Gastronomie: Scoop, la fondue ne serait pas savoyarde!

31 mars, 2007

Swiss FondueGonflés, quand même, ces Suisses!

Petite découverte sur l’excellent blog un swiss roll (qui cite le quotidien suisse Le Matin), la fondue ne serait pas… savoyarde!

Et donc en fait pas… italienne – la Savoie étant, on le sait, « italienne » (ou plutôt sarde) avant sa cession à la France (avec Nice) en 1860, même si elle eut un épisode français entre la Révolution et la fin du 1er Empire et que les populations y ont toujours été apparemment largement francophones …?

Pourtant, le « plat national suisse » ne se retrouve-t-il pas dans toute la région et donc à cheval sur les trois pays alpins, à savoir la Suisse, la France (Savoie) et l’Italie (Vallée d’Aoste et Piémont)?

Mais, pire encore, la fondue ne serait pas un plat typique et millénaire de montagnards (qui n’en avait tout simplement pas les moyens) mais (comme pour le beaujolais) le produit d’une vulgaire opération de marketing (destinée aux bourgeois des villes) de l’Union suisse des fromagers des années 30!

En tout cas, les Suisses (ou du moins les Bullois) ont bien de la chance, d’avoir pu écouter une si alléchante conférence avant-hier soir au Musée gruérien de Bulle (la capitale du gruyère) par l’ethnologue Isabelle Raboud-Schüle (« Comment la fondue vint aux Suisses: petite histoire d’un plat national »).

Mais le Centre culturel suisse pourrait peut-être nous la faire venir à Paris ?

Et même en bonus, elle pourrait nous parler de… l’invention du steak-frites ?

Ou plutôt du… couscous?

Et pourquoi pas aussi de ces autres et oubliés maitres à manger du monde que sont nos chers voisins suisses?

Qui, en plus des réformateurs (Zwingli), humanistes (Henri Dunant), théologiens (Hans Küng, Karl Barth), psychologues et pédagogues (Jung, Rorschach, Piaget), diététiciens (Bircher-Benner, le Kellogg suisse), linguistes (Saussure), écrivains (Mme de Stael, Benjamin Constant, Rousseau, Cendrars, Albert Cohen), historiens (Jacob Burckhardt), musiciens (Arthur Honneger), peintres et sculpteurs (Vallotton, Klee, Giacometti, Tinguely), architectes (Le Corbusier), sociologue (Jean Ziegler?), révolutionnaires (Marat?), financiers (Necker), stratèges (Jomini), hôteliers (Ritz), constructeurs automobiles (Chevrolet), cinéastes et acteurs (Godard, Ursula Andres), chanteurs (Stephan Eicher, Henri Dès, Patrick Juvet ?), blogueurs (Monnerat, Mairet, Leupin, Sisyphe, un swissroll), sans parler des innombrables et plus ou moins volontaires résidents ou naturalisés (Calvin, Voltaire, Napoléon III, les Dada, Lénine?, Einstein, Alain Delon, Johnny Halliday?) et des légendaires (Guillaume Tell) …

Nous ont donné et au monde tous ces mots magiques et ces saveurs qui ont bercé les enfances et adolescences de tant d’entre nous, Français (ou de nos parents ou grands-parents, et en tout cas du petit savoyard d’adoption que j’ai été)?

Nestlé (petit nid en allemand – ah ! les fameux tubes de lait condensé), Suchard, Lindt, Cailler, Milka (Milch und Kakao), Toblerone (avec ses petits prismes en forme de Mont Cervin), Nescafé (NEStlé CAFE, lancé par une crise de surpoduction de café brésilien, relancé par les GI’s en 44), Ovomaltine, Ricola et Sugus (bonbons), Rivella (boisson gazeuse), sans parler du célébrissime Birchermuesli et des fameux Bouillons Kub Maggi


La fondue: un coup marketing de 1930!

BULLE (FR) D’où vient la fondue? Qui la mangeait? Depuis quand? L’ethnologue Isabelle Raboud-Schüle brise le mythe
FABIAN MUHIEDDINE
Le Matin
27 mars 2007

Aujourd’hui, on a l’impression que la fondue est aussi vieille que la Suisse. Pour peu, on imaginerait les trois Suisses signataires du pacte de 1291 en train de partager une fondue sur le Grütli… Il n’en est rien, la fondue telle que nous la connaissons aujourd’hui ne date que des années 1930! L’ethnologue Isabelle Raboud-Schüle, valaisanne d’origine, actuellement cheffe du Musée gruérien à Bulle (FR), a planché sur la question. Voici donc la véritable histoire du plat national suisse.

Les origines
Le fait de faire fondre du fromage (on ne parle pas encore de fondue, un mélange de vin de fromage) est une habitude aussi vieille que le fromage. On trouve déjà des traces écrites de cette pratique dans «L’Illiade»!

La plus vielle fondue… est zurichoise!
La trace de la première recette d’un mélange de vin et de fromage en Suisse date de 1699. Et n’en déplaise aux Romands, elle a été écrite par une Zurichoise!Qui a inventé la fondue?
«Personne», insiste Isabelle Raboud-Schüle. Il ne faut pas imaginer une erreur de manipulation qui a conduit à une découverte géniale. Il existait plusieurs recettes qui circulaient et finalement une l’a emporté. C’est comme le mythe des soeurs Tatin, qui troublées par l’arrivée d’un visiteur de dernière minute, auraient confectionné leur tarte à l’envers. En fait, on sait que dans la région beaucoup de gens préparaient les tartes de la sorte.

Un plat de montagnards?
Absolument pas! A l’époque, le fromage gras, comme le gruyère était cher, un vrai produit de luxe qui s’exportait à Lyon ou à Turin… Les montagnards ne pouvaient se permettre de manger ce précieux gagne-pain. La fondue était donc un plat urbain et bourgeois. La fondue est d’abord citée en premier comme neuchâteloise, puis comme vaudoise.

50 grammes par personne!
Aujourd’hui, on calcule une portion de 250 grammes par personne. A l’époque, les livres de cuisine parlaient de 5 fois moins de fromage. Il faut savoir que les recettes compensaient le manque de fromage par des oeufs qui servaient d’ailleurs de liant.

Un coup marketing des années 30
Dans les années de l’entre-deux-guerres, l’Union suisse des fromagers a voulu relancer la consommation des fromages suisses. C’est alors que la recette de la fondue s’est figée. Jusqu’à cette époque, la fondue n’était vraiment connue qu’en Suisse romande. Voire en France. L’association envoyait même carrément à l’armée et au ski club des sets entiers de caquelons à fondue en expliquant aux fourriers que c’est vite fait et que les soldats adorent.

Une affaire d’hommes
Dans beaucoup de familles suisses, c’est l’homme qui prépare la fondue. «C’est comme pour le barbecue ou les grillades, ce n’est pas vraiment de la cuisine, explique l’ethnologue, on est dans un autre registre. Traditionnellement, ça vient peut-être d’un rapport particulier à la gestion du feu.»

Le caquelon
Aujourd’hui, le caquelon est intimement lié à la fondue. Mais à l’époque, cette casserole en terre cuite était simplement l’ustensile de base dans une cuisine. Les premières recettes ne citent pas le caquelon mais indiquent tout naturellement qu’il faut servir chaud. On utilisait des braises en guise de réchaud.

Remuer en formant un huit ou dans le sens contraire des aiguilles d’une montre.
Encore un mythe! « Les livres de cuisine donnent le même genre d’astuces pour la mayonnaise… C’est simplement une façon ingénieuse de transmettre qu’il faut remuer délicatement et sans oublier les bords. »

Fondue et coca-cola
Traditionnellement, avec la fondue, il faut boire du thé ou du vin au risque qu’une boule de fromage se forme dans le ventre. Pourtant, tous les jours, des touristes commandent des cocas dans les stations de ski. «Et personne n’en est jamais mort! C’est simplement une façon de dire, on mange local et donc on boit local!»

Pour les enfants
«Aucun problème! On fera simplement bouillir le vin pour que l’alcool s’évapore et on évitera de rajouter le kirsch.»

Et les étrangers?
«Sans tomber dans le cliché du film «Les faiseurs de Suisses», c’est un passage obligé, un rite initiatique. Quand un Suisse reçoit un étranger, il n’hésite pas à préparer la fondue. Pourtant, il sait que c’est un plat spécial et que beaucoup risquent de ne pas apprécier.»

L’avenir?
Aujourd’hui, on trouve pleins de nouvelles fondues et autres bizarreries: la fondue au chèvre, la portion individuelle à mettre au micro-ondes, la fondue où le pain est remplacé par des légumes… «Toutes ces nouveautés prouvent qu’il s’agit d’une tradition vivante et donc en perpétuel changement. Laissons l’histoire décider de ce qui restera!

Conférence publique
Isabelle Raboud-Schüle donne une conférence «Comment la fondue vint aux Suisses: petite histoire d’un plat national» demain 29 mars à 20h à la grande salle des Halles, Bulle.

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Blogs: L’information libre serait-elle… de droite ? (II)

31 mars, 2007

Liberty over ORTFEn ce 50e anniversaire du Traité de Rome et de la fondation de l’Europe…

Et pour ceux qui restent attachés aux valeurs qui ont fait l’Occident et le Monde libre et seraient à la recherche d’une information un peu plus pluraliste …

Il faut saluer à nouveau le gros travail de Georges Clavet (du site Esprit européen) qui des 300 sites francophones de droite qu’il avait classés en septembre dernier est passé au classement de 1000 sites francophones de réinformation.

Où, comme le montre le petit aperçu ci-dessous des 100 premiers, on voit bien, à côté des nombreux sites chrétiens et des quelques sites (nord) africains (sans parler des sites d’extrême-droite où la réinformation est certes toute relative), les bonnes places de nos amis suisses (bafweb, Monnerat, ajm) canadiens (devoir, libertyvox), belges (libre belgique) et israéliens (Guysen, Memri, JPost).

Petite question quand même: où est le seul journaliste d’un média important français (que je connaisse en tout cas) à s’être fait jeter pour non-conformité à la pensée unique anti-américaine lors de la Guerre d’Irak et qui a depuis son blog, Hertoghe (Carte de presse)?

1000 sites francophones de réinformation classés par audience (janvier 2007)

Pourquoi un classement des sites de réinformation ?

Ce classement répond à un grave constat : aujourd’hui l’information donnée par les grands médias (télévision, radios, journaux) dans des pays francophones, comme la France, la Belgique, et à un degré moindre le Québec est très largement dominée par les idéologies de gauche où on trouve toujours les mêmes idées toutes faites, souvent fausses et contraires aux règles élémentaires de la pluralité d’opinion. Ces médias sont devenus presque tous interchangeables entre eux, disent presque tous la même chose et se réfèrent tous à la même agence de presse d’état. D’ailleurs la plupart des journalistes sont issus obligatoirement de quelques écoles de journalisme avec un programme politique uniquement et fortement ancré à gauche quand ce n’est pas à la gauche de la gauche; D’après les sondages, ils se disent de gauche à plus de 80%. Et naturellement les règles déontologiques de neutralité et de sens critique ont été oubliées. A quelques exceptions près, il n’y a plus qu’un politiquement correct de bon aloi et qu’un conformisme avec une pensée unique extrémiste, essentiellement socialiste, tiers-mondiste, trotskiste, altermondialiste et naturellement antichrétienne.

Les idéologies imposées par les médias, sous différentes variantes, se résument essentiellement à deux idéologies principales : le socialisme et le mondialisme/anti-conservatisme/antichristianisme. La première idéologie veut imposer les utopies étatiques que sont l' »anti-discrimination » et le nivellement par l’égalitarisme et le collectivisme au moyen d’un l’état tentaculaire et omniprésent, mais souvent irresponsable avec son hyper fiscalité et ses bureaucraties pléthoriques nationales et bientôt européistes. Naturellement les idéologues socialistes ont vu dans la construction actuelle de l’Union Européenne dont les pouvoirs s’étendent continuellement, un moyen efficace d’étendre ou de maintenir leurs idées dirigistes et planificatrices, puisque celles-ci ne pourraient plus désormais être contrecarrées par la diversité et la concurrence entre les états nations ainsi que par la volonté des peuples. La seconde idéologie, dans le but plus ou moins conscient de faire naître un nouvel ordre mondial, veut détruire tout ce qui a trait à l’idée de nation et de culture et veut imposer le relativisme des valeurs, le multiculturalisme, le multi-ethnisme (1), l’immigrationisme sans limite et l’islamisation du pays. Ce faisant, cette action aboutissant au développement du communautarisme et de la violence ainsi qu’à la destruction lente de la société, elle aboutit progressivement à son but plus ou moins conscient qui est de détruire l’héritage, les valeurs morales et l’identité du pays.

Tout cela est d’autant plus insupportable que la France ou la région de Wallonie en Belgique, pour ne citer que ces deux exemples, sont en plus dirigés, au mépris de la volonté d’une majorité du peuple, par une des classes politiques la plus idéologiquement à gauche d’Europe et qui n’hésite plus pour se faire réélire à chaque fois avec la bienveillance des médias, à proposer un programme flou de réformes qu’elle sait qu’elle n’appliquera pas car contraire à son idéologie, ou à promettre tout et son contraire. La conséquence est une classe politique gouvernante, officiellement toujours démocrate mais ignorant complètement la volonté majoritaire du peuple (2), et une grave crise économique et sociale depuis des années, et cela malgré les alternances politiques (ou les fausses alternances).

Ainsi ce classement devrait intéresser tous ceux qui ne parviennent plus à écouter la présentation systématiquement déformée de l’actualité ou des idées politiques par ces grands médias traditionnels, ou qui veulent être tout simplement réinformés de ce qui se passe réellement dans leur propre pays, sans filtre idéologique, censure systématique de l’information ou diabolisation de ceux qui ne pensent pas comme il faudrait. Pour cela, il n’est plus nécessaire de lire uniquement la presse étrangère comme il y a quelques années. Une information plus objective et pluraliste est maintenant possible avec de nombreux médias francophones sur Internet. La chape de plomb imposée par le milieu politique et médiatique recule. Puisque les médias classiques ne veulent plus jouer leur rôle traditionnel de contre pouvoir, Internet peut dorénavant les remplacer sans problème et la liberté de la presse reprend une certaine réalité.

Que recouvrent ces sites de réinformation ?

Le point commun de ces sites est de combattre la censure permanente et la désinformation des médias traditionnels qui sont inspirés par les idéologies d’une certaine gauche extrémiste qui prétend vouloir imposer sa vision unique et virtuelle du monde. La majorité des sites indiqués sont donc des sites de droite, d’autres (agences de presse, sites de documentation, sites d’histoire…) ne sont ni de droite ni de gauche, enfin quelques sites pourraient être classés à gauche.

D’une manière générale, ils rejettent l’égalitarisme, le collectivisme d’état ou le multiculturalisme, imposés autoritairement par un gouvernement et une technocratie, et non par le peuple souverain, mais qui désintègrent la société et appauvrissent tout le monde. Ils ne veulent pas faire table rase du passé, créer un homme nouveau et citoyen du monde, lutter contre toutes les inégalités ou les « discriminations » naturelles ou changer l’ordre naturel ou la culture de la société. Leurs idées différentes sont largement complémentaires entre elles: le conservatisme n’est pas incompatible avec le christianisme ni avec le libéralisme (à l’exception des courants libéraux utopiques et très minoritaires qui prônent l’état mondial ou l’absence d’état ainsi que la disparition des frontières). Naturellement on peut être à la fois chrétien, conservateur, libéral et néoconservateur. De même, on peut être à fois régionaliste, souverainiste et pour un marché commun européen dans une Europe des nations (en appliquant le principe naturel de la subsidiarité) puisque, n’existant pas un peuple européen comme il n’y a pas un peuple asiatique, africain ou mondial…, un état européen supranational et omnipotent tel que défini dans les traités ne peut devenir qu’une construction politique sans démocratie et sans les peuples.

Critère de choix d’un site de réinformation pour le classement

Ce classement a été établi sans aucun parti pris pour tel ou tel courant de pensée. En particulier, ce classement inclut tous les sites trouvés relativement importants défendant des valeurs conservatrices, chrétiennes et/ou libérales, à l’exception des sites qui sont uniquement des forums, mais de nombreux sites ont pu être oubliés en particulier des sites culturels, chrétiens et des sites africains. En outre, dans le cas spécifique des sites qui suivent l’actualité et dont l’audience est inconnue, en général seuls les sites mis à jour récemment et régulièrement ont été indiqués.

Les chiffres d’audience sont établis essentiellement sur une moyenne de 3 à 2 mois jusqu’au mois de décembre via, par ordre de préférence, les compteurs du nombre de visites publiés par le site, les statistiques d’audience du site, enfin à défaut via le site « alexa.com », sachant que les chiffres de ce site permettent de déterminer, par échantillonnage, une audience moins précise qu’avec les moyens précédents et présentent une marge d’erreur inévitable qui peut parfois être grande mais qui donne un bon ordre de grandeur dans la plupart des cas et plus particulièrement pour les grandes audiences. A noter également que ces statistiques ne sont qu’une indication et que l’audience peut varier de manière importante d’un mois à l’autre, en fonction de l’activité du site ou de l’intérêt des lecteurs. Ces chiffres ne donnent donc qu’une indication à une date donnée.

(1) Ethnie : « groupement humain dont l’unité repose sur une communauté de langue et de culture »; (2) Démocratie : « Gouvernement où le peuple exerce la souveraineté » (Larousse)

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Voir aussi:

109: Mena

129: Desinfos

139: Debriefing

141: Swissroll

150: le Devoir de précaution

162: UPJIF

164: Antifadas (hélas fermé, mais heureusement pas leurs archives)

178: PAF

187: Extreme-Centre

190: Les 4 vérités

205: ACMedias

207: Rockik

225: Primo-Europe

233: Daniel Pipes

259: Drzz

327: Checkpoint

338: Guy Sorman

342: Le gauchiste repenti

356: Mondes francophones

363: Amitiés Quebec-Israel

365: Gauche totalitaire

388: Denis Touret

418: Revue des deux mondes

456: Caccomo

493: Le Monde watch, Le Monde de Sisyphe

509: Sauvegarde retraites

537: Balagan

569: Alexandre Del Valle


Colonisation: Il n’y a pas eu de « génocide oublié » à Madagascar (No forgotten genocide in Madagascar)

29 mars, 2007
Madagascar 1947Nous faisons ce que nous avons reproché aux Allemands. Albert Camus (Combat, 1947)
Madagascar dont on a longtemps caché qu’on y a tué, en 1947, 100 000 indigènes en trois jours. Claude Simon (1997)

Concurrence des victimes et des mémoires, surenchère dans la repentance

En ce 60e anniversaire du début de la grande révolte de Madagascar, petit retour sur les accusations et les chiffres les plus fantaisistes qui continuent à circuler sur la répression dont elle fut l’objet.

Notamment, comme le rappelle l’historien Jean Fremigacci dans un récent numéro spécial de l’Histoire (repris en partie dans Le Monde), les accusations de « génocide oublié » ou d’ « Oradour malgache » ou les « 100 000 morts » régulièrement mentionnés.

Même si, en plus des responsabilités coloniales dans les causes de l’insurrection (travail forcé, corruption, mauvaise gestion, manipulations électorales), il y a eu effectivement un certain nombre de cas avérés de crimes de guerre au début (un total estimé de 1 000 à 2 000, dont le mitraillage de 124 à 160 militants emprisonnés dans des wagons le 6 mai à Moramanga ou les massacres de Mananjary les 15 avril et 12 mai faisant une centaine de victimes dont 18 femmes et un groupe de prisonniers jetés d’avion, plus quelques autres ne dépassant jamais un cinquantaine de victimes).

Ainsi que quelque 5 000 à 6 000 insurgés tombés face aux militaires français.

Le gros des pertes eut lieu dans les zones tenues par les insurgés: 20 à 30 000 victimes de malnutrition et de maladie parmi les paysans pris entre les forces coloniales et les insurgés et chassés, sans ressources, dans les forêts par la guerre.

Surtout, il n’y a jamais eu de volonté exterminatrice et, avec un total de 10 000 victimes de morts violentes ou 30 à 40 000 si l’on ajoute les victimes indirectes (ce qui, sur une population totale de 4 millions et surtout 700 000 dans la principale région concernée, est déjà bien sûr une catastrophe en soi), on reste très loin des « 89 000 » ou « 100 000 victimes » claironnés partout.

Comme sur RFI lors de la visite de Chirac sur l’île il y a deux ans – certes après de nombreux historiens du fait qu’ils avaient été repris par les autorités de l’époque mais, semble-t-il, pour « alourdir le dossier d’accusation » contre les militants du MDRM.

Et jusque dans un entretien, dans Le Monde il y a dix ans, du prix Nobel de littérature Claude Simon – qui ajoutait même, pour faire bonne mesure, « en trois jours », alors que l’insurrection avait duré 21 mois!

Sans compter que nombre de ces massacres étaient inter-malgaches ou des réactions de panique ou de vengeance de la part notamment de troupes sénégalaises ou suite à des pratiques rituelles mais révoltantes des insurgés (comme l’acharnement sur les cadavres, jusqu’à la mutilation ou le découpage en morceaux).

Article publié le 23 juillet 2005, réédité le 28 mars 2007
En 1947, l’armée française réprimait violemment l’insurrection
LE MONDE | 27.03.07 |

Il y a soixante ans précisément, le 29 mars 1947, commençait à Madagascar, alors colonie française, un soulèvement armé dont l’armée française allait mettre des mois à venir à bout, trois ans avant l’indépendance de la Grande Ile.

Tortures, exécutions sommaires furent le lot des « événements » de Madagascar, dont le souvenir, flou en France, est bien présent dans la mémoire collective malgache, surtout parmi les anciens. « Il y a eu évidemment des sévices et on a pris des sanctions. Il y a eu également des excès dans la répression. On a fusillé un peu à tort et à travers », écrira dans son journal intime le président français de l’époque, Vincent Auriol, en juillet 1947, au plus fort de la répression. Deux mois auparavant, Albert Camus – l’un des rares intellectuels à avoir pris la mesure des événements – alertait les lecteurs de Combat : « Nous faisons [à Madagascar] ce que nous avons reproché aux Allemands. »

La révolte de 1947 était prévisible. « Pendant la deuxième guerre mondiale, l’administration française avait laissé des zones de l’île s’installer dans la dissidence. Le travail forcé, les réquisitions n’y étaient plus acceptés. C’est de là qu’a surgi la révolte de 1947 », explique l’historienne Françoise Raison-Jourde.

DÉSÉQUILIBRE ÉVIDENT DES FORCES

A la fin de mars 1946, ce qui n’était qu’une sorte de jacquerie animée par des sociétés secrètes se transforme en une révolte contre l’ordre colonial. Combien sont-ils à jaillir des campagnes et à partir à l’assaut des « chiens de Français » munis de sagaies, de talismans, de potions magiques concoctées par des sorciers ? Guère plus de 20 000. Un chiffre dérisoire pour chasser les 35 000 colons installés sur l’île – qui compte près de 4 millions d’habitants -, mais suffisant pour jeter l’effroi dans les esprits de Blancs paniqués aux récits d’atrocités commises ou inventées.

Pourtant, l’armée française est là. Pas bien nombreuse au début, elle reçoit des renforts – tirailleurs sénégalais, Légion étrangère – qui très vite vont lui permettre d’écraser les insurgés. Outre que les villes ne se sont pas révoltées, le déséquilibre des forces est par trop évident. Pour ne rien dire des méthodes.

L’épisode le plus barbare de la répression de 1947 – celui du train de Moramanga – en donne la mesure. Le 5 mai 1947, aux alentours de minuit, les militaires reçoivent l’ordre de tirer sur trois wagons plombés où sont enfermés 166 Malgaches. L’armée était convaincue que les insurgés préparaient un coup de force pour libérer les Malgaches. Par miracle, 71 prisonniers survivent. Incarcérés, torturés, affamés, ils sont exécutés le 8 mai, sans autre forme de procès. Un unique rescapé, laissé pour mort, racontera plus tard son calvaire et celui de ses camarades.

UN « COMPLOT DES NATIONALISTES » DU MDRM

Il est vrai que la presse française d’après-guerre n’est pas très curieuse – y compris Le Monde – sur ce qui se passe à des milliers de kilomètres de la métropole. Les journaux, dans l’ensemble, reprennent sans trop vérifier la thèse officielle et ignorent les victimes malgaches. On y parle d’abord des  » troubles « , des  » atrocités  » des insurgés ; puis on y disserte sur  » la présence française, condition de la prospérité  » de l’île.

Pour Paris, la révolte qui a agité la Grande Ile est un « complot des nationalistes » du Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM), une formation légale qui milite pour l’indépendance dans le cadre de l’Union française. Son audience est réelle : aux élections législatives de novembre 1946, le MDRM a raflé les trois sièges réservés aux « indigènes ». Vu de Paris, il était tentant d’en faire les boucs émissaires, au mépris de la vérité. Car le MDRM a désavoué l’insurrection et fustigé les « crimes barbares ». De même, ses chefs n’ont-ils pas lancé un appel au calme ?
Peine perdue. Désigné comme l’ennemi à abattre, le MDRM est dissous et ses chefs arrêtés. L’immunité parlementaire des trois jeunes députés est levée en prélude à un procès colonial qui, ouvert en juillet 1948, s’achèvera par de lourdes peines de prison, des condamnations à mort ou aux travaux forcés. Des peines qui seront ultérieurement commuées.

Il reste une question capitale : quel a été le nombre des victimes de la répression ? Les chiffres cités à l’époque devant l’Assemblée nationale parlaient de 80 000 morts, une estimation qui sera reprise comme parole d’évangile par les spécialistes comme Jacques Tronchon, l’auteur de L’Insurrection malgache de 1947 (éd. François Maspero). Encore récemment, l’écrivain Claude Simon évoquait  » Madagascar, dont on a longtemps caché qu’on y a tué, en 1947, 100 000 indigènes en trois jours « .

Le problème est que ces chiffres seraient faux, selon les dernières estimations de certains historiens. Maître de conférences à Paris-I- Sorbonne, Jean Fremigacci affirme, comme d’autres historiens, que le nombre de personnes tuées lors de l’insurrection n’a pas dépassé les 10 000 (dont 140 Blancs), auquel il convient d’ajouter le nombre de Malgaches morts de malnutrition ou de maladie dans les zones tenues par les insurgés.

 » Cette surmortalité reste encore très difficile à évaluer, l’hypothèse la plus vraisemblable tournant autour de 20 000 à 30 000 morts », écrit M. Fremigacci. Il n’y a pas eu de « génocide oublié » à Madagascar, conclut l’historien, mais une faute des dirigeants politiques qui, à Paris, se sont révélés incapables d’éviter un drame annoncé.

Jean-Pierre Tuquoi

Françoise Raison-Jourde, professeur émérite d’histoire à l’université Paris-VII
Françoise Raison-Jourde : « 40 000 ou 89 000 morts, cela change peu la force du traumatisme »
Le Monde | 28.03.07 |

Nous nous apprêtons à célébrer le 60e anniversaire de l’insurrection malgache de 1947. Comment expliquez-vous la dureté avec laquelle la France a écrasé l’insurrection malgache ?

La crise indochinoise qui éclate en décembre 1946 a joué un rôle. S’y ajoute le fait que Madagascar, où vivaient des milliers de créoles « petits Blancs », fonctionnait comme soupape pour la Réunion. Enfin cette île immense était pauvre mais prestigieuse.

La répression n’a pas été aussi impitoyable que celle d’Algérie, qui fut autrement organisée et terrible. Les Malgaches de l’Est ont d’abord été poussés à bout. En réaction, ils ont monté l’équivalent d’un maquis. La réaction française s’est faite en plusieurs temps, d’abord avec trop peu de troupes au moment de l’insurrection, puis avec des troupes mal armées et mal disposées, enfin avec une « guerre de fantassins », comme en 14. A Madagascar, c’est le nombre des morts de civils réfugiés en forêt, frappés par la faim et les maladies, qui est le pire.

Il existe une polémique à propos du nombre de morts lors de l’insurrection et de la répression qui s’en est suivie. Combien y a-t-il eu de victimes ?

Le nombre donné par l’historien Jean Fremigacci dans un numéro récent du magazine L’Histoire paraît correct à notre milieu de spécialistes : 30 000 à 40 000 morts au lieu des 89 000 annoncés à l’époque par le haut commissaire de Madagascar. Ce chiffre avait l’avantage de terroriser les Malgaches. Aujourd’hui, les vieilles élites bourgeoises des Hautes Terres s’accrochent à ces chiffres. Mais que ce soit 40 000 ou 89 000, cela change peu la force du traumatisme…

On a parfois évoqué un « complot des parlementaires » (députés malgaches et élus au Conseil de la République), partisans de l’indépendance de l’île sous l’impulsion du Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM). Quel est votre sentiment ?

On s’accorde aujourd’hui pour dire qu’il n’y a eu complot ni de l’administration ni des parlementaires malgaches. Ceux-ci ont été chargés au maximum à leur procès, en juillet 1948. Ils ont nié avoir eu une responsabilité dans ces violences qui les ont horrifiés, et ont donc accusé la base. Ils se sont aussi soupçonnés entre eux, après avoir subi interrogatoires et violences. Une large partie du traumatisme vient de ce divorce entre tête du MDRM (citadine, lettrée) et la base.
(Françoise Raison-Jourde est professeur émérite d’histoire à l’université Paris-VII, auteure avec Pierrot Men de « Madagascar, la grande île secrète », éd. Autrement.)

Propos recueillis par Gaïdz Minassian

La « pacification » malgache de 1947 avait fait 89 000 morts
Massacre colonial français : retour sur un sanglant silence

mardi 1er février 2005, par Barbara Vacher

89 000 morts à Madagascar au cours de la répression coloniale française en 1947-1948. Bilan officiel d’une des pages les plus noires de l’histoire de l’Ile Rouge et l’une des plus méconnues. Une révolte de 21 mois étouffée dans le sang qui, 48 ans plus tard, reste toujours l’objet d’études de la part des historiens. Retour sur ces sombres événements.

89 000 morts malgaches sur la grande Ile. C’était en 1947 à Madagascar. Une insurrection méconnue de l’histoire coloniale française. Que s’est-il exactement passé ? Tout commence le 29 mars 1947, dans la nuit de samedi à dimanche, où des camps de gendarmeries sont attaqués par des Malgaches à Moramanga, à Manakara ainsi que dans le Bas-Faraony. S’ensuit une rébellion longue de 21 mois qui se soldera en une liquidation, et des insurgés et du seul parti malgache membre de l’assemblée. Pourtant les circonstances et les instigateurs exacts de l’insurrection font aujourd’hui encore l’objet de doutes de la part des chercheurs, qui planchent sur cette période noire de l’histoire de Madagascar.

Intégrée à l’empire colonial français en 1896, Madagascar obtient le statut de territoire français d’outre-mer après la guerre, en 1946. L’île est alors dotée d’une assemblée élue, aux pouvoirs limités. Trois jeunes parlementaires malgaches, membres du Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM), parti à la fois nationaliste et pacifique, ont, par cette élection, obtenu des sièges dans les assemblées de la IVeme République. Une assise politique qui va réveiller la revendication indépendantiste.

L’insurrection, qui débute le 29 mars 1947, trouve sa source dans l’existence de sociétés secrètes, basées dans les forêts et aux points stratégiques du réseau ferroviaire. On sait que l’administration française était au courant. Cette nuit-là ne provoque pas pourtant d’émeutes populaires. Mais l’armée va opérer, dans l’anxiété, une répression aveugle. Dès avril, les autorités françaises font débarquer 18 000 hommes. Un corps expéditionnaire qui montera jusqu’à 30 000. Car la bataille se poursuit dans l’Est du pays, où deux zones de guérilla s’installent dans la grande forêt, pendant plus de 20 mois jusqu’à épuisement. Les derniers « rebelles », morts de faim, finissent par se rendre. Entre temps, l’armée française procède à des exécutions sommaires, torture et brûle les villages.

Une « pacification » dérangeante

Un épisode longtemps qualifié de « pacification », qui fait 89 000 victimes chez les Malgaches, chiffre donné par l’état-major français, et approuvé par Jacques Tronchon, auteur de L’insurrection malgache, ouvrage de référence sur la question. Les insurgés ont, quant à eux, donné la mort à 550 Européens et à 1 900 Malgaches. Les trois députés malgaches sont arrêtés et jugés coupables par la justice française, qui retient la thèse du complot du MDRM. Deux d’entre-eux seront condamnés à morts, pour être finalement graciés.

Si la majorité des historiens se sont ralliés jusqu’alors à la thèse selon laquelle la répression malgache émanait en grande partie de la provocation de la police et des colons, les chercheurs planchent encore aujourd’hui. Ils s’acharnent toujours à en établir les circonstances et les instigateurs exacts, quitte à déranger les mémoires. Courant janvier, un nouveau colloque organisé par le groupe d’historiens « campus » de l’université d’Antananarivo s’est consacré à la question. Des recherches ont été effectuées par des enquêtes orales et par un nouveau dépouillement des archives : « Les historiens offrent aujourd’hui un nouveau regard sur l’insurrection de 1947. Il y a eu des insurgés dans l’Ouest Betsileo et dans le Menabe en 47-48. La répression policière a sévi ‘là où il ne s’est rien passé’, comme ce fut le cas à Majumga et à Sambava. Le mouvement avait une ampleur nationale et tous les malgaches y ont largement participé. Les moyens militaires étaient incroyablement faibles quand l’insurrection éclate, et la répression militaire était plus modérée que ne l’a transmis jusqu’ici la tradition », rapporte la journaliste Lova Rabary. Les chercheurs insistent sur la diversité géographique du mouvement ainsi que sur le caractère multiforme de la répression. Le débat s’engage et la discussion est loin d’être close…

Un entretien de Philippe Sollers avec Claude Simon

La sensation, c’est primordial
Le Monde du 19.09.97

Ce qui m’a toujours frappé, dans vos livres, c’est à quel point l’Histoire apparaît sous une forme concrète, comme le résultat sans cesse repris d’une expérience personnelle. Dans Le Jardin des Plantes, vous ironisez même sur ceux qui croient que la littérature est une sorte de jeu formel, indifférent au contexte historique où il se déroule. On reconnaît sans peine dans cette critique les propos de l’époque, de Jean Ricardou et d’Alain Robbe-Grillet.

Je n’ironise pas ; j’ai donné telle quelle la transcription d’un débat…

Tout de même, l’effet produit est cocasse, puisqu’il s’agit au fond de savoir si votre aventure de guerre, en 1940, est une réalité objective ou non.

Oui… Mais bien que je sois loin d’être d’accord avec notre ami Robbe-Grillet sur beaucoup de points, il a dit quelque chose que je peux absolument contresigner : « Le monde n’est ni signifiant ni absurde : il est. » Et Barthes a tenu un propos presque identique : « Si le monde signifie quelque chose, c’est qu’il ne signifie rien. »

Pourtant, ce monde, il est aussi pris dans le temps, l’Histoire. Vous citez cette phrase extraordinaire de Flaubert : « Avec les pas du temps, avec ses pas gigantesques d’infernal géant. » L’autre titre de votre dernier roman, vous le dites vous-même, pourrait être « Portrait d’une mémoire ».

Pas exactement le titre, mais c’est, en quelque sorte, ce que j’ai essayé de faire : une description. Vous savez, il y a cette réflexion de Tolstoï que j’ai citée dans mon discours de Stockholm : un homme en bonne santé perçoit couramment, sent et pense un nombre incalculable de choses à la fois. Là est le problème. Vous devez le connaître puisque vous écrivez. L’écriture ne peut présenter les choses que successivement et dans un certain ordre. Partant d’un même spectacle, selon que j’écris « le pont franchit la rivière » ou « la rivière passe sous le pont », mon lecteur ne verra pas la même image.

Mais on peut essayer la simultanéité, et c’est ce que vous faites.

On peut essayer quelque chose qui en donne l’idée…

Si on est sensible au langage, à la peinture ou à la musique, on sait très bien comment cela se passe. Mais la mémoire humaine, ce qui définit l’essence singulière de l’individu, vous l’introduisez dans une autre logique que celle des historiens, une logique qui procède par accumulation de points secrètement communs.

Oui, des points communs ou des points opposés. A partir du moment où on ne considère plus le roman comme un enseignement, comme Balzac, un enseignement social, un texte didactique, on arrive, à mon avis, aux moyens de composition qui sont ceux de la peinture, de la musique ou de l’architecture : répétition d’un même élément, variantes, associations, oppositions, contrastes, etc. Ou, comme en mathématiques : arrangements, permutations, combinaisons.

Mais on passe avant tout par la sensation.

Pour moi, c’est primordial.

La sensation, c’est l’obsession d’un écrivain comme Céline. Il a été cavalier de guerre comme vous. Qu’est-ce que vous pensez de lui ? Vous n’en parlez jamais.

Céline ? Je le place très haut. Et je l’ai dit depuis longtemps. Il y a plus de vingt ans, la Télévision sarroise est venue à Paris. Ils ne trouvaient personne pour parler de Céline. J’ai dit : « Mais oui. » Il n’y a que moi qui en ai parlé. Proust et Céline, ce sont les deux grands écrivains français de la première moitié du XXe siècle. Je me souviens qu’on me disait de Céline que c’était un salaud. J’ai dit : « Un salaud ? En art, ça ne veut rien dire, salaud. » Pourquoi est-ce si extraordinaire ? Parce que c’est très bien écrit. Parce qu’il y a une musique, parce qu’il y a une cadence. Voilà ! C’est tout.

L’embêtant, c’est que peu de gens sont sensibles.

Tant pis pour eux.

L’importance de la sensation… Cela me fait penser à un mot de Cézanne : « Les sensations formant le fond de mon affaire, je me crois impénétrable. »

Pas mal… Mais moi, je ne crois pas être impénétrable.

Pas impénétrable, peut-être, mais multiple. Il y a dans votre livre plusieurs narrateurs, plusieurs positions subjectives, plusieurs « Claude Simon », en somme. On voit ainsi un collégien, un contrebandier d’armes pendant la guerre d’Espagne, un cavalier conduit à une mort à peu près certaine pendant la guerre en 1940, et dont vous dites de façon très étrange qu’il est mû par une sorte de mélancolie.

Oui, un état de mélancolie. En fait, c’était un désir éperdu de vivre. Jamais le monde ne m’avait paru si beau, jamais je n’avais eu autant envie de vivre, et j’allais mourir. Par conséquent, le mot « mélancolie », je ne le vois pas tellement comme une tristesse. Je le dis d’ailleurs dans ce livre.

C’est quelque chose de plus vital. Il y a un furieux « je veux vivre ». Vous voyez ? Ce n’est pas romantique. J’emploie probablement ce mot complètement à l’envers.

C’est très beau de renverser ainsi le sens courant. Donc, pour revenir à l’Histoire concrète, brute…

Je suis content de vous entendre dire ce mot : concrète. Le concret, c’est ce qui est inté- ressant. La description. D’objets, de paysages, de personnages ou d’actions. En dehors, c’est du n’importe quoi.

Oui. On fait sans cesse de la fausse musique avec l’Histoire. On fait chanter les charniers ou les prisonniers. C’est si vrai qu’un des autres épisodes pour vous essentiel est celui du procès stalinien fait à un autre Prix Nobel récent, Brodski. J’ai été très impressionné que vous citiez dans votre roman les minutes de son procès, que j’avais moi-même découpées à l’époque dans la presse.

Le juge, une femme, lui disait : « Qui a décidé que vous étiez poète ? » « Qui vous a classé parmi les poètes ? » Il s’agissait de montrer, avant de l’envoyer dans un camp, qu’il était un parasite social. Terrifiant ! J’ai rencontré deux fois Brodski. Une fois à Stockholm, lorsqu’on y avait invité tous les lauréats Nobel, et une fois aux Etats-Unis, il y a deux ans, à Atlanta, peu avant sa mort.

Je reprends : la grande Histoire se présente pour vous de façon extrêmement personnelle et concrète : l’Espagne, la défaite française de 1940, avec cet épisode de guerre, dramatique et central pour vous.

J’ai été pris dedans. Vous auriez eu mon âge, vous auriez été pris dedans aussi.

Vous avez utilisé les carnets de Rommel pendant sa campagne de France, et aussi les Mémoires de Churchill.

Oui, j’ai lu et repris certains passages de ces textes. Vous savez, quand on s’est trouvé au coeur d’un pareil chaudron, on est curieux de savoir ce qui se passait dans l’esprit de ceux qui le faisaient bouillir.

La littérature et la guerre. Quel est selon vous le rapport ?

Il n’y en a pas plus qu’entre la littérature et l’amour, la littérature et la nature, la littérature et la Révolution…

Il y a quand même chez vous plus de guerre que d’amour.

C’est quand même un bouquin qui fait presque quatre cents pages, il doit y avoir cent pages sur la guerre, pas beaucoup plus, non ? Le quart ? Mettons cent vingt…

Je veux dire une guerre de fond, pas seulement les batailles.

Mais les événements militaires que je décris, comme je le dis au journaliste dans le livre, cela m’a marqué. La guerre, c’est tout de même quelque chose d’assez impressionnant, vous savez.

Dans toute génération, il faudrait que quelqu’un puisse dire la vérité concrète de son histoire personnelle, de l’histoire à laquelle il a été mêlé, tout en écrivant non pas pour apporter un témoignage, mais pour porter un coup.

Ce n’est pas exprès que cela a été fait : ni pour apporter un témoignage, ni pour porter un coup. Simplement l’envie d’écrire. Comme un peintre a avant tout l’envie de peindre. Disons, pour employer le langage des peintres, que tout cela m’a paru un bon « motif ».

Je crois pourtant qu’on écrit un livre pour porter un coup. Vous introduisez soudain dans votre roman la phrase de Flaubert : « Ceux qui lisent un livre pour savoir si la baronne épousera le comte seront dupés. » Voilà par exemple un coup de Flaubert.

Là, nous sommes d’accord.

La vérité en littérature, cela passe par le corps, d’après moi. Qu’est-ce que vous en pensez ? Vous citez aussi Conrad : « Non, c’est impossible : il est impossible de communiquer la sensation vivante d’aucune époque donnée de son existence ce qui fait sa vérité, son sens sa subtile et pénétrante essence. C’est impossible. Nous vivons comme nous rêvons seuls. »

Conrad me paraît énorme. Si l’on me disait d’aligner les écrivains que je préfère, en tête, je mettrais Dostoïevski, puis Conrad. Les dernières pages du Nègre du « Narcisse », je ne sais pas si vous vous les rappelez. Il y a eu la tempête, ce nègre qui meurt de ne pas vouloir travailler, son équivoque statut d’homme à la fois haï et chéri par l’équipage, son corps jeté à la mer (non sans humour : un clou de la planche basculante retient un moment le cadavre), le navire encalminé, etc., et, à la fin, il n’y a plus personne, plus de personnages, il n’y a plus que le bateau : il remonte la Manche, contourne le sud-est de l’Angleterre, s’engage dans la Tamise, est pris en remorque, arrive dans le port et est poussé dans le dock où, enfin, il s’immobilise. Pour moi, ce sont des pages phénoménales. Personne n’a fait plus beau.

A propos de Flaubert, vous interrompez brusquement votre récit en donnant à lire ce passage de lui : « rendez-vous donné d’avance pour tirer un coup excitation de Rodolphe manière dont elle aimait, profondément cochonne après les f… ries va se faire recoiffer odeurs des fers chauds, s’endort sous le peignoir quelque chose de courtisanesque chez le coiffeur Emma rentre à Yonville dans un bon état physique de f… rie normale C’est l’époque des confitures fumiers roses. Colère cramoisie de Homais. »

C’est, avec son voyage en Egypte, ce que Flaubert a écrit de meilleur… Cela fait partie des notes qu’il griffonnait lorsqu’il pensait au roman. Si on enlève ces notations, ces odeurs, ces couleurs, les craquements des cailloux sous les roues de la voiture qui ramène Emma à Yonville, ces fumiers roses, cette colère cramoisie, etc., tout ce qui, en somme, constitue la chair même de ce roman, alors oui, il ne resterait plus de celui-ci que cette anecdote que Renoir, dans une conversation avec Vollard, résumait de la façon suivante : « C’est l’histoire d’un crétin dont la femme veut devenir quelque chose, et quand on a lu ces trois cents pages on ne peut s’empêcher de se dire à soi-même : « Mais je me fous de tous ces gens-là ! « . »

Cela rejoint pour moi la poésie : on ne peut pas changer un mot, on ne peut pas déplacer une couleur.

Exactement. Il y a des phrases de Proust qui sont beaucoup plus poétiques que bien des poèmes. La distinction prose/poésie est artificielle. On peut arriver à des effets de poésie intenses avec la prose, davantage peut-être, même en français. Prenez la visite à la marquise de Cambremer, c’est une des choses les plus extraordinaires qu’on ait faites en littérature : cette sensation du temps qui passe, marqué par les changements de couleur des mouettes-nymphéas, c’est prodigieux.

En français, dites-vous ? Et la France, donc, dans tout ça ? J’ai noté cette formule dans votre discours de Stockholm : « Mon pays que j’aime, pour le meilleur et malgré le pire… »

Et malgré le pire, oui. Parce que nous n’avons pas été brillants. L’« étrange défaite » de 40, la collaboration, l’Indochine, l’Algérie, Madagascar dont on a longtemps caché qu’on y a tué, en 1947, 100 000 indigènes en trois jours. Ce pays c’est le mien, c’est le nôtre. Mais malgré…

Je vous pose cette question parce qu’un des narrateurs du Jardin des Plantes est quand même un écrivain célèbre français, Prix Nobel de littérature, qui se retrouve notamment au Kirghizistan, s’efforçant de faire comprendre, dans son « mauvais anglais », qu’il ne veut pas signer une pétition d’inspiration typiquement stalinienne évoquant « les moissons futures ». Selon vous, qu’est-ce qu’un écrivain français aujourd’hui ?

Il est ce qu’est tout écrivain à quelque nationalité qu’il appartienne, à quelque époque qu’il écrive. Et écrire, toujours et partout, cela consiste à ordonner, combiner des mots d’une certaine façon, la meilleure possible. Pour moi c’est, avant tout, réussir à faire surgir des images, communiquer des sensations. Mais j’ai toujours à l’esprit ces paroles d’Elie Faure : « Dans la confiance de l’homme en lui-même réside l’esprit religieux. Le pont du Gard témoigne de plus de piété que l’église Saint-Augustin. »

PHILIPPE SOLLERS


Présidentielle: La « banlieue » vote à nouveau… Le Pen !

28 mars, 2007
Media rioters
GuignolLes émeutiers se sont retrouvés face à un discours médiatique fort alors que le discours politique était divisé. L’extraordinaire extension géographique des émeutes résulte de l’absence d’unité des pouvoirs publics face à la crise : la division est apparue au sein même de l’équipe gouvernementale, plusieurs jours durant. Dans le même temps, la télévision a joué à fond son rôle de tam-tam moderne. Nombre de verrous ont alors sauté. Une certaine unité d’ensemble a fini par se dégager, autour de slogans hostiles au ministre de l’Intérieur Lucienne Bui Trong (ex-patronne des RG, mars 2006)
Guignol est une marionnette française née à Lyon en 1808. Son créateur Laurent Mourguet faisait partie de ces nombreux canuts qui, mis au chômage par la Révolution, s’était reconverti en marchand forain, puis en arracheur de dents. Pour attirer la clientèle et couvrir les cris de ses patients, il amusait la foule avec ses marionnettes. (…) Les personnages principaux du théâtre de Guignol sont le canut Guignol … et le gendarme Flageolet. Wikipedia

Refus d’une directrice d’école et de militants associatifs de laisser la police faire son travail lors du contrôle d’identité d’un étranger en situation irrégulière à Paris dans le XIXe …

Plus de 7h d’affrontements avec la police ainsi que de pillages par des bandes de voyous (majoritairement africains ou maghrébins) hier soir à la gare du Nord suite à l’interpellation d’un individu (congolais) sans titre de transport (qui se trouve être « un multirécidiviste, rentré illégalement sur le territoire, avec vingt-deux dossiers de violences volontaires ») ayant agressé un contrôleur de la RATP …

Un ministre et candidat qu’on menace et essaie d’interdire de « cité » dans certains quartiers…

A l’heure où, à moins d’un mois de l’élection présidentielle (comme un an et demi après les plus graves émeutes de notre histoire récente et cinq ans après l’irruption, pour les mêmes raisons, de Le Pen au second tour), la gauche et Bayrou rivalisent de démagogie en mettant tout sur le dos de Sarkozy …

On se demande bien ce que cherchent tous ceux qui attisent les flammes …

Que la majorité des habitants de ces quartiers défavorisés qui en ont marre d’être pris en otage et de voir brûler leurs moyens de transport ainsi que leurs crèches, écoles, centres de loisirs, commerces (ou agresser leurs pompiers, policiers, médecins, professeurs et autres chauffeurs de bus ou réparateurs) votent Le Pen quand ils ne peuvent pas le faire … avec leurs pieds?

Abandonnant ainsi à la minorité de casseurs et de voyous les ghettos qu’avec leurs agressions et leurs trafics (mais aussi, à l’instar de ces belles âmes des beaux quartiers dont la compassion est généralement inversement proportionnelle à la proximité au problème, leurs démagogues défenseurs à gauche et leurs pompiers-pyromanes dans les médias), ceux-ci s’évertuent jour après jour de leur fabriquer?

Les incidents de la gare du Nord ressurgissent dans la présidentielle
Le Parisien
Le 28/03/2007
Les violents incidents mardi soir gare du Nord à Paris se sont déplacés mercredi sur le terrain politique à moins de 4 semaines de la présidentielle, alors que certains syndicats de police s’inquiètent du fossé qui se creuse avec une partie de la population et des jeunes.

Ces affrontements de plusieurs heures entre jeunes et forces de l’ordre dans les sous-sol de la gare, à la suite de l’interpellation d’un voyageur sans billet, ont fait neuf blessés légers. Treize personnes ont été interpellées, dont cinq mineurs: placées en garde à vue, elles devront répondre de violences sur agents de la force publique, dégradations de biens publics et privés et vols en réunion.

Le nouveau ministre de l’Intérieur François Baroin, qui a succédé lundi à Nicolas Sarkozy, a effectué mercredi après-midi une visite éclair à la gare du Nord afin d' »encourager et conforter les forces de l’ordre », auxquelles il avait auparavant rendu hommage pour leur « grand sang-froid ».

Le ministre, parfois accueilli par des cris plus ou moins hostiles de nombreux jeunes présents dans le grand hall de la gare, a dénoncé des « événements inacceptables, intolérables, inadmissibles », rappelant que tout avait commencé avec le « contrôle d’une personne qui, au final, est un multirécidiviste, rentré illégalement sur le territoire, avec vingt-deux dossiers de violences volontaires ».

Il s’est élevé contre « toute exploitation politique déplacée » de ces violences, un voeu pieux à en juger par le tour très politique pris par la polémique.

Nicolas Sarkozy a lui aussi estimé que la police avait « fait son travail ». Le candidat UMP à la présidentielle, jugeant que « pendant des années on a laissé faire n’importe quoi », a ajouté: « nous sommes le seul pays où l’on considère qu’arrêter quelqu’un parce qu’il ne paie pas son billet, ce n’est pas normal ».

Son adversaire socialiste Ségolène Royal a vu dans les affrontements un constat de « l’échec sur toute la ligne » de la droite en matière de sécurité.

« Bien évidemment les voyageurs doivent payer leur billet. Mais qu’un simple contrôle puisse dégénérer dans un affrontement aussi violent prouve que quelque chose ne va plus », a-t-elle déclaré.

« Les gens sont dressés les uns contre les autres, ont peur les uns des autres. La police a parfois peur de se rendre dans certains quartiers ou de procéder à certains contrôles », a-t-elle ajouté.

François Bayrou a également souligné que tout cela avait « eu lieu pour un ticket de métro ».

« On en arrive là parce que depuis longtemps, on a fait de la police uniquement une force de répression », a estimé le candidat UDF à la présidentielle. « Depuis la présence de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur », a-t-il précisé.

Philippe de Villiers, candidat du Mouvement pour la France (MPF), a mis en cause des « bandes ethniques » et « des barbares ».

Les réactions policières ont été contrastées. Nicolas Comte (SGP-FO, 3e syndicat de gardiens de la paix) a dit redouter « un véritable risque d’hystérisation des rapports police-jeunesse », et Joachim Masanet (Unsa police, 1er syndicat de gardiens de la paix), tout en jugeant « régulière » l’intervention des forces de l’ordre, a affirmé impérative une « reprise du dialogue » pour « combler le fossé qui s’est creusé entre la police et les jeunes ».

A l’inverse, Synergie (second syndicat d’officiers) « s’insurge » contre cette « thèse d’une prétendue fracture entre les jeunes et la police », de même que le SNOP (officiers, majoritaire) et Alliance (2e chez les gardiens de la paix), qui voit une « défiance », non de la population mais des « voyous » et de certains « idéologues » à l’égard de la police.

Les émeutes de la gare du Nord enflamment la campagne présidentielle
Le Figaro

le 28 mars 20

Le Parti socialiste et François Bayrou tombent à bras raccourcis sur Nicolas Sarkozy qui se défend en accusant la gauche d’être « du côté de ceux qui ne paient pas leur billet dans le train ».

« Ne pas se transformer en pompiers incendiaires ». Les appels du tout nouveau ministre de l’Intérieur, François Baroin, mercredi sur Europe 1 sont restés lettres mortes. Les attaques pleuvent en effet sur Nicolas Sarkozy au lendemain des affrontements de la gare du Nord. Son adversaire de gauche, Ségolène Royal, a ainsi estimé que les affrontements de gare du Nord montraient « l’échec sur toute la ligne » de la droite en matière de sécurité depuis 2002.

« Si Ségolène Royal et la gauche veulent être du côté de ceux qui ne paient pas leur billet dans le train, c’est (son) choix », a répliqué Nicolas Sarkozy de passage à la gare du Nord. Il n’est « pas normal que des gens interviennent » pour s’opposer à une interpellation, a tranché le candidat de l’UMP, estimant que « les forces de l’ordre ont réagi avec beaucoup de maîtrise ».

Une opinion partagée par ses porte-parole Rachida Dati et Xavier Bertrand qui, plus tôt dans la matinée, avaient accusé les socialistes de « justifier le désordre ».

Ségolène Royal s’est défendu de ces accusations de laxisme : « Bien évidemment, les voyageurs doivent payer leur billet. Mais qu’un simple contrôle puisse dégénérer dans un affrontement aussi violent prouve que quelque chose ne va plus », a-t-elle déclaré sur Canal+.

Bayrou moque Sarkozy et Borloo

De Jack Lang à Bertrand Delanoë, en passant par le député de Paris, Jean-Christophe Cambadélis, les caciques du PS ont abondé dans le sens de leur candidate. Le conseiller spécial de Ségolène Royal, Jack Lang, a même demandé « une enquête » sur les violences pour établir s’il s’agit d’« incidents organisés ou fortuits ». Le maire de Paris Bertrand Delanoë a estimé que « de tels débordements, après la crise de l’automne 2005, confirment notamment l’erreur magistrale qu’a constitué la suppression de la police de proximité ». Jean-Christophe Cambadélis, enfin, a rappelé le précédent des incidents de la rue Rampal dans le XIXe arrondissement de Paris pour dénoncer « un climat sarkozien fait de tensions, d’exactions, de violence verbale et de stigmatisations ».

Le PS n’est pas seul à récuser les résultats de la politique de l’ex-ministre de l’Intérieur. Ainsi François Bayrou, sur LCP-Assemblée nationale, a déploré que Nicolas Sarkozy ait fait de la police « uniquement une force de répression ». Le candidat UDF à la présidentielle a associé à ses critiques Jean-Louis Borloo, ministre de la Cohésion sociale, qui, la veille, a apporté son soutien au candidat de l’UMP. « L’un est chargé des banlieues, l’autre est chargé de la sécurité, et on ne peut pas dire que dans ces incidents hier soir, ni les banlieues aient montré qu’elles avaient trouvé un grand équilibre, ni que la sécurité soit en France aujourd’hui quelque chose à propos (de quoi) on peut se rassurer », a-t-il souligné.

De son côté, Philippe de Villiers, a évoqué « des bandes ethniques installées sur notre territoire et (qui) considèrent que même la gare du Nord, c’est leur territoire ». Sur BFM-TV, le candidat du MPF à l’élection présidentielle a évoqué des « barbares ». « Voilà le résultat de l’immigration incontrôlée », a-t-il ajouté, assurant qu’ « il y a 800 cités interdites, où on nous recommande, à nous les candidats, de ne pas aller ».

Enfin la Ligue communiste révolutionnaire s’est dite « indignée » par « la brutalité de l’intervention policière ». L’organisation trotskiste se dit « solidaire du mouvement de protestation et de solidarité des voyageurs ».

Société

«Ici, c’est la loi de la jungle»
Propos recueillis mercredi matin à la gare du Nord, sur les lieux où se sont produits les violents incidents de mardi soir.
Par Hakim DJEROUDI
LIBERATION.FR : mercredi 28 mars 2007

Ce mercredi à 11 heures, gare du Nord. A la sortie du métro ligne 5, le murs blancs portent les marques des émeutes de la veille. Des message tagués: «27.03.2007, injustice CRS sur ados innocents», «Victoire pour l peuple», «Nique la police», «Nique le gouvernement», «Chirac crapule», «Nique Sarkozy»

«C’est un truc de malade» lâche une jeune passante qui constate les dégâts. On dirait qu’une guerre s’est déroulée ici. Des vitres cassées, les bornes de contrôle de billet hors-service, les vitres de la boutique «Bagafolie», le magasin de chaussure «Foot locker» pillés. Un groupe de jeunes habitués traîne devant les boutiques. L’un d’eux, qui a reçu un coup, porte un pansement à l’oeil. Il ne souhaite pas répondre à nos questions. Et montre même un peu d’agressivité si on insiste.

«Il y a souvent des groupes de jeunes, ici, explique Isabelle, 38 ans, employée d’un magasin qui vend des produits d’Auvergne. La police les chasse, mais ils reviennent à chaque fois». Trois employés sont venus réparer un photomaton dégradé.

Les gens stressés et pressés défilent, «comme d’habitude». «Cela fait huit ans que je suis là, poursuit Isabelle. J’ai remarqué qu’il y a une montée de la délinquance. Ici, c’est la loi de la jungle. Il y a du vol tout le temps. Les gens sont irrespectueux entre eux. Si vous vous laissez faire c’est fini».

Mais, en même temps, les contrôles incessants ne contribuent pas à apaiser les choses. «Cela fait quinze jours à trois semaines que les contrôleurs sont là en permanence, ajoute l’employée. Ce que je ne comprend pas c’est que il y a déjà eu ce genre de situation, mais elles ont toujours été contrôlées. A mon avis, c’est la veille des élections qui a motivé les gens et d’autres ont agi pour le plaisir de casser. Il n’y a pas eu que des jeunes, il y a eu des gens de toute sorte. Des jeunes habitués à trainer, des gens de passage venus s’en mêler, des spectateurs».

Un jeune lycéen, de passage: «Hier, j’étais là. Moi, j’ai participé à la bataille parce que les contrôleurs et les flics prennent trop la confiance. J’ai suivi le mouvement, et je n’ai pas trop cherché à comprendre pourquoi.»

Une dizaine de policiers sont présents. «Ils ne sont jamais là quand il faut, moi dès que j’ai des problèmes je me débrouille seule» poursuit la commerçante. «J’ai fermé la boutique à 17h30, l’histoire a démarré juste là, devant le photomaton. Deux dames, deux jeunes et une mère accompagnée de ses trois enfants se sont réfugiées dans la boutique. Puis, vingt minutes après j’ai fermé et je suis rentrée. Ce soir, ça risque d’être chaud, d’autant plus que le fait que la police soit là, cela pourrait entraîner les gens à recommencer».

Appel à la grève pour la directrice d’école
Défilé prévu aussi vendredi contre les arrestations de sans-papiers près des établissements.
Par Catherine COROLLER
Libération

Le 28 mars 2007

Le placement en garde à vue, vendredi, de Valérie Boukobza, directric d’école parisienne ( Libération de lundi), continue de faire des vagues. La jeune femme, soupçonnée d’outrage et de dégradations sur une voiture de police après que des incidents violents eurent éclaté à proximité de son établissement, lors de l’interpellation d’un Chinois sans papiers qui venait chercher ses petits-enfants, avait été interrogée pendant sept heures. Hier, les principaux syndicats enseignants du primaire (1) ont appelé leurs collègues à faire grève et à manifester vendredi. «On demande que les ministères de l’Education nationale, de la Justice et de l’Intérieur clarifient la situation de la collègue et annoncent qu’il n’y aura aucune poursuite judiciaire et aucune sanction administrative prise contre elle», explique Gilles Moindrot, secrétaire général du Snuipp.
«Légitime défense.» Les responsables syndicaux demandent également que Valérie Boukobza se voie appliquer le droit à la protection des fonctionnaires prévu par la loi. Cela lui garantirait l’assistance d’un avocat et du service juridique du rectorat. «Les fonctionnaires doivent être défendus par l’institution , affirme également Michel Delattre, secrétaire général de l’Unsa Paris. Surtout que nous considérons que notre collègue était en situation de légitime défense.» Lundi, ces mêmes syndicats avaient rencontré Maurice Quenet, recteur de l’académie de Paris. Selon eux, la discussion a tourné court, le responsable académique opposant une fin de non-recevoir à la demande de protection juridique, au motif que la situation de Valérie Boukobza relève d’une affaire privée. Le recteur aurait affirmé que «les faits [s’étant] produits à l’extérieur de l’école [sont] détachables de sa mission de directrice d’école».
Silence. Vendredi, les enseignants manifesteront également contre les arrestations aux abords des écoles. Le matin, une délégation syndicale se rendra à la préfecture de police pour réclamer que cessent de telles pratiques. Le cortège partira à proximité du ministère de l’Education nationale, façon d’interpeller Gilles de Robien, resté totalement muet depuis le début de cette affaire.
(1) Snuipp-FSU, SE-Unsa, SgenCFDT, SUD-Education, Snudi-FO, CGT-Education et CNT.

Scènes de ménage chez « Les Guignols de l’info »
LE MONDE
Le 26.03.07

La campagne présidentielle sème la zizanie entre les auteurs des « Guignols de l’Info », l’émission satirique de Canal+. C’est Bruno Gaccio, auteur « historique » de l’émission, qui a mis le feu aux poudres en déclarant dans Libération du samedi 24 mars : « Ça fait cinq ans qu’on rit avec Sarko, ça suffit. Là, on ne rit plus avec, on rit contre. » Une déclaration que n’ont pas appréciée ses acolytes, Lionel Dutemple, Ahmed Hamidi et Julien Hervé, ainsi que le producteur de l’émission, Yves Le Rolland, qui refusent que les marionnettes soient instrumentalisées pendant la campagne.

« En affirmant qu’on est contre Sarkozy de manière militante, cela nous prive d’une certaine liberté et nous prête des intentions cachées », protestent-ils. « Le militantisme supposé est incompatible avec l’esprit des Guignols, précise Yves Le Rolland. Notre seule inspiration, c’est ce qui peut faire rire. « Les Guignols de l’Info » reste une émission de divertissement. Ce qui ne nous empêche pas d’avoir un point de vue sur les gens. »

« On est là pour se moquer, on ne fait pas de politique. Nous ne sommes pas des journalistes, nous travaillons dans un monde de latex, surenchérit Ahmed Hamidi. Nos prises de position se voient à l’écran, inutile de le surligner. »

Contacté par Le Monde, Bruno Gaccio affirme que la citation de Libération, est « inexacte ». « Ce que je voulais dire, c’est que depuis quatre ans que l’on rit aux Guignols avec Sarkozy, le public va finir par penser que l’on rit contre lui, ce qui ferait sortir les Guignols de leur rôle. »

DÎNER

La tension entre Bruno Gaccio et les trois auteurs, qui ont rejoint l’émission en 2000, couve depuis plusieurs mois. Déjà, en début d’année, ils n’avaient pas apprécié d’apprendre par Le Parisien que Bruno Gaccio avait participé à un dîner avec Ségolène Royal, chez l’animatrice de télévision Daniela Lumbroso, enfreignant ainsi les « règles » des Guignols de ne pas rencontrer ceux qu’ils caricaturent. De plus, ils lui reprochent de continuer à parler en leur nom alors que « cela fait déjà un long moment qu’il est hors jeu », comme le souligne Lionel Dutemple. En effet, Bruno Gaccio a rejoint depuis septembre 2005 l’unité de fictions de Canal+, où il développe des projets innovants. Il n’est revenu aux Guignols que pour la présidentielle, et a annoncé qu’il quittera l’émission en juin.

Ces turbulences au sein des membres de l’équipe n’affectent pas leur humour. « On adorerait dîner avec Chirac dès qu’il ne sera plus président, confie Ahmed Hamidi. Il nous a fait bouffer pendant dix ans. Il serait normal de lui offrir un resto ! »

Sylvie Kerviel et Daniel Psenny

Télévision

Ils ont fait le Chirac de 1995. Qui est le candidat des «Guignols» en 2007 ?
Votez latex!
Par Raphaël GARRIGOS, Isabelle ROBERTS
QUOTIDIEN : samedi 24 mars 2007
Sapristi (1) ! Et ces bons vieux Guignols ? Bombardés meilleurs éditorialistes de France en 1995 quand ils campaient Chirac en sympathique loser mangeur de pommes trahi par Couille molle (comment s’appelait ce monsieur goitreux déjà ?), les Guignols se sont vu reprocher de l’avoir installé à l’Elysée. Et, en 2002, d’avoir décrédibilisé les politiques qu’ils représentaient en Supermenteur (Chirac) et Superbarbant (Jospin). En 2007, les Guignols , même s’ils alimentent moins la chronique, sont bien là au mieux de leurs audiences : 2,8 millions de téléspectateurs (contre 2,6 millions en 1995 et 2,5 en 2002) pour leurs quatre têtes de Turc du moment. Après les pommes de Chirac et plutôt que les mandarines de Bayrou, mangez du latex.
Sarkozy : «Cacalme, Lexomimil»
«Vous l’avez remarqué en regardant les Guignols , je ne veux pas de Sarkozy président.» Oui, Bruno Gaccio, on avait remarqué. Aux Guignols, Sarkozy, c’est depuis des lustres le Grand Satan : la «petite crotte» de Chirac, l’expulseur d’enfants immigrés. Le sale flic, qui a mis toutes les rédactions de France à sa botte compensée. Longtemps, les Guignols s’en sont tenus à cette fort ressemblante caricature. Et puis arrive le fameux «J’ai changé», le jour de son sacre, et son non moins fameux pull-over qu’il sortait dès le lendemain. Du caviar pour les Guignols : «Le mec, rigole Lionel Dutemple, un des auteurs, d’un seul coup il décrète qu’il sera supercalme !» Voilà Sarkozy faussement adouci, en «pull-over, calme, cool, zen». Qui, ces temps-ci comme le vrai, perd ses nerfs : l’atrabilaire est désormais au bord du nervous breakdown, tremblote «cacalme-coocool-zezen» avec le «Lexomimil» en intraveineuse. Mais Sarkozy, contrairement au Chirac de 1995, reste l’ennemi. «Ça fait cinq ans qu’on rit avec Sarko , ça suffit, assène Gaccio, chef des Guignols jusqu’en juin. Là, on ne rit plus avec, on rit contre.»
Bayrou : «Crûtû-crûtû-crûtû»
Le néo-rebelle qui fustige TF1, leur ennemie de toujours, du nanan pour les Guignols ? Ben non, même pas : tandis que, partout, on feint de découvrir Bayrou, ils le croquent comme ils le font depuis dix ans en gamin naïf qui rêve de se rebeller sous son poster «I love UDF». Seul aggiornamento : avec les sondages, le petit François est devenu insupportable. PPD ose-t-il le présenter en «chouchou des Français» qu’il monte sur ses grands poneys : «Eh ho ! Tu m’appelles pas chouchou, je suis un homme important maintenant !» Veut décorer la valise nucléaire d’autocollants Dora l’exploratrice, s’inquiète de ses futurs sommets : «A Poutine, je peux plus lui dire « Poutine tu pues la sardine » ?» Surtout, les Guignols fustigent l’absence de programme, l’inanité politique de Bayrou. Sa solution pour tous les problèmes ? «Prendre les meilleurs de droite, et les meilleurs de gauche.» Souci, quand Bayrou mélange les carburants de la pompe de gauche et de la pompe de droite : «Le moteur il a fait « crûtû-crûtû-crûtû ».» Pour Dutemple, Bayrou est «sans doute le Guignol de cette campagne» . Yves Le Rolland, directeur artistique, approuve : «Bayrou, c’est le personnage le plus intéressant, c’est avec lui qu’on peut le plus montrer notre spécificité. Pour nous, il reste ce qu’il était.» De fait, alors qu’en 1995, le Chirac des Guignols suivait l’opinion, leur Bayrou de 2007 va à son encontre. Les Guignols vont tout de même le faire accéder à la respectabilité, raconte Dutemple : «PPD va le regarder d’un autre oeil. Il va faire comme tous les médias : « Ouais, il a pas de programme, génial ! »»
Royal : «Politique pour les tout-petits»
Ça se gâte avec Ségolène Royal : marionnette pas terrible, voix ratée, pas de gimmick, les auteurs ont du mal. «Pour des caricaturistes c’est la galère, reconnaît Le Rolland. Elle est un peu en creux. Elle ne nous fait pas tellement rire. C’est un peu comme Jospin qu’on n’a jamais vraiment réussi.» Résultat, depuis le début de la campagne, le personnage de Royal patine, sauf quand les Guignols s’attaquent à sa sale manie de parler aux Français avec des mots simples et font chanter son programme par Henri Dès «pour expliquer la politique aux tout-petits» : «Mme l’Iran a une bombe atomique/C’est catastrophique» la la la… Mais au fil des mois, la Royal de latex, tout en restant un personnage central, est devenue quasi muette, stoïque sous les coups de boutoir de ses ennemis, tellement violents qu’ils tournent à l’absurde. A la radio, on interroge la Royal de latex sur les porte-avions et, dans le taxi, le chauffeur la coince : «Dans une boîte de vitesses automatique, quel est le nom de la pièce sur laquelle reposent les roulements à billes ?» Elle ne sait pas et les quolibets fusent : «Elle sait pas et elle veut diriger la France !» Gaccio s’emporte : «Sarkozy peut faire n’importe quoi, tout le monde s’en cague ; elle, elle fait « atchoum », tout le monde rigole « whoua la nulle ». Faut arrêter.» Ça s’appelle rouler pour Royal. «On ne peut pas faire ça», se défend Gaccio. C’est pas grave les gars, c’est juste de la politique.
Elkabbach : «Bravo Nicolas, t’es génial»
Voilà en fait le gibier favori des Guignols : nous, les journalistes. Enfin, pas nous à Libération, hein, mais tous les autres, les méchants, les moutons, les stipendiés flingués chaque soir à bout touchant. Totem de la complaisance médiatico-sarkozyste, le VRP multimédia Jean-Pierre Elkabbach. Ses interviews cire-UMP du matin se traduisent chez les Guignols en un festival de «pouffiasse !» contre Royal et de «t’as été génial, bravo Nicolas». Jeudi, dans une parodie de Vis ma vie, Elkabbach devait tester l’étrange profession de journaliste. Et il en suait à grosses gouttes, le pauvre, et s’indignait que son tuteur d’un jour ose poser des questions dérangeantes à Sarkozy : «Je suis très choqué, je sais pas comment il fait, c’est comme s’il n’avait aucune pudeur.» Le 22 avril, une fois que les auteurs auront voté tous à gauche , les marionnettes animeront la soirée électorale de Canal +. Les Guignols influenceront-ils le vote des téléspectateurs ? «Prrrrrrrt…, répond, lassé, Gaccio. S’il y avait une influence des Guignols , Besancenot serait à 17 % dans les sondages.»
photo RAphaël Dautigny
(1) Oui, on avait envie d’écrire «sapristi

Voir aussi les images télé: http://www.dailymotion.com/video/x1ka4h_emeute-compil-270307-gare-du-nord


Présidentielle 2007: les trois tabous de la campagne (Guy Sorman)

28 mars, 2007
https://i1.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/e/e7/France_map_labour_protests_CPE_23-3-2006.png/300px-France_map_labour_protests_CPE_23-3-2006.pngJe suis convaincu que le libéralisme est voué au même échec que le communisme et qu’il conduira aux mêmes excès. L’un comme l’autre sont des perversions de la pensée humaine. Jacques Chirac
Dans l’Hexagone, le terme « libéral » est devenu une insulte. Mais c’est un hommage à la vertu. Il y a 25 ans, personne ne l’utilisait. (…) Par ailleurs, je ne vois pas contre qui sont les antilibéraux. Leur antilibéralisme égale antimondialisme égale antiaméricanisme. Guy Sorman

A l’heure où l’actuel squatter et (Dieu merci) très prochain SDF de l’Elysée profite de ses derniers jours pour sortir les deux volumes de ses impérissables chiraqueries, à savoir ses sempiternelles variations et avertissements sur les « méfaits » du libéralisme, sorties, ironie du calendrier,… la veille même du 50e anniversaire de l’Europe qui nous a rendus riches …

A l’heure donc où le même incorrigible responsable des douze années d’immobilisme que nous venons de vivre se paye en fait (et contre son propre camp!) un aussi ultime que dérisoire réglement de comptes avec (suivez mon regard!) « ceux qui pensent que le salut de la France passe par une brutale saignée libérale et par le démantèlement de notre modèle social » et le « concept pernicieux de la discrimination, même positive » …

Au moment où, de l’autre côté, la Royal multiplie les déclarations, aussi contradictoires les unes que les autres. Il ne faut pas parler d’identité nationale mais… sortir les drapeaux! Ou: il faut lutter contre l’immigration clandestine mais… donner des papiers à tous les clandestins! (du moins ceux qui auront été assez malins pour scolariser leurs enfants) …

Il fait lire, sur le site de France 2, l’intéressant entretien de l’essayiste Guy Sorman sur la campagne présidentielle.

Ou plus précisément, sur les trois problèmes centraux de la dette, l’intégration et du terrorisme, ou plutôt, sur les tabous dont ils sont entourés en France.

Sur la dette, le tabou, c’est en fait le surdimentionnement de l’Etat : un tiers de plus qu’ailleurs et donc… un tiers de plus d’électeurs potentiels à affronter !

Sur l’intégration, la vache sacrée, ce serait plutôt le Code du travail et les entraves à la liberté du travail (SMIC, charges, impossibilité de licencier) qui protègent les privilégiés détenteurs d’un emploi ou futurs diplômés (voir le ridicule des manifs d’étudiants contre le CPE, destiné justement aux… non-diplomés!) sur le dos des sans-emploi, et donc les jeunes souvent issus de l’immigration. Mais aussi le refus, parce que d’origine américaine, d’une politique de la « diversité », qui ne peut bien sûr fonctionner (ce qui montre bien que tous les problèmes sont liés) que s’il y a des emplois à répartir.

Et enfin sur le terrorisme, la guerre mondiale que les jihadistes ont déclarée au Monde libre (et à tous ceux qui aspirent à la liberté, les premières victimes, faut-il le rappeler, en étant les musulmans eux-mêmes). Et où, à nouveau, le grand tabou, c’est l’Amérique avec laquelle il faut éviter de s’aligner trop ouvertement alors que, comme notre police et notre justice au niveau intérieur et européen, notre armée y est déjà (de l’Afghanistan à la Bosnie en passant par l’Afrique) largement impliquée. On se souvient des attaques contre Sarko l’Américain, qui a depuis dû considérablement désaméricaniser ses propos – jusqu’à renier son soutien de l’intervention contre le dictateur Saddam !

L’état de la France vu par Guy Sorman
France 2
le 16/03/07

L’interview de Guy Sorman

Comment voyez-vous l’état de la France à la veille de la présidentielle ?

A mon sens, la France se distingue du reste du monde par trois facteurs : sa dette, la difficulté de l’intégration des jeunes issus de l’immigration et le terrorisme. Il s’agit de trois problèmes centraux plus ou moins abordés dans cette campagne. Mais plutôt moins que plus…

En ce qui concerne la dette, les candidats disent vouloir la réduire. Mais ils ne parlent de ce qui est en à l’origine. A savoir le problème d’un Etat surdimensionné qui fait plus de choses qu’ailleurs, des choses qui ne sont pas forcément nécessaires. Pourtant, partout, on a réduit la dimension de l’Etat. Mais cela n’a pas été fait en France.

Ce fait est la raison principale du chômage. Car tout argent que l’Etat absorbe, c’est autant de moins que les entreprises n’investissent pas. Il écrème les fonds nécessaires par les impôts et l’emprunt. Résultat : en France, il y a peu d’investissements quand on compare la situation avec ce qui se fait dans les autres pays de l’OCDE.

Vous faites là un bien rude constat …

Mon propos n’est pas polémique. Cette analyse est partagée par tous les économistes. Ce qui manque dans l’Hexagone, c’est une réflexion pour savoir à quoi sert l’Etat, dans quels domaines il devrait intervenir. Evidemment, poser la question est politiquement dangereux : en France, il y a un tiers de fonctionnaires de plus qu’en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas ou en Espagne !

Les deux secteurs où l’on dépense le plus sont l’enseignement public et l’armée. Naturellement, personne ne va dire qu’il faut réduire ces dépenses ! Pourtant, il convient de les rationaliser. Que je sache : en Grande-Bretagne ou en Espagne, les gens ne sont pas moins bien éduqués.

Je le répète, le premier problème, c’est la dimension de l’Etat. La dette n’en est qu’une conséquence.

Comme second problème, vous évoquiez tout à l’heure l’intégration des jeunes issus de l’immigration…

Oui, si l’on compare avec d’autres pays, la France n’a pas d’autre problème sociétal. Dans ce domaine, la première difficulté, c’est l’emploi. Actuellement, tout ce qui est fait joue contre les jeunes sans qualification. En augmentant SMIC et charges, on dissuade, à cause du coût, les employeurs d’embaucher. Il en va de même pour l’impossibilité de licencier. Or si on veut intégrer, il faut libérer le travail.

Avec le CPE, le gouvernement disait vouloir procéder de cette manière. Mais cette politique a déclenché de très importantes manifestations…

Le CPE, c’était le combat des privilégiés contre la perte des privilèges. Les étudiants qui manifestaient n’avaient pas conscience des problèmes. Il faut dire aussi que le gouvernement Villepin n’a rien expliqué. Quand on fait des réformes de ce genre, il faut commencer par une pédagogie.

La question est de savoir comment on organise le marché du travail pour que les jeunes y accèdent. Mais il faut que le problème soit clairement posé pour qu’ensuite on s’interroge sur les mécanismes, sur la manière d’organiser les choses.

Et la question de l’intégration proprement dite ?

Je pense qu’il faut comme aux Etats-Unis mener une politique d’ »action affirmative » (affirmative action en anglais), de « discrimination positive », comme on dit en France. En fait, aux Etats-Unis aujourd’hui, on parle plus de « diversité ». Une diversité qui, dans ce pays, est obligatoire à tous les niveaux et est contrôlée par des juges. Elle a débuté dans la police. Résultat : aujourd’hui, dans celle de New York, on a 20 à 30 % de noirs, ce qui est le reflet de la population locale. Dans l’armée, c’est pareil.

La discrimination positive, évidemment, Nicolas Sarkozy en parle. Mais une telle politique ne peut pas fonctionner s’il n’y a pas de créations d’emplois. Tous les problèmes sont liés.

Comme troisième problème, vous avez mentionné le terrorisme…

Le terrorisme, la violence internationale sont des thèmes très absents de la campagne électorale. Pourtant, l’Hexagone n’est pas à l’abri. On ne peut pas ignorer que s’est constituée une branche algérienne d’Al Qaïda qui a la France en ligne de mire.

L’armée française, qui est une armée importante, est présente dans de nombreux pays, de l’Afghanistan à la Bosnie en passant par l’Afrique. Pourtant, il n’y a pas de réflexion sur sa place dans le monde, sur son rôle. On ne se demande pas qui est l’ennemi, comment il faut combattre, avec qui.

Regardez la polémique sur un second porte-avions nucléaire, notamment avec Ségolène Royal. On fournit des réponses sans poser les questions !

Tout cela vous amène-t-il à dire que la France est en déclin ?

C’est ce que disent les « déclinologues ». Ce qui ne fonctionne pas chez nous, c’est l’Etat. Mais la société française, elle, ne fonctionne pas trop mal. Il en va de même pour les grandes entreprises multinationales françaises.

Mais il ne faut pas négliger le fait que la France connaît une série d’érosions. Plusieurs millions de jeunes se retrouvent ainsi au bord de la route, comme je le disais plus haut. De plus, on assiste à un affaissement des positions économiques en raison de la baisse de l’investissement. Si on ne remédie pas à cette situation, on va à la décadence. Il y a donc menace de décadence.

Comment jugez-vous le système américain, souvent pris en modèle par les libéraux ?

On ne peut pas comparer la France et les Etats-Unis. Car les deux sociétés sont fondées sur des principes économiques, philosophiques et politiques très différents.

Aux Etats-Unis, le mécanisme de l’intégration fonctionne assez bien. De même que l’économie. Il y a 4 % de chômeurs. C’est vrai qu’on trouve une vraie pauvreté, liée à l’immigration. Mais la croissance est extraordinaire. Elle permet de financer la première armée du monde, dont le budget représente 3 % du budget fédéral, sans peser sur les contribuables. Une chose qui ne marche pas, c’est la lutte contre le terrorisme. Mais je le répète : la comparaison avec la France reste impossible.

Vous définissez-vous comme un libéral ?

Oui. Mais comme un libéral français, au sens classique du terme tel qu’on l’a utilisé de Turgot à Raymond Aron. Personnellement, j’appartiens à l’école de Raymond Aron. Je n’ai ni le culte des Etats-Unis, ni celui de l’économie de marché. Pour moi, celle-ci est une mécanique au service de l’action politique.

Que pensez-vous du débat autour du libéralisme et de l’antilibéralisme ?

Ce débat ne m’intéresse pas ! Ce qui m’intéresse, c’est de savoir quels sont les moyens permettant de faire progresser l’idée de liberté. Dans le cas de l’intégration, par exemple, c’est à l’Etat d’intervenir. Mais pour le chômage des jeunes, il faut assouplir le Code du travail. De leur côté, les libéraux ultra placent souvent la réponse avant la question.

En fait, je ne pense pas que le libéralisme et l’ultralibéralisme soient représentés sur la scène politique française. Leurs adeptes sont surtout des universitaires.

Je constate simplement que dans l’Hexagone, le terme « libéral » est devenu une insulte. Mais c’est un hommage à la vertu. Il y a 25 ans, personne ne l’utilisait. Et aujourd’hui, le libéralisme est redevenu une école. Pour autant, on le confond souvent avec le mondialisme. Par ailleurs, je ne vois pas contre qui sont les antilibéraux. Leur antilibéralisme égale antimondialisme égale antiaméricanisme.

Dernière question : que pensez-vous d’internet ?

Ce qui m’intéresse avec ce média, c’est son côté instantané. Quand j’écris dans mon blog, je reçois tout de suite des commentaires et des réactions. Je peux ainsi tester mes idées, repérer les points sensibles de l’opinion. Cela m’apporte véritablement quelque chose. Il faut dire que mon blog n’est pas narcissique !


Histoire de la Résistance: Les Armes de l’esprit (Weapons of the spirit)

25 mars, 2007
https://i0.wp.com/enroute.umc-europe.org/images/2007/28/armesdelesprit.jpg
Where both state and church refused to sanction discrimination—as in Denmark—internal resistance was highest. Where the state or native administrative bureaucracy began to cooperate, church resistance was critical in inhibiting obedience to authority, legitimating subversion, and/or checking collaboration directly. Church protest proved to be the single element present in every instance in which state collaboration was arrested—as in Bulgaria, France, and Romania…. The majority of Jews evaded deportation in every state occupied by or allied with Germany in which the head of the dominant church spoke out publicly against deportation before or as soon as it began. Unfortunately, the Netherlands (which I discuss extensively) did not react as would be predicted from the level of pre-war anti-Semitism. There was little leadership from the Queen and government in exile (nor from political leaders in the Netherlands) to the civil service bureaucracy which executed German orders. This led to high state cooperation in registering Jews. « The more efficient, and almost foolproof, method of Jewish identification was devised not in the Reich, but in the Netherlands, by a pre-war Dutch civil servant who traveled to Berlin with his superior’s permission to display his innovation to the Gestapo: ‘The Gestapo had pronounced his identity card even more difficult to reproduce than its German counterpart.' » Although there was early church protest in the dominant Protestant church, it was not a public nor vocal protest. Church leaders failed to inform their congregants of this as they did not read publicly their protest against the deportation of the Jews, deferring to a German request not to read it from the pulpit. Lacking leadership for resistance, the Dutch did not form a defense movement for people in hiding until the spring of 1943 when Dutchmen were threatened with deportation and forced labor in Germany. It was too late to help the Dutch Jews—by then less than half of them were left. Deák is correct that only about 20 percent of Dutch Jews were saved but he is wrong about the Bulgarian toll. About 20 percent of Jews under Bulgarian rule became victims, including the Jews in territories formerly in Greece and Yugoslavia occupied by the Bulgarian state, as he explains later in his review. Dr. Helen Fein
Helen Fein (…) rightly argues that pre-war anti-Semitism had significant influence on the fate of Jews under German occupation but, as she herself states, there were also many other factors, for instance the behavior of local church leaders, the attitude of the exile governments, and whether or not the country in question had an efficient bureaucracy. The latter, unfortunately, was the case in the Netherlands. Still, at least in my opinion, the most important factor for the treatment of Jews was whether or not a country in Nazi-dominated Europe was able to maintain a certain degree of sovereignty. In Italy, Hungary, Romania, Slovakia, Bulgaria, Finland, Vichy France, and Denmark, the governments used the Jews in bargaining with the Nazis and then with the Allies. The lives of Jews were sacrificed or spared depending on which of the two external forces the government wanted to please. In the utterly defeated countries such as Norway and the Netherlands, which were without a government and without any sovereignty, local bureaucrats and policemen did just what the Nazis wanted them to do in carrying out the elimination of the Jews. In other countries, parts of the native population assisted the Germans in killing or rounding up Jews, as happened in Poland, Ukraine, and the Baltic countries. As a result, the largest percentages of Jews survived in countries that were allied with Germany during the war. In Bulgaria, following a great deal of initial brutality and proclaimed anti-Semitic intentions, the pro-German government decided to spare the lives of Bulgarian Jews. The Germans were powerless to prevent this. As a result, so far as we know, not one of the 50,000-odd Bulgarian Jews was handed over to the Germans or killed at home, although many suffered badly in local forced labor camps. Helen Fein writes about Jews under Bulgarian rule; I wrote about the Bulgarian Jews. The 11,143 Jews that the Bulgarian regime handed over to Eichmann in 1943 lived in those parts of Greece and Yugoslavia that were occupied by the Bulgarian army; they were Yugoslav and Greek citizens and did not speak Bulgarian. The actions of leading Bulgarian officials toward the Nazis and the Jews remain a subject of intense controversy. Among them were Prime Minister Filov, Minister of Interior Gabrovski, Parliamentary Deputy Dimitur Peshev, and, most powerful and controversial of all, King Boris III. (…) We know less about Bulgaria during and just after the war than about most other European countries. Yasharoff, for instance, argues that his father, in defending Peshev, emphasized Peshev’s role as a savior of Jews and that this softened the verdict of his Communist judges. Tzvetan Todorov, the author of The Fragility of Goodness, the book I discussed in my review, believes otherwise. Yasharoff is convinced that Peshev personally ordered the local authorities to stop preparations for the deportation of the Bulgarian Jews in 1943; yet it is hard to believe that the vice-chairman of the National Assembly would have had such an authority, particularly in a country that Yasharoff calls a fascist state. But was Bulgaria truly a fascist country during the war? Yes, if we judge it by some of the actions of its police; no, if we consider that it had a functioning parliament with opposition parties, whose deputies often strongly opposed the government. However, because the government could take no major action in Bulgaria without the King’s consent, Boris III must bear responsibility both for the deportation of the Thracian and Macedonian Jews and for saving their Bulgarian counterparts. As a savior of some Jews and as the man responsible for the killing of others, Boris did not really differ greatly from such contemporary heads of state as France’s Marshal Pétain and Hungary’s Admiral Horthy. (…) The lesson of the Bulgarian story is best explained by Omer Bartov in The New Republic (August 13, 2001) when he writes: “The difference between virtue and vice is far less radical than we would like to believe. Sometimes the most effective goodness…is carried out by those who have already compromised themselves with evil, those who are members of the very organization that set the ball rolling toward the abyss.” Dimitur Peshev, who was a member of the ruling political party in Bulgaria and who voted for the original anti-Semitic laws, was such a person. István Deák
Des pressions païennes formidables vont s’exercer sur nous-mêmes et sur nos familles pour tenter de nous entraîner à une soumission passive à l’idéologie totalitaire. Si l’on ne parvient pas tout de suite à soumettre nos âmes, on voudra soumettre tout au moins nos corps. Le devoir des chrétiens est d’opposer à la violence exercée sur leur conscience les armes de l’Esprit. Pasteur André Trocmé (1940)
Between 1943 and 1944, the Mufti [of Jerusalem] concentrated his activities on the Jews of the Balkans, in Eastern Europe. He prevented the rescue of Jews from Hungary, from Romania, from Bulgaria, from Croatia; and he thwarted the immigration of Jewish orphans to Palestine. He protested to the Nazis that not enough resources were being devoted to preventing the escape of Jewish refugees from the Balkans. This has been widely testified to. Here is one example. Wilhelm Melchers, a Nazi official who testified at the Nuremburg Trials on 6 August 1947, said: « The Mufti was making protests everywhere – in the offices of the Foreign Minister, the Secretary of State and in other SS Headquarters ». These protests had an immediate effect, as a rule. Far example, on 15 May 1943, the Mufti personally delivered to Ribbentrop a letter protesting against the plan to arrange the emigration of 4,000 Jewish children from Bulgaria. Ribbentrop succumbed to the Mufti’s pressure. He quickly arranged for a telegram to be sent to the German Ambassador in Sofia, by which he prevented the emigration from taking place. The tragic result, of course, was that 4,000 Jewish children were condemned to death. (Rapport de l’ONU, 5/12/1985)

Suite à notre dernier billet sur la légende Aubrac comme illustration du mythe qui a entouré la Résistance pendant la dernière guerre en France et l’apparent manque de combativité de la majorité de la population française …

Petit retour sur les travaux de l’historienne américaine Helen Fein, dont l’analyse des différentes réponses nationales des pays européens face au génocide juif (« Accounting for Genocide: National Responses and Jewish Victimization During the Holocaust« , 1979) pourrait être éclairante.

Comparant les destins différents des communautés juives sous le nazisme, elle montre en effet que les pays où celles-ci s’en sont “le moins bien sorties” sont apparemment ceux où il n’y avait pas eu d’institutions (politiques, religieuses) appelant à résister.

Comme par exemple les Pays-Bas ou la Pologne (dont les dirigeants et élites s’étaient exilés en Angleterre et/ou avaient été décimées par les assauts conjoints des Nazis et des Soviétiques) qui ont eu le pire bilan par opposition au Danemark où Christian X avait explicitement pris position contre la déportation et dont la population juive (avec l’aide de leurs voisins suédois) a été très largement épargnée.

La France, avec son régime collaborationniste mais une partie de ses élites résistantes, ayant eu une position intermédiaire.

Un peu comme la Bulgarie, dont les autorités religieuses avaient bien résisté mais qui finit par abandonner, suite notamment à l’intervention personnelle du Grand Mufti de Jérusalem et « oncle » d’Arafat – exflitré lui aussi par la France après guerre – , “ses” juifs thraces et macédoniens.

Une France donc où le régime a, en simplifiant, “sauvé” une bonne partie de ses juifs nationaux sur le dos (ie. en les livrant ou les abandonnant aux nazis) de ses juifs réfugiés …

D’où l’intéressant contre-exemple du cas très particulier de ces villages des Cévennes de descendants de huguenots, avec leur longue tradition de “résistance” religieuse (comme Le Chambon-sur-Lignon, révélé au grand public par le documentaire de Pierre Sauvage, qui sauva quelque 5 000 juifs sous l’Occupation, mais il existe, parait-il un tel village de Justes aux Pays-Bas et les Polonais sont, avec les Hollandais, les premiers sur la liste de Yad Vashem – merci madimaxi) …

On a ainsi l’impression qu’avec beaucoup de résistants, notamment au début, qu’ils sont quasiment livrés à eux-mêmes, aucune, sauf exceptions, institution politique, syndicale ou religieuse (hormis l’appel – de l’extérieur, non nécessairement à une résistance intérieure et pendant que le PCF négociait secrètement le maintien de sa presse avec l’ennemi – du 18 juin) n’appelant à résister et qu’ils s’improvisent résistants avec les moyens – très limités – du bord, certains dans les campagnes ou aux frontières, à partir de leurs pratiques locales faisant passer leur résistance comme une sorte de braconnage ou contrebande “glorifiée”.

Ce qui souligne encore plus leur courage mais aussi la faiblesse de leur nombre et donc à nouveau… le “manque de combativité” de la majorité.

Et bien sûr le décalage avec les récits largement idéalisés que, pour les raisons que l’on sait, on en a fait après coup et… le choc quand la vérité sort peu à peu.

Voir aussi la critique du film de Pierre Sauvage sur Le Chambon-sur-Lignon (« Les Armes de l’esprit »):

« Les Armes de l’esprit »
L’Humanité
Le 17 octobre 1990

De Pierre Sauvage au cinéma « Saint-Germain-des-Prés »

Si on avait laissé faire le temps et l’oubli, c’est tout juste si le nom de Chambon-sur-Lignon aurait eu droit à quelques lignes dans les manuels d’histoire de France, chapitre Deuxième Guerre mondiale, sous-chapitre occupation allemande et déportation. Grâce au film documentaire de Pierre Sauvage, les correcteurs de mémoire auront désormais la tâche plus rude.

« Les Armes de l’esprit », c’est l’histoire d’un aller-retour. Le passé éclaire le contexte par le noir et blanc des archives, et la couleur du reportage d’aujourd’hui donne la parole aux acteurs d’une histoire discrète mais glorieuse. De 1940 à 1944 les habitants d’une petite commune de la Haute-Loire défient Pétain, sa police, ses milices, ses lois antisémites, en accueillant, en cachant, en protégeant des familles juives françaises et étrangères. Le faussaire du village, Oscar O. de son vrai nom, Dr Jean-Claude Plunne de son nom de planque, spécialiste de la fabrication de faux-papiers, estime à cinq mille le nombre de Juifs sauvés au Chambon. Le cinéaste franco-américain Pierre Sauvage sera parmi les rescapés.

A l’origine d’une résistance trop méconnue, il y a cette terre cévenole avec derrière elle quelques siècles d’insoumission, ces Huguenots protestants qui ont appris à vaincre les persécutions et la peur, et il y a des hommes, héros ordinaires qui jaillissent à la lumière. Le pasteur du Chambon, André Trocmé, fera de son temple le lieu où apprendre à dire non sera parole d’évangile. Et quand l’une de ces femmes au visage doux qui a échappé aux trains de Nuit et brouillard se souvient, c’est pour dire : « Ce n’était pas au fait que nous étions juifs qu’ils réagissaient, mais au fait que nous étions pauvres. »

 Voir encore:

Heroes and Victims
István Deák
NY Review of Books
May 31, 2001

Neighbors: The Destruction of the Jewish Community in Jedwabne, Poland
Jan T. Gross
Princeton University Press, 261 pp., $19.95
The Fragility of Goodness: Why Bulgaria’s Jews Survived the Holocaust
Tzvetan Todorov, translated from the French by Arthur Denner
Princeton University Press, 190 pp., $26.95. To be published in July 2001.
The Jehovah’s Witnesses and the Nazis: Persecution, Deportation, and Murder, 1933–1945
Michel Reynaud and Sylvie Graffard, translated from the French by James A. Moorhouse, with an introduction by Michael Berenbaum
Cooper Square Press, 304 pp., $27.95

In 1941 Polish townspeople and farmers who had been persecuted by the Soviet occupation forces took their revenge on their innocent Jewish neighbors by torturing them and burning them alive. In 1943 Bulgarian right-wing politicians saved virtually all the Jews in their country and were later rewarded for their efforts by execution or imprisonment under the Communist government. Throughout the war German religious zealots refused to say “Heil Hitler,” preferring to be guillotined by the Nazis to serving in the war.

Such are the major themes of the three books under review. They raise questions that defy clear answers. Why did Poles, who had suffered badly under the Soviet occupiers, choose to kill those even more downtrodden than they were? Do murders committed by semiliterate Polish farmers, craftsmen, and day laborers belong in the same category as murders committed by educated and trained German policemen, as Jan Gross seems to suggest in Neighbors? Does the suffering freely accepted by German Jehovah’s Witnesses belong in the same category as that of the Jews, who were not asked what they thought of the Führer and were not allowed to recant? Why did the Bulgarians succeed in saving Jews while the Dutch, who were also not generally anti-Semitic, failed abysmally, with a nearly 100 percent Jewish survival rate in one country and only about 20 percent in the other?

Before World War II, there were some 50,000 Jews in Bulgaria, making up less than one percent of the population—approximately the same low proportion of Jews as in Germany and Italy, and not at all comparable to the vastly greater Jewish presence in Austria, Hungary, Romania, Poland, and Russia. Is there a direct relationship between the proportion of Jews in a country and the extent of popular anti-Semitism? We might think so when we consider the relatively mild fate of the Jews in wartime Bulgaria and Italy; but the case of Germany obviously suggests otherwise. Other factors must have influenced the extent of popular anti-Semitism. Bulgarian Jews, mostly of Sephardic origin, were tradesmen and artisans, with only relatively few businessmen, landowners, bankers, lawyers, and professors among them. In contrast to France or Poland, for instance, no Jews were to be found in the Bulgarian army officer corps or in the state administration.

Unlike Jews in Hungary or Poland, Bulgarian Jews did not take an important part in the Bulgarian Communist movement. Thus they represented neither a political nor an economic challenge to non-Jews. Also, because there were so few Jewish journalists, artists, moviemakers, theater people, and writers in Bulgaria, right-wing critics of modern culture could not blame the Jews for immorality, secularization, corruption, and criminality. In addition, Bulgarians had more important minorities to worry about, such as the Macedonians, whose secret organizations had long been engaged in bloody terror, and also Turkish-speaking and Bulgarian-speaking Muslims.

With no Jews in important positions, there existed only minuscule anti-Semitic movements in Bulgaria. And yet Jews had much to fear. As Tzvetan Todorov explains in his strongly argued introduction to The Fragility of Goodness—a book that is largely a collection of documents—Bulgaria adopted some of the harshest anti-Jewish legislative measures in Europe. In October 1940, during the authoritarian rule of King Boris III, a Law for the Protection of the Nation severely restricted Jewish activities, and in 1941 many more such measures followed: Jews had to obey a curfew; many of them were expelled from their homes; others were forcibly conscripted into work gangs, and all were required to wear the yellow Star of David.

The worst persecution, however, did not happen in Bulgaria itself. In 1941, Bulgaria joined in Hitler’s Yugoslav and Greek military campaigns and was rewarded with the right to occupy and administer the province of Thrace in northern Greece as well as much of Macedonia and Kosovo in the former Yugoslav state. Even though Bulgaria was not allowed to annex these territories, the government conferred Bulgarian citizenship on their inhabitants, except for the Jews. This was a prelude to the deportation of the 11,384 Jews who, following their mistreatment by Bulgarian gendarmes, were handed over to Adolf Eichmann’s local representative in March 1943. The victims ended up in Auschwitz and Treblinka, where nearly all were killed. The men chiefly responsible for this outrage were King Boris III and Prime Minister Professor Bogdan Filov. The prime minister was friendly to Germany, but Boris, a member of the Saxe-Coburg-Gotha family, which had produced many European kings and queens, including the descendants of Prince Albert and Queen Victoria, disliked the Nazis. Bulgarians today still argue over the motives for Boris’s behavior toward the Thracian and Macedonian Jews as well as the sudden change of policy in 1943 by which he stopped the deportation to Germany of the Bulgarian Jews. Not for nothing was the King often referred to as “wily Boris.”

In Italy, Hungary, Slovakia, and Romania, governments allied with Germany alternately promoted and sabotaged the deportation of Jews, mostly but not always because of the changing war situation. But in these government decisions, the public had at best a very limited part. Not so in Bulgaria, where, in 1940, the anti-Semitic Law for the Protection of the Nation caused a public uproar. The first collective protest came from the country’s leading writers and other intellectuals. It is true that in Hungary writers and artists such as the composers Béla Bartók and Zoltán Kodály were the first to protest the anti-Jewish laws. But in Bulgaria, strong protests were made to the National Assembly by professional organizations, politicians, and religious leaders. And, instead of petering out as they did in other countries, the protests increased. Government officials, the public, and the Jews themselves all ignored the law ordering the Jews to wear the Star of David. The deportations of Jews began in the spring of 1943, with the arrest of the Thracian and Macedonian Jews as a first step, to be followed by de-portations from Bulgaria itself. Huge street demonstrations erupted in Sofia, led by the heads of the Orthodox state church. Stefan, the metropolitan of Sofia (the equivalent of an archbishop), sent telegrams of protest to the King, and Kyril, the metropolitan of Plovdiv, is said to have warned that he would lie down on the rails in front of the next deportation train. When the authorities arrested the Jews of Kyustendil, a town not far from Sofia, a delegation of its leading residents went to the capital to plead the case of their fellow citizens. Not only were these Bulgarians free of anti-Semitism, they were also brave people and great humanitarians.

Yet, as Todorov explains, the protests would, by themselves, not have prevailed against the determination of Prime Minister Filov and several key members of his cabinet to deport Jews. What counted, Todorov shows, was that the Kyustendil delegation appealed directly to Dimitur Peshev, the vice-chairman of the National Assembly, and that Peshev took up their cause. When Todorov writes about “the fragility of goodness,” he is referring to the decision taken by Peshev, a conservative nationalist politician and a leading member of the party in power, to risk his position and life by politely, diplomatically, and yet resolutely turning against his own government. Carefully avoiding members of the opposition parties, he invited fellow members of the government party to sign a statement arguing that the Jews were no problem for Bulgaria, and that handing over the Jews to the Germans was against the nation’s honor and interest. Forty-two other deputies signed the statement, although about a dozen of them later got cold feet. Still, all this was enough to cause Boris III and the country’s other leaders to hesitate, and they postponed the deportations. Meanwhile, Metropolitan Stefan invited Bulgaria’s chief rabbi to live in his house. It is hard to find a comparable gesture anywhere else in Europe. By the summer of 1943, the King, too, was siding with the opponents of deportation. Even though Peshev was thrown out of his party and the King died under mysterious circumstances in August 1943, there were no deportations. As happened in Denmark and Italy, even the German ambassador in Sofia began to reflect Bulgarian views on the Jewish question in his dispatches. Thousands of Jews were sent to the countryside to do forced labor, but virtually all were alive and unharmed when the Soviet army arrived in September 1944.

The Communists soon took over the country, killing many members of the country’s elite and putting on trial all the deputies from the wartime ruling party. As Todorov shows, of the forty-three deputies who had signed Peshev’s pro-Jewish declaration, the Communists sentenced twenty to death; most of the others were given long prison terms. Peshev himself was sentenced to fifteen years but was freed less than two years later. Among those executed were Deputy Ikonomov, who had been the first to sound the alarm on behalf of the Jews, and Deputy Petrov, who had fought hard in the National Assembly against the Law for the Defense of the Nation. Metropolitan Stefan was forbidden to carry on his pastoral activities.

During the Nazi alliance, not a single one of these brave men had been harmed. Now the Communists wiped them out while some in the Jewish community looked the other way. After two Jewish lawyers refused to represent Peshev at his trial, a third accepted; this courageous decision caused him later to be disbarred. Ironically, as Todorov explains, it was not what Peshev had done to save the Jews that persuaded the Communist court not to sentence him to hanging. What saved him was that earlier, as minister of justice, he had blocked the execution of a left-wing opposition leader. Subsequently, most Bulgarian Jews emigrated, mainly to Israel, which left Bulgaria as judenfrei as all the other East Central European countries are today, except for Hungary and Romania. Under Communist rule, the wartime persecution of the Bulgarian Jews was barely mentioned, and when it was, their survival was attributed to the Communist Party. In history textbooks and in the press, wartime concentration camps were said to have held only political prisoners, while it was said of Auschwitz that “prisoners of all nationalities” had been killed.

After considering the claims and counterclaims regarding the survival of the Bulgarian Jews, Todorov rightly concludes that although the King was responsible for the death of nearly 12,000 Jews, he deserves credit for blocking German demands for deportation. This was a remarkable achievement, but the larger credit belongs to Dimitur Peshev and his fellow deputies who, in turn, would have been unable to act without popular support and, especially, without the support of the Bulgarian Orthodox Church. Compared to the lethargy of Pope Pius XII and of the Catholic prelates in Germany and East Central Europe, the Bulgarian church leaders were models of decency and strength.

But who today remembers these saviors? Peshev, whose brief memoirs appear in the documentary section of Todorov’s book, is one of the thirteen “Righteous” Bulgarians who have been honored by the State of Israel. But he and his heroic colleagues and their tragic fate have been largely ignored by historians of World War II. In reconstructing what happened to such decent men in his native Bulgaria, Todorov, a much respected French philosopher and social critic, is also pursuing his longstanding aim of showing that goodness can thrive under atrocious conditions. In fact, he believes it is under such conditions that goodness is most genuinely present, a view that he persuasively presents in Facing the Extreme: Moral Life in the Concentration Camps, a masterful comparative study of the Nazi and Soviet camps.

2.

If the Bulgarian story is that of quiet diplomatic maneuvering by clever politicians on behalf of their fellow citizens, the story of the Jehovah’s Witnesses in Germany is that of a direct confrontation between two implacable ideologies, one representing unbending pacifism, the other unbounded ruthlessness. Unlike the Bulgarians, the Jehovah’s Witnesses were not trying to help or defend anybody. As we learn from The Jehovah’s Witnesses and the Nazis, their only wish was to do God’s will, a position that brought them into direct confrontation with the Nazi regime. The Jehovah’s Witnesses are members of the Watch Tower Bible and Tract Society, a religious sect founded in the United States in 1872. According to its eschatological doctrine as it was preached in the 1930s, the “end of days” was approaching and would be preceded by war and other great crises. In the eyes of the Witnesses, the Nazis fulfilled all the requirements for a warlike, destructive regime that would hasten the arrival of the Apocalypse. As citizens of Jehovah’s Kingdom, the Witnesses could not possibly swear allegiance to this or any other government or do military service in any form.

In 1933, there were about 20,000 Jehovah’s Witnesses in Germany; some of their regional branches at first tried to make an accommodation with the Nazi regime, emphasizing their own anti-Bolshevism and their opposition to the established churches, which the Nazis also detested. They began to be persecuted systematically in 1935; thereafter, thousands were thrown into concentration camps. Not that this was inevitable. The slightest sign of repentance would have sufficed for them to avoid the camps. When the war broke out, those who refused to do military service were singled out for the harshest treatment. According to Michel Reynaud and Sylvie Graffard, the Nazis executed at least two hundred Witnesses, mostly by the guillotine, as befitted Aryan citizens of the Reich. Between 2,500 and 5,000 died in the camps. For the Nazis, the Witnesses posed frustrating problems; they were not criminals, homosexuals, or Communists but hard-working German peasants and artisans. Some of those sentenced to death sang psalms on their way to the guillotine, confident that they would soon meet with their Maker. In the camps the members of the sect kept themselves clean, worked hard, and had no thoughts of escaping. The SS, which at first feared their proselytizing efforts and therefore dispersed the Witnesses in many camps, gradually discovered their value as gardeners, cooks, maids, and even babysitters. In his introduction to The Jehovah’s Witnesses and the Nazis, Michael Berenbaum writes: “Witnesses could serve as barbers and shave their oppressors, holding a razor blade to their throat.” The authors of the book, who are not themselves Witnesses but have unconditional respect for them, say very little about this bizarre aspect of the Witnesses’ story. Other survivors occasionally mention the Witnesses in their memoirs as men and women with purple or violet triangular patches who would not participate in any plot to escape, who kept to themselves, and whom the SS fully trusted. Some survivors recall that Witnesses sometimes offered a helping hand to other inmates in the camps. Michel Reynaud and Sylvie Graffard have done admirable research in collecting information about the Witnesses, and in interviewing the few surviving members of the sect who were in the camps. They write that the Witnesses would not even make shoelaces for the soldiers; that, especially in the early years of Nazi rule, Witnesses were whipped and tortured in the camps by guards who ordered, “Raise your arm! Raise your arm!” Yet very few were willing to give the Nazi salute. The authors report that publications by the Witnesses were also banned in Italy, France, and Belgium during the war, and that at Nuremberg the Nazi idealogue Alfred Rosenberg defended the mistreatment of the Witnesses by referring to the US, where, during the war, some Witnesses who were conscientious objectors were held in prison camps. The Jehovah’s Witnesses were indeed badly treated in the US.

Unfortunately, Reynaud and Graffard’s book is repetitious and poorly organized; but it is the most informed account of the persecution of the Witnesses that we have. The Jehovah’s Witnesses were true martyrs in the traditional sense of the word, similar to the early Christians who would rather be devoured by lions than make a modest offering at the altar of a Roman emperor. They were also similar to the Jews of medieval times, who would rather be burned alive than abandon their faith. The history of such fervent willingness to endure persecution suggests how wrong it is to say that Jewish victims of Nazism are martyrs. Whether religious or irreligious, baptized or unbaptized, submissive or defiant, the Jews were under irrevocable sentence of death; they were victims. To call them martyrs, that is, people who were given a chance to choose between life and death, is to deny the absolute evil of the Nazi system.

3.
Jan T. Gross’s horrifying and thoughtful book Neighbors is about Poles and Jews, the two major victims of World War II. In his introduction, the author writes that he wants to show how “one day in July 1941, half of the population of a small East European town murdered the other half—some 1,600 men, women, and children.” According to his account, the members of the Gentile Polish population of Jedwabne, located in the poverty-stricken Bial/ystok province in northeastern Poland, either took part in the most bestial forms of torture and killing or cheered on the killers. With the exception of a single family, no one helped the victims. Although a handful of German gendarmes were present in the region, Gross states, Poles alone committed the crime, with the tacit approval of the Germans but without their participation. No wonder that when Gross published this devastating accusation in Polish and in Poland a year ago, an intense debate took place which, far from being over, seems to be gathering momentum. Fresh evidence and new polemical articles appear in Poland virtually every day.

Jan Gross, who is a professor of politics and European studies at New York University, was born in Poland. He participated in the democratic student movement of the 1960s, for which he was briefly imprisoned. Having witnessed government-inspired anti- Semitism, he left the country in the late 1960s. As an American scholar, he has published fine studies on the Soviet and the German occupation of World War II Poland. Several years ago, while in the Warsaw Jewish archives, he came across a deposition by Szmul Wasersztajn, dated April 1945, which described in detail the horrors inflicted in Jedwabne. Wasersztajn had himself escaped the massacre by hiding. His revelation led Gross to study the records of two court proceedings that took place in 1949 and 1953, respectively, in provincial courts of Communist Poland, against about two dozen Jedwabne defendants charged with carrying out the massacres. During the last few years, other eyewitness accounts by both Jewish and Gentile inhabitants of the town have been found. A memorial book about survivors in Israel was published in 1980 and the Polish filmmaker Agnieszka Arnold conducted interviews in 1998 with those willing to remember what happened in the town on July 10, 1941.

While all this means that the monstrous events at Jedwabne were not completely unknown in Poland after World War II, no one seems to have been interested in investigating them further. Nor had the public taken notice of them. Such lack of awareness might seem inconceivable; yet until recent stories were published, I wonder how many Americans had ever heard of what happened in Tulsa, Oklahoma, at the end of May 1921, when the city’s whites, incited by the press and by politicians, massacred several hundred innocent blacks. Although I am a professional historian, I heard of this atrocity only last year, forty-four years after I arrived in the US. The Tulsa massacre, moreover, took place when the United States was at peace, whereas Jedwabne occurred during a terrible war, under alternating cruel occupations, and in the midst of total administrative and political chaos.  According to Wasersztajn and others, the Jewish and non-Jewish inhabitants of Jedwabne lived in relative harmony until the late summer and fall of 1939, when, following the Hitler– Stalin pact of August 23, first the Germans and then the Soviet Red Army occupied the town. There can be no doubt about the horrors of Soviet occupation in the eastern half of Poland, which had immediately been incorporated into two of the Soviet Union’s western republics. In an excellent earlier study, Revolution from Abroad, Gross describes how the Communist authorities brutally deported 1.25 million people from Eastern Poland, mostly Poles, but also Jews and others, to Siberia; many of them died. The principal victims were from the Polish social, political, and military elite. Gross also writes that the Soviet NKVD executed about 100,000 people, nearly a tenth of the total male population. As he writes in Revolution from Abroad, “Very conservative estimates show that [between 1939 and 1941] the Soviets killed or drove to their deaths three or four times as many people as the Nazis from a population half the size of that under German jurisdiction.”

Farmers were hard hit by Soviet confiscations of land as well as by anti-Soviet partisan activity and the even more violent retribution by the Soviet army and police that followed. It is no wonder that, following the German attack on the Soviet Union on June 22, 1941, many people in the region—Poles, Ukrainians, and Belorussians—received the Germans as liberators. Similar events took place, one might add, in the Baltic countries and in Bessarabia (today’s independent Moldova), all of which the Soviets had occupied as a result of the Hitler–Stalin Pact.

As Gross explains in Neighbors, no sooner did the Germans arrive in eastern Poland at the end of June 1941 than rumors spread that the new masters of the land had given permission for Polish Gentiles to kill the Jews. By then, the German police had been shooting thousands of Jews in towns not far from Jedwabne. It seemed to many inhabitants of Jedwabne that the time had come to take revenge for what they perceived to have been Jewish-Communist oppression. Besides, there was now the prospect of acquiring Jewish riches. Much of Neighbors is devoted to a detailed discussion of how the pogrom started a day or two after the arrival of the German troops, and how it culminated in an orgy of killing on July 10. Even before then, peasants came from neighboring hamlets driving empty wagons in the hope of taking over some booty from Jews. On July 10, under orders of the self-appointed new mayor, Marian Karolak, the chief culprit in what followed, young men armed with clubs, knives, and axes burst into Jewish homes, beating, kicking, and driving all the Jews they could find to the town square. One man stabbed eighteen Jews; others cut off heads, gouged out eyes, and slashed open the stomachs of their victims. Others forced young Jews to carry and then to bury a large statue of Lenin before killing them. All this was observed, according to Wasersztajn, by laughing spectators. Finally, all the survivors were driven into a peasant’s barn and burned alive. The spectators bludgeoned to death those who tried to escape.

While speculating on the significance of these events, Gross dismisses the argument that the Communist regime in the region included many Jews, or that Communist oppression had a major part in arousing the fury of the villagers. He concludes that they acted both out of sheer greed and because of their age-old hatred for the “killers of Christ” and “the shedders of the blood of Christian children.” It seems hard, however, to square this assessment with the scene described above involving the statue of Lenin, or the extreme savagery of the killing. Gross adds that no priest in the region was willing to lift a finger on behalf of the Jews, even though in Catholic Poland local priests would have had sufficient prestige to have stopped the atrocities.

Gross does not claim that all Poles were similar to the inhabitants of Jedwabne, but he points out that spontaneous atrocities occurred elsewhere, that violent anti-Semitism flared up again after World War II, and that the single family that had harbored Jews in Jedwabne was subjected to such hatred and even physical attacks that, after the war, they decided to leave Poland and now live in Chicago. In a clear allusion to Daniel Jonah Goldhagen’s famous collective indictment of the German people, Gross uses the term “willing executioners” in reference to the Poles of Jedwabne.

This seems to me an unfortunate choice of words. Not surprisingly, “Hitler’s Willing Executioners.” The statement is untrue when applied to the Polish or even to the German people as a whole; in any case it contradicts Goldhagen’s controversial argument that the German people were a unique breed of killers. The reception of Gross’s book in Poland has been nothing short of astonishing: it seems to have evoked more favorable responses than negative ones. Here we must remind ourselves that, since the eighteenth century, Poles have tended to see themselves as a martyr nation, occupied, humiliated, and oppressed by aggressive imperial powers. Many times in modern history, whether under Russian or other foreign rule, it was a punishable offense for a Pole to refer to his own country as Poland. While imprisoned or executed at home, Polish patriots fought in many parts of the world “For Your Freedom and Ours,” as they liked to put it. During World War II in Europe only Great Britain, the Soviet Union, and Poland never surrendered to the Nazis, even though Poles were simultaneously persecuted by the Soviet Communists. More than a million non-Jewish Poles were killed in German prisons and camps; thousands upon thousands died fighting alongside the British, American, and Soviet armies. During the Warsaw uprising, between August and October 1944, nearly a quarter of a million people perished. At the end of the war, Poland became the subject of a deal in which the Western allies accepted both Soviet domination of Polish territory and the shift of the entire country’s borders from East to West at an immense cost in Polish, German, and Ukrainian lives.

Because of the hospitality extended by the old Polish kingdom, Poland historically harbored more Jews than all the other European countries combined. Although there was a tremendous rise of political anti-Semitism in independent Poland during the interwar years, Jewish political and cultural activity also flourished there. Against this background, Gross’s accusations have been devastating. The recent revelations of collaboration with the Nazis throughout Europe, and of Europe-wide participation in the Holocaust, seem to have made it more possible for many Polish intellectuals, young people, politicians, and clergymen to accept the notion that their countrymen had not been innocent either. Today the president as well as the government of Poland, and even the Catholic primate, Cardinal Glemp, are apologizing for crimes of which nearly all Poles had been unaware until the publication of Jan Gross’s writings. Moreover, not only these people but even most of Gross’s critics praise him for bringing into the open an appalling episode in Polish history.

There are, of course, those who denounce Jan Gross and his book. In their objections one can sometimes detect the old charge of a Jewish “worldwide conspiracy.” But these voices are not the loudest today. With some justification, other critics are asking for moreevidence and confirmation. Asking questions about a crucial historical event does not make one automatically an anti-Semite, yet this is how some of Gross’s Western supporters have chosen to view those raising questions about parts of his work. No book of history should be treated as Holy Writ, especially not a book which is based on a limited number of documents. If the published objections to Jan Gross’s account, one of the most prominent claims is that he pays too little attention in Neighbors to the horrors of the Soviet occupation. In truth, for a more forceful description of why this occupation drove some people to extremes of violence, one must turn to Gross’s own Revolution from Abroad as well as to other sources. When he discusses the most controversial of all questions in Jewish–Polish relations, namely that of Jewish participation in Soviet rule, Gross presents convincing evidence that Jews in Bial/ystok province were only marginally involved in Soviet oppressive measures, and that the Jews of Jedwabne were entirely innocent. However, Gross’s critics in Poland, especially the well-known historian of World War II Polish resistance movements Tomasz Strzembosz, argue that, in eastern Poland as a whole, a disproportionate number of Jews were involved in Communist police actions and police crimes. In Neighbors Gross says somewhat less than he says in his Revolution from Abroad about the joyful reception many of the Jews gave to the Soviet Red Army in September 1939, or about the large number of Jews in the Polish Communist movement. It was quite natural for many Jews to rejoice over the arrival of the Soviet Red Army in September 1939: if nothing else, it saved them from Nazi rule. It was also predictable, in those circumstances, that many Jews would work for the Soviet regime, some of them as militiamen or political policemen. Gross is correct, of course, in stating that the Soviets deported thousands of Jews to Siberia and that, in desperation, thousands of Jews applied for Soviet permission to move to the Nazi-held zone in Poland. But why deny that any Jews participated in Communist crimes? Jews, like everyone else, behave in a variety of ways. Some critics argue that Wasersztajn, who was in hiding, could not have seen all the horrors he claims to have witnessed. Others wonder about evidence from the trials in 1949 and 1953 which, according to Gross himself, were perfunctory affairs. (Marian Karolak, who should have been indicted for the major crime of ordering murder, was arrested by the Germans for theft during the war and disappeared.) The trial in 1949 lasted only two days, and in court the defendants complained of having been severely beaten by the police during their interrogation. The trial in 1953 involved a single defendant. Altogether, only one person was sentenced to death, but he was not executed, and within a few years all the accused were set free. Some historians, among them Tomasz Strzembosz, assert that Gross has misread some of the trial documents regarding the participation of Germans in the mass killing. He claims that there are more sources on Jedwabne in other Polish archives that Gross did not consult, and that Gross did no research in the German archives.

The main issue in contention is whether or not there were more than a handful of German soldiers, gendarmes, or Gestapo men on July 10 in Jedwabne. Gross says that there were fewer than a dozen of them and that all they did was take photographs of the massacre (photographs that haven’t been found). In response to the debate over Gross’s sources, the government-sponsored Institute of National Remembrance in Poland sent a historian to look into the relevant German archives; so far, he has found no conclusive evidence confirming or denying the presence of German soldiers in Jedwabne.

The question of German presence leads to another difficult issue, namely why the Jews did not defend themselves. As Gross writes, Jews made up two thirds of Jedwabne’s population. The Poles had no firearms. When some Polish writers raised this question, Jan Gross answered bitterly, arguing that the Jewish heads of families had to look after their wives and children. Yet is it not precisely in defense of their families that people tend to risk their lives? It is well known that, in extremis, some Polish Jews dared to confront even heavily armed SS soldiers; one can ask why the town’s Jewish blacksmiths, for instance, did not grab iron bars to fend off the attackers. They may have been hopelessly outnumbered, but the fact that they did not fight back may also suggest that there were more
than a handful of armed Germans present at that time. In brief, there is good reason for research and debate on the Jedwabne massacre to continue.

Gross is entirely right to point out that many Poles who bravely opposed the Nazis were anti-Semitic, and that many who did so even killed Jews. At least one of the Jedwabne murderers was later sent to Auschwitz. Conversely, the founder of Zegota, the one organization in Poland and in Europe as a whole that had as its sole purpose the saving of Jewish lives, was herself a zealous anti- Semite. She repeatedly expressed her wish that the Jews she was protecting would disappear from Poland after the war. None of this explains the horrifying behavior of the one hundred–odd Jedwabne farmers and artisans who did the killing; nor does it explain the abominable behavior of the onlookers. Gross himself finds no satisfactory explanation for what took place. What is clear is that many, many Eastern Europeans participated in German-initiated killings in those years. Even more Europeans rejoiced over what was happening to the Jews, or at least turned their backs on them. Pogroms similar to that in Jedwabne occurred elsewhere in Poland.


Exception française: On ne gagne pas la Coupe du monde avec le fils de Zidane… ni avec ses coups de tête!

24 mars, 2007
Zidane headbutts ChiracSur l’autodestruction de la propriété privée, il y a une phrase de Marx que j’aime à citer : “Les sociétés par actions, la dispersion du capital des grandes entreprises entre des actionnaires multiples constituent déjà une destruction de la propriété privée.” Si la dispersion équivaut à l’élimination de la propriété privée, une grande corporation américaine n’est plus une propriété privée. Raymond Aron
Dans le classement des entreprises où il fait bon travailler en France, on trouve des entreprises américaines aux quatre premières places et seulement trois entreprises françaises parmi les dix premières. En Allemagne, au contraire, cinq sur dix sont allemandes, et au Danemark, six sur dix sont danoises. S’il y a bien en France une crise du travail, elle n’est pas celle que l’on croit. Le problème n’est pas tant que les Français n’aiment pas les entreprises en général, mais qu’ils n’aiment pas les entreprises françaises en particulier. Evene

Bienvenue au pays du capitalisme de papa, c’est-à-dire du capitalisme d’héritiers et de la lutte des classes! Mais aussi… de la presse de révérence !

Et confirmation de la phrase de Jacques Marseille , selon laquelle la France serait « une URSS qui aurait réussi » (ou… pas encore échoué ?) !

Du moins si l’on en croit le chercheur de New York University Thomas Philippon qui vient de publier Le capitalisme d’héritiers ».

Et qui montre, derrière la tradition si fréquemment dénoncée du syndicalisme de contestation, son pendant patronal fait de paternalisme et de minutie bureaucratique.

Mais surtout une hiérarchisation des rapports sociaux et une société tout entière qui privilégie l’héritage, direct (par transmission familiale) ou sociologique (via le diplôme et le statut).

D’où, pour lui, la nécessité non seulement d’une réforme des droits de succession et du financement des PME, mais aussi de la représentativité des syndicats, de l’indépendance de la presse et de la réforme de l’enseignement .

Morceaux choisis de son entretien de lundi dernier dans 20 minutes :

Selon un rapport du GCR (1), la France est 99e sur 102 pour la qualité des relations sociales dans l’entreprise, du point de vue des managers. Juste devant le Venezuela, le Nigeria et Trinidad ! Et du point de vue des salariés, ce n’est pas plus encourageant. C’est une véritable exception française. De plus, les pays où les salariés sont le plus satisfaits sont aussi ceux où les dirigeants le sont. On est loin d’une logique de luttes de classes où quand l’un gagnerait, l’autre perdrait. L’idée est au contraire que quand il y a entente, tout le monde y gagne.

Le problème se pose surtout dans le cas où les managers sont directement les héritiers familiaux. Est-ce que vous pensez qu’on peut gagner la Coupe du monde avec le fils de Zidane ? Les fils et filles des entrepreneurs ne sont pas nuls. Statistiquement, ils sont… moyens. C’est peut-être sympa de céder son entreprise à son rejeton, mais si on le fait en fonction de la parenté, on se prive des talents les plus précieux.

On peut être héritier de son diplôme, de son statut social, comme de ses parents. Le point commun, c’est que l’accession au sommet ne se fait pas par le jeu de la promotion interne de l’entreprise. La promotion interne n’est jamais un processus facile. Mais en France, cela fonctionne encore plus difficilement qu’ailleurs.

« La crise du travail est une crise de l’entente »
20 minutes
le 18/3/2007

Thomas Philippon vient de publier Un capitalisme d’héritiers (Ed. Le Seuil). Pour ce chercheur à la New York University, la France se caractérise par des relations au travail marquées par la défiance et par un système où la promotion des meilleurs est bloquée. Au final, la crise du travail serait avant tout une histoire relationnelle.
Vous citez des chiffres assez stupéfiants sur l’état des relations sociales en France…
En fait de crise du travail, il existe une crise de l’entente au sein des entreprises. Selon un rapport du GCR (1), la France est 99e sur 102 pour la qualité des relations sociales dans l’entreprise, du point de vue des managers. Juste devant le Venezuela, le Nigeria et Trinidad ! Et du point de vue des salariés, ce n’est pas plus encourageant. C’est une véritable exception française. De plus, les pays où les salariés sont le plus satisfaits sont aussi ceux où les dirigeants le sont. On est loin d’une logique de luttes de classes où quand l’un gagnerait, l’autre perdrait. L’idée est au contraire que quand il y a entente, tout le monde y gagne.
La méfiance serait génératrice de coûts cachés ?
On parle de rigidité du droit du travail, des charges sociales, du Smic pour expliquer le manque de création d’emplois. Mais les rigidités les plus fortes sont dues aux frictions entre les hommes. Le coût du travail, ce n’est pas seulement le salaire ou le licenciement. C’est le coût du conflit, notamment en cas de réorganisation. Or, aujourd’hui, dans un environnement très concurrentiel, les entreprises ont besoin de se réorganiser régulièrement. Celles où la défiance domine auront plus de mal que les autres à s’adapter à ce nouvel environnement. La méfiance réciproque coûte sans doute plusieurs points de PIB ! Inversement, la confiance améliore la productivité, en évitant, par exemple, les négociations interminables. C’est un élément de performance économique.
La France est aussi très marquée par les entreprises familiales…
Le problème se pose surtout dans le cas où les managers sont directement les héritiers familiaux. Est-ce que vous pensez qu’on peut gagner la Coupe du monde avec le fils de Zidane ? Les fils et filles des entrepreneurs ne sont pas nuls. Statistiquement, ils sont… moyens. C’est peut-être sympa de céder son entreprise à son rejeton, mais si on le fait en fonction de la parenté, on se prive des talents les plus précieux.
Le « capitalisme d’héritiers » va bien au-delà des transmissions d’entreprises ?
On peut être héritier de son diplôme, de son statut social, comme de ses parents. Le point commun, c’est que l’accession au sommet ne se fait pas par le jeu de la promotion interne de l’entreprise. La promotion interne n’est jamais un processus facile. Mais en France, cela fonctionne encore plus difficilement qu’ailleurs.
Le taux de chômage élevé serait favorisé par cette situation ?
C’est le mécanisme de « l’entente forcée ». Faute de confiance, il faut obliger les partenaires à s’entendre. La peur du chômage, le fait que le salarié a beaucoup à perdre agit comme un facteur de coopération obligée. Mais du fait du chômage élevé, les employeurs ne vont pas faire les efforts pour améliorer les conditions de travail, et au final, cela entretient la méfiance.
Recueilli par Anne Kerloc’h

(1) Global Competitiveness Reports.

Voir aussi la présentation et l’introduction sur le site La République des idées:

Le Capitalisme d’héritiers.
La crise française du travail

Contrairement à certaines idées reçues, les Français accordent plutôt plus d’importance au travail que les autres Européens, et les rigidités du droit et de la fiscalité ne peuvent expliquer, à elles seules, ni l’apparition ni la persistance du chômage de masse.

La crise française est d’abord le fruit de relations sociales marquées par l’insatisfaction et la méfiance. Souvent associée à un syndicalisme de contestation, cette situation est aussi le résultat d’un « capitalisme d’héritiers » aux pratiques managériales conservatrices et frustrantes pour les salariés. Le capitalisme français peine en effet à promouvoir les plus créatifs et les plus compétents, et tend à privilégier l’héritage et la reproduction sociale dans le recrutement de ses élites. Issu d’une histoire longue et complexe, il a aujourd’hui un coût économique très lourd et largement sous-estimé.

Thomas Philippon est économiste. Il enseigne l’économie financière à la Stern School of Business (New York University – États-Unis). Ses recherches portent sur la macroéconomie, le marché de l’emploi, la finance et l’organisation des entreprises.

Introduction

«Sur l’autodestruction de la propriété privée, il y a une phrase de Marx que j’aime à citer : “Les sociétés par actions, la dispersion du capital des grandes entreprises entre des actionnaires multiples constituent déjà une destruction de la propriété privée.” Si la dispersion équivaut à l’élimination de la propriété privée, une grande corporation américaine n’est plus une propriété privée. »

Raymond Aron, Dix-huit leçons sur la société industrielle.

Pour expliquer la crise du travail et la persistance d’un chômage de masse dans notre pays, on met souvent l’accent sur les contraintes institutionnelles du droit du travail, les charges pesant sur les entreprises, voire sur l’avènement d’une « société de loisir » inconséquente, peuplée d’individus plus ou moins paresseux ou réticents à s’adapter aux exigences de disponibilité et de flexibilité du capitalisme moderne. On se demande plus rarement quelles sont les responsabilités du capitalisme français en la matière : est-il si « moderne » qu’on veut bien le croire ? N’a-t-il pas sa part aux difficultés visées ? Et, si oui, quelle est-elle ?

S’il y a bel et bien en France une crise de la « valeur travail », comme on le dit aujourd’hui, je crois qu’elle est d’abord le fruit d’un certain style de relations sociales. Pour le montrer, il faut commencer par écarter ou, tout au moins, par relativiser un certain nombre d’explications communément admises. Pourquoi travaille-t-on moins en France que dans nombre de pays comparables ? Pourquoi le taux d’emploi y est-il si faible ? Les réponses qui présument une paresse particulière des salariés, ou un goût excessif pour les vacances, sont contredites par les enquêtes disponibles : la crise du travail n’est pas une crise morale. Les réponses qui privilégient les freins institutionnels à l’emploi (contraintes du droit du travail, coûts des licenciements, etc.) ne sont guère plus satisfaisantes : ces variables ne semblent expliquer qu’une part mineure du problème.

En revanche, ce qui distingue nettement la France des autres pays, c’est le peu de satisfactions que les salariés semblent tirer de leur travail, et la mauvaise opinion qu’employés et employeurs ont les uns des autres. Les difficultés du capitalisme français reflètent ainsi celles de la société en général : on remarque partout la même incapacité à faire émerger des organisations puissantes où les relations sociales se fondent sur une confiance réciproque.

Dès que l’on se penche sur les origines et les causes de ces difficultés, on se trouve confronté à de multiples facteurs, dont certains sont déjà bien connus. Et pourtant une grande partie du problème reste encore dans l’angle mort du débat public. Si l’on ne cesse de montrer du doigt le caractère majoritairement contestataire du syndicalisme français, on oublie bien souvent de souligner qu’il va de pair avec des pratiques managériales conservatrices, frustrantes pour les salariés, et qui n’incitent guère à l’innovation. C’est là, en effet, l’autre versant du « problème français », celui dont je propose d’explorer les ressorts et les coûts dans les pages qui suivent.

Alors que la contestation domine l’histoire syndicale en France, l’histoire patronale, elle, oscille entre paternalisme et minutie bureaucratique, mais entretient toujours un goût immodéré pour la hiérarchisation des rapports sociaux. Cette constante s’explique en partie par un mode de sélection qui peine à favoriser l’accès aux responsabilités des plus créatifs, des plus compétents ou des plus méritants. Dans sa dynamique propre, le capitalisme français tend en effet à privilégier l’héritage, qu’il soit direct (sous la forme de la transmission successorale) ou sociologique (sous la forme de la reproduction sociale par le diplôme et le statut). C’est en ce sens qu’on peut le qualifier de « capitalisme d’héritiers ». L’expression, on l’aura compris, ne désigne pas seulement une forme avancée de capitalisme familial, mais plus généralement une culture du management régie par des règles tacites de reproduction et de protection, culture qui dépasse largement le cadre des entreprises privées.

Les logiques de corps et les stratégies individuelles jouent ici naturellement leur rôle. On aurait pourtant tort d’analyser uniquement ce capitalisme d’héritiers comme l’œuvre d’une petite aristocratie de décideurs travaillant à la perpétuation de leur statut et à la défense de leurs intérêts. Il s’agit au contraire d’un système d’organisation qui a sa logique propre et qui doit se comprendre comme le fruit d’une histoire collective.

Dans ce système et dans cette histoire, le capitalisme familial occupe une place centrale et ambiguë : il est à la fois symptôme, remède temporaire et facteur de blocage. Traditionnellement associé au paternalisme, il constitue une stratégie efficace pour limiter les conflits sociaux : l’entreprise familiale est, on le verra, bien adaptée à la jungle des rapports conflictuels. En ce sens, le capitalisme familial est utile au fonctionnement de l’économie, particulièrement lorsque la méfiance domine les rapports entre catégories, comme c’est le cas en France.

Cependant, si la transmission héréditaire assure une certaine stabilité aux entreprises, elle empêche aussi le renouvellement des élites managériales. Le capitalisme familial, quand il se transforme en capitalisme d’héritiers (c’est-à-dire lorsqu’il ne se contente pas de maintenir un contrôle familial sur le capital de l’entreprise, mais en confie systématiquement le management à un parent), risque alors de décourager les plus entreprenants et de priver l’économie des talents les plus rares. De plus, en limitant le brassage entre les groupes, il alimente l’ignorance, et donc la méfiance, des uns envers les autres. Il devient ainsi un facteur de blocage.

Cette critique ne vise pas seulement, ni même surtout, les entreprises familiales. L’absence de délégation, la surcharge de responsabilités au sommet, la déresponsabilisation de la base, les difficultés d’adaptation et de promotion interne, existent dans toutes les entreprises françaises et sont encore plus fortes dans les organisations gérées par l’État. À ce propos, on pourrait également parler d’un syndicalisme d’héritiers, car la reconnaissance institutionnelle dont bénéficient les syndicats français est moins le fruit de leur représentativité sociale que de décisions politiques prises il y a cinquante ans.

Ces travers ne sont pas nouveaux : ils firent déjà l’objet de vives critiques avant la Première Guerre mondiale, alors que l’économie française décrochait par rapport à l’économie allemande, puis dans les années 1950, pour expliquer les écarts de productivité avec les États-Unis. Après s’être fait oublier pendant les Trente Glorieuses, ils réapparaissent aujourd’hui, alors même que la coopération au sein des entreprises est plus nécessaire que jamais.

Je montrerai comment ce système entretient des relations de méfiance entre les entreprises, l’État et les salariés. Je montrerai également que ces relations ont un coût économique désormais exorbitant. Le manque de coopération et de délégation crée des rigidités réelles qui sont au moins aussi importantes que les rigidités institutionnelles dues aux lois et aux régulations si souvent décriées, et qui renchérissent le coût effectif du travail, freinent l’adaptation des entreprises et expliquent une grande part de notre taux de chômage. Par ailleurs, la mauvaise qualité des relations sociales décourage les seniors qui, ne s’étant pas épanouis dans leur travail, cherchent à partir à la retraite le plus tôt possible. Plus fondamentalement encore, le capitalisme d’héritiers n’est ni un capitalisme de croissance, ni un capitalisme d’innovation.

En mettant l’accent sur le caractère social des difficultés françaises, je m’éloigne délibérément du champ des analyses économiques traditionnelles, mais j’en conserve autant que possible l’approche et la méthode. C’est l’analyse systématique des données disponibles qui me pousse à conclure que la mauvaise qualité des relations de travail constitue le frein le plus massif au dynamisme de l’économie française. Si l’on accepte cette conclusion, il s’ensuit que la priorité devrait être de restaurer peu à peu la confiance entre les acteurs. Pour cela, les remèdes traditionnels ne sont pas forcément les plus appropriés, et certains autres, que l’on prescrit pour des raisons fort différentes, pourraient au contraire permettre de soigner le mal en profondeur. Voilà pourquoi je suggère que la réforme des droits de succession, le financement des PME, la représentativité des syndicats, l’indépendance de la presse et la réforme de l’enseignement, loin de constituer une suite d’éléments disparates, peuvent faire partie d’une nouvelle politique industrielle cohérente.


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