1917-2017: Au secours, Lénine revient ! (A la veille du premier tour d’une élection présidentielle décisive, un essayiste qui a connu la dictature de Ceausescu met en garde contre les conséquences potentiellement désastreuses de l’étrange obsession antilibérale française)

23 avril, 2017

« Mélenchon, Poutou et Arthaud ne me font pas rire : moi, le communisme, je l'ai vécu ! »

La consternation des Vénézuéliens de Paris face à MélenchonNo automatic alt text available.Image may contain: textFondé sous l’égide de Jean-Paul Sartre, le journal paraît pour la première fois le 18 avril 1973 et reprend le nom d’un titre de presse similaire créé en 1927 par le libertaire Jules Vignes, nom qui sera également celui d’un des journaux de la Résistance dirigé par Emmanuel d’Astier de La Vigerie. Situé à l’extrême gauche à ses débuts, Libération évolue vers la gauche sociale-démocrate à la fin des années 1970 après la démission de Jean-Paul Sartre en 1974. En 1978, le journal n’a déjà plus rien de maoïste : Serge July le décrit alors comme « libéral-libertaire ». Aujourd’hui, sa ligne éditoriale est toujours de centre gauche ou de gauche sociale-démocrate, selon l’échiquier politique français habituellement utilisé, et son lectorat est majoritairement de gauche. Wikipedia
Sale temps pour les sondages. Paniqués à l’idée de « rater » le premier tour de l’élection présidentielle, les voici challengés par de nouveaux venus : les spécialistes du big data, qui utilisent l’analyse des données à grande échelle pour établir une autre cartographie de l’opinion. Première mauvaise nouvelle pour les sondeurs, dont la méthodologie est ouvertement contestée : contrairement à eux, ces concurrents du big data ont su prédire la qualification de François Fillon au premier tour de la primaire à droite. Et aussi l’élection de Donald Trump et, pour Vigiglobe, la victoire du Brexit. Trois échecs cuisants pour les instituts de sondages. Deuxième mauvaise nouvelle : les prédictions de Filteris, de Vigiglobe et de l’algorithme Predict My President ne valident pas celles des sondages. Ceux-ci ne cessent d’annoncer un duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Au contraire, les trois initiatives misent sur la qualification de François Fillon. Ils diffèrent par contre sur le ou la candidate qui l’accompagnera au second tour. Une question de méthodologie qui révèle aussi les limites de l’exercice. [Filteris] Dans sa dernière mesure du vendredi 21 avril, François Fillon arrive en tête avec 22,09%. Il est suivi par Marine Le Pen, avec 21,75%, puis Jean-Luc Mélenchon (21,11%) et enfin Emmanuel Macron (19,92%). Les quatre candidats se tiennent à un peu plus de deux points. Autrement dit, dans un mouchoir de poche. C’est la 16è mesure d’opinion de Filteris depuis le 3 avril. Les 14 premières indiquaient que François Fillon et Marine Le Pen figureraient au second tour. Seule la 15è, du jeudi 20 avril, anticipait un second tour Fillon-Mélenchon. (…) Filteris a correctement prédit la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine. L’entreprise n’a pas travaillé sur le Brexit. Contrairement aux sondages, Filteris a su prédire la première place de François Fillon à la primaire de la droite. Mais l’entreprise attendait Nicolas Sarkozy en deuxième position, alors que c’est Alain Juppé qui s’est qualifié. Elle s’est en outre trompée sur le premier tour de la primaire de la gauche : Benoît Hamon, qui est arrivé en première position, était donné troisième, derrière Manuel Valls et Arnaud Montebourg. (…) Contrairement à ses concurrents, Vigiglobe ne se risque pas au jeu des prédictions. En revanche, la startup estimait, jeudi 20 avril, que François Fillon a « de grandes chances de se qualifier pour le second tour ». Ses algorithmes d’analyse du sentiment voient se dégager un trio de tête dans un mouchoir de poche : François Fillon (qui dispose en plus du plus grand nombre de messages positifs), Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Contrairement aux sondages et aux autres spécialistes du big data, Vigiglobe estime que Marine Le Pen est en sérieuse perte de vitesse, et qu’elle pourrait, par conséquent, ne pas se qualifier pour le second tour. Leendert de Voogd, le Pdg, précise toutefois que l’attaque des Champs-Elysées profitait vendredi 21 avril à François Fillon et à Marine Le Pen, en nette hausse par rapport aux jours précédents. (…) Vigiglobe a correctement identifié les dynamiques portant à l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, à la victoire du Brexit au Royaume-Uni, de François Fillon à la primaire de la droite, et de Benoît Hamon à celle de la gauche. (…) Predict My President est un programme mené depuis plusieurs mois par cinq étudiants de l’école Télécom Paris tech pour l’hebdomadaire Le Point. L’objectif est de pallier les « failles » des sondages en remplaçant les enquêtes d’opinion par une analyse socio-économique des électeurs, couplée à une analyse de la popularité des candidats sur la Toile. (…) Le 19 avril, Predict My President voyait se profiler un duel entre Marine Le Pen (24,13%) et François Fillon (21,77%). Emmanuel Macron arriverait troisième avec 20,32%, suivi par Jean-Luc Mélenchon avec 18,66%. (…) les sondages (…) Dans la dernière ligne droite, tous notent une progression de François Fillon, confirmant ainsi la dynamique relevée par les spécialistes du big data, mais pas suffisamment pour atteindre le second tour. Tous les instituts le donnent troisième derrière Emmanuel Macron et Marine Le Pen. La Tribune
La situation est tragique mais les forces en présence au Moyen-Orient font qu’au long terme, Israël, comme autrefois les Royaumes francs, finira par disparaître. Cette région a toujours rejeté les corps étrangers. Dominique de Villepin (2001)
La droite républicaine a besoin d’une colonne vertébrale. Villepin (2017)
Nous ne croyons pas à un peuple supérieur aux autres. Jean-Luc Mélenchon
Le Venezuela avait une politique sociale-démocrate. Personne n’a été exproprié. Il n’y a jamais eu de nationalisation non plus. J’ai soutenu Chavez contre l’agression des Américains. Et aujourd’hui le problème de ce pays, c’est d’abord la baisse du prix du pétrole. Je n’y suis pour rien! Jean-Luc Mélenchon
[Chávez et Castro] sont morts tous les deux. Je les ai défendus dans des circonstances où ils étaient attaqués. Cuba a défendu tous les mouvements de libération nationale d’Amérique latine et dû subir l’embargo des États-Unis, pourtant condamné par l’Onu. Mais je n’ai jamais approuvé la façon dont était organisée politiquement Cuba. Je n’ai pas l’intention de faire Cuba en France. (…) Le Venezuela avait une politique de social-démocrate. Personne n’a été exproprié. Il n’y a pas eu de nationalisations non plus. J’ai soutenu Chávez contre l’agression des Américains. Aujourd’hui, le problème de ce pays, c’est d’abord la baisse du prix du pétrole. Je n’y suis pour rien. Je trouve que c’est un signe d’extrême désarroi intellectuel de m’affronter sur un terrain pareil avec une telle caricature. Jean-Luc Mélenchon
Il s’est passé à l’époque quelque chose qui m’intéressait beaucoup, qui était un gouvernement qui partageait la rente pétrolière avec le peuple et avec les pauvres, si bien que des millions de gens ont été sortis de la pauvreté. Mais je ne suis pas gouvernant du Venezuela. Je voyais un partage extrêmement intéressant et fécond entre le partage de la rente pétrolière au Venezuela, et l’accaparation de cette même richesse au Qatar ou en Arabie Saoudite où les pauvres gens n’ont accès à rien. (…) Et bien oui ce sont des manifestations d’opposition (…) Vous ne m’interrogez pas sur Bahreïn, sur le Yémen Monsieur Bourdin, vous avez vos prédilections… Vous avez vos massacres préférés. (…) Vous passez votre temps, vous et quelques autres, à essayer d’effrayer à mon sujet (…) Je ne fais pas campagne au Venezuela, je suis en train de faire campagne en France. Jean-Luc Mélenchon
Je n’ai pas regardé précisément ce point 62. (…) Ecoutez, je vais regarder dans le détail ce point-là. (…) Je ne sais pas exactement ce qui a conduit à ce point 62. (…) Ce qui compte, c’est la logique générale. Clémentine Autain
Monsieur Villepin ne déçoit jamais dans sa capacité à marquer des buts contre son camp. C’est l’homme de la dissolution qui a amené Lionel Jospin au pouvoir, c’est l’homme des coups bas contre Nicolas Sarkozy. Il poursuit aujourd’hui dans la collaboration avec Emmanuel Macron. Eric Ciotti
Vous vous moquiez des codes. Vous étiez peu enclin aux règles du jeu politique traditionnel. Vous disiez que vous n’aimiez pas le microcosme. Vous étiez atypique dans ce milieu ». Vous disiez que vous aviez l’intention d’aller le plus loin possible. Vous vouliez renverser la table, changer la vie, faire la Révolution. Vous savez comment on vous surnomme (…) ? On vous surnomme « Monsieur ‘et en même temps’ « Vous savez comment vous êtes surnommé monsieur Macron ? Vous vouliez supprimer l’ISF et en même temps vous avez préféré le garder dans une version patrimoniale. Vous vouliez supprimer les 35 heures et en même temps vous vous êtes dit qu’il valait mieux rechercher des accords d’entreprises. Vous disiez vouloir préparer une réforme de la fonction publique et vous attaquer au statut des fonctionnaires et en même temps vous avez décidé de ne pas vous attaquer à ce statut mais de le moderniser ». (…) Sur Notre-Dame-des-Landes, vous avez dit qu’il y avait eu un référendum et qu’il fallait le respecter et en même temps vous avez proposé de nommer un médiateur. Sur la colonisation vous avez parlé de crimes contre l’humanité et en même temps, après avoir réfléchi vous avez déclaré qu’il s’agissait plutôt de crimes contre l’humain. Vous avez jugé que les anti-mariage pour tous ont été humiliés et en même temps vous avez estimé que l’humiliation avait été aussi du côté des pro-mariage. Et sur la peopolisation, vous avez déclaré que vous aviez fait une erreur de vous exposer avec votre épouse et en même temps vous avez continuez à vous prêter au jeu. (…) Sous vos airs polis, vous avez dit beaucoup de choses et leurs contraires. Alba Ventura
Son parti s’est effondré, le candidat PS Benoit Hamon est crédité de moins de 10% dans les sondages, le chômage est toujours au plus haut, les tensions identitaires et religieuses, notamment liées à l’islam politique, sont extrêmement vives. Mais le “Premier secrétaire de la République” se vante. “Je laisserai à mon successeur un pays en bien meilleur état que celui que j’ai trouvé”. Valeurs actuelles
Emmanuel Macron aime à dire qu’il bénéficie de soutiens de gauche, du centre, comme de droite. Ce n’est pas faux, même si ce n’est pas dans la même proportion : la très grande majorité de ses soutiens, comme des électeurs qui se prononceront pour lui dimanche prochain, vient d’un centre-gauche gestionnaire et responsable. Reste que les soutiens à la « macronie » venus de la droite existent bel et bien. Ces soutiens, cependant, sont loin d’être issus uniformément des différentes écoles qui composent la droite française. L’immense majorité d’entre eux vient d’un seul cercle : celui qui entourait l’ancien Président Jacques Chirac, chef de l’Etat entre 1995 et 2007, que l’âge et la maladie empêchent désormais de participer au débat politique. (…) Plus ambiguë est la position de deux anciens Premiers ministres de Chirac, Alain Juppé et Dominique de Villepin. Le premier, après avoir perdu contre François Fillon lors des primaires de la droite et du centre, a officiellement annoncé, après s’être fait prier, qu’il soutiendrait le candidat de son propre camp. Mais il multiplie les migraines de diva quand il s’agit de venir prouver ce soutien sur le terrain ou devant les caméras, et les mises en garde ronchonnent quand on lui en parle. Après avoir parlé des militants de son propre parti, soutiens de son propre candidat, comme d’un « noyau radicalisé » de militants (une expression généralement réservée aux soutiens de l’Etat islamique), Juppé, avant-hier, a déclaré qu’il se « retrouverait dans l’opposition » si un Président Fillon faisait entrer au gouvernement des représentants de la droite catholique conservatrice. (…) Quant à Villepin, Premier ministre de Chirac entre 2004 et 2007, sa politique semble être de tout faire pour indiquer son soutien à Macron, sauf de l’annoncer explicitement. Les deux hommes se déclarent réciproquement leur amitié à l’antenne, dans l’intimité de quelques millions d’auditeurs. Lundi dernier, BFM (surnommée « radio Macron » pour son engagement constant et caricatural en faveur du candidat) a suggéré que Villepin ferait un bon Premier ministre pour un Président Macron. Et Macron n’a pas dit le contraire. Ce ralliement massif, qu’il soit explicite ou implicite, de chiraquiens à Macron est-il l’indice d’une orientation idéologique particulière du candidat ? Probablement pas – ne serait-ce que parce qu’Emmanuel Macron, tout occupé qu’il est à mettre sa personne au centre de l’image, n’accorde pas la moindre importance à la cohérence idéologique. Il a annoncé successivement que la colonisation avait été un crime contre l’humanité, et qu’il fallait en assumer les aspects positifs. Qu’il n’y a pas de culture française et que la France ne serait jamais, sous son principat, un pays multiculturel. Que les opposants au mariage pour tous ont été injustement humiliés par le Président Hollande, et que l’idée même de donner à l’un d’entre eux un secrétariat d’Etat au Sport est le signe d’une insupportable radicalité. Qu’il renvoyait un de ses correspondants départementaux convaincu de sympathie islamiste, puis qu’il ne le renvoyait pas, puis qu’il l’écartait, ce qui, semble-t-il, est très différent et revient exactement au même, selon la personne à qui on s’adresse. Mais si Macron n’a aucune cohérence idéologique, aucune colonne vertébrale mentale, les chiraquiens, eux, en ont une. Leur entrée en masse dans les équipes Macron, avec la chasse aux postes qui en résulterait nécessairement s’il était élu, fera revenir au pouvoir des réflexes et des raisonnements caractéristiques de toute cette école de la droite française. Tout d’abord, les chiraquiens – à l’exemple de leur maître, lorsqu’il était encore lucide – sont des partisans résolus du multiculturalisme. S’il y a une chose sur laquelle Jacques Chirac n’a jamais varié, c’est sur l’idée que toutes les cultures se valent, que toutes doivent être également respectées, et que seule une arrogance raciste peut conduire les Occidentaux à préférer leur propre culture à celle des autres. Dans une déclaration restée fameuse, parce qu’aussi fausse en fait qu’elle était psychologiquement révélatrice, le président Chirac avait affirmé en 2003 à un homme politique catholique, Philippe de Villiers, que « les racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes ». Au nom de cette vision fantasmatique de l’histoire, la France de Chirac avait bloqué la tentative d’autres pays européens de faire figurer dans le préambule du projet de Constitution européenne une référence à ces « racines chrétiennes », historiquement exactes mais politiquement déplacées. Multiculturalistes de principe, les chiraquiens ont aussi une attitude, disons, sans sévérité excessive en matière de morale financière. Là encore, l’exemple vient du sommet. L’ancien président vit, depuis qu’il a quitté l’Elysée, dans un appartement parisien appartenant à l’actuel Premier ministre libanais Saad Hariri, qui le met gratuitement à sa disposition. De nombreux témoins, à Paris, rapportent en confidence que cette dépendance financière personnelle envers des intérêts étrangers était déjà en place lorsque Jacques Chirac et le père de Saad, Rafic Hariri, étaient tous deux aux affaires. (…) Les bonnes habitudes ne se perdant pas si facilement, Dominique de Villepin, depuis qu’il a pris sa retraite de la politique, vit une existence de millionnaire grâce à des missions d’avocat et de conseil. Parmi ses clients les plus généreux figure, en première place, l’Emirat du Qatar. On ne peut pas exclure que si Villepin, comme la macronie le laisse désormais entendre, devenait le Premier ministre ou le ministre des Affaires Etrangères d’un jeune président sans expérience internationale, les intérêts géopolitiques de ses bienveillants parrains auraient au moins autant d’influence sur son action que ceux de la France. Enfin, le mélange de multiculturalisme de principe et de vénalité à la bonne franquette des chiraquiens les conduit presque tous à ne pas avoir une vision particulièrement favorable de l’Etat d’Israël en particulier et des Juifs en général. Jacques Chirac a une rue à son nom à Ramallah – un hommage généralement réservé aux dictateurs sunnites ou aux auteurs d’attentats suicide. Une de nos sources régulières à Paris, qui travaillait alors à l’Elysée, a personnellement entendu Villepin, pendant la deuxième Intifada, expliquer – tout en regrettant les assassinats suicide – que ceux-ci étaient inévitables car « le Moyen-Orient a toujours rejeté les éléments étrangers ». En parfait accord avec cette vision fantasmagorique de l’histoire, la présidence de Chirac, surtout lorsque Villepin était son Premier ministre, a caractérisé le point le plus bas de toute l’histoire des relations franco-israéliennes. (…) S’il reste aujourd’hui des nostalgiques de cette époque, il y a pour eux une bonne nouvelle : presque tous ceux qui étaient aux commandes, en politique comme dans la presse, sont encore vaillants et prêts à reprendre du service. Et tous, en masse, se sont ralliés à la candidature Macron – un candidat trop profondément ignorant de ces questions pour pouvoir contrer leur influence s’il était élu. Amram Castellion
La France se rend aux urnes pour une élection plus incertaine que jamais, qui pourrait voir la gauche écartée du second tour laissant face à face droite réac et extrême droite. (…) Voter pour qui? Certainement pas pour les diviseurs des Français qui récupèrent le drame pour achalander leur douteuse boutique. Libération
Le monde entier a montré sa solidarité avec l’opposition vénézuélienne et condamné l’attitude du pouvoir chaviste. Et Mélenchon continue à défendre un régime coupable de multiples violations des droits de l’homme. Chaque fois qu’il en parle, Mélenchon décrit Chavez comme un grand humaniste. Tout le monde sait que c’est faux. Il ment quand il dit qu’il n’y a pas eu d’expropriations. Il doit le savoir! Il est venu si souvent dans mon pays. Avec un menteur comme lui, il n’y a pas de discussion possible. Aujourd’hui, au Venezuela, des gens fouillent dans les poubelles pour trouver à manger. Paula Osorio
Mélenchon est comme un mari trompé qui ne veut pas voir que sa femme lui est infidèle. Il nie la réalité alors qu’il la connaît. Il se ment à lui-même car il a trouvé dans son soutien à Chavez une part de romantisme qui le nourrit dans son combat politique. Mélenchon ne peut pas être un bon président s’il continue à vivre dans une utopie. Et pourtant de nombreux points de son programme me plaisent. Mais cet aveuglement sur mon pays est insultant pour tous les Vénézuéliens qui souffrent. Francisco Moreno (ancien cadre de la compagnie nationale pétrolière vénézuélienne PDVSA)
Mélenchon parle d’un Venezuela qui n’existe pas. Il nourrit ses fantasmes de révolution sud-américaine de l’histoire d’un pays où certains habitants n’ont même plus la possibilité de se soigner car il n’y a plus de médicaments dans les pharmacies et les hôpitaux depuis des mois. Manifestant vénézuélien à Paris
Alors que l’opposition vénézuélienne défile en masse dans les rues de Caracas pour demander l’organisation d’élections, de nombreux Vénézuéliens parisiens s’offusquent des déclarations de Jean-Luc Mélenchon sur leur pays. Ils dénoncent les contre-vérités exprimées par le candidat à la présidentielle. (…) Par ailleurs, à une question sur France Info sur le point 62 du programme de Mélenchon qui prône l’adhésion de la France l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (Alba), Clémentine Autain a montré qu’elle ne connaissait pas ce point du programme du candidat dont elle est la porte-parole. L’Alba est une organisation fondée par Hugo Chavez qui visait à créer des solidarités avec les pays latino-américains et caraïbes adhérents aux préceptes du socialisme du XXIe siècle (Cuba, Bolivie, Nicaragua, République dominicaine, Équateur, notamment). Cette alliance est en train de péricliter. La rente pétrolière vénézuélienne ayant fondu, Caracas ne peut plus apporter son aide aux pays membres. La proposition d’adhésion de la France à cette alliance est pour le moins incongrue.  (…) Mercredi 19 avril, dans la cour de la reine dans le 8e arrondissement de Paris, les opposants au régime chaviste se sont réunis au pied de la statue de Simon Bolivar pour montrer leur solidarité avec leurs compatriotes qui défilaient dans les rues de Caracas au même moment. Au milieu des slogans demandant le respect des droits à manifester et de la constitution ainsi que la libération des prisonniers politiques, la colère contre Jean-Luc Mélenchon était présente. La plupart des participants exprimaient spontanément leur consternation face aux «contre-vérités» exprimées par le candidat de la France insoumise sur le Venezuela. Le Figaro
C’était par les yeux de la France que je commençais à voir. Rudyard Kipling
[Le maoïsme], c’était de la poésie. Philippe Solers
Suite à la tribune de 25 prix Nobel d’économie rappelant l’erreur que constituerait une sortie de l’UE, un recours au protectionnisme ou à la dévaluation, une centaine d’économistes a décidé de prendre la plume pour signer, à son tour, une tribune en faveur du programme de Jean-Luc Mélenchon. Sans doute ont-ils ressenti le message des « Nobel » comme une menace pour leur champion. Que nous apprend cette démarche qui interpelle davantage par le nombre de signataires que par le fond de leur analyse ? Il faut d’abord noter le pathétique de cette décision. Lorsque 25 Nobel, ayant des opinions politiques diverses et des méthodologies très différentes, rappellent que certains faits économiques sont indiscutables, ils démontrent qu’il existe un consensus scientifique qui dépasse les croyances individuelles. En s’opposant frontalement à leurs conclusions, pour mieux soutenir leur candidat, ces « économistes » relèguent la science économique au rang de simple débat d’idées. Selon eux, l’économie serait affaire de goûts et relèverait davantage de discussion de cafés du commerce que de science. Cela en dit long sur l’estime qu’ils ont de leur profession. Mais il y a plus grave. Un tel comportement favorise le relativisme ambiant qui, en matière économique, empêche tout consensus et donc toute discussion rationnelle et dépassionnée sur la pertinence des programmes électoraux. Voilà déjà un point choquant. Pourtant, celui-ci n’est rien en regard de ce que cette tribune révèle sur le système universitaire français. Parmi ces signataires, plusieurs appartiennent au mouvement des Economistes Atterrés qui n’a jamais caché son penchant anticapitaliste, anti-marché et révolutionnaire. Ceux-là sont donc dans leur rôle (sic) lorsqu’ils soutiennent le candidat qui pleure Castro et appelle de ses vœux un rapprochement avec l’Alliance Bolivarienne. Ceux qui le sont moins sont les nombreux signataires membres du CNU – Conseil National des Universités. Le CNU est l’institution déterminante pour la carrière des jeunes universitaires. Il délivre les précieuses « qualifications » sans lesquelles un docteur ne peut intégrer l’université au titre de Maître de Conférences. Et depuis peu, il est aussi l’instance qui octroie le prestigieux statut de Professeur. Or, comme en témoigne la liste des signataires soutenant cette tribune, ce Conseil sensé évaluer la recherche scientifique est composé, pour partie, d’idéologues niant les conclusions des Nobels et considérant au moins implicitement, que l’économie serait un art au service d’un idéal politique plus vaste. Voilà pourquoi l’économie est de moins en moins bien enseignée à l’université. Et voilà pourquoi les Français sont si ignorants en matière économique. Ce qui devrait être le temple de l’excellence scientifique est devenu l’arrière-boutique d’une idéologie dépassée, où se décident les carrières des futurs professeurs, non selon la qualité de leurs travaux mais selon leurs opinions politiques. Devenue un instrument politique au sein d’une institution dépossédée de sa nature scientifique, l’économie perd inévitablement son statut et son importance dans le débat politique, interdisant toute réforme qui pourrait réconcilier la France avec l’emploi, l’innovation et la prospérité. On s’interroge souvent sur les causes du marasme économique français. L’inculture et le relativisme économiques en sont les principales. Pour comprendre l’économie, pour choisir un programme économique plutôt qu’un autre, il faut déjà accepter que l’économie est une science, avec ses règles et ses mécanismes. Or, cela même les membres des plus hautes instances universitaires semblent l’avoir oublié, en faisant passer leur idéologie avant la réalité des faits, telle qu’énoncée par 25 Nobels ! Tant que les gardiens du temple seront des idéologues, favorables à un système qui n’a jamais fonctionné qui plus est, il n’y aura aucun débat rationnel. Et la France ne s’en remettra pas. Pierre Bentata (Université Panthéon Assas)
Quand je suis arrivé en France au début des années 1990, je pensais avoir laissé derrière moi le cauchemar de l’idéologie communiste. Je pensais ne plus revivre l’atmosphère sombre et pesante de l’époque, la tension et la peur permanentes, les files interminables devant les magasins vides et les pénuries – de la boîte d’allumettes jusqu’au papier hygiénique – et cette sensation terrible qu’on ne s’en sortirait jamais. Je croyais que c’en était fini des deux heures de télé par jour sur la seule chaîne, deux heures consacrées en grande partie au «Conducator bien aimé», le dictateur Ceausescu. (…) Plus de 25 ans après la chute du communisme, je suis en train de vivre une expérience que je n’aurais jamais pensé retrouver: la France, mon pays de cœur et d’adoption, manifeste une sympathie incorrigible pour les idées communistes que je n’ai cessé de combattre depuis mon enfance! Quelle ironie du sort: en 2017, sur onze candidats à l’élection présidentielle, neuf affichent clairement leurs penchants léninistes et leurs programmes marxisants. Sommes-nous en 2017 ou en 1917? (…) Quel décalage avec la France d’aujourd’hui! Un pays qui fait la couverture des magazines pour son taux de chômage qui bat des records ou pour sa bureaucratie sans équivalent dans les grands pays riches et démocratiques. Un pays dont l’économie étouffe sous la pression d’un État omniprésent et qui voit ses jeunes partir en masse à l’étranger. Un pays qui a envoyé aux oubliettes les vraies valeurs de l’école et les a remplacées par le pédagogisme et la sociologie égalitariste de Pierre Bourdieu ; une école phagocytée par les syndicats de gauche qui n’acceptent aucune réforme et par des enseignants complètement éloignés du monde de l’entreprise. Un pays qui chasse les jeunes, les chefs d’entreprise, les riches et qui n’attire plus les élites. Un pays dirigé par une classe politique en très grande partie déconsidérée et biberonnée à l’étatisme. Un pays où un parti dit d’extrême droite puise son programme dans les idées marxistes et obtient des scores électoraux impressionnants, un pays où plusieurs autres partis et candidats, enfin, se déclarent ouvertement communistes. Quel est ce pays qui renie ses racines chrétiennes et ses valeurs historiques? Qui a transformé l’antilibéralisme et l’antiaméricanisme en repères moraux? Qui passe son temps à insulter l’Europe et les présidents américains, parfaits boucs émissaires, et dresse des lauriers à des criminels comme Mao, Castro ou Che Guevara? (…) En France, le socialisme a toujours baigné dans la bienveillance, alors que le libéralisme a toujours souffert d’une présomption d’injustice et de culpabilité. L’étatisme marxisant bénéficie de la clause de l’idéologie la plus favorisée et c’est ce qui tue la France encore aujourd’hui. D’autres pays s’en sont sortis, en saisissant toutes les bouées de sauvetage que nous, nous repoussons. Souffririons-nous du syndrome de Stockholm à l’échelle nationale? D’une inconscience infantile qui pourrait se révéler lourde de conséquences? Où est la France de mon enfance? Bogdan Calinescu

Attention: un retour vers le futur peut en cacher un autre !

A l’heure où après des mois d’une véritable machination juridico-médiatique contre le seul candidat de la véritable alternance

Pour avoir, avec une centaine de ses collègues députés, tiré parti d’un système effectivement douteux mais à l’époque légal …

Et profitant de son titre prestigieux (repris d’un journal de résistance certes fondé par des compagnons de route  du PCF et refondés par des maoïstes) …

Le principal journal de gauche français appelle à voter littéralement n’importe quoi

Pour contrer dans le plus éhonté des amalgames « droite réac » et extrême droite …
Pendant qu’au nom du relativisme le plus échevelé et au moment même où à Caracas les manifestants tombent sous les balles du chavisme …
Une centaine d’économistes apportent leur soutien à l’appel, par un candidat ouvertement castriste et chaviste, à un rapprochement de la France avec l’Alliance bolivarienne
Encourageant de fait, comme le rappelle le chercheur en économie  Pierre Bentata, non seulement la notoire inculture des Français en matière économique …
Mais « interdisant toute réforme qui pourrait réconcilier la France avec l’emploi, l’innovation et la prospérité » …
Et qu’au prétendu centre et sur fond de sondages largement relativisés par une masse inédite d’indécis, un Monsieur Et en même temps nous ressort les restes quasi-momifiés d’une Chiraquie que l’on croyait morte et enterrée …
Comment ne pas voir  …
Avec l’essayiste Nicolas Lecaussin qui a connu, lui, la dictature sous le Ceausescu de sa Roumanie natale …
L’étrange obsession antilibérale d’un pays qui, en ce triste centenaire de l’idéologie la plus meurtrière de l’histoire …
 Aligne à l’élection présidentielle et entre deux attentats ou menaces djihadistes …
Pas moins de neuf candidats sur onze « affichant clairement leurs penchants léninistes et programmes marxisants » ?

« Mélenchon, Poutou et Arthaud ne me font pas rire : moi, le communisme, je l’ai vécu ! »
Nicolas Lecaussin
Le Figaro
21/04/2017

FIGAROVOX/TRIBUNE- A deux jours du premier tour de l’élection présidentielle, l’essayiste Nicolas Lecaussin, qui a connu la dictature de Ceausescu en Roumanie, met en garde contre les candidats d’extrême gauche et l’état marxisant qu’ils souhaitent mettre en place.


Bogdan Calinescu publie en France sous le pseudonyme de Nicolas Lecaussin. Il est directeur de l’IREF et a écrit plusieurs essais dont Cet État qui tue la France, L’absolutisme efficace, Au secours, ils veulent la peau du capitalisme, L’obsession antilibérale française, et Échec de l’État (coauteur).


Quand je suis arrivé en France au début des années 1990, je pensais avoir laissé derrière moi le cauchemar de l’idéologie communiste. Je pensais ne plus revivre l’atmosphère sombre et pesante de l’époque, la tension et la peur permanentes, les files interminables devant les magasins vides et les pénuries – de la boîte d’allumettes jusqu’au papier hygiénique – et cette sensation terrible qu’on ne s’en sortirait jamais. Je croyais que c’en était fini des deux heures de télé par jour sur la seule chaîne, deux heures consacrées en grande partie au «Conducator bien aimé», le dictateur Ceausescu.

Enfant, je voyais mon père, intellectuel, enseignant la littérature française, prendre d’énormes risques en critiquant le régime et je me rappelle très bien comment, lors d’une perquisition de la police politique chez nous, à 6 heures du matin, il avait réussi à glisser dans mon cartable, avant que je ne parte à l’école, quelques documents «compromettants» qui auraient pu lui coûter cher… En les déposant chez un ami de la famille qui les a brûlés tout de suite, j’avais – déjà, à 13 ans – la satisfaction d’avoir accompli l’acte d’un véritable résistant au régime. Malgré l’ubuesque et l’impitoyable dictature de Ceausescu, j’ai eu la chance de grandir dans une atmosphère francophile, j’ai eu la chance de pouvoir déchiffrer le monde libre, sa littérature, son actualité.

Plus de 25 ans après la chute du communisme, je suis en train de vivre une expérience que je n’aurais jamais pensé retrouver: la France, mon pays de cœur et d’adoption, manifeste une sympathie incorrigible pour les idées communistes que je n’ai cessé de combattre depuis mon enfance! Quelle ironie du sort: en 2017, sur onze candidats à l’élection présidentielle, neuf affichent clairement leurs penchants léninistes et leurs programmes marxisants. Sommes-nous en 2017 ou en 1917?

Je me souviens très bien du moment où la France est devenue pour moi l’objectif à atteindre, l’endroit où je devais absolument vivre. Adolescent, je suis tombé sur ce texte de Rudyard Kipling qui, en 1878, à l’âge de 12 ans, visite Paris avec son père. Il a l’occasion de grimper dans la statue de la Liberté qui n’avait pas encore été envoyée à New York. En regardant de l’intérieur à travers ses yeux, il comprend: «C’était par les yeux de la France que je commençais à voir»… Des années plus tard, en 1922, lors d’un discours à la Royal Society of St. George, ce grand amoureux de la France affirmait: «Les Français représentent le seul autre (avec les Anglais) peuple dans le monde qui compte.» Néanmoins, l’Angleterre devrait suivre l’exemple de la France… Et Kipling d’énumérer les atouts de notre pays: l’éthique du travail, son économie, la simplicité, l’autodiscipline et la discipline extérieure ainsi que «la vie rude qui fortifie l’être moral». «La France est un exemple pour le monde entier»!

Quel décalage avec la France d’aujourd’hui! Un pays qui fait la couverture des magazines pour son taux de chômage qui bat des records ou pour sa bureaucratie sans équivalent dans les grands pays riches et démocratiques. Un pays dont l’économie étouffe sous la pression d’un État omniprésent et qui voit ses jeunes partir en masse à l’étranger. Un pays qui a envoyé aux oubliettes les vraies valeurs de l’école et les a remplacées par le pédagogisme et la sociologie égalitariste de Pierre Bourdieu ; une école phagocytée par les syndicats de gauche qui n’acceptent aucune réforme et par des enseignants complètement éloignés du monde de l’entreprise. Un pays qui chasse les jeunes, les chefs d’entreprise, les riches et qui n’attire plus les élites. Un pays dirigé par une classe politique en très grande partie déconsidérée et biberonnée à l’étatisme. Un pays où un parti dit d’extrême droite puise son programme dans les idées marxistes et obtient des scores électoraux impressionnants, un pays où plusieurs autres partis et candidats, enfin, se déclarent ouvertement communistes.

Quel est ce pays qui renie ses racines chrétiennes et ses valeurs historiques? Qui a transformé l’antilibéralisme et l’antiaméricanisme en repères moraux? Qui passe son temps à insulter l’Europe et les présidents américains, parfaits boucs émissaires, et dresse des lauriers à des criminels comme Mao, Castro ou Che Guevara? Je me souviendrai toujours de ce que m’avait dit l’intellectuel Philippe Sollers lorsque je lui avais demandé pourquoi il avait été maoïste: «C’était de la poésie», m’avait-il répondu en balayant d’un revers de main sa sympathie pour le plus grand criminel de l’Histoire. Alors, les admirateurs d’Hitler, c’était aussi de la poésie? En France, le socialisme a toujours baigné dans la bienveillance, alors que le libéralisme a toujours souffert d’une présomption d’injustice et de culpabilité.

L’étatisme marxisant bénéficie de la clause de l’idéologie la plus favorisée et c’est ce qui tue la France encore aujourd’hui. D’autres pays s’en sont sortis, en saisissant toutes les bouées de sauvetage que nous, nous repoussons. Souffririons-nous du syndrome de Stockholm à l’échelle nationale? D’une inconscience infantile qui pourrait se révéler lourde de conséquences? Où est la France de mon enfance?

Voir aussi:

MÉDIAS
« Tout sauf eux »: La Une engagée de Libération à la veille du premier tour de la présidentielle
Dans le viseur du quotidien, François Fillon et Marine Le Pen, « droite réac » et « extrême droite ».
Jade Toussay
Huffington post.fr
22/04/2017

PRÉSIDENTIELLE 2017 – « Tout sauf eux ». Eux, c’est-à-dire Marine Le Pen et François Fillon, qui s’affichent ce samedi 22 avril à la Une de l’édition week-end de Libération, dominée par le scrutin du premier tour de dimanche.

« La France se rend aux urnes pour une élection plus incertaine que jamais, qui pourrait voir la gauche écartée du second tour laissant face à face droite réac et extrême droite. » A la veille d’un scrutin décisif pour la France, le quotidien renoue avec l’une de ses grandes traditions éditorialistes et prend clairement position dans la campagne.

Sur la Une et dans l’éditorial « Voter c’est se battre » de Laurent Joffrin, le journal d’opinion appelle les électeurs français à voter. « Voter pour qui? Certainement pas pour les diviseurs des Français qui récupèrent le drame pour achalander leur douteuse boutique », assène le directeur de la rédaction, en faisant allusion aux réactions politiques qui ont suivi l’attentat sur les Champs-Elysées jeudi 20 avril.

Un avertissement, un cri du cœur, qui n’est sans rappeler la prise de position de certains autres quotidiens nationaux, qui ont, au cours de la campagne, pris plusieurs fois position contre la candidate frontiste et le candidat de la droite.

« Voilà deux possibles futurs présidents de la République »

Le 18 avril, Le Monde publiait un éditorial cinglant contre Marine Le Pen, accusée d’avoir franchi « la frontière de l’indécence ». En ligne de mire la déclaration polémique de la présidente du FN sur la sécurité nationale et le terrorisme: « Avec moi, il n’y aurait pas eu de Mohamed Merah, Français grâce au droit du sol, il n’y aurait pas eu les attentats du Bataclan et Stade de France. »

Sauf qu' »on ne récolte pas de voix sur le dos des morts », comme le martèle le texte publié le lendemain sur le site du Monde. « C’est une sorte de ligne rouge d’ordre moral – et qui préserve l’avenir. Cette ligne rouge, la chef du Front national, Marine Le Pen, vient de la franchir. »

Le quotidien n’épargne pas non plus François Fillon, englué dans des scandales politique, financier et surtout moral. « François Fillon, Marine Le Pen: même au mépris de la loi », s’intitule ainsi un autre éditorial, paru cette fois le 15 mars, au lendemain de la mise en examen du candidat de la droite, et alors que la candidate frontiste est elle aussi visée par des soupçons d’emplois fictifs au Parlement Européen.

« Voilà deux possibles futurs présidents de la République –et, à ce titre, gardiens des institutions– qui invoquent sans vergogne le verdict des électeurs pour mieux écarter le jugement des magistrats. Voilà une campagne définitivement empoisonnée et le débat présidentiel torpillé par ces affaires. Voilà enfin, c’est inévitable, les Français confortés dans leur défiance à l’égard de la parole publique et dans leur rejet, voire leur dégoût, des responsables politiques. De cela, en tout cas, François Fillon et Marine Le Pen sont dès à présent coupables », tranche ainsi le journal.

Voir également:

Un rappel aux économistes qui soutiennent Mélenchon
Pierre Bentata
La Tribune
20/04/2017

Les 100 économistes signataires de la tribune pro-Mélenchon sont le révélateur d’un malaise dans l’enseignement de l’économie en France. Par Pierre Bentata, chercheur en économie à l’Université Panthéon Assas

Suite à la tribune de 25 prix Nobel d’économie rappelant l’erreur que constituerait une sortie de l’UE, un recours au protectionnisme ou à la dévaluation, une centaine d’économistes a décidé de prendre la plume pour signer, à son tour, une tribune en faveur du programme de Jean-Luc Mélenchon. Sans doute ont-ils ressenti le message des « Nobel » comme une menace pour leur champion.

Que nous apprend cette démarche qui interpelle davantage par le nombre de signataires que par le fond de leur analyse ?

Consensus scientifique

Il faut d’abord noter le pathétique de cette décision. Lorsque 25 Nobel, ayant des opinions politiques diverses et des méthodologies très différentes, rappellent que certains faits économiques sont indiscutables, ils démontrent qu’il existe un consensus scientifique qui dépasse les croyances individuelles. En s’opposant frontalement à leurs conclusions, pour mieux soutenir leur candidat, ces « économistes » relèguent la science économique au rang de simple débat d’idées. Selon eux, l’économie serait affaire de goûts et relèverait davantage de discussion de cafés du commerce que de science. Cela en dit long sur l’estime qu’ils ont de leur profession.

Mais il y a plus grave. Un tel comportement favorise le relativisme ambiant qui, en matière économique, empêche tout consensus et donc toute discussion rationnelle et dépassionnée sur la pertinence des programmes électoraux. Voilà déjà un point choquant. Pourtant, celui-ci n’est rien en regard de ce que cette tribune révèle sur le système universitaire français.

Parmi ces signataires, plusieurs appartiennent au mouvement des Economistes Atterrés qui n’a jamais caché son penchant anticapitaliste, anti-marché et révolutionnaire. Ceux-là sont donc dans leur rôle (sic) lorsqu’ils soutiennent le candidat qui pleure Castro et appelle de ses vœux un rapprochement avec l’Alliance Bolivarienne. Ceux qui le sont moins sont les nombreux signataires membres du CNU – Conseil National des Universités. Le CNU est l’institution déterminante pour la carrière des jeunes universitaires. Il délivre les précieuses « qualifications » sans lesquelles un docteur ne peut intégrer l’université au titre de Maître de Conférences. Et depuis peu, il est aussi l’instance qui octroie le prestigieux statut de Professeur. Or, comme en témoigne la liste des signataires soutenant cette tribune, ce Conseil sensé évaluer la recherche scientifique est composé, pour partie, d’idéologues niant les conclusions des Nobels et considérant au moins implicitement, que l’économie serait un art au service d’un idéal politique plus vaste.

L’arrière-boutique d’une idéologie dépassée

Voilà pourquoi l’économie est de moins en moins bien enseignée à l’université. Et voilà pourquoi les Français sont si ignorants en matière économique. Ce qui devrait être le temple de l’excellence scientifique est devenu l’arrière-boutique d’une idéologie dépassée, où se décident les carrières des futurs professeurs, non selon la qualité de leurs travaux mais selon leurs opinions politiques. Devenue un instrument politique au sein d’une institution dépossédée de sa nature scientifique, l’économie perd inévitablement son statut et son importance dans le débat politique, interdisant toute réforme qui pourrait réconcilier la France avec l’emploi, l’innovation et la prospérité.

On s’interroge souvent sur les causes du marasme économique français. L’inculture et le relativisme économiques en sont les principales. Pour comprendre l’économie, pour choisir un programme économique plutôt qu’un autre, il faut déjà accepter que l’économie est une science, avec ses règles et ses mécanismes. Or, cela même les membres des plus hautes instances universitaires semblent l’avoir oublié, en faisant passer leur idéologie avant la réalité des faits, telle qu’énoncée par 25 Nobels !

Tant que les gardiens du temple seront des idéologues, favorables à un système qui n’a jamais fonctionné qui plus est, il n’y aura aucun débat rationnel. Et la France ne s’en remettra pas.

Voir encore:

La consternation des Vénézuéliens de Paris face à Mélenchon
Le candidat de la France insoumise érige le régime chaviste en modèle et a inscrit l’adhésion de la France à l’Alliance bolivarienne pour les Amériques dans son programme.
Patrick Bèle
Le Figaro
20/04/2017

Alors que l’opposition vénézuélienne défile en masse dans les rues de Caracas pour demander l’organisation d’élections, de nombreux Vénézuéliens parisiens s’offusquent des déclarations de Jean-Luc Mélenchon sur leur pays. Ils dénoncent les contre-vérités exprimées par le candidat à la présidentielle. Dans un entretien accordé à Ouest France la semaine dernière, il déclarait: «Le Venezuela avait une politique sociale-démocrate. Personne n’a été exproprié. Il n’y a jamais eu de nationalisation non plus. J’ai soutenu Chavez contre l’agression des Américains. Et aujourd’hui le problème de ce pays, c’est d’abord la baisse du prix du pétrole. Je n’y suis pour rien!» «Six affirmations et quatre purs mensonges», déplore Jose Ocariz, qui vit en France depuis une quinzaine d’années.

Une alliance en train de péricliter

Par ailleurs, à une question sur France Info sur le point 62 du programme de Mélenchon qui prône l’adhésion de la France l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (Alba), Clémentine Autain a montré qu’elle ne connaissait pas ce point du programme du candidat dont elle est la porte-parole. L’Alba est une organisation fondée par Hugo Chavez qui visait à créer des solidarités avec les pays latino-américains et caraïbes adhérents aux préceptes du socialisme du XXIe siècle (Cuba, Bolivie, Nicaragua, République dominicaine, Équateur, notamment).

Cette alliance est en train de péricliter. La rente pétrolière vénézuélienne ayant fondu, Caracas ne peut plus apporter son aide aux pays membres. La proposition d’adhésion de la France à cette alliance est pour le moins incongrue. «Le monde entier a montré sa solidarité avec l’opposition vénézuélienne et condamné l’attitude du pouvoir chaviste, explique Paula Osorio, en France depuis dix ans. Et Mélenchon continue à défendre un régime coupable de multiples violations des droits de l’homme. Chaque fois qu’il en parle, Mélenchon décrit Chavez comme un grand humaniste. Tout le monde sait que c’est faux. Il ment quand il dit qu’il n’y a pas eu d’expropriations. Il doit le savoir! Il est venu si souvent dans mon pays. Avec un menteur comme lui, il n’y a pas de discussion possible. Aujourd’hui, au Venezuela, des gens fouillent dans les poubelles pour trouver à manger.»

Consternation face aux «contre-vérités»

Pour Francisco Moreno, ancien cadre de PDVSA, le géant pétrolier appartenant à l’État vénézuélien, qui a quitté le pays au moment de la grande purge de la compagnie au début des années 2000, Mélenchon est «comme un mari trompé qui ne veut pas voir que sa femme lui est infidèle. Il nie la réalité alors qu’il la connaît. Il se ment à lui-même car il a trouvé dans son soutien à Chavez une part de romantisme qui le nourrit dans son combat politique. Mélenchon ne peut pas être un bon président s’il continue à vivre dans une utopie. Et pourtant de nombreux points de son programme me plaisent. Mais cet aveuglement sur mon pays est insultant pour tous les Vénézuéliens qui souffrent».

Jose Ocariz, qui se place plutôt à gauche, s’étonne lui aussi des «mensonges» de Jean-Luc Mélenchon. «Personne n’a été exproprié? Il suffit de taper «Expropiese» sur un moteur de recherche pour trouver de nombreux extraits des shows de télé réalité du colonel Chavez. Il s’agit d’humiliation publique, montrant des personnes réduites au silence à l’annonce en live de leur ruine car expropriés, suivie d’une salve d’applaudissements serviles.»

Mercredi 19 avril, dans la cour de la reine dans le 8e arrondissement de Paris, les opposants au régime chaviste se sont réunis au pied de la statue de Simon Bolivar pour montrer leur solidarité avec leurs compatriotes qui défilaient dans les rues de Caracas au même moment. Au milieu des slogans demandant le respect des droits à manifester et de la constitution ainsi que la libération des prisonniers politiques, la colère contre Jean-Luc Mélenchon était présente.

La plupart des participants exprimaient spontanément leur consternation face aux «contre-vérités» exprimées par le candidat de la France insoumise sur le Venezuela. «Mélenchon parle d’un Venezuela qui n’existe pas, s’insurgeait un participant qui préfère rester anonyme. Il nourrit ses fantasmes de révolution sud-américaine de l’histoire d’un pays où certains habitants n’ont même plus la possibilité de se soigner car il n’y a plus de médicaments dans les pharmacies et les hôpitaux depuis des mois.»

Voir par ailleurs:

Présidentielle 2017 : le big data donne Fillon au second tour, pas les sondages. Qui aura raison ?

Sylvain Rolland
La Tribune
21/04/2017
Filteris, Vigiglobe et Predict My President, trois initiatives différentes dans leur méthodologie de big data électoral, prédisent la qualification de François Fillon au second tour de l’élection présidentielle. Les derniers sondages, eux, continuent d’anticiper un duel Macron-Le Pen. Explications.

Sale temps pour les sondages. Paniqués à l’idée de « rater » le premier tour de l’élection présidentielle, les voici challengés par de nouveaux venus : les spécialistes du big data, qui utilisent l’analyse des données à grande échelle pour établir une autre cartographie de l’opinion.

Première mauvaise nouvelle pour les sondeurs, dont la méthodologie est ouvertement contestée : contrairement à eux, ces concurrents du big data ont su prédire la qualification de François Fillon au premier tour de la primaire à droite. Et aussi l’élection de Donald Trump et, pour Vigiglobe, la victoire du Brexit. Trois échecs cuisants pour les instituts de sondages.

Deuxième mauvaise nouvelle : les prédictions de Filteris, de Vigiglobe et de l’algorithme Predict My President ne valident pas celles des sondages. Ceux-ci ne cessent d’annoncer un duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Au contraire, les trois initiatives misent sur la qualification de François Fillon. Ils diffèrent par contre sur le ou la candidate qui l’accompagnera au second tour. Une question de méthodologie qui révèle aussi les limites de l’exercice.

Retour sur ces trois trublions de la campagne, leur méthodologie, leur crédibilité, leurs prédictions. Puis celles, très différentes, des tout derniers sondages.

Filteris : un second tour Fillon / Le Pen

Qu’est-ce que c’est ? Filteris est une société canadienne créée en 2002 par Jérôme Coutard et Isabelle Dornic, tous deux docteurs en sciences sociales. L’entreprise est spécialisée dans l’analyse d’image, la gestion et la sécurisation de l’identité numérique des entreprises, institutions et personnalités. Depuis 2007, Filteris a développé une expertise dans l’analyse du buzz généré sur le web et les réseaux sociaux dans des contextes électoraux, baptisée BuzzPol.

Quelle méthodologie ?  BuzzPol réalise, comme les sondages, des mesures régulières de l’opinion. Mais contrairement aux sondeurs, BuzzPol ne se base pas sur le recueil d’intentions de vote auprès d’un public représentatif, mais sur l’analyse à grande échelle des perceptions, avis et opinions exprimés sur le web et les réseaux sociaux. Son algorithme permet d’analyser ces points de vue de manière quantitative et qualitative, puis de générer un score sur 100, réparti entre les candidats.

Quel est son pronostic ? Dans sa dernière mesure du vendredi 21 avril, François Fillon arrive en tête avec 22,09%. Il est suivi par Marine Le Pen, avec 21,75%, puis Jean-Luc Mélenchon (21,11%) et enfin Emmanuel Macron (19,92%). Les quatre candidats se tiennent à un peu plus de deux points. Autrement dit, dans un mouchoir de poche.

C’est la 16è mesure d’opinion de Filteris depuis le 3 avril. Les 14 premières indiquaient que François Fillon et Marine Le Pen figureraient au second tour. Seule la 15è, du jeudi 20 avril, anticipait un second tour Fillon-Mélenchon.

Quelle crédibilité ? Filteris a correctement prédit la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine. L’entreprise n’a pas travaillé sur le Brexit. Contrairement aux sondages, Filteris a su prédire la première place de François Fillon à la primaire de la droite. Mais l’entreprise attendait Nicolas Sarkozy en deuxième position, alors que c’est Alain Juppé qui s’est qualifié. Elle s’est en outre trompée sur le premier tour de la primaire de la gauche : Benoît Hamon, qui est arrivé en première position, était donné troisième, derrière Manuel Valls et Arnaud Montebourg.

Vigiblobe : Fillon probablement qualifié, Macron et Mélenchon en embuscade, Le Pen hors de l’équation

Qu’est-ce que c’est ? Vigiglobe est une startup française dirigée par Leendert de Voogd, un ancien directeur mondial de l’institut de sondage TNS. Son credo : l’analyse des réseaux sociaux Twitter et Facebook pour repérer les tendances émergentes afin d’orienter la communication de ses clients, les marques. La startup a aussi développé des outils d’analyse spécialement conçus pour les élections, afin de repérer les signaux faibles qui traduisent des dynamiques qui échappent aux sondeurs – ou que ces derniers perçoivent trop tard.

Quelle méthodologie ? Vigiglobe utilise des algorithmes, développés en interne, de machine learning (apprentissage par la machine à base d’intelligence artificielle), capables d’analyser à la fois quantitativement (qui suscite le plus de réactions ?) et qualitativement (quelle tonalité ?) les messages postés sur les réseaux sociaux. Grâce à des partenariats exclusifs avec Facebook et Twitter, la startup a accès à l’ensemble des contenus publiés. La moitié des Français est sur Facebook, et Twitter revendique 15 millions de comptes en France.

Quel est son pronostic ? Contrairement à ses concurrents, Vigiglobe ne se risque pas au jeu des prédictions. En revanche, la startup estimait, jeudi 20 avril, que François Fillon a « de grandes chances de se qualifier pour le second tour ». Ses algorithmes d’analyse du sentiment voient se dégager un trio de tête dans un mouchoir de poche : François Fillon (qui dispose en plus du plus grand nombre de messages positifs), Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon.

Contrairement aux sondages et aux autres spécialistes du big data, Vigiglobe estime que Marine Le Pen est en sérieuse perte de vitesse, et qu’elle pourrait, par conséquent, ne pas se qualifier pour le second tour. Leendert de Voogd, le Pdg, précise toutefois que l’attaque des Champs-Elysées profitait vendredi 21 avril à François Fillon et à Marine Le Pen, en nette hausse par rapport aux jours précédents.

Quelle crédibilité ? Vigiglobe a correctement identifié les dynamiques portant à l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, à la victoire du Brexit au Royaume-Uni, de François Fillon à la primaire de la droite, et de Benoît Hamon à celle de la gauche.

Predict My President : Le Pen et Fillon au second tour

Qu’est-ce que c’est ? Predict My President est un programme mené depuis plusieurs mois par cinq étudiants de l’école Télécom Paris tech pour l’hebdomadaire Le Point. L’objectif est de pallier les « failles » des sondages en remplaçant les enquêtes d’opinion par une analyse socio-économique des électeurs, couplée à une analyse de la popularité des candidats sur la Toile.

Quelle méthodologie ? Les élèves ont bâti un logiciel nourri à partir des données numériques issues du réseau social Twitter et des recherches des internautes sur Google, pour déceler la popularité des candidats et analyser le contenu des messages les concernant. Ces data sont croisées par des données socio-économiques remontant jusqu’à 1981 (taux de chômage par département, résultats des élections locales, etc.), issues des plateformes gouvernementales d’open data et de l’Insee. Un algorithme pondère les différentes analyses et aboutit à des prédictions de vote. Ou quand le big data et l’analyse socio-économique remplacent les sondages.

Quel est le pronostic ? Le 19 avril, Predict My President voyait se profiler un duel entre Marine Le Pen (24,13%) et François Fillon (21,77%). Emmanuel Macron arriverait troisième avec 20,32%, suivi par Jean-Luc Mélenchon avec 18,66%.

Quelle crédibilité ? Verdict dimanche.

Et les sondages ?

Dans la dernière ligne droite, tous notent une progression de François Fillon, confirmant ainsi la dynamique relevée par les spécialistes du big data, mais pas suffisamment pour atteindre le second tour. Tous les instituts le donnent troisième derrière Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

Voici les résultats des derniers sondages publiés le vendredi 21 avril:

  • Odoxa pour Le Point

Emmanuel Macron (24,5%) vs Marine Le Pen (23%). François Fillon et Jean-Luc Mélenchon sont tous les deux à 19%.

  • BVA pour La Dépêche du Midi

Emmanuel Macron (24%) vs Marine Le Pen (23%). François Fillon et Jean-Luc Mélenchon sont tous les deux à 19%.

  • OpinionWay-ORPI pour Les Echos et Radio Classique

Emmanuel Macron (23%) vs Marine Le Pen (22%). François Fillon est troisième avec 21%, Jean-Luc Mélenchon est quatrième avec 18%.

  • Ifop-Fiducial pour Paris Match, CNews et Sud Radio

Emmanuel Macron (24,5%) vs Marine Le Pen (22,5%). François Fillon est troisième avec 19,5%, Jean-Luc Mélenchon est quatrième avec 18,5%.

  • Elabe pour BFMTV et L’Express

Emmanuel Macron (24%) vs Marine Le Pen (21,5%). François Fillon est troisième avec 20%, Jean-Luc Mélenchon est quatrième avec 19,5%.


Journée de la déclaration des droits/225e: Ces dons de Dieu sont antérieurs et supérieurs à toute législation humaine (Happy Bill of Rights Day !)

15 décembre, 2016
christy-four-freedomsCrédits Photo: Sébastien SORIANO/LE FIGARO
Sans doute vous m’appliquerez ce proverbe: Médecin, guéris-toi toi-même; et vous me direz: Fais ici, dans ta patrie, tout ce que nous avons appris que tu as fait à Capernaüm. Mais je vous le dis en vérité, aucun prophète n’est bien reçu dans sa patrie. Jésus (Luc 4:23-24)
Afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Jésus
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre,  il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. Paul
Tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Préambule de la Déclaration d’indépendance (le 4 juillet 1776)
 Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (article premier, 1789)
Il n’y a que l’Occident chrétien qui ait jamais trouvé la perspective et ce réalisme photographique dont on dit tant de mal: c’est également lui qui a inventé les caméras. Jamais les autres univers n’ont découvert ça. Un chercheur qui travaille dans ce domaine me faisait remarquer que, dans le trompe l’oeil occidental, tous les objets sont déformés d’après les mêmes principes par rapport à la lumière et à l’espace: c’est l’équivalent pictural du Dieu qui fait briller son soleil et tomber sa pluie sur les justes comme sur les injustes. On cesse de représenter en grand les gens importants socialement et en petit les autres. C’est l’égalité absolue dans la perception. René Girard
Il n’y a pas en littérature de beaux sujets d’art, et qu’Yvetot donc vaut Constantinople ; et qu’en conséquence l’on peut écrire n’importe quoi aussi bien que quoi que ce soit. L’artiste doit tout élever ; il est comme une pompe, il a en lui un grand tuyau qui descend aux entrailles des choses, dans les couches profondes. Il aspire et fait jaillir au soleil en gerbes géantes ce qui était plat sous terre et qu’on ne voyait pas.Gustave Flaubert (lettre à Louise Colet, 25 juin 1853
La bonne et la mauvaise société doivent être étudiées. La vérité est dans tout. Flaubert (à Ernest Chevalier. 24 février 1842)
Il n’y a ni beaux ni vilains sujets et on pourrait presque établir comme axiome, en se posant au point de vue de l’Art pur, qu’il n’y en a aucun, le style étant à lui tout seul une manière absolue de voir les choses. Flaubert (à Louise Colet, 16 janvier 1852)
Une bonne partie de ce que nous observons dans les relations entre la France et les Etats-Unis est le produit d’une structure de relations que l’on doit penser comme la confrontation entre deux impérialismes de l’universel. (…) La France est une sorte d’idéologie réalisée: être français, c’est se sentir en droit d’universaliser son intérêt particulier, cet intérêt particulier qui a pour particularité d’être universel. Et doublement en quelque sorte: universel en matière de politique, avec le modèle pur de la révolution universelle, universel en matière de culture, avec le modèle de chic (de Paris). On comprend que, bien que son monopole de l’universel soit fortement contesté, en particulier par les Etats-Unis, la France reste l’arbitre des élégances en matière de radical chic, comme on dit outre-Atlantique ; elle continue à donner le spectacle des jeux de l’universel, et, en particulier, de cet art de la transgression qui fait les avant-gardes politiques et/ou artistiques, de cette manière (qui se sent inimitable) de se sentir toujours au-delà, et au-delà du delà, de jouer avec virtuosité de tous les registres, difficile à accorder, de l’avant-gardisme politique et de l’avant-gardisme culturel (…) C’est dire que nombre des choses qui s’écrivent ou se disent, à propos de la France ou des USA ou de leurs rapports, sont le produit de l’affrontement entre deux impérialismes, entre un impérialisme en ascension et un impérialisme en déclin, et doivent sans doute beaucoup à des sentiments de revanche ou de ressentiment, sans qu’il soit exclu qu’une partie des réactions que l’on serait porté à classer dans l’antiaméricanisme du ressentiment puissent et doivent être comprises comme des stratégies de résistance légitime à des formes nouvelles d’impérialisme… (…) En fait, on ne peut attendre un progrès vers une culture réellement universelle – c’est-à-dire une culture faite de multiples traditions culturelles unifiées par la reconnaissance qu’elles s’accordent mutuellement – que des luttes entre les impérialismes de l’universel. Ces impérialismes, à travers les hommages plus ou moins hypocrites qu’ils doivent rendre à l’universel pour s’imposer, tendent à le faire avancer et, à tout le moins, à le constituer en recours susceptible d’être invoqué contre les impérialismes mêmes qui s’en réclament. Pierre Bourdieu (1992)
La Révolution n’a fait que catalyser un tricolore qui était déjà dans l’air du temps, porté depuis plusieurs années par ceux qui se revendiquaient de la révolution américaine. Michel Pastoureau
En fait, la Révolution française n’est qu’un aspect d’une révolution occidentale, ou plus exactement atlantique, qui a commencé dans les colonies anglaises d’Amérique peu après 1763, s’est prolongée par les révolutions de Suisse, des Pays-Bas, d’Irlande avant d’atteindre la France en 1787 et 1789. Jacques Godechot
La Révolution américaine qui précéda la Révolution française, a influencé les débats de l’Assemblée constituante française autour de la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen. Parmi les députés siégeaient en effet treize hommes qui sont allés en Amérique du Nord ou qui admirent la Révolution américaine : ce groupe informel des « Américains » est constitué des nobles envoyés en Amérique, comme officiers, par le Roi Louis XVI pour soutenir la guerre d’indépendance américaine. Il comprenait le marquis de La Fayette, le vicomte de Noailles (qui proposa la fin des privilèges et des droits seigneuriaux le 4 août 1789), les frères Lameth, le marquis de Ségur, le comte Mathieu de Montmorency, le duc de la Rochefoucauld d’Enville (qui traduit la Constitution américaine de 1787 en français) ; on peut ajouter le marquis de Condorcet qui publia De l’influence de la révolution de l’Amérique sur l’Europe. (…), l’influence américaine est surtout l’exemple de la mise en œuvre de principes révolutionnaires énoncés dans sa déclaration d’indépendance, Condorcet admettant, en introduction, que ces principes sont issus des philosophes Européens. La Déclaration des Droits américaine est l’un des éléments ayant pu inspirer la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen ; La Fayette fut le premier à présenter un projet de Déclaration en France, projet qui avait été discuté avec Thomas Jefferson, l’un des Pères fondateurs des États-Unis. Cependant, en dépit de l’autorité de tous ces auteurs, il faut convenir que, si la paternité américaine de la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen est une très belle idée, elle ne tient pas à l’examen. D’abord, la Déclaration américaine des droits de 1791 est postérieure de deux ans à son équivalent français. D’autre part, contrairement aux Américains, les Français ont rédigé la Déclaration avant de rédiger une nouvelle constitution (1791). Enfin, elle ne comprend pas les mêmes dispositions et ne propose pas du tout la même philosophie politique. La Déclaration française peut toutefois être rapprochée et comparée au Préambule de la Déclaration d’indépendance des États-Unis de 1776, en particulier « tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur ». Cependant, en dépit de l’autorité de tous ces auteurs, il faut convenir que, si la paternité américaine de la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen est une très belle idée, elle ne tient pas à l’examen. D’abord, la Déclaration américaine des droits de 1791 est postérieure de deux ans à son équivalent français. D’autre part, contrairement aux Américains, les Français ont rédigé la Déclaration avant de rédiger une nouvelle constitution (1791). Enfin, elle ne comprend pas les mêmes dispositions et ne propose pas du tout la même philosophie politique. La Déclaration française peut toutefois être rapprochée et comparée au Préambule de la Déclaration d’indépendance des États-Unis de 1776, en particulier « tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur ». Cependant, en dépit de l’autorité de tous ces auteurs, il faut convenir que, si la paternité américaine de la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen est une très belle idée, elle ne tient pas à l’examen. D’abord, la Déclaration américaine des droits de 1791 est postérieure de deux ans à son équivalent français. D’autre part, contrairement aux Américains, les Français ont rédigé la Déclaration avant de rédiger une nouvelle constitution (1791). Enfin, elle ne comprend pas les mêmes dispositions et ne propose pas du tout la même philosophie politique. La Déclaration française peut toutefois être rapprochée et comparée au Préambule de la Déclaration d’indépendance des États-Unis de 1776, en particulier « tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur ». Wikipedia
They preached equality because they believed in the fatherhood of God and the brotherhood of man. They justified freedom by the text that we are all created in the divine image, all partakers of the divine spirit.  From this teaching flowed the emerging American rejection of monarchy and our bold embrace of democratic self-government. (…) If we are to maintain the great heritage which has been bequeathed to us, we must be like-minded as the fathers who created it. (…) Equality, liberty, popular sovereignty, the rights of man . . . are ideals. They have their source and their roots in the religious convictions. . . . Unless the faith of the American people in these religious convictions is to endure, the principles of our Declaration will perish. (…) We live in an age of science and of abounding accumulation of material things. These did not create our Declaration. Our Declaration created them. The things of the spirit come first. . . . If we are to maintain the great heritage which has been bequeathed to us, we must be like-minded as the fathers who created it.  President Calvin Coolidge (150th anniversary of the Declaration of Independence, 1926)
Like Tocqueville, who attributed America’s strength to its unique fusion of the spirit of liberty and the spirit of religion, Coolidge is rightly concerned about what will happen to the sturdy tree of liberty should its cultural roots decay. It is a question worth some attention as we eat our barbecue and watch the fireworks. Leon Kass
 ‘Le genre humain avait perdu ses titres: Montesquieu les a retrouvés et les lui a rendus’ (Voltaire). Mais il ne suffit pas qu’ils soient écrits dans les livres des philosophes et dans le coeur des hommes vertueux, il faut que l’homme ignorant ou faible puisse les lire dans l’exemple d’un grand peuple. L’Amérique nous a donné cet exemple. (…) Le spectacle d’un grand peuple où les droits de l’homme sont respectés, est utile à tous les autres, malgré la différence des climats, des moeurs et des constitutions. Il apprend que ces droits sont partout les mêmes. (…)  Tels sont les biens que l’humanité entière doit attendre de l’exemple de l’Amérique, et nous serions surpris qu’on regardât comme chimériques ces avantages, parce qu’ils n’ont pas une influence immédiate et physique sur le sort des individus. Ce serait ignorer que le bonheur des hommes réunis en société dépend presque uniquement des bonnes lois, et que, s’ils doivent leur premier hommage au législateur qui réunit à la sagesse de les concevoir la volonté et le pouvoir de les prescrire, ceux qui, par leur exemple ou par leurs leçons, indiquent à chaque législateur les lois qu’il doit faire, deviennent après lui les premiers bienfaiteurs des peuples. Condorcet (1786
Il n’y a rien de moins indépendant qu’un citoyen libre. Alexis de Tocqueville
Il y a quatre droits naturels que le prince est obligé de conserver à chacun de ses sujets ; ils ne les tiennent que de Dieu et ils sont antérieurs à toute loi politique et civile : la vie, l’honneur, la liberté et la propriété. Louis XVI
En me replongeant dans les écrits de Bastiat, j’ai découvert une défense de la liberté et de l’autonomie individuelle à la fois élégante et puissante. (…) Bastiat nous a rappelé que le sens du pouvoir va des individus vers le haut, et non de l’État vers le bas. C’est un message de tous les temps. Margaret Thatcher
Le libéralisme, ce serait aussi désastreux que le communisme. Jacques Chirac (Le Figaro, 16 mars 2005)
Beaucoup d’entre vous connaissent certainement le nom de l’économiste français Fréderic Bastiat et sa célèbre Pétition des marchands de chandelles, qui est devenue un texte connu et aujourd’hui déjà classique dans les manuels démontrant l’absurdité de l’ingérence politique dans l’économie. Le 14 novembre 2008, la Commission européenne a exaucé la pétition réelle et non fictive des marchands de chandelles en grevant les chandelles importées de Chine de droits de douane de 66%. Je ne croyais pas qu’un texte littéraire écrit il y a 160 ans puisse devenir une réalité, mais cela est arrivé. Václav Klaus (président de la République tchèque, devant le Parlement européen, le 20 février 2009)
Le libéralisme est un ensemble de courants de philosophie politique visant à faire reconnaître la primauté des principes de liberté et de responsabilité individuelle sur l’autorité du souverain (que ce souverain soit un monarque ou le peuple). Le vocable de libéralisme fait son apparition au début du XIXe siècle (on trouve le mot dans le Journal de Maine de Biran en 1818, et le terme de liberalism se trouve dans le New English Dictionary dès 1819). Les racines du libéralisme sont plus anciennes. L’opposition à la dictature de l’absolutisme du souverain est développée au fil des siècles notamment par la montée du scepticisme face au droit divin dans l’Europe des Lumières (XVIIIe siècle), mais aussi auparavant par la scolastique de l’École de Salamanque (XVIe siècle) faisant obligation morale au souverain de respecter les droits fondamentaux de chaque être humain au motif de sa nature de créature de Dieu, ou plus anciennement par les chartes médiévales (telles la Magna Carta) introduisant des droits fondamentaux dont le respect est exigé du souverain, ou encore par certains pans de la philosophie thomiste. La date des débuts formels du libéralisme ou de ses composantes politiques, économiques ou religieuses diffère selon les auteurs. De nombreux auteurs font débuter le libéralisme avec la Lettre sur la tolérance de John Locke (1689) qui complète les racines préexistantes.  Sur le plan politique, le libéralisme ne cherche pas à déterminer qui doit détenir le pouvoir : il fixe des limites à l’autorité politique, les moyens qu’elle peut ou ne peut pas utiliser. Cela a d’abord été une réponse à l’absolutisme des régimes de droit divin qui octroyait tous les pouvoirs aux monarques; par la suite, même la démocratie a vu émerger des structures politiques qui pouvaient aussi restreindre les prérogatives individuelles. Le libéralisme politique est consécutivement la doctrine politique visant à limiter les pouvoirs de l’État pour ramener celui-ci à la protection des droits et libertés individuelles. Sur le plan économique le libéralisme économique donne une grande place au principe de propriété individuelle et s’oppose aux pouvoirs qui perturbent le libre jeu de la concurrence. C’est tout autant l’étatisme ou l’État-providence qui instaurent des barrières au commerce, que la constitution de conglomérats ou ententes industriels qui acquièrent une position hégémonique sur le marché. L’accusation contemporaine la plus commune qui est portée contre le concept de libéralisme[1] comme pour sa pratique est qu’il n’accorderait quasiment aucune valeur à la réduction des inégalités et considérerait les politiques de solidarité comme dangereuses. Pour les libéraux, il s’agit de distinguer le fonctionnement de l’économie de la politique sociale, deux domaines ayant leurs propres objectifs. Ils considèrent que les mélanger crée des confusions, opacités et effets pervers au détriment des deux.(…) Ces droits, selon les libéraux, ne découlent pas d’une définition législative, ce sont des droits inhérents à la nature humaine et dont la légitimité est supérieure à toute loi. Le libéralisme économique n’en est qu’une conséquence directe, depuis le « laissez faire, laissez passer », mot d’ordre des physiocrates français au XVIIIe siècle en faveur de la libre circulation des biens et des marchandises, jusqu’à l’École autrichienne d’économie au XXe siècle. Les libéralismes social et moral sont aussi des conséquences, même si on les sépare du libéralisme économique car tout le monde n’adhère pas forcément simultanément aux trois. La thèse des droits naturels (droit à la vie, à la liberté et à la propriété) est largement développée par John Locke. De cette théorie est issue la conception moderne des droits de l’homme qui a fourni historiquement la justification idéologique de la Révolution américaine et de la Révolution française, sans pour autant préconiser la démocratie, de crainte que la « tyrannie de la majorité » (selon l’expression de Tocqueville) ne vienne limiter les droits individuels. Plusieurs libéraux contestent la thèse des droits naturels, et affirment que ces droits ne sont que des valeurs politiques (voir libéralisme politique). Les libéraux classiques soutiennent qu’en ce cas la société (via la démocratie) peut très bien limiter ou supprimer complètement la liberté de l’individu de façon tout à fait légale et démocratique (ce qui s’est produit par exemple avec l’accession d’Adolf Hitler au pouvoir). Pour les tenants de la thèse des droits naturels (qualifiés également d’imprescriptibles dans la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen), il est clair que ces droits sont antérieurs et supérieurs à tout droit politique ainsi qu’à la démocratie. Il subsiste ainsi une différence marquée entre libéraux partisans du jusnaturalisme (la Raison comme source du droit : le droit naturel), et libéraux partisans du droit positif (l’État comme source du droit), les premiers étant parfois accusés de faire de la métaphysique, les derniers étant taxés de relativisme ou de soumission à l’État. Toutefois, tous les libéraux admettent l’insuffisance du seul droit positif : Hayek distingue la loi et la « règle de la loi » ; Bastiat affirme que « Personnalité, Liberté, Propriété (…) sont antérieures et supérieures à toute législation humaine.» Ces droits ont un caractère universel, applicable à tous les hommes, sans égard au lieu ni à l’époque, ce qui les distingue de « droits » arbitraires fictifs : par exemple un droit au logement ne saurait être un droit naturel, car il est impossible à réaliser sans prendre aux uns pour donner aux autres, ce qui lui ôte tout caractère universel. Les droits des uns ne peuvent s’exercer aux dépens des droits des autres, plus précisément un droit ne peut s’exercer aux dépens d’une personne non consentante. Il faut noter que ces droits étaient déjà reconnus sous la monarchie : « il y a quatre droits naturels que le prince est obligé de conserver à chacun de ses sujets ; ils ne les tiennent que de Dieu et ils sont antérieurs à toute loi politique et civile : la vie, l’honneur, la liberté et la propriété. » (Louis XVI) L’éthique libérale découle des droits naturels, elle se ramène au principe de non-agression : ne pas voler autrui, ne pas utiliser la coercition ou la violence envers autrui, sauf pour se défendre d’une agression. C’est donc une éthique de tolérance, contraire au relativisme moral du collectivisme (selon lequel la fin justifie les moyens ou l’intérêt général doit prévaloir sur les options individuelles) La tradition libérale dont se réclament les libéraux remonte jusqu’au taoïsme original en Chine, à Aristote puis aux stoïques en Grèce. Au XVIe siècle, l’école de Salamanque, Montaigne, La Boétie et d’autres humanistes. Au XVIIe siècle, les levellers de la révolution anglaise, John Locke (qui fonde la philosophie libérale moderne). Au XVIIIe siècle, Montesquieu, Voltaire, les physiocrates, Turgot, Adam Smith, David Hume. La révolution américaine est riche d’auteurs libéraux, de Benjamin Franklin à Thomas Paine. Durant la Révolution française, les Girondins représentent le courant libéral, victimes de la Terreur étatique des Jacobins, et parmi ceux-là des factions de la Montagne. Quand ils ne sont pas combattus par la révolution ou par Napoléon, les libéraux sont dans l’opposition pacifique : Destutt de Tracy, Benjamin Constant (qui formalise l’essence du libéralisme). Au XIXe siècle, Jean-Baptiste Say, Charles Comte, Charles Dunoyer, Alexis de Tocqueville, Frédéric Bastiat (le classique par excellence), Gustave de Molinari; en Angleterre, Richard Cobden, John Stuart Mill, Lord Acton. Au XXe siècle, l’école autrichienne culmine avec Ludwig von Mises et Friedrich Hayek, l’objectiviste Ayn Rand cristallise les valeurs libérales, Murray Rothbard popularise le libertarianisme; on citera aussi Henry Hazlitt, Leonard Read, David Friedman, Antony de Jasay, etc.; en France, Jacques Rueff, Raymond Aron, Jean-François Revel, Pascal Salin, Henri Lepage, etc. Il n’y a pas une école unique du libéralisme, d’autorité ni de fondateur. Il y a par exemple de grandes différences entre Hayek et Aristote, Frédéric Bastiat et Thomas Paine ou John Stuart Mill. Friedrich Hayek écrit ainsi que : « Il n’y a rien dans les principes du libéralisme qui permette d’en faire un dogme immuable; il n’y a pas de règles stables, fixées une fois pour toutes. Il y a un principe fondamental : à savoir que dans la conduite de nos affaires nous devons faire le plus grand usage possible des forces sociales spontanées et recourir le moins possible à la coercition. » Certains libéraux, les utilitaristes (par exemple Maurice Allais), sans prendre parti sur les prémisses philosophiques du libéralisme, justifient le libéralisme parce qu’il engendre les organisations sociales les plus efficaces d’un point de vue économique. Le libéralisme politique, expression qui est pour certains libéraux un oxymore, désigne une réalité variable selon les pays. Aujourd’hui aux États-Unis le liberalism désigne une tradition politique militant pour la démocratie et le régime constitutionnel, favorable en général aux libertés civiles et à l’économie de marché, mais souvent aussi interventionniste, et qui s’oppose à celle des conservateurs ou des socialistes ; dans ce sens le terme anglais liberal équivaut à centre-gauche, réformiste, démocrate ou social-démocrate (Jean-François Revel emploie le terme de progressiste), ce qui a peu de choses à voir avec le sens premier. Originellement, le libéralisme politique est le courant de pensée qui, depuis Locke, Hobbes et Montesquieu, est attaché à circonscrire l’action du pouvoir et de l’État, et à définir les rapports de la sphère politique avec l’individu (séparation des pouvoirs, « contre-pouvoirs », etc.). En général est préconisée la démocratie libérale, que l’on connaît depuis le XIXe siècle dans la plupart des états occidentaux. Les libéraux les plus radicaux, les anarcho-capitalistes, affirment que la sphère des attributions légitimes du pouvoir politique est vide. Les libéraux plus modérés, les minarchistes, pensent qu’il existe des fonctions légitimes de l’État, qu’ils identifient souvent aux fonctions régaliennes: sécurité, police, justice, défense du territoire. La plupart des libéraux ne se posent pas ces questions de principes ; leur opinion est que le pouvoir politique est bien trop étendu, et s’étend sans cesse. Ils cherchent donc les moyens de restreindre et d’inverser cette expansion de l’État, la question de savoir où on s’arrêtera étant prématurée. Wikilibéral
Le fait que le libéralisme accorde une réelle valeur à l’expérience a entraîné une réévaluation continuelle des idées d’individualité et de liberté. John Dewey (1935)
Une étude du CEVIPOF de 2016, réalisée pendant les débats sur la loi Travail, montre qu’un tiers seulement des électeurs sont libéraux au sens économique. De Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon comme à l’intérieur des partis dits de gouvernement, il est de bon ton de critiquer une «révolution néolibérale» responsable des maux économiques du pays. À l’inverse, très peu d’hommes politiques assumeront en France un programme libéral. La France a-t-elle un problème avec le libéralisme? Alexis Feertchak
Jean Tirole rappelle aussi que les Américains sont deux fois plus nombreux que les Français à trouver des vertus aux marchés. La dénonciation du «grand méchant marché», pour reprendre le titre d’Augustin Landier et David Thesmar (2007), est un lieu commun politiquement d’autant plus séduisant qu’il permet de faire retomber la responsabilité de nos difficultés sur le monde extérieur «néolibéral»: l’Europe, la City, etc. Je ne dirai pas pour autant que la France a un problème avec le libéralisme, terme qui se pense mal au singulier. Il y a des traditions nationales différentes parmi les libéraux. Il est vrai que nous sommes héritiers d’une tradition qui pense que la vie économique doit être encadrée par le politique. Les Français, aujourd’hui comme hier, se méfient du marché, s’inquiètent des conséquences sociales de l’individualisme radical ; ils craignent une «société qui tombe en poussière», pour reprendre une métaphore postrévolutionnaire. Cette dénonciation française de l’individualisme lié au monde de l’argent vient des contre-révolutionnaires et des catholiques, et se trouve reprise par les premiers socialistes. La tradition anglo-américaine, protestante, est très différente: le mot «individualisme» en anglais est d’emblée positif, les Américains valorisent l’héroïsme entrepreneurial. En français le mot «individualisme» qui apparaît vers 1820 est resté très généralement négatif. Aussi bien coexistent en France à la fois une tradition illibérale, étatiste, et une tradition libérale qui dès le XVIIIème siècle défend l’individu moderne émancipé, valorise les initiatives individuelles tout en repoussant l’individualisme et en souhaitant un encadrement politique de l’économie. Lisez les admirables chapitres de Tocqueville en 1840 sur l’individualisme, ce «sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables, et à se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis ; de telle sorte que, après s’être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même». Tocqueville en vient à redouter l’émergence d’une nouvelle «aristocratie manufacturière», qui «après avoir appauvri et abruti les hommes dont elle se sert, les livre en temps de crise à la charité publique pour les nourrir». La description qu’il fait des usines de Manchester est tout aussi horrifique que celle que donnent le catholique Montalembert ou les socialistes – ce qui ne l’empêche nullement de dénoncer dans l’étatisme économique la «route de la servitude». Il est donc vrai qu’il y a dans notre tradition peu de partisans d’un marché sans régulation forte de l’État, peu de partisans d’un «État Croupion» ou du laissez faire – Frédéric Bastiat, malgré son talent, est peu écouté. L’attachement aux libertés politiques a suscité historiquement chez nous plus de combats que la liberté d’entreprendre, le politique prime sur l’économique – ce n’est pas nécessairement ilibéral… (…) le libéralisme se pense d’abord comme l’émancipation de l’individu par rapport à la tutelle de l’Église et à celle du souverain absolu, plus tard aussi par rapport à la tyrannie de la majorité que dénonce Tocqueville aux États-Unis. Ce qu’il y a de commun entre tous les penseurs libéraux, c’est l’idée que la liberté n’est pas un moyen mais une fin, ce qui peut se décliner dans des secteurs très divers: religieux, culturel, politique, économique… (…) ce n’est pas une doctrine, peut être pas même une philosophie, mais un attachement à un principe qui est l’autonomie de l’individu. Les libéraux français, si divers, mettent leur pensée à l’épreuve des responsabilités: Malesherbes (l’arrière-grand-père de Tocqueville) réclamant de la monarchie plus de transparence fiscale et luttant pour la reconnaissance des droits des protestants ; Benjamin Constant grand orateur parlementaire sous la Restauration, Guizot, Tocqueville, députés et ministres, Laboulaye… Raymond Aron est un «spectateur engagé». Une génération est plus sensible à l’urgence d’obtenir des garanties pour les individus (sous l’Empire, Mme de Stael ou Constant, sous le second Empire Laboulaye et Jules Ferry), une autre sera plus soucieuse d’assurer l’ordre (Guizot sous la monarchie de juillet). Il y a des moments libéraux et des générations libérales plus qu’un libéralisme, du fait même de cette volonté d’adaptation aux circonstances. (…) Le principe de liberté se déploie dans des secteurs très divers ; la reconnaissance de la singularité individuelle dans l’ordre culturel ou sociétal est aujourd’hui un enjeu considérable. Mais les libéraux du 19ème siècle (Constant, Tocqueville notamment) étaient déjà des défenseurs acharnés de la liberté des associations, de la presse, et des cultes… Le progressisme est une autre catégorie: on peut vouloir le progrès en opprimant les individus. Parmi les libéraux, il y a des «progressistes» qui réclament une extension des libertés – sous la Restauration par exemple contre l’emprise du clergé et d’une noblesse conservatrice ; plus tard les orléanistes comme Guizot ou les libéraux de la fin du siècle tendent à penser qu’ils ont atteint la fin de l’histoire et leur libéralisme tourne à l’immobilisme… cette tension se retrouve dans toute l’histoire des libéraux. (…) Pour Tocqueville, la préférence pour l’égalité caractérise toutes les démocraties, mais elle est bien plus forte chez les Français car elle résulte de l’éducation politique que leur a donnée la monarchie. Les rois ont accaparé tous les pouvoirs et divisé pour mieux régner: en donnant une multitude de petits privilèges, ils ont attisé l’envie entre les Français, tout en les privant de toute expérience pratique de la liberté. Si bien que la Révolution – dont Tocqueville admire l’élan en 1789 vers la liberté – a vite renoué avec la tradition absolutiste ; c’est à ce peu de goût pour la liberté et au désir insatiable de l’égalité que Tocqueville attribue la récurrence des révolutions en France et la fascination pour des régimes autoritaires comme celui de Napoléon III. Tocqueville fait néanmoins à la fin de sa vie de cette culture révolutionnaire et despotique un trait du continent européen plus que spécifiquement français: l’aire germanique lui semble ressembler à la France d’ancien régime (il apprend l’allemand pour aller voir en 1854 de l’autre côté du Rhin l’ancien régime encore tout vivant) ; la Russie qu’il ne connaît que par les livres lui semble un exemple extrême d’égalité dans la servitude. Il y a une histoire longue du continent européen qui enracine nos politiques dans l’expérience des anciens régimes. Cela dit, ni Tocqueville ni aucun des penseurs libéraux ne tombent durablement dans l’illusion d’une malédiction des origines qui rendrait impossible la liberté sur le continent européen. (…) Il y a en effet un illibéralisme originel de la démocratie française qui tient à l’ancienneté de la centralisation, à la tradition catholique aussi, qui a longtemps soumis la conscience individuelle aux droits de la vérité et au magistère du clergé. La première comme la seconde république ont repris l’idéal d’unanimité du catholicisme et de la monarchie. La pluralité des opinions est perçue comme suspecte. Et l’idée est très prégnante qu’entre le fort et le faible, c’est l’État qui protège. Cela dit, en pratique la centralisation de l’ancien régime n’est pas si forte qu’on le dit parfois: Tocqueville reconnaît que la règle est dure mais la pratique molle… ce qui peut se dire des régimes suivants. Aujourdhui, l’attachement à l’État n’empêche pas une forte revendication d’autonomie. (…) ce qui nous frappe tous aujourd’hui est la perte de confiance dans le personnel politique, la crise de la représentation et le doute sur la capacité de l’État à défendre un bien commun. L’enjeu aujourd’hui est de fonder précisément ce que Tocqueville cherchait à fonder: une communauté de citoyens, une revalorisation de la décision politique, une participation de tous à la vie publique. À ceci près que Tocqueville comme ses contemporains pensait une démocratie guidée par des notables, et qu’il nous faut penser à nouveaux frais la question des «élites» en évitant la confiscation du politique.  (…) Cela dit, la différence avec les pays anglo-saxons tient à l’histoire particulière des relations entre l’État et les religions en France ; la France a longtemps vécu sous un système concordaire depuis le concordat de Bologne en 1516 dont on célèbre l’anniversaire cette année et le concordat de 1801, complété par les articles organiques incluant les protestants (auxquels on ajoute les juifs en 1808) et ce jusqu’à la séparation de 1905. Le concordat reconnaît aux religions «reconnues» une mission publique, les protège en contrepartie d’un contrôle très tatillon (l’État propose au pape les nominations d’évêques, finance les cultes reconnus, surveille les réunions, le clergé doit prêter serment de fidélité etc.). Pour les libéraux (et aussi pour les catholiques à partir de 1830) cette forme de religion politique est une contrainte insupportable, mais ils réclament rarement avant la fin du 19ème siècle une séparation complète et immédiate comme aux États Unis, pour des raisons d’ordre public et aussi parce qu’ils pensent, comme Tocqueville, le maintien des croyances indispensable à la moralité et la cohésion: «pour qu’un peuple soit libre il faut qu’il croie». La loi de 1905 adoptée à la suite d’un conflit séculaire a été dans la pratique une loi de liberté: elle a mis fin à la fonction sociale et politique des religions tout en reconnaissant l’exercice public des cultes. Ce très long travail, très conflictuel, de la séparation explique la vigilance particulière des Français à l’égard de toute affirmation publique d’une religion qui menacerait l’espace commun de coexistence. Le deuxième aspect tient en effet à notre modèle social républicain qui se veut très intégrateur et redistributif: on sait que la redistribution est plus poussée quand les populations se perçoivent comme homogènes. L’acceptation de la redistribution et le consentement à l’impôt sont liés à ce que Tocqueville met au cœur de l’anthropologie démocratique: le sentiment de la similitude. Aux États-Unis, la faiblesse historique de l’État providence et de la redistribution va de pair avec la fragmentation sociale et l’acceptation des singularités ou du communautarisme ; en France le poids de la redistribution et l’ambition du projet intégrateur sont inséparables d’un fort sentiment de ce qui est commun, sentiment qui est blessé par tout ce qui est perçu – à tort ou à raison – comme une volonté de sécession. Toute la difficulté est aujourd’hui de combiner l’acceptation du pluralisme et de la distinction avec l’affirmation vigoureuse de la similitude sur l’essentiel et d’un projet commun. (…) Le refus du libéralisme par certains intellectuels n’est pas une nouveauté dans la tradition française – et la dénonciation de l’illibéralisme des penseurs français par les anglo-saxons est aussi une tradition. Friedrich Hayek s’en était pris très violemment à la tradition continentale européenne dans La route de la servitude en 1944 (titre emprunté à Tocqueville dans son grand discours contre le droit du travail en 1848): parmi les Européens infestés selon lui de rousseauisme il ne trouve à sauver que Kant, Constant et Tocqueville qu’il juge du reste peu français et pas exempt de toute contamination. Plus près de nous et dans un autre contexte idéologique, Tony Judt, s’en prend en 1992 dans Past imperfect French intellectuals 1944-1956 (trad. Fayard, 1992) à la fascination des penseurs français pour le marxisme. Les libéraux français n’ont pas dans notre univers intellectuel la position dominante qu’ils ont en Angleterre ou aux États-Unis pour les raisons historiques que j’ai données ; ils n’en ont pas moins un rôle essentiel quoique discontinu. Ils sont souvent meilleurs dans l’opposition…: sous le premier ou le second Empire, sous la Restauration. En France il y a dans les années 1970/1980 un grand moment libéral qui permet de penser le communisme ou le passé d’une illusion pour parler comme François Furet. (…) Tocqueville écrivait en 1835: «Il faut une science politique nouvelle à un monde tout nouveau»… La crise de la politique désormais n’est plus pensable comme une exception française. Mais l’intelligence de cette crise nouvelle gagne à la méditation des grands classiques. Marc Bloch rappelait que «l »ignorance du passé ne se borne pas à nuire à la connaissance du présent, elle compromet, dans le présent, l’action même». Françoise Melonio
Me voilà discrédité à tout jamais; et il est maintenant reçu que je suis un homme sans cœur et sans entrailles, un philosophe sec, un individualiste, un bourgeois, et, pour tout dire en un mot, un économiste de l’école anglaise ou américaine. Frédéric Bastiat
Et cette grande chimère, nous l’avons placée, pour l’édification du peuple, au frontispice de la Constitution. Voici les premiers mots du préambule: « La France s’est constituée en République pour… appeler tous les citoyens à un degré toujours plus élevé de moralité, de lumière et de bien-être. »  Ainsi, c’est la France ou l’abstraction, qui appelle les Français ou les réalités à la moralité, au bien-être, etc. N’est-ce pas abonder dans le sens de cette bizarre illusion qui nous porte à tout attendre d’une autre énergie que la nôtre? N’est-ce pas donner à entendre qu’il y a, à côté et en dehors des Français, un être vertueux, éclairé, riche, qui peut et doit verser sur eux ses bienfaits? N’est-ce pas supposer, et certes bien gratuitement, qu’il y a entre la France et les Français, entre la simple dénomination abrégée, abstraite, de toutes les individualités et ces individualités mêmes, des rapports de père à fils, de tuteur à pupille, de professeur à écolier?(…) Les Américains se faisaient une autre idée des relations des citoyens avec l’État, quand ils placèrent en tête de leur Constitution ces simples paroles: « Nous, le peuple des États-Unis, pour former une union plus parfaite, établir la justice, assurer la tranquillité intérieure, pourvoir à la défense commune, accroître le bien-être général et assurer les bienfaits de la liberté à nous-mêmes et à notre postérité, décrétons, etc. » Ici point de création chimérique, point d’abstraction à laquelle les citoyens demandent tout. Ils n’attendent rien que d’eux-mêmes et de leur propre énergie. Si je me suis permis de critiquer les premières paroles de notre Constitution, c’est qu’il ne s’agit pas, comme on pourrait le croire, d’une pure subtilité métaphysique. Je prétends que cette personnification de l’État a été dans le passé et sera dans l’avenir une source féconde de calamités et de révolutions. Bastiat
Je ne désire pas pour mon pays autant le free-trade que l’esprit du free-trade. Le free-trade, c’est un peu plus de richesse ; l’esprit du free-trade, c’est la réforme de l’intelligence même, c’est-à-dire la source de toutes les réformes. Frédéric Bastiat (Lettre à Cobden, le 20 mars 1847)
La cause que nous servons ne se renferme pas dans les limites d’une nation. Elle est universelle et ne trouvera sa solution que dans l’adhésion de tous les peuples. (…) Les difficultés s’accumulent autour de nous ; nous n’avons pas pour adversaires seulement des intérêts. L’ignorance publique se révèle maintenant dans toute sa triste étendue. En outre, les partis ont besoin de nous abattre. (…) Tous aspirent au même but : la Tyrannie. Ils ne diffèrent que sur la question de savoir en quelles mains l’arbitraire sera déposé. Aussi, ce qu’ils redoutent le plus, c’est l’esprit de la vraie liberté. (…) Ce qui m’afflige surtout, moi qui porte au cœur le sentiment démocratique dans toute son universalité, c’est de voir la démocratie française en tête de l’opposition à la liberté du commerce. Bastiat (Lettre à Cobden, 9 novembre 1847)
De grands obstacles nous viennent aussi de votre côté de la Manche. Mon cher Cobden, il faut que je vous parle en toute franchise. En adoptant le Libre-Echange, l’Angleterre n’a pas adopté la politique qui dérive logiquement du Libre-Échange. Le fera-t-elle ? Je n’en doute pas ; mais quand ? (…) On dit souvent qu’il ne faut pas confondre les nations avec leurs gouvernements. Il y a du vrai et du faux dans cette maxime ; et j’ose dire qu’elle est fausse à l’égard des peuples qui ont des moyens constitutionnels de faire prévaloir l’opinion. Considérez que la France n’a pas d’instruction économique. Lors donc qu’elle lit l’histoire, lorsqu’elle y voit les envahissements successifs de l’Angleterre, quand elle étudie les moyens diplomatiques qui ont amené ces envahissements, quand elle voit un système séculaire suivi avec persévérance, soit que les wighs ou les torys tiennent le timon de l’État, quand elle lit dans vos journaux qu’en ce moment l’Angleterre a 34,000 marins à bord des vaisseaux de guerre, comment voulez-vous qu’elle se fie, pour un changement dans votre politique, à la force d’un principe que d’ailleurs elle ne comprend pas ?  Bastiat (Lettre à Cobden, 15 octobre 1847)
Mon ami, l’ignorance et l’indifférence dans ce pays, en matière d’économie politique, dépassent tout ce que j’aurais pu me figurer. Ce n’est pas une raison pour se décourager, au contraire, c’en est une pour nous donner le sentiment de l’utilité, de l’urgence même de nos efforts. Mais je comprends aujourd’hui une chose : c’est que la liberté commerciale est un résultat trop éloigné pour nous. Heureux si nous pouvons déblayer la route de quelques obstacles. — Le plus grand n’est pas le parti protectionniste, mais le socialisme avec ses nombreuses ramifications. — S’il n’y avait que les monopoleurs, ils ne résisteraient pas à la discussion. — Mais le socialisme leur vient en aide. Celui-ci admet la liberté en principe et renvoie l’exécution après l’époque où le monde sera constitué sur le plan de Fourier ou tout autre inventeur de société. — Et, chose singulière, pour prouver que jusque-là la liberté sera nuisible, ils reprennent tous les arguments des monopoleurs : balance du commerce, exportation du numéraire, supériorité de l’Angleterre, etc., etc. D’après cela, vous me direz que combattre les monopoleurs, c’est combattre les socialistes. — Non. — Les socialistes ont une théorie sur la nature oppressive du capital, par laquelle ils expliquent l’inégalité des conditions, et toutes les souffrances des classes pauvres. Ils parlent aux passions, aux sentiments, et même aux meilleurs instincts des hommes. Ils séduisent la jeunesse, montrant le mal et affirmant qu’ils possèdent le remède. Ce remède consiste en une organisation sociale artificielle de leur invention, qui rendra tous les hommes heureux et égaux, sans qu’ils aient besoin de lumières et de vertus. — Encore si tous les socialistes étaient d’accord sur ce plan d’organisation, on pourrait espérer de le ruiner dans les intelligences. Mais vous comprenez que, dans cet ordre d’idées, et du moment qu’il s’agit de pétrir une société, chacun fait la sienne, et tous les matins nous sommes assaillis par des inventions nouvelles. Nous avons donc à combattre une hydre à qui il repousse dix têtes quand nous lui en coupons une. Le malheur est que cette méthode a un puissant attrait pour la  (jeunesse. On lui montre des souffrances ; et par là on commence par toucher son cœur. Ensuite on lui dit que tout peut se guérir, au moyen de quelques combinaisons artificielles ; et par là on met son imagination en campagne. Bastiat (Lettre à Cobden, 5 juillet 1847)
On nous accuse, dans le parti démocratique et socialiste, d’être voués au culte des intérêts matériels et de tout ramener à des questions de richesses. J’avoue que lorsqu’il s’agit des masses, je n’ai pas ce dédain stoïque pour la richesse. Ce mot ne veut pas dire quelques écus de plus ; il signifie du pain pour ceux qui ont faim, des vêtements pour ceux qui ont froid, de l’éducation, de l’indépendance, de la dignité. — Mais, après tout, si le résultat du libre-échange devait être uniquement d’accroître la richesse publique, je ne m’en occuperais pas plus que de toute autre question agricole ou industrielle. Ce que je vois surtout dans notre agitation, c’est l’occasion de combattre quelques préjugés et de faire pénétrer dans le public quelques idées justes. C’est là un bien indirect cent fois supérieur aux avantages directs de la liberté commerciale (…) Si la liberté était proclamée demain, le public resterait dans l’ornière où il est sous tous les autres rapports ; mais, au début, je suis obligé de ne toucher qu’avec un extrême ménagement à ces idées accessoires, afin de ne pas heurter nos propres collègues. Aussi je consacre mes efforts à élucider le problème économique. Ce sera le point de départ de vues plus élevées. Bastiat (Lettre à Cobden, le 20 avril 1847)
La révolution de février a été certainement plus héroïque que celle de juillet ; rien d’admirable comme le courage, l’ordre, le calme, la modération de la population parisienne. Mais quelles en seront les suites ? Depuis dix ans, de fausses doctrines, fort en vogue, nourrissent les classes laborieuses d’absurdes illusions. Elles sont maintenant convaincues que l’État est obligé de donner du pain, du travail, de l’instruction à tout le monde. Le gouvernement provisoire en a fait la promesse solennelle ; il sera donc forcé de renforcer tous les impôts pour essayer de tenir cette promesse, et, malgré cela, il ne la tiendra pas. Je n’ai pas besoin de te dire l’avenir que cela nous prépare. (…) Il est évident que toutes ces promesses aboutiront à ruiner la province pour satisfaire la population de Paris ; car le gouvernement n’entreprendra jamais de nourrir tous les métayers, ouvriers et artisans des départements, et surtout des campagnes. (…) Pauvre peuple ! que de déceptions on lui a préparées ! Il était si simple et si juste de le soulager par la diminution des taxes ; on veut le faire par la profusion, et il ne voit pas que tout le mécanisme consiste à lui prendre dix pour lui donner huit, sans compter la liberté réelle qui succombera à l’opération (…) Comment, comment lutter contre une école qui a la force en main et qui promet le bonheur parfait à tout le monde ? Ami, si l’on me disait : Tu vas faire prévaloir ton idée aujourd’hui, et demain tu mourras dans l’obscurité, j’accepterais de suite ; mais lutter sans chance, sans être même écouté, quelle rude tâche ! Adieu, les élections sont prochaines, nous nous verrons alors ; en attendant, dis-moi si tu remarques quelques bonnes dispositions en ma faveur. Bastiat (Lettre à M. Félix Coudroy, 29 février 1848)
We hold from God the gift which includes all others. This gift is life — physical, intellectual, and moral life. But life cannot maintain itself alone. The Creator of life has entrusted us with the responsibility of preserving, developing, and perfecting it. In order that we may accomplish this, He has provided us with a collection of marvelous faculties. And He has put us in the midst of a variety of natural resources. By the application of our faculties to these natural resources we convert them into products, and use them. This process is necessary in order that life may run its appointed course. Life, faculties, production — in other words, individuality, liberty, property — this is man. And in spite of the cunning of artful political leaders, these three gifts from God precede all human legislation, and are superior to it. Life, liberty, and property do not exist because men have made laws. On the contrary, it was the fact that life, liberty, and property existed beforehand that caused men to make laws in the first place. Bastiat
Nous tenons de Dieu le don qui pour nous les renferme tous, la Vie, — la vie physique, intellectuelle et morale. Mais la vie ne se soutient pas d’elle-même. Celui qui nous l’a donnée nous a laissé le soin de l’entretenir, de la développer, de la perfectionner. Pour cela, il nous a pourvus d’un ensemble de Facultés merveilleuses ; il nous a plongés dans un milieu d’éléments divers. C’est par l’application de nos facultés à ces éléments que se réalise le phénomène de l’Assimilation, de l’Appropriation, par lequel la vie parcourt le cercle qui lui a été assigné. Existence, Facultés, Assimilation — en d’autres termes, Personnalité, Liberté, Propriété, — voilà l’homme. C’est de ces trois choses qu’on peut dire, en dehors de toute subtilité démagogique, qu’elles sont antérieures et supérieures à toute législation humaine. Ce n’est pas parce que les hommes ont édicté des Lois que la Personnalité, la Liberté et la Propriété existent. Au contraire, c’est parce que la Personnalité, la Liberté et la Propriété préexistent que les hommes font des Lois. Bastiat

Et si on relisait Bastiat ?

En ce 225e anniversaire de la Déclaration des droits américaine …

Qui inspira largement la nôtre …

Au lendemain de la disparition  d’un des pires dictateurs de la planète qui a donné lieu aux ignominies que l’on sait …

Et à l’heure où, sur fond de réveil des peuples contre leurs élites mais aussi de manoeuvres d’intimidation des forces de la réaction …

Recule déjà une droite qui venait tout juste de commençait enfin à s’assumer comme telle …

Refuse toujours l’obstacle une gauche qui n’a toujours pas réussi à faire son aggiornamento …

Et continue à se gauchiser une extrême-droite toujours plus tentée par l’étatisme et l’interventionnisme …

Retour avec le récent entretien du Figaro de l’historienne des idées Françoise Mélonio …

Sur cette difficulté si particulière, catholicisme et monarchie absolue obligent, avec le libéralisme …

Dont ne semble décidément vouloir se défaire la terre de Tocqueville, Constant et Bastiat …

Et redécouverte justement avec le fameux texte de Bastiat sur la loi …

De cette si farouche volonté de maintenir hors de portée humaine comme don divin, la précédence et la prééminence de la liberté sur le politique …

Les Français ont-ils un problème avec le libéralisme ?
Alexis Feertchak
Le Figaro
16/09/2016

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Alors que de nouvelles manifestations ont eu lieu contre la loi Travail, l’historienne des idées Françoise Mélonio a accordé au FigaroVox un entretien fleuve pour éclairer le rapport ambigu des Français avec le libéralisme.

Docteur d’État et agrégée de Lettres, normalienne, Françoise Mélonio est professeur de Littérature à l’Université Paris-Sorbonne. Ancienne directrice adjointe (Lettres) de l’École normale supérieure (Ulm), elle a été doyenne du Collège universitaire puis directrice des Études et de la Scolarité de Sciences Po Paris. Spécialiste de Tocqueville, elle a notamment dirigé la collection d’Histoire culturelle de la France publiée aux éditions du Seuil.

FIGAROVOX. – Une étude du CEVIPOF de 2016, réalisée pendant les débats sur la loi Travail, montre qu’un tiers seulement des électeurs sont libéraux au sens économique. De Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon comme à l’intérieur des partis dits de gouvernement, il est de bon ton de critiquer une «révolution néolibérale» responsable des maux économiques du pays. À l’inverse, très peu d’hommes politiques assumeront en France un programme libéral. La France a-t-elle un problème avec le libéralisme?

Françoise MELONIO. – Jean Tirole rappelle aussi (1) que les Américains sont deux fois plus nombreux que les Français à trouver des vertus aux marchés. La dénonciation du «grand méchant marché», pour reprendre le titre d’Augustin Landier et David Thesmar (2007), est un lieu commun politiquement d’autant plus séduisant qu’il permet de faire retomber la responsabilité de nos difficultés sur le monde extérieur «néolibéral»: l’Europe, la City, etc.

Je ne dirai pas pour autant que la France a un problème avec le libéralisme, terme qui se pense mal au singulier. Il y a des traditions nationales différentes parmi les libéraux. Il est vrai que nous sommes héritiers d’une tradition qui pense que la vie économique doit être encadrée par le politique. Les Français, aujourd’hui comme hier, se méfient du marché, s’inquiètent des conséquences sociales de l’individualisme radical ; ils craignent une «société qui tombe en poussière», pour reprendre une métaphore postrévolutionnaire. Cette dénonciation française de l’individualisme lié au monde de l’argent vient des contre-révolutionnaires et des catholiques, et se trouve reprise par les premiers socialistes. La tradition anglo-américaine, protestante, est très différente: le mot «individualisme» en anglais est d’emblée positif, les Américains valorisent l’héroïsme entrepreneurial. En français le mot «individualisme» qui apparaît vers 1820 est resté très généralement négatif. Aussi bien coexistent en France à la fois une tradition illibérale, étatiste, et une tradition libérale qui dès le XVIIIème siècle défend l’individu moderne émancipé, valorise les initiatives individuelles tout en repoussant l’individualisme et en souhaitant un encadrement politique de l’économie.

Lisez les admirables chapitres de Tocqueville en 1840 sur l’individualisme, ce «sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables, et à se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis ; de telle sorte que, après s’être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même». Tocqueville en vient à redouter l’émergence d’une nouvelle «aristocratie manufacturière», qui «après avoir appauvri et abruti les hommes dont elle se sert, les livre en temps de crise à la charité publique pour les nourrir». La description qu’il fait des usines de Manchester est tout aussi horrifique que celle que donnent le catholique Montalembert ou les socialistes – ce qui ne l’empêche nullement de dénoncer dans l’étatisme économique la «route de la servitude». Il est donc vrai qu’il y a dans notre tradition peu de partisans d’un marché sans régulation forte de l’État, peu de partisans d’un «État Croupion» ou du laissez faire – Frédéric Bastiat, malgré son talent, est peu écouté. L’attachement aux libertés politiques a suscité historiquement chez nous plus de combats que la liberté d’entreprendre, le politique prime sur l’économique – ce n’est pas nécessairement ilibéral…

N’a-t-on pas aussi tendance à oublier que le libéralisme n’est pas d’abord une doctrine économique de «laisser-aller», mais qu’il est au départ une doctrine philosophique, politique et juridique relative au rapport entre les individus, la société et l’État?

En effet le libéralisme se pense d’abord comme l’émancipation de l’individu par rapport à la tutelle de l’Église et à celle du souverain absolu, plus tard aussi par rapport à la tyrannie de la majorité que dénonce Tocqueville aux États-Unis. Ce qu’il y a de commun entre tous les penseurs libéraux, c’est l’idée que la liberté n’est pas un moyen mais une fin, ce qui peut se décliner dans des secteurs très divers: religieux, culturel, politique, économique…

John Dewey estimait en 1935 que «le fait que le libéralisme accorde une réelle valeur à l’expérience a entraîné une réévaluation continuelle des idées d’individualité et de liberté» (2). L’adaptation est-elle la première force du libéralisme?

Oui sans doute, parce que ce n’est pas une doctrine, peut être pas même une philosophie, mais un attachement à un principe qui est l’autonomie de l’individu. Les libéraux français, si divers, mettent leur pensée à l’épreuve des responsabilités: Malesherbes (l’arrière-grand-père de Tocqueville) réclamant de la monarchie plus de transparence fiscale et luttant pour la reconnaissance des droits des protestants ; Benjamin Constant grand orateur parlementaire sous la Restauration, Guizot, Tocqueville, députés et ministres, Laboulaye… Raymond Aron est un «spectateur engagé». Une génération est plus sensible à l’urgence d’obtenir des garanties pour les individus (sous l’Empire, Mme de Stael ou Constant, sous le second Empire Laboulaye et Jules Ferry), une autre sera plus soucieuse d’assurer l’ordre (Guizot sous la monarchie de juillet). Il y a des moments libéraux et des générations libérales plus qu’un libéralisme, du fait même de cette volonté d’adaptation aux circonstances.

N’existe-t-il pas aujourd’hui un libéralisme culturel ou sociétal, qui s’ajoute à la division traditionnelle entre libéralismes économique et politique? Quel est le lien entre libéralisme et progressisme?

Le principe de liberté se déploie dans des secteurs très divers ; la reconnaissance de la singularité individuelle dans l’ordre culturel ou sociétal est aujourd’hui un enjeu considérable. Mais les libéraux du 19ème siècle (Constant, Tocqueville notamment) étaient déjà des défenseurs acharnés de la liberté des associations, de la presse, et des cultes… Le progressisme est une autre catégorie: on peut vouloir le progrès en opprimant les individus. Parmi les libéraux, il y a des «progressistes» qui réclament une extension des libertés – sous la Restauration par exemple contre l’emprise du clergé et d’une noblesse conservatrice ; plus tard les orléanistes comme Guizot ou les libéraux de la fin du siècle tendent à penser qu’ils ont atteint la fin de l’histoire et leur libéralisme tourne à l’immobilisme… cette tension se retrouve dans toute l’histoire des libéraux.

Se référant à Tocqueville, Lucien Jaume estime qu’historiquement, les Français sont davantage attachés à l’égalité qu’à la liberté. Cela peut-il expliquer un certain antilibéralisme de l’Hexagone?

En effet Lucien Jaume met très vigoureusement ce point en lumière dans ses travaux sur l’histoire du libéralisme. Pour Tocqueville, la préférence pour l’égalité caractérise toutes les démocraties, mais elle est bien plus forte chez les Français car elle résulte de l’éducation politique que leur a donnée la monarchie. Les rois ont accaparé tous les pouvoirs et divisé pour mieux régner: en donnant une multitude de petits privilèges, ils ont attisé l’envie entre les Français, tout en les privant de toute expérience pratique de la liberté. Si bien que la Révolution – dont Tocqueville admire l’élan en 1789 vers la liberté – a vite renoué avec la tradition absolutiste ; c’est à ce peu de goût pour la liberté et au désir insatiable de l’égalité que Tocqueville attribue la récurrence des révolutions en France et la fascination pour des régimes autoritaires comme celui de Napoléon III.

Tocqueville fait néanmoins à la fin de sa vie de cette culture révolutionnaire et despotique un trait du continent européen plus que spécifiquement français: l’aire germanique lui semble ressembler à la France d’ancien régime (il apprend l’allemand pour aller voir en 1854 de l’autre côté du Rhin l’ancien régime encore tout vivant) ; la Russie qu’il ne connaît que par les livres lui semble un exemple extrême d’égalité dans la servitude. Il y a une histoire longue du continent européen qui enracine nos politiques dans l’expérience des anciens régimes. Cela dit, ni Tocqueville ni aucun des penseurs libéraux ne tombent durablement dans l’illusion d’une malédiction des origines qui rendrait impossible la liberté sur le continent européen.

La France est l’un des plus anciens États centralisés au monde, tradition que la Révolution française n’a fait qu’amplifier. Cet attachement à l’État participe-t-il du même mouvement de méfiance à l’endroit du libéralisme?

Il y a en effet un illibéralisme originel de la démocratie française qui tient à l’ancienneté de la centralisation, à la tradition catholique aussi, qui a longtemps soumis la conscience individuelle aux droits de la vérité et au magistère du clergé. La première comme la seconde république ont repris l’idéal d’unanimité du catholicisme et de la monarchie. La pluralité des opinions est perçue comme suspecte. Et l’idée est très prégnante qu’entre le fort et le faible, c’est l’État qui protège. Cela dit, en pratique la centralisation de l’ancien régime n’est pas si forte qu’on le dit parfois: Tocqueville reconnaît que la règle est dure mais la pratique molle… ce qui peut se dire des régimes suivants. Aujourdhui, l’attachement à l’État n’empêche pas une forte revendication d’autonomie.

Historiquement, la France est aussi un pays de petits propriétaires, très attachés à leur liberté par rapport à l’État, mais aussi par rapport aux différentes «puissances», qu’elles soient économiques, politiques ou financières. Comment expliquer la conjonction entre ce phénomène et l’attachement à un État fort?

La glorification de la petite propriété (rurale surtout) est un lieu commun libéral. Locke en fait le moyen pour chacun d’assurer sa conservation et son indépendance ; en France les petits propriétaires ayant bénéficié de la vente des biens nationaux et de l’abolition des droits féodaux, la petite propriété apparaît comme une conquête révolutionnaire. Jusque sous la troisième république, on trouve des éloges de la moralité des petits propriétaires, qui tient justement à leur indépendance. Mais c’est de l’État que le petit propriétaire attend la garantie dans ses transactions – et aussi le maintien de l’ordre qui assure le respect de la propriété. Guizot et Tocqueville sont protectionnistes et très attachés à l’ordre social… Je ne vois donc pas de contradiction entre le goût de l’indépendance et l’attachement aux garanties apportées par un État fort.

Ne retrouve-t-on pas aujourd’hui cette ambivalence au sein du Front national entre une vision étatiste et interventionniste dans les anciens territoires ouvriers et une vision davantage poujadiste parmi les artisans, les commerçants, les indépendants et les petits patrons, notamment dans le sud de la France?

Je ne m’aventurerai pas dans un commentaire sur les électeurs du Front national sur lesquels il y a d’excellentes études (Dominique Reynié, Pascal Perrineau).

Au-delà du cas spécifique de cet électorat, ce qui nous frappe tous aujourd’hui est la perte de confiance dans le personnel politique, la crise de la représentation et le doute sur la capacité de l’État à défendre un bien commun. L’enjeu aujourd’hui est de fonder précisément ce que Tocqueville cherchait à fonder: une communauté de citoyens, une revalorisation de la décision politique, une participation de tous à la vie publique. À ceci près que Tocqueville comme ses contemporains pensait une démocratie guidée par des notables, et qu’il nous faut penser à nouveaux frais la question des «élites» en évitant la confiscation du politique. J’aime à citer cette phrase de L’ancien régime et la Révolution: «ll n’y a rien de moins indépendant qu’un citoyen libre».

Il y a quelques années, la loi française anti-Burka déclenchait un tollé dans les pays anglo-saxons, ce qui est arrivé derechef avec les arrêtés anti-burkini cet été. Le modèle républicain à la française vient-il se heurter au libéralisme politique?

La question est compliquée par la menace terroriste, et le disgracieux burkini n’est pas, je crois, l’objet le plus adéquat pour s’interroger sur la place du religieux dans nos démocraties libérales.

Cela dit, la différence avec les pays anglo-saxons tient à l’histoire particulière des relations entre l’État et les religions en France ; la France a longtemps vécu sous un système concordaire depuis le concordat de Bologne en 1516 dont on célèbre l’anniversaire cette année et le concordat de 1801, complété par les articles organiques incluant les protestants (auxquels on ajoute les juifs en 1808) et ce jusqu’à la séparation de 1905. Le concordat reconnaît aux religions «reconnues» une mission publique, les protège en contrepartie d’un contrôle très tatillon (l’État propose au pape les nominations d’évêques, finance les cultes reconnus, surveille les réunions, le clergé doit prêter serment de fidélité etc.). Pour les libéraux (et aussi pour les catholiques à partir de 1830) cette forme de religion politique est une contrainte insupportable, mais ils réclament rarement avant la fin du 19ème siècle une séparation complète et immédiate comme aux États Unis, pour des raisons d’ordre public et aussi parce qu’ils pensent, comme Tocqueville, le maintien des croyances indispensable à la moralité et la cohésion: «pour qu’un peuple soit libre il faut qu’il croie». La loi de 1905 adoptée à la suite d’un conflit séculaire a été dans la pratique une loi de liberté: elle a mis fin à la fonction sociale et politique des religions tout en reconnaissant l’exercice public des cultes. Ce très long travail, très conflictuel, de la séparation explique la vigilance particulière des Français à l’égard de toute affirmation publique d’une religion qui menacerait l’espace commun de coexistence.

Le deuxième aspect tient en effet à notre modèle social républicain qui se veut très intégrateur et redistributif: on sait que la redistribution est plus poussée quand les populations se perçoivent comme homogènes. L’acceptation de la redistribution et le consentement à l’impôt sont liés à ce que Tocqueville met au cœur de l’anthropologie démocratique: le sentiment de la similitude. Aux États-Unis, la faiblesse historique de l’État providence et de la redistribution va de pair avec la fragmentation sociale et l’acceptation des singularités ou du communautarisme ; en France le poids de la redistribution et l’ambition du projet intégrateur sont inséparables d’un fort sentiment de ce qui est commun, sentiment qui est blessé par tout ce qui est perçu – à tort ou à raison – comme une volonté de sécession. Toute la difficulté est aujourd’hui de combiner l’acceptation du pluralisme et de la distinction avec l’affirmation vigoureuse de la similitude sur l’essentiel et d’un projet commun.

Alexis de Tocqueville, Benjamin Constant, Germaine de Staël, Victor Cousin, Hippolyte Taine, etc. la France a compté parmi les premiers intellectuels libéraux. Comment expliquer l’antilibéralisme qui siège aujourd’hui depuis longtemps parmi les «intellectuels» français?

Le refus du libéralisme par certains intellectuels n’est pas une nouveauté dans la tradition française – et la dénonciation de l’illibéralisme des penseurs français par les anglo-saxons est aussi une tradition. Friedrich Hayek s’en était pris très violemment à la tradition continentale européenne dans La route de la servitude en 1944 (titre emprunté à Tocqueville dans son grand discours contre le droit du travail en 1848): parmi les Européens infestés selon lui de rousseauisme il ne trouve à sauver que Kant, Constant et Tocqueville qu’il juge du reste peu français et pas exempt de toute contamination. Plus près de nous et dans un autre contexte idéologique, Tony Judt, s’en prend en 1992 dans Past imperfect french intellectuals 1944-1956 (trad. Fayard, 1992) à la fascination des penseurs français pour le marxisme.

Les libéraux français n’ont pas dans notre univers intellectuel la position dominante qu’ils ont en Angleterre ou aux États Unis pour les raisons historiques que j’ai données ; ils n’en ont pas moins un rôle essentiel quoique discontinu. Ils sont souvent meilleurs dans l’opposition…: sous le premier ou le second Empire, sous la Restauration. En France il y a dans les années 1970/1980 un grand moment libéral qui permet de penser le communisme ou le passé d’une illusion pour parler comme François Furet.

Donald Trump aux États-Unis, victoire du Brexit aux États-Unis, succès des partis populistes partout en Europe, éclosion de «démocratures» dans de nombreux pays émergents, le libéralisme ne connaît-il pas une crise profonde en tant que modèle politique? Dans Suis-je un libéral (1925), John Maynard Keynes écrivait: «Il nous faut inventer une nouvelle sagesse pour une époque nouvelle». N’est-ce pas aujourd’hui le défi du libéralisme pour se réinventer?

Tocqueville écrivait en 1835: «Il faut une science politique nouvelle à un monde tout nouveau»… La crise de la politique désormais n’est plus pensable comme une exception française. Mais l’intelligence de cette crise nouvelle gagne à la méditation des grands classiques. Marc Bloch rappelait que «l »ignorance du passé ne se borne pas à nuire à la connaissance du présent, elle compromet, dans le présent, l’action même».


(1) Jean TIROLE, Économie du bien commun, p. 58, éd. PUF, 2016.

(2) John DEWEY, The future of liberalism, éd. Later Works, 1935

Voir aussi:

« The Law »
A selected essay reprint
Frédéric Bastiat
Bastiat, Frédéric
(1801-1850)
Introduction

Walter E. Williams*

I must have been forty years old before reading Frederic Bastiat’s classic The Law. An anonymous person, to whom I shall eternally be in debt, mailed me an unsolicited copy. After reading the book I was convinced that a liberal-arts education without an encounter with Bastiat is incomplete. Reading Bastiat made me keenly aware of all the time wasted, along with the frustrations of going down one blind alley after another, organizing my philosophy of life. The Law did not produce a philosophical conversion for me as much as it created order in my thinking about liberty and just human conduct.

Many philosophers have made important contributions to the discourse on liberty, Bastiat among them. But Bastiat’s greatest contribution is that he took the discourse out of the ivory tower and made ideas on liberty so clear that even the unlettered can understand them and statists cannot obfuscate them. Clarity is crucial to persuading our fellowman of the moral superiority of personal liberty.

Like others, Bastiat recognized the greatest single threat to liberty is government. Notice the clarity he employs to help us identify and understand evil government acts such as legalized plunder. Bastiat says, « See if the law takes from some persons what belongs to them, and gives it to other persons to whom it does not belong. See if the law benefits one citizen at the expense of another by doing what the citizen himself cannot do without committing a crime. » With such an accurate description of legalized plunder, we cannot deny the conclusion that most government activities, including ours, are legalized plunder, or for the sake of modernity, legalized theft.

Frederic Bastiat could have easily been a fellow traveler of the signers of our Declaration of Independence. The signers’ vision of liberty and the proper role of government was captured in the immortal words: « We hold these truths to be self-evident, that all men are created equal, that they are endowed by their Creator with certain Unalienable Rights, that among these are Life, Liberty and the pursuit of Happiness. That to secure these rights, governments are instituted among Men…. » Bastiat echoes the identical vision, saying, « Life, faculties, production—in other words individuality, liberty, property—that is man. And in spite of the cunning of artful political leaders, these three gifts from God precede all human legislation, and are superior to it. » Bastiat gave the same rationale for government as did our Founders, saying, « Life, liberty and property do not exist because men have made laws. On the contrary, it is the fact that life, liberty and property existed beforehand that caused men to make laws in the first place. » No finer statements of natural or God-given rights have been made than those found in our Declaration of Independence and The Law.

Bastiat pinned his hopes for liberty on the United States saying, « …look at the United States. There is no country in the world where the law is kept more within its proper domain: the protection of every person’s liberty and property. As a consequence of this, there appears to be no country in the world where the social order rests on a firmer foundation. » Writing in 1850, Bastiat noted two areas where the United States fell short: « Slavery is a violation, by law, of liberty. The protective tariff is a violation, by law, of property. »

If Bastiat were alive today, he would be disappointed with our failure to keep the law within its proper domain. Over the course of a century and a half, we have created more than 50,000 laws. Most of them permit the state to initiate violence against those who have not initiated violence against others. These laws range from anti-smoking laws for private establishments and Social Security « contributions » to licensure laws and minimum wage laws. In each case, the person who resolutely demands and defends his God-given right to be left alone can ultimately suffer death at the hands of our government.*1

Bastiat explains the call for laws that restrict peaceable, voluntary exchange and punish the desire to be left alone by saying that socialists want to play God. Socialists look upon people as raw material to be formed into social combinations. To them—the elite— »the relationship between persons and the legislator appears to be the same as the relationship between the clay and the potter. » And for people who have this vision, Bastiat displays the only anger I find in The Law when he lashes out at do-gooders and would-be rulers of mankind, « Ah, you miserable creatures! You who think that you are so great! You who judge humanity to be so small! You who wish to reform everything! Why don’t you reform yourselves? That task would be sufficient enough. »

Bastiat was an optimist who thought that eloquent arguments in defense of liberty might save the day; but history is not on his side. Mankind’s history is one of systematic, arbitrary abuse and control by the elite acting privately, through the church, but mostly through government. It is a tragic history where hundreds of millions of unfortunate souls have been slaughtered, mostly by their own government. A historian writing 200 or 300 years from now might view the liberties that existed for a tiny portion of mankind’s population, mostly in the western world, for only a tiny portion of its history, the last century or two, as a historical curiosity that defies explanation. That historian might also observe that the curiosity was only a temporary phenomenon and mankind reverted back to the traditional state of affairs—arbitrary control and abuse.

Hopefully, history will prove that pessimistic assessment false. The worldwide collapse of the respectability of the ideas of socialism and communism suggests that there is a glimmer of hope. Another hopeful sign is the technological innovations that make it more difficult for government to gain information on and control its citizens. Innovations such as information access, communication and electronic monetary transactions will make government attempts at control more costly and less probable. These technological innovations will increasingly make it possible for world citizens to communicate and exchange with one another without government knowledge, sanction or permission.

Collapse of communism, technological innovations, accompanied by robust free-market organizations promoting Bastiat’s ideas, are the most optimistic things I can say about the future of liberty in the United States. Americans share an awesome burden and moral responsibility. If liberty dies in the United States, it is destined to die everywhere. A greater familiarity with Bastiat’s clear ideas about liberty would be an important step in rekindling respect and love, and allowing the resuscitation of the spirit of liberty among our fellow Americans.


Notes for this chapter

Walter E. Williams, John M. Olin Distinguished Professor of Economics and Chairman of the Economics Department at George Mason University, Fairfax, Virginia.

Death is not the stated penalty for disobedience; however, death can occur if the person refuses to submit to government sanctions for his disobedience.The Law

Foreword

Sheldon Richman

The state is that great fiction by which everyone tries to live at the expense of everyone else.

—Frederic Bastiat

Frederic Bastiat (1801-1850) holds a special place in the hearts and minds of the friends of liberty. There is no mystery here to be solved. The key to Bastiat’s appeal is the integrity and elegance of his message. His writing exhibits a purity and a reasoned passion that are rare in the modern world. He always wrote to be understood, to persuade, not to impress or to obfuscate.

Through the device of the fable, Bastiat deftly shattered the misconceptions about economics for his French contemporaries. When today, in modern America, we continue to be told, by intellectuals as well as by politicians, that the free entry of foreign-made products impoverishes us or that destructive earthquakes and hurricanes create prosperity by creating demand for rebuilding, we are seeing the results of a culture ignorant of Frederic Bastiat.

But to think of Bastiat as just an economist is to insufficiently appreciate him. Bastiat was a legal philosopher of the first rank. What made him so is The Law. Writing as France was being seduced by the false promises of socialism, Bastiat was concerned with law in the classical sense; he directs his reason to the discovery of the principles of social organization best suited to human beings.

He begins by recognizing that individuals must act to maintain their lives. They do so by applying their faculties to the natural world and transforming its components into useful products. « Life, faculties, production—in other words, individuality, liberty, property—this is man, » Bastiat writes. And since they are at the very core of human nature, they « precede all human legislation, and are superior to it. » Too few people understand that point. Legal positivism, the notion that there is no right and wrong prior to the enactment of legislation, sadly afflicts even some advocates of individual liberty (the utilitarian descendants of Bentham, for example). But, Bastiat reminds us, « Life, liberty, and property do not exist because men have made laws. On the contrary, it was the fact that life, liberty, and property existed beforehand that caused men to make laws in the first place. »

For Bastiat, law is a negative. He agreed with a friend who pointed out that it is imprecise to say that law should create justice. In truth, the law should prevent injustice. « Justice is achieved only when injustice is absent. » That may strike some readers as dubious. But on reflection, one can see that a free and just society is what results when forcible intervention against individuals does not occur; when they are left alone.

The purpose of law is the defense of life, liberty, and property. It is, says Bastiat, « the collective organization of the individual right of lawful defense. » Each individual has the right to defend his life, liberty, and property. A group of individuals, therefore, may be said to have « collective right » to pool their resources to defend themselves. « Thus the principle of collective right—its reason for existing, its lawfulness—is based on individual right. And this common force that protects this collective right cannot logically have any other purpose or any other mission than that for which it acts as a substitute. » If the very purpose of law is the protection of individual rights, then law may not be used—without contradiction—to accomplish what individuals have no right to do. « Such a perversion of force would be… contrary to our premise. » The result would be unlawful law.

A society based on a proper conception of law would be orderly and prosperous. But unfortunately, some will choose plunder over production if the former requires less effort than the latter. A grave danger arises when the class of people who make the law (legislation) turns to plunder. The result, Bastiat writes, is « lawful plunder. » At first, only the small group of lawmakers practices legal plunder. But that may set in motion a process in which the plundered classes, rather than seeking to abolish the perversion of law, instead strive to get in on it. « It is as if it were necessary, before a reign of justice appears, for everyone to suffer a cruel retribution—some for their evilness, and some for their lack of understanding. »

The result of generalized legal plunder is moral chaos precisely because law and morality have been set at odds. « When law and morality contradict each other, the citizen has the cruel alternative of either losing his moral sense or losing his respect for the law. » Bastiat points out that for many people, what is legal is legitimate. So they are plunged into confusion. And conflict.

As long as it is admitted that the law may be diverted from its true purpose-that it may violate property instead of protecting it-then everyone will want to participate in making the law, either to protect himself against plunder or to use it for plunder. Political questions will always be prejudicial, dominant, and all-absorbing. There will be fighting at the door of the Legislative Palace, and the struggle within will be no less furious.

Sound familiar?

Bastiat finds another motive—besides the desire for booty—behind legal plunder: « false philanthropy. » Again, he sees a contradiction. If philanthropy is not voluntary, it destroys liberty and justice. The law can give nothing that has not first been taken from its owner. He applies that analysis to all forms of government intervention, from tariffs to so-called public education.

Bastiat’s words are as fresh as if they were written today. He explains that one can identify legal plunder by looking for laws that authorize that one person’s property be given to someone else. Such laws should be abolished « without delay. » But, he warns, « the person who profits from such law will complain bitterly, defending his acquired rights, » his entitlements. Bastiat’s advice is direct: « Do not listen to this sophistry by vested interests. The acceptance of these arguments will build legal plunder into a whole system. In fact, this has already occurred. The present-day delusion is an attempt to enrich everyone at the expense of everyone else. »

The world view that underlies the distortion of law, Bastiat writes, holds man as a passive entity, lacking a motor of his own and awaiting the hand and plan of the wise legislator. He quotes Rousseau: « The legislator is the mechanic who invents the machine. » Saint-Just: « The legislator commands the future. It is for him to will the good of mankind. It is for him to make men what he wills them to be. » And the razor-sharp Robespierre: « The function of government is to direct the physical and morale powers of the nation toward the end for which the commonwealth has come into being. »

Bastiat echoes Adam Smith’s condemnation of the « man of system, » who sees people as mere pieces to be moved about a chessboard. To accomplish his objectives, the legislator must stamp out human differences, for they impede the plan. Forced conformity (is there any other kind?) is the order of the day. Bastiat quotes several writers in this vein, then replies:

Oh, sublime writers! Please remember sometimes that this clay, this sand, and this manure which you so arbitrarily dispose of, are men! They are your equals! They are intelligent and free human beings like yourselves! As you have, they too have received from God the faculty to observe, to plan ahead, to think, and to judge for themselves!

After quoting several of those writers who are so willing to devote themselves to reinventing people, Bastiat can no longer control his outrage: « Ah, you miserable creatures! You think you are so great! You who judge humanity to be so small! You who wish to reform everything! Why don’t you reform yourselves? That would be sufficient enough. »

Nor does Bastiat allow unrestrained democracy to escape his grasp. With his usual elegance, he goes right to the core of the issue. The democrat hails the people’s wisdom. In what does that wisdom consist? The ability to pick all-powerful legislators—and that is all. « The people who, during the election, were so wise, so moral, so perfect, now have no tendencies whatever; or if they have any, they are tendencies that lead downward to degradation …. If people are as incapable, as immoral, and as ignorant as the politicians indicate, then why is the right of these same people to vote defended with such passionate insistence? » And « if the natural tendencies of mankind are so bad that it is not safe to permit people to be free, how is it that the tendencies of these organizers are always good? »

Bastiat closes his volume with a clarion call for freedom and a rejection of all proposals to impose unnatural social arrangements on people. He implores all « legislators and do-gooders [to] reject all systems, and try liberty. »

In the years since The Law was first published, little has been written in the classical liberal tradition that can approach its purity, its power, its nearly poetic quality. Alas, the world is far from having learned the lessons of The Law. Bastiat would be saddened by what America has become. He warned us. He identified the principles indispensable for proper human society and made them accessible to all. In the struggle to end the legalized plunder of statism and to defend individual liberty, how much more could be asked of one man?

—SHELDON RICHMAN,

November 1995

Voir enfin:

La Loi
Frédéric Bastiat
Œuvres complètes, vol. 4, p. 342.
Juin 1850.

La loi pervertie ! La loi — et à sa suite toutes les forces collectives de la nation, — la Loi, dis-je, non seulement détournée de son but, mais appliquée à poursuivre un but directement contraire ! La Loi devenue l’instrument de toutes les cupidités, au lieu d’en être le frein ! La Loi accomplissant elle-même l’iniquité qu’elle avait pour mission de punir ! Certes, c’est là un fait grave, s’il existe, et sur lequel il doit m’être permis d’appeler l’attention de mes concitoyens.

Nous tenons de Dieu le don qui pour nous les renferme tous, la Vie, — la vie physique, intellectuelle et morale.

Mais la vie ne se soutient pas d’elle-même. Celui qui nous l’a donnée nous a laissé le soin de l’entretenir, de la développer, de la perfectionner.

Pour cela, il nous a pourvus d’un ensemble de Facultés merveilleuses ; il nous a plongés dans un milieu d’éléments divers. C’est par l’application de nos facultés à ces éléments que se réalise le phénomène de l’Assimilation, de l’Appropriation, par lequel la vie parcourt le cercle qui lui a été assigné.

Existence, Facultés, Assimilation — en d’autres termes, Personnalité, Liberté, Propriété, — voilà l’homme.

C’est de ces trois choses qu’on peut dire, en dehors de toute subtilité démagogique, qu’elles sont antérieures et supérieures à toute législation humaine.

Ce n’est pas parce que les hommes ont édicté des Lois que la Personnalité, la Liberté et la Propriété existent. Au contraire, c’est parce que la Personnalité, la Liberté et la Propriété préexistent que les hommes font des Lois.

Qu’est-ce donc que la Loi ? Ainsi que je l’ai dit ailleurs, c’est l’organisation collective du Droit individuel de légitime défense.

Chacun de nous tient certainement de la nature, de Dieu, le droit de défendre sa Personne, sa Liberté, sa Propriété, puisque ce sont les trois éléments constitutifs ou conservateurs de la Vie, éléments qui se complètent l’un par l’autre et ne se peuvent comprendre l’un sans l’autre. Car que sont nos Facultés, sinon un prolongement de notre Personnalité, et qu’est-ce que la Propriété si ce n’est un prolongement de nos Facultés ?

Si chaque homme a le droit de défendre, même par la force, sa Personne, sa Liberté, sa Propriété, plusieurs hommes ont le Droit de se concerter, de s’entendre, d’organiser une Force commune pour pourvoir régulièrement à cette défense.

Le Droit collectif a donc son principe, sa raison d’être, sa légitimité dans le Droit individuel ; et la Force commune ne peut avoir rationnellement d’autre but, d’autre mission que les forces isolées auxquelles elle se substitue.

Ainsi, comme la Force d’un individu ne peut légitimement attenter à la Personne, à la Liberté, à la Propriété d’un autre individu, par la même raison la Force commune ne peut être légitimement appliquée à détruire la Personne, la Liberté, la Propriété des individus ou des classes.

Car cette perversion de la Force serait, en un cas comme dans l’autre, en contradiction avec nos prémisses. Qui osera dire que la Force nous a été donnée non pour défendre nos Droits, mais pour anéantir les Droits égaux de nos frères ? Et si cela n’est pas vrai de chaque force individuelle, agissant isolément, comment cela serait-il vrai de la force collective, qui n’est que l’union organisée des forces isolées ?

Donc, s’il est une chose évidente, c’est celle-ci : La Loi, c’est l’organisation du Droit naturel de légitime défense ; c’est la substitution de la force collective aux forces individuelles, pour agir dans le cercle où celles-ci ont le droit d’agir, pour faire ce que celles-ci ont le droit de faire, pour garantir les Personnes, les Libertés, les Propriétés, pour maintenir chacun dans son Droit, pour faire régner entre tous la Justice.

Et s’il existait un peuple constitué sur cette base, il me semble que l’ordre y prévaudrait dans les faits comme dans les idées. Il me semble que ce peuple aurait le gouvernement le plus simple, le plus économique, le moins lourd, le moins senti, le moins responsable, le plus juste, et par conséquent le plus solide qu’on puisse imaginer, quelle que fût d’ailleurs sa forme politique.

Car, sous un tel régime, chacun comprendrait bien qu’il a toute la plénitude comme toute la responsabilité de son Existence. Pourvu que la personne fût respectée, le travail libre et les fruits du travail garantis contre toute injuste atteinte, nul n’aurait rien à démêler avec l’État. Heureux, nous n’aurions pas, il est vrai, à le remercier de nos succès ; mais malheureux, nous ne nous en prendrions pas plus à lui de nos revers que nos paysans ne lui attribuent la grêle ou la gelée. Nous ne le connaîtrions que par l’inestimable bienfait de la Sûreté.

On peut affirmer encore que, grâce à la non-intervention de l’État dans les affaires privées, les Besoins et les Satisfactions se développeraient dans l’ordre naturel. On ne verrait point les familles pauvres chercher l’instruction littéraire avant d’avoir du pain. On ne verrait point la ville se peupler aux dépens des campagnes, ou les campagnes aux dépens des villes. On ne verrait pas ces grands déplacements de capitaux, de travail, de population, provoqués par des mesures législatives, déplacements qui rendent si incertaines et si précaires les sources mêmes de l’existence, et aggravent par là, dans une si grande mesure, la responsabilité des gouvernements.

Par malheur, il s’en faut que la Loi se soit renfermée dans son rôle. Même il s’en faut qu’elle ne s’en soit écartée que dans des vues neutres et discutables. Elle a fait pis : elle a agi contrairement à sa propre fin ; elle a détruit son propre but ; elle s’est appliquée à anéantir cette Justice qu’elle devait faire régner, à effacer, entre les Droits, cette limite que sa mission était de faire respecter ; elle a mis la force collective au service de ceux qui veulent exploiter, sans risque et sans scrupule, la Personne, la Liberté ou la Propriété d’autrui ; elle a converti la Spoliation en Droit, pour la protéger, et la légitime défense en crime, pour la punir.

Comment cette perversion de la Loi s’est-elle accomplie ? Quelles en ont été les conséquences ?

La Loi s’est pervertie sous l’influence de deux causes bien différentes : l’égoïsme inintelligent et la fausse philanthropie.

Parlons de la première.

Se conserver, se développer, c’est l’aspiration commune à tous les hommes, de telle sorte que si chacun jouissait du libre exercice de ses facultés et de la libre disposition de leurs produits, le progrès social serait incessant, ininterrompu, infaillible.

Mais il est une autre disposition qui leur est aussi commune. C’est de vivre et de se développer, quand ils le peuvent, aux dépens les uns des autres. Ce n’est pas là une imputation hasardée, émanée d’un esprit chagrin et pessimiste. L’histoire en rend témoignage par les guerres incessantes, les migrations de peuples, les oppressions sacerdotales, l’universalité de l’esclavage, les fraudes industrielles et les monopoles dont ses annales sont remplies.

Cette disposition funeste prend naissance dans la constitution même de l’homme, dans ce sentiment primitif, universel, invincible, qui le pousse vers le bien-être et lui fait fuir la douleur.

L’homme ne peut vivre et jouir que par une assimilation, une appropriation perpétuelle, c’est-à-dire par une perpétuelle application de ses facultés sur les choses, ou par le travail. De là la Propriété.

Mais, en fait, il peut vivre et jouir en s’assimilant, en s’appropriant le produit des facultés de son semblable. De là la Spoliation.

Or, le travail étant en lui-même une peine, et l’homme étant naturellement porté à fuir la peine, il s’ensuit, l’histoire est là pour le prouver, que partout où la spoliation est moins onéreuse que le travail, elle prévaut ; elle prévaut sans que ni religion ni morale puissent, dans ce cas, l’empêcher.

Quand donc s’arrête la spoliation ? Quand elle devient plus onéreuse, plus dangereuse que le travail.

Il est bien évident que la Loi devrait avoir pour but d’opposer le puissant obstacle de la force collective à cette funeste tendance ; qu’elle devrait prendre parti pour la propriété contre la Spoliation.

Mais la Loi est faite, le plus souvent, par un homme ou par une classe d’hommes. Et la Loi n’existant point sans sanction, sans l’appui d’une force prépondérante, il ne se peut pas qu’elle ne mette en définitive cette force aux mains de ceux qui légifèrent.

Ce phénomène inévitable, combiné avec le funeste penchant que nous avons constaté dans le cœur de l’homme, explique la perversion à peu près universelle de la Loi. On conçoit comment, au lieu d’être un frein à l’injustice, elle devient un instrument et le plus invincible instrument d’injustice. On conçoit que, selon la puissance du législateur, elle détruit, à son profit, et à divers degrés, chez le reste des hommes, la Personnalité par l’esclavage, la Liberté par l’oppression, la Propriété par la spoliation.

Il est dans la nature des hommes de réagir contre l’iniquité dont ils sont victimes. Lors donc que la Spoliation est organisée par la Loi, au profit des classes qui la font, toutes les classes spoliées tendent, par des voies pacifiques ou par des voies révolutionnaires, à entrer pour quelque chose dans la confection des Lois. Ces classes, selon le degré de lumière où elles sont parvenues, peuvent se proposer deux buts bien différents quand elles poursuivent ainsi la conquête de leurs droits politiques : ou elles veulent faire cesser la spoliation légale, ou elles aspirent à y prendre part.

Malheur, trois fois malheur aux nations où cette dernière pensée domine dans les masses, au moment où elles s’emparent à leur tour de la puissance législative !

Jusqu’à cette époque la spoliation légale s’exerçait par le petit nombre sur le grand nombre, ainsi que cela se voit chez les peuples où le droit de légiférer est concentré en quelques mains. Mais le voilà devenu universel, et l’on cherche l’équilibre dans la spoliation universelle. Au lieu d’extirper ce que la société contenait d’injustice, on la généralise. Aussitôt que les classes déshéritées ont recouvré leurs droits politiques, la première pensée qui les saisit n’est pas de se délivrer de la spoliation (cela supposerait en elles des lumières qu’elles ne peuvent avoir), mais d’organiser, contre les autres classes et à leur propre détriment, un système de représailles, — comme s’il fallait, avant que le règne de la justice arrive, qu’une cruelle rétribution vînt les frapper toutes, les unes à cause de leur iniquité, les autres à cause de leur ignorance.

Il ne pouvait donc s’introduire dans la Société un plus grand changement et un plus grand malheur que celui-là : la Loi convertie en instrument de spoliation.

Quelles sont les conséquences d’une telle perturbation ? Il faudrait des volumes pour les décrire toutes. Contentons-nous d’indiquer les plus saillantes.

La première, c’est d’effacer dans les consciences la notion du juste et de l’injuste.

Aucune société ne peut exister si le respect des Lois n’y règne à quelque degré ; mais le plus sûr, pour que les lois soient respectées, c’est qu’elles soient respectables. Quand la Loi et la Morale sont en contradiction, le citoyen se trouve dans la cruelle alternative ou de perdre la notion de Morale ou de perdre le respect de la Loi, deux malheurs aussi grands l’un que l’autre et entre lesquels il est difficile de choisir.

Il est tellement de la nature de la Loi de faire régner la Justice, que Loi et Justice, c’est tout un, dans l’esprit des masses. Nous avons tous une forte disposition à regarder ce qui est légal comme légitime, à ce point qu’il y en a beaucoup qui font découler faussement toute justice de la Loi. Il suffit donc que la Loi ordonne et consacre la Spoliation pour que la spoliation semble juste et sacrée à beaucoup de consciences. L’esclavage, la restriction, le monopole trouvent des défenseurs non seulement dans ceux qui en profitent, mais encore dans ceux qui en souffrent. Essayez de proposer quelques doutes sur la moralité de ces institutions. « Vous êtes, dira-t-on, un novateur dangereux, un utopiste, un théoricien, un contempteur des lois ; vous ébranlez la base sur laquelle repose la société. » Faites-vous un cours de morale, ou d’économie politique ? Il se trouvera des corps officiels pour faire parvenir au gouvernement ce vœu :

« Que la science soit désormais enseignée, non plus au seul point de vue du Libre-Échange (de la Liberté, de la Propriété, de la Justice), ainsi que cela a eu lieu jusqu’ici, mais aussi et surtout au point de vue des faits et de la législation (contraire à la Liberté, à la Propriété, à la Justice) qui régit l’industrie française. »

« Que, dans les chaires publiques salariées par le Trésor, le professeur s’abstienne rigoureusement de porter la moindre atteinte au respect dû aux lois en vigueur

, etc. »

En sorte que s’il existe une loi qui sanctionne l’esclavage ou le monopole, l’oppression ou la spoliation sous une forme quelconque, il ne faudra pas même en parler ; car comment en parler sans ébranler le respect qu’elle inspire ? Bien plus, il faudra enseigner la morale et l’économie politique au point de vue de cette loi, c’est-à-dire sur la supposition qu’elle est juste par cela seul qu’elle est Loi.

Un autre effet de cette déplorable perversion de la Loi, c’est de donner aux passions et aux luttes politiques, et, en général, à la politique proprement dite, une prépondérance exagérée.

Je pourrais prouver cette proposition de mille manières. Je me bornerai, par voie d’exemple, à la rapprocher du sujet qui a récemment occupé tous les esprits : le suffrage universel.

Quoi qu’en pensent les adeptes de l’École de Rousseau, laquelle se dit très avancée et que je crois reculée de vingt siècles, le suffrage universel (en prenant ce mot dans son acception rigoureuse) n’est pas un de ces dogmes sacrés, à l’égard desquels l’examen et le doute même sont des crimes.

On peut lui opposer de graves objections.

D’abord le mot universel cache un grossier sophisme. Il y a en France trente-six millions d’habitants. Pour que le droit de suffrage fût universel, il faudrait qu’il fût reconnu à trente-six millions d’électeurs. Dans le système le plus large, on ne le reconnaît qu’à neuf millions. Trois personnes sur quatre sont donc exclues et, qui plus est, elles le sont par cette quatrième. Sur quel principe se fonde cette exclusion ? sur le principe de l’Incapacité. Suffrage universel veut dire : suffrage universel des capables. Restent ces questions de fait : quels sont les capables ? l’âge, le sexe, les condamnations judiciaires sont-ils les seuls signes auxquels on puisse reconnaître l’incapacité ?

Si l’on y regarde de près, on aperçoit bien vite le motif pour lequel le droit de suffrage repose sur la présomption de capacité, le système le plus large ne différant à cet égard du plus restreint que par l’appréciation des signes auxquels cette capacité peut se reconnaître, ce qui ne constitue pas une différence de principe, mais de degré.

Ce motif, c’est que l’électeur ne stipule pas pour lui, mais pour tout le monde.

Si, comme le prétendent les républicains de la teinte grecque et romaine, le droit de suffrage nous était échu avec la vie, il serait inique aux adultes d’empêcher les femmes et les enfants de voter. Pourquoi les empêche-t-on ? Parce qu’on les présume incapables. Et pourquoi l’Incapacité est-elle un motif d’exclusion ? Parce que l’électeur ne recueille pas seul la responsabilité de son vote ; parce que chaque vote engage et affecte la communauté tout entière ; parce que la communauté a bien le droit d’exiger quelques garanties, quant aux actes d’où dépendent son bien-être et son existence.

Je sais ce qu’on peut répondre. Je sais aussi ce qu’on pourrait répliquer. Ce n’est pas ici le lieu d’épuiser une telle controverse. Ce que je veux faire observer, c’est que cette controverse même (aussi bien que la plupart des questions politiques) qui agite, passionne et bouleverse les peuples, perdrait presque toute son importance, si la Loi avait toujours été ce qu’elle devrait être.

En effet, si la Loi se bornait à faire respecter toutes les Personnes, toutes les Libertés, toutes les Propriétés, si elle n’était que l’organisation du Droit individuel de légitime défense, l’obstacle, le frein, le châtiment opposé à toutes les oppressions, à toutes les spoliations, croit-on que nous nous disputerions beaucoup, entre citoyens, à propos du suffrage plus ou moins universel ? Croit-on qu’il mettrait en question le plus grand des biens, la paix publique ? Croit-on que les classes exclues n’attendraient pas paisiblement leur tour ? Croit-on que les classes admises seraient très-jalouses de leur privilége ? Et n’est-il pas clair que l’intérêt étant identique et commun, les uns agiraient, sans grand inconvénient, pour les autres ?

Mais que ce principe funeste vienne à s’introduire, que, sous prétexte d’organisation, de réglementation, de protection, d’encouragement, la Loi peut prendre aux uns pour donner aux autres, puiser dans la richesse acquise par toutes les classes pour augmenter celle d’une classe, tantôt celle des agriculteurs, tantôt celle des manufacturiers, des négociants, des armateurs, des artistes, des comédiens ; oh ! certes, en ce cas, il n’y a pas de classe qui ne prétende, avec raison, mettre, elle aussi, la main sur la Loi ; qui ne revendique avec fureur son droit d’élection et d’éligibilité ; qui ne bouleverse la société plutôt que de ne pas l’obtenir. Les mendiants et les vagabonds eux-mêmes vous prouveront qu’ils ont des titres incontestables. Ils vous diront : « Nous n’achetons jamais de vin, de tabac, de sel, sans payer l’impôt, et une part de cet impôt est donnée législativement en primes, en subventions à des hommes plus riches que nous. D’autres font servir la Loi à élever artificiellement le prix du pain, de la viande, du fer, du drap. Puisque chacun exploite la Loi à son profit, nous voulons l’exploiter aussi. Nous voulons en faire sortir le Droit à l’assistance, qui est la part de spoliation du pauvre. Pour cela, il faut que nous soyons électeurs et législateurs, afin que nous organisions en grand l’Aumône pour notre classe, comme vous avez organisé en grand la Protection pour la vôtre. Ne nous dites pas que vous nous ferez notre part, que vous nous jetterez, selon la proposition de M. Mimerel, une somme de 600,000 francs pour nous faire taire et comme un os à ronger. Nous avons d’autres prétentions et, en tout cas, nous voulons stipuler pour nous-mêmes comme les autres classes ont stipulé pour elles-mêmes ! »

Que peut-on répondre à cet argument ? Oui, tant qu’il sera admis en principe que la Loi peut être détournée de sa vraie mission, qu’elle peut violer les propriétés au lieu de les garantir, chaque classe voudra faire la Loi, soit pour se défendre contre la spoliation, soit pour l’organiser aussi à son profit. La question politique sera toujours préjudicielle, dominante, absorbante ; en un mot, on se battra à la porte du Palais législatif. La lutte ne sera pas moins acharnée au-dedans. Pour en être convaincu, il est à peine nécessaire de regarder ce qui se passe dans les Chambres en France et en Angleterre ; il suffit de savoir comment la question y est posée.

Est-il besoin de prouver que cette odieuse perversion de la Loi est une cause perpétuelle de haine, de discorde, pouvant aller jusqu’à la désorganisation sociale ? Jetez les yeux sur les États-Unis. C’est le pays du monde où la Loi reste le plus dans son rôle, qui est de garantir à chacun sa liberté et sa propriété. Aussi c’est le pays du monde où l’ordre social paraît reposer sur les bases les plus stables. Cependant, aux États-Unis même, il est deux questions, et il n’en est que deux, qui, depuis l’origine, ont mis plusieurs fois l’ordre politique en péril. Et quelles sont ces deux questions ? Celle de l’Esclavage et celle des Tarifs, c’est-à-dire précisément les deux seules questions où, contrairement à l’esprit général de cette république, la Loi a pris le caractère spoliateur. L’Esclavage est une violation, sanctionnée par la loi, des droits de la Personne. La Protection est une violation, perpétrée par la loi, du droit de Propriété ; et certes, il est bien remarquable qu’au milieu de tant d’autres débats, ce double fléau légal, triste héritage de l’ancien monde, soit le seul qui puisse amener et amènera peut-être la rupture de l’Union. C’est qu’en effet on ne saurait imaginer, au sein d’une société, un fait plus considérable que celui-ci : La Loi devenue un instrument d’injustice. Et si ce fait engendre des conséquences si formidables aux États-Unis, où il n’est qu’une exception, que doit-ce être dans notre Europe, où il est un Principe, un Système ?

M. de Montalembert, s’appropriant la pensée d’une proclamation fameuse de M. Carlier, disait : Il faut faire la guerre au Socialisme. — Et par Socialisme, il faut croire que, selon la définition de M. Charles Dupin, il désignait la Spoliation.

Mais de quelle Spoliation voulait-il parler ? Car il y en a de deux sortes. Il y a la spoliation extra-légale et la spoliation légale.

Quant à la spoliation extra-légale, celle qu’on appelle vol, escroquerie, celle qui est définie, prévue et punie par le Code pénal, en vérité, je ne pense pas qu’on la puisse décorer du nom de Socialisme. Ce n’est pas celle qui menace systématiquement la société dans ses bases. D’ailleurs, la guerre contre ce genre de spoliation n’a pas attendu le signal de M. de Montalembert ou de M. Carlier. Elle se poursuit depuis le commencement du monde ; la France y avait pourvu, dès longtemps avant la révolution de février, dès longtemps avant l’apparition du Socialisme, par tout un appareil de magistrature, de police, de gendarmerie, de prisons, de bagnes et d’échafauds. C’est la Loi elle-même qui conduit cette guerre, et ce qui serait, selon moi, à désirer, c’est que la Loi gardât toujours cette attitude à l’égard de la Spoliation.

Mais il n’en est pas ainsi. La Loi prend quelquefois parti pour elle. Quelquefois elle l’accomplit de ses propres mains, afin d’en épargner au bénéficiaire la honte, le danger et le scrupule. Quelquefois elle met tout cet appareil de magistrature, police, gendarmerie et prison au service du spoliateur, et traite en criminel le spolié qui se défend. En un mot, il y a la spoliation légale, et c’est de celle-là sans doute que parle M. de Montalembert.

Cette spoliation peut n’être, dans la législation d’un peuple, qu’une tache exceptionnelle et, dans ce cas, ce qu’il y a de mieux à faire, sans tant de déclamations et de jérémiades, c’est de l’y effacer le plus tôt possible, malgré les clameurs des intéressés. Comment la reconnaître ? C’est bien simple. Il faut examiner si la Loi prend aux uns ce qui leur appartient pour donner aux autres ce qui ne leur appartient pas. Il faut examiner si la Loi accomplit, au profit d’un citoyen et au détriment des autres, un acte que ce citoyen ne pourrait accomplir lui-même sans crime. Hâtez-vous d’abroger cette Loi ; elle n’est pas seulement une iniquité, elle est une source féconde d’iniquités ; car elle appelle les représailles, et si vous n’y prenez garde, le fait exceptionnel s’étendra, se multipliera et deviendra systématique. Sans doute, le bénéficiaire jettera les hauts cris ; il invoquera les droits acquis. Il dira que l’État doit Protection et Encouragement à son industrie ; il alléguera qu’il est bon que l’État l’enrichisse, parce qu’étant plus riche il dépense davantage, et répand ainsi une pluie de salaires sur les pauvres ouvriers. Gardez-vous d’écouter ce sophiste, car c’est justement par la systématisation de ces arguments que se systématisera la spoliation légale.

C’est ce qui est arrivé. La chimère du jour est d’enrichir toutes les classes aux dépens les unes des autres ; c’est de généraliser la Spoliation sous prétexte de l’organiser. Or, la spoliation légale peut s’exercer d’une multitude infinie de manières ; de là une multitude infinie de plans d’organisation : tarifs, protection, primes, subventions, encouragements, impôt progressif, instruction gratuite, Droit au travail, Droit au profit, Droit au salaire, Droit à l’assistance, Droit aux instruments de travail, gratuité du crédit, etc. Et c’est l’ensemble de tous ces plans, en ce qu’ils ont de commun, la spoliation légale, qui prend le nom de Socialisme.

Or le Socialisme, ainsi défini, formant un corps de doctrine, quelle guerre voulez-vous lui faire, si ce n’est une guerre de doctrine ? Vous trouvez cette doctrine fausse, absurde, abominable. Réfutez-la. Cela vous sera d’autant plus aisé qu’elle est plus fausse, plus absurde, plus abominable. Surtout, si vous voulez être fort, commencez par extirper de votre législation tout ce qui a pu s’y glisser de Socialisme, — et l’œuvre n’est pas petite.

On a reproché à M. de Montalembert de vouloir tourner contre le Socialisme la force brutale. C’est un reproche dont il doit être exonéré, car il a dit formellement : il faut faire au Socialisme la guerre qui est compatible avec la loi, l’honneur et la justice.

Mais comment M. de Montalembert ne s’aperçoit-il pas qu’il se place dans un cercle vicieux ? Vous voulez opposer au Socialisme la Loi ? Mais précisément le Socialisme invoque la Loi. Il n’aspire pas à la spoliation extra-légale, mais à la spoliation légale. C’est de la Loi même, à l’instar des monopoleurs de toute sorte, qu’il prétend se faire un instrument ; et une fois qu’il aura la Loi pour lui, comment voulez-vous tourner la Loi contre lui ? Comment voulez-vous le placer sous le coup de vos tribunaux, de vos gendarmes, de vos prisons ?

Aussi que faites-vous ? Vous voulez l’empêcher de mettre la main à la confection des Lois. Vous voulez le tenir en dehors du Palais législatif. Vous n’y réussirez pas, j’ose vous le prédire, tandis qu’au-dedans on légiférera sur le principe de la Spoliation légale. C’est trop inique, c’est trop absurde.

Il faut absolument que cette question de Spoliation légale se vide, et il n’y a que trois solutions.

Que le petit nombre spolie le grand nombre.

Que tout le monde spolie tout le monde.

Que personne ne spolie personne.

Spoliation partielle, Spoliation universelle, absence de Spoliation, il faut choisir. La Loi ne peut poursuivre qu’un de ces trois résultats.

Spoliation partielle, — c’est le système qui a prévalu tant que l’électorat a été partiel, système auquel on revient pour éviter l’invasion du Socialisme.

Spoliation universelle, — c’est le système dont nous avons été menacés quand l’électorat est devenu universel, la masse ayant conçu l’idée de légiférer sur le principe des législateurs qui l’ont précédée.

Absence de Spoliation, — c’est le principe de justice, de paix, d’ordre, de stabilité, de conciliation, de bon sens que je proclamerai de toute la force, hélas ! bien insuffisante, de mes poumons, jusqu’à mon dernier souffle.

Et, sincèrement, peut-on demander autre chose à la Loi ? La Loi, ayant pour sanction nécessaire la Force, peut-elle être raisonnablement employée à autre chose qu’à maintenir chacun dans son Droit ? Je défie qu’on la fasse sortir de ce cercle, sans la tourner, et, par conséquent, sans tourner la Force contre le Droit. Et comme c’est là la plus funeste, la plus illogique perturbation sociale qui se puisse imaginer, il faut bien reconnaître que la véritable solution, tant cherchée, du problème social est renfermée dans ces simples mots : la Loi, c’est la Justice organisée.

Or, remarquons-le bien : organiser la Justice par la Loi, c’est-à-dire par la Force, exclut l’idée d’organiser par la Loi ou par la Force une manifestation quelconque de l’activité humaine : Travail, Charité, Agriculture, Commerce, Industrie, Instruction, Beaux-Arts, Religion ; car il n’est pas possible qu’une de ces organisations secondaires n’anéantisse l’organisation essentielle. Comment imaginer, en effet, la Force entreprenant sur la Liberté des citoyens, sans porter atteinte à la Justice, sans agir contre son propre but ?

Ici je me heurte au plus populaire des préjugés de notre époque. On ne veut pas seulement que la Loi soit juste ; on veut encore qu’elle soit philanthropique. On ne se contente pas qu’elle garantisse à chaque citoyen le libre et inoffensif exercice de ses facultés, appliquées à son développement physique, intellectuel et moral ; on exige d’elle qu’elle répande directement sur la nation le bien-être, l’instruction et la moralité. C’est le côté séduisant du Socialisme.

Mais, je le répète, ces deux missions de la Loi se contredisent. Il faut opter. Le citoyen ne peut en même temps être libre et ne l’être pas. M. de Lamartine m’écrivait un jour : « Votre doctrine n’est que la moitié de mon programme ; vous en êtes resté à la Liberté, j’en suis à la Fraternité. » Je lui répondis : « La seconde moitié de votre programme détruira la première. » Et, en effet, il m’est tout à fait impossible de séparer le mot fraternité du mot volontaire. Il m’est tout à fait impossible de concevoir la Fraternité légalement forcée, sans que la Liberté soit légalement détruite, et la Justice légalement foulée aux pieds.

La Spoliation légale a deux racines : l’une, nous venons de le voir, est dans l’Égoïsme humain ; l’autre est dans la fausse Philanthropie.

Avant d’aller plus loin, je crois devoir m’expliquer sur le mot Spoliation.

Je ne le prends pas, ainsi qu’on le fait trop souvent, dans une acception vague, indéterminée, approximative, métaphorique : je m’en sers au sens tout à fait scientifique, et comme exprimant l’idée opposée à celle de la Propriété. Quand une portion de richesses passe de celui qui l’a acquise, sans son consentement et sans compensation, à celui qui ne l’a pas créée, que ce soit par force ou par ruse, je dis qu’il y a atteinte à la Propriété, qu’il y a Spoliation. Je dis que c’est là justement ce que la Loi devrait réprimer partout et toujours. Que si la Loi accomplit elle-même l’acte qu’elle devrait réprimer, je dis qu’il n’y a pas moins Spoliation, et même, socialement parlant, avec circonstance aggravante. Seulement, en ce cas, ce n’est pas celui qui profite de la Spoliation qui en est responsable, c’est la Loi, c’est le législateur, c’est la société, et c’est ce qui en fait le danger politique.

Il est fâcheux que ce mot ait quelque chose de blessant. J’en ai vainement cherché un autre, car en aucun temps, et moins aujourd’hui que jamais, je ne voudrais jeter au milieu de nos discordes une parole irritante. Aussi, qu’on le croie ou non, je déclare que je n’entends accuser les intentions ni la moralité de qui que ce soit. J’attaque une idée que je crois fausse, un système qui me semble injuste, et cela tellement en dehors des intentions, que chacun de nous en profite sans le vouloir et en souffre sans le savoir. Il faut écrire sous l’influence de l’esprit de parti ou de la peur pour révoquer en doute la sincérité du Protectionnisme, du Socialisme et même du Communisme, qui ne sont qu’une seule et même plante, à trois périodes diverses de sa croissance. Tout ce qu’on pourrait dire, c’est que la Spoliation est plus visible, par sa partialité, dans le Protectionnisme

, par son universalité, dans le Communisme ; d’où il suit que des trois systèmes le Socialisme est encore le plus vague, le plus indécis, et par conséquent le plus sincère.

Quoi qu’il en soit, convenir que la spoliation légale a une de ses racines dans la fausse philanthropie, c’est mettre évidemment les intentions hors de cause.

Ceci entendu, examinons ce que vaut, d’où vient et où aboutit cette aspiration populaire qui prétend réaliser le Bien général par la Spoliation générale.

Les socialistes nous disent : puisque la Loi organise la justice, pourquoi n’organiserait-elle pas le travail, l’enseignement, la religion ?

Pourquoi ? Parce qu’elle ne saurait organiser le travail, l’enseignement, la religion, sans désorganiser la Justice.

Remarquez donc que la Loi, c’est la Force, et que, par conséquent, le domaine de la Loi ne saurait dépasser légitimement le légitime domaine de la Force.

Quand la loi et la Force retiennent un homme dans la Justice, elles ne lui imposent rien qu’une pure négation. Elles ne lui imposent que l’abstention de nuire. Elles n’attentent ni à sa Personnalité, ni à sa Liberté, ni à sa Propriété. Seulement elles sauvegardent la Personnalité, la Liberté et la Propriété d’autrui. Elles se tiennent sur la défensive ; elles défendent le Droit égal de tous. Elles remplissent une mission dont l’innocuité est évidente, l’utilité palpable, et la légitimité incontestée.

Cela est si vrai qu’ainsi qu’un de mes amis me le faisait remarquer dire que le but de la Loi est de faire régner la Justice, c’est se servir d’une expression qui n’est pas rigoureusement exacte. Il faudrait dire : Le but de la Loi est d’empêcher l’Injustice de régner. En effet, ce n’est pas la Justice qui a une existence propre, c’est l’Injustice. L’une résulte de l’absence de l’autre.

Mais quand la Loi, — par l’intermédiaire de son agent nécessaire, la Force, — impose un mode de travail, une méthode ou une matière d’enseignement, une foi ou un culte, ce n’est plus négativement, c’est positivement qu’elle agit sur les hommes. Elle substitue la volonté du législateur à leur propre volonté, l’initiative du législateur à leur propre initiative. Ils n’ont plus à se consulter, à comparer, à prévoir ; la Loi fait tout cela pour eux. L’intelligence leur devient un meuble inutile ; ils cessent d’être hommes ; ils perdent leur Personnalité, leur Liberté, leur Propriété.

Essayez d’imaginer une forme de travail imposée par la Force, qui ne soit une atteinte à la Liberté ; une transmission de richesse imposée par la Force, qui ne soit une atteinte à la Propriété. Si vous n’y parvenez pas, convenez donc que la Loi ne peut organiser le travail et l’industrie sans organiser l’Injustice.

Lorsque, du fond de son cabinet, un publiciste promène ses regards sur la société, il est frappé du spectacle d’inégalité qui s’offre à lui. Il gémit sur les souffrances qui sont le lot d’un si grand nombre de nos frères, souffrances dont l’aspect est rendu plus attristant encore par le contraste du luxe et de l’opulence.

Il devrait peut-être se demander si un tel état social n’a pas pour cause d’anciennes Spoliations, exercées par voie de conquête, et des Spoliations nouvelles, exercées par l’intermédiaire des Lois. Il devrait se demander si, l’aspiration de tous les hommes vers le bien-être et le perfectionnement étant donnée, le règne de la justice ne suffit pas pour réaliser la plus grande activité de Progrès et la plus grande somme d’Égalité, compatibles avec cette responsabilité individuelle que Dieu a ménagée comme juste rétribution des vertus et des vices.

Il n’y songe seulement pas. Sa pensée se porte vers des combinaisons, des arrangements, des organisations légales ou factices. Il cherche le remède dans la perpétuité et l’exagération de ce qui a produit le mal.

Car, en dehors de la Justice, qui, comme nous l’avons vu, n’est qu’une véritable négation, est-il aucun de ces arrangements légaux qui ne renferme le principe de la Spoliation ?

Vous dites : « Voilà des hommes qui manquent de richesses, » — et vous vous adressez à la Loi. Mais la Loi n’est pas une mamelle qui se remplisse d’elle-même, ou dont les veines lactifères aillent puiser ailleurs que dans la société. Il n’entre rien au trésor public, en faveur d’un citoyen ou d’une classe, que ce que les autres citoyens et les autres classes ont été forcés d’y mettre. Si chacun n’y puise que l’équivalent de ce qu’il y a versé, votre Loi, il est vrai, n’est pas spoliatrice, mais elle ne fait rien pour ces hommes qui manquent de richesses, elle ne fait rien pour l’égalité. Elle ne peut être un instrument d’égalisation qu’autant qu’elle prend aux uns pour donner aux autres, et alors elle est un instrument de Spoliation. Examinez à ce point de vue la Protection des tarifs, les primes d’encouragement, le Droit au profit, le Droit au travail, le Droit à l’assistance, le Droit à l’instruction, l’impôt progressif, la gratuité du crédit, l’atelier social, toujours vous trouverez au fond la Spoliation légale, l’injustice organisée.

Vous dites : « Voilà des hommes qui manquent de lumières, » — et vous vous adressez à la Loi. Mais la Loi n’est pas un flambeau répandant au loin une clarté qui lui soit propre. Elle plane sur une société où il y a des hommes qui savent et d’autres qui ne savent pas ; des citoyens qui ont besoin d’apprendre et d’autres qui sont disposés à enseigner. Elle ne peut faire que de deux choses l’une : ou laisser s’opérer librement ce genre de transactions, laisser se satisfaire librement cette nature de besoins ; ou bien forcer à cet égard les volontés et prendre aux uns de quoi payer des professeurs chargés d’instruire gratuitement les autres. Mais elle ne peut pas faire qu’il n’y ait, au second cas, atteinte à la Liberté et à la Propriété, Spoliation légale.

Vous dites : « Voilà des hommes qui manquent de moralité ou de religion, » — et vous vous adressez à la Loi. Mais la Loi c’est la Force, et ai-je besoin de dire combien c’est une entreprise violente et folle que de faire intervenir la force en ces matières ?

Au bout de ses systèmes et de ses efforts, il semble que le Socialisme, quelque complaisance qu’il ait pour lui-même, ne puisse s’empêcher d’apercevoir le monstre de la Spoliation légale. Mais que fait-il ? Il le déguise habilement à tous les yeux, même aux siens, sous les noms séducteurs de Fraternité, Solidarité, Organisation, Association. Et parce que nous ne demandons pas tant à la Loi, parce que nous n’exigeons d’elle que Justice, il suppose que nous repoussons la fraternité, la solidarité, l’organisation, l’association, et nous jette à la face l’épithète d’individualistes.

Qu’il sache donc que ce que nous repoussons, ce n’est pas l’organisation naturelle, mais l’organisation forcée.

Ce n’est pas l’association libre, mais les formes d’association qu’il prétend nous imposer.

Ce n’est pas la fraternité spontanée, mais la fraternité légale.

Ce n’est pas la solidarité providentielle, mais la solidarité artificielle, qui n’est qu’un déplacement injuste de Responsabilité.

Le Socialisme, comme la vieille politique d’où il émane, confond le Gouvernement et la Société. C’est pourquoi, chaque fois que nous ne voulons pas qu’une chose soit faite par le Gouvernement, il en conclut que nous ne voulons pas que cette chose soit faite du tout. Nous repoussons l’instruction par l’État ; donc nous ne voulons pas d’instruction. Nous repoussons une religion d’État ; donc nous ne voulons pas de religion. Nous repoussons l’égalisation par l’État ; donc nous ne voulons pas d’égalité, etc., etc. C’est comme s’il nous accusait de ne vouloir pas que les hommes mangent, parce que nous repoussons la culture du blé par l’État.

Comment a pu prévaloir, dans le monde politique, l’idée bizarre de faire découler de la Loi ce qui n’y est pas : le Bien, en mode positif, la Richesse, la Science, la Religion ?

Les publicistes modernes, particulièrement ceux de l’école socialiste, fondent leurs théories diverses sur une hypothèse commune, et assurément la plus étrange, la plus orgueilleuse qui puisse tomber dans un cerveau humain.

Ils divisent l’humanité en deux parts. L’universalité des hommes, moins un, forme la première ; le publiciste, à lui tout seul, forme la seconde et, de beaucoup, la plus importante.

En effet, ils commencent par supposer que les hommes ne portent en eux-mêmes ni un principe d’action, ni un moyen de discernement ; qu’ils sont dépourvus d’initiative ; qu’ils sont de la matière inerte, des molécules passives, des atomes sans spontanéité, tout au plus une végétation indifférente à son propre mode d’existence, susceptible de recevoir, d’une volonté et d’une main extérieures, un nombre infini de formes plus ou moins symétriques, artistiques, perfectionnées.

Ensuite chacun d’eux suppose sans façon qu’il est lui-même, sous les noms d’Organisateur, de Révélateur, de Législateur, d’Instituteur, de Fondateur, cette volonté et cette main, ce mobile universel, cette puissance créatrice dont la sublime mission est de réunir en société ces matériaux épars, qui sont des hommes.

Partant de cette donnée, comme chaque jardinier, selon son caprice, taille ses arbres en pyramides, en parasols, en cubes, en cônes, en vases, en espaliers, en quenouilles, en éventails, chaque socialiste, suivant sa chimère, taille la pauvre humanité en groupes, en séries, en centres, en sous-centres, en alvéoles, en ateliers sociaux, harmoniques, contrastés, etc., etc.

Et de même que le jardinier, pour opérer la taille des arbres, a besoin de haches, de scies, de serpettes et de ciseaux, le publiciste, pour arranger sa société, a besoin de forces qu’il ne peut trouver que dans les Lois ; loi de douane, loi d’impôt, loi d’assistance, loi d’instruction.

Il est si vrai que les socialistes considèrent l’humanité comme matière à combinaisons sociales, que si, par hasard, ils ne sont pas bien sûrs du succès de ces combinaisons, ils réclament du moins une parcelle d’humanité comme matière à expériences : on sait combien est populaire parmi eux l’idée d’expérimenter tous les systèmes, et on a vu un de leurs chefs venir sérieusement demander à l’assemblée constituante une commune avec tous ses habitants, pour faire son essai.

C’est ainsi que tout inventeur fait sa machine en petit avant de la faire en grand. C’est ainsi que le chimiste sacrifie quelques réactifs, que l’agriculteur sacrifie quelques semences et un coin de son champ pour faire l’épreuve d’une idée.

Mais quelle distance incommensurable entre le jardinier et ses arbres, entre l’inventeur et sa machine, entre le chimiste et ses réactifs, entre l’agriculteur et ses semences !… Le socialiste croit de bonne foi que la même distance le sépare de l’humanité.

Il ne faut pas s’étonner que les publicistes du dix-neuvième siècle considèrent la société comme une création artificielle sortie du génie du Législateur.

Cette idée, fruit de l’éducation classique, a dominé tous les penseurs, tous les grands écrivains de notre pays.

Tous ont vu entre l’humanité et le législateur les mêmes rapports qui existent entre l’argile et le potier.

Bien plus, s’ils ont consenti à reconnaître, dans le cœur de l’homme, un principe d’action et, dans son intelligence, un principe de discernement, ils ont pensé que Dieu lui avait fait, en cela, un don funeste, et que l’humanité, sous l’influence de ces deux moteurs, tendait fatalement vers sa dégradation. Ils ont posé en fait qu’abandonnée à ses penchants l’humanité ne s’occuperait de religion que pour aboutir à l’athéisme, d’enseignement que pour arriver à l’ignorance, de travail et d’échanges que pour s’éteindre dans la misère.

Heureusement, selon ces mêmes écrivains, il y a quelques hommes, nommés Gouvernants, Législateurs, qui ont reçu du ciel, non-seulement pour eux-mêmes, mais pour tous les autres, des tendances opposées.

Pendant que l’humanité penche vers le Mal, eux inclinent au Bien ; pendant que l’humanité marche vers les ténèbres, eux aspirent à la lumière ; pendant que l’humanité est entraînée vers le vice, eux sont attirés par la vertu. Et, cela posé, ils réclament la Force, afin qu’elle les mette à même de substituer leurs propres tendances aux tendances du genre humain.

Il suffit d’ouvrir, à peu près au hasard, un livre de philosophie, de politique ou d’histoire pour voir combien est fortement enracinée dans notre pays cette idée, fille des études classiques et mère du Socialisme, que l’humanité est une matière inerte recevant du pouvoir la vie, l’organisation, la moralité et la richesse ; ou bien, ce qui est encore pis, que d’elle-même l’humanité tend vers sa dégradation et n’est arrêtée sur cette pente que par la main mystérieuse du Législateur. Partout le Conventionalisme classique nous montre, derrière la société passive, une puissance occulte qui, sous les noms de Loi, Législateur, ou sous cette expression plus commode et plus vague de on, meut l’humanité, l’anime, l’enrichit et la moralise.

Bossuet. — « Une des choses qu’on (qui ?) imprimait le plus fortement dans l’esprit des Égyptiens, c’était l’amour de la patrie… Il n’était pas permis d’être inutile à l’État ; la Loi assignait à chacun son emploi, qui se perpétuait de père en fils. On ne pouvait ni en avoir deux ni changer de profession… Mais il y avait une occupation qui devait être commune, c’était l’étude des lois et de la sagesse. L’ignorance de la religion et de la police du pays n’était excusée en aucun état. Au reste, chaque profession avait son canton qui lui était assigné (par qui ?)… Parmi de bonnes lois, ce qu’il y avait de meilleur, c’est que tout le monde était nourri (par qui ?) dans l’esprit de les observer… Leurs mercures ont rempli l’Égypte d’inventions merveilleuses, et ne lui avaient presque rien laissé ignorer de ce qui pouvait rendre la vie commode et tranquille. »

Ainsi, les hommes, selon Bossuet, ne tirent rien d’eux-mêmes : patriotisme, richesses, activité, sagesse, inventions, labourage, sciences, tout leur venait par l’opération des Lois ou des Rois. Il ne s’agissait pour eux que de se laisser faire. C’est à ce point que Diodore ayant accusé les Égyptiens de rejeter la lutte et la musique, Bossuet l’en reprend. Comment cela est-il possible, dit-il, puisque ces arts avaient été inventés par Trismégiste ?

De même chez les Perses :

« Un des premiers soins du prince était de faire fleurir l’agriculture… Comme il y avait des charges établies pour la conduite des armées, il y en avait aussi pour veiller aux travaux rustiques… Le respect qu’on inspirait aux Perses pour l’autorité royale allait jusqu’à l’excès. »

Les Grecs, quoique pleins d’esprit, n’en étaient pas moins étrangers à leurs propres destinées, jusque-là que, d’eux-mêmes, ils ne se seraient pas élevés, comme les chiens et les chevaux, à la hauteur des jeux les plus simples. Classiquement, c’est une chose convenue que tout vient du dehors aux peuples.

« Les Grecs, naturellement pleins d’esprit et de courage, avaient été cultivés de bonne heure par des Rois et des colonies venues d’Égypte. C’est de là qu’ils avaient appris les exercices du corps, la course à pied, à cheval et sur des chariots… Ce que les Égyptiens leur avaient appris de meilleur était à se rendre dociles, à se laisser former par des lois pour le bien public. »

Fénelon. — Nourri dans l’étude et l’admiration de l’antiquité, témoin de la puissance de Louis XIV, Fénelon ne pouvait guère échapper à cette idée que l’humanité est passive, et que ses malheurs comme ses prospérités, ses vertus comme ses vices lui viennent d’une action extérieure, exercée sur elle par la Loi ou celui qui la fait. Aussi, dans son utopique Salente, met-il les hommes, avec leurs intérêts, leurs facultés, leurs désirs et leurs biens, à la discrétion absolue du Législateur. En quelque matière que ce soit, ce ne sont jamais eux qui jugent pour eux-mêmes, c’est le Prince. La nation n’est qu’une matière informe, dont le Prince est l’âme. C’est en lui que résident la pensée, la prévoyance, le principe de toute organisation, de tout progrès et, par conséquent, la Responsabilité.

Pour prouver cette assertion, il me faudrait transcrire ici tout le Xme livre de Télémaque. J’y renvoie le lecteur, et me contente de citer quelques passages pris au hasard dans ce célèbre poème, auquel, sous tout autre rapport, je suis le premier à rendre justice.

Avec cette crédulité surprenante qui caractérise les classiques, Fénelon admet, malgré l’autorité du raisonnement et des faits, la félicité générale des Égyptiens, et il l’attribue, non à leur propre sagesse, mais à celle de leurs Rois.

« Nous ne pouvions jeter les yeux sur les deux rivages sans apercevoir des villes opulentes, des maisons de campagne agréablement situées, des terres qui se couvrent tous les ans d’une moisson dorée, sans se reposer jamais ; des prairies pleines de troupeaux ; des laboureurs accablés sous le poids des fruits que la terre épanchait de son sein ; des bergers qui faisaient répéter les doux sons de leurs flûtes et de leurs chalumeaux à tous les échos d’alentour. Heureux, disait Mentor, le peuple qui est conduit par un sage Roi.

« Ensuite Mentor me faisait remarquer la joie et l’abondance répandues dans toute la campagne d’Égypte, où l’on comptait jusqu’à vingt-deux mille villes ; la justice exercée en faveur du pauvre contre le riche ; la bonne éducation des enfants qu’on accoutumait à l’obéissance, au travail, à la sobriété, à l’amour des arts et des lettres ; l’exactitude pour toutes les cérémonies de la religion, le désintéressement, le désir de l’honneur, la fidélité pour les hommes et la crainte pour les dieux, que chaque père inspirait à ses enfants. Il ne se lassait point d’admirer ce bel ordre. Heureux, me disait-il, le peuple qu’un sage Roi conduit ainsi. »

Fénelon fait, sur la Crète, une idylle encore plus séduisante. Puis il ajoute, par la bouche de Mentor :

« Tout ce que vous verrez dans cette île merveilleuse est le fruit des lois de Minos. L’éducation qu’il faisait donner aux enfants rend le corps sain et robuste. On les accoutume d’abord à une vie simple, frugale et laborieuse ; on suppose que toute volupté amollit le corps et l’esprit ; on ne leur propose jamais d’autre plaisir que celui d’être invincibles par la vertu et d’acquérir beaucoup de gloire… Ici on punit trois vices qui sont impunis chez les autres peuples, l’ingratitude, la dissimulation et l’avarice. Pour le faste et la mollesse, on n’a jamais besoin de les réprimer, car ils sont inconnus en Crète… on n’y souffre ni meubles précieux, ni habits magnifiques, ni festins délicieux, ni palais dorés. »

C’est ainsi que Mentor prépare son élève à triturer et manipuler, dans les vues les plus philanthropiques sans doute, le peuple d’Ithaque, et, pour plus de sûreté, il lui en donne l’exemple à Salente.

Voilà comment nous recevons nos premières notions politiques. On nous enseigne à traiter les hommes à peu près comme Olivier de Serres enseigne aux agriculteurs à traiter et mélanger les terres.

Montesquieu. — « Pour maintenir l’esprit de commerce, il faut que toutes les lois le favorisent ; que ces mêmes lois, par leurs dispositions, divisant les fortunes à mesure que le commerce les grossit, mettent chaque citoyen pauvre dans une assez grande aisance pour pouvoir travailler comme les autres, et chaque citoyen riche dans une telle médiocrité qu’il ait besoin de travailler pour conserver ou pour acquérir… »

Ainsi les Lois disposent de toutes les fortunes.

« Quoique dans la démocratie l’égalité réelle soit l’âme de l’État, cependant elle est si difficile à établir qu’une exactitude extrême à cet égard ne conviendrait pas toujours. Il suffit que l’on établisse un cens qui réduise ou fixe les différences à un certain point. Après quoi c’est à des lois particulières à égaliser pour ainsi dire les inégalités, par les charges qu’elles imposent aux riches et le soulagement qu’elles accordent aux pauvres… »

C’est bien là encore l’égalisation des fortunes par la loi, par la force.

« Il y avait dans la Grèce deux sortes de républiques. Les unes étaient militaires, comme Lacédémone ; d’autres étaient commerçantes, comme Athènes. Dans les unes on voulait que les citoyens fussent oisifs ; dans les autres on cherchait à donner de l’amour pour le travail. »

« Je prie qu’on fasse un peu d’attention à l’étendue du génie qu’il fallut à ces législateurs pour voir qu’en choquant tous les usages reçus, en confondant toutes les vertus, ils montreraient à l’univers leur sagesse. Lycurgue, mêlant le larcin avec l’esprit de justice, le plus dur esclavage avec l’extrême liberté, les sentiments les plus atroces avec la plus grande modération, donna de la stabilité à sa ville. Il sembla lui ôter toutes les ressources, les arts, le commerce, l’argent, les murailles : on y a de l’ambition sans espérance d’être mieux ; on y a les sentiments naturels, et on n’y est ni enfant, ni mari, ni père ; la pudeur même est ôtée à la chasteté. C’est par ce chemin que Sparte est menée à la grandeur et à la gloire… »

« Cet extraordinaire que l’on voyait dans les institutions de la Grèce, nous l’avons vu dans la lie et la corruption des temps modernes. Un législateur honnête homme a formé un peuple où la probité parait aussi naturelle que la bravoure chez les Spartiates. M. Penn est un véritable Lycurgue, et quoique le premier ait eu la paix pour objet comme l’autre a eu la guerre, ils se ressemblent dans la voie singulière où ils ont mis leur peuple, dans l’ascendant qu’ils ont eu sur des hommes libres, dans les préjugés qu’ils ont vaincus, dans les passions qu’ils ont soumises. »

« Le Paraguay peut nous fournir un autre exemple. On a voulu en faire un crime à la Société, qui regarde le plaisir de commander comme le seul bien de la vie ; mais il sera toujours beau de gouverner les hommes en les rendant plus heureux… »

« Ceux qui voudront faire des institutions pareilles établiront la communauté des biens de la République de Platon, ce respect qu’il demandait pour les dieux, cette séparation d’avec les étrangers pour la conservation des mœurs, et la cité faisant le commerce et non pas les citoyens ; ils donneront nos arts sans notre luxe, et nos besoins sans nos désirs. »

L’engouement vulgaire aura beau s’écrier : c’est du Montesquieu, donc c’est magnifique ! c’est sublime ! j’aurai le courage de mon opinion et de dire :

Quoi ! vous avez le front de trouver cela beau ! *

Mais c’est affreux ! abominable ! et ces extraits, que je pourrais multiplier, montrent que, dans les idées de Montesquieu, les personnes, les libertés, les propriétés, l’humanité entière ne sont que des matériaux propres à exercer la sagacité du Législateur.

Rousseau. — Bien que ce publiciste, suprême autorité des démocrates, fasse reposer l’édifice social sur la volonté générale, personne n’a admis aussi complètement que lui l’hypothèse de l’entière passivité du genre humain en présence du Législateur.

« S’il est vrai qu’un grand prince est un homme rare, que sera-ce d’un grand législateur ? Le premier n’a qu’à suivre le modèle que l’autre doit proposer. Celui-ci est le mécanicien qui invente la machine, celui-là n’est que l’ouvrier qui la monte et la fait marcher. »

Et que sont les hommes en tout ceci ? La machine qu’on monte et qui marche, ou plutôt la matière brute dont la machine est faite !

Ainsi entre le Législateur et le Prince, entre le Prince et les sujets, il y a les mêmes rapports qu’entre l’agronome et l’agriculteur, l’agriculteur et la glèbe. À quelle hauteur au-dessus de l’humanité est donc placé le publiciste, qui régente les Législateurs eux-mêmes et leur enseigne leur métier en ces termes impératifs :

« Voulez-vous donner de la consistance à l’État ? rapprochez les degrés extrêmes autant qu’il est possible. Ne souffrez ni des gens opulents ni des gueux.

« Le sol est-il ingrat ou stérile, ou le pays trop serré pour les habitants, tournez-vous du côté de l’industrie et des arts, dont vous échangerez les productions contre les denrées qui vous manquent… Dans un bon terrain, manquez-vous d’habitants, donnez tous vos soins à l’agriculture, qui multiplie les hommes, et chassez les arts, qui ne feraient qu’achever de dépeupler le pays… Occupez-vous des rivages étendus et commodes, couvrez la mer de vaisseaux, vous aurez une existence brillante et courte. La mer ne baigne-t-elle sur vos côtes que des rochers inaccessibles, restez barbares et ichthyophages, vous en vivrez plus tranquilles, meilleurs peut-être, et, à coup sûr, plus heureux. En un mot, outre les maximes communes à tous, chaque peuple renferme en lui quelque cause qui les ordonne d’une manière particulière, et rend sa législation propre à lui seul. C’est ainsi qu’autrefois les Hébreux, et récemment les Arabes, ont eu pour principal objet la religion ; les Athéniens, les lettres ; Carthage et Tyr, le commerce ; Rhodes, la marine ; Sparte, la guerre, et Rome, la vertu. L’auteur de l’Esprit des Lois a montré par quel art le législateur dirige l’institution vers chacun de ces objets… Mais si le législateur, se trompant dans son objet, prend un principe différent de celui qui naît de la nature des choses, que l’un tende à la servitude et l’autre à la liberté ; l’un aux richesses, l’autre à la population ; l’un à la paix, l’autre aux conquêtes, on verra les lois s’affaiblir insensiblement, la constitution s’altérer, et l’État ne cessera d’être agité jusqu’à ce qu’il soit détruit ou changé, et que l’invincible nature ait repris son empire.

Mais si la nature est assez invincible pour reprendre son empire, pourquoi Rousseau n’admet-il pas qu’elle n’avait pas besoin du Législateur pour prendre cet empire dès l’origine ? Pourquoi n’admet-il pas qu’obéissant à leur propre initiative les hommes se tourneront d’eux-mêmes vers le commerce sur des rivages étendus et commodes, sans qu’un Lycurgue, un Solon, un Rousseau s’en mêlent, au risque de se tromper ?

Quoi qu’il en soit, on comprend la terrible responsabilité que Rousseau fait peser sur les inventeurs, instituteurs, conducteurs, législateurs et manipulateurs de Sociétés. Aussi est-il, à leur égard, très exigeant.

« Celui qui ose entreprendre d’instituer un peuple doit se sentir en état de changer, pour ainsi dire, la nature humaine, de transformer chaque individu qui, par lui-même, est un tout parfait et solitaire, en partie d’un plus grand tout, dont cet individu reçoive, en tout ou en partie, sa vie et son être ; d’altérer la constitution de l’homme pour la renforcer, de substituer une existence partielle et morale à l’existence physique et indépendante que nous avons tous reçue de la nature. Il faut, en un mot, qu’il ôte à l’homme ses propres forces pour lui en donner qui lui soient étrangères… »

Pauvre espèce humaine, que feraient de ta dignité les adeptes de Rousseau ?

Raynal. — « Le climat, c’est-à-dire le ciel et le sol, est la première règle du législateur. Ses ressources lui dictent ses devoirs. C’est d’abord sa position locale qu’il doit consulter. Une peuplade jetée sur les côtes maritimes aura des lois relatives à la navigation… Si la colonie est portée dans les terres, un législateur doit prévoir et leur genre et leur degré de fécondité… »

« C’est surtout dans la distribution de la propriété qu’éclatera la sagesse de la législation. En général, et dans tous les pays du monde, quand on fonde une colonie, il faut donner des terres à tous les hommes, c’est-à-dire à chacun une étendue suffisante pour l’entretien d’une famille… »

« Dans une île sauvage qu’on peuplerait d’enfants, on n’aurait qu’à laisser éclore les germes de la vérité dans les développements de la raison… Mais quand on établit un peuple déjà vieux dans un pays nouveau, l’habileté consiste à ne lui laisser que les opinions et les habitudes nuisibles dont on ne peut le guérir et le corriger. Veut-on empêcher qu’elles ne se transmettent, on veillera sur la seconde génération par une éducation commune et publique des enfants. Un prince, un législateur, ne devrait jamais fonder une colonie sans y envoyer d’avance des hommes sages pour l’instruction de la jeunesse… Dans une colonie naissante, toutes les facilités sont ouvertes aux précautions du Législateur qui veut épurer le sang et les mœurs d’un peuple. Qu’il ait du génie et de la vertu, les terres et les hommes qu’il aura dans ses mains inspireront à son âme un plan de société, qu’un écrivain ne peut jamais tracer que d’une manière vague et sujette à l’instabilité des hypothèses, qui varient et se compliquent avec une infinité de circonstances trop difficiles à prévoir et à combiner… »

Ne semble-t-il pas entendre un professeur d’agriculture dire à ses élèves : « Le climat est la première règle de l’agriculteur. Ses ressources lui dictent ses devoirs. C’est d’abord sa position locale qu’il doit consulter. Est-il sur un sol argileux, il doit se conduire de telle façon. A-t-il affaire à du sable, voici comment il doit s’y prendre. Toutes les facilités sont ouvertes à l’agriculteur qui veut nettoyer et améliorer son sol. Qu’il ait de l’habileté, les terres, les engrais qu’il aura dans ses mains lui inspireront un plan d’exploitation, qu’un professeur ne peut jamais tracer que d’une manière vague et sujette à l’instabilité des hypothèses, qui varient et se compliquent avec une infinité de circonstances trop difficiles à prévoir et à combiner. »

Mais, ô sublimes écrivains, veuillez donc vous souvenir quelquefois que cette argile, ce sable, ce fumier, dont vous disposez si arbitrairement, ce sont des Hommes, vos égaux, des êtres intelligents et libres comme vous, qui ont reçu de Dieu, comme vous, la faculté de voir, de prévoir, de penser et de juger pour eux-mêmes !

Mably. — (Il suppose les lois usées par la rouille du temps, la négligence de la sécurité, et poursuit ainsi :)

« Dans ces circonstances, il faut être convaincu que les ressorts du gouvernement se sont relâchés. Donnez-leur une nouvelle tension (c’est au lecteur que Mably s’adresse), et le mal sera guéri… Songez moins à punir des fautes qu’à encourager les vertus dont vous avez besoin. Par cette méthode vous rendrez à votre république la vigueur de la jeunesse. C’est pour n’avoir pas été connue des peuples libres qu’ils ont perdu la liberté ! Mais si les progrès du mal sont tels que les magistrats ordinaires ne puissent y remédier efficacement, ayez recours à une magistrature extraordinaire, dont le temps soit court et la puissance considérable. L’imagination des citoyens a besoin alors d’être frappée… »

Et tout dans ce goût durant vingt volumes.

Il a été une époque où, sous l’influence de tels enseignements, qui sont le fond de l’éducation classique, chacun a voulu se placer en dehors et au-dessus de l’humanité, pour l’arranger, l’organiser et l’instituer à sa guise.

Condillac. — « Érigez-vous, Monseigneur, en Lycurgue ou en Solon. Avant que de poursuivre la lecture de cet écrit, amusez-vous à donner des lois à quelque peuple sauvage d’Amérique ou d’Afrique. Établissez dans des demeures fixes ces hommes errants ; apprenez-leur à nourrir des troupeaux… ; travaillez à développer les qualités sociales que la nature a mises en eux… Ordonnez-leur de commencer à pratiquer les devoirs de l’humanité… Empoisonnez par des châtiments les plaisirs que promettent les passions, et vous verrez ces barbares, à chaque article de votre législation, perdre un vice et prendre une vertu. »

« Tous les peuples ont eu des lois. Mais peu d’entre eux ont été heureux. Quelle en est la cause ? C’est que les législateurs ont presque toujours ignoré que l’objet de la société est d’unir les familles par un intérêt commun. »

« L’impartialité des lois consiste en deux choses : à établir l’égalité dans la fortune et dans la dignité des citoyens… À mesure que vos lois établiront une plus grande égalité, elles deviendront plus chères à chaque citoyen… Comment l’avarice, l’ambition, la volupté, la paresse, l’oisiveté, l’envie, la haine, la jalousie agiteraient-elles des hommes égaux en fortune et en dignité, et à qui les lois ne laisseraient pas l’espérance de rompre l’égalité ? » (Suit l’idylle.)

« Ce qu’on vous a dit de la République de Sparte doit vous donner de grandes lumières sur cette question. Aucun autre État n’a jamais eu des lois plus conformes à l’ordre de la nature et de l’égalité. »

Il n’est pas surprenant que les dix-septième et dix-huitième siècles aient considéré le genre humain comme une matière inerte attendant, recevant tout, forme, figure, impulsion, mouvement et vie d’un grand Prince, d’un grand Législateur, d’un grand Génie. Ces siècles étaient nourris de l’étude de l’Antiquité, et l’Antiquité nous offre en effet partout, en Égypte, en Perse, en Grèce, à Rome, le spectacle de quelques hommes manipulant à leur gré l’humanité asservie par la force ou par l’imposture. Qu’est-ce que cela prouve ? Que, parce que l’homme et la société sont perfectibles, l’erreur, l’ignorance, le despotisme, l’esclavage, la superstition doivent s’accumuler davantage au commencement des temps. Le tort des écrivains que j’ai cités n’est pas d’avoir constaté le fait, mais de l’avoir proposé, comme règle, à l’admiration et à l’imitation des races futures. Leur tort est d’avoir, avec une inconcevable absence de critique, et sur la foi d’un conventionalisme puéril, admis ce qui est inadmissible, à savoir la grandeur, la dignité, la moralité et le bien-être de ces sociétés factices de l’ancien monde ; de n’avoir pas compris que le temps produit et propage la lumière ; qu’à mesure que la lumière se fait, la force passe du côté du Droit et la société reprend possession d’elle-même.

Et en effet, quel est le travail politique auquel nous assistons ? Il n’est autre que l’effort instinctif de tous les peuples vers la liberté

. Et qu’est-ce que la Liberté, ce mot qui a la puissance de faire battre tous les cœurs et d’agiter le monde, si ce n’est l’ensemble de toutes les libertés, liberté de conscience, d’enseignement, d’association, de presse, de locomotion, de travail, d’échange ; d’autres termes, le franc exercice, pour tous, de toutes les facultés inoffensives ; en d’autres termes encore, la destruction de tous les despotismes, même le despotisme légal, et la réduction de la Loi à sa seule attribution rationnelle, qui est de régulariser le Droit individuel de légitime défense ou de réprimer l’injustice ?

Cette tendance du genre humain, il faut en convenir, est grandement contrariée, particulièrement dans notre patrie, par la funeste disposition, — fruit de l’enseignement classique, — commune à tous les publicistes, de se placer en dehors de l’humanité pour l’arranger, l’organiser et l’instituer à leur guise.

Car, pendant que la société s’agite pour réaliser la Liberté, les grands hommes qui se placent à sa tête, imbus des principes des dix-septième et dix-huitième siècles, ne songent qu’à la courber sous le philanthropique despotisme de leurs inventions sociales et à lui faire porter docilement, selon l’expression de Rousseau, le joug de la félicité publique, telle qu’ils l’ont imaginée.

On le vit bien en 1789. À peine l’Ancien Régime légal fut-il détruit, qu’on s’occupa de soumettre la société nouvelle à d’autres arrangements artificiels, toujours en partant de ce point convenu : l’omnipotence de la Loi.

Saint-Just. — « Le Législateur commande à l’avenir. C’est à lui de vouloir le bien. C’est à lui de rendre les hommes ce qu’il veut qu’ils soient. »

Robespierre. « La fonction du gouvernement est de diriger les forces physiques et morales de la nation vers le but de son institution. »

Billaud-Varennes. « Il faut recréer le peuple qu’on veut rendre à la liberté. Puisqu’il faut détruire d’anciens préjugés, changer d’antiques habitudes, perfectionner des affections dépravées, restreindre des besoins superflus, extirper des vices invétérés ; il faut donc une action forte, une impulsion véhémente… Citoyens, l’inflexible austérité de Lycurgue devint à Sparte la base inébranlable de la République ; le caractère faible et confiant de Solon replongea Athènes dans l’esclavage. Ce parallèle renferme toute la science du gouvernement. »

Lepelletier. « Considérant à quel point l’espèce humaine est dégradée, je me suis convaincu de la nécessité d’opérer une entière régénération et, si je puis m’exprimer ainsi, de créer un nouveau peuple. »

On le voit, les hommes ne sont rien que de vils matériaux. Ce n’est pas à eux de vouloir le bien ; — ils en sont incapables, — c’est au Législateur, selon Saint-Just. Les hommes ne sont que ce qu’il veut qu’ils soient.

Suivant Robespierre, qui copie littéralement Rousseau, le Législateur commence par assigner le but de l’institution de la nation. Ensuite les gouvernements n’ont plus qu’à diriger vers ce but toutes les forces physiques et morales. La nation elle-même reste toujours passive en tout ceci, et Billaud-Varennes nous enseigne qu’elle ne doit avoir que les préjugés, les habitudes, les affections et les besoins que le Législateur autorise. Il va jusqu’à dire que l’inflexible austérité d’un homme est la base de la république.

On a vu que, dans le cas où le mal est si grand que les magistrats ordinaires n’y peuvent remédier, Mably conseillait la dictature pour faire fleurir la vertu. « Ayez recours, dit-il, à une magistrature extraordinaire, dont le temps soit court et la puissance considérable. L’imagination des citoyens a besoin d’être frappée. » Cette doctrine n’a pas été perdue. Écoutons Robespierre :

« Le principe du gouvernement républicain, c’est la vertu, et son moyen, pendant qu’il s’établit, la terreur. Nous voulons substituer, dans notre pays, la morale à l’égoïsme, la probité à l’honneur, les principes aux usages, les devoirs aux bienséances, l’empire de la raison à la tyrannie de la mode, le mépris du vice au mépris du malheur, la fierté à l’insolence, la grandeur d’âme à la vanité, l’amour de la gloire à l’amour de l’argent, les bonnes gens à la bonne compagnie, le mérite à l’intrigue, le génie au bel esprit, la vérité à l’éclat, le charme du bonheur aux ennuis de la volupté, la grandeur de l’homme à la petitesse des grands, un peuple magnanime, puissant, heureux, à un peuple aimable, frivole, misérable ; c’est-à-dire toutes les vertus et tous les miracles de la République à tous les vices et à tous les ridicules de la monarchie. »

À quelle hauteur au-dessus du reste de l’humanité se place ici Robespierre ! Et remarquez la circonstance dans laquelle il parle. Il ne se borne pas à exprimer le vœu d’une grande rénovation du cœur humain ; il ne s’attend même pas à ce qu’elle résultera d’un gouvernement régulier. Non, il veut l’opérer lui-même et par la terreur. Le discours d’où est extrait ce puéril et laborieux amas d’antithèses avait pour objet d’exposer les principes de morale qui doivent diriger un gouvernement révolutionnaire. Remarquez que, lorsque Robespierre vient demander la dictature, ce n’est pas seulement pour repousser l’étranger et combattre les factions ; c’est bien pour faire prévaloir par la terreur, et préalablement au jeu de la Constitution, ses propres principes de morale. Sa prétention ne va à rien moins que d’extirper du pays, par la terreur, l’égoïsme, l’honneur, les usages, les bienséances, la mode, la vanité, l’amour de l’argent, la bonne compagnie, l’intrigue, le bel esprit, la volupté et la misère. Ce n’est qu’après que lui, Robespierre, aura accompli ces miracles, — comme il les appelle avec raison, — qu’il permettra aux lois de reprendre leur empire. — Eh ! misérables, qui vous croyez si grands, qui jugez l’humanité si petite, qui voulez tout réformer, réformez-vous vous-mêmes, cette tâche vous suffit.

Cependant, en général, messieurs les Réformateurs, Législateurs et Publicistes ne demandent pas à exercer sur l’humanité un despotisme immédiat. Non, ils sont trop modérés et trop philanthropes pour cela. Ils ne réclament que le despotisme, l’absolutisme, l’omnipotence de la Loi. Seulement ils aspirent à faire la Loi.

Pour montrer combien cette disposition étrange des esprits a été universelle, en France, de même qu’il m’aurait fallu copier tout Mably, tout Raynal, tout Rousseau, tout Fénelon, et de longs extraits de Bossuet et Montesquieu, il me faudrait aussi reproduire le procès-verbal tout entier des séances de la Convention. Je m’en garderai bien et j’y renvoie le lecteur.

On pense bien que cette idée dut sourire à Bonaparte. Il l’embrassa avec ardeur et la mit énergiquement en pratique. Se considérant comme un chimiste, il ne vit dans l’Europe qu’une matière à expériences. Mais bientôt cette matière se manifesta comme un réactif puissant. Aux trois quarts désabusé, Bonaparte, à Sainte-Hélène, parut reconnaître qu’il y a quelque initiative dans les peuples, et il se montra moins hostile à la liberté. Cela ne l’empêcha pas cependant de donner par son testament cette leçon à son fils : « Gouverner, c’est répandre la moralité, l’instruction et le bien-être. »

Est-il nécessaire maintenant de faire voir par de fastidieuses citations d’où procèdent Morelly, Babeuf, Owen, Saint-Simon, Fourier ? Je me bornerai à soumettre au lecteur quelques extraits du livre de Louis Blanc sur l’organisation du travail.

« Dans notre projet, la société reçoit l’impulsion du pouvoir ». (Page 126.)

En quoi consiste l’impulsion que le Pouvoir donne à la société ? À imposer le projet de M. L. Blanc.

D’un autre coté, la société, c’est le genre humain.

Donc, en définitive, le genre humain reçoit l’impulsion de M. L. Blanc.

Libre à lui, dira-t-on. Sans doute le genre humain est libre de suivre les conseils de qui que ce soit. Mais ce n’est pas ainsi que M. L. Blanc comprend la chose. Il entend que son projet soit converti en Loi, et par conséquent imposé de force par le pouvoir.

« Dans notre projet, l’État ne fait que donner au travail une législation (excusez du peu), en vertu de laquelle le mouvement industriel peut et doit s’accomplir en toute liberté. Il (l’État) ne fait que placer la liberté sur une pente (rien que cela) qu’elle descend, une fois qu’elle y est placée, par la seule force des choses et par une suite naturelle du mécanisme établi. »

Mais quelle est cette pente ? — Celle indiquée par M. L. Blanc. — Ne conduit-elle pas aux abîmes ? — Non, elle conduit au bonheur. — Comment donc la société ne s’y place-t-elle pas d’elle-même ? — Parce qu’elle ne sait ce qu’elle veut et qu’elle a besoin d’impulsion. — Qui lui donnera cette impulsion ? — Le pouvoir. — Et qui donnera l’impulsion au pouvoir ? — L’inventeur du mécanisme, M. L. Blanc.

Nous ne sortons jamais de ce cercle : l’humanité passive et un grand homme qui la meut par l’intervention de la Loi.

Une fois sur cette pente, la société jouirait-elle au moins de quelque liberté ? — Sans doute. — Et qu’est-ce que la liberté ?

« Disons-le une fois pour toutes : la liberté consiste non pas seulement dans le Droit accordé, mais dans le Pouvoir donné à l’homme d’exercer, de développer ses facultés, sous l’empire de la justice et sous la sauvegarde de la loi. »

« Et ce n’est point là une distinction vaine : le sens en est profond, les conséquences en sont immenses. Car dès qu’on admet qu’il faut à l’homme, pour être vraiment libre, le Pouvoir d’exercer et de développer ses facultés, il en résulte que la société doit à chacun de ses membres l’instruction convenable, sans laquelle l’esprit humain ne peut se déployer, et les instruments de travail, sans lesquels l’activité humaine ne peut se donner carrière. Or, par l’intervention de qui la société donnera-t-elle à chacun de ses membres l’instruction convenable et les instruments de travail nécessaires, si ce n’est par l’intervention de l’État ? »

Ainsi la liberté, c’est le pouvoir. — En quoi consiste ce Pouvoir ? — À posséder l’instruction et les instruments de travail. — Qui donnera l’instruction et les instruments de travail ? — La société, qui les doit. — Par l’intervention de qui la société donnera-t-elle des instruments de travail à ceux qui n’en ont pas ? — Par l’intervention de l’État. — À qui l’État les prendra-t-il ?

C’est au lecteur de faire la réponse et de voir où tout ceci aboutit.

Un des phénomènes les plus étranges de notre temps, et qui étonnera probablement beaucoup nos neveux, c’est que la doctrine qui se fonde sur cette triple hypothèse : l’inertie radicale de l’humanité ; l’omnipotence de la Loi ; l’infaillibilité du Législateur ; soit le symbole sacré du parti qui se proclame exclusivement démocratique.

Il est vrai qu’il se dit aussi social.

En tant que démocratique, il a une foi sans limite en l’humanité.

Comme social, il la met au-dessous de la boue.

S’agit-il de droits politiques, s’agit-il de faire sortir de son sein le Législateur, oh ! alors, selon lui, le peuple a la science infuse ; il est doué d’un tact admirable ; sa volonté est toujours droite, la volonté générale ne peut errer. Le suffrage ne saurait être trop universel. Nul ne doit à la société aucune garantie. La volonté et la capacité de bien choisir sont toujours supposées. Est-ce que le peuple peut se tromper ? Est-ce que nous ne sommes pas dans le siècle des lumières ? Quoi donc ! Le peuple sera-t-il éternellement en tutelle ? N’a-t-il pas conquis ses droits par assez d’efforts et de sacrifices ? N’a-t-il pas donné assez de preuves de son intelligence et de sa sagesse ? N’est-il pas arrivé à sa maturité ? N’est-il pas en état de juger pour lui-même ? Ne connaît-il pas ses intérêts ? Y a-t-il un homme ou une classe qui ose revendiquer le droit de se substituer au peuple, de décider et d’agir pour lui ? Non, non, le peuple veut être libre, et il le sera. Il veut diriger ses propres affaires, et il les dirigera.

Mais le Législateur est-il une fois dégagé des comices par l’élection, oh ! alors le langage change. La nation rentre dans la passivité, dans l’inertie, dans le néant, et le Législateur prend possession de l’omnipotence. À lui l’invention, à lui la direction, à lui l’impulsion, à lui l’organisation. L’humanité n’a plus qu’à se laisser faire ; l’heure du despotisme a sonné. Et remarquez que cela est fatal ; car ce peuple, tout à l’heure si éclairé, si moral, si parfait, n’a plus aucunes tendances, ou, s’il en a, elles l’entraînent toutes vers la dégradation. Et on lui laisserait un peu de Liberté ! Mais ne savez-vous pas que, selon M. Considérant, la liberté conduit fatalement au monopole ? Ne savez-vous pas que la liberté c’est la concurrence ? et que la concurrence, suivant M. L. Blanc, c’est pour le peuple un système d’extermination, pour la bourgeoisie une cause de ruine ? Que c’est pour cela que les peuples sont d’autant plus exterminés et ruinés qu’ils sont plus libres, témoin la Suisse, la Hollande, l’Angleterre et les États-Unis ? Ne savez-vous pas, toujours selon M. L. Blanc, que la concurrence conduit au monopole, et que, par la même raison, le bon marché conduit à l’exagération des prix ? Que la concurrence tend à tarir les sources de la consommation et pousse la production à une activité dévorante ? Que la concurrence force la production à s’accroître et la consommation à décroître ; d’où il suit que les peuples libres produisent pour ne pas consommer ; qu’elle est tout à la fois oppression et démence, et qu’il faut absolument que M. L. Blanc s’en mêle ?

Quelle liberté, d’ailleurs, pourrait-on laisser aux hommes ? Serait-ce la liberté de conscience ? Mais on les verra tous profiter de la permission pour se faire athées. La liberté d’enseignement ? Mais les pères se hâteront de payer des professeurs pour enseigner à leurs fils l’immoralité et l’erreur ; d’ailleurs, à en croire M. Thiers, si l’enseignement était laissé à la liberté nationale, il cesserait d’être national, et nous élèverions nos enfants dans les idées des Turcs ou des Indous, au lieu que, grâce au despotisme légal de l’université, ils ont le bonheur d’être élevés dans les nobles idées des Romains. La liberté du travail ? Mais c’est la concurrence, qui a pour effet de laisser tous les produits non consommés, d’exterminer le peuple et de ruiner la bourgeoisie. La liberté d’échanger ? Mais on sait bien, les protectionistes l’ont démontré à satiété, qu’un homme se ruine quand il échange librement et que, pour s’enrichir, il faut échanger sans liberté. La liberté d’association ? Mais, d’après la doctrine socialiste, liberté et association s’excluent, puisque précisément on n’aspire à ravir aux hommes leur liberté que pour les forcer de s’associer.

Vous voyez donc bien que les démocrates-socialistes ne peuvent, en bonne conscience, laisser aux hommes aucune liberté, puisque, par leur nature propre, et si ces messieurs n’y mettent ordre, ils tendent, de toute part, à tous les genres de dégradation et de démoralisation.

Reste à deviner, en ce cas, sur quel fondement on réclame pour eux, avec tant d’instance, le suffrage universel.

Les prétentions des organisateurs soulèvent une autre question, que je leur ai souvent adressée, et à laquelle, que je sache, ils n’ont jamais répondu. Puisque les tendances naturelles de l’humanité sont assez mauvaises pour qu’on doive lui ôter sa liberté, comment se fait-il que les tendances des organisateurs soient bonnes ? Les Législateurs et leurs agents ne font-ils pas partie du genre humain ? Se croient-ils pétris d’un autre limon que le reste des hommes ? Ils disent que la société, abandonnée à elle-même, court fatalement aux abîmes parce que ses instincts sont pervers. Ils prétendent l’arrêter sur cette pente et lui imprimer une meilleure direction. Ils ont donc reçu du ciel une intelligence et des vertus qui les placent en dehors et au-dessus de l’humanité ; qu’ils montrent leurs titres. Ils veulent être bergers, ils veulent que nous soyons troupeau. Cet arrangement présuppose en eux une supériorité de nature, dont nous avons bien le droit de demander la preuve préalable.

Remarquez que ce que je leur conteste, ce n’est pas le droit d’inventer des combinaisons sociales, de les propager, de les conseiller, de les expérimenter sur eux-mêmes, à leurs frais et risques ; mais bien le droit de nous les imposer par l’intermédiaire de la Loi, c’est-à-dire des forces et des contributions publiques.

Je demande que les Cabétistes, les Fouriéristes, les Proudhoniens, les Universitaires, les Protectionistes renoncent non à leurs idées spéciales, mais à cette idée qui leur est commune, de nous assujettir de force à leurs groupes et séries, à leurs ateliers sociaux, à leur banque gratuite, à leur moralité gréco-romaine, à leurs entraves commerciales. Ce que je leur demande, c’est de nous laisser la faculté de juger leurs plans et de ne pas nous y associer, directement ou indirectement, si nous trouvons qu’ils froissent nos intérêts, ou s’ils répugnent à notre conscience.

Car la prétention de faire intervenir le pouvoir et l’impôt, outre qu’elle est oppressive et spoliatrice, implique encore cette hypothèse préjudicielle : l’infaillibilité de l’organisateur et l’incompétence de l’humanité.

Et si l’humanité est incompétente à juger pour elle-même, que vient-on nous parler de suffrage universel ?

Cette contradiction dans les idées s’est malheureusement reproduite dans les faits, et pendant que le peuple français a devancé tous les autres dans la conquête de ses droits, ou plutôt de ses garanties politiques, il n’en est pas moins resté le plus gouverné, dirigé, administré, imposé, entravé et exploité de tous les peuples.

Il est aussi celui de tous où les révolutions sont le plus imminentes, et cela doit être.

Dès qu’on part de cette idée, admise par tous nos publicistes et si énergiquement exprimée par M. L. Blanc en ces mots : « La société reçoit l’impulsion du pouvoir ; » dès que les hommes se considèrent eux-mêmes comme sensibles mais passifs, incapables de s’élever par leur propre discernement et par leur propre énergie à aucune moralité, à aucun bien-être, et réduits à tout attendre de la Loi ; en un mot, quand ils admettent que leurs rapports avec l’État sont ceux du troupeau avec le berger, il est clair que la responsabilité du pouvoir est immense. Les biens et les maux, les vertus et les vices, l’égalité et l’inégalité, l’opulence et la misère, tout découle de lui. Il est chargé de tout, il entreprend tout, il fait tout ; donc il répond de tout. Si nous sommes heureux, il réclame à bon droit notre reconnaissance ; mais si nous sommes misérables, nous ne pouvons nous en prendre qu’à lui. Ne dispose-t-il pas, en principe, de nos personnes et de nos biens ? La Loi n’est-elle pas omnipotente ? En créant le monopole universitaire, il s’est fait fort de répondre aux espérances des pères de famille privés de liberté ; et si ces espérances sont déçues, à qui la faute ? En réglementant l’industrie, il s’est fait fort de la faire prospérer, sinon il eût été absurde de lui ôter sa liberté ; et si elle souffre, à qui la faute ? En se mêlant de pondérer la balance du commerce, par le jeu des tarifs, il s’est fait fort de le faire fleurir ; et si, loin de fleurir, il se meurt, à qui la faute ? En accordant aux armements maritimes sa protection en échange de leur liberté, il s’est fait fort de les rendre lucratifs ; et s’ils sont onéreux, à qui la faute ?

Ainsi, il n’y a pas une douleur dans la nation dont le gouvernement ne se soit volontairement rendu responsable. Faut-il s’étonner que chaque souffrance soit une cause de révolution ?

Et quel est le remède qu’on propose ? C’est d’élargir indéfiniment le domaine de la Loi, c’est-à-dire la Responsabilité du gouvernement.

Mais si le gouvernement se charge d’élever et de régler les salaires et qu’il ne le puisse ; s’il se charge d’assister toutes les infortunes et qu’il ne le puisse ; s’il se charge d’assurer des retraites à tous les travailleurs et qu’il ne le puisse ; s’il se charge de fournir à tous les ouvriers des instruments de travail et qu’il ne le puisse ; s’il se charge d’ouvrir à tous les affamés d’emprunts un crédit gratuit et qu’il ne le puisse ; si, selon les paroles que nous avons vues avec regret échapper à la plume de M. de Lamartine, « l’État se donne la mission d’éclairer, de développer, d’agrandir, de fortifier, de spiritualiser, et de sanctifier l’âme des peuples, » et qu’il échoue ; ne voit-on pas qu’au bout de chaque déception, hélas ! plus que probable, il y a une non moins inévitable révolution ?

Je reprends ma thèse et je dis : immédiatement après la science économique et à l’entrée de la science politique

, se présente une question dominante. C’est celle-ci :

Qu’est-ce que la Loi ? que doit-elle être ? quel est son domaine ? quelles sont ses limites ? où s’arrêtent, par suite, les attributions du Législateur ?

Je n’hésite pas à répondre : La Loi, c’est la force commune organisée pour faire obstacle à l’Injustice — et pour abréger, la Loi, c’est la Justice.

Il n’est pas vrai que le Législateur ait sur nos personnes et nos propriétés une puissance absolue, puisqu’elles préexistent et que son œuvre est de les entourer de garanties.

Il n’est pas vrai que la Loi ait pour mission de régir nos consciences, nos idées, nos volontés, notre instruction, nos sentiments, nos travaux, nos échanges, nos dons, nos jouissances.

Sa mission est d’empêcher qu’en aucune de ces matières le droit de l’un n’usurpe le droit de l’autre.

La Loi, parce qu’elle a pour sanction nécessaire la Force, ne peut avoir pour domaine légitime que le légitime domaine de la force, à savoir : la Justice.

Et comme chaque individu n’a le droit de recourir à la force que dans le cas de légitime défense, la force collective, qui n’est que la réunion des forces individuelles, ne saurait être rationnellement appliquée à une autre fin.

La Loi, c’est donc uniquement l’organisation du droit individuel préexistant de légitime défense.

La Loi, c’est la Justice.

Il est si faux qu’elle puisse opprimer les personnes ou spolier les propriétés, même dans un but philanthropique, que sa mission est de les protéger.

Et qu’on ne dise pas qu’elle peut au moins être philanthropique, pourvu qu’elle s’abstienne de toute oppression, de toute spoliation ; cela est contradictoire. La Loi ne peut pas ne pas agir sur nos personnes ou nos biens ; si elle ne les garantit, elle les viole par cela seul qu’elle agit, par cela seul qu’elle est.

La Loi, c’est la Justice.

Voilà qui est clair, simple, parfaitement défini et délimité, accessible à toute intelligence, visible à tout œil, car la Justice est une quantité donnée, immuable, inaltérable, qui n’admet ni plus ni moins.

Sortez de là, faites la Loi religieuse, fraternitaire, égalitaire, philanthropique, industrielle, littéraire, artistique, aussitôt vous êtes dans l’infini, dans l’incertain, dans l’inconnu, dans l’utopie imposée, ou, qui pis est, dans la multitude des utopies combattant pour s’emparer de la Loi et s’imposer ; car la fraternité, la philanthropie n’ont pas comme la justice des limites fixes. Où vous arrêterez-vous ? Où s’arrêtera la Loi ? L’un, comme M. de Saint-Cricq, n’étendra sa philanthropie que sur quelques classes d’industriels, et il demandera à la Loi qu’elle dispose des consommateurs en faveur des producteurs. L’autre, comme M. Considérant, prendra en main la cause des travailleurs et réclamera pour eux de la Loi un minimum assuré, le vêtement, le logement, la nourriture et toutes choses nécessaires à l’entretien de la vie. Un troisième, M. L. Blanc, dira, avec raison, que ce n’est là qu’une fraternité ébauchée et que la Loi doit donner à tous les instruments de travail et l’instruction. Un quatrième fera observer qu’un tel arrangement laisse encore place à l’inégalité et que la Loi doit faire pénétrer, dans les hameaux les plus reculés, le luxe, la littérature et les arts. Vous serez conduits ainsi jusqu’au communisme, ou plutôt la législation sera… ce qu’elle est déjà : — le champ de bataille de toutes les rêveries et de toutes les cupidités.

La Loi, c’est la Justice.

Dans ce cercle, on conçoit un gouvernement simple, inébranlable. Et je défie qu’on me dise d’où pourrait venir la pensée d’une révolution, d’une insurrection, d’une simple émeute contre une force publique bornée à réprimer l’injustice. Sous un tel régime, il y aurait plus de bien-être, le bien-être serait plus également réparti, et quant aux souffrances inséparables de l’humanité, nul ne songerait à en accuser le gouvernement, qui y serait aussi étranger qu’il l’est aux variations de la température. A-t-on jamais vu le peuple s’insurger contre la cour de cassation ou faire irruption dans le prétoire du juge de paix pour réclamer le minimum de salaires, le crédit gratuit, les instruments de travail, les faveurs du tarif, ou l’atelier social ? Il sait bien que ces combinaisons sont hors de la puissance du juge, et il apprendrait de même qu’elles sont hors de la puissance de la Loi.

Mais faites la Loi sur le principe fraternitaire, proclamez que c’est d’elle que découlent les biens et les maux, qu’elle est responsable de toute douleur individuelle, de toute inégalité sociale, et vous ouvrez la porte à une série sans fin de plaintes, de haines, de troubles et de révolutions.

La Loi, c’est la Justice.

Et il serait bien étrange qu’elle pût être équitablement autre chose ! Est-ce que la justice n’est pas le droit ? Est-ce que les droits ne sont pas égaux ? Comment donc la Loi interviendrait-elle pour me soumettre aux plans sociaux de MM. Mimerel, de Melun, Thiers, Louis Blanc, plutôt que pour soumettre ces messieurs à mes plans ? Croit-on que je n’aie pas reçu de la nature assez d’imagination pour inventer aussi une utopie ? Est-ce que c’est le rôle de la Loi de faire un choix entre tant de chimères et de mettre la force publique au service de l’une d’elles ?

La Loi, c’est la Justice.

Et qu’on ne dise pas, comme on le fait sans cesse, qu’ainsi conçue la Loi, athée, individualiste et sans entrailles, ferait l’humanité à son image. C’est là une déduction absurde, bien digne de cet engouement gouvernemental qui voit l’humanité dans la Loi.

Quoi donc ! De ce que nous serons libres, s’ensuit-il que nous cesserons d’agir ? De ce que nous ne recevrons pas l’impulsion de la Loi, s’ensuit-il que nous serons dénués d’impulsion ? De ce que la Loi se bornera à nous garantir le libre exercice de nos facultés, s’ensuit-il que nos facultés seront frappées d’inertie ? De ce que la Loi ne nous imposera pas des formes de religion, des modes d’association, des méthodes d’enseignement, des procédés de travail, des directions d’échange, des plans de charité, s’ensuit-il que nous nous empresserons de nous plonger dans l’athéisme, l’isolement, l’ignorance, la misère et l’égoïsme ? S’ensuit-il que nous ne saurons plus reconnaître la puissance et la bonté de Dieu, nous associer, nous entraider, aimer et secourir nos frères malheureux, étudier les secrets de la nature, aspirer aux perfectionnements de notre être ?

La Loi, c’est la Justice.

Et c’est sous la Loi de justice, sous le régime du droit, sous l’influence de la liberté, de la sécurité, de la stabilité, de la responsabilité, que chaque homme arrivera à toute sa valeur, à toute la dignité de son être, et que l’humanité accomplira avec ordre, avec calme, lentement sans doute, mais avec certitude, le progrès, qui est sa destinée.

Il me semble que j’ai pour moi la théorie ; car quelque question que je soumette au raisonnement, qu’elle soit religieuse, philosophique, politique, économique ; qu’il s’agisse de bien-être, de moralité, d’égalité, de droit, de justice, de progrès, de responsabilité, de solidarité, de propriété, de travail, d’échange, de capital, de salaires, d’impôts, de population, de crédit, de gouvernement ; à quelque point de l’horizon scientifique que je place le point de départ de mes recherches, toujours invariablement j’aboutis à ceci : la solution du problème social est dans la Liberté.

Et n’ai-je pas aussi pour moi l’expérience ? Jetez les yeux sur le globe. Quels sont les peuples les plus heureux, les plus moraux, les plus paisibles ? Ceux où la Loi intervient le moins dans l’activité privée ; où le gouvernement se fait le moins sentir ; où l’individualité a le plus de ressort et l’opinion publique le plus d’influence ; où les rouages administratifs sont les moins nombreux et les moins compliqués ; les impôts les moins lourds et les moins inégaux ; les mécontentements populaires les moins excités et les moins justifiables ; où la responsabilité des individus et des classes est la plus agissante, et où, par suite, si les mœurs ne sont pas parfaites, elles tendent invinciblement à se rectifier ; où les transactions, les conventions, les associations sont le moins entravées ; où le travail, les capitaux, la population, subissent les moindres déplacements artificiels ; où l’humanité obéit le plus à sa propre pente ; où la pensée de Dieu prévaut le plus sur les inventions des hommes ; ceux, en un mot, qui approchent le plus de cette solution : dans les limites du droit, tout par la libre et perfectible spontanéité de l’homme ; rien par la Loi ou la force que la Justice universelle.

Il faut le dire : il y a trop de grands hommes dans le monde ; il y a trop de législateurs, organisateurs, instituteurs de sociétés, conducteurs de peuples, pères des nations, etc. Trop de gens se placent au-dessus de l’humanité pour la régenter, trop de gens font métier de s’occuper d’elle.

On me dira : Vous vous en occupez bien, vous qui parlez. C’est vrai. Mais on conviendra que c’est dans un sens et à un point de vue bien différents, et si je me mêle aux réformateurs c’est uniquement pour leur faire lâcher prise.

Je m’en occupe non comme Vaucanson de son automate, mais comme un physiologiste de l’organisme humain : pour l’étudier et l’admirer.

Je m’en occupe, dans l’esprit qui animait un voyageur célèbre.

Il arriva au milieu d’une tribu sauvage. Un enfant venait de naître et une foule de devins, de sorciers, d’empiriques l’entouraient, armés d’anneaux, de crochets et de liens. L’un disait : cet enfant ne flairera jamais le parfum d’un calumet, si je ne lui allonge les narines. Un autre : il sera privé du sens de l’ouïe, si je ne lui fais descendre les oreilles jusqu’aux épaules. Un troisième : il ne verra pas la lumière du soleil, si je ne donne à ses yeux une direction oblique. Un quatrième : il ne se tiendra jamais debout, si je ne lui courbe les jambes. Un cinquième : il ne pensera pas, si je ne comprime son cerveau. Arrière, dit le voyageur. Dieu fait bien ce qu’il fait ; ne prétendez pas en savoir plus que lui, et puisqu’il a donné des organes à cette frêle créature, laissez ses organes se développer, se fortifier par l’exercice, le tâtonnement, l’expérience et la Liberté.

Dieu a mis aussi dans l’humanité tout ce qu’il faut pour qu’elle accomplisse ses destinées. Il y a une physiologie sociale providentielle comme il y a une physiologie humaine providentielle. Les organes sociaux sont aussi constitués de manière à se développer harmoniquement au grand air de la Liberté. Arrière donc les empiriques et les organisateurs ! Arrière leurs anneaux, leurs chaînes, leurs crochets, leurs tenailles ! arrière leurs moyens artificiels ! arrière leur atelier social, leur phalanstère, leur gouvernementalisme, leur centralisation, leurs tarifs, leurs universités, leurs religions d’État, leurs banques gratuites ou leurs banques monopolisées, leurs compressions, leurs restrictions, leur moralisation ou leur égalisation par l’impôt ! Et puisqu’on a vainement infligé au corps social tant de systèmes, qu’on finisse par où l’on aurait dû commencer, qu’on repousse les systèmes, qu’on mette enfin à l’épreuve la Liberté, — la Liberté, qui est un acte de foi en Dieu et en son œuvre.

: Conseil général des manufactures, de l’agriculture et du commerce. (Séance du 6 mai 1850.)

: Si la protection n’était accordée, en France, qu’à une seule classe, par exemple, aux maîtres de forges, elle serait si absurdement spoliatrice qu’elle ne pourrait se maintenir. Aussi nous voyons toutes les industries protégées se liguer, faire cause commune et même se recruter de manière à paraître embrasser l’ensemble du travail national. Elles sentent instinctivement que la Spoliation se dissimule en se généralisant.

: Ici, l’éditeur renvoie à cette ébauche tirée des manuscrits de Bastiat.

: L’économie politique précède la politique ; celle-là dit si les intérêts humains sont naturellement harmoniques ou antagoniques ; ce que celle-ci devrait savoir avant de fixer les attributions du gouvernement.

Bastiat.org Le Libéralisme, le vrai Un site par François-René Rideau

 


Pauvreté: C’est notre tolérance qui diminue, imbécile ! (Contrary to much of the public perception, liberalization and globalization have not led to an increase in poverty rates)

3 décembre, 2016

aime-morot-le-bon-samaritainpoverty

poverty2Quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite. Jésus (Matthieu 6: 3)
Les justes lui répondront: Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, et t’avons-nous donné à manger; ou avoir soif, et t’avons-nous donné à boire? Quand t’avons-nous vu étranger, et t’avons-nous recueilli; ou nu, et t’avons-nous vêtu? Quand t’avons-nous vu malade, ou en prison, et sommes-nous allés vers toi? Et le roi leur répondra: Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. Jésus (Matthieu 25: 44-45)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
Une civilisation est testée sur la manière dont elle traite ses membres les plus faibles. Pearl Buck
Les mondes anciens étaient comparables entre eux, le nôtre est vraiment unique. Sa supériorité dans tous les domaines est tellement écrasante, tellement évidente que, paradoxalement, il est interdit d’en faire état. René Girard
L’exigence chrétienne a produit une machine qui va fonctionner en dépit des hommes et de leurs désirs. Si aujourd’hui encore, après deux mille ans de christianisme, on reproche toujours, et à juste titre, à certains chrétiens de ne pas vivre selon les principes dont ils se réclament, c’est que le christianisme s’est universellement imposé, même parmi ceux qui se disent athées. Le système qui s’est enclenché il y a deux millénaires ne va pas s’arrêter, car les hommes s’en chargent eux-mêmes en dehors de toute adhésion au christianisme. Le tiers-monde non chrétien reproche aux pays riches d’être leur victime, car les Occidentaux ne suivent pas leurs propres principes. Chacun de par le vaste monde se réclame du système de valeurs chrétien, et, finalement, il n’y en a plus d’autres. Que signifient les droits de l’homme si ce n’est la défense de la victime innocente? Le christianisme, dans sa forme laïcisée, est devenu tellement dominant qu’on ne le voit plus en tant que tel. La vraie mondialisation, c’est le christianisme! René Girard
Je crois que le moment décisif en Occident est l’invention de l’hôpital. Les primitifs s’occupent de leurs propres morts. Ce qu’il y a de caractéristique dans l’hôpital c’est bien le fait de s’occuper de tout le monde. C’est l’hôtel-Dieu donc c’est la charité. Et c’est visiblement une invention du Moyen-Age. René Girard
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la « victime inconnue », comme on dirait aujourd’hui le « soldat inconnu ». Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
La carte de juin (1967) est pour nous synonyme d’insécurité et de danger. Je n’exagère pas quand je dis que c’est pour nous comme une mémoire d’Auschwitz. Abba Eban (1969)
L’implantation de colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est constitue une appropriation illégale de terres qui devraient être l’enjeu de négociations de paix entre les parties sur la base des lignes de 1967. France diplomatie
Le règlement n° 1169/2011 du 25 octobre 2011 concernant l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires prévoit que les mentions d’étiquetage doivent être loyales. Elles ne doivent pas risquer d’induire le consommateur en erreur, notamment sur l’origine des produits. Aussi, les denrées alimentaires en provenance des territoires occupés par Israël doivent-elles porter un étiquetage reflétant cette origine. En conséquence, la DGCCRF attire l’attention des opérateurs sur la communication interprétative relative à l’indication de l’origine des marchandises issues des territoires occupés par Israël depuis juin 1967, publiée au Journal officiel de l’Union européenne le 12 novembre 2015. Celle-ci précise notamment qu’en vertu du droit international le plateau du Golan et la Cisjordanie, y compris Jérusalem Est, ne font pas partie d’Israël. En conséquence, l’étiquetage des produits alimentaires, afin de ne pas induire en erreur le consommateur, doit indiquer de manière précise l’exacte origine des produits, que leur indication soit obligatoire en vertu de la réglementation communautaire ou qu’elle soit volontairement apposée par l’opérateur. En ce qui concerne les produits issus de Cisjordanie ou du plateau du Golan qui sont originaires de colonies de peuplement, une mention limitée à « produit originaire du plateau du Golan » ou « produit originaire de Cisjordanie » n’est pas acceptable. Bien que ces expressions désignent effectivement la zone ou le territoire au sens large dont le produit est originaire, l’omission de l’information géographique complémentaire selon laquelle le produit est issu de colonies israéliennes est susceptible d’induire le consommateur en erreur quant à la véritable origine du produit. Dans de tels cas, il est nécessaire d’ajouter, entre parenthèses, l’expression « colonie israélienne » ou des termes équivalents. Ainsi, des expressions telles que « produit originaire du plateau du Golan (colonie israélienne) » ou « produit originaire de Cisjordanie (colonie israélienne) » peuvent être utilisées. Journal officiel de la République française (Avis aux opérateurs économiques relatif à l’indication de l’origine des marchandises issues des territoires occupés par Israël depuis juin 1967, 24 novembre 2016)
[cette nouvelle bourgeoisie] se présente comme différente mais sur les fondamentaux, elle fonctionne un peu comme la bourgeoisie d’avant. Elle vit là où ça se passe, c’est-à-dire dans les grandes métropoles, les secteurs économiques les mieux intégrés dans l’économie du monde. Elle est dans la reproduction sociale. On ne compte plus les fils de… Tout ça est renforcé par les dynamiques territoriales qui tendent à concentrer les nouvelles catégories supérieures dans les grands centres urbains avec une technique géniale qui est d’être dans le brouillage de classe absolu. (…) Cette bourgeoisie ne se définit pas comme une bourgeoisie. Elle refuse bien évidemment cette étiquette. C’est une bourgeoisie cool et sympa. D’où la difficulté pour les catégories populaires à se référer à une conscience de classe. Hier, vous aviez une classe ouvrière qui était en bas de l’échelle sociale mais qui pouvait revendiquer, s’affronter, ce qui est beaucoup plus compliqué aujourd’hui. On a des gens apparemment bienveillants, qui tendent la main et qui se servent beaucoup de la diversité et de l’immigration pour se donner une caution sociale. Mais quand on regarde les choses de près, ce sont en fait des milieux très fermés.(…) Ça, c’est dans les discours mais dans les faits, ce que l’on observe, c’est une spécialisation sociale des territoires. Un rouleau compresseur, celui des logiques foncières, tend à concentrer de plus en plus ces catégories supérieures alors même qu’elles nous expliquent que l’on peut être dispersé dans l’espace, que via le réseau numérique on peut vivre n’importe où. (…) Quand on prend sur le temps long, on voit bien qu’il y a une recomposition sociale du territoire qui nous dit exactement ce qu’est le système mondialisé. En gros, nous n’avons plus besoin, pour créer de la richesse, de ce qui était hier le socle de la classe moyenne : ces ouvriers, ces employés, ces petits indépendants, ces petits paysans. Avec le temps, ces catégories se trouvent localisées sur les territoires les moins dynamiques économiquement, qui créent le moins de richesses et d’emplois. C’est cette France périphérique de petites villes, de villes moyennes et de zones rurales. C’est un modèle que l’on retrouve partout en Europe. [Le mouvement des bonnets rouges en Bretagne] (…)  Ce qui m’a frappé, c’est que ce mouvement est parti de petites villes, de zones rurales et non pas de Rennes, Brest ou Nantes. Pourquoi ça part de là ? Parce ce que vous avez là des gens qui sont dans une fragilité sociale extrême. Quand ils ont du travail, ils ont peur de le perdre car il y a très peu de création d’activité. Le problème, c’est que tous les spécialistes des territoires pensent toujours à partir de la métropole.(…) C’est vrai que l’on nous parle toujours de la métropolisation comme d’un système très ouvert. On dit que par « ruissellement », les autres territoires vont en profiter. C’est tout l’argumentaire depuis 20 ans mais il faut bien constater qu’il n’y a pas de créations d’emplois sur ces territoires de la France périphérique. Certes, il y a de la redistribution à travers notamment les dotations mais ce n’est pas ça qui fait société. Les gens n’ont pas envie de tendre la main et attendre un revenu social. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la thématique du revenu universel est aussi bien portée par des libéraux de droite que de gauche. Il y a derrière l’idée que les gens ne retrouveront jamais du boulot.(…) On ne peut pas dire que le modèle économique ne marche pas. Il crée même beaucoup de richesses mais il ne fait plus société, il n’intègre pas le plus grand nombre. On est dans un temps particulier aujourd’hui, qui est le temps de la sortie de la classe moyenne. Les ouvriers et les employés, qui étaient le socle de la classe moyenne, sont pourtant majoritaires. Quand vous ajoutez villes moyennes, petites villes et zones rurales, vous arrivez à 60 % de la population. Il y a certes beaucoup de retraités sur ces territoires mais aussi plein de jeunes de milieux populaires qui sont bloqués, qui n’ont pas accès à la grande ville. Pendant un moment, la création d’emplois de fonctionnaires territoriaux a pu compenser ce phénomène mais aujourd’hui c’est fini. (politiquement) On le voit déjà. Trump aux États-Unis, c’est le vote de cette classe moyenne qui est en train de disparaître. Le Brexit, c’est exactement la Grande-Bretagne périphérique des petites villes et des zones rurales où vous avez l’ancienne classe ouvrière, qui paie l’adaptation au modèle économique mondialisé. Tout ça est très rationnel. On analyse toujours ces votes comme un peu irrationnels, protestataires. Il y a de la colère mais il y a surtout un diagnostic. On oublie toujours de dire que les gens des milieux populaires ont joué le jeu de la mondialisation et de l’adaptation mais pour rien. À la fin ils ont toujours de petits salaires avec des perspectives pour leurs enfants qui se réduisent. C’est ça qui se joue électoralement. On a des partis politiques qui ont été inventés pour représenter la classe moyenne qui n’existe plus aujourd’hui. Et le Front national n’a pas grand-chose à faire pour ramasser la mise. Il n’a même pas besoin de faire campagne. (…) Je fais vraiment un distinguo entre les élus d’en bas et ceux d’en haut. Les élus d’en bas comprennent très bien ce qui se passe. Ils connaissent leurs territoires. Mais il y a une classe politique d’en haut qui est complètement hors sol. Le clivage est vraiment à l’intérieur des partis. Christophe Guilluy
À l’heure où les plus diplômés accèdent au sommet de la pyramide de répartition des revenus et s’en sortent mieux que jamais, ceux qui n’ont pas suivi d’études au-delà du lycée sont confrontés au déclin de leurs revenus, de leur niveau de vie, et à l’assombrissement des perspectives qui sont les leurs et celles de leurs enfants. En effet, la classe moyenne américaine est aujourd’hui profondément affectée. (…) Le problème de fond réside en ce que les nouvelles technologies, au premier rang desquelles les technologies de l’information, ont véritablement transformé la nature du travail. Comme l’expliquent David Autor et David Dorn, de nombreux emplois moyennement qualifiés, moyennement rémunérés, et bénéficiant à la classe moyenne, ont aujourd’hui disparu. Les emplois nouvellement apparus sont désormais généreusement rémunérés pour les plus diplômés, et très faiblement rétribués pour ceux qui n’ont étudié que jusqu’au lycée. L’un des symptômes majeurs de cette évolution, parmi tant d’autres, réside dans la disparition des métiers d’usine correctement rémunérés. Le secteur manufacturier a perdu plus de deux millions d’emplois entre 2004 et 2014, et ne représente aujourd’hui qu’un peu plus de 8 % de l’emploi total – poursuivant sa longue descente observée depuis les années 1950. Cette tendance associée aux technologies se trouve par ailleurs accentuée par la baisse des coûts liés aux transports et à la communication, qui rend plus abordable la possibilité de transporter des marchandises sur de longues distances.  Le développement de réseaux de fournisseurs complexes facilite la délocalisation d’activités manufacturières en direction de pays au sein desquels les salaires sont moins élevés. Nombre de sociétés américaines ont fait de cette démarche l’une des principales composantes de leur stratégie d’entreprise, avec pour conséquence le déclin du secteur manufacturier américain, qui va de pair avec un déclin de la syndicalisation. Lorsqu’un salarié perd un emploi syndiqué à salaire et à avantages relativement élevés, il est bien souvent remplacé par un salarié moins bien payé, qui ne bénéficiera pas du même niveau d’avantages. Si la crise financière de 2008 a exacerbé les inégalités de revenus et la précarité économique, c’est notamment parce qu’elle a accéléré la disparition des emplois manufacturiers. Les arguments selon lesquels il s’avérait nécessaire, voire « optimal », de concentrer les aides financières publiques sur les banques et leurs dirigeants sont en réalité peu convaincants (du moins ailleurs qu’à Wall Street). Certes, les Américains les plus fortunés ont subi une perte considérable de richesse lorsque les prix des actifs se sont effondrés. Pour autant, ils ont depuis bénéficié d’une reprise solide du prix de leurs actions et de leurs biens immobiliers haut de gamme. (…) Autre perspective inquiétante, la prochaine vague technologique, qui verra par exemple se développer les véhicules sans conducteur, promet d’impacter considérablement les revenus et les opportunités de tous ceux qui aujourd’hui vivent de la livraison de marchandises ou du transport de passagers au moyen d’un véhicule. Par ailleurs, les progrès rapides de l’intelligence artificielle et de la robotique signifient que même si la production manufacturière américaine se stabilise, voire se redynamise, elle ne renouera jamais plus avec le volume d’emplois moyennement qualifiés observé autrefois. De même, cette automatisation annonce une diminution du nombre d’emplois actuellement bien rémunérés dans le secteur des services. Simon Johnson

Pour moi, le RMI était le retour de l’État à ses devoirs. Autant je pouvais admirer la charité chrétienne de l’abbé Pierre et la solidarité laïque de Coluche, autant j’étais convaincu que, dans un pays riche, c’est du devoir de l’État qu’aucun citoyen ne meure de froid ni de faim. Tel était l’objet du RMI, ouvert à tous sans condition de statut. En outre, fixé à un niveau évidemment inférieur au smic pour respecter la primauté du travail, le RMI ne coûte presque rien : une goutte d’eau dans l’océan des dépenses sociales, même avec un million de bénéficiaires. Cela dit, il ne nous avait pas échappé, dès sa création, que le RMI poserait deux problèmes. Le «I», tout d’abord, ce «I» de «insertion». Mis dans la loi pour rassurer les députés obsédés par le «délit de fainéantise», le dispositif d’insertion n’avait pas les moyens de traiter individuellement tous les RMIstes, ou alors le «I» de l’insertion aurait coûté beaucoup plus cher que le «RM» du revenu minimum. En outre, et surtout, il y avait une sorte de contradiction conceptuelle entre l’idée que tout citoyen a droit de manger et l’obligation d’insertion. Pour quelqu’un qui veut consacrer sa vie à écrire des poèmes ou à peindre des toiles qui ne se vendent pas, et qui se satisfait du RMI, que signifie l’insertion ? Si le RMI avait existé, peut-être que Van Gogh et Verlaine auraient un peu moins souffert ! Le revenu minimum, ensuite. Ma proposition personnelle n’était pas celle-là. C’était celle de l’impôt négatif : plus un citoyen est riche, plus il paie d’impôt positif ; plus un citoyen est pauvre, plus il reçoit d’impôt négatif. Il y a une échelle progressive, sans discontinuité. Le revenu minimum, lui, n’a pas cette qualité : on le donne à celui qui n’a rien et on l’enlève entièrement à celui qui retrouve un travail et un revenu. Dès qu’il gagne 100 € par son activité, il perd 100 € de son RMI. C’est évidemment fort peu motivant pour aller travailler. Une nouvelle étape du RMI est donc nécessaire, c’est le RSA, revenu de solidarité active, et c’est le grand mérite de Martin Hirsch, à partir de quelques expériences menées en région, d’avoir su proposer une réforme d’ensemble du système actuel vers un dispositif proche de l’impôt négatif, c’est-à-dire un dispositif où, comme pour tout impôt, on a toujours intérêt à gagner plus, car, comme on dit, «il en reste toujours quelque chose», ce qui n’était pas le cas du RMI. Mais, voilà le hic, le RSA est coûteux. Jusqu’à présent, on n’accompagne les bénéficiaires que jusqu’au moment où ils gagnent l’équivalent du RMI. Avec le RSA, on les accompagne au-delà du RMI et, compte tenu des besoins des travailleurs pauvres, non seulement jusqu’au smic, mais vraisemblablement un peu au-dessus du smic. Le calcul n’est pas sorcier : si on veut maintenir, par exemple, 50 € d’aide à celui qui gagne 100 € de plus, cela veut dire qu’on l’accompagne jusqu’à ce qu’il gagne deux fois le RMI, ce qui fait plus que le smic. Or il y a beaucoup de Français qui, à temps partiel ou à temps plein, sont à 20 ou 25 % autour du smic, au-dessus ou au-dessous. Même si le RSA ne donne à chacun qu’un petit complément, cela fait quand même un gros montant total, d’où le débat budgétaire actuel. Ce qu’on semble oublier dans ce débat, c’est que la totalité du RSA, je dis bien la totalité, va aux chômeurs ou aux travailleurs pauvres. C’est donc, à partir du RMI, la plus importante action de lutte contre la pauvreté jamais faite en France (et aussi dans l’Union européenne). (…) Il lui restera alors un dernier obstacle à franchir : la complexité. Moins simple par nature que le RMI, il devra, pour être efficace, être compréhensible et être compris. Contrairement à la prime pour l’emploi dont aucun bénéficiaire n’a jamais compris ni pourquoi, ni comment, ni quand il la touche, il faut que le salarié «s’approprie» le RSA en sachant à quels avantages il a droit et ce qu’il en garde chaque fois qu’il parvient à augmenter son revenu. C’est alors, et seulement alors, qu’il saura se bâtir un projet de réinsertion dans la société. Le «I» du RMI était passif, le «A» du RSA est actif, voilà ce qui fait toute la différence. Lionel Stoleru (2008)

Mr. Trump secured the White House in part by vowing to bring manufacturing jobs back to American shores. The president-elect has fixed on China as a symbol of nefarious trade practices while threatening to slap 45 percent punitive tariffs on Chinese imports. But many existing American manufacturing jobs depend heavily on access to a broad array of goods drawn from a global supply chain — fabrics, chemicals, electronics and other parts. Many of them come from China. (…) In short, Mr. Trump’s signature trade promise, one ostensibly aimed at protecting American jobs, may well deliver the reverse: It risks making successful American manufacturers more vulnerable by raising their costs. It would unleash havoc on the global supply chain, prompting some multinationals to leave the United States and shift manufacturing to countries where they can be assured of buying components at the lowest prices. (…) Trade experts dismiss Mr. Trump’s threat of tariffs as campaign bluster that will soon give way to pragmatic concerns about growth and employment. Between 1998 and 2006, the imported share of components folded into American manufacturing rose to 34 percent from 24 percent, according to one widely cited study. International law also limits the scope of what the Trump administration can do. Under the rules of the World Trade Organization, the United States cannot willy-nilly apply tariffs. It must develop cases industry by industry, proving that China is damaging American rivals through unfair practices. (…) But Mr. Trump has suggested taking the extraordinary step of abandoning the W.T.O. to gain authority to dictate terms. His successful strong-arming of Carrier, the air-conditioner company, which agreed to keep 1,000 jobs at a plant in Indiana rather than move them to Mexico, attests to his priorities in delivering on his trade promises. The people advising Mr. Trump on trade have records of advocating a pugnacious response to what they portray as Chinese predations. (…) But Mr. Navarro also cast the threat of tariffs as an opening gambit in a refashioning of trade positions. (…) Even if factory work does return to the United States, though, that is unlikely to translate into many paychecks. As automation spreads, robots are primed to secure most of the jobs. (…) In threatening tariffs, Mr. Trump is wielding a blunt instrument whose impacts are increasingly easy to evade by sophisticated businesses with operations across multiple borders. The geography of global trade is perpetually being redrawn. In China, factory owners, casting a wary eye on Mr. Trump, are accelerating their exploration of alternative locales with lower-wage workers across Southeast Asia and even as far away as Africa. In Vietnam, entrepreneurs are preparing for a potential surge of incoming investment from China should Mr. Trump take action. In Europe, factories that sell manufacturing equipment to China are watching to see if Mr. Trump will unleash trade hostilities that will damage global growth. (…) Seven years ago, the Obama administration accused China of unfairly subsidizing tires. It imposed tariffs reaching 35 percent. A subsequent analysis by the Peterson Institute for International Economics, a nonpartisan think tank, calculated the effect: Some 1,200 American tire-making jobs were preserved, but American consumers paid $1.1 billion extra for tires. That prompted households to cut spending at retailers, resulting in more than 2,500 net jobs lost. (…) The TAL Group claims to make one of every six dress shirts sold in the United States. It produces finished goods for Brooks Brothers, Banana Republic and J. Crew, operating 11 factories worldwide. If Mr. Trump places tariffs on China, the company will accelerate its shift to Vietnam, said TAL’s chief executive, Roger Lee. If that trade is disrupted, the work would flow to other low-cost countries like Bangladesh, India and Indonesia. Mr. Lee can envision no situation in which the physically taxing, monotonous work of making garments will go to the United States. “Where are you going to find the work force in the U.S. that is willing to work at factories?” Mr. Lee said. (…) The American textile industry is small and increasingly dominated by robots. The rest of the world holds billions of hands willing to work cheaply. (…) But the textile and apparel trades are relatively simple businesses. If the cost of making trousers becomes less appealing in China, a room full of sewing machines in Cambodia can quickly be filled with low-wage seamstresses. Industries involving precision machinery are not so easily reassembled somewhere else. An abrupt change to the economics would devastate factories that could not quickly line up alternative suppliers. American automakers are especially dependent on the global supply chain. Between 2000 and 2011, the percentage of imported components that went into exported American-made vehicles grew to 35 percent, from 24 percent, according to the Organization for Economic Cooperation and Development. The NYT
La vague réactionnaire qui submerge les démocraties occidentales est construite sur un mythe, celui d’un âge d’or… qui n’a jamais existé. Et sur un faux postulat selon lequel l’humanité serait en perdition. Ce qui semblait impossible s’est finalement produit. Donald Trump a gagné l’élection présidentielle américaine la plus détestable et la plus inquiétante de l’ère moderne. Elle a marqué l’irruption du populisme à une échelle sans précédent dans l’histoire de la démocratie américaine. Cette dernière n’est plus immunisée contre une maladie qui a ravagé l’Europe il y a quatre-vingt ans et a fait son retour dans l’ensemble du monde occidental et bien au-delà. Cette vague, apparemment irrésistible, a deux ressorts, la désignation d’un bouc émissaire et la négation de la réalité. Tous nos maux proviennent de l’étranger et des élites qui sont vendues à ces intérêts. Retrouver la grandeur passée, reprendre le contrôle de notre destin, renouer avec une société qui nous ressemble sont les slogans politiques de notre temps. On les retrouve aussi bien avec Donald Trump que parmi les partisans du Brexit, dans les partis d’extrême-droite européens, avec Vladimir Poutine en Russie, avec Recep Tayyip Erdogan en Turquie, avec Narenda Modi en Inde et même, à une autre échelle, avec Daech. L’islamisme politique n’a-t-il pas pour ambition de retrouver la prétendue pureté religieuse originelle et la puissance militaire qui lui est associée? Donald Trump promet de rendre «l’Amérique grande à nouveau». Vladimir Poutine entend renouer avec les ambitions impériales de la Russie tsariste et de l’URSS et Erdogan avec le destin de l’empire ottoman. Narenda Modi s’appuie sur un nationalisme hindou construit sur un affrontement avec l’Islam. Et les partisans du Brexit comme ceux de Marine Le Pen voient dans la fermeture des frontières et le rejet de l’immigration le moyen de revenir à un âge d’or de prospérité et d’entre soi. Un âge d’or qui n’a jamais existé. La pensée réactionnaire est toujours construite selon le même schéma, explique Mark Lilla, professeur à l’Université de Columbia et auteur d’un livre récent intitulé The Shipwrecked Mind: on Political Reaction («Naufrage intellectuel: la réaction politique»), dans le New York Times. Elle part de la description d’une période idéale, «un Etat où règne l’ordre et où les personnes partagent un même destin… Puis des idées étrangères promues par des intellectuels et des forces extérieures –écrivains, journalistes, professeurs, étrangers– détruisent cette harmonie. La trahison des élites est centrale dans tout mythe réactionnaire…». Désigner à la vindicte populaire le ou les responsables de nos malheurs, au hasard l’immigration, l’Europe, la finance cosmopolite, la mondialisation, le capitalisme, les Etats-Unis, la Chine, le sionisme, l’islam… est d’une redoutable efficacité politique. Sans doute plus encore à l’époque des réseaux sociaux et de l’omniprésence de l’information instantanée qui n’a pour seul horizon que la polémique artificielle du jour, rapidement effacée par celle du lendemain. Face à un monde compliqué et vide de sens, le «C’était mieux avant» apporte une réponse simpliste et réconfortante au sentiment de déclassement, d’abandon, d’aliénation et d’humiliation d’une partie grandissante de nos sociétés. Mais si la souffrance économique comme identitaire est bien réelle, la réponse qui consiste à désigner des responsables, les chasser… et revenir ainsi par magie à la grandeur et à l’harmonie passée est une dangereuse illusion. (…) La réponse à ces marchands d’illusion et de malheur existe, même si elle tarde à venir. Elle se trouve dans les enseignements de l’histoire et l’affirmation des faits. La réaction est construite sur un mythe, celui d’un passé fantasmé, et sur un faux postulat, l’humanité est en perdition. Les réactionnaires promettent d’effacer ce que la modernité aurait détruit d’une société harmonieuse à taille humaine. Ils affirment que leur pays et leur société ont fait fausse route, guidés par des élites apatrides, des ploutocrates, et qu’il faut revenir en arrière. Donald Trump ou Eric Zemmour s’insurgent contre un effondrement moral, politique et économique. Il n’existe pas. Les sociétés du siècle passé avaient leurs guerres, leurs mouvements sociaux, leur terrorisme, leur misère, leur violence, leurs discriminations, leurs laissés-pour-compte, leurs corrompus… La réalité objective de l’humanité ne correspond en rien au catastrophisme ambiant. Il n’y a tout simplement jamais eu sur terre de meilleure période pour être vivant, explique l’historien suédois Johan Norberg dans son livre Progress: Ten Reasons to Look Forward to the Future («Progrès: dix raisons d’attendre avec impatience l’avenir»). «L’humanité n’a jamais été plus riche, en bonne santé, libre, tolérante et éduquée», résume-t-il (…) L’espérance de vie moyenne dans le monde était de 31 ans en 1900. Elle est aujourd’hui de 71 ans. La Banque mondiale a défini le seuil de la misère extrême à un revenu équivalent à 2 dollars par jour. En 1800, 94% de nos ancêtres vivaient dans une pauvreté extrême. En 1990, 37% de la population mondiale se trouvait encore dans cette situation. Ce chiffre est revenu aujourd’hui à moins de 10%. Nous vivons dans l’ère la plus pacifique de l’histoire humaine. Le taux annuel d’homicide dans l’Europe médiévale était de 32 pour 100.000. A la fin du XXe siècle, ce chiffre est tombé à 1 pour 100.000. Le taux de mortalité de personnes ayant péri lors de conflits armés est passé de 195 par million en 1950 à 8 par million en 2013. En 1800, seuls 12% des adultes étaient capables de lire. En 1950, le niveau mondial d’alphabétisme était de 40%. Il est aujourd’hui de 86% et la différence entre les hommes et les femmes ne cesse de reculer. En 1990, il y avait 76 démocraties électorales. Il y en avait 125 en 2015. L’air de Londres est aujourd’hui aussi propre qu’au début de la révolution industrielle et les forêts s’étendent à nouveau en Europe. (…) Cela ne veut pas dire que notre planète soit un paradis. Que les sociétés ne sont pas fracturées par des transformations brutales qu’elles n’arrivent pas à surmonter. Mais personne ne veut voir la réalité des progrès spectaculaires de l’humanité. Nous préférons nous complaire dans les peurs, les fantasmes et l’annonce de catastrophes. (…) Les réactionnaires exploitent l’appauvrissement relatif de la classe moyenne et l’angoisse irrationnelle de l’avenir. Ils apportent une réponse absurde et dangereuse à de vrais problèmes nés de la mondialisation et de l’évolution technologique: l’angoisse culturelle et identitaire et la bipolarisation du marché du travail. Rendre moins douloureux le sentiment d’un déclin identitaire et culturel prend du temps. Cela se fait dans l’éducation, le respect et plus encore la connaissance de l’autre. Le paradoxe, c’est que la tolérance progresse en fait rapidement dans le monde, mais qu’il est difficile de le voir. La bipolarisation du marché du travail pose un problème encore plus grave aux sociétés, notamment occidentales. C’est ce qu’explique l’économiste Patrick Artus dans Le Point. «Les créations d’emplois se concentrent aux deux extrêmes, emplois qualifiés à rémunération élevée, emplois peu qualifiés à rémunération faible; entre ces deux extrêmes, les emplois intermédiaires (la classe moyenne) disparaissent progressivement…». La plupart des études montrent que cette division du marché du travail est plus liée à la technologie qu’à la mondialisation et aux délocalisations. C’est la technologie qui a chassé la main d’œuvre des campagnes puis des usines et aujourd’hui de bon nombre d’emplois intermédiaires dans les services. Ce phénomène va s’accélérer, avec par exemple le développement des véhicules autonomes et des robots. Un processus de destruction/création brutal. De nouveaux emplois apparaissent et apparaîtront –les besoins sont sans limites–, mais là encore il faudra du temps. Les États ont un rôle indispensable à jouer dans la formation et dans la protection, avec, pourquoi pas, l’instauration d’un revenu universel. S’ils ne le font pas, les marchands d’illusion ne sont pas prêts de disparaître. Eric Leser
In 1981, the year Ronald Reagan became America’s 40th President, 44.3 percent of the world lived in extreme poverty (i.e., less than $1.90 per person per day). Last year, it was 9.6 percent. That’s a decline of 78 percent. In East Asia, a region of the world that includes China, 80.6 percent of people lived in extreme poverty. Today, 4.1 percent do—a 95 percent reduction. Even in sub-Saharan Africa, a relatively under-performing region, the share of the population living on less than $1.9 per day dropped by 38 percent. When talking about U.S. poverty rates, it is important to keep in mind that extreme poverty in America is vanishingly rare. According to both the Nobel Prize-winning economist Angus Deaton and Cato’s Michael Tanner (who relied on U.S. Census Bureau data), the American poverty rate has moved between 15.2 and 11.3 percent over the last four decades. On three occasions (1983, 1993 and 2010) it reached over 15 percent of the population. Those were post-recession peaks that disappeared as soon as the economy recovered. In fact, America experienced her lowest poverty rate since 1974 in 2000, when openness of the American economy, as measured by the Fraser Institute’s Economic Freedom of the World index, was at its highest. Marian Tupy
More Americans believe in astrology and reincarnation than in progress. But poverty, malnutrition, illiteracy, child labour and infant mortality are falling faster than at any other time in human history. The risk of being caught up in a war, subjected to a dictatorship or of dying in a natural disaster is smaller than ever. Part of our problem is one of success. As we get richer, our tolerance for global poverty diminishes. So we get angrier about injustices. Charities quite rightly wish to raise funds, so they draw our attention to the plight of the world’s poorest. But since the Cold War ended, extreme poverty has decreased from 37 per cent to 9.6 per cent — in single digits for the first time in history. (…) The idea of the environment as a clean canvas being steadily spoilt by humanity is simplistic and wrong. As we become richer, we have become cleaner and greener. The quantity of oil spilt in our oceans has decreased by 99 per cent since 1970. Forests are reappearing, even in emerging countries like India and China. And technology is helping to mitigate the effects of global warming. (…) Conflicts always make the headlines, so we assume that our age is plagued by violence. We obsess over new or ongoing fights, such as the horrifying civil war in Syria — but we forget the conflicts that have ended in countries such as Colombia, Sri Lanka, Angola and Chad. We remember recent wars in Afghanistan and Iraq, which have killed around 650,000. But we struggle to recall that two million died in conflicts in those countries in the 1980s. The jihadi terrorist threat is new and frightening — but Islamists kill comparatively few. Europeans run a 30 times bigger risk of being killed by a ‘normal’ murderer — and the European murder rate has halved in just two decades. (…) In almost every way human beings today lead more prosperous, safer and longer lives — and we have all the data we need to prove it. So why does everybody remain convinced that the world is going to the dogs? Because that is what we pay attention to, as the thoroughbred fretters we are. The psychologists Daniel Kahneman and Amos Tversky have shown that people do not base their assumptions on how frequently something happens, but on how easy it is to recall examples. This ‘availability heuristic’ means that the more memorable an incident is, the more probable we think it is. And what is more memorable than horror? What do you remember best — your neighbour’s story about a decent restaurant which serves excellent lamb stew, or his warning about the place where he was poisoned and threw up all over his boss’s wife? (…) Bad news now travels a lot faster. Just a few decades ago, you would read that an Asian city with 100,000 people was wiped out in a cyclone on a small notice on page 17. We would never have heard about Burmese serial killers. Now we live in an era with global media and iPhone cameras everywhere. Since there is always a natural disaster or a serial murderer somewhere in the world, it will always top the news cycle — giving us the mistaken impression that it is more common than before. (…) Nostalgia, too, is biological: as we get older, we take on more responsibility and can be prone to looking back on an imagined carefree youth. It is easy to mistake changes in ourselves for changes in the world. Quite often when I ask people about their ideal era, the moment in world history when they think it was the most harmonious and happy, they say it was the era they grew up in. They describe a time before everything became confusing and dangerous, the young became rude, or listened to awful music, or stopped reading books in order to just play Pokémon Go. (…) The cultural historian Arthur Freeman observed that ‘virtually every culture, past or present, has believed that men and women are not up to the standards of their parents and forebears’. Is it a coincidence that the western world is experiencing this great wave of pessimism at the moment that the baby-boom generation is retiring? Johan Norberg
Le cercle des personnes que nous respectons et de qui nous nous soucions ne cesse de s’étendre. Traditionnellement, seule la tribu octroyait une dignité face aux autres. Puis ce sentiment s’est étendu aux villes et à la nation. Aujourd’hui, il nous arrive même, dans nos bons jours, de penser à l’humanité [rires]. Dans les années 1980, les hommes répondaient encore à ces questions comme si hommes et femmes étaient une tout autre espèce. Mais, plus les femmes ont fait la même chose que les hommes dans le monde du travail, plus il est devenu difficile de penser qu’ils leur sont supérieurs. (…) Il y a deux cents ans, il y avait plus d’égalité dans le monde, mais c’est parce que l’immense majorité d’entre nous était pauvre. L’indice de Gini était donc très bas. Puis, dans une minorité de pays, les gens ont commencé à avoir plus de libertés, ils sont devenus beaucoup plus riches : leur PIB par habitant a été multiplié par 20. Evidemment, vous introduisez ainsi une énorme inégalité dans le monde. Mais serait-il préférable que tout le monde soit resté pauvre ? Prenez la Chine. Il y a trente ans, c’était un pays très égalitaire, mais 90% de la population vivait dans l’extrême pauvreté, contre 10% aujourd’hui. Si vous ne vous concentrez que sur les inégalités, vous aurez l’impression que ça a empiré. Le progrès n’est jamais égalitaire. Il se concentre plus sur les régions côtières, dans les grandes villes. Cela dit, l’inégalité peut devenir un problème, surtout quand certains groupes commencent à se garantir des privilèges et prennent le contrôle du pouvoir. C’est ce qui s’est passé en Russie, où un petit groupe a pris en otage le gouvernement, faute de transparence. (…) Cette augmentation des inégalités est en partie le résultat de la reconstruction de l’Europe après la Seconde Guerre mondiale. Ce fut facile, car toute la technologie était à notre disposition. Mais cette croissance s’est essoufflée dans les années 1970 et il a fallu de nouvelles ressources de productivité, car il ne s’agissait plus simplement de mettre des briques au bon endroit, mais de développer des technologies de l’information et de ressources humaines. Cela a favorisé ceux qui étaient bons dans ces domaines par rapport aux travailleurs manuels. En même temps, il est utile de rappeler que, plus que votre salaire, l’important est ce que vous pouvez acheter. Même si vous n’avez pas augmenté vos revenus de manière importante depuis les armées 1980, vous avez eu accès à des technologies et à des services qui n’existaient pas dans le passé. Avant, seuls les riches pouvaient s’acheter une encyclopédie. Maintenant, on y a tous accès pour rien ! Comment chiffrer ça ? Ça n’apparaît pas dans les statistiques. Sans parler de la médecine, qui nous a donné près de dix années supplémentaires de vie. Les taux de criminalité se sont réduits, l’accès à la technologie a augmenté pour tout le monde. Bill Gates voyage de manière luxueuse et boit sans doute du meilleur vin que moi. Mais il utilise le même téléphone, il n’a pas un meilleur accès au savoir, ce qui est une première dans l’histoire de l’humanité. Et son espérance de vie n’est pas supérieure à la mienne. Dans notre vie de tous les jours, nous sommes en fait de plus en plus égaux. (…)  [l’dentité] C’est effectivement un facteur plus important que les données économiques. Si vous regardez les supporteurs de Donald Trump, ils ne sont pas au chômage, mais ils appartiennent à une classe blanche qui pense que son identité est en déclin car menacée par les minorités. Cela explique en grande partie l’essor des populismes en Europe et aux Etats-Unis. Les psychologues parlent d’un réflexe d’autorité. C’est un besoin de protection qui touche aussi l’éducation, la liberté sexuelle, les droits des minorités. C’est l’idée qu’on doit se reprendre en main. Je comprends ce sentiment, mais les conséquences en seraient terrifiantes, car tout le progrès dont nous parlons est dépendant de notre ouverture au monde. (…) Si nous construisons des murs, nous n’empêcherons pas le reste du monde d’innover et d’avoir de nouvelles idées. Ce serait se tirer une balle dans le pied. On a vu ça dans l’Histoire. Les civilisations qui, se sentant menacées, ont commencé à mettre des barrières sont celles qui ont entamé leur déclin. Les Arabes étaient très en avance sur l’Europe en matière de science et technologie, la Chine avait les caractères, de la poudre à canon et la boussole. Mais la dynastie Ming, qui a pris le pouvoir au XIVe siècle, était hostile à la technologie et aux étrangers, tandis que le monde islamique s’est refermé après les invasions mongoles, différant l’utilisation de l’imprimerie de trois cents ans. (…) Selon les sondages, dans les pays occidentaux, plus de personnes croient aux fantômes ou à l’astrologie qu’au progrès. Cette idée que l’âge d’or est dans le passé est une forme de nostalgie qui nous a toujours accompagnés. Quand je demande aux gens quelle était la meilleure période à leurs yeux, la plupart évoquent les années au cours desquelles ils ont grandi. A l’époque, ils n’avaient ni enfants ni responsabilités et ne se préoccupaient pas de toutes les choses qui peuvent mal tourner. Le monde, quand on est jeune, semble plus sûr. En grandissant, on appréhende le danger. Et il y a le déclin physique. Comme l’explique l’historien culturel Arthur Herman, il existe une fréquente confusion entre la détérioration à l’intérieur de votre corps et celle qui se produit à l’extérieur. Ce n’est sans doute pas une coïncidence si nous sommes précisément au moment où la génération du baby-boom prend sa retraite. Aux Etats-Unis, beaucoup de gens sont persuadés que les années 1960 étaient une période d’harmonie. Mais n’y a-t-il pas eu la crise des missiles à Cuba, les assassinats des Kennedy et de Martin Luther King, ainsi que des conflits raciaux dans chaque grande ville américaine ? Pourtant, aujourd’hui, la période fait figure de paradis perdu. (…) Il y a toujours un danger contre la raison. Cette explosion de peur contre le vaccin, l’un des plus grands sauveurs de vies de l’Histoire, montre qu’un recul peut arriver n’importe où. Quand les personnes ont l’impression que leur monde est chaotique et complexe, elles ne savent plus à qui faire confiance, donc il devient plus facile pour les complotistes et les religions de prospérer. (…) Quelle que soit leur cause, les critiques du progrès demandent à l’Etat plus de contrôle pour figer la situation. A gauche, il faut garder l’économie comme elle était ; à droite, c’est la culture qu’il faut préserver et, pour les écologistes, c’est l’environnement. Ils veulent tout stopper. Mais même le plus convaincu des réactionnaires ne voudrait pas revenir aux famines d’il y a deux cents ans. Quant aux écologistes, ils devraient être d’accord sur le fait que les plus grands problèmes environnementaux sont ceux qui ont tué des millions de personnes, parce qu’on n’avait pas d’électricité, qu’on était empoisonné par un mauvais air intérieur, qu’on polluait de façon traditionnelle l’eau et qu’on en mourait. Tous ces gens pensent qu’à ce moment précis de notre évolution on ne peut plus aller plus loin et qu’il faut tout préserver. (…) Les risques sont là et ils sont bien plus dangereux quand les gens ne comprennent pas ce que l’espèce humaine peut réaliser quand elle est libre. Je suis très effrayé par cette demande d’autorité, à droite comme à gauche, pour s’opposer à la mondialisation. Un grand pays européen peut élire un populiste, ce qui signifierait la fin de l’Union européenne telle qu’on l’a connue. Je suis donc un optimiste soucieux. Cela dit, je reste optimiste, car l’humanité a traversé dans l’Histoire des choses bien pires et est arrivée à les surmonter. L’humanité est résiliente et a beaucoup de pouvoirs. Johan Norberg
Attention: une ignorance peut en cacher une autre !

Au lendemain de la mort du mort du père du RMI Lionel Stoleru

Et accessoirement homme politique, économiste (polytechnique, Mines et Stanford) et chef d’orchestre français et victime, on s’en souvient du fait de ses origines juives roumaines, de l’antisémite Jean-Marie Le Pen

Alors qu’après l’accident industriel des années Obama mais aussi, technologie oblige, les risques de déclassement d’une bonne partie des classes moyennes …

Nombre de responsables politiques semblent tentés par un protectionnisme qui pourrait, si appliqué à l’instar de celle des années 30, nous ramener à la pire des grandes dépressions …

Pendant qu’au sein d’une Europe en train elle-même de remettre en question sa propre suppression des fontières internes face à la montée du terrorisme islamique et de l’immigration illégale. le Pays auto-proclamé des droits de l’homme ne ménage pas sa peine …

Pour imposer, au seul Etat israélien et par ailleurs allié revendiqué via la diplomatie et des mesures de marquage économique rappelant selon la formule consacrée « les heures les plus sombres de notre histoire », le retour à des frontières notoirement indéfendables face à des entités appelant explicitement à son annihilation …

Comment ne pas s’émerveiller …

Avec le dernier livre de l’historien de l’économie suédois Johan Norberg

Derrière en fait l’incroyable réduction de la pauvreté que connait notre monde depuis une cinquantaine d’années …

De cette étrange propension qui semble être la nôtre …

A mesure qu’augmentent notre niveau de richesse  …

Comme notre intolérance à la pauvreté …

Mais aussi certes les périls et les risques de régression …

A croire que tout va toujours plus mal dans le pire des mondes ?

Non, ce n’était pas mieux avant !

Enquête. Malgré les crises actuelles, l’humanité n’a jamais vécu aussi longtemps, avec autant de richesse, de liberté et de sécurité.

Thomas Mahler
Le Point
03/11/2016

En 2013, la fondation Gapminder proposa ce QCM à un panel d’Américains : « Durant les vingt dernières années, la proportion de la population mondiale vivant dans l’extrême pauvreté… : 1) a presque doublé ; 2) est restée la même ; 3) s’est presque réduite de moitié ». Alors que deux tiers penchèrent pour l’hypothèse la plus pessimiste, seuls 5 % optèrent pour la réponse 3. Un sondage mené en 2016 par le cabinet d’études néerlandais Motivaction montre que 92 % des Français pensent eux aussi que la pauvreté a augmenté ou est restée stable depuis vingt ans. Les faits ? Selon la Banque mondiale…

Historien économique, membre de l’Institut Cato, Johan Norberg, 43 ans et allure de pop star, avait connu un succès international avec « Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste » en 2003, une réponse aux mouvements altermondialistes. Avec « Progress : Ten Reasons to Look Forward to the Future » (Oneworld), c’est contre le pessimisme de l’époque que l’auteur s’élève.

Le Point : Daech, Alep, le réchauffement climatique ou les robots qui tuent nos emplois font la une des journaux. Pourquoi alors affirmer que notre âge d’or, c’est maintenant ?

Johan Norberg : Je sais que l’époque a l’air horrible, mais c’a toujours été le cas quand vous regardez les problèmes dans le monde. Il y a cinquante ans, c’était le risque d’un désastre nucléaire imminent, les usines japonaises menaçant les nôtres, un niveau de crime élevé dans les villes… Le rôle des médias est d’en parler et de nous effrayer un peu. Mais nous avons aussi besoin d’une perspective historique plus longue, de statistiques, pour voir à quel point nous venons de loin. Objectivement, on n’a jamais vécu si longtemps, avec autant de richesse, de liberté et de sécurité.

Ça va vraiment mieux partout ?

Certains indicateurs baissent un peu et il y a de nouveaux risques. Le progrès n’a rien d’automatique. Le réchauffement climatique est un problème récent. L’essor du terrorisme sous cette forme est aussi inédit. Du point de vue du nombre de victimes, avec les groupes séparatistes et révolutionnaires, c’était pire dans les années 1970 en Europe occidentale. Aujourd’hui, Daech ne cible pas des officiels mais frappe au hasard. C’est ce qui nous terrifie. Face à ça, nous avons d’autant plus besoin de données objectives qui nous permettent de saisir que, même si les attentats sont terribles, c’est un petit risque pour notre vie comparé à d’autres. II faut vaincre les terroristes, mais ne pas paniquer.

Votre livre s’ouvre sur la nutrition. De 1950 à aujourd’hui, la population mondiale est passée de 2,5 à plus de 7 milliards d’habitants. Les néomalthusiens prédisaient alors des famines immenses…

Oui, ils ne pensaient pas qu’on pourrait augmenter les rendements agricoles, ce qui est arrivé avec la révolution verte. Puis ils nous ont expliqué que ces gens auraient d’autant plus d’enfants, les considérant comme des lapins tout juste bons à se reproduire. Ils ont totalement oublié l’intelligence humaine et notre capacité d’adaptation. Dans les années 1950, il y avait en moyenne 5 enfants par mère dans les pays en développement. Aujourd’hui, c’est environ 2,5. Ce qui est moins qu’à cette époque dans les pays riches !

Le pape François explique que, si la richesse globale a augmenté, la mondialisation n’a fait qu’accroître la pauvreté…

Le pape devrait faire relire ses discours [rires]. Il y a cette idée commune que les choses vont de mal en pis. J’ai demandé à des gens ce qu’ils pensent de la pauvreté et de la faim dans le monde. Chaque fois, la majorité se trompe. Ce n’est pas uniquement de l’ignorance, c’est une mauvaise idée préconçue qu’ils tirent de quelque part. Cette vue fataliste provient non seulement des néomalthusiens, mais aussi des écologistes, des anticapitalistes et des conservateurs, à droite, qui martèlent que les choses ont empiré. Tout est imputé à la mondialisation et au capitalisme. Mais, d’un point de vue statistique, on a réduit l’extrême pauvreté de 1,2 5 milliard de personnes depuis vingt-cinq ans, alors même que la population mondiale a augmenté de 2 milliards de personnes. A chaque minute où nous parlons, 100 personnes en sortent.

Certes, mais n’est-ce pas essentiellement dû à la Chine sortant du cauchemar maoïste?

La Chine a eu un impact formidable, mais il y a aussi l’Inde, l’Indonésie, le Vietnam, le Bangladesh, l’Amérique latine et aujourd’hui des pays de l’Afrique subsaharienne, qu’on considérait pourtant comme le continent sans espoir. Pour la première fois, l’extrême pauvreté est passée en Afrique subsaharienne au-dessous des 50%. Aujourd’hui, on en est à 35 %.

Le Niger, Haïti ou la République démocratique du Congo sont cependant plus pauvres qu’il y a cinquante ans…

C’est choquant. On doit se demander comment c’est possible dans un monde où le savoir, la technologie et la science croissent. Ces pays n’ont pas accès à l’économie mondiale. Certains ont été touchés par des guerres dévastatrices ; des régimes brutaux, comme au Zimbabwe, ont sciemment détruit tout ce qui était productif. Ce sont les pays les moins globalisés et les moins ouverts. C’est ça, le problème !

Dans tous les pays du monde, sans exception, les gens vivent plus longtemps qu’il y a cinquante ans. Comment l’expliquez-vous ?

Cela montre que la richesse et le PIB ne sont pas tout. Certains pays ont stagné ou régressé sur le plan économique, mais même eux ont connu des avancées considérables en termes de santé. Le plus grand facteur derrière le progrès, ce n’est pas l’augmentation des salaires, mais des prix plus bas permettant une vie meilleure et plus longue, ainsi qu’une diffusion des savoirs et de la technologie. Il est difficile d’inventer un vaccin contre la rougeole, mais, une fois créé, il est facile de l’utiliser à travers le monde. En 1800, pas un seul pays au monde n’avait une espérance de vie supérieure à 40 ans. Aujourd’hui, pas un seul pays n’a une espérance de vie inférieure. En Afrique, c’est d’autant plus encourageant que, après les dégâts des guerres, de la malaria et du VIH, l’espérance de vie est plus élevée que jamais. L’Ouganda, le Botswana ou le Kenya ont eu un gain de dix ans ces dix dernières années. C’est hallucinant !

En 1950, Il y avait 10,5 millions de lépreux. Il n’y a aujourd’hui plus que 200 000 cas chroniques.

C’est intéressant d’un point de vue psychologique. On s’est inquiété pour la lèpre, la rougeole. Récemment, c’était Ebola. Or, une fois qu’on a résolu un problème, on l’oublie et on se dit que le monde est pire que jamais lorsque apparaît un nouveau virus. Pourtant, Ebola a prouvé à quel point la science, une coopération internationale et les populations pouvaient réagir rapidement. Un scénario catastrophe prévoyait 1,4 million de morts au Libéria et en Sierra Leone. Mais, là encore, il se fondait sur l’idée néo-malthusienne, avec un fond raciste, que puisque ce sont des Africains ils sont comme des enfants, incapables de changer leurs habitudes. Alors que ces gens ont des téléphones portables et s’informent! Ils ont ainsi adapté leurs rites funéraires et le nombre de morts s’est limité à 30.000.

En matière d’environnement, on se dit qu’il ne peut pas y avoir de bonnes nouvelles…

Mon éditeur non plus ne pensait pas que ce chapitre fonctionnerait [rires], car c’est le plus contre-intuitif. Oui, tous ces problèmes environnementaux qui nous préoccupent sont réels : réchauffement climatique, éradication des espèces… Mais je me suis aussi intéressé à d’autres problèmes environnementaux complètement oubliés. En décembre 1952, le grand smog a tué près de 12.000 personnes à Londres. Aujourd’hui, l’air londonien est aussi propre qu’au Moyen Age. Depuis 1990, la forêt européenne croît à un rythme annuel de 0,3 %. La déforestation continue en Indonésie ou au Brésil, mais le taux mondial de déforestation annuel a ralenti, passant de 0,18 à 0,0009% depuis les années 1990. On a mesuré que, grâce à l’évolution des techniques agricoles, on a pu sauvegarder une surface forestière de deux fois l’Amérique du Sud depuis les années 1960. Bien sûr, on crée de nouveaux problèmes. Mais comment y faire face ? Plus un pays est riche, mieux il peut développer des technologies propres. Dans le classement des indices de performance environnementale, les pays Scandinaves sont en tête, alors que la Somalie, le Niger ou Haïti sont en queue. Les problèmes environnementaux dans ces pays ne proviennent pas de la technologie, mais de l’absence de technologie. Autrement dit, nous devons accélérer le progrès plutôt qu’adopter la décroissance, qui signifierait un retour à la pauvreté pour des millions de personnes, mais serait plus néfaste pour l’environnement. Car le pire qui puisse arriver, c’est l’utilisation de vieilles technologies, ce qui se pratique dans des pays africains ou en Asie. Il faut accélérer le processus pour qu’eux aussi y aient accès. Nous devons trouver de meilleures façons d’utiliser nos ressources, mais je rappelle que la plus importante est le cerveau humain, qui, très heureusement, est renouvelable.

En 1900, seulement 21 % de la population mondiale savaient lire. Aujourd’hui, c’est 86%…

Parmi tous ces chiffres, voilà la meilleure nouvelle ! Car cela concerne notre capacité à affronter les problèmes du futur. Si vous êtes illettrés, vous ne recevrez pas les informations en cas d’épidémie, vous ne saurez pas comment prendre le mieux possible soin de vos enfants et vous ne gagnerez pas plus d’argent. L’incroyable essor de ce taux d’alphabétisme stimule toutes les autres tendances. Mais c’est aussi ce qui, parfois, peut nous effrayer dans le monde occidental. Avant, nous étions les meneurs de revue. Nous étions les seuls à avoir la richesse, le savoir et la technologie, mais on a connu une sorte de révolution copernicienne. Nous pensions être au centre du monde, ce n’est plus le cas. Des enfants qui, simplement parce qu’ils étaient nés au mauvais endroit, n’auraient pas pu être le prochain Léonard de Vinci ou le prochain Bill Gates peuvent désormais mettre leur cerveau à contribution pour penser un nouveau médicament ou la prochaine technologie. C’est un immense espoir pour l’humanité.

L’esclavage est officiellement partout aboli. Mais, pour l’extrême gauche, le capitalisme a créé de nouvelles servitudes…

C’est parce que ces gens-là pensent que toute personne qui doit travailler est un esclave. Ce qui est l’opposé de la conception traditionnelle de l’esclavage, où, par la coercition, on volait la vie de la personne. Les pauvres qui occupent des emplois dont nous ne voudrions pas le font parce que c’est leur meilleure option. J’ai interrogé des travailleurs dans ces usines asiatiques qui produisent pour les marchés occidentaux. Evidemment, ils expliquent qu’ils préféreraient avoir des salaires plus élevés et de meilleures conditions, mais ils veulent aussi que leurs proches puissent y travailler, car les revenus sont supérieurs et les conditions moins difficiles que dans l’agriculture de subsistance ou que travailler comme domestique. C’est un tremplin pour sortir de la pauvreté, comme nous l’avons fait il y a cent cinquante ans et comme cela se passe au Bangladesh, où, avec l’industrie textile, la pauvreté a été diminuée de moitié depuis quinze ans.

Et le travail des enfants ?

Si vous pensez que le travail des enfants est quelque chose de nouveau, consultez les tapisseries et les témoignages du Moyen Age, où les enfants font partie intégrante de l’économie. Aujourd’hui, ça paraît bénin, car nous avons une représentation romantique de la ferme, comme si c’était un plaisir. Mais je peux vous assurer que cela n’était pas le cas à l’époque. Le travail des enfants a continué sous la révolution industrielle, mais à travers des œuvres comme celle de Dickens il y a eu une prise de conscience qui marqua le début du déclin. Aujourd’hui, en Inde comme au Vietnam, le travail des enfants baisse rapidement. Entre 1993 et 2006, la proportion des 10-14 ans travaillant au Vietnam est passé de 45 % à moins de 10 %. Au moment où les parents deviennent plus riches, la première chose qu’ils font est de ne plus envoyer leurs enfants travailler, car ils ne le faisaient pas par plaisir sadique, mais pour survivre. Historiquement, le capitalisme a donc permis de mettre un terme au travail des enfants, pas l’inverse.

Vous illustrez aussi les progrès en matière de racisme, de misogynie ou d’homophobie. En 1987, un Américain sur deux seulement pensait qu’il était mal de battre sa femme avec une ceinture ou un bâton. Dix ans plus tard, ils étalent 86 %…

Le cercle des personnes que nous respectons et de qui nous nous soucions ne cesse de s’étendre. Traditionnellement, seule la tribu octroyait une dignité face aux autres. Puis ce sentiment s’est étendu aux villes et à la nation. Aujourd’hui, il nous arrive même, dans nos bons jours, de penser à l’humanité [rires]. Dans les années 1980, les hommes répondaient encore à ces questions comme si hommes et femmes étaient une tout autre espèce. Mais, plus les femmes ont fait la même chose que les hommes dans le monde du travail, plus il est devenu difficile de penser qu’ils leur sont supérieurs.

Pour Angus Deaton, le progrès crée toujours des inégalités. Depuis 1980, celles-ci sont grandissantes dans les pays de l’OCDE…

Deaton a raison. Il y a deux cents ans, il y avait plus d’égalité dans le monde, mais c’est parce que l’immense majorité d’entre nous était pauvre. L’indice de Gini était donc très bas. Puis, dans une minorité de pays, les gens ont commencé à avoir plus de libertés, ils sont devenus beaucoup plus riches : leur PIB par habitant a été multiplié par 20. Evidemment, vous introduisez ainsi une énorme inégalité dans le monde. Mais, comme l’explique Deaton, ce n’est pas toujours une mauvaise chose. Serait-il préférable que tout le monde soit resté pauvre ? Prenez la Chine. Il y a trente ans, c’était un pays très égalitaire, mais 90% de la population vivait dans l’extrême pauvreté, contre 10% aujourd’hui. Si vous ne vous concentrez que sur les inégalités, vous aurez l’impression que ça a empiré. Le progrès n’est jamais égalitaire. Il se concentre plus sur les régions côtières, dans les grandes villes. Cela dit, l’inégalité peut devenir un problème, surtout quand certains groupes commencent à se garantir des privilèges et prennent le contrôle du pouvoir. C’est ce qui s’est passé en Russie, où un petit groupe a pris en otage le gouvernement, faute de transparence.

Thomas Piketty explique que la croissance a été mieux partagée après la Seconde Guerre mondiale et jusqu’aux années 1970. Après, les inégalités de revenus se sont creusées…

Je suis l’un des rares à avoir lu son livre en entier [rires]. Cette augmentation des inégalités est en partie le résultat de la reconstruction de l’Europe après la Seconde Guerre mondiale. Ce fut facile, car toute la technologie était à notre disposition. Mais cette croissance s’est essoufflée dans les années 1970 et il a fallu de nouvelles ressources de productivité, car il ne s’agissait plus simplement de mettre des briques au bon endroit, mais de développer des technologies de l’information et de ressources humaines. Cela a favorisé ceux qui étaient bons dans ces domaines par rapport aux travailleurs manuels. En même temps, il est utile de rappeler que, plus que votre salaire, l’important est ce que vous pouvez acheter. Même si vous n’avez pas augmenté vos revenus de manière importante depuis les armées 1980, vous avez eu accès à des technologies et à des services qui n’existaient pas dans le passé. Avant, seuls les riches pouvaient s’acheter une encyclopédie. Maintenant, on y a tous accès pour rien ! Comment chiffrer ça ? Ça n’apparaît pas dans les statistiques. Sans parler de la médecine, qui nous a donné près de dix années supplémentaires de vie. Les taux de criminalité se sont réduits, l’accès à la technologie a augmenté pour tout le monde. Bill Gates voyage de manière luxueuse et boit sans doute du meilleur vin que moi. Mais il utilise le même téléphone, il n’a pas un meilleur accès au savoir, ce qui est une première dans l’histoire de l’humanité. Et son espérance de vie n’est pas supérieure à la mienne. Dans notre vie de tous les jours, nous sommes en fait de plus en plus égaux.

Au-delà des chiffres, il y a les questions culturelles. La mondialisation et l’immigration font craindre à certains de perdre leur identité.

C’est effectivement un facteur plus important que les données économiques. Si vous regardez les supporteurs de Donald Trump, ils ne sont pas au chômage, mais ils appartiennent à une classe blanche qui pense que son identité est en déclin car menacée par les minorités. Cela explique en grande partie l’essor des populismes en Europe et aux Etats-Unis. Les psychologues parlent d’un réflexe d’autorité. C’est un besoin de protection qui touche aussi l’éducation, la liberté sexuelle, les droits des minorités. C’est l’idée qu’on doit se reprendre en main. Je comprends ce sentiment, mais les conséquences en seraient terrifiantes, car tout le progrès dont nous parlons est dépendant de notre ouverture au monde.

D’où les oppositions aux traités de libre-échange…

Si nous construisons des murs, nous n’empêcherons pas le reste du monde d’innover et d’avoir de nouvelles idées. Ce serait se tirer une balle dans le pied. On a vu ça dans l’Histoire. Les civilisations qui, se sentant menacées, ont commencé à mettre des barrières sont celles qui ont entamé leur déclin. Les Arabes étaient très en avance sur l’Europe en matière de science et technologie, la Chine avait les caractères, de la poudre à canon et la boussole. Mais la dynastie Ming, qui a pris le pouvoir au XIVe siècle, était hostile à la technologie et aux étrangers, tandis que le monde islamique s’est refermé après les invasions mongoles, différant l’utilisation de l’imprimerie de trois cents ans.

Alors qu’un pays comme le Nigeria se montre très optimiste, les Occidentaux sont de plus en plus pessimistes. Comment l’expliquer ?

Selon les sondages, dans les pays occidentaux, plus de personnes croient aux fantômes ou à l’astrologie qu’au progrès. Cela vous rend un peu inquiet pour votre civilisation [rires]. Cette idée que l’âge d’or est dans le passé est une forme de nostalgie qui nous a toujours accompagnés. Quand je demande aux gens quelle était la meilleure période à leurs yeux, la plupart évoquent les années au cours desquelles ils ont grandi. A l’époque, ils n’avaient ni enfants ni responsabilités et ne se préoccupaient pas de toutes les choses qui peuvent mal tourner. Le monde, quand on est jeune, semble plus sûr. En grandissant, on appréhende le danger. Et il y a le déclin physique. Comme l’explique l’historien culturel Arthur Herman, il existe une fréquente confusion entre la détérioration à l’intérieur de votre corps et celle qui se produit à l’extérieur. Ce n’est sans doute pas une coïncidence si nous sommes précisément au moment où la génération du baby-boom prend sa retraite. Aux Etats-Unis, beaucoup de gens sont persuadés que les années 1960 étaient une période d’harmonie. Mais n’y a-t-il pas eu la crise des missiles à Cuba, les assassinats des Kennedy et de Martin Luther King, ainsi que des conflits raciaux dans chaque grande ville américaine ? Pourtant, aujourd’hui, la période fait figure de paradis perdu.

Les religions ou les superstitions peuvent-elles menacer le progrès ? Seuls 52 % des Français pensent que les vaccins ont des effets positifs…

Il y a toujours un danger contre la raison. Cette explosion de peur contre le vaccin, l’un des plus grands sauveurs de vies de l’Histoire, montre qu’un recul peut arriver n’importe où. Quand les personnes ont l’impression que leur monde est chaotique et complexe, elles ne savent plus à qui faire confiance, donc il devient plus facile pour les complotistes et les religions de prospérer.

Aujourd’hui, seuls les libéraux et quelques réformistes à gauche osent encore vanter le progrès…

Quelle que soit leur cause, les critiques du progrès demandent à l’Etat plus de contrôle pour figer la situation. A gauche, il faut garder l’économie comme elle était ; à droite, c’est la culture qu’il faut préserver et, pour les écologistes, c’est l’environnement. Ils veulent tout stopper. Mais même le plus convaincu des réactionnaires ne voudrait pas revenir aux famines d’il y a deux cents ans. Quant aux écologistes, ils devraient être d’accord sur le fait que les plus grands problèmes environnementaux sont ceux qui ont tué des millions de personnes, parce qu’on n’avait pas d’électricité, qu’on était empoisonné par un mauvais air intérieur, qu’on polluait de façon traditionnelle l’eau et qu’on en mourait. Tous ces gens pensent qu’à ce moment précis de notre évolution on ne peut plus aller plus loin et qu’il faut tout préserver.

Etes-vous confiant pour le futur ?

Parce que j’ai écrit un livre sur le progrès, je devrais être optimiste, mais je ne l’ai pas écrit pour dire : « Regardez, tout est génial, on peut être relax.» Non, je l’ai fait parce que j’ai un peu peur. Les risques sont là et ils sont bien plus dangereux quand les gens ne comprennent pas ce que l’espèce humaine peut réaliser quand elle est libre. Je suis très effrayé par cette demande d’autorité, à droite comme à gauche, pour s’opposer à la mondialisation. Un grand pays européen peut élire un populiste, ce qui signifierait la fin de l’Union européenne telle qu’on l’a connue. Je suis donc un optimiste soucieux. Cela dit, je reste optimiste, car l’humanité a traversé dans l’Histoire des choses bien pires et est arrivée à les surmonter. L’humanité est résiliente et a beaucoup de pouvoirs.

Propos recueillis par Thomas Mahler, Le Point du 3 novembre 2016

Voir aussi:

Combattre les réactionnaires

La vague réactionnaire qui submerge les démocraties occidentales est construite sur un mythe, celui d’un âge d’or… qui n’a jamais existé. Et sur un faux postulat selon lequel l’humanité serait en perdition.

Ce qui semblait impossible s’est finalement produit. Donald Trump a gagné l’élection présidentielle américaine la plus détestable et la plus inquiétante de l’ère moderne. Elle a marqué l’irruption du populisme à une échelle sans précédent dans l’histoire de la démocratie américaine. Cette dernière n’est plus immunisée contre une maladie qui a ravagé l’Europe il y a quatre-vingt ans et a fait son retour dans l’ensemble du monde occidental et bien au-delà.

Cette vague, apparemment irrésistible, a deux ressorts, la désignation d’un bouc émissaire et la négation de la réalité. Tous nos maux proviennent de l’étranger et des élites qui sont vendues à ces intérêts. Retrouver la grandeur passée, reprendre le contrôle de notre destin, renouer avec une société qui nous ressemble sont les slogans politiques de notre temps. On les retrouve aussi bien avec Donald Trump que parmi les partisans du Brexit, dans les partis d’extrême-droite européens, avec Vladimir Poutine en Russie, avec Recep Tayyip Erdogan en Turquie, avec Narenda Modi en Inde et même, à une autre échelle, avec Daech. L’islamisme politique n’a-t-il pas pour ambition de retrouver la prétendue pureté religieuse originelle et la puissance militaire qui lui est associée?

Donald Trump promet de rendre «l’Amérique grande à nouveau». Vladimir Poutine entend renouer avec les ambitions impériales de la Russie tsariste et de l’URSS et Erdogan avec le destin de l’empire ottoman. Narenda Modi s’appuie sur un nationalisme hindou construit sur un affrontement avec l’Islam. Et les partisans du Brexit comme ceux de Marine Le Pen voient dans la fermeture des frontières et le rejet de l’immigration le moyen de revenir à un âge d’or de prospérité et d’entre soi. Un âge d’or qui n’a jamais existé.

«La trahison des élites est centrale…»

La pensée réactionnaire est toujours construite selon le même schéma, explique Mark Lilla, professeur à l’Université de Columbia et auteur d’un livre récent intitulé The Shipwrecked Mind: on Political Reaction («Naufrage intellectuel: la réaction politique»), dans le New York Times. Elle part de la description d’une période idéale, «un Etat où règne l’ordre et où les personnes partagent un même destin… Puis des idées étrangères promues par des intellectuels et des forces extérieures –écrivains, journalistes, professeurs, étrangers– détruisent cette harmonie. La trahison des élites est centrale dans tout mythe réactionnaire…».

Désigner à la vindicte populaire le ou les responsables de nos malheurs, au hasard l’immigration, l’Europe, la finance cosmopolite, la mondialisation, le capitalisme, les Etats-Unis, la Chine, le sionisme, l’islam… est d’une redoutable efficacité politique. Sans doute plus encore à l’époque des réseaux sociaux et de l’omniprésence de l’information instantanée qui n’a pour seul horizon que la polémique artificielle du jour, rapidement effacée par celle du lendemain. Face à un monde compliqué et vide de sens, le «C’était mieux avant» apporte une réponse simpliste et réconfortante au sentiment de déclassement, d’abandon, d’aliénation et d’humiliation d’une partie grandissante de nos sociétés. Mais si la souffrance économique comme identitaire est bien réelle, la réponse qui consiste à désigner des responsables, les chasser… et revenir ainsi par magie à la grandeur et à l’harmonie passée est une dangereuse illusion.

Il faut appeler un chat un chat. Cette illusion a des relents fascistes, même si elle ne va pas jusqu’au rejet de la démocratie. Elle s’en rapproche «dans son opposition virulente… au libéralisme, dans sa suspicion envers le capitalisme et surtout dans la croyance que la nation, souvent définie en termes religieux et raciaux, représente la plus importante source d’identité des vrais citoyens», écrit le professeur Sheri Berman, de la Columbia University, dans Foreign Affairs:

«Comme leurs prédécesseurs, les extrémistes de droite d’aujourd’hui dénoncent les dirigeants démocratiquement élus comme inefficaces, impotents et faibles. Ils promettent de soutenir leur nation, la protéger de ses ennemis et redonner une raison d’être à des gens qui se sentent en butte à des forces qui les dépassent…»

Il n’y a pas d’effondrement moral, économique et politique

La réponse à ces marchands d’illusion et de malheur existe, même si elle tarde à venir. Elle se trouve dans les enseignements de l’histoire et l’affirmation des faits. La réaction est construite sur un mythe, celui d’un passé fantasmé, et sur un faux postulat, l’humanité est en perdition.

Les réactionnaires promettent d’effacer ce que la modernité aurait détruit d’une société harmonieuse à taille humaine. Ils affirment que leur pays et leur société ont fait fausse route, guidés par des élites apatrides, des ploutocrates, et qu’il faut revenir en arrière. Donald Trump ou Eric Zemmour s’insurgent contre un effondrement moral, politique et économique. Il n’existe pas. Les sociétés du siècle passé avaient leurs guerres, leurs mouvements sociaux, leur terrorisme, leur misère, leur violence, leurs discriminations, leurs laissés-pour-compte, leurs corrompus…

La réalité objective de l’humanité ne correspond en rien au catastrophisme ambiant. Il n’y a tout simplement jamais eu sur terre de meilleure période pour être vivant, explique l’historien suédois Johan Norberg dans son livre Progress: Ten Reasons to Look Forward to the Future («Progrès: dix raisons d’attendre avec impatience l’avenir»). «L’humanité n’a jamais été plus riche, en bonne santé, libre, tolérante et éduquée», résume-t-il.

Quelques exemples, parmi d’autres…

L’espérance de vie moyenne dans le monde était de 31 ans en 1900. Elle est aujourd’hui de 71 ans. La Banque mondiale a défini le seuil de la misère extrême à un revenu équivalent à 2 dollars par jour. En 1800, 94% de nos ancêtres vivaient dans une pauvreté extrême. En 1990, 37% de la population mondiale se trouvait encore dans cette situation. Ce chiffre est revenu aujourd’hui à moins de 10%.

Nous vivons dans l’ère la plus pacifique de l’histoire humaine. Le taux annuel d’homicide dans l’Europe médiévale était de 32 pour 100.000. A la fin du XXe siècle, ce chiffre est tombé à 1 pour 100.000. Le taux de mortalité de personnes ayant péri lors de conflits armés est passé de 195 par million en 1950 à 8 par million en 2013.

En 1800, seuls 12% des adultes étaient capables de lire. En 1950, le niveau mondial d’alphabétisme était de 40%. Il est aujourd’hui de 86% et la différence entre les hommes et les femmes ne cesse de reculer.

En 1990, il y avait 76 démocraties électorales. Il y en avait 125 en 2015. L’air de Londres est aujourd’hui aussi propre qu’au début de la révolution industrielle et les forêts s’étendent à nouveau en Europe.

Rupture technologique et repli identitaire

Cela ne veut pas dire que notre planète soit un paradis. Que les sociétés ne sont pas fracturées par des transformations brutales qu’elles n’arrivent pas à surmonter. Mais personne ne veut voir la réalité des progrès spectaculaires de l’humanité. Nous préférons nous complaire dans les peurs, les fantasmes et l’annonce de catastrophes. «Aucun journaliste ne sait plus ce qu’est une bonne nouvelle», faisait remarquer il y a quelques années le Dalaï-Lama.

Les réactionnaires exploitent l’appauvrissement relatif de la classe moyenne et l’angoisse irrationnelle de l’avenir. Ils apportent une réponse absurde et dangereuse à de vrais problèmes nés de la mondialisation et de l’évolution technologique: l’angoisse culturelle et identitaire et la bipolarisation du marché du travail.

Rendre moins douloureux le sentiment d’un déclin identitaire et culturel prend du temps. Cela se fait dans l’éducation, le respect et plus encore la connaissance de l’autre. Le paradoxe, c’est que la tolérance progresse en fait rapidement dans le monde, mais qu’il est difficile de le voir.

La bipolarisation du marché du travail pose un problème encore plus grave aux sociétés, notamment occidentales. C’est ce qu’explique l’économiste Patrick Artus dans Le Point. «Les créations d’emplois se concentrent aux deux extrêmes, emplois qualifiés à rémunération élevée, emplois peu qualifiés à rémunération faible; entre ces deux extrêmes, les emplois intermédiaires (la classe moyenne) disparaissent progressivement…». La plupart des études montrent que cette division du marché du travail est plus liée à la technologie qu’à la mondialisation et aux délocalisations.

C’est la technologie qui a chassé la main d’œuvre des campagnes puis des usines et aujourd’hui de bon nombre d’emplois intermédiaires dans les services. Ce phénomène va s’accélérer, avec par exemple le développement des véhicules autonomes et des robots. Un processus de destruction/création brutal. De nouveaux emplois apparaissent et apparaîtront –les besoins sont sans limites–, mais là encore il faudra du temps. Les États ont un rôle indispensable à jouer dans la formation et dans la protection, avec, pourquoi pas, l’instauration d’un revenu universel. S’ils ne le font pas, les marchands d’illusion ne sont pas prêts de disparaître.

Globalization and Poverty
The last forty years have seen a massive and historically unprecedented decline in global poverty
Marian Tupy
Reason
November 22, 2016

Remember the good life during the 1970s? If you do, your experience is not likely to have been a typical one. In fact, the economic liberalization and globalization that started in the late 1970s and accelerated in the 1980s, has led to a massive and historically unprecedented decline in global poverty. Contrary to much of the public perception, liberalization and globalization have not led to an increase in U.S. poverty rates, which continue to fluctuate within a comparatively narrow and, by historical standards, low, band.

Let us look at the global picture first. In 1981, the year Ronald Reagan became America’s 40th President, 44.3 percent of the world lived in extreme poverty (i.e., less than $1.90 per person per day). Last year, it was 9.6 percent. That’s a decline of 78 percent. In East Asia, a region of the world that includes China, 80.6 percent of people lived in extreme poverty. Today, 4.1 percent do—a 95 percent reduction. Even in sub-Saharan Africa, a relatively under-performing region, the share of the population living on less than $1.9 per day dropped by 38 percent.

Have those advances come at the expense of the American worker? They have certainly led to economic dislocation, but America’s poverty rate has remained relatively steady. When talking about U.S. poverty rates, it is important to keep in mind that extreme poverty in America is vanishingly rare. Instead, our poverty rate is determined by the U.S. Census Bureau « by comparing pre-tax cash income against a threshold that is set at three times the cost of a minimum food diet in 1963, updated annually for inflation using the Consumer Price Index. It’s also adjusted for family size, composition, and age of householder. »

According to both the Nobel Prize-winning economist Angus Deaton and Cato’s Michael Tanner (who relied on U.S. Census Bureau data), the American poverty rate has moved between 15.2 and 11.3 percent over the last four decades. On three occasions (1983, 1993 and 2010) it reached over 15 percent of the population. Those were post-recession peaks that disappeared as soon as the economy recovered.

In fact, America experienced her lowest poverty rate since 1974 in 2000, when openness of the American economy, as measured by the Fraser Institute’s Economic Freedom of the World index, was at its highest. Since then, America’s economy has become less free. Could that be the reason why the American recovery from the Great Recession was so sluggish and why America’s poverty rate has not retreated as fast as it did on previous occasions?

Voir encore:

Le RMI a 20 ans, place au revenu de solidarité active 
Pour Lionel Stoleru, l’ancien ministre, fondateur du revenu minimum d’insertion (RMI), revient sur les circonstances dans lesquelles celui-ci a été créé et se réjouit de voir le revenu de solidarité active (RSA) prendre forme.
Lionel Stoleru
Le Figaro
06/06/2008

D’une session de travail de six mois à la Brookings Institution à Washington en 1974, je revins avec une thèse en faveur de l’impôt négatif qui fit l’objet d’un livre Vaincre la pauvreté dans les pays riches. Quinze ans plus tard, en mai 1988, dans la «Lettre à tous les Français», le candidat Mitterrand écrivit que, s’il était élu, il «mettrait en œuvre le revenu minimum proposé par Lionel Stoleru». Effectivement, dès son élection, je fus appelé au gouvernement comme secrétaire d’État au Plan auprès de Michel Rocard, et, en six semaines, le projet de loi créant le RMI fut préparé. Au Parlement, il fut voté événement rare à l’unanimité (moins 3 voix) et, depuis, aucun gouvernement ne l’a jamais remis en cause.

Pour moi, le RMI était le retour de l’État à ses devoirs. Autant je pouvais admirer la charité chrétienne de l’abbé Pierre et la solidarité laïque de Coluche, autant j’étais convaincu que, dans un pays riche, c’est du devoir de l’État qu’aucun citoyen ne meure de froid ni de faim. Tel était l’objet du RMI, ouvert à tous sans condition de statut. En outre, fixé à un niveau évidemment inférieur au smic pour respecter la primauté du travail, le RMI ne coûte presque rien : une goutte d’eau dans l’océan des dépenses sociales, même avec un million de bénéficiaires.

Cela dit, il ne nous avait pas échappé, dès sa création, que le RMI poserait deux problèmes.

Le «I», tout d’abord, ce «I» de «insertion». Mis dans la loi pour rassurer les députés obsédés par le «délit de fainéantise», le dispositif d’insertion n’avait pas les moyens de traiter individuellement tous les RMIstes, ou alors le «I» de l’insertion aurait coûté beaucoup plus cher que le «RM» du revenu minimum. En outre, et surtout, il y avait une sorte de contradiction conceptuelle entre l’idée que tout citoyen a droit de manger et l’obligation d’insertion. Pour quelqu’un qui veut consacrer sa vie à écrire des poèmes ou à peindre des toiles qui ne se vendent pas, et qui se satisfait du RMI, que signifie l’insertion ? Si le RMI avait existé, peut-être que Van Gogh et Verlaine auraient un peu moins souffert !

Le revenu minimum, ensuite. Ma proposition personnelle n’était pas celle-là. C’était celle de l’impôt négatif : plus un citoyen est riche, plus il paie d’impôt positif ; plus un citoyen est pauvre, plus il reçoit d’impôt négatif. Il y a une échelle progressive, sans discontinuité.

Le revenu minimum, lui, n’a pas cette qualité : on le donne à celui qui n’a rien et on l’enlève entièrement à celui qui retrouve un travail et un revenu. Dès qu’il gagne 100 € par son activité, il perd 100 € de son RMI. C’est évidemment fort peu motivant pour aller travailler.

Une nouvelle étape du RMI est donc nécessaire, c’est le RSA, revenu de solidarité active, et c’est le grand mérite de Martin Hirsch, à partir de quelques expériences menées en région, d’avoir su proposer une réforme d’ensemble du système actuel vers un dispositif proche de l’impôt négatif, c’est-à-dire un dispositif où, comme pour tout impôt, on a toujours intérêt à gagner plus, car, comme on dit, «il en reste toujours quelque chose», ce qui n’était pas le cas du RMI.

Mais, voilà le hic, le RSA est coûteux. Jusqu’à présent, on n’accompagne les bénéficiaires que jusqu’au moment où ils gagnent l’équivalent du RMI. Avec le RSA, on les accompagne au-delà du RMI et, compte tenu des besoins des travailleurs pauvres, non seulement jusqu’au smic, mais vraisemblablement un peu au-dessus du smic. Le calcul n’est pas sorcier : si on veut maintenir, par exemple, 50 € d’aide à celui qui gagne 100 € de plus, cela veut dire qu’on l’accompagne jusqu’à ce qu’il gagne deux fois le RMI, ce qui fait plus que le smic.

Or il y a beaucoup de Français qui, à temps partiel ou à temps plein, sont à 20 ou 25 % autour du smic, au-dessus ou au-dessous. Même si le RSA ne donne à chacun qu’un petit complément, cela fait quand même un gros montant total, d’où le débat budgétaire actuel.

Ce qu’on semble oublier dans ce débat, c’est que la totalité du RSA je dis bien la totalité va aux chômeurs ou aux travailleurs pauvres. C’est donc, à partir du RMI, la plus importante action de lutte contre la pauvreté jamais faite en France (et aussi dans l’Union européenne). On pourrait penser que la gauche applaudirait ! Non, elle ne supporte pas que ce soit la droite qui le fasse et encore moins Martin Hirsch au sein de la droite. Puis-je rappeler que, quand nous avons créé le RMI, c’était un gouvernement de gauche, où, moi, je venais de la droite et où, «néanmoins», les députés de droite ont voté pour ? Qu’on se le dise !

Cela dit, à l’unanimité ou à la majorité, le RSA sera voté. Il lui restera alors un dernier obstacle à franchir : la complexité. Moins simple par nature que le RMI, il devra, pour être efficace, être compréhensible et être compris. Contrairement à la prime pour l’emploi dont aucun bénéficiaire n’a jamais compris ni pourquoi, ni comment, ni quand il la touche, il faut que le salarié «s’approprie» le RSA en sachant à quels avantages il a droit et ce qu’il en garde chaque fois qu’il parvient à augmenter son revenu. C’est alors, et seulement alors, qu’il saura se bâtir un projet de réinsertion dans la société. Le «I» du RMI était passif, le «A» du RSA est actif, voilà ce qui fait toute la différence.

Un écrivain désabusé disait : «Je ne laisserai personne dire que 20 ans, c’est le plus bel âge de la vie». Pour le RMI, ce sera le plus bel âge si, adulte, il devient le RSA.

Voir de même:

Propos recueillis par Yvon Corre
Qu’est-ce qui caractérise cette nouvelle bourgeoisie. Est-elle différente de l’ancienne ?
Elle se présente comme différente mais sur les fondamentaux, elle fonctionne un peu comme la bourgeoisie d’avant. Elle vit là où ça se passe, c’est-à-dire dans les grandes métropoles, les secteurs économiques les mieux intégrés dans l’économie du monde. Elle est dans la reproduction sociale. On ne compte plus les fils de… Tout ça est renforcé par les dynamiques territoriales qui tendent à concentrer les nouvelles catégories supérieures dans les grands centres urbains avec une technique géniale qui est d’être dans le brouillage de classe absolu. Que voulez-vous dire par brouillage de classe ?
Cette bourgeoisie ne se définit pas comme une bourgeoisie. Elle refuse bien évidemment cette étiquette. C’est une bourgeoisie cool et sympa. D’où la difficulté pour les catégories populaires à se référer à une conscience de classe. Hier, vous aviez une classe ouvrière qui était en bas de l’échelle sociale mais qui pouvait revendiquer, s’affronter, ce qui est beaucoup plus compliqué aujourd’hui. On a des gens apparemment bienveillants, qui tendent la main et qui se servent beaucoup de la diversité et de l’immigration pour se donner une caution sociale. Mais quand on regarde les choses de près, ce sont en fait des milieux très fermés. La mixité sociale, le vivre ensemble c’est donc pour vous un mythe ?
Ça, c’est dans les discours mais dans les faits, ce que l’on observe, c’est une spécialisation sociale des territoires. Un rouleau compresseur, celui des logiques foncières, tend à concentrer de plus en plus ces catégories supérieures alors même qu’elles nous expliquent que l’on peut être dispersé dans l’espace, que via le réseau numérique on peut vivre n’importe où. On assiste donc à une recomposition des territoires ?
Oui. Quand on prend sur le temps long, on voit bien qu’il y a une recomposition sociale du territoire qui nous dit exactement ce qu’est le système mondialisé. En gros, nous n’avons plus besoin, pour créer de la richesse, de ce qui était hier le socle de la classe moyenne : ces ouvriers, ces employés, ces petits indépendants, ces petits paysans. Avec le temps, ces catégories se trouvent localisées sur les territoires les moins dynamiques économiquement, qui créent le moins de richesses et d’emplois. C’est cette France périphérique de petites villes, de villes moyennes et de zones rurales. C’est un modèle que l’on retrouve partout en Europe. Le mouvement des bonnets rouges en Bretagne était-il une réaction à ce modèle ?

Complètement. Ce qui m’a frappé, c’est que ce mouvement est parti de petites villes, de zones rurales et non pas de Rennes, Brest ou Nantes. Pourquoi ça part de là ? Parce ce que vous avez là des gens qui sont dans une fragilité sociale extrême. Quand ils ont du travail, ils ont peur de le perdre car il y a très peu de création d’activité. Le problème, c’est que tous les spécialistes des territoires pensent toujours à partir de la métropole.

Vous êtes très critique sur la métropolisation. On dit pourtant qu’elle va profiter à tous les territoires ?
C’est vrai que l’on nous parle toujours de la métropolisation comme d’un système très ouvert. On dit que par « ruissellement », les autres territoires vont en profiter. C’est tout l’argumentaire depuis 20 ans mais il faut bien constater qu’il n’y a pas de créations d’emplois sur ces territoires de la France périphérique. Certes, il y a de la redistribution à travers notamment les dotations mais ce n’est pas ça qui fait société. Les gens n’ont pas envie de tendre la main et attendre un revenu social. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la thématique du revenu universel est aussi bien portée par des libéraux de droite que de gauche. Il y a derrière l’idée que les gens ne retrouveront jamais du boulot.

Mais n’est-ce pas plutôt le modèle économique qui ne fonctionne pas bien ?
On ne peut pas dire que le modèle économique ne marche pas. Il crée même beaucoup de richesses mais il ne fait plus société, il n’intègre pas le plus grand nombre. On est dans un temps particulier aujourd’hui, qui est le temps de la sortie de la classe moyenne. Les ouvriers et les employés, qui étaient le socle de la classe moyenne, sont pourtant majoritaires. Quand vous ajoutez villes moyennes, petites villes et zones rurales, vous arrivez à 60 % de la population. Il y a certes beaucoup de retraités sur ces territoires mais aussi plein de jeunes de milieux populaires qui sont bloqués, qui n’ont pas accès à la grande ville. Pendant un moment, la création d’emplois de fonctionnaires territoriaux a pu compenser ce phénomène mais aujourd’hui c’est fini.

Comment cela peut-il se traduire politiquement ?
On le voit déjà. Trump aux États-Unis, c’est le vote de cette classe moyenne qui est en train de disparaître. Le Brexit, c’est exactement la Grande-Bretagne périphérique des petites villes et des zones rurales où vous avez l’ancienne classe ouvrière, qui paie l’adaptation au modèle économique mondialisé. Tout ça est très rationnel. On analyse toujours ces votes comme un peu irrationnels, protestataires. Il y a de la colère mais il y a surtout un diagnostic. On oublie toujours de dire que les gens des milieux populaires ont joué le jeu de la mondialisation et de l’adaptation mais pour rien. À la fin ils ont toujours de petits salaires avec des perspectives pour leurs enfants qui se réduisent. C’est ça qui se joue électoralement. On a des partis politiques qui ont été inventés pour représenter la classe moyenne qui n’existe plus aujourd’hui. Et le Front national n’a pas grand-chose à faire pour ramasser la mise. Il n’a même pas besoin de faire campagne.

Les politiques ne voient-ils pas ce qui se passe ou ne veulent-ils pas le voir ?
Je fais vraiment un distinguo entre les élus d’en bas et ceux d’en haut. Les élus d’en bas comprennent très bien ce qui se passe. Ils connaissent leurs territoires. Mais il y a une classe politique d’en haut qui est complètement hors-sol. Le clivage est vraiment à l’intérieur des partis.

Voir de plus:

Lexington
The American Dream, RIP?
An economist asks provocative questions about the future of social mobility
The Economist
Sep 21st 2013

COULD America survive the end of the American Dream? The idea is unthinkable, say political leaders of right and left. Yet it is predicted in “Average is Over”, a bracing new book by Tyler Cowen, an economist. Mr Cowen is no stranger to controversy. In 2011 he galvanised Washington with “The Great Stagnation”, in which he argued that America has used up the low-hanging fruit of free land, abundant labour and new technologies. His new book suggests that the disruptive effects of automation and ever-cheaper computer power have only just begun to be felt.

It describes a future largely stripped of middling jobs and broad prosperity. An elite 10-15% of Americans will have the brains and self-discipline to master tomorrow’s technology and extract profit from it, he speculates. They will enjoy great wealth and stimulating lives. Others will endure stagnant or even falling wages, as employers measure their output with “oppressive precision”. Some will thrive as service-providers to the rich. A few will claw their way into the elite (cheap online education will be a great leveller), bolstering the idea of a “hyper-meritocracy” at work: this “will make it easier to ignore those left behind”.

Mr Cowen’s vision is neither warm nor fuzzy. In his future, mistakes and even mediocrity will be hard to hide: eg, an ever-expanding array of ratings will expose so-so doctors and also patients who do not take their medicines or otherwise spell trouble. Young men will struggle in a labour market that rewards conscientiousness over muscle. With incomes squeezed, many Americans will head to the sort of cheap, sun-baked sprawling exurbs that give the farmers’-market-and-bike-lanes set heartburn. Many will accept rotten public services in exchange for low taxes. This may sound a bit grim, but it reflects real-world trends: 60% of employers already check the credit ratings of job candidates; young male unemployment is high and migrants have been flooding to low-tax, low-service Texas for years.

The left is sure that inequality is a recipe for riots. Mr Cowen doubts it. The have-nots will be too engrossed in video games to light real petrol bombs. An ageing population will be rather conservative, he thinks. There will be lots of Tea-Party sorts among the economically left-behind. Aid for the poor will be slashed but benefits for the old preserved. He does not fear protectionism, as most jobs that can be sent overseas have already gone. He notes that the late 1960s, when society was in turmoil, was a golden age of income equality, while some highly unequal moments in history, including in medieval times, were rather stable.

Even if only a fraction of Mr Cowen’s vision comes to pass, he is too sanguine about the politics of polarisation. Inter-generational tensions fuelled 1960s unrest and would be back with a vengeance, this time in the form of economic competition for scarce resources. The Middle Ages were stable partly because peasants could not vote; an unhappy modern electorate, by contrast, would be prey to demagogues peddling simple solutions, from xenophobia to soak-the-rich taxes, or harsh, self-defeating crime policies. Yet Mr Cowen’s main point is plausible: gigantic shifts are under way, and they may be unstoppable.

Politicians are skittish about admitting this. Barack Obama calls America’s wealth gap “our great unfinished business”, describing a crisis of inequality decades in the making. Think of technology, he tells audiences, and how it has thinned the ranks of travel agents, bank clerks and other middle-class gateway jobs. At the same time, global competition has reduced workers’ bargaining power. People have “lost trust in the capacity of government to help them”, he sorrows. But then Mr Obama implies that political villainy is the real culprit. He accuses entrenched interests of working for years to spread a “great untruth”: that government intervention is either harmful or a plot to grab tax dollars from the squeezed middle and shower them on the undeserving poor. Politics risks becoming a “zero-sum game where a few do very well while struggling families of every race fight over a shrinking economic pie.”

Republicans are just as partisan. Senator Marco Rubio of Florida, a son of Cuban immigrants, likes to say that had he not been born in post-war America in an era of high social mobility, he would probably be a very opinionated bartender. At a “Defending the American Dream Summit” on August 30th he accused Mr Obama of smothering economic opportunity with a big-government nightmare of debts, “class-warfare” taxes, innovation-smothering regulation and over-generous welfare. While most are working harder than ever and barely keeping up, Mr Rubio growls, “some people” shun work because they can make almost as much from government benefits. In short, both sides never tire of explaining how the other is destroying the American Dream. Alas, neither can explain, convincingly, how to revive it.

What, Tyler, no revolt?

Asked about the limits of his power, Mr Obama mutters about “pushing back against the trends” squeezing middle America, rather than resolving them entirely. That, he argues, is better than the Republican right, who “want to accelerate” such trends.

For their part Republican leaders offer long-cherished shrink-the-government schemes, rebranded as plans to save the American Dream. They say that tax cuts and deregulation would trigger a private-sector investment boom. In truth, the links between investment and government policy are rarely so neat, and even such a boom might do little for middle-class wage stagnation.

Many voters remember a time when hard work was reliably rewarded with economic security. This was not really true in the 1950s and 60s if you were black or female, but the question still remains: what if Mr Cowen is right? What if the bottom 85% today are mostly doomed to stay there? In a country founded on hope, that would require something like a new social contract. Politicians cannot duck Mr Cowen’s conundrum for ever.

Voir de plus:

L’Amérique confrontée à la polarisation des emplois

Simon Johnson

Project Syndicate
Nov. 27, 2016

WASHINGTON, DC – L’un des problèmes majeurs de l’Amérique d’aujourd’hui – confirmé par la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle de début novembre – réside dans ce sentiment d’impuissance et d’insécurité que de nombreux Américains éprouvent face à la polarisation des emplois, laquelle résulte de la mondialisation et de l’avènement des nouvelles technologies. À l’heure où les plus diplômés accèdent au sommet de la pyramide de répartition des revenus et s’en sortent mieux que jamais, ceux qui n’ont pas suivi d’études au-delà du lycée sont confrontés au déclin de leurs revenus, de leur niveau de vie, et à l’assombrissement des perspectives qui sont les leurs et celles de leurs enfants. En effet, la classe moyenne américaine est aujourd’hui profondément affectée.

Si Trump l’a emporté, c’est en grande partie parce qu’il a su persuader les électeurs de Pennsylvanie, du Michigan, du Wisconsin, et d’ailleurs, que ses mesures politiques produiraient de meilleurs résultats au sein des communautés confrontées à la déliquescence du secteur manufacturier. En réalité, il faut s’attendre à ce que son administration, soutenue par les majorités républicaines des deux chambres du Congrès américain, ne parvienne qu’à aggraver la situation des Américains les plus éprouvés.

Le problème de fond réside en ce que les nouvelles technologies, au premier rang desquelles les technologies de l’information, ont véritablement transformé la nature du travail. Comme l’expliquent David Autor et David Dorn, de nombreux emplois moyennement qualifiés, moyennement rémunérés, et bénéficiant à la classe moyenne, ont aujourd’hui disparu. Les emplois nouvellement apparus sont désormais généreusement rémunérés pour les plus diplômés, et très faiblement rétribués pour ceux qui n’ont étudié que jusqu’au lycée. L’un des symptômes majeurs de cette évolution, parmi tant d’autres, réside dans la disparition des métiers d’usine correctement rémunérés. Le secteur manufacturier a perdu plus de deux millions d’emplois entre 2004 et 2014, et ne représente aujourd’hui qu’un peu plus de 8 % de l’emploi total – poursuivant sa longue descente observée depuis les années 1950.

Cette tendance associée aux technologies se trouve par ailleurs accentuée par la baisse des coûts liés aux transports et à la communication, qui rend plus abordable la possibilité de transporter des marchandises sur de longues distances.  Le développement de réseaux de fournisseurs complexes facilite la délocalisation d’activités manufacturières en direction de pays au sein desquels les salaires sont moins élevés. Nombre de sociétés américaines ont fait de cette démarche l’une des principales composantes de leur stratégie d’entreprise, avec pour conséquence le déclin du secteur manufacturier américain, qui va de pair avec un déclin de la syndicalisation. Lorsqu’un salarié perd un emploi syndiqué à salaire et à avantages relativement élevés, il est bien souvent remplacé par un salarié moins bien payé, qui ne bénéficiera pas du même niveau d’avantages.

Si la crise financière de 2008 a exacerbé les inégalités de revenus et la précarité économique, c’est notamment parce qu’elle a accéléré la disparition des emplois manufacturiers. Les arguments selon lesquels il s’avérait nécessaire, voire « optimal », de concentrer les aides financières publiques sur les banques et leurs dirigeants sont en réalité peu convaincants (du moins ailleurs qu’à Wall Street). Certes, les Américains les plus fortunés ont subi une perte considérable de richesse lorsque les prix des actifs se sont effondrés. Pour autant, ils ont depuis bénéficié d’une reprise solide du prix de leurs actions et de leurs biens immobiliers haut de gamme.

Dans un tel contexte, étant donné l’inquiétude qui régnait parmi de si nombreux Américains concernant leurs perspectives économiques, les efforts fournis par l’administration du président Barack Obama en direction du Partenariat transpacifique (TPP) n’ont clairement pas entendu la voix du peuple américain. Le gouvernement a fait valoir que le TPP permettrait la création d’un certain nombre d’emplois décents, et que ceux qui perdraient leur emploi en raison cet accord percevraient une « compensation ». Or, cette prétendue compensation se révèle systématiquement minime, considérée par beaucoup comme insignifiante. Ceci explique pourquoi Trump est parvenu à mobiliser d’importantes majorités au sein de si nombreux bastions ouvriers auparavant favorables à Obama.

Malheureusement, demain s’annonce encore plus difficile qu’aujourd’hui pour ces électeurs. Grâce à un contrôle sur la présidence et le Congrès, il faut s’attendre à ce que les républicains entreprennent trois démarches économiques majeures. La réduction de l’imposition des ménages et des entreprises favorisera principalement les Américains les plus fortunés. L’abrogation de la réforme de santé élaborée par Obama risque d’impacter sévèrement de nombreux Américains à faibles revenus, puisqu’ils ne pourront plus accéder à une couverture maladie abordable. Enfin, la déréglementation financière favorisera essentiellement les grandes banques internationales, encouragera la prise de risques, et pourrait bien poser les base d’une nouvelle crise à grande échelle. De même, les mesures commerciales agressives qu’envisage Donald Trump risquent d’aggraver la situation de l’emploi.

Dans le même temps, l’impact de toute relance efficace pour l’économie ne pourra être que très limité. Surchauffer l’économie – en engendrant au passage une plus forte inflation et des taux d’intérêts plus élevés – se révèle rarement bénéfique pour les individus les moins fortunés (songez aux années 1970).

L’une des promesses les plus substantielles de Trump consiste à rapatrier aux États-Unis les emplois de la classe moyenne, notamment dans le secteur manufacturier. Or, aucune composante de ses politiques, ou plus largement du programme des républicains, ne vient appréhender cette problématique sous-jacente que constitue le changement technologique. Autre perspective inquiétante, la prochaine vague technologique, qui verra par exemple se développer les véhicules sans conducteur, promet d’impacter considérablement les revenus et les opportunités de tous ceux qui aujourd’hui vivent de la livraison de marchandises ou du transport de passagers au moyen d’un véhicule.

Par ailleurs, les progrès rapides de l’intelligence artificielle et de la robotique signifient que même si la production manufacturière américaine se stabilise, voire se redynamise, elle ne renouera jamais plus avec le volume d’emplois moyennement qualifiés observé autrefois. De même, cette automatisation annonce une diminution du nombre d’emplois actuellement bien rémunérés dans le secteur des services.

Dans la mesure où les technologies conduisent au déplacement des travailleurs, les mesures protectionnistes de type dénonciation d’accords commerciaux et imposition de tarifs douaniers sur les produits chinois et mexicains ne permettront pas de rapatrier des emplois manufacturiers à rémunération élevée. Or, Donald Trump n’a pas prévu de plan B, ce qui signifie que cette polarisation américaine qui a conduit Donald Trump au pouvoir ne pourra qu’aller en s’aggravant.

Traduit de l’anglais par Martin Morel

Voir enfin:

HOLLAND, Mich. — While much of the American political class has been consumed with recriminations over the wrenching loss of manufacturing jobs, Chuck Reid has been quietly adding them.

His company, First Class Seating, makes recliner seats for movie theaters here at a factory on the shores of Lake Michigan. Since he bought the business three years ago, its work force has grown to 40 from 15.

But those jobs will be in jeopardy if President-elect Donald J. Trump follows through on his combative promises to punish countries he deems guilty of unfair trade.

Mr. Trump secured the White House in part by vowing to bring manufacturing jobs back to American shores. The president-elect has fixed on China as a symbol of nefarious trade practices while threatening to slap 45 percent punitive tariffs on Chinese imports.

In short, Mr. Trump’s signature trade promise, one ostensibly aimed at protecting American jobs, may well deliver the reverse: It risks making successful American manufacturers more vulnerable by raising their costs. It would unleash havoc on the global supply chain, prompting some multinationals to leave the United States and shift manufacturing to countries where they can be assured of buying components at the lowest prices.

“If you do this tomorrow, you would have a lot of disruption,” said Susan Helper, an economist at the Weatherhead School of Management at Case Western Reserve University in Cleveland. “The stuff that China now makes and the way they make it, it’s not trivial to replicate that.”

Mr. Reid takes pride in using American products. His designers here in Michigan dreamed up his sleek recliner. Local hands construct the frames using American-made steel, then affix molded foam from a factory in nearby Grand Rapids. They staple upholstery to hunks of wood harvested by timber operations in Wisconsin. They do all this inside a former heating and cooling equipment factory that shut down a decade ago when the work shifted to Mexico.

But the fabric for Mr. Reid’s seats arrives from China. So do the electronics in the “magic box” that enables moviegoers to control the recliner. Ditto, the plastic cup holders and the bolts and screws that hold the parts together. The motor is the work of a German company that makes it in Hungary, almost certainly using electronics from China.

Mr. Reid estimates that a 45 percent tariff on Chinese wares would raise the costs of making a recliner here by 20 percent.

Tariffs would give his factory an edge against American competitors that import even more from China. But his company would be vulnerable to competitors in Mexico, Colombia and Australia. They would be free to draw on China’s supply chain and sell their wares into the American market unhindered.

“Our chair would be priced out of the market,” Mr. Reid said. “If it impacts our sales, that puts jobs at risk.”

Trade experts dismiss Mr. Trump’s threat of tariffs as campaign bluster that will soon give way to pragmatic concerns about growth and employment. Between 1998 and 2006, the imported share of components folded into American manufacturing rose to 34 percent from 24 percent, according to one widely cited study.

International law also limits the scope of what the Trump administration can do. Under the rules of the World Trade Organization, the United States cannot willy-nilly apply tariffs. It must develop cases industry by industry, proving that China is damaging American rivals through unfair practices.

Talk of across-the-board tariffs is “pure theater,” said Marc L. Busch, an expert on international trade policy at Georgetown University in Washington. “It’s impossible to do. It violates the rule of law.”

But Mr. Trump has suggested taking the extraordinary step of abandoning the W.T.O. to gain authority to dictate terms. His successful strong-arming of Carrier, the air-conditioner company, which agreed to keep 1,000 jobs at a plant in Indiana rather than move them to Mexico, attests to his priorities in delivering on his trade promises.

The people advising Mr. Trump on trade have records of advocating a pugnacious response to what they portray as Chinese predations.

There is Dan DiMicco, the former chief executive of the American steel giant Nucor, who has long advocated punitive tariffs on Chinese goods. There is Peter Navarro, a senior policy adviser and co-author of a book titled “Death by China: Confronting the Dragon — A Global Call to Action.”

In an email on Friday, Mr. Navarro, the Trump transition team’s economic adviser, said that imposing steep tariffs on China was an essential step to begin to address the American trade deficit with China, which reached $365 billion last year. He blamed Chinese trade practices for “destroying entire industries, hollowing out entire communities” and “putting millions out of work.”

But Mr. Navarro also cast the threat of tariffs as an opening gambit in a refashioning of trade positions.

“Tariffs are not an end game but merely one of several negotiating tools to bring our trade back into balance,” he said, adding that Mr. Trump’s administration would do so “in a measured way.”

Mr. Navarro’s co-author, Greg Autry, a professor at the University of Southern California, said he assumed the Trump camp was dead serious about its threats to impose tariffs on China. The goal is to force manufacturers to come back to the United States as a condition of selling into the American market.

A full-on trade war between the world’s two largest economies would cost American jobs in the immediate term, Mr. Autry said, but eventually millions of new ones would be created as the United States again hummed with factory work.

“We moved our supply chain to Asia in about two decades,” he said. “You certainly can do it in the U.S. a whole lot faster. It’s going to take a few years, but it’s going to be a much better America.

Even if factory work does return to the United States, though, that is unlikely to translate into many paychecks. As automation spreads, robots are primed to secure most of the jobs.

At Mr. Reid’s factory, talk of a bountiful future through trade barriers resonates as dangerous nonsense. Mr. Reid has a business to run in the here and now. His customers are waiting for product. He must be able to tap the supply chain.

“You can’t just turn your ship around and bring that stuff back,” he said.

In threatening tariffs, Mr. Trump is wielding a blunt instrument whose impacts are increasingly easy to evade by sophisticated businesses with operations across multiple borders. The geography of global trade is perpetually being redrawn.

In China, factory owners, casting a wary eye on Mr. Trump, are accelerating their exploration of alternative locales with lower-wage workers across Southeast Asia and even as far away as Africa.

In Vietnam, entrepreneurs are preparing for a potential surge of incoming investment from China should Mr. Trump take action.

In Europe, factories that sell manufacturing equipment to China are watching to see if Mr. Trump will unleash trade hostilities that will damage global growth.

“Money and goods will always find their way, regardless of what barriers you put up,” said Ernesto Maurer, chairman of SSM, a Swiss maker of textile machinery that operates a factory in China. “You just make it more difficult and more expensive.”

The China Supply

In the southern Chinese city of Guangzhou, Jiang Jiacheng exudes confidence that China will continue to serve as the factory floor for the world — with tariffs or otherwise.

His company, the Guangzhou Shuqee Digital Tech Company, makes movie chairs, exporting about 20 percent of its wares to the United States. It is an exemplar both of China’s manufacturing prowess and of the conditions that make it a competitive threat.

Mr. Jiang pays his factory workers $290 a month. They work six days a week. Lax environmental rules allow him to dispose of pollutants cheaply.

The total cost of making one of his best-selling products, a cloth-lined movie chair, runs $72. He sells it for $116 to wholesalers who export to the United States.

Back in September, Mr. Jiang gathered with other Chinese movie chair manufacturers to discuss the alarming statements coming from Mr. Trump. The consensus view was not to worry.

“Once he takes up the post, he will certainly return things to the normal state,” Mr. Jiang said.

Still, he has a backup plan. Even before President Trump entered the lexicon, Mr. Jiang was exploring a transfer of some of his work to lower-cost places like Vietnam.

His company would not be the first to make the journey.

A dozen years ago, the United States Commerce Department accused China of dumping wooden bedroom furniture at below cost. It imposed protective tariffs.

For Lawrence M. D. Yen, who had a furniture factory in southern China, that was the impetus to move to Vietnam. Labor costs were cheaper.

Today, Mr. Yen’s company, Woodworth Wooden Industries, operates a factory in Cu Chi, on the outskirts of Ho Chi Minh City, a district best known for the elaborate tunnels used by Vietcong guerrillas in their battles against American forces.

This former hive of combat is now the workplace for 5,000 people making sofa beds, recliner chairs and bedroom furniture. Three-fourths of the products are destined for the United States, including Las Vegas casino resorts like Mandalay Bay and the MGM Grand.

Woodworth’s plant churns out more than 10,000 three-seater sofas each month. This year, the company opened a second Vietnam factory.

Arithmetic gives Mr. Yen confidence that Mr. Trump’s talk will be muted by the realities of the marketplace. Brands that deliver factory-made goods to American retailers have leaned heavily on Asian suppliers to secure low prices.

In pledging to bring manufacturing back, Mr. Trump is effectively pitting the interests of a relatively small group of people — those who work in factories — against hundreds of millions of consumers.

“The retail industry now employs an awful lot more people than apparel industries ever did,” said Pietra Rivoli, a trade expert at Georgetown.

Seven years ago, the Obama administration accused China of unfairly subsidizing tires. It imposed tariffs reaching 35 percent. A subsequent analysis by the Peterson Institute for International Economics, a nonpartisan think tank, calculated the effect: Some 1,200 American tire-making jobs were preserved, but American consumers paid $1.1 billion extra for tires. That prompted households to cut spending at retailers, resulting in more than 2,500 net jobs lost.

The TAL Group claims to make one of every six dress shirts sold in the United States. It produces finished goods for Brooks Brothers, Banana Republic and J. Crew, operating 11 factories worldwide. If Mr. Trump places tariffs on China, the company will accelerate its shift to Vietnam, said TAL’s chief executive, Roger Lee.

If that trade is disrupted, the work would flow to other low-cost countries like Bangladesh, India and Indonesia. Mr. Lee can envision no situation in which the physically taxing, monotonous work of making garments will go to the United States.

“Where are you going to find the work force in the U.S. that is willing to work at factories?” Mr. Lee said.

Supplying the Suppliers

Horgen, a Swiss village on the shores of Lake Zurich, seems far removed from the gritty industrial zones of Asia. With its gingerbread homes and mountain views, it looks more like a resort.

But Horgen is home to SSM, a company that has become an important supplier to Asia. Its machines turn polyester and other synthetic fibers into custom-designed threads. If the rise of textiles in Asia has been a gold rush, this Swiss company has been among those cashing in by making the picks and shovels.

Workers at the factory earn roughly 6,000 Swiss francs ($5,940) a month — some 10 times what SSM pays its workers at its Chinese factory. It makes its most sophisticated components in Switzerland and at another plant in Italy. It uses China for lower-grade machines.

The company sells virtually all of its products abroad, chiefly in Asia. It buys metal parts from the Czech Republic and Poland, electronic components from Malaysia, and electric motors from an American company that makes them at a factory in India. Another American company supplies software.

If the United States were to impose trade barriers on China, that might slow Chinese demand for Swiss-made textile machinery. That would potentially reduce Swiss purchases of American goods and services.

But Mr. Maurer struggles to see how this would create any jobs in the United States. The American textile industry is small and increasingly dominated by robots. The rest of the world holds billions of hands willing to work cheaply.

“Someone else will pick up the business,” Mr. Maurer said. “These markets are very fast.”

But the textile and apparel trades are relatively simple businesses. If the cost of making trousers becomes less appealing in China, a room full of sewing machines in Cambodia can quickly be filled with low-wage seamstresses.

Industries involving precision machinery are not so easily reassembled somewhere else. An abrupt change to the economics would devastate factories that could not quickly line up alternative suppliers.

American automakers are especially dependent on the global supply chain. Between 2000 and 2011, the percentage of imported components that went into exported American-made vehicles grew to 35 percent, from 24 percent, according to the Organization for Economic Cooperation and Development.

At EBW Electronics in Holland, Mich., workers in lab coats tend boxy soldering machines as they make circuitry for LED lights that go into cars. It buys tiny parts and slots them into circuit boards, which are sold to major automakers. Some 80 percent of the components are imported from China.

Even that number fails to capture the degree to which the company — and its 240 workers — depend on unfettered trade.

Pat LeBlanc, the chairman, pointed to a nib of metal on a circuit board. The silicon was extracted at a plant in Minnesota, then processed into a thin wafer at another factory in Massachusetts. The wafer was shipped to China for testing, cut into pieces at another Chinese factory, and then delivered to the Philippines for a chemical process. Then it went back to China to be put onto a reel that can be inserted into soldering machines here in Michigan.

“It literally is a global supply chain,” Mr. LeBlanc said.

Mr. Reid, the owner of the theater seating company, could not imagine having to buy everything from American suppliers.

Buying upholstery domestically would raise his fabric costs as much as 40 percent.

“All the componentry, all the cords, it all comes from China,” he said. “I don’t know that you could ever get all of that made in the United States. Some of these industries have just been abandoned.”

He wandered into the paint shop, where a worker was spraying chair backs. He picked up a can of paint and read the label: “Made in the U.S.A., with Global Materials.”

Voir par ailleurs:

En application d’une décision européenne, le ministère français de l’Economie a demandé aux distributeurs d’ajouter « colonie israélienne » sur les produits en provenance des colonies de Cisjordanie et du Golan.

L’Express/AFP

25/11/2016

Le boycott des produits des colonies alimente le courroux israélien envers Paris. La France a demandé aux distributeurs d’appliquer une décision de l’UE sur un étiquetage différencié des produits en provenance des territoires occupés par Israël, et l’Etat hébreu l’accuse de favoriser les boycotts anti-israéliens.

« Il est nécessaire d’ajouter l’expression ‘colonie israélienne' »

Le ministère français de l’Economie a avisé, jeudi, les opérateurs économiques qu’ils devaient ajouter « colonie israélienne » ou une mention équivalente sur les produits alimentaires fabriqués dans les colonies de Cisjordanie et du plateau du Golan occupés par Israël depuis 1967, selon Légifrance. Une étiquette disant seulement « produit originaire du plateau du Golan » ou de Cisjordanie « n’est pas acceptable », indique le document. « Il est nécessaire d’ajouter, entre parenthèses, l’expression ‘colonie israélienne’ ou des termes équivalents »..

Le ministère français est l’un des tout premiers, sinon le premier, à mettre en oeuvre les consignes passées en novembre 2015 par l’Union européenne.

La Commission européenne avait alors approuvé l’application de l’étiquetage qui impose à tous les pays membres d’étiqueter les marchandises venues des colonies. Pour l’UE, comme la communauté internationale, elles ne font pas partie du territoire israélien, puisque « la colonisation est illégale au regard du droit international », comme le note le Quai d’Orsay qui précise que « L’implantation de colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est constitue une appropriation illégale de terres qui devraient être l’enjeu de négociations de paix entre les parties sur la base des lignes de 1967. »

Au moment de l’annonce de la décision européenne, déjà, la mesure, qui concerne principalement des produits alimentaires (fruits, légumes, vins) et cosmétiques, avait provoqué la fureur du gouvernement israélien de Benjamin Netanyahu.

« Deux poids, deux mesures aux dépens d’Israël »

Jeudi, le ministère israélien des Affaires étrangères a réagi dans un communiqué: « le gouvernement israélien condamne la décision » française. Le ministère juge encore « incompréhensible et même inquiétant que la France ait décidé de pratiquer deux poids, deux mesures aux dépens d’Israël » alors qu’il y a 200 querelles territoriales dans le monde.

Voir enfin:

Israël / Palestine : 9 clés pour comprendre la position de la France

France diplomatie
La France considère que le conflit ne pourra être résolu que par la création d’un Etat palestinien indépendant, viable et démocratique, vivant en paix et en sécurité aux côtés d’Israël.

Qui la France soutient-elle ?

1. La France est l’amie d’Israël et de la Palestine.

La France partage avec Israël des liens historiques, culturels et humains forts. La France a été l’un des premiers pays à reconnaître le nouvel État et à établir avec lui des relations diplomatiques, dès 1949. Depuis 65 ans, elle défend le droit d’Israël à exister, à vivre en sécurité et sa pleine appartenance à la communauté des nations souveraines. La relation bilatérale franco-israélienne se nourrit également de la présence en Israël d’une importante communauté française et francophone et en France de la première communauté juive d’Europe.

La France plaide de longue date en faveur de la création d’un État palestinien. Le 22 novembre 1974, la France a voté en faveur de la reconnaissance de l’OLP au sein de l’ONU en tant que membre observateur, réaffirmant les droits inaliénables du peuple palestinien. François Mitterrand a été le premier président français à exprimer devant la Knesset, en 1982, l’objectif de création d’un Etat palestinien. En 2010, la France a rehaussé le statut de la Délégation générale de Palestine en France, devenue la Mission de Palestine, avec à sa tête un Ambassadeur. Elle a voté en faveur du statut d’État observateur non-membre de la Palestine aux Nations Unies en novembre 2012, et en faveur de l’érection du drapeau palestinien à l’ONU en septembre 2015.

2. La France condamne sans réserve les actes terroristes qui visent à saboter les espoirs de paix.

La France condamne avec la plus grande fermeté tous les actes de violence et de terrorisme et appelle toutes les parties à combattre toutes les formes d’incitation à la haine. Aux côtés de ses partenaires européens, elle a engagé à plusieurs reprises l’ensemble des parties à s’abstenir de toute action susceptible d’aggraver la situation, que ce soit par incitation ou par provocation, et leur a demandé de condamner tout attentat qui serait perpétré et de respecter rigoureusement les principes de nécessité et de proportionnalité dans l’usage de la force.

Elle est indéfectiblement attachée à la sécurité d’Israël, c’est un principe cardinal de sa politique dans la région. C’est pourquoi elle appelle le Hamas, avec lequel elle n’entretient aucun contact et qui figure sur la liste européenne des organisations terroristes, à respecter les conditions posées par le Quartet : renonciation à la violence, reconnaissance du droit d’Israël à exister, reconnaissance des accords signés entre Israël et l’OLP.

La France a également appelé Israël au plein respect du droit international humanitaire et à faire preuve d’un « usage proportionné de la force », notamment lors de la guerre à Gaza de l’été 2014, qui a fait plus de 2 100 victimes.

3. La France condamne la colonisation, illégale en droit international.

L’implantation de colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est constitue une appropriation illégale de terres qui devraient être l’enjeu de négociations de paix entre les parties sur la base des lignes de 1967. La colonisation est illégale au regard du droit international (notamment au regard de la IVe Convention de Genève et de plusieurs résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies), elle menace la viabilité de la solution des deux Etats et constitue un obstacle à une paix juste et durable. Entre 2002 et 2014, le nombre d’habitants dans les colonies israéliennes a augmenté en moyenne de 14 600 personnes par an. Entre 2004 et 2014, on a recensé en moyenne plus de nouvelles 2300 mises en chantier par an dans les colonies. Aujourd’hui, ce sont plus de 570 000 colons qui vivent en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

Des mesures concrètes ont été prises au niveau européen face à l’accélération de la colonisation. Les lignes directrices de l’UE adoptées en juillet 2013 excluent de tout financement européen depuis le 1er janvier 2014 les entités israéliennes actives dans les colonies. De nombreux Etats-membres, dont la France, ont publié des recommandations mettant en garde contre les risques financiers, juridiques et de réputation liés à la poursuite d’activités dans les colonies. L’Union européenne a également adopté, en novembre 2015, une notice interprétative sur l’étiquetage des produits des colonies, afin d’informer les consommateurs européens de la provenance des produits importés.

Quelle solution la France défend-elle ?

4. La France considère que le conflit ne pourra être résolu que par la création d’un Etat palestinien indépendant, viable et démocratique, vivant en paix et en sécurité aux côtés d’Israël.

La solution de deux Etats est la seule à même de répondre aux aspirations légitimes des Israéliens et des Palestiniens à la sécurité, a l’indépendance, à la reconnaissance et à la dignité. Dans cette perspective, la France a défini, avec ses partenaires européens, les paramètres qui doivent présider à une résolution du conflit :

  • des frontières basées sur les lignes de 1967 avec des échanges agréés de territoires équivalents ;
  • des arrangements de sécurité préservant la souveraineté de l’Etat palestinien et garantissant la sécurité d’Israël ;
  • une solution juste, équitable et agréée au problème des réfugiés ;
  • un arrangement faisant de Jérusalem la capitale des deux Etats.

5. La France considère que Jérusalem doit devenir la capitale des deux Etats, Israël et le futur Etat de Palestine.

Depuis 1967 et la conquête de la partie orientale de la ville par Israël lors de la guerre des six jours, Jérusalem est entièrement contrôlée par Israël. Dans l’attente d’un règlement négocié du conflit et en vertu de la légalité internationale, la France, comme l’ensemble de la communauté internationale, ne reconnaît aucune souveraineté sur Jérusalem. La France appelle à l’apaisement des tensions et en particulier au respect du statu quo sur les Lieux Saints. Toute remise en cause de ce statu quo serait porteuse de risques de déstabilisation importants.

Quelle est l’action de la France ?

6. La France plaide en faveur d’une mobilisation urgente et renouvelée de la communauté internationale.

Prenant acte de l’impasse actuelle du processus de paix, la France appelle à une mobilisation active de la communauté internationale afin de préserver la solution des deux Etats et de relancer une nouvelle dynamique de paix. Les acteurs internationaux, en particulier le Quartet (Etats-Unis, Russie, Union européenne, Nations Unies), les membres permanents du Conseil de sécurité et les partenaires européens et régionaux, ont un rôle à jouer pour rétablir un horizon politique.

7. La France a lancé une initiative pour relancer le processus de paix.

La France a lancé une initiative en deux temps. Une réunion ministérielle a tout d’abord eu lieu à Paris le 3 juin, sans les Israéliens et les Palestiniens, pour réaffirmer l’engagement de la communauté internationale en faveur de la solution des deux Etats. Les principaux acteurs internationaux ainsi réunis se sont montrés prêts à s’engager pour créer un cadre et des incitations, afin de permettre la reprise de négociations crédibles. Une conférence internationale, à laquelle les parties seront invitées, sera organisée au second semestre 2016 à cette fin.

8. La France apporte son soutien à l’Autorité palestinienne et à Mahmoud Abbas qui défend le camp de la paix.

La France contribue activement au développement économique palestinien et à la consolidation des institutions du futur Etat palestinien. Elle consacre des sommes considérables (près de 400 M€ sur la période 2008-2014, et 40 M€ en 2015) à l’aide à la Palestine, dont environ un tiers en faveur de Gaza. La Palestine demeure le premier bénéficiaire de l’aide budgétaire française.

9. La France encourage la réconciliation inter-palestinienne.

Elle le fait en vue, notamment, de favoriser le retour de l’Autorité palestinienne à Gaza, qui fera partie intégrante de l’Etat palestinien. Elle soutient le gouvernement d’entente nationale, sous l’autorité de Mahmoud Abbas, qui n’inclut aucun ministre du Hamas (placé par l’UE en 2003 sur la liste des organisations terroristes), et respecte les trois critères fixés par le Quartet : reconnaissance d’Israël, refus de la violence et acceptation des accords passés.


Soft power: Vous avez dit nation de boutiquiers ? (How Britain became a soft power superpower)

12 septembre, 2016

unnamed1unnamed2 https://i0.wp.com/cdn.static-economist.com/sites/default/files/imagecache/original-size/images/2015/07/articles/body/20150718_woc000.png

Great Britain’s medal tally at the Summer Olympics
Gold  Silver Bronze
gbmedals riomedals britmedals rio-qui-paye-le-mieux-ses-athletes-web-tete-0211186866405 unnamed3 unnamed4 unnamed5 unnamed7 unnamed6 unnamed9Aller fonder un vaste empire dans la vue seulement de créer un peuple d’acheteurs et de chalands semble, au premier coup d’oeil, un projet qui ne pourrait convenir qu’à une nation de boutiquiers. C’est cependant un projet qui accomoderait extrêmement mal une nation toute composée de gens de boutique mais qui convient parfaitement bien à une nation dont le gouvernement est sous l’influence des boutiquiers. Adam Smith
L’ Angleterre est une nation de boutiquiers.
Napoléon
Les Anglais ont toujours quelque chose de nouveau que nous, on n’a pas ! Michaël D’Almeida
De l’Australie jusqu’à Trinidad et Tobago, le portrait de la reine Elisabeth II a orné les monnaies de 33 pays différents – plus que n’importe qui au monde. Le Canada fut le premier a utiliser l’image de la monarque britannique, en 1935, quand il a imprimé le portrait de la princesse, agée de 9 ans, sur son billet de 20 dollars. Au fil des années, 26 portraits d’Elisabeth II seront utilisés dans le Royaume-Uni et dans ses colonies, anciennes et actuelles et territoires – la plupart one été commandés dans le but express d’apparaitre sur des billets de banque. Toutefois, certains pays, comme la Rhodésie (aujourd’hui le Zimbabwe), Malte ou les Fidji, se sont servis de portraits déjà existants. La Reine est souvent montrée dans une attitude formelle, avec sa couronne et son spectre, bien que le Canada ou l’Australie préfère la représenter dans une simple robe et un collier de perles. Et alors que de nombreux pays mettent à jour leurs devises afin de refléter l’âge de la Reine, d’autres aiment la garder jeune. Lorsque le Belize a redessiné sa monnaie en 1980, il a choisi un portrait qui avait déjà 20 ans. Time
Un grand nombre de nations a conservé la reine comme chef d’Etat et elle est donc toujours représentée sur les billets de banques de nombreux pays. La Reine est présente sur les billets de 33 pays. Peter Symes
Of 31 sports, GB finished on the podium in 19 – a strike rate of just over 61%. That percentage is even better if you remove the six sports – basketball, football, handball, volleyball, water polo and wrestling – Britain were not represented in. Then it jumps to 76%. The United States won medals in 22 sports, including 16 swimming golds. In terms of golds, GB were way ahead of the pack, finishing with at least one in 15 sports, more than any other country, even the United States. GB dominated track cycling, winning six of 10 disciplines and collecting 11 medals in total, nine more than the Dutch and Germans in joint second. GB also topped the rowing table, with three golds – one more than Germany and New Zealand – and were third in gymnastics, behind the US and Russia. BBC
On July 14th an index of “soft power”—the ability to coax and persuade—ranked Britain as the mightiest country on Earth. If that was unexpected, there was another surprise in store at the foot of the 30-country index: China, four times as wealthy as Britain, 20 times as populous and 40 times as large, came dead last. (…) Britain scored highly in its “engagement” with the world, its citizens enjoying visa-free travel to 174 countries—the joint-highest of any nation—and its diplomats staffing the largest number of permanent missions to multilateral organisations, tied with France. Britain’s cultural power was also highly rated: though its tally of 29 UNESCO World Heritage sites is fairly ordinary, Britain produces more internationally chart-topping music albums than any other country, and the foreign following of its football is in a league of its own (even if its national teams are not). It did well in education, too—not because of its schools, which are fairly mediocre, but because its universities are second only to America’s, attracting vast numbers of foreign students.(…) Governance was the category that sank undemocratic China, whose last place was sealed by a section dedicated to digital soft-power—tricky to cultivate in a country that restricts access to the web. (…) But many of the assets that pushed Britain to the top of the soft-power table are in play. In the next couple of years the country faces a referendum on its membership of the EU; a slimmer role for the BBC, its prolific public broadcaster; and a continuing squeeze on immigration, which has already made its universities less attractive to foreign students. Much of Britain’s hard power was long ago given up. Its soft power endures—for now. The Economist
Although beaten to the top spot in this year’s index, the UK continues to boast significant advantages in its soft power resources. These include the significant role that continues to be played by both state-backed assets (i.e. BBC World Service, DfID, FCO and British Council) and private assets and global brands (e.g. Burberry and British Airways). Additionally, the British Council, institutions like the British Museum, and the UK’s higher education system are all pillars of British soft power. The UK’s rich civil society and charitable sector further contribute to British soft power. Major global organisations that contribute to development, disaster relief, and human rights reforms like Oxfam, Save the Children, and Amnesty International are key components in the UK’s overall ability to contribute to the global good – whether through the state, private citizens, or a network of diverse actors. The UK’s unique and enviable position at the heart of a number of important global networks and multi-lateral organisations continues to confer a significant soft power advantage. As a member of the G-7, G-20, UN Security Council, European Union, and the Commonwealth, Britain has a seat at virtually every international table of consequence. No other country rivals the UK’s diverse range of memberships in the world’s most influential organisations. In this context, a risk exists that the UK’s considerable soft power clout would be significantly diminished should it vote to leave the European Union. The soft power 30
The United States takes the top spot of the 2016 Soft Power 30, beating out last year’s first-place finisher, the United Kingdom. America topping the rankings this year is perhaps a strange juxtaposition to Donald Trump, the presumptive Republican presidential nominee, currently threatening to tear up long-held, bi-partisan principles of American foreign policy – like ending the US’s stated commitment to nuclear non-proliferation. On the other hand, President Obama’s final year as Commander-in-Chief has been a busy one for diplomatic initiatives. The President managed to complete his long-sought Iran Nuclear Deal, made progress on negotiating free trade agreements with partners across the Oceans Atlantic and Pacific, and re-established diplomatic relations with Cuba after decades of trying to isolate the Communist Caribbean Island. These major soft power plays have paid dividends for perceptions of the US abroad, as it finished higher in the international polling this year, compared to 2015. Perhaps not dragged down as much by attitudes to its foreign policy, the US’s major pillars of soft power have been free to shine, as measured in our Digital, Education, and Culture sub-indices. The US is home to the biggest digital platforms in the world, including Facebook, Twitter, and WhatsApp, and the US State Department sets the global pace on digital diplomacy. Likewise, the US maintains its top ranking in the Culture and Education sub-indices this year. The US welcomed over 74 million international tourists last year, many of whom are attracted by America’s cultural outputs that are seemingly omnipresent around the globe. In terms of education, the US has more universities in the global top 200 than any other country in the world, which allows it to attract more international students than any other country – by some margin as well. (…) Home to many of the biggest tech brands in the world, the US is the global leader in digital technology and innovation. The Obama Administration and State Department developed the theory and practice of online-driven campaigning and ‘digital diplomacy’. The way the US has developed and leveraged digital diplomacy, gives the nation a significant soft power boost. (…) It’s not just foreign policy that can drag down the image of America. Regular news stories of police brutality, racial tension, gun violence, and a high homicide rate (compared to other developed countries) all remind the world that America has its faults on the home front too. Speaking of which, the forthcoming Presidential election will have leaders in a lot of world capitals nervous at prospect of a Trump presidency. The soft power 30
With nearly 84 million tourists arriving annually, France maintains the title of the world’s most visited country. Yet while the strength of its cultural assets – the Louvre, its cuisine, the Riviera – have helped it hold onto this title, the country remains vulnerable. In the last year, France made headlines for the horrific terror attacks that shook its capital. Since the beginning of his mandate, President François Hollande has struggled to revitalise the French economy. Unemployment has risen steadily, and businesses are weary of France’s seemingly over-regulated and overprotective market. Its “new-blood” Minister of the Economy, Emmanuel Macron, is labouring to shake things up. His newly announced political movement, En Marche! (Forward) hopes to break party lines and revive the Eurozone’s second largest economy. Only time can tell if the initiative will pay dividends. Until then, France can still count on its unequalled diplomatic prowess to safeguard its position near the top of the Soft Power 30. It remains a global diplomatic force, asserting its presence through one of the most extensive Embassy networks. (…) France’s soft power strengths lie in a unique blend of culture and diplomacy. It enjoys, for historic reasons, links to territories across the planet, making it the only nation with 12 time zones. Its network of cultural institutions, linguistic union “la Francophonie” and network of embassies allow it to engage like no other. Its top rank in the Engagement sub-index comes as no surprise. (…) France continues to struggle as a result of the global financial crisis and President Hollande’s failure to lift the nation’s economic competitiveness has delayed its full recovery. Germany’s economy, in comparison, makes France look in need of reform. The soft power 30
Le secret de la réussite made in Britain ? « C’est simple : l’argent », répond Steve Haake, le directeur du Advanced Wellbeing Research Centre à l’université de Sheffield Hallam. Depuis une vingtaine d’années, le Royaume-Uni a investi massivement dans le sport de haut niveau : 274 millions de livres (316 millions d’euros) rien que sur ces quatre dernières années pour les sports olympiques. C’est cinq fois plus qu’il y a vingt ans. Il faut remonter à l’humiliation des Jeux d’Atlanta en 1996 pour comprendre. Cette année-là, le pays termine 37e au tableau des médailles avec un seul titre olympique. Le premier ministre d’alors, John Major, décide d’intervenir. Ordre est donné d’investir dans le sport de haut niveau une large part de l’argent de la National Lottery, qui sert normalement à financer des actions caritatives ou culturelles. L’effet se fait sentir rapidement et le Royaume-Uni passe au dixième rang aux Jeux de Sydney en 2000. « Mais ça s’est vraiment accéléré en 2007, quand Londres a obtenu l’organisation des Jeux de 2012 », explique Steven Haake. Le financement a soudain triplé, avec une approche ultra-compétitive. Pas question de s’intéresser au développement du sport pour tous ou amateur. Chaque discipline financée reçoit un objectif chiffré de médailles olympiques. Les résultats sont immédiats : le Royaume-Uni finit quatrième à Pékin en 2008 (47 médailles) et troisième de « ses » Jeux, quatre ans plus tard, avec un record de 65 récompenses, dont 29 titres. Le système mis en place est ultra-élitiste. En cas d’échec d’une discipline, le financement est retiré. Ainsi, pour les Jeux de Londres, UK Sport, l’organisme qui supervise le haut niveau, finançait 27 sports différents. A une exception près, tous ceux qui n’ont pas eu de médaille ont vu leur enveloppe supprimée pour les quatre années suivantes. Le basket-ball, le handball, le volley-ball, l’haltérophilie masculine l’ont appris à leurs dépens… Seuls les résultats comptent. (…)« Le ratio de médailles par rapport au nombre de sports financés a augmenté, de 62 % à Londres à 80 % à Rio » Pour les Jeux de Rio, le Royaume-Uni a maintenu son soutien financier, contrairement à beaucoup de nations, qui ont relâché leurs efforts une fois les Jeux organisés chez elles. Mais l’aide a été encore plus ciblée : seules vingt disciplines ont reçu de l’argent, alors que l’enveloppe totale a augmenté de 3 %. « C’est un système impitoyable, reconnaît Girish Ramchandani, également de l’université Sheffield Hallam, spécialiste du financement dans le sport. Mais ça marche. Le ratio de médailles par rapport au nombre de sports financés a augmenté, de 62 % à Londres à 80 % à Rio. » (…) Cet argent qui coule à flots a permis aux athlètes de haut niveau de se concentrer uniquement sur leur sport. Les plus prometteurs touchent jusqu’à 28 000 livres (32 000 euros) par an, sans compter l’enveloppe que reçoit leur fédération pour payer les entraîneurs et les équipements. Qu’elle parait loin, l’époque où Daley Thompson, l’un des meilleurs décathloniens de tous les temps, devait rendre son survêtement aux couleurs britanniques après les Jeux de Los Angeles en 1984. Reste que l’argent n’explique pas tout. A Rio, nombre d’athlètes s’étonnent des succès britanniques et expriment des doutes quant à l’intégrité de certaines performances. Les prouesses de Mo Farah, qui a remporté la médaille d’or du 10 000 mètres, et espère décrocher celle du 5 000 mètres, dimanche 21 août, interrogent. Son entraîneur, Alberto Salazar, n’a-t-il pas été accusé lui-même de dopage par une enquête de la BBC, il y a un an ? La domination sans partage de l’équipe de cyclisme sur piste, avec douze médailles, dont six en or, fait aussi grincer des dents, alors que celle-ci avait été médiocre aux Championnats du monde organisés à Londres en mars. « Il faudrait demander la recette à nos voisins, car je n’arrive pas à comprendre. Ce sont des équipes qui ne font rien d’extraordinaire pendant quatre ans et, arrivées aux Jeux, elles surclassent tout le monde. C’est la première fois que je vis les Jeux en tant qu’entraîneur et je vois des choses… », s’interrogeait Laurent Gané, l’entraîneur de l’équipe de France, après le bronze de ses hommes dans une épreuve de vitesse dont ils étaient les rois il n’y a encore pas si longtemps. Off the record, on évoque un autre type de dopage, technologique, avec des hypothèses comme un engrenage dans les roues. Un bruit de moteur qui avait aussi parcouru les routes du Tour de France, dominé par Chris Froome (troisième de l’épreuve sur route à Rio) ces dernières années. Pour Steve Haake, de l’université de Sheffield Hallam, ces doutes sont compréhensibles dans le climat de scandales de dopage permanent. Mais il estime que l’explication est plus prosaïque : « Les équipes britanniques se concentrent sur les Jeux olympiques, qui sont la clé de leur financement. Alors, c’est normal qu’elles n’impressionnent pas aux Championnats du monde, qui ne sont pas leur priorité. » Et surtout, il estime que le système actuel, avec des financements garantis sur une, voire deux olympiades, permet de travailler dans la durée. « Ce qu’il se passe actuellement ne va pas s’arrêter à Rio. » Il y a de fortes chances que les concurrents des Britanniques jalousent encore leurs performances aux Jeux de Tokyo en 2020. Le Monde
Avec 66 médailles (dont 27 en or !), la Grande-Bretagne s’est hissée avec brio à la deuxième place du classement général des Jeux olympiques, dimanche 21 août. Elle a ainsi surclassé la Chine et la Russie, qui jouent habituellement des coudes avec les Etats-Unis. Cette performance des Britanniques n’est pas une parfaite surprise. Quatrième en 2008 à Pékin puis troisième en 2012 à domicile, la Grande-Bretagne compte désormais parmi les meilleures nations olympiques. Mais comment ses athlètes, arrivés dixièmes à Athènes en 2004, ont-ils réussi cette folle ascension ? La débâcle des Jeux d’Atlanta, en 1996, a créé un électrochoc. Cette année-là, la Team GB termine 36e, avec une seule médaille d’or. Le Premier ministre conservateur, John Major, décide de mettre un terme à cette humiliation sportive. Désormais, le sport de haut niveau britannique est financé par la Loterie nationale, qui lui reverse une partie de ses profits. Le programme s’est intensifié progressivement, pour atteindre 75% du budget total du sport britannique. Cette enveloppe s’élève ainsi à plus de 400 millions d’euros pour la période 2013-2017, afin de préparer les Jeux olympiques et paralympiques de Rio (…) En plus de la grosse cagnotte de la loterie, UK Sport, l’organisme qui gère la Team GB, a fait un choix « brutal mais efficace », explique encore le Guardian. Les fonds sont attribués en fonction des résultats. Les sports qui gagnent touchent plus que les autres, ce qui explique pourquoi l’aviron et le cyclisme, qui ont rapporté chacun quatre médailles d’or en 2012, ont depuis reçu respectivement 37 et 35 millions d’euros. L’haltérophilie, en revanche, a reçu un peu moins de 2 millions, selon le budget présenté par UK Sport. Les Britanniques appellent cela la « no compromise culture » (culture de l’intransigeance). « Les millions investis dans le sport olympique et paralympique ont un seul objectif : gagner des médailles », explique le Guardian. UK Sport investit dans les sports « en fonction de leur potentiel podium lors des deux prochains Jeux ». Ces sommes ont permis de professionnaliser des athlètes, qui peuvent donc se consacrer entièrement à leur discipline, mais aussi leurs entraîneurs. L’argent a également été investi dans la recherche et les équipements de pointe, pour le cyclisme notamment, dans lequel le matériel est particulièrement important. Le bureau des chercheurs de la Fédération britannique de cyclisme a même un nom : le « Secret Squirrel Club », chargé de mettre au point les guidons moulés, les peintures ultra-fines et les casques aérodynamiques qui peuvent offrir aux pistards quelques centièmes de seconde d’avance. Ces équipements peuvent faire la différence, ne serait-ce qu’en en mettant plein la vue aux adversaires. En envoyant une délégation très étoffée (…) c’est tout de même mathématique. Davantage de compétiteurs, c’est davantage de chances de médailles, surtout pour les pays riches. (…) Message reçu à Londres, qui a envoyé 366 athlètes à Rio. C’est moins que les 542 sportifs présentés en 2012, mais la Team GB jouait alors à domicile, bénéficiant de qualifications automatiques. Ils étaient 313 à Pékin en 2008, 271 à Athènes en 2004, 310 à Sydney en 2000, et 300 à Atlanta en 1996. A l’exception des Jeux de Londres, donc, la délégation de Grande-Bretagne-Irlande du Nord – sa dénomination officielle – présentée à Rio est la plus importante depuis les Jeux olympiques de Barcelone en 1992 (371 athlètes). En préparant en priorité les JO La stratégie britannique est bien différente de celle des Français. Francetv sport la résume ainsi : « Contrairement à la France qui entend jouer toutes les compétitions [championnats du monde, championnats d’Europe, JO…] à fond, les Britanniques sont prêts à en sacrifier certaines (…) La méthode agace et suscite la jalousie, de la part des Français notamment, qui ont dominé le classement en 1996 et 2000, et dont le bilan est, cette année, famélique (une seule médaille, en bronze). L’entraîneur Laurent Gané semble surpris de voir les Britanniques survoler les épreuves sur piste. « Ce sont des équipes qui ne font rien d’extraordinaire pendant quatre ans et, arrivées aux Jeux, elles surclassent tout le monde », s’étonne-t-il dans Le Monde. France infos

Vous avez dit nation de boutiquiers ?

Investissement massif issu de la loterie (400 millions), quasi-salarisation des athlètes (mais pas de primes individuelles),  mise exclusive et sans concession sur les seules disciplines gagnantes (35 millions d’euros pour le cyclisme,  1,5 million pour un tennis de table sans résultat), investissement dans la technologie de pointe et approche scientifique de la performance,  délégation très étoffée, priorité absolue aux JO (quitte à faire l’impasse sur les championnats du monde ou d’Europe) et concentration sur les sports les plus « payants »…

A l’heure où un pays à l’économie, la population et la superficie respectivement huit fois, cinq fois et 35 fois moindre fait quasiment jeu égal et avait même dépassé en influence ces deux dernières années la première puissance mondiale …

Et où avec l’auto-effacement  de ladite première puissance mondiale, le Moyen-Orient est à feu et à sang et une Russie et une Chine assoiffées de revanche menacent impunément les frontières de leurs voisins …

Comment ne pas voir l’ironie de la reprise et de la domination par l’ancienne puissance coloniale d’un concept (« sof power ») créé à l’origine par un Américain (Joseph Nye) en réponse à un historien britannique (Paul Kennedy) qui prédisait à la fin des années 80 l’inéluctabilité du déclin américain ?

Mais surtout le redoutable pragmatisme d’un pays qui il y a vingt ans ne finissait que 36e (pour une seule misérable médaille d’or) …

Et qui non content de laisser loin derrière (avec un avantage – excusez du peu – de pas moins de 18 médailles d’or !) une France au même poids démographique et économique …

Dépasse aujourd’hui en médailles la première population et la 2e puissance économique mondiales ?

Millions de la Loterie, choix drastiques et coups de chance : comment la Grande-Bretagne a raflé tant de médailles à RioLes Britanniques se sont hissés à la deuxième place du tableau des médailles, devant la Chine et la Russie. Mais comment ont-ils fait ?
Camille Caldini
France Tvinfos
21/08/2016Avec 66 médailles (dont 27 en or !), la Grande-Bretagne s’est hissée avec brio à la deuxième place du classement général des Jeux olympiques, dimanche 21 août. Elle a ainsi surclassé la Chine et la Russie, qui jouent habituellement des coudes avec les Etats-Unis. Cette performance des Britanniques n’est pas une parfaite surprise. Quatrième en 2008 à Pékin puis troisième en 2012 à domicile, la Grande-Bretagne compte désormais parmi les meilleures nations olympiques. Mais comment ses athlètes, arrivés dixièmes à Athènes en 2004, ont-ils réussi cette folle ascension ?En collectant des millions grâce à la Loterie
La débâcle des Jeux d’Atlanta, en 1996, a créé un électrochoc. Cette année-là, la Team GB termine 36e, avec une seule médaille d’or. Le Premier ministre conservateur, John Major, décide de mettre un terme à cette humiliation sportive. Désormais, le sport de haut niveau britannique est financé par la Loterie nationale, qui lui reverse une partie de ses profits.Le programme s’est intensifié progressivement, pour atteindre 75% du budget total du sport britannique. Cette enveloppe s’élève ainsi à plus de 400 millions d’euros pour la période 2013-2017, afin de préparer les Jeux olympiques et paralympiques de Rio, détaille le Guardian (en anglais). Les athlètes britanniques ont d’ailleurs été invités à dire tout le bien qu’ils pensaient de la Loterie nationale, « en insistant sur le lien entre l’achat d’un ticket et les chances de médailles », ajoute le quotidien.

En misant tout sur les gagnants

En plus de la grosse cagnotte de la loterie, UK Sport, l’organisme qui gère la Team GB, a fait un choix « brutal mais efficace », explique encore le Guardian. Les fonds sont attribués en fonction des résultats. Les sports qui gagnent touchent plus que les autres, ce qui explique pourquoi l’aviron et le cyclisme, qui ont rapporté chacun quatre médailles d’or en 2012, ont depuis reçu respectivement 37 et 35 millions d’euros. L’haltérophilie, en revanche, a reçu un peu moins de 2 millions, selon le budget présenté par UK Sport.

Les Britanniques appellent cela la « no compromise culture » (culture de l’intransigeance). « Les millions investis dans le sport olympique et paralympique ont un seul objectif : gagner des médailles », explique le Guardian. UK Sport investit dans les sports « en fonction de leur potentiel podium lors des deux prochains Jeux ».

En investissant dans la technologie de pointe

Ces sommes ont permis de professionnaliser des athlètes, qui peuvent donc se consacrer entièrement à leur discipline, mais aussi leurs entraîneurs. L’argent a également été investi dans la recherche et les équipements de pointe, pour le cyclisme notamment, dans lequel le matériel est particulièrement important. Le bureau des chercheurs de la Fédération britannique de cyclisme a même un nom : le « Secret Squirrel Club« , chargé de mettre au point les guidons moulés, les peintures ultra-fines et les casques aérodynamiques qui peuvent offrir aux pistards quelques centièmes de seconde d’avance.

Ces équipements peuvent faire la différence, ne serait-ce qu’en en mettant plein la vue aux adversaires. « Tout le monde regarde les vélos des autres », raconte en effet Laurent Gané, entraîneur de l’équipe de France de vitesse sur piste, au Monde. Et le relayeur Michaël D’Almeida le concède, dans le même quotidien : « Les Anglais ont toujours quelque chose de nouveau que nous, on n’a pas ! »

En envoyant une délégation très étoffée

La Chine le prouve à Rio, cela ne suffit pas. Mais c’est tout de même mathématique. Davantage de compétiteurs, c’est davantage de chances de médailles, surtout pour les pays riches. « Les pays les plus riches ont tendance à mieux réussir, non seulement parce qu’ils envoient davantage d’athlètes, mais aussi parce qu’ils sont mieux préparés », explique le journal canadien Toronto Star (article en anglais).

Message reçu à Londres, qui a envoyé 366 athlètes à Rio. C’est moins que les 542 sportifs présentés en 2012, mais la Team GB jouait alors à domicile, bénéficiant de qualifications automatiques. Ils étaient 313 à Pékin en 2008, 271 à Athènes en 2004, 310 à Sydney en 2000, et 300 à Atlanta en 1996. A l’exception des Jeux de Londres, donc, la délégation de Grande-Bretagne-Irlande du Nord – sa dénomination officielle – présentée à Rio est la plus importante depuis les Jeux olympiques de Barcelone en 1992 (371 athlètes).

En préparant en priorité les JO

La stratégie britannique est bien différente de celle des Français. Francetv sport la résume ainsi : « Contrairement à la France qui entend jouer toutes les compétitions [championnats du monde, championnats d’Europe, JO…] à fond, les Britanniques sont prêts à en sacrifier certaines (…) Et si le Royaume-Uni est aussi haut placé, c’est peut-être tout simplement grâce à cette stratégie du ‘tout pour les JO’. »  Cela semble payer. A Rio, le cyclisme a rapporté 12 médailles à la Team GB : 11 sur piste dont 6 en or, et une sur route. En 2008 et 2012, ils avaient déjà glané 8 médailles d’or.

La méthode agace et suscite la jalousie, de la part des Français notamment, qui ont dominé le classement en 1996 et 2000, et dont le bilan est, cette année, famélique (une seule médaille, en bronze). L’entraîneur Laurent Gané semble surpris de voir les Britanniques survoler les épreuves sur piste. « Ce sont des équipes qui ne font rien d’extraordinaire pendant quatre ans et, arrivées aux Jeux, elles surclassent tout le monde », s’étonne-t-il dans Le Monde. De là aux soupçons de dopage ou de tricherie technologique, il n’y a qu’un petit pas, que le coach français s’est retenu de faire, s’interrompant au milieu d’une phrase : « C’est la première fois que je vis les Jeux en tant qu’entraîneur et je vois des choses… »

En profitant des exclusions russes et des ratés chinois

Il faut bien l’admettre, il y a aussi une petite part de chance dans le succès de la Team GB, qui peut remercier la Russie et la Chine.

En 2012, la Russie talonnait la Grande-Bretagne, avec ses 81 médailles dont 23 en or. Pour Rio, le scandale du dopage organisé par l’Etat a contraint Moscou a réduire sa délégation : seulement 271 athlètes au lieu de 389 et aucun athlète paralympique. Conséquence directe : le compteur de médailles d’or russe s’est arrêté à 17. En athlétisme en particulier, cette absence russe a été une bénédiction pour la Team GB, qui avait terminé quatrième en 2012, derrière les Américains, les Russes et les Jamaïcains.

Un autre géant a trébuché à Rio, laissant à la Grande-Bretagne une chance de se hisser sur le podium final : la Chine. Le bilan mitigé de ses athlètes a presque tourné à l’affaire d’Etat à Pékin. La Chine a multiplié les contre-performances, au badminton, au plongeon et en gymnastique, des disciplines où elle a pourtant l’habitude de s’illustrer. L’équipe chinoise de gymnastique quitte Rio sans aucune médaille d’or, du jamais-vu depuis les JO de Los Angeles en 1984.

Voir aussi:

JO 2016 : comment les Britanniques ont acheté leurs médailles
Eric Albert

Le Monde

20.08.2016

La BBC est passée en mode surchauffe depuis une semaine. Sa « Team GB » réussit des Jeux olympiques impressionnants, engrange médaille après médaille, et les commentateurs de la chaîne publique se perdent en superlatifs et en compliments.
Avec 67 médailles, dont 27 en or, le Royaume-Uni a pris une surprenante deuxième place au tableau des nations, derrière les Etats-Unis (105 breloques) et loin devant la France – même population, même poids économique –, septième avec neuf médailles d’or.

Le secret de la réussite made in Britain ? « C’est simple : l’argent », répond Steve Haake, le directeur du Advanced Wellbeing Research Centre à l’université de Sheffield Hallam. Depuis une vingtaine d’années, le Royaume-Uni a investi massivement dans le sport de haut niveau : 274 millions de livres (316 millions d’euros) rien que sur ces quatre dernières années pour les sports olympiques. C’est cinq fois plus qu’il y a vingt ans.

Système ultra-élitiste
Il faut remonter à l’humiliation des Jeux d’Atlanta en 1996 pour comprendre. Cette année-là, le pays termine 37e au tableau des médailles avec un seul titre olympique. Le premier ministre d’alors, John Major, décide d’intervenir. Ordre est donné d’investir dans le sport de haut niveau une large part de l’argent de la National Lottery, qui sert normalement à financer des actions caritatives ou culturelles. L’effet se fait sentir rapidement et le Royaume-Uni passe au dixième rang aux Jeux de Sydney en 2000.

« Mais ça s’est vraiment accéléré en 2007, quand Londres a obtenu l’organisation des Jeux de 2012 », explique Steven Haake. Le financement a soudain triplé, avec une approche ultra-compétitive. Pas question de s’intéresser au développement du sport pour tous ou amateur. Chaque discipline financée reçoit un objectif chiffré de médailles olympiques. Les résultats sont immédiats : le Royaume-Uni finit quatrième à Pékin en 2008 (47 médailles) et troisième de « ses » Jeux, quatre ans plus tard, avec un record de 65 récompenses, dont 29 titres.

Le système mis en place est ultra-élitiste. En cas d’échec d’une discipline, le financement est retiré. Ainsi, pour les Jeux de Londres, UK Sport, l’organisme qui supervise le haut niveau, finançait 27 sports différents. A une exception près, tous ceux qui n’ont pas eu de médaille ont vu leur enveloppe supprimée pour les quatre années suivantes. Le basket-ball, le handball, le volley-ball, l’haltérophilie masculine l’ont appris à leurs dépens… Seuls les résultats comptent. Le mythique fair-play britannique appartient au passé.

« Le ratio de médailles par rapport au nombre de sports financés a augmenté, de 62 % à Londres à 80 % à Rio »
Pour les Jeux de Rio, le Royaume-Uni a maintenu son soutien financier, contrairement à beaucoup de nations, qui ont relâché leurs efforts une fois les Jeux organisés chez elles. Mais l’aide a été encore plus ciblée : seules vingt disciplines ont reçu de l’argent, alors que l’enveloppe totale a augmenté de 3 %. « C’est un système impitoyable, reconnaît Girish Ramchandani, également de l’université Sheffield Hallam, spécialiste du financement dans le sport. Mais ça marche. Le ratio de médailles par rapport au nombre de sports financés a augmenté, de 62 % à Londres à 80 % à Rio. »

L’équipe de plongeon britannique doit ainsi une fière chandelle à Tom Daley, médaillé de bronze à Londres. Grâce à ce succès sur le fil, la discipline a conservé son financement. Aujourd’hui, elle en récolte les fruits : à Rio, elle a déjà obtenu trois médailles, une de chaque couleur.

Cet argent qui coule à flots a permis aux athlètes de haut niveau de se concentrer uniquement sur leur sport. Les plus prometteurs touchent jusqu’à 28 000 livres (32 000 euros) par an, sans compter l’enveloppe que reçoit leur fédération pour payer les entraîneurs et les équipements. Qu’elle parait loin, l’époque où Daley Thompson, l’un des meilleurs décathloniens de tous les temps, devait rendre son survêtement aux couleurs britanniques après les Jeux de Los Angeles en 1984.

Scandales de dopage
Reste que l’argent n’explique pas tout. A Rio, nombre d’athlètes s’étonnent des succès britanniques et expriment des doutes quant à l’intégrité de certaines performances. Les prouesses de Mo Farah, qui a remporté la médaille d’or du 10 000 mètres, et espère décrocher celle du 5 000 mètres, dimanche 21 août, interrogent. Son entraîneur, Alberto Salazar, n’a-t-il pas été accusé lui-même de dopage par une enquête de la BBC, il y a un an ?

La domination sans partage de l’équipe de cyclisme sur piste, avec douze médailles, dont six en or, fait aussi grincer des dents, alors que celle-ci avait été médiocre aux Championnats du monde organisés à Londres en mars. « Il faudrait demander la recette à nos voisins, car je n’arrive pas à comprendre. Ce sont des équipes qui ne font rien d’extraordinaire pendant quatre ans et, arrivées aux Jeux, elles surclassent tout le monde. C’est la première fois que je vis les Jeux en tant qu’entraîneur et je vois des choses… », s’interrogeait Laurent Gané, l’entraîneur de l’équipe de France, après le bronze de ses hommes dans une épreuve de vitesse dont ils étaient les rois il n’y a encore pas si longtemps.

Off the record, on évoque un autre type de dopage, technologique, avec des hypothèses comme un engrenage dans les roues. Un bruit de moteur qui avait aussi parcouru les routes du Tour de France, dominé par Chris Froome (troisième de l’épreuve sur route à Rio) ces dernières années.

Pour Steve Haake, de l’université de Sheffield Hallam, ces doutes sont compréhensibles dans le climat de scandales de dopage permanent. Mais il estime que l’explication est plus prosaïque :

« Les équipes britanniques se concentrent sur les Jeux olympiques, qui sont la clé de leur financement. Alors, c’est normal qu’elles n’impressionnent pas aux Championnats du monde, qui ne sont pas leur priorité. »
Et surtout, il estime que le système actuel, avec des financements garantis sur une, voire deux olympiades, permet de travailler dans la durée. « Ce qu’il se passe actuellement ne va pas s’arrêter à Rio. » Il y a de fortes chances que les concurrents des Britanniques jalousent encore leurs performances aux Jeux de Tokyo en 2020.

Voir également:

Rio Olympics 2016: Team GB medal haul makes them a ‘superpower of sport’

Great Britain’s Olympic review

Great Britain is « one of the superpowers of Olympic sport » after its performance in Rio, according to UK Sport chief executive Liz Nicholl.

A total of 67 medals with 27 golds put Team GB second in the medal table – above China for the first time since it returned to the Games in 1984.

« It shows we are a force to be reckoned with in world sport, » Nicholl said.

Britain is the first country to improve on a home medal haul at the next Games, beating the 65 medals from London 2012.

They won gold medals across more sports than any other nation – 15 – and improved on their medal haul for the fifth consecutive Olympics.

The Queen offered her « warmest congratulations » for an « outstanding performance » in Rio, while the Duke and Duchess of Cambridge and Prince Harry said the team were an « inspiration to us all, young and old ».

The money behind the medals

UK Sport is the body responsible for distributing funds from national government to Olympic sports.

Team GB’s 67 medals in Brazil cost an average of just over £4m per medal in lottery and exchequer funding over the past four years – a reported cost of £1.09 per year for each Briton.

Nicholl added: « Half of the investment that we’re putting into Rio success also feeds into Tokyo [2020 Olympics]. We’re very confident that we’ve got a system here that’s working and that’s quite exceptional around the world. »

Chief executive of British Gymnastics Jane Allen told BBC Radio 5 live: « You wouldn’t want to be in some of the other countries at the moment, who are examining themselves.

« UK Sport has made those sports that receive the funding be accountable for their results. This is the end result in Rio – the country should expect a return for their investment, it is incredible. »

« It’s tough to imagine a stronger performance, » said Bill Sweeney, chief executive of the BOA.

« When you get into the [Olympic] village there’s been a real collective team spirit around Team GB – you just got a sense that this was a team that wanted to do something really special. »

Britain had been set a target by UK Sport to make Rio its most successful ‘away’ Olympics by beating the 47 medals from Beijing in 2008, but Nicholl said there had been an « aspirational » aim to surpass the achievements of London 2012.

Sweeney said he « wasn’t surprised » by the extent of the success, but that beating China « wasn’t on the radar » before the Games.

« China are a massive nation, aren’t they? Goodness knows how much money they spend on it, » he said.

« To be able to beat them is absolutely fantastic.

Sweeney said it would be difficult for Britain to replicate their position in the medal table at Tokyo 2020, at which he predicted hosts Japan, China, Russia and Australia would all improve.

How has China reacted?

China did top one table in Rio – that of fourth-place finishes, according to data from Gracenote Sports.

They had 25, with the US next on 20 and Britain third on 16.

Gracenote head of analysis Simon Gleave said China’s decline in medals from London 2012 « has been primarily due to the sports of badminton, artistic gymnastics and swimming ».

China Daily said: « In contrast with China’s previous obsession with gold medals, the general public is learning to enjoy the sports themselves rather than focusing on the medal count. Winning gold medals does not mean everything anymore in China. »

Swimmer Fu Yuanhui’s enthusiasm at winning a bronze medal « took Chinese viewers by surprise », said Global Times. « They are used to their athletes focusing in interviews on their desire to win glory for the country. »

Many users of the Chinese social media site Weibo posted messages using the hashtag #ThisTimeTheChinaTeamAreGolden, saying their athletes were still « the best » irrespective of their placing in their events.

Voir encore:

Rio Olympics 2016: How did Team GB make history?

Tom Fordyce

BBC

22 August 2016

It has been an Olympic fiesta like never before for Britain: their best medal haul in 108 years, second in the medal table, the only host nation to go on to win more medals at the next Olympics.

Never before has a Briton won a diving gold. Never before has a Briton won a gymnastics gold. There have been champions across 15 different sports, a spread no other country can get close to touching.

It enabled Liz Nicholl, chief executive of UK Sport, the body responsible for distributing funds from national government to Olympic sports, to declare on the final day of competition in Rio that Britain was now a « sporting superpower ».

Only 20 years ago, GB were languishing 36th in the Atlanta Olympics medal table, their entire team securing only a single gold between them. This is the story of a remarkable transformation.

Biased judges or gracious defeat? What China thinks of GB going second
‘Superpower’ Team GB a ‘world force’

Money talks

As that nadir was being reached back in 1996, the most pivotal change of all had already taken place.

The advent of the National Lottery in 1994, and the decision of John Major’s struggling government to allocate significant streams of its revenue to elite Olympic sport, set in motion a funding spree unprecedented in British sport.

From just £5m per year before Atlanta, UK Sport’s spending leapt to £54m by Sydney 2000, where Britain won 28 medals to leap to 10th on the medal table. By the time of London 2012 – third in the medal table, 65 medals – that had climbed to £264m. Between 2013 and 2017, almost £350m in public funds will have been lavished on Olympic and Paralympic sports.

It has reinvigorated some sports and altered others beyond recognition.

Gymnastics, given nothing at all before Atlanta, received £5.9m for Sydney and £14.6m in the current cycle. In Rio, Max Whitlock won two gymnastics golds; his team-mates delivered another silver and three bronzes.

As a talented teenage swimmer, Adam Peaty relied on fundraising events laid on by family and friends to pay for his travel and training costs. That changed in 2012, when he was awarded a grant of £15,000 and his coach placed on an elite coaching programme. In Rio he became the first British male to win a swimming gold in 28 years.

There are ethical and economic debates raised by this maximum sum game. Team GB’s 67 medals won here in Brazil cost an average of £4,096,500 each in lottery and exchequer funding over the past four years.
Average cost of Games to each Briton
As determined by the Sport Industry Research Centre

At a time of austerity, that is profligate to some. To others, the average cost of this Olympic programme to each Briton – a reported £1.09 per year – represents extraordinary financial and emotional value. Joe Joyce’s super-heavyweight silver medal on Sunday was the 700th Olympic and Paralympic medal won by his nation since lottery funding came on tap.

« The funding is worth its weight in gold, » says Nicholl.

« It enables us to strategically plan for the next Games even before this one has started and makes sure we don’t lose any time. We can maintain the momentum of success for every athlete with medal potential through to the next Games. »

All in the detail

The idea of marginal gains has gone from novelty to cliche over the past three Olympic cycles, but three examples from Rio underline how essential to British success it remains.

In the build-up to these Olympics, a PhD student at the English Institute of Sport named Luke Gupta examined the sleep quality of more than 400 elite GB athletes, looking at the duration of their average sleep, issues around deprivation and then individual athletes’ perception of their sleep quality.

His findings resulted in an upgrading of the ‘sleep environment’ in the Team GB boxing training base in Sheffield – 37 single beds replaced by 33 double and four extra-long singles; sheets, duvets and pillows switched to breathable, quick drying fabrics; materials selected to create a hypo-allergenic barrier to allergens in each bedroom.

« On average, the boxers are sleeping for 24 minutes longer each night, » says former Olympic bronze medallist and now consultant coach Richie Woodhall.

« When you add it up over the course of a cycle it could be as much as 29 or 30 days’ extra sleep. That can be the difference between winning a medal or going out in the first round. »

In track cycling, GB physio Phil Burt and team doctor Richard Freeman realised saddle sores were keeping some female riders out of training.

Their response? To bring together a panel of experts – friction specialist, reconstructive surgeons, a consultant in vulval health – to advise on the waxing and shaving of pubic hair. In the six months before Rio not a single rider complained of saddle sores.

Then there is the lateral thinking of Danny Kerry, performance director to the Great Britain women’s hockey team that won gold in such spectacular fashion on Friday.

« Everyone puts a lot of time into the physiological effects of hockey, but what we’ve done in this Olympic cycle is put our players in an extremely fatigued state, and then ask them to think very hard at the same time, » Kerry told BBC Sport.

« We call that Thinking Thursday – forcing them to consistently make excellent decisions under that fatigue. We’ve done that every Thursday for a year. »

Britain won that gold on a penalty shootout, standing firm as their Dutch opponents, clear favourites for gold, missed every one of their four attempts.
Virtuous circles

Success has bred British success.

That hockey team featured Helen and Kate Richardson-Walsh, in their fifth Olympic cycle, mentoring 21-year-old Lily Owsley, who scored the first goal in the final. A squad that won bronze in London were ready to go two better in Brazil.

« We’ve retained eight players who had medals around their necks already, » says Kerry. « We added another eight who have no fear.

« It gave us a great combination of those who know what it’s all about, and those who have no concept at all of what it’s all about, and have just gone out and played in ruthless fashion.

« We get carried away with some of the hard science around sport, but there’s so much value in how you use characters and how you bring those qualities and traits to the fore. You see that on the pitch. Leverage on the human beings as much as the science. »

In the velodrome, experience and expertise is being recycled with each successive Games.

Paul Manning was part of the team pursuit quartet that won bronze in Sydney, silver in Athens and gold in Beijing. As his riding career came towards the end, he was one of the first to graduate through the Elite Coaching Apprenticeship Programme, a two-year scheme that offered an accelerated route into high-performance coaching for athletes already in British Cycling’s system.

In Rio he coached the women’s pursuit team to their second gold in two Olympics, his young charge Laura Trott also winning omnium gold for the second Games in a row.

Then there is Heiko Salzwedel, head of the men’s endurance squad, back for his third spell with British Cycling having worked under the visionary Peter Keen from 2000 to 2002 and then Sir Dave Brailsford between 2008 and 2010.

Expertise developed, expertise retained. A culture where winning is expected, not just hoped for.

« We have got the talent in this country and we know that we can recruit and keep the very best coaches, sports scientists and sports medics, » says Nicholl.

« It is now a system that provides the very best support for that talent. »

Competitive advantages

Funding has not flowed to all British sports equally, because in some there is a greater chance of success than others.

On Lagoa Rodrigo de Freitas, Britain’s rowers dominated the regatta, winning three gold medals and two silvers.

With 43 athletes they also had the biggest team of any nation there. Forty-nine of the nations there qualified teams of fewer than 10 athletes. Thirty-two had a team of just one or two rowers.

Only nine other nations won gold. In comparison, 204 nations were represented in track and field competition at Rio’s Estadio Olimpico, and 47 nations won medals.

British efforts in the velodrome, where for the third Olympics on the bounce they ruled the boards, were fuelled by a budget over the four years from London of £30.2m, up even from the £26m they received in funding up to 2012.

In comparison, the US track cycling team – which won team pursuit silver behind Britain’s women, and saw Sarah Hammer once again push Trott hard for omnium gold, has only one full-time staff member, director Andy Sparks.

Then there is the decline of other nations who once battled with Britain for the upper reaches of the medal table, and frequently sat far higher.

In 2012, Russia finished fourth with 22 golds. They were third in 2008 and third again in 2004.

This summer, despite escaping a total ban on their athletes in the wake of the World Anti-Doping Agency’s McLaren Report, they finished with 19 golds for fourth, permitted to enter only one track and field athlete, Darya Klishina.

Australia, Britain’s traditional great rivals? Eighth in 2012, sixth in Beijing, fourth in Athens, 10th here in Brazil.

In Rio, 129 different British athletes have won an Olympic medal.

It is a remarkable depth and breadth of talent – a Games where 58-year-old Nick Skelton won a gold and 16-year-old gymnast Amy Tinkler grabbed a bronze, a fortnight where Jason Kenny won his sixth gold at the age of 28 and Mo Farah won his ninth successive global track title.

The abilities of those men and women has been backed up by similar aptitude in coaching and support.

In swimming there is Rebecca Adlington’s former mentor, Bill Furniss, who has taken a programme that won just one silver and two bronzes in London and, with a no-compromise strategy, taken them to their best haul at an Olympics since 1908.

In cycling, there has been the key hire of New Zealand sprint specialist Justin Grace, the coach behind Francois Pervis’ domination at the World Championships, a critical influence on Kenny, Callum Skinner, Becky James and Katy Marchant.

« We have got the talent in this country, and we know we can recruit and keep the very best coaches, sports scientists and sports medics, » says Nicholl.

« It is a system that provides the very best support for that talent. We do a lot in terms of people development. We are conscious when people are recruited to key positions as coaches they are not necessarily the finished article in their broader skills.

« We provide support so that coaches across sports can network and learn from each other. That improves their knowledge expertise and the support systems they’ve got. »

It is an intimidating thought for Britain’s competitors. After two decades of consistent improvement, Rio may not even represent the peak.

Voir encore:

‘Brutal but effective’: why Team GB has won so many Olympic medals

Sports that have propelled Britain up the medal table have received extra investment while others have had their funding cut altogether
Josh Halliday

15 August 2016

In the past 24 hours Team GB have rewritten their Olympic history, moving ahead of China into second place in the Rio 2016 medals table after winning a record-breaking five gold medals in a single day.
Team GB’s Olympic success: five factors behind their Rio medal rush

With Olympic champions in tennis, golf, gymnastics and cycling – and another assured in sailing – the team’s directors hailed national lottery funding and the legacy of London 2012 for the Rio goldrush. So how has funding in British sport changed in the run-up to Super Sunday?

UK Sport, which determines how public funds raised via the national lottery and tax are allocated to elite-level sport, has pledged almost £350m to Olympic and Paralympic sports between 2013 and 2017, up 11% on the run-up to London 2012.

Those sports that have fuelled the rise in Britain’s medal-table positions over the past eight years – athletics, boxing and cycling, for example – were rewarded with increased investment. “It’s a brutal regime, but it’s as crude as it is effective,” said Dr Borja Garcia, a senior lecturer in sports management and policy at Loughborough University.

Sports that failed to hit their 2012 medal target – including crowd-pleasers such as wrestling, table tennis and volleyball – either had their funding reduced or cut altogether. Has that affected their prospects in Rio? It may be too soon to tell, but so far swimming is the only sport that has won medals at this Olympics after having it funding cut post-2012.

The aim is quite simple: to ensure Great Britain becomes the first home nation to deliver more medals at the following away Games. As it stands after day nine on Sunday, Team GB has one more medal than at the equivalent stage in London – their most successful ever Games.

Swimming

Spearheaded by the gold medal-winning Adam Peaty, Team GB has already secured its biggest Olympic medal haul in the pool since 1984, but it was one of the elite sports to have its funding slashed from £25.1m to £20.8m after a disappointing London 2012, when its three medals missed the target of between five and seven.

With six medals so far in Rio – one gold and five silvers – it has already passed its target of five for this Olympic Games. Its national governing body, British Swimming, will hope to be rewarded for this success with an increase in funding before Tokyo 2020.

UK Sport funding for medal-winning Olympians is assured, but some of the clubs where they spend long hours training are struggling to survive. Peaty’s City of Derby swimming club was almost forced to close last year when two pools in the city shut down for nearly three months, its chairman, Peter Spink, said.

“If we hadn’t got the focus of the council back on to swimming, things would have got a lot worse for us,” he said. “Worst case, closure could have happened. I don’t think I felt we got that close fortunately but unless we did something drastic and worked our way through it then, if not closed, we would have been a very much diminished club.”

Steve Layton, the club’s secretary, credited the local authority for fixing a roof at one pool and reopening another that had previously been closed, but added that it was only a matter of time before one of the “not fit for purpose” facilities was permanently closed down.

The club is trying to raise sponsorship money through partnerships with local companies, he said, but has so far been unable to raise enough money to pay for coaches rather than rely on volunteers. The ultimate aim is to raise enough investment for an Olympic-standard 50m pool in Derby, so that the Adam Peatys of tomorrow are not confined to the city’s 25m pools.

“Swimming is not like football. It doesn’t draw the crowds and we are in times of austerity. We understand all that, but we are trying to get sponsorship to give us some support,” Layton said.

The grand rhetoric of an Olympic legacy after London 2012 did not add up to much for cities such as Derby, but Spink said he was hopeful now of more investment in swimming following Team GB’s success in Rio. “The legacy of the London Olympics was always a big thing. We saw that a little bit, but of late that has dwindled a bit. The issues we have in Derby demonstrate that there really wasn’t the appetite either in local or national government to fund sport in that way,” he said.

Cycling
Along with a knighthood for Bradley Wiggins, an increase in funding followed Team GB’s cycling success in London 2012. Their final tally of 12 medals exceeded the target of between six and 10, resulting in a boost to British Cycling’s coffers from £26m to £30.2m.

In Rio, Team GB has secured six medals – four gold and two silver – and smashed two world records, with both the women’s and men’s team pursuit taking gold. It is well on the way to reaching its final Rio target of between eight and 10 medals.

Gymnastics
Max Whitlock competes in the men’s pommel horse event final.

Max Whitlock’s heroics in the Olympics arena on Super Sunday ended a 116-year wait for a British gymnastics Olympic champion.

His double gold also boosted Team GB’s medal count in the sport to four, with Louis Smith winning silver in the pommel horse and Bryony Page becoming the first British woman to win an Olympic trampoline medal by claiming silver in Rio.

Having previously lost all of its elite-level funding, British gymnastics has experienced a steady increase in public investment over the past 20 years, from £5.9m at Sydney 2000 to £14.6m in the current cycle, after it benefited from a 36% funding increase after beating its medal target in London 2012.
Funding for individual athletes
Advertisement

In addition to the funding given to each sport’s governing body, some elite stars – described by UK Sport as “podium-level athletes – also qualify for individual funding to help with living costs.

Medallists at the Olympic Games, senior world championships and Paralympics gold medallists can receive up to £28,000 a year in athlete performance awards funded by the national lottery.

Sportsmen and women who finish in the top eight in the Olympics can receive up to £21,500 a year. Future stars, those expected to win medals on the world or Olympic stage within four years, can get up to £15,000 a year.
Has it worked?

Most experts agree that UK Sports “no compromise” funding approach has underpinned Great Britain’s rise from 36th in the medal table in Atlanta in 1996 to third at London 2012.

“It’s a very rational, cold approach. Medals have gone up. British elite sport is certainly booming. The returns of medals per pound is there,” said Garcia.

Some critics, however, say UK Sport’s approach has gone too far and is damaging grassroots sport. They have argued that focusing disproportionately on sports such as cycling, sailing and rowing has meant those such as basketball risk withering because they were unable to demonstrate they would win a medal at either of the next two Olympics.
Advertisement

“We can ask all the philosophical questions, which are valid. What about basketball, which has a lot of social potential in the inner cities? What about volleyball? What about fencing? Why focus on specific sports?” said Garcia.

“Participation is going down. Why do we invest all this money in all those medals? Just to get the medals? To get people active? To make Great Britain’s name known around the world? With a cold analysis of the objectives and the money invested, yes it has worked.

“I have some sympathy for UK Sport as an organisation. They were given the objectives and they delivered.”

In May, Sport England, which focuses on grassroots sport, unveiled a four-year strategy to target inactivity. More than a quarter of the population is officially defined as inactive because they do less than 30 minutes of activity a week, including walking.

The move is a lurch away from the earlier strategy, which was set before London 2012 and focused on getting more people to play more sport with only mixed results.

Severe cuts to local authority budgets are also squeezing resources at the grassroots level. Councils across England have been forced to make cuts since 2010, when grant funding for local authorities was cut by a fifth, more than twice the level of cuts to the rest of the UK public sector
Jazz Carlin celebrates after winning silver in the women’s 800m freestyle final.

Jazz Carlin celebrates winning silver in the women’s 800m freestyle final. Photograph: Ryan Pierse/Getty Images

Many smaller, older swimming pools are being closed at a time when more people are being inspired to get in the water, thanks in part to Team GB medal winners Jazz Carlin, Siobhan-Marie O’Connor and Peaty.

The Amateur Swimming Association (ASA) said this weekend that there had been a huge jump in the number of people searching online for their nearest leisure pool during the first few days of the Games.
Advertisement

Alison Clowes, the ASA’s head of media, said 80,000 people had used its “poolfinder” app between 5 and 11 August – almost double the rate for the same period in July – and the ASA was getting dozens of phone inquiries too. “We’ve already seen a boost from our Olympic successes, which is great,” she said.

Meanwhile, the average level of swimming proficiency among schoolchildren requires improvement. ASA research shows that 52% of children leave school unable to swim 25 metres unaided.

Jennie Price, the chief executive of Sport England, said: “Watching our athletes achieving great things in Rio is truly inspirational, particularly for young people. Whether it encourages them to get more active, try something new or even strive for gold themselves one day, Team GB is making a massive contribution to sport back home.

“A relatively small number of sports feature regularly on prime-time TV, so for many the Olympic Games is the moment that catapults them onto the screens of the nation. We need to capitalise on that, for example with programmes like Backing the Best where Sport England supports young talented athletes at the beginning of their sporting careers.

“There will be new Max Whitlocks and Kath Graingers out there who Sport England will support through our funding of the talent system, but most won’t reach those heights. Our main aim is making sure all young people get a positive experience when they try a sport and whatever they choose to do, come away with the good basic skills and having had a great time.”

Soft power, hard power et smart power: le pouvoir selon Joseph Nye

Avec ce nouvel ouvrage, l’internationaliste américain poursuit sa réflexion sur la notion du pouvoir étatique au XXIe siècle. Après avoir défini le soft et le smart power, comment Joseph Nye voit-il le futur du pouvoir?

En Relations Internationales, rien n’exprime mieux le succès d’une théorie que sa reprise par la sphère politique. Au XXIe siècle, seuls deux exemples ont atteint cet état: le choc des civilisations de Samuel Huntington et le soft power de Joseph Nye. Deux théories américaines, reprises par des administrations américaines. Deux théories qui, de même, ont d’abord été commentées dans les cercles internationalistes, avant de s’ouvrir aux sphères politiques et médiatiques.

Le soft power comme réponse au déclinisme

Joseph Nye, sous-secrétaire d’Etat sous l’administration Carter, puis secrétaire adjoint à la Défense sous celle de Bill Clinton, avance la notion de soft power dès 1990 dans son ouvrage Bound to Lead. Depuis, il ne cesse de l’affiner, en particulier en 2004 avec Soft Power: The Means to Success in World Politics. Initialement, le soft power, tel que pensé par Nye, est une réponse à l’historien britannique Paul Kennedy qui, en 1987, avance que le déclin américain est inéluctable[1]. Pour Nye, la thèse de Kennedy est erronée ne serait-ce que pour une raison conceptuelle: le pouvoir, en cette fin du XXe siècle, a muté. Et il ne peut être analysé de la même manière aujourd’hui qu’en 1500, date choisie par Robert Kennedy comme point de départ de sa réflexion. En forçant le trait, on pourrait dire que l’Etat qui aligne le plus de divisions blindées ou de têtes nucléaires n’est pas forcément le plus puissant. Aucun déclin donc pour le penseur américain, mais plus simplement un changement de paradigme.

Ce basculement de la notion de puissance est rendu possible grâce au concept même de soft power. Le soft, par définition, s’oppose au hard, la force coercitive, militaire le plus généralement, mais aussi économique, qui comprend la détention de ressources naturelles. Le soft, lui, ne se mesure ni en « carottes » ni en « bâtons », pour reprendre une image chère à l’auteur. Stricto sensu, le soft power est la capacité d’un Etat à obtenir ce qu’il souhaite de la part d’un autre Etat sans que celui-ci n’en soit même conscient « Co-opt people rather than coerce them »[2].

Time to get smart ?

Face aux (très nombreuses) critiques, en particulier sur l’efficacité concrète du soft power, mais aussi sur son évaluation, Joseph Nye va faire le choix d’introduire un nouveau concept: le smart power. La puissance étatique ne peut être que soft ou que hard. Théoriquement, un Etat au soft power développé sans capacité de se défendre militairement au besoin ne peut être considéré comme puissant. Tout au plus influent, et encore dans des limites évidentes. A l’inverse, un Etat au hard power important pourra réussir des opérations militaires, éviter certains conflits ou imposer ses vues sur la scène internationale pour un temps, mais aura du mal à capitaliser politiquement sur ces «victoires». L’idéal selon Nye ? Assez logiquement, un (savant) mélange de soft et de hard. Du pouvoir « intelligent »: le smart power.

Avec son dernier ouvrage, The Future of Power, Joseph Nye ne révolutionne pas sa réflexion sur le pouvoir. On pourrait même dire qu’il se contente de la récapituler et de se livrer à un (intéressant) exercice de prospective… Dans une première partie, il exprime longuement sa vision du pouvoir dans les relations internationales (chapitre 1) et s’attache ensuite à différencier pouvoir militaire (chapitre 2), économique (chapitre 3) et, bien sûr, soft power (chapitre 4). La seconde partie de l’ouvrage porte quant à elle sur le futur du pouvoir (chapitre 5), en particulier à l’aune du «cyber» (internet, cyber war et cyber attaques étatiques ou provenant de la société civile, etc.). Dans son 6e chapitre, Joseph Nye en revient, une fois encore, à la question, obsédante, du déclin américain. La littérature qu’il a déjà rédigée sur le sujet ne lui semblant sûrement pas suffisante, Joseph Nye reprend donc son bâton de pèlerin pour nous expliquer que non, décidément, les Etats-Unis sont loin d’être en déclin.

Vers la fin des hégémonies

Et il n’y va pas par quatre chemins: la fin de l’hégémonie américaine ne signifie en rien l’abrupte déclin de cette grande puissance qui s’affaisserait sous propre poids, voire même chuterait brutalement. La fin de l’hégémonie des Etats-Unis est tout simplement celle du principe hégémonique, même s’il reste mal défini. Il n’y aura plus de Rome, c’est un fait. Cette disparation de ce principe structurant des relations internationales est la conséquence de la revitalisation de la sphère internationale qui a fait émerger de nouveaux pôles de puissance concurrents des Etats-Unis. De puissants Etats commencent désormais à faire entendre leur voix sur la scène mondiale, à l’image du Brésil, du Nigeria ou encore de la Corée du sud, quand d’autres continuent leur marche forcée vers la puissance comme la Chine, le Japon et l’Inde. Malgré cette multipolarité, le statut prééminent des Etats-Unis n’est pas en danger. Pour Joseph Nye, un déclassement sur l’échiquier n’est même pas une possibilité envisageable et les différentes théories du déclin américain nous apprendraient davantage sur la psychologie collective que sur des faits tangibles à venir. «Un brin de pessimisme est simplement très américain»[3] ose même ironiser l’auteur.

Même la Chine ne semble pas, selon lui, en mesure d’inquiéter réellement les Etats-Unis. L’Empire du milieu ne s’édifiera pas en puissance hégémonique, à l’instar des immenses empires des siècles passés. Selon lui, la raison principale en est la compétition asiatique interne, principalement avec le Japon. Ainsi, « une Asie unie n’est pas un challenger plausible pour détrôner les Etats-Unis »[4] affirme-t-ilLes intérêts chinois et japonais, s’ils se recoupent finalement entre les ennemis intimes, ne dépasseront pas les antagonismes historiques entre les deux pays et la Chine ne pourra projeter l’intégralité de sa puissance sur le Pacifique, laissant ainsi une marge de manœuvre aux Etats-Unis.

Cette réflexion ne prend cependant pas en compte la dimension involontaire d’une union, par exemple culturelle à travers les cycles d’influence mis en place par la culture mondialisée[5]. Enfin, la Chine devra composer avec d’autres puissances galopantes, telle l’Inde. Et tous ces facteurs ne permettront pas à la Chine, selon Joseph Nye, d’assurer une transition hégémonique à son profit. Elle défiera les Etats-Unis sur le Pacifique, mais ne pourra prétendre porter l’opposition sur la scène internationale.

De la stratégie de puissance au XXIe siècle

Si la fin des alternances hégémoniques, et tout simplement de l’hégémonie, devrait s’affirmer comme une constante nouvelle des relations internationales, le XXIe siècle ne modifiera pas complètement la donne en termes des ressources et formes de la puissance. La fin du XXe siècle a déjà montré la pluralité de ses formes, comme avec le développement considérable du soft power via la culture mondialisée, et les ressources, exceptées énergétiques, sont pour la plupart connues. Désormais, une grande puissance sera de plus en plus définie comme telle par la bonne utilisation, et non la simple possession, de ses ressources et vecteurs d’influence. En effet, «trop de puissance, en termes de ressources, peut être une malédiction plus qu’un bénéfice, si cela mène à une confiance excessive et des stratégies inappropriées de conversion de la puissance».[6]

De là naît la nécessité pour les Etats, et principalement les Etats-Unis, de définir une véritable stratégie de puissance, de smart power. En effet, un Etat ne doit pas faire le choix d’une puissance, mais celui de la puissance dans sa globalité, sous tous ses aspects et englobant l’intégralité de ses vecteurs. Ce choix de maîtriser sa puissance n’exclue pas le recours aux autres nations. L’heure est à la coopération, voire à la copétition, et non plus au raid solitaire sur la sphère internationale. Même les Etats-Unis ne pourront plus projeter pleinement leur puissance sans maîtriser les organisations internationales et régionales, ni même sans recourir aux alliances bilatérales ou multilatérales. Ils sont voués à montrer l’exemple en assurant l’articulation politique de la multipolarité. Pour ce faire, les Etats-Unis devront aller de l’avant en conservant une cohésion nationale, malgré les déboires de la guerre en Irak, et en améliorant le niveau de vie de leur population, notamment par la réduction de la mortalité infantile. Cohésion et niveau de vie sont respectivement vus par l’auteur comme les garants d’un hard et d’un soft power durables. A contrario, l’immigration, décriée par différents observateurs comme une faiblesse américaine, serait une chance pour l’auteur car elle est permettrait à la fois une mixité culturelle et la propagation de l’american dream auprès des populations démunies du monde entier.

En face, la Chine, malgré sa forte population, n’a pas la chance d’avoir de multiples cultures qui s’influencent les unes les autres pour soutenir son influence culturelle. Le soft power américain, lui, a une capacité de renouvellement inhérente à l’immigration de populations, tout en s’appuyant sur «[des] valeurs [qui] sont une part intrinsèque de la politique étrangère américaine»[7].

Ces valeurs serviront notamment à convaincre les « Musulmans mondialisés » («Mainstream Muslims») de se ranger du côté de la démocratie, plutôt que d’Etats islamistes. De même, malgré les crises économiques et les ralentissements, l’économie américaine, si elle ne sert pas de modèle, devra rester stable au niveau de sa production, de l’essor de l’esprit d’entreprise et surtout améliorer la redistribution des richesses sur le territoire. Ces enjeux amèneront «les Etats-Unis [à]redécouvrir comment être une puissance intelligente»(p.234).

Le futur du pouvoir selon Joseph Nye

L’ouvrage de Joseph Nye, s’il apporte des éléments nouveaux dans la définition contemporaine de la puissance, permet également d’entrevoir le point de vue d’un Américain -et pas n’importe lequel…- sur le futur des relations internationales. L’auteur a conscience que:

«Le XXIe siècle débute avec une distribution très inégale [et bien évidemment favorable aux Etats-Unis] des ressources de la puissance»[8]

Pour autant, il se montre critique envers la volonté permanente de contrôle du géant américain. Certes, les forces armées et l’économie restent une nécessité pour la projection du hard power, mais l’époque est à l’influence. Et cette influence, si elle est en partie culturelle, s’avère être aussi politique et multilatérale. Le soft power prend du temps dans sa mise-en-œuvre, notamment lorsqu’il touche aux valeurs politiques, telle la démocratie. Ce temps long est gage de réussite, pour Joseph Nye, à l’inverse des tentatives d’imposition par Georges Bush Junior, qui n’avait pas compris que  les nobles causes peuvent avoir de terribles conséquences.

Dans cette quête pour la démocratisation et le partage des valeurs américaines, la coopération interétatique jouera un rôle central. Pour lui, les Etats-Unis sont non seulement un acteur majeur, mais ont surtout une responsabilité directe dans le développement du monde. La puissance doit, en effet, permettre de lutter pour ses intérêts, tout en relevant les grands défis du XXIe siècle communs à tous, comme la gestion de l’islam politique et la prévention des catastrophes économiques, sanitaires et écologiques. Les Etats-Unis vont ainsi demeurer le coeur du système international et, Joseph Nye d’ajouter:

«penser la transition de puissance au XXIe siècle comme la conséquence d’un déclin des Etats-unis est inexact et trompeur […] L’Amérique n’est pas en absolu déclin, et est vouée à rester plus puissant que n’importe quel autre Etat dans les décennies à venir»[9]

Comment dès lors résumer le futur des relations internationales selon Joseph Nye? Les Etats-Unis ne déclineront pas, la Chine ne les dépassera pas, des Etats s’affirmeront sur la scène mondiale et le XXIe siècle apportera son lot d’enjeux sans pour autant mettre à mal le statut central des Etats-Unis dans la coopération internationale. Dès lors, à en croire l’auteur, le futur de la puissance ne serait-il pas déjà derrière nous?

1 — Naissance et déclin des grandes puissances, Payot, 1989

2 — Soft Power: The Means to Success in World Politics, Public Affairs, 2004, p. 5

3 — « A strand of cultural pessimism is simply very American » (p.156)

4 — « an allied Asia is not a plausible candidate to be the challenger that displaces the United-States » (p.166)

5 — Fregonese, Pierre-William, La hallyu coréenne ou l’opportunité d’un soft power asiatique, La Nouvelle Revue Géopolitique, n.122, août 2013

6 — « too much power (in terms of resources) can be a curse, rather than a benefit, if it leads to overconfidence and inappropriate strategies for power conversion » (p.207)

7 —« values are an intrinsic part of American foreign policy » (p.218)

8 — « The twenty-firt century began with a very unequal distribution of power resources » (p.157)

9 — « describing power transition in the twenty-first century as an issue of American decline is inaccurate and misleading […] America is not in absolute decline, and it is likely to remain more powerful than any single state in the coming decades ». (p.203)

 Voir aussi:

Power

Softly does it

The awesome influence of Oxbridge, One Direction and the Premier League

The Economist

Jul 18th 2015

HOW many rankings of global power have put Britain at the top and China at the bottom? Not many, at least this century. But on July 14th an index of “soft power”—the ability to coax and persuade—ranked Britain as the mightiest country on Earth. If that was unexpected, there was another surprise in store at the foot of the 30-country index: China, four times as wealthy as Britain, 20 times as populous and 40 times as large, came dead last.

Diplomats in Beijing won’t lose too much sleep over the index, compiled by Portland, a London-based PR firm, together with Facebook, which provided data on governments’ online impact, and ComRes, which ran opinion polls on international attitudes to different countries. But the ranking gathered some useful data showing where Britain still has outsized global clout.

Britain scored highly in its “engagement” with the world, its citizens enjoying visa-free travel to 174 countries—the joint-highest of any nation—and its diplomats staffing the largest number of permanent missions to multilateral organisations, tied with France. Britain’s cultural power was also highly rated: though its tally of 29 UNESCO World Heritage sites is fairly ordinary, Britain produces more internationally chart-topping music albums than any other country, and the foreign following of its football is in a league of its own (even if its national teams are not). It did well in education, too—not because of its schools, which are fairly mediocre, but because its universities are second only to America’s, attracting vast numbers of foreign students.

Britain fared least well on enterprise, mainly because it spends a feeble 1.7% of GDP on research and development (South Korea, which came top, spends 4%). And the quality of its governance was deemed ordinary, partly because of a gender gap that is wider than that of most developed countries, as measured by the UN. Governance was the category that sank undemocratic China, whose last place was sealed by a section dedicated to digital soft-power—tricky to cultivate in a country that restricts access to the web. The political star of social media, according to the index, is Narendra Modi, India’s prime minister, whose Facebook page generates twice as many comments, shares and thumbs-ups as that of Barack Obama.

The index will cheer up Britain’s government, which has lately been accused of withdrawing from the world. But many of the assets that pushed Britain to the top of the soft-power table are in play. In the next couple of years the country faces a referendum on its membership of the EU; a slimmer role for the BBC, its prolific public broadcaster; and a continuing squeeze on immigration, which has already made its universities less attractive to foreign students. Much of Britain’s hard power was long ago given up. Its soft power endures—for now.

Voir également:

The U.S. Jumps to the Top of the World’s ‘Soft Power’ Index

Fortune

June 14, 2016

In an interview on Fox News on Monday, Donald Trump suggested that President Barack Obama was either weak, dumb, or nefarious, saying, “Look, we’re led by a man that either is not tough, not smart, or he’s got something else in mind.”

But President Obama’s work over the last eight years to reposition the U.S. as more diplomatic and less belligerent seems to be paying some dividends, at least according to a survey released today by the London PR firm Portland in partnership with Facebook.

In the Soft Power 30 report, an annual ranking of countries on their ability to achieve objectives through attraction and persuasion instead of coercion, the U.S. leapfrogged the U.K. and Germany to claim the top spot, while Canada, under its popular and photogenic new Prime Minister Justin Trudeau, jumped France to claim fourth place.

Based on a theory of global political power developed by Joseph Nye, a Harvard political science professor, the survey uses both polling and digital data to rank countries on more than 75 metrics gathered under the three pillars of soft power: political values, culture, and foreign policy.

According to survey author Jonathan McClory, the U.S.’s jump to the top spot had a lot to do with the fact that President Obama’s last year as Commander-in-Chief was “a busy one for diplomatic initiatives.”

“The President managed to complete his long-sought Iran Nuclear Deal, made progress on negotiating free trade agreements with partners across the Oceans Atlantic and Pacific, and re-established diplomatic relations with Cuba after decades of trying to isolate the Communist Caribbean Island. These major soft power plays have paid dividends for perceptions of the U.S. abroad,” the author wrote.

The report also praised U.S. contributions in the digital world, via Facebook FB 0.81% , Twitter TWTR 0.11% , and the like, and the fact that it has more universities in the global top 200 than any other country.

The report did admit that U.S.’s rise was a bit odd, though, at least under current circumstances.

“America topping the rankings this year is perhaps a strange juxtaposition to Donald Trump, the presumptive Republican presidential nominee, currently threatening to tear up long-held, bi-partisan principles of American foreign policy—like ending the U.S.’s stated commitment to nuclear non-proliferation,” the author wrote.

The U.K.’s slip from the top spot seemed to have more to do with U.S. strength than its own weakness. “The U.K. continues to boast significant advantages in its soft power resources,” the report notes. Indeed, U.K. Prime Minister David Cameron cited last year’s No. 1 ranking in the report as proof of his country’s international influence, the Financial Times reports.

But, the survey adds, Brexit could have devastating effects: “No other country rivals the U.K.’s diverse range of memberships in the world’s most influential organisations. In this context, a risk exists that the U.K.’s considerable soft power clout would be significantly diminished should it vote to leave the European Union.”

The ranking includes several surprising countries, like Russia (27th place). “With its annual military parades and occasional encroachments into European air and naval space, soft power might not spring to mind when thinking about the Russian Federation,” McClory writes. But, the report notes, Russia’s investment in the global, multilingual TV channel RT, as well as its diplomatic work in Syria, seem to be paying dividends.

Argentina climbed onto the list in the 30th and final spot, spurred by optimism that new, reform-minded President Mauricio Macri would further integrate it into the global diplomatic community. It was the only Latin American country other than Brazil to make the list.

 

It’s All About the Elizabeths

TIME

From Australia to Trinidad and Tobago, Queen Elizabeth II’s portrait has graced the currencies of 33 different countries — more than that of any other individual. Canada was the first to use the British monarch’s image, in 1935, when it printed the 9-year-old Princess on its $20 notes. Over the years, 26 different portraits of Elizabeth have been used in the U.K. and its current and former colonies, dominions and territories — most of which were commissioned with the direct purpose of putting them on banknotes. However, some countries, such as Rhodesia (now Zimbabwe), Malta and Fiji, used already existing portraits. The Queen is frequently shown in formal crown-and-scepter attire, although Canada and Australia prefer to depict her in a plain dress and pearls. And while many countries update their currencies to reflect the Queen’s advancing age, others enjoy keeping her young. When Belize redesigned its currency in 1980, it selected a portrait that was already 20 years old.

Voir de même:

The Portraits of Queen Elizabeth II
… as they appear on World Banknotes
Elizabeth Alexandra Mary of the House of Windsor has been Queen of the United Kingdom since 1952, when she succeeded her father, King George VI, to the throne. Queen Elizabeth II, as the head of the Commonwealth of Nations, is also Head of State to many countries in the Commonwealth. Although She remains Head of State to many countries, over the years many member nations of the Commonwealth have adopted constitutions whereby The Queen is no longer Head of State.

Queen Elizabeth’s portrait undoubtedly appeared more often on the banknotes of Great Britain’s colonies, prior to the colonies gaining independence and the use of her portrait is not as common as it once was. However, there are a number of nations who retain her as Head of State and she is still portrayed on the banknotes of numerous countries. The Queen has been depicted on the banknotes of thirty-three issuing authorities, as well as on an essay prepared for Zambia. The countries and issuing authorities that have used portraits of The Queen are (in alphabetical order):Australia
Bahamas
Belize
Bermuda
British Caribbean Territories
British Honduras
Canada
Cayman Islands
Ceylon
Cyprus
East African Currency Board
East Caribbean States
Falkland Islands
Fiji
Gibraltar
Great Britain (Bank of England)
Guernsey
Hong Kong
Isle of Man
Jamaica
Jersey
Malaya and North Borneo
Malta
Mauritius
New Zealand
Rhodesia and Nyasaland
Rhodesia
Saint Helena
Scotland (Royal Bank of Scotland)
Seychelles
Solomon Islands
Southern Rhodesia
Trinidad and Tobago
Zambia (essay only)

Arguably, there is some duplication in this list, depending on how it is viewed. Should British Honduras and Belize be counted as one issuing authority? If not, then perhaps Belize should be broken into ‘Government of Belize’, ‘Monetary Authority of Belize’ and ‘Central Bank of Belize’. Similar arguments can be made for the amalgamation of British Caribbean Territories and the East Caribbean States, or for splitting Southern Rhodesia into ‘Southern Rhodesia Currency Board’ and ‘Central Africa Currency Board’. Such decisions can be made by collectors for their own reference, but this list of countries should satisfy most collectors.

In total, there have been twenty-six portraits used on the various banknotes bearing the likeness of Queen Elizabeth. This study identifies the twenty-six individual portraits that have been used and also identifies the numerous varieties of the engravings, which are based on the portraits. The varieties of portraits on the banknotes are due, in the main, to different engravers, but there are some varieties due to different photographs from a photographic session being selected by different printers or issuing authorities.

The list that follows this commentary identifies the twenty-six portraits, the photographer or artist responsible for the portrait (where possible), and the date the portrait was executed. Portraits used on the banknotes come from one of several sources. Most are official photographs that are distributed regularly by Buckingham Palace for use in the media and in public places. Some of the portraits have been especially commissioned, usually by the issuing authority, although, in the case of the two paintings adapted for use on the notes (Portraits 9 and 19), it was not the issuing authority that commissioned the paintings. In the case of the portraits used by the Bank of England, a number of the portraits have been drawn by artists without specific reference to any single portrait.

It is interesting to observe that many portraits of Her Majesty have been used some years after they were originally executed. There is often a delay in presenting a portrait on a banknote that is to be issued to the public, because of the time required to produce a note from the design stage. Therefore, it is unusual to see a portrait appear on a banknote in less than two years after the original portrait was executed.

However, some portraits are introduced onto banknotes many years after they were taken. Portrait 9, which is based on the famous painting by Pietro Annigoni, was completed in 1955 but did not appear on a banknote until 1961. The last countries to introduce this portrait to their notes were the Seychelles and Fiji, who placed the portrait on their 1968 issues. Similarly, Portrait 17 was taken at the time of Her Majesty’s Silver Jubilee in 1977 and made its first appearance on the notes of New Zealand in 1981, but it was only introduced to the notes of the Cayman Islands in 1991. Perhaps the longest delay in using a portrait belongs to Belize. Portrait 13 was taken in 1960 and first used on the New Zealand banknotes in 1967, which is in itself a reasonable delay. Belize introduced the image to its banknotes in 1980, some twenty years after the portrait was taken.

Apart from the portrait of Queen Elizabeth as a young girl on the Canadian 20-dollar notes of 1935, the earliest portrait used on the banknotes is Portrait 6, which appears on the Canadian notes issued in 1954. The portrait used for the Canadian notes was taken in 1951 when Elizabeth was yet to accede to the throne. Undoubtedly there was a touch of nationalism is the choice of the portrait, as the photographer, Yousuf Karsh, was a Canadian. Karsh was born in Turkish Armenia but found himself working in Quebec at the age of sixteen for his uncle, who was a portrait photographer. Karsh became one of the great portrait photographers of the twentieth century and took numerous photographs of The Queen, although this is his only portrait of Her Majesty to appear on a banknote.

Portrait 6 is particularly famous because the original engraving of The Queen, which appeared on the 1954 Canadian issues, showed a ‘devil’s head’ in her hair. After causing some embarrassment to the Bank of Canada, the image was re-engraved and the notes reprinted. Notes with the modified portrait appeared from 1955.

While there have been some very famous photographers to have taken The Queen’s portrait, Dorothy Wilding is the photographer to have taken most portraits for use on world banknotes. Wilding had been a court photographer for King George VI and many of the images of the King that can be found on banknotes, coins and postage stamps throughout the Commonwealth were copied from her photographs. On the accession of Queen Elizabeth, Wilding was granted the same duty by the new monarch. Shortly after Elizabeth became Queen many photographs of the new monarch were taken by Wilding. These photographs were required for images that could be used on coins, stamps, banknotes and for official portraits that could be hung in offices and public places.

In her autobiography, In Pursuit of Perfection, Wilding says of the images she created:
‘Of all the stamps of Queen Elizabeth II reproduced from my photographs, I think the two most outstanding are the one-cent North Borneo, and our own little everyday 2½d. It is interesting to see that the Group of Fiji Islanders have chosen to use for some of their stamps the head taken from the full length portrait of Annigoni … and for the others, one of my standard portraits which have been commonly used throughout the Colonial stamp issue of the present reign.’
From her description of the postage stamps, it is possible that Wilding was unaware her images were also being used on banknotes. The image on the North Borneo stamp, preferred by Wilding, is very similar to Portrait 3 but taken at a slightly different angle. The image on the English 2½d stamp is similarly akin to Portrait 4.

Anthony Buckley was another prolific photographer of The Queen, and his work is well represented in the engravings of Her Majesty on the banknotes. An English photographer, most of Buckley’s portraits were taken in the 1960s and 1970s. His work has also been adapted for use on numerous postage stamps throughout the world.

One of the interesting aspects to the portraits of Queen Elizabeth, which appear on world banknotes, is the style of portrait chosen by each issuing authority. How does each issuing authority wish to portray The Queen? Some of the portraits are formal, showing The Queen as a regal person, and some show her in relatively informal dress. While most issuing authorities have chosen to show The Queen in formal attire, the Bank of Canada has always shown The Queen without any formal regalia and always without a tiara. It has been suggested that this may be due to a desire to appease the French elements of Canada.

Australia originally opted to show Her Majesty in formal attire. Portrait 5 shows a profile of The Queen wearing the State Diadem and Portrait 12 shows Her Majesty in the Regalia of the Order of the Garter. When preparations were being made to commission a portrait for the introduction of decimal currency into Australia, the Chairman of the Currency Note Design Group advised that, for the illustration of The Queen (Portrait 12), the ‘General effect [is] to be regal, rather than « domestic » …’ However, the most recent portrait used on Australian banknotes (Portrait 21) shows The Queen in informal attire, perhaps even displaying a touch of ‘domesticity’. This is possibly a reflection of changing attitudes to the monarchy in Australia.

While Canada and Australia may opt to use informal images of The Queen, most issuing authorities continue to depict Her Majesty regally. In many portraits she is depicted wearing the Regalia of the Order of the Garter. In other portraits she is often dressed formally, wearing Her Royal Family Orders. In most portraits she is wearing some of her famous jewellery. In the following descriptions of the portraits, various tiaras, diadems, necklaces and jewellery worn by Her Majesty are described, although not all items have been identified.

Of interest, in the following descriptions, are the differences observed in the same portraits engraved by different security printers. In several instances the same portrait has been use by different security printers and the rendition of the portrait is noticeably variant for the notes prepared by the different companies. Portrait 4 gives a good example of the different renditions of the Dorothy Wilding portrait by Bradbury Wilkinson, Thomas De La Rue, Waterlow and Sons, and Harrisons.

Another example can be seen in Portrait 16, which is used on banknotes issued by Canada and the Solomon Islands. In the engraving used by the Solomon Islands, prepared by Thomas De La Rue, The Queen looks severe, but on the Canadian notes prepared by the British American Bank Note Company and by the Canadian Bank Note Company there is a suggestion of a smile. The Canadian notes achieve the difference by including a subtle shaded area on Her Majesty’s left cheek, just to the right of her mouth.

While there have been thirty-three issuing authorities to have prepared banknotes bearing The Queen’s portrait (excluding the Zambian essay), Fiji has used the most number of portraits, being six in total. Three issuing authorities have used five portraits: the Bank of England, Bermuda, and Canada.

The following list of portraits is ordered by the date on which the banknotes, on which the portraits appear, were first released into circulation, rather than the date on which the portraits were executed. Where the portrait was used by more than one issuing authority, the list of issuing authorities is ordered by the date on which the authority first used the portrait. Next to each issuing authority are the reference numbers from the Standard Catalog of World Paper Money (SCWPM, Volume 2, Ninth Edition and Volume 3, Eighth Edition) that indicate those notes of the issuing authority which bear the portrait.

Voir de plus:

Queen Elizabeth II has, of course, been pictured on British currency for much of her reign, but she has also appeared on the money of various British Commonwealth states and Crown dependencies. With such a long reign and so many nations issuing money with her image on it over the years, there are enough banknote portraits to construct a sort of aging timeline for the Queen. The age given below for each portrait is her age when the picture was made, which is not always the same as the year the banknote was issued (more information can be found at this interesting site maintained by international banknote expert Peter Symes). Here is Elizabeth through the years, on money.

1. Canada, 20 dollars, age 8

Navonanumis

She was just a princess then. Her picture appeared on Canadian banknotes long before anything issued by the Bank of England.

2. Canada, 1 dollar, age 25

Lithograving

From a portrait taken by a Canadian photographer the year before she ascended the throne.

3.  Jamaica, 1 pound, age 26

Numismondo

Newly queen.

4. Mauritius, 5 rupees, age 29

CollectionPpyowb

From a painting commissioned in the 1950s by the Worshipful Company of Fishmongers, for Fishmongers’ Hall in London.

5. Cayman Islands, 100 dollars, age 34

Downies

Here she’s wearing the Russian style Kokoshnik tiara.

6. Australia, 1 dollar, age 38

Leftover Currency

Not long after this portrait was taken, she would meet the Beatles.

7. St. Helena, 5 pounds, age 40

MeBankNotes

Perfecting the art of looking casual while wearing bling.

8. Isle of Man, 50 pounds, age 51

Leftover Currency

More bling for this portrait from her Silver Jubilee.

9. Jersey, 1 pound, age 52

Leftover Currency

Wisdom, experience, soulful eyes.

10. Australia 5 dollars, age 58

Currency Guide

The confidence to go casual.

11. New Zealand, 20 dollars, age 60

1kpmr.com

Not the most flattering one. The green tint doesn’t help.

12. Gibraltar, 50 pounds, age 66

Leftover Currency

Silver hair and shiny diamonds. From a photograph taken at Buckingham Palace.

13. Fiji, 5 dollars, age 73

BanknoteWorld

More silver hair, more shiny diamonds, and not so much smoothing of the wrinkles.

14. Jersey, 100 pounds, age 78

Downies

Face lined, eyes sparkly. She is looking right at you, and she looks good.

15. Canada, 20 dollars, age 85

GDC.net

Back to Canada, where it all began, and where they like their Queen a bit laid back.


Affaire Theranos: Une montée et une chute qui est loin d’être une licorne (The rise and fall of Theranos illustrates Silicon Valley’s perverse incentives for both investors and consumers)

12 juin, 2016

damelicorne

holmesQuand Elizabeth Holmes était dans les petits papiers de Forbes et Fortune. - DR

La licorne voudra-t-elle te servir, ou demeurera-t-elle à ta crèche? Job 39: 9
Le lion et la licorne se disputaient la couronne Le lion battit la licorne
tout autour de la ville. Lewis Carroll
J’ai des sabots d’ivoire, des dents d’acier, la tête couleur de pourpre, le corps couleur de neige, et la corne de mon front porte les bariolures de l’arc en ciel. Je voyage de la Chaldée au désert tartare, sur les bords du Gange et dans la Mésopotamie. Je dépasse les autruches. Je cours si vite que je traîne le vent. Je frotte mon dos contre les palmiers. Je me roule dans les bambous. D’un bond, je saute les fleuves. Des colombes volent au-dessus de moi. Une vierge seule peut me brider.  Gustave Flaubert (La Tentation de saint Antoine)
On a cru très tard à l’existence de la licorne, alors même que la médecine ou les sciences naturelles avaient fait des grands progrès. Il y a, aujourd’hui encore, des pharmacies qui s’appellent « A la licorne » en référence aux vertus médicinales que l’on prêtait à la poudre de corne de licorne. (…) Elle endosse plusieurs symboles liés à la pureté, la naïveté, tout ce qui disparaît, s’évanouit quand on le cherche sans en être digne. (…) La licorne, c’est l’animal qu’on découvre quand on s’y attend le moins. Michel Pastoureau
Le parc lexico-zoologique des licornes continue de se peupler. Boston Globe
J’aime beaucoup ce nouvel emploi métaphorique de la licorne en tant que modificateur car il contient un élément de surprise, qui rappelle que la chose dont nous sommes en train de parler, un job, un partenaire, etc., n’est pas seulement rare mais n’existe peut-être pas du tout. L’expression “job de rêve” veut théoriquement dire la même chose mais je pense que la notion de rêve est devenue trop commune. Anne Curzan (université du Michigan)
Les images fondées sur les objets qui sont à la fois familiers et exotiques (comme les animaux africains, ou imaginaires) marchent grâce à leur cocasserie. Nous parlons de la politique de l’autruche, […] de zèbres, de dinosaures pour quelque chose d’obsolète, etc. Tout ce qui se niche avec force dans l’esprit des enfants est matière à créer des métaphores dans lesquelles on retrouve la qualité de l’objet. Orin Hargraves
La licorne, parfois nommée unicorne, est une créature légendaire à corne unique. Connue en Occident depuis l’Antiquité grecque par des récits de voyageurs en Perse et en Inde, sous le nom de monocéros, elle est peut-être en partie issue du chamanisme oriental à l’origine du Qilin (ou licorne chinoise) et du récit sanskrit d’Ekasringa. La licorne occidentale se différencie toutefois nettement de sa consœur asiatique par son apparence, son symbolisme et son histoire. Sous l’influence du premier des bestiaires, le Physiologos, les bestiaires médiévaux occidentaux et leurs miniatures la décrivent comme un animal sylvestre très féroce, symbole de pureté et de grâce, attiré par l’odeur de la virginité. Les chasseurs utiliseraient une jeune fille vierge pour la capturer. Sa forme se fixe entre le cheval et la chèvre blanche. La licorne se voit dotée d’un corps équin, d’une barbiche de bouc, de sabots fendus et surtout d’une longue corne au milieu du front, droite, spiralée et pointue, qui constitue sa principale caractéristique comme dans la série de tapisseries La Dame à la licorne. Elle devient l’animal imaginaire le plus important du Moyen Âge à la Renaissance. La croyance en son existence est omniprésente grâce au commerce de sa corne et à sa présence dans certaines traductions de la Bible. Des objets présentés comme d’authentiques « cornes de licorne » s’échangent à prix d’or, crédités du pouvoir de purifier les liquides des poisons et de guérir la plupart des maladies. Peu à peu, on découvre qu’il s’agit en réalité de dents de narval, un mammifère marin arctique. Il est admis que les multiples descriptions de licornes dans les récits de voyages correspondent aux déformations d’animaux réels, comme le rhinocéros et l’antilope. La croyance en l’existence de la licorne reste toutefois discutée jusqu’au milieu du XIXe siècle et de tous temps, cette bête légendaire intéresse des théologiens, médecins, naturalistes, poètes, gens de lettres, ésotéristes, alchimistes, psychologues, historiens et symbolistes. Son aspect symbolique, très riche, l’associe à la dualité de l’être humain, la recherche spirituelle, l’expérience du divin, la femme vierge, l’amour et la protection. Carl Gustav Jung lui consacre une quarantaine de pages dans Psychologie et alchimie. (…) La licorne figure depuis la fin du XIXe siècle parmi les créatures typiques des récits de fantasy et de féerie, grâce à des œuvres comme De l’autre côté du miroir de Lewis Carroll, La Dernière Licorne de Peter S. Beagle, Legend de Ridley Scott, ou encore Unico d’Osamu Tezuka. Son imagerie moderne s’éloigne de l’héritage médiéval, pour devenir celle d’un grand cheval blanc « magique » avec une corne unique au milieu du front. Son association récente à des univers fictifs tels que, entre autres, My Little Pony, lui donne une image plus mièvre, au point qu’elle est parodiée à travers le culte de la Licorne rose invisible, la web série Charlie la licorne ou encore le jeu Robot Unicorn Attack (…) Les observations mal comprises d’animaux réels expliquent en grande partie les multiples descriptions de la licorne occidentale, mais l’histoire de cette créature se révèle bien plus longue et complexe, notamment en raison de sa symbolique. Création du haut Moyen Âge, la licorne est une chimère. Elle ne provient pas d’une mythologie puisqu’elle ne présente aucun lien avec la création du mondeNote 1, les gestes héroïques ou la fondation d’une ville. Elle naît d’un mélange entre traditions orales et écrites, récits de voyageNote 2 et descriptions des naturalistes. Son origine est à rechercher dans les premiers bestiaires inspirés du Physiologos et les textes gréco-romains, eux-mêmes issus d’observation d’animaux exotiques: d’après Odell Shepard, la licorne occidentale est issue du mélange entre le récit de sa capture par une vierge dans le Physiologos, et la description de Ctésias qui en a fait un animal féroce ne pouvant être chassé par des techniques conventionnelles (…) Le narval joue, malgré lui, un rôle central dans la pérennité de la licorne occidentale. La grande dent unique de ce mammifère marin se vend comme corne de licorne de la fin du Moyen Âge à la Renaissance, en particulier au XVIe siècle. La première mention d’un narval cornu figure dans l’Atlas Minor, ouvrage savant de 160730. Une autre description détaillée paraît en 1645 grâce à Thomas Bartholin, mais sans faire de lien entre « licorne de mer » et licorne terrestre. (…) L’introduction de la licorne dans certaines traductions bibliques est l’une des causes de son inclusion à la mythologie chrétienne, entraînant son symbolisme médiéval. Dans les livres de la Bible hébraïque, le mot hébreu re’em (רְאֵם), équivalent de l’arabe rim aujourd’hui traduit par « bœuf sauvage » ou « buffle », apparaît à neuf reprises avec ses cornes, comme une allégorie de la puissance divine. Par ailleurs, le livre de Daniel utilise l’image d’un bouc avec une grande corne entre les yeux dans un contexte différent : comme métaphore du royaume d’Alexandre le Grand. Au IIIe siècle av. J.-C. et IIe siècle av. J.-C., quand les juifs hellénisés d’Alexandrie traduisent les différents livres hébreux pour en faire une version grecque appelée Septante, ils utilisent pour traduire re’em le mot monoceros (μoνoκερως), qu’ils doivent connaître par Ctésias et Aristote. À partir du IIe siècle, le judaïsme rabbinique rejette la tradition hellénistique et revient à l’hébreu (le texte massorétique). Par contre, la Septante devient l’Ancien Testament du Christianisme et dans sa version latine, la Vulgate, le grec monoceros est traduit soit par unicornis, soit par rhinocerotis83. Selon Roger Caillois, les kabbalistes auraient noté les lettres de la licorne (en tant que Re’em) : resch, aleph et mem, celles de la corne étant (Queren) qoph, resch et nun. Ce passage est fréquemment cité pour justifier du caractère indomptable de la licorne (…) Jusqu’au milieu du XIXe siècle, la licorne est parfois encore considérée comme réelle. La revue de l’orient de 1845 en fait une description encyclopédique, insistant sur le fait qu’« elle court toujours en ligne droite car la roideur de son cou et son corps ne lui permet guère de se tourner par le côté. Elle peut difficilement s’arrêter quand elle a pris son élan et renverse avec sa corne, ou coupe avec ses dents, les arbres de médiocre grosseur qui gênent son passage. On compose d’excellents remèdes avec sa corne, ses dents, son sang et son cœur, qui se vendent très cher ». En 1853, l’explorateur Francis Galton la cherche désespérément en Afrique australe, offrant de fortes récompenses pour sa capture : « Les Bushmen parlent de la licorne, elle a la forme et la taille d’une antilope, avec au milieu du front une corne unique pointée vers l’avant. Des voyageurs en Afrique tropicale en ont aussi entendu parler, et croient en son existence. Il y a bien de la place pour des espèces encore ignorées ou mal connues dans la large ceinture de terra incognita au centre du continent ». Le Glossaire archéologique du Moyen Âge, de Victor Gay, en 1883, est le dernier ouvrage à la mentionner comme réelle. Elle se retrouve sur de nombreux filigranes de la fin du XIXe siècle à la première moitié du XXe siècle. Ils possèdent des interprétations symboliques inspirées des signes de reconnaissances de sociétés secrètes, comme les cathares, les alchimistes, les sociétés antichrétiennes, maçonniques ou rosicruciennes. Wikipedia
Le terme romance l’histoire les entreprises technologiques: il les fait passer de quelque chose de lointain et de compliqué à quelque chose de magique et même sympathique, tout en étant rare et puissant. J’aurais certainement de meilleurs sentiments  envers des startups technologiques megariches si je pouvais les imaginer semblables à des licornes. Robin Lakoff (Berkeley)
Lee’s article isn’t the only reason the term has become so popular. Over the past decade, two major changes in the tech industry have created the need for a term that could quickly describe private billion-dollar tech companies. The first is is that these days, there’s no real math to startup valuations — the numbers are based mostly on a company’s potential, and they are essentially just made up. This has made it easier for companies to earn billion-dollar valuations. The other tectonic change is that venture-backed companies are staying private much longer than in the past. In 2000, the median time to an initial public offering was 3.1 years, according to the National Venture Capital Association. That number increased to 7.4 years in 2013, in part because many startups want to take advantage of the friendly valuation environment before they go public. Additionally, the emergence of private markets has made it easy for unicorn shareholders to cash out their investments without forcing their startups to go public and under the microscope of Wall Street’s unforgiving eyes. This is why companies like Dropbox ($10 billion) and Airbnb ($25.5 billion) remain private despite both being more than seven years old. Combined, these two changes have lead to there being more unicorns than ever before. Lee, who revisited her findings in July, saw the number of U.S. public and private unicorns go from 39 in 2013 to 84 in 2015, a whopping 115 percent increase in the span of 20 months. Though unicorns are still rare, there are now so many that they “warrant a special term that captures the mythical/aspirational quality and yet is light-hearted enough to be shared rapidly,” said Bob Goodson, co-founder of Quid. Salvador Rodriguez
Stealing critical data on customers, employees, products and business partners inflicts far more actual and potential damage than any physical theft ever could. Chris Beck (Clements Worldwide)
In the university city of Tartu in Estonia, Rove Digital established its offices and, from the outside,  it looked just like any other legitimate Internet service provider (ISP), with an official website and at one point it posted more than $5 million in revenue and had more than 50 employees. Rove Digital was however a sophisticated cybercrime operation run by  Vladimir Tsastsin which infected more than four million PCs in over 100 countries using malware known as DNSChanger with the U.S. government claiming this one operation alone earned the criminals $14 million before an FBI-led sting saw Tsastsin and his colleagues arrested. In July 2015 Tsastsin pled guilty to wire fraud and computer intrusion charges and faces a maximum 25 years in jail. (…) While most of the world’s unicorns are located in Silicon Valley, the majority of cybercrime gangs operate out of the former Soviet states, including Russia, Ukraine, and Estonia. However they are not limited to these locations with significant operations being run out of other European countries like Romania and Moldova while more recent cyrbercrime hotspots include Vietnam and Brazil. Hypponen says that one region of the globe has yet to establish itself as having a significant cybercrime presence, but he worries that in the coming years, Africa could product the next cybercrime unicorn. « I am worried about whether we will see more cybercrime coming out of Africa, hitting the rest of the world, » Hypponen says — and other experts agree. The reason for his concern is the exponential growth in connectivity which the continent is expected to experience in the coming years. At the moment the outbound bandwidth of the entire continent, which has a population of 1.1 billion, is the same as that of Finland, which has a population of 5 million. With companies like Facebook and Google are aggressively investigating ways to quickly connect the continent, this could mean that just like the rest of the world, Africa could soon be home to major cybercrime operations. David Gilbert
Une licorne (en anglais : unicorn) est une startup, principalement de la Silicon Valley, valorisée à plus d’un milliard de dollars. Cette expression a été inventé par Aileen Lee en 20132. Aileen Lee est une spécialiste américaine du capital-risque qui réalise en 2013 une étude, démontrant que moins de 0,1% des entreprises dans lesquelles investissaient les fonds de capital-risque atteignaient des valorisations supérieures à 1 milliard de dollars. Afin de réserver la meilleure publicité à son analyse, elle cherche un terme vendeur pour qualifier ces investissements rares. Elle trouve alors le mot « licorne » parfait car il renvoie à quelque chose de rare, relié au rêve et à l’heroic fantasy, une culture compatible avec celle des geeks. Par exemple, Airbnb, Dropbox, Xiaomi, Snapchat, SpaceX, Uber, Pinterest, Alumni Galaxy ou encore BlaBlaCar, sont des licornes. En août 2015, le magazine Fortune listait près de 140 licornes. Cette terminologie fait écho au GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) qui sont les quatre grandes firmes américaines qui dominent le marché mondial du numérique. Wikipedia
Les licornes, aux Etats-Unis, ont une caractéristique commune. Elles contribueraient à faire gonfler une nouvelle bulle. Qui n’est pas une bulle boursière, comme dans les années 2000, mais le fait des investisseurs privés qui misent des sommes colossales sur ces entreprises, leur faisant atteindre des niveaux de valorisation sans commune mesure avec les profits qu’elles génèrent. Les Uber, Twitter, Snapchat, Airbnb, Pinterest et consorts brûlent aussi énormément de cash, comme leurs ancêtres de la bulle internet.  (…) Tout d’abord parce que les investisseurs ont beaucoup de liquidités à placer. Ils savent qu’une valorisation élevée facilite le recrutement des meilleurs, tout comme elle assoit une réputation. Ils peuvent ainsi profiter d’un cercle vertueux.  Ensuite, (…) les licornes font saliver les fonds d’investissement avec des indicateurs financiers non conventionnels, qui mettent leur business en valeur, ce qu’elles ne peuvent pas faire quand elles s’introduisent en Bourse. De leur côté, les investisseurs, notamment ceux qui placent d’habitude plutôt leur argent en Bourse, comme les fonds de pension, les fonds souverains et les fonds spéculatifs, mettent en place des mécanismes leur garantissant un maximum de protection en cas de baisse de la valorisation lors de tours de table ultérieurs ou de vente. Ce qui alimente la bulle, et ainsi de suite. Si cette bulle-là explose, ce ne sera pas en raison d’une revente massive de titres, mais d’introductions en Bourse ou de rachats à une valorisation corrigée. Toutes n’y survivront pas. Raphaële Karayan
La valeur de marché peut traduire la sagesse des foules – la meilleure estimation possible étant donnée les informations disponibles, agrégeant de nombreux jugements individuels; mais elle peut être aussi sujette à des emballements, des erreurs collectives. Si la valeur d’une chose est ce que les autres sont prêts à payer pour l’avoir, on peut se retrouver dans un mécanisme dans lequel A achète parce que B achète, B achète parce qu’il sait que C est prêt à acheter, et C achète parce qu’il a vu A acheter. Ce mécanisme peut causer la valeur de marché d’un actif, en l’absence d’autres informations, à atteindre des niveaux énormes. Mais la valeur fondamentale ne disparaît pas pour autant. On finit par se rendre compte que les revenus ne sont pas au rendez-vous, ou ne justifient pas la valorisation. Et brusquement, le prix de l’actif s’effondre. Ceux qui le détenaient, s’ils s’étaient endettés en se croyant riches, se retrouvent dans l’obligation de le revendre à toute vitesse. La valeur de marché, après avoir été surévaluée, devient brusquement très sous-évaluée. Lorsque la panique se termine, le prix atteint la valeur fondamentale. Les fluctuations boursières ne sont rien d’autre que ces passages brutaux de la valeur de marché à la valeur fondamentale. Theranos, l’entreprise créée par Elizabeth Holmes, avait pour vocation de révolutionner les examens sanguins, en remplaçant la prise de sang (une expérience déplaisante, comme chacun sait) par un simple prélèvement d’une petite quantité de sang au bout du doigt. L’idée était non seulement de remplacer tous les tests existant (les analyses médicales sont un secteur peu concurrentiel, à fortes marges) et d’aller encore plus loin: grâce aux nouvelles technologies, de révolutionner le diagnostic médical, remplacé par des analyses de sang. Sur la base de cette idée, l’entreprise a levé des fonds, en abusant du mécanisme des start-ups pour gonfler leur valeur apparente. Rappelons le mécanisme: supposons que 1000 investisseurs soient prêts à mettre un million dans l’entreprise. Il suffit de ne mettre sur le marché que 10% du capital, et ces 10% seront payés en tout un milliard; on pourra dire alors que la valeur de l’entreprise est de 10 milliards – et que la fortune du fondateur s’élève à 9 milliards, puisqu’il détient les 90% du capital restant. Theranos a largement usé de ce mécanisme, en particulier, en ne faisant pas appel aux professionnels du capital-risque, mais en trouvant des investisseurs aux poches bien remplies et conquis par la belle histoire racontée par  la fondatrice de l’entreprise, et les articles complaisants la présentant comme la version féminine de Steve Jobs. Pour les attirer, la solution a consisté à leur vendre des actions préférentielles, qui en cas de liquidation leur permettent d’être les premiers actionnaires servis sur les actifs de l’entreprise. Ces actions préférentielles, vendues à des prix élevés, créaient la fortune virtuelle d’Elizabeth Holmes. Et puis les problèmes ont fini par arriver. Il est apparu que le plus souvent, les tests sanguins de Theranos n’utilisaient pas une technologie spéciale: ils se contentaient de diluer des petits échantillons de sang pour ensuite effectuer des tests standard, conçus pour des échantillons de sang normaux. Du coup, de nombreux tests sont faux… et l’entreprise court le risque de procès, sans compter le fait qu’elle n’a pas tenu ses promesses, et qu’elle ne gagnera jamais la fortune espérée. Forbes a donc brutalement ramené la valeur de marché de la fortune d’Elizabeth Holmes à sa valeur fondamentale: zéro, les bénéfices que l’on peut raisonnablement attendre pour Theranos. Alexandre Delaigue
Le sexe et la quête d’audience à tout prix aura eu raison du site américain d’informations à sensation Gawker. Vendredi 10 juin, il s’est placé sous la protection du chapitre 11 de la loi sur les défaillances d’entreprise, qui permet à une société de se restructurer sans mettre obligatoirement la clef sous la porte, selon un document déposé devant un tribunal de New York. Ce dépôt de bilan intervient trois mois après que le célèbre catcheur Hulk Hogan a remporté une poursuite de 140 millions de dollars américains contre l’éditeur en ligne. Dans les documents déposés, l’entreprise new-yorkaise révèle qu’elle détient une dette de 500 millions de dollars américains et que ses actifs valent jusqu’à 100 millions. La situation comptable de la société était donc déjà très déséquilibrée, mais dans la liste des créanciers du groupe figure en première ligne Terry Gene Bollea, plus connu sous le nom de Hulk Hogan. Hulk Hogan a en effet traîné Gawker devant les tribunaux après que le site a diffusé une vidéo filmée à l’insu du catcheur, dans laquelle il a une relation sexuelle avec la femme d’un ami. (…) Après ce dépôt de bilan, Gawker a annoncé avoir trouvé un accord avec le groupe de médias Ziff Davis, qui va racheter l’essentiel de ses actifs pour un prix non dévoilé, selon un communiqué. Fin mai, le milliardaire Peter Thiel, cofondateur d’eBay, avait révélé avoir financé la défense d’Hulk Hogan lors du procès. Le milliardaire avait une bonne raison d’en vouloir à Gawker : c’est ce site qui avait révélé son homosexualité en 2007. Le milliardaire se défend toutefois d’avoir voulu se venger. Atlantico
Révolution concrète dans la santé ou rêve prématuré ? Theranos, une startup américaine qui propose plus de 200 tests sanguins, de l’hépatite C au taux de glucose en passant par la tuberculose, suscite le doute des autorités de santé en ce qui concerne l’efficacité de ses tests. Au point que l’entreprise est sous le coup d’une enquête de la SEC, l’autorité boursière américaine. De la création de la startup aux derniers démêlés avec les autorités en passant par les énormes levées de fonds, chronologie d’une success story d’une dizaine d’années en train de se transformer en cauchemar pour Elizabeth Holmes, la fondatrice. 2003: C’est une histoire de self-made woman comme les Etats-Unis les aiment qui démarre cette année-là. A 19 ans, Elizabeth Holmes quitte l’université de Stanford et utilise l’argent que sa famille a mis de côté afin de payer ses études pour créer une startup technologie et santé: Theranos. C’est la contraction de therapy (traitement) et diagnosis (diagnostic). Elle est basée à Palo Alto dans la Silicon Valley. 2003-2013: Pendant dix ans, la startup embauche des scientifiques, développe des prototypes, et cela, dans le secret quasi-total. Selon Bloomberg, du fait de la compétition faisant rage dans les industries technologiques, Theranos aurait eu tort de dévoiler la teneur de ses activités. Dans cette période, la startup recrute plusieurs personnalités de renom dans son conseil d’administration, dont l’ancien patron de Wells Fargo & Company Richard Kovacevich  ou encore Henry A. Kissinger, ancien secrétaire d’Etat des Etats-Unis et prix Nobel de la paix en 1973. Novembre 2013: Theranos annonce un partenariat avec Walgreens, une chaîne de pharmacie présente sur l’ensemble du territoire américain, et sort ainsi de l’ombre. Elle commence à proposer dans la ville de Phoenix des tests sanguins à bas prix allant du cholestérol au cancer. Ceux-ci sont effectués avec un prélèvement sans aiguille. Elizabeth Holmes explique qu’avec une goutte sang, il est possible de réaliser plusieurs centaines de tests sanguins et promet des résultats au bout de quatre heures. Juin 2014: Suite à une levée de fonds de 400 millions de dollars, après un nouveau tour de table, la startup qui emploie 500 personnes est valorisée à 9 milliards de dollars. Elizabeth Holmes, actionnaire majoritaire de Theranos, se retrouve alors à la tête d’une fortune de 3,6 milliards de dollars, selon Forbes. A trente ans, elle devient la sixième patronne américaine âgée de moins de 40 ans la plus riche des Etats-Unis. 2015: Theranos propose 240 types de tests sanguins et espère à terme en proposer plus de 1000, grâce à des coûts défiant toute concurrence. Par exemple, le test pour mesurer le taux cholestérol coûte 3 dollars avec Theranos contre 50 dollars dans les laboratoires classiques. Octobre 2015: Le Wall Street Journal publie plusieurs articles à charge contre Theranos. Dans un papier publié en octobre, le quotidien écrit qu’un employé reproche à la compagnie d’avoir omis de rapporter des résultats de tests sanguins aux autorités de santé. Par ailleurs, plusieurs employés émettent des doutes quant à la fiabilité de la machine Edison, utilisée par Theranos pour analyser les tests sanguins. Pis, le quotidien avance qu’une très faible partie des tests de Theranos est effectuée avec ses propres instruments. Une majorité serait effectuée avec… des instruments classiques. Suite à ces révélations, les enquêtes des autorités de santé s’intensifient. Janvier 2016: Une branche du département de la Santé américain (CMS) dénonce à son tour des « pratiques déficientes » qui « présentent des dangers immédiats pour la santé et la sécurité des patients » dans l’un des deux laboratoires de Theranos, à Newark en Californie. Le plus gros partenaire de cette biotech, la chaîne de pharmacies Walgreens, annonce alors la suspension des services d’analyses de Theranos dans la succursale où elle les proposait jusqu’ici en Californie. Néanmoins, une quarantaine d’autres centres Theranos hébergés par Walgreens restent ouverts dans l’Etat voisin d’Arizona. 13 avril 2016: Les autorités de santé américaines (Federal health regulators) proposent dans une lettre d’exclure Elizabeth Holmes du business de tests sanguins au moins deux ans en raison des problèmes « majeurs » constatés en Californie. Selon le Wall Street Journal, qui s’appuie sur une copie de la missive qu’il a pu consulter, la startup aurait pourtant proposé des solutions. Mais elles auraient été jugées insuffisantes. La Tribune
La montée et la chute observée chez Theranos est loin d’être un cas rare. En fait, il illustre les incitations perverses rencontrées par les start-ups de la Silicon Valley lors de leur lancement. Quelque chose ne va pas avec ce modèle d’investissement dans lequel les entreprises de technologie peuvent lever des centaines de millions de dollars venant de nulle part et se retrouver du jour au lendemain comme saignées à blanc.  Les investisseurs de la Silicon Valley n’entrent en général  pas dans le jeu parce qu’ils espèrent  aider les entrepreneurs à bâtir des entreprises. Ils jouent à la roulette et espèrent gagner gros. Mais il faut du temps pour bâtir une entreprise durablement rentable et les investisseurs de la Valley veulent une croissance rapide et spectaculaire. Dans la recherche de la prochaine «licorne» – une start-up non cotée en bourse et valorisées à plus d’un milliard de dollars – les investisseurs privilégient les revenus exponentiels aux dépens des résultats durables. Comme la controverse Theranos le montre, la pression de la croissance rapide conduit les entreprises à prendre des raccourcis et à se livrer à des pratiques  douteuses – et parfois à de la fraude pure et simple. Prenez l’exemple de Zynga, l’entreprise de jeux vidéo et créatrice  de Farmville, qui lui a valu le surnom d’ «Arnaqueville» pour sa publicité présumée trompeuse. Le co-fondateur de Zynga, Mark Pincus, a déclaré «Je savais que j’avais besoin de revenus …. Comme j’ai besoin de revenus maintenant. Alors, j’ai financé l’entreprise moi-même, mais j’ai utilisé toutes les ficelles … juste pour obtenir des revenus tout de suite « . Déclaration publique par laquelle, aussi incroyable que cela puisse être, Pincus exprimait en fait le sentiment privé d’innombrables entrepreneurs face au tic-tac de l’horloge du capital risque. (…) Cela est mauvais pour les investisseurs, y compris les investisseurs de capital-risque qui se soucient peu de la croissance. (Les entreprises frauduleuses sont, au mieux, une source fiable de revenus.) Mais la quête effrénée de la croissance se fait souvent aussi au détriment des consommateurs. Et ceci parce que pour se développer rapidement, les entreprises élargissent par tous les moyens leurs bases d’utilisateurs, dans un processus appelé «piratage de croissance. » L’un des exemples les plus courants de cela implique le « spam-viting» ou le détournement de la liste de contacts d’un consommateur pour les faire saturer de SMS ou d’ e-mails, en violation flagrante de diverses lois fédérales ou d’Etats. Les entreprises utilisent les spams vocaux parce que ça marche. L’envoi de millions de SMS ou d’e-mails aux consommateurs, déguisés en appels d’amis de ces consommateurs, est une manière illégale de faire croître une entreprise rapidement. LinkedIn, par exemple, a réglé un litige de 13 millions de dollars pour sa pratique consistant à envoyer des e-mails « ajouter des connexions » à répétition à l’ensemble de la liste de contacts de messagerie d’un nouvel utilisateur. Et TextMe, un réseau social basé sur le texte, a généré sa croissance par l’envoi massif de SMS à tous les contacts d’un nouvel utilisateur, mais il a finalement gagné sa bataille juridique avec la Federal Communications Commission. La pression à la croissance-pirate engendre la pression à ne pas respecter la loi, au moins temporairement. Une pression similaire explique pourquoi, par exemple, tant de joueurs de baseball de la ligue mineure utilisaient des stéroïdes à l’époque où le dopage était à ses sommets dans le baseball. Tout le monde le faisait, et il n’y avait aucun moyen d’accéder aux majors sans tricher aussi. Maintenant, on a créé un système dans lequel les startups sont tentées de ne pas servir leurs utilisateurs, mais de les traiter avec négligence. On a presque pris l’habitude de perdre notre vie privée pour le bien de LinkedIn ou de Facebook. Mais comme les accusations contre Theranos le montrent, les entreprises de technologie médicale qui répondent aux incitations des investisseurs pourraient nous amener à perdre quelque chose de bien pire. Quartz

Attention: une licorne peut en cacher bien d’autres !

Uber, Twitter, Snapchat, Airbnb, Pinterest, Dropbox, Xiaomi, SpaceX, Alumni Galaxy, BlaBlaCar …

A l’heure où la science confirme l’existence d’animaux jusqu’ici qualifiés de légendaires ….

Et où dans une Silicon Valley littéralement noyée par l’argent facile …

Mais aussi les procès et menaces de poursuites …

Une entreprise de haute technologie médicale peut avec l’aide de médias complaisants …

Gagner ou perdre 9 milliards de dollars presque du jour au lendemain …

Comment ne pas voir …

Sans compter sur fond à l’occasion de règlements de compte personnels les méthodes souvent très limite de levée de fonds et de traitement des consommateurs …

La nouvelle bulle qui pointe …

De ces start-ups non cotées en bourse et valorisées à plus d’un milliard de dollars …

Plus connues sous le nom faussement rassurant de licornes ?

BOOM OR BUST

Theranos exposes the perverse incentives at work in Silicon Valley

Theranos, the health technology company once valued at $9 billion, is making its investors’ blood run cold.

The business founded by Elizabeth Holmes 13 years ago promised to use finger-pricking technology to make blood testing faster and more accessible. Yet while Holmes has landed covers on Forbes, Fortune, and Inc., her company has yet to produce a working product. In January, an investigation by the US Centers for Medicare and Medicaid Services found that the company’s finger stick was unreliable and included deficiencies that posed a threat to patient safety. The Center is currently scrutinizing the company for a host of failures to comply with regulations. Meanwhile, the Department of Justice has opened a criminal investigation against Theranos as well, and the Securities and Exchange Commission is investigating the accuracy of the company’s disclosures to investors as it raised $700 million. The company’s apparent practice of cutting corners undermines confidence in everything it does, from the accuracy of its devices to how it is protecting the medical records it collects.

While the rise and fall of Theranos has been dramatic, it is far from a rare case. In fact, it illustrates the perverse incentives faced by every startup in Silicon Valley. As bad as these incentives are for investors, they might be even worse for consumers.

Many people in Silicon Valley aren’t interested in drawing lessons from Theranos. Instead, they’re trying to distance themselves from the backlash. This perspective was supported by a recent op-ed in the New York Times, in which columnist Randall Stross argues that the overvaluation of Theranos had nothing to do with systemic problems in startup investment. Sophisticated venture-capital firms that invest in life sciences passed on Theranos’s pitches, he says. It was the media and trend-seeking investors who were fooled.

But this account overlooks an obvious issue. Something is wrong with an investment model in which tech companies can raise hundreds of millions of dollars out of thin air, and lose it just as quickly.

Investors in Silicon Valley are, by and large, not in the game because they hope to help entrepreneurs build businesses. They’re playing roulette, and hoping to win big. But it takes time to build a sustainably profitable business, and Valley investors want rapid, stunning growth. In the search for the next “unicorn”—a privately-held $1 billion startup—investors prioritize exponential returns over lasting results.

As the Theranos controversy shows, the pressure to grow quickly leads companies to take shortcuts and engage in sloppy practices—and sometimes outright fraud. Take Zynga, the gaming company responsible for Farmville, which has earned the moniker “Scamville” for its allegedly deceptive advertising. The co-founder of Zynga, Mark Pincus, famously said, “I knew I needed revenues…. Like I needed revenues now. So I funded the company myself but I did every horrible thing in the book … just to get revenues right away.” While Pincus, incredibly, made this statement in public, he expressed the private sentiment of countless entrepreneurs faced with the ticking of the VC clock. (Disclosure: our law firm, Edelson PC, has brought class-action lawsuits against Zynga and some of the other companies mentioned below, but not for the conduct discussed in this article.)

This is bad for investors, including venture investors who care just about growth. (Fraudulent companies are, at best, an unreliable source of revenue.) But the reckless pursuit of growth often comes at consumers’ expense as well. That’s because the way that companies grow rapidly is to expand their user bases by hook or by crook, in a process called “growth hacking.”

One of the most common examples of this involves “spam-viting,” or hijacking a consumer’s contact list to blast them with text messages or emails, knowingly in violation of various federal and state statutes. Companies spam-vite because it works. Sending millions of text messages or e-mails to consumers, dressed up as if they came from those consumers’ friends, is a viable, illegal way to grow a business quickly. LinkedIn, for example, settled a lawsuit for $13 million over its practice of repeatedly sending “add connections” emails to a new user’s entire email contact list. And TextMe, a text-based social network, generated its growth by sending a large volume of text messages to new user’s phone contacts, although it eventually won its legal battle with the Federal Communications Commission.

The pressure to growth-hack begets pressure to disregard the law, at least temporarily. A similar pressure explains why, for example, so many minor league baseball players were using steroids during the height of the doping era in baseball. Everyone was doing it, and there was just no way to get to the majors unless you cheated, too.

Now we’ve created a system in which startups are tempted not to serve their users but to treat them carelessly. We’ve almost grown accustomed to losing our privacy for the sake of LinkedIn or Facebook. But as accusations against Theranos show, medical tech companies responding to investors’ incentives could lead us to lose something far worse.

 Voir aussi:

Comment perdre 4,5 milliards de dollars
Classe éco
Alexandre Delaigue, professeur d’économie à Lille I

En 2015, le classement Forbes des milliardaires estimait la fortune Elisabeth Holmes, fondatrice de la compagnie Theranos, à 4,5 milliards de dollars. Selon un récent calcul du même magazine, cette fortune est désormais… à zéro.

Si vous voulez vous faire une idée de ce que cela signifie, perdre 4,5 milliards de dollars, c’est un dollar par an depuis l’apparition du système solaire. Mieux: cela signifie perdre environ 12 millions de dollars par jour; ou 500 000 dollars par heure; 8300 dollars par minute, ou encore, 140 dollars par seconde pendant un an. Des chiffres qui pris à la lettre, donnent le vertige. Et posent une question très importante, celle de la signification de la richesse et de la valeur.

Valeur fondamentale et valeur de marché

La fortune estimée d’Elisabeth Holmes avait une source unique: les actions qu’elle détient dans son entreprise, 50% du capital. Ce sont ces titres qui ont fait, et défait, sa fortune.

Il y a deux façons d’estimer la valeur d’un actif: la valeur fondamentale et la valeur de marché. La valeur fondamentale correspond à la valeur totale des revenus que cet actif rapportera dans le temps. Par exemple, la valeur fondamentale d’un appartement est la somme de tous les loyers (moins les coûts liés à sa détention) qu’il va rapporter (ou, si vous l’habitez, les loyers que vous économisez). La valeur fondamentale d’une action est la somme des dividendes que l’on en retirera (ou, si l’entreprise ne verse pas de dividende et garde tout, la plus value de revente). La valeur d’un champ sera celle des récoltes que l’on pourra y faire. Etc, etc.

La valeur de marché, quant à elle, est simplement le prix que l’on pourrait obtenir en revendant cet actif. Donc le prix que quelqu’un d’autre serait prêt à payer pour l’avoir.

En théorie, ces deux valeurs devraient être identiques. Qui paierait 101 euros un actif qui lui rapportera 100 euros? Et qui vendrait 99€ quelque chose qui rapporte 100? En pratique, il peut y avoir des écarts pour différentes raisons. Certains actifs peuvent par exemple avoir une valeur « sentimentale » qui s’ajoute à leur valeur fondamentale (j’achète des actions airbus non pas parce qu’elles rapportent, mais parce que les avions me font rêver).

Surtout, la valeur fondamentale d’un actif est souvent inconnue a priori. C’est le ças pour tous les actifs, c’est d’autant plus le cas pour les titres d’une nouvelle entreprise. La valeur de marché devient alors la seule valeur de référence possible.

La valeur de marché peut traduire la sagesse des foules – la meilleure estimation possible étant donnée les informations disponibles, agrégeant de nombreux jugements individuels; mais elle peut être aussi sujette à des emballements, des erreurs collectives. Si la valeur d’une chose est ce que les autres sont prêts à payer pour l’avoir, on peut se retrouver dans un mécanisme dans lequel A achète parce que B achète, B achète parce qu’il sait que C est prêt à acheter, et C achète parce qu’il a vu A acheter. Ce mécanisme peut causer la valeur de marché d’un actif, en l’absence d’autres informations, à atteindre des niveaux énormes.

Mais la valeur fondamentale ne disparaît pas pour autant. On finit par se rendre compte que les revenus ne sont pas au rendez-vous, ou ne justifient pas la valorisation. Et brusquement, le prix de l’actif s’effondre. Ceux qui le détenaient, s’ils s’étaient endettés en se croyant riches, se retrouvent dans l’obligation de le revendre à toute vitesse. La valeur de marché, après avoir été surévaluée, devient brusquement très sous-évaluée. Lorsque la panique se termine, le prix atteint la valeur fondamentale. Les fluctuations boursières ne sont rien d’autre que ces passages brutaux de la valeur de marché à la valeur fondamentale.

De cent à zéro pour sang

Theranos, l’entreprise créée par Elizabeth Holmes, avait pour vocation de révolutionner les examens sanguins, en remplaçant la prise de sang (une expérience déplaisante, comme chacun sait) par un simple prélèvement d’une petite quantité de sang au bout du doigt. L’idée était non seulement de remplacer tous les tests existant (les analyses médicales sont un secteur peu concurrentiel, à fortes marges) et d’aller encore plus loin: grâce aux nouvelles technologies, de révolutionner le diagnostic médical, remplacé par des analyses de sang.

Sur la base de cette idée, l’entreprise a levé des fonds, en abusant du mécanisme des start-ups pour gonfler leur valeur apparente. Rappelons le mécanisme: supposons que 1000 investisseurs soient prêts à mettre un million dans l’entreprise. Il suffit de ne mettre sur le marché que 10% du capital, et ces 10% seront payés en tout un milliard; on pourra dire alors que la valeur de l’entreprise est de 10 milliards – et que la fortune du fondateur s’élève à 9 milliards, puisqu’il détient les 90% du capital restant.

Theranos a largement usé de ce mécanisme, en particulier, en ne faisant pas appel aux professionnels du capital-risque, mais en trouvant des investisseurs aux poches bien remplies et conquis par la belle histoire racontée par  la fondatrice de l’entreprise, et les articles complaisants la présentant comme la version féminine de Steve Jobs. Pour les attirer, la solution a consisté à leur vendre des actions préférentielles, qui en cas de liquidation leur permettent d’être les premiers actionnaires servis sur les actifs de l’entreprise.

Ces actions préférentielles, vendues à des prix élevés, créaient la fortune virtuelle d’Elizabeth Holmes. Et puis les problèmes ont fini par arriver. Il est apparu que le plus souvent, les tests sanguins de Theranos n’utilisaient pas une technologie spéciale: ils se contentaient de diluer des petits échantillons de sang pour ensuite effectuer des tests standard, conçus pour des échantillons de sang normaux. Du coup, de nombreux tests sont faux… et l’entreprise court le risque de procès, sans compter le fait qu’elle n’a pas tenu ses promesses, et qu’elle ne gagnera jamais la fortune espérée.

Forbes a donc brutalement ramené la valeur de marché de la fortune d’Elizabeth Holmes à sa valeur fondamentale: zéro, les bénéfices que l’on peut raisonnablement attendre pour Theranos.

Qu’est-ce que la richesse?

Si vous avez 4500 euros sur votre livret de caisse d’épargne, vous savez ce que vous avez. A tout moment vous pouvez utiliser cet argent pour éteindre une dette, partir en vacances, ou autre dépense. Il s’agit d’un actif liquide.

Mais peut-on dire qu’Elizabeth Holmes, avec ses 4,5 milliards de dollars virtuels en actions Theranos, est un million de fois plus riche que vous? d’un certain point de vue, oui.

Mais dans toutes les définitions normales de ce qu’apporte la richesse, non. Si Elizabeth Holmes avait essayé de vendre plus d’actions, la valeur de celles-ci aurait fortement diminué. La  valeur papier de ses titres ne tenait qu’à plusieurs conditions – la première, ne pas les vendre. La seconde, maintenir une illusion.

Comme le rappelle Noah Smith, une fortune n’est une fortune que dans la mesure ou elle est raisonnablement liquide, et diversifiée. Sans cela, il ne s’agit que d’un nombre virtuel qui ne vaut que dans la mesure où il existe des gens qui y croient. Cela rappelle que la fortune réelle des gens très riches, dans le sens ou nous entendons tous la fortune – la possibilité de l’utiliser – n’est pas si grande que cela. Cela rappelle surtout que traiter ces très grandes fortunes virtuelles comme le patrimoine de vous et moi n’a pas grand sens – une leçon qu’on a trop souvent tendance à oublier. Elizabeth Holmes n’a jamais été riche que d’un rêve.

Voir également:

Elizabeth Holmes, la PDG qui valait 4,5 milliards de dollars… puis zéro
Jean-Philippe Louis

Les Echos

05/06/2016

Valorisée à 9 milliards de dollars en 2015, la société Theranos dirigée par la jeune femme de 32 ans ne vaudrait aujourd’hui que 800 millions de dollars. Une chute vertigineuse qui interroge sur la pertinence du modèle économique des start-up dans la Silicon Valley.

On se posait la question à l’époque. De quel groupe sanguin était composée Elizabeth Holmes pour avoir ce génie ? C’était il y a un an, lorsque le magazine Forbes, spécialiste de l’estimation de fortune en tous genres, la classait dans le top 6 des milliardaires américains de moins de 40 ans. Il se disait qu’elle était la plus jeune et la plus riche « Self-made women » des Etats-Unis.

Son parcours était idyllique. C’était une femme riche et non héritière. Sa société Theranos, jouissait d’une réputation de bienfaitrice : elle voulait faciliter, grâce à la technologie, les tests sanguins. On comptait plus de 240 types d’essais. Du cholestérol au cancer. Theranos devait révolutionner le monde du laboratoire en réalisant des tests sanguins à partir d’une simple piqûre sur le doigt.

Pour Les Echos, elle faisait même partie des trois PDG à suivre en 2015 aux côté de Dick Costolo (ancien PDG de Twitter) et Sacha Romanovitch (Grant Thornton) . Elle proposait l’Uber des test médicaux, elle était « entrepreneur prodige » . Et un an plus tard, le résultat est plutôt inattendu…

Après une nouvelle estimation du patrimoine financier de la jeune femme, Forbes surprend. Et de découvrir que ce n’est pas une période faste pour la PDG. Pire, c’est le néant. La fortune d’Elizabeth Holmes atteint désormais la somme de zéro selon le magazine.

Fiabilité des tests

Certes, les contrariétés ne sont pas rares dans le milieu de l’entreprise, y compris au sein des jeunes pousses de la Silicon Valley, mais quand même : perdre des milliards en un an, il fallait que Forbes ait une sacrée raison. Elizabeth Holmes jouissait d’une entreprise valorisée à 9 milliards de dollars et d’une bonne aura médiatique.

Jusqu’à ce que les soupçons s’accumulent autour de la compagnie, notamment via plusieurs enquêtes du Wall Street Journal. La technologie développée par Holmes semble bien trop belle, bien peu chère. La fiabilité des tests sont dès lors remis en question. Le quotidien économique américain interroge deux employés qui accusent la société d’avoir effacé des données pouvant remettre en cause la pertinence de la méthode de prélèvement. Plusieurs agences de santé mènent l’enquête. Le département américain dénonce des pratiques dangereuses pour les patients.

Notre estimation était fondée sur les 50 % des parts de Theranos qu’elle possède

Après les révélations du Wall Street Journal, Theranos supprime une phrase sur son site internet qui précisait que ses tests «ne nécessitent que quelques gouttes de sang ». Preuve d’un certain malaise.

Soupçons et dévalorisation

Face à ses nombreux soupçons, c’est au tour de la SEC, de lancer une enquête en avril dernier. L’estocade pour Holmes. Elle est accusée d’avoir fait miroiter une révolution aux investisseurs en présentant une technologie pas forcément novatrice. Il faut dire que la valorisation de Theranos a été fulgurante. Depuis son lancement en 2003, la société a réalisé huit tours de table dont la dernière – en private equity – de 348,5 millions en mars 2015.

Ce sont ces atermoiements qui expliquent la nouvelle estimation du patrimoine de la PDG. « Notre estimation de la fortune d’Elizabeth Holmes était fondée sur les 50% des parts de Theranos qu’elle possède », a indiqué Forbes pour justifier la baisse.

Le magazine a interrogé une douzaine de sociétés de capital-risque, des analystes et des experts de l’industrie des biotechs, et a conclu que la valorisation de Theranos devrait plutôt se situer autour de 800 millions de dollars , au lieu des 9 milliards annoncés lors du dernier tour de table. Ces milliards n’étant basés que sur « les meilleures hypothèses des investisseurs », dit The New York Times . Et pour Forbes, les 50% de Holmes ne valent donc rien. Car, même si elle possède bien la moitié de la compagnie, une grande partie de cette valeur ne proviendrait que d’investisseurs extérieurs. Face à l’article décrivant la chute de Holmes, Theranos se débat. La société, étant une compagnie privée, refuse « de partager des informations confidentielles avec Forbes (…) L’article du magazine ne se base donc que sur des spéculations et des articles de presse », précise-t-elle dans un communiqué. Pour autant, si l’enquête de la SEC aboutissait, la sanction irait bien au-delà de la mauvaise presse. Holmes pourrait ne plus travailler dans le secteur des biotechs.

Et les médias de s’alarmer sur la pertinence des investissements colossaux au sein de la Sillicon Valley. « La montée et la chute observée chez Theranos est loin d’être un cas rare. En fait, il illustre les incitations perverses rencontrées par les start-up de la Silicon Valley lors de leur lancement, dit le site spécialisé Quartz.

« Quelque chose ne va pas avec ce modèle d’investissement dans lequel les entreprises de technologie peuvent lever des centaines de millions de dollars venant de nulle part », et se retrouver du jour au lendemain comme saignées à blanc.

Voir encore:

Elizabeth Holmes’s fall from hero to zero highlights problems of rich lists

Holmes went from Forbes’s richest self-made woman to a net worth of zero but while some super-rich feel undervalued by rich lists others are glad to be omitted
Elizabeth Holmes beat Oprah to head Forbes’s inaugural lists of America’s richest self-made women but now faces a federal investigation into whether her company misled investors.

Suzanne McGee

The Guardian

5 June 2016

From hero to zero – literally. That’s the journey 32-year-old Elizabeth Holmes has taken in only a year, courtesy of Forbes and its annual lists of the US’s richest citizens.

Every summer the magazine offers up rankings of the rich for our perusal, sliced and diced for our voyeuristic delectation. There’s the Big List (the richest 400 Americans, in aggregate), and the wealthiest self-made Americans (winnowing out all those who inherited their loot, like Walmart’s Walton family). Then there is an array of subsidiary lists, from the richest entertainers to the most affluent women (who get their own list because there’s a gender gap among the 0.1% and the 1%, just as there is everywhere else).

In general, the same set of billionaires jostle to hold their positions from one year to the next. Rarely are we treated to the kind of fall from grace that we’ve witnessed with Holmes, founder of Theranos, a blood-testing startup that took Silicon Valley, and some sections of the financial press, by storm.

Forbes’ previous estimates pegged Holmes’s net worth at a cool $4.5bn based on her holdings in her (still privately held) business, a tech “unicorn” with a valuation headed for the stratosphere. Theranos promised to “disrupt” (the word alone guarantees a billion) the business of healthcare testing, making it faster and simpler for everyone, including patients, and cheaper for the industry.

Alas and alack. Last fall, when investors valued the company at $9bn, the Wall Street Journal disclosed that, according to insiders, Theranos was using its proprietary “pinprick” technology – the company’s key selling point and the reason for that unicorn valuation – for only a fraction of the tests it conducted.

By now, of course, Holmes has far more important things to worry about than her status (or lack of same) on the Forbes rich list. Federal prosecutors have kicked off a criminal investigation into whether Theranos misled investors about the technology and its operations. Nonetheless, Forbes has cut its estimate of Holmes’s net worth to zero. Although the company may still be worth $800m, her stake ranks junior to the equity provided by other backers, so the magazine figures that her company’s fall from grace has left her with nothing. A mighty fall, indeed, after topping last year’s debut list of America’s richest self-made women, beating out the likes of Oprah.

The rest of us, however, might want to take this as a chance to ponder the value of rich lists – and the inherent problems involved in compiling them.

That’s particularly true, given that so many billionaires actually want to fly beneath the radar, whether out of a desire to keep the details of their wealth private or out of concern for their family’s security. Some just don’t want to be taxed on it. The UK Sunday Times just released its latest rich list, including the estimated net worth of 120 British billionaires. The first to hit newsstands since the Panama Papers disclosed the myriad ways some of the world’s wealthiest dodged disclosing just how wealthy they are, those estimates only include the listed assets, not offshore trusts that papers and magazines can’t possibly track, in the absence of more such disclosures.

For Brazillionaires, an upcoming book by Bloomberg reporter Alex Cuadros (to be published next month by Spiegel & Grau) about his quest to identify all of Brazil’s billionaires while reflecting on the growth in the ranks of the ultra-rich in a country with significant inequality, Cuadros met João Marinho, one of three brothers who jointly run parts of the Globo media empire. Each of them, he estimates, is worth about as much as Rupert Murdoch ($12.7bn according to Forbes). Cuadros showed Marinho a copy of Bloomberg’s own global rich list, and asked for his opinion. “We don’t like to be on it,” Marinho told him, adding that the family doesn’t want to be known for how much money it has. “We want to be known for what we do.”

The fact remains that the rest of world doesn’t agree with him, or the other secretive types. Sure, we want to know what they do. But we believe that knowing how much they make isn’t just voyeurism. Money talks, and if we don’t know who owns that money, it gets a lot more difficult to figure out who’s setting agendas, or precisely how much firepower they have at their disposal. There’s a difference between knowing that the Koch brothers are billionaires, and being aware that they have approximately $43.9bn each at their disposal, in terms of net worth.

But if it’s important to try to figure out not just who controls our economy, but how many billions they actually are worth (whether it’s made up of stakes in public or private companies, real estate, inherited wealth held in trusts, or other assets), doing so can be tricky, as the Theranos mess shows all too clearly.

If a group of intoxicated venture capitalists choose to describe a company as somehow being “worth” $9bn, because a group of equally intoxicated investors had invested $400m, who is to say they are wrong. Nobody. We just don’t know what a private company is worth, and in the absence of any kind of test (such as an IPO), extrapolations like that are at best interesting guidelines. They’ve got no real merit unless and until another round of investors confirm that value, over and over, by continuing to purchase at that price. The wider that group of investors, too, the more robust the valuation.

Almost certainly, there are more unicorn founders on various rich lists whose net worth numbers aren’t quite what the architects of those lists present them to be. Home-sharing and ride-sharing have turned the founders of both Airbnb and Uber into billionaires by Forbes’s calculations; they made their debut on the Forbes 400 list last year.

Neither Uber nor Airbnb is publicly traded, and neither has the kind of hard assets that would have made the net worth of the typical robber baron of yesteryear easy to value: railroads, oil wells, mines, real estate. Nonetheless, Forbes now pegs the net worth of Blair Chesky of Airbnb at $3.3bn; Uber’s CEO, Travis Kalanick, Forbes says, has seen his net worth soar to $6bn, despite the company’s business difficulties and in part because of Saudi Arabia’s recent $3.5bn investment in the company, which sustained the company’s valuation at $62.5bn.

If some billionaires try to duck the scrutiny of the rich lists, it’s in the interest of others – including CEOs of unicorn companies – to see their rank and their “number” sustained or increased year over year.

A tiny handful of individuals get so caught up in this that their very identity or ego seems to be at stake. The most famous example may be the Republican presidential candidate Donald Trump, who has squabbled continually with Forbes over the latter’s refusal to value him at his own estimation. “They don’t really know my assets very well,” he retorted, miffed.

Saudi Arabia’s Prince Al-Waleed bin-Talal went even further, suing Forbes in 2013 for – wait for it – defamation. The magazine’s crime? It said the Saudi prince was worth a mere $20bn, $9.6bn less than he believed the correct number to be. (The lawsuit was settled “on mutually agreeable terms” in 2015.) Now that is rich.

Voir aussi:

Theranos : de la révolution annoncée à la désillusion
Depuis lundi, la startup américaine valorisée 9 milliards de dollars et qui propose des tests sanguins à bas prix est visée par une enquête du gendarme boursier américain. Un nouveau coup dur pour Theranos qui a nourri jusque-là beaucoup d’espoirs.
Jean-Yves Paillé
La Tribune
19/04/2016

Révolution concrète dans la santé ou rêve prématuré ? Theranos, une startup américaine qui propose plus de 200 tests sanguins, de l’hépatite C au taux de glucose en passant par la tuberculose, suscite le doute des autorités de santé en ce qui concerne l’efficacité de ses tests. Au point que l’entreprise est sous le coup d’une enquête de la SEC, l’autorité boursière américaine.

De la création de la startup aux derniers démêlés avec les autorités en passant par les énormes levées de fonds, chronologie d’une success story d’une dizaine d’années en train de se transformer en cauchemar pour Elizabeth Holmes, la fondatrice.

Self made woman
2003: C’est une histoire de self-made woman comme les Etats-Unis les aiment qui démarre cette année-là. A 19 ans, Elizabeth Holmes quitte l’université de Stanford et utilise l’argent que sa famille a mis de côté afin de payer ses études pour créer une startup technologie et santé: Theranos. C’est la contraction de therapy (traitement) et diagnosis (diagnostic). Elle est basée à Palo Alto dans la Silicon Valley,

2003-2013: Pendant dix ans, la startup embauche des scientifiques, développe des prototypes, et cela, dans le secret quasi-total. Selon Bloomberg, du fait de la compétition faisant rage dans les industries technologiques, Theranos aurait eu tort de dévoiler la teneur de ses activités. Dans cette période, la startup recrute plusieurs personnalités de renom dans son conseil d’administration, dont l’ancien patron de Wells Fargo & Company Richard Kovacevich  ou encore Henry A. Kissinger, ancien secrétaire d’Etat des Etats-Unis et prix Nobel de la paix en 1973.

Sortie de l’ombre
Novembre 2013: Theranos annonce un partenariat avec Walgreens, une chaîne de pharmacie présente sur l’ensemble du territoire américain, et sort ainsi de l’ombre. Elle commence à proposer dans la ville de Phoenix des tests sanguins à bas prix allant du cholestérol au cancer. Ceux-ci sont effectués avec un prélèvement sans aiguille. Elizabeth Holmes explique qu’avec une goutte sang, il est possible de réaliser plusieurs centaines de tests sanguins et promet des résultats au bout de quatre heures.

Juin 2014: Suite à une levée de fonds de 400 millions de dollars, après un nouveau tour de table, la startup qui emploie 500 personnes est valorisée à 9 milliards de dollars. Elizabeth Holmes, actionnaire majoritaire de Theranos, se retrouve alors à la tête d’une fortune de 3,6 milliards de dollars, selon Forbes. A trente ans, elle devient la sixième patronne américaine âgée de moins de 40 ans la plus riche des Etats-Unis.

2015: Theranos propose 240 types de tests sanguins et espère à terme en proposer plus de 1000, grâce à des coûts défiant toute concurrence. Par exemple, le test pour mesurer le taux cholestérol coûte 3 dollars avec Theranos contre 50 dollars dans les laboratoires classiques.
L’efficacité des tests sévèrement mise en doute

Octobre 2015: Le Wall Street Journal publie plusieurs articles à charge contre Theranos. Dans un papier publié en octobre, le quotidien écrit qu’un employé reproche à la compagnie d’avoir omis de rapporter des résultats de tests sanguins aux autorités de santé. Par ailleurs, plusieurs employés émettent des doutes quant à la fiabilité de la machine Edison, utilisée par Theranos pour analyser les tests sanguins. Pis, le quotidien avance qu’une très faible partie des tests de Theranos est effectuée avec ses propres instruments. Une majorité serait effectuée avec… des instruments classiques. Suite à ces révélations, les enquêtes des autorités de santé s’intensifient.
Janvier 2016: Une branche du département de la Santé américain (CMS) dénonce à son tour des « pratiques déficientes » qui « présentent des dangers immédiats pour la santé et la sécurité des patients » dans l’un des deux laboratoires de Theranos, à Newark en Californie. Le plus gros partenaire de cette biotech, la chaîne de pharmacies Walgreens, annonce alors la suspension des services d’analyses de Theranos dans la succursale où elle les proposait jusqu’ici en Californie. Néanmoins, une quarantaine d’autres centres Theranos hébergés par Walgreens restent ouverts dans l’Etat voisin d’Arizona.

Theranos acculée par les autorités
13 avril 2016: Les autorités de santé américaines (Federal health regulators) proposent dans une lettre d’exclure Elizabeth Holmes du business de tests sanguins au moins deux ans en raison des problèmes « majeurs » constatés en Californie. Selon le Wall Street Journal, qui s’appuie sur une copie de la missive qu’il a pu consulter, la startup aurait pourtant proposé des solutions. Mais elles auraient été jugées insuffisantes.

18 avril 2016: Elizabeth Holmes semble plus que jamais sur la sellette. Theranos est visée par plusieurs enquêtes. Dans un mémo envoyé lundi à ses partenaires, l’entreprise détaille être visée par des enquêtes menées par le gendarme boursier américain (SEC). La startup assure néanmoins que deux autres enquêtes, lancées par les départements de la Santé des Etats de Pennsylvanie et d’Arizona, ont été closes.

Voir de même:

KO

Mis au tapis par Hulk Hogan, le site américain Gawker dépose le bilan
Le site d’information à sensation Gawker a été condamné mi-mars à verser 140 millions de dollars de dommages et intérêts après avoir diffusé une sex-tape du catcheur Hulk Hogan.
Atlantico
11 Juin 2016

Le sexe et la quête d’audience à tout prix aura eu raison du site américain d’informations à sensation Gawker. Vendredi 10 juin, il s’est placé sous la protection du chapitre 11 de la loi sur les défaillances d’entreprise, qui permet à une société de se restructurer sans mettre obligatoirement la clef sous la porte, selon un document déposé devant un tribunal de New York.

Ce dépôt de bilan intervient trois mois après que le célèbre catcheur Hulk Hogan a remporté une poursuite de 140 millions de dollars américains contre l’éditeur en ligne.

Dans les documents déposés, l’entreprise new-yorkaise révèle qu’elle détient une dette de 500 millions de dollars américains et que ses actifs valent jusqu’à 100 millions.

La situation comptable de la société était donc déjà très déséquilibrée, mais dans la liste des créanciers du groupe figure en première ligne Terry Gene Bollea, plus connu sous le nom de Hulk Hogan.

Hulk Hogan a en effet traîné Gawker devant les tribunaux après que le site a diffusé une vidéo filmée à l’insu du catcheur, dans laquelle il a une relation sexuelle avec la femme d’un ami. Au terme du procès, Hulk Hogan a obtenu 115 millions de dollars américains en dommages-intérêts compensatoires et 25,1 millions en dommages-intérêts punitifs. Gawker avait fait appel de la décision mais avait mandaté des banquiers pour étudier tous les scénarios possibles en cas de confirmation de la décision, y compris la vente du site.

Après ce dépôt de bilan, Gawker a annoncé avoir trouvé un accord avec le groupe de médias Ziff Davis, qui va racheter l’essentiel de ses actifs pour un prix non dévoilé, selon un communiqué.

Fin mai, le milliardaire Peter Thiel, cofondateur d’eBay, avait révélé avoir financé la défense d’Hulk Hogan lors du procès. Le milliardaire avait une bonne raison d’en vouloir à Gawker : c’est ce site qui avait révélé son homosexualité en 2007. Le milliardaire se défend toutefois d’avoir voulu se venger.

Voir aussi:

Mais pourquoi certaines start-up sont appelées « licornes »?

Raphaële Karayan
L’Expansion
17/09/2015

Blablacar, le leader du covoiturage, prend du galon en levant 200 millions de dollars, à une valorisation de 1,4 milliard. Le français rejoint ainsi le club des « licornes », ces start-up qui valent plus d’un milliard. Mais ce n’est pas leur seul point commun.

Grâce à sa nouvelle levée de fonds record de 200 millions de dollars, l’entreprise française Blablacar entre désormais dans le cercle restreint des « licornes », ces start-ups des nouvelles technologies, non cotées en Bourse, dont la valorisation dépasse le milliard de dollars. Blablacar serait valorisée, selon les estimations des spécialistes, 1,6 milliard de dollars (1,4 milliard d’euros).

La première licorne française

Les licornes, malgré leur nom, n’ont rien de l’animal imaginaire, ni même de la bête rare. A vrai dire, leur nombre a rapidement augmenté ces deux dernières années, comme l’atteste le baromètre de CB Insights, qui en dénombre actuellement 134 dans le monde. En revanche, les licornes s’observent surtout aux Etats-Unis, et plus particulièrement dans la Silicon Valley, leur écosystème d’origine.

En France, Vente-privée.com aurait pu entrer dans cette catégorie. Sa valorisation, estimée à 3 milliards de dollars par la banque d’affaires GP Bullhound en 2014, lui accorderait ce label. Mais Vente-privée a depuis longtemps dépassé le stade de la start-up, et contrairement à la majorité des licornes, elle est déjà rentable. Ce qui n’est pas le cas de BlaBlaCar. Quant à Criteo, l’autre grande réussite française, elle est cotée au Nasdaq.

D’où viennent les licornes ?

L’expression licorne a été inventée par une femme, Aileen Lee. Cette spécialiste américaine du capital-risque a réalisé en 2013 une étude, démontrant que moins de 0,1% des entreprises dans lesquelles investissaient les fonds de capital-risque atteignaient des valorisations supérieures à 1 milliard de dollars. Soucieuse de réserver la meilleure publicité à son analyse, elle a cherché un terme vendeur pour qualifier ces pépites. Elle a trouvé le mot « licorne » parfait: renvoyant à quelque chose de rare, relié au rêve et à l’heroic fantasy, une culture totalement compatible avec celle des geeks.

« Le terme romance l’histoire les entreprises technologiques: il les fait passer de quelque chose de lointain et de compliqué à quelque chose de magique et même sympathique, tout en étant rare et puissant », explique Lee à l’International Business Times, qui raconte la genèse de l’expression. La suite est allée très vite: publiée par Techcrunch fin 2013, le terme a tout de suite pris.

La bulle des licornes

Les licornes, aux Etats-Unis, ont une caractéristique commune. Elles contribueraient à faire gonfler une nouvelle bulle. Qui n’est pas une bulle boursière, comme dans les années 2000, mais le fait des investisseurs privés qui misent des sommes colossales sur ces entreprises, leur faisant atteindre des niveaux de valorisation sans commune mesure avec les profits qu’elles génèrent. Les Uber, Twitter, Snapchat, Airbnb, Pinterest et consorts brûlent aussi énormément de cash, comme leurs ancêtres de la bulle internet.

Pourquoi les fonds placent-ils autant d’argent dans ces licornes ? Tout d’abord parce que les investisseurs ont beaucoup de liquidités à placer. Ils savent qu’une valorisation élevée facilite le recrutement des meilleurs, tout comme elle assoit une réputation. Ils peuvent ainsi profiter d’un cercle vertueux.

Ensuite, d’autres mécanismes, plus complexes, sont à l’oeuvre. Les licornes font saliver les fonds d’investissement avec des indicateurs financiers non conventionnels, qui mettent leur business en valeur, ce qu’elles ne peuvent pas faire quand elles s’introduisent en Bourse. De leur côté, les investisseurs, notamment ceux qui placent d’habitude plutôt leur argent en Bourse, comme les fonds de pension, les fonds souverains et les fonds spéculatifs, mettent en place des mécanismes leur garantissant un maximum de protection en cas de baisse de la valorisation lors de tours de table ultérieurs ou de vente. Ce qui alimente la bulle, et ainsi de suite.

Si cette bulle-là explose, ce ne sera pas en raison d’une revente massive de titres, mais d’introductions en Bourse ou de rachats à une valorisation corrigée. Toutes n’y survivront pas.

Voir de plus:

Cybercrime is the No. 1 concern for managers at multinational companies and a contributing factor in the slowing global economy, according to a new report. While the rise of cybercriminals has caused hundreds of millions of dollars of damage to individuals, companies and even governments in recent years, it has also led to the rise of cybercrime gangs who are earning hundreds of millions but who are operating like any legitimate startup would. Meet the cybercrime unicorns.

Unicorns are mythical creatures and in many ways so too are many of the billion-dollar tech companies given the same name, with valuations based on little more than potential and no revenue to speak of. On the flip side, cybercrime gangs are hugely profitable with small teams of dedicated experts, with no investors to answer to and no IPO to plan for.

« If you have a cybercrime organization and you are losing money, you are doing something wrong, » security researcher Mikko Hypponen, who first coined the term cybercrime unicorn, told International Business Times. According to a study by the Ponemon Institute, the average annual losses to U.S. companies from cybercrime in 2015 exceeded $15 million, a 15 percent rise over the previous year. The Clements Worldwide Risk Index for 2016 suggests that cybercrime is the number one threat feared by managers at multinational corporations and is slowing the level of investment and expansion. “Stealing critical data on customers, employees, products and business partners inflicts far more actual and potential damage than any physical theft ever could,” said Chris Beck, president of Clements Worldwide.

While the effect on legitimate businesses is worsening, the rewards for the criminals is only increasing. According to a report from the Cyber Threat Alliance, the cybercrime gang operating the pernicious ransomware called Cyptowall has amassed a fortune of over $325 million. The researchers were able to reach this figure by tracking the bitcoin wallets the gang used to store the ransoms paid by hundreds of thousands of victims across the globe.

One of the key aspects of tech unicorns like Uber and Airbnb, is that they have backing from investors sometimes worth billions of dollars. Due to limited information available about the murky and shadowy world of cybercrime, it is unclear if a similar set up exists for these criminal gangs, but Hypponen does not rule it out. The researcher says it is possible there are  « honchos in the shadows » who get these groups up-and-running, but « we know very little about these cybercrime groups » so it is impossible to say with any certainty.

What we can say for certain is that many of these gangs have setups operating just as any startup would. While they may lack the beanbags, free food and Friday afternoon ping-pong matches, their operations are run like any business in order to maximize profits.

The offices of cybercrime operations may not be as funky or fun as those of startups like Airbnb, but they are still run like any other business. Photo: Martin Bureau/Getty Images

In the university city of Tartu in Estonia, Rove Digital established its offices and, from the outside,  it looked just like any other legitimate Internet service provider (ISP), with an official website and at one point it posted more than $5 million in revenue and had more than 50 employees.

Rove Digital was however a sophisticated cybercrime operation run by  Vladimir Tsastsin which infected more than four million PCs in over 100 countries using malware known as DNSChanger with the U.S. government claiming this one operation alone earned the criminals $14 million before an FBI-led sting saw Tsastsin and his colleagues arrested. In July 2015 Tsastsin pled guilty to wire fraud and computer intrusion charges and faces a maximum 25 years in jail.

« This was a startup for all practical purposes, » Hypponen says. « except that it was in the business of cybercrime. »

Comparing cybercrime gangs to tech unicorns is of course problematic. These are not private companies which have valuations and while the likes of Snapchat, Palantir and Airbnb have to pay taxes and abide by laws and regulations, these criminal gangs operate as they want.

While most of the world’s unicorns are located in Silicon Valley, the majority of cybercrime gangs operate out of the former Soviet states, including Russia, Ukraine, and Estonia. However they are not limited to these locations with significant operations being run out of other European countries like Romania and Moldova while more recent cyrbercrime hotspots include Vietnam and Brazil.

Hypponen says that one region of the globe has yet to establish itself as having a significant cybercrime presence, but he worries that in the coming years, Africa could product the next cybercrime unicorn. « I am worried about whether we will see more cybercrime coming out of Africa, hitting the rest of the world, » Hypponen says — and other experts agree. The reason for his concern is the exponential growth in connectivity which the continent is expected to experience in the coming years.

At the moment the outbound bandwidth of the entire continent, which has a population of 1.1 billion, is the same as that of Finland, which has a population of 5 million. With companies like Facebook and Google are aggressively investigating ways to quickly connect the continent, this could mean that just like the rest of the world, Africa could soon be home to major cybercrime operations.

Voir de même:

Jennifer Lawrence to play Elizabeth Holmes in movie about Theranos
Lawrence will portray the founder of the embattled biotech firm that was once valued at $9bn before journalists demolished many of the company’s claims
Nicky Woolf in San Francisco

The Guardian
9 June 2016

Jennifer Lawrence has signed on to play Elizabeth Holmes in a movie about the embattled Silicon Valley biotech firm Theranos, which at one point was worth $9bn.

The film is set to be produced by Adam McKay, who was behind the recent film about the financial crisis The Big Short, based on the book of the same name by Michael Lewis.

Deadline Hollywood, which first reported the story, said Lawrence will play the company’s 32-year-old founder.

Theranos was once touted as a “unicorn” – the Silicon Valley moniker for startups with multibillion-dollar valuations. Its much-touted new blood testing system claimed to be able to perform tests on a “pinprick” of blood rather than a much larger amount drawn by syringe, which is the current best available method.

The efficacy of Theranos’s system was reported breathlessly by much of the Silicon Valley press until an investigation by the Wall Street Journal demolished many of their claims.

Theranos still disputes the Journal’s findings, but the company’s public trust and reputation have been significantly damaged.

Subsequent regulatory inspections of Theranos labs found evidence that issues causing “immediate jeopardy to patient health and safety”, and inspectors threatened to ban the company from operating any laboratories after it said the problems were not rectified. The company is also being investigated by federal prosecutors to find out if investors were intentionally misled.

After the exposé, Holmes experienced a fall from grace of cinematic proportions, going from the richest self-made woman on Forbes’s rich list to having a net worth of almost literally zero practically overnight.

Voir aussi:

Bill Gurley predicts ‘dead unicorns’ in startup-land this year

Erin Griffith

Fortune

March 15, 2015

A crash would affect more than just startups.Bill Gurley, the prominent investor behind Uber and Snapchat, has been sounding the tech bubble alarm for months now. He’s preached about the dangerous appetite for risk in the market, the alarmingly high burn rates and the excess of capital sloshing around in Silicon Valley.

At the South by Southwest Interactive festival in Austin, Texas, Gurley rang the alarm once again. We may not be in a tech bubble, the venture capitalist said, but we’re in a risk bubble.

“There is no fear in Silicon Valley right now,” he said. “A complete absence of fear.” He added that more people are employed by money-losing companies in Silicon Valley than ever before.

Will there be a crash? “I do think you’ll see some dead unicorns this year,” he said, using the term used to describe startups with valuations higher than $1 billion. (For more on startup unicorns and Bill Gurley, see Fortune’s February 2015 cover story, “The Age of Unicorns.”)

If the free flowing capital, which is driven by low interest rates, ever dries up, it will affect more than just money-losing startups. It will affect the San Francisco real estate market, Gurley noted. And more importantly, it will affect a number of companies whose revenue is increasingly reliant on spending by venture-backed startups.

Take Facebook, for example. A significant portion of its income now comes from venture-backed apps that are spending heavily to promote app downloads within Facebook, Gurley said. “As you get more of these dependancies, it increases the likelihood that if anything slows we’ll have [problems],” Gurley said.

Gurley said the best way to prepare for the worst is to have a back-up plan, so that if everything falls apart, the company can quickly change courses and get to profitability. “The best entrepreneurs already think that way,” he said. “The younger ones don’t.”

Nonetheless, when asked which companies Gurley wishes he had invested in, he immediately named two unicorns: Airbnb, which is rumored to be raising capital at a $20 billion valuation, and Slack, the youngest company to get to a $1 billion valuation.

Voir également:

The Age of Unicorns

Erin Griffith, Dan Primack
Fortune
January 22, 2015

The billion-dollar tech startup was supposed to be the stuff of myth. Now they seem to be … everywhere.

Stewart Butterfield had one objective when he set out to raise money for his startup last fall: a billion dollars or nothing. If he couldn’t reach a $1 billion valuation for Slack, his San Francisco business software company, he wouldn’t bother. Slack was hardly starving for cash. It was a rocket ship, with thousands of people signing up for its workplace collaboration tools each week. What Slack needed, Butterfield believed, was the cachet of the billion-dollar mark.

“Yes, it’s arbitrary because it’s a big round number,” says Butterfield, 41. “It does make a difference psychologically. One billion is better than $800 million because it’s the psychological threshold for potential customers, employees, and the press.”

Sure enough, in October—less than a year after the company released its namesake product—Slack announced the close of a $120 million round of financing. Its valuation? One billion dollars. Butterfield’s wish had come true: Slack was the tech world’s newest “unicorn.”

It wasn’t long ago that the idea of a pre-IPO tech startup with a $1 billion market value was a fantasy. Google GOOG -1.26% was never worth $1 billion as a private company. Neither was Amazon AMZN -1.34% nor any other alumnus of the original dotcom class.

Today the technology industry is crowded with billion-dollar startups. When Cowboy Ventures founder Aileen Lee coined the term unicorn as a label for such corporate creatures in a November 2013 TechCrunch blog post, just 39 of the past decade’s VC-backed U.S. software startups had topped the $1 billion valuation mark. Now, casting a wider net, Fortune counts more than 80 startups that have been valued at $1 billion or more by venture capitalists (full list here). And given that these companies are privately held, a few are sure to have escaped our detection. The rise of the unicorn has occurred rapidly and without much warning, and it’s starting to freak some people out.

“It used to be that unicorns were these mythical creatures,” says Jason Green, a venture capitalist at Emergence Capital Partners whose investments include Yammer, which sold to Microsoft MSFT -0.27% for $1.2 billion. “Now there are herds of unicorns.”

Not content to run with the pack—or “blessing,” as a group of unicorns is sometimes known—venture capitalists have begun targeting even bigger game. They’re now hunting startups with the potential to rapidly reach a $10 billion valuation—or, as Green calls them, “decacorns.” In late 2013 just one private company had crossed that threshold: Facebook FB -1.64% . Now there are at least eight, including Uber, the on-demand car service worth $41.2 billion. Its valuation is higher than the market capitalization of at least 70% of the companies in the Fortune 500.

Technology is driving the boom. Smartphones, cheap sensors, and cloud computing have enabled a raft of new Internet-connected services that are infiltrating the most tech-averse industries—Uber is roiling the taxi industry; Airbnb is disrupting hotels. Investors see massive opportunity in the upheaval.

Then there are the broader financial trends. A nearly six-year-old raging bull market in public stocks has produced a tailwind for private company valuations and convinced the latest crop of tech entrepreneurs that there will be plenty of time to cash in when they feel like it. Record-low interest rates also have caused some big institutional investors to search for returns in the high-risk, high-reward world of venture capital. Add to that a lack of regulation: After the passage of the JOBS Act in 2012, which aimed to make it easier for small businesses to raise capital, startups could take on many more investors before the Securities and Exchange Commission effectively forced them to go public.

Finally, there is the intangible element of perception. In the startup world, a valuation of $1 billion says that you’re no longer a fly-by-night startup with plans to quickly sell out to Google.

“It absolutely gives us credibility and the ability to hire some very important people,” says Apoorva Mehta, the 28-year-old CEO of on-demand grocery delivery service Instacart, which has been in business for only two years but reportedly is valued at $2 billion. “And it tells the world that we’re looking to build a long-lasting worldwide brand instead of looking to get acquired.”

Venture capitalists justify these soaring valuations by looking backward. After the dotcom crash, a wave of prudence swept over the Valley. Investors kept valuations low and tried not to overcapitalize their companies. That strategy lasted until Hurricane Facebook came along. All of the cautious types who passed on investing in the social network early, because it was too expensive at $250 million or $500 million, were left scarred and paranoid when it went public in May 2012 with a market cap of $104 billion. If a startup is going to be worth billions of dollars in a few years, why quibble over a few million on the entry price?

As a result, the median valuation of a Series A round of funding soared 135% between 2012 and 2014, according to the law firm Cooley LLP. This has created an echo effect, with new gains setting the bar higher for each subsequent round of funding. So venture capitalists have recruited unlikely new partners in the form of traditional money managers such as Fidelity Investments (which led the latest deal for Uber) and Wellington Management (which backed DocuSign and Moderna Therapeutics) to support unicorn-level rounds. Call it trickle-up economics.

It also doesn’t hurt that American corporations have record-breaking stockpiles of cash on their balance sheets. Facebook set tongues wagging when it paid $19 billion for instant-messaging startup WhatsApp last March, then followed it up a month later by shelling out $2 billion for virtual reality headset maker Oculus VR. In 2014, Google paid $3.2 billion for smart thermostat maker Nest, Apple AAPL -0.81% acquired headphone maker Beats for $3 billion, and Microsoft spent $2.5 billion to own the Swedish gaming startup responsible for Minecraft. Even health care VCs cashed in, selling Seragon Pharmaceuticals to Genentech for upwards of $1.7 billion.

All of this has begun to feel bubblicious, especially to those who lived through the last cycle. “If you are a CEO today and you’re age 35 or below, you did not go through 2000, which means you have not actually seen the capital markets shut off,” says venture capitalist Marc Andreessen, who nonetheless remains bullish. “People who went through 2000 are psychologically scarred and arguably have been risk-averse for the last 15 years. If you didn’t go through it you’re in danger of always believing you can raise money at a higher valuation.”

Greycroft Partners founder Alan Patricof, who has been investing in startups for more than four decades, is wary. “People are buying traffic growth and revenue growth, but it’s the ‘emperor has no clothes’ theory,” he says. “At some point all of these companies will be valued on a multiple of Ebitda. If the IPO market goes away, or for any reason there’s a blip in the outlook, people could be left holding a lot of inventory they wish they didn’t have.”

Proponents of the unicorn boom posit that this time—no, seriously!—is different. Many of the billion-dollar startups, they argue, have the actual customers and revenue that companies of the dotcom days lacked. But no one in the VC world is so sanguine as to suggest that, sooner or later, we won’t experience a market pullback.

Not surprisingly, many venture capitalists have begun preaching caution to their portfolio companies. A brief swoon in publicly traded tech stock prices last April—particularly in the enterprise sector—was seen industrywide as a warning shot that startups should control their “burn rates” and raise as much new money as possible to protect against a future funding drought. Entrepreneurs listened, at least to the second part: U.S.-based companies raised more venture capital in the fourth quarter of 2014 than they did in any other quarter over the prior 13 years, according to the National Venture Capital Association.

That explains, in part, why a company like Instacart raised $120 million in new funding earlier this month at its reported $2 billion valuation just six months after raising $44 million at a $400 million valuation. Or why social media company Pinterest raised $625 million over three rounds of funding between February 2013 and May 2014, doubling its valuation from $2.5 billion to $5 billion.

But more aggressive fundraising is no guarantee that unicorns will grow into their valuations. “Going from $0 to $50 million in revenue is a lot different from going from $50 million to several hundred million,” says Green. “A lot of folks don’t make that transition. Most don’t. Maybe half of those companies won’t fulfill their potential.” (For a look at a startup struggling to break through, read the story on Jawbone.)

Several unicorns have already experienced a pullback. Open-source software company Hortonworks HDP -4.63% was valued at $1 billion by private investors but lowered its market cap to $666 million when it went public last December. (It has since crossed back over the $1 billion mark in market value.) Box, the data storage company credited with making enterprise technology cool, was preparing to hold an IPO just days after this magazine went to press. Its initial valuation was expected to be at least 30% lower than the $2.4 billion it commanded from private investors like TPG Capital last summer.

And then there is Fab, the design-focused e-commerce site that said it would generate $250 million in revenue in 2013. It ended up bringing in around $100 million. (At one point, it burned as much as $14 million per month.) Fab shrank from 750 employees to 150, and CEO Jason Goldberg repositioned the company as a custom furniture business. Fab was widely reported to have raised some of its $336 million in funding at a $1 billion valuation, but Goldberg acknowledges to Fortune that its valuation never actually topped $875 million. He acknowledges the company isn’t worth close to that today. “If you allow yourself to believe you’re worth $1 billion after two to three years of being in business, you’re going to get yourself caught up in trouble,” Goldberg says.

Even in the best of times, of course, startup investing is high risk. As quickly as the Age of Unicorns arrived, the conditions that created it could reverse and leave entrepreneurs and investors wistful for what might have been.

“I think you’re going to see a lot of failure in 2015,” says Benchmark Capital partner Bill Gurley, who sits on Uber’s board of directors. “If you’re a public company worth $3 billion and your stock trades down to $1 billion, you can survive it because you can still issue options to hire new employees, etc.  If it happens when you’re private, though, it becomes immediately harder to hire or to get incremental investment.”

In the meantime, expect more billion-dollar startups to emerge—at least for now. “You can’t choose not to play,” Gurley says. “If you’re in the enterprise segment and your competitors are raising $150 million at high valuations and pouring it into sales, you either can do something similar or be conservative and no longer matter.” Which might explain why some VCs continue to invest even as they predict failure. There’s always the hope and belief that the value created by a few successful unicorns will offset the losses of those that fail.

Butterfield knows the easy venture money will dry up at some point. It’s one reason Slack has spent only 1% of the money it’s raised. “You’d have to be in a meteors-hitting-the-Earth scenario before Slack as a business would get into trouble,” he boasts. Staying thrifty is a smart move. The prestige of being a unicorn diminishes with each passing quarter. When it’s gone, he’ll have a whole new fantasy to chase: profitability.

Additional reporting by Daniel Roberts and Deena Shanker.

Voir encore:

If you follow tech, you know that Silicon Valley cannot stop talking about unicorns — shorthand for the growing herd of startups valued at $1 billion or more. Dow Jones counts 77 of them in the U.S. alone and 106 worldwide, including Uber ($50 billion), Palantir ($20 billion), Snapchat ($16 billion) and SpaceX ($12 billion).

Whether or not the stunning growth of this group (increasing from 34 in 2013) constitutes a bubble is open for debate. What isn’t is who ascribed the name of a mythical creature to the world’s most promising and valuable startups. All credit, or blame, goes to Aileen Lee.

Lee, a longtime tech venture capitalist and the founder of Cowboy Ventures, wanted to know how realistic it is to discover and invest in one of these companies, so she did some research in 2013 and found that 0.07 percent of venture-backed companies attained valuations of more than $1 billion (although that figure has since grown to 0.14 percent, which some say is a sign the tech industry may once again be in a bubble). Lee decided she wanted to share her findings, but not before coming up with a term that could properly describe these kinds of companies.

“I was trying to come up with a word that would make it easier to use over and over again,” Lee said in an interview. “I played with different words like ‘home run,’ ‘megahit,’ and they just all sounded kind of ‘blah.’ So I put in ‘unicorn’ because they are — these are very rare companies in the sense that there are thousands of startups in tech every year, and only a handful will wind up becoming a unicorn company. They’re really rare.”

Besides describing the rarity of these startups, « unicorn » for Lee carried a mythical and playful feeling, which she said captures the essence of many of these companies. “A lot of the entrepreneurs and founders have big dreams and are on a mission to build things that the world has never seen before,” she said. “‘Home run’ or something like that doesn’t really capture that spirit.”

That the term itself is laden with elements of fantasy and sci-fi — popular genres among techies — has no doubt helped solidify its place in Silicon Valley business-speak. « In a way, the term romanticizes techno-companies: takes them from the remote and unintelligible to the magical and even lovable, while also being rare and powerful, » said Robin Lakoff, professor of linguistics at the University of California, Berkeley. « I certainly would feel nicer toward megarich tech startups if I could think of them as unicornlike. »

After Lee settled on the right terminology, her findings were published on TechCrunch as “Welcome To The Unicorn Club: Learning From Billion-Dollar Startups” on Nov. 2, 2013, and the story immediately took off. The piece has been shared more than 19,000 times. The next day, Business Insider published a piece that referenced unicorns, and a few days later, other influences in the tech industry, like venture capitalist Hunter Walk, began making references to unicorns. “I honestly didn’t think anyone was going to read it,” Lee said. “I had no idea it was going to be of interest to anyone.”

Since then, usage of the term in the press has see a compounded annual growth rate of 775 percent, according to Quid, a business analytics startup. There have been more than 1,700 stories published featuring the words « unicorn, » « tech » and « valuation » since August 2013, Quid said. Unicorn is often applied to companies like Square ($6 billion) and Pinterest ($11 billion), and individuals like Snapchat CEO Evan Spiegel and Slack CEO Stewart Butterfield are often associated with it.

For many in tech, Lee’s article has changed their vocabulary. Manny Fernandez, CEO and co-founder of San Francisco angel investment platform Dreamfunded and a self-described “unicorn hunter,” said there isn’t a day that he doesn’t hear talk of unicorns. “We are in the era of the unicorns,” Fernandez said.

http://datawrapper.dwcdn.net/F6pC8/1/But Lee’s article isn’t the only reason the term has become so popular. Over the past decade, two major changes in the tech industry have created the need for a term that could quickly describe private billion-dollar tech companies. The first is is that these days, there’s no real math to startup valuations — the numbers are based mostly on a company’s potential, and they are essentially just made up. This has made it easier for companies to earn billion-dollar valuations.

The other tectonic change is that venture-backed companies are staying private much longer than in the past. In 2000, the median time to an initial public offering was 3.1 years, according to the National Venture Capital Association. That number increased to 7.4 years in 2013, in part because many startups want to take advantage of the friendly valuation environment before they go public. Additionally, the emergence of private markets has made it easy for unicorn shareholders to cash out their investments without forcing their startups to go public and under the microscope of Wall Street’s unforgiving eyes. This is why companies like Dropbox ($10 billion) and Airbnb ($25.5 billion) remain private despite both being more than seven years old.

Combined, these two changes have lead to there being more unicorns than ever before. Lee, who revisited her findings in July, saw the number of U.S. public and private unicorns go from 39 in 2013 to 84 in 2015, a whopping 115 percent increase in the span of 20 months. Though unicorns are still rare, there are now so many that they “warrant a special term that captures the mythical/aspirational quality and yet is light-hearted enough to be shared rapidly,” said Bob Goodson, co-founder of Quid.

So if you’re ever around San Francisco or hanging out with a techie, don’t be alarmed if you hear talk of unicorns — it’s probably a reference to a tech company, and not “My Little Pony.” As for Lee, she and Cowboy Ventures are still on the lookout for a few unicorns of their own, but for now, well, she’s just “happy that people read the piece.”

Voir de plus:

Welcome To The Unicorn Club: Learning From Billion-Dollar Startups

Aileen Lee
Techcrunch
Nov 2, 2013

Editor’s note: Aileen Lee is founder of Cowboy Ventures, a seed-stage fund that backs entrepreneurs reinventing work and personal life through software. Previously, she joined Kleiner Perkins Caufield & Byers in 1999 and was also founding CEO of digital media company RMG Networks, backed by KPCB. Follow her on Twitter @aileenlee

Many entrepreneurs, and the venture investors who back them, seek to build billion-dollar companies.

Why do investors seem to care about “billion dollar exits”? Historically, top venture funds have driven returns from their ownership in just a few companies in a given fund of many companies. Plus, traditional venture funds have grown in size, requiring larger “exits” to deliver acceptable returns. For example – to return just the initial capital of a $400 million venture fund, that might mean needing to own 20 percent of two different $1 billion companies, or 20 percent of a $2 billion company when the company is acquired or goes public.

So, we wondered, as we’re a year into our new fund (which doesn’t need to back billion-dollar companies to succeed, but hey, we like to learn): how likely is it for a startup to achieve a billion-dollar valuation? Is there anything we can learn from the mega hits of the past decade, like Facebook, LinkedIn and Workday?

To answer these questions, the Cowboy Ventures team built a dataset of U.S.-based tech companies started since January 2003 and most recently valued at $1 billion by private or public markets. We call it our “Learning Project,” and it’s ongoing.

With big caveats that 1) our data is based on publicly available sources, such as CrunchBase, LinkedIn, and Wikipedia, and 2) it is based on a snapshot in time, which has definite limitations, here is a summary of what we’ve learned, with more explanation following this list*:

Learnings to date about the “Unicorn Club”:

We found 39 companies belong to what we call the “Unicorn Club” (by our definition, U.S.-based software companies started since 2003 and valued at over $1 billion by public or private market investors). That’s about .07 percent of venture-backed consumer and enterprise software startups.

  1. On average, four unicorns were born per year in the past decade, with Facebook being the breakout “super-unicorn” (worth >$100 billion). In each recent decade, 1-3 super unicorns have been born.

  1. Consumer-oriented unicorns have been more plentiful and created more value in aggregate, even excluding Facebook.

  1. But enterprise-oriented unicorns have become worth more on average, and raised much less private capital, delivering a higher return on private investment.

  1. Companies fall somewhat evenly into four major business models: consumer e-commerce, consumer audience, software-as-a-service, and enterprise software.

  1. It has taken seven-plus years on average before a “liquidity event” for companies, not including the third of our list that is still private. It’s a long journey beyond vesting periods.

  1. Inexperienced, twentysomething founders were an outlier. Companies with well-educated, thirtysomething co-founders who have history together have built the most successes

  1. The “big pivot” after starting with a different initial product is an outlier.

  1. San Francisco (not the Valley) now reigns as the home of unicorns.

  1. There is very little diversity among founders in the Unicorn Club.

Some deeper explanation and additional findings:

1) Welcome to the exclusive, 39-member Unicorn Club: the Top .07%

  • Figuring out the denominator to unicorn probability is hard. The NVCA says over 16,000 internet-related companies were funded since 2003; Mattermark says 12,291 in the past 2 years; and the CVR says 10-15,000 software companies are seeded each year. So let’s say 60,000 software and internet companies were funded in the past decade. That would mean .07 percent have become unicorns. Or, 1 in every 1,538.

  • Takeaway: it’s really hard, and highly unlikely, to build or invest in a billion dollar company. The tech news may make it seem like there’s a winner being born every minute — but the reality is, the odds are somewhere between catching a foul ball at an MLB game and being struck by lightning in one’s lifetime. Or, more than 100x harder than getting into Stanford.

  • That said, these 39 companies have shown it’s possible  – and they do offer a lot that can be learned from.

2) Facebook is the super-unicorn of the decade (by our definition, worth >$100B). Every major technology wave has given birth to one or more super-unicorns

  • Facebook is what we call a super-unicorn: it accounts for almost half of the $260 billion aggregate value of the companies on our list. (As such, we excluded them from analysis related to valuations or capital raised)

  • Prior decades have also given birth to tech super-unicorns. The 1990s gave birth to Google, currently worth nearly 3x Facebook; and Amazon, worth ~ $160 billion. The 1980’s: Cisco. The 1970s: Apple (currently the most valuable company in the world), Oracle, and Microsoft; and Intel was founded in the 1960s.

  • What do super-unicorns have in common? The 1960s marked the era of the semiconductor; the 1970s, the birth of the personal computer; the 1980s, a new networked world; the 1990s, the dawn of the modern Internet; and in the 2000s, new social networks were built.

  • Each major wave of technology innovation has given rise to one or more super-unicorns  — companies that could change your life to work at or invest in, if you’re not lucky/genius enough to be a co-founder. This leads to more questions. What is the fundamental technology change of the next decade (mobile?); and will a new super-unicorn or two be born as a result?

Only four unicorns are born per year on average. But not all years have been as fertile:

  • The 38 companies on our list outside of Facebook are worth about $3.6 billion on average. This might feel like a letdown after reading about super-unicorns, but remember, startups generally start as ideas that most people think are crazy, dumb, or not that important (remember when people ridiculed Twitter as the place to share that you were eating a ham sandwich?). Only after many years and extraordinary good fortune, a few grow into unicorns, which is extremely rare and pretty awesome.

  • Unicorn founding was not front-end-loaded in the past decade. The best year was 2007 (8 of 36); the fewest were born in 2003, 2005 and 2008 (as far as we know today; there are none yet founded in 2011 to today). From this snapshot in time, it’s not clear whether the number of unicorns per year is changing over time.

  • It would be interesting to plot the trajectory of unicorns over time  — which become more valuable and which fall off the list — and to understand the list of potential unicorns-in-waiting, currently valued at <$1 billion. Hopefully for a future post.

3) Consumer-oriented companies have created the majority of value in the past decade

Venture investing into early-stage consumer tech companies has cooled significantly in the past year. But it’s worth realizing that:

  • Three consumer companies — Facebook, Google and Amazon — have been the super-unicorns of the past two decades.

  • There are more consumer-oriented than enterprise unicorns, and they have generated more than 60 percent of the aggregate value on our list outside of Facebook.

  • Our list likely seriously underestimates the value of consumer tech. Of the 14 still-private companies on our list, 85 percent are consumer-oriented (e.g. Twitter, Pinterest, Zulily). They should see a significant step up in value if/when a liquidity event occurs, increasing the aggregate value of the consumer unicorns.

4) Enterprise-oriented unicorns have delivered more value per private dollar invested

  • One reason why enterprise ventures seem so attractive right now: the average enterprise-oriented unicorn on our list raised on average $138 million in the private markets – and they are currently worth 26x their private capital raised to date.

  • The companies that seriously improved this metric are Nicira, Splunk and Tableau, who all raised <$50 million in private markets and are worth $3.8 billion today on average.

  • Plus Workday, ServiceNow and FireEye who are currently worth >60x the private capital raised. Wow.

  • Contrary to conventional VC wisdom about enterprise companies requiring more early-stage capital, we didn’t see a difference in Series A dollars raised by enterprise versus consumer unicorns.

Consumer companies have delivered less value per private dollar invested

  • The consumer unicorns have raised $348 million on average, ~2.5x more private capital than enterprise unicorns; and they are worth about 11x the private capital raised.

  • Companies who raised lots of private money relative to their most recent valuation are Fab, Gilt Groupe, Groupon, HomeAway and Zynga.

  • It may just take more capital to build a super successful consumer tech company in a “get big fast” world; and/or, founders and investors are guilty of over-capitalizing consumer Internet companies at too-high valuations in the past decade, driving lower returns for consumer tech investors.

5) Four primary business models drive the value and network effects help

  • We categorized companies into four business models, which share fairly equally in driving value in aggregate: 1) E-commerce: the consumer pays for goods or services (11 companies); 2) Audience: free for consumers, monetization through ads or leads (11 companies); 3) SaaS: Users pay (often via a “freemium” model) for cloud-based software (7 companies); and 4) Enterprise: Companies pay for larger scale software (10 companies).

  • None of the e-commerce companies on our list hold physical inventory as a key part of their business models. Despite that, e-commerce companies raised the most private dollars on average — delivering the lowest valuations vs capital raised, and likely driving the recent cool down in e-commerce investing.

  • Only four of the 38 companies are mobile-first. Not surprising, the iPhone was only launched in 2007 and the first Android device in 2008.

  • Another characteristic almost half of the companies on our list share: network effects. Network effects in the social age can help companies scale users dramatically, seriously reducing capital requirements (YouTube and Instagram) and/or increasing valuations quickly (Facebook).

6) It’s a marathon, not a sprint: it takes 7+ years to get to a “liquidity event”

  • It took seven years on average for 24 companies on our list to go public or be acquired, excluding extreme outliers YouTube and Instagram, both of which were acquired for over $1 billion in about two years since founding.

  • 14 of the companies on our list are still private, which will increase the average time to liquidity to eight-plus years.

  • Not surprisingly, enterprise companies tend to take about a year longer to see a liquidity event than consumer companies

  • Of the nine companies that have been acquired, the average valuation was $1.3 billion; likely a valuation sweet spot for acquirers to take them off the market before they become less affordable

7) The twentysomething inexperienced founder is an outlier, not the norm

  • The companies on our list were generally not founded by inexperienced, first-time entrepreneurs. The average age on our list of founders at founding is 34. Yes, the founders of Facebook were on average 20 when it was founded; but the founders of LinkedIn, the second-most valuable company on our list, were 36 on average; and the founders of Workday, the third-most valuable, were 52 years old on average.

  • Audience-driven companies like Facebook, Twitter and Tumblr have the youngest founders, with an average age at founding of 30 (seemingly imminent unicorn Snapchat will lower this average). SaaS and e-commerce founders averaged aged 35 and 36; enterprise software founders were 38 on average at founding.

Co-founders with years of history together have driven the most successes

  • A supermajority (35) of the unicorns on our list have chosen to blaze trails with more than one founder — with three co-founders on average. The role of co-founders varies from Co-CEOs (Workday) to technical co-founders who live in a different country (Fab.com). Looking at co-founder equity stakes at liquidity might be another interesting way to look at founder status, which we have not done.

  • Ninety percent of co-founding teams comprise people who have years of history together, either from school or work; 60 percent have co-founders who worked together; and 46 percent who went to school together.

  • Teams that worked together have driven more value per company than those who went to school together.

  • Only four teams of co-founders didn’t have common work or school experience, but all had a common thread. Two were known and introduced by the investors at founding/funding; one team was friends in the local tech scene; and one team met while working on similar ideas.

  • That said, the four unicorns with sole founders (ServiceNow, FireEye, RetailMeNot, Tumblr — half enterprise, half consumer) have all had liquidity events and are worth more on average than companies with co-founders.

Most founding CEOs scale their companies for the long run. But not all founders stay for the whole journey

  • An impressive 76 percent of founding CEOs led their companies to a liquidity event, and 69 percent are still CEO of their company, many as public company CEOs. This says a lot about these founders in terms of their long-term vision, commitment and their capability to scale from almost nothing in terms of money, product, and people, to their current unicorn company status.

  • That said, 31 percent of companies did make a CEO change along the way; and those companies are worth more on average. One reason: about 40 percent of the enterprise companies made a CEO change (versus 25 percent of consumer companies). And all CEO changes prior to a liquidity event were at enterprise companies that added seasoned, “brand-name” leaders to their helms prior to being bought or going public.

  • Only half of the companies on our list show all original founders still working in the company. On average, 2 of 3 co-founders remain.

Not their first rodeo: founders have lots of startup and tech experience

  • Nearly 80 percent of unicorns had at least one co-founder who had previously founded a company of some sort. Some founders showed their entrepreneurial DNA as early as junior high. The list of prior startups co-founded spans failure and success; and from tutoring and bagel delivery companies, to PayPal and Twitter.

  • All but two companies had founders with prior experience working in tech/software; and only three of 38 did not have a technical co-founder on board (HomeAway and RetailMeNot, founded as industry rollups; and Box, founded in college).

  • The majority of founding CEOs, and 90 percent of enterprise CEOs have technical degrees from college.

An educational barbell: many “top 10 school grads” and dropouts

  • The vast majority of all co-founders went to selective universities (e.g. Cornell, Northwestern, University of Illinois).  And more than two-thirds of our list has at least one co-founder who graduated from a “top 10 school.”

  • Stanford leads the roster with an impressive one-third of the companies having at least one Stanford grad as a co-founder. Former Harvard students are co-founders in eight of 38 unicorns; Berkeley in five; and MIT grads in four of the 38 companies.

  • Conversely, eight companies had a college dropout as a co-founder. And three out of five of the most valuable companies (Facebook, Twitter and ServiceNow) on our list were or are led by college dropouts, although dropouts with tech-company experience, with the exception of Facebook.

8) The “big pivot” is also an outlier, especially for enterprise companies

  • Few companies are the result of a successful pivot. Nearly 90 percent of companies are working on their original product vision.

  • The four “pivots” after a different initial product were all in consumer companies (Groupon, Instagram, Pinterest and Fab).

9) The Bay Area, especially San Francisco, is home to the vast majority of unicorns

  • Probably not a surprise, but 27 of 39 on our list are based in the Bay Area. What might be a surprise is how much the center of gravity has moved to San Francisco from the Valley: 15 unicorns are headquartered in San Francisco; 11 are on the Peninsula; and one is in the East Bay.

  • New York City has emerged as the No. 2 city for unicorns, home to three. Seattle (2) and Austin (2) are the next most-concentrated cities for unicorns.

10) There is A LOT of opportunity to bring diversity into the founders club

  • Only two companies have female co-founders: Gilt Groupe and Fab, both consumer e-commerce. And no unicorns have female founding CEOs.

  • While there is some ethnic diversity on founding teams, the diversity of founders in the unicorn club is far from the diversity of college grads with relevant technical degrees. Feels like some important records to break.

So, what does this all mean?

For those aspiring to found, work at, or invest in future unicorns, it still means anything is possible. All these companies are technically outliers: they are the top .07 percent. As such, we don’t think this provides a unicorn-hunting investor checklist, i.e. 34-year-old male ex-PayPal-ers with Stanford degrees, one who founded a software startup in junior high, where should we sign?

That said, it surprised us how much the unicorn club has in common. In some cases, 90 percent in common, such as enterprise founder/CEOs with technical degrees; companies with 2+ co-founders who worked or went to school together; companies whose founders had prior tech startup experience; and whose founders were in their 30s or older.

It is also good to be reminded that most successful startups take a lot of time and commitment to break out. While vesting periods are usually four years, the most valuable startups will take at least eight years before a “liquidity event,” and most founders and CEOs will stay in their companies beyond such an event. Unicorns also tend to raise a lot of capital over time — way beyond the Series A. So these founding teams had the ability to share a compelling company vision over many years and rounds of fundraising, plus scale themselves and recruit teams, despite economic ups and downs.

We tip our hats to these 39 companies that have delighted millions of customers with fantastic products and generated so much value in just 10 years despite a crowded startup environment. They are the lucky/genius few of the Unicorn Club – and we look forward to learning about (and meeting) those who will break into this elite group next.

————-

*  Many thanks to the Cowboy crew who helped with this, including Noah Lichtenstein, Meg He, Lauren Kolodny, Kim Stromberg and Jennifer Gee.

** Our data is based on information in news articles, company websites, CrunchBase, LinkedIn, Wikipedia and public market data. It is also based on a snapshot in time (as of 10/31/13) and current market conditions, which are currently fairly “hot.”

*** Yes we know the term “unicorn” is not perfect – unicorns apparently don’t exist, and these companies do – but we like the term because to us, it means something extremely rare, and magical

**** By our rough definition, consumer companies = e-commerce + audience business models; enterprise companies = Software as a Service + Enterprise business models

***** Our definition of “top 10 school” is according to US News & World Report.

Voir de même:

Blablacar est une «licorne» qui vaut de l’or

Anissa Boumediene

ECONOMIE Le leader mondial du covoiturage vient de lever 200 millions de dollars et compte bien poursuivre son ascension…

Ça y est, Blablacar passe dans la cour des grands et intègre le cercle très fermé des « licornes », ces start-up non cotées en bourse et valorisées à plus d’un milliard de dollars. Ce jeudi, le leader mondial du covoiturage a annoncé une levée de fonds de 200 millions d’euros, et est désormais valorisé à 1,6 milliard de dollars (1,4 milliard d’euros). 20 Minutes s’est penché sur ce succès à la française.

Un modèle économique qui fonctionne

« C’est une entreprise qui a trouvé un modèle économique qui fonctionne bien : un modèle de développement propre au numérique, de mise en relation, qui a fait le succès d’autres start-up comme Airbnb, Uber ou encore Le Bon Coin », analyse Thierry Pénard, directeur du Master Economie des technologies de l’information et du e-business à l’Université de Rennes I et auteur de Economie du numérique et de l’internet (éd. Vuibert).

Si Blablacar fonctionne aussi bien en France qu’à l’international, c’est parce qu’elle est rapidement devenue la plateforme incontournable dans son secteur. Elle repose sur un effet de réseau. Mais aussi parce que « l’entreprise a été pensée à l’américaine : d’abord créée pour le marché intérieur, ici la France, mais déclinable à l’international. D’où l’importance de la levée de fonds pour y parvenir », poursuit-il.

Un investissement rentable

Et les investisseurs, Blablacar sait les séduire. Aujourd’hui valorisée à 1,6 milliard de dollars, l’entreprise française a réussi à lever 200 millions de dollars (177 millions d’euros) auprès d’investisseurs américains. « Une première en France », précise Laure Wagner, porte-parole et toute première employée de Blablacar. « Les licornes sont presque toutes américaines. C’est rare qu’on ait un tel succès pour une entreprise française. Il y a bien eu Criteo, qui s’adresse aux entreprises et aux annonceurs, mais Blablacar est un modèle grand public », précise Thierry Pénard.

« Les premières levées de fonds sont souvent les plus difficiles pour de jeunes entreprises, qui manquent de visibilité. Mais aujourd’hui, Blablacar n’a plus ce problème, elle bénéficie de la confiance des investisseurs, américains notamment, qui savent qu’elle représente un investissement rentable. Ils se basent sur sa croisssance, l’augmentation de ses marges et sa position de leader dans les pays où elle est implantée », décrypte l’économiste. « Après chaque levée de fonds, nous avons réussi à atteindre les objectifs que nous nous étions fixés, abonde Laure Wagner. Mais les investisseurs sont là pour nous aider et pas l’inverse ».

Poursuivre son expansion

La société française ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Avec ces 200 millions de dollars, Blablacar suit sa « roadmap », comme l’appelle sa porte-parole. « Nous allons poursuivre notre expansion à l’international, indique Laure Wagner. Après le Mexique, nous travaillons actuellement sur le Brésil ». Et le reste de l’Amérique du sud et l’Asie du sud-est devraient suivre.

Les marchés existants ne sont pas oubliés pour autant et Blablacar planche encore pour développer le marché en Turquie ou encore en Europe de l’est, où l’entreprise s’est récemment implantée. « Nous avons aujourd’hui 20 millions de membres dans 19 pays, nous avons encore de la marge. Et même dans les marchés matûres comme la France, l’Italie ou l’Allemagne, nous pouvons continuer et à trouver de nouveaux leviers, comme l’assurance supplémentaire, et démocratiser encore le covoiturage », espère la première employée recrutée par Blablacar.

Et pour mener à bien son expansion, la start-up, qui a co-lancé l’opération « Reviens Léon, on innove à la maison » pour attirer les expatriés français, recherche de nouveaux talents.

Voir aussi:

Procès UberPop : 800.000 euros d’amende pour Uber

Mounia Van de Casteele
La Tribune
09/06/2016
Le tribunal correctionnel de Paris a infligé jeudi 800.000 euros d’amende, dont la moitié avec sursis, à Uber pour le service UberPop. Voilà la société fixée sur son sort concernant le service un temps proposé sur sa plateforme et qui permettait à des particuliers d’en transporter d’autres.

Fin du suspense. Comme prévu, le tribunal correctionnel de Paris a rendu ce jeudi sa décision au sujet des dirigeants d’Uber France (Thibaud Simphal) et Europe de l’Ouest (Pierre-Dimitri Gore-Coty à l’époque des faits), notamment concernant le service de transport entre particuliers UberPop, déjà suspendu depuis un an.

Verdict : le tribunal correctionnel de Paris condamne Uber à une amende de 800.000 euros d’amende (dont la moitié avec sursis). La société risquait jusqu’à 1,5 million d’euros d’amende. La peine est donc minorée par rapport à ce qu’avait requis le parquet, le 12 février, à savoir un million d’euros d’amende contre la société Uber, désormais valorisée plus de 60 milliards de dollars, grâce à l’investissement de l’Arabie saoudite.

Mais elle l’est encore plus pour les deux dirigeants Thibaud Simphal et Pierre-Dimitri Gore-Coty. Ceux-ci ont en effet écopé de 30.000 et 20.000 euros d’amende, dont la moitié avec sursis, tandis que le parquet avait requis quelque 50.000 et 70.000 euros d’amende en plus de l’interdiction de gestion, d’administration et de direction de toute entreprise pendant 5 ans.

Plusieurs chefs de poursuite

La société et les deux dirigeants ont été déclarés coupables principalement des délits d' »organisation illégale d’un système de mise en relation de clients » avec des chauffeurs non-professionnels, complicité d’exercice illégal de la profession de taxi et pratique commerciale trompeuse.

Pour rappel, ces derniers et la société en elle-même étaient également poursuivis devant le tribunal correctionnel pour avoir avoir traité et conservé illégalement des données informatiques, concernant leurs partenaires chauffeurs dont ils ont enregistré des données à caractère personnel. A savoir, des fichiers contenant les informations relatives aux cartes d’identité et permis de conduire des chauffeurs, leurs extraits de casiers judiciaires, ou encore une base de données sur les interpellations des chauffeurs. Ces dernières infractions ne visaient pas uniquement les conducteurs UberPop, mais plus généralement les partenaires chauffeurs d’Uber.

« Violations réitérées et durables » de loi

Au terme de la lecture détaillée des motivations du jugement, la présidente a souligné que les prévenus se sont rendus coupables de « violations réitérées et durables » de loi, rappelant les troubles et incidents lors des manifestations de taxis contre UberPop. La magistrate a également souligné qu’Uber n’a suspendu UberPop qu’après le placement en garde à vue de ses dirigeants.

Les 38 parties civiles, dont plusieurs syndicats de taxis, demandaient au total 114 millions d’euros de dommages et intérêts pour le préjudice matériel et 5,2 millions pour le préjudice moral. Mais le tribunal n’a retenu que le préjudice moral, et a alloué des montants qui se chiffrent en dizaines de milliers d’euros.

Uber va faire appel « immédiatement »

Un porte-parole d’Uber a fait part de la déception de l’entreprise quant à cette décision, surtout dans un contexte où la Commission européenne semble pourtant encourager l’innovation. Et a tenu à rappeler que la décision n’avait pas d’impact sur l’activité d’Uber en France aujourd’hui. L’entreprise va d’ailleurs « faire appel immédiatement », a-t-il précisé.

Reste à savoir ce que décideront les juges au sujet de la jeune pousse française Heetch, le 22 juin. Ce jour-là, les deux dirigeants de Heetch seront jugés en correctionnelle, soupçonnés de concurrence illégale avec les taxis. Outre ses dirigeants, Heetch comparaîtra en tant que personne morale pour « organisation illicite de mise en relation« , de « complicité d’exercice illégal de l’activité d’exploitant de taxi » et de « pratique commerciale trompeuse ».

En attendant, la plateforme continue à fonctionner en France et accélère son développement en Europe. Les dirigeants estiment cependant ne pas proposer le même service qu’UberPop étant donné que les revenus des chauffeurs sont plafonnés à environ 6.000 euros par an et que la plateforme n’impose aucun prix pour les courses. Elle se contente de suggérer une somme. Ensuite le client donne ce qu’il veut. Leur ligne de défense sera-t-elle convaincante ?

Voir enfin:

Comment les licornes sont devenues la métaphore de l’extraordinaire

Les licornes ne se résument pas à une frénésie issue des méandres d’internet: l’animal mythique a aussi intégré notre langage et nos figures de style.

Les licornes sont partout, tout le temps. Il est difficile de définir précisément le moment où cet animal fantastique un peu kitsch est devenu à la mode. Qu’elle soit capillaire ou commerciale, la frénésie autour de ces chevaux à corne a progressivement imprégné le langage courant.

Pour les entreprises de la Silicon Valley valorisées à plus d’un milliard de dollars avant même d’être cotées en bourse, on parle de licornes. Pour un joueur de basket au profil atypique, on parle de licorne. Pour décrire une situation tout à fait quotidienne et banale, on dit qu’il ne s’agit pas de licorne.

«Le parc lexico-zoologique des licornes continue de se peupler», constate le Boston Globe. Le terme est devenu un qualificatif à valeur de superlatif absolu, dépouillant au passage d’autres expressions de leur force. «J’aime beaucoup ce nouvel emploi métaphorique de la licorne en tant que modificateur car il contient un élément de surprise, qui rappelle que la chose dont nous sommes en train de parler, un job, un partenaire, etc., n’est pas seulement rare mais n’existe peut-être pas du tout, relève Anne Curzan, professeure d’anglais à l’université du Michigan, auprès du Boston Globe. L’expression “job de rêve” veut théoriquement dire la même chose mais je pense que la notion de rêve est devenue trop commune.»

Les métaphores animales ne se sont toutefois jamais cantonnées aux licornes. «Les images fondées sur les objets qui sont à la fois familiers et exotiques (comme les animaux africains, ou imaginaires) marchent grâce à leur cocasserie, explique le lexicographe Orin Hargraves au Boston Globe. Nous parlons de la politique de l’autruche, […] de zébras, de dinosaures pour quelque chose d’obsolète, etc. Tout ce qui se niche avec force dans l’esprit des enfants est matière à créer des métaphores dans lesquelles on retrouve la qualité de l’objet.»

Mais pourquoi se contenter des licornes, quand il existe des centaines de créatures mythiques prêtes à servir de métaphore au prochain phénomène hors du commun?

Porzingis, une licorne lettonne au pays de l’Oncle Sam
Christophe Remise

12/02/2016

En quatre mois, Kristaps Porzingis est passé d’un joueur que l’on sifflait sans le connaître à l’un des basketteurs les plus suivis de la planète basket. Itinéraire d’un surdoué qui n’a pas fini de surprendre.

Sifflets, quolibets, railleries en tous genres… Krirstaps Porzingis n’a pas été épargné par les fans de New York, le public en général et même les médias lors de son arrivée en NBA. Trop grand, trop lourd, trop pataud : ce jeune (20 ans) international letton, débarqué aux Etats-Unis en provenance de la Liga espagnole et de Séville, où il a passé les cinq dernières années, a fait craindre à beaucoup un nouvel accident industriel chez des Knicks. Lesquels sortaient de la pire saison de leur histoire. Les supporters new-yorkais présents au Barclays Center de Brooklyn au printemps dernier, lors de la Draft 2015, ne se sont donc pas privés pour huer ce grand échalas de 2,21m au visage poupon et à l’allure gauche. Le tout alors que Phil Jackson, le président de la franchise de «Big Apple», a rapidement laissé entendre qu’il faudrait attendre plusieurs années pour que Porzingis démontre réellement l’étendue de son potentiel. Finalement, quatre mois ont suffi à l’intéressé pour mettre l’exigeante New York et tout le reste de la planète basket dans sa poche.

Durant voit en lui une… licorne
Aujourd’hui, on le compare à Dirk Nowitzki ou Anthony Davis, ceux qui l’ont sifflé lors de la Draft se prennent en photo avec lui et son maillot était arrivé en quatrième position des ventes sur le site de la boutique officielle de l’Association après les trois premiers mois de la saison. Le prochain «franchise player» des Knicks ? Peut-être… Nous n’en sommes pas encore là, et le présent se nomme toujours Carmelo Anthony. Une chose est sûre : Krirstaps Porzingis présente un profil rare, voire inédit dans l’univers du basket. Un ovni de la grosse balle orange. «Il peut shooter, il joue juste, il défend, un grand qui peut tirer même au-delà de la ligne à trois points, c’est rare. Il contre des ballons aussi. C’est une licorne dans cette Ligue», a récemment osé Kevin Durant, avant un match entre NYC et Oklahoma City. L’illustre allemand Nowitzki, lui, estime que le jeune ailier fort de «Gotham City» est peut-être en avance sur lui au même âge.

Une telle «hype» vient évidemment en partie du poids du marché new-yorkais. Mais contrairement à la folie Jeremy Lin ces dernières années, Krirstaps Porzingis semble réellement parti pour durer. L’ex-Sévillan dispose de qualités techniques étonnantes pour un joueur de sa taille, un bagage complet, en défense (7,7 rebonds, 1,9 contre) comme en attaque (13,9 pts, 34,9% à trois points, 84,8% aux lancers-francs), de l’agilité et de bonnes mains. Il est dur au mal et n’a eu aucune difficulté à s’adapter aux exigences physiques et tactiques du jeu NBA, à la différence de nombreux Européens. New York n’a pas oublié la mauvaise expérience Frédéric Weis et personne n’avait envie d’un nouveau Darko Milicic au Madison Square Garden.

Il n’y aura rien de tout cela avec le grand Letton. Ce dernier dispose d’une confiance en lui inébranlable. Et dieu sait qu’elle a été mise à rude épreuve dès la Draft… Sans doute l’un des principaux facteurs de sa réussite précoce et des espoirs qu’il suscite. Porzingis, qui a grandi auprès de deux frères anciens basketteurs professionnels et reste très proche de sa famille, sait aussi déjà se montrer drôle en anglais, simple avec les fans. Il avait déjà la culture US en général et de la NBA en particulier avant de traverser l’Atlantique.

Karl-Anthony Towns ou Kristaps Porzingis ?
Assurément une excellente surprise pour les N.Y. Knicks, qui peuvent enfin regarder l’avenir avec optimisme. En attendant, ils vont s’attacher à remonter la pente au présent, après une sale série qui les a vu dégringoler au classement et contraint le président Phil Jackson (entre autres choses) à faire sauter le fusible Derek Fisher. Krirstaps Porzingis, lui, va s’offrir une parenthèse de détente du côté de Toronto. Il fait partie du casting du Rising Stars Challenge, ce match de gala qui verra s’affronter, dans la nuit de vendredi à samedi, les meilleurs joueurs de première et deuxième année américains et les étrangers, et y sera notamment opposé au numéro 1 de la dernière Draft, l’intérieur des Minnesota Timberwolves Karl-Anthony Towns. Les deux joueurs sont les principaux prétendants au titre de Rookie de l’année. Mais il sera plus question de faire le show que de marquer des points en vue de cette distinction sur les planches de Toronto.

C’est la fin d’un mythe: l’homme a bien côtoyé la licorne
Repéré par Fatma-Pia Hotait

Slate.fr

29.03.2016

D’après de récentes découvertes, les licornes de Sibérie se sont éteintes beaucoup plus tard que ce que l’on pensait.

Licorne de Sibérie. C’est le nom attribué à l’Elasmotherium sibiricum, rhinocérotidé éteint qui était présent en Asie et en Europe. Les chercheurs de l’université de Tomsk, en Russie, ont découvert des restes du crâne «bien conservé» de l’animal à Pavlodar Itrysh, au Kazakhstan, rapporte Phys.org. Ils détaillent leurs trouvailles dans un article paru en février 2016 dans l’American Journal of Applied Science. Alors que jusqu’à maintenant, les scientifiques pensaient que l’Elasmotherium sibiricum s’était éteint il y a 350.000 ans, cette découverte laisse à penser que son extinction ne date que d’il y a 29.000 ans.

Si cette licorne a survécu de si nombreuses années malgré le refroidissement global, c’est peut-être que «l’ouest de la Sibérie était un refuge, où ce type de rhinocéros a survécu plus longtemps que ses semblables», estime Andrei Shpanski, paléontologue à l’université de Tomsk, à Phys.org. «Une autre possibilité serait que cette espèce pouvait migrer et s’installer dans des zones plus au Sud», avance l’expert.

Deux mètres de haut pour cinq tonnes
Cette nouvelle date laisse donc à penser que l’Homme a côtoyé cet animal. De quoi peut-être expliquer la légende de la licorne, même si l’Elasmotherium sibiricum est loin de l’image majestueuse que nous avons en tête. Plus proche du rhinocéros que du cheval mythologique, l’animal faisait près de «4,5 mètres de long, et était haut deux mètres». Son poids est estimé à cinq tonnes. Sa corne, «beaucoup plus longue que celle d’un rhinocéros», faisait plusieurs mètres de long, rapporte Mother Nature Network.

Cette découverte nous en dit plus sur l’animal, mais aussi sur ses conditions de vie et son extinction tardive. «Comprendre le passé nous permet de prédire les processus naturels qui auront lieu dans le futur avec plus de précision, explique Shpanski. Et ce, également dans le domaine du climat.»


Nuit debout: Le problème avec les morts mal enterrés, c’est qu’ils reviennent (Occupy the Republique: With the government’s proposed reform of the labor code, France’s far left finds itself a providential rallying cry for its anti-capitalism)

18 avril, 2016
https://i0.wp.com/www.lemondejuif.info/wp-content/uploads/2014/07/DSCN1348.jpgZwastiskaRepubliquemerci-patron«Occupons République sans l'État et sa police.» Les occupants critiquent l'usage de la force par les autorités. Chacune des trois Nuit Debout a été dispersée par les policiers.«Désobéis aux lois injustes»«L'insoumission est la solution», peut-on dire sur cette bannière de plastique étirée entre deux piliers, le 2 avril, place de la République.

JPEG - 189.4 ko

Saccage1
Parler de liberté n’a de sens qu’à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre. George Orwell
La liberté peut être menacée par les abus de la liberté comme par ceux du pouvoir. James Madison
Pour séduire les Français issus de l’immigration, le collectif table aussi sur un autre discours : la lutte contre colonialisme. Youssef Boussoumah, du PIR, intronisé porte-parole par le reste du collectif, est, avec trente ans de militantisme derrière lui, le « papa » du collectif. Le PIR est né en 2005 en réaction à la loi d’interdiction des signes religieux à l’école. « La fracture coloniale est à l’oeuvre en France. La Palestine vit aussi une injustice suprême, c’est la dernière cause coloniale. » Tous l’assurent, la question reste avant tout politique. Haoues Seniguer, chercheur au Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient, confirme en partie cette hypothèse : « Certains dans ces mouvements se mobilisent aussi au nom d’un référent commun à savoir l’islamité des Palestiniens. Mais ils savent qu’ils n’ont pas intérêt à confessionnaliser ce conflit sous peine de perdre des soutiens. » Le NPA, seule formation politique à les soutenir, se dit parfois gêné par les slogans religieux lancés lors des manifestations. Omar Al-Soumi assume pourtant que des groupes très religieux et proches du Hamas comme le Collectif du cheikh Yassine défilent à leur côté : « Cela ne nous dérange pas dans la mesure où nous soutenons toutes les résistances et la lutte armée. La diplomatie et la négociation n’ont jamais abouti. » Le Monde
Des manifestations suivies d’émeutes fleurissent partout, et nous donnent envie de renommer la ville lumière Paristan. Des commerces juifs, des synagogues, des individus juifs, sont pointés du doigt sur les réseaux sociaux et attaqués par une horde de sauvages qui ne savent même pas mettre Gaza sur une carte. Des gauchistes en mal de combats défient le gouvernement en allant manifester là où des émeutiers brûlent des drapeaux israéliens et exhibent des messages antisémites d’un autre âge, accompagnés de drapeaux du djihad et du hezbollah. Des Français « en ont marre » de cette importation du conflit, mais ne se prononcent pas, et attendent juste que ça passe en évitant certains quartiers les jours de manif. (…) Des gens prennent parti sans même se demander ce qu’ils feraient à la place d’un militaire israélien de 20 ans face à un gazaoui de 14 ans qui lui tire dessus avec une mitraillette. Ces mêmes gens prennent parti sans même se demander ce qu’ils feraient si eux et leurs enfants subissaient des bombardements quotidiens, et cerise sur le cheese cake, l’opprobre de la communauté internationale. Ces mêmes gens ne se rendent pas compte que nous aussi, israéliens, avons mal pour les civils tués quotidiennement. Et c’est pourquoi nous sommes fiers de cette armée qui prévient, qui essaye de limiter autant que possible les pertes civiles.  (…) Alors vous savez quoi ? Je crois qu’à un moment, je vais m’en foutre de ce que vous pensez. Du fait que la levée de boucliers a eu lieu quand le gouvernement français a soutenu Israël et a interdit les manifs, mais que personne ne dit rien quand l’état débloque 11 millions pour Gaza, alors que tout le monde sait très bien où va aller cet argent. (…) Nous n’allons pas nous excuser d’être en vie parce que l’état israélien fait tout pour protéger ses civils. Alors non, je ne répondrai plus aux « oui mais à Gaza quand même y’a vachement de morts ». (…) Vous pensez avoir tout compris au conflit israélo palestinien en prenant parti pour le plus faible ? Vous oubliez une chose. Israël n’est pas en conflit contre la Palestine. Mais contre le Hamas. Qui est responsable de la mort de centaines de civils. Le hamas n’est pas plus un mouvement de résistance que Boko Aram. Le hamas ne veut pas deux états, il veut détruire Israël. (…) Alors vous, la « majorité silencieuse » qui a « hâte que cela s’arrête », réveillez-vous. Quant à vous, les manifestants du dimanche (et du samedi aussi), qui vous prenez pour Che Guevara parce que vous brûlez des drapeaux israéliens le visage masqué en criant « Hitler reviens » et parce que vous détruisez le bitume parisien, sachez une chose : personne n’est dupe. Vous n’apportez rien à la cause palestinienne si ce n’est de la désolation. Vous desservez tellement votre cause que plus personne ne vous croit.  Alors oui, peut être que je dormirai mieux si je m’en fous. Si je ne regarde plus ce drapeau du djihad qui trône place de la République un samedi après midi d’été au cours d’une manifestation interdite, et organisée quand même par des partis politiques dont le NPA … Sophie Taieb
De Margerie est mort. famille taittinger en deuil. Les grands feodaux sont touches. Ils sont fragiles. Le successeur nous volera t il moins. Gérard Filoche
Je devine les hommages, les louanges, l’encensement du « grand patron » etc. La propagande pour faire croire que ces gens-là nous sauvent alors que ces puissants-là nous coulent, siphonnent nos salaires, bloquent nos emplois, polluent, détruisent l’environnement,  tournent le dos aux choix citoyens… Gérard Filoche
J’étais au café Le Conservatoire, avenue Jaurès. Les lycéens avaient fini par charger après avoir été bloqués pendant 40 minutes par les CRS. Forcément, les policiers ont chargé en retour et toutes les personnes qui se trouvaient en terrasse et d’autres personnes pas du tout impliquées dans la manif, se sont retrouvées au milieu de tout ça. Ils ont lancé leurs lacrymogènes sans réfléchir sur les personnes en terrasse vu que les lycéens ont vite reculé. Alors j’ai “gueulé” sur eux en disant aux CRS qu’ils s’en prenaient à n’importe qui, sans réfléchir. Là, je me me suis pris un coup violent et non justifié, je suis encore choquée. Tamara
C’est l’oeuvre de gens isolés qui ont noirci un mouvement avec lequel ils n’ont rien à voir. Il faut qu’on réagisse car sinon l’opinion va croire qu’on est des malades et que ces gens-là nous représentent. Participant à Nuit debout
 Céder à la violence est contre-productif et fragilise le mouvement. S’attaquer à des biens privés qui n’ont aucune portée symbolique jette un discrédit. Projet de communiqué de presse Nuit debout
C’est une stratégie délibérée pour décrédibiliser Nuit debout. Nous ne sommes pas dupes. Participant à Nuit debout
Il faut entendre cette colère qui fait suite à des années d’injustice sociale et de mépris. Projet de communiqué Nuit debout
Il y a un débat car certains contestent le jugement moral porté sur ces violences. Membre du pôle presse Nuit debout
Il y a une certaine ambiguïté dans le positionnement de l’organisation. La violence est très clairement marginale, mais cette frange est-elle à l’intérieur ou à l’extérieur de Nuit debout ? On est dans une zone grise... Les violences débutent toujours vers 1 heure du matin à la fin du concert lorsque des gens qui n’ont participé à aucun débat de la journée, généralement après une forte consommation d’alcool ou de drogue, vont au contact des policiers pour les agresser. Les forces de l’ordre essaient de les contenir, mais c’est très violent. Ça pourrait déraper. Pour ne pas disparaître, Nuit debout doit définir des objectifs, une stratégie et une tactique. Pour l’instant, on n’y est pas encore. C’est une question bien plus cruciale que le comportement d’une centaine de casseurs…  Laurent (participant Nuit debout)
On regarde les gens tout casser, uriner partout… On n’a pas formellement ordre de ne pas bouger, c’est que les ordres ne viennent pas. On est là, mais on ne peut pas intervenir. (…) C’est le même public, vous avez juste deux ou trois bobos qui se greffent pour fumer des joints. Les gens veulent faire une ZAD sur la place. Ils demandent des pissotières, et puis après ce sera des tentes, des mecs monteront des cabanes. Les CRS et policiers sont écœurés car on ne fait plus rien et quand on le fait on nous fait des reproches. Etienne (CRS)
Le Premier ministre a présenté ce lundi une nouvelle mouture aux partenaires sociaux. Les mesures les plus polémiques ont été retouchées. (…) Le barème qui devait plafonner de façon impérative les indemnités prud’homales, une des mesures-phares du projet de loi travail, sera seulement « indicatif » en raison de l’hostilité d’une grande partie des syndicats, a annoncé Manuel Valls aux partenaires sociaux réunis à Matignon. (…) Les critères de licenciements économiques précisés par l’avant-projet de loi travail ne seront pas modifiés, mais le juge pourra vérifier que les multinationales n’organisent pas artificiellement leurs difficultés économiques sur le territoire français pour licencier, a annoncé lundi Matignon. (…) Le plafond du compte personnel de formation (CPF) sera relevé de 150 à 400 heures pour les salariés sans diplôme, ce qui leur permettra « d’accéder à un niveau supplémentaire de qualification tous les 10 ans ». (…) Le compte épargne-temps, un dispositif qui permet de stocker des congés pour se les faire payer ou les décaler dans le temps, ne sera pas inclus dans le futur compte personnel d’activité, comme le réclamaient certains syndicats, selon Matignon. La proposition syndicale, qui suscitait l’inquiétude du patronat, ne figure pas dans les modifications du projet de loi travail présentées par le Premier ministre Manuel Valls aux partenaires sociaux à Matignon. Les dirigeants de petites et moyennes entreprises (PME) ne pourront pas appliquer le forfait-jours ou moduler les astreintes sans passer par un accord collectif, mais ils pourront négocier avec un salarié mandaté par un syndicat s’ils n’ont pas de représentation syndicale. Le Point
Une critique courante consiste à dire : « avec cette loi, la durée du travail quotidienne pourra passer à 12 heures par simple accord d’entreprise » Face à une telle critique, il convient de préciser que la durée quotidienne maximale de travail est actuellement fixée à 10 heures bien que certaines dérogations au dépassement de cette durée soient possibles. Celles-ci nécessitent cependant soit l’autorisation de l’inspecteur du travail, soit de conclure un accord collectif prévoyant ce dépassement sans que ce dernier ne puisse dépasser 12 heures ! (…) Une autre critique très courante, sans doute parce que le chiffre invoqué marque l’esprit de l’auditeur non informé, consiste à affirmer qu’« avec cette loi, il sera possible de faire travailler les salariés jusque 60 heures par semaine » Ici encore, la critique fait fi du contenu actuel du Code du travail puisque ce dernier prévoit qu’ »en cas de circonstances exceptionnelles, certaines entreprises peuvent être autorisées à dépasser pendant une période limitée le plafond de 48 heures, sans toutefois que ce dépassement puisse avoir pour effet de porter la durée du travail à plus de 60 heures par semaine. » Il convient de préciser que ce « super-plafond » de 60 heures existe depuis 1979 et nécessite de toute manière une autorisation administrative. (…)  Certains justifient leur opposition par le fractionnement des temps de repos créé par cette « loi scélérate ». Or, les dispositions actuelles prévoient déjà qu’un accord d’entreprise ou d’établissement peut déroger à la durée minimale de repos quotidien de 11 heures, notamment pour assurer une continuité du service en cas de surcroît d’activité ou de travaux urgents sans réduire la durée du repos en deçà de 9 heures. [Sur] les temps d’astreintes, déjà considérés comme du temps de repos (…) L’article L.3121-6 actuel considère que « exception faite de la durée d’intervention, la période d’astreinte est prise en compte pour le calcul des durées minimales de repos quotidien et de repos hebdomadaire » (…) l’avant-projet de loi (…) reprend exactement le droit existant. (…) Une des critiques les plus virulentes contre ce projet de loi serait le fait, d’après ses détracteurs, qu’ « un simple accord d’entreprise pourra abaisser la majoration de rémunération des heures supplémentaires de 25% à 10% » Or, le droit actuel permet déjà à un accord d’entreprise de réviser le taux de majoration des heures supplémentaires sans qu’il puisse être inférieur à 10%4, et ce depuis la loi 2004-391 du 4 mai 2004. [Sur] la limitation du nombre de congés pour événements familiaux (…) selon de nombreux détracteurs, la durée des congés en cas de décès d’un proche sera réduite. (…) Ici encore, l’avant-projet de loi prévoit (…) qu’à défaut d’accord, le salarié a droit, grâce à ce projet de loi, à un jour de congé supplémentaire pour le décès d’un proche (hors enfants et conjoints) par rapport au droit antérieur. Le reste demeure inchangé. La critique n’aurait de sens que si, et uniquement si, les syndicats acceptaient d’aller en-deçà du minimum prévu par les dispositions supplétives. Qui peut sérieusement penser qu’une telle chose pourrait advenir ? C’est à ce point précis de sa vérification que le spécialiste du droit du travail réalise que l’opposition de la « société civile » à cet avant-projet est une opposition à un contenu largement fantasmé, et non à son contenu réel. (…) [Sur] le licenciement économique (…) l’avant-projet de loi (…) n’apporte que des évolutions mesurées. D’abord, il vient préciser le motif économique de licenciement relatif aux difficultés économiques de l’entreprise (…) [et] incorpore dans la loi les motifs économiques créés par la jurisprudence ces vingt dernières années, à savoir la réorganisation de l’entreprise nécessaire à la sauvegarde de sa compétitivité et la cessation d’activité de l’entreprise. Sur ce point, il s’agit davantage d’une codification à droit constant que d’une réelle évolution. (…) Enfin, l’avant-projet de loi apporte un réel changement : l’appréciation des difficultés économiques, des mutations technologiques ou de la nécessité d’assurer la sauvegarde de sa compétitivité s’effectue au niveau de l’entreprise si cette dernière n’appartient pas à un groupe et, dans le cas contraire, au niveau du secteur d’activité commun aux entreprises implantées sur le territoire national du groupe auquel elle appartient. Actuellement, une entreprise appartenant à un groupe voit les difficultés économiques appréciées au niveau du secteur d’activité du groupe auquel elle appartient, c’est-à-dire à un niveau mondial. Une telle solution avait pour effet de priver de cause un licenciement justifié par la situation catastrophique du marché en France au motif que le secteur d’activité en cause se portait fort bien en Chine, au Royaume-Uni ou en Afrique du Sud. Une appréciation du motif économique au niveau du territoire national permettra d’éviter que ce genre d’absurdités ne prospère à l’aveir (…) [Sur] les ruptures pour inaptitude (…) la loi telle que rédigée actuellement oblige l’employeur à rechercher un emploi – dans son entreprise ou dans son groupe – pour un salarié inapte à tout emploi dans l’entreprise (sic) S’ajoute l’obligation de reprendre le paiement du salaire un mois après le prononcé de l’inaptitude et les contentieux riches en la matière, l’inaptitude au travail est un sujet onéreux dans les professions à risques. La réforme envisagée avance une nouvelle possibilité de licencier le salarié inapte en écartant cette obligation aberrante dès lors que l’état de santé du salarié fait obstacle à tout reclassement dans l’entreprise. Autrement dit, enfin, « à l’impossible, nul n’est tenu ». [Sur] la modulation allongée Notre droit du travail prévoit que la période de référence maximale de calcul du temps de travail est l’année. Avec la réforme, cette période pourra s’étaler jusqu’à 3 ans. Le marché du travail soumis à divers aléas se doit d’être souple : la loi permet donc par divers moyens de faire varier la durée du travail sur certaines périodes, en prévoyant des périodes hautes et des périodes basses d’activité tout en respectant sur cette période la durée légale du travail. Cependant, cette modulation du temps de travail ne peut actuellement s’effectuer que dans le cadre de l’année. La réforme vient donner de la souplesse au cadre rigide de la modulation en augmentant cette période de modulation: sur maximum 3 ans en cas d’accord collectif ; Sur maximum 16 semaines par décision unilatérale de l’employeur. Même si la période est augmentée, il faut savoir que les protections actuelles sont reprises dans l’avant-projet de loi et permettent de garantir au salarié une juste rémunération : Toute heure effectuée au-delà de la limite haute d’activité est payée en heures supplémentaires ; Toutes heures supérieures à la durée légale de travail à la fin de la période de référence sont également des heures supplémentaires. [Sur] les avantages individuels acquis  (…) source d’erreur et d’imprécision depuis des années, faute de pouvoir déterminer avec exactitude ce qui constitue un « avantage individuel acquis », la réforme El-Khomri propose de les supprimer purement et simplement et d’y substituer un principe du maintien de la rémunération perçue lors des douze derniers mois. (…) Une des critiques diffusée sur la toile depuis la publication de l’avant-projet de loi concerne l’irrespect du projet pour le principe de hiérarchie des normes (…) Or, la possibilité pour un accord collectif d’entreprise de déroger à la loi ou aux conventions de branche n’est pas nouveau. (…) Toutefois, il est vrai que cet avant-projet amplifie encore le mouvement amorcé en 1982 et renforcé en 2008. (…) Afin de renforcer la légitimité des accords collectifs (appelés à prendre une place plus importante encore), la condition d’audience électorale déterminant la validité des accords est portée de 30% à 50%. Autrement dit, pour qu’un accord soit valable, les syndicats signataires doivent représenter au moins la moitié des suffrages exprimés lors des dernières élections professionnelles, et non plus seulement 30%. Le seuil étant plus élevé pour avoir un accord valable, la valeur de la signature des syndicats augmente, et par là, leur pouvoir de négociation. (…) Loin d’être une régression abominable, ce texte est en réalité à droit constant pour la partie « temps de travail » -celle qui cristallise les appréhensions les plus fortes. Cet avant-projet de loi n’est pas non plus révolutionnaire : contenant des évolutions réelles, il n’a toutefois pas la portée démesurée que certains essaient de lui prêter. (…) Il apparaît clair que le plus gros de l’opposition au sein de la société civile repose sur deux piliers : l’ignorance et le réflexe pavlovien de haine du patron. La motivation des syndicats semble tout à fait différente : comprenant bien que la partie sur le temps de travail est à droit constant, leur opposition vise avant tout d’autres points du texte, relatifs notamment au licenciement économique ou à l’encadrement des indemnités versées dans le cadre d’un litige prud’homal. La motivation de certains politiciens de la « Vraie Gauche » relève du calcul politique. Le contenu du texte leur importe peu : il s’agit de créer un casus belli en utilisant l’ignorance des uns et les intérêts bien compris des autres pour obtenir une primaire en vue de 2017. Albin Hourder et Johan Honnet
#‎NuitDebout‬ appelle à la mobilisation de tou.te.s ! Nous sommes le 33 mars, il pleut mais la place est toujours remplie. Les assemblées générales se poursuivent dans la joie, l’écoute et le partage. Depuis le premier jour, la #NuitDebout appartient à tou.te.s et s’inscrit comme véritable assemblée citoyenne. A ceux qui sont déjà présents avec nous, un grand merci. Pour construire ce modèle de rassemblement, nous en appelons à chacun.e, quels que soient ses compétences, sa personnalité, ses convictions, son appartenance, son milieu ou son besoin. Vos propositions… nos propositions bâtiront la pensée commune de ce mouvement sans frontières. Dès maintenant et à toute heure, rejoignez-nous avec vos idées et vos moyens pour que s’organise un lieu structuré qui se réinvente chaque jour. Page Facebook
Nous étions nombreux à la Bourse du travail le 23 février dernier. Le journal Fakir avait pris l’initiative de cette soirée « Leur faire peur » dans la lancée de l’énergie des salles bondées où était projeté le film Merci Patron. Syndicalistes, intellos, zadistes, ouvriers, mal-logés, étudiants, précaires… Ce soir-là nous nous sommes retrouvés, nous nous sommes rencontrés, nous avons échangé. Tous ont parlé des nombreuses mobilisations en cours et de leur nécessaire convergence pour construire autre chose A la question « COMMENT LEUR FAIRE PEUR ? », la réponse a été unanime : « Nous ne rentrerons pas chez nous après la manif du 31 mars ». LE JEUDI 31 MARS, on participe donc aux manifestations. Mais après le défilé, on ne rentre pas chez nous. On occupe une place, un lieu, on verra bien où. On fait une projection géante de Merci patron !, à rigoler tous en chœur. On se fait des concerts pour la bonne humeur. Et aussi, surtout : on cause. On essaie d’inventer un truc, un point de fixation des espoirs et des luttes. Nous sommes un collectif informel réunis autour de la dynamique du film merci Patron et de l’équipe du journal Fakir, composé d’intermittents, de syndicalistes et de citoyens engagés, déterminés à nous unir pour faire entendre notre ras le bol de la politique gouvernementale, politique qui n’a de cesse de réduire nos droits sociaux, au seul profit des intérêts du patronat. Convergence des luttes
QUI A PEUR DE LA NUIT DEBOUT ? INVESTIR L’ESPACE PUBLIC CONTRE LA PRIVATISATION DE LA DÉMOCRATIE Depuis le 31 mars, nous investissons légalement chaque jour la place de la République. Nous partageons un objectif commun : offrir un cadre propice à l’expression de nos idées sociales et solidaires dans le but de favoriser la convergence des luttes. Sur la place chacun.e est libre de prendre la parole pour partager son combat ou pour exprimer son malaise. Les commissions s’activent, les initiatives foisonnent, nos actions illustrent la convergence à l’oeuvre : soutien aux réfugiés de la place Stalingrad, soutien aux militants du droit au logement (DAL), action avec les intermittents, action Panama Papers avec Attac etc. Nous avons dès le début cherché à offrir des conditions d’accueil saines sur la place : installation d’un tri sélectif des déchets, de toilettes sèches, d’une cantine à prix libre et sans alcool. Ces installations ont été détruites et les vendeurs ambulants invités (par les services de police ) à se rapprocher de l’agora. La mairie de Paris n’a pas donné suite à nos demandes de poubelles et de toilettes. Nous interprétons cela comme une volonté politique de voir se dégrader les conditions matérielles de la Nuit Debout, et son image auprès du public. En réponse, la place est chaque matin nettoyée par nos soins, les assemblées populaires rassemblent de plus en plus de personnes, et les soutiens nombreux sont la preuve que les tentatives d’intimidation ne fonctionnent pas. JE REVIENDRAI ET JE SERAI DES MILLIONS Nous réaffirmons que la société que nous voulons, se construit sur notre place de la République pacifiquement et dans le respect des un.e.s et des autres. Nous ouvrons un espace pour des idées qui sont continuellement étouffées par ailleurs : comment alors s’étonner que la colère légitime de certain.e.s s’exprime d’une façon différente ? Le mouvement n’est pas responsable des initiatives personnelles. De quelque façon que ce soit, nous continuerons de nous réunir chaque jour. Nous refusons de nous voir confisquer notre pouvoir démocratique par un système représentatif qui ne permet d’élire que les mêmes : les élites dominantes qui ne défendent que leurs propres intérêts, ceux du capitalisme. Soyez assurés de notre détermination. Convergence des luttes (communiqué de presse, 12.04.16)
Seul le Danemark fait pire que la France ! Le poids des prélèvements obligatoires pèse de plus en plus sur les foyers français. Selon un rapport de l’OCDE, les recettes fiscales en France ont augmenté de 0,2% en 2014, pour atteindre 45,2% du PIB, alors que cette pression fiscale est en moyenne de 34,4% dans les 29 autres pays de l’OCDE. Le Parisien
La médaille d’or de l’optimisation revient à Facebook. Le réseau social n’a payé que 3,8% d’impôt sur ses bénéfices réalisés hors des États-Unis. Avec 5,6%, Google décroche la médaille d’argent. Apple doit se contenter du bronze, le géant californien laissant au fisc des pays (hors États-Unis) où ses iPhone, ses iPad et ses Mac sont vendus, 6,2% de ses bénéfices. Rappelons que nos Gafa ne déclarent pas leur chiffre d’affaires dans le pays où leur service est utilisé, mais le facturent depuis l’Irlande (ou le Luxembourg pour Amazon). Pourtant, le taux d’imposition que nous avons calculé est très loin du taux officiel irlandais: 12,5%. Les Gafa ne sont pas les seuls: les entreprises irlandaises installées dans le vert pays ne payent que 4,2% à 5,3% d’impôt, selon une étude du Bureau of Economic Analysis du département du commerce américain. L’explication est assez simple. Ces champions de l’optimisation fiscale ne payent en réalité quasiment aucun impôt en Irlande (ou au Luxembourg pour Amazon), grâce à des montages d’optimisation fiscale qui redirigent le profit vers des paradis fiscaux où l’impôt est nul: les îles Caïmans pour Facebook, les Bermudes pour Microsoft et Google, le Delaware, Gibraltar, Jersey et les îles Vierges britanniques pour Amazon. Encore plus fort, Apple envoie ses monstrueux profits dans une société qui n’est résidente fiscale nulle part… ce qui lui garantit une tranquillité absolue sur le plan fiscal. BFM
Les participants à la Nuit Debout ont décidé de rester au mois de mars en poursuivant le décompte des jours depuis la mobilisation du 31 mars. Sur les pancartes et dans les messages, le mot-clé #32mars, bien vite suivi des #33mars et #34mars, vise à exprimer l’idée d’un lendemain hors du temps. Le slogan traditionnel de mobilisation, «Rêve général», se mêle aux autocollants «Préavis de rêve» déjà reprérés dans les défilés contre la loi Travail. Le Figaro
J’étais venu par intérêt, par curiosité, pour savoir à quoi m’en tenir, sans en passer par le filtre des médias. J’ai été expulsé d’une place où doit régner la démocratie et le pluralisme. Donc cette démocratie c’est du bobard, ce pluralisme c’est un mensonge. Je ne venais que pour écouter, je ne venais même pas pour intervenir ou pour faire valoir mes idées. Je pense que si trois ou quatre personnes n’étaient pas intervenues, je me faisais lyncher. Alain Finkielkraut
Le maître-mot de « Nuit debout », c’est le débat. Mais en réalité, le même fraye avec le même, toute altérité est bannie, l’autre c’est l’ennemi, le salaud, le représentant du vieux monde pourri. « Nuit debout » est une petite bulle gauchiste révolutionnaire plantée au milieu d’une ville complètement indifférente, c’est une assemblée populaire absolument sans peuple. Alain Finkielkraut
Il n’y a pas eu d’altercation tout de suite. Le moment où je l’ai vu, il était en train d’observer l’Assemblée populaire. Il était sur un des côtés, personne ne lui a prêté attention. Il était là, il observait, et rien ne s’est vraiment passé à ce moment-là puisque personne ne l’a empêché de regarder l’Assemblée populaire. Après, il a fait le tour de la place et il est allé plus aux alentours de la statue – donc il s’est éloigné de l’Assemblée populaire -, où il y a des personnes qui traînent, qui sont moins intéressées par l’ambiance et le dialogue. Il y a avait deux, trois mecs un peu agressifs, qui lui criaient dessus en essayant de le repousser de la place, suivis par une quinzaine d’autres personnes qui n’étaient pas très contentes de sa présence. Et là, oui, il a dû partir. L’Assemblée populaire s’est continuée normalement, et, même si sa pensée n’était pas bienvenue sur la place, la plupart des personnes sont intéressées par le dialogue et n’ont pas à repousser quelqu’un physiquement hors de la place, et ça s’est passé en marge. Marion
Pacifique le mouvement? Chaque nuit ou presque apporte son lot de dégradations et d’attaques contre des personnes. Quand ce ne sont pas des commerces, c’est du mobilier urbain qui est détruit, quand ce ne sont pas des voitures électriques Autolib qui sont endommagées, c’est une antenne de Pôle emploi. Pas d’amalgame des casseurs avec Nuit Debout? Mais au sein du mouvement, en assemblée générale, certains justifient les violences «qui arrangent bien le mouvement pour qu’on parle de nous»: «il nous faut assumer ces heurts avec la police, c’est comme cela qu’on progresse dans la lutte. Il faut aussi faire peur». Sans parler des bannières du Hamas et des militants boycotteurs d’Israël du BDS qui circulent naturellement. Il y a quelques semaines, c’est sur la même place que l’on flétrissait le terrorisme, et que l’on honorait les victimes et les flics…Antiraciste le mouvement? Sans doute à l’instar de cet inénarrable: «groupe de réflexions non mixité racisée», qui ne tolère que les paroles «non blanches». Comme le note Marie-Estelle Pech dans le même article, «seules les minorités, c’est-à-dire les femmes, les lesbiennes, transsexuelles et homosexuelles sont admises pour prendre la parole. En revanche, les «cisgenres», comprenez les hommes hétérosexuels, par trop «dominants» dans la société française sont bannis des discussions. Tolérant le mouvement? Une sorte de Hyde Park corner improvisé? Mais samedi soir, on a craché sur un philosophe qui veut rester debout et français et qui venait simplement s’informer. Consolons-nous comme nous pouvons, sous ces pavés de faux-semblants, sous l’emprise du virtuel idéologisé, la plage de vérité: la preuve est rapportée de l’insigne faiblesse de la gauche à la dérive devant les menées de la gauche gauchisante et de l’islamo-gauchisme. Sa résistance de façade n’est qu’une tartufferie. Malgré les massacres de 2015, malgré l’état d’urgence, malgré la mobilisation nécessaire de la police, la maire de Paris tolère les dégradations et le ministre de l’intérieur et son préfet ne réservent toujours leurs coups de matraque qu’aux opposants non-violents de l’autre camp. La place de la République est devenue la place de la dictature des rebelles en papier-bavard. Gilles William Goldnadel
L’apparent consensus sur les procédures de la démocratie est en train de voler en éclats. Sous prétexte de « réinventer » cette démocratie, une poignée d’agitateurs auxquels le pouvoir a abandonné un lieu public, malgré l’état d’urgence, occupent la place de la République. Soit dit en passant, la complaisance avec laquelle certains médias rendent compte de ce mouvement fait cruellement ressortir l’indigence des propositions qui en émanent. Notre collègue, Alain Finkielkraut, académicien, qui s’était aventuré sur la place, samedi soir, a été conspué et chassé sous les crachats. Le fanatisme, déguisé en approfondissement de la démocratie, supporte mal la contradiction. Il réclame le pluralisme, à condition d’être le seul à pouvoir l’exprimer. Comme l’observait Raymond Boudon, « la fin des idéologies n’a aucunement entraîné celle de l’intolérance. » Et si certains intellectuels sont possédés par le désir de comprendre et de savoir, la libido sciendi, d’autres sont des militants, conscients que « le mécontentement est un marché que l’on peut se donner pour projet d’exploiter », comme disait encore Boudon. Car le mécontentement populaire, face aux échecs des gouvernements successifs, est si profond, l’impuissance du pouvoir si manifeste, que l’idée de révolution hante à nouveau les esprits. La France, écrivait Raymond Aron, dans L’opium des intellectuels, en 1955, est un pays où l’idée de révolution flatte. D’abord parce qu’il réactualise le souvenir de nos gloires passées. Mais surtout, parce qu’elle a la faveur des intellectuels dans la mesure où elle comporte l’idée de « tout changer », quand les réformes se proposent seulement de « changer quelque chose ». Oui, les réformes sont prosaïques et ennuyeuses, quand la révolution apparaît poétique et excitante. Olivier Galland et Monique Dagnaud écrivent sur Telos : « Mais la plus grande partie des jeunes veulent moins refaire le monde que trouver leur place en son sein. C’est moins d’utopie politique qu’ils rêvent que de solutions pragmatiques à leurs problèmes d’emploi ou de logement. Et leurs suffrages politiques, aujourd’hui, tournent plutôt vers l’extrême-droite « . La spéculation sur le meilleur des mondes est plus séduisante que la prise en compte des exigences du réel. Et dans ses Mémoires, Aron en appelle à « un choix rationnel » qui résulte « d’une investigation analytique aussi scientifique que possible », afin de « mettre en garde contre les pièges de l’idéalisme et de la bonne volonté ». Mais pour y parvenir, il faut admettre, comme il le répétait, que « la politique en tant que telle est irréductible à la morale ». Brice Couturier
En quelques images, fut dévoilé le vrai visage de ces révolutionnaires antiques et en toc, qui annihilent la parole de l’autre et lui opposent le langage de la violence. Étrange époque qui oscille entre les vociférations d’agitateurs extrémistes, les émeutes urbaines des racailles en roue libre et les communions hiératiques post-attentats de foules endeuillées. La rue s’est mue en un gigantesque défouloir d’émotions et de frustrations, que le règne de François Hollande aura exacerbées à leur paroxysme. De même qu’on n’arrête pas les terroristes avec des larmes et des petites bougies, on n’éradique pas le chômage et les dérives de la mondialisation en dévastant le bien d’autrui. (…) Tous les participants de la Nuit Debout ne sont certes pas vindicatifs et survoltés, mais on peut légitimement se demander ce qu’ils attendent au juste et où mène leur détermination. Il ne suffit pas d’être debout, encore faut-il avancer quelque part et, au minimum, ne pas empêcher les autres de le faire en paralysant toute initiative gouvernementale ou en réduisant leurs contradicteurs au silence. Eloïse Enesley
Cette expulsion est terriblement révélatrice d’un état d’esprit sectaire étrangement encensé par les médias qui aiment bien jouer à la révolution de la jeunesse. «Bien fait pour sa gueule». «Qui sème le vent récolte la tempête». Ces formules souvent reprises sur les médias sociaux nous rappelaient l’incroyable capacité de la gauche radicale à culpabiliser les victimes et à victimiser les coupables, pour ne jamais sortir de ses schèmes idéologiques confortables. Alain Finkielkraut est par nature un vilain, et il ne sera jamais autre chose. En se présentant dans un espace public censé mettre en scène une démocratie améliorée, Alain Finkielkraut se serait livré à une odieuse provocation, pour créer le buzz médiatique autour de sa personne. C’est un stratège rusé qui se serait présenté Place de la République pour se faire cracher dessus, se faire traiter de fasciste et ainsi donner une mauvaise image au mouvement citoyen. Et puisque Finkielkraut, excédé, finira par répondre à une femme qui l’invectivait ardemment, on présentera finalement sa brutalisation comme une simple échauffourée entre excités idéologiques. Finkielkraut a été chassé d’un espace public confisqué par une faction idéologique qui se prend pour le peuple en marche. Apparemment, une partie de Paris appartient désormais à un groupuscule révolutionnaire qui distingue ceux qui y sont les bienvenus et ceux qui ne le sont pas. Les militants les plus engagés de Nuit Debout n’acceptent pas dans leur vision de la démocratie la possibilité même du désaccord idéologique. Ils savent à l’avance quelles positions sont respectables et lesquelles ne le sont pas. Un des plus grands philosophes français n’était pas le bienvenu comme un simple témoin dans le peuple militant. Nuit Debout veut réinventer la démocratie en renouvelant en profondeur le débat public, en le délivrant de ses entraves institutionnelles. Officiellement, la démocratie représentative serait souillée et corrompue, et étoufferait la véritable délibération. Il faudrait désormais se connecter directement au peuple, en lui permettant de parler sans filtre. C’est le rêve éternel de la démocratie directe. Mais on constate que les militants de Nuit Debout sont prêts à injurier et calomnier certaines personnes associées à des idées qui ne sont manifestement pas les bienvenues dans la conversation démocratique telle qu’ils l’imaginent. Comprenons bien la logique: la démocratie directe se pratiquera dans un éventail idéologique assez restreint. Et même si nous sommes devant un mouvement qui se dit citoyen, on constate qu’il se permet de distinguer sans complexe ceux qui sont dignes d’être citoyens et ceux qui ne le sont pas. Il a là une forme d’aristocratisme militant qui ne dit pas son nom. Entre les citoyens éclairés et les autres, il y a une différence de statut qui fonde la légitimité de l’action militante. Les premiers ont eu la révélation progressiste: les autres sont dans l’obscurité et sont au mieux à plaindre. C’est le paradoxe de la démocratie directe: elle prétend approfondir la démocratie alors qu’elle s’ouvre à la logique de la meute en se permettant de conspuer la dissidence trop ouvertement affichée. La démocratie directe ne se croit véritable que lorsqu’elle est fusionnelle et donne à ceux qui s’y investissent le sentiment de participer à une unanimité révolutionnaire. Ceux qui ne se joignent pas au mouvement sont alors présentés comme des ennemis du peuple et même, de l’humanité. Ils ne posent pas des questions légitimes: ils polluent le bel élan révolutionnaire par la mauvaise foi. Ils ne témoignent pas d’une autre conception du bien commun mais cherchent à mutiler ce dernier. Il faut en finir avec eux. Dès lors, l’insulte suprême peut-être lancée: on accusera Finkielkraut de fascisme. La fascisation de l’adversaire permet ainsi d’en finir avec lui. Car on ne débat pas avec le fascisme: on le combat. Contre le fasciste, la violence est permise et même encouragée. On le chasse de l’espace public, on l’empêche de se présenter dans une agora théoriquement ouverte à tous, on l’interdira même d’écouter ce qui s’y dit: c’est un intrus, un agent contre-révolutionnaire qui vient épier les militants du monde meilleur. Le mouvement Nuit Debout, en se transformant en théâtre d’un triste lynchage, a dévoilé sinon sa vraie nature, du moins celle de certains de ses militants, qui carburent à un fanatisme progressiste étranger aux règles élémentaires de la civilité démocratique. Mathieu Bock-Côté
Depuis le 30 mars la Place de la République est occupée par un mouvement brownien, Nuit Debout. En parfaite autogestion, la jeunesse et ses alliés donnent à la Place des airs de jungle de Calais avec un soupçon de Place Tahrir. Les médias adorent ce peuple en convergence de lutte, les AG interminables, les petites idées inscrites au feutre sur de grandes feuilles blanches, leur cantine et leur détermination. Des jeunes journalistes tendent le micro aux jeunes Nuits Debout : « ils exigent le retrait pur et simple de la loi El Khomri. » En marge, c’est toujours en marge que ça se passe et que ça casse, des cagoulés par centaines attaquent la police et des agences bancaires. Cinq ou six sont interpellés. Les Nuits Debout, affairés à ranger des idées vintage sur les présentoirs de leur pop-up store, nient tout lien avec les petits casseurs. Ils ne cherchent même pas à savoir comment, dans le nouveau monde qu’ils prétendent esquisser, on pourrait gérer cette violence qui se retournera un jour contre eux. Les pacifistes de la Place de la République, debout aux côtés d’un monument aux morts improvisé aux prémices d’une guerre mal assumée, se couchent devant les tueurs sauvages qui nous guettent. Ça commence en octobre 2000. En marge, c’est toujours en marge, d’une manifestation pro-palestinienne provoquée par la mise en scène de la « mort du petit Mohamed al Dura » on crie « mort aux Juifs ». La police ne bouge pas. Les MRAP et autres antiracistes ne se retirent pas. L’important c’est d’inscrire au sein du mouvement le message « Israël criminel » et si quelques Juifs devaient payer le prix fort par la suite tant pis, le peuple aura parlé. Les pacifistes de 2003 s’en prennent aux Juifs pour mieux exprimer leur opposition à l’ « invasion » de l’Irak par ces maudits Américains. Et ainsi de suite : bon an mal an les citoyens se sont habitués aux manifestations de haine humaniste, de violence pacifiste, des incontrôlés fidèles au poste, aux jours de colère, aux morts aux Juifs et à la mort des Juifs. Ici, en France. Et bien entendu là-bas en Israël comme ça se mérite. Jusqu’au comble de l’enthousiasme en 2014 où on fête le 13 juillet en assiégeant des fidèles dans une synagogue parisienne. S’affichant sans pudeur pro-Hamas, les Gaza-Mon-Amour se foutent des interdictions de manifester, cassent du flic, sèment la destruction à Barbès, pourchassent des Juifs dans le Marais et brûlent leurs commerces à Sarcelles … Le 26 juillet le drapeau noir du djihad flotte aux pieds de Marianne, Place de la République. Six mois plus tard les djihadistes frappent la France : Charlie Hebdo, Montrouge, Hyper Cacher. Le peuple se redresse. Ils sont des millions dans toute la France. Debout. Le mot djihad entre enfin dans le vocabulaire et les esprits. On pense avoir vu le pire mais le pire reste à venir. L’exploit Charlie n’est qu’une mise en bouche. Des djihadistes, quelle surprise, reviennent du califat niché dans les rangs des migrants conquérants. D’autres, restés en Europe, répondent aux consignes des donneurs d’ordre en Syrie. Tout ce petit monde s’organise, s’équipe et se rue sur des Parisiens aux terrasses des cafés et au Bataclan, tout près de la Place de la République. Malgré le ratage au Stade de France—ce sera pour une prochaine fois—ils ont tué 130 personnes, en ont mutilé des dizaines, blessé des centaines. Et c’est là, à côté du mémorial artisanal orné de bougies /fleurs/ messages d’amour et de chagrin, que les Nuits Debout proclament leur innocence. Ils sont contre la loi El Khomri, pour l’embauche, contre les patrons ; pour le droit au logement, contre le capital; pour les allocations, contre l’Etat ; contre les OGM et les émissions de CO2, pour la musique techno sans entraves… Zadistes, ils sont sans défense contre le djihad. (…) L’état d’urgence est trop brutal pour les tendres esprits des Nuits Debout qui occupent le devant de la scène depuis deux semaines déjà. Quid des attentats à venir. Plus vite qu’on ne pense et en plus grand. Comme des enfants qui jouent dans la boue d’un camp de réfugiés, ils s’amusent, ils font des bêtises, on est indulgent car leur innocence nous touche. Ecran de fumée, ils cachent l’impuissance d’un Etat incapable d’assumer ses responsabilités envers le peuple et les forces de l’ordre chargées de nous protéger. Nidra Poller
On ne fait pas plus local que le cas Klur. Et on ne fait pas plus global non plus. Car les Klur offrent en concentré un résumé presque complet du système. Pourtant, contrairement à bon nombre de ceux qui ont traité avant lui de la condition salariale à l’époque néolibérale, le film de François Ruffin n’a aucune visée analytique ou pédagogique. C’est un film d’un autre genre, difficilement identifiable, d’ailleurs, au regard des catégories cinématographiques habituelles. Le plus juste serait sans doute d’en dire qu’il est un film d’action directe. Car Ruffin, qui a Bernard Arnault dans le collimateur depuis un moment, veut littéralement faire quelque chose de la situation des salariés d’Ecce. En 2008, déjà, il avait fait débouler impromptu les licenciées à l’assemblée générale des actionnaires de LVMH. Cette fois, ce sera l’attaque frontale : Klur-Ruffin contre Arnault. L’époque néolibérale enseignant que si l’on ne demande pas avec ce qu’il faut de force, on n’obtient rien, Klur-Ruffin va demander. Avec ce qu’il faut de force. En l’occurrence : 45 000 euros de dédommagement pour réduction à la misère, plus un contrat à durée indéterminée (CDI) quelque part dans le groupe pour Serge ! Et sinon, campagne de presse. Pas Le Monde, pas France Inter, pas Mediapart : Fakir, journal fondé par Ruffin et basé à Amiens. Tremblez, puissants ! C’est à ce moment que le film passe d’un coup dans la quatrième dimension, et nous avec. Car dans le cortex frontal de l’éléphant, l’attaque du moustique a semé un sacré foiridon. Et le puissant se met à trembler pour de bon. On ne peut pas raconter ici la série des hilarantes péripéties qui y conduisent, mais le parti pris de spoiler commande au moins de donner tout de suite la fin de l’histoire : Bernard Arnault s’affale ! (…) Comme la physique contemporaine a établi l’existence de l’antimatière, la physique sociale de Merci patron ! nous découvre l’univers parallèle de l’antilutte des classes : tout s’y passe comme dans l’autre, mais à l’envers. C’est l’opprimé qui fait mordre la poussière à l’homme aux écus. On se doute que cette irruption de l’univers inversé dans l’univers standard est un événement rare. Mais on l’a vue, de nos yeux vue ! Alors il faut bien y croire. Avec cet effet particulier que la reddition de l’entendement donne aussitôt l’irrésistible envie de renouveler les résurgences du bon univers dans le mauvais, et pourquoi pas de l’y transfuser totalement. Passé l’incrédulité, le premier effet de ce film à nul autre pareil, c’est donc de donner le goût des ambitions révisées à la hausse. En commençant par prendre l’exacte mesure de ce qu’il annonce. D’abord, le cauchemar de la droite socialiste : lutte des classes pas morte ! Ça n’était pourtant pas faute d’avoir rédigé toutes les variantes possibles et imaginables de son acte de décès. C’est que, de la lutte des classes, on peut dire ce qu’on veut : que son paysage s’est complexifié ; que le feuilletage de la couche intermédiaire des « cadres » a créé une vaste catégorie d’êtres bifaces, partie du côté du capital (par identification imaginaire), partie du côté du salariat (par statut) ; que cette nouvelle sociologie a fait perdre à la polarisation de classes sa netteté originelle, etc. De la lutte des classes, donc, on peut dire tout cela. Mais certainement pas qu’elle a disparu. Pour en réapercevoir le noyau, il faut cependant monter des opérations de court-circuit, qui font revenir à l’os : typiquement, les ouvrières d’Ecce faisant effraction parmi les actionnaires de LVMH en train de discuter des dividendes, soit le face-à-face pur du capital exploiteur et du travail exploité. Ou alors les Klur : la misère directement rapportable à la valorisation du capital. Evidemment, ce sont là des spectacles que la droite socialiste voudrait beaucoup s’épargner, et qu’elle s’emploie d’ailleurs à conjurer autant qu’elle peut par toutes les armes de la dénégation. A l’image de la fondation Terra Nova qui, en 2011, s’était mise en devoir d’expliquer que les classes populaires (« populaires » pour ne même plus avoir à dire « ouvrières ») étaient, sinon sociologiquement inexistantes, en tout cas politiquement inintéressantes : ça n’était plus pour elles que la droite socialiste devait penser sa politique. Comme on sait, le problème avec les morts mal tués et mal enterrés, c’est qu’ils reviennent. Ici, les morts font tout de même 25 % de la population active, auxquels ajouter 25 autres pour cent d’employés — une sacrée armée de zombies. Et la promesse de nuits agitées pour tous ceux qui auront pris leurs entreprises de déréalisation pour le réel même. Il faut croire que les spectres gardent le pouvoir d’en terroriser encore quelques-uns, si l’on en juge par l’empressement de Bernard Arnault à dépêcher les sbires de sa sécurité pour négocier contre euros le silence des Klur. Le secrétaire général du groupe, un hiérarque du Parti socialiste, convaincu que le progressisme consiste essentiellement en la progression des dividendes, est à lui seul un résumé sur pattes de toute l’histoire de son parti, doublé d’un fameux cornichon, dont toutes les savantes manœuvres vont conduire Bernard Arnault à la double déconfiture : payer et la publicité ! Ainsi, il arrive aux classes « populaires » de revenir du néant où on a voulu les enfouir, et d’en revenir avec quelque fracas. C’est là sans doute la seconde bonne nouvelle de l’évangile selon saint Klur : il se pourrait que cet ordre social soit beaucoup plus fragile qu’on ne le croit. On commence en tout cas à se poser de sérieuses questions lors de cette scène sublunaire qui voit un ex-commissaire des renseignements généraux, devenu barbouze privé pour l’empire du sac à main, négocier avec les Klur devant une caméra cachée (lui cherche un magnétophone sous une chaise…) et devenir quasi hystérique à l’évocation de Fakir. (…) Rendu à ce point du visionnage, et totalement éberlué, on tente soi-même de reprendre pied pour former à nouveau quelques idées générales. D’ailleurs, avec l’aide du commissaire lui-même ! Qui, du fond de son sens commun de flic, est détenteur d’une philosophie politique à l’état pratique : pourquoi Fakir, qui est tout petit ? Parce que, explique le commissaire, « c’est les minorités agissantes qui font tout ». Si des Klur coachés par le camarade Ruffin ont le pouvoir de mettre Bernard Arnault à quatre pattes, c’est bien qu’en face, on a peur. Confusément conscience que tant de vilenies accumulées ne pourront pas rester éternellement impunies, et peur. Mais alors quid de dix, de cent Klur-Ruffin, d’une armée de Klur-Ruffin ? Et puis décidés à obtenir autre chose que la simple indemnisation de la misère ? Et si l’espoir changeait de camp, si le combat changeait d’âme ? Le propre des films d’action directe, c’est qu’ils propagent leurs effets bien après leur dernière image. De celui-ci, on sort chargé comme une centrale électrique et avec l’envie de tout renverser — puisque, pour la première fois, c’est une envie qui nous apparaît réaliste. Ecrasés que nous étions par la félonie de la droite socialiste, par l’état d’urgence et la nullité des boutiques de la gauche, Merci patron ! nous sort de l’impuissance et nous rebranche directement sur la force. Ça n’est pas un film, c’est un clairon, une possible levée en masse, un phénomène à l’état latent. De cet événement politique potentiel, il faut faire un événement réel. Frédéric Lordon
Ce que nous voulons, c’est ceci : la fin de la mondialisation libérale, la fin du pouvoir des actionnaires, la fin de la propriété des moyens de production, et tout le pouvoir aux salariés dans l’entreprise. Frédéric Lordon
 Moi, je trouve que c’est un bon journal (…) Il y a des contenus, il y a des bonnes enquêtes (…) Je peux donner acte à Plenel et Mauduit d’avoir créé Mediapart. Mais ce qui m’énerve, ce sont les retournements de veste en loucedé. Frédéric Lordon
D’abord, il y a eu cet article de Frédéric Lordon sur Merci Patron dans Le Monde Diplomatique qui disait que ce film avait tout pour mettre « le feu aux foules ». Je ne suis pas optimiste de nature mais dans le doute, je me suis dit que s’il y avait une chance qu’il dise juste, ça s’organisait. Dans les avant-premières, on voyait bien qu’il se passait quelque chose, et que les gens avaient envie d’agir. Le 23 février, on a donc organisé une rencontre publique à la Bourse du travail qu’on a baptisée : « Leur faire peur ». L’idée, c’était de faire converger des luttes dispersées, qu’il s’agisse de celle contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, de celle des ouvriers de Goodyear, de celle des profs contre la réforme des collèges, etc. On avait convié des syndicalistes, des militants, des intellectuels… Dans la salle, il y avait près de mille personnes. En deuxième partie de soirée, après les interventions publiques, est venu le temps des interventions officieuses. Des tas de gens sont venus s’agglutiner autour de Loïc Canitrot, de la Compagnie Jolie Môme, de Johanna Silva de Fakir et de moi-même, avec une question : « et maintenant, on fait quoi ? » Des mots d’ordre sont apparus. Certaines personnes voulaient se mobiliser de leur côté, sans s’appuyer sur la grande manif du 31 mars contre la Loi travail. Personnellement, je pense qu’il est toujours préférable de partir de ce qui existe déjà plutôt que d’essayer de créer une dynamique ex nihilo. C’est alors que Loïc, de Jolie Môme, a lancé son propre mot d’ordre : « après la manif, je ne rentre pas chez moi ». L’idée d’occuper un endroit et de faire une projection géante de Merci Patron a fait son chemin… D’autant que chez Fakir, on avait déjà une petite expérience en la matière avec le blocage de la zone industrielle d’Amiens, en octobre 2010, pour protester contre la réforme des retraites.Le collectif « Convergence des luttes » est né dans la foulée. Il ne faudrait surtout pas croire que Nuit Debout est un mouvement spontané, né comme par miracle de la somme de désirs communs. Ceux qui disent « oui, oui » dans l’euphorie de l’instant ne viennent pas tous mouiller leur chemise pour que la dynamique s’enclenche… Il a fallu organiser tout ça, canaliser ces aspirations disparates et ce besoin d’action. Il a fallu communiquer, distribuer des centaines de tracts lors de la manif du 31 mars, créer un site internet puis monter des barnums, acheminer le matériel pour projeter le film… (…) Cela me paraît assez flou pour l’instant… Des tas de revendications s’agrègent, sociales, écolos, anti-sécuritaires… Tout est parti du rejet de la loi El Khomri. C’est une opposition commune et solide mais aujourd’hui, on a le sentiment que c’est presque devenu un prétexte. Ce qui fédère les uns et les autres, c’est l’absence totale de perspective politique. Moi-même, je suis un déçu des partis politiques : en tant qu’ex-compagnon de route j’ai pris acte du suicide du Front de gauche. Quant aux autres formations de gauche, il suffit de voir ce qui se passe dans ma région, en Picardie : le FN est à 42 % et le PS et les Verts ne trouvent rien de mieux que de se diviser. J’ai compris qu’on était électoralement liquidé. Le changement ne passera plus par les urnes mais par un mouvement social de grande ampleur. C’est le pari presque pascalien que j’ai fait depuis la sortie de Merci Patron. (…) Je ne crois pas que ce soit comparable. D’abord, si je me souviens bien, Occupy n’a pas très bien marché finalement… Quant aux Indignés, qui ont fini par se constituer en parti politique, il s’agit d’un mouvement massif et populaire, ce que Nuit Debout est loin d’être encore. L’Espagne a connu une crise terrible, bien plus grave que celle que traverse la France… On ne peut pas dupliquer une mobilisation, il faut trouver autre chose. Le plus important et le plus urgent à mes yeux, c’est de dépasser les frontières sociales. Même si on en parle beaucoup, il est frappant de constater que les gens qui occupent la place de la République et d’autres places dans de grandes villes en France ne représentent pas grand monde. Ils appartiennent grosso modo à la même classe que moi, cela dit sans aucun mépris ni jugement : la petite bourgeoisie intellectuelle, à précarité variable. Il ne faut surtout pas en rester là. Le mouvement doit dépasser les seuls centres urbains et essaimer à la périphérie, dans les banlieues, les zones rurales et industrielles, sinon il trouvera vite ses limites. Il faut trouver le moyen de toucher des milieux populaires. Je suis persuadé que l’une des clefs du succès de Merci Patron réside dans cette rencontre entre différentes classes sociales : le journaliste et les Klur, ce couple d’ouvriers au chômage. Dans le film, j’avais d’ailleurs été très attentif à glisser tout un tas de références culturelles très popus afin que tout le monde puisse s’y reconnaître : ça allait du maroilles à La Petite Maison dans la prairie. Maintenant, si on veut que ça bouge vraiment, il va falloir aller les chercher les Klur ! (…) la prochaine étape consiste à sortir de l’entre-soi pour exporter la mobilisation jusqu’au fin fond de la France. Je rêve de Nuit Debout à Flixecourt ! François Ruffin
Frédéric Lordon aime en effet le débat, mais à la condition qu’il ne soit pas contradictoire. En bref, il aime surtout débattre… avec lui-même. Ombrageux et cabot jusqu’au bout ! Il aime parler seul et ne cherche pas à entendre ce que les autres ont à dire. Ou alors, il parle quand il est seul à une tribune et quand ses éventuels contradicteurs ont le dos tourné. (…) Incapable de produire le moindre fait ou le moindre écrit à l’appui de ses dires, il divague et déforme les faits à plaisir. On pourrait donc être tenté de ne pas y prendre garde et penser que l’économiste en question est assez représentatif de cette gauche radicale-chic qui n’a jamais su rien faire d’autre que des moulinets à parole. (…) Frédéric Lordon ne cherche pas à comprendre ni à échanger. Et encore moins à construire des solidarités démocratiques : il y a juste sa petite personne qui l’intéresse. Et ses effets de tribune. Car c’est cela, la morale de cette minuscule et triste histoire. En ces temps de crise économique et démocratique, il y a effectivement des solidarités à construire. Comme je l’ai dit devant l’AFEP, il serait opportun que les économistes attachés au pluralisme et à l’indépendance fassent front commun avec les journalistes, ceux de Mediapart notamment, qui défendent des valeurs identiques. Ce combat-là, ce combat démocratique, ce combat pour rassembler au lieu de diviser, c’est celui que mène l’Afep, sous la présidence d’André Orléan, combat dans lequel je me reconnais. Dans une logique égotiste ou solitaire, Frédéric Lordon, lui, tout à ses haines recuites, rame en sens contraire. Et c’est franchement dommage. Il ne suffit pas d’avoir du talent, encore faut-il qu’il soit employé à de justes causes… Laurent Mauduit
Ce qui frappe au premier abord dans la Nuit Debout, c’est la forte homogénéité sociale du mouvement. D’ordinaire, la place de la République est bigarrée et majoritairement occupée par des populations allogènes. Ce sentiment de mélange est volontiers accru par les événements qui se déroulent régulièrement sur la place: occupation périodique par des migrants ou par des familles africaines menacées d’expulsion et protégées par le Droit au Logement, mais aussi quadrillage par les familles Roms qui dorment dans la rue avec leurs bébés et leurs enfants. Depuis que la Nuit Debout a pris possession des lieux, l’homme ou la femme noire n’y ont plus d’autre place que celui de témoignage de la mauvaise conscience occidentale. De temps en temps, ils ont le droit, parce qu’ils sont migrants ou figure opprimée, de monter sur scène pour expliquer leurs malheurs. C’est l’intermède coloré de la Nuit Debout. Leurs 3 minutes épuisées, ils doivent ensuite céder la place à l’interminable logorrhée des intervenants en commission, qui sont essentiellement blancs bobos. (…) Une autre caractéristique de la Nuit Debout tient à son aversion pour le salarié. Celui-ci est comme un visage cousin de l’Africain. C’est l’Autre: on le plaint, on se bat pour lui, mais on ne le cotoie pas. Tout est fait, dans la Nuit Debout, pour le décourager de venir. Le premier argument est dans la définition même de la manifestation: nocturne, noctambule, elle n’est guère accessible à celui qui sort fourbu d’une journée de travail et qui doit embrayer tôt le lendemain. Il peut venir, certes, de temps à autre. Mais il doit attendre pendant des heures avant de pouvoir parler pendant trois minutes selon un formalisme figé qui laisse peu de place à l’amateurisme. (…) Autre point, bien entendu, la Nuit Debout n’aime pas les familles. Avec des séances de travail interminables, des débats épouvantablement longs sur la cantine, le temps de repas et autres détails, la participation à la Nuit équivaut à un renoncement en bonne et due forme au temps passé à la maison, le soir, pour coucher les enfants. Cette dominante sociologique s’explique par le caractère faussement improvisé du mouvement. Depuis longtemps, les indignés français sont noyautés par un petit groupe d’intellectuels auto-centrés qui n’ont nulle envie de se mélanger à d’horribles petits bourgeois qui procréent, qui s’occupent de leurs moutards et qui cultivent les relations familiales. Ceux-là sont des catholiques intégristes en puissance qu’il faut écarter. De là le caractère extraordinairement homogène du mouvement. Fait par les Blancs pour les Blancs, fait par les bourgeois pour les bourgeois, fait par les bobos pour les bobos, il ne devrait pas tarder à mourir de sa belle mort, à moins qu’une mutation du virus ne conduise à une radicalisation et une popularisation inattendue. Eric Verhaeghe
 Comme le mouvement des Indignés, la Nuit Debout part d’un réflexe libéral pour suivre une inspiration post-marxiste (particulièrement dure en France). Cette contradiction fondamentale constitue une aporie caractéristique des mouvements contestataires contemporains. La colonne vertébrale qui structure la Nuit Debout est d’essence libérale. Elle repose d’abord sur un principe de délibération égalitaire entre tous les participants (qui explique la peur que certains inspirateurs éprouvent à l’idée d’apparaître trop présents, y compris dans les médias: ils savent que cet abus de présence les condamnerait à l’excommunication), et sur l’écriture d’une constitution de la 6è République par une assemblée constituante. L’inspiration majoritaire de cette constitution est de protéger les droits des citoyens, de garantir une démocratie effective contre tous ceux qui l’ont expropriée: les partis politiques et les grands intérêts financiers, notamment les banques. (…) Cette inspiration libérale est évidemment recouverte, dissimulée, par une autre tradition: celle qui veut voir dans le « mouvement social » la seule possibilité de modifier l’ordre en place. Ce courant de pensée, directement hérité du marxisme à la sauce Mélenchon, considère que la République en place ne peut tomber et laisser la place à un autre régime que par un mouvement social, promesse du Grand Soir et de lendemains qui chantent. Ce n’est pas un hasard si les logisticiens de la Nuit Debout (le Front de Gauche, le DAL, certaines sections CGT) ont choisi la contestation contre la loi Travail pour jeter leurs forces dans la bataille. Dans le corpus idéologique dont ils sont les porteurs, seul un mouvement de salariés peut porter une révolution. (…) Face à l’homogénéité libérale des participants – homogénéité à la fois politique et sociale – les marxistes transpirent sang et eau pour réorienter en douceur le mouvement vers la « convergences des luttes », dont ils ont lu dans leurs manuels révolutionnaires qu’elle était l’étape indispensable pour garantir la survenue du bonheur universel. On entend donc régulièrement Frédéric Lordon prendre le micro pour appeler à sortir de la place de la République, ou pour répéter que ce serait tellement mieux si des ouvriers en lutte se mêlaient à la foule. Cet appel remporte chaque fois un succès d’estime, mais il comporte la même contradiction entre la foi et les actes que la Torah chez les Pharisiens. Faire un grand mouvement social d’accord! mais à condition de ne pas renoncer à la rhétorique bien huilée des délibérations interminables, et à condition de ne pas se promettre une société de demain avec de grandes barres d’immeubles uniformes entourées de Lada que l’on met 15 mois à recevoir tant la production est mal organisée. C’est évidemment le tabou premier de la Nuit Debout. Son succès tient à un refus politique d’un ordre où l’individu est broyé par les puissants. Ses logisticiens y adhèrent parce qu’ils espèrent abolir la propriété privée des moyens de production. Or cette dernière idée, qui permet l’étatisation complète de la société, est absolument orthogonale avec les pulsions immédiates du mouvement. La question de la loi Travail donne l’occasion d’un premier craquement majeur dans l’ordonnancement instable qui a présidé à la naissance du mouvement. Pour les post-marxistes qui ont apporté les gueulophones et les photocopieuses, la loi Travail était un cheval de Troie permettant la fusion du métal pour forger le glaive contre le capitalisme. Dans la pratique, le mouvement de lutte contre la loi s’essouffle, et la Nuit Debout prospère. Cette vitalité s’explique largement parce que les participants ont décidé d’abandonner la loi Travail comme motif de lutte, et ont choisi de s’occuper du reste de la société. (…) La Nuit Debout est née d’une coalition post-marxiste de tendance stalinienne (dont Lordon est une sorte de quintessence), mais sa tradition est fondamentalement anarchiste. Elle se réfère indirectement à l’anarchisme espagnol qui fit la révolution de 1936, écrasée par les Staliniens bien plus que par Franco, contrairement à ce que dit l’historiographie officielle. Or le programme économique des anarchistes espagnols était libéral et non marxiste. Les déconvenues de Podemos en Espagne le rappellent: l’anarchisme espagnol préconise un entre deux économique étranger à l’étatisation des moyens de production voulu par les marxistes. (…) Toute la question de la Nuit Debout est désormais de savoir combien de temps les contradictions et les équivoques qui l’ont vu naître pourront coexister pacifiquement. Eric Verhaeghe
Si les multiples péripéties de la loi Travail ont permis à William Martinet, jeune Président du syndicat étudiant UNEF, de gagner ses premiers galons de grand leader de gauche dressé vent debout contre toutes les précarités que les patrons veulent imposer aux travailleurs, elles ont aussi donné à Gérard Filoche, membre du Bureau national du Parti socialiste, une véritable tribune pour s’exprimer sans détour sur son sujet préféré, le droit du travail. Or selon lui, cette loi « ignominieuse » présentée par le gouvernement n’est rien de moins qu’un reniement de la gauche et une insulte aux droits de l’homme. (…) Le seul petit problème, c’est que s’il a fait de la vie au travail son combat, il le réalise à travers une lutte exclusivement centrée contre les entreprises, les actionnaires et les patrons. Dans le monde de Gérard Filoche, ces derniers sont de dangereux délinquants, sinon en fait du moins en puissance, dont l’unique objectif est de s’enrichir grassement et honteusement en pratiquant l’exploitation des salariés dans des entreprises, petites ou grandes, qui sont autant de lieux d’asservissement. Avec sa flexibilité et son inversion de la hiérarchie des normes (l’accord d’entreprise tend à primer sur la loi), la loi Travail n’est rien d’autre « qu’un revolver sur la tempe des salariés. » Elle les livre tout crus aux délires discrétionnaires des patrons, engeance détestable et détestée (…) Si les patrons et les entreprises sont les ennemis naturels des travailleurs, comment faire pour « sauver l’emploi et défendre le pouvoir d’achat » sans la coopération de quelques entrepreneurs, seuls aptes à embaucher ? Pour Gérard Filoche, c’est très simple, le Code du travail « doit échapper aux exigences de l’économie. » Pour lui comme pour tout ceux qui veulent régir a priori la vie de leurs concitoyens, l’économie ne saurait être une activité vivante et évolutive pratiquée par des individus libres et créatifs. Pas du tout. L’économie ne doit rien laisser au hasard, et pour bien faire, autant tout planifier à l’avance. Telle entreprise, dûment surveillée par des instances autorisées, l’inspection du travail par exemple, s’engagera à embaucher tant de personnes et à produire tant de parapluies de telle date à telle date. Il n’est nullement question d’adapter les horaires et la charge de travail à la demande spontanée des clients. D’après Gérard Filoche, la journée doit obligatoirement se répartir en trois parts égales : 8 heures pour travailler, 8 heures pour les loisirs et 8 heures pour se reposer. La semaine doit se limiter à quatre jours travaillés et trois jours de repos dont deux consécutifs. C’est ainsi que l’on pourra lutter contre la subordination au travail, et c’est ainsi que l’on pourra combattre le chômage, en partageant solidairement le travail entre tous. Gérard Filoche fait partie de ces personnes qui s’imaginent faussement que le travail est un gâteau fini que l’on doit partager entre tous ceux qui veulent travailler pour assurer le plein emploi. C’est exactement l’idée qui présidait à la mise en place des 35 heures par Martine Aubry à partir de l’année 2000. Sans même parler de science économique, l’expérience a montré que non seulement cette loi ne favorisait pas l’emploi, mais qu’elle avait en plus l’énorme inconvénient de désorganiser nombre d’entreprises et de services tels que les hôpitaux. Si entre 2000 et aujourd’hui le chômage a connu des phases de repli, l’explication est à chercher du côté d’un environnement économique mondial porteur, certainement pas du côté des 35 heures. Le seul gâteau qu’il est possible de partager, c’est la richesse produite. En langage socialiste, ce partage s’appelle la redistribution. Encore faudrait-il qu’il y eût quelque chose à partager. Les parts de chacun seront d’autant plus grosses que le gâteau, c’est à dire la production, sera plus vaste. Et plus les possibilités de faire un gros gâteau s’ouvriront, plus il faudra de mains pour le faire. Il est donc tout à fait vain de vouloir mener des politiques de l’emploi si par ailleurs la production est découragée, par la fiscalité du capital, par exemple, ou par des réglementations abusivement contraignantes, ou par un marché du travail si rigide que chaque embauche devient un risque trop élevé, notamment pour les petites entreprises. Mais ne parlez pas de tout ça à Gérard Filoche, il n’y croit pas. Un patron étant intrinsèquement mauvais, il faut l’obliger à embaucher puis le récompenser par une fiscalité punitive, conformément aux thèses communistes qu’il a toujours privilégiées tout au long de sa vie. (…) Pour les Filoche de ce monde, la lutte est faite pour lutter, peu importe ce qui se passe dans la vraie vie. Peu importe que le gouvernement ait proposé un projet de loi sans grand contenu. Peu importe maintenant qu’il le réduise comme peau de chagrin. Peu importe qu’il « plie sa non-réforme ». Peu importe qu’après cette fausse tentation libérale, il revienne aux bonnes vieilles méthodes de la dépense publique et du clientélisme. Peu importe finalement que le gouvernement se manifeste exactement pour ce qu’il est, c’est-à-dire un gouvernement socialiste qui déteste l’initiative privée et la liberté, préférant de beaucoup contrôler les citoyens à travers l’impôt pour les uns et les aides pour les autres. L’occasion de « bien faire », formule de François Hollande, s’est présentée et n’a pas été saisie. Filoche devrait s’en réjouir, mais la lutte continue et elle continuera, aveugle, idéologique et haineuse, tant qu’il y aura des patrons et des entreprises à traîner dans la boue. Nathalie MP
Il serait tout à fait naïf de s’imaginer que les rassemblements La Nuit debout de la place de la République à Paris, dupliqués au fil des jours dans plusieurs autres villes de France, soient parfaitement spontanés. On aurait tort de croire que des étudiants, des lycéens, des militants écologistes ou associatifs, des syndicalistes et des membres du Front de gauche s’y rencontrent par le plus grand des hasards dans un mouvement de pur désir de faire vivre le plus tard dans la nuit et le plus longtemps possible l’euphorie des manifestations contre la loi Travail. En réalité, tout ce mouvement de contestation, qui prête parfois à des comparaisons avec Occupy Wall Street ou les Indignados espagnols, n’a pas commencé le 31 mars 2016, mais en février avec la sortie du film documentaire « Merci patron ! » de François Ruffin, par ailleurs rédacteur en chef du journal alternatif de gauche Fakir. Le New York Times ne s’y est pas trompé, qui faisait hier du succès de ce film la une de son édition française, le qualifiant de « cri de ralliement contre la réforme gouvernementale visant à réformer le Code du travail » et voyant en son réalisateur un nouveau Michael Moore. Ce documentaire décrit le combat des Klur, un couple licencié par une société appartenant au groupe LVMH de Bernard Arnault. Pour Frédéric Lordon, qui en a fait une critique élogieuse dans le Monde diplomatique, il s’agit d’un film « d’action directe » qui donne « l’envie de tout renverser » :« Ça n’est pas un film, c’est un clairon, une possible levée en masse, un phénomène à l’état latent. De cet événement politique potentiel, il faut faire un événement réel. »« Un événement réel » : nous y arrivons. Lisant l’article de Frédéric Lordon, le réalisateur François Ruffin se dit que s’il y a une chance que l’économiste dise juste, il va falloir organiser tout ça, avec l’idée de faire converger des luttes dispersées comme celle des zadistes contre l’aéroport Notre-Dame-des-Landes, celle des ouvriers de Goodyear, celle des enseignants contre la réforme du collège etc… Les étudiants qui campent aujourd’hui à République ne pouvaient pas s’en douter, mais au cours d’une réunion publique organisée autour du film au moment de sa sortie en salles, le collectif Convergence des luttes est créé, les premiers slogans sont trouvés, notamment « Leur faire peur » et « Après la manif, je ne rentre pas chez moi. » Le mouvement La Nuit debout est si peu spontané que François Ruffin précise même : « Il a fallu communiquer, distribuer des centaines de tracts lors de la manif du 31 mars, créer un site internet puis monter des barnums, acheminer le matériel pour projeter le film… » La convergence des luttes est donc au cœur des intentions des organisateurs du mouvement, et Frédéric Lordon se retrouve au centre d’un dispositif scrupuleusement organisé. Dès le 30 mars 2016 à Tolbiac, devant des étudiants en grève qui, à son commandement, scandent bien gentiment « tous ensemble, tous ensemble », il rend grâce à la loi El Khomri d’avoir eu « le merveilleux pouvoir de nous réunir. » (…) Je ne sais si ce discours est marxiste dans sa version léniniste, trotskiste ou libertaire, mais il est clairement communiste et nous ramène quelques décennies en arrière. Lordon, homme intelligent au faîte de ses capacités intellectuelles au début du XXIème siècle n’a rien appris des drames du XXème siècle. La République sociale ainsi définie qu’il appelle de ses vœux a connu un certain nombre d’applications, toutes plus catastrophiques les unes que les autres. Aujourd’hui encore, on pense à Cuba, au Venezuela et même au Brésil, sans y voir la moindre espérance d’une vie meilleure. Mais peu importe pour qui se laisse porter par une idéologie qui ne souffre pas le débat contradictoire. Comment obtenir cette République sociale ? C’est le message du discours du 40 mars. Si l’on veut mettre fin au chantage et à l’arbitraire patronal, Lordon ne voit qu’un moyen : la grève générale. Le « rêve général » de nos étudiants révolutionnaires se déclinerait donc bien dans la « grève générale. » (…) Enfin, malgré tous les « Ouais !!! » enthousiastes qui ont ponctué les discours de Frédéric Lordon, je me demande si son public est si en phase que ça avec lui. Dans l’amphi de Tolbiac, il disait que « revendiquer, c’est déjà s’être soumis. Revendiquer, c’est s’adresser à des puissances tutélaires aimables […]. Les enfants réclament, grandis, ils revendiquent. » Que peut-il penser des cadeaux coûteux que Manuel Valls a lâché lundi 11 avril dernier aux syndicats étudiants après la manifestation du samedi 9 avril ? L’affluence avait pourtant été bien moindre que lors des précédentes journées d’action et elle avait été émaillée de nombreuses violences et de destructions. William Martinet et ses collègues ne sont-ils pas en plein dans la revendication que Lordon méprise ? Tout ce spectacle d’ébullition révolutionnaire alimenté par le camarade parolier Lordon me fait penser à certains traits des communistes de la guerre d’Espagne décrits par André Malraux dans L’espoir. On y retrouve le sens de l’organisation des communistes, particulièrement habiles à encadrer le spontané, on y retrouve les mots creux qui enflamment les foules pour des objectifs vagues qui semblent radieux, on y retrouve le goût pour la page blanche et on y retrouve l’exacerbation de l’excitation collective dans une illusion lyrique sans lendemain … Marie MP

Attention: des barbares peuvent en cacher d’autres !

Défense des sans papiers et réfugiés, attaque du libéralisme et du capitalisme, appel à la désobéissance, l’insoumission et l’action directe, dénonciation (après son récent encensement post-attentats) de l’action policière et de l’état d’urgence, rêve éveillé de grêve générale et de la révolution, apologie de la spontanéité et de l’invention permanente (« pour que s’organise un lieu structuré qui se réinvente chaque jour »), rejet du calendrier et du temps (#32mars, #33mars, #34mars) …

Au lendemain de l’éviction, par une poignée apparemment de militants excités, de l’essayiste et académicien Alain Finkielkraut d’une place où avait flotté, avant les fleurs et les  bougies de l’après-attentat de novembre dernier,  le drapeau noir, il y a un peu moins de deux ans, de l’Etat islamique …

Et où entre un Etat (vice-)champion du monde des prélèvements obligatoires et des méga-entreprises aux bénéfices faramineux et irrapatriables (200 milliards et 93% de ses avoirs pour la seule Apple !), continue la course au ridicule à toujours plus d’impôt d’un côté (plus de 45% !) et d’optimisation fiscale de l’autre (moins de 4 % d’impôts pour plus de 3 milliards de bénéfices hors Etats-Unis pour Facebook !) …

Comment ne pas voir …

Suite aux saccages qui accompagnent depuis bientôt trois semaines et en plein état d’urgence les marges de l’occupation nocturne – cette fois, cinq ans après les Indignés de MadridWall street ou Tel Aviv, plutôt bobo  – de la Place de la République sous prétexte de protestation contre un projet de loi Travail du gouvernement qui n’en a plus que le nom

Comme le blocage plus ou moins musclé des universités et des lycées et des manifestations qui réunissent étudiants, lycéens, militants associatifs, syndicalistes et membres du Front de gauche …

Ce « goût pour la page blanche et l’exacerbation de l’excitation collective », comme le rappelle Nathalie MP sur le site Contrepoints, encadrant et faisant converger tout ça à coup de mots creux et de lendemains qui chantent …

Mais aussi ce vieux rêve de violence salvatrice et purificatrice que l’on croyait enfin mort et enterré par près d’un siècle d’échec du communisme réel …

Et que pourtant nos gentils GO de l’antimondialisation comme nos dirigeants tétanisés ne veulent toujours pas voir ?

Qui est Frédéric Lordon, le parolier de Nuit Debout ?
La rhétorique révolutionnaire de Nuit Debout a un parolier : l’économiste et militant Frédéric Lordon.
Nathalie MP
Contrepoints
16 avril 2016

« Merci Patron » et « Merci El Khomri », voilà ce que Frédéric Lordon peut dire aujourd’hui, alors que, d’économiste « atterré » à la notoriété anti-libérale plutôt confidentielle, il vient d’accéder à la reconnaissance nationale de tous nos médias grâce à ses qualités de parolier enflammé pour le mouvement contestataire La Nuit debout qui s’est constitué dans la foulée des manifestations contre la loi Travail portée par la ministre Myriam El Khomri. 

Il serait tout à fait naïf de s’imaginer que les rassemblements La Nuit debout de la place de la République à Paris, dupliqués au fil des jours dans plusieurs autres villes de France, soient parfaitement spontanés. On aurait tort de croire que des étudiants, des lycéens, des militants écologistes ou associatifs, des syndicalistes et des membres du Front de gauche s’y rencontrent par le plus grand des hasards dans un mouvement de pur désir de faire vivre le plus tard dans la nuit et le plus longtemps possible l’euphorie des manifestations contre la loi Travail.

À l’origine, Merci patron !

En réalité, tout ce mouvement de contestation, qui prête parfois à des comparaisons avec Occupy Wall Street ou les Indignados espagnols, n’a pas commencé le 31 mars 2016, mais en février avec la sortie du film documentaire « Merci patron ! » de François Ruffin, par ailleurs rédacteur en chef du journal alternatif de gauche Fakir. Le New York Times ne s’y est pas trompé, qui faisait hier du succès de ce film la une de son édition française, le qualifiant de « cri de ralliement contre la réforme gouvernementale visant à réformer le Code du travail » et voyant en son réalisateur un nouveau Michael Moore. Ce documentaire décrit le combat des Klur, un couple licencié par une société appartenant au groupe LVMH de Bernard Arnault. Pour Frédéric Lordon, qui en a fait une critique élogieuse dans le Monde diplomatique, il s’agit d’un film « d’action directe » qui donne « l’envie de tout renverser » :

« Ça n’est pas un film, c’est un clairon, une possible levée en masse, un phénomène à l’état latent. De cet événement politique potentiel, il faut faire un événement réel. »

« Un événement réel » : nous y arrivons. Lisant l’article de Frédéric Lordon, le réalisateur François Ruffin se dit que s’il y a une chance que l’économiste dise juste, il va falloir organiser tout ça, avec l’idée de faire converger des luttes dispersées comme celle des zadistes contre l’aéroport Notre-Dame-des-Landes, celle des ouvriers de Goodyear, celle des enseignants contre la réforme du collège etc… Les étudiants qui campent aujourd’hui à République ne pouvaient pas s’en douter, mais au cours d’une réunion publique organisée autour du film au moment de sa sortie en salles, le collectif Convergence des luttes est créé, les premiers slogans sont trouvés, notamment « Leur faire peur » et « Après la manif, je ne rentre pas chez moi. » Le mouvement La Nuit debout est si peu spontané que François Ruffin précise même :

« Il a fallu communiquer, distribuer des centaines de tracts lors de la manif du 31 mars, créer un site internet puis monter des barnums, acheminer le matériel pour projeter le film… »

La convergence des luttes est donc au cœur des intentions des organisateurs du mouvement, et Frédéric Lordon se retrouve au centre d’un dispositif scrupuleusement organisé. Dès le 30 mars 2016 à Tolbiac, devant des étudiants en grève qui, à son commandement, scandent bien gentiment « tous ensemble, tous ensemble », il rend grâce à la loi El Khomri d’avoir eu « le merveilleux pouvoir de nous réunir. » 

Le lendemain, propulsé tribun de la première Nuit debout (« le comité d’organisation m’a un peu poussé au cul sur la scène »), il prend la parole avec fièvre et le répète (quatrième intervention de la vidéo ci-dessous) :

« Voilà comment le pouvoir tolère nos luttes : locales, sectorielles, dispersées et revendicatives. Eh bien pas de bol pour lui, aujourd’hui nous changeons les règles du jeu ! Nous les lui annonçons globales universelles, rassemblées et affirmatives ! »

Chaque phrase de Frédéric Lordon est saluée d’un « Ouais !!! » des jeunes rassemblés pour l’écouter, et chaque « Ouais !!! » arrache parfois un petit sourire heureux, presque gamin, à celui qui jusqu’à présent s’exprimait plutôt sur les plateaux télé avec tout le sérieux d’un sabir complexe mêlant philosophie, économie et sociologie (« Nous sommes impérieusement requis de penser le capitalisme » etc.) comme on peut le constater dans les deux premières interventions recensées dans la vidéo ci-dessous  (04′ 07″) :

Frédéric Lordon, en cinq prises de parole par libezap

Avec les manifestations contre la loi Travail et La Nuit debout, Frédéric Lordon est passé de l’état assez classique de révolutionnaire strictement intellectuel et universitaire à celui du révolutionnaire en action qui harangue les foules et les pousse à agir, et dont le visage devient le représentant privilégié de la convergence de toutes les luttes.

Brillant étudiant ingénieur à l’École des Ponts et chaussées (promo 1985), imaginait-il déjà que trente ans plus tard il enflammerait les foules étudiantes et syndicales en se dressant au pied de la statue de la République contre un gouvernement socialiste accusé de faire le jeu du néo-libéralisme et de l’arbitraire patronal et en appelant à l’inauguration d’une république sociale (cinquième intervention de la vidéo ci-dessus) pour remplacer la république bourgeoise qui opprime les esclaves du salariat, tel un bon Gérard Filoche de base ? C’est difficile à dire, mais les débuts de son parcours n’y font pas penser spontanément.

Brillant mais intransigeant

Né en 1962 d’un père dirigeant d’entreprise et d’une mère qui s’est consacrée à son foyer, il complète ses études à l’École des Ponts d’un diplôme de l’Institut supérieur des affaires correspondant à ce qu’on appelle aujourd’hui un Master HEC. Il a déclaré sur France Culture qu’à cette époque il ambitionnait de devenir patron et de « gagner plein d’argent. » Il infléchit cependant ses objectifs, préférant prendre « la voie des livres » et de la recherche.

Le changement est radical : électeur de droite, il devient communiste ; préoccupé de l’environnement social, il se tourne vers l’économie et la sociologie. Il rejoint l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), lit abondamment Marx, Bourdieu, Althusser et Spinoza, et en1993 soutient une thèse de doctorat intitulée (attention s’accrocher) « Irrégularités des trajectoires de croissances, évolutions et dynamique non-linéaire. Pour une schématisation de l’endométabolisme. » Il est membre du collectif Les économistes atterrés créé en 2011 dont l’activité consiste à faire connaître au public les travaux des économistes qui « ne se résignent pas à la domination de l’orthodoxie néo-libérale. » 

Ses professeurs et son maître de thèse se souviennent d’un élève non seulement brillant mais surtout perfectionniste, parfois jusqu’à l’obsession, parfois jusqu’à la manifestation d’un caractère intransigeant et colérique. Au sein de la chapelle de l’extrême gauche, il fut prompt à accuser tour à tour Thomas Piketty, Jacques Sapir, ou le journaliste de Mediapart Laurent Mauduit, de vouloir en fait préserver le capital et le libéralisme. Dans un article au vitriol, ce dernier s’est vengé en le traitant de cabot sectaire, non sans un certain à-propos dans la mesure où Lordon défend en effet l’idée que les débats contradictoires sont voués à l’échec caractéristique de la foire d’empoigne et perdent en tonus intellectuel tandis que le seul débat valable serait celui qui se passe à l’intérieur de la tête de chaque personne. Ayant fait le vide autour de lui, en arguant de sa passion et de sa fidélité à ses idées, Frédéric Lordon se retrouve finalement plutôt isolé parmi ses pairs.

La Nuit debout a tout changé, Lordon est maintenant une véritable star de la contestation. Pratiquement tous les soirs, il s’adresse aux manifestants et commente les progrès qui sont faits. Si, lors de la première Nuit du 31 mars, il disait « Il est possible que l’on soit en train de faire quelque chose », il a pu inaugurer la Nuit du 40 mars (oui, décompte censé symboliser la permanence de la lutte… Lire 9 avril) avec :

« On peut maintenant abandonner les prudences grammaticales : nous sommes en train de faire quelque chose. »

Quelque chose, mais quoi ? On se pose tous la question, Lordon lui-même la pose à son public. Jusqu’à présent, il s’était contenté d’entretenir la flamme de la révolution et de dénoncer la violence du salariat et du monde néo-libéral en concluant son discours du 31 mars par :

« C’est bien pour cela que nous sommes rassemblés ici ce soir, pour imaginer la catastrophe. Apportons-leur (NdlR : aux tenants du monde libéral) la catastrophe. »

C’est lyrique, c’est révolutionnaire, les jeunes s’exclament une fois de plus « Ouais !!! », mais c’est vague. En réalité, dès le milieu du mois de mars, lors d’un rassemblement à Amiens intitulé « Le réveil des betteraves », une fois de plus pour « faire converger les luttes », le camarade Lordon avait pris la parole (troisième séquence de la vidéo ci-dessus) et s’était montré très explicite. Le retrait de la loi Travail, la démission de ce « pantin de Manuel Valls », ce sont presque des prétextes. Fondamentalement, explique-t-il :

« Ce que nous voulons, c’est ceci : la fin de la mondialisation libérale, la fin du pouvoir des actionnaires, la fin de la propriété des moyens de production, et tout le pouvoir aux salariés dans l’entreprise. »

Je ne sais si ce discours est marxiste dans sa version léniniste, trotskiste ou libertaire, mais il est clairement communiste et nous ramène quelques décennies en arrière. Lordon, homme intelligent au faîte de ses capacités intellectuelles au début du XXIème siècle n’a rien appris des drames du XXème siècle. La République sociale ainsi définie qu’il appelle de ses vœux a connu un certain nombre d’applications, toutes plus catastrophiques les unes que les autres. Aujourd’hui encore, on pense à Cuba, au Venezuela et même au Brésil, sans y voir la moindre espérance d’une vie meilleure. Mais peu importe pour qui se laisse porter par une idéologie qui ne souffre pas le débat contradictoire.

Sabir de la grève générale

Comment obtenir cette République sociale ? C’est le message du discours du 40 mars. Si l’on veut mettre fin au chantage et à l’arbitraire patronal, Lordon ne voit qu’un moyen : la grève générale. Le « rêve général » de nos étudiants révolutionnaires se déclinerait donc bien dans la « grève générale. » Conclusion lyrique en forme de pied-de-nez à François Hollande : « Ce moment, c’est le nôtre, ce moment, c’est maintenant. » Et n’oublions pas : « Ouais !!! »

Avant de conclure, j’aimerais aborder deux points particuliers. Si vous regardez les vidéos, vous ne manquerez pas de remarquer que Frédéric Lordon porte une veste de montagne de la marque américaine The North Face. Je pratique moi-même la montagne, c’est pourquoi cela m’a immédiatement sauté aux yeux, et je comprends parfaitement pourquoi il a pu avoir envie de l’acheter : ce sont des équipements d’une extrême qualité, combinant le style le plus moderne avec des performances techniques excellentes. Eh bien je défie Lordon de prouver que dans sa République sociale sans propriété des moyens de production il pourrait trouver un vêtement d’une aussi belle facture. On sait à quoi ressemblaient les voitures, les chaussures etc. des pays de l’Est.

Enfin, malgré tous les « Ouais !!! » enthousiastes qui ont ponctué les discours de Frédéric Lordon, je me demande si son public est si en phase que ça avec lui. Dans l’amphi de Tolbiac, il disait que « revendiquer, c’est déjà s’être soumis. Revendiquer, c’est s’adresser à des puissances tutélaires aimables […]. Les enfants réclament, grandis, ils revendiquent. » Que peut-il penser des cadeaux coûteux que Manuel Valls a lâché lundi 11 avril dernier aux syndicats étudiants après la manifestation du samedi 9 avril ? L’affluence avait pourtant été bien moindre que lors des précédentes journées d’action et elle avait été émaillée de nombreuses violences et de destructions. William Martinet et ses collègues ne sont-ils pas en plein dans la revendication que Lordon méprise ?

Tout ce spectacle d’ébullition révolutionnaire alimenté par le camarade parolier Lordon me fait penser à certains traits des communistes de la guerre d’Espagne décrits par André Malraux dans L’espoir. On y retrouve le sens de l’organisation des communistes, particulièrement habiles à encadrer le spontané, on y retrouve les mots creux qui enflamment les foules pour des objectifs vagues qui semblent radieux, on y retrouve le goût pour la page blanche et on y retrouve l’exacerbation de l’excitation collective dans une illusion lyrique sans lendemain.

Voir aussi:

Politique Friction : La Nuit Debout ou le crépuscule des bobos
Eric Verhaeghe
The Wolf
17/04/2016

Beaucoup s’interrogent sur la nature politique et sociale de la Nuit Debout, qui sème des avatars un peu partout dans le monde latin. S’agit-il d’un nouveau mouvement révolutionnaire ou d’une mode passagère qui agrémente l’actualité sans impact sur la réalité? Pour avoir parcouru plusieurs fois la place de la République occupée par ces (re)faiseurs de monde, il ne me paraissait pas inutile d’en mettre en lumière quelques aspects.

La Nuit Debout, la nuit des blancs parisiens

Ce qui frappe au premier abord dans la Nuit Debout, c’est la forte homogénéité sociale du mouvement. D’ordinaire, la place de la République est bigarrée et majoritairement occupée par des populations allogènes. Ce sentiment de mélange est volontiers accru par les événements qui se déroulent régulièrement sur la place: occupation périodique par des migrants ou par des familles africaines menacées d’expulsion et protégées par le Droit au Logement, mais aussi quadrillage par les familles Roms qui dorment dans la rue avec leurs bébés et leurs enfants.

Depuis que la Nuit Debout a pris possession des lieux, l’homme ou la femme noire n’y ont plus d’autre place que celui de témoignage de la mauvaise conscience occidentale. De temps en temps, ils ont le droit, parce qu’ils sont migrants ou figure opprimée, de monter sur scène pour expliquer leurs malheurs. C’est l’intermède coloré de la Nuit Debout. Leurs 3 minutes épuisées, ils doivent ensuite céder la place à l’interminable logorrhée des intervenants en commission, qui sont essentiellement blancs bobos.

Car le tour de force de la Nuit Debout est de babiller sans lassitude apparente sur le sexe des anges solidaires, de gauche, révolutionnaires, progressistes et autres adjectifs bisounours, dans un entre-soi ethnique et social très bien huilé. Ici, on est bien, on est tranquille, on est humaniste, mais on est d’abord blanc des quartiers centraux de Paris. On adore dénoncer la précarité et la discrimination, mais selon l’étiquette bobo en vigueur, qui accorde une place nulle aux « minorités visibles », manifestement peu intéressées par les sujets qui se traitent.

Et ce n’est pas le moindre des paradoxes que de contempler cette jeunesse auto-proclamée humaniste, dissertant sur tout et rien, et complètement abandonnée par les vrais problèmes sociaux du pays. Avec cette forme pas si discrète d’arrogance et de fatuité, il est évidemment impossible d’aborder le sujet sans s’exposer aux foudres du déni bourgeois. Même le gauchiste Frédéric Lordon tourne sa langue sept fois dans sa bouche avant de suggérer que les blancs fils à papa propres sur eux sont un peu trop nombreux et auto-centrés sur la place.

La Nuit Debout n’aime pas les barbares

En sillonnant la Nuit Debout, on croise donc toute la galerie habituelle des névroses qui hantent la gauche bobo: les végétariens, les constipés, les obsédés de la pureté morale, les Savonarole, les partisans du bien-être, de la décroissance, de Pierre Rahbi, les auditeurs de Patrick Cohen et les inconditionnels de France Confiture (pardon, France Culture). Que de mines blafardes, mal nourries, inquiètes, manifestement torturées!

Mais la jeunesse qui souffre vraiment (je veux dire pas par choix) ne connaît dirait-on pas l’adresse où il faut se rendre. Ces blacks, ces beurs, ces décrocheurs scolaires qui zonent à longueur de journée ou n’imaginent pas qu’ils pourraient un jour gagner plus de 2.000 euros par mois, ces tombereaux de sacrifiés qui sont autant de plaies ouvertes dans nos banlieues, sont invisibles ici. Grand bien leur fasse! leur voix serait inaudible et en grattant un peu on s’apercevrait que la couleur de leur peau les disqualifierait. Qu’ils racontent la douleur d’être noir, pourquoi pas! mais qu’ils s’imaginent, avec leur maigre bagage et leurs mauvaises manières, occuper une place dans l’arène de la délibération collective, non!

Les barbares restent les barbares.

La Nuit Debout n’aime pas les salariés

Une autre caractéristique de la Nuit Debout tient à son aversion pour le salarié. Celui-ci est comme un visage cousin de l’Africain. C’est l’Autre: on le plaint, on se bat pour lui, mais on ne le cotoie pas.

Tout est fait, dans la Nuit Debout, pour le décourager de venir. Le premier argument est dans la définition même de la manifestation: nocturne, noctambule, elle n’est guère accessible à celui qui sort fourbu d’une journée de travail et qui doit embrayer tôt le lendemain. Il peut venir, certes, de temps à autre. Mais il doit attendre pendant des heures avant de pouvoir parler pendant trois minutes selon un formalisme figé qui laisse peu de place à l’amateurisme.

Dans la Nuit Debout, le salarié, le prolétaire, est une icône. On aime le voir en peinture, mais il ne faudrait pas qu’il s’imagine changer les choses au jour le jour. La preuve? le mouvement a finalement considéré que la résistance à la loi El-Khomri était un prétexte un peu vain, et qu’il valait mieux refaire le monde sans parler d’actualité.

La Nuit Debout n’aime pas les familles

Autre point, bien entendu, la Nuit Debout n’aime pas les familles. Avec des séances de travail interminables, des débats épouvantablement longs sur la cantine, le temps de repas et autres détails, la participation à la Nuit équivaut à un renoncement en bonne et due forme au temps passé à la maison, le soir, pour coucher les enfants.

Cette dominante sociologique s’explique par le caractère faussement improvisé du mouvement. Depuis longtemps, les indignés français sont noyautés par un petit groupe d’intellectuels auto-centrés qui n’ont nulle envie de se mélanger à d’horribles petits bourgeois qui procréent, qui s’occupent de leurs moutards et qui cultivent les relations familiales. Ceux-là sont des catholiques intégristes en puissance qu’il faut écarter.

De là le caractère extraordinairement homogène du mouvement. Fait par les Blancs pour les Blancs, fait par les bourgeois pour les bourgeois, fait par les bobos pour les bobos, il ne devrait pas tarder à mourir de sa belle mort, à moins qu’une mutation du virus ne conduise à une radicalisation et une popularisation inattendue.

Voir de même:

Comme le mouvement des Indignés, la Nuit Debout part d’un réflexe libéral pour suivre une inspiration post-marxiste (particulièrement dure en France). Cette contradiction fondamentale constitue une aporie caractéristique des mouvements contestataires contemporains.

Les racines libérales de la Nuit Debout

Eric Verhaeghe

La colonne vertébrale qui structure la Nuit Debout est d’essence libérale. Elle repose d’abord sur un principe de délibération égalitaire entre tous les participants (qui explique la peur que certains inspirateurs éprouvent à l’idée d’apparaître trop présents, y compris dans les médias: ils savent que cet abus de présence les condamnerait à l’excommunication), et sur l’écriture d’une constitution de la 6è République par une assemblée constituante. L’inspiration majoritaire de cette constitution est de protéger les droits des citoyens, de garantir une démocratie effective contre tous ceux qui l’ont expropriée: les partis politiques et les grands intérêts financiers, notamment les banques.

En ce sens, la Nuit Debout est, contrairement à ce que ses participants croient le plus souvent, ultra-libérale, ou archéo-libérale. Elle repart des interrogations de Hobbes face à Léviathan ou d’Adam Smith et de Ricardo sur la rente. Son objectif est bien de replacer la liberté individuelle au sens de l’organisation sociale.

La question du mouvement social

Cette inspiration libérale est évidemment recouverte, dissimulée, par une autre tradition: celle qui veut voir dans le « mouvement social » la seule possibilité de modifier l’ordre en place. Ce courant de pensée, directement hérité du marxisme à la sauce Mélenchon, considère que la République en place ne peut tomber et laisser la place à un autre régime que par un mouvement social, promesse du Grand Soir et de lendemains qui chantent.

Ce n’est pas un hasard si les logisticiens de la Nuit Debout (le Front de Gauche, le DAL, certaines sections CGT) ont choisi la contestation contre la loi Travail pour jeter leurs forces dans la bataille. Dans le corpus idéologique dont ils sont les porteurs, seul un mouvement de salariés peut porter une révolution.

La référence à la doctrine révolutionnaire du Que Faire? de Lénine est ici très présente. Lénine considérait en effet qu’une révolution avait besoin d’une petite élite instiguant et conduisant des grèves dans les usines pour réussir. La Nuit Debout est née de cette conception.

Toute la difficulté des organisateurs consiste aujourd’hui à canaliser l’énergie libérale des militants pour en faire une arme au service d’une révolution marxiste, et c’est pas gagné!

La Nuit Debout face à la tentation marxiste

Face à l’homogénéité libérale des participants – homogénéité à la fois politique et sociale – les marxistes transpirent sang et eau pour réorienter en douceur le mouvement vers la « convergences des luttes », dont ils ont lu dans leurs manuels révolutionnaires qu’elle était l’étape indispensable pour garantir la survenue du bonheur universel. On entend donc régulièrement Frédéric Lordon prendre le micro pour appeler à sortir de la place de la République, ou pour répéter que ce serait tellement mieux si des ouvriers en lutte se mêlaient à la foule.

Cet appel remporte chaque fois un succès d’estime, mais il comporte la même contradiction entre la foi et les actes que la Torah chez les Pharisiens. Faire un grand mouvement social d’accord! mais à condition de ne pas renoncer à la rhétorique bien huilée des délibérations interminables, et à condition de ne pas se promettre une société de demain avec de grandes barres d’immeubles uniformes entourées de Lada que l’on met 15 mois à recevoir tant la production est mal organisée.

C’est évidemment le tabou premier de la Nuit Debout. Son succès tient à un refus politique d’un ordre où l’individu est broyé par les puissants. Ses logisticiens y adhèrent parce qu’ils espèrent abolir la propriété privée des moyens de production. Or cette dernière idée, qui permet l’étatisation complète de la société, est absolument orthogonale avec les pulsions immédiates du mouvement.

Premiers craquements libéraux dans le mouvement

La question de la loi Travail donne l’occasion d’un premier craquement majeur dans l’ordonnancement instable qui a présidé à la naissance du mouvement. Pour les post-marxistes qui ont apporté les gueulophones et les photocopieuses, la loi Travail était un cheval de Troie permettant la fusion du métal pour forger le glaive contre le capitalisme. Dans la pratique, le mouvement de lutte contre la loi s’essouffle, et la Nuit Debout prospère.

Cette vitalité s’explique largement parce que les participants ont décidé d’abandonner la loi Travail comme motif de lutte, et ont choisi de s’occuper du reste de la société. Beaucoup d’étudiants ont trouvé cette situation judicieuse et confortable, parce qu’elle leur permet de faire la révolution sans affronter les forces de l’ordre dans les cortèges organisés par l’UNEF.

Sur ce point, les « anciens » s’amuseront de voir la parfaite concordance temporelle entre le durcissement de la répression contre les manifestations, et les appels à rester place de la République au lieu de manifester lancés par des « délégués » étudiants dont on ne sait pour qui ils roulent. Le gouvernement aurait voulu juguler la résistance à la loi pour mieux la faire passer qu’il ne s’y serait pas pris autrement.

Mais le divorce grandissant entre la Nuit Debout et la lutte contre la loi Travail ne tient pas seulement à une manipulation policière (même si la police française reste toujours aussi superbement efficace pour torpiller les mouvements dissidents). Elle relève d’un phénomène plus profond: la Nuit Debout, parce qu’elle est libérale, ne trouve pas la loi Travail si horrible que cela. Elle s’en accommoderait même, à condition qu’on lui donne une perspective durable sur une société qui harmonise mieux les aspirations individuelles et les contraintes collectives.

Retour à la tradition anarchiste?

La Nuit Debout est née d’une coalition post-marxiste de tendance stalinienne (dont Lordon est une sorte de quintessence), mais sa tradition est fondamentalement anarchiste.

Elle se réfère indirectement à l’anarchisme espagnol qui fit la révolution de 1936, écrasée par les Staliniens bien plus que par Franco, contrairement à ce que dit l’historiographie officielle. Or le programme économique des anarchistes espagnols était libéral et non marxiste. Les déconvenues de Podemos en Espagne le rappellent: l’anarchisme espagnol préconise un entre deux économique étranger à l’étatisation des moyens de production voulu par les marxistes.

Elle trouve aussi ses racines dans les grandes traditions qui ont fait la Révolution de 1789, et dont l’anarcho-syndicalisme ou le mouvement mutualiste furent des avatars au dix-neuvième siècle. Entre la mutuelle de compagnons sous la monarchie de Juillet ou le Second Empire et la Nuit Debout, il existe une parenté évidente qui n’est pas exactement celle que le Front de Gauche apprécie.

Toute la question de la Nuit Debout est désormais de savoir combien de temps les contradictions et les équivoques qui l’ont vu naître pourront coexister pacifiquement.

Voir également:

Place de la Poubelle
Nidra Poller
The Times of Israel
15 avril 2016

Graffiti sur le mur d’un immeuble à l’angle du boulevard Beaumarchais et la rue des Arquebusiers : ISRAEL CRIMINEL. En rouge et, comme on dit, en marge de la grande manifestation de contestation tous azimuts du 9 avril.

Israël criminel, l’expression de base du cerveau reptilien. Le CNT Santé-Social et collectivités distribue des tracts style bande dessinée. « Dans la rue contre l’Etat et les patrons. Aujourd’hui encore la preuve est faite que ceux qui gouvernent font la guerre au peuple ». Allons voir… Une affiche collée sur la route de la manif’ accuse : «leur rêve est notre cauchemar».

Le cauchemar c’est l’état d’urgence, représenté par des CRS en tenue de combat. Comme les soldats d’Israël criminel. Israël, l’injure des injures, c’est les CRS, les patrons et la loi El Khomri personnifiés.

Depuis le 30 mars la Place de la République est occupée par un mouvement brownien, Nuit Debout. En parfaite autogestion, la jeunesse et ses alliés donnent à la Place des airs de jungle de Calais avec un soupçon de Place Tahrir. Les médias adorent ce peuple en convergence de lutte, les AG interminables, les petites idées inscrites au feutre sur de grandes feuilles blanches, leur cantine et leur détermination. Des jeunes journalistes tendent le micro aux jeunes Nuits Debout : « ils exigent le retrait pur et simple de la loi El Khomri. »

En marge, c’est toujours en marge que ça se passe et que ça casse, des cagoulés par centaines attaquent la police et des agences bancaires. Cinq ou six sont interpellés. Les Nuits Debout, affairés à ranger des idées vintage sur les présentoirs de leur pop-up store, nient tout lien avec les petits casseurs. Ils ne cherchent même pas à savoir comment, dans le nouveau monde qu’ils prétendent esquisser, on pourrait gérer cette violence qui se retournera un jour contre eux.

Les pacifistes de la Place de la République, debout aux côtés d’un monument aux morts improvisé aux prémices d’une guerre mal assumée, se couchent devant les tueurs sauvages qui nous guettent.

Ça commence en octobre 2000. En marge, c’est toujours en marge, d’une manifestation pro-palestinienne provoquée par la mise en scène de la « mort du petit Mohamed al Dura » on crie « mort aux Juifs ». La police ne bouge pas. Les MRAP et autres antiracistes ne se retirent pas.

L’important c’est d’inscrire au sein du mouvement le message « Israël criminel » et si quelques Juifs devaient payer le prix fort par la suite tant pis, le peuple aura parlé. Les pacifistes de 2003 s’en prennent aux Juifs pour mieux exprimer leur opposition à l’ « invasion » de l’Irak par ces maudits Américains. Et ainsi de suite : bon an mal an les citoyens se sont habitués aux manifestations de haine humaniste, de violence pacifiste, des incontrôlés fidèles au poste, aux jours de colère, aux morts aux Juifs et à la mort des Juifs. Ici, en France. Et bien entendu là-bas en Israël comme ça se mérite.

Jusqu’au comble de l’enthousiasme en 2014 où on fête le 13 juillet en assiégeant des fidèles dans une synagogue parisienne. S’affichant sans pudeur pro-Hamas, les Gaza-Mon-Amour se foutent des interdictions de manifester, cassent du flic, sèment la destruction à Barbès, pourchassent des Juifs dans le Marais et brûlent leurs commerces à Sarcelles …

Le 26 juillet le drapeau noir du djihad flotte aux pieds de Marianne, Place de la République. Six mois plus tard les djihadistes frappent la France : Charlie Hebdo, Montrouge, Hyper Cacher. Le peuple se redresse. Ils sont des millions dans toute la France. Debout.

Le mot djihad entre enfin dans le vocabulaire et les esprits. On pense avoir vu le pire mais le pire reste à venir. L’exploit Charlie n’est qu’une mise en bouche. Des djihadistes, quelle surprise, reviennent du califat niché dans les rangs des migrants conquérants. D’autres, restés en Europe, répondent aux consignes des donneurs d’ordre en Syrie.

Tout ce petit monde s’organise, s’équipe et se rue sur des Parisiens aux terrasses des cafés et au Bataclan, tout près de la Place de la République. Malgré le ratage au Stade de France—ce sera pour une prochaine fois—ils ont tué 130 personnes, en ont mutilé des dizaines, blessé des centaines. Et c’est là, à côté du mémorial artisanal orné de bougies /fleurs/ messages d’amour et de chagrin, que les Nuits Debout proclament leur innocence.

Ils sont contre la loi El Khomri, pour l’embauche, contre les patrons ; pour le droit au logement, contre le capital; pour les allocations, contre l’Etat ; contre les OGM et les émissions de CO2, pour la musique techno sans entraves… Zadistes, ils sont sans défense contre le djihad.

Les JT servent une tranche de Nuit Debout glorifié suivie d’une assiette de tueurs franco-belges humanisés. Des contestataires imbus de leur personne proclament des nullités sincères. Des combattants de Daech, dorlotés par une justice soucieuse des droits des citoyens, s’expriment par le biais de leurs avocats et familles.

Selon Mohamed Abdeslam, son frère Salah a limité les dégâts en décidant de ne pas se faire exploser le 13 novembre. Mohamed Abrini, l’homme au chapeau, demanderait une médaille pour être sorti indemne du carnage de l’aéroport Zaventem en laissant derrière un sac d’explosifs encore plus puissantes que ceux qui ont effectivement sauté.

De ces vies réduites à néant en Belgique, à Paris, et ailleurs on n’entend rien. De ces familles condamnées au deuil à perpétuité, les médias n’ont rien à montrer.

L’état d’urgence est trop brutal pour les tendres esprits des Nuits Debout qui occupent le devant de la scène depuis deux semaines déjà. Quid des attentats à venir. Plus vite qu’on ne pense et en plus grand.

Comme des enfants qui jouent dans la boue d’un camp de réfugiés, ils s’amusent, ils font des bêtises, on est indulgent car leur innocence nous touche. Ecran de fumée, ils cachent l’impuissance d’un Etat incapable d’assumer ses responsabilités envers le peuple et les forces de l’ordre chargées de nous protéger.

Voir encore:

Merci patron ! », de François Ruffin
Un film d’action directe
Frédéric Lordon (économiste)
Le Monde diplomatique
Février 2016

Comme on ne risque pas d’avoir les studios Universal sur le dos et qu’en réalité il ne s’agit pas tout à fait d’un film à suspense, on peut révéler l’intrigue de Merci patron !, de François Ruffin (1). C’est l’histoire de Serge et Jocelyne Klur, employés d’Ecce, filiale du groupe LVMH, plus exactement employés de son usine de Poix-du-Nord, jadis chargée de la confection des costumes Kenzo. « Jadis », car, mondialisation oblige, le groupe a cru bon d’en délocaliser toute la production en Pologne. Moyennant quoi les Klur ont été invités à se rendre employables ailleurs. Cependant, ils explorent méthodiquement la différence entre employables et employés. Depuis quatre ans. Evidemment, la fin de droits a été passée depuis belle lurette, on tourne à 400 euros par mois, la maison est fraîche — forcément, il n’y a plus de chauffage, et il a fallu se replier dans la seule pièce habitable. Au rayon des vertus tonifiantes, on compte aussi l’élimination de tout excès alimentaire et l’adoption de saines résolutions diététiques ; on peut même aller jusqu’à parler de rationnement — Noël avec une tartine de fromage blanc, les amis de la frugalité apprécieront.

On en est là, c’est-à-dire déjà sur un grand pied, quand survient un avis de saisie de la maison, ni plus ni moins, à la suite d’une ardoise d’assurance de 25 000 euros. Pour les Klur, qui considèrent qu’on est « un gros », voire « un capitaliste », à partir de 3 000 euros par mois, c’est là tomber d’un coup dans des ordres de grandeur qui font sortir de la Voie lactée. Ce qui n’empêche pas d’ailleurs de tirer des conséquences pratiques. En l’occurrence sous la forme du projet, si c’est ça, de foutre le feu à la maison — la seule chose que les Klur aient vraiment eue à eux et dont ils ont tiré à peu près tout ce que l’existence leur a réservé de joies.

On ne fait pas plus local que le cas Klur. Et on ne fait pas plus global non plus. Car les Klur offrent en concentré un résumé presque complet du système. Pourtant, contrairement à bon nombre de ceux qui ont traité avant lui de la condition salariale à l’époque néolibérale, le film de François Ruffin n’a aucune visée analytique ou pédagogique. C’est un film d’un autre genre, difficilement identifiable, d’ailleurs, au regard des catégories cinématographiques habituelles. Le plus juste serait sans doute d’en dire qu’il est un film d’action directe. Car Ruffin, qui a Bernard Arnault dans le collimateur depuis un moment, veut littéralement faire quelque chose de la situation des salariés d’Ecce. En 2008, déjà, il avait fait débouler impromptu les licenciées à l’assemblée générale des actionnaires de LVMH (2). Cette fois, ce sera l’attaque frontale : Klur-Ruffin contre Arnault. L’époque néolibérale enseignant que si l’on ne demande pas avec ce qu’il faut de force, on n’obtient rien, Klur-Ruffin va demander. Avec ce qu’il faut de force. En l’occurrence : 45 000 euros de dédommagement pour réduction à la misère, plus un contrat à durée indéterminée (CDI) quelque part dans le groupe pour Serge ! Et sinon, campagne de presse. Pas Le Monde, pas France Inter, pas Mediapart : Fakir, journal fondé par Ruffin et basé à Amiens. Tremblez, puissants !

C’est à ce moment que le film passe d’un coup dans la quatrième dimension, et nous avec. Car dans le cortex frontal de l’éléphant, l’attaque du moustique a semé un sacré foiridon. Et le puissant se met à trembler pour de bon. On ne peut pas raconter ici la série des hilarantes péripéties qui y conduisent, mais le parti pris de spoiler commande au moins de donner tout de suite la fin de l’histoire : Bernard Arnault s’affale ! On se pince. C’est simple, on ne peut pas y croire. On se dit que le projecteur est couplé à un diffuseur de champignons, qu’on est victime. Or tout est vrai. Comme la physique contemporaine a établi l’existence de l’antimatière, la physique sociale de Merci patron ! nous découvre l’univers parallèle de l’antilutte des classes : tout s’y passe comme dans l’autre, mais à l’envers. C’est l’opprimé qui fait mordre la poussière à l’homme aux écus. On se doute que cette irruption de l’univers inversé dans l’univers standard est un événement rare. Mais on l’a vue, de nos yeux vue ! Alors il faut bien y croire. Avec cet effet particulier que la reddition de l’entendement donne aussitôt l’irrésistible envie de renouveler les résurgences du bon univers dans le mauvais, et pourquoi pas de l’y transfuser totalement.

Passé l’incrédulité, le premier effet de ce film à nul autre pareil, c’est donc de donner le goût des ambitions révisées à la hausse. En commençant par prendre l’exacte mesure de ce qu’il annonce. D’abord, le cauchemar de la droite socialiste : lutte des classes pas morte ! Ça n’était pourtant pas faute d’avoir rédigé toutes les variantes possibles et imaginables de son acte de décès. C’est que, de la lutte des classes, on peut dire ce qu’on veut : que son paysage s’est complexifié ; que le feuilletage de la couche intermédiaire des « cadres » a créé une vaste catégorie d’êtres bifaces, partie du côté du capital (par identification imaginaire), partie du côté du salariat (par statut) ; que cette nouvelle sociologie a fait perdre à la polarisation de classes sa netteté originelle, etc. De la lutte des classes, donc, on peut dire tout cela. Mais certainement pas qu’elle a disparu. Pour en réapercevoir le noyau, il faut cependant monter des opérations de court-circuit, qui font revenir à l’os : typiquement, les ouvrières d’Ecce faisant effraction parmi les actionnaires de LVMH en train de discuter des dividendes, soit le face-à-face pur du capital exploiteur et du travail exploité. Ou alors les Klur : la misère directement rapportable à la valorisation du capital.

Evidemment, ce sont là des spectacles que la droite socialiste voudrait beaucoup s’épargner, et qu’elle s’emploie d’ailleurs à conjurer autant qu’elle peut par toutes les armes de la dénégation. A l’image de la fondation Terra Nova qui, en 2011, s’était mise en devoir d’expliquer que les classes populaires (« populaires » pour ne même plus avoir à dire « ouvrières ») étaient, sinon sociologiquement inexistantes, en tout cas politiquement inintéressantes : ça n’était plus pour elles que la droite socialiste devait penser sa politique. Comme on sait, le problème avec les morts mal tués et mal enterrés, c’est qu’ils reviennent. Ici, les morts font tout de même 25 % de la population active, auxquels ajouter 25 autres pour cent d’employés — une sacrée armée de zombies. Et la promesse de nuits agitées pour tous ceux qui auront pris leurs entreprises de déréalisation pour le réel même. Il faut croire que les spectres gardent le pouvoir d’en terroriser encore quelques-uns, si l’on en juge par l’empressement de Bernard Arnault à dépêcher les sbires de sa sécurité pour négocier contre euros le silence des Klur. Le secrétaire général du groupe, un hiérarque du Parti socialiste, convaincu que le progressisme consiste essentiellement en la progression des dividendes, est à lui seul un résumé sur pattes de toute l’histoire de son parti, doublé d’un fameux cornichon, dont toutes les savantes manœuvres vont conduire Bernard Arnault à la double déconfiture : payer et la publicité !

Ainsi, il arrive aux classes « populaires » de revenir du néant où on a voulu les enfouir, et d’en revenir avec quelque fracas. C’est là sans doute la seconde bonne nouvelle de l’évangile selon saint Klur : il se pourrait que cet ordre social soit beaucoup plus fragile qu’on ne le croit. On commence en tout cas à se poser de sérieuses questions lors de cette scène sublunaire qui voit un ex-commissaire des renseignements généraux, devenu barbouze privé pour l’empire du sac à main, négocier avec les Klur devant une caméra cachée (lui cherche un magnétophone sous une chaise…) et devenir quasi hystérique à l’évocation de Fakir. Que la campagne de presse passe par Le Monde, Mediapart ou par François Hollande, il n’en a cure. Mais Fakir ! Et c’est Molière chez les Picards, avec, à la place de Diafoirus qui trépigne « Le poumon ! », l’ex-commissaire Machin devenu maboule : « Fakir ! Fakir ! » — on le menacerait de tout envoyer à CNN ou au pape, il continuerait de glapir comme un possédé : « Fakir ! »

Rendu à ce point du visionnage, et totalement éberlué, on tente soi-même de reprendre pied pour former à nouveau quelques idées générales. D’ailleurs, avec l’aide du commissaire lui-même ! Qui, du fond de son sens commun de flic, est détenteur d’une philosophie politique à l’état pratique : pourquoi Fakir, qui est tout petit ? Parce que, explique le commissaire, « c’est les minorités agissantes qui font tout ». Si des Klur coachés par le camarade Ruffin ont le pouvoir de mettre Bernard Arnault à quatre pattes, c’est bien qu’en face, on a peur. Confusément conscience que tant de vilenies accumulées ne pourront pas rester éternellement impunies, et peur. Mais alors quid de dix, de cent Klur-Ruffin, d’une armée de Klur-Ruffin ? Et puis décidés à obtenir autre chose que la simple indemnisation de la misère ? Et si l’espoir changeait de camp, si le combat changeait d’âme ?

Le propre des films d’action directe, c’est qu’ils propagent leurs effets bien après leur dernière image. De celui-ci, on sort chargé comme une centrale électrique et avec l’envie de tout renverser — puisque, pour la première fois, c’est une envie qui nous apparaît réaliste. Ecrasés que nous étions par la félonie de la droite socialiste, par l’état d’urgence et la nullité des boutiques de la gauche, Merci patron ! nous sort de l’impuissance et nous rebranche directement sur la force. Ça n’est pas un film, c’est un clairon, une possible levée en masse, un phénomène à l’état latent. De cet événement politique potentiel, il faut faire un événement réel.

(1) Produit par Fakir et Jour2fête, 90 minutes, en salles le 24 février.

(2) Lire François Ruffin, « Insolite face-à-face entre ouvrières et actionnaires », Le Monde diplomatique, août 2008.

Voir de même:

Entretien
François Ruffin : “Nuit Debout n’est pas un mouvement spontané, il a fallu l’organiser”
Mathilde Blottière
Télérama
06/04/2016

François Ruffin, le réalisateur du documentaire “Merci Patron”, matrice et film phare de Nuit Debout, nous raconte comment est né le mouvement, et quel peut être son avenir.

Depuis le 31 mars, ils sont là, des centaines, chaque soir, au pied de la statue de la place de la République, à Paris. Les noctambules de Nuit Debout ne désarment pas. Intimement lié au succès populaire du film Merci Patron, de François Ruffin, et à l’activisme joyeux de son journal, Fakir, le mouvement a pris forme dans la foulée de la création d’un collectif composé « d’intermittents, de syndicalistes et de citoyens engagés ». Tous unis, disent-ils, « contre une politique gouvernementale qui n’a de cesse de réduire nos droits sociaux, au seul profit des intérêts du patronat. » Nuit Debout a déjà essaimé dans une vingtaine de grandes villes en France, et à partir ce mercredi soir, passera même la fontrière belge, les Bruxellois étant invités à se réunir place des Barricades. Nous avons demandé à François Ruffin, que nous avons joint par téléphone, de nous raconter comment tout a commencé…

Quel rôle a joué Merci Patron dans la naissance du mouvement « Nuit debout » ?

D’abord, il y a eu cet article de Frédéric Lordon sur Merci Patron dans Le Monde Diplomatique qui disait que ce film avait tout pour mettre « le feu aux foules ». Je ne suis pas optimiste de nature mais dans le doute, je me suis dit que s’il y avait une chance qu’il dise juste, ça s’organisait. Dans les avant-premières, on voyait bien qu’il se passait quelque chose, et que les gens avaient envie d’agir. Le 23 février, on a donc organisé une rencontre publique à la Bourse du travail qu’on a baptisée : « Leur faire peur ». L’idée, c’était de faire converger des luttes dispersées, qu’il s’agisse de celle contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, de celle des ouvriers de Goodyear, de celle des profs contre la réforme des collèges, etc. On avait convié des syndicalistes, des militants, des intellectuels… Dans la salle, il y avait près de mille personnes. En deuxième partie de soirée, après les interventions publiques, est venu le temps des interventions officieuses. Des tas de gens sont venus s’agglutiner autour de Loïc Canitrot, de la Compagnie Jolie Môme, de Johanna Silva de Fakir et de moi-même, avec une question : « et maintenant, on fait quoi ? » Des mots d’ordre sont apparus. Certaines personnes voulaient se mobiliser de leur côté, sans s’appuyer sur la grande manif du 31 mars contre la Loi travail.

Personnellement, je pense qu’il est toujours préférable de partir de ce qui existe déjà plutôt que d’essayer de créer une dynamique ex nihilo. C’est alors que Loïc, de Jolie Môme, a lancé son propre mot d’ordre : « après la manif, je ne rentre pas chez moi ». L’idée d’occuper un endroit et de faire une projection géante de Merci Patron a fait son chemin… D’autant que chez Fakir, on avait déjà une petite expérience en la matière avec le blocage de la zone industrielle d’Amiens, en octobre 2010, pour protester contre la réforme des retraites.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de croire à ce rassemblement ?

Je ne sais pas. Précisément, le fait d’inventer autre chose que les sempiternels appels à la grève générale, si désespérants quand on mesure le fossé existant entre ces désirs de rébellion et l’état des forces potentiellement mobilisables… Je me suis dit qu’au pire on échouerait – l’avantage, quand on est de gauche, c’est qu’on a l’habitude des défaites. Le collectif « Convergence des luttes » est né dans la foulée. Il ne faudrait surtout pas croire que Nuit Debout est un mouvement spontané, né comme par miracle de la somme de désirs communs. Ceux qui disent « oui, oui » dans l’euphorie de l’instant ne viennent pas tous mouiller leur chemise pour que la dynamique s’enclenche… Il a fallu organiser tout ça, canaliser ces aspirations disparates et ce besoin d’action. Il a fallu communiquer, distribuer des centaines de tracts lors de la manif du 31 mars, créer un site internet puis monter des barnums, acheminer le matériel pour projeter le film…

Quelles sont les revendications des noctambules ?

Cela me paraît assez flou pour l’instant… Des tas de revendications s’agrègent, sociales, écolos, anti-sécuritaires… Tout est parti du rejet de la loi El Khomri. C’est une opposition commune et solide mais aujourd’hui, on a le sentiment que c’est presque devenu un prétexte. Ce qui fédère les uns et les autres, c’est l’absence totale de perspective politique. Moi-même, je suis un déçu des partis politiques : en tant qu’ex-compagnon de route j’ai pris acte du suicide du Front de gauche. Quant aux autres formations de gauche, il suffit de voir ce qui se passe dans ma région, en Picardie : le FN est à 42 % et le PS et les Verts ne trouvent rien de mieux que de se diviser. J’ai compris qu’on était électoralement liquidé. Le changement ne passera plus par les urnes mais par un mouvement social de grande ampleur. C’est le pari presque pascalien que j’ai fait depuis la sortie de Merci Patron.

Peut-on comparer ce mouvent à celui des Indignés espagnols ou d’Occupy Wall Street ?

Je ne crois pas que ce soit comparable. D’abord, si je me souviens bien, Occupy n’a pas très bien marché finalement… Quant aux Indignés, qui ont fini par se constituer en parti politique, il s’agit d’un mouvement massif et populaire, ce que Nuit Debout est loin d’être encore. L’Espagne a connu une crise terrible, bien plus grave que celle que traverse la France… On ne peut pas dupliquer une mobilisation, il faut trouver autre chose. Le plus important et le plus urgent à mes yeux, c’est de dépasser les frontières sociales. Même si on en parle beaucoup, il est frappant de constater que les gens qui occupent la place de la République et d’autres places dans de grandes villes en France ne représentent pas grand monde. Ils appartiennent grosso modo à la même classe que moi, cela dit sans aucun mépris ni jugement : la petite bourgeoisie intellectuelle, à précarité variable. Il ne faut surtout pas en rester là.

Le mouvement doit dépasser les seuls centres urbains et essaimer à la périphérie, dans les banlieues, les zones rurales et industrielles, sinon il trouvera vite ses limites. Il faut trouver le moyen de toucher des milieux populaires. Je suis persuadé que l’une des clefs du succès de Merci Patron réside dans cette rencontre entre différentes classes sociales : le journaliste et les Klur, ce couple d’ouvriers au chômage. Dans le film, j’avais d’ailleurs été très attentif à glisser tout un tas de références culturelles très popus afin que tout le monde puisse s’y reconnaître : ça allait du maroilles à La Petite Maison dans la prairie. Maintenant, si on veut que ça bouge vraiment, il va falloir aller les chercher les Klur !

Comment faire durer un mouvement aussi hétéroclite et vers quoi se dirige-t-il ?

Honnêtement, je n’en sais rien. Je serai place de la République ce soir [mardi 5 avril, NDLR] pour rencontrer les autres initiateurs du mouvement, discuter avec eux, jauger nos forces : a-t-on encore du jus ? Comment faire évoluer la mobilisation ? Pour quels objectifs à atteindre ? En tous cas, je vous l’ai dit, la prochaine étape consiste à sortir de l’entre-soi pour exporter la mobilisation jusqu’au fin fond de la France. Je rêve de Nuit Debout à Flixecourt !

L’affaire des « Panama Papers » va-t-il alimenter le feu de la révolte ?

Malheureusement, je crois que la dénonciation n’a plus vraiment d’effet sur le corps social, trop anesthésié à force de s’être pris des coups. On le dirait immunisé, ou bien atteint d’une forme grave de fatalisme. Des révélations de l’ampleur des « Panama Papers » peuvent peut-être alimenter la colère mais ça ne suffira pas. Il faut proposer une voie, tracer un chemin. Offrir des perspectives de transformation…

Voir aussi:

Loi Travail : comment prendre l’Unef au sérieux ?

Les lycéens et les étudiants sont dans la rue contre la loi travail. Mais que représente le syndicalisme dont ils se réclament ?
Guillaume Nicoulaud
Contrepoints
9 avril 2016

William Martinet est né le 6 septembre 1988. Ça lui fait donc 27 ans, 7 mois et 2 jours à l’heure où j’écris ces lignes. À 27 ans, 7 mois et 2 jours, William Martinet est tout juste titulaire d’une licence de biologie. C’est le représentant, si j’en crois nos ministres et la presse française, de la jeunesse ™.

Moi aussi j’ai eu 27 ans, 7 mois et 2 jours. C’était le 31 décembre 2002. À ce moment-là, j’avais validé mon master 2 et cela faisait déjà trois ans que je travaillais et payais mes impôts, j’étais marié et papa d’une petite fille de presque deux ans.

Il faut dire qu’à l’âge du jeune Martinet, je ne faisais pas de politique. Mon objectif, la priorité de ma vie, c’était d’assurer l’avenir de ma petite famille.

Les comiques de l’Unef

Je les ai bien connus, les comiques de l’Unef. Quand j’étais étudiant, ils étaient encore séparés. Il y avait l’Unef-ID, les sbires du Parti socialiste qui entretenaient Dieu seul sait quelles sortes de relations incestueuses avec la MNEF et il y avait l’Unef-SE, les communistes ; pardon, les trotskistes-lambertistes.

Mais je ne peux pas dire que je les ai bien connus. À vrai dire, ces gens-là, je ne les ai vus que deux ou trois fois : dans les une ou deux semaines qui précédaient les élections du CROUS d’Aix-Marseille, dont tout le monde se foutait éperdument. Ils étaient assez faciles à repérer : des nouvelles têtes qu’on n’avait jamais vues en amphi qui, déguisées en hippies, passaient leurs journées à distribuer des tracts et qui, comble de la rigolade, s’appelaient tous « camarade ».

Il y en a une, en particulier, qui m’a marqué. Elle s’appelait Fleur, elle était plutôt jolie mais le truc le plus extraordinaire avec cette fille-là, c’est que quand vous passiez à moins de dix mètres d’elle, vous étiez toujours à deux doigts de vous faire mordre. Elle était d’une agressivité, mon Dieu…

Nous, on bossait nos partiels, on jouait aux cartes et, pour être honnête, on faisait pas mal la fête. Elle, elle faisait la Révolution et quiconque ne suivait pas le mouvement était un social-traître, un sale bourgeois. Sans rire.

Bref, ces jeunes-là, en cinq ans d’études supérieures, j’ai dû les voir six semaines au grand maximum et j’en garde essentiellement un souvenir amusé.

Il faut dire que l’Unef, scindée en deux ou réunie, n’a jamais représenté rien ni personne. C’est un groupuscule et ça l’a toujours été. Leurs adhérents, c’est moins de 1% des étudiants, et encore, en comptant Martinet, et ils n’ont jamais dû leurs sièges aux élections des CROUS qu’à l’absence totale d’intérêt que portent 92% des étudiants1 à ces élections.

Bref, William Martinet, 27 ans, 7 mois et 2 jours, est président d’une bande de fils et filles de colleurs d’affiches, de ratés du système scolaire qui essaient de préparer leur carrière politique en passant par « l’ENA buissonnière » 2. L’Unef, c’est un ramassis de paumés qui, à l’image de François Fillon qui couvrait les murs de sa chambre de photos du général à 14 ans (au secours !), n’ont jamais envisagé de faire autre chose de leur vie que de consacrer leur incompétence à la direction de la vie des autres.

Des partenaires sociaux

Seulement voilà, en France, les syndicats étudiants sont des partenaires sociaux. Comme leurs aînés, ils ne représentent rien ni personne et sont même universellement détestés jusque dans les bastions les plus radicaux de La Poste3 mais ils ont un statut qui leur vaut d’être reçus à Matignon et des financements publics qui leur permettent de faire croire en leur importance.

L’Unef, c’est cette micro-organisation dont vous n’aviez sans doute plus entendu parler depuis des décennies jusqu’à ce qu’elle se fasse instrumentaliser par l’aile gauche du PS, les « frondeurs », et récupérer par la gauche de l’aile gauche du PS.

Les gamins dans la rue ? Pour l’essentiel, ce sont des lycéens qui n’ont pas lu une ligne de cette loi travail, qui n’y comprennent de toute façon absolument rien mais qui ont, en revanche, parfaitement compris que l’interro de SVT était annulée pour cause de manif.

Non mais sérieusement, vous les avez vus leurs slogans #onvautmieuxqueça ?, « la nuit c’est pour baiser, pas pour travailler », « semaine de 20 heures », « ne perdons pas notre vie à la gagner », « loi El Khomri elle est pourrie », j’en passe. Vous les avez vus ces gamins des beaux quartiers parisiens qui manifestent contre la précarité avec trois Smic sur le dos et en prenant des selfies avec leur iPhone dernier cri ? Vous avez vu la tête des dix délégués de la CGT qui ont soudainement le sentiment de manifester au milieu d’une cour de récréation ?

Prendre ça au sérieux ?

Comment peut-on seulement prendre ça au sérieux ? Vous n’êtes pas allés manifester, vous, quand vous étiez lycéens, contre Devaquet en 1986 ? Contre Jospin en 1990 ? Contre la loi Falloux en 1994 ? Contre le plan Juppé l’année d’après ? Contre Fillon en 2005 ? Allez-y, expliquez-moi à quel point vous étiez conscientisés quand vous chantiez « Devaquet, si tu savais… » sans même savoir qui était ce fameux Devaquet. À côté de chez moi, ils ont même ressortis des affiches de leurs grands-parents avec des caricatures du général de Gaulle ! Je rêve ! #deGaulleDémission !

Alors que les petits-enfants des soixante-huitards remettent le couvert en se prenant plus ou moins au sérieux, passe encore. Après tout, c’est de leur âge ; le coup de l’adolescent qui se rebelle contre la société de ses parents et réclame dans la foulée son argent de poche, c’est vieux comme le monde. Mais que des adultes et, en particulier, nos dirigeants prennent Martinet au sérieux et nous le présentent comme le « représentant de la jeunesse », non. Je veux bien que par facilité de langage ou par paresse intellectuelle on procède à des raccourcis hasardeux mais là, non, vraiment, c’est trop.

La jeunesse, je connais : j’en ai trois représentants à la maison et pas loin d’une centaine en cours tous les ans. Elle n’a rien à voir avec Martinet, la jeunesse, et elle a encore moins à voir avec Caroline De Haas sans parler de Mélenchon et d’Aubry. La jeunesse, la vraie, elle fait exactement ce qu’elle faisait déjà quand j’en faisais partie : elle bosse ses maths, révise ses partiels, cherche un stage, joue au foot, drague les filles et, de temps en temps, se remet de la cuite de la veille.

Alors, de grâce, mesdames et messieurs nos élus, cessez de vous cacher derrière vos partenaires sociaux. Vous ne trompez plus personne depuis longtemps et si eux sont inamovibles pour le moment, ce n’est pas votre cas.

Rappel : avec un taux de syndicalisation de 7.9%, la France se classe bonne dernière de l’OCDE ; aux États-Unis c’est 10.8%, en Espagne c’est 15.6%, en Allemagne c’est 18%, au Royaume-Uni c’est 25.4% et dans les pays scandinaves, on tourne autour de 70%.image: http://s.w.org/images/core/emoji/72×72/21a9.png

Voir encore:

Loi Travail : qui est Gérard Filoche, éternel révolté ? [Replay]
Gérard Filoche ou l’opposant type à la loi travail… et à toute évolution du marché du travail !
Nathalie MP
Contrepoints
31 mars 2016

Si les multiples péripéties de la loi Travail ont permis à William Martinet, jeune Président du syndicat étudiant UNEF, de gagner ses premiers galons de grand leader de gauche dressé vent debout contre toutes les précarités que les patrons veulent imposer aux travailleurs, elles ont aussi donné à Gérard Filoche, membre du Bureau national du Parti socialiste, une véritable tribune pour s’exprimer sans détour sur son sujet préféré, le droit du travail. Or selon lui, cette loi « ignominieuse » présentée par le gouvernement n’est rien de moins qu’un reniement de la gauche et une insulte aux droits de l’homme. 

Non pas que Gérard Filoche était silencieux auparavant, bien au contraire, il est très fort en tweets fracassants. Mais il serait difficile de trouver en France un homme politique ou un syndicaliste plus bardé du mot « travail » que lui : ancien inspecteur du travail maintenant en retraite, il est un fervent défenseur du Code du travail dont il n’a de cesse, sur son blog ou dans ses livres, de vanter les bienfaits et d’exiger la conservation en l’état, modulo quelques menus aménagements partagés par la CGT comme le passage aux 32 heures hebdomadaires par exemple. Un expert, en quelque sorte.

Le seul petit problème, c’est que s’il a fait de la vie au travail son combat, il le réalise à travers une lutte exclusivement centrée contre les entreprises, les actionnaires et les patrons. Dans le monde de Gérard Filoche, ces derniers sont de dangereux délinquants, sinon en fait du moins en puissance, dont l’unique objectif est de s’enrichir grassement et honteusement en pratiquant l’exploitation des salariés dans des entreprises, petites ou grandes, qui sont autant de lieux d’asservissement. Avec sa flexibilité et son inversion de la hiérarchie des normes (l’accord d’entreprise tend à primer sur la loi), la loi Travail n’est rien d’autre « qu’un revolver sur la tempe des salariés. » Elle les livre tout crus aux délires discrétionnaires des patrons, engeance détestable et détestée (voir vidéo ci-dessous, 04′ 56″) :

A ce titre, l’épisode du décès de l’ancien PDG de Total Christophe de Margerie dans un accident d’avion en 2014 est tout à fait révélateur de l’état d’esprit imprégné de « lutte des classes » qui est le sien. L’annonce du décès est à peine parvenue aux intéressés et aux journaux que Gérard Filoche rédige dès l’aurore un tweet préventif destiné à contrecarrer les flots d’hommages qu’il pressent devoir s’amonceler dans la journée sur le nom du dirigeant :

Les réactions défavorables ne se font pas attendre, même au Parti socialiste, où le secrétaire général Jean-Christophe Cambadélis le convoque pour une petite explication les yeux dans les yeux. Gérard Filoche ne compte pas s’excuser. Au contraire, il persiste et signe sur son blog :

Je devine les hommages, les louanges, l’encensement du « grand patron » etc. La propagande pour faire croire que ces gens-là nous sauvent alors que ces puissants-là nous coulent, siphonnent nos salaires, bloquent nos emplois, polluent, détruisent l’environnement,  tournent le dos aux choix citoyens… (Blog de G. Filoche, 23/10/2014)

Des propos d’une grande modération qui lui valent une offre d’asile politique de la part de Jean-Luc Mélenchon au cas où le Parti socialiste opterait pour une sanction d’exclusion. Soyons rassurés, la haute-autorité du PS a su se montrer magnanime et Gérard peut continuer à chahuter tant qu’il veut sur les bancs du Bureau national.

Si les patrons et les entreprises sont les ennemis naturels des travailleurs, comment faire pour « sauver l’emploi et défendre le pouvoir d’achat » sans la coopération de quelques entrepreneurs, seuls aptes à embaucher ? Pour Gérard Filoche, c’est très simple, le Code du travail « doit échapper aux exigences de l’économie. » Pour lui comme pour tout ceux qui veulent régir a priori la vie de leurs concitoyens, l’économie ne saurait être une activité vivante et évolutive pratiquée par des individus libres et créatifs. Pas du tout. L’économie ne doit rien laisser au hasard, et pour bien faire, autant tout planifier à l’avance.

Telle entreprise, dûment surveillée par des instances autorisées, l’inspection du travail par exemple, s’engagera à embaucher tant de personnes et à produire tant de parapluies de telle date à telle date. Il n’est nullement question d’adapter les horaires et la charge de travail à la demande spontanée des clients. D’après Gérard Filoche, la journée doit obligatoirement se répartir en trois parts égales : 8 heures pour travailler, 8 heures pour les loisirs et 8 heures pour se reposer. La semaine doit se limiter à quatre jours travaillés et trois jours de repos dont deux consécutifs. C’est ainsi que l’on pourra lutter contre la subordination au travail, et c’est ainsi que l’on pourra combattre le chômage, en partageant solidairement le travail entre tous.

Gérard Filoche fait partie de ces personnes qui s’imaginent faussement que le travail est un gâteau fini que l’on doit partager entre tous ceux qui veulent travailler pour assurer le plein emploi. C’est exactement l’idée qui présidait à la mise en place des 35 heures par Martine Aubry à partir de l’année 2000. Sans même parler de science économique, l’expérience a montré que non seulement cette loi ne favorisait pas l’emploi, mais qu’elle avait en plus l’énorme inconvénient de désorganiser nombre d’entreprises et de services tels que les hôpitaux. Si entre 2000 et aujourd’hui le chômage a connu des phases de repli, l’explication est à chercher du côté d’un environnement économique mondial porteur, certainement pas du côté des 35 heures.

Le seul gâteau qu’il est possible de partager, c’est la richesse produite. En langage socialiste, ce partage s’appelle la redistribution. Encore faudrait-il qu’il y eût quelque chose à partager. Les parts de chacun seront d’autant plus grosses que le gâteau, c’est à dire la production, sera plus vaste. Et plus les possibilités de faire un gros gâteau s’ouvriront, plus il faudra de mains pour le faire. Il est donc tout à fait vain de vouloir mener des politiques de l’emploi si par ailleurs la production est découragée, par la fiscalité du capital, par exemple, ou par des réglementations abusivement contraignantes, ou par un marché du travail si rigide que chaque embauche devient un risque trop élevé, notamment pour les petites entreprises.

Mais ne parlez pas de tout ça à Gérard Filoche, il n’y croit pas. Un patron étant intrinsèquement mauvais, il faut l’obliger à embaucher puis le récompenser par une fiscalité punitive, conformément aux thèses communistes qu’il a toujours privilégiées tout au long de sa vie.

Né en 1945 à Rouen dans une famille modeste (père cheminot, mère aide-soignante), il suit des études de philosophie pour lesquelles il obtient une licence puis un certificat de maîtrise(*) à l’âge de 22 ans. Remarquons que sur ce point il s’est montré nettement plus assidu que son jeune clone de l’UNEF. Ce n’est vraiment pas de sa faute s’il a été diplômé en 1968. Tous les malheureux qui ont passé des examens dans la foulée de mai 68 ont été l’objet de moqueries amusées, mais pour Gérard Filoche, je pense que ce doit être un titre de gloire. N’a-t-il pas écrit un livre de louanges, Mai 68 Histoire sans fin, sur « le plus grand mouvement de grève de l’histoire de France » ?

Sur le plan politique, son tropisme est clairement communiste. Etudiant, il adhère à l’UNEF, ça n’étonnera personne, puis à la CGT, comme par hasard, puis au Parti communiste, dont il est exclu assez rapidement. Il est co-fondateur de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) d’obédience trotskiste au sein de laquelle il défend une tendance minoritaire en faveur de l’union de la gauche et d’un syndicalisme unitaire regroupant étudiants, salariés et militaires. Ce qui est bien avec les trotskistes, c’est que les intérêts du parti passent avant tout. Fidèle et discipliné, Filoche n’hésite pas à faire lui-même les licenciements qui touchent le journal Rouge, le jour où la LCR décide de le fermer en raison de difficultés financières. Quelle épreuve cruelle pour notre inspecteur du travail !

La LCR ayant refusé de voter à gauche lors des élections législatives de 1993, il rejoint le Parti socialiste en 1994 après un « stage de réflexion » ! Comme au PC et à la LCR, il y défend des positions minoritaires qui trouvent parfois un certain écho auprès d’autres minoritaires plus ou moins isolés tels que Henri Emmanuelli, Martine Aubry ou Benoît Hamon. Parmi ses prises de positions remarquables, notons son opposition au TCE et sa demande d’amnistie pour les syndicalistes casseurs. Lors du dernier congrès du Parti socialiste à Poitiers en juin 2015, il a soutenu la motion B des députés frondeurs.

Professionnellement, il devient contrôleur du travail, et accède au grade d’inspecteur en 1985. Il prend son travail tellement à coeur qu’il est inquiété à plusieurs reprises par la justice pour ses méthodes particulièrement cavalières (accusations de chantage et entrave au fonctionnement d’un comité d’entreprise). Il est toutefois relaxé. Dans l’une des affaires, le tribunal administratif donna raison à Gérard Filoche contre l’avis du Directeur général du travail, Jean-Denis Combrexelle, celui-là même qui rédigea cet automne un rapport sur la modernisation du Code du travail à la demande du gouvernement. On se doute que ces deux-là s’adorent. Gérard Filoche n’hésita pas à lui faire connaître toute l’étendue de son amour dans un tweet bien saignant comme il les affectionne :

Remarquons que dans la vidéo adjointe au tweet, Gérard brandit le Code du travail comme un véritable petit livre rouge dont il vante la sveltesse, une fois déduites les 1500 pages de jurisprudence. Il n’en demeure pas moins qu’au fil du temps ce code a pris un peu de poids conformément à l’inflation législative que la France pratique avec délectation dans tous les domaines. Gérard Filoche a beau citer les proportions beaucoup plus imposantes du Code des impôts, ce n’est guère consolant, et c’est de plus inexact.

Manuel Valls ayant annoncé lundi 14 mars dernier qu’il avait entendu la contestation des jeunes et des salariés, du moins des syndicats qui les représentent si peu et si mal, et le même ayant acté la modification ou la suppression des dispositions les plus décriées de la loi Travail, on pourrait croire que Gérard Filoche est maintenant entièrement satisfait d’avoir obtenu gain de cause contre le Medef et Jean-Denis Combrexelle. On pourrait d’autant plus le croire que le premier ministre, soucieux de gommer les divergences apparues à gauche à quelques mois d’une campagne électorale qui s’annonce complexe, a promis dans la foulée de relever le point d’indice de la fonction publique et d’octroyer une « garantie jeunes » de 450 € par mois à tous les moins de 26 ans sans emploi ni formation. Voilà qui devrait faire plaisir à Gérard. Eh bien, non. Il n’est pas si naïf. Encore quelques tweets de Gérard :

Pour les Filoche de ce monde, la lutte est faite pour lutter, peu importe ce qui se passe dans la vraie vie. Peu importe que le gouvernement ait proposé un projet de loi sans grand contenu. Peu importe maintenant qu’il le réduise comme peau de chagrin. Peu importe qu’il « plie sa non-réforme ». Peu importe qu’après cette fausse tentation libérale, il revienne aux bonnes vieilles méthodes de la dépense publique et du clientélisme. Peu importe finalement que le gouvernement se manifeste exactement pour ce qu’il est, c’est-à-dire un gouvernement socialiste qui déteste l’initiative privée et la liberté, préférant de beaucoup contrôler les citoyens à travers l’impôt pour les uns et les aides pour les autres. L’occasion de « bien faire », formule de François Hollande, s’est présentée et n’a pas été saisie. Filoche devrait s’en réjouir, mais la lutte continue et elle continuera, aveugle, idéologique et haineuse, tant qu’il y aura des patrons et des entreprises à traîner dans la boue.

(*) A l’époque (de 1966 à 1976), les deux années après la licence se décomposaient en deux ou quatre certificats (soit un ou deux par an).

Voir de même:

Lois injustes, insoumission et lutte des classes : les slogans de la «Nuit Debout»
Le Figaro
03/04/2016

EN IMAGES / VIDÉO – Le rassemblement organisé chaque nuit à Paris depuis la manifestation du 31 mars fait parler de lui. État des lieux des slogans et revendications formulés place de la République par les nouveaux «Indignés» français.

«Depuis le premier jour, la #NuitDebout appartient à tou.te.s.» L’affirmation du collectif organisateur, postée dimanche sur Facebook, résume le mélange des mots d’ordre qui agitent les occupants de la place de la République. Les participants aux «Nuits Debouts» sont aussi divers que leurs revendications. L’idée générale, quant à elle, est aussi claire qu’elle est ancienne: la «convergence des luttes».

Écologie, éducation, précarité, logement… Tour d’horizon des slogans et revendications formulés place de la République à Paris et dans une vingtaine d’autres villes du pays.

La loi Travail

Élément fédérateur initial, la loi Travail reste un leitmotiv. Le «retrait définitif» est demandé face à des mesures «libérales». «La gauche fait passer des lois encore plus libérales que la droite», affirme au Parisien Bastien, 19 ans, présent sur la place samedi. Une affirmation en écho à ce slogan, «Désobéis aux lois injustes», inscrit sur une bannière place de la République.

Le rejet du système

«Non, elle ne vient pas pour la loi El Khomri», explique à l’AFP Émilie, 32 ans, venue de l’Ardèche. «On vient dénoncer une fausse démocratie, en créer une vraie, participative, directe. Il faut sortir du capitalisme, y’a plus que le pognon qui compte (…), s’énerve la jeune femme qui dénonce un «ras-le-bol général». La dénonciation du capitalisme – le film de François Ruffin Merci Patron! a été diffusé le premier soir – se mêle à la critique du gouvernement.

«Ce qui nous unit, c’est qu’on en a marre de ce système», lançait ainsi dès le premier jour un jeune homme cité par Politis