Orwell/70e: Hommage à la décence commune (My country right or wrong: rediscovering with Orwell the spiritual need for truth and patriotism for which no substitute has yet been found)

21 février, 2020

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S’ils se taisent, les pierres crieront! Jésus (Luc 19 : 40)
Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. Jésus (Matthieu 11: 25)
Le plus difficile n’est pas de dire ce que l’on voit mais d’accepter de voir ce que l’on voit. Péguy
Dans des temps de tromperie généralisée, le seul fait de dire la vérité est un acte révolutionnaire. George Orwell
Il faut constamment se battre pour voir ce qui se trouve au bout de son nez. Orwell
Government cannot be conducted on “pure” pacifist lines, because any government which refused in all circumstances to use force could be overthrown by anyone, even any individual, who was willing to use force. . . . As to the conquest of England, Gandhi would certainly advise us to let Germans rule here rather than fight against them—in fact he did advocate just that. And if Hitler conquered England he would, I imagine, try to bring into being a nationwide pacifist movement, which would prevent serious resistance and therefore make it easier for him to rule. George Orwell
What would Gandhi do if he wasn’t given a shelf [of freedom by the British] to stand on?. . . The fact is that Gandhi’s political methods were almost irrelevant to the present situation, because they depended on publicity. As Mr. Fischer admits, Gandhi never had to deal with a totalitarian Power. He was dealing with an old-fashioned and rather shaky despotism which treated him in a fairly chivalrous way and allowed him to appeal to world opinion at every step. (…) It is difficult to see how his strategy of fasting and civil disobedience could be applied in a country where political opponents simply disappear and the public never hears anything that the Government does not want it to hear. Moreover, it appears that when Mr. Fischer tellsus that we should follow Gandhi’s teachings he. . . wants to prevent the expansion of Russian imperialism, nonviolently if we can, but violently if we must; whereas Gandhi’s central tenant was that you must not use violence even if the alternative is defeat. Asked to give an opinion on the German Jews, Gandhi apparently answered that they should have committed mass suicide, and thus “arouse the world”—an answer which seems to embarrass even Mr. Fischer. George Orwell
In this yogi-ridden age, it is too readily assumed that “non-attachment” is not only better than a full acceptance of earthly life, but that the ordinary man only rejects it because it is too difficult: in other words, that the average human being is a failed saint. It is doubtful whether this is true. Many people genuinely do not wish to be saints, and it is probable that some who achieve or aspire to sainthood have never felt much temptation to be human beings. (…) We live in a lunatic world in which opposites are constantly changing into one another, in which pacifists find themselves worshipping Hitler, Socialists become Nationalists, patriots become quislings, Buddhistspray for the success of the Japanese Army, and the Stock Market takes an upward turn when the Russians stage an offensive. The creeds [pacifism, Anarchism, Stalinism] have the advantage that they aim at the impossible and therefore in effect demand very little. If you throw in a touch of oriental mysticism and Buchmanite raptures over Gandhi, you have everything that a disaffected intellectual needs. The life of an English gentleman and the moral attitude of a saint can be enjoyed simultaneously. By merely transferring your allegiance from England to India (it used to be Russia), you can indulge to the full in allthe chauvinistic sentiments which would be totally impossible if you recognized them for what they were. In the name of pacifism you can compromise with Hitler, and in the name of spirituality you can keep your money. . . There is indeed a sort of apocalyptic truth in the statement of the German radio that the teachings of Hitler and Gandhi are the same. George Orwell
Le Parti vous disait de rejeter le témoignage de vos yeux et de vos oreilles. C’était son commandement ultime, et le plus essentiel. Le cœur de Winston défaillit quand il pensa à l’énorme puissance déployée contre lui, à la facilité avec laquelle n’importe quel intellectuel du Parti le vaincrait dans une discussion, aux arguments qu’il serait incapable de comprendre et auxquels il pourrait encore moins répondre. Et cependant, c’était lui qui avait raison ! Ils avaient tort, et il avait raison. Il fallait défendre l’évident, le bêta et le vrai. Les truismes sont vrais, cramponne-toi à cela. Le monde matériel existe, ses lois ne changent pas. Les pierres sont dures, l’eau est humide, et les objets qu’on lâche tombent vers le centre de la terre. Avec le sentiment […] qu’il posait un axiome important, il écrivit : “La liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Si cela est accordé, tout le reste suit. George Orwell (1984)
Ce qui me tracasse en ce moment, c’est qu’on ne sait pas très bien si dans des pays comme l’Angleterre les gens ordinaires font suffisamment la différence entre démocratie et despotisme pour avoir envie de défendre leurs libertés. […] Les intellectuels qui affirment aujourd’hui que démocratie et fascisme, c’est blanc bonnet et bonnet blanc, etc., me dépriment au plus haut point. Mais il se peut qu’au moment de l’épreuve de vérité les gens ordinaires s’avèrent être plus intelligents que les intellectuels. George Orwell
Quand vous rentrez en Angleterre après un voyage à l’étranger, vous avez immédiatement la sensation de respirer un air différent […]. La bière est plus amère, les pièces de monnaie sont plus lourdes, l’herbe est plus verte, les publicités sont plus criardes. […] Alors l’immensité de l’Angleterre vous engloutit et vous perdez pour un instant de vue que la nation dans son ensemble possède un seul caractère identifiable. George Orwell
La nuit qui a précédé le Pacte germano-soviétique, j’ai rêvé que la guerre avait commencé. Ce rêve m’a appris que j’étais de tout cœur patriote, que je soutiendrais la guerre et que je combattrais si possible. Tout cela est enfantin, bien sûr, mais je préfère avoir reçu ce type d’éducation que de ressembler aux intellectuels de gauche qui sont tellement ‘ éclairés ’ qu’ils ne peuvent comprendre les émotions les plus ordinaires. George Orwell
Une part de nous veut être un héros ou un saint, mais l’autre moitié c’est ce petit homme gras qui voit très clairement l’avantage qu’il y a à rester en vie. C’est notre moi privé, la voix de notre ventre qui proteste contre notre âme. George Orwell
George Orwell n’imaginait probablement pas que ce qu’il écrivait finirait par être la réalité de la Chine. Etudiant pékinois (décembre 2010)
I want to yell at that liberatory young woman with her sledgehammer: « Don’t do it! » Apple is not different. That industry is going to give rise to innumerable forms of triviality and misogyny, to the concentration of wealth and the dispersal of mental concentration. To suicidal, underpaid Chinese factory workers whose reality must be like that of the shuffling workers in the commercial. If you think a crowd of people staring at one screen is bad, wait until you have created a world in which billions of people stare at their own screens even while walking, driving, eating in the company of friends—all of them eternally elsewhere. Rebecca Solnit
La barbarie commence dans les discours de haine, elle commence dans l’encouragement au discours qui théorise sur ce fameux grand remplacement qui est en réalité un mythe raciste et xénophobe. Nous sommes de ce fait face à une grande responsabilité. Je ne peux pas ne pas le dire sur ce plateau. Quand des médias salarisent des personnes comme Eric Zemmour, on est complice de ce climat. Benjamin Lucas (Génération.S)
On met tous les flics dans des quartiers des minorités. Oui, c’est vrai. Pourquoi on fait ça? Parce que c’est là où il y a toute la criminalité. Comment on les désarme ? Eh bien, on les jette contre le mur et on les fouille. Michael Bloomberg (2015)
Eh bien, pendant longtemps, les gens ont dit que vous ne pouviez rien y faire, mais les Noirs et les Latinos obtiennent de très mauvais résultats aux tests scolaires par rapport aux Blancs et aux Asiatiques. Si vous regardez nos prisons, ce sont principalement des minorités. Si vous regardez là où se trouve la criminalité, c’est dans les quartiers des minorités. Si vous regardez qui sont les victimes et les criminels, c’est pratiquement tous des minorités. C’est quelque chose qui dure depuis longtemps. Je suppose que c’est répandu ailleurs mais c’est certainement vrai à New York. Et pendant de nombreuses années, les gens ont dit que vous ne pouviez rien y faire. Néanmoins, il y a cette énorme cohorte d’hommes noirs et latinos, disons, de 16 à 25 ans qui n’ont pas d’emploi, de perspectives, ne savent pas comment trouver un emploi, ne savent pas quelles sont leurs compétences, ne savent pas comment se comporter sur le lieu de travail où ils doivent travailler en collaboration et collectivement. Il y aura des emplois, si nous pouvons les obtenir pour ces enfants – ou leurs familles – même si leurs pères ne vivent pas avec leur mère, ou n’ont jamais été mariés, ou même s’ils sont en prison, engager les pères. Beaucoup de statistiques montrent que si le père est impliqué, cela donne à l’enfant une certaine compréhension qu’il se dirige sur le mauvais chemin – et leur assigne des mentors. Beaucoup de ces enfants – ce n’est pas qu’ils soient de mauvais enfants – c’est qu’une fois qu’ils ont fait une erreur, il leur est très difficile de s’en sortir. Mais nous avons une obligation envers eux – sinon pour des raisons de compassion, juste pour des raisons égoïstes. Les trois quarts de tous les enfants de New York qui vont en prison purgent une période et en sortent, retournent immédiatement en prison. Les trois quarts d’entre eux. … Nous devons juste rompre ce cycle. Michael Bloomberg (2011)
Avec le temps, j’ai fini par comprendre quelque chose que j’ai longtemps eu du mal à admettre : j’ai eu tort sur un point important. Notre objectif central était de sauver des vies. Mais les faits sont là : beaucoup trop d’innocents ont été arrêtés et une immense majorité d’entre eux étaient noirs ou latinos. Cela a pu inclure, je suis désolé de le dire, certains d’entre vous qui sont ici aujourd’hui, ou vos enfants, vos petits-enfants, vos voisins, vos proches. Michael Bloomberg
Si votre conversation lors d’une élection présidentielle concerne un gars vêtu d’une robe et s’il peut aller au vestiaire avec leur fille, ce n’est pas une formule gagnante pour la plupart des gens. La plupart des gens se soucient des soins de santé, ils se soucient de l’éducation, de la sécurité et de tout ce genre de choses. Nous nous concentrons sur beaucoup de choses qui ont peu de pertinence pour les gens qui essaient de vivre dans un monde qui change à cause de la technologie et des communications et des choses comme ça, et donc vous pouvez comprendre d’où vient quelqu’un comme le président Trump. Aujourd’hui, pratiquement tous les candidats à la présidence du Parti démocrate ont été si progressistes – je ne sais pas ce que signifie progressiste – mais ils sont dans un endroit où se trouve une partie du public américain et il reste à voir si une majorité de l’électorat l’est. Michael Bloomberg
J’aimerais parler de qui nous combattons. Un milliardaire qui traite les femmes de “grosses vaches” et de “lesbiennes au visage chevalin”. Et non, je ne parle pas de Donald Trump, a repris la sénatrice du Massachusetts. Je parle de Michael Bloomberg. Les démocrates prennent un grand risque si nous remplaçons un milliardaire arrogant par un autre. Elizabeth Warren
Qui peut battre Donald Trump ? Et qui peut faire le travail s’il arrive à la Maison Blanche ? Je dirais que je suis le candidat qui peut faire ces deux choses. Bloomberg
Bloomberg says things that can’t be said in polite company. Maybe voters don’t mind as much as elites do. It’s amusing to learn that Mike Bloomberg, just last year, was filmed speaking with his customary bluntness about transgender individuals: “If your conversation during a presidential election is about some guy wearing a dress and whether he, she, or it can go to the locker room with their daughter, that’s not a winning formula for most people,” he said at a business development forum. You can’t talk that way anymore in the upper levels of the Democratic party, the media, the arts, or even corporate America. If Bloomberg had said this as the CEO of a publicly traded company, instead of as the owner of a private one, intense pressure would have been put on the board to fire him. And this was hardly the first time he said something that was guaranteed to offend. “We put all the cops in minority neighborhoods. Yes, that’s true. Why do we do it? Because that’s where all the crime is,” Bloomberg said in 2015 at the Aspen Institute, adding, “The way you get the guns out of the kids’ hands is to throw them up against the wall and frisk them.” Bloomberg hasn’t had to report to anyone for many years, and being as frank as he likes, no matter how rude he sounds, is part of his brand. “A List of Things Bloomberg Actually Said About Fat People, Rape, George W. Bush, and J.Lo” ran one of the more entertaining headlines of this campaign season. My personal favorite is one of many one-liners contained in the now-infamous booklet, The Portable Bloomberg: The Wit and Wisdom of Michael Bloomberg. It was published as a sort of party favor back in 1990 by his employees, and no one quite seems to be able to tell if it is a spoof or an actual compendium of Bloomberg remarks. If the former, it sounds a lot like the latter to a lot of people. A highlight is Bloomberg’s summing-up of the British royals: “What a bunch of misfits — a gay, an architect, that horsey-faced lesbian, and a kid who gave up Koo Stark for some fat broad.”  (…) Yet Bloomberg’s sharp rise in polling has coincided with a concerted effort by the media to score him for all of these grave offenses against political correctness. We’re about to learn whether anyone outside the elite stratum of the country actually considers these sorts of barbed comments to be disqualifying. True, nobody is allowed to talk like this anymore. But then again, the only other politician who dares to is the current occupant of the White House. Which raises the question: Does a history of extreme political incorrectness actually boost Bloomberg’s chances? (…) American elites hear the way Bloomberg talks and think: Shocking! Disqualifying! Outrageous! Median voters might hear something very different: This guy is a match for Trump! (…) The sort of people who get the vapors at offensive comments are going to vote for the Democrat this fall no matter who it is. Bloomberg’s political incorrectness won’t matter any more than Hillary Clinton’s vote for the Iraq War mattered in 2016. Yet the prospect of riding into battle with someone who is as arrogant, aggressive, politically incorrect, and corrosively funny as Trump has to be a tempting proposition to a lot of Democrats. Even if it’s a fellow New York billionaire. Kyle Smith
The French Revolution hit “peak” coerced egalitarianism with the Jacobin takeover and so-called Reign of Terror. After all, when you begin guillotining fellow travelers on charges they are counterrevolutionaries and begin worshiping a new atheist secular power “Reason,” institutionalized as Robespierre’s “Cult of the Supreme Being,” you have mostly reached the limits of political radicalism and are into the territory of the nihilistic, if not the maniacal and absurd—with a rendezvous with Napoleon on the horizon. From 2009 through 2016, Barack Obama recalibrated the Democratic Party’s liberalism into progressive radicalism. He opened the border and all but dismantled existing immigration law. Sanctuary cities sprang up with impunity. Executive orders bypassed the Congress. The Iran Deal ignored the Senate’s treaty-making responsibilities. Obama sought to nationalize healthcare. The concept of “diversity” replaced affirmative action, by redefining racial oppression as distinct from historical grievance and economic disparity and instead lumping together 30 percent of the population as nonwhite, and thus antithetical to the new buzz construct of “white privilege.” Fast and Furious, the surveillance of the Associated Press reporters, Benghazi, the weaponization of the IRS, and the use of CIA, FBI, and DOJ to seed the spurious Steele dossier were all written off as proof of the “most scandal free” administration in memory. But today Obamaism has been figuratively guillotined by the New Jacobins. It is found guilty of crimes of insufficient revolutionary zeal, as well as compromises with the U.S. Constitution and capitalism. Once considered a crank socialist, Senator Bernie Sanders (I-Vt.) is now leads in many Democratic primary polls. Arriving with him at this moment in our politics is peak progressivism. First-term socialists—House representatives such as Alexandria Ocasio-Cortez (D-N.Y.) and her fellow “squad” members, inspired by Sanders—now set the new Democratic agenda. And it is one that is more radical than anything seen in modern American history and largely unsustainable: calls to level a wealth tax and new top income-tax rates of 70-90 percent, to abolish the Immigration and Customs Enforcement Service, all student debt, an enforceable southern border, the internal combustion engine, and most Second Amendment rights, and to enact multi-trillion dollar new entitlements as outlined in the Green New Deal, Medicare for All, free college, free healthcare for illegal aliens, and reparations. Identity politics so rules the rhetoric of the new progressive party that all of its—exclusively white—primary finalists vie to be most vocal in the ritual damning of their own country (that has ironically ensured their own influence, power, success and wealth) as inherently “racist.” (…) Peak progressivism calls for the abolition of the constitutionally mandated Electoral College. Radicals now fault past failed schemes to pack the federal and Supreme Court with left-wing justices only because they failed, and thus advance ways to make court-packing work in the present. The bolder among them wants to reconfigure the U.S. Senate into a proportionally representational house or abolish it altogether. All that would be left after that would be the formal abolition of the U.S. Constitution itself. Primary candidates compete with one another to water down voting laws, variously demanding that 16-year-olds, felons, and illegal aliens should be given the franchise. Gay marriage, which Obama opposed in 2008 and later promoted after reelection, is now passé. The new civil rights cause celebre is transgenderism, an ancient syndrome known in the past under a variety of clinical definitions that affects less than half of one percent of the population. Who, after these peak progressive ideas, would be left as ineligible to vote—12-year-olds, those on death row, the rest of the earth’s population? All moderate Democratic presidential candidates long ago dropped out. Those who have not, such as Joe Biden and Michael Bloomberg, are in virtual reeducation camps, as they promise to progressive rivals and the media to renounce most of their past positions, effusively apologizing for prior incorrect thinking and failure to become sufficiently “woke.” (…) Peak progressivism eventually either recedes, or, to remain viable, entails violence, as in the Russian, Chinese, or Cuban revolutions. The odd thing is not that Sanders supporter James Hodkinson tried to mow down some of the Republican House leadership, or a recent left-wing activist sought to run over Trump supporters with his van, or that Hollywood stars still compete with each other in imagining the most fitting rhetorical torture or killing of the president of the United States—bombing, incineration, beheading, stabbing, shooting, beating—but that progressive voices rarely complain about such extremist rhetoric or actions. Impeachment 1.0 in January 2017 looks tame in comparison to 2.0 in February 2020, which in turn will seem a sell-out compared to 3.0 in 2021. George McGovern ensured a Nixon landslide, Jimmy Carter hastened the Reagan Revolution—and the eventual return of the old Democrats under Bill Clinton. The frightening visions of the new peak progressives will ensure the reelection of Donald Trump, as well as either the likely end of themselves—or else a collective dystopian nightmare. Victor Davis Hanson
The Chinese Communist government increasingly poses an existential threat not just to its own 1.4 billion citizens but to the world at large. China is currently in a dangerously chaotic state. And why not, when a premodern authoritarian society leaps wildly into the brave new world of high-tech science in a single generation? The Chinese technological revolution is overseen by an Orwellian dictatorship. Predictably, the Chinese Communist Party has not developed the social, political, or cultural infrastructure to ensure that its sophisticated industrial and biological research does not go rogue and become destructive to itself and to the billions of people who are on the importing end of Chinese products and protocols. Central Party officials run the government, military, media, and universities collectively in a manner reminiscent of the science-fiction Borg organism of Star Trek, which was a horde of robot-like entities all under the control of a central mind. Thirty years ago, American pundits began gushing over China’s sudden leap from horse-drawn power to solar, wind, and nuclear energy. The Chinese Communist government wowed Westerners. It created from nothing high-speed rail, solar farms, shiny new airports, and gleaming new high-density apartment buildings. Western-trained Chinese scientists soon were conducting sophisticated medical and scientific research. And they often did so rapidly, without the prying regulators, nosy elected officials, and bothersome citizen lawsuits that often burden American and European scientists. To make China instantly rich and modern, the Communist hierarchy — the same government that once caused the deaths of some 60 million innocents under Mao Zedong — ignored property rights. It crushed individual freedom. It embraced secrecy and bulldozed over any who stood in its way. In much the same manner that silly American pundits once praised Benito Mussolini’s fascist efforts to modernize Depression-era Italy, many naifs in the West praised China only because they wished that their own countries could recalibrate so quickly and efficiently — especially in service to green agendas. But the world is learning that China does not just move mountains for new dams or bulldoze ancient neighborhoods that stand in the path of high-speed rail. It also hid the outbreak and the mysterious origins of the deadly coronavirus from its own people and the rest of the planet as well — a more dangerous replay of its earlier effort to mask the spread of the SARS virus. The result was that thousands of unknowing carriers spread the viral plague while the government covered up its epidemic proportions. China, of course, does not wish to have either its products or citizens quarantined from other countries. But the Chinese government will not allow foreign scientists to enter its country to collaborate on containing the coronavirus and developing a vaccine. No wonder Internet conspiracies speculate that the virus was either a rogue product of the Chinese military’s bioengineering weapons lab or originated from bats, snakes, or pangolins and the open-air markets where they are sold as food. It is hard to believe that in 2020, the world’s largest and second-wealthiest country, which boasts of high-tech consumer products and gleaming cities, has imprisoned in “re-education camps” more than 1 million Uighur Muslims in the manner that Hitler, Stalin, and Mao once relocated “undesirable” populations. China seems confident that it will soon rule the world, given its huge population, massive trade surpluses, vast cash reserves, and industries that produce so many of the world’s electronic devices, pharmaceuticals, and consumer goods. For a year, the Chinese government has battled massive street demonstrations for democracy in Hong Kong. Beijing cynically assumes that Western nations don’t care. They are expected to drop their characteristic human-rights advocacy because of how profitable their investments inside China have proven. Beijing was right. Few Western companies complain that Chinese society is surveilled, regulated, and controlled in a nightmarish fashion that George Orwell once predicted in his dystopian novel, 1984. All of these recent scandals should remind the world that China got rich by warping trade and stealing technology in much the same way that it deals with epidemics and dissidents. That is, by simply ignoring legitimate criticism and crushing anyone in its way. If the Chinese Communist Borg is willing to put millions of its own citizens at risk of infection and death, why would it care about foreigners’ complaints that China is getting rich and powerful by breaking international trade rules? The truth about President Trump’s decision to call China to account over its systematic abuse of international trade norms is not that Trump’s policy is reckless or ill-considered. It’s that at this late date, the reckoning might prove too little, too late. Victor Davis Hanson
Une enquête de Bloomberg révèle qu’Amazon emploie des milliers de salariés dans le monde pour écouter les conversations des utilisateurs avec Alexa, l’assistant vocal qui alimente les enceintes Echo du géant et plus de 100 millions d’objets connectés dans le monde. Ces employés travaillent neuf heures par jour dans des bureaux à Boston, au Costa Rica, en Inde ou encore en Roumanie. Il analyse jusqu’à 1000 clips audio par jour pour transcrire et annoter leur contenu. Le but est d’améliorer l’outil de reconnaissance vocale en éliminant les lacunes dans la compréhension de la parole humaine par Alexa et en l’aidant à mieux répondre aux demandes des utilisateurs. Un employé explique ainsi à Bloomberg avoir aidé Alexa à mieux comprendre le nom «Taylor Swift» en lui indiquant que l’utilisateur parlait d’une artiste musicale. Parmi le type de clips auxquels les salariés accèdent, des requêtes mais aussi des sons enregistrés comme une femme qui chante mal sous la douche. Problème: ces fichiers peuvent être partagés sur une messagerie interne pour aider un collègue à mieux interpréter une phrase ou pour se moquer d’un enregistrement amusant. D’autres extraits sont parfois plus problématiques. Deux personnes qui travaillaient pour Amazon ont ainsi raconté avoir entendu ce qui ressemblait à une agression sexuelle. Après l’avoir mentionné à leur hiérarchie, ils ont été informés qu’Amazon ne souhaitait pas réagir à la situation.  (…) Amazon mentionne dans ses conditions d’utilisation que les conversations des utilisateurs avec Alexa sont enregistrées pour améliorer son assistant virtuel. Cependant, le géant n’y précise explicitement pas que ces conversations peuvent être écoutées par des humains. Et si l’utilisateur peut limiter via les paramètres de confidentialité d’Alexa l’utilisation qui est faite de ces enregistrements, il ne peut jamais empêcher cette transmission. (…) Amazon n’est pas la seule entreprise à faire écouter une partie de ces conversations à des humains pour améliorer son outil de reconnaissance vocale. C’est aussi le cas chez Google et Apple avec leurs propres assistants vocaux Google Assistant et Siri. Pour Siri d’Apple, les enregistrements passés en revue ne contiennent pas d’informations personnelles. Durant les six mois où ils sont stockés, ils sont liés à un identifiant aléatoire selon un livre blanc sur la sécurité d’Apple. Après ces six mois, les données sont dépourvues de leur identifiant aléatoire, mais elles peuvent être stockées plus longtemps pour améliorer la reconnaissance vocale de Siri. Chez Google, certains réviseurs peuvent accéder à des extraits audio de Google Assistant, mais ces derniers ne sont associés à aucune information personnelle et le son est déformé, selon l’entreprise. Dans la nuit du 2 au 3 août, Amazon a mis à jour son application Alexa pour expliquer plus clairement la manière dont les enregistrements sont utilisés. Ainsi, on peut dorénavant lire que «les fichiers audios peuvent être […] manuellement révisés pour aider à améliorer les services [d’Amazon]». Alors qu’avant, la firme indiquait seulement que les enregistrements pouvaient «être utilisés pour développer de nouvelles fonctionnalités». Via l’application, il est aussi possible de désactiver l’envoi et l’écoute des fichiers audios avec Alexa. L’annonce d’Amazon fait suite à la procédure administrative ouverte par l’autorité de protection des données de Hambourg à l’encontre de Google. Depuis le 1er août et pendant trois mois, la firme n’est plus autorisée à laisser ses employés ou sous-traitants écouter les conversations enregistrées par son assistant intelligent. L’interdiction s’étend à toute l’Union Européenne. Apple a également emboîté le pas à Google et Amazon. La firme a annoncé au média TechCrunch qu’elle suspendait la manière dont les enregistrements sont utilisés pour améliorer son assistant vocal, «le temps de le réexaminer en profondeur». Cette décision s’applique au monde entier. Figaro
Au moment où j’écris, des êtres humains hautement civilisés veulent au-dessus de moi et essaient de me tuer. George Orwell
En 1930, il n’y avait aucune activité, sauf peut-être la recherche scientifique, les arts et l’engagement politique de gauche à laquelle puisse croire un individu conscient. La civilisation occidentale était au plus bas de son prestige et le “désenchantement” était partout. Qui pouvait encore envisager de réussir sa vie dans les carrières traditionnelles de la classe moyenne – en devenant officier, clergyman, agent de change, fonctionnaire aux Indes ou que sais-je encore ? Et que restait-il des valeurs de nos grands-parents ? Le patriotisme, la religion, l’Empire, la famille, le caractère sacré du mariage, la cravate aux couleurs du collège, la naissance, l’éducation, la discipline – tout individu moyennement éduqué pouvait en trois minutes vous démontrer l’inanité de tout cela. Mais qu’obtient-on, en fin de compte, en se débarrassant de choses aussi élémentaires que le patriotisme ou la religion ? On n’est pas pour autant débarrassé du besoin de croire à quelque chose. […] Je ne crois pas qu’il faille aller chercher plus loin les raisons pour lesquelles les jeunes écrivains des années 1930 se sont rassemblés sous le houlette du parti communiste. Il y avait là une Église, une armée, une orthodoxie, une discipline. Il y avait là une Patrie et – en tout cas depuis 1935 ou à peu près – un Führer. Tous les attachements profonds et toutes les superstitions dont l’esprit avait apparemment fait litière pouvaient revenir en force sous le plus mince des déguisements. Le patriotisme, l’Empire, la religion, la gloire militaire – tout cela était contenu dans un seul mot : “Russie”. […] Dans ces conditions, le “communisme de l’intellectuel anglais apparaît comme un phénomène assez aisément explicable : c’est le patriotisme des déracinés. » George Orwell
L’auteur de 1984, l’un des romans politiques les plus sombres du XXème siècle, était un grand optimiste, amoureux de son pays, à l’aise dans son époque, même si, dans ses fantasmes, il aurait préféré vivre au XVIIIème siècle en « joyeux pasteur ». Il conçut son existence comme une œuvre, et son œuvre, d’abord comme la quête d’une écriture (…) Son inclinaison profonde en tant que personnage public ne fut pas la politique mais la morale. Lorsqu’on étudie l’un des aspects de sa pensée, il faut constamment avoir à l’esprit ces paramètres. Nous sommes en présence d’un homme heureux, d’un écrivain poursuivant, à sa manière, un objectif de modernité, d’un citoyen qui attribuait au peuple anglais des vertus cardinales : gentillesse, loyauté, amour de la tradition, decency (décence, politesse, bonne mœurs), et ce don, pour lui apanage de ses compatriotes, de ne pas se laisser impressionner par les grands hommes, comme Napoléon, Churchill ou Staline. Raymond Williams a dit d’Orwell qu’il était un auteur bien anglais, éminemment insulaire et cocardier (Orwell, Londres, 1971). On verra que son attitude vis-à-vis de sa patrie a évolué au gré des circonstances personnelles et historiques. Ce qui ne changera jamais, c’est la prééminence du ressenti, de l’esthétique et de la morale, alliée à une conscience aiguë de la rhétorique, elle-même vécue comme une modalité politique du discours et de l’écriture. Ainsi, à l’automne 1940, au début de la guerre, les alliances se nouent et se dénouent. Orwell se demande si le conflit sera purement impérialiste et s’il faudra faire front commun avec la bourgeoisie. Tout en se posant ces questions d’importance, il ne peut s’empêcher d’écouter ses voix et de moraliser : « La nuit qui a précédé le Pacte germano-soviétique, j’ai rêvé que la guerre avait commencé. Ce rêve m’a appris que j’étais de tout cœur patriote, que je soutiendrais la guerre et que je combattrais si possible. Tout cela est enfantin, bien sûr, mais je préfère avoir reçu ce type d’éducation que de ressembler aux intellectuels de gauche qui sont tellement ‘ éclairés ’ qu’ils ne peuvent comprendre les émotions les plus ordinaires. » L’enfance d’Orwell fut marquée, pour ce qui nous concerne ici, par la catastrophe du Titanic. Dans un texte de résistance consensuel, très “ union nationale ” de 1940 (“My Country Right and Left ”, “ Mon pays, “ de droite et de gauche ” ou “ qu’il ait raison ou tort ”), Orwell évoque ce traumatisme. Il laisse entendre que l’attachement à une nation découle plus d’un ressenti charnel à des événements isolés mais marquants qu’à de grandes causes ou à une Histoire qui se fait mais qui n’est pas toujours lisible. En primaire, Orwell eut beau détester la discipline sadique des écoles primaires privées, les preparatory schools, il n’en admit pas moins, par la suite, que les grandes victoires anglaises (au diable les régiments écossais ou gallois !) furent préparées sur les terrains de cricket des écoles privées, la guerre n’étant qu’une forme suprême du sport où il est impossible de tricher (Orwell fut cependant l’un des premiers à dénoncer la concomitance entre sport et nationalisme dans un article visionnaire de 1945, “ The Sporting Spirit ”). Á Eton, il reçut sa part d’enseignement, de culture militariste. Il sut prendre du recul par rapport à cette vision du monde, ce qui ne l’empêcha pas de s’enrôler au sortir de l’enseignement secondaire, alors que rien ni personne ne l’y contraignait, dans la police impériale en Birmanie. Or c’est bel et bien durant sa plus tendre enfance que le futur écrivain avait été imprégné d’idéologie belliciste, d’une philosophie portant au plus haut niveau les valeurs de défense sacrée de la patrie, avec comme corollaire une dépréciation de l’ennemi. Orwell va se forger une conscience politique dans les années trente, non sans hésitations et revirements. Contre sa classe d’origine, la bourgeoisie impérialiste, et contre lui-même, en tirant parti de la névrose de culpabilité qui le taraude depuis l’enfance. Pour ce faire, il lui faudra passer par la France et l’immersion dans des franges défavorisées de la classe ouvrière, le Kent des travailleurs agricoles exploités et le Londres des clochards (voir son premier ouvrage, une biofiction : Down and Out in Paris and London, 1933. En français, Dans la dèche à Paris et à Londres). C’est qu’Orwell est de ces écrivains qui sont allés au-delà de leur monde et qui, de retour, ont adopté le regard du Persan : « Quand vous rentrez en Angleterre après un voyage à l’étranger, vous avez immédiatement la sensation de respirer un air différent […]. La bière est plus amère, les pièces de monnaie sont plus lourdes, l’herbe est plus verte, les publicités sont plus criardes. […] Alors l’immensité de l’Angleterre vous engloutit et vous perdez pour un instant de vue que la nation dans son ensemble possède un seul caractère identifiable. » Toute la complexité du patriotisme d’Orwell tient dans ces phrases. Il est capable d’observer son univers familier de l’extérieur, mais il est aussi terriblement anglo-centré. Cela dit, par delà des évidences assénées de manière aussi désarmante, il faut retenir qu’avant de s’émerveiller devant les « visages doux et noueux » de ses compatriotes, leurs « mauvaises dents » et leurs « bonnes manières », le « clic-clac des sabots dans les villes du Lancashire », Orwell avait su observer l’Angleterre à partir de la connaissance qu’il avait de son empire : c’est parce qu’il avait vécu au contact des masses exploitées d’Extrême-Orient qu’il pourrait sympathiser avec le lumpen-proletariat anglais puis avec la classe ouvrière proprement dite, « les victimes symboliques de l’injustice qui jouaient le même rôle en Angleterre que les Birmans en Birmanie » (1936). Après la découverte de la condition prolétarienne dans son pays, Orwell part se battre en Espagne, tout simplement parce qu’il faut se dresser contre le fascisme pour laisser une chance au socialisme. (…) Traumatisé par la défaite des Républicains, par la trahison des staliniens, Orwell va alors traverser une phase de doutes personnels durant laquelle les sentiments pacifistes et internationalistes vont prendre le dessus. D’avoir versé son sang, d’avoir été ainsi “ baptisé ”, autorise un Orwell dégoûté par la guerre à envisager, de 1937 à 1939, un certain cynisme dans la démission face à la menace hitlérienne.  (…) Ainsi, après les années 1936-37 où, choqué par la brutalité de la classe dirigeante, par l’irréalisme des élites de la gauche libérale, il a adopté des comportements extrêmes (vivre dans la crasse chez des logeurs exploiteurs du Lancashire, descendre au fond de la mine, partager le lot des combattants de base en Catalogne), il pressent, vers 1938-1939, que le conflit qui s’annonce sera terrible et il recherche des valeurs modérées. Dans les très nombreuses pages qu’il consacre à l’Angleterre et à son peuple, il offre des images et des concepts de paix (dans son roman de 1938 Coming Up for Air – en français Un peu d’air frais, il fait dire à son narrateur : «Pêcher, c’est le contraire de faire la guerre »), de raison, de stabilité, de juste milieu. Mais pas de médiocrité. Orwell n’aimait pas les comportements petits. Il raille Napoléon se rendant aux Anglais par peur des Prussiens, Ludendorff se cachant derrière des lunettes de soleil ou encore cet empereur romain qui s’était barricadé dans des toilettes (Orwell mourut des années avant que le roi du Maroc Hassan II fasse de même). L’idéal d’Orwell à l’époque, c’est un Sancho Pança qui n’aurait pas peur des bombes mais qui ne se planterait pas poitrail nu face à la mitraille : « Une part de nous veut être un héro ou un saint, mais l’autre moitié c’est ce petit homme gras qui voit très clairement l’avantage qu’il y a à rester en vie. C’est notre moi privé, la voix de notre ventre qui proteste contre notre âme. » Aux sentiments anti-guerre qui transparaissaient çà et là dans le discours de Homage to Catalonia succède un comportement franchement pacifiste, en particulier durant l’hiver 1938-39, époque où, souffrant gravement des poumons, il réside pour quelques mois à Marrakech. Il pose qu’être pacifiste ce n’est pas forcément vouloir bloquer les réformes sociales. Il s’est forgé un socialisme dont le marxisme n’est pas totalement exclu (dans The Road to Wigan Pier, en particulier. En français, Le Quai de Wigan). Mais progressivement, et cela le mènera jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, il rejette ce qui, au niveau socio-politique, n’est pas, à ses yeux, anglais : le stalinisme, l’internationalisme prolétarien, le fascisme évidemment, mais aussi l’Église Catholique Romaine et tout ce qui s’apparente aux intellectuels de gauche européens. Il moque avec férocité l’îlot de pensée dissidente de ceux qui « vont chercher leurs recettes de cuisine à Paris et leurs idées à Moscou. »  Face aux dangers – Hitler, la guerre, le capitalisme sauvage, l’industrialisation débridée – Orwell va donc partir dans une quête de l’anglicisé  Sa patrie ne trouvera le salut que dans la réaffirmation de ses valeurs fondamentales. Une transformation de la société anglaise – qu’il appelle de ses vœux – ne se fera que dans le respect des traditions. De 1937 à 1940, le projet d’Orwell est d’établir une continuité entre l’Angleterre du présent et celle du passé. Bernard Gensane
L’essence, la force du patriotisme d’Orwell lui permirent durant deux décennies de tous les dangers de retrouver des valeurs stables, une morale en politique, et d’alimenter son instinct de conservation à la source de son amour pour son pays. Ce patriotisme n’était pas aveugle. L’honnêteté intellectuelle d’Orwell (certes relative), son pessimisme lucide, son humour froid au second degré le faisaient souvent passer pour un prophète de malheur. Ce n’est pas parce qu’il était fondamentalement patriote qu’il aimait et défendait l’Angleterre, mais c’est parce que l’amour de son pays était quintessencié qu’il était patriote. Parce qu’il souhaitait, vers 1940, un consensus politique national et que ce que l’Europe proposait (des régimes forts ou des démocraties en déliquescence) ne lui convenait pas, il soutiendrait son pays de droite comme de gauche (« My country Right and Left »), l’Angleterre de Chamberlain pouvant évoluer à court terme vers un changement radical de société. Orwell établissait par ailleurs une nette distinction entre patriotisme et nationalisme. Être patriote revenait à aimer un endroit, un mode de vie que l’on considérait comme les meilleurs au monde, mais sans pour autant vouloir les imposer aux autres. Pour Orwell, le patriotisme était par nature défensif, militairement et culturellement parlant. Il impliquait par ailleurs une adhésion volontaire à un espace, à une communauté et à des valeurs. Inversement, il concevait le nationalisme comme l’idéologie belliqueuse d’individus en quête de prestige, non pour eux-mêmes mais pour des ensembles dans lesquels ils choisissent d’enfouir leur propre personnalité. Un communiste ne pouvait donc pas, selon lui, être patriote, mais seulement nationaliste, puisqu’il était capable, en l’espace de quelques jours, de transférer ses allégeances selon les nécessités de l’actualité, son rapport à sa terre, à sa patrie étant extrêmement ténu. Il avait établi une typologie de différentes formes de nationalismes : la forme “ positive ”, incarnée par le nationalisme celtique, le sionisme, et ceux qui n’admettaient pas le recul de l’influence anglaise dans le monde ; un nationalisme de “ transfert ” (il faisait se côtoyer le communisme, le pacifisme, le catholicisme militant, la conscience de classe)  (…) La pensée d’Orwell, dans la dernière partie de sa vie, préfigure l’idéologie travailliste des années cinquante, celle qui a rompu, dans les faits, avec le marxisme. Pour Orwell qui, de 1945 à sa mort en 1950, est un sympathisant du Labour, le socialisme se résume à davantage d’égalité et le remplacement des élites obsolètes par ce qu’on n’appelle pas encore la méritocratie. (…) De plus sa pensée, surtout quand elle est novatrice, est constamment bridée par des interférences personnelles. Qu’il écrive des pages anti-impérialistes, socialistes, révolutionnaires ou réformistes, l’image de l’homme vaincu, isolé pour qui un changement profond de société impulsé par le “ peuple ” est une chimère, domine. On peut supposer que le pessimisme d’Orwell a été alimenté par l’échec de soulèvements populaires, comme ceux de Kronstadt ou de Varsovie, sans parler de la prise de Barcelone par les Franquistes. Les patriotes sont ceux qui, pour nous résumer, sont prêts à prendre les armes pour mener une guerre populaire. Les ennemis de la patrie sont les pro-fascistes. L’idée d’une victoire d’Hitler plait aux très riches, aux communistes, aux Chemises noires d’Oswald Mosley (parti fasciste qui, étrangement, fut le premier parti anglais à adopter un programme économique keynésien !), aux pacifistes et à certaines factions catholiques. Et puis, si les choses tournaient mal sur le front intérieur, la totalité des plus pauvres des ouvriers pourrait adopter une position défaitiste mais pas pro-hitlérienne dans les faits. Il restait donc les trois-quarts de la classe ouvrière et la petite bourgeoisie moins les intellectuels de gauche car ces derniers s’étaient, rappelons-le, déconsidérés depuis une dizaine d’années au moins. Le combat étant national et même nationaliste, il faudrait se méfier de cette « intelligentsia européanisée ». De 1945 à 1950, le mot “ patriotisme ” n’apparaît jamais plus sous la plume d’Orwell. Visionnaire comme Churchill – dont il partage certaines conceptions en matière de géopolitique, Orwell a compris que la division du monde est un état de fait durable. Contre ceux qui envisagent une fusion pure et simple des États-Unis et de la Grande Bretagne, contre une petite minorité d’Anglais qui rêve d’une intégration au système soviétique, il envisage des « États-Unis socialistes d’Europe». L’essayiste qui, en 1947, publie dans la revue d’extrême-gauche étasunienne Partisan Review l’article “ Toward European Unity ” rédige les premières moutures d’un univers fictionnel d’où sont absentes les valeurs de la civilisation occidentale, le patriotisme y compris. Bernard Gensane
Qu’est-ce qu’Orwell-Bouwling perçoit d’insupportable et même de terrifiant chez le professionnel de l’antifascisme ? Le fonctionnement mécanique de son langage. Son discours et ses mots ont perdu tout contact avec le monde ordinaire. Ils ont même vampirisé son esprit et s’y sont installés à demeure en se substituant à son expérience. Dès lors, leur contenu importe moins que le pouvoir qu’ils lui donnent sur ceux à qui il s’adresse. Ses mots sont devenus les instruments d’une violence qu’il exerce à l’égard des autres. Mais elle opère aussi sur lui-même puisqu’il n’éprouve plus qu’une seule émotion : la haine. Bien qu’il se réclame de la démocratie, le propagandiste antifasciste a déjà quelque chose de l’intellectuel totalitaire. L’opposé du l’homme ordinaire en effet est l’homme totalitaire, c’est-à-dire l’individu qui est dépossédé de sa capacité d’exercer son jugement de manière indépendante, et du même coup de sa capacité d’éprouver tout l’éventail des sentiments ordinaires. C’est ce qu’annonce au héros de 1984 l’intellectuel dirigeant qui le torture : « Jamais plus tu ne seras capable d’un sentiment humain ordinaire (ordinary human feeling). Tout sera mort en toi. Tu ne seras plus jamais capable d’amour, d’amitié, de joie de vivre, de rire, de curiosité, de courage ou d’intégrité. Tu seras creux. Nous allons te presser jusqu’à ce que tu sois vide, puis nous te remplirons de nous-mêmes.» Il importe de bien comprendre ici que l’adjectif « totalitaire » ne s’applique pas seulement pour Orwell à des régimes et à des mouvements politiques mais à des idées et mécanismes intellectuels qui sont partout à l’œuvre dans le monde moderne. Comme l’explique bien James Conant, « tel qu’[Orwell] l’emploie, le terme “totalitarisme” désigne des stratégies (à la fois pratiques et intellectuelles) qui […] sont appelées ainsi parce qu’elles ont pour but de parvenir à un contrôle total de la pensée, de l’action et des sentiments humains». On observera que cet usage du terme « totalitaire » est conforme à celui de son inventeur probable, le libéral antifasciste italien Giovanni Amendola, qui écrivait en avril 1923 : « Le fascisme ne vise pas tant à gouverner l’Italie qu’à monopoliser le contrôle des consciences italiennes. Il ne lui suffit pas de posséder le pouvoir : il veut posséder la conscience privée de tous les citoyens, il veut la “conversion” des Italiens.» L’usage orwellien du terme « totalitaire », poursuit Conant, « ne recouvre pas seulement des formes de régimes politiques mais aussi des types de pratiques et d’institutions plus envahissantes et plus spécifiques (diverses pratiques journalistiques comptent parmi ses exemples favoris). Mais par-dessus tout, Orwell applique ce terme aux idées des intellectuels – et pas seulement à celles qui ont cours dans […] les “pays totalitaires” mais à des idées qui circulent dans tout le monde industriel moderne». La réponse d’Orwell est claire : les idées qui sont capables de briser notre relation au monde ordinaire. Ce qui rend une idée totalitaire, ce n’est pas son contenu particulier (rien n’est plus opposé quant à leurs contenus respectifs que les idées fascistes et les idées communistes) mais son fonctionnement, ou, plus exactement, sa capacité à fonctionner comme une arme pour détruire l’homme ordinaire. Aucun régime ou mouvement totalitaire n’a jamais proclamé que deux et deux font cinq. Ce serait une croyance aussi absurde que peu efficace. Mais si Orwell en fait le paradigme de l’idée totalitaire, c’est que l’absurdité même de son contenu fait mieux ressortir sa fonction première : priver les individus de tout usage de leur propre entendement (pour parler comme Kant) ou de tout usage de leurs propres concepts (pour parler comme Wittgenstein et Cavell). Si « deux et deux font quatre » n’est pas vrai, ou s’il n’est pas vrai que les pierres sont dures, alors je ne sais plus ce que veut dire le mot « vrai », et je ne peux plus l’utiliser. Il convient de remarquer ici que, pour Orwell, la possibilité d’implanter des dogmes totalitaires irrationnels dans un esprit dépend de la perméabilité de celui-ci aux arguments du scepticisme philosophique. Il y a ainsi dans 1984 un moment sceptique où Winston se dit à lui-même : « Le Parti finirait par annoncer que deux et deux font cinq et il faudrait le croire. Il était inéluctable que, tôt ou tard, il fasse cette déclaration. La logique de sa position l’exigeait. Ce n’était pas seulement la validité de l’expérience mais l’existence même d’une réalité extérieure qui était tacitement niée par sa philosophie. L’hérésie des hérésies était le sens commun. Et ce qui était terrifiant, ce n’était pas qu’ils vous tuent si vous pensiez autrement, mais que peut-être ils avaient raison. Car, après tout, comment pouvons-nous savoir que deux et deux font quatre ? Ou qu’il y a une force de gravitation ? Ou que le passé est immuable ? Si le passé et le monde extérieur n’existent que dans l’esprit et si l’esprit lui-même peut être contrôlé – alors quoi ? » De manière remarquable, Winston ne va échapper à cette menace sceptique, qui le rend vulnérable aux arguments des intellectuels du Parti, que par un raffermissement soudain de sa confiance en lui-même. « Mais non ! Son courage lui sembla soudain suffisant pour s’affermir de lui-même (to stiffen of its own accord).» Cette confiance en lui ne le quittera plus, jusqu’au moment où la torture en brisant son corps laissera son esprit définitivement sans défense face à la dialectique destructrice d’O’Brien. Comme l’a clairement vu le philosophe américain Stanley Cavell, la résistance au scepticisme (et donc au dogmatisme) n’est pas affaire de connaissance théorique ou d’argument philosophique mais de reconnaissance ou d’acceptation du monde ordinaire. « Ce que laisse entendre le scepticisme, c’est que, comme nous n’avons aucun moyen de nous assurer que le monde existe, sa présence à nous-même ne relève pas du connaître. Le monde doit être accepté.» Ce qu’Orwell décrit comme la passivité de l’homme ordinaire n’est ainsi rien d’autre que son acceptation du monde ordinaire. À l’inverse, les intellectuels ont une forte tendance à ne pas se reconnaître comme des hommes ordinaires, c’est-à-dire à ne pas reconnaître la part écrasante de l’ordinaire dans leurs existences. Dans sa recension, en 1936, de Printemps noir d’Henry Miller, Orwell se demande pourquoi « la fiction anglaise de haut niveau est écrite la plupart du temps par des lettrés sur des lettrés pour des lettrés. […] Dickens a su exprimer sous une forme comique, schématique et par là même mémorable, l’honnêteté native de l’homme ordinaire (the native decency of the common man). Et il est important que, sous ce rapport, des gens de toutes sortes puissent être décrits comme “ordinaires” (“common”). Dans un pays tel que l’Angleterre, il existe, par-delà la division des classes, une certaine unité de culture. Tout au long de l’ère chrétienne, et plus nettement encore après la Révolution française, le monde occidental a été hanté par les idées de liberté et d’égalité. Ce ne sont que des idées, mais elles ont pénétré toutes les couches de la société. On voit partout subsister les plus atroces injustices, cruautés, mensonges, snobismes, mais il est peu de gens qui puissent contempler tout cela aussi froidement qu’un propriétaire d’esclaves romains, par exemple». Cet éloge de la common decency, de l’honnêteté commune, appelle quelques remarques. Bien qu’Orwell la dise « native », au sens où elle ne découle pas d’un code moral explicite ni de prescriptions enseignées comme telles, l’honnêteté commune est un héritage historique. Elle était inconnue du propriétaire d’esclaves romain et Orwell l’associe au christianisme et à la Révolution française. Mais si elle est apparue dans l’histoire, elle peut également en disparaître. Le totalitarisme n’est rien d’autre que la tendance à la liquidation de l’honnêteté commune – tendance méthodiquement et systématiquement mise en œuvre par certains courants et régimes politiques, mais tendance inscrite comme une possibilité dans la structure même des sociétés contemporaines. La common decency a pénétré toutes les classes de la société. Elle n’a pas aboli celles-ci, bien évidemment, pas plus qu’elle n’a aboli la lutte des classes. Mais elle constitue un ensemble de dispositions et d’exigences à partir desquelles des hommes appartenant à des classes différentes, voire antagonistes, peuvent, pourvu qu’ils le veuillent vraiment, partager quelque chose de leurs existences. On peut aller plus loin : c’est cette honnêteté commune qui est au principe du projet socialiste d’abolition de la domination de classe et des différences de classe. Orwell ne dit pas comme Engels : faisons d’abord la révolution ; alors, dans les nouvelles conditions économiques et sociales émergera une humanité nouvelle et par conséquent une morale nouvelle que nous sommes incapables aujourd’hui d’anticiper. Orwell dit plutôt : nous savons tous parfaitement ce qu’est l’honnêteté commune ; faisons la révolution pour abolir les barrières de classe qui l’offensent en permanence et qui empêchent qu’elle soit la base effective de la vie sociale. Aucune révolution démocratique ne saurait nous dispenser de l’honnêteté commune. Celle-ci est même la condition sans laquelle la révolution ne saurait être démocratique et aboutira au remplacement d’une classe dirigeante par une autre. « Ce qui me fait peur avec l’intelligentsia moderne, c’est son incapacité à se rendre compte que la société humaine doit avoir pour base l’honnêteté commune (common decency), quelles que puissent être ses formes politiques et économiques. » En effet, l’intelligentsia moderne s’est coupée de ce socle à la fois historique et humain qu’est l’honnêteté commune. Fascinée par la politique de la force, elle est devenue antidémocratique en politique et « réaliste », c’est-à-dire cynique, en morale. Orwell appelle « réalisme » « la doctrine qui veut que la force prime le droit », et il voit dans « la montée du “réalisme” […] le grand événement de l’histoire intellectuelle de notre époque ». (…) On peut juger cette explication un peu courte. Elle a toutefois l’immense mérite de soulever une question importante et difficile : si le monde ordinaire est le monde de mon expérience, il ne peut pas être un monde abstrait où hommes, choses, lieux et coutumes sont interchangeables ; c’est nécessairement un monde concret et particulier : un pays ou une région, une langue, une culture, des institutions, une histoire, etc. Si dans Le Lion et la licorne, un petit livre qu’il publie en 1941 et qui porte comme sous-titre Socialisme et génie anglais, Orwell exalte le mode de vie anglais (de la « bonne tasse de thé »jusqu’aux emblèmes de la royauté) et s’il y conjugue socialisme et patriotisme (qu’il distingue très fermement du nationalisme), ce n’est pas pour concilier artificiellement ses convictions politiques profondes avec l’urgence immédiate de la défense de l’Angleterre. Il l’a proclamé à plusieurs reprises, non sans un brin de provocation : « Aucun révolutionnaire authentique n’a jamais été un internationaliste.» En tout cas, il ne s’est jamais reconnu dans l’internationalisme abstrait du communisme qu’il n’a cessé de dénoncer comme un instrument à peine masqué de la politique de puissance soviétique. Et quand, en décembre 1936, il part combattre en Espagne, il ne le fait pas en activiste de la révolution mondiale mais comme un Anglais socialiste, solidaire des Espagnols antifascistes ; et c’est dans cet esprit qu’il écrira Hommage à la Catalogne. Le patriotisme assumé d’Orwell n’est sûrement pas sans rapport avec l’imperméabilité de la classe populaire anglaise au fascisme comme au stalinisme, aussi avec l’imperméabilité de la classe dirigeante anglaise au fascisme. Dans sa « Lettre de Londres » à la Partisan Review de juillet-août 1941, il écrit : « Ce type de climat où vous n’osez pas parler politique de peur que la Gestapo ne surprenne vos paroles, ce climat est tout bonnement impensable en Angleterre. Toute tentative de l’instaurer sera brisée dans l’œuf, non pas tant par une résistance consciente que par l’incapacité des gens ordinaires (ordinary people) à comprendre ce qu’on attendrait d’eux. Une fois encore, Orwell table moins sur la lucidité de George Bowling que sur sa passivité. Quant à la classe dirigeante, dont il craignait avant guerre qu’elle ne profite du déclenchement des hostilités pour faire basculer le pays dans un anglo-fascisme comparable à l’austro-fascisme d’un Dollfuss, il doit reconnaître qu’elle reste fondamentalement attachée au libéralisme. « La classe dirigeante britannique croit à la démocratie et à la liberté individuelle en un sens étroit et quelque peu hypocrite. Mais du moins, elle croit à la lettre de la loi et s’y tiendra parfois même quand elle n’est pas à son avantage. Rien n’indique qu’elle évolue vers une mentalité véritablement fasciste. La Grande-Bretagne peut être fascisée de l’extérieur ou au terme d’une révolution intérieure, mais la vieille classe dirigeante ne peut, à mon sens, être elle-même l’agent d’un totalitarisme véritable.» Les seuls, encore une fois, qui en Angleterre aient été gagné au totalitarisme sont des intellectuels. Dans l’après-guerre, Orwell verra en eux quelque chose comme un parti de l’étranger. Comme on le voit, le modèle de l’intellectuel ordinaire – de l’intellectuel qui se reconnaît comme un homme ordinaire – se distingue très clairement de celui de l’intellectuel engagé. Celui-ci se vit d’abord comme séparé, puis va rejoindre le combat des autres hommes au nom des valeurs intellectuelles et universelles qui sont les siennes : il court ainsi le risque permanent de se poser comme une autorité dictant aux autres ce qu’ils doivent faire ou assignant à leurs actes un sens qu’il prétend mieux connaître qu’eux-mêmes. L’intellectuel ordinaire, lui, vit les événements et y réagit en homme ordinaire qu’il est et qu’il reconnaît être. Orwell a vécu l’approche de la guerre et la montée des totalitarismes avec les mêmes sentiments et les mêmes réactions que son vendeur d’assurances George Bowling. Certes, parce qu’il était un intellectuel, et plus particulièrement un écrivain, il avait la capacité de mettre ses réactions en mots et en idées. Mais il ne prétendait pas pour autant être un porte-parole. On peut se demander si ce modèle ne constitue pas pour un intellectuel la seule manière d’essayer d’être et de rester un démocrate. Jean-Jacques Rosat

C’est la décence commune, imbécile !

En ces temps de politiquement correct et de novlangue généralisés …

Comme de mensonge entériné par la loi même, entre « mariage pour tous », « enfants pour tous » et sportives transgenres qui gagnent toutes les courses, sur l’origine de la vie ….

Où les débats politiques se transforment en procès staliniens …

Sommant leurs victimes publiquement de faire leur propre autocritique …

Et où face à un camp démocrate

Complètement déconnecté de la réalité …

L’ancien maire de New York et multimilliardaire Michael Bloomberg …

Se voit contraint de renier son franc-parler proprement trumpien …

Jusqu’à s’excuser d’avoir réduit de moitié le nombre de meurtres de sa ville …

Et où avec la technologie occidentale et les conséquences internationales que l’on sait, la Chine ressemble de plus en plus à 1984

Alors que par la voie plus « douce » de la servitude volontaire, l’Occident que nous sommes se livre de plus en plus allègrement au Big brother des GAFAM …

Pendant qu’en Europe, les mêmes dirigeants qui ont imposé à leur population des millions de clandestins musulmans …

Dont nombre d’auteurs d’actes dits « de déséquilibrés » …

N’hésitent pas à dénoncer comme « poison raciste »

Les réactions de rejet qu’ils ont eux-mêmes provoquées …

Comment ne pas repenser …

Contre la réduction au populisme et au fascisme …

De toute parole libre ou d’amour de son pays …

Aux avertissements désormais prophétiques d’un George Orwell …

Dont on fêtait le 70e anniversaire de la mort il y a tout juste un mois…

Contre cette singulière propension, béatification de Gandhi comprise, à l’aveuglement de nos intellectuels …

Qui « vont chercher leurs recettes de cuisine à Paris et leurs idées à Moscou » …

Et ne pas se remémorer sa dévotion à la vérité et à sa défense de « l’homme ordinaire » …

Autrement dit à sa fameuse « décence commune » …

Sans laquelle « le reste ne peut suivre » ?

 

Quand les intellectuels s’emparent du fouet

Orwell & la défense de l’homme ordinaire

Jean-Jacques Rosat

p. 89-109

revue Agone

Numéro 34 | 2005

Notes de la rédaction

Ce texte a pour origine une communication présentée au colloque « Le politique et l’ordinaire » organisé à l’université de Picardie (Amiens) les 5 et 6 avril 2004 par Sandra Laugier, Laurent Bove et Claude Gauthier.

La collection « Banc d’essais », que dirige Jean-Jacques Rosat aux éditions Agone, fera paraître en 2006 un essai de John Newsinger, traduit de l’anglais par Bernard Gensane et consacré à La Politique selon Orwell ; également en projet dans cette collection, préfacé et traduit par Jean-Jacques Rosat, un essai de James Conant, Orwell ou le Pouvoir de la vérité.

La question décisive en politique n’est pas de savoir si l’on dispose de la théorie vraie : comme toutes les théories, les théories politiques sont faillibles et partielles ; et, parce qu’elles sont politiques, elles peuvent facilement devenir des instruments de pouvoir et de domination. La question politique décisive est de savoir comment, dans le monde moderne, chacun, même s’il est un intellectuel, peut rester un homme ordinaire, comment il peut conserver sa capacité de se fier à son expérience et à son jugement, comment il peut préserver son sens du réel et son sens moral.

Cette idée est clairement formulée dans une page célèbre de 1984 : « Le Parti vous disait de rejeter le témoignage de vos yeux et de vos oreilles. C’était son commandement ultime, et le plus essentiel. Le cœur de Winston défaillit quand il pensa à l’énorme puissance déployée contre lui, à la facilité avec laquelle n’importe quel intellectuel du Parti le vaincrait dans une discussion, aux arguments qu’il serait incapable de comprendre et auxquels il pourrait encore moins répondre. Et cependant, c’était lui qui avait raison ! Ils avaient tort, et il avait raison. Il fallait défendre l’évident, le bêta et le vrai. Les truismes sont vrais, cramponne-toi à cela. Le monde matériel existe, ses lois ne changent pas. Les pierres sont dures, l’eau est humide, et les objets qu’on lâche tombent vers le centre de la terre. Avec le sentiment […] qu’il posait un axiome important, il écrivit : “La liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Si cela est accordé, tout le reste suit.”1 »

Il y a donc un monde ordinaire. Les pierres y sont dures, et deux plus deux y font quatre.

Cette caractérisation du monde ordinaire à partir des jugements de perception et des jugements arithmétiques remonte, dans la pensée d’Orwell, à l’année 1936 au moins, soit treize ans avant la publication de 1984. Dans une lettre à l’écrivain américain Henry Miller, l’auteur de Tropique du Cancer, il déclare : « J’ai en moi une sorte d’attitude terre à terre solidement ancrée qui fait que je me sens mal à l’aise dès que je quitte ce monde ordinaire où l’herbe est verte, la pierre dure, etc.2 » Et dans une recension strictement contemporaine de Printemps noir, un roman du même Miller, Orwell explique que « le mot écrit perd son pouvoir s’il s’éloigne trop ou, plus exactement, s’il demeure trop longtemps éloigné du monde ordinaire où deux et deux font quatre3 ». Comme le fait observer le philosophe américain James Conant, les jugements de perception et les jugements arithmétiques élémentaires ont un point commun : « Une fois qu’un membre de notre communauté linguistique est devenu compétent dans l’application des concepts appropriés (perceptuels ou arithmétiques), ce sont deux types de jugements dont il peut facilement établir, individuellement et par lui-même, la vérité ou la fausseté. Une fois qu’il a acquis les concepts appropriés et qu’il les a complètement maîtrisés, ce sont des domaines où il est capable de prononcer un verdict sans s’occuper de ce que devient, au sein de sa communauté, le consensus les concernant. […] Quand le verdict concerne, par exemple, quelque chose que vous êtes le seul à avoir vu, vous avez d’excellentes raisons a priori de vous fier davantage à votre propre vision de l’événement qu’à une version contradictoire, parue, disons, dans le journal.4 »

L’existence du monde ordinaire repose donc sur la capacité de chacun de nous à établir la vérité d’un certain nombre d’affirmations par lui-même, indépendamment de ce que peuvent affirmer les autres et, plus encore, indépendamment de tout pouvoir. Cette capacité est la caractéristique première de l’homme ordinaire. En se cramponnant à ces affirmations, Winston, le personnage central de 1984, lutte pour rester un homme ordinaire, pour penser et agir en sorte que le monde ordinaire continue d’exister.

Car le monde ordinaire peut disparaître.

C’est la découverte terrifiante qu’a faite Orwell en 1937 – un choc qui va déterminer pour le reste de sa vie aussi bien son activité politique que son travail d’écrivain. De retour d’Espagne après avoir combattu le fascisme dans la milice du POUM et après avoir dû s’enfuir pour échapper d’extrême justesse à son arrestation par les communistes, il est abasourdi par la manière dont la presse de gauche anglaise rend compte des événements espagnols et par le degré auquel les intellectuels de gauche ne veulent rien savoir de la liquidation systématique des anarchistes et des militants du POUM par les staliniens. Voici comment, dans ses « Réflexions sur la guerre d’Espagne », écrites cinq ans plus tard, en 1942, à Londres et sous les bombes allemandes, il évoque sa prise de conscience de ce qui est pour lui le trait essentiel, totalement neuf et totalement terrifiant, du totalitarisme : « Tôt dans ma vie, je m’étais aperçu qu’un journal ne rapporte jamais correctement aucun événement, mais en Espagne, pour la première fois, j’ai vu rapporter dans les journaux des choses qui n’avaient plus rien à voir avec les faits, pas même le genre de relation que suppose un mensonge ordinaire. J’ai vu rapporter de grandes batailles là où aucun combat n’avait eu lieu et un complet silence là où des centaines d’hommes avaient été tués. […] J’ai vu les journaux de Londres débiter ces mensonges et des intellectuels zélés bâtir des constructions émotionnelles sur des événements qui n’avaient jamais eu lieu. J’ai vu, en fait, l’histoire s’écrire non pas en fonction de ce qui s’était passé, mais en fonction de ce qui aurait dû se passer selon les diverses “lignes de parti”. […] Ce genre de chose m’effraie, car il me donne souvent le sentiment que le concept même de vérité objective est en voie de disparaître du monde. […] Je suis prêt à croire que l’histoire est la plupart du temps inexacte et déformée, mais, ce qui est propre à notre époque, c’est l’abandon de l’idée que l’histoire pourrait être écrite de façon véridique. Dans le passé, les gens mentaient délibérément, coloraient inconsciemment ce qu’ils écrivaient, ou cherchaient la vérité à grand-peine, tout en sachant bien qu’ils commettraient inévitablement un certain nombre d’erreurs. Mais, dans tous les cas, ils croyaient que les “faits” existent, et qu’on peut plus ou moins les découvrir. Et, dans la pratique, il y avait toujours tout un ensemble de faits sur lesquels à peu près tout le monde pouvait s’accorder. Si vous regardez l’histoire de la dernière guerre [la Première Guerre mondiale], dans l’Encyclopedia Britannica par exemple, vous vous apercevrez qu’une bonne partie des données sont empruntées à des sources allemandes. Un historien allemand et un historien anglais seront en profond désaccord sur bien des points, et même sur des points fondamentaux, mais il y aura toujours cet ensemble de faits neutres, pourrait-on dire, à propos desquels aucun des deux ne contestera sérieusement ce que dit l’autre. C’est précisément cette base d’accord […] que détruit le totalitarisme. […] L’objectif qu’implique cette ligne de pensée est un monde de cauchemar où le Chef, ou une clique dirigeante, ne contrôle pas seulement l’avenir, mais aussi le passé. Si le Chef dit de tel ou tel événement “cela n’a jamais eu lieu” – eh bien, cela n’a jamais eu lieu. S’il dit que deux et deux font cinq – eh bien, deux et deux font cinq. Cette perspective me terrifie beaucoup plus que les bombes – et après ce que ce que nous avons vécu ces dernières années, ce ne sont pas là des propos en l’air.5 »

I —

Qui donc est l’homme ordinaire, ce « dernier homme en Europe » (c’était le titre initial de 1984) dont dépend rien de moins que l’avenir de la liberté et de la civilisation ?

L’homme ordinaire n’est ni le militant ni le citoyen. L’horizon de ses jugements n’est ni l’histoire de l’humanité ni la nation, mais le monde concret et particulier de son expérience, celui sur lequel il a prise et où ses actes ont un sens pour lui. Dans son essai intitulé Dans le ventre de la baleine, Orwell crédite Henry Miller d’avoir donné dans un roman comme Tropique du Cancer une image plus juste de l’homme ordinaire que bien des romanciers engagés : « Parce qu’il est passif par rapport à l’expérience, Miller peut s’approcher davantage de l’homme ordinaire que des auteurs plus soucieux d’engagement. L’homme ordinaire est passif. À l’intérieur d’un cercle étroit (sa vie familiale, et peut-être le syndicat ou la politique locale), il se sent maître de son destin ; mais face aux grands événements majeurs, il est tout aussi démuni que face aux éléments. Bien loin de tenter d’agir sur l’avenir, il file doux et attend que les choses se passent.6 » On le rencontre par exemple dans « les livres écrits sur la Grande Guerre [qui] sont l’œuvre de simples soldats ou d’officiers subalternes, qui ne prétendaient même pas comprendre de quoi il retournait – des livres comme À l’ouest rien de nouveau, Le Feu [ou] L’Adieu aux armes […], écrits non par des propagandistes, mais par des victimes7 ».

L’homme ordinaire, ajoute Orwell, est « apolitique et amoral », non pas au sens où il ignorerait tout code moral et ne voterait jamais aux élections, mais au sens où ni les doctrines morales ni les idéologies politiques ne sont les véritables ressorts de sa conduite. Cette passivité rend l’homme ordinaire plus sensible et plus réceptif aux événements qui bouleversent notre monde et à leur véritable signification que celui qui les appréhende essentiellement à travers les doctrines et les mots.

Dans Un peu d’air frais – le roman qu’Orwell écrit dans l’ambiance de l’avant-Deuxième Guerre mondiale –, le héros et narrateur, George Bowling, ancien combattant de 1914-1918 et vendeur d’assurances dans le civil, est le prototype de l’homme ordinaire. Mieux qu’un intellectuel ou un militant, il voit littéralement non seulement la nouvelle guerre qui vient mais surtout l’après-guerre : « Je ne suis pas un imbécile, mais je ne suis pas non plus un intellectuel (a highbrow). En temps normal, mon horizon ne dépasse pas celui du type moyen de mon âge, qui gagne sept livres par semaines et qui a deux gosses à élever. Et pourtant, j’ai assez de bon sens pour voir que l’ancienne vie à laquelle nous sommes accoutumés est en voie d’être détruite jusque dans ses racines. Je sens que ça vient. Je vois la guerre qui approche et l’après-guerre, les queues devant les magasins d’alimentation, la police secrète et les hauts-parleurs qui vous disent ce qu’il faut penser. Et je ne suis pas le seul dans ce cas. Il y en a des millions comme moi. Les types ordinaires (ordinary chaps) que je croise partout, les types que je rencontre dans les pubs, les conducteurs d’autobus, les représentants en quincaillerie – tous se rendent compte que le monde va mal.8 »

Bowling pense que l’instauration d’un régime fasciste en Angleterre ne changerait pas grand-chose à sa vie quotidienne, puisqu’il n’est pas politiquement engagé. Et pourtant, cette perspective lui est insupportable. « Qu’adviendra-t-il de gens comme moi si nous devons avoir le fascisme en Angleterre ? La vérité est que ça ne fera probablement pas la moindre différence. […] Le type ordinaire comme moi, celui qui passe inaperçu, suivra son train-train habituel. Et pourtant, ça me terrifie – je vous dis que ça me terrifie.9 » En janvier 1940, pendant la « drôle de guerre », Orwell écrit à son éditeur, Victor Gollancz : « Ce qui me tracasse en ce moment, c’est qu’on ne sait pas très bien si dans des pays comme l’Angleterre les gens ordinaires (the ordinary people) font suffisamment la différence entre démocratie et despotisme pour avoir envie de défendre leurs libertés. […] Les intellectuels qui affirment aujourd’hui que démocratie et fascisme c’est blanc bonnet et bonnet blanc, etc., me dépriment au plus haut point. Mais il se peut qu’au moment de l’épreuve de vérité les gens ordinaires (the common people) s’avèrent être plus intelligents que les gens intelligents (more intelligent than the clever ones).10 »

En somme, George Orwell a plutôt confiance dans les réactions de George Bowling.

Un des épisodes les plus remarquables d’Un peu d’air frais est celui où Bowling se rend à une réunion du Club du Livre de Gauche. Ce Club a réellement existé : créé en mai 1936 par l’éditeur Victor Gollancz, c’était un club de diffusion de livres militants (le premier titre proposé à ses membres fut un livre de Maurice Thorez, La France d’aujourd’hui et le Front populaire) et, en même temps, un réseau de cercles qui organisaient des conférences et qui compta jusqu’à 1 200 groupes et 57 000 membres à travers toute l’Angleterre. C’est d’ailleurs par le Club du Livre de Gauche que fut publié et diffusé en 1937 le premier livre d’Orwell à connaître le succès, Le Quai de Wigan (44 000 exemplaires), un reportage sur la vie des ouvriers dans le nord de l’Angleterre11. Cela n’empêcha pas Orwell de combattre vigoureusement la ligne « Front populaire » défendue à cette époque par Gollancz et par le Club du Livre de Gauche. Orwell y voyait une stratégie visant à placer le mouvement ouvrier européen sous la coupe des partis communistes, donc à le subordonner aux exigences de la politique extérieure de l’Union soviétique, et, par conséquent, à stériliser toutes ses potentialités révolutionnaires.

Bowling, l’homme ordinaire, assiste donc à une conférence de dénonciation du fascisme et de Hitler prononcée par un propagandiste et activiste officiel du Front populaire, « un type venu de Londres ». Mais il n’y entend que des mots vides et de la haine. L’orateur lui-même est creux, hormis sa haine. « Vous connaissez le refrain. Ces types-là peuvent vous le moudre pendant des heures, comme un gramophone. Tournez la manivelle, pressez le bouton, et ça y est. Démocratie, fascisme, démocratie. Je trouvais quand même un certain intérêt à l’observer. Un petit homme assez minable, chauve et blanc comme un linge, debout sur l’estrade, à lâcher des slogans. Qu’est-ce qu’il fait là ? Ouvertement, de façon délibérée, il attise la haine. Il se démène pour vous faire haïr certains étrangers qu’il appelle fascistes. Drôle de chose, je me disais, être “M. Untel, l’antifasciste bien connu”. Drôle d’affaire, l’antifascisme. Ce type, je suppose qu’il gagne sa croûte en écrivant des livres contre Hitler. Qu’est-ce qu’il faisait avant Hitler ? Et qu’est-ce qu’il fera si Hitler disparaît ? […] Il essaie d’attiser la haine chez ceux qui l’écoutent, mais ce n’est rien à côté de la haine qu’il éprouve personnellement. […] Si vous le fendiez en deux pour l’ouvrir, tout ce que vous y trouveriez ce serait démocratie-fascisme-démocratie. Ce serait intéressant de connaître la vie privée d’un type pareil. Mais a-t-il seulement une vie privée ? Ou se répand-il d’estrade en estrade, en attisant la haine ? Peut-être même rêve-t-il en slogans ? […] Je vis la vision qui était la sienne. […] Ce qu’il voit […], c’est une image de lui-même frappant des visages avec une clé anglaise, des visages fascistes, bien entendu. […] Frappe ! Au beau milieu ! Les os se brisent comme une coquille d’œuf, et le visage de tout à l’heure n’est plus qu’un gros pâté de confiture de fraise. […] C’est ce qu’il a en tête, qu’il dorme ou qu’il veille, et plus il y pense, plus il aime ça. Et tout est très bien du moment que les visages écrabouillés sont des visages fascistes. C’est ce que vous pouviez entendre au son même de sa voix.12 »

On ne saurait soupçonner Orwell de faiblesse à l’égard du fascisme : dès décembre 1936, il partit le combattre en Espagne les armes à la main, et la balle qui, en mai 1937, lui traversa la gorge et faillit lui coûter la vie venait d’une tranchée fasciste. Orwell-Bowling déteste donc le fascisme au moins autant que le propagandiste à la tribune. Mais il ne le déteste pas de la même manière. Et la manière ici est essentielle. Il le déteste comme un homme ordinaire, pas comme un intellectuel activiste. Qu’est-ce qu’Orwell-Bouwling perçoit d’insupportable et même de terrifiant chez le professionnel de l’antifascisme ? Le fonctionnement mécanique de son langage. Son discours et ses mots ont perdu tout contact avec le monde ordinaire. Ils ont même vampirisé son esprit et s’y sont installés à demeure en se substituant à son expérience. Dès lors, leur contenu importe moins que le pouvoir qu’ils lui donnent sur ceux à qui il s’adresse. Ses mots sont devenus les instruments d’une violence qu’il exerce à l’égard des autres. Mais elle opère aussi sur lui-même puisqu’il n’éprouve plus qu’une seule émotion : la haine. Bien qu’il se réclame de la démocratie, le propagandiste antifasciste a déjà quelque chose de l’intellectuel totalitaire.

II —

L’opposé du l’homme ordinaire en effet est l’homme totalitaire, c’est-à-dire l’individu qui est dépossédé de sa capacité d’exercer son jugement de manière indépendante, et du même coup de sa capacité d’éprouver tout l’éventail des sentiments ordinaires. C’est ce qu’annonce au héros de 1984 l’intellectuel dirigeant qui le torture : « Jamais plus tu ne seras capable d’un sentiment humain ordinaire (ordinary human feeling). Tout sera mort en toi. Tu ne seras plus jamais capable d’amour, d’amitié, de joie de vivre, de rire, de curiosité, de courage ou d’intégrité. Tu seras creux. Nous allons te presser jusqu’à ce que tu sois vide, puis nous te remplirons de nous-mêmes.13 »

Il importe de bien comprendre ici que l’adjectif « totalitaire » ne s’applique pas seulement pour Orwell à des régimes et à des mouvements politiques mais à des idées et mécanismes intellectuels qui sont partout à l’œuvre dans le monde moderne. Comme l’explique bien James Conant, « tel qu’[Orwell] l’emploie, le terme “totalitarisme” désigne des stratégies (à la fois pratiques et intellectuelles) qui […] sont appelées ainsi parce qu’elles ont pour but de parvenir à un contrôle total de la pensée, de l’action et des sentiments humains14 ». On observera que cet usage du terme « totalitaire » est conforme à celui de son inventeur probable, le libéral antifasciste italien Giovanni Amendola, qui écrivait en avril 1923 : « Le fascisme ne vise pas tant à gouverner l’Italie qu’à monopoliser le contrôle des consciences italiennes. Il ne lui suffit pas de posséder le pouvoir : il veut posséder la conscience privée de tous les citoyens, il veut la “conversion” des Italiens.15 » L’usage orwellien du terme « totalitaire », poursuit Conant, « ne recouvre pas seulement des formes de régimes politiques mais aussi des types de pratiques et d’institutions plus envahissantes et plus spécifiques (diverses pratiques journalistiques comptent parmi ses exemples favoris). Mais par-dessus tout, Orwell applique ce terme aux idées des intellectuels – et pas seulement à celles qui ont cours dans […] les “pays totalitaires” mais à des idées qui circulent dans tout le monde industriel moderne16 ».

Quelles idées ?

La réponse d’Orwell est claire : les idées qui sont capables de briser notre relation au monde ordinaire. Ce qui rend une idée totalitaire, ce n’est pas son contenu particulier (rien n’est plus opposé quant à leurs contenus respectifs que les idées fascistes et les idées communistes) mais son fonctionnement, ou, plus exactement, sa capacité à fonctionner comme une arme pour détruire l’homme ordinaire. Aucun régime ou mouvement totalitaire n’a jamais proclamé que deux et deux font cinq. Ce serait une croyance aussi absurde que peu efficace. Mais si Orwell en fait le paradigme de l’idée totalitaire, c’est que l’absurdité même de son contenu fait mieux ressortir sa fonction première : priver les individus de tout usage de leur propre entendement (pour parler comme Kant) ou de tout usage de leurs propres concepts (pour parler comme Wittgenstein et Cavell). Si « deux et deux font quatre » n’est pas vrai, ou s’il n’est pas vrai que les pierres sont dures, alors je ne sais plus ce que veut dire le mot « vrai », et je ne peux plus l’utiliser.

Il convient de remarquer ici que, pour Orwell, la possibilité d’implanter des dogmes totalitaires irrationnels dans un esprit dépend de la perméabilité de celui-ci aux arguments du scepticisme philosophique. Il y a ainsi dans 1984 un moment sceptique où Winston se dit à lui-même : « Le Parti finirait par annoncer que deux et deux font cinq et il faudrait le croire. Il était inéluctable que, tôt ou tard, il fasse cette déclaration. La logique de sa position l’exigeait. Ce n’était pas seulement la validité de l’expérience mais l’existence même d’une réalité extérieure qui était tacitement niée par sa philosophie. L’hérésie des hérésies était le sens commun. Et ce qui était terrifiant, ce n’était pas qu’ils vous tuent si vous pensiez autrement, mais que peut-être ils avaient raison. Car, après tout, comment pouvons-nous savoir que deux et deux font quatre ? Ou qu’il y a une force de gravitation ? Ou que le passé est immuable ? Si le passé et le monde extérieur n’existent que dans l’esprit et si l’esprit lui-même peut être contrôlé – alors quoi ?17 » De manière remarquable, Winston ne va échapper à cette menace sceptique, qui le rend vulnérable aux arguments des intellectuels du Parti, que par un raffermissement soudain de sa confiance en lui-même. « Mais non ! Son courage lui sembla soudain suffisant pour s’affermir de lui-même (to stiffen of its own accord).18 » Cette confiance en lui ne le quittera plus, jusqu’au moment où la torture en brisant son corps laissera son esprit définitivement sans défense face à la dialectique destructrice d’O’Brien. Comme l’a clairement vu le philosophe américain Stanley Cavell, la résistance au scepticisme (et donc au dogmatisme) n’est pas affaire de connaissance théorique ou d’argument philosophique mais de reconnaissance ou d’acceptation du monde ordinaire. « Ce que laisse entendre le scepticisme, c’est que, comme nous n’avons aucun moyen de nous assurer que le monde existe, sa présence à nous-même ne relève pas du connaître. Le monde doit être accepté.19 » Ce qu’Orwell décrit comme la passivité de l’homme ordinaire n’est ainsi rien d’autre que son acceptation du monde ordinaire.

À l’inverse, les intellectuels ont une forte tendance à ne pas se reconnaître comme des hommes ordinaires, c’est-à-dire à ne pas reconnaître la part écrasante de l’ordinaire dans leurs existences.

Dans sa recension, en 1936, de Printemps noir d’Henry Miller, Orwell se demande pourquoi « la fiction anglaise de haut niveau est écrite la plupart du temps par des lettrés sur des lettrés pour des lettrés. […] Les livres sur des gens ordinaires qui se comportent d’une manière ordinaire sont rarissimes parce qu’il faut pour les écrire quelqu’un qui soit capable de se placer à l’intérieur et à l’extérieur de l’homme ordinaire (ordinary man) – tel Joyce simultanément à l’intérieur et à l’extérieur de Bloom. Mais cela revient à admettre qu’on est soi-même, les neuf dixièmes du temps, une personne ordinaire (an ordinary person), chose qu’aucun intellectuel ne veut justement s’avouer.20 » C’est le problème qu’il pose dans son roman Et vive l’aspidistra ! où un jeune poète fauché met toute son énergie à rater sa vie par refus de l’ordinaire21.

Bien qu’Orwell ne le dise pas expressément, cette difficulté des intellectuels à s’assumer comme des gens ordinaires est évidemment liée à leur rapport au langage. L’intellectuel est, par définition, l’homme des mots, l’homme qui vit par les mots, dans les mots, et dont le rapport au monde passe davantage par les mots que par le regard, l’action ou plus généralement l’expérience. Si le scepticisme, au sens où l’entend Cavell, « est la faculté, que possède et désire quiconque possède le langage, de s’exiler, de s’excommunier de la communauté qui, par consensus ou consentement mutuel, fonde l’existence du langage22 », les intellectuels sont plus vulnérables au scepticisme que les gens ordinaires. Ils peuvent alors, à la manière de Descartes, s’enfermer dans leur « poêle » pour douter de l’existence du monde extérieur et même de celle de leur propre corps, en utilisant les mots, coupés de leur usage ordinaire, dans des méditations métaphysiques. Mais ils peuvent aussi les faire fonctionner, tout aussi coupés du monde ordinaire, comme des instruments de déformation de la réalité (dans la propagande, par exemple) et comme des instruments d’exercice du pouvoir sur les esprits. Une des leçons de 1984 est que ces deux usages ne sont pas sans rapport l’un avec l’autre, et que des arguments produits dans les jeux apparemment inoffensifs de la spéculation peuvent, quand ils sont maniés par des intellectuels de pouvoir, devenir de puissants moyens de destruction de la liberté de penser. Par exemple, pour convaincre Winston que le Parti peut se rendre maître du passé, O’Brien utilise l’arsenal des arguments classiques de l’idéalisme qui tendent à prouver que le passé n’existe pas en tant que tel, mais seulement dans les archives et dans l’esprit des hommes.

Il vaut mieux ne pas oublier que le pouvoir sur les esprits est un pouvoir intellectuel et qu’il est exercé par des intellectuels. C’est pourquoi il est essentiel dans l’économie de 1984 qu’O’Brien, l’adversaire de Winston, celui qui finira par le briser intellectuellement, affectivement et moralement, soit lui-même un intellectuel, et que les séances de torture de la troisième partie du roman soient entrecoupées de discussions philosophiques où il l’emporte à tout coup. O’Brien n’est pas un intellectuel au service d’une classe dominante. La caste dominante, c’est lui.

III —

Selon Orwell, en effet, le totalitarisme est le rêve secret de l’intelligentsia.

Dans un essai intitulé « James Burnham et l’ère des organisateurs » qui date de mai 1946, c’est-à-dire de l’époque où il entreprend d’écrire 1984, Orwell met en lumière le lien qui existe entre les prédictions de Burnham – selon lesquelles le pouvoir dans les sociétés modernes va passer des propriétaires capitalistes aux organisateurs (aux managers) – et l’attirance d’une fraction non négligeable des intellectuels anglais pour la Russie de Staline (attirance d’autant plus étrange à première vue que le communisme et le stalinisme n’en ont exercé que très peu sur la classe ouvrière anglaise). « La théorie de Burnham n’est qu’une variante […] du culte de la puissance qui exerce une telle emprise sur les intellectuels. Le communisme en est une variante plus courante, du moins en Angleterre. Si l’on étudie le cas des personnes qui, tout en ayant une idée de la véritable nature du régime soviétique, sont fermement russophiles, on constate que, dans l’ensemble, elles appartiennent à cette classe des “organisateurs” à laquelle Burnham consacre ses écrits. En fait, ce ne sont pas des “organisateurs” au sens étroit, mais des scientifiques, des techniciens, des enseignants, des bureaucrates, des politiciens de métier : de manière générale, des représentants des couches moyennes qui se sentent brimés par un système qui est encore partiellement aristocratique, et qui ont soif de pouvoir et de prestige. Ils se tournent vers l’URSS et y voient – ou croient y voir – un système qui élimine la classe supérieure, maintient la classe ouvrière à sa place et confère un pouvoir illimité à des gens qui leur sont très semblables. C’est seulement après que le régime soviétique est devenu manifestement totalitaire que les intellectuels anglais ont commencé à s’y intéresser en grand nombre. L’intelligentsia britannique russophile désavouerait Burnham, et pourtant il formule en réalité son vœu secret : la destruction de la vieille version égalitaire du socialisme et l’avènement d’une société hiérarchisée où l’intellectuel puisse enfin s’emparer du fouet.23 »

On trouve sans doute ici l’explication d’une caractéristique importante et souvent négligée du type de totalitarisme décrit dans 1984 : le contrôle des esprits et l’endoctrinement permanents n’y concernent que les membres du Parti, les organisateurs au sens large. Tous les autres, les prolétaires, soit 85 % de la population, sont considérés comme « des inférieurs naturels, qui doivent être tenus en état de dépendance, comme les animaux, par l’application de quelques règles simples. Laissés à eux-mêmes comme le bétail dans les plaines de l’Argentine, ils étaient revenus à un style de vie qui leur paraissait naturel selon une sorte de canon ancestral24 ». La société que décrit 1984 n’est ainsi pas tant une parodie du stalinisme – ou d’un mixte de stalinisme et de fascisme comme on le dit souvent – qu’une satire du rêve secret de l’intelligentsia de gauche britannique. Comme l’écrit Judith Shklar, « l’intellectuel qui ne peut pas supporter les intellectuels n’est pas une espèce rare ; mais ce qui singularise Orwell, c’est qu’il a traduit son mépris dans la vision d’une société gouvernée par les objets de son dédain. L’état totalitaire qu’il a imaginé n’est pas tout à fait celui de Staline, non plus que celui d’Hitler. Le Parti Intérieur, qui dispense l’Angsoc et dirige l’aire numéro 1 dans 1984, est composé d’intellectuels radicaux anglo-américains25 ».

Si Orwell concentre ainsi l’essentiel de ses critiques sur « les intelligentsias politique et technique, [sur] les maîtres de la vérité idéologique et [sur] ceux du savoir scientifique », c’est parce que, comme le souligne Michael Walzer, il craint qu’« une fois les capitalistes vaincus, ces deux groupes sociaux ne fassent obstacle à une révolution démocratique ou ne l’usurpent »26. La critique d’Orwell, rappelle Walzer, est « une critique interne au socialisme27 », et l’affrontement entre l’intellectuel et l’homme ordinaire passe ainsi à l’intérieur du mouvement socialiste. Rendant compte, en 1938, d’un recueil d’essais du romancier socialiste et d’origine ouvrière Jack Common, Orwell avertit le lecteur qu’il y apprendra « beaucoup moins de choses sur le socialisme en tant que théorie économique que dans le banal manuel de propagande, mais infiniment plus sur le socialisme en tant qu’article de foi et, pourrait-on presque dire, comme mode de vie. […] On entend ici la voix authentique de l’homme ordinaire (the authentic voice of the ordinary man), de cet homme qui introduirait une nouvelle honnêteté (a new decency) dans la gestion des affaires, si seulement il y accédait, au lieu de ne jamais sortir des tranchées, de l’esclavage salarié et de la prison28 ». Il loue l’auteur d’avoir « mis le doigt sur l’une des principales difficultés auxquelles se heurte le mouvement socialiste – à savoir que le mot “socialisme” a pour un travailleur une signification toute différente de celle qu’il revêt aux yeux d’un marxiste originaire de la classe moyenne. Pour ceux qui tiennent effectivement entre leurs mains les destinées du mouvement socialiste, la quasi-totalité de ce qu’un travailleur manuel entend par “socialisme” est soit absurde soit hérétique. […] Les travailleurs manuels acquièrent dans une civilisation machiniste, de par les conditions mêmes dans lesquels ils vivent, un certain nombre de traits de caractère : droiture, imprévoyance, générosité, haine des privilèges. C’est à partir de ces dispositions précises qu’ils forgent leur conception de la société future, au point que l’idée d’égalité fonde la mystique du socialisme prolétarien. C’est là une conception très différente de celle du socialiste de la classe moyenne, qui vénère en Marx un prophète29 ». Ainsi, c’est la mainmise des intellectuels sur le mouvement ouvrier qui explique pourquoi « ce à quoi on assiste chaque fois, c’est à un soulèvement prolétarien très vite canalisé et trahi par les malins qui se trouvent au sommet, et donc à la naissance d’une nouvelle classe dirigeante. Ce qui ne se réalise jamais, c’est l’égalité30 ».

IV —

Orwell n’est pas ouvriériste. D’abord, l’idée d’attribuer à la classe ouvrière, parce qu’elle est la classe exploitée, un rôle dirigeant ou messianique est totalement étrangère à Orwell. Et surtout, les dispositions morales qu’il reconnaît aux ouvriers ordinaires – droiture, générosité, haine des privilèges, soif d’égalité – ne sont pas spécifiquement ouvrières : elles relèvent de l’honnêteté commune, de ce qu’il appelle lui-même la common decency : cette morale déclarée “bourgeoise” par les intellectuels de gauche et, à ce titre, décriée par eux – morale qui est simplement celle des gens ordinaires.

Dans son essai sur Dickens, qui est un de ses chefs-d’œuvre, Orwell exalte ce qu’il tient pour « un des traits caractéristiques de la culture populaire occidentale. Il est présent dans les contes et les chansons humoristiques, dans des figures mythiques comme Mickey Mouse ou Popeye (deux avatars de Jack le Tueur de Géants), dans l’histoire du socialisme ouvrier. […] C’est le sentiment qu’il faut toujours être du côté de l’opprimé, prendre le parti du faible contre le fort. [… L]’homme ordinaire (the common man) vit toujours dans l’univers psychologique de Dickens, [alors que] la plupart des intellectuels, pour ne pas dire tous, se sont ralliés à une forme de totalitarisme ou à une autre. D’un point de vue marxiste ou fasciste, la quasi-totalité des valeurs défendues par Dickens peuvent être assimilées à la “morale bourgeoise” et honnies à ce titre. Mais pour ce qui est des conceptions morales, il n’y a rien de plus “bourgeois” que la classe ouvrière anglaise. Les gens ordinaires (the ordinary people), dans les pays occidentaux, n’ont pas encore accepté l’univers mental du “réalisme” et de la politique de la Force. […] Dickens a su exprimer sous une forme comique, schématique et par là même mémorable, l’honnêteté native de l’homme ordinaire (the native decency of the common man). Et il est important que, sous ce rapport, des gens de toutes sortes puissent être décrits comme “ordinaires” (“common”). Dans un pays tel que l’Angleterre, il existe, par-delà la division des classes, une certaine unité de culture. Tout au long de l’ère chrétienne, et plus nettement encore après la Révolution française, le monde occidental a été hanté par les idées de liberté et d’égalité. Ce ne sont que des idées, mais elles ont pénétré toutes les couches de la société. On voit partout subsister les plus atroces injustices, cruautés, mensonges, snobismes, mais il est peu de gens qui puissent contempler tout cela aussi froidement qu’un propriétaire d’esclaves romains, par exemple31 ».

Cet éloge de la common decency, de l’honnêteté commune, appelle quelques remarques.

Bien qu’Orwell la dise « native », au sens où elle ne découle pas d’un code moral explicite ni de prescriptions enseignées comme telles, l’honnêteté commune est un héritage historique. Elle était inconnue du propriétaire d’esclaves romain et Orwell l’associe au christianisme et à la Révolution française. Mais si elle est apparue dans l’histoire, elle peut également en disparaître. Le totalitarisme n’est rien d’autre que la tendance à la liquidation de l’honnêteté commune – tendance méthodiquement et systématiquement mise en œuvre par certains courants et régimes politiques, mais tendance inscrite comme une possibilité dans la structure même des sociétés contemporaines.

32 Ibid., p. 663.

La common decency a pénétré toutes les classes de la société. Elle n’a pas aboli celles-ci, bien évidemment, pas plus qu’elle n’a aboli la lutte des classes. Mais elle constitue un ensemble de dispositions et d’exigences à partir desquelles des hommes appartenant à des classes différentes, voire antagonistes, peuvent, pourvu qu’ils le veuillent vraiment, partager quelque chose de leurs existences.

On peut aller plus loin : c’est cette honnêteté commune qui est au principe du projet socialiste d’abolition de la domination de classe et des différences de classe. Orwell ne dit pas comme Engels : faisons d’abord la révolution ; alors, dans les nouvelles conditions économiques et sociales émergera une humanité nouvelle et par conséquent une morale nouvelle que nous sommes incapables aujourd’hui d’anticiper. Orwell dit plutôt : nous savons tous parfaitement ce qu’est l’honnêteté commune ; faisons la révolution pour abolir les barrières de classe qui l’offensent en permanence et qui empêchent qu’elle soit la base effective de la vie sociale. Aucune révolution démocratique ne saurait nous dispenser de l’honnêteté commune. Celle-ci est même la condition sans laquelle la révolution ne saurait être démocratique et aboutira au remplacement d’une classe dirigeante par une autre. « Ce qui me fait peur avec l’intelligentsia moderne, c’est son incapacité à se rendre compte que la société humaine doit avoir pour base l’honnêteté commune (common decency), quelles que puissent être ses formes politiques et économiques.32 »

33 Ibid., tome III, p. 284.

En effet, l’intelligentsia moderne s’est coupée de ce socle à la fois historique et humain qu’est l’honnêteté commune. Fascinée par la politique de la force, elle est devenue antidémocratique en politique et « réaliste », c’est-à-dire cynique, en morale. Orwell appelle « réalisme » « la doctrine qui veut que la force prime le droit », et il voit dans « la montée du “réalisme” […] le grand événement de l’histoire intellectuelle de notre époque »33.

33Les effets moralement corrupteur de ce réalisme, Orwell ne les discerne pas seulement dans la presse ou les écrits politiques mais dans la littérature et jusque dans la poésie. À propos d’un poème d’Auden intitulé Spain, il dit que c’est à son avis « une des seules choses à peu près convenables inspirées par la guerre d’Espagne ».

Demain, pour la jeunesse, les poètes explosant comme des bombes,

Les promenades autour du lac, les semaines d’étroite communion ;

Demain les courses de vélo

À travers les banlieues par les soirs d’été : mais aujourd’hui la lutte.

Aujourd’hui l’inévitable montée des chances de mourir,

Le nécessaire assassinat et sa culpabilité assumée

Aujourd’hui le gaspillage de ses forces

Dans des tracts éphémères et des meetings rasants.

Mais il en donne le commentaire ironique suivant : « La deuxième strophe représente une sorte de croquis sur le vif de la journée d’un “bon militant”. Le matin, un ou deux assassinats politiques, dix minutes d’interlude pour “étouffer le remords bourgeois”, puis un déjeuner rapide et un après-midi plus une soirée occupés à écrire des slogans sur les murs et à distribuer des tracts. Tout cela est très édifiant. Mais remarquez l’expression “le nécessaire assassinat (necessary murder)” : elle ne peut avoir été employée que par quelqu’un pour qui l’assassinat est tout au plus un mot. En ce qui me concerne, je ne parlerais pas aussi légèrement de l’assassinat. Il se trouve que j’ai vu quantité de corps d’hommes assassinés – je ne dis pas tués au combat, mais bien assassinés. J’ai donc quelque idée de ce qu’est un assassinat – la terreur, la haine, les gémissements des parents, les autopsies, le sang, les odeurs. Pour moi, l’assassinat doit être évité. C’est aussi l’opinion des gens ordinaires. […] Le type d’amoralisme de M. Auden est celui des gens qui s’arrangent toujours pour n’être pas là quand on appuie sur la détente.34 »

L’importance de cette page tient à la relation étroite qu’elle établit entre la fascination des intellectuels pour la puissance et la corruption du langage : l’une et l’autre découlent de la perte de l’ordinaire.

V —

Comment un poète de l’envergure d’Auden – mais on pourrait poser la même question pour Aragon – a-t-il pu être attiré vers le « réalisme » et trahir ainsi les valeurs libérales qui sont la condition d’existence d’une littérature authentique ? « Comment des écrivains ont-ils pu être attirés par une forme de socialisme qui rend impossible toute honnêteté intellectuelle ?35 »

C’est la question que pose Orwell dans un long essai publié en 1940 et intitulé « Dans le ventre de la baleine », où il analyse la littérature anglaise de l’entre-deux-guerres et, plus particulièrement, la différence quant à leur rapport à la société et à la politique entre les écrivains des années 1920 (Joyce, Eliot, Pound, Lawrence, entre autres) et ceux des années 1930 (Auden et Spender notamment). Sa réponse est qu’en 1930 la crise morale et spirituelle de la société anglaise (et de la civilisation occidentale) était telle que les fonctions et les engagements habituels des intellectuels, ceux par lesquels ils étaient traditionnellement reliés à la communauté nationale, avaient perdu toute signification. Orwell lui-même a vécu cette crise. Né en 1903 et ancien élève d’Eton, il a démissionné en 1927 des fonctions d’officier de police qu’il exerçait depuis cinq ans en Birmanie parce qu’il a pris conscience que l’Empire britannique exalté par Kipling n’était en réalité qu’un sordide système d’exploitation économique, totalement inhumain où, comme le dit un personnage de son roman Une histoire birmane, « les fonctionnaires maintiennent les Birmans à terre pendant que les hommes d’affaires leur font les poches ». Mais il est resté malgré tout profondément attaché à l’Angleterre, alors que beaucoup d’intellectuels de sa génération se sont cherché une autre patrie qu’ils ont cru trouver dans la Russie soviétique.

« En 1930, il n’y avait aucune activité, sauf peut-être la recherche scientifique, les arts et l’engagement politique de gauche à laquelle puisse croire un individu conscient. La civilisation occidentale était au plus bas de son prestige et le “désenchantement” était partout. Qui pouvait encore envisager de réussir sa vie dans les carrières traditionnelles de la classe moyenne – en devenant officier, clergyman, agent de change, fonctionnaire aux Indes ou que sais-je encore ? Et que restait-il des valeurs de nos grands-parents ? Le patriotisme, la religion, l’Empire, la famille, le caractère sacré du mariage, la cravate aux couleurs du collège, la naissance, l’éducation, la discipline – tout individu moyennement éduqué pouvait en trois minutes vous démontrer l’inanité de tout cela. Mais qu’obtient-on, en fin de compte, en se débarrassant de choses aussi élémentaires que le patriotisme ou la religion ? On n’est pas pour autant débarrassé du besoin de croire à quelque chose. […] Je ne crois pas qu’il faille aller chercher plus loin les raisons pour lesquelles les jeunes écrivains des années 1930 se sont rassemblés sous le houlette du parti communiste. Il y avait là une Église, une armée, une orthodoxie, une discipline. Il y avait là une Patrie et – en tout cas depuis 1935 ou à peu près – un Führer. Tous les attachements profonds et toutes les superstitions dont l’esprit avait apparemment fait litière pouvaient revenir en force sous le plus mince des déguisements. Le patriotisme, l’Empire, la religion, la gloire militaire – tout cela était contenu dans un seul mot : “Russie”. […] Dans ces conditions, le “communisme de l’intellectuel anglais apparaît comme un phénomène assez aisément explicable : c’est le patriotisme des déracinés.36 » On peut juger cette explication un peu courte. Elle a toutefois l’immense mérite de soulever une question importante et difficile : si le monde ordinaire est le monde de mon expérience, il ne peut pas être un monde abstrait où hommes, choses, lieux et coutumes sont interchangeables ; c’est nécessairement un monde concret et particulier : un pays ou une région, une langue, une culture, des institutions, une histoire, etc.

Si dans Le Lion et la licorne, un petit livre qu’il publie en 1941 et qui porte comme sous-titre Socialisme et génie anglais, Orwell exalte le mode de vie anglais (de la « bonne tasse de thé »jusqu’aux emblèmes de la royauté) et s’il y conjugue socialisme et patriotisme (qu’il distingue très fermement du nationalisme), ce n’est pas pour concilier artificiellement ses convictions politiques profondes avec l’urgence immédiate de la défense de l’Angleterre. Il l’a proclamé à plusieurs reprises, non sans un brin de provocation : « Aucun révolutionnaire authentique n’a jamais été un internationaliste.37 » En tout cas, il ne s’est jamais reconnu dans l’internationalisme abstrait du communisme qu’il n’a cessé de dénoncer comme un instrument à peine masqué de la politique de puissance soviétique. Et quand, en décembre 1936, il part combattre en Espagne, il ne le fait pas en activiste de la révolution mondiale mais comme un Anglais socialiste, solidaire des Espagnols antifascistes ; et c’est dans cet esprit qu’il écrira Hommage à la Catalogne.

Le patriotisme assumé d’Orwell n’est sûrement pas sans rapport avec l’imperméabilité de la classe populaire anglaise au fascisme comme au stalinisme, aussi avec l’imperméabilité de la classe dirigeante anglaise au fascisme. Dans sa « Lettre de Londres » à la Partisan Review de juillet-août 1941, il écrit : « Ce type de climat où vous n’osez pas parler politique de peur que la Gestapo ne surprenne vos paroles, ce climat est tout bonnement impensable en Angleterre. Toute tentative de l’instaurer sera brisée dans l’œuf, non pas tant par une résistance consciente que par l’incapacité des gens ordinaires (ordinary people)à comprendre ce qu’on attendrait d’eux.38 » Une fois encore, Orwell table moins sur la lucidité de George Bowling que sur sa passivité. Quant à la classe dirigeante, dont il craignait avant guerre qu’elle ne profite du déclenchement des hostilités pour faire basculer le pays dans un anglo-fascisme comparable à l’austro-fascisme d’un Dollfuss, il doit reconnaître qu’elle reste fondamentalement attachée au libéralisme. « La classe dirigeante britannique croit à la démocratie et à la liberté individuelle en un sens étroit et quelque peu hypocrite. Mais du moins, elle croit à la lettre de la loi et s’y tiendra parfois même quand elle n’est pas à son avantage. Rien n’indique qu’elle évolue vers une mentalité véritablement fasciste. La Grande-Bretagne peut être fascisée de l’extérieur ou au terme d’une révolution intérieure, mais la vieille classe dirigeante ne peut, à mon sens, être elle-même l’agent d’un totalitarisme véritable.39 »

Les seuls, encore une fois, qui en Angleterre aient été gagné au totalitarisme sont des intellectuels. Dans l’après-guerre, Orwell verra en eux quelque chose comme un parti de l’étranger.

Comme on le voit, le modèle de l’intellectuel ordinaire – de l’intellectuel qui se reconnaît comme un homme ordinaire – se distingue très clairement de celui de l’intellectuel engagé. Celui-ci se vit d’abord comme séparé, puis va rejoindre le combat des autres hommes au nom des valeurs intellectuelles et universelles qui sont les siennes : il court ainsi le risque permanent de se poser comme une autorité dictant aux autres ce qu’ils doivent faire ou assignant à leurs actes un sens qu’il prétend mieux connaître qu’eux-mêmes. L’intellectuel ordinaire, lui, vit les événements et y réagit en homme ordinaire qu’il est et qu’il reconnaît être. Orwell a vécu l’approche de la guerre et la montée des totalitarismes avec les mêmes sentiments et les mêmes réactions que son vendeur d’assurances Georges Bowling. Certes, parce qu’il était un intellectuel, et plus particulièrement un écrivain, il avait la capacité de mettre ses réactions en mots et en idées. Mais il ne prétendait pas pour autant être un porte-parole.

On peut se demander si ce modèle ne constitue pas pour un intellectuel la seule manière d’essayer d’être et de rester un démocrate.

Notes

1 George Orwell, 1984, traduit de l’anglais par Amélie Audiberti, Gallimard “folio”, p. 119. (Cette traduction a été modifiée chaque fois que cela a paru nécessaire.)

2 George Orwell, Essais, articles et lettres, traduit de l’anglais par Anne Krief, Michel Pétris et Jaime Semprun, Ivrea-Encyclopédie des nuissances, tome I, p. 292.

3 Ibid., p. 296.

4 James Conant, « Freedom, Cruelty and Truth : Rorty versus Orwell », in Robert Brandom (dir.), Rorty and his Critics, Blackwell, 2000, p. 299.

5 George Orwell, Essais, articles et lettres, op. cit., tome II, p. 322-325.

6 Ibid., tome I, p. 624.

7 Ibid.

8 George Orwell, Un peu d’air frais (1939), traduit de l’anglais par Richard Prêtre, Ivrea, 1983, p. 210.

9 Ibid., p. 199-200.

10 George Orwell, Essais, articles et lettres, op. cit., tome I, p. 511.

11 Lire John Newsinger, Orwell’s Politics, Palgrave, 1999, p. 32-33 (La Politique selon Orwell, traduit par Bernard Gensane, Agone, à paraître).

12 George Orwell, Un peu d’air frais, op. cit., p. 194-198.

13 George Orwell, 1984, op. cit., p. 362.

14 James Conant, « Freedom, Cruelty and Truth… », art. cit., p. 293.

15 Giovanni Amendola, Il Mondo, 1er avril 1923, cité in Emilio Gentile, Qu’est-ce que le fascisme ? Histoire et interprétation, Gallimard, 2004, p. 112.

16 James Conant, « Freedom, Cruelty and Truth… », art. cit., p. 293.

17 George Orwell, 1984, op. cit., p. 118.

18 Ibid.

19 Stanley Cavell, Le Déni de savoir, traduit de l’anglais par Jean-Pierre Maquerlot, Seuil, p. 152. Sur la philosophie politique de Cavell, on peut lire Sandra Laugier, Recommencer la philosophie. La philosophie américaine aujourd’hui, PUF, 1999, chap. IV et V.

20 George Orwell, Essais, articles et lettres, op. cit., tome I, p. 294.

21 George Orwell, Et vive l’aspidistra ! (1936), traduit de l’anglais par Yvonne Davet, Ivrea, 1982.

22 Stanley Cavell, Le Déni de savoir, op. cit., p. 54.

23 George Orwell, Essais, articles et lettres, op. cit., tome IV, p. 218-219.

24 George Orwell, 1984, op. cit., p. 105

25 Judith Shklar, « Nineteen Eigthy-Four : Should Political Theory Care ? » in Stanley Hoffmann (dir.), Political Thought and Political Thinkers, University of Chicago Press, 1998, p. 342-343, cité in James Conant, « Freedom, Cruelty and Truth… », art. cit., p. 329, n. 116.

26 Michael Walzer, « George Orwell’s England », inThe Company of Critics : Social Criticism and Political Commitment in the Twentieth Century, Halban, Londres, 1989 ; repris in Graham Holderness, Bryan Loughrey and Nahem Yousaf (dir.), George Orwell, Macmillan, 1998, p. 195.

27 Ibid., p. 196.

28 George Orwell, Essais, articles et lettres, op. cit., tome I, p. 424.

29 Ibid., p. 423.

30 Ibid., p. 424.

31 George Orwell, Essais, articles et lettres, op. cit., tome I, p. 573-574.

32 Ibid., p. 663.

33 Ibid., tome III, p. 284.

34 Ibid., tome I, p. 643-644.

35 Ibid., p. 641.

36 Ibid., p. 642.

37 Ibid., tome II, p. 133.

38 Ibid., p. 152-153.

39 Ibid.

Pour citer cet article

Référence électronique

Jean-Jacques Rosat, « Quand les intellectuels s’emparent du fouet », revue Agone, 34 | 2005, [En ligne], mis en ligne le 23 octobre 2008. URL : http://revueagone.revues.org/106. Consulté le 08 avril 2012.

Auteur

Jean-Jacques Rosat

Voir aussi:

George Orwell patriote (I)

Bernard Gensane

8 oct. 2017

L’auteur de 1984, l’un des romans politiques les plus sombres du XXème siècle, était un grand optimiste, amoureux de son pays, à l’aise dans son époque, même si, dans ses fantasmes, il aurait préféré vivre au XVIIIème siècle en « joyeux pasteur ». Il conçut son existence comme une œuvre, et son œuvre, d’abord comme la quête d’une écriture (raison pour laquelle j’ai sous-titré mon livre sur Orwell “ vie et écriture ” : (George Orwell, vie et écriture), Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 1994). Son inclinaison profonde en tant que personnage public ne fut pas la politique mais la morale. Lorsqu’on étudie l’un des aspects de sa pensée, il faut constamment avoir à l’esprit ces paramètres. Nous sommes en présence d’un homme heureux, d’un écrivain poursuivant, à sa manière, un objectif de modernité, d’un citoyen qui attribuait au peuple anglais des vertus cardinales : gentillesse, loyauté, amour de la tradition, decency (décence, politesse, bonne mœurs), et ce don, pour lui apanage de ses compatriotes, de ne pas se laisser impressionner par les grands hommes, comme Napoléon, Churchill ou Staline.

Raymond Williams a dit d’Orwell qu’il était un auteur bien anglais, éminemment insulaire et cocardier (Orwell, Londres, 1971). On verra que son attitude vis-à-vis de sa patrie a évolué au gré des circonstances personnelles et historiques. Ce qui ne changera jamais, c’est la prééminence du ressenti, de l’esthétique et de la morale, alliée à une conscience aiguë de la rhétorique, elle-même vécue comme une modalité politique du discours et de l’écriture. Ainsi, à l’automne 1940, au début de la guerre, les alliances se nouent et se dénouent. Orwell se demande si le conflit sera purement impérialiste et s’il faudra faire front commun avec la bourgeoisie. Tout en se posant ces questions d’importance, il ne peut s’empêcher d’écouter ses voix et de moraliser : « La nuit qui a précédé le Pacte germano-soviétique, j’ai rêvé que la guerre avait commencé. Ce rêve m’a appris que j’étais de tout cœur patriote, que je soutiendrais la guerre et que je combattrais si possible. Tout cela est enfantin, bien sûr, mais je préfère avoir reçu ce type d’éducation que de ressembler aux intellectuels de gauche qui sont tellement ‘ éclairés ’ qu’ils ne peuvent comprendre les émotions les plus ordinaires. »

L’enfance d’Orwell fut marquée, pour ce qui nous concerne ici, par la catastrophe du Titanic. Dans un texte de résistance consensuel, très “ union nationale ” de 1940 (“My Country Right and Left ”, “ Mon pays, “ de droite et de gauche ” ou “ qu’il ait raison ou tord ”), Orwell évoque ce traumatisme. Il laisse entendre que l’attachement à une nation découle plus d’un ressenti charnel à des événements isolés mais marquants qu’à de grandes causes ou à une Histoire qui se fait mais qui n’est pas toujours lisible.

En primaire, Orwell eut beau détester la discipline sadique des écoles primaires privées, les preparatory schools, il n’en admit pas moins, par la suite, que les grandes victoires anglaises (au diable les régiments écossais ou gallois !) furent préparées sur les terrains de cricket des écoles privées, la guerre n’étant qu’une forme suprême du sport où il est impossible de tricher (Orwell fut cependant l’un des premiers à dénoncer la concomitance entre sport et nationalisme dans un article visionnaire de 1945, “ The Sporting Spirit ”). Á Eton, il reçut sa part d’enseignement, de culture militariste. Il sut prendre du recul par rapport à cette vision du monde, ce qui ne l’empêcha pas de s’enrôler au sortir de l’enseignement secondaire, alors que rien ni personne ne l’y contraignait, dans la police impériale en Birmanie. Or c’est bel et bien durant sa plus tendre enfance que le futur écrivain avait été imprégné d’idéologie belliciste, d’une philosophie portant au plus haut niveau les valeurs de défense sacrée de la patrie, avec comme corollaire une dépréciation de l’ennemi.

Orwell va se forger une conscience politique dans les années trente, non sans hésitations et revirements. Contre sa classe d’origine, la bourgeoisie impérialiste, et contre lui-même, en tirant parti de la névrose de culpabilité qui le taraude depuis l’enfance. Pour ce faire, il lui faudra passer par la France et l’immersion dans des franges défavorisées de la classe ouvrière, le Kent des travailleurs agricoles exploités et le Londres des clochards (voir son premier ouvrage, une biofiction : Down and Out in Paris and London, 1933. En français, Dans la dèche à Paris et à Londres). C’est qu’Orwell est de ces écrivains qui sont allés au-delà de leur monde et qui, de retour, ont adopté le regard du Persan : « Quand vous rentrez en Angleterre après un voyage à l’étranger, vous avez immédiatement la sensation de respirer un air différent […]. La bière est plus amère, les pièces de monnaie sont plus lourdes, l’herbe est plus verte, les publicités sont plus criardes. […] Alors l’immensité de l’Angleterre vous engloutit et vous perdez pour un instant de vue que la nation dans son ensemble possède un seul caractère identifiable. » Toute la complexité du patriotisme d’Orwell tient dans ces phrases. Il est capable d’observer son univers familier de l’extérieur, mais il est aussi terriblement anglo-centré. Cela dit, par delà des évidences assénées de manière aussi désarmante, il faut retenir qu’avant de s’émerveiller devant les « visages doux et noueux » de ses compatriotes, leurs « mauvaises dents » et leurs « bonnes manières », le « clic-clac des sabots dans les villes du Lancashire », Orwell avait su observer l’Angleterre à partir de la connaissance qu’il avait de son empire : c’est parce qu’il avait vécu au contact des masses exploitées d’Extrême-Orient qu’il pourrait sympathiser avec le lumpen-proletariat anglais puis avec la classe ouvrière proprement dite, « les victimes symboliques de l’injustice qui jouaient le même rôle en Angleterre que les Birmans en Birmanie » (1936).

Après la découverte de la condition prolétarienne dans son pays, Orwell part se battre en Espagne, tout simplement parce qu’il faut se dresser contre le fascisme pour laisser une chance au socialisme. Il combat avec courage au sein de la milice internationale du P.O.U.M. (Partido Obrero de Unificación Marxista), d’inspiration trotskiste, et rencontrera des hommes et femmes conscients, fraternels, tendus ver un objectif, bref l’image inversée des futurs proles de 1984. Il perçoit ces citoyens en armes comme un maillon dans l’immense chaîne fraternelle du genre humain, succédant aux soldats de Verdun, de Waterloo, des Thermopyles, souffrant de la même vermine, vivant et mourant sur des champs de bataille où l’on n’entend jamais chanter les oiseaux (Homage to catalonia, 1938. Version française : La Catalogne libre).

Traumatisé par la défaite des Républicains, par la trahison des staliniens, Orwell va alors traverser une phase de doutes personnels durant laquelle les sentiments pacifistes et internationalistes vont prendre le dessus. D’avoir versé son sang, d’avoir été ainsi “ baptisé ”, autorise un Orwell dégoûté par la guerre à envisager, de 1937 à 1939, un certain cynisme dans la démission face à la menace hitlérienne. Dans sa thèse (“ Orwell : l’engagement ”), Gilbert Bonifias posera que : « Il ne fait […] aucun doute que les événements d’Espagne contribuèrent puissamment à pousser [Orwell]  dans cette direction qui se voulait à la fois révolutionnaire et pacifique », et qu’« il n’est donc pas étonnant de l’entendre proclamer dans ses écrits son opposition à toute guerre avec l’Allemagne et à la formation d’un Front populaire en Angleterre ».

Ainsi, après les années 1936-37 où, choqué par la brutalité de la classe dirigeante, par l’irréalisme des élites de la gauche libérale, il a adopté des comportements extrêmes (vivre dans la crasse chez des logeurs exploiteurs du Lancashire, descendre au fond de la mine, partager le lot des combattants de base en Catalogne), il pressent, vers 1938-1939, que le conflit qui s’annonce sera terrible et il recherche des valeurs modérées. Dans les très nombreuses pages qu’il consacre à l’Angleterre et à son peuple, il offre des images et des concepts de paix (dans son roman de 1938 Coming Up for Air – en français Un peu d’air frais, il fait dire à son narrateur : «Pêcher, c’est le contraire de faire la guerre »), de raison, de stabilité, de juste milieu. Mais pas de médiocrité. Orwell n’aimait pas les comportements petits. Il raille Napoléon se rendant aux Anglais par peur des Prussiens, Ludendorff se cachant derrière des lunettes de soleil ou encore cet empereur romain qui s’était barricadé dans des toilettes (Orwell mourut des années avant que le roi du Maroc Hassan II fasse de même). L’idéal d’Orwell à l’époque, c’est un Sancho Pança qui n’aurait pas peur des bombes mais qui ne se planterait pas poitrail nu face à la mitraille : « Une part de nous veut être un héro ou un saint, mais l’autre moitié c’est ce petit homme gras qui voit très clairement l’avantage qu’il y a à rester en vie. C’est notre moi privé, la voix de notre ventre qui proteste contre notre âme. »

Aux sentiments anti-guerre qui transparaissaient çà et là dans le discours de Homage to Catalonia succède un comportement franchement pacifiste, en particulier durant l’hiver 1938-39, époque où, souffrant gravement des poumons, il réside pour quelques mois à Marrakech. Il pose qu’être pacifiste ce n’est pas forcément vouloir bloquer les réformes sociales. Il s’est forgé un socialisme dont le marxisme n’est pas totalement exclu (dans The Road to Wigan Pier, en particulier. En français, Le Quai de Wigan). Mais progressivement, et cela le mènera jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, il rejette ce qui, au niveau socio-politique, n’est pas, à ses yeux, anglais : le stalinisme, l’internationalisme prolétarien, le fascisme évidemment, mais aussi l’Église Catholique Romaine et tout ce qui s’apparente aux intellectuels de gauche européens. Il moque avec férocité l’îlot de pensée dissidente de ceux qui « vont chercher leurs recettes de cuisine à Paris et leurs idées à Moscou. »  Face aux dangers – Hitler, la guerre, le capitalisme sauvage, l’industrialisation débridée – Orwell va donc partir dans une quête de l’anglicisé  Sa patrie ne trouvera le salut que dans la réaffirmation de ses valeurs fondamentales. Une transformation de la société anglaise – qu’il appelle de ses vœux – ne se fera que dans le respect des traditions. De 1937 à 1940, le projet d’Orwell est d’établir une continuité entre l’Angleterre du présent et celle du passé.

Tout cela n’ira pas sans contradictions ni difficultés.

Plus tard, on verra que le seul moment de vrai bonheur que connaît Winston Smith dans 1984 sont les heures passées avec Julia dans le magasin d’antiquités – lieu ô combien symbolique – qui lui rappelle l’Angleterre d’avant la dictature (2ème partie, chapitre 4). Mais en 1938-9, George Bowling éprouve bien des désillusions. En simplifiant, on pourrait résumer Coming up for Air en disant que cette œuvre est l’image d’une apocalypse qui anéantirait une vision rêvée de l’enfance. Bowling n’idéalise cependant pas la tradition. Le regard qu’il porte vers le passé, le voyage qu’il entreprend vers les lieux de son enfance, lui permettent de se repérer dans le présent, d’essayer de respirer, de se régénérer. Lucide, le personnage expose comment la bourgeoisie anglaise est prisonnière de sa propre idéologie, à quel point la manière de pensée de la middle-class est appauvrissante. Il raille la nostalgie qu’éprouvent les colons revenus des Indes : comme son créateur, mais à l’inverse d’un Kipling, il sait l’illusion de vivre au centre de l’Empire avec les valeurs de la périphérie. Il ne croit pas en l’aptitude des militants – ceux de gauche en particulier qu’il caricature à l’envi – à se mobiliser dans le cadre d’une riposte nationale face à l’ennemi. Il ressent jusque dans ses fibres la possibilité d’une disparition de son pays, avec ses valeurs, sa culture.

Voir de plus:

George Orwell patriote (2)

Bernard Gensane

10 octobre 2017

En 1936, lors de son enquête du côté du Quai de Wigan, Orwell s’était assuré qu’il y avait bien deux Angleterre et il avait fait son choix. Il serait toujours aux côtés de la classe ouvrière contre la bourgeoisie. Vis-à-vis de la working class et des indigents en général, il prendrait donc l’exact contre-pied de Baden Powell, fondateur du mouvement scout, qui les décrivait comme anti-patriotiques et anti-sociaux. En 1940, face au danger totalitaire et à la guerre, Orwell croit de moins en moins en l’urgence, voire en la nécessité, de la révolution nationale ou internationale par la violence, et il souhaite que sa patrie soit une dans la lutte. Alors qu’en 1936 la bourgeoisie, impériale ou non, était responsable de tous les maux, elle est dédouanée en 1940, et Orwell en brosse un portrait bizarrement touchant. Depuis soixante-quinze ans, écrit-il dans Coming Up for Air, la classe dirigeante a perdu de son aptitude à gouverner. Autrefois, dans les colonies, il faisait bon vivre dans le perpétuel été d’avant la guerre des Boers, mais depuis 1920 les fonctionnaires de Whitehall surveillent « chaque pouce de l’Empire » et brident l’initiative. L’horizon impérialiste se rétrécissant, cette bourgeoisie de l’outremer n’a pu se réadapter en métropole. Étant intrinsèquement « moraux », les hommes d’affaires anglais n’ont pu, comme leurs confrères américains (« de vrais bandits ») devenir millionnaires. Et ces malheureux bourgeois, par manque de compétence intellectuelle, n’ont pas sérieusement lutté contre le nazisme dans les années trente car ils n’avaient pas «compris » ce phénomène. Orwell croit d’ailleurs inférer qu’ils n’auraient pas non plus compris le communisme s’il avait frappé à leur porte. Les grands responsables du déclin de l’Empire et de l’essoufflement de la bourgeoisie ne sont pas des gestionnaires surannés à la tête d’un outil de production inefficace se débattant dans un nouveau rapport de forces international défavorable mais, tout simplement, les intellectuels de gauche. Ils ont sapé « le moral des britanniques », ils se sont répandus en attitudes « négatives et récriminatrices » sans faire de « suggestions concrètes ». Et, surtout, ils se sont contentés d’évoluer (ô, surprise, pour des intellectuels !) dans un « monde d’idées ». Mais, Dieu merci, l’Angleterre est désormais, n’en déplaise au Dr Goebbels, une grande famille victorienne, un peu «collet monté », mais unie avec bien peu de « brebis galeuses » en son sein.

Tout en admettant après 1940 que la Home Guard (dont il fit partie) était organisée de telle manière que seuls les riches commandaient, il persiste à croire que la guerre a des vertus égalitaires car elle atténue les antagonismes de classe : « La guerre est le plus formidable facteur de changements. Elle accélère tous les mécanismes, elle efface les différences de surface. Par dessus tout, elle fait comprendre à l’individu qu’il n’est pas tout à fait un individu. »

Qu’auront les Anglais à opposer aux divisions blindées allemandes et à la Luftwaffe? Hormis un potentiel militaire non négligeable et une aide américaine qui viendra forcément, Orwell fait confiance aux qualités du peuple anglais. Tout d’abord, la bonne humeur et la sérénité. Comme Bertrand Russel qui, pour Orwell, incarnait moins l’archétype de l’intellectuel anglais que celui de l’Anglais intelligent, ses compatriotes sauront faire preuve de décence et d’esprit chevaleresque (le mot “intellectual ” est quasiment une insulte outre-Manche ; Orwell utilisait “intelligentsia ”, un mot russe d’origine polonaise, donc un peu barbare). Et puis la solidarité, l’honnêteté, le respect de la légalité feront le reste.

Mais il faut dire que la douceur de vivre que connaissait la classe moyenne avant-guerre avait débouché sur une certaine indolence. Désormais, Orwell est persuadé de la victoire car elle sera celle des gens ordinaires qui auront su se dépasser tout en restant eux-mêmes. Il apprécie que, malgré les circonstances exceptionnelles, les Anglais sont restés civiques, légalistes, respectueux des droits de l’individu, et il aimera que Churchill perde les élections de 1945, preuve que ses compatriotes, gens ordinaires, se méfient des hommes forts trop doués … et trop réactionnaires.

Dans les premiers chapitres de Homage to Catalonia, Orwell avait magnifiquement saisi une lutte révolutionnaire, pensant que l’enthousiasme populaire devait suffire à faire vaincre la révolution. Avec “ The Lion and the Unicorn ” (Le Lion et la licorne), son grand texte théorique sur l’Angleterre en guerre, Orwell propose une synthèse enthousiaste du patriotisme et du socialisme. Ces pages sont contemporaines de la Bataille d’Angleterre : l’heure est au drame et à l’espoir en une victoire à court terme. Bien que nous soyons ici dans un essai franchement politique, le narrateur s’affiche dès la première phrase : Orwell écrit ce texte au moment précis et parce que des avions ennemis lui passent au-dessus de la tête : « Au moment où j’écris, des êtres humains hautement civilisés veulent au-dessus de moi et essaient de me tuer. »

Ce qui est en jeu désormais, ce n’est plus le statu quo social ou la révolution, mais la civilisation ou la barbarie. Mieux vaut Chamberlain que Hitler. Le narrateur de Down and Out in Paris and London avait découvert certains de ses compatriotes dans leur étrangeté. Burmese Days (Tragédie birmane) fleurait bon son exotisme. Dans The Road to Wigan Pier, Orwell était allé à la rencontre des ouvrières du textile et des mineurs dans leur différence. Désormais, il va à la recherche des autres dans leur ressemblance avec lui-même et ceux de sa classe d’origine, la frange inférieure de la bonne bourgeoisie (the lower-upper-middle class). Ce qui unit les Anglais, postule-t-il, est plus important que ce qui les sépare. Et il pose également que ce qu’il raillait à la fin de Homage to Catalonia, ces caractéristiques d’une Albion aveugle et assoupie (« les pâtures bien grasses, les hommes coiffés de leur chapeau melon, les bus rouges, les policiers en uniforme bleu ») c’est justement ce qui fait la beauté, mais aussi la force de l’Angleterre éternelle. Il existe un caractère national anglais, comme il existe un patrimoine et une « culture commune » que, bizarrement, comme s’il en avait un peu honte, il délimite par la négative : «Les Anglais sont très différents des autres. Il y a une sorte d’acceptation ambiguë de ce fait dans l’aversion éprouvée par presque tous les étrangers pour notre mode de vie national. Peu d’Européens supportent de vivre en Angleterre, et même les Américains se sentent davantage chez eux en Europe. »

Dans “ The Lion and the Unicorn ”, Orwell avance que l’affaiblissement de l’impérialisme dans les années trente a été provoqué en grande partie par l’intelligentsia de gauche, ce groupe s’étant lui-même renforcée grâce à la stagnation de l’Empire. Il pense qu’une alliance objective s’est nouée entre les colonels en retraite (les “ Blimps ”) pour qui un individu trop intelligent ne pouvait être patriote, et les intellectuels pour qui un patriote ne pouvait décidément pas être intelligent. Ce paradoxe déroutant ne peut surprendre dans la mesure où il venait en bout de chaîne après d’autres considérations tout aussi étonnantes sur les intellectuels. Orwell pose tout d’abord que du pessimisme à une vision réactionnaire des choses il n’y a qu’un pas vite franchi par une fraction importante de la classe dominante. Il estime également qu’il eût été possible de susciter un mouvement pacifiste authentiquement populaire en Angleterre, loin de la « gauche de salon ». Mais, dans les années trente, l’intelligentsia s’est déconsidérée dans des activités indignes, dans le domaine de l’esprit comme dans la politique. Elle s’est coupée du reste de la société en dénigrant systématiquement la civilisation occidentale et en cultivant un sentiment négatif de « désillusion ». La « vraie question », se demande Orwell, n’est pas de savoir pourquoi des bourgeois sont devenus staliniens, mais pourquoi ils ont viré à gauche. A première vue, c’est parce que les puissances de l’Axe menaçaient l’Empire britannique, l’antifascisme et l’impérialisme se rejoignant dans un même combat (dans une correspondance de décembre 1938, il explicitait ce postulat. Il estimait que si un « grand mouvement pro-Arabe » voyait le jour, il serait « fatalement pro-fasciste ».)

C’est à cette époque qu’Orwell va définir petit à petit ce qu’est pour lui l’Anglais idéal. George Bowling, son narrateur de Coming Up For Air, en était une esquisse aux traits assurément appuyés, permettant à l’auteur de considérer avec plus de commisération que jamais tous ceux qui ne correspondaient pas au moule. « Un type comme moi est incapable de ressembler à un gentleman », reconnaissait Bowling sans vraiment le regretter. « Les vêtements que je porte », poursuivait-il, sont «l’uniforme de la tribu ». En peignant cet homme ordinaire, Orwell s’adressait à ceux qui, comme son personnage, cultivaient la nostalgie de leur passé et aspiraient à un socialisme non dogmatique, un peu proudhonien. Petit-bourgeois, Bowling ne prône pas l’émancipation de la femme, il n’a pas de l’amour une approche très romantique, il s’indigne des inégalités sociales et déplore que le salarié se voit privé du produit de son travail par le système capitaliste. Il se méfie de la bureaucratie qui empiète sur la liberté individuelle, tout comme le capitalisme qui, par le système de crédit, empêche le salarié d’être jamais propriétaire. Le monde de Bowling converge avec celui de “ The Lion and the Unicorn ” : « C’est votre civilisation. C’est vous. » Ce monde que je décris, dit Orwell, c’est toujours le vôtre. Que vous l’aimiez ou non, il vous manque dès que vous le quittez. Comme vous, il est moyen, ni le joyau chanté par Shakespeare, ni l’enfer décrit par Goebbels. Vous êtes, nous sommes, les membres d’une famille victorienne empesée, avec son lot inévitable de squelettes dans le placard. Chez nous, les jeunes n’ont pas la parole, ce sont les vieux oncles irresponsables qui monopolisent le pouvoir, mais nous sommes une famille unie, avec sa langue, sa culture, ses souvenirs, son esprit de solidarité. Vous et moi sommes peut-être des médiocres, mais au moins saurons-nous, en vrais patriotes, nous unir face à l’adversité extérieure et débusquer l’ennemi intérieur. Nous pourrons toujours nous arc-bouter sur un impérialisme qui n’est pas à dénigrer en bloc : seule sa dimension morale est à redouter quand il détruit la conscience de l’oppresseur et de l’opprimé.

“ The Lion and the Unicorn ” donne donc une idée assez précise de l’image que se fait alors Orwell de son pays. Ces pages sont un mélange d’observations pénétrantes, de gentilles banalités et de généralisations désarmantes : « Les Anglais ne sont pas doués en matière artistique. Ils ne sont pas aussi musiciens que les Italiens ou les Allemands ; la peinture et la sculpture ne se sont pas développés chez nous comme en Fance. Les Anglais ont en horreur la pensée abstraite. Bien que constituant un peuple somnambule, ils sont capables, au paroxysme d’une crise, de dégainer et d’agir par une espèce d’instinct, à dire vrai un code de conduite compris pratiquement de tous quoique jamais formulé. »

Ce qu’Orwell apprécie alors au premier chef chez ses compatriotes, c’est leur réserve, leur politesse : ils font la queue patiemment dans l’ordre, sans se bousculer. Si les ouvriers ne sont pas toujours très gracieux, du moins font-ils toujours preuve de beaucoup d’attentions. La modération de ses compatriotes invite Orwell à penser que le fascisme ne prendra jamais dans son pays : « les purges hitlériennes n’auraient pu exister en Angleterre », affirme-t-il, sans s’interroger le moins du monde sur les conditions historiques qui ont permis à la barbarie de se déchaîner au pays de Goethe. Les Anglais sont trop raisonnables, ils croient trop en la justice pour se laisser entraîner dans le vertige de la terreur et des abus de pouvoir. L’Angleterre est protégée par ses traditions et son histoire, par son essence. La vision d’Orwell est donc très déterministe. La société peut changer, mais jusqu’à un certain point : « on n’obtient pas un panais avec une graine de navet ». Orwell pouvait bien, à l’orée de la guerre, énoncer de telles banalités, le fait est là : le pays n’a pas plié et les traîtres ne furent qu’une poignée. Un solide pragmatisme, une volonté exceptionnelle de croire en soi et de vaincre ont permis de tenir. L’Angleterre a gagné la guerre parce que les vertus typiques chères à Orwell n’étaient pas l’apanage de la classe dirigeante. En était dépositaire le peuple, constitué à ses yeux par la classe ouvrière consciente et la frange inférieure de la bourgeoisie. Et, à long terme, seul cet ensemble social saurait, selon lui, résister à l’envahissement de la culture populaire par le modernisme réducteur et nivelant.

L’essence, la force du patriotisme d’Orwell lui permirent durant deux décennies de tous les dangers de retrouver des valeurs stables, une morale en politique, et d’alimenter son instinct de conservation à la source de son amour pour son pays. Ce patriotisme n’était pas aveugle. L’honnêteté intellectuelle d’Orwell (certes relative), son pessimisme lucide, son humour froid au second degré le faisaient souvent passer pour un prophète de malheur. Ce n’est pas parce qu’il était fondamentalement patriote qu’il aimait et défendait l’Angleterre, mais c’est parce que l’amour de son pays était quintessencié qu’il était patriote. Parce qu’il souhaitait, vers 1940, un consensus politique national et que ce que l’Europe proposait (des régimes forts ou des démocraties en déliquescence) ne lui convenait pas, il soutiendrait son pays de droite comme de gauche (« My country Right and Left »), l’Angleterre de Chamberlain pouvant évoluer à court terme vers un changement radical de société. Orwell établissait par ailleurs une nette distinction entre patriotisme et nationalisme. Être patriote revenait à aimer un endroit, un mode de vie que l’on considérait comme les meilleurs au monde, mais sans pour autant vouloir les imposer aux autres. Pour Orwell, le patriotisme était par nature défensif, militairement et culturellement parlant. Il impliquait par ailleurs une adhésion volontaire à un espace, à une communauté et à des valeurs. Inversement, il concevait le nationalisme comme l’idéologie belliqueuse d’individus en quête de prestige, non pour eux-mêmes mais pour des ensembles dans lesquels ils choisissent d’enfouir leur propre personnalité. Un communiste ne pouvait donc pas, selon lui, être patriote, mais seulement nationaliste, puisqu’il était capable, en l’espace de quelques jours, de transférer ses allégeances selon les nécessités de l’actualité, son rapport à sa terre, à sa patrie étant extrêmement ténu. Il avait établi une typologie de différentes formes de nationalismes : la forme “ positive ”, incarnée par le nationalisme celtique, le sionisme, et ceux qui n’admettaient pas le recul de l’influence anglaise dans le monde ; un nationalisme de “ tranfert ” (il faisait se côtoyer le communisme, le pacifisme, le catholicisme militant, la conscience de classe) ; une variante négative qui incluait pour lui l’anglophobie, l’antisémitisme, le trotskisme.

Orwell a longtemps cru, au moins jusqu’à la rédaction de 1984, que toute guerre pouvait avoir des vertus salutaires, au niveau humain et politique. A l’inverse de ceux qui estimaient que la guerre est la continuation d’un état de chose par d’autres moyens, il voyait en elle une brisure, un moment paroxystique où les individus et les communautés vivent dans un état supérieur, sont révélés par l’épreuve et où, en d’autres termes, Dieu peut reconnaître les siens. Et c’est en Espagne qu’il a commencé à réfléchir au rapport entre la guerre et la révolution. Il pensait alors, contrairement, par exemple, à de nombreux trotskistes anglais, qu’il fallait d’abord se débarrasser du fascisme avant de faire la révolution dans les démocraties bourgeoises. Il semble moins dogmatique sur ce point en 1940. Une révolution et la guerre peuvent être concomitantes. Et il estime alors qu’une révolution (anti-bourgeoise évidemment) pourrait surgir de la guerre grâce aux qualités intrinsèques du peuple anglais. La guerre et la révolution pourront remettre les choses en place. Les inutiles, les inefficaces, les privilégiés disparaîtront. Les compétences populaires pourront s’exprimer. Le peuple en sortira humainement enrichi : « Nous avons avancé aussi lentement que des glaciers et nous n’avons appris que dans les désastres. »

Dans la lutte, il n’y a pas la droite et la gauche, la bourgeoisie et la classe ouvrière, mais les combattants et les partisans de la démission. Le peuple victorieux saura être magnanime. Pas de procès pour les criminels de guerre demande, dès 1943, Orwell lucide et visionnaire : « Les tyrans doivent être mis à mort uniquement par leurs propres sujets ; ceux qui sont punis par une autorité étrangère, par exemple Napoléon, deviennent des martyrs et des légendes. »

La pensée d’Orwell, dans la dernière partie de sa vie, préfigure l’idéologie travailliste des années cinquante, celle qui a rompu, dans les faits, avec le marxisme. Pour Orwell qui, de 1945 à sa mort en 1950, est un sympathisant du Labour, le socialisme se résume à davantage d’égalité et le remplacement des élites obsolètes par ce qu’on n’appelle pas encore la méritocratie. L’Angleterre ne devrait plus être « une famille avec les médiocres aux commandes ». Mais il reproche, cela dit, au gouvernement de Clement Attlee de ne pas avoir suffisamment nationalisé.

Orwell pose donc presque tous les problèmes en termes moraux, en termes d’individualités. De plus sa pensée, surtout quand elle est novatrice, est constamment bridée par des interférences personnelles. Qu’il écrive des pages anti-impérialistes, socialistes, révolutionnaires ou réformistes, l’image de l’homme vaincu, isolé pour qui un changement profond de société impulsé par le “ peuple ” est une chimère, domine. On peut supposer que le pessimisme d’Orwell a été alimenté par l’échec de soulèvements populaires, comme ceux de Kronstadt ou de Varsovie, sans parler de la prise de Barcelone par les Franquistes.

Les patriotes sont ceux qui, pour nous résumer, sont prêts à prendre les armes pour mener une guerre populaire. Les ennemis de la patrie sont les pro-fascistes. L’idée d’une victoire d’Hitler plait aux très riches, aux communistes, aux Chemises noires d’Oswald Mosley (parti fasciste qui, étrangement, fut le premier parti anglais à adopter un programme économique keynésien !), aux pacifistes et à certaines factions catholiques. Et puis, si les choses tournaient mal sur le front intérieur, la totalité des plus pauvres des ouvriers pourrait adopter une position défaitiste mais pas pro-hitlérienne dans les faits. Il restait donc les trois-quarts de la classe ouvrière et la petite bourgeoisie moins les intellectuels de gauche car ces derniers s’étaient, rappelons-le, déconsidérés depuis une dizaine d’années au moins. Le combat étant national et même nationaliste, il faudrait se méfier de cette « intelligentsia européanisée ».

De 1945 à 1950, le mot “ patriotisme ” n’apparaît jamais plus sous la plume d’Orwell. Visionnaire comme Churchill – dont il partage certaines conceptions en matière de géopolitique, Orwell a compris que la division du monde est un état de fait durable. Contre ceux qui envisagent une fusion pure et simple des États-Unis et de la Grande Bretagne, contre une petite minorité d’Anglais qui rêve d’une intégration au système soviétique, il envisage des « États-Unis socialistes d’Europe». L’essayiste qui, en 1947, publie dans la revue d’extrême-gauche étasunienne Partisan Review l’article “ Toward European Unity ” rédige les premières moutures d’un univers fictionnel d’où sont absentes les valeurs de la civilisation occidentale, le patriotisme y compris.

Bref retour sur Orwell (III)

Bernard GENSANE
21 mars 2016

Ce qui distingue les grands créateurs des autres, c’est que, à partir de la réalité, ils élaborent des modèles plus prégnants que celle-ci en nous la faisant comprendre et ressentir comme jamais auparavant. Essayez d’imaginer un gamin de Paris des années 1830 sans penser à Gavroche. Essayez de vous représenter Mozart sans vous remémorer celui d’Amadeus et son rire jamais envisagé jusque là. Le “ Guernica ” de Picasso occulte la vraie ville dont on ne sait, en fait, pas grand chose. Quant à Emma Bovary, elle écrase votre cousine rêveuse.

Dans 1984, Orwell invente un monde et sa langue officielle, la Novlangue (Newspeak). Elle a ceci de particulier qu’elle est conçue pour mourir, Orwell partant du principe que, plus on élimine des mots (on garde “ chaise ” et on supprime “ fauteuil ” “ tabouret ”), plus on réduit leur champ sémantique (“ liberté ” n’est utilisé que dans des phrases comme « j’ai la liberté de choisir entre des pommes de terre et du chou »), plus on réduit une pensée qui devient sans cesse davantage binaire, manichéenne.

Cette invention n’est pas arrivée comme un cheveu sur la soupe dans la vie d’Orwell et sa carrière d’écrivain et de journaliste. Il connaissait sept langues étrangères : le latin et le grec, qu’il avait très bien maîtrisés dans son école privée, le français, qu’il pratiquait avec aisance (il lisait Villon dans le texte, et lorsqu’il enseigna le français dans une école secondaire pendant quelques mois, ses cours se déroulaient entièrement dans la langue), l’hindustani, l’ourdou (deux versions d’une même langue) et le birman, appris lors de son séjour de cinq ans dans la police impériale, le castillan et le catalan, assimilés au contact des Républicains durant la guerre civile. Avant de créer la Novlangue, il s’intéressa, de 1942 à 1944, au Basic English du linguiste Charles Kay Ogden avant d’écarter l’utilisation d’une langue artificielle : il trouvait contre-culturelle une langue fabriquée – simplifiée ou pas – à vocation universelle. Mais il est clair que ce Basic English fut une source d’inspiration pour la Novlangue. Enfin, il avait des notions d’esperanto, que parlait couramment une de ses tantes, mais il s’en méfiait en tant que langue factice (« Les langues ne se peuvent se développer que lentement, comme des fleurs », disait-il).

Bien avant 1984, les premiers livres d’Orwell avaient révélé son grand intérêt pour les questions de langue. Dans la dèche à Paris et à Londres, une autofiction de 1933, montre qu’Orwell s’engoue pour les lois sociales de construction du langage. Tragédie birmane (1934) présente la Birmanie comme une société multilingue, les colons empêchant les autochtones d’apprendre l’anglais dans toutes ses finesses et les contraignant à l’utilisation d’un pidgin. Dans Une fille de pasteur (1935), Orwell reproduit, en s’inspirant de Joyce, un dialogue de théâtre entre les miséreux et la fille du pasteur. Dans Le quai de Wigan (1937), ce magistral essai devenu classique sur le monde des mineurs de charbon dans les années trente, Orwell offre quelques exemples d’anglais du Lancashire et du Yorkshire. Dans La Catalogne libre (1938), il utilise sa connaissance du catalan et du castillan. Dans Un peu d’air frais (1939), il présente les variétés de l’anglais selon les classes et commence à dénoncer ce qu’il appelle le “ jargon ” des hommes politiques. Etrangement, peut-être, la dictature de La ferme des animaux ne connaît pas de problèmes langagiers.

Toute la réflexion d’Orwell sur la langue repose sur une idée-force, que la linguistique récusait déjà à son époque, selon laquelle les mots sont autonomes par rapport à la pensée. Et il lui a échappé, comme le proposait fortement Roman Jakobson, que « de même qu’en peinture la géométrie se superpose à la couleur, la puissance d’abstraction de la pensée humaine surimpose des figures grammaticales au mot. » Il affirme pour sa part que la pensée est tellement dépendante des mots que ceux-ci peuvent régir celle-là. Il croit que parler c’est choisir des mots en toute souveraineté, ignorant qu’on ne saurait conceptualiser sans l’appui du langage. Comment dire “ la glace ” en bambara, langue de contrées où il fait trente degrés toute l’année ? En contradiction totale avec le concept d’arbitrarité du signe (voir comment le coq chante en anglais, en espagnol, en allemand, en français et en chinois), il suppose une corrélation entre le sens d’un mot et sa configuration sonore. Dans le monde de 1984, des fonctionnaires de la langue suppriment des mots du dictionnaire et confèrent aux vocables épargnés un sens unique, ce qui n’est pas soutenable dans la mesure où la pensée et les mots n’existent pas dans des sphères distinctes, Orwell pensant peut-être qu’à un mot pourrait correspondre automatiquement une seule pensée.

Dans ses essais majeurs sur la langue comme “ La politique et la langue anglaise ”, il estime que la langue dégénère quand elle sert le discours politique. Il s’inscrit dès lors dans la tradition idéaliste : « Bien écrire ou bien parler est un art. » Ecrire en anglais, c’est « se battre contre le flou, l’obscurité, les pièges tendus par les adjectifs décoratifs et les empiètements du latin et du grec ». Revendiquant son anglicité, Orwell préférait les mots d’origine saxonne aux mots d’origine franco-latine : freedom à liberty, brotherhood à fraternity, tout en sachant que plus de la moitié des mots de l’anglais venaient du français et de latin. A de nombreuses reprises, il décrit sa langue comme « défigurée », « violentée ».

Mais, à sa manière, Orwell a repris l’idéal de Boileau selon lequel ce qui se conçoit bien s’énonce clairement : « Une prose de qualité est transparente comme une vitre ». Ce cristal lui était nécessaire pour mieux faire passer la réalité confuse, violente et terrorisante. Stylistiquement parlant, sa plus grande réussite aura été de faire croire qu’il écrivait “ naturellement ” dans la langue parlée d’un anglais éduqué. D’où son obsession de ne pas pouvoir glisser « la lame d’un couteau métaphorique » entre les mots et le sens. Sa règle – pas toujours applicable – était que le sens décide du mot. Il s’efforça toujours, cela dit, de faire coïncider la forme et le fond.

Pour Orwell, les différences langagières étaient régies par les antagonismes de classe. Les classes éduquées ayant perdu le contact avec le monde ouvrier, il urgeait que les prolétaires redonnent du souffle à la langue anémiée de la classe dirigeante. Son idéalisme l’amena à proposer, pour que les accents régionaux ne disparaissent pas (ils sont toujours bien présents aujourd’hui), un accent « national » (pas le sien, lui l’ancien élève d’Eton), un « cockney modifié » ou alors un des accents du Nord. Mais dans 1984, non seulement les Proles ne régénèrent pas la langue du Parti intérieur, mais il n’existe aucun phénomène de contact entre leur langue et celle des maîtres.

Bien que polyglotte, Orwell n’affectionnait pas les emprunts entre langues. Il n’admit jamais que, si le vocabulaire anglais était très riche, c’est justement parce que la langue anglaise avait deux racines principales. De plus, alors que dans 1984 chaque continent possède une seule langue officielle, Orwell n’a rien écrit sur un fait déjà bien présent à son époque : le nouveau statut de l’anglais en tant que première langue véhiculaire mondiale. Conscient de la fin de la suprématie de l’Angleterre en tant que puissance planétaire, il redoutait le contact avec la culture d’outre-Atlantique. Plutôt conservateur en matière langagière, il n’en a pas moins créé de nombreux néologismes. Par exemple la “ nancytude ” (tapettitude), la “ scotchification ” (de l’Angleterre) (écossification), “ sub-faecal ” (sous-fécal), la “ blimpocracy ” (culotte de peaucratie). Bien que jungien, Orwell n’avait pas perçu que l’inconscient était structuré comme un langage. Il voyait dans les mots une substance pâteuse, fuyant indéfiniment devant les réalités de la pensée (« Quelqu’un a-t-il jamais écrit une lettre d’amour dans laquelle il a exprimé exactement ce qu’il voulait dire ? »). D’où cette proposition d’inventer des nouveaux mots (ou des mots neufs), aussi tranquillement que s’il s’agissait de « pièces pour moteur d’auto ». Mais il n’a pas pu (ou n’a pas eu le temps) de réfléchir à ses propres maniérismes. Il abusait d’adverbes de fréquences (“ rarement ”, “ toujours ”) parce qu’il avait tendance à généraliser. Il utilisait souvent la préposition “ comme ”, des adjectifs comme “ différent ”, “ identique ”, des verbes comme “ comparer ” parce qu’il pensait très souvent de manière analogique. Il s’efforça, cela dit, de s’imposer une hygiène d’écriture consistant, par exemple, à éviter les métaphores rebattues (pas une seule dans La ferme des animaux). Et il proposa cinq règles de bonne écriture et une sixième dirimante, dont il n’est pas stupide de s’inspirer, même si elles trahissent son souci névrotique de propreté :

Ne jamais utiliser une métaphore déjà vue sous la plume d’un autre.
Ne jamais utiliser un mot long quand un court fait l’affaire.
Supprimer un mot lorsqu’il est possible de le supprimer.
Ne pas utiliser la voix passive [beaucoup plus fréquente en anglais qu’en français] quand l’actif convient.
Ne jamais utiliser une expression étrangère, un mot scientifique ou du jargon s’il existe un équivalent en anglais de tous les jours.
Ne pas appliquer ces règles dès lors que le résultat est franchement malsonnant.

Dans 1984, le statut de la langue n’est pas toujours très cohérent. Un seul personnage (membre du Parti Extérieur) parle naturellement en Novlangue. Les enfants de Mrs Parson, pourtant militant zélés de la Ligue de la Jeunesse, s’expriment en anglais ordinaire. Orwell a toujours pensé que le manque de démocratie ou la dictature du prolétariat aggraveraient les antagonismes de classe. Aux trois classes d’Océania correspond une organisation linguistique gouvernée par le chiffre trois. Dans le Parti Intérieur, la Novlangue est censée être la norme ; dans le Parti Extérieur, elle se diffuse progressivement ; elle est inconnue des Proles qui parlent cockney, un idiome qui est d’avantage une recréation orwellienne que du cockney authentique. La Novlangue n’est pas généralisée dans le roman parce que le livre n’est pas une prophétie mais une satire dystopique. Elle ne peut être parlée par des personnages qui ressemblent aux gens qu’Orwell a côtoyés sa vie durant. A la fin du roman, Orwell estime que la Novlangue ne sera pas utilisé par tous avant 2050, malgré les moyens de coercition considérables dont dispose le système. Ce qui semble peut-être le plus pertinent dans la création de la Novlangue, c’est cette idée, aujourd’hui banale, qu’un discours officiel peut fort bien parler pour ne rien dire. Nous sommes en effet dans la destruction du sens. Le personnel politique étasunien a atteint cet idéal : souvenons-nous de Reagan se contenant de murmurer devant ses supporters « Read my lips » ou Hillary Clinton proposant un petit jappement chaque fois que Donald Trump proférerait un ânerie. Orwell postule par ailleurs que la langue fait naître la faute, le sentiment de culpabilité, notion que reprendra plus tard Roland Barthes expliquant que le fascisme n’empêche pas de dire mais oblige à dire.

L’écrivain au style translucide qu’était Orwell avait senti dans les années trente que la langue ne serait plus jamais un moyen de communication innocent. Winston finissait par “ aimer ” Big Brother parce que le mot “ amour ”, tout en ayant perdu sa signification d’origine, existait toujours bel et bien sous son horrible travestissement. Cratyle, dans le dialogue de Platon, avait décidé de se taire (« si des noms sont mal établis, ils ne sont plus que des éclats de voix »). Orwell choisit de travailler la simplicité de son expression (pour ceux dont l’anglais n’est pas la langue maternelle, il est l’un des auteurs les plus faciles à lire) et de renforcer le pouvoir de ses propres mots.

Voir par ailleurs:

How Being Politically Incorrect Could Help Bloomberg

Bloomberg says things that can’t be said in polite company. Maybe voters don’t mind as much as elites do.It’s amusing to learn that Mike Bloomberg, just last year, was filmed speaking with his customary bluntness about transgender individuals: “If your conversation during a presidential election is about some guy wearing a dress and whether he, she, or it can go to the locker room with their daughter, that’s not a winning formula for most people,” he said at a business development forum.

You can’t talk that way anymore in the upper levels of the Democratic party, the media, the arts, or even corporate America. If Bloomberg had said this as the CEO of a publicly traded company, instead of as the owner of a private one, intense pressure would have been put on the board to fire him. And this was hardly the first time he said something that was guaranteed to offend. “We put all the cops in minority neighborhoods. Yes, that’s true. Why do we do it? Because that’s where all the crime is,” Bloomberg said in 2015 at the Aspen Institute, adding, “The way you get the guns out of the kids’ hands is to throw them up against the wall and frisk them.”

Bloomberg hasn’t had to report to anyone for many years, and being as frank as he likes, no matter how rude he sounds, is part of his brand. “A List of Things Bloomberg Actually Said About Fat People, Rape, George W. Bush, and J.Lo” ran one of the more entertaining headlines of this campaign season. My personal favorite is one of many one-liners contained in the now-infamous booklet, The Portable Bloomberg: The Wit and Wisdom of Michael Bloomberg. It was published as a sort of party favor back in 1990 by his employees, and no one quite seems to be able to tell if it is a spoof or an actual compendium of Bloomberg remarks. If the former, it sounds a lot like the latter to a lot of people. A highlight is Bloomberg’s summing-up of the British royals: “What a bunch of misfits — a gay, an architect, that horsey-faced lesbian, and a kid who gave up Koo Stark for some fat broad.” (Fact check: Prince Charles is not an architect, merely an architectural enthusiast.)

Yet Bloomberg’s sharp rise in polling has coincided with a concerted effort by the media to score him for all of these grave offenses against political correctness. We’re about to learn whether anyone outside the elite stratum of the country actually considers these sorts of barbed comments to be disqualifying. True, nobody is allowed to talk like this anymore. But then again, the only other politician who dares to is the current occupant of the White House. Which raises the question: Does a history of extreme political incorrectness actually boost Bloomberg’s chances?

Reading about what Democratic voters have to say, it’s evident that all principles and policies are negotiable. The only thing that matters to them is defeating Donald Trump. Medicare for All, Medicare for All Who Want It, continue the status quo? Whatever. As long as someone other than Trump is in charge. Democratic voters have discarded Elizabeth Warren because they don’t think she can defeat Trump, and they are having severe misgivings about Joe Biden because they’re not sure he’s still vigorous enough for battle, or indeed vigorous enough to make it through a sentence without taking a break for a nap. Bernie Sanders, too, has to be making Democratic voters nervous: Hey, we just want Trump gone, we don’t want to be annexed by Denmark. Most Democrats are aware that Sanders is extreme, and more important, most Democrats are aware that swing voters in Michigan and Wisconsin are aware of this.

American elites hear the way Bloomberg talks and think: Shocking! Disqualifying! Outrageous! Median voters might hear something very different: This guy is a match for Trump! Instead of choosing a parody of an earnest loser in a rumpled sweater who has a garage full of Eugene V. Debs filmstrips, the Dems could go with a swashbuckling, trash-talking, don’t-give-a-fig capitalist buccaneer who is prepared to rain insults on Trump, not just gently shake his head and say, “That’s not who we are.” Instead of having a pathetic old schmuck in a subcompact who seems like he should be teaching bored high schoolers, they could have a fiercely combative alpha male who could buy and sell Trump 20 times over. Why not dump Walter White and go with Heisenberg?

The sort of people who get the vapors at offensive comments are going to vote for the Democrat this fall no matter who it is. Bloomberg’s political incorrectness won’t matter any more than Hillary Clinton’s vote for the Iraq War mattered in 2016. Yet the prospect of riding into battle with someone who is as arrogant, aggressive, politically incorrect, and corrosively funny as Trump has to be a tempting proposition to a lot of Democrats. Even if it’s a fellow New York billionaire.

Voir de même:

Reaching Peak Progressivism
« The frightening visions of the new peak progressives will ensure the reelection of Donald Trump, as well as either the likely end of themselves—or else a collective dystopian nightmare. »>The frightening visions of the new peak progressives will ensure the reelection of Donald Trump, as well as either the likely end of themselves—or else a collective dystopian nightmare.
Victor Davis Hanson
American greatness
February 16th, 2020

In 2020 we have finally hit peak progressivism. The adjective “peak”—apex or summit— is often used to describe something that has reached its maximum extent but thereafter will insidiously decline—like supposed U.S. domestic oil production in 2000 when more oil was purportedly taken out of, rather than still in the ground. While the idea of peak oil in the days before fracking and horizontal drilling proved vastly premature, we likely are witnessing something like “peak progressivism” today.

By that I mean the hard-left takeover of the Democratic Party and the accompanying progressive agenda now have reached an extreme—beyond which will only result in the steady erosion of radical ideology altogether.

The French Revolution hit “peak” coerced egalitarianism with the Jacobin takeover and so-called Reign of Terror. After all, when you begin guillotining fellow travelers on charges they are counterrevolutionaries and begin worshiping a new atheist secular power “Reason,” institutionalized as Robespierre’s “Cult of the Supreme Being,” you have mostly reached the limits of political radicalism and are into the territory of the nihilistic, if not the maniacal and absurd—with a rendezvous with Napoleon on the horizon.

From 2009 through 2016, Barack Obama recalibrated the Democratic Party’s liberalism into progressive radicalism. He opened the border and all but dismantled existing immigration law. Sanctuary cities sprang up with impunity. Executive orders bypassed the Congress. The Iran Deal ignored the Senate’s treaty-making responsibilities. Obama sought to nationalize healthcare. The concept of “diversity” replaced affirmative action, by redefining racial oppression as distinct from historical grievance and economic disparity and instead lumping together 30 percent of the population as nonwhite, and thus antithetical to the new buzz construct of “white privilege.” Fast and Furious, the surveillance of the Associated Press reporters, Benghazi, the weaponization of the IRS, and the use of CIA, FBI, and DOJ to seed the spurious Steele dossier were all written off as proof of the “most scandal free” administration in memory.

But today Obamaism has been figuratively guillotined by the New Jacobins. It is found guilty of crimes of insufficient revolutionary zeal, as well as compromises with the U.S. Constitution and capitalism.

Once considered a crank socialist, Senator Bernie Sanders (I-Vt.) is now leads in many Democratic primary polls. Arriving with him at this moment in our politics is peak progressivism.

First-term socialists—House representatives such as Alexandria Ocasio-Cortez (D-N.Y.) and her fellow “squad” members, inspired by Sanders—now set the new Democratic agenda. And it is one that is more radical than anything seen in modern American history and largely unsustainable: calls to level a wealth tax and new top income-tax rates of 70-90 percent, to abolish the Immigration and Customs Enforcement Service, all student debt, an enforceable southern border, the internal combustion engine, and most Second Amendment rights, and to enact multi-trillion dollar new entitlements as outlined in the Green New Deal, Medicare for All, free college, free healthcare for illegal aliens, and reparations.

Identity politics so rules the rhetoric of the new progressive party that all of its—exclusively white—primary finalists vie to be most vocal in the ritual damning of their own country (that has ironically ensured their own influence, power, success and wealth) as inherently “racist.”

Universities Lead the Way In the Revolution Eating Itself

Outside of the political sphere, peak progressivism had reinvented the university, rejecting Martin Luther King, Jr’s vision of racial integration and assimilation, by demanding racially obsessed dorms, safe spaces, and applications.

There is hardly a First Amendment on campuses anymore. Speakers with unpopular views are shouted down with impunity by student activists. “Trigger warnings” seek to censor required texts. The mere accusation of sexual harassment on campus is synonymous with the suspension of the Fourth, Fifth, Sixth, and Seventh Amendments. Skepticism over abortion, “climate change,” or identity politics can cancel out a faculty career.

It is hard to imagine where universities go after peak progressivism, since it would be the pure nihilism of abolishing grades, admissions standards, and student fees.

Peak progressivism calls for the abolition of the constitutionally mandated Electoral College. Radicals now fault past failed schemes to pack the federal and Supreme Court with left-wing justices only because they failed, and thus advance ways to make court-packing work in the present. The bolder among them wants to reconfigure the U.S. Senate into a proportionally representational house or abolish it altogether. All that would be left after that would be the formal abolition of the U.S. Constitution itself.

Primary candidates compete with one another to water down voting laws, variously demanding that 16-year-olds, felons, and illegal aliens should be given the franchise. Gay marriage, which Obama opposed in 2008 and later promoted after reelection, is now passé. The new civil rights cause celebre is transgenderism, an ancient syndrome known in the past under a variety of clinical definitions that affects less than half of one percent of the population. Who, after these peak progressive ideas, would be left as ineligible to vote—12-year-olds, those on death row, the rest of the earth’s population?

All moderate Democratic presidential candidates long ago dropped out. Those who have not, such as Joe Biden and Michael Bloomberg, are in virtual reeducation camps, as they promise to progressive rivals and the media to renounce most of their past positions, effusively apologizing for prior incorrect thinking and failure to become sufficiently “woke.”

The Cycles of Cultish Extremism

There are certain historical characteristics of the current peak progressivism that are typical of past cycles of cultish extremism.

Iconoclasm—the destruction of statues and icons deemed reactionary—is typical.

So is Trotskyization, the renaming of buildings, streets, and institutions on the theory that current correct ideology makes past iconic figures no longer deserving of recognition and thus erased from history.

Puritanism is also typical, as correct speech extends to thoughts and behavior. Peak progressivism now includes Victorian prudery. Flattery, traditional flirting, and praise of physical beauty are proof of counter-revolutionary barbarism and toxic masculinity. The Internet allows instant cancel culture searches of one’s entire past thoughts, conduct, and expression in efforts to erase impure personas.

Tribal factionalism is a final symptom that peak ideology is already degenerating into chaos. In the Democratic primary, candidates could agree that white privilege and whiteness were toxic but no one quite could define whether black, Latino, Asian, gay, female upper-middle class, or wealthy candidates were the most victimized by America and thus the most deserving of reparatory considerations.

The much-discussed “intersectionality” is a construct, a myth. The history of ideological extremism is instead a war of all factions against one another.

We see just that in the peak progressive primaries. Michael Bloomberg is deemed a racist and sexist. But then so is Joe Biden. Bernie Sanders supposedly hires racists and sexists and won’t honor minimum wage laws. Senator Elizabeth Warren (D-Mass.) thinks Bernie is condescending to women and minorities. Pete Buttigieg thinks he is the victim of Joe Biden’s subtle anti-gay political adds, and feels, but does not articulate, that the black community is inherent anti-homosexual. The race to tag others as victimizers and selves as victimized is endless.

Radicals also vie to make rivals look counter-revolutionary, as they advance ever more incoherent and unhinged schemes without a clue that they are losing not just moderate support but even liberal followers. The more Warren feels she must become the purest peak progressive on the debate stage and the most radical in the U.S. Senate, the more her former supporters feel she is either a conniving opportunist or nuts or both.

Impossible Demands, Even of Their Own

Peak progressives cannot possibly live up to their rhetoric fantasies and so suffer from rank hypocrisies. Redistributionists like Warren and Sanders either fly on private jets or choose non-egalitarian first-class commercial. Hollywood stars who mouth crazy Oscar and Grammy ceremony platitudes vie with each other to wear multi-thousand-dollar clothes, live in mansions, and own yachts—as they drive down ratings to historic lows.

Not long ago, progressive pundits on CNN and MSNBC declared the current indicted lawyer Michael Avenatti presidential material for his fabrications and lies that were used to smear Justice Brett Kavanaugh. Where does a network go after that?

Racial quota advocates demand proportional representations and cry out about disparate impact but soon discover that they have no plans or desire to appoint candidates of color to be included on the Democrat debate stage (or to reserve slots for Asian-American basketball forwards, or to ensure blacks make up only 12 percent of the coveted billets of the U.S. Postal Service.) Peak progressives never imagine that they, too, can become prisoners of their ridiculous ideologies.

Peak progressives also live in cocoons. They have no inkling how their ever more radical talk alienates the public. How odd to see Mike Bloomberg repudiate many of his mayoral policies that once were popular with even liberal New Yorkers. (Or is Bloomberg’s Machiavellian team leaking past politically incorrect statements about crime and the housing collapse to show that in comparison with his current rivals’ professed lunacies that he once sounded pragmatic and sane?)

To prove he is not a racist, Joe Biden sounds like an incendiary radical, only further turning off his once-sizable moderate block of supporters. As Democratic candidates careen ever farther to the left, their crowds shrink, and Donald Trump’s rallies expand.

Peak progressivism even scares the diehard NeverTrump right, which fears imploding by voting for a whacked-out Bernie Sanders as the only alternative to the hated Trump.

Peak progressivism eventually either recedes, or, to remain viable, entails violence, as in the Russian, Chinese, or Cuban revolutions. The odd thing is not that Sanders supporter James Hodkinson tried to mow down some of the Republican House leadership, or a recent left-wing activist sought to run over Trump supporters with his van, or that Hollywood stars still compete with each other in imagining the most fitting rhetorical torture or killing of the president of the United States—bombing, incineration, beheading, stabbing, shooting, beating—but that progressive voices rarely complain about such extremist rhetoric or actions. Impeachment 1.0 in January 2017 looks tame in comparison to 2.0 in February 2020, which in turn will seem a sell-out compared to 3.0 in 2021.

George McGovern ensured a Nixon landslide, Jimmy Carter hastened the Reagan Revolution—and the eventual return of the old Democrats under Bill Clinton.

The frightening visions of the new peak progressives will ensure the reelection of Donald Trump, as well as either the likely end of themselves—or else a collective dystopian nightmare.

Voir de plus:

China’s Government Is Like Something out of 1984

The Chinese technological revolution is overseen by an Orwellian dictatorship.The Chinese Communist government increasingly poses an existential threat not just to its own 1.4 billion citizens but to the world at large.

China is currently in a dangerously chaotic state. And why not, when a premodern authoritarian society leaps wildly into the brave new world of high-tech science in a single generation?

The Chinese technological revolution is overseen by an Orwellian dictatorship. Predictably, the Chinese Communist Party has not developed the social, political, or cultural infrastructure to ensure that its sophisticated industrial and biological research does not go rogue and become destructive to itself and to the billions of people who are on the importing end of Chinese products and protocols.

Central Party officials run the government, military, media, and universities collectively in a manner reminiscent of the science-fiction Borg organism of Star Trek, which was a horde of robot-like entities all under the control of a central mind.

Thirty years ago, American pundits began gushing over China’s sudden leap from horse-drawn power to solar, wind, and nuclear energy. The Chinese Communist government wowed Westerners. It created from nothing high-speed rail, solar farms, shiny new airports, and gleaming new high-density apartment buildings.

Western-trained Chinese scientists soon were conducting sophisticated medical and scientific research. And they often did so rapidly, without the prying regulators, nosy elected officials, and bothersome citizen lawsuits that often burden American and European scientists.

To make China instantly rich and modern, the Communist hierarchy — the same government that once caused the deaths of some 60 million innocents under Mao Zedong — ignored property rights. It crushed individual freedom. It embraced secrecy and bulldozed over any who stood in its way.

In much the same manner that silly American pundits once praised Benito Mussolini’s fascist efforts to modernize Depression-era Italy, many naifs in the West praised China only because they wished that their own countries could recalibrate so quickly and efficiently — especially in service to green agendas.

But the world is learning that China does not just move mountains for new dams or bulldoze ancient neighborhoods that stand in the path of high-speed rail. It also hid the outbreak and the mysterious origins of the deadly coronavirus from its own people and the rest of the planet as well — a more dangerous replay of its earlier effort to mask the spread of the SARS virus. The result was that thousands of unknowing carriers spread the viral plague while the government covered up its epidemic proportions.

China, of course, does not wish to have either its products or citizens quarantined from other countries. But the Chinese government will not allow foreign scientists to enter its country to collaborate on containing the coronavirus and developing a vaccine.

No wonder Internet conspiracies speculate that the virus was either a rogue product of the Chinese military’s bioengineering weapons lab or originated from bats, snakes, or pangolins and the open-air markets where they are sold as food.

It is hard to believe that in 2020, the world’s largest and second-wealthiest county, which boasts of high-tech consumer products and gleaming cities, has imprisoned in “re-education camps” more than 1 million Uighur Muslims in the manner that Hitler, Stalin, and Mao once relocated “undesirable” populations.

China seems confident that it will soon rule the world, given its huge population, massive trade surpluses, vast cash reserves, and industries that produce so many of the world’s electronic devices, pharmaceuticals, and consumer goods.

For a year, the Chinese government has battled massive street demonstrations for democracy in Hong Kong. Beijing cynically assumes that Western nations don’t care. They are expected to drop their characteristic human-rights advocacy because of how profitable their investments inside China have proven.

Beijing was right. Few Western companies complain that Chinese society is surveilled, regulated, and controlled in a nightmarish fashion that George Orwell once predicted in his dystopian novel, 1984.

All of these recent scandals should remind the world that China got rich by warping trade and stealing technology in much the same way that it deals with epidemics and dissidents. That is, by simply ignoring legitimate criticism and crushing anyone in its way.

If the Chinese Communist Borg is willing to put millions of its own citizens at risk of infection and death, why would it care about foreigners’ complaints that China is getting rich and powerful by breaking international trade rules?

The truth about President Trump’s decision to call China to account over its systematic abuse of international trade norms is not that Trump’s policy is reckless or ill-considered. It’s that at this late date, the reckoning might prove too little, too late.

Voir encore:

Des employés d’Amazon écoutent les conversations des utilisateurs avec Alexa

Pour améliorer les performances de reconnaissance vocale de son assistant intelligent Alexa, des milliers de salariés d’Amazon écoutent des extraits de conversations réelles. Il n’est pas mentionné explicitement dans ses conditions d’utilisation que des humains peuvent y accéder.

Kesso Diallo

Plusieurs personnes hésitent à introduire des enceintes connectées chez eux par crainte d’être écoutés. D’une certaine façon, c’est bien le cas. Une enquête de Bloomberg révèle qu’Amazon emploie des milliers de salariés dans le monde pour écouter les conversations des utilisateurs avec Alexa, l’assistant vocal qui alimente les enceintes Echo du géant et plus de 100 millions d’objets connectés dans le monde. Ces employés travaillent neuf heures par jour dans des bureaux à Boston, au Costa Rica, en Inde ou encore en Roumanie. Il analyse jusqu’à 1000 clips audio par jour pour transcrire et annoter leur contenu. Le but est d’améliorer l’outil de reconnaissance vocale en éliminant les lacunes dans la compréhension de la parole humaine par Alexa et en l’aidant à mieux répondre aux demandes des utilisateurs. Un employé explique ainsi à Bloomberg avoir aidé Alexa à mieux comprendre le nom «Taylor Swift» en lui indiquant que l’utilisateur parlait d’une artiste musicale.

La vie privée des utilisateurs chez Amazon

Parmi le type de clips auxquels les salariés accèdent, des requêtes mais aussi des sons enregistrés comme une femme qui chante mal sous la douche. Problème: ces fichiers peuvent être partagés sur une messagerie interne pour aider un collègue à mieux interpréter une phrase ou pour se moquer d’un enregistrement amusant. D’autres extraits sont parfois plus problématiques. Deux personnes qui travaillaient pour Amazon ont ainsi raconté avoir entendu ce qui ressemblait à une agression sexuelle. Après l’avoir mentionné à leur hiérarchie, ils ont été informés qu’Amazon ne souhaitait pas réagir à la situation. Pourtant le géant affirme que «des procédures ont été mises en place» pour ce genre de situation. Enfin, lorsque les employés entendent des données personnelles telles que les coordonnées bancaires, ils cochent simplement une boîte de dialogue indiquant «données critiques» avant de passer au fichier audio suivant.

Selon un porte-parole d’Amazon, seul «un très faible échantillon des enregistrements» est utilisé pour améliorer l’expérience de l’utilisateur. Il précise également que les employés ne peuvent pas accéder directement aux informations d’identification des personnes ou des comptes associés aux enregistrements. «Toutes les informations sont traitées avec la plus grande confidentialité et nous utilisons l’authentification multifacteurs pour restreindre l’accès, le chiffrement des services et des audits de notre environnement de contrôle pour le protéger». Pourtant, les captures d’écran fournies par les employés à Bloomberg montrent qu’à défaut d’indiquer le nom complet et l’adresse d’un utilisateur, les enregistrements sont tout de même associés à un numéro de compte, ainsi qu’au prénom de l’utilisateur et le numéro de série de l’appareil.

Paramètres de confidentialité

Amazon mentionne dans ses conditions d’utilisation que les conversations des utilisateurs avec Alexa sont enregistrées pour améliorer son assistant virtuel. Cependant, le géant n’y précise explicitement pas que ces conversations peuvent être écoutées par des humains. Et si l’utilisateur peut limiter via les paramètres de confidentialité d’Alexa l’utilisation qui est faite de ces enregistrements, il ne peut jamais empêcher cette transmission.

Alexa est conçue pour enregistrer en continu des extraits audio dès qu’elle entend le mot d’activation, soit «Alexa» par défaut. Ce mot peut être modifié. Une fois qu’il est détecté, l’anneau de lumière situé au-dessus de l’enceinte devient bleu, indiquant que le périphérique enregistre et transmet une commande aux serveurs d’Amazon. Le site du géant affirme qu’aucun son n’est stocké à moins que l’enceinte connectée Echo ne détecte le mot d’activation ou ne soit allumée en appuyant sur un bouton. Mais, il arrive qu’Alexa commence un enregistrement sans aucune demande de la part de l’utilisateur ou par accident. L’assistant vocal peut en effet se tromper, notamment avec d’autres langues que l’anglais. En français, il peut confondre «sa» avec «Alexa», soit son mot d’activation. Chaque auditeur transcrit ainsi jusqu’à 100 enregistrements par jour dans ces situations selon une source de Bloomberg.

Améliorer les assistants vocaux

Amazon n’est pas la seule entreprise à faire écouter une partie de ces conversations à des humains pour améliorer son outil de reconnaissance vocale. C’est aussi le cas chez Google et Apple avec leurs propres assistants vocaux Google Assistant et Siri. Pour Siri d’Apple, les enregistrements passés en revue ne contiennent pas d’informations personnelles. Durant les six mois où ils sont stockés, ils sont liés à un identifiant aléatoire selon un livre blanc sur la sécurité d’Apple. Après ces six mois, les données sont dépourvues de leur identifiant aléatoire, mais elles peuvent être stockées plus longtemps pour améliorer la reconnaissance vocale de Siri. Chez Google, certains réviseurs peuvent accéder à des extraits audio de Google Assistant, mais ces derniers ne sont associés à aucune information personnelle et le son est déformé, selon l’entreprise.

Dans la nuit du 2 au 3 août, Amazon a mis à jour son application Alexa pour expliquer plus clairement la manière dont les enregistrements sont utilisés. Ainsi, on peut dorénavant lire que «les fichiers audios peuvent être […] manuellement révisés pour aider à améliorer les services [d’Amazon]». Alors qu’avant, la firme indiquait seulement que les enregistrements pouvaient «être utilisés pour développer de nouvelles fonctionnalités». Via l’application, il est aussi possible de désactiver l’envoi et l’écoute des fichiers audios avec Alexa. L’annonce d’Amazon fait suite à la procédure administrative ouverte par l’autorité de protection des données de Hambourg à l’encontre de Google. Depuis le 1er août et pendant trois mois, la firme n’est plus autorisée à laisser ses employés ou sous-traitants écouter les conversations enregistrées par son assistant intelligent. L’interdiction s’étend à toute l’Union Européenne. Apple a également emboîté le pas à Google et Amazon. La firme a annoncé au média TechCrunch qu’elle suspendait la manière dont les enregistrements sont utilisés pour améliorer son assistant vocal, «le temps de le réexaminer en profondeur». Cette décision s’applique au monde entier.

Voir enfin:

Primaires américaines : à Las Vegas, le milliardaire Michael Bloomberg aiguise les rivalités démocrates
L’ancien maire de New York a participé à son premier débat des primaires et fait l’unanimité contre lui parmi les autres candidats.

Corine Lesnes

Le Monde

20 février 2020

Michael Bloomberg avait beaucoup d’explications à fournir. Sur ses déclarations méprisantes à l’égard des femmes, son passé républicain, et surtout sa politique de « stop and frisk » ou contrôle au faciès quand il était maire de New York de 2002 à 2013. Dès la deuxième minute du débat des primaires démocrates de Las Vegas, mercredi 19 février, Bernie Sanders a attaqué frontalement le nouveau venu dans la campagne, expliquant qu’il n’avait aucune chance de battre Donald Trump, en raison de son soutien passé à cette pratique raciste.

Le milliardaire a encaissé le coup. « Euh », a-t-il balbutié. Elizabeth Warren s’est précipitée pour le tailler en pièces : « J’aimerais parler de qui nous combattons, a-t-elle lancé. Un milliardaire qui traite les femmes de “grosses vaches” et de “lesbiennes au visage chevalin”. Et non, je ne parle pas de Donald Trump, a repris la sénatrice du Massachusetts. Je parle de Michael Bloomberg. Les démocrates prennent un grand risque si nous remplaçons un milliardaire arrogant par un autre. »

Dans l’assistance, il y a eu un moment d’effroi puis des applaudissements. La candidate, en perte de vitesse depuis des semaines dans les sondages, faisait référence à une compilation satirique concoctée en 1990 par un cadre de la société Bloomberg et offerte au PDG pour son 48e anniversaire : la recension de quelques « maximes » d’un homme réputé pour ses jugements corrosifs. Bloomberg a préféré ne pas relever. « Je suis New-Yorkais, a-t-il répondu d’une voix atone. Je sais comment m’y prendre avec un imposteur new-yorkais de l’arrogance de Donald Trump. »

Effet Bloomberg ? Sursaut de combativité parmi les concurrents distancés dans les sondages ? Le neuvième débat démocrate, mercredi 19 février, le premier pour l’ancien maire de New York, a été le plus brutal depuis le début de la compétition pour la succession de Donald Trump. Pendant la première heure, le casino Paris Las Vegas s’est transformé en arène où les six candidats-gladiateurs ont déversé attaques et insultes – des plus conséquentes aux plus mesquines. NBC News a totalisé 75 tirs dans les 60 premières minutes. Et dans toutes les directions.

Ascension fulgurante

Amy Klobuchar, l’accrocheuse sénatrice du Minnesota, s’est vu longuement reprocher d’avoir été incapable de citer le nom du président mexicain dans une interview, alors qu’elle a multiplié les excuses et pris soin de mentionner Andres Manuel Lopez Obrador (après un coup d’œil à ses notes). Avec son air de premier de la classe, le polyglotte Pete Buttigieg, qui court sur les mêmes terres centristes du Midwest, l’a énervée plusieurs fois : « J’aimerais que tout le monde soit aussi parfait que toi, Pete. »

Rien n’a été épargné aux spectateurs. Pas même la crise cardiaque subie, en octobre 2019 dans cette même ville de Las Vegas, par Bernie Sanders. Pete Buttigieg, le premier, mais pas le seul, lui a reproché de ne pas publier davantage d’informations sur son dossier médical. Bernie Sanders, la figure rouge depuis son premier emportement contre Michael Bloomberg, a répondu qu’il avait donné toutes les garanties. Avant de botter en direction de Bloomberg : « Je crois qu’on partage le fait d’avoir deux stents », a-t-il glissé. « C’était il y a 25 ans », a soupiré l’ancien maire de New York.

L’ascension fulgurante de ce dernier a fait l’effet d’un électrochoc dans le camp démocrate. Plusieurs sondages l’ont maintenant placé dans le trio de tête, voire en deuxième position. Dans le dernier calcul de la moyenne des sondages établie par le site Realclearpolitics, Bernie Sanders arrive en première position avec 29 %, Joe Biden est deuxième avec 18 %, talonné par Michael Bloomberg à 16 %. Le sondage NBC News-Wall Street Journal, publié à la veille du débat, a lui aussi placé le socialiste-démocrate en tête avec 27 %, devant Joe Biden, en recul de 11 points. L’ancien vice-président, qui joue gros lors des caucus du Nevada samedi, a tenu son rang dans le débat, mais sans éclat.

Neuvième fortune mondiale

Depuis qu’il s’est lancé en novembre 2019, Michael Bloomberg, 55 milliards de dollars (50 milliards d’euros), la 9e fortune mondiale selon le classement du magazine Forbes en 2019, a déployé des moyens sans précédent. Il a déjà dépensé 409 millions de dollars, dont un million par jour sur Facebook selon NBC News, soit plus que les candidats encore en lice pendant toute l’année 2019.

Lui qui a fait sa fortune dans l’information financière a mis en place un dispositif sophistiqué sur les réseaux sociaux, allant jusqu’à payer des influenceurs pour publier des mèmes. Il a recruté des auteurs d’émissions satiriques pour calibrer des Tweet susceptibles de déclencher la rage de Donald Trump – lequel mord régulièrement à l’hameçon. Sans avoir participé aux caucus de l’Iowa ou aux primaires du New Hampshire, sans se présenter aux caucus du Nevada samedi 22 ou aux primaires de Caroline du Sud le 29 février, Michael Bloomberg s‘est hissé devant des candidats qui battent la campagne depuis plus d’un an.

Ceux-ci ont-ils réussi à enrayer la dynamique ? Bloomberg, qui n’avait pas participé à un débat politique depuis plus de dix ans, n’a pas manifesté de talent oratoire particulier, hésitant dans sa défense. Sur les contrôles au faciès, il s’est de nouveau excusé, plaidant l’ignorance de l’impact sur les minorités, tout en répétant que, de 650, le nombre de meurtres à New York avait été réduit de 50 %. Il ne s’est animé que dans la partie consacrée au climat, l’une de ses causes de prédilection.

Quoi qu’il en soit, sa présence a entraîné un débat supplémentaire chez les démocrates. Tous les candidats se sont déclarés scandalisés qu’il « achète » l’élection à coups de publicités (une telle fortune, équivalente à ce que possèdent 125 millions d’Américains, est « immorale », a jugé Bernie Sanders). Mais Bloomberg, un self-made-man, ingénieur de formation qui a inventé une plate-forme de trading, n’est pas vu comme un épouvantail par toute la gauche, où sévit ce qu’un éditorialiste a appelé « la tentation de Bloomberg », l’anti-Bernie Sanders.

Le milliardaire a reçu le soutien de dizaines de maires et d’élus afro-américains, dont il aide les projets sociaux depuis des années. Il a investi 500 millions de dollars dans la campagne de l’organisation écologiste Sierra Club « Beyond coal », qui a contribué à fermer la moitié des centrales au charbon du pays. Pas une cause progressiste – du planning familial à l’Emily’s List, qui aide les femmes en politique – qui n’ait bénéficié de subventions de sa fondation. « J’ai eu beaucoup de chance, j’ai gagné beaucoup d’argent et je suis en train de le dépenser pour débarrasser le pays de Donald Trump. Et d’ailleurs, une bonne partie de cet argent va au Parti démocrate », a-t-il rappelé.

Voir enfin:

Poison Apples
Rebecca Solnit
Harper’s
Dec. 2014

Thirty years ago, Apple Computer launched a new product with a messianic commercial in which legions of blank-faced, coverall-clad workers march, as if in a trance, through a strange industrial world. They arrive at a bright screen, which they sit in front of in homogeneous rows to watch a Big Brother–like figure announce the triumph of a mind-controlling monoculture. An athlete speeds toward the massive hall. Her sprinting power, her golden skin and bright red shorts, and even her gender stand in contrast to the zombie shuffle of the male figures.

The ad cuts back and forth between this vivid, supercharged woman in color and the bald ghost-workers in black and white. Pursued by faceless police in riot helmets intent on stopping her, she nevertheless finds time to spin her sledgehammer round and round before hurling it at the screen, where it smashes the image of Big Brother. The screen explodes in brightness, like an atomic blast, before the video cuts to a shot of the audience’s illuminated faces, their mouths open in shock. Then comes the famous tagline: “On January 24th, Apple Computer will introduce Macintosh. And you’ll see why 1984 won’t be like ‘1984.’ ” It’s perhaps Silicon Valley’s first announcement that they don’t just make tools; they make culture. But what kind of culture?

This minute-long movie was made in an era of considerable anxiety about the future. Alien (1979) postulated the usual hostile invaders, with better effects; Mad Max 2: The Road Warrior (1981) showed a chaotic world of post-peak-oil car mania; Blade Runner (1982) was set in a Los Angeles that was a weird mix of post-human and post-white, two qualities that were regarded with what seemed like equal dismay; and The Terminator (1984) worried about smart machines. This little Apple film was made to pep you up about the future, not to scare you, back in the days when the power of computers was puny compared with now, and nuclear threats were huge.

I want to yell at that liberatory young woman with her sledgehammer: « Don’t do it! » Apple is not different. That industry is going to give rise to innumerable forms of triviality and misogyny, to the concentration of wealth and the dispersal of mental concentration. To suicidal, underpaid Chinese factory workers whose reality must be like that of the shuffling workers in the commercial. If you think a crowd of people staring at one screen is bad, wait until you have created a world in which billions of people stare at their own screens even while walking, driving, eating in the company of friends—all of them eternally elsewhere. »


Messianisme homosexuel: Quand le cannibalisme n’est plus qu’une affaire de goût (What moral depravities can not be excused by the sole criterion of « warm, meaningful human relations » or « fulfillment », the newest semantic heirs to « love »?)

11 février, 2020

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Si toutes les valeurs sont relatives, alors le cannibalisme n’est plus qu’une affaire de goût. Leo Strauss (?)
Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination. Lévitique 18:22
Il n’y aura aucune prostituée parmi les filles d’Israël, et il n’y aura aucun prostitué parmi les fils d’Israël. Tu n’apporteras point dans la maison de l’Éternel, ton Dieu, le salaire d’une prostituée ni le prix d’un chien, pour l’accomplissement d’un voeu quelconque; car l’un et l’autre sont en abomination à l’Éternel, ton Dieu. Deutéronome 23: 17-18
La vertu même devient vice, étant mal appliquée, et le vice est parfois ennobli par l’action. Frère Laurent (Roméo et Juliette, Shakespeare)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
La liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Lorsque cela est accordé, le reste suit. George Orwell (1984)
Parler de liberté n’a de sens qu’à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre. George Orwell
Il faut constamment se battre pour voir ce qui se trouve au bout de son nez. Orwell
Le plus difficile n’est pas de dire ce que l’on voit mais d’accepter de voir ce que l’on voit. Péguy
Si vous admettez qu’un homme revêtu de la toute-puissance peut en abuser contre ses adversaires, pourquoi n’admettez-vous pas la même chose pour une majorité?  (…) Le pouvoir de tout faire, que je refuse à un seul de mes semblables, je ne l’accorderai jamais à plusieurs. Tocqueville
Si j’étais législateur, je proposerais tout simplement la disparition du mot et du concept de “mariage” dans un code civil et laïque. Le “mariage”, valeur religieuse, sacrale, hétérosexuelle – avec voeu de procréation, de fidélité éternelle, etc. -, c’est une concession de l’Etat laïque à l’Eglise chrétienne – en particulier dans son monogamisme qui n’est ni juif (il ne fut imposé aux juifs par les Européens qu’au siècle dernier et ne constituait pas une obligation il y a quelques générations au Maghreb juif) ni, cela on le sait bien, musulman. En supprimant le mot et le concept de “mariage”, cette équivoque ou cette hypocrisie religieuse et sacrale, qui n’a aucune place dans une constitution laïque, on les remplacerait par une “union civile” contractuelle, une sorte de pacs généralisé, amélioré, raffiné, souple et ajusté entre des partenaires de sexe ou de nombre non imposé.(…) C’est une utopie mais je prends date. Jacques Derrida
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
Les enfants adoptés ou nés sous X revendiquent aujourd’hui le droit de connaître leur histoire. Nul n’échappe à son destin, l’inconscient vous rattrape toujours. (…)  les enfants adoptés ou issus de la PMA ne sortent jamais indemnes des perturbations liées à leur naissance. Il faut rester ouvert, être attentif à leurs questions, s’ils en posent, et surtout ne pas chercher à cacher la vérité. L’idéal serait de trouver une position équilibrée entre le système de transparence absolue à l’américaine et le système de dissimulation à la française, lequel, ne l’oublions pas, reposait autrefois sur une intention généreuse d’égalité des droits entre les enfants issus de différentes filiations. Evelyne Roudinesco
1936, dans les quartiers bourgeois de Tokyo. Sada Abe, ancienne prostituée devenue domestique, aime épier les ébats amoureux de ses maîtres et soulager de temps à autre les vieillards vicieux. Son patron Kichizo, bien que marié, va bientôt manifester son attirance pour elle et va l’entraîner dans une escalade érotique qui ne connaîtra plus de bornes. Kichizo a désormais deux maisons : celle qu’il partage avec son épouse et celle qu’il partage avec Sada. Les rapports amoureux et sexuels entre Sada et Kichizo sont désormais épicés par des relations annexes, qui sont pour eux autant de célébrations initiatiques. Progressivement, ils vont avoir de plus en plus de mal à se passer l’un de l’autre, et Sada va de moins en moins tolérer l’idée qu’il puisse y avoir une autre femme dans la vie de son compagnon. Kichizo demande finalement à Sada, pendant un de leurs rapports sexuels, de l’étrangler sans s’arrêter, quitte à le tuer. Sada accepte, l’étrangle jusqu’à ce qu’il meure, avant de l’émasculer, dans un geste ultime de mortification ; puis elle écrit sur la poitrine de Kichizo, avec le sang de ce dernier : ‘Sada et Kichi, maintenant unis’. Wikipedia
Il nous arriverait, si nous savions mieux analyser nos amours, de voir que souvent les femmes ne nous plaisent qu’à cause du contrepoids d’hommes à qui nous avons à les disputer (…) ce contrepoids supprimé, le charme de la femme tombe. On en a un exemple dans l’homme qui, sentant s’affaiblir son goût pour la femme qu’il aime, applique spontanément les règles qu’il a dégagées, et pour être sûr qu’il ne cesse pas d’aimer la femme, la met dans un milieu dangereux où il faut la protéger chaque jour. Proust (La Prisonnière)
C’est déjà ou presque de l’homosexualité, en vérité, que nous parlons puisque le modèle-rival se trouve normalement un individu du même sexe, du fait même que l’objet est hétérosexuel. Toute rivalité sexuelle est donc structurellement homosexuelle. Ce que nous appelons homosexualité, c’est la subordination complète, cette fois, de l’appétit sexuel aux effets du jeu mimétique qui concentre toutes les puissances d’attention et d’absorption du sujet sur l’individu responsable du double bind, le modèle en tant que rival, le rival en tant que modèle. Pour rendre cette genèse plus évidente, il faut évoquer ici un fait curieux observé par l’éthologie. Chez certains singes, quand un mâle se reconnaît battu par un rival et renonce à la femelle qu’il lui disputait, il se met, vis à vis de ce vainqueur, en position, nous dit-on, d’ ‘offre homosexuelle’. (…) S’il n’y a pas d’homosexualité ‘véritable’ chez les animaux, c’est parce que le mimétisme, chez eux, n’est pas assez intense pour infléchir durablement l’appétit sexuel vers le rival. Il est déjà assez intense, pourtant, au paroxysme des rivalités mimétiques, pour ébaucher cet infléchissement. Si j’ai raison, on devrait trouver dans les formes rituelles, le chaînon manquant entre la vague ébauche animale et l’homosexualité proprement dite. Et effectivement, l’homosexualité rituelle est un phénomène assez fréquent; elle se situe au paroxysme de la crise et on la trouve dans des cultures qui ne font aucune place, semble-t-il, à l’homosexualité, en dehors des rites religieux. Une fois de plus, en somme, c’est dans un contexte de rivalité aigüe qu’apparait l’homosexualité. Une comparaison du phénomène animal, de l’homosexualité rituelle, et de l’homosexualité moderne ne peut manquer de signaler que c’est le mimétisme qui entraine la sexualité et non l’inverse. De cette l’homosexualité rituelle, il faut rapprocher, je pense, un certain cannibalisme rituel qui se pratique dans des cultures , également, où le cannibalisme n’existe pas en temps ordinaire. Dans ce cas comme dans l’autre, il me semble, l’appétit instinctuel, alimentaire ou sexuel, se détache de l’objet que les hommes se disputent pour se fixer sur celui ou ceux qui nous le disputent. (…) Un des avantages de la genèse par la rivalité, c’est qu’elle se présente de façon absolument symétrique chez les deux sexes. Autrement dit, toute rivalité sexuelle est de structure homosexuelle chez la femme comme chez l’homme, aussi longtemps toutefois que l’objet reste hétérosexuel, c’est-à-dire qu’il reste l’objet prescrit par le montage instinctuel hérité de la vie animale. (…) C’est sur ce parallélisme que se base Proust pour affirmer qu’on peut transcrire une expérience homosexuelle en termes hétérosexuels sans jamais trahir la vérité de l’un ou l’autre désir. René Girard
La lisibilité de la filiation, qui est dans l’intérêt de l’enfant, est sacrifiée au profit du bon vouloir des adultes et la loi finit par mentir sur l’origine de la vieConférence des évêques
C’est au nom de l’égalité, de l’ouverture d’esprit, de la modernité et de la bien-pensance dominante qu’il nous est demandé d’accepter la mise en cause de l’un des fondements de notre société. (…) Ce n’est pas parce que des gens s’aiment qu’ils ont systématiquement le droit de se marier. Des règles strictes délimitent et continueront de délimiter les alliances interdites au mariage. Un homme ne peut pas se marier avec une femme déjà mariée, même s’ils s’aiment. De même, une femme ne peut pas se marier avec deux hommes. (…) « le mariage pour tous est uniquement un slogan car l’autorisation du mariage homosexuel maintiendrait des inégalités et des discriminations à l’encontre de tous ceux qui s’aiment, mais dont le mariage continuerait d’être interdit. (…) L’enjeu n’est pas ici l’homosexualité qui est un fait, une réalité, quelle que soit mon appréciation de Rabbin à ce sujet (…)  c’est l’institution qui articule l’alliance de l’homme et de la femme avec la succession des générations. C’est l’institution d’une famille, c’est-à-dire d’une cellule qui crée une relation de filiation directe entre ses membres. C’est un acte fondamental dans la construction et dans la stabilité tant des individus que de la société. (…) résumer le lien parental aux facettes affectives et éducatives, c’est méconnaître que le lien de filiation est un vecteur psychique et qu’il est fondateur pour le sentiment d’identité de l’enfant. (…) l’enfant ne se construit qu’en se différenciant, ce qui suppose d’abord qu’il sache à qui il ressemble. Il a besoin, de ce fait, de savoir qu’il est issu de l’amour et de l’union entre un homme, son père, et une femme, sa mère, grâce à la différence sexuelle de ses parents. (…) Le droit à l’enfant n’existe ni pour les hétérosexuels ni pour les homosexuels. Aucun couple n’a droit à l’enfant qu’il désire, au seul motif qu’il le désire. L’enfant n’est pas un objet de droit mais un sujet de droit. Gilles Bernheim
Ce qui pose problème dans la loi envisagée, c’est le préjudice qu’elle causerait à l’ensemble de notre société au seul profit d’une infime minorité, une fois que l’on aurait brouillé de façon irréversible trois choses:  les généalogies en substituant la parentalité à la paternité et à la maternité;  le statut de l’enfant, passant de sujet à celui d’un objet auquel chacun aurait droit; les identités où la sexuation comme donnée naturelle serait dans l’obligation de s’effacer devant l’orientation exprimée par chacun, au nom d’une lutte contre les inégalités, pervertie en éradication des différences. Ces enjeux doivent être clairement posés dans le débat sur le mariage homosexuel et l’homoparentalité. Ils renvoient aux fondamentaux de la société dans laquelle chacun d’entre nous a envie de vivre. Gilles Bernheim (Grand rabbin de France)
He said, ‘Look Juan Carlos, the pope loves you this way. God made you like this and he loves you. Juan Carlos Cruz
The pope is saying what every reputable biologist and psychologist will tell you, which is that people do not choose their sexual orientation. A great failing of the church is that many Catholics have been reluctant to say so, which then “makes people feel guilty about something they have no control over. Rev. James Martin (Jesuit)
The Vatican declined to confirm or deny the remarks in keeping with its policy not to comment on the pope’s private conversations. The comments first were reported by Spain’s El Pais newspaper. Official church teaching calls for gay men and lesbians to be respected and loved, but considers homosexual activity “intrinsically disordered.” Francis, though, has sought to make the church more welcoming to gays, most famously with his 2013 comment “Who am I to judge?” He also has spoken of his own ministry to gay and transgender people, insisting they are children of God, loved by God and deserving of accompaniment by the church. As a result, some sought to downplay the significance of the comments as merely being in line with Francis’ pastoral-minded attitude. In addition, there was a time not so long ago when the Catholic Church officially taught that sexual orientation was not something people choose, the implication being it was how God made them. The first edition of the Catechism of the Catholic Church, the dense summary of Catholic teaching published by St. John Paul II in 1992, said gay individuals “do not choose their homosexual condition; for most of them it is a trial.” The updated edition, which is the only edition available online and on the Vatican website, was revised to remove the reference to homosexuality not being a choice. The revised edition says: “This inclination, which is objectively disordered, constitutes for most of them a trial.” Francis DeBernardo, executive director of New Ways Ministry, which advocates for equality for LGBTQ Catholics, said the pope’s comments were “tremendous” and would do a lot of good. “It would do a lot better if he would make these statements publicly, because LGBT people need to hear that message from religious leaders, from Catholic leaders,” he said. The Rev. James Martin, a Jesuit whose book “Building a Bridge” called for the church to find new pastoral ways of ministering to gays, noted that the pope’s comments were in a private conversation, not a public pronouncement or document. But citing the original version of the Catechism of the Catholic Church, Martin said they were nevertheless significant. Martin’s book is being published this week in Italian, with a preface by the Francis-appointed bishop of Bologna, Monsignor Matteo Zuppi, a sign that the message of acceptance is being embraced even in traditionally conservative Italy. NBC news
Why did god make me this way? Why did god make me wrong? Mia Lamay
The doctor said that we had a girl coming, so we started thinking of girl names. » « ‘Mia’ was born in 2010. » « Mia constantly wanted to change her clothes, like 12 times a day. » »Then the dog sweater came and she became obsessed with wearing one garment for six months straight. In hindsight I think she was trying to dispel a sense of discomfort in her image that was being shown to the world. » »She would take on boy personas and always want to play with boy things, we thought we had a tomboy on our hands. » « She didn’t fit in with the boys and she didn’t fit in with the girls. It was obvious to her and to the other kids. » « Her need to play boy roles and to be seen or spoken to as a boy at home became very persistent, and very consistent. Those are the hallmarks of a possibly transgender child — consistence, persistence, and insistence. And she was meeting all of those markers. » « A mother’s heart knows when her child is suffering, » says Jacob’s mom. « He was talking about hating his body, I found him angrily poking at himself one day, wanting to be something different. He would say ‘Why did god make me this way? Why did god make me wrong?' »One day after a near car accident, Jacob’s mom realized that if something were to happen, she didn’t want to « force her to be Mia for that one last day. At that point, my mind was made up. » In April of last year, the family took a trip and bought Jacob a Prince Charming costume. « We hadn’t yet transitioned Jacob, but he had short hair and was wearing almost entirely boy clothes… and he just glowed. Something clicked. » « There had been a video that had gone viral of an adorable little boy in California, Ryland Whittington, and his parents had made a video of him explaining transitioning and clearly this boy is so happy now. We were struck by that. » Jacob’s parents showed him the video of the boy, asking if he wanted to be like Ryland, but he said: « I can’t, I can be what I like at home, but I have to be Mia at school. » Jacob’s parents explained that he could start at a new school where everyone would know him as a boy from the beginning, and he immediately said « That’s what I want. I want to be a boy always. I want to be a boy named Jacob. » « Before the transition, he didn’t smile a lot. I had never seen him throw his head back and laugh. He’s a different person, he’s becoming himself. » »He started looking people in the eye, talking to people, and striking up conversations. I realized how much he had come out of his shell and how much being Jacob suited him. » »I couldn’t ask for a better son, » concludes Jacob’s dad. His mom agrees: « I want him to know how proud of him I am, how brave I believe he is, how no matter what I am in his corner, and I will always love him — because he’s my son. » Business insider
It’s not how you act, or what you wear, or anything like that. It’s just how you really are inside. … You just feel like you just got put in the wrong body. Jacob Lemay
Fourth grader Jacob Lemay knew he was a boy before he could properly pronounce the word “transgender.” His whole family now advocates for trans rights. Now, Mimi Lemay has written a memoir titled “What We Will Become” about love, acceptance and change. Jacob is now in fourth grade. He has a pet hedgehog named Trinket, and he loves hockey, jumping on his backyard trampoline and playing with his sisters. He is a typical 9-year-old boy in every way, except for being transgender. He said some of his friends know and some don’t. But to most kids, it’s just not that big a deal. Over the last five years, he has grown and matured, and he is more sophisticated now when he talks about what it means to him to be transgender. And since he has reached the early stages of puberty, Jacob has opted to take a puberty blocker. This is a completely reversible step endorsed by the medical community. It is also the very kind of treatment that some state lawmakers are looking to stop. More than half a dozen states, most recently Ohio, have introduced bills seeking to ban gender-affirming health care for minors. This type of care, Mimi Lemay said, will save the lives of children like Jacob. More than half a dozen states, most recently Ohio, have introduced bills seeking to ban gender-affirming health care for minors. This type of care, Mimi Lemay said, will save the lives of children like Jacob. Mimi and Joe Lemay said their entire family now advocates for transgender rights. In fact, Jacob recently asked presidential hopeful Sen. Elizabeth Warren, D-Mass., a question at a televised town hall. The Lemays said they want to keep sharing their story to help other families with trans kids. “Your child will be OK as long as you support them,” Mimi Lemay said. “There is no harm in saying to your child, ‘I see you … and believe you, and you are who you say you are.’ NBC news
Je suis un prêtre clandestin. (…) À 18 ans, j’ai fait mon coming-out. Cela ne s’est pas bien passé. Au point que j’en suis venu à cette alternative : le suicide ou l’exil. (…) J’ai été accusé d’être un activiste homosexuel infiltré dans l’Église. Tout récemment, un archevêque a même voulu me défroquer. (…) Le point de départ a été la découverte de l’œuvre de René Girard. Avec sa lecture rigoureusement anthropologique du texte biblique, il a montré que l’on n’est face ni à une mythologie ni même à une théologie humaine mais, au contraire, à une anthropologie divine. (…) René Girard m’a aidé à prendre conscience que ce n’est pas Dieu qui est violent mais l’homme. Par exemple, le Christ n’est pas sacrifié par les hommes pour payer le prix exigé par un dieu sanguinaire. Que signifie alors la mort de Jésus ? Que les hommes sont violents. Et, ne se rebellant pas, Jésus s’est donné au milieu d’un de nos typiques épisodes de lynchage comme incarnant le pardon en tant que valeur divine. (…) La haine des autres est réelle mais je n’ai pas à me laisser définir par elle. Je cherche toujours à enseigner comment vivre au-delà du ressentiment. Devenir soi et pardonner, voici quelque chose au cœur de la foi chrétienne. (…) Si le rejet de l’homosexualité au sein de l’Église est si fort, c’est aussi parce qu’il y a tellement de gays mal à l’aise au sein du clergé (…) Cette parole est trop rare et pourtant indispensable pour que les positions dogmatiques sur la famille ou sur l’homosexualité évoluent au sein de l’Église et de la société. James Alison
In general, despite what those who try to conflate “gay” with “paedophile” would have you believe, a knowing clerical gay milieu is genuinely shocked and baffled when minors are involved. In all these cases, in as far as the behaviour was adult-related, plenty of people in authority sort-of-knew what was going on, and had known throughout the clerics’ respective careers. However the informal rule among the Catholic Clergy – the last remaining outpost of enforced homosociality in the Western world – is strictly “don’t ask, don’t tell.” Typically, blind eyes are turned to the active sex lives of those clerics who have them, only two things being beyond the pale: whistle-blowing on the sex lives of others, or public suggestions that the Church’s teaching in this area is wrong. These lead to marginalisation, whether formal or informal. Given all this, it seems to me entirely reasonable that people should now be asking “How deep does this go?” If such careers were the result of blind eyes being turned, legal settlements made, and these clerics themselves were in positions of influence and authority, how much more are we going to learn about those who promoted and protected them? Or about those whom they promoted? So it is that voices like Rod Dreher – keenly followed blogger at The American Conservative – are resuscitating talk of the “Lavender Mafia”, and the demand, which became popular in conservative circles from 2002 onwards, that the priesthood be purged of gay men. Investigative journalists are being encouraged to lay bare the informal gay networks of friendship, patronage, and potential for blackmail which structure clerical life (or are being excoriated for their politically correct cowardice in failing to do so). The aim is to weed out the gays, especially the treasonous bishops who have perpetuated the system. Ross Douthat – the New York Times columnist – has called for a papally mandated investigation into the American Church (I guess along the lines of Mgr Charles Scicluna’s in Chile) in order to restore its moral authority. Others, like Robert Mickens, The Tablet’s Rome correspondent for many years, are equally aware of the “elephant in the sacristy” which is the massively disproportionate number of gay men in the clergy, but highlight the refusal of the Roman authorities to engage in any kind of publicly accountable, adult discussion about this fact. Their refusal reinforces collective dishonesty and perpetuates the psychosexual immaturity of all gay clergy, whether celibate, partnered or practitioners of so-called “serial celibacy”. How to approach this issue in a healthy way? As a gay priest myself I am obviously more in agreement with Mickens than with Dreher or Douthat. However I would like to record my complete sympathy with the passion of the latter two as well as with their rage at a collective clerical dishonesty which renders farcical the claim to be teachers of anything at all, let alone divine truth. Jesus becomes credible through witnesses, not corrupt party-line pontificators. Having said that, I suspect that particular interventions, whether by civil authority or Papal mandate, are always going to run aground on the fact that they can only deal with, and bring to light specific bad acts, usually ones that rise to the level of criminality. I cannot imagine a one-off legal intervention in this sphere that would be able to make appropriate distinctions where there are so many fine lines: between innocent friendship, sexually charged admiration, abusive sexual suggestion, emotional blackmail, financial blackmail, recognition of genuine talent, genuine love lived platonically, genuine love lived with sexual intimacy, sexual favours granted with genuine freedom, sexual favours granted out of fear or in exchange for promotion, covering peccadillos for a friend, covering graver matters for a rival in exchange for some benefit, not wanting to know too much about other people’s lives, or obsessively wanting to know too much about them. Let alone the usual rancours of break-ups, career disappointments, petty jealousies, bitterness, revenge and so on. All of these tend to shade into or out of each other over time, making effective outside assessment, even if it were desirable, impossible. (…) An anecdotal illustration: a few years ago, I found myself leading a retreat for Italian gay priests in Rome. Of the nearly fifty participants some were single, some partnered, for others it was the first time they had ever been able to talk honestly with other priests outside the confessional. Among them there were seven or eight mid-level Vatican officials. I asked one from the Congregation for the Clergy what he made of those attending with their partners. He smiled and said, “Of course, we know that the partnered ones are the healthy ones.” Let that sink in. In the clerical closet, dishonesty is functional, honesty is dysfunctional, and the absence or presence of circumspect sexual practice between adult males is irrelevant. And so to some systemic dimensions of “The elephant in the sacristy”. The first is its size. A far, far greater proportion of the clergy, particularly the senior clergy, is gay than anyone has been allowed to understand, even the bishops and cardinals themselves. Harvard Professor Mark Jordan’s phrase “a honeycomb of closets”, in which each enclosed participant has very little access to the overall picture, is exactly right. But the proportion is going to become more and more self-evident thanks to social media and the generalized expectations of gay honesty and visibility in the civil sphere. This despite many years of bishops resisting accurate sociological clergy surveys. At the time of the last papal election in 2013 we did have hints that the Vatican and the cardinal electors were shocked at discovering from reports commissioned by Benedict how many of them were gay. Part of their shock has to have been their fear at how the faithful would be scandalized if they had any idea. They were right to be afraid, and the faithful are going to have an idea as the implosion of the closet accelerates. (…) A second dimension is grasped when you understand the general rule that the heterosexuality of a cleric is inversely proportional to the stridency of his homophobia. This is one of the reasons why I am sceptical of all attempts to “weed out the gays”. The principal clerical crusaders in this area turn out to be gay themselves – in some cases, so deeply in denial that they don’t know it. And in some cases knowingly so. My own experience, which has since been confirmed by hundreds of echoes worldwide, is that there are proportionately few straight men in the clergy (leaving aside rural dioceses in some countries, where heterosexual concubinage is the customary norm) and they do not, as a rule, persecute gay men. It is closeted men who are the worst persecutors. Some are very sadly disturbed souls who cannot but try to clean outwardly what they cannot admit to being inwardly. These can’t be helped since Church teaching reinforces their hell. For others the lure of upward mobility leads them to strategic displays of enthusiasm for the enforcement of the house rules. A third dimension is that banning gay men from the seminary never works. In practise, the ban means that those “tempted” by honesty will be weeded out, or will weed themselves out, uncomfortable with the inducements to a double life. Those unconcerned by honesty, and happy to swim in the wake of the double lives of those doing the weeding, will learn how to look the part. The only seminaries that might avoid this are those that differentiate on the basis not of sexual orientation, but of honesty, which is a primary requisite for any form of psycho-sexual maturity. And there are some that do, presumably with the permission of wise Bishops, but in quiet contravention of the official line. These of course are instantly vulnerable to accusations of being liberal, of promoting homosexuality or whatever, when in practical terms, the reverse is true. For honesty is effectively forbidden by a Church teaching, which tells you that you are an intrinsically heterosexual person who is inexplicably suffering from a grave objective disorder called “same-sex attraction”. And so we get seminaries in which there are no gay seminarians, but whose rectors nevertheless push programmes like those of “Courage” on their oh-so-non-gay-but-transitorily-same-sex-attracted charges. A fourth dimension: no attempt to view this issue through culture war lenses will be helpful. The clerical closet is not the result of some 1960s liberal conspiracy. It is a systemic structure in which, absent scandal, all of its survivors are functional. (…) This is not a matter of left or right, traditional or progressive, good or bad, chaste or practising; nor even a matter of twenty five years of Karol Wojtyla’s notoriously poor judgment of character, though all these feed into it. It is a systemic structural trap, and if we are to get out of it, it must be described in such a way as to recognise that unknowing innocence as much as knowing guilt, well-meaning error as well as malice, has been, and is, involved in both its constitution and its maintenance. (…) What is to be done, and what is quietly happening? In my view the first thing is for the laity to be encouraged in their fast growing majority acceptance of being gay as a normal part of life. This, despite fierce resistence from elements of the clerical closet. Pope Francis’ reported conversation with Juan Carlos Cruz (a gay man abused in his youth by the Chilean priest, Fr Karadima) is a gem in this area: “Look Juan Carlos, the pope loves you this way. God made you like this and he loves you”. This remark led to much spluttering and explaining away from those who realise that the moment you say “God made you like this” then the game is up as regards the “intrinsic evil” of the acts. Nevertheless, it is only when straightforward, and obviously true, Christian messaging like Francis’ becomes normal among the laity themselves that honesty can become the norm among the clergy. Otherwise we will continue with the absurd and pharisaical current situation in which there is one rule for the clergy (“doesn’t matter what you do so long as you don’t say so in public or challenge the teaching”) and another for the laity, passed off as “the teaching of the Church”, and brutally enforced, for instance, among employees of Catholic schools, parish organists, softball coaches and the like. Only when it is clear (as it is increasingly) that the laity are quite confident in the (obviously true) view that “if you are this way, then learning to love appropriately is going to flow from, not despite, this” will it be possible to change, without scandal, the formal rules regarding the clergy. I bring this out since much was made of Francis’ reported answer to the Italian Bishops when asked if they should admit gay men to the seminary: “if you are in any doubt, no”. This was read as Francis being against gay men. I read the remark differently: that of a wise and merciful man addressing a group of men, a significant proportion of whom are gay, and telling them, in effect, that only those among them who are capable of honesty in dealing with their future charges should induct people like themselves into the clergy. “Are you yourself going to vacillate in standing up publicly for the honesty of the young man? If so, don’t make his future dependent on your cowardice”. James Alison
Aucune religion n’interdit le cannibalisme. Je ne trouve pas non plus de loi qui nous empêche de manger des gens. J’ai profité de l’espace entre la morale et la loi et c’est là-dessus que j’ai basé mon travail. Zhu Yu 
Sur internet : les gens racontent beaucoup de choses. Des choses pour se faire peur, ou pour se faire jouir, et parfois les deux se confondent. Il suffit de fouiller un peu sur le web pour s’en rendre compte. Commençons par le vore, une « paraphilie » (ce qu’on appelait autrefois « perversion », une pratique ou attirance considérée comme « anormale ») qui consiste à avaler ou être avalé par un animal ou un individu, sans effusion de sang ni violence. On se fait engloutir d’un coup, gloups, comme le Petit Chaperon rouge, fantasme du retour au ventre de la mère, avant de ressortir indemne. La plupart des sites pornos en proposent quelques vidéos, souvent une mauvaise 3D, le reste se passe dans la tête. Variantes : les giant vore, où des hommes minuscules se font ingurgiter par d’immenses maîtresses plantureuses ; ou le cock vore, lorsque la proie se fait avaler par un urètre géant, souvent à grands traits de style manga et avec des personnages indéterminés, quelque part entre l’humain et l’animal. Loin de ces supports masturbatoires, d’autres préfèrent une version plus réaliste : des vidéos façon snuff movies, où des membres plus vrais que nature grillent sur des barbecues. Devant lesquelles on se demande si c’est pour de faux, ou pas. Ils ont un rapport sexuel, puis décident ensemble de couper le pénis de Bernd, de le faire flamber, de le goûter. Puis ils le font sauter à la poêle avant de le terminer. Dans les Google Groupes, des topics spécialisés recensent les annonces de milliers de personnes « sérieuses » qui veulent manger, ou se faire manger, au milieu de dessins et montages grossiers de femmes avec une pomme dans la bouche et d’hommes avec une broche dans le derrière. Mais pour remonter à la source de l’imaginaire cannibale, il faut se rendre sur le forum DolcettGirls : fondé par un dessinateur canadien sous le pseudo de Perro Loco, il rassemble une communauté qui s’échange bons plans pornos, nouvelles érotiques, comics mordants et recettes. C’est à Perro Loco, aussi, qu’on doit le Cannibal Cafe Forum, institution fermée après un « terrible fait divers » : c’est là que l’informaticien allemand Armin Meiwes (aka le cannibale de Rotenbourg) a posté ses annonces pour trouver sa victime. En 2001, il reçoit la réponse de Bernd Jürgen Brandes, un Berlinois de 43 ans à la recherche de « l’excitation ultime ». Armin, qui rêve de « quelqu’un qui serait pour toujours avec lui », le reçoit. Ils ont un rapport sexuel, puis décident ensemble de couper le pénis de Bernd, de le faire flamber, de le goûter. Puis ils le font sauter à la poêle avant de le terminer. Armin tue ensuite Bernd de plusieurs coups de couteau, en découpe 30 kg et met « les meilleurs morceaux » au congélateur. « Ce qui a le plus choqué n’est pas le fait que Meiwes ait mangé une partie de Brandes, mais que Brandes ait consenti à être mangé », note le psychologue Mark Grifths, de la Nottingham Trent University : « On connaît peu la prévalence de ce type de comportements, bien que Meiwes affirme qu’au moins 800 personnes partageaient sa passion. » Alors Perro Loco a fermé le Cannibal Cafe et ouvert DolcettGirls, spécialisé dans les trips trash. Depuis cette affaire, il affirme que son site n’est qu’une plate-forme d’échanges de fantasmes, pas de rencontres meurtrières. Condamné à perpétuité, Armin est aujourd’hui en prison. Et végétarien. (…) Comme l’explique Bill Schutt dans son livre Cannibalism, a Perfectly Natural History, la nature abonde de cas de cannibalisme. Les araignées Amaurobius ferox pondent dans l’unique but de nourrir leur portée. Quand les bébés deviennent trop gros et que les œufs viennent à manquer, maman se laisse dévorer, dernière étape avant que sa progéniture, une fois adulte, puisse reproduire le schéma. En se faisant cannibaliser, les mantes religieuses produisent plus de sperme. Et on ne vous parle pas des requins : les fœtus s’entredévorent dans l’utérus de la mère et seul naît le plus fort, ragaillardi par toutes ces protéines avalées. Difficile pourtant de généraliser : d’une région à une autre, ou même d’un groupe à un autre au sein d’une même espèce, le cannibalisme apparaît ou disparaît. Pas de déterminisme, simplement une stratégie contingente de survie et d’évolution. Il en fut de même chez les humains : chez nous non plus, le cannibalisme n’a jamais été ancré, jamais des « sauvages » n’ont mangé leur prochain comme ils auraient savouré un steak d’élan. Chez nos ancêtres préhistoriques, on ne soupçonne que des cas isolés ; d’ailleurs l’espèce n’aurait pas survécu à un cannibalisme généralisé. Partout où l’anthropophagie s’est développée, elle était encadrée et liée à un contexte précis. Plus souvent, elle ne se résumait en réalité qu’à des fantasmes d’Occidentaux ou à des arguments inventés pour mieux éradiquer des populations (coucou Christophe Colomb). « Le cannibalisme survient toujours dans des sociétés en proie à des crises historiques, démographiques ou écologiques terribles. En plus, dès que les Européens arrivaient, ils décuplaient les crises, et vingt ans après les premiers contacts, le phénomène avait pris des proportions monumentales », explique l’anthropologue et chercheur au CNRS Georges Guille-Escuret. Parfois autorisé, voire valorisé (pour honorer un ancêtre ou saluer le courage d’un ennemi), le cannibalisme a très vite été rejeté par ceux qui ne le pratiquaient pas. « Nous vivons dans des sociétés qui ont décrété une rupture entre le monde de la nature et celui de la culture, analyse l’anthropologue. Dans la vision chinoise par exemple, cette césure n’existe pas : le cannibalisme va être progressivement prohibé pour maintenir les rapports sociaux, mais une anthropophagie pour raisons médicales ou sexuelles perdure encore, ce n’est pas un tabou ultime. » Chez nous, si. La faute aux Grecs, tout d’abord, qui jugeaient le cannibalisme incompatible avec le fonctionnement d’une cité, au même titre qu’un gouvernement de femmes. « Deux sociétés les effrayaient : les cannibales et les Amazones. D’ailleurs, partout où on a trouvé les premiers, on a subodoré les secondes. » Plus tard vient s’ajouter la phobie chrétienne : le fait de consommer de la chair humaine devient un sacrilège, l’homme ayant été créé « à l’image de Dieu ». « Il y a aussi la règle de l’interdiction du “redoublement du même” : on ne peut pas mettre l’identique sur l’identique », développe l’anthropologue. En clair : on ne couche pas avec sa sœur car c’est le même sang, on ne mange pas un membre de notre espèce car c’est la même chair. « En Polynésie, on considère même que le cannibalisme est un inceste alimentaire. Mais le double tabou, la phobie politique grecque et la phobie cosmogonique chrétienne, peut créer une double fascination. Toute prohibition implique une contestation fantasmatique. On n’interdit pas sans provoquer le désir de transgression. » Alors, dès qu’un cas est connu, tout le monde fait « beurk », mais tout le monde veut savoir. L’histoire du vol 571, où les survivants du crash ont dû manger leurs congénères pendant les deux mois qu’ont duré les recherches dans les Andes, a été adaptée au cinéma. Luka Rocco Magnotta, le dépeceur de Montréal, a son fan-club et va bientôt se marier. Issei Sagawa, l’étudiant japonais qui a mangé une Néerlandaise à Paris en 1981 (jugé irresponsable et libéré depuis), a écrit une douzaine de livres et tourné des pubs pour des restaurants de viande. Il a même participé à quelques pornos. « Il n’y a rien de plus excitant qu’une jolie fille en train de manger, quoi qu’elle mange. » Au restaurant, si Appetizing Kid en voit une en train de ronger une cuisse de poulet « ou une saucisse » avec les mains, le Croate de 28 ans reconnaît qu’il doit masquer son trouble avec sa serviette. « Je suis sûr que beaucoup imaginent pire, mais ils ne l’admettront jamais. » « La sexualité et l’alimentation sont des zones de métaphore l’une pour l’autre : c’est universel, comme Levi-Strauss l’avait remarqué, confirme Georges Guille-Escuret. Dans le cannibalisme, beaucoup de métaphores sexuelles s’expriment. Le va-et-vient est permanent. » Ne dit-on pas qu’il/elle est « à croquer » ? Au lit, qui ne s’est jamais fait mordiller une oreille ou un téton ? Et ce bébé joufflu, pourquoi mémé dit-elle qu’« on le mangerait » en embrassant ses petits petons ? « Bien sûr, je trouve excitant une cannibale qui mange une jambe ou la masculinité d’un mec, mais je préfère encore plus le vore classique, précise Appetizing Kid : un requin qui avale un surfeur, une géante qui mange un homme… » Alors quand Dinoshark ou Shark Attack passe à la télé, il sort le Sopalin. Des cannibales, des vrais, il affirme en avoir croisé. Il a vu des photos (je recevrai moi-même quelques images où le montage est difficile à prouver). Des gens dont il se tient éloigné. « J’aime l’art, l’imaginaire du cannibalisme, mais ça reste virtuel pour la plupart d’entre nous. On estime plus nos vies que nos fantasmes. » Ce désir, le psychologue américain Steven J. Scher et son équipe l’ont analysé. Résultat : le degré d’horreur que nous ressentons vis-à-vis de l’anthropophagie dépend de notre attirance pour la victime. En demandant à leurs cobayes de choisir, parmi plusieurs personnes, qui ils embrasseraient et qui ils mangeraient, ils ont remarqué qu’on trouve moins dégoûtant de manger une personne de l’autre sexe, soit un potentiel partenaire. On trouve aussi moins répugnant de manger une personne « sexuellement attirante » qu’une moche, un adulte qu’un enfant. « La corrélation [entre désir et cannibalisme] est proche de 90 %, écrivent-ils dans leur étude. En général, ce qui provoque le dégoût à l’idée de manger une personne est aussi ce qui provoque le dégoût lorsqu’il s’agit de choisir un partenaire sexuel. » A quel moment peut-on switcher de « tiens, si on faisait l’amour » à « tiens, si on se grignotait l’oignon » ? D’un point de vue purement sadomasochiste, on peut imaginer le fait de cannibaliser comme l’acte ultime de domination, et le fait d’être mangé comme celui de la soumission. Neon
L’oppression mentale totalitaire est faite de piqûres de moustiques et non de grands coups sur la tête. (…) Quel fut le moyen de propagande le plus puissant de l’hitlérisme? Etaient-ce les discours isolés de Hitler et de Goebbels, leurs déclarations à tel ou tel sujet, leurs propos haineux sur le judaïsme, sur le bolchevisme? Non, incontestablement, car beaucoup de choses demeuraient incomprises par la masse ou l’ennuyaient, du fait de leur éternelle répétition.[…] Non, l’effet le plus puissant ne fut pas produit par des discours isolés, ni par des articles ou des tracts, ni par des affiches ou des drapeaux, il ne fut obtenu par rien de ce qu’on était forcé d’enregistrer par la pensée ou la perception. Le nazisme s’insinua dans la chair et le sang du grand nombre à travers des expressions isolées, des tournures, des formes syntaxiques qui s’imposaient à des millions d’exemplaires et qui furent adoptées de façon mécanique et inconsciente. Victor Klemperer (LTI, la langue du IIIe Reich)
Il m’était arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller. Je réagissais de manière différente selon les circonstances, mais leur désir me posait un problème. Je leur demandais : « Pourquoi ne jouez-vous pas ensemble, pourquoi m’avez-vous choisi, moi, et pas d’autres gosses? » Mais s’ils insistaient, je les caressais quand même ». Daniel Cohn-Bendit (Grand Bazar, 1975)
Dénoncé en direct comme un quasi-pédophile appelé à répondre de ses actes devant la justice pour les outrages imposés à des  jeunes filles flétries», «Gab’la rafale» tint le choc, mais ce lynchage télévisuel laissa des traces. En avouant son penchant pour des jouvencelles, Matzneff fut la proie d’un néopuritanisme conquérant qui, paradoxalement, accompagnerait, les années suivantes, le déferlement d’une pornographie «chic» sévissant aussi bien dans le cinéma, la publicité que la littératureLe Figaro (2009)
 Matzneff est un personnage public. Lui permettre d’exprimer au grand jour ses viols d’enfants sans prendre les mesures nécessaires pour que cela cesse, c’est donner à la pédophilie une tribune, c’est permettre à des adultes malades de violenter des enfants au nom de la littérature. Marie-France Botte et Jean-Paul Mari
Un écrivain comme Gabriel Matzneff n’hésite pas à faire du prosélytisme. Il est pédophile et s’en vante dans des récits qui ressemblent à des modes d’emploi. Or cet écrivain bénéficie d’une immunité qui constitue un fait nouveau dans notre société. Il est relayé par les médias, invité sur les plateaux de télévision, soutenu dans le milieu littéraire. Souvenez-vous, lorsque la Canadienne Denise Bombardier l’a interpellé publiquement chez Pivot, c’est elle qui, dès le lendemain, essuya l’indignation des intellectuels. Lui passa pour une victime : un comble ! (…) Je ne dis pas que ce type d’écrits sème la pédophilie. Mais il la cautionne et facilite le passage du fantasme à l’acte chez des pédophiles latents. Ces écrits rassurent et encouragent ceux qui souffrent de leur préférence sexuelle, en leur suggérant qu’ils ne sont pas les seuls de leur espèce. D’ailleurs, les pédophiles sont très attentifs aux réactions de la société française à l’égard du cas Matzneff. Les intellectuels complaisants leur fournissent un alibi et des arguments: si des gens éclairés défendent cet écrivain, n’est-ce pas la preuve que les adversaires des pédophiles sont des coincés, menant des combats d’arrière-garde? Bernard Cordier (psychiatre, 1995)
Nous considérons qu’il y a une disproportion manifeste entre la qualification de ‘crime’ qui justifie une telle sévérité, et la nature des faits reprochés; d’autre part, entre le caractère désuet de la loi et la réalité quotidienne d’une société qui tend à reconnaître chez les enfants et les adolescents l’existence d’une vie sexuelle (si une fille de 13 ans a droit à la pilule, c’est pour quoi faire ?), TROIS ANS DE PRISON POUR DES CARESSES ET DES BAISERS, CELA SUFFIT !” Nous ne comprendrions pas que, le 29 janvier, Dejager, Gallien et Bruckardt ne retrouvent pas la liberté.  Aragon, Ponge, Barthes, Beauvoir, Deleuze, Glucksmann,  Hocquenghem, Kouchner, Lang, Gabriel Matzneff, Catherine Millet,  Sartre, Schérer et Sollers (Pétition de soutien à trois accusés de pédophilie, Le Monde, 1977)
Presidents run for re-election against real opponents, not public perceptions. For all the media hype, voters often pick the lesser of two evils, not their ideals of a perfect candidate. Victor Davis Hanson
How can evangelicals support Donald Trump? That question continues to befuddle and exasperate liberals. How, they wonder, can a man who is twice divorced, a serial liar, a shameless boaster (including about alleged sexual assault) and an unrepentant xenophobe earn the enthusiastic backing of so many devout Christians? About 80% of evangelicals voted for Trump in 2016; according to a recent poll, almost 70% of white evangelicals approve of how he has handled the presidency – far more than any other religious group. To most Democrats, such support seems a case of blatant hypocrisy and political cynicism. Since Trump is delivering on matters such as abortion, the supreme court and moving the US embassy in Israel to Jerusalem, conservative Christians are evidently willing to overlook the president’s moral failings. In embracing such a one-dimensional explanation, however, liberals risk falling into the same trap as they did in 2016, when their scorn for evangelicals fed evangelicals’ anger and resentment, contributing to Trump’s huge margin among this group. Bill Maher fell into this trap during a biting six-minute polemic he delivered on his television show in early March. Evangelicals, he said, “needed to solve this little problem” – they want to support a Republican president, but this particular one “happens to be the least Christian person ever”. “How to square the circle?” he asked. “Say that Trump is like King Cyrus.” According to Isaiah 45, God used the non-believer Cyrus as a vessel for his will; many evangelicals today believe that God is similarly using the less-than-perfect Trump to achieve Christian aims. But Trump isn’t a vessel for God’s will, Maher said, and Cyrus “wasn’t a fat, orange-haired, conscience-less scumbag”. Trump’s supporters “don’t care”, he ventured, because “that’s religion. The more it doesn’t make sense the better, because it proves your faith.” Maher portrayed evangelical Christians as a dim-witted group willing to make the most ludicrous theological leaps to advance their agenda. As I watched, I tried to imagine how evangelicals would view this routine. I think they would see a secular elitist eager to assert what he considers his superior intelligence. They would certainly sense his contempt for the many millions of Americans who believe fervently in God, revere the Bible and see Trump as representing their interests. Maher’s diatribe reminded me of a pro-Trump acquaintance from Ohio who now lives in Manhattan and who says that New York liberals are among the most intolerant people he has ever met. Liberals have good cause to decry the ideology of conservative Christians, given their relentless assault on abortion rights, same-sex marriage, transgender rights and climate science. But the disdain for Christians common among the credentialed class can only add to the sense of alienation and marginalization among evangelicals. Many evangelicals feel themselves to be under siege. In a 2016 survey, 41% said it was becoming more difficult to be an evangelical. And many conservative Christians see the national news media as unrelievedly hostile to them. Most media coverage of evangelicals falls into a few predictable categories. One is the exotic and titillating – stories of ministers who come out as transgender, or stories of evangelical sexual hypocrisies. Another favorite subject is progressive evangelicals who challenge the Christian establishment. (…) In 2016, [ the Times’ Nicholas Kristof,] wrote a column criticizing the pervasive discrimination toward Christians in liberal circles. He quoted Jonathan Walton, a black evangelical and professor of Christian morals at Harvard, who compared the common condescension toward evangelicals to that directed at racial minorities, with both seen as “politically unsophisticated, lacking education, angry, bitter, emotional, poor”. Strangely, the group most overlooked by the press is the people in the pews. It would be refreshing for more reporters to travel through the Bible belt and talk to ordinary churchgoers about their faith and values, hopes and struggles. Such reporting would no doubt show that the world of American Christianity is far more varied and complex than is generally thought. It would reveal, for instance, a subtle but important distinction between the Christian right and evangelicals in general, who tend to be less political (though still largely conservative). This kind of deep reporting would probably also highlight the enduring power of a key tenet of the founder of Protestantism. “Faith, not works,” was Martin Luther’s watchword. In his view, it is faith in Christ that truly matters. If one believes in Christ, then one will feel driven to do good works, but such works are always secondary. Trump’s own misdeeds are thus not central; what he stands for – the defense of Christian interests and values – is. Luther also preached the doctrine of original sin, which holds that all humans are tainted by Adam’s transgression in the Garden of Eden and so remain innately prone to pride, anger, lust, vengeance and other failings. Many evangelicals have themselves struggled with divorce, broken families, addiction and abuse. We are thus all sinners – the president included. (…) I can hear the reactions of some readers to this column: Enough! Enough trying to understand a group that helped put such a noxious man in the White House. Yet such a reaction is both ungenerous and shortsighted. Liberals take pride in their empathy for “the other” and their efforts to understand the perspective of groups different from themselves. They should apply that principle to evangelicals. If liberals continue to scoff, they risk reinforcing the rage of evangelicals – and their support for Trump. Michael Massing
Comment les évangéliques peuvent-ils soutenir Donald Trump? Cette question continue de brouiller et d’exaspérer les progressistes. Comment, se demandent-ils, un homme qui est divorcé deux fois, un menteur en série, un fanfaron éhonté (y compris au sujet d’une agression sexuelle présumée) et un xénophobe impénitent peut-il obtenir le soutien enthousiaste de tant de chrétiens dévots? Environ 80% des évangéliques ont voté pour Trump en 2016; selon un récent sondage, près de 70% des évangéliques blancs approuvent la façon dont il a géré la présidence – bien plus que tout autre groupe religieux. Pour la plupart des démocrates, un tel soutien semble être un cas d’hypocrisie flagrante et de cynisme politique. Étant donné que Trump se prononce sur des questions telles que l’avortement, la Cour suprême et le déplacement de l’ambassade américaine en Israël à Jérusalem, les chrétiens conservateurs sont évidemment prêts à ignorer les défauts moraux du président. Cependant, en adoptant une telle explication unidimensionnelle, les libéraux risquent de tomber dans le même piège qu’en 2016, lorsque leur mépris pour les évangéliques a nourri la colère et le ressentiment des évangéliques, contribuant à l’énorme marge de Trump parmi ce groupe. Bill Maher est tombé dans ce piège dans la diatribe mordante de six minutes qu’il a prononcée lors de son émission de télévision début mars. Les évangéliques, a-t-il dit, « devaient résoudre ce petit problème » – ils veulent soutenir un président républicain, mais celui-ci « se trouve être le moins chrétien de tous les temps ». « Comment résoudre cette quadrature du cercle? », a-t-il demandé. « Dire que Trump est comme le roi Cyrus. » Selon Ésaïe 45, Dieu a utilisé le non-croyant Cyrus comme véhicule de sa volonté; de nombreux évangéliques croient aujourd’hui que Dieu utilise de la même manière un Trump moins que parfait pour atteindre les objectifs chrétiens. Mais Trump n’est pas un vaisseau pour la volonté de Dieu, a déclaré Maher, et Cyrus « n’était pas un nul gras, aux cheveux orange et sans conscience ». Les partisans de Trump « ne s’en soucient pas », s’est-il aventuré, parce que « c’est la religion. Moins cela a de sens, mieux c’est, car cela prouve votre foi. »Maher a dépeint les chrétiens évangéliques comme un groupe humble disposé à faire les sauts théologiques les plus ridicules pour faire avancer leur programme. Pendant que je regardais, j’ai essayé d’imaginer comment les évangéliques verraient cette routine. Je pense qu’ils verraient un élitiste laïc désireux d’affirmer ce qu’il considère comme son intelligence supérieure. Ils ressentiraient certainement son mépris pour les millions d’Américains qui croient ardemment en Dieu, vénèrent la Bible et considèrent Trump comme représentant leurs intérêts. La diatribe de Maher m’a rappelé une connaissance pro-Trump de l’Ohio qui vit maintenant à Manhattan et qui dit que les libéraux de New York sont parmi les personnes les plus intolérantes qu’il ait jamais rencontrées. Les libéraux ont de bonnes raisons de dénoncer l’idéologie des chrétiens conservateurs, étant donné leur assaut incessant contre les droits à l’avortement, le mariage homosexuel, les droits des transgenres et la science du climat. Mais le mépris pour les chrétiens, commun à la classe diplômée, ne peut qu’ajouter au sentiment d’aliénation et de marginalisation des évangéliques. De nombreux évangéliques se sentent assiégés. Dans une enquête de 2016, 41% ont déclaré qu’il devenait plus difficile d’être évangélique. Et de nombreux chrétiens conservateurs considèrent les médias nationaux comme hostiles à leur égard. La plupart des reportages médiatiques sur les évangéliques se répartissent en quelques catégories prévisibles. L’une est les histoires exotiques et émouvantes – des histoires de pasteurs qui se révèlent transgenres, ou des histoires d’hypocrisies sexuelles évangéliques. Un autre sujet de prédilection est celui des évangélistes progressistes qui défient l’establishment chrétien. (…) En 2016, [léditorialiste du NYT Nicholas Kristof] a écrit une chronique critiquant la discrimination omniprésente envers les chrétiens dans les milieux de gauche. Il a cité Jonathan Walton, un évangélique noir et professeur de morale chrétienne à Harvard, qui a comparé la condescendance commune envers les évangéliques à celle dirigée contre les minorités raciales, les deux étant considérées comme «politiquement peu sophistiquées, manquant d’éducation, en colère, amères, émotionnelles, pauvres». Étrangement, le groupe le plus négligé par la presse est celui des blancs. Il serait rafraîchissant que davantage de journalistes parcourent la « Bible belt » et parlent aux fidèles ordinaires de leur foi et de leurs valeurs, de leurs espoirs et de leurs luttes. De tels reportages montreraient sans aucun doute que le monde du christianisme américain est beaucoup plus varié et complexe qu’on ne le pense généralement. Cela révélerait, par exemple, une distinction subtile mais importante entre la droite chrétienne et les évangéliques en général, qui ont tendance à être moins politiques (quoique encore largement conservateurs). Ce genre de reportage approfondi mettrait probablement également en évidence le pouvoir durable d’un principe clé du fondateur du protestantisme.«La foi, pas les œuvres», était le mot d’ordre de Martin Luther. Selon lui, c’est la foi en Christ qui compte vraiment. Si l’on croit en Christ, on se sent poussé à faire de bonnes œuvres, mais ces œuvres sont toujours secondaires. Les propres manquements de Trump ne sont donc pas centraux; mais c’est ce qu’il représente – la défense des intérêts et des valeurs chrétiennes – qui l’est. Luther a également prêché la doctrine du péché originel, selon laquelle tous les humains sont entachés par la transgression d’Adam dans le jardin d’Eden et restent donc naturellement enclins à l’orgueil, la colère, la luxure, la vengeance et d’autres défauts. De nombreux évangéliques ont eux-mêmes lutté contre le divorce, la rupture dans leurs familles, la toxicomanie et les abus. Nous sommes donc tous pécheurs – y compris le président. (…) J’entends les réactions de certains lecteurs à cette chronique: Il y en assez d’essayer de comprendre un groupe qui a permis l’arrivée d’un homme aussi nocif à la Maison Blanche. Pourtant, une telle réaction est à la fois peu généreuse et à courte vue. Les libéraux sont fiers de leur empathie pour ‘l’autre’ et de leurs efforts pour comprendre la perspective de groupes différents d’eux. Ils devraient appliquer ce principe aux évangéliques. Si la gauche continue ses moqueries, elle risque de renforcer la rage des évangéliques – et leur soutien à Trump. » Michael Massing
C’est au nom de la liberté, bien entendu, mais aussi au nom de l’ « amour, de la fidélité, du dévouement » et de la nécessité de « ne pas condamner des personnes à la solitude » que la Cour suprême des Etats-Unis a finalement validé le mariage entre personnes de même sexe. Tels furent en tout cas les mots employés au terme de cette longue décision rédigée par le Juge Kennedy au nom de la Cour. (…) Le mariage gay est entré dans le droit américain non par la loi, librement débattue et votée au niveau de chaque Etat, mais par la jurisprudence de la plus haute juridiction du pays, laquelle s’impose à tous les Etats américains. Mais c’est une décision politique. Eminemment politique à l’instar de celle qui valida l’Obamacare, sécurité sociale à l’américaine, reforme phare du Président Obama, à une petite voix près. On se souviendra en effet que cette Cour a ceci de particulier qu’elle prétend être totalement transparente. Elle est composée de neuf juges, savants juristes, et rend ses décisions à la suite d’un vote. Point de bulletins secrets dans cette enceinte ; les votants sont connus. A se fier à sa composition, la Cour n’aurait jamais dû valider le mariage homosexuel : cinq juges conservateurs, quatre progressistes. Cinq a priori hostiles, quatre a priori favorables. Mais le sort en a décidé autrement ; le juge Kennedy, le plus modéré des conservateurs, fit bloc avec les progressistes, basculant ainsi la majorité en faveur de ces derniers. C’est un deuxième coup dur pour les conservateurs de la Cour en quelques mois : l’Obamacare bénéficia également de ce même coup du sort ; à l’époque ce fut le président, le Juge John Roberts, qui permit aux progressistes de l’emporter et de valider le système. (…) La spécificité de l’évènement est que ce sont des juges qui, forçant l’interprétation d’une Constitution qui ne dit rien du mariage homosexuel, ont estimé que cette union découlait ou résultait de la notion de « liberté ». C’est un « putsch judiciaire » selon l’emblématique juge Antonin Scalia, le doyen de la Cour. Un pays qui permet à un « comité de neuf juges non-élus » de modifier le droit sur une question qui relève du législateur et non du pouvoir judiciaire, ne mérite pas d’être considéré comme une « démocratie ». Mais l’autre basculement désormais acté, c’est celui d’une argumentation dont le centre de gravité s’est déplacé de la raison vers l’émotion, de la ratio vers l’affectus. La Cour Suprême des Etats-Unis s’est en cela bien inscrite dans une tendance incontestable au sein de la quasi-totalité des juridictions occidentales. L’idée même de raisonnement perd du terrain : énième avatar de la civilisation de l’individu, les juges éprouvent de plus en plus de mal à apprécier les arguments en dehors de la chaleur des émotions. Cette décision fait en effet la part belle à la médiatisation des revendications individualistes, rejouées depuis plusieurs mois sur le modèle de la « lutte pour les droits civiques ». Ainsi la Cour n’hésite pas à comparer les lois traditionnelles du mariage à celles qui, à une autre époque, furent discriminatoires à l’égard des afro-américains et des femmes. (…) La Maison Blanche s’est instantanément baignée des couleurs de l’arc-en-ciel, symbole de la « gay pride ». Les réseaux sociaux ont été inondés de ces mêmes couleurs en soutien à ce qui est maintenant connu sous le nom de la cause gay. (…) Comme le relève un autre juge de la Cour ayant voté contre cette décision, il est fort dommage que cela se fasse au détriment du droit et de la Constitution des Etats-Unis d’Amérique. Yohann Rimokh
Le droit a pour rôle d’instituer et d’assurer les personnes de leur identité. Il faudrait se demander si reporter sur les individus, et en particulier sur les jeunes, le poids de devoir définir et (ré)affirmer eux-mêmes à tout moment les éléments de leur identité sans jamais pouvoir rien tenir pour acquis est vraiment libérateur. Muriel Fabre-Magnan
Une des raisons qui m’ont poussée à écrire ce livre était la lassitude de voir des termes juridiques employés à contresens, comme le contrat ou le consentement, qu’on associe toujours à la liberté dans le grand public, alors qu’en réalité, pour un juriste, qui dit contrat et consentement dit au contraire que l’on renonce à une partie de sa liberté ; le contrat n’est pas le mode normal de l’exercice des libertés. Je voulais alors souligner le risque de retournement de la liberté qui en résulte. Le lexique utilisé dans le cadre de débats de société conduit en outre souvent à polariser les opinions. La question de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) est un excellent exemple. On trouve un camp qui pousse à une interprétation toujours plus individualiste des droits de l’homme par la CEDH et un autre qui condamne de façon générale les droits de l’homme. Le Royaume-Uni, par exemple, avait menacé de dénoncer la Convention européenne des droits de l’homme avant même le Brexit. Il me semble possible et préférable de trouver une voie alternative : il faut en effet défendre les droits de l’homme, qui sont une avancée démocratique essentielle, et la CEDH a ainsi rendu une série d’arrêts extrêmement précieux, par exemple pour condamner l’état des prisons, garantir le respect des droits de la défense ou encore dénoncer des pays qui se livrent à des traitements inhumains ou dégradants. Et, en même temps, la CEDH dérape parfois dans ses arrêts et abuse de ses prérogatives. Seule une analyse juridique précise permet de démonter les rouages, comprendre à quel endroit exact se fait ce dérapage et d’essayer d’y remédier. Sinon, on est inévitablement conduit à adopter une position excessive dans un sens ou dans un autre. (…) C’est effectivement très récemment que ce terme de liberté a pris un sens général, et presque philosophique, qui est celui du droit pour les individus de mener leur vie comme ils l’entendent. La liberté est devenue la faculté de pouvoir faire tous les choix pour soi-même, ce qu’on appelle aujourd’hui un droit à l’autonomie personnelle. Cet énoncé peut certes sembler satisfaisant dans un cadre autre que juridique, mais demander au droit de garantir que les personnes puissent faire ce qu’elles veulent quand elles veulent conduit à l’effet inverse et à un risque de retournement de cette liberté. Si, en effet, le droit doit garantir à toute personne la possibilité de faire ce qu’elle veut, y compris de renoncer à sa liberté, on finit évidemment par détruire le concept même de liberté. (…) Et, comme le soulignent plusieurs auteurs, l’ultralibéralisme économique ou sociétal sont les deux faces d’une même médaille. La liberté est souvent revendiquée pour que les autres puissent se mettre à notre disposition. La faculté de renoncer à sa liberté n’est cependant pas la liberté. Plus généralement, ce qu’on appelle une protection des personnes contre elles-mêmes, et qui est dénoncé comme une forme de paternalisme étatique, est en réalité toujours une protection des personnes contre autrui. L’exemple de la prostitution est assez typique, et il illustre aussi un des autres points que je voulais souligner dans ce livre, à savoir que tous les débats contemporains, sociétaux ou économiques qui posent la question de la licéité sont toujours appréciés par rapport au seul critère du consentement. Cela signifie que l’on ramène tout à un débat interindividuel quand il serait plus pertinent de s’interroger, par exemple, sur les politiques économiques et sociales donnant aux personnes une plus grande faculté de choix de vie. Que signifie le consentement d’une prostituée si elle n’a pas d’autre choix que de consentir ? (…) La liberté sexuelle implique la faculté pour chacun d’avoir la sexualité de son choix sans avoir à subir aucune discrimination. Mais pourquoi l’État devrait-il donner sa bénédiction à chaque nouvelle pratique ? De même, la contractualisation des relations sexuelles n’est pas la meilleure façon de protéger juridiquement contre les agressions sexuelles ni de respecter le consentement des personnes. Si on contractualise, on s’oblige à ces pratiques. Or la liberté consiste en la capacité de pouvoir refuser un rapport initialement consenti. (…) Le droit doit tenir compte des évolutions sociales, mais il est aussi un horizon tracé pour une société. Il est en effet de l’ordre du devoir-être. Les juristes opposent toujours le fait et le droit, donc le réel et ce qui doit être. Le droit est, dans une société, les valeurs et les objectifs sur lesquels les personnes s’accordent. Pour vivre ensemble, il est nécessaire de définir un projet commun, lequel peut évidemment évoluer dans le temps. Le terme d’institution de la liberté cherche à exprimer l’aspect dynamique de cette liberté et le rôle que le droit doit jouer pour la garantir. On ne naît pas libre, on le devient, et c’est ce processus d’émancipation que doit soutenir le droit. Muriel Fabre-Magnan
Nine in 10 Americans are satisfied with the way things are going in their personal life, a new high in Gallup’s four-decade trend. The latest figure bests the previous high of 88% recorded in 2003. Gallup
The Rasmussen Reports daily Presidential Tracking Poll for Monday shows that 50% of Likely U.S. Voters approve of President Trump’s job performance. Forty-eight percent (48%) disapprove. Rasmussen (Feb. 10, 2020)
The turnout in the Iowa caucus was below what we expected, what we wanted. Trump’s approval rating is probably as high as it’s been. This is very bad. And now it appears the party can’t even count votes. (…) We have candidates on the debate stage talking about open borders and decriminalizing illegal immigration. They’re talking about doing away with nuclear energy and fracking. You’ve got Bernie Sanders talking about letting criminals and terrorists vote from jail cells. It doesn’t matter what you think about any of that, or if there are good arguments — talking about that is not how you win a national election. It’s not how you become a majoritarian party. For fuck’s sake, we’ve got Trump at Davos talking about cutting Medicare and no one in the party has the sense to plaster a picture of him up there sucking up to the global elites, talking about cutting taxes for them while he’s talking about cutting Medicare back home. Jesus, this is so obvious and so easy and I don’t see any of the candidates taking advantage of it. The Republicans have destroyed their party and turned it into a personality cult, but if anyone thinks they can’t win, they’re out of their damn minds. (…) Bernie Sanders isn’t a Democrat. He’s never been a Democrat. He’s an ideologue. And I’ve been clear about this: If Bernie is the nominee, I’ll vote for him. No question. I’ll take an ideological fanatic over a career criminal any day. But he’s not a Democrat. (…) what I’m saying is the Democratic Party isn’t Bernie Sanders, whatever you think about Sanders. (…) First, a lot of people don’t trust the Democratic Party, don’t believe in the party, for reasons you’ve already mentioned, and so they just don’t care about that. They want change. And I guess the other thing I’d say is, 2016 scrambled our understanding of what’s possible in American politics. (…) Sanders might get 280 electoral votes and win the presidency and maybe we keep the House. But there’s no chance in hell we’ll ever win the Senate with Sanders at the top of the party defining it for the public. Eighteen percent of the country elects more than half of our senators. That’s the deal, fair or not. So long as McConnell runs the Senate, it’s game over. There’s no chance we’ll change the courts, and nothing will happen, and he’ll just be sitting up there screaming in the microphone about the revolution. The purpose of a political party is to acquire power. All right? Without power, nothing matters. (…) [The answer is] framing, repeating, and delivering a coherent, meaningful message that is relevant to people’s lives and having the political skill not to be sucked into every rabbit hole that somebody puts in front of you. The Democratic Party is the party of African Americans. It’s becoming a party of educated suburbanites, particularly women. It’s the party of Latinos. We’re a party of immigrants. Most of the people aren’t into all this distracting shit about open borders and letting prisoners vote. They don’t care. They have lives to lead. They have kids. They have parents that are sick. That’s what we have to talk about. That’s all we should talk about. It’s not that this stuff doesn’t matter. And it’s not that we shouldn’t talk about race. We have to talk about race. It’s about how you deliver and frame the message. (…) They’ve tacked off the damn radar screen. And look, I don’t consider myself a moderate or a centrist. I’m a liberal. But not everything has to be on the left-right continuum. (…) Here’s another stupid thing: Democrats talking about free college tuition or debt forgiveness. I’m not here to debate the idea. What I can tell you is that people all over this country worked their way through school, sent their kids to school, paid off student loans. They don’t want to hear this shit. And you saw Warren confronted by an angry voter over this. It’s just not a winning message. The real argument here is that some people think there’s a real yearning for a left-wing revolution in this country, and if we just appeal to the people who feel that, we’ll grow and excite them and we’ll win. But there’s a word a lot of people hate that I love: politics. It means building coalitions to win elections. It means sometimes having to sit back and listen to what people think and framing your message accordingly. That’s all I care about. (…) We can’t win the Senate by looking down at people. The Democratic Party has to drive a narrative that doesn’t give off vapors that we’re smarter than everyone or culturally arrogant. (…) With a lot of these candidates, their consultants are telling them, “If you doubt it, just go left. We got to get the nomination.” (…) I’m hoping that someone gets knocked off their horse on the road to Damascus. (…) Mayor Pete has to demonstrate over the course of a campaign that he can excite and motivate arguably the most important constituents in the Democratic Party: African Americans. These voters are a hell of a lot more important than a bunch of 25-year-olds shouting everyone down on Twitter. James Carville
Progressive candidates and new Democratic representatives have offered lots of radical new proposals lately about voting and voters. They include scrapping the 215-year-old Electoral College. Progressives also talk of extending the vote to 16- or 17-year-olds and ex-felons. They wish to further relax requirements for voter identification, same-day registration and voting, and undocumented immigrants voting in local elections.The 2016 victory of Donald Trump shocked the left. It was entirely unexpected, given that experts had all but assured a Hillary Clinton landslide. Worse still for those on the left, Trump, like George W. Bush in 2000 and three earlier winning presidential candidates, lost the popular vote.  From 2017 on, Trump has sought to systematically dismantle the progressive agenda that had been established by his predecessor, Barack Obama — often in a controversial and unapologetic style. The furor over the 2016 Clinton loss and thenew Trump agenda, the fear that Trump could be re-elected, and anger about the Electoral College have mobilized progressives to demand changes to the hallowed traditions of electing presidents. (…) Most Americans are skeptical of reparations. They do not favor legalizing infanticide. They do not want open borders, sanctuary cities, or blanket amnesties. They are troubled by the idea of wealth taxes and top marginal tax rates of 70 percent or higher. Many Americans certainly fear the Green New Deal. Many do not favor abolishing all student debt, U.S. Immigration and Customs Enforcement, or the Electoral College. Nor do many Americans believe in costly ideas such as Medicare for All and free college tuition. The masses do not unanimously want to stop pipeline construction or scale back America’s booming natural gas and oil production. A cynic might suggest that had Hillary Clinton actually won the 2016 Electoral College vote but lost the popular vote to Trump, progressives would now be praising our long-established system of voting. Had current undocumented immigrants proved as conservative as past waves of legal immigrants from Hungary and Cuba, progressives would now likely wish to close the southern border and perhaps even build a wall. If same-day registration and voting meant that millions of new conservatives without voter IDs were suddenly showing their Trump support at the polls, progressives would insist on bringing back old laws that required voters to have previously registered and to show valid identification at voting precincts. If felons or 16-year-old kids polled conservative, then certainly there would be no progressive push to let members of these groups vote. Expanding and changing the present voter base and altering how we vote is mostly about power, not principles. Without these radical changes, a majority of American voters, in traditional and time-honored elections, will likely not vote for the unpopular progressive agenda. Victor Davis Hanson
When candidate Donald Trump campaigned on calling China to account for its trade piracy, observers thought he was either crazy or dangerous. Conventional Washington wisdom had assumed that an ascendant Beijing was almost preordained to world hegemony. Trump’s tariffs and polarization of China were considered about the worst thing an American president could do. The accepted bipartisan strategy was to accommodate, not oppose, China’s growing power. The hope was that its newfound wealth and global influence would liberalize the ruling communist government. Four years later, only a naif believes that. Instead, there is an emerging consensus that China’s cutthroat violations of international norms were long ago overdue for an accounting. China’s re-education camps, its Orwellian internal surveillance, its crackdown on Hong Kong democracy activists and its secrecy about the deadly coronavirus outbreak have all convinced the world that China has now become a dangerous international outlier. Trump courted moderate Arab nations in forming an anti-Iranian coalition opposed to Iran’s terrorist and nuclear agendas. His policies utterly reversed the Obama administration’s estrangement from Israel and outreach to Tehran. Last week, Trump nonchalantly offered the Palestinians a take-it-or-leave-it independent state on the West Bank, but without believing that a West Bank settlement was the key to peace in the entire Middle East. Trump’s cancellation of the Iran deal, in particular, was met with international outrage. More global anger followed after the targeted killing of Iranian terrorist leader Gen. Qassem Soleimani. In short, Trump’s Middle East recalibrations won few supporters among the bipartisan establishment. But recently, Europeans have privately started to agree that more sanctions are needed on Iran, that the world is better off with Soleimani gone, and that the West Bank is not central to regional peace. Iran has now become a pariah. U.S.-sponsored sanctions have reduced the theocracy to near-bankruptcy. Most nations understand that if Iran kills Americans or openly starts up its nuclear program, the U.S. will inflict disproportional damage on its infrastructure — a warning that at first baffled, then angered and now has humiliated Iran. In other words, there is now an entirely new Middle East orthodoxy that was unimaginable just three years ago. Suddenly the pro-Iranian, anti-Western Palestinians have few supporters. Israel and a number of prominent Arab nations are unspoken allies of convenience against Iran. And Iran itself is seemingly weaker than at any other time in the theocracy’s history. Stranger still, instead of demanding that the U.S. leave the region, many Middle Eastern nations privately seem eager for more of a now-reluctant U.S. presence. (…) Trump got little credit for these revolutionary changes because he is, after all, Trump — a wheeler-dealer, an ostentatious outsider, unpredictable in action and not shy about rude talk. But his paradoxical and successful policies — the product of conservative, antiwar and pro-worker agendas — are gradually winning supporters and uniting disparate groups. (…) The result of the new orthodoxy is that the U.S. has become no better friend to an increasing number of allies and neutrals, and no worse an adversary to a shrinking group of enemies. And yet Trump’s paradox is that America’s successful new foreign policy is as praised privately as it is caricatured publicly — at least for now. Victor Davis Hanson
Une cote de popularité au plus bas, des cafouillages dans la majorité, une étude qui remet en question sa politique économique… Les obstacles se multiplient pour le président de la République française. Cela pourrait avoir des conséquences désastreuses pour la suite, explique la presse étrangère. “Pas de repos pour Emmanuel Macron”, souligne le quotidien espagnol El País. En effet, si “le président a survécu à la plus longue grève de ces dernières décennies en France, il ne cesse d’accumuler les problèmes”. Le conflit autour des retraites, d’une part, n’est pas totalement réglé. Certes, les transports ont repris et les dernières manifestations ont rassemblé moins de monde qu’au début du mouvement. Mais “les ennuis de Macron ne sont pas terminés”, prévient le site britannique The Article. “Beaucoup s’attendent à ce que le printemps à Paris soit, eh bien, le printemps à Paris.” D’autant que de nombreux secteurs, habituellement peu prompts à protester, ont rejoint la grogne. Aujourd’hui, avec les 22 000 amendements déposés en parallèle au projet de réforme, le processus législatif est encore loin d’être terminé. Des journées de mobilisations sont d’ailleurs déjà prévues à la RATP le 17 février et partout en France le 20 février. Dans sa majorité aussi, Emmanuel Macron rencontre des difficultés. À un mois des municipales, La République en marche multiplie les faux pas et fait preuve de division. Avec bien sûr, le duel fraticide entre les candidats, Benjamin Griveaux (tête d’affiche officielle) et Cédric Villani (dissident qui refuse de reculer) pour la mairie de Paris. Mais les récents cafouillages des ministres macronistes, au sujet du droit au blasphème ou de la durée d’allongement du congé en cas de perte d’un enfant, n’arrangent pas non plus les choses pour Macron. Résultat ? Le gouvernement est “qualifié d’amateur” et l’image du président se retrouve toujours plus entachée, relate ABC. Au point que le jeune chef d’État rivalise désormais avec “François Hollande pour le titre de président le plus impopulaire de l’histoire de la Vème République”. Selon les derniers sondages, 73 % des Français auraient une mauvaise opinion d’Emmanuel Macron. Ce n’est assurément pas le rapport publié le 5 février par l’OFCE [Observatoire français des conjonctures économiques] qui va changer la donne. Après l’abrogation partielle de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), le chef d’État avait très vite “hérité du surnom de ‘président des riches’”, rappelle le quotidien Suisse Le Temps. Or, la récente publication des économistes “juge qu’il correspond à la réalité”. Plus aucun doute : “La théorie macronienne du ‘ruissellement’ – selon laquelle l’attractivité fiscale conçue pour inciter les entreprises et les ménages les plus aisés à investir engendre à terme une hausse de revenus pour tous – ne fonctionne pas.” Pire encore, ajoute le quotidien suisse, “l’OFCE souligne une détérioration de la fracture sociale” puisque, assurent les experts : Les ménages appartenant aux 20 % les plus modestes, c’est-à-dire ceux ayant un niveau de vie individuel inférieur à 1 315 euros par mois, devraient perdre en 2020.” Ces difficultés pourraient avoir de lourdes conséquences sur l’avenir politique de Macron, prévient donc The Financial Times. Un an à peine après le “grand débat national”, “son attitude hautaine et son manque de finesse psychologique le rendent vulnérable”, et Marine Le Pen entend profiter de la situation pour la prochaine présidentielle. Or, sa potentielle arrivée à l’Élysée, en 2022, incarnerait un “séisme politique” dont les “ondes de choc seraient ressenties bien au-delà des frontières de la France”. Toutefois, si “le ciel s’assombrit pour le Roi Soleil français, il est beaucoup trop tôt pour affirmer que c’en est fait des espoirs de Macron”, rassure le FT. Ceux qui prédisent aujourd’hui sa chute, sont les mêmes qui se sont souvent trompés en 2017 sur sa capacité à briser l’ancien système” du bipartisme français. En somme, personne n’est capable de dire si la crise actuelle que rencontre le chef de l’État s’envenimera pour le reste de son quinquennat, conclut El País.“Mais en tout cas, elle envoie un signal inquiétant pour le président.” Courrier international
La dauphine désignée d’Angela Merkel en Allemagne, Annegret Kramp-Karrenbauer, a décidé de renoncer à lui succéder et va abandonner la présidence du parti conservateur, a indiqué à l’AFP ce lundi 10 février une source proche du mouvement. Lors d’une réunion ce matin de la direction du parti démocrate-chrétien CDU de la chancelière, Kramp-Karrenbauer a notamment justifié sa décision par les événements de Thuringe et la tentation d’une frange du parti de s’allier avec le mouvement d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD). Elle a expliqué qu’«une partie de la CDU a une relation non clarifiée avec l’AfD» mais aussi avec le parti de gauche radicale Die Linke, alors qu’elle même rejette clairement toute alliance avec l’une ou l’autre de ces formations, a indiqué à l’AFP une source proche du mouvement. Dans la mesure où la candidature à la chancellerie doit aller de pair avec la présidence du parti à ses yeux, AKK a en conséquence décidé de renoncer dans les mois qui viennent à cette présidence. «AKK va organiser cet été le processus de sélection de la candidature à la chancellerie» pour succéder à Angela Merkel au plus tard fin 2021, a indiqué cette source. «Elle va continuer à préparer le parti pour affronter l’avenir et ensuite abandonner la présidence», a-t-elle ajouté. Elle doit en revanche conserver son poste de ministre de la Défense. AKK avait été élue en décembre 2018 à la présidence de la CDU, en remplacement d’Angela Merkel qui avait à l’époque renoncé en raison de son impopularité croissante après une série de revers électoraux et la poussée dans les urnes de l’extrême droite. AKK n’a toutefois jamais réussi à s’imposer à la présidence de la CDU. Elle a été en particulier très critiquée après l’alliance surprise nouée la semaine dernière entre des élus CDU de Thuringe et l’extrême droite pour élire un nouveau dirigeant pour cet Etat régional. AKK s’est vu reprocher de ne pas tenir son parti, tiraillé entre adversaires et partisans d’une coopération avec l’AfD, surtout dans les Etats de l’ex-RDA, où l’extrême droite est très puissante et complique la formation des majorités régionales. Le Figaro
Buttigieg is a gay Episcopalian veteran in a party torn between identity politics and heartland appeals. He’s also a fresh face in a year when millennials are poised to become the largest eligible voting bloc. Many Democrats are hungry for generational change, and the two front runners are more than twice his age. (…) In many ways, Buttigieg is Trump’s polar opposite: younger, dorkier, shorter, calmer and married to a man. His success may depend on whether Democrats want a fighter to match Trump, or whether Americans want to ‘change the channel,’ as Buttigieg puts it. ‘People already have a leader who screams and yells,’ he says. ‘How do you think that’s working out for us?’Time
Le 16 juin 2015, Buttigieg annonce dans une publication qu’il est homosexuel. Il est le premier homme politique ouvertement gay de l’Indiana. Le 28 décembre 2017, Buttigieg annonce ses fiançailles avec Chasten Glezman (né en 1989), professeur de pédagogie Montessori dans un collège privé de l’Indiana. Le couple se marie le 16 juin 2018 lors d’une cérémonie à la cathédrale de Saint-James de South Bend et fait en 2019 la couverture du magazine Time. En plus de l’anglais, Pete Buttigieg parle le norvégien, le français, l’espagnol, l’italien, le maltais, l’arabe et le dari, soit un total de huit langues. Buttigieg est chrétien et a déclaré que sa foi avait fortement influencé sa vie. Wikipedia
Va-t-il transformer l’essai? Après ses résultats inespérés dans l’Iowa (toujours contestés par Bernie Sanders), Pete Buttigieg espère bien récolter les fruits de l’énorme coup de pouce médiatique dont il a bénéficié tout au long de cette semaine chaotique. Le jeune candidat, encore inconnu il y a un an, croise donc les doigts ce mardi 11 février pour à nouveau s’imposer -ou du moins décrocher un score plus qu’honorable- dans le New Hampshire, deuxième État à voter aux primaires démocrates.  Si créer la surprise au cours des prochains scrutins et finir par décrocher la nomination du parti cet été est actuellement le rêve de tous les candidats, la seule vraie prouesse sera la suivante: battre Donald Trump lors de l’élection générale du 3 novembre et le sortir de la Maison Blanche. Pete Buttigieg est-il le meilleur candidat pour cette périlleuse mission? Le HuffPost a rassemblé plusieurs forces (et faiblesses) du candidat pour tenter d’y voir plus clair. Comme il aime souvent le rappeler en campagne, Pete Buttigieg a un atout majeur face à Donald Trump: son CV. Il faut dire qu’on pourrait difficilement imaginer un curriculum plus à l’opposé de celui du président républicain. Contrairement à l’occupant actuel de la Maison Blanche, le démocrate a tout d’abord de l’expérience politique. Alors que le magnat de l’immobilier était l’hôte d’une téléréalité avant de se présenter à la présidence, Pete Buttigieg vient lui de terminer son 2e mandat de maire. Trump s’est construit dans la plus grande ville du pays qu’est New York, Buttiegieg a fait décoller sa carrière à South Bend, 100.000 habitants, dans l’État de l’Indiana. Buttigieg met aussi régulièrement en avant son expérience dans l’armée. Il a passé sept mois en Afghanistan, un avantage sur tous ses concurrents démocrates et surtout sur Trump. Ce dernier a en effet réussi à échapper pas mois de cinq fois à la guerre du Vietnam: quatre reports grâce aux études qu’il suivait puis une dispense médicale pour une excroissance osseuse au pied dont les médias n’ont jamais retrouvé de trace. Diplômé de grandes universités, le candidat a aussi montré qu’il était polyglotte. En plus de l’anglais, il peut parler en norvégien, espagnol, italien, arabe, dari ou encore français comme il l’a montré en commentant l’incendie de Notre-Dame. Face à un président qui est parfois pointé du doigt pour la faiblesse du vocabulaire qu’il emploie dans son anglais natal. Pete Buttigieg se présente aussi aux antipodes de Donald Trump sur des aspects plus personnels. Là où Trump s’emporte et est devenu le roi du surnom mesquin, Buttigieg apparaît dans ses interventions comme calme, confiant et au point sur ses dossiers. Alors que les Américains LGBT ont vu leurs droits régresser sous la présidence républicaine, Buttigieg est le premier candidat démocrate ouvertement gay et apparaît régulièrement au bras de son mari Chasten. Âgé de seulement 38 ans, il est de loin le plus jeune de la course. Il n’hésite pas non plus à mettre l’accent sur sa foi chrétienne, un sujet généralement accaparé par les républicains. Quant à son programme, il ne renferme pas (encore?) de mesure phare, mais sa position modérée sur les impôts et la couverture santé pourrait bien attirer de précieux électeurs indépendants qui avaient penché pour Donald Trump en 2016. Au sein de ce groupe-clé pour départager une élection, la question du système de santé sera en effet la priorité numéro un pour faire son choix en novembre 2020, selon un sondage Gallup paru en janvier. Si la réussite de Pete Buttigieg dans l’Iowa et un très bon score dans le New Hampshire ce mardi serait un énorme tremplin, le candidat traîne cependant un énorme problème de popularité auprès d’électorats-clés pour un démocrate dans une élection présidentielle. Comme le montrent de nombreux sondages, l’ancien maire n’enregistre pour l’heure qu’un soutien très faible auprès des deux minorités ethniques principales aux États-Unis: les électeurs afro-américains et hispaniques. La présence de ces derniers, qui ont peu voté républicain en 2016, sera cruciale dans les bureaux de vote en novembre 2020 face à Trump. Les difficultés ne s’arrêtent pas là. Buttigieg pourrait aussi avoir une mauvaise surprise avec les jeunes, potentiel sous-exploité en 2016. Bien qu’il se vante d’incarner le renouveau politique du haut de ses 38 ans, le candidat n’est à l’heure actuelle pas très populaire avec les démocrates de moins de 38 ans, un groupe d’âge qui englobera 25% des électeurs en novembre. Son approche trop modérée ne fait pas le poids face à la politique autrement plus radicale de Sanders, qui lui a gagné le soutien massif des générations Y et Z. Buttigieg pourrait donc avoir bien du mal à donner envie à ce réservoir de voix démocrates de participer au scrutin. Reste enfin la faible notoriété de l’ancien maire de South Bend. The Huffington post
Il est déjà assez sûr de déduire des recherches en laboratoire et des parallèles éthologiques que les différentes manières dont les hommes et les femmes sont câblés sont directement liées à nos rôles sexuels traditionnels … Freud a dramatiquement déclaré que notre anatomie est notre destinée. Les scientifiques qui frémissent devant une formulation aussi dramatique, quelle que soit sa justesse, pourraient le reformuler ainsi: l’anatomie est fonctionnelle, les fonctions corporelles ont des significations psychologiques profondes pour les gens, et l’anatomie et la fonction sont souvent élaborées socialement. Arno Karlen
Les questions morales nous entraînent dans le bourbier de perpétuelles recherches philosophiques de nature fondamentale. D’une certaine manière, cela facilite le problème pour celui qui cherche une opinion juive. Le judaïsme n’accepte pas le type de relativisme poussé utilisé pour justifier le mode de vie homosexuel comme un simple mode de vie alternatif. Et tandis que la question de l’autonomie humaine mérite certainement d’être prise en considération dans le domaine de la sexualité, il faut se méfier des conséquences de tout argument quand il est poussé jusqu’à sa logique extrême. Le judaïsme chérit clairement la sainteté comme une valeur supérieure à la liberté ou à la santé. De plus, si l’autonomie de chaque individu nous amène à conférer une légitimité morale à toute forme d’expression sexuelle que celui-ci désire, nous devons être prêts à tirer la couverture de cette validité morale sur presque tout le catalogue de la perversion décrit par Krafft-Ebing, puis, par le tour de passe-passe consistant à accorder des droits civiques aux pratiques moralement non répréhensibles ou à autoriser le prosélytisme public aux défenseurs de la sodomie, du fétichisme ou de n’importe autre pratique. Dans ce cas, pourquoi pas dans le système scolaire? Et si le consentement est obtenu avant la mort d’un partenaire, pourquoi pas la nécrophilie ou le cannibalisme? Sûrement, si nous déclarons que la pédérastie est simplement idiosyncrasique et non une « abomination », quel droit avons-nous de condamner le cannibalisme sexuel – simplement parce que la plupart des gens réagiraient avec répulsion et dégoût? «L’affection aimante et désintéressée» et les «relations personnelles significatives» – les grands slogans de la Nouvelle Moralité et les représentants de l’éthique de la situation – sont devenus la litanie de la sodomie à notre époque. Une logique simple devrait nous permettre d’utiliser les mêmes critères pour excuser l’adultère ou tout autre acte considéré jusqu’ici comme immoral: et c’est exactement ce qui a été fait, et il a reçu la sanction non seulement des progressistes et des humanistes, mais de certains les religieux aussi. « Amour », « épanouissement », « exploiteur », « significatif » – la liste elle-même ressemble à un lexique de termes chargés d’émotions tirés au hasard des sources disparates des cercles agnostiques à la fois chrétiens et psychologiquement orientés. Logiquement, nous devons nous poser la question suivante: quelles dépravations morales ne peuvent pas être excusées par le seul critère des «relations humaines chaleureuses et significatives» ou de «l’accomplissement», les nouveaux héritiers sémantiques de «l’amour»? L’amour, l’épanouissement et le bonheur peuvent également être atteints dans les contacts incestueux – et certainement dans les relations polygames. N’y a-t-il plus rien qui soit « pécheur », « contre nature » ou « immoral » s’il est pratiqué « entre deux adultes consentants? » Pour les groupes religieux, établir qu’une relation homosexuelle doit être jugée selon les mêmes critères qu’une relation hétérosexuelle – c’est-à-dire «si elle vise à entretenir une relation d’amour permanente» – revient à abandonner la dernière prétention de représenter le « judéo-chrétien ». Dr. Norman Lamm
The moral issues lead us into the quagmire of perennial philosophical disquisitions of a fundamental nature. In a way, this facilitates the problem for one seeking a Jewish view. Judaism does not accept the kind of thoroughgoing relativism used to justify the gay life as merely an alternate lifestyle And while the question of human autonomy is certainly worthy of consideration in the area of sexuality, one must beware of the consequences of taking the argument to its logical extreme. Judaism clearly cherishes holiness as a greater value than either freedom or health. Furthermore, if every individual’s autonomy leads us to lend moral legitimacy to any form of sexual expression he may desire, we must be ready to pull the blanket of this moral validity over almost the whole catalogue of perversion described by Krafft-Ebing, and then, by the legerdemain of granting civil rights to the morally non-objectionable, permit the advocates of buggery, fetishism, or whatever to proselytize in public. In that case, why not in the school system? And if consent is obtained before the death of one partner, why not necrophilia or cannibalism? Surely, if we declare pederasty to be merely idiosyncratic and not an « abomination, » what right have we to condemn sexually motivated cannibalism – merely because most people would react with revulsion and disgust? « Loving, selfless concern » and « meaningful personal relationships » – the great slogans of the New Morality and the exponents of situation ethics – have become the litany of sodomy in our times. Simple logic should permit us to use the same criteria for excusing adultery or any other act heretofore held to be immoral: and indeed, that is just what has been done, and it has received the sanction not only of liberals and humanists, but of certain religionists as well. « Love, » « fulfillment, » « exploitative, » « meaningful » – the list itself sounds like a lexicon of emotionally charged terms drawn at random from the disparate sources of both Christian and psychologically-orientated agnostic circles. Logically, we must ask the next question: what moral depravities can not be excused by the sole criterion of « warm, meaningful human relations » or « fulfillment, » the newest semantic heirs to « love »? Love, fulfillment, and happiness can also be attained in incestuous contacts -and certainly in polygamous relationships. Is there nothing at all left that is « sinful, » « unnatural, » or « immoral » if it is practiced « between two consenting adults? » For religious groups to aver that a homosexual relationship should be judged by the same criteria as a heterosexual one – i.e., « whether it is intended to foster a permanent relationship of love » – is to abandon the last claim of representing the « Judeo-Christian tradition. »Clearly, while Judaism needs no defense or apology in regard to its esteem for neighborly love and compassion for the individual sufferer, it cannot possibly abide a wholesale dismissal of its most basic moral principles on the grounds that those subject to its judgments find them repressive. All laws are repressive to some extent -they repress illegal activities- and all morality is concerned with changing man and improving him and his society. Homosexuality imposes on one an intolerable burden of differentness, of absurdity, and of loneliness, but the Biblical commandment outlawing pederasty cannot be put aside solely on the basis of sympathy for the victim of these feelings. Morality, too, is an element which each of us, given his sensuality, his own idiosyncracies, and his immoral proclivities, must take into serious consideration before acting out his impulses. Several years ago I recommended that Jews regard homosexual deviance as a pathology, thus reconciling the insights of Jewish tradition with the exigencies of contemporary life and scientific information, such as it is, on the nature of homosexuality. (…) The proposal that homosexuality be viewed as an illness will immediately be denied by three groups of people. Gay militants object to this view as an instance of heterosexual condescension. Evelyn Hooker and her group of psychologists maintain that homosexuals are no more pathological in their personality structures than heterosexuals. And psychiatrists Thomas Szasz in the U.S. and Ronald Laing in England reject all traditional ideas of mental sickness and health as tools of social repressiveness or, at best, narrow conventionalism. While granting that there are indeed unfortunate instances where the category of mental disease is exploited for social or political reasons, we part company with all three groups and assume that there are significant number of pederasts and lesbians who, by the criteria accepted by most psychologists and psychiatrists, can indeed be termed pathological. (…) Of course, one cannot say categorically that all homosexuals are sick – any more than one can casually define all thieves as kleptomaniacs. In order to develop a reasonable Jewish approach to the problem and to seek in the concept of illness some mitigating factor, it is necessary first to establish the main types of homosexuals. Dr. Judd Marmor speaks of four categories. « Genuine homosexuality » is based on strong preferential erotic feelings for members of the same sex. « Transitory homosexual behavior » occurs among adolescents who would prefer heterosexual experiences but are denied such opportunities because of the social, cultural, or psychological reasons. « Situational homosexual exchanges » are characteristic of prisoners, soldiers and others who are heterosexual but are denied access to women for long periods of time. « Transitory and opportunistic homosexuality » is that of delinquent young men who permit themselves to be used by pederasts in order to make money or win other favors, although their primary erotic interests are exclusively heterosexual. To these may be added, for purposes of our analysis, two other types. The first category, that of genuine homosexuals, may be said to comprehend two sub-categories: those who experience their condition as one of duress or uncontrollable passion which they would rid themselves of if they could, and those who transform their idiosyncrasy into an ideology, i.e., the gay militants who assert the legitimacy and validity of homosexuality as an alternative way to heterosexuality. The sixth category is based on what Dr. Rollo May has called « the New Puritanism », the peculiarly modern notion that one must experience all sexual pleasures, whether or not one feels inclined to them, as if the failure to taste every cup passed at the sumptuous banquet of carnal life means that one has not truly lived. Thus, we have transitory homosexual behavior not of adolescents, but of adults who feel that: they must « try everything » at least once or more than once in their lives. (…) Clearly, genuine homosexuality experienced under duress (Hebrew: ones) most obviously lends itself to being termed pathological especially where dysfunction appears in other aspects of personality. Opportunistic homosexuality, ideological homosexuality, and transitory adult homosexuality are at the other end of the spectrum, and appear most reprehensible. As for the intermediate categories, while they cannot be called illness, they do have a greater claim on our sympathy than the three types mentioned above. (…) To apply the Halakhah strictly in this case is obviously impossible; to ignore it entirely is undesirable, and tantamount to regarding Halakhah as a purely abstract, legalistic system which can safely be dismissed where its norms and prescriptions do not allow full formal implementation. Admittedly, the method is not rigorous, and leaves room to varying interpretations as well as exegetical abuse, but it is the best we can do. Hence there are types of homosexuality that do not warrant any special considerateness, because the notion of ones or duress (i.e., disease) in no way applies. Where the category of mental illness does apply, the act itself remains to´evah (an abomination), but the fact of illness lays upon us the obligation of pastoral compassion, psychological understanding, and social sympathy. In these senses, homosexuality is no different from any other social or anti-halakhic act, where it is legitimate to distinguish between the objective itself including its social and moral consequences, and the mentality and inner development of the person who perpetrates the act. For instance, if a man murders in a cold and calculating fashion for reasons of profit, the act is criminal and the transgressor is criminal. If, however, a psychotic murders, the transgressor is diseased rather than criminal, but the objective act itself remains a criminal one. The courts may therefore treat the perpetrator of the crime as they would a patient, with all the concomitant compassion and concern for therapy, without condoning the act as being morally neutral. To use halakhic terminology, the objective crime remains a ma´aseh averah, whereas a person who transgresses is considered innocent on the grounds of ones. In such case, the transgressor is spared the full legal consequences of his culpable act, although the degree to which he may be held responsible varies from case to case. (…) By the same token, in orienting ourselves to certain types of homosexuals as patients rather than criminals, we do not condone the act but attempt to help the homosexual. Under no circumstances can Judaism suffer homosexuality to become respectable. Were society to give its open or even tacit approval to homosexuality, it would invite more aggressiveness on the part of adult pederasts toward young people. Indeed, in the currently permissive atmosphere, the Jewish view would summon us to the semantic courage of referring to homosexuality not as « deviance » with the implication of moral neutrality and non-judgmental idiosyncrasy, but as « perversion » – a less clinical and more old-fashioned word, perhaps, but one that is more in keeping with the Biblical to´evah. (…) There is nothing in the Jewish law’s letter or spirit that should incline us toward advocacy of imprisonment for homosexuals. The Halakhah did not, by and large, encourage the denial of freedom as a recommended form of punishment. Flogging is, from a certain perspective, far less cruel and far more enlightened. Since capital punishment is out of the question, and since incarceration is not an advisable substitute, we are left with one absolute minimum: strong disapproval of the proscribed act. But we are not bound to any specific penological instrument that has no basis in Jewish law or tradition. (…) As long as violence and the seduction of children are not involved, it would best to abandon all laws on homosexuality and leave it to the inevitable social sanctions to control, informally,what can be controlled. However, this approach is not consonant with Jewish tradition. The repeal of anti-homosexual laws implies the removal of the stigma from homosexuality, and this diminution of social censure weakens society in its training of the young toward acceptable patterns of conduct. The absence of adequate social reproach may well encourage the expression of homosexual tendencies by those in whom they might otherwise be suppressed. Law itself has an educative function, and the repeal of laws, no matter how justifiable such repeal may be from one point of view, does have the effect of signaling the acceptability of greater permissiveness. Perhaps all that has been said above can best be expressed in the proposals that follow. First, society and government must recognize the distinctions between the various categories enumerated earlier in this essay. We must offer medical and psychological assistance to those whose homosexuality is an expression of pathology, who recognize it as such, and are willing to seek help. We must be no less generous to the homosexual than to the drug addict, to whom the government extends various forms of therapy upon request. Second, jail sentences must be abolished for all homosexuals, save those who are guilty of violence, seduction of the young, or public solicitation. Third, the laws must remain on the books, but by mutual consent of judiciary and police, be unenforced. This approximates to what lawyers call « the chilling effect », and is the nearest one can come to the category so well known in the Halakhah, whereby strong disapproval is expressed by affirming a halakhic prohibition, yet no punishment is mandated. It is a category that bridges the gap between morality and law. In a society where homosexuality is so rampant, and where incarceration is so counterproductive, the hortatory approach may well be a way of formalizing society’s revulsion while avoiding the pitfalls in our accepted penology. (…) Regular congregations and other Jewish groups should not hesitate to accord hospitality and membership, on an individual basis, to those « visible » homosexuals who qualify for the category of the ill. Homosexuals are no less in violation of Jewish norms than Sabbath desecrators or those who disregard the laws of kashrut. But to assent to the organization of separate « gay » groups under Jewish auspices makes no more sense, Jewishly, than to suffer the formation of synagogues that care exclusively to idol worshipers, adulterers, gossipers, tax evaders, or Sabbath violators. Indeed, it makes less sense, because it provides, under religious auspices, a ready-made clientele from which the homosexual can more easily choose his partners. In remaining true to the sources of Jewish tradition. Jews are commanded to avoid the madness that seizes society at various times and in many forms, while yet retaining a moral composure and psychological equilibrium sufficient to exercise that combination of discipline and charity that is the hallmark of Judaism. Dr. Norman Lamm

Quand le cannibalisme n’est plus qu’une affaire de goût…

A l’heure où l’actualité se charge de nous rappeler chaque jour …

Les ravages dans tous les secteurs de la société, entre « mariage » et « enfants pour tous », du dérèglement des moeurs que nous vivons …

Pendant que devant le retour du réel le costume messianique de nos Obama français ou allemand semble lui aussi sérieusement prendre l’eau …

Et où face à l’insubmersible Donald Trump …

Et la confirmation de plus en plus éclatante par la réalité et les faits  …

De la justesse, face aux tigres de papier iraniens, chinois ou palestiniens, de nombre de ses intuitions et décisions …

Les Démocrates et progressistes américains semblent au contraire redoubler dans la caricature et dans l’aberration

Entre soutien aux villes-sanctuaire et appels à l’extension du droit de vote aux mineurs, repris de justice et immigrés illégaux comme à la suppression du collège électoral, des contrôles d’identité pour les électeurs et des frontières …

Et où profitant de la campagne présidentielle américaine …

Les lobbies homosexuels et leur claque médiatique …

Tentent contre toute évidence …

De nous imposer la candidature de ce qui serait …

Jeune, ancien militaire, surdiplômé d’Harvard, malto-américain, polyglotte, dûment marié à l’église et revendiquant sa foi chrétienne, s’il vous plait !

Le premier président ouvertement homosexuel et, putsch judiciaire et couverture de Time aidant, de son éventuelle « première famille » …

Petit retour avec le président de la Yeshiva university, le Dr. Norman Lamm

Et contre les nouveaux diktats de la pensée unique et du politiquement correct …

A la réalité non seulement biblique mais concrète de tous les jours …

Des nombreux problèmes moraux et sociaux que, sauf rares exceptions, posent …

Le véritable messianisme homosexuel qui, par médias et show biz interposés, nous est actuellement imposé …

Et qui au nom des nouveaux impératifs catégoriques de l »amour », de « l’épanouissement » et du « bonheur » …

Pourrait en arriver à nous faire avaliser …

A condition bien sûr d’être pratiqué « entre deux adultes consentants » et avec la « visée d’une relation d’amour permanente »…

Sans compter, dès l’âge de deux ans, le choix de sa propre assignation sexuelle …

Tant les contacts incestueux que les relations polygames …

Voire la nécrophilie ou le cannibalisme sexuel ?

Judaism and the Modern Attitude to Homosexuality
Dr. Norman Lamm
Jonah web
March 30, 2007

Dr. Norman Lamm presently serves as President of Yeshiva University.

Popular wisdom has it that our society is wildly hedonistic, with the breakdown of family life, rampant immorality, and the world, led by the United States, in the throes of a sexual revolution. The impetus of this latest revolution is such that new ground is constantly being broken, while bold deviations barely noticed one year are glaringly more evident the year following and become the norm for the « younger generation » the year after that.

Some sex researchers accept this portrait of a steady deterioration in sex inhibitions and of increasing permissiveness. Opposed to them are the « debunkers » who hold that this view is mere fantasy and that, while there may have been a significant leap in verbal sophistication, there has probably been only a short hop in actual behavior. They point to statistics which confirm that now, as in Kinsey’s day, there has been no reported increase in sexual frequencies along with alleged de-inhibition to rhetoric and dress. The « sexual revolution » is, for them, largely a myth. Yet others maintain that there is in Western society a permanent revolution against moral standards, but that the form and style of the revolt keeps changing.

The determination of which view is correct will have to be left to the sociologists and statisticians -or, better, to historians of the future who will have the benefit of hindsight. But certain facts are quite clear. First, the complaint that moral restraints are crumbling has a two or three thousand year history in Jewish tradition and in continuous history of Western civilization. Second, there has been a decided increase at least in the area of sexual attitudes, speech, and expectations, if not in practice. Third, such social and psychological phenomena must sooner or later beget changes in mores and conduct. And finally, it is indisputable that most current attitudes are profoundly at variance with traditional Jewish views on sex and sex morality.

Of all the current sexual fashions, the one most notable for its militancy, and which most conspicuously requires illumination from the sources of Jewish tradition, is that of sexual deviancy. This refers primarily to homosexuality, male or female, along with a host of other phenomena such as transvestism and transexualism. They all form part of the newly approved theory of idiosyncratic character of sexuality. Homosexuals have demanded acceptance in society, and this demand has taken various forms -from a plea that they should not be liable to criminal prosecution, to a demand that they should not be subjected to social sanctions, and then to a strident assertion that they represent an « alternative life-style » no less legitimate that « straight heterosexuality. The various forms of homosexual apologetics appear largely in contemporary literature and theater, as well as in the daily press. In the United States, « gay » activists have become increasingly and progressively more vocal and militant.

Legal Position

Homosexuals have, indeed, been suppressed by the law. For instance, the Emperor Valentinian, in 390 C.E., decreed that pederasty be punished by burning at the stake. The sixth-century Code of Justinian ordained that homosexuals be tortured, mutilated, paraded in public, and executed. A thousand years later, Gibbon said of the penalty the Code decreed that « pederasty became the crime of those to whom no crime could be imputed ». In more modern times, however, the Napoleonic Code declared consensual homosexuality legal in France. A century ago, anti-homosexual laws were repealed in Belgium and Holland. In this century, Denmark, Sweden and Switzerland followed suit and, more recently, Czechoslovakia and England. The most severe laws in the West are found in the United States, where they come under the jurisdiction of the various states and are known by a variety of names, usually as « sodomy laws ». Punishment may range from light fines to five or more years in prison (in some cases even life imprisonment), indeterminate detention to a mental hospital, and even to compulsory sterilization. Moreover, homosexuals are, in various states, barred from licensed professions, from many professional societies, from teaching, and from the civil service -to mention only a few of the sanctions encountered by the known homosexual.

More recently, a new tendency has been developing in the United States and elsewhere with regard to homosexuals. Thus, in 1969, the National Institute of Mental Health issued a majority report advocating that adult consensual homosexuality be declared legal. The American Civil Liberties Union concurred. Earlier, Illinois had done so in 1962, and in 1971 the state of Connecticut revised its laws accordingly. Yet despite the increasing legal and social tolerance of deviance, basic feelings toward homosexuals have not really changed. The most obvious example is France, where although legal restraints were abandoned over 150 years ago, the homosexual of today continues to live in shame and secrecy.

Statistics

Statistically, the proportion the proportion of homosexuals in society does not seem to have changed much since Professor Kinsey’s day (his book, Sexual Behavior in the Human Male, was published in 1948, and his volume on the human female in 1953). Kinsey’s studies revealed that hard-core male homosexuals constituted about 4-6% of the population: 10% experienced « problem » behavior during a part of their lives. One man out of three indulges in some form of homosexual behavior from puberty until his early twenties. The dimensions of the problem become quite overwhelming when it is realized that, according to these figures, of 200 million people in the United States some ten million will become or are predominant or exclusive homosexuals, and over 25 million will have at least a few years of significant homosexual experience.

The New Permissiveness

The most dramatic change in our attitudes to homosexuality has taken place in the new mass adolescent subculture -the first such in history- where it is part of the whole new outlook on sexual restraints in general. It is here that the fashionable Sexual Left has had its greatest success on a wide scale, appealing especially to the rejection of Western traditions of sex roles and sex typing. A number of different streams feed into this ideological reservoir from which the new sympathy for homosexuality flows. Freud and his disciples began the modern protest against traditional restraints, and blamed the guilt that follows transgression for the neuroses that plague man. Many psychoanalysts began to overemphasize the importance of sexuality in human life, and this ultimately gave birth to a kind of sexual messianism. Thus, in our own day Wilhelm Reich identifies sexual energy as « vital energy per se » and, in conformity with his Marxist ideology, seeks to harmonize Marx and Freud. For Reich and his followers, the sexual revolution is a machina ultima for the whole Leninist liberation in all spheres of life and society. Rebellion against restrictive moral codes has become, for them, not merely a way to hedonism but a form of sexual mysticism: orgasm is seem not only as the pleasurable climatic release of internal sexual pressure, but as a means to individual creativity and insight as well as to the reconstruction and liberation of society. Finally, the emphasis on freedom and sexual autonomy derives from the Sartrean version of Kant’s view of human autonomy.

It is in this atmosphere that pro-deviationist sentiments have proliferated, reaching into many strata of society. Significantly, religious groups have joined the sociologists and ideologists of deviance to affirm what has been called « man’s birthright of unbounded ambisexuality. » A number of Protestant churches in America, and an occasional Catholic clergyman, have plead for more sympathetic attitudes toward homosexuals. Following the new Christian permissiveness espoused in Sex and Morality (1966), the report of a working party of the British Council of Churches, a group of American Episcopalian clergymen in November 1967 concluded that homosexual acts ought not to be considered wrong, per se. A homosexual relationship is, they implied, no different from a heterosexual marriage: but must be judged by one criterion -« whether it is intended to foster a permanent relation of love. » Jewish apologists for deviationism have been prominent in the Gay Liberation movement and have not hesitated to advocate their position in American journals and in the press. Christian groups began to emerge which catered to a homosexual clientele, and Jews were not too far behind. This latest Jewish exemplification of the principle of wie es sich christelt, so juedelt es sich will be discussed at the end of this essay.

Homosexual militants are satisfied neither with a « mental health » approach nor with demanding civil rights. They are clear in insisting on society’s recognition of sexual deviance as an « alternative lifestyle, » morally legitimate and socially acceptable.
Such are the basic facts and theories of the current advocacy of sexual deviance. What is the classical Jewish attitude to sodomy, and what suggestions may be made to develop a Jewish approach to the complex problem of the homosexual in contemporary society?

Biblical View

The Bible prohibits homosexual intercourse and labels it an abomination: « Thou shalt not lie with a man as one lies with a woman: it is an abomination » (Lev. 18:22). Capital punishment is ordained for both transgressors in Lev. 20:13. In the first passage, sodomy is linked with buggery, and in the second with incest and buggery. (There is considerable terminological confusion with regard to these words. We shall here use « sodomy » as a synonym for homosexuality and « buggery » for sexual relations with animals.)

The city of Sodom had the questionable honor of lending its name to homosexuality because of the notorious attempt at homosexual rape, when the entire population -« both young and old, all the people from every quarter »- surrounded the home of Lot, the nephew of Abraham, and demanded that he surrender his guests to them « that we may know them » (Gen. 19:5). The decimation of the tribe of Benjamin resulted from the notorious incident, recorded in Judges 19, of a group of Benjamites in Gibeah who sought to commit homosexual rape.

Scholars have identified the kadesh proscribed by the Torah (Deut. 23:18) as a ritual male homosexual prostitute. This form of healthen cult penetrated Judea from the Canaanite surroundings in the period of the early monarchy. So Rehoboam, probably under the influence of his Ammonite mother, tolerated this cultic sodomy during his reign (I Kings 14:24). His grandson Asa tried to cleanse the Temple in Jerusalem of the practice (I Kings 15:12), as did his great-grandson Jehoshaphat. But it was not until the days of Josiah and the vigorous reforms he introduced that the kadesh was finally removed from the Temple and the land (II Kings 23:7). The Talmund too (Sanhedrin, 24b) holds that the kadesh was a homosexual functionary. (However, it is possible that the term also alludes to a heterosexual male prostitute. Thus, in II kings 23:7, women are described as weaving garments for the idols in the batei ha-kedeshim (houses of the kadesh): the presence of women may imply that the kadesh was not necessarily homosexual. The Talmudic opinion identifying the kadesh as a homosexual prostitute may be only an asmakhta. Moreover, there are other opinions in Talmudic literature as to the meaning of the verse: see Onkelos, Lev. 23:18, and Nachmanides and Torah Temimah, ad loc.)

Talmudic Approach

Rabbinic exegesis of the Bible finds several other homosexual references in the scriptural narratives. The generation of Noah was condemned to eradication by the Flood because they had sunk so low morally that, according to Midrashic teaching, they wrote out formal marriage contracts for sodomy and buggery -a possible cryptic reference to such practices in the Rome of Nero and Hadrian (Lev. R. 18:13).

Of Ham, the son of Noah, we are told that « he saw the nakedness of his father » and told his two brothers (Gen. 9:22). Why should this act have warranted the harsh imprecation hurled at Ham by his father? The Rabbis offer two answers: one, that the text implied that Ham castrated Noah: second, that the Biblical expression is an idiom for homosexual intercourse (see Rashi, ad loc.). On the scriptural story of Potiphar’s purchase of Joseph as a slave (Gen. 39:1), the Talmund comments that he acquired him for homosexual purposes, but that a miracle occurred and God sent the angel Gabriel to castrate Potiphar (Sotah 13b).

Post-Biblical literature records remarkably few incidents of homosexuality. Herod’s son Alexander, according to Josephus (Wars, I, 24:7), had homosexual contact with a young eunuch. Very few reports of homosexuality have come to us from the Talmudic era (TJ Sanhedrin 6:6, 23c: Jos. Ant., 15:25-30).

The incidence of sodomy among Jews is interestingly reflected in the Halakhah on mishkav zakhur (the Talmudic term for homosexuality: the Bible uses various terms- thus the same term in Num. 31:17 and 35 refers to heterosexual intercourse by a woman, whereas the expression for male homosexual intercourse in Lev. 18:22 and 20:13 is mishkevei ishah). The Mishnah teaches that R. Judah forbade two bachelors from sleeping under the same blanket, for fear that this would lead to homosexual temptation (Kiddushin 4:14). However, the Sages permitted it (ibid.) because homosexuality was so rare among Jews that such preventive legislation was considered unnecessary (Kiddushin 82a). This latter view is codified as Halakhah by Malmonides (Yad, Issurei Bi’ah 22:2). Some 400 years later R. Joseph Caro , who did not codify the law against sodomy proper, nevertheless cautioned against being alone with another male because of the lewdness prevalent « in our times » (Even ha-Ezer 24). About a hundred years later, R. Joel Sirkes reverted to the original ruling, and suspended the prohibition because such obscene acts were unheard of amongst Polish Jewry (Bayit Hadash to Tur, Even ha-Ezer 24). Indeed, a distinguished contemporary of R. Joseph Caro, R. Solomon Luria, went even further and declared homosexuality so very rare that, if one refrains from sharing a blanket with another male as a special act of piety, one is guilty of self-righteous pride or religious snobbism (for the above and additional authorities, see Ozar ha-Posekim, IX, 236-238).

Responsa

As is to be expected, the responsa literature is also very scant in discussions of homosexuality. One of the few such responsa is by the late R. Abraham Isaac Ha-Kohen Kook, when he was still the rabbi of Jaffa. In 1912 he was asked about a ritual slaughterer who had come under suspicion of homosexuality. After weighing all aspects of the case, R. Kook dismissed the charges against the accused, considering them unsupported hearsay. Furthermore, he maintained the man might have repented and therefore could not be subject to sanctions at the present time.

The very scarcity of halakhic deliberations on homosexuality, and the quite explicit insistence of various halakhic authorities, provide sufficient evidence of the relative absence of this practice among Jews from ancient times down to the present. Indeed, Prof. Kinsey found that, while religion was usually an influence of secondary importance on the number of homosexual as well as heterosexual acts by males. Orthodox Jews proved an exception, homosexuality being phenomenally rare among them.

Jewish laws treated the female homosexual more leniently than the male. It considered lesbianism as issur, an ordinary religious violation, rather than arayot, a specifically sexual infraction, regarded much more severely than issur. R. Huna held that lesbianism is the equivalent of harlotry and disqualified the woman from marrying a priest. The Halakhah is, however, more lenient, and decides that while the act is prohibited, the lesbian is not punished and is permitted to marry a priest (Sifra 9:8: Shab. 65a: Yev. 76a). However, the transgression does warrant disciplinary flagellation (Maimonides, Yad, Issurei Bi’ah 21:8). The less punitive attitude of the Halakhah to the female homosexual than to the male does not reflect any intrinsic judgment on one as opposed to the other, but is rather the result of a halakhic technicality: there is no explicit Biblical proscription of lesbianism, and the act does not entail genital intercourse (Maimonides, loc. cit.).

The Halakhah holds that the ban on homosexuality applies universally, to non-Jew as well as to Jew (Sanh 58a: Maimonides, Melakhim 9:5, 6). It is one of the six instances of arayot (sexual transgressions) forbidden to the Noachide (Maimonides, ibid).

Most halakhic authorities – such as Rashba and Ritba – agree with Maimonides. A minority opinion holds that pederasty and buggery are « ordinary » prohibitions rather than arayot – specifically sexual infractions which demand that one submit to martyrdom rather than violate the law – but the Jerusalem Talmud supports the majority opinion. (See D. M. Krozer, Devar Ha-Melekh, I, 22, 23 (1962), who also suggests that Maimonides may support a distinction whereby the « male » or active homosexual partner is held in violation of arayot whereas the passive or « female » partner transgresses issur, an ordinary prohibition.)

Reasons of Prohibition

Why does the Torah forbids homosexuality? Bearing in mind that reasons proferred for the various commandments are not to be accepted as determinative, but as human efforts to explain immutable divine law, the rabbis of the Talmud and later Talmudists did offer a number of illuminating rationales for the law.

As stated, the Torah condemns homosexuality as to’evah, an abomination. The Talmud records the interpretation of Bar Kapparah who, in a play on words, defined to’evah as to’eh attah bah. « You are going astray because of it » (Nedarim 51a). The exact meaning of this passage is unclear, and various explanations have been put forward.

The Pesikta (Zutarta) explains the statement of Bar Kapparah as referring to the impossibility of such a sexual resulting in procreation. One of the major functions (if not the major purpose) of sexuality is reproduction, and this reason for man’s sexual endowment is frustrated by mishkav zakhur (so too Sefer ha-Hinnukh, no. 209).

Another interpretation is that of the Tosafot and R. Asher ben Jehiel (in their commentaries to Ned. 51a) which applies the « going astray » or wandering to the homosexual’s abandoning his wife. In other words, the abomination consists of the danger that a married man with homosexual tendencies may disrupt his family life in order to indulge his perversions. Saadiah Gaon holds the rational basis of most of the Bible’s moral legislation to be the preservation of the family structure (Emunot ve-De’ot 3:1: cf. Yoma 9a). (This argument assumes contemporary cogency in the light of the avowed aim of some gay militants to destroy the family, which they consider an « oppressive institution. »)

A third explanation is given by a modern scholar, Rabbi Baruch Ha-Levi Epstein (Torah Temimah to Lev. 18:22), who emphasizes the unnaturalness of the homosexual liaison: « You are going astray from the foundations of the creation. » Mishkav zakhur defies the very structure of the anatomy of the sexes, which quite obviously was designed for heterosexual relationships.

It may be, however, that the very variety of interpretations of to’evah points to a far more fundamental meaning, namely, that an act characterized as an « abomination » is prima facie disgusting and cannot be further defined or explained. Certain acts are considered to’evah by the Torah, and there the matter rests. It is, as it were, a visceral reaction, an intuitive disqualification of the act, and we run the risk of distorting the Biblical judgment if we rationalize it. To’evah constitutes a category of objectionableness sui generis: it is a primary phenomenon. (This lends additional force to Rabbi David Z. Hoffmann’s contention that to’evah is used by the Torah to indicate the repulsiveness of a proscribed act, no matter how much it may be in vogue among advanced and sophisticated cultures: see his Sefer Va-yikra, II, p. 54.).

Jewish Attitudes

It is on the basis of the above that an effort must be made to formulate a Jewish response to the problems of homosexuality in the conditions under which most Jews live today, namely, those of free and democratic societies and, with the exception of Israel, non-Jewish lands and traditions.

Four general approaches may be adopted:1) Repressive: No leniency toward the homosexual, lest the moral fiber of the rest of society be weakened.2) Practical: Dispense with imprisonment and all forms of social harassment, for eminently practical and prudent reasons.3) Permissive: The same as the above, but for the ideological reasons, viz., the acceptance of homosexuality as a legitimate alternative « lifestyle »4) Psychological: Homosexuality, in at least some forms, should be recognized as a disease and this recognition must determine our attitude toward the homosexual.
Let us consider each of these critically.

Repressive Attitude

Exponents of the most stringent approach hold that pederasts are the vanguard of moral malaise, especially in our society. For on thing, they are dangerous to children. According to a recent work, one third of the homosexuals in the study were seduced in their adolescence by adults. It is best for society that they be imprisoned, and if our present penal institutions are faulty, let them be improved. Homosexuals should certainly not be permitted to function as teachers, group leaders, rabbis, or in any other capacity where they might be models for, and come into close contact with, young people. Homosexuality must not be excused as a sickness. A sane society assumes that its members have free choice, and are therefore responsible for their conduct. Sex offenders, including homosexuals, according to another recent study, operate « at a primate level with the philosophy that necessity is the mother of improvisation. » As Jews who believe that the Torah legislated certain moral laws for all mankind, it is incumbent upon us to encourage all societies, including non-Jewish ones, to implement the Noachide laws. And since, according to the halakhah, homosexuality is prohibited to Noachides as well as to Jews, we must seek to strengthen the moral quality of society by encouraging more restrictive laws against homosexuals. Moreover, if we are loyal to the teachings of Judaism, we cannot distinguish between « victimless » crimes and crimes of violence. Hence, if our concern for the murder, racial oppression, or robbery, we must do no less with regard to sodomy.

This argument is, however, weak on a number of grounds. Practically, it fails to take into cognizance the number of homosexuals of all categories, which, as we have pointed out, is vast. We cannot possibly imprison all offenders, and it is a manifest miscarriage of justice to vent our spleen only on the few unfortunates who are caught by the police. It is inconsistent because there has been no comparable outcry for harsh sentencing of other transgressors of sexual morality, such as those who indulge in adultery or incest. To take consistency to its logical conclusion, this hard line on homosexuality should not stop with imprisonment but demand the death sentence, as is Biblically prescribed. And why not the same death sentence for blasphemy, eating a limb torn from a live animal, idolatry, robbery -all of which are Noachide commandments? And why not capital punishment for Sabbath transgressors in the State of Israel? Why should the pederast be singled out for opprobrium and be made an object lesson while all others escape?

Those who might seriously consider such logically consistent, but socially destructive, strategies had best think back to the fate of that Dominican reformer, the monk Girolamo Savonarola, who in 15th-century Florence undertook a fanatical campaign against vice and all suspected of venal sin, with emphasis on pederasty. The society of that time and place, much like ours, could stand vast improvement. But too much medicine in too strong doses was the monk’s prescription, whereupon the population rioted and the zealot was hanged.

Finally, there is indeed some halakhic warrant for distinguishing between violent and victimless (or consensual and non-consensual) crimes. Thus, the Talmud permits a passer-by to kill a man in pursuit of another man or of a woman when the pursuer is attempting homosexual or heterosexual rape, as the case may be, whereas this is not permitted in the case of a transgressor pursuing an animal to commit buggery or on his way to worship an idol or to violate the Sabbath, (Sanh. 8:7, and v. Rashi to Sanh. 73a, s.v. al ha-behemah).

Practical Attitude

The practical approach is completely pragmatic and attempts to steer clear of any ideology in its judgments and recommendations. It is, according to its advocates, eminently reasonable. Criminal laws requiring punishment for homosexuals are simply unenforceable in society at the present day. We have previously cited the statistics on the extremely high incidence of pederasty in our society. Kinsey once said of the many sexual acts outlawed by the various states, that, were they all enforced, some 95% of men in the United States would be in jail. Furthermore, the special prejudice of law enforcement authorities against homosexuals – rarely does one hear of police entrapment or of jail sentences for non-violent heterosexuals – breeds a grave injustice: namely, it is an invitation to blackmail. The law concerning sodomy has been called « the blackmailer’s charter. » It is universally agreed that prison does little to help the homosexual rid himself of his peculiarity. Certainly, the failure of rehabilitation ought to be of concern to civilized men. But even if it is not, and the crime be considered so serious that incarceration is deemed advisable even in the absence of any real chances of rehabilitation, the casual pederast almost always leaves prison as a confirmed criminal. He has been denied the company of women and forced into society of those whose sexual expression is almost always channeled to pederasty. The casual pederast has become a habitual one: his homosexuality has now been ingrained in him. Is society any safer for having taken an errant man and, in the course of a few years, for having taught him to transform his deviancy into a hard and fast perversion, then turning him loose on the community? Finally, from a Jewish point of view, since it is obviously impossible for us to impose the death penalty for sodomy, we may as well act on purely practical grounds and do away with all legislation and punishment in this area of personal conduct.

This reasoning is tempting precisely because it focuses directly on the problem and is free of any ideological commitments. But the problem with it is that it is too smooth, too easy. By the same reasoning one might, in a reductio ad absurdum do away with all laws on income tax evasion, or forgive, and dispense with all punishment of Nazi murders. Furthermore, the last element leaves us with a novel view of the Halakhah: if it cannot be implemented in its entirely, it ought to be abandoned completely. Surely the Noachide laws, perhaps above all others, place us under clear moral imperatives, over and above purely penological instructions? The very practicality of this position leaves it open to the charge of evading the very real moral issues, and for Jews the halakhic principles, entailed in any discussion of homosexuality.

Permissive Attitude

The ideological advocacy of a completely permissive attitude toward consensual homosexuality and the acceptance of its moral legitimacy is, of course, the « in » fashion in sophisticated liberal circles. Legally, it holds that deviancy is none of the law’s business; the homosexual’s civil rights are as sacred as those of any other « minority group. » From the psychological angle, sexuality must be emancipated from the fetters of guilt induced by religion and code-morality, and its idiosyncratic nature must be confirmed.

Gay Liberationists aver that the usual « straight » attitude toward homosexuality is based on three fallacies or myths: that homosexuality is an illness; that it is unnatural; and that it is immoral. They argue that it cannot be considered an illness, because so many people have been shown to practice it. It is not unnatural, because its alleged unnaturalness derives from the impossibility of sodomy leading to reproduction, whereas our overpopulated society no longer needs to breed workers, soldiers, farmers, or hunters. And it is not immoral, first, because morality is relative, and secondly, because moral behavior is that characterized by « selfless, loving concern. »

Now, we are here concerned with the sexual problem as such, and not with homosexuality as a symbol of the whole contemporary ideological polemic against restraint and tradition. Homosexuality is too important – and too agonizing – a human problem to allow it to be exploited for political aims or entertainment or shock value.

The bland assumption that pederasty cannot be considered an illness because of the large number of people who have or express homosexual tendencies cannot stand up under criticism. No less an authority than Freud taught that a whole civilization can be neurotic. Erich Fromm appeals for the establishment of The Sane Society – because ours is not. If the majority of a nation are struck down by typhoid fever, does this condition, by so curious a calculus of semantics, become healthy? Whether or not homosexuality can be considered an illness is a serious question, and it does depend on one’s definition of health and illness. But mere statistics are certainly not the coup de grâce to the psychological argument, which will be discussed shortly.

The validation of gay life as « natural » on the basis of changing social and economic conditions is an act of verbal obfuscation. Even if we were to concur with the widely held feeling that the world’s population is dangerously large, and that Zero Population Growth is now a desideratum, the anatomical fact remains unchanged: the generative organs are structured for generation. If the words « natural » and « unnatural » have any meaning at all, they must be rooted in the unchanging reality of man’s sexual apparatus rather than in his ephmeral social configurations.

Militant feminists along with the gay activists react vigorously against the implication that natural structure implies the naturalness or unnaturalness of certain acts, but this very view has recently been confirmed by one of the most informed writers on the subject. « It is already pretty safe to infer from laboratory research and ethological parallels that male and female are wired in ways that relate to our traditional sex roles… Freud dramatically said that anatomy is destiny. Scientists who shudder at the dramatic, no matter how accurate, could rephrase this: anatomy is functional, body functions have profound psychological meanings to people, and anatomy and function are often socially elaborated » (Arno Karlen, Sexuality and Homosexuality, p. 501).

The moral issues lead us into the quagmire of perennial philosophical disquisitions of a fundamental nature. In a way, this facilitates the problem for one seeking a Jewish view. Judaism does not accept the kind of thoroughgoing relativism used to justify the gay life as merely an alternate lifestyle And while the question of human autonomy is certainly worthy of consideration in the area of sexuality, one must beware of the consequences of taking the argument to its logical extreme. Judaism clearly cherishes holiness as a greater value than either freedom or health. Furthermore, if every individual’s autonomy leads us to lend moral legitimacy to any form of sexual expression he may desire, we must be ready to pull the blanket of this moral validity over almost the whole catalogue of perversion described by Krafft-Ebing, and then, by the legerdemain of granting civil rights to the morally non-objectionable, permit the advocates of buggery, fetishism, or whatever to proselytize in public. In that case, why not in the school system? And if consent is obtained before the death of one partner, why not necrophilia or cannibalism? Surely, if we declare pederasty to be merely idiosyncratic and not an « abomination, » what right have we to condemn sexually motivated cannibalism – merely because most people would react with revulsion and disgust?

« Loving, selfless concern » and « meaningful personal relationships » – the great slogans of the New Morality and the exponents of situation ethics – have become the litany of sodomy in our times. Simple logic should permit us to use the same criteria for excusing adultery or any other act heretofore held to be immoral: and indeed, that is just what has been done, and it has received the sanction not only of liberals and humanists, but of certain religionists as well. « Love, » « fulfillment, » « exploitative, » « meaningful » – the list itself sounds like a lexicon of emotionally charged terms drawn at random from the disparate sources of both Christian and psychologically-orientated agnostic circles. Logically, we must ask the next question: what moral depravities can not be excused by the sole criterion of « warm, meaningful human relations » or « fulfillment, » the newest semantic heirs to « love »?

Love, fulfillment, and happiness can also be attained in incestuous contacts -and certainly in polygamous relationships. Is there nothing at all left that is « sinful, » « unnatural, » or « immoral » if it is practiced « between two consenting adults? » For religious groups to aver that a homosexual relationship should be judged by the same criteria as a heterosexual one – i.e., « whether it is intended to foster a permanent relationship of love » – is to abandon the last claim of representing the « Judeo-Christian tradition. »

I have elsewhere essayed a criticism of the situationalists, their use of the term « love, » and their objections to traditional morality as exemplified by the Halakhah as « mere legalism » (see my Faith and Doubt, chapter IX, p. 249 ff). Situationalists, such as Joseph Fletcher, have especially attacked « pilpolistic Rabbis » for remaining entangled in the coils of statutory and legalistic hairsplitting. Among the other things this typically Christian polemic reveals is an ignorance of the nature of Halakhah and its place in Judaism, which never held that law was totality of life, pleaded again and again for supererogatory conduct, recognized that individuals may be disadvantaged by the law, and which strove to rectify what could be rectified without abandoning the large majority to legal and moral chaos simply because of the discomfiture of the few.

Clearly, while Judaism needs no defense or apology in regard to its esteem for neighborly love and compassion for the individual sufferer, it cannot possibly abide a wholesale dismissal of its most basic moral principles on the grounds that those subject to its judgments find them repressive. All laws are repressive to some extent -they repress illegal activities- and all morality is concerned with changing man and improving him and his society. Homosexuality imposes on one an intolerable burden of differentness, of absurdity, and of loneliness, but the Biblical commandment outlawing pederasty cannot be put aside solely on the basis of sympathy for the victim of these feelings. Morality, too, is an element which each of us, given his sensuality, his own idiosyncracies, and his immoral proclivities, must take into serious consideration before acting out his impulses.

Psychological Attitudes

Several years ago I recommended that Jews regard homosexual deviance as a pathology, thus reconciling the insights of Jewish tradition with the exigencies of contemporary life and scientific information, such as it is, on the nature of homosexuality (Jewish Life, Jan-Feb. 1968). The remarks that follow are an expansion and modification of that position, together with some new data and notions.

The proposal that homosexuality be viewed as an illness will immediately be denied by three groups of people. Gay militants object to this view as an instance of heterosexual condescension. Evelyn Hooker and her group of psychologists maintain that homosexuals are no more pathological in their personality structures than heterosexuals. And psychiatrists Thomas Szasz in the U.S. and Ronald Laing in England reject all traditional ideas of mental sickness and health as tools of social repressiveness or, at best, narrow conventionalism. While granting that there are indeed unfortunate instances where the category of mental disease is exploited for social or political reasons, we part company with all three groups and assume that there are significant number of pederasts and lesbians who, by the criteria accepted by most psychologists and psychiatrists, can indeed be termed pathological. Thus, for instance, Dr. Albert Ellis, an ardent advocate of the right to deviancy, denies there is such a thing as a well-adjusted homosexual. In an interview, he has stated that whereas he used to believe that most homosexuals were neurotic, he is now convinced that about 50% are borderline psychotics, that the usual fixed male homosexual is a severe phobic, and that lesbians are even more disturbed than male homosexuals (see Karlem, op. cit., p. 223ff.).

No single cause of homosexuality has been established. In all probability, it is based on a conglomeration of a number of factors. There is overwhelming evidence that the condition is developmental, not constitutional. Despite all efforts to discover something genetic in homosexuality, no proof has been adduced, and researchers incline more and more to reject the Freudian concept of fundamental human biological bisexuality and its corollary of homosexual latency. It is now widely believed that homosexuality is the result of a whole family constellation. The passive, dependent, phobic male homosexual is usually the product of an aggressive, covertly seductive mother who is overly rigid and puritanical with her son – thus forcing him into a bond where he is sexually aroused, yet forbidden to express himself in any heterosexual way – and of a father who is absent, remote, emotionally detached, or hostile (I. Bieber et al. Homosexuality, 1962).

Can the homosexual be cured? There is a tradition of therapeutic pessimism that goes back to Freud but a number of psychoanalysis, including Freud’s daughter Anna, have reported successes in treating homosexuals as any other phobics (in this case, fear of the female genitals). It is generally accepted that about a third of all homosexuals can be completely cured: behavioral therapists report an even larger number of cures.

Of course, one cannot say categorically that all homosexuals are sick – any more than one can casually define all thieves as kleptomaniacs. In order to develop a reasonable Jewish approach to the problem and to seek in the concept of illness some mitigating factor, it is necessary first to establish the main types of homosexuals. Dr. Judd Marmor speaks of four categories. « Genuine homosexuality » is based on strong preferential erotic feelings for members of the same sex. « Transitory homosexual behavior » occurs among adolescents who would prefer heterosexual experiences but are denied such opportunities because of the social, cultural, or psychological reasons. « Situational homosexual exchanges » are characteristic of prisoners, soldiers and others who are heterosexual but are denied access to women for long periods of time. « Transitory and opportunistic homosexuality » is that of delinquent young men who permit themselves to be used by pederasts in order to make money or win other favors, although their primary erotic interests are exclusively heterosexual. To these may be added, for purposes of our analysis, two other types. The first category, that of genuine homosexuals, me be said to comprehend two sub-categories: those who experience their condition as one of duress or uncontrollable passion which they would rid themselves of if they could, and those who transform their idiosyncrasy into an ideology, i.e., the gay militants who assert the legitimacy and validity of homosexuality as an alternative way to heterosexuality. The sixth category is based on what Dr. Rollo May has called « the New Puritanism », the peculiarly modern notion that one must experience all sexual pleasures, whether or not one feels inclined to them, as if the failure to taste every cup passed at the sumptuous banquet of carnal life means that one has not truly lived. Thus, we have transitory homosexual behavior not of adolescents, but of adults who feel that: they must « try everything » at least once or more than once in their lives.

A Possible Halakhic Solution

This rubric will now permit us to apply the notion of disease (and, from the halakhic point of view, of its opposite, moral culpability) to the various types of sodomy. Clearly, genuine homosexuality experienced under duress (Hebrew: ones) most obviously lends itself to being termed pathological especially where dysfunction appears in other aspects of personality. Opportunistic homosexuality, ideological homosexuality, and transitory adult homosexuality are at the other end of the spectrum, and appear most reprehensible. As for the intermediate categories, while they cannot be called illness, they do have a greater claim on our sympathy than the three types mentioned above.

In formulating the notion of homosexuality as a disease, we are not asserting the formal halakhic definition of mental illness as mental incompetence, as described in TB Hag. 3b, 4a, and elsewhere. Furthermore, the categorization of a prohibited sex act as ones (duress) because of uncontrolled passions is valid, in a technical halakhic sense, only for a married woman who was ravished and who, in the course of the act, became a willing participant. The Halakhah decides with Rava, against the father of Samuel, that her consent is considered duress because of the passions aroused in her (Ket, 51b). However, this holds true only if the act was initially entered into under physical compulsion (Kesef Mishneh to Yad, Sanh. 20:3). Moreover, the claim of compulsion by one’s erotic passions is not valid for a male, for any erection is considered a token of his willingness (Yev, 53b; Maimonides, Yad, Sanh, 20:3). In the case of a male who was forced to cohabit with a woman forbidden to him, some authorities consider him guilty and punishable, while others hold him guilty but not subject to punishment by the courts (Tos., Yev, 53b; Hinnukh, 556; Kesef Mishneh, loc. cit.: Maggid Mishneh to Issurei Bi´ah, 1:9). Where a male is sexually aroused in a permissible manner, as to begin coitus with his wife and is then forced to conclude the act with another woman, most authorities exonerate him (Rabad and Maggid Mishned, to Issurei Bi´ah, in loc). If, now, the warped family background of the genuine homosexual is considered ones, the homosexual act may possibly lay claim to some mitigation by the Halakhah. (However, see Minhat Hinnukh, 556, end; and M. Feinstein, Iggerot Moshe (1973) on YD, no. 59, who holds, in a different context, that any pleasure derived from a forbidden act performed under duress increases the level of prohibition. This was anticipated by R. Joseph Engel, Atvan de-Oraita, 24). These latter sources indicate the difficulty of exonerating sexual transgressors because of psycho-pathological reasons under the technical rules of the Halakhah.

However, in the absence of a Sanhedrin and since it is impossible to implement the whole halakhic penal system, including capital punishment, such strict applications are unnecessary. What we are attempting is to develop guidelines, based on the Halakhah, which will allow contemporary Jews to orient themselves to the current problems of homosexuality in a manner articulating with the most fundamental insights of the Halakhah in a general sense, and consistent with the broadest world-view that the halakhic commitment instills in its followers. Thus, the aggadic statement that « no man sins unless he is overcome by a spirit of madness » (Sot. 3a) is not an operative halakhic rule, but does offer guidance on public policy and individual pastoral compassion. So in the present case, the formal halakhic strictures do not in any case apply nowadays, and it is our contention that the aggadic principle must lead us to seek out the mitigating halakhic elements so as to guide us in our orientation to homosexuals who, by the standards of modern psychology, may be regarded as acting under compulsion.

To apply the Halakhah strictly in this case is obviously impossible; to ignore it entirely is undesirable, and tantamount to regarding Halakhah as a purely abstract, legalistic system which can safely be dismissed where its norms and prescriptions do not allow full formal implementation. Admittedly, the method is not rigorous, and leaves room to varying interpretations as well as exegetical abuse, but it is the best we can do.

Hence there are types of homosexuality that do not warrant any special considerateness, because the notion of ones or duress (i.e., disease) in no way applies. Where the category of mental illness does apply, the act itself remains to´evah (an abomination), but the fact of illness lays upon us the obligation of pastoral compassion, psychological understanding, and social sympathy. In these sense, homosexuality is no different from any other social or anti-halakhic act, where it is legitimate to distinguish between the objective itself including its social and moral consequences, and the mentality and inner development of the person who perpetrates the act. For instance, if a man murders in a cold and calculating fashion for reasons of profit, the act is criminal and the transgressor is criminal. If, however, a psychotic murders, the transgressor is diseased rather than criminal, but the objective act itself remains a criminal one. The courts may therefore treat the perpetrator of the crime as they would a patient, with all the concomitant compassion and concern for therapy, without condoning the act as being morally neutral. To use halakhic terminology, the objective crime remains a ma´aseh averah, whereas a person who transgresses is considered innocent on the grounds of ones. In such case, the transgressor is spared the full legal consequences of his culpable act, although the degree to which he may be held responsible varies from case to case.

An example of a criminal act that is treated with compassion by the Halakhah, which in practice considers the act pathological rather than criminal, is suicide. Technically, the suicide or attempted suicide is in violation of the law. The Halakhah denies to the suicide the honor of a eulogy, the rending of the garments by relatives or witnesses to the death, and (according to Maimonides) insist that the relatives are not to observe the usual mourning period for the suicide. Yet, in the course of time, the tendency has been to remove the stigma from the suicide on the basis of mental disease. Thus, halakhic scholars do not apply the technical category of intentional (la-da´at) suicide to one who did not clearly demonstrate before performing the act, that he knew what he was doing and was of sound mind, to the extent that there was no hiatus between the act of self-destruction and actual death. If these conditions are not present, we assume that it was an insane act or that between the act and death he experienced pangs of contrition and is therefore repentant, hence excused before the law. There is even one opinion which exonerates the suicide unless he received adequate warning (hatra´ah) before performing the act, and responded in a manner indicating that he was fully aware of what he was doing and that he was lucid (J.M Tykocinski, Gesher ha-Hayyim, I, ch. 25, and Encyclopaedia Judaica, 15:490).

Admittedly, there are differences between the two cases: pederasty is clearly a severe violation of Biblical law, whereas the stricture against suicide is derived exegetically from a verse in the Genesis. Nevertheless, the principle operative in the one is applicable to the other: where one can attribute an act to mental illness, it is done out of simple humanitarian considerations.

The suicide analogy should not, of course, lead one to conclude that there are grounds for a blanket exculpation of homosexuality as mental illness. Not all forms of homosexuality can be so termed, as indicated above, and the act itself remains an « abomination ». With few exceptions, most people do not ordinarily propose that suicide be considered an acceptable and legitimate alternative to the rigors of daily life. No sane and moral person sits passively and watches a fellow man attempt suicide because he « understands » him and because it has been decided that suicide is a « morally neutral » act. By the same token, in orienting ourselves to certain types of homosexuals as patients rather than criminals, we do not condone the act but attempt to help the homosexual. Under no circumstances can Judaism suffer homosexuality to become respectable. Were society to give its open or even tacit approval to homosexuality, it would invite more aggressiveness on the part of adult pederasts toward young people. Indeed, in the currently permissive atmosphere, the Jewish view would summon us to the semantic courage of referring to homosexuality not as « deviance » with the implication of moral neutrality and non-judgmental idiosyncrasy, but as « perversion » – a less clinical and more old-fashioned word, perhaps, but one that is more in keeping with the Biblical to´evah.

Yet, having passed this moral judgment, we cannot in the name of Judaism necessarily demand that we strive for the harshest possible punishment. Even where it was halakhically feasible to execute capital punishment, we have a tradition of leniency. Thus, R. Akiva and R. Tarfon declared that had they lived during the time of the Sanhedrin, they never would have executed a man. Although the Halakhah does not decide in their favor (Mak., end of ch. I), it was rare indeed that the death penalty was actually imposed. Usually, the Biblically mandated penalty was regarded as an index of the severity of the transgression, and the actual execution was avoided by strict insistence upon all technical requirements – such al hatra´ah (forewarning the potential criminal) and rigorous cross-examination of witnesses, etc. In the same spirit, we are not bound to press for the most punitive policy toward contemporary lawbreakers. We are required to lead them to rehabilitation (teshuva). The Halakhah sees no contradiction between condemning a man to death and exercising compassion, even love, toward him (Sanh. 52a). Even a man on the way to his execution was encouraged to repent (Sanh. 6:2). In the absence of a death penalty, the tradition of teshuva and pastoral compassion to the sinner continues.

I do not find any warrant in the Jewish tradition for insisting on prison sentences for homosexuals. The singling-out of homosexuals as victims of society’s righteous indignation is patently unfair. In Western history, anti-homosexual crusades have too often been marked by cruelty, destruction, and bigotry. Imprisonment in modern times has proven to be extremely haphazard. The number of homosexuals unfortunate enough to be apprehended is infinitesimal as compared to the number of known homosexuals; estimates vary from one to 300.000 to one to 6.000.000!. For homosexuals to be singled out for special punishment while all the rest of society indulges itself in every other form of sexual malfeasance (using the definitions of Halakhah, not the New Morality) is a species of double-standard morality that the spirit of Halakhah cannot abide. Thus, the Mishnah declares that the « scroll of the suspected adulteress » (megillat sotah) – whereby a wife suspected of adultery was forced to undergo the test of « bitter waters » – was cancelled when the Sages became aware of the ever-larger number of adulterers in general (Sot. 9:9). The Talmud bases this decision on an aversion to the double standard: if the husband is himself an adulterer, the « bitter waters » will have no effect on his wife, even though she too be guilty of the offense (Sot. 47b). By the same token, a society in which heterosexual immorality is not conspicuously absent has no moral right to sit in stern judgment and mete out harsh penalties to homosexuals.

Furthermore, sending a homosexual to prison is counterproductive if punishment is to contain any element of rehabilitation or teshuva. It has rightly been compared to sending an alcoholic to a distillery. The Talmud records that the Sanhedrin was unwilling to apply the full force of the law where punishment had lost its quality of deterrence; thus, 40 (or four) years before the destruction of the Temple, the Sanhedrin voluntarily left the precincts of the Temple so as not to be able, technically, to impose the death sentence, because it had noticed the increasing rate of homicide (Sanh. 41a, and elsewhere).

There is nothing in the Jewish law’s letter or spirit that should incline us toward advocacy of imprisonment for homosexuals. The Halakhah did not, by and large, encourage the denial of freedom as a recommended form of punishment. Flogging is, from a certain perspective, far less cruel and far more enlightened. Since capital punishment is out of the question, and since incarceration is not an advisable substitute, we are left with one absolute minimum: strong disapproval of the proscribed act. But we are not bound to any specific penological instrument that has no basis in Jewish law or tradition.

How shall this disapproval be expressed? It has been suggested that, since homosexuality will never attain acceptance anyway, society can afford to be humane. As long as violence and the seduction of children are not involved, it would best to abandon all laws on homosexuality and leave it to the inevitable social sanctions to control, informally,what can be controlled.

However, this approach is not consonant with Jewish tradition. The repeal of anti-homosexual laws implies the removal of the stigma from homosexuality, and this diminution of social censure weakens society in its training of the young toward acceptable patterns of conduct. The absence of adequate social reproach may well encourage the expression of homosexual tendencies by those in whom they might otherwise be suppressed. Law itself has an educative function, and the repeal of laws, no matter how justifiable such repeal may be from one point of view, does have the effect of signaling the acceptability of greater permissiveness.

Some New Proposals

Perhaps all that has been said above can best be expressed in the proposals that follow.

First, society and government must recognize the distinctions between the various categories enumerated earlier in this essay. We must offer medical and psychological assistance to those whose homosexuality is an expression of pathology, who recognize it as such, and are willing to seek help. We must be no less generous to the homosexual than to the drug addict, to whom the government extends various forms of therapy upon request.

Second, jail sentences must be abolished for all homosexuals, save those who are guilty of violence, seduction of the young, or public solicitation.

Third, the laws must remain on the books, but by mutual consent of judiciary and police, be unenforced. This approximates to what lawyers call « the chilling effect », and is the nearest one can come to the category so well known in the Halakhah, whereby strong disapproval is expressed by affirming a halakhic prohibition, yet no punishment is mandated. It is a category that bridges the gap between morality and law. In a society where homosexuality is so rampant, and where incarceration is so counterproductive, the hortatory approach may well be a way of formalizing society’s revulsion while avoiding the pitfalls in our accepted penology.

For the Jewish community as such, the same principles, derived from the tradition, may serve as guidelines. Judaism allows for no compromise in its abhorrence of sodomy, but encourages both compassion and efforts at rehabilitation. Certainly, there must be no acceptance of separate Jewish homosexual societies, such as – or specially – synagogues set aside as homosexual congregations. The first such « gay synagogue », apparently, was the « Beth Chayim Chadashim » in Los Angeles. Spawned by that city’s Metropolitan Community Church in March 1972, the founding group constituted itself as a Reform congregation with the help of the Pacific Southwest Council of the Union of American Hebrew Congregations some time in early 1973. Thereafter, similar groups surfaced in New York City and elsewhere. The original group meets on Friday evenings in the Leo Baeck Temple and is searching for a rabbi – who must himself be « gay ». The membership sees itself as justified by « the Philosophy of Reform Judaism ». The Temple president declared that God is « more concerned in our finding a sense of peace in which to make a better world, than He is in whom someone sleeps with » (cited in « Judaism and Homosexuality » C.C.A.R. Journal, summer 1973, p. 38; five articles in this issue of the Reform group’s rabbinic journal are devoted to the same theme, and most of them approve of the Gay Synagogue).

But such reasoning is specious, to say the least. Regular congregations and other Jewish groups should not hesitate to accord hospitality and membership, on an individual basis, to those « visible » homosexuals who qualify for the category of the ill. Homosexuals are no less in violation of Jewish norms than Sabbath desecrators or those who disregard the laws of kashrut. But to assent to the organization of separate « gay » groups under Jewish auspices makes no more sense, Jewishly, than to suffer the formation of synagogues that care exclusively to idol worshipers, adulterers, gossipers, tax evaders, or Sabbath violators. Indeed, it makes less sense, because it provides, under religious auspices, a ready-made clientele from which the homosexual can more easily choose his partners.

In remaining true to the sources of Jewish tradition. Jews are commanded to avoid the madness that seizes society at various times and in many forms, while yet retaining a moral composure and psychological equilibrium sufficient to exercise that combination of discipline and charity that is the hallmark of Judaism.

Voir aussi:

Buttigieg en tête des démocrates dans l’Iowa, une première

Métro

12 novembre 2018

Le jeune maire américain modéré Pete Buttigieg a dépassé pour la première fois les poids lourds de la primaire démocrate dans un sondage publié mardi portant sur l’Iowa, un État-clé dans la course à la Maison-Blanche car il sera le premier à voter.

C’est la première fois que Pete Buttigieg, 37 ans, arrive en tête d’un sondage dans la campagne pour la primaire démocrate.

Le maire enregistre 22% des intentions de vote dans l’Iowa selon un sondage de l’institut de Monmouth University, devant les grands favoris jusqu’ici: l’ancien vice-président de Barack Obama, Joe Biden (19%), la sénatrice progressiste Elizabeth Warren (18%) et le sénateur indépendant Bernie Sanders (13%).

Encore inconnu du grand public il y a un an, le maire de South Bend, dans l’Indiana, s’est depuis forgé un nom en se posant en modéré capable de rassembler l’Amérique pour battre le républicain Donald Trump en novembre 2020.

Ancien militaire, polyglotte et utra-diplômé, il est le premier grand candidat ouvertement homosexuel à la Maison-Blanche, marié depuis 2018 à un enseignant, Chasten.

Dans l’Iowa, où la primaire sera organisée le 3 février, «Buttigieg émerge comme un choix de premier plan pour un large éventail de démocrates», quel que soit leur niveau d’«éducation ou leur idéologie», a écrit mardi Patrick Murray, directeur de l’institut de sondage Monmouth University, dans un communiqué.

Plus de deux tiers des 451 personnes interrogées –du 7 au 11 novembre– disent pouvoir encore changer d’avis, précise l’institut. La marge d’erreur est importante, à 4,6 points, mais ce nouveau sondage vient confirmer l’ascension de M. Buttigieg dans l’Iowa depuis plusieurs semaines.

Sur les 17 candidats encore en lice pour l’investiture démocrate, Joe Biden reste favori au niveau national mais est en perte de vitesse (26,8%), suivi par Elizabeth Warren (20,8%), Bernie Sanders (17%), avec, loin derrière, Pete Buttigieg (7,5%).

Voir également:

Pete Buttigieg, meilleur candidat pour battre Trump à l’élection présidentielle?

Après avoir brillé dans l’Iowa, l’ancien maire mise sur la primaire dans le New Hampshire pour affronter Donald Trump à l’élection présidentielle américaine.

PRÉSIDENTIELLE AMÉRICAINE – Va-t-il transformer l’essai? Après ses résultats inespérés dans l’Iowa (toujours contestés par Bernie Sanders), Pete Buttigieg espère bien récolter les fruits de l’énorme coup de pouce médiatique dont il a bénéficié tout au long de cette semaine chaotique.

Le jeune candidat, encore inconnu il y a un an, croise donc les doigts ce mardi 11 février pour à nouveau s’imposer -ou du moins décrocher un score plus qu’honorable- dans le New Hampshire, deuxième État à voter aux primaires démocrates.

Si créer la surprise au cours des prochains scrutins et finir par décrocher la nomination du parti cet été est actuellement le rêve de tous les candidats, la seule vraie prouesse sera la suivante: battre Donald Trump lors de l’élection générale du 3 novembre et le sortir de la Maison Blanche.

Pete Buttigieg est-il le meilleur candidat pour cette périlleuse mission? Le HuffPost a rassemblé plusieurs forces (et faiblesses) du candidat pour tenter d’y voir plus clair.

Aux antipodes de Trump

Comme il aime souvent le rappeler en campagne, Pete Buttigieg a un atout majeur face à Donald Trump: son CV. Il faut dire qu’on pourrait difficilement imaginer un curriculum plus à l’opposé de celui du président républicain.

Contrairement à l’occupant actuel de la Maison Blanche, le démocrate a tout d’abord de l’expérience politique. Alors que le magnat de l’immobilier était l’hôte d’une téléréalité avant de se présenter à la présidence, Pete Buttigieg vient lui de terminer son 2e mandat de maire. Trump s’est construit dans la plus grande ville du pays qu’est New York, Buttiegieg a fait décoller sa carrière à South Bend, 100.000 habitants, dans l’État de l’Indiana.

Buttigieg met aussi régulièrement en avant son expérience dans l’armée. Il a passé sept mois en Afghanistan, un avantage sur tous ses concurrents démocrates et surtout sur Trump. Ce dernier a en effet réussi à échapper pas mois de cinq fois à la guerre du Vietnam: quatre reports grâce aux études qu’il suivait puis une dispense médicale pour une excroissance osseuse au pied dont les médias n’ont jamais retrouvé de trace.

Diplômé de grandes universités, le candidat a aussi montré qu’il était polyglotte(vidéo ci-dessous). En plus de l’anglais, il peut parler en norvégien, espagnol, italien, arabe, dari ou encore français comme il l’a montré en commentant l’incendie de Notre-Dame. Face à un président qui est parfois pointé du doigt pour la faiblesse du vocabulaire qu’il emploie dans son anglais natal.

 


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