Livres: Les sionistes ont même inventé l’école ! (2,000 years of schooling and they put you on the day shift: History confirms De Gaulle’s « elite, domineering people » qualification of the Jewish people)

16 novembre, 2016
Un livre aux éditions Albin Michel
Le salut vient des Juifs. Jésus (Jean 4:22)
 Et ces commandements, que je te donne aujourd’hui, seront dans ton coeur. Tu les inculqueras à tes enfants. Deutéronome 6: 6-7
Fais de l’étude de la Torah ta principale occupation. ShammaÏ (10 avant JC)
On pouvait se demander, en effet, et on se demandait même chez beaucoup de Juifs, si l’implantation de cette communauté sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu des peuples arabes qui lui étaient foncièrement hostiles, n’allait pas entraîner d’incessants, d’interminables, frictions et conflits. Certains même redoutaient que les Juifs, jusqu’alors dispersés, mais qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tous temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent, une fois rassemblés dans le site de leur ancienne grandeur, à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis dix-neuf siècles. De Gaulle (conférence de presse du 27 novembre 1967)
Twenty years of schoolin’ And they put you on the day shift. Bob Dylan
You who build these altars now to sacrifice these children, you must not do it anymore. Leonard Cohen
And what can I tell you my brother, my killer What can I possibly say? I guess that I miss you, I guess I forgive you I’m glad you stood in my way.If you ever come by here, for Jane or for me Well your enemy is sleeping, and his woman is free.  Yes, and thanks, for the trouble you took from her eyes I thought it was there for good so I never tried. Leonard Cohen
The problem with that song is that I’ve forgotten the actual triangle. Whether it was my own – of course, I always felt that there was an invisible male seducing the woman I was with, now whether this one was incarnate or merely imaginary I don’t remember, I’ve always had the sense that either I’ve been that figure in relation to another couple or there’d been a figure like that in relation to my marriage. I don’t quite remember but I did have this feeling that there was always a third party, sometimes me, sometimes another man, sometimes another woman. It was a song I’ve never been satisfied with. It’s not that I’ve resisted an impressionistic approach to songwriting, but I’ve never felt that this one, that I really nailed the lyric. I’m ready to concede something to the mystery, but secretly I’ve always felt that there was something about the song that was unclear. So I’ve been very happy with some of the imagery, but a lot of the imagery. Leonard Cohen
Now I’ve heard there was a secret chord that David played, and it pleased the Lord. Leonard Cohen
Je suis juif… un Juif n’a-t-il pas des yeux ? Un Juif n’a-t-il pas des mains, des organes, des proportions, des sens, des émotions, des passions ? N’est-il pas nourri de même nourriture, blessé des mêmes armes, sujet aux mêmes maladies, guéri par les mêmes moyens, réchauffé et refroidi par le même été, le même hiver, comme un chrétien ? Si vous nous piquez, ne saignons-nous pas ? Si vous nous chatouillez, ne rions-nous pas ? Si vous nous empoisonnez, ne mourons-nous pas ? Shakespeare (Le Marchand de Venise)
Combattez ceux qui rejettent Allah et le jugement dernier et qui ne respectent pas Ses interdits ni ceux de Son messager, et qui ne suivent pas la vraie Religion quand le Livre leur a été apporté, (Combattez-les) jusqu’à ce qu’ils payent tribut de leurs mains et se considèrent infériorisés.Coran 9:29
Des théologiens absurdes défendent la haine des Juifs… Quel Juif pourrait consentir d’entrer dans nos rangs quand il voit la cruauté et l’hostilité que nous manifestons à leur égard et que dans notre comportement envers eux nous ressemblons moins à des chrétiens qu’à des bêtes ? Luther  (1519).
Nous ne devons pas […] traiter les Juifs aussi méchamment, car il y a de futurs chrétiens parmi eux. Luther
Si les apôtres, qui aussi étaient juifs, s’étaient comportés avec nous, Gentils, comme nous Gentils nous nous comportons avec les Juifs, il n’y aurait eu aucun chrétien parmi les Gentils… Quand nous sommes enclins à nous vanter de notre situation de chrétiens, nous devons nous souvenir que nous ne sommes que des Gentils, alors que les Juifs sont de la lignée du Christ. Nous sommes des étrangers et de la famille par alliance; ils sont de la famille par le sang, des cousins et des frères de notre Seigneur. En conséquence, si on doit se vanter de la chair et du sang, les Juifs sont actuellement plus près du Christ que nous-mêmes… Si nous voulons réellement les aider, nous devons être guidés dans notre approche vers eux non par la loi papale, mais par la loi de l’amour chrétien. Nous devons les recevoir cordialement et leur permettre de commercer et de travailler avec nous, de façon qu’ils aient l’occasion et l’opportunité de s’associer à nous, d’apprendre notre enseignement chrétien et d’être témoins de notre vie chrétienne. Si certains d’entre eux se comportent de façon entêtée, où est le problème? Après tout, nous-mêmes, nous ne sommes pas tous de bons chrétiens. Luther (Que Jésus Christ est né Juif, 1523)
Les Juifs sont notre malheur (…) .Les Juifs sont un peuple de débauche, et leur synagogue n’est qu’une putain incorrigible. On ne doit montrer à leur égard aucune pitié, ni aucune bonté. Nous sommes fautifs de ne pas les tuer! Luther
Juifs. Faire un article contre cette race qui envenime tout, en se fourrant partout, sans jamais se fondre avec aucun peuple. Demander son expulsion de France, à l’exception des individus mariés avec des Françaises ; abolir les synagogues, ne les admettre à aucun emploi, poursuivre enfin l’abolition de ce culte. Ce n’est pas pour rien que les chrétiens les ont appelés déicides. Le juif est l’ennemi du genre humain. Il faut renvoyer cette race en Asie, ou l’exterminer. Pierre-Joseph Proudhon (1849)
Observons le Juif de tous les jours, le Juif ordinaire et non celui du sabbat. Ne cherchons point le mystère du Juif dans sa religion, mais le mystère de sa religion dans le Juif réel. Quelle est donc la base mondaine du judaïsme ? C’est le besoin pratique, l’égoïsme. Quel est le culte mondain du Juif ? C’est le trafic. Quelle est la divinité mondaine du Juif ? C’est l’argent. Karl Marx
L’argent est le dieu jaloux d’Israël devant qui nul autre Dieu ne doit subsister.Karl Marx
Dans les villes, ce qui exaspère le gros de la population française contre les Juifs, c’est que, par l’usure, par l’infatigable activité commerciale et par l’abus des influences politiques, ils accaparent peu à peu la fortune, le commerce, les emplois lucratifs, les fonctions administratives, la puissance publique . […] En France, l’influence politique des Juifs est énorme mais elle est, si je puis dire, indirecte. Elle ne s’exerce pas par la puissance du nombre, mais par la puissance de l’argent. Ils tiennent une grande partie de de la presse, les grandes institutions financières, et, quand ils n’ont pu agir sur les électeurs, ils agissent sur les élus. Ici, ils ont, en plus d’un point, la double force de l’argent et du nombre. Jean Jaurès (La question juive en Algérie, Dépêche de Toulouse, 1er mai 1895)
Nous savons bien que la race juive, concentrée, passionnée, subtile, toujours dévorée par une sorte de fièvre du gain quand ce n’est pas par la force du prophétisme, nous savons bien qu’elle manie avec une particulière habileté le mécanisme capitaliste, mécanisme de rapine, de mensonge, de corset, d’extorsion. Jean Jaurès (Discours au Tivoli, 1898)
Parmi eux, nous pouvons compter les grands guerriers de ce monde, qui bien qu’incompris par le présent, sont néanmoins préparés à combattre pour leurs idées et leurs idéaux jusqu’à la fin. Ce sont des hommes qui un jour seront plus près du cœur du peuple, il semble même comme si chaque individu ressent le devoir de compenser dans le passé pour les péchés que le présent a commis à l’égard des grands. Leur vie et leurs œuvres sont suivies avec une gratitude et une émotion admiratives, et plus particulièrement dans les jours de ténèbres, ils ont le pouvoir de relever les cœurs cassés et les âmes désespérées. Parmi eux se trouvent non seulement les véritables grands hommes d’État, mais aussi tous les autres grands réformateurs. À côté de Frédéric le Grand, se tient Martin Luther ainsi que Richard Wagner. Hitler (« Mein Kampf », 1925)
Le 10 novembre 1938, le jour anniversaire de la naissance de Luther, les synagogues brûlent en Allemagne. Martin Sasse (évêque protestant de Thuringe)
Avec ses actes et son attitude spirituelle, il a commencé le combat que nous allons continuer maintenant; avec Luther, la révolution du sang germanique et le sentiment contre les éléments étrangers au Peuple ont commencé. Nous allons continuer et terminer son protestantisme; le nationalisme doit faire de l’image de Luther, un combattant allemand, un exemple vivant « au-dessus des barrières des confessions » pour tous les camarades de sang germanique. Hans Hinkel (responsable du magazine de la Ligue de Luther Deutsche Kultur-Wacht, et de la section de Berlin de la Kampfbund, discours de réception à la tête de la Section Juive et du département des films de la Chambre de la Culture et du ministère de la Propagande de Goebbels)
Là, vous avez déjà l’ensemble du programme nazi. Karl Jaspers
Tout ce qui se passe dans le monde aujourd’hui est la faute des sionistes. Les Juifs Américains sont derrière la crise économique mondiale qui a aussi frappé la Grèce.Mikis Theodorakis (2011)
Les enfants de Trump doivent reprendre l’entreprise avec le conflit d’intérêt, ils pourront vendre des gratte-ciels au gouvernement israélien. Des immeubles luxueux à construire dans les territoires occupés, que le Président des États-Unis les aidera à occuper et il leur enverra des Mexicains pour nettoyer les chiottes. Charline Vanhoenacker
C’était une cité fortement convoitée par les ennemis de la foi et c’est pourquoi, par une sorte de syndrome mimétique, elle devint chère également au cœur des Musulmans.Emmanuel Sivan
Il a réinventé des figures très anciennes dans le rock : celle du grand prêtre juif, sa fonction sacerdotale, ainsi que celle du poète mystique et du troubadour – bref, tous les registres de la vie du cœur… Son rock  est précis tant dans les textes que les sons, avec sa voix monocorde qui entre en résonance avec de petites valses obscures et des chœurs angéliques. Vingt ans après, il transforme le crooner en figure spirituelle et toujours nous reconnecte à ce que nous avons de plus profond : le cœur…Il a un talent naturel pour la gravité, il utilise cette disposition fondamentale (physique par sa voix grave, culturelle par son nom et psychologique (ses tendances à tutoyer les abîmes de la dépression). Il voit les corps tomber dans un monde soumis aux lois de la gravité, il est dans le jeu avec la gravité et nous donne des armes spirituelles avec son pouvoir de changer une chose en son contraire, une charge lourde en légèreté. Ce visionnaire de la gravité sait utiliser le pessimisme pour nous rendre plus vivants et plus joyeux..Christophe Lebold
Chez Dylan, il y a profusion du langage alors qu’il faut cinq ans de réécriture à Cohen pour enlever tout ce qui n’est pas nécessaire…(…) Avec Songs of Léonard Cohen (1967), I am your man (1988) et Ten new songs (2001), on a les trois versions de Cohen : le troubadour, le crooner et le maitre zen. Et on a ses trois formes de gravité : celle du poète, noire et désespérée, puis celle, ironique et sismique portée par cette voix grave qui fait trembler le monde et, enfin, à partir de 2000, cette gravité aérienne d’un maître zen angélique qui nous instruit sur notre lumière cachée. Avec ces trois albums, on peut convertir tout le monde à Léonard Cohen… [Ma chanson préférée ?] serait Everybody knows (1988) qui sonne comme une lamentation de Jérémie sur l’état du monde, avec l’ironie d’un crooner postmoderne (…) La vie du perfectionniste Leonard capable de réécrire ses chansons vingt ans après me montre à quel point l’écriture est un travail de chiffonnier… Dans nos vies sursaturées de prétendues informations, de bavardages incessants, de gadgets électroniques et de surconsommation où tout est organisé pour détruire nos vies intérieures, il est important de retrouver un sens de la puissance lumineuse du verbe, car il peut illuminer nos vies de façon concise : ce n’est plus de l’érudition gratuite, ça nous rend plus vivants, plus affûtés et plus précis. Rien de tel pour cela que la compagnie d’un homme aussi drôle et profond que Leonard pour s’affûter : son pessimisme est lumineux. Il nous fait du bien en utilisant des chansons douces comme des armes spirituelles et il nous reconnecte directement par le verbe et le sens mélodique, sur des airs de valses obsédantes, à nos cœurs et à tout ce qui est mystérieux (l’amour ou son absence, l’abîme ou Dieu). Fréquenter ce contrebandier de lumière est quelque chose de merveilleux, il nous apprend aussi à transformer quelque chose en son contraire, c’est aussi une activité à notre portée… (…) C’est un poète de la qualité qui opérait sur un médium de masse. Dans les sixties, le rock a cherché des poètes pour se légitimer : il y avait lui, Dylan et les Beatles. Les gens n’en sont pas revenus que ce métaphysicien du cœur brisé leur parle de leur condition d’être en chute libre– et  leur propose d’entendre une miséricorde angélique, un appel à l’élévation…C’est sur cette brisure du cœur que l’on peut fonder une vraie fraternité… Son premier album n’a pas pris une ride en quarante-sept ans : déjà minimaliste, il est tranchant et aussi indémodable qu’une calligraphie zen…Leonard est un éveillé qui suspend son départ pour nous éveiller à ce que nous avons d’essentiel.  (…) Je pense à ce koan zen : un âne regarde un puits jusqu’à ce que le puits regarde l’âne… Leonard peut faire ça, son œuvre a cette force de transformation absolue. Un maître, c’est quelqu’un qui vous libère…Christophe Lebold
Plus que la tradition de la musique américaine, c’est celle des troubadours et trouvères, ces poètes-conteurs-chanteurs du Moyen-Âge que Bob Dylan a d’abord incarné. Né dans le Minnesota en 1941 à deux pas de la route 61 qui inspirera l’un de ses albums les plus emblématiques « Highway 61 revisited », celui qui est d’abord Robert Zimmerman  pour l’état-civil et Shabbtaï à sa circoncision, vient d’une famille juive d’Odessa qui a fui les pogroms du début du XXè siècle. La petite communauté juive locale est dit-on, très unie par les épreuves vécues en Europe de l’Est. Le signe de l’errance, de la fuite. Il en est le porteur, il l’assume à la première occasion en filant à New York à la première occasion, abandonnant ses études à l’université dès la première année. Là-bas, à Greenwich Village, il n’est pas le plus doué de tous les folkeux qui écument le quartier, mais il est le plus assidu. « Avec le temps, la goutte fend les rocs les plus résistants » dit le Talmud. Pour ce faire, il fréquente de longues heures les bibliothèques afin de dénicher les chansons folkloriques les plus anciennes. Jonathan Aleksandrowicz
Leonard Cohen a grandi au sein d’une famille juive d’ascendance polonaise. Son grand-père était rabbin et son père, décédé alors qu’il n’a que 9 ans, a été le créateur du journal The Jewish Times. « Monsieur Cohen est un juif observant qui respecte le shabbat même lorsqu’il est en tournée », écrit le New York Times en 2009. Parallèlement à sa judéité, Leonard Cohen se retire de la vie publique durant près de cinq ans (1994-1999) dans un monastère bouddhiste près de Los Angeles, en plein désert californien. Certains se demandent alors comment il peut être à la fois juif pratiquant et bouddhiste. « Pour commencer, dans la tradition du Zen que j’ai pratiquée, il n’y a pas de service de prière et il n’y a pas d’affirmation de déité. Donc, théologiquement, il n’y a pas d’opposition aux croyances juives », racontera l’artiste. (…) Pour sa carrière multiforme, Leonard Cohen se voit décerner de nombreuses récompenses, dont celle en 2003 de compagnon de l’Ordre du Canada, de membre du Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens en 2006, membre du Rock and Roll Hall of Fame en 2008. Parce que Leonard Cohen est un homme « à part » dans la chanson, allant de la musique folk à la pop en passant par le blues et l’électro, il n’a eu de cesse d’inspirer de nombreux artistes qui ont aussi repris, et parfois traduit, ses propres chansons. Plus de 1 500 titres du poète chanteur ont été repris. Il en va ainsi de dizaines d’artistes de renommée mondiale, dont Nina Simone, Johnny Cash, Willie Nelson, Joan Baez, Bob Dylan, Nick Cave, Peter Gabriel, Alain Bashung, Graeme Allwright, Suzanne Vega, sans oublier la version bouleversante d’ « Hallelujah » par Jeff Buckley. Leonard Cohen a de son côté très rarement repris des titres dont il n’était pas l’auteur. Parmi eux, sa réinterprétation de « La complainte du partisan » (dont la musique est signée Anna Marly, coautrice avec Maurice Druon et Joseph Kessel du « Chant des partisans »). « The Partisan », sera aussi repris à son tour par Noir Désir. RFI
Le personnage biblique de David, dont le nom en hébreu signifie « bien-aimé », pourrait représenter à cet égard le « modèle » de Leonard. La tradition attribue à ce roi poète et musicien tout l’ensemble du livre des Psaumes. Mais le texte biblique nous fait connaître aussi le nom d’un certain nombre de femmes de ce grand polygame : Ahinoam, Abigayil, Mikal, Égla, Avital, Bethsabée, Abishag… (…) De fait, les compositions de Cohen regorgent d’allusions scripturaires, qui témoignent d’une fréquentation assidue du Livre saint : on y retrouve bien des personnages (Adam, Samson, David ou Isaac), des épisodes (notamment ceux du Déluge ou de la sortie d’Égypte), des réminiscences de tel ou tel prophète voire, justement, de tel ou tel psaume. Ainsi, la chanson By the Rivers Dark (album Ten New Songs) propose une relecture hardie du ps.136-137 : « Vers les sombres fleuves j’allais, errant / j’ai passé ma vie à Babylone / et j’ai oublié mon saint cantique / je n’avais pas de force à Babylone ». Mais il y a plus : sans jamais s’y attarder, Cohen distille à l’occasion des allusions très précises à la tradition juive, tant liturgique que mystique –et notamment à la kabbale. On trouve par exemple des allusions au thème de la « brisure des vases » dans la chanson Anthem (album The Future) : « il y a une fissure, une fissure en toute chose / c’est comme ça que la lumière pénètre »… Parmi les figures juives du passé, il en est une qui ne laisse pas tranquille le juif Leonard Cohen : c’est celle de Jésus. L’homme de Nazareth apparaît avec une fréquence étonnante dans le corpus des chansons (j’en relève pour ma part une douzaine d’occurrences, explicites ou non). « Jésus pris au sérieux par beaucoup, Jésus pris à la blague par quelques-uns » (Jazz Police, album I’m Your Man) : et par toi-même, Leonard ? Cela reste quelque peu indécidable. S’il avoue ne rien comprendre au Sermon sur la montagne (Democracy, album The Future), et évoque « le Christ qui n’est pas ressuscité / hors des cavernes du cœur » (The Land of Plenty, album Ten New Songs), notre auteur, à propos de Jésus, se parle ainsi à lui-même : « tu veux voyager avec lui / tu veux voyager en aveugle / et tu penses pouvoir lui faire confiance / car il a touché ton corps parfait avec son esprit » (Suzanne, album Songs of Leonard Cohen). Et comment comprendre cette double injonction : « Montre-moi l’endroit où le Verbe s’est fait homme / montre-moi l’endroit où la souffrance a commencé » (Show me the Place, album Old Ideas) ? Il y a là un singulier mélange de dérision et de fascination. Curieusement, les figures de la sainteté chrétienne suscitent chez lui une sympathie plus immédiate : celles de la vierge Marie –si c’est bien elle qu’il faut reconnaître dans Notre-Dame de la solitude (Our Lady of Solitude, album Recent Songs) ; de François d’Assise (Death of a Ladies’ Man, dans l’album homonyme) ; de Bernadette de Lourdes (Song of Bernadette, chantée par Jennifer Warnes dans son album Famous Blue Raincoat) ; et surtout de Jeanne d’Arc (Last Year’s Man et Joan of Arc, toutes deux dans l’album Songs of Love and Hate). C’est le lieu de rappeler que le jeune Leonard Cohen a acquis, à Montréal, une bonne culture chrétienne. Certains aspects de la piété catholique, comme le culte du Sacré-Cœur ou les visions de sœur Faustine, continuent d’ailleurs à le toucher. (…) « prêtre » se dit en hébreu… « cohen ». Il faut citer à ce propos la superbe chanson qui s’adresse ainsi à l’Être divin : « Que ta miséricorde se déverse / sur tous ces cœurs qui brûlent en enfer / si c’est ta volonté / de nous faire du bien » (If it Be Your Will, album Various Positions). Ici s’unissent bel et bien le cœur de l’homme (il s’agit d’une prière d’intercession) et celui de Dieu (prêt à répandre sa tendresse sur l’humanité). Or selon un adage de la tradition juive : « la porte de la prière est parfois fermée, mais la porte de la miséricorde reste toujours ouverte » Leonard a compris cette leçon. Et s’il n’adopte le ton de la prière que de manière exceptionnelle (par exemple dans Born in Chains et You Got Me Singing, deux chansons de l’album Popular Problems), il témoigne fréquemment d’une véritable compassion envers tous ceux qui crient : « de grâce, ne passez pas indifférents » (Please, Don’t Pass me by, album Live Songs), qu’il s’agisse de l’enfant encore à naître, de l’exclu, du handicapé, bref de tous les « pauvres » au sens biblique du terme. « Et je chante ceci pour le capitaine / dont le navire n’a pas été bâti / pour la maman bouleversée / devant son berceau toujours vide / pour le cœur sans compagnon / pour l’âme privée de roi / pour la danseuse étoile / qui n’a plus aucune raison de danser » (Heart With no Companion, album Various Positions). Du reste, au-delà de toutes les formes religieuses, il convient de souligner que plusieurs textes de notre Juif errant évoquent la rencontre de Dieu. Ces expériences mystiques, que l’auteur suggère avec discrétion, peuvent avoir pour cadre une église (Ain’t no Cure for Love, album I’m Your Man), mais aussi une simple chambre (Love Itself, album Ten New Songs), voire un lieu indéterminé (Almost Like the Blues, album Popular Problems). Pudeur cohénienne, mais aussi sans doute réticence juive à mettre un nom sur le « Sans-Nom ». « J’entends une voix qui m’évoque celle de Dieu », dit-il (Closing Time, album The Future) : n’est-ce pas elle qu’il faut reconnaître dans Going Home (album Old Ideas) : « J’aime parler avec Leonard… » ? Mais ce dialogue d’amour entre Leonard et son Dieu restera secret. Chéri par les femmes, le David biblique apparaît également comme l’élu de Dieu, lequel déclare : « J’ai trouvé David, un homme selon mon cœur » (Actes des apôtres, 13, 22). Et notre barde de Montréal, comme en écho : « J’ai appris qu’il y avait un accord secret / que David jouait pour plaire au Seigneur » (Hallelujah, album Various Positions). Outre les deux tonalités que l’on vient d’évoquer, la lyrique et la mystique, il existe un troisième registre, non moins prégnant chez Leonard : c’est celui du constat désabusé, parfois même désespéré pour ne pas dire nihiliste. Donnons-en quelques échantillons : « Les pauvres restent pauvres et les riches s’enrichissent / c’est comme ça que ça se passe / tout le monde le sait » (Everybody Knows, album I’m Your Man) ; « De parcourir le journal / ça donne envie de pleurer / tout le monde s’en fiche que les gens / vivent ou meurent » (In my Secret Life, album Ten New Songs) ; « Je n’ai pas d’avenir / je sais que mes jours sont comptés / le présent n’est pas si agréable / juste pas mal de choses à faire / je pensais que le passé allait me durer / mais la noirceur s’y est mise aussi » (The Darkness, album Old Ideas) ; « J’ai vu des gens qui mouraient de faim / il y avait des meurtres, il y avait des viols / leurs villages étaient en feu / ils essayaient de s’enfuir » (Almost Like the Blues, album Popular Problems). Et rien n’échappe à cet acide corrosif, pas même l’amour des femmes. Nous voilà loin de la célébration de l’éros, comme si l’on était passé du Cantique des Cantiques… au livre de Qohélet : « Vanité des vanités, dit Qohélet ; vanité des vanités, tout est vanité » (Qohélet, 1, 2). Mais justement, ces deux textes bibliques se présentent comme écrits par le même Salomon, ce qui ne manquera pas de rendre perplexes les commentateurs : comment le fils de David a-t-il pu composer deux ouvrages d’esprit aussi diamétralement opposé ? Les rabbins ont imaginé une réponse : c’est le jeune Salomon, amoureux et optimiste, qui a écrit le Cantique ; devenu vieux, blasé et pessimiste, il a composé le livre de Qohélet. Mais tout cela relève du même genre littéraire : la littérature de sagesse. Somme toute, il en va de même pour Leonard, qui déploie à son tour les différents aspects d’une moderne sagesse. Du reste, mystique et critique peuvent chez lui aller de pair : « Tu m’as fait chanter / quand bien même tout allait de travers / tu m’as fait chanter / la chanson ‘Alléluia’ » (You Got me Singing, ibid.)… Dominique Cerbelaud
C’est à regret que je parle des Juifs : cette nation est, à bien des égards, la plus détestable qui ait jamais souillé la terre. Voltaire (Article « Tolérance »)
Qu’ils s’en aillent! Car nous sommes en France et non en Allemagne!” … Notre République est menacée d’une invasion de protestants car on choisit volontiers des ministres parmi eux., … qui défrancise le pays et risque de le transformer en une grande Suisse, qui, avant dix ans, serait morte d’hypocrisie et d’ennui. Zola (Le Figaro, le 17/5/1881)
Ce projet a causé la désertion de 80 à 100 000 personnes de toutes conditions, qui ont emporté avec elles plus de trente millions de livres ; la mise à mal de nos arts et de nos manufactures. (…) Sire, la conversion des cœurs n’appartient qu’à Dieu …Vauban (« Mémoire pour le rappel des Huguenots », 1689)
Dans la dispute entre ces races pour savoir à laquelle revient le prix de l’avarice et de la cupidité, un protestant genevois vaut six juifs. A Toussenel, disciple de Fourier, 1845
Qu’ils s’en aillent! Car nous sommes en France et non en Allemagne! … Notre République est menacée d’une invasion de protestants car on choisit volontiers des ministres parmi eux., … qui défrancise le pays et risque de le transformer en une grande Suisse, qui, avant dix ans, serait morte d’hypocrisie et d’ennui. Zola (Le Figaro, le 17/5/1881)
Si le Décalogue consacre son commandement ultime à interdire le désir des biens du prochain, c’est parce qu’il reconnaît lucidement dans ce désir le responsable des violences interdites dans les quatre commandements qui le précèdent. Si on cessait de désirer les biens du prochain, on ne se rendrait jamais coupable ni de meurtre, ni d’adultère, ni de vol, ni de faux témoignage. Si le dixième commandement était respecté, il rendrait superflus les quatre commandements qui le précèdent. Au lieu de commencer par la cause et de poursuivre par les conséquences, comme ferait un exposé philosophique, le Décalogue suit l’ordre inverse. Il pare d’abord au plus pressé: pour écarter la violence, il interdit les actions violentes. Il se retourne ensuite vers la cause et découvre le désir inspiré par le prochain. René Girard
De même que pour les juifs, ce sont les mêmes qui dénoncent les sorcières et qui recourent à leurs services. Tous les persécuteurs attribuent à leurs victimes une nocivité susceptible de se retourner en positivité et vice versa. René Girard
Ils ont tout, c’est connu. Vous êtes passé par le centre-ville de Metz ? Toutes les bijouteries appartiennent aux juifs. On le sait, c’est tout. Vous n’avez qu’à lire les noms israéliens sur les enseignes. Vous avez regardé une ancienne carte de la Palestine et une d’aujourd’hui ? Ils ont tout colonisé. Maintenant c’est les bijouteries. Ils sont partout, sauf en Chine parce que c’est communiste. Tous les gouvernements sont juifs, même François Hollande. Le monde est dirigé par les francs-maçons et les francs-maçons sont tous juifs. Ce qui est certain c’est que l’argent injecté par les francs-maçons est donné à Israël. Sur le site des Illuminatis, le plus surveillé du monde, tout est écrit. (…) On se renseigne mais on ne trouve pas ces infos à la télévision parce qu’elle appartient aux juifs aussi. Si Patrick Poivre d’Arvor a été jeté de TF1 alors que tout le monde l’aimait bien, c’est parce qu’il a été critique envers Nicolas Sarkozy, qui est juif… (…)  Mais nous n’avons pas de potes juifs. Pourquoi ils viendraient ici ? Ils habitent tous dans des petits pavillons dans le centre, vers Queuleu. Ils ne naissent pas pauvres. Ici, pour eux, c’est un zoo, c’est pire que l’Irak. Peut-être que si j’habitais dans le centre, j’aurais des amis juifs, mais je ne crois pas, je n’ai pas envie. J’ai une haine profonde. Pour moi, c’est la pire des races. Je vous le dis du fond du cœur, mais je ne suis pas raciste, c’est un sentiment. Faut voir ce qu’ils font aux Palestiniens, les massacres et tout. Mais bon, on ne va pas dire que tous les juifs sont des monstres. Pourquoi vouloir réunir les juifs et les musulmans ? Tout ça c’est politique. Cela ne va rien changer. C’est en Palestine qu’il faut aller, pas en France. Karim
Ce sont les cerveaux du monde. Tous les tableaux qui sont exposés au centre Pompidou appartiennent à des juifs. A Metz, tous les avocats et les procureurs sont juifs. Ils sont tous hauts placés et ils ne nous laisseront jamais monter dans la société. « Ils ont aussi Coca-Cola. Regardez une bouteille de Coca-Cola, quand on met le logo à l’envers on peut lire : « Non à Allah, non au prophète ». C’est pour cela que les arabes ont inventé le « Mecca-cola ». Au McDo c’est pareil. Pour chaque menu acheté, un euro est reversé à l’armée israélienne. Les juifs, ils ont même coincé les Saoudiens. Ils ont inventé les voitures électriques pour éviter d’acheter leur pétrole. C’est connu. On se renseigne. (…) Si Mohamed Merah n’avait pas été tué par le Raid, le Mossad s’en serait chargé. Il serait venu avec des avions privés. Ali
Certains trouvent encore intolérable d’admettre que le peuple juif se soit trouvé, à trois reprises, plus ou moins volontairement, un élément essentiel au patrimoine de l’humanité: le monothéisme, le marché et les lieux saints. Car il n’est pas faux de dire, même si c’est schématique, que les juifs ont été mis en situation d’avoir à prêter aux deux autres monothéismes, et à les partager avec eux, leur dieu, leur argent et leurs lieux saints. Et comme la meilleure façon de ne pas rembourser un créancier, c’est de le diaboliser et de l’éliminer, ceux qui, dans le christianisme et l’islam, n’acceptent toujours pas cette dette à l’égard du judaïsme, se sont, à intervalles réguliers, acharnés à le détruire, attendant pour recommencer que le souvenir de l’élimination précédente se soit estompé. Jacques Attali
Nobel Prizes have been awarded to over 850 individuals, of whom at least 22% (without peace prize over 24%) were Jews, although Jews comprise less than 0.2% of the world’s population (or 1 in every 500 people). Overall, Jews have won a total of 41% of all the Nobel Prizes in economics, 28% in medicine, 26% in Physics, 19% in Chemistry, 13% in Literature and 9% of all peace awards… Wikipedia
Luther rend nécessaire ce que Gutenberg a rendu possible : en plaçant l’Écriture au centre de l’eschatologie chrétienne, la Réforme fait d’une invention technique une obligation spirituelle. François Furet et Jacques Ozouf
After the Reformation, Protestant regions arose from the backwaters of Europe to displace the Catholic countries as the economic powerhouses. By 1700 prior to the full-fledged industrial revolution–Protestant countries had overtaken the Catholic world in terms of income. A strong Protestant-Catholic income gap became well established over the next 250 years. There were no signs of convergence until the 1960s. This is not, however, a simple vindication of the “Protestant ethic” thesis. … A number of alternative hypotheses … might account for the economic dominance of Protestant Europe. They include (1) secularization – freeing the economy from religious controls; (2) the growth of education (and the Protestant emphasis on literacy – ability to read the bible); (3) the dismal consequences of the Catholic Counter-Reformation; (4) the importance of the Atlantic (slave) trade in creating an autonomous business class that would demand modernizing institutional reforms.  (…) The Reformation was a crucial cultural moment in the development of capitalism … The Reformation made literacy a central part of religious devotion. In the Catholic Church, the clergy interpreted (channeled?) the word of God for believers. The bible was thought to be too complex to be understood by the common folk. (Indeed, even much of the clergy did not have direct access to the bible.) Protestantism, in contrast, spread the notion of a “priesthood of all believers”. All Christians should study the bible, connecting with their religion in a much more personal and private way. This is a tall order when only a tiny fraction of the population is literate, and the bible is written in Latin. Protestants worked hard on both these fronts, translating the bible into the vernacular (the languages that people actually spoke), and evangelizing for mass education. Rather suddenly, and for completely non-economic reasons, the medieval reign of ignorance was rejected, in its place were demands for investment in human capital.  Scotland is a great example of this. A founding principle of the Scottish Reformation (1560) was free education for the poor. Perhaps the world’s first local school tax was established in 1633 (strengthened in 1646). In this environment grew the Scottish En lightenment: David Hume, Francis Hutcheson, Adam Ferguson, and the godfather of modern economics, Adam Smith. By this time, Scottish scholarship stood so far above that of other nations that Voltaire wrote, “we look to Scotland for all our ideas of civilization”. An attractive feature of this thinking about Protestantism is its amenability to quantitative empirical testing. Did Protestant countries invest more heavily in education? … at least in 1830, Protestant countries had much higher primary school enrollment: 17% in Germany, 15% in the US, 9% in the UK, 7% in France, and only about 3% or 4% in Italy and Spain … While Protestant countries were aspiring to the ideal of a “priesthood of all believers”–nurturing a social norm of literacy and personal scholarship, Catholic Europe reacted viciously to the Reformation and devoted a hundred or so years to the brutal containment and control of “thought, knowledge, and belief”. The emphasis here is not so much on literacy per se. In Landes’ view, the Reformation did not simply give a “boost to literacy,” but more importantly “spawned dissidents and heresies, and promoted the skepticism and refusal of authority that is at the heart of the scientific endeavor”. While Protestants were translating the bible and agitating for public education, the Counter-Reformation (the Inquisition) was burning books, burning heretics, and imprisoning scientists. The Catholic reaction to the Reformation – in large part driven by the Spanish Empire – was to terrorize the principle of free thought. Though in many ways the birthplace of modern science, “Mediterranean Europe as a whole missed the train of the so-called scientific revolution” (Landes 1998:180). In a climate of fear and repression, the intellectual and scientific center of Europe shifted northward.  Perhaps the Reformation, rather than creating a new “spirit of capitalism,” simply led to the relocation capitalist activity. Without any religious strife, the industrial revolution might well have taken root wherever medieval capitalism was strongest (Italy, Belgium, Spain, etc). The religious wars and Counter-Reformation “convulsed” the centers of old medieval capitalism, leading to a mass migration of capital and entrepreneurial skill. Perhaps the most promising lead for historical research is to study the patterns of capital mobility and migration following the Reformation. Splitting Europe into two religious worlds produced striking dynamics that I believe go far beyond Weber’s thesis. The Protestant world, it seems, nurtured a contentious spirit of heresy and critical thought, popular literacy, and a laissez faire business morality; Catholism burned books, imprisoned scientists, stifled thought, and demanded stringent orthodoxy. All of this condemned the old prosperous regions of Europe to become the periphery (the “Olive Belt”). The backward regions that revolted from Rome became the destination for capitalist migration, and here, the institutions of modern capitalism gradually took shape. Finally, it no doubt helped that at around the same time, the center of commerce and trade shifted from the Mediterranean to the Atlantic, adding a new “opportunity of geography” to the Protestant regions.  Cristobal Young
Pour ses promoteurs, il existe dans la France de la Troisième République un  » complot protestant « , mené par des étrangers de l’intérieur. Ce  » péril  » menace l’identité française et cherche sournoisement à  » dénationaliser  » le pays. Leurs accusations veulent prendre appui sur l’actualité : la guerre de 1870, la création de l’école laïque, les rivalités coloniales, l’affaire Dreyfus, la séparation des églises et de l’État. Derrière ces événements se profilerait un  » parti protestant  » qui œuvrerait en faveur de l’Angleterre et de l’Allemagne. Mais, à coté de l’actualité, la vision de l’histoire constitue également un enjeu et les antiprotestants, en lutte contre l’interprétation universitaire de leur époque, tentent une révision de la compréhension d’événements historiques comme la Saint-Barthélemy et la Révocation de l’Édit de Nantes. Ils accusent les protestants d’intolérance et érigent des statues à Michel Servet, victime de Calvin au XVIe siècle. La réaction protestante à ces attaques se marque non seulement par une riposte juridique, mais aussi par une auto-analyse plus critique que dans le passé. Cet axe se termine par une réflexion plus large sur la condition minoritaire en France et la manière dont la situation faite aux minorités est révélatrice du degré de démocratie de la société française. (…) L’antisémitisme de cette époque concentre deux traditions hostiles aux juifs : l’une, religieuse, qui les accuse de  » déicide « , l’autre, économique, qui les accuse de  » spéculation financière « . La conjonction de ces deux traditions engendre des thèses raciales sur une lutte éternelle entre l’  » aryen  » et le  » sémite « , alors que les accusations raciales antiprotestantes, quand elles existent, n’atteignent pas ce degré d’intensité. L’anticléricalisme est l’envers du cléricalisme : deux camps de force égale se trouvent en rivalité politico-religieuse et leurs arguments dérivent souvent dans des stéréotypes où la haine n’est pas absente. La haine anticléricale se développe lors de la lutte contre les congrégations. Mais, à partir de 1905, la séparation des églises et de l’État constitue un  » pacte laïque  » et permet un dépassement de l’anticléricalisme. (…) Paradoxalement, plus le groupe visé est faible, plus la haine à son encontre est forte. À ce titre, l’antiprotestantisme apparaît comme une haine intermédiaire entre l’anticléricalisme et l’antisémitisme. Mais, partout, à l’origine des haines, se trouve une vision conspirationniste de l’histoire : les pouvoirs établis et les idées qui triomphent sont le résultat de  » menées occultes « , d’ « obscurs complots ». Jean Bauberot
 L’Âge moderne est l’Âge des Juifs, et le XXe siècle est le Siècle des Juifs. La modernité signifie que chacun d’entre nous devient urbain, mobile, éduqué, professionnellement flexible. Il ne s’agit plus de cultiver les champs ou de surveiller les troupeaux, mais de cultiver les hommes et de veiller sur les symboles […] En d’autres termes, la modernité, c’est le fait que nous sommes tous devenus juifs. Yuri Slezkine
The problem with so many of the theories thus far expounded is that they have gaping holes in logic or evidence so large that let’s just say they’d never make it into the Talmud. By far the largest fault with them is the reality that many of these arguments rely on an idea of the Jewish past that we don’t have any good reason to think is true; just because the rabbis desired it doesn’t mean it was necessarily so. And our overall received notions of a Jewish community that was fiercely observant and often Orthodox also have little evidence to back them up. (And, as Alana Newhouse revealed a couple of years ago, even the images we have of a fiercely pious Jewish shtetl have been largely manipulated.) (…) By combining a very thorough look at the historical record with new economic and demographic analyses, the authors summarily dismiss a great many of the underlying assumptions that have produced theories around Jewish literacy in the past. Where many tied the Jewish move into professional trades to the European era when Jews were persecuted, Botticini and Eckstein bring forward evidence that the move away from the unlettered world of premodern agriculture actually happened a thousand years earlier, when Jews were largely free to pursue the profession of their choice. And where so many have simply taken as a given universal literacy among Jews, the economists find that a majority of Jews actually weren’t willing to invest in Jewish education, with the shocking result that more than two-thirds of the Jewish community disappeared toward the end of the first millennium. Botticini and Eckstein pore over the Talmud and notice the simple fact that it’s overwhelmingly concerned with agriculture, which, in conjunction with archaeological evidence from the first and second century, paints a picture of a Jewish past where literacy was the privilege of an elite few. But these rabbis were also touting a vision of a future Judaism quite different from that which had been at least symbolically dominant for much of Jewish history to that point. Where a focus on the Temple in Jerusalem, with ritual sacrifices and the agricultural economy they required being the standard to that point, these rabbis—broadly speaking, the Pharisees—sought to emphasize Torah reading, prayer, and synagogue. When the sect of Judaism that emphasized the Temple—broadly, the Sadducees—was essentially wiped out by the Romans shortly after the time of Jesus, the Pharisaic leaders, in the form of the sages of the Talmud, were given a mostly free hand to reshape Judaism in their own image. Over the next several hundred years, they and their ideological descendants codified the Talmud and declared a need for universal Jewish education as they did so. All of this history is widely known and understood, but what Botticini and Eckstein do differently is trace this development alongside the size of the Jewish population and their occupational distribution. The Jewish global population shrunk from at least 5 million to as little as 1 million between the year 70 and 650. It’s not surprising that a conquered people, stifled rebellions, and loss of home would lead to population shrinkage, but Botticini and Eckstein argue that « War-related massacres and the general decline in the population accounted for about half of this loss. » Where did the remaining 2 million out of 3 million surviving Jews go? According to them, over multiple generations they simply stopped being Jewish: With the notion of Jewish identity now tied directly to literacy by the surviving Pharisaic rabbis of the Talmud, raising one’s children as Jews required a substantial investment in Jewish education. To be able to justify that investment, one had to be either or both an especially devoted Jew or someone hoping to find a profession for his children where literacy was an advantage, like trade, crafts, and money lending. For those not especially devoted and having little hope of seeing their children derive economic benefit from a Jewish education, the option to simply leave the Jewish community, the economists argue, was more enticing than the option to remain as its unlettered masses. Two-thirds of the surviving Jewish population, they assert, took that route. This distinct twist of the population story, which accompanies research showing a shift from nearly 90 percent of the Jewish population engaging in agriculture to nearly 90 percent engaging in professional trades over that same several hundred years, addresses a key problem of previous theories of Jewish literacy: determining what happened to those who wouldn’t be scholars. Botticini and Eckstein bring other evidence of Jewish tradition generating success in trade. An extrajudicial system of rabbinical courts for settling disputes allowed for the development of the kind of trust required for commercial enterprises to grow. A universal language of Hebrew eased international negotiations. And in a devastating critique of the theory that persecution actually pushed this economic shift along, the economists examine the societies in which Jews originally developed this bias toward trades and find Jews faced no particular discrimination that would have made them less successful in agriculture. In fact, they show, Jews were often discriminated against precisely because of their emphasis on trade, such as in their expulsion from England in 1290, which only came after they were repeatedly told to give up the profession of money lending (eventually echoed in Ulysses S. Grant’s order to expel the Jews from the territory under his command during the Civil War). And so the Jewish people have grown into a people of two intertwined legacies: a culture in which the Jewishly literate continue to pass the torch and one in which an emphasis on trades was necessary to continue to do so for all but the most fervently devoted. When a given family stopped being devoted or wealthy enough, it simply faded away. Steven Weiss
Written by economists Maristella Botticini and Zvi Eckstein, the paper explained Jewish success in terms of early literacy in the wake of Rome’s destruction of the Temple in 70 C.E. and the subsequent dispersion of Jews throughout the Roman empire – Jews who had to rely on their own rabbis and synagogues to sustain their religion instead of the high priests in Jerusalem. You may know a similar story about the Protestant Reformation: the bypassing of the Catholic clergy and their Latin liturgy for actual reading of Scripture in native languages and the eventual material benefits of doing so. Why is Northern Europe — Germany, Holland, England, Sweden — so much more prosperous than Southern Europe: Portugal, Italy, Greece, Spain? Why do the latter owe the former instead of the other way around? Might it have something to do with the Protestant legacy of the North, the Catholic legacy of the South? Paul Solman
The key message of “The Chosen Few” is that the literacy of the Jewish people, coupled with a set of contract-enforcement institutions developed during the five centuries after the destruction of the Second Temple, gave the Jews a comparative advantage in occupations such as crafts, trade, and moneylending — occupations that benefited from literacy, contract-enforcement mechanisms, and networking and provided high earnings. (…) the Jews in medieval Europe voluntarily entered and later specialized in moneylending and banking because they had the key assets for being successful players in credit markets: capital already accumulated as craftsmen and trade networking abilities because they lived in many locations, could easily communicate with and alert one another as to the best buying and selling opportunities, and literacy, numeracy, and contract-enforcement institutions — “gifts” that their religion has given them — gave them an advantage over competitors. Maristella Botticini and Zvi Eckstein
Wherever and whenever Jews lived among a population of mostly unschooled people, they had a comparative advantage. They could read and write contracts, business letters, and account books using a common [Hebrew] alphabet while learning the local languages of the different places they dwelled. These skills became valuable in the urban and commercially oriented economy that developed under Muslim rule in the area from the Iberian Peninsula to the Middle East. Maristella Botticini
The chief editor of the Journal des économistes (…) claimed that anti-Semitism and hatred against the Jews were to be compared to the expulsion of the Huguenots from France in seventeenth century, as economic and religious persecution usually ran parallel. The religious persecutions of the Huguenots could be explained as economic persecution that applied perfectly to Jews of the nineteenth century. According to this explanation, Catholic religious intolerance caused the expulsion of the most dynamic factions of society, and thus provoked the decline of Catholic nations. (…) The groundbreaking work of Max Weber and his underlining critique of Marxist interpretation of religion and economy played – and in some ways continue to play – a key role in addressing research in the field of religion and economic modernization. Weber also assigned a significant role to Judaism, although his work contributed to fueling an enormous debate and some resentful reactions, especially from Jewish intellectuals. The Chosen Few is a book that encompasses the history of the Jews from the destruction of the Second Temple (70 CE) to the expulsion from Spain in 1492. (…) Ancient Judaism underwent a form of seismic modification that, as Botticini and Eckstein describe, redefined the religious structure of Judaism. The most typical example is the disappearance of the sacrificial system that was organized around the temple of Jerusalem following its destruction in 70 CE. The political collapse of ancient Judaism is the starting point of the Chosen Few, which aims at understanding the epochal changes of rabbinical Judaism, and more precisely, the kind of culture Judaism prompted after what might aptly be called the great “trauma” of the collapse of its ancient and central structure. The Chosen Few deals with the relationship between religious rules and literacy, and accordingly, it attempts to investigate the transformation that Judaism underwent through a relatively long formative period. (…) The first assumption is that Jews in the ancient world (200b BCE – 200 CE) who lived in Eretz Israel were mainly occupied in agricultural activities. In a time span of a few centuries however, Jews of the Diaspora had dramatically changed their economic and professional position. How had that come into being? The change is particularly indebted to the introduction of a rule that proved to be central, according to Botticini and Eckstein’s account.  It is precisely the rule attributed to Yehoshua ben Gamla, a priest mentioned in the early rabbinic texts, according to which a compulsory obligation to teach Torah to children was enforced as a communal regulation. In comparative terms, this norm was introduced in the background of a religious world that was modeled after the rules of ancient religions, which focused on sacrificial offerings and temple activities, initiation and magic, fasting and prayers. Despite their different beliefs and ritual structure, Roman and Greek religions, alongside Zoroastrianism, mysteries religions, Orphic and Dionysian cults, and Mithraism never implemented a law that imposed significant textual knowledge of a written sacred tradition. For historians of religion this is an important innovation indeed, even though the imminent spread of Christianity and Islam would introduce a great number of additional transformations to the religious world of late antiquity. (…) Nevertheless, as with every grand narrative that aims at providing one unique explanation for historical facts, this one provokes a number of questions and possible critical responses. I will mention only three problems that may be of some relevance. 1. First of all, one must recall that the Diaspora did not begin after the fall of Jerusalem, but rather, was a conspicuous and relevant component of ancient Judaism. Jews lived in metropolises, like Rome and Alexandria, and were likely engaged in urban activities. Historiography on Christianity has stressed that Christianity spread first and foremost in the great urban centers of the Roman Empire, although the movement of Jesus was mainly throughout villages. The fascinating theory of conversion offered by the authors is therefore interesting, but needs to be supported by more evidence. 2. Considering the wide scope of the book and the claim to a universal and general explanatory theory of Judaism, some comparison with other similar groups was needed. In which way did Judaism in the Muslim empire differ from Christian minorities, which in turn were endowed with similar trades? How then are Armenians, Greek Orthodox, or various sectarian religious groups to be evaluated when they competed with Jews and performed similar roles? 3. Theory and history are somehow disconnected in this book. The theory the authors offer is applied to very different historical, social and religious contexts. One wonders if the organization of economy in the Muslim empire and the one in Medieval Christian Europe does not bear multiple and dissimilar features, resulting in a perpetually different relationship with Judaism, when not directly influencing it. Anachronism is generally inevitable, but my impression is that it strikes as too strong an element in this narrative. Is it possible to assume, with the help of economic theory and modeling, that a peasant in the ancient world would behave exactly as a contemporary peasant in a third world country? The long journey back in time requires, among other things, identification with a world that might have been radically different. Moreover, this long journey is often an intricate path into a labyrinth, which the historian is impelled to explore in its multiple directions. Cristiana Facchini
What if most of what we thought we know about the history of the Jewish people between the destruction of the Second Temple and the Spanish Expulsion is wrong? This intriguing premise informs The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492, an ambitious new book by economists Maristella Botticini and Zvi Eckstein. Seventy-five years after historian Salo Baron first warned against reducing the Jewish past to “a history of suffering and scholarship,” most of us continue to view medieval Jewish history in this vein. “Surely, it is time to break with the lachrymose theory of pre-Revolutionary woe, and to adopt a view more in accord with historic truth,” Baron implored at the end of his 1928 Menorah Journal article “Ghetto and Emancipation: Shall We Revise the Traditional View?” Botticini and Eckstein (…) systematically dismantle much of the conventional wisdom about medieval Jewish history. For example, they explore how the scattered nature of the Jewish Diaspora was driven primarily by the search for economic opportunity rather than by relentless persecution. They also demonstrate that war-related massacres only account for a fraction of the Jewish population declines from 70 to 700 C.E. and from 1250 to 1400 C.E., and cast serious doubt on the theory that widespread conversion to Christianity and Islam during these periods was motivated primarily by anti-Jewish discrimination. Likewise, they show that restrictions on Jewish land ownership and membership in craft guilds in Christian Europe — factors that are often cited to explain medieval Jews’ proclivity for trade and moneylending — postdated by centuries the Jews’ occupational shift from agriculture to commerce. The authors are hardly alone among scholars in advancing their case. But in consolidating a vast secondary literature into a concise and compelling argument, they provide a commendable service. (…) As the subtitle of their book suggests, the authors look to education to explain the across-the-board transformation of Jewish life in the first 15 centuries of the Common Era. Specifically, they zero in on the rabbinic injunction that required fathers to teach their sons how to read and study the Torah. Literacy, they argue, was the engine that drove the train of Jewish history. It facilitated the economic transformation of the Jews from farmers to craftsmen, merchants and financiers. It encouraged their mobility, as they went in search of locations that presented the prospect of profitability. It determined their migration patterns, specifically their congregation in bustling city centers throughout the Muslim world, where they were able to thrive in myriad urban occupations such as banking, cattle dealing, wine selling, textile manufacturing, shopkeeping and medicine. It also explained their scattered settlement in scores of small communities throughout Christian Europe, where the demand for skilled occupations was far more limited. It was even indirectly responsible for Jewish population decline. Botticini and Eckstein suggest that illiterates were regarded as outcasts in Jewish society and that a substantial percentage chose to escape denigration and social ostracism by embracing Christianity and Islam, where illiteracy remained the norm. Once the occupational and residential transformation from farming was complete, the authors argue, there was no going back. Jews paid a high premium for their literate society. Jewish cultural norms required the maintenance of synagogues and schools, and presumed that families would forgo years of their sons’ potential earnings to keep them in school. When urban economies collapsed, as they did in Mesopotamia and Persia as a result of the Mongol conquest, the practice of Judaism became untenable, and the result was widespread defection through conversion to Islam. Accordingly, the Jews became “a small population of highly literate people, who continued to search for opportunities to reap returns from their investment in literacy.”  The authors’ theory may leave some a little queasy, including those who have rationalized the Jewish proclivity for moneylending in medieval England, France and Germany as a logical response to antagonistic authorities who systematically cut them off from other avenues of economic opportunity. (…) Botticini and Eckstein (…) On the contrary (…) insist, Jews were naturally attracted to moneylending because it was lucrative and because they possessed four significant cultural and social advantages that predisposed their success. First and foremost was rabbinic Judaism’s emphasis on education; literacy and numeracy were prerequisite skills for moneylending. Jews were also able to rely on other built-in advantages, including significant capital, extensive kinship networks, and rabbinic courts and charters that provided legal enforcement and arbitration mechanisms in the cases of defaults and disputes. The authors add that while maltreatment, discriminatory laws and expulsions were frequently motivated by the prevalence of Jews in moneylending, they played little or no role in promoting this occupational specialization. The relevance of cultural determinism is the subject of vigorous debate in intellectual circles (…) Of particular concern is the relative paucity of evidence that Botticini and Eckstein marshal for their literacy argument. Talmudic pronouncements on the importance of education can easily, and inaccurately, be read as descriptive rather than prescriptive, and the authors arguably overestimate the influence of the rabbis on the behaviors and self-definition of the Jewish masses. They seem to be on firmer ground once they have recourse to the variegated documents in the Cairo Genizah, but they devote almost no attention to Jewish educational trends in Christian Europe. They also have little to say on the extent to which instruction in arithmetic and the lingua franca supplemented a school curriculum designed to promote facility in reading and interpreting Hebrew and Aramaic holy books. Instruction in these areas would have a direct impact on the Jews’ ability to function in an urban economy. Undoubtedly, Jewish school attendance rates and curricular norms varied by location and over time.
Botticini and Eckstein argue that most ancient Jews were farmers who did not need literacy to earn a living.  When Judaism re-formed around text study following the destruction of the Temple in 70 C.E., parents were forced to pay school fees if they wanted their children to stay Jewish.  According to Botticini and Eckstein, over the next six centuries the Jewish population plummeted from 5.5 to 1.2 million because only boys from families with an unusual degree of commitment, or those whose sons had the brains and diligence to pore over legal texts, paid to send their children to school. Everyone else converted to Christianity (…) Botticini and Eckstein support their model with « archaeological discoveries that document the timing of the construction of synagogues » in which children could be educated. They explain that « the earliest archaeological evidence of the existence of a synagogue in the Land of Israel » dates to the mid-1st century C.E. This is an enormous misstatement of fact. A number of pre-destruction Palestinian synagogues have been identified, the earliest uncovered so far, in Modi’in, dating to the early 2nd or late 3rd century B.C.E. Which brings us to the question of whether Botticini and Eckstein’s selection event ever occurred.  Some numbers cited by Botticini and Eckstein are just plain wrong.  For example, they summarize the findings of ancient historians Seth Schwartz and Gildas Hamel, and of archaeologist Magen Broshi, as « the Land of Israel hosting no more than 1 million Jews. »[7] Schwartz actually wrote: « Palestine reached its maximum sustainable pre-modern population of approximately one million in the middle of the first century. Probably about half of this population was Jewish. »  Thus, Botticini and Eckstein miscite Schwartz’s « about half of » for a population of one million Jews.  They then guess that there were, in fact, 2.5 million Jews in Israel. There are no accurate counts of ancient Jewry. Estimates that no more than 1 million people could have lived in the Land of Israel in the first century were derived from arable acreage and crop yields. And there is no evidence suggesting that ancient Israel had the capacity to import the gargantuan volumes of falafel mix that would have been required to feed a population of over a million.  (Rome imported wheat on that scale; Israel didn’t.) Botticini and Eckstein choose, without offering a rationale, one contemporary demographer’s « cautiously » offered estimate of 4.5 million Jews total in the ancient world. Then they blithely add up to a million more Jews, to reach their 5 – 5.5 million number. But graphing an unsubstantiated number, as they do, does not make the number accurate. If we accept more conservative estimates of 2 or even 2.5 million Jews worldwide before the year 70, loss of a million or so during and after the brutal Roman-Jewish Wars, when it is assumed that many Greek- and Latin-speaking God-fearers fell away from Judaism, is not surprising.  Judged by the evidence they provide, Botticini and Clark’s elegant model in which the choices of ancient Jewish farmers facing high tuition bills produced a dramatic selection event doesn’t hold water. (…) Botticini and Eckstein support their hypothesis with the information, repeated by Clark that, « passages by early Christian writers and Church Fathers indicate that most Jewish converts to Christianity were illiterate and poor. » This information, however, is cited to outdated work by Adolf von Harnack, turn-of-the-century German theologian whose anti-Judaism prepared the way for Nazi anti-Semitism and who, as President of the Kaiser Wilhelm Society, created the infamous Institute for Anthropology, Human Heredity and EugenicsDiana Muir Appelbaum and Paul S. Appelbaum
David Mamet writes that there are two kinds of places in the world: places where Jews cannot go, and places where Jews cannot stay. So how exactly have the Jews survived? According Maristella Botticini and Zvi Eckstein, authors of The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492 (Princeton University Press, 2012), the answer has as much to do with economics as with spirituality. Five major events rocked the Jewish world during those 1,422 years: the destruction of the Second Temple, the rise of Christianity; the birth of Islam; birth of modern Christian Europe; and the Mongol invasion. Since Jews who aren’t university professors (and there are some) often view events through a lens of “Is this good or bad for the Jews?” I’ll summarize the authors’ findings in that manner. Destruction of the Temple and the rise of Christianity—bad for the Jews. After the year 70, the priests who ran the Temple were no longer in the ascendency, yielding power to the Jewish rabbis and scholars who ultimately wrote the Talmud over the next few centuries. Most Jews (and most of everyone else) were farmers back then. After the destruction of the Temple, the worldwide Jewish population dwindled not just because of war and massacre, but because of economics. If you were devout and wealthy, you were likely to pay for your sons’ Jewish education. If you were spiritual but didn’t have much money, you became a Christian or joined one of the other popular groups that didn’t require an expensive Jewish education. What good is a son who can read the Torah if you just want him to help harvest pomegranates? So economics dictated who stayed and who strayed. The rise of the Islamic empire: surprisingly, good for the Jews. When Muhammad appeared in the seventh century, Jews began to move from farms into new Moslem-built cities including Baghdad and Damascus. There they went into trades that proved far more lucrative than farming, most notably international trade and money lending. In those arenas, Jews had enormous advantages: universal literacy; a common language and religious culture; and the ability to have contracts enforced, even from a distance of thousands of miles. The Moslem world then stretched from the Spain and Portugal to halfway across Asia. Anywhere in the Arab ambit, Jews could move, trade, or relocate freely and benefit from their extensive religious and family networks. According to thousand-year-old documents found in the Cairo Genizah, business documents linking Jewish traders across the Arab world would have Jewish court decisions written on the back. So Jews could send money or goods thousands of miles, certain their investments would be safe. European Christianity from the year 1,000: not so good for the Jews. If Islamic culture offered Jews a warm welcome, Western Europe was a mixed blessing. Seemingly every few dozen miles in Western Europe, a different prince or king was in charge, with different laws, different requirements for citizenship, and different attitudes about the Jews. Some places were extremely welcoming of Jews; others less so. Monarchs might boot out their Jewish populations in hard economic times, so that Gentile citizens wouldn’t have to repay their loans, only to welcome them back when the economy improved. Contrary to common belief, Botticini and Eckstein write, Jews weren’t forced into money lending because they were forced out of guilds. Under Muslim and Christian rule alike, Jews went into finance centuries before the guilds were even founded. In other words, Jews chose careers in finance the same way the best and the brightest in modern American culture head for Wall Street and business school. Western Europe, therefore, was a mixed blessing for the Jews. On the upside, they could do business, live their Jewish lives, and establish some of the finest Talmudic academies in Jewish history. Alas, Jews were also subject to massacres and expulsions, which happened with terrifying regularity across the centuries, culminating in the Spanish Inquisition of 1492. Meanwhile, back in the Middle East: the thirteenth-century Mongol invasion: bad for the Jews. Oh, really, really bad for the Jews. The relative freedom and safety the Jews enjoyed under Muslim rule came to an abrupt halt in the early 13th century, when Genghis Khan and his marauders attacked and leveled most of urban civilization that the Moslems had so painstakingly built up over the centuries. With the destruction of cities and urban institutions, those Jews fortunate enough to survive the Mongol invasion had no option other than going back to farming. Some stayed; some converted to Islam. So the numbers of Jews in formerly Arab lands would remain low for hundreds of years, until all traces of Mongol civilization were wiped out and the world began to rebuild. Eggpen
Why has education been so important to the Jewish people? Author Maristella Botticini says a unique religious norm enacted within Judaism two millennia ago made male literacy universal among Jews many centuries earlier than it was universal for the rest of the world’s population. (…) Emphasizing literacy over time set Jews up for economic success, say Botticini and Zvi Eckstein, authors of the 2012 book “The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History.” (…) In their book, which they describe as a reinterpretation of Jewish social and economic history from the years 70 to 1492 A.D., Botticini and Eckstein say that Jews over those years became “the chosen few”—a demographically small population of individuals living in hundreds of locations across the globe and specializing in the most skilled and urban occupations. These occupations benefit from literacy and education. (…) From an economic point of view, the authors write, it was costly for Jewish farmers living in a subsistence agrarian society to invest a significant amount of their income on the rabbis’ imposed literacy requirement. A predominantly agrarian economy had little use for educated people. Consequently, a proportion of Jewish farmers opted not to invest in their sons’ religious education and instead converted to other religions, such as Christianity, which did not impose this norm on its followers. “During this Talmudic period (3rd-6th centuries), just as the Jewish population became increasingly literate, it kept shrinking through conversions, as well as war-related deaths and general population decline,” Botticini tells JNS.org. “This threatened the existence of the large Jewish community in Eretz Israel (the land of Israel) and in other places where sizable Jewish communities had existed in antiquity, such as North Africa, Syria, Lebanon, Asia Minor, the Balkans, and Western Europe. By the 7th century, the demographic and intellectual center of Jewish life had moved from Eretz Israel to Mesopotamia, where roughly 75 percent of world Jewry now lived.” Like almost everywhere else in the world, Mesopotamia had an agriculture-based economy, but that changed with the rise of Islam during the 7th century and the consequent Muslim conquests under the caliphs in the following two centuries. Their establishment of a vast empire stretching from the Iberian Peninsula to India led to a vast urbanization and the growth of manufacture and trade in the Middle East; the introduction of new technologies; the development of new industries that produced a wide array of goods; the expansion of local trade and long-distance commerce; and the growth of new cities. (…) The book does not whitewash the persecution that took place during the 15 centuries of Jewish history it examines, Eckstein says. “When [persecution of Jews] happened, we record [it] in our book,” he says. “[But] what we say is something different. There were times and locations in which legal or economic restrictions on Jews did not exist. Not because we say so, but because it is amply documented by many historians. Jews could own land and be farmers in the Umayyad and Abbasid Muslim empire. The same is true in early medieval Europe. If these restrictions did not exist in the locations and time period we cover, they cannot explain why the Jews left agriculture and entered trade, finance, medicine. There must have been some other factor that led the Jews to become the people they are today. In ‘The Chosen Few’ we propose an alternative hypothesis and we then verify whether this hypothesis is consistent with the historical evidence.” Jewish News Service
En fait, ce que nous avons voulu démontrer, ma collègue Maristella Botticini, de la Bocconi, et moi, c’est que l’obligation d’étudier a un coût, et oblige donc l’individu rationnel à rechercher une compensation pour obtenir un retour sur investissement. Dans le cas des juifs, le problème se pose après la destruction du Temple de Jérusalem, en 70 de l’ère courante. La caste des prêtres qui constituait alors l’élite perd le pouvoir au profit de la secte des pharisiens, qui accorde une grande importance à l’étude. C’est de cette secte que vont sortir les grands rabbis, ceux qui vont pousser les juifs à se concentrer sur l’étude de la Torah, un texte dont la tradition veut qu’elle ait été écrite par Moïse sous la dictée de Dieu. Vers l’an 200, obligation est ainsi faite aux pères de famille d’envoyer leurs fils dès l’âge de 6 ans à l’école rabbinique pour apprendre à lire et étudier la fameuse Torah. Or l’essentiel des juifs sont des paysans, et pour les plus pauvres, cette obligation pèse très lourd car elle les prive de bras pour travailler aux champs. Beaucoup vont alors préférer se convertir au christianisme, d’où, on le voit dans les statistiques de l’époque, une baisse drastique de la population juive au Proche-Orient à partir du IIIe siècle alors que, jusqu’à la destruction du Temple, cette religion était en augmentation constante et multipliait les convertis. Pour ceux qui ont accepté le sacrifice financier que représente la dévotion, il va s’agir de valoriser leur effort. Or autour d’eux, ni les chrétiens ni, plus tard, les musulmans n’imposent à leurs enfants d’apprendre à lire et à écrire. Les juifs bénéficient donc d’un avantage compétitif important. C’est ainsi un juif converti à l’islam qui a servi de scribe à Mahomet et aurait mis par écrit pour la première fois le Coran. (…) Notre étude, fondée sur l’évolution économique et démographique du peuple juif, de l’Antiquité à la découverte de l’Amérique, remet en cause en fait la plupart des théories avancées jusqu’ici. Si les juifs sont médecins, juristes ou banquiers plus souvent qu’à leur tour, ce n’est pas parce qu’ils sont persécutés et condamnés à s’exiler régulièrement, comme l’a avancé l’économiste Gary Becker, ou parce qu’ils n’avaient pas le droit d’être agriculteurs, comme l’a soutenu Cecil Roth. Car si dans certains pays, on les a empêchés de posséder des terres, c’était bien après qu’ils aient massivement abandonné l’agriculture, et s’ils ont pu être persécutés, cela ne justifie pas qu’ils soient devenus médecins ou juristes : les Samaritains, très proches des juifs et eux aussi traités comme des parias, sont demeurés paysans. De même, contrairement à ce que dit Max Weber, ce n’est pas parce qu’un juif ne peut pas être paysan du fait des exigences de la Loi juive. Les juifs du temps du Christ la respectaient alors qu’ils étaient majoritairement occupés à des travaux agricoles et à la pêche. C’est dans l’Orient musulman, sous les Omeyyades et les Abbassides, à un moment où ils sont particulièrement valorisés, que les juifs s’installent massivement dans les villes et embrassent des carrières citadines. Pourquoi ? Parce qu’ils peuvent alors tirer parti du fait d’être lettrés. D’un point de vue purement économique, il est alors beaucoup plus rentable de devenir marchand ou scientifique que de labourer la terre. D’où notre théorie : si les juifs sont devenus citadins et ont occupé des emplois indépendants de l’agriculture, c’est d’abord parce qu’ils étaient formés. Et s’ils étaient formés, c’est que leur religion exigeait qu’ils le soient. (…) ces professions étaient beaucoup plus rentables que le travail de paysan. Pour un juif du Moyen Âge, l’apprentissage de la Torah allait de pair avec le fait de faire des affaires. Rachi, le grand commentateur du Talmud, était un entrepreneur qui possédait des vignes. Ses quatre fils, tous érudits, se sont installés dans quatre villes différentes où ils ont tous fait du business, notamment de prêts d’argent, tout en étant rabbins. Grâce à leur connaissance des langues et leurs réseaux familiaux, les juifs ont pu rentabiliser leur formation, le fait de savoir lire et écrire, mais aussi raisonner, plus aisément que d’autres communautés. (…) Il est essentiel que la culture fasse partie intégrante de l’éducation quotidienne. Et en cela, la mère joue un rôle essentiel, toutes les études le montrent. C’est elle qui transmet les valeurs fondamentales. La probabilité que vous alliez à l’université est plus importante si votre mère a été elle-même à l’université. Donc, le fait que la mère ait un minimum d’éducation a représenté très tôt un avantage compétitif par rapport aux autres communautés religieuses où la femme n’en recevait pas. Nous étudions actuellement la période allant de la Renaissance à l’Holocauste. Et nous avons déjà découvert ceci : en Pologne, au XVIIe siècle, la population juive a fortement progressé par rapport à la population chrétienne. Pourquoi ? Tout simplement parce que la mortalité infantile y était plus faible. Conformément à l’enseignement du Talmud, les enfants bénéficiaient en effet d’un soin tout particulier. Les femmes gardaient leur enfant au sein plus longtemps que les chrétiennes, et elles s’en occupaient elles-mêmes. Voilà un exemple tout simple des effets que peut avoir l’éducation. Zvi Eckstein
Pour faire face au danger que le christianisme et la romanisation faisaient courir à la survie du judaïsme, les Pharisiens imposèrent une nouvelle forme de dévotion. Tout chef de famille, pour rester fidèle à la foi judaïque, se devait d’envoyer ses fils à l’école talmudique, afin de perpétuer et d’approfondir, par un travail cumulatif de commentaire, la connaissance de la Torah. Cette nouvelle obligation religieuse a eu des répercussions socio-économiques considérables. Envoyer ses fils à l’école représentait un investissement coûteux qui n’était pas à la portée de la majorité des juifs, simples paysans comme les autres populations du Moyen-Orient au milieu desquelles ils vivaient. Ceux qui n’en avaient pas les moyens et restèrent paysans, s’éloignèrent du judaïsme. Ils  se convertirent souvent au christianisme.  C’est ce qui explique l’effondrement de la population juive durant l’Antiquité tardive. Ceux qui tenaient au contraire à remplir leurs obligations religieuses, durent choisir des métiers plus rémunérateurs. Ils devinrent commerçants, artisans, médecins et surtout financiers. Les juifs ne se sont pas tournés vers ces métiers urbains parce qu’on leur interdisait l’accès à la terre, comme on l’a dit souvent, mais pour pouvoir gagner plus d’argent et utiliser en même temps leurs compétences de lettrés. Ils étaient capables désormais de tenir des comptes, écrire des ordres de paiement, etc… (…) S’ils s’imposent partout dans le crédit, ce n’est pas parce que l’Eglise interdisait aux chrétiens le prêt à intérêt (en réalité l’islam et le judaïsme lui imposaient des restrictions comme le christianisme), mais parce qu’ils ont à la fois la compétence et le réseau pour assurer le crédit, faire circuler les ordres de paiements et les marchandises précieuses du fond du monde musulman aux confins de la chrétienté.  (…) c’est souvent à la demande des seigneurs ou évêques locaux qu’ils étaient venus s’installer dans les villes chrétiennes, parce qu’on recherchait leur savoir faire pour développer les échanges et l’activité bancaire. Les premières mesures d’expulsion des juifs par des princes chrétiens à la fin du XIII° siècle semblent avoir été guidées par la volonté de mettre la main sur leurs richesses beaucoup plus que par le désir de les convertir. (…) C’est pour des raisons religieuses que le judaïsme s’est imposé brusquement un investissement éducatif coûteux qui le singularise parmi les grandes religions du livre. Car ni le Christianisme qui  s’est donné une élite particulière, à l’écart du monde, vouée à la culture écrite, ni l’Islam n’ont imposé à leur peuple de croyants un tel investissement dans l’alphabétisation. Cet investissement a eu l’effet d’une véritable sélection darwinienne.  Il a provoqué une réorientation complète de l’activité économique du monde juif  en même temps  qu’il faisait fondre sa masse démographique. Il a surtout fait fleurir, par le miracle de l’éducation, des aptitudes intellectuelles précieuses qui en ont fait durablement une minorité recherchée et jalousée. André Burguière

Vous avez dit « peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur » ?

Et si de Gaulle ou le premier Mohamed venu de nos banlieues avaient vu juste ?

Thanksgiving, le panier à trois points, l’Amérique, Superman, les droits civiques, le soft power, le génocide, la fête nationale, l’humour, la musique populaire, le désir, l’école …

Isaiah Berlin, Jerome Kern, Richard Rodgers, Harold Arlen, Hammerstein, Gershwin, Bernstein, Copland, Glass, Robert Zimmerman (alias Bob Dylan), Leonard Cohen, Elvis Presley, David Marks (Beach boys), Simon & Garfunkel, Jefferson Airplane, The Mamas & the Papas, Robby Krieger, Phil Spector, Melanie (Safka), Joey Ramone, Randy Meisner, Randy Newman, Lou Reed, Iggy Pop, (né James Osterberg) Beastie Boys, Pat Benatar (née Patricia Mae Andrzejewski), Blood, Sweat & Tears, David Lee Roth, Blue Öyster Cult, Kiss, Guns N’ Roses, The Cars, Harry Connick, Jr., Country Joe and the Fish, Neil Diamond, Chris Isaak, Janis Ian, Billy Joel, Carole King (née Carole Klein), Carly Simon, Linda Ronstadt, Courtney Love, Juice Newton (née Judith Kay Cohen), Pink, Barbra Streisand, Leonard Cohen, Abel Meeropol (« Strange fruit » pour Billie Holliday), Benny Goodman …

Goldwyn, Mayer, Warner, Cohn (Columbia), Zukor (Paramount), Fritz Lang, Ernst Lubitsch, Erich von Stroheim, Greorge Cukor, Cecil B. DeMille, Stanley Donen, Otto Preminger, Hedy Lamarr, frères Marx, Douglas Fairbanks (né Douglas Ullman), Fred Astaire (né Frederick Austerlitz), Danny Kaye, Paulette Goddard, Kirk Douglas, Michael Douglas, Dustin Hoffman, Robert Wise, Jerry Lewis, Mel Brooks, Sydney Pollack, Milos Forman, Stanley Kubrick, Steven Spielberg, Oliver Stone, Woody Allen, Scarlett Johansson, Natalie Portman, Sarah Michelle Gellar, Kate Hudson, Gwyneth Paltrow, Joaquin Phoenix, Winona Ryder, Alicia Silverstone, Tori Spelling, Patricia Arquette, Lisa Bonet, Phoebe Cates, Robert Downey Jr., David Duchovny, Daryl Hannah, Lisa Kudrow, Jennifer Jason Leigh, ulia Louis-Dreyfus, Cindy Margolis, Sarah Jessica Parker , Sean Penn, Adam Sandler, Rob Schneider, Ben Stiller, Rosanna Arquette, Jamie Lee Curtis, Carrie Fisher, Jerry Seinfeld, Howard Stern, Debra Winger , James Caan, Richard Dreyfuss, Harrison Ford, Goldie Hawn, Henry Winkler, Elliott Gould, Harvey Keitel, Leonard Nimoy, Gene Wilder, Lauren Bacall, Lenny Bruce, Tony Curtis, Paul Newman, Shelley Winters, Peter Falk, Lee J. Cobb, Sammy Davis, Jr., Marilyn Monroe (par conversion)…

Joe Shuster et Jerome Siegel (Superman), Joe Simon (Captain America), Bill Finger et Bob Kane (Batman), Stan Lee (Spider-Man, X-Men, The Hulk, Fantastic Four), Jack Kirby (Captain America, Hulk), Max Fleischer (Popeye, Betty Boop), Ralph Bakshi (Fritz the Cat), Art Spiegelman (Maus), Harvey Kurtzman, Al Jaffee, Al Feldstein, Will Elder et William Gaines (MAD) …

Capa, Man Ray, Fischer, Kasparov, Houdini, « Bugsy » Siegel

Einstein, Bohr, Hertz, Charpak, Cohen-Tanoudji, Bergson, Pasternak, Bellow, Singer, Canetti, Brodsky, Gordimer, Kertész, Pinter, Modiano, Dylan, Samuelson, Leontief, Friedman, Solow, Becker, Stieglitz, Kaufman, Cassin, Kissinger, Begin, Wiesel, Rabin, Peres …

Mahler, Mendelssohn, Schoenberg, Bernstein, Glass, Offenbach, Strauss …

Kafka, Proust, Heine, Zweig, Salinger, Rand, Miller, Heller, Mailer, Roth, Asimov, Auster, Hitchens …

Disraeli, Goldwater, Blum, Mendes-France, Mandel, Bloomberg, Miliband, Bernanke, Emanuel, Weiner …

Pissaro, Chagall, Modigliani, Soutine, Rivera, Kahlo, Lichtenstein, Rothko, Freud …

Marx, Freud, Spinoza, Ricardo, Trotsky, Chomsky, Arendt, Adorno, Jonas, Aron, Cassirer, Derrida, Durkheim, Lévi-Strauss, Fromm, Husserl, Benjamin, Wittgenstein, Jankelevitch, Levinas, Finkielkraut …

Rothschild, Rockerfeller, Levi Strauss, Zuckerberg, Ellison, Dell, Calvin Klein, Ralf Lauren,  Madoff,  Soros, Ivanka Trump …

Abraham, Moïse, Salomon, Jésus, Saul de Tarse (alias Paul)  …

A l’heure où, entre le prix Nobel de Bob Dylan et l’hommage planétaire à Léonard Cohen, la chanson populaire reçoit littéralement ses lettres de noblesse …

Et où l’ONU comme nos premiers humoristes venus n’ont que les juifs à la bouche …

Comment ne pas voir …

Derrière la forêt que cachent ces deux formidables arbres …

A savoir sans compter notre Jean-Jacques Goldman national contraint devant le trop-plein de célébrité (et d’imposition ?) de s’exiler à Londres …

La confirmation – sans parler des prix Nobel de science (24% pour moins de 0.2% de la population mondiale) – dans un domaine de plus …

Du fameux mot du général de Gaulle comme, de nos banlieues aux territoires dits « occupés », de l’intution des nouveaux damnés de la terre …

Surtout lorsque l’on comprend avec l’éclairant ouvrage de Maristella Botticini et Zvi Eckstein …

L’avance plus que millénaire suite à la destruction de leur Temple par les Romains et, abandonnant peu à peu l’agriculture, le réinvestissement dans l’étude de la « patrie portable » qu’était devenue leur Torah …

Qu’ils avaient prise dans l’alphabétisation de leurs enfants et, la surinstruction aidant, dans la spécialisation dans les professions les plus profitables (artisanat, commerce, prêt et médecine) …

D’où aussi la multimillénaire et souvent meurtrière jalousie que, comme plus tard leurs cousins protestants, ils ont inévitablement suscitée tout au long de leur histoire dans les sociétés où ils avaient le malheur de prospérer… ?

Comment l’éducation a façonné l’histoire juive
André Burguière
Mediapart
16 mars 2016

Avec leur remarquable « La poignée d’élus », les historiens Maristella Botticini et Zvi Ekcstein développent avec brio une thèse qui dédramatise la dispersion du peuple juif. Dans le sillage de Marc Bloch, ils montrent que la  religion concerne aussi l’infrastructure des sociétés, pas seulement leur superstructure.

Une avalanche de livres récents sur l’histoire du peuple juif a mis à mal l’image romantique du juif errant cherchant vainement, à travers le monde, un refuge et un toit loin de la Terre Sainte, après la destruction du Grand Temple de Jérusalem par Titus, le fils de l’Empereur Vespasien. Armés d’une solide connaissance des sources, Maristella Botticini et Zvi Ekcstein développent avec brio une thèse qui finit de dédramatiser la dispersion du peuple juif.

Au début de l’ère chrétienne, la population juive, présente en Palestine, en Mésopotamie et sur la rive africaine de la Méditerranée compte  prés de 6 millions d’âmes. Cinq siècles plus tard, il n’en reste à peine plus d’un million. La désintégration du monde urbain et la peste justinienne (au VI° et VII° siècles) ont provoqué un fort recul du peuplement dans tout le bassin méditerranéen mais pas au point d’expliquer un tel effondrement. En réalité, l’anéantissement des activistes juifs (les résistants de Massada) par l’intervention romaine, la disparition des zélotes ainsi que des notables religieux qui assuraient le service du Grand Temple, avaient fortifié en Palestine le pouvoir de la seule élite juive épargnée, les Pharisiens, c’est-à-dire les lettrés. Pour faire face au danger que le christianisme et la romanisation faisaient courir à la survie du judaïsme, les Pharisiens imposèrent une nouvelle forme de dévotion. Tout chef de famille, pour rester fidèle à la foi judaïque, se devait d’envoyer ses fils à l’école talmudique, afin de perpétuer et d’approfondir, par un travail cumulatif de commentaire, la connaissance de la Torah. Cette nouvelle obligation religieuse a eu des répercussions socio-économiques considérables. Envoyer ses fils à l’école représentait un investissement coûteux qui n’était pas à la portée de la majorité des juifs, simples paysans comme les autres populations du Moyen-Orient au milieu desquelles ils vivaient. Ceux qui n’en avaient pas les moyens et restèrent paysans, s’éloignèrent du judaïsme. Ils  se convertirent souvent au christianisme.  C’est ce qui explique l’effondrement de la population juive durant l’Antiquité tardive. Ceux qui tenaient au contraire à remplir leurs obligations religieuses, durent choisir des métiers plus rémunérateurs. Ils devinrent commerçants, artisans, médecins et surtout financiers. Les juifs ne se sont pas tournés vers ces métiers urbains parce qu’on leur interdisait l’accès à la terre, comme on l’a dit souvent, mais pour pouvoir gagner plus d’argent et utiliser en même temps leurs compétences de lettrés. Ils étaient capables désormais de tenir des comptes, écrire des ordres de paiement, etc…

A partir du IX° siècle, la diaspora juive se reconstitue mais avec une répartition géographique différente. Toujours très présente en Mésopotamie et bientôt dans tout le monde musulman, elle commence à s’installer dans l’Europe chrétienne où elle tisse un réseau de plus en plus dense de petites communautés juives qui recouvre le réseau urbain en plein réveil. Les « juiveries » sont de taille modeste car les juifs craignent de se faire concurrence dans ces métiers très spécialisés. En revanche, le grand nombre de ces implantations qui peuvent se mettre en réseau, fait leur force. Dans un espace où la circulation est difficile, risquée, le fait d’avoir des correspondants, à l’autre bout du monde connu, en qui l’on peut avoir pleine confiance parce que la moindre irrégularité commerciale ou financière les exclurait de leur communauté, a donné aux juifs un avantage considérable.

S’ils s’imposent partout dans le crédit, ce n’est pas parce que l’Eglise interdisait aux chrétiens le prêt à intérêt (en réalité l’islam et le judaïsme lui imposaient des restrictions comme le christianisme), mais parce qu’ils ont à la fois la compétence et le réseau pour assurer le crédit, faire circuler les ordres de paiements et les marchandises précieuses du fond du monde musulman aux confins de la chrétienté. A part quelques cas assez rares d’intolérance religieuse, comme dans l’Espagne wisigothique, les juifs n’ont guère été l’objet de persécutions religieuses avant le XII° siècle. L’historien Berhard Blumenkranz avait daté les premiers pogroms de juifs en Occident (par exemple dans la vallée du Rhin) de la mise en mouvement des premières croisades.

Mais c’est souvent à la demande des seigneurs ou évêques locaux qu’ils étaient venus s’installer dans les villes chrétiennes, parce qu’on recherchait leur savoir faire pour développer les échanges et l’activité bancaire. Les premières mesures d’expulsion des juifs par des princes chrétiens à la fin du XIII° siècle semblent avoir été guidées par la volonté de mettre la main sur leurs richesses beaucoup plus que par le désir de les convertir.

Ce sont paradoxalement les mongols, pourtant eux-mêmes assez éclectiques au plan religieux et parfois tentés par le judaïsme, qui ont interrompu ce premier âge d’or de la diaspora juive, à partir du milieu du XIII° siècle, en ravageant le monde musulman. L’effondrement des principales villes a ruiné l’activité des juifs qui animaient les circuits d’échanges économiques et financiers. Ruinés, les juifs sont redevenus paysans et, ne pouvant plus assumer l’investissement scolaire exigé par le rabbinat, ils se sont assez vite islamisés. Cet effondrement a créé un véritable court circuit avec le réseau des implantations juives de l’Europe chrétienne. Il y aura, à l’époque moderne, un nouveau cycle de la diaspora juive qui va même gagner le Nouveau Monde ; mais un cycle au rythme heurté, perturbé par les expulsions, les procès de l’Inquisition et d’autres manifestations de l’intolérance chrétienne, en attendant des horreurs bien pires encore.

La façon dont Maristella Botticini et Zvi Eckstein ont rebattu les cartes de l’histoire, ô combien singulière, du peuple juif en lui appliquant un modèle inspiré par la réflexion économique, sera peut-être critiquée par certains spécialistes pour son schématisme démonstratif. Mais elle est fascinante. Marc Bloch, voulant critiquer le réductionnisme de certaines interprétations marxistes du rôle de l’Eglise au Moyen-Âge, affirmait que pour comprendre certaines époques, il fallait renoncer  à considérer que la  religion concerne toujours la superstructure et l’économie l’infrastructure. C’est parfois l’inverse. Ce livre nous en fournit une magnifique démonstration.

C’est pour des raisons religieuses que le judaïsme s’est imposé brusquement un investissement éducatif coûteux qui le singularise parmi les grandes religions du livre. Car ni le Christianisme qui  s’est donné une élite particulière, à l’écart du monde, vouée à la culture écrite, ni l’Islam n’ont imposé à leur peuple de croyants un tel investissement dans l’alphabétisation. Cet investissement a eu l’effet d’une véritable sélection darwinienne.  Il a provoqué une réorientation complète de l’activité économique du monde juif  en même temps  qu’il faisait fondre sa masse démographique. Il a surtout fait fleurir, par le miracle de l’éducation, des aptitudes intellectuelles précieuses qui en ont fait durablement une minorité recherchée et jalousée.

* Maristella Botticini et Zvi Eckstein, La poignée d’élus. Comment l’éducation a façonné l’histoire juive 70-1492 , Albin Michel, 425 p., 30 euros.

Voir aussi:

Pourquoi les Juifs sont-ils plus souvent médecins que paysans ?

Dans « Une poignée d’élus », deux économistes expliquent les heureuses conséquences de l’apprentissage des textes sacrés par les enfants. Interview.

Catherine Golliau

Le Point
05/04/2016

Bob Dylan, le juif errant prix Nobel de littérature

Jonathan Aleksandrowicz

Actualité juive

13/10/2016

Enorme surprise ! Bob Dylan, l’auteur-compositeur-interprète qui a traversé la musique populaire de la seconde moitié du XXè siècle, vient d’être récompensé par le prix Nobel de littérature.

On attendait le Syrien Adonis, le Japonais Murakami, voire le Norvégien Jon Fosse. Le jury du prix Nobel de littérature a choisi de prendre tout son monde à contrepied pour 2016 en faisant d’un chanteur populaire mais grand poète le récipiendaire de la distinction. Bien sûr, certain regretteront avec justesse que Philip Roth n’ait encore une fois pas été récompensé, mais la retraite du vieux patron des lettres américaines l’a probablement écarté pour toujours des débats tenus secrets durant 50 ans des jurés du Nobel. Quant au très vendeur Murakami, la réputation de « superficialité » de ses textes selon le petit monde du livre remet aux calendes grecques la figuration de son nom au palmarès, même s’il est chaque année le grandissime favori des bookmakers.

Bob Dylan, donc. Le sale gosse de la folk-music, celui qui donne désormais des concerts où il assure le strict minimum, limitant ses interactions avec le public. Un choix fort pour le jury du Nobel, le désignant « pour avoir créé dans le cadre de la grande tradition de la musique américaine de nouveaux modes d’expression poétique ». Plus que la tradition de la musique américaine, c’est celle des troubadours et trouvères, ces poètes-conteurs-chanteurs du Moyen-Âge que Bob Dylan a d’abord incarné. Né dans le Minnesota en 1941 à deux pas de la route 61 qui inspirera l’un de ses albums les plus emblématiques « Highway 61 revisited », celui qui est d’abord Robert Zimmerman  pour l’état-civil et Shabbtaï à sa circoncision, vient d’une famille juive d’Odessa qui a fui les pogroms du début du XXè siècle. La petite communauté juive locale est dit-on, très unie par les épreuves vécues en Europe de l’Est. Le signe de l’errance, de la fuite. Il en est le porteur, il l’assume à la première occasion en filant à New York à la première occasion, abandonnant ses études à l’université dès la première année.

Hobboes

Là-bas, à Greenwich Village, il n’est pas le plus doué de tous les folkeux qui écument le quartier, mais il est le plus assidu. « Avec le temps, la goutte fend les rocs les plus résistants » dit le Talmud. Pour ce faire, il fréquente de longues heures les bibliothèques afin de dénicher les chansons folkloriques les plus anciennes. Les Etats-Unis sortent de peu de la Seconde guerre mondiale et la crise des années 1930 est derrière elle, mais son imaginaire collectif est encore tributaire des Hobboes, ces vagabonds, clochards célestes, que le « Jeudi noir » a mis sur les routes et les rails en quête d’un travail plus à l’ouest. La conquête de l’ouest au XIXe siècle s’est poursuivie avec l’espoir à l’ouest. Les lecteurs de John Steinbeck se souviendront des « Raisins de la colère ». Ces Hobboes, donc, figures mythiques du rêve américain, sans le sou mais les yeux dans les étoiles, affamés mais libres, ont souvent une guitare à la main et la bouche pleine de chansons pour rythmer les nuits de leur infortune. Ils deviennent la source d’inspiration principale de Bob Dylan qui à l’origine chante des reprises. Suivre cette tradition, la dépoussiérer, mais rien n’y ajouter.

Pourtant, le jeune homme écrit déjà des poèmes, de longs poèmes qu’il met en musique. Ecrite dix minutes dans un café, « Blowin’ in the wind » devient l’une des premières Protest Songs qui portent les luttes d’émancipation aux Etats-Unis. Car Bob Dylan, c’est d’abord la figure de la contre-culture américaine. Avant Woodstock, son Flower Power et son Summer of Love, Bob Dylan est le chantre des Beatniks : un artiste engagé, le « prophète-poète » de cette jeune génération d’après-guerre, chantant même avec sa grande complice de l’époque Joan Baez à la Marche de Washington. Encore cette idée de mouvement, la marche, cette impossibilité de tenir en place qui force à l’errance. Mais « The times they are a changin’ », car il opère dès 1965 un tournant plus rock, que le monde Folk dont il est issu ne lui pardonne pas. Exit la guitare sèche et l’harmonica, « Highway 61 revisited », plus musclé, résonne de guitares électriques, et comporte notamment la célébrissime « Like a rolling stone », élue morceau rock du XXe siècle ! D’une durée de presque sept minutes, Bob Dylan raconte dans ses « Chroniques » qu’elle comportait bien plus de strophes à l’origine. Situation identique pour l’ultra-repris « Knocking on heaven’s door » qui fait partie de la bande-originale du film de Sam Peckinpah « Pat Garrett and Billy the Kid » dans lequel il tient un rôle muet de lanceur de couteaux pas malhabile de ses mains.

Audace

Des chansons à rallonge, des poèmes aux strophes sans fin, Bob Dylan pourtant admet lui-même que l’inspiration a tendance à se tarir et qu’il lui faut user de moyens intenses pour la faire jaillir du rocher. Ses « Chroniques » évoquent d’ailleurs avec intensité son errance lorsqu’il dut enregistrer deux albums à Nashville. Une véritable traversée du désert, d’autant que le « poète-prophète » est bientôt surnommé le « poète-profit » à cause d’un style jugé commercial. Qu’importe, encore un contrepied : sa voix usée le pousse à chaque fois à réinterpréter ses chansons et le fan distrait serait bien incapable de reconnaître ses titres préférés lors d’un concert s’il n’est pas capable d’attention. Les strophes qui s’étiraient en longueur se brisent en même temps que sa voix comme si chaque nouvelle scène portait la possibilité d’errer autour d’une chanson comme autour d’un idéal que l’on n’atteint jamais. Détresse à cause d’un horizon de sens toujours fuyant ? Une réponse peut-être, dans la conversion au christianisme évangélique à la fin des années 1970 : le beatnik assagi par la grâce d’une nouvelle naissance ! Les fans sont déçus, les musiciens le raillent ? Lui n’en a cure ! Que les filles et « les garçons ne pleurent pas », parce que même le chant demeure pour lui une aventure personnelle, et la Bible abonde en prophètes qui se mirent le peuple à dos. L’errance ne s’achève pas là, puisqu’il fait son retour au judaïsme. Enfin la terre promise ? Pas sûr, tant pour lui, tout vient à se faner…

Le choix des jurés du Nobel est donc extrêmement audacieux. C’est une icône populaire qui se trouve récompensée, un chanteur avant que d’être un poète, un homme qui a su sans cesse se poser des questions. On a désormais hâte d’entendre son discours de réception du prix qui sera sans nul doute la curiosité des soirées de remise.

Voir encore:

Leonard Cohen et son Dieu
Dominique Cerbelaud
La Croix
22/10/2016

À l’occasion de la sortie du nouvel album de Leonard Cohen, « You want it darker », le théologien Dominique Cerbelaud évoque la quête spirituelle du chanteur canadien.

Vendredi 21 octobre 2016, Leonard Cohen, 82 ans, offre un nouvel album à son public, intitulé You want it darker (« Tu voudrais qu’il fasse plus sombre »). C’est l’occasion de revenir sur son œuvre de chanteur, entreprise voici un demi-siècle. C’est à 1967, en effet, que remonte le premier disque du Montréalais, Songs of Leonard Cohen (« Chansons de Leonard Cohen »), qui comportait notamment le titre Suzanne – une chanson qui devait assurer à tout jamais sa notoriété.

De fait, le public français connaît Cohen surtout comme chanteur (rappelons cependant son œuvre de poète et de romancier), mais il ne garde souvent mémoire que des compositions les plus anciennes, sans guère prêter attention à l’œuvre ultérieure – sinon pour quelques chansons cultes comme Hallelujah ou Closing Time. Ce corpus, qui compte aujourd’hui environ cent cinquante titres, mérite pourtant qu’on s’y arrête : il s’agit, comme on dit si bien, de « chansons à textes », longuement mûries et soigneusement composées, d’une densité et d’une richesse rares. On se propose de le survoler ici sous l’angle des thématiques religieuses, qui représentent à n’en pas douter l’une des grandes préoccupations de Leonard Cohen.

D’autres thèmes y apparaissent avec insistance, et en tout premier lieu celui de la relation amoureuse, décliné inlassablement : « À cause de ces quelques chansons/dans lesquelles j’évoque leur mystère/ les femmes ont été d’une gentillesse exceptionnelle /envers mon grand âge » (Because of, album Dear Heather). Ainsi parlait le septuagénaire, avec une belle modestie : en réalité, c’est dans bon nombre de textes qu’il célèbre le mystère de la femme, sous toutes ses figures et dans tous ses états. Et les femmes, de toute évidence, lui en savent gré.

Qu’elle soit nommée (depuis les mythiques Suzanne, Nancy et Marianne jusqu’aux plus récentes Heather et Alexandra), ou que, le plus souvent, elle reste anonyme, la femme est en effet omniprésente du début à la fin du corpus cohénien.

Le personnage biblique de David, dont le nom en hébreu signifie « bien-aimé », pourrait représenter à cet égard le « modèle » de Leonard. La tradition attribue à ce roi poète et musicien tout l’ensemble du livre des Psaumes. Mais le texte biblique nous fait connaître aussi le nom d’un certain nombre de femmes de ce grand polygame : Ahinoam, Abigayil, Mikal, Égla, Avital, Bethsabée, Abishag… Laissons aux biographes le soin de faire la liste de celles qu’a pu connaître le Canadien errant… si tant est que cela ait de l’importance dans son parcours de créateur.

Des allusions très précises à la tradition juive

Et nous voilà déjà dans le texte biblique !

De fait, les compositions de Cohen regorgent d’allusions scripturaires, qui témoignent d’une fréquentation assidue du Livre saint : on y retrouve bien des personnages (Adam, Samson, David ou Isaac), des épisodes (notamment ceux du Déluge ou de la sortie d’Égypte), des réminiscences de tel ou tel prophète voire, justement, de tel ou tel psaume. Ainsi, la chanson By the Rivers Dark (album Ten New Songs) propose une relecture hardie du ps.136-137 : « Vers les sombres fleuves j’allais, errant / j’ai passé ma vie à Babylone / et j’ai oublié mon saint cantique / je n’avais pas de force à Babylone ».

Mais il y a plus : sans jamais s’y attarder, Cohen distille à l’occasion des allusions très précises à la tradition juive, tant liturgique que mystique –et notamment à la kabbale. On trouve par exemple des allusions au thème de la « brisure des vases » dans la chanson Anthem (album The Future) : « il y a une fissure, une fissure en toute chose / c’est comme ça que la lumière pénètre »…

Parmi les figures juives du passé, il en est une qui ne laisse pas tranquille le juif Leonard Cohen : c’est celle de Jésus. L’homme de Nazareth apparaît avec une fréquence étonnante dans le corpus des chansons (j’en relève pour ma part une douzaine d’occurrences, explicites ou non). « Jésus pris au sérieux par beaucoup, Jésus pris à la blague par quelques-uns » (Jazz Police, album I’m Your Man) : et par toi-même, Leonard ? Cela reste quelque peu indécidable. S’il avoue ne rien comprendre au Sermon sur la montagne (Democracy, album The Future), et évoque « le Christ qui n’est pas ressuscité / hors des cavernes du cœur » (The Land of Plenty, album Ten New Songs), notre auteur, à propos de Jésus, se parle ainsi à lui-même : « tu veux voyager avec lui / tu veux voyager en aveugle / et tu penses pouvoir lui faire confiance / car il a touché ton corps parfait avec son esprit » (Suzanne, album Songs of Leonard Cohen). Et comment comprendre cette double injonction : « Montre-moi l’endroit où le Verbe s’est fait homme / montre-moi l’endroit où la souffrance a commencé » (Show me the Place, album Old Ideas) ? Il y a là un singulier mélange de dérision et de fascination.

Curieusement, les figures de la sainteté chrétienne suscitent chez lui une sympathie plus immédiate : celles de la vierge Marie –si c’est bien elle qu’il faut reconnaître dans Notre-Dame de la solitude (Our Lady of Solitude, album Recent Songs) ; de François d’Assise (Death of a Ladies’ Man, dans l’album homonyme) ; de Bernadette de Lourdes (Song of Bernadette, chantée par Jennifer Warnes dans son album Famous Blue Raincoat) ; et surtout de Jeanne d’Arc (Last Year’s Man et Joan of Arc, toutes deux dans l’album Songs of Love and Hate). C’est le lieu de rappeler que le jeune Leonard Cohen a acquis, à Montréal, une bonne culture chrétienne. Certains aspects de la piété catholique, comme le culte du Sacré-Cœur ou les visions de sœur Faustine, continuent d’ailleurs à le toucher.

Ajoutons que depuis de longues années, l’auteur-compositeur s’intéresse au bouddhisme zen, et qu’il a effectué à ce titre de longs séjours au monastère de Mount Baldy, près de Los Angeles. Cependant, les thèmes religieux extrême-orientaux n’apparaissent guère dans le corpus des chansons, sinon à l’état de traces…

Un ton élégiaque

Mais au-delà de ces contenus, il faut tenter d’évoquer le ton, ou plutôt les tons dont il use pour les décliner.

Nous avons déjà rencontré la modulation élégiaque : c’est celle de la célébration de l’amour, toujours recommencée. Des paysages s’ébauchent ici, ou plutôt des évocations, où l’on trouve bon nombre de clairs de lune, de cloches qui carillonnent et de chants d’oiseaux. Sans oublier le fleuve, souvent présent chez ce natif de Montréal…

Nous avons également capté au passage les accents mystiques.

Rappelons à cet égard que l’emblème juif le plus communément répandu s’appelle « sceau de Salomon » ou « bouclier de David ». Il se constitue de deux triangles entrelacés qui dessinent une étoile à six branches. C’est celui qui figure par exemple sur le drapeau de l’État d’Israël.

Or Leonard s’est confectionné, au fil du temps, son propre « sceau » à partir non pas de deux triangles, mais de deux cœurs.

Comment interpréter un tel logo ? On peut voir dans l’assemblage de ces deux cœurs l’union du masculin et du féminin, une sorte de yin-yang judaïsé.

Mais on peut aussi en proposer une autre lecture car ce dessin est apparu pour la première fois sur la couverture de la deuxième édition du Book of Mercy (Livre de la Miséricorde), le recueil de prières juives composé par Leonard. Aujourd’hui enrichi et compliqué d’éléments adventices, il s’accompagne parfois de la légende « Order of the Unified Heart », ce qui renvoie clairement à l’univers religieux. Dès lors, les deux cœurs ne représentent-ils pas celui de l’homme… et celui de Dieu ? Cet Ordre religieux d’un nouveau genre, Leonard en est d’ores et déjà le grand prêtre : n’est-ce pas la fonction primordiale du prêtre d’assurer ainsi la double médiation, de la terre vers le ciel et du ciel vers la terre ? Or « prêtre » se dit en hébreu… « cohen ».

Il faut citer à ce propos la superbe chanson qui s’adresse ainsi à l’Être divin : « Que ta miséricorde se déverse / sur tous ces cœurs qui brûlent en enfer / si c’est ta volonté / de nous faire du bien » (If it Be Your Will, album Various Positions).

Ici s’unissent bel et bien le cœur de l’homme (il s’agit d’une prière d’intercession) et celui de Dieu (prêt à répandre sa tendresse sur l’humanité).

Or selon un adage de la tradition juive : « la porte de la prière est parfois fermée, mais la porte de la miséricorde reste toujours ouverte ».

Une compassion intense envers les souffrants

Leonard a compris cette leçon. Et s’il n’adopte le ton de la prière que de manière exceptionnelle (par exemple dans Born in Chains et You Got Me Singing, deux chansons de l’album Popular Problems), il témoigne fréquemment d’une véritable compassion envers tous ceux qui crient : « de grâce, ne passez pas indifférents » (Please, Don’t Pass me by, album Live Songs), qu’il s’agisse de l’enfant encore à naître, de l’exclu, du handicapé, bref de tous les « pauvres » au sens biblique du terme. « Et je chante ceci pour le capitaine / dont le navire n’a pas été bâti / pour la maman bouleversée / devant son berceau toujours vide / pour le cœur sans compagnon / pour l’âme privée de roi / pour la danseuse étoile / qui n’a plus aucune raison de danser » (Heart With no Companion, album Various Positions).

Du reste, au-delà de toutes les formes religieuses, il convient de souligner que plusieurs textes de notre Juif errant évoquent la rencontre de Dieu. Ces expériences mystiques, que l’auteur suggère avec discrétion, peuvent avoir pour cadre une église (Ain’t no Cure for Love, album I’m Your Man), mais aussi une simple chambre (Love Itself, album Ten New Songs), voire un lieu indéterminé (Almost Like the Blues, album Popular Problems). Pudeur cohénienne, mais aussi sans doute réticence juive à mettre un nom sur le « Sans-Nom ». « J’entends une voix qui m’évoque celle de Dieu », dit-il (Closing Time, album The Future) : n’est-ce pas elle qu’il faut reconnaître dans Going Home (album Old Ideas) : « J’aime parler avec Leonard… » ? Mais ce dialogue d’amour entre Leonard et son Dieu restera secret.

Chéri par les femmes, le David biblique apparaît également comme l’élu de Dieu, lequel déclare : « J’ai trouvé David, un homme selon mon cœur » (Actes des apôtres, 13, 22). Et notre barde de Montréal, comme en écho : « J’ai appris qu’il y avait un accord secret / que David jouait pour plaire au Seigneur » (Hallelujah, album Various Positions).

Mystique et critique

Outre les deux tonalités que l’on vient d’évoquer, la lyrique et la mystique, il existe un troisième registre, non moins prégnant chez Leonard : c’est celui du constat désabusé, parfois même désespéré pour ne pas dire nihiliste. Donnons-en quelques échantillons : « Les pauvres restent pauvres et les riches s’enrichissent / c’est comme ça que ça se passe / tout le monde le sait » (Everybody Knows, album I’m Your Man) ; « De parcourir le journal / ça donne envie de pleurer / tout le monde s’en fiche que les gens / vivent ou meurent » (In my Secret Life, album Ten New Songs) ; « Je n’ai pas d’avenir / je sais que mes jours sont comptés / le présent n’est pas si agréable / juste pas mal de choses à faire / je pensais que le passé allait me durer / mais la noirceur s’y est mise aussi » (The Darkness, album Old Ideas) ; « J’ai vu des gens qui mouraient de faim / il y avait des meurtres, il y avait des viols / leurs villages étaient en feu / ils essayaient de s’enfuir » (Almost Like the Blues, album Popular Problems).

Et rien n’échappe à cet acide corrosif, pas même l’amour des femmes. Nous voilà loin de la célébration de l’éros, comme si l’on était passé du Cantique des Cantiques… au livre de Qohélet : « Vanité des vanités, dit Qohélet ; vanité des vanités, tout est vanité » (Qohélet, 1, 2).

Mais justement, ces deux textes bibliques se présentent comme écrits par le même Salomon, ce qui ne manquera pas de rendre perplexes les commentateurs : comment le fils de David a-t-il pu composer deux ouvrages d’esprit aussi diamétralement opposé ? Les rabbins ont imaginé une réponse : c’est le jeune Salomon, amoureux et optimiste, qui a écrit le Cantique ; devenu vieux, blasé et pessimiste, il a composé le livre de Qohélet. Mais tout cela relève du même genre littéraire : la littérature de sagesse.

Somme toute, il en va de même pour Leonard, qui déploie à son tour les différents aspects d’une moderne sagesse. Du reste, mystique et critique peuvent chez lui aller de pair : « Tu m’as fait chanter / quand bien même tout allait de travers / tu m’as fait chanter / la chanson ‘Alléluia’ » (You Got me Singing, ibid.)…

Qu’il me soit permis de citer pour finir un souvenir personnel. Lors de ma première rencontre avec Leonard (une après-midi entière dans le jardin d’un hôtel particulier parisien), je lui ai posé la question : « Leonard, tu es juif ; tu es en train de parler avec un prêtre catholique ; on sait que tu t’intéresses beaucoup au bouddhisme : comment tout cela tient-il ensemble ? »

Réponse : « Oui, je suis juif, et cela a beaucoup d’importance pour moi ; j’ai des amis catholiques, et j’ai grand plaisir à parler avec eux ; je fais des séjours au monastère de Mount Baldy. Mais tu vois, pour moi, tout cela ce sont des chemins. Ce qui importe, c’est le but. La seule chose qui m’intéresse, c’est Dieu »…

Y a-t-il beaucoup de célébrités, dans le monde du show-biz, qui pourraient dire en toute vérité : « La seule chose qui m’intéresse, c’est Dieu » ?

Voir enfin:

Leonard Cohen, mort d’un artiste légendaire

Le poète et chanteur canadien Leonard Cohen s’est éteint à l’âge de 82 ans, a annoncé son entourage ce 10 novembre. Amoureux des mots, monstre sacré de la musique, il laisse derrière lui une carrière de plus de cinquante ans de succès qui ont traversé les générations. « Tu nous manqueras », a dit le Premier ministre canadien Justin Trudeau, dans un vibrant hommage au musicien disparu.

Leonard Cohen est mort, a annoncé son entourage ce 10 novembre 2016, quelques jours après la sortie de son dernier album You want it darker, hanté par la mort. L’homme, au visage d’acteur qui ne se défaisait que rarement de son chapeau et de sa guitare ou de son harmonica, avait 82 ans.

Né à Montréal le 21 septembre 1934, Leonard Cohen se met à la guitare dès l’adolescence et forme, quelques années plus tard le groupe de country music Buckskin Boys. Etudiant à l’université de Montréal, le musicien, qui est aussi homme de lettres, publie ses premiers poèmes dans une revue étudiante. Il n’a que 18 ans quand est édité un recueil de ses poésies. Le nom de Leonard Cohen commence à se répandre.

Le jeune homme ne cache pas son amour pour les romanciers français comme Camus et Sartre, pour le poète espagnol Federico Garcia Lorca, l’Irlandais William Butler Yeats, et pour la Bible, « les poésies de la Bible », confiait-il.

Leonard Cohen s’envole pour Londres à la fin des années 1960 puis décide de s’installer sur une île grecque, Hydra, lieu propice à l’inspiration, en 1960. Là-bas, il acquiert une maison qu’il gardera quarante ans et continue d’écrire des poèmes et des romans. En 1966, à la publication de Beautiful Losers même si le nombre de ventes n’est pas énorme, le Boston Globe déclare que « James Joyce n’est pas mort. Il vit sous le nom de Leonard Cohen ».

« Suzanne »

Puis Leonard Cohen se lance dans la chanson. Il côtoie Joan Baez, Bob Dylan, Lou Reed, etc. C’est grâce au titre très minimaliste « Suzanne », l’ex-épouse d’un de ses amis, qu’il parvient à fouler les planches de la scène musicale en 1967, aux Etats-Unis où il s’est installé. La même année il sort son premier album, Songs of Leonard Cohen, salué par la critique européenne.

Mais il faut attendre Songs from a Room (1969), pour que la future star planétaire soit reconnue, avec, entre autres, les titres « Bird on the Wire », « Story of Isaac » et « The Partisan ». Leonard Cohen va ensuite composer plus d’une dizaine d’albums, et sortir de nombreux live. Son très spirituel et mystique (et planétairement connu) « Hallelujah » sort en 1984 sur l’album Various Positions. Le changement de ton apparaît, ainsi que les synthétiseurs, en 1988 sur I’m Your Man. Pour ses 80 printemps sort Popular Problems, un album empreint de blues encensé par la critique internationale. Le charme inconditionnel de Leonard Cohen opère, encore et toujours.

Durant toute sa carrière d’écrivain, de musicien, de compositeur, Leonard Cohen n’aura presque écrit et chanté que les mêmes thèmes. L’amour et la passion bien sûr et l’espoir, mais aussi religion, la rédemption, la sexualité, la drogue, l’imperfection de la condition humaine et la solitude, un sujet dont il ne se défait que rarement, lui qui avouait être chroniquement en dépression.

Un homme mystique et charismatique

Leonard Cohen a grandi au sein d’une famille juive d’ascendance polonaise. Son grand-père était rabbin et son père, décédé alors qu’il n’a que 9 ans, a été le créateur du journal The Jewish Times. « Monsieur Cohen est un juif observant qui respecte le shabbat même lorsqu’il est en tournée », écrit le New York Times en 2009.

Parallèlement à sa judéité, Leonard Cohen se retire de la vie publique durant près de cinq ans (1994-1999) dans un monastère bouddhiste près de Los Angeles, en plein désert californien. Certains se demandent alors comment il peut être à la fois juif pratiquant et bouddhiste. « Pour commencer, dans la tradition du Zen que j’ai pratiquée, il n’y a pas de service de prière et il n’y a pas d’affirmation de déité. Donc, théologiquement, il n’y a pas d’opposition aux croyances juives », racontera l’artiste.

En 1996, Leonard Cohen est ordonné moine zen, il porte le nom de Jikan, « le silencieux ». Il faudra attendre 2001 pour retrouver le chanteur et poète, avec le sublime Ten New Songs, coécrit avec Sharon Robinson. Le compositeur, toujours très énigmatique, avoue devoir prendre son temps pour écrire, il est en quête perpétuelle de réflexion… et de perfection.

Pour sa carrière multiforme, Leonard Cohen se voit décerner de nombreuses récompenses, dont celle en 2003 de compagnon de l’Ordre du Canada, de membre du Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens en 2006, membre du Rock and Roll Hall of Fame en 2008.

Des centaines de reprises et une influence sur de nombreuses générations

Parce que Leonard Cohen est un homme « à part » dans la chanson, allant de la musique folk à la pop en passant par le blues et l’électro, il n’a eu de cesse d’inspirer de nombreux artistes qui ont aussi repris, et parfois traduit, ses propres chansons.

Plus de 1 500 titres du poète chanteur ont été repris. Il en va ainsi de dizaines d’artistes de renommée mondiale, dont Nina Simone, Johnny Cash, Willie Nelson, Joan Baez, Bob Dylan, Nick Cave, Peter Gabriel, Alain Bashung, Graeme Allwright, Suzanne Vega, sans oublier la version bouleversante d’ « Hallelujah » par Jeff Buckley.

Leonard Cohen a de son côté très rarement repris des titres dont il n’était pas l’auteur. Parmi eux, sa réinterprétation de « La complainte du partisan » (dont la musique est signée Anna Marly, coautrice avec Maurice Druon et Joseph Kessel du « Chant des partisans »). « The Partisan », sera aussi repris à son tour par Noir Désir.

Le 29 juillet 2016, Marianne Ihlen, la muse norvégienne de Leonard Cohen pour qui il compose « So, long, Marianne » disparaît à l’âge de 81 ans. Leonard Cohen, deux jours avant la mort de « la plus belle femme qu’il ait jamais connue », lui écrit une lettre. « Eh bien, Marianne, voici venu le temps où nous sommes vraiment si vieux que nos corps partent en morceaux, et je crois que je vais te suivre très bientôt. Sache que je suis si près derrière toi qu’en tendant ta main, tu peux toucher la mienne (…) Je veux seulement te souhaiter un très bon voyage. Adieu, ma vieille amie. Mon amour éternel, nous nous reverrons. » So long, Leonard Cohen.

Voir par ailleurs:

The Chosen Few
Has an emphasis on education been bad for the Jewish population?
Steven Weiss
Slate
Nov. 9 2012

Jews, as a whole, have done very well for themselves in the West since World War II: Besides the aforementioned Nobel prizes, American Jews, according to one of the largest studies, are nearly twice as likely to have a college degree as the average American and more than four times as likely to have a graduate degree. This translates into a serious economic advantage: American Jews are roughly 33 percent more likely to be employed in a high-status job category, and Jewish households here report around 25 percent higher income than the average American household.

While examining such a phenomenon would have been unthinkable a few decades ago—when Jews generally tended to be more frightened of raising the kinds of topics anti-Semites like to talk about—the past decade or so has seen a wellspring of effort devoted to tackling what’s variously described as Jewish « literacy, » « superiority, » or any number of other things, including « chosenness. »

The core theory usually derives from a mix of two themes that stand out in Jewish history: an emphasis on education and a tendency to be persecuted. For the former, the rabbis of the Talmud and thereafter were fierce advocates of universal primary education, with the best-known example being a Jewish boy indicating his achievement of Jewish adulthood by reading publicly from the Torah at a bar mitzvah. (Universal primary education was boys-only until at least the late 19th century.) In regard to persecution, a common notion is that Jews weren’t allowed to own land throughout much of their history in exile and thus were forced to invest in a form of personal capital that could be of value across geographies. There are other theories, too, some even including a notion of simple genetic superiority, by way of an idea that Jewish communities modified natural selection through upholding scholars as examples of the proper way to be, providing them the choicest wives and expecting them to have many children.

The problem with so many of the theories thus far expounded is that they have gaping holes in logic or evidence so large that let’s just say they’d never make it into the Talmud. By far the largest fault with them is the reality that many of these arguments rely on an idea of the Jewish past that we don’t have any good reason to think is true; just because the rabbis desired it doesn’t mean it was necessarily so. And our overall received notions of a Jewish community that was fiercely observant and often Orthodox also have little evidence to back them up. (And, as Alana Newhouse revealed a couple of years ago, even the images we have of a fiercely pious Jewish shtetl have been largely manipulated.)

Maristella Botticini and Zvi Eckstein started jawing over the issue of the Jews’ economic history in the Boston University cafeteria 12 years ago, and the resulting research, conferences, and communication since has produced the first of a two-volume work, The Chosen Few, that tackles these issues in a way no one has before, taking an interdisciplinary approach to this basic question.

By combining a very thorough look at the historical record with new economic and demographic analyses, the authors summarily dismiss a great many of the underlying assumptions that have produced theories around Jewish literacy in the past. Where many tied the Jewish move into professional trades to the European era when Jews were persecuted, Botticini and Eckstein bring forward evidence that the move away from the unlettered world of premodern agriculture actually happened a thousand years earlier, when Jews were largely free to pursue the profession of their choice. And where so many have simply taken as a given universal literacy among Jews, the economists find that a majority of Jews actually weren’t willing to invest in Jewish education, with the shocking result that more than two-thirds of the Jewish community disappeared toward the end of the first millennium.

Botticini and Eckstein pore over the Talmud and notice the simple fact that it’s overwhelmingly concerned with agriculture, which, in conjunction with archaeological evidence from the first and second century, paints a picture of a Jewish past where literacy was the privilege of an elite few. But these rabbis were also touting a vision of a future Judaism quite different from that which had been at least symbolically dominant for much of Jewish history to that point. Where a focus on the Temple in Jerusalem, with ritual sacrifices and the agricultural economy they required being the standard to that point, these rabbis—broadly speaking, the Pharisees—sought to emphasize Torah reading, prayer, and synagogue. When the sect of Judaism that emphasized the Temple—broadly, the Sadducees—was essentially wiped out by the Romans shortly after the time of Jesus, the Pharisaic leaders, in the form of the sages of the Talmud, were given a mostly free hand to reshape Judaism in their own image. Over the next several hundred years, they and their ideological descendants codified the Talmud and declared a need for universal Jewish education as they did so.

All of this history is widely known and understood, but what Botticini and Eckstein do differently is trace this development alongside the size of the Jewish population and their occupational distribution. The Jewish global population shrunk from at least 5 million to as little as 1 million between the year 70 and 650. It’s not surprising that a conquered people, stifled rebellions, and loss of home would lead to population shrinkage, but Botticini and Eckstein argue that « War-related massacres and the general decline in the population accounted for about half of this loss. » Where did the remaining 2 million out of 3 million surviving Jews go? According to them, over multiple generations they simply stopped being Jewish: With the notion of Jewish identity now tied directly to literacy by the surviving Pharisaic rabbis of the Talmud, raising one’s children as Jews required a substantial investment in Jewish education. To be able to justify that investment, one had to be either or both an especially devoted Jew or someone hoping to find a profession for his children where literacy was an advantage, like trade, crafts, and money lending. For those not especially devoted and having little hope of seeing their children derive economic benefit from a Jewish education, the option to simply leave the Jewish community, the economists argue, was more enticing than the option to remain as its unlettered masses. Two-thirds of the surviving Jewish population, they assert, took that route.

This distinct twist of the population story, which accompanies research showing a shift from nearly 90 percent of the Jewish population engaging in agriculture to nearly 90 percent engaging in professional trades over that same several hundred years, addresses a key problem of previous theories of Jewish literacy: determining what happened to those who wouldn’t be scholars.

Botticini and Eckstein bring other evidence of Jewish tradition generating success in trade. An extrajudicial system of rabbinical courts for settling disputes allowed for the development of the kind of trust required for commercial enterprises to grow. A universal language of Hebrew eased international negotiations. And in a devastating critique of the theory that persecution actually pushed this economic shift along, the economists examine the societies in which Jews originally developed this bias toward trades and find Jews faced no particular discrimination that would have made them less successful in agriculture. In fact, they show, Jews were often discriminated against precisely because of their emphasis on trade, such as in their expulsion from England in 1290, which only came after they were repeatedly told to give up the profession of money lending (eventually echoed in Ulysses S. Grant’s order to expel the Jews from the territory under his command during the Civil War).

And so the Jewish people have grown into a people of two intertwined legacies: a culture in which the Jewishly literate continue to pass the torch and one in which an emphasis on trades was necessary to continue to do so for all but the most fervently devoted. When a given family stopped being devoted or wealthy enough, it simply faded away.

The astonishing theory presented here has great implications for both the Jewish community and the broader world today. For an American Jewish community in which more than 75 percent of day school students are now Orthodox and the top concern for most Orthodox families in repeated surveys is finding a way to pay for ever-increasing tuition costs, the price of admission to the highly affiliated Jewish community is not just a large amount of ritual observance but also a basic need to join the 1 percent—or nearly so. Frequently, one can hear Orthodox Jews joke that $250,000 a year is « minimum wage » for the community; certainly, this overstates things but only by so much. In the New York area, elementary school often carries a price tag of $15,000-$25,000 in post-tax dollars per year; at the high-school level, some tuition rates are well into the $30,000 range. Outside of the New York area, tuition is generally lower, but so is the average income. And as Botticini and Eckstein predicted for their medieval models, modern American Jews who are fiercely devoted but without high incomes will endure significant financial sacrifice to maintain their Jewish lifestyles: The ultra-Orthodox enclave of Kiryas Joel, N.Y., is the poorest city in the country, and ultra-Orthodox communities broadly are frequently both poor and heavy recipients of government assistance.

And for most of the 80 to 90 percent of families representing the non-Orthodox portion of the Jewish community in America, the cost of Jewish education has simply meant great numbers growing up without the ability to read Hebrew or engage with the Bible and other Jewish texts.

Here we see precisely the same dichotomy that Eckstein and Botticini saw in the early years of post-Temple rabbinic Judaism: The especially devoted and wealthy provide their children with a Jewish education, but many others see too high a price in either or both of time and money and so choose a different path.

And yet, so many of today’s unlettered Jews have been able to retain at least some sense of Jewish identity, where their predecessors 1,500 years ago could not. A majority of American Jews today are unaffiliated with the synagogues the Pharisaic rabbis emphasized, and yet 79 percent report feeling « very positive » about being Jewish. In part, Botticini and Eckstein would likely argue, that’s because of America’s unique tolerance of Jews, which removes the economic disincentive of maintaining an identity as a Jewish minority even when one doesn’t have a very strong connection to Judaism.

At the same time, today’s unaffiliated Jews no longer face an economic disadvantage relative to those attending Jewish schools: The aim for universal literacy in America broadly, and increasingly in all corners of the world, has led to the same kinds of professional opportunities for many people in the way that Jews used to have largely to themselves. Or, as Eckstein put it in an interview with me, « Almost everybody has become Jewish, because almost everybody is literate. »

Voir aussi:

Maristella Botticini

April 18, 2013

A note from Paul Solman: Nine years ago, someone sent me an academic paper that put forward a radically new explanation of why Jews have been so successful economically. Written by economists Maristella Botticini and Zvi Eckstein, the paper explained Jewish success in terms of early literacy in the wake of Rome’s destruction of the Temple in 70 C.E. and the subsequent dispersion of Jews throughout the Roman empire – Jews who had to rely on their own rabbis and synagogues to sustain their religion instead of the high priests in Jerusalem.

You may know a similar story about the Protestant Reformation: the bypassing of the Catholic clergy and their Latin liturgy for actual reading of Scripture in native languages and the eventual material benefits of doing so. Why is Northern Europe — Germany, Holland, England, Sweden — so much more prosperous than Southern Europe: Portugal, Italy, Greece, Spain? Why do the latter owe the former instead of the other way around? Might it have something to do with the Protestant legacy of the North, the Catholic legacy of the South?

Botticini and Eckstein have spent their careers studying not Christianity, but Judaism. And they have now come out with a book elaborating on their novel thesis: “The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492,” published by the Princeton University Press.


Maristella Botticini and Zvi Eckstein: Imagine a dinner conversation in a New York or Milan or Tel Aviv restaurant in which three people–an Israeli, an American, and a European — ask to each other: “Why are so many Jews urban dwellers rather than farmers? Why are Jews primarily engaged in trade, commerce,
entrepreneurial activities, finance, law, medicine, and scholarship? And why have the Jewish people experienced one of the longest and most scattered diasporas in history, along with a steep demographic decline?”


Most likely, the standard answers they would suggest would be along these lines: “The Jews are not farmers because their ancestors were prohibited from owning land in the Middle Ages.” “They became moneylenders, bankers, and financiers because during the medieval period Christians were banned from lending money at interest, so the Jews filled in that role.” “The Jewish population dispersed worldwide and declined in numbers as a result of endless massacres.”

Imagine now that two economists (us) seated at a nearby table, after listening to this conversation, tell the three people who are having this lively debate: “Are you sure that your explanations are correct? You should read this new book, ours, “The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History,” and you would learn that when one looks over the 15 centuries spanning from 70 C.E. to 1492, these oft-given answers that you are suggesting seem at odds with the historical facts. This book provides you with a novel explanation of why the Jews are the people they are today — a comparatively small population of economically successful and intellectually prominent individuals.”

Suppose you are like one of the three people in the story above and you wonder why you should follow the advice of the two economists. There are many books that have studied the history of the Jewish people and have addressed those fascinating questions. What’s really special about this one?

To understand the spirit of the study we’ve undertaken, one should borrow two tools: a magnifying glass and a telescope. With the magnifying glass, the reader will be like a historian, who focuses on a place and a time period, painstakingly digs through the sources, and carefully documenting the historical trajectory of the Jews there. A thousand such scholars will offer a detailed description of the history of the Jews in hundreds of locales throughout history.

But with the telescope, the reader will be like an economist, who assembles and painstakingly compares the information offered by the works of the historians, creates a complete picture of the economic and demographic history of the Jewish people over 15 centuries, and then uses the powerful tools of economic reasoning and logic to address one of the most fundamental questions in Jewish history:

Why are the Jews, a relatively small population, specialized in the most skilled and economically profitable occupations?

In doing so, the “alliance” of the historians and the economists offers a completely novel interpretation of the historical trajectory of the Jews from 70 to 1492. In turn, this may help us understand several features of the history of the Jewish people from 1500 up to today, including the successful performance of the Israeli economy despite the recent economic crisis.

The journey of “The Chosen Few” begins in Jerusalem, following the destruction of the Second Temple in the year 70, continues in the Galilee during the first and second centuries, moves to Babylon in Mesopotamia during the fourth and fifth centuries, and then to Baghdad in the second half of the first millennium when the Muslim Abbasid empire reaches its economic and intellectual apex.

At the turn of the millennium, the historical voyage reaches Cairo, Constantinople, and Cordoba, and soon after the whole of western and southern Europe, then turns back to Baghdad in the 1250s during the Mongol conquest of the Middle East before ending in Seville in 1492.

During these 15 centuries, a profound transformation of Judaism coupled with three
historic encounters of the Jews — with Rome, with Islam, and with the Mongol Conquest — shaped the economic and demographic history of the Jewish people in a unique and long-lasting way up to today.

Let’s first start describing the profound transformation of Judaism at the beginning of the first millennium, which has been amply documented by scholarly works. In the centuries before 70, the core of Judaism was centered around two pillars: the Temple in Jerusalem, in which sacrifices were performed by a small elite of high priests, and the reading and the study of the Written Torah, which was also restricted to a small elite of rabbis and scholars. (It was the power of this elite that the Jew Yeshua ben Josef, later know as Jesus Christ, so often decried.)

The destruction of the Temple in 70 at the end of the first Jewish-Roman war was the first of the three external events which permanently shaped the history of the Jewish people. Momentously, it canceled one of the two pillars of Judaism, shifting the religious leadership within the Jewish community from the high priests in Jerusalem to a much more widely dispersed community of rabbis and scholars. In so doing, it transformed Judaism into a religion whose main norm required every Jewish man to read and to study the Torah in Hebrew himself and, even more radically, to send his sons from the age of six or seven to primary school or synagogue to learn to do the same.

In the world of universal illiteracy, as it was the world at the beginning of the first millennium, this was an absolutely revolutionary transformation. At that time, no other religion had a similar norm as a membership requirement for its followers, and no state or empire had anything like laws imposing compulsory education or universal literacy for its citizens. The unexpected consequences of this change in the religious norm within Judaism would unfold in the subsequent centuries.

To understand what happened to the Jewish people in the eight centuries after 70, “The Chosen Few” asks the reader to travel back in time to a village in the Galilee around the year 200. What would the reader see?

They would see Jewish farmers, some rich, some poor who have to decide whether to send their children to primary school as their rabbis tell them to do. Some farmers are very attached to Judaism and willing to obey the norms of their religion, others are not very devout and consider whether or not to convert to another religion. In this rural economy, educating the children as Judaism requires is a cost, but brings no economic benefits because literacy does not make a
farmer more productive or wealthier.

Given this situation, what would economic logic predict? What would likely happen to Judaism and the Jewish people? Given a high preference for religious affiliation, some Jews will educate their children and will keep their attachment to their religion. Other Jews, however, will prefer their material well-being and will not educate their children. Furthermore, a portion of this latter group will likely convert to other religions with less demanding requirements. And so, over time, even absent wars or other demographic shocks, the size of the Jewish population will shrink because of this process of conversions.

But are the predictions of the economic theory consistent with what really happened to the Jews during the first millennium? The historical evidence assembled in our book says yes. The implementation of this new religious norm within Judaism during the Talmud era (third to sixth centuries) determined two major patterns from 70 C.E. to the early 7th century.

The first of these trends was the growth and spread of literacy among the predominantly rural Jewish population. The second: a slow but significant process of conversion out of Judaism (mainly into Christianity) which, caused a significant fall in the Jewish population — from 5 to 5.5 million circa 65 to roughly 1.2 million circa 650. War-related massacres and epidemics contributed to this drastic drop, but they cannot by themselves explain it.

At the beginning of the 7th century, the Jews experienced their second major historic
encounter — this time with Islam. In the two centuries after the death of Mohammed, in 632, the Muslim Umayyad and, later, Abbasid caliphs, established a vast empire stretching from the Iberian Peninsula to India and China, with a common language (Arabic), religion (Islam), laws, and institutions. Concomitant with the ascent of this empire, agricultural productivity grew, new industries developed, commerce greatly expanded, and new cities and towns developed. These changes vastly increased the demand for skilled and literate occupations in the newly established urban empire.

How did this affect world Jewry? Between 750 and 900, almost all the Jews in Mesopotamia and Persia — nearly 75 percent of the world’s remaining 1.2 million Jews — left agriculture, moved to the cities and towns of the newly established Abbasid Empire, and entered myriad skilled occupations that provided higher earnings than as farmers. Agriculture, the typical occupation of the Jewish people in the days of Josephus in the first century, was no longer their typical occupation seven to eight centuries later.

This occupational transition occurred at a time in which there were no legal restrictions on Jewish land ownership. The Jews could and did own land in the many locations of the vast Abbasid Muslim Empire. And yet, Jews moved away from farming. This is of vital importance.

Modern explanations of why the Jews became a population of craftsmen, traders, shopkeepers, bankers, scholars, and physicians have relied on supposed economic or legal restrictions. But these do not pass the test of the historical evidence.

This is one of our main and novel messages: mass Jewish literacy was key. It enabled Jews — incentivized Jews — to abandon agriculture as their main occupation and profitably migrate to Yemen, Syria, Egypt, and the Maghreb.

The tide of migrations of Jews in search of business opportunities also reached Christian Europe. Migrations of Jews within and from the lands of the Byzantine Empire, which included southern Italy, may have set the foundations, via Italy, for much of European Jewry. Similarly, Jews from Egypt and the Maghreb settled in the Iberian Peninsula, and later, in Sicily and parts of southern Italy.

The key message of “The Chosen Few” is that the literacy of the Jewish people, coupled with a set of contract-enforcement institutions developed during the five centuries after the destruction of the Second Temple, gave the Jews a comparative advantage in occupations such as crafts, trade, and moneylending — occupations that benefited from literacy, contract-enforcement mechanisms, and networking and provided high earnings.

Once the Jews were engaged in these occupations, there was no economic pressure to convert, which is consistent with the fact that the Jewish population, which had shrunk so dramatically in earlier times, grew slightly from the 7th to the 12th centuries.

Moreover, this comparative advantage fostered the voluntary diaspora of the Jews during the early middle ages in search of worldwide opportunities in crafts, trade, commerce, moneylending, banking, finance, and medicine.

This in turn would explain why the Jews, at this point in history, became so successful in occupations related to credit and financial markets. Already during the 12th and 13th centuries, moneylending was the occupation par excellence of the Jews in England, France, and Germany, and one of the main professions of the Jews in the Iberian Peninsula, Italy, and other locations in western Europe.

A popular view contends that both their exclusion from craft and merchant guilds and usury bans on Muslims and Christians segregated European Jews into moneylending during the Middle Ages. But our study shows, with evidence we have come upon during more than a decade of research, that this argument is simply untenable.

Instead, we have been compelled to offer an alternative and new explanation, consistent with the historical record: the Jews in medieval Europe voluntarily entered and later specialized in moneylending and banking because they had the key assets for being successful players in credit markets:

  • capital already accumulated as craftsmen and traders,
  • networking abilities because they lived in many locations, could easily communicate with and alert one another as to the best buying and selling opportunities, and
  • literacy, numeracy, and contract-enforcement institutions — “gifts” that their religion has given them — gave them an advantage over competitors.

With these assets, small wonder that a significant number of Jews specialized in the most profitable occupation that depended on literacy and numeracy: finance. In this sector they worked for many centuries. As they specialized, just as Adam Smith would have predicted, they honed their craft, giving them a competitive advantage, right up to the present.

But what if the economy and society in which the Jews lived, suddenly ceased being urban and commercially-oriented and turned agrarian and rural, reverting to the environment in which Judaism had found itself centuries earlier?

The third historic encounter of the Jews — this time with the Mongol conquest of the Middle East — offers the possibility to answer this question. The Mongol invasion of Persia and Mesopotamia began in 1219 and culminated in the razing of Baghdad in 1258. It contributed to the demise of the urban and commercial economy of the Abbasid Empire and brought the economies of Mesopotamia and Persia back to an agrarian and pastoral stage for a long period.

As a consequence, a certain proportion of Persian, Mesopotamian, and then Egyptian, and Syrian Jewry abandoned Judaism. Its religious norms, especially the one requiring fathers to educate their sons, had once again become a costly religious sacrifice with no economic return. And so a number of Jews converted to Islam.

Once again, persecutions, massacres, and plagues (e.g., the Black Death of 1348) took a toll on the Jewish population in these regions and in western Europe. But the voluntary conversions of Jews in the Middle East and North Africa, we argue, help explain why world Jewry reached its lowest level by the end of the 15th century.

The same mechanism that explains the decline of the Jewish population in the six centuries after the destruction of the Second Temple, that is, accounts for the decline of the Jewish communities of the Middle East in the two centuries following the Mongol shock.

None of this was planned. The rabbis and scholars who transformed Judaism into a religion of literacy during the first centuries of the first millennium, could not have foreseen the profound impact of their decision to make every Jewish man capable of reading and studying the Torah (and, later, the Mishna, the Talmud, and other religious texts).

However, an apparently odd choice of religious norm–the enforcement of literacy in a mostly illiterate, agrarian world, potentially risky in that the process of conversions could make Judaism too costly and thus disappear–turned out to be the lever of the Jewish economic success and intellectual prominence in the subsequent centuries up to today. This is the overall novel message of “The Chosen Few.”


Maristella Botticini is professor of economics, as well as director and fellow of the Innocenzo Gasparini Institute for Economic Research (IGIER), at Bocconi University in Milan.

Zvi Eckstein is the Mario Henrique Simonson Chair in Labor Economics at Tel Aviv University and professor and dean of the School of Economics at IDC Herzliya in Herzliya, Israel.

Their current book, “The Chosen Few,” won the National Jewish Book Award for scholarship. Addressing the puzzles that punctuate Jewish history from 1492 to today is the task of the next journey, which the authors will take in their next book, “The Chosen Many.”

Voir également:

The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492

Maristella Botticini, Zvi Eckstein

Princeton – Oxford: Princeton University Press,  2012, pp. xvii-323 (Kindle Edition).
(Heb. Transl. Haim Rubin, Tel Aviv, 2012; It. Transl. Università Bocconi Editore, Milano, 2013)

Cristiana Facchini

The Return of the Grand Narrative

In 1899, Henry Dagan published a short collection of interviews under the title Enquête sur l’antisemitisme.1 All the most prominent French and Italian intellectuals of socialist beliefs were asked a few questions about the rise and spread of anti-Semitism. Amongst the many different answers given for it, a particular one emerged.

Most likely owing to a common socialist culture, the intellectuals that took part in this project explained that the rise of new forms of anti-Semitism could be better understood through the economic prism, therefore presenting anti-Semitism as a response to the economic struggle intensified by capitalism, and ultimately as a form of resentment that spread amongst impoverished middle classes. The chief editor of the Journal des économistes established a parallel that was almost a myth. He claimed that anti-Semitism and hatred against the Jews were to be compared to the expulsion of the Huguenots from France in seventeenth century, as economic and religious persecution usually ran parallel. The religious persecutions of the Huguenots could be explained as economic persecution that applied perfectly to Jews of the nineteenth century. According to this explanation, Catholic religious intolerance caused the expulsion of the most dynamic factions of society, and thus provoked the decline of Catholic nations. Surprisingly enough, this explanation was grounded in seventeenth century Jewish thought, an argument that was originally elaborated by Simone Luzzatto, a learned and sophisticated Venetian rabbi, in an attempted plea for tolerance of the Jews according to the doctrine of raison d’état.2 The decline of Catholic countries was later to be explained as the result of the expulsion of Jews and the rise of new mercantile nations that preached religious tolerance, namely, those of Protestant leaning. How these arguments developed since the early modern period cannot be explored here. Nevertheless, they provide an ideal framework for the understanding of recent trends in historiography of the Jews and Judaism.

Religion and economy have been at the core of scholarly debate and public discussion since the inception of modernity as such. The groundbreaking work of Max Weber and his underlining critique of Marxist interpretation of religion and economy played – and in some ways continue to play – a key role in addressing research in the field of religion and economic modernization. Weber also assigned a significant role to Judaism, although his work contributed to fueling an enormous debate and some resentful reactions, especially from Jewish intellectuals.3 Ever since, historians have been debating the relationship between religion and economy, with each historiographical tradition opposing, criticizing, supporting or correcting Weber’s hypothesis.4

Scholarly research on the economic behavior of religious minorities, and more precisely of merchant communities, has attracted a lot of attention. Works such as Yuri Slezkin and Francesca Trivellato, to mention just a few, analyzed the role of religious and ethnic minorities and the services they provided for their host communities from different angles.5 Historiography on port-cities has suggested that religious minorities – and Jews especially – offered highly specialized services, which added to shaping a certain path to modernity.6

While the above-mentioned works dealt with early modern and modern Jewish history, certainly providing  a ‘grand narrative,’ works that embrace the long sweep of Jewish history, or even the whole notion of Judaism, are much rarer in the context of postmodern narratives. In this sense, the book of Maristella Botticini and Zvi Eckstein is a novelty in the recent historiographical setting, and therefore calls for a short commentary.

The Chosen Few is a book that encompasses the history of the Jews from the destruction of the Second Temple (70 CE) to the expulsion from Spain in 1492. Attempts to write a comprehensive history of Judaism are very rare: there are a few excellent exceptions, with the most outstanding examples being sociologist Shemuel N. Eisenstadt’s Jewish Civilization and Judaism by Catholic theologian Hans Kung. Both perspectives are culturally charged, the first one being from a Jewish standpoint, and the second from a Christian stance. Nevertheless, both are interesting as they convey modes of understanding Judaism in its extraordinary long history and in holistic terms: as a complex religious system, and subsequently, as a civilization that coped with many challenges of various natures.

Ancient Judaism underwent a form of seismic modification that, as Botticini and Eckstein describe, redefined the religious structure of Judaism. The most typical example is the disappearance of the sacrificial system that was organized around the temple of Jerusalem following its destruction in 70 CE. The political collapse of ancient Judaism is the starting point of the Chosen Few, which aims at understanding the epochal changes of rabbinical Judaism, and more precisely, the kind of culture Judaism prompted after what might aptly be called the great “trauma” of the collapse of its ancient and central structure. The Chosen Few deals with the relationship between religious rules and literacy, and accordingly, it attempts to investigate the transformation that Judaism underwent through a relatively long formative period. More precisely, the authors are interested in reassessing some tenets of Jewish history, from late antiquity to the early Renaissance, as they claim in their book.

The Chosen Few is divided into ten chapters, each one dealing with a specific topic: the first one introduces the general theme of the book, and particularly deals with the issue of demography; the second aims at assessing whether or not the Jews were a persecuted minority; the third chapter progresses through a chronological path and deals with the introduction of new rules related to religious literacy as a feature of ancient Judaism; chapter  four is mainly theoretical, whereas chapter five delves into the consequences of literacy from 200-650. The sixth chapter follows up on and analyzes the transformation of Jews from farmers into merchants (750-1150); the seventh deals with migration and the eighth with the key issue of segregation and money-lending (1000-1500); the ninth introduces a lesser-known topic, which is the impact of the Mongol conquest, and finally, the last chapter summarizes the results and offers new insight into future research.

The table of contents clearly reflects major trends in historiography of the latest decades, although both authors address one of the main issues that have been on the agenda of historians and social scientist since the nineteenth century, when historiography on Jews and Judaism developed into a more or less professional discipline. How and why did Jews turn to certain specific professions, namely money-lending, medicine, trade, and a few other specialized urban occupations? The debate over Jews, Judaism and economy is an important part of Western thought, not to mention the very problematic essay composed by Marx on the “Jewish Question”, which fired, along with other writings on religion, the scholarly and public debate on religion and its role in society. These questions reflected a different problem as well, which was related to the process of political emancipation of the Jews in European society. The issue over role of the Jews in the past was twofold, and reflected changes in the process of Jewish integration throughout the nineteenth and early twentieth century. On one hand, supporters of Jewish emancipation suggested that the Jewish economic structure and specialization should also be changed, and that Jews must be permitted to practice professions that they were previously barred from, due to religious hatred. Political emancipation and reforms, like the ones implemented in the Hapsburg Empire, contributed to a great extent in shifting the professional position of the Jews. These achievements and their relatively successful integration into the fabric of modern society incited resentment and new forms of anti-Semitism.

Historians and Jewish historiography in particular underlined how Jews were pushed by legal restrictions and impediments into despised and risky professions, namely to the performance of what was considered “polluted activities.” This was especially true in Christian societies where, though often with a certain ambivalence, some economic activities were forbidden for specific social groups. Authors of The Chosen Few challenge a set of these historical explanations, and expressly claim that they are retroactive historiographical answers that may not be applicable to the history of the Jews in late antiquity and the medieval period. Let us briefly follow the authors on their journey.

The first assumption is that Jews in the ancient world (200b BCE – 200 CE) who lived in Eretz Israel were mainly occupied in agricultural activities. In a time span of a few centuries however, Jews of the Diaspora had dramatically changed their economic and professional position. How had that come into being? The change is particularly indebted to the introduction of a rule that proved to be central, according to Botticini and Eckstein’s account.  It is precisely the rule attributed to Yehoshua ben Gamla, a priest mentioned in the early rabbinic texts, according to which a compulsory obligation to teach Torah to children was enforced as a communal regulation. In comparative terms, this norm was introduced in the background of a religious world that was modeled after the rules of ancient religions, which focused on sacrificial offerings and temple activities, initiation and magic, fasting and prayers.7 Despite their different beliefs and ritual structure, Roman and Greek religions, alongside Zoroastrianism, mysteries religions, Orphic and Dionysian cults, and Mithraism never implemented a law that imposed significant textual knowledge of a written sacred tradition. For historians of religion this is an important innovation indeed, even though the imminent spread of Christianity and Islam would introduce a great number of additional transformations to the religious world of late antiquity.8 We will not discuss the issue extensively; suffice it to note that literacy was not one of the primary interests of other religious groups, which preserved, transmitted and elaborated religious memory in different ways and through other means.

Compulsory Jewish education, the goal of which was primarily religious and not universal, contributed to redefining the borders of Judaism when the “religious market” was fluid and very diverse. In chapter four, the authors apply some known theories based on choice analysis and economic behavior. Moreover, they highlight how a religious system is defined according to its appeal and capability to attract or sustain its members. Religion is one of the many commodities that are available on a relative free market, and it is likely to attract or reject on the basis of its appeal. Men and women will choose according to their expectations and needs. “Religious affiliation typically requires some costly signal of belonging to a club or network,”9 and rabbinic Judaism required literacy and education. According to this norm, Jewish farmers had to send their children to school where the teaching of the Torah was enforced. In other words, it meant they had to invest time and resources in religious literacy, rather than having the help of their children in working the land. Any farming society would be well-acquainted with this problem.

On the basis of this assumption, the authors elaborate a model, which aims to explain the demographic crisis of Judaism between the first and seventh century, and the pattern of conversion. According to the model, the high cost of the norm was likely to drive away Jewish families that were unwilling to receive such low benefits or that were not wealthy enough to support such a request. The idealized Galilean village of around 200 CE, as it is envisioned by the authors, depicts several situations that are likely to provide an explanation for patterns of conversion in late antiquity. The religious farmer, whether wealthy or less so, would perform the norm because the benefits of belonging to the group were higher than the cost of literacy. Yet both the wealthy and the less affluent farmer might also choose to not obey the norm for a number of reasons, and thus would have to accept the social stigma that came with the label of am ha-aretz.10 Ultimately, they might decide to convert and join a different religious group, especially one of the many Christian sects that proliferated in the late antiquity period, and that were quite familiar, particularly those still following certain Jewish rules (as the Ebionites did). Rich and poor were likely to pay the cost of compulsory religious literacy and belong to the group; or, they might avoid the cost and live on the margin of the religious group, ultimately deciding to convert to another religion.

This theory is fascinating and offers new insight into what can be termed self-segregation rules, focusing, in this case for example, on literacy more than the laws of purity. It also provides an explanatory theory for conversion that is applicable to societies that are relatively open and pluralistic in their religious organization. Examples of microhistory, which are not provided for this period, might shed light on the opportunities, constraint and options made available to a small or larger group of Jews. Their choices would be determined by a number of factors that would influence their actions and practice.

The implementation of the rule of religious education spread during the Talmudic period (200-650) when the society of farmers became literate. Talmudic literature, Gaonic responsa and archeological evidence from synagogues indicate a strong emphasis on universal education.

The implementation of rule over education coincides with the demographic decline detected by scholars. Although figures vary, there is a scholarly consensus on the dramatic drop of the Jewish population between the fall of the temple and the end of the Talmudic period. The causes of this decline were usually attributed to the impact of wars, famine, plague and changes in fertility rates. However, Botticini and Eckstein claim that these explanations are not supported by evidence, and the only explanation for the demographic demise of the Jewish population is conversion. As the theory suggests, conversion of Jews to Christianity escalated as a result of religious rules that enforced increased literacy in the framework of a farming society.

In the following centuries major changes took place in the religion and culture of the Jews, and the structure of the Jewish Diaspora was reconfigured. What were the consequences of this process? From chapter six onward, the theory defined in the previous chapters is used to explain the main, though inadvertent, changes in the social structure of Judaism. The world of literate farmers was destined to develop into a world of urban professionals composed of merchants, doctors, craftsmen, and artisans. As a part of the old Diaspora vanished in highly Hellenized areas, a new Diaspora rose in those regions that underwent a religious revolution around the seventh century CE. The majority of Jews now lived in Mesopotamia and Persia, where they slowly abandoned agriculture and moved to villages in order to practice new professions. This transformation reached its apex after the establishment of the Abbasid Empire.11 “This occupational transition took about 150 years: by 900 the overwhelming majority of the Jews in Mesopotamia and Persia were engaged in a wide variety of crafts, trade, moneylending and medicine.”12

The rise of Islam and the establishment of a world-wide, highly urbanized and dynamic empire offered the ideal setting for the benefits enhanced by literacy. The authors claim that, in the changing context of the Muslim caliphate, religious literacy had “spillover effects,” meaning that skills acquired by learning to read and write might improve the ability to count, write contracts and letters, and therefore bolster practices of law-enforcement. The improvement in technology, science and art that accompanied the development of a sophisticated empire contributed to the dissemination of literacy at large, and these main changes in society contributed to reinforcing literacy among Jews. Using ample evidence from the Cairo Geniza and specifically Shelomo Goitein’s research, the authors highlight that literacy was spread among Jewish communities of the Muslim world, where, one should add, seventy percent of Jewry lived.

Following Avner Greif, the authors stress how rabbinic Judaism, with Talmudic and responsa literature, were able to build a system of legal protection which operated as a contract-enforcement mechanism, even in the absence of a state. In this sense, a common language and high literacy contributed to transforming Jewish settlements and their professional landscape radically, prompting a change that, according to Botticini and Eckstein, would continue in the following centuries.

The following chapters are devoted to describing the formation of a voluntary Diaspora, and focus on the rise of Western European Jewry. How did Jews arrive to the Christian countries of Western Europe?

Chapter seven and eight address the question of how the Diaspora came into being, and how Jews willingly moved from different areas – mainly to cities – in search of better social conditions and professional options. The arrival of Jews into the diverse and parceled Christian kingdoms of the Middle Ages suggests that Jews were invited, in small groups, to offer their highly specialized services. A parallel development in the cultural and religious milieu took place in the same period, with the emergence of the great rabbinic centers of France and Ashkenaz that contributed to normalizing support for these new settlements. By the year 1000, charters show that Jews could own land, and were involved in the fields of craft, trade and medicine in general, with highly specialized urban professions. However, money-lending was not a distinctively Jewish occupation. How did Jews become involved in money-lending?

The answer follows the path of argumentation which was set forth earlier. The authors explore different historical explanations, according to which Jews were pushed into money-lending: one suggests that they were thrust into it because of the exclusive membership of Christian guilds (Roth); another one emphasizes persecutions and portable capital as driving forces that produced this professional specialization, and the last explanation is given by Haym Soloveitchik, which regards the laws on buying and selling wine in medieval Europe. Because wine was a profitable commodity, Jewish involvement with this business needed to be formally and legally sanctioned from within the Jewish community. According to Soloveitchik, laws regulating wine trade and consumption were gradually softened by eminent rabbis – particularly Rashi –    and the strict rules that forbade Jews to drink, buy and sell wine produced by Gentiles was slowly lifted.

Botticini and Eckstein offer some historical examples of a Jewish preference for money-lending. Both English and French cases illustrate how Jews became preeminent in money-lending and how later, between the thirteen and the fourteenth century, they were slowly replaced by Christians, especially Lombards and Florentines. Jews were expelled from England in 1290, more than a century after the appearance of ritual murder libels. In France, after reaching a key role in money-lending, Jews were expelled at the end of fourteenth century, and the same pattern is traceable throughout German lands and elsewhere, with the exception of the Italian states and the Iberian Peninsula.

“We show that the entry and then specialization of the Jews in lending money at interest can be explained by their comparative advantage in the four assets that were and still are the pillars of the financial intermediation: capital, networking, literacy and numeracy, and contract enforcement institutions.”13 This is the leitmotif that supports the whole narrative, which is a grand narrative on Judaism: literacy and economic performances. An inadvertent revolution was launched by rabbis in the midst of a great trauma, and with the collapse of the ancient politeia, and through compulsory religious education of male children, a great transformation that would subsequently be well-suited for the social and economic integration in developed empires and economies was triggered. The theory is certainly intriguing and attractive, and at times very convincing. “Lachrymose history” is not part of this story, which instead highlights the positive and creative effort of Judaism in Muslim and Christian lands. Moreover, a number of historical certainties are challenged and a different explanation is offered, on the basis of microanalysis or detailed accounts of historical material. A wide and impressive amount of secondary literature is described and thoroughly discussed, along with a number of primary sources.

Ultimately, as I have already said, the book is both a historical account of Judaism, and a history of the Jews covering a relatively long historical period and which offers a fairly new interpretation through the lens of economic history. Such an undertaking indicates a certain interest in the return of grand narratives, after a period of postmodern historical practices that made a narrative of any kind impossible.

Nevertheless, as with every grand narrative that aims at providing one unique explanation for historical facts, this one provokes a number of questions and possible critical responses. I will mention only three problems that may be of some relevance.

1. First of all, one must recall that the Diaspora did not begin after the fall of Jerusalem, but rather, was a conspicuous and relevant component of ancient Judaism. Jews lived in metropolises, like Rome and Alexandria, and were likely engaged in urban activities. Historiography on Christianity has stressed that Christianity spread first and foremost in the great urban centers of the Roman Empire, although the movement of Jesus was mainly throughout villages. The fascinating theory of conversion offered by the authors is therefore interesting, but needs to be supported by more evidence.

2. Considering the wide scope of the book and the claim to a universal and general explanatory theory of Judaism, some comparison with other similar groups was needed. In which way did Judaism in the Muslim empire differ from Christian minorities, which in turn were endowed with similar trades? How then are Armenians, Greek Orthodox, or various sectarian religious groups to be evaluated when they competed with Jews and performed similar roles?

3. Theory and history are somehow disconnected in this book. The theory the authors offer is applied to very different historical, social and religious contexts. One wonders if the organization of economy in the Muslim empire and the one in Medieval Christian Europe does not bear multiple and dissimilar features, resulting in a perpetually different relationship with Judaism, when not directly influencing it.

Anachronism is generally inevitable, but my impression is that it strikes as too strong an element in this narrative. Is it possible to assume, with the help of economic theory and modeling, that a peasant in the ancient world would behave exactly as a contemporary peasant in a third world country? The long journey back in time requires, among other things, identification with a world that might have been radically different. Moreover, this long journey is often an intricate path into a labyrinth, which the historian is impelled to explore in its multiple directions.

Cristiana Facchini, Alma Mater Studiorum Università di Bologna


[1] Enquête sur l’antisemitisme, ed. Henry Dagan, (Paris: Stock 1899).
[2] See Simone Luzzatto, Scritti politici e filosofici di un ebreo scettico nella Venezia del Seicento, a cura di Giuseppe Veltri (Milan: Bompiani, 2013); Jonathan Karp, The Politics of Jewish Commerce. Economic Thought and Emancipation in Europe, 1638-1848 (Cambridge: Cambridge University Press, 2008).
[3] Max Weber, Ancient Judaism (New York: Free Press, 1952).
[4] I refer, for example, to Catholic scholars who have tried to show how Catholicism fueled economic modernity, following Weber’s path but attempting to amend it. Trevor Roper offered a different interpretation of Weber’s theory, claiming that modernity and capitalism were initiated by merchant communities who practiced a form of “erasmianism.” Sombart opposed his interpretation of capitalism as a byproduct of Judaism, although with an anti-Semitic twist.
[5] Yuri Slezkine, The Jewish Century (Princeton – Oxford: Princeton University Press,  2004); Francesca Trivellato, The Familiarity of Strangers: The Sephardic Diaspora, Livorno, and Cross-cultural Trade in the Early Modern Period (New Haven: Yale University Press, 2009).
[6] For a more complex view on minorities and port-cities see: Tullia Catalan, “The Ambivalence of a Port-City. The Jews of Trieste from the 19th to the 20th Century,” Quest. Issues in Contemporary Jewish History 2/2011: 69-98.
[7] These ritual settings relating to different religious systems appeared in the ancient world (chap. 3).
[8] For a brief introduction to these themes: Guy G. Stroumsa, The End of Sacrifice: Religious Transformations of Late Antiquity (Chicago: Chicago University Press, 2009).
[9] Botticini, Eckstein, The Chosen Few, pos. 2334.
[10] There is a lot of literature on ammei ha-aretz, “people of the land.” Botticini and Eckstein affirm that they are those people/Jews unwilling to perform the norm of learning the Torah.
[11] Botticini, Eckstein, The Chosen Few, Chapter 5.
[12] Chapter 5, pos. 3326.
[13] Chapter 8, pos. 6131.
Voir également:

The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492
By Maristella Botticini and Zvi Eckstein
Princeton University Press, 323 pages, $39.50

What if most of what we thought we know about the history of the Jewish people between the destruction of the Second Temple and the Spanish Expulsion is wrong? This intriguing premise informs The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492, an ambitious new book by economists Maristella Botticini and Zvi Eckstein.

Seventy-five years after historian Salo Baron first warned against reducing the Jewish past to “a history of suffering and scholarship,” most of us continue to view medieval Jewish history in this vein. “Surely, it is time to break with the lachrymose theory of pre-Revolutionary woe, and to adopt a view more in accord with historic truth,” Baron implored at the end of his 1928 Menorah Journal article “Ghetto and Emancipation: Shall We Revise the Traditional View?”

Botticini and Eckstein could not agree more, and in the book they systematically dismantle much of the conventional wisdom about medieval Jewish history. For example, they explore how the scattered nature of the Jewish Diaspora was driven primarily by the search for economic opportunity rather than by relentless persecution. They also demonstrate that war-related massacres only account for a fraction of the Jewish population declines from 70 to 700 C.E. and from 1250 to 1400 C.E., and cast serious doubt on the theory that widespread conversion to Christianity and Islam during these periods was motivated primarily by anti-Jewish discrimination. Likewise, they show that restrictions on Jewish land ownership and membership in craft guilds in Christian Europe — factors that are often cited to explain medieval Jews’ proclivity for trade and moneylending — postdated by centuries the Jews’ occupational shift from agriculture to commerce.

The authors are hardly alone among scholars in advancing their case. But in consolidating a vast secondary literature into a concise and compelling argument, they provide a commendable service. Their demolition job is not an end in itself, however. Rather, it affords them with an opportunity to advance their own unifying theory of Jewish history to fill the explanatory void.

As the subtitle of their book suggests, the authors look to education to explain the across-the-board transformation of Jewish life in the first 15 centuries of the Common Era. Specifically, they zero in on the rabbinic injunction that required fathers to teach their sons how to read and study the Torah.

Literacy, they argue, was the engine that drove the train of Jewish history. It facilitated the economic transformation of the Jews from farmers to craftsmen, merchants and financiers. It encouraged their mobility, as they went in search of locations that presented the prospect of profitability. It determined their migration patterns, specifically their congregation in bustling city centers throughout the Muslim world, where they were able to thrive in myriad urban occupations such as banking, cattle dealing, wine selling, textile manufacturing, shopkeeping and medicine.

It also explained their scattered settlement in scores of small communities throughout Christian Europe, where the demand for skilled occupations was far more limited. It was even indirectly responsible for Jewish population decline. Botticini and Eckstein suggest that illiterates were regarded as outcasts in Jewish society and that a substantial percentage chose to escape denigration and social ostracism by embracing Christianity and Islam, where illiteracy remained the norm.

Once the occupational and residential transformation from farming was complete, the authors argue, there was no going back. Jews paid a high premium for their literate society. Jewish cultural norms required the maintenance of synagogues and schools, and presumed that families would forgo years of their sons’ potential earnings to keep them in school. When urban economies collapsed, as they did in Mesopotamia and Persia as a result of the Mongol conquest, the practice of Judaism became untenable, and the result was widespread defection through conversion to Islam. Accordingly, the Jews became “a small population of highly literate people, who continued to search for opportunities to reap returns from their investment in literacy.” And thus they remained up to the present day.

Botticini and Eckstein’s argument seems tailor-made for the present American environment of stagnant, if not declining, economic resources. In an age where steep day school tuition has (unintentionally) become a form of birth control in modern Orthodox circles and contributed to sluggish enrollment rates among the non-Orthodox, Jewish practice is once again in danger of becoming unsustainable. American Jewish assimilation is often understood as a function of Jewish apathy, but perhaps part of the problem is that Judaism is pricing itself out of the market.

The authors’ theory may leave some a little queasy, including those who have rationalized the Jewish proclivity for moneylending in medieval England, France and Germany as a logical response to antagonistic authorities who systematically cut them off from other avenues of economic opportunity. Many of these same defenders of Jewish honor have been quick to insist that nothing particular to Judaism itself promoted moneylending.

Botticini and Eckstein have little patience for this sort of apologetics. On the contrary, they insist, Jews were naturally attracted to moneylending because it was lucrative and because they possessed four significant cultural and social advantages that predisposed their success. First and foremost was rabbinic Judaism’s emphasis on education; literacy and numeracy were prerequisite skills for moneylending.

Jews were also able to rely on other built-in advantages, including significant capital, extensive kinship networks, and rabbinic courts and charters that provided legal enforcement and arbitration mechanisms in the cases of defaults and disputes. The authors add that while maltreatment, discriminatory laws and expulsions were frequently motivated by the prevalence of Jews in moneylending, they played little or no role in promoting this occupational specialization.

The relevance of cultural determinism is the subject of vigorous debate in intellectual circles, as evidenced by the recent brouhaha over Republican presidential candidate Mitt Romney’s remarks about the differences in wealth between Israel and the Palestinian territories being the result of cultural differences. Most scholars would probably dismiss Romney’s argument as “dangerously out of date,” as Jared Diamond recently wrote in The New York Times. At the same time, Diamond and others warn against mono-causal explanations for socioeconomic historical trends, and such concern is warranted for “The Chosen Few” as well.

Of particular concern is the relative paucity of evidence that Botticini and Eckstein marshal for their literacy argument. Talmudic pronouncements on the importance of education can easily, and inaccurately, be read as descriptive rather than prescriptive, and the authors arguably overestimate the influence of the rabbis on the behaviors and self-definition of the Jewish masses.

They seem to be on firmer ground once they have recourse to the variegated documents in the Cairo Genizah, but they devote almost no attention to Jewish educational trends in Christian Europe. They also have little to say on the extent to which instruction in arithmetic and the lingua franca supplemented a school curriculum designed to promote facility in reading and interpreting Hebrew and Aramaic holy books. Instruction in these areas would have a direct impact on the Jews’ ability to function in an urban economy. Undoubtedly, Jewish school attendance rates and curricular norms varied by location and over time.

To be fair, the history of Jewish education remains an understudied subject, leaving Botticini and Eckstein relatively few secondary sources from which to draw evidence. One can say that their economic theory is plausible, particularly if it is advanced in conjunction with other factors.

But the jury must remain out in the absence of more conclusive hard evidence. Hopefully, the fascinating and elegant argument set forth in “The Chosen Few” will encourage historians to interrogate literary sources and archaeological evidence in search of a clearer picture about Jewish educational norms, Jewish literacy and its impact on the demographics and socioeconomic trajectory of Jewish life in the Middle Ages.

Jonathan B. Krasner is Associate Professor of the American Jewish Experience at Hebrew Union College – Jewish Institute of Religion, in New York.

 Voir encore:

TROUBLESOME INDEED: JEWS, GENES & INTELLIGENCE
Paul S. Appelbaum, Diana Muir Appelbaum

GeneWatch 27-2
May-July 2014
Jews play a disproportionate role in A Troublesome Inheritance: Genes, Race and Human History, an extended argument by Nicholas Wade for the impact on modern life of genetic differences among races. Why are Jews so important to the story? Because, well, says Wade, Jews are such a really smart race. Of course, there’s an irony here. The last time genes were used to explain why some whole peoples prosper and others don’t – during the Progressive Era’s eugenics movement – Jews were held up as a people of innately low physical, moral, and intellectual capacity. Now, Wade and others tell us that Jews are endowed by evolution with superior verbal and mathematical ability (albeit not spatial intelligence; in Wade’s view, Jews stopped hunting so long ago that Jewish genes can’t find their way out of a paper bag).

Wade, a respected science writer, casts himself as a new Darwin, announcing that « human evolution has been recent, copious and regional. » He points out that natural selection for certain genes has enabled human groups in the Himalayas, Andes and the Ethiopian plateau to evolve capacities to thrive at high altitudes. Moreover, other genetically transmitted traits, such as the ability to tolerate the lactose in cow’s milk, have spread across geographic regions. So far, so good, but note that this is pretty much as far as the really solid evidence for recent, regional human evolution goes.

Wade is after bigger game. He wants to argue that events like the bifurcation of the world into farmers and hunter-gatherers, which began about 10,000 B.C.E., or the « rabbinical requirement for universal male literacy » may have produced genetic adaptations favoring specific kinds of social and emotional intelligence within particular ethnic or racial groups. And for Wade that includes « a genetic enhancement of Jewish cognitive capacity. »[1]

Operating on a global scale, Wade argues that the regional (or if you prefer, racial) evolution of mental capacities can answer such big questions as: Why is European civilization more prosperous than other cultures?  Max Weber fingered the Protestant Ethic as the cause, while Jared Diamond argued for environment in Guns, Germs and Steel.  Wade relies on the thesis of a remarkable 2007 book by economic historian Gregory Clark, A Farewell to Alms: A Brief Economic History of the World, which was reviewed for the New York Times by… Nicholas Wade. Clark suggested that the Industrial Revolution happened when « [t]hrift, prudence, negotiation and hard work were becoming values for communities that previously had been spendthrift, impulsive, violent and leisure loving. » Then he startled the academic world by proposing a novel causative mechanism for this shift.

Clark proposes that most English girls from successful families married men less prosperous than their fathers, and that these children of prosperity out-reproduced the offspring of the poor, giving England bumper crops of penniless youth endowed with the virtues that created the industrial revolution. Clark acknowledges that this was a cultural phenomenon – modestly fixed parents taught their children the virtues that had made grandpapa rich – but he argues that an overlooked key to success lay in upscale genes.

Reviewers asked for evidence, and Clark produces it in a new book, The Son Also Rises, in which a multi-lingual phalanx of research assistants mine a diverse array of data seeking out peculiar surnames. It turns out that everyone from banking moguls to registered paupers can bear surnames shared by a mere handful of people. By tracing rare surnames over time, Clark demonstrates that when a man with an odd surname owned substantial property in England in the 1300s, or was a Swedish intellectual in the 1600s, or passed the Imperial Chinese examinations to become a Mandarin during the Song Dynasty, people with that surname were more successful than average for the next 400 or even 1,000 years.

Clark finds more social mobility in the 1400s than you probably imagine, and less today than you probably wish.  Accomplishment, he thinks, runs in families, and high status « is actually genetically determined. »[2] Whether he proves his case is a different matter.

After all, the child of successful parents is likely to be taught real skills, such as good grammar, vocabulary, and a « proper » accent, and he or she may also benefit from ineffable advantages. Given that even in egalitarian Sweden, people from old families with aristocratic names like Rosenkrantz and Guildenstern or Latin ones like Linnaeus do better than Swedes with « peasant » names like Johnsson, it could be that just having an impressive surname contributes to success. Moreover, a growing body of data supports the idea that success is largely dependent on believing that success is possible. Amy Chua and Jeff Rubenfeld tap into something like this in The Triple Package: How Three Unlikely Traits Explain the Rise and Fall of Cultural Groups in America, proposing that a sort of superiority complex accounts in part for the success of certain immigrant groups, including Jews and Chinese.

But Nicholas Wade’s just-so story about Ashkenazi success relies on a bold 2012 book, The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, by economists Maristella Botticini and Zvi Eckstein. Here he finds evidence that Jews « adapted genetically to a way of life that requires higher than usual cognitive capacity, » representing « a striking example of natural selection’s ability to change a human population in just a few centuries. »[3]

Botticini and Eckstein argue that most ancient Jews were farmers who did not need literacy to earn a living.  When Judaism re-formed around text study following the destruction of the Temple in 70 C.E., parents were forced to pay school fees if they wanted their children to stay Jewish.  According to Botticini and Eckstein, over the next six centuries the Jewish population plummeted from 5.5 to 1.2 million because only boys from families with an unusual degree of commitment, or those whose sons had the brains and diligence to pore over legal texts, paid to send their children to school. Everyone else converted to Christianity, a dramatic selection event that Wade describes as possibly « the first step toward a genetic enhancement of Jewish cognitive capacity. »[4] And so it might be if there were evidence that it happened – and if there actually is a gene for diligence.

It is not clear why we should assume that families with « low-ability sons » converted to Christianity while those with « smart and diligent » sons paid for an expensive Torah education not calculated to lead to a high-earning career.[5] Why not assume that parents of smart and diligent sons would have improved their prospects by converting (see late 19th-century Germany, for example), or by having them taught Greek or Latin?  After all, that is what almost everybody else in the Roman Empire did. The first and second centuries teemed with now-forgotten religions: the cult of Isis, the Dionysian Mysteries and Mithraism were wildly popular and growing fast. The real question is why a million or so Jews remained Jewish in a late Roman world where persecution of non-Christians and the advantages of joining the new imperial church drove other, more popular religions to extinction?

Botticini and Eckstein support their model with « archaeological discoveries that document the timing of the construction of synagogues » in which children could be educated. They explain that « the earliest archaeological evidence of the existence of a synagogue in the Land of Israel » dates to the mid-1st century C.E.[6] This is an enormous misstatement of fact. A number of pre-destruction Palestinian synagogues have been identified, the earliest uncovered so far, in Modi’in, dating to the early 2nd or late 3rd century B.C.E.

Which brings us to the question of whether Botticini and Eckstein’s selection event ever occurred.  Some numbers cited by Botticini and Eckstein are just plain wrong.  For example, they summarize the findings of ancient historians Seth Schwartz and Gildas Hamel, and of archaeologist Magen Broshi, as « the Land of Israel hosting no more than 1 million Jews. »[7] Schwartz actually wrote: « Palestine reached its maximum sustainable pre-modern population of approximately one million in the middle of the first century. Probably about half of this population was Jewish. »  Thus, Botticini and Eckstein miscite Schwartz’s « about half of » for a population of one million Jews.  They then guess that there were, in fact, 2.5 million Jews in Israel.

There are no accurate counts of ancient Jewry. Estimates that no more than 1 million people could have lived in the Land of Israel in the first century were derived from arable acreage and crop yields. And there is no evidence suggesting that ancient Israel had the capacity to import the gargantuan volumes of falafel mix that would have been required to feed a population of over a million.  (Rome imported wheat on that scale; Israel didn’t.) Botticini and Eckstein choose, without offering a rationale, one contemporary demographer’s « cautiously » offered estimate of 4.5 million Jews total in the ancient world. Then they blithely add up to a million more Jews, to reach their 5 – 5.5 million number. But graphing an unsubstantiated number, as they do, does not make the number accurate.

If we accept more conservative estimates of 2 or even 2.5 million Jews worldwide before the year 70, loss of a million or so during and after the brutal Roman-Jewish Wars, when it is assumed that many Greek- and Latin-speaking God-fearers fell away from Judaism, is not surprising.  Judged by the evidence they provide, Botticini and Clark’s elegant model in which the choices of ancient Jewish farmers facing high tuition bills produced a dramatic selection event doesn’t hold water.

But Wade is a man in search of data to support his theory of recent, regional evolution.  Ashkenazi Jews are among the most intensively studied of ethnic genetic clusters, and he tracks them down the Rhine Valley like a bloodhound. The Ashkenazi Jewish community was founded by a mere handful of Jews living along the Rhine about a thousand years ago, and founder effects can be genetically powerful.  It is not absurd to regard Ashkenazim as a large cousinhood – something like the Darwins and Wedgwoods, two intertwined families that have produced generation after generation of accomplished offspring.  Because the number of founders was so small, and Jews married one another, genetic characteristics could have been amplified within the community.

However, Clark does not flag the founder effect as the cause of Ashkenazi success. He posits a centuries-long selection, beginning as described by Botticini and Eckstein and continuing because only the successful could afford to pay the punitive taxes imposed on Jews by Muslim and Christian governments. « There must have been some selection based on talent. »[8]

Perhaps there was.  The actual evidence, however, is spotty, and the sources for the event provided by Botticini and Eckstein are sometimes downright creepy.  Botticini and Eckstein support their hypothesis with the information, repeated by Clark that, « passages by early Christian writers and Church Fathers indicate that most Jewish converts to Christianity were illiterate and poor. »[9] This information, however, is cited to outdated work by Adolf von Harnack, turn-of-the-century German theologian whose anti-Judaism prepared the way for Nazi anti-Semitism and who, as President of the Kaiser Wilhelm Society, created the infamous Institute for Anthropology, Human Heredity and Eugenics.

There are good reasons to be suspicious of arguments suggesting powerful selection effects over brief time frames for cognitive abilities. To be sure, intelligence – at least the form most frequently measured by psychologists – has a clear genetic component. But years of research have failed to identify any genes that account for this effect. The dominant explanation is that intelligence, like height, may be determined by the cumulative effect of scores, perhaps hundreds of genes, each of which makes an incremental contribution to cognitive ability. To further complicate things, those genes may interact to amplify or negate their influences on intelligence, and it is certain that environment plays a key role. Indeed, recent evidence indicates that genetic effects on intelligence are stronger in high socioeconomic circumstances, which presumably allow maximization of individual potential, but fade away in poor families.

With scores of genes likely involved, most distributed widely in the population, selection for or against particular genes becomes more difficult and time-consuming. The rapid selection event on which Wade (following Botticini and Eckstein) relies hence strains credulity from a biological perspective. Although some guesses about how the Jews got their disproportionate share of Nobel prizes put forward in these books could be right (after all, it’s awfully hard to disprove an untestable theory), there is very little evidence to support them and good reasons to doubt their validity.

Diana Muir Appelbaum is an author and historian.

Paul S. Appelbaum is Dollard Professor of Psychiatry, Medicine & Law at Columbia University, where he directs a center on the ethical, legal and social implications of advances in genetics.

ENDNOTES

1. A Troublesome Inheritance: Genes, Race and Human History, by Nicholas Wade, Penguin Press, 2014, p. 212.

2. The Son Also Rises: Surnames and the History of Social Mobility, by Gregory Clark, Princeton University Press, 2014, p. 281.

3. The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, by Maristella Botticini and Zvi Eckstein, Princeton University Press, 2012, p. 199.

4. Wade, p. 211.

5. Botticini and Eckstein, p. 93 and p. 82.

6. Ibid., p. 103-4.

7. Ibid., p. 274.

8. Clark, p. 230.

9. Ibid., p. 231.

Voir de plus:

 10/07/2013
David Mamet writes that there are two kinds of places in the world: places where Jews cannot go, and places where Jews cannot stay.

So how exactly have the Jews survived?

According Maristella Botticini and Zvi Eckstein, authors of The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492 (Princeton University Press, 2012), the answer has as much to do with economics as with spirituality.

Five major events rocked the Jewish world during those 1,422 years: the destruction of the Second Temple, the rise of Christianity; the birth of Islam; birth of modern Christian Europe; and the Mongol invasion. Since Jews who aren’t university professors (and there are some) often view events through a lens of “Is this good or bad for the Jews?” I’ll summarize the authors’ findings in that manner.

Destruction of the Temple and the rise of Christianity—bad for the Jews. After the year 70, the priests who ran the Temple were no longer in the ascendency, yielding power to the Jewish rabbis and scholars who ultimately wrote the Talmud over the next few centuries. Most Jews (and most of everyone else) were farmers back then. After the destruction of the Temple, the worldwide Jewish population dwindled not just because of war and massacre, but because of economics.
If you were devout and wealthy, you were likely to pay for your sons’ Jewish education.

If you were spiritual but didn’t have much money, you became a Christian or joined one of the other popular groups that didn’t require an expensive Jewish education. What good is a son who can read the Torah if you just want him to help harvest pomegranates? So economics dictated who stayed and who strayed.

The rise of the Islamic empire: surprisingly, good for the Jews.

When Muhammad appeared in the seventh century, Jews began to move from farms into new Moslem-built cities including Baghdad and Damascus. There they went into trades that proved far more lucrative than farming, most notably international trade and money lending. In those arenas, Jews had enormous advantages: universal literacy; a common language and religious culture; and the ability to have contracts enforced, even from a distance of thousands of miles.

The Moslem world then stretched from the Spain and Portugal to halfway across Asia. Anywhere in the Arab ambit, Jews could move, trade, or relocate freely and benefit from their extensive religious and family networks. According to thousand-year-old documents found in the Cairo Genizah, business documents linking Jewish traders across the Arab world would have Jewish court decisions written on the back. So Jews could send money or goods thousands of miles, certain their investments would be safe.

European Christianity from the year 1,000: not so good for the Jews.

If Islamic culture offered Jews a warm welcome, Western Europe was a mixed blessing.

Seemingly every few dozen miles in Western Europe, a different prince or king was in charge, with different laws, different requirements for citizenship, and different attitudes about the Jews. Some places were extremely welcoming of Jews; others less so. Monarchs might boot out their Jewish populations in hard economic times, so that Gentile citizens wouldn’t have to repay their loans, only to welcome them back when the economy improved.

Contrary to common belief, Botticini and Eckstein write, Jews weren’t forced into money lending because they were forced out of guilds. Under Muslim and Christian rule alike, Jews went into finance centuries before the guilds were even founded. In other words, Jews chose careers in finance the same way the best and the brightest in modern American culture head for Wall Street and business school.

Western Europe, therefore, was a mixed blessing for the Jews. On the upside, they could do business, live their Jewish lives, and establish some of the finest Talmudic academies in Jewish history. Alas, Jews were also subject to massacres and expulsions, which happened with terrifying regularity across the centuries, culminating in the Spanish Inquisition of 1492.

Meanwhile, back in the Middle East: the thirteenth-century Mongol invasion: bad for the Jews. Oh, really, really bad for the Jews.

The relative freedom and safety the Jews enjoyed under Muslim rule came to an abrupt halt in the early 13th century, when Genghis Khan and his marauders attacked and leveled most of urban civilization that the Moslems had so painstakingly built up over the centuries.

With the destruction of cities and urban institutions, those Jews fortunate enough to survive the Mongol invasion had no option other than going back to farming. Some stayed; some converted to Islam. So the numbers of Jews in formerly Arab lands would remain low for hundreds of years, until all traces of Mongol civilization were wiped out and the world began to rebuild.

The poet Ogden Nash once wrote, “How odd of God/To choose the Jews.” If you’ve ever wondered how the Chosen People survived the vagaries of history, reading The Chosen Few will give you answers you cannot find anywhere else.

Voir enfin:

Authors examine education’s impact on Jewish history

August 8, 2014

Why has education been so important to the Jewish people?

Author Maristella Botticini says a unique religious norm enacted within Judaism two millennia ago made male literacy universal among Jews many centuries earlier than it was universal for the rest of the world’s population.

“Wherever and whenever Jews lived among a population of mostly unschooled people, they had a comparative advantage,” Botticini tells JNS.org. “They could read and write contracts, business letters, and account books using a common [Hebrew] alphabet while learning the local languages of the different places they dwelled. These skills became valuable in the urban and commercially oriented economy that developed under Muslim rule in the area from the Iberian Peninsula to the Middle East.”

Emphasizing literacy over time set Jews up for economic success, say Botticini and Zvi Eckstein, authors of the 2012 book “The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History.”

An economic historian, Botticini earned a B.A. in Economics from Università Bocconi in Milan and a Ph.D. in Economics from Northwestern University. After working at Boston University, she returned to Italy and works at her alma mater. An economist, Eckstein received his B.A. from Tel Aviv University and his Ph.D. from the University of Minnesota. He spent five years as the Bank of Israel’s deputy governor, and is now dean of the School of Economics at the Interdisciplinary Center in Herzylia.

In their book, which they describe as a reinterpretation of Jewish social and economic history from the years 70 to 1492 A.D., Botticini and Eckstein say that Jews over those years became “the chosen few”—a demographically small population of individuals living in hundreds of locations across the globe and specializing in the most skilled and urban occupations. These occupations benefit from literacy and education.

“Our book begins with the profound and well-documented transformation of the Jewish religion after the destruction of the Second Temple in 70 [AD] at the end of the first Jewish-Roman war,” Eckstein tells JNS.org. “Judaism permanently lost one of its two pillars—the Temple in Jerusalem—and consequently the religious leadership shifted from the high priests, who were in charge of the Temple service, to the rabbis and scholars, who had always considered the study of the Torah, the other pillar of Judaism, the paramount duty of any Jewish individual.”

The Jews’ new religious leadership set their people on a path to become “a literate religion, which required every Jewish man to read and study the Torah and every father to send his sons to a primary or synagogue school to learn to do the same,” says Eckstein.

From an economic point of view, the authors write, it was costly for Jewish farmers living in a subsistence agrarian society to invest a significant amount of their income on the rabbis’ imposed literacy requirement. A predominantly agrarian economy had little use for educated people. Consequently, a proportion of Jewish farmers opted not to invest in their sons’ religious education and instead converted to other religions, such as Christianity, which did not impose this norm on its followers.

“During this Talmudic period (3rd-6th centuries), just as the Jewish population became increasingly literate, it kept shrinking through conversions, as well as war-related deaths and general population decline,” Botticini tells JNS.org. “This threatened the existence of the large Jewish community in Eretz Israel (the land of Israel) and in other places where sizable Jewish communities had existed in antiquity, such as North Africa, Syria, Lebanon, Asia Minor, the Balkans, and Western Europe. By the 7th century, the demographic and intellectual center of Jewish life had moved from Eretz Israel to Mesopotamia, where roughly 75 percent of world Jewry now lived.”

Like almost everywhere else in the world, Mesopotamia had an agriculture-based economy, but that changed with the rise of Islam during the 7th century and the consequent Muslim conquests under the caliphs in the following two centuries. Their establishment of a vast empire stretching from the Iberian Peninsula to India led to a vast urbanization and the growth of manufacture and trade in the Middle East; the introduction of new technologies; the development of new industries that produced a wide array of goods; the expansion of local trade and long-distance commerce; and the growth of new cities.

“These developments in Mesopotamia increased the demand for literate and educated people—the very skills Jews had acquired as a spillover effect of their religious heritage of study,” Eckstein says.

Between 750 and 900, almost all Jews in Mesopotamia and Persia—nearly 75 percent of world Jewry—left agriculture and moved to the cities and towns of the newly established Abbasid Empire to engage in skilled occupations. Many also migrated to Yemen, Syria, Egypt, and the Maghreb; to, from, and within the Byzantine Empire; and later to Christian Europe in search of business opportunities.

“Once the Jews were engaged in these skilled and urban occupations, they rarely converted to other religions, and hence, the Jewish population remained stable or grew between the 8th and the 13th centuries,” Botticini says.

The book does not whitewash the persecution that took place during the 15 centuries of Jewish history it examines, Eckstein says.

“When [persecution of Jews] happened, we record [it] in our book,” he says. “[But] what we say is something different. There were times and locations in which legal or economic restrictions on Jews did not exist. Not because we say so, but because it is amply documented by many historians. Jews could own land and be farmers in the Umayyad and Abbasid Muslim empire. The same is true in early medieval Europe. If these restrictions did not exist in the locations and time period we cover, they cannot explain why the Jews left agriculture and entered trade, finance, medicine. There must have been some other factor that led the Jews to become the people they are today. In ‘The Chosen Few’ we propose an alternative hypothesis and we then verify whether this hypothesis is consistent with the historical evidence.”

Botticini says the key message of the book “is that even in very poor communities or countries, individuals and families should invest in education and human capital even when it is costly and it seems to bring no economic returns in the short-run.”

“Education and human capital endow those individuals and those communities that invest in them with skills and a comparative advantage that pays off and can bring economic well-being and intellectual achievements in many dimensions,” she says.

“A motto in which we strongly believe [is] go to the local public library and borrow a book and read it,” adds Botticini. “Even when you end up disagreeing with or not liking a book, it is never a waste of time reading a book. Reading and studying are precious gifts. This is the bottom line message of ‘The Chosen Few.’”

Christophe Lebold, une vie de Léonard…

Salon littéraire

Maître de conférences à l’Université de Strasbourg et metteur en scène de théâtre, Christophe Lebold a une autre corde vibrante à son arc zen : il est l’auteur d’une somme monumentale consacrée à Leonard Cohen.

En janvier 2012, un poète de soixante-dix-huit ans sortait de sa retraite et renouait avec une renommée internationale de rock star distraitement abandonnée au seuil d’un monastère zen : serial séducteur notoire vivant en ermite et « chanteur sans voix » réputé plutôt « déprimant », l’immense Leonard Cohen venait de publier un nouvel album haut de gamme nourri de poésie délicatement ciselée et de grâce, Old Ideas. Un retour en majesté qui fait passer sur le monde, une fois encore, en sombres mélopées infiniment hypnotiques, comme un frisson de beauté – celle-là même que toute sa vie il a cherché à voir de près, jusqu’à s’y brûler parfois sans pour autant être carbonisé…

Broyer du noir pour faire advenir la lumière ?

Leonard Cohen a son biographe à Strasbourg. Un de plus ? Le 15 mai dernier, Christophe Lebold proposait à l’auditorium de l’espace culturel de Vendenheim une soirée autour du film d’Armelle Brusq. La documentariste brosse une manière de portrait intimiste du célébrissime auteur-compositeur et chanteur canadien (dont chacune des chansons depuis 1967 est devenue un grand « classique ») suspendu entre la discipline de son monastère zen et l’appel obsédant d’une œuvre à accomplir encore – serait-ce pour de pressantes raisons fiscales…

Auteur de la dernière biographie en date de Leonard Cohen, la plus complète aussi, Christophe Lebold confie les raisons d’une attirance pour un pessimiste radical réputé « déprimant » dont l’œuvre se veut un « manuel pour vivre avec la défaite » : « Léonard Cohen a changé fondamentalement quelque chose à ma manière de voir le monde et de vivre. Ses chansons, sa poésie et ses romans m’accompagnent depuis vingt ans. Il nous révèle que la noirceur est au centre du processus de création. Il se fait alchimiste pour nous apprendre à changer le noir en lumière. Broyer du noir pour faire advenir la lumière… C’est ce qu’il nous rappelle : si nos cœurs semblent destinés à être brisés, c’est parce la lumière du monde ne peut entrer que par cette brisure… ».

 L’amour libérateur

Le père de Christophe Lebold était un cheminot voyageur passionné de rock et de littérature fantastique. L’année de la naissance de son fils, il achète New skin for the old ceremony, le dernier album du poète-crooner canadien qui venait de sortir. L’enfance du petit Chris se passe à La Walck-Pfaffenhoffen, chez ses grands-parents dans une plénitude semi-bucolique baignée par les mélodies envoûtantes de Leonard, ses inflexions de poésie véritable et ses colonnes de mots envoyées vers le ciel : « J’ai ressenti très tôt tout le pouvoir de la musique des mots et l’attrait pour le Verbe, bien avant d’avoir le vocabulaire pour le formuler : le langage a une capacité à illuminer nos vies. J’ai perçu très tôt un appel dans son œuvre, qui me ramenait au plus profond de moi-même. Mais c’est à l’âge de quatorze ans, au collège, que je me suis véritablement immergé dans l’œuvre de Leonard, en étudiant l’anglais. Depuis, ça ne m’a plus jamais quitté. D’abord, c’est une voix de plus en plus grave et caverneuse au fil de ses douze albums qui dépose des prières pleines d’humour noir, d’abord sur un rock acoustique épuré puis sur fond de synthétiseurs. Immédiatement, j’ai su que lorsqu’il serait question d’écrire sur quelqu’un ou de faire des recherches approfondies, ce serait sur lui et personne d’autre…».

Après avoir succombé à une irrésistible attirance pour la littérature dite « classique » puis russe et japonaise ainsi que pour les mystiques rhénans, Christopher Lebold voyage beaucoup (en train…) et se découvre cet autre point commun avec ce Léonard Cohen dont l’immense ombre poétique s’étend sur lui depuis sa naissance : « C’est un grand arpenteur de villes, un mélange de juif errant et de passant baudelairien, un artiste du passage qui réintroduit de la légèreté et un passeur de lumière… ».

Différents stades de gravité jusqu’à cette ardente profondeur…

En 1995, le magazine Les Inkorruptibles consacrait (après bien d’autres…) sa Une à Léonard Cohen : le journaliste Gilles Tordjman l’avait visité dans son monastère zen sur le Mount Baldy (le « mont chauve » en Californie) pour nous le révéler en « guerrier de la spiritualité » voire comme « l’un des derniers grands mystiques de notre époque ».

Son nom ne signifie-t-il pas « prêtre » en hébreu ? Leonard n’était pas né pour la futilité mais pour la lutte avec l’ange ou l’abîme – et pour nous apprendre à jouer de tous les registres de la gravité comme le rappelle son biographe enthousiaste : « Il a réinventé des figures très anciennes dans le rock : celle du grand prêtre juif, sa fonction sacerdotale, ainsi que celle du poète mystique et du troubadour – bref, tous les registres de la vie du cœur… Son rock  est précis tant dans les textes que les sons, avec sa voix monocorde qui entre en résonance avec de petites valses obscures et des chœurs angéliques. Vingt ans après, il transforme le crooner en figure spirituelle et toujours nous reconnecte à ce que nous avons de plus profond : le cœur…Il a un talent naturel pour la gravité, il utilise cette disposition fondamentale (physique par sa voix grave, culturelle par son nom et psychologique (ses tendances à tutoyer les abîmes de la dépression). Il voit les corps tomber dans un monde soumis aux lois de la gravité, il est dans le jeu avec la gravité et nous donne des armes spirituelles avec son pouvoir de changer une chose en son contraire, une charge lourde en légèreté. Ce visionnaire de la gravité sait utiliser le pessimisme pour nous rendre plus vivants et plus joyeux...».

 Dans les concerts de ce grand initié, dit-on, il se fait un tel silence que l’on entendrait « une métaphore tomber » – l’on y sent même s’ouvrir, à la manière d’une fleur japonaise dans l’eau, quelque chose comme une ardente profondeur…

Convertir le monde à Leonard ?

En 1997, Christophe Lebold fait un mémoire de master sur Beautiful Loosers (Les Perdants magnifiques), le second roman de Léonard Cohen, « écrit sous acide » sur l’île d’Hydra et paru en 1966.

Un septennat plus tard, alors qu’il est attaché temporaire d’enseignement et de recherche, il soutient sa thèse intitulée Ecritures, masques et voix pour une poétique des chansons de Léonard Cohen et de Bob Dylan. La différence entre ces deux créateurs ? « Chez Dylan, il y a profusion du langage alors qu’il cinq ans de réécriture à Cohen pour enlever tout ce qui n’est pas nécessaire… ».

Maître de conférences depuis 2005, il enseigne la littérature américaine et anime un cours consacré à la poétique des singer-songwriters. Il confie le tiercé gagnant des œuvres du Canadien errant qu’il préfère : « Avec Songs of Léonard Cohen (1967), I am your man (1988) et Ten new songs (2001), on a les trois versions de Cohen : le troubadour, le crooner et le maitre zen. Et on a ses trois formes de gravité : celle du poète, noire et désespérée, puis celle, ironique et sismique portée par cette voix grave qui fait trembler le monde et, enfin, à partir de 2000, cette gravité aérienne d’un maître zen angélique qui nous instruit sur notre lumière cachée. Avec ces trois albums, on peut convertir tout le monde à Léonard Cohen… ». Sa chanson préférée ? « Ce serait Everybody knows (1988) qui sonne comme une lamentation de Jérémie sur l’état du monde, avec l’ironie d’un crooner postmoderne »…

A ce jour, le créateur de Suzanne (1967) a publié douze albums – mais il y a aussi ceux tirés de ses huit tournées mondiales, sans oublier ses deux romans et ses neuf recueils de poèmes depuis Let Us Compare Mythologies paru en 1956.

Si Christophe Lebold dévore les grandes œuvres de la littérature mondiale (notamment Proust et Dostoïevski, des « révélations absolues »), il ne franchit pas pour autant le pas vers l’écriture personnelle et fait l’acteur au sein de la compagnie de théâtre La compagnie des gens : « Je n’ai pas ressenti l’appel de la page blanche comme absolu : cela m’amuse plus de dire des textes sur scène…La vie du perfectionniste Leonard capable de réécrire ses chansons vingt ans après me montre à quel point l’écriture est un travail de chiffonnier… ».

En mai 2013 et 2014, la troupe a donné des représentations du spectacle Saint François d’Assise, paroles d’oiseaux, de saints et de fous – qui doit beaucoup aux textes d’un autre troubadour de chevet de Christophe Lebold, le héraut de La grande vie Christian Bobin dont il a adapté les textes : « J’ai voulu faire évoluer Saint-François d’Assise sous le regard de Jean-Claude Van Damme… ».

Un pessimisme lumineux

Sur les traces de Leonard Cohen, il étudie depuis l’an 2000 la voie du zen : « Dans nos vies sursaturées de prétendues informations, de bavardages incessants, de gadgets électroniques et de surconsommation où tout est organisé pour détruire nos vies intérieures, il est important de retrouver un sens de la puissance lumineuse du verbe, car il peut illuminer nos vies de façon concise : ce n’est plus de l’érudition gratuite, ça nous rend plus vivants, plus affûtés et plus précis. Rien de tel pour cela que la compagnie d’un homme aussi drôle et profond que Leonard pour s’affûter : son pessimisme est lumineux. Il nous fait du bien en utilisant des chansons douces comme des armes spirituelles et il nous reconnecte directement par le verbe et le sens mélodique, sur des airs de valses obsédantes, à nos cœurs et à tout ce qui est mystérieux (l’amour ou son absence, l’abîme ou Dieu). Fréquenter ce contrebandier de lumière est quelque chose de merveilleux, il nous apprend aussi à transformer quelque chose en son contraire, c’est aussi une activité à notre portée… ».

Mais à quoi tient l’immense succès planétaire d’un poète aussi profond qui s’est toujours refusé aux veuleries en vogue et dont chacun des chansons pourtant nous est si instantanément familière ? « C’est un poète de la qualité qui opérait sur un médium de masse. Dans les sixties, le rock a cherché des poètes pour se légitimer : il y avait lui, Dylan et les Beatles. Les gens n’en sont pas revenus que ce métaphysicien du cœur brisé leur parle de leur condition d’être en chute libre– et  leur propose d’entendre une miséricorde angélique, un appel à l’élévation…C’est sur cette brisure du cœur que l’on peut fonder une vraie fraternité… Son premier album n’a pas pris une ride en quarante-sept ans : déjà minimaliste, il est tranchant et aussi indémodable qu’une calligraphie zen… ».

Le biographe de Leonard Cohen l’a rencontré une fois dans sa vie pendant trois minutes, en tout et pour tout : « Nous avions convenu par mail des rendez-vous qui n’ont jamais abouti car il est très pris… Un soir, j’étais à Liverpool pour un colloque sur la musique populaire où je faisais une intervention sur mon sujet de prédilection. En sortant de l’université, je marche et à un moment je lève les yeux et je vois ledit sujet venir à ma rencontre… C’était bien Leonard, avec son regard à la fois perçant et si bienveillant, et nous n’avions pas  rendez-vous ! C’était hautement surréaliste et ça s’est passé comme dans une de ses chansons : le « hasard » a tellement bien fait les choses qu’il a mis la ville où j’allais parler de lui sur sa liste de concerts planétaires… ».

Un poète venait de passer – le mot de la fin s’éternise dans une histoire sans fin… « Leonard est un éveillé qui suspend son départ pour nous éveiller à ce que nous avons d’essentiel. Je pense à ce koan zen : un âne regarde un puits jusqu’à ce que le puits regarde l’âne… Leonard peut faire ça, son œuvre a cette force de transformation absolue. Un maître, c’est quelqu’un qui vous libère… ». Et si dans l’immense et fervente communauté des inconditionnels entrés dans le cercle de lumière du très paradoxal Leonard Cohen se levait, au bord de l’absolu vertige, une armée d’éveilleurs à son image ?

Une première version de cet article a paru dans Les Affiches-Moniteur

Christophe Lebold, Leonard Cohen, l’homme qui voyait tomber les anges, éditions Camion Blanc, 720 p., 36 €


Bac 2016: Avez-vous déjà giflé un mort ? (Exquisite corpses in the closet: How French students learn to let the dead bury their dead)

19 juin, 2016
CadavreCadavre2"Un cadavre " le document original Suis-moi, et laisse les morts ensevelir leurs morts. Jésus (Matthieu 8: 22)
La nature d’une civilisation, c’est ce qui s’agrège autour d’une religion. Notre civilisation est incapable de construire un temple ou un tombeau. Elle sera contrainte de trouver sa valeur fondamentale, ou elle se décomposera. C’est le grand phénomène de notre époque que la violence de la poussée islamique. Sous-estimée par la plupart de nos contemporains, cette montée de l’islam est analogiquement comparable aux débuts du communisme du temps de Lénine. Les conséquences de ce phénomène sont encore imprévisibles. A l’origine de la révolution marxiste, on croyait pouvoir endiguer le courant par des solutions partielles. Ni le christianisme, ni les organisations patronales ou ouvrières n’ont trouvé la réponse. De même aujourd’hui, le monde occidental ne semble guère préparé à affronter le problème de l’islam. En théorie, la solution paraît d’ailleurs extrêmement difficile. Peut-être serait-elle possible en pratique si, pour nous borner à l’aspect français de la question, celle-ci était pensée et appliquée par un véritable homme d’Etat. Les données actuelles du problème portent à croire que des formes variées de dictature musulmane vont s’établir successivement à travers le monde arabe. Quand je dis «musulmane» je pense moins aux structures religieuses qu’aux structures temporelles découlant de la doctrine de Mahomet. Dès maintenant, le sultan du Maroc est dépassé et Bourguiba ne conservera le pouvoir qu’en devenant une sorte de dictateur. Peut-être des solutions partielles auraient-elles suffi à endiguer le courant de l’islam, si elles avaient été appliquées à temps. Actuellement, il est trop tard ! Les «misérables» ont d’ailleurs peu à perdre. Ils préféreront conserver leur misère à l’intérieur d’une communauté musulmane. Leur sort sans doute restera inchangé. Nous avons d’eux une conception trop occidentale. Aux bienfaits que nous prétendons pouvoir leur apporter, ils préféreront l’avenir de leur race. L’Afrique noire ne restera pas longtemps insensible à ce processus. Tout ce que nous pouvons faire, c’est prendre conscience de la gravité du phénomène et tenter d’en retarder l’évolution.  André Malraux (1956)
Pas de culture sans tombeau, pas de tombeau sans culture ; à la limite le tombeau c’est le premier et le seul symbole culturel. René Girard
There are many cumbersome ways to kill a man. You can make him carry a plank of wood to the top of a hill and nail him to it. To do this properly you require a crowd of people wearing sandals, a cock that crows, a cloak to dissect, a sponge, some vinegar and one man to hammer the nails home. (…) Simpler, direct, and much more neat is to see that he is living somewhere in the middle of the twentieth century, and leave him there. Edwin Brock (1990)
Nous ruinerons cette civilisation qui vous est chère… Monde occidental tu es condamné à mort. Nous sommes les défaitistes de l’Europe… Voyez comme cette terre est sèche et bonne pour tous les incendies. Aragon (1925)
Que les trafiquants de drogue se jettent sur nos pays terrifiés. Que l’Amérique au loin croule de ses buildings blancs… André Breton (1925)
L’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers au poing, à descendre dans la rue et à tirer, au hasard, tant qu’on peut dans la foule. Breton
Il faut avoir le courage de vouloir le mal et pour cela il faut commencer par rompre avec le comportement grossièrement humanitaire qui fait partie de l’héritage chrétien. (..) Nous sommes avec ceux qui tuent. Breton
Pourquoi l’avant-garde a-t-elle été fascinée par le meurtre et a fait des criminels ses héros, de Sade aux sœurs Papin, et de l’horreur ses délices, du supplice des Cent morceaux en Chine à l’apologie du crime rituel chez Bataille, alors que dans l’Ancien Monde, ces choses là étaient tenues en horreur? (…) Il en résulte que la fascination des surréalistes ne s’est jamais éteinte dans le petit milieu de l’ intelligentsia parisienne de mai 1968 au maoïsme des années 1970. De l’admiration de Michel Foucault pour ‘l’ermite de Neauphle-le-Château’ et pour la ‘révolution’ iranienne à… Jean Baudrillard et à son trouble devant les talibans, trois générations d’intellectuels ont été élevées au lait surréaliste. De là notre silence et notre embarras. Jean Clair
Balzac est l’auteur de nombreux romans réunis sous le titre deComédie humaine, somme de ses observations sur l’ensemble de la société de son temps.M. de Balzac était un des premiers parmi les plus grands, un des plus hauts parmi les meilleurs. Ce n’est pas le lieu de dire ici tout ce qu’était cette splendide et souveraine intelligence. Tous ses livres ne forment qu’un livre, livre vivant, lumineux, profond, où l’on voit aller et venir et marcher et se mouvoir, avec je ne sais quoi d’effaré et de terrible mêlé au réel, toute notre civilisation contemporaine ; livre merveilleux que le poète a intitulé comédie et qu’il aurait pu intituler histoire, qui prend toutes les formes et tous les styles, qui dépasse 1 Tacite et qui va jusqu’à Suétone, qui traverse Beaumarchais et qui va jusqu’à Rabelais ; livre qui est l’observation et qui est l’imagination ; qui prodigue le vrai, l’intime, le bourgeois, le trivial, le matériel, et qui par moment, à travers toutes les réalités brusquement et largement déchirées, laisse tout à coup entrevoir le plus sombre et le plus tragique idéal. À son insu, qu’il le veuille ou non, qu’il y consente ou non, l’auteur de cette œuvreimmense et étrange est de la forte race des écrivains révolutionnaires. Balzac va droit au but. Il saisit corps à corps la société moderne. Il arrache à tous quelque chose, aux uns l’illusion, aux autres l’espérance, à ceux-ci un cri, à ceux-là un masque. Il fouille le vice, il dissèque la passion. Il creuse et sonde l’homme, l’âme, le cœur, les entrailles, le cerveau, l’abîme que chacun a en soi. Et, par un don de sa libre et vigoureuse nature, par un privilège des intelligences de notre temps qui, ayant vu de près les révolutions, aperçoivent mieux la fin de 2 3 l’humanité et comprennent mieux la providence , Balzac se dégage souriant et serein de ces redoutables études qui produisaient la mélancolie chez Molière et la misanthropie chez Rousseau. Voilà ce qu’il a fait parmi nous.Voilà l’œuvre qu’il nous laisse, œuvre haute et solide, robuste entassement d’assises de granit, monument, œuvre du haut de laquelle resplendira désormais sa renommée. Les grands hommes font leur propre piédestal ; l’avenir se charge de la statue. Sa mort a frappé Paris de stupeur. Depuis quelques mois, il était rentré en France. Se sentant mourir, il avait voulu revoir la patrie, comme la veille d’un grand voyage on vient embrasser sa mère. Sa vie a été courte, mais pleine ; plus remplie d’œuvres que de jours. Hélas ! ce travailleur puissant et jamais fatigué, ce philosophe, ce penseur, ce poète, ce génie, a vécu parmi nous de cette vie d’orages, de luttes, de querelles, de combats, commune dans tous les temps à tous les grands hommes. Aujourd’hui, le voici en paix. Il sort des contestations et des haines. Il entre, le même jour, dans la gloire et dans le tombeau. Il va briller désormais, au-dessus de toutes ces nuées qui sont sur nos têtes, parmi les étoiles de la patrie ! Victor Hugo (Discours prononcé aux funérailles de M. Honoré de Balzac, 29 août 1850)
Maupassant est un écrivain français né en 1850 et mort en 1893. MESSIEURS, C’est au nom de la Société des Gens de Lettres et de la Société des Auteurs dramatiques que je dois parler. Mais qu’il me soit permis de parler au nom de la littérature française, et que ce ne soit pas le confrère, mais le frère d’armes, l’aîné, l’ami qui vienne ici rendre un suprême hommage à Guy de Maupassant. J’ai connu Maupassant, il ydix-huit à vingt ans déjà, chez Gustave Flaubert. Je le a revois encore, tout jeune, avec ses yeux clairs et rieurs, se taisant, d’un air de modestie filiale, devant le maître. Il nous écoutait pendant l’après-midi entière, risquait à peine un mot de loin en loin ; mais de ce garçon solide, à la physionomie ouverte et franche, sortait un air de gaîté si heureuse, de vie si brave, que nous l’aimions tous, pour cette bonne odeur de santé qu’il nous apportait. Il adorait les exercices violents ; des légendes de prouesses surprenantes couraient déjà sur lui. L’idée ne nous venait pas qu’il pût avoir un jour du talent. Et puis éclataBoule-de-Suif, ce chef-d’œuvre, cette œuvre parfaite de tendresse, d’ironie et de vaillance. Du premier coup, il donnait l’œuvre décisive, il se classait parmi les maîtres. Ce fut une de nos grandes joies ; car il devint notre frère, à nous tous qui l’avions vu grandir sans soupçonner son génie. Et, à partir de ce jour, il ne cessa plus de produire, avec une abondance, une sécurité, une force magistrale, qui nous émerveillaient. Il collaborait à plusieurs journaux. Les contes, les nouvelles se succédaient, d’une variété infinie, tous d’une perfection admirable, apportant chacun une petite comédie, un petit drame complet, ouvrant une brusque fenêtre sur la vie. On riait et l’on pleurait, et l’on pensait, à le lire. Je pourrais citer tels de ces courts récits qui contiennent, en quelques pages, la moelle même de ces gros livres que d’autres romanciers auraient écrits certainement. Mais il me faudrait tous les citer, et certains ne sont-ils pas déjà classiques, comme une fable de La Fontaine ou un conte de Voltaire ? Maupassant voulut élargir son cadre, pour répondre à ceux qui le spécialisaient, en l’enfermant dans la nouvelle; et, avec cette énergie tranquille, cette aisance de belle santé qui le caractérisait, il écrivit des romans superbes, où toutes les qualités du conteur se retrouvaient comme agrandies, affinées par la passion de la vie. Le souffle lui était venu, ce grand souffle humain qui fait les œuvres passionnantes et vivantes. DepuisUne viejusqu’àNotre Cœur, en passant parBel-Ami, parLa Maison Tellier etFort comme la Mort, c’est toujours la même vision forte et simple de l’existence, une analyse impeccable, une façon tranquille de tout dire, une sorte de franchise saine et généreuse qui conquiert tous les cœurs. Et je veux même faire une place à part àPierre et Jean, qui est, selon moi, la merveille, le joyau rare, l’œuvre de vérité et de grandeur qui ne peut être dépassée. Émile Zola (Discours prononcé aux obsèques de Guy de Maupassant, 7 juillet 1893)
Messieurs, Rendant à Émile Zola au nom de ses amis les honneurs qui lui sont dus, je ferai taire ma douleur et la leur. Ce n’est pas par des plaintes et des lamentations qu’il convient de célébrer ceux qui laissent une grande mémoire, c’est par de mâles louanges et par la sincère image de leur œuvre et de leur vie.L’œuvre littéraire de Zola est immense.Vous venez d’entendre le président de la Société des gens de lettres en définir le caractère avec une admirable précision. Vous avez entendu le ministre de l’Instruction publique en développer éloquemment le sens intellectuel et moral. Permettez qu’à mon tour je la considère un moment devant vous.Messieurs, lorsqu’on la voyait s’élever pierre par pierre, cette œuvre, on en mesurait la grandeur avec surprise. On admirait, on s’étonnait, on louait, on blâmait. Louanges et blâmes 1 étaient poussés avec une égale véhémence . On fit parfois au puissant écrivainje le sais par 2 3 moi-même des reproches sincères, et pourtant injustes. Les invectives et les apologies s’entremêlaient. Et l’œuvre allait grandissant.Aujourd’hui qu’on en découvre dans son entier la forme colossale, on reconnaît aussi l’esprit dont elle est pleine. C’est un esprit de bonté. Zola était bon. Il avait la candeur et la simplicité des grandes âmes. Il était profondément moral. Il a peint le vice d’une main rude et vertueuse. Son pessimisme apparent, une sombre humeur répandue sur plus d’une de ses pages cachent mal un optimisme réel, une foi obstinée au progrès de l’intelligence et de la justice. Dans ses romans, qui sont des études sociales, il poursuivit d’une haine vigoureuse une société oisive, frivole, une aristocratie basse et nuisible, il combattit le mal du temps : la puissance de l’argent. Démocrate, il ne flatta jamais le peuple et il s’efforça de lui montrer les servitudes de l’ignorance, les dangers de l’alcool qui le livre imbécile et sans défense à toutes les oppressions, à toutes les misères, à toutes les hontes. Il combattit le mal social partout où il le rencontra. Telles furent ses haines. Dans ses derniers livres, il montra tout entier son amour fervent de l’humanité. Il s’efforça de deviner et de prévoir une société meilleure. Anatole France (Éloge funèbre d’Émile Zola, 5 octobre 1902)
Robert Desnos, lui, n’aura connu votre pays que pour y mourir. Et ceci nous rapproche encore plus de vous. Jusqu’à la mort, Desnos a lutté pour la liberté. Tout au long de ses poèmes, l’idée de liberté court comme un feu terrible, le mot de liberté claque comme un drapeau parmi les images les plus neuves, les plus violentes aussi. La poésie de Desnos, c’est la poésie du courage. Il a toutes les audaces possibles de pensée et d’expression. Il va vers l’amour, vers la vie, vers la mort sans jamais douter. Il parle, il chante très haut, sans embarras. Il est le fils prodigue d’un peuple soumis à la prudence, à l’économie, à la patience, mais qui a quand même toujours étonné le monde par ses colères brusques, sa volonté d’affranchissement et ses envolées imprévues.Il y a eu en Robert Desnos deux hommes, aussi dignes d’admiration l’un que l’autre : un homme honnête, conscient, fort de ses droits et de ses devoirs et un pirate tendre et fou, fidèle comme pas un à ses amours, à ses amis, et à tous les êtres de chair et de sang dont il ressent violemment le bonheur et le malheur, les petites misères et les petits plaisirs.Desnos a donné sa vie pour ce qu’il avait à dire. Et il avait tant à dire. Il a montré que rien ne pouvait le faire taire. Il a été sur la place publique, sans se soucier des reproches que lui adressaient, de leur tour d’ivoire, les poètes intéressés à ce que la poésie ne soit pas ce 1 fermentde révolte, de vie entière, de liberté qui exalte les hommes quand ils veulent rompre les barrières de l’esclavage et de la mort. Paul Éluard (Allocution prononcée à la légation de Tchécoslovaquie à l’occasion du retour des cendres de Robert Desnos, 15 octobre 1945)
Anatole France n’est pas mort ; il ne mourra jamais. Quelques braves écrivains dans une dizaine d’années auront inventé un nouvel Anatole. Il y a des gens qui ne peuvent pas se passer de ce personnage comique, le « plus grand homme du siècle » ou « un maître écrivain ». On recueille ses moindres mots, on étudie à la loupe ses moindres phrases et puis on bêle : « Comme c’est beau…, mais c’est magnifique, c’est splendide ! » Le maître éternel. (…) On reste étonné, lorsqu’on a le courage de parcourir les articles nécrologiques, de la pauvreté des éloges décernés à feu France. Quelles tristes couronnes en simili-celluloïd ! On rapporte régulièrement le mot de Barrès : « C’était un mainteneur ». Quelle cruauté ! le mainteneur de la langue française : cela fait penser à un adjudant ou à un maître d’école très pédant. Je pense que c’est une singulière idée que de perdre quelques minutes à adresser des adieux à un cadavre dont on a retiré le cerveau ! Puisqu’enfin tout est fini, n’en parlons plus. Philippe Soupault
Le visage de la gloire, le visage de la mort, celui d’Anatole France vivant ou mort. Tes semblables, cadavre, nous ne les aimons pas. Que de bonnes raisons, pourtant, ils ont de durer, comme la beauté et l’harmonie qui les remplissent d’aise, qui leur mettent aux lèvres un bon sourire, un sourire de père de famille. La beauté, cadavre, nous la connaissons bien et si nous nous y prêtons, c’est qu’elle ne nous donne pas précisément à sourire. Nous n’aimons le feu et l’eau que depuis que nous avons envie de nous y jeter. L’harmonie, ah ! l’harmonie, le noeud de ta cravate, mon cher cadavre, et ta cervelle à l’écart, bien rangée dans le cercueil et les larmes qui sont si douces, n’est-ce pas. (…) Le scepticisme, l’ironie, la lâcheté, France, l’esprit français, qu’est-ce ? Un grand souffle d’oubli me traîne loin de tout cela. Peut-être n’ai-je jamais rien lu, rien vu, de ce qui déshonore la Vie ? Paul Eluard
La France est morte ? Vive la France. (…) Quelle perte, mes enfants. Cette France-là, c’était la vraie, la seule, celle qu’on montre aux étrangers, et celle dont nous nous congratulons confortablement depuis quelques années que nous avons pris si claire conscience de notre clair génie. Je vous plains, mes enfants, d’avoir perdu un tel arrière-grand-père. Je vous plains pour l’avenir qui vous attend : je vous vois gentiment aplatis sous l’énorme et délicat héritage de ce grand vieux homme. Mon métier m’a amené à visiter toutes les maisons où, à la flamme louche des cierges, s’allume la gloire, la vraie, la posthume – eh bien ! de tant de chuchotements dans l’ombre j’ai appris que cet Anatole France était le seul écrivain qui ait su écrire en français, dans tout un siècle de perdition – mais écrire, ce qui s’appelle écrire, avec une table, de l’encre, des livres, et des ciseaux » ? (…) Bien sûr : Anatole France nous a sauvés. Il a sauvé les meubles. Victor Hugo écrivait bien en prose, vous savez ! Choses vues, mais après lui, en attendant Barrès ? Eh bien ! oui ! il y a eu Anatole France. Il a sauvé les mots… non, pas les mots, Dieu sait que les mots ne se sont jamais si bien portés qu’au XIXe… mais pourtant certains mots, comme sur la langue la saveur essentielle du pain et du sel… mais il a maintenu cette présence, cette vigilance, cette prudence qui fait que les mots vivent ensemble comme une nation unie et forte : cela s’appelle la syntaxe, cela peut être comme l’amour entre les citoyens. Chez lui, c’était comme le gouvernement de la France de ce temps, de ce temps-ci encore : une régence méfiante, sèche, peureuse avec, pourtant, cet air de bonhomie républicaine. C’est le grand-père qui a fait des économies : mais il nous lègue une maligne fortune d’avare. Si nous n’avions eu que lui pour vivre, pour vivre et pour mourir ? Encore un qui a vécu en cet âge d’or, d’avant la guerre, à quoi nous ne comprenons rien. C’est même le Français par excellence de cet âge-là, cette France-là. (…) Nous ne pouvons pas oublier qu’à quatorze ans on nous faisait adorer ces vieux bonshommes : Bergeret, Coignard, Bonnard. Vieux marcheurs, vieux pions habiles. Notre amour est ailleurs, et notre espoir, ô métamorphoses, mais notre amertume est de ce côté. Il est bon qu’on la sente dans les larmes des crocodiles qui vont ramper sur l’avenue du Bois, religieux. Pierre Drieu La Rochelle
ANATOLE FRANCE OU LA MEDIOCRITE DOREE Eh bien non, je ne peux pas, je ne veux pas le nommer : Maître ! Il y a dans cette appellation quelque chose de haut et de grave à quoi cet esprit bas n’a jamais atteint. Et lorsque je dis esprit bas, j’entends : à l’étiage de la foule. Il y a entre A. France et un calicot une différence de quantité et non pas de qualité. Eh bien, je n’aime, je ne respecte que la qualité. Oui, je sais, tous les tempéraments femelles se pâment devant sa prose : mais les mâles ! Cet homme médiocre a réussi à étendre les limites du médiocre. Cet écrivain de talent a poussé son talent jusqu’à la porte du génie. Mais il est resté à la porte. On raconte qu’un jour, à M. Léopold Kahn lui disant : « Vous êtes le meilleur des hommes ! » Anatole France répondit : « Je crois être, au moins, un civilisé. » Ah !combien prophétique parole, et qu’il me plaît de lui appliquer dans son sens le plus moche, des reliures de veau, de l’esprit, une tasse de thé à la main, un civilisé, oui mon cher, un civilisé ! – Nous, nous avons besoin de barbares ! Poli ! Cet homme a été pleinement, infiniment poli, dans sa personne et dans son style. Poli comme une perle ! Mais le moindre grain de mil… Nous avons soif et nous avons faim. Anatole France, c’est le régime des hors-d’oeuvre ! (…) Il a été notre Voltaire, qu’ils disent ! Oui, Voltaire, et rien que Voltaire. Or ce n’est pas de Voltaires que nous avons besoin (cela pullule, les petits Voltaires, les Voltaires au petit pied), nous avons besoin de Rousseaux, de Bonapartes, de Robespierres… Et que son titre de communiste ne nous en impose point ! Là où manquent les actes, la parole est stérilité. Blanqui passa quarante ans en prison. Je n’admets les communistes qu’en prison… En réalité, Anatole France dut beaucoup aux salons. Parbleu, c’est le salonnard-type, ou si vous préférez, le salonneux… C’est un vase – vide. Ce bibelot peut amuser l’oeil un instant, mais il ne saurait prendre l’homme jusqu’aux entrailles. Cette perfection formelle manque de profondeur et de jus. Vide ! Tout est vide en lui et autour de lui. Ses livres coulent entre les doigts comme du sable. Son oeuvre est bâtie sur le sable… (…)  Ce sceptique, cet aimable sceptique me laisse froid. C’est pour la passion que je me passionne. C’est d’optimisme, de foi, d’ardeur et de sang que je raffole. J’aime la vie, et mon coeur ne bat que pour la vie. Anatole France est mort ! Joseph Delteil
REFUS D’INHUMER Si, de son vivant, il était déjà trop tard pour parler d’Anatole France, bornons-nous à jeter un regard de reconnaissance sur le journal qui l’emporte, le méchant quotidien qui l’avait amené. Loti, Barrès, France, marquons tout de même d’un beau signe blanc l’année qui coucha ces trois sinistres bonhommes : l’idiot, le traître et le policier. Ayons, je ne m’y oppose pas, pour le troisième, un mot de mépris particulier. Avec France, c’est un peu de la servilité humaine qui s’en va. Que ce soit fête le jour où l’on enterre la ruse, le traditionnalisme, le patriotisme, l’opportunisme, le scepticisme, le réalisme et le manque de coeur ! Songeons que les plus vils comédiens de ce temps ont eu Anatole France pour compère et ne lui pardonnons jamais d’avoir paré des couleurs de la Révolution son inertie souriante. Pour y enfermer son cadavre, qu’on vide si l’on veut une boîte des quais de ces vieux livres « qu’il aimait tant » et qu’on jette le tout à la Seine. Il ne faut plus que mort cet homme fasse de la poussière. André Breton
AVEZ-VOUS DEJA GIFLE UN MORT ? (…) Les conseils municipaux de localités à mes yeux indistinctes s’émeuvent aujourd’hui d’une mort, posent au fronton de leurs écoles des plaques où se lit un nom. Cela devrait suffire à dépeindre celui qui vient de disparaître, car l’on n’imagine pas Baudelaire, par exemple, ou tout autre qui se soit tenu à cet extrême de l’esprit qui seul défie la mort, Baudelaire célébré par la presse et ses contemporains comme un vulgaire Anatole France. Qu’avait-il, ce dernier, qui réussisse à émouvoir tous ceux qui sont la négation même de l’émotion et de la grandeur ? Un style précaire, et que tout le monde se croit autorisé à juger par le voeu même de son possesseur ; un langage universellement vanté quand le langage pourtant n’existe qu’au-delà, en dehors des appréciations vulgaires. Il écrivait bien mal, je vous jure, l’homme de l’ironie et du bon sens, le piètre escompteur de la peur du ridicule. Et c’est encore très peu que de bien écrire, que d’écrire, auprès de ce qui mérite un seul regard. Tout le médiocre de l’homme, le limité, le peureux, le conciliateur à tout prix, la spéculation à la manque, la complaisance dans la défaite, le genre satisfait, prudhomme, niais, roseau pensant, se retrouvent, les mains frottées, dans ce Bergeret dont on me fera vainement valoir la douceur. Merci, je n’irai pas finir sous ce climat facile une vie qui ne se soucie pas des excuses et du qu’en dira-t-on. Je tiens tout admirateur d’Anatole France pour un être dégradé. Il me plaît que le littérateur que saluent à la fois aujourd’hui le tapir Maurras et Moscou la gâteuse, et par une incroyable duperie Paul Painlevé lui-même, ait écrit pour battre monnaie d’un instinct tout abject, la plus déshonorante des préfaces à un conte de Sade, lequel a passé sa vie en prison pour recevoir à la fin le coup de pied de cet âne officiel. Ce qui vous flatte en lui, ce qui le rend sacré, qu’on me laisse la paix, ce n’est pas même le talent, si discutable, mais la bassesse, qui permet à la première gouape venue de s’écrier : « Comment n’y avais-je pas pensé plus tôt ! » Exécrable histrion de l’esprit, fallait-il qu’il répondît vraiment à l’ignominie française pour que ce peuple obscur fût à ce point heureux de lui avoir prêté son nom ! Balbutiez donc à votre aise sur cette chose pourrissante, pour ce ver qu’à son tour les vers vont posséder, râclures de l’humanité, gens de partout, boutiquiers et bavards, domestiques d’état, domestiques du ventre, individus vautrés dans la crasse et l’argent, vous tous, qui venez de perdre un si bon serviteur de la compromission souveraine, déesse de vos foyers et de vos gentils bonheurs. Je me tiens aujourd’hui au centre de cette moisissure, Paris, où le soleil est pâle, où le vent confie aux cheminées une épouvante et sa langueur. Autour de moi, se fait le remuement immonde et misérable, le train de l’univers où toute grandeur est devenue l’objet de la dérision. L’haleine de mon interlocuteur est empoisonnée par l’ignorance. En France, à ce qu’on dit, tout finit en chansons. Que donc celui qui vient de crever au coeur de la béatitude générale, s’en aille à son tour en fumée ! Il reste peu de choses d’un homme : il est encore révoltant d’imaginer de celui-ci, que de toute façon il a été. Certains jours j’ai rêvé d’une gomme à effacer l’immondice humaine. Louis Aragon
 Quelles sont les qualités des écrivains célébrés dans les textes du corpus ? (…) Vous commenterez le discours d’Anatole France (…) Les écrivains ont-ils pour mission essentielle de célébrer ce qui fait la grandeur de l’être humain ? (…) A l’occasion d’une commémoration, vous prononcez un discours élogieux à propos d’un écrivain dont vous admirez l’œuvre. Ce discours pourra réutiliser les procédés, à vos yeux les plus efficaces, mis en œuvre par les auteurs du corpus. Sujets bac français 2016 (ES-S)
Exemple de bonne copie pour le sujet dissertation : « Les écrivains ont-ils pour mission essentielle de célébrer ce qui fait la grandeur de l’être humain ? ». Pour le Figaro Etudiant, « le devoir est guidé par la problématique inaugurale, chaque partie de la dissertation contribue à y répondre efficacement ». Cela peut donc aboutir à ce type de plan : I/ Oui, les écrivains ont pour mission de célébrer ce qui fait la grandeur de l’être humain (Ils chantent la gloire des hommes, ils célèbrent la beauté, l’amour. II/ Mais non, ce n’est pas leur mission essentielle (Leur mission est parfois de dénoncer, les écrivains sont des artistes avant tout, ils recherchent le beau). III/ Ils ne célèbrent pas la grandeur de l’être humain : ils rendent compte de l’âme humaine telle qu’elle est. Corrigé du bac de français S et ES

Et si la littérature, ça servait aussi à faire la guerre ?

‘Il ne faut plus que mort, cet homme fasse de la poussière », « Avez-vous déjà giflé un mort ? », « médiocrité dorée », « policier », « servilité humaine », « ruse », « traditionalisme », « patriotisme », « opportunisme », « scepticisme », « manque de cœur », « inertie souriante », « immondice humaine » …

A l’heure où après l’antisionisme et la folie des hauteurs, nos lycéens sont invités, à l’instar des grands maitres du passé Hugo, Zola, France et Eluard, à écrire leurs propre éloge funèbre d’écrivain …

Et à se demander si la mission essentielle des écrivains serait de « célébrer ce qui fait la grandeur de l’être humain » …

Comment ne pas s’étonner …

De cette apparente affinité des épreuves du baccalauréat pour les occasions manquées et la neutralisation de tout ce qu’elles touchent …

Et notamment pour la formidable violence que peut contenir le monde en apparence si feutré de la vie littéraire …

Comme aurait pu le suggérer peut-être la simple évocation …

De ces fameux cadavres  (exquis ou non) dans le placard que furent, en forme justement de contre-éloges funèbres, deux des premiers manifestes collectifs du surréalisme …

D’abord pour démolir, comme punition de ses funérailles nationales et aux frais de Drieu la Rochelle et sans compter la participation du même compagnon de route Eluard qui fera plus tard l’éloge en Tchécoslovaquie de son petit camarade Desnos …

Le prix Nobel de littérature dreyfusard, co-fondateur de la Ligue des droits de l’homme et dénonciateur du génocide arménien qu’avait été Anatole France …

Puis, avec le contre-contre pamphlet des exclus suivant leur excommunication, pour célèbrer …

La mort souhaitée du pape du surréalisme et apologue de la violence aveugle lui-même …

Présenté en couverture sous une couronne d’épines ?

UN CADAVRE

Il était devenu si hideux, qu’en passant sa main sur son visage il sentit sa laideur.

  1. FRANCE (Thaïs)

L’ERREUR

Anatole France n’est pas mort ; il ne mourra jamais. Quelques braves écrivains dans une dizaine d’années auront inventé un nouvel Anatole. Il y a des gens qui ne peuvent pas se passer de ce personnage comique, le « plus grand homme du siècle » ou « un maître écrivain ». On recueille ses moindres mots, on étudie à la loupe ses moindres phrases et puis on bêle : « Comme c’est beau…, mais c’est magnifique, c’est splendide ! » Le maître éternel.

Celui qui vient de disparaître n’était pourtant pas très sympathique. Il n’a jamais songé qu’à son petit intérêt, à sa petite santé. Il attendait la mort, paraît-il. C’est une jolie solution. Mais à part cela, sérieusement qu’a-t-il fait, à quoi a-t-il pensé ? Puisqu’il ne s’agit aujourd’hui que de déposer une palme sur un cercueil, qu’elle soit aussi lourde que possible et qu’on étouffe ce souvenir.

Un peu de dignité, Messieurs de la famille ! Pleurez toutes les larmes de votre corps. Anatole a rendu ce qu’on appelait son âme. Vous n’avez rien à attendre de cette mémoire molle et sèche. C’est fini !

La nuit descend déjà. On reste étonné, lorsqu’on a le courage de parcourir les articles nécrologiques, de la pauvreté des éloges décernés à feu France. Quelles tristes couronnes en simili-celluloïd ! On rapporte régulièrement le mot de Barrès : « C’était un mainteneur ». Quelle cruauté ! le mainteneur de la langue française : cela fait penser à un adjudant ou à un maître d’école très pédant. Je pense que c’est une singulière idée que de perdre quelques minutes à adresser des adieux à un cadavre dont on a retiré le cerveau ! Puisqu’enfin tout est fini, n’en parlons plus.

J’ai assisté aujourd’hui à de bien jolis spectacles. Des croque-morts qui se disputaient en marchant devant un cercueil. J’ai vu aussi une femme en deuil, voilée de crêpes, aller à l’hôpital tailler une bavette avec son moribond de mari et lui montrer les beaux habits tout neufs qu’elle avait achetés le matin en attendant sa mort.

Philippe Soupault

UN VIEILLARD COMME LES AUTRES

Le visage de la gloire, le visage de la mort, celui d’Anatole France vivant ou mort. Tes semblables, cadavre, nous ne les aimons pas. Que de bonnes raisons, pourtant, ils ont de durer, comme la beauté et l’harmonie qui les remplissent d’aise, qui leur mettent aux lèvres un bon sourire, un sourire de père de famille. La beauté, cadavre, nous la connaissons bien et si nous nous y prêtons, c’est qu’elle ne nous donne pas précisément à sourire. Nous n’aimons le feu et l’eau que depuis que nous avons envie de nous y jeter. L’harmonie, ah ! l’harmonie, le noeud de ta cravate, mon cher cadavre, et ta cervelle à l’écart, bien rangée dans le cercueil et les larmes qui sont si douces, n’est-ce pas.

Ce que je ne puis plus imaginer sans avoir les larmes aux yeux, la Vie, elle apparaît encore aujourd’hui dans de petites choses dérisoires auxquelles la tendresse seule sert maintenant de soutien. Le scepticisme, l’ironie, la lâcheté, France, l’esprit français, qu’est-ce ? Un grand souffle d’oubli me traîne loin de tout cela. Peut-être n’ai-je jamais rien lu, rien vu, de ce qui déshonore la Vie ?

Paul Eluard

NE NOUS LA FAITES PAS A L’OSEILLE

La France est morte ? Vive la France. La France vient encore de mourir en Touraine : une maison ferme à jamais ses persiennes, comme tant d’autres, dans ces campagnes qui font entendre partout le même claquement funèbre : les vieux s’enfouissent dans la terre, les jeunes, quand il y en a, s’en vont quelques années de reste, traîner des noms fanés sur le bitume.

Mais ce n’est qu’une France qui vient de mourir, il y en a plusieurs, il y en a qui naissent, étranges et terribles. Dans le siècle : une France comme un Far-West brut, pleine d’étrangers inquiétants, de mines de fer, d’autos et d’avions, avec des millions de nègres et un avenir de Byzance battue et fortifiée par la barbarie – hors du siècle : une poésie française qui éclate dans la peinture, qui gronde inentendue depuis cinquante ans, dans plusieurs livres téméraires, merveilleux, austères.

Et par là-dessus, il y a une France éternelle, qui a été et qui sera, comme une amoureuse qu’on n’oublie pas, même si, éventrée, crevée par une invasion, elle expire son âme personnelle, mais nous ne la connaissons pas, et personne n’a le droit d’en appeler parmi nous, que nous soyons vivants ou morts, car si depuis toujours sa figure fut tracée tout entière d’un trait foudroyant, nous ne sommes qu’un des imperceptibles siècles dont elle est tissue, et seules les étoiles contemplent cette figure dans la touchante corbeille des visages humains.

Est-ce pour ces raisons astronomiques que nous avons un peu envie de soulever nos épaules aujourd’hui quand le croque-mort vient nous dire avec des airs satisfaits : « Je vous l’avais bien dit, voilà encore la France morte. Quelle perte, mes enfants. Cette France-là, c’était la vraie, la seule, celle qu’on montre aux étrangers, et celle dont nous nous congratulons confortablement depuis quelques années que nous avons pris si claire conscience de notre clair génie. Je vous plains, mes enfants, d’avoir perdu un tel arrière-grand-père. Je vous plains pour l’avenir qui vous attend : je vous vois gentiment aplatis sous l’énorme et délicat héritage de ce grand vieux homme. Mon métier m’a amené à visiter toutes les maisons où, à la flamme louche des cierges, s’allume la gloire, la vraie, la posthume – eh bien ! de tant de chuchotements dans l’ombre j’ai appris que cet Anatole France était le seul écrivain qui ait su écrire en français, dans tout un siècle de perdition – mais écrire, ce qui s’appelle écrire, avec une table, de l’encre, des livres, et des ciseaux » ?

Mais nous n’écoutons pas les larbins. Nous savons ce que nous avons perdu, nous qui – jeunes encore – avons tant perdu de divers côtés, et par exemple des amis de notre âge qui tiendraient peut-être mieux que nous la place.

Bien sûr : Anatole France nous a sauvés. Il a sauvé les meubles. Victor Hugo écrivait bien en prose, vous savez ! Choses vues, mais après lui, en attendant Barrès ? Eh bien ! oui ! il y a eu Anatole France. Il a sauvé les mots… non, pas les mots, Dieu sait que les mots ne se sont jamais si bien portés qu’au XIXe… mais pourtant certains mots, comme sur la langue la saveur essentielle du pain et du sel… mais il a maintenu cette présence, cette vigilance, cette prudence qui fait que les mots vivent ensemble comme une nation unie et forte : cela s’appelle la syntaxe, cela peut être comme l’amour entre les citoyens. Chez lui, c’était comme le gouvernement de la France de ce temps, de ce temps-ci encore : une régence méfiante, sèche, peureuse avec, pourtant, cet air de bonhomie républicaine.

C’est le grand-père qui a fait des économies : mais il nous lègue une maligne fortune d’avare. Si nous n’avions eu que lui pour vivre, pour vivre et pour mourir ?

Encore un qui a vécu en cet âge d’or, d’avant la guerre, à quoi nous ne comprenons rien. C’est même le Français par excellence de cet âge-là, cette France-là.

Mais vous vous apercevez que toute notre piété est tournée d’un autre côté, puisqu’elle n’est pas disponible pour ce trépas douillet, pour ces funérailles abondantes qui durent depuis deux ans – que de pleureuses, à barbe.

Non, notre piété est restée à ceux qui sont morts jeunes, à qui la parole ne fut pas laissée dans la bouche comme un antique morceau de sucre, mais à qui on l’a arrachée dans le sang et l’écume. Et je vous le demande – et cette question faite, toute mon excuse pour ce ton qu’il faut bien prendre ici pour qu’on n’entende pas en Europe que des gens qui se mouchent et qui peut seul s’accorder à cette pensée fondamentale que France mort, vit la France, vivent des Frances nombreuses que d’aucuns voudraient étouffer aujourd’hui sous ce catafalque, des Frances mystiques, crédules, obscures, brutales, merveilleusement insolites dans un décor vieilli, – je vous le demande, ces enfants-là, de quel secours leur fut ce grand-père ?

Drôle de grand-père qui ressemble à beaucoup trop de grands-pères français : sans Dieu, sans amour touchant, sans désespoir insupportable, sans colère magnifique, sans défaites définitives, sans victoires complètes.

Ignorance totale de Dieu – nous nous entendons, n’est-ce pas, ô poètes éperdus dans le vide. Maigre, maigre philosophie : vous comprenez que le Jardin d’Epicure nous a fait bayer d’une inanition trop creuse, pour que l’écho n’en arrive pas jusqu’aujourd’hui. Et la politique, l’allure nationale : il nous a bien laissé tomber entre la République du boudoir de l’Histoire contemporaine, la Révolution sournoisement trahie des Dieux ont soif et le bolchevisme qui l’a peloté comme un banquier anglais. Maurras ! ce n’est pas généreux d’avoir aussi flatté cet historien-là !

Et l’amour ? les amours, à la française. Le pauvre amour du Lys Rouge. Je demande pardon aux femmes. Et l’art, la littérature ! Ce grand-père a ignoré ou bafoué tous ceux que nous aimons parmi nos pères ou nos oncles.

Non, nous ne pouvons pas oublier tout cela, si nous nous rappelons que pourtant nous lui devons l’outil qui nous fait travailler et vivre et qui peut-être se cassera dans nos mains épaissies sur la crosse du fusil ou sur le volant. Il nous a donné la vie, mais il a manqué nous tuer. Alors quoi ?

Nous ne pouvons pas oublier qu’à quatorze ans on nous faisait adorer ces vieux bonshommes : Bergeret, Coignard, Bonnard. Vieux marcheurs, vieux pions habiles.

Notre amour est ailleurs, et notre espoir, ô métamorphoses, mais notre amertume est de ce côté. Il est bon qu’on la sente dans les larmes des crocodiles qui vont ramper sur l’avenue du Bois, religieux.

Pierre Drieu La Rochelle

ANATOLE FRANCE OU LA MEDIOCRITE DOREE

Eh bien non, je ne peux pas, je ne veux pas le nommer : Maître ! Il y a dans cette appellation quelque chose de haut et de grave à quoi cet esprit bas n’a jamais atteint. Et lorsque je dis esprit bas, j’entends : à l’étiage de la foule. Il y a entre A. France et un calicot une différence de quantité et non pas de qualité. Eh bien, je n’aime, je ne respecte que la qualité.

Oui, je sais, tous les tempéraments femelles se pâment devant sa prose : mais les mâles !

Cet homme médiocre a réussi à étendre les limites du médiocre. Cet écrivain de talent a poussé son talent jusqu’à la porte du génie. Mais il est resté à la porte.

On raconte qu’un jour, à M. Léopold Kahn lui disant : « Vous êtes le meilleur des hommes ! » Anatole France répondit : « Je crois être, au moins, un civilisé. » Ah !combien prophétique parole, et qu’il me plaît de lui appliquer dans son sens le plus moche, des reliures de veau, de l’esprit, une tasse de thé à la main, un civilisé, oui mon cher, un civilisé ! – Nous, nous avons besoin de barbares !

Poli ! Cet homme a été pleinement, infiniment poli, dans sa personne et dans son style. Poli comme une perle ! Mais le moindre grain de mil…

Nous avons soif et nous avons faim. Anatole France, c’est le régime des hors-d’oeuvre !

Vraiment, il ne m’intéresse pas, il ne nous intéresse pas. C’est de l’indifférence absolue. Il ne jouait aucun rôle dans notre vie, dans nos recherches, dans nos combats. Il vivait solitaire, hermétiquement clos. Chez lui, pas la moindre trace de curiosité pour l’ardente jeunesse, pas un cri, pas un geste. Oui, nous nous intéressons aussi peu à lui qu’il s’est intéressé à nous. – N’est-ce pas notre droit ?

Il a été notre Voltaire, qu’ils disent ! Oui, Voltaire, et rien que Voltaire. Or ce n’est pas de Voltaires que nous avons besoin (cela pullule, les petits Voltaires, les Voltaires au petit pied), nous avons besoin de Rousseaux, de Bonapartes, de Robespierres…

Et que son titre de communiste ne nous en impose point ! Là où manquent les actes, la parole est stérilité. Blanqui passa quarante ans en prison. Je n’admets les communistes qu’en prison…

En réalité, Anatole France dut beaucoup aux salons. Parbleu, c’est le salonnard-type, ou si vous préférez, le salonneux…

C’est un vase – vide. Ce bibelot peut amuser l’oeil un instant, mais il ne saurait prendre l’homme jusqu’aux entrailles. Cette perfection formelle manque de profondeur et de jus. Vide ! Tout est vide en lui et autour de lui. Ses livres coulent entre les doigts comme du sable. Son oeuvre est bâtie sur le sable…

C’est une surface plane – une seule dimension. Aujourd’hui, ce côté dubitatif, négatif de son intelligence, cela nous paraît si facile ! C’est vraiment trop simple !

Seule la mémoire fonctionne dans son univers. Des réminiscences rassemblées avec goût. Et certes je ne nie pas le goût. Je ne nie pas la grâce, l’agilité d’esprit, les heureuses manières, la limpidité de la langue, l’harmonie et le miel ; mais je dis que dépourvues de substance et de moelle, isolées et stériles, toutes ces vertus, je m’en fous !

Ce sceptique, cet aimable sceptique me laisse froid. C’est pour la passion que je me passionne. C’est d’optimisme, de foi, d’ardeur et de sang que je raffole. J’aime la vie, et mon coeur ne bat que pour la vie.

Anatole France est mort !

Joseph Delteil

REFUS D’INHUMER

Si, de son vivant, il était déjà trop tard pour parler d’Anatole France, bornons-nous à jeter un regard de reconnaissance sur le journal qui l’emporte, le méchant quotidien qui l’avait amené. Loti, Barrès, France, marquons tout de même d’un beau signe blanc l’année qui coucha ces trois sinistres bonhommes : l’idiot, le traître et le policier. Ayons, je ne m’y oppose pas, pour le troisième, un mot de mépris particulier. Avec France, c’est un peu de la servilité humaine qui s’en va. Que ce soit fête le jour où l’on enterre la ruse, le traditionnalisme, le patriotisme, l’opportunisme, le scepticisme, le réalisme et le manque de coeur ! Songeons que les plus vils comédiens de ce temps ont eu Anatole France pour compère et ne lui pardonnons jamais d’avoir paré des couleurs de la Révolution son inertie souriante. Pour y enfermer son cadavre, qu’on vide si l’on veut une boîte des quais de ces vieux livres « qu’il aimait tant » et qu’on jette le tout à la Seine. Il ne faut plus que mort cet homme fasse de la poussière.

André Breton

AVEZ-VOUS DEJA GIFLE UN MORT ?

La colère me prend si, par quelque lassitude machinale, je consulte parfois les journaux des hommes. C’est qu’en eux se manifeste un peu de cette pensée commune, autour de laquelle, vaille que vaille, un beau jour ils tombent d’accord. Leur existence est fondée sur une croyance en cet accord, c’est là tout ce qu’ils exaltent, et il faut pour qu’un homme recueille enfin leurs suffrages, pour qu’aussi un homme recueille les suffrages des derniers des hommes, qu’il soit une figure évidente, une matérialisation de cette croyance.

Les conseils municipaux de localités à mes yeux indistinctes s’émeuvent aujourd’hui d’une mort, posent au fronton de leurs écoles des plaques où se lit un nom. Cela devrait suffire à dépeindre celui qui vient de disparaître, car l’on n’imagine pas Baudelaire, par exemple, ou tout autre qui se soit tenu à cet extrême de l’esprit qui seul défie la mort, Baudelaire célébré par la presse et ses contemporains comme un vulgaire Anatole France. Qu’avait-il, ce dernier, qui réussisse à émouvoir tous ceux qui sont la négation même de l’émotion et de la grandeur ? Un style précaire, et que tout le monde se croit autorisé à juger par le voeu même de son possesseur ; un langage universellement vanté quand le langage pourtant n’existe qu’au-delà, en dehors des appréciations vulgaires. Il écrivait bien mal, je vous jure, l’homme de l’ironie et du bon sens, le piètre escompteur de la peur du ridicule. Et c’est encore très peu que de bien écrire, que d’écrire, auprès de ce qui mérite un seul regard. Tout le médiocre de l’homme, le limité, le peureux, le conciliateur à tout prix, la spéculation à la manque, la complaisance dans la défaite, le genre satisfait, prudhomme, niais, roseau pensant, se retrouvent, les mains frottées, dans ce Bergeret dont on me fera vainement valoir la douceur. Merci, je n’irai pas finir sous ce climat facile une vie qui ne se soucie pas des excuses et du qu’en dira-t-on.

Je tiens tout admirateur d’Anatole France pour un être dégradé. Il me plaît que le littérateur que saluent à la fois aujourd’hui le tapir Maurras et Moscou la gâteuse, et par une incroyable duperie Paul Painlevé lui-même, ait écrit pour battre monnaie d’un instinct tout abject, la plus déshonorante des préfaces à un conte de Sade, lequel a passé sa vie en prison pour recevoir à la fin le coup de pied de cet âne officiel. Ce qui vous flatte en lui, ce qui le rend sacré, qu’on me laisse la paix, ce n’est pas même le talent, si discutable, mais la bassesse, qui permet à la première gouape venue de s’écrier : « Comment n’y avais-je pas pensé plus tôt ! » Exécrable histrion de l’esprit, fallait-il qu’il répondît vraiment à l’ignominie française pour que ce peuple obscur fût à ce point heureux de lui avoir prêté son nom ! Balbutiez donc à votre aise sur cette chose pourrissante, pour ce ver qu’à son tour les vers vont posséder, râclures de l’humanité, gens de partout, boutiquiers et bavards, domestiques d’état, domestiques du ventre, individus vautrés dans la crasse et l’argent, vous tous, qui venez de perdre un si bon serviteur de la compromission souveraine, déesse de vos foyers et de vos gentils bonheurs.

Je me tiens aujourd’hui au centre de cette moisissure, Paris, où le soleil est pâle, où le vent confie aux cheminées une épouvante et sa langueur. Autour de moi, se fait le remuement immonde et misérable, le train de l’univers où toute grandeur est devenue l’objet de la dérision. L’haleine de mon interlocuteur est empoisonnée par l’ignorance. En France, à ce qu’on dit, tout finit en chansons. Que donc celui qui vient de crever au coeur de la béatitude générale, s’en aille à son tour en fumée ! Il reste peu de choses d’un homme : il est encore révoltant d’imaginer de celui-ci, que de toute façon il a été. Certains jours j’ai rêvé d’une gomme à effacer l’immondice humaine.

Louis Aragon

A LA PROCHAINE OCCASION IL Y AURA UN NOUVEAU CADAVRE (1)

Voir aussi:

Five Ways To Kill A Man
Edwin Brock (1990)

There are many cumbersome ways to kill a man.
You can make him carry a plank of wood
to the top of a hill and nail him to it. To do this
properly you require a crowd of people
wearing sandals, a cock that crows, a cloak
to dissect, a sponge, some vinegar and one
man to hammer the nails home.

Or you can take a length of steel,
shaped and chased in a traditional way,
and attempt to pierce the metal cage he wears.
But for this you need white horses,
English trees, men with bows and arrows,
at least two flags, a prince, and a
castle to hold your banquet in.

Dispensing with nobility, you may, if the wind
allows, blow gas at him. But then you need
a mile of mud sliced through with ditches,
not to mention black boots, bomb craters,
more mud, a plague of rats, a dozen songs
and some round hats made of steel.

In an age of aeroplanes, you may fly
miles above your victim and dispose of him by
pressing one small switch. All you then
require is an ocean to separate you, two
systems of government, a nation’s scientists,
several factories, a psychopath and
land that no-one needs for several years.

These are, as I began, cumbersome ways
to kill a man. Simpler, direct, and much more neat
is to see that he is living somewhere in the middle
of the twentieth century, and leave him there.


Bac 2016: Comment l’antisionisme est enseigné à nos enfants (Anti-zionism 101: How French students are disinformed about Israel)

17 juin, 2016
israel-antisionisme-antisemitisme-coran-biblehttps://i0.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/50/Dissolution_of_Austria-Hungary.png
Ottoman
https://jcdurbant.files.wordpress.com/2014/07/9c232-mandatodesanremo-italia-1920-1922.jpg

L’antisionisme est à cet égard une introuvable aubaine car il nous donne la permission, et même le droit, et même le devoir d’être antisémites au nom de la démocratie. L’antisionisme est l’antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous. Il est la permission d’être démocratiquement antisémite. Et si les juifs étaient eux-mêmes des nazis ? Ce serait merveilleux. II ne serait plus nécessaire de les plaindre ; ils auraient mérité leur sort. Vladimir Jankelevitch (1971)
 Le terrorisme est l’arme des faibles, qui dans l’incapacité d’attaquer frontalement une grande puissance, cherchent à la déstabiliser en s’en prenant à des cibles symboliques. Manuel d’histoire-géographie Magnard
Ce n’est pas une politique de tuer des enfants. Chirac (accueillant Barak à Paris, 2000)
La situation est tragique mais les forces en présence au Moyen-Orient font qu’au long terme, Israël, comme autrefois les Royaumes francs, finira par disparaître. Cette région a toujours rejeté les corps étrangers. Villepin (Paris, 2001)
Pourquoi accepterions-nous une troisième guerre mondiale à cause de ces gens là? Daniel Bernard (ambassadeur de France, après avoir qualifié Israël de « petit pays de merde », Londres, décembre 2001)
Les Israéliens se sont surarmés et en faisant cela, ils font la même faute que les Américains, celle de ne pas avoir compris les leçons de la deuxième guerre mondiale, car il n’y a jamais rien de bon à attendre d’une guerre. Et la force peut détruire, elle ne peut jamais rien construire, surtout pas la paix. Le fait d’être ivre de puissance et d’être seul à l’avoir, si vous n’êtes pas très cultivé, enfant d’une longue histoire et grande pratique, vous allez toujours croire que vous pouvez imposer votre vision. Israël vit encore cette illusion, les Israéliens sont probablement dans la période où ils sont en train de comprendre leurs limites. C’était Sharon le premier général qui s’est retiré de la bande de Gaza car il ne pouvait plus la tenir. Nous défendons absolument le droit à l’existence d’Israël et à sa sécurité, mais nous ne défendons pas son droit à se conduire en puissance occupante, cynique et brutale … Michel Rocard (2006)
Cette confusion [entre antisémitisme, antisionisme et critique du gouvernement israélien] est entretenue par les institutions communautaires et certains intellectuels juifs. L’antisémitisme, c’est la haine des juifs, l’antisionisme, c’est l’opposition à l’existence de l’État d’Israël. Mais cela n’a rien à voir avec la critique de l’action du gouvernement israélien ou alors des O.N.G. israéliennes, des personnalités comme Abraham Burg, des journalistes comme Gideon Lévy sont antisémites. Lorsque l’on critique la politique de Poutine on n’est pas accusé de faire du racisme anti-russes. Brandir l’accusation infamante d’antisémitisme dès que l’on émet une critique à l’égard du gouvernement israélien a pour fonction de protéger ce dernier. L’immense majorité de ceux qui se déclarent solidaires des Palestiniens combattent l’antisémitisme et toutes les formes de racisme, et se prononcent pour la solution des deux États, donc en faveur de l’existence d’Israël. Pascal Boniface
L’antisémitisme traditionnel en France est originellement marqué par l’Eglise, l’extrême droite et le nationalisme: c’est l’antisémitisme de l’affaire Dreyfus qui connaît son acmé sous Vichy. L’antisémitisme nouveau est un antisémitisme d’importation. Il est lié à la fois à la culture traditionnelle des pays magrébins, à l’islam et au contexte colonial. En Algérie, le décret Crémieux qui permit aux juifs de devenir français dès 1870 attise la jalousie des musulmans. En Tunisie et au Maroc, les juifs n’étaient pas français mais leur émancipation par le biais de l’école leur a donné une large avance sur le plan scolaire et social sur la majorité musulmane. Cela s’est terminé par le départ de la minorité juive. Cet antisémitisme-là s’est transposé sur notre territoire par le truchement de l’immigration familiale (c’est cela qui a été importé et pas le conflit israélo-palestinien comme le répètent les médias). Un antisémitisme qui préexistait toutefois auparavant (mais en mode mineur) comme le rappellent les affrontements survenus à Belleville en juin 1967 ou le Mouvement des Travailleurs arabes au début des années 1970. Paradoxalement, cet antisémitisme ne s’est pas dilué, mais enkysté. C’est dans les familles qu’il se transmet et s’apprend. Arrivé à l’école, l’affaire est déjà jouée. Nouveau par les formes et l’origine, il épouse parfois le vocabulaire de l’antisémitisme traditionnel. Par exemple, le mot «youpin», qui avait tendance à disparaître en France, est réutilisé dans des milieux de banlieues qui ne le connaissaient pas. Bref, les différentes branches de l’antisémitisme sont en train de se conjuguer. L’extrême droite traditionnelle qui connait un renouveau, une certaine ultra gauche qui par le biais de l’antisionisme a parfois du mal à maquiller son antisémitisme (l’enquête Fondapol d’octobre 2014 menée par Dominique Reynié était édifiante à cet égard). On a oublié que l’antisémitisme plongeait de longues racines à gauche, depuis Proudhon jusqu’aux propos de Benoît Frachon en juin 1967, secrétaire général de la CGT. Mais la branche la plus massive, et de loin, est la branche arabo-islamiste. Celle-là seule passe aux actes, elle insulte, frappe et tue. Elle n’est d’ailleurs pas seulement arabo-islamiste car elle déborde aujourd’hui dans les banlieues. Nombre de jeunes qui ne sont pas issus de l’immigration arabo-musulmane adoptent pourtant le code culturel de l’antisémitisme, lequel est devenu un code d’intégration dans les cités. Ainsi, ici, l’intégration à la France se fait-elle à rebours, en chassant la part juive de la société française. Adopter ces clichés et ce langage c’est se donner plus de chances d’être intégré dans l’économie sociale des banlieues. Et pour parler comme la banlieue, il faut parler «anti-feuj». (…) En tant qu’historien, je suis frappé par la stupidité d’une telle comparaison [sort des musulmans aujourd’hui à celui des juifs hier]. Je n’ai pas souvenir dans l’histoire des années 30 d’avoir entendu parler de l’équivalent juif de Mohammed Merah, de Mehdi Nemmouche ou des frères Kouachi se mettant à attaquer des écoles françaises, des boutiques ou des Eglises. Assistait-on dans les années 1930 à un repli communautaire des juifs? Tout au contraire, s’agissait-il d’une course éperdue vers l’intégration et l’assimilation. Les juifs cherchaient à se faire le plus petit possible. Ils étaient 330 000, dont 150 000 juifs étrangers qui vivaient dans la crainte d’être expulsés. Beaucoup étaient des réfugiés de la misère, d’autres fuyaient le nazisme et les violences antisémites d’Europe orientale. Aujourd’hui, place Beauvau, on estime la minorité musulmane entre six et dix millions de personnes. Ils n’ont pas été chassés par un régime qui veut les exterminer mais sont venus ici, dans l’immense majorité des cas, pour trouver des conditions de vie meilleures. Les situations sont incomparables, ne serait-ce qu’au regard des effectifs concernés: en Europe, aujourd’hui, un musulman sur quatre vit en France. Cette question est toutefois intéressante à un autre titre: pourquoi une partie de la population française d’origine maghrébine est-elle habitée par un mimétisme juif, une obsession juive, voire une jalousie sociale comme si l’histoire du Maghreb colonial se perpétuait ici? L’histoire de la Shoah est-elle en cause? Elle n’a pas été surestimée, il s’agit bien de la plus profonde coupure anthropologique du siècle passé, et elle dépasse de loin la seule question antisémite. En réalité, c’est la trivialisation de cette tragédie historique qui a produit des effets pervers. Car la Shoah, elle, au-delà de toutes les instrumentalisations, reste une question d’histoire cardinale qui interroge politiquement toutes les sociétés. Qu’est-ce qu’un génocide? Comment en est-on arrivé-là? Pourquoi l’Allemagne? Pourquoi l’Europe? Pourquoi les juifs? Comment une idéologie meurtrière se met-elle en place? Comment des hommes ordinaires, bons pères de famille, deviennent-ils parfois des assassins en groupe? Cette césure historique, matrice d’un questionnement sans fin, a été rabaissée à un catéchisme moralisateur («Plus jamais ça!») et à une avalanche assez niaiseuse de bons sentiments qui, pédagogiquement, ne sont d’aucune utilité. Et qui fait que nous passons parfois à côté des mécanismes politiques qui régulent des sociétés de masse d’autant plus dangereuses qu’anomiées. Le discours de la repentance a pu stériliser la pensée et frapper de silence des questions jugées iconoclastes. Comme les questions d’histoire culturelle évoquées tout à l’heure. Comme si invoquer le facteur culturel à propos de minorités dont l’intégration est en panne serait emprunter le «chemin d’Auschwitz». Cet affadissement a paralysé la réflexion politique, enté sur la conviction erronée que les situations se reproduisent à l’identique. Or, si les mécanismes sont les mêmes, les situations ne le sont jamais. Le travail de l’historien illustre sans fin le mot d’Héraclite: «On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve…» (…) Mais ces lois [mémorielles] ont des effets pervers. Dans des sociétés de masse animées par la passion de l’égalité, toute différence, est perçue comme une injustice. La Shoah étant perçue comme le summum de la souffrance, le peuple juif aux yeux de certains est devenu le «peuple élu de la souffrance». De là une concurrence des mémoires alimentée plus encore par un cadre de références où la victime prend le pas sur le citoyen. Comme s’il fallait avoir été victime d’une tragédie historique pour être reconnu. Second élément de la dérive, la transgression qui permet d’échapper à l’anonymat. Et dans une société qui a fait de la Shoah (contre les historiens) une «religion civile», la meilleure façon de transgresser est de s’en prendre à cette mémoire soit dans le franc négationnisme hier, soit dans la bêtise de masse (qui se veut dérision) type Dieudonné aujourd’hui. Sur ce plan, tous les éléments sont réunis pour favoriser la transgression qui canalise les frustrations innombrables d’un temps marqué au sceau du «désenchantement du monde». C’est d’ailleurs pourquoi on a tort de réagir à chacune des provocations relatives à la Shoah. C’est précisément ce qu’attend le provocateur, notre indignation est sa jouissance. (…) Pour une journée de jumelage avec Tel-Aviv, il a fallu déployer 500 CRS. L’ampleur de la polémique me parait disproportionnée. Israël n’est pas un Etat fasciste et le conflit avec les Palestiniens est de basse intensité. Il y a pratiquement tous les jours entre cinquante et cent morts par attentats dans le monde arabo-musulman dans l’indifférence générale. La guerre civile en Syrie a fait à ce jour, et en quatre ans, 240 000 morts. Le conflit israélo-palestinien en aurait fait 90 000 depuis 1948. La disproportion est frappante. Peu importe que des Arabes tuent d’autres Arabes. Tout le monde s’en moque. Les juifs seuls donnent du prix à ces morts. Dès qu’ils sont de la partie, on descend dans la rue. Cette passion débordante, disproportionnée, n’interroge pas le conflit. Elle interroge ce que devient la société française. Les menaces sur Tel Aviv sur scène sont venues des mêmes milieux qui ont laissé faire les violences de Barbès en juillet 2014, la tentative d’assaut contre la la synagogue de la rue de la Roquette à Paris et une semaine plus tard contre celle de Sarcelles. Bref, je le redis, ce n’est pas le conflit qui a été importé, c’est l’antisémitisme du Maghreb. Les cris de haine d’aujourd’hui sont l’habillage nouveau d’une animosité ancienne. (…) A la lecture de Christophe Guilluy, on comprend d’ailleurs qu’il n’y a pas deux France, mais trois. La France périphérique méprisée par les élites, qui souffre et est tenue de se taire. Elle constitue le gros du vivier FN. La France des biens nés, intégrée socialement, plus aisée et qui regarde avec condescendance la France populaire qui «pense mal». Enfin, une troisième France, tout aussi en souffrance que la première, en voie de désintégration sous l’effet de la relégation géographique, sociale, scolaire, et dont une frange se radicalise. Mais l’erreur, ici, serait de lier la poussée islamiste à la seule déshérence sociale: dès lors que des jeunes intégrés, et diplômés basculent vers la radicalité islamiste, on comprend que le facteur culturel a été longtemps sous-estimé. (…) A force de nier le réel, on a fait le lit du FN. Les millions de Français qui sont aujourd’hui sympathisants du Front national n’ont pas le profil de fascistes. Beaucoup d’entre eux votaient jadis à gauche, et le FN authentiquement parti d’extrême droite, est aussi aujourd’hui le premier parti ouvrier de France. Comment en est-on arrivé-là? Quelle responsabilité ont les classes dominantes dans ce naufrage et, notamment la classe intellectuelle? Voilà les questions qui importent vraiment. En revanche, la question rhétorique du «plus grand danger», FN ou islamisme, vise à nous faire taire. Avec à la clé ce chantage: «A dénoncer la poussée de l’islamisme, du communautarisme, la désintégration d’une partie de l’immigration de masse, vous faites le jeu du Front national!». Tenter de répondre à la question ainsi formulée, c’est tomber dans ce piège rhétorique. Il faudrait, au contraire, retourner cette question à ceux qui la posent: n’avez-vous pas fait le jeu du FN en invalidant la parole d’une partie du peuple français, en le qualifiant de «franchouillard», de raciste, de fasciste? Et en sous estimant le sentiment d’abandon et de mépris vécu par ces dominés de toujours? Georges Bensoussan
La France comprend trois foyers d’expression de l’antisémitisme très forts. Le premier, ce sont les proches du Front National et les électeurs de Marine Le Pen […] Le deuxième groupe, c’est parmi les Français musulmans […] Et puis le troisième groupe ce sont les proches du Front de gauche et les électeurs de Jean-Luc Mélenchon 2012, où là aussi on trouve, à un dégré moindre, et sur des ajustements ou, je dirais des agencements différents, l’expression d’un antisémitisme fort. (…) On a [dans ce groupe] une adhésion beaucoup plus forte que la moyenne à des préjugés qui relèvent de cet antisémitisme anticapitaliste et antiglobalisation. Cette idée que les juifs contrôlent l’économie. Qu’il y a un capitalisme cosmopolite, que le monde de la finance est un monde cosmopolite. Dominique Reynié
En octobre 2004, dans son rapport intitulé Chantier sur la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, Jean-Christophe Rufin notait une diminution du rôle de l’extrême droite dans la responsabilité des violences antisémites et, en revanche, une augmentation de celui d’une frange de la jeunesse issue de l’immigration. (…) L’intérêt de la seconde enquête est de vérifier l’hypothèse d’un nouvel antisémitisme, avancée il y a presque quinze ans par Pierre-André Taguieff et reprise par Jean-Christophe Rufin dans son rapport de 2004. Il s’agit donc de savoir si les musulmans vivant en France sont plus ou moins susceptibles que la moyenne de la population nationale à partager des préjugés contre les Juifs, voire à développer une vision antisémite. (…) Enfin, pour comprendre ce regain des mauvaises pensées, il faut compter avec l’influence majeure d’un nouvel acteur, le Web, dont le rôle est rapidement devenu déterminant dans le domaine de l’information mais aussi de l’engagement politique, de la mobilisation militante et de la prise de parole en général et de type protestataire en particulier. La force du Web est décuplée par ses vertus apparentes et pour partie réelles: égalitarisme, spontanéisme, authenticité, immédiateté, universalité… Mais ce nouvel espace public est fortement porté par la possibilité singulière d’émettre des messages, des opinions, de les recevoir, de les partager, sans avoir nécessairement à décliner son identité, c’est-à-dire sans devoir engager sa responsabilité. Dans toute l’histoire de la liberté de la presse et de la liberté d’opinion, c’est une situation inédite. Ces outils offrent aux antisémites et aux racistes un statut d’extraterritorialité et, finalement, une impunité de fait, qui ne permet plus aux États de droit ni d’assurer la défense des valeurs humanistes ni de punir ceux qui se rendent coupables de les transgresser. (…) Il y a les opinions et il y a les agressions. En France, jamais nous n’avons réussi à descendre au-dessous de la barre de 400 actes antisémites par an depuis le début des années 2000, et l’année 2014 connaît une augmentation impressionnante (+ 91 %). Ainsi, de janvier à juillet 2014, comparativement à la même période en 2013, on a relevé 527 actes antisémites contre 276. La moitié des actes racistes sont des actes contre les Juifs, qui représentent probablement moins de 1 % de la population. Sur le Web, on note l’installation d’un antisémitisme déchaîné. Au cours de l’été 2014, lors des manifestations contre l’intervention israélienne dans la bande de Gaza, des slogans «Mort aux Juifs !» ont été entendus à Paris, place de la République; à Sarcelles, ces cris ont débouché sur la mise à sac de commerces au motif qu’ils appartenaient à des Juifs. Une synagogue a été attaquée. Il en va de même pour les actes atroces commis récemment: l’assassinat, en 2006, d’Ilan Halimi par le gang de Youssouf Fofana; celui, en 2012, de Jonathan Sandler et des enfants Gabriel Sandler, Arieh Sandler et Myriam Monsonego par Mohammed Merah, également meurtrier des malheureux Imad Ibn Ziaten, Mohamed Legouad et Abel Chennouf; puis, en 2014, la tuerie de Bruxelles perpétrée par Mehdi Nemmouche. Ne confondons pas ces drames avec des faits sans cause. Ils sont de notre époque et nous disent donc nécessairement de quoi elle est faite. (…) Parmi les informations que nous apporte cette enquête, l’un des points à retenir est certainement le fait que 16 % seulement des personnes interrogées se disent d’accord avec l’affirmation selon laquelle, en France, «il y a plus de problèmes d’antisémitisme que de problèmes de racisme». Autrement dit, 59 % des personnes estiment le contraire, ce qui s’oppose à l’évidence des données sur les agressions antisémites. En France, les actes antisémites constituent 50 % de tous les actes racistes, tandis que la communauté juive représente moins de 1 % de la population nationale. Il faut donc noter que, du point de vue du public, les agressions antisémites ne suscitent pas l’écho et la mémorisation auxquelles on pourrait s’attendre compte tenu de la nature des faits et de leur gravité (…) Selon notre enquête, de tous les partis politiques et des publics qu’ils fédèrent autour d’eux, les sympathisants du Front national et les électeurs de Marine Le Pen constituent l’univers politique et partisan où l’on trouve, et de très loin, le plus d’opinions antisémites et xénophobes. Les sympathisants du FN et ses électeurs ressemblent davantage au discours du fondateur du parti qu’au discours plus policé que sa nouvelle présidente s’efforce de mettre en scène. (…) Les musulmans répondants sont deux à trois fois plus nombreux que la moyenne à partager des préjugés contre les Juifs. La proportion est d’autant plus grande que la personne interrogée déclare un engagement plus grand dans la religion. Ainsi, lorsque 19 % de l’ensemble des personnes interrogées indiquent adhérer à l’idée selon laquelle «les Juifs ont trop de pouvoir dans le domaine de la politique», le taux grimpe à 51 % pour l’ensemble des musulmans. Cette question permet d’illustrer les effets de la pratique religieuse sur l’adhésion aux items antisémites: en effet, l’adhésion à cet item est de 37 % chez les personnes qui déclarent une «origine musulmane», de 49 % chez les musulmans croyants» et de 63 % chez les «musulmans croyants et pratiquants». (…) l’idée selon laquelle le sionisme « est une organisation internationale qui vise à influencer le monde», si typique de la vision antisémite, suscite un niveau d’approbation très élevé parmi les musulmans interrogés (44 %), contre 16 % en moyenne de la population âgée de 16 ans et plus. On voit encore ici que la proportion croît avec le degré d’implication religieuse. L’existence d’un complot sioniste est de 30 % chez ceux qui déclarent une «origine musulmane», de 42 % chez les « musulmans croyants » et de 56% chez les «musulmans croyants et pratiquants ». (…) Les préjugés contre les Juifs sont plus répandus au sein de la mouvance du Front de gauche que dans l’ensemble de la société française, mais ils sont moins répandus que dans la mouvance du Front national. Dominique Reynié
Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civiques et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les juifs jouissent dans tout autre pays. Déclaration Balfour (2 novembre 1917)
X. Aux peuples d’Autriche-Hongrie, dont nous désirons voir sauvegarder et assurer la place parmi les nations, devra être accordée au plus tôt la possibilité d’un développement autonome.
XI. La Roumanie, la Serbie et le Monténégro devraient être évacués ; les territoires occupés devraient être restitués ; à la Serbie devrait être assuré un accès à la mer libre et sûr; les relations des états Balkans entre eux devraient être déterminés par une entente amicale le long de lignes historiquement établies d’allégeance et de nationalité; des garanties internationales quant à l’indépendance politique et économique, et l’intégrité territoriale des États des Balkans devrait également être introduites.
XII. Aux régions turques de l’Empire ottoman actuel devraient être assurées la souveraineté et la sécurité ; mais aux autres nations qui sont maintenant sous la domination turque on devrait garantir une sécurité absolue de vie et la pleine possibilité de se développer d’une façon autonome ; quant aux Dardanelles, elles devraient rester ouvertes en permanence, afin de permettre le libre passage aux vaisseaux et au commerce de toutes les nations, sous garantie internationale.
XIII. Un État polonais indépendant devrait être créé, qui inclurait les territoires habités par des populations indiscutablement polonaises, auxquelles on devrait assurer un libre accès à la mer, et dont l’indépendance politique et économique ainsi que l’intégrité territoriale devraient être garanties par un accord international.
XIV. Une association générale des nations doit être constituée sous des alliances spécifiques ayant pour objet d’offrir des garanties mutuelles d’indépendance politique et d’intégrité territoriale aux petits comme aux grands États. 
Woodrow Wilson (14 propostions, 8 janvier 1918)
Le Conseil de la Société des nations … Considérant que les Principales Puissances Alliées ont convenu que le Mandat est chargé d’appliquer la déclaration annoncée le 8 novembre 1917 par le Gouvernement Britannique et adoptée par les autres puissances alliées, en faveur de l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif ; étant clairement entendu qu’aucune démarche ne devrait être entreprise pouvant porter préjudice aux droits civils et religieux des communautés non juives en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont bénéficiaient les Juifs dans d’autres pays. Résolution de San Remo (24  avril 1920, confirmée par le Conseil de la Société des nations le 24 juillet 1922, mise en application en septembre 1923)
3. Reconnaît que la dissolution de la Société des Nations mettra fin à ses fonctions en ce qui concerne les territoires sous mandat, mais note que des principes correspondant à ceux que déclare l’article 22 du Pacte sont incorporés dans les chapitres XI, XII et XIII de la Charte des Nations Unies; 4. Note que les Membres de la Société administrant actuellement des territoires sous mandat ont exprimé leur intention de continuer à les administrer, en vue du bien-être et du développement des peuples intéressés, conformément aux obligations contenues dans les divers mandats, jusqu’à ce que de nouveaux arrangements soient pris entre les Nations Unies et les diverses Puissances mandataires. Résolution de l’assemblée de la Société des nations (18 avril 1946)
À l’exception de ce qui peut être convenu dans les accords particuliers de tutelle conclus conformément aux Articles 77, 79 et 81 et plaçant chaque territoire sous le régime de tutelle, et jusqu’à ce que ces accords aient été conclus, aucune disposition du présent Chapitre ne sera interprétée comme modifiant directement ou indirectement en aucune manière les droits quelconques d’aucun État ou d’aucun peuple ou les dispositions d’actes internationaux en vigueur auxquels des Membres de l’Organisation peuvent être parties. Chapitre XII : Régime international de tutelle (article 80, San Francisco, 26 juin 1945)
Ayant en vue spécifiquement la mise en œuvre de la résolution du Conseil de sécurité du 16 Novembre 1948, les objectifs et principes suivants sont confirmés:
1. Est reconnu le principe selon lequel aucun avantage militaire ou politique ne devrait être acquis pendant la trêve ordonnée par le Conseil de sécurité;
2. Il est également reconnu, les dispositions du présent accord étant dictées exclusivement par des considérations militaires, qu’aucune disposition du présent Accord ne porte en rien atteinte aux droits, revendications et positions de l’une ni de l’autre Partie dans le règlement pacifique et final de la question palestinienne. Accord Jordano-israélien d’armistice général du 3 Avril 1949 (article II)
La ligne de démarcation de l’armistice ne doit être interprétée d’aucune façon comme une frontière politique ou territoriale. Accord Israélo-égyptien d’armistice général du 24 Février 1949 (Article V)
À la fin du XIXe siècle, se structure un nationalisme juif, le sionisme, qui soutient la création d’un État-nation juif en Palestine qu’il définit comme « Terre d’Israël ». En 1917, les Britanniques, par l’intermédiaire de la Déclaration Balfour, se déclarent en faveur de l’établissement d’un foyer national pour le peuple juif. En 1919, est signé l’Accord Fayçal-Weizmann en tant qu’élément de la Conférence de paix de Paris. Cet accord prévoit l’établissement d’une coopération judéo-arabe pour le développement d’une patrie juive et d’une nation arabe en Palestine. La même année se tient à Jérusalem le Congrès de la Palestine arabe qui exige l’annulation de la déclaration de Balfour et l’inclusion de la Palestine comme partie intégrante du gouvernement arabe indépendant de la Syrie et rejette le sionisme tout en acceptant l’aide britannique sous condition de ne pas empiéter sur la souveraineté arabe en Palestine envisagée en tant qu’élément d’un État syrien indépendant. La population arabe du pays s’oppose au projet. Des émeutes sont régulièrement organisées dans toute la Palestine dès 1919. En avril 1920, des émeutes à Jérusalem font une dizaine de morts et près de 250 blessés à la veille de la Conférence de San Remo qui doit étudier la question du futur de la Palestine. La Société des Nations s’y déclare favorable au projet d’établissement d’un foyer national juif et en 1922, elle officialise le mandat britannique sur la Palestine. Dès 1920, Mohammed Amin al-Husseini devient l’un des principaux leaders du nationalisme palestinien ayant pour but la création d’un État arabe palestinien indépendant; il s’oppose activement au sionisme et est considéré comme l’instigateur de 1921 à 1937 des émeutes violentes en réaction au projet de l’établissement d’un « Foyer juif » en Palestine. Il est réputé antisémite. En 1937, alors qu’il est recherché par la police britannique pour son rôle dans ces émeutes il s’enfuit en Syrie. En 1941, il se réfugie en Allemagne nazie et demande à Hitler de lui apporter son soutien contre la création d’un Foyer juif. En 1925, Izz al-Din al-Qassam, né en Syrie, prône la lutte armée comme action politique, en 1930 il fonde une organisation paramilitaire, La main noire qui se lance dans des attaques contre les juifs et les britanniques, prêchant la violence politique d’inspiration religieuse, le Jihad et l’anti-sionisme. En 1935 est fondé le Parti arabe palestinien créé par la famille Al-Husseini. L’opposition arabe palestinienne culmine avec la Grande Révolte de 1936-1939. Menée par les nationalistes palestiniens, elle s’oppose à la fois à la présence juive et britannique en Palestine et aux hommes politiques palestiniens se revendiquant d’un nationalisme panarabe. Le 18 février 1947, les Britanniques annoncent l’abandon de leur mandat sur la région et transfèrent la responsabilité sur la Palestine mandataire à l’ONU. Wikipedia
L’argument fondamental que les Arabes utilisent contre Israël est que la seule raison de sa création aurait été d’apaiser la mauvaise conscience des Européens après la Shoah. Selon leurs dires, les Juifs n’auraient aucun droit sur la Terre d’Israël du point de vue légal, historique et moral. Or, cet argument est complètement faux. La communauté internationale a reconnu les droits légaux, historiques et moraux du peuple juif sur la Terre d’Israël bien avant que quiconque ait jamais entendu parler d’Adolf Hitler. En 1922, la Société des Nations avait mandaté la « reconstitution » – et non la création – du foyer national juif sur la Terre d’Israël dans ses frontières historiques sur les deux rives du Jourdain. Caroline Glick
L’Etat d’Israël a vu le jour par le même processus légitime qui a créé les autres nouveaux états de la région, conséquence du démantèlement de l’Empire ottoman après la Première Guerre mondiale. Conformément à la pratique traditionnelle des états victorieux, les puissances alliées,  France et Angleterre, ont créé le Liban, la Syrie, l’Irak et la Jordanie et bien sûr Israël, pour consolider et protéger leurs intérêts nationaux. Ce droit légitime de réécriture de la carte peut avoir été mal fait et à courte vue – des régions contenant autant de sectes et de groupes ethniques différents étaient de mauvais candidats pour devenir des Etats-nation, comme le prouve l’histoire de l’Irak et du Liban, alors que les meilleurs candidats au statut de nation comme les Kurdes étaient laissés de côté. Mais ce droit est le fruit de la victoire des Alliés et de la défaite des Empires centraux, le prix séculaire à payer pour avoir lancé et perdu une guerre. De même, en Europe, l’Empire austro-hongrois était démantelé et les nouveaux états autrichien, hongrois, yougoslave et tchécoslovaque étaient créés. Et l’agresseur principal allemand se voyait puni par une importante perte de territoire, abandonnant quelque 10 millions d’Allemands en dehors de la patrie. Le droit des Israéliens à leur propre pays est aussi légitime que celui des Jordaniens, Syriens et Libanais. Bruce Thornton
Pour le lecteur distrait, une attaque de civils en goguette en tout point identique à celles du 13 novembre à Paris est devenue un nouvel épisode de l’interminable et incompréhensible conflit israélo-palestinien, des arabes et des juifs se mitraillant les uns les autres comme ils aiment bien le faire, chacun sait ça. D’ailleurs, de l’attentat, voire de l’incident, Mediapart n’en a même pas parlé du tout, se contentant de publier une dépêche Reuters insistant sur la réaction manifestement disproportionnée des autorités de l’État hébreu. Quant au Monde, c’est de la « punition collective » des Palestiniens privés de sauf-conduits en Israël qu’il commence par s’indigner… Je ne ferai pas, à nouveau, le vœu pieux que nos journaux se mettent à considérer la victime israélienne d’une attaque terroriste de la même manière que la victime française d’une attaque terroriste – sans doute parce que je ne suis pas pieux moi-même et surtout parce que c’est un combat perdu d’avance – mais je me dis qu’il serait bon de se souvenir qu’un terroriste est un terroriste n’importe où ; quel que soit le contexte ou le discours qu’il tient pour légitimer sa barbarie. Et qu’un civil prenant l’apéro à la fraîche, à Paris, à Tel Aviv, à Bruxelles, à San Bernardino, à Sousse ou à Ankara, est juste un civil prenant l’apéro à la fraîche. Le type qui lui tire dessus ne sait ni qui il est, ni ce qu’il pense, ni ce que sont ses choix politiques ou religieux. Il est juste venu le descendre à l’aveugle. C’est le principe même du terrorisme. Hughes Serraf
« Le Proche et le Moyen-Orient, un foyer de conflits depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale »Sujet du bac histoire 2016
1945 La fin de la Seconde Guerre mondiale permet de finaliser la création d’États arabes indépendants. Se pose alors la question de la création d’un État juif. Anabac (2011)
D’abord, c’est l’intitulé de la question de cours: le Proche et Moyen-Orient, un foyer de conflits depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Bien sûr, il existe des risques de dérapage dans les copies, mais je suis totalement favorable à ce type de sujet, car il a une résonance avec l’actualité et qu’il s’agit de notre coeur de métier de professeur d’histoire. Nous tentons tous les jours d’intéresser nos élèves à cette discipline en leur rendant le monde intelligible. Et par définition, cela a du sens d’évoquer la montée de l’islam politique à partir de 1967 et la guerre des Six Jours ou encore d’expliquer l’origine du fondamentalisme islamique par la création des frères musulmans. Bien sûr, nous ne prenons pas parti. Et à l’inverse, quand je corrigerai, je sanctionnerai la prise de position des élèves. Bruno Modica (professeur d’histoire-géographie, lycée Henri IV de Béziers)

Après l’anti-américanisme et le floutage des manuels

A l’heure où entre fusillades de terrasses de café, attaques de discothèque ou salle de concert voire intifada des couteaux

Un Occident qui, sans parler du reste du monde, semble prendre de plus en plus les couleurs du « petit pays de merde »
 .
N’arrive toujours pas, à commencer par le prétendu chef du monde libre, à même nommer ses propres ennemis
 .
Pendant que dans nos rues et sur nos écrans nos jeunes apprennent, entre saccages de devantures de banque et vandalisation d’hôpital d’enfants, à jouer à la révolution …
 .
Comment encore s’étonner …
 .
A la lecture du dernier sujet d’histoire du bac 2016 (section S) et des corrigés qu’en propose la presse …

De la profonde ignorance où l’on plonge nos enfants…

Quant il leur est demandé d’expliquer « depuis la fin de la deuxième guerre mondiale », rien de moins que l’apparemment éternel « foyer de conflits » du Proche et du Moyen-Orient …

Les privant du coup de l’évènement crucial …

A savoir le démembrement de l’Empire ottoman suite à la Première guerre mondiale …

Comme, bien avant le génocide nazi et au nom du droit à l’autodétermination des peuples, le plan de partage …

Qui le prolonge avec notamment la résolution de San Remo

Sans lesquels n’auraient jamais existé ni nationalisme juif, ni nationalisme arabe …

Et encore moins, entre Syrie, Liban, Jordanie, Irak ou Israël, aucune des nations correspondantes …

Tout le contraire en somme de la conclusion que l’on imagine, logique, de la part des élèves…

Où, implicite, des corrigés qu’on leur propose:

Conflit insoluble parce que suite au génocide, les Arabes se voient imposer un foyer juif qui leur prend toutes leurs terres. CQFD ?

 

Il y a terrasse et terrasse

Attentat en Israël : « Je suis Tel Aviv ? » Dans tes rêves !
Un type qui se fait mitrailler en prenant l’apéro à la fraîche à Tel Aviv est-il d’abord une victime ? Mahmoud Abbas lui-même en est convaincu, nos médias beaucoup moins…

Hughes Serraf

Atlantico

10 juin 2016

Il n’y a guère eu que le PIR, le fameux « mouvement décolonial anti-mixité », pour se réjouir carrément du mitraillage de quatre personnes à la terrasse d’un bistrot de Tel Aviv, mais on peut dire que la presse française a été longue à la détente (hum…) sur ce coup.

Parce que le bistrot en question était situé à un jet de pierre (re-hum) du ministère de la Défense, et sur la foi d’une dépêche AFP bâclée, l’info a d’abord été que des coups de feu avaient été tirés contre le QG de l’armée israélienne. Le Figaro a modifié son titre par la suite et requalifié en attentat ce qu’il présentait comme un « incident » dans le corps du texte, mais d’autres ne sont pas donnés autant de peine

Et pour le lecteur distrait, une attaque de civils en goguette en tout point identique à celles du 13 novembre à Paris est devenue un nouvel épisode de l’interminable et incompréhensible conflit israélo-palestinien, des arabes et des juifs se mitraillant les uns les autres comme ils aiment bien le faire, chacun sait ça.

D’ailleurs, de l’attentat, voire de l’incident, Mediapart n’en a même pas parlé du tout, se contentant de publier une dépêche Reuters insistant sur la réaction manifestement disproportionnée des autorités de l’État hébreu. Quant au Monde, c’est de la « punition collective » des Palestiniens privés de sauf-conduits en Israël qu’il commence par s’indigner…

Je ne ferai pas, à nouveau, le vœu pieux que nos journaux se mettent à considérer la victime israélienne d’une attaque terroriste de la même manière que la victime française d’une attaque terroriste – sans doute parce que je ne suis pas pieux moi-même et surtout parce que c’est un combat perdu d’avance – mais je me dis qu’il serait bon de se souvenir qu’un terroriste est un terroriste n’importe où ; quel que soit le contexte ou le discours qu’il tient pour légitimer sa barbarie.

Et qu’un civil prenant l’apéro à la fraîche, à Paris, à Tel Aviv, à Bruxelles, à San Bernardino, à Sousse ou à Ankara, est juste un civil prenant l’apéro à la fraîche. Le type qui lui tire dessus ne sait ni qui il est, ni ce qu’il pense, ni ce que sont ses choix politiques ou religieux. Il est juste venu le descendre à l’aveugle. C’est le principe même du terrorisme.

Vraisemblablement, de nouvelles avancées dans le processus de paix entre Israéliens et Palestiniens amélioreraient la situation et limiteraient l’éclosion de nouvelles vocations chez les pratiquants de kalachnikov urbaine. Même le maire de Tel Aviv en est convaincu. Mais s’il faut désormais aller chercher chez Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, une condamnation plus ferme et plus spontanée de ces actions que chez nos médias, on a le droit de se dire découragé.

 Voir aussi:
Difficulté du sujet. Tout sujet sur ce thème semble risqué pour un candidat soucieux de rester neutre, ce qui n’est pas toujours évident. L’intitulé du sujet reprenant l’intitulé du chapitre, nombre de candidats se seront sans doute appuyés plus que d’ordinaire sur le cours reçu et sur son organisation. Il est impossible, en 2 heures/2 h 15, de répéter intégralement le cours. Il faut donc faire des choix, et les expliquer. Autre risque : se focaliser exagérément sur les conflits israélo-arabes, qui ne sont qu’une partie des conflits régionaux.
Introduction. Il s’agit d’expliquer les termes du sujet. Distinguer le Proche-Orient (littoraux méditerranéens) du Moyen-Orient (jusqu’à l’Iran et au Yémen). Définir les types de conflits (militaires, politiques, culturels et religieux, économiques, d’influence). Surtout expliquer la notion de foyer (creuset d’idées, de légitimation de conflits rendus difficiles à résoudre par les conditions idéologiques de construction de la propagande, influence d’États extérieurs dans les conflits régionaux comme les États-Unis, dont il ne faut pas surestimer la place dans la région, l’URSS/Russie, les Européens, la Chine). On pouvait par exemple en accroche mentionner la rencontre en 1945 entre le roi d’Arabie Saoudite et le président Roosevelt, qui fait des États-Unis un acteur majeur de la région mais garantit aux pays industrialisés la sécurité de leur approvisionnement en hydrocarbures donc les conditions de leur développement.
Problématique. Quelles conditions font du Proche et du Moyen-Orient un foyer de conflits qui depuis 1945 ne semblent pas trouver de fin.
Proposition de plan. Plusieurs plans sont possibles, en deux ou en trois parties.
1. Un foyer dans la guerre froide
2. Un nœud de conflits aux justifications différentes
3. Depuis 1991, une instabilité régionale constante
Notions attendues. Hydrocarbures – Guerre froide –Containment – Panarabisme – Sionisme – Islamisme – Multilatéralisme – Gouvernance mondiale.
Voir également:
Annales corrigées
Classe(s) : Tle ES – Tle L | Thème(s) : Le Proche et le Moyen-Orient, un foyer de conflits depuis la fin de la Première Guerre mondiale
Type : Composition | Année : 2014 | Académie : Amérique du Sud

Analyser le sujet

Les termes du sujet

Terme Définition
Proche et Moyen-Orient Régions situées entre Turquie, Égypte et Afghanistan et englobant notamment l’Iran, l’Irak et la péninsule Arabique.
Foyer de conflits Au-delà des lieux de tensions (guerres, soulèvements, etc.), la notion renvoie à des espaces susceptibles d’être déstabilisés.
1945 La fin de la Seconde Guerre mondiale permet de finaliser la création d’États arabes indépendants. Se pose alors la question de la création d’un État juif.

La problématique

Depuis 1945, les conflits se perpétuent au Proche et au Moyen-Orient. Analyser cet espace et les troubles qui l’agitent revient ainsi à s’interroger sur les erreurs et intérêts qui ont maintenu la région en état de crise, au risque de répercussions mondiales.

Utilisez les mots justes

Le sujet exige de faire des distinctions précises.

  • Concernant le conflit en Palestine, faites la différence entre les États arabes qui mènent des guerres conventionnelles contre Israël, et le peuple palestinien qui n’a pas d’État ni d’armée et organise des « intifadas » (révoltes faites de jets de pierre ou d’actions de désobéissance civile) ou des attentats.
  • De nombreux conflits sont de nature confessionnelle. Sur ce plan, distinguez « musulman » (croyant de l’islam) et « islamiste » (partisan d’une interprétation rigoriste de l’islam). Ne confondez pas « juif » (en référence à une croyance) et « Israélien » (en référence à une citoyenneté). Autre confusion à éviter : celle consistant à voir dans tout Palestinien un musulman ; certains sont chrétiens.
  • La notion de terrorisme est à manier avec précaution. Pour ceux qui les soutiennent, les « terroristes » sont des « résistants » !
  • Distinguez les notions d’antisémitisme (hostilité à l’encontre des juifs en tant que communauté confessionnelle) et d’antisionisme (opposition à la création d’un État juif en Palestine). Tous les juifs ne sont pas sionistes.

Évitez les pièges

  • Faites attention à ne pas laisser apparaître votre sympathie pour l’une ou l’autre des causes. Les correcteurs attendent des candidats qu’ils sachent prendre du recul.
  • Ne centrez pas toute votre copie sur le seul conflit israélo-palestinien. Il entretient des ramifications avec tous les autres ; mais il n’a pas l’exclusivité du sujet.
  • Le sujet implique des changements d’échelles pour distinguer les conflits locaux (internes à un État), régionaux (opposants des États entre eux) ou mondiaux (impliquant les grandes puissances). Faire apparaître ces différences de niveaux valorisera votre copie.
  • Le choix du plan est difficile. Thématique et chronologique sont tous deux possibles, mais veillez à ne pas passer de l’un à l’autre. Nous optons ci-dessous pour le plan chronologique parce qu’il est plus facile.
  • Corrigé

    Ce corrigé est rédigé sous la forme d’un plan détaillé. Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.

    Introduction

    [Contexte] En 1945, à la faveur de la paix retrouvée, Proche et Moyen-Orient forment une région politiquement réorganisée ; mais les accords ne satisfont pas tous les partis en présence.

    [Problématique] Quels foyers de conflits apparaissent ? En quoi déstabilisent-ils la région pour longtemps ?

    [Annonce du plan] Après avoir évalué les enjeux propres à la région (1945-1947), nous évoquerons les guerres israélo-arabes (1948-1979) auxquels font suite les guerres du pétrole (1980-2015).

    I. 1945-1947 : une région riche en atouts, politiquement redessinée

    1. Le carrefour de trois continents, réservoir mondial de pétrole

    • La région est au carrefour de l’Afrique, de l’Asie et de l’Europe. Des routes maritimes importantes y sont rattachées (Bosphore, canal de Suez, détroit d’Ormuz).
    • Elle détient les plus importantes réserves d’hydrocarbures mondiales. Les plus gros pays producteurs de pétrole s’y concentrent (Arabie Saoudite, Irak, Iran, Émirats arabes unis).

    2. Des États pauvres confiés à des alliés jugés fiables

    • Suite aux promesses faites pendant la Seconde Guerre mondiale, des États y voient le jour : le Liban en 1943, la Jordanie et la Syrie en 1946. En Irak et en Iran, le pouvoir est confié à des personnalités amies des vainqueurs.
    • Les États de la région ont tout à construire. Pour la plupart se pose aussi la question de l’eau, ressource rare.
    • Des minorités ethniques (druzes, kurdes) ou religieuses sont marginalisées ou ignorées.

    3. La création de l’État d’Israël dans un espace à haute identité sacrée

    • Berceau des religions monothéistes, la région est riche en lieux saints disputés (Jérusalem, La Mecque, Nadjaf, etc.).

    Info

    La déclaration Balfour de 1917 promettait de créer un État juif en échange d’un soutien aux Britanniques contre l’Allemagne.

    • Les juifs revendiquent la création d’un État promis en 1917 par les Britanniques.
    • En 1947, l’Organisation des Nations unies (ONU) propose un plan de partage de la Palestine en trois entités : un État juif, un État palestinien et Jérusalem sous statut international. Validé par les grandes puissances, il est rejeté par la Ligue arabe.

    [Transition] Espace à forte identité confessionnelle, Proche et Moyen-Orient constituent une région où se croisent de nombreux intérêts. La victoire de 1945 a permis aux Grands d’imposer leur ordre ; mais celui-ci résistera-t-il à ceux qui le désapprouvent ?

    II. 1948-1979 : des guerres israélo-arabes entretenues par les grandes puissances

    1. La guerre de 1948 et la question palestinienne

    • La création de l’État d’Israël en 1948 est remise en cause par les pays arabes qui déclenchent un conflit militaire contre lui.
    • La victoire des Israéliens leur permet d’agrandir leur territoire. Elle provoque aussi l’exode de 800 000 Palestiniens.
    • Les Israéliens revendiquent leur droit à disposer du territoire qui leur a été accordé par la communauté internationale. Les Palestiniens réclament le même droit, mais l’État prévu pour eux n’a pas vu le jour.

    2. 1956 : Un conflit israélo-arabe instrumentalisé par les Européens

    • Soucieux de se développer, les États arabes cherchent des capitaux. Pour financer la construction du barrage d’Assouan sur le Nil, le président égyptien Gamal Abdel Nasser décide de nationaliser le canal de Suez.
    • Français et Britanniques, qui en avaient alors la gestion, incitent les Israéliens à déclencher une guerre préventive contre l’Égypte. Ils prévoient de proposer ensuite leur arbitrage. Si l’opération est un échec pour eux, elle est un succès pour Israël qui désarme ainsi son grand voisin.
    • Nasser se tourne vers l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS). Dans le cadre de la guerre froide, Proche et Moyen-Orient constituent un enjeu pour les deux Grands.

    3. 1967-1977 : des guerres soutenues par les grandes puissances

    • Les États-Unis aident Israël, l’URSS soutient les États arabes. Les guerres des Six Jours en 1967 et du Kippour en 1973 n’apportent aucune solution.
    • En 1967, Israël s’est emparé de vastes territoires (Sinaï, Gaza, Cisjordanie et plateau du Golan) qu’il promet de rendre en échange de la paix. L’ONU condamne l’occupation israélienne ; mais, bloquée par le veto américain au Conseil de sécurité, elle ne peut agir.

    Info

    L’attentat le plus retentissant fut commis lors des Jeux olympiques de Munich en 1972.

    • Après l’échec de la guerre du Kippour, l’Égypte traite avec Israël qui lui rend le Sinaï en 1979. Livrés à eux-mêmes, les Palestiniens multiplient les attentats.

    [Transition] L’équilibre entre les deux Grands, les intérêts nationaux des États arabes et la résistance des Israéliens figent la situation. Mais en 1979 l’Iran fait une révolution islamique. Comment s’en ressent l’ensemble de la région ?

    III. De 1980 à nos jours : une région en feu sur fond de radicalisation islamique

    1. Batailles pour la domination régionale

    • Depuis 1945, Turquie, Arabie Saoudite, Irak et Iran cherchent à asseoir leur domination régionale. Mais, au début des années 1980, l’échec des nationalismes et l’espoir suscité par la révolution iranienne déstabilisent la région.
    • Pendant huit ans (1980-1988), l’Iran et l’Irak se déchirent dans une guerre qui a de fortes répercussions internationales : second choc pétrolier en 1979, contre-choc en 1986.
    • Les ambitions nucléaires de l’Irak et de l’Iran inquiètent les Occidentaux.

    2. Les guerres du pétrole

    • En 1991, Saddam Hussein tente d’annexer le Koweït pour faire de l’Irak la première puissance pétrolière mondiale. Les États-Unis obtiennent mandat de l’ONU pour l’en chasser. C’est la première guerre du Golfe.
    • En 2001, Al-Qaïda revendique les attentats contre le World Trade Center de New York : c’est une véritable déclaration de guerre à l’Occident.
    • Les États-Unis interviennent alors en Afghanistan (2001) puis en Irak (2003) dans le cadre de la lutte contre le « terrorisme ». Ils cherchent aussi à garder le contrôle du pétrole.

    3. Le conflit israélo-palestinien

    • En 1986, une nouvelle forme de guerre oppose l’État d’Israël aux Palestiniens des territoires occupés qui se battent à mains nues : c’est la première Intifada (« guerre des pierres »).

    Info

    À partir de 1969, Yasser Arafat dirige l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

    • La disparition de l’URSS en 1991 change la donne géopolitique : Yasser Arafat se rapproche des États-Unis et accepte les accords d’Oslo en 1993. La paix semble possible.
    • Mais un front du refus bloque le processus : l’intransigeance israélienne qui colonise les territoires occupés d’une part, l’émergence de nouveaux mouvements palestiniens se réclamant de l’islamisme (Hamas, Hezbollah) d’autre part, perpétuent l’état de guerre.

    Conclusion

    Depuis 1945, l’ingérence des grandes puissances, les ambitions régionales des États et la radicalisation des peuples attisent les foyers de conflits et maintiennent Proche et Moyen-Orient dans le chaos.

    Voir enfin:

     Term L, histoire-géographie LMA, 2012-2013 Thème 3 – Puissances et tensions dans le monde de la fin de la Pre – mière Guerre mon diale à nos jours Question 2 – Un foyer de conflits

    Cours

    Le Proche et le Moyen-Orient, un foyer de conflits depuis la fin de la Première Guerre mondiale

    Note : références des documents, Nathan, TLES, 2012, Coll. Le Quintrec.

    I    Introduction

    Le Moyen-Orient désigne pour les Britanniques une région allant de l’Égypte à l’Afghanistan et du Sud du Caucase à la Péninsule arabique, en englobant le Proche-Orient – cette dernière expression est française et désigne les États bordiers de l’Est méditerranéen. Situé au cœur de « l’arc des crises », c’est l’un des principaux foyers de conflits dans le monde, c’est-à-dire de rapports de forces, de rivalités entre États ou forces politiques, à l’échelle locale comme à l’échelle internationale. Ces conflits sont liés à plusieurs facteurs – politiques, religieux, ethniques, rivalités pour les ressources naturelles, etc., qui se superposent parfois, ce qui rend cet espace particulièrement difficile à analyser. De nombreux conflits qui caractérisent cet espace trouvent leur origine dans l’histoire, c’est pourquoi on choisira une organisation chronologique pour le développement, sans pour autant oublier la permanence, la résurgences ou l’apparition de certains enjeux.

    II    1918-1948 : une région sous influence étrangère

    1.  L’influence des grandes puissances depuis 1918 (Carte p. 2 63) • Au lendemain de la Première Guerre mondiale, le Moyen-Orient qui était en grande partie sous le contrôle de l’Empire ottoman est divisé en plusieurs États indépendants par le traité de Sèvres (1920) qui offi cialise le démembrement de l’Empire. Français et Britanniques se partagent la région en établissant des mandats, lors de la conférence de San Remo (1920 également), c’est-à-dire une tutelle accordée par la SDN à une grande puissance, dont l’objectif est théoriquement de guider le territoire concerné vers l’indépendance. Le Royaume-Uni n’a donc pas respecté sa promesse de créer un grand royaume arabe dans la région, ce qui constitue un premier échec pour le « panarabisme » et crée une première cause de rancœur à l’égard des Occidentaux.

    • Les deux puissances européennes ne tiennent donc pas compte des aspirations nationales et les frontières qu’elles tracent sont artificielles . Ainsi, la France reçoit un mandat sur  la  Syrie,  dont  elle  détache  le  Liban  pour  satisfaire  aux  revendications  des  chrétiens maronites, légèrement majoritaire dans la région et protégés par la France pendant la période ottomane. Les Britanniques obtiennent un mandat sur la Palestine et sur la Mésopotamie (l’Irak et la Transjordanie) et continuent d ’exercer leur influence sur l’Égypte et les émirats du Golfe persique – Koweït, Qatar, Oman, Yémen. En effet, les premiers gisements de pétrole, découverts en Iran et en Irak avant la Première Guerre mondiale, représentent déjà un enjeu pour les Britanniques.

    • Les premiers États indépendants voient le jour dans la région, sur les décombres de l’Empire ottoman. En 1924, la Turquie devient une république laïque dirigée par Mustapha Kemal Atatürk. La même année, l’émir wahhabite Abd al- Aziz Ibn Saoud s’empare de la Mecque et fonde le royaume d’Arabie saoudite en 1932. Les Britanniques accordent l’indépendance à l’Irak en 1932 et à l’Égypte en 1936. En Perse, les militaires renversent l’Empire des Qajar et le pays, qui devient l’Iran en 1935, accède à l’indépendance en 1925. On voit donc apparaître dans la région des États laïques et largement tournés vers l’Occident – Turquie, Iran – mais également des États ultra-conservateurs sunnites, comme l’Arabie saoudite. De même, on assiste à un essor de mouvements islamistes dans l’entre-deux-guerres, comme les Frères musu lmans en Égypte. Il faut dire que le Moyen-Orient est une mosaïque de religions : les musulmans sont très majoritaires, mais divisés entre sunnites et chiites ainsi que d’autres groupes très minoritaires, comme les druzes ou les kharidjites. Les chrétiens sont dispersés en onze communau-tés différentes, certaines catholiques – les maronites au Liban, d’ autres orthodoxes – les coptes en Égypte. Il faut également compter avec la diaspora juive, dispersée dans l’ensemble de la région.

    2.  La montée des tensions entre les deux guerres

    • Dans les diff érents États de la région, des nationalismes autonomes se dé veloppent. Ainsi,  la Transjordanie « ( » d’un côté  » du Jourdain) devient la patrie des Jordaniens, tandis qu’en Cisjordanie ( » de l’autre côté  » du Jourdain), un nationalisme palestinien se développe.  Le  seul  point  commun  de  ces  nationalistes  arabes  est  de  réclamer  le départ des Occidentaux. À côté du débat sur l’identité  arabe , du panarabisme et du panislamisme, émergent donc des nationalismes locaux en Égypte, au Liban, en Syrie, etc. Mais jusqu’aux années 1950 le nationalisme arabe demeure une notion floue et ne s’affi rme pas réellement comme une force politique. D’autres peuples de la région n’ont pas d’État comme les Kurdes qui son partagés entre quatre pays : la Turquie, l’Irak, l’Iran et la Syrie. Minoritaires au sein de ces États, ils sont régulièrement victimes de persécutions. Les puissances européennes se heurtent à des insurrections, comme la France face aux druzes – musulmans hétérodoxes – du sud-Liban entre 1925 et 1927 et les Britanniques qui répriment la révolte des populations arabes en Palestine, opposées à l’immigration juive (1936).

    • Les tensions commencent également à porter sur le partage de s ressources pétrolières de l’Irak et opposent cette fois les puissances occidentale s. En 1928, les Accords dits « de la Ligne rouge » redistribuent les parts d’exploitation au sein de l’Irak Petroleum Company (IPC), fondée en 1927 à la place de la Turkish Petroleum Company (TPC) et dont les capitaux sont partagés entre Britanniques, Français et Américains. De fait, ces accords partagent le Moyen-Orient – y compris la péninsule arabique – entre les majors partenaires de la TPC. À cette occasion, les Américains prennent pied dans l’exploitation pétrolière au Moyen-Orient pour la première fois. (Texte 4 p. 269, « L’accord d’Achnacarry. . . « )

    • Un autre point de tension est lié au développement de l’immigration juive en Palestine. Conformément à leurs promesses de la Déclaration de Balfour de novembre 1917 (Texte 3 p. 265, « La déclaration de Balfour ») , les Britanniques y ont favorisé l’entrée de nombreux juifs, implantés dans le Yishouv. À la fin des années 1930, les juifs sont plus  de  400  000  et  représentent  un  peu  moins  du  tiers  des  habitants  de  la  Palestine. Ils sont animés par le sionisme, qui est à la fois une idéologie et une action concrète, né à l’initiative de Theodor Herzl à la fin du XIX e siècle pour coordonner et rationaliser les flux migratoires des juifs en les orientant vers le Proche-Orient pour y construire, à terme, un État pour les juifs. En Palestine, ces derniers se sont dotés d’institutions politiques, de structures économiques et syndicales, mais aussi d’une organisation d’autodéfense, la Haganah. Mais les Palestiniens refusent toute immigration juive. En 1936, la « Grande Grève » des Arabes oblige les Britanniques à envisager un partage de la Palestine (Texte 2 p. 265, « La révolte des Arabes de Palestine. . . « ) . Une résistance palestinienne se développe, sévèrement réprimée par les Britanniques ; mais, à l’approche de la guerre en Europe, ces derniers acceptent finalement de restreindre l’immigration juive sans toutefois satisfaire les nationalistes palestiniens.

    3.  La Seconde Guerre mondiale et ses conséquences

    • Le Moyen-Orient joue un rôle fondamental dans la Seconde Gue rre mondiale, en raison de l’importance stratégique du canal de Suez et des champs pétrolifères. Les nationalismes  arabes  doivent  s’e ff acer  devant  les  impératifs  de  la  guerre  :  les  Britanniques prennent le contrôle de la Syrie au détriment des Français, e t soumettent l’Iran en com- mun avec les Soviétiques – avec un accord prévoyant l’évacua tion de l’Iran dans les six mois suivant la fin de la guerre – et doivent rétablir par la for ce leur autorité en Irak, devenu le centre de ralliement des nationalistes arabes ant ibritanniques. • Les lendemains de la Seconde Guerre mondiale sont marqués pa r la fin des mandats européens sur le Moyen-Orient : les Français doivent abando nner leurs mandats sur le Liban et la Syrie en 1946. Pour autant, l’indépendance des Etats arabes signifie un second échec du panarabisme, qui devient dès lors plus un rêv e qu’une réalité. Dans le même temps, les États-Unis, sortis de leur isolationnisme, a ffi rment leur présence dans la région. Dès 1945, le Pacte de Quincy est conclu entre le pré sident Roosevelt et le roi saoudien afin de permettre l’accès des Etats-Unis au pétrole saoudien en échange d’une protection militaire et d’une aide en matériel militaire am éricaine. Au total, la guerre a entraîné la fin de la prépondérance européenne au Moyen-Orie nt. • De plus, la Palestine en tant qu’État disparaît de la carte du Moyen-Orient. Les Bri- tanniques évacuent la région et, en novembre 1947, le plan de partage voté par l’ONU entraîne la création de l’État d’Israël, proclamé par David Ben Gourion le 14 mai 1948, et la première guerre entre les Israéliens et leurs voisins (carte 1 p. 265, « La créa- tion de l’État d’Israël ») . Tsahal (Forces de défense d’Israël, FDI) remporte le conflit contre une coalition comprenant l’Egypte, l’Irak, la Syrie , la Transjordanie et le Liban. Des centaines de milliers de Palestiniens – 800 000 – se réfug ient dans Gaza, la Cisjor- danie et le Liban, chassés ou partis de leur plein gré dans l’e spoir de revenir une fois Israël vaincu et détruit. Les Palestiniens deviennent un pe uple sans terre.

    III    1948-1991 : le Moyen-Orient pendant la guerre froide

    1.  Le Moyen-Orient, un enjeu Est-Ouest • Comme d’autres régions du monde, le Moyen-Orient devient l’e njeu de la rivalité entre les États-Unis et l’URSS. Dans le cadre de la politique d’endi guement, les États-Unis soutiennent l’Arabie saoudite et la Turquie, qui devient me mbre de l’OTAN en 1952, l’Irak et l’Iran – jusqu’en 1979 (Texte 5 p. 269, « Les Etats-Unis et le pétrole ira- nien ») . Israël devient également l’allié privilégié des Américai ns à partir des années 1960. L’URSS soutient l’Égypte du colonel Nasser, l’Irak, la Syrie, le Sud Yémen et défend o ffi ciellement la cause des Palestiniens qui réclament la créat ion d’un État in- dépendant. Les passages stratégiques font l’objet d’une su rveillance maritime particu- lièrement vigilante. Toutefois, certaines alliances ne re stent pas figées et les équilibres régionaux se modifient : ainsi, l’Iran devient ouvertement h ostile aux États-Unis et à Israël après la révolution islamique de 1979. À l’inverse, l ’Égypte et l’Irak deviennent les alliés des Américains à partir de 1980. • Les puissances européennes perdent leur influence dans la ré gion. En 1956, le colonel Nasser décide de nationaliser le canal de Suez, jusqu’alors exploité par une compa- gnie franco-britannique. Cette décision entraîne immédiat ement une intervention mi- litaire conjointe des Français, des Britanniques et des Isra éliens, qui occupent militai- rement les sites stratégiques en Égypte. Mais l’interventi on est condamnée par l’ONU et l’URSS menace de soutenir son allié égyptien. Les Etats-Un is font pression sur la France et le Royaume-Uni, qui sont contraints de retirer leur s troupes. Défaite des an- ciennes puissances européennes, la crise de Suez fait renaî tre pour un temps le rêve de l’unité arabe et du non-alignement. • À partir des années 1960, les États de la région profitent de la dépendance occiden- tale à l’égard du pétrole pour se réapproprier leurs ressour ces. En 1960, l’Iran, l’Irak, l’Arabie saoudite et le Koweït fondent l’Organisation des p ays exportateurs de pétrole (OPEP), à l’origine de deux  » chocs pétroliers  » en 1973 et 197 9. Face aux États in- dustrialisés impliqués dans la guerre froide, cette organi sation, qui s’ouvre à d’autres États comme le Venezuela et l’Indonésie, apparaît comme l’u ne des rares organisations internationales à échapper à la logique de la guerre froide.

    2.  Les guerres israélo-arabes et le conflit israélo-palestin ien • Israël subit des attaques depuis la frontière égyptienne et le Sinaï. Pour les faire cesser, elle s’allie en 1956 avec la France et le Royaume-Uni lors de la crise de Suez qui a pour origine la nationalisation du canal de Suez par le colonel Na sser. L’o ff ensive franco- britannique se double donc d’une o ff ensive israélienne en Egypte. Les alliés doivent retirer leurs troupes sous la pression des grandes puissanc es et des casques bleus sont déployés à Gaza et le long de la frontière Egyptienne. Mais ce tte victoire montre que l’indépendance de l’Etat israélien est bien établie. • Dans le contexte de guerre froide, Israël devient l’allié pr ivilégié des Etats-Unis tan- dis que les Etats arabes sont soutenus par l’URSS. L’a ff rontement israélo-arabe de- vient donc un conflit de la guerre froide. En 1967, les Etats ar abes voisins massent des troupes à la frontière israélienne. Les israéliens déclenc hent une guerre préventive : ils détruisent l’aviation arabe et écrasent l’armée égyptienn e dans le désert du Sinaï qu’ils occupent (Texte 2, « Résolution 242 » et carte 3 p. 267) . La « guerre des six jours » est une nouvelle victoire pour les israéliens, comme la « guerre d u Kippour » en 1973, dé- clenchée par une o ff ensive égyptienne. La paix est finalement signée avec l’Egyp te en 1979 – les accords de Camp David (Photo 4 p. 267) -, mais Israël doit continuer de faire face à l’opposition de l’Organisation de la Palestine (OLP) de Yasser Arafat et à la révolte des Palestiniens dans les territoires occupés (les Intifadas se succèdent). (Texte 3 p. 276, « La Charte de l’OLP, 1968″) • Israël intervient également à plusieurs reprises au Liban : en 1978, l’armée israélienne entre au Sud Liban afin de créer une zone tampon protégeant son territoire des raids de combattants palestiniens de l’OLP. Tsahal se retire rapide ment mais laisse L’Armée du Liban Sud, son alliée, combattre les Palestiniens de l’OLP. En 1982, pour faire cesser les  attaques  des  Palestiniens  contre  son  territoire,  Israë l  lance  l’opération   »  Paix  en Galilée « . Tsahal fait le siège de Beyrouth et l’occupation isr aélienne dure trois ans, ce qui ne met pas fin à la guerre civile. Des accords de paix israél o-libanais sont signés, mais ils ne sont pas reconnus par la Syrie ni par l’OLP. Le confl it se complique encore avec la formation du Hezbollah, mouvement armé chiite liban ais, soutenu par l’Iran et la Syrie, lequel devient l’adversaire principal d’Israël. J ean -C hristophe D elmas 4 III    1948-1991 : le M oyen -O rient pendant la guerre froide

    3.  Des conflits périphériques permanents

    • Ces conflits échappent de plus en plus à la logique de la guerre f roide et trouvent leur origine dans des causes régionales multiples. C’est le cas pa r exemple de la longue guerre entre l’Iran et l’Irak (1980-1988). En 1979, Saddam H ussein accède au pouvoir en Irak à la tête du parti Baas et s’appuie sur la minorité sunni te du pays. La même année, le retour de l’ayatollah Khomeini en Iran entraîne la création d’une République islamique chiite. (Texte de Khomeiny p. 286) À ces causes religieuses (sunnites contre chiites), ethniques (Arabes contre Perses) et géopolitiqu es s’ajoute un ancien conflit frontalier entre l’Irak et l’Iran, concernant le fleuve Chatt -el-Arab, situé dans la pro- vince du Khuzestan qui délimite la frontière entre les deux E tats et se jette dans le Golfe persique. Côté irakien, les villes de Bassorah et de Fao sont ac cessibles aux pétroliers grâce au fleuve. Côté iranien, on trouve la ville portuaire de K horramshar et les ra ffi – neries d’Abadan. L’enjeu du pétrole et de l’accès au Golfe pe rsique représente donc un autre facteur auquel il faut ajouter l’ambition personnell e de Saddam Hussein. Il lance ses troupes sur l’Iran, persuadé que la guerre sera courte. L a région du Chatt-el-Arab est occupée ainsi que plusieurs villes au centre et au nord de l’Iran. Mais l’agression de l’Irak et l’intense propagande du régime de Téhéran galvani sent les Iraniens qui s’en- rôlent en masse dans l’armée. La guerre dure huit ans et condu it à un quasi statu quo dans la région. • En revanche, la guerre d’Afghanistan (1979-1989) s’inscri t bien dans une logique de guerre  froide.  En  1979,  les  Soviétiques  interviennent  mili tairement  pour  secourir  le gouvernement  communiste  menacé  par  les  milices  tribales.  L es  troupes  de  l’Armée rouge  contrôlent  les  principales  villes,  mais  s’enlisent  d ans  les  combats  contre  les moudjahidines soutenus par les États-Unis. La guerre dure d ix ans et laisse un pays politiquement éclaté aux mains des chefs de milices tribale s. De 1992 à 1996, un nou- veau conflit éclate entre les forces gouvernementales du com mandant Massoud et les talibans qui veulent créer un État fondé sur la charia. Ces der niers l’emportent et l’Af- ghanistan devient la base arrière du terrorisme islamiste e t en particulier d’Al-Qaïda. • À ces conflits, il faut ajouter la guerre civile quasi-perman ente qui déchire le Liban des années 1970 à 1990 (Carte p. 280, « La mosaïque libanaise ») . À partir de 1975, une guerre civile éclate entre les Phalanges armées maronit es (chrétiennes) et les Pa- lestiniens au Liban et leurs alliés arabes sunnites. Les cam ps de réfugiés palestiniens sont pris pour cible par les phalanges chrétiennes et, de leu r côté, les Palestiniens mas- sacrent des civils chrétiens et mènent une guérilla urbaine . Le conflit s’étend et en- traîne une première intervention militaire de la Syrie, inq uiète du basculement possible de l’équilibre des forces dans un Etat qu’elle considère com me appartenant à sa zone d’influence. Israël intervient à son tour. Au début des année s 1980, le conflit se com- plique encore avec la formation du Hezbollah, mouvement arm é chiite libanais, soutenu par l’Iran et la Syrie, lequel devient l’adversaire princip al d’Israël. (Texte 5 p. 281,  » La Charte du Hezbollah) Les attentats-suicides qu’il organise contre les Occident aux à Beyrouth entraînent le départ des forces internationales q ui quittent la capitale. En 1988, le pays se divise à nouveau lorsque le maronite Michel A oun est nommé Pre- mier ministre : la majorité des arabes sunnites soutiennent un second gouvernement pro-syrien  dirigé  par  le sunnite  Selim Hoss.  Aoun entrepren d  alors  une   » guerre  de libération  » contre la Syrie. En 1989, les accords de Taëf (Ar abie Saoudite) sont si- gnés : ils prévoient une répartition équilibrée des pouvoir s au Liban. Toutefois, le pays reste en partie occupé par la Syrie et le Hezbollah continue d e mener depuis le Sud des attaques contre Israël, qui bombarde ses positions à plusie urs reprises.

    IV De nouvelles conflictualités depuis la fin de la guerre froide (Cartes p. 258-259)

    1.  Des tensions persistantes dans les années 1990

    • L’Iran  cherche  à  devenir  une  puissance  régionale,  soutenan t  la  Syrie  mais  aussi  les groupes chiites du Moyen-Orient. Les Etats-Unis sont alors poussés à se rapprocher de l’Arabie saoudite, d’autant plus que l’Irak de Saddam Hus sein mène une politique agressive à l’égard de ses voisins. En envahissant le Koweït en 1990 (accusé de pomper dans les nappes pétrolifères irakiennes), l’Irak suscite c ontre lui une coalition interna- tionale menée par les États-Unis, avec, depuis la fin de la gue rre froide, la neutralité de l’URSS. En janvier 1991, l’opération  » Tempête du désert  » per met d’écraser l’Irak et de libérer le Koweït. • La fin de la guerre du Golfe, qui coïncide avec la fin de la guerre froide, laisse penser au président américain George Bush que le temps de la paix entre l es Israël et les Arabes est venu. Les Accords d’Oslo d’août 1993 admettent le princi pe d’une autonomie des territoires palestiniens, concrétisée par les Accords de W ashington en septembre sui- vant, en même temps qu’Israël et Jordanie signent la paix. Cep endant, le Proche-Orient est profondément divisé, entre les pays alliés des États-Un is d’un côté (Israël, Turquie, Arabie saoudite, monarchies du Golfe, Égypte) et ses advers aires de l’autre (Iran, Syrie, Palestiniens). • Mais le processus de paix entamé au lendemain de la première G uerre du Golfe est éphémère. Les Israéliens bloquent toute négociation autou r de la construction d’un État palestinien, allant jusqu’à faire édifier un mur de séparati on pour isoler la Cisjordanie, encourager la colonisation et jouer la division des Palesti niens pour empêcher l’appa- rition d’un interlocuteur unique. Le Hamas, mouvement isla miste né en 1987 dans le cadre de l’ Intifada , prend ainsi le contrôle de la bande de Gaza alors que la Cisjor danie reste sous contrôle de l’Autorité palestinienne. (Texte 4 p. 275, « La feuille de route », texte 2 p. 278, « Pourquoi les accords d’Oslo ont-il échoué ? » et texte 3 p. 279, « Le point de vue du gouvernement israélien »)

    2.  Les conséquences du 11 septembre 2001

    • Au lendemain des attentats du 11 septembre, le Moyen-Orient apparaît comme le foyer du terrorisme islamiste, qui s’est développé depuis les ann ées 1970-1980 dans l’en- semble de la région. Le régime des Talibans est renversé en Af ghanistan en 2001, mais les solutions militaires trouvent leurs limites. L’interv ention des États-Unis en Irak en 2003, dans la deuxième Guerre du Golfe, pour renverser Sadda m Hussein et assurer la sécurité des approvisionnements pétroliers, est déclen chée sous des prétextes qui di- visent la communauté internationale – lutter contre le terr orisme et supprimer les armes de destruction massive supposément détenues par le régime i rakien – et sans l’accord de l’ONU (Texte 2 p. 271, « La guerre en Irak », discours de G. W. Bush) . • Mais les Américains s’avèrent incapables d’empêcher le cha os politique et économique – multiplication des attentats et a ff rontements entre communautés religieuses (Texte 3  p.  273,  « L’appel  d’Al-Qaida  au  Jihad  en  Irak ») .  L’Irak  demeure  en  proie  à  la violence entre sunnites et chiites et son a ff aiblissement profite par contrecoup à l’Iran qui se pose en puissance régionale et cherche à se doter de l’a rme nucléaire, depuis l’élection de Mahmoud Ahmadinejad en 2005. (Texte 3 p. 271, « La menace nucléaire iranienne ») J ean -C hristophe D elmas 6 IV    D e nouvelles conflictualit  ́ es depuis la fin de la guerre froide • Les interventions militaires occidentales n’ont pas éradi qué l’islamisme radical de la région. L’Afghanistan demeure largement influencée par les talibans et le retrait des oc- cidentaux, programmé en 2011, s’avère plein d’incertitude pour l’Afghanistan comme pour le Pakistan voisin. Des guérillas islamistes se dévelo ppent en Irak, au sud de la péninsule arabique, au sud-Liban et dans la bande de Gaza. Al -Qaïda a développé une  » nébuleuse  » s’étendant de l’Afghanistan et du Pakistan au Ma ghreb (AQMI) en passant par le péninsule arabique (AQPA).

    3.  Les révolutions du « printemps arabe »

    • Le Proche-Orient peine enfin à se démocratiser. Dans la régio n, seule Israël et la Tur- quie peuvent être considérés comme des démocraties. Dans la plupart des pays, la cen- sure touche les opposants de toutes sortes. Les manifestati ons sont sévèrement répri- mées à Bahreïn et au Yémen en 2011, avec l’appui de troupes venu es d’Arabie saoudite. Et le mouvement qui a conduit à la destitution du président ég yptien Hosni Moubarak en 2011 ne présume pas pour autant d’une démocratisation du p ays sur le long terme et les élections montrent une forte progression des islamiste s. De même, l’avenir politique de la Libye, après la chute du colonel Kadhafi, facilitée par l es Occidentaux, demeure incertain. • Israël craint que la  » paix froide  » instaurée avec l’Égypte d epuis 1979, ne soit remise en cause par l’instabilité qui pourrait s’installer chez so n voisin. Une partie de l’opi- nion publique égyptienne exprime un antisémitisme virulen t et les Frères musulmans ne cachent pas leur hostilité au traité de paix. En 2012, l’am bassade israélienne est at- taquée au Caire et des a ff rontements opposent les forces israéliennes et des terrori stes palestiniens dans le Sinaï. De plus, le nouveau régime égypt ien a ouvert le point de passage de Rafah, dans la bande de Gaza. • Dans ce contexte, la recrudescence de la violence en Syrie po se un second problème à Israël. Si Tel-Aviv s’est longtemps accommodé de la stabili té assurée par la dictature des Assad, elle a récemment rejoint les Etats-Unis et l’Unio n européenne, demandant le départ de Bachar el-Assad. En e ff et, la chute du régime syrien pourrait briser l’axe Hezbollah-Syrie-Iran, principale menace pesant contre Is raël dans la région. Téhéran serait a ff aiblie dans la région et l’Iran pourrait être contrainte de r evenir à la table des négociations sur son programme nucléaire. Mais les observa teurs remarquent que de nombreux combattants djihadistes ont franchi la frontière de la Syrie pour combattre aux côtés des insurgés. Là encore, la guerre civile porte en e lle la possibilité d’une instabilité croissante dans la région.

    Conclusion

    Le Moyen-Orient demeure donc au cœur de « l’arc des crises » et p lusieurs conflits engagés ou potentiels fragilisent la région. Cette situation est lié e à une multiplicité de facteurs : l’instabilité des frontières, la fragilité des États, la di versité ethnique et religieuse, mon- tée de l’islamisme radical, la rivalité pour les ressources naturelles, fractures sociales et démographiques, etc. Les Occidentaux ont soutenu les révol utions du « printemps arabe » dans l’espoir qu’une démocratisation de la région permette nt l’instauration d’une paix durable. Mais il n’est pas certain que cet objectif soit réal isable à court terme.


Manuels scolaires palestiniens: C’est comme le bikini (Three kinds of lies: Latest study on incitement in Israeli and Palestinian textbooks comes up with a statistical tie)

23 octobre, 2015
bikini-graphstabchartIl y a trois sortes de mensonges: les mensonges, les gros mensonges et les statistiques. (attribué à) Mark Twain
Les statistiques, c’est comme le bikini: ça donne des idées mais ça cache l’essentiel! Aaron Levenstein (repris par Coluche)
L’objectivité parfaite, c’est cinq minutes pour les juifs, cinq minutes pour Hitler. Jean-Luc Godard
Comment la puissance américaine a-t-elle été contestée le 11 septembre 2001? Sujet de géographie du brevet français (2005)
Les États-Unis sont devenus la cible d’États et de mouvements qui refusent l’hégémonie américaine sur le monde. (manuel français de 3e , Magnard, 2003)
Si aujourd’hui la France devait écrire un manuel binational à des fins d’apaisement des tensions, ne serait-ce pas plutôt avec les Etats-Unis? Barbara Lefèbvre et Eve Bonnivard
Jusqu’au milieu des années 1980, l’enseignement de l’histoire était si imprégné de marxisme qu’on ne pouvait formuler la moindre position critique vis-à-vis du régime soviétique dans les ouvrages scolaires. Jacques Dupâquier
Les Allemands trouvaient nos textes trop anti-américains et nous trouvions les leurs trop atlantistes. Je ne me suis jamais considéré comme anti-américain. Mais après avoir parlé aux Allemands, je me suis rendu compte qu’il y avait une culture française de l’anti-américanisme. Guillaume Le Quintrec
Le terrorisme est l’arme des faibles, qui dans l’incapacité d’attaquer frontalement une grande puissance, cherchent à la déstabiliser en s’en prenant à des cibles symboliques. Manuel d’histoire-géographie français (Magnard)
Tuez les Juifs partout où vous les trouverez. Cela plaît à Dieu, à l’histoire et à la religion. Cela sauve votre honneur. Dieu est avec vous. (…) [L]es Allemands n’ont jamais causé de tort à aucun musulman, et ils combattent à nouveau contre notre ennemi commun […]. Mais surtout, ils ont définitivement résolu le problème juif. Ces liens, notamment ce dernier point, font que notre amitié avec l’Allemagne n’a rien de provisoire ou de conditionnel, mais est permanente et durable, fondée sur un intérêt commun. Haj Amin al-Husseini (moufti de Jérusalem, discours sur Radio Berlin, le 1er mars 1944)
L’Allemagne national-socialiste lutte contre la juiverie mondiale. Comme dit le Coran : “Tu apprendras que les Juifs sont les pires ennemis des musulmans.” Les principes de l’islam et ceux du nazisme présentent de remarquables ressemblances, en particulier dans l’affirmation de la valeur du combat et de la fraternité d’armes, dans la prééminence du rôle du chef, dans l’idéal de l’ordre. Voilà ce qui rapproche étroitement nos visions du monde et facilite la coopération. Haj Amin al-Husseini
Israël existe et continuera à exister jusqu’à ce que l’islam l’abroge comme il a abrogé ce qui l’a précédé. Hasan al-Bannâ (préambule de la charte du Hamas, 1988)
Les enfants de la nation du Hezbollah au Liban sont en confrontation avec [leurs ennemis] afin d’atteindre les objectifs suivants : un retrait israélien définitif du Liban comme premier pas vers la destruction totale d’Israël et la libération de la Sainte Jérusalem de la souillure de l’occupation … Charte du Hezbollah (1985)
Depuis les premiers jours de l’islam, le monde musulman a toujours dû affronter des problèmes issus de complots juifs. (…) Leurs intrigues ont continué jusqu’à aujourd’hui et ils continuent à en ourdir de nouvelles. Sayd Qutb (membre des Frères musulmans, Notre combat contre les Juifs)
La libération de la Palestine a pour but de “purifier” le pays de toute présence sioniste. Charte de l’OLP (article 15, 1964)
Ce sera une guerre d’extermination, un massacre dont on parlera comme des invasions mongoles et des croisades. Azzam Pasha (président de la ligue arabe, le 14 mai 1948)
Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen – en particulier les méchants et sales Français – ou un Australien ou un Canadien, ou tout […] citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l’État islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière. (…) Tuez le mécréant qu’il soit civil ou militaire. (…) Frappez sa tête avec une pierre, égorgez-le avec un couteau, écrasez-le avec votre voiture, jetez-le d’un lieu en hauteur, étranglez-le ou empoisonnez-le. Abou Mohammed al-Adnani (porte-parole de l’EI)
Les nazis ont probablement tué moins d’un million de Juifs et le mouvement sioniste a participé au massacre. Abou Mazen (alias Mahmoud Abbas, thèse, 1982)
Nous vous bénissons, nous bénissons les Mourabitoun (hommes) et les Mourabitat (femmes). Nous saluons toutes gouttes de sang versées à Jérusalem. C’est du sang pur, du sang propre, du sang qui mène à Dieu. Avec l’aide de Dieu, chaque djihadiste (shaheed) sera au paradis, et chaque blessé sera récompensé. Nous ne leur permettrons aucune avancée. Dans toutes ses divisions, Al-Aqsa est à nous et l’église du Saint Sépulcre est notre, tout est à nous. Ils n’ont pas le droit de les profaner avec leurs pieds sales, et on ne leur permettra pas non plus. Mahmoud Abbas
 Nos vies et notre sang seront sacrifiés pour la mosquée Al-Aqsa. Chaque violation du côté israélien contre Al-Aqsa est une violation de l’occupation, qu’elle soit accomplie dans des uniformes militaires ou religieux ou sous une couverture politique. Nous devons lutter contre toutes ces violations jusqu’à ce que l’occupation soit levée. Raed Salah
Des centaines de milliers de fidèles musulmans doivent aller à Al-Aqsa et s’opposer au complot israélien de verser le sang des habitants arabes de Jérusalem-Est. Aujourd’hui, c’est seulement le travail de quelques individus, mais nous avons besoin d’un soutien national. Si les attaques individuelles continuent sans soutien national, ces actions seront éteintes dans les prochains jours, et donc des centaines de milliers de personnes doivent se mobiliser pour commencer une véritable Intifada. Hanin Zoabi (députée arabe au Parlement israélien)
Mon frère de Cisjordanie : Poignarde ! Mon frère de Cisjordanie : Poignarde les mythes du Talmud dans leurs esprits ! Mon frère de Cisjordanie : Poignarde les mythes sur le Temple dans leurs cœurs ! (…) Ô peuple de la mosquée d’Al-Abrar et peuple de Rafah, depuis votre mosquée, vous avez l’honneur de délivrer ces messages aux hommes de Cisjordanie : formez des escouades d’attaques au couteau. Nous ne voulons pas d’un seul assaillant. Ô jeunes hommes de Cisjordanie : Attaquez-les par trois et quatre. Les uns doivent tenir la victime, pendant que les autres l’attaquent avec des haches et des couteaux de boucher. (…) Ne craignez pas ce que l’on dira de vous. Ô hommes de Cisjordanie, la prochaine fois, attaquez par groupe de trois, quatre ou cinq. Attaquez-les en groupe. Découpez-les en morceaux. Mohammed Salah (« Abou Rajab », imam de Rafah, Gaza)
Je veux poignarder un juif. Parce qu’il nous a volé notre terre. Avec un couteau. Rahf Abuesha (élève de maternelle jordano-palestinienne)
Dans la bande de Gaza, étroite enclave côtière déjà ravagée par trois guerres et qui étouffe depuis neuf ans sous le blocus israélien, le désespoir est à son comble: la moitié des jeunes cherchent à s’exiler, les suicides sont en hausse, le chômage –l’un des plus forts taux au monde à 45%– n’a jamais été si haut et les perspectives d’avenir si lointaines. L’Obs
Nous demandons à tous les camps de respecter les lieux saints. Ban Ki Moon
Le couteau est érigé en symbole du désespoir de « la génération Oslo ». Francetvinfo
« Palestinian textbooks : Where is all that ‘incitement’? ». International Herald Tribune (December 18, 2004)
Israeli and Palestinian textbooks omit borders The Guardian ( 4 February 2013)
‘Textbooks show both sides to blame for enmity’, The Jerusalem Post (4 February 2013)
, ‘Israeli and Palestinian textbooks fail balance test, study finds,’ Los Angeles Times, 4 February 2013
‘New textbook study threatens to undercut argument that Palestinian schools preach hate’, JTA
‘Israeli, Palestinian textbooks ‘one-sided’,’ AAP/The Australian (5 February 2013)
« Israelis’ textbooks fare little better than Palestinians' ». Haaretz (09/12/2004)
The Israeli-Palestinian schoolbook study is among the most comprehensive, fact-based investigations ever done of school textbooks. The scientists developed a new research methodology that employed a standardized, manualized, multi-rater system in order to produce a transparent and scientifically rigorous analysis of current Israeli and Palestinian schoolbooks. The study represents the first phase towards the critically important goal of developing education for peace, as specified by the Council of Religious Institutions of the Holy Land, which initiated the study, and as highlighted in the Oslo II Agreement in 1995. All funding for the study came from a single public source, the US State Department’s Bureau of Democracy, Human Rights and Labor. Bruce Wexler (Yale)
There is generally a total denial of the existence of Israel – and if there is an Israeli presence it is usually extremely negative. For the next generation, there is no education at all about collaboration and no information about the many collaborations that already exist between Israelis and Palestinians in environmental and other areas. Eldad Pardo
In geography textbooks, Israel usually does not appear in maps of the Middle East, instead “Palestine” is shown to encompass Israel, the West Bank and the Gaza Strip. Jaffa is also shown on maps of Palestine, but Tel Aviv and other predominantly Jewish cities, such as Ramat Gan, kibbutzim and moshavim, are not displayed. One of the Palestinian textbooks reviewed by IMPACT-SE, History of Ancient Civilization, published in 2009 and used to teach fifth-graders, states that the Levant consists of the states of Palestine, Jordan, Lebanon and Syria. Israel is not mentioned. Other textbooks read for the study asked students to “color the Negev Desert on the map of Palestine,” and to solve the following mathematical word problem: “An independent Palestinian state was declared in 1988. How many years have passed since the declaration of independence?” Another textbook included a map of the Old City of Jerusalem – which did not contain the Jewish Quarter. Meanwhile, in an additional example, a textbook printed a British Mandate postage stamp, but erased the Hebrew inscription “Palestine: The Land of Israel” that appeared on the original. In addition, some textbooks described the Canaanites as an Arabic-speaking people whose land was stolen by Jews, and stated that Jews came from Europe to steal Palestine after the British conquered it in 1917. Pardo, a professor at the Hebrew University of Jerusalem, also said Palestinian textbooks have been erasing Jewish claims to holy sites, such as the Western Wall and Rachel’s Tomb. For example, National Education, a textbook for seventh-graders published in 2010, refers to the Western Wall as the “Al-Buraq Wall,” and to Rachel’s Tomb as “Al-Bilal Mosque.” IMPACT-SE also found that Palestinian textbooks include many references to martyrdom, death, jihad and refugees returning to cities and towns in Israel – and frequently demonize Israelis and Jews. A photo from the funeral of a shahid (martyr) was included in the 2008 edition of a seventh-grade textbook, but excluded from the 2010 edition, perhaps because of foreign pressure on the PA, said Pardo. Other textbooks told students that “the rank of shahid stands above all ranks,” and included a Muslim hadith about the destruction of Jews by Muslims on the day of the resurrection, which also appears in the Hamas charter. Jerusalem Post
Bien qu’il soit difficile de trouver dans les manuels israéliens de franches incitations à la haine, comme on peut en trouver dans les manuels jordaniens et égyptiens, le Dr Ruth Firer, de l’Université hébraïque de Jérusalem, l’une des pionnières de la recherche en matière de textes scolaires, affirme que l’endoctrinement dans les livres israéliens est simplement plus subtil. Cela explique, dit-elle, pourquoi les messages pénètrent plus facilement. Il est plus difficile de détecter un stéréotype caché dans une image qui semble innocente que dans une autre présentée de telle manière qu’elle « vous mène vulgairement par le bout du nez ». Les résultats d’une étude qu’elle a menée avec le Dr Sami Adwan, de l’université de Bethléem, spécialiste de l’éducation à la paix et aux droits de l’Homme (…) révèle une sorte d’image en miroir, où chaque côté place la responsabilité de la violence sur le dos de l’autre. (…) Tout en ayant été publiés après les accords d’Oslo, les manuels palestiniens imitent ceux publiés en Jordanie et en Egypte, qui évitent d’utiliser le terme « Israël », dans les textes et sur les cartes. (…) De manière surprenante, les deux chercheurs ont trouvé un parallélisme quasi absolu entre les manuels dans trois domaines : des deux côtés, on ignore les périodes de calme relatif et de coexistence (par exemple entre 1921 et 1929), sauf à les présenter comme des répits trompeurs dans un conflit au long cours, on n’a pas tendance à raconter à l’élève l’histoire du conflit vu du point de vue de l’ennemi, on passe sous sillence les détails de la souffrance de l’Autre, et chacun ne comptabilise que ses victimes à lui. Akiva Eldar (La paix maintenant)
Pour Yaakov Katz, certaines de ces critiques concernent des livres non approuvés par le ministère de l’éducation, et il sait que certains établissements n’appliquent pas ses directives. Contrairement à ces manuels, ceux approuvés par le ministère subissent un examen minutieux par des experts, pour s’assurer qu’ils ne sont pas contaminés par une discrimination raciale, ethnique, sexuelle ou religieuse, et qu’ils ne contiennent pas de stéréotypes. (…) Concernant les cartes, Katz dit que le département cartographique du gouvernement ne marque pas la Ligne verte en tant que frontière officielle de l’Etat d’Israël, et qu’aussi longtemps que l’Autorité palestinienne n’aura pas été reconnue en tant qu’Etat souverain, elle ne doit pas être réprésentée comme Etat sur les cartes. Cette dernière réponse est quasiment identique, mot pour mot, à la position palestinienne, selon laquelle le marquage de la frontière viendra avec un accord définitif sur les frontières entre Israël et la Palestine. Akiva Eldar (La paix maintenant)
Quand les Palestiniens écrivent ’Palestine’ sur les cartes de leurs manuels, cela est considéré comme une incitation à la haine. Dans ce cas, comment parler des manuels israéliens qui nomment la Cisjordanie ’Judée et Samarie’, même sur des cartes qui montrent les frontières du Mandat britannique, alors que la dénomination officielle était ’Palestine-Eretz Israel’ ?’ (…) Cela suggère à l’élève que ces territoires étaient ’à nous’ de tout temps, et renforce le message selon lequel, lors de la guerre des Six jours, nous les avons ’libérés’ ou ’sauvés’ de l’occupant arabe. Nurit Peled-Elhanan
Contrairement aux critiques qui souhaitent exposer l’histoire vue du côté arabo-palestinien, le système éducatif en Israël insiste à dessein sur l’identité juive et démocratique de l’’Etat d’Israël. Je voudrais bien savoir s’il existe au monde un endroit où les manuels présentent la narration de l’autre alors que la lutte violente entre les deux peuples n’est pas encore terminée. Personne ne doit s’attendre à ce que l’Etat démocratique d’Israël considère la version de l’autre sur un pied d’égalité pendant une guerre. Cela vaut encore plus après les accords d’Oslo, au sujet desquels tout le monde s’accorde à dire qu’ils n’ont pas apporté la paix tant souhaitée entre Israéliens et Palestiniens. Yaakov Katz (ministère de l’éducation israélien)
«La déshumanisation et la diabolisation de l’autre sont l’exception, dans les manuels israéliens comme palestiniens.» Les descriptions extrêmement négatives sont au nombre de 20 dans les manuels israéliens, de 7 dans les ouvrages ultra-orthodoxes et de 6 dans les livres palestiniens. L’un des rares exemples tiré d’un manuel israélien: un passage où l’on lit que tel village arabe détruit «avait toujours été un nid de meurtriers».  Et son pendant palestinien: «Je suis resté “à l’abattoir” 13 jours», en référence à un centre d’interrogatoire israélien. (…)  Et il convient de noter que les manuels palestiniens et ultra-orthodoxes sont sensiblement plus partiaux que les livres israéliens. Ainsi, 84% des extraits littéraires des livres palestiniens dressent un portrait négatif des Israéliens et des juifs, et 73% des extraits dans les ouvrages ultra-orthodoxes dépeignent négativement les Palestiniens et les arabes, alors que cette proportion tombe à 49% dans les manuels des établissements publics israéliens. (…) Les Palestiniens et les arabes sont montrés sous un angle positif 11% des fois dans les manuels israéliens, et 7% du temps dans les livres ultra-orthodoxes. Tandis que juifs et Israéliens sont envisagés de façon positive 1% du temps dans les ouvrages palestiniens. De même, les photos et les illustrations des manuels palestiniens sont en général plus négatives que celles des livres israéliens, mais il y en a beaucoup moins. (…) Pour ce qui est des cartes, les chercheurs ont constaté que 58% des manuels palestiniens publiés après 1967 (année où Israël a pris la Cisjordanie et Jérusalem-Est à la Jordanie, Gaza et le Sinaï à l’Egypte, et le plateau du Golan à la Syrie) ne font aucune référence à Israël: toute la zone située entre le fleuve Jourdain et la mer Méditerranée représente la Palestine. Chez les Israéliens, 65% des cartes ne comportent pas de frontières et ne mentionnent ni la Palestine ni l’Autorité palestinienne, tandis que chez les ultra-orthodoxes, ce chiffre atteint un ahurissant 95%. (…) Jusqu’en 1967, la Jordanie avait la main sur le système scolaire en Cisjordanie, et l’Egypte contrôlait celui de Gaza. Après la guerre de 1967, Israël s’est chargé de l’enseignement palestinien, avec les mêmes manuels jordaniens et égyptiens, mais censurés –interdiction de certains livres, passages barrés dans d’autres. Les Palestiniens sont devenus maîtres de leur système scolaire en 1994, dans le sillage des accords d’Oslo, au cours desquels ils s’étaient engagés à suivre des «mesures de confiance» qui comprenaient une réforme de l’enseignement. Emily Bazelon
By mentioning that this [the 1972 Munich Olympic massacre] was a terror attack performed by Palestinians, this is a negative description of the Palestinians? I mean, how far can you go? Yossi Kuperwasser (ministère des Affaires stratégiques israélien)
The source material gathered for the purpose of analysis leaves out some significant items that may have enhanced the understanding of the general attitude of the PA schoolbooks to the Jewish/Israeli “other” and to the issue of peace with this “other.” For example, highly demonizing pieces were not included, under the pretext that they were not explicit enough. Thus, a piece saying “Your enemies killed your children, split open your women’s bellies…” was rejected because it did not mention Jews or Israelis and was actually written in the early 20th century. Its appearance in a Palestinian textbook of today with its obviously serious consequences did not change that decision. Similarly, a piece talking of “invading snakes” was also discarded since no Jews or Israelis were mentioned there, as if someone else was intended, who is not involved in the conflict. Another pretext was that the books concerned were “Holy Scriptures” and, as such, could not be touched.  (…)  For example, under the category of positive description of the “other” we find a piece from a PA Christian Education textbook which describes the Sabbath observing Jews. But when one reads further one discovers that those observing Jews were so fanatic that they refused to cure the sick on that day. It was Jesus Christ who acted against their position and did the opposite. The place of this item is, obviously, in the category of negative description of the “other.” Other “positive” references to Jews in Palestinian schoolbooks are those praising Moses or Abraham, etc. But one should remember that they, as well as David, Solomon and other traditional Jewish figures, are actually detached in Islamic tradition from their Jewish environment and looked upon as God’s prophets and, thus, more Islamic than Jewish. By no means should positive texts in which they feature be regarded as positive description of Jews. (…) There is no attempt to study the quotes more deeply and draw conclusions. All items were treated equally, with no one being evaluated and given a more significant status that the other. It seems that they were simply lumped together, counted and then the numbers spoke. It might be statistically correct, but, as we all know, statistics not always reveal the actual complex picture. This kind of analysis has produced a “flat” survey of the quotes, without any reference to their deeper significance (for example, looking at a demonizing text with no specific enemy as if it were a “neutral” literary piece). Also, all quotes were treated as separate items with no attempt to make a connection between two quotes or more in order to reveal an accumulated message (for example, concluding from the connected recurrent mentioning of the need to liberate Palestine, and the similarly recurring theme that Israel in its pre-1967 borders is “occupied Palestine”, that the liberation of Palestine actually means the liquidation of Israel). The reliance on item-counting alone also misses the realm of omissions which is extremely important in the case of societies involved in a conflict – especially if their curricula are funded by the international community (for example, the often mentioned case of absence of explicit discussion of possible peaceful relations with Israel). (…)  the issue of borders on the map:. The report checked hundreds of maps appearing in schoolbooks of both sides and concluded that both tend to ignore the “other” either by erasing any boundary line between them or by refraining from labeling the territory of the “other” accordingly. In my opinion, this evenly distributed accusation is misleading, for the simple reason that there is no Palestinian state to be named on the map. The Palestinian Authority is an autonomous body under Israeli suzerainty legally and, as such, it could be described on the map as part of Israel. On the other hand, Israel has never officially annexed the West Bank and the Gaza Strip, which enables Israeli cartographers to present these areas as separate from Israel-proper. Another possibility is indicating the PA’s “A” and “B” areas in different colors and such maps were indeed included in Israeli schoolbooks prior to the eruption of the second Intifadah. But since parts of these areas have been since reoccupied, this practice is also outdated. One can find in the Israeli schoolbooks all these variations of maps, and, in some of the cases, several of them within one book. By contrast, the State of Israel exists as an independent entity recognized by the PLO by virtue of the Oslo Accord, and the widely spread tendency not to put its name on maps within PA schoolbooks calls for concern. There is no symmetry between the two parties and any attempt to show that there is – does not reflect the reality on the ground. Also, the mere use of the names Judea and Samaria does not mean that Israeli schoolbooks oppose the creation of an independent Palestinian state. These have been the Hebrew traditional names of the two regions for centuries, much the same like Galilee and the Negev. Even when a Palestinian state is established, they will still be called by these names. By contrast, “the West Bank” is a newcomer in history. It is a Jordanian political term that is no longer valid. Second, the report considers Jihad and martyrdom as values, which is acceptable academically, but it fails to evaluate their impact on the issues of war and peace in the context of the conflict. Frequent use of these values could be good indicators as far as the Palestinian attitude to a non-peaceful solution to the conflict is concerned, especially when they are not mentioned in the context of past events. From this particular point of view they should not be compared to Israeli texts talking of past IDF fallen soldiers. (…) But the main question, namely, to what extent is this or that party engaged in actual education for peace, if at all, has not been answered by the report itself. It is answered by the crude quotations, though. Whoever reads the quotations taken from the schoolbooks of both sides finds the answer easily. Israeli schoolbooks – and I refer here to the books of the state school system only (both secular and religious schools) and not to the Ultra-Orthodox schoolbooks, which are, in my eyes, below the universally accepted standards of peace education – include revealing texts of open advocacy of peaceful resolution of the conflict (the piece about Rabin, for example) and are totally devoid of calls for solving it violently. Alongside their treatment of the Palestinians as enemies, they provide texts that portray the individual Palestinian as ordinary, sometimes noble, human being with whom friendly relations could develop (for example, the pieces about the gardener from Qalqilyah, the villager who rescued the Israeli soldier in a road accident and the Arab families in Hebron that defended their Jewish neighbors during the 1929 massacre). Such texts balance the feelings of hatred that develop as a result of the conflict. Israeli schoolbooks also give the students a fairly objective picture of Islam and Arabic culture (for example, the piece about the Egyptian Nobel laureate writer Najib Mahfuz). Even in the context of the conflict they show some understanding of the motives of the “other” and even recognize at times the Palestinian national movement. The Palestinian quotations, on the other hand, show none of these traits. They do not contain neither an explicit call for peace with Israel nor a vision of a peaceful future alongside it; they speak of a struggle for liberation without specifically restricting that struggle to the areas of the West Bank and Gaza alone; that struggle is enhanced by the use of the traditional Islamic values of Jihad, martyrdom and Ribat; they recognize as legitimate neither Israel’s existence, nor the presence of its Jewish citizens in the country, nor the presence of Jewish holy places there; they describe the Jewish/Israeli “other” as wholly negative – at least in the context of the conflict – and those are mostly treated as a threatening alien group and never as ordinary human beings, with whom friendly relations could develop; and, in addition, there are some (implicit) demonizing texts against them. All that has meaning. The report, unfortunately, has failed to convey that to the readers. I strongly urge those interested in the subject to read the quotations and draw the conclusions themselves. Arnon Groiss

Circulez, il n’y a rien à voir !

Attaques au couteau de boucher, hachoir, tournevis ou voiture-bélier, affiches et planches expliquant les parties du corps à poignarder, appels à injecter de l’air dans les veines des malades (?), discours ou prêches appelant au djihad ou au martyre, vidéos d’enfants récitant leur leçon de haine …

A l’heure où, dans les rues pour l’instant principalement des villes israéliennes, les mois et les mois de vidéos et de conseils de l’Etat islamique semblent avoir finalement et littéralement fait école …

Et où, pour toute explication, nos belles âmes et nos médias occidentaux n’ont que le mot « désespoir » à la bouche …

Pendant qu’en un bel ensemble, nos dirigeants appellent « tous les camps » à la retenue …

Comment ne pas se poser la question de l’éducation ayant conduit, pour une toute une génération d’adolescents palestiniens, à de tels passages à l’acte ?

Et à la lecture de la dernière étude, financée parle Département d’Etat américain et conduite par des uinversitaires américains, israéliens et palestiniens, sur les manuels à la fois palestiniens et israéliens …

Qui à la manière de l’objectivité parfaite dont parlait Godard (« cinq minutes pour les juifs, cinq minutes pour Hitler ») ou d’équivalence morale à la « terroriste de l’un, résistant de l’autre » (« éducation de l’un, propagande de l’autre », etc.) …

Ne voit lui aussi que des torts partagés, se réjouissant que des deux côtés « la déshumanisation et la diabolisation de l’autre sont l’exception » …

Ne pas s’interroger sur une recherche qui derrière la neutralisation parée par la statistique de toutes les vertus de l’objectivité scientifique …

Examine trois fois plus de manuels israéliens (492 contre 148), accorde une part disproportionnée aux manuels du système scolaire ultra-orthodoxe israélien mais refuse de se pencher sur aucun manuel du Hamas …

Ne compte pas comme mentions négatives une allusion à des « serpents envahissants » ou aux notions traditionnelless de « djihad » ou de « martyrs » sous prétexte qu’elles ne mentionnent ni juifs ni israéliens…

Ou compte comme allusion positive au judaïsme ou à la société israélienne la mention de personnages bibliques qui ont justement, dans la tradition musulmane, perdu l’essentiel de leur judaïté  …

Rejetant comme mention négative, du côté israélien cette fois, tant la non-mention sur les cartes d’un Etat palestinien qui n’a justement aucune existence juridique que la qualification d’attentat terroriste de l’assassinat d’athlètes israéliens aux Jeux de Münich en 1972 ?

Comments on: “Victims of Our Own Narratives”
Israel Resource Review
Dr. Arnon Groiss

February 7, 2013

General Background

The following are my initial comments on the said report in capacity of my past research experience of Palestinian, Egyptian, Syrian, Saudi Arabian, Tunisian and Iranian schoolbooks between 2000-2010 and having been a member of the said project’s Scientific Advisory Panel (SAP), with other distinguished scholars, though I speak for myself only.

I wish to start my comments by expressing my deep appreciation and gratitude to professors Bruce Wexler, Sami Adwan and Daniel Bar-Tal, as well as to their research assistants for this huge project which was carried out under uneasy circumstances, both technical and political. This project was, in my opinion, a systematic and comprehensive effort to bring about a new kind of study of a problematic issue, based on innovative techniques in both fields of data collection and analysis. No one who has been acquainted with this complicated operation can dismiss its results offhand.

It is worth noting that I, like all other SAP members, was not part of the actual research on the ground and was not aware of the results until, for the first time, I was given a partial version last May, in the SAP two-day meeting in Jerusalem. Some of us, including myself, expressed their views regarding the findings and it was then understood that work on the project was to continue.

Again, we, the SAP members, were not involved in the research activity.

Moreover, it was only a few days before the February 4 release of the report that I was first given the 522 Palestinian quotes for perusal. Having compared them to the quotations appearing in other research projects, I realized that some forty meaningful quotations, which other researchers in former projects, including myself[1], incorporated in the material and used them in forming their conclusions, were missing.

The research team rejected my suggestion to add them to the existing quotes that had been already gathered.

I waited to see the released final report on February 4 and read it with the Israeli quotations. I can now say that I am familiar with the results to a degree that I am able to write my initial comments. I hope to present you with a more detailed paper later on.

Selection of the Study Material

As I have already noted, the source material gathered for the purpose of analysis leaves out some significant items that may have enhanced the understanding of the general attitude of the PA schoolbooks to the Jewish/Israeli “other” and to the issue of peace with this “other.” For example, highly demonizing pieces were not included, under the pretext that they were not explicit enough. Thus, a piece saying “Your enemies killed your children, split open your women’s bellies…” was rejected because it did not mention Jews or Israelis and was actually written in the early 20th century. Its appearance in a Palestinian textbook of today with its obviously serious consequences did not change that decision. Similarly, a piece talking of “invading snakes” was also discarded since no Jews or Israelis were mentioned there, as if someone else was intended, who is not involved in the conflict. Another pretext was that the books concerned were “Holy Scriptures” and, as such, could not be touched. Well, they were not. They were simple textbooks of religious themes with scriptural and non-scriptural material and the anti-Jewish expressions there were non-scriptural.

On the other hand, an explicit denial of the existence of Jewish holy places in the country was not included too – with no clear explanation. That was the case as well regarding a specific text placing Palestine instead of Israel as the sovereign state in the region, regarding a piece clearly stating that both sides of the Green Line were occupied territories of Palestine – that is, Israel within its pre-1967 borders and the territories of the West Bank and the Gaza Strip, and regarding a chart of Palestine’s population in 1999 that included the Palestinians in the West Bank, the Gaza Strip, in Israel-proper (called “the Interior” just to avoid the expression of “Israeli pre-67 territory”) and even the Diaspora, while the 5.5 million Jews were not counted.

I just skimmed through the Israeli quotes and I did not find similarly prominent missing items there.

Categorization

I have found deficiencies on both levels of definition and actual use. On the first level, categorization was restricted to very general themes, leaving out important issues such as open advocacy of peace/war with the “other,” legitimacy of the “other,” etc. Regarding legitimacy, I was disturbed to discover back in May that Prof. Bar-Tal had developed a specific definition of delegitimization as “categorization of groups into extreme negative categories which are excluded from human groups.” He further put dehumanization and out casting among the varied phenomena of delegitimization with expressions like “Vandals” and “Huns” as examples (see his article in Journal of Social Issues, 46 (1) pp. 65-81). Thus, the real cases of ignoring the “other” deliberately without degrading him slipped away from scrutiny. I was among other SAP members who questioned that peculiar definition in May, but to no avail, and all we lastly had was a paragraph on page 49 of the report which mixed between casual non-reference to the “other” and systematically denying him any status.

On the actual usage level I have encountered several misplacements which blur or even distort the picture. For example, under the category of positive description of the “other” we find a piece from a PA Christian Education textbook which describes the Sabbath observing Jews. But when one reads further one discovers that those observing Jews were so fanatic that they refused to cure the sick on that day. It was Jesus Christ who acted against their position and did the opposite. The place of this item is, obviously, in the category of negative description of the “other.” Other “positive” references to Jews in Palestinian schoolbooks are those praising Moses or Abraham, etc. But one should remember that they, as well as David, Solomon and other traditional Jewish figures, are actually detached in Islamic tradition from their Jewish environment and looked upon as God’s prophets and, thus, more Islamic than Jewish. By no means should positive texts in which they feature be regarded as positive description of Jews.

The meaning of all this is that if we take away all these few items from the said category we would leave it empty or almost empty, with major implications on the overall assessment of the attitude to the “other.”

Analysis

There is no attempt to study the quotes more deeply and draw conclusions. All items were treated equally, with no one being evaluated and given a more significant status that the other. It seems that they were simply lumped together, counted and then the numbers spoke. It might be statistically correct, but, as we all know, statistics not always reveal the actual complex picture. This kind of analysis has produced a “flat” survey of the quotes, without any reference to their deeper significance (for example, looking at a demonizing text with no specific enemy as if it were a “neutral” literary piece). Also, all quotes were treated as separate items with no attempt to make a connection between two quotes or more in order to reveal an accumulated message (for example, concluding from the connected recurrent mentioning of the need to liberate Palestine, and the similarly recurring theme that Israel in its pre-1967 borders is “occupied Palestine”, that the liberation of Palestine actually means the liquidation of Israel). The reliance on item-counting alone also misses the realm of omissions which is extremely important in the case of societies involved in a conflict – especially if their curricula are funded by the international community (for example, the often mentioned case of absence of explicit discussion of possible peaceful relations with Israel).

I would now like to refer to two important issues dealt with in the report in a manner I would define as misleading.

First, the issue of borders on the map:. The report checked hundreds of maps appearing in schoolbooks of both sides and concluded that both tend to ignore the “other” either by erasing any boundary line between them or by refraining from labeling the territory of the “other” accordingly. In my opinion, this evenly distributed accusation is misleading, for the simple reason that there is no Palestinian state to be named on the map. The Palestinian Authority is an autonomous body under Israeli suzerainty legally and, as such, it could be described on the map as part of Israel. On the other hand, Israel has never officially annexed the West Bank and the Gaza Strip, which enables Israeli cartographers to present these areas as separate from Israel-proper. Another possibility is indicating the PA’s “A” and “B” areas in different colors and such maps were indeed included in Israeli schoolbooks prior to the eruption of the second Intifadah. But since parts of these areas have been since reoccupied, this practice is also outdated. One can find in the Israeli schoolbooks all these variations of maps, and, in some of the cases, several of them within one book.

By contrast, the State of Israel exists as an independent entity recognized by the PLO by virtue of the Oslo Accord, and the widely spread tendency not to put its name on maps within PA schoolbooks calls for concern. There is no symmetry between the two parties and any attempt to show that there is – does not reflect the reality on the ground.

Also, the mere use of the names Judea and Samaria does not mean that Israeli schoolbooks oppose the creation of an independent Palestinian state. These have been the Hebrew traditional names of the two regions for centuries, much the same like Galilee and the Negev. Even when a Palestinian state is established, they will still be called by these names. By contrast, “the West Bank” is a newcomer in history. It is a Jordanian political term that is no longer valid.

Second, the report considers Jihad and martyrdom as values, which is acceptable academically, but it fails to evaluate their impact on the issues of war and peace in the context of the conflict. Frequent use of these values could be good indicators as far as the Palestinian attitude to a non-peaceful solution to the conflict is concerned, especially when they are not mentioned in the context of past events. From this particular point of view they should not be compared to Israeli texts talking of past IDF fallen soldiers.

General Conclusion

The report’s main results are as follows:

Both sides have developed a national narrative in which the “other” is posed as enemy.
The Israeli schoolbooks look better than their Palestinian counterparts in terms of their more positive and less negative description of the “other” as well as their more developed tendency for self-criticism.
These two points are not really new and scholars of textbook research in this region have been aware of them.

Other than that, the report provides us with further information about some characteristics of the schoolbooks of both sides.

But the main question, namely, to what extent is this or that party engaged in actual education for peace, if at all, has not been answered by the report itself.

It is answered by the crude quotations, though. Whoever reads the quotations taken from the schoolbooks of both sides finds the answer easily. Israeli schoolbooks – and I refer here to the books of the state school system only (both secular and religious schools) andnot to the Ultra-Orthodox schoolbooks, which are, in my eyes, below the universally accepted standards of peace education – include revealing texts of open advocacy of peaceful resolution of the conflict (the piece about Rabin, for example) and are totally devoid of calls for solving it violently. Alongside their treatment of the Palestinians as enemies, they provide texts that portray the individual Palestinian as ordinary, sometimes noble, human being with whom friendly relations could develop (for example, the pieces about the gardener from Qalqilyah, the villager who rescued the Israeli soldier in a road accident and the Arab families in Hebron that defended their Jewish neighbors during the 1929 massacre). Such texts balance the feelings of hatred that develop as a result of the conflict.

Israeli schoolbooks also give the students a fairly objective picture of Islam and Arabic culture (for example, the piece about the Egyptian Nobel laureate writer Najib Mahfuz). Even in the context of the conflict they show some understanding of the motives of the “other” and even recognize at times the Palestinian national movement.

The Palestinian quotations, on the other hand, show none of these traits. They do not contain neither an explicit call for peace with Israel nor a vision of a peaceful future alongside it; they speak of a struggle for liberation without specifically restricting that struggle to the areas of the West Bank and Gaza alone; that struggle is enhanced by the use of the traditional Islamic values of Jihad, martyrdom and Ribat; they recognize as legitimate neither Israel’s existence, nor the presence of its Jewish citizens in the country, nor the presence of Jewish holy places there; they describe the Jewish/Israeli “other” as wholly negative – at least in the context of the conflict – and those are mostly treated as a threatening alien group and never as ordinary human beings, with whom friendly relations could develop; and, in addition, there are some (implicit) demonizing texts against them.

All that has meaning. The report, unfortunately, has failed to convey that to the readers.

I strongly urge those interested in the subject to read the quotations and draw the conclusions themselves.

[1] I am reattaching the draft I already sent you before of a paper I wrote in conclusion of my ten-year research of PA schoolbooks as compared to other Arab and Middle Eastern ones, as well to their Israeli counterparts at that time.

Voir aussi:

Les dangers d’un rapport sur les manuels scolaires israéliens et palestiniens très imparfait
Hélène Keller-Lind

Desinfos

13 février 2013

« La représentation de l’autre » dans les manuels scolaires israéliens et palestiniens, rapport financé par le Département d’État américain, élaboré par deux Professeurs, un Palestinien et un Israélien, supervisés par un troisième, un Américain, aura pris plus de trois ans. Sa publication a été bien accueillie par le Premier ministre palestinien, fort mal par les ministère de l’Éducation et des Affaires stratégiques israéliens, embarrassé une porte-parole du Département d’État. Un rapport désavoué par une partie de son panel consultatif et déconstruit par ailleurs, notamment par Palestinian Media Watch, qui dresse la longue liste de ses inexactitudes et imperfections. Et avertit quant aux dangers qu’il pose.

Une idée apparemment très attractive pour promouvoir paix et tolérance
L’idée était apparemment très attractive. Le Conseil des Institutions Religieuses de Terre Sainte se proposait d’examiner des centaines de manuels scolaires israéliens et palestiniens pour y trouver ce qu’y était « la représentation de l’autre » en posant la question : « victimes de nos propres narratifs ? ». Étude menée, semblait-il, dans le but de faire changer ce qui était répréhensible et faire ainsi progresser paix et tolérance. Une étude financée par le Département d’État américain, réalisée par une équipe conduite par les Professeurs Daniel Bar-Tal de l’Université de Tel Aviv et Sami Adwan de l’Université de Bethléem, sous la supervision du Professeur Bruce Wexler de l’Université de Yale et son ONG, « Un Avenir Différent ». Une étude présentée comme éminemment fiable, grâce à un panel scientifique consultatif devant en garantir les résultats

Sérieux doutes exprimés par des membres du panel consultatif ou le commanditaire
Or, avant même la publication de ce rapport on apprenait que des membres de ce panel scientifique consultatif se plaignaient de ne pas avoir vu le texte définitif, ce que déplorait aussi le commanditaire de l’étude, le Conseil des Institutions Religieuses de Terre Sainte. Dans un article très fouillé le Jerusalem Post évoquait l’un membre de ce panel qualifiant même cette étude de « nouveau Rapport Goldstone » – Rapport commandé par le Conseil des droits de l’homme onusien pour examiner l’opération Plomb Fondu menée par Israël en réponse à des tirs de missiles gazaouis, accusant Israël de tous les maux dans un premier temps avant que l’auteur du rapport lui-même ne désavoue ce qui avait été publié sous sa houlette -.

Un autre membre du panel, le Dr. Arnon Groiss, ancien directeur de IMPACT-SE, centre de recherches sur la paix et la tolérance dans l’éducation, exprimait son désarroi car il avait reçu un nombre de citations plus important que celles données à d’autres membres et il n’avait pas vu le rapport final avant sa publication non plus. De plus, des citations qui lui avaient été données ne figuraient finalement pas dans la version publiée…

Même désarroi d’un autre membre de ce panel consultatif, le rabbin Daniel Sperber, lauréat du Prix d’Israël, qui n’avait pas vu la version définitive du rapport avant publication, pas plus que les membres du Conseil Inter-religieux. Pourtant d’autres membres du panel consultatif affirmaient que tous ont vu une copie du rapport en mai dernier.

Avant même sa publication officielle le débat occasionné par ce rapport a donc été vif en Israël.

« Partial et peu professionnel », accuse le ministère de l’Éducation israélien
Mais les critiques ne se sont pas arrêtées là. En effet, directement concerné, le ministère de l’Éducation israélien, l’a qualifié de « partial, peu professionnel. Les tentatives d’établir un parallèle entre les systèmes éducatifs israélien et palestinien étant injustifiées…le ministère de l’Éducation a choisi de ne pas coopérer avec ceux qui cherchent à calomnier le système éducatif israélien »…

Une porte-parole du Département d’État embarrassée
En effet, concernant une représentation déformée de l’autre, ce rapport renvoie dos à dos les manuels israéliens et palestiniens. Rapport largement commenté par un grand nombre de médias, certains le saluant, à l’instar du Daily Beast d’autres le condamnant et exposant ses défauts, il faisait l’objet de questions posées à la porte-parole du Département d’État le 4 février dernier. Ce ministère américain l’ayant financé.

Des questions ayant clairement embarrassé Victoria Nuland. Ainsi lui demandait-on de réagir à cette étude « ayant trouvé que ni les Palestiniens, ni les Israéliens ne sont sérieusement coupables d’inciter à la violence ou à la haine » alors que « les Israéliens qualifient cette étude de partiale ». Se refusant à qualifier quiconque de partialité, à juger ce rapport, arguant que nombre de bourses sont ainsi accordées par son ministère à des ONG a priori de bonne foi leur permettant de réaliser des études destinées à améliorer paix et tolérance religieuse dans les programmes, la porte-parole constatait, en quelque sorte, que le Département d’État était pris entre deux feux….

Elle finit par dire que la dernière fois qu’une telle évaluation a été faite par le gouvernement des États-Unis en tant que tel, dans le cadre d’un examen de la situation des Droits de l’Homme en 2009, la conclusion avait été que les manuels scolaires palestiniens, qui venaient d’être changés en 2006, sans inciter à la violence faisaient toutefois preuve de partialité et n’étaient pas équilibrés. Ce qui relança les questions des journalistes assistant à ce point de presse, avec une dernière question rappelant que les États-Unis demandent, exigent parfois, que l’Autorité palestinienne qu’ils financent en partie cessent d’inciter à la haine et la violence. « Un thème récurrent et qui continuera à l’être » conclut-elle On notera que ce point de presse avait été tenu le jour où John Kerry entrait en fonction comme nouveau Secrétaire d’État américain et que la porte-parole n’avait certainement pas eu l’occasion d’évoquer ce point précis avec lui.

Salam Fayyad, aux anges, vante « les principes palestiniens de coexistence, tolérance, justice et dignité humaine… »
La réaction très positive de Salam Fayyad, Premier ministre de l’Autorité palestinienne, relayée par l’agence de presse officielle palestinienne Wafa News est intéressante. Il salue, en effet, « un constat principal de cette étude…qui confirme que les manuels scolaires palestiniens ne contiennent aucune forme évidente d’incitation – à la haine -, fondée sur le mépris de l’autre ». « Ces manuels ne caractérisent pas « l’autre » de manière déshumanisante et si cela est fait, cela est très rare, que ce soit dans les manuels scolaires israéliens ou palestiniens ». Il choisit d’ignorer toutefois un bémol apporté dans le rapport, à savoir que : « ces manuels omettent de donner des informations importantes, ce qui crée des obstacles à la paix ».

Salam Fayyad se réjouit que cette étude, dit-il, « prouve ce que nous avons souvent répété en réponse à des allégations qui ont été invalidées ». Il précise que c’est parce que l’Autorité palestinienne était convaincue qu’il fallait discuter de la question de manière objective et professionnelle plutôt qu’en se basant sur des stéréotypes et des notions préconçues que le ministère de l’Éducation palestinien avait collaboré pleinement avec les auteurs du rapport. Rapport qui sera utilisé par le ministère « comme guide pour développer les programmes scolaires en parvenant à une totale harmonie avec les principes bien ancrés de notre peuple de coexistence, tolérance, justice et dignité humaine, qui constituent une composante principale du système de valeurs morales sur lesquelles l’État indépendant de Palestine sera établi ».

S’exprimant le 4 février, au lendemain de la réaction très négative du ministère de l’Éducation israélien, Salam Fayyad lançait enfin un appel au gouvernement israélien pour que, dit-il, celui-ci considère cette étude dans le même esprit et abandonne ses positions établies à cet égard », l’enjoignant d’abandonner ses tentatives de détourner l’attention de l’objectivité et du professionnalisme de cette étude parce que ses conclusions ne sont pas alignées sur ses positions préconçues ».

Le ministère des Affaires stratégiques israélien démontre l’absurdité des propos de Salam Fayyad
Le 5 février Yossi Kuperwasser, directeur général du ministère des Affaires stratégiques israélien, présentait à la presse à Jérusalem une série de diapositives contenant de nouvelles données et documents montrant les réalités de « l’incitation – à la haine- dans le système scolaire de l’Autorité palestinienne » ou par d’autres canaux. Concluant que « l’Autorité palestinienne ne fait aucun effort d’éducation à la paix et à la coexistence avec Israël. Ce qui est l’obstacle principal à la paix ». Le ministère puise ses sources dans les manuels scolaires palestiniens, mais pas uniquement puisque les sujets d’examens, les revues ou programmes pour enfants et adolescents ou encore les pages Facebook leur étant destinées sont également examinées. Ainsi est-il demandé à des élèves palestiniens de ponctuer la phrase « l’occupant n’est pas humain ». Des programmes éducatifs réalisés par des enseignants comparent Israël à « Satan, avec une queue » ou à un serpent qui étouffe des enfants palestiniens. Le Jihad et le sacrifice de soi sont justifiés dans un autre manuel palestinien. Un autre enjoint aux élèves à « combattre les Juifs et à les tuer ». Haïfa est décrite comme étant « un port palestinien » dans un ouvrage sur la langue arabe. Bref, cette étude multiplie les exemples apportant un démenti cinglant aux propos lénifiants de Salam Fayyad et aux conclusions optimistes du Rapport sur « la représentation de l’autre »…

D’ailleurs, cette étude du ministère des Affaires stratégiques détaille les conclusions du Rapport dont se réjouit Salam Fayyad. Conclusions qui n’ont sans doute pas été bien lues par tous ceux qui y voient une approbation du contenu des manuels scolaires palestiniens. On y apprend, en effet, que « à 84% la manière dont sont représentés les Juifs / Sionistes/Israéliens dans les manuels scolaires palestiniens est très négative ou négative. A 87 % la description des actions des Juifs / Sionistes/Israéliens est très négative ou négative. Le Jihad est la valeur principale que promeuvent les manuels scolaires palestiniens ».

Une méthodologie et des choix contestables
Enfin la méthodologie, les omissions et la volonté évidente de mettre sur un même pied des manuels scolaires au contenu pourtant très différent sont condamnés et il est rappelé que « quatre membres au moins du panel consultatif scientifique ont refusé d’avaliser ce rapport » et que « le Grand rabbinat d’Israël, membre du Conseil des Institutions Religieuses de terre Sainte a retiré son soutien à ce rapport ». Enfin il est précisé que d’autres érudits et professionnels de l’éducation se sont montrés très critiques à son égard.

Parmi les nombreux défauts de l’étude dénoncés, A.Jay Adler souligne, entre autres, dans The Algemeiner le fait que cette étude qui examine des manuels du système scolaire ultra-orthodoxe en Israël ne s’est penché sur aucun manuel utilisé par le Hamas. Ou qu’il y ait eu beaucoup plus de livres israéliens étudiés, 492, que de livres palestiniens, 148, un déséquilibre évident, sans que cela ne soit en rien justifié. Pourquoi cette absence de manuels scolaires utilisés dans les établissements arabes israéliens, s’interroge-t-il également. [Il démonte ainsi point par point ce rapport qu’il qualifie d’escroquerie http://www.algemeiner.com/2013/02/0…%5D

Palestinian Media Watch « Il est difficile d’imaginer une analyse aussi profondément erronée »
Palestinian Media Watch – PMW -, Observatoire des Médias palestiniens et auteur de plusieurs études sur les manuels scolaires palestiniens, a également publié une étude sur ce rapport. Qui débute par ces mots « il est difficile d’imaginer une analyse aussi profondément erronée ». PMW cite ensuite les inexactitudes de la méthodologie employée qui cite les exemples trouvés dans des manuels scolaires israéliens et palestiniens en les mettant dans les mêmes rubriques, essayant d’établir une symétrie même là où elle n’existait pas. Un autre défaut majeur étant d’avoir donné autant d’importance au système scolaire ultra-orthodoxe marginal en Israël qu’aux écoles d’État très majoritaires. Ce qui augmente artificiellement le nombre d’exemples posant problème côté israélien pour appuyer la tentative trompeuse faite dans ce rapport pour démontrer une équivalence ».

« Il masque intentionnellement la promotion de la haine et de la violence qui sont au cœur du système éducatif de l’Autorité palestinienne »
Mais pour PMW l’échec fondamental du rapport est qu’il masque intentionnellement la promotion de la haine et de la violence qui sont au cœur du système éducatif de l’Autorité palestinienne ». Et de conclure que « cette haine, avec la haine et la glorification du terrorisme exprimés dans les actions et les messages quotidiens des dirigeants de l’Autorité palestinienne au travers des institutions qu’ils contrôlent, condamne rapidement les générations à venir à une prolongation du conflit ».

PMW pose ensuite la question suivante : « qu’est-ce que le message global du rapport Adwan-Tal cache au monde ? », la réponse étant : « le message global inhérent aux enseignements de l’Autorité palestinienne concernant Israël dans son système scolaire est le rejet total du droit le plus fondamental d’Israël, son droit d’exister ».

Un certain nombre d’exemples sont donnés. Ainsi dans un manuel scolaire palestinien on trouve l’expression « le soi-disant État d’Israël ». Ce qui, d’ailleurs est une gradation dans l’incitation à la haine car cette expression remplace « l’État d’Israël » trouvé dans une étude réalisée par PMW en 2007. PMW démontrant que le système scolaire palestinien enseigne la haine des Juifs, le rejet d’Israël et promeut la notion de Jihad et d’une nécessaire violence. Les mots d’Hillary Clinton, alors Sénatrice, recevant PMW au Congrès américain pour la présentation de son rapport sur les manuels scolaires palestiniens en 2007 restent d’actualité : « ils empoisonnent l’esprit des enfants ».

Contribuer à perpétuer un enseignement de la haine, avec ses possibles victimes
Enfin, PMW accuse des Israéliens comme le Professeur Bar-Tal de contribuer à ce que perdure cet enseignement de la haine et de la violence et à faire en sorte que les pressions internationales exercées sur les Palestiniens pour qu’ils remplacent cette éducation à la haine par une éducation à la paix cessent. Ce qui n’a rien d’anodin, car des vies en dépendent, souligne PMW.

Voir encore:

Study on incitement ‘another Goldstone Report

Incitement or peace education?

Several members of the Scientific Advisory Panel, the body that was to review and critique a controversial report on incitement in Palestinian and Israeli schoolbooks that is set to be presented by several researchers in Jerusalem on Monday, say they were not given a final copy of the report prior to the announcement of the upcoming press conference.

One SAP member, speaking on condition of anonymity, said this document had the potential to be “another Goldstone Report,” a reference to the UN report on the IDF’s Operation Cast Lead in Gaza that was released in 2009.

In addition, the Council of Religious Institutions of the Holy Land complained that it was also not given the opportunity to see a final copy of a report, despite being the body that launched the project, a source within the Chief Rabbinate said.

The textbook project, which began in 2009, was funded by a grant from the US State Department and was conducted by an Israeli-Palestinian team of academics led by Professors Bruce Wexler of Yale University, Daniel Bar-Tal of Tel Aviv University and Sami Adwan of Bethlehem University.

“The Israeli-Palestinian schoolbook study is among the most comprehensive, fact-based investigations ever done of school textbooks.

The scientists developed a new research methodology that employed a standardized, manualized, multi-rater system in order to produce a transparent and scientifically rigorous analysis of current Israeli and Palestinian schoolbooks,” Wexler, Bar-Tal and Adwan said in a statement.

“The study represents the first phase towards the critically important goal of developing education for peace, as specified by the Council of Religious Institutions of the Holy Land, which initiated the study, and as highlighted in the Oslo II Agreement in 1995.

All funding for the study came from a single public source, the US State Department’s Bureau of Democracy, Human Rights and Labor.”

Washington appears, however, to have distanced itself from the research with one official at the US Embassy telling The Jerusalem Post that “it’s not a State Department thing.”

Dr. Arnon Groiss – a member of the advisory panel and the former director of IMPACT-SE, a research center focusing on peace and cultural tolerance in school education – told the Post that last week he received “a body of quotes” from textbooks that were cited in the study but no copy of the final report for review.

“I haven’t seen the final product [and] I haven’t compared the final results with the body of evidence. I was given more than any other member of the panel. None of the others got it. We don’t know what they are going to say in the press conference,” said Groiss.

He also said that there is information missing from the report.

“I checked the quotes and found some missing and now I am in a debate with the researchers about that,” he said.

Rabbi Daniel Sperber, an Israel Prize laureate and another SAP member, also told the Post that he felt blindsided by the announcement that the findings are set to be announced this week, and said that he received “no notification in advance” of the press conference. The announcement is “premature,” he added, as neither he nor “members of the [interreligious] council have seen a final version.”

“I told Professor Wexler that I won’t come and be a presenter of a document that I haven’t seen,” Sperber said, despite his name being prominently placed in a public statement by Wexler, Bar-Tal and Adwan.

Dr. Elihu Richer, the head of the Genocide Prevention Program and Injury Prevention Center at the Hebrew University, who also participated in the advisory panel and said that he too had not seen a full copy of the report, stated that he conditionally endorsed the document based on what he believed were its “shortcomings.”

While Richter said that he “commends” Wexler’s efforts, he also indicated that the study “did not examine the content of the overall formal educational environment of children.”

Wexler and his colleagues praised Israel for “the fact that some of the books in the Israeli state schools have taken steps toward a balanced examination of historical events,” and that that “both Israeli and Palestinian communities should be commended for the absence of extreme dehumanizing characterizations of the other.”

Wexler, speaking to the Post by phone from his hotel room in the capital on Saturday, stated that all of the members of the SAP and the council had been shown a full copy of the report during a Jerusalem conference in May. He asserted that he took their suggestions for changes into consideration, and sent the relevant researchers copies of the changes before deciding to go ahead with the press conference.

According to Wexler, in May “the advisory panel reviewed it all and agreed on it all and there were just these two additions. I sent the text of these two additions to them in decent time for them to review it.”

“To my surprise and to their credit, they unanimously agreed on a statement that they presented to the religious leadership council that day. In that statement, they commended the study and they agreed with every one of the findings.”

A senior official at the Chief Rabbinate who is a member organization of the Council of Religious Institutions of the Holy Land, said, however, that Wexler and his team were not authorized to reveal their findings at this time.

Speaking with the Post by phone on Saturday evening, the official said that the researchers were bound by a “secret agreement” with the council regarding publication and were therefore not allowed to “publish anything without our permission. Only we would decide when and where.”

The official also said that Wexler exceeded the bounds of his authority and that the research was only supposed to deal with portrayals of members of different faith communities in textbooks, rather than wider issues of incitement.

In a press release, Wexler and his colleagues announced that “repeated invitations were extended to both the Israeli and Palestinian Education Ministries to examine the methods and further advise on the study from the start, and we hope ministry staff and experts from both communities review current and future books in light of the study findings.”

The rabbinate official disagreed, saying that while he had seen a short summary of the results in May, along with members of both the council and the SAP, it was decided that the research “was not complete yet and that many details are missing and therefore it has to be completed in order to present it to the public.

“A few months passed and all of a sudden I heard from other people that a worldwide press conference is called to present this research. That’s very peculiar, because it’s completely contrary to our decision,” the official said. “I can tell you one thing; I’m sure that Bruce [Wexler] has his own agenda.”

Strategic Affairs Ministry deputy director-general Yossi Kuperwasser, who obtained an advance copy of the report, called the document “political research” rather than “academic research.”

According to Kuperwasser, the report cited Israeli textbooks that linked Palestinians to the 1972 Munich Olympic massacre as a negative portrayal.

“By mentioning that this was a terror attack performed by Palestinians, this is a negative description of the Palestinians? I mean, how far can you go?” he asked.

“You can’t present this [report] as [being] done for the interreligious council and as being American-funded [if no one approved it]. Say the full truth and not 20 percent of the truth. Anybody who tells you 20 percent of the truth is actually a liar,” Kuperwasser said.

Despite his colleagues’ assertions, Gershon Baskin, the founder of the Israel/Palestine Center for Research and Information and a member of the SAP, said that they all saw copies of the report in advance.

“We received a final copy a few days before it was issued. I stand by the results and think that it was an excellent study done with professionalism and objectivity. There were no predefined results prior to the study. The team of researchers and the scientific committee treated the study with the highest degree of professionalism,” he said.

“The response of the Israeli government is completely bewildering. The study actually gave higher grades to the Israeli textbooks than the Palestinian.

I have always claimed that the major problem with the textbooks on both sides is the crime of omission. I would challenge the Israeli side to conduct an honest research and come up with different results.”

The Ministry of Education issued a press release attacking the final report as « biased, unprofessional and severely lacking objectivity…Attempts to create a parallel between the Israeli and Palestinian educational systems is baseless…The Ministry of Education chooses not to cooperate with those looking to defame the Israeli educational system. »

 Voir de plus:
The Whitewashing of Hate
PMW responds to the recent report
on Palestinian and Israeli schoolbooks
Itamar Marcus
The Jerusalem Post

Feb. 10′ 2013

It is hard to imagine a more flawed analysis of Palestinian Authority schoolbooks than the recent report of the Council of Religious Institutions of the Holy Land, led by Sami Adwan, Bethlehem University and Daniel Bar-Tal, Tel Aviv University.

The report’s inaccuracies start with its methodology of systematically citing all quotes from Israeli and Palestinian schoolbooks under the same headings – forcing the appearance of symmetry even when none exists. Another major flaw is giving as much weight to the fringe, ultra – Orthodox school system in Israel as it does to mainstream state schools. This artificially inflates the number of problematic examples on the Israeli side to support the report’s misleading attempt to demonstrate equivalence.

But the ultimate failing of the report is that it intentionally masks the hate and violence promotion that are central to the Palestinian Authority educational system. This hatred, together with the hate and terror glorification expressed by the daily actions and messages of the PA leaders and through their controlled institutions, is rapidly condemning the next generations to continued conflict.

What did the Adwan-Bar Tal report hide from the world?

The overall message that permeates the PA’s teachings about Israel throughout the school system is its total rejection of Israel’s most fundamental right – its right to exist.

This is how Palestinian schoolbooks teach kids to see Israel:

« … the Nakba [Catastrophe] that took place in 1948, when the Jews occupied Palestine and established their state on its land, and banished the Palestinian nation into exile and to neighboring states, after they tortured it, massacred, and stole its land, its homes and its holy sites. » [Arabic Language, Analysis, Literature and Criticism, Grade 12, pp.74-75, Revised Experimental Edition, 2012.]

And like this:

« Palestine’s war ended with a catastrophe that is unprecedented in history, when the Zionist gangs stole Palestine and expelled its people from their cities, their villages, destroyed more than 500 villages and cities, and established the so-called the State of Israel. » [Arabic Language, Analysis, Literature and Criticism, Grade 12, p. 104]

When Palestinian Media Watch published a report on Palestinian schoolbooks in 2007, the text cited above ended with the words: « …and established the State of Israel. » According to the PA Ministry of Education’s website accessed today, Palestinian children are now being taught about the « so-called State of Israel. » Such changes are not coincidental. PA education, as a reflection of PA society in general, may be getting even more hateful.

Adwan and Bar-Tal list « four primary findings ». The first is, « Dehumanizing and demonizing characterizations of the other were very rare in both Israeli and Palestinian books. »

This is unequivocally false. The lack of pictures of hook-nosed Jews in the PA schoolbooks does not mean there is no demonization. Certainly, denying Israel its right to exist is the ultimate demonization. This is the foundation upon which the PA builds its entire political ideology and political education.

Another critical component of the PA’s demonization is a 12th-grade book’s definition of Israel as a racist, foreign, colonial implant:

« The phenomenon of Colonial Imperialism is summarized by the existence of foreigners residing among the original inhabitants of a country, they [the foreigners] possess feelings of purity and superiority, and act towards the original inhabitants with various forms of racial discrimination, and deny their national existence. Colonial Imperialism in modern times is centered in Palestine, South Africa and Rhodesia [Zimbabwe]. » [History of the Arabs and the World in the 20th Century, Grade 12, 2006 and 2007, p. 6, and Revised Experimental Edition, 2011, p. 5]

The PA’s defining Israel as ‘racist’, ‘foreign’ and a ‘colonizer’ is not merely crude defamation; it is the Palestinian Authority’s justification for all killings of Israelis by terror since 1948. In another 12th-grade book, the children learn that « international law » grants people living under precisely these three types of regimes the inalienable right to fight the regimes:

« The General Assembly announced a number of basic principles related to the judicial status of fighters against the colonial rule, foreign rule and racist regimes: The struggle of the nations under colonial rule, foreign rule and racist regimes, for their right to self-determination and independence, is a legitimate struggle, fully complying with the principles of international law. » [Contemporary Problems, Grade 12, 2006 p. 105, and Second Experimental Edition, 2009, p. 101]

The schoolbook goes on to state that not only is this « armed struggle » protected by international law, but any attempt to stop this violence is a violation of international law:

« Any attempt to suppress the struggle against colonial and foreign rule and racist regimes is considered as contrary to the UN convention and the declaration of principles of international law… The armed struggles that are an expression of the struggle of the nations under colonial rule, foreign rule and racist regimes are considered as international armed conflict. » [Contemporary Problems, Grade 12, 2006, p. 105, and Second Experimental Edition, 2009, p. 101]

The PA’s promotion of nationalistic « armed struggle » as a right is exacerbated by its mandating violence against Israel as mandatory in the name of Islam – « until Resurrection. »

Islamic Education for Grade 12 teaches that the conflict with Israel is a « Ribat for Allah, » which it defines as « one of the actions related to Jihad for Allah and it means being found in areas where there is a struggle between Muslims and their enemies. » [Islamic Education, Grade 12, 2006 and 2012, p. 86].

And whereas Ribat can also mean a non-violent struggle, the PA schoolbook makes sure that children understand that their obligation against Israel is military by comparing the Palestinian Ribat to other Islamic wars of the past:

« The reason for this preference [for Palestinian Ribat] is that the momentous battles in Islamic history took place on its land, therefore, its residents are in a constant fight with their enemies, and they are found in Ribat until Resurrection Day: History testifies that: The battle of Al-Yarmuk decided the fight with the Byzantines, and the battle of Hettin decided the fight with the Crusaders, and the battle of Ein Jalut decided the fight with the Mongols. » [Ibid, p. 87]

Alarmingly, the book teaches Palestinian children that their war over Palestine is not going to end with a secular peace treaty, but is an eternal war for Islam « until Resurrection Day. » [Ibid, p. 86]

It is significant that neither this legitimization of « armed struggle » « against colonial and foreign rule and racist regimes » – the PA’s definition of Israel – nor the mandating of eternal religious violence against Israel was even mentioned in the Bar-Tal-Adwan report.

Had the authors included this area of research, they would have been forced to concede that there is no corresponding defense of terror and promotion of violence in Israeli textbooks.

The failure to cite these significant and dangerous messages in the PA’s schoolbooks — messages which have been promoted actively by PA leaders since 2000 to justify their terror against Israel and killing of Israelis — is indicative of the report’s flawed methodology and fundamental errors.

These and the many other omissions and misrepresentations necessitate immediate and public rejection of the findings by the US State Department, whose funding in 2009 launched the project. Should the US adopt these findings, the chance for a peaceful future for children on both sides of the conflict will decrease dramatically.

At a press conference in the US Senate building to release PMW’s 2007 report on PA schoolbooks, then-Senator Hillary Clinton introduced the report:

« These textbooks do not give Palestinian children an education; they give them an indoctrination. When we viewed this [PMW] report in combination with other [PA] media [from other PMW reports] that these children are exposed to, we see a larger picture that is disturbing. It is disturbing on a human level, it is disturbing to me as a mother, it is disturbing to me as a United States Senator, because it basically, profoundly poisons the minds of these children. »

Tragically, Clinton’s words still hold true today. PA schoolbooks, along with PA culture and media, are the recipe for guaranteeing that the conflict, terror and war will continue into the next generation. Only if the international community preconditions its political contacts and support for the PA on the PA’s compliance with demands to eliminate its culture of hate and violence will peace become possible.

While the Palestinian Authority is ultimately responsible for the hatred and terror it promotes, its defenders, especially Israelis like Bar-Tal, are ultimately enablers of this hatred. Such misleading reports could ease the international pressure that has been put on the Palestinians to replace their hate education with peace education.

Public rejection of this Bar-Tal-Adwan report by the US is not merely the right thing to do. People’s lives are depending on it.

Israël-Palestine, les manuels scolaires de l’incompréhension
Emily Bazelon et Ruth Margalit
Slate
21.02.2013

Grâce à l’étude la plus complète réalisée à ce jour, des chercheurs israéliens et palestiniens révèlent que les livres utilisés dans les écoles des deux camps ont besoin d’être revus et corrigés.

Dans la guerre d’image qui oppose Israël à la Palestine, il est d’usage de penser que les manuels de référence des écoles de Cisjordanie et de Gaza nourrissent la haine à l’encontre d’Israël. «Dans certains livres, on peut lire “S’il y a 13 juifs et que 9 sont tués, combien reste-t-il de juifs?”», a ainsi rapporté Newt Gingrich alors qu’il était candidat à la nomination républicaine pour la présidentielle américaine. «Ces manuels n’enseignent rien aux enfants palestiniens, ils les endoctrinent», avait estimé Hillary Clinton en 2007, quand elle était sénatrice de l’Etat de New York. Elle se fondait sur les critiques d’un organisme israélien de surveillance des médias à la suite de la première publication, par les Palestiniens, de l’ensemble de leurs manuels scolaires du cours préparatoire à la terminale. En 2011, l’IMPACT-SE (Institute for Monitoring Peace and Cultural Tolerance in School Education) publiait un rapport allant dans le même sens.

Il se pourrait pourtant que les choses soient plus complexes, et moins unilatérales, que ces commentaires véhéments ne le suggèrent.

Les indices existent déjà depuis des années. En 2004, une étude israélo-palestinienne portant sur 13 manuels israéliens et 9 manuels palestiniens trouvait des manquements des deux côtés quant au contenu politique, à la prise en compte du point de vue de l’autre, et à la présentation des cartes géographiques. D’aucuns avaient déjà souligné que ces accusations s’appuyaient sur des manuels égyptiens ou jordaniens, ou encore sur des traductions erronées.

Mais aujourd’hui sort la plus grande étude jamais réalisée sur les manuels scolaires palestiniens et israéliens. La plupart des spécialistes du comité consultatif ont jugé que celle-ci établissait «un nouveau jalon mondial pour analyser les manuels scolaires». Financée à hauteur de 500.000 dollars par le département d’Etat américain, commandée par le Conseil des institutions religieuses de la Terre sainte, qui regroupe, à Jérusalem, des personnalités religieuses éminentes des sphères musulmane, juive et chrétienne, l’étude a été menée par une équipe de chercheurs palestiniens et israéliens, et conçue par un psychiatre de Yale, Bruce Wexler.

Une étude à l’aveugle
Les résultats sont éloquents, tant pour le bon que pour le mauvais. Les réactions sont tout aussi révélatrices, notamment celle du ministre israélien de l’Education, qui lui a immédiatement reproché «son parti pris, son manque de professionnalisme et son absence d’objectivité». Soit. Peut-être que pour le gouvernement de Benyamin Nétanyahou et la droite israélienne, l’impartialité en matière d’enseignement scolaire n’a tout simplement pas sa place.

Les deux responsables de recherche sont le professeur israélien Daniel Bar-Tal, de l’université de Tel Aviv, et Sami Adwan, de l’université de Bethléem. Ils ont encadré une équipe chargée d’analyser des livres publiés entre 2009 et 2011.

Côté palestinien, les chercheurs ont regroupé 148 manuels utilisés dans toutes les écoles de Cisjordanie et de Gaza (publiques, religieuses et dirigées par les Nations unies). Côté israélien, l’étude a pris comme point de départ 381 ouvrages du système scolaire public, qui inclut les établissements laïcs et religieux, ainsi que 55 livres servant dans la plupart des écoles ultra-orthodoxes. La liste des thèmes examinés comprenait la littérature, l’histoire, l’arabe, l’hébreu, la géographie, l’éducation civique et la religion. Au final, 74 manuels israéliens et 94 manuels palestiniens ont été retenus, eu égard à leur contenu plus pertinent.

L’étude entend être exhaustive et rigoureuse. Les questions et les évaluations de Adwan et Bar-Tal couvrent une gamme étendue de sujets: événements historiques, guerre, conflit, processus de paix, réconciliation, religion, questionnement sur les valeurs de chaque camp, photographies, illustrations et cartes. Les informations collectées ont été intégrées à l’aveugle dans une base de données de l’université de Yale, ce qui signifie que les chercheurs n’ont pas pu être influencés en cours d’étude.

Des bonnes nouvelles… et des moins bonnes
Résultat des courses? Il y a de quoi se réjouir:

«La déshumanisation et la diabolisation de l’autre sont l’exception, dans les manuels israéliens comme palestiniens.»
Les descriptions extrêmement négatives sont au nombre de 20 dans les manuels israéliens, de 7 dans les ouvrages ultra-orthodoxes et de 6 dans les livres palestiniens. L’un des rares exemples tiré d’un manuel israélien: un passage où l’on lit que tel village arabe détruit «avait toujours été un nid de meurtriers».  Et son pendant palestinien: «Je suis resté “à l’abattoir” 13 jours», en référence à un centre d’interrogatoire israélien.

On pouvait s’attendre à pire, quand on repense à la récente révélation des propos du président égyptien Mohamed Morsi, qui traita les juifs «de descendants des singes et des cochons», ou à l’ancien vice-Premier ministre israélien, Avigdor Lieberman, qui appela en 2003 à noyer les prisonniers palestiniens dans la mer Morte. On ne trouve visiblement rien de cet acabit dans les manuels israéliens ou palestiniens, et c’est heureux.

Mais il reste du pain sur la planche. Et il convient de noter que les manuels palestiniens et ultra-orthodoxes sont sensiblement plus partiaux que les livres israéliens. Ainsi, 84% des extraits littéraires des livres palestiniens dressent un portrait négatif des Israéliens et des juifs, et 73% des extraits dans les ouvrages ultra-orthodoxes dépeignent négativement les Palestiniens et les arabes, alors que cette proportion tombe à 49% dans les manuels des établissements publics israéliens. Fragment d’un texte israélien:

«Les pays arabes ont accumulé les armes et les munitions, et entraîné leurs armées, afin de livrer une guerre totale à Israël.»
Les ultra-orthodoxes montent d’un cran:

«Au sein des Etats arabes, Israël est tel un petit agneau au milieu de 70 loups.»
Enfin, version palestinienne:

«L’ennemi s’en est pris aux maisons abandonnées, pillant et emportant tout ce qu’il pouvait de ce village réduit à une succession de tombes.»
Ces passages, s’ils ne sont pas forcément faux, sont partiaux et angoissés; rien de plus favorable ne vient les contrebalancer. Les Palestiniens et les arabes sont montrés sous un angle positif 11% des fois dans les manuels israéliens, et 7% du temps dans les livres ultra-orthodoxes. Tandis que juifs et Israéliens sont envisagés de façon positive 1% du temps dans les ouvrages palestiniens. De même, les photos et les illustrations des manuels palestiniens sont en général plus négatives que celles des livres israéliens, mais il y en a beaucoup moins.

Une différence de taille entre les manuels israéliens d’une part, et les ultra-orthodoxes et palestiniens d’autre part, est la capacité à l’auto-critique. Pour les Israéliens, cette évolution s’est entamée à la fin des années 1990, quand de nombreux historiens ont commencé à étudier avec des yeux neufs les premiers temps de l’histoire du pays, et qu’un député de gauche de la Knesset est devenu ministre de l’Education.

Des cartes d’un autre monde
Certains manuels officiels ont alors admis que des Palestiniens avaient laissé leur terre parce qu’ils en avaient été expulsés. C’est également à cette époque qu’il a été fait mention de l’appellation arabe pour la «guerre d’Indépendance» de 1948: la «Nakba», ou catastrophe. On a par ailleurs demandé à certains étudiants juifs israéliens ce qu’ils auraient pensé du sionisme s’ils avaient été à la place des Palestiniens. Autant d’aspects beaucoup moins présents dans les livres scolaires ultra-orthodoxes ou palestiniens. Ainsi, les ouvrages palestiniens ne traitent pas véritablement de la Shoah et de son lien avec la création d’Israël.

Pour ce qui est des cartes, les chercheurs ont constaté que 58% des manuels palestiniens publiés après 1967 (année où Israël a pris la Cisjordanie et Jérusalem-Est à la Jordanie, Gaza et le Sinaï à l’Egypte, et le plateau du Golan à la Syrie) ne font aucune référence à Israël: toute la zone située entre le fleuve Jourdain et la mer Méditerranée représente la Palestine. Chez les Israéliens, 65% des cartes ne comportent pas de frontières et ne mentionnent ni la Palestine ni l’Autorité palestinienne, tandis que chez les ultra-orthodoxes, ce chiffre atteint un ahurissant 95%. Pour les chercheurs, la comparaison des cartes des différents systèmes scolaires «peut faire penser qu’ils ne vivent pas dans le même monde».

Voici qui illustre à quel point l’enseignement de l’histoire et de la géographie est politisé pour les Israéliens et les Palestiniens, chaque camp essayant parfois littéralement de rayer l’autre de la carte.

Notons que sur ce point, les Israéliens et les Palestiniens ne sont pas uniques en leur genre. Pensons par exemple à Chypre, où durant des décennies, les Chypriotes grecs et turcs ne se sont pas vécus comme appartenant au même peuple, ou à l’Irlande du Nord, dont le qualificatif même donne lieu à des considérations plus que délicates (est-ce une province, un Etat, une région?) Venir à bout de ces distorsions, estiment les auteurs de l’étude, est de ce fait «extrêmement difficile et exige du courage et de la volonté». Ainsi que du temps.

En regard d’autres nations, Israël est un pays relativement jeune, et l’Autorité palestinienne l’est plus encore. Quatre mises à jour de manuels israéliens dénotent que l’enseignement public est de plus en plus apte à l’introspection. Les livres scolaires palestiniens, eux, n’en sont qu’à la première génération.

Jusqu’en 1967, la Jordanie avait la main sur le système scolaire en Cisjordanie, et l’Egypte contrôlait celui de Gaza. Après la guerre de 1967, Israël s’est chargé de l’enseignement palestinien, avec les mêmes manuels jordaniens et égyptiens, mais censurés –interdiction de certains livres, passages barrés dans d’autres. Les Palestiniens sont devenus maîtres de leur système scolaire en 1994, dans le sillage des accords d’Oslo, au cours desquels ils s’étaient engagés à suivre des «mesures de confiance» qui comprenaient une réforme de l’enseignement.

La réaction des politiques
Cependant, le ministre israélien de l’Education ne se satisfait pas de ces explications qui éclairent les problèmes communs et les différences observées dans les manuels scolaires: «Vouloir créer un parallèle entre les systèmes scolaires israélien et palestinien n’a aucun fondement, ni aucun rapport avec la réalité», a ainsi déclaré le ministre du gouvernement Nétanyahou.

Adwan, Bar-Tal et Wexler ont répliqué en défendant leur méthodologie. Le 3 février, Bar-Tal a également adressé une lettre au ministre israélien le menaçant de le poursuivre en diffamation s’il ne présentait pas d’excuses dans les 48 heures. «Ce que je trouve triste est que le ministre israélien semble préférer s’accrocher à une propagande qu’il sait mensongère, plutôt que de changer vraiment les manuels palestiniens et israéliens», a estimé de son côté Wexler. A l’inverse, on a rapporté au chercheur qu’un responsable palestinien avait dit au département d’Etat américain qu’il voyait là «ce dont ils avaient besoin pour rectifier leurs livres scolaires».

Par ailleurs, l’équipe de recherche a répondu point par point à une série de réfutations de la part de l’un des membres du comité consultatif, Arnon Groiss, ancien directeur de recherche de l’IMPACT-SE.

Si le sujet vous intéresse, la réponse vaut la peine d’être lue dans son intégralité. Groiss a mis en avant plusieurs citations selon lui omises par l’équipe. Mais la plus choquante, supposément issue d’un texte palestinien –«vos ennemis ont tué vos enfants, éventré vos femmes, traîné par la barbe vos respectables anciens jusque dans les charniers»– est en réalité une référence à une guerre du VIIe siècle où ne furent pas impliqués les juifs. D’autres citations en cause sont en fait des hadiths, c’est-à-dire des enseignements attribués au prophète Mahomet, qui ne figurent pas dans les manuels scolaires et qui ne sont peut-être pas du tout enseignés dans les écoles, a précisé Wexler. «Si selon lui, c’est ce que nous avons laissé de côté, je suis très heureux qu’il nous le confirme», nous a déclaré le chercheur. La réponse de Groiss se trouve ici, suivie de celle de Wexler.

Le sociologue Sammy Smooha, de l’université de Haïfa, qui dirige une étude annuelle sur les relations israélo-arabes, estime que l’objectif devrait à présent être de rédiger des manuels scolaires qui exposent davantage le point de vue de l’autre camp.

«Il faut considérer les arguments de l’autre sérieusement, et pas juste monter des théories spécieuses pour mieux les démolir.»
Eyal Naveh, professeur d’histoire à l’université de Tel Aviv et auteur de plusieurs livres scolaires pour le collège et le lycée, acquiesce:

«L’ignorer, c’est faire comme si ça n’existait pas.»
Reste qu’on ne sait pas vraiment ce qui se passe dans les salles de classe; ce n’est pas parce que ça n’apparaît pas dans les manuels que certains professeurs ne l’enseignent pas. Smooha met finalement le doigt sur l’essentiel, à savoir qu’il est difficile de traiter vraiment le problème tant que les deux camps ne seront pas sortis de l’impasse politique pour parvenir à un compromis.

«Les mesures de confiance [sont compliquées à mettre en place] quand chacun rechigne à accorder à l’autre sa confiance.»
Il y a quelques années, Naveh, Adwan et l’historien israélien Dan Bar-On ont écrit un manuel d’un genre nouveau, Side by Side, qui consiste en la «narration double» des événements marquants dans la région depuis 1917 jusqu’à la deuxième Intifada de 2000. Naveh qualifie l’ouvrage de «brillant échec»: bien qu’acclamé dans la presse internationale et vendu à l’étranger, il a été interdit par les ministres de l’Education israélien et palestinien. Naveh pense qu’aujourd’hui, un tel manuel ne pourrait «absolument pas» être inscrit aux programmes israéliens et palestiniens.

D’où, peut-être, la conclusion mesurée de l’étude, dans laquelle les auteurs se contentent d’appeler à la création, dans les deux camps, de comités d’examen des manuels actuels et à venir. «Cela leur prendra beaucoup de temps pour écrire une histoire commune, voire pour y travailler ensemble», prédit Wexler. «Tout ce que nous souhaitons, c’est que les ministres lisent notre étude, lisent leurs manuels respectifs, et décident s’il n’y a pas des choses susceptibles d’être modifiées.»

Emily Bazelon et Ruth Margalit

Emily Bazelon est journaliste à Slate.com, Ruth Margalit est une écrivain israélienne qui vit à New York et travaille pour The New Yorker.

Traduit par Chloé Leleu

Voir également:

More on the Israeli-Palestinian School Book Project

 A. Jay Adler

The sad red earth

February 8, 2013

At the Algemeiner today, I address the just released Israeli-Palestinian School Book Project. Since posting I have gained further clarity and focus on problematic features of the project and the information about it released to the press.

About the number of books and items “analyzed,”

The official list of books included those approved by the Israeli and Palestinian Ministries of Education for 2011. The study examined school books used in the Israeli State secular and Religious tracts and from independent ultra-Orthodox schools. Palestinian books were the Ministry of Education’s textbooks used in the West Bank and Gaza Strip, and a small number of books from the few independent religious schools (Al-Shariah) when relevant to study themes. A total of 640 school books (492 Israeli books and 148 Palestinian books) were reviewed for relevancy to study themes, and content in the 74 Israeli books and 94 Palestinian books with most relevance was analyzed in detail. The researchers analyzed more than 3,100 text passages, poems, maps and illustrations from the books.

So, indeed, as I raise to question at the Algemeiner, why was there purposeful selection of textbooks from ” independent ultra-Orthodox schools,” but apparently – there is no reference – no comparable selection from Hamas-controlled schools? Why was the original selection of books weighted 3 to 1 toward Israeli books? What were the specific terms of the basis, determined by whom, of “most relevance” what constituted “relevance” that determined the choice of the final 74 Israeli and 94 Palestinian books?

The analysis examined 2,188 literary pieces from Israeli books and 960 from Palestinian books.

Why is there a more than 2 to 1 preponderance of Israeli literary pieces? Would this not provide a more than double opportunity for the detection of passages that might be “analyzed” as “negative”? What rationale is there for not working from equal databases?

Why, apparently, were no Arabic textbooks from Israeli Arabic schools included in the study? (What might it reflect on Israeli society and education if these books were notably free of “negative” depictions of the “other,” however the “other” might complexly be conceived in this circumstance?

A total of 670 literary pieces were analyzed independently by two different research assistants. Statistical analysis demonstrated high inter-rater reliability, meaning that two different raters independently evaluated the same poem, passage of map in highly similar ways.

How were these 670 pieces selected from the 3148 noted above? What was the reason and basis for this further selection?

I have placed in quotation marks around my own use, referencing the report’s use, of the word “analyze” or “analysis.” The report makes significant claims to scientific rigor. However, the analysis of a chemical compound is not the same as the analysis of a text, even if one attempts to subtract human subjectivity from the text by disregarding its truth value. (And was it a stipulated criterion to disregard truth value in determinations of negativity? As, I argue at the Algemeiner, this is indefensible and produces unavoidable and potentially dramatic distortion of the results.) And we are told above that “two” – only two – different research assistants analyzed the 670 pieces. Two analysts of negativity unrelated to truth. Did the study provide them with a list of specific verbs, adjectives, figures of speech and idioms the use of which were automatically to be designated negative? Was there no subjective, critical allowance for judgment beyond such a list? From what environment did the research assistants come? Were they already employed by, students or teaching assistants of the lead researchers who shared, perhaps, their predisposition toward the study’s outcome?

The press release states,

The study engaged a Scientific Advisory Panel that resulted in the worldwide collaboration of 19 experts, including textbook scholars, social scientists and educators from across the political spectrum of both Israeli and Palestinian communities. The advisory panel includes textbook researchers from Germany who led Germany’s self-examination of their textbooks in the decades after World War II, and U.S. scholars who have themselves analyzed school books in Israel, the Arab world, and the former Yugoslavia. The advisory panel reviewed every aspect of the study and agreed on the findings.

However, departing from this account, Eetta Prince-Gibson at Tablet reports,

Several Israeli members of the SAP dissented. According to a memo provided by the Education Ministry spokeswoman, Professor Elihu Richter of the Hebrew University said that “questions remain concerning definitions of the variables, how they are classified and measured and counted and what materials are included and excluded.” Richter warned that some of the comparisons may be “sliding down the slippery slope to moral equivalence.” SAP member Dr. Arnon Groiss, author of a separate study on Middle Eastern textbooks, wrote that he has severe reservations about the methodology and that some 40 significant items, which attest to incitement on the part of Palestinians, were not included.

Further, Groiss has now released this lengthy and instructive analysis and commentary on the report. He states,

Again, we, the SAP members, were not involved in the research activity.

Moreover, it was only a few days before the February 4 release of the report that I was first given the 522 Palestinian quotes for perusal. Having compared them to the quotations appearing in other research projects, I realized that some forty meaningful quotations, which other researchers in former projects, including myself[1], incorporated in the material and used them in forming their conclusions, were missing. [Emphasis in the original]

….

I have found deficiencies on both levels of definition and actual use. On the first level, categorization was restricted to very general themes, leaving out important issues such as open advocacy of peace/war with the “other,” legitimacy of the “other,” etc.

….

There is no attempt to study the quotes more deeply and draw conclusions. All items were treated equally, with no one being evaluated and given a more significant status that the other. It seems that they were simply lumped together, counted and then the numbers spoke. It might be statistically correct, but, as we all know, statistics not always reveal the actual complex picture. This kind of analysis has produced a “flat” survey of the quotes, without any reference to their deeper significance (for example, looking at a demonizing text with no specific enemy as if it were a “neutral” literary piece). Also, all quotes were treated as separate items with no attempt to make a connection between two quotes or more in order to reveal an accumulated message (for example, concluding from the connected recurrent mentioning of the need to liberate Palestine, and the similarly recurring theme that Israel in its pre-1967 borders is “occupied Palestine”, that the liberation of Palestine actually means the liquidation of Israel).

A full reading of Groiss will be instructive for the non-specialist. Its education is two-fold and contrary. First, one recognizes how complex is the activity of attempting to bring something approaching objective scientific rigor to the non-literary analysis of texts. The kinds and range of issues to consider is impressive in variety and complexity. But a mirror principle automatically arises from that condition – that all this complexity in conceiving and formulating the field and terms of analysis bespeaks just that subjectivity of which Groiss offers so many dissenting views, a subjectivity that should give pause on the level of a foot-pedal brake before one reaches with too grasping hands for the label of science.

AJA

Sur les manuels scolaires palestiniens et israéliens
Ha’aretz
mis en ligne le 14 décembre 2004
Akiva Eldar[Un examen des manuels scolaires israéliens et palestiniens montre comment les deux côtés racontent l’histoire du conflit, chacun de son propre point de vue, en ignorant l’autre.]
Haaretz, 9 décembre 2004

http://www.haaretz.com/hasen/spages…

(trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant)
Les hommes politiques israéliens citent périodiquement les manuels scolaires palestiniens comme la preuve parfaite que les Palestiniens continuent à éduquer à la haine et non à la paix. Le dernier en date est Ariel Sharon, qui a déclaré en faire le test (des bonnes intentions) des nouveaux dirigeants palestiniens. Le candidat du Fatah, Mahmoud Abbas (Abou Mazen), a relevé le gant, mais en a immédiatement jeté un autre au ministère (israélien) de l’éducation. Vous voulez examiner notre éducation à la paix ? Faites, mais, par réciprocité, nous devons nous aussi regarder ce qui se passe du côté israélien.

Il n’est pas du tout certain qu’à ce test, le système israélien obtienne une meilleure note que son voisin palestinien. Bien qu’il soit difficile de trouver dans les manuels israéliens de franches incitations à la haine, comme on peut en trouver dans les manuels jordaniens et égyptiens, le Dr Ruth Firer, de l’Université hébraïque de Jérusalem, l’une des pionnières de la recherche en matière de textes scolaires, affirme que l’endoctrinement dans les livres israéliens est simplement plus subtil. Cela explique, dit-elle, pourquoi les messages pénètrent plus facilement. Il est plus difficile de détecter un stéréotype caché dans une image qui semble innocente que dans une autre présentée de telle manière qu’elle « vous mène vulgairement par le bout du nez ».

Les résultats d’une étude qu’elle a menée avec le Dr Sami Adwan, de l’université de Bethléem, spécialiste de l’éducation à la paix et aux droits de l’Homme, ont paru récemment dans un livre publié par le Georg Eckert Institute for International Textbook Research in Germany, sous le titre « The Israeli-Palestinian Conflict in History and Civics Textbooks of Both Nations. » L’étude examine 13 manuels israéliens (2682 pages) et 9 manuels palestiniens (1207 pages), et révèle une sorte d’image en miroir, où chaque côté place la responsabilité de la violence sur le dos de l’autre.

Ce que les manuels scolaires israéliens nomment « évènements », les Palestiniens les appellent « soulèvements » ; la guerre de 1948 dans les manuels israéliens est la « guerre d’Indépendance », et la « Naqba » (catastrophe) dans les manuels palestiniens. Les manuels israéliens considèrent le nationalisme palestinien comme une réaction politique aux politiques sioniste et britannique, alors que les manuels palestiniens considèrent la Palestine comme une nation qui existe de son propre fait, et qui fait en même temps partie du monde arabe et musulman.

Tout en ayant été publiés après les accords d’Oslo, les manuels palestiniens imitent ceux publiés en Jordanie et en Egypte, qui évitent d’utiliser le terme « Israël », dans les textes et sur les cartes.

« Pour les Palestiniens, c’est la terre qui est le noeud du conflit ; pour les Israéliens, c’est la sécurité », écrivent Firer et Adwan. « Les Palestiniens se revendiquent comme les descendants des Canaanéens, et ainsi comme les ’indigènes’, alors que les Israéliens considèrent les Palestiniens comme une nation nouvelle, née au 20ème si !ècle en réaction au sionisme et au Mandat britannique. D’après la version israélienne, les Israéliens ont des droits sur la terre en vertu de leur héritage religieux, historique et culturel. L’image que les Israéliens ont d’eux-mêmes comprend toutes les couches du passé, depuis les anciens Hébreux jusqu’aux souffrances des juifs de la diaspora , les victimes de la Shoah et le le revivalisme juif moderne dans la Renaissance sioniste ».

De manière surprenante, les deux chercheurs ont trouvé un parallélisme quasi absolu entre les manuels dans trois domaines : des deux côtés, on ignore les périodes de calme relatif et de coexistence (par exemple entre 1921 et 1929), sauf à les présenter comme des répits trompeurs dans un conflit au long cours, on n’a pas tendance à raconter à l’élève l’histoire du conflit vu du point de vue de l’ennemi, on passe sous sillence les détails de la souffrance de l’Autre, et chacun ne comptabilise que ses victimes à lui.

Firer marque 1995 comme l’année où un changement en bien s’est produit dans l’éducation à la paix en Israël, et cite une déclaration de Yossi Sarid, le ministre de l’éducation d’alors, qui donnait en janvier 2000 des instructions pour purger les manuels de toute espèce de stéréotypes anti-arabes, et pour initier un débat libre autour des événements peu positifs qui ont marqué l’histoire d’Israël.

La période actuelle, depuis le déclenchement de l’intifada Al-Aqsa et le retour du Likoud au pouvoir, se caractérise, dit-elle, par un retour aux valeurs éducatives traditionnelles qui privilégient l’amour de la patrie, marginalisent l’éducation à la paix, et abandonnent toute tentative de comprendre le côté palestinien.

Le professeur Yaakov Katz, président du département pédagogie au ministère de l’éducation, ne prétend pas que le système éducatif israélien tente de mettre l’élève dans les souliers de l’ennemi/voisin, ni qu’on s’attende à ce que cela arrive.  » Contrairement aux critiques qui souhaitent exposer l’histoire vue du côté arabo-palestinien, le système éducatif en Israël insiste à dessein sur l’identité juive et démocratique de l’’Etat d’Israël. »

Katz note que cette attitude ne dénigre pas la narration de l’Histoire de l’autre, ni les droits civiques accordés à l’autre en vertu de la Déclaration d’Indépendance et de la loi israélienne. « Je voudrais bien savoir s’il existe au monde un endroit où les manuels présentent la narration de l’autre alors que la lutte violente entre les deux peuples n’est pas encore terminée », dit Katz. « Personne ne doit s’attendre à ce que l’Etat démocratique d’Israël considère la version de l’autre sur un pied d’égalité pendant une guerre. Cela vaut encore plus après les accords d’Oslo, au sujet desquels tout le monde s’accorde à dire qu’ils n’ont pas apporté la paix tant souhaitée entre Israéliens et Palestiniens ». Professeur associé en Histoire du Moyen-Orient, le Dr Eli Podeh, de l’Université hébraïque, auteur de « The Arab-Israeli Conflict in Israeli History Textbooks, 1948-2000 », exprime ses réserves quant au fait même de comparer les manuels scolaires israéliens à ceux publiés par l’Autorité palestinienne. Podeh dit qu’alors qu’Israël connaît déjà une troisième génération de manuels, les Palestiniens n’en sont encore qu’à la première, qui ressemble en quelque sorte à ceux publiés durant les années de lutte armée et les années qui ont suivi la création de l’Etat.

Dans sa première étude de manuels, publiée il y a sept ans, Podeh écrivait : « la reconnaissance du rôle important qu’ont joué les manuels dans l’assimilation de positions négatives envers les Arabes n’a pas encore été effectuée. Cela a constitué un facteur essentiel dans l’exacerbation du conflit par le passé, et constitue aujourd’hui un facteur qui rend une réconciliation difficile « . Depuis, dit Podeh, les manuels se sont grandement améliorés, si bien que nombre d’entre eux notent expressément qu’Israël a été en partie responsable de l’exil d’Arabes. Pour lui, si les manuels scolaires devaient connaître le processus long et exhaustif de démythification qu’ont connu les manuels israéliens, « alors, le chemin qui mène à la réconciliation mutuelle, je regrette de le dire, promet d’être encore long ».

Le professeur Daniel Bar-Tal, du département éducation de l’université de Tel-Aviv, qui a analysé le contenu de tous les 124 manuels (du CP à la terminale, en littérature, hébreu, histoire, géographie et éducation civique) au programme en 1994 dans le système israélien, a montré que la présentation des Arabes en termes déshumanisés, qui avait décliné dans les années 1980 et 1990, avait recommencé à s’infiltrer dans le système éducatif après le déclenchement de l’intifada. Il nomme ce phénomène « la part de l’esprit du conflit qui s’instille dans les sociétés sujettes à un conflit violent ». Comme Podeh, Bar-Tal a, lui, aussi, remarqué une baisse sensible de la délégitimation des positions nationalistes palestiniennes, mais qu’en même temps, aucun changement ne s’est produit dans l’utilisation de stéréotypes négatifs qui présentent les Arabes comme « primitifs », « passifs », « cruels » ou « racailles ».

Nazareth n’est pas sur la carte
Le Dr Nurit Peled-Elhanan, du département éducation de l’Université hébraïque, a récemment terminé une analyse en profondeur de six manuels scolaires israéliens publiés ces dernières années. Certains d’entre eux ont reçu l’approbation officielle du département programmes au ministère de l’éducation, d’autres ont été adoptés par plusieurs professeurs sans l’approbation du ministère.

L’un des résultats essentiels de son étude est le brouillage de la Ligne verte. Le livre « Israël – l’Homme et le Territoire », publié par le Centre pour la Technologie dans l’Education, propose une carte des grandes écoles israéliennes, avec des institutions à Ariel, Elkana, Alon Shvut et Katzrin (les 3 premières colonies en Cisjordanie, la 4ème sur le Golan, ndt), en même temps qu’à Safed, Ashkelon ou dans la vallée d’Izraël. Aucune frontière n’est délimitée, et il n’est fait mention d’aucune université palestinienne. Ni Nazareth, ni aucune autre ville arabe d’Israël, ne figure sur les cartes du manuel, mais les lieux saints de Cisjordanie sont présentés comme faisant partie intégrante de l’Etat d’Israël. Un chapitre consacré à la communauté ultra-orthodoxe affirme qu’ils vivent dans des villages créés spécialement pour eux : Kfar Khabad, Emmanuel, Elad et Beitar Illit (colonies en Cisjordanie, ndt). Le message, dit Peled-Elhanan, est que les colonies sont inséparables de l’Etat d’Israël.

Sur la plupart des cartes étudiées par Peled-Elhanan, Ariel et Katzrin figurent comme faisant partie de l’Etat d’Israël. Une carte des parcs naturels nationaux ne fait pas apparaître la Ligne verte, mais comprend Maaleh Efraïm. Pour elle, il s’agit de s’assurer, de façon subtile, que l’élève épousera certaines positions politiques : « quand les Palestiniens écrivent ’Palestine’ sur les cartes de leurs manuels, cela est considéré comme une incitation à la haine. Dans ce cas, comment parler des manuels israéliens qui nomment la Cisjordanie ’Judée et Samarie’, même sur des cartes qui montrent les frontières du Mandat britannique, alors que la dénomination officielle était ’Palestine-Eretz Israel’ ?’ »

Par exemple, la couverture du livre « Géographie de la Terre d’Israël » (par Talia Sagi et Yinon Aharoni, Lilach Books), un manuel particulièrement apprécié des enseignants, comporte une carte du Grand Israël, sans aucune trace des territoires qui étaient déjà alors sous le contrôle de l’Autorité palestinienne. « Cela suggère à l’élève que ces territoires étaient ’à nous’ de tout temps, et renforce le message selon lequel, lors de la guerre des Six jours, nous les avons ’libérés’ ou ’sauvés’ de l’occupant arabe », écrit Peled-Elhanan dans son étude. Une autre carte, où la Cisjordanie apparaît avec une couleur différente, affirme qu’ »à la suite des accords d’Oslo, les frontières de la Judée et de la Samarie connaissent un processus dynamique de changement ». Le texte l’accompagnant note que les territoires contrôlés par l’Autorité palestinienne n’ont pas été indiqués sur la carte, car il n’existe encore aucune frontière entre Etats.

Dans le cas de la Syrie, l’existence d’une frontière internationale qu’Israël ne nie pas n’a pas empêché les auteurs de la garder secrète pour l’élève, qui lit qu’Israël a annexé le plateau du Golan en 1981 et y a appliqué la loi israélienne, « avec tout ce que cela implique ». Quelle sera la position dudit élève au sujet de la concession de territoires annexés à Israël en échange de la paix avec la Syrie ? Les dessins de deux soldats figurent sur le Golan, l’arme de l’un d’eux tournée vars la Syrie.

Le professeur Yoram Bar-Gal, directeur du département géographie et étude de l’environnement à l’université de Haïfa, dit que le principe universel des cartes utilisées dans le domaine de l’éducation (« ta carte est de la propagande, la mienne est de l’éducation ») s’applique ici pleinement. Pour lui, la carte jouit d’une haute crédibilité, et constitue donc un outil très important pour faire passer des messages politiques : « le mouvement sioniste et l’Etat d’Israël, comme tous les Etats et tous les mouvements, a toujours exploité ces caractéristiques des cartes pour leurs besoins propres ». Bar-Gal ajoute néanmoins qu’un changement politique qui s’exprime dans des cartes ne crée pas nécessairement un changement dans la conscience des élèves ou des enseignants : « l’effacement de la Ligne verte des cartes ne la fait pas nécessairement disparaître de la conscience du public en général ».

Des réfugiés sans visage
Comme la Ligne verte, le terme « Palestiniens » est étranger à la plupart des manuels. Jusqu’au chapitre qui traite des accords d’Oslo, même des historiens importants comme le Pr Eli Barnavi ou le Dr Eyal Naveh préfèrent en général le terme « Arabes israéliens ». Dans son livre « le Vingtième Siècle », Barnavi écrit à propos des réfugiés palestiniens : « la nostalgie qu’ils ont ressentie, et les conditions de vie subhumaines de leur diaspora, ont véhiculé une image de paradis perdu de la terre d’Israël ». Peled-Elhanan note des différences d’attitude importantes envers les réfugiés, dans les photographies : les réfugiés palestiniens sont représentés par une photo aérienne d’un camp de réfugiés non nommé, d’où est absent tout visage humain, à comparer avec une photo de réfugiés juifs d’Europe, assis sur une valise à Yehud. Barnavi écrit : « le problème palestinien est le résultat de l’inactivité et de la frustration, héritages des réfugiés ».

Elle cite une série d’illustrations de « Géographie de la terre d’Israël », qui recèle un message camouflé sur la nature primitive des Arabes : l’homme est en pantalons bouffants et porte un keffieh, la femme porte le costume traditionnel, elle est en général assise par terre, et des enfants sans visage jettent derrière son dos un regard furtif. Le texte explique : « les résidents arabes tiennent à vivre dans des maisons de plain-pied, dont le coût est élevé. On s’attend à ce que tous les besoins publics soient satisfaits par l’Etat ». Les facteurs qui retardent le développement du village arabe en Israël, continue le livre, tiennent à ce que « la plupart des villages sont situés dans des régions excentrées, et leur accès est difficile. Ces villages sont restés en dehors du processus de développement et de changement parce qu’ils sont peu exposés à la vie urbaine moderne, et à cause de la difficulté de les relier aux réseaux d’eau et d’électricité ». Ces facteurs n’existent pas pour les colons juifs qui choisissent de s’installer dans des avant-postes sur des collines qui sont situées « dans des régions excentrées, et [dont l’]accès est difficile ».

Naturellement, les manuels scolaires réservent à Jérusalem un traitement particulier. Le livre « Terres de Méditerranée » (par Drora Va’adya, ed. Ma’alot), approuvé par le ministère de l’éducation, affirme qu’ »en plus des juifs », des chrétiens et des musulmans du monde entier viennent à Jérusalem visiter des lieux qui sont saints pour chacune de leur religion ». Commentaire de Peled-Elhanan : bien que les juifs constituent le groupe le plus petit sur le plan numérique, les chrétiens et les musulmans leur sont annexés. La photo d’une synagogue apparaît en premier, égale en taille aux photos réunies d’une mosquée et d’une église. La carte en appendice à ce chapitre montre Israël, qui comprend les territoires palestiniens, comme un îlot de juifs isolé dans un océan musulman et chrétien, et sans frontières politiques.

Dans « Settlements in the Expanse », livre approuvé, Peled-Elhanan n’a trouvé que deux lignes consacrées à l’histoire de Jérusalem depuis l’époque du roi David jusqu’à l’ère moderne, alors que 40 lignes sont consacrées au désir de Sion des juifs de la diaspora. Le mot « Arabes » est totalement absent du texte ou des cartes de Jérusalem : pas de quartier musulman, pas d’université palestinienne, pas d’hopitaux palestiniens.

Pour Yaakov Katz, certaines de ces critiques concernent des livres non approuvés par le ministère de l’éducation, et il sait que certains établissements n’appliquent pas ses directives. Contrairement à ces manuels, ceux approuvés par le ministère subissent un examen minutieux par des experts, pour s’assurer qu’ils ne sont pas contaminés par une discrimination raciale, ethnique, sexuelle ou religieuse, et qu’ils ne contiennent pas de stéréotypes.

Parmi ces experts figurent des universitaires comme Ghassem Khamaisi, l’historien Benny Morris, Dan Meridor, les professeurs Yossi Katz, Arnon Sofer, Amnon Rubinstein, Arieh Shahar, Yossi Shelhav et d’autres, peu suspects, selon Katz, de favoriser une approche non équilibrée ou de parti pris.

Concernant les cartes, Katz dit que le département cartographique du gouvernement ne marque pas la Ligne verte en tant que frontière officielle de l’Etat d’Israël, et qu’aussi longtemps que l’Autorité palestinienne n’aura pas été reconnue en tant qu’Etat souverain, elle ne doit pas être réprésentée comme Etat sur les cartes.

Cette dernière réponse est quasiment identique, mot pour mot, à la position palestinienne, selon laquelle le marquage de la frontière viendra avec un accord définitif sur les frontières entre Israël et la Palestine.

Voir encore:

Roland LOMBARD et Marilyn PACCOURET
Israël-Palestine : le conflit dans les manuels scolaires
Editions Syllepse-Collection « Arguments et mouvements », 2014, 91 p., 5 €
jeudi 30 octobre 2014, par Benoit Picherit

Cet ouvrage a l’ambition de remettre en perspective le conflit israélo-palestinien à travers le prisme des manuels scolaires.
L’ouvrage présenté a été rédigé à plusieurs mains. La diversité des auteurs par leurs parcours d’étude ou leurs fonctions professionnelles actuelles permet d’avoir une pluralité de points de vue.
Sans à priori de rédaction, cet ouvrage sera utile aux collègues devant présenter ce sujet aux élèves et surtout devant faire preuve d’esprit critique dans l’utilisation des documents choisis par le manuel utilisé.

Israël – Palestine : le conflit dans les manuels scolaires
Coordinateurs : Roland LOMBARD et Marylyn PACOURET
Collectif de rédaction : Samira ALAYAN, Bernard ALBERT, Dominique COMELLI, Sandrine MANSOUR-MÉRIEN, Nurit PELED-ELHANAN, André ROSEVÈGUE, Michaël WALLS.

Éditions Syllepse – Collection « Arguments et mouvements » – Septembre 2014
91 pages – 5 euros
ISBN : 978-2-84950-425-3
http://www.syllepse.net/lng_FR_srub…

Présentation : Extrait de la 4ème de couverture : « La géographie, ça sert d’abord à faire la guerre », écrivait le géographe Yves Lacoste. Le conflit israélo-palestinien, tel qu’il est enseigné dans les écoles, en est l’illustration tragique.
La guerre au Proche-Orient se mène également dans les manuels scolaires. En Israël, en Palestine, mais aussi ici, en France.
Ainsi, en septembre 2013, se faisant l’écho de cette « guerre de papier », Le Monde diplomatique titrait : « Manuels scolaires, le soupçon ». Au même moment, un colloque consacré aux « Représentations du conflit israélo-palestinien dans les manuels scolaires » était organisé par l’Association France Palestine solidarité, le Collectif interuniversitaire pour la coopération avec les universités palestiniennes et l’Institut de recherches de la Fédération syndicale unitaire.

Au delà de toute question partisane sur un tel sujet sensible, cette présentation du conflit dans les manuels scolaires se veut équilibrée par l’origine des différents auteurs et rigoureuse dans la démarche historique.
À la lecture de cet ouvrage, le lecteur trouvera des réponses aux origines et à l’explication de l’instrumentalisation du conflit israélo-palestinien dans les manuels scolaires. Cependant, les enseignants devant décrire et expliquer ce conflit dans les programmes de collège (en 3ème éventuellement) et surtout du lycée (Terminales ES/L – S, Terminale Pro et Terminale STMG) trouveront une vision éclairée sur les points de vue israélien et palestinien dans ce conflit.

La représentation du conflit israélo-palestinien : une analyse critique internationale par Roland LOMBARD et Marilyn PACOURET (pages 7 à 14).
Les auteurs expliquent le rôle primordial de l’historien (rigueur objective, déontologie) dans la présentation du conflit surtout dans les manuels scolaires car « ils instaurent une vérité quasi certifiée, qui peut être amendée par exemple par le milieu familial. […] D’où l’importance d’exercer une vigilance critique à l’endroit des manuels scolaires  ». Le danger est l’élaboration de manuels scolaires révélateurs de contre-vérités d’où la nécessité d’une analyse critique qui distinguerait « le destin des juifs, ses épisodes tragiques, et le gouvernement d’un État colonialiste et peu soucieux du respect du droit international et humanitaire. Il est important de reconnaître le peuple palestinien dans ses droits les plus élémentaires, dans son histoire et dans sa culture et de ne pas le confiner dans ses actes de résistance, parfois violents mais légitimes  ».
Ce travail critique mené dans cet ouvrage est sans à priori et a été commandé par le conseil national de l’Association France-Palestine solidarité (AFPS). Il vise à « être un passeur de mémoire, un présent d’une Palestine oubliée à reconstruire et un avenir de Paix à établir dans cette région du monde. Cette compréhension mutuelle entre les deux peuples, mais aussi entre les peuples du monde entier, est un enjeu de civilisation pour les futures générations ».

Qu’est-ce qu’un juif dans un manuel scolaire en France aujourd’hui ? par André ROSEVÈGUE (pages 15 à 18).
L’auteur décrit comment les manuels édités par Belin et Magnard pour la classe de 6ème présentent cette question « Qu’est-ce qu’un Juif ? » (avec ou sans majuscule ?).
Suite à l’analyse précise de chacun des deux manuels, l’auteur explique qu’ils ne distinguent pas les notions de Juif (majuscule = peuple, nation, communauté juive) et de juif (minuscule = adeptes de la religion juive). « Cette confusion entre la Palestine de l’Antiquité et la Palestine/ Israël d’aujourd’hui est renforcée par les documents photographiques choisis  ». « La logique des manuels de 6ème, qui ne sera pas démentie dans la suite de la scolarité, amène l’élève à croire que c’est ce peuple, « les Hébreux », qui reviendrait en Israël. Or, c’est aussi la version sioniste de l’Histoire, c’est-à-dire le discours national israélien ».

Les manuels français et la question Palestine/Israël par Sandrine MANSOUR-MÉRIEN (pages 19 à 30).
Sept manuels de Terminale ES/L, trois de Terminale Pro et un de Terminale STMG en lycée ont été analysés.
Le point de vue utilisé dans ces manuels est principalement occidental et celui arabe est très peu présent : exemples, pour le chapitre « Moyen-Orient », il s’agit du « pétrole » et pour le chapitre « Israël/Palestine », il s’agit du « pétrole » et de la « religion ».
L’auteure rappelle des oublis historiques dans les manuels selon la chronologie des rapports entre Palestine et Israël :
Le partage et la Nakba : un manque d’analyse critique sur les années préalables au plan de partage de 1947 « et par l’absence d’analyse réelle du projet sioniste en tant que projet national colonial accompagné d’actes de violences contre la population locale puis dans un deuxième temps contre les forces britanniques qui tentent de mettre en place un contrôle de l’immigration juive notamment en 1939 avec le Livre Blanc ». Seul le Hatier (p. 280) évoque les attentats sionistes en Palestine. « Dans les autres manuels, la violence est systématiquement imputée aux Palestiniens ». D’autre part, trop de manuels confondent les termes « Arabe » et « Palestinien ». Et les questions de l’ « Exode » des Palestiniens et des « Réfugiés » sont toujours traitées comme une conséquence du refus arabe et de l’entrée en guerre contre Israël alors que l’expulsion des Palestiniens commence bien avant la guerre.
La guerre de 1967 et Jérusalem : les manuels montrent systématiquement la guerre de 1967 « comme une guerre qui a permis aux Israéliens de reprendre Jérusalem » mais en oubliant de rappeler que Jérusalem était prévue par l’ONU pour devenir une zone internationale par la résolution 181 (II). « Mais celle-ci ne sera jamais réalisée en raison de l’accord secret intervenu entre la Jordanie et Israël qui ont décidé de partager la ville en 1948  ». Les manuels n’évoquent pas l’occupation et la colonisation de Jérusalem-Est, la destruction de maisons patrimoniales, l’expulsion des Palestiniens jusqu’à ce jour et l’installation de colons à la place de la population d’origine. « Jérusalem est donc centrée sur son rôle de pôle religieux, en oubliant la réalité géopolitique et le droit international  ».
Le mur : aucun manuel scolaire ne mentionne la condamnation de sa construction par la Cour pénale internationale en 2004 et par conséquent son illégalité. Les conséquences de sa construction ne sont pas présentées : expropriations des terres agricoles palestiniennes, encerclement des villes et villages, vol des ressources en eau, villes coupées en deux. Seul l’argument de protection contre le terrorisme palestinien est présenté pour justifier la construction du mur.
Occupation et colonisation, nationalisme… : la présentation de la colonisation israélienne et de la réponse palestinienne par les manuels français reprend uniquement le discours officiel de l’État d’Israël en oubliant toute analyse critique par une référence aux historiens arabes et au droit international. C’est peut-être ce chapitre qu’il faudrait revoir d’urgence « pour permettre aux élèves d’appréhender la question Palestinienne avec les outils historiques disponibles et en renonçant aux représentations et déformations coloniales qui semblent fortement encore marquer la présentation de l’histoire de cette région du monde ».

Les Palestiniens dans les manuels israéliens par Nurit PELED-ELHANAN (pages 31 à 48).
L’auteur a analysé les livres scolaires israéliens (20 livres d’histoire, 5 livres de géographie et 5 livres d’éducation civique) pour répondre à la problématique de départ suivante : « Comment les oppresseurs élèvent-ils leurs enfants ? ».
D’après lui, l’histoire racontée dans les manuels israéliens reflète l’opinion que les Palestiniens ne peuvent être considérés que comme des obstacles qu’il faut surmonter ou éliminer : « Le livre scolaire ne reproduit jamais les faits comme ils sont car ce n’est pas son but. L’objectif est plutôt de créer le citoyen de demain et pour ce, il faut utiliser un passé utilisable avec lequel on peut se formuler le présent, le futur et vivre dans cette prétendue vérité, la vérité du pouvoir, la vérité de la nation. Je n’ai donc pas cherché à vérifier les vérités historiques ou géographiques, mais je me suis demandé comment cette narration crée ce passé utilisable ».
« Les manuels israéliens sont supposés inculquer le récit sioniste aux élèves juifs et aux élèves arabes, citoyens d’Israël, et visent à reproduire une identité juive territoriale et nationale ».
L’auteur décrit aussi la mise en forme des visuels dans les livres (photographies, tableaux statistiques, titres…) qui transforment le message et orientent le lecteur vers le point de vue du narrateur. Tout est fait pour développer chez le lecteur un racisme nationaliste ou culturel ou différentiel : « on attribue au colonisé une race inférieure et mauvaise ».
L’auteur présente ensuite les différentes catégories du discours raciste verbal et visuel :
La stratégie de l’exclusion,
La stratégie de généralisation,
La stratégie de disparition,
La stratégie de stigmatisation,
La stratégie de diabolisation,
La stratégie de légitimation de son propre discours,
La légitimation des massacres,
Présenter les êtres humains comme des agrégats, des nombres : « Les Palestiniens ne sont jamais appelés victimes, c’est interdit dans les médias israéliens et les publications israéliennes  ».
« En conclusion quelques grands constats s’imposent :
Les lois internationales ne sont pas applicables en Israël, ce que les enfants s’approprient très bien ;
Les Palestiniens sont des personnes exclues qui n’ont aucun droit civil et humain ;
Les élèves apprennent le discours du racisme politique, des excuses militaires et de l’imprécision juridique qui justifie le mal fait aux autres au nom des valeurs occidentales et juives ».

Les manuels des élèves palestiniens en Israël et en Palestine par Samira ALAYAN (pages 49 à 60).
L’auteure a analysé 9 livres d’histoire et d’éducation civique en Israël et en Palestine pour tenter de répondre à la question suivante : « Quelle représentation du conflit israélo-palestinien les manuels scolaires palestiniens utilisés en Israël et en Palestine donnent-ils ? ».
Les manuels scolaires palestiniens sont classés en 4 catégories selon l’implantation géographique des populations : Cisjordanie-Gaza, Palestiniens d’Israël, Jérusalem-Est, camps de réfugiés des pays arabes. L’étude n’a porté que sur les deux premiers groupes.
Cisjordanie et Gaza : Les manuels utilisés par les élèves relèvent de l’Autorité palestinienne mais sont soumis à une certaine censure selon un cahier des charges élaboré par les bailleurs de fonds (États-Unis, Europe). Cependant, « un des premiers objectif de l’Autorité palestinienne est de renforcer l’identité palestinienne chez les élèves. […] Le but des Palestiniens est de protéger leurs terres, leur droit historique, d’affirmer leur identité nationale, et de mettre en valeur la déclaration d’indépendance de 1988.  »
L’identité nationale est avant tout religieuse : croyance en Dieu et dans l’islam. « C’est donc une représentation « du soi » des Palestiniens. C’est un aspect restrictif, car les manuels n’ont pas laissé de place pour les autres croyances. En effet, les Palestiniens ont tout axé sur le combat par rapport à l’Autre, en ne laissant pas de place aux autres communautés religieuses, y compris aux palestiniens chrétiens ». L’Autre recouvre l’Europe puis Israël. Deux visions (positive et négative) illustrent l’Europe et l’image de l’Autre pour Israël s’illustre exclusivement par le mouvement sioniste. « L’ennemi, ce n’est donc pas le juif ou Israël, c’est le sionisme » : mouvement présenté comme raciste, idéologique et politique.
Les Palestiniens en Israël : 20 % de la population d’Israël, porteurs d’un passeport israélien avec en théorie des droits égaux aux autres citoyens israéliens, majoritairement musulmans (82 %). « Les livres s’adressent aux « Arabes israéliens de l’intérieur », c’est l’expression officielle, et font la promotion de l’identité juive ». Le conflit israélo-palestinien est présenté différemment des manuels de Cisjordanie et de Gaza : « Il est toujours question du conflit israélo-arabe et jamais du conflit israélo-palestinien. C’est la terminologie utilisée. C’est toujours le point de vue israélien qui est montré  ».

Dans les manuels scolaires suédois par Michaël WALLS (pages 61 à 66).
L’étude de l’auteur porte sur la construction du conflit israélo-palestinien dans les manuels scolaires suédois à partir du rôle des accords d’Oslo dans le conflit pour ce qu’ils représentent : les revendications pour des droits égaux pour tous. Cette présentation est issue de la thèse universitaire de l’auteur soutenue en 2010.
Pour en savoir plus : http://gup.ub.gu.se/publication/149516
Quatre axes ont été retenus par l’auteur :
– « Le décalage entre le contenu universitaire sur le conflit et le contenu des manuels d’histoire,
La sélection et l’organisation des sujets, des thèmes qui sont traités,
La présence de présupposés idéologiques sur le rôle historique, les identités, les évolutions des différentes parties en conflit,
La dimension idéologique, qui est sous-jacente, justifie inclusions et exclusions de certaines données à propos des faits historiques présentés ».

Imprécisions et réalités masquées par Bernard ALBERT (pages 67 à 76).
L’auteur a analysé sept manuels des classes Terminales L/ES, édition 2012. L’étude se répartit en 5 thèmes qui « a pour objet de pointer des erreurs, des omissions, des imprécisions voire des partis pris  » à travers ces manuels scolaires.
Imprécisions des représentations cartographiques : Les différents manuels ne rendent pas tous compte de la réalité voire vérité géographique territoriale de la Palestine et des Palestiniens : l’exemple du statut de Jérusalem, notamment de Jérusalem-Est est révélateur.
La colonisation : une présentation tronquée : L’auteur rappelle que trop de manuels ne sont pas assez rigoureux voire objectifs dans la définition et la présentation de la colonisation israélienne. Certains manuels ne rapportent que la vision israélienne sans mettre en parallèle celle Palestinienne. Plus grave, la justification de la colonisation serait présentée comme un argument d’un choc des civilisations qui n’existe pas en définitive.
Expulsions et réfugiés : choix des termes : Là aussi, la présentation de ce sujet par les manuels porte à question d’objectivité historique. L’auteur rappelle « la très grande hétérogénéité des termes, ce qui n’est pas neutre. […] Entre « exil », « départ », « exode » ou « la fuite », cette prudence dans la présentation masque la violence des expulsions et de la stratégie menée  ».
« Ce qui est remarquable c’est la non prise en compte, dans la majorité des ouvrages, de travaux d’historiens palestiniens et israéliens qui datent de plus de vingt ans. […] Aucun des manuels ne présente ou n’illustre la poursuite depuis 1967 à nos jours, des expulsions, des départs contraints, que ce soit à Jérusalem-Est, dans la vallée du Jourdain, ou ailleurs en Palestine ». L’auteur rappelle néanmoins que certains manuels ont fait un effort de représentation cartographique de ce sujet des réfugiés, enjeu majeur du conflit.
Terrorisme, résistances, violences du conflit : L’auteur rappelle par un comptage précis des images ou expressions des manuels que « terrorisme » est rapporté aux Palestiniens et qu’ils ne sont que très rarement présentés comme victimes du « terrorisme d’État » ou des milices sionistes voire de la colonisation juive en Cisjordanie ou des opérations militaires à Gaza. « Cette disproportion entretient les représentations initiales ».
Le patrimoine : lecture historique : L’analyse des manuels permet à l’auteur de répondre à sa question de départ : « Quelle présentation de Jérusalem les manuels font-ils ? ».
Même si ce sujet est relativement bien traité par les manuels, l’auteur regrette un manque « d’équilibre ». Par exemple, la violence du conflit israélo-palestinien à l’intérieur ou autour de Jérusalem est rarement illustrée.
En conclusion interrogative, l’auteur se demande « quelle représentation les élèves garderont-ils de leur étude ?  » et « pourquoi des notions comme le respect du droit international, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, de la 4ème convention de Genève, de l’application des résolutions de l’ONU sont-elles sous-représentées ? ».

La fabrique des manuels par Dominique COMELLI (pages 77 à 84).
Par ce chapitre de fin d’ouvrage, l’auteure rappelle la singularité voire l’unicité française d’une liberté totale dans la conception des manuels. « Et pourtant, malgré cette liberté totale, les manuels se ressemblent étonnamment ». En effet, « un manuel est un objet qui doit faire consensus, dans lequel les enseignants doivent reconnaître leurs pratiques pédagogiques et leurs propres représentations des événements. Un manuel innovant ou polémique ne se vend pas ».
L’auteure explique la manière dont est fabriqué un manuel puis le rôle réel d’un manuel scolaire. Un paragraphe particulier est apporté à la place des documents, notamment les photos, dans le cadre du recours à l’émotionnel dans les manuels. « La société française et occidentale toute entière a remplacé la réflexion par l’émotion. L’approche émotionnelle vise à provoquer l’empathie des élèves. Laquelle ? ». Sur l’exemple du conflit israélo-palestinien, «  tout civil, toute population qui utilise la violence, parfois simplement le lancer d’une pierre ou d’une canette vide, est disqualifiée comme terroriste  ». Même si la cause de la Palestine est juste, la simple résistance des Palestiniens les disqualifie ».
« Il est frappant que les photos des enfants palestiniens lançant des pierres contre des soldats israéliens surarmés qui, il y a quelques années, avaient provoqué un retournement dans l’opinion publique française en faveur du droit des Palestiniens (le mythe de Gavroche était à l’époque un mythe positif), soient maintenant considérées comme preuve de la violence palestinienne dans les manuels de 2012 ».

Annexes :
Rappel du documentaire « This is my land », un film de Tamara ERDE, qui retrace l’histoire du conflit israélo-palestinien tel qu’il est présenté et enseigné dans les systèmes éducatifs israéliens et palestiniens.
Chronologie du conflit de 1897 à avril 2014.
Chiffres de la population en Palestine de 1849 à 1946.
Chiffres de la population palestinienne et israélienne aujourd’hui.
Cartes de l’évolution de la Palestine depuis 1946.

UN Textbooks for Palestinian Children ‘Explosively Anti-Semitic, Anti-American and Anti-Israeli’
Penny Starr

cnsnews.com

January 26, 2012
(CNSNews.com) – The textbooks used to educate Palestinian children who live in refugee camps came under fire at a briefing on Wednesday on Capitol Hill where experts said lessons of intolerance and hatred toward Jews and Israel fill the books’ pages.

Rep. Chris Smith (R-N.J.), chairman of the House subcommittee on Human Rights and co-chairman of the Bi-Partisan Coalition for Combating Anti-Semitism, told CNSNews.com that U.S. donations to the United Nations Refugee and Works Agency (UNRWA) make the federal government accountable for what is in the books.

“We are responsible for the content and the content has been, year in and year out, explosively anti-Semitic, anti-American and anti-Israeli,” Smith said, at the event he hosted with the Center for Near-East Policy Research, which is based in Jerusalem and which has studied the topic extensively .

Rep. Chris Smith (R-N.J.) (Penny Starr/CNSNews)
Since the UNRWA began operations in 1950 in the wake of the Arab-Israeli war of 1948, the United States has been the largest contributor to the agency. The UNRWA oversees the health, education, and social services of some 5 million registered Palestinian refugees, including those in the West Bank and Gaza Strip.

According to the Congressional Research Service (CRS), “Since UNRWA’s inception in 1950, the United States has provided the agency with nearly $4 billion in contributions.”

Arnon Groiss (CNSNews.com/Penny Starr)
The CRS reports that U.S. contributions to the UNRWA have steadily increased over the past decade, with nearly $228 million given in [fiscal year] 2010.

Arnon Groiss, author of a comprehensive study on Middle Eastern textbooks who has advised the U.S. State Department and testified before the U.S. Congress, brought some of the textbooks to the congressional Rayburn Building on Thursday to share specifics of what the experts consider objectionable.

Groiss’ report on the textbooks, « Teaching the ‘Right of Return’ in UNRWA Schools, » was distributed at the event. The report had been commissioned by the Council for Religious Institutions in the Holy Land, an interfaith association of Jewish, Christian, and Muslim leaders.

(CNSNews.com/Penny Starr)
The study shows, for example, that on the cover and on page 7 of the National Education textbook for Grade 2, the image of a Palestinian stamp has a blank square where the Hebrew script that is on the stamp has been removed. (See picture on left.)

In the same book (p.16), a map is entitled “Arab and Muslim Nations.”

Map of « Arab and Muslim Nations » in textbook that does not include Israel on the map. (CNSNews.com/Penny Starr)
“Israel does not exist,” on the map,” Groiss told CNSNews.com. (Picture on right.)

In a Reading and Texts book (2011) for Grade 9, p.24, the instructions tell the student to “reconcile between the following poetical lines and the feelings they express”:

“The morning of glory and red liberty watered by the martyrs’ blood … the hope for the Liberation of Palestine.”

In the textbook National Education, Grade 7 (2011), pp. 20-21, it says, « The Zionist colonialist greedy ambitions in Palestine started in 1882. … The coming of the Jewish throngs to Palestine continued until 1948 and their goal was taking over the Palestinian lands and then taking the original inhabitants’ place after their expulsin and extermination. … »

In the book, Our Beautiful Language, Grade 7, Part 1, 2001, p.81, there is a poem entitled The Martyr that, in part, reads: « Hearing [weapons’] clash is pleasant to my ear and the flow of blood gladdens my soul/ As we as a body thrown upon the ground skirmished over by the desert predators/ … By your life! This is the death of men and whoever asks for a noble death — here it is! »

In the book Readings and Texts, Grade 8, Part 2, 2003, p. 16, it says, « Your enemies killed your children, split open your women’s bellies, took your revered elderly people by the beard and led them to the death pits …. »

In Our Beautiful Language, Grade 5, Part 1 (2011), p. 50, there is a poem about the Palestinaian « Right of Return » entitled « We Shall Return. » It says in part: « Return, return, we shall return/ Borders shall not exist, nor citadels and fortresses/ Cry out, O those who have left:/ we shall return!/ [We] shall return to the homes, to the valleys, to the mountains/ Under the flag of glory, Jihad and struggle/ With blood, sacrifice [fida], fraternity and loyalty/ We shall return/ … To jihad in the hills; [to] harvest in the land. »

In Reading and Texts, Grade 8, Part 1 (2009), p.66, it states: « O brother, the oppressors have exceeded all bounds and Jihad and sacrifice [fida] are imperative …. »

Congressman Smith said the United States should put conditions on the funding the UNRWA receives, including a mandate to clean up the textbooks.

“It would be based on a certification where the president would have to certify that the UNWRA textbooks are completely excised of all anti-Semitic hate,” Smith said, adding that “zero tolerance on hate in those textbooks” should be the benchmark.

“And so, if you teach kids to hate when they’re very, very young and just keep feeding them that kind of formula for violence, why are we surprised when they strap on dynamite and other kinds of explosives to kill themselves and think they’re doing a good thing?” Smith said. “They’ve been taught. And we have to be much more emphatic – zero tolerance on hate in those textbooks.”

(CNSNews.com/Penny Starr)
Author David Bedein of the Center for Near East Policy said at the event that the refugee camp schools regularly promote the “Right of Return,” which supports Palestinians’ right to reclaim the property abandoned or lost in the 1948 war, even if that property – or the city or village where it was once located – no longer exists. »

“This perceived right also applies to the refugee’s descendants with no limit of number, time or place of birth,” Groiss wrote in an essay on the “Right of Return.”

In his conclusion, Groiss said the “Right of Return” is tied to the elimination of Israel and helps “propagate this non-peaceful line, in absolute contradiction to the (UNWRA) declared mission.”
‘Israel absent or only negative presence in PA textbooks’

Joshuah Hamerman

Jerusalem Post

04/13/2011

In examples, Jews demonized, martydom praised, Jewish Quarter removed from Old City map, Hebrew erased from Mandate-era stamp.

The Palestinian Authority still has a long way to go before textbooks in its schools begin to teach true coexistence with Israeli Jews, according to findings from a study released Tuesday.

The Institute for Monitoring Peace and Cultural Tolerance in School Education (IMPACT-SE), which reviews textbooks from Israel, the Arab world and Iran, unveiled its 2011 report on PA school textbooks in a briefing with journalists at the headquarters of MediaCentral, in Jerusalem.

The organization reviewed 118 textbooks currently used in Palestinian schools – 71 of which are for students in grades one through 12, and 25 that are taught in religious schools in the West Bank and issued by the PA Ministry of Wakf and Religious Affairs.

IMPACT-SE also examined 22 teacher guides distributed by the PA Ministry of Education and Higher Education. While all of the reviewed textbooks were approved by the PA, they are also taught in schools in Gaza.

While respect for the environment and sustainable energy resources are taught to Palestinian students, IMPACT-SE found that textbooks blame Israel for all environmental problems.

“There is generally a total denial of the existence of Israel – and if there is an Israeli presence it is usually extremely negative,” said Eldad Pardo, an IMPACT-SE board member, and head of the organization’s Palestinian textbook research group. “For the next generation, there is no education at all about collaboration and no information about the many collaborations that already exist between Israelis and Palestinians in environmental and other areas.”

In geography textbooks, Israel usually does not appear in maps of the Middle East, instead “Palestine” is shown to encompass Israel, the West Bank and the Gaza Strip. Jaffa is also shown on maps of Palestine, but Tel Aviv and other predominantly Jewish cities, such as Ramat Gan, kibbutzim and moshavim, are not displayed.

One of the Palestinian textbooks reviewed by IMPACT-SE, History of Ancient Civilization, published in 2009 and used to teach fifth-graders, states that the Levant consists of the states of Palestine, Jordan, Lebanon and Syria. Israel is not mentioned.

Other textbooks read for the study asked students to “color the Negev Desert on the map of Palestine,” and to solve the following mathematical word problem: “An independent Palestinian state was declared in 1988. How many years have passed since the declaration of independence?”

Another textbook included a map of the Old City of Jerusalem – which did not contain the Jewish Quarter. Meanwhile, in an additional example, a textbook printed a British Mandate postage stamp, but erased the Hebrew inscription “Palestine: The Land of Israel” that appeared on the original.

In addition, some textbooks described the Canaanites as an Arabic-speaking people whose land was stolen by Jews, and stated that Jews came from Europe to steal Palestine after the British conquered it in 1917.

Pardo, a professor at the Hebrew University of Jerusalem, also said Palestinian textbooks have been erasing Jewish claims to holy sites, such as the Western Wall and Rachel’s Tomb. For example, National Education, a textbook for seventh-graders published in 2010, refers to the Western Wall as the “Al-Buraq Wall,” and to Rachel’s Tomb as “Al-Bilal Mosque.”

IMPACT-SE also found that Palestinian textbooks include many references to martyrdom, death, jihad and refugees returning to cities and towns in Israel – and frequently demonize Israelis and Jews. A photo from the funeral of a shahid (martyr) was included in the 2008 edition of a seventh-grade textbook, but excluded from the 2010 edition, perhaps because of foreign pressure on the PA, said Pardo.

Other textbooks told students that “the rank of shahid stands above all ranks,” and included a Muslim hadith about the destruction of Jews by Muslims on the day of the resurrection, which also appears in the Hamas charter.

IMPACT-SE noted many Palestinian textbooks included references to a ribat, an outpost on the borders of Muslim territories where wars against infidels occur. A 12thgrade Islamic education textbook, published in 2010, tells students that “the people of the Levant in general, and in Palestine in particular,” are in a state of ribat until the day of resurrection.

Pardo said that while there are some positive developments in the Palestinian educational system, such as emphases on democratic values and respect for women, elders and authority – no Israeli is depicted as a friend or partner. Furthermore, the Oslo Accords are rarely mentioned, and political agreements in general are presented as resulting from Arab and Muslim weakness.

“A textbook is the result of a policy – something created by a committee and a formal product of an entity – and this policy is creating public opinion and the public mind of the coming generation,” said Shelley Shandor Elkayam, CEO of IMPACT-SE. “The whole Talmud is based on the Jewish philosophy that the other is more interesting than yourself. You have to care about what others say. The Tunisians accept this and they teach it to their students. The PA definitely should reach that point one day, and it is up to us to bring them to this realization.”

According to IMPACT-SE, which will release a report on Israeli textbooks in July, the bulk of funding for PA textbooks and other initiatives comes from the EU. Most US aid for Middle Eastern education goes to Egypt, but some also goes to the PA.

Yohanan Manor, IMPACT-SE’s chairman, noted that one of the PA’s recent history textbooks printed two maps that referenced Israel, although the name of Israel was in tiny print. Some Palestinian educators have admitted that the Arabs rejected the 1947 UN partition resolution, which is also an important development, he said.

Manor said IMPACT-SE will send its findings to Lamis al-Alami, the PA’s education minister

https://www.facebook.com/notes/menahem-macina/je-veux-poignarder-un-juif-dit-une-petite-fille-en-brandissant-un-couteau-dans-u/10153673481569347?hc_location=ufi

“Je veux poignarder un Juif”, dit une petite fille en brandissant un couteau, dans une vidéo choquante
Menahem Macina·Thursday, October 22, 2015
Traduction française d’un article d’Umberto Macchi
Sur le site International Business Times
http://www.ibtimes.co.uk/israeli-pa…
21 octobre 201
Un scandale a éclaté en ligne, suite à un clip vidéo où l’on voit une petite fille brandissant un couteau et disant face à la caméra qu’elle veut « poignarder un Juif ». La vidéo, réalisée par et chez un particulier, a été mise en ligne sur les médias sociaux la semaine dernière, au milieu d’une avalanche d’attaques au couteau qui a plongé Israël et les Territoires palestiniens dans la violence.
Le clip a été mis en ligne le 16 octobre sur le compte Facebook d’un certain Abdulhaleem Abuesha, qui, selon sa page, est instituteur dans la ville de Madaba, où se trouve un grand camp de réfugiés palestiniens. Il a ensuite été repris et traduit (de l’arabe) par MEMRI (Institut de Recherche des Médias du Moyen-Orient), un groupe américain de veille médiatique, qui a révélé l’identité de la gamine prénommée Rahf, et celle de son père, dont le nom est Abuesha.
« Je veux poignarder un Juif », dit la fillette sur la vidéo, selon MEMRI. Une voix d’homme questionne :
« Pourquoi veux-tu poignarder ce Juif ?» –
« Parce qu’il a volé ma terre », répond-elle.
« Avec quoi veux-tu le poignarder ? », demande l’homme.
« Avec un couteau », répond la gamine.
« Oh, tu es si forte, avec l’aide de Dieu, ma chérie ! », conclut l’homme.
La vidéo a été mise en ligne avec la légende suivante : « Rahf menace les sionistes avec un couteau », et elle a suscité quelques commentaires, majoritairement approbateurs, sur la page Facebook de Abuesha.
Par contre, la version traduite en anglais par MEMRI a déclenché un torrent de réactions scandalisées, surtout de la part d’Israéliens encore confrontés à la récente vague de violence, appelée « L’Intifada au couteau ».
Ci-dessous :
L’ambassadeur d’Israël aux Nations Unies Dany Danon affirme que les enfants palestiniens subissent un lavage de cerveau. Il tient en mains un panneau portant le slogan : « Comment poignarder un Juif », surmontant un dessin fort explicite indiquant les parties du corps à atteindre pour tuer ou blesser gravement le Juif en question.
Détail:

http://www.ibtimes.co.uk/israeli-palestinian-conflict-i-want-stab-jew-says-knife-wielding-girl-shocking-video-1525063

Israeli-Palestinian conflict: ‘I want to stab a Jew’ says knife-wielding girl in shocking video

By Umberto Bacchi
October 21, 2015 15:32 BST
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A girl holds a knife as she says she want to attack Israelis in a Facebook videoFacebook
Online opprobrium has been sparked by footage showing a little girl brandishing a knife as she says to the camera that she wants to « stab a Jew ». The home video was posted on social media last week, amid the spate of stab attacks that have plunged Israel and the Palestinian territories into violence.

The clip was uploaded on 16 October on a Facebook account in the name of Abdulhaleem Abuesha, who according to the page is a Jordanian-Palestinian schoolteacher in the city of Madaba that is home to a large Palestinian refugee camp. It was later picked up and translated by the Middle East Media Research Institute (Memri), a US monitoring group, which identified the girl, named Rahf, as Abuesha’s daughter.

« I want to stab a Jew, » she says in the video, according to Memri. « Why do you want to stab the Jew? » a man asks. « Because he stole our land, » she replies. « With what do you want to stab them? » the man inquires. « With a knife, » she says. « Oh, you’re so strong! Allah willing, my dear, » the man concludes.

The video was posted with a caption reading « Rahf threatens Zionists with a knife » and drew a few, mostly sympathetic comments on Abuesha’s Facebook page. Memri’s version with English subtitles instead triggered a torrent of outrage, particularly among Israelis still reeling from the recent wave of violence, dubbed the ‘knife intifada’.

A day after the clip was posted on Facebook, Israeli envoy to the UN, Danny Danon, claimed Palestinian children were being « brainwashed » and taught how to kill at school. On 17 October Danon showed a press conference in New York a diagram titled « How to Stab a Jew » depicting a human body surrounded by knives. Danon claimed it was « an example of what Palestinian children are being exposed to day in and day out, in school, after school ».

The diagram was also sourced from Memri. An independent NGO headquartered in Washington DC, Memri has been in the past accused of partisanship, with critics saying it promotes a negative view of the Muslim world selecting for translation only extremist and highly controversial videos.

Surenchère

L’État islamique a publié six vidéos louant les attaques au couteau contre les juifs en Israël et encourageant la violence
L’EI donne notamment des instructions sur la façon de tuer les Juifs, en utilisant des voitures, des couteaux, des bombes incendiaires contre leurs maisons.

Atlantico

20 Octobre 2015

Le groupe terroriste État islamique a publié 6 vidéos ce dimanche en soutien à la vague d’attaques au couteau menées par des Palestiniens contre des Israéliens en Cisjordanie et à Jérusalem. Cette campagne médiatique coordonnée provenant d’Irak, Syrie et Yémen est rare de la part de l’EI qui ne fait que peu d’incursions dans le conflit israélo-palestinien. Le groupe islamiste se concentre généralement sur le recrutement de combattants et l’entraînement dans les territoires sous son contrôle.

La première vidéo, intitulée « Projet de décapiter des Juifs » prétend que la situation actuelle sur le Mont du Temple est « dangereuse » : les Juifs le détruirait et dépenseraient 2 millions de dollars dans le but de « judaïser Jérusalem, » de détruire les tunnels qui se trouvent sous la mosquée al-Aqsa et de voler des documents islamiques. Ce lieu est sacré autant pour les Musulmans que pour les Juifs. Les Juifs sont autorisés à visiter l’endroit, mais les prières y sont interdites, pour éviter les heurts. En arrière plan l’image de Hadil al-Hashlamoun,18 ans, tué à Hébron en Cisjordanie par un soldat israélien le 22 septembre, la voix d’Abu Baker al-Baghdadi, le chef de l’Etat islamique (EI), se fait entendre clamant « nous aurons notre vengeance ».

La deuxième vidéo, intitulée « Message aux moudjahidin de Jérusalem, » montre plusieurs militants de l’EI à visage découvert glorifiant les attaques et appelant tous les Palestiniens à se joindre à eux. « Je vous recommande de prendre le chemin du djihad, que Dieu vous demande de suivre, je bénis ce djihad contre les Juifs. La peur bat dans leur cœur, ce sont les ennemis de Dieu », y déclare un jeune combattant. « Une victoire venant du Ciel attend les moudjahidin d’Al Aqsa, vous êtes les premiers, mais nous continuerons », ajoute un autre qui brandit un fusil automatique. Un autre militant plus âgé, adressant son message à « tous les Musulmans d’Al-Qods », déclare qu’il n’y a « pas de différence entre le Hamas et le Fatah. Les deux ne se soucient que de leurs propres intérêts et certains sont même au service des Juifs. Dépêchez-vous et sauvez vos frères, n’attendez pas que les dirigeants arabes vous aident ».

Quatre autres vidéos de même nature ont été publiées avec le hashtag #DécapiterleJuif. Dans une vidéo, l’EI donne des instructions sur la façon de tuer les Juifs, en utilisant des voitures, des couteaux, des bombes incendiaires contre leurs maisons. Le groupe terroriste enjoint aussi ses combattants à bombarder les autobus et même d’injecter de l’air dans leurs veines, un message plus particulièrment destiné aux Arabes israéliens qui travaillent dans les hôpitaux en Israël.

En 2014, le ministre israélien de la Défense Moshe Ya’alon a déclaré l’EI organisation illégale. Les autorités ont déjoué le premier complot mené contre Israël par l’EI début octobre, accusant sept Arabes israéliens d’appartenir à l’EI et de projeter d’attaquer des cibles militaires. Selon un communiqué de la police, les accusés avaient été en contact avec des citoyens israéliens qui avaient déjà rejoint l’EI en Syrie et qui les encourageaient à se procurer des armes illégalement et d’apprendre à les manier afin de mener une attaque. Les défendeurs ont été accusés de relation illégale avec un agent étranger, de traffic d’armes et de complot dans le but de commettre des crimes.


Bac 2015: Attention, un mystère peut en cacher un autre ! (From pink elephants to blue tigers: No unveiling of the psychedelic Eleusinian mysteries for French students)

20 juin, 2015
https://pbs.twimg.com/media/CH3xeQgW8AAU8xF.jpghttps://tse1.mm.bing.net/th?&id=JN.oN8SJjyxPqEfhIuCzJ%2bFjw&w=300&h=300&c=0&pid=1.9&rs=0&p=0There are, broadly speaking, two types of drinkers. There is the man whom we all know, stupid, unimaginative, whose brain is bitten numbly by numb maggots; who walks generously with wide-spread, tentative legs, falls frequently in the gutter, and who sees, in the extremity of his ecstasy, blue mice and pink elephants. He is the type that gives rise to the jokes in the funny papers. The other type of drinker has imagination, vision. Even when most pleasantly jingled, he walks straight and naturally, never staggers nor falls, and knows just where he is and what he is doing. It is not his body but his brain that is drunken. He may bubble with wit, or expand with good fellowship. Or he may see intellectual spectres and phantoms that are cosmic and logical and that take the forms of syllogisms. It is when in this condition that he strips away the husks of life’s healthiest illusions and gravely considers the iron collar of necessity welded about the neck of his soul. This is the hour of John Barleycorn’s subtlest power. It is easy for any man to roll in the gutter. But it is a terrible ordeal for a man to stand upright on his two legs unswaying, and decide that in all the universe he finds for himself but one freedom–namely, the anticipating of the day of his death. With this man this is the hour of the white logic (of which more anon), when he knows that he may know only the laws of things–the meaning of things never. This is his danger hour. His feet are taking hold of the pathway that leads down into the grave. All is clear to him. All these baffling head-reaches after immortality are but the panics of souls frightened by the fear of death, and cursed with the thrice-cursed gift of imagination. They have not the instinct for death; they lack the will to die when the time to die is at hand. They trick themselves into believing they will outwit the game and win to a future, leaving the other animals to the darkness of the grave or the annihilating heats of the crematory. But he, this man in the hour of his white logic, knows that they trick and outwit themselves. The one event happeneth to all alike. There is no new thing under the sun, not even that yearned-for bauble of feeble souls–immortality. But he knows, HE knows, standing upright on his two legs unswaying. He is compounded of meat and wine and sparkle, of sun-mote and world- dust, a frail mechanism made to run for a span, to be tinkered at by doctors of divinity and doctors of physic, and to be flung into the scrap-heap at the end. Jack London (John Barleycorn)
Un éléphant rose est une métaphore relative aux hallucinations causées par l’abus d’alcool (on parle de delirium tremens) ou tout autre produit stupéfiant. L’expression a été utilisée pour la première fois par l’écrivain américain Jack London en 1913 dans John Barleycorn. (…) Dans le dessin animé Dumbo des studios Disney, on trouve une séquence culte: la danse des éléphants roses. Wikipedia
Le tigre maltais, ou tigre bleu serait présent dans les montagnes de la province de Fujian, dans le sud de la Chine. Son nom vient d’une couleur inhabituelle dans la robe de ce tigre chinois; c’est un bleu maltais poudreux avec des taches blanches sur le visage et des rayures noires. Une variété de couleur rare pour l’espèce similaire à la couleur du chat maltais. De nombreux témoignages très sérieux font état depuis le début du siècle dernier de cette espèce de tigre, mais si elle existe peut-être encore, elle est en voie d’extinction. Pour beaucoup de scientifiques, ces tigres n’existent absolument pas. Il s’agit d’une fantasmagorie qui n’existe que dans les romans. Toutes les photos que l’on peut trouver sont des photos montages (la photo en illustration en est un mais il a été clairement annoncé comme tel afin d’illustrer le propos). D’autres scientifiques estiment que cela est très probable à l’image de la panthère noire ou bien sur du chat maltais, deux autres félins, cependant ils estiment que la couleur de ces tigres serait plus vers le gris. Bon je ne juge pas, en Bretagne nous avons bien les éléphants roses. En tout cas le tigre bleu du Fujian méritait sa place dans notre rubrique cryptozoologie. Dark Asie
De fines feuilles séchées empilées les unes sur les autres. J’en porte une à mes lèvres et je mâche doucement. Ce sont des feuilles de mort, inconnues des mortels. (…) Je les mâche avec lenteur. Et ce goût-là  n’a pas de pareil. C’est grâce à elle que je vois et que tu m’entends. Ce sont les feuilles de l’entre-deux. Je les mâche et c’est comme de n’être plus tout à fait vivant. (…) Je contemplais ce grand fleuve barbare, la rive ennemie, là-bas, au-delà du cours infranchissable. Et c’est là que je le vis. A une centaine de pas devant moi, avançant avec précaution dans les hauts roseaux du fleuve, un tigre bleu. Je crus d’abord que j’étais victime d’une hallucination. Mais il se détacha sur le terre-plein et j’eus tout le loisir de l’observer. C’était le tigre de l’Euphrate …  Laurent Gaudé (Le Tigre bleu de l’Euphrate, 2002)
Pour l’étude du LSD, j’avais trouvé dans les régions méditerranéennes une herbe sauvage très répandue, l’ivraie, plus précisément, la « mauvaise ivraie », celle qui en botanique est classée sous le nom de Lolium temulentum (…). Cette plante est souvent atteinte d’ergot, c’est-à-dire du sclérote d’un champignon parasite connu sous le nom de Claviceps purpurea. Il est vénéneux, au point que la farine de blé, si elle est mélangée à celle de l’ivraie, produit une intoxication, qu’on appelle celle de l’ « ivraie enivrante ». J’ai découvert que ce champignon contenait des combinaisons chimiques très voisines de celles du LSD et produisait sur le psychisme des effets analogues (…). Le Kykéôn, breuvage sacré à base de plantes psychotropes telles que l’ivraie parasité, était utilisé dans les cultes archaïques des religions grecques (…). Pindare, Sophocle, Platon, Alexandre, Marc Aurèle ont au moins une fois dans leur vie, fait l’expérience de l’hallucination que procurait le Kykéôn, la potion psychotrope. Antonio Gnoli (L.S.D. entretiens avec Albert Hofmann, 2004)
J’ai tout de suite été frappé à la lecture de ce texte qui sonne déjà comme un grand classique, de la manière singulière avec laquelle le mode monologué disparaissait progressivement pour laisser place aux voix. C’est comme si de la bouche ou plutôt de l’intérieur même de ce corps exsangue, des multitudes de voix se relayaient pour raconter, avec une envoûtante beauté de la langue, la lente progression des armées d’Alexandre. Sans jamais sombrer dans une fastidieuse et complaisante description des combats – ficelle littéraire des biographes historiques, « comme si vous y étiez » – Gaudé prend le parti de générer la narration d’une manière mystique, voire hallucinatoire. Les feuilles que le roi mourant mâche tout au début, alors qu’il a le ventre vide et qu’il ne peut rien avaler, déclenchent le récit, provoquent les apparitions, le rapprochent petit à petit non pas de la mort, mais d’un état extatique propice au « voyage » dans les ténèbres, tout en gardant un pied dans le monde des vivants. (…) A partir de ce moment, l’expérience chamanique devient une mise en abîme. Alexandre est initié et guidé par un tigre bleu qu’il voit un jour sur le bord de l’Euphrate et qui lui réapparaîtra plusieurs fois ; Alexandre est initiateur et nous guide, provoquant les visions dont nous sommes les témoins. Mohamed Rouabhi

Psychopompe ou psychotrope ?

Alors qu’après la prestigieuse Oxford union et la vérité de 2013 …

Et  les crimes d’honneur de l’an dernier …

C’est les tigres bleus qui passent cette année à la trappe de nos concepteurs de sujets du bac de français de cette année

Et valent à nos pauvres chères têtes blondes les gausseries faciles de nos médias pressés …

Pour avoir dans une épreuve tirée d’un extrait d’une oeuvre contemporaine de Laurent Gaudé intitulée Le Tigre bleu de l’Euphrate

Prétendument confondu un fleuve avec un animal réel …

Comment ne pas voir dans cet énième et systématique effacement, politiquement correct oblige, de tout ce qui pourrait mettre les candidats sur la voie …

Face au mystère d’un animal qui, au-delà de son rôle psychopompe (guide des âmes) dans l’oeuvre en question, pourrait non seulement sous le nom de tigre de Malte, exister ou avoir existé dans la réalité physique de notre monde …

Mais pourrait témoigner, à l’image des éléphants roses de London, d’une expérience proprement hallucinatoire …

Suite à la prise, si l’on en croit le metteur en scène Mohamed Rouabhi, de produits psychotropes liés, depuis les fameux mystères d’Eleusis aux farines contaminées de nos danseurs de St Gui et autres sorcières ou plus récemment à nos adeptes du LSD, à l’ergot du seigle …

Le mystère encore plus profond tant de la désolante habitude de déréalisation du réel de nos autorités éducatives …

Que de l’hélas si fréquente cuistrerie – pour ne pas dire fumisterie – de nombre de ceux qui ont vocation de nous informer ?

 Le Tigre bleu de l’Euphrate
de Laurent Gaudé
mise en scène Mohamed Rouabhi

Présentation
Un destin commun

L’épopée d’Alexandre le Grand est immense. Sans doute plus grande et plus ineffable que toutes les terres qu’il a foulées. Elle est de celle dont seule peut-être la littérature peut venir à bout, s’érigeant à la mesure de l’homme qui rivalisa avec les Dieux.
Et sans doute aussi, la Mort.
C’est ainsi que dans Le Tigre Bleu de l’Euphrate, Laurent Gaudé, loin de vouloir faire plier le géant pour mieux pénétrer son coeur, a choisi de nous le rendre plus proche, marchant à nos côtés sur cette route tant de fois foulée depuis la nuit des temps, vers cette dernière aventure qui nous attend tous un jour, esclaves de l’éphémère, et devant laquelle le pouvoir et la force, la grandeur et le courage, la cruauté et la furie, deviennent des armes vaines et impuissantes.
En choisissant la partie la plus intime, la plus faible, la plus dégradée d’un homme, ce dernier n’en devient que plus digne et plus contemporain.

L’invitation au voyage

J’ai tout de suite été frappé à la lecture de ce texte qui sonne déjà comme un grand classique, de la manière singulière avec laquelle le mode monologué disparaissait progressivement pour laisser place aux voix. C’est comme si de la bouche ou plutôt de l’intérieur même de ce corps exsangue, des multitudes de voix se relayaient pour raconter, avec une envoûtante beauté de la langue, la lente progression des armées d’Alexandre. Sans jamais sombrer dans une fastidieuse et complaisante description des combats – ficelle littéraire des biographes historiques, « comme si vous y étiez » – Gaudé prend le parti de générer la narration d’une manière mystique, voire hallucinatoire.

Les feuilles que le roi mourant mâche tout au début, alors qu’il a le ventre vide et qu’il ne peut rien avaler, déclenchent le récit, provoquent les apparitions, le rapprochent petit à petit non pas de la mort, mais d’un état extatique propice au « voyage » dans les ténèbres, tout en gardant un pied dans le monde des vivants. Il dit :

Ce sont des feuilles de mort, inconnues des mortels. (…) Ce sont les feuilles de l’entre-deux. Je les mâche et c’est comme de n’être plus tout à fait vivant. (…) Alexandre est celui qui verra la mort de son vivant. (…) Alexandre va faire pâlir le dieu des morts, d’étonnement d’abord, puis de ravissement.[[« (…) Pour l’étude du LSD, j’avais trouvé dans les régions méditerranéennes une herbe sauvage très répandue, l’ivraie, plus précisément, la « mauvaise ivraie », celle qui en botanique est classée sous le nom de Lolium temulentum (…). Cette plante est souvent atteinte d’ergot, c’est-à-dire du sclérote d’un champignon parasite connu sous le nom de Claviceps purpurea. Il est vénéneux, au point que la farine de blé, si elle est mélangée à celle de l’ivraie, produit une intoxication, qu’on appelle celle de l’ « ivraie enivrante ». J’ai découvert que ce champignon contenait des combinaisons chimiques très voisines de celles du LSD et produisait sur le psychisme des effets analogues (…). Le Kykéôn, breuvage sacré à base de plantes psychotropes telles que l’ivraie parasité, était utilisé dans les cultes archaïques des religions grecques (…). Pindare, Sophocle, Platon, Alexandre, Marc Aurèle ont au moins une fois dans leur vie, fait l’expérience de l’hallucination que procurait le Kykéôn, la potion psychotrope (…). » In « L.S.D. entretiens avec Albert Hofmann » Antonio Gnoli. 2004 Editions Payot. p. 66]]

A partir de ce moment, l’expérience chamanique devient une mise en abîme. Alexandre est initié et guidé par un tigre bleu qu’il voit un jour sur le bord de l’Euphrate et qui lui réapparaîtra plusieurs fois ; Alexandre est initiateur et nous guide, provoquant les visions dont nous sommes les témoins.

Il ne reste plus rien

Perdant tour à tour des amis chers dans de sanglantes batailles (Darius, Koïnos), Alexandre est en proie au désordre et au doute. Et puis il y a ces paroles, terribles, impossibles, qui clôturent le chapitre IX …

J’aurais dû (…) franchir seul l’Hyphase et continuer ma route vers l’est.
(…) Car le Gange n’était plus loin et je suis sûr que le tigre bleu m’aurait guidé (…).
J’aurais dû (…) m’enfoncer seul, dans la touffeur chaude de l’Inde étrangère.
J’aurais dû, oui, car, depuis, je n’ai fait que mourir.

… suivies de celles qui annoncent le dixième et dernier chapitre :

Je vais mourir maintenant.

On a à peine le temps de comprendre ce qui vient de se passer. La voix du regret et de l’amertume a couvert un instant celle du sage et du guerrier. Elle nous a fait redescendre brutalement et jeté aux bords de l’Hadès. Les vapeurs du puissant narcotique tourbillonnent maintenant autour de nous, se mêlant aux relents d’un corps pourrissant tenant à peine debout.
Dans un dernier souffle de lucidité et d’humilité, Alexandre se présente à la mort, nu.

Pleure sur moi, je suis l’homme qui meurt et disparaît avec sa soif.

Un nouveau continent

Depuis maintenant plus de deux ans, nous poursuivons ensemble avec Carlo Brandt, un compagnonnage poétique et musical, à la lisière du théâtre. Un théâtre que nous aimons tous les deux malmener férocement avec des textes qui brûlent de colère, de sagesse ou de révolte : Charles Mingus, Joshi Yamamoto et Mahmoud Darwich ont déjà cimenté ce petit chemin qui nous conduit aujourd’hui vers un nouveau continent jusqu’ici inexploré.

L’édition des textes contemporains nous offre rarement l’occasion de découvrir des pièces jusqu’ici inédites. Encore plus lorsqu’il s’agît d’un auteur bien vivant. Il faut toutefois considérer pour être honnête, qu’il est difficile pour un éditeur lorsqu’il s’agît d’une oeuvre destinée au théâtre, de mettre sur le marché un ouvrage qui aura peu de chances d’être lu par un public habitué à n’acquérir le texte de la pièce que parce qu’il l’a vu.

C’est donc avec un grand bonheur que j’ai lu un jour ce texte que m’offrit Carlo, après l’avoir travaillé pendant un mois à Kinshasa avec des acteurs congolais.
Les évènements se succédèrent alors très vite et en moins de six mois, nous mettions sur pied ce projet ambitieux.

Au fil des discussions, il nous paraissait évident de fournir à cette ode un cadre esthétique et scénographique qui ne laisserait de place ni au pathos ni à la grandiloquence.
Le « tragique » propre aux textes de Laurent Gaudé, cette sorte de « tenue » de la langue, la rigidité guerrière du protagoniste, nous amenèrent à réfléchir à un traitement spectaculaire et codé du récit de ce roi agonisant.
Les premières propositions radicales concernèrent tout d’abord « l’apparence » et la « lisibilité » du personnage. Pas question de l’affubler d’un costume qu’il soit d’époque ou non.

Ce qui saute aux yeux du lecteur, c’est à la fois la grande force et la grande pauvreté de l’homme qui souffre et qui distille avec une grande précision le peu de vie qu’il lui reste encore.
Alexandre dit à la fin qu’il est aussi nu que l’enfant qui vient de naître et c’est ainsi que nous le voyons. Mais comment alors évacuer les milliers de petites scories qui nous traversent la tête à la vue d’un acteur nu sur un plateau de théâtre, et qui nous empêchent de suivre le cheminement de sa pensée ?
Il faut alors qu’il prenne une apparence plus qu’humaine, celle de l’homme qui perd peu à peu l’usage de son corps, qui s’effrite et se carde au fur et à mesure qu’il s’approche de la fin et qu’il voit la mort prendre forme devant ses yeux.

A l’instar de l’art du Buto, l’usage d’un maquillage blanc mat, d’une grossière poudre de riz abondamment répartie sur le corps de façon à rendre à l’épiderme sa rugosité naturelle et perdre le côté fragile et démuni d’un corps nu exposé aux regards, s’avère être une piste intéressante.

Et puis enfin, il y a Carlo Brandt et ce qui chez lui ne porte pas de nom, cette matière mystique et rare, lorsque l’esprit se libère du corps pour nous livrer la substance brute et âpre du texte, cette capacité de maîtriser l’émotion dans ses moindres manifestations organiques.

Pour mieux nous irradier avec son invisible force.

Voir aussi:

Le tigre bleu de la province du Fujian en Chine
Dark Asie

Le tigre maltais, ou tigre bleu serait présent dans les montagnes de la province de Fujian, dans le sud de la Chine. Son nom vient d’une couleur inhabituelle dans la robe de ce tigre chinois; c’est un bleu maltais poudreux avec des taches blanches sur le visage et des rayures noires. Une variété de couleur rare pour l’espèce similaire à la couleur du chat maltais.
De nombreux témoignages très sérieux font état depuis le début du siècle dernier de cette espèce de tigre, mais si elle existe peut-être encore, elle est en voie d’extinction.

Pour beaucoup de scientifiques, ces tigres n’existent absolument pas. Il s’agit d’une fantasmagorie qui n’existe que dans les romans. Toutes les photos que l’on peut trouver sont des photos montages (la photo en illustration en est un mais il a été clairement annoncé comme tel afin d’illustrer le propos). D’autres scientifiques estiment que cela est très probable à l’image de la panthère noire ou bien sur du chat maltais, deux autres félins, cependant ils estiment que la couleur de ces tigres serait plus vers le gris.

Bon je ne juge pas, en Bretagne nous avons bien les éléphants roses. En tout cas le tigre bleu du Fujian méritait sa place dans notre rubrique cryptozoologie.

Voir également:

Bac français: le mystère du tigre bleu de l’écrivain Laurent Gaudé
Le Parisien

19 Juin 2015

Un extrait de la pièce de théâtre « Le tigre bleu de l’Euphrate », donné à commenter aux épreuves du bac français vendredi, affole les réseaux sociaux: l’auteur Laurent Gaudé évoque-t-il dans ce texte un tigre, comme beaucoup de lycéens l’ont cru, ou un fleuve? Cette question agitait notamment Twitter, où les candidats postaient des messages désespérés, furieux, ou désabusés sur ce fameux tigre bleu.

De faux comptes ont été créés ainsi que fleurissaient des mots-clés #tigrebleu ou #LaurentGaude. Et nombreux étaient ceux qui tweetaient des photos d’un tigre teint en bleu.
« Jurez, le tigre bleu, c’est un fleuve? », demande, affolée, @yelenna1998. « Ce soir, on va tous en rêver de ce tigre bleu », prédisait @Mary_Liine. « Il y a deux types de personnes », indiquait @hugoblet en postant deux photos, l’une représentant un tigre à la fourrure bleutée et l’autre un fleuve.

L’extrait présenté, tiré de la pièce écrite en 2002 par Laurent Gaudé (prix Goncourt 2004 pour « Le soleil des Scorta »), est un monologue d’Alexandre le Grand, qui s’apprête à mourir. Il raconte à la Mort comment le Tigre bleu lui est un jour apparu et comment il a su que le but de sa vie était de le suivre, toujours plus loin, à travers le Moyen-Orient.

« Le #tigrebleu de Laurent Gaudé est en train de croquer l’oiseau bleu de Twitter », note le compte du site d’annales france-examen.fr.
L’extrait était un des trois textes de l’épreuve écrite du bac français (passée en première) pour les élèves des sections scientifique (S) et économique et sociale (ES). Le commentaire de texte s’appuyait sur cet extrait.

Plusieurs lycéens ont noté qu’un texte du même écrivain avait également été donné comme sujet de français au brevet, passé par ces mêmes élèves en 3e. « Il veut la mort de l’année 98 », gémissait @FélicieBignon. La grande majorité des adolescents en 1ère cette année et qui passent donc le bac français sont nés en 1998.

L’auteur, publié aux éditions Actes Sud, n’était pas joignable. Dans un message à l’AFP, sa maison d’édition indique que le Tigre, tout comme l?Euphrate, est un « fleuve d?Asie. L?auteur joue sur l?homonymie entre le fleuve et l?animal pour enrichir la résonance de son texte ».

Que les candidats se rassurent toutefois: « Comme tout texte poétique, il ne peut se réduire à une seule interprétation et au contraire laisser au lecteur la possibilité de choisir celle qu?il voudra fabriquer à partir de son imaginaire, de la rêverie que lui inspire le texte », ajoute Actes Sud.

Voir encore:

Le « tigre bleu » du Bac français « ne peut se réduire à une seule interprétation » selon Actes Sud
L’Express avec AFP

19/06/2015

Les élèves de ES et S se sont retrouvés face à un extrait d’une pièce de théâtre intitulée Le Tigre bleu de l’Euphrate. Beaucoup n’ont pas vu le double sens. Découvrez le texte.
On tient la polémiquette de l’année, et elle vient comme l’année dernière du bac de français. A la sortie de l’épreuve anticipée du bac, voici à quoi ressemblaient les emojis postés sur Twitter par les étudiants.

La tête des candidats au bac de français sur Twitter.

emoji
Et pour cause. Dans la série S et ES (voir les corrigés), l’une des épreuves, au choix des candidats, consistait en un commentaire d’un extrait d’un extrait de la pièce de Laurent Gaudé, Le Tigre bleu de l’Euphrate, paru en 2002. Problème: une partie des candidats n’a pas saisi que le Tigre bleu est aussi le fleuve de Mésopotamie qui coule sur près de 2 kilomètres entre le Taurus et le golfe Persique…

Voici le texte:

L’extrait se situe à la fin de la pièce, composée de dix actes. Une seule voix se fait entendre, celle d’Alexandre le Grand. Au premier acte, il se prépare à mourir et chasse tous ceux qui se pressent autour de lui. Il raconte à la Mort, qu’il imagine face à lui, comment le Tigre bleu lui est un jour apparu et comment il a su que le but de sa vie était de le suivre, toujours plus loin, à travers le Moyen-Orient. Mais, cédant à la prière de ses soldats, il cesse de suivre le Tigre bleu pour faire demi-tour.
[…]

Je vais mourir seul

Dans ce feu qui me ronge,

Sans épée, ni cheval,

Sans ami, ni bataille,

Et je te demande d’avoir pitié de moi,

Car je suis celui qui n’a jamais pu se rassasier,

Je suis l’homme qui ne possède rien

Qu’un souvenir de conquêtes.

Je suis l’homme qui a arpenté la terre entière

Sans jamais parvenir à s’arrêter.

Je suis celui qui n’a pas osé suivre jusqu’au bout le tigre bleu de l’Euphrate.

J’ai failli.

Je l’ai laissé disparaître au loin

Et depuis je n’ai fait qu’agoniser.

A l’instant de mourir,

Je pleure sur toutes ces terres que je n’ai pas eu le temps de voir.

Je pleure sur le Gange

lointain de mon désir.

Il ne reste plus rien.

Malgré les trésors de Babylone,

Malgré toutes ces victoires,

Je me présente à toi, nu comme au sortir de ma mère.

Pleure sur moi, sur l’homme assoiffé.

Je ne vais plus courir,

Je ne vais plus combattre,

Je serai bientôt l’une de ces millions d’ombres qui se mêlent et

s’entrecroisent dans tes souterrains sans lumière.

Mais mon âme, longtemps encore, sera secouée du souffle du cheval.

Pleure sur moi,

Je suis l’homme qui meurt

Et disparaît avec sa soif.

La découverte de leur infortune par certains lycéens ne leur a pas enlevé le sens de l’humour…

Dans les séries S et ES, l’épreuve anticipée de français est au coefficient 2. Mais comme le souligne notre corrigé, le fait que le mot ait ce double sens n’était pas central dans l’explication de texte.

Contacté par L’Express, l’auteur, publié aux éditions Actes Sud, n’était pas joignable ce vendredi. Dans un message, sa maison d’édition indique que le Tigre, tout comme l’Euphrate, est un « fleuve d’Asie. L’auteur joue sur l’homonymie entre le fleuve et l’animal pour enrichir la résonance de son texte ».

Que les candidats se rassurent toutefois: « Comme tout texte poétique, il ne peut se réduire à une seule interprétation et au contraire laisser au lecteur la possibilité de choisir celle qu’il voudra fabriquer à partir de son imaginaire, de la rêverie que lui inspire le texte », ajoute Actes Sud.


Affaire Averroès: La race juive est une race maudite par Allah ! Beaucoup de savants de l’islam le disent (Cursed race: teacher spills the beans on France’s first Muslim school)

8 février, 2015
https://i0.wp.com/www.democratic-republicans.us/images/OK-CRITICIZE-MUSLIMS-NOT-JEWS.gifhttps://i0.wp.com/www.memri.org/image/4043.JPGhttps://i0.wp.com/www.thelocal.dk/userdata/images/article/w468/619e7b2e95c477205bcc010e2416a8c96b32b935549b3781e3105cca9a25fae9.jpg

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Combattez ceux qui ne croient pas en Allah, qui ne considèrent pas comme illicite ce qu’Allah et son prophète ont déclaré illicite (…) jusqu’à ce qu’ils paient, humiliés et de leurs propres mains le tribut. Sourate 9 v 29
Le combat vous est prescrit et pourtant vous l’avez en aversion. Peut-être avez-vous de l’aversion pour ce qui est un bien et de l’attirance pour ce qui est un mal. Allah sait et vous ne savez pas. Sourate 2 v 216
Lorsque les mois sacrés seront expirés, tuez les infidèles partout où vous les trouverez. Sourate 9 v 5
Vous ne les avez pas tué (vos ennemis). C’est Allah qui les a tués. Lorsque tu portes un coup, ce n’est pas toi qui le porte mais Allah qui éprouve ainsi les croyants par une belle épreuve. Sourate 8 v 17
Ne faiblissez pas et ne demandez pas la paix quand vous êtes les plus forts et qu’Allah est avec vous !  Sourate 47 v 35
La récompense de ceux qui font la guerre à Allah (…) c’est qu’ils soient tués ou crucifiés, ou que soient coupés leurs mains ou leurs pieds …Sourate 47 v 35
Les infidèles ne sont que souillure ... Sourate 9 verset 28
 (les juifs et les chrétiens) « Qu’Allah les maudissent … Sourate 9 verset 30
(ceux qui quittent l’Islam) saisissez-les alors, et tuez-les où que vous vous trouviez. Sourate 4 verset 89
C’est pourquoi le Prophète –sur lui soit la paix- a dit : « Il m’a été ordonné de combattre les hommes jusqu’à ce qu’ils disent ‘Il n’y a de divinité qu’Allah’ et qu’ils croient en moi. Ibn Rushd (alias Averroès)
Les savants s’accordent à dire que le djihad est un devoir collectif et non personnel. (…) De l’avis de la majorité des savants, la nature obligatoire du djihad est fondée sur: «Le combat vous a été prescrit alors qu’il vous est désagréable.» (…) L’obligation de participer au djihad s’applique aux hommes adultes libres qui disposent des moyens de partir en guerre et qui sont en bonne santé. (…) Les savants s’accordent sur le fait que tous les polythéistes doivent être combattus. Cela est fondé sur: «Et combattez-les jusqu‘à ce qu’il ne subsiste plus d’association, et que la religion soit entièrement à Allah. Ibn Rush dit Averroès
Les groupes n’aiment guère ceux qui vendent la mèche, surtout peut-être lorsque la transgression ou la trahison peut se réclamer de leurs valeurs les plus hautes. (…) L’apprenti sorcier qui prend le risque de s’intéresser à la sorcellerie indigène et à ses fétiches, au lieu d’aller chercher sous de lointains tropiques les charmes rassurant d’une magie exotique, doit s’attendre à voir se retourner contre lui la violence qu’il a déchainée. Pierre Bourdieu
 Lorsque Mahomet se mit à prêcher son dieu unique, prétendit en être le messager et se mit à légiférer en Son nom, déclarant ceci « permis » ou cela « interdit », certains de ces poètes se moquèrent de lui. Mahomet savait pardonner à ceux qui l’avaient combattu, mais ne tolérait pas qu’on mette en doute sa mission prophétique. Il demanda donc qui allait le débarrasser de ces poètes. Des volontaires se présentèrent et les assassinèrent. Ils tuèrent d’abord Ka’b ibn Achraf, un juif, puis Abou Afak, un vieillard, enfin Asma bint Marwan, une femme qui allaitait. (…) Mahomet assura les assassins qu’ils n’avaient commis aucune faute, un peu dans l’esprit du verset du Coran : « Ce n’est pas vous qui les avez tués ; mais Dieu les a tués » (sourate VIII, verset 17 a). On comprend l’embarras des musulmans d’aujourd’hui. (…) au-delà du refus constamment réitéré, et d’ailleurs légitime, de l’« amalgame » et de la « stigmatisation », comment dire que ces agissements n’ont rien à voir avec l’islam ? Le Coran appelle Mahomet « le bel exemple » (sourate XXXIII, verset 21), qu’il est loisible, voire louable, d’imiter. Comment ne pas comprendre que certains se croient autorisés à commettre en son nom et pour le venger ce genre de crimes ? Rémi Brague
Le mot de «religion» est déjà trompeur en soi. Notre idée d’une religion est calquée, même chez le bouffeur de curés le plus recuit, sur celle que nous nous faisons du christianisme. Nous allons donc dire: dans l’islam, il y a du religieux (les prières, le jeûne, le pèlerinage, etc.) et du non-religieux, la charia, dont les règles vestimentaires, alimentaires, etc. Et nous avons le culot de dire aux musulmans: renoncez à la charia et nous acceptons votre religion! Mais ils ne voient pas les choses comme nous; pour eux, la charia sous ses différentes formes, et avec toutes ses règles, fait partie intégrante de la religion. La mystique, elle, est certes permise, mais facultative. Tout le système de l’islam, si l’on peut dire, repose sur la révélation faite à Mahomet. Attaquer le Prophète, c’est mettre en danger tout l’édifice. Allah est de toute façon bien au-dessus de tous les blasphèmes, c’est pourquoi le nier est presque moins grave… La violence, inhérente à une religion? Il faut distinguer les adhérents à une religion qui ont pu se laisser aller à des violences. Ils ont même pu les justifier au nom de leur religion. Ainsi Charlemagne convertissant de force les Saxons ou, bien sûr, ceux dont on parle toujours, les croisés et les inquisiteurs. Mais aussi les généraux japonais de la Seconde Guerre, bouddhistes zen. Ou Tamerlan, qui s’appuya au début sur les soufis de la confrérie des naqchbandis, dont les massacres, au XIVe siècle, surpassèrent ceux de Gengis Khan. Et rappelons que le plus grand pogrom antichrétien de notre siècle, en 2008, à Kandhamal (Odisha), a été le fait d’hindouistes, qui ne sont pas tendres envers les musulmans non plus. Ceci dit, reste à se demander si l’on peut attribuer des actes de violence au fondateur d’une religion, à celui qui en reste le modèle et à son enseignement. Pour Jésus et Bouddha, on a du mal. Or, malheureusement, nous avons les recueils de déclarations attribuées à Mahomet (le hadith) et ses biographies anciennes, et avant tout celle d’Ibn Ishaq-Ibn Hicham (vers 830). Il faut la lire et se méfier des adaptations romancées et édulcorées. Or, ce qu’on y raconte comme hauts faits du Prophète et de ses compagnons ressemble beaucoup à ce que l’on a vu chez nous et à ce qui se passe à une bien plus grande échelle au Nigeria, sur le territoire de l’État islamique, ou ailleurs. Mahomet a en effet fait décapiter quelques centaines de prisonniers, torturer le trésorier d’une tribu juive vaincue pour lui faire avouer où est caché le magot (on pense au sort d’Ilan Halimi) et, ce qui ressemble fort à notre affaire, commandité les assassinats de trois chansonniers qui s’étaient moqués de lui. Il ne sert de rien de répéter «contextualiser! contextualiser!» Un crime reste un crime.
La figuration de Dieu dans le christianisme repose elle-même sur l’idée d’incarnation. Le Dieu chrétien n’est pas enfermé dans sa transcendance. On ne peut monter vers lui, mais il a voulu descendre vers nous. Il est d’une liberté tellement absolue qu’il peut, pour ainsi dire, transcender sa propre transcendance et se donner lui-même une figure visible en Jésus-Christ. Les icônes, tableaux, fresques, statues, etc., bref les neuf dixièmes de l’art plastique européen, sont, en divers styles, la petite monnaie de cette première entrée dans la visibilité. Quant à se moquer de lui une fois qu’il a pris le risque de prendre une figure humaine, cela a été fait depuis longtemps, et en abondance. Les caricatures de Charlie, et les autres, ne sont rien à côté de ce qu’a dû subir, en vrai, le Crucifié. Leurs tentatives pour blasphémer sont donc moins du scandaleux que du réchauffé. Il est en tout cas intéressant que l’on se moque dans ce cas, non des tortionnaires, mais de leur victime…
[«l’esprit Charlie» … héritier de Voltaire?] «Esprit» me semble un bien grand mot pour qualifier ce genre de ricanement et cette manie systématique, un peu obsessionnelle, de représenter, dans les dessins, des gens qui s’enculent… Voltaire savait au moins être léger quand il voulait être drôle. Ceci dit, Voltaire est pour moi, outre l’un des plus enragés antisémites qui fut, celui qui a fait deux fois embastiller La Beaumelle, qui avait osé critiquer son Siècle de Louis XIV. Plus que ses tragédies, c’est l’affaire Calas qui lui a permis de devenir un de nos totems. Elle n’était pas la seule erreur judiciaire de l’époque. Pourquoi Voltaire a-t-il choisi de s’y consacrer? Ses premières lettres, au moment où il apprend l’histoire, fin mars 1762, le montrent à l’évidence: parce qu’il voulait avant tout attaquer le christianisme. On se souvient du cas: un père protestant soupçonné d’avoir tué son fils qui aurait voulu se faire catholique. On pouvait donc gagner à coup sûr. Si le père Calas était coupable, honte au fanatisme protestant; s’il était innocent, haro sur le fanatisme catholique… Mais attaquer les vrais puissants, les riches fermiers généraux ou les souverains, comme le régent ou le roi, pas question. (…)  n’avons-nous rien d’autre à offrir à nos concitoyens, et en particulier aux musulmans, qu’«être Charlie»? Leur proposer, que dis-je, les sommer de s’identifier à cet irrespect crasseux comme résumant la France, n’est-ce pas les encourager dans le mépris de notre pays et dans le repli identitaire? J’aurais préféré qu’on défilât en scandant: «Je suis Descartes», «Je suis Cézanne», «Je suis Proust»,  Je suis Ravel»…
On a effectivement le droit de tout dire, sauf ce qui fâche… Appeler un chat un chat est devenu difficile. On préfère des euphémismes, au moyen de divers procédés, les sigles par exemple. On dira IVG pour ne pas dire «avortement», et GPA pour ne pas dire «location d’utérus», etc. Ou alors, on dilue en passant au pluriel: on dira «les religions» alors que tout le monde pense «l’islam». Ce n’est pas d’hier: on disait naguère «les idéologies» pour ne pas dire «le marxisme-léninisme». Rémi Brague
Faut-il oublier Averroès sous prétexte qu’il y a eu Ben Laden? À suivre un tel amalgame, il faudrait oublier le Christ sous prétexte qu’il y a eu Torquemada. Henri Pena Ruiz
À partir de 1195, Averroès, déjà suspect comme philosophe, est victime d’une campagne d’opinion qui vise à anéantir son prestige de cadi. Al-Mansûr sacrifie alors ses intellectuels à la pression des oulémas. Averroès est exilé en 1197 à Lucena, petite ville andalouse peuplée surtout de Juifs, en déclin depuis que les Almohades ont interdit toute religion autre que l’islam. Après un court exil d’un an et demi, il est rappelé au Maroc où il reçoit le pardon du sultan, mais n’est pas rétabli dans ses fonctions. Il meurt à Marrakech le 10 ou 11 décembre 1198 sans avoir revu l’Andalousie. La mort d’Al-Mansûr peu de temps après marque le début de la décadence de l’empire almohade. Suspecté d’hérésie, il n’aura pas de postérité en terre d’islam. Une part de son œuvre sera sauvée par des traducteurs juifs. Elle passera par les Juifs de Catalogne et d’Occitanie dans la scolastique latine. Wikipedia
Le sinistre Mostafa Pour-Mohammadi qui ne voulait pas rester dans l’ombre d’Ahmadienjad a rappelé à son public les noms que le saint Coran a employé pour qualifier les juifs : « des menteurs, des falsificateurs de Coran, des racistes, des déviants mentaux, des meurtriers, des bouchers, des corrompus, des fous à lier et des cupides… Iran-Resist
Juifs et musulmans pour moi, ça n’existe pas. Donc, antisémite n’existe pas, parce que juif n’existe pas. Ce sont deux notions aussi stupides l’une que l’autre. Personne n’est juif ou alors tout le monde … pour moi, les juifs, c’est une secte, une escroquerie. C’est une des plus graves parce que c’est la première. Certains musulmans prennent la même voie en ranimant des concepts comme « la guerre sainte » … Dieudonné (Lyon Capitale, 23 janvier 2002)

En dépit de l’emploi des termes « secte et escroquerie », le contexte de l’entretien en cause laisse apparaître qu’en critiquant d’autres religions en des propos également vifs, le prévenu a seulement manifesté son hostilité au principe même du fait religieux et qu’ainsi, les invectives proférées ne s’adressent pas à la communauté juive en tant que telle.
Tribunal correctionnel de Paris (30 juin 2004)
Replacés dans leur contexte, les termes « les juifs, c’est une secte, c’est une escroquerie » relèvent d’un débat théorique sur l’influence des religions et ne constituent pas une attaque dirigée contre la communauté juive en tant que communauté humaine ». Cour d’appel de Paris (9 février 2006)
Cohen , il a dit que j’avais un cerveau malade , alors tu vois , quand j’entends parler Patrick Cohen, je me dis les chambres à gaz… Dommage ! Dieudonné
Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l’UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n’est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! Siné
Les propos de Siné sur Jean Sarkozy et sa fiancée, outre qu’ils touchaient la vie privée, colportaient la fausse rumeur de sa conversion au judaïsme. Mais surtout ils pouvaient être interprétés comme faisant le lien entre la conversion au judaïsme et la réussite sociale et ce n’était ni acceptable ni défendable devant un tribunal. Philippe Val
Le département le plus pauvre et le plus jeune de France est confronté à une crise de vocation des enseignants. A la rentrée de septembre, quatre cent cinquante postes en école primaire étaient vacants. « Avant, on se bagarrait pour les créations de postes. Maintenant, on a les postes, mais ils sont vides », a expliqué Isabelle Guigon, de l’UNSA Education, lors d’une conférence de presse. A ce jour, trois cent vingt-deux contractuels ont été nommés et, face au mécontentement qui monte, notamment à Saint-Denis, la ministre de l’éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, a annoncé jeudi soir plusieurs mesures pour améliorer leur formation et les aider à remplir leur mission. Le Monde (07.11.2014)
Plus l’année avance, plus les exigences semblent baisser pour assurer la présence d’un adulte devant les classes et calmer les parents d’élèves.(…) Comme avec les autres remplaçants recalés au concours.(…) Le ministère reconnaît que la situation en Seine-Saint-Denis est tendue : 250 contractuels y ont été recrutés au mois de septembre. Il en manque encore. « Comme tous les services publics, nous avons un problème d’attractivité en Seine-Saint-Denis. Mais il faut relativiser, car 97 % de notre personnel est stable », explique Béatrice Gilles, la rectrice. Sur ce département, la hausse démographique cumulée au manque de postes et de candidats a créé une véritable thrombose. L’académie recrute mais sans vivier de professeurs formés, les remplaçants habituels étant déjà tous en poste. Pour faire face à cette pénurie, elle fait appel à des adultes sélectionnés par Pôle emploi, pour des contrats à l’année à 1 699,31 euros brut par mois ou des vacations à 20,64 euros de l’heure. Pour la première fois, l’académie a tenu un stand au dernier Forum pour l’emploi des jeunes le 7 octobre au Stade de France. « Depuis trois ans, les dotations augmentent mais on ne fait que courir après la hausse du nombre d’enfants et les créations de classes. On a installé une situation de crise permanente », dénonce Rachel Schneider, responsable départementale du SNUipp-FSU. La crise est encore plus aiguë à Saint-Denis, banlieue qui pâtirait d’une « mauvaise réputation ». Le Monde
La race juive est une race maudite par Allah ! Beaucoup de savants de l’islam le disent. Elève de terminale Lettres (Lycée Averroès)
Oui, ce prophète caricaturé, insulté, moqué, mais surtout ignoré, est aussi Charlie aujourd’hui, n’en déplaise à un grand nombre de musulmans qui trouveront peut-être ce propos déplacé ou naïf, voire insultant, surtout de la part de quelqu’un qui se réclame comme eux de la culture islamique. Oui, j’ose le dire, comme le très beau dessin de Luz le suggère avec tendresse et intelligence : le prophète de l’islam, Mohamed, pleure avec nous toutes les victimes innocentes de la barbarie et de l’ignorance, et demande à Allah le pardon pour les nombreuses brebis égarées se réclamant de sa religion alors qu’elles n’ont toujours pas compris l’essentiel de son message. Soufiane Zitouni
Ces jeunes étaient avant tout Français et ont grandi sur le territoire de la République. En déplaçant le débat sur le terrain religieux, certains ne font que servir la soupe aux populistes et aux islamophobes de tout bord. D’autant que notre démocratie est en train de payer le prix de cette liberté d’expression à géométrie variable qui s’applique au gré des intérêts économiques et politiques de nos oligarques. Je m’étonne, par ailleurs, qu’on n’ait dit mot sur cette recrudescence tangible, au lendemain de l’affaire « Charlie Hebdo », des actes islamophobes et, plus largement, sur cette islamophobie galopante et banalisée dans le discours médiatique, qui se répand dans la société au rythme des images défilant sur nos écrans et qui contribue chaque jour à alimenter les peurs et le rejet de l’autre. Ces partis populistes qui dénigrent en permanence les musulmans sous couvert d’une laïcité dénaturée et bien loin des idéaux défendus par Aristide Briand et Jean Jaurès, n’ont-ils pas aussi une part de responsabilité dans cet attentat ? Ne sommes-nous pas aussi en train de payer le prix de la politique étrangère de la France qui s’ingère avec toute l’arrogance et la cupidité qui l’animent en Afrique et au Proche-Orient ? Sans parler de la question du chômage et du problème de l’éducation. Ne faudrait-il pas construire un nouveau Nous et faire cause commune pour relever les défis de notre époque plutôt que de fabriquer un bouc-émissaire sur lequel chacun va fixer ses peurs et ses angoisses ? Émile Zola affirmait avec éloquence : « À force de montrer au peuple un épouvantail, on crée le monstre réel. » Ces trois jeunes ne sont-ils pas, au fond, le produit de notre société ? Réduire donc cette affaire à une question religieuse ou un problème d’humour en tranchant à coup d’aphorismes prophétiques mal compris est simpliste, voire fallacieux. (…) Pour terminer, les musulmans n’ont bien entendu aucun problème avec l’humour, ni ne sont paranoïaques ; il s’agit plus d’un mépris de la bassesse. Et le prophète, contrairement aux justifications de mon collègue, n’aurait accordé aucun crédit, ni aucune attention à l’humour de « Charlie Hebdo » qui concourt, chaque jour, à la banalisation des actes racistes. Il cueillait la beauté là où elle reflétait le Juste. « Charlie » cultive l’abject ; le prophète, lui, célébrait le beau. Il aurait sans doute honoré la beauté qui émane de la musique de Schubert, de la peinture hollandaise ou de la poésie baudelairienne. Mais à « Charlie », il aurait tourné le dos. Car la liberté n’a de sens que dans un cadre. C’est un sujet classique en philo, pourtant. Si l’humour de « Charlie Hebdo » ne me fait pas rire, il ne faut pas m’en tenir rigueur, car je ne souris qu’à la beauté… et chaque sourire qui se dessine sur mon visage n’aspire qu’à être le reflet du beau. Je ne partage pas les idées de mon cher collègue mais, qu’il s’en assure, je me battrais pour qu’il puisse les exprimer. En salle des profs, notamment !  Sofiane Meziani
Le 20 janvier, un professeur du lycée, proche des frères Tariq et Hani Ramadan, publia une sorte de «réplique» sur le site «L’Obs Le plus». Dans cette tribune, il incrimina mon manque de raison, et tira à boulets rouges sur Charlie Hebdo en affirmant que ce journal «cultive l’abject» et qu’il «concourt, chaque jour, à la banalisation des actes racistes» (sic). Voilà donc ce que pensait un «représentant» du lycée Averroès d’un journal qui venait d’être attaqué tragiquement par des terroristes au nom d’Al Qaeda ! Pas étonnant alors que certains de mes élèves m’aient affirmé en cours que les caricaturistes de Charlie Hebdo assassinés l’avaient bien cherché, voire mérité… Et évidemment, nombre d’élèves me tiendront exactement le même discours que mon «contradicteur» : «vous n’auriez jamais dû écrire dans la presse que le Prophète est aussi Charlie !», «c’est un blasphème !», «vous léchez les pieds des ennemis de l’islam !», etc. (…) Pendant mes cours de philosophie avec mes quatre classes de terminale, les désillusions ont continué. Tout d’abord, le thème récurrent et obsessionnel des Juifs… En plus de vingt années de carrière en milieu scolaire, je n’ai jamais entendu autant de propos antisémites de la bouche d’élèves dans un lycée ! Une élève de terminale Lettres osa me soutenir un jour que «la race juive est une race maudite par Allah ! Beaucoup de savants de l’islam le disent !» Après un moment de totale sidération face à tant de bêtise, j’ai rétorqué à l’adresse de cette élève et de toute sa classe que le Prophète de l’islam lui-même n’était ni raciste, ni antisémite, et que de nombreux textes de la tradition islamique le prouvaient clairement. Dans une classe de terminale ES, un élève au profil de leader, m’a soutenu un jour en arborant un large sourire de connivence avec un certain nombre de ses camarades, que les Juifs dominent tous les médias français et que la cabale contre l’islam en France est orchestrée par ce lobby juif très puissant. Et j’ai eu beau essayer de démonter rationnellement cette théorie du complot sulfureuse, rien n’y a fait, c’était entendu : les Juifs sont les ennemis des musulmans, un point c’est tout ! Cet antisémitisme quasi «culturel» de nombre d’élèves du lycée Averroès s’est même manifesté un jour que je commençais un cours sur le philosophe Spinoza : l’un d’entre eux m’a carrément demandé pourquoi j’avais précisé dans mon introduction que ce philosophe était juif ! En sous-entendant, vous l’aurez compris, que le signifiant «juif» lui-même lui posait problème ! Autre cause de grosses tensions avec mes élèves : ma prétendue non-orthodoxie islamique ! Car évidemment, en tant que professeur de philosophie de culture islamique travaillant dans un lycée musulman, il m’arrivait régulièrement d’établir des passerelles entre mon cours et certains passages du Coran ou de la Sunna (un ensemble d’histoires relatant des propos et des actes du Prophète). Mais j’ai été agressé verbalement par des élèves qui considéraient que je n’avais aucune légitimité pour leur parler de la religion islamique, et de surcroît dans un cours de philosophie ! J’avais beau leur dire que c’était précisément la grande idée du philosophe Averroès que de considérer qu’il ne pouvait y avoir de contradiction entre la vérité philosophique et la vérité coranique, rien n’y faisait. Et puis il y avait les thèmes et les mots tabous… La théorie darwinienne de l’évolution ? Le Coran ne dit pas cela, donc cette théorie est fausse ! J’avais beau me référer au livre de l’astrophysicien Nidhal Guessoum, Réconcilier l’islam et la science moderne dont le sous-titre est justement l’Esprit d’Averroès ! [Aux Presses de la Renaissance, ndlr], qui affirme avec de très solides arguments scientifiques et théologiques que la théorie de l’évolution est non seulement compatible avec le Coran, mais que plusieurs versets coraniques vont dans son sens, rien n’y faisait non plus. Le mot «sexe» lui-même pouvait être tabou. Un jour, une élève (voilée) qui s’était proposée pour lire un texte de Freud, refusa de prononcer le mot «sexe» à chacune de ses occurrences dans l’extrait concerné, et c’est la même élève qui refusa lors d’un autre cours de s’asseoir à côté d’un garçon alors qu’il n’y avait pas d’autre place possible pour elle dans la salle où nous nous trouvions ! J’ai dû alors lui rappeler fermement que la mixité dans l’enseignement français était un principe intangible et non négociable. Enfin, combien d’élèves du lycée n’ai-je pas entendu encenser, défendre, soutenir Dieudonné ! Avec toujours cette même rengaine, comme répétée par des perroquets bien dressés : pourquoi permet-on à Charlie Hebdo d’insulter notre Prophète alors qu’on interdit à Dieudonné de faire de l’humour sur les Juifs ? Je peux vous parler aussi de la salle des professeurs du lycée Averroès, où des collègues musulmans pratiquants font leurs ablutions dans les toilettes communes, donc en lavant leurs pieds dans les lavabos communs, et où la prière peut être pratiquée à côté de la machine à café… Quid des collègues non musulmans (il y en a quelques-uns) qui aimeraient peut-être disposer d’un espace neutre, d’un espace non religieux, le temps de leur pause ? En réalité, le lycée Averroès est un territoire «musulman» sous contrat avec L’Etat… D’ailleurs, certains collègues musulmans masculins se sont permis de faire des remarques sur des tenues vestimentaires de collègues féminines non musulmanes, sous prétexte qu’elles n’étaient pas conformes à l’éthique du lycée ! Et l’une de ces collègues féminines non musulmane m’a dit un jour également qu’elle ne se sentait pas «légitime» (sic) dans le regard de ses élèves, parce qu’elle n’était pas musulmane précisément… Je ne pouvais donc plus cautionner ce qui se passe réellement dans les murs de ce lycée, hors caméras des médias et derrière la vitrine officielle, même si je sais pertinemment que les adultes y travaillant et les élèves ne sont pas tous antisémites et sectaires. Mais, j’ai fini par comprendre au bout de cinq mois éprouvants dans cet établissement musulman sous contrat avec l’Etat français (mon véritable employeur en tant que professeur certifié), que les responsables de ce lycée jouent un double jeu avec notre République laïque : d’un côté montrer patte blanche dans les médias pour bénéficier d’une bonne image dans l’opinion publique et ainsi continuer à profiter des gros avantages de son contrat avec l’Etat, et d’un autre côté, diffuser de manière sournoise et pernicieuse une conception de l’islam qui n’est autre que l’islamisme, c’est-à-dire, un mélange malsain et dangereux de religion et de politique. Enfin, last but not least, il y a ce propos entendu de la bouche même d’un responsable du lycée, lors d’un discours prononcé à l’occasion d’une remise des diplômes à l’américaine aux bacheliers du lycée de la session 2014, en présence de deux «mécènes» du Qatar : «Un jour, il y aura aussi des filles voilées dans les écoles publiques françaises !» Un programme politique ? Soufiane Zitouni

Attention: un double langage peut en cacher un autre !

Discours d’excuse de la violence, accusations de blasphème, thème récurrent et obsessionnel des Juifs, propos antisémites, théories du complot sioniste, refus de travailler sur des textes d’auteurs juifs, rejet de tout discours sur l’islam autre que de la part d’autorités légitimes, thèmes et mots tabous (théorie darwinienne de l’évolution, « sexe »), refus de la mixité hommes-femmes,  soutien de Dieudonné au nom même des lois  liberticides qui le condamnent, accaparement religieux et rituel de l’espace,  pressions vestimentaires, double langage, financements qataris …

Alors qu’un mois après les attentats de Charlie hebdo et de l’Hypercacher comme du « sursaut républicain » nous sommant de nous identifier à notre tour, derrière la nécessaire critique, à la déconstruction nihiliste et pipi caca de tout ce qui nous reste de valeurs ...

Et six mois après le prétendu rétablissement du califat par l’Etat islamique en Irak et la barbarie que l’on sait …

L’on attend toujours la protestation massive de musulmans occidentaux pourtant si rapides à dénoncer drapeau noir à l’appui la violence d’un Israël exerçant, face aux bombardements incessants du Hamas, son simple droit à l’autodéfense …

Pendant que, ne s’étant toujours pas résolu à prononcer le nom de l’ennemi, le prétendu chef du Monde libre n’a même pas pris la peine de se joindre ni à la Marche de Paris contre le terrorisme ni au 70e anniversaire de la libération d’Auschwitz

Et que dans les zones dites sensibles, on n’arrive plus à trouver de professeurs …

Comment au lendemain de la polémique suscitée par la tribune puis la démission d’un professeur de philosophie du seul lycée musulman de France …

Et ses révélations sur le climat réel dudit lycée et ses financements

Ne pas reconnaitre nombre de choses et attitudes depuis longtemps entendues ou vécues …

Mais, politiquement correct oblige, le plus souvent atténuées ou tues autour de nous ?

Mais comment aussi hélas contre l’affirmation bien intentionnée du professeur assurant tout anachronisme mis à part …

Que « le Prophète de l’islam lui-même n’était ni raciste, ni antisémite, et que de nombreux textes de la tradition islamique le prouvent clairement » …

Ne pas accorder à l’une de ses élèves le mérite au moins de la franchise lorsqu’elle soutient au contraire …

Que « beaucoup de savants de l’islam disent que la race juive est une race maudite par Allah » ?

Et surtout ne pas voir derrière la vulgarité hélas obscurcissante de Charlie hebdo

Le vrai problème, à l’instar de ce qui a été fait par les traditions tant juive que chrétienne, de la critique nécessaire …

De textes appelant explicitement – pourquoi continuer à le cacher ? – à la violence et au rejet de l’infidèle ?

TRIBUNE
Pourquoi j’ai démissionné du lycée Averroès
Soufiane Zitouni raconte ses difficultés suite à la publication de sa tribune intitulée «Le Prophète est aussi Charlie», ainsi que son quotidien durant les cinq mois passés au sein de ce lycée.
Soufiane ZITOUNI (Ancien professeur de philosophie au lycée Averroès à Lille)
Libération
5 février 2015

Depuis la rentrée 2014, Soufiane Zitouni enseigne au lycée Averroès, établissement privé musulman, sous contrat avec l’Etat, situé à Lille. Le 15 janvier, il publiait dans Libération une tribune intitulée «Le Prophète est aussi Charlie» dans laquelle il concluait «le prophète de l’islam, Mohamed, pleure avec nous toutes les victimes innocentes de la barbarie et de l’ignorance, et demande à Allah le pardon pour les nombreuses brebis égarées se réclamant de sa religion alors qu’elles n’ont toujours pas compris l’essentiel de son message.»

Il raconte ici ses difficultés suite à la publication de ce texte, ainsi que son quotidien durant les cinq mois passés au sein de ce lycée. Depuis deux semaines, démissionnaire de son poste, Soufiane Zitouni est en arrêt maladie. D’origine algérienne, il se réclame du soufisme, un courant ésotérique de l’islam moins attaché au caractère prescriptif de la religion, privilégiant une voie intérieure. Pendant une vingtaine d’années, il a enseigné dans des établissements catholiques et souhaite favoriser le dialogue interreligieux, tout en prônant un Islam plus ouvert et fraternel.

Depuis la publication de mon texte intitulé «Aujourd’hui, le Prophète est aussi Charlie» dans Libération le 15 janvier, il y a eu quelques «rebonds» dans ma vie, et certains d’entre eux, très négatifs, m’ont mené à démissionner du lycée musulman Averroès de Lille, lycée sous contrat avec l’Etat où j’ai tenté d’exercer durant cinq mois éprouvants mon métier de professeur de philosophie.

J’ai reçu de nombreux soutiens et remerciements après la publication de ce texte, certains m’ont même parlé de «courage». Mais pour moi, prendre la plume pour faire entendre ma voix en tant que citoyen français de culture islamique après les horribles attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher était surtout de l’ordre du devoir. Or, le jour même de la publication de ce texte, un proche de la direction de mon lycée vint m’interrompre en plein cours pour me dire en catimini dans le couloir attenant à ma classe : «Il est très bien ton texte, je suis d’accord avec toi sur le problème des musulmans qui manquent d’humour et de recul par rapport à leur religion, mais tu dois savoir que tu vas te faire beaucoup d’ennemis ici, et je te conseille de regarder derrière toi quand tu marcheras dans la rue…».

Par la suite, un enseignant décida d’afficher une photocopie de mon texte en salle des professeurs. Bien mal lui en prit ! Ma pauvre tribune libre sera retirée plusieurs fois du tableau d’affichage «Vie de l’établissement» par des collègues musulmans furieux qui crieront au sacrilège ! Puis le 20 janvier, un professeur du lycée, proche des frères Tariq et Hani Ramadan, publia une sorte de «réplique» sur le site «L’Obs Le plus». Dans cette tribune, il incrimina mon manque de raison, et tira à boulets rouges sur Charlie Hebdo en affirmant que ce journal «cultive l’abject» et qu’il «concourt, chaque jour, à la banalisation des actes racistes» (sic). Voilà donc ce que pensait un «représentant» du lycée Averroès d’un journal qui venait d’être attaqué tragiquement par des terroristes au nom d’Al Qaeda ! Pas étonnant alors que certains de mes élèves m’aient affirmé en cours que les caricaturistes de Charlie Hebdo assassinés l’avaient bien cherché, voire mérité… Et évidemment, nombre d’élèves me tiendront exactement le même discours que mon «contradicteur» : «vous n’auriez jamais dû écrire dans la presse que le Prophète est aussi Charlie !», «c’est un blasphème !», «vous léchez les pieds des ennemis de l’islam !», etc. Ce texte sera ensuite affiché à côté du mien en salle des professeurs, par souci du «débat démocratique», a-t-on essayé de me faire croire…

J’ai commencé à enseigner la philosophie au lycée Averroès en septembre 2014. Bien qu’on m’ait prévenu que cet établissement était lié à l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF), réputée proche de l’idéologie de Frères Musulmans, j’ai tout de même voulu tenter cette expérience en espérant pouvoir travailler dans l’esprit du grand philosophe Averroès, et donc contribuer, à ma mesure, au développement sur notre territoire national d’un islam éclairé par la raison, comme le philosophe andalou du XIIe siècle a tenté de le faire lui-même de son vivant. Mais en cinq mois de travail dans ce lycée, mon inquiétude et ma perplexité n’ont fait que s’accroître jusqu’à l’épilogue que fut cette réaction incroyable à un texte dont le tort principal aux yeux de mes détracteurs était sans doute d’être intitulé : «Aujourd’hui, le Prophète est aussi Charlie»…

Pour vous donner une première idée de l’illusion qui fait office d’image positive dans la vitrine publique de ce lycée, je vais vous relater ma première mauvaise surprise : la direction m’a confié des élèves de seconde pour deux heures hebdomadaires d’enseignement d’exploration en «Littérature et Société», alors en tant que professeur de philosophie, j’ai décidé de travailler avec eux sur un projet que j’ai nommé «L’esprit d’Averroès» afin de leur faire découvrir celui qui a donné son nom à leur lycée. Mais quelle n’a pas été ma surprise de constater que sur les rayons du CDI de cet établissement, il n’y avait ni livres du philosophe andalou, ni livres sur lui ! En revanche, j’y ai trouvé des ouvrages des frères Ramadan, très prisés dans ce lycée… J’ai dû alors me rabattre sur des bibliothèques municipales de Lille pour pouvoir commencer mon travail.

Pendant mes cours de philosophie avec mes quatre classes de terminale, les désillusions ont continué. Tout d’abord, le thème récurrent et obsessionnel des Juifs… En plus de vingt années de carrière en milieu scolaire, je n’ai jamais entendu autant de propos antisémites de la bouche d’élèves dans un lycée ! Une élève de terminale Lettres osa me soutenir un jour que «la race juive est une race maudite par Allah ! Beaucoup de savants de l’islam le disent !» Après un moment de totale sidération face à tant de bêtise, j’ai rétorqué à l’adresse de cette élève et de toute sa classe que le Prophète de l’islam lui-même n’était ni raciste, ni antisémite, et que de nombreux textes de la tradition islamique le prouvaient clairement. Dans une classe de terminale ES, un élève au profil de leader, m’a soutenu un jour en arborant un large sourire de connivence avec un certain nombre de ses camarades, que les Juifs dominent tous les médias français et que la cabale contre l’islam en France est orchestrée par ce lobby juif très puissant. Et j’ai eu beau essayer de démonter rationnellement cette théorie du complot sulfureuse, rien n’y a fait, c’était entendu : les Juifs sont les ennemis des musulmans, un point c’est tout ! Cet antisémitisme quasi «culturel» de nombre d’élèves du lycée Averroès s’est même manifesté un jour que je commençais un cours sur le philosophe Spinoza : l’un d’entre eux m’a carrément demandé pourquoi j’avais précisé dans mon introduction que ce philosophe était juif ! En sous-entendant, vous l’aurez compris, que le signifiant «juif» lui-même lui posait problème !

Autre cause de grosses tensions avec mes élèves : ma prétendue non-orthodoxie islamique ! Car évidemment, en tant que professeur de philosophie de culture islamique travaillant dans un lycée musulman, il m’arrivait régulièrement d’établir des passerelles entre mon cours et certains passages du Coran ou de la Sunna (un ensemble d’histoires relatant des propos et des actes du Prophète). Mais j’ai été agressé verbalement par des élèves qui considéraient que je n’avais aucune légitimité pour leur parler de la religion islamique, et de surcroît dans un cours de philosophie ! J’avais beau leur dire que c’était précisément la grande idée du philosophe Averroès que de considérer qu’il ne pouvait y avoir de contradiction entre la vérité philosophique et la vérité coranique, rien n’y faisait.

Et puis il y avait les thèmes et les mots tabous… La théorie darwinienne de l’évolution ? Le Coran ne dit pas cela, donc cette théorie est fausse ! J’avais beau me référer au livre de l’astrophysicien Nidhal Guessoum, Réconcilier l’islam et la science moderne dont le sous-titre est justement l’Esprit d’Averroès ! [Aux Presses de la Renaissance, ndlr], qui affirme avec de très solides arguments scientifiques et théologiques que la théorie de l’évolution est non seulement compatible avec le Coran, mais que plusieurs versets coraniques vont dans son sens, rien n’y faisait non plus.

Le mot «sexe» lui-même pouvait être tabou. Un jour, une élève (voilée) qui s’était proposée pour lire un texte de Freud, refusa de prononcer le mot «sexe» à chacune de ses occurrences dans l’extrait concerné, et c’est la même élève qui refusa lors d’un autre cours de s’asseoir à côté d’un garçon alors qu’il n’y avait pas d’autre place possible pour elle dans la salle où nous nous trouvions ! J’ai dû alors lui rappeler fermement que la mixité dans l’enseignement français était un principe intangible et non négociable. Enfin, combien d’élèves du lycée n’ai-je pas entendu encenser, défendre, soutenir Dieudonné ! Avec toujours cette même rengaine, comme répétée par des perroquets bien dressés : pourquoi permet-on à Charlie Hebdo d’insulter notre Prophète alors qu’on interdit à Dieudonné de faire de l’humour sur les Juifs ?

Je peux vous parler aussi de la salle des professeurs du lycée Averroès, où des collègues musulmans pratiquants font leurs ablutions dans les toilettes communes, donc en lavant leurs pieds dans les lavabos communs, et où la prière peut être pratiquée à côté de la machine à café… Quid des collègues non musulmans (il y en a quelques-uns) qui aimeraient peut-être disposer d’un espace neutre, d’un espace non religieux, le temps de leur pause ?

En réalité, le lycée Averroès est un territoire «musulman» sous contrat avec L’Etat… D’ailleurs, certains collègues musulmans masculins se sont permis de faire des remarques sur des tenues vestimentaires de collègues féminines non musulmanes, sous prétexte qu’elles n’étaient pas conformes à l’éthique du lycée ! Et l’une de ces collègues féminines non musulmane m’a dit un jour également qu’elle ne se sentait pas «légitime» (sic) dans le regard de ses élèves, parce qu’elle n’était pas musulmane précisément…

Je ne pouvais donc plus cautionner ce qui se passe réellement dans les murs de ce lycée, hors caméras des médias et derrière la vitrine officielle, même si je sais pertinemment que les adultes y travaillant et les élèves ne sont pas tous antisémites et sectaires. Mais, j’ai fini par comprendre au bout de cinq mois éprouvants dans cet établissement musulman sous contrat avec l’Etat français (mon véritable employeur en tant que professeur certifié), que les responsables de ce lycée jouent un double jeu avec notre République laïque : d’un côté montrer patte blanche dans les médias pour bénéficier d’une bonne image dans l’opinion publique et ainsi continuer à profiter des gros avantages de son contrat avec l’Etat, et d’un autre côté, diffuser de manière sournoise et pernicieuse une conception de l’islam qui n’est autre que l’islamisme, c’est-à-dire, un mélange malsain et dangereux de religion et de politique.

Enfin, last but not least, il y a ce propos entendu de la bouche même d’un responsable du lycée, lors d’un discours prononcé à l’occasion d’une remise des diplômes à l’américaine aux bacheliers du lycée de la session 2014, en présence de deux «mécènes» du Qatar : «Un jour, il y aura aussi des filles voilées dans les écoles publiques françaises !» Un programme politique ?
Soufiane ZITOUNI (Ancien professeur de philosophie au lycée Averroès à Lille)

Voir aussi:

TRIBUNE
Aujourd’hui, le Prophète est aussi «Charlie»
Soufiane ZITOUNI Professeur de philosophie au lycée Averroès à Lille
Libération
14 janvier 2015

Voici une tradition prophétique islamique (hadith) que j’aime raconter à mes élèves de terminale : un jour, un compagnon du prophète Mohamed surprend celui-ci en train de pleurer, et lui demande la raison de ces larmes qui lui fendent le cœur. Le Prophète lui répond alors entre deux sanglots : «J’ai vu que dans le futur j’allais devoir témoigner contre ma propre communauté.» Et je pose ensuite cette question à mes élèves : «Ce futur sur lequel pleurait le Prophète de l’islam, n’est-ce pas notre propre époque ?»

Je veux témoigner dans Libération (journal pour lequel j’ai travaillé dans les années 80 à Lyon au côté de Philippe Lançon que je salue affectueusement et auquel je souhaite un prompt rétablissement), de mon vécu propre des événements tragiques de ces derniers jours, en tant que citoyen français d’abord, et de culture musulmane ensuite. Oui, c’est bel et bien en tant que citoyen français qu’il me faut réagir aujourd’hui, et non pas en tant que membre d’une communauté religieuse (nécessairement hétérogène d’ailleurs, donc imaginaire, irréelle…), d’un mouvement politique, d’un courant d’idée, etc.

J’ai raconté ce hadith mardi à une classe de terminale dans laquelle les élèves sont majoritairement musulmans, et où il y a des filles voilées et d’autres non voilées. Je leur ai raconté cette histoire en ayant à l’esprit la une du Charlie Hebdo, renaissant de ses cendres, révélée par les médias la veille de sa sortie, mais aussi un dessin de Cabu tellement juste et si peu compris par beaucoup de musulmans, malheureusement, montrant un prophète de l’islam en colère s’exclamant : «C’est dur d’être aimé par des cons !» J’atteste ici en tant que citoyen français de culture musulmane de l’authenticité de ce hadith relayé par Cabu, paix à son âme ! Et je brandis en même temps une pancarte avec écrit dessus en lettres capitales : «Humour !»

Depuis quelque temps, et surtout depuis ces horribles meurtres d’innocents commis par des fous furieux criant «Allah est le plus grand !» ou «Le prophète Mohamed a été vengé !», je me demande si beaucoup de musulmans n’ont pas un énorme problème avec l’humour. Et j’ai repensé à un livre du psychanalyste François Roustang, qui m’avait beaucoup intéressé lors de sa sortie, intitulé Comment faire rire un paranoïaque ? François Roustang y explique que nous avons tous en nous un paranoïaque qui a besoin d’ennemis identifiés pour se rassurer quant à son identité propre, parce que ses ennemis lui servent de «limites» ou de «bornes» (qu’il n’a pas pu se constituer lui-même) lui permettant imaginairement de ne pas se diluer en un chaos angoissant. Et François Roustang ajoute que ce paranoïaque en nous, manque cruellement d’humour. Parce que ne plus prendre au sérieux sa propre paranoïa, ses «ennemis certains», ce serait renoncer à son identité imaginaire aussi consistante qu’un ectoplasme. Pourtant, commencer à rire de sa propre folie est le début de la guérison nous révèle aussi Roustang dans son très bon livre tragiquement d’actualité.

Pourquoi tant de musulmans manquent aussi cruellement d’humour, de recul, de sérénité dès que l’on touche à un tabou, un dogme, un interdit auquel ils sont jalousement attachés ? Prenons l’exemple de l’interdiction de la représentation du Prophète. Un sacré tabou au sein de l’islam ! Mais un tabou indéboulonnable vraiment ? J’ai été très proche un temps d’une confrérie soufie, la Tariqa Alawiya, dont le guide spirituel vivant en France est le cheikh Khaled Bentounès. En 2009, à l’occasion du centenaire de cette confrérie, le cheikh Bentounès a édité un bel album, d’une grande richesse iconographique, dans lequel il a osé publier des miniatures persanes représentant le prophète Mohamed, en considérant sereinement que ces représentations faisaient partie du patrimoine de l’islam, et qu’il n’y avait pas toujours eu, dans l’histoire de cette religion, un consensus des savants musulmans quant à l’interdiction de ce type de représentation. Comme il fallait s’y attendre, une polémique violente a immédiatement éclaté dans la presse algérienne, provoquée par deux institutions islamiques de poids, le Haut Conseil islamique et l’Association des oulémas, celle-là même qui combattit avec acharnement les confréries soufies du temps de la colonisation française en les accusant de superstitions non conformes à la charia et d’accointances coupables avec l’envahisseur. Ces mêmes institutions islamiques ont aussi accusé le cheikh Bentounès d’avoir associé dans son album commémoratif le sceau de l’émir Abdelkader à l’étoile de David, symbole du sionisme selon eux, alors qu’il ne faisait que reprendre le symbolisme profond et commun à l’islam et au judaïsme du sceau de Salomon. Mais l’ignorance de ces prétendus «savants» de l’islam (ouléma veut dire «savant» en arabe) nous aura permis au moins de découvrir avec enchantement dans la même presse algérienne, et cela grâce à la pugnacité du cheikh Bentounès, que nombre d’édifices musulmans en Algérie recèlent dans leur architecture ou leur mobilier ce «symbole du sionisme».

Est-ce à dire, alors, que la connaissance serait sœur de l’humour ? A cette question, je réponds sans hésitation, oui ! Ils sont risibles ces pseudo-savants de l’islam qui connaissent si mal leur religion et son patrimoine universel ! Mais ils sont risibles tant qu’ils ne passent pas au stade de la kalachnikov ou de l’attentat dit «kamikaze» pour répondre à ceux qu’ils perçoivent comme des ennemis de l’islam. Rappelons-nous que le prophète Mohamed lui-même disait que «l’encre du savant est plus précieuse que le sang du martyr».

Alors oui, ce prophète caricaturé, insulté, moqué, mais surtout ignoré, est aussi Charlie aujourd’hui, n’en déplaise à un grand nombre de musulmans qui trouveront peut-être ce propos déplacé ou naïf, voire insultant, surtout de la part de quelqu’un qui se réclame comme eux de la culture islamique. Oui, j’ose le dire, comme le très beau dessin de Luz le suggère avec tendresse et intelligence : le prophète de l’islam, Mohamed, pleure avec nous toutes les victimes innocentes de la barbarie et de l’ignorance, et demande à Allah le pardon pour les nombreuses brebis égarées se réclamant de sa religion alors qu’elles n’ont toujours pas compris l’essentiel de son message.

Soufiane ZITOUNI Professeur de philosophie au lycée Averroès à Lille

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« Charlie Hebdo »: le problème n’est pas religieux. Stigmatiser les musulmans est une erreur
Après l’attentat de « Charlie Hebdo » et la prise d’otages de la Porte de Vincennes, des voix se sont élevées contre les musulmans, allant parfois même absurdement les sommer de se désolidariser de ces actes. Pour Sofiane Meziani, professeur et membre du Collectif des musulmans de France, à culturaliser le problème, on a évité de regarder la réalité en face.
Édité par Henri Rouillier
Sofiane Meziani
Professeur d’éthique
LE PLUS/Le Nouvel Obs
20-01-2015

Mon cher collègue, professeur de philosophie, a récemment publié sur « Libération » une tribune intitulée « Aujourd’hui, le prophète est aussi ‘Charlie' », dans laquelle il exprime avec une émotion échappant parfois à sa plume son indignation à l’encontre de cette « majorité de musulmans » – à l’intérieur de laquelle je m’inscris – qui, à ses yeux, manque d’humour et, plus encore, de connaissance.

Quand l’émotion parle, la raison se tait

J’ai d’abord été surpris car je n’ai repéré à aucun moment la marque, l’empreinte du philosophe. Il a parlé de ses élèves en évoquant un hadith qui n’existe pas dans les termes cités, de cheikh Bentounès, de Roustang, de son contentieux avec certaines institutions islamiques sans compter cette longue parenthèse qu’il consacre à son ancien collègue de « Libération », mais mon très cher collègue n’a pas, à mon grand étonnement, abordé le fond du problème. Quand l’émotion parle, la raison se tait.

Je m’étonne de voir mon collègue qui enseigne Kant et Hegel emprunter un tel raccourci en réduisant la « majorité des musulmans » à des paranoïaques et surtout en qualifiant certaines autorités religieuses de pseudo-savants risibles.

Qui ne le connaît pas dirait qu’il prétend détenir le monopole de la compréhension de l’islam. Qui ne le connaît pas dirait que ce professeur de philo a peut-être vécu l’expérience de l’ascension ; qu’il est parvenu à contempler le monde des idées et à s’imprégner de la Lumière véritable, cette Lumière si douce, si éclatante, si pénétrante qu’il tente de répandre dans l’obscurité de la caverne où de nombreux musulmans grincheux, installés confortablement dans leur ignorance, prennent leurs illusions pour des réalités.

Qui ne le connaît pas dirait qu’il est sans doute un poète incompris, cet Albatros, géant maître des cieux, qui une fois au sol parmi les « brebis égarées » s’attire la foudre d’un public peinant à s’affranchir de sa piteuse condition : « Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule ! / Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid ! »

Qui ne le connaît pas dirait, tout simplement, qu’il prend la communauté musulmane de haut. Mais moi je le connais et ne doute point de son humilité. Je le salue au passage.

La communauté musulmane est la principale victime de ces attentats

Cela dit, ce que je regrette, c’est le manque de nuance dans certains discours qui, très vite, trop vite, tendent à culturaliser le problème. Bien entendu, je me suis profondément indigné devant le crime porté contre « Charlie Hebdo ». Non pas en tant que musulman ou citoyen français, mais, tout simplement, en tant que membre du corps de l’humanité. L’indignation, néanmoins, est la seule chose que je partage dans certains discours. Et ce, pour plusieurs raisons.

Sans violence, certes, mais avec non moins d’incompréhension que celle qui guidait les trois individus à l’origine des attentats contre « Charlie Hebdo », les discours en question nous prennent intellectuellement en otages, nous les musulmans, en nous réduisant à la folie de ces « fous furieux », parce que nous n’aurions pas d’humour ou, plutôt, parce que nous ne partageons pas leurs humours.

Je regrette parfois le ton dogmatique de certains propos. Je ne crois pas qu’on résoudra le problème en l’essentialisant et, surtout, en stigmatisant systématiquement la communauté musulmane qui, au fond, est la principale victime de ces crimes. Évitons les raccourcis et empruntons, plutôt, les chemins longs de l’analyse, et partant, renouons avec la culture de la complexification.

Il ne faut pas déplacer le débat sur le terrain religieux

On ne bâtit pas une société à coups d’humeur volatile ou de slogans, « Charlie ou pas Charlie », dénués de sens. Je refuse cette lecture simpliste et binaire du problème et me défends de me positionner selon le ton et les termes du débat qui nous ont été imposés.

Je crois qu’il faut dans un premier temps s’affranchir du type de discours qu’on veut nous définir. Comme s’il n’y avait qu’une seule façon de condamner et de se positionner. Il ne faut donc pas tomber dans le piège de la simplification. Gardons la nuance car il ne s’agit pas seulement d’être pour ou contre. Et plutôt que de coller trop facilement une étiquette culturelle sur le crime, il serait plus pertinent de risquer une réflexion en amont pour tenter de comprendre les causes qui conduisent certains jeunes citoyens français à trouver leurs repères dans la violence.

Ces jeunes étaient avant tout Français et ont grandi sur le territoire de la République. En déplaçant le débat sur le terrain religieux, certains ne font que servir la soupe aux populistes et aux islamophobes de tout bord. D’autant que notre démocratie est en train de payer le prix de cette liberté d’expression à géométrie variable qui s’applique au gré des intérêts économiques et politiques de nos oligarques.

Éviter de fixer la peur et l’angoisse sur un bouc émissaire

Je m’étonne, par ailleurs, qu’on n’ait dit mot sur cette recrudescence tangible, au lendemain de l’affaire « Charlie Hebdo », des actes islamophobes et, plus largement, sur cette islamophobie galopante et banalisée dans le discours médiatique, qui se répand dans la société au rythme des images défilant sur nos écrans et qui contribue chaque jour à alimenter les peurs et le rejet de l’autre.

Ces partis populistes qui dénigrent en permanence les musulmans sous couvert d’une laïcité dénaturée et bien loin des idéaux défendus par Aristide Briand et Jean Jaurès, n’ont-ils pas aussi une part de responsabilité dans cet attentat ? Ne sommes-nous pas aussi en train de payer le prix de la politique étrangère de la France qui s’ingère avec toute l’arrogance et la cupidité qui l’animent en Afrique et au Proche-Orient ?

Sans parler de la question du chômage et du problème de l’éducation. Ne faudrait-il pas construire un nouveau Nous et faire cause commune pour relever les défis de notre époque plutôt que de fabriquer un bouc-émissaire sur lequel chacun va fixer ses peurs et ses angoisses ? Émile Zola affirmait avec éloquence : « À force de montrer au peuple un épouvantail, on crée le monstre réel. » Ces trois jeunes ne sont-ils pas, au fond, le produit de notre société ?

Réduire donc cette affaire à une question religieuse ou un problème d’humour en tranchant à coup d’aphorismes prophétiques mal compris est simpliste, voire fallacieux. Certains discours, d’ailleurs, devraient s’inspirer de la méthode résolutive-compositive de Thomas Hobbes, laquelle permet de comprendre rationnellement le mode de fonctionnement d’une société, comme une horloge dont les ressorts sont un peu difficiles à discerner si on ne la démonte pas pièce à pièce et si l’on ne considère pas chaque composant de façon isolée.

Aussi, éviteraient-ils de passer par ces obscurs raccourcis où la menace de l’ignorance est sans cesse aux aguets.

« Charlie » cultive l’abject

Pour terminer, les musulmans n’ont bien entendu aucun problème avec l’humour, ni ne sont paranoïaques ; il s’agit plus d’un mépris de la bassesse. Et le prophète, contrairement aux justifications de mon collègue, n’aurait accordé aucun crédit, ni aucune attention à l’humour de « Charlie Hebdo » qui concourt, chaque jour, à la banalisation des actes racistes.

Il cueillait la beauté là où elle reflétait le Juste. « Charlie » cultive l’abject ; le prophète, lui, célébrait le beau. Il aurait sans doute honoré la beauté qui émane de la musique de Schubert, de la peinture hollandaise ou de la poésie baudelairienne. Mais à « Charlie », il aurait tourné le dos. Car la liberté n’a de sens que dans un cadre. C’est un sujet classique en philo, pourtant.

Si l’humour de « Charlie Hebdo » ne me fait pas rire, il ne faut pas m’en tenir rigueur, car je ne souris qu’à la beauté… et chaque sourire qui se dessine sur mon visage n’aspire qu’à être le reflet du beau.

Je ne partage pas les idées de mon cher collègue mais, qu’il s’en assure, je me battrais pour qu’il puisse les exprimer. En salle des profs, notamment !

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« Dans les gènes de l’islam, l’intolérance »
Rémi Brague
Le Point
13/01/2015

Rémi Brague est philosophe et historien de la pensée médiévale arabe et juive. Il est l’auteur, entre autres, de « Europe, la voie romaine » (1999), « La loi de Dieu. Histoire philosophique d’une alliance » (Gallimard, 2005), et de « Modérément moderne » (Flammarion, 2014). Il s’exprime au sujet des assassinats de Charlie Hebdo :

« L’attentat contre les dessinateurs de Charlie Hebdo rappelle de vieilles histoires qu’il me faut malheureusement rappeler ici.

À l’époque de Mahomet, dans l’Arabie du début du VIIe siècle, il n’y avait évidemment pas de journalistes, faute de journaux, d’imprimerie, etc. Mais il y avait des poètes. Leurs vers, transmis d’abord de bouche à oreille, pouvaient être louangeurs ou satiriques. Ils influençaient l’opinion, comme le font de nos jours les organes de presse. Lorsque Mahomet se mit à prêcher son dieu unique, prétendit en être le messager et se mit à légiférer en Son nom, déclarant ceci « permis » ou cela « interdit », certains de ces poètes se moquèrent de lui. Mahomet savait pardonner à ceux qui l’avaient combattu, mais ne tolérait pas qu’on mette en doute sa mission prophétique. Il demanda donc qui allait le débarrasser de ces poètes. Des volontaires se présentèrent et les assassinèrent. Ils tuèrent d’abord Ka’b ibn Achraf, un juif, puis Abou Afak, un vieillard, enfin Asma bint Marwan, une femme qui allaitait. Leurs meurtres sont racontés dans la plus ancienne biographie de Mahomet, « La vie de l’envoyé d’Allah » (Sirâ) d’Ibn Ichak, éditée par Ibn Hicham vers 830. Abdourrahman Badawi en a donné une traduction rocailleuse, mais intégrale (Beyrouth, Albouraq, 2001, 2 vol.), qu’on préférera aux nombreuses adaptations de ce texte, qui sont toutes plus ou moins romancées. Mahomet assura les assassins qu’ils n’avaient commis aucune faute, un peu dans l’esprit du verset du Coran : « Ce n’est pas vous qui les avez tués ; mais Dieu les a tués » (sourate VIII, verset 17 a).

On comprend l’embarras des musulmans d’aujourd’hui. Je ne possède pas de statistiques fondées sur des sondages d’opinion parmi eux, mais tout nous invite à croire que leur grande majorité désapprouve ces crimes. Et, en tout cas, ceux qui s’expriment les condamnent sans nuances. Ce qui est à leur honneur. Mais, au-delà du refus constamment réitéré, et d’ailleurs légitime, de l’« amalgame » et de la « stigmatisation », comment dire que ces agissements n’ont rien à voir avec l’islam ? Le Coran appelle Mahomet « le bel exemple » (sourate XXXIII, verset 21), qu’il est loisible, voire louable, d’imiter. Comment ne pas comprendre que certains se croient autorisés à commettre en son nom et pour le venger ce genre de crimes ? »

«En France, on a le droit de tout dire, sauf ce qui fâche»
Le Figaro
Marie-Laetitia Bonavita
16/01/2015

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Rémi Brague analyse les questions philosophiques soulevées par l’attentat de Charlie Hebdo et le sursaut national qui a suivi: la notion de blasphème, la laïcité et la liberté d’expression.

Rémi Brague est philosophe. Son dernier ouvrage «Modérément moderne. Les temps modernes ou l’invention d’une supercherie» est paru en mars 2014 aux éditions Flammarion.

L’attentat contre Charlie Hebdo prétend prendre appui sur des motifs religieux. Y a-t-il une violence inhérente à la religion en général?

Le mot de «religion» est déjà trompeur en soi. Notre idée d’une religion est calquée, même chez le bouffeur de curés le plus recuit, sur celle que nous nous faisons du christianisme. Nous allons donc dire: dans l’islam, il y a du religieux (les prières, le jeûne, le pèlerinage, etc.) et du non-religieux, la charia, dont les règles vestimentaires, alimentaires, etc. Et nous avons le culot de dire aux musulmans: renoncez à la charia et nous acceptons votre religion! Mais ils ne voient pas les choses comme nous; pour eux, la charia sous ses différentes formes, et avec toutes ses règles, fait partie intégrante de la religion. La mystique, elle, est certes permise, mais facultative. Tout le système de l’islam, si l’on peut dire, repose sur la révélation faite à Mahomet. Attaquer le Prophète, c’est mettre en danger tout l’édifice. Allah est de toute façon bien au-dessus de tous les blasphèmes, c’est pourquoi le nier est presque moins grave…

La violence, inhérente à une religion? Il faut distinguer les adhérents à une religion qui ont pu se laisser aller à des violences. Ils ont même pu les justifier au nom de leur religion. Ainsi Charlemagne convertissant de force les Saxons ou, bien sûr, ceux dont on parle toujours, les croisés et les inquisiteurs. Mais aussi les généraux japonais de la Seconde Guerre, bouddhistes zen. Ou Tamerlan, qui s’appuya au début sur les soufis de la confrérie des naqchbandis, dont les massacres, au XIVe siècle, surpassèrent ceux de Gengis Khan. Et rappelons que le plus grand pogrom antichrétien de notre siècle, en 2008, à Kandhamal (Odisha), a été le fait d’hindouistes, qui ne sont pas tendres envers les musulmans non plus.

Ceci dit, reste à se demander si l’on peut attribuer des actes de violence au fondateur d’une religion, à celui qui en reste le modèle et à son enseignement. Pour Jésus et Bouddha, on a du mal. Or, malheureusement, nous avons les recueils de déclarations attribuées à Mahomet (le hadith) et ses biographies anciennes, et avant tout celle d’Ibn Ishaq-Ibn Hicham (vers 830). Il faut la lire et se méfier des adaptations romancées et édulcorées. Or, ce qu’on y raconte comme hauts faits du Prophète et de ses compagnons ressemble beaucoup à ce que l’on a vu chez nous et à ce qui se passe à une bien plus grande échelle au Nigeria, sur le territoire de l’État islamique, ou ailleurs. Mahomet a en effet fait décapiter quelques centaines de prisonniers, torturer le trésorier d’une tribu juive vaincue pour lui faire avouer où est caché le magot (on pense au sort d’Ilan Halimi) et, ce qui ressemble fort à notre affaire, commandité les assassinats de trois chansonniers qui s’étaient moqués de lui. Il ne sert de rien de répéter «contextualiser! contextualiser!» Un crime reste un crime.

Comment a évolué la notion de blasphème en France?

La dernière condamnation pour sacrilège, chez nous, a été celle du chevalier de La Barre, en 1766. Je rappelle d’ailleurs qu’il avait été condamné par des tribunaux civils, les parlements d’Abbeville, puis de Paris, alors que les gens d’Église avaient essayé de le sauver… Nul doute que c’est en reconnaissance de ces efforts que l’on a donné son nom à la rue qui longe la basilique de Montmartre!

Une loi sur le sacrilège, votée en 1825 au début du règne de Charles X, a été abrogée dès 1830, au début de la monarchie de Juillet. Depuis lors, on pense davantage à des délits verbaux ou picturaux qu’à des profanations d’objets considérés comme sacrés. Ce qui n’empêche pas des crétins de combiner le verbal et le matériel en taguant des insultes sur des églises ou des synagogues et aujourd’hui sur des mosquées.

La représentation de Dieu n’est pas autorisée par toutes les religions. La figuration de Dieu permet-elle plus facilement sa caricature?

La figuration de Dieu dans le christianisme repose elle-même sur l’idée d’incarnation. Le Dieu chrétien n’est pas enfermé dans sa transcendance. On ne peut monter vers lui, mais il a voulu descendre vers nous. Il est d’une liberté tellement absolue qu’il peut, pour ainsi dire, transcender sa propre transcendance et se donner lui-même une figure visible en Jésus-Christ. Les icônes, tableaux, fresques, statues, etc., bref les neuf dixièmes de l’art plastique européen, sont, en divers styles, la petite monnaie de cette première entrée dans la visibilité.

Quant à se moquer de lui une fois qu’il a pris le risque de prendre une figure humaine, cela a été fait depuis longtemps, et en abondance. Les caricatures de Charlie, et les autres, ne sont rien à côté de ce qu’a dû subir, en vrai, le Crucifié. Leurs tentatives pour blasphémer sont donc moins du scandaleux que du réchauffé. Il est en tout cas intéressant que l’on se moque dans ce cas, non des tortionnaires, mais de leur victime…

Peut-on dire que «l’esprit Charlie» est héritier de Voltaire?

«Esprit» me semble un bien grand mot pour qualifier ce genre de ricanement et cette manie systématique, un peu obsessionnelle, de représenter, dans les dessins, des gens qui s’enculent… Voltaire savait au moins être léger quand il voulait être drôle.

Ceci dit, Voltaire est pour moi, outre l’un des plus enragés antisémites qui fut, celui qui a fait deux fois embastiller La Beaumelle, qui avait osé critiquer son Siècle de Louis XIV. Plus que ses tragédies, c’est l’affaire Calas qui lui a permis de devenir un de nos totems. Elle n’était pas la seule erreur judiciaire de l’époque. Pourquoi Voltaire a-t-il choisi de s’y consacrer? Ses premières lettres, au moment où il apprend l’histoire, fin mars 1762, le montrent à l’évidence: parce qu’il voulait avant tout attaquer le christianisme. On se souvient du cas: un père protestant soupçonné d’avoir tué son fils qui aurait voulu se faire catholique. On pouvait donc gagner à coup sûr. Si le père Calas était coupable, honte au fanatisme protestant; s’il était innocent, haro sur le fanatisme catholique… Mais attaquer les vrais puissants, les riches fermiers généraux ou les souverains, comme le régent ou le roi, pas question.

Donc, en ce sens, oui, il y a bien une filiation. Et n’avons-nous rien d’autre à offrir à nos concitoyens, et en particulier aux musulmans, qu’«être Charlie»? Leur proposer, que dis-je, les sommer de s’identifier à cet irrespect crasseux comme résumant la France, n’est-ce pas les encourager dans le mépris de notre pays et dans le repli identitaire? J’aurais préféré qu’on défilât en scandant: «Je suis Descartes», «Je suis Cézanne», «Je suis Proust»,  Je suis Ravel»…

La liberté d’expression étant inhérente à la démocratie, peut-on imaginer un islam modéré qui en accepte la règle, au point d’accepter la représentation de Mahomet?

Je préférerais parler des musulmans de chair et d’os, non de l’«islam», mot ambigu qui désigne à la fois une religion, une civilisation millénaire et des hommes. Il est clair que bon nombre d’entre eux s’accommodent très bien de la démocratie et de la liberté d’expression qu’elle permet en France, liberté qui est plus limitée dans leurs pays d’origine. D’ailleurs, même les extrémistes en profitent, à leur façon, pour répandre leur propagande.

Parler d’islam «modéré» me semble de toute façon insultant pour les musulmans. Car enfin, si l’islam est une bonne chose, alors aucune dose ne sera trop forte. Il y a des musulmans que je ne dirais pas «modérés», mais tout simplement, pour employer un mot qui fera sourire, «vertueux»…

N’y a-t-il pas, en France, une contradiction entre les usages du politiquement correct, la novlangue qui l’accompagne et l’affirmation que l’on a le droit de tout dire?

Elle est manifeste, et pas seulement en France. On a effectivement le droit de tout dire, sauf ce qui fâche… Appeler un chat un chat est devenu difficile. On préfère des euphémismes, au moyen de divers procédés, les sigles par exemple. On dira IVG pour ne pas dire «avortement», et GPA pour ne pas dire «location d’utérus», etc. Ou alors, on dilue en passant au pluriel: on dira «les religions» alors que tout le monde pense «l’islam». Ce n’est pas d’hier: on disait naguère «les idéologies» pour ne pas dire «le marxisme-léninisme».

En Allemagne, en Autriche, en Irlande, les lois proscrivent les atteintes au sacré. En France, le principe de laïcité, âprement défendu, les autorise. Comment concilier l’irrespect, le droit de ridiculiser, avec le respect des croyances?

Les lois dont vous parlez sont très variées selon les pays. Et elles visent avant tout à protéger non les croyances, mais les personnes concrètes qui les professent. Elles ne se distinguent guère de lois contre la diffamation en général. En tout cas, les règles qui régissent notre chère laïcité n’autorisent pas les atteintes au sacré, au sens où elles les recommanderaient; je préférerais dire qu’elles les tolèrent.

Le christianisme n’est pas une religion du sacré, mais de la sainteté. Un objet peut être sacré: un «lieu où souffle l’esprit», un monument, un arbre vert, une source, un animal -une vache par exemple-, mais il ne peut en aucun cas être saint. Seule une personne peut être sainte et, en elle, ce qu’elle a de plus personnel, sa volonté libre. Pour le christianisme, Dieu seul est saint. Ceux que nous appelons des saints ne le sont que par participation, par reflet.

Aucune croyance ne mérite le respect, même pas les miennes. C’est que les croyances sont des choses, alors que le respect ne peut avoir pour objet que des personnes. Et ce dernier respect, le seul qui mérite ce nom, est sans limite. Souhaitons qu’il soit réciproque…

«Nous vivons un temps de profanation généralisée», disait Alain Finkielkraut au mois de janvier 2013, au moment de l’affaire Dieudonné. Que reste-t-il de sacré dans nos sociétés modernes?

Nous payons le prix d’une vision des choses selon laquelle «ce qui est juste, c’est ce que dit la loi, voilà, c’est tout», comme l’a rappelé le 14 février 2013 le sénateur Jean-Pierre Michel, faisant d’ailleurs écho, sans le savoir, au système de défense des accusés du procès de Nuremberg. La conséquence de cette façon de voir est que ce que les hommes font, ils peuvent le défaire. En conséquence, ce qui sera solennellement décrété «inviolable et sacré» à un moment donné pourra très bien devenir par la suite un «tabou» qu’il faudra «dépasser». Rien n’est donc à l’abri de la profanation.

Bon nombre de gens font de la profanation leur fonds de commerce. Je ne les envie pas, car leur tâche devient de plus en plus difficile. Sans parler du «politiquement correct» déjà mentionné, ils ont à affronter une baisse tendancielle du taux du profit, car il ne reste plus beaucoup de choses à profaner, faute de sacré encore capable de servir de cible. On a déjà dégommé tant de baudruches… Et à la longue, on s’ennuie à tirer sur des ambulances. On ne peut plus, par exemple, se moquer des gens qui se croient distingués, collet monté, comme on le faisait encore dans les films d’avant-guerre, car tout le monde, et surtout les grands bourgeois, a adopté des mœurs cool, décontract, etc.

Bien des symboles n’ayant pas ou plus de divisions blindées pour les défendre, on pourra donc cracher dessus sans danger. Mais alors, «on triomphe sans gloire». Quand on persiste à s’en prendre à eux, il faudra constamment renchérir sur le blasphème précédent, aller de plus en loin, par exemple dans le scatologique.

En revanche, on voit apparaître de nouvelles idoles, que l’on reconnaît à une sorte d’interdiction d’en rire.

Voir par ailleurs:

Un lycée musulman accusé de dérives islamistes
Caroline Beyer
Le Figaro
06/02/2015

Un enseignant de l’établissement modèle lillois Averroès, sous contrat avec l’État, dénonce une laïcité flouée, un antisémitisme ambiant et une proximité avec l’idéologie des Frères musulmans..

Un pavé dans la «vitrine» Averroés? La démission de Soufiane Zitouni, 47 ans, professeur de philosophie au lycée Averroès, annoncée au grand public par le biais d’une tribune de l’intéressé dans le journal Libération du 6 février porte un coup à l’établissement lillois modèle.

Car ce lycée, portant le nom du philosophe musulman andalou du XIIe siècle, est le symbole de la synthèse réussie entre Islam et la République laïque. Il est le premier établissement musulman privé à avoir passé, en 2008, un contrat avec l’État (au même titre que les établissements catholiques, juifs et laïques privés).

«Une façade», selon Soufiane Zitouni, qui dénonceune laïcité flouée, un antisémitisme ambiant, une élève évoquant même «la race juive maudite par Allah», et une proximité avec l’idéologie des Frères musulmans. Il explique ainsi n’avoir pu trouver un seul livre d’Averroès dans le centre de documentation de l’établissement, quand on y trouve en revanche des ouvrages des frères Ramadan. «Les responsables de ce lycée jouent un double jeu avec notre République laïque: d’un côté montrer patte blanche dans les médias (…) et ainsi continuer à profiter des gros avantages de son contrat avec l’État, et d’un autre côté, diffuser de manière sournoise et pernicieuse une conception de l’islam qui n’est autre que l’islamisme, c’est-à-dire, un mélange malsain et dangereux de religion et de politique», assène-t-il.

«Les responsables de ce lycée jouent un double jeu avec notre République laïque.»

Soufiane Zitouni
Le 15 janvier, au lendemain des attentats, l’enseignant avait publié une première tribune dans Libération. «Ce Prophète caricaturé, insulté, moqué, mais surtout ignoré, est aussi Charlie, expliquait-il. Pourquoi tant de musulmans manquent aussi cruellement d’humour, de recul, de sérénité?»

Aucune remarque alors du côté de la direction du lycée, qui opte pour la libre expression. Mais certains parmi les professeurs et élèves y voient un «blasphème». Jusqu’à cet échange avec «une élève récidiviste, raconte Soufiane Zitouni. Elle a expliqué en substance que les gens de Charlie n’étaient pas si innocents et les frères Kouachi pas si fous». Propos qu’il rapporte à la direction. «Ils m’ont expliqué que certains sujets étaient sensibles et m’ont invité à mettre de l’eau dans mon thé à la menthe…» sourit-il.

«Accusations sans fondement»

Du côté d’Averroès, c’est l’indignation. D’une même voix, les enseignants sous le choc se disent «salis». La direction a tenu hier une conférence de presse et annoncé son intention de porter plainte pour diffamation contre l’enseignant démissionnaire. «Nous sommes profondément choqués. Il s’agit d’accusations sans fondement. Du bavardage», s’insurge Makhlouf Mamèche, directeur adjoint du lycée, en charge de l’enseignement privé à l’Union des organisations islamistes de France (UOIF). Ce dernier est par ailleurs président de la toute jeune Fédération nationale de l’enseignement musulman (Fnem), qui recense deux établissements sous contrat (Averroès et le groupe scolaire al-Kindi à Lyon) et une trentaine d’autres hors contrat (3 000 élèves au total). La Fnem a été créée en mars 2014, en partenariat avec l’UOIF, laquelle est présidée par Amar Lasfar, recteur de la mosquée de Lille-Sud. «L’enseignement musulman en France va prouver qu’il peut former dans l’espace public des citoyens éclairés et responsables, des femmes et des hommes qui ont réussi leurs vies sociales et professionnelles et, dans la sphère privée, de bons musulmans», expliquait à l’époque Makhlouf Mamèche. L’affaire Averroès ne risque-t-elle pas d’éclabousser la fédération? Dans le cadre de la grande mobilisation de l’école pour les valeurs de la République, celle-ci était reçue pour la première fois rue de Grenelle par Najat Vallaud-Belkacem, au lendemain des attentats. Pour l’heure, le rectorat a annoncé qu’il avait demandé, «en accord avec le directeur de l’établissement», la mise en place d’une «mission d’inspection afin de vérifier le respect des termes du contrat d’association signé avec l’État». Dans le cadre de ce contrat, conformément à la loi Debré, le lycée est déjà régulièrement visité. Il se doit de suivre les programmes scolaires, en échange de quoi les salaires des enseignants sont financés. Et son «caractère propre» – tout ce qui relève de la «vie scolaire» – respecté.

C’est en dehors des cours qu’un des responsables du lycée, lors d’un discours de remise des diplômes 2014, aurait expliqué «en présence de mécènes du Qatar» qu’«un jour, il y aura aussi des filles voilées dans les écoles publiques françaises», raconte encore Soufiane Zitouni. L’enseignant d’origine algérienne, né à Roanne, a passé une vingtaine d’années dans des établissements catholiques sous contrat, avant de rejoindre Averroès en septembre dernier. En prélude à toute discussion, il explique qu’il se réclame du soufisme, ce courant mystique de l’islam qui met l’accent sur l’expérience intérieure. Il estime que les professeurs d’éthique ou de culture islamique du lycée enseignent un dogme.

Par le biais d’une autre tribune publiée sur le site L’Obs Le plus, le 20 janvier», Sofiane Meziani, l’un de ces professeurs d’éthique, a répondu à Soufiane Zitouni. «Le prophète, contrairement aux justifications de mon collègue, n’aurait accordé aucun crédit, ni aucune attention à l’humour de «Charlie Hebdo. (…) Charlie cultive l’abject ; le prophète, lui célébrait le beau»

En arrêt-maladie depuis 15 jours, le professeur de philosophie a écrit à Najat Vallaud-Belkacem le 30 janvier. Il espère une nouvelle affectation. Sereinement. «Les soufis ne craignent que Dieu».

Voir par ailleurs:

Teacher quits French school over ‘insidious Islamism’
France 24

2015-02-07
A teacher at France’s only state-funded Muslim faith school has quit his job, writing in a leading newspaper that the establishment was riddled with anti-Semitism and was “promoting Islamism” to pupils.
Philosophy teacher Sofiane Zitouni wrote in left-leaning daily Libération on February 5 that the Averroès Lycée (high school) in the northern French city of Lille was a hotbed of “anti-Semitism, sectarianism and insidious Islamism”.

Zitouni, who is of Algerian descent and began teaching philosophy (which is compulsory for all high-school students in France) at Averroès in September, wrote that he could no longer tolerate the school’s alleged contradictions with France’s strictly secular “Republican values”.

“The reality is that Averroès Lycée is a Muslim territory that is being funded by the state,” he wrote. “It promotes a vision of Islam that is nothing other than Islamism. And it is doing it in an underhand and hidden way in order to maintain its [80 percent] state funding.”

Zitouni’s view of the school could not be further from how the establishment, which has been judged an “excellent” lycée by school inspectors, and achieves a 100 percent pass rate in the baccalaureate exams taken by all French high school students, sees itself.

The school’s director, El Hassane Oufker, told FRANCE 24 the school’s staff and student body were “hugely shocked and upset” by Zitouni’s comments and said that he would be suing him for defamation.

“We are in a state of shock,” he said. “The teachers are depressed and the students are very upset. We never got the chance to discuss [the allegations of Islamism]. We feel betrayed.”

‘Keep an eye over your shoulder’

A week after the terror attacks on satirical magazine Charlie Hebdo, Zitouni wrote his first opinion piece in Libération titled “Today, the Prophet (Mohammed) is also Charlie”, a reference to the popular slogan “Je suis Charlie” (I am Charlie).

In his article, the teacher criticised “pseudo-experts on Islam who don’t understand their own religion”. He also blasted Muslims for failing to have a sense of humour about their own faith.

Zitouni wrote in his second article that after publication of the first, colleagues whispered to him threateningly that he would be wise to “keep an eye over your shoulder when you walk down the street”.

One of his colleagues, ethics teacher Sofiane Meziani, went on to pen a counter article, published in the French weekly L’Obs, where he argued that Charlie Hebdo, which had published cartoons depicting the Prophet Mohammed, was a publication that “contributed to the trivialisation of racist acts”.

‘I have never heard so many anti-Semitic remarks’

Students also voiced their anger, Zitouni wrote, telling him he “licked the shoes of the enemies of Islam” and that his words were “blasphemy”.

His colleagues and pupils’ were even more angered by his statement that in his “20 years as a teacher I have never heard so many anti-Semitic remarks coming from the mouths of students”.

“I would hear that ’Jews dominate in the media’ and that ‘Jews are a cursed race’,” he wrote. “Even the Dutch philosopher Baruch Spinoza is viewed with scepticism purely because he was a Jew.”

“I did all I could to rationally dispel these conspiracy theories but to no avail,” he added. “I hit a brick wall. The Jews [his pupils told him] are the enemies of Islam. Full stop.”

But the school’s principal, El Hassane Oufker, insisted that nothing could be further from the truth.

“He worked here for three months and he saw and heard things that no one else has,” he told FRANCE 24. “The only thing that rings true about what he says is that he has spent a large amount of time talking about Islam in his philosophy lessons.”

‘Professional error’

“He tried to convert the pupils to his Sufi interpretation of Islam, particularly in terms of the veil and the role of women in society,” he added, referring to the more “spiritual” branch of Islam that places less emphasis on the literal interpretation of the Koran.

“It was a professional error on his part. He should have concentrated on the syllabus that is laid out quite clearly in the French state curriculum, something that he did not do.”

The entire teaching staff at the school have subsequently signed a joint communiqué in which they “strongly condemn the slanderous lies” of their former colleague Zitouni.

“This lycée was founded on the principles of openness and tolerance, in keeping with an understanding of Islam that is perfectly in tune with the values of the French Republic”.

Teacher quits French Muslim school accusing it of ‘promoting Islamism’
A teacher in France’s first Muslim faith school quits after accusing it of promoting Islamism to its pupils and alleging that it was was riddled with anti-Semitism
Rory Mulholland, Paris
The Telegraph
08 Feb 2015

France’s first state-funded Muslim faith school says it will sue for defamation one of its teachers who resigned after writing in a national newspaper that the establishment was a hotbed of anti-Semitism and was “promoting Islamism” to pupils.

A week after the terror attacks on Charlie Hebdo magazine in Paris, Sofiane Zitouni wrote a first opinion piece in the daily Libération titled “Today, the Prophet is also Charlie”.

He wrote in a second article in the same paper this week that he had decided to resign from the school in Lille where he had been teaching philosophy since last September because of the negative reaction to the publication of the first piece.

He said that a colleague at the school told him that he “should know that you are going to make yourself a lot of enemies here, and I advise you to keep an eye over your shoulder when you walk down the street.”

“In reality the Averroès Lycée is a Muslim territory that is being funded by the state,” Mr Zitouni wrote. “(It) promotes in a sneaky and pernicious way a vision of Islam that is nothing other than Islamism, which is to say an unhealthy mix of religion and politics.”

He also said that “in twenty years of teaching I have never heard so many anti-Semitic remarks from the mouths of pupils.”

The school in a poor neighbourhood of Lille was the first Muslim faith school to be opened in France and has since its launch in 2004 been judged an “excellent” lycée by school inspectors and scores a 100 percent pass rate in the baccalaureate school-leaving exams.

Its principal, El Hassane Oufker, rejected Mr Zitouni’s allegations and said that he planned to sue him for defamation.

“This lycée was founded on the principles of openness and tolerance and teaches an understanding of Islam that is perfectly in tune with the values of the French Republic,” the school said in a statement.

The local education authority said that, in agreement with the principal, it would carry out an inspection to ”verify that the school was adhering to the terms of the contract that it had signed with the state.”

Teacher quits Muslim school he claimed was riddled with Islamism and anti-Semitism
The Averroès Lycée is suing the former staff member and denies all his claims
Lizzie Dearden
The Independent
07 February 2015

A French philosophy teacher has resigned from one of the country’s only state-funded Muslim schools, claiming it promoted “Islamism” and was riddled with anti-Semitism.

The head of the Averroès Lycée strongly denied Sofiane Zitouni’s claims and threatened to sue him for defamation.

The teacher, who describes himself as a “French citizen of Muslim culture” had been at the private school in Lille for only five months but recorded his alleged experiences in French newspaper Libération.

A week after the Charlie Hebdo attacks, Mr Zitouni wrote a piece entitled “today, the Prophet is also Charlie”, expanding on the “je suis Charlie” slogan that became a rallying call for the satirical newspaper’s supporters around the world.

People take part in a vigil in Trafalgar Square, London, following the deadly terror attack on French satirical magazine Charlie Hebdo in Paris People take part in a vigil in Trafalgar Square, London, following the deadly terror attack on French satirical magazine Charlie Hebdo in Paris He claimed that many Muslims failed to have a sense of humour with their faith, claiming the controversial Charlie Hebdo cover depicting a weeping Mohamed was hated only by those who “still have not understood the essence of his message”.

Mr Zitouni alleged that his article was badly received back at school, with pupils saying his stance was “blasphemy”, that he was grovelling at the feet of the “enemies of Islam” and that the murdered cartoonists “had it coming”.

A colleague warned him that he had made “enemies” with the piece, he claimed, whispering that he should “look behind him” as he walked in the street.

Another teacher from Averroès Lycée wrote an article in response in weekly French newspaper L’Obs. Sofiane Meziani, who is also a member of the French Association of Muslims, wrote that Charlie Hebdo “trivialised racist acts” and that characterising the attacks as a religious issue was reductive.

He concluded: “I do not share the ideas of my dear colleague, but he can be assured that I would fight for his right to express them. Especially in the staff room!”

On the day of the Charlie Hebdo attack, the school’s head teacher issued a statement expressing his condolences to the victims and saying the gunmen had “betrayed and defiled” the values of Islam.

Students held a minute’s silence and a protest holding signs reading “not in my name” and “the Prophet never asked to be avenged”.

People take part in the Unity rally People take part in the Unity rally « Marche Republicaine » in Paris in tribute to the 17 victims of a three-day killing spree by homegrown Islamists But Mr Zitouni, writing yesterday, claimed he resigned from Averroès Lycée because it was playing a “double game” with the secular French republic – presenting a positive image and good exam results to secure public funding while “disseminating stealthily and perniciously a conception of Islam that is nothing other than Islamism – an unhealthy and dangerous mix of religion and politics”.

“The reality is that Averroès Lycée is a Muslim territory that is being funded by the state,” he wrote.

The school has been rated “excellent” by the French schools inspectorate and reportedly achieves an 100 per cent page rate in high school exams.

Protesters in Marawi, Philippines, burn a poster with the face of Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu The first edition of Charlie Hebdo after the attack sparked angry protests because of its cover featuring the Prophet Mr Zitouni claimed to have been told by students that he was not orthodox enough in his own belief in Islam, that Darwin’s theory of evolution was wrong and that a veiled female student refused to say the word “sex” or sit next to a boy.

“In more than 20 years of my teaching career, I have never heard so many anti-Semitic remarks from the mouths of students,” he wrote.

The teacher said he failed to dissuade a student from the theory that “Jews dominate French media” and that a “powerful Jewish lobby” was trying to crush Islam in France, being told that “Jews are the enemies of Muslims”.

Said and Cherif Kouachi, aged 34 and 32 The head teacher said Said and Cherif Kouachi ‘defiled Islam’ with their crimes The school’s head teacher, El Hassane Oufker, told France 24 staff and students were “hugely shocked and upset” by Mr Zitouni’s claims and that he would be sued for defamation.

“We are in a state of shock,” he added. “The teachers are depressed and the students are very upset. We never got the chance to discuss [the allegations of Islamism].

“We feel betrayed…he worked here for three months and he saw and heard things that no one else has.”

The school’s entire teaching body have reportedly signed a joint letter condemning that “slanderous lies” of their former colleague, France 24 reported.


Langues: Excusez mon anglais (No English, please, we’re French: study finds economic development and international engagement go hand-in-hand with English proficiency)

8 février, 2015
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Une bonne partie de ce que nous observons dans les relations entre la France et les Etats-Unis est le produit d’une structure de relations que l’on doit penser comme la confrontation entre deux impérialismes de l’universel. (…) La France est une sorte d’idéologie réalisée: être français, c’est se sentir en droit d’universaliser son intérêt particulier, cet intérêt particulier qui a pour particularité d’être universel. Et doublement en quelque sorte: universel en matière de politique, avec le modèle pur de la révolution universelle, universel en matière de culture, avec le modèle de chic (de Paris). On comprend que, bien que son monopole de l’universel soit fortement contesté, en particulier par les Etats-Unis, la France reste l’arbitre des élégances en matière de radical chic, comme on dit outre-Atlantique ; elle continue à donner le spectacle des jeux de l’universel, et, en particulier, de cet art de la transgression qui fait les avant-gardes politiques et/ou artistiques, de cette manière (qui se sent inimitable) de se sentir toujours au-delà, et au-delà du delà, de jouer avec virtuosité de tous les registres, difficile à accorder, de l’avant-gardisme politique et de l’avant-gardisme culturel (…) C’est dire que nombre des choses qui s’écrivent ou se disent, à propos de la France ou des USA ou de leurs rapports, sont le produit de l’affrontement entre deux impérialismes, entre un impérialisme en ascension et un impérialisme en déclin, et doivent sans doute beaucoup à des sentiments de revanche ou de ressentiment, sans qu’il soit exclu qu’une partie des réactions que l’on serait porté à classer dans l’antiaméricanisme du ressentiment puissent et doivent être comprises comme des stratégies de résistance légitime à des formes nouvelles d’impérialisme… (…) En fait, on ne peut attendre un progrès vers une culture réellement universelle – c’est-à-dire une culture faite de multiples traditions culturelles unifiées par la reconnaissance qu’elles s’accordent mutuellement – que des luttes entre les impérialismes de l’universel. Ces impérialismes, à travers les hommages plus ou moins hypocrites qu’ils doivent rendre à l’universel pour s’imposer, tendent à le faire avancer et, à tout le moins, à le constituer en recours susceptible d’être invoqué contre les impérialismes mêmes qui s’en réclament. Pierre Bourdieu (1992)
L‘anglais ? Ce n’est jamais que du français mal prononcé. Clémenceau
À la Cour, ainsi que dans les châteaux des grands seigneurs, où la pompe et le cérémonial de la Cour étaient imités, la langue franco-normande était la seule en usage ; dans les tribunaux, les plaidoyers et les arrêts étaient prononcés dans la même langue ; bref, le français était la langue de l’honneur, de la chevalerie et même de la justice ; tandis que l’anglo-saxon, si mâle et si expressif, était abandonné à l’usage des paysans et des serfs, qui n’en savaient pas d’autre. Peu à peu, cependant, la communication obligée qui existait entre les maîtres du sol et les êtres inférieurs et opprimés qui cultivaient ce sol, avait donné lieu à la formation d’un dialecte composé du franco-normand et de l’anglo-saxon, dialecte à l’aide duquel ils pouvaient se faire comprendre les uns des autres, et de cette nécessité se forma graduellement l’édifice de notre langue anglaise moderne, dans laquelle l’idiome des vainqueurs et celui des vaincus se trouvent confondus si heureusement, et qui a été si heureusement enrichie par des emprunts faits aux langues classiques et à celles que parlent les peuples méridionaux de l’Europe. Walter Scott (Ivanhoe, 1820)
We are in France. You speak French. Sébastien Chabal
According to Karlin, English is the key to Proust’s « doubleness », and the grit in the oyster of his French. Snobbery besides, his great subjects included the related one of etymology. He loved the way words are rubbed like old coins, names changing shape, competing and merging with other currencies, and he knew that the Academie’s propaganda about the classical purity de la langue française was simply fishing for compliments (two entries), then as now. That was why Proust was so fond of English, the vigorous bastard of Anglo-Saxon and Norman French, swallower of all known tongues. And this was his view as an outsider, as a Jewish homosexual Dreyfusard bourgeois invalid artist: that English was the global future, more orgiastic than golf itself. Lewis Jones
Un poème écrit par Gérard Nolst Trenite, hollandais connu sous le pseudonyme de Charivarius ( 1870-1946) est une démonstration de toutes les exceptions et irrégularités de la langue anglaise entre l’orthographe et la prononciation . Ce poême est tiré du livre : Drop Your Foreign Accent: engelsche uitspraakoefeningen (…) Le Chaos représente un exploit de virtuose en composition, un catalogue de mammouth d’Environ 800 des irrégularités les plus les plus célèbres d’orthographe anglaise traditionnelle, habilement versifiée (si avec quelques lignes maladroites) dans des distiques avec l’alternance de rimes féminines et masculines. La sélection d’exemples apparaît maintenant quelque peu désuète, tout comme quelques-unes de leurs prononciations, en effet quelques mots peuvent même être inconnus aux lecteurs d’aujourd’hui (combien à savoir ce qu’ « une studding-voile » est, ou que sa prononciation nautique est « stunsail » ?) . Le poids de la poésie représente un acte d’accusation aussi valable du chaos orthographique en anglais. La créature la plus chère dans création » s’adressant à la première ligne, est comme « Susy  » à la ligne 5. Ce pourrait être une anonyme quoiqu’une version ronéotypée de la poésie appartenant à Harry Cohen soit consacrée « à Mlle Susanne Delacroix, Paris ». Vraisemblablement elle fut l’une des étudiantes de Nolst Trenité. Chris Upward
Les adultes français ont une maîtrise moyenne de l’anglais, mais globalement ils n’ont pas fait de progrès au cours des 7 dernières années. Dans le 1er rapport EF EPI, la France était en ligne avec le niveau moyen d’anglais en Europe mais, alors que la plupart des pays ont fait des progrès sensibles, la France a stagné. Le niveau d’anglais à Paris est le plus élevé du pays mais reste inférieur à celui de la plupart des capitales européennes. Comme dans la plupart des pays, en France, les femmes parlent mieux anglais que les hommes. En France, le groupe des jeunes adultes est celui qui possède le meilleur niveau. Education First
“There are some countries that are still not giving the basic message that English is a necessary skill,” said Kate Bell, a researcher with EF, in Paris. According to Ms. Bell, the level of English proficiency among French adults suffers both from inadequate teaching at high school level and the reality that — despite fears of French culture’s being overwhelmed by American pop culture, very little English is actually used in everyday life. Unlike its smaller northern European neighbors, France dubs most American films and television shows into French. The top English speakers in continental Europe — Norway, Sweden and the Netherlands — all tend to use subtitling. “It’s a vicious-virtuous cycle,” said Ms. Bell: Audiences not used to subtitling tend to shy away from it, which in turn diminishes their capacity to understand English. France’s secondary school system, which has only recently started testing English oral skills as part of the Baccalaureate, is a major reason for poor language skills, she said. Spain, ranked at 23 in the index, has risen in the listing since introducing public English-Spanish bilingual schools. According to EF data, the country has significantly improved its proficiency level since 2007. Eastern European countries are faring much better. Estonia is fourth in the survey, which puts it in the “very high proficiency” bracket, just after the traditional Scandinavian heavyweights. Poland, Hungary and Slovenia — all in the “high proficiency” bracket — are ranked in the top 10, with Hungary showing significant improvement. “English is the de facto language of communication today between people who don’t share a native language,” Ms. Bell. said “Measuring English proficiency is in many ways a proxy measurement of international integration.” (…) Conversely (…) the EF study suggests that weak proficiency in English may correlate with weak integration into the global economy. “The Middle East and North Africa are the weakest regions in English,” the study said, with Iraq ranked 60th, at the bottom of the list. “Poor English remains one of the key competitive weaknesses of Latin America,” it added, with more than half the countries in the region in the lowest proficiency band. NYT
La relation entre les Français et les langues étrangères est ambiguë. Alors qu’ils se trouvent dans la moyenne en ce qui concerne la mobilité géographique vers un autre pays de l’Union européenne, les Français sont remarquablement peu motivés par la mobilité vers un pays étranger dont la langue n’est pas la leur. Autrement dit, ils disent oui à la mobilité européenne, mais non à l’apprentissage des langues étrangères. Ce constat est d’autant plus inquiétant que leur langue recule face à l’anglais et à l’allemand avec l’élargissement de l’Union européenne: parmi les populations des dix nouveaux États-membres, seuls 3% le maîtrisent, contre 12% dans l’ancienne Union européenne à quinze. Si l’apprentissage des langues ne fait pas l’objet d’un débat sérieux, les Français verront leur marché du travail rétrécir dans les années à venir.  Anna Stellinger
En France les gens ne croient pas à la reconversion (…) Un chef de projet ne peut pas plus devenir avocat qu’un mille-pattes se transformer en aigle. L’un exclut l’autre. Bernard (cité par Lauren Zuckerman, Sorbonne confidential, 2007)
C’est la dissertation avec ses exigences incroyablement archaïques qui fait le plus pour écarter de l’enseignement de l’anglais dans les lycées français ceux qui ne disposent pas du capital culturel nécessaire – et en particulier les locuteurs natifs intelligents et expérimentés de l’anglais (…) En théorie, cette épreuve simple et objective permet d’éliminer les critères subjectifs et l’élément humain si souvent accusés d’exclure les étrangers. En réalité, les critères eux-mêmes sont totalement imprégnés de discrimination et sont bien plus efficaces pour éliminer les candidats non-Français de souche que le plus zélé des partisans de la « France aux Français ». Terence Beck (University of Puget Sound, Tacoma)
The present study shows essentially that it is not only the teaching of foreign languages but also the social status given to foreign languages in France which must be challenged. In order to develop a strong foreign language policy within the education system and to integrate it within society at large it will be necessary to conduct a wide ranging reflection. This reflection should not stay within the education system but should also take into account all the political and social implications of the objective that every citizen should have an operational command of at least one foreign language. (…) It would seem that for French teachers of English what comes first for learning a language remains grammatical correctness. This is why the representation given of learning a language is not conducive to communication. Teachers develop a hankering after perfection which hinders pupils. Thus it is necessary, in France, for teachers and for pupils alike, to have a perfect command of grammar in order to pick up the courage to speak, to express oneself. (…) Teachers aim at “perfection” in the message. Gérard Bonnet
De tous les étudiants que nous recevons, les Français sont ceux qui ont le plus d’inhibition, le plus peur du ridicule et le moins d’aisance à se lancer. Or plus on parle, plus on s’améliore. Oxford Intensive School of English (O.I.S.E.)
La France est pénalisée par sa faible exposition à l’anglais. Hormis à Paris et dans les grandes villes, il est par exemple encore compliqué de trouver des films en VO au cinéma. De la pub aux séries télé, tout est traduit. (…) Les pays scandinaves apprennent l’anglais pour peser à l’international et parce que ça leur coûterait trop cher de tout traduire, étant donné leur population limitée en nombre. La France n’a pas ce besoin… Adeline Prévost
Aujourd’hui, même si c’est de plus en plus difficile, on peut encore vivre en France sans jamais entendre de l’anglais. [Pourtant] la situation monolingue de la France est en train de lentement changer. Il y a quinze ans, je ne pouvais pas donner un texte en anglais à lire à des élèves de master. Aujourd’hui, c’est possible. Les jeunes ont l’habitude de regarder des séries américaines en streaming sur Internet. Il faudra du temps mais la prochaine génération sera bien meilleure. Maria Kihlstedt (Université Paris 10)
L’anglais est difficile parce que la graphie et la phonie ne correspondent pas, et parce que la fréquence des sons est différente de celle du français. (…) (…) On n’apprend pas aux enseignants la phonologie et la meilleure manière d’aborder la prononciation de l’anglais. Sans compter la surcharge des classes, qui comptent 35 élèves… (…) [En Espagne]Le gouvernement a décidé que 50% des cours de la moitié des écoles primaires devraient être bilingues, a fait venir des professeurs d’un peu partout, et a même accordé des bourses pour encourager les jeunes à partir à l’étranger pendant deux-trois semaines durant l’été. Adeline Prévost [la France a certes imposé l’enseignement d’une langue étrangère dès le CP] mais elle ne forme pas les professeurs pour ça. Laure Peskine (secrétaire générale de l’Association des professeurs de langue vivante)

Pas d’anglais, s’il vous plait, nous sommes français !

Arrogance culturelle, culture du sans faute, enseignement trop livresque …

En cette 33e édition du salon Expolangues

Alors qu’entre pickpockets, commerçants antipathiques et piètre maîtrise de l’anglais, la première destination touristique du monde continue ses campagnes pour lutter contre une réputation séculaire …

Et qu’hormis la France, la plupart des pays européens voit baisser leur chômage et remonter leur croissance …

Retour sur la publication, en octobre dernier, d’une nouvelle étude d’Education First sur la maîtrise de l’anglais …

Où les Français se voient à nouveau classer au dernier rang de 21 pays européens et, entre l’Indonésie et Taiwan, 29es sur un total de 63 pays testés …

Société
LANGUES «20 Minutes» fait le point sur le niveau d’anglais des Français, alors que le salon Expolangues a lieu à Paris jusqu’à samedi…
Pourquoi les Français are toujours so bad in English
Nicolas Beunaiche
20 Minutes
06.02.2015

«Semble se complaire dans la médiocrité. Peut mieux faire.» Chaque année, le relevé de notes et les appréciations de la France en anglais sont désespérément les mêmes. Dans la dernière étude publiée en octobre, celle d’Education First, les Français se classent ainsi à la 29e place sur 63, et surtout au dernier rang des 21 pays européens testés sur leur maîtrise de l’anglais. Pire encore, ils ne montrent quasiment aucun signe de progrès par rapport aux années précédentes.

Il n’y a pas là qu’une question de génération. Quel que soit l’échantillon étudié, actifs ou étudiants, le résultat est inchangé. «Aujourd’hui, même si c’est de plus en plus difficile, on peut encore vivre en France sans jamais entendre de l’anglais», regrette Maria Kihlstedt, maître de conférences en sciences du langage à Paris 10. «La France est pénalisée par sa faible exposition à l’anglais, confirme Adeline Prévost, qui présentera samedi les résultats de l’étude d’Education First lors du salon Expolangues. Hormis à Paris et dans les grandes villes, il est par exemple encore compliqué de trouver des films en VO au cinéma. De la pub aux séries télé, tout est traduit.»

Les Français et la peur du ridicule

La France tiendrait-elle donc à ce point à sa langue qu’elle serait prête à se tirer une balle dans le pied? Pour certains spécialistes, il faut y voir une question géopolitique. «Les pays scandinaves apprennent l’anglais pour peser à l’international et parce que ça leur coûterait trop cher de tout traduire, étant donné leur population limitée en nombre, analyse Adeline Prévost. La France n’a pas ce besoin…» Pour d’autres, le Français a tout de même l’excuse de la complexité de la langue. «L’anglais est difficile parce que la graphie et la phonie ne correspondent pas, et parce que la fréquence des sons est différente de celle du français», justifie Laure Peskine, secrétaire générale de l’Association des professeurs de langue vivante.

Tous sont en tout cas d’accord sur un point: si les Français ne s’améliorent pas en anglais, c’est d’abord un problème d’enseignement. La France a beau avoir les professeurs d’anglais les plus qualifiés d’Europe, selon Adeline Prévost, la qualité de l’apprentissage laisserait en effet à désirer. «On n’apprend pas aux enseignants la phonologie et la meilleure manière d’aborder la prononciation de l’anglais, estime Laure Peskine. Sans compter la surcharge des classes, qui comptent 35 élèves…» Nombre d’observateurs pointent aussi la culture française du sans-faute. «De tous les étudiants que nous recevons, les Français sont ceux qui ont le plus d’inhibition, le plus peur du ridicule et le moins d’aisance à se lancer. Or plus on parle, plus on s’améliore», explique-t-on à l’organisme de formation Oxford Intensive School of English (O.I.S.E.).
Le pouvoir du streaming

Ces dernières années, la France a vu passer devant elle l’Espagne dans les classements européens. Un pays dont la langue n’est pourtant pas plus proche de l’anglais que le français. «Le gouvernement a décidé que 50% des cours de la moitié des écoles primaires devraient être bilingues, a fait venir des professeurs d’un peu partout, et a même accordé des bourses pour encourager les jeunes à partir à l’étranger pendant deux-trois semaines durant l’été», détaille Adeline Prévost. Et la France? Elle a certes imposé l’enseignement d’une langue étrangère dès le CP, «mais elle ne forme pas les professeurs pour ça», déplore Laure Peskine, qui craint que les enfants acquièrent de mauvais réflexes. Signe de la place que l’Education nationale accorde à l’anglais, le brevet a par ailleurs intégré en 2011 une nouvelle épreuve orale. La langue de Shakespeare? Non, plutôt William Turner, à travers l’histoire des arts.

Il y a donc de quoi être pessimiste. Pourtant, Maria Kihlstedt considère que «la situation monolingue de la France est en train de lentement changer»: «Il y a quinze ans, je ne pouvais pas donner un texte en anglais à lire à des élèves de master. Aujourd’hui, c’est possible.» «Les jeunes ont l’habitude de regarder des séries américaines en streaming sur Internet, poursuit-elle. Il faudra du temps mais la prochaine génération sera bien meilleure.» Croisons les fingers.

Voir aussi:

English Proficiency Falters Among the French
Christopher F. Schuetze
The New York Times

November 10, 2013

MARSEILLE, France — Marseille’s new Museum of European and Mediterranean Civilisations opened in June, part of the city’s celebration of its status as this year’s European Capital of Culture.

Though the museum is European in ambition, many of its exhibits are labeled only in French: English, though firmly established as the global language of business, education and culture, is glaringly absent from most of the signage, though an English-language audio tour is available.

A study released last week suggests that this absence is symbolic of a significant trend. The study, by Education First, an international education company, found that while English proficiency among European adults is generally increasing, proficiency in France is both low and declining.

According to the third EF English Proficiency Index, released last week, France ranked 35th among 60 nations where English is not the main language. The study put the country’s average English language skills in the “low proficiency” bracket, between China and the United Arab Emirates — and last among European nations. It also found that France was one of only two European countries where proficiency had decreased over the past six years. Norway was the other; but there, proficiency remained at such a high level that the change was insignificant.

The rankings are based on the results of 750,000 online assessment tests completed last year — some online, others by English language school applicants.

EF’s English Proficiency Index, based on the test results, compared country scores with the results of a similar study carried out between 2007 and 2009, to identify trends in proficiency levels over the past six years.

“There are some countries that are still not giving the basic message that English is a necessary skill,” said Kate Bell, a researcher with EF, in Paris.

According to Ms. Bell, the level of English proficiency among French adults suffers both from inadequate teaching at high school level and the reality that — despite fears of French culture’s being overwhelmed by American pop culture, very little English is actually used in everyday life.

Unlike its smaller northern European neighbors, France dubs most American films and television shows into French. The top English speakers in continental Europe — Norway, Sweden and the Netherlands — all tend to use subtitling.

“It’s a vicious-virtuous cycle,” said Ms. Bell: Audiences not used to subtitling tend to shy away from it, which in turn diminishes their capacity to understand English.

France’s secondary school system, which has only recently started testing English oral skills as part of the Baccalaureate, is a major reason for poor language skills, she said.

Spain, ranked at 23 in the index, has risen in the listing since introducing public English-Spanish bilingual schools. According to EF data, the country has significantly improved its proficiency level since 2007.

Eastern European countries are faring much better. Estonia is fourth in the survey, which puts it in the “very high proficiency” bracket, just after the traditional Scandinavian heavyweights. Poland, Hungary and Slovenia — all in the “high proficiency” bracket — are ranked in the top 10, with Hungary showing significant improvement.

“English is the de facto language of communication today between people who don’t share a native language,” Ms. Bell. said “Measuring English proficiency is in many ways a proxy measurement of international integration.”

Turkey, though still a “low proficiency” nation, ranked 41st in the index, was the country showing the biggest improvement in the past six years. EF researchers point to Turkey as a perfect example of economic development and international engagement that go hand-in-hand with English proficiency.

Because of its prominence in international business, higher education and politics, the importance of basic proficiency in English can scarcely be overstated. More than just a linguistic skill, adult English proficiency is key to success in the globalized world.

Conversely, the EF study suggests that weak proficiency in English may correlate with weak integration into the global economy.

“The Middle East and North Africa are the weakest regions in English,” the study said, with Iraq ranked 60th, at the bottom of the list.

“Poor English remains one of the key competitive weaknesses of Latin America,” it added, with more than half the countries in the region in the lowest proficiency band.

 Voir également:

International business
Countries with Better English Have Better Economies
Christopher McCormick
November 15, 2013

Billions of people around the globe are desperately trying to learn English—not simply for self-improvement, but as an economic necessity. It’s easy to take for granted being born in a country where people speak the lingua franca of global business, but for people in emerging economies such as China, Russia, and Brazil, where English is not the official language, good English is a critical tool, which people rightly believe will help them tap into new opportunities at home and abroad.

Why should global business leaders care about people learning English in other parts of the world?

Research shows a direct correlation between the English skills of a population and the economic performance of the country. Indicators like gross national income (GNI) and GDP go up. In our latest edition of the EF English Proficiency Index (EF EPI), the largest ranking of English skills by country, we found that in almost every one of the 60 countries and territories surveyed, a rise in English proficiency was connected with a rise in per capita income. And on an individual level, recruiters and HR managers around the world report that job seekers with exceptional English compared to their country’s level earned 30-50% percent higher salaries.

The interaction between English proficiency and gross national income per capita is a virtuous cycle, with improving English skills driving up salaries, which in turn give governments and individuals more money to invest in language training. On a micro level, improved English skills allow individuals to apply for better jobs and raise their standards of living.

This is one explanation for why Northern European countries are always out front in the EF EPI, with Sweden taking the top spot for the last two years. Given their small size and export-driven economies, the leaders of these nations understand that good English is a critical component of their continued economic success.

It’s not just income that improves either. So does the quality of life. We also found a correlation between English proficiency and the Human Development Index, a measure of education, life expectancy, literacy, and standards of living. As you can see in the chart below, there is a cutoff mark for that correlation. Low and very low proficiency countries display variable levels of development. However, no country of moderate or higher proficiency falls below “Very High Human Development” on the HDI.

For business leaders, knowing which countries are investing in and improving in English can give valuable insight into how a country fits into the global marketplace and how that might affect your company’s strategy. Here are just a few of the questions you might consider:

Which countries are aggressively improving their English proficiency in an effort to attract businesses like mine?
Where could poor English hinder the growth of emerging economies?
In which countries should I target my international recruitment efforts?
As we think about expanding globally, where will my existing, native English-speaking employees find it easiest to relocate?
Business leaders who understand which nations are positioning themselves for a smoother entry into the global marketplace will have a competitive advantage over those who don’t.  Your company needs to know how the center of English language aptitude is shifting. Because knowing English is not just a luxury—it’s the sina qua non of global business today.

Christopher McCormick is Senior Vice President for Academic Affairs at EF Education First and head of the EF Research Network.

Voir encore:

Low English Levels Can Hurt Countries’ Progress
Poor English skills hinder nations’ progress, study says

Charles Anderson

NYT

October 28, 2012

Countries with poor English-language skills also have lower levels of trade, innovation and income, according to a report released last week.

The report ranks 54 countries where English is not a native language, with the top five being Sweden, Denmark, the Netherlands, Finland and Norway. The bottom five were Colombia, Panama, Saudi Arabia, Thailand and Libya.

The results were based on a survey of 1.7 million adults on five continents and released by Education First, an international education company based in Switzerland.

“English is key to innovation and competitiveness,” Michael Lu, senior vice president of Education First, said in the report.

Italy, Spain and Portugal were being held back by the fact that they had some of the poorer English skills in Europe, the report said. In the BRIC grouping, India was ranked the highest, at 14th. It was followed by Russia at 29th, China at 36th and Brazil at 46th.

Women generally scored better than men, and the gender gap was widest in the Middle East and North Africa, according to the report.

SYNTHÈSE
La quatrième édition de l’EF EPI classe 63 pays et territoires en fonction du niveau de compétence en anglais des adultes.
En 2014, la langue anglaise est de plus en plus considérée comme une compétence de base dans une économie mondialisée. Cependant, les différents pays adoptent des approches de l’enseignement de l’anglais bien différentes, avec leurs propres préoccupations, contraintes et solutions. Dans certains cas, un événement international, tel que les Jeux olympiques ou la Coupe du monde, constitue une plate-forme d’initiatives d’apprentissage pour les adultes. Dans d’autres cas, les pressions économiques encouragent les pays à utiliser l’anglais comme catalyseur d’internationalisation et de croissance. Aujourd’hui, tous les pays tentent de déterminer si l’anglais représente une menace pour leur langue nationale, évaluent les moyens de former assez d’enseignants pour créer de nouvelles initiatives dans les salles de classe et s’efforcent autant que possible de mettre en place des outils d’évaluation adéquats.

Alors que la discussion sur l’enseignement de l’anglais fait rage au sein des ministères de l’éducation, des parents investissent dans des programmes périscolaires destinés à élever le niveau d’anglais de leurs enfants, des étudiants diplômés migrent à l’étranger, des professionnels ambitieux passent leurs soirées à étudier en ligne et des entreprises octroient des primes aux candidats maîtrisant correctement l’anglais. Un écart considérable subsiste toujours entre l’apprentissage de la langue anglaise dispensé par la plupart des systèmes scolaires et les attentes des parents, des étudiants et des employeurs.

Dans cette quatrième édition de l’indice de compétence en anglais EF, de nombreuses tendances régionales et démographiques examinées dans les éditions précédentes se confirment. L’élaboration de l’indice international annuel comporte une mise à jour de l’analyse des niveaux d’anglais régionaux et de l’écart des compétences en langue anglaise entre les sexes et les générations. Les dernières données indiquent que :
On assiste globalement à un accroissement des compétences en anglais des adultes, bien que cette augmentation soit loin d’être uniforme dans tous les pays et au sein de toutes les populations.
Les femmes parlent mieux anglais que les hommes dans presque tous les pays sondés. Cet écart de compétences constaté est suffisamment important pour avoir des répercussions sur l’emploi. Pour y remédier, il convient tout d’abord de bien comprendre les causes de la faible maîtrise de l’anglais au sein de la population masculine.

Dans le monde, les adultes en milieu de carrière maîtrisent mieux l’anglais que n’importe quelle autre tranche d’âge. Cette constatation soulève des questions quant à la préparation des jeunes diplômés au marché du travail. Elle démontre également que les adultes peuvent améliorer leurs compétences en-dehors d’un cadre scolaire traditionnel.

Le niveau d’anglais en Europe reste bien plus élevé que dans les autres régions et continue de progresser.

Les pays asiatiques présentent un large éventail de niveaux de compétences, d’élevé à très faible, avec à la fois des progrès spectaculaires et une stagnation persistante.

Dans presque tous les pays d’Amérique latine, du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, la maîtrise de l’anglais est faible, voire très faible. Bien que l’on assiste à une amélioration dans quelques pays de ces régions, ce n’est pas le cas pour la plupart.

Il existe des corrélations solides entre la maîtrise de l’anglais et les revenus, la qualité de vie, l’activité commerciale, l’utilisation d’internet et la durée des études. Ces corrélations sont remarquablement stables au fil du temps.

L’ANGLAIS FACILITE LES AFFAIRES
Un meilleur niveau d’anglais facilite les affaires. Partout dans le monde les entreprises traitent de plus en plus d’affaires en anglais. Celles qui ne le font pas risquent de rester en marge derrière leurs concurrents.

ACTIVITÉ COMMERCIALE EN ANGLAIS
La banque mondiale et l’indice Ease of Doing Business de l’International Finance Corporation classent les environnements réglementaires des économies dans le monde en fonction de leur propension à mettre en place et à exploiter une relation professionnelle. L’indice comporte dix sous-indices, parmi lesquels : la facilité à créer une entreprise, l’exercice d’une activité commerciale transfrontalière, l’exécution des contrats et la résolution de l’insolvabilité. Une très bonne maîtrise de l’anglais facilite également les relations commerciales.

Dans les pays où l’anglais n’est pas une langue officielle, sa bonne maîtrise facilite la mise en place d’une activité commerciale. Aujourd’hui dans le monde, l’anglais est de plus en plus utilisé pour les activités professionnelles des entreprises. Un nombre croissant d’entreprises (p. ex., Rakuten, Nokia, Samsung et Renault) adoptent l’anglais en tant que langue d’entreprise. Celles qui refusent de le faire risquent de se trouver à la traîne par rapport à leurs concurrents.

INVESTIR DANS UNE MAIN D’ŒUVRE MAÎTRISANT L’ANGLAIS
Dans un environnement toujours plus international, les entreprises se tournent vers les marchés mondiaux à la recherche de revenus, d’efficacités opérationnelles et de partenariats stratégiques. La capacité à communiquer et à comprendre les cultures étrangères contribue à la réussite de l’expansion des entreprises à l’étranger. Aujourd’hui, l’anglais est devenu le moyen de communication international le plus courant. Plusieurs raisons expliquent pourquoi la maîtrise de la langue anglaise mène à une compétitivité internationale accrue pour une entreprise.

UNE EXPANSION RÉUSSIE À L’ÉTRANGER
La mondialisation pousse un nombre croissant d’entreprises à s’étendre au-delà de leurs frontières et à internationaliser leur manière de faire des affaires. Une enquête de JPMorgan Chase a révélé que 61 % des entreprises du marché intermédiaire ont été très actives sur les marchés internationaux en 2013, jusqu’à 58 % en 2012 et 43 % en 2011. La communication entre les entreprises et leurs clients, collègues, fournisseurs et partenaires en-dehors du marché national est de plus en plus courante. Les entreprises qui prospèrent dans de telles conditions sont celles dont les employés possèdent les compétences et la formation leur permettant de communiquer efficacement au-delà des frontières.

LA MINIMISATION DES PERTES LIÉES AUX PROBLÈMES DE COMMUNICATION
Selon un sondage de l’Economic Intelligence Unit (EIU), près de la moitié des 572 cadres de sociétés multinationales dans le monde a reconnu que des problèmes de communication ont entravé de grands accords internationaux et ont entraîné par là même des pertes importantes pour leurs entreprises. Ce pourcentage est bien plus élevé pour les cadres des entreprises brésiliennes et chinoises : respectivement 74% et 61% d’entre eux ont reconnu avoir subi de telles pertes.

La conclusion est claire : la langue et les différences culturelles sont des obstacles au succès professionnel. D’après cette étude de l’EIU, 64 % des chefs d’entreprise ont déclaré que les différences linguistiques et culturelles rendent difficile l’implantation de leur entreprise sur les marchés étrangers et que les différences culturelles ont nui à leurs objectifs d’expansion internationale. En outre, 70 % ont déclaré rencontrer parfois des difficultés lors des communications avec les actionnaires.

DE MEILLEURS RÉSULTATS
Presque 90 % des cadres interrogés par l’EIU ont déclaré qu’une amélioration de la communication transfrontalière dans leur entreprise permettrait d’augmenter de manière significative à la fois leurs revenus, leurs bénéfices et leur part de marché, avec de meilleures opportunités d’expansion et moins de pertes relatives aux débouchés commerciaux. Selon une autre étude, menée par Illuminas en 2014, une augmentation des ventes a été constatée pour 79 % des décideurs d’entreprises mondiales ayant investi dans la formation en anglais de leur personnel. Parmi les autres avantages commerciaux, on dénombre une meilleure communication entre les salariés, une productivité plus intense de l’effectif et une plus grande satisfaction de la clientèle.

ANGLAIS ET COMPÉTITIVITÉ ÉCONOMIQUE
Dès la première édition de l’EF EPI sont apparues de solides corrélations entre les niveaux de compétence en anglais d’un pays et un certain nombre
d’indicateurs économiques et sociaux.Historiquement, le fait de parler une seconde langue, ou, plus précisément, de parler une seconde langue d’importance notable, a toujours été le marqueur d’une élite sociale et économique. L’Empire britannique et l’expansion économique des États-Unis ont permis d’étendre l’influence de l’anglais. Aujourd’hui, dans de nombreux pays, l’anglais a remplacé le rôle joué autrefois par le français en tant que marqueur de la classe aristocratique instruite. Cependant, la mondialisation, l’urbanisation et Internet ont radicalement changé le rôle de l’anglais ces 20 dernières années. Aujourd’hui, la maîtrise de l’anglais est de moins en moins associée à une élite et n’est plus, comme autrefois, liée aux États-Unis ou au Royaume-Uni. L’anglais devient progressivement une compétence de base nécessaire pour l’ensemble d’une main d’œuvre, tout comme l’alphabétisation est passée, au cours des deux derniers siècles, de privilège d’élite à pré requis de base d’une population éclairée.

UNE BONNE MAÎTRISE DE L’ANGLAIS EST SYNONYME DE REVENUS PLUS ÉLEVÉS
L’anglais est un élément essentiel dans la détermination de l’accès à l’emploi. En Inde par exemple, les employés parlant couramment l’anglais gagnent en moyenne un salaire horaire plus élevé de 34 % par rapport à ceux ne le parlant pas ; même les salariés ayant des connaissances rudimentaires en anglais ont un salaire plus élevé de 13 % par rapport à ceux n’ayant aucune connaissance de cette langue.

L’interaction entre la maîtrise de l’anglais et le revenu national brut par habitant sous-entend l’existence d’un cercle vertueux, par lequel l’amélioration de la langue anglaise fait augmenter les salaires, ce qui permet aux gouvernements et aux individus d’investir plus d’argent dans la formation en anglais. Pour l’anecdote, cette relation s’applique également à l’échelle micro-économique : une bonne maîtrise de la langue anglaise permet aux individus d’obtenir de meilleurs emplois et d’améliorer leur niveau de vie.

Voir par ailleurs:

Le chômage baisse dans la plupart des pays européens… mais pas en France
Marie Bartnik
Le Figaro
05/01/2015

Le nombre de chômeurs a baissé en Espagne en 2014, pour la deuxième année consécutive. Une baisse du chômage est également observée au Royaume-Uni, en Irlande ou en Grèce… Mais pas en France, en Italie et en Finlande.

En Europe, la France fait désormais figure de triste exception. Alors que l’Hexagone a recensé 27.400 chômeurs supplémentaires en novembre et 181.000 depuis le début de l’année, la plupart de ses voisins peuvent se targuer d’avoir inversé la fameuse «courbe du chômage». Avec 253.000 chômeurs de moins en 2014, l’Espagne fait figure, elle, de bonne élève. Mais ces derniers mois, l’Allemagne, l’Irlande, la Grèce, les pays baltes, les Pays-Bas, la Pologne ou encore le Royaume-Uni ont tous enregistré une baisse de leur taux de chômage, selon Eurostat. Et si le taux de chômage portugais est légèrement remonté en octobre et en novembre, il s’établit à 13,9%, contre plus de 15% l’anée dernière. Une spirale positive dont ne bénéficie pas la France, l’Italie ou encore la Finlande.

En cause, dans ces pays, une croissance atone qui peine à créer de l’emploi. Alors que le PIB français, au deuxième trimestre, a stagné sur un an, celui de l’Irlande a progressé, sur la même période, de 6,5%, celui du Royaume-Uni de 3,2%, celui de l’Espagne de 1,2% et celui du Portugal de 0,9%. «Dans les pays anglo-saxons, les principaux freins pesant sur la demande semblent à présent levés», note l’Insee dans sa dernière note de conjoncture. Le reste de la zone euro reste pénalisé par une demande intérieure en berne. Mais la France, l’Italie et la Finlande réalisent des performances particulièrement négatives (respectivement 0%, -0,4% et -0,1%). Difficile, dans ces conditions, de faire baisser le chômage de part et d’autres des Alpes.

Contrats zéro heures
Les pays du Sud de l’Europe – la Grèce, l’Espagne et le Portugal- engrangent aussi le fruit des réformes engagées pendant la crise. Pris dans la tourmente financière ces dernières années, ils ont renforcé la compétitivité de leurs économies. L’Espagne a par exemple réformé son marché du travail, facilitant les licenciements comme les baisses de salaires. Pour créer des emplois, une croissance moins forte qu’avant la crise y est aujourd’hui nécessaire. La piste de la modération salariale a également été empruntée par Lisbonne. Quant à la Grèce, elle retrouve le chemin de la croissance après plusieurs années de réformes drastiques et douloureuses. Le taux de chômage n’en reste pas moins extrêmement élevé.

Dans plusieurs pays européens, la baisse du chômage ne va d’ailleurs pas sans contreparties. Au Royaume-Uni, où il ne dépasse pas 6%, les contrats de travail ultra-flexibles, comme les contrats «zéro heure» (le salarié peut être convoqué à la dernière minute) se sont développés, et avec eux le nombre de travailleurs pauvres en situation précaire. «En Espagne, outre la baisse des salaires, les contrats de travail à temps temporaires et à temps partiel ont progressé. Mais avec un taux de chômage qui culmine encore à près d’un quart de la population active, difficile pour les Espagnols de refuser une opportunité de travailler…

Les 10 commandements de l’apprentissage des langues
Le Café du FLE

Kató Lomb (née à Pécs le 8 février 1909 et morte à Budapest le 9 juin 2003) était une traductrice, linguiste et interprète hongroise.
Elle a appris 17 langues (!) tout au long de sa vie.
Comme elle était plutôt expérimentée dans ce domaine, elle nous a laissé les 10 commandements de l’apprentissage d’une langue étrangère. Vous êtes prêts ? C’est parti !

I – Pratique tous les jours
Pas le temps ? Mais si, voyons.
Il suffit par exemple de se lever un tout petit peu plus tôt tous les jours et de se lancer dans un monologue de 10 minutes.
II – Si ton enthousiasme fléchit, ne force pas, n’abandonne pas tout mais bascule.
Ex : Tu apprends le français et n’en peux plus de cet article et de chercher dans le dictionnaire. Fais une pause en écoutant une chanson francophone que tu apprécies.
III – N’apprends pas de mots isolés. Ne les laisse jamais seuls.
Il vaut mieux apprendre directement des groupes de mots ou des phrases.
IV – Note des éléments de phrases dans la marge des textes que tu lis.
Ils formeront autant d’éléments complets à réutiliser lors des prises de paroles ou lors d’une rédaction.
V – Lorsque tu es fatigué(e), utilise le divertissement pour continuer d’avancer
On peut toujours être en train de pratiquer linguistiquement : par exemple, traduire une publicité dans le bus.
VI – Mémorise seulement le contenu qui a été corrigé par un enseignant.
VII – Mémorise les expressions idiomatiques à la première personne du singulier.
Cette habitude a deux avantages : ne pas tergiverser dans la prise de notes et rendre facilement utilisable l’expression pour plus tard.
VIII – Sois convaincu(e) que tu es fort(e) en langue ! Quand ça ne marche pas, c’est que les connaissances sont en train de se construire, de faire leur chemin, de se mettre en place !
IX – Ne crains pas les erreurs, parle. Parle en demandant à ton interlocuteur de te corriger. Dis-lui que tu apprécies le fait d’être corrigé(e), que tu ne seras pas vexé(e).
X – Une langue étrangère est un château. Il faut l’attaquer de toutes parts, et avec toutes les armes : la radio, les conversations, les manuels, le ciné, le journal, la télé, la radio !

Voir encore:

Gestuelle de l’enseignant : « Le geste permet d’accéder au sens et renforce la mémorisation lexicale ». Entretien avec Marion Tellier
Café du FLE

Bonjour Marion, pourriez-vous nous présenter votre parcours ?

Bonjour. J’ai commencé par faire des études d’anglais. Après une maîtrise de littérature britannique, j’ai fait une maîtrise FLE car je voulais enseigner les langues. Après cela, j’ai poursuivi en DEA (l’ancien équivalent du Master 2 recherche) où j’ai commencé à travailler sur la gestuelle des enseignants de langue. Ce sujet m’a passionnée et comme il y avait peu de travaux sur le sujet, j’ai poursuivi avec un doctorat de linguistique, obtenu en 2006. J’ai ensuite été recrutée comme maître de conférences en didactique des langues à Aix Marseille Université où j’enseigne la didactique et les études de la gestuelle. Je suis également membre du Laboratoire Parole et Langage du CNRS.

Pourquoi vous êtes-vous intéressée à la gestuelle ?

J’étais enseignante de FLE et d’anglais et je voyais bien que le geste était une technique pédagogique très pertinente notamment pour l’accès au sens et pour la mémorisation lexicale. Cependant, quand j’ai cherché des informations sur le sujet, j’ai constaté qu’il y avait très peu d’études. Dans les ouvrages pédagogiques ou dans les instructions officielles, on conseille souvent aux enseignants de « faire des gestes » mais personne n’explique comment ni pourquoi. Et surtout aucune étude n’avait cherché à montrer si c’était efficace. Alors, j’ai essayé de le faire.

Pour illustrer cet entretien, auriez-vous 3 techniques à essayer en classe pour les enseignants qui nous lisent ?

Il faut déjà expliquer de quoi il est question lorsque l’on parle de gestes pédagogiques. Il s’agit de la façon dont un enseignant utilise son corps pour faire passer du sens en langue étrangère. Au lieu de traduire ce qu’il dit dans la langue première des apprenants, il utilise son corps pour véhiculer du sens. Par exemple pour expliquer « conduire », je vais mimer le fait de tenir un volant, pour dire « travaillez par groupes de 3 », je vais faire un geste de rassemblement et indiquer le chiffre 3. Ou encore, pour féliciter un apprenant qui a bien répondu, je vais sourire et acquiescer, peut-être même applaudir. On peut donc utiliser les mains, les postures, la tête, le visage, etc.

La première chose à savoir, c’est que pour que la gestuelle soit efficace, elle doit être visible. L’enseignant est comme un acteur sur une scène de théâtre, il doit être vu et entendu de tous. Donc, de la même façon que l’on projette sa voix pour être entendu, on doit produire une gestuelle ample et dans le champ de vision des apprenants pour être vu. Il faut aussi éviter de parler en se tournant vers le tableau, de restreindre ses gestes, par exemple en tenant des feuilles de papier ou un livre des deux mains.

La deuxième chose est importante notamment lorsque l’on enseigne à des apprenants qui n’appartiennent pas à notre culture (par exemple lorsque l’on est un enseignant de FLE natif). Il faut savoir que certains gestes (pas tous, attention) sont marqués culturellement et s’ils ont une signification pour nous, ils n’en ont pas forcément pour les membres d’une autre culture. On appelle ces gestes des « emblèmes », ils ont une forme fixe et chaque culture en possède un répertoire d’environ 200, ils sont un peu comme des expressions idiomatiques gestuelles. Des gestes typiquement français que l’on peut citer en exemple sont ceux qui vont avec les expressions : « être bourré », « passer sous le nez », « c’est rasoir », « mon œil », etc. Il peut aussi arriver que le même geste existe dans deux cultures avec deux sens différents et là, bonjour les situations d’incompréhension !!! Voici quelques exemples que des enseignants de FLE m’ont rapportés : « En fait, ce sont mes élèves qui ont été choqués quand j’ai utilisé le geste « Dépêchez-vous ! « . Au Mexique, cela fait plutôt penser à une invitation à des relations intimes. » / « Dans un cours de langue, une étudiante indienne me faisait un signe de tête qui à mon sens signifiait « non » à chaque fois que je demandais si elle avait compris. J’ai réexpliqué trois fois avant de lui demander ce qu’elle ne comprenait pas (car ce n’était pas difficile) et elle s’est exclamée : ‘Mais ça fait trois fois que je vous dis que j’ai compris !’ »

Comme on peut le voir dans ces deux exemples, le même geste a des significations différentes entre les cultures, ce genre de quiproquo peut être une très bonne occasion d’aborder le sujet des emblèmes comme contenu de cours (notamment dans une perspective interculturelle).

Troisième chose, et là je reviens sur le geste pédagogique du type « mime », il faut savoir que le geste peut avoir un impact sur la mémorisation du lexique ou de la prononciation. Lorsque vous faîtes des gestes pour expliquer un mot ou pour montrer un contour prosodique, vos apprenants visuels et kinesthésiques (c’est-à-dire la majorité de vos apprenants) en bénéficient grandement. Plusieurs études et notamment une que j’ai faite avec des enfants, montrent que le fait de reproduire un geste en répétant un mot renforce la mémorisation lexicale. Ainsi, si on fait répéter le mot « livre » en mimant l’ouverture et la fermeture d’un livre avec les mains jointes, la mémorisation en sera renforcée. Bien sûr, ça marche surtout pour les mots concrets.
Comment peut-on en savoir plus sur ce thème et sur vos travaux ?

J’ai un blog « Sur le bout des doigts » où j’annonce les conférences et formations que je donne ainsi que mes publications.

Et surtout ma page professionnelle où tous mes articles sont en ligne gratuitement.

Et voici un ouvrage sur le corps et la voix de l’enseignant écrit avec Lucile Cadet  !

Merci Marion et à bientôt !

Merci à vous !


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