Bac 2015: Attention, un mystère peut en cacher un autre ! (From pink elephants to blue tigers: No unveiling of the psychedelic Eleusinian mysteries for French students)

20 juin, 2015
https://pbs.twimg.com/media/CH3xeQgW8AAU8xF.jpghttps://tse1.mm.bing.net/th?&id=JN.oN8SJjyxPqEfhIuCzJ%2bFjw&w=300&h=300&c=0&pid=1.9&rs=0&p=0There are, broadly speaking, two types of drinkers. There is the man whom we all know, stupid, unimaginative, whose brain is bitten numbly by numb maggots; who walks generously with wide-spread, tentative legs, falls frequently in the gutter, and who sees, in the extremity of his ecstasy, blue mice and pink elephants. He is the type that gives rise to the jokes in the funny papers. The other type of drinker has imagination, vision. Even when most pleasantly jingled, he walks straight and naturally, never staggers nor falls, and knows just where he is and what he is doing. It is not his body but his brain that is drunken. He may bubble with wit, or expand with good fellowship. Or he may see intellectual spectres and phantoms that are cosmic and logical and that take the forms of syllogisms. It is when in this condition that he strips away the husks of life’s healthiest illusions and gravely considers the iron collar of necessity welded about the neck of his soul. This is the hour of John Barleycorn’s subtlest power. It is easy for any man to roll in the gutter. But it is a terrible ordeal for a man to stand upright on his two legs unswaying, and decide that in all the universe he finds for himself but one freedom–namely, the anticipating of the day of his death. With this man this is the hour of the white logic (of which more anon), when he knows that he may know only the laws of things–the meaning of things never. This is his danger hour. His feet are taking hold of the pathway that leads down into the grave. All is clear to him. All these baffling head-reaches after immortality are but the panics of souls frightened by the fear of death, and cursed with the thrice-cursed gift of imagination. They have not the instinct for death; they lack the will to die when the time to die is at hand. They trick themselves into believing they will outwit the game and win to a future, leaving the other animals to the darkness of the grave or the annihilating heats of the crematory. But he, this man in the hour of his white logic, knows that they trick and outwit themselves. The one event happeneth to all alike. There is no new thing under the sun, not even that yearned-for bauble of feeble souls–immortality. But he knows, HE knows, standing upright on his two legs unswaying. He is compounded of meat and wine and sparkle, of sun-mote and world- dust, a frail mechanism made to run for a span, to be tinkered at by doctors of divinity and doctors of physic, and to be flung into the scrap-heap at the end. Jack London (John Barleycorn)
Un éléphant rose est une métaphore relative aux hallucinations causées par l’abus d’alcool (on parle de delirium tremens) ou tout autre produit stupéfiant. L’expression a été utilisée pour la première fois par l’écrivain américain Jack London en 1913 dans John Barleycorn. (…) Dans le dessin animé Dumbo des studios Disney, on trouve une séquence culte: la danse des éléphants roses. Wikipedia
Le tigre maltais, ou tigre bleu serait présent dans les montagnes de la province de Fujian, dans le sud de la Chine. Son nom vient d’une couleur inhabituelle dans la robe de ce tigre chinois; c’est un bleu maltais poudreux avec des taches blanches sur le visage et des rayures noires. Une variété de couleur rare pour l’espèce similaire à la couleur du chat maltais. De nombreux témoignages très sérieux font état depuis le début du siècle dernier de cette espèce de tigre, mais si elle existe peut-être encore, elle est en voie d’extinction. Pour beaucoup de scientifiques, ces tigres n’existent absolument pas. Il s’agit d’une fantasmagorie qui n’existe que dans les romans. Toutes les photos que l’on peut trouver sont des photos montages (la photo en illustration en est un mais il a été clairement annoncé comme tel afin d’illustrer le propos). D’autres scientifiques estiment que cela est très probable à l’image de la panthère noire ou bien sur du chat maltais, deux autres félins, cependant ils estiment que la couleur de ces tigres serait plus vers le gris. Bon je ne juge pas, en Bretagne nous avons bien les éléphants roses. En tout cas le tigre bleu du Fujian méritait sa place dans notre rubrique cryptozoologie. Dark Asie
De fines feuilles séchées empilées les unes sur les autres. J’en porte une à mes lèvres et je mâche doucement. Ce sont des feuilles de mort, inconnues des mortels. (…) Je les mâche avec lenteur. Et ce goût-là  n’a pas de pareil. C’est grâce à elle que je vois et que tu m’entends. Ce sont les feuilles de l’entre-deux. Je les mâche et c’est comme de n’être plus tout à fait vivant. (…) Je contemplais ce grand fleuve barbare, la rive ennemie, là-bas, au-delà du cours infranchissable. Et c’est là que je le vis. A une centaine de pas devant moi, avançant avec précaution dans les hauts roseaux du fleuve, un tigre bleu. Je crus d’abord que j’étais victime d’une hallucination. Mais il se détacha sur le terre-plein et j’eus tout le loisir de l’observer. C’était le tigre de l’Euphrate …  Laurent Gaudé (Le Tigre bleu de l’Euphrate, 2002)
Pour l’étude du LSD, j’avais trouvé dans les régions méditerranéennes une herbe sauvage très répandue, l’ivraie, plus précisément, la « mauvaise ivraie », celle qui en botanique est classée sous le nom de Lolium temulentum (…). Cette plante est souvent atteinte d’ergot, c’est-à-dire du sclérote d’un champignon parasite connu sous le nom de Claviceps purpurea. Il est vénéneux, au point que la farine de blé, si elle est mélangée à celle de l’ivraie, produit une intoxication, qu’on appelle celle de l’ « ivraie enivrante ». J’ai découvert que ce champignon contenait des combinaisons chimiques très voisines de celles du LSD et produisait sur le psychisme des effets analogues (…). Le Kykéôn, breuvage sacré à base de plantes psychotropes telles que l’ivraie parasité, était utilisé dans les cultes archaïques des religions grecques (…). Pindare, Sophocle, Platon, Alexandre, Marc Aurèle ont au moins une fois dans leur vie, fait l’expérience de l’hallucination que procurait le Kykéôn, la potion psychotrope. Antonio Gnoli (L.S.D. entretiens avec Albert Hofmann, 2004)
J’ai tout de suite été frappé à la lecture de ce texte qui sonne déjà comme un grand classique, de la manière singulière avec laquelle le mode monologué disparaissait progressivement pour laisser place aux voix. C’est comme si de la bouche ou plutôt de l’intérieur même de ce corps exsangue, des multitudes de voix se relayaient pour raconter, avec une envoûtante beauté de la langue, la lente progression des armées d’Alexandre. Sans jamais sombrer dans une fastidieuse et complaisante description des combats – ficelle littéraire des biographes historiques, « comme si vous y étiez » – Gaudé prend le parti de générer la narration d’une manière mystique, voire hallucinatoire. Les feuilles que le roi mourant mâche tout au début, alors qu’il a le ventre vide et qu’il ne peut rien avaler, déclenchent le récit, provoquent les apparitions, le rapprochent petit à petit non pas de la mort, mais d’un état extatique propice au « voyage » dans les ténèbres, tout en gardant un pied dans le monde des vivants. (…) A partir de ce moment, l’expérience chamanique devient une mise en abîme. Alexandre est initié et guidé par un tigre bleu qu’il voit un jour sur le bord de l’Euphrate et qui lui réapparaîtra plusieurs fois ; Alexandre est initiateur et nous guide, provoquant les visions dont nous sommes les témoins. Mohamed Rouabhi

Psychopompe ou psychotrope ?

Alors qu’après la prestigieuse Oxford union et la vérité de 2013 …

Et  les crimes d’honneur de l’an dernier …

C’est les tigres bleus qui passent cette année à la trappe de nos concepteurs de sujets du bac de français de cette année

Et valent à nos pauvres chères têtes blondes les gausseries faciles de nos médias pressés …

Pour avoir dans une épreuve tirée d’un extrait d’une oeuvre contemporaine de Laurent Gaudé intitulée Le Tigre bleu de l’Euphrate

Prétendument confondu un fleuve avec un animal réel …

Comment ne pas voir dans cet énième et systématique effacement, politiquement correct oblige, de tout ce qui pourrait mettre les candidats sur la voie …

Face au mystère d’un animal qui, au-delà de son rôle psychopompe (guide des âmes) dans l’oeuvre en question, pourrait non seulement sous le nom de tigre de Malte, exister ou avoir existé dans la réalité physique de notre monde …

Mais pourrait témoigner, à l’image des éléphants roses de London, d’une expérience proprement hallucinatoire …

Suite à la prise, si l’on en croit le metteur en scène Mohamed Rouabhi, de produits psychotropes liés, depuis les fameux mystères d’Eleusis aux farines contaminées de nos danseurs de St Gui et autres sorcières ou plus récemment à nos adeptes du LSD, à l’ergot du seigle …

Le mystère encore plus profond tant de la désolante habitude de déréalisation du réel de nos autorités éducatives …

Que de l’hélas si fréquente cuistrerie – pour ne pas dire fumisterie – de nombre de ceux qui ont vocation de nous informer ?

 Le Tigre bleu de l’Euphrate
de Laurent Gaudé
mise en scène Mohamed Rouabhi

Présentation
Un destin commun

L’épopée d’Alexandre le Grand est immense. Sans doute plus grande et plus ineffable que toutes les terres qu’il a foulées. Elle est de celle dont seule peut-être la littérature peut venir à bout, s’érigeant à la mesure de l’homme qui rivalisa avec les Dieux.
Et sans doute aussi, la Mort.
C’est ainsi que dans Le Tigre Bleu de l’Euphrate, Laurent Gaudé, loin de vouloir faire plier le géant pour mieux pénétrer son coeur, a choisi de nous le rendre plus proche, marchant à nos côtés sur cette route tant de fois foulée depuis la nuit des temps, vers cette dernière aventure qui nous attend tous un jour, esclaves de l’éphémère, et devant laquelle le pouvoir et la force, la grandeur et le courage, la cruauté et la furie, deviennent des armes vaines et impuissantes.
En choisissant la partie la plus intime, la plus faible, la plus dégradée d’un homme, ce dernier n’en devient que plus digne et plus contemporain.

L’invitation au voyage

J’ai tout de suite été frappé à la lecture de ce texte qui sonne déjà comme un grand classique, de la manière singulière avec laquelle le mode monologué disparaissait progressivement pour laisser place aux voix. C’est comme si de la bouche ou plutôt de l’intérieur même de ce corps exsangue, des multitudes de voix se relayaient pour raconter, avec une envoûtante beauté de la langue, la lente progression des armées d’Alexandre. Sans jamais sombrer dans une fastidieuse et complaisante description des combats – ficelle littéraire des biographes historiques, « comme si vous y étiez » – Gaudé prend le parti de générer la narration d’une manière mystique, voire hallucinatoire.

Les feuilles que le roi mourant mâche tout au début, alors qu’il a le ventre vide et qu’il ne peut rien avaler, déclenchent le récit, provoquent les apparitions, le rapprochent petit à petit non pas de la mort, mais d’un état extatique propice au « voyage » dans les ténèbres, tout en gardant un pied dans le monde des vivants. Il dit :

Ce sont des feuilles de mort, inconnues des mortels. (…) Ce sont les feuilles de l’entre-deux. Je les mâche et c’est comme de n’être plus tout à fait vivant. (…) Alexandre est celui qui verra la mort de son vivant. (…) Alexandre va faire pâlir le dieu des morts, d’étonnement d’abord, puis de ravissement.[[« (…) Pour l’étude du LSD, j’avais trouvé dans les régions méditerranéennes une herbe sauvage très répandue, l’ivraie, plus précisément, la « mauvaise ivraie », celle qui en botanique est classée sous le nom de Lolium temulentum (…). Cette plante est souvent atteinte d’ergot, c’est-à-dire du sclérote d’un champignon parasite connu sous le nom de Claviceps purpurea. Il est vénéneux, au point que la farine de blé, si elle est mélangée à celle de l’ivraie, produit une intoxication, qu’on appelle celle de l’ « ivraie enivrante ». J’ai découvert que ce champignon contenait des combinaisons chimiques très voisines de celles du LSD et produisait sur le psychisme des effets analogues (…). Le Kykéôn, breuvage sacré à base de plantes psychotropes telles que l’ivraie parasité, était utilisé dans les cultes archaïques des religions grecques (…). Pindare, Sophocle, Platon, Alexandre, Marc Aurèle ont au moins une fois dans leur vie, fait l’expérience de l’hallucination que procurait le Kykéôn, la potion psychotrope (…). » In « L.S.D. entretiens avec Albert Hofmann » Antonio Gnoli. 2004 Editions Payot. p. 66]]

A partir de ce moment, l’expérience chamanique devient une mise en abîme. Alexandre est initié et guidé par un tigre bleu qu’il voit un jour sur le bord de l’Euphrate et qui lui réapparaîtra plusieurs fois ; Alexandre est initiateur et nous guide, provoquant les visions dont nous sommes les témoins.

Il ne reste plus rien

Perdant tour à tour des amis chers dans de sanglantes batailles (Darius, Koïnos), Alexandre est en proie au désordre et au doute. Et puis il y a ces paroles, terribles, impossibles, qui clôturent le chapitre IX …

J’aurais dû (…) franchir seul l’Hyphase et continuer ma route vers l’est.
(…) Car le Gange n’était plus loin et je suis sûr que le tigre bleu m’aurait guidé (…).
J’aurais dû (…) m’enfoncer seul, dans la touffeur chaude de l’Inde étrangère.
J’aurais dû, oui, car, depuis, je n’ai fait que mourir.

… suivies de celles qui annoncent le dixième et dernier chapitre :

Je vais mourir maintenant.

On a à peine le temps de comprendre ce qui vient de se passer. La voix du regret et de l’amertume a couvert un instant celle du sage et du guerrier. Elle nous a fait redescendre brutalement et jeté aux bords de l’Hadès. Les vapeurs du puissant narcotique tourbillonnent maintenant autour de nous, se mêlant aux relents d’un corps pourrissant tenant à peine debout.
Dans un dernier souffle de lucidité et d’humilité, Alexandre se présente à la mort, nu.

Pleure sur moi, je suis l’homme qui meurt et disparaît avec sa soif.

Un nouveau continent

Depuis maintenant plus de deux ans, nous poursuivons ensemble avec Carlo Brandt, un compagnonnage poétique et musical, à la lisière du théâtre. Un théâtre que nous aimons tous les deux malmener férocement avec des textes qui brûlent de colère, de sagesse ou de révolte : Charles Mingus, Joshi Yamamoto et Mahmoud Darwich ont déjà cimenté ce petit chemin qui nous conduit aujourd’hui vers un nouveau continent jusqu’ici inexploré.

L’édition des textes contemporains nous offre rarement l’occasion de découvrir des pièces jusqu’ici inédites. Encore plus lorsqu’il s’agît d’un auteur bien vivant. Il faut toutefois considérer pour être honnête, qu’il est difficile pour un éditeur lorsqu’il s’agît d’une oeuvre destinée au théâtre, de mettre sur le marché un ouvrage qui aura peu de chances d’être lu par un public habitué à n’acquérir le texte de la pièce que parce qu’il l’a vu.

C’est donc avec un grand bonheur que j’ai lu un jour ce texte que m’offrit Carlo, après l’avoir travaillé pendant un mois à Kinshasa avec des acteurs congolais.
Les évènements se succédèrent alors très vite et en moins de six mois, nous mettions sur pied ce projet ambitieux.

Au fil des discussions, il nous paraissait évident de fournir à cette ode un cadre esthétique et scénographique qui ne laisserait de place ni au pathos ni à la grandiloquence.
Le « tragique » propre aux textes de Laurent Gaudé, cette sorte de « tenue » de la langue, la rigidité guerrière du protagoniste, nous amenèrent à réfléchir à un traitement spectaculaire et codé du récit de ce roi agonisant.
Les premières propositions radicales concernèrent tout d’abord « l’apparence » et la « lisibilité » du personnage. Pas question de l’affubler d’un costume qu’il soit d’époque ou non.

Ce qui saute aux yeux du lecteur, c’est à la fois la grande force et la grande pauvreté de l’homme qui souffre et qui distille avec une grande précision le peu de vie qu’il lui reste encore.
Alexandre dit à la fin qu’il est aussi nu que l’enfant qui vient de naître et c’est ainsi que nous le voyons. Mais comment alors évacuer les milliers de petites scories qui nous traversent la tête à la vue d’un acteur nu sur un plateau de théâtre, et qui nous empêchent de suivre le cheminement de sa pensée ?
Il faut alors qu’il prenne une apparence plus qu’humaine, celle de l’homme qui perd peu à peu l’usage de son corps, qui s’effrite et se carde au fur et à mesure qu’il s’approche de la fin et qu’il voit la mort prendre forme devant ses yeux.

A l’instar de l’art du Buto, l’usage d’un maquillage blanc mat, d’une grossière poudre de riz abondamment répartie sur le corps de façon à rendre à l’épiderme sa rugosité naturelle et perdre le côté fragile et démuni d’un corps nu exposé aux regards, s’avère être une piste intéressante.

Et puis enfin, il y a Carlo Brandt et ce qui chez lui ne porte pas de nom, cette matière mystique et rare, lorsque l’esprit se libère du corps pour nous livrer la substance brute et âpre du texte, cette capacité de maîtriser l’émotion dans ses moindres manifestations organiques.

Pour mieux nous irradier avec son invisible force.

Voir aussi:

Le tigre bleu de la province du Fujian en Chine
Dark Asie

Le tigre maltais, ou tigre bleu serait présent dans les montagnes de la province de Fujian, dans le sud de la Chine. Son nom vient d’une couleur inhabituelle dans la robe de ce tigre chinois; c’est un bleu maltais poudreux avec des taches blanches sur le visage et des rayures noires. Une variété de couleur rare pour l’espèce similaire à la couleur du chat maltais.
De nombreux témoignages très sérieux font état depuis le début du siècle dernier de cette espèce de tigre, mais si elle existe peut-être encore, elle est en voie d’extinction.

Pour beaucoup de scientifiques, ces tigres n’existent absolument pas. Il s’agit d’une fantasmagorie qui n’existe que dans les romans. Toutes les photos que l’on peut trouver sont des photos montages (la photo en illustration en est un mais il a été clairement annoncé comme tel afin d’illustrer le propos). D’autres scientifiques estiment que cela est très probable à l’image de la panthère noire ou bien sur du chat maltais, deux autres félins, cependant ils estiment que la couleur de ces tigres serait plus vers le gris.

Bon je ne juge pas, en Bretagne nous avons bien les éléphants roses. En tout cas le tigre bleu du Fujian méritait sa place dans notre rubrique cryptozoologie.

Voir également:

Bac français: le mystère du tigre bleu de l’écrivain Laurent Gaudé
Le Parisien

19 Juin 2015

Un extrait de la pièce de théâtre « Le tigre bleu de l’Euphrate », donné à commenter aux épreuves du bac français vendredi, affole les réseaux sociaux: l’auteur Laurent Gaudé évoque-t-il dans ce texte un tigre, comme beaucoup de lycéens l’ont cru, ou un fleuve? Cette question agitait notamment Twitter, où les candidats postaient des messages désespérés, furieux, ou désabusés sur ce fameux tigre bleu.

De faux comptes ont été créés ainsi que fleurissaient des mots-clés #tigrebleu ou #LaurentGaude. Et nombreux étaient ceux qui tweetaient des photos d’un tigre teint en bleu.
« Jurez, le tigre bleu, c’est un fleuve? », demande, affolée, @yelenna1998. « Ce soir, on va tous en rêver de ce tigre bleu », prédisait @Mary_Liine. « Il y a deux types de personnes », indiquait @hugoblet en postant deux photos, l’une représentant un tigre à la fourrure bleutée et l’autre un fleuve.

L’extrait présenté, tiré de la pièce écrite en 2002 par Laurent Gaudé (prix Goncourt 2004 pour « Le soleil des Scorta »), est un monologue d’Alexandre le Grand, qui s’apprête à mourir. Il raconte à la Mort comment le Tigre bleu lui est un jour apparu et comment il a su que le but de sa vie était de le suivre, toujours plus loin, à travers le Moyen-Orient.

« Le #tigrebleu de Laurent Gaudé est en train de croquer l’oiseau bleu de Twitter », note le compte du site d’annales france-examen.fr.
L’extrait était un des trois textes de l’épreuve écrite du bac français (passée en première) pour les élèves des sections scientifique (S) et économique et sociale (ES). Le commentaire de texte s’appuyait sur cet extrait.

Plusieurs lycéens ont noté qu’un texte du même écrivain avait également été donné comme sujet de français au brevet, passé par ces mêmes élèves en 3e. « Il veut la mort de l’année 98″, gémissait @FélicieBignon. La grande majorité des adolescents en 1ère cette année et qui passent donc le bac français sont nés en 1998.

L’auteur, publié aux éditions Actes Sud, n’était pas joignable. Dans un message à l’AFP, sa maison d’édition indique que le Tigre, tout comme l?Euphrate, est un « fleuve d?Asie. L?auteur joue sur l?homonymie entre le fleuve et l?animal pour enrichir la résonance de son texte ».

Que les candidats se rassurent toutefois: « Comme tout texte poétique, il ne peut se réduire à une seule interprétation et au contraire laisser au lecteur la possibilité de choisir celle qu?il voudra fabriquer à partir de son imaginaire, de la rêverie que lui inspire le texte », ajoute Actes Sud.

Voir encore:

Le « tigre bleu » du Bac français « ne peut se réduire à une seule interprétation » selon Actes Sud
L’Express avec AFP

19/06/2015

Les élèves de ES et S se sont retrouvés face à un extrait d’une pièce de théâtre intitulée Le Tigre bleu de l’Euphrate. Beaucoup n’ont pas vu le double sens. Découvrez le texte.
On tient la polémiquette de l’année, et elle vient comme l’année dernière du bac de français. A la sortie de l’épreuve anticipée du bac, voici à quoi ressemblaient les emojis postés sur Twitter par les étudiants.

La tête des candidats au bac de français sur Twitter.

emoji
Et pour cause. Dans la série S et ES (voir les corrigés), l’une des épreuves, au choix des candidats, consistait en un commentaire d’un extrait d’un extrait de la pièce de Laurent Gaudé, Le Tigre bleu de l’Euphrate, paru en 2002. Problème: une partie des candidats n’a pas saisi que le Tigre bleu est aussi le fleuve de Mésopotamie qui coule sur près de 2 kilomètres entre le Taurus et le golfe Persique…

Voici le texte:

L’extrait se situe à la fin de la pièce, composée de dix actes. Une seule voix se fait entendre, celle d’Alexandre le Grand. Au premier acte, il se prépare à mourir et chasse tous ceux qui se pressent autour de lui. Il raconte à la Mort, qu’il imagine face à lui, comment le Tigre bleu lui est un jour apparu et comment il a su que le but de sa vie était de le suivre, toujours plus loin, à travers le Moyen-Orient. Mais, cédant à la prière de ses soldats, il cesse de suivre le Tigre bleu pour faire demi-tour.
[…]

Je vais mourir seul

Dans ce feu qui me ronge,

Sans épée, ni cheval,

Sans ami, ni bataille,

Et je te demande d’avoir pitié de moi,

Car je suis celui qui n’a jamais pu se rassasier,

Je suis l’homme qui ne possède rien

Qu’un souvenir de conquêtes.

Je suis l’homme qui a arpenté la terre entière

Sans jamais parvenir à s’arrêter.

Je suis celui qui n’a pas osé suivre jusqu’au bout le tigre bleu de l’Euphrate.

J’ai failli.

Je l’ai laissé disparaître au loin

Et depuis je n’ai fait qu’agoniser.

A l’instant de mourir,

Je pleure sur toutes ces terres que je n’ai pas eu le temps de voir.

Je pleure sur le Gange

lointain de mon désir.

Il ne reste plus rien.

Malgré les trésors de Babylone,

Malgré toutes ces victoires,

Je me présente à toi, nu comme au sortir de ma mère.

Pleure sur moi, sur l’homme assoiffé.

Je ne vais plus courir,

Je ne vais plus combattre,

Je serai bientôt l’une de ces millions d’ombres qui se mêlent et

s’entrecroisent dans tes souterrains sans lumière.

Mais mon âme, longtemps encore, sera secouée du souffle du cheval.

Pleure sur moi,

Je suis l’homme qui meurt

Et disparaît avec sa soif.

La découverte de leur infortune par certains lycéens ne leur a pas enlevé le sens de l’humour…

Dans les séries S et ES, l’épreuve anticipée de français est au coefficient 2. Mais comme le souligne notre corrigé, le fait que le mot ait ce double sens n’était pas central dans l’explication de texte.

Contacté par L’Express, l’auteur, publié aux éditions Actes Sud, n’était pas joignable ce vendredi. Dans un message, sa maison d’édition indique que le Tigre, tout comme l’Euphrate, est un « fleuve d’Asie. L’auteur joue sur l’homonymie entre le fleuve et l’animal pour enrichir la résonance de son texte ».

Que les candidats se rassurent toutefois: « Comme tout texte poétique, il ne peut se réduire à une seule interprétation et au contraire laisser au lecteur la possibilité de choisir celle qu’il voudra fabriquer à partir de son imaginaire, de la rêverie que lui inspire le texte », ajoute Actes Sud.


Affaire Averroès: La race juive est une race maudite par Allah ! Beaucoup de savants de l’islam le disent (Cursed race: teacher spills the beans on France’s first Muslim school)

8 février, 2015
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Combattez ceux qui ne croient pas en Allah, qui ne considèrent pas comme illicite ce qu’Allah et son prophète ont déclaré illicite (…) jusqu’à ce qu’ils paient, humiliés et de leurs propres mains le tribut. Sourate 9 v 29
Le combat vous est prescrit et pourtant vous l’avez en aversion. Peut-être avez-vous de l’aversion pour ce qui est un bien et de l’attirance pour ce qui est un mal. Allah sait et vous ne savez pas. Sourate 2 v 216
Lorsque les mois sacrés seront expirés, tuez les infidèles partout où vous les trouverez. Sourate 9 v 5
Vous ne les avez pas tué (vos ennemis). C’est Allah qui les a tués. Lorsque tu portes un coup, ce n’est pas toi qui le porte mais Allah qui éprouve ainsi les croyants par une belle épreuve. Sourate 8 v 17
Ne faiblissez pas et ne demandez pas la paix quand vous êtes les plus forts et qu’Allah est avec vous !  Sourate 47 v 35
La récompense de ceux qui font la guerre à Allah (…) c’est qu’ils soient tués ou crucifiés, ou que soient coupés leurs mains ou leurs pieds …Sourate 47 v 35
Les infidèles ne sont que souillure ... Sourate 9 verset 28
 (les juifs et les chrétiens) « Qu’Allah les maudissent … Sourate 9 verset 30
(ceux qui quittent l’Islam) saisissez-les alors, et tuez-les où que vous vous trouviez. Sourate 4 verset 89
C’est pourquoi le Prophète –sur lui soit la paix- a dit : « Il m’a été ordonné de combattre les hommes jusqu’à ce qu’ils disent ‘Il n’y a de divinité qu’Allah’ et qu’ils croient en moi. Ibn Rushd (alias Averroès)
Les savants s’accordent à dire que le djihad est un devoir collectif et non personnel. (…) De l’avis de la majorité des savants, la nature obligatoire du djihad est fondée sur: «Le combat vous a été prescrit alors qu’il vous est désagréable.» (…) L’obligation de participer au djihad s’applique aux hommes adultes libres qui disposent des moyens de partir en guerre et qui sont en bonne santé. (…) Les savants s’accordent sur le fait que tous les polythéistes doivent être combattus. Cela est fondé sur: «Et combattez-les jusqu‘à ce qu’il ne subsiste plus d’association, et que la religion soit entièrement à Allah. Ibn Rush dit Averroès
Les groupes n’aiment guère ceux qui vendent la mèche, surtout peut-être lorsque la transgression ou la trahison peut se réclamer de leurs valeurs les plus hautes. (…) L’apprenti sorcier qui prend le risque de s’intéresser à la sorcellerie indigène et à ses fétiches, au lieu d’aller chercher sous de lointains tropiques les charmes rassurant d’une magie exotique, doit s’attendre à voir se retourner contre lui la violence qu’il a déchainée. Pierre Bourdieu
 Lorsque Mahomet se mit à prêcher son dieu unique, prétendit en être le messager et se mit à légiférer en Son nom, déclarant ceci « permis » ou cela « interdit », certains de ces poètes se moquèrent de lui. Mahomet savait pardonner à ceux qui l’avaient combattu, mais ne tolérait pas qu’on mette en doute sa mission prophétique. Il demanda donc qui allait le débarrasser de ces poètes. Des volontaires se présentèrent et les assassinèrent. Ils tuèrent d’abord Ka’b ibn Achraf, un juif, puis Abou Afak, un vieillard, enfin Asma bint Marwan, une femme qui allaitait. (…) Mahomet assura les assassins qu’ils n’avaient commis aucune faute, un peu dans l’esprit du verset du Coran : « Ce n’est pas vous qui les avez tués ; mais Dieu les a tués » (sourate VIII, verset 17 a). On comprend l’embarras des musulmans d’aujourd’hui. (…) au-delà du refus constamment réitéré, et d’ailleurs légitime, de l’« amalgame » et de la « stigmatisation », comment dire que ces agissements n’ont rien à voir avec l’islam ? Le Coran appelle Mahomet « le bel exemple » (sourate XXXIII, verset 21), qu’il est loisible, voire louable, d’imiter. Comment ne pas comprendre que certains se croient autorisés à commettre en son nom et pour le venger ce genre de crimes ? Rémi Brague
Le mot de «religion» est déjà trompeur en soi. Notre idée d’une religion est calquée, même chez le bouffeur de curés le plus recuit, sur celle que nous nous faisons du christianisme. Nous allons donc dire: dans l’islam, il y a du religieux (les prières, le jeûne, le pèlerinage, etc.) et du non-religieux, la charia, dont les règles vestimentaires, alimentaires, etc. Et nous avons le culot de dire aux musulmans: renoncez à la charia et nous acceptons votre religion! Mais ils ne voient pas les choses comme nous; pour eux, la charia sous ses différentes formes, et avec toutes ses règles, fait partie intégrante de la religion. La mystique, elle, est certes permise, mais facultative. Tout le système de l’islam, si l’on peut dire, repose sur la révélation faite à Mahomet. Attaquer le Prophète, c’est mettre en danger tout l’édifice. Allah est de toute façon bien au-dessus de tous les blasphèmes, c’est pourquoi le nier est presque moins grave… La violence, inhérente à une religion? Il faut distinguer les adhérents à une religion qui ont pu se laisser aller à des violences. Ils ont même pu les justifier au nom de leur religion. Ainsi Charlemagne convertissant de force les Saxons ou, bien sûr, ceux dont on parle toujours, les croisés et les inquisiteurs. Mais aussi les généraux japonais de la Seconde Guerre, bouddhistes zen. Ou Tamerlan, qui s’appuya au début sur les soufis de la confrérie des naqchbandis, dont les massacres, au XIVe siècle, surpassèrent ceux de Gengis Khan. Et rappelons que le plus grand pogrom antichrétien de notre siècle, en 2008, à Kandhamal (Odisha), a été le fait d’hindouistes, qui ne sont pas tendres envers les musulmans non plus. Ceci dit, reste à se demander si l’on peut attribuer des actes de violence au fondateur d’une religion, à celui qui en reste le modèle et à son enseignement. Pour Jésus et Bouddha, on a du mal. Or, malheureusement, nous avons les recueils de déclarations attribuées à Mahomet (le hadith) et ses biographies anciennes, et avant tout celle d’Ibn Ishaq-Ibn Hicham (vers 830). Il faut la lire et se méfier des adaptations romancées et édulcorées. Or, ce qu’on y raconte comme hauts faits du Prophète et de ses compagnons ressemble beaucoup à ce que l’on a vu chez nous et à ce qui se passe à une bien plus grande échelle au Nigeria, sur le territoire de l’État islamique, ou ailleurs. Mahomet a en effet fait décapiter quelques centaines de prisonniers, torturer le trésorier d’une tribu juive vaincue pour lui faire avouer où est caché le magot (on pense au sort d’Ilan Halimi) et, ce qui ressemble fort à notre affaire, commandité les assassinats de trois chansonniers qui s’étaient moqués de lui. Il ne sert de rien de répéter «contextualiser! contextualiser!» Un crime reste un crime.
La figuration de Dieu dans le christianisme repose elle-même sur l’idée d’incarnation. Le Dieu chrétien n’est pas enfermé dans sa transcendance. On ne peut monter vers lui, mais il a voulu descendre vers nous. Il est d’une liberté tellement absolue qu’il peut, pour ainsi dire, transcender sa propre transcendance et se donner lui-même une figure visible en Jésus-Christ. Les icônes, tableaux, fresques, statues, etc., bref les neuf dixièmes de l’art plastique européen, sont, en divers styles, la petite monnaie de cette première entrée dans la visibilité. Quant à se moquer de lui une fois qu’il a pris le risque de prendre une figure humaine, cela a été fait depuis longtemps, et en abondance. Les caricatures de Charlie, et les autres, ne sont rien à côté de ce qu’a dû subir, en vrai, le Crucifié. Leurs tentatives pour blasphémer sont donc moins du scandaleux que du réchauffé. Il est en tout cas intéressant que l’on se moque dans ce cas, non des tortionnaires, mais de leur victime…
[«l’esprit Charlie» … héritier de Voltaire?] «Esprit» me semble un bien grand mot pour qualifier ce genre de ricanement et cette manie systématique, un peu obsessionnelle, de représenter, dans les dessins, des gens qui s’enculent… Voltaire savait au moins être léger quand il voulait être drôle. Ceci dit, Voltaire est pour moi, outre l’un des plus enragés antisémites qui fut, celui qui a fait deux fois embastiller La Beaumelle, qui avait osé critiquer son Siècle de Louis XIV. Plus que ses tragédies, c’est l’affaire Calas qui lui a permis de devenir un de nos totems. Elle n’était pas la seule erreur judiciaire de l’époque. Pourquoi Voltaire a-t-il choisi de s’y consacrer? Ses premières lettres, au moment où il apprend l’histoire, fin mars 1762, le montrent à l’évidence: parce qu’il voulait avant tout attaquer le christianisme. On se souvient du cas: un père protestant soupçonné d’avoir tué son fils qui aurait voulu se faire catholique. On pouvait donc gagner à coup sûr. Si le père Calas était coupable, honte au fanatisme protestant; s’il était innocent, haro sur le fanatisme catholique… Mais attaquer les vrais puissants, les riches fermiers généraux ou les souverains, comme le régent ou le roi, pas question. (…)  n’avons-nous rien d’autre à offrir à nos concitoyens, et en particulier aux musulmans, qu’«être Charlie»? Leur proposer, que dis-je, les sommer de s’identifier à cet irrespect crasseux comme résumant la France, n’est-ce pas les encourager dans le mépris de notre pays et dans le repli identitaire? J’aurais préféré qu’on défilât en scandant: «Je suis Descartes», «Je suis Cézanne», «Je suis Proust»,  Je suis Ravel»…
On a effectivement le droit de tout dire, sauf ce qui fâche… Appeler un chat un chat est devenu difficile. On préfère des euphémismes, au moyen de divers procédés, les sigles par exemple. On dira IVG pour ne pas dire «avortement», et GPA pour ne pas dire «location d’utérus», etc. Ou alors, on dilue en passant au pluriel: on dira «les religions» alors que tout le monde pense «l’islam». Ce n’est pas d’hier: on disait naguère «les idéologies» pour ne pas dire «le marxisme-léninisme». Rémi Brague
Faut-il oublier Averroès sous prétexte qu’il y a eu Ben Laden? À suivre un tel amalgame, il faudrait oublier le Christ sous prétexte qu’il y a eu Torquemada. Henri Pena Ruiz
À partir de 1195, Averroès, déjà suspect comme philosophe, est victime d’une campagne d’opinion qui vise à anéantir son prestige de cadi. Al-Mansûr sacrifie alors ses intellectuels à la pression des oulémas. Averroès est exilé en 1197 à Lucena, petite ville andalouse peuplée surtout de Juifs, en déclin depuis que les Almohades ont interdit toute religion autre que l’islam. Après un court exil d’un an et demi, il est rappelé au Maroc où il reçoit le pardon du sultan, mais n’est pas rétabli dans ses fonctions. Il meurt à Marrakech le 10 ou 11 décembre 1198 sans avoir revu l’Andalousie. La mort d’Al-Mansûr peu de temps après marque le début de la décadence de l’empire almohade. Suspecté d’hérésie, il n’aura pas de postérité en terre d’islam. Une part de son œuvre sera sauvée par des traducteurs juifs. Elle passera par les Juifs de Catalogne et d’Occitanie dans la scolastique latine. Wikipedia
Le sinistre Mostafa Pour-Mohammadi qui ne voulait pas rester dans l’ombre d’Ahmadienjad a rappelé à son public les noms que le saint Coran a employé pour qualifier les juifs : « des menteurs, des falsificateurs de Coran, des racistes, des déviants mentaux, des meurtriers, des bouchers, des corrompus, des fous à lier et des cupides… Iran-Resist
Juifs et musulmans pour moi, ça n’existe pas. Donc, antisémite n’existe pas, parce que juif n’existe pas. Ce sont deux notions aussi stupides l’une que l’autre. Personne n’est juif ou alors tout le monde … pour moi, les juifs, c’est une secte, une escroquerie. C’est une des plus graves parce que c’est la première. Certains musulmans prennent la même voie en ranimant des concepts comme « la guerre sainte » … Dieudonné (Lyon Capitale, 23 janvier 2002)

En dépit de l’emploi des termes « secte et escroquerie », le contexte de l’entretien en cause laisse apparaître qu’en critiquant d’autres religions en des propos également vifs, le prévenu a seulement manifesté son hostilité au principe même du fait religieux et qu’ainsi, les invectives proférées ne s’adressent pas à la communauté juive en tant que telle.
Tribunal correctionnel de Paris (30 juin 2004)
Replacés dans leur contexte, les termes « les juifs, c’est une secte, c’est une escroquerie » relèvent d’un débat théorique sur l’influence des religions et ne constituent pas une attaque dirigée contre la communauté juive en tant que communauté humaine ». Cour d’appel de Paris (9 février 2006)
Cohen , il a dit que j’avais un cerveau malade , alors tu vois , quand j’entends parler Patrick Cohen, je me dis les chambres à gaz… Dommage ! Dieudonné
Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l’UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n’est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! Siné
Les propos de Siné sur Jean Sarkozy et sa fiancée, outre qu’ils touchaient la vie privée, colportaient la fausse rumeur de sa conversion au judaïsme. Mais surtout ils pouvaient être interprétés comme faisant le lien entre la conversion au judaïsme et la réussite sociale et ce n’était ni acceptable ni défendable devant un tribunal. Philippe Val
Le département le plus pauvre et le plus jeune de France est confronté à une crise de vocation des enseignants. A la rentrée de septembre, quatre cent cinquante postes en école primaire étaient vacants. « Avant, on se bagarrait pour les créations de postes. Maintenant, on a les postes, mais ils sont vides », a expliqué Isabelle Guigon, de l’UNSA Education, lors d’une conférence de presse. A ce jour, trois cent vingt-deux contractuels ont été nommés et, face au mécontentement qui monte, notamment à Saint-Denis, la ministre de l’éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, a annoncé jeudi soir plusieurs mesures pour améliorer leur formation et les aider à remplir leur mission. Le Monde (07.11.2014)
Plus l’année avance, plus les exigences semblent baisser pour assurer la présence d’un adulte devant les classes et calmer les parents d’élèves.(…) Comme avec les autres remplaçants recalés au concours.(…) Le ministère reconnaît que la situation en Seine-Saint-Denis est tendue : 250 contractuels y ont été recrutés au mois de septembre. Il en manque encore. « Comme tous les services publics, nous avons un problème d’attractivité en Seine-Saint-Denis. Mais il faut relativiser, car 97 % de notre personnel est stable », explique Béatrice Gilles, la rectrice. Sur ce département, la hausse démographique cumulée au manque de postes et de candidats a créé une véritable thrombose. L’académie recrute mais sans vivier de professeurs formés, les remplaçants habituels étant déjà tous en poste. Pour faire face à cette pénurie, elle fait appel à des adultes sélectionnés par Pôle emploi, pour des contrats à l’année à 1 699,31 euros brut par mois ou des vacations à 20,64 euros de l’heure. Pour la première fois, l’académie a tenu un stand au dernier Forum pour l’emploi des jeunes le 7 octobre au Stade de France. « Depuis trois ans, les dotations augmentent mais on ne fait que courir après la hausse du nombre d’enfants et les créations de classes. On a installé une situation de crise permanente », dénonce Rachel Schneider, responsable départementale du SNUipp-FSU. La crise est encore plus aiguë à Saint-Denis, banlieue qui pâtirait d’une « mauvaise réputation ». Le Monde
La race juive est une race maudite par Allah ! Beaucoup de savants de l’islam le disent. Elève de terminale Lettres (Lycée Averroès)
Oui, ce prophète caricaturé, insulté, moqué, mais surtout ignoré, est aussi Charlie aujourd’hui, n’en déplaise à un grand nombre de musulmans qui trouveront peut-être ce propos déplacé ou naïf, voire insultant, surtout de la part de quelqu’un qui se réclame comme eux de la culture islamique. Oui, j’ose le dire, comme le très beau dessin de Luz le suggère avec tendresse et intelligence : le prophète de l’islam, Mohamed, pleure avec nous toutes les victimes innocentes de la barbarie et de l’ignorance, et demande à Allah le pardon pour les nombreuses brebis égarées se réclamant de sa religion alors qu’elles n’ont toujours pas compris l’essentiel de son message. Soufiane Zitouni
Ces jeunes étaient avant tout Français et ont grandi sur le territoire de la République. En déplaçant le débat sur le terrain religieux, certains ne font que servir la soupe aux populistes et aux islamophobes de tout bord. D’autant que notre démocratie est en train de payer le prix de cette liberté d’expression à géométrie variable qui s’applique au gré des intérêts économiques et politiques de nos oligarques. Je m’étonne, par ailleurs, qu’on n’ait dit mot sur cette recrudescence tangible, au lendemain de l’affaire « Charlie Hebdo », des actes islamophobes et, plus largement, sur cette islamophobie galopante et banalisée dans le discours médiatique, qui se répand dans la société au rythme des images défilant sur nos écrans et qui contribue chaque jour à alimenter les peurs et le rejet de l’autre. Ces partis populistes qui dénigrent en permanence les musulmans sous couvert d’une laïcité dénaturée et bien loin des idéaux défendus par Aristide Briand et Jean Jaurès, n’ont-ils pas aussi une part de responsabilité dans cet attentat ? Ne sommes-nous pas aussi en train de payer le prix de la politique étrangère de la France qui s’ingère avec toute l’arrogance et la cupidité qui l’animent en Afrique et au Proche-Orient ? Sans parler de la question du chômage et du problème de l’éducation. Ne faudrait-il pas construire un nouveau Nous et faire cause commune pour relever les défis de notre époque plutôt que de fabriquer un bouc-émissaire sur lequel chacun va fixer ses peurs et ses angoisses ? Émile Zola affirmait avec éloquence : « À force de montrer au peuple un épouvantail, on crée le monstre réel. » Ces trois jeunes ne sont-ils pas, au fond, le produit de notre société ? Réduire donc cette affaire à une question religieuse ou un problème d’humour en tranchant à coup d’aphorismes prophétiques mal compris est simpliste, voire fallacieux. (…) Pour terminer, les musulmans n’ont bien entendu aucun problème avec l’humour, ni ne sont paranoïaques ; il s’agit plus d’un mépris de la bassesse. Et le prophète, contrairement aux justifications de mon collègue, n’aurait accordé aucun crédit, ni aucune attention à l’humour de « Charlie Hebdo » qui concourt, chaque jour, à la banalisation des actes racistes. Il cueillait la beauté là où elle reflétait le Juste. « Charlie » cultive l’abject ; le prophète, lui, célébrait le beau. Il aurait sans doute honoré la beauté qui émane de la musique de Schubert, de la peinture hollandaise ou de la poésie baudelairienne. Mais à « Charlie », il aurait tourné le dos. Car la liberté n’a de sens que dans un cadre. C’est un sujet classique en philo, pourtant. Si l’humour de « Charlie Hebdo » ne me fait pas rire, il ne faut pas m’en tenir rigueur, car je ne souris qu’à la beauté… et chaque sourire qui se dessine sur mon visage n’aspire qu’à être le reflet du beau. Je ne partage pas les idées de mon cher collègue mais, qu’il s’en assure, je me battrais pour qu’il puisse les exprimer. En salle des profs, notamment !  Sofiane Meziani
Le 20 janvier, un professeur du lycée, proche des frères Tariq et Hani Ramadan, publia une sorte de «réplique» sur le site «L’Obs Le plus». Dans cette tribune, il incrimina mon manque de raison, et tira à boulets rouges sur Charlie Hebdo en affirmant que ce journal «cultive l’abject» et qu’il «concourt, chaque jour, à la banalisation des actes racistes» (sic). Voilà donc ce que pensait un «représentant» du lycée Averroès d’un journal qui venait d’être attaqué tragiquement par des terroristes au nom d’Al Qaeda ! Pas étonnant alors que certains de mes élèves m’aient affirmé en cours que les caricaturistes de Charlie Hebdo assassinés l’avaient bien cherché, voire mérité… Et évidemment, nombre d’élèves me tiendront exactement le même discours que mon «contradicteur» : «vous n’auriez jamais dû écrire dans la presse que le Prophète est aussi Charlie !», «c’est un blasphème !», «vous léchez les pieds des ennemis de l’islam !», etc. (…) Pendant mes cours de philosophie avec mes quatre classes de terminale, les désillusions ont continué. Tout d’abord, le thème récurrent et obsessionnel des Juifs… En plus de vingt années de carrière en milieu scolaire, je n’ai jamais entendu autant de propos antisémites de la bouche d’élèves dans un lycée ! Une élève de terminale Lettres osa me soutenir un jour que «la race juive est une race maudite par Allah ! Beaucoup de savants de l’islam le disent !» Après un moment de totale sidération face à tant de bêtise, j’ai rétorqué à l’adresse de cette élève et de toute sa classe que le Prophète de l’islam lui-même n’était ni raciste, ni antisémite, et que de nombreux textes de la tradition islamique le prouvaient clairement. Dans une classe de terminale ES, un élève au profil de leader, m’a soutenu un jour en arborant un large sourire de connivence avec un certain nombre de ses camarades, que les Juifs dominent tous les médias français et que la cabale contre l’islam en France est orchestrée par ce lobby juif très puissant. Et j’ai eu beau essayer de démonter rationnellement cette théorie du complot sulfureuse, rien n’y a fait, c’était entendu : les Juifs sont les ennemis des musulmans, un point c’est tout ! Cet antisémitisme quasi «culturel» de nombre d’élèves du lycée Averroès s’est même manifesté un jour que je commençais un cours sur le philosophe Spinoza : l’un d’entre eux m’a carrément demandé pourquoi j’avais précisé dans mon introduction que ce philosophe était juif ! En sous-entendant, vous l’aurez compris, que le signifiant «juif» lui-même lui posait problème ! Autre cause de grosses tensions avec mes élèves : ma prétendue non-orthodoxie islamique ! Car évidemment, en tant que professeur de philosophie de culture islamique travaillant dans un lycée musulman, il m’arrivait régulièrement d’établir des passerelles entre mon cours et certains passages du Coran ou de la Sunna (un ensemble d’histoires relatant des propos et des actes du Prophète). Mais j’ai été agressé verbalement par des élèves qui considéraient que je n’avais aucune légitimité pour leur parler de la religion islamique, et de surcroît dans un cours de philosophie ! J’avais beau leur dire que c’était précisément la grande idée du philosophe Averroès que de considérer qu’il ne pouvait y avoir de contradiction entre la vérité philosophique et la vérité coranique, rien n’y faisait. Et puis il y avait les thèmes et les mots tabous… La théorie darwinienne de l’évolution ? Le Coran ne dit pas cela, donc cette théorie est fausse ! J’avais beau me référer au livre de l’astrophysicien Nidhal Guessoum, Réconcilier l’islam et la science moderne dont le sous-titre est justement l’Esprit d’Averroès ! [Aux Presses de la Renaissance, ndlr], qui affirme avec de très solides arguments scientifiques et théologiques que la théorie de l’évolution est non seulement compatible avec le Coran, mais que plusieurs versets coraniques vont dans son sens, rien n’y faisait non plus. Le mot «sexe» lui-même pouvait être tabou. Un jour, une élève (voilée) qui s’était proposée pour lire un texte de Freud, refusa de prononcer le mot «sexe» à chacune de ses occurrences dans l’extrait concerné, et c’est la même élève qui refusa lors d’un autre cours de s’asseoir à côté d’un garçon alors qu’il n’y avait pas d’autre place possible pour elle dans la salle où nous nous trouvions ! J’ai dû alors lui rappeler fermement que la mixité dans l’enseignement français était un principe intangible et non négociable. Enfin, combien d’élèves du lycée n’ai-je pas entendu encenser, défendre, soutenir Dieudonné ! Avec toujours cette même rengaine, comme répétée par des perroquets bien dressés : pourquoi permet-on à Charlie Hebdo d’insulter notre Prophète alors qu’on interdit à Dieudonné de faire de l’humour sur les Juifs ? Je peux vous parler aussi de la salle des professeurs du lycée Averroès, où des collègues musulmans pratiquants font leurs ablutions dans les toilettes communes, donc en lavant leurs pieds dans les lavabos communs, et où la prière peut être pratiquée à côté de la machine à café… Quid des collègues non musulmans (il y en a quelques-uns) qui aimeraient peut-être disposer d’un espace neutre, d’un espace non religieux, le temps de leur pause ? En réalité, le lycée Averroès est un territoire «musulman» sous contrat avec L’Etat… D’ailleurs, certains collègues musulmans masculins se sont permis de faire des remarques sur des tenues vestimentaires de collègues féminines non musulmanes, sous prétexte qu’elles n’étaient pas conformes à l’éthique du lycée ! Et l’une de ces collègues féminines non musulmane m’a dit un jour également qu’elle ne se sentait pas «légitime» (sic) dans le regard de ses élèves, parce qu’elle n’était pas musulmane précisément… Je ne pouvais donc plus cautionner ce qui se passe réellement dans les murs de ce lycée, hors caméras des médias et derrière la vitrine officielle, même si je sais pertinemment que les adultes y travaillant et les élèves ne sont pas tous antisémites et sectaires. Mais, j’ai fini par comprendre au bout de cinq mois éprouvants dans cet établissement musulman sous contrat avec l’Etat français (mon véritable employeur en tant que professeur certifié), que les responsables de ce lycée jouent un double jeu avec notre République laïque : d’un côté montrer patte blanche dans les médias pour bénéficier d’une bonne image dans l’opinion publique et ainsi continuer à profiter des gros avantages de son contrat avec l’Etat, et d’un autre côté, diffuser de manière sournoise et pernicieuse une conception de l’islam qui n’est autre que l’islamisme, c’est-à-dire, un mélange malsain et dangereux de religion et de politique. Enfin, last but not least, il y a ce propos entendu de la bouche même d’un responsable du lycée, lors d’un discours prononcé à l’occasion d’une remise des diplômes à l’américaine aux bacheliers du lycée de la session 2014, en présence de deux «mécènes» du Qatar : «Un jour, il y aura aussi des filles voilées dans les écoles publiques françaises !» Un programme politique ? Soufiane Zitouni

Attention: un double langage peut en cacher un autre !

Discours d’excuse de la violence, accusations de blasphème, thème récurrent et obsessionnel des Juifs, propos antisémites, théories du complot sioniste, refus de travailler sur des textes d’auteurs juifs, rejet de tout discours sur l’islam autre que de la part d’autorités légitimes, thèmes et mots tabous (théorie darwinienne de l’évolution, « sexe »), refus de la mixité hommes-femmes,  soutien de Dieudonné au nom même des lois  liberticides qui le condamnent, accaparement religieux et rituel de l’espace,  pressions vestimentaires, double langage, financements qataris …

Alors qu’un mois après les attentats de Charlie hebdo et de l’Hypercacher comme du « sursaut républicain » nous sommant de nous identifier à notre tour, derrière la nécessaire critique, à la déconstruction nihiliste et pipi caca de tout ce qui nous reste de valeurs ...

Et six mois après le prétendu rétablissement du califat par l’Etat islamique en Irak et la barbarie que l’on sait …

L’on attend toujours la protestation massive de musulmans occidentaux pourtant si rapides à dénoncer drapeau noir à l’appui la violence d’un Israël exerçant, face aux bombardements incessants du Hamas, son simple droit à l’autodéfense …

Pendant que, ne s’étant toujours pas résolu à prononcer le nom de l’ennemi, le prétendu chef du Monde libre n’a même pas pris la peine de se joindre ni à la Marche de Paris contre le terrorisme ni au 70e anniversaire de la libération d’Auschwitz

Et que dans les zones dites sensibles, on n’arrive plus à trouver de professeurs …

Comment au lendemain de la polémique suscitée par la tribune puis la démission d’un professeur de philosophie du seul lycée musulman de France …

Et ses révélations sur le climat réel dudit lycée et ses financements

Ne pas reconnaitre nombre de choses et attitudes depuis longtemps entendues ou vécues …

Mais, politiquement correct oblige, le plus souvent atténuées ou tues autour de nous ?

Mais comment aussi hélas contre l’affirmation bien intentionnée du professeur assurant tout anachronisme mis à part …

Que « le Prophète de l’islam lui-même n’était ni raciste, ni antisémite, et que de nombreux textes de la tradition islamique le prouvent clairement » …

Ne pas accorder à l’une de ses élèves le mérite au moins de la franchise lorsqu’elle soutient au contraire …

Que « beaucoup de savants de l’islam disent que la race juive est une race maudite par Allah » ?

Et surtout ne pas voir derrière la vulgarité hélas obscurcissante de Charlie hebdo

Le vrai problème, à l’instar de ce qui a été fait par les traditions tant juive que chrétienne, de la critique nécessaire …

De textes appelant explicitement – pourquoi continuer à le cacher ? – à la violence et au rejet de l’infidèle ?

TRIBUNE
Pourquoi j’ai démissionné du lycée Averroès
Soufiane Zitouni raconte ses difficultés suite à la publication de sa tribune intitulée «Le Prophète est aussi Charlie», ainsi que son quotidien durant les cinq mois passés au sein de ce lycée.
Soufiane ZITOUNI (Ancien professeur de philosophie au lycée Averroès à Lille)
Libération
5 février 2015

Depuis la rentrée 2014, Soufiane Zitouni enseigne au lycée Averroès, établissement privé musulman, sous contrat avec l’Etat, situé à Lille. Le 15 janvier, il publiait dans Libération une tribune intitulée «Le Prophète est aussi Charlie» dans laquelle il concluait «le prophète de l’islam, Mohamed, pleure avec nous toutes les victimes innocentes de la barbarie et de l’ignorance, et demande à Allah le pardon pour les nombreuses brebis égarées se réclamant de sa religion alors qu’elles n’ont toujours pas compris l’essentiel de son message.»

Il raconte ici ses difficultés suite à la publication de ce texte, ainsi que son quotidien durant les cinq mois passés au sein de ce lycée. Depuis deux semaines, démissionnaire de son poste, Soufiane Zitouni est en arrêt maladie. D’origine algérienne, il se réclame du soufisme, un courant ésotérique de l’islam moins attaché au caractère prescriptif de la religion, privilégiant une voie intérieure. Pendant une vingtaine d’années, il a enseigné dans des établissements catholiques et souhaite favoriser le dialogue interreligieux, tout en prônant un Islam plus ouvert et fraternel.

Depuis la publication de mon texte intitulé «Aujourd’hui, le Prophète est aussi Charlie» dans Libération le 15 janvier, il y a eu quelques «rebonds» dans ma vie, et certains d’entre eux, très négatifs, m’ont mené à démissionner du lycée musulman Averroès de Lille, lycée sous contrat avec l’Etat où j’ai tenté d’exercer durant cinq mois éprouvants mon métier de professeur de philosophie.

J’ai reçu de nombreux soutiens et remerciements après la publication de ce texte, certains m’ont même parlé de «courage». Mais pour moi, prendre la plume pour faire entendre ma voix en tant que citoyen français de culture islamique après les horribles attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher était surtout de l’ordre du devoir. Or, le jour même de la publication de ce texte, un proche de la direction de mon lycée vint m’interrompre en plein cours pour me dire en catimini dans le couloir attenant à ma classe : «Il est très bien ton texte, je suis d’accord avec toi sur le problème des musulmans qui manquent d’humour et de recul par rapport à leur religion, mais tu dois savoir que tu vas te faire beaucoup d’ennemis ici, et je te conseille de regarder derrière toi quand tu marcheras dans la rue…».

Par la suite, un enseignant décida d’afficher une photocopie de mon texte en salle des professeurs. Bien mal lui en prit ! Ma pauvre tribune libre sera retirée plusieurs fois du tableau d’affichage «Vie de l’établissement» par des collègues musulmans furieux qui crieront au sacrilège ! Puis le 20 janvier, un professeur du lycée, proche des frères Tariq et Hani Ramadan, publia une sorte de «réplique» sur le site «L’Obs Le plus». Dans cette tribune, il incrimina mon manque de raison, et tira à boulets rouges sur Charlie Hebdo en affirmant que ce journal «cultive l’abject» et qu’il «concourt, chaque jour, à la banalisation des actes racistes» (sic). Voilà donc ce que pensait un «représentant» du lycée Averroès d’un journal qui venait d’être attaqué tragiquement par des terroristes au nom d’Al Qaeda ! Pas étonnant alors que certains de mes élèves m’aient affirmé en cours que les caricaturistes de Charlie Hebdo assassinés l’avaient bien cherché, voire mérité… Et évidemment, nombre d’élèves me tiendront exactement le même discours que mon «contradicteur» : «vous n’auriez jamais dû écrire dans la presse que le Prophète est aussi Charlie !», «c’est un blasphème !», «vous léchez les pieds des ennemis de l’islam !», etc. Ce texte sera ensuite affiché à côté du mien en salle des professeurs, par souci du «débat démocratique», a-t-on essayé de me faire croire…

J’ai commencé à enseigner la philosophie au lycée Averroès en septembre 2014. Bien qu’on m’ait prévenu que cet établissement était lié à l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF), réputée proche de l’idéologie de Frères Musulmans, j’ai tout de même voulu tenter cette expérience en espérant pouvoir travailler dans l’esprit du grand philosophe Averroès, et donc contribuer, à ma mesure, au développement sur notre territoire national d’un islam éclairé par la raison, comme le philosophe andalou du XIIe siècle a tenté de le faire lui-même de son vivant. Mais en cinq mois de travail dans ce lycée, mon inquiétude et ma perplexité n’ont fait que s’accroître jusqu’à l’épilogue que fut cette réaction incroyable à un texte dont le tort principal aux yeux de mes détracteurs était sans doute d’être intitulé : «Aujourd’hui, le Prophète est aussi Charlie»…

Pour vous donner une première idée de l’illusion qui fait office d’image positive dans la vitrine publique de ce lycée, je vais vous relater ma première mauvaise surprise : la direction m’a confié des élèves de seconde pour deux heures hebdomadaires d’enseignement d’exploration en «Littérature et Société», alors en tant que professeur de philosophie, j’ai décidé de travailler avec eux sur un projet que j’ai nommé «L’esprit d’Averroès» afin de leur faire découvrir celui qui a donné son nom à leur lycée. Mais quelle n’a pas été ma surprise de constater que sur les rayons du CDI de cet établissement, il n’y avait ni livres du philosophe andalou, ni livres sur lui ! En revanche, j’y ai trouvé des ouvrages des frères Ramadan, très prisés dans ce lycée… J’ai dû alors me rabattre sur des bibliothèques municipales de Lille pour pouvoir commencer mon travail.

Pendant mes cours de philosophie avec mes quatre classes de terminale, les désillusions ont continué. Tout d’abord, le thème récurrent et obsessionnel des Juifs… En plus de vingt années de carrière en milieu scolaire, je n’ai jamais entendu autant de propos antisémites de la bouche d’élèves dans un lycée ! Une élève de terminale Lettres osa me soutenir un jour que «la race juive est une race maudite par Allah ! Beaucoup de savants de l’islam le disent !» Après un moment de totale sidération face à tant de bêtise, j’ai rétorqué à l’adresse de cette élève et de toute sa classe que le Prophète de l’islam lui-même n’était ni raciste, ni antisémite, et que de nombreux textes de la tradition islamique le prouvaient clairement. Dans une classe de terminale ES, un élève au profil de leader, m’a soutenu un jour en arborant un large sourire de connivence avec un certain nombre de ses camarades, que les Juifs dominent tous les médias français et que la cabale contre l’islam en France est orchestrée par ce lobby juif très puissant. Et j’ai eu beau essayer de démonter rationnellement cette théorie du complot sulfureuse, rien n’y a fait, c’était entendu : les Juifs sont les ennemis des musulmans, un point c’est tout ! Cet antisémitisme quasi «culturel» de nombre d’élèves du lycée Averroès s’est même manifesté un jour que je commençais un cours sur le philosophe Spinoza : l’un d’entre eux m’a carrément demandé pourquoi j’avais précisé dans mon introduction que ce philosophe était juif ! En sous-entendant, vous l’aurez compris, que le signifiant «juif» lui-même lui posait problème !

Autre cause de grosses tensions avec mes élèves : ma prétendue non-orthodoxie islamique ! Car évidemment, en tant que professeur de philosophie de culture islamique travaillant dans un lycée musulman, il m’arrivait régulièrement d’établir des passerelles entre mon cours et certains passages du Coran ou de la Sunna (un ensemble d’histoires relatant des propos et des actes du Prophète). Mais j’ai été agressé verbalement par des élèves qui considéraient que je n’avais aucune légitimité pour leur parler de la religion islamique, et de surcroît dans un cours de philosophie ! J’avais beau leur dire que c’était précisément la grande idée du philosophe Averroès que de considérer qu’il ne pouvait y avoir de contradiction entre la vérité philosophique et la vérité coranique, rien n’y faisait.

Et puis il y avait les thèmes et les mots tabous… La théorie darwinienne de l’évolution ? Le Coran ne dit pas cela, donc cette théorie est fausse ! J’avais beau me référer au livre de l’astrophysicien Nidhal Guessoum, Réconcilier l’islam et la science moderne dont le sous-titre est justement l’Esprit d’Averroès ! [Aux Presses de la Renaissance, ndlr], qui affirme avec de très solides arguments scientifiques et théologiques que la théorie de l’évolution est non seulement compatible avec le Coran, mais que plusieurs versets coraniques vont dans son sens, rien n’y faisait non plus.

Le mot «sexe» lui-même pouvait être tabou. Un jour, une élève (voilée) qui s’était proposée pour lire un texte de Freud, refusa de prononcer le mot «sexe» à chacune de ses occurrences dans l’extrait concerné, et c’est la même élève qui refusa lors d’un autre cours de s’asseoir à côté d’un garçon alors qu’il n’y avait pas d’autre place possible pour elle dans la salle où nous nous trouvions ! J’ai dû alors lui rappeler fermement que la mixité dans l’enseignement français était un principe intangible et non négociable. Enfin, combien d’élèves du lycée n’ai-je pas entendu encenser, défendre, soutenir Dieudonné ! Avec toujours cette même rengaine, comme répétée par des perroquets bien dressés : pourquoi permet-on à Charlie Hebdo d’insulter notre Prophète alors qu’on interdit à Dieudonné de faire de l’humour sur les Juifs ?

Je peux vous parler aussi de la salle des professeurs du lycée Averroès, où des collègues musulmans pratiquants font leurs ablutions dans les toilettes communes, donc en lavant leurs pieds dans les lavabos communs, et où la prière peut être pratiquée à côté de la machine à café… Quid des collègues non musulmans (il y en a quelques-uns) qui aimeraient peut-être disposer d’un espace neutre, d’un espace non religieux, le temps de leur pause ?

En réalité, le lycée Averroès est un territoire «musulman» sous contrat avec L’Etat… D’ailleurs, certains collègues musulmans masculins se sont permis de faire des remarques sur des tenues vestimentaires de collègues féminines non musulmanes, sous prétexte qu’elles n’étaient pas conformes à l’éthique du lycée ! Et l’une de ces collègues féminines non musulmane m’a dit un jour également qu’elle ne se sentait pas «légitime» (sic) dans le regard de ses élèves, parce qu’elle n’était pas musulmane précisément…

Je ne pouvais donc plus cautionner ce qui se passe réellement dans les murs de ce lycée, hors caméras des médias et derrière la vitrine officielle, même si je sais pertinemment que les adultes y travaillant et les élèves ne sont pas tous antisémites et sectaires. Mais, j’ai fini par comprendre au bout de cinq mois éprouvants dans cet établissement musulman sous contrat avec l’Etat français (mon véritable employeur en tant que professeur certifié), que les responsables de ce lycée jouent un double jeu avec notre République laïque : d’un côté montrer patte blanche dans les médias pour bénéficier d’une bonne image dans l’opinion publique et ainsi continuer à profiter des gros avantages de son contrat avec l’Etat, et d’un autre côté, diffuser de manière sournoise et pernicieuse une conception de l’islam qui n’est autre que l’islamisme, c’est-à-dire, un mélange malsain et dangereux de religion et de politique.

Enfin, last but not least, il y a ce propos entendu de la bouche même d’un responsable du lycée, lors d’un discours prononcé à l’occasion d’une remise des diplômes à l’américaine aux bacheliers du lycée de la session 2014, en présence de deux «mécènes» du Qatar : «Un jour, il y aura aussi des filles voilées dans les écoles publiques françaises !» Un programme politique ?
Soufiane ZITOUNI (Ancien professeur de philosophie au lycée Averroès à Lille)

Voir aussi:

TRIBUNE
Aujourd’hui, le Prophète est aussi «Charlie»
Soufiane ZITOUNI Professeur de philosophie au lycée Averroès à Lille
Libération
14 janvier 2015

Voici une tradition prophétique islamique (hadith) que j’aime raconter à mes élèves de terminale : un jour, un compagnon du prophète Mohamed surprend celui-ci en train de pleurer, et lui demande la raison de ces larmes qui lui fendent le cœur. Le Prophète lui répond alors entre deux sanglots : «J’ai vu que dans le futur j’allais devoir témoigner contre ma propre communauté.» Et je pose ensuite cette question à mes élèves : «Ce futur sur lequel pleurait le Prophète de l’islam, n’est-ce pas notre propre époque ?»

Je veux témoigner dans Libération (journal pour lequel j’ai travaillé dans les années 80 à Lyon au côté de Philippe Lançon que je salue affectueusement et auquel je souhaite un prompt rétablissement), de mon vécu propre des événements tragiques de ces derniers jours, en tant que citoyen français d’abord, et de culture musulmane ensuite. Oui, c’est bel et bien en tant que citoyen français qu’il me faut réagir aujourd’hui, et non pas en tant que membre d’une communauté religieuse (nécessairement hétérogène d’ailleurs, donc imaginaire, irréelle…), d’un mouvement politique, d’un courant d’idée, etc.

J’ai raconté ce hadith mardi à une classe de terminale dans laquelle les élèves sont majoritairement musulmans, et où il y a des filles voilées et d’autres non voilées. Je leur ai raconté cette histoire en ayant à l’esprit la une du Charlie Hebdo, renaissant de ses cendres, révélée par les médias la veille de sa sortie, mais aussi un dessin de Cabu tellement juste et si peu compris par beaucoup de musulmans, malheureusement, montrant un prophète de l’islam en colère s’exclamant : «C’est dur d’être aimé par des cons !» J’atteste ici en tant que citoyen français de culture musulmane de l’authenticité de ce hadith relayé par Cabu, paix à son âme ! Et je brandis en même temps une pancarte avec écrit dessus en lettres capitales : «Humour !»

Depuis quelque temps, et surtout depuis ces horribles meurtres d’innocents commis par des fous furieux criant «Allah est le plus grand !» ou «Le prophète Mohamed a été vengé !», je me demande si beaucoup de musulmans n’ont pas un énorme problème avec l’humour. Et j’ai repensé à un livre du psychanalyste François Roustang, qui m’avait beaucoup intéressé lors de sa sortie, intitulé Comment faire rire un paranoïaque ? François Roustang y explique que nous avons tous en nous un paranoïaque qui a besoin d’ennemis identifiés pour se rassurer quant à son identité propre, parce que ses ennemis lui servent de «limites» ou de «bornes» (qu’il n’a pas pu se constituer lui-même) lui permettant imaginairement de ne pas se diluer en un chaos angoissant. Et François Roustang ajoute que ce paranoïaque en nous, manque cruellement d’humour. Parce que ne plus prendre au sérieux sa propre paranoïa, ses «ennemis certains», ce serait renoncer à son identité imaginaire aussi consistante qu’un ectoplasme. Pourtant, commencer à rire de sa propre folie est le début de la guérison nous révèle aussi Roustang dans son très bon livre tragiquement d’actualité.

Pourquoi tant de musulmans manquent aussi cruellement d’humour, de recul, de sérénité dès que l’on touche à un tabou, un dogme, un interdit auquel ils sont jalousement attachés ? Prenons l’exemple de l’interdiction de la représentation du Prophète. Un sacré tabou au sein de l’islam ! Mais un tabou indéboulonnable vraiment ? J’ai été très proche un temps d’une confrérie soufie, la Tariqa Alawiya, dont le guide spirituel vivant en France est le cheikh Khaled Bentounès. En 2009, à l’occasion du centenaire de cette confrérie, le cheikh Bentounès a édité un bel album, d’une grande richesse iconographique, dans lequel il a osé publier des miniatures persanes représentant le prophète Mohamed, en considérant sereinement que ces représentations faisaient partie du patrimoine de l’islam, et qu’il n’y avait pas toujours eu, dans l’histoire de cette religion, un consensus des savants musulmans quant à l’interdiction de ce type de représentation. Comme il fallait s’y attendre, une polémique violente a immédiatement éclaté dans la presse algérienne, provoquée par deux institutions islamiques de poids, le Haut Conseil islamique et l’Association des oulémas, celle-là même qui combattit avec acharnement les confréries soufies du temps de la colonisation française en les accusant de superstitions non conformes à la charia et d’accointances coupables avec l’envahisseur. Ces mêmes institutions islamiques ont aussi accusé le cheikh Bentounès d’avoir associé dans son album commémoratif le sceau de l’émir Abdelkader à l’étoile de David, symbole du sionisme selon eux, alors qu’il ne faisait que reprendre le symbolisme profond et commun à l’islam et au judaïsme du sceau de Salomon. Mais l’ignorance de ces prétendus «savants» de l’islam (ouléma veut dire «savant» en arabe) nous aura permis au moins de découvrir avec enchantement dans la même presse algérienne, et cela grâce à la pugnacité du cheikh Bentounès, que nombre d’édifices musulmans en Algérie recèlent dans leur architecture ou leur mobilier ce «symbole du sionisme».

Est-ce à dire, alors, que la connaissance serait sœur de l’humour ? A cette question, je réponds sans hésitation, oui ! Ils sont risibles ces pseudo-savants de l’islam qui connaissent si mal leur religion et son patrimoine universel ! Mais ils sont risibles tant qu’ils ne passent pas au stade de la kalachnikov ou de l’attentat dit «kamikaze» pour répondre à ceux qu’ils perçoivent comme des ennemis de l’islam. Rappelons-nous que le prophète Mohamed lui-même disait que «l’encre du savant est plus précieuse que le sang du martyr».

Alors oui, ce prophète caricaturé, insulté, moqué, mais surtout ignoré, est aussi Charlie aujourd’hui, n’en déplaise à un grand nombre de musulmans qui trouveront peut-être ce propos déplacé ou naïf, voire insultant, surtout de la part de quelqu’un qui se réclame comme eux de la culture islamique. Oui, j’ose le dire, comme le très beau dessin de Luz le suggère avec tendresse et intelligence : le prophète de l’islam, Mohamed, pleure avec nous toutes les victimes innocentes de la barbarie et de l’ignorance, et demande à Allah le pardon pour les nombreuses brebis égarées se réclamant de sa religion alors qu’elles n’ont toujours pas compris l’essentiel de son message.

Soufiane ZITOUNI Professeur de philosophie au lycée Averroès à Lille

Voir encore:

« Charlie Hebdo »: le problème n’est pas religieux. Stigmatiser les musulmans est une erreur
Après l’attentat de « Charlie Hebdo » et la prise d’otages de la Porte de Vincennes, des voix se sont élevées contre les musulmans, allant parfois même absurdement les sommer de se désolidariser de ces actes. Pour Sofiane Meziani, professeur et membre du Collectif des musulmans de France, à culturaliser le problème, on a évité de regarder la réalité en face.
Édité par Henri Rouillier
Sofiane Meziani
Professeur d’éthique
LE PLUS/Le Nouvel Obs
20-01-2015

Mon cher collègue, professeur de philosophie, a récemment publié sur « Libération » une tribune intitulée « Aujourd’hui, le prophète est aussi ‘Charlie' », dans laquelle il exprime avec une émotion échappant parfois à sa plume son indignation à l’encontre de cette « majorité de musulmans » – à l’intérieur de laquelle je m’inscris – qui, à ses yeux, manque d’humour et, plus encore, de connaissance.

Quand l’émotion parle, la raison se tait

J’ai d’abord été surpris car je n’ai repéré à aucun moment la marque, l’empreinte du philosophe. Il a parlé de ses élèves en évoquant un hadith qui n’existe pas dans les termes cités, de cheikh Bentounès, de Roustang, de son contentieux avec certaines institutions islamiques sans compter cette longue parenthèse qu’il consacre à son ancien collègue de « Libération », mais mon très cher collègue n’a pas, à mon grand étonnement, abordé le fond du problème. Quand l’émotion parle, la raison se tait.

Je m’étonne de voir mon collègue qui enseigne Kant et Hegel emprunter un tel raccourci en réduisant la « majorité des musulmans » à des paranoïaques et surtout en qualifiant certaines autorités religieuses de pseudo-savants risibles.

Qui ne le connaît pas dirait qu’il prétend détenir le monopole de la compréhension de l’islam. Qui ne le connaît pas dirait que ce professeur de philo a peut-être vécu l’expérience de l’ascension ; qu’il est parvenu à contempler le monde des idées et à s’imprégner de la Lumière véritable, cette Lumière si douce, si éclatante, si pénétrante qu’il tente de répandre dans l’obscurité de la caverne où de nombreux musulmans grincheux, installés confortablement dans leur ignorance, prennent leurs illusions pour des réalités.

Qui ne le connaît pas dirait qu’il est sans doute un poète incompris, cet Albatros, géant maître des cieux, qui une fois au sol parmi les « brebis égarées » s’attire la foudre d’un public peinant à s’affranchir de sa piteuse condition : « Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule ! / Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid ! »

Qui ne le connaît pas dirait, tout simplement, qu’il prend la communauté musulmane de haut. Mais moi je le connais et ne doute point de son humilité. Je le salue au passage.

La communauté musulmane est la principale victime de ces attentats

Cela dit, ce que je regrette, c’est le manque de nuance dans certains discours qui, très vite, trop vite, tendent à culturaliser le problème. Bien entendu, je me suis profondément indigné devant le crime porté contre « Charlie Hebdo ». Non pas en tant que musulman ou citoyen français, mais, tout simplement, en tant que membre du corps de l’humanité. L’indignation, néanmoins, est la seule chose que je partage dans certains discours. Et ce, pour plusieurs raisons.

Sans violence, certes, mais avec non moins d’incompréhension que celle qui guidait les trois individus à l’origine des attentats contre « Charlie Hebdo », les discours en question nous prennent intellectuellement en otages, nous les musulmans, en nous réduisant à la folie de ces « fous furieux », parce que nous n’aurions pas d’humour ou, plutôt, parce que nous ne partageons pas leurs humours.

Je regrette parfois le ton dogmatique de certains propos. Je ne crois pas qu’on résoudra le problème en l’essentialisant et, surtout, en stigmatisant systématiquement la communauté musulmane qui, au fond, est la principale victime de ces crimes. Évitons les raccourcis et empruntons, plutôt, les chemins longs de l’analyse, et partant, renouons avec la culture de la complexification.

Il ne faut pas déplacer le débat sur le terrain religieux

On ne bâtit pas une société à coups d’humeur volatile ou de slogans, « Charlie ou pas Charlie », dénués de sens. Je refuse cette lecture simpliste et binaire du problème et me défends de me positionner selon le ton et les termes du débat qui nous ont été imposés.

Je crois qu’il faut dans un premier temps s’affranchir du type de discours qu’on veut nous définir. Comme s’il n’y avait qu’une seule façon de condamner et de se positionner. Il ne faut donc pas tomber dans le piège de la simplification. Gardons la nuance car il ne s’agit pas seulement d’être pour ou contre. Et plutôt que de coller trop facilement une étiquette culturelle sur le crime, il serait plus pertinent de risquer une réflexion en amont pour tenter de comprendre les causes qui conduisent certains jeunes citoyens français à trouver leurs repères dans la violence.

Ces jeunes étaient avant tout Français et ont grandi sur le territoire de la République. En déplaçant le débat sur le terrain religieux, certains ne font que servir la soupe aux populistes et aux islamophobes de tout bord. D’autant que notre démocratie est en train de payer le prix de cette liberté d’expression à géométrie variable qui s’applique au gré des intérêts économiques et politiques de nos oligarques.

Éviter de fixer la peur et l’angoisse sur un bouc émissaire

Je m’étonne, par ailleurs, qu’on n’ait dit mot sur cette recrudescence tangible, au lendemain de l’affaire « Charlie Hebdo », des actes islamophobes et, plus largement, sur cette islamophobie galopante et banalisée dans le discours médiatique, qui se répand dans la société au rythme des images défilant sur nos écrans et qui contribue chaque jour à alimenter les peurs et le rejet de l’autre.

Ces partis populistes qui dénigrent en permanence les musulmans sous couvert d’une laïcité dénaturée et bien loin des idéaux défendus par Aristide Briand et Jean Jaurès, n’ont-ils pas aussi une part de responsabilité dans cet attentat ? Ne sommes-nous pas aussi en train de payer le prix de la politique étrangère de la France qui s’ingère avec toute l’arrogance et la cupidité qui l’animent en Afrique et au Proche-Orient ?

Sans parler de la question du chômage et du problème de l’éducation. Ne faudrait-il pas construire un nouveau Nous et faire cause commune pour relever les défis de notre époque plutôt que de fabriquer un bouc-émissaire sur lequel chacun va fixer ses peurs et ses angoisses ? Émile Zola affirmait avec éloquence : « À force de montrer au peuple un épouvantail, on crée le monstre réel. » Ces trois jeunes ne sont-ils pas, au fond, le produit de notre société ?

Réduire donc cette affaire à une question religieuse ou un problème d’humour en tranchant à coup d’aphorismes prophétiques mal compris est simpliste, voire fallacieux. Certains discours, d’ailleurs, devraient s’inspirer de la méthode résolutive-compositive de Thomas Hobbes, laquelle permet de comprendre rationnellement le mode de fonctionnement d’une société, comme une horloge dont les ressorts sont un peu difficiles à discerner si on ne la démonte pas pièce à pièce et si l’on ne considère pas chaque composant de façon isolée.

Aussi, éviteraient-ils de passer par ces obscurs raccourcis où la menace de l’ignorance est sans cesse aux aguets.

« Charlie » cultive l’abject

Pour terminer, les musulmans n’ont bien entendu aucun problème avec l’humour, ni ne sont paranoïaques ; il s’agit plus d’un mépris de la bassesse. Et le prophète, contrairement aux justifications de mon collègue, n’aurait accordé aucun crédit, ni aucune attention à l’humour de « Charlie Hebdo » qui concourt, chaque jour, à la banalisation des actes racistes.

Il cueillait la beauté là où elle reflétait le Juste. « Charlie » cultive l’abject ; le prophète, lui, célébrait le beau. Il aurait sans doute honoré la beauté qui émane de la musique de Schubert, de la peinture hollandaise ou de la poésie baudelairienne. Mais à « Charlie », il aurait tourné le dos. Car la liberté n’a de sens que dans un cadre. C’est un sujet classique en philo, pourtant.

Si l’humour de « Charlie Hebdo » ne me fait pas rire, il ne faut pas m’en tenir rigueur, car je ne souris qu’à la beauté… et chaque sourire qui se dessine sur mon visage n’aspire qu’à être le reflet du beau.

Je ne partage pas les idées de mon cher collègue mais, qu’il s’en assure, je me battrais pour qu’il puisse les exprimer. En salle des profs, notamment !

Voir encore:

« Dans les gènes de l’islam, l’intolérance »
Rémi Brague
Le Point
13/01/2015

Rémi Brague est philosophe et historien de la pensée médiévale arabe et juive. Il est l’auteur, entre autres, de « Europe, la voie romaine » (1999), « La loi de Dieu. Histoire philosophique d’une alliance » (Gallimard, 2005), et de « Modérément moderne » (Flammarion, 2014). Il s’exprime au sujet des assassinats de Charlie Hebdo :

« L’attentat contre les dessinateurs de Charlie Hebdo rappelle de vieilles histoires qu’il me faut malheureusement rappeler ici.

À l’époque de Mahomet, dans l’Arabie du début du VIIe siècle, il n’y avait évidemment pas de journalistes, faute de journaux, d’imprimerie, etc. Mais il y avait des poètes. Leurs vers, transmis d’abord de bouche à oreille, pouvaient être louangeurs ou satiriques. Ils influençaient l’opinion, comme le font de nos jours les organes de presse. Lorsque Mahomet se mit à prêcher son dieu unique, prétendit en être le messager et se mit à légiférer en Son nom, déclarant ceci « permis » ou cela « interdit », certains de ces poètes se moquèrent de lui. Mahomet savait pardonner à ceux qui l’avaient combattu, mais ne tolérait pas qu’on mette en doute sa mission prophétique. Il demanda donc qui allait le débarrasser de ces poètes. Des volontaires se présentèrent et les assassinèrent. Ils tuèrent d’abord Ka’b ibn Achraf, un juif, puis Abou Afak, un vieillard, enfin Asma bint Marwan, une femme qui allaitait. Leurs meurtres sont racontés dans la plus ancienne biographie de Mahomet, « La vie de l’envoyé d’Allah » (Sirâ) d’Ibn Ichak, éditée par Ibn Hicham vers 830. Abdourrahman Badawi en a donné une traduction rocailleuse, mais intégrale (Beyrouth, Albouraq, 2001, 2 vol.), qu’on préférera aux nombreuses adaptations de ce texte, qui sont toutes plus ou moins romancées. Mahomet assura les assassins qu’ils n’avaient commis aucune faute, un peu dans l’esprit du verset du Coran : « Ce n’est pas vous qui les avez tués ; mais Dieu les a tués » (sourate VIII, verset 17 a).

On comprend l’embarras des musulmans d’aujourd’hui. Je ne possède pas de statistiques fondées sur des sondages d’opinion parmi eux, mais tout nous invite à croire que leur grande majorité désapprouve ces crimes. Et, en tout cas, ceux qui s’expriment les condamnent sans nuances. Ce qui est à leur honneur. Mais, au-delà du refus constamment réitéré, et d’ailleurs légitime, de l’« amalgame » et de la « stigmatisation », comment dire que ces agissements n’ont rien à voir avec l’islam ? Le Coran appelle Mahomet « le bel exemple » (sourate XXXIII, verset 21), qu’il est loisible, voire louable, d’imiter. Comment ne pas comprendre que certains se croient autorisés à commettre en son nom et pour le venger ce genre de crimes ? »

«En France, on a le droit de tout dire, sauf ce qui fâche»
Le Figaro
Marie-Laetitia Bonavita
16/01/2015

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Rémi Brague analyse les questions philosophiques soulevées par l’attentat de Charlie Hebdo et le sursaut national qui a suivi: la notion de blasphème, la laïcité et la liberté d’expression.

Rémi Brague est philosophe. Son dernier ouvrage «Modérément moderne. Les temps modernes ou l’invention d’une supercherie» est paru en mars 2014 aux éditions Flammarion.

L’attentat contre Charlie Hebdo prétend prendre appui sur des motifs religieux. Y a-t-il une violence inhérente à la religion en général?

Le mot de «religion» est déjà trompeur en soi. Notre idée d’une religion est calquée, même chez le bouffeur de curés le plus recuit, sur celle que nous nous faisons du christianisme. Nous allons donc dire: dans l’islam, il y a du religieux (les prières, le jeûne, le pèlerinage, etc.) et du non-religieux, la charia, dont les règles vestimentaires, alimentaires, etc. Et nous avons le culot de dire aux musulmans: renoncez à la charia et nous acceptons votre religion! Mais ils ne voient pas les choses comme nous; pour eux, la charia sous ses différentes formes, et avec toutes ses règles, fait partie intégrante de la religion. La mystique, elle, est certes permise, mais facultative. Tout le système de l’islam, si l’on peut dire, repose sur la révélation faite à Mahomet. Attaquer le Prophète, c’est mettre en danger tout l’édifice. Allah est de toute façon bien au-dessus de tous les blasphèmes, c’est pourquoi le nier est presque moins grave…

La violence, inhérente à une religion? Il faut distinguer les adhérents à une religion qui ont pu se laisser aller à des violences. Ils ont même pu les justifier au nom de leur religion. Ainsi Charlemagne convertissant de force les Saxons ou, bien sûr, ceux dont on parle toujours, les croisés et les inquisiteurs. Mais aussi les généraux japonais de la Seconde Guerre, bouddhistes zen. Ou Tamerlan, qui s’appuya au début sur les soufis de la confrérie des naqchbandis, dont les massacres, au XIVe siècle, surpassèrent ceux de Gengis Khan. Et rappelons que le plus grand pogrom antichrétien de notre siècle, en 2008, à Kandhamal (Odisha), a été le fait d’hindouistes, qui ne sont pas tendres envers les musulmans non plus.

Ceci dit, reste à se demander si l’on peut attribuer des actes de violence au fondateur d’une religion, à celui qui en reste le modèle et à son enseignement. Pour Jésus et Bouddha, on a du mal. Or, malheureusement, nous avons les recueils de déclarations attribuées à Mahomet (le hadith) et ses biographies anciennes, et avant tout celle d’Ibn Ishaq-Ibn Hicham (vers 830). Il faut la lire et se méfier des adaptations romancées et édulcorées. Or, ce qu’on y raconte comme hauts faits du Prophète et de ses compagnons ressemble beaucoup à ce que l’on a vu chez nous et à ce qui se passe à une bien plus grande échelle au Nigeria, sur le territoire de l’État islamique, ou ailleurs. Mahomet a en effet fait décapiter quelques centaines de prisonniers, torturer le trésorier d’une tribu juive vaincue pour lui faire avouer où est caché le magot (on pense au sort d’Ilan Halimi) et, ce qui ressemble fort à notre affaire, commandité les assassinats de trois chansonniers qui s’étaient moqués de lui. Il ne sert de rien de répéter «contextualiser! contextualiser!» Un crime reste un crime.

Comment a évolué la notion de blasphème en France?

La dernière condamnation pour sacrilège, chez nous, a été celle du chevalier de La Barre, en 1766. Je rappelle d’ailleurs qu’il avait été condamné par des tribunaux civils, les parlements d’Abbeville, puis de Paris, alors que les gens d’Église avaient essayé de le sauver… Nul doute que c’est en reconnaissance de ces efforts que l’on a donné son nom à la rue qui longe la basilique de Montmartre!

Une loi sur le sacrilège, votée en 1825 au début du règne de Charles X, a été abrogée dès 1830, au début de la monarchie de Juillet. Depuis lors, on pense davantage à des délits verbaux ou picturaux qu’à des profanations d’objets considérés comme sacrés. Ce qui n’empêche pas des crétins de combiner le verbal et le matériel en taguant des insultes sur des églises ou des synagogues et aujourd’hui sur des mosquées.

La représentation de Dieu n’est pas autorisée par toutes les religions. La figuration de Dieu permet-elle plus facilement sa caricature?

La figuration de Dieu dans le christianisme repose elle-même sur l’idée d’incarnation. Le Dieu chrétien n’est pas enfermé dans sa transcendance. On ne peut monter vers lui, mais il a voulu descendre vers nous. Il est d’une liberté tellement absolue qu’il peut, pour ainsi dire, transcender sa propre transcendance et se donner lui-même une figure visible en Jésus-Christ. Les icônes, tableaux, fresques, statues, etc., bref les neuf dixièmes de l’art plastique européen, sont, en divers styles, la petite monnaie de cette première entrée dans la visibilité.

Quant à se moquer de lui une fois qu’il a pris le risque de prendre une figure humaine, cela a été fait depuis longtemps, et en abondance. Les caricatures de Charlie, et les autres, ne sont rien à côté de ce qu’a dû subir, en vrai, le Crucifié. Leurs tentatives pour blasphémer sont donc moins du scandaleux que du réchauffé. Il est en tout cas intéressant que l’on se moque dans ce cas, non des tortionnaires, mais de leur victime…

Peut-on dire que «l’esprit Charlie» est héritier de Voltaire?

«Esprit» me semble un bien grand mot pour qualifier ce genre de ricanement et cette manie systématique, un peu obsessionnelle, de représenter, dans les dessins, des gens qui s’enculent… Voltaire savait au moins être léger quand il voulait être drôle.

Ceci dit, Voltaire est pour moi, outre l’un des plus enragés antisémites qui fut, celui qui a fait deux fois embastiller La Beaumelle, qui avait osé critiquer son Siècle de Louis XIV. Plus que ses tragédies, c’est l’affaire Calas qui lui a permis de devenir un de nos totems. Elle n’était pas la seule erreur judiciaire de l’époque. Pourquoi Voltaire a-t-il choisi de s’y consacrer? Ses premières lettres, au moment où il apprend l’histoire, fin mars 1762, le montrent à l’évidence: parce qu’il voulait avant tout attaquer le christianisme. On se souvient du cas: un père protestant soupçonné d’avoir tué son fils qui aurait voulu se faire catholique. On pouvait donc gagner à coup sûr. Si le père Calas était coupable, honte au fanatisme protestant; s’il était innocent, haro sur le fanatisme catholique… Mais attaquer les vrais puissants, les riches fermiers généraux ou les souverains, comme le régent ou le roi, pas question.

Donc, en ce sens, oui, il y a bien une filiation. Et n’avons-nous rien d’autre à offrir à nos concitoyens, et en particulier aux musulmans, qu’«être Charlie»? Leur proposer, que dis-je, les sommer de s’identifier à cet irrespect crasseux comme résumant la France, n’est-ce pas les encourager dans le mépris de notre pays et dans le repli identitaire? J’aurais préféré qu’on défilât en scandant: «Je suis Descartes», «Je suis Cézanne», «Je suis Proust»,  Je suis Ravel»…

La liberté d’expression étant inhérente à la démocratie, peut-on imaginer un islam modéré qui en accepte la règle, au point d’accepter la représentation de Mahomet?

Je préférerais parler des musulmans de chair et d’os, non de l’«islam», mot ambigu qui désigne à la fois une religion, une civilisation millénaire et des hommes. Il est clair que bon nombre d’entre eux s’accommodent très bien de la démocratie et de la liberté d’expression qu’elle permet en France, liberté qui est plus limitée dans leurs pays d’origine. D’ailleurs, même les extrémistes en profitent, à leur façon, pour répandre leur propagande.

Parler d’islam «modéré» me semble de toute façon insultant pour les musulmans. Car enfin, si l’islam est une bonne chose, alors aucune dose ne sera trop forte. Il y a des musulmans que je ne dirais pas «modérés», mais tout simplement, pour employer un mot qui fera sourire, «vertueux»…

N’y a-t-il pas, en France, une contradiction entre les usages du politiquement correct, la novlangue qui l’accompagne et l’affirmation que l’on a le droit de tout dire?

Elle est manifeste, et pas seulement en France. On a effectivement le droit de tout dire, sauf ce qui fâche… Appeler un chat un chat est devenu difficile. On préfère des euphémismes, au moyen de divers procédés, les sigles par exemple. On dira IVG pour ne pas dire «avortement», et GPA pour ne pas dire «location d’utérus», etc. Ou alors, on dilue en passant au pluriel: on dira «les religions» alors que tout le monde pense «l’islam». Ce n’est pas d’hier: on disait naguère «les idéologies» pour ne pas dire «le marxisme-léninisme».

En Allemagne, en Autriche, en Irlande, les lois proscrivent les atteintes au sacré. En France, le principe de laïcité, âprement défendu, les autorise. Comment concilier l’irrespect, le droit de ridiculiser, avec le respect des croyances?

Les lois dont vous parlez sont très variées selon les pays. Et elles visent avant tout à protéger non les croyances, mais les personnes concrètes qui les professent. Elles ne se distinguent guère de lois contre la diffamation en général. En tout cas, les règles qui régissent notre chère laïcité n’autorisent pas les atteintes au sacré, au sens où elles les recommanderaient; je préférerais dire qu’elles les tolèrent.

Le christianisme n’est pas une religion du sacré, mais de la sainteté. Un objet peut être sacré: un «lieu où souffle l’esprit», un monument, un arbre vert, une source, un animal -une vache par exemple-, mais il ne peut en aucun cas être saint. Seule une personne peut être sainte et, en elle, ce qu’elle a de plus personnel, sa volonté libre. Pour le christianisme, Dieu seul est saint. Ceux que nous appelons des saints ne le sont que par participation, par reflet.

Aucune croyance ne mérite le respect, même pas les miennes. C’est que les croyances sont des choses, alors que le respect ne peut avoir pour objet que des personnes. Et ce dernier respect, le seul qui mérite ce nom, est sans limite. Souhaitons qu’il soit réciproque…

«Nous vivons un temps de profanation généralisée», disait Alain Finkielkraut au mois de janvier 2013, au moment de l’affaire Dieudonné. Que reste-t-il de sacré dans nos sociétés modernes?

Nous payons le prix d’une vision des choses selon laquelle «ce qui est juste, c’est ce que dit la loi, voilà, c’est tout», comme l’a rappelé le 14 février 2013 le sénateur Jean-Pierre Michel, faisant d’ailleurs écho, sans le savoir, au système de défense des accusés du procès de Nuremberg. La conséquence de cette façon de voir est que ce que les hommes font, ils peuvent le défaire. En conséquence, ce qui sera solennellement décrété «inviolable et sacré» à un moment donné pourra très bien devenir par la suite un «tabou» qu’il faudra «dépasser». Rien n’est donc à l’abri de la profanation.

Bon nombre de gens font de la profanation leur fonds de commerce. Je ne les envie pas, car leur tâche devient de plus en plus difficile. Sans parler du «politiquement correct» déjà mentionné, ils ont à affronter une baisse tendancielle du taux du profit, car il ne reste plus beaucoup de choses à profaner, faute de sacré encore capable de servir de cible. On a déjà dégommé tant de baudruches… Et à la longue, on s’ennuie à tirer sur des ambulances. On ne peut plus, par exemple, se moquer des gens qui se croient distingués, collet monté, comme on le faisait encore dans les films d’avant-guerre, car tout le monde, et surtout les grands bourgeois, a adopté des mœurs cool, décontract, etc.

Bien des symboles n’ayant pas ou plus de divisions blindées pour les défendre, on pourra donc cracher dessus sans danger. Mais alors, «on triomphe sans gloire». Quand on persiste à s’en prendre à eux, il faudra constamment renchérir sur le blasphème précédent, aller de plus en loin, par exemple dans le scatologique.

En revanche, on voit apparaître de nouvelles idoles, que l’on reconnaît à une sorte d’interdiction d’en rire.

Voir par ailleurs:

Un lycée musulman accusé de dérives islamistes
Caroline Beyer
Le Figaro
06/02/2015

Un enseignant de l’établissement modèle lillois Averroès, sous contrat avec l’État, dénonce une laïcité flouée, un antisémitisme ambiant et une proximité avec l’idéologie des Frères musulmans..

Un pavé dans la «vitrine» Averroés? La démission de Soufiane Zitouni, 47 ans, professeur de philosophie au lycée Averroès, annoncée au grand public par le biais d’une tribune de l’intéressé dans le journal Libération du 6 février porte un coup à l’établissement lillois modèle.

Car ce lycée, portant le nom du philosophe musulman andalou du XIIe siècle, est le symbole de la synthèse réussie entre Islam et la République laïque. Il est le premier établissement musulman privé à avoir passé, en 2008, un contrat avec l’État (au même titre que les établissements catholiques, juifs et laïques privés).

«Une façade», selon Soufiane Zitouni, qui dénonceune laïcité flouée, un antisémitisme ambiant, une élève évoquant même «la race juive maudite par Allah», et une proximité avec l’idéologie des Frères musulmans. Il explique ainsi n’avoir pu trouver un seul livre d’Averroès dans le centre de documentation de l’établissement, quand on y trouve en revanche des ouvrages des frères Ramadan. «Les responsables de ce lycée jouent un double jeu avec notre République laïque: d’un côté montrer patte blanche dans les médias (…) et ainsi continuer à profiter des gros avantages de son contrat avec l’État, et d’un autre côté, diffuser de manière sournoise et pernicieuse une conception de l’islam qui n’est autre que l’islamisme, c’est-à-dire, un mélange malsain et dangereux de religion et de politique», assène-t-il.

«Les responsables de ce lycée jouent un double jeu avec notre République laïque.»

Soufiane Zitouni
Le 15 janvier, au lendemain des attentats, l’enseignant avait publié une première tribune dans Libération. «Ce Prophète caricaturé, insulté, moqué, mais surtout ignoré, est aussi Charlie, expliquait-il. Pourquoi tant de musulmans manquent aussi cruellement d’humour, de recul, de sérénité?»

Aucune remarque alors du côté de la direction du lycée, qui opte pour la libre expression. Mais certains parmi les professeurs et élèves y voient un «blasphème». Jusqu’à cet échange avec «une élève récidiviste, raconte Soufiane Zitouni. Elle a expliqué en substance que les gens de Charlie n’étaient pas si innocents et les frères Kouachi pas si fous». Propos qu’il rapporte à la direction. «Ils m’ont expliqué que certains sujets étaient sensibles et m’ont invité à mettre de l’eau dans mon thé à la menthe…» sourit-il.

«Accusations sans fondement»

Du côté d’Averroès, c’est l’indignation. D’une même voix, les enseignants sous le choc se disent «salis». La direction a tenu hier une conférence de presse et annoncé son intention de porter plainte pour diffamation contre l’enseignant démissionnaire. «Nous sommes profondément choqués. Il s’agit d’accusations sans fondement. Du bavardage», s’insurge Makhlouf Mamèche, directeur adjoint du lycée, en charge de l’enseignement privé à l’Union des organisations islamistes de France (UOIF). Ce dernier est par ailleurs président de la toute jeune Fédération nationale de l’enseignement musulman (Fnem), qui recense deux établissements sous contrat (Averroès et le groupe scolaire al-Kindi à Lyon) et une trentaine d’autres hors contrat (3 000 élèves au total). La Fnem a été créée en mars 2014, en partenariat avec l’UOIF, laquelle est présidée par Amar Lasfar, recteur de la mosquée de Lille-Sud. «L’enseignement musulman en France va prouver qu’il peut former dans l’espace public des citoyens éclairés et responsables, des femmes et des hommes qui ont réussi leurs vies sociales et professionnelles et, dans la sphère privée, de bons musulmans», expliquait à l’époque Makhlouf Mamèche. L’affaire Averroès ne risque-t-elle pas d’éclabousser la fédération? Dans le cadre de la grande mobilisation de l’école pour les valeurs de la République, celle-ci était reçue pour la première fois rue de Grenelle par Najat Vallaud-Belkacem, au lendemain des attentats. Pour l’heure, le rectorat a annoncé qu’il avait demandé, «en accord avec le directeur de l’établissement», la mise en place d’une «mission d’inspection afin de vérifier le respect des termes du contrat d’association signé avec l’État». Dans le cadre de ce contrat, conformément à la loi Debré, le lycée est déjà régulièrement visité. Il se doit de suivre les programmes scolaires, en échange de quoi les salaires des enseignants sont financés. Et son «caractère propre» – tout ce qui relève de la «vie scolaire» – respecté.

C’est en dehors des cours qu’un des responsables du lycée, lors d’un discours de remise des diplômes 2014, aurait expliqué «en présence de mécènes du Qatar» qu’«un jour, il y aura aussi des filles voilées dans les écoles publiques françaises», raconte encore Soufiane Zitouni. L’enseignant d’origine algérienne, né à Roanne, a passé une vingtaine d’années dans des établissements catholiques sous contrat, avant de rejoindre Averroès en septembre dernier. En prélude à toute discussion, il explique qu’il se réclame du soufisme, ce courant mystique de l’islam qui met l’accent sur l’expérience intérieure. Il estime que les professeurs d’éthique ou de culture islamique du lycée enseignent un dogme.

Par le biais d’une autre tribune publiée sur le site L’Obs Le plus, le 20 janvier», Sofiane Meziani, l’un de ces professeurs d’éthique, a répondu à Soufiane Zitouni. «Le prophète, contrairement aux justifications de mon collègue, n’aurait accordé aucun crédit, ni aucune attention à l’humour de «Charlie Hebdo. (…) Charlie cultive l’abject ; le prophète, lui célébrait le beau»

En arrêt-maladie depuis 15 jours, le professeur de philosophie a écrit à Najat Vallaud-Belkacem le 30 janvier. Il espère une nouvelle affectation. Sereinement. «Les soufis ne craignent que Dieu».

Voir par ailleurs:

Teacher quits French school over ‘insidious Islamism’
France 24

2015-02-07
A teacher at France’s only state-funded Muslim faith school has quit his job, writing in a leading newspaper that the establishment was riddled with anti-Semitism and was “promoting Islamism” to pupils.
Philosophy teacher Sofiane Zitouni wrote in left-leaning daily Libération on February 5 that the Averroès Lycée (high school) in the northern French city of Lille was a hotbed of “anti-Semitism, sectarianism and insidious Islamism”.

Zitouni, who is of Algerian descent and began teaching philosophy (which is compulsory for all high-school students in France) at Averroès in September, wrote that he could no longer tolerate the school’s alleged contradictions with France’s strictly secular “Republican values”.

“The reality is that Averroès Lycée is a Muslim territory that is being funded by the state,” he wrote. “It promotes a vision of Islam that is nothing other than Islamism. And it is doing it in an underhand and hidden way in order to maintain its [80 percent] state funding.”

Zitouni’s view of the school could not be further from how the establishment, which has been judged an “excellent” lycée by school inspectors, and achieves a 100 percent pass rate in the baccalaureate exams taken by all French high school students, sees itself.

The school’s director, El Hassane Oufker, told FRANCE 24 the school’s staff and student body were “hugely shocked and upset” by Zitouni’s comments and said that he would be suing him for defamation.

“We are in a state of shock,” he said. “The teachers are depressed and the students are very upset. We never got the chance to discuss [the allegations of Islamism]. We feel betrayed.”

‘Keep an eye over your shoulder’

A week after the terror attacks on satirical magazine Charlie Hebdo, Zitouni wrote his first opinion piece in Libération titled “Today, the Prophet (Mohammed) is also Charlie”, a reference to the popular slogan “Je suis Charlie” (I am Charlie).

In his article, the teacher criticised “pseudo-experts on Islam who don’t understand their own religion”. He also blasted Muslims for failing to have a sense of humour about their own faith.

Zitouni wrote in his second article that after publication of the first, colleagues whispered to him threateningly that he would be wise to “keep an eye over your shoulder when you walk down the street”.

One of his colleagues, ethics teacher Sofiane Meziani, went on to pen a counter article, published in the French weekly L’Obs, where he argued that Charlie Hebdo, which had published cartoons depicting the Prophet Mohammed, was a publication that “contributed to the trivialisation of racist acts”.

‘I have never heard so many anti-Semitic remarks’

Students also voiced their anger, Zitouni wrote, telling him he “licked the shoes of the enemies of Islam” and that his words were “blasphemy”.

His colleagues and pupils’ were even more angered by his statement that in his “20 years as a teacher I have never heard so many anti-Semitic remarks coming from the mouths of students”.

“I would hear that ’Jews dominate in the media’ and that ‘Jews are a cursed race’,” he wrote. “Even the Dutch philosopher Baruch Spinoza is viewed with scepticism purely because he was a Jew.”

“I did all I could to rationally dispel these conspiracy theories but to no avail,” he added. “I hit a brick wall. The Jews [his pupils told him] are the enemies of Islam. Full stop.”

But the school’s principal, El Hassane Oufker, insisted that nothing could be further from the truth.

“He worked here for three months and he saw and heard things that no one else has,” he told FRANCE 24. “The only thing that rings true about what he says is that he has spent a large amount of time talking about Islam in his philosophy lessons.”

‘Professional error’

“He tried to convert the pupils to his Sufi interpretation of Islam, particularly in terms of the veil and the role of women in society,” he added, referring to the more “spiritual” branch of Islam that places less emphasis on the literal interpretation of the Koran.

“It was a professional error on his part. He should have concentrated on the syllabus that is laid out quite clearly in the French state curriculum, something that he did not do.”

The entire teaching staff at the school have subsequently signed a joint communiqué in which they “strongly condemn the slanderous lies” of their former colleague Zitouni.

“This lycée was founded on the principles of openness and tolerance, in keeping with an understanding of Islam that is perfectly in tune with the values of the French Republic”.

Teacher quits French Muslim school accusing it of ‘promoting Islamism’
A teacher in France’s first Muslim faith school quits after accusing it of promoting Islamism to its pupils and alleging that it was was riddled with anti-Semitism
Rory Mulholland, Paris
The Telegraph
08 Feb 2015

France’s first state-funded Muslim faith school says it will sue for defamation one of its teachers who resigned after writing in a national newspaper that the establishment was a hotbed of anti-Semitism and was “promoting Islamism” to pupils.

A week after the terror attacks on Charlie Hebdo magazine in Paris, Sofiane Zitouni wrote a first opinion piece in the daily Libération titled “Today, the Prophet is also Charlie”.

He wrote in a second article in the same paper this week that he had decided to resign from the school in Lille where he had been teaching philosophy since last September because of the negative reaction to the publication of the first piece.

He said that a colleague at the school told him that he “should know that you are going to make yourself a lot of enemies here, and I advise you to keep an eye over your shoulder when you walk down the street.”

“In reality the Averroès Lycée is a Muslim territory that is being funded by the state,” Mr Zitouni wrote. “(It) promotes in a sneaky and pernicious way a vision of Islam that is nothing other than Islamism, which is to say an unhealthy mix of religion and politics.”

He also said that “in twenty years of teaching I have never heard so many anti-Semitic remarks from the mouths of pupils.”

The school in a poor neighbourhood of Lille was the first Muslim faith school to be opened in France and has since its launch in 2004 been judged an “excellent” lycée by school inspectors and scores a 100 percent pass rate in the baccalaureate school-leaving exams.

Its principal, El Hassane Oufker, rejected Mr Zitouni’s allegations and said that he planned to sue him for defamation.

“This lycée was founded on the principles of openness and tolerance and teaches an understanding of Islam that is perfectly in tune with the values of the French Republic,” the school said in a statement.

The local education authority said that, in agreement with the principal, it would carry out an inspection to ”verify that the school was adhering to the terms of the contract that it had signed with the state.”

Teacher quits Muslim school he claimed was riddled with Islamism and anti-Semitism
The Averroès Lycée is suing the former staff member and denies all his claims
Lizzie Dearden
The Independent
07 February 2015

A French philosophy teacher has resigned from one of the country’s only state-funded Muslim schools, claiming it promoted “Islamism” and was riddled with anti-Semitism.

The head of the Averroès Lycée strongly denied Sofiane Zitouni’s claims and threatened to sue him for defamation.

The teacher, who describes himself as a “French citizen of Muslim culture” had been at the private school in Lille for only five months but recorded his alleged experiences in French newspaper Libération.

A week after the Charlie Hebdo attacks, Mr Zitouni wrote a piece entitled “today, the Prophet is also Charlie”, expanding on the “je suis Charlie” slogan that became a rallying call for the satirical newspaper’s supporters around the world.

People take part in a vigil in Trafalgar Square, London, following the deadly terror attack on French satirical magazine Charlie Hebdo in Paris People take part in a vigil in Trafalgar Square, London, following the deadly terror attack on French satirical magazine Charlie Hebdo in Paris He claimed that many Muslims failed to have a sense of humour with their faith, claiming the controversial Charlie Hebdo cover depicting a weeping Mohamed was hated only by those who “still have not understood the essence of his message”.

Mr Zitouni alleged that his article was badly received back at school, with pupils saying his stance was “blasphemy”, that he was grovelling at the feet of the “enemies of Islam” and that the murdered cartoonists “had it coming”.

A colleague warned him that he had made “enemies” with the piece, he claimed, whispering that he should “look behind him” as he walked in the street.

Another teacher from Averroès Lycée wrote an article in response in weekly French newspaper L’Obs. Sofiane Meziani, who is also a member of the French Association of Muslims, wrote that Charlie Hebdo “trivialised racist acts” and that characterising the attacks as a religious issue was reductive.

He concluded: “I do not share the ideas of my dear colleague, but he can be assured that I would fight for his right to express them. Especially in the staff room!”

On the day of the Charlie Hebdo attack, the school’s head teacher issued a statement expressing his condolences to the victims and saying the gunmen had “betrayed and defiled” the values of Islam.

Students held a minute’s silence and a protest holding signs reading “not in my name” and “the Prophet never asked to be avenged”.

People take part in the Unity rally People take part in the Unity rally « Marche Republicaine » in Paris in tribute to the 17 victims of a three-day killing spree by homegrown Islamists But Mr Zitouni, writing yesterday, claimed he resigned from Averroès Lycée because it was playing a “double game” with the secular French republic – presenting a positive image and good exam results to secure public funding while “disseminating stealthily and perniciously a conception of Islam that is nothing other than Islamism – an unhealthy and dangerous mix of religion and politics”.

“The reality is that Averroès Lycée is a Muslim territory that is being funded by the state,” he wrote.

The school has been rated “excellent” by the French schools inspectorate and reportedly achieves an 100 per cent page rate in high school exams.

Protesters in Marawi, Philippines, burn a poster with the face of Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu The first edition of Charlie Hebdo after the attack sparked angry protests because of its cover featuring the Prophet Mr Zitouni claimed to have been told by students that he was not orthodox enough in his own belief in Islam, that Darwin’s theory of evolution was wrong and that a veiled female student refused to say the word “sex” or sit next to a boy.

“In more than 20 years of my teaching career, I have never heard so many anti-Semitic remarks from the mouths of students,” he wrote.

The teacher said he failed to dissuade a student from the theory that “Jews dominate French media” and that a “powerful Jewish lobby” was trying to crush Islam in France, being told that “Jews are the enemies of Muslims”.

Said and Cherif Kouachi, aged 34 and 32 The head teacher said Said and Cherif Kouachi ‘defiled Islam’ with their crimes The school’s head teacher, El Hassane Oufker, told France 24 staff and students were “hugely shocked and upset” by Mr Zitouni’s claims and that he would be sued for defamation.

“We are in a state of shock,” he added. “The teachers are depressed and the students are very upset. We never got the chance to discuss [the allegations of Islamism].

“We feel betrayed…he worked here for three months and he saw and heard things that no one else has.”

The school’s entire teaching body have reportedly signed a joint letter condemning that “slanderous lies” of their former colleague, France 24 reported.


Langues: Excusez mon anglais (No English, please, we’re French: study finds economic development and international engagement go hand-in-hand with English proficiency)

8 février, 2015
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Une bonne partie de ce que nous observons dans les relations entre la France et les Etats-Unis est le produit d’une structure de relations que l’on doit penser comme la confrontation entre deux impérialismes de l’universel. (…) La France est une sorte d’idéologie réalisée: être français, c’est se sentir en droit d’universaliser son intérêt particulier, cet intérêt particulier qui a pour particularité d’être universel. Et doublement en quelque sorte: universel en matière de politique, avec le modèle pur de la révolution universelle, universel en matière de culture, avec le modèle de chic (de Paris). On comprend que, bien que son monopole de l’universel soit fortement contesté, en particulier par les Etats-Unis, la France reste l’arbitre des élégances en matière de radical chic, comme on dit outre-Atlantique ; elle continue à donner le spectacle des jeux de l’universel, et, en particulier, de cet art de la transgression qui fait les avant-gardes politiques et/ou artistiques, de cette manière (qui se sent inimitable) de se sentir toujours au-delà, et au-delà du delà, de jouer avec virtuosité de tous les registres, difficile à accorder, de l’avant-gardisme politique et de l’avant-gardisme culturel (…) C’est dire que nombre des choses qui s’écrivent ou se disent, à propos de la France ou des USA ou de leurs rapports, sont le produit de l’affrontement entre deux impérialismes, entre un impérialisme en ascension et un impérialisme en déclin, et doivent sans doute beaucoup à des sentiments de revanche ou de ressentiment, sans qu’il soit exclu qu’une partie des réactions que l’on serait porté à classer dans l’antiaméricanisme du ressentiment puissent et doivent être comprises comme des stratégies de résistance légitime à des formes nouvelles d’impérialisme… (…) En fait, on ne peut attendre un progrès vers une culture réellement universelle – c’est-à-dire une culture faite de multiples traditions culturelles unifiées par la reconnaissance qu’elles s’accordent mutuellement – que des luttes entre les impérialismes de l’universel. Ces impérialismes, à travers les hommages plus ou moins hypocrites qu’ils doivent rendre à l’universel pour s’imposer, tendent à le faire avancer et, à tout le moins, à le constituer en recours susceptible d’être invoqué contre les impérialismes mêmes qui s’en réclament. Pierre Bourdieu (1992)
L‘anglais ? Ce n’est jamais que du français mal prononcé. Clémenceau
À la Cour, ainsi que dans les châteaux des grands seigneurs, où la pompe et le cérémonial de la Cour étaient imités, la langue franco-normande était la seule en usage ; dans les tribunaux, les plaidoyers et les arrêts étaient prononcés dans la même langue ; bref, le français était la langue de l’honneur, de la chevalerie et même de la justice ; tandis que l’anglo-saxon, si mâle et si expressif, était abandonné à l’usage des paysans et des serfs, qui n’en savaient pas d’autre. Peu à peu, cependant, la communication obligée qui existait entre les maîtres du sol et les êtres inférieurs et opprimés qui cultivaient ce sol, avait donné lieu à la formation d’un dialecte composé du franco-normand et de l’anglo-saxon, dialecte à l’aide duquel ils pouvaient se faire comprendre les uns des autres, et de cette nécessité se forma graduellement l’édifice de notre langue anglaise moderne, dans laquelle l’idiome des vainqueurs et celui des vaincus se trouvent confondus si heureusement, et qui a été si heureusement enrichie par des emprunts faits aux langues classiques et à celles que parlent les peuples méridionaux de l’Europe. Walter Scott (Ivanhoe, 1820)
We are in France. You speak French. Sébastien Chabal
According to Karlin, English is the key to Proust’s « doubleness », and the grit in the oyster of his French. Snobbery besides, his great subjects included the related one of etymology. He loved the way words are rubbed like old coins, names changing shape, competing and merging with other currencies, and he knew that the Academie’s propaganda about the classical purity de la langue française was simply fishing for compliments (two entries), then as now. That was why Proust was so fond of English, the vigorous bastard of Anglo-Saxon and Norman French, swallower of all known tongues. And this was his view as an outsider, as a Jewish homosexual Dreyfusard bourgeois invalid artist: that English was the global future, more orgiastic than golf itself. Lewis Jones
Un poème écrit par Gérard Nolst Trenite, hollandais connu sous le pseudonyme de Charivarius ( 1870-1946) est une démonstration de toutes les exceptions et irrégularités de la langue anglaise entre l’orthographe et la prononciation . Ce poême est tiré du livre : Drop Your Foreign Accent: engelsche uitspraakoefeningen (…) Le Chaos représente un exploit de virtuose en composition, un catalogue de mammouth d’Environ 800 des irrégularités les plus les plus célèbres d’orthographe anglaise traditionnelle, habilement versifiée (si avec quelques lignes maladroites) dans des distiques avec l’alternance de rimes féminines et masculines. La sélection d’exemples apparaît maintenant quelque peu désuète, tout comme quelques-unes de leurs prononciations, en effet quelques mots peuvent même être inconnus aux lecteurs d’aujourd’hui (combien à savoir ce qu’ « une studding-voile » est, ou que sa prononciation nautique est « stunsail » ?) . Le poids de la poésie représente un acte d’accusation aussi valable du chaos orthographique en anglais. La créature la plus chère dans création » s’adressant à la première ligne, est comme « Susy  » à la ligne 5. Ce pourrait être une anonyme quoiqu’une version ronéotypée de la poésie appartenant à Harry Cohen soit consacrée « à Mlle Susanne Delacroix, Paris ». Vraisemblablement elle fut l’une des étudiantes de Nolst Trenité. Chris Upward
Les adultes français ont une maîtrise moyenne de l’anglais, mais globalement ils n’ont pas fait de progrès au cours des 7 dernières années. Dans le 1er rapport EF EPI, la France était en ligne avec le niveau moyen d’anglais en Europe mais, alors que la plupart des pays ont fait des progrès sensibles, la France a stagné. Le niveau d’anglais à Paris est le plus élevé du pays mais reste inférieur à celui de la plupart des capitales européennes. Comme dans la plupart des pays, en France, les femmes parlent mieux anglais que les hommes. En France, le groupe des jeunes adultes est celui qui possède le meilleur niveau. Education First
“There are some countries that are still not giving the basic message that English is a necessary skill,” said Kate Bell, a researcher with EF, in Paris. According to Ms. Bell, the level of English proficiency among French adults suffers both from inadequate teaching at high school level and the reality that — despite fears of French culture’s being overwhelmed by American pop culture, very little English is actually used in everyday life. Unlike its smaller northern European neighbors, France dubs most American films and television shows into French. The top English speakers in continental Europe — Norway, Sweden and the Netherlands — all tend to use subtitling. “It’s a vicious-virtuous cycle,” said Ms. Bell: Audiences not used to subtitling tend to shy away from it, which in turn diminishes their capacity to understand English. France’s secondary school system, which has only recently started testing English oral skills as part of the Baccalaureate, is a major reason for poor language skills, she said. Spain, ranked at 23 in the index, has risen in the listing since introducing public English-Spanish bilingual schools. According to EF data, the country has significantly improved its proficiency level since 2007. Eastern European countries are faring much better. Estonia is fourth in the survey, which puts it in the “very high proficiency” bracket, just after the traditional Scandinavian heavyweights. Poland, Hungary and Slovenia — all in the “high proficiency” bracket — are ranked in the top 10, with Hungary showing significant improvement. “English is the de facto language of communication today between people who don’t share a native language,” Ms. Bell. said “Measuring English proficiency is in many ways a proxy measurement of international integration.” (…) Conversely (…) the EF study suggests that weak proficiency in English may correlate with weak integration into the global economy. “The Middle East and North Africa are the weakest regions in English,” the study said, with Iraq ranked 60th, at the bottom of the list. “Poor English remains one of the key competitive weaknesses of Latin America,” it added, with more than half the countries in the region in the lowest proficiency band. NYT
La relation entre les Français et les langues étrangères est ambiguë. Alors qu’ils se trouvent dans la moyenne en ce qui concerne la mobilité géographique vers un autre pays de l’Union européenne, les Français sont remarquablement peu motivés par la mobilité vers un pays étranger dont la langue n’est pas la leur. Autrement dit, ils disent oui à la mobilité européenne, mais non à l’apprentissage des langues étrangères. Ce constat est d’autant plus inquiétant que leur langue recule face à l’anglais et à l’allemand avec l’élargissement de l’Union européenne: parmi les populations des dix nouveaux États-membres, seuls 3% le maîtrisent, contre 12% dans l’ancienne Union européenne à quinze. Si l’apprentissage des langues ne fait pas l’objet d’un débat sérieux, les Français verront leur marché du travail rétrécir dans les années à venir.  Anna Stellinger
En France les gens ne croient pas à la reconversion (…) Un chef de projet ne peut pas plus devenir avocat qu’un mille-pattes se transformer en aigle. L’un exclut l’autre. Bernard (cité par Lauren Zuckerman, Sorbonne confidential, 2007)
C’est la dissertation avec ses exigences incroyablement archaïques qui fait le plus pour écarter de l’enseignement de l’anglais dans les lycées français ceux qui ne disposent pas du capital culturel nécessaire – et en particulier les locuteurs natifs intelligents et expérimentés de l’anglais (…) En théorie, cette épreuve simple et objective permet d’éliminer les critères subjectifs et l’élément humain si souvent accusés d’exclure les étrangers. En réalité, les critères eux-mêmes sont totalement imprégnés de discrimination et sont bien plus efficaces pour éliminer les candidats non-Français de souche que le plus zélé des partisans de la « France aux Français ». Terence Beck (University of Puget Sound, Tacoma)
The present study shows essentially that it is not only the teaching of foreign languages but also the social status given to foreign languages in France which must be challenged. In order to develop a strong foreign language policy within the education system and to integrate it within society at large it will be necessary to conduct a wide ranging reflection. This reflection should not stay within the education system but should also take into account all the political and social implications of the objective that every citizen should have an operational command of at least one foreign language. (…) It would seem that for French teachers of English what comes first for learning a language remains grammatical correctness. This is why the representation given of learning a language is not conducive to communication. Teachers develop a hankering after perfection which hinders pupils. Thus it is necessary, in France, for teachers and for pupils alike, to have a perfect command of grammar in order to pick up the courage to speak, to express oneself. (…) Teachers aim at “perfection” in the message. Gérard Bonnet
De tous les étudiants que nous recevons, les Français sont ceux qui ont le plus d’inhibition, le plus peur du ridicule et le moins d’aisance à se lancer. Or plus on parle, plus on s’améliore. Oxford Intensive School of English (O.I.S.E.)
La France est pénalisée par sa faible exposition à l’anglais. Hormis à Paris et dans les grandes villes, il est par exemple encore compliqué de trouver des films en VO au cinéma. De la pub aux séries télé, tout est traduit. (…) Les pays scandinaves apprennent l’anglais pour peser à l’international et parce que ça leur coûterait trop cher de tout traduire, étant donné leur population limitée en nombre. La France n’a pas ce besoin… Adeline Prévost
Aujourd’hui, même si c’est de plus en plus difficile, on peut encore vivre en France sans jamais entendre de l’anglais. [Pourtant] la situation monolingue de la France est en train de lentement changer. Il y a quinze ans, je ne pouvais pas donner un texte en anglais à lire à des élèves de master. Aujourd’hui, c’est possible. Les jeunes ont l’habitude de regarder des séries américaines en streaming sur Internet. Il faudra du temps mais la prochaine génération sera bien meilleure. Maria Kihlstedt (Université Paris 10)
L’anglais est difficile parce que la graphie et la phonie ne correspondent pas, et parce que la fréquence des sons est différente de celle du français. (…) (…) On n’apprend pas aux enseignants la phonologie et la meilleure manière d’aborder la prononciation de l’anglais. Sans compter la surcharge des classes, qui comptent 35 élèves… (…) [En Espagne]Le gouvernement a décidé que 50% des cours de la moitié des écoles primaires devraient être bilingues, a fait venir des professeurs d’un peu partout, et a même accordé des bourses pour encourager les jeunes à partir à l’étranger pendant deux-trois semaines durant l’été. Adeline Prévost [la France a certes imposé l’enseignement d’une langue étrangère dès le CP] mais elle ne forme pas les professeurs pour ça. Laure Peskine (secrétaire générale de l’Association des professeurs de langue vivante)

Pas d’anglais, s’il vous plait, nous sommes français !

Arrogance culturelle, culture du sans faute, enseignement trop livresque …

En cette 33e édition du salon Expolangues

Alors qu’entre pickpockets, commerçants antipathiques et piètre maîtrise de l’anglais, la première destination touristique du monde continue ses campagnes pour lutter contre une réputation séculaire …

Et qu’hormis la France, la plupart des pays européens voit baisser leur chômage et remonter leur croissance …

Retour sur la publication, en octobre dernier, d’une nouvelle étude d’Education First sur la maîtrise de l’anglais …

Où les Français se voient à nouveau classer au dernier rang de 21 pays européens et, entre l’Indonésie et Taiwan, 29es sur un total de 63 pays testés …

Société
LANGUES «20 Minutes» fait le point sur le niveau d’anglais des Français, alors que le salon Expolangues a lieu à Paris jusqu’à samedi…
Pourquoi les Français are toujours so bad in English
Nicolas Beunaiche
20 Minutes
06.02.2015

«Semble se complaire dans la médiocrité. Peut mieux faire.» Chaque année, le relevé de notes et les appréciations de la France en anglais sont désespérément les mêmes. Dans la dernière étude publiée en octobre, celle d’Education First, les Français se classent ainsi à la 29e place sur 63, et surtout au dernier rang des 21 pays européens testés sur leur maîtrise de l’anglais. Pire encore, ils ne montrent quasiment aucun signe de progrès par rapport aux années précédentes.

Il n’y a pas là qu’une question de génération. Quel que soit l’échantillon étudié, actifs ou étudiants, le résultat est inchangé. «Aujourd’hui, même si c’est de plus en plus difficile, on peut encore vivre en France sans jamais entendre de l’anglais», regrette Maria Kihlstedt, maître de conférences en sciences du langage à Paris 10. «La France est pénalisée par sa faible exposition à l’anglais, confirme Adeline Prévost, qui présentera samedi les résultats de l’étude d’Education First lors du salon Expolangues. Hormis à Paris et dans les grandes villes, il est par exemple encore compliqué de trouver des films en VO au cinéma. De la pub aux séries télé, tout est traduit.»

Les Français et la peur du ridicule

La France tiendrait-elle donc à ce point à sa langue qu’elle serait prête à se tirer une balle dans le pied? Pour certains spécialistes, il faut y voir une question géopolitique. «Les pays scandinaves apprennent l’anglais pour peser à l’international et parce que ça leur coûterait trop cher de tout traduire, étant donné leur population limitée en nombre, analyse Adeline Prévost. La France n’a pas ce besoin…» Pour d’autres, le Français a tout de même l’excuse de la complexité de la langue. «L’anglais est difficile parce que la graphie et la phonie ne correspondent pas, et parce que la fréquence des sons est différente de celle du français», justifie Laure Peskine, secrétaire générale de l’Association des professeurs de langue vivante.

Tous sont en tout cas d’accord sur un point: si les Français ne s’améliorent pas en anglais, c’est d’abord un problème d’enseignement. La France a beau avoir les professeurs d’anglais les plus qualifiés d’Europe, selon Adeline Prévost, la qualité de l’apprentissage laisserait en effet à désirer. «On n’apprend pas aux enseignants la phonologie et la meilleure manière d’aborder la prononciation de l’anglais, estime Laure Peskine. Sans compter la surcharge des classes, qui comptent 35 élèves…» Nombre d’observateurs pointent aussi la culture française du sans-faute. «De tous les étudiants que nous recevons, les Français sont ceux qui ont le plus d’inhibition, le plus peur du ridicule et le moins d’aisance à se lancer. Or plus on parle, plus on s’améliore», explique-t-on à l’organisme de formation Oxford Intensive School of English (O.I.S.E.).
Le pouvoir du streaming

Ces dernières années, la France a vu passer devant elle l’Espagne dans les classements européens. Un pays dont la langue n’est pourtant pas plus proche de l’anglais que le français. «Le gouvernement a décidé que 50% des cours de la moitié des écoles primaires devraient être bilingues, a fait venir des professeurs d’un peu partout, et a même accordé des bourses pour encourager les jeunes à partir à l’étranger pendant deux-trois semaines durant l’été», détaille Adeline Prévost. Et la France? Elle a certes imposé l’enseignement d’une langue étrangère dès le CP, «mais elle ne forme pas les professeurs pour ça», déplore Laure Peskine, qui craint que les enfants acquièrent de mauvais réflexes. Signe de la place que l’Education nationale accorde à l’anglais, le brevet a par ailleurs intégré en 2011 une nouvelle épreuve orale. La langue de Shakespeare? Non, plutôt William Turner, à travers l’histoire des arts.

Il y a donc de quoi être pessimiste. Pourtant, Maria Kihlstedt considère que «la situation monolingue de la France est en train de lentement changer»: «Il y a quinze ans, je ne pouvais pas donner un texte en anglais à lire à des élèves de master. Aujourd’hui, c’est possible.» «Les jeunes ont l’habitude de regarder des séries américaines en streaming sur Internet, poursuit-elle. Il faudra du temps mais la prochaine génération sera bien meilleure.» Croisons les fingers.

Voir aussi:

English Proficiency Falters Among the French
Christopher F. Schuetze
The New York Times

November 10, 2013

MARSEILLE, France — Marseille’s new Museum of European and Mediterranean Civilisations opened in June, part of the city’s celebration of its status as this year’s European Capital of Culture.

Though the museum is European in ambition, many of its exhibits are labeled only in French: English, though firmly established as the global language of business, education and culture, is glaringly absent from most of the signage, though an English-language audio tour is available.

A study released last week suggests that this absence is symbolic of a significant trend. The study, by Education First, an international education company, found that while English proficiency among European adults is generally increasing, proficiency in France is both low and declining.

According to the third EF English Proficiency Index, released last week, France ranked 35th among 60 nations where English is not the main language. The study put the country’s average English language skills in the “low proficiency” bracket, between China and the United Arab Emirates — and last among European nations. It also found that France was one of only two European countries where proficiency had decreased over the past six years. Norway was the other; but there, proficiency remained at such a high level that the change was insignificant.

The rankings are based on the results of 750,000 online assessment tests completed last year — some online, others by English language school applicants.

EF’s English Proficiency Index, based on the test results, compared country scores with the results of a similar study carried out between 2007 and 2009, to identify trends in proficiency levels over the past six years.

“There are some countries that are still not giving the basic message that English is a necessary skill,” said Kate Bell, a researcher with EF, in Paris.

According to Ms. Bell, the level of English proficiency among French adults suffers both from inadequate teaching at high school level and the reality that — despite fears of French culture’s being overwhelmed by American pop culture, very little English is actually used in everyday life.

Unlike its smaller northern European neighbors, France dubs most American films and television shows into French. The top English speakers in continental Europe — Norway, Sweden and the Netherlands — all tend to use subtitling.

“It’s a vicious-virtuous cycle,” said Ms. Bell: Audiences not used to subtitling tend to shy away from it, which in turn diminishes their capacity to understand English.

France’s secondary school system, which has only recently started testing English oral skills as part of the Baccalaureate, is a major reason for poor language skills, she said.

Spain, ranked at 23 in the index, has risen in the listing since introducing public English-Spanish bilingual schools. According to EF data, the country has significantly improved its proficiency level since 2007.

Eastern European countries are faring much better. Estonia is fourth in the survey, which puts it in the “very high proficiency” bracket, just after the traditional Scandinavian heavyweights. Poland, Hungary and Slovenia — all in the “high proficiency” bracket — are ranked in the top 10, with Hungary showing significant improvement.

“English is the de facto language of communication today between people who don’t share a native language,” Ms. Bell. said “Measuring English proficiency is in many ways a proxy measurement of international integration.”

Turkey, though still a “low proficiency” nation, ranked 41st in the index, was the country showing the biggest improvement in the past six years. EF researchers point to Turkey as a perfect example of economic development and international engagement that go hand-in-hand with English proficiency.

Because of its prominence in international business, higher education and politics, the importance of basic proficiency in English can scarcely be overstated. More than just a linguistic skill, adult English proficiency is key to success in the globalized world.

Conversely, the EF study suggests that weak proficiency in English may correlate with weak integration into the global economy.

“The Middle East and North Africa are the weakest regions in English,” the study said, with Iraq ranked 60th, at the bottom of the list.

“Poor English remains one of the key competitive weaknesses of Latin America,” it added, with more than half the countries in the region in the lowest proficiency band.

 Voir également:

International business
Countries with Better English Have Better Economies
Christopher McCormick
November 15, 2013

Billions of people around the globe are desperately trying to learn English—not simply for self-improvement, but as an economic necessity. It’s easy to take for granted being born in a country where people speak the lingua franca of global business, but for people in emerging economies such as China, Russia, and Brazil, where English is not the official language, good English is a critical tool, which people rightly believe will help them tap into new opportunities at home and abroad.

Why should global business leaders care about people learning English in other parts of the world?

Research shows a direct correlation between the English skills of a population and the economic performance of the country. Indicators like gross national income (GNI) and GDP go up. In our latest edition of the EF English Proficiency Index (EF EPI), the largest ranking of English skills by country, we found that in almost every one of the 60 countries and territories surveyed, a rise in English proficiency was connected with a rise in per capita income. And on an individual level, recruiters and HR managers around the world report that job seekers with exceptional English compared to their country’s level earned 30-50% percent higher salaries.

The interaction between English proficiency and gross national income per capita is a virtuous cycle, with improving English skills driving up salaries, which in turn give governments and individuals more money to invest in language training. On a micro level, improved English skills allow individuals to apply for better jobs and raise their standards of living.

This is one explanation for why Northern European countries are always out front in the EF EPI, with Sweden taking the top spot for the last two years. Given their small size and export-driven economies, the leaders of these nations understand that good English is a critical component of their continued economic success.

It’s not just income that improves either. So does the quality of life. We also found a correlation between English proficiency and the Human Development Index, a measure of education, life expectancy, literacy, and standards of living. As you can see in the chart below, there is a cutoff mark for that correlation. Low and very low proficiency countries display variable levels of development. However, no country of moderate or higher proficiency falls below “Very High Human Development” on the HDI.

For business leaders, knowing which countries are investing in and improving in English can give valuable insight into how a country fits into the global marketplace and how that might affect your company’s strategy. Here are just a few of the questions you might consider:

Which countries are aggressively improving their English proficiency in an effort to attract businesses like mine?
Where could poor English hinder the growth of emerging economies?
In which countries should I target my international recruitment efforts?
As we think about expanding globally, where will my existing, native English-speaking employees find it easiest to relocate?
Business leaders who understand which nations are positioning themselves for a smoother entry into the global marketplace will have a competitive advantage over those who don’t.  Your company needs to know how the center of English language aptitude is shifting. Because knowing English is not just a luxury—it’s the sina qua non of global business today.

Christopher McCormick is Senior Vice President for Academic Affairs at EF Education First and head of the EF Research Network.

Voir encore:

Low English Levels Can Hurt Countries’ Progress
Poor English skills hinder nations’ progress, study says

Charles Anderson

NYT

October 28, 2012

Countries with poor English-language skills also have lower levels of trade, innovation and income, according to a report released last week.

The report ranks 54 countries where English is not a native language, with the top five being Sweden, Denmark, the Netherlands, Finland and Norway. The bottom five were Colombia, Panama, Saudi Arabia, Thailand and Libya.

The results were based on a survey of 1.7 million adults on five continents and released by Education First, an international education company based in Switzerland.

“English is key to innovation and competitiveness,” Michael Lu, senior vice president of Education First, said in the report.

Italy, Spain and Portugal were being held back by the fact that they had some of the poorer English skills in Europe, the report said. In the BRIC grouping, India was ranked the highest, at 14th. It was followed by Russia at 29th, China at 36th and Brazil at 46th.

Women generally scored better than men, and the gender gap was widest in the Middle East and North Africa, according to the report.

SYNTHÈSE
La quatrième édition de l’EF EPI classe 63 pays et territoires en fonction du niveau de compétence en anglais des adultes.
En 2014, la langue anglaise est de plus en plus considérée comme une compétence de base dans une économie mondialisée. Cependant, les différents pays adoptent des approches de l’enseignement de l’anglais bien différentes, avec leurs propres préoccupations, contraintes et solutions. Dans certains cas, un événement international, tel que les Jeux olympiques ou la Coupe du monde, constitue une plate-forme d’initiatives d’apprentissage pour les adultes. Dans d’autres cas, les pressions économiques encouragent les pays à utiliser l’anglais comme catalyseur d’internationalisation et de croissance. Aujourd’hui, tous les pays tentent de déterminer si l’anglais représente une menace pour leur langue nationale, évaluent les moyens de former assez d’enseignants pour créer de nouvelles initiatives dans les salles de classe et s’efforcent autant que possible de mettre en place des outils d’évaluation adéquats.

Alors que la discussion sur l’enseignement de l’anglais fait rage au sein des ministères de l’éducation, des parents investissent dans des programmes périscolaires destinés à élever le niveau d’anglais de leurs enfants, des étudiants diplômés migrent à l’étranger, des professionnels ambitieux passent leurs soirées à étudier en ligne et des entreprises octroient des primes aux candidats maîtrisant correctement l’anglais. Un écart considérable subsiste toujours entre l’apprentissage de la langue anglaise dispensé par la plupart des systèmes scolaires et les attentes des parents, des étudiants et des employeurs.

Dans cette quatrième édition de l’indice de compétence en anglais EF, de nombreuses tendances régionales et démographiques examinées dans les éditions précédentes se confirment. L’élaboration de l’indice international annuel comporte une mise à jour de l’analyse des niveaux d’anglais régionaux et de l’écart des compétences en langue anglaise entre les sexes et les générations. Les dernières données indiquent que :
On assiste globalement à un accroissement des compétences en anglais des adultes, bien que cette augmentation soit loin d’être uniforme dans tous les pays et au sein de toutes les populations.
Les femmes parlent mieux anglais que les hommes dans presque tous les pays sondés. Cet écart de compétences constaté est suffisamment important pour avoir des répercussions sur l’emploi. Pour y remédier, il convient tout d’abord de bien comprendre les causes de la faible maîtrise de l’anglais au sein de la population masculine.

Dans le monde, les adultes en milieu de carrière maîtrisent mieux l’anglais que n’importe quelle autre tranche d’âge. Cette constatation soulève des questions quant à la préparation des jeunes diplômés au marché du travail. Elle démontre également que les adultes peuvent améliorer leurs compétences en-dehors d’un cadre scolaire traditionnel.

Le niveau d’anglais en Europe reste bien plus élevé que dans les autres régions et continue de progresser.

Les pays asiatiques présentent un large éventail de niveaux de compétences, d’élevé à très faible, avec à la fois des progrès spectaculaires et une stagnation persistante.

Dans presque tous les pays d’Amérique latine, du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, la maîtrise de l’anglais est faible, voire très faible. Bien que l’on assiste à une amélioration dans quelques pays de ces régions, ce n’est pas le cas pour la plupart.

Il existe des corrélations solides entre la maîtrise de l’anglais et les revenus, la qualité de vie, l’activité commerciale, l’utilisation d’internet et la durée des études. Ces corrélations sont remarquablement stables au fil du temps.

L’ANGLAIS FACILITE LES AFFAIRES
Un meilleur niveau d’anglais facilite les affaires. Partout dans le monde les entreprises traitent de plus en plus d’affaires en anglais. Celles qui ne le font pas risquent de rester en marge derrière leurs concurrents.

ACTIVITÉ COMMERCIALE EN ANGLAIS
La banque mondiale et l’indice Ease of Doing Business de l’International Finance Corporation classent les environnements réglementaires des économies dans le monde en fonction de leur propension à mettre en place et à exploiter une relation professionnelle. L’indice comporte dix sous-indices, parmi lesquels : la facilité à créer une entreprise, l’exercice d’une activité commerciale transfrontalière, l’exécution des contrats et la résolution de l’insolvabilité. Une très bonne maîtrise de l’anglais facilite également les relations commerciales.

Dans les pays où l’anglais n’est pas une langue officielle, sa bonne maîtrise facilite la mise en place d’une activité commerciale. Aujourd’hui dans le monde, l’anglais est de plus en plus utilisé pour les activités professionnelles des entreprises. Un nombre croissant d’entreprises (p. ex., Rakuten, Nokia, Samsung et Renault) adoptent l’anglais en tant que langue d’entreprise. Celles qui refusent de le faire risquent de se trouver à la traîne par rapport à leurs concurrents.

INVESTIR DANS UNE MAIN D’ŒUVRE MAÎTRISANT L’ANGLAIS
Dans un environnement toujours plus international, les entreprises se tournent vers les marchés mondiaux à la recherche de revenus, d’efficacités opérationnelles et de partenariats stratégiques. La capacité à communiquer et à comprendre les cultures étrangères contribue à la réussite de l’expansion des entreprises à l’étranger. Aujourd’hui, l’anglais est devenu le moyen de communication international le plus courant. Plusieurs raisons expliquent pourquoi la maîtrise de la langue anglaise mène à une compétitivité internationale accrue pour une entreprise.

UNE EXPANSION RÉUSSIE À L’ÉTRANGER
La mondialisation pousse un nombre croissant d’entreprises à s’étendre au-delà de leurs frontières et à internationaliser leur manière de faire des affaires. Une enquête de JPMorgan Chase a révélé que 61 % des entreprises du marché intermédiaire ont été très actives sur les marchés internationaux en 2013, jusqu’à 58 % en 2012 et 43 % en 2011. La communication entre les entreprises et leurs clients, collègues, fournisseurs et partenaires en-dehors du marché national est de plus en plus courante. Les entreprises qui prospèrent dans de telles conditions sont celles dont les employés possèdent les compétences et la formation leur permettant de communiquer efficacement au-delà des frontières.

LA MINIMISATION DES PERTES LIÉES AUX PROBLÈMES DE COMMUNICATION
Selon un sondage de l’Economic Intelligence Unit (EIU), près de la moitié des 572 cadres de sociétés multinationales dans le monde a reconnu que des problèmes de communication ont entravé de grands accords internationaux et ont entraîné par là même des pertes importantes pour leurs entreprises. Ce pourcentage est bien plus élevé pour les cadres des entreprises brésiliennes et chinoises : respectivement 74% et 61% d’entre eux ont reconnu avoir subi de telles pertes.

La conclusion est claire : la langue et les différences culturelles sont des obstacles au succès professionnel. D’après cette étude de l’EIU, 64 % des chefs d’entreprise ont déclaré que les différences linguistiques et culturelles rendent difficile l’implantation de leur entreprise sur les marchés étrangers et que les différences culturelles ont nui à leurs objectifs d’expansion internationale. En outre, 70 % ont déclaré rencontrer parfois des difficultés lors des communications avec les actionnaires.

DE MEILLEURS RÉSULTATS
Presque 90 % des cadres interrogés par l’EIU ont déclaré qu’une amélioration de la communication transfrontalière dans leur entreprise permettrait d’augmenter de manière significative à la fois leurs revenus, leurs bénéfices et leur part de marché, avec de meilleures opportunités d’expansion et moins de pertes relatives aux débouchés commerciaux. Selon une autre étude, menée par Illuminas en 2014, une augmentation des ventes a été constatée pour 79 % des décideurs d’entreprises mondiales ayant investi dans la formation en anglais de leur personnel. Parmi les autres avantages commerciaux, on dénombre une meilleure communication entre les salariés, une productivité plus intense de l’effectif et une plus grande satisfaction de la clientèle.

ANGLAIS ET COMPÉTITIVITÉ ÉCONOMIQUE
Dès la première édition de l’EF EPI sont apparues de solides corrélations entre les niveaux de compétence en anglais d’un pays et un certain nombre
d’indicateurs économiques et sociaux.Historiquement, le fait de parler une seconde langue, ou, plus précisément, de parler une seconde langue d’importance notable, a toujours été le marqueur d’une élite sociale et économique. L’Empire britannique et l’expansion économique des États-Unis ont permis d’étendre l’influence de l’anglais. Aujourd’hui, dans de nombreux pays, l’anglais a remplacé le rôle joué autrefois par le français en tant que marqueur de la classe aristocratique instruite. Cependant, la mondialisation, l’urbanisation et Internet ont radicalement changé le rôle de l’anglais ces 20 dernières années. Aujourd’hui, la maîtrise de l’anglais est de moins en moins associée à une élite et n’est plus, comme autrefois, liée aux États-Unis ou au Royaume-Uni. L’anglais devient progressivement une compétence de base nécessaire pour l’ensemble d’une main d’œuvre, tout comme l’alphabétisation est passée, au cours des deux derniers siècles, de privilège d’élite à pré requis de base d’une population éclairée.

UNE BONNE MAÎTRISE DE L’ANGLAIS EST SYNONYME DE REVENUS PLUS ÉLEVÉS
L’anglais est un élément essentiel dans la détermination de l’accès à l’emploi. En Inde par exemple, les employés parlant couramment l’anglais gagnent en moyenne un salaire horaire plus élevé de 34 % par rapport à ceux ne le parlant pas ; même les salariés ayant des connaissances rudimentaires en anglais ont un salaire plus élevé de 13 % par rapport à ceux n’ayant aucune connaissance de cette langue.

L’interaction entre la maîtrise de l’anglais et le revenu national brut par habitant sous-entend l’existence d’un cercle vertueux, par lequel l’amélioration de la langue anglaise fait augmenter les salaires, ce qui permet aux gouvernements et aux individus d’investir plus d’argent dans la formation en anglais. Pour l’anecdote, cette relation s’applique également à l’échelle micro-économique : une bonne maîtrise de la langue anglaise permet aux individus d’obtenir de meilleurs emplois et d’améliorer leur niveau de vie.

Voir par ailleurs:

Le chômage baisse dans la plupart des pays européens… mais pas en France
Marie Bartnik
Le Figaro
05/01/2015

Le nombre de chômeurs a baissé en Espagne en 2014, pour la deuxième année consécutive. Une baisse du chômage est également observée au Royaume-Uni, en Irlande ou en Grèce… Mais pas en France, en Italie et en Finlande.

En Europe, la France fait désormais figure de triste exception. Alors que l’Hexagone a recensé 27.400 chômeurs supplémentaires en novembre et 181.000 depuis le début de l’année, la plupart de ses voisins peuvent se targuer d’avoir inversé la fameuse «courbe du chômage». Avec 253.000 chômeurs de moins en 2014, l’Espagne fait figure, elle, de bonne élève. Mais ces derniers mois, l’Allemagne, l’Irlande, la Grèce, les pays baltes, les Pays-Bas, la Pologne ou encore le Royaume-Uni ont tous enregistré une baisse de leur taux de chômage, selon Eurostat. Et si le taux de chômage portugais est légèrement remonté en octobre et en novembre, il s’établit à 13,9%, contre plus de 15% l’anée dernière. Une spirale positive dont ne bénéficie pas la France, l’Italie ou encore la Finlande.

En cause, dans ces pays, une croissance atone qui peine à créer de l’emploi. Alors que le PIB français, au deuxième trimestre, a stagné sur un an, celui de l’Irlande a progressé, sur la même période, de 6,5%, celui du Royaume-Uni de 3,2%, celui de l’Espagne de 1,2% et celui du Portugal de 0,9%. «Dans les pays anglo-saxons, les principaux freins pesant sur la demande semblent à présent levés», note l’Insee dans sa dernière note de conjoncture. Le reste de la zone euro reste pénalisé par une demande intérieure en berne. Mais la France, l’Italie et la Finlande réalisent des performances particulièrement négatives (respectivement 0%, -0,4% et -0,1%). Difficile, dans ces conditions, de faire baisser le chômage de part et d’autres des Alpes.

Contrats zéro heures
Les pays du Sud de l’Europe – la Grèce, l’Espagne et le Portugal- engrangent aussi le fruit des réformes engagées pendant la crise. Pris dans la tourmente financière ces dernières années, ils ont renforcé la compétitivité de leurs économies. L’Espagne a par exemple réformé son marché du travail, facilitant les licenciements comme les baisses de salaires. Pour créer des emplois, une croissance moins forte qu’avant la crise y est aujourd’hui nécessaire. La piste de la modération salariale a également été empruntée par Lisbonne. Quant à la Grèce, elle retrouve le chemin de la croissance après plusieurs années de réformes drastiques et douloureuses. Le taux de chômage n’en reste pas moins extrêmement élevé.

Dans plusieurs pays européens, la baisse du chômage ne va d’ailleurs pas sans contreparties. Au Royaume-Uni, où il ne dépasse pas 6%, les contrats de travail ultra-flexibles, comme les contrats «zéro heure» (le salarié peut être convoqué à la dernière minute) se sont développés, et avec eux le nombre de travailleurs pauvres en situation précaire. «En Espagne, outre la baisse des salaires, les contrats de travail à temps temporaires et à temps partiel ont progressé. Mais avec un taux de chômage qui culmine encore à près d’un quart de la population active, difficile pour les Espagnols de refuser une opportunité de travailler…

Les 10 commandements de l’apprentissage des langues
Le Café du FLE

Kató Lomb (née à Pécs le 8 février 1909 et morte à Budapest le 9 juin 2003) était une traductrice, linguiste et interprète hongroise.
Elle a appris 17 langues (!) tout au long de sa vie.
Comme elle était plutôt expérimentée dans ce domaine, elle nous a laissé les 10 commandements de l’apprentissage d’une langue étrangère. Vous êtes prêts ? C’est parti !

I – Pratique tous les jours
Pas le temps ? Mais si, voyons.
Il suffit par exemple de se lever un tout petit peu plus tôt tous les jours et de se lancer dans un monologue de 10 minutes.
II – Si ton enthousiasme fléchit, ne force pas, n’abandonne pas tout mais bascule.
Ex : Tu apprends le français et n’en peux plus de cet article et de chercher dans le dictionnaire. Fais une pause en écoutant une chanson francophone que tu apprécies.
III – N’apprends pas de mots isolés. Ne les laisse jamais seuls.
Il vaut mieux apprendre directement des groupes de mots ou des phrases.
IV – Note des éléments de phrases dans la marge des textes que tu lis.
Ils formeront autant d’éléments complets à réutiliser lors des prises de paroles ou lors d’une rédaction.
V – Lorsque tu es fatigué(e), utilise le divertissement pour continuer d’avancer
On peut toujours être en train de pratiquer linguistiquement : par exemple, traduire une publicité dans le bus.
VI – Mémorise seulement le contenu qui a été corrigé par un enseignant.
VII – Mémorise les expressions idiomatiques à la première personne du singulier.
Cette habitude a deux avantages : ne pas tergiverser dans la prise de notes et rendre facilement utilisable l’expression pour plus tard.
VIII – Sois convaincu(e) que tu es fort(e) en langue ! Quand ça ne marche pas, c’est que les connaissances sont en train de se construire, de faire leur chemin, de se mettre en place !
IX – Ne crains pas les erreurs, parle. Parle en demandant à ton interlocuteur de te corriger. Dis-lui que tu apprécies le fait d’être corrigé(e), que tu ne seras pas vexé(e).
X – Une langue étrangère est un château. Il faut l’attaquer de toutes parts, et avec toutes les armes : la radio, les conversations, les manuels, le ciné, le journal, la télé, la radio !

Voir encore:

Gestuelle de l’enseignant : « Le geste permet d’accéder au sens et renforce la mémorisation lexicale ». Entretien avec Marion Tellier
Café du FLE

Bonjour Marion, pourriez-vous nous présenter votre parcours ?

Bonjour. J’ai commencé par faire des études d’anglais. Après une maîtrise de littérature britannique, j’ai fait une maîtrise FLE car je voulais enseigner les langues. Après cela, j’ai poursuivi en DEA (l’ancien équivalent du Master 2 recherche) où j’ai commencé à travailler sur la gestuelle des enseignants de langue. Ce sujet m’a passionnée et comme il y avait peu de travaux sur le sujet, j’ai poursuivi avec un doctorat de linguistique, obtenu en 2006. J’ai ensuite été recrutée comme maître de conférences en didactique des langues à Aix Marseille Université où j’enseigne la didactique et les études de la gestuelle. Je suis également membre du Laboratoire Parole et Langage du CNRS.

Pourquoi vous êtes-vous intéressée à la gestuelle ?

J’étais enseignante de FLE et d’anglais et je voyais bien que le geste était une technique pédagogique très pertinente notamment pour l’accès au sens et pour la mémorisation lexicale. Cependant, quand j’ai cherché des informations sur le sujet, j’ai constaté qu’il y avait très peu d’études. Dans les ouvrages pédagogiques ou dans les instructions officielles, on conseille souvent aux enseignants de « faire des gestes » mais personne n’explique comment ni pourquoi. Et surtout aucune étude n’avait cherché à montrer si c’était efficace. Alors, j’ai essayé de le faire.

Pour illustrer cet entretien, auriez-vous 3 techniques à essayer en classe pour les enseignants qui nous lisent ?

Il faut déjà expliquer de quoi il est question lorsque l’on parle de gestes pédagogiques. Il s’agit de la façon dont un enseignant utilise son corps pour faire passer du sens en langue étrangère. Au lieu de traduire ce qu’il dit dans la langue première des apprenants, il utilise son corps pour véhiculer du sens. Par exemple pour expliquer « conduire », je vais mimer le fait de tenir un volant, pour dire « travaillez par groupes de 3 », je vais faire un geste de rassemblement et indiquer le chiffre 3. Ou encore, pour féliciter un apprenant qui a bien répondu, je vais sourire et acquiescer, peut-être même applaudir. On peut donc utiliser les mains, les postures, la tête, le visage, etc.

La première chose à savoir, c’est que pour que la gestuelle soit efficace, elle doit être visible. L’enseignant est comme un acteur sur une scène de théâtre, il doit être vu et entendu de tous. Donc, de la même façon que l’on projette sa voix pour être entendu, on doit produire une gestuelle ample et dans le champ de vision des apprenants pour être vu. Il faut aussi éviter de parler en se tournant vers le tableau, de restreindre ses gestes, par exemple en tenant des feuilles de papier ou un livre des deux mains.

La deuxième chose est importante notamment lorsque l’on enseigne à des apprenants qui n’appartiennent pas à notre culture (par exemple lorsque l’on est un enseignant de FLE natif). Il faut savoir que certains gestes (pas tous, attention) sont marqués culturellement et s’ils ont une signification pour nous, ils n’en ont pas forcément pour les membres d’une autre culture. On appelle ces gestes des « emblèmes », ils ont une forme fixe et chaque culture en possède un répertoire d’environ 200, ils sont un peu comme des expressions idiomatiques gestuelles. Des gestes typiquement français que l’on peut citer en exemple sont ceux qui vont avec les expressions : « être bourré », « passer sous le nez », « c’est rasoir », « mon œil », etc. Il peut aussi arriver que le même geste existe dans deux cultures avec deux sens différents et là, bonjour les situations d’incompréhension !!! Voici quelques exemples que des enseignants de FLE m’ont rapportés : « En fait, ce sont mes élèves qui ont été choqués quand j’ai utilisé le geste « Dépêchez-vous ! « . Au Mexique, cela fait plutôt penser à une invitation à des relations intimes. » / « Dans un cours de langue, une étudiante indienne me faisait un signe de tête qui à mon sens signifiait « non » à chaque fois que je demandais si elle avait compris. J’ai réexpliqué trois fois avant de lui demander ce qu’elle ne comprenait pas (car ce n’était pas difficile) et elle s’est exclamée : ‘Mais ça fait trois fois que je vous dis que j’ai compris !’ »

Comme on peut le voir dans ces deux exemples, le même geste a des significations différentes entre les cultures, ce genre de quiproquo peut être une très bonne occasion d’aborder le sujet des emblèmes comme contenu de cours (notamment dans une perspective interculturelle).

Troisième chose, et là je reviens sur le geste pédagogique du type « mime », il faut savoir que le geste peut avoir un impact sur la mémorisation du lexique ou de la prononciation. Lorsque vous faîtes des gestes pour expliquer un mot ou pour montrer un contour prosodique, vos apprenants visuels et kinesthésiques (c’est-à-dire la majorité de vos apprenants) en bénéficient grandement. Plusieurs études et notamment une que j’ai faite avec des enfants, montrent que le fait de reproduire un geste en répétant un mot renforce la mémorisation lexicale. Ainsi, si on fait répéter le mot « livre » en mimant l’ouverture et la fermeture d’un livre avec les mains jointes, la mémorisation en sera renforcée. Bien sûr, ça marche surtout pour les mots concrets.
Comment peut-on en savoir plus sur ce thème et sur vos travaux ?

J’ai un blog « Sur le bout des doigts » où j’annonce les conférences et formations que je donne ainsi que mes publications.

Et surtout ma page professionnelle où tous mes articles sont en ligne gratuitement.

Et voici un ouvrage sur le corps et la voix de l’enseignant écrit avec Lucile Cadet  !

Merci Marion et à bientôt !

Merci à vous !


Education: Des iphones et des ipads, oui, mais pas pour mes enfants (Silicon Valley chooses Waldorf: Did Steve Jobs know something the rest of us don’t ?)

5 janvier, 2015
https://zooey.files.wordpress.com/2010/11/waldorfcig.jpg?w=434&h=637
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The two of us would go tramping through San Jose and Berkeley and ask about Dylan bootlegs and collect them. We’d buy brochures of Dylan lyrics and stay up late interpreting them. Dylan’s words struck chords of creative thinking. I had more than a hundred hours, including every concert on the ’65 and ’66 tour. Instead of big speakers I bought a pair of awesome headphones and would just lie in my bed and listen to that stuff for hours. Steve Wozniak
Steve adorait ce lien subliminal avec Dylan. Elizabeth Holmes
We limit how much technology our kids use at home. Steve Jobs
I’ve never used email because I don’t find it would help me with anything I’m doing. I just couldn’t be bothered about it. As far as the cellphone goes, it’s like that whole thing about « in New York City, you’re never more than two feet from a rat » — I’m never two feet from a cellphone. I mean, we’ll be on a scout with 10 people and all of them have phones, so it’s very easy to get in touch with me when people need to. When I started in this business, not many people had cellphones, I didn’t have one, I never bothered to get one and I’ve been very fortunate to be working continuously, so there’s always someone around me who can tap me on the shoulder and hand me a phone if they need to. I actually really like not having one because it gives me time to think. You know, when you have a smartphone and you have 10 minutes to spare, you go on it and you start looking at stuff. Christopher Nolan
I had imagined the Jobs’s household was like a nerd’s paradise: that the walls were giant touch screens, the dining table was made from tiles of iPads and that iPods were handed out to guests like chocolates on a pillow. Nope, Mr. Jobs told me, not even close. Nick Bilton (NYT)
Every evening Steve made a point of having dinner at the big long table in their kitchen, discussing books and history and a variety of things. No one ever pulled out an iPad or computer. The kids did not seem addicted at all to devices. Walter Isaacson (author of « Steve Jobs »)
My kids accuse me and my wife of being fascists. They say that none of their friends have the same rules. That’s because we have seen the dangers of technology first hand. I’ve seen it in myself, I don’t want to see that happen to my kids. Chris Anderson (former editor of Wired)
Many people are looking at the benefits of digital media in education, and not many are looking at the costs. Decreased sensitivity to emotional cues, losing the ability to understand the emotions of other people, is one of the costs. Prof Patricia Greenfield (UCLA)
You cannot learn non-verbal emotional cues from a screen in the way you can learn it from face-to-face communication. The research implies that people need more face-to-face interaction, and that even when people use digital media for social interaction, they are spending less time developing social skills. Dr Yalda Uhls (UCLA)
Removing smartphones and gadgets from children for just a few days immediately improves their social skills, a study has found. Researchers discovered that depriving 11 and 12-year-olds for just five days of all digital media – including television – left them better able to read others’ emotions. The Telegraph
Researchers at the University of California Los Angeles recently published a study which demonstrated that just a few days after abstaining from using electronic gadgets, children’s social skills improved immediately. Which is definitely food for thought considering recent research showed that an average American child spends more than seven and a half hours a day using smart-phones and other electronic screens. Inquisitr
Just as I wouldn’t dream of limiting how much time a kid can spend with her paintbrushes, or playing her piano, or writing, I think it’s absurd to limit her time spent creating computer art, editing video, or computer programming. Ali Partovi (founder of iLike and adviser to Facebook, Dropbox and Zappos)
If I worked at Miramax and made good, artsy, rated R movies, I wouldn’t want my kids to see them until they were 17. (…) At Google and all these places, we make technology as brain-dead easy to use as possible. There’s no reason why kids can’t figure it out when they get older. Alan Eagle (Google employee)
For three weeks, we ate our way through fractions. When I made enough fractional pieces of cake to feed everyone, do you think I had their attention? Cathy Waheed (Waldorf teacher)
A spare approach to technology in the classroom will always benefit learning. Teaching is a human experience. Technology is a distraction when we need literacy, numeracy and critical thinking. Paul Thomas (Furman University)
You can look back and see how sloppy your handwriting was in first grade. You can’t do that with computers ’cause all the letters are the same. Besides, if you learn to write on paper, you can still write if water spills on the computer or the power goes out. Finn Heilig (10, Google employee’s child)
Some education experts say that the push to equip classrooms with computers is unwarranted because studies do not clearly show that this leads to better test scores or other measurable gains. Is learning through cake fractions and knitting any better? The Waldorf advocates make it tough to compare, partly because as private schools they administer no standardized tests in elementary grades. And they would be the first to admit that their early-grade students may not score well on such tests because, they say, they don’t drill them on a standardized math and reading curriculum. When asked for evidence of the schools’ effectiveness, the Association of Waldorf Schools of North America points to research by an affiliated group showing that 94 percent of students graduating from Waldorf high schools in the United States between 1994 and 2004 attended college, with many heading to prestigious institutions like Oberlin, Berkeley and Vassar. Of course, that figure may not be surprising, given that these are students from families that value education highly enough to seek out a selective private school, and usually have the means to pay for it. And it is difficult to separate the effects of the low-tech instructional methods from other factors. For example, parents of students at the Los Altos school say it attracts great teachers who go through extensive training in the Waldorf approach, creating a strong sense of mission that can be lacking in other schools. (…) The Waldorf experience does not come cheap: annual tuition at the Silicon Valley schools is $17,750 for kindergarten through eighth grade and $24,400 for high school, though Ms. Wurtz said financial assistance was available. She says the typical Waldorf parent, who has a range of elite private and public schools to choose from, tends to be liberal and highly educated, with strong views about education; they also have a knowledge that when they are ready to teach their children about technology they have ample access and expertise at home. NYT
Les uns soulignent la pratique positive d’une éducation « complète » adaptée à l’enfant et passent sous silence l’anthropologie métaphysique de Steiner. Les autres critiquent justement sans merci cette néomythologie occulte de l’éducation et mettent en garde contre les risques d’endoctrinement qui en découlent (« école où est enseignée une conception du monde ») leur insistance sur ce point les empêchant de juger impartialement les multiples facettes de la pratique steinérienne. La position des critiques idéologiques est encore confortée par l’assertion des pédagogues anthroposophes selon laquelle toutes les normes et toutes les formes de leur pratique éducative procèdent de l’anthropologie « cosmique » du maître. Heiner Ullrich (Université de Mayence)
On compte en France une trentaine d’écoles se réclamant de la pédagogie de Rudolf Steiner, fondateur et inspirateur de l’Anthroposophie qui se veut l’héritière de sa doctrine. S’il est clair que toutes ces écoles ne revêtent pas un caractère sectaire, plusieurs mériteraient cependant une investigation approfondie. La Commission a, en effet, eu connaissance de dérives. Les méthodes pédagogiques particulières à certaines écoles ont été critiquées notamment par l’Inspection de l’Éducation nationale. Ainsi, les apprentissages du langage structuré, de l’écrit et du calcul ne seraient pas engagés avant l’âge de 7 ans. En outre, les enfants inadaptés à la méthode Steiner seraient soumis à des sévices et beaucoup ne seraient pas à jour de leurs vaccinations. Alors que les tarifs de la scolarité affichés peuvent être considérés, pour certaines familles, abordables (entre 14 000 et 18 000 francs par an), l’Inspection de l’Éducation nationale a repéré des établissements où les tarifs pratiqués étaient si élevés que des parents d’élèves, afin de pouvoir les honorer, s’étaient trouvés contraints de travailler pour l’Anthroposophie. Rapport interministériel – les sectes et l’argent
De plus en plus, les gens voient des sectes partout. (…) Nous ne nous intéressons qu’aux victimes et nous n’en avons jamais reçu des écoles Steiner. Je trouve cela anormal qu’elles soient cataloguées comme sectes et que l’on me reproche de les soutenir car mes petits-enfants y sont éduqués. Janine Tavernier

Faites ce que je dis mais pas ce que je fais !

Qu’est-ce qu’une école au nom d’une usine de cigarettes emprunté lui-même à celui de la ville natale du premier milliardaire de l’histoire des États-Unis qui donnera à son pays d’adoption une longue dynastie,  une ville d’Oregon et une chaine d’hôtels de prestige

Et qui, dans la foulée du grand mouvement de l’école nouvelle d’il y a bientôt un siècle à qui nous devons aujourd’hui nombre d’écoles dites alternatives telles que Montessori, Neill ou Freinet (mais avec la dimension toute particulière liée à sa création par le fondateur d’un courant de pensée ésotérique allemand, mélange de syncrétisme d’hindouisme et de bouddhisme et de mythologie nordique qui lui valut en France les foudres de la commission interministerielle anti-sectes), prône une approche résolument low-tech …

Peut avoir en commun avec un Steve Jobs obsédé par Dylan au point de vouloir épouser son ancienne compagne

Et la digitsia, cette nouvelle intelligentsia des fondateurs et employés des fameux GAFA, les géants actuels de l’Internet et des nouvelles technologies comme de l’optimisation fiscale

Qui refuse contre toute attente, pour ses rejetons, le tout-informatique prôné par ailleurs pour nous autres simples mortels comme l’éducation du futur ?

A Silicon Valley School That Doesn’t Compute
Matt Richtel
The New York Times
October 22, 2011

LOS ALTOS, Calif. — The chief technology officer of eBay sends his children to a nine-classroom school here. So do employees of Silicon Valley giants like Google, Apple, Yahoo and Hewlett-Packard.

But the school’s chief teaching tools are anything but high-tech: pens and paper, knitting needles and, occasionally, mud. Not a computer to be found. No screens at all. They are not allowed in the classroom, and the school even frowns on their use at home.

Schools nationwide have rushed to supply their classrooms with computers, and many policy makers say it is foolish to do otherwise. But the contrarian point of view can be found at the epicenter of the tech economy, where some parents and educators have a message: computers and schools don’t mix.

This is the Waldorf School of the Peninsula, one of around 160 Waldorf schools in the country that subscribe to a teaching philosophy focused on physical activity and learning through creative, hands-on tasks. Those who endorse this approach say computers inhibit creative thinking, movement, human interaction and attention spans.

The Waldorf method is nearly a century old, but its foothold here among the digerati puts into sharp relief an intensifying debate about the role of computers in education.

“I fundamentally reject the notion you need technology aids in grammar school,” said Alan Eagle, 50, whose daughter, Andie, is one of the 196 children at the Waldorf elementary school; his son William, 13, is at the nearby middle school. “The idea that an app on an iPad can better teach my kids to read or do arithmetic, that’s ridiculous.”

Mr. Eagle knows a bit about technology. He holds a computer science degree from Dartmouth and works in executive communications at Google, where he has written speeches for the chairman, Eric E. Schmidt. He uses an iPad and a smartphone. But he says his daughter, a fifth grader, “doesn’t know how to use Google,” and his son is just learning. (Starting in eighth grade, the school endorses the limited use of gadgets.)

Three-quarters of the students here have parents with a strong high-tech connection. Mr. Eagle, like other parents, sees no contradiction. Technology, he says, has its time and place: “If I worked at Miramax and made good, artsy, rated R movies, I wouldn’t want my kids to see them until they were 17.”

While other schools in the region brag about their wired classrooms, the Waldorf school embraces a simple, retro look — blackboards with colorful chalk, bookshelves with encyclopedias, wooden desks filled with workbooks and No. 2 pencils.

On a recent Tuesday, Andie Eagle and her fifth-grade classmates refreshed their knitting skills, crisscrossing wooden needles around balls of yarn, making fabric swatches. It’s an activity the school says helps develop problem-solving, patterning, math skills and coordination. The long-term goal: make socks.

Down the hall, a teacher drilled third-graders on multiplication by asking them to pretend to turn their bodies into lightning bolts. She asked them a math problem — four times five — and, in unison, they shouted “20” and zapped their fingers at the number on the blackboard. A roomful of human calculators.

In second grade, students standing in a circle learned language skills by repeating verses after the teacher, while simultaneously playing catch with bean bags. It’s an exercise aimed at synchronizing body and brain. Here, as in other classes, the day can start with a recitation or verse about God that reflects a nondenominational emphasis on the divine.

Andie’s teacher, Cathy Waheed, who is a former computer engineer, tries to make learning both irresistible and highly tactile. Last year she taught fractions by having the children cut up food — apples, quesadillas, cake — into quarters, halves and sixteenths.

“For three weeks, we ate our way through fractions,” she said. “When I made enough fractional pieces of cake to feed everyone, do you think I had their attention?”

Some education experts say that the push to equip classrooms with computers is unwarranted because studies do not clearly show that this leads to better test scores or other measurable gains.

Is learning through cake fractions and knitting any better? The Waldorf advocates make it tough to compare, partly because as private schools they administer no standardized tests in elementary grades. And they would be the first to admit that their early-grade students may not score well on such tests because, they say, they don’t drill them on a standardized math and reading curriculum.

When asked for evidence of the schools’ effectiveness, the Association of Waldorf Schools of North America points to research by an affiliated group showing that 94 percent of students graduating from Waldorf high schools in the United States between 1994 and 2004 attended college, with many heading to prestigious institutions like Oberlin, Berkeley and Vassar.

Of course, that figure may not be surprising, given that these are students from families that value education highly enough to seek out a selective private school, and usually have the means to pay for it. And it is difficult to separate the effects of the low-tech instructional methods from other factors. For example, parents of students at the Los Altos school say it attracts great teachers who go through extensive training in the Waldorf approach, creating a strong sense of mission that can be lacking in other schools.

Absent clear evidence, the debate comes down to subjectivity, parental choice and a difference of opinion over a single world: engagement. Advocates for equipping schools with technology say computers can hold students’ attention and, in fact, that young people who have been weaned on electronic devices will not tune in without them.

Ann Flynn, director of education technology for the National School Boards Association, which represents school boards nationwide, said computers were essential. “If schools have access to the tools and can afford them, but are not using the tools, they are cheating our children,” Ms. Flynn said.

Paul Thomas, a former teacher and an associate professor of education at Furman University, who has written 12 books about public educational methods, disagreed, saying that “a spare approach to technology in the classroom will always benefit learning.”

“Teaching is a human experience,” he said. “Technology is a distraction when we need literacy, numeracy and critical thinking.”

And Waldorf parents argue that real engagement comes from great teachers with interesting lesson plans.

“Engagement is about human contact, the contact with the teacher, the contact with their peers,” said Pierre Laurent, 50, who works at a high-tech start-up and formerly worked at Intel and Microsoft. He has three children in Waldorf schools, which so impressed the family that his wife, Monica, joined one as a teacher in 2006.

And where advocates for stocking classrooms with technology say children need computer time to compete in the modern world, Waldorf parents counter: what’s the rush, given how easy it is to pick up those skills?

“It’s supereasy. It’s like learning to use toothpaste,” Mr. Eagle said. “At Google and all these places, we make technology as brain-dead easy to use as possible. There’s no reason why kids can’t figure it out when they get older.”

There are also plenty of high-tech parents at a Waldorf school in San Francisco and just north of it at the Greenwood School in Mill Valley, which doesn’t have Waldorf accreditation but is inspired by its principles.

California has some 40 Waldorf schools, giving it a disproportionate share — perhaps because the movement is growing roots here, said Lucy Wurtz, who, along with her husband, Brad, helped found the Waldorf high school in Los Altos in 2007. Mr. Wurtz is chief executive of Power Assure, which helps computer data centers reduce their energy load.

The Waldorf experience does not come cheap: annual tuition at the Silicon Valley schools is $17,750 for kindergarten through eighth grade and $24,400 for high school, though Ms. Wurtz said financial assistance was available. She says the typical Waldorf parent, who has a range of elite private and public schools to choose from, tends to be liberal and highly educated, with strong views about education; they also have a knowledge that when they are ready to teach their children about technology they have ample access and expertise at home.

The students, meanwhile, say they don’t pine for technology, nor have they gone completely cold turkey. Andie Eagle and her fifth-grade classmates say they occasionally watch movies. One girl, whose father works as an Apple engineer, says he sometimes asks her to test games he is debugging. One boy plays with flight-simulator programs on weekends.

The students say they can become frustrated when their parents and relatives get so wrapped up in phones and other devices. Aurad Kamkar, 11, said he recently went to visit cousins and found himself sitting around with five of them playing with their gadgets, not paying attention to him or each other. He started waving his arms at them: “I said: ‘Hello guys, I’m here.’ ”

Finn Heilig, 10, whose father works at Google, says he liked learning with pen and paper — rather than on a computer — because he could monitor his progress over the years.

“You can look back and see how sloppy your handwriting was in first grade. You can’t do that with computers ’cause all the letters are the same,” Finn said. “Besides, if you learn to write on paper, you can still write if water spills on the computer or the power goes out.”

Voir aussi:

Steve Jobs Was a Low-Tech Parent
NICK BILTON

NYT

SEPT. 10, 2014

When Steve Jobs was running Apple, he was known to call journalists to either pat them on the back for a recent article or, more often than not, explain how they got it wrong. I was on the receiving end of a few of those calls. But nothing shocked me more than something Mr. Jobs said to me in late 2010 after he had finished chewing me out for something I had written about an iPad shortcoming.

“So, your kids must love the iPad?” I asked Mr. Jobs, trying to change the subject. The company’s first tablet was just hitting the shelves. “They haven’t used it,” he told me. “We limit how much technology our kids use at home.”

I’m sure I responded with a gasp and dumbfounded silence. I had imagined the Jobs’s household was like a nerd’s paradise: that the walls were giant touch screens, the dining table was made from tiles of iPads and that iPods were handed out to guests like chocolates on a pillow.

Nope, Mr. Jobs told me, not even close.

Since then, I’ve met a number of technology chief executives and venture capitalists who say similar things: they strictly limit their children’s screen time, often banning all gadgets on school nights, and allocating ascetic time limits on weekends.

I was perplexed by this parenting style. After all, most parents seem to take the opposite approach, letting their children bathe in the glow of tablets, smartphones and computers, day and night.

Yet these tech C.E.O.’s seem to know something that the rest of us don’t.

Chris Anderson, the former editor of Wired and now chief executive of 3D Robotics, a drone maker, has instituted time limits and parental controls on every device in his home. “My kids accuse me and my wife of being fascists and overly concerned about tech, and they say that none of their friends have the same rules,” he said of his five children, 6 to 17. “That’s because we have seen the dangers of technology firsthand. I’ve seen it in myself, I don’t want to see that happen to my kids.”

The dangers he is referring to include exposure to harmful content like pornography, bullying from other kids, and perhaps worse of all, becoming addicted to their devices, just like their parents.

Alex Constantinople, the chief executive of the OutCast Agency, a tech-focused communications and marketing firm, said her youngest son, who is 5, is never allowed to use gadgets during the week, and her older children, 10 to 13, are allowed only 30 minutes a day on school nights.

Evan Williams, a founder of Blogger, Twitter and Medium, and his wife, Sara Williams, said that in lieu of iPads, their two young boys have hundreds of books (yes, physical ones) that they can pick up and read anytime.

So how do tech moms and dads determine the proper boundary for their children? In general, it is set by age.

Children under 10 seem to be most susceptible to becoming addicted, so these parents draw the line at not allowing any gadgets during the week. On weekends, there are limits of 30 minutes to two hours on iPad and smartphone use. And 10- to 14-year-olds are allowed to use computers on school nights, but only for homework.

“We have a strict no screen time during the week rule for our kids,” said Lesley Gold, founder and chief executive of the SutherlandGold Group, a tech media relations and analytics company. “But you have to make allowances as they get older and need a computer for school.”

Some parents also forbid teenagers from using social networks, except for services like Snapchat, which deletes messages after they have been sent. This way they don’t have to worry about saying something online that will haunt them later in life, one executive told me.

Although some non-tech parents I know give smartphones to children as young as 8, many who work in tech wait until their child is 14. While these teenagers can make calls and text, they are not given a data plan until 16. But there is one rule that is universal among the tech parents I polled.

“This is rule No. 1: There are no screens in the bedroom. Period. Ever,” Mr. Anderson said.

While some tech parents assign limits based on time, others are much stricter about what their children are allowed to do with screens.

Ali Partovi, a founder of iLike and adviser to Facebook, Dropbox and Zappos, said there should be a strong distinction between time spent “consuming,” like watching YouTube or playing video games, and time spent “creating” on screens.

“Just as I wouldn’t dream of limiting how much time a kid can spend with her paintbrushes, or playing her piano, or writing, I think it’s absurd to limit her time spent creating computer art, editing video, or computer programming,” he said.

Others said that outright bans could backfire and create a digital monster.

Dick Costolo, chief executive of Twitter, told me he and his wife approved of unlimited gadget use as long as their two teenage children were in the living room. They believe that too many time limits could have adverse effects on their children.

“When I was at the University of Michigan, there was this guy who lived in the dorm next to me and he had cases and cases of Coca-Cola and other sodas in his room,” Mr. Costolo said. “I later found out that it was because his parents had never let him have soda when he was growing up. If you don’t let your kids have some exposure to this stuff, what problems does it cause later?”

I never asked Mr. Jobs what his children did instead of using the gadgets he built, so I reached out to Walter Isaacson, the author of “Steve Jobs,” who spent a lot of time at their home.

“Every evening Steve made a point of having dinner at the big long table in their kitchen, discussing books and history and a variety of things,” he said. “No one ever pulled out an iPad or computer. The kids did not seem addicted at all to devices.”

Voir encore:

How digital technology and TV can inhibit children socially
Researchers discovered that depriving 11 and 12-year-olds for just five days of all digital media – including television – left them better able to read others’ emotions
Telegraph Reporter
Daily Telegraph

25 Aug 2014
Removing smartphones and gadgets from children for just a few days immediately improves their social skills, a study has found.
Researchers discovered that depriving 11 and 12-year-olds for just five days of all digital media – including television – left them better able to read others’ emotions.
Prof Patricia Greenfield, the senior study author and professor of psychology at the University of California Los Angeles, said: “Many people are looking at the benefits of digital media in education, and not many are looking at the costs. “Decreased sensitivity to emotional cues, losing the ability to understand the emotions of other people, is one of the costs.”
Psychologists studied two sets of 11 and 12-year-olds from the same school, 51 who lived together for five days at a nature and science camp and 54 others.

The camp does not allow students to use electronic devices.

At the beginning and end of the study, both groups of students were evaluated for their ability to recognise other people’s emotions in photographs and videos.

The students were shown 48 pictures of faces that were happy, sad, angry or scared, and asked to identify their feelings.

The children who had been at the camp improved significantly over the five days in their ability to read facial emotions and other non-verbal cues to emotion, compared with the students who continued to use their media devices.

The findings, published in the journal Computers in Human Behaviour, applied equally to boys and girls.

The study’s co-author Dr Yalda Uhls, a senior researcher with the UCLA’s Children’s Digital Media Centre, said: “You cannot learn non-verbal emotional cues from a screen in the way you can learn it from face-to-face communication.

“The research implies that people need more face-to-face interaction, and that even when people use digital media for social interaction, they are spending less time developing social skills.”

Voir encore:

In Classroom of Future, Stagnant Scores
Matt Richtel

NYT

September 3, 2011
CHANDLER, Ariz. — Amy Furman, a seventh-grade English teacher here, roams among 31 students sitting at their desks or in clumps on the floor. They’re studying Shakespeare’s “As You Like It” — but not in any traditional way.

In this technology-centric classroom, students are bent over laptops, some blogging or building Facebook pages from the perspective of Shakespeare’s characters. One student compiles a song list from the Internet, picking a tune by the rapper Kanye West to express the emotions of Shakespeare’s lovelorn Silvius.

The class, and the Kyrene School District as a whole, offer what some see as a utopian vision of education’s future. Classrooms are decked out with laptops, big interactive screens and software that drills students on every basic subject. Under a ballot initiative approved in 2005, the district has invested roughly $33 million in such technologies.

The digital push here aims to go far beyond gadgets to transform the very nature of the classroom, turning the teacher into a guide instead of a lecturer, wandering among students who learn at their own pace on Internet-connected devices.

“This is such a dynamic class,” Ms. Furman says of her 21st-century classroom. “I really hope it works.”

Hope and enthusiasm are soaring here. But not test scores.

Since 2005, scores in reading and math have stagnated in Kyrene, even as statewide scores have risen.

To be sure, test scores can go up or down for many reasons. But to many education experts, something is not adding up — here and across the country. In a nutshell: schools are spending billions on technology, even as they cut budgets and lay off teachers, with little proof that this approach is improving basic learning.

This conundrum calls into question one of the most significant contemporary educational movements. Advocates for giving schools a major technological upgrade — which include powerful educators, Silicon Valley titans and White House appointees — say digital devices let students learn at their own pace, teach skills needed in a modern economy and hold the attention of a generation weaned on gadgets.

Some backers of this idea say standardized tests, the most widely used measure of student performance, don’t capture the breadth of skills that computers can help develop. But they also concede that for now there is no better way to gauge the educational value of expensive technology investments.

“The data is pretty weak. It’s very difficult when we’re pressed to come up with convincing data,” said Tom Vander Ark, the former executive director for education at the Bill and Melinda Gates Foundation and an investor in educational technology companies. When it comes to showing results, he said, “We better put up or shut up.”

And yet, in virtually the same breath, he said change of a historic magnitude is inevitably coming to classrooms this decade: “It’s one of the three or four biggest things happening in the world today.”

Critics counter that, absent clear proof, schools are being motivated by a blind faith in technology and an overemphasis on digital skills — like using PowerPoint and multimedia tools — at the expense of math, reading and writing fundamentals. They say the technology advocates have it backward when they press to upgrade first and ask questions later.

The spending push comes as schools face tough financial choices. In Kyrene, for example, even as technology spending has grown, the rest of the district’s budget has shrunk, leading to bigger classes and fewer periods of music, art and physical education.

At the same time, the district’s use of technology has earned it widespread praise. It is upheld as a model of success by the National School Boards Association, which in 2008 organized a visit by 100 educators from 17 states who came to see how the district was innovating.

And the district has banked its future and reputation on technology. Kyrene, which serves 18,000 kindergarten to eighth-grade students, mostly from the cities of Tempe, Phoenix and Chandler, uses its computer-centric classes as a way to attract children from around the region, shoring up enrollment as its local student population shrinks. More students mean more state dollars.

The issue of tech investment will reach a critical point in November. The district plans to go back to local voters for approval of $46.3 million more in taxes over seven years to allow it to keep investing in technology. That represents around 3.5 percent of the district’s annual spending, five times what it spends on textbooks.

The district leaders’ position is that technology has inspired students and helped them grow, but that there is no good way to quantify those achievements — putting them in a tough spot with voters deciding whether to bankroll this approach again.

“My gut is telling me we’ve had growth,” said David K. Schauer, the superintendent here. “But we have to have some measure that is valid, and we don’t have that.”

It gives him pause.

“We’ve jumped on bandwagons for different eras without knowing fully what we’re doing. This might just be the new bandwagon,” he said. “I hope not.”

A Dearth of Proof

The pressure to push technology into the classroom without proof of its value has deep roots.

In 1997, a science and technology committee assembled by President Clinton issued an urgent call about the need to equip schools with technology.

If such spending was not increased by billions of dollars, American competitiveness could suffer, according to the committee, whose members included educators like Charles M. Vest, then president of the Massachusetts Institute of Technology, and business executives like John A. Young, the former chief executive of Hewlett-Packard.

To support its conclusion, the committee’s report cited the successes of individual schools that embraced computers and saw test scores rise or dropout rates fall. But while acknowledging that the research on technology’s impact was inadequate, the committee urged schools to adopt it anyhow.

The report’s final sentence read: “The panel does not, however, recommend that the deployment of technology within America’s schools be deferred pending the completion of such research.”

Since then, the ambitions of those who champion educational technology have grown — from merely equipping schools with computers and instructional software, to putting technology at the center of the classroom and building the teaching around it.

Kyrene had the same sense of urgency as President Clinton’s committee when, in November 2005, it asked voters for an initial $46.3 million for laptops, classroom projectors, networking gear and other technology for teachers and administrators.

Before that, the district had given 300 elementary school teachers five laptops each. Students and teachers used them with great enthusiasm, said Mark Share, the district’s 64-year-old director of technology, a white-bearded former teacher from the Bronx with an iPhone clipped to his belt.

“If we know something works, why wait?” Mr. Share told The Arizona Republic the month before the vote. The district’s pitch was based not on the idea that test scores would rise, but that technology represented the future.

The measure, which faced no organized opposition, passed overwhelmingly. It means that property owners in the dry, sprawling flatlands here, who live in apartment complexes, cookie-cutter suburban homes and salmon-hued mini-mansions, pay on average $75 more a year in taxes, depending on the assessed value of their homes, according to the district.

But the proof sought by President Clinton’s committee remains elusive even today, though researchers have been seeking answers.

Many studies have found that technology has helped individual classrooms, schools or districts. For instance, researchers found that writing scores improved for eighth-graders in Maine after they were all issued laptops in 2002. The same researchers, from the University of Southern Maine, found that math performance picked up among seventh- and eighth-graders after teachers in the state were trained in using the laptops to teach.

A question plaguing many education researchers is how to draw broader inferences from such case studies, which can have serious limitations. For instance, in the Maine math study, it is hard to separate the effect of the laptops from the effect of the teacher training.

Educators would like to see major trials years in length that clearly demonstrate technology’s effect. But such trials are extraordinarily difficult to conduct when classes and schools can be so different, and technology is changing so quickly.

And often the smaller studies produce conflicting results. Some classroom studies show that math scores rise among students using instructional software, while others show that scores actually fall. The high-level analyses that sum up these various studies, not surprisingly, give researchers pause about whether big investments in technology make sense.

One broad analysis of laptop programs like the one in Maine, for example, found that such programs are not a major factor in student performance.

“Rather than being a cure-all or silver bullet, one-to-one laptop programs may simply amplify what’s already occurring — for better or worse,” wrote Bryan Goodwin, spokesman for Mid-continent Research for Education and Learning, a nonpartisan group that did the study, in an essay. Good teachers, he said, can make good use of computers, while bad teachers won’t, and they and their students could wind up becoming distracted by the technology.

A review by the Education Department in 2009 of research on online courses — which more than one million K-12 students are taking — found that few rigorous studies had been done and that policy makers “lack scientific evidence” of their effectiveness.. A division of the Education Department that rates classroom curriculums has found that much educational software is not an improvement over textbooks.

Larry Cuban, an education professor emeritus at Stanford University, said the research did not justify big investments by districts.

“There is insufficient evidence to spend that kind of money. Period, period, period,” he said. “There is no body of evidence that shows a trend line.”

Some advocates for technology disagree.

Karen Cator, director of the office of educational technology in the United States Department of Education, said standardized test scores were an inadequate measure of the value of technology in schools. Ms. Cator, a former executive at Apple Computer, said that better measurement tools were needed but, in the meantime, schools knew what students needed.

“In places where we’ve had a large implementing of technology and scores are flat, I see that as great,” she said. “Test scores are the same, but look at all the other things students are doing: learning to use the Internet to research, learning to organize their work, learning to use professional writing tools, learning to collaborate with others.”

For its part, Kyrene has become a model to many by training teachers to use technology and getting their ideas on what inspires them. As Mr. Share says in the signature file at the bottom of every e-mail he sends: “It’s not the stuff that counts — it’s what you do with it that matters.”

So people here are not sure what to make of the stagnant test scores. Many of the district’s schools, particularly those in more affluent areas, already had relatively high scores, making it a challenge to push them significantly higher. A jump in students qualifying for free or reduced-price lunches was largely a result of the recession, not a shift in the population the district serves, said Nancy Dundenhoefer, its community relations manager.

Mr. Share, whose heavy influence on more than $7 million a year in technology spending has made him a power broker, said he did not think demographic changes were a good explanation.

“You could argue that test scores would be lower without the technology, but that’s a copout,” he said, adding that the district should be able to deliver some measure of what he considers its obvious success with technology. “It’s a conundrum.”

Results aside, it’s easy to see why technology is such an easy sell here, given the enthusiasm surrounding it in some classrooms.

Engaging With Paper

“I start with pens and pencils,” says Ms. Furman, 41, who is short and bubbly and devours young-adult novels to stay in touch with students. Her husband teaches eighth grade in the district, and their son and daughter are both students.

At the beginning of the school year, Ms. Furman tries to inspire her students at Aprende Middle School to write, a task she says becomes increasingly difficult when students reach the patently insecure middle-school years.

In one class in 2009 she had them draw a heart on a piece of paper. Inside the heart, she asked them to write the names of things and people dear to them. One girl started to cry, then another, as the class shared their stories.

It was something Ms. Furman doubted would have happened if the students had been using computers. “There is a connection between the physical hand on the paper and the words on the page,” she said. “It’s intimate.”

But, she said, computers play an important role in helping students get their ideas down more easily, edit their work so they can see instant improvement, and share it with the class. She uses a document camera to display a student’s paper at the front of the room for others to dissect.

Ms. Furman said the creative and editing tools, by inspiring students to make quick improvements to their writing, pay dividends in the form of higher-quality work. Last year, 14 of her students were chosen as finalists in a statewide essay contest that asked them how literature had affected their lives. “I was running down the hall, weeping, saying, ‘Get these students together. We need to tell them they’ve won!’ ”

Other teachers say the technology is the only way to make this generation learn.

“They’re inundated with 24/7 media, so they expect it,” said Sharon Smith, 44, a gregarious seventh-grade social studies teacher whose classroom is down the hall from Ms. Furman’s.

Minutes earlier, Ms. Smith had taught a Civil War lesson in a way unimaginable even 10 years ago. With the lights off, a screen at the front of the room posed a question: “Jefferson Davis was Commander of the Union Army: True or False?”

The 30 students in the classroom held wireless clickers into which they punched their answers. Seconds later, a pie chart appeared on the screen: 23 percent answered “True,” 70 percent “False,” and 6 percent didn’t know.

The students hooted and hollered, reacting to the instant poll. Ms. Smith then drew the students into a conversation about the answers.

The enthusiasm underscores a key argument for investing in classroom technology: student engagement.

That idea is central to the National Education Technology Plan released by the White House last year, which calls for the “revolutionary transformation” of schools. The plan endorses bringing “state-of-the art technology into learning to enable, motivate and inspire all students.”

But the research, what little there is of it, does not establish a clear link between computer-inspired engagement and learning, said Randy Yerrick, associate dean of educational technology at the University of Buffalo.

For him, the best educational uses of computers are those that have no good digital equivalent. As examples, he suggests using digital sensors in a science class to help students observe chemical or physical changes, or using multimedia tools to reach disabled children.

But he says engagement is a “fluffy term” that can slide past critical analysis. And Professor Cuban at Stanford argues that keeping children engaged requires an environment of constant novelty, which cannot be sustained.

“There is very little valid and reliable research that shows the engagement causes or leads to higher academic achievement,” he said.

Instruct or Distract?

There are times in Kyrene when the technology seems to allow students to disengage from learning: They are left at computers to perform a task but wind up playing around, suggesting, as some researchers have found, that computers can distract and not instruct.

The 23 kindergartners in Christy Asta’s class at Kyrene de las Brisas are broken into small groups, a common approach in Kyrene. A handful stand at desks, others sit at computers, typing up reports.

Xavier Diaz, 6, sits quietly, chair pulled close to his Dell laptop, playing “Alien Addition.” In this math arcade game, Xavier controls a pod at the bottom of the screen that shoots at spaceships falling from the sky. Inside each ship is a pair of numbers. Xavier’s goal is to shoot only the spaceship with numbers that are the sum of the number inside his pod.

But Xavier is just shooting every target in sight. Over and over. Periodically, the game gives him a message: “Try again.” He tries again.

“Even if he doesn’t get it right, it’s getting him to think quicker,” says the teacher, Ms. Asta. She leans down next to him: “Six plus one is seven. Click here.” She helps him shoot the right target. “See, you shot him.”

Perhaps surprisingly given the way young people tend to gravitate toward gadgets, students here seem divided about whether they prefer learning on computers or through more traditional methods.

In a different class, Konray Yuan and Marisa Guisto, both 7, take turns touching letters on the interactive board on the wall. They are playing a spelling game, working together to spell the word “cool.” Each finds one of the letters in a jumbled grid, touching them in the proper order.

Marisa says there isn’t a difference between learning this way and learning on paper. Konray prefers paper, he says, because you get extra credit for good penmanship.

But others, particularly older students, say they enjoy using the technology tools. One of Ms. Furman’s students, Julia Schroder, loved building a blog to write about Shakespeare’s “As You Like It.”

In another class, she and several classmates used a video camera to film a skit about Woodrow Wilson’s 14-point speech during World War I — an approach she preferred to speaking directly to the class.

“I’d be pretty bummed if I had to do a live thing,” she said. “It’s nerve-racking.”

Teachers vs. Tech

Even as students are getting more access to computers here, they are getting less access to teachers.

Reflecting budget cuts, class sizes have crept up in Kyrene, as they have in many places. For example, seventh-grade classes like Ms. Furman’s that had 29 to 31 students grew to more like 31 to 33.

“You can’t continue to be effective if you keep adding one student, then one student, then one student,” Ms. Furman said. “I’m surprised parents aren’t going into the classrooms saying ‘Whoa.’ ”

Advocates of high-tech classrooms say computers are not intended to replace teachers. But they do see a fundamental change in the teacher’s role. Their often-cited mantra is that teachers should go from being “a sage on the stage to a guide on the side.”

And they say that, technology issues aside, class sizes can in fact afford to grow without hurting student performance.

Professor Cuban at Stanford said research showed that student performance did not improve significantly until classes fell under roughly 15 students, and did not get much worse unless they rose above 30.

At the same time, he says bigger classes can frustrate teachers, making it hard to attract and retain talented ones.

In Kyrene, growing class sizes reflect spending cuts; the district’s maintenance and operation budget fell to $95 million this year from $106 million in 2008. The district cannot use the money designated for technology to pay for other things. And the teachers, who make roughly $33,000 to $57,000 a year, have not had a raise since 2008.

Many teachers have second jobs, some in restaurants and retail, said Erin Kirchoff, president of the Kyrene Education Association, the teacher’s association. Teachers talk of being exhausted from teaching all day, then selling shoes at the mall.

Ms. Furman works during the summer at the Kyrene district offices. But that job is being eliminated in 2014, and she is worried about the income loss.

“Without it, we don’t go on vacation,” she said.

Money for other things in the district is short as well. Many teachers say they regularly bring in their own supplies, like construction paper.

“We have Smart Boards in every classroom but not enough money to buy copy paper, pencils and hand sanitizer,” said Nicole Cates, a co-president of the Parent Teacher Organization at Kyrene de la Colina, an elementary school. “You don’t go buy a new outfit when you don’t have enough dinner to eat.”

But she loves the fact that her two children, a fourth-grader and first-grader, are learning technology, including PowerPoint and educational games.

To some who favor high-tech classrooms, the resource squeeze presents an opportunity. Their thinking is that struggling schools will look for more efficient ways to get the job done, creating an impetus to rethink education entirely.

“Let’s hope the fiscal crisis doesn’t get better too soon. It’ll slow down reform,” said Tom Watkins, the former superintendent for the Michigan schools, and now a consultant to businesses in the education sector.

Clearly, the push for technology is to the benefit of one group: technology companies.

The Sellers

It is 4:30 a.m. on a Tuesday. Mr. Share, the director of technology at Kyrene and often an early riser, awakens to the hard sell. Awaiting him at his home computer are six pitches from technology companies.

It’s just another day for the man with the checkbook.

“I get one pitch an hour,” he said. He finds most of them useless and sometimes galling: “They’re mostly car salesmen. I think they believe in the product they’re selling, but they don’t have a leg to stand on as to why the product is good or bad.”

Mr. Share bases his buying decisions on two main factors: what his teachers tell him they need, and his experience. For instance, he said he resisted getting the interactive whiteboards sold as Smart Boards until, one day in 2008, he saw a teacher trying to mimic the product with a jury-rigged projector setup.

“It was an ‘Aha!’ moment,” he said, leading him to buy Smart Boards, made by a company called Smart Technologies.

He can make that kind of decision because he has money — and the vendors know it. Technology companies track which districts get federal funding and which have passed tax assessments for technology, like Kyrene.

This is big business. Sales of computer software to schools for classroom use were $1.89 billion in 2010. Spending on hardware is more difficult to measure, researchers say, but some put the figure at five times that amount.

The vendors relish their relationship with Kyrene.

“I joke I should have an office here, I’m here so often,” said Will Dunham, a salesman for CCS Presentation Systems, a leading reseller of Smart Boards in Arizona.

Last summer, the district paid $500,000 to CCS to replace ceiling-hung projectors in 400 classrooms. The alternative was to spend $100,000 to replace their aging bulbs, which Mr. Share said were growing dimmer, causing teachers to sometimes have to turn down the lights to see a crisp image.

Mr. Dunham said the purchase made sense because new was better. “I could take a used car down to the mechanic and get it all fixed up and still have a used car.”

But Ms. Kirchoff, the president of the teachers’ association, is furious. “My projector works just fine,” she said. “Give me Kleenex, Kleenex, Kleenex!”

The Parents

Last November, Kyrene went back to voters to ask them to pay for another seven years of technology spending in the district. The previous measure from 2005 will not expire for two years. But the district wanted to get ahead of the issue, and leave wiggle room just in case the new measure didn’t pass.

It didn’t. It lost by 96 votes out of nearly 50,000 cast. Mr. Share and others here said they attributed the failure to poor wording on the ballot that made it look like a new tax increase, rather than the continuation of one.

They say they will not make the same wording mistake this time. And they say the burden on taxpayers is modest.

“It’s so much bang for the buck,” said Jeremy Calles, Kyrene’s interim chief financial officer. For a small investment, he said, “we get state-of-the-art technology.”

Regardless, some taxpayers have already decided that they will not vote yes.

“When you look at the big picture, it’s hard to say ‘yes, spend more on technology’ when class sizes increase,” said Kameron Bybee, 34, who has two children in district schools. “The district has made up its mind to go forward with the technologically advanced path. Come hell or high water.”

Other parents feel conflicted. Eduarda Schroder, 48, whose daughter Julia was in Ms. Furman’s English class, worked on the political action committee last November to push through an extension of the technology tax. Computers, she says, can make learning more appealing. But she’s also concerned that test scores haven’t gone up.

She says she is starting to ask a basic question. “Do we really need technology to learn?” she said. “It’s a very valid time to ask the question, right before this goes on the ballot.”

Voir par ailleurs:

The waldorf cigarette factory
Alicia Hamberg

November 16, 2010

So — the first waldorf school was named after a cigarette factory in Stuttgart, Germany. The waldorf salad got its name from the Waldorf Hotel in New York (later the Waldorf Astoria), where it was created. But were there any connections between the cigarette factory in Stuttgart and the hotel in New York? Incidentally, the company that owned old cigarette factory in Stuttgart also bore the name Astoria — The Waldorf-Astoria Cigarette Company — though nowadays the factory is occasionally mentioned only as the Waldorf cigarette factory. (I believe? I may be mistaken here though.) And the waldorf schools, as far as I know, never adopted the entire name Waldorf-Astoria.

And, more importantly, what happened to the Waldorf cigarette factory? My google searches didn’t bring up anything but a very brief history of the factory itself on wikipedia. I may have come across more substantial information at some point in the past, but I cannot remember.

The Waldorf Hotel, opened in 1893 according to Wikipedia, clearly predates the Waldorf school. The salad, likewise, was a creation of the 1890s. The Waldorf Hotel closed for relocation, merged with the Astoria Hotel and opened as the Waldorf-Astoria Hotel in 1931.

The Waldorf-Astoria Cigarette Company, on the other hand, was established by Emil Molt — the anthroposophist who would later be involved with Rudolf Steiner in setting up the first waldorf school — and colleagues in 1906. It had been named after John Jacob Astor (1763-1848) from a German town called Walldorf. He had emigrated to the US and become enormously wealthy. Molt’s Waldorf-Astoria cigarette company went out of business in 1929 — that is, before the joint Waldorf-Astoria Hotel in New York had even been opened.

To make the story more complicated, the Waldorf-Astoria hotel had originally been two hotels, both of which were established by descendants of the same rich emigrant John Jacob Astor, whom the cigarette company had been named after. As already mentioned, the Waldorf Hotel was opened in 1893. The other hotel — the Astoria — was established four years later. By this time, it seems, the family had adopted the name of John Jacob Astor’s home village, Walldorf, though with another spelling: Waldorf.

The Waldorf-Astoria Tobacco factory may have ceased to exist in 1929, but the tobacco brand remained in production, during many years manufactured by a company called Remtsmaa. The waldorf schools are still around. When the Stuttgart school had been established by Molt and Steiner in 1919, Molt was manager of the cigarette company, and he and the company provided the building space the school needed.

 Voir aussi:

Les maths à la sauce New Age

Isabelle Roberge

Science presse

Décembre 2003

« Un, deux, trois, quatre. Cinq, six, sept, huit. » Ils étaient une dizaine d’adultes, en rond, à compter tout haut, à culbuter leur petit sac de sable de la main gauche (neuf) à la main droite (dix), puis à la gauche (onze), pour le passer au voisin de droite (douze). Avec ce ballet, des parents expérimentaient… la table de multiplication de quatre.

Du moins, telle qu’elle aurait pu être enseignée à leur petit, s’ils l’avaient envoyé en première année dans une école à pédagogie Waldorf. Un type d’école que plusieurs aimeraient voir se multiplier au Québec, qui soulève plus que sa part de controverses en Amérique du Nord, et dont la philosophie flirte avec le New Age.

Caractéristique dominante de cette pédagogie : « les rythmes de développement » des enfants. C’est ainsi qu’on n’enseigne que par le jeu et l’imitation aux moins de sept ans… parce que l’âme n’a pas encore intégré le corps. De 7 à 14 ans, on mise sur l’oralité. Contes de fées, légendes et mythes sont alors à l’honneur des cours d’histoire… et de biologie !

Les mathématiques sont également revues à travers le tricot. L’histoire, par un modelage en cire d’abeille. L’idée étant que les matières de l’après-midi -comme le jardinage, les travaux manuels ou l’artisanat- consolident les apprentissages du matin. Ici, pas de manuels scolaires. Pas d’ordinateurs, ni de médias électroniques avant le secondaire, parce qu’on est convaincu que ceux-ci  » briment l’imagination  » des jeunes.

La réincarnation au programme scolaire

Une demande a été présentée aux commissions scolaires de Montréal et de Marguerite-Bourgeoys, afin d’implanter « la première école publique à vocation particulière basée sur la pédagogie Waldorf à Montréal ».

Après avoir étudié le projet appelé à l’époque Élan Waldorf Montréal, les deux commissions scolaires ont décliné la demande pour les rentrées de septembre 2002 et 2003. La commission scolaire de Montréal n’offrait que des locaux à partager, alors qu’Élan Waldorf tenait à une école entièrement dédiée à « sa » pédagogie. Marguerite-Bourgeoys justifiait son choix par la réforme scolaire qui requiert toute l’attention du personnel, mais ce n’est que partie remise: le dossier Waldorf demeure sur sa liste des projets à étudier.

Depuis, le groupe Waldorf Montréal s’est rebaptisé EWM pour ne pas utiliser le mot « Waldorf », une marque de commerce du Waldorf School Association of Ontario. Dans une lettre acheminée au Devoir le 19 décembre 2003, le parent fondateur et membre du comité de coordination, Philip van Leeuwen, affirme que EWM attend toujours cette école publique.

Au cours de l’été 2002, onze parents ont tenté, au cours de séances d’information de trois heures, de convaincre d’autres parents de rallier leur cause. L’atmosphère s’avérait plutôt chaleureuse et familiale. La salle soupirait d’envie lorsque trois anciens Waldorf, dans la vingtaine, se souvenaient du climat « non-compétitif » des classes (pas d’examens notés au primaire). Mais les questions étaient soigneusement évitées.

Au cours des trois heures – consacrées en grande partie à des contes, des mises en situation et des chansons- personne n’a prononcé le mot « anthroposophie ». On n’en fait non plus aucune mention dans les 23 pages du document remis aux commissions scolaires en novembre 2001.

C’est pourtant derrière ce terme que se dissimule toute la philosophie créée en 1919 par le fondateur des écoles Waldorf, Rudolf Steiner (voir encadré).

Rudolf Steiner à 57 ans (1918).
WaldorfCritics.org
Imbibant l’ensemble de la démarche scolaire, l’anthroposophie reprend entre autres la thèse de la réincarnation et du karma.

Les « rythmes de développement » de l’enfant sont basés sur l’arrivée successive de trois « corps » qui, selon Steiner, composent l’être humain : le corps physique qui s’incarne à la naissance, suivi du « corps éthérique » à la chute des dents (vers sept ans) et le « corps astral » qui provoque la puberté, à 14 ans.

Steiner était convaincu que les humains ont déjà vécu sur l’Atlantide et vont un jour vivre sur Vénus, Jupiter et Vulcain (?) lorsque, dans une vie future, ils auront atteint un stade plus élevé de ce  » développement  » (voir la carte de l’évolution).

Philip van Leeuwen assure pour sa part, dans sa lettre du 19 décembre, que « nous ne sommes pas des anthroposophes et l’anthroposophie n’est pas enseignée dans une école waldorf; nous ne sommes que de simples parents qui reconnaissent les bénéfices de la pédagogie waldorf et qui voudraient offrir ce choix pédagogique aux familles de Montréal. « 

Atlantis. The Fate of the Lost Land and Its Secret Knowledge. Sélection de textes de Rudolf Steiner
« Les enfants n’entendent pas directement parler de réincarnation. Mais la pédagogie est basée sur ce fait », admet Vincent Breton, le fondateur de l’association Rudolf Steiner de Québec. Cette association anthroposophique tente depuis 20 ans de lancer une école privée Waldorf à Québec. Dès 1994, elle a organisé un congrès d’information sur la pédagogie Waldorf et l’anthroposophie.

Sans blâmer le silence qu’EWM choisit de garder au sujet de l’anthroposophie, Vincent Breton se dit favorable à ce que les parents sachent que le projet est directement relié à cette philosophie et y inscrivent leurs enfants en toute connaissance de cause, plutôt que de le découvrir après coup.

Un enfant a-t-il une âme?

Selon M. Breton, lui-même père de quatre enfants, si les lettres sont assimilées en 2e année plutôt qu’en 1ere, c’est parce que l’esprit, qui vivait avant la naissance de l’enfant, n’a pas encore fini de « s’incarner dans son corps physique ».

« On nous a parlé du développement de l’enfant, mais jamais que l’âme s’incarne à l’âge de sept ans », s’insurge un père qui a retiré ses deux enfants de l’école privée Rudolf-Steiner dans les années ’90 -la seule école Waldorf sur l’île de Montréal- et désire demeurer anonyme. Comme les enfants ne rapportent pas de devoirs à la maison, les parents ignorent ce qui se passe réellement. Lorsque ce père a parcouru les ouvrages anthroposophiques de la bibliothèque de l’école, il a déchanté.

Il se rappelle les rencontres avec les professeurs :  » Tout est très contrôlé. Le professeur parle. On ne pose pas de questions.  »
Un des slogans des critiques de Waldorf: posez des questions.

Les professeurs, eux, entendent bel et bien parler d’anthroposophie. Ils complètent leur certification d’enseignement du Québec par une formation spéciale d’un à trois ans, en Californie, en France, au Séminaire de formation de l’École Rudolf Steiner de Montréal ou au Rudolf Steiner Centre à Thornhill, en Ontario. Sur son site Internet, on peut lire qu’ils font un  » travail intensif en anthroposophie pour une éducation en profondeur », qu’ils étudient la  » sagesse dans les contes de fées  » ou qu’ils apprennent l’existence de « douze sens ».

Faire des maths avec les anges

Yves Casgrain, ex-directeur de la recherche à Info-secte et auteur d’un livre sur les sectes, prépare actuellement un ouvrage sur les écoles Waldorf. La somme de trois ans d’entrevues avec des professeurs de nombreuses écoles privés. « On leur conseille d’être évasif, de savoir à qui parler et quoi taire. » Sans qualifier l’anthroposophie de sectaire, Yves Casgrain rapporte des propos d’un ancien étudiant : « Si je décidais de pratiquer l’anthroposophie à nouveau, ce serait via l’eurythmie (la « science du mouvement »), qui est un moyen d’entrer en contact avec l’au-delà ». Ce même élève lui racontait aussi qu’à l’école, on maintient que « quand on fait des maths, il y a des anges qui se promènent dans la classe ».

Même si, poursuit Yves Casgrain,  » le but de ces écoles n’est pas de transformer les jeunes en anthroposophes », la pédagogie a un caractère  » initiatique  » :  » les professeurs ont une vision à long terme: préparer l’enfant à son karma, et l’outiller pour ses futures vies, dans trois ou quatre vies. C’est plus ou moins à l’insu des parents. « 

Le fait que les organisateurs d’EWM soient si discrets sur la philosophie de Rudolf Steiner s’explique peut-être par le fait qu’ils ont déjà eu maille à partir avec les médias. Depuis 1998, les parents de l’école La Roselière de Chambly observent un moratoire de silence. À l’époque, la ministre Pauline Marois n’avait pas voulu renouveler le permis d’établissement à vocation particulière: l’école n’utilisait pas de matériel didactique approuvé, son directeur était aussi le commissaire, et certains parents avaient quitté, choqués par son caractère ésotérique (dont une prière au soleil). Une mère se plaignait que l’orthopédagogue avait suggéré un traitement à sa fille pour lui faire écrire de la main droite.

Pour l’instant, la seule école Waldorf primaire et secondaire sur l’île de Montréal, l’École Rudolf Steiner, est donc une école privée. Il existe trois écoles primaires publiques au Québec, à Waterville, Victoriaville et Chambly. L’une d’elles a été mentionnée à quelques reprises dans l’actualité ces derniers mois, lorsque Louis Taillefer, spécialiste des supraconducteurs à l’Université de Sherbrooke, a récolté des honneurs dans le milieu scientifique, et en a profité pour souligner que ses enfants y sont inscrits (voir encadré). Il existe également des jardins d’enfants, dont l’Oiseau d’or à Lennoxville. Chaque fois, les promoteurs de l’école sont les parents, comme M. Taillefer.

Depuis un an et demi, près d’une dizaine d’initiatives convergent pour relancer la défunte Association pour la pédagogie Waldorf au Québec. L’école de Chambly souhaite élargir son enseignement au secondaire. D’autres travaillent à s’implanter en Abitibi, à Adamsville et dans des quartiers de Montréal. À Québec, des parents anthroposophes ont tenu une conférence publique en janvier.  » Depuis que des parents sont les maîtres d’œuvre avec les conseils d’établissements, explique Vincent Breton, on voit de plus en plus de ces initiatives pour un enseignement différent.  » Élan Waldorf Montréal compte aussi reprendre ses conférences publiques.

Qui est Steiner et qu’est-ce que l’anthroposophie?
Des poursuites en justice aux Etats-Unis
Un physicien parmi les parents
Collaboration à la recherche: Isabelle Burgun

Voir de même:

CHASSE AUX SORCIERES ?
JANINE TAVERNIER, LA PLUS CONNUE DES CHASSEUSES DE SECTES, PREFERE QUITTER UN COMBAT QUI PREND UNE TOURNURE TROP IDEOLOGIQUE. TROP SECTAIRE.
«SI ON EN VEUT A SON VOISIN, ON L’ACCUSE D’APPARTENIR À UNE SECTE.»
Entretien Joseph Veillard

Technikart

Novembre 2001

La médiatique présidente de l’UNADFI (Union Nationale des Associations de Défense de la Famille et de l’Individu qui aide les victimes des sectes) nous reçoit dans son pavillon de la banlieue ouest de Paris. Elle vient de démissionner de son poste de présidente et semble soulagée de passer le relais dans un combat où elle s’est jetée il y a vingt ans, à la suite de l’entrée de son mari dans la secte écolo-intégriste Ecoovie.

Ironie du sort : l’ex-première chasseuse antisectes de France se retrouve au banc des accusés puisque sa fille travaille comme éducatrice spécialisée dans un établissement inspiré de la pédagogie de Rudolph Steiner, classé comme secte.

Choquée de la mise à l’index dont ont été victimes les écoles de ses petits enfants, raillée par certains chasseurs de sectes qui lui reprochent sa complaisance envers un mouvement sectaire, elle s’inquiète d’une atmosphère de chasse aux sorcières qui peut conduire à une confusion générale, voire à certaines bavures.

Janine Tavernier, pourquoi quittez-vous la présidence de l’UNADFI ?

Après vingt ans dans cette association, et dix ans de présidence de l’UNADFI, j’estime qu’il est temps de passer la main.

Par ailleurs, il y a des personnes qui arrivent dans nos associations avec des idées nouvelles et qui ont envie de changer un peu le cours des choses.

C’est-à-dire ?

Il y a toute une équipe de personnes qui ont envie de s’intéresser aux doctrines et aux philosophies. Moi, je n’y tiens pas. je suis rentrée à l’association justement parce qu’on ne s’occupait pas des doctrines ni des croyances. On ne s’occupait que des victimes de groupes totalitaires.

Le Phénomène sectaire change complètement en France. Je pense que le grand public sait ce que c’est qu’une secte alors que, en 1974, date de la création de L’ADFI, il fallait tout faire découvrir. Aujourd’hui, il y a un renouveau dans ce milieu et j’ai envie de prendre du recul pour réfléchir.

Est-ce qu’il a pu y avoir des amalgames dans la campagne antisectes ?

De plus en plus, les gens voient des sectes partout. Si on fait du yoga, si on se soigne à l’homéopathie ou à l’acupuncture, on fait partie d’une secte Je trouve cela extrêmement grave parce qu’on doit avoir une grande ouverture et accepter les médecines parallèles sans juger ni cataloguer. De plus, on se sert du phénomène sectaire pour dénoncer et créer des rumeurs.

En gros, si on en veut à son voisin, on l’accuse d’appartenir à une secte.

Des gens qui vous sont chers, impliqués dans les écoles Steiner, ont ainsi été directement accusés…

Nous ne nous intéressons qu’aux victimes et nous n’en avons jamais reçu des écoles Steiner. Je trouve cela anormal qu’elles soient cataloguées comme sectes et que l’on me reproche de les soutenir car mes petits-enfants y sont éduqués. Je me pose des questions. Je voudrais lutter contre cela, notamment quand je vois que des magasins comme Nature et Découvertes sont présentés comme faisant partie de la scientologie. Toutes ces rumeur sont inadmissibles et je ne veux pas jouer ce jeu – là. Moi je me sens tout à fait libre, je n’ai aucune croyance, aucune philosophie. Il faut faire la différence entre les nouveaux mouvements religieux et les sectes. Les premier tout à fait respectables tandis que les secondes sont nocives.

Votre départ de l’UNADFI laisse la place libre à d’autres personne plus dogmatiques. N’est-ce pas un mauvais signe ?

J’espère que non. C’est important de changer, de tout remettre à plat pour permettre une meilleure étude du phénomène. Moi, j’ai fait mon temps ce fut une période formidable, pas toujours facile, durant laquelle j’ai acquis beaucoup de maturité et d’humilité. Face au phénomène des sectes, il faut tout le temps se remettre en question. Il n’y a pas de mode d’emploi pour aider quelqu’un à sortir d’une secte, pour aider les familles.

Aujourd’hui il y a moins d’importance à faire connaître le phénomène sectaire car le monde est plus ou moins au courant. Ce qu’il faut, c’est travailler dans la finesse et faire en sorte que les personnes ne se fassent plus avoir.

Voir enfin:

Anthroposophie, Rudolf Steiner (1861-1925) et Écoles Waldorf

Les écoles Waldorf mettent en oeuvre les théories pédagogiques de Steiner, selon lesquelles l’enfant passe par trois stages… au cours du premier stage, qui s’étend de la naissance à l’âge de sept ans, l’esprit habitant le corps de l’enfant s’adapte à son environnement, et les premières classes des écoles n’offrent qu’un contenu éducatif minimal. L’apprentissage de la lecture ne commence pas avant la deuxième ou la troisième année. Durant le second stage, qui va de sept à quatorze ans, l’enfant s’intéresse surtout à l’imagination et au rêve; on lui enseigne alors la mythologie. À l’âge de quatorze ans commence le troisième stage; on croit alors qu’un corps astral est attiré par le corps physique, ce qui déclenche la puberté. (Boston)
L’Autrichien Rudolf Steiner (1861-1925) a dirigé la section allemande de la Société de théosophie de 1902 à 1912, avant de la quitter pour fonder la Société d’anthroposophie. Il a peut-être troqué la sagesse divine pour la sagesse de l’Homme, mais l’une des principales raisons pour lesquelles il a rompu avec les théosophes était qu’ils n’accordaient pas une place spéciale à Jésus et au Christianisme. Steiner n’en eut pas moins aucune difficulté à accepter certain concepts hindouistes comme le karma et la réincarnation. En 1922, Steiner avait établi ce qu’il appelait la Communauté des chrétiens, qui comportait une liturgie et des rites propres aux anthroposophes. La Société anthroposophique et la Communauté des chrétiens existent encore de nos jours, mais comme entités distinctes.

Ce n’est pas avant d’atteindre la quarantaine, au moment ou le dix-neuvième siècle tirait à sa fin, que Steiner s’est senti attiré par l’occultisme. Steiner était un véritable esprit universel, intéressé, entre autres, par l’agriculture, l’architecture, l’art, la chimie, le théâtre, la littérature, les mathématiques, la médecine, la philosophie, la physique et la religion. Sa thèse de doctorat, à l’Université de Rostock, portait sur la théorie de la connaissance de Fichte. Il a écrit de nombreux ,ouvrages et a donné une foule de conférences portant des titres comme La Philosophie de l’activité intellectuelle (1894), La Science de l’occulte (1913), Enquêtes sur l’occultisme (1920), Comment connaître les mondes supérieurs (1904) et L’Illusion ahrimanienne (1919). Cette dernière conférence décrit sa « vision extralucide » de l’apport de divers esprits à l’histoire humaine, et se lit comme les mémoires de . Il a également été très attiré par les idées mystiques de Goethe, dont il a publié les œuvres sur plusieurs années. Une bonne partie de ce qu’a écrit Steiner semble reprendre Hegel. Il pensait que la science et la religion voyaient juste, mais pas de façon globale. Marx s’est trompé: c’est véritablement l’esprit qui fait avancer l’histoire. Steiner a même parlé de la tension entre la recherche du communautaire et l’expérience de l’individualité, qui ne constituaient pas vraiment une contradiction, selon lui, mais représentaient plutôt deux pôles enracinés dans la nature humaine.

Steiner s’intéressait à un nombre phénoménal de choses, mais à l’approche du vingtième siècle il s’est concentré surtout sur l’ésotérique, le mystique et l’occulte. Deux idées théosophiques l’attiraient avant toute autre: 1) il existe une conscience spirituelle qui donne un accès direct à des vérités supérieures; 2) la fange du monde matériel entrave l’évolution spirituelle.

Steiner a peut-être rompu avec la Société de théosophie, mais il n’en a pas abandonné son mysticisme éclectique pour autant. Il voyait dans l’anthroposophie une « science spirituelle ». Convaincu que la réalité est essentiellement de nature spirituelle, il désirait former l’individu de façon à ce qu’il puisse dépasser le monde matériel et apprendre à saisir le monde spirituel grâce à un soi supérieur. Il enseignait l’existence d’une espèce de perception spirituelle indépendante du corps et des sens. Apparemment, c’est ce sens spécial qui lui a permis de comprendre le monde occulte.

Selon Steiner, il y avait des êtres humains sur Terre depuis la création de la planète. Ils étaient d’abord apparus sous forme d’esprits, pour passer ensuite par diverses stades et en arriver à leur forme présente. L’humanité vivait actuellement sa période post-Atlantide, qui avait commencé avec la submersion progressive de l’Atlantide en 7227 avant Jésus-Christ… La période post-Atlantide se divisait en sept époques, la présente étant l’époque européenne-américaine, censée durer jusqu’en 3573. Après elle, les humains regagneraient les pouvoirs de clairvoyants qu’ils possédaient apparemment avant la Grèce antique (Boston).
C’est cependant dans le domaine de l’éducation que Steiner a eu le plus d’influence, et ce, de façon durable. En 1913, à Dornach, près de la ville suisse de Bâle, il a fait construire son Goetheanum, une « école des sciences spirituelles », qui servirait de précurseur aux écoles Steiner ou Waldorf. Le nom de « Waldorf » vient de ce que Steiner a ouvert un établissement pour les enfants des travailleurs d’une fabrique de cigarettes Waldorf-Astoria à Stuttgart, en Allemagne, en 1919. Le propriétaire de la fabrique, qui avait invité Steiner à prononcer une série de conférences pour ses travailleurs, fut apparemment si impressionné par l’homme qu’il lui a demandé d’ouvrir une école. La première école Waldorf des États-unis a été créée en 1928. Aujourd’hui, selon les adeptes de Steiner, il existe 600 écoles du genre, comptant quelque 120 000 étudiants, dans 32 pays. On croit qu’il y a 125 écoles Steiner en Amérique du Nord. On retrouve même un Collège Rudolf Steiner non accrédité, qui offre des baccalauréats en études anthroposophiques et en éducation Waldorf, ainsi qu’une maîtrise en éducation Waldorf.

Steiner a créé son programme d’études à partir de concepts apparemment dictés par son intuition au sujet de la nature du monde et des enfants. Il croyait que chacun de nous est constitué d’un corps, d’un esprit et d’une âme. Selon lui, les enfants passent par trois phases de sept ans, et le système d’éducation doit se plier à chacune de ces phases. De 0 à 7 ans, l’esprit doit s’adapter à son existence dans le monde matériel. À ce stade, les enfants apprennent avant tout par imitation. La matière scolaire doit rester minimale durant ces années. On raconte aux enfants des contes de fées, et on leur montre l’alphabet et l’écriture dès la première année, mais ils n’apprennent à lire qu’à partir de la deuxième.

Toujours selon Steiner, la deuxième phase de la croissance se déroule sous le signe de l’imagination et de la fantaisie. De 7 à 14 ans, l’enfant apprend le mieux par l’acception de l’autorité et l’émulation. Durant cette période, il n’a qu’un seul enseignant, et l’école devient une « famille », dont les enseignants sont les « parents ».

De 14 à 21 ans, le corps astral est attiré dans le corps physique, ce qui produit la puberté. Les idées anthroposophiques ne font pas nécessairement partie du programme des écoles Steiner, mais apparemment, ceux et celles qui s’occupent d’établir ces programmes y croient. Les écoles Waldorf laissent la formation religieuse aux soins des parents, mais on y retrouve habituellement une certaine tendance spirituelle, fondée sur une perspective chrétienne.

Malheureusement, comme elles ne font pas dans le fondamentalisme chrétien et l’interprétation littérale de la Bible, certains prétendent souvent qu’elles encouragent le paganisme, et même le satanisme. C’est sans doute parce qu’elles mettent l’accent sur la Nature et les rythmes naturels, y compris les festivals, les mythes, les cultures anciennes et différents rituels non chrétiens. (L’arrondissement scolaire unifié de Sacramento a abandonné son projet de transformation de l’école élémentaire Oak Ridge en établissement d’enseignement spécialisé Waldorf après que de nombreux parents ont formulé des plaintes, et qu’au moins un enseignant a parlé de satanisme. L’arrondissement a décidé de réserver le programme Waldorf à un autre endroit, et PLANS, Inc., un groupe critique à l’égard des écoles Waldorf, le poursuit en cour fédérale pour non-respect du principe de la séparation entre l’église et l’état.)

Certaines des idées mises en valeur par les écoles Waldorf ne viennent pas de Steiner, mais sont néanmoins conformes avec celles du maître. Par exemple, elles ne recommandent pas la télévision en raison du contenu qu’on y retrouve habituellement, et parce qu’elle ne favorise pas l’imagination. C’est là chose propre à attirer certains parents, puisqu’il est difficile de trouver quoi que ce soit de positif pour les jeunes enfants à la télé. L’auteur des présentes lignes est bien d’accord avec le fait que lorsqu’ils sont tout jeunes, les enfants devraient apprendre à se faire des amis, à parler, à écouter, à interagir avec la nature et les gens, au lieu de se retrouver plongés dans un état relevant de l’hypnose devant un écran cathodique. On peut présumer que les enseignants de la méthode Waldorf découragent également les jeux vidéo pour l’image déshumanisante qu’ils donnent de la violence, mais aussi parce qu’ils étouffent l’imagination.

Les écoles Waldorf n’encouragent pas non plus l’utilisation de l’ordinateur par de jeunes enfants. Les avantages de l’informatique dans la formation des jeunes restent apparemment à démontrer, même s’il semble y avoir un consensus généralisé à ce sujet dans le monde de l’éducation, où l’on dépense des milliards chaque année pour acquérir le matériel dernier cri, et ce pour des élèves qui savent à peine lire ou écrire, et encore moins penser de façon critique ni faire preuve d’un minimum d’habiletés sociales ou verbales. D’un autre côté, les écoles Waldorf sont peut-être aussi gagas des arts que les écoles publiques le sont de la technologie. Ce que l’on considère superflu au public est vu comme essentiel par les écoles Waldorf, par exemple, le tissage, le tricot, la musique, la sculpture sur bois et la peinture.

L’un des volets les plus inusités du programme scolaire porte sur ce que Steiner appelait l' »eurythmie », un art du mouvement qui s’efforce de rendre visible ce qui correspond, croyait-il, aux formes et aux gestes intérieurs du langage et de la musique. Selon la foire aux questions d’un site dédié à l’enseignement Waldorf, « elle laisse souvent perplexe les parents peu familiarisés avec notre forme d’éducation, [mais] les enfants répondent aux rythmes simples et aux exercices qui les aident à renforcer et à harmoniser leurs corps et leurs forces vitales. Plus tard, les élèves plus avancés s’exercent à des représentations eurythmiques de la poésie, du théâtre et de la musique, ce qui leur permet d’acquérir une perception plus approfondie de la composition et de l’écriture. L’eurythmie améliore la coordination et renforce la capacité d’écoute. L’enfant qui se voit lui-même comme un orchestre et qui doit acquérir une relation claire avec autrui au sein de l’espace se renforce également sur le plan social ».

La conséquence la plus intéressante de la pensée de Steiner au sujet de l’éducation a sans doute été sa tentative d’instruire les handicapés physiques et mentaux. Il croyait que c’est l’esprit qui saisit la connaissance, et cet esprit devait être le même pour tous, sans égard aux différences mentales ou physiques.

La plupart de ses critiques s’accordent à dire que Steiner était un homme remarquable, honnête et admirable. Contrairement à de nombreux « gourous », il semble avoir obéi à une morale stricte, n’a pas tenté d’envoûter ses disciples, et a conservé toute sa fidélité à son épouse. On a remis en question son envergure morale par des accusations de racisme, mais une longue apologie a été rédigée pour le défendre. Steiner, qui croyait à la réincarnation et au passage des âmes par différents niveaux, y compris des niveaux raciaux, situait les races africaines sous les races asiatiques, les races européennes étant au sommet de la hiérarchie. Les défenseurs de Steiner renvoient à des écrits tels que sa Philosophie de la liberté, où l’on trouve des passages vagues et apparemment contradictoires semblables à celui-ci:

Un groupe ethnique constitue un tout, et chacun de ses membres est marqué des signes caractéristiques de ce groupe. La physionomie et le comportement de chacun sont conditionnés et imprégnés par le caractère ethnique. Lorsqu’on cherche à comprendre tel ou tel trait, telle ou telle manière d’être d’un homme, on est ramené de l’individu à l’espèce. C’est elle qui nous explique la forme que revêt une tendance observée chez un individu.Mais l’homme se libère de cette emprise de l’espèce. Appréciée à sa juste valeur, elle cesse d’être une entrave à la liberté humaine, et ne doit pas le devenir sous l’effet d’une quelconque institution artificielle. L’être humain développe certaines qualités et accomplit certaines fonctions selon des mobiles qui lui sont propres. Les traits typiques de l’espèce chez lui ne sont que des moyens grâce auxquels il arrive à exprimer son entité personnelle. Les qualités spécifiques données par la nature lui servent de base, et il les façonne d’après les tendances de son être le plus intime. Dans les lois de l’espèce, on cherchera en vain la source des manifestations de cet être intime.*
Sans aucun doute, Steiner a beaucoup fait dans bien des domaines, mais comme philosophe, scientifique et artiste, il dépasse rarement la moyenne et demeure fort peu original. Quant à ses idées spirituelles, elles semblent bien moins crédibles, et n’ont certainement rien de scientifiques. Certains de ses principes en éducation, cependant, demeurent intéressants. Il avait raison de dire qu’il est dangereux d’éduquer de jeunes cerveaux au sein d’écoles dépendant du gouvernement. L’éducation financée par l’état peut mener à un programme au service de l’état, c’est-à-dire axé sur ses politiques économiques et sociales. L’éducation ne cherche alors plus à répondre aux besoins de l’enfant, mais aux besoins économiques de la société. La concurrence qui sous-tend la majeure partie de l’éducation publique peut bénéficier à la société, mais sans doute pas à tous et chacun. Une éducation où la coopération et les bons sentiments, plutôt que la concurrence et le ressentiment, marquent les relations essentielles entre élèves pourrait être plus avantageuse pour leur développement intellectuel, moral et créatif.

Steiner a également fait preuve d’avant-gardisme par sa compréhension du sexisme :

Si la situation sociale des femmes est souvent indigne d’elles, c’est qu’elle est déterminée, sous bien des rapports, par l’idée générale que l’on se fait des besoins et des devoirs naturels de la femme, et non point, comme ce devrait être, par ses qualités individuelles. Les occupations de l’homme s’orientent d’après ses aptitudes et ses goûts personnels, celles de la femme dépendent du seul fait qu’elle est femme. La femme doit être esclave de l’espèce, du typique féminin. Discuter si « de par sa nature » la femme est prédisposée à tel ou tel métier, c’est maintenir la question féministe au stade le plus élémentaire. Laissons à la femme le soin de juger ce qu’il est dans sa nature de vouloir.*D’autre part, il est vraisemblable que certaines des idées les plus bizarres de l’anthroposophie, comme les corps astraux, l’Atlantide, les Aryens, les Lémuriens, etc. soient transmises par le système d’éducation Waldorf, même si les théories philosophiques de Steiner ne font pas partie du programme qu’il destinait aux enfants. Est-il si difficile de défendre l’amour et la fraternité sans avoir recours à des fantasmes cosmiques quelconques? Lorsqu’on cherche à critiquer le mal que représente une vie entièrement consacrée à la recherche de biens matériels, sans égards pour autrui ou la planète, pourquoi s’appuyer sur un mysticisme échevelé? Pourquoi faut-il attribuer à l’absence de vie spirituelle le mal que l’on voit autour de soi? On pourrait aussi bien dire qu’une trop grande spiritualité en est à l’origine: les tenants de la vie spirituelle se soucient si peu de la vie matérielle qu’ils n’en font pas assez pour rendre notre monde meilleur. En outre, qu’est-ce qui interdit de raconter des histoires, de danser, de chanter, de faire de la musique, de créer des œuvres d’art et d’étudier la chimie, la biologie et la physique? Enfin, pourquoi serait-il impossible d’étudier le monde naturel sans qu’on considère la chose, soit comme un moyen d’obtenir un boulot assuré et d’acquérir des richesses matérielles, soit comme une façon d’harmoniser son âme avec le cosmos?

On ne doit pas bourrer le crâne de nos enfants d’idées matérialistes ni métaphysiques. Il faut les aimer, et leur apprendre à aimer. On doit leur permettre de grandir dans une atmosphère conviviale. On ne doit pas les typer selon la vieille théorie des tempéraments. Il faut leur offrir ce qu’il y a de mieux dans la nature, l’art et la science, de façon à ce qu’ils évitent de tout ramener à leur âme ou à leur future carrière. Malheureusement, la plupart des parents, semble-t-il, se prononceraient contre un tel type d’éducation.

Voir également: Médecine anthroposophique et Théosophie.

En savoir plus

Anthroposophical Medicine William T. Jarvis, Ph.D.
PLANS: People for Legal and Nonsectarian Schools -educating the public about Waldorf Education
Anthroposophy: Rudolf Steiner’s ‘Spiritual Science’ by Rob Boston
Is Anthroposophy Science? by Sven Ove Hansson
The Rudolf Steiner Archive
Henry Barnes on Waldorf Education
Waldorf Homeschoolers
Steiner and Gardening, i.e., Biodynamics?
Sympathetic Vibratory Physics
New Myths About Rudolf Steiner by Peter Normann Waage
The Janus Face of Anthroposophy Peter Zegers and Peter Staudenmaier Reply to Peter Normann Waage, New Myths About Rudolf Steiner
Anthroposophy and Ecofascism by Peter Staudenmaier
Lawsuit against Waldorf revived by Bill Lindelof (Sacramento Bee/March 31, 2003)

Voir aussi:

Luxembourg : les géants du Net champions de l’optimisation fiscale
Plus de 300 multinationales pratiquent l’évasion fiscale au Luxembourg, selon les révélations du consortium de journalisme ICIJ. Parmi elles, on trouve de nombreux géants de la high-tech comme Apple ou Amazon.
01net avec AFP
01net.
le 06/11/14

Pays-Bas, Irlande et maintenant Luxembourg, les révélations se suivent en cascades concernant les pays qui accordent d’énormes ristournes fiscales aux multinationales pour les attirer sur leur sol. L’ICIJ (International Consortium of Investigative Journalists) vient de révéler le détail des montants consentis par le Luxembourg. Et les géants de la high-tech et des télécoms figurent en bonne place des bénéficiaires. A commencer par Amazon, Apple, Verizon ou encore Vodafone.

Des pratiques qui remontent à 2002

Entre 2002 et 2010, selon une enquête publiée jeudi par 40 médias internationaux dont le journal français Le Monde, le Grand-Duché a passé des accords fiscaux avec 340 multinationales, dont Apple, Amazon, Ikea, Pepsi, Heinz, Verizon, AIG ou Axa, afin de minimiser leurs impôts.

L’enquête, qui a duré six mois et s’appuie sur 28 000 pages de documents, porte sur la pratique des accords fiscaux anticipés, ou « tax ruling ». Cette pratique est légale et ne concerne pas que le Luxembourg. Elle permet à une entreprise de demander à l’avance comment sa situation sera traitée par l’administration fiscale d’un pays, et d’obtenir certaines garanties juridiques. Cela influence la répartition du bénéfice imposable d’une multinationale entre ses filiales situées dans des pays différents, ce qui lui permet de faire de l’optimisation fiscale.

Des révélations qui ne vont pas manquer de fragiliser Jean-Claude Juncker, l’actuel président de la Commission européenne et premier ministre du Luxembourg de 1995 à 2013.


Libertés: A quand la signalisation contenu sensible pour la Bible ? (Should the Bible come with trigger warnings ?)

28 mai, 2014
https://jcdurbant.files.wordpress.com/2014/05/84bf3-trigger-warning.jpghttps://fbexternal-a.akamaihd.net/safe_image.php?d=AQD8Fkvt3yUMcsiP&w=377&h=197&url=http%3A%2F%2Fwww.newrepublic.com%2Fsites%2Fdefault%2Ffiles%2Fblindfolded.jpg&cfs=1&sx=123&sy=0&sw=989&sh=517
Et l’Éternel dit: J’exterminerai de la face de la terre l’homme que j’ai créé, depuis l’homme jusqu’au bétail, aux reptiles, et aux oiseaux du ciel; car je me repens de les avoir faits. Genèse 6: 7
Si un homme des enfants d’Israël ou des étrangers qui séjournent en Israël livre à Moloc l’un de ses enfants, il sera puni de mort: le peuple du pays le lapidera. Si un homme couche avec la femme de son père, et découvre ainsi la nudité de son père, cet homme et cette femme seront punis de mort: leur sang retombera sur eux. Si un homme couche avec sa belle-fille, ils seront tous deux punis de mort; ils ont fait une confusion: leur sang retombera sur eux. Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable; ils seront punis de mort: leur sang retombera sur eux. Lévitique 20:2 et 11-13
Fille de Babylone, la dévastée, Heureux qui te rend la pareille, Le mal que tu nous as fait! Heureux qui saisit tes enfants, Et les écrase sur le roc! Psaumes 137
O Dieu, brise-leur les dents dans la bouche! Éternel, arrache les mâchoires des lionceaux Qu’ils se dissipent comme des eaux qui s’écoulent! Qu’ils ne lancent que des traits émoussés! Qu’ils périssent en se fondant, comme un limaçon; Sans voir le soleil, comme l’avorton d’une femme! Avant que vos chaudières sentent l’épine, Verte ou enflammée, le tourbillon l’emportera. Le juste sera dans la joie, à la vue de la vengeance; Il baignera ses pieds dans le sang des méchants. Et les hommes diront: Oui, il est une récompense pour le juste; Oui, il est un Dieu qui juge sur la terre. Psaumes 58: 7-11
Peut-on imaginer personnage littéraire plus désagréable que le Dieu de l’Ancien Testament? Jaloux et en étant fier; obsédé de l’autorité, mesquin, injuste et impitoyable; vengeur et sanguinaire tenant de l’épuration ethnique; tyrannique, misogyne, homophobe, raciste, infanticide, génocidaire, fillicide, pestilentiel, mégalomane, sadomasochiste et capricieusement diabolique. Richard Dawkins
 Parmi tous les écrits présents dans l’Index, la Bible avec ses adaptations, ses commentaires et les études bibliques, est de loin le livre le plus censuré jusqu’à la suppression de l’Index. Les éditions de la Bible en latin, en grec, dans les langues vulgaires en tout ou en partie, ainsi que des commentaires bibliques figurent nombreux dans le premier index roman. L’interdiction, maintenue pendant deux siècles, d’adapter la bible en langue vulgaire finit par assimiler dans l’imaginaire collectif les traductions bibliques aux livres hérétiques dits « Gigliola Fragnito ». Plusieurs raisons justifiaient ces interdictions aux yeux des censeurs, principalement l’existence d’éditions altérées et commentées par des hérétiques, et la méfiance à l’égard d’une interprétation personnelle du texte révélé, que seule l’Église pouvait interpréter d’une façon authentique. Le contact direct avec les sources de la foi pouvait provoquer des remises en question et altérer la doctrine, la morale, et l’organisation de l’Église. Wikipedia
Le monothéisme devient une arme de guerre forgée tardivement pour permettre au peuple juif d’être et de durer, fût-ce au détriment des autres peuples. Il suppose une violence intrinsèque exterminatrice, intolérante, qui dure jusqu’aujourd’hui (…) les juifs inventent le génocide – le premier en date dans la littérature mondiale. Jean Soler
Le schéma judéo-chrétien s’impose, même à ceux qui se disent indemnes de cette religion. Jean Soler pense même le communisme et le nazisme dans la perspective schématique de ce modèle de pensée. Ainsi, chez Marx, le prolétariat joue le rôle du peuple élu, le monde y est vu en termes d’oppositions entre bien et mal, amis et ennemis, l’apocalypse (la guerre civile) annonce le millénarisme (la société sans classes). (…) Toujours selon Jean Soler, le monothéisme devient une arme de guerre forgée tardivement pour permettre au peuple juif d’être et de durer, fût-ce au détriment des autres peuples. Il suppose une violence intrinsèque exterminatrice, intolérante, qui dure jusqu’aujourd’hui. La vérité du judaïsme se trouve dans le christianisme qui universalise un discours d’abord nationaliste. (…) Bien sûr, il ne souhaite pas revenir au polythéisme antique, mais il propose que nous nous mettions enfin à l’école de la Grèce après plus de mille ans de domination judéo-chrétienne. Une Grèce qui ignore l’intolérance, la banalisation de la peine de mort, les guerres de destruction massive entre les cités ; une Grèce qui célèbre le culte des femmes ; une Grèce qui ignore le péché, la faute, la culpabilité ; une Grèce qui n’a pas souhaité l’extermination massive de ses adversaires ; une Grèce qui, à Athènes, où arrive saint Paul, avait édifié un autel au dieu inconnu comme preuve de sa générosité et de son hospitalité – cet autel fut décrété par Paul de Tarse l’autel de son dieu unique, le seul, le vrai. Constantin devait donner à Paul les moyens de son rêve. Michel Onfray
Dans certains des Psaumes l’esprit de haine nous frappe au visage comme la chaleur d’une fournaise. Dans d’autres cas, le même esprit cesse d’être effrayant mais c’est pour devenir (aux yeux de l’homme moderne) presque comique par sa naïveté. (…) Si nous excusons les poètes des Psaumes sous prétexte qu’ils n’étaient pas chrétiens, nous devrions pouvoir montrer que les auteurs païens expriment le même genre de choses et pire encore (….) Je peux trouver en eux de la lascivité, une bonne dose d’insensibilité brutale, une froide cruauté qui va de soi pour eux, mais certainement pas cette fureur ou cette profusion de haine…. La première impression que l’on en retire est que les Juifs étaient bien plus vindicatifs et acerbes que les païens. CS Lewis
Il y a une quantité incroyable de violence dans des pièces telles que Médée ou les Bacchantes, dans la tradition dionysiaque dans son ensemble qui est centrée sur le lynchage. L’Iliade n’est rien d’autre qu’une chaîne d’actes de vengeance ; mais ce que C. S. Lewis et Nietzsche disent sur cette question est sans doute vrai si le problème est défini de la façon qu’ils le définissent il, à savoir en termes non pas de pure quantité de violence exposée mais de l’intensité de la rancoeur ou du ressentiment. (…) Même si les Bacchantes d’Euripide ne sont pas loin de prendre la défense de la victime, en fin de compte elles ne le font pas. Le lynchage du roi Penthée de la propre main de sa mère et de ses sœurs est horrible certes, mais pas mauvais; il est justifié. Le roi Penthée est coupable de s’immiscer dans les rituels religieux des Bacchantes, coupable de s’opposer au dieu Dionysos lui-même. René Girard
On dit que les Psaumes de la Bible sont violents, mais qui s’exprime dans les psaumes, sinon les victimes des violences des mythes : “Les taureaux de Balaam m’encerclent et vont me lyncher”? Les Psaumes sont comme une fourrure magnifique de l’extérieur, mais qui, une fois retournée, laisse découvrir une peau sanglante. Ils sont typiques de la violence qui pèse sur l’homme et du recours que celui-ci trouve dans son Dieu. René Girard
De nombreux commentateurs veulent aujourd’hui montrer que, loin d’être non violente, la Bible est vraiment pleine de violence. En un sens, ils ont raison. La représentation de la violence dans la Bible est énorme et plus vive, plus évocatrice, que dans la mythologie même grecque. (…) Il est une chose que j’apprécie dans le refus contemporain de cautionner la violence biblique, quelque chose de rafraîchissant et de stimulant, une capacité d’indignation qui, à quelques exceptions près, manque dans la recherche et l’exégèse religieuse classiques. (…) Une fois que nous nous rendons compte que nous avons à faire au même phénomène social dans la Bible que la mythologie, à savoir la foule hystérique qui ne se calmera pas tant qu’elle n’aura pas lynché une victime, nous ne pouvons manquer de prendre conscience du fait de la grande singularité biblique, même de son caractère unique. (…) Dans la mythologie, la violence collective est toujours représentée à partir du point de vue de l’agresseur et donc on n’entend jamais les victimes elles-mêmes. On ne les entend jamais se lamenter sur leur triste sort et maudire leurs persécuteurs comme ils le font dans les Psaumes. Tout est raconté du point de vue des bourreaux. (…) Pas étonnant que les mythes grecs, les épopées grecques et les tragédies grecques sont toutes sereines, harmonieuses et non perturbées. (…) Pour moi, les Psaumes racontent la même histoire de base que les mythes mais retournée, pour ainsi dire. (…) Les Psaumes d’exécration ou de malédiction sont les premiers textes dans l’histoire qui permettent aux victimes, à jamais réduites au silence dans la mythologie, d’avoir une voix qui leur soit propre. (…) Ces victimes ressentent exactement la même chose que Job. Il faut décrire le livre de Job, je crois, comme un psaume considérablement élargi de malédiction. Si Job était un mythe, nous aurions seulement le point de vue des amis. (…) La critique actuelle de la violence dans la Bible ne soupçonne pas que la violence représentée dans la Bible peut être aussi dans les évènements derrière la mythologie, bien qu’invisible parce qu’elle est non représentée. La Bible est le premier texte à représenter la victimisation du point de vue de la victime, et c’est cette représentation qui est responsable, en fin de compte, de notre propre sensibilité supérieure à la violence. Ce n’est pas le fait de notre intelligence supérieure ou de notre sensibilité. Le fait qu’aujourd’hui nous pouvons passer jugement sur ces textes pour leur violence est un mystère. Personne d’autre n’a jamais fait cela dans le passé. C’est pour des raisons bibliques, paradoxalement, que nous critiquons la Bible. (…) Alors que dans le mythe, nous apprenons le lynchage de la bouche des persécuteurs qui soutiennent qu’ils ont bien fait de lyncher leurs victimes, dans la Bible nous entendons la voix des victimes elles-mêmes qui ne voient nullement le lynchage comme une chose agréable et nous disent en des mots extrêmement violents, des mots qui reflètent une réalité violente qui est aussi à l’origine de la mythologie, mais qui restant invisible, déforme notre compréhension générale de la littérature païenne et de la mythologie. René Girard
Ceux qui considèrent l’hébraïsme et le christianisme comme des religions du bouc émissaire parce qu’elles le rendent visible font comme s’ils punissaient l’ambassadeur en raison du message qu’il apporte. René Girard 
Ce qui apparait comme une faiblesse est peut-être la clé de son succès. La Bible donne à chaque génération une liberté essentielle d’appropriation et de relecture. (…) La Bible, c’est tout le contraire de « L’Odyssée ». Son imperfection formelle est la preuve de sa véracité. Dieu ne peut être un poète, les poètes mentent, Dieu, Lui, dit le vrai … Jean-Christophe Attias
Une « trigger », ou en français un déclencheur, c’est un contenu — des mots, des images, un son, parfois même une odeur — qui déclenche chez quelqu’un ayant vécu un évènement traumatisant le souvenir de cet évènement, parfois suivi de moments très difficiles comme des crises d’angoisse, des flashbacks et d’autres éléments qui se retrouvent notamment dans le trouble de stress post-traumatique. Pour prendre un exemple qui risque de ne pas déranger trop de monde : si vous êtes phobique, disons, des lapins et que vous étiez dans un parc à boire un Coca quand une boule de poils à oreilles vous a soudain sauté sur le pied, il est possible que le goût ou la vue du Coca vous cause un sentiment de malaise, sans forcément que vous ne vous en rendiez compte. La plupart des déclencheurs concernent des choses plus sérieuses, comme des agressions, des viols, et d’autres traumatismes très violents. Mademoizelle.com
Frankly it seems this is sort of an inevitable movement toward people increasingly expecting physical comfort and intellectual comfort in their lives. It is only going to get harder to teach people that there is a real important and serious value to being offended. Part of that is talking about deadly serious and uncomfortable subjects. Greg Lukianoff (president of the Foundation for Individual Rights in Education)
On college campuses across the country, a growing number of students are demanding trigger warnings on class content. Many instructors are obliging with alerts in handouts and before presentations, even emailing notes of caution ahead of class. At Scripps College, lecturers give warnings before presenting a core curriculum class, the “Histories of the Present: Violence, » although some have questioned the value of such alerts when students are still required to attend class. Oberlin College has published an official document on triggers, advising faculty members to « be aware of racism, classism, sexism, heterosexism, cissexism, ableism, and other issues of privilege and oppression, » to remove triggering material when it doesn’t « directly » contribute to learning goals and « strongly consider » developing a policy to make « triggering material » optional. Chinua Achebe’s Things Fall Apart, it states, is a novel that may « trigger readers who have experienced racism, colonialism, religious persecution, violence, suicide and more. » Warnings have been proposed even for books long considered suitable material for high-schoolers: Last month, a Rutgers University sophomore suggested that an alert for F. Scott Fitzgerald’s The Great Gatsby say, « TW: suicide, domestic abuse and graphic violence. » (… and now that they’ve entered university classrooms, it’s only a matter of time before warnings are demanded for other grade levels. As students introduce them in college newspapers, promotional material for plays, even poetry slams, it’s not inconceivable that they’ll appear at the beginning of film screenings and at the entrance to art exhibits. Will newspapers start applying warnings to articles about rape, murder, and war? (…) Issuing caution on the basis of potential harm or insult doesn’t help us negotiate our reactions; it makes our dealings with others more fraught. As Breslin pointed out, trigger warnings can have the opposite of their intended effect, luring in sensitive people (and perhaps connoisseurs of graphic content, too). More importantly, they reinforce the fear of words by depicting an ever-expanding number of articles and books as dangerous and requiring of regulation. By framing more public spaces, from the Internet to the college classroom, as full of infinite yet ill-defined hazards, trigger warnings encourage us to think of ourselves as more weak and fragile than we really are. (…)  Trigger warnings are presented as a gesture of empathy, but the irony is they lead only to more solipsism, an over-preoccupation with one’s own feelings—much to the detriment of society as a whole. Structuring public life around the most fragile personal sensitivities will only restrict all of our horizons. Engaging with ideas involves risk, and slapping warnings on them only undermines the principle of intellectual exploration. We cannot anticipate every potential trigger—the world, like the Internet, is too large and unwieldy. But even if we could, why would we want to? Bending the world to accommodate our personal frailties does not help us overcome them. Jenny Jarvie
For those who have not yet caught up with it, in the academic world the phrase « trigger warning » means alerting students to books that might « trigger » deleterious emotional effects. Should a Jewish student be asked to read « Oliver Twist » with its anti-Semitic caricature of Fagin, let alone « The Merchant of Venice, » whose central figure is the Jewish usurer Shylock? Should African-American students be required to read « Huckleberry Finn, » with its generous use of the « n-word, » or « Heart of Darkness, » which equates the Congo with the end of rational civilization? Should students who are ardent pacifists be made to read about warfare in Tolstoy and Stendhal, or for that matter the Iliad? As for gay and lesbian students, or students who have suffered sexual abuse, or those who have a physical handicap . . . one could go on. Pointing out the potentially damaging effects of books began, like so much these days, on the Internet, where intellectual Samaritans began listing such emotionally troublesome books on their blogs. Before long it was picked up by the academy. (…) Suddenly women, African-Americans, and (later) gay and lesbian professors began teaching, in effect, themselves. No serious university could do business without an African-American Studies Department. Many female professors created and found an academic home in something called Gender Studies, which turned out to be chiefly about the suppression of women, just as African-American Studies was chiefly about the historical and contemporary maltreatment of blacks. Something called Queer Studies came next, with gays and lesbians instructing interested students in the oppression of homosexuals. Over time, the themes of gender, class and race were insinuated into the softer social sciences and much of the humanities. They have established a reign of quiet academic terror, and that has made the university a very touchy place indeed. (…) University presidents and their increasingly large army of administrators have by now a 50-year tradition of cowardice. They do not clamp down when students reject the visits on their campuses of such courageous or accomplished women as Ayaan Hirsi Ali, Christine Lagarde or Condoleezza Rice because their views are not perfectly congruent with the students’ own jejune beliefs. When students and younger faculty line up behind the morally obtuse anti-Israel BDS (Boycott, Divest, Sanction) movement, wiser heads do not prevail, for the good reason that there are no wiser heads. The inmates, fair to say, are running the joint. The trigger warning is another passage in the unfinished symphony of political correctness. If the universities do not come out against attacks on freedom of speech, why should they oppose the censorship implicit in trigger warnings? The main point of these warnings, as with all political correctness, is to protect the minority of the weak, the vulnerable, the disheartened or the formerly discriminated against, no matter what the price in civility, scholarly integrity and political sanity. Do they truly require such protection, even at the price of genuine education? Nearly 200 years ago Alexis de Tocqueville, in his book on American democracy, feared the mob of the majority. In the American university today that mob looks positively pusillanimous next to the mob of the minority. Joseph Epstein
The bible is a raw, sometimes bleeding text, pulsing with fear and bitterness and the crumbling of will in the face of temptation. I believe that this very rawness is responsible for its endurance. Because what is raw is also tender, and it is in this tender place where real transformation happens. The bible does not shy away from our vulnerabilities, nor does it seek to accommodate them. Instead, when read with an honest mind (which is, regrettably, not a universal phenomenon), it exposes us to them, and ultimately ourselves. It is this intrinsically unapologetic nature of the text, its refusal to soothe or conceal, which not so long ago took me by great surprise and ultimately drew me in. (…) I lack the vitriol some feel against those who are trying to make trigger warnings happen. Those students are well-meaning and want to protect the people among them who have experienced trauma. But the question is, what are they really protecting them from? If it’s from reading something that might take them outside their comfort zone, that might cause more harm than good. (With exception, of course, of serious cases of PTSD.) As Los Angeles Times’ Megan Daum wrote in her column on the topic, we are already self-censoring enough: “Liberals stay away from Fox News. Conservatives shield themselves from MSNBC. We choose to live in particular neighborhoods or regions in part because we want neighbors who share our values. We rant away on social media, but we’re usually just talking to people who already agree with us. We call that an echo chamber, but isn’t it also a way of living inside one big trigger warning?” If the ban is an attempt to shield some individuals from others’ insensitive comments, well this is what a good professor should help out with through the facilitation of nuanced conversation that makes everyone uncomfortable and not just those with a troubled personal connection. When everyone is vulnerable, everyone grows, through the development of empathy for others or a reckoning with their past. This is how we prepare students for a big bad world filled with wounded people and devoid of trigger-warnings. The bible has long-served a similar role. Its nakedness pushes those of us who study it to strip down too, and contemplate just what is at stake for ourselves and those around us. It does not shy away from the dark matter of life, and so we should not shy away from it or any other of the good books that do the same, because reading them together is how we grow. Elissa Strauss

Ames sensibles s’abstenir !

Violence massive (déluge, apocalypse), lapidation, épuration ethnique, sacrifice humain et animal, génocide, infanticide, fillicide, suicide (Saül, Samson et Judas), racisme, colonialisme, hétérosexisme, cisexisme, handicapisme, sadomasochisme, misogynie, homophobie, transphobie, viols, inceste, sexe, sang, insectes …

Alors qu’après les pays musulmans et l’Italie et avec ses places de stationnement réservées (et plus larges et plus longues, s’il vous plait !), la Corée traite la féminité comme un handicap …

Et après le test féministe dit de Bechdel et la signalisation interdit au moins de 14 ans pour le film …

Et alors qu’après les sites féminins et qu’entre Shakespeare, Twain, Dickens, Tolstoy et Stendahl, les universités américaines s’y mettent à leur tour…

Pendant que la Licra fait interdire, pour cause d’antisémitisme, certains commentaires d’une traduction catholique de la Bible …

Ne devrions-nous pas réfléchir, avant son interdiction ou incinération définitive, à une signalisation contenu sensible systématique (« trigger warnings » en anglais) pour l’un des plus violents et pernicieux livres de la planète et de l’histoire ?

Should the Bible Have a Trigger Warning?
The Good Book Exposes Our Vulnerabilities — As It Should
Warning: May contain war, slavery, rape, deceit, plagues, smiting or apocalypse.
Elissa Strauss
May 25, 2014

You know what could use a trigger warning? The bible. If any book merits a note of caution it is the one that is colloquially referred to as good.

In the recent debate over whether colleges should warn students of material that deals with potentially post-traumatic stress syndrome inducing topics like war, sexual violence, racism, and anti-Semitism, I couldn’t help but think about how the raw and vulgar bible has sat warning-less for centuries.

Students at the University of California Santa Barbara and Oberlin College believe novels like Chinua Achebe’s “Things Fall Apart” (for racial violence) and “The Great Gatsby” (for misogynistic violence) should be presented with a warning label, all the while the world’s most popular book, easily found at safe-seeming places like churches, synagogues and hotel rooms, is brimming with much worse.

The bible is a book without heroes or hagiography; there’s hardly a character who fails to misstep. Instead we get war, slavery, rape, deceit, plagues, smiting, apocalypses and, in some ways the most threatening of them all: soul-crushing doubt in the Almighty. And yet, historically speaking, how many soldiers, victims of sexual assault and believers have found comfort in its words?

For many of us today the bible is the stuff of myth or tribal tales, but in previous generations many took it as God’s word. Imagine the horror of reading about not just people but also God’s capacity for violence while also believing that God was the author.

So why didn’t the architects of the bible (you might believe it is God, I believe it was various people over time) try to do some damage control? If not by way of slapping a warning on the cover, at least in the editing of the text?

Thank God they didn’t.

The bible is a raw, sometimes bleeding text, pulsing with fear and bitterness and the crumbling of will in the face of temptation. I believe that this very rawness is responsible for its endurance.

Because what is raw is also tender, and it is in this tender place where real transformation happens. The bible does not shy away from our vulnerabilities, nor does it seek to accommodate them. Instead, when read with an honest mind (which is, regrettably, not a universal phenomenon), it exposes us to them, and ultimately ourselves.

It is this intrinsically unapologetic nature of the text, its refusal to soothe or conceal, which not so long ago took me by great surprise and ultimately drew me in.

Until five years ago, I had never read the bible and knew of it only through the second-hand sanitized versions I learned at Hebrew school or from watching Disney movies. If I hadn’t been invited to be an artist fellow at LABA, a laboratory for Jewish culture which hosts a non-religious house of study, I am not sure I would have ever gotten around to it. So entranced I became with the unsparing nature of the text on human behavior, I eventually became co-director of the house of study.

Every year as new fellows come study with us, many of whom who have also never read the text, I see them go through the same experience of being caught off guard and shaken up by the piercing directness of the bible. They are triggered, and it is from that place that they are inspired to create.

I lack the vitriol some feel against those who are trying to make trigger warnings happen. Those students are well-meaning and want to protect the people among them who have experienced trauma. But the question is, what are they really protecting them from?

If it’s from reading something that might take them outside their comfort zone, that might cause more harm than good. (With exception, of course, of serious cases of PTSD.) As Los Angeles Times’ Megan Daum wrote in her column on the topic, we are already self-censoring enough: “Liberals stay away from Fox News. Conservatives shield themselves from MSNBC. We choose to live in particular neighborhoods or regions in part because we want neighbors who share our values. We rant away on social media, but we’re usually just talking to people who already agree with us. We call that an echo chamber, but isn’t it also a way of living inside one big trigger warning?”

If the ban is an attempt to shield some individuals from others’ insensitive comments, well this is what a good professor should help out with through the facilitation of nuanced conversation that makes everyone uncomfortable and not just those with a troubled personal connection. When everyone is vulnerable, everyone grows, through the development of empathy for others or a reckoning with their past. This is how we prepare students for a big bad world filled with wounded people and devoid of trigger-warnings.

The bible has long-served a similar role. Its nakedness pushes those of us who study it to strip down too, and contemplate just what is at stake for ourselves and those around us. It does not shy away from the dark matter of life, and so we should not shy away from it or any other of the good books that do the same, because reading them together is how we grow.

Elissa Strauss is a contributing editor to the Forward.

Voir aussi:

What ‘trigger warning’ would the Bible get?
Valerie Strauss
WP
May 23 2014

A ”trigger warning” is a short statement on a written piece of work or even a television show ( think Law and Order: Special Victims Unit) noting that the material may be sexually graphic, violent or in some other way upsetting. This month The New York Times ran a story by Jennifer Medina about the warnings that has sparked a stream of articles in magazines, newspapers and blogs about the subject, many of them ridiculing the idea.

The article, which noted that these warnings ”have their ideological roots in feminist thought,” discussed the traction that “trigger warnings” have gotten on some college campuses this year, with students pushing administrators to institute them. For example, a piece written by Philip Wythe, a sophomore, in the student newspaper at Rutgers University last February, said:

[L]iterature courses often examine works with grotesque, disturbing and gruesome imagery within their narratives. For instance, F. Scott Fitzgerald’s critically acclaimed novel, “The Great Gatsby,” possesses a variety of scenes that reference gory, abusive and misogynistic violence. Virginia Woolf’s famous cerebral narrative, “Mrs. Dalloway,” paints a disturbing narrative that examines the suicidal inclinations and post-traumatic experiences of an English war veteran. And Junot Diaz’s critically acclaimed work, “This is How You Lose Her,” observes domestic violence and misogynistic culture in disturbing first-person narrations….

Reaching a compromise between protecting students and defending their civil liberties is imperative to fulfilling the educational potential of our University’s undergraduates. Within social justice circles, many activists have reached this compromise by implementing “trauma trigger warnings:” a safety system that allows full artistic expression, as well as psychological protection for those who need it.

Trauma trigger warnings are a minimalistic description that tag articles, literature and other works of art for traumatic content. These triggers can cover a variety of topics — from graphic violence to drug abuse — and are intended as vague, abstract descriptions of a work’s content. For instance, one trigger warning for “The Great Gatsby” might be: (TW: “suicide,” “domestic abuse” and “graphic violence.”)

Also in February, members of the student government at the University of California at Santa Barbara passed a resolution called “A Resolution to Mandate Warnings For Triggering Content in Academic Settings,” (see text below) that urges “the instructor of any course that includes triggering content to list trigger warnings on the syllabus.” It urges school officials to meet with students to develop a way for professors to create “trigger warnings” for material including “Rape, Sexual Assault, Abuse, Self-Injurious Behavior, Suicide, Graphic Violence, Pornography, Kidnapping, and Graphic Depictions of Gore.”

There was trigger activity on some other campuses too. The Times story reports, for example, that Oberlin College wrote a draft guide on “trigger warnings” that said, before it was withdrawn for further work:

Triggers are not only relevant to sexual misconduct, but also to anything that might cause trauma. Be aware of racism, classism, sexism, heterosexism, cissexism, ableism, and other issues of privilege and oppression. Realize that all forms of violence are traumatic, and that your students have lives before and outside your classroom, experiences you may not expect or understand.

In March, the student newspaper at the University of California Santa Barbara, The Daily Nexus, published a letter by the student who initiated the resolution, Bailey Loverin, explaining her reasons for taking the action. In early April, the student newspaper published another article, by Marissa Wenzke, further explaining the resolution, saying:

… even while protecting freedoms so crucial to higher education, we must recognize the legitimacy behind the intentions that lie behind this resolution. One of the arguments against this bill claims it would act as a crutch for students who do not wish to be challenged with potentially offensive material, essentially boiling it down to “just get over it.” We’d invite everyone who stands behind this to imagine the most terrifying or painful moment of your life, and then imagine being spontaneously forced to relive that moment in the middle of a lecture in Campbell Hall.

Two days after The New York Times article was posted to the newspaper website on May 17, the newspaper published a piece on its website by Loverin defending the resolution again. What followed was a flood of negative commentary by critics concerned that trigger warnings would amount to censorship, prior restraint and an assault on academic freedom, including an editorial by The Los Angeles Times with this title: “Warning: College students, this editorial may upset you.” It said in part:

The student resolution is only advisory, a recommendation that campus authorities can turn into policy or reject. They should not only choose the latter course but should explain firmly to students why such a policy would be antithetical to all that college is supposed to provide: a rich and diverse body of study that often requires students to confront difficult or uncomfortable material, and encourages them to discuss such topics openly. Trigger warnings are part of a campus culture that is increasingly overprotective and hypersensitive in its efforts to ensure that no student is ever offended or made to feel uncomfortable.

A piece in The New Yorker by Jay Caspian Kang noted other reaction:

Social media, which mostly acts as an agreement machine whenever the liberal consensus squares off with a more radical cousin, seemed to confirm my annoyance [at the idea of trigger warnings]. The novelist Darin Strauss tweeted, “Trigger Warning: All human experience.” Matt Bai, a national columnist for Yahoo News, added, “Maybe the entire Web should have ‘trigger warning’ so I never have to feel uncomfortable or challenged.” Colson Whitehead joined in: “Your face should have a trigger warning for reminding me you exist.” There were dozens of other examples, from jokey to dire, and, by the time the news cycle kicked up on Tuesday, op-eds questioning the use of trigger warnings had been published in the Guardian, the Atlantic, and Mother Jones.

Then there was this reaction on the blog of the UCLA Faculty Association, which raises an issue that may put the idea of trigger warnings in some perspective: What kind of trigger warning would be put on the Bible. It would, the post says, start “with nudity and fratricide in the Garden of Eden and moving on to mass drowning (Noah), polygamy, adultery, etc.”

Sarah Dictum wrote in New Statesman that Shakespeare would surely need a trigger warning too, if trigger warnings ever became policy anywhere:

There are the obvious horrors, like Titus Andronicus with its hideous maternally-directed rape (“Away with her and use her as you will./The worse to her, the better loved of me”) and subsequent mutilation of the victim. But then there are the comedies, which even at their merriest contain intimations of rape. Measure for Measure hinges entirely on a woman being coerced into intercourse to save her brother’s life. Problem play? More like problematic play. Get behind the tape.

Here’s a draft version of the resolution that the UC Santa Barbara students passed in late February:

A Resolution to Mandate Warnings For Triggering Content in Academic Settings (02262014:61) – February 25, 2014

Resolution #805

by Nikki Calderon & Second: Derek Wakefield

Student Sponsor: Bailey Loverin

Resolution Liaison:

Whereas: UCSB CARE (Campus Advocacy Resources & Education) reports that: 1 in 4 college women will be sexually assaulted during her academic career,; 1 in 4 women will experience domestic violence; and 1 in 33 men will experience attempted or completed rape. Therefore this is a pertinent and widespread issue that should be acknowledged on campus. (maybe, but this may be better as a separate whereas at the end)

Whereas: Triggers are not limited to sexual assault and violence.

Whereas: Trigger Warnings should be used for content not covered by the rating system used by the MPAA or TV warnings (such as contains violence, nudity or, language).

Whereas: The current suggested list of Trigger Warnings includes Rape, Sexual Assault, Abuse, Self-Injurious Behavior, Suicide, Graphic Violence, Pornography, Kidnapping, and Graphic Depictions of Gore.

Whereas: Triggers are a symptom of PTSD (Post Traumatic Stress Disorder).

Whereas: UCSB Disabled Students Program recognizes PTSD as a disability.

Whereas: Having memories or flashbacks triggered can cause the person severe emotional, mental, and even physical distress. These reactions can affect a student’s ability to perform academically.

Whereas: College level courses may contain materials with mature content. These particularly affect students if material is being read in the classroom or a film is being screened, as the student cannot choose to stop being exposed to the material.

Whereas: Including trigger warnings is not a form of criticism or censorship of content. In addition, it does not restrict academic freedom but simply requests the respect and acknowledgement of the affect of triggering content on students with PTSD, both diagnosed and undiagnosed.

Whereas: Being informed well in advance of triggering content allows students to avoid a potentially triggering situation without public attention. Having a trigger warning on a syllabus allows a student the choice to be presentgives a student advance notice of possible triggers and the choice to be present or not instead of having to leave in the middle of a class or lecture.

Therefore let it be resolved by the Associated Students in the Senate Assembled:

That the Associated Students of UC Santa Barbara urge the instructor of any course that includes triggering content to list trigger warnings on the syllabus.

Let it further be resolved that: AS Senate urges the instructor of any course that includes triggering content to not dock points from a student’s overall grade for being absent or leaving class early if the reason for the absence is the triggering content.

Let it further be resolved that: AS Senate directs the Student Advocate General Kristian Whittaker to appoint a staff member to review and update the list of Trigger Warnings as needed in collaboration with RCSGD (Resource Center for Sexual and Gender Diversity) and The Women’s Center.

Let it further be resolved that: AS Senate direct External Vice President of Statewide Affairs Alex Choate to bring this to the attention of the UCSA Board at the next board meeting and to advocate for a policy change to reflect the directions of this resolution on a UC wide level.

Let it further be resolved that: AS Senate directs AS President Jonathon Abboud to bring this to the attention of the Academic Senate and advocate for a policy change to reflect the directions of this resolution.

Let it finally be resolved that: AS Senate recognizes the support and passing of this resolution as a stronger stance taken by UCSB against issues of sexual harassment and violence.

Fiscal Impact: $0 from the account.

A New Entry in the Annals of Academic Cravenness
If colleges won’t stick up for free speech, why would they oppose the implicit censorship of ‘trigger warnings’?
Joseph Epstein
WSJ
May 27, 2014

For those who have not yet caught up with it, in the academic world the phrase « trigger warning » means alerting students to books that might « trigger » deleterious emotional effects. Should a Jewish student be asked to read « Oliver Twist » with its anti-Semitic caricature of Fagin, let alone « The Merchant of Venice, » whose central figure is the Jewish usurer Shylock? Should African-American students be required to read « Huckleberry Finn, » with its generous use of the « n-word, » or « Heart of Darkness, » which equates the Congo with the end of rational civilization? Should students who are ardent pacifists be made to read about warfare in Tolstoy and Stendhal, or for that matter the Iliad? As for gay and lesbian students, or students who have suffered sexual abuse, or those who have a physical handicap . . . one could go on.

Pointing out the potentially damaging effects of books began, like so much these days, on the Internet, where intellectual Samaritans began listing such emotionally troublesome books on their blogs. Before long it was picked up by the academy. At the University of California at Santa Barbara, the student government suggested that all course syllabi contain trigger warnings. At Oberlin College the Office of Equity Concerns advised professors to steer clear of works that might be interpreted as sexist or racist or as vaunting violence.

Movies have of course long been rated and required to note such items as Adult Language, Violence, Nudity—ratings that are themselves a form of trigger warning. Why not books, even great classic books? The short answer is that doing so insults the intelligence of those supposedly serious enough to attend college by suggesting they must not be asked to read anything that fails to comport with their own beliefs or takes full account of their troubled past experiences.

Trigger warnings logically follow from the recent history of American academic life. This is a history in which demographic diversity has triumphed over intellectual standards and the display of virtue over the search for truth. So much of this history begins in good intentions and ends in the tyranny of conformity.

Sometime in the 1950s, American universities determined to acquire students from less populous parts of the country to give their institutions the feeling of geographical diversity. In the 1960s, after the great moral victories of the civil-rights movement, the next obvious step was racial preferences, which allowed special concessions to admit African-American students. In conjunction with this, black professors were felt to be needed to teach these students and, some said, serve as role models. Before long the minority of women among the professoriate was noted. This, too, would soon be amended. « Harvard, » I remember hearing around this time, « is looking for a good feminist. »

All this, most reasonable people would concur, was fair enough. Then things took a radical twist. Suddenly women, African-Americans, and (later) gay and lesbian professors began teaching, in effect, themselves. No serious university could do business without an African-American Studies Department. Many female professors created and found an academic home in something called Gender Studies, which turned out to be chiefly about the suppression of women, just as African-American Studies was chiefly about the historical and contemporary maltreatment of blacks. Something called Queer Studies came next, with gays and lesbians instructing interested students in the oppression of homosexuals.

Over time, the themes of gender, class and race were insinuated into the softer social sciences and much of the humanities. They have established a reign of quiet academic terror, and that has made the university a very touchy place indeed.

Meanwhile many of those students who in the late 1960s arose in protest have themselves come to prominence and even to eminence as professors in their 60s and early 70s. Having fought in their youth against what they thought the professorial old-boy network, they now find themselves old boys. Unable to discover a way to replace the presumably unjust society that they once sought to topple, they currently tend to stand aside when students and younger professors cavort in bumptious protest, lest they themselves be thought, God forfend, part of the problem.

University presidents and their increasingly large army of administrators have by now a 50-year tradition of cowardice. They do not clamp down when students reject the visits on their campuses of such courageous or accomplished women as Ayaan Hirsi Ali, Christine Lagarde or Condoleezza Rice because their views are not perfectly congruent with the students’ own jejune beliefs. When students and younger faculty line up behind the morally obtuse anti-Israel BDS (Boycott, Divest, Sanction) movement, wiser heads do not prevail, for the good reason that there are no wiser heads. The inmates, fair to say, are running the joint.

The trigger warning is another passage in the unfinished symphony of political correctness. If the universities do not come out against attacks on freedom of speech, why should they oppose the censorship implicit in trigger warnings? The main point of these warnings, as with all political correctness, is to protect the minority of the weak, the vulnerable, the disheartened or the formerly discriminated against, no matter what the price in civility, scholarly integrity and political sanity. Do they truly require such protection, even at the price of genuine education?

Nearly 200 years ago Alexis de Tocqueville, in his book on American democracy, feared the mob of the majority. In the American university today that mob looks positively pusillanimous next to the mob of the minority.

Mr. Epstein’s latest book is « A Literary Education and Other Essays, » published this week by Axios Press.

Voir aussi:

Trigger Happy The « trigger warning » has spread from blogs to college classes. Can it be stopped?
Jenny Jarvie
The New Republic
March 3, 2014

The headline above would, if some readers had their way, include a « trigger warning »—a disclaimer to alert you that this article contains potentially traumatic subject matter. Such warnings, which are most commonly applied to discussions about rape, sexual abuse, and mental illness, have appeared on message boards since the early days of the Web. Some consider them an irksome tic of the blogosphere’s most hypersensitive fringes, and yet they’ve spread from feminist forums and social media to sites as large as the The Huffington Post. Now, the trigger warning is gaining momentum beyond the Internet—at some of the nation’s most prestigious universities.

Last week, student leaders at the University of California, Santa Barbara, passed a resolution urging officials to institute mandatory trigger warnings on class syllabi. Professors who present « content that may trigger the onset of symptoms of Post-Traumatic Stress Disorder » would be required to issue advance alerts and allow students to skip those classes. According to UCSB newspaper The Daily Nexus, Bailey Loverin, the student who sponsored the proposal, decided to push the issue after attending a class in which she “felt forced” to sit through a film that featured an “insinuation” of sexual assault and a graphic depiction of rape. A victim of sexual abuse, she did not want to remain in the room, but she feared she would only draw attention to herself by walking out.

On college campuses across the country, a growing number of students are demanding trigger warnings on class content. Many instructors are obliging with alerts in handouts and before presentations, even emailing notes of caution ahead of class. At Scripps College, lecturers give warnings before presenting a core curriculum class, the “Histories of the Present: Violence, » although some have questioned the value of such alerts when students are still required to attend class. Oberlin College has published an official document on triggers, advising faculty members to « be aware of racism, classism, sexism, heterosexism, cissexism, ableism, and other issues of privilege and oppression, » to remove triggering material when it doesn’t « directly » contribute to learning goals and « strongly consider » developing a policy to make « triggering material » optional. Chinua Achebe’s Things Fall Apart, it states, is a novel that may « trigger readers who have experienced racism, colonialism, religious persecution, violence, suicide and more. » Warnings have been proposed even for books long considered suitable material for high-schoolers: Last month, a Rutgers University sophomore suggested that an alert for F. Scott Fitzgerald’s The Great Gatsby say, « TW: suicide, domestic abuse and graphic violence. »

What began as a way of moderating Internet forums for the vulnerable and mentally ill now threatens to define public discussion both online and off. The trigger warning signals not only the growing precautionary approach to words and ideas in the university, but a wider cultural hypersensitivity to harm and a paranoia about giving offense. And yet, for all the debate about the warnings on campuses and on the Internet, few are grappling with the ramifications for society as a whole.

Not everyone seems to agree on what the trigger warning is, let alone how it should be applied. Initially, trigger warnings were used in self-help and feminist forums to help readers who might have post traumatic stress disorder to avoid graphic content that might cause painful memories, flashbacks, or panic attacks. Some websites, like Bodies Under Siege, a self-injury support message board, developed systems of adding abbreviated topic tags—from SI (self injury) to ED (eating disorders)—to particularly explicit posts. As the Internet grew, warnings became more popular, and critics began to question their use. In 2010, Susannah Breslin wrote in True/Slant that feminists were applying the term « like a Southern cook applies Pam cooking spray to an overused nonstick frying pan »—prompting Feministing to call her a « certifiable asshole, » and Jezebel to lament that the debate has « been totally clouded by ridiculous inflammatory rhetoric. »

The term only spread with the advent of social media. In 2012, The Awl’s Choire Sicha argued that it had « lost all its meaning. » Since then, alerts have been applied to topics as diverse as sex, pregnancy, addiction, bullying, suicide, sizeism, ableism, homophobia, transphobia, slut shaming, victim-blaming, alcohol, blood, insects, small holes, and animals in wigs. Certain people, from rapper Chris Brown to sex columnist Dan Savage, have been dubbed “triggering.” Some have called for trigger warnings for television shows such as « Scandal » and « Downton Abbey. » Even The New Republic has suggested the satirical news site, The Onion, carry trigger warnings.

At the end of last year, Slate declared 2013 the « Year of the Trigger Warning,” noting that such alerts had become the target of humor. Jezebel, which does not issue trigger warnings, raised hackles in August by using the term as a headline joke: « It’s Time To Talk About Bug Infestations [TRIGGER WARNING]. » Such usage, one critic argued, amounted to « trivializing » such alerts and « trolling people who believe in them. » And in Britain, Suzanne Moore, a feminist columnist for The Guardian, was taken to task when she put a trigger warning on her Twitter bioline, mocking those who followed her feeds only to claim offense. Some critics have ridiculed her in turn: « Trigger warning, @Suzanne_moore is talking again. » (Moore’s Twitter bio now reads, « Media Whore. »)

The backlash has not stopped the growth of the trigger warning, and now that they’ve entered university classrooms, it’s only a matter of time before warnings are demanded for other grade levels. As students introduce them in college newspapers, promotional material for plays, even poetry slams, it’s not inconceivable that they’ll appear at the beginning of film screenings and at the entrance to art exhibits. Will newspapers start applying warnings to articles about rape, murder, and war? Could they even become a regular feature of speech? « I was walking down Main Street last night when—trigger warning—I saw an elderly woman get mugged. »

The « Geek Feminism Wiki » states that trigger warnings should be used for « graphic descriptions or extensive discussion » of abuse, torture, self-harm, suicide, eating disorders, body shaming, and even « psychologically realistic » depictions of the mental state of people suffering from those; it notes that some have gone further, arguing for warnings before the « depiction or discussion of any consensual sexual activity [and] of discriminatory attitudes or actions, such as sexism or racism. » The definition on the Queer Dictionary Tumblr is similar, but expands warnings even to discussion of statistics on hate crimes and self-harming.

As the list of trigger warning–worthy topics continues to grow, there’s scant research demonstrating how words « trigger » or how warnings might help. Most psychological research on P.T.S.D. suggests that, for those who have experienced trauma, « triggers » can be complex and unpredictable, appearing in many forms, from sounds to smells to weather conditions and times of the year. In this sense, anything can be a trigger—a musky cologne, a ditsy pop song, a footprint in the snow.

As a means of navigating the Internet, or setting the tone for academic discussion, the trigger warning is unhelpful. Once we start imposing alerts on the basis of potential trauma, where do we stop? One of the problems with the concept of triggering—understanding words as devices that activate a mechanism or cause a situation—is it promotes a rigid, overly deterministic approach to language. There is no rational basis for applying warnings because there is no objective measure of words’ potential harm. Of course, words can inspire intense reactions, but they have no intrinsic danger. Two people who have endured similarly painful experiences, from rape to war, can read the same material and respond in wholly different ways.

Issuing caution on the basis of potential harm or insult doesn’t help us negotiate our reactions; it makes our dealings with others more fraught. As Breslin pointed out, trigger warnings can have the opposite of their intended effect, luring in sensitive people (and perhaps connoisseurs of graphic content, too). More importantly, they reinforce the fear of words by depicting an ever-expanding number of articles and books as dangerous and requiring of regulation. By framing more public spaces, from the Internet to the college classroom, as full of infinite yet ill-defined hazards, trigger warnings encourage us to think of ourselves as more weak and fragile than we really are.

What’s more, the fear of triggers risks narrowing what we’re exposed to. Raechel Tiffe, an assistant professor in Communication Arts and Sciences at Merrimack College, Massachusetts, described a lesson in which she thought everything had gone well, until a student approached her about a clip from the television musical comedy, « Glee, » in which a student commits suicide. For Tiffe, who uses trigger warnings for sexual assault and rape, the incident was a « teaching moment »—not for the students, but for her to be more aware of the breadth of students’ sensitivities.

As academics become more preoccupied with students’ feelings of harm, they risk opening the door to a never-ending litany of requests. Last month, students at Wellesley College protested a sculpture of a man in his underwear because, according to the Change.org petition, it was a source of « triggering thoughts regarding sexual assault. » While the petition acknowledged the sculpture may not disturb everyone on campus, it insisted we share a “responsibility to pay attention to and attempt to answer the needs of all of our community members. » Even after the artist explained that the figure was supposed to be sleepwalking, students continued to insist it be moved indoors.

Trigger warnings are presented as a gesture of empathy, but the irony is they lead only to more solipsism, an over-preoccupation with one’s own feelings—much to the detriment of society as a whole. Structuring public life around the most fragile personal sensitivities will only restrict all of our horizons. Engaging with ideas involves risk, and slapping warnings on them only undermines the principle of intellectual exploration. We cannot anticipate every potential trigger—the world, like the Internet, is too large and unwieldy. But even if we could, why would we want to? Bending the world to accommodate our personal frailties does not help us overcome them.

Jenny Jarvie is an Atlanta-based writer whose work has appeared in the Los Angeles Times, Atlantic Cities, Poetry Magazine, and the Sunday Telegraph.

Voir également:

Trigger Warnings and the Novelist’s Mind
Jay Caspian Kang
The New Yorker
May 22, 2014

During a graduate-school lecture on “Lolita,” my professor stood up in front of a crowded classroom and said something I have never been able to shake: “When you read ‘Lolita,’ keep in mind that what you’re reading about is the systematic rape of a young girl.”

I had read “Lolita” in high school and then again in college, when it became my personal literary liquor store—whenever I got stuck in a scene, or whenever my prose felt flat or typical, I’d open “Lolita” to a random page and steal something. My professor’s pronouncement felt too didactic, too political, and, although I tried to put it out of my mind and enjoy “Lolita” ’s cunning, surprising games with language, I could no longer pick up the book without feeling the weight of his judgment. The professor wasn’t wrong to point out the obvious about Humbert and Dolores Haze, and I don’t believe—at least not completely—that literature should only be examined as an object unto itself, detached from time and history, but I haven’t read “Lolita” since.

I thought of that professor and his unwelcome intrusion when I read a page-one story in last week’s Times about how several colleges across the country have considered placing “trigger warnings” in front of works of art and literature that may cause a student to relive a traumatic experience. For example, a student might be forewarned that J. M. Coetzee’s “Disgrace” details colonial violence, racism, and rape with a note on the class syllabus that would read something like “Trigger Warning: This book contains scenes of colonialism, racism, and rape, which may be upsetting to students who have experienced colonialism, racism, or rape.”

The story’s headline, “WARNING: THE LITERARY CANON COULD MAKE STUDENTS SQUIRM,” and the inclusion of some seemingly innocuous titles, like “The Great Gatsby,” as candidates for such warnings, dredged up all my distaste for my professor’s prescriptive reading of “Lolita.” If he could produce such a chilling effect, what harm could a swarm of trigger warnings—each one reducing a work of literature to its ugliest plot points—inflict on the literary canon? What would “Trigger Warning: This novel contains racism” do to a reading of Ralph Ellison’s “Invisible Man”? What would “Trigger Warning: Rape, racism, and sexual assault” do to a reading of Toni Morrison’s “Beloved”?

Social media, which mostly acts as an agreement machine whenever the liberal consensus squares off with a more radical cousin, seemed to confirm my annoyance. The novelist Darin Strauss tweeted, “Trigger Warning: All human experience.” Matt Bai, a national columnist for Yahoo News, added, “Maybe the entire Web should have ‘trigger warning’ so I never have to feel uncomfortable or challenged.” Colson Whitehead joined in: “Your face should have a trigger warning for reminding me you exist.” There were dozens of other examples, from jokey to dire, and, by the time the news cycle kicked up on Tuesday, op-eds questioning the use of trigger warnings had been published in the Guardian, the Atlantic, and Mother Jones.

Out on the far end of the agreement machine, feminist writers and academics defended the use of trigger warnings, and tried to explain their utility and their history. The modern iteration of “trigger warning,” or “TW,” as it’s commonly written, came out of the feminist blogosphere, and, like many other terms used within insular, politically active communities, addressed a specific need. Roughly ten years ago, editors at feminist and progressive Web sites realized that they needed a way of encouraging frank and candid conversation about sexual assault without catching readers unaware. Many survivors of sexual assault experience symptoms of post-traumatic stress; graphic depictions of rape or violent attacks can trigger flashbacks, nightmares, and crippling anxiety. The editors theorized that a warning posted before disturbing narratives could allow readers to prepare for what might be an upsetting but, ultimately, necessary conversation.

“Censorship was never the point,” Alexandra Brodsky, an editor at the Web site Feministing, told me. “We knew that violent and traumatic narratives could have a grave effect on the reader, so we, working together as a community, created guideposts for people to navigate what has always been a tricky terrain.” Those guideposts helped. Trigger warnings “made people feel like they could write explicitly and honestly about things that they may have not written about under different circumstances,” Brodsky said. “They let people know that this was going to be a different type of conversation.”

That logic eventually found its way into the academy. Last year, Bailey Shoemaker-Richards, a master’s student at the University of Findlay, in Ohio, started using trigger warnings in her academic presentations on cyber sexism and online abuse. The warning, she said, takes up roughly fifteen seconds at the start of a talk, and serves only as a reminder that those who are uncomfortable discussing online abuse are free to leave the room. “I don’t think a trigger warning will prevent conversations that may be upsetting,” Shoemaker-Richards told me. “But they might force people in the class to think through their reactions a little more.” Shoemaker-Richards’s use of trigger warnings largely mirrors the way that they have been implemented in classrooms across the country, and, although the term itself sounds forbidding and censorious, in practice these warnings are meant to protect students from public traumatic flashbacks. “If you know you’re about to read a graphic depiction of state racism, and you know that you’d rather be at home than in the library, the trigger warning is just information you need to make that decision,” Brodsky explained.

Brodsky feels conflicted about university-mandated trigger warnings for potentially troubling works of art and literature, as do other feminist thinkers I spoke to, but she still thinks that they should be used in the classroom. “You can’t copy the language from a Jezebel post and paste it onto a syllabus,” Brodsky explained. “With that being said, literature is important, and has effects beyond momentary pleasure and discomfort. ‘Trigger Warning: Colonialism,’ seems a bit reductive, but there should be a way that we acknowledge that what we’re going to read will have a significant impact.” The expansion of higher education onto the Internet has depersonalized the classroom, Brodsky argued, and with fewer settings in which a professor can adequately prepare a class for a potentially disturbing work of literature or art, trigger warnings could stand in, at least in part, for a nuanced and sensitive introduction.

It should be noted that none of the schools cited in the Times article have actually implemented a policy that would mandate trigger warnings, and that college classrooms have often served as testing grounds for vital policies that might at first have seemed apocalyptic or Pollyannaish. Trigger warnings could eventually become part of academic environments, as unobtrusive and beneficial as wheelchair ramps and kosher toaster ovens.

Many of the op-eds and articles on trigger warnings published this week have argued on behalf of the sanctity of the relationship between the reader and the text. For the most part, I have agreed with them. A trigger warning reduces a work of art down to what amounts to plot points. If a novel like José Saramago’s “Blindness” succeeds because it sews up small yet essential pockets of human normalcy against a horrific backdrop, a preëmptive label like “Trigger Warning: Violence and internment” strips it down to one idea.

I relayed these thoughts to Brodsky, along with the anecdote about my professor and “Lolita.” “What a delight it must be to read a book full of graphic accounts of sexual violence and still have the book not be about sexual violence to you!” she said. “Why is the depersonalized, apolitical reading the one we should fight for?” I admit, this was an angle I had not yet considered, and I recalled the severe annoyance I’d felt in college seminars and coffeehouse conversations whenever a white person would say a bit too ringingly that a book written by a person of color somehow “transcended race,” as if that was the highest compliment that could be paid to a work written by one of us poor, striving minorities. Every reliable figure, whether from academic study or from the Obama Administration, says that somewhere between one in four and one in five women are sexually assaulted during their time in college. To argue that their concerns are somehow marginal does not correlate with the math or the ethos of the classroom.

And yet, as a novelist who spent seven years writing an ultimately unpublished novel and two years writing another, I wonder about the effect a trigger warning—even a discreet, well-placed one—might have on the creative process. I kept thinking of the professor’s pronouncement about “Lolita,” and how difficult it had been for me to get it out of my head. After a few phone calls to fellow former classmates who had attended the same lecture, and who remember the professor’s comments with the same clarity, I finally figured out why. We had all enrolled in this particular graduate program because we wanted to write fiction. This was a foolish, likely doomed endeavor, sure, but if we were to have any chance at writing anything worthwhile, our commitment to the task would have to be irrational and unrelenting. Every young writer has to go through a stage of relating to works of literature as if they’re planets, with their own elegant ecosystems and gravitational pull.

A good reader may very well finish “Lolita” and conclude that the book is about the systematic rape of a young girl, or that such a troubling text should require a trigger warning, but a writer should have the freedom to look at “Lolita” as nothing more than a series of sentences that exist only for their own sake. If reading, as Joyce Carol Oates wrote, is the “sole means by which we slip, involuntarily, often helplessly, into another’s skin, another’s voice, another’s soul,” a trigger warning, even through gentle suggestion, guides us into that skin. For writers, who cull everything from what they read, any amount of guidance will lead to dull conformity.

In a good novel—it hardly needs to be said—every word matters. Dedications matter. Epigraphs matter. The size of the font on the Library of Congress listing matters. The order of the names on the acknowledgment page matters. A writer friend of mine once likened a completed novel to a pressure cooker—the weight placed on every stylistic decision should be extraordinary and evenly distributed. A trigger warning or, really, any sort of preface, would disrupt the creation of those highly pressurized, vital moments in literature that shock a reader into a higher consciousness. I cannot be the only person who believes that James Baldwin’s “Notes of a Native Son” has the power to radically change the way all people look at race in this country—Baldwin’s brutal treatment of himself, his perfect choice of detail, and his mode of dragging the reader through Harlem elevate the story of a young man preparing himself to attend the funeral of his father to a complete, gorgeous whole. Any excess language—in the form of a trigger warning—amounts to a preëmptive defacement. It’s worth considering how the next Baldwin would react to the possibility that his account would be stamped with “Trigger Warning: Child abuse.” How does that moment, when he picks up his head and stares out at his future reader, change the words he chooses? Can we really afford to have “Notes of a Native Son” be three, four, or even one word worse?

Voir encore:

Trigger warnings: What do they do?
BBC
25 February 2014

A bit like a spoiler alert, the phrase « trigger warning » is now often seen online but it has a more serious motive than stopping you from accidentally ruining the enjoyment of a TV show you’ve not seen yet.

What is a trigger warning?

Seen on the web, in tweets and on blogs, it usually takes the form of a sentence or a few words to caution readers about the content which will follow. The author adds a warning in recognition of strong writing or images which could unsettle those with mental health difficulties. They exist so readers can choose whether or not to read any further.

It usually starts with « trigger warning » in bold. It has to be carefully written so it isn’t a trigger itself.

TRIGGER WARNING – rather ironically, this article could be a trigger. If you feel your mental health could be affected by reading stories about how others can be affected, we advise you read no further.
So, what exactly is a trigger?

In the area of mental health, a trigger is something which causes instant distress in a vulnerable person. If you know what can trigger a bad reaction, you can try to avoid those triggers in the same way that someone with an allergy might take steps to avoid dogs.

What kind of things can act as a trigger?

Different things trigger trauma in different people. There is no set list.

The website for Young Minds youth mental health charity uses trigger warnings. A spokesman for the charity, Chris Leaman, says: « If they are feeling particularly vulnerable, illustrative bits of the site like personal accounts, might trigger young people into an action or remind them of a time when they were struggling. »

A woman who wants to remain anonymous tells us that a recent news story about the search for a man who stopped someone from jumping off a bridge in London, was a trigger for her. She says: « What he was doing, raising awareness of suicide, was really great and so positive. But every time I crossed that bridge I thought of jumping off – it triggered suicidal thoughts for me. »

Does everyone appreciate the warnings?

Writing in the New Statesman, Rhiannon Lucy Cosslett says she doesn’t like trigger warnings because they smack of « victimhood ». She says she has post-traumatic stress disorder (PTSD) and feels that people she doesn’t know are trying to wrap her in cotton wool.

At the other end of the scale, the mental health charity Samaritans has produced guidelines for journalists which advise against publishing details of how people kill themselves. It also calls for dramatic phrasing to be avoided. Samaritans says reading about the subject can trigger copycat behaviour.

Where did trigger warnings start?

Disabled occupational therapist Claire Jones works in the area of mental health. She says that trigger warnings first appeared on feminist websites to flag up accounts of abuse. The term was adopted by various other groups, particularly the wider mental health community. This happened in the early days of the internet, when the warnings were especially common in online forums.

Viewers of Hollywood films portraying the lives of former soldiers will be used to scenes where characters experience flashbacks brought on by a loud noise, perhaps. Jones says: « A car backfiring can trigger a memory of conflict. It is a very visceral experience, almost like reliving the trauma. »

Are trigger warnings ever considered unhelpful?

The thing about the internet is, if you use the word « trigger » it makes troubling content more findable because you can just type it into a search engine. Before the warning existed, « triggering » content, as it’s referred to, was harder to find.

On some websites, users share pictures of their self-harm scars and write about their suicidal thoughts. They place trigger warnings in front so people can avoid this strong material.

Service user and mental health policy expert Liz Main says that « if someone is feeling particularly grim, they might search out triggers because they want a nudge ». In other words, they might look for material which will inspire them to move from thinking about harming themselves, to actually doing it – which is obviously not positive.

Jones says online forums can be helpful and believes people with mental health difficulties are more likely to seek support if they know there are warnings which will prevent them from seeing traumatic material on their computer screen. She says: « That’s why I think that trigger warnings are broadly a good thing. »

Voir de même:

Suicide reporting – 10 things to remember

Samaritans

Leave out technical details about the method of suicide, such as describing the type of ligature used or the number and types of pills taken in an overdose. Never suggest that a method is quick, easy, painless or certain to result in death.
Language matters. Avoid dramatic headlines and terms such as ‘suicide epidemic’ or ‘hot spot’.
Include references to support groups and places where suicidal people can find help – it really does make a difference.
Treat social media with particular caution and refrain from mentioning websites or networks that promote or glamorise suicide.
Avoid dramatic or sensationalist pictures or video.
Young people are especially vulnerable to negative suicide coverage. Do not give undue prominence to photographs of a young person who has died and avoid repeated use of images such as galleries.
Try not to give a story undue prominence, for example with a front cover splash.
Don’t brush over the complex realities of suicide and its impact on those left behind. Remember that people bereaved by suicide are often vulnerable and are more likely to take their own lives than the general population.
Speculation about the ‘trigger’ for a suicide, even if provided by a close family member, should be avoided.
Use statistics with caution. Check with Samaritans or the relevant national statistical agency to make sure you have the most recent data and are comparing like with like.

Voir enfin:

Bible des Peuples

01/01/1970

LA BIBLE DES PEUPLES :

Une bible nostalgique de la théorie de la «substitution»

M.R. Macina

Debriefing

Rappel des faits

C’est dans le ciel presque serein de relations judéo-chrétiennes en développement positif exponentiel (si l’on en juge par les dizaines de textes pontificaux et épiscopaux concernant le peuple juif, issus depuis le Concile), et après l’apaisement du conflit autour du Carmel d’Au­sch­witz, qu’éclata, dans les premiers mois de l’an­née 1995, ce qu’on a appelé «l’affaire de la Bible des Communautés Chrétiennes».

Peu de temps après sa parution en France (mai 1994), un certain nombre de catholiques impliqués dans le dia­logue judéo-chrétien avaient été choqués par le contenu et le ton, blessants pour les juifs, de quelques commentaires de cette nouvelle bible, dif­fusée en plusieurs langues par les éditions catholiques interna­tionales Médiaspaul, et dont les ventes, toutes versions confondues, dépassaient alors les vingt millions d’exemplaires.

Un examen attentif de l’ouvrage révéla que les passages incriminés ne constituaient pas un faux pas fortuit, mais s’inscrivaient dans la ligne d’une apologétique chrétienne an­cienne manière, très négative à l’égard des juifs.

On y apprenait, entre autres inepties du même acabit,  que la cul­ture juive était «machiste». Que cette religion était «fanatique». Qu’Esdras «encourageait le racisme». Que la désaffection des juifs pour les écrits des pro­phètes «expliquait bien des erreurs commises au nom du sio­nisme». Que «le pharisien ne veut rien devoir à Dieu et qu’il ne veut pas pécher pour ne pas avoir à être par­donné». Que, pour les juifs, «aucun procédé ne sera mau­vais si cela sert les intérêts de leur groupe». Que «le peuple juif soupçonnait que Jésus venait de Dieu», mais ne voulait pas «croire». Que la circonci­sion «ouvrait au païen toutes les portes de la société juive avec ses bonnes affaires». Que «Dieu ne peut nous en­fermer dans des obligations folkloriques de circonci­sion ou de chapeau, ni s’enfermer lui-même dans les problèmes de notre cuisine et de nos temps de prière». Qu’on était fondé à parler du peuple juif «comme de celui qui avait tué Dieu, puisque ce peuple n’avait pu dominer son fanatisme, lié à toute son his­toire». Qu’avant la venue de l’Antichrist, «le peuple juif dé­versera toute sa méchanceté sur l’Église», mais qu’«à la fin, la Colère [de Dieu] va se décharger sur eux», et qu’«ils seront jugés». Enfin, que les fléaux dé­crits dans le chapitre huit de l’Apoca­lypse «évoquent le châti­ment du peuple juif qui n’a pas accueilli le Christ», châ­timent qui «vient des forces de la na­ture qui se retournent contre le peuple coupable.»

Ce n’est pas ici le lieu de relater en détail les péripé­ties tumultueuses de cette affaire. On n’en résumera donc que les grandes lignes.

Devant le tollé soulevé par les commentaires antiju­daïques de cette bible et le large écho médiatique qui lui fut donné, Monseigneur Jean-Charles Thomas, évêque de Versailles, qui avait imprudemment ap­prouvé et même chau­dement recommandé cette Bible, présenta d’abord des excuses publiques à la Communauté Juive de France. Puis, comme le scan­dale ne s’apaisait pas, il retira son Imprimatur et enjoi­gnit à l’éditeur de cesser la diffusion, jusqu’à la réali­sa­tion d’une édition amendée qui devrait alors obtenir un nouveau Nihil obstat (février 1995).

C’est alors que se produisit l’inconcevable. Alors qu’on se fût attendu à ce qu’il adoptât un profil bas, surtout après le désaveu de la hiérarchie ecclésiastique, l’édi­teur – qui s’esti­mait diffamé par la campagne de presse qui faisait rage – ré­pliqua, par la bouche du su­périeur romain de la Congrégation religieuse fonda­trice des éditions Médiaspaul, par un communiqué belliqueux (21 mars 1995). Invoquant le droit canonique, il exprimait son refus caté­gorique de stop­per les ventes de sa bible. Cette attitude «insurrectionnelle» face à l’injonction d’un évêque, d’ail­leurs soutenu par les plus hautes au­torités de l’Église, déclencha, comme on pouvait s’y attendre, l’ire des insti­tutions juives repré­sen­tatives, qui sui­vaient attentivement l’évolution de l’affaire.

Jean Kahn, président du Consistoire Central des Juifs de France, interpella énergiquement les instances ro­maines de dialogue entre l’Église et le judaïsme pour qu’elles mettent fin à ce qu’il considérait comme un scan­dale. De son côté, la Ligue contre le racisme et l’antisé­mitisme (LICRA), assignait en référé la société éditrice.

Le 11 avril 1995, une Ordonnance de référé du Tribunal de Grande Instance de Paris condamnait l’éditeur à sup­primer deux passages, considérés comme «de nature à raviver l’antijudaïsme», et «interdisait la dif­fusion et la vente de l’ouvrage, à défaut de ces sup­pres­sions.»

D’abord résolu à interjeter appel du jugement, l’édi­teur condamné finit par se résoudre à accepter la sen­tence ci­vile. C’est ainsi que, dans un communiqué conjoint (octobre 1995), la LICRA, Médiaspaul et la Société Biblique Catholique Internationale faisaient part d’un ac­cord intervenu entre les parties en conflit. Il était convenu que l’édition en cours «ne serait plus dif­fusée, à compter du 21 novembre 1995, qu’avec sup­pression des passages contestés» (au nombre de 19).

En fait, sur décision de l’autorité ecclésiastique, la vente ne reprit pas et les éditeurs durent, pour obtenir un nou­vel Imprimatur, soumettre à un comité d’experts une ré­édition amendée. Ce n’est qu’après une attente de près d’un an, que la décision négative fut rendue pu­blique par un bref communiqué du cardinal Pierre Eyt, président de la Commission doctrinale de la Conférence des évêques de France :

 «La Commission doctrinale a demandé à plusieurs exégètes ca­tholiques reconnus de procéder à une étude complète de la deuxième édition de cette Bible ainsi que des corrections propo­sées par les au­teurs pour une troisième édition. L’étude des avis présentés par les exégètes désignés par notre Commission a conduit celle-ci à voter, le 21 mars 1996, le refus de l’imprimatur pour la troisième édition de la Bible des Communautés Chrétiennes.» (Texte intégral de la décision, suivi de quelques exemples de textes rejetés par les experts, dans SNOP, Service catholique de presse et d’information, n° 994, Paris, 4 octobre 1996).

L’affaire semblait donc close lorsqu’elle rebondit soudain. En septembre 1998, les éditions Fayard tenaient une conférence de presse pour annoncer qu’ils éditaient une version corrigée de la Bible des Communautés Chrétiennes, sous le titre de Bible des Peuples. À la surprise générale, et surtout à celle du cardinal P. Eyt et de sa Commission doctrinale, qui avaient sanctionné cette bible deux ans plus tôt, cette nouvelle version était munie d’un Imprimatur de la Conférences des Évêques du Congo. Après une violente polémique, par journaux interposés, entre les respon­sables éditoriaux du Cerf (Bible de Jérusalem) et de Desclée de Brouwer (TOB) – qui avaient sévèrement critiqué la Bible des Peuples – et Cl. Durand, directeur de Fayard, qui accusait ces éditeurs de diffamer SA bible pour des motifs bassement financiers, les esprits se sont quelque peu calmés, sans que le contentieux soit liquidé pour autant.

Il reste que cette bible, qui a tant fait parler d’elle, continue sa carrière, qui, si l’on tient compte des versions en langues étrangères (espagnol surtout), est un immense succès éditorial, puisque, aux dires de ses éditeurs, plus de 32 millions d’exemplaires ont été vendus depuis le lancement de la version originale en langue espagnole, en 1973.

Ci-après, on pourra lire un florilège de 22 passages qui, s’ils ne peuvent être qualifiés, d’«antisémites», méritent cependant, nous semble-t-il, le label d’«antijudaïques», et sont, en tout état de cause, fortement dépréciateurs, voire diabolisateurs du peuple juif, de sa foi et de ses traditions.

Un florilège de stéréotypes antijudaïques
Ancien Testament

NOTA : N’ont été retenus ici, parmi bien d’autres, que les passages dont le caractère dépréciateur du peuple juif ne découle ni de la théologie ni de la doctrine chrétiennes, mais trouve son origine dans des a priori et des stéréotypes que l’enseigne­ment post-conciliaire de l’Église a répudiés, même s’ils ont longtemps fait partie de son discours. Les citations sont extraites de La Bible des peuples, Fayard, Paris,1998).

Abréviation : BCC:Bible des Communautés Chrétiennes, SOBICAI et Médiaspaul, Arpajon, 1995.

Introduction à l’Ancien Testament, pp. 25* et 26*

“Condamnation d’Israël pour ses infidélités sans nombre […] C’est le temps où Dieu se prépare un “petit reste” au milieu d’une nation sollicitée et emportée par toutes les tentations du pouvoir et la confusion entre royaume de ce monde et Royaume de Dieu.”

• Toujours la même présentation péjorative de la religion juive, sans doute dans le but de mieux exalter la chré­tienne. Ici, l’ignorance du judaïsme se révèle crûment. En effet, quiconque connaît un tant soit peu la Tradition juive sait que les juifs pieux n’attendent rien de bon de “ce monde-ci”, mais soupirent après les temps du Messie, où, ainsi que le leur promet l’Écriture, Dieu régnera, et où ils vivront en paix, à l’ombre de leur Messie, en attendant le “monde à venir”, lorsque la création toute entière sera renouvelée. Il est dommage qu’un commentateur chrétien qui proclame son souci pastoral, non content de passer sous silence ce qui fait le cœur même du message de l’Évan­gile – et qui, repris par sa religion, fut et est toujours le cœur et l’âme de la foi juive – croie bon de discréditer ainsi le peuple dont, spirituellement, il est lui-même issu (cf. Pie XI : «Spirituellement, nous sommes des Sémites!», ne serait-ce que par la relation quasi organique que la foi chrétienne établit entre les chrétiens et Jésus le juif.

2) Sur Esdras 9, pp. 469-470

 «Esdras encourage donc la ségrégation raciale malgré les leçons des pro­phètes qui, un siècle avant, avaient proclamé que toutes les nations feraient partie du peuple de Dieu. Au début, la stricte observance de la Loi est une garantie contre les païens, mais avec le temps, elle de­viendra le mur qui isolera les juifs des autres peuples.»

• Dans cette présentation simpliste de la spécificité du peuple de Dieu, on omet de rappeler les textes bibliques qui enjoignent au juif de se marier avec d’autres juifs et même dans sa parenté (cf. Gn 24, 9 ss.; Ex 2, 1; To 1, 9). Quant à l’accusation de “ségrégation raciale”, outre qu’elle est ridiculement anachronique, elle procède d’une manie de l’amal­game, qui est l’une des plus graves faiblesses de ces Commentaires actualisants et réducteurs, qui font feu de tout bois pour faire du judaïsme et de ses coutumes, auxquels il est visible que l’on ne comprend pas grand chose, le repoussoir pa­radigmatique de tout ce qui est socialement, politiquement et religieusement haïssable, de nos jours. À ce compte, il fau­drait qualifier de “ségrégationnistes” les responsables religieux et les parents chré­tiens, musulmans et autres, qui recom­mandent à leurs fidèles ou à leurs enfants de ne se marier qu’avec un conjoint qui partage leur foi!

3) Sur Amos 5, 18ss., p. 751

 «Puisque les désastres précédents n’ont pas été suffisants pour corriger Israël, Amos en annonce un autre : ce sera le Jour de Yahvé. Quand les Israélites [en] parlaient… ils pensaient à un triomphe, un jour où Dieu viendrait écraser les nations ennemies»

• Désinformation choquante. Maints passages de l’Ancien Testament utilisent l’expression “Jour de YHWH” (Is 13, 6.9; Ez 13, 5; Jl 1, 15; 2, 1.11; 3, 4; 4, 14; Am 5, 18.20; Ab 15; So 1, 7.14; Ml 3, 23. Cf. aussi Is 2, 12; Ez 30, 3; Za 14, 1; etc.). Quiconque voudra bien se donner la peine de les vérifier se convaincra de l’inexactitude des af­firmations du Commentateur. Il est facile de constater que les prophètes, qui l’ont annoncé, ne considèrent pas le “Jour de Yahvé” comme un “triomphe” d’Israël devant la déconfiture des nations. Cet état d’esprit est d’ailleurs ré­prouvé par l’AT: “Si ton ennemi tombe, ne te réjouis pas, que ton cœur n’exulte pas de ce qu’il trébuche” (Pr 24, 17). Tous les passages évoqués disent exactement le contraire, et la perspective de jugement qu’ils annoncent est, à l’évidence universelle (cf. Ab 15 : “le Jour de Yahvé contre tous les peuples”). Le texte d’Amos 5, 18.20 ne signifie nullement, comme l’affirme le Commentateur, que “Dieu vient demander des comptes à son peuple” (et le renvoi à So 2 est trompeur, car ce texte ne vise pas Israël, mais toutes les nations, comme l’indique l’expression du v. 3 : “tous les humbles de la terre”). Il s’adresse à ceux qui appellent la venue de ce Jour, pour voir la fin de leur oppression. Le prophète leur répond que ce Jour sera terrible pour tout le monde, car Dieu viendra alors juger tous les pécheurs, et le peuple de Dieu en premier. Reconnaissons toutefois que le commentaire de la Traduction Oecuménique de la Bible (TOB), sous Amos 5, 18, conforte, avec quelques nuances plus positives, l’exégèse de la BCC. Par contre, celui de la Bible de Jérusalem, à cet endroit, est beaucoup plus objectif, nous semble-t-il.

4) Sur Amos 5, 18ss., p. 751

«Quand les Israélites parlaient du Jour de Yahvé, ils pensaient à un triomphe, un jour où Dieu viendrait écraser les nations ennemies. Amos en inverse le sens et, après lui, dans la bouche des prophètes, le Jour de Yahvé signifiera que Dieu vient demander des comptes à son peuple (voir So 2). Dansl’évangile et les autres livres du Nouveau Testament, le Jour du Seigneur signifie de même le jugement universel (voir Rm 1, 18); mais le terme aura alors un sens plus précis : la venue du Christ. Il jugera ceux qui ont rejeté sa parole et il réalisera les espoirs de ceux qui ont mis leur foi en lui.»

• Quand on lit ce commentaire en relation avec le précédent (dont il fait d’ailleurs partie), on ne peut guère douter de la pensée de son auteur : les juifs “qui ont rejeté la parole” du Christ, seront condamnés lors de la Parousie de ce dernier.

5) Sur Job 29, p. 834

 «Paradoxalement, c’est la défense de Job qui montre le côté faible de cette intégrité, cette “justice” devant Dieu dont il était si fier. Je faisais de la justice mon vêtement. Job était un homme juste, conscient d’être juste, et il remerciait Dieu qui l’avait fait bon. Tout cela ressemble énormément à la “justice”, aux mérites des Pharisiens. Tout en montrant un grand respect pour un Dieu éloigné, Job avait bâti seul sa vie, ses vertus et sa propre image. Finalement, sa perfection n‘existait pas aux yeux de Dieu parce que, sans le dire, Job se faisait un rival de Dieu.»

• Exégèse inouïe! Aucun Père ni écrivain ecclésiastique n’a jamais tiré une telle conclusion. Au contraire, dans la littérature chrétienne, Job est généralement présenté comme le type du Juste éprouvé, qui ne se révolte pas contre Dieu, même s’il crie sous la douleur et l’injustice apparente de son sort. Ses récriminations sont surtout contre l’at­titude de ses faux amis qui l’accablent et l’accusent d’être la cause de ses maux, réputés être la sanction de ses fautes cachées. On ne sait de quoi on doit s’étonner le plus : de l’ignorance dont fait preuve le Commentateur – qui semble n’avoir pas compris que la métaphore de la justice que l’on revêt comme un vêtement est biblique (cf. Is 59, 14; Ps 132, 9, remarquons, au passage, l’absence quasi totale de références bibliques dans les marges du Livre de Job!) –, ou de sa propension à médire des personnages de l’Ancien Testament, au travers desquels, à l’évidence, c’est le ju­daïsme, biblique et rabbinique, qui est visé. Pourtant, le fait même que Dieu reconnaisse, à la fin du livre, que “Job a bien parlé” de lui, au contraire de ses “amis” (Jb 42, 7), témoigne éloquemment de la “justice” –au sens bi­blique du terme et non au sens “pharisaïque” – de ce persécuté. Mais un examen approfondi de la littérature de la BCC aide à comprendre l’intention de ce sermon anti-Job. Il est dans le droit fil de maints commentaires de cette bible, à savoir, que les hommes et les femmes de l’Ancien Testament, en général, et les Juifs contemporains de Jésus et des apôtres, en particulier, si vertueux ou admirables qu’ils aient pu être, ne peuvent arriver à la cheville des chrétiens, à cause de leur “carnalité”, de leur “certitude orgueilleuse d’être des justes”, et de leur “pharisaïsme”.

6) Sur Job 32, p. 837

«Élihu pressent qu’il y a quelque chose de faux dans la justice de Job, mais il ne sait pas le dire, et comme les amis de Job, il cherche des péchés secrets que Job aurait pu commettre. Le fait est que Job n’a pas la justice évangélique qui est l’humble amour de Dieu.»

• Énorme anachronisme missionnaire chrétien de la “justice évangélique” (dont notre Commentateur déplore que Job soit dépourvu). Il devrait suffire à faire classer l’exégèse de la Bible des Peuples au rang de l’aveuglement spiri­tuel le plus notoire de la littérature apologétique chrétienne contemporaine.

7) Sur Esther 3, p. 907

 «L’auteur laisse apparaître les tensions qui opposaient les Juifs aux autres peuples au milieu des­quels ils vivaient. Ils avaient habituellement une supériorité culturelle, et leur étroite solidarité était une véritable force : cela leur valait tout à la fois admiration et envie. Leur mode de vie semblait étrange (Sg 2, 14-15), ce qui fai­sait naître des soupçons dont les conséquences pouvaient être tragiques. La fin du livre montrera que la confiance en Dieu de nos pères dans la foi n’avait pas encore éliminé la violence et la soif de vengeance.»

• Cette “autre lecture” n’est, à l’évidence, pas celle de l’exégète soucieux de replacer les choses dans leur contexte par une analyse historico-littéraire rigoureuse. Au contraire, le contexte lui-même montre que cette lettre n’était qu’un tissu de calomnies, imaginées par Aman, ennemi de la nation juive, qui fut d’ailleurs pendu par le même roi qui avait rédigé ce firman. C’est donc bien ce que pense le Commentateur qui est exprimé ici.

8) Sur Esther 9, p. 913

 «Nous avons bien du mal à comprendre comment le peuple de Dieu peut commettre de tels mas­sacres, et comment ce livre sacré peut les applaudir. C’est qu’à l’origine le fanatisme de nos ancêtres était à la mesure même de leur certitude d’être le peuple élu de Dieu. Dieu a su patiemment les éduquer tout au long de l’histoire, mais ce qui lui a été le plus difficile, semble-t-il, a été de retirer du cœur humain la violence et l’esprit de vengeance. Les prophètes eux-mêmes n’ont guère pris conscience de la violence qui les habitait en dépit de leur communion si étroite avec Dieu. Dans Genèse 34, l’auteur nous montre le scandale qu’avait été le viol de la fille de Jacob, mais il ne porte pas de jugement sur les représailles qui suivirent. L’histoire nous montre que dans tous les groupes humains la solidarité, la justice et la morale ne valaient qu’à l’intérieur d’un groupe […] c’est en­core chez les disciples du Christ qu’on trouvera plus facilement des exemples de pardon.»

• Est-il nécessaire de rappeler qu’au temps de Patriarches, où eut lieu la vengeance sur le clan des violeurs de Sichem, il n’y avait pas de «religion juive», et que les membres d’une tribu ou d’un clan, quels que fussent leur race ou leur appartenance religieuse, pratiquaient la loi du talion, lorsqu’un des leurs était l’objet de sévices?

9) Sur Siracide 42, 9, p. 1002

 «Le texte original, écrit en hébreu, était beaucoup plus long au verset 9 et disait : “Sa chambre ne doit pas avoir de fenêtres et elle ne doit pas voir les portes d’accès de la maison”. Ce conseil est une preuve de plus de la domination des hommes dans la culturehébraïque…»

• “Dans la culture hébraïque” : La moindre honnêteté eût été d’écrire, “dans la civilisation de l’époque”, ou “dans la culture juive, tributaire de la mentalité d’alors”. Toujours la même méthode qui consiste à épingler tout ce qui peut porter atteinte à la crédibilité et à la dignité du judaïsme. Ici, on est en droit de suspecter une véritable intention de le déprécier. En effet, de l’aveu du Commentateur lui-même, le passage évoqué pour fustiger, une fois de plus, la culture juive, ne figure dans le texte d’aucune bible moderne (où le texte de ce livre est une traduction du grec), étant donné qu’il n’existe que dans une très ancienne version hébraïque du Livre de Ben Sira, découverte, à la fin du XIXe s. dans la Guénizah du Caire. Pour relativiser ce commentaire malveillant, signalons que, jusqu’à notre époque, dans de nombreux peuples, le statut de la jeune femme non mariée a toujours été très sévère. On veillait sur elle avec ja­lousie (cf. la duègne, en Espagne). De nos jours encore, dans les contrées européennes et méditerranéennes, il n’est pas rare que certains membres de la famille (père, frère, ou oncle généralement), vengent par le sang l’honneur d’une fille, d’une sœur ou d’une nièce séduites.

Nouveau Testament
10) Sur Matthieu 23, 29, p. 58

 «Le peuple juif, harcelé par les étrangers, serrait les rangs autour du Temple, de la pratique reli­gieuse et du groupe des Pharisiens. Sous l’emprise de la peur, les juifs faisaient ce que fait toute société qui se sent menacée : ils devenaient fanatiquement conservateurs et se sentaient à l’abri dans les institutions que Dieu leur avait données dans le passé.»

• On aura remarqué la généralisation abusive. Dans le texte néotestamentaire, ce sont uniquement les dirigeants religieux qui sont l’objet des objurgations de Jésus, et non le peuple juif dans son ensemble. L’adverbe «fanatiquement» est inutilement blessant. Dira-t-on, aujourd’hui, que certains courants protestants sont «fanatiquement» fondamentalistes parce qu’il pratiquent une lecture littérale des Écritures? Ou que les catholiques at­tachés à l’ancienne liturgie sont «fanatiquement» traditionalistes? Certains émettent de telles appréciations, certes, mais ce n’est pas à leur honneur.

11) Sur Marc 7, 24, p. 91

 «Car ce que Jésus reproche aux Pharisiens se retrouve bien souvent chez ceux qui se tournent vers les institutions religieuses considérées. Au départ, on a un désir de perfection morale qui s’allie inconsciemment au besoin d’être reconnu par la société. On a conscience de sa propre responsabilité, ce qui est excellent et qui était au cœur du pharisaïsme. Ce peut être un point de départ. Mais le temps passe et l’on ne se rend pas compte qu’on s’est attaché moins à Dieu qu’à ses propres vertus : l’amour nous aurait enfoncés dans l’humilité. Confiant en ses propres mérites (en sa “justice” : Lc 17, 9), le Pharisien vise une forme de sainteté à partir de règles, jeûnes, aumônes, et il attend de Dieu, en retour de ses mérites, un traitement privi­légié. Nous voici loin de la grâce et de l’Évangile. Car nous ne pouvons rencontrer Dieu que si nous prenons la mesure de notre faiblesse et de son pardon. Alors nous l’aimons vraiment, humblement, et nous nous sentons frères des plus pauvres et des pécheurs. Le fait d’appartenir à une élite vraie ou prétendue telle nous amène à cultiver notre image, et donc les apparences, de plus en plus à l’écart des “pécheurs” et des gens ordinaires (comme par hasard, Pharisien veut dire : séparé). Ce milieu plus “select” offre une chance à toutes les ambitions, et dès lors, comme dit Jésus, c’est l’hypocrisie qui règne.»

• La dépréciation systématique des Pharisiens, on le sait, est un locus classicus de l’enseignement chrétien tradi­tionnel, qui, de ce fait, mérite bien le label, que lui décernait l’historien juif Jules Isaac, d’«enseignement du mé­pris». Ce thème a tellement fait florès, qu’il est passé dans la langue, au point que l’adjectif “pharisien” – qui signi­fie “séparé”, en hébreu – a fini par devenir le paradigme de la prétention et de l’orgueil de celui qui se targue de sa vertu ou de son impeccabilité au regard de l’observance rigide et de la foi intransigeante. À l’évidence, il y avait de mauvais pharisiens. La tradition rabbinique elle-même, fort critique envers certains d’entre eux, qui devaient être du même acabit que ceux que stigmatisait Jésus, en témoigne par ce texte du Talmud (Talmud de Babylone, traité Sota, 26 a) :

“Le roi Yannaï disait à sa femme : Ne crains ni les Pharisiens ni ceux qui ne le sont pas. Mais redoute les hypocrites, qui ressemblent à des Pharisiens, et dont les actes sont ceux de Zimri [l’Israélite qui avait forniqué avec la prostituée madianite], mais qui réclament la récompense de Pinhas [fils d’Aaron qui, rempli du zèle de Dieu, tua les dévoyés et mérita pour cet acte la prêtrise perpétuelle]”.

 Quant à l’assimilation de la caste pharisienne à un club «select», elle serait risible si elle ne témoignait d’une affligeante ignorance de l’histoire du judaïsme de la période du Second Temple. Loin d’appartenir à un milieu privilégié, la majorité des pharisiens étaient issus du peuple – dont ils avaient d’ailleurs la faveur. Entièrement voués à l’étude et à la prière, ils pourvoyaient à leur subsistance en exerçant de petits métiers, tels que porteurs d’eau, tailleurs de tente (comme Paul). Il n’est évidemment pas exclus que quelques uns d’entre eux aient été de milieu aisé, mais la tradition talmudique, qui n’estimait que la science et la piété, ne leur a pas accordé plus de considération pour autant.

12) Sur Marc 15, 6, p. 115

 «La foule a choisi Barrabas. Pourquoi? Parce que le chemin de libération que Jésus propose exige du temps, un sens des responsabilités et du sacrifice. Barrabas, au contraire, représentait la violence irresponsable qui satisfait notre désir de vengeance. Ici, l’Évangile ne pré­tend pas rendre tous les Juifs du temps de Jésus responsables de sa mort. L’Évangile témoigne d’un fait : l’en­semble du peuple, et non seulement les chefs, avait déjà rejeté Jésus, comme il allait bientôt rejeter la prédication chrétienne (Rm 10, 19) […] Jésus est la victime pour le péché du monde (1 J 4, 10). Il y avait mille façons pour lui d’être victime et de donner sa vie pour ceux qu’il aimait, mais ce rejet du Messie par les siens don­nait à son sacrifice une signification nouvelle. Le reniement de Jésus par son peuple prolonge l’his­toire passée du peuple de Dieu qui tant de fois s’est refusé à entrer dans le chemin de salut que Dieu lui offrait. Dieu avait dit : «C’est moi qu’ils rejettent, ils ne veulent pas que je règne sur eux” (1 Sa 8, 7). Or voici que Dieu envoie son Fils, et la communauté le livre aux païens.»

• Les accusations et les procès d’intention les plus arbitraires côtoient ici les explications les plus absurdes vi­sant, comme toujours, à déconsidérer le peuple juif, pour mieux exalter le christianisme. Certes, il y a plus de ridi­cule que de méchanceté dans certaines assertions – évidemment infondées, mais d’autant plus sûres d’elles-mêmes qu’il suffit, semble-t-il, de les émettre avec assurance pour qu’elles fasse figure de vérités premières. C’est le cas, par exemple, de celle qui prétend expliquer, par la propension à la violence et à la vengeance, le choix fait par la foule d’épargner Barrabas au lieu de Jésus. C’est également cas de l’affirmation selon laquelle «l’Évangile» lui-même «témoignerait» (où, en quels termes?) que «l’ensemble du peuple avait déjà rejeté Jésus», alors que nous lisons, en Mc 14, 1-2 : “La Pâque et les Azymes allaient avoir lieu dans deux jours, et les grands prêtres et les scribes cher­chaient comment arrêter Jésus par ruse pour le tuer. Car ils se disaient: Pas en pleine fête, de peur qu’il n’y ait du tumulte parmi le peuple.” C’est surtout le cas de la présentation scandaleusement accusatrice de l’incrédu­lité des juifs. En effet, on ne leur donne pas la chance que Jésus a accordée à Thomas (cf. Jn 20, 24ss). On ne dit pas : «Il leur a été impossible de croire». On ne leur accorde pas le bénéfice du doute, mais on affirme au contraire, sans hésitation, que s’ils n’ont pas cru, c’est qu’ils n’ont pas voulu croire. D’où le choix du vocabulaire. «Reniement de Jésus», présenté comme une suite logique et fatale de tous les reniements de «l’histoire passée du peuple de Dieu». Refus «d’entrer dans le chemin de salut que Dieu lui offrait». Rejet de Dieu, «refus» de “le laisser régner sur eux” (avec référence tendancieuse à 1 S 8, 7). Et ce lieu commun presque bimillénaire, qui serait risible s’il n’avait eu les conséquences tragiques que l’on sait, et toujours si terriblement efficace : «Dieu envoie son Fils, et la communauté le livre aux païens». La «communauté», donc tous les juifs de l’époque : y compris ceux d’Alexandrie, de Babylonie, et de tout l’empire romain d’alors, qui, bien sûr, suivaient en direct les événements de Palestine dans leurs journaux et sur leurs écrans de télévision! De cet acte d’accusation délirant, il ressort que, bien que la filiation divine et la messianité de Jésus fussent inscrites sur son front, les juifs (tous les juifs), désireux d’entrer dans l’his­toire comme le peuple le plus stupide, le plus ingrat, le plus sceptique et le plus entêté qui soit au monde, ont commis l’irréparable, le péché de démesure : défier et narguer Dieu lui-même en refusant de croire à celui qu’à l’évi­dence ils avaient reconnu comme son Fils et Messie! On croit rêver…

13) Sur Luc 24, 44, p. 184

 «Il fallait que s’accomplisse ce que les prophètes avaient annoncé d’un sauveur qui serait rejeté et qui prendrait sur lui le péché de son peuple. Quel péché? Les péchés de tout le monde évidemment, mais aussi la violence de toute la société juive à l’époque de Jésus. C’est ce péché qui de façon plus immé­diate l’a conduit à la croix. En réalité ce chemin de mort et de résurrection n’était pas réservé à Jésus, mais aussi à son peuple. À ce moment-là Israël, soumis à l’empire romain, devait accepter la fin de ses ambitions terrestres : autonomie, orgueil national, supériorité des juifs par rapport aux autres peuples… pour renaître comme peuple de Dieu dispersé parmi toutes les nations et devenir témoin actif du salut. Une minorité est entrée dansce chemin que Jésus indiquait et cela a été le commencement de l’Église : prêchez en son nom à toutes les nations.»

• En progrès notable sur la version antérieure, qui figurait, en son temps, dans la Bible des Communautés Chrétiennes, et reprenait à son compte l’accusation de déicide, ce commentaire, quoique moins violent, n’en est pas moins préjudiciable au peuple juif. Qu’on en juge. Obligé d’admettre l’enseignement de son Église, déjà présent dans le Catéchisme du Concile de Trente (XVIe s.), – selon lequel «les chrétiens pécheurs sont plus coupables de la mort du Christ que les quelques juifs qui y ont pris part – ceux-ci, en effet, « ne savaient pas ce qu’ils faisaient » (Lc 23, 24), et nous, nous ne le savons que trop bien.» (Pars I, caput V, Quaest. XI) – le Commentateur n’en persiste pas moins à remettre en course la culpabilité particulière du peuple juif dans ce drame. D’après lui, le péché qui a causé la mort de Jésus, c’est «aussi la violence de toute la société juive à l’époque de Jésus». Et l’expression «de façon plus immédiate» laisse percevoir l’adverbe “surtout”. À lire ce texte, on croirait que l’essentiel de la prédication de Jésus était consacré à combattre la violence de son peuple. Or, il n’en est rien. Même la fameuse phrase du Sermon sur la montagne “Heureux les doux, car ils hériteront de la terre”, souvent alléguée pour accréditer l’image du «doux pécheur galiléen» (Renan), ne corrobore pas cette vue de l’esprit. En effet, elle est une cita­tion du Ps 37, 11, où le terme hébreu employé est ‘anawim, qui signifie, ‘pauvres’, ‘démuni’, et au sens moral : ‘humble’. Il est rendu en grec (tant dans la Septante que dans le NT, qui la cite, par praus, qui connote les mêmes sens, mais aussi celui de ‘doux’. En sens inverse, l’Évangile met dans la bouche de Jésus ces propos inquiétants (Mt 10, 34ss) : “N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive” (et cf. Mt 26, 51-52; Lc 22, 36.51s, etc.). C’est donc une contrevérité que d’imputer à la violence de la société juive de l’époque de Jésus la responsabilité, même partielle, ou «immédiate» de la mise en croix de ce der­nier.

Quant à la phrase : «À ce moment-là Israël, soumis à l’empire romain, devait accepter la fin de ses ambitions ter­restres : autonomie, orgueil national, supériorité des juifs par rapport aux autres peuples», outre qu’elle permet, au passage, de faire un catalogue des défauts (en italiques, ci-dessus) traditionnellement attribués au peuple juif de tous les temps, elle aussi serait risible si elle n’avait pour conséquence de rendre, une fois de plus, les juifs responsables de leurs propres malheurs. Pour un chrétien, il est facile, deux mille ans post eventum, de se mettre artificiellement à la place du peuple juif de l’époque, et doctus cum libro (l’Évangile), de décréter : «Israël devait accepter la fin de ses ambitions terrestres». L’historiographie religieuse rapporte un fait analogue – réel ou légendaire : Clovis, à qui l’on faisait la lecture de la Passion du Christ, se serait écrié avec colère : «Que n’étais-je là avec mes braves!». Telle est, peu ou prou, la nature de la “vertueuse” et anachronique indignation du Commentateur. Malheureusement, même si l’on admettait la légitimité de cette dernière, encore faudrait-il savoir de quoi l’on parle en qualifiant les attentes messianiques juives d’«ambitions terrestres». Il n’est pas possible d’esquisser ici un historique, même sommaire, de la notion de Temps messianiques ni de l’attente juive, qui lui est sous-jacente, d’un règne de Dieu lui-même ou par l’entremise de son Oint (Messie), sur la terre. On sait que les chrétiens ont entièrement “spiritualisé”, voire allégo­risé – et donc désincarné et ‘anhistorisé’ – ces perspectives contenues dans l’Écriture sainte et spécialement dans les écrits des Prophètes. Or, il est indéniable que cette dernière annonce un rétablissement et un retour en grâce d’Israël sur son territoire de jadis (cf. Jr 31, 15-17; Is 60 à 62, 12; etc.), après que Dieu ait pris parti pour son peuple en butte à l’assaut des nations coalisées contre lui (cf. Ps 2 = Ap 11, 18; Is 17, 12; 29, 1-8; 30-32; 31, 4-5; 39, 8; 54, 11-17; 63, 1-6; Ez 38-39 = Ap 20, 7-9; Jl 3-4; Mi 4; Ha 3; Za 1, 14-17; 12-14; Lc 21, 20-28; Ap 10, 11 à 11, 18; etc.). Cette conception d’un Royaume de Dieu sur la terre, avec accomplissement littéral des promesses de paix uni­verselle et d’abondance matérielle, étaient prises au sérieux par les presbytres (anciens) des premiers siècles de l’Église. Elles furent ensuite qualifiées de «charnelles» et taxées de «millénarisme grossier», dans l’enseignement d’une Église devenue impériale et, partant, complètement oublieuse des perspectives eschatologiques prêchées par Jésus, conformément aux Écritures et à la tradition juive. Des Pères de l’Église aussi orthodoxes que Justin et Irénée de Lyon (IIe s.) professaient ces croyances et en défendaient le réalisme contre les détracteurs de leur époque. Irénée a même consacré au règne messianique de Jésus sur la terre, durant une période traditionnellement fixée à mille ans (Ap 20, 2-7, d’où la dénomination de ‘millénarisme’), la totalité du Livre V de son Traité des héré­sies.

Quant à la «minorité» qui, selon notre Commentateur, «est entrée dansce chemin que Jésus indiquait», il s’agit des juifs de l’époque qui crurent à Jésus. Ils ont été rapidement noyés, avec les traditions messianiques et eschatolo­giques qu’ils véhiculaient, dans la masse d’un christianisme issu du paganisme. Et il n’a pas fallu plus de deux siècles pour qu’elles soient estimées hétérodoxes, puis, ultérieurement, qualifiées de «rêveries judaïques», ou, plus poliment, mais non moins catégoriquement, dans les commentaires bibliques et théologiques subséquents, comme «irrecevables». Témoin ces deux commentaires :

• Bible de Jérusalem (édition 1981), sur Ac 1, 6-7 : «L’établissement du royaume messianique apparaît encore aux apôtres comme une restauration temporelle de la royauté davidique».

• Bible des peuples, sur He 7 (NT 431) : «Quand les chrétiens lisent l’Ancien Testament maintenant, ils ne peuvent plus le considérer comme font les juifs qui y voient leur propre histoire sur la terre de Palestine et en attendent une réalisation que Jésus a écartée. Pour nous la vérité de l’Ancien Testament a sa clé dans la personne de Jésus : sans lui le livre ne rejoint plus le message de Dieu.»

Dieu merci, les évêques allemands se sont montrés mieux inspirés en prenant au sérieux ce passage, au point d’y lire le rétablissement eschatologique d’Israël (L’Église et les Juifs, Document de la Conférence des Évêques alle­mands, III, 1, Bonn 1980) :

«Dans les Actes des Apôtres, on trouve l’affirmation prophétique du rétablissement eschatologique d’Israël. Ainsi, les apôtres interrogent le Ressuscité : “Est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le Royaume pour Israël?” Dans sa réponse, Jésus ne disqualifie pas cette question des Apôtres comme étant absurde, il fait seulement allusion au fait que le Père seul, dans sa Toute-Puissance, a décidé du temps fixé pour ce “rétablissement” du royaume pour Israël.»

14) Sur Jean 19, p. 229

 «Pilate voulait sauver la vie de son prisonnier quand il le présentait si défiguré. Mais en présen­tant un roihumilié, il offensait profondément le peuple opprimé : ils ne pouvaient que se rebeller.»

• Passons sur le beau rôle si complaisamment donné à Pilate. On sait, par l’histoire, combien ce procurateur était cruel et à quel point il haïssait les juifs et méprisait leurs coutumes. Certains exégètes modernes pensent même que Pilate se livra à cette mise en scène pour humilier et mettre en rage les juifs. Passons aussi sur l’insulte concer­nant “l’orgueil du peuple juif”, poncif éculé. Par contre, il convient de corriger l’erreur très répandue, réitérée ici, se­lon laquelle la possibilité d’un Messie souffrant et méprisé n’ait pu être envisagée par les juifs. S’il est vrai que le thème d’un Messie souffrant, voire tué, n’est pas fréquent dans la littérature rabbinique, il figure cependant en plu­sieurs endroits du Talmud et des Midrashim. Il a même paru assez important aux yeux d’un érudit catholique pour qu’il lui consacre un volume de 180 pages (Jean-Joseph Brierre-Narbonne, Le Messie souffrant dans la littéra­ture rabbinique, Paris 1940). Ajoutons que Justin Martyr (110-167 environ) atteste indirectement que ce n’était pas par orgueil que le peuple juif répugnait à envisager un Messie crucifié. Dans son dialogue avec Tryphon le Juif, le cé­lèbre apologiste chrétien fait dire à son interlocuteur :

«Mais sur la question de savoir si le Messie doit être désho­noré jusqu’au crucifiement, nous doutons; car dans la Loi il est dit du crucifié qu’il est maudit [cf. Dt 21, 23]… C’est un Messie souffrant que les Écritures annoncent, évidemment; mais que ce soit une souffrance maudite dans la Loi, nous voudrions savoir si tu peux le démontrer aussi.» (Dialogue, 89; cité d’après Justin martyr, Oeuvres com­plètes, éditions Migne, Paris 1994, pp. 241-243. C’est moi qui souligne).

À la lumière de ce texte patristique, on comprend que le problème des juifs n’était pas la possibilité d’une déréliction extrême du Messie, mais la formula­tion du Deutéronome : “un pendu [crucifié au bois] est une malédiction de Dieu”. Il se pourrait même que les juifs l’aient utilisée, dès la fin du Ier siècle, dans leur polémique avec le christianisme naissant, comme un oracle scriptu­raire qu’ils estimaient fatal à la messianité de Jésus.

15) Sur Actes 5, 11, p. 247

 «Nous trouvons ici, pour la première fois, le terme Église… Son sens exact est l’assemblée convoquée [par Dieu]. Avant Jésus, les juifs employaient ce terme pour désigner la nouvelle communauté dont Dieu ferait le choix aux jours du Messie. Venus du Judaïsme ou du Paganisme, les croyants ont conscience d’être cette nouvelle communauté : ils sont les vrais juifs, le véritable Israël. Peu à peu l’Esprit Saint va les séparer de la communauté officielle…»

• On ne voit pas très bien d’où le Commentateur tire cette affirmation selon laquelle le terme d’Église désignerait la nouvelle communauté messianique. Sans doute fait-il une vague allusion aux textes de Qumran (Manuscrits du désert de Juda). On ne s’étonnera pas des poncifs habituels de la théologie de la “substitution”, consacrés par un usage presque bimillénaire : “Verus Israel”, “vrais juifs”, “ancien Israël”. Par contre, même un chrétien devrait rester stupéfait face à l’affirmation énorme selon laquelle c’est «l’Esprit Saint [qui] va séparer [les croyants chrétiens] de la communauté officielle». En fait, c’est tout le contraire que dit l’Apôtre Paul, dans un passage célèbre de l’Épître aux Éphésiens : “Car c’est lui qui est notre paix, lui qui des deux [peuples] n’a fait qu’un, détruisant la barrière qui les séparait, supprimant en sa chair la haine, cette loi des préceptes avec ses ordonnances, pour créer en sa personne les deux en un seul Homme Nouveau, faire la paix, et les réconcilier avec Dieu, tous deux en un seul Corps, par la Croix: en sa personne il a tué la Haine. Alors il est venu proclamer la paix, paix pour vous qui étiez loin et paix pour ceux qui étaient proches: par lui nous avons en effet, tous deux en un seul Esprit, libre accès auprès du Père.” (Ep 2, 14-18). Une fois de plus, la formulation de notre Commentateur semble ne laisser aucune chance aux juifs : de fait, à le lire, il ressort que ceux-ci l’auraient-ils voulu, qu’ils n’eussent pu avoir foi au Messie Jésus, puisque l’Esprit Saint lui-même en avait décidé autrement!

16) Sur 1 Corinthiens 11, 1ss., p. 335

 «Dans un paragraphe antérieur (9, 20) Paul a dit qu’il s’était fait tout à tous. Mais ici nous re­marquons qu’il [Paul] n’avait pas toujours un regard juste sur les coutumes contraires aux traditions juives. Il n’ap­préciait guère la plus grande liberté en public des femmes grecques. Paul laisse parler sa formation juive, très masculine (même dans la Bible, voir Qo 7, 28 et Sir 25), et il répète les arguments des maîtres juifs (5-10) diffici­lement compréhensibles pour nous qui font allusion à Genèse 6, 2. Mais tout à coup il s’aperçoit qu’il est en train de nier l’égalité proclamée par Jésus, et il essaie de revenir en arrière (11, 12). À voir la manière dont Paul termine, il devait se rendre compte du peu de force de son raisonnement. Croyait-il vraiment que les anges, chargés de l’ordre dans le monde, seraient choqués de voir la libération des femmes.»

• Toujours le même procédé qui consiste à porter un sévère jugement rétrospectif sur une situation du passé, en partant de nos conceptions actuelles, façonnées par des siècles d’évolution et d’affinement des mentalités. Il est clair que les sociétés anciennes étaient presque toutes patriarcales et que la place de la femme y était inférieure à celle de l’homme, voire, dans certaines civilisations, quasiment inexistante. Ce n’est pas une raison pour jeter l’opprobre sur la seule société juive, comme si ce “machisme” (c’est le terme employé par la Biblia Latino-america, original espagnol de cette bible) était son apa­nage. Ce n’est pas une raison non plus pour insinuer que la pensée de Paul est incohérente, ou, à tout le moins, pleine de contradictions embarrassées. Et mieux vaut passer pieusement sur la prétention qu’a le Commentateur d’avoir un «regard juste», contrairement à Paul qui, lui, ne l’«avait pas toujours»!

17) Sur 2 Corinthiens 3, p. 349

 «Paul souligne au passage l’aveuglement des juifs qui ne reconnaissent pas le Christ comme le Sauveur : pour lui, ils ont perdu la clé de leur histoire et la Bible leur reste un livre fermé jus­qu’au jour où Dieu, par le Christ, en livre le véritable sens (Lc 24, 27; Ap 5, 1). Toute cette histoire devait être comprise comme un mystère de mort et de résurrection : pour entrer dans la nouvelle Alliance, il leur fallait accueillir le Christ sans plus penser à leurs privilèges, et se faire ses disciples avec les autres peuples.»

• À cette condamnation audacieuse et arbitraire, on préférera ce texte d’une des plus hautes instances de l’Église :

«Il est vrai donc et il faut aussi le souligner, que l’Église et les Chrétiens lisent l’Ancien Testament à la lumière de l’événement du Christ mort et ressuscité, et que, à ce titre, il y a une lecture chrétienne de l’Ancien Testament qui ne coïncide pas nécessairement avec la lecture juive. Identité chrétienne et identité juive doivent être chacune soigneu­sement distinguées dans leur lecture respective de la Bible. Mais ceci n’ôte rien à la valeur de l’Ancien Testament dans l’Église et n’empêche pas que les Chrétiens puissent à leur tour profiter avec discernement de la lecture juive.» (Notes pour une correcte présentation des juifs et du judaïsme dans la pré­dication et la catéchèse de l’Église catholique, en date du 24 juin 1985, I, 3. Texte publié dans Documentation Catholique, n° LIX, 1985. Les mises en exergue sont de mon fait).

18) Sur Galates 3, 15ss., p. 365

 «Aussi Paul déclare-t-il que la plupart des juifs se trompent quand ils se préoccu­pent tant d’observer la Loi, et si peu d’ouvrir leur cœur.»

• Paul n’a jamais rien dit de tel, ni ici, ni nulle part dans ses lettres. Et si une grande partie de l’Épître aux Romains semble très critique à l’égard de la Loi, c’est une perception erronée due à une lecture chrétienne des com­plexes méditations de l’Apôtre sur ce point difficile. Paul s’efforce de convaincre les destinataires de sa lettre (des juifs, à l’évidence) de ne pas faire prévaloir l’observance de la Loi sur la foi au Christ. Ce faisant, il ne déprécie pas la Loi, tant s’en faut : il la qualifie, au contraire, de «sainte» (Rm 7, 12) et «bonne» (7, 16). Ce qu’il reproche aux juifs n’est pas leur préoccupation excessive d’«observer la Loi», aux dépens de la charité («ouvrir leur cœur»), comme le prétend le Commentateur, mais de refuser la voie nouvelle que, selon lui, le Christ Jésus a inaugurée par “sa mort au péché une fois pour toutes” (cf. Rm 6, 10). Il craint que le zèle jaloux de se coreligionnaires pour l’ac­complissement des prescriptions de la Loi les remplisse de l’assurance fallacieuse qu’ils ont ainsi atteint la perfec­tion. D’où cette exclamation à saveur scandaleusement hérétique pour un juif convaincu : “si la justice [= perfection] vient de la loi, c’est donc que le Christ est mort pour rien!” (Ga 2, 21). Mais son but est de convaincre ses coreligionnaires que seule “la voie récente inaugurée pour nous” par le Christ (cf. He 10, 20) pourra faire d’eux des “adorateurs parfaits” de Dieu, ce qui n’est pas le cas des “sacrifices et des offrandes” (cf. He 9, 9), puisque, toujours selon Paul, “la Loi n’a rien amené à la perfection” (He 7, 9) et que ses “sacrifices… sont absolument impuissants à enlever les péchés” (cf. He 10, 11). On voit que cette dialectique théologique complexe n’a rien à voir avec l’opposi­tion manichéenne, que croient voir tant de chrétiens, entre la Loi et l’amour (= la charité).

19) Traduction de 1 Thessaloniciens 2, 16,p. 399

 «Ce sont eux qui ont tué Jésus et les prophètes, et maintenant ils nous poursuivent. Ils ne plaisent sûrement pas à Dieu, et ils se font les ennemis de tous les hommes, quand ils nous empêchent de prêcher aux païens pour qu’ils soient sauvés. Ils font tout pour mettre le comble à leurs péchés, mais à la fin, la Colère va se décharger sur eux.»

• Il s’agit d’un passage très dur de l’apôtre Paul, dans lequel il stigmatise ceux de son peuple qui s’opposent violem­ment à la prédication de l’Évangile, en général, et à la conversion des païens, en particulier. L’Apôtre conclut sa dia­tribe par cette phrase terrible : “elle est tombée sur eux, la colère, pour en finir” (Bible de Jérusalem). À titre in­dicatif, voici quelques autres traductions : “Mais la Colère est tombée sur eux, à la fin” (TOB); ou encore : “Mais la Colère est arrivée sur eux pour toujours” (Osty); ou enfin : “Mais la colère a fini par les atteindre” (Segond=Colombe). On remarquera que toutes ces traductions, sans exception, rendent le verbe au passé, confor­mément à l’original grec, qui porte ephtasen, verbe à l’aoriste, temps qui connote, sans le moindre doute, une ac­tion qui s’est produite dans le passé. Or, notre Commentateur n’a pas le même respect du texte reçu, puisqu’il n’hésite pas à rendre ce passage au futur : “mais à la fin, la Colère va se décharger sur eux” (anglais : is co­ming ; espagnol : está para caer ; formules de même signification, avec connotation future également). Cette in­novation – qui ne peut s’appuyer sur aucune autorité, ni aucun précédent sérieux – a, on le comprendra aisément, des implications redoutables. Et si – ce qu’à Dieu ne plaise! – elle était prise au sérieux par un grand nombre de chré­tiens sans connaissances bibliques ou linguistiques suffisantes, elle pourrait avoir des conséquences catastrophiques. Sur le plan doctrinal, elle introduirait un élément radicalement destructeur du “nouveau regard” que porte l’Église sur le peuple juif, depuis Vatican II. Quant aux conséquences pour le peuple juif, on ose à peine penser à l’ampleur pré­visible du regain de l’antisémitisme théologique susceptible de découler d’une perspective spirituellement aussi néga­tive pour le peuple juif, et qui deviendrait désormais d’autant plus crédible, qu’elle semblerait authentifiée par le sceau d’une prétendue prophétie néotestamentaire du destin final catastrophique du “peuple qui a tué Dieu” (l’original espagnol a l’expression terrible : «asesinos de Dios»)! Remarquons que cette traduction fallacieuse n’est assortie d’aucun commentaire. Par contre, la BCC, dans son commentaire de 2 Th 2, 3.6 (p. 401), s’y ré­fère explicitement comme s’il s’agissait d’une prophétie de malheur eschatologique prononcée par Paul contre les juifs exactement en ces termes. Enfin, il paraît utile de citer ici le commentaire de la Traduction Oecuménique de la Bible (TOB), à propos de ces versets (édition 1988, pp. 2873-2874. Les mises en exergue sont de mon fait) :

«Ce jugement sévère contre les Juifs doit être bien compris. Paul revendique toujours avec fierté sa qualité de Juif, et sou­ligne à maintes reprises le privilège d’Israël. La colère et la gloire sont pour le Juif d’abord, et pour le Grec. Cf. Rm 2, 9-10. Au cours de sa mission, c’est aux Juifs d’abord qu’il adresse le message de salut […] Mais chaque fois… des Juifs, non dé­pourvus d’influence dans les cités grecques, empêchent sa prédication aux païens et lui créent des difficultés graves, qui vont jusqu’aux mauvais traitements… C’est ce qui explique la violence des termes employés ici par Paul qui, Juif lui-même, s’in­digne de l’aveuglement de ses frères. Les Juifs, qui eussent dû être les porteurs de l’Évangile, lui font partout obstacle, comme ils ont jadis fait obstacle au message des prophètes, puis à celui de Jésus. Pourtant, lorsque Paul envisage le sort du peuple élu, il n’invoque jamais comme cause du rejet temporaire d’Israël la condamnation et la mort du Christ à Jérusalem ou la persécution contre les chrétiens.»

20) L’enseignement biblique, p. 504, § 84

 «Comment doivent être l’homme et la femme? L’égalité de l’homme et de la femme est affirmée au commencement de la Bible : commentaire de Gn 1, 26 et 2, 20. Mais cela va contre toute l’attitude de la culture hébraïque. Infériorité de la femme, consacrée par la Loi (Dt 24, 1); Nb 5, 11-31; Lv 27, 3-7), acceptée par les sages : Qo 7, 27-28. La femme est tenue pour responsable des péchés des hommes (Pr 7, 5-27; Si 25, 24); il faut la surveiller (Si 36, 42, 9-12), et on la loue pour autant qu’elle sert bien son mari : Pr 31, 10-31; Si 36, 23-25.»

• Tous les textes bibliques invoqués peuvent, en effet, relus avec notre mentalité actuelle, être interprétés comme une preuve de dépréciation de la femme. Mais, outre que, méthodologiquement parlant, c’est une erreur de juger du passé à la lumière du présent, est-il besoin de rappeler que le peuple juif ne faisait qu’appliquer les règles qui régis­saient toutes les sociétés du monde antique? On remarquera enfin la mauvaise foi qui caractérise le commentaire dés­obligeant concernant le texte de l’hymne à la femme parfaite (Pr 31, 10-31), qui – soit dit en passant – est récité chaque Sabbat par les Israélites pieux!

21) L’enseignement biblique, p. 508, § 119

“Le peuple juif, dans son ensemble, ne répond pas à cet appel… des factions fanatiques le mènent à la catastrophe annoncée…”

• La version précédente (BCC) portait : «Une religion fanatique», ce qui était évidemment inadmissible. Mais le remplacement de «religion» par «factions» ne corrige en rien l’injustice du propos. Tout d’abord, s’il est indéniable, en effet, que les factions dont il est question ont eu une part non négligeable de responsabilité dans la révolte déses­pérée contre Rome, la puissance occupante, de son côté, a tout de même été pour quelque chose dans ce soulèvement. En outre, celui-ci a eu lieu en 130-135, alors que les textes scripturaires auxquels fait référence le Commentateur ont trait à la prise de Jérusalem, en 70. Dans les passages apocalyptiques de Mt 24 et parallèles, cette catastrophe histo­rique constitue une typologie prophétique de l’assaut eschatologique des nations coalisées contre la Ville sainte (cf. Is 29, 1-8; Jl 4, 14ss; Za 12; etc. = Ac 4, 24-28)). Mais, à l’évidence, elle n’est pas, comme le prétend le Commentateur, une sanc­tion divine des révoltes juives, dont on ne trouve d’ailleurs aucun écho dans le NT.

22) L’enseignement biblique, p. 509, § 131

“Le Dieu qui punitchassait les pécheurs (Gn 3, 22-23); le Dieu-fait-homme vient sauver les méchants (Jn 1, 11; Mt 21, 37)…”

• Outre l’antithèse à forte saveur marcionite (et très éloignée de l’orthodoxie chrétienne) entre l’action punitive de Dieu, dans l’Ancien Testament, et la sotériologique du “Dieu-fait-homme”, dans le Nouveau, on remarquera que «les méchants» dont il est question sont les juifs. En effet tant Jn 1, 11 (“Finalement il [Dieu] leur envoya son fils, en se disant: Ils respecteront mon fils.”) que Mt 21, 37 (“Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas accueilli.”) mettent clairement en cause les juifs.

En guise de Conclusion (provisoire) à l’attention des chrétiens

Les polémiques ont ceci de bon qu’elles obligent les antagonistes à réfléchir et parfois à nuancer leurs positions. C’est ce que j’ai fait, pour ma part. Et puisque j’ai joué un rôle actif dans la dénonciation publique des commentaires, per­çus comme dépréciateurs du peuple juif, contenus dans la Bible des Communautés Chrétiennes, je saisis l’occasion de cet article, pour faire une mise au point. Une longue fréquentation des différentes versions de cette bible m’a convaincu que, s’il n’est pas question de qualifier d’antisémites les commentaires de cette bible, par contre on peut, sans injustice, leur reprocher d’être en porte-à-faux, voire en totale opposition avec la réévaluation positive, opérée par l’Église, de la spécificité du peuple juif et de la signification religieuse de sa permanence, malgré toutes les persécutions et tentatives d’assimilation dont il a été victime au fil des siècles.

J’exposerai donc franchement ce qui me heurte encore dans la nouvelle édition de cette bible. Quelques chiffres tout d’abord. Sur 87 passages de la Bible des Communautés chrétiennes, qui témoignaient, à des degrés divers, d’une résurgence de l’«enseignement du mépris», 19 ont été supprimés. Sur les 68 qui se retrouvent dans la Bible des peuples, 15 seulement ont été amendés. À l’exception d’une quinzaine que l’on peut considérer comme acceptables, les autres contiennent des inexactitudes préjudiciables au peuple juif, et au moins 22 d’entre eux émettent des considérations blessantes ou dévalorisantes pour ce dernier (voir plus haut).

 Enfin, il faut savoir que les passages les plus gravement préjudiciables à la dignité du peuple juif, éliminés de la Bible des Peuples, figurent encore dans les centaines de milliers d’exemplaires de la version anglaise (1983) de la Bible des Communautés Chrétiennes. Tandis que ce commentaire inadmissible de 2 Th 2, 6 subsiste dans les quelque 30 millions d’exemplaires de l’édition espagnole, qui circulent dans le monde depuis 1973 : «[Avant la ma­nifesta­tion de l’Antéchrist] le peuple juif doit déverser toute sa méchanceté sur l’Église» (Biblia Latinoamerica, Commentaire du NT, p. 315).

J’en viens à ce qui me paraît être le cœur du malentendu. Puisqu’il semble acquis que les commentaires contestés ne procèdent ni d’une intention maligne, ni d’un antijudaïsme militant, quelle en est donc la raison? C’est, me semble-t-il, la conviction que l’incrédulité des juifs à l’égard de la messianité et de la divinité de Jésus fut une faute, sanctionnée par la déchéance de leur élection, cette dernière devenant le privilège exclusif des chrétiens. C’est ce que les spécialistes nomment la «théorie de la substitution». Selon celle-ci, l’Église a supplanté la Synagogue, et l’«Ancien Testament» est désormais lu uniquement comme une typologie préfigurant le Christ, l’Église et le «véritable Israël» – entendez : les chrétiens. Il faut savoir que tel fut, durant des siècles et jusqu’à Vatican II, l’en­seignement ordinaire de l’Église, dans la ligne de la lecture fondamentaliste et accusatrice des juifs, pratiquée par des “Pères” et des écrivains ecclésiastiques vénérables.

L’histoire de l’Église offre maints exemples des conséquences dommageables qu’ont eues, pour l’unité de l’É­glise, des interprétations réductrices de ce type. C’est ainsi que l’antipape Novatien (IIIe s.) fut à l’origine d’un long schisme en refusant la pénitence aux pécheurs, sur base d’une lecture littérale de ce passage d’Hébreux 6, 4-7 :

“Il est impossible, en effet, pour ceux qui une fois ont été illuminés… de les rénover une seconde fois en les amenant à la pénitence, alors qu’ils crucifient pour leur compte le Fils de Dieu et le bafouent publiquement.”

 Sans se laisser impressionner par la “lettre”, apparemment irrécusable, du texte invoqué, les évêques d’alors ob­jectèrent que l’épître faisait allusion à un second baptême pour la purification des péchés. Ils remontrèrent à Novatien qu’à ce compte, le Christ serait mort pour rien et que Pierre, qui avait renié son Maître, n’aurait pas été absous. Sans ce discernement ecclésial, nul chrétien ne pourrait, aujourd’hui, recourir au sacrement de pénitence.

Il semble que les commentateurs catholiques de la bible contestée aient lu, de manière analogue, les textes scripturaires accusa­teurs des juifs, sans prise en compte critique du contexte polémique dans lequel ils ont vu le jour, et sans tenir compte, comme le fait aujourd’hui leur Église, de la méditation de l’apôtre Paul (Rm 9-11), ni de la déculpabilisation des chefs des juifs, proclamée par Pierre (cf. Ac 3, 17), ni de la formule de Jean-Paul II (Mayence, 1980) : «Le peuple de l’Ancienne Alliance que Dieu n’a jamais révoquée» (alors que la «lettre» d’He 8, 13 semble affirmer le contraire). Dans ces conditions, il n’est pas étonnant qu’un a priori confessionnel aussi négatif ait donné lieu à une interprétation exagérément actualisante des Écritures, où les fautes et les châtiments des juifs, puis leur refus du message chrétien, dûment consignés dans l’Ancien et le Nouveau Testaments, sont perçus et utilisés comme un pa­radigme de l’attitude religieuse qui déplaît à Dieu. De là à présenter le judaïsme comme le mauvais élève du Royaume de Dieu, et à l’utiliser comme le faire-valoir du christianisme, il n’y a qu’un pas, que les commentateurs ont apparemment franchi, certes sans malice, mais non sans conséquences.

En conclusion, mon avis personnel est que les commentaires de la Bible des Peuples et de ses versions anté­rieures ont droit de cité, à côté de ceux d’autres bibles. Toutefois, leurs auteurs ne doivent pas se scandaliser de ce que des critiques légitimes leur soient adressées, pourvu qu’elles ne s’apparentent pas à un lynchage médiatique, mais s’en tiennent à des recensions objectives. Dans ce climat dépassionnalisé, on peut espérer que les auteurs et leurs édi­teurs accepteront, sans crainte d’être infidèles aux Écritures, de faire disparaître de leurs bibles tous les commentaires dépréciateurs du peuple juif,

afin que la Parole de Dieu ne soit plus source de discorde entre ses enfants.


Langues: L’anglais est-il autre chose qu’un pidgin français qui a réussi ? (Why English is so hard: it’s the French’s fault, stupid !)

25 mai, 2014
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À la Cour, ainsi que dans les châteaux des grands seigneurs, où la pompe et le cérémonial de la Cour étaient imités, la langue franco-normande était la seule en usage ; dans les tribunaux, les plaidoyers et les arrêts étaient prononcés dans la même langue ; bref, le français était la langue de l’honneur, de la chevalerie et même de la justice ; tandis que l’anglo-saxon, si mâle et si expressif, était abandonné à l’usage des paysans et des serfs, qui n’en savaient pas d’autre. Peu à peu, cependant, la communication obligée qui existait entre les maîtres du sol et les êtres inférieurs et opprimes qui cultivaient ce sol, avait donné lieu à la formation d’un dialecte composé du franco-normand et de l’anglo-saxon, dialecte à l’aide duquel ils pouvaient se faire comprendre les uns des autres, et de cette nécessité se forma graduellement l’édifice de notre langue anglaise moderne, dans laquelle l’idiome des vainqueurs et celui des vaincus se trouvent confondus si heureusement, et qui a été si heureusement enrichie par des emprunts faits aux langues classiques et à celles que parlent les peuples méridionaux de l’Europe. 
Eh bien ! reprit Wamba, comment appelez-vous ces animaux grognards, qui courent là-bas sur leurs quatre jambes ? Des pourceaux, bouffon, des pourceaux, dit Gurth ; le premier idiot venu sait cela. Et pourceaux, c’est du bon saxon, dit le railleur. Mais comment appelez-vous la truie, quand elle est écorchée et coupée par quartiers et suspendue par les talons comme un traître ? Du porc, répondit le pâtre. Je suis heureux de reconnaître aussi que tous les idiots savent cela, dit Wamba ; or, un porc, je pense, est du bon normand-français, de sorte que, tant que la bête est en vie et sous la garde d’un serf saxon, elle porte son nom saxon ; mais elle devient normande et on l’appelle porc quand elle est portée au château pour faire réjouissance aux seigneurs. Que dis-tu de cela, ami Gurth, hein ? Cette doctrine n’est que trop vraie, ami Wamba, de quelque manière qu’elle soit entrée dans ta folle tête. Oh ! je puis t’en dire davantage encore, fit Wamba sur le même ton. Vois ce vieux bailly l’ox, il continue à porter son nom saxon tant qu’il est sous la garde de serfs et d’esclaves tels que toi ; mais il devient beef, c’est-à-dire un fougueux et vaillant Français, quand on le place sous les honorables mâchoires qui doivent le dévorer ; monsieur calf aussi devient monsieur le veau de la même façon ; il est Saxon tant qu’il lui faut nos soins et nos peines, et il prend un nom normand aussitôt qu’il devient un objet de régal. Par saint Dunstan ! s’écria Gurth, tu ne dis là que de tristes vérités. On ne nous laisse à peu près que l’air que nous respirons, et on paraît nous l’avoir accordé en hésitant fort, et dans le seul but de nous mettre à même de porter le fardeau dont on charge nos épaules. Tout ce qui est beau et gras est pour les tables des Normands ; les plus belles sont pour leurs lits, les plus braves pour les armées de leurs maîtres à l’étranger, et ceux-là vont blanchir de leurs ossements les terres lointaines, ne laissant ici qu’un petit nombre d’hommes qui aient, soit la volonté, soit le pouvoir de protéger les malheureux Saxons. Walter Scott (Ivanhoe, 1820)
Le nom « Boko Haram » signifie « L’éducation occidentale est un péché ». Boko (de book, « livre » en anglais, mais l’explication est contestée) est un alphabet latin, créé par les autorités coloniales anglaises (principalement) et françaises, pour transcrire la langue haoussa et, par dérivation, il désigne l’école laïque. Haram est un mot arabe signifiant « interdit » ou « illicite » dans l’islam. Wikipedia
L‘anglais ? Ce n’est jamais que du français mal prononcé. Clémenceau
Un Anglais a la bouche pleine d’expressions empruntées […]. Il emprunte continuellement aux langues des autres. Daniel Defoe
La licence arrivée avec la Restauration qui, après avoir infecté notre religion et nos mœurs, en est venue à corrompre notre langue. Jonathan Swift
Nos guerriers s’emploient activement à propager la langue française, alors qu’ils se couvrent de gloire en écrasant cette puissance. The Spectator (guerre de Succession d’Espagne)
Outre la tragédie qu’a représentée l’expropriation de la vielle aristocratie anglaise, l’effet sans doute le plus regrettable de la conquête fut l’éclipse presque totale de l’anglais vernaculaire comme langue de la littérature, du droit et de l’administration. Remplacé dans les documents officiels et autres par le latin, puis de plus en plus dans tous les domaines par le franco-normand, l’anglais écrit n’est quasiment pas réapparu avant le XIIe siècle. Encyclopaedia Britannica (américaine)
Pour nous autres Anglais, la conquête normande n’a presque aucun secret. Nous sommes fiers d’y voir le dernier exemple d’invasion réussie de l’Angleterre. La date emblématique, 1066, a coulé dans le lait de notre mère. Bouche bée, le souffle coupé, les enfants continuent de se voir raconter, à la maison ou en voyage scolaire à Bayeux, l’histoire du roi anglo-saxon Harold, tué d’une flèche dans l’œil à la bataille de Hastings. Mais même si la psyché anglaise a intégré dans son subconscient l’idée que le féodalisme et une classe dirigeante francophone – clergé, noblesse, marchands et administrateurs – sont alors venus se superposer à la société anglo-saxonne, la question linguistique reste, elle, curieusement camouflée. Personne ne reconnaît vraiment – chuchotez-le ! – qu’autrefois les Anglais parlaient français. Jon-Kriss Mason
Le terme de pidgin (nom masculin) désigne différentes langues véhiculaires simplifiées créées sur le vocabulaire et certaines structures d’une langue de base, en général européenne (anglais, espagnol, français, néerlandais, portugais, etc.) Les linguistes distinguent le pidgin du créole en fonction du niveau de structuration de la langue. Toutefois, il est courant de réserver le terme « pidgin » aux langues issues de l’anglais et le terme « créole » aux langues issues du français. C’est cependant un emploi abusif. (…) Le mot pidgin proviendrait du mot business en pidgin anglo-chinois. D’abord utilisé pour désigner celui-ci, il s’est ensuite généralisé à toutes les langues de contact aux caractéristiques comparables. Le pidgin est considéré par les sociolinguistes comme une langue d’appoint. Wikipedia
Par jargon ou pidgin, terme plus technique, on entend un système d’expression qui fonctionne en dehors de la grammaire interne innée. Un pidgin comporte un vocabulaire, mais les éléments de celui-ci, de forme souvent peu stable, sont assemblés, non selon les principes qui règlent les syntaxes des langues naturelles, mais selon d’autres principes, plus primitifs peut-être, plus pragmatiques en tout cas. Pour certains auteurs (…), ces principes définiraient le « protolangage », faculté antérieure au langage dans l’évolution de l’espèce humaine, que l’émergence de ce dernier n’a pas supprimée, mais a reléguée aux situations d’urgence où le langage complexe, entravé par sa diversité, ne marche plus. Des adultes peuvent s’en contenter, mais pas des enfants. Voilà l’articulation cruciale de la théorie: les enfants pré-pubères se distinguent des adolescents et des adultes par le fait que leur capacité d’acquisition linguistique, qui n’est pas autre chose que leur faculté de langage ou grammaire interne même, est en pleine activité, elle n’a pas encore été frappée d’inhibition. Pour cette capacité, le pidgin qu’ils se voient contraints de reprendre de leurs aînés – car c’est le seul médium commun – n’est pas assimilable puisqu’il n’a pas de grammaire, ou du moins pas une grammaire conforme à la grammaire interne. La tâche des enfants – qu’ils accomplissent bien sûr « sans y penser » – consiste donc à conformer le pidgin aux prescriptions de la grammaire interne, par définition la même chez tous, créant ainsi un créole, c’est-à-dire une nouvelle langue naturelle. On prendra garde que certaines langues sont appelées par tradition des pidgins, qui sont en réalité des créoles ou des pidgins dits « développés » (expanded pidgins) qui, pour manquer de locuteurs natifs, n’en sont pas moins de vraies langues. Le Pidgin English ou tok pisin de Papouasie-Nouvelle-Guinée en est un cas typique. Véronique Khim
Le développement d’une langue étant fonction de la puissance politique, militaire et économique des peuples qui la parlent, les écrivains francophones et les penseurs de langue française dont les œuvres ne sont pas traduites en anglais sont, de fait, de plus en plus isolés sur la scène mondiale. Aujourd’hui, la langue des affaires multinationales, des transports, des états-majors, de la finance, de la publicité, des organisations internationales est l’anglo-américain. L’anglo-américain est également la langue des images, du cinéma, des grands médias électroniques, de la world music. Elle est le véhicule privilégié de la seule culture populaire dont le rayonnement aujourd’hui est véritablement global. C’est aussi la langue des grands sports de masse, à l’exemple du basket-ball, voire, plus près de nous, du football, du cricket ou du rugby. Mais par anglo-américain, il faut bien comprendre tous les dialectes de transaction qui, sous l’appellation générique de l’anglais, participent à la création d’un immense monde créole et cosmopolite de Mumbai en Inde à Kingston en Jamaïque, du Bronx (New York) à Lagos au Nigeria, de Karachi (Pakistan) à Toronto (Canada), de Sydney en Australie à Johannesburg (Afrique du Sud) et Nairobi (Kenya). (…) Pour renaître au monde qui se construit sous nos yeux, et qui est très différent du monde ancien, chaque grande langue est appelée à se dénationaliser ou, si vous voulez, à se vernaculariser. Or, de ce point de vue, le plus grand obstacle au développement de la langue française dans le monde aujourd’hui est ce qu’il faut bien appeler le narcissisme culturel français et son corollaire, le parisianisme. Je veux dire que la France a toujours pensé le français en relation avec une géographie imaginaire qui faisait de la France le centre du monde. Au cœur de cette géographie mythique, la langue française était supposée véhiculer, par nature et par essence, des valeurs universelles. Sa tache était de représenter la pensée qui, se mettant à distance d’elle-même, se réfléchit et se pense elle-même. Dans cet éclat lumineux devait se manifester une certaine démarche de l’esprit – celle qui, dans un mouvement ininterrompu, devait conduire au triomphe de la raison humaine. On le sait, ce rapport quasi-métaphysique à la langue s’explique par la double contradiction sur laquelle repose l’Etat-nation français. Il s’agit de la tension entre le cosmopolitisme et l’universalisme. Cette tension, je pense, est au fondement du narcissisme culturel français. Or, le triomphe de l’anglo-américain comme langue dominante du monde contemporain devrait entraîner la réalisation selon laquelle à trop nationaliser le français, on finit nécessairement par faire de cette langue un idiome local, sans grand intérêt pour le monde au large. Il est tout à fait significatif qu’à Paris, à la télévision, dans les grandes maisons d’édition et dans les grandes institutions culturelles, l’on continue de penser et d’agir comme si la France avait l’exclusive propriété d’une langue dont on sait par ailleurs qu’elle est aujourd’hui davantage parlée hors de France que dans l’Hexagone. L’on tarde donc à comprendre qu’elle est désormais une langue au pluriel qui, en se déployant hors de l’Hexagone, s’est enrichie, s’est infléchie et a pris du champ par rapport à ses origines. Je crois donc que si l’on veut aller loin et ouvrir un futur à la langue française, il faut définitivement sortir de l’illusion selon laquelle elle appartient à la France. Il faut, par exemple, ouvrir l’Académie française à des non Français. Il faut dénationaliser les instances qui accordent les grands prix littéraires aux meilleures œuvres du genre. Il faut inviter aux grandes émissions littéraires les Alain Mabanckou, Véronique Tadjo, Ken Bugul, Abdourahman Waberi, Samy Tchak, Efoui Kossi et ainsi de suite – les auteurs des banlieues, ceux et celles de la Réunion, de la Martinique, de la Guadeloupe. Il faut décloisonner non seulement les prix, mais aussi les genres artistiques francophones, favoriser les métissages et les collaborations entre créateurs français et francophones ; en matière cinématographique, donner la voix autant à un Basseck ba Kobhio qu’à une Eliane de la Tour au lieu de continuer de les opposer quand il s’agit des mécanismes de financement. Faisons donc comme les Anglais avec le Booker Prize par exemple ! Que les grands quotidiens et hebdomadaires et les grandes institutions culturelles accordent toute l’attention qu’il faut, non pas seulement à la pensée française, mais à la pensée de langue française. Achille Mbembe
Un poème écrit par Gérard Nolst Trenite, hollandais connu sous le pseudonyme de Charivarius ( 1870-1946) est une démonstration de toutes les exceptions et irrégularités de la langue anglaise entre l’orthographe et la prononciation . Ce poême est tiré du livre : Drop Your Foreign Accent: engelsche uitspraakoefeningen (…) Le Chaos représente un exploit de virtuose en composition, un catalogue de mammouth d’Environ 800 des irrégularités les plus les plus célèbres d’orthographe anglaise traditionnelle, habilement versifiée (si avec quelques lignes maladroites) dans des distiques avec l’alternance de rimes féminines et masculines. La sélection d’exemples apparaît maintenant quelque peu désuète, tout comme quelques-unes de leurs prononciations, en effet quelques mots peuvent même être inconnus aux lecteurs d’aujourd’hui (combien à savoir ce qu’ « une studding-voile » est, ou que sa prononciation nautique est « stunsail » ?) . Le poids de la poésie représente un acte d’accusation aussi valable du chaos orthographique en anglais. La créature la plus chère dans création » s’adressant à la première ligne, est comme « Susy  » à la ligne 5. Ce pourrait être une anonyme quoiqu’une version ronéotypée de la poésie appartenant à Harry Cohen soit consacrée « à Mlle Susanne Delacroix, Paris ». Vraisemblablement elle fut l’une des étudiantes de Nolst Trenité. Chris Upward

https://www.youtube.com/watch?v=z5myI9TDFDw

https://www.youtube.com/watch?v=1edPxKqiptw

https://www.youtube.com/watch?v=Y-GDoVBlVeA

https://www.youtube.com/watch?v=hJeRIcj5Fb8

https://www.youtube.com/watch?v=F6JzYkj5Pns

https://www.youtube.com/watch?v=GQT7WgPgHFs

https://www.youtube.com/watch?v=-0G_yZfXJUQ

L’anglais est-il autre chose qu’un pidgin français qui a réussi ?

A l’heure où, outre-Atlantique, la traduction anglaise du pavé d’un économiste français – néo-marxiste de surcroit ! – caracole en tête des ventes

Et où, semant le chaos dans le plus grand pays africain, une bande de psychopathes en sont sous les couleurs de la religion la plus rétrograde de la planète à déclarer péché le dernier lien qui les rattachait encore à la civilisation, à savoir l’alphabet latin et l’éducation que leur avaient légué leurs colonisateurs anglais …

Pendant que, malgré les efforts de plus en plus pathétiques du landerneau germanopratin, la langue de Guillaume continue sa dénationalisation

Démonstration avec cette véritable ode à la difficulté de l’anglais qui circule sur l’internet

A savoir le Chaos, le fameux poème de 1922 du néerlandais Gérard Nolst Trenité qui compile quelque 800 des irrégularités les plus les plus célèbres de l’orthographe anglaise traditionnelle …

Et confirmation d’un des secrets les mieux gardés des deux côtés de la Manche …

A savoir, comme nous le rappelions il y a quelques années, qu’avec plus de 85% de vocabulaire d’origine française mais aussi de toutes sortes d’apports ramenés des quatre coins de l’Empire où le soleil ne se couchait jamais, la langue de Shakespeare n’est en fait qu’un pidgin français qui a réussi au-delà de toutes les espérances …

The Chaos by Gerard Nolst Trenité

This is a classic English poem containing about 800 of the worst irregularities in English spelling and pronunciation.

Gerard Nolst Trenité – The Chaos (1922)

Dearest creature in creation
Studying English pronunciation,
   I will teach you in my verse
   Sounds like corpse, corps, horse and worse.

I will keep you, Susy, busy,
Make your head with heat grow dizzy;
   Tear in eye, your dress you’ll tear;
   Queer, fair seer, hear my prayer.

Pray, console your loving poet,
Make my coat look new, dear, sew it!
   Just compare heart, hear and heard,
   Dies and diet, lord and word.

Sword and sward, retain and Britain
(Mind the latter how it’s written).
   Made has not the sound of bade,
   Saysaid, paypaid, laid but plaid.

Now I surely will not plague you
With such words as vague and ague,
   But be careful how you speak,
   Say: gush, bush, steak, streak, break, bleak ,

Previous, precious, fuchsia, via
Recipe, pipe, studding-sail, choir;
   Woven, oven, how and low,
   Script, receipt, shoe, poem, toe.

Say, expecting fraud and trickery:
Daughter, laughter and Terpsichore,
   Branch, ranch, measles, topsails, aisles,
   Missiles, similes, reviles.

Wholly, holly, signal, signing,
Same, examining, but mining,
   Scholar, vicar, and cigar,
   Solar, mica, war and far.

From « desire »: desirableadmirable from « admire »,
Lumber, plumber, bier, but brier,
   Topsham, brougham, renown, but known,
   Knowledge, done, lone, gone, none, tone,

One, anemone, Balmoral,
Kitchen, lichen, laundry, laurel.
   Gertrude, German, wind and wind,
   Beau, kind, kindred, queue, mankind,

Tortoise, turquoise, chamois-leather,
Reading, Reading, heathen, heather.
   This phonetic labyrinth
   Gives moss, gross, brook, brooch, ninth, plinth.

Have you ever yet endeavoured
To pronounce revered and severed,
   Demon, lemon, ghoul, foul, soul,
   Peter, petrol and patrol?

Billet does not end like ballet;
Bouquet, wallet, mallet, chalet.
   Blood and flood are not like food,
   Nor is mould like should and would.

Banquet is not nearly parquet,
Which exactly rhymes with khaki.
   Discount, viscount, load and broad,
   Toward, to forward, to reward,

Ricocheted and crocheting, croquet?
Right! Your pronunciation’s OK.
   Rounded, wounded, grieve and sieve,
   Friend and fiend, alive and live.

Is your r correct in higher?
Keats asserts it rhymes Thalia.
   Hugh, but hug, and hood, but hoot,
   Buoyant, minute, but minute.

Say abscission with precision,
Now: position and transition;
   Would it tally with my rhyme
   If I mentioned paradigm?

Twopence, threepence, tease are easy,
But cease, crease, grease and greasy?
   Cornice, nice, valise, revise,
   Rabies, but lullabies.

Of such puzzling words as nauseous,
Rhyming well with cautious, tortious,
   You’ll envelop lists, I hope,
   In a linen envelope.

Would you like some more? You’ll have it!
Affidavit, David, davit.
   To abjure, to perjure. Sheik
   Does not sound like Czech but ache.

Liberty, library, heave and heaven,
Rachel, loch, moustache, eleven.
   We say hallowed, but allowed,
   People, leopard, towed but vowed.

Mark the difference, moreover,
Between mover, plover, Dover.
   Leeches, breeches, wise, precise,
   Chalice, but police and lice,

Camel, constable, unstable,
Principle, disciple, label.
   Petal, penal, and canal,
   Wait, surmise, plait, promise, pal,

Suit, suite, ruin. Circuit, conduit
Rhyme with « shirk it » and « beyond it »,
   But it is not hard to tell
   Why it’s pall, mall, but Pall Mall.

Muscle, muscular, gaol, iron,
Timber, climber, bullion, lion,
   Worm and storm, chaise, chaos, chair,
   Senator, spectator, mayor,

Ivy, privy, famous; clamour
Has the a of drachm and hammer.
   Pussy, hussy and possess,
   Desert, but desert, address.

Golf, wolf, countenance, lieutenants
Hoist in lieu of flags left pennants.
   Courier, courtier, tomb, bomb, comb,
   Cow, but Cowper, some and home.

« Solder, soldier! Blood is thicker« ,
Quoth he, « than liqueur or liquor« ,
   Making, it is sad but true,
   In bravado, much ado.

Stranger does not rhyme with anger,
Neither does devour with clangour.
   Pilot, pivot, gaunt, but aunt,
   Font, front, wont, want, grand and grant.

Arsenic, specific, scenic,
Relic, rhetoric, hygienic.
   Gooseberry, goose, and close, but close,
   Paradise, rise, rose, and dose.

Say inveigh, neigh, but inveigle,
Make the latter rhyme with eagle.
   Mind! Meandering but mean,
   Valentine and magazine.

And I bet you, dear, a penny,
You say mani-(fold) like many,
   Which is wrong. Say rapier, pier,
   Tier (one who ties), but tier.

Arch, archangel; pray, does erring
Rhyme with herring or with stirring?
   Prison, bison, treasure trove,
   Treason, hover, cover, cove,

Perseverance, severance. Ribald
Rhymes (but piebald doesn’t) with nibbled.
   Phaeton, paean, gnat, ghat, gnaw,
   Lien, psychic, shone, bone, pshaw.

Don’t be down, my own, but rough it,
And distinguish buffet, buffet;
   Brood, stood, roof, rook, school, wool, boon,
   Worcester, Boleyn, to impugn.

Say in sounds correct and sterling
Hearse, hear, hearken, year and yearling.
   Evil, devil, mezzotint,
   Mind the z! (A gentle hint.)

Now you need not pay attention
To such sounds as I don’t mention,
   Sounds like pores, pause, pours and paws,
   Rhyming with the pronoun yours;

Nor are proper names included,
Though I often heard, as you did,
   Funny rhymes to unicorn,
   Yes, you know them, Vaughan and Strachan.

No, my maiden, coy and comely,
I don’t want to speak of Cholmondeley.
   No. Yet Froude compared with proud
   Is no better than McLeod.

But mind trivial and vial,
Tripod, menial, denial,
   Troll and trolley, realm and ream,
   Schedule, mischief, schism, and scheme.

Argil, gill, Argyll, gill. Surely
May be made to rhyme with Raleigh,
   But you’re not supposed to say
   Piquet rhymes with sobriquet.

Had this invalid invalid
Worthless documents? How pallid,
   How uncouth he, couchant, looked,
   When for Portsmouth I had booked!

Zeus, Thebes, Thales, Aphrodite,
Paramour, enamoured, flighty,
   Episodes, antipodes,
   Acquiesce, and obsequies.

Please don’t monkey with the geyser,
Don’t peel ‘taters with my razor,
   Rather say in accents pure:
   Nature, stature and mature.

Pious, impious, limb, climb, glumly,
Worsted, worsted, crumbly, dumbly,
   Conquer, conquest, vase, phase, fan,
   Wan, sedan and artisan.

The th will surely trouble you
More than r, ch or w.
   Say then these phonetic gems:
   Thomas, thyme, Theresa, Thames.

Thompson, Chatham, Waltham, Streatham,
There are more but I forget ’em
   Wait! I’ve got it: Anthony,
   Lighten your anxiety.

The archaic word albeit
Does not rhyme with eight-you see it;
   With and forthwith, one has voice,
   One has not, you make your choice.

Shoes, goes, does *. Now first say: finger;
Then say: singer, ginger, linger.
   Real, zeal, mauve, gauze and gauge,
   Marriage, foliage, mirage, age,

Hero, heron, query, very,
Parry, tarry fury, bury,
   Dost, lost, post, and doth, cloth, loth,
   Job, Job, blossom, bosom, oath.

Faugh, oppugnant, keen oppugners,
Bowing, bowing, banjo-tuners
   Holm you know, but noes, canoes,
   Puisne, truism, use, to use?

Though the difference seems little,
We say actual, but victual,
   Seat, sweat, chaste, caste, Leigh, eight, height,
   Put, nut, granite, and unite.

Reefer does not rhyme with deafer,
Feoffer does, and zephyr, heifer.
   Dull, bull, Geoffrey, George, ate, late,
   Hint, pint, senate, but sedate.

Gaelic, Arabic, pacific,
Science, conscience, scientific;
   Tour, but our, dour, succour, four,
   Gas, alas, and Arkansas.

Say manoeuvre, yacht and vomit,
Next omit, which differs from it
   Bona fide, alibi
   Gyrate, dowry and awry.

Sea, idea, guinea, area,
Psalm, Maria, but malaria.
   Youth, south, southern, cleanse and clean,
   Doctrine, turpentine, marine.

Compare alien with Italian,
Dandelion with battalion,
   Rally with ally; yea, ye,
   Eye, I, ay, aye, whey, key, quay!

Say aver, but ever, fever,
Neither, leisure, skein, receiver.
   Never guess-it is not safe,
   We say calves, valves, half, but Ralf.

Starry, granary, canary,
Crevice, but device, and eyrie,
   Face, but preface, then grimace,
   Phlegm, phlegmatic, ass, glass, bass.

Bass, large, target, gin, give, verging,
Ought, oust, joust, and scour, but scourging;
   Ear, but earn; and ere and tear
   Do not rhyme with here but heir.

Mind the o of off and often
Which may be pronounced as orphan,
   With the sound of saw and sauce;
   Also soft, lost, cloth and cross.

Pudding, puddle, putting. Putting?
Yes: at golf it rhymes with shutting.
   Respite, spite, consent, resent.
   Liable, but Parliament.

Seven is right, but so is even,
Hyphen, roughen, nephew, Stephen,
   Monkey, donkey, clerk and jerk,
   Asp, grasp, wasp, demesne, cork, work.

A of valour, vapid vapour,
S of news (compare newspaper),
   G of gibbet, gibbon, gist,
   I of antichrist and grist,

Differ like diverse and divers,
Rivers, strivers, shivers, fivers.
   Once, but nonce, toll, doll, but roll,
   Polish, Polish, poll and poll.

Pronunciation-think of Psyche!-
Is a paling, stout and spiky.
   Won’t it make you lose your wits
   Writing groats and saying « grits »?

It’s a dark abyss or tunnel
Strewn with stones like rowlock, gunwale,
   Islington, and Isle of Wight,
   Housewife, verdict and indict.

Don’t you think so, reader, rather,
Saying lather, bather, father?
   Finally, which rhymes with enough,
   Though, through, bough, cough, hough, sough, tough??

Hiccough has the sound of sup
My advice is: GIVE IT UP!

Phonetic version (British pronunciation)

ˌdɪəɹɪst ˈkɹiːʧəɹ ɪn kɹɪ.ˈeɪʃn̩
ˌstʌdɪ.ɪŋ ˈɪŋɡlɪʃ pɹəˌnʌnsɪ.ˈeɪʃn̩
ˌaɪ wɪl ˈtiːʧ jʊ ɪn maɪ ˈvɜːs
ˈsaʊndz laɪk ˈkɔːps ˈkɔː ˈhɔːs ənd ˈwɜːs

ˌaɪ wɪl ˈkiːp jʊ ˈsuːzɪ ˈbɪzɪ
ˌmeɪk jə ˈhɛd wɪð ˈhiːt ɡɹəʊ ˈdɪzɪ
ˈtɪəɹ ɪn ˌaɪ jə ˈdɹɛs wɪl ˈtɛə
ˈkwɪə ˌfɛə ˈsɪə ˈhɪə maɪ ˈpɹɛə

ˈpɹeɪ kənˈsəʊl jə ˈlʌvɪŋ ˈpəʊ.ɪt
ˈmeɪk maɪ ˈkəʊt ˌlʊk ˈnjuː ˌdɪə ˈsəʊ ɪt
ˌʤʌst kəmˈpɛə ˈhɑːt ˈhɪəɹ ənd ˈhɜːd
ˈdaɪz ənd ˈdaɪ.ət ˈlɔːd ənd ˈwɜːd

ˈsɔːd ənd ˈswɔːd ɹɪˈteɪn ənd ˈbɹɪtn̩
ˈmaɪnd ðə ˈlætə ˌhaʊ ɪts ˈɹɪtn̩
ˈmeɪd həz ˈnɒt ðə ˈsaʊnd əv ˈbæd
ˈseɪ ˈsɛd ˈpeɪ ˈpeɪd ˈleɪd bət ˈplæd

ˌnaʊ aɪ ˈʃɔːlɪ wɪl nɒt ˈpleɪɡ juː
ˌwɪð sʌʧ ˈwɜːdz æz ˈveɪɡ ənd ˈeɪɡjuː
ˌbʌt bɪ ˈkɛəfl̩ haʊ juː ˈspiːk
ˌseɪ ˈɡʌʃ ˈbʊʃ ˈsteɪk ˈstɹiːk ˈbɹeɪk ˈbliːk

ˈpɹiːvɪ.əs ˈpɹɛʃəs ˈfjuːshə ˈvaɪ.ə
ˈɹɛsəpɪ ˈpaɪp ˈstʌnsl̩ ˈkwaɪ.ə
ˈwəʊvn̩ ˈʌvn̩ ˈhaʊ ənd ˈləʊ
ˈskɹɪpt ɹɪˈsiːt ˈʃuː ˈpəʊ.ɪm ˈtəʊ

ˈseɪ ɪkˈspɛktɪŋ ˈfɹɔːd ənd ˈtɹɪkəɹɪ
ˈdɔːtə ˈlɑːftəɹ ˌænd tɜːpˈsɪkəɹɪ
ˈbɹɑːnʧ ˈɹɑːnʧ ˈmiːzl̩z ˈtɒpsl̩z ˈaɪlz
ˈmɪsaɪlz ˈsɪməlɪz ɹɪˈvaɪlz

ˈhəʊllɪ ˈhɒlɪ ˈsɪɡnl̩ ˈsaɪnɪŋ
ˈseɪm ɪɡˈzæmɪnɪŋ ˌbʌt ˈmaɪnɪŋ
ˈskɒlə ˈvɪkəɹ ˌænd sɪˈɡɑː
ˈsəʊlə ˈmaɪkə ˈwɔːɹ ənd ˈfɑː

ˌfɹɒm dɪˈzaɪ.ə dɪˈzaɪɹəbl̩ ˈædməɹəbl̩ fɹəm ədˈmaɪ.ə
ˈlʌmbə ˈplʌmə ˈbɪə bət ˈbɹaɪ.ə
ˈtɒpsəm ˈbɹuː.əm ɹɪˈnaʊn ˌbʌt ˈnəʊn
ˈnɒlɪʤ ˈdʌn ˈləʊn ˈɡɒn ˈnʌn ˈtəʊn

ˈwʌn əˈnɛmənɪ bælˈmɒɹəl
ˈkɪʧən ˈlaɪkən ˈlɔːndɹɪ ˈlɒɹəl
ˈɡɜːtɹuːd ˈʤɜːmən ˈwɪnd ənd ˈmaɪnd
ˈbəʊ ˈkaɪnd ˈkɪndɹəd ˈkjuː mænˈkaɪnd

ˈtɔːtəs ˈtɜːkwɔɪz ˈʃæmɪ ˌlɛðə
ˈɹiːdɪŋ ˈɹɛdɪŋ ˈhiːðn̩ ˈhɛðə
ˌðɪs fəˈnɛtɪk ˈlæbəɹɪnθ
ˌɡɪvz ˈmɒs ˈɡɹəʊs ˈbɹʊk ˈbɹəʊʧ ˈnaɪnθ ˈplɪnθ

ˈhæv jʊ ˈɛvə jɛt ɪnˈdɛvəd
tə pɹəˈnaʊns ɹɪˈvɪəd ənd ˈsɛvəd
ˈdiːmən ˈlɛmən ˈɡuːl ˈfaʊl ˈsəʊl
ˈpiːtə ˈpɛtɹəl ˌænd pəˈtɹəʊl

ˈbɪlɪt dʌz ˈnɒt ˌɛnd laɪk ˈbæleɪ
bʊˈkeɪ ˈwɒlɪt ˈmælɪt ˈʃæleɪ
ˈblʌd ənd ˈflʌd ɑː ˈnɒt laɪk ˈfuːd
ˌnɔːɹ ɪz ˈməʊld laɪk ˈʃʊd ənd ˈwʊd

ˈbæŋkwɪt ɪz ˌnɒt ˈnɪəlɪ ˈpɑːkeɪ
ˌwɪʧ ɪɡˈzæktlɪ ˈɹaɪmz wɪð ˈkɑːkɪ
ˈdɪskaʊnt ˈvaɪkaʊnt ˈləʊd ənd ˈbɹɔːd
ˈtəʊ.ədd tə ˈfɔːwəd tə ɹɪˈwɔːd

ˈɹɪkəʃeɪd ˌænd ˈkɹəʊʃeɪɪŋ ˈkɹəʊkɪ
ˈɹaɪt jə pɹəˌnʌnsɪ.ˈeɪʃn̩z əʊˈkeɪ
ˈɹaʊndɪd ˈwuːndɪd ˈɡɹiːv ənd ˈsɪv
ˈfɹɛnd ənd ˈfiːnd əˈlaɪv ənd ˈlɪv

Phonetic version (American pronunciation)

ˌdɪɹɪst ˈkɹiːʧəɹ ɪn kɹi.ˈeːʃn̩
ˌstʌɾi.ɪŋ ˈɪŋɡlɪʃ pɹəˌnʌnsi.ˈeːʃn̩
ˌaɪ wɪl ˈtiːʧ ju ɪn maɪ ˈvɝs
ˈsaʊndz laɪk ˈkɔːɹps ˈkɔːɹ ˈhɔːɹs ənd ˈwɝs

ˌaɪ wɪl ˈkiːp ju ˈsuːzi ˈbɪzi
ˌmeːk jɚ ˈhɛd wɪθ ˈhiːt ɡɹoː ˈdɪzi
ˈtɪɹ ɪn ˌaɪ jɚ ˈdɹɛs wɪl ˈtɛɹ
ˈkwɪɹ ˌfɛɹ ˈsɪɹ ˈhɪɹ maɪ ˈpɹɛɹ

ˈpɹeː kənˈsoːl jɚ ˈlʌvɪŋ ˈpoː.ət
ˈmeːk maɪ ˈkoːt ˌlʊk ˈnuː ˌdɪɹ ˈsoː ɪt
ˌʤʌst kəmˈpɛɹ ˈhɑːɹt ˈhɪɹ ənd ˈhɝd
ˈdaɪz ənd ˈdaɪ.ət ˈlɔːɹd ənd ˈwɝd

ˈsɔːɹd ənd ˈswɔːɹd ɹɪˈteːn ənd ˈbɹɪtn̩
ˈmaɪnd ðə ˈlæɾɚ ˌhaʊ ɪts ˈɹɪtn̩
ˈmeːd həz ˈnɑːt ðə ˈsaʊnd əv ˈbæd
ˈseː ˈsɛd ˈpeː ˈpeːd ˈleːd bət ˈplæd

ˌnaʊ aɪ ˈʃʊɹli wɪl nɑːt ˈpleːɡ juː
ˌwɪθ sʌʧ ˈwɝdz æz ˈveːɡ ənd ˈeːɡjuː
ˌbʌt bi ˈkɛɹfl̩ haʊ juː ˈspiːk
ˌseː ˈɡʌʃ ˈbʊʃ ˈsteːk ˈstɹiːk ˈbɹeːk ˈbliːk

ˈpɹiːvi.əs ˈpɹɛʃəs ˈfjuːshə ˈvaɪ.ə
ˈɹɛsəpi ˈpaɪp ˈstʌnsl̩ ˈkwaɪ.ɚ
ˈwoːvn̩ ˈʌvn̩ ˈhaʊ ənd ˈloː
ˈskɹɪpt ɹɪˈsiːt ˈʃuː ˈpoː.əm ˈtoː

ˈseː ɪkˈspɛktɪŋ ˈfɹɔːd ənd ˈtɹɪkəɹi
ˈdɔːɾɚ ˈlæftəɹ ˌænd tɝpˈsɪkəɹi
ˈbɹænʧ ˈɹænʧ ˈmiːzl̩z ˈtɑːpsl̩z ˈaɪlz
ˈmɪsaɪlz ˈsɪməliz ɹɪˈvaɪlz

ˈhoːlli ˈhɑːli ˈsɪɡnl̩ ˈsaɪnɪŋ
ˈseːm ɪɡˈzæmɪnɪŋ ˌbʌt ˈmaɪnɪŋ
ˈskɑːlɚ ˈvɪkəɹ ˌænd sɪˈɡɑːɹ
ˈsoːlɚ ˈmaɪkə ˈwɔːɹ ənd ˈfɑːɹ

ˌfɹʌm dɪˈzaɪ.ɚ dɪˈzaɪɹəbl̩ ˈædməɹəbl̩ fɹəm ədˈmaɪ.ɚ
ˈlʌmbɚ ˈplʌmɚ ˈbɪɹ bət ˈbɹaɪ.ɚ
ˈtɑːpsəm ˈbɹuː.əm ɹɪˈnaʊn ˌbʌt ˈnoːn
ˈnɑːlɪʤ ˈdʌn ˈloːn ˈɡɔːn ˈnʌn ˈtoːn

ˈwʌn əˈnɛməni bælˈmɔːɹəl
ˈkɪʧən ˈlaɪkən ˈlɔːndɹi ˈlɔːɹəl
ˈɡɝtɹuːd ˈʤɝmən ˈwɪnd ənd ˈmaɪnd
ˈboː ˈkaɪnd ˈkɪndɹəd ˈkjuː mænˈkaɪnd

ˈtɔːɹɾəs ˈtɝkwɔɪz ˈʃæmi ˌlɛðɚ
ˈɹiːdɪŋ ˈɹɛdɪŋ ˈhiːðn̩ ˈhɛðɚ
ˌðɪs fəˈnɛɾɪk ˈlæbəɹɪnθ
ˌɡɪvz ˈmɑːs ˈɡɹoːs ˈbɹʊk ˈbɹoːʧ ˈnaɪnθ ˈplɪnθ

ˈhæv ju ˈɛvɚ jɛt ɪnˈdɛvɚd
tə pɹəˈnaʊns ɹɪˈvɪɹd ənd ˈsɛvɚd
ˈdiːmən ˈlɛmən ˈɡuːl ˈfaʊl ˈsoːl
ˈpiːɾɚ ˈpɛtɹəl ˌænd pəˈtɹoːl

ˈbɪlət dʌz ˈnɑːt ˌɛnd laɪk bæˈleː
buˈkeː ˈwɑːlət ˈmælɪt ʃæˈleː
ˈblʌd ənd ˈflʌd ɑːɹ ˈnɑːt laɪk ˈfuːd
ˌnɔːɹ ɪz ˈmoːld laɪk ˈʃʊd ənd ˈwʊd

ˈbæŋkwɪt ɪz ˌnɑːt ˈnɪɹli pɑːɹˈkeː
ˌʍɪʧ ɪɡˈzæktli ˈɹaɪmz wɪθ ˈkæki
ˈdɪskaʊnt ˈvaɪkaʊnt ˈloːd ənd ˈbɹɔːd
ˈtɔːɹd tə ˈfɔːɹwɚd tə ɹɪˈwɔːɹd

ˈɹɪkəʃeːd ˌænd kɹoːˈʃeːɪŋ kɹoːˈkeː
ˈɹaɪt jɚ pɹəˌnʌnsi.ˈeːʃn̩z oːˈkeː
ˈɹaʊndɪd ˈwuːndɪd ˈɡɹiːv ənd ˈsɪv
ˈfɹɛnd ənd ˈfiːnd əˈlaɪv ənd ˈlɪv

[ENS] [ENS students] [David Madore]


Notes on The Chaos

« The Chaos » is a poem which demonstrates the irregularity of English spelling and pronunciation, written by Gerard Nolst Trenité (1870-1946), also known under the pseudonym Charivarius. It first appeared in an appendix to the author’s 1920 textbook Drop Your Foreign Accent: engelsche uitspraakoefeningen. (From Wikipedia: http://en.wikipedia.org/wiki/The_Chaos)

Chris Upward introduces
The Classic Concordance of Cacographic Chaos

http://www.spellingsociety.org/journals/j17/caos.php

[Journal of the Simplified Spelling Society, 1994/2 pp27-30 later designated J17]

This version is essentially the author’s own final text, as also published by New River Project in 1993. A few minor corrections have however been made, and occasional words from earlier editions have been preferred. Following earlier practice, words with clashing spellings or pronunciations are here printed in italics.

A number of readers have been urging republication of The Chaos, the well-known versified catalogue of English spelling irregularities. The SSS Newsletter carried an incomplete, rather rough version in the summer of 1986 (pp.17-21) under the heading « Author Unknown », with a parallel transcription into an early form of Cut Spelling. Since then a stream of further information and textual variants has come our way, culminating in 1993-94 with the most complete and authoritative version ever likely to emerge. The time is therefore now truly ripe for republication in the JSSS.

Our stuttering progress towards the present version is of interest, as it testifies to the poem’s continuing international impact. Parts of it turned up from the mid-1980s onwards, with trails leading from France, Canada, Denmark, Germany, the Netherlands, Portugal, Spain, Sweden and Turkey. The chequered career of the first version we received was typical: it consisted of a tattered typescript found in a girls’ High School in Germany in 1945 by a British soldier, from whom it passed through various hands eventually to reach Terry De’Ath, who passed it to the SSS; but it did not mention who its author was. A rather sad instance of the mystery that has long surrounded the poem is seen in Hubert A Greven’s Elements of English Phonology, published in Paris in 1972: its introduction quoted 48 lines of the poem to demonstrate to French students how impossible English is to pronounce (ie, to read aloud), and by way of acknowledgment said that the author « would like to pay a suitable tribute to Mr G Nolst Trenité for permission to copy his poem The Chaos. As he could not find out his whereabouts, the author presents his warmest thanks, should the latter happen to read this book ». Alas, the poet in question had died over a quarter of a century earlier.

For the varied materials and information sent us over the years we are particularly indebted to: Terry De’Ath of Newcastle-upon-Tyne; Tom McArthur (Editor of English Today) of Cambridge; Benno Jost-Westendorf of Recklinghausen, Germany; Professor Che Kan Leong of the University of Saskatchewan, Canada; the Editor of Perfect Your English, Barcelona; and SSS committee member Nick Atkinson for the French reference. From them we learnt who the author was and that numerous versions of the poem were in circulation; but many tantalizing questions remained unanswered.

Three contributions in 1993-94 then largely filled in the gaps in the picture. The first of these contributions was due to the diligent research of Belgian SSS member Harry Cohen of Tervuren which outlined the author’s life and told us a good deal about the successive editions of the poem. The second came from Bob Cobbing of New River Project (89a Petherton Road, London N5 2QT), who sent the SSS a handsome new edition (ISBN 1 870750 07 1) he had just published in conjunction with the author’s nephew, Jan Nolst Trenité, who owns the copyright. This edition had been based on the final version published by the author in his lifetime (1944), and must therefore be considered particularly authoritative. Finally, Jan Nolst Trenité himself went to considerable trouble to correct and fill out the details of his uncle’s biography and the poem’s publishing history which the SSS had previously been able to compile.

The author of The Chaos was a Dutchman, the writer and traveller Dr Gerard Nolst Trenité. Born in 1870, he studied classics, then law, then political science at the University of Utrecht, but without graduating (his Doctorate came later, in 1901). From 1894 he was for a while a private teacher in California, where he taught the sons of the Netherlands Consul-General. From 1901 to 1918 he worked as a schoolteacher in Haarlem, and published several schoolbooks in English and French, as well as a study of the Dutch constitution. From 1909 until his death in 1946 he wrote frequently for an Amsterdam weekly paper, with a linguistic column under the pseudonym Charivarius.

The first known version of The Chaos appeared as an appendix (Aanhangsel) to the 4th edition of Nolst Trenité’s schoolbook Drop Your Foreign Accent: engelsche uitspraakoefeningen (Haarlem: H D Tjeenk Willink & Zoon, 1920). The book itself naturally used the Dutch spelling current before the 1947 reform (see JSSS 1987/2, pp14-16). That first version of the poem is entitled De Chaos, and gives words with problematic spellings in italics, but it has only 146 lines, compared with the 274 lines we now give (four more than in our 1986 version). The general importance of Drop your foreign accent is clear from the number of editions it went through, from the first (without the poem) in 1909, to a posthumous 11th revised edition in 1961. The last edition to appear during the author’s life was the 7th (1944), by which time the poem had nearly doubled its original length. It is not surprising, in view of the numerous editions and the poem’s steady expansion, that so many different versions have been in circulation in so many different countries.

The Chaos represents a virtuoso feat of composition, a mammoth catalogue of about 800 of the most notorious irregularities of traditional English orthography, skilfully versified (if with a few awkward lines) into couplets with alternating feminine and masculine rhymes. The selection of examples now appears somewhat dated, as do a few of their pronunciations, indeed a few words may even be unknown to today’s readers (how many will know what a « studding-sail » is, or that its nautical pronunciation is « stunsail »?), and not every rhyme will immediately « click » (« grits » for « groats »?); but the overwhelming bulk of the poem represents as valid an indictment of the chaos of English spelling as it ever did. Who the « dearest creature in creation » addressed in the first line, also addressed as « Susy » in line 5, might have been is unknown, though a mimeographed version of the poem in Harry Cohen’s possession is dedicated to « Miss Susanne Delacruix, Paris ». Presumably she was one of Nolst Trenité’s students.

Readers will notice that The Chaos is written from the viewpoint of the foreign learner of English: it is not so much the spelling as such that is lamented, as the fact that the poor learner can never tell how to pronounce words encountered in writing (the poem was, after all, appended to a book of pronunciation exercises). With English today the prime language of international communication, this unpredictability of symbol-sound correspondence constitutes no less of a problem than the unpredictability of sound-symbol correspondence which is so bewailed by native speakers of English. Nevertheless, many native English-speaking readers will find the poem a revelation: the juxtaposition of so many differently pronounced parallel spellings brings home the sheer illogicality of the writing system in countless instances that such readers may have never previously noticed.

It would be interesting to know if Gerard Nolst Trenité, or anyone else, has ever actually used The Chaos to teach English pronunciation, since the tight rhythmic and rhyming structure of the poem might prove a valuable mnemonic aid. There could be material for experiments here: non-English- speaking learners who had practised reading parts of the poem aloud could be tested in reading the same problematic words in a plain prose context, and their success measured against a control group who had not practised them through The Chaos.

This version is essentially the author’s own final text, as also published by New River Project in 1993. A few minor corrections have however been made, and occasional words from earlier editions have been preferred. Following earlier practice, words with clashing spellings or pronunciations are here printed in italics.

Voir aussi:

Fun poem about English pronunciation

ETNI (English Teachers Network)

I take it you already know
Of tough and bough and cough and dough?
Others may stumble, but not you
On hiccough, thorough, slough, and through.
Well don’t! And now you wish, perhaps,
To learn of less familiar traps.
Beware of heard, a dreadful word
That looks like beard but sounds like bird.
And dead: it’s said like bed, not bead,
For goodness sake don’t call it deed!
Watch out for meat and great and threat
(They rhyme with suite and straight and debt).
A moth is not a moth as in mother
Nor both as in bother, nor broth as in brother,
And here is not a match for there,
Nor dear and fear, for bear and pear.
And then there’s dose and rose and lose–
Just look them up–and goose and choose
And cork and work and card and ward
And font and front and word and sword
And do and go, then thwart and cart,
Come, come! I’ve hardly made a start.
A dreadful Language? Why man alive!
I learned to talk it when I was five.
And yet to write it, the more I tried,
I hadn’t learned it at fifty-five.

Voir également:

Yet Another Crazy English Pronunciation Poem
This poem is available to listen to online. Recorded in .mp3 format you will require a compatible browser. Feel free to link to this page, and to use the recordings in the classroom, but please don’t hotlink to them or publish them elsewhere.

Here is more pronunciation.
Ration never rhymes with nation,
Say prefer, but preferable,
Comfortable and vegetable.
B must not be heard in doubt,
Debt and dumb both leave it out.

In the words psychology,
Psychic, and psychiatry,
You must never sound the p.
Psychiatrist you call the man
Who cures the complex, if he can.

In architect ch is k
In arch it is the other way.
Please remember to say iron
So that it’ll rhyme with lion.
Advertisers advertise,
Advertisements will put you wise.

Time when work is done is leisure,
Fill it up with useful pleasure.
Accidental, accident,
Sound the g in ignorant.

Relative, but relation,
Then say creature, but creation.
Say the a in gas quite short,
Bought remember rhymes with thwart,

Drought must always rhyme with bout,
In daughter leave the g h out.
Wear a boot upon your foot.
Root can never rhyme with soot.

In muscle, s and c is s,
In muscular, it’s s k, yes!
Choir must always rhyme with wire,
That again will rhyme with liar.

Then remember it’s address.
With an accent like posses.
G in sign must silent be,
In signature, pronounce the g.

Please remember, say towards
Just as if it rhymed with boards.
Weight’s like wait, but not like height.
Which should always rhyme with might.

Sew is just the same as so,
Tie a ribbon in a bow.
When you meet the Queen you bow,
Which again must rhyme with how.

In perfect English make a start.
Learn this little rhyme by heart.

Anonymous (unless you know better)
– See more at: http://www.learnenglish.de/pronunciation/pronunciationpoem3.html#sthash.iqdjfQVg.dpuf

Voir encore:

WHY ENGLISH IS SO HARD

We’ll begin with a box, and the plural is boxes,
But the plural of ox becomes oxen, not oxes.
One fowl is a goose, but two are called geese,
Yet the plural of moose should never be meese.
You may find a lone mouse or a nest full of mice,
Yet the plural of house is houses, not hice.

If the plural of man is always called men,
Why shouldn’t the plural of pan be called pen?
If I speak of my foot and show you my feet,
And I give you a boot, would a pair be called beet?
If one is a tooth and a whole set are teeth,
Why shouldn’t the plural of booth be called beeth?

Then one may be that, and three would be those,
Yet hat in the plural would never be hose,
And the plural of cat is cats, not cose.
We speak of a brother and also of brethren,
But though we say mother, we never say methren.
Then the masculine pronouns are he, his and him,
But imagine the feminine: she, shis and shim!

Let’s face it – English is a crazy language.
There is no egg in eggplant nor ham in hamburger;
neither apple nor pine in pineapple.
English muffins weren’t invented in England.
We take English for granted, but if we explore its paradoxes, we find
that quicksand can work slowly, boxing rings are square, and a guinea
pig is neither from Guinea nor is it a pig.

And why is it that writers write but fingers don’t fing, grocers don’t
groce and hammers don’t ham?

Doesn’t it seem crazy that you can make amends but not one amend.If
you have a bunch of odds and ends and get rid of all but one of them, what do
you call it?

If teachers taught, why didn’t preachers praught?
If a vegetarian eats vegetables, what does a humanitarian eat?

Sometimes I think all the folks who grew up speaking English should be
committed to an asylum for the verbally insane.

In what other language do people recite at a play and play at a recital?
We ship by truck but send cargo by ship.
We have noses that run and feet that smell.
We park in a driveway and drive in a parkway.
And how can a slim chance and a fat chance be the same, while a wise
man and a wise guy are opposites?

You have to marvel at the unique lunacy of a language in which your
house can burn up as it burns
down, in which you fill in a form by filling it out,
and in which an alarm goes off by going on.

And, in closing, if Father is Pop, how come Mother’s not Mop?

That’s all for now.

Voir enfin:

Why English is so Hard (a poem)
Posted on February 13, 2013 by kitqat

We’ll begin with a box, and the plural is boxes,
But the plural of ox should be oxen, not oxes.
Then one fowl is goose, but two are called geese,
Yet the plural of moose should never be meese.

You may find a lone mouse or a whole lot of mice,
But the plural of house is houses, not hice.
If the plural of man is always called me,
Why shouldn’t the plural of pan be called pen?

The cow in the plural may be cows or kine,
But the plural pf vow is vows, not vine.
And I speak of a foot, and you show me your feet,
But I give you a boot — would a pair be called beet?

If one is a tooth and a whole set are teeth,
Why shouldn’t the plural of booth be called beeth?
Then one may be that, and three may be those,
Yet the plural of hat would never be hose.
We speak of a brother and also of brethren,
But though we say mother, we never say methren.
So our English, I think you will agree,
Is the trickiest language you ever did see.

Voir enfin:

Claude Hagège: « Imposer sa langue, c’est imposer sa pensée »

Par Michel Feltin-Palas (L’Express), publié le 28/03/2012 à 11:00, mis à jour le 03/04/2012 à 10:26

Faut-il s’inquiéter de la domination de la langue anglaise? Les langues nationales vont-elles disparaître? Sans chauvinisme ni ringardise, le linguiste Claude Hagège dresse un constat lucide de la situation. Rencontre.

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Claude Hagège: « Imposer sa langue, c’est imposer sa pensée »

En amoureux des langues,Claude Hagège défend la diversité et s’oppose fermemement à la domination de l’anglais.

Yann Rabarier/L’Express

Claude Hagège en 5 dates

1955 Entrée à l’Ecole normale supérieure

1966 Première enquête linguistique de terrain, au Cameroun

Depuis 1988 Professeur au Collège de France

2009Dictionnaire amoureux des langues (Plon).

2012Contre la pensée unique (Odile Jacob)

La Semaine de la langue française, qui vient de s’achever, n’aura pas suffi à mettre du baume au coeur de Claude Hagège. Car le constat du grand linguiste est sans appel : jamais, dans l’histoire de l’humanité, une langue n’a été « comparable en extension dans le monde à ce qu’est aujourd’hui l’anglais ». Oh ! il sait bien ce que l’on va dire. Que la défense du français est un combat ranci, franchouillard, passéiste. Une lubie de vieux ronchon réfractaire à la modernité. Il n’en a cure. Car, à ses yeux, cette domination constitue une menace pour le patrimoine de l’humanité. Et fait peser sur elle un risque plus grave encore : voir cette « langue unique » déboucher sur une « pensée unique » obsédée par l’argent et le consumérisme. Que l’on se rassure, cependant : si Hagège est inquiet, il n’est pas défaitiste. La preuve, avec cet entretien où chacun en prend pour son grade…

Comment décide-t-on, comme vous, de consacrer sa vie aux langues?

Je l’ignore. Je suis né et j’ai grandi à Tunis, une ville polyglotte. Mais je ne crois pas que ce soit là une explication suffisante : mes frères, eux, n’ont pas du tout emprunté cette voie.

Enfant, quelles langues avez-vous apprises?

A la maison, nous utilisions le français. Mais mes parents m’ont fait suivre une partie de ma scolarité en arabe – ce qui montre leur ouverture d’esprit, car l’arabe était alors considéré comme une langue de colonisés. J’ai également appris l’hébreu sous ses deux formes, biblique et israélienne. Et je connaissais l’italien, qu’employaient notamment plusieurs de mes maîtres de musique.

Combien de langues parlez-vous?

S’il s’agit de dénombrer les idiomes dont je connais les règles, je puis en mentionner plusieurs centaines, comme la plupart de mes confrères linguistes. S’il s’agit de recenser ceux dans lesquels je sais m’exprimer aisément, la réponse sera plus proche de 10.

Beaucoup de Français pensent que la langue française compte parmi les plus difficiles, et, pour cette raison, qu’elle serait « supérieure » aux autres. Est-ce vraiment le cas?

Pas du tout. En premier lieu, il n’existe pas de langue « supérieure ». Le français ne s’est pas imposé au détriment du breton ou du gascon en raison de ses supposées qualités linguistiques, mais parce qu’il s’agissait de la langue du roi, puis de celle de la République. C’est toujours comme cela, d’ailleurs : un parler ne se développe jamais en raison de la richesse de son vocabulaire ou de la complexité de sa grammaire, mais parce que l’Etat qui l’utilise est puissant militairement – ce fut, entre autres choses, la colonisation – ou économiquement – c’est la « mondialisation ». En second lieu, le français est un idiome moins difficile que le russe, l’arabe, le géorgien, le peul ou, surtout, l’anglais.

L’anglais ? Mais tout le monde, ou presque, l’utilise!

Beaucoup parlent un anglais d’aéroport, ce qui est très différent ! Mais l’anglais des autochtones reste un idiome redoutable. Son orthographe, notamment, est terriblement ardue : songez que ce qui s’écrit « ou » se prononce, par exemple, de cinq manières différentes dans through, rough, bough, four et tour ! De plus, il s’agit d’une langue imprécise, qui rend d’autant moins acceptable sa prétention à l’universalité.

Imprécise?

Parfaitement. Prenez la sécurité aérienne. Le 29 décembre 1972, un avion s’est écrasé en Floride. La tour de contrôle avait ordonné : « Turn left, right now », c’est-à-dire « Tournez à gauche, immédiatement ! » Mais le pilote avait traduit « right now » par « à droite maintenant », ce qui a provoqué la catastrophe. Voyez la diplomatie, avec la version anglaise de la fameuse résolution 242 de l’ONU de 1967, qui recommande le « withdrawal of Israel armed forces from territories occupied in the recent conflict ». Les pays arabes estiment qu’Israël doit se retirer « des » territoires occupés – sous-entendu : de tous. Tandis qu’Israël considère qu’il lui suffit de se retirer « de » territoires occupés, c’est-à-dire d’une partie d’entre eux seulement.

Est-ce une raison pour partir si violemment en guerre contre l’anglais ?

Je ne pars pas en guerre contre l’anglais. Je pars en guerre contre ceux qui prétendent faire de l’anglais une langue universelle, car cette domination risque d’entraîner la disparition d’autres idiomes. Je combattrais avec autant d’ énergie le japonais, le chinois ou encore le français s’ils avaient la même ambition. Il se trouve que c’est aujourd’hui l’anglais qui menace les autres, puisque jamais, dans l’Histoire, une langue n’a été en usage dans une telle proportion sur les cinq continents.

En quoi est-ce gênant ? La rencontre des cultures n’est-elle pas toujours enrichissante ?

La rencontre des cultures, oui. Le problème est que la plupart des gens qui affirment « Il faut apprendre des langues étrangères » n’en apprennent qu’une : l’anglais. Ce qui fait peser une menace pour l’humanité tout entière.

A ce point ?

Seuls les gens mal informés pensent qu’une langue sert seulement à communiquer. Une langue constitue aussi une manière de penser, une façon de voir le monde, une culture. En hindi, par exemple, on utilise le même mot pour « hier » et « demain ». Cela nous étonne, mais cette population distingue entre ce qui est – aujourd’hui – et ce qui n’est pas : hier et demain, selon cette conception, appartiennent à la même catégorie. Tout idiome qui disparaît représente une perte inestimable, au même titre qu’un monument ou une oeuvre d’art.

Avec 27 pays dans l’Union européenne, n’est-il pas bien utile d’avoir l’anglais pour converser ? Nous dépensons des fortunes en traduction!

Cette idée est stupide ! La richesse de l’Europe réside précisément dans sa diversité. Comme le dit l’écrivain Umberto Eco, « la langue de l’Europe, c’est la traduction ». Car la traduction – qui coûte moins cher qu’on ne le prétend – met en relief les différences entre les cultures, les exalte, permet de comprendre la richesse de l’autre.

Mais une langue commune est bien pratique quand on voyage. Et cela ne conduit en rien à éliminer les autres!

Détrompez-vous. Toute l’Histoire le montre : les idiomes des Etats dominants conduisent souvent à la disparition de ceux des Etats dominés. Le grec a englouti le phrygien. Le latin a tué l’ibère et le gaulois. A l’heure actuelle, 25 langues disparaissent chaque année ! Comprenez bien une chose : je ne me bats pas contre l’anglais ; je me bats pour la diversité. Un proverbe arménien résume merveilleusement ma pensée : « Autant tu connais de langues, autant de fois tu es un homme. »

Vous allez plus loin, en affirmant qu’une langue unique aboutirait à une « pensée unique »…

Ce point est fondamental. Il faut bien comprendre que la langue structure la pensée d’un individu. Certains croient qu’on peut promouvoir une pensée française en anglais : ils ont tort. Imposer sa langue, c’est aussi imposer sa manière de penser. Comme l’explique le grand mathématicien Laurent Lafforgue : ce n’est pas parce que l’école de mathématiques française est influente qu’elle peut encore publier en français ; c’est parce qu’elle publie en français qu’elle est puissante, car cela la conduit à emprunter des chemins de réflexion différents.

Vous estimez aussi que l’anglais est porteur d’une certaine idéologie néolibérale…

Oui. Et celle-ci menace de détruire nos cultures dans la mesure où elle est axée essentiellement sur le profit.

Je ne vous suis pas…

Prenez le débat sur l’exception culturelle. Les Américains ont voulu imposer l’idée selon laquelle un livre ou un film devaient être considérés comme n’importe quel objet commercial. Car eux ont compris qu’à côté de l’armée, de la diplomatie et du commerce il existe aussi une guerre culturelle. Un combat qu’ils entendent gagner à la fois pour des raisons nobles – les Etats-Unis ont toujours estimé que leurs valeurs sont universelles – et moins nobles : le formatage des esprits est le meilleur moyen d’écouler les produits américains. Songez que le cinéma représente leur poste d’exportation le plus important, bien avant les armes, l’aéronautique ou l’informatique ! D’où leur volonté d’imposer l’anglais comme langue mondiale. Même si l’on note depuis deux décennies un certain recul de leur influence.

Pour quelles raisons?

D’abord, parce que les Américains ont connu une série d’échecs, en Irak et en Afghanistan, qui leur a fait prendre conscience que certaines guerres se perdaient aussi faute de compréhension des autres cultures. Ensuite, parce qu’Internet favorise la diversité : dans les dix dernières années, les langues qui ont connu la croissance la plus rapide sur la Toile sont l’arabe, le chinois, le portugais, l’espagnol et le français. Enfin, parce que les peuples se montrent attachés à leurs idiomes maternels et se révoltent peu à peu contre cette politique.

Pas en France, à vous lire… Vous vous en prenez même de manière violente aux « élites vassalisées » qui mèneraient un travail de sape contre le français.

Je maintiens. C’est d’ailleurs un invariant de l’Histoire. Le gaulois a disparu parce que les élites gauloises se sont empressées d’envoyer leurs enfants à l’école romaine. Tout comme les élites provinciales, plus tard, ont appris à leur progéniture le français au détriment des langues régionales. Les classes dominantes sont souvent les premières à adopter le parler de l’envahisseur. Elles font de même aujourd’hui avec l’anglais.

Comment l’expliquez-vous?

En adoptant la langue de l’ennemi, elles espèrent en tirer parti sur le plan matériel, ou s’assimiler à lui pour bénéficier symboliquement de son prestige. La situation devient grave quand certains se convainquent de l’infériorité de leur propre culture. Or nous en sommes là. Dans certains milieux sensibles à la mode – la publicité, notamment, mais aussi, pardonnez-moi de vous le dire, le journalisme – on recourt aux anglicismes sans aucune raison. Pourquoi dire « planning » au lieu d' »emploi du temps » ? « Coach » au lieu d' »entraîneur » ? « Lifestyle » au lieu de « mode de vie » ? « Challenge » au lieu de « défi » ?

Pour se distinguer du peuple?

Sans doute. Mais ceux qui s’adonnent à ces petits jeux se donnent l’illusion d’être modernes, alors qu’ils ne sont qu’américanisés. Et l’on en arrive à ce paradoxe : ce sont souvent les immigrés qui se disent les plus fiers de la culture française ! Il est vrai qu’eux se sont battus pour l’acquérir : ils en mesurent apparemment mieux la valeur que ceux qui se sont contentés d’en hériter.

Mais que dites-vous aux parents qui pensent bien faire en envoyant leurs enfants suivre un séjour linguistique en Angleterre ou aux Etats-Unis?

Je leur réponds : « Pourquoi pas la Russie ou l’Allemagne ? Ce sont des marchés porteurs et beaucoup moins concurrentiels, où vos enfants trouveront plus facilement de l’emploi. »

Ne craignez-vous pas d’être taxé de ringardise, voire de pétainisme?

Mais en quoi est-il ringard d’employer les mots de sa propre langue ? Et en quoi le fait de défendre la diversité devrait-il être assimilé à une idéologie fascisante ? Le français est à la base même de notre Révolution et de notre République !

Pourquoi les Québécois défendent-ils le français avec plus d’acharnement que nous-mêmes?

Parce qu’ils sont davantage conscients de la menace : ils forment un îlot de 6 millions de francophones au milieu d’un océan de 260 millions d’anglophones ! D’où leur activité néologique extraordinaire. Ce sont eux qui, par exemple, ont inventé le terme « courriel », que j’invite les lecteurs de L’Express à adopter !
Des limites de l’anglais en entreprise

En 1999, le PDG de Renault, Louis Schweitzer, impose l’anglais dans les comptes rendus de réunions de direction. Une mesure sur laquelle il sera obligé de revenir, à la plus grande satisfaction de Claude Hagège. « Les entreprises qui ont adopté cette mesure ont perdu en efficacité. Pour une raison simple, que décrit très bien l’ancien patron de Sanofi-Aventis, Jean- François Dehecq : « Si nous imposons l’anglais à tous, les natifs anglophones fonctionneront à 100 % de leur potentiel, ceux qui le parlent bien en seconde langue, à 50 %, et les autres, à 10 %. » » « Par ailleurs, il est faux de croire que l’anglais soit indispensable pour le commerce, reprend Hagège. C’est parfois le contraire. Quand on veut vendre un produit à un étranger, mieux vaut utiliser la langue de son client, qui n’est pas toujours l’anglais ! Une grande compagnie d’eau française est allée récemment à Brasilia. Quand ses représentants ont commencé à recourir à l’anglais, cela a rendu furieux les Brésiliens, qui possèdent, comme nous, une langue d’origine latine. Par anglomanie, nos commerciaux ont transformé un avantage culturel en handicap ! »

La victoire de l’anglais est-elle irréversible?

Pas du tout. Des mesures positives ont d’ailleurs déjà été prises : les quotas de musique française sur les radios et les télévisions, les aides au cinéma français, etc. Hélas, l’Etat ne joue pas toujours son rôle. Il complique l’accès au marché du travail des diplômés étrangers formés chez nous, il soutient insuffisamment la francophonie, il ferme des Alliances françaises… Les Chinois, eux, ont ouvert 1 100 instituts Confucius à travers le monde. Il y en a même un à Arras !

Si une seule mesure était à prendre, quelle serait-elle?

Tout commence à l’école primaire, où il faut enseigner non pas une, mais deux langues vivantes. Car, si on n’en propose qu’une, tout le monde se ruera sur l’anglais et nous aggraverons le problème. En offrir deux, c’est s’ouvrir à la diversité.

Nicolas Sarkozy est coutumier des fautes de syntaxe : « On se demande c’est à quoi ça leur a servi… » ou encore « J’écoute, mais je tiens pas compte ». Est-ce grave, de la part d’un chef d’Etat?

Peut-être moins qu’on ne le croit. Regardez : il a relancé les ventes de La Princesse de Clèves depuis qu’il a critiqué ce livre de Mme de La Fayette ! Mais il est certain que de Gaulle et Mitterrand étaient plus cultivés et avaient un plus grand respect pour la langue.

Le français pourrait-il être le porte-étendard de la diversité culturelle dans le monde?

J’en suis persuadé, car il dispose de tous les atouts d’une grande langue internationale. Par sa diffusion sur les cinq continents, par le prestige de sa culture, par son statut de langue officielle à l’ONU, à la Commission européenne ou aux Jeux olympiques. Et aussi par la voix singulière de la France. Songez qu’après le discours de M. de Villepin à l’ONU, s’opposant à la guerre en Irak, on a assisté à un afflux d’inscriptions dans les Alliances françaises.

N’est-il pas contradictoire de vouloir promouvoir le français à l’international et de laisser mourir les langues régionales?

Vous avez raison. On ne peut pas défendre la diversité dans le monde et l’uniformité en France ! Depuis peu, notre pays a commencé d’accorder aux langues régionales la reconnaissance qu’elles méritent. Mais il aura fallu attendre qu’elles soient moribondes et ne représentent plus aucun danger pour l’unité nationale.

Il est donc bien tard…

Il est bien tard, mais il n’est pas trop tard. Il faut augmenter les moyens qui sont consacrés à ces langues, les sauver, avant que l’on ne s’aperçoive que nous avons laissé sombrer l’une des grandes richesses culturelles de la France. l

En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/culture/livre/claude-hagege-imposer-sa-langue-c-est-imposer-sa-pensee_1098440.html?xtmc=Imposer_sa_langue_c%5C%27est_imposer_sa_pens%E9e&xtcr=10#MLog9ETJ03zoT8IK.99

Yet Another Crazy English Pronunciation Poem

This poem is available to listen to online. Recorded in .mp3 format you will require a compatible browser. Feel free to link to this page, and to use the recordings in the classroom, but please don’t hotlink to them or publish them elsewhere.

Here is more pronunciation.
Ration never rhymes with nation,
Say prefer, but preferable,
Comfortable and vegetable.
B must not be heard in doubt,
Debt and dumb both leave it out.

In the words psychology,
Psychic, and psychiatry,
You must never sound the p.
Psychiatrist you call the man
Who cures the complex, if he can.

In architect ch is k
In arch it is the other way.
Please remember to say iron
So that it’ll rhyme with lion.
Advertisers advertise,
Advertisements will put you wise.

Time when work is done is leisure,
Fill it up with useful pleasure.
Accidental, accident,
Sound the g in ignorant.

Relative, but relation,
Then say creature, but creation.
Say the a in gas quite short,
Bought remember rhymes with thwart,

Drought must always rhyme with bout,
In daughter leave the g h out.
Wear a boot upon your foot.
Root can never rhyme with soot.

In muscle, s and c is s,
In muscular, it’s s k, yes!
Choir must always rhyme with wire,
That again will rhyme with liar.

Then remember it’s address.
With an accent like posses.
G in sign must silent be,
In signature, pronounce the g.

Please remember, say towards
Just as if it rhymed with boards.
Weight’s like wait, but not like height.
Which should always rhyme with might.

Sew is just the same as so,
Tie a ribbon in a bow.
When you meet the Queen you bow,
Which again must rhyme with how.

In perfect English make a start.
Learn this little rhyme by heart.

 

Anonymous (unless you know better)

– See more at: http://www.learnenglish.de/pronunciation/pronunciationpoem3.html#sthash.iqdjfQVg.dpuf

Anonymous (unless you know better)


Vote des femmes/70e: Pourquoi la France a été l’un des derniers pays européens (Blame it on the Protestant Catholic differential)

21 avril, 2014

Religion in Western European Countries (circa 1870)

Country                          Percent            Percent  Percent                           Protestant       Catholic
Protestant Countries
Denmark                               99                  1
Sweden                                 99                  1
Norway                                  99                 1
Finland                                  98                 2
Britain                                   91                 8.5
Germany                               62                 36.5
Netherlands                           61                 38
Switzerland                           58                 41
Catholic Countries
Ireland                                  12                  88
France                                    4                   95
Austria                                    2                  91
Italy                                       1                   97
Spain                                      1                   97
Portugal                                  1                   97
Belgium                                  1                   95
Source: Delacroix and Nielsen (2001)
Timeline of Women’s Suffrage Granted, by Country
  • 1893 New Zealand
  • 1902 Australia1
  • 1906 Finland
  • 1913 Norway
  • 1915 Denmark
  • 1917 Canada2
  • 1918 Austria, Germany, Poland, Russia
  • 1919 Netherlands
  • 1920 United States
  • 1921 Sweden
  • 1928 Britain, Ireland
  • 1931 Spain
  • 1944 France
  • 1945 Italy
  • 1947 Argentina, Japan, Mexico, Pakistan
  • 1949 China
  • 1950 India
  • 1954 Colombia
  • 1957 Malaysia, Zimbabwe
  • 1962 Algeria
  • 1963 Iran, Morocco
  • 1964 Libya
  • 1967 Ecuador
  • 1971 Switzerland
  • 1972 Bangladesh
  • 1974 Jordan
  • 1976 Portugal
  • 1989 Namibia
  • 1990 Western Samoa
  • 1993 Kazakhstan, Moldova
  • 1994 South Africa
  • 2005 Kuwait
  • 2006 United Arab Emirates
  • 2011 Saudi Arabia3
NOTE: One country does not allow their people, male or female, to vote: Brunei.
1. Australian women, with the exception of aboriginal women, won the vote in 1902. Aborigines, male and female, did not have the right to vote until 1962.
2. Canadian women, with the exception of Canadian Indian women, won the vote in 1917. Canadian Indians, male and female, did not win the vote until 1960. Source: The New York Times, May 22, 2005.
3. Women in Saudi Arabia will not be eligible to vote until 2015.
https://i1.wp.com/www.leparisien.fr/images/2014/04/21/3784117_droit%20de%20vote%20de%20sfemmes%20info.PNG Luther rend nécessaire ce que Gutenberg a rendu possible : en plaçant l’Écriture au centre de l’eschatologie chrétienne, la Réforme fait d’une invention technique une obligation spirituelle. François Furet et Jacques Ozouf
Ce projet a causé la désertion de 80 à 100 000 personnes de toutes conditions, qui ont emporté avec elles plus de trente millions de livres ; la mise à mal de nos arts et de nos manufactures. (…) Sire, la conversion des cœurs n’appartient qu’à Dieu … Vauban (« Mémoire pour le rappel des Huguenots », 1689)
Qu’ils s’en aillent! Car nous sommes en France et non en Allemagne! … Notre République est menacée d’une invasion de protestants car on choisit volontiers des ministres parmi eux., … qui défrancise le pays et risque de le transformer en une grande Suisse, qui, avant dix ans, serait morte d’hypocrisie et d’ennui. Zola (Le Figaro, le 17/5/1881)
After the Reformation, Protestant regions arose from the backwaters of Europe to displace the Catholic countries as the economic powerhouses. By 1700 prior to the full-fledged industrial revolution–Protestant countries had overtaken the Catholic world in terms of income. A strong Protestant-Catholic income gap became well established over the next 250 years. There were no signs of convergence until the 1960s. This is not, however, a simple vindication of the “Protestant ethic” thesis. … A number of alternative hypotheses … might account for the economic dominance of Protestant Europe. They include (1) secularization – freeing the economy from religious controls; (2) the growth of education (and the Protestant emphasis on literacy – ability to read the bible); (3) the dismal consequences of the Catholic Counter-Reformation; (4) the importance of the Atlantic (slave) trade in creating an autonomous business class that would demand modernizing institutional reforms.  (…) The Reformation was a crucial cultural moment in the development of capitalism … The Reformation made literacy a central part of religious devotion. In the Catholic Church, the clergy interpreted (channeled?) the word of God for believers. The bible was thought to be too complex to be understood by the common folk. (Indeed, even much of the clergy did not have direct access to the bible.) Protestantism, in contrast, spread the notion of a “priesthood of all believers”. All Christians should study the bible, connecting with their religion in a much more personal and private way. This is a tall order when only a tiny fraction of the population is literate, and the bible is written in Latin. Protestants worked hard on both these fronts, translating the bible into the vernacular (the languages that people actually spoke), and evangelizing for mass education. Rather suddenly, and for completely non-economic reasons, the medieval reign of ignorance was rejected, in its place were demands for investment in human capital.  Scotland is a great example of this. A founding principle of the Scottish Reformation (1560) was free education for the poor. Perhaps the world’s first local school tax was established in 1633 (strengthened in 1646). In this environment grew the Scottish En lightenment: David Hume, Francis Hutcheson, Adam Ferguson, and the godfather of modern economics, Adam Smith. By this time, Scottish scholarship stood so far above that of other nations that Voltaire wrote, “we look to Scotland for all our ideas of civilization”. An attractive feature of this thinking about Protestantism is its amenability to quantitative empirical testing. Did Protestant countries invest more heavily in education? … at least in 1830, Protestant countries had much higher primary school enrollment: 17% in Germany, 15% in the US, 9% in the UK, 7% in France, and only about 3% or 4% in Italy and Spain … While Protestant countries were aspiring to the ideal of a “priesthood of all believers”–nurturing a social norm of literacy and personal scholarship, Catholic Europe reacted viciously to the Reformation and devoted a hundred or so years to the brutal containment and control of “thought, knowledge, and belief”. The emphasis here is not so much on literacy per se. In Landes’ view, the Reformation did not simply give a “boost to literacy,” but more importantly “spawned dissidents and heresies, and promoted the skepticism and refusal of authority that is at the heart of the scientific endeavor”. While Protestants were translating the bible and agitating for public education, the Counter-Reformation (the Inquisition) was burning books, burning heretics, and imprisoning scientists. The Catholic reaction to the Reformation – in large part driven by the Spanish Empire – was to terrorize the principle of free thought. Though in many ways the birthplace of modern science, “Mediterranean Europe as a whole missed the train of the so-called scientific revolution” (Landes 1998:180). In a climate of fear and repression, the intellectual and scientific center of Europe shifted northward.  Perhaps the Reformation, rather than creating a new “spirit of capitalism,” simply led to the relocation capitalist activity. Without any religious strife, the industrial revolution might well have taken root wherever medieval capitalism was strongest (Italy, Belgium, Spain, etc). The religious wars and Counter-Reformation “convulsed” the centers of old medieval capitalism, leading to a mass migration of capital and entrepreneurial skill. Perhaps the most promising lead for historical research is to study the patterns of capital mobility and migration following the Reformation. Splitting Europe into two religious worlds produced striking dynamics that I believe go far beyond Weber’s thesis. The Protestant world, it seems, nurtured a contentious spirit of heresy and critical thought, popular literacy, and a laissez faire business morality; Catholism burned books, imprisoned scientists, stifled thought, and demanded stringent orthodoxy. All of this condemned the old prosperous regions of Europe to become the periphery (the “Olive Belt”). The backward regions that revolted from Rome became the destination for capitalist migration, and here, the institutions of modern capitalism gradually took shape. Finally, it no doubt helped that at around the same time, the center of commerce and trade shifted from the Mediterranean to the Atlantic, adding a new “opportunity of geography” to the Protestant regions.  Cristobal Young
Pour ses promoteurs, il existe dans la France de la Troisième République un  » complot protestant « , mené par des étrangers de l’intérieur. Ce  » péril  » menace l’identité française et cherche sournoisement à  » dénationaliser  » le pays. Leurs accusations veulent prendre appui sur l’actualité : la guerre de 1870, la création de l’école laïque, les rivalités coloniales, l’affaire Dreyfus, la séparation des églises et de l’État. Derrière ces événements se profilerait un  » parti protestant  » qui œuvrerait en faveur de l’Angleterre et de l’Allemagne. Mais, à coté de l’actualité, la vision de l’histoire constitue également un enjeu et les antiprotestants, en lutte contre l’interprétation universitaire de leur époque, tentent une révision de la compréhension d’événements historiques comme la Saint-Barthélemy et la Révocation de l’Édit de Nantes. Ils accusent les protestants d’intolérance et érigent des statues à Michel Servet, victime de Calvin au XVIe siècle. La réaction protestante à ces attaques se marque non seulement par une riposte juridique, mais aussi par une auto-analyse plus critique que dans le passé. Cet axe se termine par une réflexion plus large sur la condition minoritaire en France et la manière dont la situation faite aux minorités est révélatrice du degré de démocratie de la société française. (…) L’antisémitisme de cette époque concentre deux traditions hostiles aux juifs : l’une, religieuse, qui les accuse de  » déicide « , l’autre, économique, qui les accuse de  » spéculation financière « . La conjonction de ces deux traditions engendre des thèses raciales sur une lutte éternelle entre l’  » aryen  » et le  » sémite « , alors que les accusations raciales antiprotestantes, quand elles existent, n’atteignent pas ce degré d’intensité. L’anticléricalisme est l’envers du cléricalisme : deux camps de force égale se trouvent en rivalité politico-religieuse et leurs arguments dérivent souvent dans des stéréotypes où la haine n’est pas absente. La haine anticléricale se développe lors de la lutte contre les congrégations. Mais, à partir de 1905, la séparation des églises et de l’État constitue un  » pacte laïque  » et permet un dépassement de l’anticléricalisme. (…) Paradoxalement, plus le groupe visé est faible, plus la haine à son encontre est forte. À ce titre, l’antiprotestantisme apparaît comme une haine intermédiaire entre l’anticléricalisme et l’antisémitisme. Mais, partout, à l’origine des haines, se trouve une vision conspirationniste de l’histoire : les pouvoirs établis et les idées qui triomphent sont le résultat de  » menées occultes « , d’ « obscurs complots ». Jean Bauberot
Une bonne partie de ce que nous observons dans les relations entre la France et les Etats-Unis est le produit d’une structure de relations que l’on doit penser comme la confrontation entre deux impérialismes de l’universel. (…) La France est une sorte d’idéologie réalisée: être français, c’est se sentir en droit d’universaliser son intérêt particulier, cet intérêt particulier qui a pour particularité d’être universel. Et doublement en quelque sorte: universel en matière de politique, avec le modèle pur de la révolution universelle, universel en matière de culture, avec le modèle de chic (de Paris). On comprend que, bien que son monopole de l’universel soit fortement contesté, en particulier par les Etats-Unis, la France reste l’arbitre des élégances en matière de radical chic, comme on dit outre-Atlantique ; elle continue à donner le spectacle des jeux de l’universel, et, en particulier, de cet art de la transgression qui fait les avant-gardes politiques et/ou artistiques, de cette manière (qui se sent inimitable) de se sentir toujours au-delà, et au-delà du delà, de jouer avec virtuosité de tous les registres, difficile à accorder, de l’avant-gardisme politique et de l’avant-gardisme culturel (…) C’est dire que nombre des choses qui s’écrivent ou se disent, à propos de la France ou des USA ou de leurs rapports, sont le produit de l’affrontement entre deux impérialismes, entre un impérialisme en ascension et un impérialisme en déclin, et doivent sans doute beaucoup à des sentiments de revanche ou de ressentiment, sans qu’il soit exclu qu’une partie des réactions que l’on serait porté à classer dans l’antiaméricanisme du ressentiment puissent et doivent être comprises comme des stratégies de résistance légitime à des formes nouvelles d’impérialisme… (…) En fait, on ne peut attendre un progrès vers une culture réellement universelle – c’est-à-dire une culture faite de multiples traditions culturelles unifiées par la reconnaissance qu’elles s’accordent mutuellement – que des luttes entre les impérialismes de l’universel. Ces impérialismes, à travers les hommages plus ou moins hypocrites qu’ils doivent rendre à l’universel pour s’imposer, tendent à le faire avancer et, à tout le moins, à le constituer en recours susceptible d’être invoqué contre les impérialismes mêmes qui s’en réclament. Pierre Bourdieu
Si les responsables politiques (de tous bords) pensent que leurs discours alarmistes sur la mondialisation et leurs incessantes critiques contre «l’inhumanité» du «modèle» anglo-saxon ne sont que d’inoffensives stratégies électorales destinées à gagner quelques voix, ils devraient y réfléchir à deux fois. (…) On récolte ce qu’on a semé : deux décennies de rhétorique antimondialisation et antiétranger se payent par une paralysie politique et psychologique de la France, consciente de l’urgente nécessité des réformes, mais incapable de les mettre en oeuvre. De nombreux pays européens plus solidaires que la France possèdent des marchés du travail plus libres, mais le petit pas tenté dans cette direction par la France (le CPE) soulève immanquablement l’opposition générale. (…) Si le grand public n’est pas prêt aux réformes, les responsables politiques ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes : aux Pays-Bas, les réformes ont commencé il y a vingt ans. Au Canada et en Suède, elles ont commencé il y a quinze ans et ont été menées à terme en six petites années. Le Canada et la Suède se portent bien mieux aujourd’hui qu’il y a quinze ans. Pendant ce temps, le tissu social français continue à se dégrader. (…) Les Canadiens se sont livrés à une analyse de l’hyperétatisme au cours des années 80 et 90. Les Français se sont déchaînés contre le «capitalisme sauvage» mais la droite n’a jamais dénoncé «l’étatisme sauvage», avec ses épais fourrés de réglementations tueuses d’emplois et ses prédateurs anticapitalistes, les «intellectuels». (…) La France a besoin d’un (ou d’une) dirigeant (e) centriste capable de faire la paix avec le capitalisme et la mondialisation tout en défendant les meilleurs composants de l’Etat-providence. Canadiens et Suédois ont compris que capitalisme et démocratie sociale (ou du moins stabilité sociale) avancent ensemble, ou tombent ensemble. Qui, en France, adresse ce genre de message au grand public ? Timothy Smith
Des textes produits dans le plus grand secret, délibérément obscurs et édictant des mesures à effet retard, pareil à des virus informatiques, préparent l’avènement d’une sorte de gouvernement mondial invisible au service des puissances économiques dominantes …. Pierre Bourdieu
Les grandes firmes multinationales et leurs conseils d’administrations internationaux, les grandes organisations internationales, OMC, FMI et Banque mondiale aux multiples subdivisions désignées par des sigles et des acronymes compliqués et souvent imprononçables, et toutes les réalités correspondantes, commissions et comités de technocrates non élus, peu connus du grand public, bref, tout ce gouvernement mondial qui s’est en quelques années institué et dont le pouvoir s’exerce sur les gouvernements nationaux eux-mêmes, est une instance inaperçue et inconnue du plus grand nombre. Cette sorte de Big Brother invisible, qui s’est doté de fichiers interconnectés sur toutes les institutions économiques et culturelles, est déjà là, agissant, efficient, décidant de ce que nous pourrons manger ou ne pas manger, lire ou ne pas lire, voir ou ne pas voir à la télévision et au cinéma, et ainsi de suite (…). A travers la maîtrise quasi absolue qu’ils détiennent sur les nouveaux instruments de communication, les nouveaux maîtres du monde tendent à concentrer tous les pouvoirs, économiques, culturels et symboliques, et ils sont ainsi en mesure d’imposer très largement une vision du monde conforme à leurs intérêts. Pierre Bourdieu
Mais ne faut-il pas aujourd’hui plutôt parler d’anglo-américain que d’anglais, dans la mesure où la force propulsive de cette langue a surtout pour moteurs Washington, Hollywood, le Pentagone, Coca-Cola, Microsoft et Apple ? A la différence de la colonisation britannique, qui visait essentiellement les esprits des élites « indigènes », l’américanisation, s’appuyant sur des marchés financiers et industriels devenus planétaires — ceux du divertissement en premier lieu —, et la volonté des Etats-Unis de sauvegarder à tout prix leur hégémonie géostratégique ont pour cible les esprits des masses, et cela en utilisant la même langue, d’ailleurs de plus en plus éloignée de l’anglais standard. (…) Et elles bénéficient en général de l’appui d’autres « élites », notamment de celles de pays développés — dont certains furent autrefois des colonisateurs ! —, et qui, ne craignant pas l’excès de zèle, font assaut de génuflexions et de marques de servitude volontaire. L’anglo-américain, dans les faits, est devenu un vecteur de la mondialisation néolibérale. D’où sa promotion par ses « chiens de garde ». Bernard Cassen (Le Monde diplomatique)
Mon véritable adversaire n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. (…) Le rêve français, c’est le creuset qui permet à toutes les couleurs de peau d’être à égalité de droits et de devoirs. Le rêve français, c’est l’affirmation des valeurs universelles qui vont bien au-delà des frontières, qui vont bien au-delà de la Nation. Ce n’est pas un espace limité, mais qui est proclamé à tous, à la face du monde. Le rêve français, c’est notre histoire, c’est notre projet ! Le rêve français, c’est une force, c’est le projet que je vous propose, parce qu’il nous ressemble, parce qu’il nous rassemble ! François Hollande

Et si la Révocation de l’Edit de Nantes avait provoqué bien plus que la fuite des cerveaux ?

A l’heure où, pour fêter le 70e anniversaire du vote des femmes en France, un président qui s’était tant vanté de sa haine des riches et provoqué l’exil de tant de nos Depardieu ne trouve rien de mieux, au moment où il atteint des sommets d’impopularité, que de relancer un calamiteux débat sur le vote des étrangers

Qui rappelle, mis à par une chronologie du Parisien, que le Pays autoproclamé des droits de l’homme (sic) a été un des derniers pays européens à accorder le droit de vote aux femmes …

Bien après, de la Nouvelle-Zélande (1893) à la Grande-Bretagne (1918-1928), les pays anglosaxons et nordiques ?

Mais surtout qui prend la peine de rappeler, au-delà de ce tabou si tenace de l’argent et à l’instar de ses voisins latins, tout le temps que la France a perdu et probablement pas encore complètemet rattrapé …

Par rapport à des pays protestants qui pour des raisons d’abord religieuses (tout fidèle, homme ou femme, se devant de lire la Bible pour lui ou elle-même) avait fait le pari précoce d’une universalisation de l’alphabétisation ?

De plus en plus d’électrices mais un déficit d’élues

Le Pariisen

21 avril 2014

La a été l’un des premiers pays à instaurer le suffrage universel masculin en 1848, mais il a fallu près d’un siècle pour l’étendre à l’autre moitié de la population.

Un long combat. L’ordonnance de 1944 met fin à des décennies de rendez-vous ratés. Le Sénat avait retoqué plusieurs fois des propositions de loi pour accorder le droit de vote aux femmes, réputées sous l’emprise de l’Eglise, de peur qu’elles ne « renforcent les rangs conservateurs ». La Première Guerre mondiale et l’apparition de suffragettes françaises dans la lignée des Britanniques ont fait doucement évoluer le débat. C’est finalement la reconnaissance du rôle des femmes pendant la Seconde Guerre mondiale qui a permis aux Françaises d’obtenir leur précieuse carte d’électrice.

Elles s’abstiennent de moins en moins. En 1945, les femmes se sont déplacées en masse, mais ensuite, jusqu’aux années 1960, les Françaises se sont bien moins rendues à l’isoloir que les Français. L’écart de participation a oscillé entre 7 et 12 points. Les années 1970 ont été celles du décollage : au second tour des législatives de 1969, les femmes ont pour la première fois davantage participé que les hommes. Aujourd’hui, les niveaux d’abstention semblent identiques chez les deux sexes mais si les plus jeunes sont moins abstentionnistes que les hommes, c’est le contraire chez les plus âgées.

La parité, c’est pas gagné. Les élues restent aujourd’hui encore largement sous-représentées. Et ce, même si la France a été le premier pays à adopter une loi pour imposer la parité en 2008 avec des listes qui alternent un homme/une femme aux municipales, aux européennes, aux régionales et aux sénatoriales. Mais les têtes de liste restent majoritairement masculines : 83 % aux dernières municipales. Et les hommes représentent 95 % des présidents de conseil généraux, 73 % des députés et 78 % des sénateurs.


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