, helped grow the sport here. The Gold Cup, the Women’s World Cup, the growth of the World Cup and Copa America. To the average fan, these are “good” developments for the sport. And yet, they were only created to make these guys rich. How do you square that?

Well, it reminds me of questions about Chuck Blazer. Is he all bad, or all good? He’s a little bit of both. The U.S. women’s national team probably wouldn’t exist without him. The Women’s World Cup probably wouldn’t either. Major League Soccer got its first revenue-positive TV deal because of Chuck Blazer.

A lot of these guys were truly surprised. If they thought they were doing something wrong, they didn’t think it was something that anyone cared about.

At the same time, he was a corrupt crook that stole a lot of money that could’ve gone to the game. And so, is he good or bad? Probably more bad than good, but he’s not all bad.

That applies to the Gold Cup. The Gold Cup is a totally artificial thing that was made up ultimately as a money-making scheme for Blazer, but in the end, it’s probably benefited soccer in this country. So it’s clearly not all bad.

You’d like to think that we could take these things that end up being a good idea, and clean them up and wash away the bad.

Blazer is a fascinating figure, and it seems like there are hints of sympathy for him and some of the other corrupt players in the book. Were all of these guys hardened criminals, or did they get wrapped up in how the business worked, and how it had worked for so long?

There’s no question he’s greedy. But there’s something about the culture of corruption that it can almost sneak up on a person. Blazer had a longer history of it. He always had a touch of corruption about him. But I think a lot of the officials in the sport came up because they loved the sport and wanted to be involved in running it. And then they found out that people were lining their pockets and they thought: “Everyone else is doing it. I’d be a fool not to participate in this.”

And when they end up getting arrested and charged, it’s not the same as a mafia guy in Brooklyn. A lot of these guys were truly surprised. If they thought they were doing something wrong, they didn’t think it was something that anyone cared about. They clearly aren’t innocent, and they went to great lengths to hide it. But at the same time, the impunity came from a culture of believing it was OK to do that stuff. And this really was a case of the FBI and DOJ pulling the rug out from under these people.

One point you stress in the book is that fundamentally, this was a crime against the development of the sport, particularly in poorer nations and communities. How did FIFA’s corruption essentially rob development money from the lower levels of soccer?

That’s something that took me a little while to understand. But when I understood the way the bribery took place, it became clearer to me. The money stolen from the sport isn’t just the bribes. Let’s say I’m a sports marketing firm, and I bribe you a million dollars to sign over a rights contract to me. The first piece of it is that million dollars that could have gone to the sport. But it’s also the opportunity cost: What would the value of those rights have been if it was taken to the free market instead of a bribe?

All that money is taken away from the sport. And the second thing was traveling to South America and seeing the conditions of soccer for fans, for kids and for women. That was really eye-opening. There are stadiums in Argentina and Brazil that are absolutely decrepit. And people would explain, the money that was supposed to come to these clubs never comes. You have kids still playing with the proverbial ball made of rags and duct tape, and little girls who can’t play because there are no facilities or leagues for women at all. When you see that, and then you see dudes making millions in bribes and also marketing guys making far more from paying the bribes, I started to get indignant about it. FIFA always ties itself to children and the good of the game. But it’s absurd when you see how they operate. The money doesn’t go to kids. It goes to making soccer officials rich.

Former U.S. Soccer President Sunil Gulati pops up a couple times. He’s friends with Blazer, he ends up with a seat on the Executive Committee. Is there a chance U.S. Soccer is wrapped up in this, and we just don’t know about it yet?

I will say that I don’t believe Gulati is a cooperator. People wonder that and it’s reasonable. It’s curious how this guy who came up in Blazer’s shadow and rose to so much power, and literally had office space in the CONCACAF offices, could be clean. And he might not be clean, but more likely, he’s the kind of guy who decided to turn a blind eye to all the corruption and pretend he didn’t see it.

That said, there are legitimate questions about how U.S. Soccer operates that weirdly parallels a lot of the corruption that we saw in South America, the Caribbean and Central America. The relationship between U.S. Soccer, MLS and this entity called Soccer United Marketing ― that relationship is very questionable. MLS has the rights to the U.S. Soccer Federation wrapped up for years and years to come. There hasn’t been open bidding for those rights since 2002, I think it is. SUM has MLS, but it also has the rights for the U.S. Soccer Federation for men and women. There’s a lot of money to be made, and SUM’s getting all that, and since they haven’t put it out for public bid, it’s really not clear that U.S. Soccer is getting full value for its product. And in that sense it parallels the sort of corruption we saw.

What do you make of FIFA’s reform efforts?

FIFA is battling itself as it tries to reform itself. I’m suspicious of current FIFA president Gianni Infantino. This is a guy who grew up 6 miles from Sepp Blatter. His career echoes that. He was the general secretary of UEFA, which is not unlike being the general secretary of FIFA. Both of them are very similar in a lot of ways, in their ambitions and their role being the sport’s bureaucrat. Their promises to win elections by spilling money all over the place is just too similar. That said, I think Infantino recognizes that that culture is what led to these problems, and he sees an organization that’s in financial chaos right now. This World Cup’s going to bring in a lot of money, but the last three years have been massively income-negative. They’re losing money because of sponsors running away in droves and massive legal bills. I think he sees a pathway to financial security for FIFA by making more money and being more transparent.

When massive amounts of money mixes with a massively popular cultural phenomenon, is it ever going to be clean? It seems kind of hopeless.

But he still talks about patronage and handing out money, and federations around the world are still getting busted for taking bribes. The Ghana football federation got dissolved a week before the World Cup because a documentary came out that showed top officials taking bribes on secret camera. It’s still a deeply corrupt culture. Baby steps are being taken, but it seems like 42-plus years of corruption can’t be cleaned up in two or three years.

On that note, one of the marketing guys in the book says, “There will always be payoffs.” That stuck out to me, because I’m cynical about FIFA’s willingness or ability to clean this up at all. From your reporting, do you believe “there will always be payoffs” is the reality of the situation, given the structure of our major international sporting organizations?

This is like, “What is human nature all about?” When massive amounts of money mixes with a massively popular cultural phenomenon, is it ever going to be clean? I wish it would be different, but it seems kind of hopeless. How do you regulate soccer, and who can oversee this to make sure that people behave in an ethical, clean and fair way that benefits everyone else? It’s not an accident that every single international sports organization is based in Switzerland. The answer is because the Swiss, not only do they offer them a huge tax break, they also basically say, “You can do whatever you want and we’re not going to bother you.” That’s exactly what these groups want. Well, how do you regulate that?

I don’t think the U.S. went in saying, “We’re going to regulate soccer.” I think they thought if we can give soccer a huge kick in the ass, if we can create so much public and political pressure on them that sponsors will run away, they’ll feel they have no option but to react and clean up their act. It’s sort of, kick ’em where it hurts.

My cynicism about the ability for anyone to clean it up made me feel sorry for Steve Berryman, the IRS agent who’s one of the main investigators and one of your central characters. He said he’ll never stop until he cleans up the sport, and I couldn’t help but think, “That’ll never happen.”

That’s right. It’ll never happen. People like him are driven. It’s not just soccer for him. He cared so much about this. He felt, “I have to do this until it’s over, or else it’s a failed investigation.” I think people like him sometimes recognize that they can never get there, but it’s still disheartening, every piece of new corruption we see, and these guys think, “I’ve worked so hard, and … ”

The World Cup is going on right now, it’s in Russia, and corruption has barely been a part of the story. Do you think the book and the upcoming Qatari World Cup will reinvigorate that conversation, or are people just resigned to the belief that this is what FIFA is?

There is some of that resignation. But also, the annoying but true reality of FIFA is that when the World Cup is happening, all the soccer fans around the world forget all their anger and just want to watch the tournament. For three and a half years, everyone bitches about what a mess FIFA is, and then during the World Cup everyone just wants to watch soccer. There could be some reinvigoration in the next few months when the next stupid scandal appears. And I do think Qatar could reinvigorate more of that. There’s a tiny piece of me that thinks we could still see Qatar stripped of the World Cup. That would certainly spur a lot of conversation about this.

You talk at the end of the book about a shift in focus to corruption in the Asian federation. Are DOJ and the FBI tying up loose ends, or are there deeper investigations still going?

There are clear signs that there’s more. This is still cleaning up pieces from the old case, but just Tuesday, a Florida company pleaded guilty to two counts of fraud in the FIFA case. It was a company that was known from the written indictments, but no one had known they were going to be pleading guilty, so it was a new piece of the case. This company’s going to pay $25 million in fines and forfeitures, and it was sort of a sign from DOJ that they have finished what they’re going to do.

That piece at the end of the book with the guy going off to the South Pacific is a guy named Richard Lai. He’s from Guam and he pleaded guilty in May or June of 2017. That was a pretty strong clue, too, that they’re looking at the Asian Football Confederation, which is the one that includes Qatar. I do know from sources that the cooperators in the case are still actively talking to prosecutors, and still spending many, many hours with them discussing many aspects of the case. So I wouldn’t be surprised to see more. That said, a lot of the people who were involved in the case in the beginning have moved on. It’s natural to have some turnover, and people who inherit a case aren’t necessarily as emotionally bought into it as the people who started. So at some point, it could get old.

But not Steve Berryman. He’s still going?

Steve Berryman will never stop.


Présidentielle 2017: Vous avez dit danseur mondain ? (High-society dancer: Guess what France is to choose to revive the EU’s fortunes ?)

30 avril, 2017
C’est une fête toute napolitaine, monseigneur ; nous dansons sur un volcan. Comte de Salvandy
Après la révolution française, observe Marx, les aristocrates dont tout le capital incorporé consistait en un art de vivre désormais dépourvu de marché, devinrent les maitres à danser de l’Europe. Bourdieu
La majorité a toujours raison, mais la raison a bien rarement la majorité aux élections. Jean Mistler
La  plupart  d’entre  nous  persistent à croire que tous les choix, et même  les  choix  politiques,  se  font  entre  le  bien  et   le  mal,  et  que  du  moment  qu’une  chose  est   nécessaire,  elle  doit  aussi  être  bonne.  Il   nous   faudrait,   je   pense,   dépouiller   cette    croyance qui relève du jardin d’enfants. En  politique, on ne peut jamais opter que pour  un moindre mal. George  Orwell
La question du négationnisme demande tout autre chose qu’une halte rue Geoffroy L’Asnier pour mobiliser l’électorat juif contre Marine Le Pen car ce ne sont pas des jeunes militants du FN qui rendent impossible l’enseignement de la Shoah dans les écoles ou qui vont chercher des faits alternatifs aux camps de la mort. De cette terrible réalité, je ne vois guère d’écho dans la campagne d’Emmanuel Macron. Il ne cesse de faire des clins d’œil aux jeunes de banlieues et réserve ses coups à la bonne vieille bête immonde … Alain Finkielkraut
Le ralliement pourtant tout à fait prévisible de Nicolas Dupont-Aignan à Marine Le Pen suscite assez curieusement un tonnerre médiatique au nom du soi-disant front républicain. Le moment est venu de traiter sur le fond ce qu’est la vraie nature de ce front : l’une des illustrations du bannissement oligarchique, une technique de remise au pas de l’opinion qui explique largement la montée des extrêmes en France. Il faudrait donc pratiquer le front républicain, c’est-à-dire creuser et maintenir un cordon sanitaire permanent autour du Front National. Oh ! la belle rente électorale qui permet aux partis en place de faire tout et n’importe quoi en étant sûrs de ne jamais perdre les élections. Dans tous les cas, les partis de gouvernement s’allieront toujours pour empêcher un parti nouveau d’arriver aux responsabilités. Bien entendu, c’est au nom de la démocratie que ce viol caractérisé de la démocratie, consistant à interdire à une partie de l’opinion de faire valoir ses idées, est commis. La succession d’élections qui se déroulent en France depuis six mois illustre à merveille les contre-effets de la stratégie du front républicain. Au lieu d’endiguer la montée du Front National et de consolider les partis auto-proclamés démocratiques (on se souviendra ici des déchirements après l’élection de Martine Aubry au poste de Premier Secrétaire du PS en 2008, et ceux qui ont suivi la confrontation Fillon-Copé à la tête de l’UMP pour mesurer la distance qui sépare ces partis de la démocratie, m’enfin bon !), le front républicain favorise la montée du Front National, mais aussi, à gauche, des Insoumis. Dans le même temps, il a permis d’éliminer consciencieusement tous ses apôtres : Sarkozy, Juppé, Fillon, Montebourg, Valls, Hamon, etc. François Fillon à part, les candidats qui ont recueilli le plus de voix à la présidentielle sont ceux qui ne sont pas directement issus du front républicain. Cherchez l’erreur ! Et le Front National n’a jamais bénéficié d’autant de suffrages qu’auparavant. Le front républicain est le père de tous les dégagismes à venir. Si le Front National est vraiment anti-démocratique, s’il fait peser une menace sur les libertés publiques et les droits de l’homme, il faut l’interdire. La dissolution des groupes politiques dangereux pour la démocratie est prévue par la loi depuis 1936 ! (…) Sinon, qu’on le laisse, une bonne fois pour toutes, concourir normalement à la vie démocratique. Cette façon de bannir un parti sans l’interdire clairement comme la loi le permet a un effet général d’affaiblissement de nos institutions. D’un côté, les Français ont le sentiment que la démocratie réelle leur est refusée parce que le vote est orienté en faveur de quelques partis, sous peine de stigmatisation et de mise à l’index. De l’autre, ils sanctionnent durement les institutions que le front républicain est supposé protéger. (…) En 2007 comme en 2012, les deux premiers candidats avaient recueilli plus de suffrages que l’abstention. En 2002 comme en 2017, l’abstention est le premier parti de France. Depuis 10 ans, le premier candidat à l’issue du premier tour recueille de moins en moins de suffrages. Autrement dit, la stratégie du front républicain menée notamment sous le mandat de François Hollande, produit des résultats contraires à ceux attendus. Plus on fait « barrage au Front National », plus le Front National progresse, et moins les électeurs adhèrent à l’ensemble des institutions, notamment en manifestant une véritable désaffection pour les candidats qui s’opposent au second tour. (…) Personne, sur le fond, n’est dupe ! Lorsque les élites de ce pays bannissent le Front National de la vie démocratique, elles envoient un message simple : bonnes gens, la République existe, mais nous en sommes les usufruitiers. Nous prendrons de sévères mesures de rétorsion contre tous ceux qui ne suivraient pas nos choix ou contrediraient nos intérêts. Nous les clouerons au pilori et les humilieront en place de grève. C’est ce qu’on appelle la réaction nobiliaire. (…) Le bannissement comme réponse sociale à toute contestation politique visant les règles du jeu (ou l’élite qui en tire profit en toute impunité) est devenu une sanction de plus en plus dangereuse à pratiquer. Dans la troupe, la peine suscite des murmures de plus en plus houleux. La campagne pour le second tour montre la difficulté de plus en plus forte à ramener l’ordre et le calme dans les rangs par cette technique humiliante. Il faut dire qu’à force de bannir, le groupe des « dissidents » devient de plus en plus important. Avec Internet, ce groupe peut s’exprimer malgré le boycott des médias, et il peut disséminer ses idées à l’abri des regards et répandre son parfum avec une grande liberté. De plus en plus de dissidents signifie de plus en plus de « grandes gueules » qui ont un intérêt objectif à nouer des alliances tactiques contre une réaction nobiliaire de plus en plus grotesque. Prenez Mélenchon. Depuis vingt ans, les socialistes l’humilient, lui font sentir que son côté populo est insupportable, le méprisent pour ses origines et pour son éloquence qui leur fait de l’ombre et les renvoient à leur propre médiocrité. Quel Tartuffe peut s’étonner de le voir jouer avec le feu aujourd’hui ? Le drame de la réaction nobiliaire est que, année après année, elle ne cesse de grossir les rangs des Mélenchon et de faire maigrir les rangs des fidèles au régime. (…) Et tel est le cancer qui se métastase aujourd’hui dans l’opinion : entre un chaos nommé Marine Le Pen et une désespérance appelée l’immobilisme macronien, fait de phrases creuses, de déclarations péremptoires bâties sur le sable des opinions à la mode, des éléments de langage rédigés par une boîte de com payée à prix d’or, de dénis insupportables et de leçons de morale à trois balles, le choix ne coule plus de source. Eric Verhaeghe
L’antisystème  est  une  réaction  symptomatique  à  l’ignorance  et  au  mépris  dont   fait  preuve  une  partie  des  élites  vis-à-vis   des  préoccupations  et  des  angoisses  des   perdants de la mondialisation. Le discours  démagogique   fonctionne   sur   le   même    type de schéma : il met en exergue les situations  les  plus  dramatiques,  les  injustices  les  plus  criantes,  les  dysfonctionnements   démocratiques   bien   réels…   qu’il    érige  en  exemples  à  valeur  universelle,   pour  les  imputer  aussitôt  à  des  responsables qui sont toujours les mêmes et que l’on accuse  de  tous  les  maux  :  les nantis,   les   riches,   les puissants… qui eux-mêmes   sont   inféodés   au « système »   qualifié   de « financier »,  de  « capitaliste »,   de   « néolibéralisme »,  de  « politico-médiatique »…  C’est selon ou c’est tout à la fois. Sans oublier les  États-Unis  qui  condenseraient  toutes  ces   tares,  continueraient  de  régner  en  maître   absolu  sur  le  monde  et  tireraient  les  ficelles des États-marionnettes et des États- nations…   Le   complotisme   n’est   jamais    loin. L’Union européenne entre désormais  dans ce schéma. Ce n’est pas la façon dont  s’est  construite  l’Union  européenne,  la   bureaucratie, la réalité de sa crise qui sont  en question, mais l’exploitation qui en est  faite qui joue sur toutes les frustrations, les  ressentiments  et  les  haines  pour  faire  va- loir la logique du bouc émissaire et du « il  n’y   a   qu’à   »…   Les   discours   de   Marine    Le Pen et Jean-Luc Mélenchon me paraissent typiques de ce registre démagogique,  sans  parler  de  leurs  propositions  économiques  irresponsables  et  du  changement   des alliances au profit de la Russie de Vladimir Poutine. Ces discours populistes entraînent  un  peu  plus  le  pays  et  l’Union   européenne dans la dislocation et le chaos. (…) Ces oppositions caricaturales verrouillent  d’emblée   le   débat   démocratique   et   la    libre  réflexion.  Ce  sont  des  schèmes  de   communication  bien  adaptés  aux  nouvelles   techniques   d’information   et   de    communication qui favorisent les formulations  sommaires  et  la  réactivité  à  tous   crins.  On  n’entre  plus  dans  l’examen  du   contenu  des  significations  des  idées  et   dans l’argumentaire ; on en reste à la surface  des  mots  qui  fonctionnent  comme   des signes identitaires et d’appartenance  au bon ou au mauvais camp. Une fois les  étiquettes  accolées,  il  est  difficile  de  s’en   défaire  ;  ce  sont  des  tics  de  langage  qui   passent en boucle dans les médias et vous  collent à la peau.  Il est ainsi difficile d’aborder les questions anthropologiques, l’insécurité culturelle,  l’inquiétude   identitaire,   l’immigration    sauvage…  qui  sont  au  cœur  du  malaise   démocratique   sans   être   soupçonné   de    flirter  avec  l’extrême  droite  ou  de  faire   son  jeu.  Ce  genre  de  tabou  jeté  sur  ces   questions  par  une  gauche  médiatique  a   abouti  aux  résultats  que  l’on  sait  :  elle  a   permis  à  l’extrême  droite  de  se  les  approprier à sa manière.  On  ne  doit  pas  craindre  d’aborder  librement  ces  questions.  L’alternative  au  nationalisme  xénophobe  et  chauvin  n’est   pas  l’évocation  d’une  patrie  désincarnée   et  encore  moins  d’une  citoyenneté  du   monde invertébrée. Elle suppose une histoire un « héritage de gloire et de regrets  à  partager  »  et  «  dans  l’avenir  un  même   programme  à  réaliser  ».  L’identité  d’un   pays  et  d’une  civilisation  n’est  pas  une   substance immuable et fermée, mais elle  ne signifie pas pour autant une recomposition constante et indéfinie. Elle suppose  un   cadre   structurant, une   interprétation de l’histoire  qui  structure les    événements,    leur donne une signification et met en valeur les acquis de notre héritage. Jean-Pierre Le Goff
S’agissant  de l’évolution du PIB par habitant de sa population, la France voit en effet sa  situation diverger de celle des États-Unis et des autres pays de l’Union européenne  à quinze, au point qu’elle accuse  aujourd’hui un retard notable par rapport  à ces nations.  (…)  Si l’on s’attache aux facteurs  explicatifs du différentiel de prospérité  entre la France et ses voisins européens,  ce sont avant tout les faibles taux  d’activité et d’emploi de sa population  au regard des autres économies avancées  qui en constituent les principales causes,  au-delà même de leurs implications  humaines et sociales. Rapport McKinsey
Un constat s’impose lorsque l’on se penche sur un diagnostic socio-économique comparé de la France : notre pays souffre avant tout d’une panne durable de prospérité. Au-delà de tous les débats portant sur la répartition de la richesse, c’est la production de cette richesse qui doit aujourd’hui être placée en tête des priorités. S’agissant de l’évolution du PIB par habitant de sa population, la France voit en effet sa situation diverger de celle des Etats- Unis et des autres pays de l’UE à 15, au point qu’elle accuse aujourd’hui un retard notable par rapport à ces nations. Alors qu’elle figurait, jusqu’au milieu des années 1990, dans le peloton de tête européen en matière de prospérité, la France est passée en 1996 sous la moyenne européenne et a chuté depuis 2010 à la 11ème place parmi les Quinze, ne devançant plus que l’Italie, l’Espagne, le Portugal et la Grèce. A contrario, l’Allemagne est parvenue sur la même période à accentuer son avance. Si l’on s’attache aux facteurs explicatifs du différentiel de prospérité entre la France et ses voisins européens, ce sont avant tout les faibles taux d’activité et d’emploi de sa population au regard des autres économies avancées qui en constituent les principales causes, au-delà même de leurs implications humaines et sociales. Dans une moindre mesure, l’atonie de la productivité explique le recul relatif de la France. Une comparaison avec les pays d’Europe du Nord – Danemark, Finlande, Allemagne, Pays- Bas et Suède – révèle qu’au cours des années 1970 et 1980, la France s’est adjugé un solide avantage sur ces pays en matière de productivité, qui s’est toutefois érodé depuis les années 2000. Il apparaît donc que c’est en premier lieu sur le front du développement massif de l’emploi et, en parallèle, sur les gains de productivité que doivent porter les efforts de notre pays à l’heure de redresser la courbe historique de son PIB par habitant. (…) La France gagnerait à axer résolument la réforme de l’Etat sur la notion de performance du service public, c’est-à-dire sa capacité à produire un service public offrant un haut degré de qualité de service au citoyen à un coût moindre pour le contribuable. Opposer ces deux objectifs participe d’ailleurs à une forme de statu quo qui obère les capacités d’investissement du pays. Au-delà même des aspects liés à la pression des prélèvements obligatoires et donc de la compétitivité du travail et de l’attractivité économique du territoire, cet enjeu de performance devient brûlant au regard de deux facteurs dont la conjonction crée un effet ciseau entre explosion des sources de dépenses et pression croissante sur les recettes : ▪ Les effets du vieillissement de la population et les déséquilibres structurels en matière de finances publiques que celui-ci va générer. ▪ Le niveau du stock de dettes public (atteignant près de 110 % du PIB en Europe), qui réduit toute marge de manœuvre budgétaire et surtout d’investissement de la part des acteurs publics. Pour les services publics, il devient impératif de faire mieux avec moins. A ce titre, une analyse comparée de la performance des grandes politiques publiques dans plusieurs économies matures révèle que la qualité du service rendu au citoyen mesurée par des indicateurs internationaux (OCDE, Banque Mondiale, ONU, OMS…) n’est pas directement corrélée au niveau de la dépense. Ainsi, la France et l’Allemagne obtiennent des profils et des résultats très comparables en termes de performance sur bon nombre de périmètres majeurs des services publics, alors que la France consacre 57 % de son PIB à la dépense publique, contre 44 % pour l’Allemagne. En procédant à une analyse des grands programmes de réforme publique ayant fortement amélioré le ratio coût-qualité du service public dans le monde, on observe que trois catalyseurs de la transformation ont systématiquement été mis en place, sur lesquels devrait se fonder la réforme en France : ▪ Fixer des objectifs ambitieux en matière de qualité de service comme l’ont fait l’Allemagne sur les résultats Pisa ou le Royaume-Uni avec son système de santé. ▪ Maximiser la transparence sur les résultats pour donner aux utilisateurs, aux agents et à la tutelle les moyens de contrôler la qualité et la performance, mais aussi pour favoriser une dynamique d’émulation et de progrès continu. Ces dynamiques sont particulièrement observables s’agissant de l’éducation et de la santé, lorsque l’Etat favorise l’accès des citoyens à des indicateurs factuels de qualité ou d’excellence. ▪ Responsabiliser le terrain, c’est-à-dire confier un maximum de liberté et de marges d’initiatives aux responsables de la « production et de la distribution » du service public, par exemple les chefs d’établissements scolaires, les directeurs d’hôpitaux, les directeurs de laboratoire dans la recherche. (…) Comme l’illustrent les 10 enjeux, la France a peiné à négocier le tournant de la mondialisation : elle l’a davantage subi qu’elle n’a su l’anticiper. Aujourd’hui, elle ne peut manquer le virage, tout aussi fondamental, de la transformation digitale et doit faire en sorte que cette lame de fond porte nos entreprises et notre société. A l’heure où l’Europe commence à enregistrer les signes d’un redémarrage de la croissance dans les pays scandinaves, au Royaume-Uni et en Allemagne, la France doit impérativement parvenir à s’arrimer à ce train des économies renouant avec le dynamisme. Si elle parvient à se délester des pesanteurs entourant les 10 grands enjeux mis en lumière, elle pourra pleinement tirer parti de ses atouts indéniables pour relancer le moteur de création de valeur ajoutée et d’emploi de son économie. Car notre pays dispose encore de solides points d’ancrage pour bâtir sa santé future au sein d’une Europe retrouvant la voie de la croissance. Elle conserve ainsi un niveau élevé d’attractivité pour les investissements directs étrangers, qui s’appuie certes sur des indicateurs de qualité de vie pour lesquels elle figure parmi les nations les plus avancées de l’UE, mais aussi sur la fiabilité de ses infrastructures, ou encore le niveau d’éducation d’une large fraction de son capital humain. L’envergure mondiale et la performance de ses grandes entreprises la distinguent également parmi les autres pays d’Europe, tandis que plusieurs de ses secteurs de pointe (à commencer par le luxe ou l’aéronautique) ont su conserver ou consolider leur avantage compétitif… pour ne citer que certaines de ses forces. Sur les dimensions structurelles que nous mettons en lumière, un effet de « déblocage » doit donc se produire pour libérer ce potentiel et permettre à la France de retrouver la place qu’elle occupait encore il y a 20 ans dans la première moitié des pays de l’Eurozone en matière de prospérité. Au-delà des pistes évoquées une démarche prometteuse consisterait pour notre pays à s’inspirer des meilleures pratiques européennes sur les diverses dimensions socio-économiques qui fondent la compétitivité et la qualité de vie. Car notre continent héberge des leaders mondiaux sur chacune de ces dimensions, si bien qu’analyser et adapter certaines approches de nos voisins immédiats nous permettrait d’engager une bonne part des réformes structurelles nécessaires. Comme le démontrait une de nos récentes études1, une telle démarche d’alignement par le haut à l’échelle européenne permettrait de relancer une croissance durable de l’ordre de 2 à 3 % par an. Au fond, il s’agirait là d’une double opportunité majeure, à la fois pour la France et pour offrir un dessein porteur à une Europe aujourd’hui essoufflée et contestée par les opinions publiques, alors même qu’elle constitue une source de renouveau potentiel majeure pour notre économie. Rapport McKinsey
La France travaille moins que ses voisins et compte trop d’inactifs. Le problème, c’est que les partis qui ont prospéré dimanche dernier sur la colère des Français proposent de travailler encore moins. Jamais le monde n’aura été aussi prospère que sous ces deux décennies de libre-échange, de développement des nouvelles technologies et de croissance exponentielle.  Voici donc la France touchée, après les États-Unis et la Grande-Bretagne, par  cette curieuse vengeance des peuples,  par ce désir de démondialisation, et par  cette conviction que le quart de siècle  écoulé depuis la chute du mur de Berlin  aura affaibli l’Occident. Ce qui est une  lubie ! Ces années de mondialisation  et de « village planétaire » ont permis  à un milliard d’êtres humains de sortir  de la très grande pauvreté. Jamais  le monde n’aura été aussi prospère  que sous ces deux décennies de libre échange, de développement des  nouvelles technologies et de croissance  exponentielle des pays dits émergents. Malgré la crise financière de 2008,  d’ampleur séculaire, l’Europe est plus  prospère aujourd’hui qu’il y a dix ans.  La France aussi. Cela se mesure par un chiffre, toujours aussi abstrait pour la  plupart des Français : le produit  intérieur brut qui compte l’ensemble  des richesses créées par un pays. En  2016, notre pays affichait une richesse  collective de 2 200 milliards d’euros  supérieure de plus de 10 % à ce qu’elle  était en 2008 (1995 milliards).  Le problème, c’est que de tous les pays  européens, la France est celui dont  la démographie a été la plus prospère.  Si bien que le PIB par habitant n’a cessé  de se dégrader au cours des dernières  années. Comme l’a très bien montré la  semaine passée un passionnant rapport  établi par McKinsey (…)  Alors que notre pays  figurait, jusqu’au milieu des années  1990, dans le peloton de tête européen  en matière de prospérité, la France est  passée en 1996 sous la moyenne  européenne et a chuté depuis 2010 à la  11 e  place parmi les Quinze, ne devançant  plus que l’Italie, l’Espagne, le Portugal  et la Grèce. A contrario, l’Allemagne  est parvenue sur la même période  à accentuer son avance. La France s’est donc bien enrichie,  au cours de ces dernières années, grâce  notamment à la bonne santé de ses  grands groupes privés. Mais chaque  Français s’est appauvri. Et cela est hélas  incontestable sur le plan statistique.  D’où la conviction chez beaucoup de nos  concitoyens que cela est le fait de la  mondialisation (qui est pour certains  synonyme d’immigration), de l’absence  de protections nationales et de  l’incapacité de l’Europe à faire émerger  un dessein collectif. Car il est toujours  plus facile de trouver les boucs  émissaires à l’extérieur plutôt que  de regarder ce qui ne va pas chez nous  et qui fonctionne bien mieux chez nos  voisins. (…)  En clair, (…) nous travaillons moins que  nos voisins et que notre pays compte trop d’inactifs. Un phénomène qui a  débuté avec la décennie 2000 lorsque  les 35 heures ont été imposées aux  entreprises et au secteur public. En faisant cette erreur magistrale,  puis en décidant de ne reculer l’âge de la  retraite qu’à 62 ans, quand nos voisins  plaçaient ce curseur entre 65 et 67 ans,  nous avons globalement fait le choix  de travailler moins et donc de produire  moins, alors que notre population  gonflait, principalement du fait d’une  forte fécondité des Français d’origine  étrangère. Le problème c’est que les  mêmes partis qui ont prospéré dimanche  dernier sur la colère – légitime – des  Français face à cet appauvrissement  proposent tous de travailler encore  moins. Et ce n’est pas le programme  insipide d’Emmanuel Macron qui va  permettre à chaque Français de renouer  avec la prospérité. Yves de Kerdrel
The man who set up his own party to challenge the system, En Marche! (his own initials), is in fact a perfect insider-outsider. A graduate of the top administrative college, l’ENA, he made a fortune organising mergers and acquisitions for the Rothschild bank, earning €2.9 million in one takeover and getting the nickname of ‘the Mozart of finance’. In the seamless way of the French elite, he gravitated to the Elysée Palace as a Hollande adviser and became economics minister in 2014, lasting two years before resigning and setting his sights on returning as president of the republic. Macron, immaculately groomed, exudes confidence and seems to have an answer for everything, including the need not to make concessions to the UK over Brexit. He has determination and ambition, but he’d be wise to remember how lucky he’s been too. Given the Socialist Hollande’s abject unpopularity, this looked like the year when the centre-right Republicans were bound to regain the presidency. But their candidate, François Fillon, ran into fatal allegations that he arranged big payments from state funds to his wife and family for work they did not do. The Socialists split, choosing the left-winger Benoît Hamon and prompting a walk-out by social democrats like former premier Manuel Valls, who backed Macron despite bad blood between them when they were in government together. Two of the party’s important provincial figures, Lyons mayor Gérard Collombe and Jean-Yves Le Drian, president of the Regional Council of Brittany, swung behind the pretender. The rise of the hard-left Jean-Luc Mélenchon in the first round campaign, addressing huge crowds and using a hologram to appear at two rallies at a time, provided an alternative pole to Marine Le Pen for angry voters. As her polls ratings declined, she focused on her core electorate and thus limited her ability to broaden her appeal. Macron had only to ensure that the swelling ranks of En Marche! supporters remained pumped up. (…) The immediate problem is the June legislative elections. En Marche! has no members of parliament — it plans to run candidates in all 577 constituencies, but when voters choose their National Assembly representatives they often stick to candidates they know. And Macron’s movement lacks a national organisation. Last Sunday he scored well in big cities and western France but his opponents did better in swaths of the north and south. (…) That will mean a lot of old-fashioned horse-trading. The outlines of such an alliance are: social democrats and centrists plus the liberal wing of the Republicans under former prime minister Alain Juppé. But apart from requiring a lot of minding, coalitions tend not to be resolute in offering the kind of radical changes in economic and social policy Macron has offered, and which he needs to keep En Marche! mobilised. The Republican leadership will want to avoid being sucked into the new president’s orbit. The Socialists, who had a disastrous first round with only 6 per cent of the vote, will struggle for survival and will resist a Macron takeover. In short, building a new reformist, liberal, pro-Europe Jerusalem looks like being more a matter of forging alliances with skittish, self-protective partners. It is a great mistake to imagine that the anti-Le Pen line-up on 7 May will endure. The single aim of stopping the Front will be replaced by a myriad of party, regional and personal interests. The idealists of En Marche! may find that hard to stomach. A movement that came from nowhere could all too easily dissolve like snowflakes in the sun. Macron’s task is made all the more tricky by the legacy of another element in the voting last Sunday. Almost half the voters supported anti-establishment parties. Their parliamentary representation will be well short of their popular backing. That is likely to fuel street action encouraged by Mélenchon and Le Pen, whose Front is the principal political vehicle for industrial workers and has made inroads into depressed rural areas. The big CGT union federation will try to make up for declining membership by increased militancy. Vested interests, from farmers to pharmacists, will be up in arms. A rentrée chaude is on the cards for the autumn. The first-round vote showed a sharply divided nation. Le Pen took nine departments among those with the highest jobless rates. They are not likely to fall for the Macron charm or his liberal ‘open to the world’ policies. So France will come out of one election and approach another split between the haves and have-nots with two articulate rabble-rousers confronting the political start-up of the decade. Jonathan Fenby
At the height of the financial crisis, Rothschild & Cie. assigned one of its veteran bankers to groom a new hire named Emmanuel Macron. Mr. Macron had no experience in banking. Instead, he had powerful mentors who had recommended him to Rothschild as a danseur mondain—literally, high-society dancer—who could drum up business. “He was identified as being a very singular person with lots of contacts,” recalls Cyrille Harfouche, the veteran assigned to shepherd Mr. Macron. By the time Mr. Macron left Rothschild four years later, he had negotiated a multibillion-dollar deal and become one of its youngest-ever partners. Mr. Macron’s banking career followed a playbook that now has upended the political order and placed the French presidency within his grasp, with a final-round election against Marine Le Pen on May 7. Mr. Macron made friends in high places who propelled him to ever-higher echelons of French society. Along the way he acquired a repertoire of skills, from piano and philosophy to acting and finance, that helped impress future mentors. The approach allowed Mr. Macron to shortcut the traditional political path. Rather than run for office in his hometown, gradually building a constituency, he proceeded straight to Paris, where he became an expert on banking and European technocracy. He acquired a mastery of arcane regulations, from the 3,334-page French national labor code to the plumbing of the European Union’s single market, that made him a valuable potential aide to politicians being whipsawed by the EU’s complexity and the gyrations of global markets. Now the future of France, and in considerable measure of the EU itself, could be in the hands of a 39-year-old who was little-known to much of the world until this year. His duel with Ms. Le Pen over France’s place in Europe has redrawn French politics, sweeping aside mainstream candidates and the traditional left-right divide they represent. Mainstream French parties have called on their supporters to rally behind Mr. Macron in the contest against Ms. Le Pen, the far-right nationalist who would withdraw France from the EU’s common currency. A Macron win would put Europe’s second-largest economy under an outspoken EU supporter who wants to establish a command center for the Continent’s defense, create a border police force, loosen France’s rigid labor rules, cut payroll taxes and reduce French public-sector employment by 120,000. Mr. Macron is a political pragmatist who has long cast himself as an outsider. He was musician to his banking colleagues and a capitalist inside a Socialist government before squaring off with nationalists as a pro-Europe candidate. The WSJ

Vous avez dit danseur mondain ?

Au lendemain d’un premier tour qui entre machination juridico-médiatique et règlements de compte politiques …

A éliminé rien de moins que les candidats des deux principaux partis

Dont le seul représentant, à l’économique comme au régalien, d’une véritable alternance

Au profit de deux outsiders aux naïvetés et cécités presque exactement croisées ….

Pendant que pour étoffer leurs lourds dossiers contre le drôle de paroissien pilleur de troncs nos juges-justiciers en sont à faire les poubelles des journaux de province

Et qu’oubliant l’origine largement musulmane du nouvel antisémitisme, la Shoah devient argument de campagne pour racoler les électeurs juifs contre le seul Front national …

Devinez qui va se choisir …

Après cinq années d’immobilisme d’un autre président accidentel …

Une France cigale qui entre la semaine de 35 heures et la retraite à 62 ans …

Ne cesse, depuis vingt ans et entre deux attentats islamistes, de perdre du terrain par rapport à ses principaux concurrents  …

Pour danser comme en témoignent le refus du prétendu « front républicain » (étrangement silencieux sur le lénino-chaveziste de service Mélenchon) …

Ou les ralliements qui ont commencé à la candidate de la droite radicale …

Sur le volcan de la colère qui monte de toute une population marginalisée par la mondialisation ?

The Calculated Rise of France’s Emmanuel Macron

French presidential candidate skipped electoral politics, instead connecting with the elite and acquiring market experience; at stake, the future of Europe

Stacy Meichtry and William Horobin

The Wall Street Journal
April 28, 2017
PARIS—At the height of the financial crisis, Rothschild & Cie. assigned one of its veteran bankers to groom a new hire named Emmanuel Macron.
Mr. Macron had no experience in banking. Instead, he had powerful mentors who had recommended him to Rothschild as a danseur mondain—literally, high-society dancer—who could drum up business.
“He was identified as being a very singular person with lots of contacts,” recalls Cyrille Harfouche, the veteran assigned to shepherd Mr. Macron. By the time Mr. Macron left Rothschild four years later, he had negotiated a multibillion-dollar deal and become one of its youngest-ever partners.
Mr. Macron’s banking career followed a playbook that now has upended the political order and placed the French presidency within his grasp, with a final-round election against Marine Le Pen on May 7. Mr. Macron made friends in high places who propelled him to ever-higher echelons of French society. Along the way he acquired a repertoire of skills, from piano and philosophy to acting and finance, that helped impress future mentors.
The approach allowed Mr. Macron to shortcut the traditional political path. Rather than run for office in his hometown, gradually building a constituency, he proceeded straight to Paris, where he became an expert on banking and European technocracy. He acquired a mastery of arcane regulations, from the 3,334-page French national labor code to the plumbing of the European Union’s single market, that made him a valuable potential aide to politicians being whipsawed by the EU’s complexity and the gyrations of global markets.
Now the future of France, and in considerable measure of the EU itself, could be in the hands of a 39-year-old who was little-known to much of the world until this year. His duel with Ms. Le Pen over France’s place in Europe has redrawn French politics, sweeping aside mainstream candidates and the traditional left-right divide they represent.
Mainstream French parties have called on their supporters to rally behind Mr. Macron in the contest against Ms. Le Pen, the far-right nationalist who would withdraw France from the EU’s common currency.
A Macron win would put Europe’s second-largest economy under an outspoken EU supporter who wants to establish a command center for the Continent’s defense, create a border police force, loosen France’s rigid labor rules, cut payroll taxes and reduce French public-sector employment by 120,000.
Mr. Macron is a political pragmatist who has long cast himself as an outsider. He was musician to his banking colleagues and a capitalist inside a Socialist government before squaring off with nationalists as a pro-Europe candidate.
Interviews with Mr. Macron over two years, as well as with campaign aides, government officials and friends, reveal a man who set his sights on high office early, showing a willingness to defy convention in pursuit of that goal. That drive ultimately set Mr. Macron on a collision course with the one mentor who elevated him to the senior ranks of government, President François Hollande.
Born to a family of doctors in the northern city of Amiens, Mr. Macron met his future wife, Brigitte Trogneux, while he was in high school and she was his drama coach. She was more than 20 years his senior, a member of a prominent business family of chocolatiers, and married.
The teenager spent hours with Ms. Trogneux to adapt a play by the Italian playwright Eduardo de Filippo about a clever actor who tries to outsmart a powerful local official. She cast him in the lead role. “We worked a lot together,” he recalled.
Mr. Macron’s parents sent him to finish high school in Paris, but he remained in touch with Ms. Trogneux. A couple of years later, she broke off her marriage and moved to Paris to live with Mr. Macron.
By then he was making his way into rarefied circles. He studied philosophy and became the assistant of Paul Ricoeur, one of France’s best-known philosophers. He enrolled in the Ecole Nationale d’Administration, the elite academy that trains French ministers, central bankers and presidents.
Graduating near the top of his class, Mr. Macron earned a post in the Inspectorate General of Finance, a corps of state auditors that serves as a finishing school for the establishment. He cultivated powerful alumni such as French power broker Alain Minc and former Prime Minister Michel Rocard.
One alumnus he courted recalled sitting down with Mr. Macron for the first time and asking him where he saw himself in 30 years. “President of the Republic,” he replied, according to this person.
Mr. Macron remembered the exchange differently—that he simply said he was open to a career in politics.
The alumnus advised Mr. Macron to avoid conventional politics, saying it wouldn’t guarantee him financial security, and helped line up a job for him at Rothschild, a venerable investment bank that straddles the worlds of French finance and politics.
Mr. Macron impressed his bosses by seeking to do more than open doors. Mr. Harfouche said Mr. Macron wanted to learn “the hard way.” So he was given a crash course in the number-crunching and financial modeling that goes into mergers and acquisitions. Word also spread of his piano virtuosity. “He could have been an artist,” Mr. Harfouche said.
While at the Inspectorate, Mr. Macron had worked as an assistant to an economic committee of eminences grises that included Nestlé SAChairman Peter Brabeck-Letmathe. Mr. Macron began meeting with the executive regularly, pitching an acquisition target: Pfizer Inc.’sbaby-food business.
Ultimately he persuaded Nestlé about the acquisition as a way to boost its presence in China, one of the few baby-food markets where the Swiss company wasn’t a market leader. When a bidding war broke out with French rival Danone SA, Mr. Macron scrambled to clinch the $11.8 billion Nestlé purchase.

MACRON’S PLATFORM

  • Economy: Cut corporate income tax rate to 25% from 33.3%. Abolish some local taxes. Eliminate 120,000 public-sector jobs over five years. Spend more on renewable energy, upgrades to public services.
  • Labor: Cut payroll taxes. Expand unemployment-benefit eligibility. Let firms negotiate directly with employees on working hours
  • Security, Foreign Policy: Hire 10,000 more police. Increase prison capacity. Boost defense spending to 2% of GDP. Negotiate with EU countries to create border force of 5,000. Process refugee applications faster.
  • Education : Cut class size. Allow bilingual instruction. Don’t expand ban on Islamic headscarfs to universities.
  • Electoral Reform: Reduce number of lawmakers and senators. Bar them from hiring family as assistants.
The deal made Mr. Macron, by then a partner at Rothschild, a wealthy man. It also made him an adviser sought after in French political circles, including Mr. Hollande, the Socialist Party leader who was then challenging French President Nicolas Sarkozy. Mr. Hollande hired Mr. Macron as an aide, dispatching him to reassure investors and business leaders nervous about the candidate’s plan for a 75% tax on incomes above €1 million.
After winning the presidency in 2012, Mr. Hollande brought Mr. Macron to the Élysée Palace as deputy chief of staff. As business leaders threatened to leave France, citing the tax policy, Mr. Macron warned his boss in an email that he risked turning France into “Cuba without the sun.”
Mr. Hollande relented, scaling back his contentious tax plan and introducing some corporate tax cuts dubbed the “responsibility pact.” The U-turn enhanced the reputation of his pro-business consigliere among members of the Socialist Party’s frustrated free-market wing who had flocked to Mr. Macron’s side.
Among them was Gérard Collomb, a senator and mayor of Lyon. “I was quite on edge about Mr. Hollande’s policies, so [Mr. Macron] dined with me and some lawmakers to try and calm things down,” Mr. Collomb said.
Other interventions followed. When Mr. Hollande’s left-wing economy minister, Arnaud Montebourg, tried to scuttle a General Electric Co. bid for Alstom SA’s turbine business, Mr. Macron stepped in and brokered GE’s $17 billion purchase.
With the wind in his sails, Mr. Macron abruptly quit as an Hollande aide in the summer of 2014, saying he wanted to try starting his own business. Mr. Hollande hosted an elaborate Élysée Palace send-off at which the president quipped in a toast that whenever he travelled abroad, people remarked: “Ah! You work with Emmanuel Macron.”
Mr. Macron responded with a serious speech, urging the assembled politicians to overhaul the country.
Weeks later, Mr. Hollande ousted Mr. Montebourg over the economy minister’s opposition to spending cuts—and offered Mr. Macron the job.
Mr. Macron didn’t immediately say yes. He demanded a mandate to overhaul the economy.
“You will be here to reform,” Mr. Hollande replied.
Four days into the new post, Mr. Macron invited Sigmar Gabriel, then Germany’s economy minister and vice chancellor, to a private dinner in Paris. They agreed to commission a report from economists that could serve as a blueprint for a grand bargain Mr. Macron envisioned to revive the EU’s fortunes: Germany would provide stimulus by spending more, and France would become a European model of economic rectitude by paring back its generous labor protections.
“From the start I proposed a European New Deal—undertake reform, but at the same time persuade Europe to invest more,” Mr. Macron said in an interview last year shortly before declaring his run for the presidency.
In his view, France’s job market was hemmed in by a rigid educational system that set young people on a narrow career trajectory and by labor rules that discouraged companies from hiring them. The result was an unemployment rate of nearly 10%, and twice that among the young.
Mr. Macron, as economy minister, crafted a bill to streamline hiring and firing procedures, slash red tape and permit more shops to open on Sunday. The contentious proposals, dubbed the Macron Law, thrust him into the limelight as unions organized large street protests.
Mr. Hollande, fearing the bill would fail in Parliament, to the embarrassment of his government, didn’t put it to a vote. He instead stripped out key provisions that would ease hiring and firing restrictions, then enacted the bill by decree.
That sowed the seeds of Mr. Macron’s future rebellion. Interviewed by The Wall Street Journal later on that day in early 2015, Mr. Macron was asked whether he had ever harbored presidential ambitions.
“No, but when you decide to do something, it’s to do the best—to become [a] billionaire when you create a startup,” Mr. Macron said.
He joked: “Or king. I want to change the regime.”
He continued prodding Mr. Hollande, sending him a letter on Christmas Eve 2015 that again urged the president to make deeper economic changes and to push Europe and Germany to loosen their purse strings.
“We need to go further, and, at the same time, it’s crucial that Europe have a stimulus policy,” Mr. Macron said months later, describing the contents of the letter.
Mr. Hollande didn’t write back. He was grappling with historically low poll numbers that jeopardized his chance of re-election. The last thing he needed was to revive street protests.
Mr. Hollande’s inaction was a final spur to Mr. Macron’s presidential ambitions, said Richard Ferrand, a veteran Socialist politician who sometimes guided Mr. Macron in the legislative process.
In the months that followed, Mr. Macron huddled with Socialist heavyweights such as Messrs. Ferrand and Collomb to plot a run for the presidency. Without the backing of a long-established party, he would need to tap his contacts in the business world. That meant taking the unusual step in French politics of hosting private fundraising dinners, inviting people who had their own networks of potential donors.
Last spring, Mr. Macron unveiled his own political party, En Marche, or “On The Move,” mortally wounding Mr. Hollande’s re-election chances. At first, the president refused to publicly acknowledge Mr. Macron wanted his job.
“It’s not just a question of hierarchy—he knows what he owes me. It’s a question of personal and political loyalty,” Mr. Hollande said in a TV interview at the time.
Days later, Mr. Macron delivered the coup de grâce in a local newspaper interview confirmed by his spokeswoman.
“When a president names someone minister,” he said, it’s “not to make him a servant.”
Last Aug. 30, with TV cameras watching, Mr. Macron boarded a covered riverboat docked at the economy ministry and rode it down the river Seine to the Élysée Palace to deliver his resignation.
Voir aussi:

«C’est la raison qui a perdu les élections»
Yves de Kerdrel
Le Figaro
25/04/2017

CHRONIQUE – La France travaille moins que ses voisins et compte trop d’inactifs. Le problème, c’est que les partis qui ont prospéré dimanche dernier sur la colère des Français proposent de travailler encore moins.

Jean Mistler qui était un esprit fin, ancien élève du philosophe Alain et successeur de Paul Morand au Quai d’Orsay, répétait cette jolie formule: «La majorité a toujours raison, mais la raison a bien rarement la majorité aux élections.» Le premier tour de la présidentielle qui s’est déroulé dimanche dernier a fourni une nouvelle preuve de la perspicacité de cet ancien secrétaire perpétuel de l’Académie française. Puisque si l’on analyse en détail les résultats du pathétique scrutin du 23 avril, plus de la moitié des votants ont déposé dans l’urne un bulletin portant le nom d’un dénonciateur de la mondialisation, de l’Europe et de l’économie de marché.

Jamais le monde n’aura été aussi prospère que sous ces deux décennies de libre-échange, de développement des nouvelles technologies et de croissance exponentielle.  Voici donc la France touchée, après les États-Unis et la Grande-Bretagne, par  cette curieuse vengeance des peuples,  par ce désir de démondialisation, et par  cette conviction que le quart de siècle  écoulé depuis la chute du mur de Berlin  aura affaibli l’Occident. Ce qui est une  lubie ! Ces années de mondialisation  et de « village planétaire » ont permis  à un milliard d’êtres humains de sortir  de la très grande pauvreté. Jamais  le monde n’aura été aussi prospère  que sous ces deux décennies de libre échange, de développement des  nouvelles technologies et de croissance  exponentielle des pays dits émergents. Malgré la crise financière de 2008,  d’ampleur séculaire, l’Europe est plus  prospère aujourd’hui qu’il y a dix ans.  La France aussi. Cela se mesure par un chiffre, toujours aussi abstrait pour la  plupart des Français : le produit  intérieur brut qui compte l’ensemble  des richesses créées par un pays. En  2016, notre pays affichait une richesse  collective de 2 200 milliards d’euros  supérieure de plus de 10 % à ce qu’elle  était en 2008 (1995 milliards).  Le problème, c’est que de tous les pays  européens, la France est celui dont  la démographie a été la plus prospère.  Si bien que le PIB par habitant n’a cessé  de se dégrader au cours des dernières  années.

Comme l’a très bien montré la  semaine passée un passionnant rapport  établi par McKinsey :  « S’agissant  de l’évolution du PIB par habitant  de sa population, la France voit en effet sa  situation diverger de celle des États-Unis  et des autres pays de l’Union européenne  à quinze, au point qu’elle accuse  aujourd’hui un retard notable par rapport  à ces nations. »  Alors que notre pays  figurait, jusqu’au milieu des années  1990, dans le peloton de tête européen  en matière de prospérité, la France est  passée en 1996 sous la moyenne  européenne et a chuté depuis 2010 à la  11 e  place parmi les Quinze, ne devançant  plus que l’Italie, l’Espagne, le Portugal  et la Grèce. A contrario, l’Allemagne  est parvenue sur la même période  à accentuer son avance.

La France s’est donc bien enrichie,  au cours de ces dernières années, grâce  notamment à la bonne santé de ses  grands groupes privés. Mais chaque  Français s’est appauvri. Et cela est hélas  incontestable sur le plan statistique.  D’où la conviction chez beaucoup de nos  concitoyens que cela est le fait de la  mondialisation (qui est pour certains  synonyme d’immigration), de l’absence  de protections nationales et de  l’incapacité de l’Europe à faire émerger  un dessein collectif. Car il est toujours  plus facile de trouver les boucs  émissaires à l’extérieur plutôt que  de regarder ce qui ne va pas chez nous  et qui fonctionne bien mieux chez nos  voisins.

Le rapport de McKinsey mentionné  plus haut va donc plus loin et montre  que  « si l’on s’attache aux facteurs  explicatifs du différentiel de prospérité  entre la France et ses voisins européens,  ce sont avant tout les faibles taux  d’activité et d’emploi de sa population  au regard des autres économies avancées  qui en constituent les principales causes,  au-delà même de leurs implications  humaines et sociales ».  En clair, cela  signifie que nous travaillons moins que  nos voisins et que notre pays compte  trop d’inactifs. Un phénomène qui a  débuté avec la décennie 2000 lorsque  les 35 heures ont été imposées aux  entreprises et au secteur public.

En faisant cette erreur magistrale,  puis en décidant de ne reculer l’âge de la  retraite qu’à 62 ans, quand nos voisins  plaçaient ce curseur entre 65 et 67 ans,  nous avons globalement fait le choix  de travailler moins et donc de produire  moins, alors que notre population  gonflait, principalement du fait d’une  forte fécondité des Français d’origine  étrangère. Le problème c’est que les  mêmes partis qui ont prospéré dimanche  dernier sur la colère – légitime – des  Français face à cet appauvrissement  proposent tous de travailler encore  moins. Et ce n’est pas le programme  insipide d’Emmanuel Macron qui va  permettre à chaque Français de renouer  avec la prospérité. Voilà pourquoi Jean  Mistler soulignait à juste titre que  « la raison a bien rarement la majorité  aux élections » .

Voir également:

«Le climat ressemble aux heures les moins glorieuses de la Révolution française »
FIGAROVOX/ENTRETIEN – Le sociologue Jean-Pierre Le Goff livre son analyse de la campagne présidentielle. Il voit dans le succès d’Emmanuel Macron le fruit d’une nouvelle sensibilité démocratique fondée sur un mélange de raison et d’émotion. Les foules sentimentales des meetings d’En marche et de la France insoumise en sont l’illustration. Il décèle aussi le retour d’un esprit «sans-culotte» qui prête au peuple toutes les vertus, aux élites tous les vices et s’inquiète des «oppositions caricaturales qui verrouillent d’emblée le débat démocratique et la libre réflexion».
Propos recueillis par Vincent Trémolet de Villers
Le Figaro
25/04/2017
LE FIGARO. – Comment avez-vous  perçu la campagne électorale  du premier tour ?
Jean-Pierre  LE  GOFF.  –   Comme  beaucoup, j’ai éprouvé un sentiment de saturation  et  de  ras-le-bol  vis-à-vis  d’une   campagne     parasitée     par     l’«     affaire  Fillon  »  et  la  surmédiatisation.  Les  questions redondantes de certains journalistes transformés en procureurs, les commentaires  des  commentaires,  les  ragots,  les   mensonges,  les  fausses  nouvelles  circulant  dans  les  «  réseaux  sociaux  »…  ont   constamment  brouillé  les  pistes  et  détourné l’attention. Au hit-parade de l’insignifiance  figurent  en  bonne  place  les   costumes  de  François  Fillon,  la  pseudo-liaison  cachée  d’Emmanuel  Macron  et  le   tee-shirt télévisuel de l’ouvrier Poutou.  Les débats des primaires et la multiplication des candidats en fin de campagne ont offert un spectacle désolant, celui de politiques sommés de répondre au plus vite  à  des  questions  diverses  par  des  journalistes  ayant  des  allures  de  meneur  de  jeu   malicieux,   cherchant   constamment   à    mettre  en  défaut  les  candidats,  comme   pour  mieux  faire  valoir  leur  propre  ego.   Sans oublier les émissions politiques avec  des  invités  surprises  qui  peuvent  se  défouler  et  des  comiques  de  service  au  rire   obligé. Le tout est évalué à coups de taux  d’audience   et   de   part   de   marché,   de    nombre  de  tweets  et  de  «  pics  d’intérêt   sur  Google  »,  de  mots,  de  phrases  et  de   moments  «  forts  »…  Le  vainqueur  pro- clamé de cette essoreuse à idées et à émotions  sera  celui  qui  est  jugé  le  «  plus   convaincant » par des téléspectateurs qui  ont  eu  le  courage  de  suivre  l’émission   jusqu’au bout.  Malgré tout, les candidats ont pu exposer  certaines  de  leurs  idées,  des  arguments   ont  été  échangés,  mais  dans  le  cadre   d’une  politique  spectacle  qui  ne  contribue  pas  à  réconcilier  les  Français  avec  la   politique et encore moins avec un certain  type  de  journalisme  d’animation.  On  a   assisté à une sorte de jeu destructeur de la  politique  détournant  constamment  l’attention   de   l’examen   du   contenu   des propositions, de leur crédibilité, de la façon  dont  ils  s’insèrent  dans  l’histoire  du   pays et dessinent l’avenir de la France en  Europe et dans le monde. Ces enjeux qui  donnent  sens  à  l’élection  présidentielle   ont  été  brouillés  par  ce  maelström  médiatique  et  communicationnel  et  ont  eu   du mal à s’imposer dans la campagne.
En dehors du contenu des programmes,  la « com » et les réseaux sociaux ont joué  un rôle important…
Les réseaux sociaux qui fonctionnent dans la réactivité font écho à un type d’individualité  qui  vit  dans  «  l’événementiel  »  et   cherche  à  faire  valoir  sa  propre  image  et   sa  distinction.  Dans  le  grand  brassage  de   la  communication  politique,  il  importe   de  montrer que le candidat est un individu  sensible  comme  tout  un  chacun,  en   même temps qu’un être hors du commun  par   son   dynamisme   et   son   image   de    perpétuel   gagnant,   sur   le   modèle   des    managers  modernistes  qui  dirigent  leurs   collaborateurs   avec   un   sourire   déconcertant.  Ce modèle ne date pas d’aujourd’hui. Il a partie liée avec un nouvel individualisme  autocentré et sentimental. Les idées sont  collées  aux  affects  et  à  l’image  de  soi  de   telle sorte qu’elles forment un bloc et que  l’individu  supporte  mal  les  conflits  et  les   contradictions.   Toute   critique   de   ses    idées peut être vécue comme la remise en  cause de sa personne. En contrepoint, les  grands  rassemblements  sont  des  «  moments  forts  »  de  ferveur  partagée.  L’adhésion  n’est  pas  seulement  rationnelle,   elle est aussi émotionnelle. Se joue un jeu  de miroir entre les militants et le candidat qui  renvoie  souvent  ses  baisers  à  la  foule   sentimentale qui est venue l’acclamer.
Dans cette campagne, les frontières entre  vie privée et vie publique ont été mises  à mal, et la personnalité des candidats  semble aussi avoir compté dans le vote  des électeurs…
Le questionnement des journalistes sur la  vie privée des hommes politiques ne date  pas  d’aujourd’hui.  Dans  les  années  1950,   un journaliste célèbre de l’ORTF interrogeait  Guy  Mollet,  alors  premier  ministre,   sur sa mère, dont la photo était posée sur  la  cheminée  de  son  bureau.  Celui-ci  répondait  sur  le  ton  de  la  confidence  qu’il   avait beaucoup d’affection pour elle. Dans  le  téléfilm   Le  Grand  Charles,   de  Bernard   Stora,  de  Gaulle,  décontenancé,  regarde   cette grande première télévisuelle au style décontracté  en  lançant  cette  boutade  :   « Nous voilà rassurés si M. Guy Mollet aime  sa  maman,  nul  doute  qu’il  ne  soit  qualifié   pour  diriger  la  France.  »   Que  ne  dirait-on  aujourd’hui  au  vu  des confidences savamment orchestrées des politiques et  des  exercices  obligés de la  « transparence » médiatique ? La   connaissance   de   la personnalité  de  celui  qui représentera la France et disposera    de    pouvoirs importants   est   un   des éléments  importants  du choix         démocratique. Mais,  durant  cette  campagne,  des  seuils  ont  été franchis.   Par   exemple, un  journaliste  a  demandé  à  Emmanuel  Macron de  réciter  ses  tables  de multiplications,  l’a questionné sur le choix fait  avec  son épouse  de ne  pas  avoir d’enfants ou  sur   sa grand-mère, le tout dans une émission intitulée  tout bonnement « Entretien d’embauche  ».  Il  est vrai que les politiques offrent le flanc à un  tel  questionnement  quand  ils  se  croient   obligés  de  raconter  leur  vie  dans  des  livres  sur  le  mode  :  «  Quand  j’étais  petit,   j’étais  un  être  sensible  comme  tout  le   monde, j’ai grandi et me voilà désormais  devant  vous  grand,  fort  et  compétent.  »   Jusqu’où ira-t-on dans ce grand déballage  sentimental  au  nom  d’une  transparence  qui  mélange  les  genres  et  rabat  la   fonction présidentielle au tout-venant ?
Comment expliquer la place  prépondérante de la rhétorique  « antisystème » ? 
L’antisystème  est  une  réaction  symptomatique  à  l’ignorance  et  au  mépris  dont   fait  preuve  une  partie  des  élites  vis-à-vis   des  préoccupations  et  des  angoisses  des   perdants de la mondialisation. Le discours  démagogique   fonctionne   sur   le   même    type de schéma : il met en exergue les situations  les  plus  dramatiques,  les  injustices  les  plus  criantes,  les  dysfonctionnements   démocratiques   bien   réels…   qu’il    érige  en  exemples  à  valeur  universelle,   pour  les  imputer  aussitôt  à  des  responsables qui sont toujours les mêmes et que l’on accu- se  de  tous  les  maux  :  les nantis,   les   riches,   les puissants… qui eux-mêmes   sont   inféodés   au « système »   qualifié   de « financier »,  de  « capitaliste »,   de   « néolibéralisme »,  de  « politico-médiatique »…  C’est selon ou c’est tout à la fois. Sans oublier les  États-Unis  qui  condenseraient  toutes  ces   tares,  continueraient  de  régner  en  maître   absolu  sur  le  monde  et  tireraient  les  ficelles des États-marionnettes et des États- nations…   Le   complotisme   n’est   jamais    loin. L’Union européenne entre désormais  dans ce schéma. Ce n’est pas la façon dont  s’est  construite  l’Union  européenne,  la   bureaucratie, la réalité de sa crise qui sont  en question, mais l’exploitation qui en est  faite qui joue sur toutes les frustrations, les  ressentiments  et  les  haines  pour  faire  va- loir la logique du bouc émissaire et du « il  n’y   a   qu’à   »…   Les   discours   de   Marine    Le Pen et Jean-Luc Mélenchon me parais- sent typiques de ce registre démagogique,  sans  parler  de  leurs  propositions  économiques  irresponsables  et  du  changement   des alliances au profit de la Russie de Vladimir Poutine. Ces discours populistes en- traînent  un  peu  plus  le  pays  et  l’Union   européenne dans la dislocation et le chaos.
Comment caractériseriez-vous le climat  régnant actuellement dans le pays ? 
On  évoque  souvent  le  climat  des  années   1930 pour décrire la situation de crise que  nous traversons, mais on pourrait aussi se référer  à  la  Révolution  française,  ou  tout   au moins à ses pages les moins glorieuses,  avec  la  pression  et  le  pouvoir  qu’ont   exercé un moment les sans-culottes, encouragés  par  des  tribuns  et  des  journalistes  révolutionnaires  qui  pratiquaient   l’invective et la délation envers les représentants  corrompus  et  tous  les  «  riches   égoïstes   ».   La   référence   constante   au    «  peuple  souverain  »  censé  être  incarné   par   les   sans-culottes   contre   les   élus    coupés du peuple n’est pas sans faire écho au « dégagisme ». La vertu se voulait naturelle au peuple, les députés légiféraient  sous  la  pression  des  piques,  les  «  bons   citoyens » se devaient de pratiquer la délation…  L’État  de  droit  et  la  démocratie   représentative   ont   triomphé,   mais   la    passion     égalitaire     et     moralisatrice,      l’apologie de la démocratie directe contre  la  représentation,  l’inexpérience  politique  comme  gage  d’authenticité  et  de   renouvellement…   reviennent   en   force    dans cette période de crise et de décomposition.  Sortir  d’une  telle  situation,  supposerait,   entre autres, de mettre fin au pouvoir in- forme et à la « langue caoutchouc », d’arrêter la démagogie consistant à dire que le programme et les propositions politiques ne  sont  que  l’émanation  pure  et  simple   des  citoyens  et  d’une  société  civile  en- censés de telle manière qu’ils permettent  aux  candidats  de  mieux  se  faire  valoir  et   de  légitimer  leurs  idées  et  leurs  orientations. On en est loin. Dans ce cadre, la référence  au  général  de  Gaulle  ne  manque   pas de culot. Il faut dire que cette référence  peut  aujourd’hui  servir  à  tout,  à  faire   valoir la fuite en avant et la « mondialisation  heureuse  »  comme  la  vision  d’une   France provinciale repliée sur elle-même  qui  pourrait  vivre  tranquillement  dans   son  coin  sans  affronter  les  défis  du  nou- veau   monde.   La   déculturation   et   la    confusion  postmodernes  récupèrent  et   recyclent un gaullisme ossifié.
Le débat est de plus en plus binaire :  ouverts contre fermés, ponts contre  murs, il est presque infantile. Pourquoi ?

Ces oppositions caricaturales verrouillent  d’emblée   le   débat   démocratique   et   la    libre  réflexion.  Ce  sont  des  schèmes  de   communication  bien  adaptés  aux  nouvelles   techniques   d’information   et   de    communication qui favorisent les formulations  sommaires  et  la  réactivité  à  tous   crins.  On  n’entre  plus  dans  l’examen  du   contenu  des  significations  des  idées  et   dans l’argumentaire ; on en reste à la sur- face  des  mots  qui  fonctionnent  comme   des signes identitaires et d’appartenance  au bon ou au mauvais camp. Une fois les  étiquettes  accolées,  il  est  difficile  de  s’en   défaire  ;  ce  sont  des  tics  de  langage  qui   passent en boucle dans les médias et vous  collent à la peau.  Il est ainsi difficile d’aborder les questions anthropologiques, l’insécurité culturelle,  l’inquiétude   identitaire,   l’immigration    sauvage…  qui  sont  au  cœur  du  malaise   démocratique   sans   être   soupçonné   de    flirter  avec  l’extrême  droite  ou  de  faire   son  jeu.  Ce  genre  de  tabou  jeté  sur  ces   questions  par  une  gauche  médiatique  a   abouti  aux  résultats  que  l’on  sait  :  elle  a   permis  à  l’extrême  droite  de  se  les  approprier à sa manière.  On  ne  doit  pas  craindre  d’aborder  libre- ment  ces  questions.  L’alternative  au  nationalisme  xénophobe  et  chauvin  n’est   pas  l’évocation  d’une  patrie  désincarnée   et  encore  moins  d’une  citoyenneté  du   monde invertébrée. Elle suppose une histoire un « héritage de gloire et de regrets  à  partager  »  et  «  dans  l’avenir  un  même   programme  à  réaliser  ».  L’identité  d’un   pays  et  d’une  civilisation  n’est  pas  une   substance immuable et fermée, mais elle  ne signifie pas pour autant une recomposition constante et indéfinie. Elle suppose  un   cadre   structurant, une   interprétation   de l’histoire  qui  structure les    événements,    leur donne une signification et met en valeur les acquis de notre héritage En fin de compte, comment voyez- vous le second tour de l’élection présidentielle ? À  contrario  des  envolées  lyriques  d’Emmanuel  Macron,  ces  propos  de  George   Orwell  me  paraissent  mieux  adaptés  à  la   situation  :   «  La  plupart  d’entre  nous  persistent à croire que tous les choix, et même  les  choix  politiques,  se  font  entre  le  bien  et   le  mal,  et  que  du  moment  qu’une  chose  est   nécessaire,  elle  doit  aussi  être  bonne.  Il   nous   faudrait,   je   pense,   dépouiller   cette    croyance qui relève du jardin d’enfants. En  politique, on ne peut jamais opter que pour  un moindre mal. »  Ce sera encore une victoire  par  défaut  sur  fond  de  divisions  du   pays qui n’auront pas magiquement disparu.  Pour  le  reste,  la  reconstruction  ne   se fera pas en un jour à coup de déclarations  grandiloquentes,  de  nobles  principes et de bons sentiments. Le chantier est  devant nous.  ■

Voir encore:

Ce front républicain qui n’a cessé de faire monter le Front national

La succession d’élections qui se déroulent en France depuis six mois illustre à merveille les contre-effets de la stratégie du front républicain.

Eric Verhaeghe

Contrepoints

30 avril 2017

Le ralliement pourtant tout à fait prévisible de Nicolas Dupont-Aignan à Marine Le Pen suscite assez curieusement un tonnerre médiatique au nom du soi-disant front républicain. Le moment est venu de traiter sur le fond ce qu’est la vraie nature de ce front : l’une des illustrations du bannissement oligarchique, une technique de remise au pas de l’opinion qui explique largement la montée des extrêmes en France.

La rente du front républicain

Il faudrait donc pratiquer le front républicain, c’est-à-dire creuser et maintenir un cordon sanitaire permanent autour du Front National. Oh ! la belle rente électorale qui permet aux partis en place de faire tout et n’importe quoi en étant sûrs de ne jamais perdre les élections. Dans tous les cas, les partis de gouvernement s’allieront toujours pour empêcher un parti nouveau d’arriver aux responsabilités. Bien entendu, c’est au nom de la démocratie que ce viol caractérisé de la démocratie, consistant à interdire à une partie de l’opinion de faire valoir ses idées, est commis.

Le danger que le front républicain fait peser sur la démocratie

La succession d’élections qui se déroulent en France depuis six mois illustre à merveille les contre-effets de la stratégie du front républicain. Au lieu d’endiguer la montée du Front National et de consolider les partis auto-proclamés démocratiques (on se souviendra ici des déchirements après l’élection de Martine Aubry au poste de Premier Secrétaire du PS en 2008, et ceux qui ont suivi la confrontation Fillon-Copé à la tête de l’UMP pour mesurer la distance qui sépare ces partis de la démocratie, m’enfin bon !), le front républicain favorise la montée du Front National, mais aussi, à gauche, des Insoumis. Dans le même temps, il a permis d’éliminer consciencieusement tous ses apôtres : Sarkozy, Juppé, Fillon, Montebourg, Valls, Hamon, etc.

François Fillon à part, les candidats qui ont recueilli le plus de voix à la présidentielle sont ceux qui ne sont pas directement issus du front républicain. Cherchez l’erreur ! Et le Front National n’a jamais bénéficié d’autant de suffrages qu’auparavant. Le front républicain est le père de tous les dégagismes à venir.

Le Front National est-il oui ou non anti-démocratique?

Si le Front National est vraiment anti-démocratique, s’il fait peser une menace sur les libertés publiques et les droits de l’homme, il faut l’interdire. La dissolution des groupes politiques dangereux pour la démocratie est prévue par la loi depuis 1936 ! L’article L232-1 du Code de la Sécurité intérieure dispose notamment :

Sont dissous, par décret en conseil des ministres, toutes les associations ou groupements de fait : (…)

6° Ou qui, soit provoquent à la discrimination, à la haine ou à la violence envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, soit propagent des idées ou théories tendant à justifier ou encourager cette discrimination, cette haine ou cette violence.

Si les partis en place considèrent que le Front National entre dans cette catégorie, que le ministre de l’Intérieur applique la loi et qu’il ordonne la dissolution de ce parti. Sinon, qu’on le laisse, une bonne fois pour toutes, concourir normalement à la vie démocratique.

Comment le bannissement du Front National a affaibli nos institutions

Cette façon de bannir un parti sans l’interdire clairement comme la loi le permet a un effet général d’affaiblissement de nos institutions. D’un côté, les Français ont le sentiment que la démocratie réelle leur est refusée parce que le vote est orienté en faveur de quelques partis, sous peine de stigmatisation et de mise à l’index. De l’autre, ils sanctionnent durement les institutions que le front républicain est supposé protéger.

Pour s’en rendre compte, il suffit de lire ce graphique sur le nombre de voix recueillies au premier tour par les candidats du second tour :

Source : http://www.entreprise.news

En 2007 comme en 2012, les deux premiers candidats avaient recueilli plus de suffrages que l’abstention. En 2002 comme en 2017, l’abstention est le premier parti de France. Depuis 10 ans, le premier candidat à l’issue du premier tour recueille de moins en moins de suffrages.

Autrement dit, la stratégie du front républicain menée notamment sous le mandat de François Hollande, produit des résultats contraires à ceux attendus. Plus on fait « barrage au Front National », plus le Front National progresse, et moins les électeurs adhèrent à l’ensemble des institutions, notamment en manifestant une véritable désaffection pour les candidats qui s’opposent au second tour.

Sans la liberté de blâmer…

Le bannissement, ce réflexe témoin de la réaction nobiliaire…

Les infortunes suicidaires du front républicain tiennent à son esprit, qui déplaît à la majorité. Personne, sur le fond, n’est dupe ! Lorsque les élites de ce pays bannissent le Front National de la vie démocratique, elles envoient un message simple : bonnes gens, la République existe, mais nous en sommes les usufruitiers. Nous prendrons de sévères mesures de rétorsion contre tous ceux qui ne suivraient pas nos choix ou contrediraient nos intérêts. Nous les clouerons au pilori et les humilieront en place de grève. C’est ce qu’on appelle la réaction nobiliaire.

On retrouve ici la tradition du « Ridicule » de l’Ancien Régime très bien mise en scène par Patrice Leconte. Tout ce qui, non seulement ne se conforme pas, mais met en danger, la machine bien huilée destinée à servir les intérêts de l’élite est condamné à être broyé. Facialement, la démocratie existe. En profondeur, elle est foulée aux pieds par l’esprit de parti et de cour qui pétrifient tous ceux qui n’entrent pas dans la « combine ».

… qui insupporte une majorité grandissante de Français

Le bannissement comme réponse sociale à toute contestation politique visant les règles du jeu (ou l’élite qui en tire profit en toute impunité) est devenu une sanction de plus en plus dangereuse à pratiquer. Dans la troupe, la peine suscite des murmures de plus en plus houleux. La campagne pour le second tour montre la difficulté de plus en plus forte à ramener l’ordre et le calme dans les rangs par cette technique humiliante.

Il faut dire qu’à force de bannir, le groupe des « dissidents » devient de plus en plus important. Avec Internet, ce groupe peut s’exprimer malgré le boycott des médias, et il peut disséminer ses idées à l’abri des regards et répandre son parfum avec une grande liberté. De plus en plus de dissidents signifie de plus en plus de « grandes gueules » qui ont un intérêt objectif à nouer des alliances tactiques contre une réaction nobiliaire de plus en plus grotesque.

Prenez Mélenchon. Depuis vingt ans, les socialistes l’humilient, lui font sentir que son côté populo est insupportable, le méprisent pour ses origines et pour son éloquence qui leur fait de l’ombre et les renvoient à leur propre médiocrité. Quel Tartuffe peut s’étonner de le voir jouer avec le feu aujourd’hui ?

Le drame de la réaction nobiliaire est que, année après année, elle ne cesse de grossir les rangs des Mélenchon et de faire maigrir les rangs des fidèles au régime.

Et si l’on revenait à la démocratie ?

La stratégie du front républicain, qui consiste en bout de course à marier les carpes et les lapins pour rester seul à table contre tous les nouveaux arrivants, menace dangereusement nos libertés publiques.

D’abord, elle fonctionne par la multiplication des interdits liberticides. Ensuite, elle relativise les divergences d’opinion au profit d’une coalition d’intérêts mortifères. Pour défendre les mandats d’Estrosi, de Bertrand, de Cambadélis, de tous ceux qui ont pris le pouvoir sans majorité, nous serions supposés sacrifier nos vies et nos envies dans les tranchées d’un ridicule Chemin des Dames politique.

Nous savons tous que l’hécatombe de 1914 a préparé les reniements des années 30, nourris de toutes les désillusions face à ces sacrifices inutiles – inutiles pour l’intérêt général, mais très fructueux pour tous ceux qui ont instrumentalisé la cause collective à leur seul profit.

Et tel est le cancer qui se métastase aujourd’hui dans l’opinion : entre un chaos nommé Marine Le Pen et une désespérance appelée l’immobilisme macronien, fait de phrases creuses, de déclarations péremptoires bâties sur le sable des opinions à la mode, des éléments de langage rédigés par une boîte de com payée à prix d’or, de dénis insupportables et de leçons de morale à trois balles, le choix ne coule plus de source.

Voir encore:

Vie et mort du « Front républicain »

  • Eugénie Bastié
  • Le Figaro
  • 28/04/2017

FIGAROVOX/FOCUS- Le refus de Mélenchon de donner une consigne de vote et le « ni-ni » de certains ténors de la droite acte la défaite d’une stratégie de « cordon sanitaire » dont les origines remontent aux débuts de la IIIème république.

Le Front républicain est à la fois une mythologie ancienne et une discipline électorale qui remonte aux débuts de la IIIe République. Elle mêle considérations morales et bénéfices stratégiques et électoraux, appel au désistement et exclusion d’un parti de l «arc républicain». En 2002, il s’était mis en place après l’accession de Jean-Marie Le Pen au second tour. Cette fois-ci, des lycéens défilent en criant «ni Marine, ni Macron», Jean-Luc Mélenchon n’appelle pas publiquement ses militants à voter pour le candidat d’En Marche, tout comme des élus de droite tels qu’Henri Guaino, Guillaume Larrivé, Éric Ciotti. La pratique du Front républicain se délitait déjà depuis quelques années, notamment avec l’instauration de la stratégie du «ni-ni» par Nicolas Sarkozy.

Selon Frédéric Rouvillois, auteur d’Être (ou ne pas être) républicain (Éditions du Cerf), le Front républicain est une «technique séculaire de marginalisation de l’adversaire par un mot qui porte à la fois une dimension consensuelle et sacrée.» «Dans la mesure où le terme républicain est extrêmement polysémique, pour ne pas dire flou, il est utilisé par certains hommes politiques, souvent de gauche, pour tracer la limite du débat démocratique. Il n’y a pas d’instance objective qui définisse ce qu’est un bon républicain. C’est une stratégie qui n’a pas toujours montré son efficacité».

• 1887 et la «concentration républicaine»

Pour entraver la dérive césariste du général Boulanger, qui avait été nommé ministre de la guerre par Georges Clemenceau, républicains opportunistes et radicaux forment un gouvernement de «concentration républicaine». Ils empêchent l’arrivée au pouvoir du général Boulanger en 1885 et en 1889.

• L’affaire Dreyfus et la «défense républicaine»

«L’affaire Dreyfus est un moment fondateur du front républicain», estime l’historien Olivier Dard. En juin 1899, aux lendemains de l’affaire Dreyfus qui a coupé la France en deux le cabinet Waldeck-Rousseau se présente comme le gouvernement de «défense républicaine». Il rassemble autour des radicaux, la droite modérée, les centristes une partie des socialistes opposés aux anti-dreyfusards.

• Années 1930 et la discipline républicaine:

Aux municipales de 1935 et aux législatives de 1936, le mécanisme de «discipline républicaine», qui prévoit le désistement du candidat de gauche dans l’entre-deux tours au profit du candidat arrivé en tête est élargi au PCF. Une coutume de solidarité électorale plus qu’un barrage moral, qui permet l’union des gauches.

• 1956: le «Front républicain» de Jean-Jacques Servan Schreiber

Le fondateur de l’Express a l’idée de baptiser «Front républicain» une coalition électorale, lancée durant les législatives de 1956, qui rassemblait les socialistes de la SFIO, de l’UDSR le parti de François Mitterrand, des gaullistes sociaux autour de Jacques Chaban-Delmas. Il s’agissait autant de contrer le poujadisme naissant et le PCF en invoquant la protection d’une république supposément menacée par la guerre d’Algérie. Il échoue dans sa tentative de rassembler tous les partis de la «troisième force».

• 1962: un «Front républicain» contre de Gaulle

À l’automne 1962, le radical Gaston Monnerville, président du Sénat, prend la tête des opposants au référendum du général de Gaulle prévoyant de changer la Constitution en faveur d’une élection du président de la république au suffrage universel. Dans un discours, il appelle «les républicains et les républicaines que vous êtes, [à prendre] conscience d’un danger pour la République et [à se montrer] décidés à y faire face» et lance un appel à un «front commun des républicains, de toutes nuances» pour s’opposer au général de Gaulle.

• Années 1980: le «cordon sanitaire»

L’expression «cordon sanitaire» vient des Pays-Bas: elle désigne la politique mise en place à la fin des années 1980 pour exclure de toute coalition électorale les partis d’extrême-droite. Les partis dits démocratiques passent un accord pour ne pas s’allier avec les partis dont le programme est considéré comme contraire aux droits de l’homme. L’expression est reprise en France à la fin des années 1980 pour empêcher tout accord entre la droite et l’extrême droite alors naissante. Elle apparaît dans une tribune en 1987 signée par Jean-Christophe Cambadélis et 122 personnalités. La même année, Michel Noir et Alain Carignon, élus RPR, écrivent dans une autre tribune «Il vaut mieux perdre une élection que perdre son âme». En 1998: l’expression est employée pour dénoncer l’attitude de Charles Millon qui a accepté les voix du FN pour la présidence de la région Rhône-Alpes.

• 2002: l’apogée du «Front républicain»

La qualification surprise au second tour de l’élection présidentielle de Jean-Marie Le Pen suscite un «barrage» généralisé. Tous les candidats, sauf la trotskiste Arlette Laguiller, appellent à contrer le Front national.

• 2011: la stratégie du «ni-ni»

Lors des élections cantonales de 2011, Nicolas Sarkozy prône pour la première fois la consigne «ni vote FN, ni vote PS» en cas de second tour opposant la gauche au parti frontiste. Les ténors de l’aile centriste de l’UMP affichent leur désaccord, appelant à voter à gauche en cas de duels.

• 2017: Affaiblissement du Front Républicain

Contrairement à 2002, la classe politique ne réagit pas de façon unanime à la présence du FN au second tour. Si les principaux ténors de la droite appellent à contrer Marine Le Pen, certains ne donnent pas de consigne de vote. Mais le revirement le plus spectaculaire vient de la gauche: Jean-Luc Mélenchon, qui avait appelé sans états d’âme à faire barrage en 2002, affirme qu’il gardera son vote intime. Le Front républicain est disloqué.

Voir de plus:

Vu du Royaume-Uni. Macron, en marche vers le désastre ?

Cet homme, qui “affirme créer une nouvelle forme de politique” et dit vouloir “défier le système”, est en réalité “un outsider et un insider en même temps”, affirme le journal conservateur, qui explique justement son succès par le soutien de nombreuses personnalités de l’establishment politique.“Le nouvel empereur de l’Europe, titre The Spectator en une de son édition du 27 avril. Certes, Emmanuel Macron devrait devenir président de la République, mais ce jeune prétendant va droit à la catastrophe”, prévient l’hebdomadaire britannique.

Pour l’hebdomadaire britannique, le principal problème de M. Macron sera d’obtenir le soutien d’autres partis au sein de l’Assemblée nationale, ce qui impliquera “une bonne dose de marchandage à l’ancienne”. “Les idéalistes d’En Marche ! auront du mal à digérer les alliances inévitables avec d’autres partis”, prévoit The Spectator.

Enfin, M. Macron devra se préparer à une “rentrée chaude” cet automne : Marine Le Pen, tout comme Jean-Luc Mélenchon, va “encourager les manifestants issus de tous les secteurs à descendre dans la rue” :

Le Pen a gagné dans neuf des départements qui enregistrent les taux de chômage les plus élevés. Il y a peu de chances que ceux-ci soient séduits par le charme de Macron ou par ses politiques libérales d’‘ouverture sur le monde’.”

Voir de même:

What’s the matter with Europe’s new emperor?

Emmanuel Macron looks certain to be president of France, but this young pretender is marching towards disaster

Jonathan Fenby

29 April 2017

Coming out of a celebratory dinner at a Montparnasse brasserie after topping the poll in the first round of the French presidential election on Sunday, Emmanuel Macron had a brief brush with the press. A reporter asked: ‘Is this your Fouquet moment? This referred to a notoriously showy celebration by Nicolas Sarkozy at Fouquet’s restaurant after his own victory in 2007. The 39-year-old centrist was visibly cross. He simply wanted to thank his secretaries, security officers, politicians and writers, he said. Then came the dig. ‘If you don’t understand that,’ he said, ‘you understand nothing about life. I have no lessons to learn from the petit milieu Parisien.’

This dismissive reference to the chattering classes is par for the course for a man who shows no hesitation in demonstrating his superiority; a man who claims he’ll create a new sort of politics to replace the discredited and cliquey system which reached its nadir under Hollande. But behind Macron on the red velvet banquettes of the brasserie was as fine a collection of a particular kind of Parisian in-crowd as one could wish for.

Alongside secretaries and security guards sat the perennial presidential adviser Jacques Attali, who was whispering in François Mitterrand’s ear as he steered France into a downward course in the early 1980s. There was Daniel Cohn-Bendit, survivor of the 1968 student riots turned Green politician and all-purpose pundit. There was a radio host, a well-known actor, a veteran senator and big city boss and the 88-year-old singer Line Renaud. Very much business as usual.

The man who set up his own party to challenge the system, En Marche! (his own initials), is in fact a perfect insider-outsider. A graduate of the top administrative college, l’ENA, he made a fortune organising mergers and acquisitions for the Rothschild bank, earning €2.9 million in one takeover and getting the nickname of ‘the Mozart of finance’. In the seamless way of the French elite, he gravitated to the Elysée Palace as a Hollande adviser and became economics minister in 2014, lasting two years before resigning and setting his sights on returning as president of the republic. Macron, immaculately groomed, exudes confidence and seems to have an answer for everything, including the need not to make concessions to the UK over Brexit. He has determination and ambition, but he’d be wise to remember how lucky he’s been too. Given the Socialist Hollande’s abject unpopularity, this looked like the year when the centre-right Republicans were bound to regain the presidency. But their candidate, François Fillon, ran into fatal allegations that he arranged big payments from state funds to his wife and family for work they did not do.

The Socialists split, choosing the left-winger Benoît Hamon and prompting a walk-out by social democrats like former premier Manuel Valls, who backed Macron despite bad blood between them when they were in government together. Two of the party’s important provincial figures, Lyons mayor Gérard Collombe and Jean-Yves Le Drian, president of the Regional Council of Brittany, swung behind the pretender. The rise of the hard-left Jean-Luc Mélenchon in the first round campaign, addressing huge crowds and using a hologram to appear at two rallies at time, provided an alternative pole to Marine Le Pen for angry voters. As her polls ratings declined, she focused on her core electorate and thus limited her ability to broaden her appeal. Macron had only to ensure that the swelling ranks of En Marche! supporters remained pumped up. Laurent Joffrin, editor of the left-wing Libération, conjured up a new political substance, Macronite, as a 21st-century version of Teflon — or the Gallic equivalent of Blairite. Macron deftly deflected accusations that his policies were like a box of chocolates: neatly arranged but with soft centres. He promised to cut the budget deficit while reducing taxation, but avoided Fillon’s Thatcherite rigour. When claims surfaced of a gay relationship, he smiled and, referring to Mélenchon’s doppelgänger, said: ‘If you’re told I lead a double life, it’s because my hologram has escaped.’

Macron has the backing of Angela Merkel and can be expected to unite with Germany in making sure that soft terms for Brexit do not encourage the Le Pen-Mélechon Eurosceptics. The main threat on 7 May is likely to be from left-wingers unable to bring themselves to vote for a banker in a country with a deep distrust of the financial sector, and from those who find him too representative of the elite they want to overturn. His real challenges will start then, and he will no longer be able to count on Macronite good fortune.

The immediate problem is the June legislative elections. En Marche! has no members of parliament — it plans to run candidates in all 577 constituencies, but when voters choose their National Assembly representatives they often stick to candidates they know. And Macron’s movement lacks a national organisation. Last Sunday he scored well in big cities and western France but his opponents did better in swaths of the north and south. Even Charles de Gaulle could not muster a parliamentary majority of his own when he founded the Fifth Republic in 1958.

So President Macron will need backing from others in the National Assembly. That will mean a lot of old-fashioned horse-trading. The outlines of such an alliance are: social democrats and centrists plus the liberal wing of the Republicans under former prime minister Alain Juppé. But apart from requiring a lot of minding, coalitions tend not to be resolute in offering the kind of radical changes in economic and social policy Macron has offered, and which he needs to keep En Marche! mobilised.

The Republican leadership will want to avoid being sucked into the new president’s orbit. The Socialists, who had a disastrous first round with only 6 per cent of the vote, will struggle for survival and will resist a Macron takeover. In short, building a new reformist, liberal, pro-Europe Jerusalem looks like being more a matter of forging alliances with skittish, self-protective partners. It is a great mistake to imagine that the anti-Le Pen line-up on 7 May will endure. The single aim of stopping the Front will be replaced by a myriad of party, regional and personal interests. The idealists of En Marche! may find that hard to stomach. A movement that came from nowhere could all too easily dissolve like snowflakes in the sun.

Macron’s task is made all the more tricky by the legacy of another element in the voting last Sunday. Almost half the voters supported anti-establishment parties. Their parliamentary representation will be well short of their popular backing. That is likely to fuel street action encouraged by Mélenchon and Le Pen, whose Front is the principal political vehicle for industrial workers and has made inroads into depressed rural areas. The big CGT union federation will try to make up for declining membership by increased militancy. Vested interests, from farmers to pharmacists, will be up in arms. A rentrée chaude is on the cards for the autumn.

The first-round vote showed a sharply divided nation. Le Pen took nine departments among those with the highest jobless rates. They are not likely to fall for the Macron charm or his liberal ‘open to the world’ policies. So France will come out of one election and approach another split between the haves and have-nots with two articulate rabble-rousers confronting the political start-up of the decade.

Jonathan Fenby is the author of The History of Modern France

Voir enfin:

Dégun

Macron est-il victime de la loi de Murphy?

La campagne de second tour d’Emmanuel Macron paraît plus compliquée que prévu, à tel point qu’on peut se demander dans quelle mesure il n’est pas victime de la loi de Murphy, celle de l’emmerdement maximal. Voici la liste des contrariétés qu’il engrange depuis dimanche soir…

Éric Verhaeghe
Atlantico

28 Avril 2017

La campagne de second tour d’Emmanuel Macron paraît plus compliquée que prévu, à tel point qu’on peut se demander dans quelle mesure il n’est pas victime de la loi de Murphy, celle de l’emmerdement maximal. Voici la liste des contrariétés qu’il engrange depuis dimanche soir…

L’épiphénomène de la Rotonde devient une polémique obsédante

Dimanche soir, Emmanuel Macron organise un dîner pour 150 invités à la Rotonde, à Montparnasse, après son discours triomphaliste à la porte de Versailles. Il s’y rend en voiture officielle, escorté par des motards. Il y retrouve Jacques Attali et quelques autres vedettes. L’effet bling-bling est désastreux, et donne d’emblée le sentiment que le candidat considère sa victoire comme acquise.

Un candidat introuvable pour une loi de Murphy qui s’annonce

Le lendemain, Emmanuel Macron est aux abonnés absents. Marine Le Pen est sur le terrain. Il n’en faut pas plus pour nourrir les soupçons sur une suffisance excessive du candidat quant à sa réussite.

Le ni-ni et l’abstention font des émules

Dans ce contexte incertain, suivre Macron et le Front Républicain ne s’impose plus comme une évidence. Jean-Luc Mélenchon, qui a ouvert le bal du doute dimanche soir, prend soin de ne rien dissiper les jours suivants. Il ne donne aucune consigne de vote… Les Républicains lui emboîtent le pas. Marine Le Pen n’en demandait pas autant.

La catastrophe Whirlpool

Macron organise à Amiens, une rencontre avec l’intersyndicale de Whirlpool. Marine Le Pen en profite pour se rendre sur place. Le contraste entre l’énarque enfermé dans un bureau et la populiste au milieu des ouvriers est saisissant. Macron décide de se rendre sur place et peine à s’y faire entendre.

Attali renié par son fils spirituel

Le matin fatal de Whirlpool, Jacques Attali qui se projette en faiseur de Président déclare à la presse que la fermeture de l’usine Whirlpool relève de l’anecdote. C’est une déflagration qui oblige le secrétaire général d’En Marche à répondre illico sur Twitter:
« Ce que dit Attali sur Whirlpool est une méprisable anecdote : qu’il se taise ! Avec Emmanuel Macron nous luttons pour l’emploi ».

Parisot candidate à la gamelle

Manifestement sourde aux avertissements lancés après la gaffe Attali, Laurence Parisot piaffait trop d’impatience et n’a pas hésité à se déclarer candidate au poste de Premier Ministre d’Emmanuel Macron. Ses propos méritent d’ailleurs d’être lus:
Elle indique, selon Marianne, dans un article intitulé « Quel Premier ministre pour Macron ? Laurence Parisot se dit disponible », être prête pour Matignon. Interrogée par l’hebdomadaire sur la possibilité de se voir proposer le poste, elle répond : « J’ai plusieurs fois dit que j’étais disponible à faire des choses. J’ai une expérience, je suis crédible. Donc je peux être prête. »
Question compliments, Laurence Parisot a en tout cas retenu qu’on n’était jamais mieux servi que par soi-même. Après un passage chaotique chez Whirlpool, le staff de Macron perçoit le danger de cette course aux postes dans l’élite parisienne. Le secrétaire général d’En Marche (encore lui) arrête le ballon sur la ligne et répond:
Nous menons campagne pour rassembler et servir la France, d’autres rêvent à leur carrière. Dérisoire, inconvenant et vaniteux.
On ne plaisante plus, chez Macron.

Les premiers sondages tombent

Emmanuel Macron enregistre les premiers contrecoups de ce mauvais départ. Il recule dans les sondages.

Les législatives, mères de toutes les pressions

Problème pour Macron: il n’a pas de députés élus sous son étiquette, et il en aura besoin pour gouverner. Que faire? Bayrou et Valls lui expliquent qu’il serait bien plus à l’aise en faisant alliance avec les vieilles gloires sortantes. Macron résiste. Le résultat ne tarde pas à se faire attendre. Bayrou le désavoue publiquement:

« L’idée que l’on polluerait, ou que l’on troublerait, ou que l’on pèserait sur l’élection présidentielle, par la distribution d’investitures pour les élections législatives qui vont venir plusieurs semaines après, est une idée baroque », a expliqué François Bayrou dans l’émission « L’Épreuve de vérité » diffusée sur Public Sénat, en partenariat avec l’AFP, les Echos et Radio Classique.

Cette précaution n’a bien entendu rien à voir avec la volonté de Bayrou de préserver un maximum de postes pour sa formation…

De son côté, Cambadélis commence à tirer la laisse socialiste:

Jean-Christophe Cambadélis estime qu’Emmanuel Macron n’a pas pris « en compte la gravité de la situation », au soir du premier tour de l’élection présidentielle, a-t-il déclaré sur Franceinfo, jeudi 27 avril. Le premier secrétaire du Parti socialiste (PS) s’est dit « inquiet » « depuis le premier soir ».

Là encore, on imagine que les inquiétudes de Cambadélis s’apaiseraient rapidement si Macron lui donnait la certitude de son soutien dans sa circonscription du XIXe arrondissement…

Quand ça veut pas, ça veut pas.


1917-2017: Au secours, Lénine revient ! (A la veille du premier tour d’une élection présidentielle décisive, un essayiste qui a connu la dictature de Ceausescu met en garde contre les conséquences potentiellement désastreuses de l’étrange obsession antilibérale française)

23 avril, 2017

« Mélenchon, Poutou et Arthaud ne me font pas rire : moi, le communisme, je l'ai vécu ! »

La consternation des Vénézuéliens de Paris face à MélenchonIt was probably too much to ask a basically medieval country to become modern in a decade. Instead, Russia reverted to its primal self, to Vladimir Putin, whose compact with the Russian people is a somewhat attenuated version of Josef Stalin’s own. Kennan, it seemed, had figured out the whole game before we even started to play it. One suspects that Donald Trump and his coterie have yet to read the “X” article. If they had, Secretary of State Rex Tillerson wouldn’t have flown to Moscow to discuss U.S.-Russia relations; Trump likely never would have made his now obsolete comment about the obsolescence of NATO; and former national security adviser Michael Flynn never would have discussed lifting sanctions with the seemingly ubiquitous Russian ambassador Sergey Kislyak. (…) Of course, Trump is not our first president to believe mistakenly that America can change Russia. Barack Obama was woefully ignorant of Russia, and it took George W. Bush four years to start putting the pieces together. Clinton seems to have believed his relationship with Yeltsin was more important than it was. Rex Tillerson, the secretary of state, observed earlier this week that the “current state of U.S.-Russia relations is at a low point.” But, really, U.S.-Russia relations have been at a low point since 2003, when Putin signaled, with the arrest of Yukos chief Mikhail Khodorkovsky, that the Yeltsin era, the era of intermittent liberalization, was over. Since then, there have been two periods of faux-warming: the reset, at the outset of the Obama era, and the lead-up to Trump’s inauguration. Both moments of ill-placed optimism had nothing to do with Russia and everything to do with America reaffirming its core belief that, if only it tried a little harder, or set about things a little differently, Russia would come around—which is to say that neither had any basis in reality. It’s heartwarming that the new secretary of state appears not to be under any illusions about the possibility—for now, at least—of a more durable friendship between Moscow and Washington. None of this is to say that Russia and the United States can’t one day be allies. They can. But, as Kennan understood better than any of our recent presidents, getting there will have nothing to do with the United States. It will have everything to do with Russia transcending Russia—embracing the rule of law, imposing checks and balances on the Kremlin, disentangling the innumerable holding companies and government ministries that control not only the Russian state but Russian society. This will almost certainly not happen this decade or even, perhaps, this century. Our faith in technology and progress blinds us to the glacial pace of human evolution, but it is glacial, and this is Russia, and we should stop pretending otherwise, stop being so American about it. Peter Savodnik
Je veux aller porter le témoignage de notre reconnaissance, éternelle, au combat des Russes lors de cette bataille. (…) Je pense que les Russes sont profondément européens. Ils appartiennent pour une très large part à la civilisation européenne, et c’est une raison suffisante pour mettre en œuvre tous les efforts nécessaires afin de faire progresser cette unité du continent européen. L’avenir commun de la Russie et de l’Europe est dans ce partenariat stratégique qui a été proposé. François Fillon
Fondé sous l’égide de Jean-Paul Sartre, le journal paraît pour la première fois le 18 avril 1973 et reprend le nom d’un titre de presse similaire créé en 1927 par le libertaire Jules Vignes, nom qui sera également celui d’un des journaux de la Résistance dirigé par Emmanuel d’Astier de La Vigerie. Situé à l’extrême gauche à ses débuts, Libération évolue vers la gauche sociale-démocrate à la fin des années 1970 après la démission de Jean-Paul Sartre en 1974. En 1978, le journal n’a déjà plus rien de maoïste : Serge July le décrit alors comme « libéral-libertaire ». Aujourd’hui, sa ligne éditoriale est toujours de centre gauche ou de gauche sociale-démocrate, selon l’échiquier politique français habituellement utilisé, et son lectorat est majoritairement de gauche. Wikipedia
Sale temps pour les sondages. Paniqués à l’idée de « rater » le premier tour de l’élection présidentielle, les voici challengés par de nouveaux venus : les spécialistes du big data, qui utilisent l’analyse des données à grande échelle pour établir une autre cartographie de l’opinion. Première mauvaise nouvelle pour les sondeurs, dont la méthodologie est ouvertement contestée : contrairement à eux, ces concurrents du big data ont su prédire la qualification de François Fillon au premier tour de la primaire à droite. Et aussi l’élection de Donald Trump et, pour Vigiglobe, la victoire du Brexit. Trois échecs cuisants pour les instituts de sondages. Deuxième mauvaise nouvelle : les prédictions de Filteris, de Vigiglobe et de l’algorithme Predict My President ne valident pas celles des sondages. Ceux-ci ne cessent d’annoncer un duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Au contraire, les trois initiatives misent sur la qualification de François Fillon. Ils diffèrent par contre sur le ou la candidate qui l’accompagnera au second tour. Une question de méthodologie qui révèle aussi les limites de l’exercice. [Filteris] Dans sa dernière mesure du vendredi 21 avril, François Fillon arrive en tête avec 22,09%. Il est suivi par Marine Le Pen, avec 21,75%, puis Jean-Luc Mélenchon (21,11%) et enfin Emmanuel Macron (19,92%). Les quatre candidats se tiennent à un peu plus de deux points. Autrement dit, dans un mouchoir de poche. C’est la 16è mesure d’opinion de Filteris depuis le 3 avril. Les 14 premières indiquaient que François Fillon et Marine Le Pen figureraient au second tour. Seule la 15è, du jeudi 20 avril, anticipait un second tour Fillon-Mélenchon. (…) Filteris a correctement prédit la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine. L’entreprise n’a pas travaillé sur le Brexit. Contrairement aux sondages, Filteris a su prédire la première place de François Fillon à la primaire de la droite. Mais l’entreprise attendait Nicolas Sarkozy en deuxième position, alors que c’est Alain Juppé qui s’est qualifié. Elle s’est en outre trompée sur le premier tour de la primaire de la gauche : Benoît Hamon, qui est arrivé en première position, était donné troisième, derrière Manuel Valls et Arnaud Montebourg. (…) Contrairement à ses concurrents, Vigiglobe ne se risque pas au jeu des prédictions. En revanche, la startup estimait, jeudi 20 avril, que François Fillon a « de grandes chances de se qualifier pour le second tour ». Ses algorithmes d’analyse du sentiment voient se dégager un trio de tête dans un mouchoir de poche : François Fillon (qui dispose en plus du plus grand nombre de messages positifs), Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Contrairement aux sondages et aux autres spécialistes du big data, Vigiglobe estime que Marine Le Pen est en sérieuse perte de vitesse, et qu’elle pourrait, par conséquent, ne pas se qualifier pour le second tour. Leendert de Voogd, le Pdg, précise toutefois que l’attaque des Champs-Elysées profitait vendredi 21 avril à François Fillon et à Marine Le Pen, en nette hausse par rapport aux jours précédents. (…) Vigiglobe a correctement identifié les dynamiques portant à l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, à la victoire du Brexit au Royaume-Uni, de François Fillon à la primaire de la droite, et de Benoît Hamon à celle de la gauche. (…) Predict My President est un programme mené depuis plusieurs mois par cinq étudiants de l’école Télécom Paris tech pour l’hebdomadaire Le Point. L’objectif est de pallier les « failles » des sondages en remplaçant les enquêtes d’opinion par une analyse socio-économique des électeurs, couplée à une analyse de la popularité des candidats sur la Toile. (…) Le 19 avril, Predict My President voyait se profiler un duel entre Marine Le Pen (24,13%) et François Fillon (21,77%). Emmanuel Macron arriverait troisième avec 20,32%, suivi par Jean-Luc Mélenchon avec 18,66%. (…) les sondages (…) Dans la dernière ligne droite, tous notent une progression de François Fillon, confirmant ainsi la dynamique relevée par les spécialistes du big data, mais pas suffisamment pour atteindre le second tour. Tous les instituts le donnent troisième derrière Emmanuel Macron et Marine Le Pen. La Tribune
La situation est tragique mais les forces en présence au Moyen-Orient font qu’au long terme, Israël, comme autrefois les Royaumes francs, finira par disparaître. Cette région a toujours rejeté les corps étrangers. Dominique de Villepin (2001)
La droite républicaine a besoin d’une colonne vertébrale. Villepin (2017)
Nous ne croyons pas à un peuple supérieur aux autres. Jean-Luc Mélenchon
Le Venezuela avait une politique sociale-démocrate. Personne n’a été exproprié. Il n’y a jamais eu de nationalisation non plus. J’ai soutenu Chavez contre l’agression des Américains. Et aujourd’hui le problème de ce pays, c’est d’abord la baisse du prix du pétrole. Je n’y suis pour rien! Jean-Luc Mélenchon
[Chávez et Castro] sont morts tous les deux. Je les ai défendus dans des circonstances où ils étaient attaqués. Cuba a défendu tous les mouvements de libération nationale d’Amérique latine et dû subir l’embargo des États-Unis, pourtant condamné par l’Onu. Mais je n’ai jamais approuvé la façon dont était organisée politiquement Cuba. Je n’ai pas l’intention de faire Cuba en France. (…) Le Venezuela avait une politique de social-démocrate. Personne n’a été exproprié. Il n’y a pas eu de nationalisations non plus. J’ai soutenu Chávez contre l’agression des Américains. Aujourd’hui, le problème de ce pays, c’est d’abord la baisse du prix du pétrole. Je n’y suis pour rien. Je trouve que c’est un signe d’extrême désarroi intellectuel de m’affronter sur un terrain pareil avec une telle caricature. Jean-Luc Mélenchon
Il s’est passé à l’époque quelque chose qui m’intéressait beaucoup, qui était un gouvernement qui partageait la rente pétrolière avec le peuple et avec les pauvres, si bien que des millions de gens ont été sortis de la pauvreté. Mais je ne suis pas gouvernant du Venezuela. Je voyais un partage extrêmement intéressant et fécond entre le partage de la rente pétrolière au Venezuela, et l’accaparation de cette même richesse au Qatar ou en Arabie Saoudite où les pauvres gens n’ont accès à rien. (…) Et bien oui ce sont des manifestations d’opposition (…) Vous ne m’interrogez pas sur Bahreïn, sur le Yémen Monsieur Bourdin, vous avez vos prédilections… Vous avez vos massacres préférés. (…) Vous passez votre temps, vous et quelques autres, à essayer d’effrayer à mon sujet (…) Je ne fais pas campagne au Venezuela, je suis en train de faire campagne en France. Jean-Luc Mélenchon
Je n’ai pas regardé précisément ce point 62. (…) Ecoutez, je vais regarder dans le détail ce point-là. (…) Je ne sais pas exactement ce qui a conduit à ce point 62. (…) Ce qui compte, c’est la logique générale. Clémentine Autain
Monsieur Villepin ne déçoit jamais dans sa capacité à marquer des buts contre son camp. C’est l’homme de la dissolution qui a amené Lionel Jospin au pouvoir, c’est l’homme des coups bas contre Nicolas Sarkozy. Il poursuit aujourd’hui dans la collaboration avec Emmanuel Macron. Eric Ciotti
Les sondages mesurent une situation à des instants figés. Mais ils sont difficilement extrapolables : ce qui va se passer n’est pas forcément inscrit dans ce qui est déjà arrivé. Prenons l’exemple de l’eau. Cette molécule peut passer de l’état liquide à gazeux ou glacé. Si je n’étudie que ses propriétés sous forme liquide sans prendre en compte les interactions entre les molécules, je ne pourrai pas prévoir son comportement sous forme solide. C’est la même chose pour les intentions de vote. Je fais le postulat qu’elles dépendent de discussions, de débats, que les dynamiques d’opinion sont régies par des lois d’interactions entre les individus. (…) Il ne s’agit pas de transposer les lois de l’atome à l’humain, mais plutôt d’aborder des questions sociales et politiques comme un physicien face à un problème complexe. Par exemple, comment des personnages aux convictions inflexibles peuvent influencer le comportement d’électeurs plus ouverts et donc changer le résultat d’une élection. (…) Exactement. Dans le cas de la peine de mort, par exemple, une majorité d’individus pense qu’il faut maintenir son abolition. Mais si on faisait un référendum, il y aurait de forts risques que par le débat les gens changent d’opinion. Alors qu’on aurait enrichi notre vision du problème, on aboutirait à une rationalité manipulée qui suivrait nos préjugés communs les plus archaïques. L’impact des préjugés est l’un des composants de mon modèle. L’impact des gens inflexibles en est un autre. (…) Les inflexibles sont ceux qui sont sûrs de leur vote. Par exemple, Marine Le Pen bénéficie d’un fort électorat d’inflexibles. Coûte que coûte, ils voteront pour elle. Mais il existe aussi une catégorie d’inflexibles anti-FN qui ne voteront jamais pour elle. Eux non plus ne changeront pas d’avis. Et ils sont plus de la moitié. Ce qui fait que, pour l’instant, elle ne peut pas gagner au second tour. [Mais] pour la première fois, des électeurs anti-FN ne sont pas prêts à aller voter pour le challenger. La pilule est trop difficile à avaler. La victoire de Le Pen est improbable mais n’est plus impossible. (…) C’est l’intensité de la campagne et des discussions avec les inflexibles qui peuvent faire basculer la distribution de votes. D’après mon modèle, Fillon détient le plus grand nombre d’inflexibles (ceux capables de convaincre les autres). Il suffit que ces influenceurs augmentent de 2-3 points pour que Fillon batte Macron (qui a moins d’inflexibles) au premier tour. Quant à la montée de Mélenchon, si elle se poursuit, elle pourrait contribuer à faire redémarrer Fillon. (…) Aujourd’hui, les discussions peuvent amener les macronistes (refroidis par les affaires de Fillon) à voter Mélenchon. Mais d’après mon modèle, dans un deuxième temps, si Mélenchon devient un candidat sérieux face à Marine Le Pen, ces ex-Macron pourraient, poussés par les inflexibles pro-Fillon, se tourner vers Fillon pour s’opposer à la politique économique de Mélenchon. Serge Galam
Je montre la possibilité d’un paradoxe. C’est-à-dire que le jour de l’élection, si Marine Le Pen a 44 % d’intentions de votes, contre 56 % d’intentions de votes pour son challenger, normalement elle perd l’élection. Simplement, ce qui est inédit dans cette élection, c’est que beaucoup d’électeurs anti-FN vont se trouver face à un dilemme très difficile à résoudre car pour mettre en pratique leur refus du FN ils vont devoir voter pour un candidat pour lequel ils ont également une aversion, que ce soit Fillon, Macron ou Mélenchon. C’est une abstention inavouée. Serge Galam
Vous vous moquiez des codes. Vous étiez peu enclin aux règles du jeu politique traditionnel. Vous disiez que vous n’aimiez pas le microcosme. Vous étiez atypique dans ce milieu ». Vous disiez que vous aviez l’intention d’aller le plus loin possible. Vous vouliez renverser la table, changer la vie, faire la Révolution. Vous savez comment on vous surnomme (…) ? On vous surnomme « Monsieur ‘et en même temps’. Vous vouliez supprimer l’ISF et en même temps vous avez préféré le garder dans une version patrimoniale. Vous vouliez supprimer les 35 heures et en même temps vous vous êtes dit qu’il valait mieux rechercher des accords d’entreprises. Vous disiez vouloir préparer une réforme de la fonction publique et vous attaquer au statut des fonctionnaires et en même temps vous avez décidé de ne pas vous attaquer à ce statut mais de le moderniser ». (…) Sur Notre-Dame-des-Landes, vous avez dit qu’il y avait eu un référendum et qu’il fallait le respecter et en même temps vous avez proposé de nommer un médiateur. Sur la colonisation vous avez parlé de crimes contre l’humanité et en même temps, après avoir réfléchi vous avez déclaré qu’il s’agissait plutôt de crimes contre l’humain. Vous avez jugé que les anti-mariage pour tous ont été humiliés et en même temps vous avez estimé que l’humiliation avait été aussi du côté des pro-mariage. Et sur la peopolisation, vous avez déclaré que vous aviez fait une erreur de vous exposer avec votre épouse et en même temps vous avez continuez à vous prêter au jeu. (…) Sous vos airs polis, vous avez dit beaucoup de choses et leurs contraires. Alba Ventura
Son parti s’est effondré, le candidat PS Benoit Hamon est crédité de moins de 10% dans les sondages, le chômage est toujours au plus haut, les tensions identitaires et religieuses, notamment liées à l’islam politique, sont extrêmement vives. Mais le “Premier secrétaire de la République” se vante. “Je laisserai à mon successeur un pays en bien meilleur état que celui que j’ai trouvé”. Valeurs actuelles
Emmanuel Macron aime à dire qu’il bénéficie de soutiens de gauche, du centre, comme de droite. Ce n’est pas faux, même si ce n’est pas dans la même proportion : la très grande majorité de ses soutiens, comme des électeurs qui se prononceront pour lui dimanche prochain, vient d’un centre-gauche gestionnaire et responsable. Reste que les soutiens à la « macronie » venus de la droite existent bel et bien. Ces soutiens, cependant, sont loin d’être issus uniformément des différentes écoles qui composent la droite française. L’immense majorité d’entre eux vient d’un seul cercle : celui qui entourait l’ancien Président Jacques Chirac, chef de l’Etat entre 1995 et 2007, que l’âge et la maladie empêchent désormais de participer au débat politique. (…) Plus ambiguë est la position de deux anciens Premiers ministres de Chirac, Alain Juppé et Dominique de Villepin. Le premier, après avoir perdu contre François Fillon lors des primaires de la droite et du centre, a officiellement annoncé, après s’être fait prier, qu’il soutiendrait le candidat de son propre camp. Mais il multiplie les migraines de diva quand il s’agit de venir prouver ce soutien sur le terrain ou devant les caméras, et les mises en garde ronchonnent quand on lui en parle. Après avoir parlé des militants de son propre parti, soutiens de son propre candidat, comme d’un « noyau radicalisé » de militants (une expression généralement réservée aux soutiens de l’Etat islamique), Juppé, avant-hier, a déclaré qu’il se « retrouverait dans l’opposition » si un Président Fillon faisait entrer au gouvernement des représentants de la droite catholique conservatrice. (…) Quant à Villepin, Premier ministre de Chirac entre 2004 et 2007, sa politique semble être de tout faire pour indiquer son soutien à Macron, sauf de l’annoncer explicitement. Les deux hommes se déclarent réciproquement leur amitié à l’antenne, dans l’intimité de quelques millions d’auditeurs. Lundi dernier, BFM (surnommée « radio Macron » pour son engagement constant et caricatural en faveur du candidat) a suggéré que Villepin ferait un bon Premier ministre pour un Président Macron. Et Macron n’a pas dit le contraire. Ce ralliement massif, qu’il soit explicite ou implicite, de chiraquiens à Macron est-il l’indice d’une orientation idéologique particulière du candidat ? Probablement pas – ne serait-ce que parce qu’Emmanuel Macron, tout occupé qu’il est à mettre sa personne au centre de l’image, n’accorde pas la moindre importance à la cohérence idéologique. Il a annoncé successivement que la colonisation avait été un crime contre l’humanité, et qu’il fallait en assumer les aspects positifs. Qu’il n’y a pas de culture française et que la France ne serait jamais, sous son principat, un pays multiculturel. Que les opposants au mariage pour tous ont été injustement humiliés par le Président Hollande, et que l’idée même de donner à l’un d’entre eux un secrétariat d’Etat au Sport est le signe d’une insupportable radicalité. Qu’il renvoyait un de ses correspondants départementaux convaincu de sympathie islamiste, puis qu’il ne le renvoyait pas, puis qu’il l’écartait, ce qui, semble-t-il, est très différent et revient exactement au même, selon la personne à qui on s’adresse. Mais si Macron n’a aucune cohérence idéologique, aucune colonne vertébrale mentale, les chiraquiens, eux, en ont une. Leur entrée en masse dans les équipes Macron, avec la chasse aux postes qui en résulterait nécessairement s’il était élu, fera revenir au pouvoir des réflexes et des raisonnements caractéristiques de toute cette école de la droite française. Tout d’abord, les chiraquiens – à l’exemple de leur maître, lorsqu’il était encore lucide – sont des partisans résolus du multiculturalisme. S’il y a une chose sur laquelle Jacques Chirac n’a jamais varié, c’est sur l’idée que toutes les cultures se valent, que toutes doivent être également respectées, et que seule une arrogance raciste peut conduire les Occidentaux à préférer leur propre culture à celle des autres. Dans une déclaration restée fameuse, parce qu’aussi fausse en fait qu’elle était psychologiquement révélatrice, le président Chirac avait affirmé en 2003 à un homme politique catholique, Philippe de Villiers, que « les racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes ». Au nom de cette vision fantasmatique de l’histoire, la France de Chirac avait bloqué la tentative d’autres pays européens de faire figurer dans le préambule du projet de Constitution européenne une référence à ces « racines chrétiennes », historiquement exactes mais politiquement déplacées. Multiculturalistes de principe, les chiraquiens ont aussi une attitude, disons, sans sévérité excessive en matière de morale financière. Là encore, l’exemple vient du sommet. L’ancien président vit, depuis qu’il a quitté l’Elysée, dans un appartement parisien appartenant à l’actuel Premier ministre libanais Saad Hariri, qui le met gratuitement à sa disposition. De nombreux témoins, à Paris, rapportent en confidence que cette dépendance financière personnelle envers des intérêts étrangers était déjà en place lorsque Jacques Chirac et le père de Saad, Rafic Hariri, étaient tous deux aux affaires. (…) Les bonnes habitudes ne se perdant pas si facilement, Dominique de Villepin, depuis qu’il a pris sa retraite de la politique, vit une existence de millionnaire grâce à des missions d’avocat et de conseil. Parmi ses clients les plus généreux figure, en première place, l’Emirat du Qatar. On ne peut pas exclure que si Villepin, comme la macronie le laisse désormais entendre, devenait le Premier ministre ou le ministre des Affaires Etrangères d’un jeune président sans expérience internationale, les intérêts géopolitiques de ses bienveillants parrains auraient au moins autant d’influence sur son action que ceux de la France. Enfin, le mélange de multiculturalisme de principe et de vénalité à la bonne franquette des chiraquiens les conduit presque tous à ne pas avoir une vision particulièrement favorable de l’Etat d’Israël en particulier et des Juifs en général. Jacques Chirac a une rue à son nom à Ramallah – un hommage généralement réservé aux dictateurs sunnites ou aux auteurs d’attentats suicide. Une de nos sources régulières à Paris, qui travaillait alors à l’Elysée, a personnellement entendu Villepin, pendant la deuxième Intifada, expliquer – tout en regrettant les assassinats suicide – que ceux-ci étaient inévitables car « le Moyen-Orient a toujours rejeté les éléments étrangers ». En parfait accord avec cette vision fantasmagorique de l’histoire, la présidence de Chirac, surtout lorsque Villepin était son Premier ministre, a caractérisé le point le plus bas de toute l’histoire des relations franco-israéliennes. (…) S’il reste aujourd’hui des nostalgiques de cette époque, il y a pour eux une bonne nouvelle : presque tous ceux qui étaient aux commandes, en politique comme dans la presse, sont encore vaillants et prêts à reprendre du service. Et tous, en masse, se sont ralliés à la candidature Macron – un candidat trop profondément ignorant de ces questions pour pouvoir contrer leur influence s’il était élu. Amram Castellion
La France se rend aux urnes pour une élection plus incertaine que jamais, qui pourrait voir la gauche écartée du second tour laissant face à face droite réac et extrême droite. (…) Voter pour qui? Certainement pas pour les diviseurs des Français qui récupèrent le drame pour achalander leur douteuse boutique. Libération
Le monde entier a montré sa solidarité avec l’opposition vénézuélienne et condamné l’attitude du pouvoir chaviste. Et Mélenchon continue à défendre un régime coupable de multiples violations des droits de l’homme. Chaque fois qu’il en parle, Mélenchon décrit Chavez comme un grand humaniste. Tout le monde sait que c’est faux. Il ment quand il dit qu’il n’y a pas eu d’expropriations. Il doit le savoir! Il est venu si souvent dans mon pays. Avec un menteur comme lui, il n’y a pas de discussion possible. Aujourd’hui, au Venezuela, des gens fouillent dans les poubelles pour trouver à manger. Paula Osorio
Mélenchon est comme un mari trompé qui ne veut pas voir que sa femme lui est infidèle. Il nie la réalité alors qu’il la connaît. Il se ment à lui-même car il a trouvé dans son soutien à Chavez une part de romantisme qui le nourrit dans son combat politique. Mélenchon ne peut pas être un bon président s’il continue à vivre dans une utopie. Et pourtant de nombreux points de son programme me plaisent. Mais cet aveuglement sur mon pays est insultant pour tous les Vénézuéliens qui souffrent. Francisco Moreno (ancien cadre de la compagnie nationale pétrolière vénézuélienne PDVSA)
Mélenchon parle d’un Venezuela qui n’existe pas. Il nourrit ses fantasmes de révolution sud-américaine de l’histoire d’un pays où certains habitants n’ont même plus la possibilité de se soigner car il n’y a plus de médicaments dans les pharmacies et les hôpitaux depuis des mois. Manifestant vénézuélien à Paris
Alors que l’opposition vénézuélienne défile en masse dans les rues de Caracas pour demander l’organisation d’élections, de nombreux Vénézuéliens parisiens s’offusquent des déclarations de Jean-Luc Mélenchon sur leur pays. Ils dénoncent les contre-vérités exprimées par le candidat à la présidentielle. (…) Par ailleurs, à une question sur France Info sur le point 62 du programme de Mélenchon qui prône l’adhésion de la France l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (Alba), Clémentine Autain a montré qu’elle ne connaissait pas ce point du programme du candidat dont elle est la porte-parole. L’Alba est une organisation fondée par Hugo Chavez qui visait à créer des solidarités avec les pays latino-américains et caraïbes adhérents aux préceptes du socialisme du XXIe siècle (Cuba, Bolivie, Nicaragua, République dominicaine, Équateur, notamment). Cette alliance est en train de péricliter. La rente pétrolière vénézuélienne ayant fondu, Caracas ne peut plus apporter son aide aux pays membres. La proposition d’adhésion de la France à cette alliance est pour le moins incongrue.  (…) Mercredi 19 avril, dans la cour de la reine dans le 8e arrondissement de Paris, les opposants au régime chaviste se sont réunis au pied de la statue de Simon Bolivar pour montrer leur solidarité avec leurs compatriotes qui défilaient dans les rues de Caracas au même moment. Au milieu des slogans demandant le respect des droits à manifester et de la constitution ainsi que la libération des prisonniers politiques, la colère contre Jean-Luc Mélenchon était présente. La plupart des participants exprimaient spontanément leur consternation face aux «contre-vérités» exprimées par le candidat de la France insoumise sur le Venezuela. Le Figaro
C’était par les yeux de la France que je commençais à voir. Rudyard Kipling
[Le maoïsme], c’était de la poésie. Philippe Solers
Suite à la tribune de 25 prix Nobel d’économie rappelant l’erreur que constituerait une sortie de l’UE, un recours au protectionnisme ou à la dévaluation, une centaine d’économistes a décidé de prendre la plume pour signer, à son tour, une tribune en faveur du programme de Jean-Luc Mélenchon. Sans doute ont-ils ressenti le message des « Nobel » comme une menace pour leur champion. Que nous apprend cette démarche qui interpelle davantage par le nombre de signataires que par le fond de leur analyse ? Il faut d’abord noter le pathétique de cette décision. Lorsque 25 Nobel, ayant des opinions politiques diverses et des méthodologies très différentes, rappellent que certains faits économiques sont indiscutables, ils démontrent qu’il existe un consensus scientifique qui dépasse les croyances individuelles. En s’opposant frontalement à leurs conclusions, pour mieux soutenir leur candidat, ces « économistes » relèguent la science économique au rang de simple débat d’idées. Selon eux, l’économie serait affaire de goûts et relèverait davantage de discussion de cafés du commerce que de science. Cela en dit long sur l’estime qu’ils ont de leur profession. Mais il y a plus grave. Un tel comportement favorise le relativisme ambiant qui, en matière économique, empêche tout consensus et donc toute discussion rationnelle et dépassionnée sur la pertinence des programmes électoraux. Voilà déjà un point choquant. Pourtant, celui-ci n’est rien en regard de ce que cette tribune révèle sur le système universitaire français. Parmi ces signataires, plusieurs appartiennent au mouvement des Economistes Atterrés qui n’a jamais caché son penchant anticapitaliste, anti-marché et révolutionnaire. Ceux-là sont donc dans leur rôle (sic) lorsqu’ils soutiennent le candidat qui pleure Castro et appelle de ses vœux un rapprochement avec l’Alliance Bolivarienne. Ceux qui le sont moins sont les nombreux signataires membres du CNU – Conseil National des Universités. Le CNU est l’institution déterminante pour la carrière des jeunes universitaires. Il délivre les précieuses « qualifications » sans lesquelles un docteur ne peut intégrer l’université au titre de Maître de Conférences. Et depuis peu, il est aussi l’instance qui octroie le prestigieux statut de Professeur. Or, comme en témoigne la liste des signataires soutenant cette tribune, ce Conseil sensé évaluer la recherche scientifique est composé, pour partie, d’idéologues niant les conclusions des Nobels et considérant au moins implicitement, que l’économie serait un art au service d’un idéal politique plus vaste. Voilà pourquoi l’économie est de moins en moins bien enseignée à l’université. Et voilà pourquoi les Français sont si ignorants en matière économique. Ce qui devrait être le temple de l’excellence scientifique est devenu l’arrière-boutique d’une idéologie dépassée, où se décident les carrières des futurs professeurs, non selon la qualité de leurs travaux mais selon leurs opinions politiques. Devenue un instrument politique au sein d’une institution dépossédée de sa nature scientifique, l’économie perd inévitablement son statut et son importance dans le débat politique, interdisant toute réforme qui pourrait réconcilier la France avec l’emploi, l’innovation et la prospérité. On s’interroge souvent sur les causes du marasme économique français. L’inculture et le relativisme économiques en sont les principales. Pour comprendre l’économie, pour choisir un programme économique plutôt qu’un autre, il faut déjà accepter que l’économie est une science, avec ses règles et ses mécanismes. Or, cela même les membres des plus hautes instances universitaires semblent l’avoir oublié, en faisant passer leur idéologie avant la réalité des faits, telle qu’énoncée par 25 Nobels ! Tant que les gardiens du temple seront des idéologues, favorables à un système qui n’a jamais fonctionné qui plus est, il n’y aura aucun débat rationnel. Et la France ne s’en remettra pas. Pierre Bentata (Université Panthéon Assas)
Quand je suis arrivé en France au début des années 1990, je pensais avoir laissé derrière moi le cauchemar de l’idéologie communiste. Je pensais ne plus revivre l’atmosphère sombre et pesante de l’époque, la tension et la peur permanentes, les files interminables devant les magasins vides et les pénuries – de la boîte d’allumettes jusqu’au papier hygiénique – et cette sensation terrible qu’on ne s’en sortirait jamais. Je croyais que c’en était fini des deux heures de télé par jour sur la seule chaîne, deux heures consacrées en grande partie au «Conducator bien aimé», le dictateur Ceausescu. (…) Plus de 25 ans après la chute du communisme, je suis en train de vivre une expérience que je n’aurais jamais pensé retrouver: la France, mon pays de cœur et d’adoption, manifeste une sympathie incorrigible pour les idées communistes que je n’ai cessé de combattre depuis mon enfance! Quelle ironie du sort: en 2017, sur onze candidats à l’élection présidentielle, neuf affichent clairement leurs penchants léninistes et leurs programmes marxisants. Sommes-nous en 2017 ou en 1917? (…) Quel décalage avec la France d’aujourd’hui! Un pays qui fait la couverture des magazines pour son taux de chômage qui bat des records ou pour sa bureaucratie sans équivalent dans les grands pays riches et démocratiques. Un pays dont l’économie étouffe sous la pression d’un État omniprésent et qui voit ses jeunes partir en masse à l’étranger. Un pays qui a envoyé aux oubliettes les vraies valeurs de l’école et les a remplacées par le pédagogisme et la sociologie égalitariste de Pierre Bourdieu ; une école phagocytée par les syndicats de gauche qui n’acceptent aucune réforme et par des enseignants complètement éloignés du monde de l’entreprise. Un pays qui chasse les jeunes, les chefs d’entreprise, les riches et qui n’attire plus les élites. Un pays dirigé par une classe politique en très grande partie déconsidérée et biberonnée à l’étatisme. Un pays où un parti dit d’extrême droite puise son programme dans les idées marxistes et obtient des scores électoraux impressionnants, un pays où plusieurs autres partis et candidats, enfin, se déclarent ouvertement communistes. Quel est ce pays qui renie ses racines chrétiennes et ses valeurs historiques? Qui a transformé l’antilibéralisme et l’antiaméricanisme en repères moraux? Qui passe son temps à insulter l’Europe et les présidents américains, parfaits boucs émissaires, et dresse des lauriers à des criminels comme Mao, Castro ou Che Guevara? (…) En France, le socialisme a toujours baigné dans la bienveillance, alors que le libéralisme a toujours souffert d’une présomption d’injustice et de culpabilité. L’étatisme marxisant bénéficie de la clause de l’idéologie la plus favorisée et c’est ce qui tue la France encore aujourd’hui. D’autres pays s’en sont sortis, en saisissant toutes les bouées de sauvetage que nous, nous repoussons. Souffririons-nous du syndrome de Stockholm à l’échelle nationale? D’une inconscience infantile qui pourrait se révéler lourde de conséquences? Où est la France de mon enfance? Bogdan Calinescu

Attention: un retour vers le futur peut en cacher un autre !

A l’heure où après des mois d’une véritable machination juridico-médiatique contre le seul candidat de la véritable alternance

Pour avoir, avec une centaine de ses collègues députés, tiré parti d’un système effectivement douteux mais à l’époque légal …

Et profitant de son titre prestigieux (repris d’un journal de résistance certes fondé par des compagnons de route  du PCF et refondés par des maoïstes) …

Le principal journal de gauche français appelle à voter littéralement n’importe quoi

Pour contrer dans le plus éhonté des amalgames « droite réac » et extrême droite …
Pendant qu’au nom du relativisme le plus échevelé et au moment même où à Caracas les manifestants tombent sous les balles du chavisme …
Une centaine d’économistes apportent leur soutien à l’appel, par un candidat ouvertement castriste et chaviste, à un rapprochement de la France avec l’Alliance bolivarienne
Encourageant de fait, comme le rappelle le chercheur en économie  Pierre Bentata, non seulement la notoire inculture des Français en matière économique …
Mais « interdisant toute réforme qui pourrait réconcilier la France avec l’emploi, l’innovation et la prospérité » …
Et qu’au prétendu centre et sur fond de sondages largement relativisés par une masse inédite d’indécis, un Monsieur Et en même temps nous ressort les restes quasi-momifiés d’une Chiraquie que l’on croyait morte et enterrée …
Comment ne pas voir  …
Avec l’essayiste Nicolas Lecaussin qui a connu, lui, la dictature sous le Ceausescu de sa Roumanie natale …
Et sans compter la naïveté historique occidentale, de Clinton à Obama et Trump ou Fillon, face à une Russie « revenue à sa nature première »
L’étrange obsession antilibérale d’un pays qui, en ce triste centenaire de l’idéologie la plus meurtrière de l’histoire …
 Aligne à l’élection présidentielle et entre deux attentats ou menaces djihadistes …
Pas moins de neuf candidats sur onze « affichant clairement leurs penchants léninistes et programmes marxisants » ?

« Mélenchon, Poutou et Arthaud ne me font pas rire : moi, le communisme, je l’ai vécu ! »
Nicolas Lecaussin
Le Figaro
21/04/2017

FIGAROVOX/TRIBUNE- A deux jours du premier tour de l’élection présidentielle, l’essayiste Nicolas Lecaussin, qui a connu la dictature de Ceausescu en Roumanie, met en garde contre les candidats d’extrême gauche et l’état marxisant qu’ils souhaitent mettre en place.


Bogdan Calinescu publie en France sous le pseudonyme de Nicolas Lecaussin. Il est directeur de l’IREF et a écrit plusieurs essais dont Cet État qui tue la France, L’absolutisme efficace, Au secours, ils veulent la peau du capitalisme, L’obsession antilibérale française, et Échec de l’État (coauteur).


Quand je suis arrivé en France au début des années 1990, je pensais avoir laissé derrière moi le cauchemar de l’idéologie communiste. Je pensais ne plus revivre l’atmosphère sombre et pesante de l’époque, la tension et la peur permanentes, les files interminables devant les magasins vides et les pénuries – de la boîte d’allumettes jusqu’au papier hygiénique – et cette sensation terrible qu’on ne s’en sortirait jamais. Je croyais que c’en était fini des deux heures de télé par jour sur la seule chaîne, deux heures consacrées en grande partie au «Conducator bien aimé», le dictateur Ceausescu.

Enfant, je voyais mon père, intellectuel, enseignant la littérature française, prendre d’énormes risques en critiquant le régime et je me rappelle très bien comment, lors d’une perquisition de la police politique chez nous, à 6 heures du matin, il avait réussi à glisser dans mon cartable, avant que je ne parte à l’école, quelques documents «compromettants» qui auraient pu lui coûter cher… En les déposant chez un ami de la famille qui les a brûlés tout de suite, j’avais – déjà, à 13 ans – la satisfaction d’avoir accompli l’acte d’un véritable résistant au régime. Malgré l’ubuesque et l’impitoyable dictature de Ceausescu, j’ai eu la chance de grandir dans une atmosphère francophile, j’ai eu la chance de pouvoir déchiffrer le monde libre, sa littérature, son actualité.

Plus de 25 ans après la chute du communisme, je suis en train de vivre une expérience que je n’aurais jamais pensé retrouver: la France, mon pays de cœur et d’adoption, manifeste une sympathie incorrigible pour les idées communistes que je n’ai cessé de combattre depuis mon enfance! Quelle ironie du sort: en 2017, sur onze candidats à l’élection présidentielle, neuf affichent clairement leurs penchants léninistes et leurs programmes marxisants. Sommes-nous en 2017 ou en 1917?

Je me souviens très bien du moment où la France est devenue pour moi l’objectif à atteindre, l’endroit où je devais absolument vivre. Adolescent, je suis tombé sur ce texte de Rudyard Kipling qui, en 1878, à l’âge de 12 ans, visite Paris avec son père. Il a l’occasion de grimper dans la statue de la Liberté qui n’avait pas encore été envoyée à New York. En regardant de l’intérieur à travers ses yeux, il comprend: «C’était par les yeux de la France que je commençais à voir»… Des années plus tard, en 1922, lors d’un discours à la Royal Society of St. George, ce grand amoureux de la France affirmait: «Les Français représentent le seul autre (avec les Anglais) peuple dans le monde qui compte.» Néanmoins, l’Angleterre devrait suivre l’exemple de la France… Et Kipling d’énumérer les atouts de notre pays: l’éthique du travail, son économie, la simplicité, l’autodiscipline et la discipline extérieure ainsi que «la vie rude qui fortifie l’être moral». «La France est un exemple pour le monde entier»!

Quel décalage avec la France d’aujourd’hui! Un pays qui fait la couverture des magazines pour son taux de chômage qui bat des records ou pour sa bureaucratie sans équivalent dans les grands pays riches et démocratiques. Un pays dont l’économie étouffe sous la pression d’un État omniprésent et qui voit ses jeunes partir en masse à l’étranger. Un pays qui a envoyé aux oubliettes les vraies valeurs de l’école et les a remplacées par le pédagogisme et la sociologie égalitariste de Pierre Bourdieu ; une école phagocytée par les syndicats de gauche qui n’acceptent aucune réforme et par des enseignants complètement éloignés du monde de l’entreprise. Un pays qui chasse les jeunes, les chefs d’entreprise, les riches et qui n’attire plus les élites. Un pays dirigé par une classe politique en très grande partie déconsidérée et biberonnée à l’étatisme. Un pays où un parti dit d’extrême droite puise son programme dans les idées marxistes et obtient des scores électoraux impressionnants, un pays où plusieurs autres partis et candidats, enfin, se déclarent ouvertement communistes.

Quel est ce pays qui renie ses racines chrétiennes et ses valeurs historiques? Qui a transformé l’antilibéralisme et l’antiaméricanisme en repères moraux? Qui passe son temps à insulter l’Europe et les présidents américains, parfaits boucs émissaires, et dresse des lauriers à des criminels comme Mao, Castro ou Che Guevara? Je me souviendrai toujours de ce que m’avait dit l’intellectuel Philippe Sollers lorsque je lui avais demandé pourquoi il avait été maoïste: «C’était de la poésie», m’avait-il répondu en balayant d’un revers de main sa sympathie pour le plus grand criminel de l’Histoire. Alors, les admirateurs d’Hitler, c’était aussi de la poésie? En France, le socialisme a toujours baigné dans la bienveillance, alors que le libéralisme a toujours souffert d’une présomption d’injustice et de culpabilité.

L’étatisme marxisant bénéficie de la clause de l’idéologie la plus favorisée et c’est ce qui tue la France encore aujourd’hui. D’autres pays s’en sont sortis, en saisissant toutes les bouées de sauvetage que nous, nous repoussons. Souffririons-nous du syndrome de Stockholm à l’échelle nationale? D’une inconscience infantile qui pourrait se révéler lourde de conséquences? Où est la France de mon enfance?

Voir aussi:

MÉDIAS
« Tout sauf eux »: La Une engagée de Libération à la veille du premier tour de la présidentielle
Dans le viseur du quotidien, François Fillon et Marine Le Pen, « droite réac » et « extrême droite ».
Jade Toussay
Huffington post.fr
22/04/2017

PRÉSIDENTIELLE 2017 – « Tout sauf eux ». Eux, c’est-à-dire Marine Le Pen et François Fillon, qui s’affichent ce samedi 22 avril à la Une de l’édition week-end de Libération, dominée par le scrutin du premier tour de dimanche.

« La France se rend aux urnes pour une élection plus incertaine que jamais, qui pourrait voir la gauche écartée du second tour laissant face à face droite réac et extrême droite. » A la veille d’un scrutin décisif pour la France, le quotidien renoue avec l’une de ses grandes traditions éditorialistes et prend clairement position dans la campagne.

Sur la Une et dans l’éditorial « Voter c’est se battre » de Laurent Joffrin, le journal d’opinion appelle les électeurs français à voter. « Voter pour qui? Certainement pas pour les diviseurs des Français qui récupèrent le drame pour achalander leur douteuse boutique », assène le directeur de la rédaction, en faisant allusion aux réactions politiques qui ont suivi l’attentat sur les Champs-Elysées jeudi 20 avril.

Un avertissement, un cri du cœur, qui n’est sans rappeler la prise de position de certains autres quotidiens nationaux, qui ont, au cours de la campagne, pris plusieurs fois position contre la candidate frontiste et le candidat de la droite.

« Voilà deux possibles futurs présidents de la République »

Le 18 avril, Le Monde publiait un éditorial cinglant contre Marine Le Pen, accusée d’avoir franchi « la frontière de l’indécence ». En ligne de mire la déclaration polémique de la présidente du FN sur la sécurité nationale et le terrorisme: « Avec moi, il n’y aurait pas eu de Mohamed Merah, Français grâce au droit du sol, il n’y aurait pas eu les attentats du Bataclan et Stade de France. »

Sauf qu' »on ne récolte pas de voix sur le dos des morts », comme le martèle le texte publié le lendemain sur le site du Monde. « C’est une sorte de ligne rouge d’ordre moral – et qui préserve l’avenir. Cette ligne rouge, la chef du Front national, Marine Le Pen, vient de la franchir. »

Le quotidien n’épargne pas non plus François Fillon, englué dans des scandales politique, financier et surtout moral. « François Fillon, Marine Le Pen: même au mépris de la loi », s’intitule ainsi un autre éditorial, paru cette fois le 15 mars, au lendemain de la mise en examen du candidat de la droite, et alors que la candidate frontiste est elle aussi visée par des soupçons d’emplois fictifs au Parlement Européen.

« Voilà deux possibles futurs présidents de la République –et, à ce titre, gardiens des institutions– qui invoquent sans vergogne le verdict des électeurs pour mieux écarter le jugement des magistrats. Voilà une campagne définitivement empoisonnée et le débat présidentiel torpillé par ces affaires. Voilà enfin, c’est inévitable, les Français confortés dans leur défiance à l’égard de la parole publique et dans leur rejet, voire leur dégoût, des responsables politiques. De cela, en tout cas, François Fillon et Marine Le Pen sont dès à présent coupables », tranche ainsi le journal.

Voir également:

Un rappel aux économistes qui soutiennent Mélenchon
Pierre Bentata
La Tribune
20/04/2017

Les 100 économistes signataires de la tribune pro-Mélenchon sont le révélateur d’un malaise dans l’enseignement de l’économie en France. Par Pierre Bentata, chercheur en économie à l’Université Panthéon Assas

Suite à la tribune de 25 prix Nobel d’économie rappelant l’erreur que constituerait une sortie de l’UE, un recours au protectionnisme ou à la dévaluation, une centaine d’économistes a décidé de prendre la plume pour signer, à son tour, une tribune en faveur du programme de Jean-Luc Mélenchon. Sans doute ont-ils ressenti le message des « Nobel » comme une menace pour leur champion.

Que nous apprend cette démarche qui interpelle davantage par le nombre de signataires que par le fond de leur analyse ?

Consensus scientifique

Il faut d’abord noter le pathétique de cette décision. Lorsque 25 Nobel, ayant des opinions politiques diverses et des méthodologies très différentes, rappellent que certains faits économiques sont indiscutables, ils démontrent qu’il existe un consensus scientifique qui dépasse les croyances individuelles. En s’opposant frontalement à leurs conclusions, pour mieux soutenir leur candidat, ces « économistes » relèguent la science économique au rang de simple débat d’idées. Selon eux, l’économie serait affaire de goûts et relèverait davantage de discussion de cafés du commerce que de science. Cela en dit long sur l’estime qu’ils ont de leur profession.

Mais il y a plus grave. Un tel comportement favorise le relativisme ambiant qui, en matière économique, empêche tout consensus et donc toute discussion rationnelle et dépassionnée sur la pertinence des programmes électoraux. Voilà déjà un point choquant. Pourtant, celui-ci n’est rien en regard de ce que cette tribune révèle sur le système universitaire français.

Parmi ces signataires, plusieurs appartiennent au mouvement des Economistes Atterrés qui n’a jamais caché son penchant anticapitaliste, anti-marché et révolutionnaire. Ceux-là sont donc dans leur rôle (sic) lorsqu’ils soutiennent le candidat qui pleure Castro et appelle de ses vœux un rapprochement avec l’Alliance Bolivarienne. Ceux qui le sont moins sont les nombreux signataires membres du CNU – Conseil National des Universités. Le CNU est l’institution déterminante pour la carrière des jeunes universitaires. Il délivre les précieuses « qualifications » sans lesquelles un docteur ne peut intégrer l’université au titre de Maître de Conférences. Et depuis peu, il est aussi l’instance qui octroie le prestigieux statut de Professeur. Or, comme en témoigne la liste des signataires soutenant cette tribune, ce Conseil sensé évaluer la recherche scientifique est composé, pour partie, d’idéologues niant les conclusions des Nobels et considérant au moins implicitement, que l’économie serait un art au service d’un idéal politique plus vaste.

L’arrière-boutique d’une idéologie dépassée

Voilà pourquoi l’économie est de moins en moins bien enseignée à l’université. Et voilà pourquoi les Français sont si ignorants en matière économique. Ce qui devrait être le temple de l’excellence scientifique est devenu l’arrière-boutique d’une idéologie dépassée, où se décident les carrières des futurs professeurs, non selon la qualité de leurs travaux mais selon leurs opinions politiques. Devenue un instrument politique au sein d’une institution dépossédée de sa nature scientifique, l’économie perd inévitablement son statut et son importance dans le débat politique, interdisant toute réforme qui pourrait réconcilier la France avec l’emploi, l’innovation et la prospérité.

On s’interroge souvent sur les causes du marasme économique français. L’inculture et le relativisme économiques en sont les principales. Pour comprendre l’économie, pour choisir un programme économique plutôt qu’un autre, il faut déjà accepter que l’économie est une science, avec ses règles et ses mécanismes. Or, cela même les membres des plus hautes instances universitaires semblent l’avoir oublié, en faisant passer leur idéologie avant la réalité des faits, telle qu’énoncée par 25 Nobels !

Tant que les gardiens du temple seront des idéologues, favorables à un système qui n’a jamais fonctionné qui plus est, il n’y aura aucun débat rationnel. Et la France ne s’en remettra pas.

Voir encore:

La consternation des Vénézuéliens de Paris face à Mélenchon
Le candidat de la France insoumise érige le régime chaviste en modèle et a inscrit l’adhésion de la France à l’Alliance bolivarienne pour les Amériques dans son programme.
Patrick Bèle
Le Figaro
20/04/2017

Alors que l’opposition vénézuélienne défile en masse dans les rues de Caracas pour demander l’organisation d’élections, de nombreux Vénézuéliens parisiens s’offusquent des déclarations de Jean-Luc Mélenchon sur leur pays. Ils dénoncent les contre-vérités exprimées par le candidat à la présidentielle. Dans un entretien accordé à Ouest France la semaine dernière, il déclarait: «Le Venezuela avait une politique sociale-démocrate. Personne n’a été exproprié. Il n’y a jamais eu de nationalisation non plus. J’ai soutenu Chavez contre l’agression des Américains. Et aujourd’hui le problème de ce pays, c’est d’abord la baisse du prix du pétrole. Je n’y suis pour rien!» «Six affirmations et quatre purs mensonges», déplore Jose Ocariz, qui vit en France depuis une quinzaine d’années.

Une alliance en train de péricliter

Par ailleurs, à une question sur France Info sur le point 62 du programme de Mélenchon qui prône l’adhésion de la France l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (Alba), Clémentine Autain a montré qu’elle ne connaissait pas ce point du programme du candidat dont elle est la porte-parole. L’Alba est une organisation fondée par Hugo Chavez qui visait à créer des solidarités avec les pays latino-américains et caraïbes adhérents aux préceptes du socialisme du XXIe siècle (Cuba, Bolivie, Nicaragua, République dominicaine, Équateur, notamment).

Cette alliance est en train de péricliter. La rente pétrolière vénézuélienne ayant fondu, Caracas ne peut plus apporter son aide aux pays membres. La proposition d’adhésion de la France à cette alliance est pour le moins incongrue. «Le monde entier a montré sa solidarité avec l’opposition vénézuélienne et condamné l’attitude du pouvoir chaviste, explique Paula Osorio, en France depuis dix ans. Et Mélenchon continue à défendre un régime coupable de multiples violations des droits de l’homme. Chaque fois qu’il en parle, Mélenchon décrit Chavez comme un grand humaniste. Tout le monde sait que c’est faux. Il ment quand il dit qu’il n’y a pas eu d’expropriations. Il doit le savoir! Il est venu si souvent dans mon pays. Avec un menteur comme lui, il n’y a pas de discussion possible. Aujourd’hui, au Venezuela, des gens fouillent dans les poubelles pour trouver à manger.»

Consternation face aux «contre-vérités»

Pour Francisco Moreno, ancien cadre de PDVSA, le géant pétrolier appartenant à l’État vénézuélien, qui a quitté le pays au moment de la grande purge de la compagnie au début des années 2000, Mélenchon est «comme un mari trompé qui ne veut pas voir que sa femme lui est infidèle. Il nie la réalité alors qu’il la connaît. Il se ment à lui-même car il a trouvé dans son soutien à Chavez une part de romantisme qui le nourrit dans son combat politique. Mélenchon ne peut pas être un bon président s’il continue à vivre dans une utopie. Et pourtant de nombreux points de son programme me plaisent. Mais cet aveuglement sur mon pays est insultant pour tous les Vénézuéliens qui souffrent».

Jose Ocariz, qui se place plutôt à gauche, s’étonne lui aussi des «mensonges» de Jean-Luc Mélenchon. «Personne n’a été exproprié? Il suffit de taper «Expropiese» sur un moteur de recherche pour trouver de nombreux extraits des shows de télé réalité du colonel Chavez. Il s’agit d’humiliation publique, montrant des personnes réduites au silence à l’annonce en live de leur ruine car expropriés, suivie d’une salve d’applaudissements serviles.»

Mercredi 19 avril, dans la cour de la reine dans le 8e arrondissement de Paris, les opposants au régime chaviste se sont réunis au pied de la statue de Simon Bolivar pour montrer leur solidarité avec leurs compatriotes qui défilaient dans les rues de Caracas au même moment. Au milieu des slogans demandant le respect des droits à manifester et de la constitution ainsi que la libération des prisonniers politiques, la colère contre Jean-Luc Mélenchon était présente.

La plupart des participants exprimaient spontanément leur consternation face aux «contre-vérités» exprimées par le candidat de la France insoumise sur le Venezuela. «Mélenchon parle d’un Venezuela qui n’existe pas, s’insurgeait un participant qui préfère rester anonyme. Il nourrit ses fantasmes de révolution sud-américaine de l’histoire d’un pays où certains habitants n’ont même plus la possibilité de se soigner car il n’y a plus de médicaments dans les pharmacies et les hôpitaux depuis des mois.»

Voir par ailleurs:

Présidentielle 2017 : le big data donne Fillon au second tour, pas les sondages. Qui aura raison ?

Sylvain Rolland
La Tribune
21/04/2017
Filteris, Vigiglobe et Predict My President, trois initiatives différentes dans leur méthodologie de big data électoral, prédisent la qualification de François Fillon au second tour de l’élection présidentielle. Les derniers sondages, eux, continuent d’anticiper un duel Macron-Le Pen. Explications.

Sale temps pour les sondages. Paniqués à l’idée de « rater » le premier tour de l’élection présidentielle, les voici challengés par de nouveaux venus : les spécialistes du big data, qui utilisent l’analyse des données à grande échelle pour établir une autre cartographie de l’opinion.

Première mauvaise nouvelle pour les sondeurs, dont la méthodologie est ouvertement contestée : contrairement à eux, ces concurrents du big data ont su prédire la qualification de François Fillon au premier tour de la primaire à droite. Et aussi l’élection de Donald Trump et, pour Vigiglobe, la victoire du Brexit. Trois échecs cuisants pour les instituts de sondages.

Deuxième mauvaise nouvelle : les prédictions de Filteris, de Vigiglobe et de l’algorithme Predict My President ne valident pas celles des sondages. Ceux-ci ne cessent d’annoncer un duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Au contraire, les trois initiatives misent sur la qualification de François Fillon. Ils diffèrent par contre sur le ou la candidate qui l’accompagnera au second tour. Une question de méthodologie qui révèle aussi les limites de l’exercice.

Retour sur ces trois trublions de la campagne, leur méthodologie, leur crédibilité, leurs prédictions. Puis celles, très différentes, des tout derniers sondages.

Filteris : un second tour Fillon / Le Pen

Qu’est-ce que c’est ? Filteris est une société canadienne créée en 2002 par Jérôme Coutard et Isabelle Dornic, tous deux docteurs en sciences sociales. L’entreprise est spécialisée dans l’analyse d’image, la gestion et la sécurisation de l’identité numérique des entreprises, institutions et personnalités. Depuis 2007, Filteris a développé une expertise dans l’analyse du buzz généré sur le web et les réseaux sociaux dans des contextes électoraux, baptisée BuzzPol.

Quelle méthodologie ?  BuzzPol réalise, comme les sondages, des mesures régulières de l’opinion. Mais contrairement aux sondeurs, BuzzPol ne se base pas sur le recueil d’intentions de vote auprès d’un public représentatif, mais sur l’analyse à grande échelle des perceptions, avis et opinions exprimés sur le web et les réseaux sociaux. Son algorithme permet d’analyser ces points de vue de manière quantitative et qualitative, puis de générer un score sur 100, réparti entre les candidats.

Quel est son pronostic ? Dans sa dernière mesure du vendredi 21 avril, François Fillon arrive en tête avec 22,09%. Il est suivi par Marine Le Pen, avec 21,75%, puis Jean-Luc Mélenchon (21,11%) et enfin Emmanuel Macron (19,92%). Les quatre candidats se tiennent à un peu plus de deux points. Autrement dit, dans un mouchoir de poche.

C’est la 16è mesure d’opinion de Filteris depuis le 3 avril. Les 14 premières indiquaient que François Fillon et Marine Le Pen figureraient au second tour. Seule la 15è, du jeudi 20 avril, anticipait un second tour Fillon-Mélenchon.

Quelle crédibilité ? Filteris a correctement prédit la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine. L’entreprise n’a pas travaillé sur le Brexit. Contrairement aux sondages, Filteris a su prédire la première place de François Fillon à la primaire de la droite. Mais l’entreprise attendait Nicolas Sarkozy en deuxième position, alors que c’est Alain Juppé qui s’est qualifié. Elle s’est en outre trompée sur le premier tour de la primaire de la gauche : Benoît Hamon, qui est arrivé en première position, était donné troisième, derrière Manuel Valls et Arnaud Montebourg.

Vigiblobe : Fillon probablement qualifié, Macron et Mélenchon en embuscade, Le Pen hors de l’équation

Qu’est-ce que c’est ? Vigiglobe est une startup française dirigée par Leendert de Voogd, un ancien directeur mondial de l’institut de sondage TNS. Son credo : l’analyse des réseaux sociaux Twitter et Facebook pour repérer les tendances émergentes afin d’orienter la communication de ses clients, les marques. La startup a aussi développé des outils d’analyse spécialement conçus pour les élections, afin de repérer les signaux faibles qui traduisent des dynamiques qui échappent aux sondeurs – ou que ces derniers perçoivent trop tard.

Quelle méthodologie ? Vigiglobe utilise des algorithmes, développés en interne, de machine learning (apprentissage par la machine à base d’intelligence artificielle), capables d’analyser à la fois quantitativement (qui suscite le plus de réactions ?) et qualitativement (quelle tonalité ?) les messages postés sur les réseaux sociaux. Grâce à des partenariats exclusifs avec Facebook et Twitter, la startup a accès à l’ensemble des contenus publiés. La moitié des Français est sur Facebook, et Twitter revendique 15 millions de comptes en France.

Quel est son pronostic ? Contrairement à ses concurrents, Vigiglobe ne se risque pas au jeu des prédictions. En revanche, la startup estimait, jeudi 20 avril, que François Fillon a « de grandes chances de se qualifier pour le second tour ». Ses algorithmes d’analyse du sentiment voient se dégager un trio de tête dans un mouchoir de poche : François Fillon (qui dispose en plus du plus grand nombre de messages positifs), Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon.

Contrairement aux sondages et aux autres spécialistes du big data, Vigiglobe estime que Marine Le Pen est en sérieuse perte de vitesse, et qu’elle pourrait, par conséquent, ne pas se qualifier pour le second tour. Leendert de Voogd, le Pdg, précise toutefois que l’attaque des Champs-Elysées profitait vendredi 21 avril à François Fillon et à Marine Le Pen, en nette hausse par rapport aux jours précédents.

Quelle crédibilité ? Vigiglobe a correctement identifié les dynamiques portant à l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, à la victoire du Brexit au Royaume-Uni, de François Fillon à la primaire de la droite, et de Benoît Hamon à celle de la gauche.

Predict My President : Le Pen et Fillon au second tour

Qu’est-ce que c’est ? Predict My President est un programme mené depuis plusieurs mois par cinq étudiants de l’école Télécom Paris tech pour l’hebdomadaire Le Point. L’objectif est de pallier les « failles » des sondages en remplaçant les enquêtes d’opinion par une analyse socio-économique des électeurs, couplée à une analyse de la popularité des candidats sur la Toile.

Quelle méthodologie ? Les élèves ont bâti un logiciel nourri à partir des données numériques issues du réseau social Twitter et des recherches des internautes sur Google, pour déceler la popularité des candidats et analyser le contenu des messages les concernant. Ces data sont croisées par des données socio-économiques remontant jusqu’à 1981 (taux de chômage par département, résultats des élections locales, etc.), issues des plateformes gouvernementales d’open data et de l’Insee. Un algorithme pondère les différentes analyses et aboutit à des prédictions de vote. Ou quand le big data et l’analyse socio-économique remplacent les sondages.

Quel est le pronostic ? Le 19 avril, Predict My President voyait se profiler un duel entre Marine Le Pen (24,13%) et François Fillon (21,77%). Emmanuel Macron arriverait troisième avec 20,32%, suivi par Jean-Luc Mélenchon avec 18,66%.

Quelle crédibilité ? Verdict dimanche.

Et les sondages ?

Dans la dernière ligne droite, tous notent une progression de François Fillon, confirmant ainsi la dynamique relevée par les spécialistes du big data, mais pas suffisamment pour atteindre le second tour. Tous les instituts le donnent troisième derrière Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

Voici les résultats des derniers sondages publiés le vendredi 21 avril:

  • Odoxa pour Le Point

Emmanuel Macron (24,5%) vs Marine Le Pen (23%). François Fillon et Jean-Luc Mélenchon sont tous les deux à 19%.

  • BVA pour La Dépêche du Midi

Emmanuel Macron (24%) vs Marine Le Pen (23%). François Fillon et Jean-Luc Mélenchon sont tous les deux à 19%.

  • OpinionWay-ORPI pour Les Echos et Radio Classique

Emmanuel Macron (23%) vs Marine Le Pen (22%). François Fillon est troisième avec 21%, Jean-Luc Mélenchon est quatrième avec 18%.

  • Ifop-Fiducial pour Paris Match, CNews et Sud Radio

Emmanuel Macron (24,5%) vs Marine Le Pen (22,5%). François Fillon est troisième avec 19,5%, Jean-Luc Mélenchon est quatrième avec 18,5%.

  • Elabe pour BFMTV et L’Express

Emmanuel Macron (24%) vs Marine Le Pen (21,5%). François Fillon est troisième avec 20%, Jean-Luc Mélenchon est quatrième avec 19,5%.

Voir enfin:

Il avait prédit la victoire de Trump, aujourd’hui il révèle qui pourrait être le président de la République

Serge Galam avait prédit la victoire de Donald Trump, le Brexit ou encore l’élimination d’Alain Juppé à la primaire. Aujourd’hui, il révèle qui pourrait devenir le chef d’État français

Le Soir
23 avril 2017

Serge Galam ne se base pas sur de simples spéculations lorsqu’il prédit des événements politiques. Ce professeur à Science-Po est l’initiateur de la sociophysique. Une science qui tient compte du comportement, du choix des électeurs, des influences auxquelles ils sont confrontés corrélant le tout avec des statistiques souvent récoltées dans des sondages officiels. Serge Galam cherche à mathématiser le cheminement de l’opinion. Mais ces sondages ne peuvent pas être pris en compte seuls. Explications.

Une victoire improbable

«  Les sondages mesurent une situation à des instants figés. Mais ils sont difficilement extrapolables : ce qui va se passer n’est pas forcément inscrit dans ce qui est déjà arrivé. Prenons l’exemple de l’eau. Cette molécule peut passer de l’état liquide à gazeux ou glacé. Si je n’étudie que ses propriétés sous forme liquide sans prendre en compte les interactions entre les molécules, je ne pourrai pas prévoir son comportement sous forme solide. C’est la même chose pour les intentions de vote. Je fais le postulat qu’elles dépendent de discussions, de débats, que les dynamiques d’opinion sont régies par des lois d’interactions entre les individus  » relaye le magazine Grazia. Ainsi, il explique comment Marine LePen pourrait gagner les élections. Une victoire qu’il estime aujourd’hui «  improbable mais n’est plus impossible  ». Car, en effet, l’élection française se montre presque imprévisible et la distribution des votes pourrait encore basculer.

Tout peut basculer

«  Je montre la possibilité d’un paradoxe. C’est-à-dire que le jour de l’élection, si Marine Le Pen a 44 % d’intentions de votes, contre 56 % d’intentions de votes pour son challenger, normalement elle perd l’élection. Simplement, ce qui est inédit dans cette élection, c’est que beaucoup d’électeurs anti-FN vont se trouver face à un dilemme très difficile à résoudre car pour mettre en pratique leur refus du FN ils vont devoir voter pour un candidat pour lequel ils ont également une aversion, que ce soit Fillon, Macron ou Mélenchon. C’est une abstention inavouée  », rapporte RCF Radio.

Ainsi, le rapport minorité-majorité pourrait être inversé par les inflexibles – ceux qui voteront coûte que coûte pour un candidat – capables d’influencer les plus « flexibles ».

Voir par ailleurs:

Ce que Trump, Mélenchon, Le Pen et Fillon ne comprendront jamais sur Poutine

Slate

17.04.2017

Donald Trump, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et François Fillon ont au moins un point commun. Ils veulent établir de meilleures relations, plus cordiales, plus compréhensives, avec la Russie de Poutine. Ils entendent ainsi «œuvrer pour la paix» et combattre avec l’aide de la Russie le terrorisme islamique.

Le problème, c’est que pour paraphraser François Mitterrand en 1983, les pacifistes sont à l’ouest et les missiles à l’est. C’est exactement ce que montre cette analyse de Vanity Fair. Soit, les Trump, Mélenchon, Le Pen et Fillon n’ont rien compris, soit ils ne veulent rien comprendre à la nature du régime au pouvoir à Moscou et à sa logique. Ils prennent leurs désirs pour la réalité.

Tout ceux qui ont tenté depuis des décennies d’amadouer les autocrates de Moscou, à l’époque de l’URSS ou plus récemment, ont échoué et en général l’ont payé cher.

Le dernier exemple en date est le fameux «reset» de Barack Obama en 2008. L’ancien Président des Etats-Unis tout comme son successeur voulait établir de nouvelles relations, «apaisées», avec la Russie. Son offre a été immédiatement comprise au Kremlin comme de la faiblesse. Cela s’est traduit par l’annexion de la Crimée, une guerre larvée à l’est de l’Ukraine, dont la Russie avait pourtant garanti les frontières en 1994, et une intervention massive de l’armée russe en Syrie pour sauver le tyran Bachar el Assad. Tout cela sous prétexte de combattre l’Etat islamique. Mais les forces russes et leurs affidés du Hezbollah et de l’Iran ont pris et détruit Alep, la base des rebelles, et pas Raqqa, la capitale de l’Etat islamique. Cherchez l’erreur.

La nature du régime russe est remarquablement décrite par Vanity Fair. C’est celle d’un pouvoir autoritaire, paranoïaque qui ne comprend que les rapports de force, ne s’embarrasse pas avec les moyens et n’est pas sensible aux jugements qu’on porte sur lui et aux mouvements d’opinion.

«La Russie est revenue à sa nature première…»

En 1946, George F. Kennan, un diplomate américain en poste à Moscou avait dans un texte devenu célèbre de 8.000 mots décrit le régime soviétique et la façon dont il fallait le traiter. Cette analyse, longtemps resté anonyme, montrait deux éléments essentiels: premièrement que l’Etat soviétique était fondamentalement instable et que la stratégie des Etats-Unis devait être de le contenir («containment») mais qu’il n’y avait pas grand chose d’autre à faire en attendant qu’il s’effondre.

Pour George F. Kennan, les Etats-Unis ne pouvaient et ne devaient rien faire pour améliorer les relations avec Moscou, parce que les crises et les différends n’étaient pas  de son fait mais d’un régime qui avait assassiné des dizaines de millions de ses citoyens, s’était allié à Hitler et avait imposé la dictature communiste à toute l’Europe de l’est en la présentant comme une libération.

Pour Vanity Fair, le diagnostic et les conseils du diplomate sont toujours pertinents 75 ans plus tard. En dépit des intentions louables de Boris Yeltsin et de Bill Clinton, la Russie n’est pas devenue une démocratie et le pouvoir est aux mains d’un homme et d’une clique qui assassinent les opposants, contrôlent les médias et manipulent l’opinion publique. «C’était probablement trop demander à un pays aussi archaïque de devenir moderne en une décennie. De fait, la Russie est revenue à sa nature première».

Evidemment, Vladimir Poutine n’est pas Joseph Staline. Mais son pouvoir repose uniquement sur la force, la crainte, la subversion et la propagande.

«Nous avons imposé des sanctions à Moscou parce que nous considérons que c’est un pays dangereux et anti-démocratique. C’est un pays qui existe ailleurs que dans le paradigme occidental et tant que ce sera le cas, nous devons être sur nos gardes face à lui».

Cela ne veut pas dire que la Russie et les pays occidentaux ne pourront pas un jour être alliés. Mais comme George F. Kennan l’avait exposé en 1946, y arriver n’a rien à voir avec la politique des Etats-Unis et des pays occidentaux. Cela dépend seulement de la capacité de la Russie à devenir un Etat de droit, à imposer des contrôles et des contre-pouvoirs au Kremlin et à démanteler le réseau de grandes sociétés et de ministères qui contrôlent la société russe dans son ensemble. Il est peu vraisemblable que cela se produise demain. Entretemps, montrer de la bonne volonté et de la compréhension pour l’autocrate de Moscou ne conduira qu’à des désillusions et des désastres.

Voir encore:

Trump-Russia Relations