Hanoukah: Une histoire de mondialisation qui tourne au génocide culturel? (A story of globalization gone terribly wrong?)

tied willy
Eight crazy days
En ces jours-là surgit d’Israël une génération de vauriens qui séduisirent beaucoup de personnes en disant : « Allons, faisons alliance avec les nations qui nous entourent, car depuis que nous nous sommes séparés d’elles, bien des maux nous sont advenus. » (…) Plusieurs parmi le peuple s’empressèrent d’aller trouver le roi, qui leur donna l’autorisation d’observer les coutumes païennes. Ils construisirent donc un gymnase à Jérusalem, selon les usages des nations, se refirent des prépuces et renièrent l’alliance sainte pour s’associer aux nations. 1 Maccabées 1: 11-15
Il n’était même pas permis de célébrer le sabbat, ni de garder les fêtes de nos pères, ni simplement de confesser que l’on était Juif. On était conduit par une amère nécessité à participer chaque mois au repas rituel, le jour de la naissance du roi et, lorsqu’arrivaient les fêtes dionysiaques, on devait, couronné de lierre, accompagner le cortège de Dionysos. (…) Ainsi deux femmes furent déférées en justice pour avoir circoncis leurs enfants. On les produisit en public à travers la ville, leurs enfants suspendus à leurs mamelles, avant de les précipiter ainsi du haut des remparts. D’autres s’étaient rendus ensemble dans des cavernes voisines pour y célébrer en cachette le septième jour. Dénoncés à Philippe, ils furent brûlés ensemble, se gardant bien de se défendre eux-mêmes par respect pour la sainteté du jour. (…) Eléazar, un des premiers docteurs de la Loi, homme déjà avancé en âge et du plus noble extérieur, était contraint, tandis qu’on lui ouvrait la bouche de force, de manger de la chair de porc. Mais lui, préférant une mort glorieuse à une existence infâme, marchait volontairement au supplice de la roue,non sans avoir craché sa bouchée, comme le doivent faire ceux qui ont le courage de rejeter ce à quoi il n’est pas permis de goûter par amour de la vie. 2 Maccabées 6 : 6-20
La crise maccabéenne n’est pas un affrontement entre un roi grec fanatique et des Juifs pieux attachés à leurs traditions. C’est d’abord une crise interne au judaïsme, d’un affrontement entre ceux qui estiment qu’on peut rester fidèle au judaïsme en adoptant néanmoins certains traits de la civilisation du monde moderne, le grec, la pratique du sport, etc.., et ceux qui au contraire, pensent que toute adoption des mœurs grecques porte atteinte de façon insupportable à la religion des ancêtres. Si le roi Antiochos IV intervient, ce n’est pas par fanatisme, mais bien pour rétablir l’ordre dans une province de son royaume qui, de plus, se place sur la route qu’il emprunte pour faire campagne en Égypte. (…) Là où Antiochos IV commettait une magistrale erreur politique, c’est qu’il n’avait pas compris qu’abolir la Torah ne revenait pas seulement à priver les Juifs de leurs lois civiles, mais conduisait à l’abolition du judaïsme. Maurice Sartre
Chanukah is the festival of lights Instead of one day of presents, we have eight crazy nights When you feel like the only kid in town without a Christmas tree … Adam Sandler
Hanoukah serait-il l’histoire d’une mondialisation qui aurait mal tourné?
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Noms hellénisés, costumes grecs, construction d’un gymnase au cœur même de Jérusalem, nudité gymnique et décirconcision, participation aux Jeux d’Héracles de Tyr, transformation de Jérusalem en cité grecque (“Antioche de Jérusalem” dédiée au roi de la puissance occupante Antiochus), surenchères entre factions hellénisantes des prétendants à la charge de grand prêtre (jusqu’à la guerre civile !) pour payer les lourdes dettes de guerre de leurs occupants, révolte et demande d’intervention des troupes occupantes pour mettre fin aux troubles …

En cette première journée d’Hanoukah, la Fête des lumières juive célébrant la reconsécration du Temple par les Maccabées en décembre 165 avant notre ère suite à sa désécration par le roi Séleucide (syrien descendant des généraux d’Alexandre) Antiochus (ou Antiochos) IV dit Epiphane …

Retour, en ces temps où les questions d’identité nationale redeviennent plus que jamais à l’ordre du jour et avec l’historien Maurice Sartre, sur le contexte quelque peu plus complexe d’une période souvent réduite à une « héllénisation forcée » au nom d’une improbable « promotion des cultes grecs ».

Qui, s’il tend un peu à minimiser la gravité des actions envisagées par Antiochus, a le mérite de rappeler qu’il s’agissait en fait d’un jeu à trois entre des factions en lutte du judaïsme (héllenisés contre traditionalistes), les premiers faisant appel à la puissante occupante des Séleucides pour arbitrer le conflit.

Tout ayant en fait commencé par une sorte de « révolte fiscale » d’une partie de la population juive du fait de la brusque augmentation des taxes ponctionnées par un occupant lui-même pris par un urgent besoin d’argent suite au lourd tribut que lui avait valu une défaite contre les Romains mais aussi aggravées des surenchères des membres des grandes familles héllénisées cherchant à se faire attribuer en échange le poste convoité de Grand Prêtre.

Mais risquant, avec l’incompréhension des occupants de l’importance que gardait la religion pour un peuple perçu comme particulièrement intolérant face aux dieux et aux coutumes des autres (jusqu’à se laisser massacrer le jour du Sabbat pour ne pas violer la Loi !), de basculer dans un véritable génocide culturel quand ceux-ci se permirent non seulement de piocher dans la caisse de la véritable banque centrale à laquelle avait abouti la centralisation inédite du Temple de Jérusalem (du fait de son monothéisme et de son monopole sur le culte de Yahvé et l’afflux d’argent de toute la diaspora juive qu’ils entrainaient, d’où les plus de 60 tonnes d’argent récupérées par Antiochus et les près de 340 un siècle plus tard par le richissime général romain Crassus!).

Mais surtout, sans parler des autels grecs qu’ils y introduisirent ainsi même peut-être que la propre statue d’Antiochus, recoururent pour rétablir l’ordre (à la demande du nouveau grand prêtre juif et aussi à la veille d’une nouvelle campagne militaire en Egypte où ils ne pouvaient prendre le risque d’être coupés de leurs bases syriennes) à non seulement la suppression de tous les privilèges accordés jusque-là au judaïsme mais à la mesure radicale de l’interdiction de la religion elle-même, via la Torah, les interdits alimentaires (le porc), la circoncision et le repos sabbatique.

D’où, derrière le prêtre Mattathias dit Maccabée (« l’Assomeur » comme notre Charles Martel à nous?) et avant un compromis final, une vague sans précédent de martyres et de fuites au désert et surtout une véritable guerre de guérilla qui dura des années et vit trois ans plus tard la reprise du Temple par les insurgés et l’autonomie de fait d’une bonne partie du pays.

Avant du moins que l’histoire ne se répète, deux siècles plus tard, avec les occupants romains …

Des Maccabées très sulpiciens!
Maurice Sartre
Books
Le 22 décembre 2008

Ouvrir l’article « Macchabées » de Wikipédia – « Macchabées » avec un h, comme on le faisait au XIXe siècle – c’est plonger d’un coup dans les souvenirs d’un autre âge, celui où, au catéchisme, on racontait aux enfants comment un méchant roi, Antiochos IV, sorte de préfiguration de l’Antéchrist, voulut extirper le judaïsme de son royaume, mais échoua grâce à l’héroïque résistance d’une poignée de Juifs, qui préférèrent souffrir le martyre plutôt que de sacrifier aux idoles.

Parmi eux, le vieillard Éléazar, les sept frères et leur mère (qui portent aussi le noms de Maccabées), et bien entendu Judas. Personne ne s’interrogeait réellement sur les raisons de cette persécution, et seule l’exemplarité de ces protomartyrs présentait un intérêt édificateur : qu’on remplace Antiochos IV par l’empereur romain, judaïsme par christianisme, et le tour était joué. C’était d’ailleurs bien ainsi que l’avaient compris les Pères de l’Église, qui sauvèrent de l’oubli les livres des Maccabées que la Bible hébraïque ignore.

Wikipédia adopte sans aucun recul critique cette vision sulpicienne de la crise maccabéenne, sans se soucier le moins du monde de son rapport à la réalité. Signe inquiétant : la bibliographie ne mentionne aucun ouvrage scientifique, et se contente de renvoyer aux deux livres canoniques (pour les catholiques) des Maccabées, que l’auteur n’a visiblement pas même lus ; il utilise au mieux le résumé que Flavius Josèphe a tiré de 1Maccabées, le moins intéressant des deux ouvrages. Résumons l’article : les Juifs, soumis à la domination grecque depuis la conquête d’Alexandre, se trouvent confrontés vers 168 à la volonté d’Antiochos IV d’unifier son royaume en promouvant partout l’hellénisme, et en particulier la religion grecque. Devant la résistance des Juifs, il soumet le pays à une occupation militaire et profane le Temple de Jérusalem. Une famille juive, Mattathias et ses cinq fils, donne le signal de la révolte en égorgeant un agent royal, organise la résistance et conduit les Juifs à l’indépendance. La lutte se résume à deux partenaires : d’un côté un roi fanatique d’hellénisme (« persuadé de la supériorité absolue de la civilisation hellénistique »), de l’autre des Juifs pieux conduits par Mattathias et, après sa mort en 166, son fils Judas Maccabée.

Passons sur les erreurs factuelles (Judas meurt au printemps 160, non en 161, c’est Aristobule qui prend le titre royal en 104-103, et non Alexandre Jannée) et les imprécisions (il n’est pas sans importance que le Temple ait été libéré dès décembre 165 pour comprendre les négociations de 163), car l’essentiel est ailleurs. L’article ne fait en effet pas une seule fois référence à ceux qui sont à l’origine de la crise, c’est-à-dire les Juifs hellénisés, ceux que l’on nomme pour faire simple, les Hellénistes. Tout commence pour Wikipédia en 168, alors que la crise a débuté en 175. On ne peut faire l’économie d’un récit un peu détaillé, seul à même de faire comprendre les ressorts profonds de cette crise.

En 175, au moment où meurt le roi Séleucos IV, le grand prêtre des Juifs, Onias III, est à Antioche, venu se justifier d’avoir refusé le prélèvement des trésors du Temple par un agent royal, Héliodôros. Il est accompagné de son frère, Joshua, qui se fait appeler Jason. Celui-ci intrigue auprès du nouveau roi, Antiochos IV, frère du précédent, dont la légitimité est contestée : c’est à son neveu otage à Rome que devrait revenir la royauté. Jason fait une triple proposition au nouveau roi : qu’il le nomme, lui Jason, comme grand prêtre à la place d’Onias, qu’il lui accorde le droit de transformer la ville de Jérusalem en une nouvelle cité grecque, une polis, et en échange, il lui promet une augmentation du tribut et le versement d’importantes sommes supplémentaires. Antiochos accepte.

Antioche de Jérusalem

C’est là le premier point essentiel : la transformation de Jérusalem en cité grecque ne se fait pas à l’initiative du roi, mais des Juifs hellénisés. Et cela fonctionne bien. Rentré à Jérusalem, Jason établit la liste des nouveaux citoyens de cette “Antioche de Jérusalem” (pour la distinguer des nombreuses autres Antioche), fonde un gymnase au pied de la colline du Temple, et crée un éphébéion, c’est-à-dire l’organisme de formation des futurs citoyens. Son pire adversaire, l’auteur de 2Maccabées, un contemporain, ne trouve rien d’autre à lui reprocher. Beaucoup de Juifs aisés souscrivent à ce qui leur apparaît comme une utile modernisation de la société juive : les prêtres se précipitent au gymnase dès que retentit le gong annonçant le début de la distribution d’huile. Est-ce à dire que ces Juifs sont prêts à renoncer à leurs rites et aux préceptes de la Loi ? L’auteur de 2Maccabées est obligé de convenir que non : lorsqu’ils partent assister à Tyr aux concours gymniques en l’honneur d’Héraclès, invités comme tous les habitants des cités grecques de la région, les Antiochiens de Jérusalem dépensent les sommes d’argent à acheter des équipements de bateaux, non à sacrifier aux idoles. Le contraire aurait étonné : qui imaginerait que le grand prêtre juif cherche à abolir la religion qui est le fondement de son pouvoir ? Il est clair que Jason, poussé par une partie des élites hellénisées de Judée, cherche à gommer les différences entre les Juifs et leurs voisins, à les faire entrer en quelque sorte dans le monde moderne, qui est largement hellénisé. Cela ne signifie pas qu’il est prêt à renoncer aux préceptes essentiels de sa religion.

Le réforme de Jason ne va cependant pas sans problème. D’abord, il a obtenu son poste par l’intrigue et en promettant de l’argent : c’est le peuple qui paie. De plus, aux yeux des Juifs traditionnels, ceux qui sont étrangers aux modes nouvelles, il est difficile de comprendre comment on peut rester Juif en adoptant des mœurs aussi étrangères à la tradition que la nudité du gymnase. D’autant que les Juifs qui fréquentent le gymnase en viennent soit à masquer leur circoncision (« ils se firent faire des prépuces »), soit à y renoncer pour leurs enfants mâles : et là, ils violent la Loi ! De plus, en achetant sa charge, Jason a ouvert la porte à la concurrence : de fait, en 172, un parent à lui, Ménélas, dont le nom dit assez l’hellénisme, obtient la charge de grand prêtre en promettant au roi davantage d’argent. S’ouvre alors une période de guerre civile entre deux factions hellénisantes, celle de Ménélas étant visiblement beaucoup plus radicale que celle de Jason, et plus prompte à renoncer aux traditions juives.

Le peuple, impuissant, assiste à cette guerre civile dont il paie la facture. Certains fuient au désert, d’autres s’agitent. On passe de l’indignation muette à un début de révolte à laquelle Ménélas est incapable de faire face. Il fait appel aux troupes royales, tandis que Jason, vaincu, se réfugie d’abord chez le roi des Nabatéens à Pétra, puis à Sparte. Les troupes séleucides – deuxième fait capital – interviennent donc d’abord pour mettre fin à des troubles entre Juifs.
Nous sommes alors en 170-169. Antiochos IV, qui ne s’est guère soucié de l’affaire, sauf pour nommer le grand prêtre et empocher le plus d’argent possible (il a une lourde dette de guerre envers les Romains et compte lancer de nouvelles expéditions contre l’Égypte et en Iran), commence à s’inquiéter. Pourquoi les Juifs s’agitent-ils ? Il doit faire campagne contre l’Égypte au printemps 169, et il ne convient pas de laisser sur ses arrières un foyer de rébellion susceptible de le couper de ses bases syriennes. À ses questions sur les causes des troubles en Judée, on a dû lui répondre que les Juifs se disputaient au sujet de la Loi : le texte de 2Maccabées oppose constamment ceux qui font preuve de zèle pour la Loi (Torah), et ceux qui font preuve de zèle contre la Loi (les Hellénistes qui ne sont pas hostiles à la Loi mais en proposent une interprétation moderne). Antiochos IV en déduit une mesure politique radicale et désastreuse mais logique : si les Juifs se disputent au sujet de la Loi, supprimons la Loi ! D’ailleurs, il est habituel qu’un peuple révolté perde le privilège de s’administrer selon ses propres lois.

L’édit de persécution

Courant 168, Antiochos IV promulgue donc un édit pour abolir la Torah. C’est ce que l’on nomme abusivement l’édit de persécution, qui aboutit de fait à l’interdiction du judaïsme. Mais on voit bien par quel enchaînement on en est arrivé là. Il n’y a chez Antiochos nul fanatisme, nulle intention de « réaliser l’unité de ses États face à la menace romaine » ou d’étendre la “religion grecque” (qui resterait à définir) : on se demande où il aurait puisé une telle idée, totalement étrangère aux Grecs. Aucun roi hellénistique, pas plus Antiochos IV qu’un autre, ne s’est soucié d’helléniser ses sujets dont il attend seulement qu’ils paient le tribut et se tiennent tranquilles. Rien dans la politique d’Antiochos IV, bien connue par ailleurs, ne laisse entrevoir le début du commencement d’une politique d’hellénisation forcée, ou de promotion des cultes grecs. Mais, comme ses prédécesseurs et ses successeurs, lorsque des indigènes suffisamment hellénisés souhaitent acquérir le statut favorable d’une polis, il le leur accorde si cela ne contredit pas ses intérêts.

Là où Antiochos IV commettait une magistrale erreur politique, c’est qu’il n’avait pas compris qu’abolir la Torah ne revenait pas seulement à priver les Juifs de leurs lois civiles, mais conduisait à l’abolition du judaïsme. Nombre de Juifs pieux préférèrent le martyre (d’où les récits édifiants de 2Maccabées), alors que d’autres fuirent au désert. La répression fut d’autant plus sanglante que beaucoup de Grecs et de Syriens accusaient les Juifs d’arrogance : on leur reprochait de nier la divinité des dieux des autres, de refuser de partager leurs repas, d’éviter tout contact sous prétexte de pureté rituelle.

C’est à ce moment-là (courant 168, début 167) et à ce moment-là seulement, qu’intervinrent Mattathias et ses fils, notamment Judas, le seul à qui convienne le nom de Maccabée (d’étymologie incertaine). La révolte est déjà bien commencée, mais sans chef, et sans objectifs clairs. Pire, les révoltés sont si pieux qu’ils se laissent massacrer le jour du Sabbat pour ne pas violer la Loi ! Judas et ses frères commencent à organiser une troupe efficace et s’entourent d’exégètes de la Loi compréhensifs, qui les autorisent à se défendre tous les jours de la semaine.

S’engage alors ce qui apparaît bien comme une lutte de libération rapidement couronnée de succès. Dès décembre 165, Jérusalem est délivrée et le Temple à nouveau dédié à Yahweh. Après la mort d’Antiochos IV en Iran à l’automne 164, et l’avènement d’un roi mineur, Antiochos V, des négociations s’ouvrent : non seulement les deux principaux ministres du roi défunt s’affrontent, mais une mission sénatoriale romaine de passage dans la région a fait savoir qu’elle apportait son plein soutient aux Juifs. Dès le printemps 163, l’édit de persécution est rapporté. La guerre se poursuit néanmoins dans la confusion, probablement parce que les communautés juives dispersées aux abords de la Judée se sentent menacées : on connaît ainsi des expéditions de Judas et de ses frères en Syrie du Sud, en Transjordanie, en Idumée (Négev) pour secourir des Juifs persécutés. D’autre part, les troupes séleucides n’ont pas été vaincues : elles continuent à occuper la citadelle de Jérusalem, l’Akra. En fait, il s’agit d’une guerre impossible : les Juifs révoltés mènent une guérilla contre laquelle les troupes régulières séleucides sont désarmées, alors que les Juifs sont incapables de battre les Séleucides en rase campagne.

La guerre s’essouffle d’autant plus qu’un accord politique est intervenu entre les Maccabées (Judas a été tué au combat au printemps 160), conduits désormais par Jonathan, et leurs adversaires. Alors que les Hellénistes les plus extrémistes sont éliminés (Ménélas a été exécuté de façon atroce à Alep), un nouveau grand prêtre, Alkimos, choisi parmi les Hellénistes modérés, a été désigné : preuve que même aux yeux des révoltés les Hellénistes n’étaient pas tous des impies ! Après sa mort en 159, pourtant, il n’est pas remplacé. La chronologie des années 157-152 pose problème, mais pour faire court, on peut dire qu’en 152, Jonathan, profitant de la guerre civile qui oppose deux prétendants au trône à Antioche, parvient à se voir reconnaître le titre de grand prêtre (auquel il n’a aucun droit) en même temps qu’il est honoré de titres de cour séleucides. Contrairement à ce que prétend l’article de Wikipédia, jamais, à aucun moment, aucun Séleucide ne reconnaît l’indépendance juive : des tentatives sont d’ailleurs lancées en 131-130 (avec succès), puis en 87 (sans succès) pour récupérer la Judée. Mais, de fait, les rois d’Antioche, affaiblis par une querelle dynastique qui empoisonne la vie du royaume jusqu’à sa disparition en 64, sont la plupart du temps incapables de contester l’indépendance de fait conquise par ceux que l’on nomme désormais les Hasmonéens, fondateurs d’un nouvel État juif fortement hellénisé, jusqu’à ce qu’Aristobule prenne le titre de basileus en 104-103. Mais c’est là un autre sujet, sur lequel Wikipédia n’est pas moins défaillant : il est vrai qu’il n’y a pas de rubrique Hasmonéens et que tout se trouve résumé sous la rubrique Macchabées.

On le voit, bien loin de l’image sulpicienne totalement fausse que véhicule Wikipédia, la crise maccabéenne n’est pas un affrontement entre un roi grec fanatique et des Juifs pieux attachés à leurs traditions. C’est d’abord une crise interne au judaïsme, d’un affrontement entre ceux qui estiment qu’on peut rester fidèle au judaïsme en adoptant néanmoins certains traits de la civilisation du monde moderne, le grec, la pratique du sport, etc.., et ceux qui au contraire, pensent que toute adoption des mœurs grecques porte atteinte de façon insupportable à la religion des ancêtres. Si le roi Antiochos IV intervient, ce n’est pas par fanatisme, mais bien pour rétablir l’ordre dans une province de son royaume qui, de plus, se place sur la route qu’il emprunte pour faire campagne en Égypte. On est bien loin des errements que véhicule l’article incriminé.

Voir aussi:

The Hanukkah Story
David Brooks
The New York Times
December 11, 2009Tonight Jewish kids will light the menorah, spin their dreidels and get their presents, but Hanukkah is the most adult of holidays. It commemorates an event in which the good guys did horrible things, the bad guys did good things and in which everybody is flummoxed by insoluble conflicts that remain with us today. It’s a holiday that accurately reflects how politics is, how history is, how life is.It begins with the spread of Greek culture. Alexander’s Empire, and the smaller empires that succeeded it, brought modernizing ideas and institutions to the Middle East. At its best, Hellenistic culture emphasized the power of reason and the importance of individual conscience. It brought theaters, gymnasiums and debating societies to the cities. It raised living standards, especially in places like Jerusalem.Many Jewish reformers embraced these improvements. The Greeks had one central idea: their aspirations to create an advanced universal culture. And the Jews had their own central idea: the idea of one true God. The reformers wanted to merge these two ideas.

Urbane Jews assimilated parts of Greek culture into their own, taking Greek names like Jason, exercising in the gymnasium and prospering within Greek institutions. Not all Jews assimilated. Some resisted quietly. Others fled to the hills. But Jerusalem did well. The Seleucid dynasty, which had political control over the area, was not merely tolerant; it used imperial money to help promote the diverse religions within its sphere.

In 167 B.C., however, the Seleucid king, Antiochus IV, issued a series of decrees defiling the temple, confiscating wealth and banning Jewish practice, under penalty of death. It’s unclear why he did this. Some historians believe that extremist Jewish reformers were in control and were hoping to wipe out what they saw as the primitive remnants of their faith. Others believe Antiochus thought the Jews were disloyal fifth columnists in his struggle against the Egyptians and, hence, was hoping to assimilate them into his nation.

Regardless, those who refused to eat pork were killed in an early case of pure religious martyrdom.

As Jeffrey Goldberg, who is writing a book on this period, points out, the Jews were slow to revolt. The cultural pressure on Jewish practice had been mounting; it was only when it hit an insane political level that Jewish traditionalists took up arms. When they did, the first person they killed was a fellow Jew.

In the town of Modin, a Jew who was attempting to perform a sacrifice on a new Greek altar was slaughtered by Mattathias, the old head of a priestly family. Mattathias’s five sons, led by Judah Maccabee, then led an insurgent revolt against the regime.

The Jewish civil war raised questions: Who is a Jew? Who gets to define the right level of observance? It also created a spiritual crisis. This was not a battle between tribes. It was a battle between theologies and threw up all sorts of issues about why bad things happen to faithful believers and what happens in the afterlife — issues that would reverberate in the region for centuries, to epic effect.

The Maccabees are best understood as moderate fanatics. They were not in total revolt against Greek culture. They used Greek constitutional language to explain themselves. They created a festival to commemorate their triumph (which is part of Greek, not Jewish, culture). Before long, they were electing their priests.

On the other hand, they were fighting heroically for their traditions and the survival of their faith. If they found uncircumcised Jews, they performed forced circumcisions. They had no interest in religious liberty within the Jewish community and believed religion was a collective regimen, not an individual choice.

They were not the last bunch of angry, bearded religious guys to win an insurgency campaign against a great power in the Middle East, but they may have been among the first. They retook Jerusalem in 164 B.C. and rededicated the temple. Their regime quickly became corrupt, brutal and reactionary. The concept of reform had been discredited by the Hellenizing extremists. Practice stagnated. Scholarship withered. The Maccabees became religious oppressors themselves, fatefully inviting the Romans into Jerusalem.

Generations of Sunday school teachers have turned Hanukkah into the story of unified Jewish bravery against an anti-Semitic Hellenic empire. Settlers in the West Bank tell it as a story of how the Jewish hard-core defeated the corrupt, assimilated Jewish masses. Rabbis later added the lamp miracle to give God at least a bit part in the proceedings.

But there is no erasing the complex ironies of the events, the way progress, heroism and brutality weave through all sides. The Maccabees heroically preserved the Jewish faith. But there is no honest way to tell their story as a self-congratulatory morality tale. The lesson of Hanukkah is that even the struggles that saved a people are dappled with tragic irony, complexity and unattractive choices.

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