Gilet-jaunisme: Plaza nous prend pour des pigeons (Amazon France vs. Le Bon coin France: Who’ll finally listen to a middle class that between rising taxes, low-wage jobs, increasing distance between home and work, explosion of single-parent families, runaway immigration and ever more sophisticated and expensive new needs, keeps losing ground ?)

18 mai, 2019
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Image result for slogans gilets jaunes C'est la goutte d'essence qui fait déborder le vase-Image may contain: 1 personThere’s something really dangerous happening to us out there. We’re slowly getting split up into two different Americas. Things are gettin’ taken away from people that need them and given to people that don’t need them, and there’s a promise getting broken. In the beginning the idea was that we all live here a little bit like a family, where the strong can help the weak ones, the rich can help the poor ones. I don’t think the American dream was that everybody was going to make it or that everybody was going to make a billion dollars, but it was that everybody was going to have an opportunity and the chance to live a life with some decency and some dignity and a chance for some self-respect. So I know you gotta be feelin’ the pinch down here where the rivers meet. Bruce Springsteen
Le plus difficile n’est pas de dire ce que l’on voit mais d’accepter de voir ce que l’on voit. Péguy
Il faut constamment se battre pour voir ce qui se trouve au bout de son nez. Orwell
Plaza nous prend pour des pigeons. Il pense que tout le monde peut se payer une double vasque, mais nous on ne peut pas avoir de crédit pour se payer une salle de bains. Nous ne sommes pas du même monde. Didier (gilet jaune de Seine-et-Marne, agent administratif)
Il vend un “american way of life” à la française. Mais c’est inaccessible pour nous. Ouahiba (gilet jaune de Montreuil, intérimaire dans la restauration collective)
Je considère que j’ai apporté les réponses aux Françaises et aux Français sur ce qui avait conduit à ce mouvement, le 10 décembre et dans la conférence de presse que j’ai donnée. Je crois que celles et ceux qui continuent aujourd’hui à faire cela, il n’y a plus de débouché politique. Nous avons fait notre part du travail, je pense que maintenant, chacun doit aller voter aux élections, quand il porte des idées, se présenter aux élections et c’est beaucoup plus difficile de proposer un projet pour que d’être contre tout le reste. On n’avance pas en étant contre. Aujourd’hui, je vois beaucoup de gens qui sont contre. Que celles et ceux qui ont une autre vision de ce que doit devenir le pays, la dessinent politiquement, lui donnent forme et se présentent aux élections. La démocratie, ça ne se joue pas le samedi après-midi. Emmanuel Macron
Eh bien, donnez-leur du biocarburant! Brigitte Macron
Je ne pense pas vendre du rêve. Le prix moyen des maisons que nous vendons est de 350 000 euros. Ça reste correct. (…) Quand j’ai vu qu’on avait réussi à récolter 1 milliard d’euros en deux jours pour Notre-Dame, j’étais un peu écœuré. J’aurais préféré qu’on donne cet argent aux gilets jaunes. Stéphane Plaza
Lorsque le président Donald Trump a été élu, nombreux étaient ceux (y compris des prix Nobel d’économie) qui soutenaient que l’économie américaine allait s’écrouler et les marchés financiers dégringoler. Quand on a vu que la croissance revenait (en fait, il y a eu un ralentissement lors des deux dernières années d’Obama!), les mêmes ont affirmé que ça n’allait pas durer, que la croissance serait éphémère et que la récession ne saurait tarder! Dans son éditorial du 8 avril dernier publié dans le New York Times, le prix Nobel d’économie Paul Krugman s’obstine et écrit que Trump s’en prend à la Fed (la Banque centrale américaine) parce que l’impact des baisses d’impôts et des suppressions des réglementations n’aurait été que de la «poudre aux yeux» et n’aurait servi qu’à retarder la récession. Or on apprenait il y a quelques jours que l’économie affiche un taux de croissance à 3.2 % au premier trimestre 2019, largement au-dessus des prévisions. Malgré le «shutdown» de janvier, la croissance est tirée par les exportations et les investissements privés, très importants depuis 2017, ainsi que par les réformes dues à l’administration Trump. La baisse de la fiscalité des entreprises et des ménages, les réductions et suppressions de normes et de réglementations, en particulier environnementales, ont donné de l’air et plus de libertés aux entrepreneurs qui ont choisi d’investir. D’où les fortes créations d’emplois ainsi que les hausses des salaires sur un marché du travail où la main-d’œuvre se fait rare. (…) La croissance économique américaine lors des quatre derniers trimestres a été supérieure à 3 % en taux annuel alors que dans des pays européens comme la France et l’Allemagne, elle a tourné autour de 1.5 %. Après l’annonce du taux de croissance, les dernières données sur l’emploi (Labor Statistics, 4 mai) sont aussi impressionnantes: l’économie a créé 263 000 emplois supplémentaires en avril, le taux de chômage ayant chuté à 3,6%, le plus bas taux enregistré depuis cinq décennies. Mais la meilleure nouvelle est que les plus gros bénéficiaires de ce marché du travail libéré sont les personnes qui ont connu des difficultés au cours des années de croissance lente d’Obama, c’est-à-dire les personnes peu qualifiées. Les statistiques montrent que les Américains le moins diplômés bénéficient d’une croissance plus rapide des salaires et de l’emploi. (…) en avril, la hausse du salaire horaire moyen mensuel des travailleurs non qualifiés était de 0,3%, contre 0,2% pour tous les travailleurs. Le gain salarial sur 12 mois est de 3,4% pour les moins qualifiés, contre 3,2% pour l’ensemble des employés. (…) N’en déplaise aux égalitaristes et autres progressistes, ce sont bien la croissance économique et les créations d’emplois qui font reculer la pauvreté et réduisent les inégalités. Il y aura toujours des économistes comme Paul Krugman pour critiquer la politique économique du président Trump ou – ils sont plus rares aujourd’hui – pour attribuer les fruits de cette croissance au président Obama). Mais difficile de nier les faits économiques éternellement. Certes, on peut s’inquiéter de certaines positions protectionnistes de M. Trump mais la récente rencontre avec le Premier ministre japonais augure plutôt de belles perspectives de libre-échange entre les deux pays sans forcément passer par les organisations internationales. (…) L’économie mais aussi les conclusions du fameux rapport Mueller sur les prétendues collusions avec les Russes lors des élections de 2016 ont beaucoup renforcé le président américain face à ses détracteurs, et pas seulement. Nicolas Lecaussin (Institut de Recherches Economiques et Fiscales)
Les Iraniens, le peuple iranien, ils sont fatigués de quatre décennies de politiques agressives de la république islamique. (…) C’est vrai que les Américains (…) ont relancé toute une série de sanctions extrêmement lourdes qui a fait souffrir d’abord les Iraniens, il faut le dire, ensuite les dirigeants de la République islamique. Cela dit, on ne peut pas nier qu’il y a eu une certaine efficacité dans les sanctions. Les Gardiens de la Révolution islamique n’ont plus du tout la possibilité de nourrir, de payer leur proxies, leurs groupes radicaux dans la région. (…) En fait, l’impasse est ailleurs (…) les dirigeants iraniens sont parfaitement prêts à négocier avec Trump (…) Mais ils veulent avoir des négociations cachées (…) parce que leur identité, l’identité de la République islamique est essentiellement centrée sur leur animosité contre les Américains et les Israéliens. (…) Les Européens ont un peu trop encouragé les Iraniens, les dirigeants iraniens. En soutenant l’accord de 2015 (…) qui (…) ne touchait pas toutes les politiques agressives du régime dans la région (…) ils ont un peu trop encouragé les dirigeants iraniens qui sont devenus trop téméraires face aux Américains. Ca fait un an qu’ils avaient quand même la possibilité de (…) faire profil bas, mais ils ont tapé sur le tambour de guerre depuis un an. Et c’est vrai qu’aujourd’hui, la situation est catastrophique, mais les dirigeants iraniens aussi, ils sont responsables de la situation actuelle. Mahnaz Shirali
L’Hexagone entre ainsi pour la première fois dans le quintette de tête, à la cinquième place, derrière les États-Unis, l’Allemagne, le Canada et le Royaume-Uni. L’Hexagone vole la place du géant chinois, touché par la guerre commerciale, le ralentissement de sa croissance et les inquiétudes sur le niveau d’endettement des entreprises nationales. Frappé par un ralentissement économique de grande ampleur, le Japon a également reculé dans le classement; «La confiance des investisseurs s’est légèrement renforcée depuis l’élection du président Emmanuel Macron en mai 2017», note le cabinet, pour lequel «les récentes manifestations anti-gouvernementales type «gilets jaunes» à travers le pays n’ont pas affecté l’opinion» des décideurs économiques. Ces derniers restent en effet focalisés sur les changements de fond et les réformes en cours, dont la loi Pacte, validée en avril à l’Assemblée. Pour le cabinet, «l’amélioration de l’environnement des entreprises a été une priorité absolue du gouvernement», et ces transformations en cours, de même que la baisse de l’impôt sur les sociétés, constituent une base solide rassurant les décideurs. «La France reste compétitive en termes d’indicateurs poussant à investir», conclut donc le cabinet, qui souligne les atouts de l’Hexagone en matière d’innovation, de technologie de pointe et de taux d’imposition (grâce à la trajectoire à la baisse décidée à horizon 2025). Autant d’atouts dont bénéficie le pays, par exemple en attirant des fonds du titan pharmaceutique américain Merck&Co, qui a mis 3,25 milliards de dollars sur la table pour avaler le groupe Antelliq, spécialisé dans la santé animale. Ces conclusions rejoignent les estimations d’autres experts, interrogés par Le Figaro il y a quelques semaines. À l’époque, le responsable du baromètre sur l’attractivité de la France du cabinet d’audit EY, Marc Lhermitte, expliquait que la situation était «problématique mais pas dramatique»: un investisseur réfléchit en effet plutôt sur le long terme et privilégie les transformations de fond affectant un pays plutôt que ses événements ponctuels, si tant est que ceux-ci n’altèrent pas les réformes défendues par l’exécutif. «Sur le moyen terme, la question reste de savoir si le gouvernement pourra poursuivre la transformation du modèle économique et social français avec des réformes comme la baisse de l’impôt sur les sociétés, les retraites, les dépenses publiques, le coût du travail», précisait l’expert. Le Figaro
La croissance économique a été légèrement plus forte que prévu l’an dernier en France, malgré la grève à la SNCF et le mouvement des « gilets jaunes ». Une bonne nouvelle pour le gouvernement, même si l’activité devrait ralentir cette année. Selon des chiffres définitifs publiés jeudi soir par l’Insee, la progression du produit intérieur brut (PIB) a atteint 1,7% en 2018, soit 0,1 point de plus que ce qui avait été jusque-là annoncé. Il s’agit de la deuxième révision à la hausse de la croissance française par l’organisme public, qui avait évalué la progression du PIB 2018 à 1,5% dans une première estimation publiée fin janvier. A l’origine de cette nouvelle correction: le niveau plus élevé que prévu de la consommation des ménages. Elle a progressé de 0,9% au lieu de 0,8%, en raison d’une progression notable du pouvoir d’achat (1,4%). Autre élément favorable: l’évolution des exportations, qui ont augmenté de 3,5% au lieu de 3,3%, permettant à la balance commerciale de peser positivement sur l’activité (0,7 point au lieu de 0,6 point). « 0,7 point de contribution du commerce extérieur à la croissance, on n’avait pas vu ça depuis très longtemps », assure à l’AFP Denis Ferrand, directeur de l’institut de recherche Rexecode. L’investissement des entreprises, de son côté, est resté solide, mais néanmoins plus faible qu’attendu: selon l’Insee, il a progressé de 2,8% l’an dernier, au lieu de 2,9%. (…) Selon l’Insee, le taux de chômage a reculé de 0,1 point au premier trimestre, à 8,7% de la population active en France entière (hors Mayotte), soit son plus bas niveau depuis début 2009. La France a par ailleurs fait cette année son entrée dans le « top 5 » des pays les plus attractifs pour les investissements internationaux, selon le classement annuel du cabinet A.T. Kearney publié lundi. Le nouveau chiffre de croissance, qui ne modifie pas le niveau du déficit public pour 2018 (2,5%), reste cependant inférieur à la moyenne de l’Union européenne (1,9%) ainsi qu’à la moyenne de la zone euro (1,8%). Il s’affiche par ailleurs en repli par rapport à 2017, où la croissance a atteint selon l’Insee 2,3% en données brutes (2,4% en données corrigées des jours ouvrés), soit 0,1 point de plus qu’annoncé. Un ralentissement notable, qui devrait se poursuivre cette année. La croissance devrait retomber à 1,4% selon la Banque de France. Et même à 1,3% d’après l’OCDE, en raison du ralentissement de l’activité mondiale. Capital
S’il suscite beaucoup de fantasmes, le terme « black bloc » ne désigne en réalité qu’une méthode de manifestation mise au point par des militants de la gauche radicale et insurrectionnelle. Pendant les défilés auxquels ils participent, ces individus – d’abord dispersés dans le cortège – se vêtent de noir, se masquent le visage, puis se réunissent pour créer « une sorte d’énorme drapeau noir, tissé d’êtres humains. Ils forment ainsi un bloc compact permettant à chacun de préserver son anonymat. Il n’y a pas un seul black bloc, mais des black blocs, qui se forment à un instant T dans des manifestations puis qui se dissolvent avec elles. Paradoxalement, c’est cette couverture médiatique inédite qui a participé à l’exportation du phénomène. A chaque fois qu’il y a un sommet international, les militants anticapitalistes locaux décident d’imiter cette tactique. (…) C’est lors de ce mouvement [manifestations contre la loi Travail] qu’est apparu ce qu’on appelle maintenant le ‘cortège de tête’. Contrairement aux autres mobilisations, où les black blocs se constituaient habituellement au milieu des manifestations derrière les cortèges plus traditionnels de syndicats, ils ont réussi à s’imposer au premier rang. C’est une vraie particularité française qui donne au black bloc une grande visibilité. Contrairement aux autres mobilisations, où les black blocs se constituaient habituellement au milieu des manifestations derrière les cortèges plus traditionnels de syndicats, ils ont réussi à s’imposer au premier rang. C’est une vraie particularité française qui donne au black bloc une grande visibilité.  Ils se mettent en scène et essaient d’adopter l’image que les médias et les autorités donnent d’eux : celle de l’ennemi public numéro 1. Avec le black bloc, la cible est le message. On retrouve aussi des féministes et des militants queer radicaux dans le black bloc. On pense souvent le black bloc en termes masculins, mais il regroupe de plus en plus de femmes, ce qu’on ne remarque pas forcément à cause des vêtements noirs. Les black blocs ont investi les contre-sommets internationaux orchestrés par les organisations altermondialistes, auxquelles ils ne s’identifient pourtant pas. Mais ils venaient parce qu’ils partageaient avec elles une colère et des intérêts. C’est sans doute la même chose avec les ‘gilets jaunes’. Francis Dupuis-Déri (politologue)
Ces personnes sont souvent très éduquées et exercent des professions intellectuelles supérieures. C’était notamment le cas après le 1er-Mai où un homme de 29 ans, diplômé de la prestigieuse Ecole centrale et occupant un emploi de consultant rémunéré 4 200 euros par mois, figurait sur le banc des prévenus. Olivier Cahn
La tradition, chez les participants au black bloc, c’est ‘on attaque le matériel, on ne fait pas de victimes’. [les vitres brisées de l’hôpital Necker pour enfants et l’incendie d’une banque dans un immeuble d’habitation] C’est quelque chose que l’on ne voyait pas avant. Peut-être le fait de jeunes manifestants encore peu aguerris aux pratiques du black bloc. Cela montre en tout cas que le mouvement n’est pas uniforme. On retrouve dans le black bloc toutes les composantes de la gauche révolutionnaire anticapitaliste, des anarchistes, des marxistes révolutionnaires, des écologistes radicaux ou des autonomes.  Il est faux de dire que le black bloc est uniquement constitué de fils de profs. Quand on observe les cortèges à Paris, on se rend compte que les profils sont assez bigarrés. C’est assez logique qu’ils participent à un mouvement populaire comme celui des ‘gilets jaunes' », (…) le même processus a été observé lors des manifestations contre la loi Travail. Le discours du black bloc, c’est de dire que les manifestations traditionnelles n’apportent rien puisqu’elles ne font pas fléchir le pouvoir. On est exactement dans cette configuration avec les « gilets jaunes ».  Mais le black bloc n’est pas une organisation politique. Ses participants rejettent d’ailleurs toutes les structures partisanes, c’est un point commun qu’ils ont avec les ‘gilets jaunes’. » Sylvain Boulouque (historien spécialiste de l’anarchisme)
J’ai regardé les premières cartes qui avaient été faites par l’IFOP concernant les ronds-points occupés par les Gilets jaunes. Ce qui était frappant, c’était la parfaite corrélation avec celle de la France périphérique, développée autour d’un indicateur de fragilité sociale Ce qui est très intéressant c’est que cette carte fait exploser toutes les typologies traditionnelles : la division est-ouest entre la France industrielle et la France rurale par exemple. En réalité, le mouvement est parti de partout, aussi bien dans le sud-ouest que dans le nord-est, on voit donc quelque chose qui correspond exactement à la France périphérique, c’est-à-dire à la répartition des catégories modestes et populaires dans l’espace. Cette typologie casse celle de la France du vide qui n’est plus pertinente et cela nous montre bien les effets d’un modèle économique nouveau qui est celui de la mondialisation. C’est pour cela que je dis que le mouvement des Gilets jaunes n’est pas une résurgence de la révolution française ou de mai 68, cela est au contraire quelque chose de très nouveau : cela correspond à l’impact de la mondialisation sur la classe moyenne au sens large : de l’ouvrier au cadre supérieur. La classe moyenne ce ne sont pas seulement les professions intermédiaires, c’est un ensemble, ce sont les gens qui travaillent et qui ont l’impression de faire partie d’un tout, peu importe qu’il y ait des inégalités de salaires. (…) Ce qui était malsain dans l’analyse qui en a été fait, cela a été le moment ou l’on a dit « en réalité, ils ne sont pas pauvres ». On opposait une nouvelle fois les pauvres aux classes populaires alors que la presque totalité des pauvres sont issus des classes populaires. Il y a un lien organique entre eux. Quand on prend ces catégories, ouvriers, employés, paysans etc.…ils peuvent être pauvres, au chômage, et même quand ils ont un emploi, ils savent très bien que la case pauvreté est toute proche sur l’échiquier.  Surtout, ils ont un frère, un cousin, un grand parent, un ami, un voisin qui est pauvre. On oublie toujours de dire que la pauvreté n’est pas un état permanent, il y a un échange constant entre classes populaires et pauvreté. Opposer ces catégories, c’est refuser ce lien organique entre pauvres et travailleurs modestes. C’est donc ne rien comprendre à ce qui se joue actuellement. (…) Ce que nous constatons aujourd’hui, c’est une dysfonction entre l’économie et la société. Et cela est la première fois. Avant, l’économie faisait société, c’était les 30 glorieuses avec un modèle économique qui intègre tout le monde et qui bénéficie à l’ensemble de la société. Là, nous avons un modèle qui peut créer de la richesse mais qui ne fait pas société. Le modèle économique mondialisé, parce qu’il n’a pas de limites, frappe les catégories sociales les unes après les autres. Après les employés, il y a les professions intermédiaires, les jeunes diplômés, et après nous aurons les catégories supérieures. La seule chose qui protège les catégories supérieures est qu’elles vivent aujourd’hui dans des citadelles. C’est ce qui fait aussi que la baisse du soutien des Français au mouvement des Gilets jaunes touche ces catégories-là. Mais cela n’empêche pas que le socle électoral d’Emmanuel Macron se restreint comme peau de chagrin, cela est mécanique. Depuis les années 80, on a souvent compensé ces destructions d’emplois sur ces territoires par des emplois publics, mais les gens ont parfaitement compris que ce modèle était à bout de souffle. Les fonctionnaires de catégorie B et C, qui sont présents dans le mouvement, ont compris que cela était fini, qu’ils n’auraient plus d’augmentations de salaires ou que leurs enfants ne pourront plus en profiter. On a bien là une angoisse d’insécurité sociale qui s’est généralisée à l’ensemble de ces catégories qui étaient, hier, totalement intégrées à la classe moyenne, et cela démontre bien comment un mouvement parti des marges est devenu majoritaire. Cela est la limite du modèle économique néolibéral. Je n’aurais aucun problème à adhérer au modèle néolibéral, s’il fonctionnait. On a vu comment cela avait commencé, ouvriers d’abord, paysans etc.. Et aujourd’hui, des gens que l’on pensait finalement sécurisés sont touchés ; petite fonction publique et retraités. Or, ce sont les gens qui ont, in fine, élu Emmanuel Macron. Son effondrement vient de ces catégories-là. Mais les classes populaires n’ont rien contre les riches, ils jouent au loto pour devenir riches, la question est simplement de pouvoir vivre décemment avec son salaire et d’être respecté culturellement. Nous payons réellement 30 années de mépris de classe, d’ostracisation, d’insultes en direction du peuple. (…) C’est ce que ne comprennent pas les libéraux. Je crois que le débat –libéral-pas libéral- est vain. Si je dis qu’il y a un problème avec ce modèle dans ces territoires, alors on me dit que je suis pour la suppression des métropoles ou que je suis favorable à un retour à une économie administrée. Et surtout, ce qui est intolérable, c’est que je cliverais la société en termes de classes sociales. En relisant récemment une biographie de Margaret Thatcher, je me suis rendu compte que le plus gros reproche fait aux travaillistes et aux syndicats dans les années 70 était justement de cliver la société à partir des classes sociales. L’argument était de dire qu’ils sont de mauvais Anglais parce qu’ils fracturent l’unité nationale. Ce qui est génial, c’est que nous voyons aujourd’hui exactement les mêmes réactions avec la France périphérique. Une arme sur la tempe, on vous dit d’arrêter de parler des inégalités. Ils veulent bien que l’on parle de pauvres mais cela ne va pas plus loin. Mais quand on regarde finement les choses, Emmanuel Macron n’aurait pas pu être élu sans le niveau de l’État providence français. À la fin il passe, évidemment parce qu’il fait le front des bourgeoisies et des catégories supérieures, des scores soviétiques dans les grandes métropoles mais aussi et surtout parce que la majorité de la fonction publique a voté pour lui, tout comme la majorité des retraités a voté pour lui. C’est-à-dire les héritiers des 30 glorieuses et surtout le cœur de la redistribution française. Emmanuel Macron se tire deux balles dans le pied en attaquant la fonction publique et les retraités. Nous assistons à un suicide en direct. C’est ce qui explique qu’il soit très vite passé de 65 à 25%. Finalement, et paradoxalement, le modèle français ne résiste au populisme et perdure dans le sens de la dérégulation néolibérale que grâce à un État providence fort. Mais en l’absence d’un État providence- ce que veulent les libéraux- nous aurons alors le populisme. (…) J’en veux à la production intellectuelle et universitaire parce qu’à partir du moment ou on met les marges en avant, les journalistes vont suivre cette représentation en allant voir une femme isolée dans la Creuse qui vit avec 500 euros, en se disant qu’elle est Gilet jaune, tout cela pour se rendre finalement compte qu’elle ne manifeste pas. Parce que quand on est pauvre, on n’a même pas l’énergie de se mobiliser, le but est de boucler la journée. Historiquement, les mouvements sociaux n’ont jamais été portés par les pauvres, et cela ne veut pas dire qu’ils ne soutiennent pas le mouvement. Ce que nous voyons aujourd’hui, ce sont des journalistes qui vont dans les salons des Gilets jaunes pour vérifier s’ils ont un écran plat, un abonnement Netflix, ou un IPhone. Ils sont prêts à les fouiller, cela est dingue. Lors des manifestations de 1995, les journalistes ne sont pas allés vérifier si les cheminots avaient un écran 16/9e chez eux, ou quand il y a eu les émeutes des banlieues, de vérifier si le mec qui brule une voiture vit chez lui avec une grande télé ou pas. Cette façon de délégitimer un mouvement est une grande première. C’est la première fois que l’on fait les poches des manifestants pour savoir s’ils ont de l’argent ou pas, et s’il y en a, on considère que cela n’est pas légitime. Ce qu’ils n’ont pas compris, c’est que si on gagne le revenu médian à 1700 euros, la perspective est que, même si cela va aujourd’hui, cela ne va pas aller demain. L’élite n’a toujours pas compris que les gens étaient parfaitement capables de faire un diagnostic de leurs propres vies. Cette condescendance dit un gigantesque mépris de classe. J’ai moi-même été surpris, je ne pensais pas que cela irait si vite. En quelques heures, les Gilets jaunes sont devenus antisémites, homophobes, racistes, beaufs… Et là encore, on voit bien que l’antiracisme et l’antifascisme sont devenus une arme de classe. (…) Nicolas Mathieu vient d’avoir le prix Goncourt avec son livre « Leurs enfants après eux », dont il dit qu’il s’agissait du roman de la France périphérique. Le combat culturel est en cours. Cela gagne le champ littéraire, culturel et médiatique. Les Gilets jaunes ont gagné l’essentiel, ils ont gagné la bataille de la représentation. On ne pourra plus faire comme si cette France n’existait pas, comme si la France périphérique était un concept qui ne pouvait pas être incarné par des gens. Si nous sommes encore démocrates nous sommes obligés de le prendre en compte. Ce qu’il faut espérer, c’est que les élites se rendent compte que les peuples occidentaux sont encore relativement paisibles. Le mouvement réel de la société, que nous constatons partout dans le monde occidental, et que nous ne pourrons pas arrêter, continue d’avancer, de se structurer, et que cela est de la responsabilité des élites d’y répondre. Ils n’ont pas d’autre choix, celui de l’atterrissage en douceur. Je crois que ce qui vient d’arriver, c’est que le rapport de force vient de changer, la peur a changé de camp. Aux Etats-Unis, au Royaume Uni, en Europe, maintenant, ils ont le peuple sur le dos. Et puis il y a une vertu à tout cela, prendre en compte les aspirations des plus modestes, c’est pour moi le fondement de la démocratie, c’est-à-dire donner du pouvoir à ceux qui n’en ont pas plutôt que de renforcer le pouvoir de ceux qui l’ont déjà. (…) Nous avons eu en direct ce qui essentiel pour moi ; la fracture culturelle gigantesque entre tout le monde d’en haut au sens large et la France périphérique. Ce qui s’est déployé sous nos yeux, ce n’est pas seulement la fracture sociale et territoriale mais plus encore cette fracture culturelle. L’état de sidération de l’intelligentsia française rappelle clairement celle de l’intelligentsia britannique face au Brexit, et cela est la même chose aux Etats-Unis avec l’élection de Donald Trump. Cette sidération a déclenché immédiatement l’emploi des armes de l’antifascisme, parce qu’ils n’ont rien d’autre. Ils ont découvert la dernière tribu d’Amazonie et – incroyable -elle est potentiellement majoritaire. C’est un mouvement très positif, contraire à toute l’analyse intellectuelle qui voit le peuple dans le repli individualiste, qui refuse le collectif, ou dans des termes comme celui de la « droitisation de la société française » alors que les gens demandent des services publics et un État providence. Après, on pointe le fait qu’ils sont contre l’immigration, ce à quoi on peut répondre « comme tout le monde », soit une très large majorité de Français. Le plus important est que nous avons sous les yeux un peuple qui veut faire société et des élites qui ne veulent plus faire société, comme je le disais dans « No Society » (Flammarion). C’est un moment de rupture historique entre un monde d’en haut, intellectuels, politiques, showbiz etc.… qui a peur de son propre peuple. Ils ne veulent plus faire société avec un peuple qu’ils méprisent. C’est la thèse de Christopher Lasch de la « sécession des élites ». On le voit aussi avec le discours anti-média des Gilets jaunes qui ne fait que répondre à 30 ans d’invisibilisation de ces catégories. Les classes populaires n’étaient traitées qu’au travers des banlieues et ils payent aujourd’hui ce positionnement. C’est un mouvement fondamentalement collectif et du XXI siècle. Ce qui est très nouveau, c’est que c’est un mouvement social du « No Society », c’est-à-dire sans représentants, sans intellectuels, sans syndicats, etc. Cela n’est jamais arrivé. Tout mouvement social est accompagné par des intellectuels mais pour la première fois nous ne voyons personne parler en leur nom. Cela révèle 30 ans de sécession du monde d’en haut. Le peuple dit « votre modèle ne fait pas société », tout en disant « nous, majorité, avec un large soutien de l’opinion malgré les violences, voulons faire société ». Et en face, le monde d’en haut, après le mépris, prend peur. Alors que les gens ne font que demander du collectif. (…) Les politiques pensent qu’en agglomérant des minorités ils font disparaître une majorité. Or, les minorités restent des minorités, on peut essayer de les agglomérer, mais cela ne fait pas un tout. Il est très intéressant de suivre l’évolution de la popularité de Donald Trump et d’Emmanuel Macron à ce titre. Trump garde son socle électoral alors que Macron s’est effondré, comme Hollande s’est effondré avant lui. Cela veut dire que l’on peut être élu avec un agglomérat de minorités, cadres supérieurs, minorités ethniques ou sexuelles -c’est à dire la stratégie Terra Nova – et cela peut éventuellement passer avec un bon candidat d’extrême droite en face. Mais cela ne suffit pas. Cela est extrêmement fragile. Quel rapport entre les catégories supérieures boboïsées de Paris et les banlieues précarisées et islamisées qui portent un discours traditionnel sur la société ? Quel rapport entre LGBT et Islam ? Et cela, c’est pour longtemps. Ils n’ont pas compris que les pays occidentaux, précisément parce qu’ils sont devenus multiculturels, vont de plus en plus s’appuyer sur un socle qui va être celui de la majorité relative. L’électorat de Donald Trump est une majorité relative mais cela est malgré tout ce que l’on appelait la classe moyenne dans laquelle des minorités peuvent aussi se reconnaitre. On a présenté les Gilets jaunes comme étant un mouvement de blancs « Ah..ils sont blancs », comme si cela était une surprise de voir des blancs dans les zones rurales françaises. Mais ce que l’on ne voit pas, c’est que beaucoup de Français issus de l’immigration participent à ce mouvement et qu’ils ne revendiquent aucune identité, ils sont totalement dans l’assimilation. Ils font partie d’un tout qui s’appelle la classe moyenne, ou l’ancienne classe moyenne. Le mouvement a été très fort à la Réunion, on voit donc bien que cela n’est pas ethnique. Mais cela a été présenté comme cela parce que cela permettait d’avoir le discours sur l’antiracisme et l’antifascisme. Il y a eu une ostracisation des Gilets jaunes par la gauche bienpensante parce que trop blancs, mais il y aussi eu une mise à l’écart et un mépris très fort de la part de la bourgeoisie de droite. C’est la même posture que vis-à-vis du White Trash américain : ils sont pauvres et ils sont blancs, c’est la honte de la société. (…) La question culturelle et ethnique existe, je veux bien que l’on clive, mais ce qui est intéressant c’est de voir que par exemple qu’un juif de Sarcelles rejette le CRIF ou Bernard-Henri Levy. C’est fondamental parce que cela dé-essentialise la communauté juive. C’est la même fracture que l’on retrouve dans toute la société. De la même manière, les musulmans ne se retrouvent absolument pas plus dans les instances musulmanes que dans Jamel Debbouze. Et à ce propos, ce que l’on voit le plus souvent, c’est que le destin des gens issus des classes populaires qui parviennent à s’élever, c’est de trahir. C’est banalement ce qui se passe parce que cette trahison permet l’adoubement. Edouard Louis fait son livre en ciblant sa propre famille, alors il fait la une des magazines. On a vu le même phénomène aux Etats-Unis avec le livre de J.D. Vance (Hillbilly Elegy), qui est quand même plus intéressant, mais il décrit aussi le « White Trash » en disant que la classe ouvrière américaine n’est quand même pas terrible, qu’ils sont fainéants, qu’ils boivent et qu’ils se droguent, et cela lui a permis d’accéder au New York Times. En rejetant son propre milieu. Je n’ai pas de jugement moral sur les classes populaires, je prends les Français tels qu’ils sont. Je ne demande à personne d’arrêter de penser ce qu’il pense, notamment sur l’immigration. De toute façon cette question va être réglée parce que 80% des Français veulent une régulation, et qu’on ne peut pas penser cette question comme on le faisait dans les années 60, parce que les mobilités ont évolué. La question n’est même plus à débattre. Les gens que je rencontre en Seine Saint Denis qui sont majoritairement d’origine maghrébine ou sub-saharienne veulent l’arrêt de l’immigration dans leurs quartiers. C’est une évidence. Il ne faut pas oublier que les deux candidats de 2017 rejetaient le clivage gauche droite. Les gens se positionnent par rapport à des thématiques comme la mondialisation ou l’État providence, et de moins en moins sur un clivage gauche droite. Aujourd’hui, des gens comme ceux qui sont avec Jean-Luc Mélenchon ou avec Laurent Wauquiez veulent réactiver ce clivage. En faisant cela, ils se mettent dans un angle mort. Gauche et droite sont minoritaires. Jean-Luc Mélenchon a derrière lui la gauche identitaire qui dit – »nous sommes de gauche »- mais cela lui interdit de rayonner sur ce monde populaire. La question est donc celle du débouché politique, mais tout peut aller très vite. L’Italie a basculé en 6 mois. (…) À la fin des années 90, j’avais fait une analyse croisée sur la relance de politique de la ville et les émeutes urbaines. On voyait bien que toutes les émeutes urbaines génèrent une relance des politiques de la ville. La réalité est ce que cela marche. Et surtout, le mouvement des Gilets jaunes n’existerait pas en France et dans le monde sans les violences aux Champs-Élysées. Le New York Times a fait sa Une parce qu’il y avait cela, parce que cela est parfaitement corrélé à ce qu’est la communication aujourd’hui. Il y a cette violence et il faut la condamner. Mais cela veut aussi dire que nous ne sommes plus au XXe siècle. C’est tout le mythe du mouvement social qui est ringardisé. Réunir des gens à République et les faire manifester jusqu’à Bastille avant qu’ils ne rentrent chez eux, c’est fini. C’est aussi une réécriture du mouvement social qui est en train de se réaliser. Christophe Guilluy
Le mouvement a été l’incarnation charnelle du concept de France périphérique. La carte des ronds-points de novembre, c’est exactement la géographie de cette France-là: c’est-à-dire une géographie complètement dispersée. Ce n’est pas seulement la France rurale contre la France urbaine, ni la France du Nord et de l’Est contre la France du Sud et de l’Ouest, mais c’est bien tout cela à la fois : un phénomène plus large qui imprègne l’ensemble du territoire et est potentiellement majoritaire. Ce que j’avais voulu montrer avec ce concept de France périphérique, c’est justement que nous n’arrêtons pas de travailler sur des marges, des fractions, des minorités sans nous intéresser à une catégorie beaucoup plus importante en termes de taille et de poids : les classes populaires, socle de l’ancienne classe moyenne. Ces classes populaires, ce sont à la fois les ouvriers, les indépendants, les paysans, des actifs, des chômeurs, des jeunes, des retraités : l’ensemble des catégories modestes. (…) Depuis quarante ans, la société française est représentée comme une addition de minorités et analysée à partir de ces dernières. Le mouvement des « gilets jaunes » casse cette représentation et vient contredire ces analyses qui véhiculent l’idée qu’au fond la France et donc le peuple n’existe pas. On se rend compte, avec la vague des « gilets jaunes » en France mais aussi la vague des brexiters au Royaume-Uni ou des trumpistes aux États-Unis, que le peuple existe et c’est d’ailleurs ce qui explique le soutien majoritaire des « gilets jaunes » dans l’opinion. Le peuple est en train d’imposer une vaste recomposition politique. Car, sur les ronds-points, il y avait des ouvriers qui hier votaient à gauche, des paysans qui hier votaient à droite, des urbains et des ruraux, des jeunes, des actifs et, pour la première fois même, des retraités. Ils formaient hier le socle d’une classe moyenne occidentale intégrée. Celle-ci s’est totalement affranchie des appartenances gauche-droite traditionnelles. Le renversement est historique. Une part importante des deux Français sur trois de Giscard, hier intégrée économiquement et représentée politiquement et culturellement, ont basculé dans une contestation durable du modèle dominant. Tenter d’analyser ce mouvement comme un phénomène conjoncturel est une absurdité. Il est au contraire le produit du temps long et devrait s’inscrire durablement dans l’avenir. (…) De la même manière que les brexiters ne vont pas s’évanouir dans la nature. Les Britanniques ont cru qu’en gagnant du temps les classes populaires allaient abandonner. Et cela explique la percée spectaculaire du Brexit Party. Nigel Farage surfe sur le « gilet-jaunisme » britannique ! Farage, qui a créé un parti avec trois bouts de ficelle, pèse davantage en six mois que les tories et les travaillistes réunis, qui existent depuis des siècles. Cela veut dire qu’il s’appuie sur un socle et ce socle s’appelle le peuple. La question du morcellement est piégeante, c’est une lecture ultralibérale qui tend à justifier l’abandon du bien commun et in fine à invisibiliser un conflit vertical entre le haut et le bas. Évidemment que la société se commnautarise et que c’est inquiétant, mais cela ne doit pas éluder le phénomène majeur du XXIe siècle, qui est la recomposition d’une majorité dont le socle est composé par les classes populaires et moyennes. Elles ont fait un diagnostic concernant la mondialisation. Après y avoir adhéré, elles ont pu constater que celle-ci les appauvrissait socialement et les fragilisait culturellement. Elles ne vont pas changer d’avis de sitôt. (…) Tout mouvement social depuis vingt ans génère malheureusement de la violence. Ce n’est pas le propre des «gilets jaunes ». Certains « gilets jaunes » ont compris que cette violence faisait parti de la communication au XXIe siècle. Tout le monde la condamne, mais elle permet de faire la une du New York Times. Cependant, elle est d’abord et avant tout le fait des black blocs, qui viennent maintenant perturber toutes les manifestations depuis plusieurs années. Et qui sont ces black blocs ? Des enfants de la bourgeoisie ! Par ailleurs, si les « gilets jaunes » étaient réellement une tribu parmi d’autres, cela ferait longtemps que les médias n’en parleraient plus et ils n’auraient pas autant inquiété les politiques. Le soutien d’une très grande partie des Français encore aujourd’hui montre au contraire la profondeur de ce mouvement dans la société. La stratégie du monde d’en haut est toujours la même. Quand un phénomène populiste se produit, il est présenté comme accidentel et minoritaire. Les brexiters ? « Des vieux retraités xénophobes du Yorkshire ! » Sauf que c’est la majorité du peuple britannique qui a voté pour le Brexit ! On a utilisé exactement les mêmes procédés rhétoriques pour les « gilets jaunes » : « fumeurs de clopes qui roulent en diesel », « poujadistes », « peste brune » et enfin « nouveaux barbares attaquant les hôpitaux ». Depuis les années 80, une certaine bourgeoisie morcelle et « minoritarise » pour mieux invisibiliser les classes moyennes et populaires majoritaires (comme hier la bourgeoisie traditionnelle mettait en avant les pauvres pour mieux minorer le prolétariat). Mais l’addition des minorités ne fait pas une majorité. C’est ce qui explique la défaite de Clinton face à Trump même si ce dernier n’a gagné qu’avec une majorité relative. (Une majorité relative sera toujours plus puissante que l’addition de minorités…) Ce n’est pas un hasard non plus si Macron s’effondre en six mois dans les sondages tandis que Trump se maintient. La victoire de Macron est une construction intellectuelle « terranovesque » qui repose sur du sable tandis que Trump bénéficie d’une base solide. Je pense que, paradoxalement, nous sommes en train de sortir de la société liquide. Les observateurs ont beaucoup insisté sur le caractère disparate des revendications des « gilets jaunes »… Je crois au contraire que la France périphérique qu’on ne voulait pas voir est apparue physiquement. Ce qu’on voit très bien se mettre en place en Occident, c’est cette recomposition. Un phénomène incroyablement collectif. Cela fait quarante ans qu’on nous parle du « vivre ensemble », du « bien commun », des « valeurs de la République »… Mais cela ne fonctionne pas comme cela dans la vie réelle. Dans la vie réelle, il y a des gens qui vivent sur les mêmes territoires et qui partagent ou non des choses. Or ce qu’on a vu, c’est que, contrairement à ce qu’on disait, les classes populaires ne se réduisent pas à des catégories atomisées, individualistes, sans volonté politique ou sans énergie. Tout cela est faux. On a vu des gens se réunir avec une même perception des effets du modèle mondialisé dans leurs villes, leurs villages, leurs vies réelles. Et cette perception, c’est que ce modèle ne marche pas. Et ça, c’est irrépressible. On peut faire tous les grands débats du monde, leur point de vue ne changera pas car cela fait quarante ans qu’ils vivent la mondialisation et c’est sur ce vécu qu’il fonde leur diagnostic. Ce diagnostic n’est pas spécifique à la France : c’est celui des classes populaires dans l’ensemble des pays développés. Cela passe par le Brexit en Grande-Bretagne, par Trump aux États-Unis, par Salvini en Italie, par les « gilets jaunes » en France. Cela prend des formes différentes dans chaque pays, mais cela se fera car c’est le mouvement réel de la société. Macron avait imaginé que la France périphérique serait le cimetière de la classe moyenne française, comme Clinton avait imaginé que l’Amérique périphérique serait le cimetière de la classe moyenne américaine. Ils pensaient que nos territoires allaient se transformer en zone touristique avec des assistés sociaux qui remplieraient leur caddie au hard discount du coin. Mais la classe moyenne occidentale ne veut pas et ne va pas mourir. En cela, le mouvement des « gilets jaunes » est d’abord un mouvement existentiel et c’est pourquoi il ne rentre pas dans la case « mais quelles sont vos revendications ? ». C’est un mouvement qui dit une chose simple : « nous existons ». La question de la démocratie et de la représentation est centrale. Il faut enfin faire exister cette France-là qui, encore une fois, est majoritaire. Pas pour annihiler la France d’en haut, mais parce qu’il est impossible de faire société sans le peuple. (…) Au début, ce qui était frappant sur les ronds-points, c’est qu’il y avait des « gilets jaunes » de droite, de gauche, d’extrême droite et d’extrême gauche et des abstentionnistes. Le peuple tel que nous le connaissons en famille, où l’on peut s’engueuler à l’apéro mais où on termine le repas ensemble. La question des minorités est d’ailleurs intéressante. On a beaucoup dit que le mouvement était « blanc ». Les « minorités » n’étaient pas majoritaires sur les ronds-points car elles ne le sont pas dans la France périphérique, mais elles étaient bien présentes. Simplement, elles ne sont pas venues en portant leur identité en étendard. Elles n’étaient pas imprégnées de l’« idéologie universitaire ». Elles faisaient partie de la famille, du peuple. Personne ne s’est jamais interrogé sur la couleur ou l’identité de Priscillia Ludosky, qui a pourtant lancé le mouvement. Elle-même n’y a jamais fait référence. Mais, à partir du moment où un mouvement issu de la France périphérique, qui se déroule sur les ronds-points, est aspiré par les grandes métropoles, il devient autre chose. Le mouvement des « gilets jaunes » a ainsi été imprégné par la sociologie des grandes métropoles. Il est d’abord devenu beaucoup plus politique. Car les grandes métropoles sont les lieux où le politique s’exerce encore et où le clivage droite-gauche existe toujours, c’est d’ailleurs pourquoi le monde journalistique ou universitaire y croit encore. Certains habitants des grandes métropoles sont devenus acteurs des manifestations, notamment des gens qui travaillent dans la fonction publique, qui sont traditionnellement plus proches de la gauche ou de l’extrême gauche. Les manifs des « gilets jaunes », qui à l’origine étaient des manifs de la France périphérique, sont ainsi devenues des manifs de gauche. Priscillia Ludosky l’a compris. C’est pour cela qu’elle a dit qu’il fallait relocaliser le mouvement dans la France périphérique, que c’était là que se trouvait sa légitimité. Elle a parfaitement raison et c’est là aussi qu’il est le plus puissant car il est dispersé. Un mouvement est faible lorsqu’il est concentré. La concentration dans les grandes métropoles l’a affaibli. Mais même en région parisienne, même dans les grandes métropoles, beaucoup de « gilets jaunes » sont conscients de cette récupération et ne souhaitent pas, par exemple, que La France insoumise ou la CGT noyautent le mouvement. Cela montre que les « gilets jaunes » ne sont pas manipulables et pas arrêtables. Cela rend le mouvement très complexe pour le gens de gauche, mais aussi pour les gens de droite. Il n’entre dans aucune des représentations traditionnelles, qui sont en train de s’effondrer. Cela reflète aussi la recomposition politique actuelle avec une incapacité de la droite et de la gauche à s’adresser aux marges populaires. Notamment parce qu’il est absurde de séparer le social et le culturel, comme le font la gauche et la droite aujourd’hui. Le mouvement est à la fois social et culturel. Et les gens ne reviendront vers les partis traditionnels que si cette double dimension est prise au sérieux. De même que Macron arrive en tête ou en deuxième position aux élections européennes, cela ne changera rien aux fondamentaux de la société française. (…) Macron me semble peu crédible car il a des représentations et un logiciel hérités des années 80. L’idée que la société est un patchwork de communautés, que le libéralisme va faire ruisseler de la richesse sur tout le monde. Lors du grand débat, il est apparu comme un Bernard Tapie qui aurait fait l’ENA. Nous sommes pourtant en train de sortir des années 80. Maintenant, il va falloir penser un modèle alternatif qui passera notamment par le développement de la gouvernance locale. À long terme, c’est le seul moyen de sortir de la crise des « gilets jaunes ». Cela ne sera pas simple. Cela fait quarante ans qu’on massacre les classes populaires, ce n’est pas en quatre mois qu’on va trouver les réponses. D’autant que nous avons une classe politique qui a été conçue pour représenter une classe moyenne intégrée. C’est long de réécrire des programmes politiques en répondant à une demande nouvelle qui est la demande sociale, territoriale et culturelle d’un monde d’en bas qui n’est plus représenté. Les partis ont tendance à représenter quelque chose qui n’existe plus. D’où la fin du Parti socialiste et la difficulté pour la droite de dépasser les 15 %. Il faut commencer par accepter un diagnostic simple : il existe un peuple en Grande-Bretagne, il existe un peuple aux États-Unis et, même, il existe un peuple en France. Christophe Guilluy
Si nous voulons être intraitables avec le populisme, il nous faut l’être avec ses causes. (…) Mon constat, qui vaut pour l’ensemble du monde occidental, est que dans les quinze dernières années les enjeux socio-culturels sont devenus aussi importants que les enjeux socio-économiques. Nos sociétés s’interrogent désormais sur des questions qui dépassent la satisfaction des besoins matériels, comme l’identité, et plus seulement sur les inégalités et la taille de l’État. C’est l’objet de ma réflexion, qui expose une division de valeurs émergentes dans nos pays – et avant tout au Royaume-Uni – entre les Somewheres et les Anywheres. Les Anywheres réussissent bien à l’école, sont passés par une bonne université et travaillent dans les grandes villes, parfois à l’étranger ; les Somewheres sont plus enracinés et se définissent par leur appartenance à des groupes et des lieux déterminés. C’est une division schématique, car chaque groupe présente une grande variété, mais j’ai inventé ces dénominations, pas les valeurs qu’elles représentent. (…) Depuis quinze ans, les classes sociales ont progressivement convergé sur les questions socio-économiques – tout le monde accepte plus ou moins l’économie de marché régulée – et divergé sur les questions socio-culturelles. La différenciation de valeurs que je décris recoupe partiellement les différences de classe, mais pas entièrement. Ensuite, le système éducatif des pays développés a connu une expansion très importante, donc une expansion du nombre d’Anywheres. Il y a toujours eu des Anywheres et des Somewheres, mais les Anywheres représentaient une couche relativement fine au sommet de la société, qui avait de l’influence mais ne dominait pas la société. Ce n’est plus le cas. (…) Ces deux visions du monde sont entièrement légitimes. Cependant, j’estime que le point de vue des Anywheres est devenu trop dominant : ils ont imposé des valeurs qui s’appliquent avant tout à eux et décident trop largement pour les autres. (…) En premier lieu, à la mobilité sociale et à la réussite scolaire. Loin de moi l’idée que les classes populaires doivent « rester à leur place ». Je crois à la méritocratie et à la mobilité mais, collectivement, nous avons fini par y croire à l’exclusion de tout autre chose, et d’une façon très étroite. (…) tout le monde n’en a pas envie ! Il ne faut pas empêcher les gens d’être mobiles, mais il faut comprendre que, si on y attache trop d’importance, on dévalorise tous ceux qui ne le sont pas et qui constituent la majorité de nos sociétés. Les êtres humains ont besoin de se sentir reconnus et valorisés. Or aujourd’hui les critères que nous utilisons pour reconnaître la valeur des gens, comme la réussite scolaire ou les capacités cognitives, sont réducteurs. Que fait-on de l’expérience et du caractère, tout aussi légitimes ? (…) [« économie de la connaissance »] Voilà un concept typiquement Anywhere ! Il est d’ailleurs indissociable de l’expansion de l’éducation supérieure, qui a grossi au détriment des formations plus techniques, comme l’apprentissage. Aujourd’hui, 45 % des élèves restent dans la filière générale après 16 ans ; si vous n’en faites pas partie, vous êtes considéré comme un raté. Nous n’avons pas construit d’alternative prestigieuse à cette voie. (…) Le concept d’« ouverture », et en particulier la libre circulation illimitée des personnes : autant elle est bénéfique aux Anywheres, autant elle nuit aux Somewheres. Elle fait baisser les salaires des moins qualifiés, qui se prennent la mondialisation en pleine figure. Les sondages sont sans ambiguïté : 75 % de la population pense que l’immigration est trop élevée. (…) Il faut faire la distinction entre la libre circulation des biens, que je défends, et celle des personnes. (…) L’immigration a des conséquences culturelles, produit des changements rapides de notre environnement. Or la grande divergence entre Anywheres et Somewheres est leur réaction au changement. Le sociologue Talcott Parsons opposait identité « assignée » et « construite ». Plus vous réussissez, plus votre identité provient de vos réalisations personnelles. Votre identité se fait « portable ». Mais, si votre identité provient de vos caractéristiques assignées, de votre lieu et groupe d’origine, le changement vous déstabilise davantage. (…) cette idéologie, sous couvert de progressisme, peut être démoralisante. Et elle produit un paradoxe : ce sont les Anywheres qui vivent de la façon la plus conservatrice – ils sont beaucoup plus susceptibles de se marier et de vivre dans des environnements stables. Inversement, nombre de valeurs libérales sont vécues avec réticence par les Somewheres. Les Anywheres infligent leur idéologie aux Somewheres sans la vivre eux-mêmes. (…) Parce que l’État providence – que je défends, car je suis social-démocrate – ne les y incite pas. (…) Par exemple, notre politique familiale est clairement hostile à la famille. Dans mon pays, il n’y a ni quotient familial ni allocations décentes. Tout cela a eu un impact plus négatif sur les foyers de Somewheres que d’Anywheres. Dans 20 % des foyers les plus pauvres, la chance pour un enfant d’être élevé par ses deux parents à l’âge de 4 ans est dix fois inférieure à celle des enfants des 20 % des foyers les plus riches. Par ailleurs, l’opinion publique méprise les femmes au foyer et moque le concept de « soutien de famille masculin ». Nous avons vécu une grande libéralisation des mœurs dans les années 1960 et c’est une bonne chose. Mais cela ne veut pas dire que les gens aspirent à une société où les hommes et les femmes sont identiques. 70 % des femmes britanniques souhaitent avoir un soutien de famille masculin quand elles ont des enfants en bas âge. (…) La dichotomie de valeurs que je décris a créé un conflit politique. Les Somewheres avaient été poussés hors de la politique, certains allant jusqu’à cesser de voter. Comme les Anywheres ont mauvaise conscience, ils donnent parfois la parole aux Somewheres. Résultat : un référendum est venu mettre à terre leurs présupposés. (…) [Les Somewheres] sont des « populistes décents ». Certains sont de vrais xénophobes. Mais ce sont des gens modernes – beaucoup soutiennent les droits des minorités ou le mariage homosexuel. Ils partagent une vision du monde vaguement libérale, même s’ils tiennent à leurs appartenances. (…) Il faut ramener la voix des Somewheres en politique. Les Anywheres doivent montrer plus d’intelligence émotionnelle et de retenue, et se garder de toujours poursuivre leurs propres intérêts au détriment de ceux des autres. Il faudrait décentraliser davantage la politique et repenser la politique familiale. Surtout, il faut restaurer le contrat social national : mettre fin à la liberté de circulation sans limites et offrir de véritables formations aux métiers techniques. Le Brexit offre une chance pour le faire. David Goodhart
Bien qu’ils travaillent, il leur est de plus en plus difficile de suivre la cadence et de disposer de tous les biens de consommation d’une classe moyenne aisée : smartphone, voiture, télévision dernier cri, cuisine tendance, etc. » (…) En clair, ce mouvement a d’abord mobilisé toute une France du « back-office », pour reprendre l’expression de Denis Maillard (c’est-à-dire les métiers de la logistique, des transports, du care…), qui fait tourner la machine économique, qui n’est pas assistée, mais qui dit : « Nous, on bosse, mais on n’y arrive plus. » Bien qu’ils travaillent, il leur est de plus en plus difficile de suivre la cadence et de disposer de tous les biens de consommation d’une classe moyenne aisée : smartphone, voiture, télévision dernier cri, cuisine tendance, etc. (…) En réalité, nous avons là l’illustration chimiquement pure d’une des principales contradictions internes de la société occidentale. Les standards de consommation ne cessent d’être rehaussés alors que beaucoup d’emplois proposés et créés le sont dans des secteurs qui ne versent pas des salaires permettant d’accéder au « must have ». Dans les années 1960-1970, dans une France fortement industrialisée, toute une partie des catégories populaires a pu s’arrimer à la classe moyenne, c’est ce que l’on a appelé le « compromis fordiste » (Ford ayant théorisé qu’il fallait suffisamment payer les ouvriers pour que ces derniers puissent acheter les voitures qui sortaient de ses usines, NDLR). Mais aujourd’hui, tout le bas de la classe moyenne est en train de décrocher. Les causes de ce décrochage sont plurielles et de nature différente : hausse des prélèvements obligatoires diminuant le salaire disponible, création d’emplois se faisant d’abord dans des secteurs à faible valeur ajoutée et moins syndiqués, donc moins bien payés. Il faut aussi évoquer l’augmentation croissante de la distance domicile/travail qui a fait flamber la facture carburant de nombreux ménages, mais également l’explosion des familles monoparentales, phénomènes très peu pris en compte dans le débat public, mais pourtant majeurs… Un phénomène comme la crise des Gilets jaunes nous oblige à sortir d’une lecture unidimensionnelle. Il faut croiser les données et les regards (politique, économique, culturel, sociologique…), sinon, on passe à côté de sa signification profonde. (…) cette partie de la société qui travaille, mais éprouve un sentiment de déclassement. Il ne s’agit pas des catégories les plus modestes, ce sont plutôt des Français juste au niveau de la ligne de flottaison. (…) Jean-François Sirinelli, dans son ouvrage Révolutions, écrit que, jusque dans les années 1960, nous étions dans une société du bonheur différé, il fallait semer avant de récolter, serrer les dents en attendant que cela porte ses fruits pour nous ou pour nos enfants. Aujourd’hui, nous sommes dans une société d’individus, où le « moi, ici et maintenant » prime tout le reste. Dans le mouvement des Gilets jaunes, il y a des revendications de différente nature, mais il y a aussi de ça. On veut posséder les biens de consommation que j’évoquais plus haut, car sinon cela signifie qu’on n’appartient plus à la classe moyenne et qu’on est un citoyen-consommateur de seconde zone. En l’espace de 50 ans, on est passé de la messe dominicale au dimanche chez Ikea… La consommation a acquis une place centrale dans notre société. L’individu se définit de plus en plus par ce qu’il consomme et non plus par ses croyances ou ses valeurs. Depuis les Trente Glorieuses, la France a progressivement adopté le modèle d’une société organisée autour d’une vaste classe moyenne… dont la déclinaison en termes de style de vie est la « suburb » américaine. Mais au pavillon de banlieue et au barbecue des débuts se sont greffés les écrans plats, la seconde voiture, la cuisine américaine et la douche à l’italienne qu’on voit dans les émissions de Stéphane Plaza. Le ticket d’entrée dans la classe moyenne devient de plus en plus élevé. Toute une partie de la population prend conscience que cet horizon-là n’est plus pour elle, mais c’est pourtant ce qu’on lui vend matin, midi et soir comme étant le « way of life » normal pour ceux qui travaillent. On a là le terreau psychosociologique sur lequel s’est déclenché le mouvement des Gilets jaunes… (… ) Ils se bricolent un mode de vie de classe démoyennisée. On assiste ainsi à l’essor d’une « économie de la débrouille ». On tente de réduire le coût de la vie quotidienne pour pouvoir continuer à rester dans la course. On opte pour des marques moins prestigieuses. Voyez le succès de l’enseigne Dacia qui a vendu au total plus d’un million de véhicules en France alors qu’elle était à l’origine destinée aux pays émergents… Ces Français fréquentent les hard discount plutôt que les supermarchés traditionnels. Derrière la recherche des prix bas pointent également en filigrane le rejet du « big business » et de la « world company » et une demande de localisme. Lidl l’a très bien compris puisque l’enseigne a lancé une vaste campagne mettant en avant le fait qu’elle se fournissait auprès de producteurs locaux. La grande distribution, Amazon et les bobos, tout ça aux yeux de cette classe démoyennisée, ce sont les « anywhere » de David Goodhart, tandis qu’elle se voit comme plus enracinée. Il n’est d’ailleurs pas anodin que les Gilets jaunes réclament que le kérosène des avions empruntés par les « anywhere » soit désormais taxé au même titre que le gasoil qu’ils mettent dans leur Sandero pour aller travailler. (…) C’est toujours l’opposition « somewhere contre anywhere ». Leboncoin, tout est dit dans le nom même du site qui est une trouvaille marketing géniale. On se vend des objets entre nous, à l’échelle du canton, dans un rayon de quelques kilomètres. L’acheteur se déplace en personne au domicile du vendeur et a, parfois, même le droit à un café. Amazon, c’est une entreprise ultra-capitaliste qui fait travailler des gens dans de grands entrepôts déshumanisés et qui sert ses clients par l’intermédiaire de livreurs qui ont des obligations de rendement intenables. Ce sont des flux immenses qui quadrillent la planète. eBay avait dit « on amènera le monde à vos pieds ». Amazon, c’est un peu pareil. Nous avons là deux modèles radicalement différents dans leur fonctionnement, mais aussi dans les valeurs qu’ils véhiculent. (…) Toutes les classes sociales sont effectivement sur leboncoin qui est l’un des premiers sites marchands du pays. Mais tout le monde n’entretient pas le même rapport et n’y cherche pas la même chose. La fréquentation de ce site n’est pas uniquement conditionnée par la recherche de la bonne affaire. Il y a aussi une dimension plus idéologique (je ne veux pas passer par des intermédiaires qui prélèvent des marges importantes) et un aspect moral : ce n’est pas parce qu’un objet ne me sert plus que je dois le jeter. Les personnes se définissant comme Gilets jaunes affichent un taux de fréquentation du Boncoin nettement plus élevé que la moyenne. C’est le signe qu’ils pratiquent davantage cette « économie de la débrouille ». À côté du succès phénoménal du Boncoin, l’engouement pour les vide-greniers, les faillitaires et autres déstockeurs constituent d’autres symptômes éloquents du développement de cette « économie de la débrouille ». On peut également citer l’essor de l’autoentrepreneuriat (on se crée son propre job à défaut d’en trouver un ou pour compléter son salaire trop faible), mais aussi le recours de plus en plus fréquent aux crédits à la consommation, dont les encours ont explosé au cours des 30 dernières années, selon la Banque de France, ou bien encore la chasse aux promotions avec « les émeutes au Nutella » survenues quelques mois avant le déclenchement de la crise des Gilets jaunes. (…) On est revenu à des prix du carburant au même niveau, voire au-dessus de ceux pratiqués au déclenchement de la crise des Gilets jaunes ; les prix de l’immobilier continuent d’augmenter dans les métropoles et leurs premières couronnes, renvoyant les ménages modestes toujours plus loin ; du fait de l’évolution de notre économie, ce sont d’abord les secteurs peu rémunérateurs de la logistique, des services à la personne et de l’intérim qui concentrent les créations d’emploi ; et les pouvoirs publics semblent incapables de faire baisser significativement les prélèvements obligatoires. Tout concourt donc à ce que le poids des dépenses contraintes continue de progresser. Dans ce contexte, des pans entiers des petites classes moyennes se trouvent pris à la gorge, car, dans le même temps, le marché crée sans cesse de nouveaux besoins ou des produits plus sophistiqués et plus chers. (…) Nous assistons de mon point de vue depuis une trentaine d’années [à]une scission au sein même du bloc central de la société. (…) Ces deux parties du bloc central se croisent, mais moins fréquemment au supermarché, qui est moins qu’avant le passage obligé. Pour la classe démoyennisée désormais, il y a Lidl, Aldi ou leboncoin quand la classe moyenne supérieure se tourne vers Naturalia et se fait livrer par Deliveroo. L’apparition et le renforcement des phénomènes dont nous avons parlé nous incitent à penser que le phénomène de « démoyennisation » est un processus qui va se renforcer au fil du temps accroissant l’archipellisation de la société française. Jérome Fourquet
Et si la crise des gilets jaunes n’était – à son commencement, en tout cas – « que » le symptôme de la prise de conscience douloureuse, violente, par une partie de la société, d’une France socialement fragmentée ?  Comment, dans ces conditions, ne pas protester quand on sent que l’on décroche ? Comment se cramponner coûte que coûte au peloton de tête dont les standards – façons de se loger, de se vêtir, de se distraire, etc. – deviennent de plus en plus étincelants, onéreux, hors d’atteinte, donc ? Dans une note rédigée pour la Fondation Jean-Jaurès et intitulée « L’adieu à la grande classe moyenne : la crise des gilets jaunes, symptôme de la « démoyennisation » », Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’Ifop et auteur de « L’archipel français » (Seuil), poursuit son étude méticuleuse des modes de vie d’une société en plein morcellement. Cette fois, les gilets jaunes constituent son point de départ. Partisan d’une lecture pluridimensionnelle du mouvement (politique, économique, sociologique, culturelle), Fourquet a voulu décortiquer, dit-il, « cette partie de la société qui travaille mais éprouve un sentiment de déclassement », preuve vivante de ce qu’il appelle « le phénomène de démoyennisation ». Peinant désormais à acquérir les biens de consommation de la classe moyenne supérieure, cette France du « back office » (l’expression est de Denis Maillard, auteur d’« Une colère française », cité par Fourquet), exerçant souvent des métiers liés à la logistique, aux transports, à l’aide à la personne, développe son propre « way of life » pour rester dans la course toujours plus folle à la consommation. « Depuis les Trente Glorieuses, la France a progressivement adopté le modèle d’une société organisée autour d’une vaste classe moyenne… dont la déclinaison en termes de style de vie est la « suburb » américaine, avance Fourquet. Mais au pavillon de banlieue et au barbecue des débuts se sont greffés les écrans plats, la seconde voiture, la cuisine américaine et la douche à l’italienne qu’on voit dans les émissions de Stéphane Plaza. Le ticket d’entrée dans la classe moyenne devient de plus en plus élevé. Toute une partie de la population prend conscience que cet horizon-là n’est plus pour elle, mais c’est pourtant ce qu’on lui vend matin, midi et soir comme étant le standard normal pour ceux qui travaillent. » Plus que leurs salaires et leurs catégories socioprofessionnelles, c’est presque une façon de consommer, d’économiser, et donc de voir le monde, qui rapproche les membres de cette société en voie de « démoyennisation ». Plus on se retrouve en marge, plus on développe des circuits parallèles de consommation. A cette « France du Boncoin », de la débrouille, du marché secondaire s’opposerait donc une France des clients d’Amazon, plus favorisée, plus mondialisée, plus macroniste aussi, peut-être. Une France qui, même en commandant les petits pots bio de ses enfants et son savon noir sur le site américain de commerce en ligne, peut s’offrir la cuisine avec verrière et carreaux de ciment repérée dans une émission de Stéphane Plaza sans compter ses sous. Une France qui achète sur Amazon tandis que certains membres de la France du Boncoin y travaillent comme cariste ou comme livreur. « On notera d’ailleurs à ce propos qu’Amazon, en tant que représentant et acteur majeur de la mondialisation économique, a été particulièrement ciblé par les gilets jaunes », écrit Jérôme Fourquet dans sa note. Et de citer l’action commando organisée le 22 décembre 2018 contre la plateforme Amazon de Montélimar ou le blocage d’un entrepôt de Saran le 16 janvier, vraisemblablement à la suite de la diffusion d’un reportage de « Capital » sur le géant américain. Mais si cette classe « démoyennisée » fustige les entreprises ultracapitalistes, développe son propre modèle et son propre style de vie, elle n’a pas encore renoncé à posséder les biens de consommation standards « car, sinon, cela signifie qu’on n’appartient plus à la classe moyenne et qu’on est un citoyen-consommateur de seconde zone », note Fourquet. Alors que les classes favorisées ont fait sécession, vivant en vase clos, d’après une précédente note de Fourquet pour la Fondation Jean-Jaurès, publiée en février 2018, elles continuent d’influencer les moins favorisées. Pour le pire ? Le Point

Attention: une hémiplégie peut en cacher une autre !

En ce 27e samedi consécutif de mobilisation gilets jaunes …

Et de son lot habituel d’enfants gâtés qui, comme aux plus beaux jours de la poétique insurrectionnelle d’il y a 50 ans , jouent à casser le samedi leurs jouets des autres jours …

Comment ne pas voir l’étrange hémiplégie …

De médias qui en fidèles échos de nos gouvernants …

N’ont pas de mots assez doux …

Pour célébrer, avec 8,4% et un recul de 0, 1% (hors Mayotte), le retour du chômage d’il y a dix ans

Comme l’accession de la France à la 5e place devant la Chine des pays les plus attractifs pour les investissements étrangers …

Et de mots assez forts pour dénoncer …

Un président américain qui avec 3,6% et le plus bas niveau de chômage depuis 50 ans (minorités comprises) et une croissance supérieure à 3 %

S’acharne sur un régime iranien qui depuis 40 ans opprime sa population et met le Moyen-orient à feu et à sang …

Et un Etat policier chinois qui, entre la répression de ses minorités et la militarisation des espaces maritimes de ses voisins et sous prétexte de développement, pille en toute impunité depuis bientôt 20 ans la propriété intellectuelle de ses prétendus partenaires occidentaux …

Mais surtout comme le rappellent les sociologues  français et britannique Jérome Fourquet et David Goodhart dans Le Point cette semaine …

Dans une France qui a remplacé la « messe dominicale » par le « dimanche chez Ikea » …

Entre hausse des taxes, emplois sous-payés et moins syndiqués, augmentation croissante de la distance domicile/travail, explosion des familles monoparentales et nouveaux besoins toujours plus sophistiqués et plus chers …

Leur singulière cécité sur l’écart que ces progrès célébrés de la globalisation ne peuvent manquer d’aggraver entre la « France d’Amazon » et celle du « Bon coin » …

Et surtout sur fond de débat interdit sur l’insécurité culturelle entrainée par une immigration hors de contrôle …

La fin quasiment programmée de cette classe moyenne qui en assez d’être les éternels pigeons de Stéphane Plaza ?

EXCLUSIF. « Le ticket d’entrée dans la classe moyenne devient de plus en plus élevé »

ENTRETIEN. Après « L’Archipel français », le sondeur Jérôme Fourquet revient avec une étude pour la Fondation Jean-Jaurès sur la « démoyennisation » de notre société.

Propos recueillis par Laureline Dupont

Le Point
La réponse de Stéphane Plaza à la note de Jérôme Fourquet

L’animateur de M6 (« Recherche appartement ou maison », « Maison à vendre », « Chasseurs d’appart ») symbolise malgré lui un monde dont une partie de ses téléspectateurs se sentent désormais exclus. « Alors que ses émissions sont très regardées, le standing qu’elles véhiculent et qu’elles érigent en norme est objectivement inatteignable pour toute une partie de la population », écrit Jérôme Fourquet. Ce qui finit par en agacer certains. « Plaza nous prend pour des pigeons. Il pense que tout le monde peut se payer une double vasque, mais nous on ne peut pas avoir de crédit pour se payer une salle de bains. Nous ne sommes pas du même monde », ironise Didier, gilet jaune de Seine-et-Marne qui travaille comme agent administratif. « Il vend un “american way of life” à la française. Mais c’est inaccessible pour nous », témoigne encore Ouahiba, gilet jaune de Montreuil, en intérim dans la restauration collective. L’intéressé, lui, se défend :« Je ne pense pas vendre du rêve. Le prix moyen des maisons que nous vendons est de 350 000 euros. Ça reste correct. » Correct ? Peut-être, mais bien trop élevé pour beaucoup. « Quand j’ai vu qu’on avait réussi à récolter 1 milliard d’euros en deux jours pour Notre-Dame, j’étais un peu écœuré. J’aurais préféré qu’on donne cet argent aux gilets jaunes », ajoute l’animateur en gage de soutien§ Hugo Domenach

Voir de plus:

Christophe Guilluy : « Les Gilets jaunes ont gagné la bataille, les élites ne pourront plus faire comme si cette France n’existait pas »
Dans un grand entretien pour Atlantico, le géographe de la France périphérique donne en exclusivité son analyse du mouvement qui a ébranlé le pays et la République.
Atlantico

26 janvier 2019

Atlantico : Le mouvement des Gilets jaunes a été beaucoup commenté ces dernières semaines au travers du prisme du concept de France périphérique. Pouvez-vous revenir sur ce concept ?

Christophe Guilluy : Le concept de France périphérique traite de la répartition dans l’espace des classes populaires. Lorsque j’ai réalisé cette répartition au début des années 2000, je travaillais sur les classes populaires de banlieues, ce qui vient invalider les critiques qui voudraient voir dans la France périphérique un concept d’exclusion de la France des banlieues. La réalité est qu’à partir du moment où l’on travaille sur les classes populaires de banlieues, soit 7% de la population, on sait qu’il manque quelque chose, c’est-à-dire tout le reste. Ce qui était frappant lorsqu’on a fait les premières cartes de cette représentation était que ces territoires étaient toutes les périphéries des grandes métropoles mondialisées : les périphéries de la mondialisation. Il y a donc un aspect géographique, un aspect social, un aspect économique – parce que l’on retrouve les territoires les moins dynamiques économiquement – et puis, et surtout, un aspect culturel, puisque ce sont des catégories qui sont sorties des écrans radar de la classe politique, du monde intellectuel, du monde universitaire et du monde syndical.

C’est pour cela que j’avais annoncé, au début des années 2000, que s’il y avait un mouvement social, la contestation viendrait de ces territoires, de cette géographie, de cette sociologie, et que celle-ci pourrait être politique, sociale, ou les deux à la fois. Cela était le thème du livre. Et en partant de ce principe d’un territoire et d’une géographie, on retrouve la dynamique de toute la vague de populisme qui touche l’Europe occidentale ou les Etats-Unis.

Il est important de dire que cette géographie n’est pas celle de la pauvreté. Il y a des pauvres parmi eux mais je n’oppose pas les pauvres aux classes populaires. Cela est d’ailleurs très intéressant de constater qu’un des moyens d’invisibiliser les classes populaires a été de mettre en avant les pauvres, et notamment les nouveaux pauvres que sont les immigrés. Il y a eu une instrumentalisation des immigrés et des minorités par la bourgeoisie pour se protéger des classes populaires. Cette instrumentalisation de la pauvreté – consciente pour une minorité mais majoritairement inconsciente par le biais d’une approche bienveillante et morale – était déjà présente au XIXe siècle, quand les pauvres étaient mis en avant par le paternalisme, tout en masquant la masse du prolétariat. Il s’agissait de diviser cet ensemble majoritaire que sont les classes populaires qui peuvent être pauvres ou travailleuses. Le prolétariat devait se taire et arrêter de demander plus de protection sociale ou des salaires plus élevés parce qu’ils étaient mieux lotis que les pauvres. C’est exactement le discours de la nouvelle bourgeoisie, qui est plutôt de gauche aujourd’hui, et j’y inclus une large part du monde intellectuel et universitaire. La technique est exactement la même.

Quand je suis arrivé avec mon concept de France périphérique, ce qui a vraiment énervé, c’est que je dise qu’il y avait là un potentiel majoritaire. La France périphérique n’est pas la marge, contrairement à ce qui était annoncé dans les premiers jours du mouvement des Gilets jaunes. Cela était la même technique ; de désigner « les marges », ce qui voulait dire en creux que « tout va bien » pour la société : alors « ne changeons rien ».  Ce qui est terrible, c’est que c’est la gauche qui a beaucoup porté ce discours autour des marges et des minorités, pour mieux attaquer le prolétariat. Ce dont je me suis rendu compte, c’est que les gens du parti socialiste avaient beaucoup de problèmes avec l’idée d’un conflit de classes. Et on retrouve la même fracturation autour du concept de France périphérique. Une bourgeoisie de gauche a refusé le concept parce qu’il était potentiellement majoritaire, il rappelait l’existence d’un prolétariat, d’un peuple. Il rappelait à tous ces gens que le modèle qu’ils prônaient avait des limites, parce qu’il n’intégrait pas le plus grand nombre.

Quel lien faites-vous entre France périphérique et Gilets Jaunes ?

J’ai regardé les premières cartes qui avaient faites par l’IFOP concernant les ronds-points occupés par les Gilets jaunes. Ce qui était frappant, c’était la parfaite corrélation avec celle de la France périphérique, développée autour d’un indicateur de fragilité sociale Ce qui est très intéressant c’est que cette carte fait exploser toutes les typologies traditionnelles : la division est-ouest entre la France industrielle et la France rurale par exemple. En réalité, le mouvement est parti de partout, aussi bien dans le sud-ouest que dans le nord-est, on voit donc quelque chose qui correspond exactement à la France périphérique, c’est-à-dire à la répartition des catégories modestes et populaires dans l’espace. Cette typologie casse celle de la France du vide qui n’est plus pertinente et cela nous montre bien les effets d’un modèle économique nouveau qui est celui de la mondialisation. C’est pour cela que je dis que le mouvement des Gilets jaunes n’est pas une résurgence de la révolution française ou de mai 68, cela est au contraire quelque chose de très nouveau : cela correspond à l’impact de la mondialisation sur la classe moyenne au sens large : de l’ouvrier au cadre supérieur. La classe moyenne ce ne sont pas seulement les professions intermédiaires, c’est un ensemble, ce sont les gens qui travaillent et qui ont l’impression de faire partie d’un tout, peu importe qu’il y ait des inégalités de salaires.

Comment avez-vous accueilli les différentes analyses qui ont pu être faites du mouvement ?

Ce qui était malsain dans l’analyse qui en a été fait, cela a été le moment ou l’on a dit « en réalité, ils ne sont pas pauvres ». On opposait une nouvelle fois les pauvres aux classes populaires alors que la presque totalité des pauvres sont issus des classes populaires. Il y a un lien organique entre eux. Quand on prend ces catégories, ouvriers, employés, paysans etc.…ils peuvent être pauvres, au chômage, et même quand ils ont un emploi, ils savent très bien que la case pauvreté est toute proche sur l’échiquier.  Surtout, ils ont un frère, un cousin, un grand parent, un ami, un voisin qui est pauvre. On oublie toujours de dire que la pauvreté n’est pas un état permanent, il y a un échange constant entre classes populaires et pauvreté. Opposer ces catégories, c’est refuser ce lien organique entre pauvres et travailleurs modestes. C’est donc ne rien comprendre à ce qui se joue actuellement.

Quelles sont les causes du diagnostic que vous dressez ?

Ce que nous constatons aujourd’hui, c’est une dysfonction entre l’économie et la société. Et cela est la première fois. Avant, l’économie faisait société, c’était les 30 glorieuses avec un modèle économique qui intègre tout le monde et qui bénéficie à l’ensemble de la société. Là, nous avons un modèle qui peut créer de la richesse mais qui ne fait pas société.

Le modèle économique mondialisé, parce qu’il n’a pas de limites, frappe les catégories sociales les unes après les autres. Après les employés, il y a les professions intermédiaires, les jeunes diplômés, et après nous aurons les catégories supérieures. La seule chose qui protège les catégories supérieures est qu’elles vivent aujourd’hui dans des citadelles. C’est ce qui fait                aussi que la baisse du soutien des français au mouvement des Gilets jaunes touche ces catégories-là. Mais cela n’empêche pas que le socle électoral d’Emmanuel Macron se restreint comme peau de chagrin, cela est mécanique.

Depuis les années 80, on a souvent compensé ces destructions d’emplois sur ces territoires par des emplois publics, mais les gens ont parfaitement compris que ce modèle était à bout de souffle. Les fonctionnaires de catégorie B et C, qui sont présents dans le mouvement, ont compris que cela était fini, qu’ils n’auraient plus d’augmentations de salaires ou que leurs enfants ne pourront plus en profiter. On a bien là une angoisse d’insécurité sociale qui s’est généralisée à l’ensemble de ces catégories qui étaient, hier, totalement intégrées à la classe moyenne, et cela démontre bien comment un mouvement parti des marges est devenu majoritaire. Cela est la limite du modèle économique néolibéral. Je n’aurais aucun problème à adhérer au modèle néolibéral, s’il fonctionnait. On a vu comment cela avait commencé, ouvriers d’abord, paysans etc.. Et aujourd’hui, des gens que l’on pensait finalement sécurisés sont touchés ; petite fonction publique et retraités. Or, ce sont les gens qui ont, in fine, élu Emmanuel Macron. Son effondrement vient de ces catégories-là.

Mais les classes populaires n’ont rien contre les riches, ils jouent au loto pour devenir riches, la question est simplement de pouvoir vivre décemment avec son salaire et d’être respecté culturellement. Nous payons réellement 30 années de mépris de classe, d’ostracisation, d’insultes en direction du peuple.

Vous soulignez l’impossibilité de la coexistence entre la démocratie et un modèle économique qui ne profite plus à la majorité…

C’est ce que ne comprennent pas les libéraux. Je crois que le débat –libéral-pas libéral- est vain. Si je dis qu’il y a un problème avec ce modèle dans ces territoires, alors on me dit que je suis pour la suppression des métropoles ou que je suis favorable à un retour à une économie administrée. Et surtout, ce qui est intolérable, c’est que je cliverais la société en termes de classes sociales. En relisant récemment une biographie de Margaret Thatcher, je me suis rendu compte que le plus gros reproche fait aux travaillistes et aux syndicats dans les années 70 était justement de cliver la société à partir des classes sociales. L’argument était de dire qu’ils sont de mauvais anglais parce qu’ils fracturent l’unité nationale. Ce qui est génial, c’est que nous voyons aujourd’hui exactement les mêmes réactions avec la France périphérique. Une arme sur la tempe, on vous dit d’arrêter de parler des inégalités. Ils veulent bien que l’on parle de pauvres mais cela ne va pas plus loin.

Mais quand on regarde finement les choses, Emmanuel Macron n’aurait pas pu être élu sans le niveau de l’État providence français. À la fin il passe, évidemment parce qu’il fait le front des bourgeoises et des catégories supérieures, des scores soviétiques dans les grandes métropoles mais aussi et surtout parce que la majorité de la fonction publique a voté pour lui, tout comme la majorité des retraités a voté pour lui. C’est-à-dire les héritiers des 30 glorieuses et surtout le cœur de la redistribution française. Emmanuel Macron se tire deux balles dans le pied en attaquant la fonction publique et les retraités. Nous assistons à un suicide en direct. C’est ce qui explique qu’il soit très vite passé de 65 à 25%. Finalement, et paradoxalement, le modèle français ne résiste au populisme et perdure dans le sens de la dérégulation néolibérale que grâce à un État providence fort. Mais en l’absence d’un État providence- ce que veulent les libéraux- nous aurons alors le populisme.

Comment expliquez-vous que ce diagnostic de la France périphérique ait été aussi tardif ?
J’en veux à la production intellectuelle et universitaire parce qu’à partir du moment ou on met les marges en avant, les journalistes vont suivre cette représentation en allant voir une femme isolée dans la creuse qui vit avec 500 euros, en se disant qu’elle est Gilet jaune, tout cela pour se rendre finalement compte qu’elle ne manifeste pas. Parce que quand on est pauvre, on n’a même pas l’énergie de se mobiliser, le but est de boucler la journée. Historiquement, les mouvements sociaux n’ont jamais été portés par les pauvres, et cela ne veut pas dire qu’ils ne soutiennent pas le mouvement.

Ce que nous voyons aujourd’hui, ce sont des journalistes qui vont dans les salons des Gilets jaunes pour vérifier s’ils ont un écran plat, un abonnement Netflix, ou un IPhone. Ils sont prêts à les fouiller, cela est dingue. Lors des manifestations de 1995, les journalistes ne sont pas allés vérifier si les cheminots avaient un écran 16/9e chez eux, ou quand il y a eu les émeutes des banlieues, de vérifier si le mec qui brule une voiture vit chez lui avec une grande télé ou pas. Cette façon de délégitimer un mouvement est une grande première. C’est la première fois que l’on fait les poches des manifestants pour savoir s’ils ont de l’argent ou pas, et s’il y en a, on considère que cela n’est pas légitime. Ce qu’ils n’ont pas compris, c’est que si on gagne le revenu médian à 1700 euros, la perspective est que, même si cela va aujourd’hui, cela ne va pas aller demain.

L’élite n’a toujours pas compris que les gens étaient parfaitement capables de faire un diagnostic de leurs propres vies. Cette condescendance dit un gigantesque mépris de classe. J’ai moi-même été surpris, je ne pensais pas que cela irait si vite. En quelques heures, les Gilets jaunes sont devenus antisémites, homophobes, racistes, beaufs… Et là encore, on voit bien que l’antiracisme et l’antifascisme sont devenus une arme de classe.

Le climat général d’une prise de conscience vous donne-t-il l’impression que les choses pourraient changer ?
Nicolas Mathieu vient d’avoir le prix Goncourt avec son livre « Leurs enfants après eux », dont il dit qu’il s’agissait du roman de la France périphérique. Le combat culturel est en cours. Cela gagne le champ littéraire, culturel et médiatique. Les Gilets jaunes ont gagné l’essentiel, ils ont gagné la bataille de la représentation. On ne pourra plus faire comme si cette France n’existait pas, comme si la France périphérique était un concept qui ne pouvait pas être incarné par des gens. Si nous sommes encore démocrates nous sommes obligés de le prendre en compte. Ce qu’il faut espérer, c’est que les élites se rendent compte que les peuples occidentaux sont encore relativement paisibles. Le mouvement réel de la société, que nous constatons partout dans le monde occidental, et que nous ne pourrons pas arrêter, continue d’avancer, de se structurer, et que cela est de la responsabilité des élites d’y répondre. Ils n’ont pas d’autre choix, celui de l’atterrissage en douceur. Je crois que ce qui vient d’arriver, c’est que le rapport de force vient de changer, la peur a changé de camp. Aux Etats-Unis, au Royaume Uni, en Europe, maintenant, ils ont le peuple sur le dos. Et puis il y a une vertu à tout cela, prendre en compte les aspirations des plus modestes, c’est pour moi le fondement de la démocratie, c’est-à-dire donner du pouvoir à ceux qui n’en ont pas plutôt que de renforcer le pouvoir de ceux qui l’ont déjà.

Qu’est-ce que le mouvement des Gilets jaunes vous a appris ?

Nous avons eu en direct ce qui essentiel pour moi ; la fracture culturelle gigantesque entre tout le monde d’en haut au sens large et la France périphérique. Ce qui s’est déployé sous nos yeux, ce n’est pas seulement la fracture sociale et territoriale mais plus encore cette fracture culturelle. L’état de sidération de l’intelligentsia française rappelle clairement celle de l’intelligentsia britannique face au Brexit, et cela est la même chose aux Etats-Unis avec l’élection de Donald Trump. Cette sidération a déclenché immédiatement l’emploi des armes de l’antifascisme, parce qu’ils n’ont rien d’autre. Ils ont découvert la dernière tribu d’Amazonie et – incroyable -elle est potentiellement majoritaire.

C’est un mouvement très positif, contraire à toute l’analyse intellectuelle qui voit le peuple dans le repli individualiste, qui refuse le collectif, ou dans des termes comme celui de la « droitisation de la société française » alors que les gens demandent des services publics et un État providence. Après, on pointe le fait qu’ils sont contre l’immigration, ce à quoi on peut répondre « comme tout le monde », soit une très large majorité de Français. Le plus important est que nous avons sous les yeux un peuple qui veut faire société et des élites qui ne veulent plus faire société, comme je le disais dans « No Society » (Flammarion). C’est un moment de rupture historique entre un monde d’en haut, intellectuels, politiques, showbiz etc.… qui a peur de son propre peuple. Ils ne veulent plus faire société avec un peuple qu’ils méprisent. C’est la thèse de Christopher Lasch de la « sécession des élites ». On le voit aussi avec le discours anti-média des Gilets jaunes qui ne fait que répondre à 30 ans d’invisibilisation de ces catégories. Les classes populaires n’étaient traitées qu’au travers des banlieues et ils payent aujourd’hui ce positionnement.

C’est un mouvement fondamentalement collectif et du XXI siècle. Ce qui est très nouveau, c’est que c’est un mouvement social du « No Society », c’est-à-dire sans représentants, sans intellectuels, sans syndicats, etc. Cela n’est jamais arrivé. Tout mouvement social est accompagné par des intellectuels mais pour la première fois nous ne voyons personne parler en leur nom. Cela révèle 30 ans de sécession du monde d’en haut. Le peuple dit « votre modèle ne fait pas société », tout en disant « nous, majorité, avec un large soutien de l’opinion malgré les violences, voulons faire société ». Et en face, le monde d’en haut, après le mépris, prend peur. Alors que les gens ne font que demander du collectif.

Vous insistez beaucoup sur cette dimension majoritaire… ?

Les politiques pensent qu’en agglomérant des minorités ils font disparaître une majorité. Or, les minorités restent des minorités, on peut essayer de les agglomérer, mais cela ne fait pas un tout. Il est très intéressant de suivre l’évolution de la popularité de Donald Trump et d’Emmanuel Macron à ce titre. Trump garde son socle électoral alors que Macron s’est effondré, comme Hollande s’est effondré avant lui. Cela veut dire que l’on peut être élu avec un agglomérat de minorités, cadres supérieurs, minorités ethniques ou sexuelles -c’est à dire la stratégie Terra Nova – et cela peut éventuellement passer avec un bon candidat d’extrême droite en face. Mais cela ne suffit pas. Cela est extrêmement fragile. Quel rapport entre les catégories supérieures boboïsées de Paris et les banlieues précarisées et islamisées qui portent un discours traditionnel sur la société ? Quel rapport entre LGBT et Islam ? Et cela, c’est pour longtemps. Ils n’ont pas compris que les pays occidentaux, précisément parce qu’ils sont devenus multiculturels, vont de plus en plus s’appuyer sur un socle qui va être celui de la majorité relative. L’électorat de Donald Trump est une majorité relative mais cela est malgré tout ce que l’on appelait la classe moyenne dans laquelle des minorités peuvent aussi se reconnaitre.

On a présenté les Gilets jaunes comme étant un mouvement de blancs « Ah..ils sont blancs », comme si cela était une surprise de voir des blancs dans les zones rurales françaises. Mais ce que l’on ne voit pas, c’est que beaucoup de Français issus de l’immigration participent à ce mouvement et qu’ils ne revendiquent aucune identité, ils sont totalement dans l’assimilation. Ils font partie d’un tout qui s’appelle la classe moyenne, ou l’ancienne classe moyenne. Le mouvement a été très fort à la Réunion, on voit donc bien que cela n’est pas ethnique. Mais cela a été présenté comme cela parce que cela permettait d’avoir le discours sur l’antiracisme et l’antifascisme. Il y a eu une ostracisation des Gilets jaunes par la gauche bienpensante parce que trop blancs, mais il y aussi eu une mise à l’écart et un mépris très fort de la part de la bourgeoisie de droite. C’est la même posture que vis-à-vis du White Trash américain : ils sont pauvres et ils sont blancs, c’est la honte de la société.

Le clivage de classe domine-t-il, selon vous, les autres clivages qui touchent la société ?
La question culturelle et ethnique existe, je veux bien que l’on clive, mais ce qui est intéressant c’est de voir que par exemple qu’un juif de Sarcelles rejette le CRIF ou Bernard-Henri Levy. C’est fondamental parce que cela dé-essentialise la communauté juive. C’est la même fracture que l’on retrouve dans toute la société. De la même manière, les musulmans ne se retrouvent absolument pas plus dans les instances musulmanes que dans Jamel Debbouze.

Et à ce propos, ce que l’on voit le plus souvent, c’est que le destin des gens issus des classes populaires qui parviennent à s’élever, c’est de trahir. C’est banalement ce qui se passe parce que cette trahison permet l’adoubement. Edouard Louis fait son livre en ciblant sa propre famille, alors il fait la une des magazines. On a vu le même phénomène aux Etats-Unis avec le livre de J.D. Vance (Hillbilly Elegy), qui est quand même plus intéressant, mais il décrit aussi le « White Trash » en disant que la classe ouvrière américaine n’est quand même pas terrible, qu’ils sont fainéants, qu’ils boivent et qu’ils se droguent, et cela lui a permis d’accéder au New York Times. En rejetant son propre milieu.

Je n’ai pas de jugement moral sur les classes populaires, je prends les Français tels qu’ils sont. Je ne demande à personne d’arrêter de penser ce qu’il pense, notamment sur l’immigration. De toute façon cette question va être réglée parce que 80% des Français veulent une régulation, et qu’on ne peut pas penser cette question comme on le faisait dans les années 60, parce que les mobilités ont évolué. La question n’est même plus à débattre. Les gens que je rencontre en Seine Saint Denis qui sont majoritairement d’origine maghrébine ou sub-saharienne veulent l’arrêt de l’immigration dans leurs quartiers. C’est une évidence.

Il ne faut pas oublier que les deux candidats de 2017 rejetaient le clivage gauche droite. Les gens se positionnent par rapport à des thématiques comme la mondialisation ou l’État providence, et de moins en moins sur un clivage gauche droite. Aujourd’hui, des gens comme ceux qui sont avec Jean-Luc Mélenchon ou avec Laurent Wauquiez veulent réactiver ce clivage. En faisant cela, ils se mettent dans un angle mort. Gauche et droite sont minoritaires. Jean-Luc Mélenchon a derrière lui la gauche identitaire qui dit – »nous sommes de gauche »- mais cela lui interdit de rayonner sur ce monde populaire. La question est donc celle du débouché politique, mais tout peut aller très vite. L’Italie a basculé en 6 mois.

Vous n’avez pas évoqué les violences du mouvement, comment les « comprendre » ?

À la fin des années 90, j’avais fait une analyse croisée sur la relance de politique de la ville et les émeutes urbaines. On voyait bien que toutes les émeutes urbaines génèrent une relance des politiques de la ville. La réalité est ce que cela marche. Et surtout, le mouvement des Gilets jaunes n’existerait pas en France et dans le monde sans les violences aux Champs-Élysées. Le New York Times a fait sa Une parce qu’il y avait cela, parce que cela est parfaitement corrélé à ce qu’est la communication aujourd’hui. Il y a cette violence et il faut la condamner. Mais cela veut aussi dire que nous ne sommes plus au XXe siècle. C’est tout le mythe du mouvement social qui est ringardisé. Réunir des gens à République et les faire manifester jusqu’à Bastille avant qu’ils ne rentrent chez eux, c’est fini. C’est aussi une réécriture du mouvement social qui est en train de se réaliser.

Christophe Guilluy est géographe. Chercheur auprès de collectivités locales et d’organismes publics, il est également le coauteur, avec Christophe Noyé, de « L’Atlas des nouvelles fractures sociales en France » (Autrement, 2004).

Voir encore:

Pourquoi Trump remporte des victoires envers et contre tous
Nicolas Lecaussin
Le Figaro
07/05/2019

FIGAROVOX/TRIBUNE – La cote de popularité de Trump franchit la barre des 45%. Nicolas Lecaussin rappelle que cette popularité est aussi liée aux succès économiques de Trump, qu’il salue en expliquant que les facteurs à l’origine de la bonne santé américaine devraient inspirer d’autres leaders politiques, en particulier français.

Nicolas Lecaussin est Directeur de l’IREF (Institut de Recherches Economiques et Fiscales) et vient de publier Les donneurs de leçons aux Editions du Rocher.

Lorsque le président Donald Trump a été élu, nombreux étaient ceux (y compris des prix Nobel d’économie) qui soutenaient que l’économie américaine allait s’écrouler et les marchés financiers dégringoler. Quand on a vu que la croissance revenait (en fait, il y a eu un ralentissement lors des deux dernières années d’Obama!), les mêmes ont affirmé que ça n’allait pas durer, que la croissance serait éphémère et que la récession ne saurait tarder! Dans son éditorial du 8 avril dernier publié dans le New York Times, le prix Nobel d’économie Paul Krugman s’obstine et écrit que Trump s’en prend à la Fed (la Banque centrale américaine) parce que l’impact des baisses d’impôts et des suppressions des réglementations n’aurait été que de la «poudre aux yeux» et n’aurait servi qu’à retarder la récession. Or on apprenait il y a quelques jours que l’économie affiche un taux de croissance à 3.2 % au premier trimestre 2019, largement au-dessus des prévisions. Malgré le «shutdown» de janvier, la croissance est tirée par les exportations et les investissements privés, très importants depuis 2017, ainsi que par les réformes dues à l’administration Trump.

La baisse de la fiscalité des entreprises et des ménages, les réductions et suppressions de normes et de réglementations, en particulier environnementales, ont donné de l’air et plus de libertés aux entrepreneurs qui ont choisi d’investir. D’où les fortes créations d’emplois ainsi que les hausses des salaires sur un marché du travail où la main-d’œuvre se fait rare.

Le premier trimestre a également été marqué par le ralentissement de l’inflation, l’indice des prix des achats intérieurs bruts augmentant de seulement 0,8%. C’est le rythme le plus lent depuis le premier trimestre 2016. Même avec la récente hausse des prix du pétrole, il n’existe aucun risque d’inflation et la Réserve fédérale ne devrait pas relever ses taux d’intérêt.

La croissance économique américaine lors des quatre derniers trimestres a été supérieure à 3 % en taux annuel alors que dans des pays européens comme la France et l’Allemagne, elle a tourné autour de 1.5 %.

Après l’annonce du taux de croissance, les dernières données sur l’emploi (Labor Statistics, 4 mai) sont aussi impressionnantes: l’économie a créé 263 000 emplois supplémentaires en avril, le taux de chômage ayant chuté à 3,6%, le plus bas taux enregistré depuis cinq décennies. Mais la meilleure nouvelle est que les plus gros bénéficiaires de ce marché du travail libéré sont les personnes qui ont connu des difficultés au cours des années de croissance lente d’Obama, c’est-à-dire les personnes peu qualifiées.

Les statistiques montrent que les Américains le moins diplômés bénéficient d’une croissance plus rapide des salaires et de l’emploi. Le secteur de la construction par exemple a créé 33 000 emplois le mois dernier et 256 000 au cours de la dernière année (2018). Le ministère du Travail a indiqué que la productivité des travailleurs avait augmenté de 3,6% au quatrième trimestre et de 2,4% par rapport à l’année dernière à la même époque, soit le taux le plus rapide enregistré depuis 2010. Parallèlement, en avril, la hausse du salaire horaire moyen mensuel des travailleurs non qualifiés était de 0,3%, contre 0,2% pour tous les travailleurs. Le gain salarial sur 12 mois est de 3,4% pour les moins qualifiés, contre 3,2% pour l’ensemble des employés. Même le salaire minimum est en forte hausse et les décisions politiques n’y sont pour rien. Dans 21 états américains, le salaire de base augmente régulièrement grâce au marché. La société Amazon vient même de fixer le salaire minimum à 15 dollars/l’heure et ses diverses sociétés ont fait de même.

N’en déplaise aux égalitaristes et autres progressistes, ce sont bien la croissance économique et les créations d’emplois qui font reculer la pauvreté et réduisent les inégalités.

Il y aura toujours des économistes comme Paul Krugman pour critiquer la politique économique du président Trump ou – ils sont plus rares aujourd’hui – pour attribuer les fruits de cette croissance au président Obama). Mais difficile de nier les faits économiques éternellement. Certes, on peut s’inquiéter de certaines positions protectionnistes de M. Trump mais la récente rencontre avec le Premier ministre japonais augure plutôt de belles perspectives de libre-échange entre les deux pays sans forcément passer par les organisations internationales. Pour le moment, les facteurs à l’origine de la bonne santé de l’économie américaine devraient inspirer d’autres leaders politiques, en particulier français.

L’économie mais aussi les conclusions du fameux rapport Mueller sur les prétendues collusions avec les Russes lors des élections de 2016 ont beaucoup renforcé le président américain face à ses détracteurs, et pas seulement.

Voir enfin:

L’article à lire pour comprendre ce qu’est vraiment un black bloc
Mobilisation contre la loi Travail, 1er-Mai, « gilets jaunes »… Des black blocs font régulièrement incursion dans les manifestations. Mais qui sont et que veulent ces militants d’ultragauche vêtus de noir ?
Kocila Makdeche
France Télévisions
19/04/2019

Ils sont la bête noire du gouvernement. Le 16 mars, lors du 18e samedi de manifestation des « gilets jaunes », des centaines de militants de la gauche radicale et insurrectionnelle ont mis à sac des boutiques de luxe sur Champs-Elysées et ont caillassé les forces de l’ordre. Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a immédiatement pointé du doigt « les black blocs », des manifestants tous vêtus de noir de façon à rester anonymes.

Manifestations contre la loi Travail, 1er-Mai… Depuis quelques années, les cortèges voient régulièrement se former des black blocs, qui occasionnent à chaque fois d’importants dégâts. Que réclament-ils en s’attaquant aux banques et aux forces de l’ordre ? Qui sont ces militants d’ultragauche qui se cachent sous des masques ? Franceinfo lève le voile.

Bon, c’est quoi un black bloc ?

S’il suscite beaucoup de fantasmes, le terme « black bloc » ne désigne en réalité qu’une méthode de manifestation mise au point par des militants de la gauche radicale et insurrectionnelle. Pendant les défilés auxquels ils participent, ces individus – d’abord dispersés dans le cortège – se vêtent de noir, se masquent le visage, puis se réunissent pour créer « une sorte d’énorme drapeau noir, tissé d’êtres humains », explique le politologue Francis Dupuis-Déri, auteur d’un livre remarqué sur le sujet, Les Black blocs : la liberté et l’égalité se manifestent (Lux, 2019). « Ils forment ainsi un bloc compact permettant à chacun de préserver son anonymat. »

Il n’y a pas un seul black bloc, mais des black blocs, qui se forment à un instant T dans des manifestations puis qui se dissolvent avec elles.Francis Dupuis-Déri, politologueà franceinfo

Les participants défilent alors derrière des banderoles aux slogans anticapitalistes ou anti-Etat. « Certains renforcent leurs banderoles avec des plaques de bois, ce qui nous permet de nous protéger des tirs de LBD et des coups de matraque », explique à franceinfo Isidore*, un militant anarcho-communiste de l’ouest de la France. Cette configuration permet aussi « d’éviter la fragmentation du bloc », indique une note du Centre de recherche de l’école des officiers de la gendarmerie nationale (CREOGN), ajoutant que, dans ce contexte, « l’interpellation d’un individu est rendue difficile voire impossible ». 

D’où vient ce type de manifestation ?

Sortons les livres d’histoire. Ce type de manifestation est né en Allemagne, au tout début des années 1980. Le Mur est toujours debout et, à Berlin-Ouest, des militants autonomes ont investi des squats. Quand les autorités tentent d’évacuer ces lieux, certains occupants creusent des tranchées, volent des bulldozers pour dresser des barricades et n’hésitent pas à en découdre avec la police. Pour ne pas être identifiés, les squatteurs manifestent en groupe, vêtus de noir et le visage dissimulé par un masque. Lors des procès, les juges parlent de « Schwarzer Block », « black bloc » en allemand.

Cette « tactique » se diffuse au sein du milieu anarcho-punk, via la musique et les fanzines. De petits black blocs apparaissent alors ponctuellement aux Etats-Unis et au Canada, jusqu’à un sommet de l’OMC à Seattle, en 1999. Les militants altermondialistes, qui tentent de bloquer le centre des congrès où se tient l’évènement, sont aspergés de gaz lacrymogène par la police. En réponse, un black bloc constitué de plusieurs centaines de manifestants affronte les forces de l’ordre et fracasse les vitrines des banques et des multinationales de la ville. Les images, spectaculaires, font le tour du monde. Les chaînes de télévision baptisent l’évènement « la bataille de Seattle » et évoquent des « saccages anarchistes ».

« Paradoxalement, c’est cette couverture médiatique inédite qui a participé à l’exportation du phénomène, explique Francis Dupuis-Déri. A chaque fois qu’il y a un sommet international, les militants anticapitalistes locaux décident d’imiter cette tactique. » Réunions du FMI à Prague ou à Washington en 2000sommet du G8 à Gênes en 2001… On retrouve des black blocs lors de tous ces événements.

Et en France, c’est arrivé quand ?

Un black bloc se forme à l’occasion d’un sommet de l’Union européenne à Nice, en 2000, mais la première mobilisation d’ampleur a lieu en 2009 à Strasbourg, en marge d’un sommet de l’Otan. D’après les chiffres de la préfecture, 2 000 manifestants attaquent un ancien poste de douane, l’office du tourisme et des distributeurs de billets.

Logiquement, on retrouve ces formations dans les ZAD, notamment à Notre-Dame-des-Landes ou lors de la mobilisation contre le barrage de Sivens, au cours de laquelle Rémi Fraisse a été tué par une grenade lancée par les gendarmes. Les black blocs prennent une ampleur inédite en 2016, pendant les manifestations contre la loi Travail« C’est lors de ce mouvement qu’est apparu ce qu’on appelle maintenant le ‘cortège de tête' », explique Francis Dupuis-Déri.

Contrairement aux autres mobilisations, où les black blocs se constituaient habituellement au milieu des manifestations derrière les cortèges plus traditionnels de syndicats, ils ont réussi à s’imposer au premier rang. C’est une vraie particularité française qui donne au black bloc une grande visibilité.Francis Dupuis-Déri, politologueà franceinfo

Depuis, des black blocs se forment régulièrement lors de manifestations. Cela a été le cas le 1er mai 2018 ou le 16 mars dernier, quand « gilets jaunes » et black blocs ont attaqué de nombreuses enseignes des Champs-Elysées, dont le célèbre restaurant Fouquet’s. Des événements qui ont causé le limogeage du préfet de police de Paris, Michel Delpuech.

Mais pourquoi ils cassent tout ?

Manifestations des « gilets jaunes », mobilisations d’agriculteurs, blocages de lycées… En France, il n’est pas rare que les mouvements sociaux occasionnent de la « casse ». Mais les participants aux black blocs ont la particularité de revendiquer la violence et de la placer au centre de leur action. « Ils se mettent en scène et essaient d’adopter l’image que les médias et les autorités donnent d’eux : celle de l’ennemi public numéro 1, analyse Francis Dupuis-Déri. Avec le black bloc, la cible est le message. »

« On s’en prend à ce que l’on considère comme des outils de l’oppression capitaliste : les banques, les assurances, les panneaux de publicité, les enseignes de multinationales », nous énumère Isidore*. « Nous attaquons des emblèmes, des entités matérielles et non des individus (…) Ces actions replacent l’humain comme valeur fondamentale face aux objets tant adulés par le capitalisme », peut-on lire sur un texte de revendication retrouvé sur le McDonald’s saccagé lors du 1er-Mai.

« La tradition, chez les participants au black bloc, c’est ‘on attaque le matériel, on ne fait pas de victimes' », explique Sylvain Boulouque, historien spécialiste de l’anarchisme. Pourtant, deux épisodes récents semblent déroger à cette règle : les vitres brisées de l’hôpital Necker pour enfants pendant les manifestations contre la loi Travail à Paris et l’incendie d’une banque située dans un immeuble d’habitation, le 16 mars dernier, toujours à Paris. « C’est quelque chose que l’on ne voyait pas avant, remarque l’historien. Peut-être le fait de jeunes manifestants encore peu aguerris aux pratiques du black bloc. Cela montre en tout cas que le mouvement n’est pas uniforme. » 

Ce ne sont pas tous des anarchistes ?

Ce n’est pas aussi simple, d’après les spécialistes. « On retrouve dans le black bloc toutes les composantes de la gauche révolutionnaire anticapitaliste », décrypte Sylvain Boulouque, citant pêle-mêle « des anarchistes, des marxistes révolutionnaires, des écologistes radicaux ou des autonomes ». 

Ce dernier terme renvoie à un courant d’ultragauche prônant la lutte, parfois violente, pour vivre en autonomie vis-à-vis de l’Etat et de l’économie capitaliste. Par extension, l’expression « mouvance anarcho-autonome » est utilisée par les autorités – de façon souvent imprécise, comme le souligne L’Humanité – pour qualifier toute cette galaxie d’ultragauche, des zadistes de Notre-Dame-des-Landes au  « groupe de Tarnac » en passant par les participants aux black blocs.

« On retrouve aussi des féministes et des militants queer radicaux dans le black bloc, ajoute Francis Dupuis-Déri. On pense souvent le black bloc en termes masculins, mais il regroupe de plus en plus de femmes, ce qu’on ne remarque pas forcément à cause des vêtements noirs. » 

Quel est le profil des manifestants du black bloc ?

C’est la grande question. Interrogé sur ce point, Isidore répond du tac au tac : « Les médias sont obsédés par l’idée de dresser un profil sociologique type des participants aux black blocs. La réalité, c’est qu’on retrouve sous les cagoules tous ceux qui subissent ou constatent la violence étatique : des prolétaires, des étudiants, des intellectuels, des personnes racisées des quartiers populaires, des femmes… » Une mystique de la révolte anonyme et populaire que l’on retrouve régulièrement dans les publications liées aux black blocs. Ainsi, un communiqué de militants italiens affirmait : « Voulez-vous voir les visages sous les foulards, les casques, les cagoules ? Ce sont les mêmes qui vous versent un loyer pour des logements décrépits. »

Ce sont les visages qui préparent votre cappuccino, ce sont les visages de celles et ceux dont le sang est drainé par la précarité, dont la vie est de la merde, et qui n’en peuvent plus.Un communiqué de militants italiens

Cette description tranche avec les profils que l’on retrouve à la barre, lorsque des procès de black blocs sont médiatisés. Comme le note le chercheur Olivier Cahn, ces personnes sont souvent très éduquées et exercent des professions intellectuelles supérieures. C’était notamment le cas après le 1er-Mai où un homme de 29 ans, diplômé de la prestigieuse Ecole centrale et occupant un emploi de consultant rémunéré 4 200 euros par mois, figurait sur le banc des prévenus.

Faut-il, pour autant, faire de ces cas une généralité ? « Quand ils parviennent à interroger des black blocs, les journalistes ont logiquement tendance à tendre le micro à des personnes qui leur ressemblent sociologiquement. C’est la même chose pour moi qui suis chercheur. C’est une loupe déformante à laquelle il faut être attentif », alerte Francis Dupuis-Déri. Même mise en garde du côté de Sylvain Boulouque : « Il est faux de dire que le black bloc est uniquement constitué de fils de profs. Quand on observe les cortèges à Paris, on se rend compte que les profils sont assez bigarrés. » 

Qu’est-ce qu’ils font dans les manifestations de « gilets jaunes » ?

Historiquement, on retrouve régulièrement des black blocs dans les mouvements sociaux dont les revendications correspondent aux combats de la gauche radicale. « Les black blocs ont investi les contre-sommets internationaux orchestrés par les organisations altermondialistes, auxquelles ils ne s’identifient pourtant pas. Mais ils venaient parce qu’ils partageaient avec elles une colère et des intérêts. C’est sans doute la même chose avec les ‘gilets jaunes' », analyse Francis Dupuis-Déri.

« C’est assez logique qu’ils participent à un mouvement populaire comme celui des ‘gilets jaunes' », estime de son côté Sylvain Boulouque, rappelant que le même processus a été observé lors des manifestations contre la loi Travail.

Le discours du black bloc, c’est de dire que les manifestations traditionnelles n’apportent rien puisqu’elles ne font pas fléchir le pouvoir. On est exactement dans cette configuration avec les « gilets jaunes ».Sylvain Boulouque, historienà franceinfo

Mais je croyais que les « gilets jaunes » rejetaient toutes les organisations politiques…

C’est en effet le mot d’ordre depuis le début du mouvement, le 17 novembre dernier. « Mais le black bloc n’est pas une organisation politique, rappelle Sylvain Boulouque. Ses participants rejettent d’ailleurs toutes les structures partisanes, c’est un point commun qu’ils ont avec les ‘gilets jaunes’. »

Les rapports entre les « gilets jaunes » et les militants du black bloc ont d’abord été compliqués, les premiers accusant les deuxièmes d’être responsables des violences survenues lors des premiers samedis de manifestation et de donner une mauvaise image du mouvement. Aujourd’hui, la situation semble s’être inversée : en observant les débats sur les groupes Facebook des « gilets jaunes », on constate une sympathie grandissante des manifestants à l’adresse du black bloc. « Au début, j’étais contre, mais au bout d’un moment, à force de voir des ‘jaunes’ pacifistes mutilés par les forces de l’ordre, j’ai compris que c’était eux qui avaient raison », estime Nicolas, un « gilet jaune » originaire de l’Oise.

Ce rapprochement a atteint un sommet le 16 mars, quand des « gilets jaunes » et des militants du black bloc se sont retrouvés côte à côte sur les Champs-Elysées dans une brutale démonstration de force commune. Christophe Castaner a d’ailleurs dénoncé une « immense complaisance » des « gilets jaunes » vis-à-vis des « 1 500 black blocs » présents dans le cortège.

J’ai eu la flemme de tout lire, vous me faites un résumé ?

Le black bloc n’est pas un courant politique mais une manière de manifester. En France, on a pu observer des black blocs pendant des manifestations de « gilets jaunes » à Paris, Bordeaux, Toulouse ou Nantes, donnant lieu à des scènes de guérilla urbaine. Chaque fois, une multitude de militants issus de la gauche radicale et insurrectionnelle, vêtus de noir pour rester anonymes, se réunissent derrière des banderoles aux slogans anticapitalistes et anti-Etat. Une tactique née en Allemagne dans les années 1980 et utilisée pour affronter la police, considérée comme le bras armé d’un Etat autoritaire, et détruire les vitrines des banques et les panneaux publicitaires, symboles à leurs yeux de l’oppression capitaliste.

Ces violences ont atteint un niveau inédit lors du 18e samedi de mobilisation des « gilets jaunes », le 16 mars, avec l’incendie d’une banque et du Fouquet’s. Sur les réseaux sociaux, certains appellent à de nouveaux épisodes insurrectionnels, notamment le 1er-Mai. De quoi inquiéter le gouvernement, qui a fustigé « l’immense complaisance » des « gilets jaunes » vis-à-vis des black blocs.

COMPLEMENT:

Christophe Guilluy: « La classe moyenne occidentale ne veut pas et ne va pas mourir »

Alexandre Devecchio
Le Figaro
19/05/2019

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Pour le géographe, on aurait tort de vouloir trop rapidement refermer la page des «gilets jaunes». Selon lui, le mouvement n’est que le symptôme d’une recomposition populiste beaucoup plus large qui touche toutes les démocraties occidentales. Et la question du retour des peuples sera l’enjeu majeur des décennies, voire du siècle à venir…

L’auteur de «No society. La fin de la classe moyenne occidentale» (Flammarion) aurait pu passer ces six derniers mois 24 heures sur 24 sur les plateaux de télévision. En effet, avant tout le monde, Christophe Guilluy avait vu l’existence et la révolte de la France périphérique dont le mouvement des «gilets jaunes» a été l’incarnation vivante. Mais plutôt que de jouer les prophètes médiatiques, le géographe a préféré se taire. Pour mieux observer, mais aussi pour laisser enfin la parole aux «invisibles». Six mois après le début du mouvement, alors que celui-ci s’est essoufflé et abîmé dans la violence, il en dresse un premier bilan.

FIGAROVOX.- Six mois après, quel regard portez-vous sur le mouvement des Gilets jaunes?

Christophe GUILLUY.- Le mouvement a été l’incarnation charnelle du concept de France périphérique. La carte des ronds-points de novembre, c’est exactement la géographie de cette France-là: c’est-à-dire une géographie complètement dispersée. Ce n’est pas seulement la France rurale contre la France urbaine, ni la France du Nord et de l’Est contre la France du Sud et de l’Ouest, mais c’est bien tout cela à la fois : un phénomène plus large qui imprègne l’ensemble du territoire et est potentiellement majoritaire. Ce que j’avais voulu montrer avec ce concept de France périphérique, c’est justement que nous n’arrêtons pas de travailler sur des marges, des fractions, des minorités sans nous intéresser à une catégorie beaucoup plus importante en termes de taille et de poids : les classes populaires, socle de l’ancienne classe moyenne. Ces classes populaires, ce sont à la fois les ouvriers, les indépendants, les paysans, des actifs, des chômeurs, des jeunes, des retraités : l’ensemble des catégories modestes.

(…)

Depuis quarante ans, la société française est représentée comme une addition de minorités et analysée à partir de ces dernières. Le mouvement des « gilets jaunes » casse cette représentation et vient contredire ces analyses qui véhiculent l’idée qu’au fond la France et donc le peuple n’existe pas. On se rend compte, avec la vague des « gilets jaunes » en France mais aussi la vague des brexiters au Royaume-Uni ou des trumpistes aux États-Unis, que le peuple existe et c’est d’ailleurs ce qui explique le soutien majoritaire des « gilets jaunes » dans l’opinion. Le peuple est en train d’imposer une vaste recomposition politique. Car, sur les ronds-points, il y avait des ouvriers qui hier votaient à gauche, des paysans qui hier votaient à droite, des urbains et des ruraux, des jeunes, des actifs et, pour la première fois même, des retraités. Ils formaient hier le socle d’une classe moyenne occidentale intégrée. Celle-ci s’est totalement affranchie des appartenances gauche-droite traditionnelles. Le renversement est historique. Une part importante des deux Français sur trois de Giscard, hier intégrée économiquement et représentée politiquement et culturellement, ont basculé dans une contestation durable du modèle dominant. Tenter d’analyser ce mouvement comme un phénomène conjoncturel est une absurdité. Il est au contraire le produit du temps long et devrait s’inscrire durablement dans l’avenir.

(…)

De la même manière que les brexiters ne vont pas s’évanouir dans la nature. Les Britanniques ont cru qu’en gagnant du temps les classes populaires allaient abandonner. Et cela explique la percée spectaculaire du Brexit Party. Nigel Farage surfe sur le « gilet-jaunisme » britannique ! Farage, qui a créé un parti avec trois bouts de ficelle, pèse davantage en six mois que les tories et les travaillistes réunis, qui existent depuis des siècles. Cela veut dire qu’il s’appuie sur un socle et ce socle s’appelle le peuple. La question du morcellement est piégeante, c’est une lecture ultralibérale qui tend à justifier l’abandon du bien commun et in fine à invisibiliser un conflit vertical entre le haut et le bas. Évidemment que la société se commnautarise et que c’est inquiétant, mais cela ne doit pas éluder le phénomène majeur du XXIe siècle, qui est la recomposition d’une majorité dont le socle est composé par les classes populaires et moyennes. Elles ont fait un diagnostic concernant la mondialisation. Après y avoir adhéré, elles ont pu constater que celle-ci les appauvrissait socialement et les fragilisait culturellement. Elles ne vont pas changer d’avis de sitôt.

(…)

Tout mouvement social depuis vingt ans génère malheureusement de la violence. Ce n’est pas le propre des «gilets jaunes ». Certains « gilets jaunes » ont compris que cette violence faisait parti de la communication au XXIe siècle. Tout le monde la condamne, mais elle permet de faire la une du New York Times. Cependant, elle est d’abord et avant tout le fait des black blocs, qui viennent maintenant perturber toutes les manifestations depuis plusieurs années. Et qui sont ces black blocs ? Des enfants de la bourgeoisie ! Par ailleurs, si les « gilets jaunes » étaient réellement une tribu parmi d’autres, cela ferait longtemps que les médias n’en parleraient plus et ils n’auraient pas autant inquiété les politiques. Le soutien d’une très grande partie des Français encore aujourd’hui montre au contraire la profondeur de ce mouvement dans la société. La stratégie du monde d’en haut est toujours la même. Quand un phénomène populiste se produit, il est présenté comme accidentel et minoritaire. Les brexiters ? « Des vieux retraités xénophobes du Yorkshire ! » Sauf que c’est la majorité du peuple britannique qui a voté pour le Brexit ! On a utilisé exactement les mêmes procédés rhétoriques pour les « gilets jaunes » : « fumeurs de clopes qui roulent en diesel », « poujadistes », « peste brune » et enfin « nouveaux barbares attaquant les hôpitaux ». Depuis les années 80, une certaine bourgeoisie morcelle et « minoritarise » pour mieux invisibiliser les classes moyennes et populaires majoritaires (comme hier la bourgeoisie traditionnelle mettait en avant les pauvres pour mieux minorer le prolétariat). Mais l’addition des minorités ne fait pas une majorité. C’est ce qui explique la défaite de Clinton face à Trump même si ce dernier n’a gagné qu’avec une majorité relative. (Une majorité relative sera toujours plus puissante que l’addition de minorités…) Ce n’est pas un hasard non plus si Macron s’effondre en six mois dans les sondages tandis que Trump se maintient. La victoire de Macron est une construction intellectuelle « terranovesque » qui repose sur du sable tandis que Trump bénéficie d’une base solide. Je pense que, paradoxalement, nous sommes en train de sortir de la société liquide. Les observateurs ont beaucoup insisté sur le caractère disparate des revendications des « gilets jaunes »… Je crois au contraire que la France périphérique qu’on ne voulait pas voir est apparue physiquement. Ce qu’on voit très bien se mettre en place en Occident, c’est cette recomposition. Un phénomène incroyablement collectif. Cela fait quarante ans qu’on nous parle du « vivre ensemble », du « bien commun », des « valeurs de la République »… Mais cela ne fonctionne pas comme cela dans la vie réelle. Dans la vie réelle, il y a des gens qui vivent sur les mêmes territoires et qui partagent ou non des choses. Or ce qu’on a vu, c’est que, contrairement à ce qu’on disait, les classes populaires ne se réduisent pas à des catégories atomisées, individualistes, sans volonté politique ou sans énergie. Tout cela est faux. On a vu des gens se réunir avec une même perception des effets du modèle mondialisé dans leurs villes, leurs villages, leurs vies réelles. Et cette perception, c’est que ce modèle ne marche pas. Et ça, c’est irrépressible. On peut faire tous les grands débats du monde, leur point de vue ne changera pas car cela fait quarante ans qu’ils vivent la mondialisation et c’est sur ce vécu qu’il fonde leur diagnostic. Ce diagnostic n’est pas spécifique à la France : c’est celui des classes populaires dans l’ensemble des pays développés. Cela passe par le Brexit en Grande-Bretagne, par Trump aux États-Unis, par Salvini en Italie, par les « gilets jaunes » en France. Cela prend des formes différentes dans chaque pays, mais cela se fera car c’est le mouvement réel de la société. Macron avait imaginé que la France périphérique serait le cimetière de la classe moyenne française, comme Clinton avait imaginé que l’Amérique périphérique serait le cimetière de la classe moyenne américaine. Ils pensaient que nos territoires allaient se transformer en zone touristique avec des assistés sociaux qui remplieraient leur caddie au hard discount du coin. Mais la classe moyenne occidentale ne veut pas et ne va pas mourir. En cela, le mouvement des « gilets jaunes » est d’abord un mouvement existentiel et c’est pourquoi il ne rentre pas dans la case « mais quelles sont vos revendications ? ». C’est un mouvement qui dit une chose simple : « nous existons ». La question de la démocratie et de la représentation est centrale. Il faut enfin faire exister cette France-là qui, encore une fois, est majoritaire. Pas pour annihiler la France d’en haut, mais parce qu’il est impossible de faire société sans le peuple.

(…)

Au début, ce qui était frappant sur les ronds-points, c’est qu’il y avait des « gilets jaunes » de droite, de gauche, d’extrême droite et d’extrême gauche et des abstentionnistes. Le peuple tel que nous le connaissons en famille, où l’on peut s’engueuler à l’apéro mais où on termine le repas ensemble. La question des minorités est d’ailleurs intéressante. On a beaucoup dit que le mouvement était « blanc ». Les « minorités » n’étaient pas majoritaires sur les ronds-points car elles ne le sont pas dans la France périphérique, mais elles étaient bien présentes. Simplement, elles ne sont pas venues en portant leur identité en étendard. Elles n’étaient pas imprégnées de l’« idéologie universitaire ». Elles faisaient partie de la famille, du peuple. Personne ne s’est jamais interrogé sur la couleur ou l’identité de Priscillia Ludosky, qui a pourtant lancé le mouvement. Elle-même n’y a jamais fait référence. Mais, à partir du moment où un mouvement issu de la France périphérique, qui se déroule sur les ronds-points, est aspiré par les grandes métropoles, il devient autre chose. Le mouvement des « gilets jaunes » a ainsi été imprégné par la sociologie des grandes métropoles. Il est d’abord devenu beaucoup plus politique. Car les grandes métropoles sont les lieux où le politique s’exerce encore et où le clivage droite-gauche existe toujours, c’est d’ailleurs pourquoi le monde journalistique ou universitaire y croit encore. Certains habitants des grandes métropoles sont devenus acteurs des manifestations, notamment des gens qui travaillent dans la fonction publique, qui sont traditionnellement plus proches de la gauche ou de l’extrême gauche. Les manifs des « gilets jaunes », qui à l’origine étaient des manifs de la France périphérique, sont ainsi devenues des manifs de gauche. Priscillia Ludosky l’a compris. C’est pour cela qu’elle a dit qu’il fallait relocaliser le mouvement dans la France périphérique, que c’était là que se trouvait sa légitimité. Elle a parfaitement raison et c’est là aussi qu’il est le plus puissant car il est dispersé. Un mouvement est faible lorsqu’il est concentré. La concentration dans les grandes métropoles l’a affaibli. Mais même en région parisienne, même dans les grandes métropoles, beaucoup de « gilets jaunes » sont conscients de cette récupération et ne souhaitent pas, par exemple, que La France insoumise ou la CGT noyautent le mouvement. Cela montre que les « gilets jaunes » ne sont pas manipulables et pas arrêtables. Cela rend le mouvement très complexe pour le gens de gauche, mais aussi pour les gens de droite. Il n’entre dans aucune des représentations traditionnelles, qui sont en train de s’effondrer. Cela reflète aussi la recomposition politique actuelle avec une incapacité de la droite et de la gauche à s’adresser aux marges populaires. Notamment parce qu’il est absurde de séparer le social et le culturel, comme le font la gauche et la droite aujourd’hui. Le mouvement est à la fois social et culturel. Et les gens ne reviendront vers les partis traditionnels que si cette double dimension est prise au sérieux. De même que Macron arrive en tête ou en deuxième position aux élections européennes, cela ne changera rien aux fondamentaux de la société française.

(…)

Macron me semble peu crédible car il a des représentations et un logiciel hérités des années 80. L’idée que la société est un patchwork de communautés, que le libéralisme va faire ruisseler de la richesse sur tout le monde. Lors du grand débat, il est apparu comme un Bernard Tapie qui aurait fait l’ENA. Nous sommes pourtant en train de sortir des années 80. Maintenant, il va falloir penser un modèle alternatif qui passera notamment par le développement de la gouvernance locale. À long terme, c’est le seul moyen de sortir de la crise des « gilets jaunes ». Cela ne sera pas simple. Cela fait quarante ans qu’on massacre les classes populaires, ce n’est pas en quatre mois qu’on va trouver les réponses. D’autant que nous avons une classe politique qui a été conçue pour représenter une classe moyenne intégrée. C’est long de réécrire des programmes politiques en répondant à une demande nouvelle qui est la demande sociale, territoriale et culturelle d’un monde d’en bas qui n’est plus représenté. Les partis ont tendance à représenter quelque chose qui n’existe plus. D’où la fin du Parti socialiste et la difficulté pour la droite de dépasser les 15 %. Il faut commencer par accepter un diagnostic simple : il existe un peuple en Grande-Bretagne, il existe un peuple aux États-Unis et, même, il existe un peuple en France.

 


Montée aux extrêmes: Vous avez dit République de la haine ? (Extreme democracy: from their country’s elites or their common people, Trump and Macron seem to attract more hatred than anyone can remember)

3 février, 2019
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Emmanuel Macron à l'Elysée le 9 février dernier.

Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
L’exigence chrétienne a produit une machine qui va fonctionner en dépit des hommes et de leurs désirs. Si aujourd’hui encore, après deux mille ans de christianisme, on reproche toujours, et à juste titre, à certains chrétiens de ne pas vivre selon les principes dont ils se réclament, c’est que le christianisme s’est universellement imposé, même parmi ceux qui se disent athées. Le système qui s’est enclenché il y a deux millénaires ne va pas s’arrêter, car les hommes s’en chargent eux-mêmes en dehors de toute adhésion au christianisme. Le tiers-monde non chrétien reproche aux pays riches d’être leur victime, car les Occidentaux ne suivent pas leurs propres principes. Chacun de par le vaste monde se réclame du système de valeurs chrétien, et, finalement, il n’y en a plus d’autres. Que signifient les droits de l’homme si ce n’est la défense de la victime innocente? Le christianisme, dans sa forme laïcisée, est devenu tellement dominant qu’on ne le voit plus en tant que tel. La vraie mondialisation, c’est le christianisme! René Girard
Ça n’est pas la République des fusibles, la République de la haine. On ne peut pas être chef par beau temps. S’ils veulent un responsable, il est devant vous. Qu’ils viennent le chercher. Je réponds au peuple français. Emmanuel Macron (24.07.2018)
Parce qu’on veut à tout prix se débarrasser de Trump. Joy Behar
Because we’re desperate to get Trump out of office. That’s why. I think the press jumps the gun a lot because we just — we have so much circumstantial evidence against this guy that we basically are hoping that Cohen has the goods and what have you and so it’s wishful thinking. Joy Behar
Je n’oublie pas d’où je viens. Je ne suis pas l’enfant naturel de temps calme de la vie politique. Je suis le fruit d’une forme de brutalité de l’histoire, d’une effraction parce que la France était malheureuse et inquiète, si j’oublie tout cela, ce sera le début de l’épreuve. Emmanuel Macron
Je n’ai pas souvenir que des gens aient été écartés pour des questions de morale, il n’y a pas eu de jury de moralité pour savoir si quelqu’un pouvait devenir ministre ou pas.  (…) Je n’ai pas demandé au Premier ministre si les ministres avaient fait l’objet de plainte regardée par les juges et classée sans suite parce que les faits étaient non établis et prescrits. (…) Il faut collectivement qu’on se méfie. La question est de savoir où commence le sérieux et où doit s’arrêter la nécessaire transparence et le jeu des contre-pouvoirs. On veut que les dirigeants soient exemplaires. On s’est donné des règles. Mais quand le but des contre-pouvoirs finit par être de détruire ceux qui exercent le pouvoir sans qu’il n’y ait de limite ni de principe, ce n’est plus une version équilibrée de la démocratie. Penser que quelque chose qui a été regardé, jugé, devrait, soit nous conduire à écarter quelqu’un du pouvoir, soit à l’empêcher d’exercer, ça devient une forme de République du soupçon. Emmanuel Macron
La première bataille, c’est de loger tout le monde dignement. Je ne veux plus d’ici la fin de l’année avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois. C’est une question de dignité, une question d’humanité et d’efficacité. Emmanuel Macron
Je suis le fils de cette crise. Toutes les colères que vous évoquez aujourd’hui, ce sont elles qui m’ont porté. (…) On écrase tous nos débats en France sur la fiscalité. On pense qu’on règle tout par la fiscalité. On ne règle pas par la fiscalité les vrais inégalités de départ. J’ai supprimé l’ISF pour réindustrialiser le pays, créer de l’emploi. La vraie inégalité, c’est le chômage. Est-ce qu’il y a deux ans, on vivait mieux quand il y avait l’ISF, est-ce qu’il y avait moins de SDF ? Non. Je n’ai pas supprimé l’ISF pour faire des cadeaux à certains, c’est pour qu’ils réinvestissent dans le pays. Je n’ai pas pris l’engagement de campagne qu’il y ait zéro SDF. J’entends beaucoup ça mais je n’ai jamais dit ça. J’ai eu un mot sur les demandeurs d’asile qui dorment dehors. Emmanuel Macron (24.01.2109)
Nous n’avons pas réussi. Il y a des publics fragiles qui sont en dehors des politiques publiques mises en places et (…) la pression migratoire forte en fin de trimestre.  (…) ces dernières années, de nombreuses places en chambres d’hôtel ont été ouvertes (…) ce n’est pas une bonne mesure, car on laisse les gens loin de la socialisation. aujourd’hui, on diminue la part des chambres d’hôtel pour faire de la place aux pensions de famille. Ne plus avoir de personnes qui dorment dans la rue doit rester un objectif, on ne peut pas s’accommoder de cette situation. Emmanuel Macron
Selon les chiffres donnés par certaines associations, le nombre de sans-abri s’élève à 200.000 en France. Ce sont majoritairement des hommes seuls, auxquels s’ajoutent de plus en plus de familles, notamment des familles de migrants, en situation irrégulière ou en situation de demande d’asile. RTL
J’ai été élu par les Français. (…) Il y a des gens qui pensent comme ça, avec d’ailleurs, je dois dire, des relents de choses que j’aime pas beaucoup (…) Parce que derrière, ça s’appellerait la banque Dupont, il y aurait certainement moins d’arguments !  Et ça, ça me plait pas dans votre réflexion. Il y a des gens qui vous mettent comme ça un poinçon (…) Vous savez, je suis pas un héritier. Moi, je suis né à Amiens, il y a personne personne dans ma famille qui était banquier, ni politicien, ni énarque. Ce que je dois, je le dois à une famille qui m’a appris le sens de l’effort. Ceux qui m’ont élevé, qui m’ont éduqué et après, j’ai jamais lâché le morceau ! Donc, si j’étais né banquier d’affaires, vous pourriez me faire la leçon. Si j’étais né avec une petite cuillère dans la bouche ou fils de politicien, vous pourriez me faire la leçon, c’est pas le cas ! Donc je peux vous regarder en face. Vous pouvez ne pas aimer les banquiers, en attendant, vous aurez pas de prêt sans banquier. C’est comme ça !  Emmanuel Macron (24.01.2019)
The news obsesses over the recent government shutdown, the latest Robert Mueller arrest and, of course, fake news—from the BuzzFeed Michael Cohen non-story to the smears of the Covington Catholic High School students. But aside from the weekly hysterias, the world has dramatically changed since 2016 in ways we scarcely have appreciated. The idea that China systematically rigged trade laws and engaged in technological espionage to run up huge deficits is no longer a Trump, or even a partisan, issue. The world did not fall apart after the U.S. pulled out of the flawed Iran nuclear deal. Most yawned when the U.S. left the symbolic but empty Paris Climate Accord. Ditto when the U.S. moved its embassy in Israel from Tel Aviv to Jerusalem. There is also a growing, though little reported, consensus about what created the current economic renaissance: tax cuts, massive deregulation, recalibration of trade policy, tax incentives to bring back offshore capital, and dramatic rises in oil and natural gas production. Although partisan bickering continues over the extent of the upswing, most appreciate that millions of Americans are now back again working—especially minority youth—in a manner not seen in over a decade. For all the acrimony about illegal immigration, the government shutdown over the wall and the question of amnesties, most Americans also finally favor some sort of grand bargain compromise. The public seems to be agreeing that conservatives should get more border fencing or walls in strategic areas, an end to new illegal immigration and deportation for those undocumented immigrants with criminal records. Liberals in turn will likely obtain green cards for those long-time immigrants here illegally who have a work history and have not committed violent crimes. Both sides will be forced to agree that illegal immigration, sanctuary cities and open borders should end and legal immigration should be reformed. Today U.S. foreign policy actually reflects those paradoxes. The public supports a withdrawal from the quagmires in Afghanistan and Syria. But it also approved of bombing ISIS into retreat and muscular efforts to denuclearize North Korea. Two years ago, most Americans accepted that the European Union and NATO were sacrosanct status quo institutions beyond criticism. Today there is growing agreement that our NATO allies will only pay their fair share of mutual defense if they are forced to live up to their promises. Most Americans have now concluded that while the EU may be necessary to prevent another intra-European war, it is increasingly a postmodern, anti-democratic and unstable entity. (…) Trump has not changed his campaign reputation for being mercurial, crass and crude. But what has changed is the media’s own reputation in its hysterical reaction to Trump. Instead of empirical reporting, the networks and press have become unhinged. When reporting of the presidency has proved 90 percent negative, and false news stories are legion, the media are no longer seen as the remedy to Trump but rather an illness themselves. Since 2016, polls show that Americans have assumed that the proverbial mainstream media cannot be counted on for honest reporting but will omit, twist and massage facts and evidence for the higher “truth” of neutralizing the Trump presidency. When asked on “The View” why so often the liberal press keeps making up facts, “jumps the gun” and has to “walk stuff back when it turns out wrong,” Joy Behar honestly answered, “Because we’re desperate to get Trump out of office. That’s why.” Trump’s popularity is about where it was when he was elected—ranging on average from the low to mid-forties. But many of his policies have led to more prosperity and address festering problems abroad. And despite the negative news, they are widely supported, even—or especially—if Trump himself is not given proper credit for enacting most of them. Victor Davis Hanson
Il ne faut pas dissimuler que les institutions démocratiques développent à un très haut niveau le sentiment de l’envie dans le coeur humain. Ce n’est point tant parce qu’elle offrent à chacun les moyens de s’égaler aux autres, mais parce que ces moyens défaillent sans cesse à ceux qui les emploient. Les institutions démocratiques réveillent et flattent la passion de l’égalité sans pouvoir jamais la satisfaire entièrement. Cette égalité complète s’échappe tous les jours des mains du peuples au moment où il croit la saisir, et fuit, comme dit Pascal, d’une fuite éternelle; le peuple s’échauffe à la recherche de ce bien d’autant plus précieux qu’il est assez proche pour être connu et assez loin pour ne pas être goûté. Tout ce qui le dépasse par quelque endroit lui paraît un obstacle à ses désirs, et il n’y a pas de supériorité si légitime dont la vue ne fatigue sas yeux. Tocqueville
Il y a en effet une passion mâle et légitime pour l’égalité qui excite les hommes à vouloir être tous forts et estimés. Cette passion tend à élever les petits au rang des grands ; mais il se rencontre aussi dans le cœur humain un goût dépravé pour l’égalité, qui porte les faibles à vouloir attirer les forts à leur niveau, et qui réduit les hommes à préférer l’égalité dans la servitude à l’inégalité dans la liberté. Tocqueville
Presque aucun des fidèles ne se retenait de s’esclaffer, et ils avaient l’air d’une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang. Car l’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules. Et tout le monde rit de quelqu’un dont on voit se moquer, quitte à le vénérer dix ans plus tard dans un cercle où il est admiré. C’est de la même façon que le peuple chasse ou acclame les rois. Marcel Proust
Parfois, la durée du règne [du nouveau roi] est fixée dès le départ: les rois de Djonkon (…) régnaient sept ans à l’origine. Chez les Bambaras, le nouveau roi déterminait traditionnellement lui-même la longueur de son propre règne. On lui passait au cou une bande de coton, dont deux hommes tiraient les extrémités en sens contraire pendant qu’il extrayait d’une calebasse autant de cailloux qu’il pouvait en tenir. Ces derniers indiquaient le nombre d’années de son règne, à l’expiration desquelles on l’étranglait. (…) Le roi paraissait rarement en public. Son pied nu ne devait jamais toucher le sol, car les les récoltes en eussent été desséchées; il ne devait rien ramasser sur la terre non plus. S’il venait à tomber de cheval, on le mettait autrefois à mort. Personne n’avait le droit de dire qu’il était malade; s’il contractait une maladie grave, on l’étranglait en grand secret. . . . On croyait qu’il contrôlait la pluie et les vents. Une succession de sécheresses et de mauvaises récoltes trahissait une relâchement  de sa force et on l’étranglait en secret la nuit. Elias Canetti
Le roi ne règne qu’en vertu de sa mort future; il n’est rien d’autre qu’une victime en instance de sacrifice, un condamné à mort qui attend son exécution. (…) Prévoyante, la ville d’Athènes entretenait à ses frais un certain nombre de malheureux […]. En cas de besoin, c’est-à-dire quand une calamité s’abattait ou menaçait de s’abattre sur la ville, épidémie, famine, invasion étrangère, dissensions intérieures, il y avait toujours un pharmakos à la disposition de la collectivité. […] On promenait le pharmakos un peu partout, afin de drainer les impuretés et de les rassembler sur sa tête ; après quoi on chassait ou on tuait le pharmakos dans une cérémonie à laquelle toute la populace prenait part. […] D’une part, on […] [voyait] en lui un personnage lamentable, méprisable et même coupable ; il […] [était] en butte à toutes sortes de moqueries, d’insultes et bien sûr de violences ; on […] [l’entourait], d’autre part, d’une vénération quasi-religieuse ; il […] [jouait] le rôle principal dans une espèce de culte.  René Girard
Le roi a une fonction réelle et c’est la fonction de toute victime sacrificielle. Il est une machine à convertir la violence stérile et contagieuse en valeurs culturelles positives. René Girard
Pour qu’il y ait cette unanimité dans les deux sens, un mimétisme de foule doit chaque fois jouer. Les membres de la communauté s’influencent réciproquement, ils s’imitent les uns les autres dans l’adulation fanatique puis dans l’hostilité plus fanatique encore. René Girard
Le règne du roi n’est que l’entracte prolongé d’un rituel sacrificiel violent. Gil Bailie
J’ai suivi cette campagne avec un sentiment de malaise franchement (…) qui s’est peu à peu transformé en honte.  (…) Malaise parce que la deuxième France, dont vous parlez, la France qui est périphérique, qui hésite entre Marine Le Pen et rien,  je me suis rendu compte que je ne la comprenais pas, que je ne la voyais pas, que j’avais perdu le contact. Et ça, quand on veut écrire des romans, je trouve que c’est une faute professionnelle assez lourde.  (….) Parce que je ne la vois plus, je fais partie de l’élite mondialisée, maintenant. (…) Et pourtant, je viens de cette France. (…) Elle habite pas dans les mêmes quartiers que moi. Elle habite pas à Paris. A Paris, Le Pen n’existe pas. Elle habite dans des zones périphériques décrites par Christophe Guilluy. Des zones mal connues. (…) Mais le fait est que j’ai perdu le contact. (…) Non, je la comprends pas suffisamment, je veux dire, je pourrais pas écrire dessus. C’est ça qui me gêne, c’est pour ça que suis mal à l’aise. (…) Non, je suis pas dans la même situation. Moi, je ne crois pas au vote idéologique, je crois au vote de classe. Bien que le mot est démodé. Il y a une classe qui vote Le Pen, une classe qui vote Macron, une classe qui vote Fillon. Facilement identifiables et on le voit tout de suite. Et que je le veuille ou non, je fais partie de la France qui vote Macron. Parce que je suis trop riche pour voter Le Pen ou Mélenchon. Et parce que je suis pas un hériter, donc je suis pas la classe qui vote Fillon. (…) Ce qui est apparu et qui est très surprenant – alors, ça, c’est vraiment un phénomène imprévu – c’est un véritable parti confessionnel, précisément catholique. Dans tout ce que j’ai suivi – et, je vous dis, j’ai tout suivi  – Jean-Frédéric Poisson était quand même le plus étonnant. (…) Une espèce d’impavidité et une défense des valeurs catholiques qui est inhabituelle pour un parti politique. (….) Ca m’a interloqué parce que je croyais le catholicisme mourant. (…) [Macron] L’axe de sa  campagne, j’ai l’impression que c’est une espèce de thérapie de groupe pour convertir les Français à l’optimisme. Michel Houellebecq
La participation médiocre, les conditions de cette victoire dans le contexte du «Fillongate», puis face à un adversaire «repoussoir», dans sa fonction d’épouvantail traditionnel de la politique française, donnent à cette élection un goût d’inachevé. Les Français ont-ils jamais été en situation de «choisir»? Tandis que la France «d’en haut» célèbre son sauveur providentiel sur les plateaux de télévision, une vague de perplexité déferle sur la majorité silencieuse. Que va-t-il en sortir? Par-delà l’euphorie médiatique d’un jour, le personnage de M. Macron porte en lui un potentiel de rejet, de moquerie et de haine insoupçonnable. Son style «jeunesse dorée», son passé d’énarque, d’inspecteur des finances, de banquier, d’ancien conseiller de François Hollande, occultés le temps d’une élection, en font la cible potentielle d’un hallucinant lynchage collectif, une victime expiatoire en puissance des frustrations, souffrances et déceptions du pays. Quant à la «France d’en haut», médiatique, journalistique, chacun sait à quelle vitesse le vent tourne et sa propension à brûler ce qu’elle a adoré. Jamais une présidence n’a vu le jour sous des auspices aussi incertains. Cette élection, produit du chaos, de l’effondrement des partis, d’une vertigineuse crise de confiance, signe-t-elle le début d’une renaissance ou une étape supplémentaire dans la décomposition et la poussée de violence? En vérité, M. Macron n’a aucun intérêt à obtenir, avec «En marche», une majorité absolue à l’Assemblée qui ferait de lui un nouvel «hyperprésident» censé détenir la quintessence du pouvoir. Sa meilleure chance de réussir son mandat est de se garder des sirènes de «l’hyperprésidence» qui mène tout droit au statut de «coupable idéal» des malheurs du pays, à l’image de tous ses prédécesseurs. De la part du président Macron, la vraie nouveauté serait dans la redécouverte d’une présidence modeste, axée sur l’international, centrée sur l’essentiel et le partage des responsabilités avec un puissant gouvernement réformiste et une Assemblée souveraine, conformément à la lettre – jamais respectée – de la Constitution de 1958. Maxime Tandonnet (07.05.2017)
La violente polémique qui secoue la candidature de François Fillon à l’élection présidentielle n’a rien d’une surprise. Il fallait s’y attendre. La vie politique française n’a jamais supporté les têtes qui dépassent, les personnalités qui prennent l’ascendant. Dans l’histoire, les hommes d’État visionnaires, ceux qui ont eu raison avant tout le monde, ont été descendus en flammes et leur image est restée maudite des décennies ou des siècles après leur mort (…) Dans mon livre les Parias de la République(Perrin, 2017), j’ai raconté la descente aux enfers de ces parias qui furent aussi de grands hommes d’État, et une femme Premier ministre, leur diabolisation qui les poursuit jusqu’aux yeux de la postérité. Cet ouvrage annonce aussi la généralisation et la banalisation de la figure du paria dans la vie politique contemporaine. La médiatisation, Internet et la puissance des réseaux sociaux, les exigences de transparence, la défiance face à l’autorité et surtout, la personnalisation du pouvoir à outrance, transforme tout homme ou femme incarnant de pouvoir en bouc émissaire des frustrations et des angoisses d’une époque. Qui ne se souvient à quel point Nicolas Sarkozy fut traîné dans la boue de 2007 à 2012? Dans un tout autre genre, François Hollande a aussi connu, à la tête de l’État, le vertige de l’humiliation. La diabolisation des hommes politiques s’accélère: non seulement Sarkozy, puis Hollande, mais aussi Alain Juppé et Manuel Valls viennent de chuter. L’hécatombe est désormais inarrêtable… Sans aucun doute, le tour viendra d’Emmanuel Macron, et sa chute sera aussi subite et aussi violente que son ascension fondée sur la sublimation d’une image. (…) Oui, il fallait s’attendre, tôt ou tard, à la lapidation de François Fillon. Le prétexte de l’emploi de son épouse à ses côtés est ambigu. Le recrutement de proches par des responsables politiques est une vieille – et mauvaise – habitude française. Alexandre Millerand , Vincent Auriol, François Mitterrand employaient leur fils à l’Elysée et Jacques Chirac sa fille. Combien de ministres ont recruté un proche dans leurs cabinets? Combien de fils et de fille «de» ont hérité de la position politique de leur père? 20% des parlementaires emploient un membre de leur famille. L’un des plus hauts responsables actuels de la République a l’habitude de salarier sa femme auprès de lui. Tout cela est bien connu. À l’évidence, cette pratique n’est pas à l’honneur de notre République. Mais tout le monde s’en est jusqu’à présent accommodé, hypocritement, sans poser de question. Personne ne s’est interrogé sur la nature et l’effectivité des tâches accomplies par le conjoint ou le parent. Et voici que soudain, le dossier est opportunément rouvert, contre François Fillon. (…) L’homme se prête particulièrement à une diabolisation. Son caractère à la fois discret et volontariste a tout pour exaspérer un microcosme politico-médiatique plus enclin à idolâtrer le clinquant stérile et l’impuissance bavarde. La ligne de défense de François Fillon transparaît dans son discours du 29 janvier. Il s’apprête à endosser le rôle de paria, comptant sur un retournement en sa faveur. En témoigne la présence de Pénélope à ses côtés. Sa parole, conservatrice et libérale, semble avoir été façonnée pour exacerber les haines des idéologues de la table rase: «On me décrit comme le représentant d’une France traditionnelle. Mais celui qui n’a pas de racines marche dans le vide. Je ne renie rien de ce qu’on m’a transmis, rien de ce qui m’a fait, pas plus ma foi personnelle que mes engagements politiques». Peut-il réussir? In fine, le résultat des élections de 2017 dépendra du corps électoral: emprise de l’émotionnel ou choix d’un destin collectif? Mais au-delà, une grande leçon de ces événements devrait s’imposer: l’urgence de refonder la vie politique française, sur une base moins personnalisée et plus collective, tournée vers le débat d’idées et non plus l’émotion – entre haine et idolâtrie – autour de personnages publics. Maxime Tandonnet (30.01.2017)
Un homme d’État doit concilier trois qualités: une vision de l’histoire, le sens du bien commun et le courage personnel. Ils sont très peu nombreux à avoir durablement émergé dans l’histoire politique française. En effet, en raison de leur supériorité, ils sont rapidement pris en chasse par le marais et réduits au silence avant d’être lapidés. Le véritable homme d’État est un paria en puissance. Le Général de Gaulle fut un paria tout à fait particulier, un paria qui a réussi. Il faut se souvenir de la manière dont il fut traité dans les années 1950 et 1960. Il était en permanence insulté, qualifié de réactionnaire et de fasciste. Dans Le Coup d’État permanent, François Mitterrand utilise à son propos les mots de «caudillo, duce, führer…». C’est un comble pour le chef de la résistance française au nazisme… S’il fut un paria qui a réussi, c’est en raison de sa place hors norme dans l’histoire, auteur de l’appel du 18 juin 1940 et de la décolonisation. Mais dès lors, il n’est plus vraiment un paria au sens de la définition que j’en donne, son image à la postérité étant largement positive et consensuelle. (…) la lecture des livres de René Girard, notamment La violence et le sacré et Les choses cachées depuis la fondation du monde m’a inspiré l’idée de cet ouvrage sur les parias de la République. Sa grille de lecture peut s’appliquer à l’histoire politique française: la quête d’un bouc émissaire, victime expiatoire de la violence collective, et son lynchage par lequel la société politique retrouve son unité. Le cas d’Édith Cresson est intéressant à cet égard. Quand on lit la presse de l’époque, quand on replonge dans les actualités du début des années 1990, la violence, la férocité de son lynchage nous apparaissent comme sidérantes. On a beaucoup parlé de ses maladresses, provocations et fautes de communication qui furent réelles. Mais l’acharnement contre elle, les insultes, la caricature, la diffamation contre une femme Premier ministre qui prenait une place convoitée par des hommes, a atteint des proportions vertigineuses. On en a oublié des aspects positifs de sa politique: le rejet des 35 heures, la promotion de l’apprentissage, des privatisations et de la politique industrielle, la volonté de maîtriser les frontières. Elle fut vraiment une femme lynchée. Et sur ce sacrifice, les politiques de son camp ont tenté de se refaire une cohésion. Sans succès. Encore aujourd’hui, je constate à quel point elle fut haïe. Des personnalités de droite ou de gauche m’ont vivement reproché de tenter de la «réhabiliter» parmi mes parias! De fait, je ne cherche pas à la réhabiliter et ne cache rien de ses erreurs, mais je mets le doigt sur un épisode qui n’est pas à l’honneur de la classe politique française. La violence est certes inhérente à la république dès lors que la république suppose une concurrence pour les postes, les mandats, les honneurs. Cette violence devrait être tempérée par la morale, le sens de l’honneur, du respect des autres, par les valeurs au sens du duc de Broglie. Elle ne l’a pas été à l’égard d’Édith Cresson. Elle l’est de moins en moins aujourd’hui, comme en témoigne la multiplication des lynchages politico-médiatiques à tout propos. (…) Nicolas Sarkozy a fait l’objet d’un lynchage permanent et violent pendant son quinquennat: insultes au jour le jour, calomnies et les aspects positifs du bilan de son action ont été étrangement passés sous silence. Pourtant, il me semble trop tôt pour lui appliquer le qualificatif de paria au sens où je l’entends dans mon ouvrage, supposant un bannissement qui se poursuit dans l’histoire. Comment sera-t-il jugé dans vingt ans? Qui peut le dire? Souvenons-nous de Mitterrand et de Chirac. Leur fin de règne fut pathétique, pitoyable. Qui s’en souvient encore? La mémoire contemporaine est tellement courte… Aujourd’hui, ils sont plutôt encensés et n’ont rien de parias… (…) [François Fillon] a le profil d’un bouc émissaire, sans aucun doute, faute de pouvoir parler de paria à ce stade. D’ici à l’élection présidentielle et par la suite, s’il l’emporte, il sera inévitablement maltraité et son tempérament à la fois réservé et volontaire ne peut qu’exciter la hargne envers lui. Il faut noter que François Hollande, quoi qu’on en pense, n’a pas été épargné par le monde médiatique et la presse qu’il croyait tout acquise à sa cause… C’est une vraie question que je me pose: le président de la République, qui incarnait du temps du général de Gaulle et de Pompidou, le prestige, l’autorité, la grandeur nationale, est-il en train de devenir le bouc émissaire naturel d’un pays en crise de confiance? Ultramédiatisé, il incarne à lui tout seul le pouvoir politique dans la conscience collective. Mais ne disposant pas d’une baguette magique pour régler les difficultés des Français, apaiser leurs inquiétudes, il devient responsable malgré lui de tous les maux de la création. Je pense qu’il faut refonder notre vision du pouvoir politique, lui donner une connotation moins personnelle et individualiste. Le temps est venu de redécouvrir les vertus d’une politique davantage axée sur l’engagement collectif, le partage de la responsabilité, entre le chef de l’État, le Premier ministre, la majorité, la nation, au service du bien commun. Maxime Tandonnet (13.01.2017)
La suppression de l’ISF symbolise à elle seule la fin de la solidarité des plus riches avec le reste de la société. Macron a aussi procédé à la création d’un prélèvement forfaitaire unique (PFU ou flat-tax) sur les revenus du capital, mesure moins connue du grand public mais tout aussi importante. Non seulement, les riches ne sont plus concernés par la solidarité nationale mais en plus on les dispense de la progressivité de l’impôt sur les revenus du capital, c’est-à-dire de payer leurs impôts à hauteur de leur fortune. Que vous ayez seulement quelques actions, pour peu que vous en ayez, ou que vous soyez Bernard Arnault, vous paierez tous le même impôt forfaitaire. Avec Macron, les impostures se font en cascade. Car en répétant à l’envi que cet impôt forfaitaire était de 30 %, le gouvernement a oublié de préciser que ce chiffre comprend aussi le prélèvement social, la contribution additionnelle de solidarité pour l’autonomie et le prélèvement de solidarité. Au final, l’impôt forfaitaire en tant que tel n’est que de 12,8 %. Cela signifie que le plus mal payé des contribuables paie plus en impôts sur le revenu que le plus riche des actionnaires sur chaque euro de dividendes perçus. (…) Plus encore que chez ses prédécesseurs, le profil d’Emmanuel Macron se prête à la sociologie bourdieusienne, son habitus étant en adéquation parfaite avec les conditions de la pratique de sa position sociale. Autrement dit, sa manière d’être et de gouverner est très liée au milieu dans lequel il évolue : celui du pouvoir et de l’argent. Le storytelling médiatico-politique qui a entouré son élection a voulu nous faire croire à un ovni politique, sans passif. Mais notre enquête, qui croise le contenu de sa politique sociale et économique avec sa trajectoire sociobiographique et les réseaux oligarchiques, démontre qu’il est bien un enfant du sérail, adoubé par les puissants et soutenu par de généreux donateurs. A sa sortie de l’ENA, il intègre l’inspection des finances sous la direction de Jean-Pierre Jouyet, une des figures centrales du maillage oligarchique français. Très vite, Macron participe à la fameuse «commission Attali» («pour la libéralisation de croissance») sous Sarkozy, où il rencontre les plus grands patrons. Il occupe ensuite un poste de directeur à la banque Rothschild et devient en même temps le meneur du volet économique de la campagne de François Hollande pour la présidentielle. Entre la création du CICE et le pacte de responsabilité, il imprègne ensuite le mandat socialiste de la politique de l’offre selon laquelle plus on donne aux entreprises, plus elles investissent dans l’appareil productif. Enfin, il se sert de son poste de ministre l’Economie pour concourir à la mandature suprême. (…) Macron est pieds et poings liés aux ultra-riches qui ont financé sa campagne. Il est leur obligé. Prenons une fois de plus l’exemple de la suppression de l’ISF. Cette mesure devait intervenir au 1er janvier 2018. Or sa suppression est une des premières décisions prises par Macron en octobre 2017. Cette façon de précipiter l’agenda politique néolibéral est symptomatique de la pression exercée par les puissants, les nantis, les actionnaires et les créanciers qui utilisent l’argent comme arme d’asservissement et de division des individus. Pour autant, les gilets jaunes font preuve d’une unité remarquable. En tant que sociologues, nous n’avions jamais imaginé qu’un jour un tel mouvement social surgirait. On s’est beaucoup fait à l’idée que les gens modestes, rivés aux urgences d’une vie quotidienne difficile, trouveraient leur bonheur dans l’achat d’un pavillon individuel installé à proximité d’un centre commercial. Comme si le bonheur était dans le magasin où l’on achète le dernier iPhone. C’était un leurre. Nous nous réjouissons de la colère qu’expriment les gilets jaunes. Elle ne s’arrêtera pas. Le processus est irréversible. Pour la première fois, ils ont permis d’interconnecter toutes les inégalités à partir d’une question à la fois de pouvoir d’achat et d’écologie. Ils ont mis en lumière l’imposture écologique du gouvernement. Nous savons désormais que seuls 19 % des recettes de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) seront directement dédiés à l’écologie. (…) En refusant d’être parqués sur le Champ-de-Mars le 24 novembre, ils ont attaqué les hauts lieux du pouvoir. Ils ont dénoncé l’agrégation spatiale des élites sociales dans les quartiers huppés. Cela s’est fait grâce au court-circuitage des corps intermédiaires, ne se laissant pas prendre au piège institutionnel. En se rassemblant aux abords des Champs-Elysées, les gilets jaunes ont fait le choix de ne pas s’attaquer à leurs patrons, puisqu’ils ne sont pas en grève, mais de s’adresser directement à Macron en tant que chef d’entreprise de la France. C’est Macron le capitaliste en chef qui mène la guerre de classes en France. «Le chef, c’est moi !» avait-il dit le 14 juillet 2017. C’est donc lui que les gilets jaunes interpellent. Logique. Maintenant, il faut espérer une convergence des luttes avec les syndicats, les cheminots et autres militants de gauche. Il faut être attentif à ne pas s’opposer les uns aux autres. Les gilets jaunes nous rendent le service du siècle. Monique Pinçon-Charlot
Les tyrans ont plus souvent suscité la passion et la fascination que la haine. (…) La haine personnelle qui s’attache aujourd’hui à la personne du président de la République est inédite. (…) L’explication par la seule politique semble insuffisante même s’il ne faut pas la négliger. Il est vrai que la concentration du pouvoir a pour effet de concentrer aussi les critiques et les indignations. On le sait, la Ve république confie l’essentiel du pouvoir à un monarque républicain élu par le peuple. Les révisions constitutionnelles n’ont cessé de renforcer le pouvoir du président, de l’élection au suffrage universel direct en 1962 à l’introduction du quinquennat et l’élection législative dans la foulée en 2000, sans oublier les effets de la pratique gouvernementale. En sorte que l’affaiblissement progressif des corps intermédiaires n’est pas seulement dû à la personnalité des présidents ou à leur appétit de pouvoir, mais des institutions elles-mêmes. En 1968, on s’inquiétait de ce qu’entre le général de Gaulle et Daniel Cohn-Bendit il n’y eût pas de corps intermédiaires et que la révolte des étudiants, qui souhaitaient entrer dans les dortoirs des filles, débouchât finalement sur une remise en cause de toutes les institutions. Pourtant, à l’époque, le Premier ministre négocia avec les syndicats les accords de Grenelle. Les partis politiques, en particulier le Parti communiste, pouvaient apparaître débordés par les manifestants gauchistes, mais ils organisaient encore les débats et les élections. L’élection continuait à définir la légitimité des gouvernants, seuls quelques gauchistes faisaient écho à la formule inoubliable de Jean-Paul Sartre, « élection piège à cons », quand le président de la République décida de dissoudre l’Assemblée nationale. Le Parti communiste se mit immédiatement en ordre de bataille pour organiser la campagne électorale et personne ne contesta la légitimité de l’Assemblée « introuvable » qui fut élue en juin 1968. Les institutions politiques n’ont pas changé mais aujourd’hui le délitement de la société de la démocratie qu’en empruntant à Montesquieu, j’ai appelée « extrême » est frappant. Toutes les institutions sont contestées. Seule la CFDT s’efforce héroïquement de contribuer aux débats publics, mais les autres syndicats, les partis traditionnels semblent épuisés, les pouvoirs locaux assurent la gestion et s’opposent au gouvernement central, le rôle des assemblées est affaibli et l’on n’est pas sûr qu’une dissolution de l’Assemblée nationale redonnerait une légitimité politique au président légitiment élu en 2017 et dont le mandat s’achève en 2022. Le mouvement des Gilets jaunes qui se veut sans chefs et sans organisation, purement « transversal », qui refuse de se plier aux règles qui organisent les manifestations et remet en cause la légitimité du président est à l’image d’une société qui, en profondeur, refuse les hiérarchies, l’autorité, les distinctions et les compétences. Lorsque le dialogue démocratique, qui fait appel à la raison commune, n’est plus possible, il reste la violence et la haine. La démocratie « extrême » donne à cette haine une forme particulière. Dans le monde de la passion de l’égalité et du refus de la reconnaissance des compétences, le président actuel n’est plus seulement celui qui concentre le pouvoir, et, à ce titre, concentre les critiques, comme les précédents présidents de la République. Il est celui qui tranche radicalement avec la passion égalitaire. Il est scandaleux qu’il soit aussi jeune et talentueux. De plus, il semble n’avoir connu ni les épreuves ni les échecs. Mitterrand n’a été élu qu’après une longue vie publique et deux échecs à l’élection présidentielle, Chirac n’est devenu président de la République qu’après de longues souffrances politiques et deux échecs : ces cicatrices l’ont comme rapproché de ses électeurs. Le terme d’arrogant, qui est en train de devenir une sorte d’adjectif homérique, traduit la haine à l’égard de celui qui n’a pas traversé les épreuves initiatiques. Le seul précédent qu’on puisse évoquer est celui de Valéry Giscard d’Estaing qui, à la fin de son septennat, a cristallisé une haine dont l’origine était comparable : personnalité politique talentueuse, brillant pédagogue, jeune et beau, à la silhouette athlétique. Mais cette haine fut beaucoup moins violente que celle à laquelle nous assistons aujourd’hui. La démocratie était alors moins « extrême ». La haine à l’égard de Nicolas Sarkozy était teintée d’agacement, mais sa vulgarité apparente et son goût affiché de l’argent et de la réussite matérielle n’étaient pas étrangers à ses électeurs ; si les intellectuels le trouvaient odieux, ce n’était pas le cas de la majorité de ses partisans. Quant à François Hollande, le sentiment dominant était le mépris plutôt que la haine. Or, le mépris donne des satisfactions, puisqu’il procure l’agréable impression que les autres ne nous sont pas supérieurs. Se sentir supérieur suscite un sentiment de confiance en soi – ce qui fait dire à certains anthropologues que notre appétence pour le malheur d’autrui serait un héritage des sociétés primitives. Il est difficile de mépriser l’actuel président de la République. Son électorat se recrute d’ailleurs parmi les plus diplômés et les plus assurés dans la vie sociale. En revanche, il est la victime de ce qu’on peut appeler une haine démocratique. La société démocratique, où toutes les fonctions sont formellement ouvertes à tous, suscite les espoirs et les ambitions. Elle multiplie en conséquence, à tous les niveaux le nombre des déçus et des humiliés. En organisant une concurrence générale qui ouvre formellement à tous toutes les possibilités et toutes les positions sociales, elle n’accorde plus d’excuses aux échecs inévitables que les individus n’ont plus la ressource d’expliquer par la volonté de Dieu, la naissance ou le destin. En proclamant l’égalité des chances et la méritocratie républicaine, elle déçoit inévitablement ceux qui ne réussissent pas, en nourrissant leur sentiment de l’injustice sociale et leurs ressentiments. Tous les démocrates sont jugés responsables de leurs propres échecs, alors que ceux-ci ont des causes sociales autant que personnelles. Les démocrates risquent donc de devenir insatisfaits et envieux. Ils font tous l’expérience de l’échec – même les anciens présidents de la République qui ne sont pas réélus – et nourrissent le ressentiment et la haine pour ceux qui sont trop évidemment et trop publiquement dotés par la nature des « talents » et des « vertus » qui, selon la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, sont les seules distinctions sociales légitimes et qui, ensuite, n’ont connu dans leur vie que les succès. Par leurs échecs avant leur élection, François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy avaient démontré une forme de proximité avec leurs électeurs. Il faut ajouter le rôle que jouent désormais les réseaux sociaux qui révèlent, sans aucun contrôle, des faits jugés d’autant plus scandaleux qu’on ne vérifie pas leur véracité et donnent une illusion de transparence et de compréhension sur des sujets, par définition complexes. La maîtrise dont a fait preuve le président de la République six heures devant des maires ruraux, démontrant sa connaissance des dossiers et même sa capacité à écouter et ses qualités de pédagogue, risque de renforcer cette image : il est trop jeune et trop intelligent. Arrogant en un mot… On peut craindre que nombre d’électeurs, devant ce spectacle, se sentent aussi humiliés que Mme Le Pen lors du fameux débat d’entre les deux tours de l’élection présidentielle. Lors de ce moment historique, combien d’entre eux, devant la supériorité aveuglante du futur Président de la République, se sont sentis solidaires d’une candidate écrasée par la compétence de son concurrent ? Comment alors répondre autrement que par la haine ? Dominique Schnapper

Quand il ne reste plus que la haine …

A l’heure de cet étrange et formidable chassé croisé …

Qui voit en dépit ou plutôt à cause de ses formidables succès économiques comme diplomatiques …

La tête d’un président américain littéralement mise à prix par les élites, presse comprise, de son propre pays …

Tandis que de ce côté-ci de l’Atlantique …

Désormais contraint de jouer les bateleurs de foire dans les sous-préfectures …

Le bénéficiaire du casse du siècle d’il y a à peine deux ans face au véritable assassinat politique de ses concurrents …

Se retrouve, via le mouvement des gilets jaunes, conspué depuis des mois par la base cette fois de sa population …

Comment ne pas voir …

Au-delà du « service du siècle », pour reprendre l’expression de la sociologue Monique Pinçon-Charlot, que nous rendent effectivement les gilets jaunes …

Avec la mise à jour non seulement de l’explosion d’inégalité que produit la mondialisation

Mais également face à ses perdants la profonde solidarité de classe et le mépris de ses gagnants  …

Cette montée aux extrêmes de la démocratie …

Que rappelle la sociologue Dominique Schnappner …

Ou poussé par la passion de l’égalité qu’avait si bien repéré Tocqueville …

Qui en organisant, égalité des chances et méritocratie républicaine obligent, une concurrence générale ouvrant formellement à tous toutes les possibilités et toutes les positions sociales …

Ne peut manquer de produire l’envie et le ressentiment parmi ses inévitables perdants et frustrés …

Et transformer pour les plus dotés comme l’avait rappelé René Girard …

Dans cet « entracte prolongé d’un rituel sacrificiel violent » qu’est (re)devenu, réseaux sociaux aidant, un mandat présidentiel …

La fascination des débuts en la plus grande des haines ?

Emmanuel Macron: pourquoi cette haine?
Dominique Schnapper
Telos
28 janvier 2019

Un souvenir de mars 1953, au début de ma classe d’hypokhâgne au lycée Fénelon : les larmes de l’une de mes camarades venue de Tunisie. Nous venions d’apprendre la mort de Staline. L’émotion était largement répandue, bien au-delà des militants du parti communiste. Les tyrans ont plus souvent suscité la passion et la fascination que la haine.
Un degré inédit de haine

La haine personnelle qui s’attache aujourd’hui à la personne du président de la République est inédite. A l’égard de leurs gouvernants, les Français ont manifesté au cours de l’histoire des sentiments divers et extrêmes, de l’admiration à l’attachement jusqu’à la détestation. On fait volontiers l’hypothèse que la mort de Louis XVI reste un impensé de notre histoire qui continue à marquer notre vie collective. Mais la passion autour de la personne d’Emmanuel Macron nous a pris par surprise. On peut évidemment critiquer sa politique ou son style personnel, pointer ses maladresses ou ses provocations, mais n’est-ce pas le cas de tous ceux qui sont dans l’action ?

L’explication par la seule politique semble insuffisante même s’il ne faut pas la négliger. Il est vrai que la concentration du pouvoir a pour effet de concentrer aussi les critiques et les indignations. On le sait, la Ve république confie l’essentiel du pouvoir à un monarque républicain élu par le peuple. Les révisions constitutionnelles n’ont cessé de renforcer le pouvoir du président, de l’élection au suffrage universel direct en 1962 à l’introduction du quinquennat et l’élection législative dans la foulée en 2000, sans oublier les effets de la pratique gouvernementale. En sorte que l’affaiblissement progressif des corps intermédiaires n’est pas seulement dû à la personnalité des présidents ou à leur appétit de pouvoir, mais des institutions elles-mêmes. En 1968, on s’inquiétait de ce qu’entre le général de Gaulle et Daniel Cohn-Bendit il n’y eût pas de corps intermédiaires et que la révolte des étudiants, qui souhaitaient entrer dans les dortoirs des filles, débouchât finalement sur une remise en cause de toutes les institutions. Pourtant, à l’époque, le Premier ministre négocia avec les syndicats les accords de Grenelle. Les partis politiques, en particulier le Parti communiste, pouvaient apparaître débordés par les manifestants gauchistes, mais ils organisaient encore les débats et les élections. L’élection continuait à définir la légitimité des gouvernants, seuls quelques gauchistes faisaient écho à la formule inoubliable de Jean-Paul Sartre, « élection piège à cons », quand le président de la République décida de dissoudre l’Assemblée nationale. Le Parti communiste se mit immédiatement en ordre de bataille pour organiser la campagne électorale et personne ne contesta la légitimité de l’Assemblée « introuvable » qui fut élue en juin 1968.

Les institutions politiques n’ont pas changé mais aujourd’hui le délitement de la société de la démocratie qu’en empruntant à Montesquieu, j’ai appelée « extrême » est frappant[1]. Toutes les institutions sont contestées. Seule la CFDT s’efforce héroïquement de contribuer aux débats publics, mais les autres syndicats, les partis traditionnels semblent épuisés, les pouvoirs locaux assurent la gestion et s’opposent au gouvernement central, le rôle des assemblées est affaibli et l’on n’est pas sûr qu’une dissolution de l’Assemblée nationale redonnerait une légitimité politique au président légitiment élu en 2017 et dont le mandat s’achève en 2022. Le mouvement des Gilets jaunes qui se veut sans chefs et sans organisation, purement « transversal », qui refuse de se plier aux règles qui organisent les manifestations et remet en cause la légitimité du président est à l’image d’une société qui, en profondeur, refuse les hiérarchies, l’autorité, les distinctions et les compétences.

Lorsque le dialogue démocratique, qui fait appel à la raison commune, n’est plus possible, il reste la violence et la haine. La démocratie « extrême » donne à cette haine une forme particulière. Dans le monde de la passion de l’égalité et du refus de la reconnaissance des compétences, le président actuel n’est plus seulement celui qui concentre le pouvoir, et, à ce titre, concentre les critiques, comme les précédents présidents de la République. Il est celui qui tranche radicalement avec la passion égalitaire. Il est scandaleux qu’il soit aussi jeune et talentueux. De plus, il semble n’avoir connu ni les épreuves ni les échecs. Mitterrand n’a été élu qu’après une longue vie publique et deux échecs à l’élection présidentielle, Chirac n’est devenu président de la République qu’après de longues souffrances politiques et deux échecs : ces cicatrices l’ont comme rapproché de ses électeurs. Le terme d’arrogant, qui est en train de devenir une sorte d’adjectif homérique, traduit la haine à l’égard de celui qui n’a pas traversé les épreuves initiatiques.

Le seul précédent qu’on puisse évoquer est celui de Valéry Giscard d’Estaing qui, à la fin de son septennat, a cristallisé une haine dont l’origine était comparable : personnalité politique talentueuse, brillant pédagogue, jeune et beau, à la silhouette athlétique. Mais cette haine fut beaucoup moins violente que celle à laquelle nous assistons aujourd’hui. La démocratie était alors moins « extrême ».

La haine à l’égard de Nicolas Sarkozy était teintée d’agacement, mais sa vulgarité apparente et son goût affiché de l’argent et de la réussite matérielle n’étaient pas étrangers à ses électeurs ; si les intellectuels le trouvaient odieux, ce n’était pas le cas de la majorité de ses partisans. Quant à François Hollande, le sentiment dominant était le mépris plutôt la haine. Or, le mépris donne des satisfactions, puisqu’il procure l’agréable impression que les autres ne nous sont pas supérieurs. Se sentir supérieur suscite un sentiment de confiance en soi – ce qui fait dire à certains anthropologues que notre appétence pour le malheur d’autrui serait un héritage des sociétés primitives. Il est difficile de mépriser l’actuel président de la République. Son électorat se recrute d’ailleurs parmi les plus diplômés et les plus assurés dans la vie sociale.
La haine démocratique

En revanche, il est la victime de ce qu’on peut appeler une haine démocratique. La société démocratique, où toutes les fonctions sont formellement ouvertes à tous, suscite les espoirs et les ambitions. Elle multiplie en conséquence, à tous les niveaux le nombre des déçus et des humiliés. En organisant une concurrence générale qui ouvre formellement à tous toutes les possibilités et toutes les positions sociales, elle n’accorde plus d’excuses aux échecs inévitables que les individus n’ont plus la ressource d’expliquer par la volonté de Dieu, la naissance ou le destin. En proclamant l’égalité des chances et la méritocratie républicaine, elle déçoit inévitablement ceux qui ne réussissent pas, en nourrissant leur sentiment de l’injustice sociale et leurs ressentiments. Tous les démocrates sont jugés responsables de leurs propres échecs, alors que ceux-ci ont des causes sociales autant que personnelles. Les démocrates risquent donc de devenir insatisfaits et envieux. Ils font tous l’expérience de l’échec – même les anciens présidents de la République qui ne sont pas réélus – et nourrissent le ressentiment et la haine pour ceux qui sont trop évidemment et trop publiquement dotés par la nature des « talents » et des « vertus » qui, selon la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, sont les seules distinctions sociales légitimes et qui, ensuite, n’ont connu dans leur vie que les succès. Par leurs échecs avant leur élection, François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy avaient démontré une forme de proximité avec leurs électeurs.

Il faut ajouter le rôle que jouent désormais les réseaux sociaux qui révèlent, sans aucun contrôle, des faits jugés d’autant plus scandaleux qu’on ne vérifie pas leur véracité et donnent une illusion de transparence et de compréhension sur des sujets, par définition complexes.

La maîtrise dont a fait preuve le président de la République six heures devant des maires ruraux, démontrant sa connaissance des dossiers et même sa capacité à écouter et ses qualités de pédagogue, risque de renforcer cette image : il est trop jeune et trop intelligent. Arrogant en un mot… On peut craindre que nombre d’électeurs, devant ce spectacle, se sentent aussi humiliés que Mme Le Pen lors du fameux débat d’entre les deux tours de l’élection présidentielle. Lors de ce moment historique, combien d’entre eux, devant la supériorité aveuglante du futur Président de la République, se sont sentis solidaires d’une candidate écrasée par la compétence de son concurrent ? Comment alors répondre autrement que par la haine ?

Voir aussi:

Interview

Les Pinçon-Charlot «Macron est l’obligé des ultra-riches»

Le storytelling médiatico-politique a voulu en faire un ovni politique, sans passif. Les deux sociologues affirment, au contraire, que la manière d’être et de gouverner du Président est très liée au milieu dans lequel il évolue : celui du pouvoir et de l’argent.

Simon Blin

Pas sûr que le dernier livre du couple de sociologues raccommode le Président avec les gilets jaunes. Huit ans après le Président des riches (2010), une enquête sur l’oligarchie dans la France de Sarkozy, Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, ex-directeurs de recherche au CNRS engagés à gauche, poursuivent leur travail d’investigation sur les accointances du pouvoir avec le monde de l’argent dans le Président des ultra-riches (La Découverte). Résultat, le portrait d’un gouvernant toujours plus proche des plus fortunés et encore plus éloigné du reste de la société.

Que doit-on attendre du «grand débat national», lancé le 15 janvier par Emmanuel Macron, étant donné que les principales revendications des gilets jaunes en termes de justice fiscale, dont le rétablissement de l’ISF, ne seront pas discutées ?

Peu de choses. La suppression de l’ISF symbolise à elle seule la fin de la solidarité des plus riches avec le reste de la société. Macron a aussi procédé à la création d’un prélèvement forfaitaire unique (PFU ou flat-tax) sur les revenus du capital, mesure moins connue du grand public mais tout aussi importante. Non seulement, les riches ne sont plus concernés par la solidarité nationale mais en plus on les dispense de la progressivité de l’impôt sur les revenus du capital, c’est-à-dire de payer leurs impôts à hauteur de leur fortune. Que vous ayez seulement quelques actions, pour peu que vous en ayez, ou que vous soyez Bernard Arnault, vous paierez tous le même impôt forfaitaire. Avec Macron, les impostures se font en cascade. Car en répétant à l’envi que cet impôt forfaitaire était de 30 %, le gouvernement a oublié de préciser que ce chiffre comprend aussi le prélèvement social, la contribution additionnelle de solidarité pour l’autonomie et le prélèvement de solidarité. Au final, l’impôt forfaitaire en tant que tel n’est que de 12,8 %. Cela signifie que le plus mal payé des contribuables paie plus en impôts sur le revenu que le plus riche des actionnaires sur chaque euro de dividendes perçus.

A vous lire, ce tour de passe-passe fiscal semble faire partie du code génétique du Président.

Plus encore que chez ses prédécesseurs, le profil d’Emmanuel Macron se prête à la sociologie bourdieusienne, son habitus étant en adéquation parfaite avec les conditions de la pratique de sa position sociale. Autrement dit, sa manière d’être et de gouverner est très liée au milieu dans lequel il évolue : celui du pouvoir et de l’argent. Le storytelling médiatico-politique qui a entouré son élection a voulu nous faire croire à un ovni politique, sans passif. Mais notre enquête, qui croise le contenu de sa politique sociale et économique avec sa trajectoire sociobiographique et les réseaux oligarchiques, démontre qu’il est bien un enfant du sérail, adoubé par les puissants et soutenu par de généreux donateurs.

A sa sortie de l’ENA, il intègre l’inspection des finances sous la direction de Jean-Pierre Jouyet, une des figures centrales du maillage oligarchique français. Très vite, Macron participe à la fameuse «commission Attali» («pour la libéralisation de croissance») sous Sarkozy, où il rencontre les plus grands patrons. Il occupe ensuite un poste de directeur à la banque Rothschild et devient en même temps le meneur du volet économique de la campagne de François Hollande pour la présidentielle. Entre la création du CICE et le pacte de responsabilité, il imprègne ensuite le mandat socialiste de la politique de l’offre selon laquelle plus on donne aux entreprises, plus elles investissent dans l’appareil productif. Enfin, il se sert de son poste de ministre l’Economie pour concourir à la mandature suprême.

Derrière Emmanuel Macron, diriez-vous qu’il existe en pratique une solidarité de riches ?

C’est pire que cela. Macron est pieds et poings liés aux ultra-riches qui ont financé sa campagne. Il est leur obligé. Prenons une fois de plus l’exemple de la suppression de l’ISF. Cette mesure devait intervenir au 1er janvier 2018. Or sa suppression est une des premières décisions prises par Macron en octobre 2017. Cette façon de précipiter l’agenda politique néolibéral est symptomatique de la pression exercée par les puissants, les nantis, les actionnaires et les créanciers qui utilisent l’argent comme arme d’asservissement et de division des individus.

Pour autant, les gilets jaunes font preuve d’une unité remarquable. En tant que sociologues, nous n’avions jamais imaginé qu’un jour un tel mouvement social surgirait. On s’est beaucoup fait à l’idée que les gens modestes, rivés aux urgences d’une vie quotidienne difficile, trouveraient leur bonheur dans l’achat d’un pavillon individuel installé à proximité d’un centre commercial. Comme si le bonheur était dans le magasin où l’on achète le dernier iPhone. C’était un leurre. Nous nous réjouissons de la colère qu’expriment les gilets jaunes. Elle ne s’arrêtera pas. Le processus est irréversible. Pour la première fois, ils ont permis d’interconnecter toutes les inégalités à partir d’une question à la fois de pouvoir d’achat et d’écologie. Ils ont mis en lumière l’imposture écologique du gouvernement. Nous savons désormais que seuls 19 % des recettes de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) seront directement dédiés à l’écologie.

Les gilets jaunes s’en sont pris aux beaux quartiers sur lesquels vous enquêtez depuis trente ans. Avez-vous été surpris ?

Pas tant que ça. En refusant d’être parqués sur le Champ-de-Mars le 24 novembre, ils ont attaqué les hauts lieux du pouvoir. Ils ont dénoncé l’agrégation spatiale des élites sociales dans les quartiers huppés. Cela s’est fait grâce au court-circuitage des corps intermédiaires, ne se laissant pas prendre au piège institutionnel. En se rassemblant aux abords des Champs-Elysées, les gilets jaunes ont fait le choix de ne pas s’attaquer à leurs patrons, puisqu’ils ne sont pas en grève, mais de s’adresser directement à Macron en tant que chef d’entreprise de la France. C’est Macron le capitaliste en chef qui mène la guerre de classes en France. «Le chef, c’est moi !» avait-il dit le 14 juillet 2017. C’est donc lui que les gilets jaunes interpellent. Logique. Maintenant, il faut espérer une convergence des luttes avec les syndicats, les cheminots et autres militants de gauche. Il faut être attentif à ne pas s’opposer les uns aux autres. Les gilets jaunes nous rendent le service du siècle.

Voir également:

Affaire Hulot : Emmanuel Macron met en garde contre « la République du soupçon »

Mariana Grépinet

Paris Match

Pouvoir d’achat, Syrie, migrants et SDF, service national universel et exercice du pouvoir, le chef de l’Etat a répondu pendant 2 heures à une centaine de journalistes ce soir.

Pour la première fois depuis son élection en mai dernier, Emmanuel Macron avait accepté l’invitation de l’Association de la presse présidentielle (APP) qui réunit journalistes français et étrangers. Devant une centaine d’entre eux, pendant près de deux heures ce mardi soir, il a répondu à toutes les questions.

Affaire Hulot

« Je n’ai pas souvenir que des gens aient été écartés pour des questions de morale, il n’y a pas eu de jury de moralité pour savoir si quelqu’un pouvait devenir ministre ou pas », a expliqué Emmanuel Macron. Et d’ajouter, soutenant son ministre sans jamais le citer, « je n’ai pas demandé au Premier ministre si les ministres avaient fait l’objet de plainte regardée par les juges et classée sans suite parce que les faits étaient non établis et prescrits ». « Il faut collectivement qu’on se méfie, a exhorté le chef de l’Etat. La question est de savoir où commence le sérieux et où doit s’arrêter la nécessaire transparence et le jeu des contre-pouvoirs. On veut que les dirigeants soient exemplaires. On s’est donné des règles. Mais quand le but des contre-pouvoirs finit par être de détruire ceux qui exercent le pouvoir sans qu’il n’y ait de limite ni de principe, ce n’est plus une version équilibrée de la démocratie. Penser que quelque chose qui a été regardé, jugé, devrait, soit nous conduire à écarter quelqu’un du pouvoir, soit à l’empêcher d’exercer, ça devient une forme de République du soupçon. » Emmanuel Macron a évoqué l’affaire Cahuzac, pour insister « il ne faut pas tout confondre, si tout se vaut, on perdra beaucoup ». Et d’assurer encore à propos de son ministre de la Transition écologique : « Non, je n’étais pas au courant, car ce n’est pas une question que j’ai posée. »

La foi

Interrogé sur son rapport à la foi, Emmanuel Macron a confié « Je crois oui. Si on ne croit pas en sa bonne étoile, en son pays, en son action, on n’a pas le quotidien que j’ai aujourd’hui. Je crois en une forme de transcendance. Je respecte la place que les religions occupent dans notre société. Croire en des religions, en des formes métaphysiques fait partie de la vie en société. On ne doit pas gommer cette part irréductible. »

Loger tous les SDF

Emmanuel Macron a rappelé que son engagement de ne plus avoir d’hommes ou de femmes dans les rues ou dans les bois avant la fin 2017 avait été tenu en juillet dernier lors d’un discours relatif à l’accueil des migrants. Mais il a reconnu, ce qui est rare, son échec :« Nous n’avons pas réussi. » Il a avancé deux explications, l’existence de « publics fragiles qui sont en dehors des politiques publiques mises en places » et « la pression migratoire forte en fin de trimestre ». Le président a expliqué que ces dernières années, de nombreuses places en chambres d’hôtel avaient été ouvertes « ce n’est pas une bonne mesure, car on laisse les gens loin de la socialisation ». Et de poursuivre « aujourd’hui, on diminue la part des chambres d’hôtel pour faire de la place aux pensions de famille ». Et de conclure : « Ne plus avoir de personnes qui dorment dans la rue doit rester un objectif, on ne peut pas s’accommoder de cette situation. »

Service national universel

Dans un de ses rares traits d’humour, Emmanuel Macron a reconnu à demi-mots que la parole gouvernementale n’avait pas été claire à propos du service national universel. Il a donc lui-même confirmé que ce dernier serait bien obligatoire et universel, pour les hommes et les femmes donc. Sa forme pourra être civique mais ne sera pas militaire. Or, « ce qui coûte très cher, c’est un service militaire à l’ancienne où il faut loger pendant un temps donné des gens loin de leur famille », a souligné Macron. Le service national tel qu’il l’envisage, qui a « un intérêt en terme de cohésion nationale », aura un coût « mais ne sera pas prohibitif ». Il devrait durer entre 3 et 6 mois et pourra être plus long si on y intègre une composante service civique.

Rôle de son épouse Brigitte

« Dans la fonction qui est la mienne on ne gomme pas sa vie personnelle. Mon épouse Brigitte a une fonction de représentation indispensable, qu’elle assume et qui est utile sur le pays. Et elle s’engage, comme le prévoit la charte de l’été dernier, sur des causes qui lui tiennent à cœur où sa présence peut apporter quelque chose et qui sont en cohérence avec les priorités que j’ai pu définir », a explique Emmanuel Macron et de citer les deux causes sur lesquelles, selon lui « sa présence, son regard, son action peuvent aider, accélérer, faciliter » : « tous les sujets qui relèvent de l’éducation, et en particulier pour les jeunes enfants en situation de handicap » et « le sujet des violences faites aux personnes et plus particulièrement aux femmes ». « Mettre un coup de projecteur, venir aider une association, parrainer tel événement, faciliter les choses, en appui avec le rôle des ministres, est utile et pertinent », a assuré le chef de l’Etat.

L’épreuve du pouvoir

« Depuis que j’ai été élu, j’ai pris la mesure de la charge, du poids de celle-ci, de la part de solitude qu’elle implique, de la fin de l’innocence qu’elle décrète, mais je ne crois pas que ce soit une épreuve ; c’est faire », a expliqué le président en précisant qu’il ne se sentait pas autorisé « à prendre une forme de loisir ». « Il y a une part d’ascèse », a t il encore insisté. « Je n’oublie pas d’où je viens. Je ne suis pas l’enfant naturel de temps calmes de la vie politique. Je suis le fruit d’une forme de brutalité de l’histoire. Une effraction parce que la France était malheureuse et inquiète. Si j’oublie un seul instant tout cela, ce sera sans doute le début de l’épreuve. » Et de lâcher : « Il n’y a pas d’innocence et pas de répit, mais c’est au fond ce que j’ai souhaité, je ne me plaindrai pas. »

Voir par ailleurs:

Much Has Changed for the Better Since 2016—Not That Trump Will Get Credit

Victor Davis Hanson
American greatness
January 30th, 2019

 

The news obsesses over the recent government shutdown, the latest Robert Mueller arrest and, of course, fake news—from the BuzzFeed Michael Cohen non-story to the smears of the Covington Catholic High School students.

But aside from the weekly hysterias, the world has dramatically changed since 2016 in ways we scarcely have appreciated.

The idea that China systematically rigged trade laws and engaged in technological espionage to run up huge deficits is no longer a Trump, or even a partisan, issue.

In the last two years, a mainstream consensus has grown that China poses a commercial and mercantile threat to world trade, to its neighbors and to the very security of the United States—and requires a strong response, including temporary tariffs.

The world did not fall apart after the U.S. pulled out of the flawed Iran nuclear deal. Most yawned when the U.S. left the symbolic but empty Paris Climate Accord. Ditto when the U.S. moved its embassy in Israel from Tel Aviv to Jerusalem.

In retrospect, most Americans accept that such once controversial decisions were not ever all that controversial.

There is also a growing, though little reported, consensus about what created the current economic renaissance: tax cuts, massive deregulation, recalibration of trade policy, tax incentives to bring back offshore capital, and dramatic rises in oil and natural gas production.

Although partisan bickering continues over the extent of the upswing, most appreciate that millions of Americans are now back again working—especially minority youth—in a manner not seen in over a decade.

The Supreme Court and federal judges will be far more conservative for a generation—as Trump’s judicial nominations are uniformly conservative, mostly young and well qualified.

For all the acrimony about illegal immigration, the government shutdown over the wall and the question of amnesties, most Americans also finally favor some sort of grand bargain compromise.

The public seems to be agreeing that conservatives should get more border fencing or walls in strategic areas, an end to new illegal immigration and deportation for those undocumented immigrants with criminal records.

Liberals in turn will likely obtain green cards for those long-time immigrants here illegally who have a work history and have not committed violent crimes.

Both sides will be forced to agree that illegal immigration, sanctuary cities and open borders should end and legal immigration should be reformed.

Americans have paradoxically grown tired both of costly overseas interventions and perceptions of American weakness that led to the Libyan fiasco, the Syrian genocide, the rise of the ISIS caliphate, and Iranian-inspired terrorism.

Today U.S. foreign policy actually reflects those paradoxes. The public supports a withdrawal from the quagmires in Afghanistan and Syria. But it also approved of bombing ISIS into retreat and muscular efforts to denuclearize North Korea.

Two years ago, most Americans accepted that the European Union and NATO were sacrosanct status quo institutions beyond criticism. Today there is growing agreement that our NATO allies will only pay their fair share of mutual defense if they are forced to live up to their promises.

Europe is not stable and steady, but torn by Eastern European anger at open borders, Southern European resentment at the ultimatums of German banks, and acrimonious negotiations over the withdrawal of the United Kingdom from the EU.

Most Americans have now concluded that while the EU may be necessary to prevent another intra-European war, it is increasingly a postmodern, anti-democratic and unstable entity.

Trump has not changed his campaign reputation for being mercurial, crass and crude.

But what has changed is the media’s own reputation in its hysterical reaction to Trump. Instead of empirical reporting, the networks and press have become unhinged.

When reporting of the presidency has proved 90 percent negative, and false news stories are legion, the media are no longer seen as the remedy to Trump but rather an illness themselves.

Since 2016, polls show that Americans have assumed that the proverbial mainstream media cannot be counted on for honest reporting but will omit, twist and massage facts and evidence for the higher “truth” of neutralizing the Trump presidency.

When asked on “The View” why so often the liberal press keeps making up facts, “jumps the gun” and has to “walk stuff back when it turns out wrong,” Joy Behar honestly answered, “Because we’re desperate to get Trump out of office. That’s why.”

Trump’s popularity is about where it was when he was elected—ranging on average from the low to mid-forties. But many of his policies have led to more prosperity and address festering problems abroad.

And despite the negative news, they are widely supported, even—or especially—if Trump himself is not given proper credit for enacting most of them.


Taxes du péché: Punir Billancourt pour ne pas désespérer Neuilly (Sin taxes: When the cigarette, diesel-driving poor end up subsidizing the rich’s electric cars and green refrigerators)

1 janvier, 2019

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Je vais donc vous donner de quoi semer, et vous sèmerez vos champs, afin que vous puissiez recueillir des grains. Vous en donnerez la cinquième partie au roi ; et je vous abandonne les quatre autres pour semer les terres et pour nourrir vos familles et vos enfants. Genèse 47 : 24
Car on donnera à celui qui a; mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a. Jésus (Marc 4: 25)
Il y a autant de racismes qu’il y a de groupes qui ont besoin de se justifier d’exister comme ils existent, ce qui constitue la fonction invariante des racismes. Il me semble très important de porter l’analyse sur les formes du racisme qui sont sans doute les plus subtiles, les plus méconnaissables, donc les plus rarement dénoncées, peut-être parce que les dénonciateurs ordinaires du racisme possèdent certaines des propriétés qui inclinent à cette forme de racisme. Je pense au racisme de l’intelligence. (…) Ce racisme est propre à une classe dominante dont la reproduction dépend, pour une part, de la transmission du capital culturel, capital hérité qui a pour propriété d’être un capital incorporé, donc apparemment naturel, inné. Le racisme de l’intelligence est ce par quoi les dominants visent à produire une « théodicée de leur propre privilège », comme dit Weber, c’est-à-dire une justification de l’ordre social qu’ils dominent. (…) Tout racisme est un essentialisme et le racisme de l’intelligence est la forme de sociodicée caractéristique d’une classe dominante dont le pouvoir repose en partie sur la possession de titres qui, comme les titres scolaires, sont censés être des garanties d’intelligence et qui ont pris la place, dans beaucoup de sociétés, et pour l’accès même aux positions de pouvoir économique, des titres anciens comme les titres de propriété et les titres de noblesse. Pierre Bourdieu
Dans le débat sur la parité (…) on risque de remplacer des hommes bourgeois par des femmes encore plus bourgeoises. Si du moins on se dispense de faire ce qu’il faudrait pour que cela change vraiment : par exemple, un travail systématique, notamment à l’école, pour doter les femmes des instruments d’accès à la parole publique, aux postes d’autorité. Sinon, on aura les mêmes dirigeants politiques, avec seulement une différence de genre. Bourdieu
La Révolution abolit les privilèges et crée immédiatement ensuite l’Ecole polytechnique et l’Ecole normale supérieure, pour offrir à la nation ses cadres « naturels », en bref sa propre aristocratie. Daniel Cohen
Personne n’aspirerait à la culture si l’on savait à quel point le nombre des hommes cultivés est finalement et ne peut être qu’incroyablement petit; et cependant ce petit nombre vraiment cultivé n’est possible que si une grande masse, déterminée au fond contre sa nature et uniquement par des illusions séduisantes, s’adonne à la culture; on ne devrait rien trahir publiquement de cette ridicule disproportion entre le nombre d’hommes vraiment cultivés et l’énorme appareil de la culture; le vrai secret de la culture est là: des hommes innombrables luttent pour acquérir la culture, travaillent pour la culture, apparemment dans leur propre intérêt, mais au fond seulement pour permettre l’existence du petit nombre. Nietsche (Sur l’avenir de nos établissements d’enseignement)
En 2007, une étude menée par Richard Wiseman de l’Université de Bristol impliquant 3 000 personnes a montré que 88 % des résolutions de la nouvelle année échouaient. Concernant le taux de succès, il serait amélioré sensiblement lorsque les résolutions sont rendues publiques et qu’elles obtiennent le soutien des amis. Néanmoins, il est insensé d’essayer d’arrêter de fumer, de perdre du poids, de nettoyer son appartement et d’arrêter de boire du vin au cours du même mois : la volonté est une ressource mentale extrêmement limitée qui se travaille progressivement comme la musculation. Wikipedia
Les salles de sport sont des biens de club. Sous cette apparente tautologie se cache un concept économique qui signe un service partagé de façon exclusive par plusieurs personnes, à l’instar de la piscine ou du terrain de tennis privé d’une résidence collective. La particularité de ce type de bien est que les individus en retirent une satisfaction qui pend des autres. D’un côté, plus le nombre de membres est élevé, plus la contribution de chacun aux coûts fixes d’investissement et de maintenance peut-être faible. D’un autre côté, plus le nombre de membres est élevé, plus la congestion s’accroît. Accepter un nouveau membre permettra de diminuer l’abonnement annuel donnant accès à la piscine et au tennis, mais les nageurs risquent de se heurter dans le bassin et les joueurs de ne pas s’affronter à leur horaire préféré. Un club de sport est donc un bien de club au sens économique du terme : l’augmentation du nombre d’adhérents permettra de réduire le prix de l’abonnement, mais elle allongera la queue aux machines et aux douches. Un exercice classique, mais musclé pour économiste s’entraînant aux biens de club consiste à calculer la capacité optimale pour un nombre de membres donnés (par exemple la dimension appropriée de la piscine pour les 50 habitants de la résidence), le nombre optimal de membres pour une capacité donnée (le nombre ial pour un bassin de 8 mètres par 4) pour en duire la capacité optimale pour le nombre optimal. Le tout en spécifiant une fonction de coût qui tienne compte des économies d’échelle et une fonction de bénéfice qui tienne compte du fait qu’au bout d’un moment la congestion l’emporte sur la camaraderie : accepter un nouveau membre augmente la possibilité de se faire un nouvel ami, mais ce gain devient inférieur à la gêne de congestion qu’il occasionne. James M. Buchanan, lauréat du prix Nobel d’économie en 1986, est le premier à s’être livré à cet exercice théorique. Les propriétaires de salles de sport ont quant à eux trouvé un truc : faire signer un engagement d’un an aux abonnés qui n’utilisent pas, ou rarement, leurs équipements. Ces abonnés réduisent le montant individuel des cotisations sans embouteiller les installations. Aux États-Unis, près de la moitié des nouveaux inscrits aux premiers jours de janvier, la période de pointe des inscriptions, ne fréquente plus la salle de sport les mois suivants. Seul un nouvel abonné sur cinq continuera à s’y rendre après septembre. Les nouveaux inscrits se rendront en moyenne quatre fois dans la salle de sport dans l’année. Selon une étude de chercheurs québécois portant sur près de 1500 nouveaux inscrits dans des salles de Montréal, la fréquentation des salles de sport chute de près de moitié après quatre mois. Pourtant les nouveaux inscrits aux salles de sport signent de leur plein gré et sans barguigner, ni rechigner sur la durée contractuelle de l’engagement, contrairement à ce qu’ils feraient pour un abonnement de téléphonie mobile ou de télévision payante. Pourquoi donc payent-ils pour ne pas aller à la gym ? Deux économistes ont cherché à répondre à cette question dans un article paru en 2006 dans l’American Economic Review, l’une des publications d’économie les plus prestigieuses au monde. Ils ont calculé combien d’argent ces consommateurs perdaient. Réponse 600 dollars. C’est la différence de ce que paye un membre qui a choisi un contrat forfaitaire au lieu de payer à la séance en achetant 10 tickets d’entrée, autre option qu’il aurait pu choisir. Cet écart s’explique par l’optimisme ou la naïveté. Lorsqu’elles s’inscrivent, les personnes surestiment le nombre de fois où elles se rendront en salle. Dans l’étude québécoise jà citée, les nouveaux membres clarent, lorsqu’ils s’abonnent, le nombre de fois qu’ils comptent se rendre en salle. La fréquentation réelle observée par la suite est plus de deux fois inférieure. Les personnes croient à l’effet durable de leur bonne résolution de but d’année pour maigrir ou simplement entretenir leur forme. Peut-être certaines comptent-elles aussi sur l’effet incitatif du « J’ai payé donc il faut que j’amortisse mon forfait ». Quoi qu’il en soit c’est raté ! Les abonnés absents permettent à la salle de sport d’offrir un abonnement moins cher, ou bien… d’enrichir leur propriétaire. Tout pend de l’intensité de la concurrence. François Lévêque
Wauquiez, c’est le candidat des gars qui fument des clopes et qui roulent au diesel. Benjamin Griveaux
Taxer un individu ou une entreprise, c’est le contraindre à payer un montant en général proportionnel à un revenu ou à un actif. Tous les systèmes politiques ont recours à la taxation. (…) Si la taxation est ancienne, l’utilisation des taxes varie selon les systèmes politiques. En France en 2014 ces ressources (44,7% du PIB) sont utilisées pour les fonctions régaliennes de l’état et pour l’état-providence (31,9% du PIB). La notion de vice est intimement liée à la morale et renvoie aux interdits religieux. Ce que l’on appelait vice dans la perspective de la tentation du mal a été requalifié par la science en addiction. Addiction à des substances, par exemple la nicotine ou à des pratiques comme le jeu ou à des comportements comme la boulimie compulsive. La nicotine est un psychostimulant présent dans les feuilles de tabac dont les effets comme pour la feuille de coca sont connus depuis longtemps. Dès l’ère industrielle la consommation de tabac fumé s’est développée, la pyrolyse permettant la prise de plus de nicotine juste en inhalant. Du vice à l’addiction la transition n’est pas neutre. Dans le premier l’individu est tenu pour responsable de ses choix de vie, dans l’addiction la responsabilité de l’individu peut être atténuée au motif que nous ne sommes pas égaux face à la dépendance. Les penchants particuliers pour les addictions ou les comportements moralement condamnables sont l’objet d’une interdiction (prohibition) ou d’une taxation. L’histoire nous démontre que la prohibition ne supprime pas le vice. (…) Si la prohibition ne peut venir à bout des vices humains il est souvent avancé que la taxation le pourrait. Les intentions des états sont ici parfaitement illisibles. La taxation apparait comme un compromis entre des intérêts puissants et un affichage de prévention. Pour autant les avocats des taxes comportementales répondent par l’argument du niveau de taxation. Si la taxe était très élevée, disent ils, la consommation baisserait. C’est déjà une concession car personne ne s’aventure à pronostiquer une disparition du tabac fumé. Néanmoins ils ont de sérieux arguments en particulier l’expérience australienne. Un continent isolé par la mer, de culture anglo-saxonne a réussi à infléchir sérieusement la consommation en augmentant les taxes jusqu’à rendre le paquet de cigarettes très cher. Ce n’est pas du tout la situation de la France. Si bien qu’en Europe force est de constater que les taxes ne peuvent venir à bout des vices. En réalité la taxation supplémentaire des substances addictives a une base parfaitement légitime: celle des externalités. La consommation de tabac produit des effets que le marché n’internalise pas dans le prix, il s’agit du coût des soins induits par les différentes atteintes symptomatiques au niveau de l’organisme. La médecine connait avec précision les maladies induites par le tabac au niveau non seulement des artères et du poumon mais aussi ailleurs. Le coût des soins dus aux complications du tabac est payé par d’autres dans le cadre de la mutualisation de l’assurance maladie ou des impôts. Ces externalités négatives sont en partie seulement compensées par la moindre espérance de vie qui fait que les pensions ne sont plus versées. Grace à l’exhaustivité des données de soins et à leur précision nous pouvons calculer l’équation des externalités. C’est pourquoi la taxation pigouvienne (d’Arthur Cecil Pigou qui la décrivit dans son ouvrage de 1920: The Economics of Welfare, London: Macmillan.) est rationnelle. Elle permet de combiner liberté individuelle et conséquences économiques. Mais dans ce domaine et à supposer que la taxe supplementaire sur le tabac devienne pigouvienne, il y a en France une situation exceptionnelle. La taxation du tabac est loin de se faire au profit des soins ou de la prévention. L’état dispose à sa guise des taxes et elles ont servi et servent encore de bouche trous dans les budgets sociaux non financés que l’état invente au gré de nécessités souvent électorales. Car il s’agit d’octroyer des “droits à” sans en avoir le financement nécessaire. Ainsi en 2000 le FOREC (Fonds de financement de la réforme des cotisations sociales) a bénéficié des faveurs de l’état bien en mal de trouver le financement nécessaire: ce fonds se voit en effet attribuer 85,5 % du produit du “droit de consommation” sur les tabacs manufacturés. En 2012 ce n’est pas moins de 11 affectataires qui se partagés les 11,13 milliards d’euros du produit du “droit de consommation” du tabac, pour des fractions allant de 53,52 % pour la Cnam à 0,31 % pour le Fcaata (Fonds de cessation anticipée d’activité des travailleurs de l’amiante). Si la taxation n’est pas une solution aux vices des citoyens on s’aperçoit qu’elle peut être la porte ouverte au vice de l’état qui consiste à détourner l’argent prélevé sur la base de motifs bien intentionnés pour en faire des ressources fiscales pour sa politique. Guy-André Pelouze (Centre hospitalier Saint-Jean, Perpignan)
Many goverments use “sin taxes” to dissuade people from smoking and drinking alcohol. In recent years, some lawmakers have turned their cross-hairs to a different vice: sugar. Obesity is on the rise all across the world. Forty per cent of Americans today are obese, up from around 15% in 1980. Several countries, along with a handful of American cities, have introduced taxes on sugary drinks in recent years. Their governments hope that these levies will both raise revenues and reduce how much sugar people consume. (…) But if there is a problem with sin taxes, it is not that they are ineffective. Rather, it is that they are inefficient. Sin taxes are blunt policy instruments. People who only have the occasional drink are not taking on any great health risks, yet they are taxed no differently than serious alcoholics. A similar logic applies for sugar taxes. Tobacco presents a slightly different problem. Nicotine is highly addictive, meaning that there are relatively few people who smoke cigarettes only occasionally. It is easiest to justify taxes on particular goods when they present what economists call “negative externalities”. When a driver buys fuel for his car, both he and the petrol station benefit. Yet cars emit carbon dioxide in their wake, which suggests that it would be only fair for drivers to pay taxes to offset the environmental damage they cause. Some policymakers argue that people who engage in unhealthy habits also impose negative externalities, since they tend to present taxpayers with bigger medical bills. In practice, however, these costs tend to be overstated. While obese people probably do present net costs to governments, smokers tend to die earlier, meaning that they probably save governments money since they draw less from state pensions. Policymakers should still consider implementing sin taxes if they intend to intervene to change individuals’ behaviour. But they should be aware that the bulk of the damage that smokers, drinkers and the obese do is to themselves, and not to others. The Economist
Sugar taxes have returned to policy debates, this time as “sin taxes”—levies on socially harmful practices. These are seen as a double win—useful sources of revenue that also improve public health. Economists think it is not as easy as that. Governments hope that just as taxes on alcohol and tobacco both generate revenue and reduce smoking and drinking, so sugar taxes will help curb obesity. (…) Sin taxes do change behaviour. Alcohol and tobacco are addictive, so demand for them is not as responsive to price changes as, say, the demand for airline tickets to fly abroad. But it is still more responsive than for many common household goods. Estimates vary from study to study, but economists find that on average, a 1% increase in prices is associated with a decline of around 0.5% in sales of both alcohol and tobacco (…) Data on the efficacy of sugar taxes are scantier, but the available evidence shows that they, too, lower consumption. (…) [and] sales of bottled water rose after the fizzy-drinks tax came in. Nevertheless, as policy instruments, sin taxes are extremely blunt. People who only occasionally drink or smoke do their bodies little harm, yet are taxed no differently from heavy smokers and drinkers. A study published last year by the Institute for Fiscal Studies (IFS), a think-tank, found that Britons who bought only a few drinks a week were far more sensitive to price fluctuations than heavy drinkers. The IFS suggests that it might make more sense to place higher levies on the tipples more in favour with heavy drinkers, such as spirits. It is fairly easy to blame particular diseases on tobacco and alcohol. For sugary drinks, which provide only part of consumers’ sugar intake, it is harder. Another IFS study finds that, though Britain’s new law will lower sales of fizzy drinks, it will have little effect on the behaviour of those who consume the most sugar. In Mexico the data show that the tax did lead poorer households to buy fewer sugar-sweetened drinks. But it had little impact on how much the rich consumed. John Cawley, an economist at Cornell University, points out that one flaw with many existing sugar taxes is that they are too local in scope. After Berkeley introduced its tax, sales of sugary drinks rose by 6.9% in neighbouring cities. Denmark, which instituted a tax on fat-laden foods in 2011, ran into similar problems. The government got rid of the tax a year later when it discovered that many shoppers were buying butter in neighbouring Germany and Sweden. Moreover, the impact on public health is unclear. Consumers might simply get their sugar from other sources. Shu Wen Ng, an economist at UNC who studied the taxes in both Berkeley and Mexico, says that one reason for hope is that many people form their dietary habits when they are young. And fizzy drinks are disproportionally drunk by teenagers, who are more sensitive to price changes. (…) The point of sin taxes is to make unhealthy goods more expensive on a relative basis, not to make the poor poorer. So a further concern is that they affect low-income households most. The poor spend a higher share of their income on consumption. So they are hit harder by any consumption tax, such as sales taxes in America or the European Union’s value-added taxes. Sin taxes are especially regressive, since poorer people are more likely to smoke and tend to drink more alcohol and sugary drinks. In theory, the sin taxes could be offset by earmarking any revenue from them for direct cash transfers or for social programmes aimed at reducing poverty. Philadelphia, for example, has earmarked the revenue from its sugar tax for schools, parks and libraries. Debate about sin taxes often tends to blur two distinct purposes. One is to deter people from behaviour that does them harm. Another is to pay for the cost to society as a whole of that harmful behaviour—what economists call its “negative externalities”. Some examples can be fairly clear-cut. When a driver buys fuel for his car, for example, society as a whole has to suffer the consequences of the higher levels of pollution. Banning fossil fuels is impractical, so economists recommend taxing carbon-dioxide emissions instead. Similar ideas underpin taxes on plastic bags to combat the growing problem of ocean pollution. In 2015 the British government passed a law forcing big retailers to charge 5p (6.6 cents) for every plastic bag. Use of plastic bags fell by 85%, though ecologists worry some consumers have switched to substitutes that are environmentally even more damaging. Cotton tote bags, for instance, have to be used 131 times to rank as greener than plastic alternatives. Advocates of taxes on vices such as smoking and obesity argue that they also impose negative externalities on the public, since governments have to spend more to take care of sick people. However, policy papers tend to overstate the economic costs of activities like smoking because they rarely account for what would happen without them. Although unhealthy people tend to cost governments more money while they are alive, this is at least partially offset by the morbid fact that they tend to die earlier, and so draw less from services like pensions. Different vices have different economic costs since they harm people in different ways. Save for the exceptionally overweight, most obese people do not die much earlier. But they do tend to require more medical attention than their healthier peers, often spanning the course of several decades. So obesity does impose net costs on taxpayers. The externalities from alcohol are less clear. Only a minority of drinkers are serious alcoholics, which limits the direct health-care costs from drinking. Excessive drinking, however, does cause significant crime. Around 30% of fatal car crashes in America involve a driver who has been drinking. Alcohol is also heavily linked to domestic violence. Smoking, in contrast, probably saves taxpayers money. Lifelong smoking will bring forward a person’s death by about ten years, which means that smokers tend to die just as they would start drawing from state pensions. (…) The Institute of Economic Affairs, a free-market think-tank, has produced a series of reports on the net fiscal costs of drinking, smoking and obesity to the British government (see chart 2). They estimate that, after accounting for sin taxes, welfare costs, crime and early death, tobacco and alcohol are worth £14.7bn ($19.3bn) and £6.5bn a year, respectively, to the Treasury. Obesity, in contrast, costs it £2.5bn a year. (…) The fizzy-drinks industry is fighting back. Cook County, which includes Chicago, repealed its sugar tax after just two months in part because of retailers’ complaints about falling sales. In June, after much lobbying from drinks firms, California’s state government passed a law preventing cities from taxing sugar until 2030. In America, heart disease is linked to one in four deaths, and smoking to one in five. Sin taxes can make people healthier. But since most of the damage smokers, drinkers and the obese do is to themselves, rather than to others, governments need to think carefully about how much they want to interfere. Moreover, any cost-benefit analysis on the social impact of these vices needs to take into account that people do find them enjoyable. There is more to life than living longer. The Economist
Sugary beverages (…) can give rise to things like diabetes or stroke or heart disease, and these are pretty big in magnitude. A couple of years ago, there was a study estimating that if people were to reduce their sugary beverage consumption by around 20%, then the health benefits that they would reap would be something akin to giving them each a check between $100 or $300 each year. (…) On the other hand (…) Things like rock climbing have negative health consequences, potentially. Driving a car has lots of negative health consequences. The key question from an economic policy perspective is whether people are taking into account these negative effects when they’re making their consumption decisions. In particular, a reason for concern about sugary beverages is that often the negative health consequences come a long time after the date of consumption. You get diabetes or heart disease much later in life. There’s a growing literature in behavioral economics that studies the tendency for people to underweigh distant consequences and overweigh the upfront benefits or costs of doing something. This can explain everything from why we save less for retirement than we should or intend to, or why we exercise less than we ought to. A reason for being interested in sugary soda and sugary beverages is that those [choices] also have this kind of discrepancy between the upfront joy of sipping a soda and this delayed health consequence that happens far down the road. (…) there is also concern about an unintended side effect of that kind of policy — that it tends to fall heavily on poorer consumers. We know that poorer consumers tend to consume things like cigarettes and soda at higher frequencies than richer consumers do. Survey evidence suggests that at the bottom of the income distribution, people drink about twice as much sugary soda than at the top of the income distribution. (…) One of the other questions about soda is the extent to which soda consumption is addictive in the same way that cigarette consumption is. We know from other research that people are much more responsive to cigarette taxes, to the decision to purchase cigarettes, before they start smoking or right when they’re starting, rather than after they’ve been smoking for many years. Then, if the price goes up, they’ll generally just pay the higher cost for it. (…) For soda, the question is whether people who are high soda consumers continue to consume soda at the same rates, like cigarette smokers — or whether they actually switch to other beverages or reduce consumption overall. Even if they’ve been consuming soda for a long time. One of the other policy ideas that we look at a little bit in this paper but don’t delve into too much — and I think there’s more interesting work to be done here — is other kinds of non-tax policies, like some of the advertising bans or pictures of blackened lungs on cigarette packages, for instance. These kinds of policies aren’t exactly taxes but are intended to reduce consumption of cigarettes. There’s been some discussion of similar kinds of policies for soda. (…) The idea is that less marketing would cause poorer consumers to drink less soda, without necessarily having to pay more for the soda they are drinking. (…) Just like you mentioned with the kinds of subsidies for energy-efficient appliances, you can reframe everything we’ve said about sodas in that context and think about the unintended regressivity costs of those kinds of policies. Often, the benefits are accruing precisely to folks in the population who have higher incomes, who aren’t necessarily the ones you’re trying to help out the most. (…) In Philadelphia, if it turns out that people basically don’t change their soda consumption because they instead just drive across the Ben Franklin Bridge and buy their soda in New Jersey, then you don’t actually get any of the health benefits that I was just talking about. People still consume the same amount. They get diabetes at the same rate. The only thing that happens is, they waste more gas driving across the bridge. That would be a downside of this kind of policy. (…) One of the interesting things that we saw with the Philadelphia mayor’s proposal is it was tightly tied to these spending programs on pre-K in a way that some of the previous Philadelphia soda tax proposals were not, the ones that actually ended up failing. This is something that other cities I think have taken note of — that sometimes in making the case for these kinds of things, it’s really helpful to show how those funds would be spent and how they can be retargeted to the affected classes. One of the key questions is whether it’s helpful to offset the regressivity costs of these kinds of taxes by targeting the revenues back toward poorer communities or poorer consumers. Whether that’s effective or not ends up being a pretty technical theoretical question that we get into a fair amount in the paper. The upshot is that if the reason that poorer consumers are drinking more soda than richer consumers is just a difference in preferences, then it’s not all that helpful to try to target those benefits back toward poorer consumers. There might be other arguments for why it’s really beneficial to support pre-K education. Benjamin Lockwood
Une ‘taxe sur le péché’ se définit comme une taxe sur un produit qui peut être nocif, telle que les cigarettes ou les boissons sucrées. Dans de nombreux cas, ces taxes sont une incitation à réduire la consommation et à améliorer la santé. Mais les taxes sur les péchés peuvent toucher de manière disproportionnée les consommateurs à faible revenu, tandis que les clients plus aisés bénéficient d’allégements fiscaux sur les articles qu’eux seuls peuvent se permettre, tels que les fenêtres et les appareils ménagers. éconergétiques. Wharton university

Après les grandes écoles, les opéras ou les concours de beauté, devinez ce que nos élites ont trouvé pour ne pas désespérer Neuilly !

En ce premier jour d’une nouvelle année …

Jour traditionnel à la fois des hausses et des bonnes résolutions

Et au terme de près de deux mois de « jacquerie fiscale » de la part des « gars qui fument des clopes et qui roulent au diesel » ….

Qui ont sérieusement mis à mal la légitimité d’un président qui il y a à peine 18 mois le monde entier nous enviait …

Alors que pour de simples raisons fiscales, l’on découvre que l’ex-doyenne de l’humanité aurait pu se faire passer pour sa mère …

Retour sur la face cachée de ces fameuses « taxes du péché » (dites comportementales sur tabac, diesel et à présent boissons sucrées) …

Qui censées préserver la santé des plus démunis qu’elle ciblent prioritairement …

Dans des domaines où la perception des bénéfices lointains justement suppose …

Des capacités qui, entre distance à la nécessité et capacité de se projeter dans l’avenir, ne sont pas données à tout le monde …

Et qui réussissent l’exploit au bout du compte …

Sans compter les réductions en retraites et pensions entrainées par leur décès plus précoce …

A l’instar de ces abonnés absents des clubs de sport ou des salles d’opéra qui par leur absence même subventionnent la pratique des plus assidus …

De faire subventionner par Billancourt…

Les voitures électriques et les frigos verts de Neuilly !

Do ‘Sin Taxes’ Really Change Consumer Behavior?
Benjamin Lockwood
Wharton
Feb 10, 2017

‘Sin tax’ is defined as a tax on a product that can be harmful to a person, such as cigarettes or sugary drinks. In many cases, these taxes are an incentive to lower consumption and improve health. But sin taxes can disproportionately hurt lower-income consumers, while wealthy shoppers enjoy tax breaks on items only they can afford, such as energy-efficient windows and appliances. A recent study by Benjamin Lockwood, a Wharton professor of business economics and public policy, and coauthor Dmitry Taubinsky from Dartmouth College examines the impact of sin taxes and whether there is a middle ground. The researchers also look at what is being called “revenue recycling,” where these taxes can be used to fund initiatives that benefit lower-income consumers. Lockwood recently spoke about their research on the Knowledge@Wharton show on Wharton Business Radio on SiriusXM channel 111. (Listen to the podcast at the top of this page.)

An edited transcript of the conversation follows.

Knowledge@Wharton: Sin taxes are an important topic here in Philadelphia, where there is a tax on sugary drinks.

Benjamin Lockwood: Absolutely. It’s been happening in Philadelphia, and we’ve also seen these implemented in Chicago, San Francisco, Berkeley, Oakland and Boulder, Colorado. There’s a growing policy wave in favor of these kinds of policies, so it seems like a good time to be looking at it and trying to understand some of these implications.

Knowledge@Wharton: What did you find in your research?

Lockwood: The way that economists generally think about these kinds of taxes is that sugary beverages have health consequences. They can give rise to things like diabetes or stroke or heart disease, and these are pretty big in magnitude. A couple of years ago, there was a study estimating that if people were to reduce their sugary beverage consumption by around 20%, then the health benefits that they would reap would be something akin to giving them each a check between $100 or $300 each year. These are pretty big numbers.

On the other hand, from an economist’s perspective, it’s not enough for something to have negative consequences to justify taxing it. Things like rock climbing have negative health consequences, potentially. Driving a car has lots of negative health consequences. The key question from an economic policy perspective is whether people are taking into account these negative effects when they’re making their consumption decisions. In particular, a reason for concern about sugary beverages is that often the negative health consequences come a long time after the date of consumption. You get diabetes or heart disease much later in life.

There’s a growing literature in behavioral economics that studies the tendency for people to underweigh distant consequences and overweigh the upfront benefits or costs of doing something. This can explain everything from why we save less for retirement than we should or intend to, or why we exercise less than we ought to. A reason for being interested in sugary soda and sugary beverages is that those [choices] also have this kind of discrepancy between the upfront joy of sipping a soda and this delayed health consequence that happens far down the road.

“From an economist’s perspective, it’s not enough for something to have negative consequences to justify taxing it.”

Knowledge@Wharton: In a lot of urban areas, people financially may not have another option in terms of drinking a soda, compared with drinking bottled water. It becomes a life issue that a lot of these people are not able to overcome.

Lockwood: Right. Part of what you’re bringing up here is the question of what people can afford and how these kinds of taxes hit poorer consumers versus richer consumers. This question is the fundamental one of our research. There have been studies of how these kinds of taxes can have beneficial health consequences by reducing consumption. But there is also concern about an unintended side effect of that kind of policy — that it tends to fall heavily on poorer consumers. We know that poorer consumers tend to consume things like cigarettes and soda at higher frequencies than richer consumers do. Survey evidence suggests that at the bottom of the income distribution, people drink about twice as much sugary soda than at the top of the income distribution.

This paper looks at the regressivity consequences of these kinds of taxes and tries to get a handle on them. How do we weigh those consequences against the potential health benefits from imposing these kinds of taxes?

Knowledge@Wharton: In your estimation, are sin taxes a good thing for the consumer in general?

Lockwood: This is the million-dollar question. What is the overall impact? And if we should have a soda tax, how big should it be? Philadelphia’s soda tax is 1.5 cents per ounce. I believe Boulder’s is 2 cents per ounce. Most of the others have been 1 cent per ounce. As cities go forward trying to weigh these policies, there is this question of what the magnitude should be and whether we should have this kind of tax at all.

The key thing that we explore in our paper is that what matters for these regressivity costs is how much people respond to these taxes when they are imposed. There’s often an initial intuition that these taxes must be really bad for poor consumers because then they have to pay more out of pocket. That’s exactly right, if people don’t respond to the tax at all — if they don’t reduce their consumption. Of course, poor people end up paying more.

On the other hand, if people end up reducing their consumption a lot in response to the tax, then things get a lot trickier and a lot more interesting. The people who get the greatest health benefits from that reduction are the people who were consuming the most sugar to begin with, which tends to be poorer consumers. So, if people are responding a lot to the tax, then these kinds of regressivity costs are actually a lot smaller. In fact, some of the health benefits can be really concentrated on poor consumers, which is something that the government is interested in.

To answer the question you raised — how should these taxes exist and how big should they be — the key question is how much people reduce consumption in response to the tax. Do they keep consuming the same amount and just pay more? Or do they actually reduce how much they’re consuming?

Knowledge@Wharton:  Are you able to glean enough from what has happened in places like Berkeley and Philadelphia to say, “Yes, absolutely, there’s no question that the economic and health benefits are there for people to stay away from sugary drinks?” And are they doing it?

Lockwood: Again, this is an insightful question that cuts to the heart of the issue. In many cases, we still need more evidence to know the optimal size of these taxes. There’s some initial evidence from the tax that was imposed in Mexico, and the one that was imposed in Berkeley a couple years ago, that does suggest people reduced consumption in response to these taxes. But the estimates of how much they reduced consumption are really wide.

Economists talk about that responsiveness in terms of elasticity. If you impose a 10% tax, then by what percentage do people reduce their consumption? Do they reduce their consumption by 1.5% or by 25%? It’s a huge range. If you take the middling estimates of those, and you think that it’s a 10% or so reduction, which is where a lot of economists at this stage think the value probably lies, then our initial estimates are that some positive tax, maybe even a little larger than the ones that have already been imposed, is probably optimal. But again, we’ll know more going forward when we see the effects of these bigger cities in the next few years.

Knowledge@Wharton: The taxes that have been put in place haven’t gone overboard, and they haven’t underdone it either. They’ve gotten it in the ballpark so that if there is any increase down the road, it may be a half-cent per ounce or so. The cities have done a pretty good job, for the most part.

Lockwood: I don’t want to go on record saying, “It should be exactly 3.25 cents per ounce,” because we’re still waiting to see the evidence come in. But [based on] the economic research so far, my guess is that somewhere in the range of 3 cents to 4 cents per ounce — rather than the 2 cents per ounce that we’re seeing now — would be in the ballpark. I would say cities, luckily, have been in the range of reasonable taxes so far, given the hazy nature of the estimates we have.

Knowledge@Wharton: In Philadelphia, it’s been well-noted that the mayor would like to use the money from the tax to help improve pre-K education. A big focus of your research is on the good that is potentially done by these taxes that goes back to the community.

Lockwood: One of the key questions is whether it’s helpful to offset the regressivity costs of these kinds of taxes by targeting the revenues back toward poorer communities or poorer consumers. Whether that’s effective or not ends up being a pretty technical theoretical question that we get into a fair amount in the paper. The upshot is that if the reason that poorer consumers are drinking more soda than richer consumers is just a difference in preferences, then it’s not all that helpful to try to target those benefits back toward poorer consumers. There might be other arguments for why it’s really beneficial to support pre-K education. But if that’s the case, then we should be doing it through income taxes or whatever, regardless. We shouldn’t necessarily tie it to the existence of a soda tax.

Knowledge@Wharton: The impact of higher prices and taxes on cigarettes to mitigate cancer and other diseases has been discussed for years. The fact that cigarettes have seen higher costs has slowed down some people, but it hasn’t stopped [people from purchasing them]. Part of this has to do with the attraction that people have to consuming these kind of products, correct?

Lockwood: I think that’s right. One of the other questions about soda is the extent to which soda consumption is addictive in the same way that cigarette consumption is. We know from other research that people are much more responsive to cigarette taxes, to the decision to purchase cigarettes, before they start smoking or right when they’re starting, rather than after they’ve been smoking for many years. Then, if the price goes up, they’ll generally just pay the higher cost for it.

For soda, the question is whether people who are high soda consumers continue to consume soda at the same rates, like cigarette smokers — or whether they actually switch to other beverages or reduce consumption overall. Even if they’ve been consuming soda for a long time.

Knowledge@Wharton: Not that it’s directly a part of your research, but part of the problem is the companies that are bringing these products forward and the impact they have through the marketing. To a degree, it’s an uphill battle for some of these people if they want to try to step away from soda. If you want to step away from cigarettes, it’s a much harder prospect.

“If the goal of a tax is to discourage consumption of something that’s unhealthy, then people will only reduce their consumption if they actually see that tax and feel it.”

Lockwood: One of the other policy ideas that we look at a little bit in this paper but don’t delve into too much — and I think there’s more interesting work to be done here — is other kinds of non-tax policies, like some of the advertising bans or pictures of blackened lungs on cigarette packages, for instance. These kinds of policies aren’t exactly taxes but are intended to reduce consumption of cigarettes. There’s been some discussion of similar kinds of policies for soda.

Those kinds of policies, too, can make more sense when you have these goods that are consumed more by poorer consumers. They can help dissuade people from consuming this stuff without actually taking money out of their pockets, right? The idea is that less marketing would cause poorer consumers to drink less soda, without necessarily having to pay more for the soda they are drinking.

Knowledge@Wharton: Is there bias in this process in general? You’re talking about more people of lower incomes being affected by sodas and cigarette tax, compared with people of higher incomes who have the ability to put in energy-efficient windows and refrigerators.

Lockwood: I think that’s right. Just like you mentioned with the kinds of subsidies for energy-efficient appliances, you can reframe everything we’ve said about sodas in that context and think about the unintended regressivity costs of those kinds of policies. Often, the benefits are accruing precisely to folks in the population who have higher incomes, who aren’t necessarily the ones you’re trying to help out the most.

You can do a similar kind of exercise where you say, “Well, this doesn’t necessarily have the redistributive benefits that we would otherwise hope for from a tax.” But it does have this corrective effect of getting people to consume more energy-efficient stuff, just like the soda taxes discourage people from consuming unhealthy stuff. And that corrective benefit has to be weighed against the regressivity cost.

Knowledge@Wharton: Going back to the soda issue, what really has been the impact from the tax? After it was implemented here in Philadelphia, there was a line item for it on your receipt so that it wasn’t just baked into the cost of a 20-ounce soda. That was an important piece to this.

Lockwood: Again, it’s too early to have much formal economic analysis out of this. We’ll see going forward what the overall effects on consumption and soda purchases actually are. But one of the interesting questions going into this was to what extent the soda tax — which is actually imposed on the distributors who supply sodas to grocery stores — would be passed on to consumers in the form of higher soda prices.

One of the interesting things we’ve seen so far is that it does look like stores are really trying to make a salient connection and say, “This is how much the cost of your soda has gone up because of this tax.” That’s pretty interesting. On the one hand, sometimes people are dismayed to see taxes being passed through to consumers. They’d like to see those taxes being borne by the firm or corporations. But on the other hand, if the goal of a tax is to discourage consumption of something that’s unhealthy, then people will only reduce their consumption if they actually see that tax and feel it. In this case, having that tax passed through to the consumer and being front-and-center on the receipt might be consistent with the apparent goals of the policy.

Knowledge@Wharton: With cigarettes, you’re not seeing that itemized receipt that says what you’re paying because of the tax. It could be a very important deterrent in this process.

Lockwood: It certainly could be. It’ll be interesting to see whether those line items persist going forward or whether that was a temporary move by the grocers to try to explain why we had this one-time cost increase. But if they stay there, and the tax ends up being fully passed on to consumers on into the future, I think it will be interesting to see if that actually helps with these benefits. Maybe this is the kind of thing that we should have been doing with cigarettes all along, really emphasizing how much the cost is increasing because of these taxes.

Knowledge@Wharton: How much interest in this research topic is there from the medical community?

Lockwood: I think the medical research community has a big part to play in this. Although this is mostly a theory paper, it identifies the key parameters or estimates that will govern what that optimal tax is. A lot of that research can beneficially come from the medical community. Things like, how much more does medical care cost when people consume more sugar versus less? How much do people seem to be taking those costs into account when they are making their consumption decisions?

Those are exactly the kinds of things that people are studying right now. And as I said, we have some initial estimates. But I think this is an exciting time both for economists and medical researchers because we will have better estimates of this shortly.

“What you’d like to do is to have people switch away from these sugary things toward other things.”

Knowledge@Wharton: We’ve seen growth in an area called behavioral economics. We want to understand the economic impact of our behaviors right now, whether they are positive or negative.

Lockwood: Exactly. This is a very exciting and vibrant area of economic research, where we relax the conventional economic model in which people are fully rational and fully take everything into account when they’re making every single decision they make all day. This area of behavioral economics allows for what many of us feel: That there are a lot of things going on. A lot of things are confusing, and you’re not always paying perfect attention to everything, including what the eventual health costs are of everything that you might engage in. When that’s the case, there are beneficial things that the government can do to help guide behavior or explain those costs.

Knowledge@Wharton: Starting to put these theories together, what potentially is the impact on the lower incomes in Philadelphia and Chicago and San Francisco, compared with where we will be going in the next five to 10 years?

Lockwood: I think a lot of it comes back to these empirical estimates of trying to see what the effects of these taxes actually are. In Philadelphia, if it turns out that people basically don’t change their soda consumption because they instead just drive across the Ben Franklin Bridge and buy their soda in New Jersey, then you don’t actually get any of the health benefits that I was just talking about. People still consume the same amount. They get diabetes at the same rate. The only thing that happens is, they waste more gas driving across the bridge. That would be a downside of this kind of policy.

Now, there are things you could potentially do to correct that, like cooperating with nearby localities and jointly setting taxes so there aren’t these big differences across local borders. But if it turns out that people just buy at their local store, and this has a big impact, then we’ll find out that this is a useful policy to be implemented at the city level.

Another question along these lines is how much people substitute other kinds of drinks or how their consumption behavior changes. One way in which Philly’s tax was distinctive is that it also extended to cover diet soda beverages. From the economic health perspective, that’s not obviously a great move in terms of policy design. Maybe there are some unintended health consequences of diet soda, too. But the estimates now suggest that those are miniscule relative to the negative consequences of sugar consumption.

What you’d like to do is to have people switch away from these sugary things toward other things — maybe toward diet soda, if that’s really what they want. Having a better sense of whether people just keep consuming their sugary soda because diet also went up [in price], or whether they instead switched to bottled water or something, will have an impact on whether other cities then think about imposing taxes across the board on diet beverages, too.

Similarly, there will be a benefit for other cities in understanding how to make the case for these policies to their constituents. One of the interesting things that we saw with the Philadelphia mayor’s proposal is it was tightly tied to these spending programs on pre-K in a way that some of the previous Philadelphia soda tax proposals were not, the ones that actually ended up failing. This is something that other cities I think have taken note of — that sometimes in making the case for these kinds of things, it’s really helpful to show how those funds would be spent and how they can be retargeted to the affected classes.

Voir aussi:

The price of vice“Sin” taxes—eg, on tobacco—are less efficient than they look

But they do help improve public health

The Economist

TOBACCO was new to England in the 17th century, but even then, smoking had plenty of critics. The most famous was King James I, who in 1604 described smoking as “a custome lothsome to the eye, hatefull to the Nose, harmful to the braine, dangerous to the Lungs, and in the blacke and stinking fume thereof, nearest resembling the Stigian smoke of the pit that is bottomless”. The king increased the import tax on the “noxious weed” by 4,000%.

Sometimes, governments have had compelling financial reasons to tax particular goods. In 1764, when the national finances were drained by wars in North America, Britain’s parliament began enforcing tariffs on sugar and molasses imported from outside the empire. In practice, these served as a consumption tax on colonists living in America and threatened to ruin their rum industry. Not long after, parliament also introduced heavy levies on tea. The colonists were not best pleased.

Two-and-a-half centuries later, sugar taxes have returned to policy debates, this time as “sin taxes”—levies on socially harmful practices. These are seen as a double win—useful sources of revenue that also improve public health. Economists think it is not as easy as that.

Governments hope that just as taxes on alcohol and tobacco both generate revenue and reduce smoking and drinking, so sugar taxes will help curb obesity. Hungary, which has the highest rate of obesity in Europe, imposed a tax on food with high levels of sugar and salt in 2011. France did the same for sugary drinks in 2012. Several American cities, Thailand, Britain, Ireland, South Africa and other countries have since followed suit.

Sin taxes do change behaviour. Alcohol and tobacco are addictive, so demand for them is not as responsive to price changes as, say, the demand for airline tickets to fly abroad. But it is still more responsive than for many common household goods. Estimates vary from study to study, but economists find that on average, a 1% increase in prices is associated with a decline of around 0.5% in sales of both alcohol and tobacco (see chart 1).

Clunky sin tax

Data on the efficacy of sugar taxes are scantier, but the available evidence shows that they, too, lower consumption. In March 2015 Berkeley, California, put a tax of one cent per ounce (28 grams) on sugary drinks. A study by researchers at the University of North Carolina (UNC) and the Public Health Institute in Oakland, California, found that sales of sugary drinks fell by 9.6% in a year. It was a similar story in Mexico, which in January 2014 slapped a nationwide tax of 1 peso (then 8 cents) a litre on sugar-sweetened beverages. Sales fell by 5.5% in the first year, and 9.7% in the next. In both places, sales of bottled water rose after the fizzy-drinks tax came in.

Nevertheless, as policy instruments, sin taxes are extremely blunt. People who only occasionally drink or smoke do their bodies little harm, yet are taxed no differently from heavy smokers and drinkers. A study published last year by the Institute for Fiscal Studies (IFS), a think-tank, found that Britons who bought only a few drinks a week were far more sensitive to price fluctuations than heavy drinkers. The IFS suggests that it might make more sense to place higher levies on the tipples more in favour with heavy drinkers, such as spirits.

It is fairly easy to blame particular diseases on tobacco and alcohol. For sugary drinks, which provide only part of consumers’ sugar intake, it is harder. Another IFS study finds that, though Britain’s new law will lower sales of fizzy drinks, it will have little effect on the behaviour of those who consume the most sugar. In Mexico the data show that the tax did lead poorer households to buy fewer sugar-sweetened drinks. But it had little impact on how much the rich consumed.

John Cawley, an economist at Cornell University, points out that one flaw with many existing sugar taxes is that they are too local in scope. After Berkeley introduced its tax, sales of sugary drinks rose by 6.9% in neighbouring cities. Denmark, which instituted a tax on fat-laden foods in 2011, ran into similar problems. The government got rid of the tax a year later when it discovered that many shoppers were buying butter in neighbouring Germany and Sweden.

Moreover, the impact on public health is unclear. Consumers might simply get their sugar from other sources. Shu Wen Ng, an economist at UNC who studied the taxes in both Berkeley and Mexico, says that one reason for hope is that many people form their dietary habits when they are young. And fizzy drinks are disproportionally drunk by teenagers, who are more sensitive to price changes.

Jonathan Gruber, an economist at the Massachusetts Institute of Technology, points out that taxing foods like sugar and fat is in a different category from taxing tobacco and alcohol, because people need food to live. It presents public-health problems only when people eat too much. Mr Gruber says if he were king, he would target the problem more directly, by supplementing taxes on sugar and fat with a tax based on individuals’ body-mass indices.

The point of sin taxes is to make unhealthy goods more expensive on a relative basis, not to make the poor poorer. So a further concern is that they affect low-income households most. The poor spend a higher share of their income on consumption. So they are hit harder by any consumption tax, such as sales taxes in America or the European Union’s value-added taxes. Sin taxes are especially regressive, since poorer people are more likely to smoke and tend to drink more alcohol and sugary drinks. In theory, the sin taxes could be offset by earmarking any revenue from them for direct cash transfers or for social programmes aimed at reducing poverty. Philadelphia, for example, has earmarked the revenue from its sugar tax for schools, parks and libraries.

Double negatives

Debate about sin taxes often tends to blur two distinct purposes. One is to deter people from behaviour that does them harm. Another is to pay for the cost to society as a whole of that harmful behaviour—what economists call its “negative externalities”. Some examples can be fairly clear-cut. When a driver buys fuel for his car, for example, society as a whole has to suffer the consequences of the higher levels of pollution. Banning fossil fuels is impractical, so economists recommend taxing carbon-dioxide emissions instead.

Similar ideas underpin taxes on plastic bags to combat the growing problem of ocean pollution. In 2015 the British government passed a law forcing big retailers to charge 5p (6.6 cents) for every plastic bag. Use of plastic bags fell by 85%, though ecologists worry some consumers have switched to substitutes that are environmentally even more damaging. Cotton tote bags, for instance, have to be used 131 times to rank as greener than plastic alternatives.

Advocates of taxes on vices such as smoking and obesity argue that they also impose negative externalities on the public, since governments have to spend more to take care of sick people. However, policy papers tend to overstate the economic costs of activities like smoking because they rarely account for what would happen without them. Although unhealthy people tend to cost governments more money while they are alive, this is at least partially offset by the morbid fact that they tend to die earlier, and so draw less from services like pensions.

Different vices have different economic costs since they harm people in different ways. Save for the exceptionally overweight, most obese people do not die much earlier. But they do tend to require more medical attention than their healthier peers, often spanning the course of several decades. So obesity does impose net costs on taxpayers.

The externalities from alcohol are less clear. Only a minority of drinkers are serious alcoholics, which limits the direct health-care costs from drinking. Excessive drinking, however, does cause significant crime. Around 30% of fatal car crashes in America involve a driver who has been drinking. Alcohol is also heavily linked to domestic violence.

Smoking, in contrast, probably saves taxpayers money. Lifelong smoking will bring forward a person’s death by about ten years, which means that smokers tend to die just as they would start drawing from state pensions. In a study published in 2002 Kip Viscusi, an economist at Vanderbilt University who has served as an expert witness on behalf of tobacco companies, estimated that even if tobacco were untaxed, Americans could still expect to save the government an average of 32 cents for every pack of cigarettes they smoke.

The Institute of Economic Affairs, a free-market think-tank, has produced a series of reports on the net fiscal costs of drinking, smoking and obesity to the British government (see chart 2). They estimate that, after accounting for sin taxes, welfare costs, crime and early death, tobacco and alcohol are worth £14.7bn ($19.3bn) and £6.5bn a year, respectively, to the Treasury. Obesity, in contrast, costs it £2.5bn a year.

The best argument for sin taxes, however, is still the behavioural one. Economic models assume that people know what they are doing. Flesh-and-blood humans struggle with self-control. Most smokers are well aware of the health risks, but many still find it hard to quit. Tax policy can help. Mr Gruber argues that, once you allow for even a sliver of irrationality in human decision-making, the case for taxing addictive substances becomes clear.

The fizzy-drinks industry is fighting back. Cook County, which includes Chicago, repealed its sugar tax after just two months in part because of retailers’ complaints about falling sales. In June, after much lobbying from drinks firms, California’s state government passed a law preventing cities from taxing sugar until 2030.

In America, heart disease is linked to one in four deaths, and smoking to one in five. Sin taxes can make people healthier. But since most of the damage smokers, drinkers and the obese do is to themselves, rather than to others, governments need to think carefully about how much they want to interfere. Moreover, any cost-benefit analysis on the social impact of these vices needs to take into account that people do find them enjoyable. There is more to life than living longer.

Do “sin taxes” work?
And are they fair?
W.Z.
The Economist
Aug 10th 2018

MANY goverrments use “sin taxes” to dissuade people from smoking and drinking alcohol. In recent years, some lawmakers have turned their cross-hairs to a different vice: sugar. Obesity is on the rise all across the world. Forty per cent of Americans today are obese, up from around 15% in 1980. Several countries, along with a handful of American cities, have introduced taxes on sugary drinks in recent years. Their governments hope that these levies will both raise revenues and reduce how much sugar people consume. But do sin taxes even work?

Policymakers are right to think that sin taxes lead to lower consumption. The exact estimates vary from study to study, but economists have found that in general, a 1% increase in the price of tobacco or alcohol in America leads to a 0.5% decline in sales. In practical terms, this means that sales of tobacco and alcohol are more responsive overall to price changes than say, sales of many common household goods, such as coffee. Similarly, while it is still too early to determine whether these taxes will have any effect on obesity, studies have shown that they have at the very least reduced sales in Mexico, and the cities of Berkeley and Philadelphia.

But if there is a problem with sin taxes, it is not that they are ineffective. Rather, it is that they are inefficient. Sin taxes are blunt policy instruments. People who only have the occasional drink are not taking on any great health risks, yet they are taxed no differently than serious alcoholics. A similar logic applies for sugar taxes. Tobacco presents a slightly different problem. Nicotine is highly addictive, meaning that there are relatively few people who smoke cigarettes only occasionally.

It is easiest to justify taxes on particular goods when they present what economists call “negative externalities”. When a driver buys fuel for his car, both he and the petrol station benefit. Yet cars emit carbon dioxide in their wake, which suggests that it would be only fair for drivers to pay taxes to offset the environmental damage they cause. Some policymakers argue that people who engage in unhealthy habits also impose negative externalities, since they tend to present taxpayers with bigger medical bills. In practice, however, these costs tend to be overstated. While obese people probably do present net costs to governments, smokers tend to die earlier, meaning that they probably save governments money since they draw less from state pensions. Policymakers should still consider implementing sin taxes if they intend to intervene to change individuals’ behaviour. But they should be aware that the bulk of the damage that smokers, drinkers and the obese do is to themselves, and not to others.

Voir de même:

« La taxation n’est pas une solution aux vices des citoyens »

La théorie économique dit que la taxation compense les « externalités négatives » du marché des produits nocifs. A condition que l’Etat n’en détourne pas le produit, explique le chirurgien des hôpitaux Guy-André Pelouze.
Guy-André Pelouze, chirurgien des hôpitaux au Centre hospitalier Saint-Jean (Perpignan)
Le Monde
15 avril 2016

Taxer un individu ou une entreprise, c’est le contraindre à payer un montant en général proportionnel à un revenu ou à un actif. Tous les systèmes politiques ont recours à la taxation. « Je vais donc vous donner de quoi semer, et vous sèmerez vos champs, afin que vous puissiez recueillir des grains. Vous en donnerez la cinquième partie au roi ; et je vous abandonne les quatre autres pour semer les terres et pour nourrir vos familles et vos enfants » (Genèse 47 : 24), dit la Bible.Si la taxation est ancienne, l’utilisation des taxes varie selon les systèmes politiques. En France en 2014 ces ressources (44,7% du PIB) sont utilisées pour les fonctions régaliennes de l’état et pour l’état-providence (31,9% du PIB).La notion de vice est intimement liée à la morale et renvoie aux interdits religieux. Ce que l’on appelait vice dans la perspective de la tentation du mal a été requalifié par la science en addiction. Addiction à des substances, par exemple la nicotine ou à des pratiques comme le jeu ou à des comportements comme la boulimie compulsive. La nicotine est un psychostimulant présent dans les feuilles de tabac dont les effets comme pour la feuille de coca sont connus depuis longtemps. Dès l’ère industrielle la consommation de tabac fumé s’est développée, la pyrolyse permettant la prise de plus de nicotine juste en inhalant. Du vice à l’addiction la transition n’est pas neutre. Dans le premier l’individu est tenu pour responsable de ses choix de vie, dans l’addiction la responsabilité de l’individu peut être atténuée au motif que nous ne sommes pas égaux face à la dépendance.La prohibition encourage la contrebandeLes penchants particuliers pour les addictions ou les comportements moralement condamnables sont l’objet d’une interdiction (prohibition) ou d’une taxation. L’histoire nous démontre que la prohibition ne supprime pas le vice. En France le cannabis est interdit mais il est consommé par beaucoup de français y compris des adolescents. Comme l’héroïne, la cocaine est interdite mais la consommation n’a jamais été supprimée et si elle a baissé c’est en raison de l’apparition sur le marché d’autres drogues de synthèse toutes aussi interdites. Il est à cet égard surprenant que certains médecins demandentl’interdiction du tabac. Cette opinion formellement généreuse en dehors d’entraver dangereusement la liberté individuelle conduit en pratique au pire. La prohibition encourage la contrebande, la mauvaise qualité des produits consommés et d’autres activités criminelles. Mais de surcroît elle augmente la consommation, c’est le paradoxe de la prohibition.Si la prohibition ne peut venir à bout des vices humains il est souvent avancé que la taxation le pourrait. Les intentions des états sont ici parfaitement illisibles. La taxation apparait comme un compromis entre des intérêts puissants et un affichage de prévention. Pour autant les avocats des taxes comportementales répondent par l’argument du niveau de taxation. Si la taxe était très élevée, disent ils, la consommation baisserait. C’est déjà une concession car personne ne s’aventure à pronostiquer une disparition du tabac fumé. Néanmoins ils ont de sérieux arguments en particulier l’expérience australienne. Un continent isolé par la mer, de culture anglo-saxonne a réussi à infléchir sérieusement la consommation en augmentant les taxes jusqu’à rendre le paquet de cigarettes très cher. Ce n’est pas du tout la situation de la France. Si bien qu’en Europe force est de constater que les taxes ne peuvent venir à bout des vices.

En réalité la taxation supplémentaire des substances addictives a une base parfaitement légitime: celle des externalités. La consommation de tabac produit des effets que le marché n’internalise pas dans le prix, il s’agit du coût des soins induits par les différentes atteintes symptomatiques au niveau de l’organisme. La médecine connait avec précision les maladies induites par le tabac au niveau non seulement des artères et du poumon mais aussi ailleurs. Le coût des soins dus aux complications du tabac est payé par d’autres dans le cadre de la mutualisation de l’assurance maladie ou des impôts. Ces externalités négatives sont en partie seulement compensées par la moindre espérance de vie qui fait que les pensions ne sont plus versées. Grace à l’exhaustivité des données de soins et à leur précision nous pouvons calculer l’équation des externalités. C’est pourquoi la taxation pigouvienne (d’Arthur Cecil Pigou qui la décrivit dans son ouvrage de 1920: The Economics of Welfare, London: Macmillan.) est rationnelle. Elle permet de combiner liberté individuelle et conséquences économiques.

Mais dans ce domaine et à supposer que la taxe supplementaire sur le tabac devienne pigouvienne, il y a en France une situation exceptionnelle. La taxation du tabac est loin de se faire au profit des soins ou de la prévention. L’état dispose à sa guise des taxes et elles ont servi et servent encore de bouche trous dans les budgets sociaux non financés que l’état invente au gré de nécessités souvent électorales. Car il s’agit d’octroyer des “droits à” sans en avoir le financement nécessaire. Ainsi en 2000 le FOREC (Fonds de financement de la réforme des cotisations sociales) a bénéficié des faveurs de l’état bien en mal de trouver le financement nécéssaire: ce fonds se voit en effet attribuer 85,5 % du produit du “droit de consommation” sur les tabacs manufacturés. En 2012 ce n’est pas moins de 11 affectataires qui se partagés les 11,13 milliards d’euros du produit du “droit de consommation” du tabac, pour des fractions allant de 53,52 % pour la Cnam à 0,31 % pour le Fcaata (Fonds de cessation anticipée d’activité des travailleurs de l’amiante).

Si la taxation n’est pas une solution aux vices des citoyens on s’aperçoit qu’elle peut être la porte ouverte au vice de l’état qui consiste à détourner l’argent prélevé sur la base de motifs bien intentionnés pour en faire des ressources fiscales pour sa politique.

Voir également:

Voir par ailleurs:

Les abonnés absents des salles de sport

François Lévêque
The Conversation
21 juin 2016
Les salles de sport sont des biens de club. Sous cette apparente tautologie se cache un concept économique qui signe un service partagé de façon exclusive par plusieurs personnes, à l’instar de la piscine ou du terrain de tennis privé d’une résidence collective. La particularité de ce type de bien est que les individus en retirent une satisfaction qui pend des autres. D’un côté, plus le nombre de membres est élevé, plus la contribution de chacun aux coûts fixes d’investissement et de maintenance peut-être faible. D’un autre côté, plus le nombre de membres est élevé, plus la congestion s’accroît.
Accepter un nouveau membre permettra de diminuer l’abonnement annuel donnant accès à la piscine et au tennis, mais les nageurs risquent de se heurter dans le bassin et les joueurs de ne pas s’affronter à leur horaire préféré. Un club de sport est donc un bien de club au sens économique du terme : l’augmentation du nombre d’adhérents permettra de réduire le prix de l’abonnement, mais elle allongera la queue aux machines et aux douches.
Un exercice classique, mais musclé pour économiste s’entraînant aux biens de club consiste à calculer la capacité optimale pour un nombre de membres donnés (par exemple la dimension appropriée de la piscine pour les 50 habitants de la résidence), le nombre optimal de membres pour une capacité donnée (le nombre ial pour un bassin de 8 mètres par 4) pour en duire la capacité optimale pour le nombre optimal. Le tout en spécifiant une fonction de coût qui tienne compte des économies d’échelle et une fonction de bénéfice qui tienne compte du fait qu’au bout d’un moment la congestion l’emporte sur la camaraderie : accepter un nouveau membre augmente la possibilité de se faire un nouvel ami, mais ce gain devient inférieur à la gêne de congestion qu’il occasionne. James M. Buchanan, lauréat du prix Nobel d’économie en 1986, est le premier à s’être livré à cet exercice théorique.
Les propriétaires de salles de sport ont quant à eux trouvé un truc : faire signer un engagement d’un an aux abonnés qui n’utilisent pas, ou rarement, leurs équipements. Ces abonnés réduisent le montant individuel des cotisations sans embouteiller les installations. Aux États-Unis, près de la moitié des nouveaux inscrits aux premiers jours de janvier, la période de pointe des inscriptions, ne fréquente plus la salle de sport les mois suivants. Seul un nouvel abonné sur cinq continuera à s’y rendre après septembre. Les nouveaux inscrits se rendront en moyenne quatre fois dans la salle de sport dans l’année. Selon une étude de chercheurs québécois portant sur près de 1500 nouveaux inscrits dans des salles de Montréal, la fréquentation des salles de sport chute de près de moitié après quatre mois.
Pourtant les nouveaux inscrits aux salles de sport signent de leur plein gré et sans barguigner, ni rechigner sur la durée contractuelle de l’engagement, contrairement à ce qu’ils feraient pour un abonnement de téléphonie mobile ou de télévision payante. Pourquoi donc payent-ils pour ne pas aller à la gym ? Deux économistes ont cherché à répondre à cette question dans un article paru en 2006 dans l’American Economic Review, l’une des publications d’économie les plus prestigieuses au monde. Ils ont calculé combien d’argent ces consommateurs perdaient. Réponse 600 dollars. C’est la différence de ce que paye un membre qui a choisi un contrat forfaitaire au lieu de payer à la séance en achetant 10 tickets d’entrée, autre option qu’il aurait pu choisir. Cet écart s’explique par l’optimisme ou la naïveté. Lorsqu’elles s’inscrivent, les personnes surestiment le nombre de fois où elles se rendront en salle.
Dans l’étude québécoise jà citée, les nouveaux membres clarent, lorsqu’ils s’abonnent, le nombre de fois qu’ils comptent se rendre en salle. La fréquentation réelle observée par la suite est plus de deux fois inférieure. Les personnes croient à l’effet durable de leur bonne résolution de but d’année pour maigrir ou simplement entretenir leur forme. Peut-être certaines comptent-elles aussi sur l’effet incitatif du « J’ai payé donc il faut que j’amortisse mon forfait ». Quoi qu’il en soit c’est raté !
Les abonnés absents permettent à la salle de sport d’offrir un abonnement moins cher, ou bien… d’enrichir leur propriétaire. Tout pend de l’intensité de la concurrence. S’il n’y a pas d’autres clubs de gym à la ronde, le propriétaire conservera l’essentiel du profit tiré des absents. La concurrence est en effet d’abord locale. Les clients choisissent une salle proche de leur lieu de travail ou de résidence. À cette concurrence spatiale, s’ajoute une concurrence sur la qualité des services.
Le marché de la gym est coupé en trois segments. Les clubs de prestige proposent des abonnements à plus de 100 euros mensuels. Ils sont souvent associés à un droit d’entrée et à une obligation de parrainage. coration stylée (quoique parfois kitch), coach personnel, salle de relaxation, grande piscine en font des sortes de palace pour la gymnastique. Le Ritz Health Club est d’ailleurs ouvert aux sportifs extérieurs à l’hôtel (3 900 euros l’année ou 180 euros la journée, à vous de choisir).
Les salles de milieu de gamme qui proposent des abonnements compris entre 50 et 100 euros par mois sont le ventre mou du marché. Certes les clients auront droit à une serviette propre, pourront aussi transpirer dans un sauna ou un hammam et se saltérer au bar, mais tout a été calculé au plus près. Ce segment de marché est aujourd’hui fortement concurrencé par les salles à bas coûts.
Le low-cost de la gym est né aux États-Unis, l’espace n’y manque pas et les baux y sont bon marché depuis la crise financière. Il gagne l’Europe en passant d’abord par l’Angleterre où, grâce à son essor, l’adhésion aux salles progresse de plus de 10 % par an.
Que les chaînes low-cost se nomment Xercise4less, BudgetGym ou Fitness4less, le message est le même. Leur mole aussi : prix bas mensuel, ouverture 24 heures sur 24, et prestations réduites à l’essentiel. Vous n’y trouverez ni sauna ou hammam (des à-côtés dispendieux et peu utilisés), ni cours collectifs (ou alors en vio), ni personnel pour vous aider dans l’emploi des machines (sauf de 18h à 22h), ni miroirs à gogo (les mètres carrés de glace sont chers), ni serviette gratuite (n’oubliez pas d’apporter la vôtre), et parfois il vous faudra payer pour prendre une douche (un demi-euro chez Neoness).
En revanche, les tarifs sont hors concours. Les formules à 10 $, 10 £ ou 10 € par mois ont essaimé dans la plupart des métropoles, plutôt à leur périphérie, là où les loyers sont beaucoup moins chers. Les salles low-cost ne demandent aucun engagement contractuel. Pour faire des affaires, elles ne comptent pas sur l’absentéisme, mais sur la réduction des coûts et des tarifs. Elles attirent de nouveaux adeptes, mais aspirent aussi les clients des clubs du ventre mou sensibles au prix.
Ces clubs comptent en moyenne 5 000 membres contre 1 900 tous segments de marché confondus. En outre, ils conservent mieux leurs clients. Ne s’engageant pas de façon naïve ou optimiste sur le long terme, ils ne connaissent pas la sillusion du manque d’assiduité qui les conduit à ne pas renouveler leur abonnement en fin d’année.
Pris en étau entre les clubs de prestige et ceux à bas coût, les propriétaires des salles du milieu de gamme ont du souci à se faire. En 2014 au Canada, près de 300 gyms de ce segment ont fermé tandis que le nombre d’ouvertures de salles low-cost s’est élevé au double.
S’ils ne veulent pas disparaître, les clubs du ventre mou doivent réussir à proposer du haut de gamme à prix serré ou parvenir à réduire drastiquement leurs coûts, leur prix et la durée d’engagement contractuel. S’ensuivra aussi un changement du côté des membres : les absentéistes finalement peu sireux de soulever de la fonte ou de pratiquer du vélo elliptique cesseront de subventionner les assidus des salles de sport aux abdominaux en forme de tablette en chocolat ou au muscle cardiaque de danseuse de zumba.
Voir encore:

Fiscalité, consommation, revenus.. ce qui change au 1er janvier
Le Parisien

Tanguy de l’Espinay

30 décembre 2018

Prélèvement à la source, réforme du compte formation, interdiction du glyphosate, etc… De nombreux changements interviennent ce mardi, notamment dans le quotidien des Français.
Comme chaque année, tout un train de réformes et de mesures entre en vigueur le 1er janvier. Derrière la locomotive du prélèvement à la source, nous avons comptabilisé une cinquantaine de changements tous secteurs confondus, qui auront plus ou moins d’impact sur la vie quotidienne des Français.

FISCALITÉ DES MÉNAGES
Impôt à la source : c’est parti ! L’impôt se prélève désormais à la source, c’est-à-dire via une retenue sur le salaire mensuel (il faudra attendre encore un an pour les particuliers employeurs). Le 15 janvier, un acompte de 60 % sera versé aux contribuables bénéficiant de réductions et crédits d’impôts. Si vous êtes perdus, le numéro d’information (0809.401.401) n’est désormais plus surtaxé.

CSG : la hausse annulée pour les petites retraites.L’annulation de la hausse de la CSG pour les retraités touchant moins de 2000 euros par mois entre en vigueur. Mais dans l’immédiat, tous les bénéficiaires doivent continuer pendant quelques mois à payer la CSG augmentée (8,3 %). Ils seront remboursés rétroactivement au plus tard le 1er juillet. Les personnes déclarant moins de 14 548 € de revenu annuel bénéficient toujours du taux réduit de 3,8 %.

L’« exit tax » allégée. Le nouveau dispositif qui remplace l’« exit tax » cible désormais les cessions de patrimoine intervenant jusqu’à deux ans après un départ de France, contre 15 ans auparavant.

CONSOMMATION ET TARIFS RÉGLEMENTÉS
Baisse des tarifs du gaz. Dans la foulée d’une première baisse de 2,4 % en décembre, les tarifs réglementés du gaz, appliqués à près de 4,5 millions de foyers français par Engie, baissent de 1,9 %.

Chèque énergie augmenté. Il permet de s’acquitter des factures liées à une consommation énergétique, gaz, fioul, électricité…). Le montant maximal est revu à la hausse de 50 € au 1er janvier, il variera entre 76 € et 277 €. Ce chèque énergie va bénéficier cette année à 5,8 millions de ménages. Le plafond d’attribution s’élève désormais à 10 700 € pour une personne seule et 16 050 € pour un couple.

Tabac : 7e hausse en 18 mois. Si la majorité des références restent stables (ce qui signifie que les fabricants rognent sur leurs marges pour absorber la hausse des taxes), le Marlboro Red passe à 8,20 euros.

+10 % pour les timbres. Le timbre rouge passe de 0,95 € à 1,05 € et le vert de 0,80 € à 0,88 €.

Fini les promos Nutella !La loi EGAlim entre en vigueur. Les promotions sur les produits alimentaires ne pourront pas excéder 34 % du prix de vente au consommateur. Ce n’est que le premier étage de la fusée. Le 1er février, plus aucun produit alimentaire ne pourra être revendu à moins de 10 % du prix auquel il a été acheté, et le 1er mars, le volume global des promotions sera limité à 25 % du chiffre d’affaires ou du volume prévisionnel d’achat entre le fournisseur et le distributeur fixé par contrats.

REVENUS
Le Smic passe la barre des 10 € de l’heure (en brut).Le taux horaire du Smic est revalorisé mécaniquement de 1,5 % et passe de 9,88 à 10,03 euros en brut. Soit de 1 498,47 à 1 521,22 € mensuels bruts pour un temps plein.

+90 € de prime d’activité. C’est l’une des mesures d’urgence décidées pour enrayer la colère des Gilets jaunes : la prime d’activité pour les salariés autour du Smic va bondir de 90 €. Les bénéficiaires en verront la couleur le 5 février.

LIRE AUSSI >Mesures d’urgences : ce que prévoit vraiment le gouvernement

Les heures sup défiscalisées. Les heures supplémentaires sont désormais défiscalisées et déchargées, pour tous les salariés, dans le privé comme dans le public.

TRAVAIL
Réforme de l’apprentissage. La limite d’âge maximum passe de 26 à 29 ans. La durée du travail des apprentis est assouplie et une aide unique est créée pour les entreprises de moins de 250 salariés.

Un pas de plus vers le rattrapage salarial des femmes. Les entreprises ne doivent plus seulement mesurer les écarts de salaires existants, mais aussi rendre des comptes en matière d’augmentations et de promotions.

PROTECTION SOCIALE
Très légère hausse des retraites. Le gouvernement a décidé de limiter à 0,3 % la revalorisation des pensions de retraite. Pour rappel, l’inflation est estimée à 1,7 % pour 2019 par la Banque de France.

Complémentaires : fusion Agirc/Arrco. Avec le prélèvement à la source, c’est l’autre gros changement de ce 1er janvier : la fusion effective des régimes complémentaires de retraite des salariés du privé Agirc (les salariés cadres) et l’Arrco (pour les salariés non-cadres), décidée en 2015. Concrètement, à ce jour, les cotisations retraite des actifs seront affectées à un seul et même compte rassemblant les points Agirc-Arrco. Autre changement : la revalorisation annuelle des retraites complémentaires ne va plus se baser sur l’inflation, mais sur l’évolution moyenne des salaires.

Retraites : le dispositif de décote-surcote entre en application. Concrètement : tout salarié souhaitant prendre sa retraite à 62 ans, même s’il a tous ses droits et tous ses trimestres cotisés, subit une décote de 10 % sur sa pension durant trois ans. S’il travaille un an de plus jusqu’à 63 ans, le malus disparaît. Et au-delà, il bénéficie d’une surcote, avec un bonus durant un an de 10 % pour 2 ans de travail en plus, 20 % pour 3 ans, et 30 % pour 4 ans.

Demande unique de retraite en ligne. Même si vous avez cotisé à plusieurs régimes de retraite, il est désormais possible de faire une demande unique de retraite en ligne.

Le système de retraite des auteurs refondu. Tous les artistes-auteurs, quel que soit leur niveau de revenus, et même s’ils sont déjà retraités, sont désormais redevables d’une cotisation de 6,9 %, au titre de leur retraite de base, prélevée à la source sur leurs droits d’auteur.

Augmentation du minimum-vieillesse. Le minimum vieillesse augmente de 35 € par mois pour une personne seule (868 €), et de 54 € pour un couple (1 348 €).

Allocation adulte handicapé : des droits à vie. Les droits sont désormais attribués à vie pour les personnes dont le taux d’incapacité est supérieur à 80 % et dont l’état de santé ne peut s’améliorer. Concrètement, ces personnes n’auront plus à repasser des examens médicaux pour justifier la réalité de leur handicap pour bénéficier de l’AAH, ou encore d’une carte mobilité inclusion.

FISCALITÉ DES ENTREPRISES
Année blanche pour les créateurs et repreneurs d’entreprise. Les créateurs et repreneurs bénéficient, sous conditions de ressources, d’une année blanche de cotisations sociales, au titre de leur première année d’activité.

Les Gafa taxés. Sans attendre ses voisins européens, la France applique désormais la taxe sur les géants du numérique (Google, Apple, Facebook, Amazon, etc.). Cette taxe ne se limitera pas au chiffre d’affaires mais s’étendra « aux revenus publicitaires, aux plateformes et à la revente de données personnelles ».

L’intéressement libéré dans les PME. Le forfait social sur l’intéressement pour toutes les entreprises de moins de 250 salariés est supprimé.

Ce qui va changer au 1er Janvier 2019

FINANCE
Facturation électronique obligatoire. La facturation électronique devient obligatoire pour les petites et moyennes entreprises (10 à 250 salariés). Encore un an et ce sera également le cas pour les TPE.

De la monnaie virtuelle chez les buralistes. La nouvelle a fait beaucoup de bruit lors de son annonce : les bureaux de tabac peuvent désormais délivrer des coupons de 50, 100 ou 250 € convertibles en bitcoin ou en ethereum. Sans l’aval de la Banque de France.

AGRICULTURE
L’épargne de précaution encouragée. Un nouveau dispositif d’épargne de prévention des aléas est mise en place pour les exploitants : moyennant une obligation d’épargne, ils pourront pratiquer une déduction fiscale sur leur résultat d’exploitation, laquelle sera proportionnée à leur bénéfice.

Une nouvelle carte pour les aides européennes. La nouvelle carte européenne des Zones défavorisées simples (ZDS) entre en application. Elle établit qui a le droit à l’indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN), versée à 25 % par l’État et à 75 % par l’UE.

SANTÉ
Autisme : vers un forfait de remboursement du dépistage. Pour éviter d’avoir à payer plein pot les innombrables examens qui précèdent un diagnostic d’autisme, les parents d’enfants atteints jouissent désormais d’un forfait de remboursement des dépistages de la maladie.

Le prix de vente des prothèses auditives plafonné. Il sera plafonné à 1 300 euros. Le remboursement minimum par la Sécurité sociale et les mutuelles passera de 199,71 à 300 euros. Pour les enfants jusqu’à 20 ans révolus, ces deux montants seront alignés à 1 400 €.

Réforme des honoraires de dispensation. L’entrée en vigueur d’une réforme sur les « honoraires de dispensation » versés aux pharmaciens va provoquer l’augmentation du prix de certains médicaments comme les sirops pour la toux, les sprays nasaux ou les somnifères. En vertu de cette réforme votée en 2017, la commission que touchent les pharmaciens sur chaque boîte de médicaments depuis 2015 pour compenser la baisse de leurs marges, n’est plus fixe, mais varie en fonction du traitement.

Les médecins ne peuvent plus prescrire de traitement non-remboursable. Seuls les traitements anti-tabac remboursables peuvent désormais être prescrits par les médecins.

Certains actes moins remboursés, d’autres à 100 %. L’Assurance maladie remboursera 6 € de moins à partir du 1er janvier pour certains actes médicaux coûteux, pour lesquels la « participation forfaitaire » de l’assuré passera de 18 à 24 euros, sauf pour les personnes exonérées (invalides, femmes enceintes, malades chroniques…).

De nouveaux remboursements à 100 % sont créés, notamment pour les examens de santé obligatoires des enfants de moins de 6 ans et pour les honoraires perçus par les pharmaciens sur les « médicaments particulièrement coûteux et irremplaçables ». A partir du 1er juin, la consultation de prévention des cancers du sein et du col de l’utérus pour les femmes de 25 ans sera aussi intégralement remboursée.

ENVIRONNEMENT
Nouveau barème pour le bonus-malus automobile. Le malus auto ne coûte pas plus cher mais son seuil est abaissé de 3 g, passant ainsi de 120 à 117 g de CO2 rejetés par kilomètre.

Fini le glyphosate. La commercialisation et la détention de produits phytosanitaires à usage non professionnel sont interdites.

Les autocars polluants au garage. Les autocars aux normes Euro 4 et antérieurs, les plus polluants, n’ont plus le droit de circuler.

Extension de la prime à la conversion. Cette prime versée lors de la mise à la casse d’une ancienne voiture et de l’achat d’un nouveau véhicule peu polluant est reconduite et étendue aux véhicules hybrides et d’occasion. Elle est également doublée pour les 20 % des ménages les plus modestes et les actifs qui ne paient pas d’impôts et parcourent au moins 60 km chaque jour pour se rendre à leur travail.

TRANSPORTS
L’étau se resserre contre les conducteurs sans assurance. Les forces de l’ordre peuvent désormais utiliser un fichier national qui répertorie tous les véhicules assurés en France. Cette nouvelle base contient des informations sur l’immatriculation du véhicule, le nom de l’assureur et le numéro du contrat avec sa période de validité.

Nouvelle formation post-permis. Afin de réduire de trois à deux ans le délai probatoire pour obtenir 12 points, les jeunes conducteurs venant d’avoir le sésame peuvent prendre une formation « post-permis » de sept heures. Il faut pour y être éligible avoir eu le permis il y a plus de six mois mais moins d’un an.

500 € pour les apprentis qui passent le permis. France compétences finance une aide de 500 € aux apprentis pour qu’ils s’inscrivent au permis de conduire.

POLITIQUE
Les pensions de retraite des députés sont revalorisées.

Listes électorales : le délai pour s’inscrire est étendu. Pour la première fois, entrer dans une année électorale sans être inscrit n’est pas un souci : l’échéance pour s’inscrire sur les listes électorales est étendue. Pour les Européennes du printemps prochain, vous avez jusqu’au 31 mars.

TERRITOIRES
Paris : département et commune fusionnent. À cette occasion, l’État va transférer des compétences vers la nouvelle collectivité créée : « Ville de Paris ».

JUSTICE
Changement de ton dans les tribunaux. C’est une petite révolution : par souci de clarté, le Conseil d’État, les cours administratives d’appel et les tribunaux administratifs vont opter pour le style direct dans leur décision.

SÉCURITÉ/DÉFENSE
Une prime pour les généraux. Les hauts gradés bénéficient désormais d’une « indemnité spécifique de haute responsabilité » comme pour les cadres d’entreprises.

Coup de pouce pour les policiers. Les gardiens de la paix voient leur salaire augmenter de 40 €. Il sera encore revalorisé dans l’année.

TOURISME ET LOISIRS
Airbnb : les cartes prépayées interdites. On ne peut plus payer avec une carte prépayée sur des plateformes de location de meublés touristiques telles Airbnb.

Une taxe de séjour pour tous. Airbnb, Abritel-HomeAway, LeBonCoin, Tripadvisor, et les autres plateformes de location doivent désormais collecter la taxe de séjour.

DIPLOMATIE
Chaises musicales à l’Onu. Entrent en tant que membres non-permanents du Conseil de sécurité de l’ONU l’Allemagne, la Belgique, l’Afrique du Sud, l’Indonésie et la République dominicaine, pour deux ans.

La France prend la tête du G7.

La Roumanie prend la présidence de l’UE.

Voir enfin:

Cinq questions sur la théorie russe qui remet en cause l’âge record de Jeanne Calment

Des chercheurs russes pensent que Yvonne Calment, la fille de l’ancienne doyenne de l’humanité, aurait usurpé l’identité de sa mère. « Abracadabrantesque », juge Jean-Marie Robine, qui avait participé à la validation de la longévité de la Française.

Une vaste supercherie ? Des chercheurs russes affirment que le record de longévité de Jeanne Calment n’en est pas un. Leur théorie qui suscite l’intérêt et provoque la controverse au sein de la communauté scientifique soulève toutefois plusieurs questions.

Qui était Jeanne Calment ? 

Jeanne Calment aimait dire que « Dieu l’avait oubliée ». Cette Française, née le 21 février 1875, plus d’une décennie avant la construction de la tour Eiffel ou l’invention du cinéma, est morte le 4 août 1997, dans une maison de retraite d’Arles (Bouches-du-Rhône). Elle avait alors officiellement 122 ans et 164 jours. Cet âge exceptionnel fait d’elle la détentrice du record mondial de longévité, tous sexes confondus, homologué par le Guinness Book.

Quelle est cette théorie russe ? 

Le mathématicien russe Nikolaï Zak, membre de la Société des naturalistes de l’université de Moscou, doute de l’authenticité du record de longévité de Jeanne Calment. Soutenu par le gérontologue russe Valeri Novosselov, il a pendant des mois analysé les biographies, interviews et photos de Jeanne Calment, ainsi que des témoignages de ceux qui l’avaient connue et les archives d’Arles.

Nikolaï Zak est arrivé à la conclusion que la fille de Jeanne Calment, Yvonne, avait pris l’identité de sa mère. Le chercheur estime qu’en 1934, ce n’est pas l’unique fille de Jeanne Calment, Yvonne, qui est morte d’une pleurésie, comme le dit la version officielle, mais Jeanne Calment elle-même. Yvonne aurait alors emprunté l’identité de sa mère, ce qui aurait permis d’éviter de payer les droits de succession. C’est donc elle qui serait morte en 1997, à l’âge de 99 ans. Un incroyable tour de passe-passe.

Parmi les 17 éléments que présente le chercheur figure une copie de la carte d’identité de Jeanne Calment datant des années 1930 où la couleur de ses yeux (noirs), sa taille (1m52) et la forme de son front (bas) ne correspondent pas à celles de la doyenne française au cours de ces dernières années de vie. Alimentant les doutes, Jeanne Calment avait ordonné de brûler une partie de ses archives photos quand elle est devenue célèbre, selon les chercheurs russes.

« En tant que médecin, j’ai toujours eu des doutes sur son âge », abonde le gérontologue russe Valeri Novosselov, qui dirige la section gérontologique au sein de la Société des naturalistes de Moscou. « L’état de ses muscles était différent de celui des autres doyens. Elle se tenait assise sans aucun soutien. Elle n’avait aucun signe de démence. »

Nikolaï Zaka eu l’idée d’enquêter sur la vie de Jeanne Calment pendant la création d’un « modèle mathématique » de la durée de vie des supercentenaires. « Plus je fouillais, plus je découvrais de contradictions », souligne-t-il. Le mathématicien russe a publié récemment son étude sur le site ResearchGate, un réseau international pour chercheurs et scientifiques.

Existe-t-il d’autres soupçons ?

Nikolaï Zak mentionne un livre datant de 1997, L’Assurance et ses secrets, contenant un court passage consacré à Jeanne Calment, qui soulève l’hypothèse d’un échange d’identités entre la mère et la fille. L’auteur du livre, Jean-Pierre Daniel, raconte qu’un contrôleur des sociétés d’assurance, se penchant sur le viager signé par la centenaire, avait déjà conclu à une fraude. « Mais à l’époque, Jeanne Calment était déjà considérée comme une idole nationale. Ce fonctionnaire a interrogé son administration, qui a répondu qu’il fallait continuer à payer la rente. Il n’était pas question de faire un scandale avec la doyenne des Français », explique-t-il à l’AFP.

Les travaux du mathématicien russe sont jugés crédibles par certains scientifiques qui relèvent les limites des validations des records de longévité. « L’idée d’usurpation d’identité [de Jeanne Calment par sa fille] avait déjà été envisagée par les validateurs et j’invitais régulièrement les démographes à conserver cette hypothèse », confirme à l’AFP Nicolas Brouard, directeur de recherche à l’Institut national d’études démographiques (Ined). « C’est bien que Nikolaï Zak ait mené une recherche indépendante et sur le même terrain d’investigation. C’est un très bon travail », assure-t-il.

Quant au démographe belge Michel Poulain, professeur à l’université de Louvain, il salue une « investigation aussi détaillée » qui montre pour lui la nécessité de « réinvestir scientifiquement pour valider l’âge exceptionnel de ces supercentenaires ». « La probabilité d’un âge erroné augmente de façon exponentielle avec l’âge présumé », explique-t-il à l’AFP.

Pourquoi cette théorie est-elle contestée ?

Le démographe et gérontologue français Jean-Marie Robine, qui avait participé à la validation par le Guinness des records de l’âge de Jeanne Calment, assure n’avoir « jamais eu aucun doute sur l’authenticité des documents » de cette dernière. Il dénonce « un texte à charge, qui n’examine jamais les faits en faveur de l’authenticité de la longévité de Madame Calment ».

« Vous imaginez le nombre de personnes qui auraient menti », fait valoir l’expert dans Le Parisien. « Du jour au lendemain, Fernand Calment [le mari de Jeanne Calment mort en 1942] aurait fait passer sa fille pour son épouse et tout le monde aurait gardé le silence », pointe le spécialiste. Et de conclure : « C’est abracadabrantesque. »

« On n’a jamais autant fait pour prouver l’âge d’une personne », assure Jean-Marie Robine. « On n’a jamais rien trouvé qui nous permettait d’émettre le moindre soupçon sur son âge. On a eu accès à des informations qu’elle seule pouvait connaître, comme le nom de ses professeurs de mathématiques ou de bonnes passées par l’immeuble. On lui a posé des questions sur ces sujets. Soit elle ne se souvenait plus, soit elle a répondu juste. Sa fille n’aurait pas pu savoir ça. »

Le maire d’Arles à l’époque de la mort de Jeanne Calment, Michel Vauzelle, juge lui aussi que cette théorie est « complètement impossible et invraisemblable », parce que Jeanne Calment était suivie selon lui par de nombreux médecins.

Comment mettre fin au doute ?

« On pourrait procéder à une exhumation des cadavres », suggère à franceinfo Michel Allard, gérontologue qui a participé à la validation de l’âge de Jeanne Calment. Dans Le Parisien, Nicolas Brouard, l’expert de l’Ined, estime lui aussi que l’étude russe est « un argument en faveur de l’exhumation des corps de Jeanne et Yvonne Calment ». Une fois les corps exhumés, des prélèvements permettraient leur datation avec certitude.

Mais l’éventualité d’une exhumation est cependant très improbable, selon Michel Allard. D’abord, « il faudrait qu’un procureur de la République l’autorise ou le prescrive ». Ensuite, il faudrait que la famille de Jeanne Calment le demande, note le spécialiste. Or, pointe-t-il, « soit elle est au courant de la supercherie et donc ils ne vont pas demander l’exhumation, soit ils sont convaincus que c’est impossible, que c’est un scénario loufoque, donc ils ne vont pas demander non plus l’exhumation, en sachant que cette histoire a été montée de toute pièce ».


Mode: Bienvenue au meilleur des mondes de l’exploitation heureuse ! (Happy and exploited: Welcome to the brave new bohemian world of cool industries !)

1 novembre, 2018

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Bohémien : artiste, littérateur, personne vivant sans règles, au jour le jour, hors des cadres sociaux. Trésor de la langue française
Is this the real life? Is this just fantasy? Caught in a landslide No escape from reality Open your eyes Look up to the skies and see I’m just a poor boy, I need no sympathy Because I’m easy come, easy go A little high, little low Anyway the wind blows, doesn’t really matter to me, to me (…) Nothing really matters Anyone can see Nothing really matters nothing really matters to me Anyway the wind blows. Bohemian rhapsody
Personne n’aspirerait à la culture si l’on savait à quel point le nombre d’hommes vraiment cultivés est finalement et ne peut être qu’incroyablement petit; et cependant ce petit nombre n’est possible que si une grande masse, déterminée au fond contre sa nature et uniquement par des illusions séduisantes, s’adonne à la culture; on ne devrait donc rien trahir publiquement de cette ridicule disproportion entre le nombre des hommes vraiment cultivés et l’énorme appareil de la culture; le vrai secret de la culture est là: des hommes innombrables luttent pour acquérir la culture, travaillent pour la culture, apparemment dans leur propre intérêt, mais au fond seulement pour permettre l’existence du petit nombre. Nietzsche (Réflexions sur l’avenir de nos établissements d’enseignement, 1869)
Voilà pourquoi j’aime l’Art. C’est que là, au moins, tout est liberté, dans ce monde de fictions. On y assouvit tout, on y fait tout, on est à la fois son roi et son peuple, actif et passif, victime et prêtre. Pas de limites; l’humanité est pour vous un pantin à grelots que l’on fait sonner au bout de sa phrase comme un bateleur au bout de son pied. Gustave Flaubert (A Louise Colet, 15-16 mai 1852)
Et si l’ambition intellectuelle n’était que l’inversion imaginaire de la faillite des ambitions temporelles ? (…) Comment l’écrivain pourrait-il ne pas se demander si le mépris de l’écrivain pour le bourgeois et pour les possessions temporelles où il s’emprisonne, propriétés, titres, décorations, ne doit pas quelque chose au ressentiment de bourgeois manqué, porté à convertir son échec en aristocratisme du renoncement électif ? (…) Toute l’ambivalence de la relation subjective que l’intellectuel entretient avec les fractions dominantes et leurs pouvoirs mal acquis tient dans l’illogisme de ce propos. Le mépris affiché pour le succès, pour ce qu’il procure et pour ceux qui savent l’obtenir coexiste avec la reconnaissance honteuse que trahissent la honte et l’envie devant la réussite des autres ou l’effort pour transformer l’échec en refus. (…) Mais l’Art industriel est aussi une industrie artistique capable d’exploiter économiquement le travail des artistes non pas bien qu’il soit mais parce qu’il est, indissociablement, une instance de pouvoir proprement intellectuel et artistique capable d’orienter la production des écrivains et des artistes en la consacrant. Arnoux était d’une certaine façon prédisposé à remplir la fonction double du marchand d’art, qui ne peut assurer le succès de son entreprise qu’en en dissimulant la vérité, c’est-à- dire l’exploitation, par un double-jeu permanent entre l’art et l’argent : il n’y a place sur le marché des biens symboliques, que pour la forme douce de violence qu’est la violence symbolique (…). Cet être double, « alliage de mercantilisme et d’ingénuité », d’avarice calculatrice et de « folie » (…) c’est-à-dire d’extravagance et de générosité autant que d’impudence et d’inconvenance, ne peut cumuler à son profit les avantages des deux logiques antithétiques, celle de l’art désintéressé qui ne connaît de profits que symboliques et celle du commerce, que parce que sa dualité plus profonde que toutes les duplicités lui permet de prendre les artistes à leur propre jeu, celui du désintéressement, de la confiance, de la générosité, de l’amitié et de leur laisser ainsi la meilleure part, les profits tout symboliques de ce qu’ils appellent eux-mêmes « la gloire » pour se réserver les profits matériels prélevés sur leur travail. Homme d’affaires et de commerce parmi des gens qui se doivent de refuser de reconnaître, sinon de connaître, leur intérêt matériel, il est voué à apparaître comme un bourgeois aux artistes et comme un artiste aux bourgeois. Entre la bohème et le « monde », le « demi-monde », représenté par le salon de Rosanette, se recrute à la fois dans les deux univers opposés : « Les salons des filles (c’est de ce temps-là que date leur importance) étaient un terrain neutre où les réactionnaires de bords différents se rencontraient ». Ces « filles » de luxe -et même d’art, comme les danseuses et les actrices, ou la Vatnaz, moitié femme entretenue et moitié femme de lettres- sont aussi de ‘bonnes filles », comme dit Arnoux à propos de Rosanette. Souvent issues des « basses classes », elles ne s’embarrassent pas de manières et n’en embarrassent pas les autres. Payées pour être frivoles, elles chassent le sérieux et l’ennui par leurs fantaisies et leur extravagance. (…) Ce « milieu fait pour plaire », d’où sont bannies toutes les règles et les vertus bourgeoises, sauf le respect de l’argent, qui, comme ailleurs la vertu, peut empêcher l’amour, cumule les avantages des deux mondes opposés, conservant la liberté de l’un et le luxe de l’autre, sans en cumuler les manques, puisque les uns y abandonnent leur ascétisme forcé et les autres leur masque de vertu. Et c’est bien à « une petite fête de famille », comme dit ironiquement Hussonnet, que les « filles » convient les artistes parmi lesquels elles recrutent parfois leurs amis de coeur (ici Delmar), et les bourgeois qui les entretiennent (ici Oudry); mais une fête de famille à l’envers, encore dominée, comme la messe noire, par ce qu’elle nie, où l’on va masqué pour déposer un moment le vrai masque. Pierre Bourdieu
Le jeu de l’art est, du point de vue des affaires, un jeu « à qui perd gagne ». Dans ce monde économique renversé, on ne peut conquérir l’argent, les honneurs (…) , les femmes, légitimes ou illégitimes, bref tous les symboles du succès mondain, succès dans le monde et succès en ce monde, sans compromettre son salut dans l’au-delà. La loi fondamentale de ce jeu paradoxal est qu’on y a intérêt au désintéressement: l’amour de l’art est l’amour fou, au moins lorsqu’on le considère du point de vue des normes du monde ordinaire, « normal », celui que met en scène le théâtre bourgeois. Pierre Bourdieu
La pièce de Patrick Süskind, La Contrebasse, fournit une image particulièrement réussie de l’expérience douloureuse que peuvent avoir tous ceux qui, comme le contrebassiste au sein de l’orchestre, occupent une position inférieure et obscure à l’intérieur d’un univers prestigieux et privilégié, expérience d’autant plus douloureuse sans doute que cet univers, auquel ils participent juste assez pour éprouver leur abaissement relatif, est situé plus haut dans l’espace social. Cette misère de position, relative au point de vue de celui qui l’éprouve en s’enfermant dans les limites du microcosme, est vouée à paraître « toute relative », comme on dit, c’est-à-dire tout à fait irréelle, si, prenant le point de vue du macrocosme, on la compare à la grande misère de condition ; référence quotidiennement utilisée à des fins de condamnation (« tu n’as pas à te plaindre ») ou de consolation (« il y a bien pire, tu sais »). Pierre Bourdieu
Well, my joke is that I consider myself a bobo with bad grades. If I’d studied more, I would have gotten into Harvard and I could afford the big kitchen and all that. But I am a bobo in some sense. You know, the essence of bobo life is people who consider themselves sort of artistic or writers or intellectuals but find themselves in the world of making money, in the world of commerce. And so I certainly am in that. You know, I consider myself a writer, and I live for ideas and things like that. But I also want a big house, so I’m caught between money and spirituality. David Brooks
Si nos ancêtres pouvaient voir les cadavres gesticulants qui ornent les pages de nos revues de mode, ils les interprèteraient vraisemblablement comme un memento mori, un rappel de la mort équivalent, peut-être, aux danses macabres sur les murs de certaines églises médiévales. Si nous leur expliquions que ces squelettes désarticulés symbolisent à nos yeux le plaisir, le bonheur, le luxe, le succès, ils se lanceraient probablement dans une fuite panique, nous imaginant possédés par un diable particulièrement malfaisant. René Girard
Quand les riches s’habituent à leur richesse, la simple consommation ostentatoire perd de son attrait et les nouveaux riches se métamorphosent en anciens riches. Ils considèrent ce changement comme le summum du raffinement culturel et font de leur mieux pour le rendre aussi visible que la consommation qu’ils pratiquaient auparavant. C’est à ce moment-là qu’ils inventent la non-consommation ostentatoire, qui paraît, en surface, rompre avec l’attitude qu’elle supplante mais qui n’est, au fond, qu’une surenchère mimétique du même processus. Dans notre société la non-consommation ostentatoire est présente dans bien des domaines, dans l’habillement par exemple. Les jeans déchirés, le blouson trop large, le pantalon baggy, le refus de s’apprêter sont des formes de non-consommation ostentatoire. La lecture politiquement correcte de ce phénomène est que les jeunes gens riches se sentent coupables en raison de leur pouvoir d’achat supérieur ; ils désirent, si ce n’est être pauvres, du moins le paraitre. Cette interprétation est trop idéaliste. Le vrai but est une indifférence calculée à l’égard des vêtements, un rejet ostentatoire de l’ostentation. Le message est: « Je suis au-delà d’un certain type de consommation. Je cultive des plaisirs plus ésotériques que la foule. » S’abstenir volontairement de quelque chose, quoi que ce soit, est la démonstration ultime qu’on est supérieur à quelque chose et à ceux qui la convoitent. Plus nous sommes riches en fait, moins nous pouvons nous permettre de nous montrer grossièrement matérialistes car nous entrons dans une hiérarchie de jeux compétitifs qui deviennent toujours plus subtils à mesure que l’escalade progresse. A la fin, ce processus peut aboutir à un rejet total de la compétition, ce qui peut être, même si ce n’est pas toujours le cas, la plus intense des compétitions. (…) Ainsi, il existe des rivalités de renoncement plutôt que d’acquisition, de privation plutôt que de jouissance. (…) Dans toute société, la compétition peut assumer des formes paradoxales parce qu’elle peut contaminer les activités qui lui sont en principe les plus étrangères, en particulier le don. Dans le potlatch, comme dans notre société, la course au toujours moins peut se substituer à la course au toujours plus, et signifier en définitive la même chose. René Girard
Ma vision de la France de 2030, c’est celle d’une France où tous partagent la fierté et le bonheur d’être Français. Fierté d’être citoyen d’un grand pays qui ait repris sa place en Europe et dans le monde. Bonheur de vivre en liberté, en égalité, en fraternité dans une République rassemblée. Oui, je refuse d’avoir l’identité malheureuse, frileuse, anxieuse , presque névrotique. Pour moi , identité ne rime pas avec exclusion ni refus de l’autre. Je veux faire rimer identité avec diversité et unité : respect de notre diversité, affirmation de notre unité. (…) Nous , Français, nous sommes divers, nous n’avons pas les mêmes origines, la même couleur de peau, la même religion ni les mêmes croyances. Cette diversité, qui remonte loin dans le temps, est une richesse, une force. Il ne faut pas chercher à l’effacer en prétendant nous couler tous dans le même moule. Entreprise vaine et dangereuse. Il faut respecter nos différences. (…) Je continuerai à tracer la route d’une France apaisée, juste, ouverte au dialogue et à la recherche d’une identité heureuse. Alain Juppé (2016)
La création de 1 000 emplois en France, c’est toujours une bonne nouvelle, largement relayée. Mais à quel prix pour ses futurs salariés ? Amazon a annoncé, mardi 3 octobre, l’ouverture à l’automne 2018 d’un sixième centre de distribution en France, à Brétigny-sur-Orge (Essonne), et l’embauche de 1 000 CDI à temps plein. Mais entre cadences minutées, troubles musculo-squelettiques et lettres recommandées au moindre fléchissement du salarié, le revers de la médaille est beaucoup moins doré. Franceinfo s’est penché sur les conditions de travail dans les allées du géant de la vente en ligne. (…) sur le site de Sevrey (Saône-et-Loire) (…) Selon un rapport de la médecine du travail, auquel franceinfo a eu accès, sur les 121 personnes du site examinées par les médecins en 2015, 75 présentaient des « affections périarticulaires », c’est-à-dire des troubles musculo-squelletiques liés à leur travail et 30, des « affections chroniques du rachis lombaire » en lien avec leur activité de manutention. (…) En temps normal, un salarié peut parcourir entre 15 et 20 kilomètres par jour dans les allées des entrepôts. Car dans les allées des entrepôts d’Amazon, tout est minuté, codifié, scruté, grâce aux scanners utilisés à chaque étape du traitement des colis. Une méthode qui permet à un employé d’en empaqueter jusqu’à 250 par heure. »Avec ça, ils savent exactement où vous vous trouvez et se servent de ces informations pour calculer votre temps d’arrêt », accuse Alain Jeault. Et même s’hydrater peut poser problème, rapporte de son côté France 3 Nord. Si dans la journée, vous êtes allé aux toilettes, si vous avez pris un verre d’eau ou que vous ne pouvez pas justifier un temps d’arrêt, vous recevez une lettre de sensibilisation. Si dans la journée, vous êtes allé aux toilettes, si vous avez pris un verre d’eau ou que vous ne pouvez pas justifier un temps d’arrêt, vous recevez une lettre de sensibilisation. Gérald Defauquet, délégué CGT sur le site de Douai à France 3. Si ces temps sont trop longs ou trop fréquents, « on se fait convoquer ou on reçoit chez nous un courrier recommandé nous incitant à accélérer la cadence », confirme Alain Jeault, qui dénonce « un véritable stress, que le salarié ramène à la maison ». Elodie raconte ainsi avoir déjà été convoquée jusqu’à quatre fois dans une même semaine, pour faire le point sur ces temps d' »inactivité ». Fr3
Pour les artistes, il devient difficile de se faire un nom et de vivre de leur art sans plaire aux grands collectionneurs, « des multimillionnaires qui n’ont pas forcément une ouverture artistique énorme », précise Stéphane Corréard. (…) Les critiques voient surgir des artistes « qui défraient le marché et dont on se demande pourquoi ils sont mis en avant », estime Elisabeth Couturier, si ce n’est qu’ils plaisent à ceux qui ont les moyens de les acheter. Elle se souvient notamment des « formalistes zombies », des peintres abstraits à la mode en 2014 « et qui ne valent plus un clou aujourd’hui ». Leurs tableaux ne portaient aucune idée forte mais étaient « parfaits pour les décorateurs », résume le New York Magazine. Béatrice Joyeux-Prunel rappelle que nombre de ces mouvements d’avant-garde « ont pu innover parce que les artistes vendaient une production plus classique à côté », tel Monet, envoyé peindre des vues sur la Côte d’Azur parce qu’elles plaisaient aux collectionneurs américains. En revanche, ce phénomène prend aujourd’hui des proportions jamais vues dans le cas de certains artistes les plus chers du monde. La production de Damien Hirst ou Jeff Koons s’est transformée en une industrie qui emploie des dizaines de personnes, pour satisfaire la demande. « Je pense qu’ils sont aujourd’hui plus proches de ce qu’est une maison de couture qu’un artiste », estime Stéphane Corréard : des marques qui produisent de façon créative, mais pour vendre à des clients fortunés. Il imagine même un futur où ces stars auraient « vocation à être remplacées un jour, à la tête de leur griffe, par de jeunes stylistes qui apporteraient de nouvelles idées ». La métamorphose de certains artistes en marques, que vous pouvez déplorer, serait alors complète. FranceTVinfos
Pour beaucoup, Amazon est quelque chose de très virtuel. Or, même avec l’économie numérique, le travail est toujours présent. Je voulais également montrer que les potentialités d’Internet ont bouleversé le monde du travail sur ce secteur. Amazon, c’est une révolution dans le monde industriel. Les entrepôts logistiques sont régis par une organisation du travail très précise qui n’est pas simplement celle du taylorisme ou du fordisme. Elle inclut toutes les potentialités d’Internet et fournit des outils de contrôle de productivité parfaitement inédits. (…) Chacun à sa propre image d’Internet. Je ne veux pas tenir un discours moral, simplement rappeler des faits et décrire ce qui se passe dans une usine logistique. Les travailleurs chez Amazon, loin, très loin des progrès du XXIe siècle, ont des conditions de travail qui sont dignes du XIXe siècle. Que ce soit en ce qui concerne les conditions de travail des intérimaires, que ce soit dans les cadences qui sont imposées, dans les contrôles de productivité, dans les fouilles au corps qui sont réalisées chaque fois qu’un travailleur franchit les portiques. Les exemples foisonnent dans mon livre et tendent tous à montrer qu’Amazon, en ce qui concerne le respect des droits sociaux, est une entreprise qui n’est pas progressiste mais parfaitement réactionnaire. (…)  il faut garder en tête que Jeff Bezos (actuel PDG d’Amazon) est libertarien. J’étais d’ailleurs surpris de voir le nombre de portraits apologistes qu’on a pu faire de cet homme. Dans le slogan il y a « make history », mais il faut voir qui écrit l’histoire. On ne peut se contenter d’une apologie des puissants et des milliardaires sous prétexte qu’ils arrivent à rassembler des énergies. Il faut voir à quel coût et à quelle société ils nous préparent. Pour l’heure, Amazon, avant de représenter un progrès, c’est d’abord une formidable régression en ce qui concerne le devenir de notre humanité. (…) La force d’Amazon, vis-à-vis du commerce de proximité, c’est d’avoir des coûts de stockage et de distribution beaucoup plus faibles. Un entrepôt logistique en zone périurbaine, c’est un loyer qui est beaucoup plus faible que celui d’un commerce de proximité. Après, il est incontestable que ce qui fait l’efficacité d’Amazon, c’est son infrastructure informatique, qui permet l’expédition de colis au plus vite une fois la commande passée car tout est fluidifié par le réseau. Cette infrastructure permet un contrôle total de tout ce qui se passe dans les entrepôts, y compris au niveau des travailleurs. Par ailleurs Amazon n’a pas besoin de machines complexes comme l’automobile : en réalité, Amazon ce sont de grand entrepôts avec des étagères métalliques, quelques ordinateurs et des bornes Wi-Fi. La machine la plus complexe étant l’être humain qui, grâce au levier informatique, peut générer des richesses incroyables. La multinationale réalise également des économies sur les pointeuses, placées non pas à l’entrée de l’entrepôt mais à trois minutes de marche, sur le recours outrancier à l’intérim et sur son évasion fiscale. Il faut savoir qu’Amazon doit 198 millions au fisc français. (…) Je m’attendais à un travail pénible, à la culture à l’américaine, mais pas à devoir subir des discours moralistes. Chaque jour on vous demande d’être meilleur que la veille. Il y a un aspect très idéologique au travail et on va applaudir ce qu’on appelle le « top performer », la résurgence de l’ouvrier Stakhanov en URSS, qui va au-delà de ce qu’on lui a demandé de faire. Les contre-pouvoirs sont complètement muselés. La plupart des syndicalistes ont la vie dure [la CGT a déposé plainte car ils étaient fouillés arbitrairement]. Et c’est assez surprenant de voir qu’une multinationale, dans le cadre de son travail, une fois qu’elle a nié tous les droits les plus élémentaires contenus dans le code du travail, ensuite s’ingénie à reproduire une forme de collectivisme. Je pense que cela est dû au fait qu’Amazon est un univers qui est coupé du monde. (…) En dernier échelon, et ce n’est pas quelque chose de dérisoire, le consommateur lui-même peut se poser la question de savoir ce qu’il gagne en consommant sur Amazon et ce qu’il y perd. Je ne suis pas convaincu que la plupart des Français souhaitent voir le politique distribuer des subventions publiques pour l’implantation de tels entrepôts, d’autant qu’Amazon n’a pas besoin d’argent public aujourd’hui. D’ailleurs, lors de l’implantation du quatrième entrepôt dans le Nord-Pas-de-Calais, la région n’a pas donné d’aide publique. Jean-Baptiste Malet
L’industrie du jeu vidéo est éclaboussée par une polémique sur les cadences infernales imposées aux employés. Le grand patron du studio Rockstar, connu pour la série « Grand Theft Auto » ou encore « Red Dead Redemption », a lui-même lâché cette information sans réaliser l’impact de cet aveu involontaire. Pour faire la promotion de son prochain jeu, Dan Houser, qui a fondé le studio Rockstar avec son frère Sam, a évoqué « les semaines de 100 heures de travail », nécessaires pour arriver à sortir ce nouveau petit bijou, Red Dead Redemption 2, sans doute le jeu le plus attendu de l’année. Cent heures, cela fait du 14 heures par jour, 7 jours sur 7. Après l’avalanche de réactions négatives sur les réseaux sociaux, il s’est empressé de minimiser. Sans vraiment convaincre, car ces fameuses périodes de crunch, c’est comme ça que les studios ont baptisé ces sessions de travail hyper intense qui sont une réalité trop fréquente pour être ignorées. (…) Un jeu de belle facture contient aujourd’hui des millions de lignes de code, des centaines de personnages, des décors complexes et détaillés, et bien sûr des vérifications minutieuses pour éliminer tous les bugs avant la sortie. Cela passe par des tâches très répétitives dans les périodes de bouclage, périodes qui peuvent durer parfois non pas quelques semaines, mais une année entière. D’où les burn-out, les dépressions et les protestations de plus en plus véhémentes des employés; (…) C’est sans doute aux Etats-Unis où cette industrie emploie le plus de monde, plus de 220 000 l’an dernier, et donc où les abus sont les plus nombreux et les plus médiatisés. Mais cela concerne le monde entier, car cette activité est mondialisée. Rockstar a des studios en Europe, aux Etats-Unis et même en Inde. Cela concerne aussi la France où les plus grands comme les plus modestes ont été pointés du doigt pour leurs pratiques abusives. En début d’année, les employés d’Eugen System se sont mis en grève pendant plusieurs semaines pour défendre leurs droits. Le studio Quantic Dream, rendu célèbre pour ses jeux Heavy Rain, Beyond Two Souls et plus récemment Detroit : Become Human, a été dénoncé par nos confrères de Mediapart pour sa culture d’entreprise limite, avec du harcèlement, des propos racistes ou homophobes. Et Ubisoft, l’autre fleuron français (Assassin’s Creed, The Division, Just Dance, Watch Dogs…) a été épinglé au début du siècle et est devenu depuis un modèle social. RFI
A la démesure de la catastrophe asiatique répondent un élan de solidarité inédit et un flux incroyable de dons venus du monde entier, un pactole d’environ 10 milliards de dollars offerts par des millions de particuliers, des milliers d’entreprises et des Etats. Mais, au bout de la chaîne, ce sont des associations, souvent fragiles, et des équipes réduites qui doivent assumer toutes les responsabilités, et elles tentent, tant bien que mal, de gérer cette manne colossale. Toutes ne sont pas équipées pour canaliser cette vague de générosité. Pour la première fois de son histoire, Médecins sans frontières (MSF) a interrompu sa collecte mondiale, après avoir récolté 40 millions d’euros en une semaine :  » Notre structure ne nous permet pas de gérer plus d’argent « , ont affirmé ces pionniers de l’urgence, au grand dam de plusieurs de leurs collègues humanitaires. Le petit monde des ONG n’a jamais paru si éclaté, si divers. En vingt-cinq ans, elles seraient passées de 4 000 à quelque 35 000 dans le monde. La France est, avec le Royaume-Uni et les Etats-Unis, au tout premier rang mondial.  » Il n’y a pas un mouvement humanitaire unifié, mais des organisations qui oeuvrent un peu chacune dans leur coin « , constate Thierry Pech, auteur avec Marc-Olivier Padis d’un ouvrage de référence, Les Multinationales du coeur (Seuil). Cela va des petites structures d’une demi-douzaine de personnes à la Croix-Rouge française, dont le budget dépasse les 700 millions d’euros. Le charity business fait des émules et a explosé depuis une bonne dizaine d’années. En France et en Europe, surtout, mais pas seulement. La Banque mondiale affirme travailler avec près de 1 000 ONG dans le monde entier. Un tri s’impose entre celles qui tiennent leurs engagements et d’autres, aussi opaques qu’opportunistes. Sans oublier  » les « faux nez », ces organisations derrière lesquelles on trouve un gouvernement, une idéologie, une organisation religieuse ou un lobby industriel « , ajoute Thierry Pech. Un tabou est peut-être en passe de voler en éclats : le petit monde des ONG découvre les exigences du contrôle et de l’évaluation. Le mouvement est d’abord venu des grandes organisations internationales, qui ont commencé à poser des conditions. Pour une raison simple : plus de 10 % de l’aide au développement distribuée par les Etats passent aujourd’hui par les ONG. Les bailleurs de fonds internationaux ont structuré leurs procédures de financement de projets. A l’instar de la Banque mondiale, qui a imposé une longue liste de critères aux organisations avec lesquelles elle travaille. Mais aussi de l’Union européenne, qui, en créant Echo en 1992, s’est donné les moyens de superviser ses opérations d’aide humanitaire. Bruxelles n’accorde ses financements – 600 millions d’euros par an – qu’après la signature de contrats-cadres très pointus. Echo veille au grain et a audité en 2003 près de 150 de ses partenaires. Audit : le mot est lancé. Il a fallu un énorme scandale français pour voir enfin cette pratique se développer. En 1996, la justice découvrait un détournement massif au sein de l’Association pour la recherche sur le cancer (ARC), dont le président, Jacques Crozemarie,  » siphonnait  » la caisse. Il fut condamné à quatre ans de prison.  » On sort enfin de l’opacité « , observe Thierry Pech.  » Cette affaire nous a poussés à être beaucoup plus rigoureux « , renchérit Jean-Luc Bellynck, directeur financier de la Croix-Rouge française. Les contrôleurs se sont mis au travail.  » De telles dérives ne sont plus envisageables, car la probabilité de se faire contrôler est beaucoup plus forte « , estime ainsi Jean-François Carrez, président de la 5e chambre de la Cour des comptes. Cette dernière et l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) auditent chaque année une demi-douzaine d’associations. Un chiffre ridicule par rapport à la quantité d’organisations, mais Philippe Séguin, premier président de la Cour des comptes, assure ne pas vouloir relâcher la pression : les contrôles seront renforcés en 2006, surtout en ce qui concerne l’utilisation des fonds collectés pour l’Asie. (…) Les Restos du coeur ont eux aussi revu leur système de contrôle après la découverte de détournements par des bénévoles, au siège et en région. Ils ont ainsi recruté une directrice financière, créé une commission d’appels d’offres et développé un service interne d’audit. Ils ont obligé leurs 113 antennes départementales à s’entourer de commissaires aux comptes, cinq ans avant que la loi l’impose, en 2003.  » Il n’existe pas de système infaillible, avoue Olivier Berthe. On peut juste mettre en place un maximum de garde-fous afin d’éviter les dérives. (…) l’association Raoul-Follereau, créée pour lutter contre la lèpre, a été épinglée par l’Igas en 2002, car elle investissait dans des plantations de palmiers en Côte d’Ivoire et finançait les oeuvres de cardinaux conservateurs du Vatican, deux missions sans rapport avec ses objectifs initiaux. Le Comité de la charte a mis plusieurs mois avant de lui retirer son précieux label. (…) S’il devient de plus en plus difficile pour les organisations, du moins pour les plus importantes et les plus connues, de frauder ou d’affecter l’argent des donateurs comme bon leur semble, la question de l’évaluation du travail accompli sur le terrain demeure taboue : combien de personnes ont-elles été secourues, les moyens utilisés ont-ils été les plus pertinents, l’argent a-t-il été dépensé de la façon la plus efficace ?…  » On en est, dans ce domaine, au stade infantile « , lâche Thierry Pech. (…) Il faut dire que l’humanitaire fascine. On estime à 20 000 par an le nombre de candidats au départ pour le bout du monde. La Croix-Rouge reçoit 20 curriculum vitae par jour en temps normal, plus de 70 depuis le désastre en Asie. L’an dernier, 8 000 candidatures sont arrivées au siège de Médecins du monde ! Beaucoup d’entre elles proviennent de jeunes diplômés de l’enseignement supérieur plus attirés par le charity business que par le monde de l’entreprise. Né en 1998 de la volonté de proposer aux populations sinistrées des coups de téléphone gratuits, Télécoms sans frontières emploie ainsi deux jeunes ingénieurs recrutés à la fin de leur stage. Et 15 % des jeunes diplômés affirment vouloir faire tout ou partie de leur carrière dans l’humanitaire. Une fascination pour les ONG dont s’est emparé le milieu de la formation. Dès 1983 naissait Bioforce Développement, un institut spécialisé préparant des techniciens de l’humanitaire (voir encadré page 37). Depuis le milieu des années 90, les universités rivalisent d’imagination pour créer à leur tour des formations aux métiers du développement ou de la santé dans les pays pauvres. La collecte de dons n’échappe pas à cette tendance. Cinquante ans après le célèbre  » Mes amis, au secours !  » de l’abbé Pierre au profit des mal-logés, les techniques de marketing visant à alimenter la machine à dons ont beaucoup évolué. Une ONG doit parfois investir jusqu’à 30 % de ses ressources pour faire la différence sur le marché compétitif de la générosité, évalué à environ 2 milliards d’euros en France. Mais obtenir l’appui d’une personnalité reste le meilleur moyen d’acquérir de la notoriété à bon prix. Les Restos du coeur reçoivent ainsi un cinquième de leur budget annuel grâce aux Enfoirés (voir encadré ci-contre). La Voix de l’enfant, dont le budget ne dépasse pas 1 million d’euros, accède aux plateaux de télévision grâce une ambassadrice de charme, l’actrice Carole Bouquet.  » La télévision est le meilleur moyen de susciter l’émotion, et c’est l’émotion qui déclenche les dons « , analyse Laurent Terrisse, directeur de Non Profit, filiale de l’agence de communication TBWA, spécialiste des ONG. L’Express
Que la direction confonde bénévolat et salariat, ça, c’est une réalité dans cette entreprise qui manque de transparence. Les cadres ne sont pas payés pour leurs heures supplémentaires et ont du mal à les récupérer. Il n’est pas rare qu’on nous convoque pour des réunions fixées après nos horaires de travail. Comme au siège, ce serait bien que l’inspection du travail fasse un petit tour chez nous. Cadre marseillais de la Croix-Rouge française
C’est beau l’image de la Croix-Rouge, mais l’envers du décor ce sont des petits salaires. Ce n’est pas qu’on soit maltraités mais il y a beaucoup de précarité, des salariés qui ont du mal à joindre les deux bouts, à trouver un logement… On nous dit qu’on est là pour sauver des vies mais cela ne doit pas se faire à n’importe quel prix. Marie (prénom modifié à sa demande)
Cela fait dix ans que je vis la pression des horaires et du toujours plus, c’est bien que cela sorte au grand jour. Secrétaire (Croix rouge)
Tout le monde veut ça. Tout le monde veut être nous. Le Diable s’habille en Prada
Quand ta vie privée ne sera plus qu’un champ de ruines, fais-moi signe : je t’obtiendrai une promotion. Le Diable s’habille en Prada
Les gens pensent que si tu travailles dans la mode, tu es riche mais on mange au McDo comme tout le monde parce qu’on est fauchés. On est tous fauchés. En tout cas moi, je dois faire attention. Dans la mode, tout le monde crève la dalle, les créateurs crèvent la dalle. Mais en même temps, on a des beaux vêtements, on boit du champagne partout, on fait des beaux voyages, on va dans des super hôtels. Philip (styliste et enseignant de mode belge)
C’est un métier de parias parce que c’est un métier qui a toujours été exercé par les juifs, par les homosexuels, par les gens qui avaient l’interdiction de pratiquer d’autres métiers. de fait, ce sont des gens qui sont aussi des parias dans leur famille, aussi. On atterrit dans la mode parce qu’on est homosexuel et que ce n’est pas bien vu, parce qu’on est hypersensible et que ce n’est pas bien vu, parce qu’on est créatif et que ce n’est pas un métier. Marguerite
Depuis 2008, la fortune des plus riches a doublé et augmenté bien plus que la production nationale, qui n’a crû que de 12 %. Et cette concentration s’accroît à mesure qu’on s’élève dans l’échelle de la richesse : les dix premiers de notre classement ont ainsi vu leur fortune cumulée quadrupler en dix ans, alors que celle des 490 suivants ne faisait que doubler. Symbole de cette envolée : Bernard Arnault, dont la fortune est passée de 18 à 73 milliards entre 2008 et 2018. Ce qui fait de lui non seulement la première fortune française, mais aussi, selon le dernier palmarès de notre confrère suisse Bilan, la première en Europe, devant Amancio Ortega, fondateur de Zara. Le secret de ce bond spectaculaire ? Trois éléments se conjuguent. D’abord, la capitalisation du leader mondial du luxe, devenue la premiè­re de la place de Paris, a augmenté de 25 % sur un an (au 8 juin, date retenue pour l’évaluation des entreprises cotées de notre classement). Ensuite, la progression des ventes de LVMH (43 milliards en 2017), qui se poursuit à un rythme d’environ 10 % par an depuis une décennie, donnant le sentiment que les arbres peuvent grimper jusqu’au ciel… Enfin, dernier point déterminant : il y a un an, Bernard Arnault a conduit une opération financière assimilable à un « coup d’accordéon », faisant absorber le holding intermédiaire Christian Dior par LVMH, ce qui lui a permis de faire passer sa part du capital du groupe de 35,2 à 46,6 %. Résultat, une fortune qui décolle de 56 % d’une année sur l’autre. Sur ce terrain, il n’est dépassé que par les frères Wertheimer, Gérard et Alain. Les deux héritiers de Chanel détiennent 100 % du groupe de luxe et vont, cette année, voir leur fortune faire un bon de… 100 %. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous disposons désormais de bases solides pour estimer leur patrimoine. Jusqu’à présent, le groupe de luxe ne diffusait aucun chiffre, même pas son chiffre d’affaires, qui était estimé par la concurrence et quelques spécialistes à un niveau légèrement supérieur à 5 milliards. Mais fin juin, le directeur ­financier de Chanel a communiqué les vrais comptes de l’entreprise, soit un chiffre d’affaires de près de 10 milliards de dollars (8,4 milliards d’euros), proche de celui de Vuitton, numéro un mondial du luxe, et bien supérieur à celui de Gucci (6,4 milliards), considéré jusqu’alors com­me le numéro deux du secteur. Une révélation qui nous conduit, bien évidemment, à réévaluer la fortune des deux frères, qui passe de 21 à 40 milliards, et qui les propulse au deuxième rang de notre classement. Sur ce terrain, il n’est dépassé que par les frères Wertheimer, Gérard et Alain. Les deux héritiers de Chanel détiennent 100 % du groupe de luxe et vont, cette année, voir leur fortune faire un bon de… 100 %. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous disposons désormais de bases solides pour estimer leur patrimoine. Jusqu’à présent, le groupe de luxe ne diffusait aucun chiffre, même pas son chiffre d’affaires, qui était estimé par la concurrence et quelques spécialistes à un niveau légèrement supérieur à 5 milliards. Mais fin juin, le directeur ­financier de Chanel a communiqué les vrais comptes de l’entreprise, soit un chiffre d’affaires de près de 10 milliards de dollars (8,4 milliards d’euros), proche de celui de Vuitton, numéro un mondial du luxe, et bien supérieur à celui de Gucci (6,4 milliards), considéré jusqu’alors com­me le numéro deux du secteur. Une révélation qui nous conduit, bien évidemment, à réévaluer la fortune des deux frères, qui passe de 21 à 40 milliards, et qui les propulse au deuxième rang de notre classement. Cette arrivée sur le podium des ­Wertheimer renforce la place, déjà considérable, du luxe dans le peloton de tête de notre classement : les actionnaires de grands groupes du secteur y trustent en effet quatre des six premières places. Et leur fortune combinée représente l’équivalent du tiers de celle, cumulée, des 500 du classement ! Challenges
Joannou évoque ici la présence en nombre d’hommes ouvertement gays dans l’industrie de la mode. Aux côtés des femmes, ils représentent la majeure partie du million d’emplois liés à la mode en France. L’homme hétéro y est minoritaire; il se braque et refuse de devenir un travailleur de cette industrie, de passer par une école de stylisme et de parler chiffons en public. Depuis la fin du XIXe siècle, les hommes excellent dans l’art de l’habillement. Ce sont eux qui donnent naissance à la haute couture en France et en font un business lucratif. Charles Frederick Worth marque l’histoire en étant l’un des rares couturiers hétérosexuels et d’origine étrangère à enrichir la mode française. Son disciple, Paul Poiret, également hétérosexuel, a été la star de la couture des années 1900 à 1930. Un basculement s’opère après la Seconde Guerre mondiale, avec l’arrivée de Christian Dior dans la fashion sphère parisienne. Très secret sur sa vie privée, il ne dévoilera que très tard son homosexualité. Depuis, les designers vedettes –Yves Saint Laurent, Pierre Balmain, Karl Lagerfeld et Jean-Paul Gaultier, entre autres– ne se cachent plus et osent parler de leur orientation sexuelle. La jeune génération, elle aussi, fait rapidement son coming out, d’Olivier Rousteing à Simon Porte Jacquemus. La raison qui explique cette présence massive d’hommes gays est simple: la mode a toujours accueilli ceux considérés comme des parias. Les juifs, les créatifs, les hypersensibles, les marginaux, le vilain petit canard de la famille et les homosexuels, tous trouvent leur place dans ce milieu qui les acceptent comme ils sont. C’est grâce à cette communauté à la tête du navire que la culture gay s’immisce dans la mode. Les costumes italiens flamboyants, le port du rose, les pièces moulantes –dont le jean skinny– ou le cuir et le sportswear fétichistes quittent le microcosme des clubs gays pour rejoindre les moodboards et atterrir sur les défilés. Les marques grand public ont suivi cette mutation de près et ont intégré ces nouveaux codes dans leurs collections masculines, avec un storytelling adapté: dans les années 1990, on assiste à la naissance de la métrosexualité. Pour la première fois, la mode apprivoise ces clients hétéros qui ne veulent surtout pas être vus comme des acheteurs compulsifs frivoles –l’équivalent de «gays» dans leur imagination. Cette image d’homosexuel très efféminé et expert de la mode est également diffusée par la pop culture. En témoigne le personnage de Nigel, journaliste de Vogue et expert du relooking dans Le Diable s’habille en Prada, celui de Kurt dans la série Glee ou plus récemment Tan France, technocrate mode dans Queer Eye sur Netflix. Malgré eux, ces personnages participent à l’auto-exclusion des hommes hétéros de l’industrie de la mode, car ceux-ci veulent s’éloigner le plus possible de cette image. La mode, et surtout celle des podiums, leur apparaît comme un domaine élitiste et complexe, au même titre que l’art contemporain. Ils cherchent alors des chemins de traverse pour éviter celle-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. L’homme hétéro qui commence à s’intéresser au vêtement part toujours d’une démarche utilitaire. (…) Selon Marc Beaugé, journaliste passionné par le vêtement mais qui se «qualifie rarement de journaliste mode», les hommes ont besoin d’une raison valable et de profondeur pour acheter un vêtement: «Il y a encore, chez beaucoup d’hommes, un complexe par rapport au shopping. Ils refusent d’être des fashion victims, ou de faire du shopping au premier degré. Ils veulent un vêtement entouré de sens, de référence culturelles et historiques. Ils ne veulent pas donner l’impression de répondre simplement aux diktat des magazines ou aux tendances. Moi-même, je déteste me balader avec un shopping bag. Ca ne m’arrive jamais.»(…) Pour Geoffrey Bruyère, il y a eu une vraie évolution du regard de l’homme hétéro sur la mode depuis une dizaine d’années. «Quand on a commencé à faire du coaching et que l’on proposait à des hommes des pièces qu’ils n’avaient pas l’habitude de porter, on nous faisait souvent la remarque: “Ça fait gay.” C’est bête, mais ça montre bien à quel point les hétéros peuvent associer la mode à une communauté. Et la remarque est ensuite passée de “Ça fait gay” à “Ça fait femme”, puis à “C’est pas vraiment mon style, c’est pas vraiment moi.”» La connotation gay est en revanche inexistante lorsque l’homme s’intéresse au vêtement sportif ou urbain. Il est par exemple totalement décomplexé lorsqu’il achète et collectionne des sneakers. Toute la culture du «Hype Beast» a misé sur cette nécessité de virilité amenée par le vêtement sportif, en l’associant à l’exclusivité. Aujourd’hui, les hommes s’arrachent les chaussures et vêtements Supreme et documentent leur passion pour ces chiffons précieux sur les réseaux sociaux. Au Congo, les célèbres sapeurs –membres de la Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes– vont plus loin que le vestiaire sportif, en assumant sans aucun complexe leur goût pour les vêtements et accessoires chatoyants. Ils ont choisi la mode pour religion, sans que le mot gay ne soit mentionné nulle part. Christelle Bakima, fondatrice du podcast reportage «Bak’s to Congo», explique que cette coquetterie masculine est même source de virilité: «Ce que l’on pourrait qualifier de comportement métrosexuel en France sera considéré comme synonyme de richesse et de bon vivant au Congo. Si cet homme peut s’entretenir, il peut subvenir aux besoins de sa famille, et donc potentiellement d’une femme, ce qui est perçu comme d’autant plus viril.» La virilité est précisément l’élément que l’homme hétéro n’arrive pas à associer à la mode des créateurs et des maisons. Le dessin de mode et la couture étant souvent conjugués au féminin, cet univers lui semble bien trop inhospitalier. En plus des tenues créatives qui effraient, l’androgynie et le très jeune âge des mannequins –souvent filiformes et imberbes– ne leur ressemblent pas et insistent sur cette cassure entre la mode des défilés et la leur. Dans l’enquête sociologique Le plus beau métier du monde, Giulia Mensitieri explique que «depuis l’extérieur, [la mode] apparaît comme un monde homogène fait de paillettes et de lumière, mais, une fois franchi son seuil, on découvre un espace fortement structuré fonctionnant sur des exclusions permanentes, à la fois économiques, sociales et symboliques». Une des exclusions les plus visibles est le nombre réduit de femmes et d’hommes LGBT+ à la tête des grands groupes. Dans ce microcosme, la cooptation et la passation de père en fils règne encore. Les hommes hétéros dominent les conseils d’administration des marques, sont directeurs de publication de magazines de mode ou travaillent l’angle financier de la mode, loin des sphères créatives. Antoine Arnault passe bien du temps sur les défilés, mais parce qu’il fait partie du socle de LVMH. Son couple avec le top model Natalia Vodianova ne fait qu’amplifier son rôle de patron de la mode puissant et hétérosexuel. En France, ces métiers de pouvoir et d’argent sont intimement liés à un idéal de l’homme viril. Craintifs à l’idée de ne pas correspondre à cet idéal, les jeunes hétéros évitent les formations en mode connotées féminines, comme le stylisme ou le marketing du luxe. Ancien étudiant en école d’art, Valentin Esquier en a été témoin: « Les gens qui voulaient s’orienter dans la mode, c’étaient les filles, les gays de la classe et un mec qui ne se disait pas gay, mais qui s’est senti obligé de le préciser. » Slate
La mode est l’une des plus puissantes industries du monde : elle représente 6 % de la consommation mondiale et est en croissance constante. Depuis les années 1980 et l’entrée dans l’économie néolibérale, elle est devenue l’image étincelante du capitalisme, combinant prestige, pouvoir et beauté, et occupe une place centrale dans les médias et les imaginaires. Pourtant, cette industrie, qui apparaît comme un horizon professionnel hautement désirable, repose principalement sur du travail précaire, et ce aussi bien là où la production est externalisée qu’au coeur de la production créative du luxe, comme les prestigieux ateliers des maisons de couture. À partir d’une enquête en immersion auprès des travailleurs créatifs de cette industrie (stylistes, mannequins, créateurs indépendants, coiffeurs, maquilleurs, vendeurs, journalistes, retoucheurs, stagiaires, agents commerciaux, etc.), ce livre dévoile la réalité du travail à l’oeuvre derrière la façade glamour de la mode. Il met notamment en lumière les dynamiques d’exploitation et d’autoexploitation ainsi que le prestige social liés au fait de travailler dans un milieu désirable. Des séances de « shooting » pour magazines spécialisés à la collaboration auprès d’un créateur de mode, en passant par des entretiens avec des stylistes travaillant pour de célèbres maisons de luxe et de couture, cette enquête dévoile une nouvelle forme de précarité caractéristique des industries culturelles du capitalisme contemporain, une précarité combinée au prestige, à la reconnaissance et à la visibilité. Il s’agit ainsi de décrypter les dynamiques invisibles sur lesquelles repose l’industrie de la mode pour mieux la « déglamouriser ». Présentation du Plus beau métier du monde
Il est valorisé et valorisant d’être artiste. Avant, l’artiste, c’était une figure marginale. Maintenant tout le monde veut être créatif. Il y a cette dimension-là qui est mise en avant aussi par les discours publics. La ville qui se fabrique, Paris est une ville pour cette nouvelle population « cool », etc. Eh bien, qu’est-ce qu’on voit ? Que ces mêmes secteurs professionnels qui sont à la base de l’économie et des structurations sociales des nouvelles élites d’une certaine manière, eh bien, ce sont les mêmes secteurs qu’on va précariser de plus en plus. (…) Parce qu’il y a une dynamique qu’on peut faire remonter aux contestations de la « critique artiste » de Mai 68, contre l’aliénation de la société industrielle du travailleur aliéné par la répétition des tâches, qui a été donc complètement approprié par le capitalisme néolibéral. Avec ce discours de l’épanouissement personnel, de l’expression de soi dans le travail qui s’est révélé être un outil très puissant pour démonétiser le travail. Et pour l’individualiser aussi, c’est une dimension que la mode permet de voir d’une manière saisissante. Giulia Mensitieri
Quand j’étais étudiante à Paris, j’étais entourée de chercheurs et de travailleurs impliqués dans les industries créatives. Ils avaient une position sociale privilégiée mais ils étaient tous précaires, essayant de boucler leurs fins de mois. Il y avait un énorme décalage entre leur capital symbolique et leur capital économique. Je voulais comprendre comment on en arrive à une scission si forte. Je m’intéresse depuis plusieurs années aux nouvelles élites de la mondialisation, aux formes de précarité et aux transformations du travail, à la place qu’on cherche dans le travail dans l’Occident soi-disant riche. Je cherchais un terrain d’étude. J’ai rencontré Mia, styliste pour de grandes marques de luxe, qui m’a introduite dans le monde de la mode. Elle portait des habits luxueux mais vivait dans une grande précarité. Son cas n’était pas du tout exceptionnel. Je ne dis pas que c’est la norme mais c’est très diffus dans le monde de la mode qui produit beaucoup de désir et de richesses. (…) Travailler pour le luxe et être exploité, ça a toujours existé, chez les ouvriers et les artisans qui produisent des biens de luxe notamment. Ce qui m’intéressait ici, ce n’était pas la production matérielle, mais le décalage entre le statut social donné par le fait de travailler dans un milieu créatif, ce qu’il représente, et les conditions matérielles. Je ne connaissais pas ce monde et je ne m’attendais pas à ce que l’auto-exploitation y soit aussi forte. (…) On retrouve dans la mode une série d’éléments du capitalisme actuel : le pouvoir des imaginaires sur les individus et sur ses travailleurs, l’interconnexion fondamentale entre les productions matérielles et immatérielles. Si la mode est aussi riche et vend autant, c’est parce qu’elle produit certes des habits et des sacs, mais aussi des images, des campagnes publicitaires qui servent à générer du désir pour les biens matériels et assurent les consommations à l’échelle globale. De Hongkong à Rio, on porte le même sac, on voit les mêmes pubs. Derrière cette dimension globale, on trouve aussi des circulations inégalitaires. Il y a une dimension cosmopolite chez les travailleurs créatifs de la mode : un shooting à Singapour, un défilé à Paris, un casting à New York, une production à suivre en Roumanie. Mais selon votre nationalité, vous êtes plus ou moins rattrapé par les inégalités, bloqué à une frontière, à cause d’un problème de visa par exemple. Par ailleurs, énormément d’argent est distribué de manière très inégalitaire. Le secteur continue de s’enrichir, même en temps de crise, mais ce n’est pas parce que les profits augmentent que les travailleurs sont mieux payés. La mode est exemplaire du capitalisme actuel pour toutes ces raisons. (…) On y cherche autre chose dans le travail : l’expression de la subjectivité, être créatif, reconnu. En ça aussi la mode est exemplaire des transformations du sens et de la valeur du travail dans l’Occident capitaliste : on y cherche avant tout l’épanouissement personnel. Il y a une représentation très négative de ce qui pourrait être le salariat, la routine. Il y a une énorme focalisation sur la dimension individuelle. A la fin des années 60, la revendication était «il faut être sujet dans le travail, mettre de la vie, il faut s’exprimer». Le néolibéralisme s’est approprié ces revendications contestataires, en les injectant dans des modèles managériaux. Ça s’est révélé très efficace. Si on est exceptionnel, créatif, unique, artiste, il est plus compliqué de s’identifier à un projet commun. (…) Dans la mode, il n’y en a aucune [solidarité]. Chez les mannequins, on en voit un peu. Pour avoir la parole, il faut être un sujet. Les stars ont cette visibilité. Derrière, il y a des milliers de mannequins qui circulent une saison et c’est fini. Elles restent des mannequins parmi d’autres, interchangeables, qui n’ont pas d’identité dans le milieu et qui n’en auront peut-être jamais. C’est très compliqué de prendre la parole dans ces circonstances. Dans les autres métiers de la mode, il n’y a pas de solidarité. L’utilisation du mot «créateur» est emblématique de ce point de vue. Son emploi est assez récent. Il coïncide avec la période néolibérale du capitalisme. Avant, on disait couturier ou styliste. Créateur, c’est dieu, un individu seul qui crée un univers. Aucun créateur ne travaille seul, mais c’est la représentation que l’on donne. Toute cette spectacularisation de l’ego est en train de changer un peu. On voit des créateurs plus en retrait, mais il reste cette dimension de mise en scène de soi que la mode exige. C’est l’une des règles : il faut se construire un personnage. Et puis il y a la peur. C’est un marché professionnel relativement petit. Les gens craignent de parler et il existe dans les maisons de luxe et de prêt-à-porter des clauses de confidentialité. Les salariés ne peuvent rien dire de ce qui se passe dans leur entreprise et il n’existe pas de syndicat. Karl Lagerfeld avait même dit un jour que si vous vouliez de la justice, mieux valait faire travailleur social que de travailler dans la mode. (…) C’est difficile de renoncer à cet emplacement social. La mode est un monde clos qui a besoin du regard désirant de l’extérieur. La mode fascine. Les personnes qui sortent de la mode vivent très mal de ne plus avoir cette place. Il y a aussi la dimension créative, l’adrénaline. Dans les grandes maisons, il y a énormément de moyens, on peut créer ce qu’on veut. Ça crée une sorte d’addiction, disent certains travailleurs. Et il y a l’amour de la beauté. Certains restent aussi car ils travaillent trop, ils ont le nez dans le guidon. Ils n’ont pas le temps de chercher autre chose, de réfléchir. Ils sont trop pris par la machine. Et il y a évidemment la dimension de plaisir. (…) La mode est une industrie à la fois créative et vouée au profit. Cette double dimension crée une forme de violence structurelle étant donné le rythme actuel. Certaines maisons produisent dix à douze collections par an. Même si le directeur artistique n’est pas seul, la dimension créative a besoin d’un temps de recherche, d’inspiration. Elle ne coïncide pas avec les rythmes imposés par la recherche de profit. Raf Simons n’est pas un précaire mais même à son niveau, c’est structurellement intenable. Ecologiquement aussi… L’industrie textile est la plus polluante au monde, juste derrière le pétrole. On est habitué à penser par fragments : le Bangladesh avec les ouvriers exploités d’un côté, les mannequins de l’autre… Si on suit tous les stades de la production, la matière première (le coton), ce qui se passe en Inde avec les graines, Monsanto, le suicide des paysans, jusqu’aux travailleurs créatifs et aux mannequins, il y a des formes d’exploitation à tous les niveaux de la chaîne. Giulia Mensitieri
Je me suis intéressée au décalage existant entre leur statut social et leurs conditions matérielles de vie, souvent de galère (…) La mode est intéressante parce qu’elle agit comme une loupe. C’est le lieu de l’individualité, de la singularité. C’est éminemment néo-libéral. C’est « une industrie générant d’énormes bénéfices, où l’argent est distribué de manière totalement inégalitaire. [avec] des conditions de travail où la pression est extrêmement forte, où on n’est pas payé, où on ne sait pas quand on est payé, où la relation avec la hiérarchie est vraiment très dure. Le roman adapté au cinéma « Le Diable s’habille en Prada » est « emblématique: c’est la glamourisation de la domination. (…) il y a cette idée que c’est violent, mais c’est comme ça. Et il y a une compensation non monétaire, celle du prestige social: je reste pour le nom, pour la carte de visite, pour le CV. [Dans ce milieu règne] une perception très négative du salariat, de la routine. Etre dans la norme, c’est presque un stigmate. (…) il y a énormément de concurrence. Du coup tu te tais, parce que derrière, il y en a 200 qui veulent ta place. Giulia Mensitieri
L’usine à rêves qu’est le monde de la mode fonctionne, affirme l’anthropologue Giulia Mensitieri, grâce au consentement de travailleurs précaires qui œuvrent à faire accéder une minorité d’entre eux aux feux de la rampe. Si ces « petites mains » acceptent d’être asservies (travail gratuit, paiement en nature, humiliations), c’est qu’elles valorisent symboliquement leur appartenance à une « élite du désir ». Telle est la thèse principale de l’auteure qui a mené une enquête de plusieurs années entre Paris et Bruxelles. L’intérêt de ce livre tient assurément à la richesse des descriptions ethnographiques : pause casse-croûte lors d’une séance de shooting organisée dans un hôtel de luxe, défilé de mannequins venues d’Europe de l’Est par des filières clandestines, stagiaire éconduit sans ménagement… Si une telle approche permet de vivre de l’intérieur la violence de ce monde professionnel ultrahiérarchisé, on peut malgré tout regretter que G. Mensitieri n’ait pas davantage mis en lumière les trajectoires sociales et scolaires de ces travailleurs de la mode. L’attention portée aux processus de socialisation aurait permis d’appuyer davantage la comparaison qu’elle fait à plusieurs reprises avec le monde des industries créatives. Mais cela n’enlève rien au mérite de ce travail qui met le doigt sur un exemple caractérisé des effets redoutables du néolibéralisme et révèle les liens délétères qui associent prestige social et précarité, travail-passion et exploitation. Anne Both

Attention: une bohémianisation peut en cacher une autre !

Manucures, maquilleuses, coiffeurs, stylistes, photographes et même mannequins payés au smic, voire non payés ou payés en sacs à main ou bâtons de rouge à lèvres; horaires démentiels sans weekends ni vacances; multiplication des stagiaires non rémunérés et corvéables à merci; logement, entre deux nuits en palace à l’autre bout de la planète, en studios exigus voire insalubres; pression constante sur l’apparence physique mais aussi sur la vie privée des personnels; appropriation du capital esthétique, social et culturel des employés; harcèlement, stress, surmenage, anorexie, prise de stupéfiants; concentration toujours plus grande des entreprises de luxe et explosion des profits (6% de la consommation mondiale, soit 1 400 milliards d’euros), omerta généralisée des formateurs comme du Pôle emploi et des autorités …

En ces temps étranges …

Où l’on peut faire sans drapeau des films sur la conquête de l’espace …

Ou sans références autres que passagères à ses excès, ses frasques ou son sida, sur l’une des icônes de la scène homosexuelle …

Et où à l’instar des ces artistes qui emploient des dizaines de personnes pour satisfaire la demande, l’art imite à son tour la haute couture

Pendant qu’au moment où elle disparait avec l’immigration incontrôlée, l’identité nous est vendue comme heureuse

Comment ne pas repenser …

A la lecture de la récente thèse de Giulia Mensitieri sur l’industrie de la mode …

A la fameuse phrase de Nietzsche sur l’incroyable décalage entre la petite minorité de gens cultivés et l’immense majorité de ceux qui, en luttant et travaillant pour la culture, ne font en fait que permettre l’existence des premiers …

Ou étrange retour à la bohème littéraire et artistique du milieu du XIXe siècle via sa réactivation par la contestation étudiante des années 60 …

Comme une sorte de face cachée des fameux bobos qui gentrifient nos centre-villes …

Aux pages de Flaubert sur l’invention de la vie d’artiste dans L’Education sentimentale …

Et notamment, comme l’a montré Bourdieu, sur ce « jeu paradoxal à qui perd gagne » et ce « monde économique renversé » (plus de prestige, moins d’argent) que celle-ci tient du monde de l’art …

Où l’argent et les honneurs apparaissent comme des compromissions parce qu' »on y a intérêt au désintéressement » ?

Mais surtout comment ne pas voir et s’inquiéter de …

La manière dont, pour « cumuler à son profit les avantages les deux logiques antithétiques de l’art désintéressé et du commerce », cette industrie « prend les artistes à leur propre jeu du désintéressement » en ne leur laissant que les « profits symboliques » » pour se « réserver les profits matériels prélevés sur leur travail » …

Et derrière les paillettes et le glamour des pubs de papier glacé et sous couvert, individualisme oblige, d’épanouissement personnel et d’expression de soi dans le travail …

La véritable bohémisation de ces sortes d’intermittents du rêve que sont devenus les employés de la mode …

Qui entre salaires dérisoires et précarité croissante et au seul profit d’une élite de multi-milliardaires

Mais souvent avec leur propre consentement voire leur ferveur de nouveaux convertis …

S’étend progressivement et de proche en proche des industries culturelles et créatives (travailleurs du numérique ou du jeu vidéo …

Mais aussi professions intellectuelles et même secteur associatif ou caritatif) à l’ensemble du monde social ?

Anthropologie. Victimes consentantes de la mode

Une enquête de Giulia Mensitieri montre les conditions de travail des précaires sur lesquels repose l’industrie de la mode, entre rêve et cauchemar.

Anne Both (Anthropologue et collaboratrice du « Monde des livres »)

Le Monde

Le Plus Beau Métier du monde. Dans les coulisses de l’industrie de la mode, de Giulia Mensitieri, La Découverte, 276 p., 22 €.

Vous le saviez, vous, que nombre de modèles qui défilent sur les podiums des maisons de haute couture parisiennes le font gracieusement, quand elles ne sont pas payées en bâtons de rouge à lèvres ? Que les robes présentées sont confectionnées durant des mois, nuit et jour, par de talentueuses petites mains payées au smic ? Des informations de ce type, le livre de Giulia Mensitieri en regorge. Son enquête, menée de 2010 à 2014 à Paris et Bruxelles dans le cadre de sa thèse en anthropologie, lève en effet le voile sur le monde prétendument merveilleux de la mode. Et le passionnant récit qui découle de ses rencontres avec des stylistes, des modèles, des photographes, des créateurs ou des maquilleurs laisse pantois.

Ces professionnels excentriques, arrogants, touchants, ont en commun une passion pour la mode qui confine à la dévotion et leur permet d’accepter l’inacceptable. Evoluant dans un milieu qui ringardise le salariat et fait l’apologie de la flexibilité, ils ont converti leur liberté en esclavage. Le travail précaire, gratuit, les nuits blanches et les humiliations constituent leur ordinaire, le prix à payer pour en être.

Ampleur de la violence qui règne dans cet univers

C’est le stagiaire non rémunéré qui finance sur ses deniers les salades non assaisonnées auxquelles personne ne touche. Ce sont ces filles, très souvent originaires des pays de l’Est, qui s’endettent durablement auprès de leur agence, qui a avancé les frais de visa, de transport ou d’hébergement, pour des castings ou des prises de vue réalisés à des milliers de kilomètres.

L’anthropologue souligne l’ampleur de la violence qui règne dans cet univers, où la cocaïne devient un bon coupe-faim, et les suicides chez les élèves d’une école de mode, des actes banalisés. Quant à la description de la séance de « shooting » d’une fillette de 7 ans pesant 18 kg, sous le regard de sa mère en surpoids se goinfrant de hamburgers, elle est nauséeuse. D’ailleurs, à plusieurs reprises, l’auteure avoue son écœurement. Car ces professionnels de la mode subissent non seulement des humiliations dans des conditions à faire blêmir un inspecteur du travail, mais ils sont soumis à l’injonction d’être « cool », souriants, créatifs et enthousiastes.

Au-delà de sa richesse ethnographique, ce livre montre comment s’agencent, avec une insolente évidence, visibilité et secret, enchantement et déconvenues, indépendance et soumission. Un tissu de contradictions dont se drapent, du reste, depuis déjà plusieurs décennies, des secteurs moins lucratifs, comme la recherche ou la culture.

Circulation de l’imaginaire

Pourtant, Giulia Mensitieri nous explique que Mia, Franck ou Vanja s’estiment heureux, chanceux même de travailler là : « Le fait que le présent ne soit pas à la hauteur des attentes ne pose jamais de problèmes, puisque celui-ci est déjà colonisé par d’autres projections désirables. » Tout est dit. La ruse du système se loge précisément dans le rêve – celui de transformer leur statut pour ces précaires consentants, d’acquérir des petits bouts de luxe pour les consommateurs de produits dérivés ou de s’approprier la beauté des mannequins pour les acheteuses. La circulation de cet imaginaire est rendue possible par les reportages ou les publicités, diffusés dans les magazines du monde entier.

Néanmoins, toute internationale qu’elle est, la mode, notamment parisienne, tient beaucoup à son inscription géographique, qui participe de son supplément d’âme. « L’Europe fait tout pour conserver son pouvoir symbolique, pouvoir économiquement rentable puisque l’industrie du luxe enregistre des bénéfices grâce à la vente d’une certaine idée, hégémonique, de l’élégance et du raffinement », rappelle Giulia Mensitieri. Aussi les défilés privés organisés en Asie ou dans le monde arabe, où sont pourtant les principaux acheteurs, doivent-ils rester confidentiels. Infiniment moins glamour que ceux tenus à Paris, ils ne coïncideraient pas avec « les cartographies imaginaires du luxe ». Les apparences doivent être maintenues pour que la magie opère.

En refermant cet ouvrage, on peut bien sûr lui reprocher de n’accorder que trop peu de lignes à une mise en perspective plus générale de ces nouvelles formes de servitude volontaire. Mais on peut aussi se réjouir de l’élégante acuité avec laquelle l’auteure livre ses réflexions et ses observations sur cet univers surexposé et obscur.

Voir aussi:

Interview

Giulia Mensitieri : «Dans la mode, il n’y a aucune solidarité»

L’anthropologue Giulia Mensitieri publie une enquête sur ce milieu prestigieux, où les travailleurs de l’ombre sont prêts à vivre dans la précarité pour côtoyer le glamour.

Marie Ottavi

«Je ne fabrique pas des vêtements. Je fabrique des rêves.» Ainsi parle Ralph Lauren, grand manitou de la mode américaine et mondialisée. Vendre du beau, faire rêver les foules, incarner un idéal (souvent très formaté), produire de l’exceptionnel – dans le cas de la haute couture -, voilà à quoi sert la mode. Sur ces postulats, l’industrie du secteur est florissante. En France, elle engrange 150 milliards d’euros de chiffre d’affaires direct, selon les données du gouvernement.

Dans le Plus Beau Métier du monde, l’anthropologue Giulia Mensitieri (EHESS) donne la parole aux travailleurs créatifs, pour qui le simple fait de participer à la création de produits désirés par le plus grand nombre sur la planète compense tous les sacrifices. La chercheuse dévoile ainsi les aspects peu reluisants d’une industrie qui constitue pourtant «l’image étincelante du capitalisme, combinant prestige, beauté et pouvoir» : les stagiaires non rémunérés et usés jusqu’à l’os, œuvrant sans jour de repos quand un catalogue ou une collection doit être finalisée, mais prêts à tout pour faire partie d’un milieu fantasmé auquel ils deviennent même accros ; les stylistes qui dorment dans des palaces en marge des shootings mais sous-louent des boîtes à chaussures dans la vraie vie ; les mannequins qui travaillent gratuitement pour améliorer leur book, d’autres endettées auprès de leur agent, d’autres encore rémunérés avec une paire de chaussures, ce qui n’aide guère quand vient l’heure de remplir le frigo.

Qu’est-ce qui vous a poussée, en tant qu’anthropologue, à enquêter sur le milieu de la mode ?

Quand j’étais étudiante à Paris, j’étais entourée de chercheurs et de travailleurs impliqués dans les industries créatives. Ils avaient une position sociale privilégiée mais ils étaient tous précaires, essayant de boucler leurs fins de mois. Il y avait un énorme décalage entre leur capital symbolique et leur capital économique. Je voulais comprendre comment on en arrive à une scission si forte. Je m’intéresse depuis plusieurs années aux nouvelles élites de la mondialisation, aux formes de précarité et aux transformations du travail, à la place qu’on cherche dans le travail dans l’Occident soi-disant riche. Je cherchais un terrain d’étude. J’ai rencontré Mia, styliste pour de grandes marques de luxe, qui m’a introduite dans le monde de la mode. Elle portait des habits luxueux mais vivait dans une grande précarité. Son cas n’était pas du tout exceptionnel. Je ne dis pas que c’est la norme mais c’est très diffus dans le monde de la mode qui produit beaucoup de désir et de richesses.

Vous parlez d’«auto-exploitation», le phénomène est-il répandu dans ce milieu ?

Travailler pour le luxe et être exploité, ça a toujours existé, chez les ouvriers et les artisans qui produisent des biens de luxe notamment. Ce qui m’intéressait ici, ce n’était pas la production matérielle, mais le décalage entre le statut social donné par le fait de travailler dans un milieu créatif, ce qu’il représente, et les conditions matérielles. Je ne connaissais pas ce monde et je ne m’attendais pas à ce que l’auto-exploitation y soit aussi forte.

L’industrie de la mode incarne les valeurs du capitalisme et les dérives du néolibéralisme…

On retrouve dans la mode une série d’éléments du capitalisme actuel : le pouvoir des imaginaires sur les individus et sur ses travailleurs, l’interconnexion fondamentale entre les productions matérielles et immatérielles. Si la mode est aussi riche et vend autant, c’est parce qu’elle produit certes des habits et des sacs, mais aussi des images, des campagnes publicitaires qui servent à générer du désir pour les biens matériels et assurent les consommations à l’échelle globale. De Hongkong à Rio, on porte le même sac, on voit les mêmes pubs. Derrière cette dimension globale, on trouve aussi des circulations inégalitaires. Il y a une dimension cosmopolite chez les travailleurs créatifs de la mode : un shooting à Singapour, un défilé à Paris, un casting à New York, une production à suivre en Roumanie. Mais selon votre nationalité, vous êtes plus ou moins rattrapé par les inégalités, bloqué à une frontière, à cause d’un problème de visa par exemple. Par ailleurs, énormément d’argent est distribué de manière très inégalitaire. Le secteur continue de s’enrichir, même en temps de crise, mais ce n’est pas parce que les profits augmentent que les travailleurs sont mieux payés. La mode est exemplaire du capitalisme actuel pour toutes ces raisons.

On constate une sorte de consentement à l’injustice sociale dans ce milieu…

On y cherche autre chose dans le travail : l’expression de la subjectivité, être créatif, reconnu. En ça aussi la mode est exemplaire des transformations du sens et de la valeur du travail dans l’Occident capitaliste : on y cherche avant tout l’épanouissement personnel. Il y a une représentation très négative de ce qui pourrait être le salariat, la routine. Il y a une énorme focalisation sur la dimension individuelle. A la fin des années 60, la revendication était «il faut être sujet dans le travail, mettre de la vie, il faut s’exprimer». Le néolibéralisme s’est approprié ces revendications contestataires, en les injectant dans des modèles managériaux. Ça s’est révélé très efficace. Si on est exceptionnel, créatif, unique, artiste, il est plus compliqué de s’identifier à un projet commun.

Il n’y a donc pas de solidarité ?

Dans la mode, il n’y en a aucune. Chez les mannequins, on en voit un peu. Pour avoir la parole, il faut être un sujet. Les stars ont cette visibilité. Derrière, il y a des milliers de mannequins qui circulent une saison et c’est fini. Elles restent des mannequins parmi d’autres, interchangeables, qui n’ont pas d’identité dans le milieu et qui n’en auront peut-être jamais. C’est très compliqué de prendre la parole dans ces circonstances. Dans les autres métiers de la mode, il n’y a pas de solidarité. L’utilisation du mot «créateur» est emblématique de ce point de vue. Son emploi est assez récent. Il coïncide avec la période néolibérale du capitalisme. Avant, on disait couturier ou styliste. Créateur, c’est dieu, un individu seul qui crée un univers. Aucun créateur ne travaille seul, mais c’est la représentation que l’on donne.

Toute cette spectacularisation de l’ego est en train de changer un peu. On voit des créateurs plus en retrait, mais il reste cette dimension de mise en scène de soi que la mode exige. C’est l’une des règles : il faut se construire un personnage. Et puis il y a la peur. C’est un marché professionnel relativement petit. Les gens craignent de parler et il existe dans les maisons de luxe et de prêt-à-porter des clauses de confidentialité. Les salariés ne peuvent rien dire de ce qui se passe dans leur entreprise et il n’existe pas de syndicat. Karl Lagerfeld avait même dit un jour que si vous vouliez de la justice, mieux valait faire travailleur social que de travailler dans la mode.

Les travailleurs tolèrent ce système en raison du prestige ?

Entre autres. C’est difficile de renoncer à cet emplacement social. La mode est un monde clos qui a besoin du regard désirant de l’extérieur. La mode fascine. Les personnes qui sortent de la mode vivent très mal de ne plus avoir cette place. Il y a aussi la dimension créative, l’adrénaline. Dans les grandes maisons, il y a énormément de moyens, on peut créer ce qu’on veut. Ça crée une sorte d’addiction, disent certains travailleurs. Et il y a l’amour de la beauté. Certains restent aussi car ils travaillent trop, ils ont le nez dans le guidon. Ils n’ont pas le temps de chercher autre chose, de réfléchir. Ils sont trop pris par la machine. Et il y a évidemment la dimension de plaisir.

Vous débutez votre livre sur les déclarations de Raf Simons et Alber Elbaz sur le temps frénétique de la mode, qui ne leur permettait pas de réfléchir et de trouver l’inspiration.

La mode est une industrie à la fois créative et vouée au profit. Cette double dimension crée une forme de violence structurelle étant donné le rythme actuel. Certaines maisons produisent dix à douze collections par an. Même si le directeur artistique n’est pas seul, la dimension créative a besoin d’un temps de recherche, d’inspiration. Elle ne coïncide pas avec les rythmes imposés par la recherche de profit. Raf Simons n’est pas un précaire mais même à son niveau, c’est structurellement intenable. Ecologiquement aussi… L’industrie textile est la plus polluante au monde, juste derrière le pétrole. On est habitué à penser par fragments : le Bangladesh avec les ouvriers exploités d’un côté, les mannequins de l’autre… Si on suit tous les stades de la production, la matière première (le coton), ce qui se passe en Inde avec les graines, Monsanto, le suicide des paysans, jusqu’aux travailleurs créatifs et aux mannequins, il y a des formes d’exploitation à tous les niveaux de la chaîne.

Marie Ottavi Le Plus Beau Métier du monde. Dans les coulisses de l’industrie de la mode de Giulia Mensitieri 276 pp., éd. La Découverte, 22 euros.

Voir également:

Mode: derrière la façade glamour, la précarité des travailleurs

Capital

26.01.2018

Alors que s’éteignent les projecteurs des défilés parisiens, une enquête de l’anthropologue Giulia Mensitieri met en lumière une face moins glamour de cette industrie, en s’intéressant aux travailleurs de la mode, « autant valorisés que précaires ».

Pour son livre « Le plus beau métier du monde » qui vient de sortir aux éditions La Découverte, tiré de sa thèse de doctorat soutenue à l’EHESS, l’anthropologue Giulia Mensitieri a interviewé pendant trois ans près d’une quarantaine de « travailleurs créatifs de la mode« : stylistes, mannequins, vendeurs, stylistes photo, stagiaires, photographes, maquilleurs, journalistes ou encore étudiants.

« Je me suis intéressée au décalage existant entre leur statut social et leurs conditions matérielles de vie, souvent de galère« , explique à l’AFP cette chercheuse à l’université libre de Bruxelles. Dans cette enquête, où les témoignages sont anonymes, elle suit une styliste photo qui organise des défilés dans des palaces à Hong Kong mais peine à payer le loyer du petit appartement parisien qu’elle habite en colocation, dormant dans le salon.

Elle décrit des mannequins endettés auprès de leurs agences, peu voire pas payées lors des défilés. Une séance photo pour un magazine de mode avant-gardiste pour laquelle personne n’est rémunéré, un journaliste de mode indépendant qui vit dans 15 mètres carrés  et gagne sa vie en donnant des cours d’anglais…

L’argent distribué de manière inégalitaire

« La mode est intéressante parce qu’elle agit comme une loupe. C’est le lieu de l’individualité, de la singularité. C’est éminemment néo-libéral« , souligne cette chercheuse italienne. C’est « une industrie générant d’énormes bénéfices, où l’argent est distribué de manière totalement inégalitaire« .

La chercheuse évoque « des conditions de travail où la pression est extrêmement forte, où on n’est pas payé, où on ne sait pas quand on est payé, où la relation avec la hiérarchie est vraiment très dure« . Le roman adapté au cinéma « Le Diable s’habille en Prada » est « emblématique« , dit-elle: « c’est la glamourisation de la domination« .

Chez les travailleurs de la mode, « il y a cette idée que c’est violent, mais c’est comme ça. Et il y a une compensation non monétaire, celle du prestige social: je reste pour le nom, pour la carte de visite, pour le CV« . Dans ce milieu règne « une perception très négative du salariat, de la routine. Etre dans la norme, c’est presque un stigmate« , poursuit-elle.

Et puis « il y a énormément de concurrence. Du coup tu te tais, parce que derrière, il y en a 200 qui veulent ta place« , ajoute la chercheuse, qui dit avoir recueilli de nombreux témoignages « de crises d’angoisse, de panique, de dépression, de burn out« .

La rédaction avec AFP

Voir par ailleurs:

Fierté et bonheur

Alain Juppé

12/06/2016

La France a besoin de profondes réformes. Je veux que le prochain quinquennat soit celui des réformes réussies. Je les prépare avec vous.

Mais réformer n’est pas une fin en soi. Il faut savoir pourquoi. Il faut donner du sens à l’action réformatrice, il faut fixer un cap, il faut partager un but , il faut une vision qui nous projette ensemble au delà de 2022.

Ma vision de la France de 2030, c’est celle d’une France où tous partagent la fierté et le bonheur d’être Français. Fierté d’etre citoyen d’un grand pays qui ait repris sa place en Europe et dans le monde. Bonheur de vivre en liberté, en égalité, en fraternité dans une République rassemblée .

Oui, je refuse d’avoir l’identité malheureuse, frileuse, anxieuse , presque névrotique. Pour moi , identité ne rime pas avec exclusion ni refus de l’autre. Je veux faire rimer identité avec diversité et unité : respect de notre diversité, affirmation de notre unité.

Naïveté, me dira-t-on … Ma longue expérience du terrain me protège de ce risque. Je sais bien que la France dont je rêve n’est pas la France d’aujourd’hui, pas toute la France d’aujourd’hui. Je vois la France qui doute, qui souffre, qui est en colère. Il faut apporter des réponses à ses légitimes attentes. C’est l’objectif des réformes dont je parlais en commençant.

Mais je ne me résigne pas à laisser se répandre l’idée que demain sera pire qu’aujourd’hui , qui serait déjà pire qu’hier. Non! Il faut une autre ambition : partager demain la fierté et le bonheur d’être Français.

Et pour cela, je veux faire rimer identité avec diversité et unité.

Nous , Français, nous sommes divers, nous n’avons pas les mêmes origines, la même couleur de peau, la même religion ni les mêmes croyances. Cette diversité, qui remonte loin dans le temps, est une richesse, une force. Il ne faut pas chercher à l’effacer en prétendant nous couler tous dans le même moule. Entreprise vaine et dangereuse. Il faut respecter nos différences.

A deux conditions.

D’abord que notre société ne bascule pas dans le communautarisme , c’est-à-dire dans le repli de chaque groupe sur lui-même, dans le refus du dialogue et du partage avec les autres. Dérive détestable qui est en contradiction même avec l’idée que nous avons de la France.

Ensuite que notre diversité converge vers l’unité , c’est-à-dire le partage d’un bien commun autour duquel se rassemblent tous les Français. Sans ce bien commun, reconnu et partagé, il n’y a pas de pays, pas de nation, pas de patrie, pas de France.

Ce bien commun, nous le connaissons : c’est notre histoire, le patrimoine qui nous a été transmis, notre culture, notre langue ; ce sont nos racines , chrétiennes bien sûr  (qui pourrait en douter sérieusement?), judéo-chrétiennes, gréco-latines aussi. Le français est une langue latine et il faut continuer à l’enseigner à nos enfants. Ces racines, les nouveaux arrivants doivent les connaître pour s’intégrer à la Nation. Et puis, notre bien commun, c’est aussi l’esprit des Lumières qui est combat contre l’oppression et le fanatisme, et qui prépare 1789. Les valeurs républicaines bien sûr qu’exprime si fortement la devise qui n’a pas pris une ride : « Liberté, égalité, fraternité  » . Enfin la laïcité à la française qui est à la fois liberté de religion garantie à chaque citoyen, et strict respect par toutes les religions de la séparation du temporel et du spirituel et des lois de la République. Y compris l’égalité entre les femmes et les hommes qui est un droit fondamental.

Connaître et respecter des principes, des valeurs , des droits ne suffit pas à souder l’unité d’un pays. Il y faut un supplément d’âme, le sentiment d’appartenance à la même patrie, l’élan du cœur que nous éprouvons lorsqu’on hisse le drapeau national ou qu’on entonne l’hymne national. Avez-vous remarqué que , depuis les attentats terroristes qui défient ce que nous sommes, nous chantons la Marseillaise avec plus d’ardeur?

Et l’Islam dans tout cela ? Je ne veux pas éluder cette question qui, formulée plus ou moins explicitement , est omniprésente dans le débat actuel.

J’y ai longuement réfléchi. J’en ai parlé avec des interlocuteurs de tous bords. Récemment encore avec le jeune maire de Tourcoing, Gérald Darmanin , avec lequel je me suis trouvé en grande harmonie de pensée. Peut-être parce que nous sommes tous deux maires et que notre expérience quotidienne nous vaccine contre les simplifications idéologiques .

De deux choses l’une :

  • ou bien l’on pense que la religion musulmane n’est pas soluble dans la République , et alors il faut se préparer à une forme de guerre civile ;
  • ou bien l’on est convaincu qu’il existe une lecture du Coran et une pratique de la religion musulmane compatibles avec nos valeurs et notre mode de vie, et alors il faut travailler avec détermination à poser des règles claires entre les musulmans qui partagent cette conviction et la République. Ce ne sera pas facile. G. Darmanin rappelle que cela n’a pas été facile avec l’Eglise catholique jusqu’au début du siècle dernier. Ce sera plus difficile encore avec la religion musulmane qui n’a pas d’organisation hiérarchique. Mais il faudra le faire pour clarifier la question des lieux de culte et de leur financement, la question des imams , de leur recrutement et de leur formation. J’ai dans cet esprit proposé que les imams de France prêchent en français et soient titulaires d’un diplôme de formation à l’histoire et aux lois de la République.

Dans le même temps , nous devons nous montrer intraitables avec toutes les formes de radicalisation des esprits qui menacent notre civilisation. Radicalisation dans nos écoles où nos enseignants doivent recevoir la formation et le soutien hiérarchique pour résister à la propagande des fanatiques et développer le contre-discours adapté à leurs élèves ; radicalisation sur les réseaux sociaux et le web en général qui intoxiquent les esprits faibles et permettent hélas! à la haine de se lâcher; radicalisation dans les prisons où j’ai proposé la création d’une police pénitentiaire spécialisée dans la recherche du renseignement ; radicalisation dans certaines salles de prière ou l’on ne doit pas tolérer des prêches qui appellent à la violence et à la haine, en violation de nos lois.

Il y a longtemps que j’ai observé, dans notre vie politique, qu’il est plus facile d’avoir des positions simplistes qu’une approche équilibrée. Je suis la cible d’attaques venimeuses sur les réseaux sociaux où je suis parfois rebaptisé (sic) « Ali Juppé » ou qualifié de « Grand Mufti » de Bordeaux, ou accusé de financer à Bordeaux la plus grande mosquée de France… qui n’existe pas et n’existera pas ! Ce n’est pas cette campagne qui me fera vaciller. Je continuerai à tracer la route d’une France apaisée, juste, ouverte au dialogue et à la recherche d’une identité heureuse. Parce que je suis profondément convaincu que cette France est possible et que c’est cette France là qui est fidèle à ses racines.

Voir aussi:

« Les travailleurs chez Amazon ont des conditions de travail dignes du XIXe siècle »

Auteur d’« En Amazonie, infiltré dans le meilleur des mondes », Jean-Baptiste Malet décrit le fonctionnement du géant du commerce en ligne. En Allemagne, les salariés de trois sites sont en grève.

Elvire Camus (Propos recueillis)

Le Monde

La plateforme de vente en ligne Amazon réalise 70 % de son chiffre d’affaires pendant la période des fêtes de fin d’année, selon le syndicat allemand Verdi. Pour faire face à l’explosion de commandes passées en un clic à l’approche de Noël, la multinationale recrute des centaines d’intérimaires pour renforcer ses équipes.

L’année dernière, Jean-Baptiste Malet a fait partie des 1 200 salariés embauchés pour travailler au sein de l’entrepôt de Montélimar. Ce journaliste révèle dans son livre, En Amazonie, infiltré dans le meilleur des mondes, les conditions de travail à la fois archaïques et ultramodernes en vigueur au sein des entrepôts d’Amazon, interdits d’accès aux journalistes.

Pourquoi avoir choisi Noël pour votre infiltration dans un entrepôt d’Amazon ?

Jean-Baptiste Malet : Tout simplement parce que j’avais de grandes chances d’être recruté. Amazon recourt massivement aux intérimaires pendant cette période, qui commence fin octobre et se termine fin décembre. A Montélimar, 1 200 intérimaires ont été recrutés pour Noël. Les travailleurs allemands [actuellement en grève] m’expliquaient cet été que certains entrepôts doublaient voire triplaient leurs effectifs [en fin d’année]. Je tiens à rappeler que je me suis infiltré parce que les employés ont refusé de me parler lorsque je les ai sollicités et qu’il est impossible de visiter les entrepôts en tant que journaliste.

A quel point la période de Noël est-elle importante pour Amazon ?

Amazon réalise 70 % de son chiffre d’affaires à Noël. Début décembre débute ce que l’entreprise appelle la période de « rush ». C’est assez impressionnant quand on se rend aux abords des entrepôts à ce moment-là, d’ailleurs. Des cars de travailleurs qui habitent à plusieurs dizaines de kilomètres sont spécialement affrétés, il y a un va-et-vient de camions poids lourds incessant.

Quel est l’objectif de votre livre ?

Pour beaucoup, Amazon est quelque chose de très virtuel. Or, même avec l’économie numérique, le travail est toujours présent. Je voulais également montrer que les potentialités d’Internet ont bouleversé le monde du travail sur ce secteur. Amazon, c’est une révolution dans le monde industriel. Les entrepôts logistiques sont régis par une organisation du travail très précise qui n’est pas simplement celle du taylorisme ou du fordisme. Elle inclut toutes les potentialités d’Internet et fournit des outils de contrôle de productivité parfaitement inédits.

Les méthodes de travail que vous décrivez dans votre livre, très semblables à celles du travail à la chaîne dans les usines dites traditionnelles, sont-elles en contradiction avec l’image 2.0 d’Amazon ?

Chacun à sa propre image d’Internet. Je ne veux pas tenir un discours moral, simplement rappeler des faits et décrire ce qui se passe dans une usine logistique. Les travailleurs chez Amazon, loin, très loin des progrès du XXIe siècle, ont des conditions de travail qui sont dignes du XIXe siècle. Que ce soit en ce qui concerne les conditions de travail des intérimaires, que ce soit dans les cadences qui sont imposées, dans les contrôles de productivité, dans les fouilles au corps qui sont réalisées chaque fois qu’un travailleur franchit les portiques. Les exemples foisonnent dans mon livre et tendent tous à montrer qu’Amazon, en ce qui concerne le respect des droits sociaux, est une entreprise qui n’est pas progressiste mais parfaitement réactionnaire.

Nous sommes loin du fameux slogan « Work hard, have fun, make history »…

Pour moi, ce n’est pas une contradiction. Car il faut garder en tête que Jeff Bezos (actuel PDG d’Amazon) est libertarien. J’étais d’ailleurs surpris de voir le nombre de portraits apologistes qu’on a pu faire de cet homme. Dans le slogan il y a « make history », mais il faut voir qui écrit l’histoire. On ne peut se contenter d’une apologie des puissants et des milliardaires sous prétexte qu’ils arrivent à rassembler des énergies. Il faut voir à quel coût et à quelle société ils nous préparent. Pour l’heure, Amazon, avant de représenter un progrès, c’est d’abord une formidable régression en ce qui concerne le devenir de notre humanité.

Comment Amazon gagne de l’argent ?

La force d’Amazon, vis-à-vis du commerce de proximité, c’est d’avoir des coûts de stockage et de distribution beaucoup plus faibles. Un entrepôt logistique en zone périurbaine, c’est un loyer qui est beaucoup plus faible que celui d’un commerce de proximité. Après, il est incontestable que ce qui fait l’efficacité d’Amazon, c’est son infrastructure informatique, qui permet l’expédition de colis au plus vite une fois la commande passée car tout est fluidifié par le réseau. Cette infrastructure permet un contrôle total de tout ce qui se passe dans les entrepôts, y compris au niveau des travailleurs. Par ailleurs Amazon n’a pas besoin de machines complexes comme l’automobile : en réalité, Amazon ce sont de grand entrepôts avec des étagères métalliques, quelques ordinateurs et des bornes Wi-Fi. La machine la plus complexe étant l’être humain qui, grâce au levier informatique, peut générer des richesses incroyables. La multinationale réalise également des économies sur les pointeuses, placées non pas à l’entrée de l’entrepôt mais à trois minutes de marche, sur le recours outrancier à l’intérim et sur son évasion fiscale. Il faut savoir qu’Amazon doit 198 millions au fisc français.

Vous ne vous attendiez pas à tout ce que vous avez découvert ?

Je m’attendais à un travail pénible, à la culture à l’américaine, mais pas à devoir subir des discours moralistes. Chaque jour on vous demande d’être meilleur que la veille. Il y a un aspect très idéologique au travail et on va applaudir ce qu’on appelle le « top performer », la résurgence de l’ouvrier Stakhanov en URSS, qui va au-delà de ce qu’on lui a demandé de faire. Les contre-pouvoirs sont complètement muselés. La plupart des syndicalistes ont la vie dure [la CGT a déposé plainte car ils étaient fouillés arbitrairement]. Et c’est assez surprenant de voir qu’une multinationale, dans le cadre de son travail, une fois qu’elle a nié tous les droits les plus élémentaires contenus dans le code du travail, ensuite s’ingénie à reproduire une forme de collectivisme. Je pense que cela est dû au fait qu’Amazon est un univers qui est coupé du monde.

Comment voyez-vous ces conditions de travail évoluer ?

Je pense qu’il y a un véritable espoir en Allemagne, où les syndicalistes ont réussi avec beaucoup d’intelligence à réinventer les outils du syndicalisme avec le simple argument du droit. Cela pourrait être un exemple pour d’autres entreprises en Europe. Je pense aussi qu’il y a une réponse politique à apporter, notamment au sujet de l’évasion fiscale. En dernier échelon, et ce n’est pas quelque chose de dérisoire, le consommateur lui-même peut se poser la question de savoir ce qu’il gagne en consommant sur Amazon et ce qu’il y perd. Je ne suis pas convaincu que la plupart des Français souhaitent voir le politique distribuer des subventions publiques pour l’implantation de tels entrepôts, d’autant qu’Amazon n’a pas besoin d’argent public aujourd’hui. D’ailleurs, lors de l’implantation du quatrième entrepôt dans le Nord-Pas-de-Calais, la région n’a pas donné d’aide publique.

 

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Stress, cadences infernales, maladies professionnelles… L’envers du décor d’Amazon

A l’automne 2018, le géant américain de la distribution en ligne va ouvrir un sixième centre de distribution en France, à Brétigny-sur-Orge (Essonne). A la clé : le recrutement de 1 000 personnes en CDI. Pourtant, dans les allées de ses entrepôts, les conditions de travail sont largement dénoncées.

Alain Jeault travaille depuis septembre 2012 sur le site de Sevrey (Saône-et-Loire). Délégué CGT, il ne compte plus le nombre de ses collègues arrêtés pour se faire opérer du poignet, du coude ou de l’épaule. « Des jeunes de 25 ans », souffle-t-il. Selon un rapport de la médecine du travail, auquel franceinfo a eu accès, sur les 121 personnes du site examinées par les médecins en 2015, 75 présentaient des « affections périarticulaires », c’est-à-dire des troubles musculo-squelletiques liés à leur travail et 30, des « affections chroniques du rachis lombaire » en lien avec leur activité de manutention.

« Personne n’était au courant de mes problèmes »

C’est ce qui est arrivé à Ana. Salariée sur le site de Montélimar (Drôme), cette femme de 46 ans a été licenciée pour inaptitude, en juin dernier. Embauchée en 2010, elle a contracté en 2012 une maladie à l’épaule gauche, à force de soulever des cartons. Elle est reconnue comme travailleur handicapé en mai 2013 par la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH). De retour à son poste de travail, elle demande simplement à ce que la hauteur de son bureau, sur lequel elle empaquette les colis, soit abaissée. « Je n’ai pas eu de réponse », explique-t-elle à franceinfo.

Elle l’aménage alors toute seule. « Un seul manager me proposait de temps en temps de me servir de la scotcheuse automatique, mais c’est tout. Au contraire, on venait me faire la remarque que je ne traitais que les petits colis. Personne n’était au courant de mes problèmes. » Du coup, Ana se voit contrainte de forcer sur son autre épaule. Il ne faudra que quelques mois pour qu’elle lâche elle aussi. « J’ai alors tenté de me reclasser, mais les documents qu’on m’a fournis étaient tous en anglais, une langue que je maîtrise très mal. » 

J’étais inapte à mon poste, mais pas à tous. Ils n’ont pas cherché à trouver une solution.Ana, ancienne salariée d’Amazonà franceinfo

Pour autant, elle n’en veut pas à ses anciens managers. « Eux aussi ont la pression. D’ailleurs, ils ne restent pas très longtemps à leur poste. » Depuis juin, elle se bat pour obtenir ses indemnités de licenciement.

Des scanners pour surveiller les salariés

Sur le site de Sevrey (Saône-et-Loire), Elodie se dit également en souffrance. Opérée récemment de la cheville, elle a bénéficié d’aménagements pour sa convalescence. Des restrictions que l’entreprise veut désormais supprimer. Pour cela, elle a été convoquée trois fois en deux mois par la médecine du travail, diligentée par l’entreprise. Ce qu’elle interprète comme un coup de pression. « C’est dur pour moi de marcher des kilomètres toute la journée. Je souffle une à deux minutes. Mais si je fais trop de pauses, ils (les managers) le savent tout de suite et me le font remarquer », confie-t-elle a franceinfo. En temps normal, un salarié peut parcourir entre 15 et 20 kilomètres par jour dans les allées des entrepôts.

Car dans les allées des entrepôts d’Amazon, tout est minuté, codifié, scruté, grâce aux scanners utilisés à chaque étape du traitement des colis. Une méthode qui permet à un employé d’en empaqueter jusqu’à 250 par heure.« Avec ça, ils savent exactement où vous vous trouvez et se servent de ces informations pour calculer votre temps d’arrêt », accuse Alain Jeault. Et même s’hydrater peut poser problème, rapporte de son côté France 3 Nord.

Si dans la journée, vous êtes allé aux toilettes, si vous avez pris un verre d’eau ou que vous ne pouvez pas justifier un temps d’arrêt, vous recevez une lettre de sensibilisation.Gérald Defauquet, délégué CGT sur le site de Douaià France 3

Si ces temps sont trop longs ou trop fréquents, « on se fait convoquer ou on reçoit chez nous un courrier recommandé nous incitant à accélérer la cadence », confirme Alain Jeault, qui dénonce « un véritable stress, que le salarié ramène à la maison ». Elodie raconte ainsi avoir déjà été convoquée jusqu’à quatre fois dans une même semaine, pour faire le point sur ces temps d' »inactivité ».

Cette situation tendue n’a pas échappé à certains élus, comme le député PCF du Nord, Alain Bruneel. En août dernier, il s’est rendu sur le site de Douai pour aller à la rencontre des salariés. Une visite suivie par un journaliste de L’Humanité et durant laquelle « une employée a fondu en larmes », se souvient Alain Jeault. Quelle a été la réaction d’Amazon ? « Le député n’a pas été reçu par la direction et des managers ont pris des photos des employés qui lui parlaient… » . Il a finalement été reçu par la direction, rapporte La Voix du Nord.

« Un environnement de travail sûr », selon Amazon

Contacté par franceinfo, Amazon refuse de commenter les situations particulières de ses employés ou ex-employés, mais rappelle que chaque collaborateur qui intègre l’entreprise reçoit « une formation spécifique en matière de sécurité et de manipulation sans risque, complétée tout au long de l’année par une formation progressive et continue, afin que les procédures de travail en toute sécurité soient bien maîtrisées ». L’entreprise estime également offrir « un environnement de travail sûr », avec notamment une « étude et amélioration constante de l’ergonomie des postes de travail ». Elle se défend enfin sur l’utilisation des scanners, en estimant qu’ils permettent plutôt une réduction des itinéraires au sein des entrepôts, et non un contrôle des cadences comme le dénonce le syndicaliste Alain Jeault.

Malgré ces démentis, le manque de dialogue et les conditions de travail sont régulièrement pointés du doigt, notamment dans l’enquête du journaliste Jean-Baptiste Malet, auteur d’En Amazonie : Infiltré dans « le meilleur des mondes », publié en 2013 (et en vente… sur Amazon !). Avec neuf autres de ses collègues, Alain Jeault se bat actuellement pour faire reconnaître leur spécialisation de cariste et faire en sorte qu’ils soient hissés au niveau 5, alors qu’ils ne sont pour le moment qu’au niveau 2. « Je suis cariste à 94% de mon temps, et lorsque l’on m’a embauché, on m’a demandé mon permis et j’ai passé une visite médicale spéciale. Et pourtant, je ne suis pas reconnu comme tel. » Cette reconnaissance porterait leur rémunération de 1 671 euros à 2 254 euros mensuels.

Cette mauvaise image n’empêche pourtant pas le groupe, qui promet des CDI payés 23% de plus que le SMIC selon Challenges, de trouver des candidats. Mais il doit élargir son bassin de recrutement et employer des personnes de plus en plus éloignées des sites. Alain Jeault relève ainsi qu’Amazon a dû mettre en place des navettes sur le site de Sevrey pour faire venir des salariés recrutés à Nemours… situé à 2h30 de là. Ceux qui tentent l’expérience ne restent pas plus de deux ans et demi en moyenne, estime le syndicaliste. Pour Ana, les cadences infernales représentent le véritable problème. « C’est un travail comme un autre, mais si les salariés étaient moins sous pression, ils s’abîmeraient beaucoup moins. »

Voir de même:

L’industrie du jeu vidéo: un travail de forçat?

Dominique Baillard

L’industrie du jeu vidéo est éclaboussée par une polémique sur les cadences infernales imposées aux employés. Le grand patron du studio Rockstar, connu pour la série « Grand Theft Auto » ou encore « Red Dead Redemption », a lui-même lâché cette information sans réaliser l’impact de cet aveu involontaire.

Pour faire la promotion de son prochain jeu, Dan Houser, qui a fondé le studio Rockstar avec son frère Sam, a évoqué « les semaines de 100 heures de travail », nécessaires pour arriver à sortir ce nouveau petit bijou, Red Dead Redemption 2, sans doute le jeu le plus attendu de l’année. Cent heures, cela fait du 14 heures par jour, 7 jours sur 7. Après l’avalanche de réactions négatives sur les réseaux sociaux, il s’est empressé de minimiser. Sans vraiment convaincre, car ces fameuses périodes de crunch, c’est comme ça que les studios ont baptisé ces sessions de travail hyper intense qui sont une réalité trop fréquente pour être ignorées.

Pourquoi les conditions de travail sont-elles aussi dures dans cette industrie ?

C’est une activité encore jeune, donc encore peu organisée sur le plan social, et surtout où la concurrence est féroce. Il n’y a pas de monopole comparable à celui des GAFA qui peuvent attirer les talents et les garder pour eux. La sortie d’un nouveau jeu est donc souvent un enjeu vital pour le studio. Et pour séduire les joueurs du monde entier, il faut proposer le produit le plus innovant et le plus parfait possible sur le plan formel. Le succès mondial de Grand Theft Auto (GTA) a fait de Rockstar l’une des entreprises les plus performantes du secteur, au prix d’un travail titanesque. Un jeu de belle facture contient aujourd’hui des millions de lignes de code, des centaines de personnages, des décors complexes et détaillés, et bien sûr des vérifications minutieuses pour éliminer tous les bugs avant la sortie. Cela passe par des tâches très répétitives dans les périodes de bouclage, périodes qui peuvent durer parfois non pas quelques semaines, mais une année entière. D’où les burn-out, les dépressions et les protestations de plus en plus véhémentes des employés.

Est-ce que cela concerne seulement le marché américain ?

C’est sans doute aux Etats-Unis où cette industrie emploie le plus de monde, plus de 220 000 l’an dernier, et donc où les abus sont les plus nombreux et les plus médiatisés. Mais cela concerne le monde entier, car cette activité est mondialisée. Rockstar a des studios en Europe, aux Etats-Unis et même en Inde. Cela concerne aussi la France où les plus grands comme les plus modestes ont été pointés du doigt pour leurs pratiques abusives. En début d’année, les employés d’Eugen System se sont mis en grève pendant plusieurs semaines pour défendre leurs droits. Le studio Quantic Dream, rendu célèbre pour ses jeux Heavy Rain, Beyond Two Souls et plus récemment Detroit : Become Human, a été dénoncé par nos confrères de Mediapart pour sa culture d’entreprise limite, avec du harcèlement, des propos racistes ou homophobes. Et Ubisoft, l’autre fleuron français (Assassin’s Creed, The Division, Just Dance, Watch Dogs…) a été épinglé au début du siècle et est devenu depuis un modèle social.

Comment réagissent les employés, et les employeurs ?

Les premiers parlent de plus en plus, surtout sur les réseaux sociaux. Le hash tag #AsagameWorker, « en tant que travailleur du jeu », est devenu leur bannière. Maintenant il est plus délicat de contester publiquement des pratiques sans risquer de perdre son emploi. L’organisation Game Workers Unite essaie de fédérer leurs revendications et surtout de dénoncer les abus. En France est né discrètement en 2017 un syndicat des travailleurs du jeu vidéo. Les employeurs de leurs côtés sont encore trop souvent dans le déni, c’est le cas de Rockstar, mais de plus en plus dans la volonté d’améliorer la situation pour éviter de voir leur image dégradée.

Voir de plus:

Les dessous du business de la solidarité

Marketing, contrôle, évaluation… Les associations qui croulent sous les dons pour l’Asie doivent concilier bonne gestion et efficacité sur le terrain. Enquête sur les professionnels de l’urgence.
Laurent Barbotin, Marc Landré, Benjamin Neumann et Sabine Syfuss-Arnaud
L’Express

 

Ce jeudi 6 janvier, au siège parisien de Médecins du monde, une vingtaine de volontaires ont dû déchanter : un géologue, un élagueur d’arbres, une cadre de banque, un retraité et même une femme médecin, spécialisée en chirurgie maxillo-faciale… L’envie de partir et la bonne volonté sont des conditions nécessaires, mais elles ne suffisent plus pour retenir l’attention des  » recruteurs  » des ONG. Aujourd’hui, il faut parler anglais ou espagnol, pouvoir résister au stress, justifier de compétences techniques recherchées, être disponible trois mois d’affilée. Et pouvoir partir sur-le-champ à l’autre bout du monde secourir les victimes d’un tsunami dévastateur. Le tout pour une rémunération mensuelle comprise entre 510 et 920 euros, agrémentée d’une (modeste) prime de séjour. La solidarité humanitaire demeure une aventure, souvent rude, et elle a désormais des exigences. Ce jour-là, les deux  » recruteuses  » de Médecins du monde ne retiennent que des infirmières, des sages-femmes, des logisticiens, des urgentistes…

A la démesure de la catastrophe asiatique répondent un élan de solidarité inédit et un flux incroyable de dons venus du monde entier, un pactole d’environ 10 milliards de dollars offerts par des millions de particuliers, des milliers d’entreprises et des Etats. Mais, au bout de la chaîne, ce sont des associations, souvent fragiles, et des équipes réduites qui doivent assumer toutes les responsabilités, et elles tentent, tant bien que mal, de gérer cette manne colossale. Toutes ne sont pas équipées pour canaliser cette vague de générosité. Pour la première fois de son histoire, Médecins sans frontières (MSF) a interrompu sa collecte mondiale, après avoir récolté 40 millions d’euros en une semaine :  » Notre structure ne nous permet pas de gérer plus d’argent « , ont affirmé ces pionniers de l’urgence, au grand dam de plusieurs de leurs collègues humanitaires.

Le petit monde des ONG n’a jamais paru si éclaté, si divers. En vingt-cinq ans, elles seraient passées de 4 000 à quelque 35 000 dans le monde. La France est, avec le Royaume-Uni et les Etats-Unis, au tout premier rang mondial.  » Il n’y a pas un mouvement humanitaire unifié, mais des organisations qui oeuvrent un peu chacune dans leur coin « , constate Thierry Pech, auteur avec Marc-Olivier Padis d’un ouvrage de référence, Les Multinationales du coeur (Seuil). Cela va des petites structures d’une demi-douzaine de personnes à la Croix-Rouge française, dont le budget dépasse les 700 millions d’euros.

Le charity business fait des émules et a explosé depuis une bonne dizaine d’années. En France et en Europe, surtout, mais pas seulement. La Banque mondiale affirme travailler avec près de 1 000 ONG dans le monde entier. Un tri s’impose entre celles qui tiennent leurs engagements et d’autres, aussi opaques qu’opportunistes. Sans oublier  » les « faux nez », ces organisations derrière lesquelles on trouve un gouvernement, une idéologie, une organisation religieuse ou un lobby industriel « , ajoute Thierry Pech.

Un tabou est peut-être en passe de voler en éclats : le petit monde des ONG découvre les exigences du contrôle et de l’évaluation. Le mouvement est d’abord venu des grandes organisations internationales, qui ont commencé à poser des conditions. Pour une raison simple : plus de 10 % de l’aide au développement distribuée par les Etats passent aujourd’hui par les ONG. Les bailleurs de fonds internationaux ont structuré leurs procédures de financement de projets. A l’instar de la Banque mondiale, qui a imposé une longue liste de critères aux organisations avec lesquelles elle travaille. Mais aussi de l’Union européenne, qui, en créant Echo en 1992, s’est donné les moyens de superviser ses opérations d’aide humanitaire. Bruxelles n’accorde ses financements – 600 millions d’euros par an – qu’après la signature de contrats-cadres très pointus. Echo veille au grain et a audité en 2003 près de 150 de ses partenaires.

Audit : le mot est lancé. Il a fallu un énorme scandale français pour voir enfin cette pratique se développer. En 1996, la justice découvrait un détournement massif au sein de l’Association pour la recherche sur le cancer (ARC), dont le président, Jacques Crozemarie,  » siphonnait  » la caisse. Il fut condamné à quatre ans de prison.  » On sort enfin de l’opacité « , observe Thierry Pech.  » Cette affaire nous a poussés à être beaucoup plus rigoureux « , renchérit Jean-Luc Bellynck, directeur financier de la Croix-Rouge française. Les contrôleurs se sont mis au travail.  » De telles dérives ne sont plus envisageables, car la probabilité de se faire contrôler est beaucoup plus forte « , estime ainsi Jean-François Carrez, président de la 5e chambre de la Cour des comptes. Cette dernière et l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) auditent chaque année une demi-douzaine d’associations. Un chiffre ridicule par rapport à la quantité d’organisations, mais Philippe Séguin, premier président de la Cour des comptes, assure ne pas vouloir relâcher la pression : les contrôles seront renforcés en 2006, surtout en ce qui concerne l’utilisation des fonds collectés pour l’Asie.

 » Ils durent des mois, et tout est épluché, y compris les comptes personnels des dirigeants « , confie Olivier Berthe, président des Restaurants du coeur, contrôlés en 2004.  » Nous avons des pouvoirs d’investigation très larges, confirme Jean-François Carrez. Les dirigeants sont même parfois obligés de nous donner des informations qu’ils ne communiquent pas à leur conseil d’administration.  » Comme le détail de contrats passés avec des entreprises, la rémunération de dirigeants, voire certains arrangements comptables.

Les Restos du coeur ont eux aussi revu leur système de contrôle après la découverte de détournements par des bénévoles, au siège et en région. Ils ont ainsi recruté une directrice financière, créé une commission d’appels d’offres et développé un service interne d’audit. Ils ont obligé leurs 113 antennes départementales à s’entourer de commissaires aux comptes, cinq ans avant que la loi l’impose, en 2003.  » Il n’existe pas de système infaillible, avoue Olivier Berthe. On peut juste mettre en place un maximum de garde-fous afin d’éviter les dérives.  »

Certaines ONG ont également tenté de s’organiser et d’élaborer des standards communs de bonne gestion. Créé en 1999, le Comité de la charte de déontologie délivre un label de bonne conduite à ses adhérents. Une bonne idée, en théorie, mais loin d’être suffisante.  » Les contrôleurs sont bénévoles et leurs compétences laissent parfois à désirer « , constate Marie-Caroline Bonnet-Galzy, patronne de l’Igas. MSF a d’ailleurs refusé d’intégrer le Comité de la charte, stigmatisant l’amateurisme des contrôles et contestant la validité d’un label que les ONG s’autodécernent…  » Le label peut constituer un premier niveau de sécurité, mais il n’est nullement suffisant « , admet un adhérent. Pour preuve : l’association Raoul-Follereau, créée pour lutter contre la lèpre, a été épinglée par l’Igas en 2002, car elle investissait dans des plantations de palmiers en Côte d’Ivoire et finançait les oeuvres de cardinaux conservateurs du Vatican, deux missions sans rapport avec ses objectifs initiaux. Le Comité de la charte a mis plusieurs mois avant de lui retirer son précieux label.

Ce manque de professionnalisme avéré avait conduit en 2000 l’Association française contre les myopathies à quitter ce comité pour faire certifier ses comptes par un cabinet indépendant, le BVQI. Mais celui-ci ne certifie aujourd’hui que quatre associations, dont l’ARC et l’Armée du salut, tandis que le Comité de la charte affiche une cinquantaine d’adhérents…

S’il devient de plus en plus difficile pour les organisations, du moins pour les plus importantes et les plus connues, de frauder ou d’affecter l’argent des donateurs comme bon leur semble, la question de l’évaluation du travail accompli sur le terrain demeure taboue : combien de personnes ont-elles été secourues, les moyens utilisés ont-ils été les plus pertinents, l’argent a-t-il été dépensé de la façon la plus efficace ?…  » On en est, dans ce domaine, au stade infantile « , lâche Thierry Pech.

Là encore, l’ampleur du mouvement de solidarité au lendemain du tsunami a permis d’ouvrir le débat. Mais ce dossier est aussi explosif que complexe. Les acteurs concernés sont réticents. A MSF, Marc Sauvagnac, directeur financier, pointe d’emblée  » les limites  » de l’évaluation :  » Un référentiel tout-terrain n’est pas satisfaisant, car chaque contexte est différent. Il est déjà très compliqué d’identifier les populations les plus vulnérables, sur place, dans un contexte de crise. Qui pourrait alors avoir les moyens et la légitimité de noter nos actions ?  »

Même dans le secteur de la microfinance, très en avance en termes d’évaluation des structures de crédit via des agences de notation comme Planet Rating, on réfléchit encore aux moyens de mesurer leur impact socio-économique. Sans avoir trouvé la solution miracle.

Certaines associations se sont toutefois lancées dans l’aventure en se dotant de moyens internes d’évaluation. Médecins du monde a mis en place en 1990 un  » comité des donateurs « , composé de seize membres bienfaiteurs élus par leurs pairs. Il veille  » à ce que les fonds collectés soient utilisés à bon escient « . Ses membres n’hésitent pas à se rendre sur le terrain pour réaliser un rapport comparant les moyens mis en oeuvre et les objectifs. En 2002, l’ARC a créé une commission d’évaluation scientifique de douze membres. Suivi des projets, grille d’évaluation : elle tente de mesurer l’impact des subventions accordées.

Les entreprises donatrices – de plus en plus nombreuses depuis dix ans – pourraient aussi faire fonction d’évaluateurs. Mais elles s’en gardent le plus souvent, préférant le rôle de donateur. La loi du 1er août 2003 sur le mécénat, qui permet de déduire des impôts 60 % des dons, a été un coup d’accélérateur pour les partenariats. Handicap International, la fondation Abbé-Pierre et le Secours catholique se sont même dotés l’an dernier de services chargés de démarcher les entreprises, dont la participation est encore très modeste : en 2003, elle ne représente qu’environ 3 % du budget des grandes ONG françaises.

Il faut dire que la rencontre entre l’humanitaire et l’entreprise est récente et a d’abord été conflictuelle. Au cours des années 90, une cinquantaine de campagnes hostiles à un groupe ou à un secteur d’activité ont été lancées par des ONG, contre Nike, Shell, Total et BP. Même si des associations comme MSF ou la fondation Abbé-Pierre ont leurs listes noires et refusent l’aumône de certains groupes, la tendance est plutôt à la coopération.  » Les ONG sont aujourd’hui parties prenantes de la stratégie des sociétés, explique Philippe Chabasse, un ancien de Handicap International qui a créé un cabinet de conseil guidant les entreprises au sein de la nébuleuse humanitaire. C’est même devenu un impératif économique pour certaines d’entre elles.  »

Elles ont compris que travailler avec les ONG pouvait être très bénéfique.  » On y gagne en termes d’image auprès de nos clients comme de nos salariés « , admet Thierry Desouches, chargé de la communication de Système U, qui développe un partenariat avec Action contre la faim depuis 1997. Les points de fidélité accumulés par les clients peuvent être reversés à l’association sous forme de dons abondés par l’entreprise. En 2004, Système U a versé 500 000 euros à Action contre la faim, soit la moitié des sommes collectées par l’organisation humanitaire auprès des entreprises. Mais cet argent est affecté à un fonds d’intervention d’urgence. L’entreprise est informée de l’affectation de ses dons un an après.

Les partenariats entreprises-ONG peuvent aussi prendre la forme de  » produit partage  » (versement d’une somme d’argent à une association donnée lors de l’achat d’un bien défini) et de  » mécénat de compétences « . Cap Gemini et Ernst & Young mettent ainsi tous les ans des auditeurs à disposition de Planet Rating, qui note les institutions de microfinance : trois personnes à temps plein pour le premier et quatre cents jours/hommes pour le second. Idem pour Sanofi-Aventis, qui offre à Médecins du monde les services d’un juriste et d’un fiscaliste.

Parallèlement, en interne, les ONG sont devenues une affaire de professionnels.  » Sur le terrain, le baroudeur au grand coeur a laissé la place à un logisticien très pointu « , observe Thierry Pech. Directeurs des ressources humaines, collecteurs de dons, informaticiens, spécialistes en traitement des eaux… les équipes se sont étoffées et spécialisées. Ainsi, Greenpeace emploie aujourd’hui 45 permanents, contre une dizaine en 1996. Christophe Glenisson, directeur de la collecte de fonds, est arrivé fort d’un mastère de publicité de l’université de Chicago et de son expérience à EuroRSCG. Le directeur financier de la Croix-Rouge française est l’ancien patron d’Air liquide santé. Le directeur général de Médecins du monde est un ancien de HEC, tout comme la coordinatrice qui vient de s’envoler pour le Sri Lanka.

Il faut dire que l’humanitaire fascine. On estime à 20 000 par an le nombre de candidats au départ pour le bout du monde. La Croix-Rouge reçoit 20 curriculum vitae par jour en temps normal, plus de 70 depuis le désastre en Asie. L’an dernier, 8 000 candidatures sont arrivées au siège de Médecins du monde ! Beaucoup d’entre elles proviennent de jeunes diplômés de l’enseignement supérieur plus attirés par le charity business que par le monde de l’entreprise. Né en 1998 de la volonté de proposer aux populations sinistrées des coups de téléphone gratuits, Télécoms sans frontières emploie ainsi deux jeunes ingénieurs recrutés à la fin de leur stage. Et 15 % des jeunes diplômés affirment vouloir faire tout ou partie de leur carrière dans l’humanitaire.

Une fascination pour les ONG dont s’est emparé le milieu de la formation. Dès 1983 naissait Bioforce Développement, un institut spécialisé préparant des techniciens de l’humanitaire (voir encadré page 37). Depuis le milieu des années 90, les universités rivalisent d’imagination pour créer à leur tour des formations aux métiers du développement ou de la santé dans les pays pauvres.

La collecte de dons n’échappe pas à cette tendance. Cinquante ans après le célèbre  » Mes amis, au secours !  » de l’abbé Pierre au profit des mal-logés, les techniques de marketing visant à alimenter la machine à dons ont beaucoup évolué. Une ONG doit parfois investir jusqu’à 30 % de ses ressources pour faire la différence sur le marché compétitif de la générosité, évalué à environ 2 milliards d’euros en France. Mais obtenir l’appui d’une personnalité reste le meilleur moyen d’acquérir de la notoriété à bon prix. Les Restos du coeur reçoivent ainsi un cinquième de leur budget annuel grâce aux Enfoirés (voir encadré ci-contre). La Voix de l’enfant, dont le budget ne dépasse pas 1 million d’euros, accède aux plateaux de télévision grâce une ambassadrice de charme, l’actrice Carole Bouquet.  » La télévision est le meilleur moyen de susciter l’émotion, et c’est l’émotion qui déclenche les dons « , analyse Laurent Terrisse, directeur de Non Profit, filiale de l’agence de communication TBWA, spécialiste des ONG.

Dynamisée par les déductions fiscales instituées par le législateur, la collecte de fonds s’effectue principalement au moyen d’opérations de publipostage, sur la base de fichiers que les associations s’échangent,  » quand elles ne travaillent pas sur les mêmes secteurs de l’humanitaire « , précise un professionnel. Le message lui-même évolue : un temps culpabilisant, il est aujourd’hui plus concret et surtout personnalisé par le parrainage direct, l’envoi de photos des villages aidés ou des travaux effectués, l’édition d’étiquettes autocollantes ou l’adjonction d’une enveloppe prétimbrée suscitant la réponse. Mais les ONG hexagonales sont moins offensives que leurs homologues anglo-saxonnes. Certaines envoient jusqu’à 24 lettres de relance dans l’année pour reconquérir un donateur perdu, d’autres mettent en oeuvre des loteries qui font un riche et quelques moins pauvres !

Dans les années 80 sont même apparus des cabinets de conseil, comme RMG Connect et Excel, spécialisés dans le marketing humanitaire. Celui-ci se déploie en plusieurs temps : prospection, fidélisation et, dans le meilleur des cas, legs. Ce qu’Antoine Vaccaro, fondateur d’Excel, racheté en 2001 par TBWA, appelle  » la trilogie du don « . La prospection est la phase la plus onéreuse et la plus aléatoire : l’association dépense environ 1 euro par personne démarchée et peut, au mieux, espérer rembourser ses frais. Environ la moitié de ceux qui auront répondu favorablement pourront être fidélisés, pour une durée moyenne de cinq à sept ans.  » C’est là seulement que le système est rentable « , précise Antoine Vaccaro. MSF a même introduit le prélèvement automatique il y a une dizaine d’années avec son opération  » 1 euro par semaine « . Don indolore, il dissipe l’impression de gâchis et de paperasserie. Mais le vrai jackpot, c’est lorsque des personnes âgées lèguent une partie de leur fortune à l’association. Avec un record en la matière : en 2001, les tableaux d’un collectionneur était offerts à l’Unicef par son épouse, Jeanne Gaffé ; un don valorisé à 73 millions de dollars !

D’où vient et où va l’argent. Bilan comptable des associations caritatives (TABLEAU VOIR PDF)

Du Biafra à Bam, six crises qui ont forgé la réputation des humanitaires1967-1970

BIAFRA

Les conséquences de cette guerre civile au Nigeria, avec 3 millions de déplacés, ont provoqué la première réaction humanitaire planétaire. En plus d’un an, la Croix-Rouge va récolter 23 millions de francs et organiser 320 vols pour acheminer 2 135 tonnes de vivres.

1979-1989

AFGHANISTAN

Au début des combats, en 1979, Action contre la faim est créée pour aider les 3 millions d’Afghans vivant dans des camps de réfugiés au Pakistan. Pendant les dix ans de l’occupation soviétique, 1 200 volontaires français vont clandestinement passer la frontière pour monter des dispensaires.

1984-1985

ÉTHIOPIE

Alors que la famine décime tout un peuple, un concert géant, Live Aid, est organisé en juillet 1985. Suivi par 1,5 milliard de téléspectateurs, il rapporte 74 millions de dollars. Tandis que des artistes enregistrent aux Etats-Unis We Are the World et en France SOS Ethiopie.

1992-1993

SOMALIE

Sous la férule des chefs de guerre locaux, 1 million de personnes déplacées sont menacées par la famine. Quand, en décembre 1992, les Etats-Unis lancent l’opération spectacle Restore Hope, qui marque la naissance controversée du droit d’ingérence militaro-humanitaire.

1999

KOSOVO

Deux mois après le début de l’exode de 950 000 réfugiés, près de 150 millions de francs et 17 000 tonnes de nourriture et de produits d’hygiène ont été récoltés. Jamais les ONG françaises n’avaient reçu autant de dons : 80 millions de francs en trois jours pour la Croix-Rouge.

2003

IRAN

Ce 26 décembre, un séisme tue plus de 26 000 personnes à Bam. Un programme d’aide internationale fort de 500 millions d’euros est mis en place. La France promet 6 millions d’euros. Chiffre qui ne sera finalement atteint que grâce aux 4,1 millions des organisations caritatives.

Thierry Bandiera, expert en logistique d’urgence à la Croix-RougeBravo, Alpha, November, Delta, India, Echo…  » Lorsque Thierry Bandiera épelle son nom, c’est en alphabet radio. Efficacité, rapidité et disponibilité sont les leitmotivs de ce  » Monsieur 100 000 Volts  » de 37 ans, responsable de la logistique à la Croix-Rouge française depuis treize ans.

Le 8 janvier, cet ancien de l’armée de l’air a supervisé le décollage d’un DC10 dont la soute était remplie de matériel et de colis pour l’Asie. C’était le quatrième avion qu’il affrétait depuis le tsunami. Lui s’envolait le jour même pour Kuala Lumpur, pour réceptionner la cargaison et ouvrir un bureau en mesure d’accueillir une équipe d’humanitaires.

C’est en  » voltigeur  » qu’il a débarqué dans la capitale de la Malaisie. Entendez qu’il n’y avait jamais mis les pieds, mais que, malgré tout, il a assuré ses arrières avant le départ, jouant du téléphone, du fax et du courriel pour activer ses réseaux à l’ambassade et dans les entreprises françaises sur place. Son but : trouver des grues pour décharger le DC10 ; disposer de surfaces de stockage pour entreposer les 60 tonnes de marchandises, dont l’essentiel provenait de dons d’entreprises (10 tonnes de shampooing et de savon, des kilomètres de ficelle, 13 citernes pour l’eau, une tronçonneuse thermique…).

Equipé de téléphones satellitaires et d’ordinateurs portables, Thierry Bandiera s’est donné trois semaines pour faire tourner le bureau de Kuala Lumpur. Trois volontaires l’y aident : une logisticienne et deux chefs d’entreprise, qui, de temps en temps, quittent leur quotidien pour le suivre en mission.

La Croix-Rouge française a recueilli plus de 60 millions d’euros pour secourir l’Asie. Une grande partie sera dépensée en médicaments, rations alimentaires, kits de première nécessité, expédiés depuis la France. Sur place, Thierry Bandiera achètera aussi des équipements peu sophistiqués (jerricans, casseroles ou réchauds) chez des fabricants locaux, de Malaisie, d’Indonésie ou de Singapour. Début janvier, déjà, il lançait, depuis son bureau parisien de la rue de Berri, des appels d’offres sur Internet. Car l’humanitaire est prévoyant et ne dépense pas à l’aveugle. D’ailleurs, tous les jours, il envoie un rapport financier au siège.

S.S.-A.

A l’école des  » pros  » de l’humanitaireCréé en 1983 dans la banlieue de Lyon par Charles Mérieux, l’institut privé Bioforce forme des techniciens de l’humanitaire. Diplômés de niveau bac + 2, ils sont logisticiens, administrateurs, gestionnaires de projet ou spécialistes de l’eau. L’actuelle promotion compte 120 étudiants, dont 62 % d’hommes, de dix-huit nationalités. L’âge moyen est de 29 ans. Bioforce compte un réseau de 850 anciens, dont la moitié travaillent dans des ONG.

Les Enfoirés, recette magique des RestosRien de mieux que des artistes mobilisés autour d’une cause pour faire rentrer des sous dans les caisses. Champions toutes catégories : Les Restos du coeur. Ils réunissent avec Les Enfoirés la plus belle brochette de VIP du pays : Jean-Jacques Goldman, Patricia Kaas, Patrick Bruel, Muriel Robin, Pascal Obispo… Les Enfoirés, c’est une superbe opération de marketing au profit des plus démunis (plus de 66 millions de repas servis l’an dernier). Leur tournée, réalisée chaque année fin janvier à guichets fermés (une date au Zénith de Clermont-Ferrand en 2005 et cinq à Paris-Bercy), bénéficie d’une incroyable couverture médiatique, et sa diffusion, en mars, sur TF 1, est l’une des meilleures audiences annuelles : dix-septième en 2004, avec 11 millions de téléspectateurs ! L’opération financière est excellente. Le CD et le DVD du concert rapportent plus de 16 millions d’euros, soit 17,8 % des recettes de l’association. Cette année, Les Enfoirés ont fait une infidélité aux Restos en donnant un concert supplémentaire au profit de la Croix-Rouge, pour venir eux aussi en aide aux sinistrés de l’Asie du Sud. M.L.

Ce magistrat veille sur vos donsJean-François Carrez, président de la 5e chambre de la Cour des comptes, encadre les magistrats chargés de contrôler les associations faisant appel à la générosité publique. Son programme pour l’année 2005 ? La publication attendue en mars du second rapport sur l’ARC (Association pour la recherche sur le cancer) et, à la rentrée, ceux sur la fondation Abbé-Pierre et France Alzheimer. Ainsi que la supervision des contrôles en cours au Secours catholique et à la Ligue nationale contre le cancer.

Salaires : 10 à 30 % de moins que dans les entreprises Il y a deux ans, la directrice d’Action contre la faim, Sylvie Brunel, lançait un pavé dans la mare en dénonçant le  » business  » humanitaire et les hauts salaires des cadres du secteur (plus de 4 500 euros par mois). Si certaines associations comme la Croix-Rouge offrent des conditions avantageuses (rémunérations inférieures de 10 % seulement à celles du privé, convention collective), la majorité des salariés d’ONG sont moins bien lotis, avec des différences de 30 % par rapport aux revenus au sein d’entreprises classiques.

Greenpeace

Directeur général : 4 200 à 4 500 euros

Directeur : 3 000 à 3 500 euros

Chargé de mission (bac + 4 en moyenne) : 2 000 à 2 700 euros

Employé : 1 600 euros

Secours populaire

Directeur général : 2 786 euros

Chef comptable : 2 484 euros

Responsable du contrôle de gestion : 2 334 euros

Comptables et assistantes de direction : 1 995 euros

Chargé de développement : 1 844 euros

Agent d’accueil : 1 506 euros

Médecins du monde

Salaire le plus élevé : 7 274 euros

Salaire le plus faible : 1 312 euros.

Volontaire à l’étranger : 510 à 920 euros net, plus une prime de séjour de 200 à 500 euros.

Collecteurs de fonds : 11,10 euros l’heure.

Tous les salaires sont donnés en brut sauf pour les volontaires à l’étranger de Médecins du monde.

Sources : ONG citées

Le tsunami a aussi dopé le volontariatMédecins du monde fait salle comble au lendemain du tsunami lors de la réunion mensuelle sur le volontariat. Au siège parisien, rue Marcadet, ils étaient près de 65, soit deux à trois fois plus que d’habitude, à proposer leurs services pour l’Asie. Des cadres de l’industrie, des employés, de jeunes retraités sont tous prêts à partir aider les victimes du raz de marée. Ne seront retenus que les médecins, infirmières et logisticiens.

Voir encore:
« Nous espérons que cette affaire ne ternira pas l’image de la Croix-Rouge »

Les révélations du « Parisien » sur les entorses au droit du travail à la Croix-Rouge française ont réduit au silence la plupart des employés.

« Je ne prendrai pas le risque de parler. Adressez-vous à la communication ou à la direction. » Les révélations, dimanche 31 mai, du Parisien sur les entorses au droit du travail à la Croix-Rouge française, le non-paiement d’heures supplémentaires et le risque d’une amende de 2,8 millions d’euros, ont eu un premier effet : réduire au silence la plupart des salariés et des bénévoles, que ce soit à Paris, à Lyon ou encore à Marseille. Il est vrai que consigne avait été donnée par la direction de ne pas parler à la presse.

Richard Schittly (Lyon, correspondant), Isabelle Rey-Lefebvre et Luc Leroux (Marseille, correspondant)

Le Monde

 

« Que la direction confonde bénévolat et salariat, ça, c’est une réalité dans cette entreprise qui manque de transparence », se hasarde un cadre marseillais de la Croix-Rouge française qui préfère conserver l’anonymat. « Les cadres ne sont pas payés pour leurs heures supplémentaires et ont du mal à les récupérer. Il n’est pas rare qu’on nous convoque pour des réunions fixées après nos horaires de travail. Comme au siège, ce serait bien que l’inspection du travail fasse un petit tour chez nous. »

La réalité décrite par Marie (dont le prénom a été modifié à sa demande), employée dans le service d’aide à domicile, tranche avec le renom de l’association. « C’est beau l’image de la Croix-Rouge, mais l’envers du décor ce sont des petits salaires. Ce n’est pas qu’on soit maltraités mais il y a beaucoup de précarité, des salariés qui ont du mal à joindre les deux bouts, à trouver un logement… » Fière malgré tout de travailler à la Croix-Rouge, Marie cite le salaire d’une aide-soignante avec vingt ans d’ancienneté, 1 200 euros pour un trois quart-temps, ou celui d’un brancardier à 1 100 euros en fin de carrière. « On nous dit qu’on est là pour sauver des vies mais cela ne doit pas se faire à n’importe quel prix. »

« Personne ne vous parlera ici ! »

A Paris, devant le siège rue Didot (14e arrondissement), aucun salarié n’accepte de répondre aux questions si ce n’est sous le couvert de l’anonymat. Une jeune femme pressée lance : « Éloignez-vous un peu, personne ne vous parlera ici ! » « Cela fait dix ans que je vis la pression des horaires et du toujours plus, c’est bien que cela sorte au grand jour », témoigne néanmoins une secrétaire. Mais ce sentiment ne fait pas l’unanimité : « Je suis très heureuse de travailler à la Croix-Rouge française où je peux récupérer mes jours », tient à faire savoir une cadre du service juridique. « Les cadres qui se plaignent oublient qu’ils ont 23 jours de RTT par an. Ils peuvent bien faire quelques heures supp’», estiment deux employés. « Les budgets sont en baisse, les demandes en hausse. Notre modèle économique et notre organisation sont bousculés », reconnaît une cadre.

Pour les salariés rhônalpins, cette affaire de défaut de comptage d’heures supplémentaires, est très parisienne. Le siège, où sont traitées les relations internationales, reste un peu à part de la réalité quotidienne de la Croix-Rouge en région. En tout cas, cette affaire ne semble pas devoir affecter les relations sociales des multiples établissements régionaux. « Pour la Croix-Rouge ça fait désordre. Mais franchement on ne se sent pas concernés. Dans les établissements régionaux, il est très peu question d’heures supplémentaires », confie Carmine Colangeli, brancardier, représentant CFDT au centre des Massues à Lyon. Pour lui, le personnel est plutôt vigilant sur la réorganisation globale engagée : « On nous présente un projet d’optimisation, on est dans une période de rigueur dans un secteur de santé ultra-concurrentiel, les partenaires sociaux discutent de ça dans les instances, c’est l’enjeu actuel. »

« Depuis une dizaine d’années nous sommes lancés dans la professionnalisation à grands pas, observe Marie-Catherine Roquette, directrice régionale Rhône-Alpes. L’association est devenue une entreprise, avec ses contrôleurs de gestion, ses pilotages par métiers, qui cherchent à dépoussiérer son image. »

Le choc est parfois violent

Dans la région Rhône-Alpes, la Croix-Rouge est devenue un acteur économique majeur avec près de 4 000 salariés. Elle gère une soixantaine d’établissements sanitaires et un institut de formation. Avec un budget de l’ordre de 150 millions d’euros, la direction Rhône-Alpes représente 12 % de l’activité de la Croix-Rouge française. « C’est une association magnifique, on est mobilisé pour améliorer la qualité de nos missions », juge Mme Roquette.

Chez les bénévoles, c’est l’incompréhension qui domine. Beaucoup refusent de témoigner, renvoyant à la direction de la communication. « Oui, il faut respecter le code du travail mais nous, nous ne comptons pas nos heures », indique Paul, 60 ans, bénévole à Paris depuis longtemps. « Tout ce que nous espérons, c’est que cette affaire ne ternisse pas l’image de l’association et n’entraîne pas une baisse des dons, car leur produit revient aux unités locales », remarque t-il, témoignant du rapport assez distant qu’entretiennent une grande majorité de bénévoles avec la direction.

Matisse Belusa, qui fut, jusqu’en 2012, président de l’unité locale du 6e arrondissement de Paris, explique :

« La Croix-Rouge française est une énorme organisation. A Paris, nous ne manquons jamais de bras et c’est une aventure humaine incroyable. Mais le choc peut être violent entre les bénévoles, qui s’impliquent énormément, et les instances dirigeantes, qui ne mesurent pas toujours leur travail, n’écoutent pas assez le terrain. Lorsqu’un bénévole a commis une maladresse, elles prennent parfois des sanctions humainement difficiles à vivre »

Un élu du bureau d’une délégation départementale confie :

« Depuis l’arrivée du nouveau président [Jean-Jacques Eledjam] il y a deux ans, nous sentons une gestion assez brutale, avec des instructions que nous ne pouvons pas discuter. Le moindre désaccord est sanctionné  »

« Beaucoup d’exagération »

« La Croix-Rouge ne peut pas se permettre d’un côté d’aider les gens par sa vocation essentielle, et de l’autre de mal se conduire avec ses salariés », réagit Jean-Pierre Vainchtock, président de la délégation départementale du Rhône, qui gère 800 bénévoles, dont 180 secouristes de l’organisme caritatif. Pour les bénévoles, l’affaire du droit du travail écorne bien sûr l’image de l’institution. « Une association à vocation humanitaire doit plus que tout autre respecter les règles du droit du travail », reconnaît bien volontiers M. Vainchtock, tout en relativisant la polémique : « Il y a sans doute beaucoup d’exagération dans la présentation médiatique des choses. »

« Cela n’entache pas l’image de la Croix-Rouge, estime Ludovic Lanzi, responsable des équipes mobiles et maraudes de nuit à Marseille. Il s’agit d’une question de gestion de salariés mais les bénévoles savent pourquoi ils font ce qu’ils font. Ils ont été plus choqués par la récupération de notre logo Samu social sur une affiche du Front national lors des dernières élections départementales. »

Voir enfin:

L’homosexualité masculine est-elle une norme dans l’industrie de la mode?

Si l’on vous demandait le nom d’un couturier français hétérosexuel, vous auriez sans doute bien du mal à en citer un.

Slate

Pour célébrer son 300e numéro sorti en septembre 2018, le magazine anglais Attitude –le premier média dédié à la communauté LGBTQ+ en Europe– célèbre l’industrie de la mode en mettant en couverture Olivier Rousteing, directeur artistique de Balmain, Edward Enninful, rédacteur en chef du Vogue britannique, et Nicola Formichetti, designer de Diesel et Lady Gaga.

Pour expliquer ce choix, le rédacteur en chef Cliff Joannou, dans son édito, évoque le rôle central du vêtement dans la vie des homosexuels: «Le style est une fenêtre ouverte sur notre identité, car les vêtements sont bien plus qu’une épaisseur qui nous protège des éléments. Beaucoup d’hommes homosexuels passent des années à cacher leur identité ou à se fondre dans un stéréotype de genre. En grandissant, est-ce si surprenant que ça de les voir faire carrière dans la mode, cet univers qui leur permet de mettre de la couleur dans un monde sombre et discriminant?”»

Joannou évoque ici la présence en nombre d’hommes ouvertement gays dans l’industrie de la mode. Aux côtés des femmes, ils représentent la majeure partie du million d’emplois liés à la mode en France. L’homme hétéro y est minoritaire; il se braque et refuse de devenir un travailleur de cette industrie, de passer par une école de stylisme et de parler chiffons en public.

Affaires d’hommes

Depuis la fin du XIXe siècle, les hommes excellent dans l’art de l’habillement. Ce sont eux qui donnent naissance à la haute couture en France et en font un business lucratif. Charles Frederick Worth marque l’histoire en étant l’un des rares couturiers hétérosexuels et d’origine étrangère à enrichir la mode française. Son disciple, Paul Poiret, également hétérosexuel, a été la star de la couture des années 1900 à 1930.

Un basculement s’opère après la Seconde Guerre mondiale, avec l’arrivée de Christian Dior dans la fashion sphère parisienne. Très secret sur sa vie privée, il ne dévoilera que très tard son homosexualité.

Depuis, les designers vedettes –Yves Saint Laurent, Pierre Balmain, Karl Lagerfeld et Jean-Paul Gaultier, entre autres– ne se cachent plus et osent parler de leur orientation sexuelle. La jeune génération, elle aussi, fait rapidement son coming out, d’Olivier Rousteing à Simon Porte Jacquemus.

La raison qui explique cette présence massive d’hommes gays est simple: la mode a toujours accueilli ceux considérés comme des parias. Les juifs, les créatifs, les hypersensibles, les marginaux, le vilain petit canard de la famille et les homosexuels, tous trouvent leur place dans ce milieu qui les acceptent comme ils sont.

C’est grâce à cette communauté à la tête du navire que la culture gay s’immisce dans la mode. Les costumes italiens flamboyants, le port du rose, les pièces moulantes –dont le jean skinny– ou le cuir et le sportswear fétichistes quittent le microcosme des clubs gays pour rejoindre les moodboards et atterrir sur les défilés.

Les marques grand public ont suivi cette mutation de près et ont intégré ces nouveaux codes dans leurs collections masculines, avec un storytelling adapté: dans les années 1990, on assiste à la naissance de la métrosexualité. Pour la première fois, la mode apprivoise ces clients hétéros qui ne veulent surtout pas être vus comme des acheteurs compulsifs frivoles –l’équivalent de «gays» dans leur imagination.

Cette image d’homosexuel très efféminé et expert de la mode est également diffusée par la pop culture. En témoigne le personnage de Nigel, journaliste de Vogue et expert du relooking dans Le Diable s’habille en Prada, celui de Kurt dans la série Glee ou plus récemment Tan France, technocrate mode dans Queer Eye sur Netflix.

Malgré eux, ces personnages participent à l’auto-exclusion des hommes hétéros de l’industrie de la mode, car ceux-ci veulent s’éloigner le plus possible de cette image. La mode, et surtout celle des podiums, leur apparaît comme un domaine élitiste et complexe, au même titre que l’art contemporain. Ils cherchent alors des chemins de traverse pour éviter celle-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom.

Quête de réassurance

L’homme hétéro qui commence à s’intéresser au vêtement part toujours d’une démarche utilitaire. Pour Valentin Esquier, YouTuber et coach en image, le déclic est arrivé autour de ses 20 ans: «À un moment de ma vie, j’ai pris beaucoup de poids et j’ai mis mon apparence de côté. Après m’être pris en main, je n’avais aucune connaissance des codes du style, savoir comment mettre ma morphologie en valeur, par exemple.»

C’est justement cette quête du manuel parfait avec les bons tuyaux qui a poussé Geoffrey Bruyère à développer en 2007 le blog Bonne Gueule, aux côtés de son associé Benoît Wojtenka. «Pour notre génération, la passation des conseils en style ne se fait plus par le père, mais par Google. On tape “Comment choisir un jean” sur les moteurs de recherche», souligne-t-il.

Le blog est un succès et compte des lecteurs de 15 à 70 ans, en recherche constante de conseils et de marques testées et validées. Quand on parle de mode à l’homme hétéro, il a besoin d’être en confiance avec ce qu’il touche et ce qu’il essaie: c’est ce qui le fera revenir. Cette quête de réassurance pousse les marques à développer tout un storytelling à destination des clients, dans l’espoir qu’ils s’engagent dans la durée.

Selon Marc Beaugé, journaliste passionné par le vêtement mais qui se «qualifie rarement de journaliste mode», les hommes ont besoin d’une raison valable et de profondeur pour acheter un vêtement: «Il y a encore, chez beaucoup d’hommes, un complexe par rapport au shopping. Ils refusent d’être des fashion victims, ou de faire du shopping au premier degré. Ils veulent un vêtement entouré de sens, de référence culturelles et historiques. Ils ne veulent pas donner l’impression de répondre simplement aux diktat des magazines ou aux tendances. Moi-même, je déteste me balader avec un shopping bag. Ca ne m’arrive jamais.»

C’est en apprenant plus sur la matière, l’histoire du vêtement ou de sa coupe et l’association des couleurs que l’homme va au fur et à mesure prendre plaisir à s’habiller. Pour Geoffrey Bruyère, il y a eu une vraie évolution du regard de l’homme hétéro sur la mode depuis une dizaine d’années.

«Quand on a commencé à faire du coaching et que l’on proposait à des hommes des pièces qu’ils n’avaient pas l’habitude de porter, on nous faisait souvent la remarque: “Ça fait gay.” C’est bête, mais ça montre bien à quel point les hétéros peuvent associer la mode à une communauté. Et la remarque est ensuite passée de “Ça fait gay” à “Ça fait femme”, puis à “C’est pas vraiment mon style, c’est pas vraiment moi.”»

Virilité interrogée

La connotation gay est en revanche inexistante lorsque l’homme s’intéresse au vêtement sportif ou urbain. Il est par exemple totalement décomplexé lorsqu’il achète et collectionne des sneakers. Toute la culture du «Hype Beast» a misé sur cette nécessité de virilité amenée par le vêtement sportif, en l’associant à l’exclusivité. Aujourd’hui, les hommes s’arrachent les chaussures et vêtements Supreme et documentent leur passion pour ces chiffons précieux sur les réseaux sociaux.

Au Congo, les célèbres sapeurs –membres de la Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes– vont plus loin que le vestiaire sportif, en assumant sans aucun complexe leur goût pour les vêtements et accessoires chatoyants. Ils ont choisi la mode pour religion, sans que le mot gay ne soit mentionné nulle part.

Christelle Bakima, fondatrice du podcast reportage «Bak’s to Congo», explique que cette coquetterie masculine est même source de virilité: «Ce que l’on pourrait qualifier de comportement métrosexuel en France sera considéré comme synonyme de richesse et de bon vivant au Congo. Si cet homme peut s’entretenir, il peut subvenir aux besoins de sa famille, et donc potentiellement d’une femme, ce qui est perçu comme d’autant plus viril.»

La virilité est précisément l’élément que l’homme hétéro n’arrive pas à associer à la mode des créateurs et des maisons. Le dessin de mode et la couture étant souvent conjugués au féminin, cet univers lui semble bien trop inhospitalier.

En plus des tenues créatives qui effraient, l’androgynie et le très jeune âge des mannequins –souvent filiformes et imberbes– ne leur ressemblent pas et insistent sur cette cassure entre la mode des défilés et la leur.

Exclusions permanentes

Dans l’enquête sociologique Le plus beau métier du monde, Giulia Mensitieri explique que «depuis l’extérieur, [la mode] apparaît comme un monde homogène fait de paillettes et de lumière, mais, une fois franchi son seuil, on découvre un espace fortement structuré fonctionnant sur des exclusions permanentes, à la fois économiques, sociales et symboliques».

Une des exclusions les plus visibles est le nombre réduit de femmes et d’hommes LGBT+ à la tête des grands groupes. Dans ce microcosme, la cooptation et la passation de père en fils règne encore. Les hommes hétéros dominent les conseils d’administration des marques, sont directeurs de publication de magazines de mode ou travaillent l’angle financier de la mode, loin des sphères créatives.

Antoine Arnault passe bien du temps sur les défilés, mais parce qu’il fait partie du socle de LVMH. Son couple avec le top model Natalia Vodianova ne fait qu’amplifier son rôle de patron de la mode puissant et hétérosexuel.

En France, ces métiers de pouvoir et d’argent sont intimement liés à un idéal de l’homme viril. Craintifs à l’idée de ne pas correspondre à cet idéal, les jeunes hétéros évitent les formations en mode connotées féminines, comme le stylisme ou le marketing du luxe.

Ancien étudiant en école d’art, Valentin Esquier en a été témoin: «Les gens qui voulaient s’orienter dans la mode, c’étaient les filles, les gays de la classe et un mec qui ne se disait pas gay, mais qui s’est senti obligé de le préciser.»

Part de féminité

L’idéal viril à adopter à tout prix est né juste après la Révolution française, comme l’explique Émilie Coutant, sociologue et présidente du Groupe d’études sur la mode: «C’est l’entrée dans la société moderne qui a entraîné un idéal viril. L’homme devait être civilisé, propre sur lui et ne pas s’intéresser au futile. Ensuite, pendant tout le XIXe siècle, il s’est vu imposer un costume sombre et austère qui correspondait à un ordre idéal viril.»

Pourtant, sous l’Ancien Régime, c’étaient bien les hommes de la cour qui se passionnaient pour le vêtement, la coiffure, le maquillage et les chaussures à talons. Ces aristocrates flamboyants se souciaient peu de la différence entre masculin et féminin, puisque c’était la société d’ordres qui prévalait. Ce goût pour la mode a été effacé de l’histoire pendant deux siècles, sous couvert de virilité.

Depuis la fin des années 1990, les archétypes du féminin et du masculin sont une nouvelle fois bousculés, notamment grâce à la culture gay et aux mouvements féministes. L’homme hétéro est à nouveau appelé à embrasser sa part de féminité, comme le furent les dandys du XIXe siècle.

Montrés du doigt par les hommes comme étant des individus loufoques et égarés du bon chemin, ces derniers étaient également les tombeurs de ces dames, qui raffolaient de cette image d’homme soigné, moustachu et qui savait parler chiffons.

L’homme français n’en est qu’au début de cette métamorphose. Il se rendra bientôt compte qu’accepter et maîtriser son côté féminin n’est pas synonyme de destruction du masculin. Le bleu et le rose ne s’annulent pas: ils peuvent former un sublime violet, la couleur de l’année 2018 selon Pantone.


Hystérie anti-Trump: C’est une nouvelle guerre civile, imbécile ! (Who cares for the color of the cat if it catches the mice ?)

7 septembre, 2018
Peu importe que le chat soit noir ou blanc pourvu qu’il attrape les souris. Deng Xiaoping
Le problème – dont le président n’a pas pris toute la mesure – est que de nombreux hauts responsables de sa propre administration œuvrent activement de l’intérieur pour bloquer certains de ses projets et faire obstacle à ses pires penchants. Je suis bien placé pour le savoir. Je suis l’un de ces responsables. Soulignons tout de suite que notre action n’a rien à voir avec la “résistance” populaire menée par la gauche. Nous souhaitons la réussite de cette administration et pensons que nombre de mesures qu’elle a prises ont d’ores et déjà rendu l’Amérique plus sûre et plus prospère. Mais nous sommes convaincus que notre premier devoir est à l’égard de ce pays, et que le président persiste à agir d’une façon qui nuit à la santé de notre république. C’est pour cette raison que de nombreux responsables nommés par M. Trump se sont engagés à faire tout leur possible pour préserver nos institutions démocratiques et contrecarrer les impulsions les plus nocives de M. Trump jusqu’à ce qu’il quitte ses fonctions. La racine du problème, c’est l’amoralité du président. Quiconque travaille avec lui se rend rapidement compte que ses décisions ne se fondent sur aucun principe fondamental discernable auquel il serait attaché. Bien qu’élu sous l’étiquette républicaine, le président montre peu d’attachement aux idéaux portés depuis longtemps par les conservateurs : esprits libres, marchés libres, peuple libre. Au mieux il invoque ces idéaux dans des occasions soigneusement mises en scène. Au pire, il les attaque frontalement. Outre son acharnement à répandre l’idée selon laquelle la presse est “l’ennemie du peuple”, les réflexes du président Trump sont en général hostiles au commerce et à la démocratie. Que l’on ne se méprenne pas. Il y a eu, sur certains points, des avancées brillantes dont la couverture médiatique négative quasi permanente de cette administration n’a pas su rendre compte : une déréglementation efficace, une réforme fiscale historique, des forces armées plus puissantes, etc. Mais ces réussites ont été acquises en dépit, et non grâce au style de leadership du président, qui est impétueux, dans l’affrontement, mesquin et inefficace. Chaque jour, que ce soit à la Maison Blanche ou dans les différents départements et agences du gouvernement, les hauts responsables font part en privé de leur incrédulité devant les déclarations et les initiatives du commandant en chef. La plupart s’efforcent de protéger leurs activités de ses coups de tête. Les réunions avec lui s’égarent dans tous les sens, il se lance dans des diatribes à répétition, et son impulsivité débouche sur des décisions mal mûries, mal informées et parfois irresponsables, sur lesquelles il faut ensuite revenir. “Il est absolument impossible de prévoir s’il va changer d’avis ou pas dans la minute qui suit”, me confiait récemment un haut responsable exaspéré à la sortie d’une réunion dans le bureau Ovale au cours de laquelle le président avait opéré un virage à 180 degrés sur une décision politique majeure qu’il avait prise une semaine auparavant. Son comportement erratique serait plus inquiétant encore sans la présence dans et autour de la Maison Blanche de discrets héros. Certains de ses conseillers sont traités de scélérats par les médias. En privé pourtant, ils se démènent pour que les mauvaises décisions restent confinées dans l’Aile ouest – même s’il est évident qu’ils n’y réussissent pas toujours. Cela leur sera peut-être d’un maigre réconfort dans cette période chaotique, mais les Américains doivent savoir qu’il y a des adultes dans la pièce. Résistant et membre autoproclamé du cabinet Trump (NYT)
La politique du journal, c’est de décourager les sources anonymes au sein même des papiers des journalistes. Donc, publier une tribune anonyme, c’est très inhabituel ! Je ne crois pas que cela soit contesté au sein de la rédaction. On accepte les explications du chef de rubrique Opinions et de la porte-parole du journal, selon lesquels le sujet est d’une telle importance qu’il fallait faire une exception à la règle. Cela restera l’exception. (…) Je ne dirais pas que c’est du sabotage. Ce personnage, homme, femme, je ne sais pas qui a témoigné, n’a révélé que ce qu’on savait déjà à travers plusieurs déclarations de gens qui connaissent bien le fonctionnement, ou plutôt le dysfonctionnement, de la Maison Blanche actuelle, puis par le livre de Bob Woodward qui dit exactement la même chose. La seule nouveauté, c’est que cela vienne directement de l’intérieur de la Maison Blanche. (…) Trump lui-même a dit pendant la campagne qu’il pourrait se promener sur la Ve avenue à New York en tirant sur les gens et que ça ne lui coûterait aucune voix. Il s’est toujours placé en dehors de la moralité, et ses électeurs ont approuvé. (…) Un tiers de l’électorat continuera à le soutenir quoi qu’il arrive. C’est vérifié dans les sondages. Ils sont inébranlables. Ensuite, une autre partie des Républicains, environ 10% de l’électorat, flotte un peu. A des doutes. Un article comme celui qu’on vient de publier pourrait les faire basculer, ou du moins semer le trouble. Il faut aussi regarder les sondages sur la popularité de Trump, autour de 43-44%, ce qui est très mauvais pour un Président à ce stade de son mandat. Cela signifie qu’il va largement perdre les élections de mi-mandat le 6 novembre prochain, où la totalité de la Chambre des représentants est renouvelée. Tous les sondages donnent les Républicains perdants. Les Démocrates n’ont besoin de faire tomber que vingt-trois sièges pour avoir la majorité, ce n’est pas énorme. (…) Nous savions déjà qu’une majorité de Républicains émettait des doutes sur le fonctionnement de Donald Trump. Ils disent tous en « off » leur inquiétude. Et comment pour un observateur rationnel ne pas être convaincu que ce monsieur n’est à pas à la hauteur, qu’il est incapable, et dangereux ? Mais en public, les responsables républicains, à de rares exceptions près, ne vont jamais admettre que l’empereur est nu. (…) La déclaration de Michael Cohen est beaucoup plus grave pour Trump, elle l’a clairement placé dans l’illégalité. Michael Cohen a accusé, avec des preuves, Donald Trump d’avoir commis des actes illégaux. Le Président devrait donc être inculpé pour cela. (…) Il semble qu’il y ait eu une discussion entre membres de la haute administration là-dessus et qu’ils aient renoncé. Il me semble beaucoup plus probable que les démocrates, s’ils gagnent en novembre, enclenchent la procédure de destitution (impeachment). Qui échouera d’ailleurs, car s’il suffit d’une majorité à la Chambre pour déclencher la procédure, il faut les deux tiers au Sénat pour la condamnation, et les Démocrates n’auront jamais les deux tiers. (…) Ce sont surtout les grandes entreprises qui enregistrent des profits spectaculaires, pour une bonne part à cause des baisses d’ impôts. Mais les salaires stagnent, les gens ne voient pas de changement dans leur vie. Sauf ceux qui ont des titres en Bourse, c’est-à-dire une minorité d’Américains. L’Amérique qui était déjà prospère est encore plus prospère. L’ironie, c’est que l’électorat de Trump, «my guys» comme il les appelle, la classe ouvrière blanche, démunie, reste démunie. Elle n’a pas bénéficié de la politique de Trump, mais pas du tout. (…) Les contre-pouvoirs, dont la presse, font la démonstration que les Etats-Unis sont un Etat de droit. L’erreur de Trump est d’avoir pensé qu’il pouvait les balayer d’un revers de main, qu’il s’agisse de la presse, ou des institutions judiciaires. Ce n’est pas possible dans une vieille République comme la nôtre. Les institutions sont bien ancrées, on voit qu’elles réagissent. La démocratie américaine a plus de deux cents ans, elle se réveille. C’est vrai qu’on était endormi. On ne se rendait pas compte de l’enjeu. Tous les résultats des élections partielles montrent une très forte mobilisation de la résistance contre Trump. C’est parce qu’on croit très fort dans les valeurs de la démocratie. (…) Je ne suis pas naïf, j’ai fait presque toute ma carrière dans le sud profond, je connais très bien l’électorat Trump. Il faut absolument que les démocrates incorporent dans leurs programmes ces inquiétudes. Il faut absolument plus d’égalité dans la distribution des richesses. On voit d’ailleurs la percée d’une gauche qu’on croyait morte. Les élections partielles portent au pouvoir des hommes et femmes politiques qui s’affichent clairement à gauche, presque dans le socialisme à l’européenne – Bernie Sanders portait ce message, mais avec des failles, trop vieux, trop tourné vers le passé. Je pense à cette latino-américaine qui vient d’être élue dans le Bronx, Alexandra Ocasio-Cortez, et à cette jeune femme noire à Boston, Ariana Presley. Avec ces femmes démocrates très à gauche, un grand chamboulement est en train de se produire. Adam Nossiter (correspondant du “New York Times” en France)
Une autre chose qui devrait compter, c’est la décision prise par le Times de publier un éditorial anonyme. Il n’y a pas si longtemps, le journal avait juré qu’il allait sévir contre l’utilisation de sources anonymes dans ses reportages. L’argument pour cela était et demeure que c’est une erreur de laisser des personnes s’en prendre anonymement à d’autres sans risquer d’être réfutées et également d’empêcher les lecteurs de porter des jugements sur la véracité et les motivations d’un auteur. Mais cela c’était à l’ère A.T. – Avant Trump. Depuis la candidature à la présidence de Trump, le rédacteur en chef, Dean Baquet, a décidé que Trump ne méritait pas d’être traité selon les normes traditionnelles d’équité parce qu’il fallait l’empêcher de devenir président. C’est ainsi que chaque article est devenu un article d’opinion anti-Trump. À présent, les sources anonymes font partie de la routine, et en effet beaucoup de reportages n’existeraient pas sans elles. Cette pratique déloyale s’est maintenant déplacée dans la section éditoriale. Les mauvaises idées sont contagieuses. En réalité, ce qu’a fait le New York Times, c’est éliminer les reportages et les faits et se cacher derrière une longue et péjorative citation anonyme. Ce n’est pas du journalisme. C’est de la lacheté. Michel Goodwin
La ministre des Armées Florence Parly a annoncé un investissement massif dans les moyens spatiaux de l’armée. Une réponse à l’ »arsenalisation » de l’espace par les Etats-Unis, la Russie et la Chine… et à l’espionnage du satellite français Athena Fidus par un satellite russe l’an dernier. Challenges
Mounk convincingly argues that democracy and liberalism are not synonymous and that in the face of uneven growth and a multicultural world, friction (or worse) between the two concepts is now almost predictable. The People vs Democracy delivers a clear-eyed take on how liberal democracy fell out of favor in swaths of the Anglosphere and elsewhere. Not surprisingly, Mounk is alarmed by the rise of populism and what he diagnoses as liberal democracy’s fragility. He acknowledges that nationalism will be with us for the foreseeable future and posits the possibility that “citizens have built up loyalty to their political system because it kept the peace and swelled their pocketbooks, not because they hold a deep commitment to its most fundamental principles”. Does he overstate? Only maybe. Over decades, political values become baked into the national DNA. In the US, they are embedded in the constitution and celebrated on 4 July. Yet those same conventions are being buffeted by sustained centrifugal forces. In Mounk’s words, “democracy is deconsolidating”. (…) Although Mounk is openly discomfited by nationalism, he is impressed by its potency and durability, calling it the “most defining political force of its time”. He contends that in the 18th and 19th centuries, nationalism “nearly always took the form of a hankering for ethnic purity as well as democracy”. To be sure, the homogeneous impulse, a frequent component of nation-building, was a part of the American Genesis. In the drive to ratify the constitution, common ancestry and religion were enlisted, with English and Protestant the operative ties that bound. John Jay, the nation’s first chief justice and an abolitionist, wrote of Americans being “a people descended from the same ancestors, speaking the same language, professing the same religion”. Alexander Hamilton was not the only voice; the debate still rages. An immigration proponent, Mounk observes that going back in time citizenship was usually restricted to a subset of the overall population. In ancient Athens, the status of citizen was limited to the offspring of two Athenian parents. By contrast, the Roman empire was more elastic in its approach, mindful that citizenship and ethnic sameness counted for less when an emperor occupied the throne. The People vs Democracy is conscious of how the west arrived at its current inflection point. In addition to listing the usual causes, Mounk writes that too much distance emerged between government and the governed. As an illustration he points to the European commission, an opaque and unelected bureaucracy that affects the lives of hundreds of millions. Mounk also casts a wary eye at tribalism. Like Columbia University’s Mark Lilla, he rejects identity politics as antithetical to the “possibility of a truly open and multiethnic society”. And therein lies the challenge for Mounk and proponents of modern-day liberal democracy: preserving democracy with its attendant checks and balances while protecting individual freedoms in the face of growing antagonisms. As expected, The People vs Democracy lists possible remedies to this malaise, including “inclusive patriotism”. Mounk’s solutions will probably come up short as the haves and have-nots continue to move down separate paths, with the rich hiving off and the cognitive elites pairing off. Moreover, in the US reconciliation is further complicated by political affiliation becoming increasingly aligned with race and religion. These divides are organic if not intractable. Mounk is dead-on when he observes that candidates can no longer preach the virtues of the status quo when life is an unbridgeable moat to far too many. Citizens do not want to be sneered at as would-be vandals by their duly elected stewards. The world is no longer flat and, once again, blood and soil are relevant. Voters derided as “deplorables”, that is those who came up short in the march toward globalization, will no longer tolerate being ignored. How liberalism and democracy eventually respond to this latest test is the critical but unanswered question. The Guardian
If advisors [and] Trump staffers are working to undermine him because they know better on everything. If he can’t impose his will on his own branch of government, then what’s the difference between a government run by a technocratic junta and what we have now? There’s a reason people across the political spectrum were using the word “coup” yesterday after the op-ed appeared. Although to lefties, of course, the main knock on the junta is that they haven’t done enough to restrain him. Republicans are collaborators, they insist, not resisters. Hot air
Aside from the cultists, millions of voters cast their ballots knowing that he was a flawed man. They knew, and still know, that he’s cheated on his wife. They wished, and still wish, that he wouldn’t rage on Twitter, that he showed more self-discipline, and that he had more integrity. But they preferred him to Hillary Clinton, another corrupt candidate. But there’s something else that voters have “priced in,” too: They expect that Trump will face stiff resistance from the Republican establishment, and that the permanent class of civil servants — the “deep state” we hear so much about — will loathe and seek to undermine him. So when you run to the Times or to the Post and make anonymous claims, Trump’s supporters quite fairly question your motives. If the crisis is so bad, and your motives are so pure, why not go on the record? That said, I’ve been living alongside Trump supporters every day of my life since he came down that escalator. I know what they see in him. I know what they expect in him. And I’ll tell you what’s not “priced-in”: Actual instability. True stories of dangerous behavior. Some certain hardcore cohort of Twitter trolls and Trumpists will never leave their man. Some number of Republican congressmen would stand by his side no matter what, too. But constitutional correction in this case doesn’t require unanimity. It does require testimony and evidence that verifies your claims. We have reached a miserable point in American democracy. Unelected public servants so distrust the political branches of government that they actually work to undermine elected officials or refuse to even attempt to utilize constitutional systems of checks and balances. If you’re telling the truth, there exist within the Trump administration people who believe that our nation is led by a man who’s too unstable to govern. Yet to these people, even that level of a national emergency doesn’t justify the risk to career and reputation inherent in resignation and public testimony? A nation once worth dying for is now only worth leaking for? The alternative explanation, of course, is even worse: Maybe you and your fellow anonymous leakers aren’t telling the truth. Maybe you’re exaggerating so much that you’re stoking a false sense of fear and urgency. Based on the gap between the president’s Twitter feed and the administration’s actions, it’s clear that something is happening to thwart his will or change his mind. But is there a real fire behind all this smoke? We just don’t know. David French
The number of Americans filing new claims for unemployment benefits dropped to its lowest level in 49 years last week. Labor Department data released on Thursday show that seasonally adjusted initial claims filed in the week ending September 1 fell to 203,000, down 10,000 from the previous week. The last time the number of weekly jobless claims was this low was December, 1969, when 202,000 filed initial requests for benefits. Job openings started outstripping job seekers in March, and the labor market is now considered near full employment. The U.S. economy reached a record 6.7 million job openings in April, hundreds of thousands more than the number of unemployed workers. The number of openings has never been higher than the number of job seekers since the government started keeping statistics on both in 2000. At the same time, wages have mostly stagnated, confusing economists who continue to expect that their growth will pick up. The economy grew at a 4.2 percent rate in the second quarter of 2018, the fastest in four years. The Federal Reserve has hiked interest rates twice this year and is considering doing so again in response to the economy’s robust growth. National Review
Le président Donald Trump éprouve une difficulté indiscutable à former et à garder une équipe opérationnelle autour de lui ainsi qu’à prévenir des commentaires moqueurs à son égard par des membres de son gouvernement. Ajoutons à cela l’enquête en cours sur une éventuelle collusion entre son équipe de campagne et le gouvernement russe, et alors tous les ingrédients d’un film de suspense, à rebondissements, se trouvent réunis. Au milieu de la tourmente, cependant, le président américain peut éprouver un certain réconfort dans l’aide non intentionnelle que lui apportent ses ennemis idéologiques, c’est-à-dire les membres d’une gauche – représentée par le Parti démocrate et des analystes politiques proches de ce parti – dont les critiques envers Trump sont tellement biaisées et incohérentes qu’elles perdent largement en crédibilité et en lisibilité. (…) Prenons d’emblée le cas du conflit syrien. Après avoir établi une « ligne rouge » concernant l’éventuel usage d’armes chimiques en Syrie, le Président Obama renonça à mettre sa menace à exécution lorsque le régime de Bachar el-Assad employa ce type d’armes contre la population civile de son pays. La reculade d’Obama envoya un signal clair aux adversaires des États-Unis dans la région, notamment l’Iran et la Russie : ces derniers pouvaient désormais occuper le terrain en Syrie (comme ils ne se privèrent pas de le faire) sans craindre une riposte américaine. Et pourtant, cela ne dérangea guère, ou pas du tout, les membres du Parti démocrate. Or, lorsque le président Trump décida en mai de l’an passé de lancer des attaques aériennes sur les installations militaires du régime de Bachar el-Assad (et ce en réaction à l’emploi à nouveau d’armes chimiques par ce régime), le Parti démocrate offrit le spectacle de la division. En effet, tandis que les leaders de ce parti dans les deux chambres du pouvoir législatif américain – Chuck Schumer et Nancy Pelosi – manifestèrent un soutien, certes mitigé, à cette initiative, bien de leurs camarades condamnèrent leur prise de position, montrant de ce fait un parti sans position claire à cet égard. En ce qui concerne la Corée du Nord, la gauche américaine n’a pas lésiné sur les critiques à la rhétorique belliciste de Donald Trump à l’égard du dictateur Kim Jong-un. Elle a été, en revanche, bien avare de mots pour admettre que la fameuse « patience stratégique » d’Obama, appliquée à la Corée du Nord, fut un véritable fiasco ayant permis au dictateur Kim Jong-un de faire des progrès considérables dans la militarisation de son programme nucléaire. L’attitude de l’opposition démocrate sur le dossier nord-coréen est devenue encore moins lisible, et plus intenable, après l’annonce d’une rencontre prochaine entre Donald Trump et Kim Jong-un. En effet, plutôt que de montrer un enthousiasme quelconque pour la fenêtre d’opportunité qu’ouvre une telle rencontre, bien des membres de ce parti – y compris la candidate à la présidence lors des élections de 2016, Hillary Clinton – mettent l’emphase sur le manque de sobriété et d’expérience diplomatique de Donald Trump, ce qui, martèlent-ils, peut faire capoter les négociations entre les deux pays. Qu’on se le dise : le sommet États-Unis-Corée du Nord peut finir dans un cul-de-sac, ou même pourrait ne pas avoir lieu du tout. Mais indépendamment de l’issue de cette initiative, il n’en demeurera pas moins que le prédécesseur de Trump, en dépit de son expérience politique et de sa prudence diplomatique, n’était pas parvenu à mettre  Kim Jong-un en disposition de négocier. Puis, de même qu’au sujet de la Corée du Nord, les démocrates américains ne cessent de dénoncer la rhétorique offensive de Donald Trump à l’égard de Téhéran et sa menace de sortir les États-Unis de l’accord négocié par Barak Obama sur le nucléaire iranien. Il n’empêche que c’est bien cette rhétorique qui a poussé les partenaires européens concernés par cet accord à tenter de revoir celui-ci dans le but d’accommoder les objections et les exigences de Donald Trump. Dernier mais non le moindre, des membres de la gauche américaine ont regretté à maintes reprises l’absence d’une « grande stratégie » de politique extérieure chez Donald Trump. Et ils n’ont pas entièrement tort ; car le document publié par l’administration américaine en janvier dernier à ce sujet est prolixe en déclarations de principes et d’objectifs mais ne détaille pas les moyens d’y parvenir. Or, là où se trouve l’inconsistance de la gauche américaine à cet égard, c’est dans le fait qu’elle rechigne à admettre que le Président Obama, lui, ne mit en place une stratégie pouvant être classée parmi les grandes stratégies. Pourquoi, alors, s’en prendre exclusivement à la stratégie de Trump au lieu de proposer quelque chose de nouveau à ce sujet ? D’autre part, affirmer que « Trump a créé un vide temporaire dans le leadership mondial » – comme le fait Jake Sullivan, un haut fonctionnaire du Département d’État dans l’administration Obama – équivaut à ignorer un fait fondamental, à savoir : le vide en question existait déjà avant la présidence de Donald Trump et trouve en grande partie sa cause dans les atermoiements de Barak Obama face aux multiples contentieux internationaux. Les incohérences à répétition de la gauche américaine trahissent un manque d’idées en matière de politique extérieure, comme le reconnaît Zack Beauchamp, ancien chercheur d’un groupe de réflexion (think tank) de centre gauche : le Center for American Progress. Tirer à boulets rouges sur tout ce que Donald Trump puisse dire ou faire en matière de politique extérieure ne parviendra jamais à cacher ou à compenser les atavismes et les carences de la gauche américaine en ce domaine. Une aubaine pour l’actuel président américain. Fabio Raphael Fallio
Derrière les menaces tous azimuts qu’a brandies Donald Trump au cours des derniers mois, l’administration américaine joue en réalité un jeu assez complexe à l’échelle mondiale, vis-à-vis de ses partenaires de l’ALENA (Canada et Mexique), de l’UE, de la Chine ainsi que du Japon et de la Corée du Sud. La méthode se déploie en plusieurs temps. En premier lieu, ont été mises en place les taxes douanières sur l’acier et l’aluminium, assez généralisées, et qui ne sont pas d’une grande efficacité en termes de protection. En réalité, au-delà même du message à l’attention de l’électorat populaire américain, elles consistaient surtout à envoyer un message de détermination aux partenaires commerciaux des Etats-Unis dans le conflit commercial qui s’annonçait. Les taxes sur l’acier n’étaient toutefois pas à même d’enclencher une négociation commerciale poussée, que ce soit à l’échelle de l’ALENA ou avec l’UE. La deuxième phase repose sur la menace, bien plus redoutable, de mesures douanières substantielles dans l’industrie automobile. Sur la base de ce qui a déjà été mis en place dans l’acier, on constate que les menaces sur les industries automobiles des divers pays partenaires sont prises très au sérieux, que ce soit au Mexique, au Canada, en Europe ou au Japon. On a vu le Mexique s’engager dans une renégociation commerciale poussée, en acceptant des quotas et une révision des règles encadrant la provenance des composants des produits pouvant bénéficier d’une exemption de taxes douanières. L’enjeu de l’Alena est, de toute évidence, également majeur pour le Canada, dont les Etats-Unis sont de loin la première destination d’exportation.Il apparaissait clairement que les menaces douanières des Etats-Unis vis-à-vis des ses deux voisins visaient à une reconfiguration de l’accord de libre-échange, en maintenant cet accord in fine à condition que les trois pays se mettent d’accord sur un certain nombre de conditions. On voit en fait une stratégie à peu près comparable vis-à-vis de l’Europe. La Commission européenne insiste sur le fait qu’il ne s’agit en aucun cas de négocier sous la menace un accord commercial alternatif au défunt TTIP. On voit néanmoins une négociation large s’enclencher, sur la base des menaces qui pèsent sur le secteur automobile européen, et allemand en particulier. L’administration américaine était parvenue à un embryon d’accord avec la Commission lors du voyage de Jean-Claude Juncker en juillet à Washington, visant à supprimer les taxes douanières sur les produits industriels en dehors du secteur automobile. Derrière l’objectif de la suppression des droits de douane, on constate une négociation par secteurs. La partie américaine cherche surtout, pour rééquilibrer dans une certaine mesures les échanges, à développer les débouchés des entreprises américaines en Europe. Pour des raisons électorales notamment, Donald Trump insiste constamment sur l’accroissement par l’Europe mais aussi par la Chine des importations de soja américain. De la même façon, les négociations comportent systématiquement un volet sur les exportations de LNG américain. La proposition européenne consistant à supprimer les droits de douane dans l’automobile sur une base réciproque présente un certain intérêt pour les Etats-Unis, puisque les droits de douane européens sur les automobiles sont plus élevés que leur équivalent américain (bien que les USA taxent plus fortement les camions). Mais Donald Trump cherche avant tout à obtenir une renégociation plus générale qui amènent à un rééquilibrage partiel des échanges. Comme le montre son insistance sur les exportations de soja, il n’est sans doute pas guidé par une grande vision technologique. A ce stade, la méthode offre néanmoins une certaine lisibilité. Alors que le Mexique et le Canada (plus progressivement) en sont amenés à accepter une révision de l’Alena, l’UE s’efforce de présenter les négociations comme ne visant qu’à éviter une surenchère douanière. La partie américaine tente néanmoins de mettre au centre de son jeu vis-à-vis de l’Europe ce qui s’apparenterait également à une reconfiguration des échanges. (…) L’éditorial de Mohamed El Erian, célèbre économiste et financier, est un signe marquant, parmi de nombreux autres récemment, de l’évolution du débat sur la question commerciale aux Etats-Unis. L’amorce du débat par Trump sous la forme de menaces à tout va centrées sans grande cohérence sur la métallurgie semblait indiquer une approche chaotique sans véritable objectif si ce n’est électoral. Si la finalité de la stratégie en termes de promotions de certains secteurs interroge encore, il s’avère que l’on a affaire à une stratégie en plusieurs temps visant à une reconfiguration généralisée des échanges des Etats-Unis avec ses principaux partenaires commerciaux. Le cas européen présente tout de même une difficulté particulière, puisque l’UE, mais surtout la zone euro, évoluent vers un modèle généralisé d’excédents commerciaux. Au cœur de ce système, l’Allemagne présente un excédent de sa balance courante qui dépasse désormais largement les 8% du PIB. L’abaissement du taux de change de l’euro a été rendu indispensable par la crise qui a frappé l’union monétaire et fragilisé toute sa partie Sud. Ce faisant, le taux de change de l’euro est bien trop bas pour l’Allemagne, dont les excédents, par conséquent, ne cessent de croître. De plus, l’ensemble des pays de la zone se sont lancés sur la voie de la compression salariale pour compenser l’atonie de leur productivité et relancer tant bien que mal leur croissance par les exportations vers le reste du monde, et notamment vers les Etats-Unis. Le déséquilibre commercial européen est, d’une certaine façon, inhérent à l’union monétaire et à sa philosophie économique. Mohamed El Erian a raison dans son analyse de la dynamique des négociations, et de l’importance des négociations au sein de l’Alena pour la suite des négociations avec le reste du monde, et notamment avec la Chine. Les négociations avec l’Europe sont néanmoins bien plus compliquées qu’elles ne le sont avec le Mexique et le Canada. Donald Trump peut obtenir des concessions visant à accroitre les exportations américaines vers l’Europe dans certains secteurs, mais il est considérablement plus compliqué de parvenir à un véritable rééquilibrage, puisque les déséquilibres européens sont inhérents à la structure monétaire et politique de la zone euro. L’inertie liée à cette situation peut permettre à la partie européenne d’éviter le fond du sujet. Sur le plan monétaire notamment, l’euro est fortement sous-évalué pour l’Allemagne, mais les dirigeants américains étaient les premiers à justement encourager la BCE sur la voie de la relance monétaire et donc de l’affaiblissement du taux de change de l’euro pour maintenir à flot les économies en crise au sein de la zone. Par ailleurs, l’économie européenne montre déjà d’importants signes d’essoufflement, alors que les Etats-Unis affichent actuellement des chiffres de croissance élevés, à la suite du programme de baisse d’impôts. La dimension intrinsèque des excédents commerciaux européens avait permis à l’UE d’éviter ce débat à l’époque où Barack Obama n’avait de cesse de l’évoquer. Le risque lié à une approche comparable face à Donald Trump reste celui d’une fuite en avant sur le plan des tensions et des menaces. (…) Dans le fond, au-delà de la politique douanière ou de la construction de terminaux pour le LNG américain, tout véritable rééquilibrage des échanges entre l’Europe et le reste des pays développés nécessiterait un rééquilibrage, en premier lieu, au sein de l’Union européenne et de la zone euro en particulier. Ce sujet est le grand absent des débats européens, qui ont tendance à se focaliser sur les aspects plus institutionnels, comme le dispositif anti-crise de la zone euro, qui est au cœur des projets d’Emmanuel Macron. La zone euro suit un modèle d’accroissement continu de ses excédents commerciaux, à une échelle désormais massive. Les excédents de l’Allemagne vis-à-vis du reste de la zone euro se sont transformés, au cours de la crise de l’euro, en excédents vis-à-vis du reste du monde. Le débat européen devrait se concentrer sur les moyens de rééquilibrer la dynamique intra-européenne, au moyen d’un modèle de développement qui ne repose pas autant sur la demande extérieure comme moteur de la croissance. De plus, la France, qui n’a pas suivi les mêmes ajustements que les pays les plus durement touchés par la crise comme l’Espagne, le Portugal ou l’Italie, connait pour sa part une situation de déficit commercial chronique. Autant que la question du dispositif institutionnel de la zone euro, les efforts de rééquilibrage européen devraient se concentrer sur les conditions économiques réelles, qu’il s’agisse de salaires, d’investissement ou de moyens technologiques. Cette approche serait gagnante dans le sens où elle permettrait à l’Europe de s’ancrer dans une dynamique de croissance de meilleure qualité tout en limitant sa vulnérabilité face aux aléas mondiaux. Rémi Bourgeot
L’auteur –pour des raisons de simplification, on va partir du principe que c’est un auteur– choisit de rester anonyme pour des raisons évidentes. Pas seulement parce que cette lettre lui coûterait sa place (au minimum), mais parce que ce qu’il raconte est injustifiable. Les procédés qu’il décrit sont un coup terrible porté à la démocratie américaine et à la fonction présidentielle. Il s’agit presque d’un coup d’État clandestin. La crise constitutionnelle est déjà là, et c’est lui et ses homologues agissant dans l’ombre qui l’ont déclenchée. David A. Graham souscrit à cette thèse. Dans The Atlantic, il évoque un «coup d’État anti-démocratique». Et de fait, voici un haut fonctionnaire –nommé, donc, pas élu!– qui se vante de désobéir au président démocratiquement élu et se félicite que des membres de l’exécutif contournent les ordres présidentiels, travaillent à «piloter l’administration dans la bonne direction jusqu’à ce que –d’une manière ou d’une autre– tout cela se termine». Comme le dit Graham, «si contrôler le président demande de désobéir aux ordres et de recourir à la tromperie, cela devient plus dur à défendre». En vertu de quelle autorité de hauts fonctionnaires justifient-ils de tels agissements? Si l’on apprenait que l’entourage d’Obama en avait fait autant, comment réagirait-on? Mais Obama n’était pas fou, ni dangereux, ni impulsif, répondrez-vous. Eh bien, c’est une question de point de vue. On est tous le fou de quelqu’un. Dans la mesure où aucune preuve scientifique n’est établie de la folie de Trump, et même si la majorité de son entourage, voire du monde, estime qu’il a les fils qui se touchent, la loi américaine ne permet pas que des individus prennent de leur propre chef des décisions contraires aux devoirs que leur impose leur fonction. «TRAHISON?», a rageusement tweeté Trump après la publication de cet article. La question se pose, en effet. Car soit l’entourage de Trump estime qu’il est inapte à gouverner, que c’est un danger pour son pays et dans ce cas, son devoir est de mettre en branle une procédure de destitution pour l’empêcher de nuire, soit cet entourage se trompe ou est de mauvaise foi, auquel cas cette dénonciation et ces actes de rébellion larvée relèvent de la trahison. Voilà à la fois le problème et le talent de Trump: en rabaissant le niveau de la plus haute fonction de l’État, il a fait dégringoler tout son entourage avec lui. Celles et ceux qui œuvrent autour de lui à défaire ce qu’il fait utilisent des méthodes répréhensibles, hors de toute morale. Et l’’amoralité, c’est justement ce que reproche l’auteur de l’éditorial à Donald Trump, et ce qu’il évoque pour justifier son action et celle des autres «résistants». Si le mot «résistant» a une connotation en français qu’elle n’a pas en anglais américain –question d’histoire nationale bien sûr, le vocabulaire choisi par l’auteur anonyme pour se désigner et désigner ses homologues n’en est pas moins très fort, quasiment lyrique: il parle de «héros méconnus dans et autour de la Maison-Blanche», rien de moins. Il explique que «certains de ses conseillers ont été présentés comme des scélérats par les médias. Mais en privé, ils se donnent beaucoup de mal pour contenir les mauvaises décisions dans l’aile ouest, même si clairement, ils n’y arrivent pas toujours». Ce sont, selon lui, les «adultes» qui surveillent Donald Trump et qui l’empêchent de nuire. Curieusement, ces «adultes» ne trouvent pas la situation suffisamment alarmante pour continuer à respecter la loi. Le vingt-cinquième amendement permet à l’exécutif d’engager une procédure de destitution –certes complexe, heureusement d’ailleurs– du président. Ces «adultes» ne sont pourtant pas confrontés à une situation désespérée qui exige des actes de résistance héroïque –par exemple une dictature où la vie des lanceurs et lanceuses d’alerte serait en danger, et le président indéboulonnable par des voies légales. C’est loin d’être le cas aux États-Unis. Si ces personnes n’engagent pas de procédure de destitution, alors que de leur propre aveu la situation est grave et que Trump est fou, il s’agit d’un choix. C’est qu’elles risquent quelque chose (au hasard: perdre la majorité républicaine un peu partout, au Congrès, à la présidentielle de 2020), parce que la base qui soutient Trump est encore forte, mais que au cas où ça tournerait au vinaigre pour le quarante-cinquième président des États-Unis, au cas où, «d’une manière ou d’une autre», son mandat s’achevait de manière un peu précipitée, elles puissent sortir de l’ombre et sauver leur peau en clamant: «Moi, j’étais résistant» à toutes celles et ceux qui ne manqueront pas de demander des comptes aux responsables de cette calamiteuse administration et seront tentés de raser quelques crânes. Pour Ben Mathis-Lilley, journaliste politique à Slate.com, «c’est définitivement une explication très plausible pour expliquer pourquoi cette personne a choisi de publier cette tribune». « Mais d’un autre côté, spécule-t-il, peut-être que cet individu anonyme en avait tout simplement assez de lire et d’entendre des critiques de l’administration Trump, et qu’il n’a pour seule motivation que l’envie de se défendre en public. » Slate
The anonymous op-ed was also perfectly timed: It ran just days before Woodward’s book on Trump hits the shelves. The book tells of a White House in chaos and a mentally deranged president (I didn’t know Woodward had credentials in psychiatry), based on what he was told by Chief of Staff John Kelly. Kelly, by the way, denies everything. But that’s a minor detail. The author of the op-ed concedes that the Trump administration has accomplishments, but claims that they were made in spite of, not thanks to, Trump. Failures are attributed to Trump but accomplishments are assigned to his team. In reality, the Trump administration has generated unbelievable economic growth (4.1%), unemployment in the U.S. is at a record low, there are millions of new jobs, and millions of citizens have come off food stamps. A second Supreme Court justice will soon be appointed. China and Europe are yielding to Trump’s will. He is forcing NATO allies to pay more, improving the NAFTA treaty (despite warnings that Trump’s election would prompt Mexico to sever ties with the U.S.), stepping up sanctions against Russia, convincing North Korea to give up nuclear weapons, and has withdrawn from the 2015 nuclear agreement with Iran. He has moved the U.S. Embassy in Israel to Jerusalem. He has fulfilled his campaign promises, including making tax cuts. But the only thing that the liberal media can see is that Trump is deranged. James Freeman, a senior opinions editor at the Wall Street Journal, said in an interview Thursday that it might be acceptable to run an anonymous op-ed if, for example, revealing the name would endanger the author’s life. But that is not the case here. We’re talking about something very unusual – an op-ed that disputes the incredible achievements of the current administration. The American Left has lost its head. Its anti-Trump sentiment is taking this camp to alarming places. The New York Times, which a week before the election said there was a 95% chance that Democratic candidate Hillary Clinton would win, is keeping up its anti-Trump campaign. That is why it hired « Anonymous. » Anonymous became the resident hero of this shameful campaign, fueled not by the good of the public but rather by a power-hungry agenda. Nothing more. In the meantime, the New York Times, the Washington Post, CNN, and MSNBC are enthusiastically reporting and discussing this op-ed. At this rate, they’ll want to give him a Pulitzer even though (between us) the anonymous « hero » is nothing more than a coward with an agenda. I wonder: What will the American media do if Trump wins in 2020? Boaz Bismuth
The same “Resistance” howling about Trump’s desire to forge a détente with Russia based on a shared interest in fighting Islamic terrorists and preventing Iran from becoming the nuclear hegemon of the Middle East once bent over backwards to empower Iran. They gave the ayatollahs a clear path to a nuclear weapon, as well as $150 billion to finance their wars in Syria and Yemen, and their global terror attacks. The same Never Trump Republicans attacking Trump for his efforts to denuclearize the Korean Peninsula without war happily supported then-Secretary of State Condoleezza Rice as she cut a deal that only empowered Pyonyang. The Obama administration alumni who now insist that Putin is America’s number-one enemy did everything they could to appease him – in exchange for nothing — for years. As for Israel, the Israeli Left, and its American and European supporters, they have been attacking Netanyahu relentlessly for fostering close ties with the leaders of Hungary, Lithuania, Poland, Rwanda, Kenya, and the Philippines. At the same time, they insist that Israel must cough up its capital city and its heartland to the Palestine Liberation Organization (PLO) and its terrorist regime. Just last week, a delegation of leftist lawmakers and political activists made a pilgrimage to Ramallah, where they met with PLO chief and Palestinian Authority Chairman Mahmoud Abbas. They cooed and purred about his great visionary leadership, and insisted forcefully that Israel and the Trump administration must recognize his greatness. This would be the same Abbas who spends hundreds of millions of donor-transferred dollars every year to pay the salaries of terrorists. This is the same Abbas that continues to reject Israel’s right to exist, who wrote a dissertation arguing that the Holocaust is a Zionist fabrication; who has spent the past fifty years waging a political war to delegitimize Israel’s very existence. Beyond the rank hypocrisy of these critics and their criticism, their “morality” card ignores the key fact that Trump’s policies, like Netanyahu’s policies, are succeeding in making the U.S. and Israel stronger, and making the world safer. In contrast, the “moral” policies of their opponents made the world more threatening and dangerous to the U.S. and to Israel. (…) Like Israel, the U.S. cannot help its allies if it doesn’t help itself. The U.S. cannot advance its interests if they are subjected to automatic vetoes by allies acting selfishly. It cannot advance its interests if it maintains faith with “moral” policies, like the Iran nuclear deal and similarly failed nuclear agreements with North Korea, at the expense of actual counter-proliferation strategies that may involve smiling and waving while standing next to Kim Jong-un and Vladimir Putin. The hypocrisy and substantive failure of the “moral” policies of Trump’s and Netanyahu’s critics show that the assaults against these leaders are not about the proper ends of foreign policy, or even about morality. They are a power play. And given the disastrous failures of the “Resistance’s” foreign policies, it is clear that the outcome of this power struggle is something to which no one can be indifferent. Caroline Glick
Lyndon Johnson had a repulsive habit of referring openly to his sexual organ as “Jumbo”—and occasionally displaying it to startled staffers—a felony in our present culture. Worse still, he often gave dictation while defecating on the toilet. John Kennedy crudely seduced dozens of his own female staffers. One, Mimi Alford, who came to work a 19-year-old virgin, wrote an entire memoir of her mechanical trysts inside the White House with JFK, including his inaugural seduction, which, by any contemporary definition, would now qualify as sexual assault. She lamented that he once had pawned her off to fellate one of his aides. A perverted rapist as our beloved commander-in-chief? No need to imagine a Wolff version of the Clinton White House. I could an imagine a Wolff in FDR’s White House circa early 1945 having a field day: jazzing up the clandestine nocturnal trysts between the wheelchair-bound president and his mistress Lucy Mercer. His daughter Anna would be exposed as the go-between, the upstart young proto-Ivanka who had moved into the White House and became virtually a ceremonial First Lady. All the while the Roosevelt team would struggle to lie to the press about the president’s sky-high blood pressure, chain-smoking, martini drinking, and growing feebleness. In place of Steve Bannon’s shoot-from-the-hip notions of geopolitics, a Harry Hopkins or freelancing and estranged Eleanor Roosevelt could offer mini-interviews on the administration’s successful politicking with good old Uncle Joe at Yalta. The difference is that FDR had the press in his pocket and even was too crafty to trust any of his “friends” with unfettered access. Wolff’s ogre purportedly sloppily eats Big Macs in bed, golfs more than Obama did, has no hair at all on the top of his head, and at 71 is supposedly functionally illiterate. OK, perhaps someone the last half-century read out loud to Trump the thousands of contracts he signed. But what we wish to know from Wolff is how did his trollish Trump figure out that half the country—the half with the more important Electoral College voice—was concerned about signature issues that either were unknown to or scorned by his far more experienced and better-funded rivals? Why did not a well-read Marco Rubio or later Yale Law graduate Hillary Clinton focus on unfair trade and declining manufacturing, illegal immigration, unnecessary and optional overseas interventions, and the excesses of the deep administrative “swamp” state? Who discovered these issues or knew how to develop them? Was it really the feisty Corey Lewandowski? The genius Paul Manafort? How, then, could Wolff’s idiot grasp that these concerns were the keys to flipping purple swing-states that had previously been written off as reliably Democratically patronized clinger/irredeemable/deplorable territory by far better informed and more tech-savvy campaign operatives? Once Trump was in power, how does Wolff explain the near phenomenal economic turnaround in the latter part of 2017? Does he not see that the stupider you make Trump in his successful first year, by inference the even stupider you make the supposedly smarter actors in their many failed years? Although psychological in part, the upswing is not accidental. So far economic robustness seems predicated on massive deregulation, the expectation and then the reality of comprehensive tax reform and reduction, wooing home capital and industry, expanded energy production, loud business boosterism, recalibrating foreign investment and trade, and declining illegal immigration. Did Trump do that between scarfing down cups of Häagen-Dazs? Did his team act on their own while Trump was too busy scraping the crumbs out of the bottoms of his barrels of KFC? Why did not the supposedly far more sober and judicious Obama comprehend how to achieve 3 percent GDP growth. Could not Larry Summers or Timothy Geithner have ushered in record consumer and business confidence? Why did not black employment reach 2018 levels in 2013? Is not a man like Obama who eats arugula instead of daily swigging a dozen diet sodas far more studious and intellectually curious on all matters economic? Are we dunces really to believe merely building a high-rise in Manhattan takes more savvy than editing in near absentia the Harvard Law Review? Abroad, why did not the supposedly worldly Hillary Clinton as secretary of state tweet her support for the Iranian revolutionaries in the streets in 2009—in the manner that a supposedly buffoonish and semi-literate and combed-over Donald Trump instinctively did in 2018 ? Victor Davis Hanson
The Peter Strzok–Lisa Page texts, along with the careers of former FBI director James Comey and his deputy Andrew McCabe, reveal a politicized and in some sense rotten FBI hierarchy, beholden far more to its own exalted sense of a progressive self than merely to investigating crimes against the people. Lois Lerner was a clumsy reflection of how the IRS long ago became weaponized in service to auditing deplorables. Former CIA director John Brennan and Director of National Intelligence James Clapper used their supposedly nonpartisan positions to further political agendas. That each in his own way is clownish does not mitigate their rank efforts to graft intelligence agencies onto political causes. The same deterioration is true of many in the Department of Justice, who, along with the FBI, misled FISA-court justices, as if that were the only, or perhaps the easiest, way to obtain politically driven surveillance on U.S. citizens. Americans now are woke to the reality that straying too much into the forbidden zone guarantees that their communications can be monitored on the pretense that they’re colluding with some nefarious power. Yet if foreigners are the menace, why did our proverbial best and brightest traffic with a paid foreign spy at election time to sabotage a political campaign, then trump even the improper use of electronic surveillance with the insertion of paid informants? Google, Facebook, and Twitter are facing accusations of censoring social-media accounts and massaging Internet searches according to their progressive political agendas. The masters of the universe have given us the stereotype of 20- and 30-something social-warrior geeks, fiddling with their algorithms to virtue-signal their left-wing fides to a global audience. YouTube restricted more than 50 Prager University videos — often because either a human or computerized auditor did not approve of the videos’ presentation of America’s historical role as beneficent. Tie-dyed T-shirts, flip-flops, and faded jeans do not mask the reality that some $3 trillion in global capitalization is pledged to ensure that the nations’ computers, pads, and smartphones will not be polluted by traditionalist thinking. First-time congressional candidate Elizabeth Heng, a conservative from central California, found her video ad blocked on Facebook and Twitter. Apparently, her description of the Cambodian holocaust that her parents fled was too graphic or politically incorrect, or both. But then again, in California, everything is politicized, from plastic straws to single-user restrooms, in an Orwellian effort to distract us from the fact that we do not have enough water, usable roads, or workable public schools to remain a civilized state. Language is especially enlisted to disguise bothersome reality. During the Obama administration, no one would ever have known from “overseas contingency operations,” “man-caused disasters,” “workplace disasters,” and “holy struggles” that radical Islamic terrorists were seeking to kill Westerners from San Bernardino to Paris. As in the case of illegal aliens, undocumented aliens, illegal immigrants, undocumented immigrants, immigrants migrants, the progressive rationale is that anyone killed or harmed by a terrorist or migrant is usually a nobody and so an acceptable casualty in the greater war against incorrect speech and attitude. When our public colleges now find that an increasing number of newly admitted students cannot do college-level work when they begin their courses, administrators drop the old idea of catch-up “remedial” classes or compensatory “remediation” courses. The new language conveys that students are now suddenly qualified, or at least it virtue-signals the university’s effort to be suitably sensitive to the fact that in California nearly half of those entering the CSU system cannot read or compute at what previously had been thought to be a college level. Our very names and identities have become politicized. Desperate to highlight their progressive purity (or to enhance careers), politicians sometimes reinvent their nomenclatures and ancestries to suggest solidarity with those deemed racially, ethnically, or economically oppressed. Who now is who or what? Senator Elizabeth Warren claimed falsely — albeit not quite in the clumsy fashion of left-wing political activist and professor Ward Churchill — that she was part Native American. Socialist New York state senate candidate Julia Salazar recently and falsely rebranded herself as a virtual foreign-born immigrant. Was their intent to pose as poorer, more victimized Americans without actually having to become poorer or more victimized? White-male aspirant for a Texas Senate seat Patrick Francis O’Rourke has used the Latino nickname “Beto,” probably on the assumption that “Beto O’Rourke” might ensure a little more street cred among Texas’s Latino voters. I suppose “Pat O’Lopez” would be too shameless? But then again, California Senate candidate Kevin de León has added both a “de” and an accent to remind voters that he is not just an Anglicized Kevin Leon who could be mistaken for a third-generation Portuguese American. Americans have long accepted that Hollywood movies no longer seek just to entertain or inform, but to indoctrinate audiences by pushing progressive agendas. That commandment also demands that America be portrayed negatively — or better yet simply written out of history. Take the new film First Man, about the first moon landing. Apollo 11 astronaut Neil Armstrong became famous when he emerged from The Eagle, the two-man lunar module, and planted an American flag on the moon’s surface. Yet that iconic act disappears from the movie version. (At least Ryan Gosling, who plays Armstrong, does not walk out of the space capsule to string up a U.N. banner.) Gosling claimed that the moon landing should not be seen as an American effort. Instead, he advised, it should be “widely regarded as a human achievement” — as if any nation’s efforts or the work of the United Nations in 1969 could have pulled off such an astounding and dangerous enterprise. I suppose we are to believe that Gosling’s Canada might just as well have built a Saturn V rocket. Comic-book sales are static, purportedly because tired readers now find their make-believe heroes sermonizing, preachy, and predictable rather than one-dimensionally heroic. Social justice has entered the world of fantasy — and extends to science-fiction novels as well. Will 1984 have to be either banned or subjected to race/class/gender Bowdlerization? Sports offers no relief. It is now no more a refuge from political indoctrination than is Hollywood. Yet it is about as difficult to find a jock who can pontificate about politics as it is to encounter a Ph.D. or politico who can pass or pitch. The National Football League, the National Basketball Association, and sports channels are now politicalized in a variety of ways, from not standing up or saluting the flag during the National Anthem to pushing social-justice issues as part of televised sports analysis. What a strange sight to see tough sportsmen of our Roman-style gladiatorial arenas become delicate souls who wilt on seeing a dreaded hand across the heart during the playing of the National Anthem. Even when we die, we do not escape politicization. At a recent eight-hour, televised funeral service for singer Aretha Franklin, politicos such as Jesse Jackson and Al Sharpton went well beyond their homages into political harangues. Pericles or Lincoln they were not. Activist professor Michael Eric Dyson laced his supposed eulogy with an adolescent rant against Donald Trump: “Your lugubrious leach, your dopey doppelgänger of deceit and deviance” — and all that alliterative gibberish that apparently follows from a Ph.D. Politics likewise absorbed Senator John McCain’s funeral the next day. Sarah Palin —his persistently loyal 2008 running mate, who has never uttered an unkind word about him — was not invited. Apparently, her presence would now be seen as too politically incorrect; it might have polluted the observance with a deplorable odor or reminded us that she was once considered useful in appealing to the clinger/irredeemable/“crazies” vote. Meghan McCain, Barack Obama, and former president George W. Bush all did their best to praise the deceased, but in passing could not resist deprecating the current president. We have forgotten that the ancillary to de mortuis nihil nisi bonum dicendum est (about the dead nothing but good should be said) is “in speaking of the dead, nothing but good should be said about the still living.” It is certainly not an admirable trait to deplore incivility by gratuitously attacking a sitting president at a funeral — especially when neither the presidential encomiasts, nor the object of their encomia, had always been particularly civil and polite to each another in the past. Even the long-ago dead are fair game. Dark Age iconoclasm has returned to us with a fury. Any statue at any time might be toppled — if it is deemed to represent an idea or belief from the distant past now considered racist, sexist, or somehow illiberal. Representations of Columbus, the Founding Fathers, and Confederate soldiers have all been defaced, knocked down, or removed. The images of mass murderers on the left are exempt, on the theory that good ends always allow a few excessive means. So are the images and names of robber barons and old bad white guys, whose venerable eponymous institutions offer valuable brands that can be monetized. At least so far, we are not rebranding Stanford and Yale with indigenous names. Victor Davis Hanson
Donald Trump in his Twitter storms apparently has no idea that he is winning. The Brett Kavanaugh opening hearing turned into a progressive circus, with shouting would-be Democratic presidential candidates vying with screaming protesters to see who could be the most obnoxious. Ossified senior Democrat senators appeared bewildered how to match or somehow channel the street theater of activists on their left flank and ended up being sort of punked by their own protesters. It will be hard for network news to find a soundbite from all that to look presentable, given that democracy cannot function when elected officials join the mob. The consecutive Friday and Saturday funerals of the late Aretha Franklin and Senator John McCain reminded us why funerals are not good occasions for politicking and editorializing and end up reflecting poorly on those who try. There are 364 days a year to damn Trump without doing so at a funeral, especially by crowd-pleasing invective from those who call for civility and unity — and in the past often have shown neither to each other. New revelations about the strange nexus between Christopher Steele, Bruce Ohr, and a Russian oligarch only remind the public that Robert Mueller is looking for Russian collusion (to the extent that he is now, or ever was really) in all the wrong places. Future unredacted disclosures about the FISA warrants or communications between now-disgraced DOJ and FBI officials will be interesting. The great economic news — unemployment, GDP growth, Wall Street records, energy production, retail sales, and consumer confidence — continues to outpace even optimistic predictions. Abroad, the Iranian and Turkish economies are in shambles, and those countries’ hostility to the U.S. is proving to be a bad economic gamble. There is progress on NATO funding. Nobody is protesting over the supposedly radical decisions of leaving the Paris climate accord and the Iran deal, moving the U.S. embassy to Jerusalem, or assuming that, after 70 years, the surviving Palestinian “refugees” and their children, grandchildren, and great-grandchildren — like the 13 million who in 1945-7 walked back from Eastern Europe into Germany, or the 1 million Jews long ago ethnically cleansed from the Arab world, or the millions of “displaced persons” in post-war Western Europe — are no longer refugees. China shows signs of economic tension and does not seem to have its heart in an existential trade war with the U.S., given that it could probably keep its huge trade surpluses by simply trimming them down in art-of-the-deal fashion. NAFTA might be rebranded and improved. In other words, Trump’s superb foreign-policy team (Pompeo, Mattis, Bolton, and Haley) and his economic and judicial-appointments advisers have real accomplishments that reflect well on the Trump administration, and thus are driving the media and the Left into abject hysteria. All this is missing is a little silent forbearance on Trump’s own part to allow both his achievements and his critics, respectively, to speak for themselves, without need of his Twitter editorialization. Victor Davis Hanson
At the recent eight-hour, televised funeral of iconic singer Aretha Franklin, many of the speakers such as Al Sharpton and Jesse Jackson turned the event into a political wake—calling for everything from increased voter registration to tighter standards on drinking water. Activist and professor Michael Eric Dyson embarrassed himself with adolescent hits against President Donald Trump: “You lugubrious leach, you dopey doppelganger of deceit and deviance, you lethal liar, you dimwitted dictator, you foolish fascist.” On the next day, the televised state funeral for Sen. John McCain likewise soon became just as political. McCain and President Trump were hardly friends. During the 2016 election, Trump had in crude fashion impugned McCain’s stellar military service, which included a horrific five-and-a-half years as a prisoner of war in a dank North Vietnamese prison. For his part, McCain had earlier cruelly called Trump supporters “crazies.” Later he helped to bring the largely discredited anti-Trump Fusion GPS dossier to the attention of federal authorities. And he flipped on Obamacare to cast the deciding vote that defeated Trump’s effort to repeal and replace it. That McCain-Trump discord soon became thematic in the funeral eulogies. In not-so-veiled allusions, daughter Meghan McCain received loud applause for blasting Trump, as if she had delivered a partisan campaign speech: “We gather here to mourn the passing of American greatness, the real thing, not cheap rhetoric from men who will never come near the sacrifice he gave so willingly, nor the opportunistic appropriation of those who live lives of comfort and privilege while he suffered and served.” Former President Barack Obama used his time similarly to reference Trump, with similar not so subtle attacks, “Much of our politics can seem small and mean and petty. Trafficking in bombast and insult, phony controversies and manufactured outrage.” Likewise, former President George W. Bush, no friend of Trump, took a swipe as well. He contrasted McCain with Trump’s policies on illegal immigration and the summit with Vladimir Putin, “He (McCain) respected the dignity inherent in every life, a dignity that does not stop at borders and cannot be erased by dictators.” Once a funeral is turned into politics, then politics takes on a life of its own. Meghan McCain, Obama, and Bush were apparently all unaware of the paradox of calling for greater tolerance and civility while using a funeral occasion to score political uncivil points against a sitting president. Once solemnity is sacrificed, it becomes legitimate to remember that Bush himself once infamously looked into the eyes of Putin and said he saw a soul “straightforward” and “trustworthy”—a characterization mocked by John McCain. Obama had waged an often brutal 2008 campaign against McCain that saw low insinuations leveled at McCain as too old and at times near senile. Bush was accused by McCain in 2000 of running a dirty primary battle. Why are funerals of celebrities and politicians turning into extended and televised political rallies? Partly, the volatile Donald Trump and his frantic political and media critics are locked in a crude, no-holds-barred war against each other—waged everywhere nonstop. Partly, everything in America has become politicized. There is no escape from partisanship—not in movies, sitcoms, comic books, late-night TV, professional sports, social media, the Internet and 24/7 cable news. Not even the dead escape it. Now the funerals of notables apparently will be televised, scripted, and offer good ratings for political score-settling. Nothing is left sacrosanct. Victor Davis Hanson
The all-seeing social-justice eye penetrates every aspect of our lives: sports, movies, public monuments, social media, funerals . . .A definition of totalitarianism might be the saturation of every facet of daily life by political agendas and social-justice messaging. At the present rate, America will soon resemble the dystopias of novels such as 1984 and Brave New World in which all aspects of life are warped by an all-encompassing ideology of coerced sameness. Or rather, the prevailing orthodoxy in America is the omnipresent attempt of an elite — exempt from the consequences of its own ideology thanks to its supposed superior virtue and intelligence — to mandate an equality of result. We expect their 24/7 political messaging on cable-channel news networks, talk radio, or print and online media. And we concede that long ago an NPR, CNN, MSNBC, or New York Times ceased being journalistic entities as much as obsequious megaphones of the progressive itinerary. But increasingly we cannot escape anywhere the lidless gaze of our progressive lords, all-seeing, all-knowing from high up in their dark towers. (…) Americans have long accepted that Hollywood movies no longer seek just to entertain or inform, but to indoctrinate audiences by pushing progressive agendas. That commandment also demands that America be portrayed negatively — or better yet simply written out of history. Take the new film First Man, about the first moon landing. Apollo 11 astronaut Neil Armstrong became famous when he emerged from The Eagle, the two-man lunar module, and planted an American flag on the moon’s surface. Yet that iconic act disappears from the movie version. (At least Ryan Gosling, who plays Armstrong, does not walk out of the space capsule to string up a U.N. banner.) Gosling claimed that the moon landing should not be seen as an American effort. Instead, he advised, it should be “widely regarded as a human achievement” — as if any nation’s efforts or the work of the United Nations in 1969 could have pulled off such an astounding and dangerous enterprise. I suppose we are to believe that Gosling’s Canada might just as well have built a Saturn V rocket. (…) Sports offers no relief. It is now no more a refuge from political indoctrination than is Hollywood. Yet it is about as difficult to find a jock who can pontificate about politics as it is to encounter a Ph.D. or politico who can pass or pitch. The National Football League, the National Basketball Association, and sports channels are now politicalized in a variety of ways, from not standing up or saluting the flag during the National Anthem to pushing social-justice issues as part of televised sports analysis. What a strange sight to see tough sportsmen of our Roman-style gladiatorial arenas become delicate souls who wilt on seeing a dreaded hand across the heart during the playing of the National Anthem. Even when we die, we do not escape politicization. At a recent eight-hour, televised funeral service for singer Aretha Franklin, politicos such as Jesse Jackson and Al Sharpton went well beyond their homages into political harangues. Pericles or Lincoln they were not. (…) Politics likewise absorbed Senator John McCain’s funeral the next day. (…) Even the long-ago dead are fair game. Dark Age iconoclasm has returned to us with a fury. Any statue at any time might be toppled — if it is deemed to represent an idea or belief from the distant past now considered racist, sexist, or somehow illiberal. Representations of Columbus, the Founding Fathers, and Confederate soldiers have all been defaced, knocked down, or removed. The images of mass murderers on the left are exempt, on the theory that good ends always allow a few excessive means. So are the images and names of robber barons and old bad white guys, whose venerable eponymous institutions offer valuable brands that can be monetized. At least so far, we are not rebranding Stanford and Yale with indigenous names. This new politicized borg ferrets out every aspect of our lives. Nothing is safe, nothing sacred. Dead or alive, the relentless social-justice messaging continues. Like some sort of time machine, we go back in time to alter history as if a few corrections and adjustments will change and thus improve the entire present. Progressive politics seeks to connect and energize us as millions of shared malignant cells inside a metastasizing tumor — or to destroy us in the attempt. Victor Davis Hanson
Quel crédit peut-on attribuer à un auteur qui reste anonyme et qui explique qu’il reste à son poste parce qu’il veut limiter les dégâts et contenir le Président ? Cela ne parle ni en faveur de la moralité ni de la stabilité psychologique de la dite personne. De deux choses l’une, soit nous avons affaire à un clone de tous ces responsables de la haute administration allemande entre 1933 et 1945 qui expliquaient qu’ils servaient Hitler pour “éviter le pire”; soit nous avons affaire à la énième opération de l’establishment washingtonien pour déstabiliser Donald Trump, qui ne respecte pas les moeurs de la tribu. Nous sommes dans une guerre des mots sans précédent, entre les élites néo-libérales (qu’elles soient républicaines ou démocrates) et un selfmade man vulgaire, coureur, égotiste, qui ne recule devant aucune surenchère de communication pour faire plier ses adversaires. Il est très frappant de voir que, depuis le début de sa campagne des primaires, les adversaires de Trump commettent toujours la même erreur : ils le sous-estiment. Et plus ils le sous-estiment, plus Trump en profite. Insulter Donald Trump c’est d’abord le sous-estimer. Surtout, c’est alimenter ce qui le rend attractif auprès de ses électeurs: le fait qu’il soit rejeté par le système le rend éligible pour tous ces “déplorables” que la classe supérieure a écrasé de son mépris pendant toutes les années de la mondialisation néolibérale. Ajoutons un élément: combien pouvons-nous citer de présidents américains depuis Wilson qui n’aient pas été amoraux ou instables ou les deux? Peut-être Coolidge et Hoover; éventuellement Eisenhower; sûrement Carter. Mais dans le cas des deux derniers, ils ont tout de même alimenté la logique de guerre (renversement des gouvernements légitimes de l’Iran en 1953 et du Guatemala en 1954 par Eisenhower; ingérence en Afghanistan de Carter en 1978 afin de pousser l’URSS à l’invasion). Quant à nos icônes, Roosevelt, Kennedy, Obama, cela fait longtemps que leur légende a été écornée. C’est le moment de citer Lord Acton: “Tout pouvoir corrompt. Le pouvoir absolu corrompt absolument”. (…) On juge un arbre à ses fruits. Les adversaires de Trump peuvent raconter ce qu’ils veulent sur la personnalité de Trump, il reste à expliquer qu’au bout du compte il y ait une politique cohérente – détestable, si vous voulez, mais qui est lisible. Vous avez le droit de haïr la personne de Trump; vous pouvez enrager à lire son compte twitter; mais l’ordre ne sort jamais du chaos. Il y a une politique trumpienne, différente mais aussi cohérente que celle de Reagan en son temps. Jean-Pierre Chevènement la résume dans Le Figaro du 5 septembre: “Il rompt avec le multilatéralisme qui organisait autour de l’establishment américain la solidarité de tous les autres, y compris le Parti communiste chinois au sein d’un ensemble mondial hiérarchisé. Son mot d’ordre: “America first!” exprime avant tout la volonté de rebattre les cartes d’un jeu dont il estime que les règles doivent être revues, l’objectif central étant évidemment d’enrayer la montée de la Chine sur le long terme et de perpétuer l’hégémonie mondiale des Etats-Unis”. Nous ne comprenons pas la cohérence de la politique produite parce que nous sommes fascinés par le concepteur de cette politique, qui cultive son personnage comme un leurre, à l’abri duquel il avance en grande partie masqué. Trump n’est pas fou; il pratique la diagonale du fou, ce qui est très différent. Le personnage historique auquel il me fait le plus penser, c’est Bismarck : le fondateur de la première unité allemande annonçait toujours ce qu’il ferait et personne ne le croyait ou on le jugeait dérangé tellement il savait être grossier, direct, brutal en paroles. Il a été constamment sous-estimé et a pu engranger succès après succès en divisant ses adversaires. Bismarck aussi était à bien des égards haïssable mais il a au bout du compte réorganisé l’Europe autour de l’Allemagne, industrialisé le pays, développé ses infrastructures, créé le premier Etat-providence. (…) L’ouverture la plus large possible de l’économie américaine s’est produite au détriment de la cohésion sociale et territoriale du pays. Effectivement, Trump s’est adressé à tous ceux qu’Hillary Clinton appelait “les déplorables”. On pourrait parler de “l’Amérique périphérique”, même si elle est géographiquement centrale. Cette Amérique adhère à l’idée que l’on puisse refonder l’industrie américaine en élevant les droits de douane – en fait ce que fait Trump c’est de renégocier les accords commerciaux pour qu’ils deviennent à l’avantage des Etats-Unis. Elle est d’accord pour limiter la poussée des salaires vers le bas que permet l’immigration massive, régulière ou clandestine. En fait, nous assistons à une nouvelle Guerre de Sécession. La côte Est et la côte Ouest avaient tendance, depuis la présidence du premier Bush, à vouloir faire sécession, politiquement, économiquement, socialement, sous l’impulsion des élites néo-libérales. Et Donald Trump a pris la tête de l’autre Amérique, celle des perdants de la mondialisation, pour défendre l’unité du pays. A la différence de la première “Guerre Civile”, il n’y a pas de batailles rangées ni de morts de masse ; il y a en revanche une guerre sociale qui a produit des millions de pauvres et de forçats de l’emploi multiple ; c’est une guerre institutionnelle, médiatique, politique, financière, une sorte de “guerre civile froide”, dont nous ne devons pas sous-estimer la violence ni les dévastations psychologiques. Deux visions des Etats-Unis s’affrontent : celle d’une Amérique impériale dont les élites néolibérales éclairées se sont accommodées pendant vingt-cinq ans de la paupérisation d’une grande partie de la population ; ou bien celle du retour des Etats-Unis à un pacte national fondé sur la protection commerciale, la réindustrialisation, le contrôle de l’immigration, une politique favorable à la famille traditionnelle etc…. Et personne ne peut dire à ce jour qui va gagner cette guerre : a première vue, les élites néo-libérales devaient la gagner, tout comme les classes aisées de l’Italie antique ont imposé la fin de la République romaine et la création de l’Empire; un peu comme à la fin de la République romaine, on a oscillé dans l’Amérique des années 1990-2015 entre “optimates” républicains et “popolares” démocrates; mais Hillary Clinton ou les innombrables candidats républicains issus de l’establishment, n’avaient pas prévu qu’un milliardaire impulsif puisse se faire le porte-parole de “l’Amérique périphérique”, non pas pour entretenir l’alternance entre les factions oligarchiques mais pour revenir à la logique nationale, pré-impériale. Il était prévisible que les impériaux cherchent par tous les moyens à abattre le chef d’une armée qui se débanderait sans lui. C’est une lutte implacable et nous ne devons pas être dupes des apparences, surtout si notre sympathie va au camp impérial. Il serait temps que les néolibéraux acceptent de reconnaître leur propre violence; au lieu de passer leur temps à se donner bonne conscience en dénonçant celle de Trump. Edouard Husson

Et si comme l’ont bien compris ses partisans et s’obstinent à l’ignorer ses détracteurs, c’était la méthode apparemment « folle » de Trump qui à l’instar du chat de Deng Xiaoping était la plus efficace pour attraper les souris ?

En ces temps devenus fous …

Où en une Amérique n’ayant pas connu, minorités comprises, de chômage aussi bas depuis près de 50 ans …

Et en train de largement retrouver, y compris dans l’espace, sa puissance militaire …

Alors qu’autour d’elle, sans parler des Etats-voyous comme l’Iran ou des organisations terroristes comme l’Autorité palestinienne …

Les profiteurs de la mondialisation et du parapluie atomique américain commencent pour la première fois, de la Chine à l’Europe, à se calmer ou s’amender

Tout semble permis …

Jusqu’à la subversion revendiquée – mais courageusement anonyme en pleine campagne comme par hasard des élections de mi-mandat – de l’élu du peuple …

Ou la transformation de son propre enterrement en arme de guerre contre l’exécutif de son propre pays …

Du moment qu’on est du côté de la bonne cause, c’est-à-dire de gauche …

Il faut d’urgence lire l’analyse de l’historien Edouard Husson sur Atlantico …

Qui bien seul avec quelques rares commentateurs français comme Laure Mandeville du Figaro ou avec sa fougue habituelle l’universitaire Guy Millière

Ou américains comme l’historien militaire Victor Davis Hanson ou israéliens comme l’éditorialiste Caroline Glick

Garde la tête froide et rappelle, de Wilson, Coolidge et Hoover à Eisenhower, Reagan et Carter (sans parler de Kennedy ou Clinton), les nombreux autres cas de présidents américains dits « instables » …

Mais surtout pointe ce qui se joue vraiment derrière les actuelles gesticulations et imprécations …

A savoir une véritable nouvelle guerre civile pour l’instant froide …

Pour tenter d’arracher à des élites néolibérales dites « éclairées » le rééquilibrage de la prospérité en faveur d’une “Amérique périphérique » paupérisée par la mondialisation (les fameux « accros de la religion et des armes d’Obama et les « deplorables » d’Hillary Clinton) …

Autrement dit, le  « retour à un pacte national fondé sur la protection commerciale, la réindustrialisation, le contrôle de l’immigration, une politique favorable à la famille traditionnelle » …

Trump instable, dangereux et surveillé par sa propre administration… et pourtant efficace : comment comprendre ce qui se passe vraiment à Washington
Un membre de l’administration de Donald Trump vient de publier, anonymement, une tribune dans le New York Times. Tribune, dans laquelle, il s’attaque à la méthode de gouvernement d’un Trump qu’il juge amoral et instable.
Atlantico
7 Septembre 2018

Atlantico : Dans une tribune anonyme publiée par le New York Times, un haut membre de l’administration de Donald Trump s’attaque à la méthode de gouvernement d’une personnalité jugée amorale, instable. Au delà de la ligne politique, et en ne prenant en compte que la personnalité de Donald Trump, comment évaluer le risque que celle-ci peut représenter pour les Etats-Unis ?

Edouard Husson : Quel crédit peut-on attribuer à un auteur qui reste anonyme et qui explique qu’il reste à son poste parce qu’il veut limiter les dégâts et contenir le Président ? Cela ne parle ni en faveur de la moralité ni de la stabilité psychologique de la dite personne. De deux choses l’une, soit nous avons affaire à un clone de tous ces responsables de la haute administration allemande entre 1933 et 1945 qui expliquaient qu’ils servaient Hitler pour “éviter le pire”; soit nous avons affaire à la éniième opération de l’establishment washingtonien pour déstabiliser Donald Trump, qui ne respecte pas les moeurs de la tribu. Nous sommes dans une guerre des mots sans précédent, entre les élites néo-libérales (qu’elles soient républicaines ou démocrates) et un selfmade man vulgaire, coureur, égotiste, qui ne recule devant aucune surenchère de communication pour faire plier ses adversaires. Il est très frappant de voir que, depuis le début de sa campagne des primaires, les adversaires de Trump commettent toujours la même erreur : ils le sous-estiment. Et plus ils le sous-estiment, plus Trump en profite. Insulter Donald Trump c’est d’abord le sous-estimer. Surtout, c’est alimenter ce qui le rend attractif auprès de ses électeurs: le fait qu’il soit rejeté par le système le rend éligible pour tous ces “déplorables” que la classe supérieure a écrasé de son mépris pendant toutes les années de la mondialisation néolibérale.

Ajoutons un élément: combien pouvons-nous citer de présidents américains depuis Wilson qui n’aient pas été amoraux ou instables ou les deux? Peut-être Coolidge et Hoover; éventuellement Eisenhower; sûrement Carter. Mais dans le cas des deux derniers, ils ont tout de même alimenté la logique de guerre (renversement des gouvernements légitimes de l’Iran en 1953 et du Guatemala en 1954 par Eisenhower; ingérence en Afghanistan de Carter en 1978 afin de pousser l’URSS à l’invasion). Quant à nos icônes, Roosevelt, Kennedy, Obama, cela fait longtemps que leur légende a été écornée. C’est le moment de citer Lord Acton: “Tout pouvoir corrompt. Le pouvoir absolu corrompt absolument”.

Dans cette même tribune, l’auteur anonyme indique cependant « Il y a des points positifs que la couverture systématiquement négative ne parvient pas à « capturer » ». Derrière l’amoralité et l’instabilité décrite, comment juger de la cohérence de la politique menée par Donald Trump depuis le début de son mandat ? Dès lors, comment comprendre ce paradoxe entre instabilité personnelle et cohérence politique ?

On juge un arbre à ses fruits. Les adversaires de Trump peuvent raconter ce qu’ils veulent sur la personnalité de Trump, il reste à expliquer qu’au bout du compte il y ait une politique cohérente – détestable, si vous voulez, mais qui est lisible. Vous avez le droit de haïr la personne de Trump; vous pouvez enrager à lire son compte twitter; mais l’ordre ne sort jamais du chaos. Il y a une politique trumpienne, différente mais aussi cohérente que celle de Reagan en son temps.

Jean-Pierre Chevènement la résume dans Le Figaro du 5 septembre: “Il rompt avec le multilatéralisme qui organisait autour de l’establishment américain la solidarité de tous les autres, y compris le Parti communiste chinois au sein d’un ensemble mondial hiérarchisé. Son mot d’ordre: “America first!” exprime avant tout la volonté de rebattre les cartes d’un jeu dont il estime que les règles doivent être revues, l’objectif central étant évidemment d’enrayer la montée de la Chine sur le long terme et de perpétuer l’hégémonie mondiale des Etats-Unis”.

Nous ne comprenons pas la cohérence de la politique produite parce que nous sommes fascinés par le concepteur de cette politique, qui cultive son personnage comme un leurre, à l’abri duquel il avance en grande partie masqué. Trump n’est pas fou; il pratique la diagonale du fou, ce qui est très différent. Le personnage historique auquel il me fait le plus penser, c’est Bismarck : le fondateur de la première unité allemande annonçait toujours ce qu’il ferait et personne ne le croyait ou on le jugeait dérangé tellement il savait être grossier, direct, brutal en paroles. Il a été constamment sous-estimé et a pu engranger succès après succès en divisant ses adversaires. Bismarck aussi était à bien des égards haïssable mais il a au bout du compte réorganisé l’Europe autour de l’Allemagne, industrialisé le pays, développé ses infrastructures, créé le premier Etat-providence.

La logique d’une attaque provenant de l’administration elle-même, dans un objectif évident de déstabilisation, ne rate-t-elle pas l’essentiel de ce qu’est Donald Trump – c’est à dire le symptôme d’une population qui se retrouve majoritaire dans des idées liées au protectionnisme, ou au contrôle de l’immigration ? Ce type d’attaques n’est-elle pas, en ce sens, vouée à l’échec ?

L’ouverture la plus large possible de l’économie américaine s’est produite au détriment de la cohésion sociale et territoriale du pays. Effectivement, Trump s’est adressé à tous ceux qu’Hillary Clinton appelait “les déplorables”. On pourrait parler de “l’Amérique périphérique”, même si elle est géographiquement centrale. Cette Amérique adhère à l’idée que l’on puisse refonder l’industrie américaine en élevant les droits de douane – en fait ce que fait Trump c’est de renégocier les accords commerciaux pour qu’ils deviennent à l’avantage des Etats-Unis. Elle est d’accord pour limiter la poussée des salaires vers le bas que permet l’immigration massive, régulière ou clandestine.

En fait, nous assistons à une nouvelle Guerre de Sécession. La côte Est et la côte Ouest avaient tendance, depuis la présidence du premier Bush, à vouloir faire sécession, politiquement, économiquement, socialement, sous l’impulsion des élites néo-libérales. Et Donald Trump a pris la tête de l’autre Amérique, celle des perdants de la mondialisation, pour défendre l’unité du pays. A la différence de la première “Guerre Civile”, il n’y a pas de batailles rangées ni de morts de masse ; il y a en revanche une guerre sociale qui a produit des millions de pauvres et de forçats de l’emploi multiple ; c’est une guerre institutionnelle, médiatique, politique, financière, une sorte de “guerre civile froide”, dont nous ne devons pas sous-estimer la violence ni les dévastations psychologiques.

Deux visions des Etats-Unis s’affrontent : celle d’une Amérique impériale dont les élites néolibérales éclairées se sont accommodées pendant vingt-cinq ans de la paupérisation d’une grande partie de la population ; ou bien celle du retour des Etats-Unis à un pacte national fondé sur la protection commerciale, la réindustrialisation, le contrôle de l’immigration, une politique favorable à la famille traditionnelle etc….

Et personne ne peut dire à ce jour qui va gagner cette guerre : a première vue, les élites néo-libérales devaient la gagner, tout comme les classes aisées de l’Italie antique ont imposé la fin de la République romaine et la création de l’Empire; un peu comme à la fin de la République romaine, on a oscillé dans l’Amérique des années 1990-2015 entre “optimates” républicains et “popolares” démocrates; mais Hillary Clinton ou les innombrables candidats républicains issus de l’establishment, n’avaient pas prévu qu’un milliardaire impulsif puisse se faire le porte-parole de “l’Amérique périphérique”, non pas pour entretenir l’alternance entre les factions oligarchiques mais pour revenir à la logique nationale, pré-impériale. Il était prévisible que les impériaux cherchent par tous les moyens à abattre le chef d’une armée qui se débanderait sans lui. C’est une lutte implacable et nous ne devons pas être dupes des apparences, surtout si notre sympathie va au camp impérial. Il serait temps que les néolibéraux acceptent de reconnaître leur propre violence; au lieu de passer leur temps à se donner bonne conscience en dénonçant celle de Trump.

Voir aussi:

Indoctrination Saturation

The all-seeing social-justice eye penetrates every aspect of our lives: sports, movies, public monuments, social media, funerals . . .A definition of totalitarianism might be the saturation of every facet of daily life by political agendas and social-justice messaging.

At the present rate, America will soon resemble the dystopias of novels such as 1984 and Brave New World in which all aspects of life are warped by an all-encompassing ideology of coerced sameness. Or rather, the prevailing orthodoxy in America is the omnipresent attempt of an elite — exempt from the consequences of its own ideology thanks to its supposed superior virtue and intelligence — to mandate an equality of result.

We expect their 24/7 political messaging on cable-channel news networks, talk radio, or print and online media. And we concede that long ago an NPR, CNN, MSNBC, or New York Times ceased being journalistic entities as much as obsequious megaphones of the progressive itinerary.

But increasingly we cannot escape anywhere the lidless gaze of our progressive lords, all-seeing, all-knowing from high up in their dark towers.

The Peter Strzok–Lisa Page texts, along with the careers of former FBI director James Comey and his deputy Andrew McCabe, reveal a politicized and in some sense rotten FBI hierarchy, beholden far more to its own exalted sense of a progressive self than merely to investigating crimes against the people.

Lois Lerner was a clumsy reflection of how the IRS long ago became weaponized in service to auditing deplorables. Former CIA director John Brennan and Director of National Intelligence James Clapper used their supposedly nonpartisan positions to further political agendas. That each in his own way is clownish does not mitigate their rank efforts to graft intelligence agencies onto political causes.

The same deterioration is true of many in the Department of Justice, who, along with the FBI, misled FISA-court justices, as if that were the only, or perhaps the easiest, way to obtain politically driven surveillance on U.S. citizens. Americans now are woke to the reality that straying too much into the forbidden zone guarantees that their communications can be monitored on the pretense that they’re colluding with some nefarious power. Yet if foreigners are the menace, why did our proverbial best and brightest traffic with a paid foreign spy at election time to sabotage a political campaign, then trump even the improper use of electronic surveillance with the insertion of paid informants?

Google, Facebook, and Twitter are facing accusations of censoring social-media accounts and massaging Internet searches according to their progressive political agendas. The masters of the universe have given us the stereotype of 20- and 30-something social-warrior geeks, fiddling with their algorithms to virtue-signal their left-wing fides to a global audience.

YouTube restricted more than 50 Prager University videos — often because either a human or computerized auditor did not approve of the videos’ presentation of America’s historical role as beneficent. Tie-dyed T-shirts, flip-flops, and faded jeans do not mask the reality that some $3 trillion in global capitalization is pledged to ensure that the nations’ computers, pads, and smartphones will not be polluted by traditionalist thinking.

First-time congressional candidate Elizabeth Heng, a conservative from central California, found her video ad blocked on Facebook and Twitter. Apparently, her description of the Cambodian holocaust that her parents fled was too graphic or politically incorrect, or both. But then again, in California, everything is politicized, from plastic straws to single-user restrooms, in an Orwellian effort to distract us from the fact that we do not have enough water, usable roads, or workable public schools to remain a civilized state.

Language is especially enlisted to disguise bothersome reality. During the Obama administration, no one would ever have known from “overseas contingency operations,” “man-caused disasters,” “workplace disasters,” and “holy struggles” that radical Islamic terrorists were seeking to kill Westerners from San Bernardino to Paris. As in the case of illegal aliens, undocumented aliens, illegal immigrants, undocumented immigrants, immigrants migrants, the progressive rationale is that anyone killed or harmed by a terrorist or migrant is usually a nobody and so an acceptable casualty in the greater war against incorrect speech and attitude.

When our public colleges now find that an increasing number of newly admitted students cannot do college-level work when they begin their courses, administrators drop the old idea of catch-up “remedial” classes or compensatory “remediation” courses. The new language conveys that students are now suddenly qualified, or at least it virtue-signals the university’s effort to be suitably sensitive to the fact that in California nearly half of those entering the CSU system cannot read or compute at what previously had been thought to be a college level.

Our very names and identities have become politicized. Desperate to highlight their progressive purity (or to enhance careers), politicians sometimes reinvent their nomenclatures and ancestries to suggest solidarity with those deemed racially, ethnically, or economically oppressed. Who now is who or what?

Senator Elizabeth Warren claimed falsely — albeit not quite in the clumsy fashion of left-wing political activist and professor Ward Churchill — that she was part Native American. Socialist New York state senate candidate Julia Salazar recently and falsely rebranded herself as a virtual foreign-born immigrant. Was their intent to pose as poorer, more victimized Americans without actually having to become poorer or more victimized?

White-male aspirant for a Texas Senate seat Patrick Francis O’Rourke has used the Latino nickname “Beto,” probably on the assumption that “Beto O’Rourke” might ensure a little more street cred among Texas’s Latino voters. I suppose “Pat O’Lopez” would be too shameless? But then again, California Senate candidate Kevin de León has added both a “de” and an accent to remind voters that he is not just an Anglicized Kevin Leon who could be mistaken for a third-generation Portuguese American.

Americans have long accepted that Hollywood movies no longer seek just to entertain or inform, but to indoctrinate audiences by pushing progressive agendas. That commandment also demands that America be portrayed negatively — or better yet simply written out of history. Take the new film First Man, about the first moon landing. Apollo 11 astronaut Neil Armstrong became famous when he emerged from The Eagle, the two-man lunar module, and planted an American flag on the moon’s surface. Yet that iconic act disappears from the movie version. (At least Ryan Gosling, who plays Armstrong, does not walk out of the space capsule to string up a U.N. banner.)

Gosling claimed that the moon landing should not be seen as an American effort. Instead, he advised, it should be “widely regarded as a human achievement” — as if any nation’s efforts or the work of the United Nations in 1969 could have pulled off such an astounding and dangerous enterprise. I suppose we are to believe that Gosling’s Canada might just as well have built a Saturn V rocket.

Comic-book sales are static, purportedly because tired readers now find their make-believe heroes sermonizing, preachy, and predictable rather than one-dimensionally heroic. Social justice has entered the world of fantasy — and extends to science-fiction novels as well. Will 1984 have to be either banned or subjected to race/class/gender Bowdlerization?

Sports offers no relief. It is now no more a refuge from political indoctrination than is Hollywood. Yet it is about as difficult to find a jock who can pontificate about politics as it is to encounter a Ph.D. or politico who can pass or pitch.

The National Football League, the National Basketball Association, and sports channels are now politicalized in a variety of ways, from not standing up or saluting the flag during the National Anthem to pushing social-justice issues as part of televised sports analysis. What a strange sight to see tough sportsmen of our Roman-style gladiatorial arenas become delicate souls who wilt on seeing a dreaded hand across the heart during the playing of the National Anthem.

Even when we die, we do not escape politicization. At a recent eight-hour, televised funeral service for singer Aretha Franklin, politicos such as Jesse Jackson and Al Sharpton went well beyond their homages into political harangues. Pericles or Lincoln they were not.

Activist professor Michael Eric Dyson laced his supposed eulogy with an adolescent rant against Donald Trump: “Your lugubrious leach, your dopey doppelgänger of deceit and deviance” — and all that alliterative gibberish that apparently follows from a Ph.D.

Politics likewise absorbed Senator John McCain’s funeral the next day. Sarah Palin —his persistently loyal 2008 running mate, who has never uttered an unkind word about him — was not invited. Apparently, her presence would now be seen as too politically incorrect; it might have polluted the observance with a deplorable odor or reminded us that she was once considered useful in appealing to the clinger/irredeemable/“crazies” vote.

Meghan McCain, Barack Obama, and former president George W. Bush all did their best to praise the deceased, but in passing could not resist deprecating the current president. We have forgotten that the ancillary to de mortuis nihil nisi bonum dicendum est (about the dead nothing but good should be said) is “in speaking of the dead, nothing but good should be said about the still living.” It is certainly not an admirable trait to deplore incivility by gratuitously attacking a sitting president at a funeral — especially when neither the presidential encomiasts, nor the object of their encomia, had always been particularly civil and polite to each another in the past.

Even the long-ago dead are fair game. Dark Age iconoclasm has returned to us with a fury.

Any statue at any time might be toppled — if it is deemed to represent an idea or belief from the distant past now considered racist, sexist, or somehow illiberal. Representations of Columbus, the Founding Fathers, and Confederate soldiers have all been defaced, knocked down, or removed. The images of mass murderers on the left are exempt, on the theory that good ends always allow a few excessive means. So are the images and names of robber barons and old bad white guys, whose venerable eponymous institutions offer valuable brands that can be monetized. At least so far, we are not rebranding Stanford and Yale with indigenous names.

This new politicized borg ferrets out every aspect of our lives. Nothing is safe, nothing sacred. Dead or alive, the relentless social-justice messaging continues. Like some sort of time machine, we go back in time to alter history as if a few corrections and adjustments will change and thus improve the entire present.

Progressive politics seeks to connect and energize us as millions of shared malignant cells inside a metastasizing tumor — or to destroy us in the attempt.

Voir également:

Comment Donald Trump est en train de gagner le défi de la guerre commerciale (curieusement, sans humilier ses partenaires)

L’accord entre les Etats-Unis et le Mexique s’apparente à une victoire politique pour Donald Trump, sans trop de dégâts économiques pour le Mexique, incite le Canada et sans doute les Européens à accélérer les négociations pour éviter le pire.

Rémi Bourgeot

Atlantico

2 septembre 2018

Atlantico : A l’occasion d’une interview donnée à Bloomberg, Donald Trump a jugé insuffisantes les propositions faites par les Européens de réduire à 0 les droits de douane sur les automobiles, tout en menaçant d’une sortie des Etats-Unis de l’OMC. Après avoir conclu un accord le Mexique, et dans le contexte d’une négociation qui pourrait aboutir avec le Canada, comment évaluer les récents rapports de force entre Donald Trump et les Européens ? Comment expliquer le refus par Donald Trump des propositions européennes : peut-il réellement obtenir plus ?

Rémi Bourgeot : Derrière les menaces tous azimuts qu’a brandies Donald Trump au cours des derniers mois, l’administration américaine joue en réalité un jeu assez complexe à l’échelle mondiale, vis-à-vis de ses partenaires de l’ALENA (Canada et Mexique), de l’UE, de la Chine ainsi que du Japon et de la Corée du Sud.La méthode se déploie en plusieurs temps. En premier lieu, ont été mises en place les taxes douanières sur l’acier et l’aluminium, assez généralisées, et qui ne sont pas d’une grande efficacité en termes de protection. En réalité, au-delà même du message à l’attention de l’électorat populaire américain, elles consistaient surtout à envoyer un message de détermination aux partenaires commerciaux des Etats-Unis dans le conflit commercial qui s’annonçait. Les taxes sur l’acier n’étaient toutefois pas à même d’enclencher une négociation commerciale poussée, que ce soit à l’échelle de l’ALENA ou avec l’UE.

La deuxième phase repose sur la menace, bien plus redoutable, de mesures douanières substantielles dans l’industrie automobile. Sur la base de ce qui a déjà été mis en place dans l’acier, on constate que les menaces sur les industries automobiles des divers pays partenaires sont prises très au sérieux, que ce soit au Mexique, au Canada, en Europe ou au Japon. On a vu le Mexique s’engager dans une renégociation commerciale poussée, en acceptant des quotas et une révision des règles encadrant la provenance des composants des produits pouvant bénéficier d’une exemption de taxes douanières. L’enjeu de l’Alena est, de toute évidence, également majeur pour le Canada, dont les Etats-Unis sont de loin la première destination d’exportation.Il apparaissait clairement que les menaces douanières des Etats-Unis vis-à-vis des ses deux voisins visaient à une reconfiguration de l’accord de libre-échange, en maintenant cet accord in fine à condition que les trois pays se mettent d’accord sur un certain nombre de conditions.

On voit en fait une stratégie à peu près comparable vis-à-vis de l’Europe. La Commission européenne insiste sur le fait qu’il ne s’agit en aucun cas de négocier sous la menace un accord commercial alternatif au défunt TTIP. On voit néanmoins une négociation large s’enclencher, sur la base des menaces qui pèsent sur le secteur automobile européen, et allemand en particulier. L’administration américaine était parvenue à un embryon d’accord avec la Commission lors du voyage de Jean-Claude Juncker en juillet à Washington, visant à supprimer les taxes douanières sur les produits industriels en dehors du secteur automobile. Derrière l’objectif de la suppression des droits de douane, on constate une négociation par secteurs. La partie américaine cherche surtout, pour rééquilibrer dans une certaine mesures les échanges, à développer les débouchés des entreprises américaines en Europe. Pour des raisons électorales notamment, Donald Trump insiste constamment sur l’accroissement par l’Europe mais aussi par la Chine des importations de soja américain. De la même façon, les négociations comportent systématiquement un volet sur les exportations de LNG américain.

La proposition européenne consistant à supprimer les droits de douane dans l’automobile sur une base réciproque présente un certain intérêt pour les Etats-Unis, puisque les droits de douane européen sur les automobiles sont plus élevés que leur équivalent américain (bien que les USA taxent plus fortement les camions). Mais Donald Trump cherche avant tout à obtenir une renégociation plus générale qui amènent à un rééquilibrage partiel des échanges. Comme le montre son insistance sur les exportations de soja, il n’est sans doute pas guidé par une grande vision technologique. A ce stade, la méthode offre néanmoins une certaine lisibilité. Alors que le Mexique et le Canada (plus progressivement) en sont amenés à accepter une révision de l’Alena, l’UE s’efforce de présenter les négociations comme ne visant qu’à éviter une surenchère douanière. La partie américaine tente néanmoins de mettre au centre de son jeu vis-à-vis de l’Europe ce qui s’apparenterait également à une reconfiguration des échanges.

Selon un éditorial de Mohammed El-Erian, paru dans les colonnes de Bloomberg, l’accord signé avec le Mexique mettrait les Etats-Unis en position de force concernant les prochaines négociations qui s’annoncent. Quelles seraient les conséquences pour l’Europe d’une défaite politique, et économique dans le cadre de la guerre commerciale ? 

L’éditorial de Mohamed El Erian, célèbre économiste et financier, est un signe marquant, parmi de nombreux autres récemment, de l’évolution du débat sur la question commerciale aux Etats-Unis. L’amorce du débat par Trump sous la forme de menaces à tout va centrées sans grande cohérence sur la métallurgie semblait indiquer une approche chaotique sans véritable objectif si ce n’est électoral. Si la finalité de la stratégie en termes de promotions de certains secteurs interroge encore, il s’avère que l’on a affaire à une stratégie en plusieurs temps visant à une reconfiguration généralisée des échanges des Etats-Unis avec ses principaux partenaires commerciaux.

Le cas européen présente tout de même une difficulté particulière, puisque l’UE, mais surtout la zone euro, évoluent vers un modèle généralisé d’excédents commerciaux. Au cœur de ce système, l’Allemagne présente un excédent de sa balance courante qui dépasse désormais largement les 8% du PIB. L’abaissement du taux de change de l’euro a été rendu indispensable par la crise qui a frappé l’union monétaire et fragilisé toute sa partie Sud. Ce faisant, le taux de change de l’euro est bien trop bas pour l’Allemagne, dont les excédents, par conséquent, ne cessent de croître. De plus, l’ensemble des pays de la zone se sont lancés sur la voie de la compression salariale pour compenser l’atonie de leur productivité et relancer tant bien que mal leur croissance par les exportations vers le reste du monde, et notamment vers les Etats-Unis. Le déséquilibre commercial européen est, d’une certaine façon, inhérent à l’union monétaire et à sa philosophie économique.

Mohamed El Erian a raison dans son analyse de la dynamique des négociations, et de l’importance des négociations au sein de l’Alena pour la suite des négociations avec le reste du monde, et notamment avec la Chine. Les négociations avec l’Europe sont néanmoins bien plus compliquées qu’elles ne le sont avec le Mexique et le Canada. Donald Trump peut obtenir des concessions visant à accroitre les exportations américaines vers l’Europe dans certains secteurs, mais il est considérablement plus compliqué de parvenir à un véritable rééquilibrage, puisque les déséquilibres européens sont inhérents à la structure monétaire et politique de la zone euro. L’inertie liée à cette situation peut permettre à la partie européenne d’éviter le fond du sujet. Sur le plan monétaire notamment, l’euro est fortement sous-évalué pour l’Allemagne, mais les dirigeants américains étaient les premiers à justement encourager la BCE sur la voie de la relance monétaire et donc de l’affaiblissement du taux de change de l’euro pour maintenir à flot les économies en crise au sein de la zone. Par ailleurs, l’économie européenne montre déjà d’importants signes d’essoufflement, alors que les Etats-Unis affichent actuellement des chiffres de croissance élevés, à la suite du programme de baisse d’impôts.

La dimension intrinsèque des excédents commerciaux européens avait permis à l’UE d’éviter ce débat à l’époque où Barack Obama n’avait de cesse de l’évoquer. Le risque lié à une approche comparable face à Donald Trump reste celui d’une fuite en avant sur le plan des tensions et des menaces.

Quels sont les leviers dont disposent les Européens pour permettre une accalmie sur le front de la guerre commerciale, tout en aboutissant à un résultat « gagnant-gagnant » ? 

Dans le fond, au-delà de la politique douanière ou de la construction de terminaux pour le LNG américain, tout véritable rééquilibrage des échanges entre l’Europe et le reste des pays développés nécessiterait un rééquilibrage, en premier lieu, au sein de l’Union européen et de la zone euro en particulier. Ce sujet est le grand absent des débats européens, qui ont tendance à se focaliser sur les aspects plus institutionnels, comme le dispositif anti-crise de la zone euro, qui est au cœur des projets d’Emmanuel Macron. La zone euro suit un modèle d’accroissement continu de sesexcédents commerciaux, à une échelle désormais massive. Les excédents de l’Allemagne vis-à-vis du reste de la zone euro se sont transformés, au cours de la crise de l’euro, en excédents vis-à-vis du reste du monde. Le débat européen devrait se concentrer sur les moyens de rééquilibrer la dynamique intra-européenne, au moyen d’un modèle de développement qui ne repose pas autant sur la demande extérieure comme moteur de la croissance. De plus, la France, qui n’a pas suivi les mêmes ajustements que les pays les plus durement touchés par la crise comme l’Espagne, le Portugal ou l’Italie, connait pour sa part une situation de déficit commercial chronique. Autant que la question du dispositif institutionnel de la zone euro, les efforts de rééquilibrage européen devraient se concentrer sur les conditions économiques réelles, qu’il s’agisse de salaires, d’investissement ou de moyens technologiques. Cette approche serait gagnante dans le sens où elle permettrait à l’Europe de s’ancrer dans une dynamique de croissance de meilleure qualité tout en limitant sa vulnérabilité face aux aléas mondiaux.

Voir de même:

Les perdants de Novembre 2016 cherchent à instaurer un régime totalitaire aux Etats-Unis

Guy Millière

Dreuz

24 août 2018

L’article que j’ai rédigé pour fournir un antidote à la désinformation française n’a pu prendre en compte les développements les plus récents.

Ceux-ci, comme je m’y attendais, ont suscité une frénésie médiatique délirante en France, ce qui est logique : les journalistes français (à de rares exceptions près) ne font que recopier stupidement ce qu’écrivent leurs confrères de gauche et d’extrême gauche aux Etats-Unis, en y ajoutant quelquefois leur propre haine envers les millions d’Américains qui ont voté pour Donald Trump.

Disons donc ce qui doit l’être.

La présidence Trump n’est pas “cernée par les affaires judiciaires”, comme l’écrit le correspondant du journal de gauche Le Figaro. Aucune affaire judiciaire ne concerne la présidence Trump. Strictement aucune.

Stormy Daniels ne fait pas “trembler Donald Trump”, comme l’écrit un autre gratte papier ignare du même journal de gauche. Stormy Daniels est une prostituée vieillissante qui ne peut plus exhiber ses parties intimes dans des films pour adolescent acnéique et qui a cherché à gagner de l’argent facile en faisant chanter Donald Trump avant l’élection de 2016. Donald Trump a payé en lui faisant signer un document demandant qu’elle cesse son chantage. Il n’a aucunement tremblé. Il a fait ce qu’ont fait avant lui des milliers d’hommes riches aux Etats-Unis confrontés à des chantages du même type. Certains hommes riches refusent de payer. On peut comprendre que Donald Trump ait payé. L’élection était importante, et il avait à sauver les Etats-Unis et le monde d’une présidence Hillary Clinton. La prostituée vieillissante a violé le contrat qu’elle a signé ce qui, si la justice américaine fonctionnait normalement, devrait lui coûter cher. Que le parti démocrate et les médias aient transformé en star une personne aussi sordide montre qu’ils se vautrent dans la fange : je ne comparerai pas le parti démocrate et les médias qui ont glorifié Stormy Daniels a des porcs, ce serait insultant pour les porcs.

Michael Cohen n’est pas un “fidèle déchu”, et ne fera pas “tomber Donald Trump” : Michael Cohen se révèle être un avocat sans scrupules, coupable de quelques fraudes qui n’ont rien à voir avec Donald Trump. Il a été l’un des avocats de Donald Trump. Il a été mis sous pression par un procureur voulant le pousser à accuser Trump : il a accusé Trump et s’est accusé lui-même d’actes qui ne sont ni des crimes ni des délits. Il s’est conduit en minable lâche. Il a pris comme avocat l’un des exécuteurs des basses œuvres du clan mafieux Clinton, Lanny Davis. Il a échangé les soixante-cinq ans de prison dont on le menaçait contre (vraisemblablement) cinq ans de prison, à la condition qu’il accuse Trump. Ce dont il a accusé Trump ne fait pas courir le moindre risque à Trump, puisqu’il ne s’agit pas de crimes ou de délits. Trump a payé la prostituée maître chanteuse (et une autre prostituée maître chanteuse) avec son propre argent pour se protéger de la diffamation. Aucun texte de loi n’interdit de faire ce que Trump a fait. Et il ne s’agit pas de contribution illégale à la campagne électorale. L’accusation énoncée par Michael Cohen est tout juste destinée à exciter les médias de gauche et d’extrême gauche et à calomnier. Michael Cohen fera sa peine de prison et apparaîtra comme ce qu’il est : un minable lâche. Il a perdu toute chance d’être amnistié par Trump. Il a fait son choix et a préféré la prison. C’est son droit. Fin de l’histoire.

Il n’y a aucun “coup dur judiciaire” pour Donald Trump, comme l’écrit la correspondante venimeuse du magazine de gauche Le Point. Michael Cohen n’est plus l’avocat de Donald Trump et Donald Trump n’est aucunement concerné par les turpitudes de Michael Cohen. Paul Manafort, accusé lui-même de fraude fiscale, a travaillé pour la campagne électorale de Trump moins de cent jours, et n’a aucun autre lien avec Donald Trump, qui n’a aucun lien avec les crimes éventuels de Paul Manafort. Vu le traitement odieux subi par Paul Manafort, incriminé seulement parce qu’il a travaillé pour Donald Trump, il est très vraisemblable que Paul Manafort sera amnistié par Donald Trump.

Donald Trump n’est pas “ébranlé”, et il n’y a pas de “revers judiciaires de deux collaborateurs de Trump”, comme l’écrit le correspondant du journal de gauche Le Monde. Donald Trump préside. Michael Cohen et Paul Manafort ne sont pas des “collaborateurs de Trump”. Ni l’un ni l’autre n’a depuis des mois le moindre contrat ni le moindre contact avec Trump. Ils ne subissent pas des “revers judiciaires” mais des pratiques judiciaires totalement arbitraires venues de l’Etat profond mis en place par Obama.

Il y a eu des agents russes qui ont acheté des espaces publicitaires pour quelques milliers de dollars, ce qui se produit lors de chaque élection, mais il n’y a pas eu d’“ingérence russe” comme l’écrit un ignorant sournois dans le journal d’extrême gauche Libération. Et il n’y a eu aucun lien entre la Russie et la campagne de Donald Trump. Il y a eu, par contre, des liens entre des agents russes et la campagne de Hillary Clinton, avec la complicité de l’administration Obama finissante. Comme quasiment tous les journaux et magazines français, Libération, de manière crapuleuse, soutient les crapules Hillary Clinton et Barack Obama et accuse Trump des crimes commis par Hillary Clinton et Barack Obama.

Libération interviewe un ancien de l’administration Obama (à ce stade de conduite crapuleuse, pourquoi se gêner ?), un certain Norman Eisen, qui dit que la présidence Trump est “la présidence la plus corrompue de l’histoire” : quel élément apporte-t- il à l’appui de ses dires ? Aucun. Absolument aucun. Aucune trace de corruption n’existe chez Donald Trump, qui, étant multimilliardaire, n’a nul besoin de la présidence pour s’enrichir et a même renoncé à son salaire de Président pour le donner à des œuvres charitables. Norman Eisen venant de la présidence la plus crapuleuse de l’histoire, la présidence Obama, qu’il énonce des vomissures n’a rien d’étonnant.

Il n’y a rien à reprocher à Donald Trump. Ni “collusion”. Ni “obstruction à la justice”.

Il y a eu, par contre, une tentative d’empêcher l’élection de Donald Trump par une utilisation crapuleuse de la CIA, du FBI, du Ministère de la justice, d’agents russes et d’un agent britannique par le parti démocrate, Hillary Clinton et Barack Obama.

Il y a eu, dès le jour de l’élection de Donald Trump, une tentative par un réseau de crapules totalitaires d’annihiler le résultat d’élections démocratiques et de renverser un Président démocratiquement élu. Cela s’appelle une tentative de coup d’Etat.

Depuis le 9 novembre 2016, une opération de type totalitaire est menée pour renverser Donald Trump. C’est extrêmement grave. C’est la démocratie et l’état de droit qui sont menacés aux Etats Unis. C’est dangereux pour le monde.

Je dois l’ajouter : l’opération de type totalitaire ne pourrait se mener sans des complicités parmi les Républicains.

L’erreur la plus grave de Donald Trump a été de nommer Jeff Sessions au Ministère de la justice et d’avoir choisi Rod Rosenstein comme vice-ministre de la justice. L’un et l’autre n’ont cessé de se comporter en traîtres. Sans leur trahison, les choses seraient très différentes. Des criminels seraient en prison (Hillary Clinton, John Brennan, James Clapper, Andrew McCabe, James Comey) et des innocents (Carter Page, George Papadopoulos, Michael Flynn) ne seraient pas persécutés. Robert Mueller serait hors d’état de nuire. Donald Trump ne pouvait pas savoir que Jeff Sessions et Rod Rosenstein étaient des traîtres. Il aurait le droit constitutionnel de les évincer. Il ne peut pas, car l’establishment républicain s’y oppose.

Cinq forces sont à l’œuvre pour mener l’opération de type totalitaire : le parti démocrate, les grands médias devenus organes de propagande, l’état profond mis en place par Obama, l’establishment républicain, les imposteurs appelés Never Trumpers. Jeff Sessions et Rod Rosenstein sont à l’intersection de l’état profond et de l’establishment républicain. Robert Mueller est une émanation de l’état profond.

Une sixième force est à l’œuvre : les “médias sociaux” (Facebook, Twitter, YouTube, etc.) qui, façon Goebbels, commencent à sortir leur revolver quand ils voient la parole ou les écrits d’un conservateur soutenant Trump. C’est extrêmement grave, oui.

Dois-je le dire pour rassurer ceux qui me lisent ? L’opération de type totalitaire ne réussira pas. Soit Donald Trump gagnera les élections de mi-mandat, et il pourra se défaire de Jeff Sessions et Rod Rosenstein et nommer un Ministre de la justice digne de ce nom qui en finira avec Robert Mueller, et, en ce cas, il poursuivra sa politique. Soit les Démocrates obtiendront la majorité à la Chambre des représentants, et Donald Trump ne sera pas destitué (il faudrait une majorité des deux tiers au Senat, soit soixante-six voix sur cent, et les Démocrates ne l’auront pas), mais son action intérieure et extérieure sera fortement entravée par la frénésie destructrice des forces totalitaires.

Voir de plus:

McCain a fait de son enterrement un meeting anti-Trump
Guy Millière
Dreuz

3 septembre 2018

Pour lui rendre hommage à Phoenix en Arizona, [MCCain] a choisi deux Démocrates, dont Joe Biden, ancien vice-président d’Obama, qui n’a pas manqué l’occasion de s’en prendre à Donald Trump. Et pour lui rendre hommage à Washington, il a choisi George Walker Bush, Barack Obama, et sa fille Meghan. George Walker Bush, un homme que j’ai estimé quand il était Président (mais beaucoup moins depuis) s’est à nouveau conduit de manière peu estimable. Barack Obama a tenu un discours perfide et mensonger qui lui ressemble et a montré qu’il était plus que jamais un être sordide. Meghan McCain a montré, elle, que son but n’était pas de faire l’éloge de son père, mais de s’en prendre à Donald Trump avec autant de bassesse que le plus vil des Démocrates. Je respecte sa douleur. Je ne respecte pas ce qu’elle a fait lors de la cérémonie d’enterrement, et, dès lors que tout a été préparé avant la mort de John McCain, j’imagine aisément la haine ressentimentale qui a imprégné celui-ci à la fin de sa vie.

Le parti démocrate est devenu un parti infect, crapuleux, aux tentations totalitaires, flirtant avec des comportements fascistes.

L’establishment républicain que George Walker Bush a incarné est complice des Démocrates.

Meghan McCain, qui a une place à la télévision dans un talk show gauchiste, appartient à la cohorte des Never Trumpers qui font le lit de la destruction de l’Amérique.

Avoir dit que l’Amérique était grande avant Trump est cautionner tout ce qu’a fait Obama, que je ne vais pas rappeler ici en détail. Mais cela veut dire que l’Amérique était grande aux yeux de Meghan McCain quand un Président provoquait des émeutes raciales, laissait proliférer les gangs, monter le chômage, la pauvreté, l’immigration illégale, les meurtes de policiers, et permettait à l’Etat Islamique de massacrer et de former des terroristes.

Donald Trump a été élu contre les gens qui pensent ainsi, contre Obama, contre Hillary Clinton, contre les Démocrates crapuleux, contre l’establishment républicain, contre des médias également crapuleux, contre des conservateurs méprisant le peuple, contre des traîtres tels que John et Meghan McCain.

Ces gens là le haïssent parce qu’il n’est pas de leur monde. Ils crachent sur lui et ils crachent sur le peuple de l’Amérique profonde, qu’ils disent “déplorable”.

Le but de ces gens là est que la tentative de transformation des Etats-Unis en une république bananière, voire bien pire encore, à la fin de la présidence Obama ne soit pas mise au jour et que leurs petites et grandes turpitudes puissent se poursuivre.

Leur but est que le peuple américain ne découvre pas que comparé à ce qu’ils ont fait, le Watergate a été une infime broutille.

Leur but est que le peuple américain ne sache pas que Donald Trump accomplit immensément, dans tous les domaines, et de diffamer, salir, en espérant que cela aura un effet.

Ces gens là ont beau s’activer, le peuple américain qu’ils méprisent voit la croissance, le plein emploi, le retour à la sécurité dans le pays. Il voit aussi ce que Trump accomplit ailleurs sur la planète.

La “vague démocrate” dont on ne cesse de parler semble s’essoufler avant d’atteindre le rivage. Qu’en restera-t-il début novembre ?

Le parti démocrate choisit des candidats gauchistes abrutis et incultes (pléonasme). Les candidats soutenus par Trump montent en puissance. La crédibilité des grands médias est en chute libre.

Etant pour le pluralisme, je souhaite une défaite cuisante aux Démocrates aux fins que le parti démocrate redevienne un parti digne de ce nom.

Aimant profondément un pays qui est désormais mon pays, je souhaite que le redressement enclenché par Trump se poursuive.

Je souhaite pour les mêmes raisons que Jeff Sessions et Rod Rosenstein soient chassés du gouvernement au plus tôt, parce qu’ils couvrent les activités de criminels : Hillary Clinton, Barack Obama, John Brennan, James Comey, Andrew McCabe, et parce que c’est à cause d’eux que le grand inquisiteur Mueller mène une chasse aux sorcières monstrueuse et que les grands médias peuvent mentir impunément. Et je souhaite que Trump déclassifie les documents accablants que Jeff Sessions se refuse à divulguer. Il se dit qu’il va le faire. J’espère que c’est vrai. Il serait temps !

Je ne doute pas un seul instant que le redressement se poursuivra. Je vois ce que voient les Américains qui m’entourent car je partage leur vie.

Je connais un pays que les correspondants des médias français qui vivent en vase clos entre New York City et Washington DC ne connaissent pas et méprisent parce qu’il méprisent le peuple américain. Leur mépris suinte de leurs articles et de leurs commentaires. Ils intoxiquent les esprits. Ils mentent. Ils occultent. Ils ont renoncé au métier de journalistes. Donald Trump a dit que les médias désinformateurs américains sont les ennemis du peuple américain. Il a raison. Les médias désinformateurs français sont les ennemis du peuple français.

Lire un titre (presque identique) dans deux Pravda francaises (Le Figaro et Le Point) disant que “L’Amérique rend hommage à John McCain, l’anti-Trump” est consternant. L’Amérique n’est pas composée uniquement de journalistes de gauche et de politiciens de Washington, et l’essentiel du peuple américain n’a pas rendu hommage à John McCain, et ne s’est pas interessé au meeting politique anti-Trump qui s’est tenu à Washington. John McCain était si anti-Trump qu’il méprisait les électeurs de Trump (qu’il a traité de malades mentaux), soit plusieurs dizaines de millions d’Américains. John McCain est très différent de Trump : il n’a jamais été Président, s’est montré incapable de gagner une élection présidentielle et a trahi son camp. Donald Trump s’est montré capable d’être élu Président, a accompli davantage en vingt mois que John McCain dans toute sa vie politique, et n’a trahi personne. Lire dans les articles français que Donald Trump vient de la téléréalité est honteux et montre la prépondérance du crétinisme en milieu journalistique. Les journalistes français pensent que gérer pendant quatre décennies une entreprise planétaire, c’est faire de la téléréalité, et ne savent apparemment rien de ce que fait Donald Trump pour l’économie et la société américaine et pour le monde. S’ils savent, ils n’en parlent pas. Ils préfèrent Emmanuel Macron qui, lui, n’a rien accompli de sa vie et se montre plus minable que François Hollande. Crétinisme en milieu journalistique, disais-je ?

Guy Millière

PS. Donald Trump dénonce les biais des “médias sociaux”. Il a raison là encore. Google n’est plus un moteur de recherche, mais un vecteur de propagande (si vous cherchez quelque chose sur Israël en utilisant Google, vous trouverez à torrent de la propagande “palestinienne”, et si vous cherchez un article sur un Israélien tué par un terroriste, vous trouverez des articles d’Electronic Intifada accusant l’armée israélienne ; sur tous les sujets, c’est la même chose). Youtube et Twitter censurent les conservateurs, Facebook suit le même mouvement. C’est scandaleux. Ce qui devait être un vecteur de liberté devient un instrument d’oppression.

Voir de plus:

L’édito du New York Times révèle un danger peut-être plus grand que Trump lui-même

L’auteur de la tribune qui a semé le chaos à la Maison-Blanche peut avoir agi dans son seul intérêt.
Bérengère Viennot
Slate
7 septembre 2018

Difficile d’ignorer que depuis quelques jours, un véritable séisme secoue la Maison-Blanche et l’Amérique tout entière. Mardi 11 septembre sortira un livre –Fear: Trump in the White House de Bob Woodward, l’un des journalistes du Washington Post qui ont contribué à révéler le scandale du Watergate– qui affirme qu’en coulisses, l’entourage de Trump le prend pour un sombre crétin.

On pourra y lire, entre autres, qu’outre les jugements personnels peu flatteurs portés à l’encontre du président des États-Unis, un certain nombre de ses hauts fonctionnaires agissent derrière son dos pour contrer ses décisions.

Au lendemain de l’annonce de la parution du livre et de la publication de ses extraits les plus croustillants, le New York Times a publié un éditorial anonyme écrit par un haut fonctionnaire de l’administration Trump, où l’on peut lire que nombre de membres de l’entourage présidentiel savent pertinemment que le président américain est un danger pour la nation et qu’une résistance s’est organisée au sein même de la Maison-Blanche.

Prouver, pas juste dire

Cet éditorial est à la fois fascinant et terrifiant. Il décrit un Donald Trump «impétueux», «belliqueux», «mesquin», qui fait des «caprices», prend des décisions «qui ne tiennent pas debout, mal informées et parfois dangereuses». L’article montre Trump tel que tout le monde le connaît déjà, mais cette fois de l’intérieur, confortant dans son opinion la grande partie du monde qui était déjà convaincue que le président américain ne tournait pas rond.

Son auteur –son autrice?– explique qu’il écrit cette lettre pour rassurer le public: certes, Trump déraille, mais «des adultes» sont là et veillent au grain. Que si les hauts fonctionnaires «résistants» n’invoquent pas le vingt-cinquième amendement, celui qui permettrait de déclencher une procédure de destitution de Trump, c’est uniquement pour éviter de provoquer une «crise constitutionnelle».

La lecture de cet éditorial fantasque provoque chez le lectorat un enchaînement de réactions à la fois épidermiques et intellectuelles. Ah, on en était sûr, Trump est un malade, ça fait du bien de le lire noir sur blanc, et écrit par des témoins directs en plus, maintenant on a des preuves. Spoiler: non, on n’en a pas. Ce n’est pas parce qu’une source anonyme le dit que c’est vrai.

Ensuite: youpi, voilà qui va apporter de l’eau au moulin de celles et ceux qui veulent destituer Trump. Or non, désolée encore une fois pour le faux espoir: personne en l’état actuel des choses n’a les moyens de le faire. Il faudrait pouvoir prouver, pas juste dire, qu’il agit comme un dingue, ce qui ne risque pas d’être possible sur la seule foi de sources anonymes, ni sur celle de révélations d’un livre, que ce soit celui de Woodward ou de ceux qui l’ont précédé.

Coup terrible porté à la démocratie

L’auteur –pour des raisons de simplification, on va partir du principe que c’est un auteur– choisit de rester anonyme pour des raisons évidentes. Pas seulement parce que cette lettre lui coûterait sa place (au minimum), mais parce que ce qu’il raconte est injustifiable. Les procédés qu’il décrit sont un coup terrible porté à la démocratie américaine et à la fonction présidentielle. Il s’agit presque d’un coup d’État clandestin. La crise constitutionnelle est déjà là, et c’est lui et ses homologues agissant dans l’ombre qui l’ont déclenchée.

David A. Graham souscrit à cette thèse. Dans The Atlantic, il évoque un «coup d’État anti-démocratique». Et de fait, voici un haut fonctionnaire –nommé, donc, pas élu!– qui se vante de désobéir au président démocratiquement élu et se félicite que des membres de l’exécutif contournent les ordres présidentiels, travaillent à «piloter l’administration dans la bonne direction jusqu’à ce que –d’une manière ou d’une autre– tout cela se termine». Comme le dit Graham, «si contrôler le président demande de désobéir aux ordres et de recourir à la tromperie, cela devient plus dur à défendre».

En vertu de quelle autorité de hauts fonctionnaires justifient-ils de tels agissements? Si l’on apprenait que l’entourage d’Obama en avait fait autant, comment réagirait-on? Mais Obama n’était pas fou, ni dangereux, ni impulsif, répondrez-vous. Eh bien, c’est une question de point de vue. On est tous le fou de quelqu’un.

Dans la mesure où aucune preuve scientifique n’est établie de la folie de Trump, et même si la majorité de son entourage, voire du monde, estime qu’il a les fils qui se touchent, la loi américaine ne permet pas que des individus prennent de leur propre chef des décisions contraires aux devoirs que leur impose leur fonction.

«TRAHISON?», a rageusement tweeté Trump après la publication de cet article.

La question se pose, en effet. Car soit l’entourage de Trump estime qu’il est inapte à gouverner, que c’est un danger pour son pays et dans ce cas, son devoir est de mettre en branle une procédure de destitution pour l’empêcher de nuire, soit cet entourage se trompe ou est de mauvaise foi, auquel cas cette dénonciation et ces actes de rébellion larvée relèvent de la trahison.

«Résistants»

Voilà à la fois le problème et le talent de Trump: en rabaissant le niveau de la plus haute fonction de l’État, il a fait dégringoler tout son entourage avec lui. Celles et ceux qui œuvrent autour de lui à défaire ce qu’il fait utilisent des méthodes répréhensibles, hors de toute morale. Et l’’amoralité, c’est justement ce que reproche l’auteur de l’éditorial à Donald Trump, et ce qu’il évoque pour justifier son action et celle des autres «résistants».

Si le mot «résistant» a une connotation en français qu’elle n’a pas en anglais américain –question d’histoire nationale bien sûr, le vocabulaire choisi par l’auteur anonyme pour se désigner et désigner ses homologues n’en est pas moins très fort, quasiment lyrique: il parle de «héros méconnus dans et autour de la Maison-Blanche», rien de moins.

Il explique que «certains de ses conseillers ont été présentés comme des scélérats par les médias. Mais en privé, ils se donnent beaucoup de mal pour contenir les mauvaises décisions dans l’aile ouest, même si clairement, ils n’y arrivent pas toujours». Ce sont, selon lui, les «adultes» qui surveillent Donald Trump et qui l’empêchent de nuire.

Curieusement, ces «adultes» ne trouvent pas la situation suffisamment alarmante pour continuer à respecter la loi. Le vingt-cinquième amendement permet à l’exécutif d’engager une procédure de destitution –certes complexe, heureusement d’ailleurs– du président.

Ces «adultes» ne sont pourtant pas confrontés à une situation désespérée qui exige des actes de résistance héroïque –par exemple une dictature où la vie des lanceurs et lanceuses d’alerte serait en danger, et le président indéboulonnable par des voies légales. C’est loin d’être le cas aux États-Unis.

Un coup monté par Trump lui-même?

Si ces personnes n’engagent pas de procédure de destitution, alors que de leur propre aveu la situation est grave et que Trump est fou, il s’agit d’un choix. C’est qu’elles risquent quelque chose (au hasard: perdre la majorité républicaine un peu partout, au Congrès, à la présidentielle de 2020), parce que la base qui soutient Trump est encore forte, mais que au cas où ça tournerait au vinaigre pour le quarante-cinquième président des États-Unis, au cas où, «d’une manière ou d’une autre», son mandat s’achevait de manière un peu précipitée, elles puissent sortir de l’ombre et sauver leur peau en clamant: «Moi, j’étais résistant» à toutes celles et ceux qui ne manqueront pas de demander des comptes aux responsables de cette calamiteuse administration et seront tentés de raser quelques crânes.

Pour Ben Mathis-Lilley, journaliste politique à Slate.com, «c’est définitivement une explication très plausible pour expliquer pourquoi cette personne a choisi de publier cette tribune». «Mais d’un autre côté, spécule-t-il, peut-être que cet individu anonyme en avait tout simplement assez de lire et d’entendre des critiques de l’administration Trump, et qu’il n’a pour seule motivation que l’envie de se défendre en public.»

À moins, bien sûr, comme le suggère Corentin Sellin, spécialiste de la politique américaine, dans une interview accordée à Libération, que cette lettre ne soit «un coup monté par Trump pour discréditer le New York Times». Ce qui expliquerait le côté fantasque de la lettre et son absurdité, car ces «résistants», en la publiant, se condamnent eux-mêmes à devoir arrêter leurs activités souterraines.

Selon Dick Howard, professeur de philosophie politique à l’université de Stony Brook (New York) et auteur de Les ombres de l’Amérique, de Kennedy à Trump (à paraître le 20 septembre), ce serait en effet pour Trump un moyen de rassembler ses troupes autour de lui avant les élections de mi-mandat, en novembre, qui pourraient le voir perdre sa majorité à la Chambre des représentants et une majorité démocrate lancer une procédure de destitution.

Pour Howard, cet épisode marque possiblement la fin d’un cycle politique, un «réalignement» de la politique américaine, où les trente ans de règne républicain entamé avec l’élection de Reagan en 1981 et interrompu par les deux doubles mandats démocrates de Clinton et d’Obama arrivent à leur terme dans une apothéose.

La politique non-partisane d’Obama, qui refusait de régner sur un seul parti et voulait se placer au-dessus de la politique, aurait provoqué un retour de bâton d’une violence folle avec la présidence Trump et son sectarisme politique poussé à l’excès, avance Howard. Reste à savoir ce qui pourra le remplacer…

Si on veut être encore plus kafkaïen, on peut même imaginer que c’est l’entourage de Trump qui a monté ce coup dans son intérêt sans le lui dire, le sachant bien incapable, intellectuellement, de fomenter une stratégie aussi élaborée. À ce stade de spéculation, comme aurait dit John Kelly, le chef de cabinet de la Maison-Blanche: «On est chez les fous.

Voir par ailleurs:

Entre Trump et Merkel, adapter la politique de la France
Jean-Pierre Chevènement

Le Figaro

6 septembre 2018

La critique que l’establishment nord-américain exerce à l’égard de la politique de Donald Trump juxtapose de très nombreux griefs. Ainsi, l’ancien président Obama incrimine un réflexe de conservatisme émanant de couches sociales menacées dans leur «stabilité économique», leur «statut social», leurs «privilèges» ou leur «identité culturelle» (discours de Johannesburg du 17 juillet 2018). Cette critique trop rapide me paraît révélatrice d’une certaine tache aveugle qui dissimule à l’establishment nord-américain les fractures sociales engendrées par la globalisation dans les régions industrielles traditionnelles – ainsi la «Rust Belt» – et surtout la montée d’une inquiétude plus générale dans la société américaine: et si la globalisation conduisait non seulement à la désindustrialisation mais aussi à un certain déclin des États-Unis?

Trump, sans le dire explicitement, incrimine les conséquences des choix opérés il y a quatre décennies par l’establishment américain, républicain d’abord puis démocrate, en faveur du libre-échange notamment avec la Chine. L’actuel déficit commercial américain (862,7 milliards de dollars en 2017 dont 395,8 milliards avec la Chine) ne montre pas que les États-Unis vivent au-dessus de leurs moyens: pour Trump, ce déficit abyssal est d’abord le résultat de l’alliance déséquilibrée nouée entre les firmes multinationales américaines et le Parti communiste chinois au temps de Deng Xiaoping.

Trump attaque sur tous les fronts à la fois. D’abord le déficit commercial avec la Chine, dont par ailleurs le PIB (en dollars courants) s’approche de celui des États-Unis (12.237 milliards de dollars contre 19.390) et l’a même nettement dépassé en parité de pouvoir d’achat (23.000 milliards de dollars contre 19.000), selon la Banque mondiale, une Chine qui n’applique qu’avec réticence les règles de l’OMC en matière de propriété intellectuelle et de subventions publiques. Ensuite la dénucléarisation de la Corée du Nord, véritable test à l’égard de Pékin. En troisième lieu le déficit avec l’Union européenne (160,8 milliards de dollars), principalement avec l’Allemagne qui ne consacre par ailleurs qu’un très modeste effort à sa défense (1,1 % de son PIB). Trump, enfin, veut remettre en cause la domination de l’Iran sur le Moyen-Orient, résultat des deux guerres du Golfe, en dénonçant l’accord du 14 juillet 2015 qui était pourtant un autre moyen de la contenir.

Le président des États-Unis se veut «antisystème»: il combat le libre-échange qui est la philosophie de base des institutions de Bretton Woods (FMI, Banque mondiale) et plus encore de l’OMC. Il rompt avec le multilatéralisme qui organisait autour de l’establishment américain la solidarité de tous les autres, y compris le Parti communiste chinois, au sein d’un ensemble mondial hiérarchisé. Son mot d’ordre: «America first!» exprime avant tout la volonté de rebattre les cartes d’un jeu dont il estime que les règles doivent être revues, l’objectif central étant évidemment d’enrayer la montée de la Chine sur le long terme et de perpétuer l’hégémonie mondiale des États-Unis.

Ce retournement de tendance historique par rapport au paradigme libre-échangiste et multilatéral qui organisait depuis quarante ans l’hégémonie «soft» des États-Unis sur leurs alliés prend ceux-ci par surprise. Ils sont confrontés à une hégémonie «hard» qui les transforme en États tributaires. Ainsi leurs entreprises, si elles rechignent à plier devant les oukases du Centre (en matière d’investissements à l’étranger par exemple), sont-elles mises à l’amende en vertu de l’extraterritorialité du droit américain. En maintenant un conflit à demi gelé en Ukraine, les États-Unis croient s’être enfin approprié la clé de la sécurité européenne.

Dans le système de domination états-unien, un paradigme dur s’est ainsi substitué à un paradigme mou. À bien y réfléchir, cela a commencé avant Trump: avec les «révolutions arabes» et la crise ukrainienne. Dans les deux cas, la volonté d’exporter les «valeurs occidentales» a engendré la crise (sanctions ou diverses formes d’ingérence en Libye et en Syrie).

Ce changement de paradigme se fait au nom de l’intérêt national américain: ce sont deux conceptions de l’intérêt national qui s’affrontent dans le débat de politique intérieure américaine sur le multilatéralisme.

La cristallisation de ce débat autour de la Russie n’est qu’un trompe-l’œil. Le vrai sujet, c’est la Chine. Trump avec elle raisonne d’abord en termes commerciaux. L’establishment traditionnel met davantage en avant les «valeurs» face aux régimes qualifiés d’«autoritaires». La Russie à cet égard n’est qu’une pièce dans un dispositif plus vaste. Confrontés à l’échec de leur politique de «changement de régime» à Moscou, les États-Unis aujourd’hui ne peuvent espérer freiner le rapprochement de la Russie avec la Chine et l’Asie qu’en revoyant une politique des sanctions manifestement contreproductive. Il suffirait pour cela d’exercer sur l’Ukraine les pressions qui l’amèneraient à appliquer enfin les clauses de l’accord de Minsk qui lui incombent. Tel ne semble pas être aujourd’hui le chemin choisi. En attendant, rien ne s’opposerait à des «deals» circonscrits (à la Syrie par exemple), où la realpolitik, des deux côtés, trouverait son compte, si la question de l’Iran n’y faisait obstacle.

Fondée sur des rapports de force brutaux, la politique de Trump peut paraître procéder d’une logique simpliste: un déficit commercial abyssal peut-il être réduit par la hausse des droits de douane? Cette politique ne sera-t elle qu’une parenthèse qui se refermera bien vite? Il peut paraître bizarre de substituer à une politique étrangère globale visant à rassembler des alliés une somme de «deals» dont le premier effet est de rapprocher adversaires et partenaires. Ceux-ci dans l’immédiat paraissent tétanisés et divisés quant à la réponse à apporter à une politique dont le véritableobjet – la perpétuation de la suprématie américaine – est soustrait au débat public.

L’Union européenne est divisée par nature. Elle n’est pas capable aujourd’hui de définir une relation stratégique avec la Chine ou face aux États-Unis. Sur l’Iran ou en matière commerciale, Trump est en position de force. Il peut sans peine exciter au sein de l’Union européenne les contradictions: Brexit, taxation des grosses cylindrées, insuffisant effort de défense des Européens, et notamment de l’Allemagne, dont le statut politico-militaire limite la capacité qu’elle a de jouer «dans la cour des grands», sanctions rédhibitoires à l’égard des entreprises qui ne respecteraient pas les orientations de la politique américaine en Iran, faiblesse intrinsèque de la monnaie unique face aux secousses internationales prévisibles, etc.

Une lecture historique de la première mondialisation (1860-1914) ne permet pas sans aveuglement d’écarter un scénario qui ressusciterait encore une fois le «piège de Thucydide», c’est-à-dire le déclenchement par accident d’une «guerre préventive» entre deux coalitions formées l’une autour d’une puissance dominante (Athènes au Ve siècle avant J.-C. ou la Grande-Bretagne au XIXe siècle), l’autre autour d’une puissance montante (Sparte dans la guerre du Péloponnèse ou le IIe Reich allemand avant 1914).

Ce scénario qui fait partie du jeu de Trump face à la Chine peut rester virtuel. Y a-t-il une alternative? La Chine sera de toute façon demain une très grande puissance mais pas forcément la puissance hégémonique mondiale.

L’Union européenne, à certaines conditions réalistes, pourra peut-être devenir une entité stratégique. Ce n’est pas tant le néoprotectionnisme de Trump qui menace la paix dans le monde. En effet, le regain du protectionnisme à la fin du XIXe siècle a montré que la croissance de l’économie mondiale et même celle du commerce international pouvaient s’en accommoder. L’accord avec le Mexique est un bon accord, malheureusement trop peu commenté, qui subordonne l’importation aux États-Unis de voitures fabriquées au Mexique à un salaire minimum des ouvriers mexicains. Le néoprotectionnisme peut aller de pair avec le recentrage des économies chinoise et américaine sur leur marché intérieur. C’est plutôt de la configuration bipolaire du monde (en «G2») et de l’exacerbation des tensions entre les deux pôles que procède aujourd’hui le plus grand danger.

Un certain multilatéralisme peut-il être restauré? Avec peu de moyens, la Russie a rétabli sa souveraineté. L’Union européenne ne peut, selon moi, y parvenir par la voie de l’intégration. Les rapports de force en son sein sont trop déséquilibrés. Les résultats de notre commerce extérieur témoignent du manque de compétitivité de l’économie française qui depuis quatre décennies a laissé s’effilocher son industrie. Moins que jamais le gouvernement de Mme Merkel issu des élections de 2017 ne veut d’une «union de transferts» que le président Macron ne lui a d’ailleurs pas proposée. Un budget de la zone euro «à deux chiffres» ne peut être l’outil d’une politique économique contracyclique sérieuse. Certes la France pourrait proposer une politique contracyclique plus efficace où les investissements s’effectueraient principalement sur le territoire des pays contributeurs. Il serait peut-être ainsi possible de tempérer le mercantilisme allemand (un excédent de la balance courante, manifestement excessif,de 8,1 % du PIB).

La France et l’Allemagne pourraient aussi essayer de promouvoir l’euro comme monnaie internationale parallèlement au dollar, mais la volonté politique en existe-t-elle alors que les Européens, depuis les accords de la Jamaïque (1976), se sont toujours accommodés de l’abus du privilège du dollar par les États-Unis?

Plus encore qu’une politique économique contracyclique, ce qui fait défaut à l’Union européenne, c’est une capacité d’action stratégique dans le domaine monétaire mais aussi en matière de politique extérieure et d’intervention militaire, de politique migratoire, d’aide au développement, et enfin de promotion des technologies du futur.

À ces défis, l’intégration n’est pas une bonne réponse: les processus de décision à vingt-sept ou à dix-neuf sont trop lents. Surtout manque la volonté politique appuyée sur un puissant sentiment d’adhésion populaire qui pourrait fonder une ambition stratégique à l’échelle mondiale. Soyons réalistes: l’Union européenne restera pour l’essentiel une union de nations, c’est-à-dire une confédération. La nation reste en effet le cadre de la démocratie et de l’affirmation de la volonté politique des peuples. Au sein de l’Union européenne, plusieurs grands États pourraient ensemble constituer le noyau d’une entité stratégique opérationnelle. Un traité dans les traités serait sans doute pour cela nécessaire. Il n’y a pas de contradiction entre ce «noyau dur» et l’UE à vingt-sept ou la zone euro à dix-neuf, mais au contraire complémentarité. Ce qui compte, c’est la volonté politique de défendre les intérêts européens. Par ailleurs, le bon sens commanderait de réfléchir à un nouveau partenariat stratégique avec la Russie pour lever l’hypothèque de la sécurité européenne.
Desserrer les pinces du «G2» et contribuer à restaurer un véritable multilatéralisme

L’Europe, à ces conditions seulement, pourrait peser comme acteur stratégique mondial. Elle pourrait ainsi desserrer les pinces du «G2» et contribuer à restaurer un véritable multilatéralisme, plus propice que le tête-à-tête sino-américain à la stabilité et à la paix dans le monde.

L’Union européenne pourrait même tirer parti du néoprotectionnisme américain: la défense de l’État social en effet exige des frontières. Une certaine régionalisation de l’économie mondiale permettrait une meilleure régulation sociale au plan intérieur. De même, en matière migratoire, la prise en compte de tous les facteurs (développement des pays d’origine qui ont besoin de leurs élites, capacité d’intégration des sociétés d’accueil) pourrait conduire à un «mix» consensuel entre pays du Nord et pays du Sud, autour de formules équilibrées, cohérentes avec le maintien des valeurs universelles: il faudrait pour cela aider les pays du Sud à devenir de véritables États nations.

Trump incarne un défi qui ne peut être relevé que sur la base d’une vision stratégique, par une France remise au centre du jeu européen», selon la formule employée, un jour, parle président de la République. De toute évidence, des révisions s’imposent à notre politique pour tenir compte des changements majeurs intervenus depuis un an.

Voir encore:

La gauche américaine a fait de l’anti-Trumpisme sa nouvelle politique étrangère

Tirer à boulets rouges sur tout ce que Donald Trump puisse dire ou faire en matière de politique extérieure ne parviendra jamais à cacher les carences de la gauche américaine en ce domaine.
Fabio Rafael Fiallo
Contretemps
4 avril 2018

Le président Donald Trump éprouve une difficulté indiscutable à former et à garder une équipe opérationnelle autour de lui ainsi qu’à prévenir des commentaires moqueurs à son égard par des membres de son gouvernement. Ajoutons à cela l’enquête en cours sur une éventuelle collusion entre son équipe de campagne et le gouvernement russe, et alors tous les ingrédients d’un film de suspense, à rebondissements, se trouvent réunis.

Au milieu de la tourmente, cependant, le président américain peut éprouver un certain réconfort dans l’aide non intentionnelle que lui apportent ses ennemis idéologiques, c’est-à-dire les membres d’une gauche – représentée par le Parti démocrate et des analystes politiques proches de ce parti – dont les critiques envers Trump sont tellement biaisées et incohérentes qu’elles perdent largement en crédibilité et en lisibilité.

Le phénomène est devenu manifeste dans le domaine de la politique extérieure.

L’exemple syrien

Prenons d’emblée le cas du conflit syrien. Après avoir établi une « ligne rouge » concernant l’éventuel usage d’armes chimiques en Syrie, le Président Obama renonça à mettre sa menace à exécution lorsque le régime de Bachar el-Assad employa ce type d’armes contre la population civile de son pays. La reculade d’Obama envoya un signal clair aux adversaires des États-Unis dans la région, notamment l’Iran et la Russie : ces derniers pouvaient désormais occuper le terrain en Syrie (comme ils ne se privèrent pas de le faire) sans craindre une riposte américaine. Et pourtant, cela ne dérangea guère, ou pas du tout, les membres du Parti démocrate.

Or, lorsque le président Trump décida en mai de l’an passé de lancer des attaques aériennes sur les installations militaires du régime de Bachar el-Assad (et ce en réaction à l’emploi à nouveau d’armes chimiques par ce régime), le Parti démocrate offrit le spectacle de la division. En effet, tandis que les leaders de ce parti dans les deux chambres du pouvoir législatif américain – Chuck Schumer et Nancy Pelosi – manifestèrent un soutien, certes mitigé, à cette initiative, bien de leurs camarades condamnèrent leur prise de position, montrant de ce fait un parti sans position claire à cet égard.

En ce qui concerne la Corée du Nord, la gauche américaine n’a pas lésiné sur les critiques à la rhétorique belliciste de Donald Trump à l’égard du dictateur Kim Jong-un. Elle a été, en revanche, bien avare de mots pour admettre que la fameuse « patience stratégique » d’Obama, appliquée à la Corée du Nord, fut un véritable fiasco ayant permis au dictateur Kim Jong-un de faire des progrès considérables dans la militarisation de son programme nucléaire.

Face à la Corée du Nord

L’attitude de l’opposition démocrate sur le dossier nord-coréen est devenue encore moins lisible, et plus intenable, après l’annonce d’une rencontre prochaine entre Donald Trump et Kim Jong-un. En effet, plutôt que de montrer un enthousiasme quelconque pour la fenêtre d’opportunité qu’ouvre une telle rencontre, bien des membres de ce parti – y compris la candidate à la présidence lors des élections de 2016, Hillary Clinton – mettent l’emphase sur le manque de sobriété et d’expérience diplomatique de Donald Trump, ce qui, martèlent-ils, peut faire capoter les négociations entre les deux pays.

Qu’on se le dise : le sommet États-Unis-Corée du Nord peut finir dans un cul-de-sac, ou même pourrait ne pas avoir lieu du tout. Mais indépendamment de l’issue de cette initiative, il n’en demeurera pas moins que le prédécesseur de Trump, en dépit de son expérience politique et de sa prudence diplomatique, n’était pas parvenu à mettre  Kim Jong-un en disposition de négocier.

Puis, de même qu’au sujet de la Corée du Nord, les démocrates américains ne cessent de dénoncer la rhétorique offensive de Donald Trump à l’égard de Téhéran et sa menace de sortir les États-Unis de l’accord négocié par Barak Obama sur le nucléaire iranien.

L’absence de « grande stratégie »

Il n’empêche que c’est bien cette rhétorique qui a poussé les partenaires européens concernés par cet accord à tenter de revoir celui-ci dans le but d’accommoder les objections et les exigences de Donald Trump.

Dernier mais non le moindre, des membres de la gauche américaine ont regretté à maintes reprises l’absence d’une « grande stratégie » de politique extérieure chez Donald Trump. Et ils n’ont pas entièrement tort ; car le document publié par l’administration américaine en janvier dernier à ce sujet est prolixe en déclarations de principes et d’objectifs mais ne détaille pas les moyens d’y parvenir.

Or, là où se trouve l’inconsistance de la gauche américaine à cet égard, c’est dans le fait qu’elle rechigne à admettre que le Président Obama, lui, ne mit en place une stratégie pouvant être classée parmi les grandes stratégies. Pourquoi, alors, s’en prendre exclusivement à la stratégie de Trump au lieu de proposer quelque chose de nouveau à ce sujet ?

D’autre part, affirmer que « Trump a créé un vide temporaire dans le leadership mondial » – comme le fait Jake Sullivan, un haut fonctionnaire du Département d’État dans l’administration Obama – équivaut à ignorer un fait fondamental, à savoir : le vide en question existait déjà avant la présidence de Donald Trump et trouve en grande partie sa cause dans les atermoiements de Barak Obama face aux multiples contentieux internationaux.

Les incohérences à répétition de la gauche américaine trahissent un manque d’idées en matière de politique extérieure, comme le reconnaît Zack Beauchamp, ancien chercheur d’un groupe de réflexion (think tank) de centre gauche : le Center for American Progress.

Tirer à boulets rouges sur tout ce que Donald Trump puisse dire ou faire en matière de politique extérieure ne parviendra jamais à cacher ou à compenser les atavismes et les carences de la gauche américaine en ce domaine. Une aubaine pour l’actuel président américain.

Voir enfin:

Pourquoi la France doit se préparer à la guerre des étoiles

La ministre des Armées Florence Parly a annoncé un investissement massif dans les moyens spatiaux de l’armée. Une réponse à l’ »arsenalisation » de l’espace par les Etats-Unis, la Russie et la Chine… et à l’espionnage du satellite français Athena Fidus par un satellite russe l’an dernier.

C’est un satellite russe discret, connu sous le nom de Louch (ou Olymp). Lancé en 2014, l’engin s’était rapidement signalé en allant renifler d’un peu trop près des satellites de l’opérateur américain Intelsat situés sur l’orbite géostationnaire (36.000 km de la Terre). Ce n’était qu’un apéritif. La ministre des Armées Florence Parly a révélé vendredi 7 septembre que ce satellite de trois tonnes s’était approché « d’un peu trop près », en 2017, du satellite militaire français Athena-Fidus, dédié aux communications militaires sécurisées. « De tellement près qu’on aurait pu croire qu’il tentait de capter nos communications », a ironisé la ministre, en visite au Centre spatial toulousain du CNES, l’agence spatiale française. Avant d’envoyer un message clair à Moscou : « Tenter d’écouter ses voisins, ce n’est pas seulement inamical. C’est un acte d’espionnage. Nous avons pris les mesures qui s’imposaient. Nous le surveillons attentivement. »

Cette tentative d’espionnage par un satellite « butineur », le terme consacré, est loin d’être une première. Depuis une dizaine d’années, l’espace s’est lourdement militarisé. Une véritable « arsenalisation », selon le cabinet de la ministre, qui va obliger la France à repenser totalement la protection de ses satellites, civils comme militaires. « Nous savons très bien que d’autres très grandes puissances spatiales déploient en orbite des objets intrigants, expérimentent des capacités potentiellement offensives, conduisent des manœuvres qui ne laissent guère de doutes sur leur vocation agressive, a martelé Florence Parly. Nous ne sommes pas protégés contre ces menaces. Nous sommes en danger si nous ne réagissons pas. »

Destruction au laser

En quoi consistent ces menaces ? Il y a d’abord les satellites butineurs, comme le fameux Louch, qui viennent se placer dans les cônes d’émission des satellites pour tenter de capter les communications. « Il y a aussi la possibilité de corruption de personnels des stations-sols, d’installation de logiciels espions, et l’utilisation de satellites capables de désorbiter les nôtres grâce à des bras mécaniques », indique-t-on au cabinet de Florence Parly, qui évoque aussi des lasers capables de saturer les capteurs des satellites, des brouilleurs de télécommunications et, stade ultime, des armes capables de détruire les engins spatiaux (lasers, armes à impulsions électromagnétiques, missiles anti-satellites).

Ces scénarios n’ont rien du film de science-fiction : dès 2007, la Chine avait détruit un de ses vieux satellites avec un missile pour démontrer sa capacité spatiale offensive, ce qui avait généré des dizaines de milliers de débris. Les Etats-Unis avaient répondu en faisant de même en 2008. Une « guerre des étoiles », terme employé par Florence Parly dans son discours, n’est donc clairement plus à exclure. « Les Etats-Unis, la Chine et la Russie sont convaincus qu’il peut y avoir un intérêt à détruire des systèmes spatiaux, assure Xavier Pasco, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Les Etats-Unis envisagent carrément une dissuasion spatiale (« space deterrence » : quiconque leur cherche des noises sur orbite en paiera le prix fort.) Donald Trump a même ordonné au Pentagone, en juin dernier, de créer d’ici à 2020 une Space Force, sixième branche des forces armées.

100 milliards par an dans le spatial

La France peut-elle rester dans le jeu ? Elle ne boxe évidemment pas dans la même catégorie que Washington. Selon le cabinet de la ministre, 100 milliards de dollars sont investis tous les ans dans le secteur spatial, dont la moitié par les Etats-Unis (50 milliards dont 20 pour la NASA, 20 milliards pour le département de la défense, et 10 milliards pour les autres agences). Ce qui place les Etats-Unis loin devant la Chine (10 à 11 milliards), la Russie (4 milliards) et la France (environ 2 milliards).

Florence Parly assure pourtant que rien n’est perdu. Emmanuel Macron a chargé la ministre de lui présenter une « stratégie spatiale de défense » d’ici la fin de l’année. Un groupe de travail rassemblant le Commandement interarmées de l’espace, la DGA, la Direction du renseignement militaire ou encore l’Onera, est à l’œuvre au ministère des Armées. Piloté par le cabinet de la ministre, il remettra ses conclusions à Florence Parly en novembre. Un grand discours présidentiel sur le sujet est prévu début 2019.

La France ne part heureusment pas de zéro. Elle dispose de satellites d’observation Helios, qui seront remplacés par trois nouveaux satellites CSO : le premier sera lancé de Kourou dès la fin de l’année. Elle disposera de satellites d’interception électromagnétique, dits CERES, à partir de 2020, permettant de repérer les commandements ennemis. Les forces françaises peuvent aussi compter sur deux satellites de télécommunications militaires Syracuse 3, qui seront remplacés à partir de 2021 par trois Syracuse 4. Au total, la loi de programmation militaire 2019-2025 prévoit un investissement de 3,6 milliards d’euros dans le spatial.

La surveillance spatiale, talon d’Achille français

Ce montant pourrait pourtant se révéler insuffisant. C’est du côté de la surveillance de l’espace que le bât blesse. Certes, le radar français GRAVES, développé par l’Onera, permet de repérer les objets de plus d’un mètre carré sur les orbites basses, soit 3.000 objets environ. Certes, ce système va être modernisé pour pouvoir repérer 5 à 6.000 objets. Certes, les armées peuvent aussi compter sur le système GeoTracker de l’industriel ArianeGroup et sur les télescopes TAROT du CNRS pour repérer les objets en orbite géostationnaire (36.000 km).

Mais ces moyens apparaissent insuffisants pour surveiller un trafic spatial en forte croissance, avec un nombre de satellites qui devrait passer de 1.500 à 7.000 engins dans dix ans. Pour être réellement efficace, souligne-t-on au ministère des Armées, il faut observer l’espace depuis l’espace. Une première étape sera, indique Florence Parly, de « placer des charges utiles secondaires d’observation de l’environnement de nos satellites, autrement dit des caméras de surveillance ». Ce sera le cas sur la prochaine génération de satellites Syracuse. Le ministère devrait aussi s’appuyer sur les services des futures constellations de satellites des acteurs du New Space, mais aussi des systèmes développés par les acteurs traditionnels (Airbus, Thales) pour améliorer ses capacités de surveillance.

Vers des armes anti-satellites françaises ?

La France pourrait-elle par la suite passer aux armes spatiales offensives ? Le scénario n’est absolument pas exclu. « Toutes les options sont sur la table, martèle Florence Parly. Comme je n’ai pas hésité à armer les drones ou à me battre pour les budgets de défense, je n’hésiterai pas proposer au président de la République des décisions fortes. » Mais ce genre de « décisions fortes » risque de coûter cher : si la France veut vraiment peser dans le spatial militaire, il sera probablement nécessaire de débloquer des fonds supérieurs aux 500 millions annuels consacrés au segment. Ce qui obligerait le ministère à trouver des marges de manoeuvre à l’intérieur du cadrage budgétaire de la LPM… ou d’augmenter encore le budget des armées.

En attendant le grand soir, Florence Parly a annoncé le lancement d’un chantier moins onéreux : simplifier la gouvernance du spatial de défense. La responsabilité est aujourd’hui partagée entre une multitude d’acteurs (CNES, Onera, DGA, DRM, COSMOS, CIE…). Une rationalisation ne sera probablement pas de trop.


Présidence Trump: Vous avez dit accident de l’histoire ? (As Trump keeps defying economic and diplomatic logic, even critics wonder if pigs can fly after all)

29 juillet, 2018
Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. Antonio Gramsci
Si Trump est élu, l’économie américaine va s’écrouler et les marchés financiers ne vont jamais s’en remettre. Paul Krugman (2016)
No, pigs do not fly. Donald Trump is dreaming. Robert Brusca (FAO Economics, 12.10.2016)
Au moins, Donald Trump a eu le mérite d’encourager le débat sur l’impact de la mondialisation sur l’économie, c’est sain. Steven Friedman
Was Trump disqualified by his occasional but demonstrable character flaws and often rank vulgarity? To believe that plaint, voters would have needed a standard by which both past media of coverage of the White House and the prior behavior of presidents offered some useful benchmarks. Unfortunately, the sorts of disturbing things we know about Trump we often did not know in the past about other presidents. By any fair measure, the sexual gymnastics in the White House and West Wing of JFK and Bill Clinton, both successful presidents, were likely well beyond President Trump’s randy habits. Harry Truman’s prior Tom Pendergast machine connections make Trump steaks and Trump university seem minor. By any classical definition, Lyndon Johnson could have been characterized as both a crook and a pervert. In sum, the public is still not convinced that Trump’s crudities are necessarily different from what they imagine of some past presidents. But it does seem convinced, in our age of a 24/7 globalized Internet, that 90 percent negative media coverage of the Trump tenure is quite novel. Personal morality and public governance are related, but we are not always quite sure how. Jimmy Carter was both a more moral person and a worse president than Bill Clinton. Jerry Ford was a more ethical leader than Donald Trump — and had a far worse first 16 months. FDR was a superb wartime leader — and carried on an affair in the White House, tried to pack and hijack the Supreme Court, sent U.S. citizens into internment camps, and abused his presidential powers in ways that might get a president impeached today. In the 1944 election, the Republican nominee Tom Dewey was the more ethical — and stuffy — man. In matters of spiritual leadership and moral role models, we wish that profane, philandering (including an affair with his step-niece), and unsteady General George S. Patton had just conducted himself in private and public as did the upright General Omar Bradley. But then we would have wished even more that Bradley had just half the strategic and tactical skill of Patton. If he had, thousands of lives might have been spared in the advance to the Rhine. Trump is currently not carrying on an affair with his limousine driver, as Ike probably was with Kay Summersby while commanding all Allied forces in Europe following D-Day. Rarely are both qualities, brilliance and personal morality, found in a leader — even among our greatest, such as the alcoholic Grant or the foul-mouthed and occasionally crude Truman. Richard Feynman in some ways may have been the most important — or at least the most interesting — physicist of our age, but his tawdry and sometimes callous private life would have made Feynman Target No. 1 of the MeToo movement. Trump did not run in a vacuum. A presidential vote is not a one-person race for sainthood but, like it or not, often a choice between a bad and worse option. Hillary Clinton would have likely ensured a 16-year progressive regnum. As far as counterfactual “what ifs” go, by 2024, at the end of Clinton’s second term, a conservative might not have recognized the federal judiciary, given the nature of lifetime appointees. The lives of millions of Americans would have been radically changed in an Obama-Clinton economy that probably would not have seen GDP or unemployment levels that Americans are now enjoying. Fracking, coal production, and new oil exploration would have been vastly curtailed. The out-of-control EPA would have become even more powerful. Half the country simply did not see the democratic socialist European Union, and its foreign and domestic agendas, as the model for 21st-century America. (…) Open borders, Chinese trade aggression, the antics of the Clinton Foundation, the Uranium One deal, the Iran deal, estrangement from Israel and the Gulf states, a permanently nuclear North Korea, leading from behind — all that and far more would be the continued norm into the 2020s. Ben Rhodes, architect of the Iran deal and the media echo chamber, might have been the national-security adviser. The red-state losers would be institutionalized as clingers, crazies, wackos, deplorables, and irredeemables in a Clinton administration. A Supreme Court with justices such as Loretta Lynch, Elizabeth Warren, and Eric Holder would have made the court little different in its agendas from those of the ACLU, Planned Parenthood, and Harvard Law School. (…) The proverbial Republican elite had become convinced that globalization, open borders, and free but unfair trade were either unstoppable or the fated future or simply irrelevant. Someone or something — even if painfully and crudely delivered — was bound to arise to remind the conservative Washington–New York punditocracy, the party elite, and Republican opinion makers that a third of the country had all but tuned them out. It was no longer sustainable to expect the conservative base to vote for more versions of sober establishmentarians like McCain and Romney just because they were Republicans, well-connected, well-résuméd, well-known, well-behaved, and played by the gloves-on Marquess of Queensberry political rules. Instead, such men and much of orthodox Republican ideology were suspect. Amnestied illegal aliens would not in our lifetimes become conservative family-values voters. Vast trade deficits with China and ongoing chronic commercial cheating would not inevitably lead to the prosperity that would guarantee Chinese democracy. Asymmetrical trade deals were not sacrosanct under the canons of free trade. Unfettered globalization, outsourcing, and offshoring were not both inevitable and always positive. The losers of globalization did not bring their misery on themselves. The Iran deal was not better than nothing. North Korea would not inevitably remain nuclear. Middle East peace did not hinge of constant outreach to and subsidy of the corrupt and autocratic Palestinian Authority and Hamas cliques. Lots of deep-state rust needed scraping. Yet it is hard to believe that either a Republican or Democratic traditionalist would have seen unemployment go below 4 percent, or the GDP rate exceed 3 percent, or would have ensured the current level of deregulation and energy production. A President Mitt Romney might not have rammed through a tax-reform policy like that of the 2017 reform bill. I cannot think of a single Republican 2016 candidate who either could or would have in succession withdrawn from the Paris Climate Accord, moved the U.S. embassy to Jerusalem, demanded China recalibrate its asymmetrical and often unfair mercantile trade policies, sought to secure the border, renounced the Iran deal, moved to denuclearize North Korea, and hectored front-line NATO allies that their budgets do not reflect their promises or the dangers on their borders. The fact that Trump never served in the military or held a political office before 2016 may explain his blunders and coarseness. But such lacunae in his résumé also may account for why he is not constrained by New York–Washington conventional wisdom. His background makes elites grimace, though their expertise had increasingly calcified and been proved wrong and incapable of innovative approaches to foreign and domestic crises. Something or someone was needed to remind the country that there is no longer a Democratic party as we once knew it. It is now a progressive and identity-politics religious movement. Trump took on his left-wing critics as few had before, did not back down, and did not offer apologies. He traded blow for blow with them. The result was not just media and cultural hysteria but also a catharsis that revealed what Americans knew but had not seen so overtly demonstrated by the new Left: the unapologetic media bias; chic assassination talk; the politicization of sports, Hollywood, and entertainment in slavish service to progressivism; the Internet virtue-signaling lynch mob; the out-of-control progressive deep state; and the new tribalism that envisions permanent ethnic and racial blocs while resenting assimilation and integration into the melting pot. For good or evil, the trash-talking and candid Trump challenged progressives. They took up the offer in spades and melted down — and America is getting a good look at where each side really sits. In the end, only the people will vote on Trumpism. His supporters knew full well after July 2016 that his possible victory would come with a price — one they deemed more than worth paying given the past and present alternatives. Most also no longer trust polls or the media. To calibrate the national mood, they simply ask Trump voters whether they regret their 2016 votes (few do) and whether any Never Trump voters might reconsider (some are), and then they’re usually reassured that what is happening is what they thought would happen: a 3 percent GDP economy, low unemployment, record energy production, pushbacks on illegal immigration, no Iran deal, no to North Korean missiles pointed at the U.S., renewed friendship with Israel and the Gulf states, a deterrent foreign policy, stellar judicial appointments — along with Robert Mueller, Stormy Daniels, Michael Cohen, and lots more, no doubt, to come. Victor Davis Hanson
Donald Trump has a big promise for the U.S. economy: 4% growth. No chance, say 11 economists surveyed by CNNMoney. And a paper published Tuesday by the Federal Reserve Bank of San Francisco backs them up. (…) The Republican presidential nominee made the promise in a speech in New York in September. « I believe it’s time to establish a national goal of reaching 4% economic growth, » he said. Since the Great Recession, growth has averaged 2%. Brusca and the other economists surveyed say that 4% growth is impossible, or at least highly unlikely. The reasons: Unemployment is already really low, lots of Baby Boomers are retiring, and there are far fewer manufacturing jobs today than in past decades. Trump’s team says it will get to 4% growth with tax cuts, better trade deals and more manufacturing jobs. One reason for slower growth is lower productivity — for example, how many widgets an assembly line worker can produce in an hour. Another problem is that the example of the assembly line worker is increasingly outdated: America has shed about 5.6 million manufacturing jobs since 2000, mostly because of innovation and partly because of trade, studies show. Manufacturing jobs tend to have higher productivity — and wages — than jobs in other service industries like retail, education and health care, which have added lots of low-productivity jobs while manufacturing jobs have disappeared. Interestingly, American manufacturers are producing more than ever before — in dollar terms. But as technology replaces jobs on the assembly line, more goods can be produced with fewer workers. On top of that, the economy is already near what economists consider full employment, meaning the unemployment rate can’t go much lower. The unemployment rate is 5% and was as low as 4.7% earlier this year. It can’t go much lower because there will always be people leaving jobs or searching for them. If the job market is already near capacity, the economy can’t expand much more, economists say. Unemployment did go really low in 2000 — as low as 3.8% — and the economy was growing above a 4% pace. But the San Francisco Fed attributes those good times to the late 1990s internet revolution. (…) Many economists call for more spending on building new roads, bridges and highways, as do both Trump and Hillary Clinton. (…) Many experts say comprehensive immigration reform — a path to citizenship — would create more documented workers. Historically, documented workers tend to have higher productivity than undocumented workers because they generally have higher job skills and can take on jobs that produce more valuable goods. Productivity has nothing to do with work ethic. CNN (12.10.2018)
The Soviet Union was famously described as « Upper Volta with rockets », a catchphrase that was updated by the geographically precise to become « Burkina Faso with rockets ». It was a powerfully succinct description. The United States was rich and space-age powerful; the Soviet Union was poor and space-age powerful. The contradictions and paradoxes that stemmed from that could never fully be resolved – least of all by the citizens of the Soviet Union themselves. During the 1930s, Stalin turned Russia into an industrially powerful nation, and made his Soviet compatriots feel proud of what they had achieved. The defeat of Hitler’s might, at the cost of millions of lives, was also seen as proof of Soviet greatness. The idea that Soviet was best took deep root. It convinced some Western visitors, and millions of Russians. Even now, many Russians find it hard to believe that there was anything wrong with the model itself. In last night’s episode of the Cold War series, interviewees visibly hankered after a time when Khrushchev was in his Kremlin, and all was right with the Soviet world. (…) While Cold War stripped some of the humbug from old-fashioned propaganda, Tim Whewell’s Correspondent special, « Two Weddings and the Rouble », was a bleak illustration of life in Russia today, seven years after the final collapse of the superpower and the propaganda machine. The Cold War has vanished; and with it, the heart of Russia’s pride. (…) The film resolutely avoided politics, though the story of the collapsing rouble – six to the dollar one day, 20 to the dollar a few days later – always lurked in the background. But the underlying theme was best expressed by the father who angrily complained that « this once-great country has been robbed and humiliated ». Humiliated: certainly. Russia these days is now Upper Volta without the rockets (all its best scientists have gone abroad; those who remain are usually unpaid). But robbed? Who did the robbing, and why? The comment reflected the still-deep Russian fatalism which enables millions to believe that somebody else is always responsible, and that Russians can change nothing themselves. It is not true – but many Russians believe it to be true, which comes to almost the same thing. (…) As Whewell noted, this is a country which has worshipped « one false prophet too many ». Gagarin and the sputnik era are still glowingly remembered as the time when the Soviet Union truly seemed great. As for the future: it sometimes seems difficult to find a Russian who has room for any optimism at all. Katya’s parents, it seems fair to guess, will never believe in anything again. As for Katya herself – maybe. If not, Russia is truly lost. The Independent
We hear too much about Vladimir Putin these days and not nearly enough about the actual forces reshaping the world. Yes, the Russian president has proved a brilliant tactician. And, President Trump’s fantasies aside, he is a ruthless enemy of American power and European coherence. Yet Russia remains a byword for backwardness and corruption. Its gross domestic product is less than 10% that of the U.S. or the European Union. With a declining population and a fundamentally adverse geopolitical situation, the Russian Federation remains a shadow of its Soviet predecessor. Add up the consequences of Mr. Putin’s troops, nukes, disinformation campaigns, financial aid to populist parties—and throw in the power of his authoritarian example. Russia still does not have the ability to roll back the post-1990 democratic revolution, overpower the North Atlantic Treaty Organization, or dissolve the EU. The West is in crisis because of European weakness, not Russian strength. Some of the Continent’s difficulties are well known. France foolishly imagined the euro would contain the rise of a newly united Germany after the Cold War. In fact it has propelled Germany’s unprecedented economic rise while driving a wedge between Europe’s indebted South and creditor North. The Continent’s so-called migration policy is a humanitarian and a political disaster. Berlin’s feckless approach to security has left Europe’s most important power a geopolitical midget, lecturing sanctimoniously while others shape the world. Meanwhile the EU’s Byzantine government machinery grinds at an ever slower pace, creating openings for Mr. Putin and Turkish President Recep Tayyip Erdogan. Europe’s weakness invites authoritarian assertion in the borderlands. Walter Russell Mead
My [Chinese] interlocutors say that Mr Trump is the US first president for more than 40 years to bash China on three fronts simultaneously: trade, military and ideology. They describe him as a master tactician, focusing on one issue at a time, and extracting as many concessions as he can. They speak of the skilful way Mr Trump has treated President Xi Jinping. “Look at how he handled North Korea,” one says. “He got Xi Jinping to agree to UN sanctions [half a dozen] times, creating an economic stranglehold on the country. China almost turned North Korea into a sworn enemy of the country.” But they also see him as a strategist, willing to declare a truce in each area when there are no more concessions to be had, and then start again with a new front. For the Chinese, even Mr Trump’s sycophantic press conference with Vladimir Putin, the Russian president, in Helsinki had a strategic purpose. They see it as Henry Kissinger in reverse. In 1972, the US nudged China off the Soviet axis in order to put pressure on its real rival, the Soviet Union. Today Mr Trump is reaching out to Russia in order to isolate China. In the short term, China is talking tough in response to Mr Trump’s trade assault. At the same time they are trying to develop a multiplayer front against him by reaching out to the EU, Japan and South Korea. But many Chinese experts are quietly calling for a rethink of the longer-term strategy. They want to prepare the ground for a new grand bargain with the US based on Chinese retrenchment. Many feel that Mr Xi has over-reached and worry that it was a mistake simultaneously to antagonise the US economically and militarily in the South China Sea. Instead, they advocate economic concessions and a pullback from the aggressive tactics that have characterised China’s recent foreign policy. Mark Leonard
In the one year since President Trump took office, the first quarter of 2017 through the first quarter of 2018, real GDP grew at a 2.55 percent annual rate. This is higher than the growth for six of the eight years former President Obama was in office, or even five of the eight years when former President George W. Bush was in office. Moreover, the economic growth rate in the first year of Trump in office is higher than the average annual growth rate for the entire presidencies of both Obama at 2.05 percent and Bush at 1.71 percent. For the full 65 years from the first quarter of 1953 through the first quarter of 2018, annual real GDP growth in the United States averaged 2.95 percent, which is still substantially higher than the first year under Trump. The growth rate for the second quarter of 2018 is 4.1 percent. This is a nice sign of American prosperity and is the strongest quarter of economic growth since the third quarter of 2014. Net exports contributed about 1 percent, while the change in private inventories subtracted 1 percent. Lots of changes like this happen on a quarter by quarter basis and should not be taken too seriously. (…) While the GDP growth of any one quarter can be offset, revised or magnified in subsequent quarters, a pattern appears to be emerging under the stewardship of the Trump administration, which makes a lot of sense, at least to me. (…) When it comes to trade, there are problems and risks in the vision Trump is carrying out. Trade should be free and with minimum barriers placed on American exports to other countries and foreign exports to the United States. (…) Finally, we have had a serious government spending problem in the United States for years. The economist Milton Friedman was famous for saying “government spending is taxation.” (…) The latest GDP figure is a great number that aids our recovery from the awful 16 years under Bush and Obama. It will also reduce deficits in the long term if such robust economic growth continues. But the challenge is far from over. We have a lot of work to do to fan the flames of prosperity and to hold at bay the prosperity killers. But one step forward is still one step forward, and it is a heck of a lot better than one step backward. Arthur B. Laffer
So much for “secular stagnation.” You remember that notion, made fashionable by economist Larry Summers and picked up by the press corps to explain why the U.S. economy couldn’t rise above the 2.2% doldrums of the Obama years. Well, with Friday’s report of 4.1% growth in the second quarter, the U.S. economy has now averaged 3.1% growth for the last six months and 2.8% for the last 12. The lesson is that policies matter and so does the tone set by political leaders. For eight years Barack Obama told Americans that inequality was a bigger problem than slow economic growth, that stagnant wages were the fault of the rich, and that government through regulation and politically directed credit could create prosperity. The result was slow growth, and secular stagnation was the intellectual attempt to explain that policy failure. The policy mix changed with Donald Trump’s election and a Republican Congress to turn it into law. Deregulation and tax reform were the first-year priorities that have liberated risk-taking and investment, spurring a revival in business confidence and growth to give the long expansion a second wind. (…) Deregulation signaled to business that arbitrary enforcement and compliance costs wouldn’t be imposed on ideological whim. Tax reform broke the bottleneck on capital mobility and investment from the highest corporate tax rate in the developed world. Above all, the political message from Washington after eight years is that faster growth is possible and investment to turn a profit is encouraged. (…) It would be nice to think that all Americans would take satisfaction in this growth. But in the polarized politics of 2018, the same people who said this growth revival could never happen are now saying that it can’t last. It’s a “sugar high,” as Mr. Summers has put it, due to one-time boosts like government spending and consumption. (…) There are risks to this outlook, not least from Mr. Trump’s tariff policies.. (…) The way to help the economy is for Mr. Trump to build on this week’s trade truce with the European Union, withdraw the tariffs on both sides, and work toward a “zero tariff” deal. Meantime, wrap up the Nafta revision with Mexico and Canada within weeks so Congress can approve it this year. Mr. Trump could claim he had honored another campaign promise while removing a pall on investmentWSJ
One thing came through loud and clear in President Trump’s press conference Wednesday with European Commission President Jean-Claude Juncker. When they announced an alliance against third parties’ “unfair trading practices,” they didn’t even have to mention China by name for listeners to know who their target was. Cooperation between the U.S. and EU will squeeze China’s protectionist model, and even before this agreement, there’s been evidence that China is already running up the white flag. Yes, China is acting tough in one sense, quickly imposing tariffs in retaliation for those enacted by the Trump administration. But while U.S. stocks approach all-time highs and the dollar grows stronger, Chinese stocks are in a bear market, down 25% since January. The yuan had its worst single month ever in June, and is well on its way to a repeat this month. Chinese corporate bonds have defaulted at a record rate in the past six months, yet this week China unveiled a new stimulus program designed to encourage even more corporate borrowing. (…) Weakening one’s currency is a standard weapon in trade wars, and one that China has often been accused of using—including in a tweet by Mr. Trump last week. Devaluation would be even more dangerous in this case because of China’s power to dump the $1.4 trillion in U.S. Treasury securities it holds. But by denying its intention to plunge the yuan, China has disarmed itself voluntarily. This was no act of noble pacifism; it had to be done. Devaluing the currency would risk scaring investors away, an existential threat to an emerging economy. For China, whose state-capitalism model has so far never produced a recession, such capital flight might expose previously hidden economic weaknesses. These weaknesses accumulate without the market discipline that occasional recessions impose. The fragility of China’s economy can be seen in its growth rate, which is slowing despite rising financial leverage, and in its overinvestment in commodities and real estate. The escalating trade war with the U.S. could tip China into the unknown territory of recession—and then capital flight could push it into a financial crash and depression. That would create mass joblessness in an economy that has never recorded unemployment higher than 4.3%. With that scenario in mind, the Chinese government must be wondering whether it has enough riot police. The risk of capital flight is real. The last time China let the yuan weaken—a slide that began in early 2014 and was punctuated in mid-2015 by the abandonment of the dollar peg in favor of a basket of currencies—the Chinese ended up losing almost $1 trillion in foreign reserves, which they have yet to recover. Now the sharp weakening of the yuan shows some degree of capital flight again is under way. No wonder that, despite tough talk from some quarters, the PBOC disarmed itself voluntarily to avoid further capital flight. The bank also is already offering to reimburse local firms for tariffs on imported U.S. goods. What’s more, China has put out a yard sign for international investors by announcing unilateral easing of foreign-ownership restrictions in some industries. China is beginning to realize that trade war isn’t really war. It’s more like a drinking contest at a fraternity: the game is less inflicting harm on your opponent than inflicting it on yourself, turn by turn. In trade wars, nations impose burdensome import tariffs on themselves in the hope that they’ll be able to stomach the pain longer than their competitor. Why play such a game? Because a carefully chosen act of self-harm can be an investment toward a worthy goal. For example, President Reagan’s arms race against the Soviet Union in the 1980s was in some sense a costly self-imposed tax. But it turned out the U.S. could bear the burden better than the Soviets could—Uncle Sam eventually out-drank the Russian bear and won the Cold War. The U.S. will win the trade war with China in the same way. The PBOC’s statements show that the Chinese understand they are too vulnerable to take very many more drinks. The only question is what they will be willing to offer Mr. Trump to get him to take yes for an answer. No wonder Beijing has ordered its state-influenced media to stop demonizing Mr. Trump—officials are desperate to minimize the pain when President Xi Jinping has to cut the inevitable deal. The drinking-contest metaphor takes us only so far. The wonderful thing about reciprocal trade is that it is a positive-sum game in which all contestants are made better off. If the conflict forces China to accept more foreign investors and goods, comply with World Trade Organization rules, and respect foreign intellectual property, it may feel it has lost but will in fact be better off. With this openness, both economic and political, China could spur a decadeslong second wave of growth that would bring hundreds of millions still living in rural poverty into glittering new cities. It took Nixon to go to China and show it the way to the 20th century. Now, through the unlikely method of trade war, Donald Trump is ushering China into the 21st century. Donald Luskin
Si l’on regarde les faits, et uniquement les faits, un constat s’impose: on ne peut pas trouver dans l’histoire récente des Etats-Unis un président ayant mené à bien autant de réformes en un laps de temps si court. Même Reagan a mis trois ans à réformer la fiscalité américaine! Trump, lui, l’a fait en quelques mois. Alors certes, «The Donald» n’a pas réussi à démanteler complètement l’Obamacare, suite aux oppositions rencontrées dans son propre parti ; mais sa réforme fiscale inclut la fin du «mandat individuel», cette fameuse obligation de souscrire à une assurance santé. Plus exactement, l’amende pour le non-respect de cette obligation est supprimée par la réforme. Cette mesure était nécessaire. En 2009, les conséquences de cette mesure coercitive, emblématique de la présidence d’Obama, ne s’étaient pas fait attendre. Il y avait eu d’énormes bugs informatiques qui ont découragé des millions de personnes de souscrire en ligne. Puis des millions d’Américains ont été contraints de résilier leur assurance privée, alors que nombre d’entre eux n’en ressentaient nullement l’envie. Depuis 2009, plus de 2 400 pages de réglementations se sont accumulées pour réguler le fonctionnement du système. Le président Obama avait promis de baisser les franchises de santé grâce à ce programme, mais ce fut tout le contraire: elles ont augmenté de 60 % en moyenne. Les primes d’assurance ont bondi dans l’ensemble de 25 % (et même jusqu’à 119 % dans l’état d’Arizona). Les assureurs ne s’en sortaient plus à cause des réglementations très strictes qui leur ont été imposées. Obama avait aussi promis de baisser le prix de l’assurance santé d’environ 2 500 dollars par famille et par an ; en réalité, le prix a augmenté de 2 100 dollars! Trump met fin à cette dérive en ouvrant le système un peu plus à la concurrence et en donnant aux Américains la liberté de choisir. (…) La réforme fiscale adoptée par le Congrès des États-Unis contient de nombreuses mesures audacieuses, que les Américains attendaient. Par exemple la baisse de la taxe sur les bénéfices des entreprises (de 35 % à 21 %), qui s’accompagne d’une déduction fiscale généreuse pour les entreprises dont les profits ne sont déclarés qu’au travers des revenus de leurs propriétaires. Plusieurs taxes ont par ailleurs été supprimées, comme la taxe minimum de 20 % sur les bénéfices effectifs. Surtout, le président Trump a entamé une vaste opération visant à rapatrier entre 2 000 et 4 000 milliards de dollars de profits placés à l’étranger, en diminuant la taxe sur ces profits de 35 % à moins de 15 %. Autre mesure symbolique: la suppression de la taxe sur les héritages au-dessous de 10 millions de dollars satisfait une large partie de l’électorat républicain. Certains Etats dont la fiscalité est particulièrement élevée, comme la Californie, seront également obligés de se réformer pour faire face à la suppression de certaines déductions fiscales. Leurs habitants ne pourront plus en effet déduire l’impôt sur le revenu local de leurs impôts fédéraux. Plusieurs mesures abolissent l’interdiction des forages de pétrole en Alaska. À l’heure actuelle, Trump a ouvert toutes les possibilités d’exploitation sur le continent américain, ce qui fera du pays l’un des principaux exportateurs de matières premières. Trump se positionne ainsi en ennemi du politiquement correct et reste méfiant à l’égard des gourous du réchauffement climatique. Il a été le seul à avoir le courage de se retirer de la COP 21, cette mascarade coûteuse qui consiste à organiser de gigantesques réunions de chefs d’État aux frais des contribuables. Il a supprimé la prime à la voiture électrique (pour une économie de 7 milliards de dollars) ainsi que les subventions aux parcs d’éoliennes. Enfin, Trump s’est attaqué aux réglementations. Entre janvier et décembre 2017, il a supprimé la moitié (45 000) des pages que contient le Code des réglementations. Plus de 1 500 réglementations importantes ont été abolies, dont beaucoup dans le domaine de l’environnement. Les économies obtenues sont estimées à plus de 9 milliards de dollars. Faisant fi des protestations, il a libéré le secteur d’internet de plusieurs contraintes anachroniques. Au plan international, Trump s’oppose à la Chine dont les pratiques commerciales douteuses ont fait l’objet d’enquêtes de la part de Washington. Mais cette position juste face aux Chinois ne devrait pas conduire la Maison Blanche à cautionner des mesures restrictives de la liberté du commerce et des échanges, qui risqueraient de peser sur la croissance américaine et même mondiale. (…) En tout état de cause, en ce début janvier 2018, l’économie américaine semble partir sur des bases solides. Le troisième trimestre de croissance s’est élevé à plus de 3 %, et le taux de chômage est au plus bas, à seulement 4.1 % (2.1 millions d’emplois créés en une année, du jamais vu depuis 1990), et même à 6.8 % pour la population noire, un taux qui n’a jamais été si faible depuis 1973. Les effets des baisses d’impôt se font d’ores et déjà sentir: des entreprises comme AT&T, Comcast, Wells Fargo, Boeing, Nexus Services ont annoncé des primes et des hausses de salaires. Nicolas Lecaussin
Volontarisme fiscal, brutalité commerciale : les critiques pleuvent sur la méthode du président américain, mais les États-Unis affichent d’excellentes performances économiques. Sur le climat, l’Iran, Israël, il s’est mis au ban de la communauté internationale. Ses tweets rageurs matinaux, son imprévisibilité, sa brutalité, laissent pantois. Ses démêlés avec le FBI et la justice interrogent sur sa capacité à mener son mandat jusqu’à son terme. Et pourtant. La méthode de Donald Trump, exposée il y a trente ans déjà, dans son best-seller l’Art du deal, du temps où le futur président de la première puissance mondiale n’était qu’un loup new-yorkais de l’immobilier, semble faire mouche. Depuis qu’il est installé à la Maison-Blanche, Donald Trump l’a éprouvée à plusieurs reprises, notamment avec la Corée du Nord. Il profère les pires menaces, exerce une pression maximale sur l’adversaire ou le partenaire, puis se dit prêt à discuter. Sur le front commercial, le président américain a marqué des points. Il a arraché des concessions au Brésil, son deuxième fournisseur d’acier ainsi qu’à la Corée du Sud. Évidemment, disposer du plus gros budget militaire de la planète (610 milliards de dollars, davantage que les sept pays suivants réunis) et diriger la première économie (un PIB de 19.000 milliards de dollars, une fois et demie celui de la Chine) offre quelques arguments. (…) L’issue est encore très incertaine, mais Trump a réussi à amener les Chinois à la table pour discuter d’une réduction du déficit commercial américain. Washington n’a pas non plus gagné son bras de fer contre l’Europe. (…) «Sa tactique de négociation est de taper fort et de se faire mousser auprès de son électorat, ajoute Florence Pisani, économiste chez Candriam et coauteur d’un livre sur l’économie américaine. C’est un jeu assez dangereux, car cela crée de l’incertitude et reporte les projets d’investissement.» Les bons indicateurs qui se succèdent semblent pourtant démentir cette vision pessimiste. À 3,9 %, le chômage est au plus bas depuis près de vingt ans, l’industrie crée des emplois, les ménages ont davantage confiance qu’au début du mandat. (…) « Il n’y a pas eu de changement majeur de tendance depuis l’arrivée de Trump, nuance Christian Leuz, économiste allemand installé depuis quinze ans aux États-Unis, à l’University of Chicago Booth School of Business. Obama a laissé une économie en bonne santé, il est encore trop tôt pour attribuer les bons résultats à Trump. » Ce leg solide est aussi largement imputable à dix ans de politique monétaire généreuse de la Fed, rappellent de nombreux économistes. Sa réforme fiscale, arrachée de haute lutte au Congrès, devrait tout de même avoir un impact positif sur l’économie. Elle a gonflé le profit des entreprises et permis à certaines comme Apple de rapatrier des milliards mis à l’abri à l’étranger. Florence Pisani pondère encore: une enquête récente de la réserve fédérale d’Atlanta indique que moins de 10 % des entreprises envisagent d’investir davantage malgré les réductions d’impôt. Quant aux ménages, ils pourraient perdre en impôts locaux (ceux des États) ce qu’ils ont gagné sur les impôts fédéraux. Même si le programme des grands travaux reste encore dans le flou, les dépenses votées par le Congrès devraient cependant soutenir l’activité de 0,3 % de PIB supplémentaire, concède Florence Pisani. Un surcroît de dépenses qui pourrait léguer au successeur de Trump «un déficit budgétaire de plus de 5 % du PIB et une dette alourdie», avertit Steven Friedman. Fabrice Nodé-Langlois
Selon la première estimation du Département du commerce, la croissance au second trimestre atteint 4,1% en rythme annuel. On n’a pas vu de conjoncture aussi favorable aux États-Unis depuis 2014. Donald Trump qualifie ces chiffres de «fascinants» et de «tout à fait tenables». Il y voit la preuve que sa politique de déréglementation et de baisses d’impôts porte ses fruits. D’autant que l’estimation de l’expansion de janvier à mars est révisée à la hausse de 2 à 2, 2% en rythme annuel. (…) Voilà déjà plus d’un an qu’il tourne en dérision les experts qui affirment qu’il ne sera pas possible de dépasser durablement 3% de croissance. Leurs arguments sont toujours que l’Amérique approche de la fin d’un très long cycle d’expansion engagé depuis l’été 2009, que la croissance démographique est désormais modeste et surtout que les hausses de productivité ne sont pas suffisantes pour renouer avec des taux de croissance dignes des années Reagan. Au cours du premier semestre l’expansion atteint néanmoins 3,1%. Si la montée des barrières douanières, les relèvements de taux directeurs par la Réserve fédérale et la hausse des coûts des matières premières ne font pas dérailler la conjoncture, le pari de Donald Trump peut être gagné, au moins en 2018. (…) Avec un taux de chômage au plus bas depuis la fin du siècle dernier, des créations d’emplois encore très fortes en moyenne de 215.000 postes par mois depuis janvier et une inflation de l’ordre de 2%, il pense présenter à l’opinion un premier bilan positif. Surtout s’il arrive à passer sous silence que, contrairement à l’orthodoxie fiscale prônée jadis par le Parti républicain, le déficit budgétaire en forte hausse est en partie responsable de l’accélération actuelle de la croissance. Signe de la confiance et du moral élevé des Américains, la consommation, qui représente plus des deux tiers du Produit intérieur brut (PIB) aux États-Unis, bondit au rythme de 4% au second trimestre, après une maigre progression de 0,5% de janvier à mars. Paradoxalement, les fortes tensions commerciales entre Washington et ses partenaires ont stimulé la croissance au cours du printemps. Dans l’anticipation de droits de douane chinois sur les denrées agricoles, les producteurs américains de soja ont par exemple tout fait pour avancer leurs livraisons avant le mois de juillet, date d’entrée en vigueur des mesures de rétorsion décidées par Pékin. Près d’un quart de la croissance a été donc généré par le commerce extérieur. Pierre-Yves Dugua
En 1917, contre les thèses de Marx, c’est en Russie, à Saint Pétersbourg, qu’éclate la Révolution. Enjeu intellectuel et enjeu politique, [Gramsci] va s’efforcer de comprendre pourquoi la Révolution a eu lieu en Russie et non en Allemagne, en France ou dans le Nord de l’Italie. Autour de la Révolution de 1917, s’ordonnent aussi une série de questionnements fondamentaux pour comprendre la pensée de Gramsci: hégémonie, crises, guerres de mouvements ou de positions, blocs historiques… Il distingue deux types de sociétés. Pour faire simple, celles où il suffit, comme en Russie, de prendre le central téléphonique et le palais présidentiel pour prendre le pouvoir. La bataille pour «l’hégémonie» vient après, ce sont les sociétés «orientales» qui fonctionnent ainsi… Et celles, plus complexes, où le pouvoir est protégé par des tranchées et des casemates, qui représentent des institutions culturelles ou des lieux de productions intellectuelles, de sens, qui favorisent le consentement. Dans ce cas, avant d’atteindre le central téléphonique, il faut prendre ces lieux de pouvoir. C’est ce que l’on appelle le front culturel, c’est le cas des sociétés occidentales comme la société française, italienne ou allemande d’alors. Au contraire de François Hollande et de François Lenglet, Antonio Gramsci ne croit pas à l’économicisme, c’est-à-dire à la réduction de l’histoire à l’économique. Il perçoit la force des représentations individuelles et collectives, la force de l’idéologie… Ce refus de l’économicisme mène à ouvrir le «front culturel», c’est-à-dire à développer une bataille qui porte sur la représentation du monde tel qu’on le souhaite, sur la vision du monde… Le front culturel consiste à écrire des articles au sein d’un journal, voire à créer un journal, à produire des biens culturels (pièces de théâtre, chansons, films etc…) qui contribuent à convaincre les gens qu’il y a d’autres évidences que celles produites jusque-là par la société capitaliste. La classe ouvrière doit produire, selon Gramsci, ses propres références. Ses intellectuels, doivent être des «intellectuels organiques», doivent faire de la classe ouvrière la «classe politique» chargée d’accomplir la vraie révolution: c’est-à-dire une réforme éthique et morale complète. L’hégémonie, c’est l’addition de la capacité à convaincre et à contraindre. Convaincre c’est faire entrer des idées dans le sens commun, qui est l’ensemble des évidences que l’on ne questionne pas. La crise (organique), c’est le moment où le système économique et les évidences qui peuplent l’univers mental de chacun «divorcent». Et l’on voit deux choses: le consentement à accepter les effets matériels du système économique s’affaiblit (on voit alors des grèves, des mouvements d’occupation des places comme Occupy Wall Street, Indignados, etc); et la coercition augmente: on assiste alots à la répression de grèves, aux arrestations de syndicalistes etc… Au contraire, un «bloc historique» voit le jour lorsqu’un mode de production et un système idéologique s’imbriquent parfaitement, se recoupent: le bloc historique néolibéral des années 1980 à la fin des années 2000 par exemple. Car le néolibéralisme n’est pas qu’une affaire économique, il est aussi une affaire éthique et morale. (…) il apporte à l’œuvre de Marx l’une des révisions ou l’un des compléments les plus riches de l’histoire du marxisme. Pour beaucoup de socialistes, il faut attendre que les lois de Marx sur les contradictions du capitalisme se concrétisent pour que la Révolution advienne. La Révolution d’Octobre, selon Gramsci, invalide cette thèse. Elle se fait «contre le Capital», du nom du grand livre de Karl Marx. Antonio Gramsci fascine au-delà de la gauche… Ainsi en France, en Italie ou en Autriche, des courants d’extrême droite se sont réclamés d’une version tronquée et biaisée du gramscisme. Ce «gramscisme de droite» faisait l’impasse sur l’aspect «économique» du gramscisme et le caractère émancipateur pour n’en retenir que la méthode le «combat culturel». Gaël Brustier
Les prédécesseurs de Trump, depuis la seconde guerre mondiale, voyaient dans la promotion d’un ordre libéral international, appuyé sur un tissu d’alliances, de forums multilatéraux et d’interdépendances économiques, la source de projection de la puissance américaine. Trump renverse la table. Ces règles restreignent l’Amérique: elles lui imposent des tabous et des normes bridant sa puissance, ne lui permettant pas de défendre au mieux ses intérêts. L’Amérique se laisse berner par ses partenaires commerciaux ; ses alliés profitent de sa générosité pour se comporter en passagers clandestins et financer leurs systèmes sociaux sous couvert de parapluie militaire américain. Dans un monde de jeu à somme nulle, le rapport de force brut favorisera le plus fort, donc l’Amérique. Ces thèmes ne sont pas nouveaux pour Trump qui répète ces antiennes depuis les années 1980. Sur le plan intérieur comme international, la question se pose: Donald Trump est-il un accident de l’histoire, élu sur un concours de circonstances, ou la manifestation de forces plus profondes traversant l’Amérique? Certes les idiosyncrasies du président sont incontestables. Sa vulgarité et sa personnalité brutale, son parcours d’homme d’affaires passé par la télé réalité ainsi que son inexpérience gouvernementale en font à coup sûr un animal politique sans précédent dans l’histoire américaine. De plus, son impopularité (à relativiser par le soutien fidèle de sa base) et les incertitudes pesant autour de l’enquête du Procureur Muller laissent certains espérer que la parenthèse sera de courte durée, qu’il suffit de s’armer de patience. Il faut doucher cet optimisme: le parti démocrate est profondément divisé et peine à faire émerger de nouvelles personnalités. L’économie américaine se porte bien, malgré des réalités souvent plus dures masquées par les statistiques, des inégalités aux addictions aux drogues. La réélection de Trump en 2020 n’est pas du tout à exclure ; mais l’enjeu va bien au-delà. Traiter Donald Trump comme une aberration historique qui sera suivie par un retour à «la normale» représenterait une erreur majeure de la part des Européens, pour trois raisons principales. Tout d’abord, l’Amérique traverse une période de questionnement profond sur son leadership international et les objectifs de sa politique étrangère, conséquence tardive de la fin de la Guerre Froide qui l’a privée d’adversaire clair et donc de continuité stratégique. Tous les présidents élus depuis la fin de la guerre froide, l’ont été sur une plateforme plaçant la priorité sur le plan intérieur: Bill Clinton insistant sur l’économie, George W. Bush comme Barack Obama contre l’interventionnisme de leur prédécesseur. Les divisions profondes qui affectent les États-Unis et l’absence de priorité internationale qui fasse consensus, Chine, terrorisme, immigration, commerce international, doivent nous préparer à une politique américaine plus erratique et déterminée par des considérations intérieures et électorales. Deuxièmement, le désastre irakien et la crise financière ont encouragé une tendance au repli et nourri le scepticisme d’une partie non négligeable de l’électorat quant à l’engagement international des États-Unis. L’observateur de Washington ne peut à cet égard que constater le décalage profond entre les experts de politique étrangère peuplant les think tanks et revues du reste de la population américaine. Durant la campagne présidentielle, Hillary Clinton avait ainsi dû changer de position sur le traité de libre-échange transpacifique pour suivre l’électorat, tandis que Trump pouvait brandir avec fierté la longue liste des experts de sécurité nationale «Never Trump» qui s’opposait à lui. Le fameux volte-face d’Obama sur la ligne rouge en Syrie a été largement critiqué à Washington comme à Paris, y compris par des membres de son entourage, mais soutenu par une large majorité de la population. À cet égard, Trump s’inscrit dans une forme de continuité avec son prédécesseur, Barack Obama, tout aussi prompt à dénoncer les experts interventionnistes de Washington. Les deux présidents partagent un scepticisme face à la notion «d’exceptionnalisme» américain. Obama comme Trump se gardent bien de voir une quelconque mission civilisatrice dans la politique étrangère américaine, promouvant le «nation building at home». Les conséquences étaient différentes: le scepticisme d’Obama sur les limites de puissance américaine l’entraînait à favoriser les accords multilatéraux comme le JCPOA ou l’accord de Paris sur le climat. À l’inverse, Trump prône l’unilatéralisme botté, dans la tradition du nationalisme martial d’un Andrew Jackson, président entre 1829 et 1837. Mais les deux approches sont deux pôles d’un même mouvement de retrait et de normalisation de la puissance américaine. Enfin, repli ou non, l’Europe perd sa centralité stratégique pour les États-Unis. Obama dénonçait déjà dans un entretien au journaliste Jeffrey Goldberg les alliés européens «passagers clandestins». Plutôt que de regretter sa non-intervention en Syrie, c’est l’intervention en Libye qu’Obama désigne comme son principal échec de politique étrangère, pointant du doigt la France et la Grande Bretagne responsables de ne pas avoir assuré la reconstruction post-conflit. L’une des principales annonces de politique étrangère fut le «pivot» vers l’Asie. Le réengagement américain en Europe fut tardif et réticent, provoqué par l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014. Mais ici aussi Obama a laissé Angela Merkel et François Hollande en première ligne pour négocier les accords de Minsk avec Vladimir Poutine. Les années 1990, caractérisées par l’attention portée à l’expansion de l’OTAN et les interventions américaines (tardives) dans les Balkans seront probablement une exception, reliquat de la guerre froide et d’un bref moment unipolaire triomphant. (…) Cela implique un investissement considérable dans notre défense et sécurité: l’Europe est-elle prête à affronter seule une crise comparable aux Balkans dans sa périphérie demain? La crise syrienne, avec ses conséquences sur l’Union Européenne en matière de réfugiés et l’émergence de Daesh, devrait servir de réveil stratégique. Or, la posture européenne s’est essentiellement limitée à espérer un engagement américain. Au-delà de l’investissement dans le militaire, les Européens doivent prendre les mesures pour se préserver des conséquences des décisions américaines, en particulier des sanctions extraterritoriales. Aujourd’hui Trump exploite la faiblesse des Européens. Peut-être cette séquence n’est elle qu’un cycle de plus dans le balancier permanent entre repli égoïste et aventurisme messianique qu’Henry Kissinger a souvent déploré dans l’histoire diplomatique américaine. Après les années de doute de la présidence Carter, post Watergate et Vietnam ont suivi l’optimisme triomphant des années Reagan. Mais l’Europe ne peut fonder sa stratégie sur cet espoir. De plus, même si le successeur de Trump renoue avec l’internationalisme, l’Europe n’en sera pas moins vue comme un partenaire secondaire, grevée par ses divisions et sa faiblesse militaire. Benjamin Haddad
Donald Trump est un cauchemar pour ses angéliques adversaires. Ils voudraient voir en lui un plouc en sursis. Mais les faits leur donnent tort. Certes, l’acteur Robert De Niro a reçu, dimanche, les vivats du public new-yorkais pour avoir crié sur scène, les poings levés : « Fuck Trump  !  » (« J’emmerde Trump  !  »). Après la décision du président américain de suspendre un temps, le 24 mai, les discussions avec la Corée du Nord, Le Monde avait titré, avec d’autres : « La méthode Trump en échec ». Or l’Histoire se montre aimable avec le proscrit du show-biz, des médias et autres enfants de chœur. L’accord conclu, mardi à Singapour, entre Trump et Kim Jong-un est un coup de maître. Il se mesure à l’aigreur des dépités. Alors que les « experts » prédisaient le clash et la duperie, tous deux ont signé un document dans lequel le Coréen réaffirme « son engagement ferme et inébranlable en faveur d’une dénucléarisation complète de la péninsule coréenne ». Les pinailleurs pinaillent. Le jeune tyran n’est pas devenu pour autant fréquentable, après s’être ainsi habilement hissé au niveau de la première démocratie du monde. Sa dictature communiste demeure encore ce qui se fait de pire. Toutefois, ce qui restait d’anachronique dans ce reliquat de guerre froide prend théoriquement fin. Il est à espérer que Trump et les dirigeants de la Corée du Sud sauront inciter le despote à ouvrir rapidement son pays-prison au monde qu’il a choisi d’approcher et de visiter. La poignée de main de mardi est déjà de celles qui resteront dans les livres. À ce rituel, le Coréen n’a pas eu à malaxer les doigts de l’Américain, à la manière d’Emmanuel Macron, pour mimer sa domination. Vendredi, des médias ont désigné le président français vainqueur de Trump, au G7 (Québec), au prétexte qu’il avait laissé la trace « féroce » de son pouce sur la peau de son rival. « Ma poignée de main, ce n’est pas innocent  », avait théorisé le chef de l’État il y a un an. En dépit de ses pénibles défauts, Trump se grandit de l’infantilisme de ses adversaires. Ceux qui reprochent au milliardaire hâbleur ses foucades et son narcissisme se comportent en prêcheurs apeurés et plaintifs, dépassés par les événements. Ivan Rioufol
Emmanuel Macron ne voit pas que l’histoire s’écrit sans lui. Les « populistes » qu’il méprise sont ceux qui, forts du soutien de leurs électeurs, remportent les victoires. Donald Trump vient de signer avec la Corée du Nord, mardi, un accord capital sur la dénucléarisation progressive de la péninsule coréenne. Le texte, à compléter, éloigne la perspective d’un conflit nucléaire. En s’opposant à l’arrivée en Italie d’un bateau transportant des clandestins, Matteo Salvini, le ministre de l’Intérieur italien, a également démontré que la détermination d’un homme à appliquer son programme était plus efficace qu’un bavardage multilatéral, incapable de produire une ligne claire. Face à Trump et à Salvini, Macron ne cache plus son aversion. Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, a qualifié le rapprochement historique entre les Etats-Unis et la Corée du nord de simple « événement significatif », alors même que Trump et Kim Jong Un ont confirmé, ce mercredi, des invitations dans leur pays respectif. Hier, le chef de l’Etat a dénoncé, parlant du refus italien d’accueillir l’Aquarius et ses 629 clandestins, « la part de cynisme et d’irresponsabilité » du nouveau gouvernement. La France s’est pourtant gardée d’ouvrir, même en Corse, un de ses ports au navire indésirable. L’Aquarius a finalement trouvé à accoster à Valence (Espagne). Les donneurs de leçons feraient mieux de s’abstenir quand eux-mêmes se révèlent incapables d’appliquer ce qu’ils exigent des autres… Le président français a eu les honneurs de la presse américaine pour sa « féroce » poignée de main avec Trump, lors du G7 : elle a laissé la trace de son pouce sur la peau du président américain. Cette vacuité dans l’évaluation des rapports de force résume la détresse du camp du Bien, confronté à sa marginalisation. Car un basculement idéologique est en cours, sous la pression des nations excédées. Trump est plus populaire aux Etats-Unis que Macron ne l’est en France. Les sondages soutiennent Salvini. Le chef de l’Etat se trompe d’adversaires quand il réserve ses attaques à ces fortes têtes, tout en ménageant ceux qui insultent la France. Ivan Rioufol
Selon moi, Macron n’a pas apporté une révolution telle qu’il le prétend. Au contraire, il nous fait vivre un grand bond en arrière. Il fait revivre ce que les Français croyaient pouvoir rejeter. Les Français pensaient avoir compris que Macron avait analysé la fracture entre les élites et le peuple. Malheureusement, on se rend compte, au contraire, que Macron a redynamisé le pouvoir des élites en canalisant la société civile qu’il avait appelée à la rescousse pour en faire un parti godillot. (…) Macron achève le système. C’est un accident de l’Histoire dans la mesure où sa venue a surpris tout le monde. Il y a encore un an, personne ne le voyait arriver à ce point de son parcours politique. Il a bénéficié d’un effondrement des partis qui étaient des partis vermoulus. Il n’a suffi qu’à donner un coup d’épaule pour qu’ils s’effondrent. Il a également bénéficié de cette coalition des affaires contre François Fillon dans la dernière ligne droite. Il est le produit d’un monde finissant. Il est un des rares, en Europe, à défendre une vision postnationale, une Europe souveraine, et à ne pas comprendre que tout ne se résume pas à l’économie. (…) Il ne veut expliquer les grandes questions sociétales qu’à travers l’économie et, donc, avec une vue beaucoup trop restreinte pour répondre aux questions liées à l’immigration, au communautarisme et à la montée de l’islam radical. Ce sont des sujets qui, pour lui, sont des impensés politiques. (…) Je pense qu’il y a beaucoup d’impostures dans ses postures. Il fait croire qu’il est ce Nouveau Monde. Pour l’instant, tout démontre qu’il n’a fait que reproduire la vieille technocratie, le monde des experts, le monde des financiers, le monde de Bercy. Tout ce monde-là a repris les commandes. Au contraire, François Fillon avait demandé le courage de la vérité. On peut donc se demander si son éviction n’était pas due au fait qu’il se soit peut-être approché de trop près du sujet brûlant de la dénonciation de cette mascarade et ces grands mensonges qui font croire qu’on peut faire une démocratie sans le peuple. Macron a théorisé lui-même son rôle de Président Jupiter, c’est-à-dire de Dieu coupé du peuple. (…)  je pense qu’il n’a fait que reprendre ce que les Américains ont précisément rejeté. Je vois notre Président comme étant un Barack Obama blanc ou un Justin Trudeau intellectuel. On voit bien que la politique de Barack Obama a conduit à l’éviction de Hillary Clinton et à l’élection de son exact contraire Donald Trump. Je fais le pari que si Macron poursuit dans cette voie du politiquement correct qu’il a réhabilité à l’image de ce qu’était Barack Obama, il va accélérer les processus de rejet de ce monde faux et de cet establishment que Donald Trump a réussi à pulvériser malgré tous ses défauts. (…) Si on trace ces lignes tel que je vous les décris, je pense que son essoufflement est programmé. Il a fait l’impasse sur de grandes questions qui se posent dès à présent. Comment répondre à une immigration de peuplement ? Comment répondre à un islam radical et colonisateur ? Comment répondre à une fracturation de la société ? Comment répondre au terrorisme ? Nous ne pouvons pas répondre à toutes ces questions simplement par l’économie. Toute sa campagne a été construite sur le rejet des populismes et sur le rejet d’un discours qui, précisément, alerte sur ces grandes questions sociétales. Or, nous voyons bien que, partout en Europe, l’opinion se raidit. Par conséquent, soit Macron est obligé de se dédire, et dans ce cas il va falloir qu’il fasse un grand travail de retour sur lui-même, soit il continue dans un aveuglement et dans une sorte d’idéologie « béni-oui-ouiste » qui l’empêchera d’apporter les réponses qu’attendent les Français. Nous le voyons en Allemagne, avec le discrédit de la chancelière après sa politique qui avait été soutenue par Emmanuel Macron. Nous le voyons aussi en Autriche, en Catalogne et même chez nous, en Corse, avec ce réveil identitaire. Toutes ces réactions sont le produit d’un impensé d’une partie de la politique qui se berce de politiquement correct, qui pense que l’immigration n’est pas un problème et que les peuples peuvent indifféremment se remplacer. Ivan Rioufol

Attention: un accident historique peut en cacher un autre !

Croissance à plus de 4%, taux de chômage au plus bas (4.1 % , 2.1 millions d’emplois créés en une année, du jamais vu depuis 1990), y compris pour les minorités (6.8 % pour la population noire, du jamais vu depuis 45 ans !), renégociation d’accords ou de traités commerciaux (Brésil, Corée du sud, Europe, Chine) …

A l’heure où après avoir prédit l’apocalypse …

Suite à l’élection du président Trump …

Nos beaux et bons esprits ont de plus en plus de mal à expliquer …

Sans compter, avec peut-être 10 points d’écart, l‘inversion des courbes de popularité entre les deux côtés de l’Atlantique …

La désormais indéniable embellie de l’économie américaine …

Comme, à l’instar d’une « Haute Volta » réduite outre « ses fusées » à sa capacité de nuisance et de l’Iran à la Corée du nord ou aux territoires dit palestiniens, le début de reflux et de marginalisation des forces du mal les plus radicales …

Comment ne pas voir …

L’obstination économiciste comme l’aveuglement post-nationaliste et immigrationniste des conséquences sociales et culturelles de la mondialisation ….

De la part de ses homologues français ou allemand  pour ce qu’elle est vraiment ….

A savoir de plus en plus décalée par rapport aux aspirations des peuples

Comme à la réalité gramcscienne de l’histoire elle-même ?

« Emmanuel Macron est un accident de l’Histoire. Il a bénéficié de l’effondrement des partis vermoulus »

Ivan Rioufol publie, aux Éditions de L’Artilleur, un livre intitulé Macron, la grande mascarade. Sa thèse est limpide : Macron n’a pas apporté la révolution, comme il veut le faire croire, mais il fait vivre au contraire un grand bond en arrière. Il a redynamisé le pouvoir des élites en canalisant la société civile qu’il avait appelée à la rescousse pour n’en faire qu’un parti godillot.
Boulevard Voltaire
21 décembre 2017

Ivan Rioufol, vous publiez aux Éditions de L’Artilleur un livre intitulé Macron, la grande mascarade. Pourquoi ce titre ?

J’ai appelé ce livre ainsi en hommage à Nicolás Gómez Dávila. Il explique, dans l’un de ses aphorismes, que toute époque finit en mascarade.
La thèse que je défends est le fruit de mes observations quasi quotidiennes. Selon moi, Macron n’a pas apporté une révolution telle qu’il le prétend. Au contraire, il nous fait vivre un grand bond en arrière. Il fait revivre ce que les Français croyaient pouvoir rejeter. Les Français pensaient avoir compris que Macron avait analysé la fracture entre les élites et le peuple. Malheureusement, on se rend compte, au contraire, que Macron a redynamisé le pouvoir des élites en canalisant la société civile qu’il avait appelée à la rescousse pour en faire un parti godillot.

Vous affirmez que Macron n’est qu’un accident de l’Histoire. Ne serait-il pas davantage une conséquence de notre époque ?

Macron achève le système. C’est un accident de l’Histoire dans la mesure où sa venue a surpris tout le monde. Il y a encore un an, personne ne le voyait arriver à ce point de son parcours politique. Il a bénéficié d’un effondrement des partis qui étaient des partis vermoulus. Il n’a suffi qu’à donner un coup d’épaule pour qu’ils s’effondrent. Il a également bénéficié de cette coalition des affaires contre François Fillon dans la dernière ligne droite. Il est le produit d’un monde finissant. Il est un des rares, en Europe, à défendre une vision postnationale, une Europe souveraine, et à ne pas comprendre que tout ne se résume pas à l’économie. Je lui fais le procès de ne voir que d’un œil. Il ne veut expliquer les grandes questions sociétales qu’à travers l’économie et, donc, avec une vue beaucoup trop restreinte pour répondre aux questions liées à l’immigration, au communautarisme et à la montée de l’islam radical. Ce sont des sujets qui, pour lui, sont des impensés politiques.

Pour reprendre Gramsci, Macron serait-il le vieux monde qui tarde à disparaître ?

En effet, c’est un peu cela. Je pense qu’il y a beaucoup d’impostures dans ses postures. Il fait croire qu’il est ce Nouveau Monde. Pour l’instant, tout démontre qu’il n’a fait que reproduire la vieille technocratie, le monde des experts, le monde des financiers, le monde de Bercy. Tout ce monde-là a repris les commandes. Au contraire, François Fillon avait demandé le courage de la vérité. On peut donc se demander si son éviction n’était pas due au fait qu’il se soit peut-être approché de trop près du sujet brûlant de la dénonciation de cette mascarade et ces grands mensonges qui font croire qu’on peut faire une démocratie sans le peuple. Macron a théorisé lui-même son rôle de Président Jupiter, c’est-à-dire de Dieu coupé du peuple.

Tsípras, Renzi, Trudeau… Le monde occidental semble céder à la mode du Young Leaders. Cela expliquerait-il l’élection de Macron ?

Non, je pense que le jeunisme est accessoire, dans cette affaire-là. Naturellement, sa jeunesse, son intelligence tactique incontestable, sa dextérité et ses qualités lui ont facilité la tâche. Je ne dis pas qu’il en soit dépourvu, mais je pense qu’il n’a fait que reprendre ce que les Américains ont précisément rejeté. Je vois notre Président comme étant un Barack Obama blanc ou un Justin Trudeau intellectuel. On voit bien que la politique de Barack Obama a conduit à l’éviction de Hillary Clinton et à l’élection de son exact contraire Donald Trump. Je fais le pari que si Macron poursuit dans cette voie du politiquement correct qu’il a réhabilité à l’image de ce qu’était Barack Obama, il va accélérer les processus de rejet de ce monde faux et de cet establishment que Donald Trump a réussi à pulvériser malgré tous ses défauts.

Selon vous, la mascarade cessera d’ici 2022, ou est-il parti pour rester un 2e mandat ? La bulle Macron pourrait-elle éclater ?

Si on trace ces lignes tel que je vous les décris, je pense que son essoufflement est programmé. Il a fait l’impasse sur de grandes questions qui se posent dès à présent. Comment répondre à une immigration de peuplement ? Comment répondre à un islam radical et colonisateur ? Comment répondre à une fracturation de la société ? Comment répondre au terrorisme ? Nous ne pouvons pas répondre à toutes ces questions simplement par l’économie.
Toute sa campagne a été construite sur le rejet des populismes et sur le rejet d’un discours qui, précisément, alerte sur ces grandes questions sociétales. Or, nous voyons bien que, partout en Europe, l’opinion se raidit. Par conséquent, soit Macron est obligé de se dédire, et dans ce cas il va falloir qu’il fasse un grand travail de retour sur lui-même, soit il continue dans un aveuglement et dans une sorte d’idéologie « béni-oui-ouiste » qui l’empêchera d’apporter les réponses qu’attendent les Français. Nous le voyons en Allemagne, avec le discrédit de la chancelière après sa politique qui avait été soutenue par Emmanuel Macron. Nous le voyons aussi en Autriche, en Catalogne et même chez nous, en Corse, avec ce réveil identitaire. Toutes ces réactions sont le produit d’un impensé d’une partie de la politique qui se berce de politiquement correct, qui pense que l’immigration n’est pas un problème et que les peuples peuvent indifféremment se remplacer.

Macron serait-il capable d’éviter, pour reprendre le titre d’un de vos livres, « cette guerre civile qui vient » ?

Je ne dis pas que Macron va accélérer ce processus. Mais je crains que, par la paresse intellectuelle de son idéologie et le confort intellectuel qui consiste à ne pas vouloir s’arrêter sur les grandes questions existentielles, il aggrave cette lente dissolution de la France. Cela pourrait aussi désemparer davantage cette société oubliée, cette France périphérique qui ne se reconnaît ni en lui ni en d’autres. En général, elle s’abstient ou vote pour le Front national.

Voir aussi:

Et si Donald Trump n’était pas qu’un accident historique ?

FIGAROVOX/ANALYSE – Benjamin Haddad pense que les Européens auraient tort de croire que Donald Trump est une parenthèse historique.


Benjamin Haddad est chercheur au Hudson Institute, un think tank spécialisé dans les relations internationales à Washington.


Le sommet du G7 au Canada, quelques jours après l’imposition de tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium sur les partenaires commerciaux des États-Unis, a illustré une fois de plus les différends entre les Européens et le président Donald Trump. On a finalement surestimé, peut-être par vœu pieux, l’imprévisibilité de Trump. Sur les tarifs douaniers, l’accord nucléaire iranien, Jérusalem ou encore le climat, le président américain, inspiré de son slogan America First, finit par mettre en œuvre ses promesses de campagnes de façon unilatérale et péremptoire, au détriment de la relation transatlantique.

Les prédécesseurs de Trump, depuis la seconde guerre mondiale, voyaient dans la promotion d’un ordre libéral international, appuyé sur un tissu d’alliances, de forums multilatéraux et d’interdépendances économiques, la source de projection de la puissance américaine. Trump renverse la table. Ces règles restreignent l’Amérique: elles lui imposent des tabous et des normes bridant sa puissance, ne lui permettant pas de défendre au mieux ses intérêts. L’Amérique se laisse berner par ses partenaires commerciaux ; ses alliés profitent de sa générosité pour se comporter en passagers clandestins et financer leurs systèmes sociaux sous couvert de parapluie militaire américain. Dans un monde de jeu à somme nulle, le rapport de force brut favorisera le plus fort, donc l’Amérique. Ces thèmes ne sont pas nouveaux pour Trump qui répète ces antiennes depuis les années 1980.

Sur le plan intérieur comme international, la question se pose: Donald Trump est-il un accident de l’histoire, élu sur un concours de circonstances, ou la manifestation de forces plus profondes traversant l’Amérique? Certes les idiosyncrasies du président sont incontestables. Sa vulgarité et sa personnalité brutale, son parcours d’homme d’affaires passé par la télé réalité ainsi que son inexpérience gouvernementale en font à coup sûr un animal politique sans précédent dans l’histoire américaine. De plus, son impopularité (à relativiser par le soutien fidèle de sa base) et les incertitudes pesant autour de l’enquête du Procureur Muller laissent certains espérer que la parenthèse sera de courte durée, qu’il suffit de s’armer de patience.

Il faut doucher cet optimisme: le parti démocrate est profondément divisé et peine à faire émerger de nouvelles personnalités. L’économie américaine se porte bien, malgré des réalités souvent plus dures masquées par les statistiques, des inégalités aux addictions aux drogues. La réélection de Trump en 2020 n’est pas du tout à exclure ; mais l’enjeu va bien au-delà.

Traiter Donald Trump comme une aberration historique qui sera suivie par un retour à «la normale» représenterait une erreur majeure de la part des Européens, pour trois raisons principales.

Tout d’abord, l’Amérique traverse une période de questionnement profond sur son leadership international et les objectifs de sa politique étrangère, conséquence tardive de la fin de la Guerre Froide qui l’a privée d’adversaire clair et donc de continuité stratégique. Tous les présidents élus depuis la fin de la guerre froide, l’ont été sur une plateforme plaçant la priorité sur le plan intérieur: Bill Clinton insistant sur l’économie, George W. Bush comme Barack Obama contre l’interventionnisme de leur prédécesseur. Les divisions profondes qui affectent les États-Unis et l’absence de priorité internationale qui fasse consensus, Chine, terrorisme, immigration, commerce international, doivent nous préparer à une politique américaine plus erratique et déterminée par des considérations intérieures et électorales.

Deuxièmement, le désastre irakien et la crise financière ont encouragé une tendance au repli et nourri le scepticisme d’une partie non négligeable de l’électorat quant à l’engagement international des États-Unis. L’observateur de Washington ne peut à cet égard que constater le décalage profond entre les experts de politique étrangère peuplant les think tanks et revues du reste de la population américaine. Durant la campagne présidentielle, Hillary Clinton avait ainsi dû changer de position sur le traité de libre-échange transpacifique pour suivre l’électorat, tandis que Trump pouvait brandir avec fierté la longue liste des experts de sécurité nationale «Never Trump» qui s’opposait à lui. Le fameux volte-face d’Obama sur la ligne rouge en Syrie a été largement critiqué à Washington comme à Paris, y compris par des membres de son entourage, mais soutenu par une large majorité de la population.

À cet égard, Trump s’inscrit dans une forme de continuité avec son prédécesseur, Barack Obama, tout aussi prompt à dénoncer les experts interventionnistes de Washington. Les deux présidents partagent un scepticisme face à la notion «d’exceptionnalisme» américain. Obama comme Trump se gardent bien de voir une quelconque mission civilisatrice dans la politique étrangère américaine, promouvant le «nation building at home». Les conséquences étaient différentes: le scepticisme d’Obama sur les limites de puissance américaine l’entraînait à favoriser les accords multilatéraux comme le JCPOA ou l’accord de Paris sur le climat. À l’inverse, Trump prône l’unilatéralisme botté, dans la tradition du nationalisme martial d’un Andrew Jackson, président entre 1829 et 1837.

Mais les deux approches sont deux pôles d’un même mouvement de retrait et de normalisation de la puissance américaine.

Enfin, repli ou non, l’Europe perd sa centralité stratégique pour les États-Unis. Obama dénonçait déjà dans un entretien au journaliste Jeffrey Goldberg les alliés européens «passagers clandestins». Plutôt que de regretter sa non-intervention en Syrie, c’est l’intervention en Libye qu’Obama désigne comme son principal échec de politique étrangère, pointant du doigt la France et la Grande Bretagne responsables de ne pas avoir assuré la reconstruction post-conflit. L’une des principales annonces de politique étrangère fut le «pivot» vers l’Asie. Le réengagement américain en Europe fut tardif et réticent, provoqué par l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014. Mais ici aussi Obama a laissé Angela Merkel et François Hollande en première ligne pour négocier les accords de Minsk avec Vladimir Poutine. Les années 1990, caractérisées par l’attention portée à l’expansion de l’OTAN et les interventions américaines (tardives) dans les Balkans seront probablement une exception, reliquat de la guerre froide et d’un bref moment unipolaire triomphant.

Que peuvent les Européens face à cette puissance plus erratique, plus repliée, moins européenne? À court terme, rester unis et fermes sur leurs positions tout en essayant de maintenir le lien avec le président pour assurer le damage control: l’approche privilégiée par Emmanuel Macron est la seule réaliste. À cet égard, il est le pendant international du Congrès, de la justice américaine, voire de certains conseillers du président Trump qui ont, tant bien que mal, réussi à maîtriser certains des instincts présidentiels. Le Pentagone, dirigé par le général James Mattis, assure la continuité de la fermeté vis-à-vis de Moscou: les sanctions contre la Russie n’ont pas été levées par exemple, et l’administration a renforcé la présence militaire en Europe de l’Est dans le cadre de l’opération de réassurance de l’OTAN.

Les décrets exécutifs sur l’immigration ont été fortement retoqués par la justice, tandis que les principales dispositions d’Obamacare n’ont pu être annulées, faute de majorité au Sénat.

Mais à long terme, les Européens doivent se préparer à une Amérique distante voire hostile. L’Europe ne doit pas abandonner la promotion de son modèle de multilatéralisme et de coopération mais sa défense passe par la prise en compte du fait qu’il est l’exception, plutôt que la norme aujourd’hui. Cela implique un investissement considérable dans notre défense et sécurité: l’Europe est-elle prête à affronter seule une crise comparable aux Balkans dans sa périphérie demain? La crise syrienne, avec ses conséquences sur l’Union Européenne en matière de réfugiés et l’émergence de Daesh, devrait servir de réveil stratégique. Or, la posture européenne s’est essentiellement limitée à espérer un engagement américain. Au-delà de l’investissement dans le militaire, les Européens doivent prendre les mesures pour se préserver des conséquences des décisions américaines, en particulier des sanctions extraterritoriales. Aujourd’hui Trump exploite la faiblesse des Européens.

Peut-être cette séquence n’est elle qu’un cycle de plus dans le balancier permanent entre repli égoïste et aventurisme messianique qu’Henry Kissinger a souvent déploré dans l’histoire diplomatique américaine. Après les années de doute de la présidence Carter, post Watergate et Vietnam ont suivi l’optimisme triomphant des années Reagan. Mais l’Europe ne peut fonder sa stratégie sur cet espoir. De plus, même si le successeur de Trump renoue avec l’internationalisme, l’Europe n’en sera pas moins vue comme un partenaire secondaire, grevée par ses divisions et sa faiblesse militaire. L’incertitude durable autour de la posture américaine doit entraîner l’Europe à s’engager dans la voie de l’autonomie stratégique.

Voir également:

Croissance : la conjoncture sourit à Donald Trump
Les États-Unis enregistrent au second trimestre la plus forte croissance depuis 2014, à 4,1% en rythme annuel, selon une première estimation. De quoi renforcer le président dans sa certitude que sa politique de déréglementation et de baisses d’impôts est la bonne.
Pierre-Yves Dugua
Le Figaro
27/07/2018

De notre correspondant à Washington

L’économie américaine se porte aussi bien que prévu. Selon la première estimation du Département du commerce, la croissance au second trimestre atteint 4,1% en rythme annuel. On n’a pas vu de conjoncture aussi favorable aux États-Unis depuis 2014.

Donald Trump qualifie ces chiffres de «fascinants» et de «tout à fait tenables». Il y voit la preuve que sa politique de déréglementation et de baisses d’impôts porte ses fruits. D’autant que l’estimation de l’expansion de janvier à mars est révisée à la hausse de 2 à 2, 2% en rythme annuel.

«Le monde entier nous envie», selon Trump

«Depuis notre arrivée nous constatons la création de 400.000 emplois dans le secteur manufacturier… des milliards de dollars reviennent vers les États-Unis… des usines rouvrent… les demandes d’indemnisation chômage sont au plus bas depuis près de 50 ans… Le monde entier nous envie» proclame le président, convaincu que la presse américaine refuse d’admettre le succès de sa politique.

Voilà déjà plus d’un an qu’il tourne en dérision les experts qui affirment qu’il ne sera pas possible de dépasser durablement 3% de croissance. Leurs arguments sont toujours que l’Amérique approche de la fin d’un très long cycle d’expansion engagé depuis l’été 2009, que la croissance démographique est désormais modeste et surtout que les hausses de productivité ne sont pas suffisantes pour renouer avec des taux de croissance dignes des années Reagan.

Au cours du premier semestre l’expansion atteint néanmoins 3,1%. Si la montée des barrières douanières, les relèvements de taux directeurs par la Réserve fédérale et la hausse des coûts des matières premières ne font pas dérailler la conjoncture, le pari de Donald Trump peut être gagné, au moins en 2018.

Les élections législatives en ligne de mire

En fait, il ne faut à Donald Trump que cinq mois de conjoncture aussi porteuse. C’est l’horizon économique très court qui suffit à ce président politiquement incorrect pour aborder avec sérénité les élections législatives de novembre prochain. Avec un taux de chômage au plus bas depuis la fin du siècle dernier, des créations d’emplois encore très fortes en moyenne de 215.000 postes par mois depuis janvier et une inflation de l’ordre de 2%, il pense présenter à l’opinion un premier bilan positif. Surtout s’il arrive à passer sous silence que, contrairement à l’orthodoxie fiscale prônée jadis par le Parti républicain, le déficit budgétaire en forte hausse est en partie responsable de l’accélération actuelle de la croissance.

Signe de la confiance et du moral élevé des Américains, la consommation, qui représente plus des deux tiers du Produit intérieur brut (PIB) aux États-Unis, bondit au rythme de 4% au second trimestre, après une maigre progression de 0,5% de janvier à mars.

Paradoxalement, les fortes tensions commerciales entre Washington et ses partenaires ont stimulé la croissance au cours du printemps. Dans l’anticipation de droits de douane chinois sur les denrées agricoles, les producteurs américains de soja ont par exemple tout fait pour avancer leurs livraisons avant le mois de juillet, date d’entrée en vigueur des mesures de rétorsion décidées par Pékin. Près d’un quart de la croissance a été donc généré par le commerce extérieur.

Voir de même:

Économie américaine: et si Trump réussissait?

Fabrice Nodé-Langlois

Le Figaro

18/05/2018

DÉCRYPTAGE – Volontarisme fiscal, brutalité commerciale : les critiques pleuvent sur la méthode du président américain, mais les États-Unis affichent d’excellentes performances économiques.

Sur le climat, l’Iran, Israël, il s’est mis au ban de la communauté internationale. Ses tweets rageurs matinaux, son imprévisibilité, sa brutalité, laissent pantois. Ses démêlés avec le FBI et la justice interrogent sur sa capacité à mener son mandat jusqu’à son terme.

Et pourtant. La méthode de Donald Trump, exposée il y a trente ans déjà, dans son best-seller l’Art du deal, du temps où le futur président de la première puissance mondiale n’était qu’un loup new-yorkais de l’immobilier, semble faire mouche. Depuis qu’il est installé à la Maison-Blanche, Donald Trump l’a éprouvée à plusieurs reprises, notamment avec la Corée du Nord. Il profère les pires menaces, exerce une pression maximale sur l’adversaire ou le partenaire, puis se dit prêt à discuter.

Sur le front commercial, le président américain a marqué des points. Il a arraché des concessions au Brésil, son deuxième fournisseur d’acier ainsi qu’à la Corée du Sud. Évidemment, disposer du plus gros budget militaire de la planète (610 milliards de dollars, davantage que les sept pays suivants réunis) et diriger la première économie (un PIB de 19.000 milliards de dollars, une fois et demie celui de la Chine) offre quelques arguments. «Face à des “petits” pays, les États-Unis ont des leviers de négociations, commente Steven Friedman, économiste américain chez BNP Paribas AM. Mais avec des grands pays comme la Chine, il faudra sûrement de longues négociations pour trouver un compromis.»

De fait, Washington et Pékin ont repris leurs négociations vendredi. L’Administration Trump a fixé un ultimatum à mardi prochain, 22 mai: faute d’accord, les États-Unis imposeront des droits de douane sur des produits chinois importés représentant une valeur de 50 milliards de dollars. L’issue est encore très incertaine, mais Trump a réussi à amener les Chinois à la table pour discuter d’une réduction du déficit commercial américain.

L’Europe prévient l’OMC qu’elle est prête à riposter

Washington n’a pas non plus gagné son bras de fer contre l’Europe. L’Union européenne affiche au moins une unité de façade. Elle a même notifié, vendredi, à l’OMC (Organisation mondiale du commerce) qu’elle est prête à prendre des contre-mesures tarifaires. Au sommet de Sofia, jeudi, les chefs d’État européens ont répété qu’ils voulaient d’abord une exemption définitive des surtaxes sur l’acier et l’aluminium avant de négocier une plus grande ouverture de leur marché.

«Au moins, Donald Trump a eu le mérite d’encourager le débat sur l’impact de la mondialisation sur l’économie, c’est sain», remarque Steven Friedman, pourtant critique du président. «Sa tactique de négociation est de taper fort et de se faire mousser auprès de son électorat, ajoute Florence Pisani, économiste chez Candriam et coauteur d’un livre sur l’économie américaine (*). C’est un jeu assez dangereux, car cela crée de l’incertitude et reporte les projets d’investissement.» Les bons indicateurs qui se succèdent semblent pourtant démentir cette vision pessimiste. À 3,9 %, le chômage est au plus bas depuis près de vingt ans, l’industrie crée des emplois, les ménages ont davantage confiance qu’au début du mandat. Résumé en langage Trump, cela donne ce tweet, publié jeudi: «Malgré la chasse aux sorcières dégoûtante, illégale et injustifiée, nous avons accompli les meilleurs 17 premiers mois d’une Administration dans l’histoire américaine».

Un leg solide

«Il n’y a pas eu de changement majeur de tendance depuis l’arrivée de Trump, nuance Christian Leuz, économiste allemand installé depuis quinze ans aux États-Unis, à l’University of Chicago Booth School of Business. Obama a laissé une économie en bonne santé, il est encore trop tôt pour attribuer les bons résultats à Trump.»

Ce leg solide est aussi largement imputable à dix ans de politique monétaire généreuse de la Fed, rappellent de nombreux économistes. Sa réforme fiscale, arrachée de haute lutte au Congrès, devrait tout de même avoir un impact positif sur l’économie. Elle a gonflé le profit des entreprises et permis à certaines comme Apple de rapatrier des milliards mis à l’abri à l’étranger. Florence Pisani pondère encore: une enquête récente de la réserve fédérale d’Atlanta indique que moins de 10 % des entreprises envisagent d’investir davantage malgré les réductions d’impôt.

Quant aux ménages, ils pourraient perdre en impôts locaux (ceux des États) ce qu’ils ont gagné sur les impôts fédéraux. Même si le programme des grands travaux reste encore dans le flou, les dépenses votées par le Congrès devraient cependant soutenir l’activité de 0,3 % de PIB supplémentaire, concède Florence Pisani.

Un surcroît de dépenses qui pourrait léguer au successeur de Trump «un déficit budgétaire de plus de 5 % du PIB et une dette alourdie», avertit Steven Friedman. Il faudra attendre la fin de l’année pour mieux mesurer l’impact des mesures de Trump. Surtout, il ne faut jamais oublier qu’aux États-Unis, en matière de politique intérieure, rien ou presque ne se décide sans le Congrès. «Il y a comme un pacte de Faust entre Trump et les parlementaires républicains, explique Christian Leuz. En échange d’avancées sur des sujets qui leur sont chers, ils sont obligés d’accepter le style Trump.» Jusqu’à ce que les divergences sur l’immigration et le libre-échange, ou les élections de novembre, ne fassent voler ce pacte en éclats.

(*) «L’Économie américaine», avec Anton Brender, éditions La Découverte.

Voir de plus:

Politiquement incorrectes, les réformes de Trump sont un succès pour l’économie américaine

FIGAROVOX/TRIBUNE – Un an après l’arrivée fracassante du nouvel occupant de la Maison-Blanche, l’économie américaine est au beau fixe. Nicolas Lecaussin décrypte les réussites de la politique fiscale de Trump.


Nicolas Lecaussin est directeur de l’IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales, Paris).


Dans un éditorial publié en 2016, avant le changement à la Maison Blanche, l’économiste Paul Krugman, titulaire du prix Nobel, écrivait: «Si Trump est élu, l’économie américaine va s’écrouler et les marchés financiers ne vont jamais s’en remettre». Un an après sa prise de fonction, le président Trump est à la tête d’un pays en plein boom économique, et dont l’indice boursier a battu tous les records.

On m’objectera que Trump est provocateur, imprévisible, irascible. Qu’il ne peut pas s’empêcher de tweeter tout (et surtout n’importe quoi). Mais si l’on regarde les faits, et uniquement les faits, un constat s’impose: on ne peut pas trouver dans l’histoire récente des Etats-Unis un président ayant mené à bien autant de réformes en un laps de temps si court. Même Reagan a mis trois ans à réformer la fiscalité américaine! Trump, lui, l’a fait en quelques mois.

Alors certes, «The Donald» n’a pas réussi à démanteler complètement l’Obamacare, suite aux oppositions rencontrées dans son propre parti ; mais sa réforme fiscale inclut la fin du «mandat individuel», cette fameuse obligation de souscrire à une assurance santé. Plus exactement, l’amende pour le non-respect de cette obligation est supprimée par la réforme.

Cette mesure était nécessaire. En 2009, les conséquences de cette mesure coercitive, emblématique de la présidence d’Obama, ne s’étaient pas fait attendre. Il y avait eu d’énormes bugs informatiques qui ont découragé des millions de personnes de souscrire en ligne. Puis des millions d’Américains ont été contraints de résilier leur assurance privée, alors que nombre d’entre eux n’en ressentaient nullement l’envie. Depuis 2009, plus de 2 400 pages de réglementations se sont accumulées pour réguler le fonctionnement du système. Le président Obama avait promis de baisser les franchises de santé grâce à ce programme, mais ce fut tout le contraire: elles ont augmenté de 60 % en moyenne. Les primes d’assurance ont bondi dans l’ensemble de 25 % (et même jusqu’à 119 % dans l’état d’Arizona).

Les assureurs ne s’en sortaient plus à cause des réglementations très strictes qui leur ont été imposées. Obama avait aussi promis de baisser le prix de l’assurance santé d’environ 2 500 dollars par famille et par an ; en réalité, le prix a augmenté de 2 100 dollars! Trump met fin à cette dérive en ouvrant le système un peu plus à la concurrence et en donnant aux Américains la liberté de choisir.

Ce n’est pas tout. La réforme fiscale adoptée par le Congrès des États-Unis contient de nombreuses mesures audacieuses, que les Américains attendaient. Par exemple la baisse de la taxe sur les bénéfices des entreprises (de 35 % à 21 %), qui s’accompagne d’une déduction fiscale généreuse pour les entreprises dont les profits ne sont déclarés qu’au travers des revenus de leurs propriétaires. Plusieurs taxes ont par ailleurs été supprimées, comme la taxe minimum de 20 % sur les bénéfices effectifs.

Surtout, le président Trump a entamé une vaste opération visant à rapatrier entre 2 000 et 4 000 milliards de dollars de profits placés à l’étranger, en diminuant la taxe sur ces profits de 35 % à moins de 15 %.

Autre mesure symbolique: la suppression de la taxe sur les héritages au-dessous de 10 millions de dollars satisfait une large partie de l’électorat républicain.

Certains Etats dont la fiscalité est particulièrement élevée, comme la Californie, seront également obligés de se réformer pour faire face à la suppression de certaines déductions fiscales. Leurs habitants ne pourront plus en effet déduire l’impôt sur le revenu local de leurs impôts fédéraux.

Plusieurs mesures abolissent l’interdiction des forages de pétrole en Alaska. À l’heure actuelle, Trump a ouvert toutes les possibilités d’exploitation sur le continent américain, ce qui fera du pays l’un des principaux exportateurs de matières premières. Trump se positionne ainsi en ennemi du politiquement correct et reste méfiant à l’égard des gourous du réchauffement climatique. Il a été le seul à avoir le courage de se retirer de la COP 21, cette mascarade coûteuse qui consiste à organiser de gigantesques réunions de chefs d’État aux frais des contribuables. Il a supprimé la prime à la voiture électrique (pour une économie de 7 milliards de dollars) ainsi que les subventions aux parcs d’éoliennes.

Enfin, Trump s’est attaqué aux réglementations. Entre janvier et décembre 2017, il a supprimé la moitié (45 000) des pages que contient le Code des réglementations. Plus de 1 500 réglementations importantes ont été abolies, dont beaucoup dans le domaine de l’environnement. Les économies obtenues sont estimées à plus de 9 milliards de dollars. Faisant fi des protestations, il a libéré le secteur d’internet de plusieurs contraintes anachroniques.

Au plan international, Trump s’oppose à la Chine dont les pratiques commerciales douteuses ont fait l’objet d’enquêtes de la part de Washington. Mais cette position juste face aux Chinois ne devrait pas conduire la Maison Blanche à cautionner des mesures restrictives de la liberté du commerce et des échanges, qui risqueraient de peser sur la croissance américaine et même mondiale. On songe ici à la proposition faite par la Chambre des Représentants de faire payer aux multinationales une taxe de 20 % sur les achats faits à des filiales étrangères de leur groupe. Ou encore, celle du Sénat de réimposer les sociétés américaines au taux de 13 % sur les services facturés de l’étranger par les sociétés du groupe.

En tout état de cause, en ce début janvier 2018, l’économie américaine semble partir sur des bases solides. Le troisième trimestre de croissance s’est élevé à plus de 3 %, et le taux de chômage est au plus bas, à seulement 4.1 % (2.1 millions d’emplois créés en une année, du jamais vu depuis 1990), et même à 6.8 % pour la population noire, un taux qui n’a jamais été si faible depuis 1973.

Les effets des baisses d’impôt se font d’ores et déjà sentir: des entreprises comme AT&T, Comcast, Wells Fargo, Boeing, Nexus Services ont annoncé des primes et des hausses de salaires.

Le pire ennemi de Trump est certainement lui-même. Cet homme d’affaires n’est pas un politicien professionnel. Saura-t-il alors se contrôler, pour continuer à remettre l’Amérique sur les rails et mépriser l’idéologiquement correct, sans se laisser aller à des provocations futiles?

Voir encore:

Donald Trump has a big promise for the U.S. economy: 4% growth.

No chance, say 11 economists surveyed by CNNMoney. And a paper published Tuesday by the Federal Reserve Bank of San Francisco backs them up.
« No, pigs do not fly, » says Robert Brusca, senior economist at FAO Economics, a research firm. « Donald Trump is dreaming. »
The Republican presidential nominee made the promise in a speech in New York in September. « I believe it’s time to establish a national goal of reaching 4% economic growth, » he said.
Since the Great Recession, growth has averaged 2%. Brusca and the other economists surveyed say that 4% growth is impossible, or at least highly unlikely. The reasons: Unemployment is already really low, lots of Baby Boomers are retiring, and there are far fewer manufacturing jobs today than in past decades.

Trump’s team says it will get to 4% growth with tax cuts, better trade deals and more manufacturing jobs.

One reason for slower growth is lower productivity — for example, how many widgets an assembly line worker can produce in an hour.

Another problem is that the example of the assembly line worker is increasingly outdated: America has shed about 5.6 million manufacturing jobs since 2000, mostly because of innovation and partly because of trade, studies show.

Manufacturing jobs tend to have higher productivity — and wages — than jobs in other service industries like retail, education and health care, which have added lots of low-productivity jobs while manufacturing jobs have disappeared.

Interestingly, American manufacturers are producing more than ever before — in dollar terms. But as technology replaces jobs on the assembly line, more goods can be produced with fewer workers.

On top of that, the economy is already near what economists consider full employment, meaning the unemployment rate can’t go much lower.

The unemployment rate is 5% and was as low as 4.7% earlier this year. It can’t go much lower because there will always be people leaving jobs or searching for them.

If the job market is already near capacity, the economy can’t expand much more, economists say.

Unemployment did go really low in 2000 — as low as 3.8% — and the economy was growing above a 4% pace. But the San Francisco Fed attributes those good times to the late 1990s internet revolution.

There are solutions to boost growth, the Fed notes.

Many economists call for more spending on building new roads, bridges and highways, as do both Trump and Hillary Clinton.

After World War II, the creation of the Interstate Highway System was a major boost to productivity and growth. You could go much faster from point A to point B.

Other solutions are a little more dreamy.

Many experts say comprehensive immigration reform — a path to citizenship — would create more documented workers. Historically, documented workers tend to have higher productivity than undocumented workers because they generally have higher job skills and can take on jobs that produce more valuable goods. Productivity has nothing to do with work ethic.

Outside of immigration reform and infrastructure spending, the Federal Reserve says America needs a game-changing invention, such as the IT innovation in the 1990s. New technology from fast-growing countries like China and India may also help too.

« Another wave of the IT revolution from machine learning and robots could boost productivity growth, » says Federal Reserve senior research adviser John Fernald.

Voir aussi:

American prosperity of Trump era marks real turning point in history
Arthur Laffer
The Hill
07/28/18

Gross domestic product, or GDP, is the measure of choice when assessing the health of any economy, especially in the United States. GDP, which is measured at annual rates, includes the value of production of all goods and services produced in a country. In the one year since President Trump took office, the first quarter of 2017 through the first quarter of 2018, real GDP grew at a 2.55 percent annual rate. This is higher than the growth for six of the eight years former President Obama was in office, or even five of the eight years when former President George W. Bush was in office.

Moreover, the economic growth rate in the first year of Trump in office is higher than the average annual growth rate for the entire presidencies of both Obama at 2.05 percent and Bush at 1.71 percent. For the full 65 years from the first quarter of 1953 through the first quarter of 2018, annual real GDP growth in the United States averaged 2.95 percent, which is still substantially higher than the first year under Trump.

The growth rate for the second quarter of 2018 is 4.1 percent. This is a nice sign of American prosperity and is the strongest quarter of economic growth since the third quarter of 2014. Net exports contributed about 1 percent, while the change in private inventories subtracted 1 percent. Lots of changes like this happen on a quarter by quarter basis and should not be taken too seriously.

The Commerce Department releases its quarterly estimates, but it has also revised a lot of historical numbers, although usually by only very small amounts. Perhaps its biggest revision was for the first four quarters of the Trump presidency. What had been an estimated annual growth of 2.82 percent was revised down to 2.55 percent, even though the first quarter of 2018 itself was revised up from 2 percent to 2.2 percent. This example is only meant to show the fragility of these numbers.

While the GDP growth of any one quarter can be offset, revised or magnified in subsequent quarters, a pattern appears to be emerging under the stewardship of the Trump administration, which makes a lot of sense, at least to me. I believe that people individually, and the economy collectively, respond strongly to economic incentives.

Other economists do not concur on this point. Jason Furman, the top economist for Obama, disagrees with me on the effects that Trump policies have on real GDP growth. In fact, using the ploy of damning with faint praise, he said of the 2017 tax cuts in a recent debate, “I think policy can make a difference. The tax cuts will make a very, very small positive difference, probably about half of one-tenth of 1 percent.”

History tells us a very different story than the naysayers. Lowering taxes and decreasing regulation has had powerful effects on growth over long periods of time. Taxes have a very important impact on employment, jobs, output and growth. An economy quite simply cannot be taxed into prosperity. The tax cuts signed by Trump stand in stark contrast to the tax increases under Obama. Corporate and personal tax rates were way too high. The Republican bill reduced those tax rates a lot. It included 100 percent expensing of capital expenditures, territorial taxation, and the elimination of state and local tax deductions to promote growth.

Trump has also waged war on debilitating regulations, including eliminating the Affordable Care Act individual mandate, along with reducing other health care and energy regulations as well. Monetary policy is now refocusing on market forces rather than zero interest rates, which means that money will flow to where it is needed, not to where some university professors believe it should go.

When it comes to trade, there are problems and risks in the vision Trump is carrying out. Trade should be free and with minimum barriers placed on American exports to other countries and foreign exports to the United States. We should, as a world, move to zero tariffs everywhere. We should eliminate other barriers and trade subsidies. Obviously, such an ideal world is not plausible, but there is no reason we cannot try.

Foreigners produce some things better than we do, and we produce some things better than they do. Both Americans and foreigners alike would be foolish in the extreme if Americans did not sell foreigners those products Americans make better than foreigners in exchange for those products foreigners make better than Americans do. It is a winning strategy for everyone and makes for great prosperity around the world.

Finally, we have had a serious government spending problem in the United States for years. The economist Milton Friedman was famous for saying “government spending is taxation.” He is completely correct. If a country taxes people who work and pays people when they do not work, then it is unsurprising if a lot more people choose not to work.

The latest GDP figure is a great number that aids our recovery from the awful 16 years under Bush and Obama. It will also reduce deficits in the long term if such robust economic growth continues. But the challenge is far from over. We have a lot of work to do to fan the flames of prosperity and to hold at bay the prosperity killers. But one step forward is still one step forward, and it is a heck of a lot better than one step backward.

Arthur B. Laffer is chairman of Laffer Associates. He was an economic adviser to the 2016 presidential campaign of Donald Trump and served as an economic adviser to the White House during the Reagan administration.

Voir également:

The Return of 3% Growth
Tax reform and deregulation have lifted the economy out of the Obama doldrums.
The Wall Street Journal
July 28, 2018

So much for “secular stagnation.” You remember that notion, made fashionable by economist Larry Summers and picked up by the press corps to explain why the U.S. economy couldn’t rise above the 2.2% doldrums of the Obama years. Well, with Friday’s report of 4.1% growth in the second quarter, the U.S. economy has now averaged 3.1% growth for the last six months and 2.8% for the last 12.

The lesson is that policies matter and so does the tone set by political leaders. For eight years Barack Obama told Americans that inequality was a bigger problem than slow economic growth, that stagnant wages were the fault of the rich, and that government through regulation and politically directed credit could create prosperity. The result was slow growth, and secular stagnation was the intellectual attempt to explain that policy failure.

The policy mix changed with Donald Trump’s election and a Republican Congress to turn it into law. Deregulation and tax reform were the first-year priorities that have liberated risk-taking and investment, spurring a revival in business confidence and growth to give the long expansion a second wind.

The nearby chart shows GDP growth by quarter over the last four years. The numbers show that the long, weak expansion that began in mid-2009 had flagged to below 2% growth in the last half of 2015 and in 2016. Nonresidential fixed investment in particular had slumped to an average quarterly increase of merely 0.6% in those final two years of the Obama Presidency. An economic expansion that was already long in the tooth began to fade and could have slid into recession with a negative shock.

The Paul Ryan-Donald Trump growth agenda was targeted to revive that investment weakness. Deregulation signaled to business that arbitrary enforcement and compliance costs wouldn’t be imposed on ideological whim. Tax reform broke the bottleneck on capital mobility and investment from the highest corporate tax rate in the developed world. Above all, the political message from Washington after eight years is that faster growth is possible and investment to turn a profit is encouraged.

The chart and the second-quarter GDP report show that this policy mix is working. Growth popped to a higher plane of nearly 3% in the middle of 2017 as business and consumer confidence increased with the Trump Administration’s policies taking center stage. A growth dip in the last quarter of 2017 on tax-reform uncertainties carried over to the start of the first quarter, but growth has since accelerated.

The acceleration has been driven by business investment, which increased 6.3% in 2017 and has averaged 9.4% in the first half of 2018. This investment surge has come in productive areas like equipment and commercial construction. It has not come from padding inventories that have to be sold down, or in a housing mania like the one that drove growth in the mid-2000s. Both housing and inventories subtracted from growth in the second quarter.

It would be nice to think that all Americans would take satisfaction in this growth. But in the polarized politics of 2018, the same people who said this growth revival could never happen are now saying that it can’t last. It’s a “sugar high,” as Mr. Summers has put it, due to one-time boosts like government spending and consumption.

But there are reasons to think that a 3% growth pace can continue with the right policies. The investment boom will drive productivity gains and job creation that will flow to higher wages and lift consumer spending. Inventories will have to be replenished and new household formation is increasing again, which should help housing demand.

Most intriguing is that the government’s annual revisions to long-term GDP on Friday showed a sharp increase in the personal savings rate. The increase was due to an upward revision in wages and salaries and jumped to 6.7% from 3.4% for 2017 and averaged 7% in the first half of this year. That’s about $500 billion more in the pockets of Americans than previously estimated and helps to explain why consumer spending has remained strong. With tight labor markets, consumer spending should keep contributing to growth.

There are risks to this outlook, not least from Mr. Trump’s tariff policies. This is the President’s version of Mr. Obama’s regulatory assault, with arbitrary victims, uncertainty that limits business investment, and the risks of escalation. Mr. Trump crowed at the White House on Friday that his trade policies are helping the economy, but the second-quarter lift from net exports isn’t likely to last amid foreign retaliation for his steel and aluminum tariffs.

The way to help the economy is for Mr. Trump to build on this week’s trade truce with the European Union, withdraw the tariffs on both sides, and work toward a “zero tariff” deal. Meantime, wrap up the Nafta revision with Mexico and Canada within weeks so Congress can approve it this year. Mr. Trump could claim he had honored another campaign promise while removing a pall on investment.

The other major risk is the Federal Reserve’s attempt to unwind the extraordinary monetary policies of the last decade. If near-zero rates and trillions in bond-buying lifted asset prices artificially, as some of our friends think, then reversing those policies could cause those prices to fall with uncertain results.
All of which is another reason to thank tax reform and deregulation for unleashing animal spirits and giving the expansion renewed life. It’s worth recalling that not a single Democrat in Congress voted for tax reform and nearly all of them opposed every vote to repeal the Obama Administration’s onerous rules. Had they prevailed, we’d still be experiencing secular stagnation instead of arguing if 4.1% growth is too much of a good thing.

Voir par ailleurs:

Putin Is Weak. Europe Doesn’t Have to Be
Moscow is a sideshow. The real dangers come from within the Continent.
Walter Russell Mead
WSJ
July 23, 2018

We hear too much about Vladimir Putin these days and not nearly enough about the actual forces reshaping the world. Yes, the Russian president has proved a brilliant tactician. And, President Trump’s fantasies aside, he is a ruthless enemy of American power and European coherence. Yet Russia remains a byword for backwardness and corruption. Its gross domestic product is less than 10% that of the U.S. or the European Union. With a declining population and a fundamentally adverse geopolitical situation, the Russian Federation remains a shadow of its Soviet predecessor. Add up the consequences of Mr. Putin’s troops, nukes, disinformation campaigns, financial aid to populist parties—and throw in the power of his authoritarian example. Russia still does not have the ability to roll back the post-1990 democratic revolution, overpower the North Atlantic Treaty Organization, or dissolve the EU.

The West is in crisis because of European weakness, not Russian strength. Some of the Continent’s difficulties are well known. France foolishly imagined the euro would contain the rise of a newly united Germany after the Cold War. In fact it has propelled Germany’s unprecedented economic rise while driving a wedge between Europe’s indebted South and creditor North. The Continent’s so-called migration policy is a humanitarian and a political disaster. Berlin’s feckless approach to security has left Europe’s most important power a geopolitical midget, lecturing sanctimoniously while others shape the world. Meanwhile the EU’s Byzantine government machinery grinds at an ever slower pace, creating openings for Mr. Putin and Turkish President Recep Tayyip Erdogan. Europe’s weakness invites authoritarian assertion in the borderlands.

Another failure of equal consequence still is not widely understood: the failure to integrate the countries of Central and Eastern Europe into Western prosperity and institutional life. The world’s 10 fastest-shrinking countries are all in Eastern Europe: Bulgaria, Croatia, Hungary, Latvia, Lithuania, Moldova, Poland, Romania, Serbia and Ukraine. All expect to see their populations shrink at least 15% by 2050. For the enterprising and mobile, there is good news; between three million and five million Romanians live and work in other EU countries, enjoying opportunities they could not find at home. But for those who cannot or do not wish to move on, life can be hard. Almost 30 full years after the fall of communism, more than one-fourth of Romanians live on less than $5.50 a day. Across Romania, less than half of households have an internet connection, and only 52% have a computer. Romania and Bulgaria—where living standards are lower than in Turkey—are exceptionally poor. Conditions are better elsewhere, but the gap between prosperous European countries like Germany and postcommunist states like Poland remains immense. Poles on average earn only a third as much as Germans. The rural, eastern parts of Poland are poorer still. Conditions in ex-Soviet countries like Armenia, Belarus, Georgia and Ukraine are even worse. Corruption is rampant, with weak institutions unable to stop it.

The hubris that led so many in the West to believe that Europe had entered a posthistorical paradise is fading. A clearer if darker picture has emerged. Swaths of Central and Eastern Europe will not smoothly and painlessly assimilate into the West. If voters in these countries lose faith that Western ideas and institutions can improve their lives, the political gap between East and West will widen. When the EU is more preoccupied with internal divisions, it is less able to respond effectively to Russian moves.

Europe’s weakness has provided Mr. Putin with opportunities to promote Russian power by supporting populist parties across the EU and deepening his relationship with leaders like Hungary’s Viktor Orbán. Yet even in the age of Trump, Moscow is too weak, too poor, too regressive and too remote to shape European politics. The days when Russian rulers like Catherine the Great and Alexander I could direct events across the Continent are gone for good. The collapse of the Soviet Union and the unification of Germany mean the most important relationship in the trans-Atlantic world is between Washington and Berlin.

President Trump is right that much of the trans-Atlantic relationship needs to be rethought. He is right that Germany asks too much and offers too little for the current relationship to be sustainable. He is right that the European Union has worked itself into a political crisis, and that the Continent’s errors and illusions strengthen Mr. Putin’s hand. But if the president thinks Mr. Putin’s Russia can serve as the linchpin of a new American security strategy, he is overestimating Russia’s capacity, misreading Mr. Putin’s goals, and underestimating the importance of the trans-Atlantic alliance. Moscow is a sideshow. To protect American prosperity and security, Mr. Trump most needs to strike a deal with Berlin.

Voir également:

Televison: From Burkina Faso with rockets to Upper Volta without
Steve Crashaw
The Independent
15 November 1998

The Soviet Union was famously described as « Upper Volta with rockets », a catchphrase that was updated by the geographically precise to become « Burkina Faso with rockets ». It was a powerfully succinct description. The United States was rich and space-age powerful; the Soviet Union was poor and space-age powerful. The contradictions and paradoxes that stemmed from that could never fully be resolved – least of all by the citizens of the Soviet Union themselves.

During the 1930s, Stalin turned Russia into an industrially powerful nation, and made his Soviet compatriots feel proud of what they had achieved. The defeat of Hitler’s might, at the cost of millions of lives, was also seen as proof of Soviet greatness.

The idea that Soviet was best took deep root. It convinced some Western visitors, and millions of Russians. Even now, many Russians find it hard to believe that there was anything wrong with the model itself. In last night’s episode of the Cold War series, interviewees visibly hankered after a time when Khrushchev was in his Kremlin, and all was right with the Soviet world.

« Sputnik », the title of last night’s episode, is the Russian word for a fellow-traveller: the spaceship was seen as a travelling companion for the planet earth. Here it was that we found true Soviet heroes, including Yuri Gagarin, the first man in space. As a Moscow baker declared – still misty-eyed, after all these years: « Gagarin, he was everybody’s love. He and his smile. I still keep his photograph. »

Television news may sometimes seem deeply superficial – never mind the reality, listen to that fabulous soundbite. But television history, with the participation of those who were in the front row of the stalls or even centre-stage at the events described, can, at its best, be more enlightening than anything that you could have read in the newspapers at the time. Series like the Cold War put things neatly into perspective, with descriptions of historic events coming directly from witnesses and participants – last night included a Soviet rocket designer, an aide to Khrushchev, and Gagarin’s running-mate. The heroism and the lies are equally visible.

The Cold War series gives a small example of why it must sometimes be quite fun to be a media billionaire. You flick your fingers, and unbelievable projects just happen. A few years ago, Ted Turner, creator of CNN, mused that he would like to do a definitive history of the Cold War. And thus it came to pass, without all the doggedly begging memos to potential backers which are usually par for the course. Turner was put in touch with Jeremy Isaacs, who had produced the landmark World at War series. Isaacs, in turn, gathered a team of experienced producers and writers, including highly respected figures like the journalist Neal Ascherson and (for last night’s programme on the space race) defence specialist Lawrence Freedman. Unsurprisingly, the result is much more than just televisual flam.

Last night’s programme included some dramatic eyewitness accounts of events – like a Soviet space disaster, where one woman remembered how « people fell like burning torches from the top of the rocket ». Her words were accompanied by dramatic pictures from the heart of the conflagration – pictures that you can be sure never appeared on the Soviet Nine O’Clock News. At that time, Soviet disasters were strictly not for public consumption.

At the same time, Sputnik exposed the absurdity that accompanied the whole notion of the space race. Shamed by the early Soviet lead, America had to prove that anything Russia could do, America could do better; Russia responded in kind. America became so fixated with the idea of the « missile gap » – that is, let’s spend more billions of dollars on defence – that they found one even when it did not exist. Almost forty years on, President Kennedy’s defence secretary, Robert McNamara, cheerfully acknowledged: « A major charge was that there was a missile gap. It took us about three weeks to determine: yes, there is a gap – but the gap is in our favour. » Was that what Time or Newsweek were writing at the time? Unlikely.

While Cold War stripped some of the humbug from old-fashioned propaganda, Tim Whewell’s Correspondent special, « Two Weddings and the Rouble », was a bleak illustration of life in Russia today, seven years after the final collapse of the superpower and the propaganda machine. The Cold War has vanished; and with it, the heart of Russia’s pride. Whewell’s film focused on two newly-marrieds. On the one hand, there was Yuri, the self-confident young entrepreneur who was about to take his new wife Yulia on a honeymoon to Thailand (they had already been to Cyprus; but there were too many Russians, so they wanted something more exotic). On the other, there was Katya, the 18-year-old accounts clerk who trudged round looking for jobs that might, if she was lucky, pay her one or two dollars a day.

Hauntingly photographed by Ian Perry (lots of wistfully Russian townscapes at dawn), « Two Weddings », a depiction of life in the provincial town of Yaroslavl, painted a simple portrait of Russia’s sadness. We saw the queues of blood donors, who come back day after day in the hope that they can thus earn a few more kopecks. We met the father who boasted of a good day in the potato fields by telling us of what he had managed to steal: « Today I took three buckets out. » And, above all, we are confronted with the despair. Vodka was described as the only way of blotting everything else out, if only for a short while. As one character said: « A swamp doesn’t go anywhere. It silts up – that’s what’s happening to our state. »

The film resolutely avoided politics, though the story of the collapsing rouble – six to the dollar one day, 20 to the dollar a few days later – always lurked in the background. But the underlying theme was best expressed by the father who angrily complained that « this once-great country has been robbed and humiliated ». Humiliated: certainly. Russia these days is now Upper Volta without the rockets (all its best scientists have gone abroad; those who remain are usually unpaid). But robbed? Who did the robbing, and why? The comment reflected the still-deep Russian fatalism which enables millions to believe that somebody else is always responsible, and that Russians can change nothing themselves. It is not true – but many Russians believe it to be true, which comes to almost the same thing.

As Whewell noted, this is a country which has worshipped « one false prophet too many ». Gagarin and the sputnik era are still glowingly remembered as the time when the Soviet Union truly seemed great. As for the future: it sometimes seems difficult to find a Russian who has room for any optimism at all. Katya’s parents, it seems fair to guess, will never believe in anything again. As for Katya herself – maybe. If not, Russia is truly lost.

Voir de plus:

The Chinese are wary of Donald Trump’s creative destruction

Mark Leonard

The Financial Times

July 24, 2018

Donald Trump is leading a double life. In the west, most foreign policy experts see him as reckless, unpredictable and self-defeating. But though many in Asia dislike him as much as the Europeans do, they see him as a more substantial figure. I have just spent a week in Beijing talking to officials and intellectuals, many of whom are awed by his skill as a strategist and tactician.

One of the people I met was the former vice-foreign minister He Yafei. He shot to global prominence in 2009 when he delivered a finger-wagging lecture to President Barack Obama at the Copenhagen climate conference before blowing up hopes of a deal. He is somewhat less belligerent where Mr Trump is concerned. He worries that strategic competition has become the new normal and says that “trade wars are just the tip of the iceberg”.

Few Chinese think that Mr Trump’s primary concern is to rebalance the bilateral trade deficit. If it were, they say, he would have aligned with the EU, Japan and Canada against China rather than scooping up America’s allies in his tariff dragnet. They think the US president’s goal is nothing less than remaking the global order.

They think Mr Trump feels he is presiding over the relative decline of his great nation. It is not that the current order does not benefit the US. The problem is that it benefits others more in relative terms. To make things worse the US is investing billions of dollars and a fair amount of blood in supporting the very alliances and international institutions that are constraining America and facilitating China’s rise.

In Chinese eyes, Mr Trump’s response is a form of “creative destruction”. He is systematically destroying the existing institutions — from the World Trade Organization and the North American Free Trade Agreement to Nato and the Iran nuclear deal — as a first step towards renegotiating the world order on terms more favourable to Washington.

Once the order is destroyed, the Chinese elite believes, Mr Trump will move to stage two: renegotiating America’s relationship with other powers. Because the US is still the most powerful country in the world, it will be able to negotiate with other countries from a position of strength if it deals with them one at a time rather than through multilateral institutions that empower the weak at the expense of the strong.

My interlocutors say that Mr Trump is the US first president for more than 40 years to bash China on three fronts simultaneously: trade, military and ideology. They describe him as a master tactician, focusing on one issue at a time, and extracting as many concessions as he can. They speak of the skilful way Mr Trump has treated President Xi Jinping. “Look at how he handled North Korea,” one says. “He got Xi Jinping to agree to UN sanctions [half a dozen] times, creating an economic stranglehold on the country. China almost turned North Korea into a sworn enemy of the country.” But they also see him as a strategist, willing to declare a truce in each area when there are no more concessions to be had, and then start again with a new front.

For the Chinese, even Mr Trump’s sycophantic press conference with Vladimir Putin, the Russian president, in Helsinki had a strategic purpose. They see it as Henry Kissinger in reverse. In 1972, the US nudged China off the Soviet axis in order to put pressure on its real rival, the Soviet Union. Today Mr Trump is reaching out to Russia in order to isolate China.

In the short term, China is talking tough in response to Mr Trump’s trade assault. At the same time they are trying to develop a multiplayer front against him by reaching out to the EU, Japan and South Korea. But many Chinese experts are quietly calling for a rethink of the longer-term strategy. They want to prepare the ground for a new grand bargain with the US based on Chinese retrenchment. Many feel that Mr Xi has over-reached and worry that it was a mistake simultaneously to antagonise the US economically and militarily in the South China Sea.

Instead, they advocate economic concessions and a pullback from the aggressive tactics that have characterised China’s recent foreign policy. They call for a Chinese variant of “splendid isolationism”, relying on growing the domestic market rather than disrupting other countries’ economies by exporting industrial surpluses.

So which is the real Mr Trump? The reckless reactionary destroying critical alliances, or the “stable genius” who is pressuring China? The answer seems to depend on where you ask the question. Things look different from Beijing than from Brussels.

The writer is director of the European Council on Foreign Relations

Voir encore:

China Is Losing the Trade War With Trump
It’s like a drinking contest: You harm yourself and hope your opponent isn’t able to withstand as much.
Donald L. Luskin
WSJ
July 27, 2018

One thing came through loud and clear in President Trump’s press conference Wednesday with European Commission President Jean-Claude Juncker. When they announced an alliance against third parties’ “unfair trading practices,” they didn’t even have to mention China by name for listeners to know who their target was. Cooperation between the U.S. and EU will squeeze China’s protectionist model, and even before this agreement, there’s been evidence that China is already running up the white flag.

Yes, China is acting tough in one sense, quickly imposing tariffs in retaliation for those enacted by the Trump administration. But while U.S. stocks approach all-time highs and the dollar grows stronger, Chinese stocks are in a bear market, down 25% since January. The yuan had its worst single month ever in June, and is well on its way to a repeat this month. Chinese corporate bonds have defaulted at a record rate in the past six months, yet this week China unveiled a new stimulus program designed to encourage even more corporate borrowing.

That’s probably why Yi Gang, a governor of the People’s Bank of China, took the extraordinary step of channeling Herbert Hoover, saying in a statement this month that “the fundamentals of China’s economy are sound.” And it’s why Sun Guofeng, head of the PBOC’s financial research institute, said, China “will not make the yuan’s exchange rate a tool to cope with trade conflicts.”

Weakening one’s currency is a standard weapon in trade wars, and one that China has often been accused of using—including in a tweet by Mr. Trump last week. Devaluation would be even more dangerous in this case because of China’s power to dump the $1.4 trillion in U.S. Treasury securities it holds. But by denying its intention to plunge the yuan, China has disarmed itself voluntarily. This was no act of noble pacifism; it had to be done. Devaluing the currency would risk scaring investors away, an existential threat to an emerging economy. For China, whose state-capitalism model has so far never produced a recession, such capital flight might expose previously hidden economic weaknesses.

These weaknesses accumulate without the market discipline that occasional recessions impose. The fragility of China’s economy can be seen in its growth rate, which is slowing despite rising financial leverage, and in its overinvestment in commodities and real estate. The escalating trade war with the U.S. could tip China into the unknown territory of recession—and then capital flight could push it into a financial crash and depression. That would create mass joblessness in an economy that has never recorded unemployment higher than 4.3%. With that scenario in mind, the Chinese government must be wondering whether it has enough riot police.
The risk of capital flight is real. The last time China let the yuan weaken—a slide that began in early 2014 and was punctuated in mid-2015 by the abandonment of the dollar peg in favor of a basket of currencies—the Chinese ended up losing almost $1 trillion in foreign reserves, which they have yet to recover. Now the sharp weakening of the yuan shows some degree of capital flight again is under way.
No wonder that, despite tough talk from some quarters, the PBOC disarmed itself voluntarily to avoid further capital flight. The bank also is already offering to reimburse local firms for tariffs on imported U.S. goods. What’s more, China has put out a yard sign for international investors by announcing unilateral easing of foreign-ownership restrictions in some industries.
China is beginning to realize that trade war isn’t really war. It’s more like a drinking contest at a fraternity: the game is less inflicting harm on your opponent than inflicting it on yourself, turn by turn. In trade wars, nations impose burdensome import tariffs on themselves in the hope that they’ll be able to stomach the pain longer than their competitor.
Why play such a game? Because a carefully chosen act of self-harm can be an investment toward a worthy goal. For example, President Reagan’s arms race against the Soviet Union in the 1980s was in some sense a costly self-imposed tax. But it turned out the U.S. could bear the burden better than the Soviets could—Uncle Sam eventually out-drank the Russian bear and won the Cold War.
The U.S. will win the trade war with China in the same way. The PBOC’s statements show that the Chinese understand they are too vulnerable to take very many more drinks. The only question is what they will be willing to offer Mr. Trump to get him to take yes for an answer. No wonder Beijing has ordered its state-influenced media to stop demonizing Mr. Trump—officials are desperate to minimize the pain when President Xi Jinping has to cut the inevitable deal.
The drinking-contest metaphor takes us only so far. The wonderful thing about reciprocal trade is that it is a positive-sum game in which all contestants are made better off. If the conflict forces China to accept more foreign investors and goods, comply with World Trade Organization rules, and respect foreign intellectual property, it may feel it has lost but will in fact be better off. With this openness, both economic and political, China could spur a decadeslong second wave of growth that would bring hundreds of millions still living in rural poverty into glittering new cities.
It took Nixon to go to China and show it the way to the 20th century. Now, through the unlikely method of trade war, Donald Trump is ushering China into the 21st century.
 
Mr. Luskin is chief investment officer at Trend Macrolytics LLC.

Voir enfin:

Pourquoi citent-ils tous Gramsci?

Le nom de Gramsci revient sans cesse depuis plusieurs mois, dans les médias, sur les réseaux sociaux, il est cité en permanence. Qui est-il et quelle est sa pensée?

Gaël Brustier
Slate
24 janvier 2017

Le 9 novembre 2016, au lendemain de l’élection de Donald Trump, sur les réseaux sociaux circulait cette phrase d’Antonio Gramsci:

«Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres».

Lundi 23 janvier, au lendemain du premier tour de la primaire de gauche, Benoît Hamon citait le philosophe à son tour :

«Je pense à cette définition de la crise d’Antonio Gramsci qui dit que la crise c’est quand le vieux est mort et que le neuf ne peut pas naître et nous sommes dans un moment comme celui-là, et il a rajouté que de ce clair-obscur peut naître un monstre.»

Il est devenu fréquent d’entendre des hommes politiques ou des commentateurs invoquer Gramsci, souvent pour dire que les victoires des idées précèdent les victoires politiques ou électorales. Mais cet intellectuel italien est un penseur trop important pour en rester là et ne pas le découvrir un peu davantage. S’il est autant cité en ce début de XXIe c’est qu’il a forgé des outils intellectuels essentiels aujourd’hui…

L’unité obsessionnelle

Homme politique, journaliste et penseur italien né en 1891, Gramsci est d’abord sarde, c’est-à-dire d’une île de Méditerranée périphérique par rapport au reste du Royaume d’Italie tout juste unifié. Issu d’un milieu pauvre, élève particulièrement brillant, enfant très tôt atteint de tuberculose osseuse qui le maintient à une taille de 1m50, il sera préoccupé par la question de cette unité du pays.

Son parcours le mène à Turin dans le Piémont, au Nord, où il fera ses études. C’est là qu’il s’établit et vit, en tant que journaliste et intellectuel, parmi les ouvriers de la capitale du Piémont. Il participe notamment à l’aventure du Biennio Rosso, «deux années rouges», faites de mobilisations paysannes et de manifestations ouvrières qui descendent jusqu’aux zones rurales du Pô.

Du Piémont, Gramsci est bien placé pour analyser ces fractures du pays. Le Nord industriel et le Sud paysan ne sont un que formellement par la couronne royale, et maintenus d’un bloc seulement par un système politique à la fois libéral et autoritaire qui parvient, notamment, à susciter le consentement des masses paysannes du Sud, au sein d’un «bloc méridional».

Sa vie intellectuelle le mène alors d’abord vers le socialisme car pour Gramsci, c’est l’avènement d’une société socialiste qui peut permettre d’achever l’unité italienne, et accomplira un saut civilisationnel de l’ampleur de la Renaissance.

Ouvrir le front culturel

En 1917, contre les thèses de Marx, c’est en Russie, à Saint Pétersbourg, qu’éclate la Révolution. Enjeu intellectuel et enjeu politique, il va s’efforcer de comprendre pourquoi la Révolution a eu lieu en Russie et non en Allemagne, en France ou dans le Nord de l’Italie. Autour de la Révolution de 1917, s’ordonnent aussi une série de questionnements fondamentaux pour comprendre la pensée de Gramsci: hégémonie, crises, guerres de mouvements ou de positions, blocs historiques…

Il distingue deux types de sociétés. Pour faire simple, celles où il suffit, comme en Russie, de prendre le central téléphonique et le palais présidentiel pour prendre le pouvoir. La bataille pour «l’hégémonie» vient après, ce sont les sociétés «orientales» qui fonctionnent ainsi… Et celles, plus complexes, où le pouvoir est protégé par des tranchées et des casemates, qui représentent des institutions culturelles ou des lieux de productions intellectuelles, de sens, qui favorisent le consentement. Dans ce cas, avant d’atteindre le central téléphonique, il faut prendre ces lieux de pouvoir. C’est ce que l’on appelle le front culturel, c’est le cas des sociétés occidentales comme la société française, italienne ou allemande d’alors.

Au contraire de François Hollande et de François Lenglet, Antonio Gramsci ne croit pas à l’économicisme, c’est-à-dire à la réduction de l’histoire à l’économique. Il perçoit la force des représentations individuelles et collectives, la force de l’idéologie… Ce refus de l’économicisme mène à ouvrir le «front culturel», c’est-à-dire à développer une bataille qui porter sur la représentation du monde tel qu’on le souhaite, sur la vision du monde…

Le front culturel consiste à écrire des articles au sein d’un journal, voire à créer un journal, à produire des biens culturels (pièces de théâtre, chansons, films etc…) qui contribuent à convaincre les gens qu’il y a d’autres évidences que celles produites jusque-là par la société capitaliste.

L’hégémonie, c’est l’addition de la capacité à convaincre et à contraindre

La classe ouvrière doit produire, selon Gramsci, ses propres références. Ses intellectuels, doivent être des «intellectuels organiques», doivent faire de la classe ouvrière la «classe politique» chargée d’accomplir la vraie révolution: c’est-à-dire une réforme éthique et morale complète. L’hégémonie, c’est l’addition de la capacité à convaincre et à contraindre.

Convaincre c’est faire entrer des idées dans le sens commun, qui est l’ensemble des évidences que l’on ne questionne pas.

La crise (organique), c’est le moment où le système économique et les évidences qui peuplent l’univers mental de chacun «divorcent». Et l’on voit deux choses: le consentement à accepter les effets matériels du système économique s’affaiblit (on voit alors des grèves, des mouvements d’occupation des places comme Occupy Wall Street, Indignados, etc); et la coercition augmente: on assiste alots à la répression de grèves, aux arrestations de syndicalistes etc…

Au contraire, un «bloc historique» voit le jour lorsqu’un mode de production et un système idéologique s’imbriquent parfaitement, se recoupent: le bloc historique néolibéral des années 1980 à la fin des années 2000 par exemple. Car le néolibéralisme n’est pas qu’une affaire économique, il est aussi une affaire éthique et morale.

Le communisme

C’est en France, à Lyon, en janvier 1926, qu’Antonio Gramsci prend la tête du Parti communiste italien, issu d’une scission de l’aile gauche du Parti socialiste italien au congrès de Livourne, cinq ans plus tôt. Faisant le choix des communistes contre les socialistes «maintenus», il est donc chargé de forger le noyau dirigeant du parti qui deviendra après 1945 le plus puissant et le plus brillant d’Occident. Son portrait orne encore les permanences du parti centriste, très lointain héritier (!) du PCI.

En 1922, son ancien collègue à Avanti!, un journal socialiste, Benito Mussolini (1883-1945), socialiste renégat qui a fondé le mouvement fasciste, a pris le pouvoir. Il fait voter en 1926 des lois qui lui donnent de larges pouvoirs. Gramsci, pourtant député de Venise, est arrêté en novembre de cette même année.

En 1927, Mussolini le fait emprisonner pour vingt ans, «pour empêcher son cerveau de fonctionner», dixit le procureur fasciste de l’époque. Il ne tiendra que 10 ans, avant de mourir des conséquences d’une tuberculose osseuse mal soignée, dans les geôles, puis les cliniques du régime. Mais il aura auparavant réussi à écrire une œuvre politique majeure: les Cahiers de prison.

Car dans sa cellule, il obtient progressivement le droit de disposer de quatre livres en même temps, et de quoi écrire. Naît alors progressivement une somme dans laquelle il utilise des «codes» pour tromper la censure..

A travers ces écrits, il devient le grand penseur des crises, casquette qui lui donne tant de pertinence aujourd’hui, et surtout depuis 2007 et 2008 que la crise financière propage ses effets. Dans ces Cahiers, il apporte à l’œuvre de Marx l’une des révisions ou l’un des compléments les plus riches de l’histoire du marxisme. Pour beaucoup de socialistes, il faut attendre que les lois de Marx sur les contradictions du capitalisme se concrétisent pour que la Révolution advienne. La Révolution d’Octobre, selon Gramsci, invalide cette thèse. Elle se fait «contre le Capital», du nom du grand livre de Karl Marx.

Au-delà de la gauche

Antonio Gramsci fascine au-delà de la gauche… Ainsi en France, en Italie ou en Autriche, des courants d’extrême droite se sont réclamés d’une version tronquée et biaisée du gramscisme. Ce «gramscisme de droite» faisait l’impasse sur l’aspect «économique» du gramscisme et le caractère émancipateur pour n’en retenir que la méthode le «combat culturel».

A gauche, en France, il a souvent été caricaturé ou dédaigné. On parle souvent de «combat culturel contre le FN» alors que le changement éthique et moral concerne, si l’on suit Gramsci, tous les aspects de la vie sociale et englobe donc, logiquement, le combat contre l’extrême droite, qui ne peut pas être «détaché».

On retrouve Gramsci dans les combats du Tiers Monde, on le retrouve dans les travaux d’Edward Said ou de Joseph Massad, dans les Subaltern Studies en Inde notamment…

En France, le philosophe André Tosel se réclame de Gramsci, auteur cette année d’un Étudier Gramsci paru aux Editions Kimé, ouvrage majeur pour comprendre l’auteur des Cahiers de Prison. Les économiste et sociologue Cédric Durand et Razmig Keucheyan, appliquent les outils de Gramsci notamment à l’analyse et la critique du processus d’intégration européenne. Il font le lien avec les thèses de Nicos Poulantzas qui prolongea, comme Stuart Hall, ainsi qu’Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, les thèses et travaux de Gramsci. Appartenant au courant post-marxiste, Chantal Mouffe, qui intervient de plus en plus en France, est l’inspiratrice de PODEMOS, le nouveau parti de la gauche radicale espagnole. Deux de ses fondateurs et principaux animateurs –Pablos Iglesias et Inigo Errejon– se réclament de l’héritage de Gramsci.

Le penseur italien fait partie du patrimoine intellectuel de l’Europe. Il a forgé des outils qui sont utiles aujourd’hui pour analyser le monde, comprendre comment les gens le voient et participent à la vie sociale, comment individus et médias interagissent, comment les représentations et les identités se forment continuellement et magmatiquement. Il a donné naissance à des écoles de pensée foisonnantes et utiles pour qui veut agir sur le monde.

Voir par ailleurs:

The Trump Rationale

 

 

 

His voters knew what they were getting, and most support him still.Why exactly did nearly half the country vote for Donald Trump?

Why also did the arguments of Never Trump Republicans and conservatives have marginal effect on voters? Despite vehement denunciations of the Trump candidacy from many pundits on the right and in the media, Trump nonetheless got about the same percentage of Republican voters (88–90 percent) as did McCain in 2008 and Romney in 2012, who both were handily defeated in the Electoral College.

Here are some of reasons voters knew what they were getting with Trump and yet nevertheless assumed he was preferable to a Clinton presidency.

1) Was Trump disqualified by his occasional but demonstrable character flaws and often rank vulgarity? To believe that plaint, voters would have needed a standard by which both past media of coverage of the White House and the prior behavior of presidents offered some useful benchmarks. Unfortunately, the sorts of disturbing things we know about Trump we often did not know in the past about other presidents. By any fair measure, the sexual gymnastics in the White House and West Wing of JFK and Bill Clinton, both successful presidents, were likely well beyond President Trump’s randy habits. Harry Truman’s prior Tom Pendergast machine connections make Trump steaks and Trump university seem minor. By any classical definition, Lyndon Johnson could have been characterized as both a crook and a pervert. In sum, the public is still not convinced that Trump’s crudities are necessarily different from what they imagine of some past presidents. But it does seem convinced, in our age of a 24/7 globalized Internet, that 90 percent negative media coverage of the Trump tenure is quite novel.

2) Personal morality and public governance are related, but we are not always quite sure how. Jimmy Carter was both a more moral person and a worse president than Bill Clinton. Jerry Ford was a more ethical leader than Donald Trump — and had a far worse first 16 months. FDR was a superb wartime leader — and carried on an affair in the White House, tried to pack and hijack the Supreme Court, sent U.S. citizens into internment camps, and abused his presidential powers in ways that might get a president impeached today. In the 1944 election, the Republican nominee Tom Dewey was the more ethical — and stuffy — man. In matters of spiritual leadership and moral role models, we wish that profane, philandering (including an affair with his step-niece), and unsteady General George S. Patton had just conducted himself in private and public as did the upright General Omar Bradley. But then we would have wished even more that Bradley had just half the strategic and tactical skill of Patton. If he had, thousands of lives might have been spared in the advance to the Rhine.

Trump is currently not carrying on an affair with his limousine driver, as Ike probably was with Kay Summersby while commanding all Allied forces in Europe following D-Day. Rarely are both qualities, brilliance and personal morality, found in a leader — even among our greatest, such as the alcoholic Grant or the foul-mouthed and occasionally crude Truman. Richard Feynman in some ways may have been the most important — or at least the most interesting — physicist of our age, but his tawdry and sometimes callous private life would have made Feynman Target No. 1 of the MeToo movement.

3) Trump did not run in a vacuum. A presidential vote is not a one-person race for sainthood but, like it or not, often a choice between a bad and worse option. Hillary Clinton would have likely ensured a 16-year progressive regnum. As far as counterfactual “what ifs” go, by 2024, at the end of Clinton’s second term, a conservative might not have recognized the federal judiciary, given the nature of lifetime appointees. The lives of millions of Americans would have been radically changed in an Obama-Clinton economy that probably would not have seen GDP or unemployment levels that Americans are now enjoying. Fracking, coal production, and new oil exploration would have been vastly curtailed. The out-of-control EPA would have become even more powerful. Half the country simply did not see the democratic socialist European Union, and its foreign and domestic agendas, as the model for 21st-century America.

What John Brennan, James Clapper, James Comey, Loretta Lynch, Andrew McCabe, Lisa Page, Samantha Power, Susan Rice, Peter Strzok, Sally Yates, and others did in 2016 would never have been known — given that their likely obstruction, lying, and lawbreaking were predicated on being unspoken recommendations for praise and advancement in a sure-thing Clinton administration. Christopher Steele might have either been unknown — or lionized.

Open borders, Chinese trade aggression, the antics of the Clinton Foundation, the Uranium One deal, the Iran deal, estrangement from Israel and the Gulf states, a permanently nuclear North Korea, leading from behind — all that and far more would be the continued norm into the 2020s. Ben Rhodes, architect of the Iran deal and the media echo chamber, might have been the national-security adviser. The red-state losers would be institutionalized as clingers, crazies, wackos, deplorables, and irredeemables in a Clinton administration. A Supreme Court with justices such as Loretta Lynch, Elizabeth Warren, and Eric Holder would have made the court little different in its agendas from those of the ACLU, Planned Parenthood, and Harvard Law School.

4) Something had gone haywire with the Republican party at the national level. Since 1988, it had failed to achieve 51 percent of the popular presidential vote, losing the popular vote in five out of the past six elections, writing off as permanently lost the purple states of the Midwest. Most Republicans privately had all but given up on cracking the Electoral College matrix, given the lost-for-good big blue states such as California, Illinois, Massachusetts, and New York, changing demography in the Southwest, and the supposedly permanently forfeited Florida, Michigan, Ohio, Pennsylvania, and Wisconsin.

The proverbial Republican elite had become convinced that globalization, open borders, and free but unfair trade were either unstoppable or the fated future or simply irrelevant. Someone or something — even if painfully and crudely delivered — was bound to arise to remind the conservative Washington–New York punditocracy, the party elite, and Republican opinion makers that a third of the country had all but tuned them out. It was no longer sustainable to expect the conservative base to vote for more versions of sober establishmentarians like McCain and Romney just because they were Republicans, well-connected, well-résuméd, well-known, well-behaved, and played by the gloves-on Marquess of Queensberry political rules. Instead, such men and much of orthodox Republican ideology were suspect.

Amnestied illegal aliens would not in our lifetimes become conservative family-values voters. Vast trade deficits with China and ongoing chronic commercial cheating would not inevitably lead to the prosperity that would guarantee Chinese democracy. Asymmetrical trade deals were not sacrosanct under the canons of free trade. Unfettered globalization, outsourcing, and offshoring were not both inevitable and always positive. The losers of globalization did not bring their misery on themselves. The Iran deal was not better than nothing. North Korea would not inevitably remain nuclear. Middle East peace did not hinge of constant outreach to and subsidy of the corrupt and autocratic Palestinian Authority and Hamas cliques.

5) Lots of deep-state rust needed scraping. Yet it is hard to believe that either a Republican or Democratic traditionalist would have seen unemployment go below 4 percent, or the GDP rate exceed 3 percent, or would have ensured the current level of deregulation and energy production. A President Mitt Romney might not have rammed through a tax-reform policy like that of the 2017 reform bill. I cannot think of a single Republican 2016 candidate who either could or would have in succession withdrawn from the Paris Climate Accord, moved the U.S. embassy to Jerusalem, demanded China recalibrate its asymmetrical and often unfair mercantile trade policies, sought to secure the border, renounced the Iran deal, moved to denuclearize North Korea, and hectored front-line NATO allies that their budgets do not reflect their promises or the dangers on their borders.

The fact that Trump never served in the military or held a political office before 2016 may explain his blunders and coarseness. But such lacunae in his résumé also may account for why he is not constrained by New York–Washington conventional wisdom. His background makes elites grimace, though their expertise had increasingly calcified and been proved wrong and incapable of innovative approaches to foreign and domestic crises.

Something or someone was needed to remind the country that there is no longer a Democratic party as we once knew it. It is now a progressive and identity-politics religious movement. Trump took on his left-wing critics as few had before, did not back down, and did not offer apologies. He traded blow for blow with them. The result was not just media and cultural hysteria but also a catharsis that revealed what Americans knew but had not seen so overtly demonstrated by the new Left: the unapologetic media bias; chic assassination talk; the politicization of sports, Hollywood, and entertainment in slavish service to progressivism; the Internet virtue-signaling lynch mob; the out-of-control progressive deep state; and the new tribalism that envisions permanent ethnic and racial blocs while resenting assimilation and integration into the melting pot. For good or evil, the trash-talking and candid Trump challenged progressives. They took up the offer in spades and melted down — and America is getting a good look at where each side really sits.

In the end, only the people will vote on Trumpism. His supporters knew full well after July 2016 that his possible victory would come with a price — one they deemed more than worth paying given the past and present alternatives. Most also no longer trust polls or the media. To calibrate the national mood, they simply ask Trump voters whether they regret their 2016 votes (few do) and whether any Never Trump voters might reconsider (some are), and then they’re usually reassured that what is happening is what they thought would happen: a 3 percent GDP economy, low unemployment, record energy production, pushbacks on illegal immigration, no Iran deal, no to North Korean missiles pointed at the U.S., renewed friendship with Israel and the Gulf states, a deterrent foreign policy, stellar judicial appointments — along with Robert Mueller, Stormy Daniels, Michael Cohen, and lots more, no doubt, to come.


Présidence Trump: Ils déversent leurs problèmes sur les États-Unis (As with many of his crusades, guess who basic numbers always seem to support in the end ?)

15 juillet, 2018