Historiquement correct: Souvenons-nous des croisades ! (Blame it on the Scotts: guess who actually taught Islam to hate the crusades ?)

24 novembre, 2019
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Image result for ridley scott kingdom of heaven film poster Saladin"Ispread_of_religions600l nous faut entrer dans une pensée du temps où la bataille de Poitiers et les Croisades sont beaucoup plus proches de nous que la Révolution française et l’industrialisation du Second Empire. René Girard
Those of us who come from various European lineages are not blameless. Indeed, in the First Crusade, when the Christian soldiers took Jerusalem, they first burned a synagogue with three hundred Jews in it, and proceeded to kill every woman and child who was Muslim on the Temple Mount. The contemporaneous descriptions of the event describe soldiers walking on the Temple Mount, a holy place to Christians, with blood running up to their knees I can tell you that that story is still being told today in the Middle East, and we are still paying for it. Bill Clinton
Nous montons sur nos grands chevaux mais souvenons-nous que pendant les croisades et l’Inquisition, des actes terribles ont été commis au nom du Christ. Dans notre pays, nous avons eu l’esclavage, trop souvent justifié par le Christ. Barack Hussein Obama
Dès le second siècle de l’Hégire, les Arabes deviennent les précepteurs de l’Europe. Voltaire
Sans Charles Martel (…), la France était une province mahométane. Voltaire
Chanoines, moines, curés même, si on vous imposait la loi de ne manger ni boire depuis quatre heures du matin jusqu’à dix heures du soir, pendant le mois de juillet, lorsque le carême arriverait dans ce temps ; si on vous défendait de jouer à aucun jeu de hasard sous peine de damnation ; si le vin vous était interdit sous la même peine ; s’il vous fallait faire un pèlerinage dans des déserts brûlants ; s’il vous était enjoint de donner au moins deux et demi pour cent de votre revenu aux pauvres ; si, accoutumés à jouir de dix-huit femmes, on vous en retranchait tout d’un coup quatorze ; en bonne foi, oseriez-vous appeler cette religion sensuelle ? (…) Il faut combattre sans cesse. Quand on a détruit une erreur, il se trouve toujours quelqu’un qui la ressuscite. Voltaire (dictionnaire philosophique 1764)
Sa religion est sage, sévère, chaste et humaine : sage puisqu’elle ne tombe pas dans la démence de donner à Dieu des associés, et qu’elle n’a point de mystère ; sévère puisqu’elle défend les jeux de hasard, le vin et les liqueurs fortes, et qu’elle ordonne la prière cinq fois par jour ; chaste, puisqu’elle réduit à quatre femmes ce nombre prodigieux d’épouses qui partageaient le lit de tous les princes de l’Orient ; humaine, puisqu’elle nous ordonne l’aumône, bien plus rigoureusement que le voyage de La Mecque. Ajoutez à tous ces caractères de vérité, la tolérance. Voltaire
Il n’y a point de religion dans laquelle on n’ait recommandé l’aumône. La mahométane est la seule qui en ait fait un précepte légal, positif, indispensable. L’Alcoran [le Coran] ordonne de donner deux et demi pour cent de son revenu, soit en argent, soit en denrées. La prohibition de tous les jeux de hasard est peut-être la seule loi dont on ne peut trouver d’exemple dans aucune religion. Toutes ces lois qui, à la polygamie près, sont si austères, et sa doctrine qui est si simple, attirèrent bientôt à la religion, le respect et la confiance. Le dogme surtout de l’unité d’un Dieu présenté sans mystère, et proportionné à l’intelligence humaine, rangea sous sa loi une foule de nations et, jusqu’à des nègres dans l’Afrique, et à des insulaires dans l’Océan indien. Le peu que je viens de dire dément bien tout ce que nos historiens, nos déclamateurs et nos préjugés nous disent : mais la vérité doit les combattre. Voltaire
Le plus grand changement que l’opinion ait produit sur notre globe fut l’établissement de la religion de Mahomet. Ses musulmans, en moins d’un siècle, conquirent un empire plus vaste que l’empire romain. Cette révolution, si grande pour nous, n’est, à la vérité, que comme un atome qui a changé de place dans l’immensité des choses, et dans le nombre innombrable de mondes qui remplissent l’espace; mais c’est au moins un événement qu’on doit regarder comme une des roues de la machine de l’univers, et comme un effet nécessaire des lois éternelles et immuables: car peut-il arriver quelque chose qui n’ait été déterminé par le Maître de toutes choses? Rien n’est que ce qui doit être. Voltaire
Ce fut certainement un très grand homme, et qui forma de grands hommes. Il fallait qu’il fût martyr ou conquérant, il n’y avait pas de milieu. Il vainquit toujours, et toutes ses victoires furent remportées par le petit nombre sur le grand. Conquérant, législateur, monarque et pontife, il joua le plus grand rôle qu’on puisse jouer sur la terre aux yeux du commun des hommes. Voltaire
J’ai dit qu’on reconnut Mahomet pour un grand homme; rien n’est plus impie, dites-vous. Je vous répondrai que ce n’est pas ma faute si ce petit homme a changé la face d’une partie du monde, s’il a gagné des batailles contre des armées dix fois plus nombreuses que les siennes, s’il a fait trembler l’empire romain, s’il a donné les premiers coups à ce colosse que ses successeurs ont écrasé, et s’il a été législateur de l’Asie, de l’Afrique, et d’une partie de l’Europe. Voltaire
Votre Majesté sait quel esprit m’animait en composant cet ouvrage ; l’amour du genre humain et l’horreur du fanatisme, deux vertus qui sont faites pour être toujours auprès de votre trône, ont conduit ma plume. J’ai toujours pensé que la tragédie ne doit pas être un simple spectacle qui touche le cœur sans le corriger. Qu’importent au genre humain les passions et les malheurs d’un héros de l’antiquité, s’ils ne servent pas à nous instruire ? On avoue que la comédie du Tartuffe, ce chef-d’œuvre qu’aucune nation n’a égalé, a fait beaucoup de bien aux hommes, en montrant l’hypocrisie dans toute sa laideur ; ne peut-on pas essayer d’attaquer, dans une tragédie, cette espèce d’imposture qui met en œuvre à la fois l’hypocrisie des uns et la fureur des autres ? Ne peut-on pas remonter jusqu’à ces anciens scélérats, fondateurs illustres de la superstition et du fanatisme, qui, les premiers, ont pris le couteau sur l’autel pour faire des victimes de ceux qui refusaient d’être leurs disciples ? Ceux qui diront que les temps de ces crimes sont passés ; qu’on ne verra plus de Barcochebas [Shimon bar Kokhba], de Mahomet, de Jean de Leyde, etc. ; que les flammes des guerres de religion sont éteintes, font, ce me semble, trop d’honneur à la nature humaine. Le même poison subsiste encore, quoique moins développé ; cette peste, qui semble étouffée, reproduit de temps en temps des germes capables d’infecter la terre. N’a-t-on pas vu de nos jours les prophètes des Cévennes tuer, au nom de Dieu, ceux de leur secte qui n’étaient pas assez soumis ? Voltaire (préface au Fanatisme ou Mahomet, le Prophète, 1742)
C’est un des plus grands événements de l’Histoire: les Sarrasins victorieux, le monde était mahométan. Chateaubriand
Il faut rendre justice au culte de Mahomet qui n’a imposé que deux grands devoirs à l’homme : la prière et la charité. (…) Les deux plus hautes vérités de toute religion. Lamartine (1833)
Cette bataille n’a pas l’importance qu’on lui attribue. Elle n’est pas comparable à la victoire remportée sur Attila. Elle marque la fin d’un raid, mais n’arrête rien en réalité. Si Charles avait été vaincu, il n’en serait résulté qu’un pillage plus considérable. (…) Sans l’Islam, l’Empire franc n’aurait sans doute jamais existé, et Charlemagne sans Mahomet serait inconcevable. Henri Pirenne (historien belge, 1922)
Monsieur Dubois demanda à Madame Nozière quel était le jour le plus funeste de l’Histoire de France. Madame Nozière ne le savait pas. C’est, lui dit Monsieur Dubois, le jour de la bataille de Poitiers, quand, en 732, la science, l’art et la civilisation arabes reculèrent devant la barbarie franque. Anatole France (1922)
Si à Poitiers Charles Martel avait été battu, le monde aurait changé de face. Puisque le monde était déjà condamné à l’influence judaïque (et son sous-produit le christianisme est une chose si insipide !), il aurait mieux valu que l’islam triomphe. Cette religion récompense l’héroïsme, promet au guerrier les joies du septième ciel… Animé d’un esprit semblable, les Germains auraient conquis le monde. Ils en ont été empêchés par le christianisme. Hitler (1942)
Bien des voix se sont élevées pour tenter de ramener la bataille à sa juste place. En vain, car, érigé en symbole, l’événement est passé à la postérité et avec lui son héros Charles Martel. Il appartient à ce fonds idéologique commun qui fonde la nation française, la civilisation chrétienne, l’identité européenne sur la mise en scène du choc des civilisations et l’exclusion de l’Autre. Françoise Micheau et Philippe Sénac (historiens mediévistes)
Recent scholars have suggested Poitiers, so poorly recorded in contemporary sources, was a mere raid and thus a construct of western mythmaking or that a Muslim victory might have been preferable to continued Frankish dominance. What is clear is that Poitiers marked a general continuance of the successful defense of Europe, (from the Muslims). Flush from the victory at Tours, Charles Martel went on to clear southern France from Islamic attackers for decades, unify the warring kingdoms into the foundations of the Carolingian Empire, and ensure ready and reliable troops from local estates. Victor Davis Hanson
Je n’ai jamais entendu un Arabe s’excuser d’être allé jusqu’à Poitiers. Stéphane Denis (2001)
Aujourd’hui les bicots ont dépassé Poitiers. Tunisiano (groupe Sniper, 2003)
I was stunned that the president could say something so at once banal and offensive. Here we are now two days away from an act shocking barbarism, the burning alive of a prisoner of war, and Obama’s message is that we should remember the crusades and the inquisition. I mean, for him to say that all of us have sinned, all religions have been transgressed, is, you know, is adolescent stuff. Everyone knows that. What’s important is what’s happening now. Christianity no longer goes on crusades and it gave up the inquisition a while ago. The Book of Joshua is knee deep in blood. That story is over too. The story of today, of our generation, is the fact that the overwhelming volume of the violence and the barbarism that we are seeing in the world from Nigeria to Paris all the way to Pakistan and even to the Philippines, the island of Mindanao in the Philippines is coming from one source. And that’s from inside Islam. It is not the prevalent idea of Islam, but it is coming from Islam, as many Islamic leaders including the president of Egypt and many others have admitted. And there needs to be a change in Islam. It is not a coincidence that all of these attacks on other religions are happening, all over the world, in a dozen countries, two dozen countries, all in the name of one religion. It’s not a coincidence. And for the president to be lecturing us and to say we shouldn’t get on our high horse and to not remember our own path is ridiculous. The present issue is Muslim radicalism and how to attack it. (…) From Obama’s first speech at West Point in December 2009, ironically announcing the surge in Afghanistan, you could tell that his heart has never been in this fight, never. Charles Krauthammer
Il est important que nous démontrions que nous croyants sommes un facteur de paix pour les sociétés humaines et que nous puissions ainsi répondre à ceux qui nous accusent injustement de fomenter la haine et d’être la cause de la violence. Dans le monde précaire d’aujourd’hui, le dialogue entre les religions n’est pas un signe de faiblesse. Elle trouve sa propre raison d’être dans le dialogue de Dieu avec l’humanité. Il s’agit de changer les attitudes historiques. Une scène de la Chanson de Roland me vient à l’esprit comme un symbole, quand les chrétiens battent les musulmans et les mettent tous en ligne devant les fonts baptismaux, et un avec une épée. Et les musulmans devaient choisir entre le baptême ou l’épée. C’est ce que les chrétiens ont fait. C’était une mentalité que nous ne pouvons plus accepter, ni comprendre, ni faire fonctionner. Prenons soin des groupes fondamentalistes, chacun a le sien. En Argentine, il y a un petit coin fondamentaliste. Et essayons avec la fraternité d’aller de l’avant. Le fondamentalisme est un fléau et toutes les religions ont une sorte de cousin germain fondamentaliste, qui est regroupé. Pape François
La Chanson de Roland n’est pas le reportage détaillé d’un journaliste mais un poème épique rédigé au 11ème siècle et qui traite, 3 siècles après les faits, de l’histoire de Roland de Ronceveaux, un guerrier franc parti combattre l’envahisseur musulman en Espagne aux côtés de Charlemagne. Il s’agissait alors de ralentir l’invasion islamique qui menaçait la Chrétienté d’Occident et la France. Dans ce contexte, on ne peut qu’être stupéfait par la dénonciation bergoglienne des « conversions forcées » de mahométans par les Francs partis porter secours aux Espagnols, les seuls véritablement obligés de se convertir à l’époque. L’intention de l’occupant du Vatican est particulièrement perverse et vise à établir un parallèle surréel entre la campagne de Charlemagne et les massacres de masse perpétrés par les musulmans contre les Chrétiens au 21ème siècle. Les victimes chrétiennes, selon Bergoglio, deviennent les coupables, dans l’Espagne du 8ème siècle tout comme dans l’Europe et l’Orient du 21ème siècle. Cette nouvelle provocation du chef de l’Eglise Catholique s’ajoute à une longue série de propos incendiaires en faveur l’immigration de masse et de l’islam en Europe. Déclarations qui l’ont très largement marginalisé, y compris au sein des derniers pans de la population qui se dit catholique et pratiquante. Caricature du curé gauchiste octogénaire, Bergoglio ne choque plus tant qu’il ne lasse une Europe déjà saturée de sermons iréniques sur l’islam alors que le terrorisme musulman prend toujours plus d’ampleur. Breizato
Le 18 novembre dernier, le pape François a reçu en audience les participants à la réunion organisée par l’Istituto para el Dialogo Interreligioso de la Argentina (IDI), et il a notamment salué trois des dirigeants de cet organisme, le Père Guillermo Marco, le responsable musulman Omar Abboud et le rabbin Daniel Goldman, tous trois vice-présidents de l’IDI. Le Souverain Pontife a prononcé une allocution (…) Il ne s’agit pas là d’une improvisation du pape François, comme il en commet tant notamment en avion, mais d’un texte écrit et publié. Le moins qu’on puisse en dire, c’est que le Saint-Père prend quelques libertés avec la vérité historique et le texte même de la Chanson de Roland, pour appuyer ses affirmations. La Chanson de Roland s’inspire en partie d’un événement historique, l’expédition de Charlemagne en Espagne de 778, le siège avorté de Saragosse, la retraite de l’armée des Francs menacée d’une intervention de l’émir de Cordoue, la prise et le pillage, au passage, de Pampelune, puis le revers de son arrière-garde prise en embuscade, essentiellement par des Basques, à Roncevaux. Il n’est pas inutile de rappeler que cette expédition en Espagne fut décidée à la demande de plusieurs gouverneurs musulmans d’Espagne, en rébellion contre l’émir de Cordoue, et que l’Espagne fut conquise par les musulmans sans que les autochtones les y invitent… La Chanson de Roland n’est évidemment pas une chronique historique racontant des événements, mais un poème épique, une chanson de geste, dont le plus ancien et plus complet manuscrit, rédigé en anglo-normand remonte au tout début du XIIe siècle, quatre siècles après les faits qu’il est supposé raconter… Le souvenir du pape François évoquant la victoire des Francs sur les musulmans, est donc confus, car l’expédition ne fut pas une victoire. Le texte même de cette chanson de geste, ne corrobore pas le souvenir que le Saint-Père en a et qu’il évoque. L’affaire fictive du baptême de force des musulmans supposés vaincus après la prise de Saragosse – qui n’eut pas lieu – n’a rien d’historique mais est une pure imagination du poète. On trouve aux vers 3666 à 3674 cette invention littéraire : Le roi [Charlemagne] croit en Dieu, il veut faire son service ; et ses évêques bénissent les eaux. On mène les païens jusqu’au baptistère ; s’il en est un qui résiste à Charles, le roi le fait pendre, ou brûler ou tuer par le fer [l’ancien français ocire veut dire tuer, massacrer, assassiner pas nécessairement par le fer : il n’est pas question d’un chrétien tenant une épée dans le texte original]. Bien plus de cent mille sont baptisés vrais chrétiens, mais non la reine. Elle sera menée en douce France, captive : le roi veut qu’elle se convertisse par amour. Comment dès lors affirmer que « c’est ce que les chrétiens firent » ? Riposte catholique
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme.  René Girard
Malgré eux, les islamistes sont des Occidentaux. Même en rejetant l’Occident, ils l’acceptent. Aussi réactionnaires que soient ses intentions, l’islamisme intègre non seulement les idées de l’Occident mais aussi ses institutions. Le rêve islamiste d’effacer le mode de vie occidental de la vie musulmane est, dans ces conditions, incapable de réussir. Le système hybride qui en résulte est plus solide qu’il n’y paraît. Les adversaires de l’islam militant souvent le rejettent en le qualifiant d’effort de repli pour éviter la vie moderne et ils se consolent avec la prédiction selon laquelle il est dès lors condamné à se trouver à la traîne des avancées de la modernisation qui a eu lieu. Mais cette attente est erronée. Car l’islamisme attire précisément les musulmans qui, aux prises avec les défis de la modernité, sont confrontés à des difficultés, et sa puissance et le nombre de ses adeptes ne cessent de croître. Les tendances actuelles donnent à penser que l’islam radical restera une force pendant un certain temps encore. Daniel Pipes
They are not expressions of an outburst in the West of the [Israeli-Palestinian] conflict in the Middle East. It is truly modern, aimed against American imperialism, capitalism, etc. In other words, they occupy the same space that the proletarian left had thirty years ago, that Action Directe had twenty years ago. . . . It partakes henceforth of the internal history of the West. (…) It can feel like a time-warp, a return to the European left of the 1970s and early 1980s. Europe’s radical-mosque practitioners can appear, mutatis mutandis, like a Muslim version of the hard-core intellectuals and laborers behind the aggrieved but proud Scottish National party in its salad days. (…) In the last three centuries, Europe has given birth and nourishment to most of mankind’s most radical causes. It shouldn’t be that surprising to imagine that Europe could nurture Islamic militancy on its own soil. (…) In Europe as elsewhere, Westernization is the key to the growth and virulence of hard-core Islamic radicalism. The most frightening, certainly the most effective, adherents of bin Ladenism are those who are culturally and intellectually most like us. The process of Westernization liberates a Muslim from the customary sanctions and loyalties that normally corralled the dark side of the human soul. (…) It would be a delightful irony if the more progressive political and religious debates among the Middle East’s Muslims saved their brethren in the intellectually backward lands of the European Union. Reuel Marc Gerecht
Wherever it occurs, Occidentalism is fed by a sense of humiliation, of defeat. It is a war against a particular idea of the West – a bourgeois society addicted to money, creature comforts, sex, animal lusts, self-interest, and security – which is neither new nor unique to Islamist extremism. This idea has historical roots that long precede any form of ‘U.S. imperialism’ . (…) Blood, soil, and the spirit of the Volk were what German romantics in the late 18th and early 19th centuries invoked against the universalist claims of the French Enlightenment, the French Revolution, and Napoleon’s invading armies. This notion of national soul was taken over by the Slavophiles in 19th-century Russia, who used it to attack the « Westernizers, » that is, Russian advocates of liberal reforms. It came up again and again, in the 1930s, when European fascists and National Socialists sought to smash « Americanism, » Anglo-Saxon liberalism, and « rootless cosmopolitanism » (meaning Jews). Aurel Kolnai, the great Hungarian scholar, wrote a book in the 1930s about fascist ideology in Austria and Germany. He called it War Against the West. Communism, too, especially under Stalin, although a bastard child of the Enlightenment and the French Revolution, was the sworn enemy of Western liberalism and « rootless cosmopolitanism. » Many Islamic radicals borrowed their anti-Western concepts from Russia and Germany. The founders of the Ba’ath Party in Syria were keen readers of prewar German race theories. Jalal Al-e Ahmad, an influential Iranian intellectual in the 1960s, coined the phrase « Westoxification » to describe the poisonous influence of Western civilization on other cultures. He, too, was an admirer of German ideas on blood and soil. Clearly, the idea of the West as a malign force is not some Eastern or Middle Eastern idea, but has deep roots in European soil. Defining it in historical terms is not a simple matter. Occidentalism was part of the counter-Enlightenment, to be sure, but also of the reaction against industrialization. Some Marxists have been attracted to it, but so, of course, have their enemies on the far right. Occidentalism is a revolt against rationalism (the cold, mechanical West, the machine civilization) and secularism, but also against individualism. European colonialism provoked Occidentalism, and so does global capitalism today. But one can speak of Occidentalism only when the revolt against the West becomes a form of pure destruction, when the West is depicted as less than human, when rebellion means murder. Wherever it occurs, Occidentalism is fed by a sense of humiliation, of defeat. Isaiah Berlin once described the German revolt against Napoleon as « the original exemplar of the reaction of many a backward, exploited, or at any rate patronized society, which, resentful of the apparent inferiority of its status, reacted by turning to real or imaginary triumphs and glories in its past, or enviable attributes of its own national or cultural character. » The same thing might be said about Japan in the 1930s, after almost a century of feeling snubbed and patronized by the West, whose achievements it so fervently tried to emulate. It has been true of the Russians, who have often slipped into the role of inferior upstarts, stuck in the outer reaches of Asia and Europe. But nothing matches the sense of failure and humiliation that afflicts the Arab world, a once glorious civilization left behind in every respect by the post-Enlightenment West. Humiliation can easily turn into a cult of the pure and the authentic. Among the most resented attributes of the hated Occident are its claims to universalism. Christianity is a universalist faith, but so is the Enlightenment belief in reason. Napoleon was a universalist who believed in a common civil code for all his conquered subjects. The conviction that the United States represents universal values and has the God-given duty to spread democracy in the benighted world belongs to the same universalist tradition. Some of these values may indeed be universal. One would like to think that all people could benefit from democracy or the use of reason. The Code Napoleon brought many benefits. But when universal solutions are imposed by force, or when people feel threatened or humiliated or unable to compete with the powers that promote such solutions, that is when we see the dangerous retreat into dreams of purity. Not all dreams of local authenticity and cultural uniqueness are noxious, or even wrong. As Isaiah Berlin also pointed out, the crooked timber of humanity cannot be forcibly straightened along universal standards with impunity. The experiments on the human soul by Communism showed how bloody universalist dreams can be. And the poetic romanticism of 19th-century German idealists was often a welcome antidote to the dogmatic rationalism that came with the Enlightenment. It is when purity or authenticity, of faith or race, leads to purges of the supposedly inauthentic, of the allegedly impure, that mass murder begins. The fact that anti-Americanism, anti-Zionism, anti-Semitism, and a general hostility to the West often overlap is surely no coincidence. Even in Japan, where Jews play no part in national life, one of the participants at the 1942 Kyoto conference suggested that the war against the West was a war against the « poisonous materialist civilization » built on Jewish financial capitalist power. At the same time, European anti-Semites, not only in Nazi Germany, were blaming the Jews for Bolshevism. Both Bolshevism and capitalism are universalist systems in the sense that they do not recognize national, racial, or cultural borders. Since Jews are traditionally regarded by the defenders of purity as the congenital outsiders, the archetypal « rootless cosmopolitans, » it is no wonder that they are also seen as the main carriers of the universalist virus. To be sure, Jews had sound reasons to be attracted to such notions as equality before the law, secular politics, and internationalism, whether of a socialist or capitalist stamp. Exclusivity, whether racial, religious, or nationalist, is never good for minorities. Only in the Middle East have Jews brought their own form of exclusivity and nationalism. But Zionism came from the West. And so Israel, in the eyes of its enemies, is the colonial outpost of « Westoxification. » Its material success only added to the Arab sense of historic humiliation. The idea, however, that Jews are a people without a soul, mimics with no creative powers, is much older than the founding of the State of Israel. It was one of the most common anti-Semitic slurs employed by Richard Wagner. He was neither the first to do so, nor very original in this respect. Karl Marx, himself the grandson of a rabbi, called the Jews greedy parasites, whose souls were made of money. The same kind of thing was often said by 19th-century Europeans about the British. The great Prussian novelist Theodor Fontane, who rather admired England, nonetheless opined that « the cult of the Gold Calf is the disease of the English people. » He was convinced that English society would be destroyed by « this yellow fever of gold, this sellout of all souls to the devil of Mammon. » And much the same is said today about the Americans. Calculation — the accounting of money, interests, scientific evidence, and so on — is regarded as soulless. Authenticity lies in poetry, intuition, and blind faith. The Occidentalist view of the West is of a bourgeois society, addicted to creature comforts, animal lusts, self-interest, and security. It is by definition a society of cowards, who prize life above death. As a Taliban fighter once put it during the war in Afghanistan, the Americans would never win, because they love Pepsi-Cola, whereas the holy warriors love death. This was also the language of Spanish fascists during the civil war, and of Nazi ideologues, and Japanese kamikaze pilots. The hero is one who acts without calculating his interests. He jumps into action without regard for his own safety, ever ready to sacrifice himself for the cause. And the Occidentalist hero, whether he is a Nazi or an Islamist, is just as ready to destroy those who sully the purity of his race or creed. It is indeed his duty to do so. When the West is seen as the threat to authenticity, then it is the duty of all holy warriors to destroy anything to do with the « Zionist Crusaders, » whether it is a U.S. battleship, a British embassy, a Jewish cemetery, a chunk of lower Manhattan, or a disco in Bali. The symbolic value of these attacks is at least as important as the damage inflicted. What, then, is new about the Islamist holy war against the West? Perhaps it is the totality of its vision. Islamism, as an antidote to Westoxification, is an odd mixture of the universal and the pure: universal because all people can, and in the eyes of the believers should, become orthodox Muslims; pure because those who refuse the call are not simply lost souls but savages who must be removed from this earth. Hitler tried to exterminate the Jews, among others, but did not view the entire West with hostility. In fact, he wanted to forge an alliance with the British and other « Aryan » nations, and felt betrayed when they did not see things his way. Stalinists and Maoists murdered class enemies and were opposed to capitalism. But they never saw the Western world as less than human and thus to be physically eradicated. Japanese militarists went to war against Western empires but did not regard everything about Western civilization as barbarous. The Islamist contribution to the long history of Occidentalism is a religious vision of purity in which the idolatrous West simply has to be destroyed. The worship of false gods is the worst religious sin in Islam as well as in ancient Judaism. The West, as conceived by Islamists, worships the false gods of money, sex, and other animal lusts. In this barbarous world the thoughts and laws and desires of Man have replaced the kingdom of God. The word for this state of affairs is jahiliyya, which can mean idolatry, religious ignorance, or barbarism. Applied to the pre-Islamic Arabs, it means ignorance: People worshiped other gods because they did not know better. But the new jahiliyya, in the sense of barbarism, is everywhere, from Las Vegas and Wall Street to the palaces of Riyadh. To an Islamist, anything that is not pure, that does not belong to the kingdom of God, is by definition barbarous and must be destroyed. Just as the main enemies of Russian Slavophiles were Russian Westernizers, the most immediate targets of Islamists are the liberals, reformists, and secular rulers in their own societies. They are the savage stains that have to be cleansed with blood. But the source of the barbarism that has seduced Saudi princes and Algerian intellectuals as much as the whores and pimps of New York (and in a sense all infidels are whores and pimps) is the West. And that is why holy war has been declared against the West. Ian Buruma
Il est malheureux que le Moyen-Orient ait rencontré pour la première fois la modernité occidentale à travers les échos de la Révolution française. Progressistes, égalitaristes et opposés à l’Eglise, Robespierre et les jacobins étaient des héros à même d’inspirer les radicaux arabes. Les modèles ultérieurs — Italie mussolinienne, Allemagne nazie, Union soviétique — furent encore plus désastreux …Ce qui rend l’entreprise terroriste des islamistes aussi dangereuse, ce n’est pas tant la haine religieuse qu’ils puisent dans des textes anciens — souvent au prix de distorsions grossières —, mais la synthèse qu’ils font entre fanatisme religieux et idéologie moderne. Ian Buruma et Avishai Margalit
La révolution iranienne fut en quelque sorte la version islamique et tiers-mondiste de la contre-culture occidentale. Il serait intéressant de mettre en exergue les analogies et les ressemblances que l’on retrouve dans le discours anti-consommateur, anti-technologique et anti-moderne des dirigeants islamiques de celui que l’on découvre chez les protagonistes les plus exaltés de la contre-culture occidentale. Daryiush Shayegan (Les Illusions de l’identité, 1992)
Sir Ridley Scott, the Oscar-nominated director, was savaged by senior British academics last night over his forthcoming film which they say « distorts » the history of the Crusades to portray Arabs in a favourable light. The £75 million film, which stars Orlando Bloom, Jeremy Irons and Liam Neeson, is described by the makers as being « historically accurate » and designed to be « a fascinating history lesson ». Academics, however – including Professor Jonathan Riley-Smith, Britain’s leading authority on the Crusades – attacked the plot of Kingdom of Heaven, describing it as « rubbish », « ridiculous », « complete fiction » and « dangerous to Arab relations ». The film, which began shooting last week in Spain, is set in the time of King Baldwin IV (1161-1185), leading up to the Battle of Hattin in 1187 when Saladin conquered Jerusalem for the Muslims. The script depicts Baldwin’s brother-in-law, Guy de Lusignan, who succeeds him as King of Jerusalem, as « the arch-villain ». A further group, « the Brotherhood of Muslims, Jews and Christians », is introduced, promoting an image of cross-faith kinship. « They were working together, » the film’s spokesman said. « It was a strong bond until the Knights Templar cause friction between them. » The Knights Templar, the warrior monks, are portrayed as « the baddies » while Saladin, the Muslim leader, is a « a hero of the piece », Sir Ridley’s spokesman said. « At the end of our picture, our heroes defend the Muslims, which was historically correct. » Prof Riley-Smith, who is Dixie Professor of Ecclesiastical History at Cambridge University, said the plot was « complete and utter nonsense ». He said that it relied on the romanticised view of the Crusades propagated by Sir Walter Scott in his book The Talisman, published in 1825 and now discredited by academics. (..) Dr Philips said that by venerating Saladin, who was largely ignored by Arab history until he was reinvented by romantic historians in the 19th century, Sir Ridley was following both Saddam Hussein and Hafez Assad, the former Syrian dictator. Both leaders commissioned huge portraits and statues of Saladin, who was actually a Kurd, to bolster Arab Muslim pride. Prof Riley-Smith added that Sir Ridley’s efforts were misguided and pandered to Islamic fundamentalism. « It’s Osama bin Laden’s version of history. It will fuel the Islamic fundamentalists. » (…) Sir Ridley’s spokesman said that the film portrays the Arabs in a positive light. « It’s trying to be fair and we hope that the Muslim world sees the rectification of history. The Telegraph
[Ridley Scott’s Kingdom of heaven]  is not historically accurate at all. They refer to The Talisman, which depicts the Muslims as sophisticated and civilised, and the Crusaders are all brutes and barbarians. It has nothing to do with reality. Guy of Lusignan lost the Battle of Hattin against Saladin, yes, but he wasn’t any badder or better than anyone else. There was never a confraternity of Muslims, Jews and Christians. That is utter nonsense. It’s Osama bin Laden’s version of history. It will fuel the Islamic fundamentalists. Jonathan Riley-Smith
It does not do any good to distort history, even if you believe you are distorting it in a good way. Cruelty was not on one side but on all. Amin Maalouf
I recently refused to take part in a television series, produced by an intelligent and well-educated Egyptian woman, for whom a continuing Western crusade was an article of faith. Having less to do with historical reality than with reactions to imperialism, the nationalist and Islamist interpretations of crusade history help many people, moderates as well as extremists, to place the exploitation they believe they have suffered in a historical context and to satisfy their feelings of both superiority and humiliation. Jonathan Riley-Smith
For Christians . . . sacred violence cannot be proposed on any grounds save that of love, . . . [and] in an age dominated by the theology of merit this explains why participation in crusades was believed to be meritorious, why the expeditions were seen as penitential acts that could gain indulgences, and why death in battle was regarded as martyrdom. . . . As manifestations of Christian love, the crusades were as much the products of the renewed spirituality of the central Middle Ages, with its concern for living the vita apostolica and expressing Christian ideals in active works of charity, as were the new hospitals, the pastoral work of the Augustinians and Premonstratensians and the service of the friars. The charity of St. Francis may now appeal to us more than that of the crusaders, but both sprang from the same roots. Jonathan Riley-Smith
Within a month of the attacks of September 11, 2001, former president Bill Clinton gave a speech to the students of Georgetown University. As the world tried to make sense of the senseless, Clinton offered his own explanation: “Those of us who come from various European lineages are not blameless,” he declared. “Indeed, in the First Crusade, when the Christian soldiers took Jerusalem, they first burned a synagogue with three hundred Jews in it, and proceeded to kill every woman and child who was Muslim on the Temple Mount. The contemporaneous descriptions of the event describe soldiers walking on the Temple Mount, a holy place to Christians, with blood running up to their knees. “I can tell you that that story is still being told today in the Middle East, and we are still paying for it,” he concluded, and there is good reason to believe he was right. Osama bin Laden and other Islamists regularly refer to Americans as “Crusaders.” Indeed, bin Laden directed his fatwa authorizing the September 11 attacks against the “Crusaders and Jews.” (…) Most people in the West do not believe that they have been prosecuting a continuous Crusade against Islam since the Middle Ages. But most do believe that the Crusades started the problems that plague and endanger us today. Westerners in general (and Catholics in particular) find the Crusades a deeply embarrassing episode in their history. As the Ridley Scott movie Kingdom of Heaven graphically proclaimed, the Crusades were unprovoked campaigns of intolerance preached by deranged churchmen and fought by religious zealots against a sophisticated and peaceful Muslim world. According to the Hollywood version, the blind violence of the Crusades gave birth to jihad, as the Muslims fought to defend themselves and their world. And for what? The city of Jerusalem, which was both “nothing and everything,” a place filled with religion that “drives men mad.” (…) It is generally thought that Christians attacked Muslims without provocation to seize their lands and forcibly convert them. The Crusaders were Europe’s lacklands and ne’er-do-wells, who marched against the infidels out of blind zealotry and a desire for booty and land. As such, the Crusades betrayed Christianity itself. They transformed “turn the other cheek” into “kill them all; God will know his own.” Every word of this is wrong. Historians of the Crusades have long known that it is wrong, but they find it extraordinarily difficult to be heard across a chasm of entrenched preconceptions. For on the other side is, as Riley-Smith puts it “nearly everyone else, from leading churchmen and scholars in other fields to the general public.” There is the great Sir Steven Runciman, whose three-volume History of the Crusades is still a brisk seller for Cambridge University Press a half century after its release. It was Runciman who called the Crusades “a long act of intolerance in the name of God, which is a sin against the Holy Ghost.” The pity of it is that Runciman and the other popular writers simply write better stories than the professional historians. (…) One of the most profound misconceptions about the Crusades is that they represented a perversion of a religion whose founder preached meekness, love of enemies, and nonresistance. Riley-Smith reminds his reader that on the matter of violence Christ was not as clear as pacifists like to think. He praised the faith of the Roman centurion but did not condemn his profession. At the Last Supper he told his disciples, “Let him who has no sword sell his cloak and buy one. For I tell you that this Scripture must be fulfilled in me, And he was reckoned with transgressors.” St. Paul said of secular authorities, “He does not bear the sword in vain; he is the servant of God to execute his wrath on the wrongdoer.” Several centuries later, St. Augustine articulated a Christian approach to just war, one in which legitimate authorities could use violence to halt or avert a greater evil. It must be a defensive war, in reaction to an act of aggression. For Christians, therefore, violence was ethically neutral, since it could be employed either for evil or against it. As Riley-Smith notes, the concept that violence is intrinsically evil belongs solely to the modern world. It is not Christian. All the Crusades met the criteria of just wars. They came about in reaction attacks against Christians or their Church. The First Crusade was called in 1095 in response to the recent Turkish conquest of Christian Asia Minor, as well as the much earlier Arab conquest of the Christian-held Holy Land. The second was called in response to the Muslim conquest of Edessa in 1144. The third was called in response to the Muslim conquest of Jerusalem and most other Christian lands in the Levant in 1187. In each case, the faithful went to war to defend Christians, to punish the attackers, and to right terrible wrongs. As Riley-Smith has written elsewhere, crusading was seen as an act of love—specifically the love of God and the love of neighbor. By pushing back Muslim aggression and restoring Eastern Christianity, the Crusaders were—at great peril to themselves—imitating the Good Samaritan. Or, as Innocent II told the Knights Templar, “You carry out in deeds the words of the gospel, ‘Greater love has no man than this, that a man lay down his life for his friends.’” But the Crusades were not just wars. They were holy wars, and that is what made them different from what came before. They were made holy not by their target but by the Crusaders’ sacrifice. The Crusade was a pilgrimage and thereby an act of penance. When Urban II called the First Crusade in 1095, he created a model that would be followed for centuries. Crusaders who undertook that burden with right intention and after confessing their sins would receive a plenary indulgence. The indulgence was a recognition that they undertook these sacrifices for Christ, who was crucified again in the tribulations of his people. And the sacrifices were extraordinary. As Riley-Smith writes in this book and his earlier The First ­Crusaders, the cost of crusading was staggering. Without financial assistance, only the wealthy could afford to embark on a Crusade. Many noble families impoverished themselves by crusading. Historians have long known that the image of the Crusader as an adventurer seeking his fortune is exactly backward. The vast majority of Crusaders returned home as soon as they had fulfilled their vow. What little booty they could acquire was more than spent on the journey itself. One is hard pressed to name a single returning Crusader who broke even, let alone made a profit on the journey. And those who returned were the lucky ones. As Riley-Smith explains, recent studies show that around one-third of knights and nobility died on crusade. The death rates for lower classes were even higher. One can never understand the Crusades without understanding their penitential character. It was the indulgence that led thousands of men to take on a burden that would certainly cost them dearly. The secular nobility of medieval Europe was a warrior aristocracy. They made their living by the sword. We know from their wills and charters that they were deeply aware of their own sinfulness and anxious over the state of their souls. A Crusade provided a way for them to serve God and to do penance for their sins. It allowed them to use their weapons as a means of their salvation rather than of their damnation. (…) The Crusader sewed a cloth cross to his garment to signify his penitential burden and his hope. Take away penitence and the Crusades cannot be explained. Yet in the seventeenth and eighteenth centuries Protestants and then Enlightenment thinkers rejected the idea of temporal penalties due to sin—along with indulgences, purgatory, and the papacy. How then did they explain the Crusades? Why else would thousands of men march thousands of miles deep into enemy territory, if not for something precious? The first explanation was that they were fooled by the Antichrist: The Catholic Church had convinced the simple that their salvation lay in fighting its battles. Later, with the advent of liberalism, critics assumed that the Crusaders must have had economic motives. They were seeking wealth and simply used religion as a cover for their worldly desires. In the nineteenth century, the memory of the Crusades became hopelessly entangled with contemporary European imperialism. Riley-Smith tells the fascinating story of Archbishop Charles-Martial Allemand-Lavigerie of Algiers, the founder of the missionary orders of the White Fathers and White Sisters, who worked diligently to establish a new military order resembling the Knights Templar, Teutonic Knights, and the Knights Hospitaller of the Middle Ages. His new order was to be sent to Africa, where it would protect missionaries, fight against the slave trade, and support the progress of French civilization in the continent. Drawing on money from antislavery societies, Lavigerie purchased lands on the edge of the Saharan Desert to use as a mother house for a new order, L’Institut Religieux et Militaire des Frères Armés du Sahara. The order attracted hundreds of men from all social classes, and in 1891 the first brothers received their white habits emblazoned with red crosses. The dust cover of Riley-Smith’s book is itself a wonderful picture of these brothers at their African home. With palm trees behind them, they look proudly into the camera, each wearing a cross and some holding rifles. The Institut des Fréres Armés lasted scarcely more than a year before it was scrapped and its founder died, but other attempts to found a military order were made in the nineteenth century, even in Protestant England. All wove together the contrasting threads of Romanticism, imperialism, and the medieval Crusades. President Clinton is not alone in thinking that the Muslim world is still brooding over the crimes of the Crusaders. It is commonly thought—even by Muslims—that the effects and memory of that trauma have been with the Islamic world since it was first inflicted in the eleventh century. As Riley-Smith explains, however, the Muslim memory of the Crusades is of very recent vintage. Carole Hillenbrand first uncovered this fact in her groundbreaking book The Crusades: Islamic Perspectives. The truth is that medieval Muslims came to realize that the Crusades were religious but had little interest in them. When, in 1291, Muslim armies removed the last vestiges of the Crusader Kingdom from Palestine, the Crusades largely dropped out of Muslim memory. In Europe, however, the Crusades were a well-remembered formative episode. Europeans, who had bound the Crusades to imperialism, brought the story to the Middle East during the nineteenth century and reintroduced it to the Muslims. Stripping the Crusades of their original purpose, they portrayed the Crusades as Europe’s first colonial venture—the first attempt of the West to bring civilization to the backward Muslim East. Riley-Smith describes the profound effect that Sir Walter Scott’s novel The Talisman had on European and therefore Middle Eastern opinion of the Crusades. Crusaders such as Richard the Lionhearted were portrayed as boorish, brutal, and childish, while Muslims, particularly Saladin, were tolerant and enlightened gentlemen of the nineteenth century. With the collapse of Ottoman power and the rise of Arab nationalism at the end of the nineteenth century, Muslims bound together these two strands of Crusade narrative and created a new memory in which the Crusades were only the first part of Europe’s assault on Islam—an assault that continued through the modern imperialism of European powers. Europeans reintroduced Saladin, who had been nearly forgotten in the Middle East, and Arab nationalists then cleansed him of his Kurdish ethnicity to create a new anti-Western hero. We saw the result during the run-up to the Iraq War, when Saddam Hussein portrayed himself as a new Saladin who would expel the new Crusaders. Arab nationalists made good use of the new story of the Crusades during their struggles for independence. Their enemies, the Islamists, then took over the same tool. Osama bin Laden is only the most recent Islamist to adopt this useful myth to characterize the actions of the West as a continual Crusade against Islam. That is the Crusades’ only connection with modern Islamist terrorism. And yet, so ingrained is this notion that the Crusades began the modern European assault on Islam that many moderate Muslims still believe it. In the Middle East, as in the West, we are left with the gaping chasm between myth and reality. Crusade historians sometimes try to yell across it but usually just talk to each other, while the leading churchmen, the scholars in other fields, and the general public hold to a caricature of the Crusades created by a pox of modern ideologies. Thomas F. Madden (Saint Louis University)
In 2001, former president Bill Clinton delivered a speech at Georgetown University in which he discussed the West’s response to the recent terrorist attacks of September 11. The speech contained a short but significant reference to the crusades. Mr. Clinton observed that “when the Christian soldiers took Jerusalem [in 1099], they . . . proceeded to kill every woman and child who was Muslim on the Temple Mount.” He cited the “contemporaneous descriptions of the event” as describing “soldiers walking on the Temple Mount . . . with blood running up to their knees.” This story, Mr. Clinton said emphatically, was “still being told today in the Middle East and we are still paying for it.” This view of the crusades is not unusual. It pervades textbooks as well as popular literature. One otherwise generally reliable Western civilization textbook claims that “the Crusades fused three characteristic medieval impulses: piety, pugnacity, and greed. All three were essential.”1 The film Kingdom of Heaven (2005) depicts crusaders as boorish bigots, the best of whom were torn between remorse for their excesses and lust to continue them. Even the historical supplements for role-playing games—drawing on supposedly more reliable sources—contain statements such as “The soldiers of the First Crusade appeared basically without warning, storming into the Holy Land with the avowed—literally—task of slaughtering unbelievers”; “The Crusades were an early sort of imperialism”; and “Confrontation with Islam gave birth to a period of religious fanaticism that spawned the terrible Inquisition and the religious wars that ravaged Europe during the Elizabethan era.” The most famous semipopular historian of the crusades, Sir Steven Runciman, ended his three volumes of magnificent prose with the judgment that the crusades were “nothing more than a long act of intolerance in the name of God, which is the sin against the Holy Ghost.” The verdict seems unanimous. From presidential speeches to role-playing games, the crusades are depicted as a deplorably violent episode in which thuggish Westerners trundled off, unprovoked, to murder and pillage peace-loving, sophisticated Muslims, laying down patterns of outrageous oppression that would be repeated throughout subsequent history. In many corners of the Western world today, this view is too commonplace and apparently obvious even to be challenged. But unanimity is not a guarantee of accuracy. What everyone “knows” about the crusades may not, in fact, be true. (…)  In a.d. 632, Egypt, Palestine, Syria, Asia Minor, North Africa, Spain, France, Italy, and the islands of Sicily, Sardinia, and Corsica were all Christian territories. Inside the boundaries of the Roman Empire, which was still fully functional in the eastern Mediterranean, orthodox Christianity was the official, and overwhelmingly majority, religion. Outside those boundaries were other large Christian communities—not necessarily orthodox and Catholic, but still Christian. Most of the Christian population of Persia, for example, was Nestorian. Certainly there were many Christian communities in Arabia. By a.d. 732, a century later, Christians had lost Egypt, Palestine, Syria, North Africa, Spain, most of Asia Minor, and southern France. Italy and her associated islands were under threat, and the islands would come under Muslim rule in the next century. The Christian communities of Arabia were entirely destroyed in or shortly after 633, when Jews and Christians alike were expelled from the peninsula. Those in Persia were under severe pressure. Two-thirds of the formerly Roman Christian world was now ruled by Muslims. (…) The attacks continued, punctuated from time to time by Christian attempts to push back. Charlemagne blocked the Muslim advance in far western Europe in about a.d. 800, but Islamic forces simply shifted their focus and began to island-hop across from North Africa toward Italy and the French coast, attacking the Italian mainland by 837. A confused struggle for control of southern and central Italy continued for the rest of the ninth century and into the tenth. In the hundred years between 850 and 950, Benedictine monks were driven out of ancient monasteries, the Papal States were overrun, and Muslim pirate bases were established along the coast of northern Italy and southern France, from which attacks on the deep inland were launched. Desperate to protect victimized Christians, popes became involved in the tenth and early eleventh centuries in directing the defense of the territory around them. The surviving central secular authority in the Christian world at this time was the East Roman, or Byzantine, Empire. Having lost so much territory in the seventh and eighth centuries to sudden amputation by the Muslims, the Byzantines took a long time to gain the strength to fight back. By the mid-ninth century, they mounted a counterattack on Egypt, the first time since 645 that they had dared to come so far south. Between the 940s and the 970s, the Byzantines made great progress in recovering lost territories. Emperor John Tzimiskes retook much of Syria and part of Palestine, getting as far as Nazareth, but his armies became overextended and he had to end his campaigns by 975 without managing to retake Jerusalem itself. Sharp Muslim counterattacks followed, and the Byzantines barely managed to retain Aleppo and Antioch. The struggle continued unabated into the eleventh century. In 1009, a mentally deranged Muslim ruler destroyed the Church of the Holy Sepulchre in Jerusalem and mounted major persecutions of Christians and Jews. He was soon deposed, and by 1038 the Byzantines had negotiated the right to try to rebuild the structure, but other events were also making life difficult for Christians in the area, especially the displacement of Arab Muslim rulers by Seljuk Turks, who from 1055 on began to take control in the Middle East. This destabilized the territory and introduced new rulers (the Turks) who were not familiar even with the patchwork modus vivendi that had existed between most Arab Muslim rulers and their Christian subjects. Pilgrimages became increasingly difficult and dangerous, and western pilgrims began banding together and carrying weapons to protect themselves as they tried to make their way to Christianity’s holiest sites in Palestine: notable armed pilgrimages occurred in 1064–65 and 1087–91. (…) Desperate, the Byzantines sent appeals for help westward, directing these appeals primarily at the person they saw as the chief western authority: the pope, who, as we have seen, had already been directing Christian resistance to Muslim attacks. In the early 1070s, the pope was Gregory VII, and he immediately began plans to lead an expedition to the Byzantines’ aid. He became enmeshed in conflict with the German emperors, however (what historians call “the Investiture Controversy”), and was ultimately unable to offer meaningful help. Still, the Byzantines persisted in their appeals, and finally, in 1095, Pope Urban II realized Gregory VII’s desire, in what turned into the First Crusade. (…) Far from being unprovoked, then, the crusades actually represent the first great western Christian counterattack against Muslim attacks which had taken place continually from the inception of Islam until the eleventh century, and which continued on thereafter, mostly unabated. Three of Christianity’s five primary episcopal sees (Jerusalem, Antioch, and Alexandria) had been captured in the seventh century; both of the others (Rome and Constantinople) had been attacked in the centuries before the crusades. The latter would be captured in 1453, leaving only one of the five (Rome) in Christian hands by 1500. Rome was again threatened in the sixteenth century. This is not the absence of provocation; rather, it is a deadly and persistent threat, and one which had to be answered by forceful defense if Christendom were to survive. The crusades were simply one tool in the defensive options exercised by Christians. To put the question in perspective, one need only consider how many times Christian forces have attacked either Mecca or Medina. (…) One version of Pope Urban II’s speech at Clermont in 1095 urging French warriors to embark on what would become known as the First Crusade does note that they might “make spoil of [the enemy’s] treasures,” but this was no more than an observation on the usual way of financing war in ancient and medieval society. And Fulcher of Chartres did write in the early twelfth century that those who had been poor in the West had become rich in the East as a result of their efforts on the First Crusade, obviously suggesting that others might do likewise. But Fulcher’s statement has to be read in its context, which was a chronic and eventually fatal shortage of manpower for the defense of the crusader states. Fulcher was not being entirely deceitful when he pointed out that one might become rich as a result of crusading. But he was not being entirely straightforward either, because for most participants, crusading was ruinously expensive. (…) One of the chief reasons for the foundering of the Fourth Crusade, and its diversion to Constantinople, was the fact that it ran out of money before it had gotten properly started, and was so indebted to the Venetians that it found itself unable to keep control of its own destiny. Louis IX’s Seventh Crusade in the mid-thirteenth century cost more than six times the annual revenue of the crown. The popes resorted to ever more desperate ploys to raise money to finance crusades, from instituting the first income tax in the early thirteenth century to making a series of adjustments in the way that indulgences were handled that eventually led to the abuses condemned by Martin Luther. Even by the thirteenth century, most crusade planners assumed that it would be impossible to attract enough volunteers to make a crusade possible, and crusading became the province of kings and popes, losing its original popular character. (…) In short: very few people became rich by crusading, and their numbers were dwarfed by those who were bankrupted. Most medieval people were quite well aware of this, and did not consider crusading a way to improve their financial situations. (…) certainly there were cynics and hypocrites in the Middle Ages—beneath the obvious differences of technology and material culture, medieval people were just as human as we are, and subject to the same failings. However (…) the casualty rates on the crusades were usually very high, and many if not most crusaders left expecting not to return. At least one military historian has estimated the casualty rate for the First Crusade at an appalling 75 percent, for example. (…) It is hard to imagine a more conclusive way of proving one’s dedication to a cause than sacrificing one’s life for it, and very large numbers of crusaders did just that. But this assertion is also revealed to be false when we consider the way in which the crusades were preached. Crusaders were not drafted. Participation was voluntary, and participants had to be persuaded to go. The primary means of persuasion was the crusade sermon, and one might expect to find these sermons representing crusading as profoundly appealing. (…) In fact, the opposite is true: crusade sermons were replete with warnings that crusading brought deprivation, suffering, and often death. That this was the reality of crusading was well known anyway. (…) It worked because crusading was appealing precisely because it was a known and significant hardship, and because undertaking a crusade with the right motives was understood as an acceptable penance for sin. Far from being a materialistic enterprise, crusading was impractical in worldly terms, but valuable for one’s soul. There is no space here to explore the doctrine of penance as it developed in the late antique and medieval worlds, but suffice it to say that the willing acceptance of difficulty and suffering was viewed as a useful way to purify one’s soul (and still is, in Catholic doctrine today). Crusading was the near-supreme example of such difficult suffering, and so was an ideal and very thorough-going penance. (…) As difficult as it may be for modern people to believe, the evidence strongly suggests that most crusaders were motivated by a desire to please God, expiate their sins, and put their lives at the service of their “neighbors,” understood in the Christian sense. (…) Muslims had been attacking Christians for more than 450 years before Pope Urban declared the First Crusade. They needed no incentive to continue doing so. (…) Up until quite recently, Muslims remembered the crusades as an instance in which they had beaten back a puny western Christian attack. (…) Most of the Arabic-language historical writing on the crusades before the mid-nineteenth century was produced by Arab Christians, not Muslims, and most of that was positive. There was no Arabic word for “crusades” until that period, either, and even then the coiners of the term were, again, Arab Christians. It had not seemed important to Muslims to distinguish the crusades from other conflicts between Christianity and Islam. Nor had there been an immediate reaction to the crusades among Muslims. As Carole Hillenbrand has noted, “The Muslim response to the coming of the Crusades was initially one of apathy, compromise and preoccupation with internal problems.” By the 1130s, a Muslim counter-crusade did begin, under the leadership of the ferocious Zengi of Mosul. But it had taken some decades for the Muslim world to become concerned about Jerusalem, which is usually held in higher esteem by Muslims when it is not held by them than when it is. Action against the crusaders was often subsequently pursued as a means of uniting the Muslim world behind various aspiring conquerors, until 1291, when the Christians were expelled from the Syrian mainland. And—surprisingly to Westerners—it was not Saladin who was revered by Muslims as the great anti-Christian leader. That place of honor usually went to the more bloodthirsty, and more successful, Zengi and Baibars, or to the more public-spirited Nur al-Din. The first Muslim crusade history did not appear until 1899. By that time, the Muslim world was rediscovering the crusades—but it was rediscovering them with a twist learned from Westerners. In the modern period, there were two main European schools of thought about the crusades. One school, epitomized by people like Voltaire, Gibbon, and Sir Walter Scott, and in the twentieth century Sir Steven Runciman, saw the crusaders as crude, greedy, aggressive barbarians who attacked civilized, peace-loving Muslims to improve their own lot. The other school, more romantic and epitomized by lesser-known figures such as the French writer Joseph-François Michaud, saw the crusades as a glorious episode in a long-standing struggle in which Christian chivalry had driven back Muslim hordes. In addition, Western imperialists began to view the crusaders as predecessors, adapting their activities in a secularized way that the original crusaders would not have recognized or found very congenial. At the same time, nationalism began to take root in the Muslim world. Arab nationalists borrowed the idea of a long-standing European campaign against them from the former European school of thought—missing the fact that this was a serious mischaracterization of the crusades—and using this distorted understanding as a way to generate support for their own agendas. This remained the case until the mid-twentieth century, when, in Riley-Smith’s words, “a renewed and militant Pan-Islamism” applied the more narrow goals of the Arab nationalists to a worldwide revival of what was then called Islamic fundamentalism and is now sometimes referred to, a bit clumsily, as jihadism. This led rather seamlessly to the rise of Osama bin Laden and al-Qaeda, offering a view of the crusades so bizarre as to allow bin Laden to consider all Jews to be crusaders and the crusades to be a permanent and continuous feature of the West’s response to Islam. Bin Laden’s conception of history is a feverish fantasy. He is no more accurate in his view about the crusades than he is about the supposed perfect Islamic unity which he thinks Islam enjoyed before the baleful influence of Christianity intruded. But the irony is that he, and those millions of Muslims who accept his message, received that message originally from their perceived enemies: the West. So it was not the crusades that taught Islam to attack and hate Christians. Far from it. Those activities had preceded the crusades by a very long time, and stretch back to the inception of Islam. Rather, it was the West which taught Islam to hate the crusades. The irony is rich. (….) Let us return to President Clinton’s Georgetown speech. How much of his reference to the First Crusade was accurate? It is true that many Muslims who had surrendered and taken refuge under the banners of several of the crusader lords—an act which should have granted them quarter—were massacred by out-of-control troops. This was apparently an act of indiscipline, and the crusader lords in question are generally reported as having been extremely angry about it, since they knew it reflected badly on them. To imply—or plainly state—that this was an act desired by the entire crusader force, or that it was integral to crusading, is misleading at best. In any case, John France has put it well: “This notorious event should not be exaggerated. . . . However horrible the massacre . . . it was not far beyond what common practice of the day meted out to any place which resisted.” And given space, one could append a long and bloody list, stretching back to the seventh century, of similar actions where Muslims were the aggressors and Christians the victims. Such a list would not, however, have served Mr. Clinton’s purposes. Mr. Clinton was probably using Raymond of Aguilers when he referred to “blood running up to [the] knees” of crusaders. But the physics of such a claim are impossible, as should be apparent. Raymond was plainly both bragging and also invoking the imagery of the Old Testament and the Book of Revelation. He was not offering a factual account, and probably did not intend the statement to be taken as such. As for whether or not we are “still paying for it,” (…)This is the most serious misstatement of the whole passage. What we are paying for is not the First Crusade, but western distortions of the crusades in the nineteenth century which were taught to, and taken up by, an insufficiently critical Muslim world. The problems with Mr. Clinton’s remarks indicate the pitfalls that await those who would attempt to explicate ancient or medieval texts without adequate historical awareness, and they illustrate very well what happens when one sets out to pick through the historical record for bits—distorted or merely selectively presented—which support one’s current political agenda. This sort of abuse of history has been distressingly familiar where the crusades are concerned. But nothing is served by distorting the past for our own purposes. Or rather: a great many things may be served . . . but not the truth. Distortions and misrepresentations of the crusades will not help us understand the challenge posed to the West by a militant and resurgent Islam, and failure to understand that challenge could prove deadly. Indeed, it already has. It may take a very long time to set the record straight about the crusades. It is long past time to begin the task. Paul F. Crawford
L’historiquement correct, c’est le politiquement correct appliqué à l’histoire : ce n’est pas une lecture scientifique du passé, une tentative de le restituer tel qu’il a été, c’est une interprétation idéologique et politique du monde d’hier, visant à lui faire dire quelque chose pour les hommes d’aujourd’hui, avec les mots et les concepts d’aujourd’hui. L’historiquement correct ne cherche pas à comprendre le passé pour éclairer le présent : il part du présent pour juger le passé. Dans cet état d’esprit, l’histoire devient un écran où se projettent toutes les passions contemporaines. A l’école, à la télévision ou au café du Commerce, l’historiquement correct règne en maître, proposant une histoire tronquée, falsifiée, manipulée. Et c’est ainsi que l’on voit tous les jours traquer l’obscurantisme, l’impérialisme, le colonialisme, le racisme, l’antisémitisme, le fascisme ou le sexisme à travers les siècles, même si ces mots n’ont pas de sens hors d’un contexte précis : l’historiquement correct s’en moque, car son but n’est pas la connaissance mais la propagande. L’historiquement correct pratique l’anachronisme (les événements d’hier sont évalués selon les critères de notre époque) et porte des jugements manichéens, le Bien et le Mal étant définis selon les valeurs qui ont cours aujourd’hui. Jean Sévillia
Des croisades impérialistes. Une Inquisition sanguinaire. Une Église misogyne. Qui plus est, obscurantiste. Antimoderne. Une papauté avide de pouvoirs. Un Vatican richissime. Un Pie XII antisémite, etc. Ainsi présentée, l’histoire de l’Église catholique peut apparaître comme une succession de scandales, une litanie obsédante égrenée sur fond de l’air du temps glacial. Un faux procès qui lui serait intenté et entacherait, à la longue, sa réputation ? C’est justement pour répondre à ces supposées accusations et passer ces clichés au crible de l’analyse historique que trois livres, dont deux traductions de l’allemand et de l’anglais (États-Unis), sont sortis comme un tir groupé. Que faut-il penser de cette démarche ? Que révèle cette polémique de notre époque et de son rapport au christianisme ? Jean Sévillia, journaliste au Figaro, qui s’attache depuis des décennies à traquer dans ses livres les « contrevérités » historiques ou idéologiques, a réuni dans l’Église en procès la réponse des historiens (Tallandier) 15 historiens – parmi lesquels Martin Aurell, Jean-Christian Petitfils, Olivier Chaline, Christophe Dickès ou François Huguenin – pour répondre avec une volonté de nuance et de pondération à ce réquisitoire contre l’Église. Le maître d’oeuvre classifie ces poncifs : si l’« anachronisme » qui consiste à juger le passé avec ses propres critères est la mère de toutes les erreurs, il faut compter aussi avec le « manichéisme », qui fait fi de la complexité, le « mensonge par omission », qui ne présente qu’un pan de vérité, ou bien la fameuse « indignation sélective ». Rodney Stark, un universitaire américain, ferraille lui aussi contre les « préjugés anticatholiques » dans Faux témoignages. Pour en finir avec les préjugés anticatholiques (Salvator). Ce protestant revendiqué affirme n’avoir « pas écrit ce livre pour défendre l’Église, mais pour défendre l’Histoire ». Pour lui, les aspects négatifs de son histoire ne justifient pas les « exagérations extrêmes, les fausses accusations et les fraudes évidentes ». Il répond de la même façon à une liste à la Prévert d’assertions discutables. Creusant pareillement la métaphore judiciaire, Manfred Lütz se veut lui aussi l’avocat d’un « christianisme en procès ». Dans un ouvrage (le Christianisme en procès. Lumière sur 2000 ans d’histoire et de controverses, Éditions Emmanuel) qui s’est vendu à 100.000 exemplaires outre-Rhin, il a vulgarisé les travaux d’un historien, le professeur Arnold Angenendt. Il part de l’idée que les connaissances universitaires existent déjà et qu’il suffit de les diffuser au grand public. Pour lui, ces fake news qui circulent sur le christianisme sont tout sauf anodines : elles l’ont « totalement discrédité et ébranlé jusqu’aux entrailles ». Ce sentiment qu’on ferait un mauvais procès à l’Église et aux chrétiens n’est pas nouveau : il existe même depuis les débuts du christianisme ! Plus récemment, en 2001, l’historien René Rémond, figure respectée de l’Université française, qui se qualifiait lui-même de « catholique d’ouverture », s’était ému dans un livre au large écho (le Christianisme en accusation, DDB) de la constatation d’une « culture du mépris » (moqueries, sarcasmes, condescendance…) à l’égard du catholicisme d’une nature différente du vieil anticléricalisme d’antan. Le regretté « sage de la République » avait remis le couvert en 2005 dans un second ouvrage (le Nouvel Antichristianisme, DDB). En ce début du siècle, il visait notamment un Michel Onfray qui, depuis, a tourné son talent de polémiste vers d’autres combats. En presque 20 ans, que s’est-il donc passé ? Denis Pelletier, directeur d’études à l’École pratique des hautes études, vient de publier une synthèse historique (les Catholiques en France de 1789 à nos jours, Albin Michel) qui aide à comprendre ces glissements et ces évolutions. Par rapport à une époque où, selon l’expression de Danièle Hervieu-Léger, on stigmatisait la « ringardise catholique », il nous confie avoir constaté un « regain d’intérêt » pour cette religion qui, de nouveau, « intéresse et intrigue, émeut et scandalise ». Plusieurs événements ont favorisé ce changement de perception. D’abord, le retour visible des catholiques en politique (plutôt la frange conservatrice) avec la Manif pour tous en 2012-2013 ; ensuite, les attentats islamistes avec l’émoi provoqué par l’assassinat du père Hamel, prêtre de la paroisse de Saint-Étienne-du-Rouvray, le 26 juillet 2016 ; enfin, la crise des migrants avec la mobilisation de réseaux catholiques « qu’on pensait avoir disparu du paysage ». Mais, précise l’universitaire, cet engagement de minorités et cet intérêt grandissant ne doivent pas masquer une « méconnaissance » massive de la majorité à l’égard d’un catholicisme qui, selon lui, serait presque entièrement sorti de la culture ambiante. Ce vide de la connaissance se creusant sans cesse pourrait expliquer la perméabilité de l’opinion à toutes sortes d’idées approximatives qui traînent sur le christianisme. D’autant plus que, selon Denis Pelletier, l’opinion se montre ambivalente. D’un côté, beaucoup de non-pratiquants (mais pas seulement eux) restent attachés à un catholicisme « patrimonial », comme en témoigne l’intense émotion soulevée par l’incendie de Notre-Dame de Paris ; d’un autre côté, l’opinion fait preuve d’exigence à l’égard de l’Église, jusqu’à se montrer d’autant plus sévère lorsque surviennent des scandales comme ceux des prêtres pédophiles. En France, l’anticléricalisme, toujours prêt à se réveiller, côtoierait de façon indéfectible et paradoxale l’attachement au catholicisme. Loin d’être nés du hasard, les préjugés d’aujourd’hui héritent en partie de conflits passés, parfois ravivés. Comme la Révolution française, si dramatique dans sa dimension religieuse, qui a structuré la France contemporaine. Ou comme les guerres de Religion, qui ont opposé catholiques et protestants. Par exemple, lorsque l’Espagne apparut comme la principale puissance catholique, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas décrivirent dans leur propagande les Espagnols comme des barbares fanatiques et assoiffés de sang. Avec l’image très noire qui nous est parvenue de l’Inquisition espagnole, il est resté des traces sensibles de cette ancienne confrontation. C’est la raison pour laquelle on nourrit des préjugés souvent avec bonne foi. Le protestant Rodney Stark reconnaît ainsi avoir découvert avec « stupéfaction » que l’Inquisition, selon lui, avait contenu en Espagne et en Italie la « fureur meurtrière » des bûchers de sorcières qui embrasèrent toute l’Europe des XVIe et XVIIe siècles. (…) Cette vulgate anticléricale, selon ce professeur à la Sorbonne [Dumézil] , nous l’avons héritée de Voltaire et des Lumières. Ce qui est moins connu, précise-t-il, c’est qu’au Moyen Âge les stéréotypes du « mauvais clerc » (glouton, salace, avide, sodomite…) ont été colportés par les clercs eux-mêmes dans le but moral de réformer le clergé. Mais avec les polémiques apparues au moment de la Réforme protestante, ces caricatures à usage interne se sont retournées contre l’Église elle-même. Ainsi, les clercs eux-mêmes ont créé l’anticléricalisme, créature incontrôlable qui leur a échappé. Longtemps, l’institution, pour ses adversaires, se montra coriace et, forte de ses bataillons de prêtres et de laïcs, prête à se défendre. Le « grand effondrement » de ces dernières décennies dans un pays comme la France l’a laissée dans un état de faiblesse pouvant expliquer à son égard une virulence d’autant plus intrépide qu’en face la capacité de réplique avait fléchi. Cependant, depuis le traumatisme des attentats islamistes, révélateur, peut-être, sur le moment, d’un désarroi existentiel, on observe dans la sphère publique une atténuation dans le sarcasme, qui avait pu frôler, en certaines circonstances, l’ignominieux. L’Église, si elle l’a jamais été, n’est plus une forteresse. Les chrétiens sont à découvert. Cette vulnérabilité explique pourquoi ces auteurs qui dénoncent les poncifs refusent de substituer une légende dorée à une légende noire – approche d’une autre époque. Dans l’intention en tout cas, ils réfutent l’idée d’entrer dans une démarche apologétique, souhaitent rétablir les faits, rien que les faits. Même si l’on peut discuter leur vision des événements, ils n’ont pas la tentation de construire une histoire parallèle. Ces historiens n’exonèrent pas, le cas échéant, les prélats de leurs responsabilités. Ce qui apparaît en filigrane, dans leur lecture de l’histoire de l’Église, c’est un permanent combat intérieur, révélateur aussi de notre temps. Pour preuve : le livre dirigé par Jean Sévillia se clôt sur un texte de Bernard Lecomte qui montre la résistance opposée par la curie romaine à la volonté de Joseph Ratzinger, comme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, puis comme pape Benoît XVI, de lutter vraiment – c’est-à-dire en refusant d’enterrer les affaires – contre la pédophilie dans l’Église. (…)  En Occident, on croit connaître le christianisme alors qu’il est peut-être le plus méconnu. Il ne bénéficie pas – ou assez peu – de l’attrait de l’exotisme qui porte de nos jours les religions ou sagesses orientales. Mais ce qui compte pour les historiens de toute obédience, n’est-ce pas de porter un simple témoignage au nom de l’honnêteté intellectuelle, sans souci d’efficacité immédiate ? Par ailleurs, répondre aux idées fausses est une chose nécessaire, mais rendre compte de tout ce qui a pu être accompli de bien et de beau depuis deux millénaires, malgré les horreurs de chaque époque, en est une autre, non moins vitale. Il ne faudrait pas l’oublier. Jean-Marc Bastière

C’est la faute aux Scott, imbécile !

Anitsémitisme, persécution des païens tolérants, sombre Moyen-Age, croisades en quête de terres, butin et convertis, monstres de l’Inquisition, hérésies scientifiques, bénédiction de l’esclavage, saint autoritarisme, archaïsme économique …

Moyen-Orient berceau du judaïsme et du christianisme, présence multi-millénaire et cumulée juive et chrétienne, 450 ans d’invasions et d’occupation musulmanes y compris jusqu’à Poitiers et au sac de Rome, décennies de provocations, incinération du Saint-Sépulcre, harcèlement et violences contre un marché pourtant longtemps lucratif de pèlerins chrétiens, « guerres justes » et croisades à la fois pénitentielles et défensives aux coûts humains et matériels prohibitifs, flux financiers massifs mais presque exclusivement dans le sens Europe-Levant, massacres occasionnels mais tout à fait dans les moeurs du temps, absence de tout projet d’attaque ou d’invasion de La Mecque ou Médine …

A l’heure où après un Clinton ou un Obama …

Et tant d’autres de leurs devanciers

Le pape nous ressort d’un poème épique, nouvelle petite merveille d’équivalence morale, les conversions forcées imaginaires de musulmans par des chrétiens pour mieux faire le parallèle avec les actuels égorgements de nos amis islamistes …

Pendant que massacre après massacre en Syrie, Irak ou Iran, l’islam montre son vrai visage …

Petite remise des pendules à l’heure ….

Avec la traduction française de l’ouvrage du sociologue des religions américains Rodney Stark …

Et sa recension des dernières recherches des historiens les plus reconnus …

Sur les préjugés antichrétiens en général et anticatholiques en particulier …

Et notamment comme le rappelle Paul F. Crawford …

Sur l’incroyable ironie dont l’Histoire a le secret …

Qui veut que comme souvent ça pourrait bien être l’Occident lui-même …

Via par exemple les Scott (Walter le romancier du 19e et son émule Ridley le cinéaste du 21e) …

Et leurs innombrables fans que nous sommes …

Qui ont appris à nos actuels Ben Laden à haïr les croisades !

Histoire de l’Église : pour en finir avec les clichés

La Croix

07/11/2019

Des croisades impérialistes. Une Inquisition sanguinaire. Une Église misogyne. Qui plus est, obscurantiste. Antimoderne. Une papauté avide de pouvoirs. Un Vatican richissime. Un Pie XII antisémite, etc. Ainsi présentée, l’histoire de l’Église catholique peut apparaître comme une succession de scandales, une litanie obsédante égrenée sur fond de l’air du temps glacial. Un faux procès qui lui serait intenté et entacherait, à la longue, sa réputation ? C’est justement pour répondre à ces supposées accusations et passer ces clichés au crible de l’analyse historique que trois livres, dont deux traductions de l’allemand et de l’anglais (États-Unis), sont sortis comme un tir groupé. Que faut-il penser de cette démarche ? Que révèle cette polémique de notre époque et de son rapport au christianisme ?

Jean Sévillia, journaliste au Figaro,qui s’attache depuis des décennies à traquer dans ses livres les « contrevérités » historiques ou idéologiques, a réuni dans l’Église en procès. La réponse des historiens (Tallandier) 15 historiens – parmi lesquels Martin Aurell, Jean-Christian Petitfils, Olivier Chaline, Christophe Dickès ou François Huguenin – pour répondre avec une volonté de nuance et de pondération à ce réquisitoire contre l’Église. Le maître d’oeuvre classifie ces poncifs : si l’« anachronisme » qui consiste à juger le passé avec ses propres critères est la mère de toutes les erreurs, il faut compter aussi avec le « manichéisme », qui fait fi de la complexité, le « mensonge par omission », qui ne présente qu’un pan de vérité, ou bien la fameuse « indignation sélective ».

Rodney Stark, un universitaire américain, ferraille lui aussi contre les « préjugés anticatholiques » dans Faux témoignages. Pour en finir avec les préjugés anticatholiques (Salvator). Ce protestant revendiqué affirme n’avoir « pas écrit ce livre pour défendre l’Église, mais pour défendre l’Histoire ». Pour lui, les aspects négatifs de son histoire ne justifient pas les « exagérations extrêmes, les fausses accusations et les fraudes évidentes ». Il répond de la même façon à une liste à la Prévert d’assertions discutables.

De l’anticléricalisme au mépris

Creusant pareillement la métaphore judiciaire, Manfred Lütz se veut lui aussi l’avocat d’un « christianisme en procès ». Dans un ouvrage (le Christianisme en procès. Lumière sur 2000 ans d’histoire et de controverses, Éditions Emmanuel) qui s’est vendu à 100.000 exemplaires outre-Rhin, il a vulgarisé les travaux d’un historien, le professeur Arnold Angenendt. Il part de l’idée que les connaissances universitaires existent déjà et qu’il suffit de les diffuser au grand public. Pour lui, ces fake news qui circulent sur le christianisme sont tout sauf anodines : elles l’ont « totalement discrédité et ébranlé jusqu’aux entrailles ».

Ce sentiment qu’on ferait un mauvais procès à l’Église et aux chrétiens n’est pas nouveau : il existe même depuis les débuts du christianisme ! Plus récemment, en 2001, l’historien René Rémond, figure respectée de l’Université française, qui se qualifiait lui-même de « catholique d’ouverture », s’était ému dans un livre au large écho (le Christianisme en accusation, DDB) de la constatation d’une « culture du mépris » (moqueries, sarcasmes, condescendance…) à l’égard du catholicisme d’une nature différente du vieil anticléricalisme d’antan. Le regretté « sage de la République » avait remis le couvert en 2005 dans un second ouvrage (le Nouvel Antichristianisme, DDB). En ce début du siècle, il visait notamment un Michel Onfray qui, depuis, a tourné son talent de polémiste vers d’autres combats.

En presque 20 ans, que s’est-il donc passé ? Denis Pelletier, directeur d’études à l’École pratique des hautes études, vient de publier une synthèse historique (les Catholiques en France de 1789 à nos jours, Albin Michel) qui aide à comprendre ces glissements et ces évolutions. Par rapport à une époque où, selon l’expression de Danièle Hervieu-Léger, on stigmatisait la « ringardise catholique », il nous confie avoir constaté un « regain d’intérêt » pour cette religion qui, de nouveau, « intéresse et intrigue, émeut et scandalise ».

Plusieurs événements ont favorisé ce changement de perception. D’abord, le retour visible des catholiques en politique (plutôt la frange conservatrice) avec la Manif pour tous en 2012-2013 ; ensuite, les attentats islamistes avec l’émoi provoqué par l’assassinat du père Hamel, prêtre de la paroisse de Saint-Étienne-du-Rouvray, le 26 juillet 2016 ; enfin, la crise des migrants avec la mobilisation de réseaux catholiques « qu’on pensait avoir disparu du paysage ». Mais, précise l’universitaire, cet engagement de minorités et cet intérêt grandissant ne doivent pas masquer une « méconnaissance » massive de la majorité à l’égard d’un catholicisme qui, selon lui, serait presque entièrement sorti de la culture ambiante.

Des préjugés hérités du passé

Ce vide de la connaissance se creusant sans cesse pourrait expliquer la perméabilité de l’opinion à toutes sortes d’idées approximatives qui traînent sur le christianisme. D’autant plus que, selon Denis Pelletier, l’opinion se montre ambivalente. D’un côté, beaucoup de non-pratiquants (mais pas seulement eux) restent attachés à un catholicisme « patrimonial », comme en témoigne l’intense émotion soulevée par l’incendie de Notre-Dame de Paris ; d’un autre côté, l’opinion fait preuve d’exigence à l’égard de l’Église, jusqu’à se montrer d’autant plus sévère lorsque surviennent des scandales comme ceux des prêtres pédophiles. En France, l’anticléricalisme, toujours prêt à se réveiller, côtoierait de façon indéfectible et paradoxale l’attachement au catholicisme.

Loin d’être nés du hasard, les préjugés d’aujourd’hui héritent en partie de conflits passés, parfois ravivés. Comme la Révolution française, si dramatique dans sa dimension religieuse, qui a structuré la France contemporaine. Ou comme les guerres de Religion, qui ont opposé catholiques et protestants. Par exemple, lorsque l’Espagne apparut comme la principale puissance catholique, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas décrivirent dans leur propagande les Espagnols comme des barbares fanatiques et assoiffés de sang. Avec l’image très noire qui nous est parvenue de l’Inquisition espagnole, il est resté des traces sensibles de cette ancienne confrontation.

C’est la raison pour laquelle on nourrit des préjugés souvent avec bonne foi. Le protestant Rodney Stark reconnaît ainsi avoir découvert avec « stupéfaction » que l’Inquisition, selon lui, avait contenu en Espagne et en Italie la « fureur meurtrière » des bûchers de sorcières qui embrasèrent toute l’Europe des XVIe et XVIIe siècles. Dans le Baptême de Clovis : 24 décembre 505 ?, le médiéviste Bruno Dumézil (voir encadré p. 32) trouve « plutôt pas mal » cette démarche de lutter contre les idées fausses, en tout cas d’apporter de la « nuance ». Le sens de la nuance, que Verlaine applique à l’art poétique, est aussi le maître mot des historiens.

Cette vulgate anticléricale, selon ce professeur à la Sorbonne, nous l’avons héritée de Voltaire et des Lumières. Ce qui est moins connu, précise-t-il, c’est qu’au Moyen Âge les stéréotypes du « mauvais clerc » (glouton, salace, avide, sodomite…) ont été colportés par les clercs eux-mêmes dans le but moral de réformer le clergé. Mais avec les polémiques apparues au moment de la Réforme protestante, ces caricatures à usage interne se sont retournées contre l’Église elle-même. Ainsi, les clercs eux-mêmes ont créé l’anticléricalisme, créature incontrôlable qui leur a échappé. Longtemps, l’institution, pour ses adversaires, se montra coriace et, forte de ses bataillons de prêtres et de laïcs, prête à se défendre. Le « grand effondrement » de ces dernières décennies dans un pays comme la France l’a laissée dans un état de faiblesse pouvant expliquer à son égard une virulence d’autant plus intrépide qu’en face la capacité de réplique avait fléchi.

L’Église n’est plus une forteresse

Cependant, depuis le traumatisme des attentats islamistes, révélateur, peut-être, sur le moment, d’un désarroi existentiel, on observe dans la sphère publique une atténuation dans le sarcasme, qui avait pu frôler, en certaines circonstances, l’ignominieux. L’Église, si elle l’a jamais été, n’est plus une forteresse. Les chrétiens sont à découvert. Cette vulnérabilité explique pourquoi ces auteurs qui dénoncent les poncifs refusent de substituer une légende dorée à une légende noire – approche d’une autre époque. Dans l’intention en tout cas, ils réfutent l’idée d’entrer dans une démarche apologétique, souhaitent rétablir les faits, rien que les faits. Même si l’on peut discuter leur vision des événements, ils n’ont pas la tentation de construire une histoire parallèle.

Ces historiens n’exonèrent pas, le cas échéant, les prélats de leurs responsabilités. Ce qui apparaît en filigrane, dans leur lecture de l’histoire de l’Église, c’est un permanent combat intérieur, révélateur aussi de notre temps. Pour preuve : le livre dirigé par Jean Sévillia se clôt sur un texte de Bernard Lecomte qui montre la résistance opposée par la curie romaine à la volonté de Joseph Ratzinger, comme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, puis comme pape Benoît XVI, de lutter vraiment – c’est-à-dire en refusant d’enterrer les affaires – contre la pédophilie dans l’Église.

N’est-ce pas une tâche de Sisyphe, jamais achevée, de combattre des poncifs qui ont la vie dure ? Il est plus difficile, on le sait, de corriger des préjugés que de combler une ignorance. En Occident, on croit connaître le christianisme alors qu’il est peut-être le plus méconnu. Il ne bénéficie pas – ou assez peu – de l’attrait de l’exotisme qui porte de nos jours les religions ou sagesses orientales. Mais ce qui compte pour les historiens de toute obédience, n’est-ce pas de porter un simple témoignage au nom de l’honnêteté intellectuelle, sans souci d’efficacité immédiate ? Par ailleurs, répondre aux idées fausses est une chose nécessaire, mais rendre compte de tout ce qui a pu être accompli de bien et de beau depuis deux millénaires, malgré les horreurs de chaque époque, en est une autre, non moins vitale. Il ne faudrait pas l’oublier.

À lire
L’Église en procès. La réponse des historiens
, sous la direction de Jean Sévillia, Tallandier.
Faux témoignages. Pour en finir avec les préjugés anticatholiques, de Rodney Stark, Salvator.
Le Christianisme en procès. Lumière sur 2000 ans d’histoire et de controverses, de Manfred Lütz, Éditions Emmanuel

Voir aussi:

Protestants et anticatholiques des “Lumières”, responsables des légendes noires contre l’Eglise

Salon beige

On lit souvent que l’Inquisition fut l’un des chapitres les plus terribles et sanglants de l’histoire occidentale ; que Pie XII, dit « le pape d’Hitler », était antisémite ; que l’obscurantisme a freiné la science jusqu’à l’arrivée des Lumières ; et que les croisades furent le premier exemple de l’avidité occidentale. Ces affirmations sont sans fondements historiques.

Dans cet ouvrage, Faux témoignages, Pour en finir avec les préjugés anticatholiques, l’éminent professeur de sociologie des religions Rodney Stark démontre que certaines idées fermement établies sont en réalité des mythes. Il s’attaque aux légendes noires de l’histoire de l’Église et explique de quelles façons elles se sont substituées à la réalité des faits. Son travail est d’autant plus méritoire qu’il est lui-même protestant. Et il écrit justement à propos de ces légendes :

Tout a débuté avec les guerres déclenchées en Europe à la suite de la Réforme qui a opposé protestants et catholiques et fait des millions de morts. A la même époque, l’Espagne apparaissait comme la principale puissance catholique. Par réaction, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas ont alors déclenché d’intenses campagnes de propagande qui décrivaient les Espagnols comme de fanatiques barbares assoiffés de sang. Jeffrey Burton Russel, éminent historien du Moyen Age, écrit :

D’innombrables livres et pamphlets furent édités par les presses du Nord accusant l’empire espagnol de dépravation inhumaine et d’horribles atrocités. […] L’Espagne était décrite comme un lieu de ténèbres, d’ignorance et de mal.

[…] Mais les protestants en colère n’étaient pas les seuls à inventer ces histoires ou à y acquiescer. De nombreux mensonges analysés dans les chapitres qui vont suivre étaient soutenus par des auteurs antireligieux, notamment à l’époque des “Lumières”.

Voir également:

Why is this non-Catholic scholar debunking “centuries of anti-Catholic history”?

An interview with Dr. Rodney Stark, sociologist and author of « Bearing False Witness »

The Catholic world report

Dr. Rodney Stark has written nearly 40 books on a wide range of topics, incuding a number of recent books on the history of Christianity, monotheism, Christianity in China, and the roots of modernity. After beginning as a newspaper reporter and spending time in the Army, Stark received his Ph.D. from the University of California, Berkeley, where he held appointments as a research sociologist at the Survey Research Center and at the Center for the Study of Law and Society. He later was Professor of Sociology and of Comparative Religion at the University of Washington; he has been at Baylor University since 2004. Stark is past president of the Society for the Scientific Study of Religion and of the Association for the Sociology of Religion, and he has won a number of national and international awards for distinguished scholarship. Raised as a Lutheran, he has identified himself as an agnostic but has, more recently, called himself an “independent Christian”.

His most recent book isBearing False Witness: Debunking Centuries of Anti-Catholic History (Templeton Press, 2016), which addresses ten prevalent myths about Church history. Dr. Stark recently responded by e-mail to some questions from Carl E. Olson, editor ofCatholic World Report.

CWR: You begin the book by first noting your upbringing as an American Protestant and then discussing “distinguished bigots”. What is a “distinguished bigot”? And how have such people influenced the way in which the Catholic Church is understood and perceived by many Americans today?

Dr. Rodney Stark: By distinguished bigots I mean prominent scholars and intellectuals who clearly are antagonistic to the Catholic Church and who promulgate false historical claims.

CWR: How did you go about identifying and selecting the ten anti-Catholic myths that you rebut in the book? To what degree are these myths part of a general (if sometimes vague) Protestant culture, and to what degree are they encouraged and spread by a more secular, elite culture?

Dr. Stark: For the most part I encountered these anti-Catholic myths as I wrote about various historical periods and events, and discovered that these well-known ‘facts” were false and therefore was forced to deal with them in those studies. These myths are not limited to some generalized Protestant culture—many Catholics, including well-known ones, have repeated them too. These myths have too often, and for too long, been granted truthful validity by historians in general. Of course secularists—especially ex-Catholics such as Karen Armstrong—love these myths.

CWR: The first chapter is on “sins of anti-Semitism,” perhaps the most divisive and controversial of the topics you address. How have your own views on this issue changed, and why? Why do you think there continues to be a wide-spread belief or impression that the Catholic Church in inherently anti-Semitic?

Dr. Stark: When I began as a scholar, “everybody” including leading Catholics knew the Church was a primary source of anti-Semitism. It was only later as I worked with materials on medieval attacks on Jews that I discovered the effective role of the Church in opposing and suppressing such attacks—this truth being told by medieval Jewish chroniclers and thereby most certainly true. Why do so many ‘intellectuals,’ many of them ex-Catholics, continue to accept the notion that Pope Pius XII was “Hitler’s Pope,” when that is so obviously a vicious lie? It can only be hatred of the Church. Keep in mind that it is prominent Jews who defend the pope.

CWR: Why have various historians, such as Gibbons, presented the ancient pagans as either benevolent or mostly tolerant toward Christianity? What was the actual relationship between Christianity and paganism in the first centuries of the Church’s existence?

Dr. Stark: In those days, the safe way to attack religion was to let readers assume it was only an attack on Catholicism, so that’s what Gibbon and his contemporaries did. Perhaps surprisingly, once the pagans were no longer able to persecute Christians, they were pretty much ignored by the Church and by emperors and only slowly disappeared

CWR: How did the mythology of the “Dark Ages” develop? What are some of the main problems with that mythology?

Dr. Stark: Voltaire and his associates made up the fiction of the Dark Ages so that they could claim to have burst forth with the Enlightenment. As every competent historian (and even the encyclopedias) now acknowledges, there were no Dark Ages. To the contrary, it was during these centuries that Europe took the great cultural and technological leap forward that put it so far ahead of the rest of the world.

CWR: What relationship is there between the mythology of the “Dark Ages” and the myth of “secular Enlightenment”? How rational and scientific, in fact, was the Enlightenment?

Dr. Stark: The “philosophes” of the so-called “Enlightenment played no role in the rise of science—the great scientific progress of the time was achieved by highly religious men, many of them Catholic clergy.

CWR: The Crusades and the Inquisitions continue be presented as epochs and events that involved Christian barbarism and the murder of millions. Why are those myths so widespread and popular, especially after scholars have spent decades correcting and clarifying what really did (or did not) happen?

Dr. Stark: I am competent to reveal that the Crusades were legitimate defensive wars and that the Inquisition was not bloody. I am not competent to explain why the pile of fine research supporting these corrections have had no impact on the chattering classes. I suspect that these myths are too precious for the anti-religious to surrender.

CWR: In addressing “Protestant Modernity” you flatly stated that Max Weber’s thesis that Protestantism birthed capitalism and modernity is “nonsense”. What are the main problems with Weber’s thesis?

Dr. Stark: The problem is simply that capitalism was fully developed and thriving in Europe many centuries before the Reformation.

CWR:
 You emphatically state that as a scholar with a Protestant background working at a Baptist university you did not write your book as “a defense of the Church” but “in defense of history.” Why is that significant? And, finally, do you think most Americans actually give more credence to history than to the Church?

Dr. Stark: I think the distinguished bigots will have a hard time accusing me of being a Catholic toady, trying to cover up the sins of the Church. The only axe I have to grind is that history ought to be honestly reported. As to your final point: I don’t think ‘most Americans’ will ever know that this book was written. I can only hope that I will influence intellectuals and textbook writers—maybe.

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“The Story of the West: Who, Why, and How” (June 2014): A review of Rodney Stark’s book, How the West Won: The Neglected Story of the Triumph of Modernity | Gregory J. Sullivan

“A Curious Mix of Sophistication, Sin, and Piety” (May 2011): An interview with sociologist Rodney Stark about the Crusades | Mark Sullivan

Voir de même:

An agnostic demolishes anti-Catholic myths

Michael Duggan

Bearing False Witness
by Rodney Stark
Templeton Press, £19

The Age of Reason began in the 2nd century AD. How about that for a claim? Rodney Stark is not a man to equivocate. In his judgment, the Catholic Church has been routinely traduced by “distinguished bigots” – historians who have twisted or ignored the evidence and polluted popular understanding. Hence Stark’s determination to put back by a millennium-and-a-half the dating of the Age of Reason, which really began, he argues, with certain Church Fathers and their decision to conduct theology; that is, formal reasoning about God. Tertullian, Clement of Alexandria, Augustine: they all insisted on the power of reason and its place in God’s plan.

St Augustine went into raptures about the “sagacity” with which “the movements and connections of the stars have been discovered”. Man’s rational nature was an “unspeakable boon” conferred on us by God.

Hence also Stark’s fury about the term “Dark Ages”. It is remarkable how politicians and journalists wanting to convey disgust these days, whether for the actions of ISIS or for rules about wearing high heels at work, are liable to call such a thing “medieval” or “a return to the Dark Ages”.

And this darkness was, of course, the doing of the Catholic Church. Edward Gibbon said so. So did Voltaire. Daniel Boorstin, librarian of the United States Congress, wrote that the Church “built a grand barrier against the progress of knowledge”.

Rubbish, says Stark. The Dark Ages are nothing but a hoax invented by intellectuals to glorify themselves and vilify the Church. The period from 300 to 1300 was, in fact, one of the great innovative eras of mankind.

Technology was developed and put into use on a scale no civilisation had previously known: water mills, the three-field system, the horse collar, selective plant breeding, chimneys and much more. These things transformed productivity, increased the population, and widened horizons all over supposedly benighted Europe. But high-minded men of letters saw fit not to notice such things.

What else? Human dissection for scientific purposes began in medieval universities and without serious objections from the Church. Stark reels off clergymen-scientists who preceded Copernicus and who, among other things, fought and won the battle for empiricism in science.

There was moral progress too. The irony of ISIS comparisons, given that group’s recourse to abduction and enslavement, is that most of Europe had waved goodbye to slavery by 1300. Though not cited by Stark, Hugh Thomas, the great modern historian of the Atlantic slave trade, attributed the later resurgence of slavery to the memory of antiquity: “If Athens had slaves to build the Parthenon, and Rome to maintain the aqueducts, why should modern Europeans hesitate to have slaves to build its new world in America?” As for the treatment by some historians of the Church’s record on slavery, Stark accuses them of lying in plain sight.

And so, in Bearing False Witness, Rodney Stark takes aim at one “myth” after another about Catholicism. The Spanish Inquisition? A “pack of lies”, originally spread by English and Dutch propagandists. The Inquisition “made little use of the stake, seldom tortured anyone and maintained unusually decent prisons”.

The Crusades? Stark begins by saying, in effect, “the others started it”, and goes from there. He is particularly hot in attacking the idea that the Crusaders were driven by dreams of land and loot. Stark’s style is brusque and clear. He is like a man carefully setting up skittles before firing down bowling balls of fact and argument to send them scattering (though in a couple of cases he is, in reality, rebalancing rather than overturning the debate).

All of which means that Bearing False Witness is stirring, compelling, often convincing stuff. Some bits are especially fascinating, as when Stark makes the case for monasteries as the first true capitalist firms. One hopes that, as can happen when the pursuit of truth gets wrapped up in controversy, Stark is not carting more away from the evidence than he should. It would be fascinating to read a riposte.

And, of course, the greatest obstacle nowadays to perceiving the Catholic Church as a force for good is not the myth of the suppressed Gospels, or the myth of the Protestant work ethic, or whatever else. It is the anything but mythical abuse scandals.

Finally, a word on Professor Stark himself. He is co-director of the Institute for Studies of Religion at Baylor, the world’s largest Baptist university, once a hotbed of militant anti-Catholicism. He grew up an American Protestant, “raised on the glories of the Reformation”. More recently, he has described himself as incapable of religious faith, an agnostic.

One thing Stark is not, therefore, is a Catholic: “I did not write this book in defence of the Church,” he states, looking possible critics straight in the eye. “I wrote it in defence of history.”

Voir de plus:

Lies, myths and patent frauds

Michael Duggan
Catholic Herald

‘Europe is a lot more religious than it appears to be’: sociologist Rodney Stark (Baylor University)

They all laughed at Columbus when he said the world was round,
They all laughed when Edison recorded sound.
Ira Gershwin

Professor Rodney Stark grew up in Jamestown, North Dakota, in the 1930s and 1940s. He was, in his own words, “an American Protestant with intellectual pretensions”.

Every October 12 – Columbus Day – he would look on at “throngs of Knights of Columbus members, accompanied by priests, marching in celebration of the arrival of the ‘Great Navigator’ in the New World”. The young Stark found the spectacle absurd. He knew that Columbus had acted in the teeth of unyielding opposition from Roman Catholic prelates who cited biblical proof that the world was flat. Any attempt to reach Asia by sailing west would mean ships falling off the edge of the world, they said.

Years later he found out that the whole story was a lie. Stark recounts all of this – and explains the real story of the opposition to Columbus – in the introduction to his latest book Bearing False Witness: Debunking Centuries of Anti-Catholic History (reviewed in the Catholic Herald on June 3).

So how did he get his first direct experience of Catholicism? “I was about 16 when I first attended a Catholic service. I went with a girl I was dating. I found nothing remarkable about it.” Stark was raised as a Lutheran and was used to “highly liturgical services. So I did not find Catholic ritual strange. We stood when Catholics knelt.” He adds: “I don’t know that this had any influence on my historical views.”

The historical view that Stark sets out in Bearing False Witness is that a line of “distinguished bigots”, stretching from Gibbon to the present day, have created a common culture in which widely held assumptions about the Catholic Church are based on “extreme exaggerations, false accusations and patent frauds”.

Stark insists that he is not a whitewasher and that he is “simply reporting the prevailing view among qualified experts”. He also reminds his readers that he is not a Catholic. Though never an atheist, he was for some time primarily a “cultural Christian” or, as he has described it elsewhere, “an admirer but not a believer”. And now? “I have not been an agnostic for years. I wrote myself to faith.”

The process of writing himself to faith includes books such as The Triumph of Christianity, which records “how the Jesus Movement became the world’s largest religion”; The Victory of Reason, explaining how Christianity led to freedom, capitalism and Western success; and God’s Battalions, an incisive defence of the Crusades.

As a fledgling historian in the 1960s, though, Stark was still wedded to notions of the baneful role of the Church in history. In his first year of graduate school at Berkeley, he was asked to prepare a brief of research he had been doing on anti-Semitism to be distributed to bishops attending the Second Vatican Council. According to Cardinal Augustin Bea, this summary was influential in the production of Nostra Aetate, the Council’s statement on the Jews.

Stark glowed with pride. But over the years, as he carried out more work on ancient and medieval history, he became aware of “the extent to which the Catholic Church had stood as a consistent barrier against anti-Semitic violence”. A long analysis of all known outbursts of anti-Semitic violence in both Europe and the Islamic world from 500 to 1600 forced him to reconsider the entire link between Christianity and anti-Semitism. This was to become the theme of the first chapter of Bearing False Witness.

Turning to the current state of the Catholic Church, Stark is typically unequivocal. Shame among Catholics about scandals involving paedophile priests is (in America at least) “limited to a few intellectuals. Otherwise there should have been substantial declines in membership or in Mass attendance. And that hasn’t happened. There has been no decline in membership or mass attendance in the United States.

“The commitment of ordinary Catholics seems unaffected. In Latin America, rates of mass attendance have doubled and redoubled during the past 25 years. Catholic membership in the nations of sub-Saharan Africa is very far above that even claimed by the Catholic Almanac and continues to grow rapidly.”

But what about Europe? “Europe is a lot more religious than it is said to be or even than it appears to be. I have written a lot about this, most recently in The Triumph of Faith.” Stark has suggested in other interviews that the lack of attendance at church in Europe is down to “ineffective churches rather than lack of faith, since religious belief remains high all across the continent”.

This is typically trenchant stuff from someone who has spent decades understanding the past and present of Christianity. So what then does Prof Stark see as the future for the Catholic Church? “Continued strength.”

Bearing False Witness: Debunking Centuries of Anti-Catholic History

by Rodney Stark.
Templeton Press, 2016.
Hardcover, 280 pages, $28.

Rodney Stark, while doing research into the history of religion, discovered that the popular history of Catholicism is rife with errors, errors that have been repeatedly exposed as such by serious historians. However, the people who read pop history do not typically read serious historians, and so only a work of pop history can correct the errors in other works of pop history. Thus this book.

Each of the book’s ten chapters addresses a subject concerning which the Catholic Church has been held to have behaved badly. Each chapter begins with a number of examples of writers condemning the Church for some fault, which is useful in showing that Stark is not going after straw men. Nor does he claim that the Church, or those that claim to act in the Church’s name, are uniformly blameless. Rather, his debunk of the more extreme claims has a historiographical purpose: to show that the accusations against theChurch are themselves driven by an anti-Catholic animus rather than scholarly research or factual accuracy.

Stark, a professor of history at Baptist-affiliated Baylor University, first takes up the topic of Jews and the Catholic Church. Stark notes that while Christians sometimes attacked or killed Jews between 500 and 1400, the Church hierarchy consistently defended the Jews. For instance, during the First Crusade, some crusaders decided that, before they went all the way to the Middle East to fight “God’s enemies,” they should “take care” of those enemies who were living next door in Europe (i.e. Jews). And so a certain Emich of Leiningen set out to kill Jews in the Rhineland. Their first stop was Speyer, but:

The bishop of Speyer took the local Jews under his protection, and Emich’s forces could only lay their hands on a dozen Jews who had somehow failed to heed the bishop’s alarm. All twelve were killed. Then Emich led his forces to Worms. Here, too, the bishop took the local Jews into his palace for protection. But this time Emich would have none of that, and his forces broke down the bishop’s gate and killed about five hundred Jews. The same pattern was repeated the following week Mainz. Just as before, the bishop attempted to shield the Jews, but he was attacked and forced to flee for his life.

In the Second Crusade, St. Bernard of Clairvaux rode to the Rhine Valley—apparently the worst place in Medieval Europe to be a Jew—and, as told by a Jewish chronicler Ephraim, said, “Anyone who attacks a Jew and tries to kill him is as though he attacks Jesus himself.”

During the Black Death, rumors arose that Jews were poisoning wells and causing the plague deaths. But, “Pope Clement VI, who directed the clergy to protect the Jews, denounced all claims about poisoned wells, and ordered that those who spread the rumor, as well as anyone who harmed Jews, be excommunicated.” In short, attacks on Jews in the Middle Ages almost always arose from “the mob,” and were resisted by the Church hierarchy.

And so through today. Stark goes on to thoroughly debunk the idea that Pope Pius XII was “Hitler’s Pope,” citing the hundreds of thousands of Jews saved by the Church during World War II, some of them sheltered from Nazis in the Vatican itself. In fact, in the years after the war, a number of prominent Jews, such as Golda Meir, praised Pius for his efforts.

Stark is somewhat less objective when it comes to the so-called “lost gospels.” These gospels are, to a great extent, “Gnostic” in character. The trait that characterizes gnosticism, in general, is that it is neither works nor faith that bring salvation, but knowledge. More specifically, it is usually secret knowledge, available only to spiritual adepts, that saves. And even more specifically, that knowledge is often held to be the knowledge that the physical world is a prison, trapping the adept in his or her body and blocking the adept from realizing the soul’s true nature, as a resident of a better, divine realm. Gnostic texts often set out an elaborate metaphysics of this imprisonment, involving multiple levels of divine beings. In particular, one divine being, the demiurge, had fallen from the Pleroma, the divine realm, essentially gone mad, and created a prison—the physical world—in which he could entrap other spiritual beings and garner their worship. Gnostics often identified this crazed divinity with … Jehovah, the Hebrew God.

This may seem mad or it may seem insightful, but Stark adopts an odd way to describe these beliefs: “[For Gnostics] God is the epitome of evil and the gleeful cause of human suffering.” But no gnostic would likely say that about “God” with a capital G: they always seemed to hold that the god who created the physical world was a distinctly lesser divine being, and that “God,” the ultimate divinity, is good and uniting with him is the true goal of Gnostic practice.

Over the nextfew pages, Stark demonstrates that he understands this quite well, and yet he (or perhaps an editor) continues to call the gnostic demiurge “God” with a capital G. It is as though someone took the fact that orthodox Christians believe that there is a fallen divine being, namely Satan, who epitomizes evil, and claimed that therefore Christians believe that God is evil! Gnostic beliefs seem nutty to Stark, and that is understandable: they have so seemed to many others, including the Church fathers. But the way these beliefs are presented is arguably misleading.

Stark’s next chapter debunks the notion that there were massive “forced conversions” to Christianity in late antiquity. His own work (The Rise of Christianity and The Triumph of Christianity) has shown that the main factors prompting conversions were social and doctrinal: “socially, Christianity generated an intense congregational life” and “doctrinally, in contrast to paganism’s belief in limited, unreliable, and often immoral gods, Christianity presented an image of God as moral, concerned, dependable, and omnipotent.” He demonstrates that the Christian emperors continued to employ large numbers of pagans as consuls and prefects. He quotes the Code of Justinian, from as late as the sixth century, declaring: “We especially command those persons who are truly Christians, or who are said to be so, that they should not abuse the authority of religion and dare to lay violent hands on Jews and pagans, who are living quietly and attempting nothing disorderly or contrary to law.” Of course, this means that there were Christians doing these things, but their acts were not official policy.

In another chapter, Stark shows how the belief in a “Dark Age” is essentially dead among serious historians. He quotes Warren Hollister: “To my mind, anyone who believes that the era that witnessed the building of the Chartres Cathedral and the invention of parliament and the university was ‘dark’ must be mentally retarded.…” And he demonstrates that, contrary to the myth promoted by “Enlightenment” thinkers, almost all of the major figures in the scientific revolution were religious, many of them very devout. Isaac Newton, for instance, devoted more time to biblical scholarship than to science or mathematics. The idea of a “Dark Age” was a piece of Enlightenment propaganda.

Stark relates how recent historical research has revealed the Crusades as largely a response to Muslim aggression in the Middle East. Most of the crusaders were motivated by a religious belief that they were on a mission from God, not by a desire to grab wealth from the Muslims. In fact, crusading was expensive and the Crusader states established in the Middle East had to be constantly subsidized by a flow of silver from Europe. The crusaders certainly committed what wetoday would regard as atrocities, but they were the standard for war at that time, and similar acts were committed by Muslim armies.

Stark next turns his attention to the Spanish Inquisition, today a symbol of oppression and persecution. But as Stark makes clear, by the standards of the day, the Spanish Inquisition was actually fairly innocuous. Torture, for instance, was a standard way of getting confessions at the time, and while the Inquisition employed it, it did so within strict guidelines secular courts often lacked. In fact, the Inquisition’s reputation was so much better than that of the secular courts that defendants would try to get their trials moved to an Inquisition venue.

Stark spends some time blowing apart the myth that having faith means rejecting reason. He quotes various Catholic thinkers, such as Quintus Tertullian: “Reason is a thing of God, inasmuch as there is nothing which God the Maker of all has not provided, disposed, ordained by reason—nothing which he has not willed should be handled and understood by reason.” Or, from Clement of Alexandria, we have: “Do not think we say these things [Christian doctrines] are only to be received by faith, but also that they are to be asserted by reason. For indeed it is not safe to commit these things to bare faith without reason, since assuredly truth cannot be without reason.”

The idea that faith is the opposite of reason is a fairly recent idea, and would have stunned most Christians from the time of Christ through the Middle Ages. It is based on a (willful?) misunderstanding of what was meant by “faith.” So, for instance, when Bertrand Russell writes, “We may define ‘faith’ as a firm belief in something for which there is no evidence,” we should recognize this as another piece of propaganda and not a reasoned philosophical position. In fact, “faith,” properly understood, is every bit as necessary to science as it is to Christianity. We might see Michael Polanyi on this point, or consider this passage:

“I’ve found that a big difference between new coders and experienced coders is faith: faith that things are going wrong for a logical and discoverable reason, faith that problems are fixable, faith that there is a way to accomplish the goal. The path from ‘not working’ to ‘working’ might not be obvious, but with patience you can usually find it.” (Emphasis mine.)

Indeed, this is something I continually have to convey to my own computer science students: they must first believe that our whole enterprise is rational, and will make sense given time, before they will be able to commit to making the effort necessary to overcome all the obstacles to understanding they will face along the way. (Believe that they may know?) In any case, as Alfred North Whitehead has noted, science did not develop in Christian civilization by accident: the faith that creation is fundamentally reasonable was the basis for the whole scientific enterprise.

Stark runs into some problems when he attempts to address more technical aspects of the history of science. For instance, he writes, “To make his system work, Copernicus had to postulate that there were loops in the orbits of the heavenly bodies … However, these loops lacked any observational support; had they existed, a heavenly body should have been observed looping.” What are we to make of this? Copernicus introduced epicycles (Stark’s “loops”) precisely to get his system to fit with the observational data! The “observational support” was that, with the loops, Copernicus could predict where planets would appear reasonably well, but without them he could not. Stark writes that “a heavenly body should have been observed looping,” when in fact, for Copernicus, that is exactly what we are observing all the time.

Thanks to Kepler’s discovery of elliptical orbits, we now have a simpler system for explaining these apparent loops, but the point is that Copernicus introduced epicycles as the only way he could envision to explain the actual observations.

Furthermore, Stark seems to think that “loops” had to be introduced into the planets’ circular orbits to get the orbital period correct: “it would not do for the earth to circle the sun in only three hundred days.” But one can always change the diameter or speed of a circular orbit in one’s model and thus get the orbital period correct. The real problem with positing circular orbits instead of the actual elliptical ones has to do with the relationship of different segments of a planet’s orbit, as can be seen with a visual aid:

In the portions of a planet’s orbit where the ellipse is flatter than a circle, the planet will appear to move too fast for it to have a circular orbit. And in the portion of its elliptical orbit where the ellipse is more curved than a circle, the planet will appear to move too slowly.

So the problem is not that circular orbits show planets having years of too short (or too long) a duration—that problem could be trivially corrected. Instead, the problem is that if we mistakenly assume circular orbits, we are left with having to introduce “loops” to explain why some portions of a planet’s orbit proceed faster than other portions.

Stark next addresses the history of the Catholic Church vis-à-vis slavery. He notes that while slavery was hardly questioned in antiquity, the Catholic Church gradually eliminated it in Western Europe during the Middle Ages. When Aquinas condemned slavery as “contrary to natural law,” this soon became the official Church position. Recent controversies concerning Catholic colleges like Georgetown, which did own and sell slaves, make this a pertinent point, as well as the fact that slavery continues across wide parts of the non-Christian world.

Some Church officials, even some popes, continued to own slaves. (But some popes also engaged in fornication and had children out of wedlock, despite official Church opposition to sex outside of marriage: this shows that popes do not always follow Church doctrine, not that Church doctrine permits fornication.) And the Spanish and Portuguese imperialists often continued to enslave people, despite Church opposition. But when Spain colonized the Canary Islands in the early 1400s and started enslaving the islanders, the action prompted Pope Eugene IV to declare that “these people are to be totally and perpetually free and are to be let go without exaction or reception of any money.”

In the 1500s, Pope Paul II asserted that “the same Indians and all other peoples—even though they be outside the faith … should not be deprived of their liberty or their other possessions … and are not to be reduced to slavery.…” The Inquisition took up the matter in the 1600s, and asked:

Whether it is permitted to buy, sell, or make contracts in their respect Blacks and other natives who have harmed no one and have been made captives by force or deceit?

And it declared, “Answer: no.”

In fact, the papacy denounced slavery in 1462, 1537, 1639, 1741, 1815, and 1839.

Stark’s second-to-last chapter shows that the supposed close link between the Church and authoritarianism is actually rather flimsy; for instance, while the Church supported Franco in the Spanish Civil War, it did so because the Republicans were busily murdering Catholic clergy. Stark’s final chapter denies the link between the rise of capitalism and the Protestant Reformation, arguing that all of the necessary ingredients were already present in Scholastic economics, the large-scale enterprises run by monasteries, and the entrepreneurial Italian city-states.

Stark’s overall thesis, that popular history is frequently anti-Catholic in ways that serious historians today recognize as without factual basis, is certainly correct. And he is correct in suggesting that rectifying this bias is important: far too often, the Catholic argument against, say, abortion “rights” is dismissed with a “well, what does one expect from such a pro-slavery, anti-science, anti-Semitic, authoritarian institution?” But the importance of the project makes it unfortunate that Stark has been sloppy in his research in several sections of this work.


Gene Callahan is a Lecturer in Computer Science and Economics at St. Joseph’s College and a Research Fellow at the Collingwood and British Idealism Centre at Cardiff University, Wales. He is the author of Economics for Real People and Oakeshott on Rome and America.

Voir aussi:

A Baptist Scholar Debunks Anti-Catholic Historical Hogwash

In snappy prose, Bearing False Witness looks at the West’s Christian roots.It’s not exactly beach reading, but for those of a certain mind, Rodney Stark’s Bearing False Witness could prove a page turner. The subtitle — academics invariably include subtitles — makes plain that this is no potboiler: Debunking Centuries of Anti-Catholic History. And true to academic form the book includes more than 20 pages of footnotes and citations. Stark, however, has written a wise and rollicking work of intellectual history that should be read by Catholics, non-Catholics, and, really, anyone who wants to comment on the Catholic Church’s proper place in some 2,000 years of history.

Stark is coordinator of the Institute for Studies of Religion at Baylor University, the world’s largest Baptist University, and the author of several books: The Rise of Christianity; For the Glory of God: How Monotheism Led to Reformations, Science, Witch-Hunts, and the End of Slavery; and One True God: Historical Consequences of Monotheism. In short, he’s a distinguished scholar with impeccable academic credentials, and he is working at the top of his game in Bearing False Witness. Of equal importance, he’s not a Roman Catholic. This is no polemic or tract. Stark’s overriding interest is the historical evidence and the most up-to-date scholarship, and he marshals that evidence and scholarship with a great and subdued power.

It all makes for a snappy and instructive read, because the professor actually writes in English, not academic jargon. He never minces words. He’ll tell you what’s historical hogwash and why, and who promoted anti-Catholic history — and who is promoting it today.

It also says something about Bearing False Witness that Stark does not spare himself scrutiny. Right from the start of the book, from the first chapter on “The Sins of Anti-Semitism,” he lets readers know when his past views were out sync with the historical record. He covers it all. In addition to the alleged anti-Semitism early on up to Pope Pius XII’s fabled complicity with Adolf Hitler and the Nazis, he gives us chapters on the Crusaders and the Inquisition and the Dark Ages.

That is, the so-called Dark Ages, for Stark is at his best in showing how an era or age came by its name and how the vast historical evidence belies the easy — or intentionally hostile — handle. Enter the Dark Ages, which is said to have “fallen” over Europe following the fifth-century collapse of Rome and lasted to at least 1300, a benighted millennium hostile to progress and knowledge, thanks to orthodox Christendom. Even the most educated will be forgiven for accepting this view, which writers from Petrarch to Voltaire, Rousseau to Gibbon advanced for their own purposes. Yet, as Stark points out, “serious scholars” have known for decades that this organizing scheme for Western history is a “complete fraud” and, as Warren Hollister wrote, “an indestructible fossil of self-congratulatory Renaissance humanism.”

The Romans may have called the conquering Goths “barbarians,” but their chieftain (Alaric) had been a Roman commander, and many of the soldiers had served in the Roman army. It’s also the case that the “barbarian North” had been under the rule of Rome. While intellectuals have not been able to appreciate the technological, commercial, and moral progress that took place in the small communities of medieval Europe, that doesn’t mean the advances did not take place. On the contrary, revolutions in agriculture, weaponry, nonhuman power (water and wind power), transportation, manufacturing, education (the first universities in Paris and Bologna), and morals (the fall of slavery) occurred. Scholars have concluded that the flowering of science that followed during the Scientific Revolution in the 16th century was “an evolution, not a revolution.” As Stark writes: “Just as Copernicus simply took the next implicit step in the cosmology of his day, so too the flowering of science in that era was the culmination of the gradual progress that had been made over previous centuries.”

All this progress didn’t happen in spite of the Catholic Church or get started only in the fourth century or the 17th century. According to Stark, the rise of the West began late in the second century because of an “extraordinary faith in reason and progress” that originated in Christianity, which held that human reason could unlock God’s creation.

Bearing False Witness deserves a wide audience. It’s full of spunk and verve, wisdom and scholarship.

Voir également:

Catherine Pepinster sees points scored off historical sceptics

Catherine Pepinster

Churchtimes

16 June 2017

Bearing False Witness: Debunking centuries of anti-Catholic history

Rodney Stark

SPCK £14.99

(978-1-911096-62-7)

Church Times

UNTIL a visit to Louisiana a couple of years ago, I had always assumed that slaves were completely brutalised. But, on a tour of a New Orleans 19th-century home, I discovered that the lady of the house had worked closely alongside her slaves in the kitchen. Then I found out that slaves were forbidden to learn to read, and so their mistress had to read them the recipes. It might have not have been violent, but it was a deeply disturbing form of enslavement. Later, a friend told how the nuns at one of Louisiana’s most exclusive Roman Catholic convent schools, who had schooled the daughters of elite white families at that time, had also secretly taught the slave girls who accompanied them to read.

In reading Rodney Stark’s account of anti-Catholic history — a volume that debunks hundreds of years of prejudice, myth, and false allegations — I could set these stories in context. I now know that RC Louisiana’s treatment of slaves was rather different from the rest of North America’s; for it came under France’s Code Noir, influenced by papal teaching that insisted that Africans and Indians should be afforded the same dignity as anyone else.

Stark, an American sociologist as well as popular historian, guides the reader through some of the most controversial accusations that the Catholic Church has faced: its treatment of Jews, its hostility to learning during the so-called Dark Ages, its part in the Crusades, and the Spanish Inquisition. With each chapter comes a useful list of historians who have explored the issue in more detail and are Stark’s key sources.

Protestants, as well as Voltaire and other Enlightenment intellectuals, are identified as the accusers-in-chief, claiming that the Roman Church suppressed truth and destroyed lives. The Crusades? Voltaire and others say they were caused by Catholic bigotry and cruelty; contemporary historians say that they were a response to Christians’ being robbed and enslaved by Muslims. The Dark Ages? Again, Voltaire and co., and also Bertrand Russell, say it was a time of barbarism and the stifling of learning thanks to the Catholic Church. Not so, says Stark, citing more historians: it was the age of building great cathedrals, developing universities and beautiful prose.

As an apologist, Stark seems on shakier ground over his defence of church treatment of Jews and of Galileo. After all, Pope John Paul II saw fit to apologise for the grievous harm that the Church did to them.

This is a story of a Church more sinned against than sinning. But Stark’s most significant conclusion is that papal authority has never been as strong as both its detractors and its most devoted adherents believe. Popes might denounce slavery and torture, but some powerful Roman Catholic monarchs ignored their teaching and carried out atrocities.

The story today is rather different. The RC Church still has its detractors, but in this ecumenical age, they tend to be ardent secularists rather than other Christians. The heirs of Voltaire, one might say.

Catherine Pepinster, a former editor of The Tablet, is UK Development Officer of the Anglican Centre in Rome, and the author of a forthcoming book on the British and the papacy.

Voir de même:

Inventing the Crusades
Thomas F. Madden
First things
June 2009

The Crusades, Christianity, and Islam 
by Jonathan Riley-Smith
columbia university press, 136 pages, $24.50

Within a month of the attacks of September 11, 2001, former president Bill Clinton gave a speech to the students of Georgetown University. As the world tried to make sense of the senseless, Clinton offered his own explanation: “Those of us who come from various European lineages are not blameless,” he declared. “Indeed, in the First Crusade, when the Christian soldiers took Jerusalem, they first burned a synagogue with three hundred Jews in it, and proceeded to kill every woman and child who was Muslim on the Temple Mount. The contemporaneous descriptions of the event describe soldiers walking on the Temple Mount, a holy place to Christians, with blood running up to their knees.

“I can tell you that that story is still being told today in the Middle East, and we are still paying for it,” he concluded, and there is good reason to believe he was right. Osama bin Laden and other Islamists regularly refer to Americans as “Crusaders.” Indeed, bin Laden directed his fatwa authorizing the September 11 attacks against the “Crusaders and Jews.” He later preached that “for the first time the Crusaders have managed to achieve their historic ambitions and dreams against our Islamic umma, gaining control over Islamic holy places and Holy Sanctuaries. . . . Their defeat in Iraq will mean defeat in all their wars and a beginning of the receding of their Zionist–Crusader tide against us.”

Most people in the West do not believe that they have been prosecuting a continuous Crusade against Islam since the Middle Ages. But most do believe that the Crusades started the problems that plague and endanger us today. Westerners in general (and Catholics in particular) find the Crusades a deeply embarrassing episode in their history. As the Ridley Scott movie Kingdom of Heaven graphically proclaimed, the Crusades were unprovoked campaigns of intolerance preached by deranged churchmen and fought by religious zealots against a sophisticated and peaceful Muslim world. According to the Hollywood version, the blind violence of the Crusades gave birth to jihad, as the Muslims fought to defend themselves and their world. And for what? The city of Jerusalem, which was both “nothing and everything,” a place filled with religion that “drives men mad.”

On September 11, 2001, there were only a few professional historians of the Crusades in America. I was the one who was not retired. As a result, my phone began ringing and didn’t stop for years. In the hundreds of interviews I have given since that terrible day, the most common question has been, “How did the Crusades lead to the terrorist attacks against the West today?” I always answered: “They did not. The Crusades were a medieval phenomenon with no connection to modern Islamist terrorism.”

That answer has never gone over well. It seems counterintuitive. If the West sent Crusaders to attack Muslims throughout the Middle Ages, haven’t they a right to be upset? If the Crusades spawned anti-Western jihads, isn’t it reasonable to see them as the root cause of the current jihads? The answer is no, but to understand it requires more than the scant minutes journalists are usually willing to spare. It requires a grasp not only of the Crusades but of the ways those wars have been exploited and distorted for modern agendas.

That answer is now contained in a book, The Crusades, Christianity, and Islam, written by the most distinguished historian of the Crusades, the Cambridge University scholar Jonathan Riley-Smith. A transcription of the Bampton Lectures he delivered in October 2007 at Columbia University, it is a thin book, brimming with insights, approachable by anyone interested in the subject.

It is generally thought that Christians attacked Muslims without provocation to seize their lands and forcibly convert them. The Crusaders were Europe’s lacklands and ne’er-do-wells, who marched against the infidels out of blind zealotry and a desire for booty and land. As such, the Crusades betrayed Christianity itself. They transformed “turn the other cheek” into “kill them all; God will know his own.”

Every word of this is wrong. Historians of the Crusades have long known that it is wrong, but they find it extraordinarily difficult to be heard across a chasm of entrenched preconceptions. For on the other side is, as Riley-Smith puts it “nearly everyone else, from leading churchmen and scholars in other fields to the general public.” There is the great Sir Steven Runciman, whose three-volume History of the Crusades is still a brisk seller for Cambridge University Press a half century after its release. It was Runciman who called the Crusades “a long act of intolerance in the name of God, which is a sin against the Holy Ghost.” The pity of it is that Runciman and the other popular writers simply write better stories than the professional historians.

So we continue to write our scholarly books and articles, learning more and more about the Crusades but scarcely able to be heard. And when we are heard, we are dismissed as daft. I once asked Riley-Smith if he believed popular perceptions of the Crusades would ever be changed by modern scholarship. “I’ve just about given up hope,” he answered. In his new book he notes that in the last thirty years historians have begun to reject “the long-held belief that it [the Crusade movement] was defined solely by its theaters of operation in the Levant and its hostility toward Islam—with the consequence that in their eyes the Muslims move slightly off center stage—and many of them have begun to face up to the ideas and motivation of the Crusaders. The more they do so the more they find themselves contra mundum or, at least, contra mundum Christianum.”

One of the most profound misconceptions about the Crusades is that they represented a perversion of a religion whose founder preached meekness, love of enemies, and nonresistance. Riley-Smith reminds his reader that on the matter of violence Christ was not as clear as pacifists like to think. He praised the faith of the Roman centurion but did not condemn his profession. At the Last Supper he told his disciples, “Let him who has no sword sell his cloak and buy one. For I tell you that this Scripture must be fulfilled in me, And he was reckoned with transgressors.

St. Paul said of secular authorities, “He does not bear the sword in vain; he is the servant of God to execute his wrath on the wrongdoer.” Several centuries later, St. Augustine articulated a Christian approach to just war, one in which legitimate authorities could use violence to halt or avert a greater evil. It must be a defensive war, in reaction to an act of aggression. For Christians, therefore, violence was ethically neutral, since it could be employed either for evil or against it. As Riley-Smith notes, the concept that violence is intrinsically evil belongs solely to the modern world. It is not Christian.

All the Crusades met the criteria of just wars. They came about in reaction attacks against Christians or their Church. The First Crusade was called in 1095 in response to the recent Turkish conquest of Christian Asia Minor, as well as the much earlier Arab conquest of the Christian-held Holy Land. The second was called in response to the Muslim conquest of Edessa in 1144. The third was called in response to the Muslim conquest of Jerusalem and most other Christian lands in the Levant in 1187.

In each case, the faithful went to war to defend Christians, to punish the attackers, and to right terrible wrongs. As Riley-Smith has written elsewhere, crusading was seen as an act of love—specifically the love of God and the love of neighbor. By pushing back Muslim aggression and restoring Eastern Christianity, the Crusaders were—at great peril to themselves—imitating the Good Samaritan. Or, as Innocent II told the Knights Templar, “You carry out in deeds the words of the gospel, ‘Greater love has no man than this, that a man lay down his life for his friends.’”

But the Crusades were not just wars. They were holy wars, and that is what made them different from what came before. They were made holy not by their target but by the Crusaders’ sacrifice. The Crusade was a pilgrimage and thereby an act of penance. When Urban II called the First Crusade in 1095, he created a model that would be followed for centuries. Crusaders who undertook that burden with right intention and after confessing their sins would receive a plenary indulgence. The indulgence was a recognition that they undertook these sacrifices for Christ, who was crucified again in the tribulations of his people.

And the sacrifices were extraordinary. As Riley-Smith writes in this book and his earlier The First ­Crusaders, the cost of crusading was staggering. Without financial assistance, only the wealthy could afford to embark on a Crusade. Many noble families impoverished themselves by crusading.

Historians have long known that the image of the Crusader as an adventurer seeking his fortune is exactly backward. The vast majority of Crusaders returned home as soon as they had fulfilled their vow. What little booty they could acquire was more than spent on the journey itself. One is hard pressed to name a single returning Crusader who broke even, let alone made a profit on the journey. And those who returned were the lucky ones. As Riley-Smith explains, recent studies show that around one-third of knights and nobility died on crusade. The death rates for lower classes were even higher.

One can never understand the Crusades without understanding their penitential character. It was the indulgence that led thousands of men to take on a burden that would certainly cost them dearly. The secular nobility of medieval Europe was a warrior aristocracy. They made their living by the sword. We know from their wills and charters that they were deeply aware of their own sinfulness and anxious over the state of their souls. A Crusade provided a way for them to serve God and to do penance for their sins. It allowed them to use their weapons as a means of their salvation rather than of their damnation.

Of course it was difficult, but that is what penance is supposed to be. As Urban and later Crusade preachers reminded them, Christ Himself had said, “If any man would come after me, let him deny himself and take up his cross and follow me.” As one Crusade preacher wrote, “Those who take the cross deny, that is to say renounce, themselves by exposing themselves to mortal danger, leaving behind their loved ones, using up their goods, carrying their cross, so that afterward they may be carried to heaven by the cross.” The Crusader sewed a cloth cross to his garment to signify his penitential burden and his hope.

Take away penitence and the Crusades cannot be explained. Yet in the seventeenth and eighteenth centuries Protestants and then Enlightenment thinkers rejected the idea of temporal penalties due to sin—along with indulgences, purgatory, and the papacy. How then did they explain the Crusades? Why else would thousands of men march thousands of miles deep into enemy territory, if not for something precious? The first explanation was that they were fooled by the Antichrist: The Catholic Church had convinced the simple that their salvation lay in fighting its battles. Later, with the advent of liberalism, critics assumed that the Crusaders must have had economic motives. They were seeking wealth and simply used religion as a cover for their worldly desires.

In the nineteenth century, the memory of the Crusades became hopelessly entangled with contemporary European imperialism. Riley-Smith tells the fascinating story of Archbishop Charles-Martial Allemand-Lavigerie of Algiers, the founder of the missionary orders of the White Fathers and White Sisters, who worked diligently to establish a new military order resembling the Knights Templar, Teutonic Knights, and the Knights Hospitaller of the Middle Ages. His new order was to be sent to Africa, where it would protect missionaries, fight against the slave trade, and support the progress of French civilization in the continent.

Drawing on money from antislavery societies, Lavigerie purchased lands on the edge of the Saharan Desert to use as a mother house for a new order, L’Institut Religieux et Militaire des Frères Armés du Sahara. The order attracted hundreds of men from all social classes, and in 1891 the first brothers received their white habits emblazoned with red crosses. The dust cover of Riley-Smith’s book is itself a wonderful picture of these brothers at their African home. With palm trees behind them, they look proudly into the camera, each wearing a cross and some holding rifles.

The Institut des Fréres Armés lasted scarcely more than a year before it was scrapped and its founder died, but other attempts to found a military order were made in the nineteenth century, even in Protestant England. All wove together the contrasting threads of Romanticism, imperialism, and the medieval Crusades.

President Clinton is not alone in thinking that the Muslim world is still brooding over the crimes of the Crusaders. It is commonly thought—even by Muslims—that the effects and memory of that trauma have been with the Islamic world since it was first inflicted in the eleventh century. As Riley-Smith explains, however, the Muslim memory of the Crusades is of very recent vintage. Carole Hillenbrand first uncovered this fact in her groundbreaking book The Crusades: Islamic Perspectives. The truth is that medieval Muslims came to realize that the Crusades were religious but had little interest in them. When, in 1291, Muslim armies removed the last vestiges of the Crusader Kingdom from Palestine, the Crusades largely dropped out of Muslim memory.

In Europe, however, the Crusades were a well-remembered formative episode. Europeans, who had bound the Crusades to imperialism, brought the story to the Middle East during the nineteenth century and reintroduced it to the Muslims. Stripping the Crusades of their original purpose, they portrayed the Crusades as Europe’s first colonial venture—the first attempt of the West to bring civilization to the backward Muslim East.

Riley-Smith describes the profound effect that Sir Walter Scott’s novel The Talisman had on European and therefore Middle Eastern opinion of the Crusades. Crusaders such as Richard the Lionhearted were portrayed as boorish, brutal, and childish, while Muslims, particularly Saladin, were tolerant and enlightened gentlemen of the nineteenth century. With the collapse of Ottoman power and the rise of Arab nationalism at the end of the nineteenth century, Muslims bound together these two strands of Crusade narrative and created a new memory in which the Crusades were only the first part of Europe’s assault on Islam—an assault that continued through the modern imperialism of European powers. Europeans reintroduced Saladin, who had been nearly forgotten in the Middle East, and Arab nationalists then cleansed him of his Kurdish ethnicity to create a new anti-Western hero. We saw the result during the run-up to the Iraq War, when Saddam Hussein portrayed himself as a new Saladin who would expel the new Crusaders.

Arab nationalists made good use of the new story of the Crusades during their struggles for independence. Their enemies, the Islamists, then took over the same tool. Osama bin Laden is only the most recent Islamist to adopt this useful myth to characterize the actions of the West as a continual Crusade against Islam.

That is the Crusades’ only connection with modern Islamist terrorism. And yet, so ingrained is this notion that the Crusades began the modern European assault on Islam that many moderate Muslims still believe it. Riley-Smith recounts : “I recently refused to take part in a television series, produced by an intelligent and well-educated Egyptian woman, for whom a continuing Western crusade was an article of faith. Having less to do with historical reality than with reactions to imperialism, the nationalist and Islamist interpretations of crusade history help many people, moderates as well as extremists, to place the exploitation they believe they have suffered in a historical context and to satisfy their feelings of both superiority and humiliation.”

In the Middle East, as in the West, we are left with the gaping chasm between myth and reality. Crusade historians sometimes try to yell across it but usually just talk to each other, while the leading churchmen, the scholars in other fields, and the general public hold to a caricature of the Crusades created by a pox of modern ideologies. If that chasm is ever to be bridged, it will be with well-written and powerful books such as this.

Thomas F. Madden is chair of the department of history at Saint Louis University. He is author of The New Concise History of the Crusades and, most recently, Empires of Trust: How Rome Built—and America Is Building—a New World.

Four Myths about the Crusades

This article first appeared in the print Spring 2011 edition of the Intercollegiate Review.


In 2001, former president Bill Clinton delivered a speech at Georgetown University in which he discussed the West’s response to the recent terrorist attacks of September 11. The speech contained a short but significant reference to the crusades. Mr. Clinton observed that “when the Christian soldiers took Jerusalem [in 1099], they . . . proceeded to kill every woman and child who was Muslim on the Temple Mount.” He cited the “contemporaneous descriptions of the event” as describing “soldiers walking on the Temple Mount . . . with blood running up to their knees.” This story, Mr. Clinton said emphatically, was “still being told today in the Middle East and we are still paying for it.”

This view of the crusades is not unusual. It pervades textbooks as well as popular literature. One otherwise generally reliable Western civilization textbook claims that “the Crusades fused three characteristic medieval impulses: piety, pugnacity, and greed. All three were essential.”1 The film Kingdom of Heaven (2005) depicts crusaders as boorish bigots, the best of whom were torn between remorse for their excesses and lust to continue them. Even the historical supplements for role-playing games—drawing on supposedly more reliable sources—contain statements such as “The soldiers of the First Crusade appeared basically without warning, storming into the Holy Land with the avowed—literally—task of slaughtering unbelievers”;2 “The Crusades were an early sort of imperialism”;3 and “Confrontation with Islam gave birth to a period of religious fanaticism that spawned the terrible Inquisition and the religious wars that ravaged Europe during the Elizabethan era.”4 The most famous semipopular historian of the crusades, Sir Steven Runciman, ended his three volumes of magnificent prose with the judgment that the crusades were “nothing more than a long act of intolerance in the name of God, which is the sin against the Holy Ghost.”5

The verdict seems unanimous. From presidential speeches to role-playing games, the crusades are depicted as a deplorably violent episode in which thuggish Westerners trundled off, unprovoked, to murder and pillage peace-loving, sophisticated Muslims, laying down patterns of outrageous oppression that would be repeated throughout subsequent history. In many corners of the Western world today, this view is too commonplace and apparently obvious even to be challenged.

But unanimity is not a guarantee of accuracy. What everyone “knows” about the crusades may not, in fact, be true. From the many popular notions about the crusades, let us pick four and see if they bear close examination.

Myth #1: The crusades represented an unprovoked attack by Western Christians on the Muslim world.

Nothing could be further from the truth, and even a cursory chronological review makes that clear. In a.d. 632, Egypt, Palestine, Syria, Asia Minor, North Africa, Spain, France, Italy, and the islands of Sicily, Sardinia, and Corsica were all Christian territories. Inside the boundaries of the Roman Empire, which was still fully functional in the eastern Mediterranean, orthodox Christianity was the official, and overwhelmingly majority, religion. Outside those boundaries were other large Christian communities—not necessarily orthodox and Catholic, but still Christian. Most of the Christian population of Persia, for example, was Nestorian. Certainly there were many Christian communities in Arabia.

By a.d. 732, a century later, Christians had lost Egypt, Palestine, Syria, North Africa, Spain, most of Asia Minor, and southern France. Italy and her associated islands were under threat, and the islands would come under Muslim rule in the next century. The Christian communities of Arabia were entirely destroyed in or shortly after 633, when Jews and Christians alike were expelled from the peninsula.6 Those in Persia were under severe pressure. Two-thirds of the formerly Roman Christian world was now ruled by Muslims.

What had happened? Most people actually know the answer, if pressed—though for some reason they do not usually connect the answer with the crusades. The answer is the rise of Islam. Every one of the listed regions was taken, within the space of a hundred years, from Christian control by violence, in the course of military campaigns deliberately designed to expand Muslim territory at the expense of Islam’s neighbors. Nor did this conclude Islam’s program of conquest. The attacks continued, punctuated from time to time by Christian attempts to push back. Charlemagne blocked the Muslim advance in far western Europe in about a.d. 800, but Islamic forces simply shifted their focus and began to island-hop across from North Africa toward Italy and the French coast, attacking the Italian mainland by 837. A confused struggle for control of southern and central Italy continued for the rest of the ninth century and into the tenth. In the hundred years between 850 and 950, Benedictine monks were driven out of ancient monasteries, the Papal States were overrun, and Muslim pirate bases were established along the coast of northern Italy and southern France, from which attacks on the deep inland were launched. Desperate to protect victimized Christians, popes became involved in the tenth and early eleventh centuries in directing the defense of the territory around them.

The surviving central secular authority in the Christian world at this time was the East Roman, or Byzantine, Empire. Having lost so much territory in the seventh and eighth centuries to sudden amputation by the Muslims, the Byzantines took a long time to gain the strength to fight back. By the mid-ninth century, they mounted a counterattack on Egypt, the first time since 645 that they had dared to come so far south. Between the 940s and the 970s, the Byzantines made great progress in recovering lost territories. Emperor John Tzimiskes retook much of Syria and part of Palestine, getting as far as Nazareth, but his armies became overextended and he had to end his campaigns by 975 without managing to retake Jerusalem itself. Sharp Muslim counterattacks followed, and the Byzantines barely managed to retain Aleppo and Antioch.

The struggle continued unabated into the eleventh century. In 1009, a mentally deranged Muslim ruler destroyed the Church of the Holy Sepulchre in Jerusalem and mounted major persecutions of Christians and Jews. He was soon deposed, and by 1038 the Byzantines had negotiated the right to try to rebuild the structure, but other events were also making life difficult for Christians in the area, especially the displacement of Arab Muslim rulers by Seljuk Turks, who from 1055 on began to take control in the Middle East. This destabilized the territory and introduced new rulers (the Turks) who were not familiar even with the patchwork modus vivendi that had existed between most Arab Muslim rulers and their Christian subjects. Pilgrimages became increasingly difficult and dangerous, and western pilgrims began banding together and carrying weapons to protect themselves as they tried to make their way to Christianity’s holiest sites in Palestine: notable armed pilgrimages occurred in 1064–65 and 1087–91.

In the western and central Mediterranean, the balance of power was tipping toward the Christians and away from the Muslims. In 1034, the Pisans sacked a Muslim base in North Africa, finally extending their counterattacks across the Mediterranean. They also mounted counterattacks against Sicily in 1062–63. In 1087, a large-scale allied Italian force sacked Mahdia, in present-day Tunisia, in a campaign jointly sponsored by Pope Victor III and the countess of Tuscany. Clearly the Italian Christians were gaining the upper hand.

But while Christian power in the western and central Mediterranean was growing, it was in trouble in the east. The rise of the Muslim Turks had shifted the weight of military power against the Byzantines, who lost considerable ground again in the 1060s. Attempting to head off further incursions in far-eastern Asia Minor in 1071, the Byzantines suffered a devastating defeat at Turkish hands in the battle of Manzikert. As a result of the battle, the Christians lost control of almost all of Asia Minor, with its agricultural resources and military recruiting grounds, and a Muslim sultan set up a capital in Nicaea, site of the creation of the Nicene Creed in a.d. 325 and a scant 125 miles from Constantinople.

Desperate, the Byzantines sent appeals for help westward, directing these appeals primarily at the person they saw as the chief western authority: the pope, who, as we have seen, had already been directing Christian resistance to Muslim attacks. In the early 1070s, the pope was Gregory VII, and he immediately began plans to lead an expedition to the Byzantines’ aid. He became enmeshed in conflict with the German emperors, however (what historians call “the Investiture Controversy”), and was ultimately unable to offer meaningful help. Still, the Byzantines persisted in their appeals, and finally, in 1095, Pope Urban II realized Gregory VII’s desire, in what turned into the First Crusade. Whether a crusade was what either Urban or the Byzantines had in mind is a matter of some controversy. But the seamless progression of events which lead to that crusade is not.

Far from being unprovoked, then, the crusades actually represent the first great western Christian counterattack against Muslim attacks which had taken place continually from the inception of Islam until the eleventh century, and which continued on thereafter, mostly unabated. Three of Christianity’s five primary episcopal sees (Jerusalem, Antioch, and Alexandria) had been captured in the seventh century; both of the others (Rome and Constantinople) had been attacked in the centuries before the crusades. The latter would be captured in 1453, leaving only one of the five (Rome) in Christian hands by 1500. Rome was again threatened in the sixteenth century. This is not the absence of provocation; rather, it is a deadly and persistent threat, and one which had to be answered by forceful defense if Christendom were to survive. The crusades were simply one tool in the defensive options exercised by Christians.

To put the question in perspective, one need only consider how many times Christian forces have attacked either Mecca or Medina. The answer, of course, is never.7

Myth #2: Western Christians went on crusade because their greed led them to plunder Muslims in order to get rich.

Again, not true. One version of Pope Urban II’s speech at Clermont in 1095 urging French warriors to embark on what would become known as the First Crusade does note that they might “make spoil of [the enemy’s] treasures,”8 but this was no more than an observation on the usual way of financing war in ancient and medieval society. And Fulcher of Chartres did write in the early twelfth century that those who had been poor in the West had become rich in the East as a result of their efforts on the First Crusade, obviously suggesting that others might do likewise.9 But Fulcher’s statement has to be read in its context, which was a chronic and eventually fatal shortage of manpower for the defense of the crusader states. Fulcher was not being entirely deceitful when he pointed out that one might become rich as a result of crusading. But he was not being entirely straightforward either, because for most participants, crusading was ruinously expensive.

As Fred Cazel has noted, “Few crusaders had sufficient cash both to pay their obligations at home and to support themselves decently on a crusade.”10 From the very beginning, financial considerations played a major role in crusade planning. The early crusaders sold off so many of their possessions to finance their expeditions that they caused widespread inflation. Although later crusaders took this into account and began saving money long before they set out, the expense was still nearly prohibitive. Despite the fact that money did not yet play a major role in western European economies in the eleventh century, there was “a heavy and persistent flow of money” from west to east as a result of the crusades, and the financial demands of crusading caused “profound economic and monetary changes in both western Europe and the Levant.”11

One of the chief reasons for the foundering of the Fourth Crusade, and its diversion to Constantinople, was the fact that it ran out of money before it had gotten properly started, and was so indebted to the Venetians that it found itself unable to keep control of its own destiny. Louis IX’s Seventh Crusade in the mid-thirteenth century cost more than six times the annual revenue of the crown.

The popes resorted to ever more desperate ploys to raise money to finance crusades, from instituting the first income tax in the early thirteenth century to making a series of adjustments in the way that indulgences were handled that eventually led to the abuses condemned by Martin Luther. Even by the thirteenth century, most crusade planners assumed that it would be impossible to attract enough volunteers to make a crusade possible, and crusading became the province of kings and popes, losing its original popular character. When the Hospitaller Master Fulk of Villaret wrote a crusade memo to Pope Clement V in about 1305, he noted that “it would be a good idea if the lord pope took steps enabling him to assemble a great treasure, without which such a passage [crusade] would be impossible.”12 A few years later, Marino Sanudo estimated that it would cost five million florins over two years to effect the conquest of Egypt. Although he did not say so, and may not have realized it, the sums necessary simply made the goal impossible to achieve. By this time, most responsible officials in the West had come to the same conclusion, which explains why fewer and fewer crusades were launched from the fourteenth century on.

In short: very few people became rich by crusading, and their numbers were dwarfed by those who were bankrupted. Most medieval people were quite well aware of this, and did not consider crusading a way to improve their financial situations.13

Myth #3: Crusaders were a cynical lot who did not really believe their own religious propaganda; rather, they had ulterior, materialistic motives.

This has been a very popular argument, at least from Voltaire on. It seems credible and even compelling to modern people, steeped as they are in materialist worldviews. And certainly there were cynics and hypocrites in the Middle Ages—beneath the obvious differences of technology and material culture, medieval people were just as human as we are, and subject to the same failings.

However, like the first two myths, this statement is generally untrue, and demonstrably so. For one thing, the casualty rates on the crusades were usually very high, and many if not most crusaders left expecting not to return. At least one military historian has estimated the casualty rate for the First Crusade at an appalling 75 percent, for example.14 The statement of the thirteenth-century crusader Robert of Crésèques, that he had “come from across the sea in order to die for God in the Holy Land”15—which was quickly followed by his death in battle against overwhelming odds—may have been unusual in its force and swift fulfillment, but it was not an atypical attitude. It is hard to imagine a more conclusive way of proving one’s dedication to a cause than sacrificing one’s life for it, and very large numbers of crusaders did just that.

But this assertion is also revealed to be false when we consider the way in which the crusades were preached. Crusaders were not drafted. Participation was voluntary, and participants had to be persuaded to go. The primary means of persuasion was the crusade sermon, and one might expect to find these sermons representing crusading as profoundly appealing.

This is, generally speaking, not the case. In fact, the opposite is true: crusade sermons were replete with warnings that crusading brought deprivation, suffering, and often death. That this was the reality of crusading was well known anyway. As Jonathan Riley-Smith has noted, crusade preachers “had to persuade their listeners to commit themselves to enterprises that would disrupt their lives, possibly impoverish and even kill or maim them, and inconvenience their families, the support of which they would . . . need if they were to fulfill their promises.”16

So why did the preaching work? It worked because crusading was appealing precisely because it was a known and significant hardship, and because undertaking a crusade with the right motives was understood as an acceptable penance for sin. Far from being a materialistic enterprise, crusading was impractical in worldly terms, but valuable for one’s soul. There is no space here to explore the doctrine of penance as it developed in the late antique and medieval worlds, but suffice it to say that the willing acceptance of difficulty and suffering was viewed as a useful way to purify one’s soul (and still is, in Catholic doctrine today). Crusading was the near-supreme example of such difficult suffering, and so was an ideal and very thorough-going penance.

Related to the concept of penance is the concept of crusading as an act of selfless love, of “laying down one’s life for one’s friends.”17 From the very beginning, Christian charity was advanced as a reason for crusading, and this did not change throughout the period. Jonathan Riley-Smith discussed this aspect of crusading in a seminal article well-known to crusade historians but inadequately recognized in the wider scholarly world, let alone by the general public. “For Christians . . . sacred violence,” noted Riley-Smith,

cannot be proposed on any grounds save that of love, . . . [and] in an age dominated by the theology of merit this explains why participation in crusades was believed to be meritorious, why the expeditions were seen as penitential acts that could gain indulgences, and why death in battle was regarded as martyrdom. . . . As manifestations of Christian love, the crusades were as much the products of the renewed spirituality of the central Middle Ages, with its concern for living the vita apostolica and expressing Christian ideals in active works of charity, as were the new hospitals, the pastoral work of the Augustinians and Premonstratensians and the service of the friars. The charity of St. Francis may now appeal to us more than that of the crusaders, but both sprang from the same roots.18

As difficult as it may be for modern people to believe, the evidence strongly suggests that most crusaders were motivated by a desire to please God, expiate their sins, and put their lives at the service of their “neighbors,” understood in the Christian sense.

Myth #4: The crusades taught Muslims to hate and attack Christians.

Part of the answer to this myth may be found above, under Myth #1. Muslims had been attacking Christians for more than 450 years before Pope Urban declared the First Crusade. They needed no incentive to continue doing so. But there is a more complicated answer here, as well.

Up until quite recently, Muslims remembered the crusades as an instance in which they had beaten back a puny western Christian attack. An illuminating vignette is found in one of Lawrence of Arabia’s letters, describing a confrontation during post–World War I negotiations between the Frenchman Stéphen Pichon and Faisal al-Hashemi (later Faisal I of Iraq). Pichon presented a case for French interest in Syria going back to the crusades, which Faisal dismissed with a cutting remark: “But, pardon me, which of us won the crusades?”19

This was generally representative of the Muslim attitude toward the crusades before about World War I—that is, when Muslims bothered to remember them at all, which was not often. Most of the Arabic-language historical writing on the crusades before the mid-nineteenth century was produced by Arab Christians, not Muslims, and most of that was positive.20 There was no Arabic word for “crusades” until that period, either, and even then the coiners of the term were, again, Arab Christians. It had not seemed important to Muslims to distinguish the crusades from other conflicts between Christianity and Islam.21

Nor had there been an immediate reaction to the crusades among Muslims. As Carole Hillenbrand has noted, “The Muslim response to the coming of the Crusades was initially one of apathy, compromise and preoccupation with internal problems.”22 By the 1130s, a Muslim counter-crusade did begin, under the leadership of the ferocious Zengi of Mosul. But it had taken some decades for the Muslim world to become concerned about Jerusalem, which is usually held in higher esteem by Muslims when it is not held by them than when it is. Action against the crusaders was often subsequently pursued as a means of uniting the Muslim world behind various aspiring conquerors, until 1291, when the Christians were expelled from the Syrian mainland. And—surprisingly to Westerners—it was not Saladin who was revered by Muslims as the great anti-Christian leader. That place of honor usually went to the more bloodthirsty, and more successful, Zengi and Baibars, or to the more public-spirited Nur al-Din.

The first Muslim crusade history did not appear until 1899. By that time, the Muslim world was rediscovering the crusades—but it was rediscovering them with a twist learned from Westerners. In the modern period, there were two main European schools of thought about the crusades. One school, epitomized by people like Voltaire, Gibbon, and Sir Walter Scott, and in the twentieth century Sir Steven Runciman, saw the crusaders as crude, greedy, aggressive barbarians who attacked civilized, peace-loving Muslims to improve their own lot. The other school, more romantic and epitomized by lesser-known figures such as the French writer Joseph-François Michaud, saw the crusades as a glorious episode in a long-standing struggle in which Christian chivalry had driven back Muslim hordes. In addition, Western imperialists began to view the crusaders as predecessors, adapting their activities in a secularized way that the original crusaders would not have recognized or found very congenial.

At the same time, nationalism began to take root in the Muslim world. Arab nationalists borrowed the idea of a long-standing European campaign against them from the former European school of thought—missing the fact that this was a serious mischaracterization of the crusades—and using this distorted understanding as a way to generate support for their own agendas. This remained the case until the mid-twentieth century, when, in Riley-Smith’s words, “a renewed and militant Pan-Islamism” applied the more narrow goals of the Arab nationalists to a worldwide revival of what was then called Islamic fundamentalism and is now sometimes referred to, a bit clumsily, as jihadism.23 This led rather seamlessly to the rise of Osama bin Laden and al-Qaeda, offering a view of the crusades so bizarre as to allow bin Laden to consider all Jews to be crusaders and the crusades to be a permanent and continuous feature of the West’s response to Islam.

Bin Laden’s conception of history is a feverish fantasy. He is no more accurate in his view about the crusades than he is about the supposed perfect Islamic unity which he thinks Islam enjoyed before the baleful influence of Christianity intruded. But the irony is that he, and those millions of Muslims who accept his message, received that message originally from their perceived enemies: the West.

So it was not the crusades that taught Islam to attack and hate Christians. Far from it. Those activities had preceded the crusades by a very long time, and stretch back to the inception of Islam. Rather, it was the West which taught Islam to hate the crusades. The irony is rich.

Back to the Present

Let us return to President Clinton’s Georgetown speech. How much of his reference to the First Crusade was accurate?

It is true that many Muslims who had surrendered and taken refuge under the banners of several of the crusader lords—an act which should have granted them quarter—were massacred by out-of-control troops. This was apparently an act of indiscipline, and the crusader lords in question are generally reported as having been extremely angry about it, since they knew it reflected badly on them.24 To imply—or plainly state—that this was an act desired by the entire crusader force, or that it was integral to crusading, is misleading at best. In any case, John France has put it well: “This notorious event should not be exaggerated. . . . However horrible the massacre . . . it was not far beyond what common practice of the day meted out to any place which resisted.”25 And given space, one could append a long and bloody list, stretching back to the seventh century, of similar actions where Muslims were the aggressors and Christians the victims. Such a list would not, however, have served Mr. Clinton’s purposes.

Mr. Clinton was probably using Raymond of Aguilers when he referred to “blood running up to [the] knees” of crusaders.26 But the physics of such a claim are impossible, as should be apparent. Raymond was plainly both bragging and also invoking the imagery of the Old Testament and the Book of Revelation.27 He was not offering a factual account, and probably did not intend the statement to be taken as such.

As for whether or not we are “still paying for it,” see Myth #4, above. This is the most serious misstatement of the whole passage. What we are paying for is not the First Crusade, but western distortions of the crusades in the nineteenth century which were taught to, and taken up by, an insufficiently critical Muslim world.

The problems with Mr. Clinton’s remarks indicate the pitfalls that await those who would attempt to explicate ancient or medieval texts without adequate historical awareness, and they illustrate very well what happens when one sets out to pick through the historical record for bits—distorted or merely selectively presented—which support one’s current political agenda. This sort of abuse of history has been distressingly familiar where the crusades are concerned.

But nothing is served by distorting the past for our own purposes. Or rather: a great many things may be served . . . but not the truth. Distortions and misrepresentations of the crusades will not help us understand the challenge posed to the West by a militant and resurgent Islam, and failure to understand that challenge could prove deadly. Indeed, it already has. It may take a very long time to set the record straight about the crusades. It is long past time to begin the task.

Notes

  1. Warren Hollister, J. Sears McGee, and Gale Stokes, The West Transformed: A History of Western Civilization, vol. 1 (New York: Cengage/Wadsworth, 2000), 311.
  2. R. Scott Peoples, Crusade of Kings (Rockville, MD: Wildside, 2009), 7.
  3. Ibid.
  4. The Crusades: Campaign Sourcebook, ed. Allen Varney (Lake Geneva, WI: TSR, 1994), 2.
  5. Sir Steven Runciman, A History of the Crusades: Vol. III, The Kingdom of Acre and the Later Crusades (Cambridge: Cambridge University Press, 1954), 480.
  6. Francesco Gabrieli, The Arabs: A Compact History, trans. Salvator Attanasio (New York: Hawthorn Books, 1963), 47.
  7. Reynald of Châtillon’s abortive expedition into the Red Sea, in 1182–83, cannot be counted, as it was plainly a geopolitical move designed to threaten Saladin’s claim to be the protector of all Islam, and just as plainly had no hope of reaching either city.
  8. “The Version of Baldric of Dol,” in The First Crusade: The Chronicle of Fulcher of Chartres and other source materials, 2nd ed., ed. Edward Peters (Philadelphia: University of Pennsylvania Press, 1998), 32.
  9. Ibid., 220–21.
  10. Fred Cazel, “Financing the Crusades,” in A History of the Crusades, ed. Kenneth Setton, vol. 6 (Madison, WI: University of Wisconsin Press, 1989), 117.
  11. John Porteous, “Crusade Coinage with Greek or Latin Inscriptions,” in A History of the Crusades, 354.
  12. “A memorandum by Fulk of Villaret, master of the Hospitallers, on the crusade to regain the Holy Land, c. 1305,” in Documents on the Later Crusades, 1274–1580, ed. and trans. Norman Housley (New York: St. Martin’s Press, 1996), 42.
  13. Norman Housley, “Costing the Crusade: Budgeting for Crusading Activity in the Fourteenth Century,” in The Experience of Crusading, ed. Marcus Bull and Norman Housley, vol. 1 (Cambridge: Cambridge University Press, 2003), 59.
  14. John France, Victory in the East: A Military History of the First Crusade (Cambridge: Cambridge University Press, 1994), 142. Not all historians agree; Jonathan Riley-Smith thinks it was probably lower, though he does not indicate just how much lower. See Riley-Smith, “Casualties and Knights on the First Crusade,” Crusades 1 (2002), 17–19, suggesting casualties of perhaps 34 percent, higher than those of the Wehrmacht in World War II, which were themselves very high at about 30 percent. By comparison, American losses in World War II in the three major service branches ranged between about 1.5 percent and 3.66 percent.
  15. The ‘Templar of Tyre’: Part III of the ‘Deeds of the Cypriots,’ trans. Paul F. Crawford (Burlington, VT: Ashgate, 2003), §351, 54.
  16. Jonathan Riley-Smith, The Crusades, Christianity, and Islam (New York: Columbia University Press, 2008), 36.
  17. John 15:13.
  18. Jonathan Riley-Smith, “Crusading as an Act of Love,” History 65 (1980), 191–92.
  19. Letter from T. E. Lawrence to Robert Graves, 28 June 1927, in Robert Graves and B. H. Liddell-Hart, T. E. Lawrence to His Biographers (Garden City, NY: Doubleday, 1938), 52, note.
  20. Riley-Smith, The Crusades, Christianity, and Islam, 71.
  21. Jonathan Riley-Smith, “Islam and the Crusades in History,” Crusades 2 (2003), 161.
  22. Carole Hillenbrand, The Crusades: Islamic Perspectives, (New York: Routledge, 2000), 20.
  23. Riley-Smith, Crusading, Christianity, and Islam, 73.
  24. There is some disagreement in the primary sources on the question of who was responsible for the deaths of these refugees; the crusaders knew that a large Egyptian army was on its way to attack them, and there does seem to have been a military decision a day or two later that they simply could not risk leaving potential enemies alive. On the question of the massacre, see Benjamin Kedar, “The Jerusalem Massacre of July 1099 in the Western Historiography of the Crusades,” Crusades 3 (2004), 15–75.
  25. France, Victory in the East, 355–56.
  26. Raymond of Aguilers, in August C. Krey, The First Crusade: The Accounts of Eye-witnesses and Participants (Princeton: Princeton University Press, 1921), 262.
  27. Revelation 14:20.

Le pape François et la Chanson de Roland

Le Pape François compare la Chanson de Roland au djihadisme et la juge « inacceptable » en raison de sa célébration de la Reconquista

BREIZATAO – ETREBROADEL (19/11/2019) Lors d’une audience accordée à l’Institut pour le Dialogue Interreligieux d’Argentine, l’actuel Pape Jorge Bergoglio s’en est violemment pris aux chevaliers de Charlemagne qui ont prêté main forte aux Espagnols pour stopper l’assaut islamique contre l’Europe chrétienne.

Presse du Vatican (source) :

Dans le monde précaire d’aujourd’hui, le dialogue entre les religions n’est pas un signe de faiblesse. Elle trouve sa propre raison d’être dans le dialogue de Dieu avec l’humanité. Il s’agit de changer les attitudes historiques. Une scène de la Chanson de Roland me vient à l’esprit comme un symbole, quand les chrétiens battent les musulmans et les mettent tous en ligne devant les fonts baptismaux, et un avec une épée. Et les musulmans devaient choisir entre le baptême ou l’épée. C’est ce que les chrétiens ont fait. C’était une mentalité que nous ne pouvons plus accepter, ni comprendre, ni faire fonctionner. Prenons soin des groupes fondamentalistes, chacun a le sien. En Argentine, il y a un petit coin fondamentaliste. Et essayons avec la fraternité d’aller de l’avant. Le fondamentalisme est un fléau et toutes les religions ont une sorte de cousin germain fondamentaliste, qui est regroupé.

La Chanson de Roland n’est pas le reportage détaillé d’un journaliste mais un poème épique rédigé au 11ème siècle et qui traite, 3 siècles après les faits, de l’histoire de Roland de Ronceveaux, un guerrier franc parti combattre l’envahisseur musulman en Espagne aux côtés de Charlemagne.

Il s’agissait alors de ralentir l’invasion islamique qui menaçait la Chrétienté d’Occident et la France.

Dans ce contexte, on ne peut qu’être stupéfait par la dénonciation bergoglienne des « conversions forcées » de mahométans par les Francs partis porter secours aux Espagnols, les seuls véritablement obligés de se convertir à l’époque.

L’intention de l’occupant du Vatican est particulièrement perverse et vise à établir un parallèle surréel entre la campagne de Charlemagne et les massacres de masse perpétrés par les musulmans contre les Chrétiens au 21ème siècle.

Les victimes chrétiennes, selon Bergoglio, deviennent les coupables, dans l’Espagne du 8ème siècle tout comme dans l’Europe et l’Orient du 21ème siècle.

Cette nouvelle provocation du chef de l’Eglise Catholique s’ajoute à une longue série de propos incendiaires en faveur l’immigration de masse et de l’islam en Europe. Déclarations qui l’ont très largement marginalisé, y compris au sein des derniers pans de la population qui se dit catholique et pratiquante.

Caricature du curé gauchiste octogénaire, Bergoglio ne choque plus tant qu’il ne lasse une Europe déjà saturée de sermons iréniques sur l’islam alors que le terrorisme musulman prend toujours plus d’ampleur.

Pour rester sur une note positive, on écoutera ou réécoutera la Chanson de Roland qui, n’en déplaise au Pape de l’islam, exalte l’esprit de résistance face à l’invasion du fanatisme islamique.

A Kinder, Gentler Inquisition
A new revisionist study of the Spanish tribunal asserts that it wasn’t as bad as previously thought. Read the First Chapter

Richard L. Kagan

April 19, 1998

THE SPANISH INQUISITION
A Historical Revision.
By Henry Kamen.
Illustrated. 369 pp. New Haven:
Yale University Press. $35.

At the start of this century Henry Charles Lea, a Philadelphia businessman turned historian, published his monumental  »History of the Inquisition in Spain. » The Spanish Inquisition had been studied before, primarily by Protestant scholars for whom it had become the archsymbol of religious intolerance and ecclesiastical power. William H. Prescott, the great Boston historian, likened it to an  »eye that never slumbered, » a malevolent Argus assisted by legions of spies on the lookout for deviance. His disciple, J. L. Motley, thought similarly, and so did Lea, although the Philadelphian was determined to document the Inquisition’s methods and modes of operation. Lea described it as  »an engine of immense power, constantly applied for the furtherance of obscurantism, the repression of thought, the exclusion of foreign ideas and the obstruction of progress. » For him the Inquisition also exemplified  »theocratic absolutism » at its worst, a power that had so weakened Spain that it was helpless in the face of Yankee might to defend what little remained of its vast overseas empire during the Spanish-American War of 1898.

Starting in the 1920’s, Jewish scholars took up where Lea left off. Although the Inquisition was created exclusively for the purpose of dealing with the problem of Judaizing among Spain’s large population of conversos (Jews converted to Christianity), for centuries it had been associated primarily with the persecution of Protestants. Nineteenth-century historians, including the Spanish scholar Amador de los Rios, helped changed this perception. So too did Yitzhak Baer’s  »History of the Jews in Christian Spain, » Cecil Roth’s  »History of the Marranos » and, after World War II, the work of Haim Beinart, an Israeli scholar, who for the first time published trial transcripts of cases involving conversos.

Throughout it all, the Inquisition remained the Spanish antecedent of the K.G.B. Among the first books to challenge this view was  »The Spanish Inquisition » (1965), a pioneering study in which Henry Kamen, a young British graduate student, argued that the Inquisition was not nearly as cruel or as powerful as commonly believed, let alone an institution capable of precipitating Spain’s decline. That book, though controversial, was partly responsible for a surge of quantitative studies, starting in the 70’s, that attempted to classify and measure the extent of the Inquisition’s activities from 1480, the year its first tribunal began work in Seville, until 1834, when it was abolished. These studies indicated that following an initial burst of activity against conversos suspected of relapsing into Judaism and a mid-16th-century pursuit of Protestants, the Inquisition served principally as a forum Spaniards occasionally used to humiliate and punish people they did not like: blasphemers, bigamists, foreigners and, in Aragon, homosexuals and horse smugglers.

This new scholarship also confirmed Kamen’s contention that the Inquisition had relatively little impact on Spanish intellectual life. In fact, during its last two centuries, other than persecuting hundreds of Portuguese conversos who emigrated to Spain in the 17th century, the Inquisition busied itself mainly with cases designed to protect its authority and to exempt its notorious henchmen, the familiares — laymen who served as the institution’s supporters and occasional spies — from the jurisdiction of civil courts. Kamen incorporated these findings in a revised version of his original study published as  »Inquisition and Society in Spain in the 16th and 17th Centuries » (1985).

In  »The Spanish Inquistion: A Historical Revision, » to my mind the best general book on the Spanish Inquisition both for its range and its depth of information, Kamen restates his original argument, supporting it with additional evidence derived from many new monographic studies by other scholars. He reaffirms his contention that an all-powerful, torture-mad Inquisition is largely a 19th-century myth. In its place he portrays a poor, understaffed institution whose scattered tribunals had only a limited reach and whose methods were more humane than those of most secular courts. Death by fire, he asserts, was the exception, not the rule. He further argues that, beyond a few well-publicized autos de fe staged in 1559, the Inquisition was not the principal reason the Reformation did not take hold in Spain. Kamen believes the failure of Lutheran ideas in Spain had less to do with the Inquisition than with the populace’s indifference to Protestantism. As for the Inquisition’s much-vaunted role as Big Brother and its responsibility for intellectual decline, Kamen rejects this hypothesis out of hand, arguing that it was ineffective as a censor and that it failed even to prevent the importation of items listed on its own Index of Prohibited Books. The Inquisition, more interested in religion than science, did little to prevent the circulation of works by Copernicus, Galileo and Kepler.

Kamen also dismisses the notion that the Inquisition enjoyed widespread popular support. People grudgingly accepted it, he avers, as an institution they employed to torment their enemies. Similarly, the monarchy, despite complaints that the Inquisitors regularly interfered with the administration of royal justice, supported it as a useful means of getting political opponents out of the way, as it did in 1590 when Philip II turned to this tribunal and its tradition of secret proceedings to silence Lucrecia de Leon, a prophetess in Madrid who had criticized the King and his policies.

More controversial is Kamen’s interpretation of its handling of converted Jews, especially during the 1480’s, when, as a  »crisis instrument » created especially to deal with apostasy among conversos, the Inquisition was, by Kamen’s own admission, out of control.  »There is, » he writes,  »no systematic evidence that conversos as a group were secret Jews, » although the evidence for that assertion is ambiguous. Nor does he believe these conversos were persecuted solely out of racial enmity. He admits conversos suffered from a rising tide of anti-Semitism during the 1480’s that eventually led to the expulsion of Spain’s much diminished Jewish community in 1492. The conversos’ troubles, he asserts, were partly self-inflicted: the result of claims to be a  »nation » apart, neither Christian nor Jewish, a reluctance to assimilate (a similar attitude, he claims, contributed to the expulsion of the remnants of Spain’s Muslims in 1609), and also from personal enmities among the converso community, a situation that led to thousands of unwarranted denunciations and trials. Despite this fury, Kamen believes that most conversos escaped unharmed and led a  »relatively undisturbed » life by the close of the 16th century.

One weakness of this argument, and indeed of the whole book, is that Kamen, anxious to counter the 19th-century conception of the Inquisition as a monster that ultimately consumed Spain, fails to get inside the belly of the beast and to assess what it actually meant to individuals living with it. Little is said, for example, about the Inquisitors themselves, and what they sought to achieve beyond a confession of a guilt. Recent studies suggest that they were not faceless bureaucrats but law graduates with varying interests and career aims. Some were even capable of fraternizing with the people they investigated. Nor does Kamen lead the reader through an actual trial. Had he done so, a reader might conclude that the institution he portrays as relatively benign in hindsight was also capable of inspiring fear and desperate attempts at escape, and thus more deserving of its earlier reputation. More too might have been said about the lawyers who intervened in the trials and manipulated its procedures, along with the ploys, like bribes and pleas of insanity, that defendants used to bring the inquisitorial machinery to a halt.

In the end, Kamen’s Inquisition is the Inquisition seen from afar, and, despite his attempted revision, his survey is essentially one whose agenda was set long ago by Prescott, Lea and the others that he set out to refute. To make sense of it, a new, more nuanced evaluation is necessary, one that not only gives the Inquisition more of a human face but also examines it from the perspective of its times. Also necessary are studies that actually use its archives — for all its infamy, it kept excellent records — to reconstruct the world of the individuals, converso or otherwise, who became entangled in its net. Otherwise, it is likely that the Spanish Inquisition will forever remain, as Lea conceived it,  »an engine of immense power. »

Richard L. Kagan is a professor of history and the director of the Program in Iberian and Latin American Studies at Johns Hopkins University. His  »Urban Images of the Hispanic World » will be published later this year.

Historiquement correct
Pour en finir avec le passé unique
André Larané
Hérodote

2014-06-16

Nous avons lu : Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique (Perrin, mars 2003, 452 pages, 21,50 euros), par Jean Sévillia, rédacteur en chef adjoint au Figaro Magazine.
Historiquement correct (Perrin) est un pamphlet dédié aux hommes politiques qui traitent de l’Histoire à tort et à travers.

L’auteur, Jean Sévillia, ne cache pas son aversion pour la gauche. Il a la dent dure contre les politiciens qui conjuguent leur ignorance de l’Histoire et leur parti-pris idéologique.

Faut-il des noms ? Ils sont connus de tous les lecteurs de la presse française et l’auteur de Historiquement correct ne se fait pas faute de les rappeler, citations à l’appui.

En journaliste plus qu’en historien, il montre comment on peut déformer l’Histoire pour la mettre à son service ou cacher des vérités troublantes.

Il rappelle le racisme de Voltaire, les crimes commis contre les Vendéens, l’idéologie colonialiste des dirigeants de la IIIe République, la contribution des leaders de gauche au régime de Vichy.

Historiquement correct comporte 18 chapitres qui chacun se rapporte à une phase de l’Histoire. Cela va de la féodalité à la guerre d’Algérie en passant par les Croisades, l’Inquisition espagnole, la Terreur, la Commune, la Résistance et la Collaboration… Autant de sujets polémiques sur lesquels se déchirent les néophytes et les idéologues mais sur lesquels s’accordent la plupart des historiens, attentifs aux faits et aux sources de première main.

Ainsi, à propos de la féodalité et du Moyen Âge, l’auteur a beau jeu de rappeler qu’elle ne mérite pas les clichés méprisants du XVIIIe siècle. Les médiévistes contemporains, de Régine Pernoud à Jacques Le Goff en passant par Jacques Heers, ont fait litière de ces préjugés et montré comment, sous l’égide du clergé catholique, les peuples de l’Occident ont jeté les bases de la démocratie, de la laïcité, de l’émancipation des femmes etc.

À propos des croisades, Jean Sévillia signale qu’elles furent avant tout une manifestation de foi populaire et une réaction de défense des Européens dans une époque très critique de leur Histoire. Les excès et les massacres qu’on peut leur attribuer ne sortent hélas pas de l’ordinaire de l’époque (et sont plutôt moins choquants que les horreurs du début du XXe siècle).

Pire que le Goulag ( *), l’ Inquisition ! Contre l’imagerie traditionnelle colportée par les protestants anglais et les philosophes français qui fait de l’Inquisition espagnole l’horreur absolue, on rappelle que ses victimes se comptent au nombre de quelques milliers en l’espace de trois siècles.

Venons-en au XVIIIe siècle français. «Voilà un aspect des Lumières qui est aujourd’hui soigneusement caché : le racisme», dit fort justement l’auteur de Historiquement correct. Voltaire, le grand Voltaire, écrit dans Essai sur les moeurs et l’esprit des moeurs : «Il n’est permis qu’à un aveugle de douter que les blancs, les nègres, les albinos, les Hottentots, les Lapons, les Chinois, les Amériques ne soient des races entièrement différents».

En écrivant cela, le pourfendeur du clergé prend le contrepied de l’enseignement religieux qui, depuis Saint Paul, n’a de cesse de souligner l’unicité de la condition humaine. Malheureusement, aux XIXe et XXe siècles, le triste enseignement de Voltaire sera mieux suivi que celui de Saint Paul. Faut-il insister ? Le Siècle des Lumières fut aussi le grand siècle de la traite atlantique et les «philosophes» ne furent pas les derniers à placer leurs économies dans le trafic d’esclaves.

Jean Sévillia a beau jeu de rappeler les crimes commis pendant la Révolution française, sous la Terreur, au nom de la Liberté, mais curieusement ne s’appesantit pas sur Napoléon Bonaparte, dont les actions ont peu de rapport avec la légende. De même, il ne manque pas de rappeler les exactions des Communards de 1871 mais néglige la responsabilité d’ Adolphe Thiers dans cette tragédie.

Plus près de nous, Historiquement correct témoigne de la grande confusion idéologique qui a conduit en France les républicains de gauche à se faire les apologues de la colonisation à la fin du XIXe siècle et à défendre la présence française en Algérie après la seconde guerre mondiale.

De la même façon, peut-on ignorer la contribution de plusieurs dirigeants socialistes ou communistes au gouvernement du maréchal Pétain (Doriot, Déat, Laval, Belin…), tandis que des officiers catholiques et parfois monarchistes s’engageaient dès les débuts de l’occupation allemande dans la Résistance ( d’Estienne d’Orves, Leclerc de Hauteclocque, de Gaulle…) ?

Et quel est l’extrémiste qui confie les lignes suivantes à son journal intime, en juillet 1940 ? «J’espère que l’Allemand vaincra ; car il ne faut pas que le général de Gaulle l’emporte chez nous. Il est remarquable que la guerre revient à une guerre juive, c’est-à-dire à une guerre qui aura des milliards et aussi des Judas Macchabées. » C’est le philosophe Alain, radical et pacifiste, grande conscience de la IIIe République… (pages 367-368).

Discussions en perspective
Le ton de l’essai est vif. Les thèmes abordés sont aussi passionnants les uns que les autres et bien documentés. De quoi nourrir de passionnants débats entre amis. Mais ne prenons pas au pied de la lettre toutes les analyses de Historiquement correct.

Jean Sévillia se montre trop indulgent pour certains personnages (Thiers, Bonaparte…) et lui-même ne se gêne pas pour occulter des faits qui heurtent ses convictions. L’Histoire n’est ni à droite ni à gauche. Elle est tissée de compromis imposés par les circonstances.

Contre l’historiquement correct

René Schleiter
Polemia
4 mai 2003

« Quelle époque peut mieux que la nôtre comprendre l’inquisition médiévale à condition que nous transposions le délit d’opinion du domaine religieux au domaine politique ? » (Régine Pernoud).

Pour qui aime l’histoire, ce livre remplit bien son office. L’auteur, Jean Sévillia, est journaliste et critique littéraire. Rédacteur en chef adjoint au très conformiste Figaro Magazine, il sait de quoi il parle quand il rappelle que « le débat public fait constamment référence à l’histoire » et que « les hommes de presse, les polémistes, les gardiens sévères de la bienséance intellectuelle et, en tout cas, les policiers de la pensée cadrent leurs propos par rapport à des représentations du passé qui sont fausses… ». Il fustige les manuels scolaires en réhabilitant le fait historique et en le dépouillant de toute idéologie marxisante. Ne pouvant être exhaustif il limite son étude à « dix-huit points chauds » de l’histoire française et européenne.

Il entre tout de go dans l’histoire avec la Féodalité dont il désamorce un certain nombre de légendes telles que celle du droit de cuissage et surtout rétablit des concepts fondateurs comme celui, élémentaire mais primordial, de l’instauration de la royauté et de la nation par les Capétiens. Il bat en brèche cette vieille antienne chantée encore aujourd’hui aux jeunes Français lors de la Journée d’appel à la préparation de la défense : « La France commence en 1789 ».

Les Croisades : que de choses ont été écrites à leur sujet ! Aujourd’hui, il est de bon ton chez les humanistes de les considérer comme « une agression perpétrée par les Occidentaux violents et cupides à l’encontre d’un Islam tolérant et raffiné », alors que, si l’on en croit Sévillia, les Croisades sont tout bonnement une riposte à l’expansion militaire de l’Islam et une réplique à l’implantation des Arabes et des Turcs en des régions berceaux du christianisme. Cette considération partisane, pense-t-il, ne fait qu’alimenter la culpabilisation de l’Occident vis-à-vis de l’Orient dans le contexte colonialiste.

Un long chapitre est consacré aux rois catholiques d’Espagne et à l’Inquisition. On cite souvent Torquemada comme le modèle de l’intolérance et de la cruauté ; l’auteur, quant à lui, soutient que l’Inquisition au XVe siècle évolue dans un contexte très particulier propre à l’Espagne : « Torquemada n’est pas le fruit du catholicisme mais le produit d’une histoire nationale ». Toujours selon lui, et contrairement à une croyance bien ancrée, l’antisémitisme qui règne en Espagne au temps d’Isabelle la Catholique n’est nullement du fait de la reine mais des masses populaires qui reprochent aux juifs (air connu !) d’être « puissants, arrogants et accapareurs des meilleures places ». Leur expulsion en 1492 aurait une tout autre raison que celle, simpliste, qui est généralement présentée.

Revenant en France, Sévillia prend la défense de l’Ancien Régime contre les instructions de l’Education nationale. Il trouve comme une forme de paradoxe que, durant leur scolarité, les Français ont fort peu l’occasion d’entendre parler du Grand Siècle en cours d’histoire et, quand on leur en parle, c’est toujours sous le couvert de l’absolutisme et de l’obscurantisme. Pourtant, dans l’esprit de ces mêmes Français, l’Ancien Régime est bien vivant : ils adorent aller au théâtre voir jouer Molière, ils sont fous de la musique baroque, ils envahissent les monuments lors des Journées du patrimoine, etc. Comment comprendre, se demande l’auteur, que ces chefs-d’œoeuvre sont le fruit de l’intelligence et de la sensibilité d’une société qui aurait été hébétée par la servitude résultant de l’absolutisme ? Il a toute une série de réponses, fort séduisantes et convaincantes, sur la réalité de cet absolutisme dont le terme même a été forgé par la Révolution.

Sévillia dénonce la vision angélique que nos républicains modernes ont de la Révolution et de la Terreur en considérant la décennie 1790 comme un passage de l’absolutisme à la liberté, la Terreur ne constituant qu’un accident de parcours. Lui, il voit les choses différemment : « Conduite au nom du peuple, la Révolution s’est effectuée sans le consentement du peuple et souvent même contre le peuple ».

Une révolution en chassant une autre, l’historien traverse à pas de géant le XIXe siècle, alors qu’il aurait eu beaucoup à dire sur le Ier Empire et Napoléon fort délaissés par l’Education nationale, et aboutit à la Commune de 1871 dont il place avec clarté les origines dans la nostalgie de 1792 et les souvenirs de 1830 et 1848. Sa question : « Qui est responsable de cette tache sanglante dans l’histoire de France ? Est-ce le républicain Thiers, qui laisse ses troupes mener sans discernement la répression, ou bien sont-ce les communards, dont l’utopie était porteuse d’une violence que plus personne n’ose rappeler ? ».

Tout naturellement, la Commune, phase préparatoire de la IIIe République, amène l’auteur à s’intéresser à la question ouvrière au cours de l’industrialisation du XIXe siècle. Une fois encore, il dénonce un postulat républicain largement répandu dans les manuels scolaires en démontrant par les faits l’absurdité d’une idée bien installée selon laquelle seuls les socialistes ou les révolutionnaires auraient pris en charge le monde ouvrier. Rien n’est plus faux, dit-il : il suffit de faire l’inventaire des lois et des œoeuvres sociales ou de charité pour se convaincre qu’elles furent prises ou créées le plus souvent par des politiques ou des entrepreneurs catholiques.

Pour rester dans ce siècle avant de basculer dans le deuxième millénaire, l’abolition de l’esclavage, grande victoire de la IIe République, n’échappe pas à la loupe de Sévillia. À l’issue d’un long rappel historique, il conclut sur ce sujet par cette phrase laconique : « Qu’un magazine d’histoire, dénonçant un “tabou français”, publie les vrais chiffres de la traite des Noirs, c’est une démarche très légitime. Cependant, il ne serait pas moins intéressant de connaître les vrais chiffres de la traite des Noirs par les musulmans ».

Parmi les plus « chauds » sujets choisis par l’auteur apparaît l’Affaire Dreyfus. Il nous en livre une exégèse toute personnelle et fort intéressante. Selon lui, l’antisémitisme n’explique pas seul l’Affaire Dreyfus. Il va même jusqu’à écrire que « si l’accusé de 1894 n’avait pas été juif, il y aurait quand même eu une Affaire Dreyfus ». En effet, il fait intervenir dans cette alchimie d’autres éléments, notamment le radicalisme naissant, l’antimilitarisme de gauche et l’anticléricalisme, sujets interactifs qu’il développe.

« Ce n’est pas Hitler qui a engendré le nationalisme allemand ». Au risque de passer pour un iconoclaste, Sévillia dénonce trois raisons à ce nationalisme exacerbé : les énormes pénalités du Traité de Versailles, la stratégie exclusivement défensive conçue par l’état-major français en 1929 et le pacifisme des quarante-deux cabinets ministériels (!) en vingt et un ans.

L’entre-deux-guerres aura été la période du fascisme florissant, avec l’Italie et l’Allemagne et, par voie de conséquence, de l’antifascisme. Ce dernier naît en France de toutes pièces le 6 février 1934 quand la République entre en crise et que l’imaginaire politique de la gauche craint « le danger fasciste contre lequel doivent s’allier les forces de progrès ». Sévillia insiste bien sur le fait que le fascisme français des années 1930 représenté par les ligues et quelques petits partis sans aucune envergure est un mythe que la gauche utilise pour mieux combattre ses adversaires.

L’auteur traite les années 1940-1945 d’une façon inhabituelle mais intéressante. Ne voulant pas se plier à la règle qui veut qu’ « aujourd’hui tout concourt à appréhender prioritairement l’étude de la seconde guerre mondiale par le récit des malheurs juifs », il préfère considérer que « sur le plan historique, cette tragédie est survenue à l’occasion d’un conflit mondial dont les enjeux n’engageaient pas que les juifs ». Après un rappel des événements survenus entre le 10 mai et le 10 juillet 1940, Sévillia analyse la période des quatre années suivantes selon un découpage thématique : Vichy n’est pas un bloc ; La tragédie juive : qui est responsable ? ; De Gaulle : de la révolte à la victoire ; Contre les Allemands, des hommes de tous les camps ; Vérités et légendes de la résistance ; Résistants de droite et collaborateurs de gauche.

Pour ce qui concerne la tragédie juive, l’auteur est mesuré dans ses observations : « S’il n’y a pas une faute collective de la France comme l’a affirmé Jacques Chirac le 16 juillet 1995, ses racines plongent jusqu’à la IIIe République ». « Les Français ne sont pas les antisémites que décrit une certaine légende noire », ce qui apporte un démenti à tout ce qui peut être dit sur cette tragédie dans les manuels scolaires et, plus généralement, dans les médias.

Quant à la Résistance et à la Collaboration, Sévillia réduit à néant le manichéisme habituel d’une gauche résistante et d’une droite collaborationniste en s’appuyant là encore sur des faits et en donnant des exemples de personnalités attachées à l’un ou l’autre camp.

Vers la fin de son livre, l’auteur s’intéresse, d’ailleurs avec une certaine sympathie, à la personnalité du pape Pie XII dont l’attitude pendant la guerre est très controversée. Pour les uns, il n’aurait été que le complice tacite du régime national-socialiste en restant silencieux face au martyre juif dont il aurait eu connaissance ; pour d’autres, il aurait été à la fois favorable aux Alliés et secourable aux juifs en organisant le sauvetage de certains d’entre eux. Sévillia, lui, se dit appartenir au camp de ses défenseurs et s’appuie pour cela sur les archives du Vatican que le pape Paul VI fit ouvrir en 1963 pour faire justice des accusations lancées contre Pie XII. On pourra regretter que l’auteur n’ait pas poussé plus avant sa recherche sur la véritable attitude du pape puisque, écrit-il, « Pendant la guerre, ni Roosevelt, ni Churchill ni le général de Gaulle n’ont publiquement accusé l’Allemagne nazie d’exterminer les juifs ».

Jean Sévillia a atteint son objectif. Puisse son livre être lu ! Fort d’une documentation sérieuse, il a la vivacité et la concision d’une oeœuvre journalistique, la précision et la clarté du travail de l’historien.

Cependant, on peut reprocher à Jean Sévillia, bien qu’il s’en défende, de ne pas s’être suffisamment extrait de la Pensée unique et du Politiquement Correct (environnement oblige !). Alors qu’en sa qualité de journaliste, il ne peut l’ignorer, il omet – et en cela il demeure « Historiquement Correct » – de citer tout l’arsenal répressif qui a été mis en place pour protéger une certaine histoire officielle et interdire certains écrits. Ainsi il a passé sous silence les annulations administratives de thèses et de mémoires universitaires, comme à Nantes ou à Lyon, et bien sûr la loi Fabius-Gayssot du 13 juillet 1990, loi dite « sur la liberté de la presse » qui entrave dans les faits la liberté de recherche historique.
Jean Sévillia, « Historiquement Correct/Pour en finir avec le passé unique », Perrin, 2003, 456 pages, 21,50 euros.

Politique

L’histoire falsifiée

Fabrice Madouas

Valeurs actuelles

22 Décembre 2011

Colonisation, rapports entre l’islam et l’Occident, rôle de l’Église dans les progrès de la civilisation… L’idéologie s’est emparée de l’enseignement de l’histoire. Il est temps de rétablir quelques vérités. Entretien avec Jean Sévillia.

Assurément, les Français ont le goût de l’histoire, écrivait, en mai 2009, l’historien Jean-Pierre Rioux, dans son rapport sur les sites susceptibles d’accueillir un musée de l’Histoire de France. Pour preuve, ajoutait-il, le succès du documentaire sur la Seconde Guerre mondiale, Apocalypse, sur France 2 : 17 millions de téléspectateurs !

Oui, les Français aiment l’histoire, mais, comme ils aiment aussi se quereller, ils adorent se déchirer sur le passé. Le sachant, les plus avisés de nos monarques, républicains compris, ont toujours cherché à refermer nos querelles. « J’assume tout, de Clovis au Comité de salut public », disait Bonaparte.

Pourtant, depuis plusieurs années, la passion paraît l’emporter sur la sagesse. Des feux mal éteints se sont rallumés à l’occasion de l’adoption, sous la pression de communautés diverses, de plusieurs lois mémorielles – on pense notamment à la loi Taubira faisant de la traite négrière transatlantique un crime contre l’humanité, plus de cent cinquante ans après l’abolition de l’esclavage. En 2005, le gouvernement français se tint à l’écart des commémorations de la victoire d’Austerlitz, en raison de la campagne lancée par un écrivain guadeloupéen qualifiant l’Empereur de « despote misogyne, homophobe, antisémite, raciste, fasciste, antirépublicain »…

« Si la manipulation de l’histoire a toujours existé, le phénomène a pris un tour aigu et particulier au cours des dernières décennies, résume Jean Sévillia dans son livre, Historiquement incorrect (Fayard). Le regard contemporain se focalise sur certains épisodes au prix d’indignations sélectives qui ins truisent un procès permanent contre le passé occidental et contre celui de la France. »

Le problème est d’autant plus aigu que l’institution censée transmettre la connaissance de notre passé aux futurs citoyens français, d’où qu’ils viennent, ne le fait plus : l’École a renoncé au récit national, qui fut enseigné par des générations d’instituteurs à des générations d’élèves jusqu’à la fin des années 1950. L’historien Dimitri Casali a raison de souligner que nos “grands hommes” (Saint Louis, François Ier, Louis XIV, Napoléon…) disparaissent progressivement des manuels scolaires.

Sans doute ne peut-on plus raconter l’histoire comme le faisaient les instituteurs de la IIIe République, mais on peut retenir qu’ils surent intégrer à la nation française les hommes les plus divers. Une leçon à méditer pour rassembler et préserver l’unité du pays.

Toutes les époques sont-elles concernées par la falsification historique ? Toutes les époques sont concernées, mais les raisons de ces maquillages varient selon les dominantes idéologiques. Pour faire court, l’histoire est instrumentalisée, en Occident, depuis les Lumières : encyclopédistes et philosophes tressent une légende noire de l’Église, dont ils combattent le pouvoir. Au XIXe siècle, le roman national, tel que l’enseigne l’école jusqu’aux années 1950, s’inscrit dans une veine républicaine qui glorifie la Révolution et caricature l’“Ancien Régime”. L’après-guerre est dominée, jusqu’à la fin des années 1960, par l’histoire marxiste, ce qui s’explique par l’hégémonie culturelle du Parti communiste.

Et par l’influence de l’école des Annales ? À ceci près que Lucien Febvre et Marc Bloch, les fondateurs des Annales, étaient des hommes d’une très grande science, de grands historiens dont les travaux n’ont pas toujours été assimilés par ceux qui les diffusaient ensuite dans les établissements scolaires. Les Annales se sont démarxisées au fil du temps, et bon nombre d’historiens issus de cette école (Georges Duby, Emmanuel Le Roy Ladurie, François Furet, Jacques Le Goff…) sont revenus à une vision classique de l’histoire, parfois à la biographie, voire à l’“histoire-bataille”. Quoi qu’il en soit, le marxisme s’effondre dans les années 1980. Un autre paradigme lui est substitué – les droits de l’homme – , et c’est encore à l’aune de ce paradigme qu’on interprète le passé. C’est cela, l’“historiquement correct” : passer l’histoire au crible de l’idéologie du moment. Ce faisant, on commet un anachronisme préjudiciable à la connaissance historique.

Comment définiriez-vous l’idéologie dominante que vous évoquez ? Elle relègue la nation dans les limbes de l’histoire, condamne les frontières, rejette tout enracinement géographique et spirituel. Elle fait l’apologie du nomadisme. Elle élève l’individu au rang de valeur sacrée et proclame son libre arbitre comme ultime référence. Est considéré comme juste celui qui respecte les droits de l’homme, comme injuste – donc immédiatement condamné – celui qui les viole. Alors que l’histoire est un domaine éminemment complexe, on cède à la facilité manichéenne (les bons et les méchants) et l’on procède à des réductions abusives en braquant le projecteur sur certains événements, au risque d’en laisser d’autres dans l’obscurité. Anachronisme, manichéisme, réductionnisme : ce sont les trois procédés de la falsification historique, qui sont beaucoup plus subtils que ce qui se faisait en Union soviétique…

Un exemple ? La Première Guerre mondiale. On ne perçoit plus ce conflit qu’à travers la vie des combattants de base. Ce qu’ils ont vécu fut atroce, mais on insiste tant sur cet aspect qu’on oublie la dimension géopolitique de la guerre. Comme nous sommes attachés par-dessus tout à nos droits individuels, comme nous sommes dans un moment de concorde européenne, nous ne comprenons plus ce qui les animait, ni qu’ils aient largement consenti à ce sacrifice. Nous ne comprenons plus l’expression “faire son devoir”.

Plusieurs controverses ont éclaté sur des sujets de recherche historique, par exemple sur l’esclavage, après la parution d’un livre de l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau, les Traites négrières. Essai d’histoire globale (Gallimard). Est-ce aussi l’effet de l’historiquement correct ? Absolument. En 2004, cet historien – dont l’ouvrage a reçu plusieurs prix – démontre que l’esclavage n’a pas été seulement le fait des Occidentaux. En 2005, il déclare, au détour d’un entretien à la presse, que « les traites négrières ne sont pas des génocides ». La condition des esclaves était certes atroce, mais l’intérêt des négriers n’était pas de les laisser mourir puisqu’ils tiraient profit de leur vente. Aussitôt, diverses associations lancent une procédure judiciaire et nourrissent une campagne si violente qu’elle provoque la réaction de nombreux historiens : un millier d’entre eux signeront un appel rappelant que l’histoire n’est ni une religion ni une morale, qu’elle ne doit pas s’écrire sous la dictée de la mémoire et qu’elle ne saurait être un objet juridique. C’est à cette occasion qu’est née l’association Liberté pour l’histoire, à l’époque présidée par René Rémond.

De nombreux historiens considèrent que le Parlement n’a pas à s’emparer de ces questions. Qu’en pensezvous ? Les lois mémorielles entretiennent une concurrence victimaire, indexée sur la tragédie que fut la Shoah. Elles ont aussi nourri des revendications d’ordre politique, de sorte qu’on peut craindre une instrumentalisation de l’histoire. Il est tout à fait légitime d’entretenir la mémoire des tragédies, de toutes les tragédies, mais la mémoire n’est pas toute l’histoire.

Autre polémique, celle qu’a provoquée le livre de Sylvain Gouguenheim, Aristote au mont Saint-Michel (Seuil), en 2008… Agrégé d’histoire et docteur ès lettres, Sylvain Gouguenheim enseigne l’histoire médiévale à l’École normale supérieure de Lyon. Il souligne dans son livre que l’Occident médiéval n’a jamais été coupé de ses sources helléniques pour au moins trois raisons. Tout d’abord, il a toujours subsisté des îlots de culture grecque en Europe. Ensuite, les liens n’ont jamais été rompus entre le monde latin et l’Empire romain d’Orient. Enfin, c’est le plus souvent par des Arabes chrétiens que les penseurs de l’Antiquité grecque ont été traduits dans les régions passées sous la domination de l’islam. Conclusion : si la civilisation musulmane a contribué à la transmission du savoir antique, cette contribution n’a pas été exclusive ; elle a même été moindre que celle de la filière chrétienne. Ce livre a rapidement déclenché la mise en route d’une machine à exclure visant non seu lement à discréditer son auteur comme historien, mais à l’interdire professionnellement !

Pourquoi ? Parce qu’il est couramment admis que l’Occident n’aurait eu connaissance des textes antiques que par le truchement du monde islamique. L’essor de la culture occidentale ne pourrait donc pas s’expliquer sans l’intermédiation musulmane. Quiconque n’épouse pas cette thèse – enseignée dans les collèges – est voué aux gémonies. Il était naguère impossible de critiquer le communisme, il est aujourd’hui presque interdit d’évoquer l’islam. Il est quand même symptomatique que deux journaux français seulement – Valeurs actuelles et le Figaro Magazine – , aient parlé du livre de Christopher Caldwell, Une révolution sous nos yeux, qui explique que les populations musulmanes sont en train de redessiner l’avenir de l’Europe… Le système médiatique français reste politiquement très homogène.

Les programmes d’histoire n’échappent pas à la polémique. L’Éducation nationale est-elle à l’abri de la falsification historique ? Je suis navré de le dire, mais l’Éducation nationale est au coeur de ce système. Les commissions des programmes sont constituées d’enseignants qui, pour beaucoup, sont inspirés par le “pédagogisme” ambiant, donc en accord avec l’idéologie dominante. Le retour à la chronologie est infime, l’histoire est toujours enseignée de façon thématique aux enfants. Qu’un agrégé d’histoire fasse du comparatisme entre les sociétés ou à travers les siècles est très intéressant, mais cela n’est guère adapté à des enfants qui n’ont ni les connaissances ni les repères chronologiques nécessaires. Le problème est d’autant plus important que le système scolaire français est très concentré.

Mais l’école de la République, celle d’Ernest Lavisse, diffusait elle aussi un message idéologique… L’histoire républicaine était nationale. Parfois caricaturalement, mais cette approche avait au moins la vertu de donner aux enfants, qu’ils soient bretons ou provençaux, un patrimoine commun, presque un héritage spirituel. “Nos ancêtres les Gaulois”… Les choses étaient scientifiquement contestables, mais elles avaient un sens. L’histoire, telle qu’on l’enseigne aujourd’hui, sort de ce cadre national, car le credo politique actuel est de mettre à bas les nations. D’où le bannissement des grands hommes de notre histoire.

Comment expliquez-vous que la France doute à ce point d’elle-même ? La nation française est une construction de l’État. Or, l’État a été dépossédé – démocratiquement, c’est vrai – des attributs de sa puissance. Au profit de quoi, de qui ? On ne sait pas très bien : de Bruxelles ? De Francfort ? La crise de la nation est évidemment liée à celle de l’État.,

Les choses peuvent-elles évoluer ? Bien sûr. Les générations passent, les idéologies aussi. Mais ne me demandez pas de prédire l’avenir : nous avons assez à faire avec le passé !  Propos recueillis par Fabrice Madouas

Historiquement incorrect, de Jean Sévillia, Fayard, 372 pages, 20 €Voir égalment:

Voir également:

Rencontres

Entretien avec René Girard

L’entretien avec René Girard réalisé à Paris le mardi 30 octobre 2001, fait ici l’objet d’un compte-rendu qui se borne volontairement à quelques points. Si bref soit-il, puisse-t-il diriger l’attention vers le livre à l’occasion duquel il a été réalisé, Celui par qui le scandale arrive, édité cet automne chez Desclée de Brouwer. Kephas se propose de poursuivre régulièrement la réflexion sur une pensée qui a vigoureusement replacé le christianisme au centre de la compréhension de l’homme, à l’heure où philosophie installée et sciences anthropologiques feignaient de n’avoir plus l’usage de cette vieillerie…

Pierre Gardeil *

Janvier–Mars 2002

Pierre Gardeil

René Girard, votre dernier livre se dévore avec un tel bonheur que je viens, en trois jours, de le lire deux fois ! Et j’ai beaucoup de plaisir à y revenir ici avec vous.

Permettez-moi, pour commencer, d’applaudir à votre éloge du cardinal Ratzinger, qui est, dites-vous, pour certains Américains, un personnage épouvantable ! Et vous poursuivez : « Vous rendez-vous compte, le courage qu’il faut à des hommes comme lui pour s’opposer à tout le monde, pour se rendre impopulaire en rappelant aux théologiens catholiques qu’il y a certaines limites qu’il ne faut pas dépasser sans cesser de se dire légitimement catholique ? Il ne peut rien imposer à personne puisque personne ne peut être contraint de rester dans l’Église contre son gré. Il ne fait que répéter ce que l’Église a toujours dit. Il dit aussi son inquiétude relative à ce qui se voit partout. »

On est surpris que cette conduite responsable suscite aux USA tant de haine !

René Girard

Ce n’est pas réservé aux USA, vous le savez. J’ai été frappé par un petit événement ayant suivi la publication de Dominus Jésus. M’appelait de Paris une dame fort résolue, représentant je ne sais quel magazine français, dont je n’ai pas clairement compris s’il était ou non catholique… Elle me demandait « ma réaction » à ce texte, ajoutant (par avance) que la réaction de tous ceux qu’elle avait consultés avant moi était très négative. Je lui dis alors : « S’ils sont tous contre lui, c’est qu’il doit avoir raison ! » J’ai naturellement fait l’éloge du cardinal Ratzinger. Il a dû paraître dans ce magazine, du moins je l’espère.

P.G.

Il a paru, et il faisait tache ! Au milieu des rabbins, des pasteurs, des prêtres (il y avait même un vice-recteur d’Université Catholique), et à côté d’une autorité musulmane appelant le cardinal à la « tolérance », votre approbation tranquille et ferme ouvrait un paragraphe de respiration !

Allons maintenant au centre de votre livre. Quand vous évoquez le processus d’escalade de la violence parmi nous, vous parlez des violences familiales et scolaires, et du terrorisme sans limites ni frontières. Vous concluez : « Il semble qu’on se dirige vers un rendez-vous planétaire de toute l’humanité avec sa propre violence. » Cela était-il écrit avant le 11 septembre ?

R.G.

Oui, et j’aurais dû en dire les circonstances. Dumouchel m’avait demandé ce texte à propos de la commémoration d’un meurtre à l’Université de Montréal, où un type avait tiré sur les étudiants, à peu près comme un autre vient de le faire ces jours-ci à Tours… Le rendez-vous est bien planétaire, en effet. Rien ne fut plus attendu que la globalisation, l’unité de la planète : que de célébrations, que d’expositions internationales ! Eh bien ! cette unité réalisée suscite plus d’angoisse que d’orgueil. L’effacement des différences n’est pas la réconciliation universelle espérée… Naïveté (ou aveuglement) de l’humanisme.

P.G.

Ce constat ne fut-il pas à l’origine du succès de « l’absurde » ?

R.G.

Certes, mais c’est une vue trop courte. Méditez plutôt cette phrase prodigieuse d’Anaximandre, que je cite dans mon livre : « D’où toutes les choses ont leur naissance, vers là aussi elles doivent sombrer, selon la nécessité, car elles doivent expier et être jugées pour leur injustice, selon l’ordre du temps. » S’il y a quelque rationalité au mythe du retour éternel, la voilà.

P.G.

Crise mimétique1 de l’indifférenciation, sa résolution par la violence, installation de différences sacralisées… dès longtemps vous nous avez appris cette chair de l’histoire, au plus loin des études formelles, qui font leurs délices de l’inépuisable analyse des différences… mais qui cherchent en vain à se tenir à l’écart du « réel ».

R.G.

Ou du « référent », comme dit notre préciosité avec ses pincettes linguistiques ! Se borner aux jeux de langage est tellement exigé aujourd’hui… mais les gens sentent bien que c’est la fin. Le réel nous revient dans la figure.

L’innocence des mythes ne peut plus être supposée. On s’en rend compte, et c’est pourquoi – ultime attaque contre notre « ethnocentrisme » – on déclare qu’il faut renoncer à l’analyse quand on n’est pas partie prenante de la société analysée…

P.G.

Vous avez un fameux chapitre sur l’ethnocentrisme, « Les bons sauvages et les autres ». Personne n’a pu oublier la leçon pieusement transmise depuis qu’il y a de l’Instruction Publique en notre pays, à savoir que les peuples vivant sous les douces lois de nature sont bons, purs et heureux. Il est drôle qu’on la doive, avant Rousseau, à Montaigne, généralement plus perspicace. Mais la diffusion pédagogique de ses vues trop rapides sur les cannibales (en l’occurrence les Tupinambas), étrangement indulgenciés, est bien l’œuvre de notre « humanisme ».

R.G.

Oui, à condition, encore une fois, de ne pas en borner l’aire à notre Éducation Nationale. Aux États-Unis, certains musées d’ethnologie amérindienne minimisent, et parfois éliminent, toute violence religieuse et guerrière dans les cultures des native Americans. Pour en revenir aux Tupinambas, il se trouve qu’on est très bien renseigné sur eux. Alfred Métraux a fait le point sur la question, dès 1928, s’appuyant sur plusieurs témoignages distincts de contemporains de Montaigne : capturés par cette peuplade farouche, ils avaient pu s’en sortir, et nous décrivent par le menu les mœurs terribles de ces peuples, qui faisaient des prisonniers afin de se procurer de futures victimes sacrificielles, mises à mort et dévorées après acclimatation à la tribu des vainqueurs ! Métraux ironisait sur le fait que cette tribu fût justement à l’origine du mythe du « bon sauvage » ! Son texte, si contraire à la vague primitiviste qui allait suivre, fut repris plusieurs fois; L’anthropologie rituelle des Tupinambas se trouve aujourd’hui dans Religions et magies indiennes d’Amérique du Sud (Gallimard 1967).

P.G.

Le christianisme comme révélation de la méchanceté du « religieux » : on vous doit cette magnifique clarification, et comme il est légitime d’opposer « le Bon Dieu » aux faux dieux, qui sont, équivalemment, des « mauvais » dieux. L’opposition, toutefois, n’est pas absolument radicale…

R.G.

En effet. D’une part, on a pu trouver chez de vieux auteurs (imparfaitement christianisés !) la justification de l’offrande du Christ à la messe au titre d’une « efficacité » comparable à celle des sacrifices païens qui obtiennent quelques bons résultats, quand c’est, au cœur du salut, l’efficace de l’amour du Fils qui est à l’œuvre… et vous savez que la Rédemption elle-même a pu être interprétée dans des langages discutables.

D’autre part, on rencontre, dans certains rites païens, une espèce d’excuse présentée à la victime, comme si, sachant qu’elle n’était pas vraiment coupable, on lui reprochait seulement son imprudence…

P.G.

C’est le commencement d’un passage du mythique au tragique…

R.G.

Oui. Toute la part esthétique de la religion, cette espèce d’amoindrissement du sacrifice que constitue la cérémonie (par rapport au lynchage), nous ne devons pas la négliger. On pourrait peut-être en dessiner le parcours dans une histoire de la danse, qui montrerait qu’elle va des choses les plus sauvages aux figures les plus sereines… En tous cas, l’apaisement obtenu par un rite sacrificiel de plus en plus symbolique, on aurait tort d’en faire fi trop vite, et d’en détruire sans précaution les usages sous prétexte de « lumières », dans un monde qui cherche fiévreusement des « repères ».

P.G.

C’est, dans la fausse religion, le soupir de la vraie opprimée !

R.G.

En quelque sorte. Mais, dans un sens réciproque, et puisque vous parlez de tragique, savez-vous qu’à Byzance, on jouait Oedipe-Roi comme la Passion du Christ ? Je trouve cela bouleversant; cette lecture naïve illustre, avec une grande force, le regard que le christianisme porte légitimement sur la culture.

P.G.

Vous écrivez (p. 180) : « La vérité mimétique reste inacceptable pour la plupart des hommes, parce qu’elle implique le Christ. Le chrétien ne peut pas s’empêcher de réfléchir sur le monde tel qu’il est, et d’en voir la fragilité extrême. Je pense que la foi religieuse est la seule manière de vivre avec cette fragilité. » Et vous citez Pascal…

R.G.

Oui, je m’intéresse de plus en plus à Pascal. Cette œuvre est si puissante ! Mais, pour appliquer ce que vous dites à ce que nous vivons, n’est-il pas clair qu’on met bien à tort sur le dos de « différences » (traditionnelles, ancestrales, culturelles, religieuses…) des phénomènes enracinés au contraire dans la perte de ces traditions ? L’incapacité – par trop de retard pris – à participer à la concurrence avec l’Occident, dont on rêve, qui fait le tourment unique, et dont on a, par imitation, adopté les valeurs, devient le désir brûlant de briser ce qu’on ne peut atteindre. Peut-être Pascal n’a-t-il pas vu pleinement cet entraînement mimétique; mais comment ne pas admirer la mise en cause du désir qu’il opère à travers la notion de « divertissement » ?

P.G.

Le regard critique sur le désir blesse au cœur la modernité, qui s’est bâtie sur une fausse désacralisation, puisqu’on la faisait jouer au service de ce désir même, supposé autonome et innocent, idolâtré.

Mais rassurez-nous : ce désir, qui fait corps avec notre être, il n’est pas coupable de naissance ? Nous ne fûmes pas créés par erreur ?

R.G.

Certes pas ! J’adhère profondément à l’idée chrétienne que notre âme est une passion du divin. Simplement, quand nous le rencontrons, ce désir, il a déjà manqué son objet, il est dévoyé. Gare aux conséquences !

P.G.

Le monde est sous l’empire de Satan, lequel – on peut en apporter la précision après les lignes que vous lui consacrez ? – est métaphysiquement bon dans la conception chrétienne traditionnelle. Identifié au mécanisme mimético-sacrificiel, il serait injustifiable en tant que nécessité ontologique… ou créature mauvaise.

Si le mal est une absence d’être, moralement cette absence est le fruit d’un choix, toujours contemporain de celui qui le fait. Comme nous-mêmes, Satan est né pour l’amour… Mystère du choix de la haine (« Ils m’ont haï sans raison », dit Jésus, et encore : « Après avoir vu nos œuvres, ils nous ont haïs, le Père et moi »)… mais ce mystère fait l’objet dans la Genèse d’une description psychologique irrécusable; le premier mot du Tentateur est bien mimétique en effet : « Si vous mangez… vous serez comme ».

R.G.

Je ne prétends pas avoir vidé la question dans ce que j’ai publié à ce propos. Je voulais laisser plus explicitement le sujet ouvert; des considérations très matérielles d’édition ont fait sauter une note qui exprimaient davantage cette ouverture… Il semble en effet inconcevable qu’on puisse être jaloux du bien. Et cependant… Vous connaissez cette histoire de monarchie sacrée au Soudan : renversant les anciennes façons, le nouveau roi et son épouse avaient instauré le régime le plus raisonnable qu’il soit possible d’imaginer, et produisant le plus de bien commun. Une telle envie en était résultée que les voisins s’étaient réunis pour le détruire… Sans aucunement idéaliser notre propre histoire, c’est peut-être la fable du destin de l’Occident…

P.G.

Oui. Vous écrivez p. 120 : « Nous condamnons l’Inquisition au nom de valeurs chrétiennes. Nous ne pouvons pas la condamner au nom du Mahâbhârata, qui est constitué d’une série de meurtres alternés, à peu près dans le style de l’Iliade ! »

R.G.

C’est justement ce qui justifie « la repentance », que certains catholiques ont bien tort de reprocher au pape. Certes, les non-chrétiens, qui oublient régulièrement de se repentir, n’ont pas moins de choses à se reprocher (souvent, bien davantage : quand je pense que l’on continue à monter en épingle les abus de l’Inquisition, après ce que l’incroyance a fait au XXe siècle !) Mais grâce à la Révélation, les chrétiens auraient dû avancer, et faire avancer le monde plus vite. Nous avons « les paroles de la vie éternelle ». Or, c’est toujours le petit nombre qui a compris, et vécu de l’esprit du Christ. Seulement, aujourd’hui, je ne vois pas d’autre lieu que l’Église pour faire barrière à cette terrible désagrégation de tout, qu’on appelle parfois l’apocalypse. Est-ce pour cela que cette Église devient comme un ultime bouc émissaire, et qu’on emploie tant d’efforts pour discréditer ou empêcher sa parole, alors qu’elle n’a plus de pouvoir que spirituel ? Et parfois de son sein même… On a l’impression d’une force diabolique d’auto-destruction… Je dis le mot, on ne l’écrira pas.

P.G.

D’accord, on ne l’écrira pas… Mais pourquoi ? N’est-ce pas le mot par excellence qui cherche à se faire oublier ? C’est ça, le diabolique, que le mot n’y soit pas. Mettons-le, si vous le voulez bien.

R.G.

Vous avez raison, mettons-le.

Propos recueillis par Pierre Gardeil

* Professeur de philosophie, puis directeur du lycée Saint-Jean à Lectoure. A publié dans de nombreuses revues (Nouvelle Revue théologique, Études, Itinéraires…) et, chez Ad Solem, quatre ouvrages : Quinze regards sur le Corps livré; Alors le Bon Dieu, c’est fini ?; La Monnaie du pape, éloge des indulgences; Mon Livre de lectures.


  1. La récurrence du terme « mimétique » peut surprendre celui qui n’est pas familier de la pensée de R.G.
    Toute son œuvre en donne la clef… D’un mot, ici : Le désir est spontanément jaloux, il ne porte pas sur l’objet, mais sur l’autre (désirant lui-même ou possesseur, et par là désignant le désirable). D’où rivalité. Quand le conflit des désirs produit un orage social, le groupe refait son unité par la désignation (arbitraire) d’un coupable dont l’injuste sacrifice ramènera, pour un temps, la tranquillité, et installera dans le groupe des différences sacralisées censées émaner de la puissance surnaturelle dont l’exclusion constitue la fausse transcendance. Celle-ci nous menace de son retour violent si nous ne respectons pas les barrières et interdits qui paraissent son « ordre ». À cette fausse religion du mensonge et de la haine, le christianisme est venu opposer le Dieu de la vérité et de l’amour… Désir mauvais : « Mangez ce fruit… vous serez comme ». Désir suprêmement bon : « Mangez ce corps… vous serez un ». De l’être-comme à l’être-un, tel est le processus de la conversion chrétienne, impossible si le Christ ne la fonde.

Voir de même:

Rene Girard on Dostoevsky’s Legend of the Grand Inquisitor

When we consider the seventy years in the twentieth century his country was in the hands of its revolutionaries trying to build a Communist utopia, we cannot fail to discern in the nineteenth-century Russian novelistFeodor Dostoevsky a prophetic dimension — and one in which we may behold an image of our own culture’s controversies even after the fall of communism. The crisis he explored in nineteenth-century Russia’s belated and vexed encounter with Europe foreshadows the critical confrontations of our own time, as we face the decline of traditional religious, political, and epistemological authority while lost in a fog of competing claims about scientific determinism, groundless freedom, and the latest fashionable ideology.

If we cannot imagine Dostoevsky’s adaptation of our culture wars to the debates he stages in the living rooms, taverns, and seminaries of his novels, we haven’t grasped the implications of his work — as René Girard suggests in the concluding essay he has a’ached to Resurrection from the Underground, his twenty-year-old study of Dostoevsky’s work, now deftly translated into English.

The narrator of the Russian novelist’s Notes from the Underground neatly summarizes the far from completely secularized pandemonium in which we can recognize our own nihilistic climate: “Without books and literature, we are entangled and lost — we don’t know what to join, what to keep up with; what to love, what to hate; what to respect, what to despise.”

The famous passage in Dostoevsky’s The Brothers Karamazov — where Ivan Karamazov tells the legend of Jesus Christ returning to the world, only to encounter the Grand Inquisitor — is perhaps the best example ofthe novelist’s own relentless probing into modern culture’s muddled relation to its religious inheritance, the repudiation of which in the name of purely human dominion he views as blindly self-destructive.

But only in Girard’s retrospective comments twenty years after he wrote the book do these elements in Resurrection from the Underground come clear. Here is a reading selection from “Resurrection from the Underground” where Girard deals with the Legend of the Grand Inquisitor:

Dostoevsky begins to explain the freedom that comes from Christ in The Brothers Karamazov. He finally makes his way to this freedom with the aid of Christ and he celebrates it in the famous Legend of the Grand Inquisitor. It is put in the mouth of Ivan Karamazov as he seeks to explain to his brother Alyosha why he, Ivan, must “return his ticket” to a world which is not governed by a just and loving God — if there is a God.

The scene is in Seville in the end of the fifteenth century. Christ appears in a street and a crowd gathers about him, but the Grand Inquisitor comes along the way. He observes the mob and has Christ arrested. That night he goes to pay a visit to the prisoner in his dungeon and shows him, in a long discourse, the folly of his “idea.”

Thou wanted to found thy reign on that freedom that human beings hate and from which they always flee into some idolatry, even if they celebrate it with words. It would be be’er to make humans less free and thou hast made them more free, which only leads them to multiply their idols and conflicts between idols. Thou hast commi’ed humanity to violence, misery, and disorder.

The Inquisitor predicts that a new Tower of Babel will be raised up, more dreadful than the former one and dedicated, like it, to destruction. The grand Promethean enterprise, fruit of Christian freedom, will end in “cannibalism.”

The Grand Inquisitor is not unaware of anything that the underground, Stavrogin, and Kirillov (characters in The Possessed) have taught Dostoevsky. The vulgar rationalists find no trace of Christ, neither in the individual soul nor in history, but the Inquisitor asserts that the divine incarnation has made everything worse. The fifteen centuries gone by and the four centuries to come, whose course he prophesies, support his account.

The Inquisitor does not confuse the message of Christ with the psychological cancer to which it leads, by contrast to Nie-sche and Freud. He therefore doesn’t accuse Christ of having underestimated human nature, but of having overestimated it, of not having understood that the impossible morality of love necessarily leads to a world of masochism and humiliation.The Grand Inquisitor doesn’t seek to make an end of idolatry by an act of metaphysical force, like Kirillov; he wants rather to heal evil with evil, to tie humans to immutable idols and, in particular, to an idolatrous conception of Christ. D. H. Lawrence, in a famous article, accused Dostoevsky of “perversity” because he placed in the mouth of a wicked inquisitor what he, Lawrence, regarded as the truth concerning human beings and the world.

The error of Christ, in the eyes of the Inquisitor, is all the less excusable because “he had adequate warnings.” In the course of the temptations in the wilderness the devil, the “profound spirit of self-destruction and nothingness,” revealed to the redeemer and placed at his disposal the three means capable of insuring the stability, well-being, and happiness of humanity. Christ disdained them, but the Inquisitor and his ilk have taken them up and work — always in the name of Christ but in a spirit contrary to his — for the advent of an earthly kingdom more in keeping with the limitations of human nature.

Agreeing with Dostoevsky, Simone Weil saw in the inquisition the archetype of all totalitarian solutions. The end of the Middle Ages is an essential moment in Christian history; the heir, having reached the age of an adult, lays claim to his heritage. His guardians are not wrong to mistrust his maturity, but they are wrong to want to prolong indefinitely their tutelage. The Legend resumes the problem of evil at the precise point where Demons abandoned it. The underground appeared in this novel as the failure and reversal of Christianity. The wisdom of the redeemer, and especially his redemptive power, are notably absent. Rather than hide his own anxiety from himself, Dostoevsky expresses it and gives it an extraordinary fullness. He never combats nihilism by fleeing from it.

Christianity disappointed Dostoevsky. Christ himself has surely not responded to his expectation. There is, in the first place, the misery that he has not abolished, then the suffering, and also the daily bread that he has not given to all human beings. He has not “changed life.” That is the first reproach, and the second is yet more serious. Christianity does not bring certitude; why does God not send a proof of his existence, a sign, to those who would believe in him, but don’t a&ain this belief? And finally and above all, there is that pride which no effort, no prostration of oneself is able to reduce, that pride which goes as far, sometimes, as envying Christ himself.

When he defines his own grievances against Christianity, Dostoevsky encounters the Gospel, he encounters the three “temptations in the wilderness”:

Then Jesus was led by the Spirit out into the wilderness to be tempted by the devil. He fasted for forty days and forty nights, after which he was very hungry~ and the tempter came and said to him, “If thou art the Son of God, tell these stones to turn into loaves.” But he replied, “Scripture says:

Man does not live on bread alone but on every word that comes from the mouth of God.”

The devil then took him to the holy city and made him stand on the parapet of the Temple. “If thou art the Son of God,” he said, “throw thyself down; for Scripture says:

He will put thee in his angels’ charge, and they will support thee on their hands in case thou hurtest thy foot against a stone.”

Jesus said to him, “Scripture also says:

Thou must not put the Lord your God to the test.”

Next, taking him to a very high mountain, the devil showed him all the kingdoms of the world and their splendor. “I will give thee all these,” he said, “if thou fallest at my feet and worship me.” Then Jesus replied, “Be off, Satan! For Scripture says:

Thou shalt worship the Lord thy God, and serve him alone.”

Then the devil left him, and angels appeared and looked after him. MaÆhew 4:1-11 The translation of Gospel passages follows the Jerusalem Bible except for the use of

the archaic pronouns “thou,” “thy,” “thee.” Dostoevsky evidently made the language of the Inquisitor archaic, and this pronoun usage helps to convey that.

These are indeed the major temptations of Dostoevsky: social Messianism, doubt, and pride. The last one is especially worthy of meditation. Everything that the proud desire leads them, after all, to prostrate themselves before the Other, Satan. The only moments of his life when Feodor Mikhailovich did not succumb to one or the other of the temptations were those when he succumbed to all three at once. So it is therefore to himself in particular that this message is addressed; the Legend is the proof that he finally understands its call. The presence in the Gospel of Ma&hew of a text so adapted to his needs affords him great comfort. There it is, the sign he was seeking, as he tells us in brilliant and veiled fashion by the mouth of his Inquisitor:

And could one say anything more penetrating than what was said to thee in the three questions or, to speak in the language of the Scriptures, the “temptations” that thou rejected? If ever there had been on earth an authentic and resounding miracle, it occurred the day of the three temptations. The very formulation of these three questions constitutes a miracle. Let us suppose that they had disappeared from the Scriptures, that it had been necessary to compose them, to imagine them anew in order to replace them there, and that one had gathered for this all the sages of the earth, persons of state, prelates, scholars, philosophers, poets, saying to them: imagine and compose three questions which not only correspond to the importance of that event, but express in three sentences all the history of future humanity — dost thou believe that this summit gathering of human wisdom could imagine anything as strong and profound as the three questions put to thee by the powerful Spirit? These three questions prove, all by themselves, that one has met here the eternal and absolute Spirit and not a transitory human mind. For they summarize and predict simultaneously all the later history of humanity. These are the three forms in which all the insoluble contradictions of human nature are crystalized. One could not understand it then, for the future was veiled, but now, after fifteen centuries have elapsed, we see that everything had been foreseen in these three questions and has been realized to the point that it is impossible to add anything to them or to remove a single word from them.

The Legend is basically only the repetition and expansion of the Gospel scene evoked by the Grand Inquisitor. This is what must be understood when one wonders, a li&le naively, about the silence that Alyosha maintains in face of the arguments of this new tempter. There is no “refuting” of the Legend since, from a Christian point of view, it is the devil, it is the Grand Inquisitor, it is Ivan who is right. The world is delivered over to evil. In St. Luke the devil asserts that every earthly power has been delivered to him “and I give it to whom I will.” Christ does not “refute” this assertion. Never does he speak in his own name; he takes refuge behind the citations of Scripture. Like Alyosha, he refuses to debate.

The Grand Inquisitor believes he can praise Satan, but it is of the Gospel that he speaks, it is the Gospel that has preserved its freshness after fifteen, after nineteen centuries of Christianity. And it is not only in the instance of the temptations, but at each moment the Legend echoes the Gospel sayings:

Do not suppose that I have come to bring peace to the earth: it is not peace I have come to bring but a sword. For I have come to set a man against his father, a daughter against her mother.

Matthew 10:34-35a

The central idea of the Legend, that of the risk entailed by the increase of freedom for humans, orof the grace conferred by Christ, a risk the Grand Inquisitor refuses to run — this very idea figures in passages of the Gospel which evoke irresistibly Dostoevsky’s concept of underground metaphysics.

When an unclean spirit goes out of a man it wanders through waterless country looking for a place to rest, and cannot find one. Then it says, “I will return to the house I came from.” But on arrival, finding it unoccupied, swept, and tidied, it then goes off and collects seven other spirits more evil than itself, and they go in and set up house there, so that the man ends up by being worse than he was before. That is what will happen to this evil generation.

Matthew 12:43-45

Behind the dark pessimism of the Grand Inquisitor is the outline of an eschatological vision of history that responds to the question Demons left in suspense. Because he foresaw the rebellion of man, Christ foresaw also the sufferings and ruptures that his coming would cause. The proud assurance of the orator allows us to discern a new paradox, that of the divine Providence which effortlessly outwits the calculations of rebellion. The reappearance of Satan does not nullify his prior defeat. Everything must finally converge toward the good, even idolatry.

If the world flees Christ, he will be able to make this flight serve his redemptive plan. In division and contradiction he will accomplish what he wanted to accomplish in union and joy. In seeking to divinize itself without Christ, humankind places itself on the cross. It is the freedom of Christ, perverted but still vital, that produces the underground. There is not a fragment of human nature that is not kneaded and pressed in the conflict between the Other and the Self. Satan, divided against himself, expels Satan. The idols destroy the idols. Humankind exhausts, li&le by li&le, all illusions, including inferior notions of God swept away by atheism. It is caught in a vortex more and more rapid as its always more frantic and mendacious universe strikingly reveals the absence and need of God. The prodigious series of historical catastrophes, the improbable cascade of empires and kingdoms, of social, philosophical, and political systems that we call Western civilization, the circle always greater which covers over an abyss at whose heart history collapses ever more speedily — all this accomplishes the plan of divine redemption. It is not the plan that Christ would have chosen for human beings if he had not respected their freedom, but the one they have chosen for themselves in rejecting him.

Dostoevsky’s art is literally prophetic. He is not prophetic in the sense of predicting the future, but in a truly biblical sense, for he untiringly denounces the fall of the people of God back into idolatry. He reveals the exile, the rupture, and the suffering that results from this idolatry. In a world where the love of Christ and the love of the neighbor form one love, the true touchstone is our relation to others. It is the Other whom one must love as oneself if one does not desire to idolize and hate the Other in the depths of the underground. It is no longer the golden calf, it is this Other who poses the risk of seducing humans in a world commiÆed to the Spirit, for beÆer or for worse.

Between the two forms of idolatry. the one aÆacked in the Old Testament and the other unmasked in the New, there are the same differences and the same analogical relation as between the rigidity of the law and universal Christian freedom. All the biblical words that describe the first idolatry describe analogously the second. This is certainly why the prophetic literature of the Old Testament has remained fresh and alive.

The Christianity that the Inquisitor describes is like the negative of a photograph — it shows everything in a reversed manner, just like the words of Satan in the account of the temptations. It has nothing to do with the metaphysical milk toast that a certain bourgeois piety holds up as a mirror to itself. Christ wanted to make humans into super-humans, but by means opposed to those of Promethean thought. So the arguments of the Grand Inquisitor are turned against him when one understands them as they are intended. It is just this that the pure Alyosha observes to his brother Ivan, the author and narrator of the Legend. “Everything that you say serves not to blame, but to praise Christ.”

Christ has been voluntarily deprived of all prestige and all power. He refuses to exercise the least pressure; he desires to be loved for himself. To reiterate, it is here the Inquisitor who speaks. What Christian would want to “refute” such statements? The Inquisitor sees all, knows all, understands all. He understands even the mute appeal of love but is incapable of responding to it. What to do in this case but to reaffirm the presence of this love? Such is the sense of the kiss that Christ gives, wordlessly, to the wretched old man. Alyosha, too, kisses his brother at the conclusion of his story and Ivan accuses him, laughingly, of plagiary.

The diabolical choice of the Inquisitor is nothing else than a reflection of the diabolical choice made by Ivan Karamazov. The four brothers are accomplices in the murder of their father, but the guiltiest of all is Ivan, for he is the one who inspires the act of murder. The bastard Smerdyakov is the double of Ivan, whom he admires and hates passionately. To kill the father in place of Ivan is to put into practice the audacious statements of this master of rebellion; it is to anticipate his most secret desires; it is to go even further on the road he himself designated. But a diabolical double is soon substituted beside Ivan for this double who is still human.

The hallucination of the double synthesizes, as we have seen, quite a series of subjective and objective phenomena belonging to underground existence. This hallucination, at once true and false, is notperceived until the phenomenon of doubling reaches a certain degree of intensity and gravity.

The hallucination of the devil that Ivan experiences may be explicated, at the phenomenal level, by a new aggravation of psychopathological troubles produced by pride; it embodies, on the religious level, the metaphysical overcoming of underground psychology. The more one approaches madness, the more one equally approaches the truth, and if one does not fall into the former, one must end up necessarily in the laÆer.

What is the traditional conception of the devil? This character is the father of lies; he is thus simultaneously true and false, illusory and real, fantastic and everyday. Outside of us when we believe him to be in us, he is in us when we believe him outside of us. Although he leads an existence useless and parasitic, he is morally and resolutely “Manichean.” He offers us a grimacing caricature of what is worst in us. He is at once both seducer and adversary. He does not cease to thwart the desires that he suggests and if, by chance, he satisfies them it is in order to deceive us.

It is superfluous to emphasize the relations between this devil and the Dostoevskyan double. The individuality of the devil, like that of the double, is not a point of departure, but an outcome. Just as the double is the origin of all doublings or divisions, the devil is the locus and the origin of all possessions and other demoniacal manifestations. The objective reading of the underground leads to demonology. And there is no reason to by astonished by that, for we are really always in this “kingdom of Satan” which is not able to maintain itself, for “it is divided against itself.”

Between the double and the devil there is not a relation of identity but a relation of analogy. One moves from the first to the second in the way in which one moves from the portrait to the caricature; the caricaturist relies on characteristic features and suppresses those that are not. The devil, parodist par excellence, is himself the fruit of parody. For an artist imitates himself, he simplifies, schematizes, makes himself starker in his own essence, in order finally to render ever more striking the meanings with which his work is permeated.

There is no break in continuity, no metaphysical leap between the double and the devil. One moves imperceptibly from one to the other, just as one passed imperceptibly from romantic doublings to the personified double. The process is essentially aesthetic. For Dostoevsky there is, as for most great artists, what could be called an “operational formalism,” from which, however, a formalist theory of art should not be deduced. Perhaps the distinction between form and content, which is always dialectical, is not truly legitimate except from the standpoint of the creative process. It is proper to define the artist by his quest for form, because by form as intermediary he accomplishes the penetration of reality, the knowledge of the world and himself. The form here literally precedes the meaning, and this is why it is bestowed as “pure” form.

In Dostoevsky the devil is thus called forth by an irresistible tendency to bring forth the structure of some fundamental obsessions which constitute the primary subject-maÆer of the work. The idea of the devil does not introduce any new element, but it organizes the old ones in a more coherent and meaningful manner. In fact, this idea is revealed as the only one capable of unifying all the phenomena observed. There is not a gratuitous intervention of the supernatural in the natural world. The devil is not represented to us as the cause of the phenomena. For example, he repeats all the ideas of Ivan, who recognizes in him a “projection” of his sick brain but who ends up, like Luther, by throwing an inkwell at his head.

Ivan’s devil is even more interesting to the extent that Dostoevsky’s realism is so scrupulous. Never, before The Brothers Karamazov, had the theme of the devil contaminated that of the double. Even in the “romantic” period we do not find in Dostoevsky those purely literary and decorative comparisons and connections to which the German writers devote themselves so readily. On the other hand, he had already thought about giving a satanic double to the persona of Stavrogin, but this double is already that of Ivan. It is particularly with Demons(more familiarly known as The Possessed in its first translation), one may recall, that the entire underground psychology appears to Dostoevsky as an inverted image of the Christian structure of reality, as precisely its double. If Dostoevsky temporarily withdrew from his idea, it was not because the novelist within him still held in check a fanaticism to which he gave free rein in The Brothers Karamazov. It is rather because he feared misunderstanding from the public. The interior demand and motivation were not yet mature enough to surmount this obstacle.

With The Brothers Karamazov all things are accomplished. The devil is totally objectified, expelled, exorcised; he must therefore figure in the work as the devil as such. Pure evil is disengaged, and its nothingness is revealed. It no longer causes fear, for separated from the being that it haunts, it seems even derisory and ridiculous, nothing more than a bad nightmare.

This impotence of the devil is not a gratuitous idea, but a truth inscribed on all the pages of the work. If the Inquisitor is able to express only what is good, this is because he goes further in evil than all his predecessors. There is almost no longer any difference between his reality and that of the elect. Indeed, it is with full knowledge that he chooses evil. Almost everything he says is true, but his conclusions are radically false. The last words he states are the pure and simple inversion of the words that end the New Testament in the Apocalypse: for the marana tha of the early Christians — “Come, O Lord” —he substitutes a diabolic “Don’t come back, don’t ever come back, ever!”

This evil that is at once the strongest and the feeblest is evil seized at its root, that is, evil revealedas pure choice. The pinnacle of diabolic lucidity is also extreme blindness. The Dostoevsky of The Brothers Karamazov is just as ambiguous as the romantic Dostoevsky, but the terms of ambiguity are no longer the same. In The Insulted and Injured the rhetoric of altruism, nobility, and devotion covers over pride, masochism, and hate. In The Brothers Karamazov it is pride that comes into the foreground. But the frenzied discourses of this pride allow us to catch a glimpse of a good that has nothing otherwise in common with romantic rhetoric.

Dostoevsky lets evil speak to bring it to the point where it refutes and condemns itself. The Inquisitor discloses his scorn for humanity and his appetite for domination that drives him to prostrate himself before Satan. But this self-refutation, the self-destruction of evil must not be uÆerly explicit for otherwise it would lose all its aesthetic and spiritual value. It would lose, in other words, its value as temptation. This art of which the Legend is the model could indeed be defined as the art of temptation. All the characters of the novel, or almost all, are tempters of Alyosha: his father, his brothers, and also Grushenka, the seductress, who gives money to the wicked monk Rakitin so that he will lead Alyosha to her. Father Zossima himself becomes, after his death, the object of a new temptation as the rapid decomposition of his corpse shocks the naive faith of the monastic community.

But the most terrible tempter is certainly Ivan when he presents the suffering of innocent children as a motif of metaphysical revolt. Alyosha is stunned and upset, but the tempter, once again, is powerless, for without knowing it he works even for the victory of the good, since he incites his brother to concern himself with the unfortunate liÆle Ilyusha and his friends. The same reasons that distance the rebel from Christ impel those open to love toward him. Alyosha well knows that the pain he experiences at the thought of the suffering children comes from Christ himself.

Between the temptations of Christ and the temptations of Alyosha there is an analogy that underlines the parallelism of the two kisses given to the two tempters. The Legend is presented as a series ofconcentric circles around the Gospel archetype: circle of the Legend, circle of Alyosha, and finally the circle of the readers themselves. The aft of the tempter-novelist consists in revealing, behind all human situations, the choices that they imply. The novelist is not the devil but his advocate, advocatus diaboli. He preaches the false in order to lead us to what is true. The task of the reader consists in recognizing, with Alyosha, that everything he has just read “is not for the blame but the praise of Christ.”

The Slavophil and reactionary friends of Dostoevsky did not recognize anything at all. No one, it seems, was really ready for an art so simple and so great. They expected of a Christian novelist some reassuring formulas, some simplistic distinctions between good and bad people, in a word, “religious” art in the ideological sense. The art of the later Dostoevsky is terribly ambiguous from the point of view of the sterile oppositions with which the world is filled because it is terribly clear from the spiritual point of view. Constantine Pobedonos9ev, the procurator of the Holy Synod, was the first to demand this “refutation,” whose absence continues to chagrin or elate so many contemporary critics. There is no need to be astonished if Dostoevsky himself ratifies, in a way, this superficial reading of his work by promising the demanded refutation. It is not the author but the reader who defines the objective meaning of the work. If the reader does not perceive that the strongest negation affirms, how would the writer know that this affirmation is really present in his text? If the reader does not perceive that rebellion and adoration finally converge, how would the writer know that this convergence is effectively realized? How could he analyze the art which he is in the process of living? How would he divine that it is the reader, not he, who is wrong? He knows the spirit in which he has wriÆen his work, but the results escape him, if one says to him that the effect sought is not visible, he can only bow. This is why Dostoevsky promises to refute the irrefutable without ever following through, and this for good reason.

The pages devoted to the death of Father Zossima are beautiful, but they do not have the force of genius found in the invectives of Ivan. The critics who try to bend Dostoevsky in the direction of atheism insist on the laborious character that Dostoevsky’s positive expression of the good always had. The observation is fair, but the conclusions usually drawn from it are not. Those who demand of Dostoevsky a “positive” art see in this art solely the adequate expression of Christian faith. But these are always people who conceive a lame idea either of art or of Christianity. The art of extreme negation is perhaps, to the contrary the only Christian art adapted to our time, the only art worthy of it. This art does not require listening to sermons, for our era cannot tolerate them. It lays aside traditional metaphysics, with which nobody, or almost nobody, can comply. Nor does it base itself on reassuring lies, but on consciousness of universal idolatry.

Direct assertion and affirmation is ineffective in contemporary art, for it necessarily invokes intolerable cha&er about Christian values. The Legend of the Grand Inquisitor escapes from shameful nihilism and the disgusting insipidity of values. The art that emerges in its entirety from the miserable and splendid existence of the writer seeks affirmation beyond negations. Dostoevsky does not claim to escape from the underground. To the contrary, he plunges into it so profoundly that his light comes to him from the other side. “It is not as a child that I believe in Christ and confess him. It is through the crucible of doubt that my Hosanna has passed.”

Voir encore:

L’auteur

Ancien élève de l’ENS (1984), docteur en philosophie (1994) habilité à diriger des recherches (2004) et docteur en science politique (2012), Christian Ferrié enseigne en classes préparatoires aux grandes écoles à Strasbourg. Il a consacré l’essentiel de son travail à la philosophie de langue allemande : deux livres sur l’herméneutique heideggerienne (1998 et 1999), des articles de philosophie politique sur Carl Schmitt et Hannah Arendt (2006-2010), deux ouvrages sur la politique kantienne à publier chez Payot (2015). Parallèlement à ces travaux, il a entrepris un travail de recherche sur l’anthropologie politique de Pierre Clastres qui l’a amené à rédiger un livre (à paraître) : Le mouvement inconscient du politique (essai d’ethno-psychanalyse à partir de Clastres). Dans ce contexte, il a déjà publié une contribution dans le Cahier Clastres (2011), lequel Cahier fait suite au colloque à l’Unesco qui avait été consacré en novembre 2009 à Pierre Clastres : « La dynamique inconsciente du mouvement politique », p.323-339 in Pierre Clastres, sous la dir. de M. Abensour et A. Kupiec, 2011, Sens&Tonka.


À Hélène Clastres

« Des Cannibales » : le titre de l’essai de Montaigne peut paraître paradoxal. L’intention est évidente : cette réflexion sur la barbarie humaine entend rejeter comme unilatérale la condamnation morale et religieuse des pratiques anthropophagiques du Nouveau Monde que les voyageurs et les chroniqueurs ont révélées, en ce XVIe siècle finissant, à une France déchirée par les guerres de religion [1]. Le procédé est tout aussi clair : il s’agit de relativiser le cannibalisme pratiqué en Amérique en le réinsérant dans l’ensemble culturel où il prend sens, tout en éclairant les pratiques de cette nation prétendument barbare par des comparaisons valorisantes à l’Antiquité. Pourtant, le titre de l’essai a ceci d’étrange qu’il semble réduire la nation en question à sa coutume anthropophagique : « cette nation » alliée des Français qui habitait la contrée où le vice-amiral Villegagnon a fondé la France Antarctique – c’est celle dont les relations de Thevet (1557 et 1575) et de Léry (1578) nous entretiennent – n’a pas chez Montaigne de nom propre ; leur cannibalisme en ferait essentiellement des cannibales. Le paradoxe est d’autant plus grand que Montaigne refuse la démarcation sémantique entre les mauvais Cannibales et les bons Amériques, celle même mise en place par la délimitation cartographique du Pays des Cannibales entreprise par Thevet en 1557 à partir du cap de Saint-Augustin [2] : par opposition aux Sauvages des Amériques, lesquels font de manière barbare mourir leurs ennemis pris en guerre en les mangeant (il s’agit des Tamoio de la région autour de Rio de Janeiro), André Thevet dénomme et dénonce ces « Canibales » qui mangent « ordinairement chair humaine » (il s’agit cette fois des Tupi de la région située entre Bahia et le Maranhão [3]). Mais la distance prise par Montaigne avec le cosmographe du Roi suffit à lever le paradoxe apparent du titre.

S’il le fallait, la lecture ethnologique de l’essai de Montaigne à laquelle nous invite sa description, ethnographique avant la lettre, des coutumes de ces « Cannibales » avère ce point. On peut même dire que cet essai annonce la « révolution copernicienne » que Pierre Clastres célèbre dans un article, Copernic et les Sauvages (1969), qui ne porte pas par hasard une citation des Essais de Montaigne en exergue [4]. La conversion du regard qui permet de briser le cercle herméneutique de l’ethnocentrisme – suivant en cela le chemin tracé par l’œuvre de Lévi-Strauss, laquelle a su prendre au sérieux la pensée sauvage –, cette conversion donc trouverait son inspiration dans le voyage de Montaigne au pays des Cannibales : si Jean de Léry écrit bien le bréviaire de l’ethnologue [5], c’est la fraîcheur du regard de Montaigne qui en assure le succès au XVIe siècle [6] et depuis lors. Il s’agirait de proposer une lecture ingénue de son essai, et ce en faisant abstraction de la mise en scène subtile et raffinée des références philosophiques et poétiques qui encadre la présentation par Montaigne des mœurs de cette nation cannibale du Brésil. Cela me semble justifié d’un double point de vue. Dégager les éléments ethnographiques du témoignage de Montaigne en faveur de l’humanité de ces Cannibales du Nouveau Monde ne serait-ce pas rendre justice aux Cannibales de Montaigne tout autant qu’à Montaigne lui-même ?

Les Cannibales sans Montaigne

Les Cannibales qui circulent en France à l’époque de Montaigne et dont parlent les chroniqueurs français du XVIe siècle sont des Tupi-Guarani. Avant la Conquista, ces tribus constituent une population de plusieurs millions : ce qui est un fait tout à fait exceptionnel pour une société primitive ou sauvage [7]. Les tribus tupi-guarani qui vivaient dans la forêt amazonienne et sur le littoral ont une place tout à fait singulière aussi bien d’un point de vue ethnographique que dans une perspective historico-politique : ce sont les Tamoio ou Tupinamba qui servent de modèle à la figure du Cannibale tout autant que du Bon Sauvage ; ce sont des groupes guarani qui, d’une part, frayent aux Espagnols la voie vers l’or inca et, d’autre part, vont être rassemblés dans les missions jésuites des XVIe et XVIIe siècles. L’association entre Tupi et Guarani dans le vocable Tupi-Guarani provient d’une très grande homogénéité culturelle entre ces tribus, remarquable tant au plan de la vie socio-économique qu’au niveau des pratiques rituelles, des croyances religieuses et de la structure des mythes [8]. Les différences culturelles entre ces tribus tupi et guarani sont donc relativement négligeables, en particulier par rapport au cannibalisme, dont le rituel a été observé principalement à partir des Tupi côtiers. Il existe cependant une différence : chez les Tupi, seul le meurtrier changeait de nom alors que, chez les Guarani, tous ceux qui avaient mangé un morceau du corps ou l’avaient touché (les enfants étaient invités à broyer son crâne à la hache et à tremper leurs mains dans son sang) devaient changer de nom [9]. C’est l’occupation du territoire qui semble ainsi constituer la plus grande différence entre Tupi et Guarani : les Guarani à l’intérieur du Paraguay et les Tupi sur la côte brésilienne [10]. Avant la Conquête, les Tupi et les Guarani partagent donc culture et langue, mais ils ne forment aucunement une seule et même nation. Il n’y avait pas plus d’unité politique entre les Tupi qu’entre les Guarani : en effet, les tribus tupi ou guarani se trouvaient bien plutôt dans un état de guerre permanente entre elles comme, par ailleurs, avec les tribus dont elles essayaient de conquérir le territoire suite à leurs propres migrations. C’est en fait le contexte de leur exo-cannibalisme guerrier. Leur pratique pourtant bien particulière de cannibalisme – la capture des hommes et non des femmes est une des « curieuses inversions » notées par Hélène Clastres [11] –, cette anthropophagie rituelle pourtant atypique est paradoxalement devenue avec le temps un classique du genre [12], et ce par l’entremise décisive de Montaigne.

Il y a encore un autre paradoxe, noté par Métraux [13] : le mythe du Bon Sauvage a été forgé en Europe, au sein du milieu calviniste, à partir de la figure idéalisée du Tupinamba anthropophage [14]. C’est que le contexte européen des guerres de religion qui préside à la réception théologico-politique des Tupi-Guarani est au moins aussi important que les stratégies d’alliance des Européens avec les tribus indiennes : les Français avec les Tupinamba, les Portugais avec les Tupininquin [15] et les Espagnols avec les Guarani. En fonction même de ces alliances, les Européens ont une image positive de leurs alliés tupi-guarani avec lesquels ils entretiennent un très bon contact : dans ces conditions, ils peuvent apprécier le commerce avec ces tribus, le soutien militaire des hommes contre leurs ennemis et la beauté des femmes dont ils font des épouses ou des maîtresses (ce qui, en outre, leur assure l’alliance militaire des chefs de famille) [16]. Tout autant de raisons de relativiser leur cannibalisme.

Ces données ethnographiques nous permettent d’aborder en connaissance de cause ethnologique l’essai de Montaigne, lequel pointe tout particulièrement les pratiques guerrières des Cannibales. Mais il est un autre point d’intérêt dont il est également question dans l’essai : c’est l’existence de prophètes chez les Tupinamba. Pour achever cette présentation liminaire des sociétés tupi-guarani, il faut évoquer le phénomène tout à fait singulier des migrations prophétiques, que Nimuendaju (1914) et Métraux (1927) ont étudiées avant que Lowie (1948) et Clastres (1974) n’en fournissent une interprétation. Ce sont ces mouvements prophétiques qui intéressent en premier lieu Pierre Clastres chez les Tupi-Guarani, et non pas leur anthropophagie rituelle. Lire Montaigne à la lumière de Clastres peut, dans ces conditions, paraître aussi téméraire que paradoxal. Risquons ingénument un tel décryptage.

Une lecture ingénue : Des Cannibales de Montaigne

Il s’agit d’éclairer l’évocation ethnographique des mœurs tupi par l’essai de Montaigne en partant du principe que la fiction littéraire construite par Montaigne rencontre la réalité ethnographique. Si l’on fait abstraction des multiples références à l’Ancien monde (et tout particulièrement à la littérature de l’Antiquité) dont Montaigne agrémente la démonstration de l’essai, on peut reconnaître deux moments d’intérêt d’un point de vue ethnographique : le compte rendu par Montaigne du témoignage d’un de ses domestiques quant aux mœurs de cette nation du Nouveau Monde qui pratique notamment le cannibalisme ; le dialogue direct avec trois d’entre eux, lequel porte sur la question du pouvoir socio-politique.

Avant même d’en faire état en deux temps, Montaigne présente le « veritable tesmoignage » d’un homme « simple et grossier », lequel avait « demeuré dix ou douze ans en cet autre monde », à l’endroit même de la France Antarctique de Villegagnon, comme étant d’autant plus authentique et fidèle qu’il a été confirmé par d’autres voyageurs que cet homme simple lui a présentés [17]. Il convient de collecter les informations que ce témoignage ingénu nous apporte, et ce afin de les recouper avec les connaissances ethnographiques qui sont par ailleurs disponibles. Dans un premier temps, les mœurs de cette nation sont présentées d’une double manière. Tout d’abord, il s’agit pour Montaigne de déconstruire l’ethnocentrisme du jugement de ces nations par l’Ancien monde : contredisant leur disqualification comme « barbare et sauvage », il défend cette nation, proche de la nature, contre l’anti-modèle de notre société, artificielle. Mais surtout, il lui faut ensuite faire état de leurs mœurs, et ce afin d’en avérer la simplicité. En fait, tout n’est pas aussi simple qu’il y paraît au premier abord.

Au plan de la civilisation matérielle, leurs « bastimens » sont considérables : une « grangée » de « cent pas de longueur » peut contenir deux à trois cent âmes et constituer un village [18]. Il convient d’apporter une précision ethnographique, laquelle montre un déplacement dans la description de Montaigne. La communauté primitive constitue un groupe local qui réside souvent dans une seule maison (maloca). Mais, chez les Tupi-Guarani, le village est constitué de plusieurs maloca [19] qui abritent en moyenne quatre cents personnes [20]. Par suite, le village étant capable d’abriter mille à trois mille habitants ne ressemble plus à une communauté primitive classique. C’est donc comme si Montaigne projetait sur les villages tupinamba « le modèle primitif habituel » dont ils s’étaient pourtant écartés [21]. C’est le premier déplacement qu’on peut noter, lequel converge avec un second déplacement. Ayant avancé l’idée qu’il n’existe aucune distinction politique parmi cette nation, « nul nom de magistrat, ny de superiorité politique » [22], Montaigne attribue à « quelqu’un des vieillards » la fonction de prêcher toute la grangée le matin [23], alors que ce rôle est traditionnellement dévolu au chef de tribu [24]. Ayant précisé que les gens de cette nation « croyent les ames eternelles », Montaigne affirme que ces prêches quotidiens iraient dans le même sens que les exhortations à la vertu des « prestres et prophetes », dont la « science éthique » se limiterait à deux articles : la résolution à la guerre, où il faut montrer son courage contre les ennemis, et l’affection ou l’amitié envers les femmes [25]. Suivant Léry, Montaigne fait état des grandes fêtes et assemblées solennelles de plusieurs villages qui ont lieu les rares fois où ces Caraïbes, qui demeurent dans les montagnes, en descendent pour se présenter au peuple [26] : leur tâche est de prédire à cette occasion l’issue de la guerre et leur destin de disparaître ou d’être mis à mort s’ils s’avèrent être des « faux prophètes [27] ».

Après un intermède cultivé sur la divination chez les Scythes, la transition est faite pour passer à la question de leurs « guerres contre les nations au delà de leurs montagnes » : armés d’arcs et d’épées de bois, ils vont nus au combat, combat qu’ils mènent sans jamais s’enfuir ni se laisser effrayer ; les guerriers victorieux ramènent comme trophées la tête de l’ennemi vaincu ainsi que des prisonniers, lesquels seront mis à mort et mangés au bout d’un certain temps. Montaigne rend fidèlement compte du rituel qui préside au repas anthropophagique, et ce malgré quelques imprécisions (indiquées entre parenthèses) et quelques inexactitudes de détail [que je m’autorise à corriger] : pendant leur séjour, qui peut effectivement être assez long (jusqu’à quelques années), les prisonniers sont bien traités (même si, lors de leur arrivée dans le village ennemi, ils sont insultés par des femmes et qu’ils le seront à nouveau de temps à autre à l’occasion de fêtes) ; lors de son exécution, le prisonnier est maintenu par une corde attachée [non par les bras, mais] au torse, laquelle corde est tenue par deux autres hommes [et non par le maître et son ami] pendant que son maître [seul] l’assomme d’un coup d’épée-massue ; ensuite, son corps mort est rôti [boucané en fait], puis mangé en commun après une répartition des lots (laquelle a été décidée en amont de la cérémonie) ; tout ce rituel (d’une durée de trois à cinq jours) a pour signification non de satisfaire la faim, mais de « representer une extreme vengeance [28] ». S’il suit fidèlement les chroniqueurs qui, tel Léry, insistent tout particulièrement sur ce dernier point, Montaigne a pour insigne mérite d’avoir parfaitement mis en scène le lien qui unit guerre et cannibalisme [29]. Cette compréhension (pré)ethnologique de la signification de l’anthropophagie guerrière permet à Montaigne de récuser sa condamnation ethnocentriste et, qui plus est, de fustiger le châtiment barbare qui peut être infligé aux cannibales du Nouveau Monde : être livrés à des chiens pour être dévorés vivants [30]. Après cette relativisation de la barbarie cannibale, il est longuement question du sens de leur pratique guerrière et de la signification que revêt dans ce contexte la vengeance anthropophagique.

Montaigne démarque leur manière de faire la guerre, « toute noble et genereuse », d’une guerre de « conqueste de nouvelles terres » et de pillage des « biens des vaincus » : « l’acquest du victorieux c’est la gloire, et l’avantage d’estre demeuré maistre en valeur et en vertu ». Pour étayer cette hypothèse sur le but de la guerre, il rend compte du traitement apparemment ambivalent des prisonniers : si, d’une part, ils sont laissés en liberté et peuvent jouir de toutes les commodités (dont une épouse), c’est pour leur rendre la vie d’autant plus chère et, ainsi, les attacher à la vie qu’on va leur prendre ; d’autre part, les prisonniers sont périodiquement entretenus de leur mort future, des tourments qu’ils vont souffrir et du « festin qui se fera à leurs despens », et ce afin de leur arracher la requête de n’être pas tués et mangés. On leur rend donc la vie agréable tout en leur peignant leur propre mort dans le seul objectif d’abattre leur vaillance :

Tout cela se fait pour cette seule fin d’arracher de leur bouche quelque parole molle ou rabaissée, ou de leur donner envie de s’en fuyr, pour gaigner cet avantage de les avoir espouvantez, et d’avoir faict force à leur constance. Car aussi, à le bien prendre, c’est en ce seul point que consiste la vraye victoire [31].

La véritable victoire et, donc, la vengeance suprême contre l’ennemi, ce serait de parvenir à affaiblir la fermeté d’âme et le courage du guerrier vaincu : c’est peine perdue, car « de vray, ils ne cessent jusques au dernier souspir de les braver et deffier de parole et de contenance ». C’est le sens de cette « chanson faicte par un prisonnier » que Montaigne évoque après avoir établi, à travers une incursion savante dans le monde gréco-romain, le sens de la noble guerre : acquérir l’honneur de la vertu guerrière, laquelle consisterait moins à battre qu’à combattre [32]. Le but de cette généreuse guerre ne serait donc ni la conquête territoriale, ni le pillage des biens, ni même la victoire : ce serait uniquement le gain de gloire. C’est comme si l’analyse de Montaigne rencontrait une forme primitive de guerre que les Tupi-Guarani, en fait, ne pratiquaient plus au moment de la Conquista. Car, pendant la période pré-colombienne, les tribus tupi-guarani ont mené de véritables guerres de conquête [33] qui, par exemple, ont permis aux Tupinamba de repousser les anciens occupants de la côte brésilienne dans les forêts : ceux qu’ils appellent les Tapuya [34]. Rien ne permet d’affirmer que, si la Conquista n’avait pas eu lieu, les Tupinamba s’en seraient tenus aux frontières entre provinces que les Européens ont pu constater au moment de leur arrivée : la séparation de la côte brésilienne en provinces est, en quelque sorte, un cliché de l’état du rapport de forces entre les tribus au moment de la Conquête. C’est donc comme si Montaigne avait projeté la pratique primitive de la guerre sur les Tupi-Guarani tout autant, d’ailleurs, que sur les Grecs et les Romains. Mais ce déplacement a permis à Montaigne d’entrevoir l’idéal-type de la guerre primitive, idéal-type que Pierre Clastres a forgé en s’appuyant sur les paroles des guerriers chulupi du Chaco [35] : le moteur de la guerre en sa forme primitive, c’est la quête insatiable de gloire [36]. C’est un des passages les plus captivants de l’œuvre de Clastres : le guerrier est condamné à mort par sa propre tribu qui le pousse à rechercher la gloire [37], et ce afin d’empêcher la logique mortifère de la guerre de l’emporter sur la logique de vie de la société primitive [38]. La vérité de la guerre primitive, ce serait la mort du guerrier en quête de gloire.

Il faut « revenir à nostre histoire » pour bien comprendre que le guerrier vaincu, fait prisonnier, ne perd pas pour autant son honneur. Afin d’attester leur « contenance gaye », Montaigne fait état de la constance des prisonniers, lesquels défient leurs maîtres, accusés de lâcheté et pressés de les exécuter, et vocifèrent même tout leur mépris « jusques au dernier souspir [39] ». Il évoque les gravures qui « peignent le prisonnier crachant au visage de ceux qui le tuent » en l’assommant, et ce juste après avoir restitué la chanson faite par le prisonnier, mais sans préciser la corrélation entre les deux événements. Il y en a pourtant une : cette « chanson guerrière » (comme Montaigne la dénomme par la suite) est, en effet, le discours que le prisonnier fait pendant le rituel de son exécution, et ce juste avant de mourir [40] ; pour que le rituel soit accompli, il est même tenu de le faire de façon à simuler le combat à mort qui, en quelque sorte, autorise sa mise à mort finale et le repas anthropophagique [41]. Sans transition autre que d’en faire un « tesmoignage de la vertu du mary » et de sa « reputation de vaillance », il est ensuite question de la polygynie, laquelle n’est plus chez les Tupi-Guarani l’apanage du chef ou du chaman, mais est partagée par les guerriers valeureux. Le prestige d’avoir capturé des ennemis se double ainsi du droit prestigieux d’avoir plusieurs femmes : à l’instar de leur groupe familial, ces dernières recherchent elles-mêmes les guerriers les meilleurs et donc les plus prestigieux [42]. Montaigne noterait donc, à juste titre, l’accord des femmes avec le dispositif polygamique de la société : « soigneuse de l’honneur de leurs maris […], elles cherchent et mettent leur sollicitude à avoir le plus de compaignes qu’elles peuvent [43] ». C’est pour montrer que ces femmes ne sont pas servilement dominées et abêties par « l’impression de l’authorité de leur ancienne coutume » (polygénique) qu’est invoquée une chanson amoureuse dont Montaigne restitue le premier couplet et refrain.

Il s’agirait d’illustrer une concorde raffinée entre des femmes qui seraient reliées entre elles par une corde de coton. Je risque une hypothèse, anti-poétique au possible : ce ne serait pas un homme amoureux, mais une femme qui s’adresserait à une couleuvre pour la prier d’arrêter son mouvement, et ce afin qu’elle puisse servir de modèle au cordon filé par sa sœur ; ce qui permettrait à cette femme de l’offrir à son amie ; cette corde pourrait être celle qui est mise autour du cou du prisonnier pendant toute la durée de son séjour ou bien le cordon qui servirait à sa mise à mort. Les Tupi ne tissaient pas, mais filaient et tressaient le coton pour en faire des cordons qui servaient à fabriquer les hamacs, lieux des accouplements, tout autant que la corde maintenant le prisonnier lors de sa mise à mort, la mussurana. C’est un terme tupi qui, à l’origine, désigne un serpent cannibale : insensible au venin des serpents venimeux, ce serpent non venimeux se laisse mordre par la vipère, puis l’enlace de ses volutes avant de s’emparer tout d’abord de sa tête et ensuite de l’engloutir complètement ; de même que « le mussurana-serpent attache avec son propre corps la victime au moment de la tuer », de même la corde-mussurana attache le prisonnier à mettre à mort [44]. Il n’y aurait « rien de barbarie dans cette imagination » mienne : une femme offre à une autre un riche cordon filé par sa sœur sur le modèle d’un serpent inoffensif pour l’être humain ; on peut même s’imaginer que cette autre femme est l’épouse transitoire du prisonnier ennemi. Il faut bien, en effet, que la mussurana soit filée par des femmes avant d’être nouée par des hommes : le prisonnier est alors immobilisé comme le serpent venimeux [45] ; l’épouse du captif sacrifié versait des larmes, puis consommait son époux [46] en suivant le modèle du serpent-mussurana. C’est une hypothèse qui ne peut être vérifiée, faute de disposer de la chanson tupi à laquelle Montaigne se réfère pour en affirmer le caractère anacréontique. Mais on peut en supputer plusieurs traits qui se tresseraient ici en une sorte de cordon directeur d’une interprétation polyphonique de la chanson : la métaphore filée par Montaigne, peut-être, parviendrait à relier la symbolique de la couleuvre à l’ouvrage artisanal et à la création poétique, et ce avec une discrétion anacréontique dont André Tournon a révélé la signification raffinée au possible [47]. Comme si la mélodie tupi, « retirant aux terminaisons Grecques », parvenait de la sorte à faire entendre sa composition symboliquement raffinée en contrepoint du chant poétiquement cultivé par Anacréon.

Discrètement, Montaigne passe du témoignage indirect sur les mœurs de cette nation du Nouveau Monde au dialogue direct avec trois d’entre eux sur la question du pouvoir socio-politique : c’est la rencontre mise en scène à Rouen. Il y a deux scènes dialoguées, lesquelles voient Montaigne passer du statut de spectateur à celui d’interlocuteur. C’est bien connu. L’ensemble est placé tout entier sous le signe de La Boétie, et ce d’entrée de jeu puisque Montaigne les juge « bien miserables de s’estre laissez piper au desir de la nouvelleté [48] ». Il faut s’imaginer la première scène : le jeune roi Charles IX leur parle « long temps » ; pourtant, ce n’est pas le long dialogue royal avec eux qui retient l’attention de Montaigne, mais bien les impressions négatives qu’ils ont de la France monarchique. Faussement inattentif, Montaigne a bien noté les réponses interrogatives qu’ils ont faites aux questions posées par « quelqu’un » d’inconnu qui pourrait figurer le fantôme de La Boétie. Car ce sont manifestement les subversives questions de la servitude volontaire face à la division socio-politique qui caractérise l’Ancien monde depuis la malencontre. Ainsi, Montaigne fait apparaître La Boétie en arrière-plan de ces « gens tout neufs » qu’évoque Le Contr’Un :

… si d’avanture il naissoit aujourdhuy quelques gens tout neufs, ni accoustumés a la subjection, ni affriandés a la liberté, et qu’ils ne sceussent que c’est ni de l’un ni de l’autre ni à grand peine des noms, si on leur présentoit ou d’estre serfs, ou vivre francs selon les loix desquelles ils ne s’accorderoient : il ne faut faire doute qu’ils n’aimassent trop mieulx obéir a la raison seulement, que servir a un homme [49]

Suivant l’allusion de son ami La Boétie, Montaigne ne peut qu’écouter ce que ces gens ont à dire de notre monde de servitude comme de leur monde de liberté. Le versant critique de la rencontre, la vision que les Tupi-Guarani donnent de l’ancien monde, précède dans l’essai le versant positif, l’exposition de leur pratique du pouvoir. C’est la seconde scène du dialogue qui voit Montaigne sortir de l’ombre pour devenir l’interlocuteur principal : à son tour, il parla « à l’un d’eux fort long temps », et ce grâce à la traduction d’un « truchement » qui fut cependant d’une trop grande bêtise pour suivre Montaigne. Tout semble donc défavorable à la compréhension mutuelle entre Montaigne et ce « Capitaine » que les matelots appelaient « Roy » : le truchement normand ayant séjourné au Brésil, cela vaut, par extension, de la difficile rencontre entre l’ancien et le nouveau monde sous les conditions de la Conquête. Malgré tout, l’écoute et l’entente semblent possibles : un dialogue authentique peut avoir lieu… du moins dans l’essai de Montaigne. Toute la mise en scène du dialogue direct de Montaigne avec le Capitaine vise ainsi à nous persuader de l’authenticité d’une fiction qui, en substance, rejoint la réalité. Pour répondre aux questions de Montaigne, le Capitaine avance trois éléments : « marcher le premier à la guerre » est l’avantage que lui apporte sa « superiorité » de chef ; en tant que chef de guerre il est suivi de quatre à cinq mille hommes (selon l’estimation de Montaigne) ; « hors la guerre, toute son autorité estoit expirée » à l’exception du fait qu’on lui fraye des sentiers où il peut passer à l’aise pour accéder aux villages [50]. Cette toute dernière précision pourrait être le fait d’une confusion entre chef et chaman [51]. Mais pour le reste, Montaigne rencontre bien la réalité ethnographique de la chefferie amérindienne, et ce à la faveur de quelques déplacements qu’il nous faut prendre soin d’analyser. Pour ce faire, laissons la clarification ethnologique prendre la relève du décryptage ingénu de ce que l’essai de Montaigne révèle d’évocation ethnographique.

Un éclairage ethnologique : la chefferie tupi

L’éclairage ethnologique n’a pas pour objectif d’infliger une rectification positiviste à la description ethnographique de Montaigne, mais bien d’en attester la justesse en cernant la réalité rencontrée par son essai. Tout atteste, en premier lieu, que l’interlocuteur de Montaigne est un chef de guerre : un capitaine donc (comme Montaigne l’avait bien compris), et peut-être bien un fils de roi plutôt qu’un roi (les matelots revenus du Brésil anticiperaient peut-être son statut à venir). Marcher le premier à la guerre : ce caractère a été relevé par Claude Lévi-Strauss, qui l’évoque dans Tristes tropiques (1955), en écho à sa thèse complémentaire sur les Nambikwara (1948) : la référence explicite à Montaigne conforte le constat ethnographique que « le chef marche en avant », en général et non seulement à la guerre [52]. Il y a là, de la part de Lévi-Strauss, une étrange indistinction entre le chef et le chef de guerre. Ce qui enlève en fait tout son mordant à la réponse faite à Montaigne : pour le chef de guerre, il s’agit de risquer sa vie en s’exposant en premier et, par le courage ainsi donné en exemple, d’inciter les autres à le suivre, alors que les mauvaises décisions du chef risquent tout au plus de provoquer une scission du groupe. Lorsqu’il donne l’exemple des Nambikwara étudiés par Lévi-Strauss (1944), Lowie (1948) néglige bizarrement de remarquer cette confusion entre chef et chef de guerre, et ce alors même qu’il entend avérer l’opposition entre l’influence d’un titular chief sans pouvoir de commandement et l’autorité du war leader :

… les Nambikwara illustrent la montée en puissance d’une chefferie relativement stable, comme celle décrite de manière suggestive par Lévi-Strauss […]. Ici émerge un chef titulaire avec une véritable influence, bien qu’encore dépourvu de pouvoir (not a ruler). Par contraste, le chef de guerre a une autorité éphémère mais absolue, comme cela a déjà été remarqué pour de nombreux groupes d’Amérique du Sud [53].

En règle générale, le chef de guerre n’est pas le chef tout court : le stratège et le chef n’ont pas les mêmes attributs et attributions. Selon Lowie, le chef en titre (titular chief), qui assume la direction du groupe en temps de paix (civil leadership), peut être défini, négativement, par son absence d’autorité coercitive et de pouvoir de commander les autres : positivement, il est un pacificateur caractérisé par sa générosité (obligation de munificence) et par ses dons oratoires [54]. C’est le point de départ de Pierre Clastres dans son texte inaugural sur la philosophie de la chefferie indienne (1962), texte qui fait tout logiquement référence à Lowie et Lévi-Strauss [55]. Selon Clastres, la chefferie indienne est instituée dans l’intention sociologique de figurer « l’impuissance de l’institution » d’un chef condamné à être contrôlé et contesté, si besoin est, par la société :

…le chef ne dispose d’aucune autorité, d’aucun moyen de coercition, d’aucun moyen de donner un ordre. Le chef n’est pas un commandant, les gens de la tribu n’ont aucun devoir d’obéissance. L’espace de la chefferie n’est pas le lieu du pouvoir, et la figure (bien mal nommée) du « chef » sauvage ne préfigure en rien celle d’un futur despote [56].

Clastres note que la guerre perturbe cette situation dans la mesure où le chef de guerre doit, lors d’une expédition guerrière, « exercer un minimum d’autorité », et ce en relation avec sa « compétence technique de guerrier [57] ». Pourtant, le chef de guerre ne commande pas à proprement parler. Ce qui reste vrai pour les Tupi côtiers, et ce alors même que des milliers de combattants étaient engagés sur le champ de bataille [58] : suivant Léry, Métraux précise ainsi qu’après avoir suivi le chef qui menait toujours la colonne, les Tupinamba combattaient sans obéir à aucun commandement [59] ; les plus vaillants à la pointe, ils marchaient au combat sans tenir « ni rang ni ordre », pendant que les femmes assuraient l’approvisionnement [60]. Selon Léry, même la mobilisation initiale des troupes n’était pas le fait du chef, mais bien plutôt une œuvre collective résultant de la décision prise par le Conseil des Anciens [61] : c’est la tribu qui décide de la guerre et c’est elle qui mène le combat. En temps de guerre, le chef de guerre dispose donc d’une force de commandement tout à fait relative et, « hors la guerre », il perd tout pouvoir : en temps de paix, il ne jouit en effet que du prestige d’un guerrier ayant tué et mis à mort beaucoup d’ennemis, prestige qui se marque et se remarque par l’accumulation des tatouages et des noms. Mais prestige n’est pas pouvoir : le chef de guerre ne peut pas faire le chef au sens où nous l’entendons, sauf à renverser le rapport de forces entre la tribu et le chef : s’appuyant sur l’exemple de Geronimo, qui s’y essaie, Clastres avance l’hypothèse que « ça ne marche jamais [62] ». Jusqu’à présent, tout paraît congruent à l’essai de Montaigne.

Il y a pourtant un élément dissonant, qui renvoie à l’état bien particulier de la société tupi à l’époque de la Conquête. Parmi les sociétés primitives, les Tupi-Guarani constituent en effet un cas tout à fait exceptionnel : c’est l’exemple singulier d’une montée en puissance des chefs (de guerre) au sein de la société sauvage, dont le célèbre Quoniambec est une illustration exemplaire. Tout en récusant le déterminisme démographique, Clastres a montré l’articulation entre la croissance démographique et la lente émergence du pouvoir politique par l’intermédiaire sociologique de la concentration de la population dans des unités socio-politiques de plusieurs milliers d’habitants :

…les Tupi-Guarani paraissent, à l’époque où l’Europe les découvre, s’écarter sensiblement du modèle primitif habituel […]. Sur ce fond d’expansion démographique et de concentration de la population se détache – fait également inhabituel dans l’Amérique des Sauvages, sinon dans celle des Empires – l’évidente tendance des chefferies à acquérir un pouvoir inconnu ailleurs [63].

En corrélation avec l’expansion démographique [64], l’expansion territoriale et politique, permise par des guerres de conquête [65], assure ainsi l’autorité de certains chefs sur plusieurs villages et même sur une province entière. La tendance centripète à l’unification [66], qui s’était tout d’abord déployée au niveau d’un village rassemblant plusieurs communautés, conduisait en effet les sociétés tupi-guarani à reproduire le même schéma au plan fédéral du rassemblement de plusieurs villages sous l’autorité d’un chef de province [67]. Lorsque les Européens arrivent, le système social était bien loin d’avoir, à ce niveau provincial, trouvé un état d’équilibre. Car cette dynamique politique créatrice de sortes de « royautés » (les guillemets de Clastres indiquent que le terme révèle la perception des chroniqueurs) constituait un processus conflictuel : « à s’étendre en effet, le champ d’application d’une autorité centrale suscite des conflits aigus avec les petits pouvoirs locaux » (par exemple, entre le « Roy » Quoniambec et ses « roytelets ») ; et ce comme si les chefferies locales résistaient à un processus historique qui, à terme, aurait abouti à l’exercice d’une « hégémonie politique » sur plusieurs communautés ou tribus voisines [68]. Constatant qu’il y a « une différence radicale, une différence de nature » (et non pas simplement de degré) entre le chef d’une centaine de guerriers et les grands leaders tupi-guarani menant au combat plusieurs milliers de guerriers [69], Clastres peut en conclure que « les chefs tupi-guarani n’étaient certes pas des despotes, mais ils n’étaient plus tout à fait des chefs sans pouvoir [70] ».

Cet état socio-politique tout à fait singulier des sociétés tupi-guarani permet de mettre en perspective plusieurs faits ethnographiques évoqués par Montaigne. Tout d’abord, l’existence de villages multi-communautaires éloigne les Tupi-Guarani de l’horizon d’une communauté primitive dont le village se limiterait à la dimension d’une grange (maloca). Ensuite, la polygynie n’est plus limitée aux chefs et chamanes, comme c’est en général le cas dans les communautés primitives. Chez les Tupi, elle s’étend aux guerriers valeureux : Montaigne note ce point juste après avoir rendu compte de la bravoure des prisonniers mis à mort, et ce comme s’il entrevoyait une corrélation entre leur glorieuse capture et la polygynie. C’est devenu un fait social chez les Tupi-Guarani : la société accorde désormais le droit d’avoir plusieurs épouses au guerrier prestigieux qui acquiert ce prestige (noms et tatouages) en faisant prisonnier des ennemis et en les exécutant. La guerre à l’origine du prestige entraîne donc la polygynie, et ce avec l’accord de la société : les femmes recherchent les meilleurs guerriers et un clan familial a tout intérêt à donner ses femmes à des hommes de prestige. Le lignage des chefs de guerre tend par suite à devenir socialement plus important que les autres : le grand guerrier a beaucoup de femmes, donc plus de richesses que les autres, plus d’esclaves (plus de prisonniers de guerre), plus d’enfants, une famille plus importante et plus puissante, plus de gendres, etc. Il a donc davantage d’influence sur son groupe local et, éventuellement, sur d’autres groupes locaux. Ce système de la conjonction guerre-polygynie-pouvoir conduit à une différenciation socio-politique. Clastres signale ainsi qu’au sein d’autres sociétés amérindiennes déjà fortement engagées dans un processus de stratification sociale, la polygynie cesse d’être le privilège du chef pour devenir un attribut des guerriers, lesquels réduisent en esclavage les tribus voisines et s’approprient leurs femmes comme épouses secondaires [71].

La montée en puissance des chefferies et la constitution d’armées imposantes seraient le signe qu’à l’époque de la Conquête, les Tupi étaient confrontés à un processus de transformation profonde de leur société [72] que Clastres finit par mettre en rapport avec l’intensification de leur pratique guerrière et la mutation corollaire du sens même de la guerre : le cas des Tupi l’amène ainsi à envisager « la guerre de conquête dans les sociétés primitives comme amorce possible d’un changement de la structure politique [73] ». Ce qu’il appelle par ailleurs l’emballement de la machine guerrière transformerait la guerre primitive en une guerre de conquête : c’est ce qu’avèreraient la conquête précolombienne de la côte brésilienne par les Tupi [74] tout autant que les guerres incessantes entre tribus à l’époque coloniale. Dans La Terre sans mal (1975), Hélène Clastres rappelle, à la suite de Métraux, qu’avant l’arrivée des Blancs, les Tupi-Guarani sont devenues des « sociétés de conquérants » qui mènent des « guerres de conquête [75] », de sorte que des provinces intertribales se sont constituées sur le fondement d’une répartition politique nouvelle entre tribus amies et ennemies : chez les Tupi, le chef de province a autorité sur les chefs de villages alliés qui, assistés désormais d’un Conseil des Anciens, ont autorité sur les chefs des maisons collectives. Ce qui est donc en gestation, c’est l’« évolution politique » et sociale vers une organisation pyramidale de sociétés qui sont devenues conquérantes en corrélation avec leur explosion démographique.

C’est un phénomène décisif qui marque une sorte de perversion de la fonction politique de la guerre primitive. En effet, les guerres de conquête n’obéissent plus à la logique centrifuge de séparation entre les communautés primitives, mais à la logique inverse de l’unification centripète d’un territoire sous la domination d’une tribu et de ses chefs. Habituellement, les communautés se divisent en cas d’expansion [76], et ce grâce à la scission qui peut, au bout de quelques générations, mener à la guerre en raison d’un renversement d’alliances : les anciens beaux-frères deviennent des ennemis. Scission interne et guerre émanent donc de la même force centrifuge. Clastres reconstruit ainsi l’idéal-type de la guerre qui correspond à l’état de la communauté primitive : la guerre de scission [77], c’est la politique extérieure de la communauté primitive [78]. La fonction politique des guerres de scission, c’est d’empêcher la fusion entre les communautés primitives [79] : il s’agit de maintenir l’Autre à l’extérieur du territoire [80], et ce de manière à prévenir la concentration sociale dans des structures multi-communautaires et l’émergence corollaire de chefferies puissantes. De ce point de vue, le glissement fonctionnel d’un raid guerrier qui devient aussi une entreprise de pillage paraît constituer une perversion économique de la guerre, mais il s’agit encore et toujours pour le guerrier de montrer sa bravoure et d’acquérir de la gloire, et non pas de conquérir des territoires ou de s’approprier des biens [81]. La capture des femmes est un des buts inhérents à la guerre de ce type : « on attaque les ennemis pour s’emparer de leurs femmes », et ce de manière à éviter tout échange [82]. Mais, chez les Tupi-Guarani, il y a un phénomène tout à fait singulier : le but avancé n’est plus la prise des femmes, mais bien plutôt la capture des hommes dont on fait, pendant un temps, des beaux-frères avant de les mettre à mort et de les dévorer [83]. L’inféodation de la guerre à la logique de l’anthropophagie rituelle est un signe que quelque chose de bien particulier s’est passé, dont le prophétisme tupi-guarani pourrait bien s’avérer être le symptôme principal. J’ai déjà évoqué ce point : c’est ce phénomène des migrations prophétiques qui explique l’intérêt de Clastres pour les Tupi-Guarani, et non pas le cannibalisme. Sans dénier la dimension religieuse de ces mouvements que Métraux a mise en avant, Hélène et Pierre Clastres en proposent une lecture socio-politique [84] qui en dégage la « signification politique en son essence » :

…ce prophétisme […] traduisait, sur le plan religieux, une crise profonde de la société, et cette crise elle-même était certainement liée à la lente, mais sûre, émergence de puissantes chefferies. En d’autres termes, la société tupi-guarani en tant que société primitive, en tant que société sans État, voyait surgir de son sein cette chose absolument nouvelle : un pouvoir politique séparé qui, comme tel, menaçait de disloquer l’antique ordre social et de transformer radicalement les relations entre les hommes. On ne saurait comprendre l’apparition des karai, des prophètes, sans l’articuler à cette autre apparition, celle des grands mburuvicha, des chefs. Et la facilité, la ferveur avec laquelle les Indiens répondaient à l’appel des premiers révèlent bien la profondeur du désarroi où les plongeait l’inquiétante figure des chefs : les prophètes ne prêchaient nullement dans le désert [85].

Le prophétisme est le symptôme, de forme et d’apparence religieuse, de la maladie d’un corps social qui souffre de la lente institution d’un pouvoir politique séparé [86]. Mais, en déclarant la mort de la société, devenue mauvaise, ces karai mettent le corps social dans un état critique d’auto-destruction déclarée : le « désir de rupture avec le mal » provoque une « subversion totale de l’ordre ancien » (établi parmi les humains) qui détruit, entre autres, la loi fondamentale de la société humaine (la prohibition de l’inceste) et cette volonté de subversion « allait jusqu’au désir de mort, jusqu’au suicide collectif [87] ». Il s’agit donc de détruire la société mauvaise en mettant fin à tout ce qui caractérise la société en général (la parenté, le travail, etc.) : ainsi, la destruction des lignages devenus inégaux passe par l’abolition de la parenté, la destruction du pouvoir croissant des chefs passe par l’abandon du village comme lieu de la concentration de pouvoir et de population, la destruction de l’accumulation passe par l’abolition du travail, etc. Contrairement à ce qu’a cru Montaigne à la suite de Thevet et de Léry, les karai qui circulent impunément entre les tribus en guerre ne sont pas de même statut que les chamans (ou page), ces guérisseurs affiliés aux villages qui pouvaient prédire l’issue de la guerre [88] : car ces prophètes préconisent non la guerre et l’affection des femmes, mais l’abolition de l’interdit de l’inceste [89]. Or, la circulation des prophètes entre les tribus ennemies indique le mouvement d’abolition de la guerre qu’accomplit effectivement la migration prophétique, et ce comme si la destruction de l’inégalité naissante devait passer par l’abolition de la guerre à l’origine de l’inégalité. Par sa transversalité de nomade traversant tous les groupes, amis ou ennemis, ce transcommunautaire est un ferment d’union qui tendait à supprimer la différence entre les communautés et à abolir la guerre entre les groupes ennemis. En abolissant la guerre comme machine principale pour permettre la dispersion et pour éviter la division sociale, le prophète se révèle, paradoxalement, être un artisan de l’Un et de l’unification [90]. Ce n’est pas le seul effet collatéral de la migration prophétique : l’obéissance aux injonctions subversives des prophètes reviendrait à mettre fin à l’exo-cannibalisme guerrier, même si les karai – à ce qu’il semble – ne le disent pas plus qu’ils ne reconnaissent explicitement dans l’anthropophagie rituelle une composante de la société mauvaise qu’il s’agit de fuir.

Le coup de massue final : interprétations clastriennes du cannibalisme tupi

Il serait temps, à la lumière de ces analyses clastriennes, de risquer une interprétation de l’exo-cannibalisme guerrier des Tupi-Guarani. Comme l’a reconnu Montaigne à la suite des chroniqueurs, la vengeance est le motif manifeste et revendiqué de ce cannibalisme raffiné à l’extrême. Tout semble indiquer que les Tupinamba redoublent de cruauté pour perfectionner la vengeance. Thevet et Léry avancent qu’ils engraissaient les prisonniers à sacrifier [91]. Suivant ce même Léry, Montaigne leur rétorque qu’il s’agit bien plutôt d’affaiblir leur courage [92]. Mais n’y aurait-il pas une forme assez cruelle de perversion à intégrer tout d’abord les captifs à la communauté et à les bien traiter pour mieux leur faire ressentir leur mauvais sort ?

Avant même d’entrer dans le village des vainqueurs, le guerrier vaincu est rasé par son maître, de sorte qu’il ait, au moins extérieurement, l’air d’être un Tupinamba (sourcils rasés, front tonsuré et épilé, paré de des plus beaux ornements de plumes) [93]. L’intégration apparente du captif dans la communauté de ses ennemis semble accomplie par le fait d’un double don qui lui est fait : tous les objets ayant appartenu à un guerrier défunt, dont le prisonnier doit au préalable renouveler la tombe, lui sont donnés ainsi qu’une épouse qui va véritablement le choyer [94]. L’ennemi devient un beau-frère, et ce conformément au double sens du terme tupi tovaja dont Hélène Clastres fait état dans un article décisif sur le cannibalisme tupi au titre significatif : Les beaux-frères ennemis (1972) [95]. Mais l’intégration, provisoire, reste tout à fait ambivalente. Si le captif est bien traité en général et s’il jouit d’une liberté certaine, le fait est que certains signes trahissent son statut de prisonnier, symbolisé par la petite corde attachée à son cou : il lui faut travailler pour son maître, il doit pénétrer dans la maloca par la porte, il est maltraité et subit des humiliations pendant certaines fêtes, etc. [96] Ce traitement ne fait que reproduire l’accueil ambivalent qui lui est fait à son arrivée dans le village : d’une part, le prisonnier entravé est exposé aux coups et autres insultes des femmes ; par contre, de l’autre côté, masculin, il y a ensuite un « dialogue de reconnaissance » entre maîtres et esclaves, qui précède d’ailleurs l’attribution des lots de chair [97]. C’est donc une intégration feinte, dont la fonction est ambiguë : tout en maintenant la distance et en marquant la différence, il s’agit de lui faire – pendant un certain temps, indéfini – une place qu’il a perdue dans sa propre communauté (s’il s’avisait de s’enfuir pour y chercher refuge, il y serait mis à mort par les siens à cause de sa lâcheté [98]) ; il est cependant destiné à être sacrifié, comme il le lui est rappelé à l’occasion de fêtes pendant lesquelles chacun désigne sur son corps les morceaux convoités [99].

Les cérémonies qui président à l’exécution rituelle du captif durent plusieurs jours [100]. Ce rituel commence par mettre fin à l’intégration du captif dans la communauté de ses ennemis en accomplissant un rite de ségrégation [101] qui revient à une véritable dés-intégration : ce processus de s’achèvera par l’incorporation du corps de l’ennemi rituellement sacrifié. Hélène Clastres repère deux grands actes qui ont pour fonction de rendre le prisonnier à sa réalité d’ennemi : le meurtre final, mais également le simulacre de sa capture [102], symbolique, qui initie le rituel préliminaireà son exécution. C’est une sorte de répétition du combat qui a présidé à la capture du prisonnier : après avoir été fictivement délivré, il est maîtrisé par les guerriers parés pour le combat ; il est ensuite encordé par la mussurana ; dès le premier jour et pendant les nuits suivantes, des femmes entonnent des chansons hostiles aux ennemis et dépeignent au prisonnier le sort qui l’attend ; celui-ci séjournera et devra passer ses dernières nuits non plus dans la maison commune, mais dans une hutte individuelle qui, à cette occasion, a été construite sur la place centrale ; à plusieurs reprises, le captif a l’occasion d’assouvir sa propre hostilité par des paroles de vengeance et également par des actes, puisque son épouse le pourvoit en projectiles de divers types qu’il peut jeter sur l’assemblée ; toujours sous la surveillance de vieilles femmes qui chantent, il passe la dernière nuit avec son épouse, qui le quitte en pleurant le matin de son exécution ; lors de la cérémonie d’exécution, le meurtrier apparaît de manière solennelle et échange avec le prisonnier des paroles de vengeance ; entravé par la mussurana tenue par deux guerriers, le captif peut et doit essayer de se défendre et même de s’emparer de l’épée-massue qui va finalement l’assommer ; après qu’il a été tué, sa veuve prononce son éloge comme c’est coutumier pour tout défunt ; le corps est ensuite préparé pour être intégralement consommé par l’ensemble de la communauté, à l’exception du meurtrier qui doit vomir et jeûner, entre autres règles de précautions à prendre pour se protéger contre la vengeance de l’esprit du mort. Tout est ainsi fait pour simuler la lutte à mort avec un guerrier ennemi sur le champ de bataille : « ce n’est pas une victime passive qu’on veut immoler, c’est un ennemi […] qu’on veut tuer au combat [103] ». En effet, il s’agit de tuer un ennemi courageux et de le manger à la suite du combat, comme c’est le cas sur le champ de bataille : car les Tupinamba avaient pour coutume de manger sur place les ennemis tués [104] et également de ramener des morceaux de chair boucanés afin de partager leur repas anthropophagique avec l’ensemble de la communauté [105]. Aucune cérémonie n’est nécessaire en ce cas, car le guerrier ennemi a été tué dans les règles de l’art martial, conformément à ce que les Européens appellent le droit de guerre. Dans le cas, en revanche, où le prisonnier de guerre est mis à mort, un rituel est nécessaire afin de faire passer le meurtre pour un acte de guerre et également de protéger le meurtrier contre la vengeance de l’esprit du mort [106].

Manifestement, l’ensemble du rituel obéit à une logique de répétition, laquelle vise à remettre les protagonistes dans les conditions d’une guerre où l’on ne fait pas de quartier : simulation du combat sur le champ de bataille, puis de la lutte à mort ; dissimulation donc du meurtre rituel qui est présenté comme une mort au combat ; répétition du repas anthropophagique sur le champ de bataille ; simulation d’un rite funéraire qui rend hommage au défunt. Mais cette ritualisation du meurtre sacrificiel donne lieu à une étrange inversion : l’épouse semble pleurer son époux défunt comme s’il s’agissait d’un guerrier tué au combat par l’ennemi et, donc, comme si le prisonnier exécuté était l’époux antérieurement perdu à la guerre. L’un pourrait bien être en effet le substitut de l’autre, et ce dans des conditions que la culture tupi permettrait de déterminer : les veuves des guerriers tués à la guerre ne pouvaient se remarier qu’à condition que l’époux soit au préalable vengé ; on leur faisait épouser un ennemi captif pour compenser la perte de leur défunt mari [107] ; pendant tout le temps du séjour, l’épouse pouvait jouir de ce mari de substitution qu’elle aimait et choyait comme son propre mari (au point même de pouvoir l’aider à fuir) [108] ; la vengeance était accomplie lors de l’exécution, laquelle donnait à l’épouse l’occasion de prendre définitivement congé de son époux mort au combat et mangé par l’ennemi ; ce qui l’autorisait à prendre un nouveau mari dans la communauté sans que l’esprit du mari tué et dorénavant vengé puisse lui en faire reproche. Dans le cas où s’il s’agissait de la veuve d’un guerrier tué à la guerre, il y avait donc là, probablement, une forme de substitution symbolique, laquelle aurait pu assumer une fonction thérapeutique pour la veuve éplorée : le guerrier ennemi prendrait la place du guerrier occis afin de « réparer » sa propre faute et d’ainsi « payer sa dette » par son sacrifice ritualisé [109] ; la répétition aurait une vertu réparatrice pour la veuve qui pourrait revivre activement le traumatisme subi et le dépasser. Ce serait l’idéal-type d’un processus de compensation réparatrice du deuil subi par la veuve et par l’ensemble de la communauté : avant d’entrer dans le village, le captif renouvelle la tombe du mari défunt ; on lui donne les effets personnels de ce guerrier ainsi que sa femme ; il se substitue à l’époux pendant tout le temps de son séjour ; il est pleuré comme l’époux tué sur le champ de bataille ; comme ce mari l’avait été par l’ennemi sur le champ de bataille, le captif sacrifié est mangé par l’épouse. Par contraste avec l’attachement manifesté par l’épouse du prisonnier, la fonction assumée par les (vieilles) femmes tout au long de sa captivité, et ce depuis l’accueil initial du guerrier vaincu jusqu’à son exécution finale en passant par les fêtes intermédiaires, consiste au contraire à marquer l’indépassable hostilité du groupe envers l’ennemi. Cette dernière ambivalence participe du système d’ambivalences qui caractérise le rapport du groupe à l’ennemi captif. La distribution des rôles entre hommes et femmes n’est en effet qu’un aspect d’un dispositif parfaitement réglé qui, comme l’explique Hélène Clastres, implique « une étonnante mise en scène où les rôles ne sont pas seuls distribués par avance, mais réglés également les dialogues, danses et chœurs de femmes, décors, mouvements dans l’espace [110]… ».

Il faut noter ce point décisif. L’ensemble du rituel anthropophagique et, en particulier, la participation active du captif à sacrifier présuppose l’accord culturel entre tous les protagonistes qui sont « gens de même langue et de mêmes mœurs ». L’unité de culture et de langue entre les groupes ennemis est la condition pour que cette mise à mort ritualisée assure une mort honorable à un guerrier valeureux. Tout le rituel perdrait tout sens si le prisonnier s’avérait incapable de jouer le jeu. Thevet rapporte ainsi le cas d’un Portugais que son maître fit mourir à coups de flèches après lui avoir déclaré son mépris : « tu ne mérites pas que l’on te fasse mourir honorablement comme les autres et en bonne compagnie [111] ». L’apparition d’Européens qui ne montrent aucun courage à mourir ne peut que perturber ainsi le fonctionnement même du rituel anthropophagique. Ce qui montre a contrario que la pratique de l’anthropophagie rituelle des Tupi-Guarani serait dépourvue de toute valeur symbolique en dehors de ce cadre culturel qui lui donne tout son sens : il s’agit de mettre à mort et de manger non pas un être humain en général, mais à vrai dire des ennemis bien identifiés qui ont au préalable eux-mêmes mis à mort et mangé des membres de la communauté. Montaigne pourrait bien avoir montré une admirable intuition de la symbolique culturelle qui préside à cet échange de bons procédés entre ennemis anthropophages :

J’ay une chanson faite par un prisonnier, où il y a ce traict : qu’ils viennent hardiment trétous et s’assemblent pour disner de lui : car ils mangeront quant et quant leurs peres et leurs ayeux, qui ont servy d’aliment et de nourriture à son corps. Ces muscles, dit-il, cette cher et ces veines, ce sont les vostres, pauvres fols que vous estes ; vous ne recognoissez pas que la substance des membres de vos ancestres s’y tient encore : savourez les bien, vous y trouverez le goust de votre chair [112].

Montaigne semble savourer la provocation littéraire d’un prisonnier au menu dont la chanson prendrait un malin plaisir à évoquer la saveur culinaire du corps des ennemis. Par ce savoureux assaisonnement, l’essayiste paraît forcer le trait des paroles de captif restituées par les chroniqueurs Thevet [113] et Léry [114]. Certes, mais cette invention littéraire manifeste un sens raffiné de l’altérité culturelle de ces nations du Nouveau Monde. Car c’est un fait ethnologique : les Tupi-Guarani se mangent entre eux. Comme le cannibalisme s’insérait dans le contexte culturel de rites funéraires, Florestan Fernandes (1952) a suggéré en ce sens que les Indiens cherchaient moins à s’incorporer les qualités du guerrier mis à mort qu’à s’approprier la substance du parent qu’il avait dévoré et qu’il s’agissait de venger en lui rendant un dernier hommage [115]. S’appuyant sur la suggestion de Montaigne, Hélène Clastres peut avancer une hypothèse étonnante : apparent, l’exo-cannibalisme tupi pourrait dissimuler une forme d’« endo-cannibalisme étrangement contourné » qui amènerait, « en mangeant les ennemis, à manger en réalité les parents et alliés dont ceux-là s’étaient nourris [116] ». L’anthropophagie rituelle permettrait à la communauté de réincorporer ses propres membres désintégrés par la consommation cannibale des ennemis. Risquons une ultime hypothèse pour comprendre la logique paradoxale de ce contournement raffiné de l’endo-cannibalisme…

Ce que dissimule l’exo-cannibalisme guerrier, ce serait la parenté entre les tribus tupi-guarani en guerre fratricide. Car ce que cultive la guerre, c’est la scission entre ces nations qui ne furent, à l’origine, qu’une seule et même tribu. Les Tupi partagent cette logique de la guerre de scission avec toutes les sociétés primitives. Mais, dans leur cas, il s’agirait de maintenir la séparation entre les tribus de manière d’autant plus brutale qu’un processus d’intégration confédératrice est en cours : le moyen violent d’entretenir la scission polémique entre les tribus tupi, ce serait de cultiver la vengeance à l’extrême en laissant s’emballer la machine de guerre. Il y aurait là comme une sorte de politique inconsciente, laquelle aurait pour stratégie d’empêcher violemment la fusion entre les tribus tupi-guarani en entretenant le cycle de la vindicte. Reste que cette stratégie polémique provoque une intensification de la pratique guerrière qui a des effets ambivalents. Certes, la séparation est bien marquée par ces guerres fratricides et perpétuelles : au plan conscient, il s’agit de se venger et non pas d’exterminer la tribu ennemi. Mais l’emballement de la machine de guerre transforme la nature même de la guerre : la logique de la vengeance pousse à la conquête de territoires ennemis et à l’absorption des tribus ennemies. Comme si la stratégie de la guerre de conquête rejoignait en fin de compte la logique de l’anthropophagie rituelle : s’incorporer l’ennemi en l’intégrant comme un alter ego. Il y aurait là comme une énigme qui relèverait du destin d’une pulsion inconsciente.

Notes

[1Les Essais, livre I, chapitre xxxi, « Des Cannibales »,éd. Pierre Villey (1924/1930), rééd. ss la dir. de V.-L. Saulnier (1965), PUF-Quadrige, 1992, p. 202-214 : « il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’en a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage » (p. 205).

[2Ce qui permettrait de mettre en place une distinction de principe entre cannibalisme et androphagie ou anthropophagie : voir Frank Lestringant, Le Cannibale. Grandeur et décadence, Perrin, 1994, chapitre 4, p. 90-96 (démarcation géographique par Thevet entre le Brésil et le pays des Cannibales) vs p. 100 (le refus sémantique de Montaigne d’entériner cette distinction). Lestringant montre que cette distinction est pourtant celle, présupposée par le siècle de Montaigne, entre le cannibalisme d’horreur, qui répond à la satisfaction de la nécessité naturelle de se nourrir, et le cannibalisme d’honneur ou de fureur, lequel s’inscrit dans la logique de la vengeance et de la passion (voir en particulier la mise en place de cette opposition au chapitre 7). Voir, à ce propos, l’entretien de Pierre Clastres avec le journal Veja, « Cannibales et anthropophages » (31 janvier 1973), p. 123-128, in Pierre Clastres, Sens&Tonka, sous la direction de Miguel Abensour et Anne Kupiec, 2011. Clastres y distingue en principe l’anthropophagie pratiquée dans les sociétés primitives, qu’elle prenne une forme endo-cannibale (chez certains Guayaki) ou exo-cannibale (chez les Tupi-Guarani), du cannibalisme comme moyen exceptionnel de survie (comme lors de l’accident d’un avion qui s’est écrasé dans les Andes le 13 octobre 1972, événement qui amène les survivants à se nourrir de la chair des corps des victimes de la catastrophe aérienne).

[3Les Singularitez de la France Antarctique (1557), chap. xl vs chap. lxi : p. 232 (réédition par F. Lestringant dans Le Brésil d’André Thevet, 1997, éd. Chandeigne).

[4P. Clastres, « Copernic et les sauvages » (1969) in La société contre l’État (chapitre 1), p. 23 et p. 7. Soit la citation de Montaigne qui se trouve de facto au début de La société contre l’État : « On disoit à Socrates que quelqu’un ne s’estoit aucunement amendé en son voyage : Je croy bien, dit-il, il s’estoit emporté avecques soy » (Essais, I, xxxix, p. 239).

[5C. Lévi-Strauss, Tristes tropiques (1955), Plon, Terre humaine/poche, 1972, p. 87.

[6« Entretien avec Claude Lévi-Strauss Sur Jean de Léry », in Jean de Léry, Histoire d’un voyage faict en la Terre du Brésil (1578), texte établi, présenté et annoté par Frank Lestringant à partir de la seconde édition (1580), Librairie Générale Française, 1994, Livre de poche, p. 11.

[7P. Clastres, « Éléments de démographie amérindienne » (1973) in La société contre l’État (chapitre 4), p. 69-70.

[8P. Clastres, « Mythes et rites des Indiens d’Amérique du Sud », in Recherches…,p. 61.

[9A. Métraux, « The Guarani », p. 88 in tome III du Handbook of South American Indians (1948) ; Métraux fait référence à Montoya (1892, p. 51).

[10P. Clastres, « Mythes et rites des Indiens d’Amérique du Sud » : III. Le monde tupi-guarani, in Recherches… : « Ces populations occupaient un très vaste territoire : au Sud, les Guarani s’étendaient du fleuve Paraguay à l’Ouest jusqu’au littoral atlantique à l’Est ; quant au Tupi, ils peuplaient ce même littoral jusqu’à l’embouchure de l’Amazone au Nord et s’enfonçaient dans l’arrière-pays sur une profondeur imprécise. C’est au nombre de plusieurs millions que se comptaient les Indiens […]. Fait notable chez ces Indiens : leur densité démographique était nettement plus élevée que celle des populations voisines et les communautés pouvaient rassembler jusqu’à deux mille individus ou plus » (p. 92-93).

[11H. Clastres, « Les beaux-frères ennemis. À propos du cannibalisme tupinamba », in Destins du cannibalisme, Nouvelle Revue de Psychanalyse, n° 6, automne 1972, Gallimard, p. 81.

[12Ce rituel, entre-temps bien connu, a en effet donné lieu à maintes descriptions : Staden (II, 28 ; cf. I, 21-25 – préliminaires -, 36 et 43), Thevet (chap. xi des Singularités), Léry (chap. xv de l’Histoire), etc. La description la plus complète et précise reste celle de Métraux qui, dans sa thèse complémentaire de 1928, compare et synthétise les témoignages des chroniqueurs (Léry, Thevet, Staden, Cardim, Souza, Yves d’Évreux, Claude d’Abbeville, etc.) : voir le chapitre II (p. 45-78) de son ouvrage sur les Religions et magies indiennes d’Amérique du Sud, Gallimard, 1967.

[13Voir la présentation liminaire par Métraux (1967) de son chapitre sur « L’anthropologie rituelle des Tupinamba », p. 45.

[14Frank Lestringant, Le Huguenot et le Sauvage, Droz [1990], 2004 (3e éd. revue et augmentée), p. 409. Dans cet ouvrage, F. Lestringant retrace l’histoire qui unit le Huguenot et le Sauvage dans l’imaginaire européen : leur identification est fonction de la dénonciation de la « tyrannie » espagnole, laquelle consisterait à faire la guerre aux Indiens en rentrant à l’intérieur du pays, et ce contrairement au modèle portugais et français qui préconise de faire du commerce avec eux en restant sur le littoral (p. 392). L’exo-cannibalisme rituel des Tupi n’est pas pour autant nié : en effet, il est bien plutôt comparé, à son avantage, au cannibalisme des nations chrétiennes d’Europe qui s’entredévorent lors d’une boucherie anthropophage (p. 372-375). L’image idéalisée (p. 409) de l’ » Indien imaginaire » (p. 373), menacé d’évanescence par abstraction, s’accomplit pour part par une sorte de « tupinambisation » discrète (des Indiens d’Amérique du Nord) qu’on peut observer dans « Des coches » de Montaigne, chapitre vi du livre III publié en 1588 (p. 381). Dans Le Cannibale (1994), F. Lestringant présente de manière remarquablement synthétique l’arrière-plan théologique de la querelle du cannibalisme, à savoir la polémique entre catholiques et protestants à propos de l’interprétation de la Cène de transsubstantiation ou de consubstantiation, c’est-à-dire de la signification littérale ou symbolique de l’eucharistie (voir la seconde partie de l’ouvrage et, en particulier, les chapitres 6-7).

[15Voir la topographie des tribus de la côte brésilienne sur la carte proposé en ligne http://pt.wikipedia.org/wiki/Ficheiro:Map_of_indigenous_peoples_of_Brazil_(16th_C.).jpg. L’article de Wikipedia en anglais sur les Indigenous peoples of Brazil reprend peu ou prou la description par Métraux de l’occupation de la côte brésilienne par les Tupinamba (pris au sens général de Tupi côtiers) : Alfred Métraux, « The Tupinamba », p. 96 in tome III du Handbook of South American Indians (1948), éd. par Julian H. Steward, Bulletin 143 du Bureau of American Ethnology.

[16A. Métraux, « The Guarani », p. 69-94, ibid., p. 77. Cette remarque vaut tout autant pour les colonisateurs du littoral (en relation avec les Tupi) que pour les Conquistadores de l’intérieur du Brésil (en relation avec les Guarani).

[17Montaigne, « Des Cannibales », p. 205 vs p. 203.

[18Ibid., p. 207-208.

[19Les gravures de Hans Staden montrent à chaque fois quatre maloca : voir liv. II, chap. 4 et liv. I, chap. 22-23, 29-30 & 34.

[20P. Clastres, « Éléments de démographie amérindienne » (1973) in La société contre l’État (chapitre 4), p. 76.

[21P. Clastres,chapitre éponyme (1974) de La société contre l’État,p. 182.

[22Montaigne, « Des Cannibales », p. 206.

[23Ibid., p. 207-208.

[24P. Clastres,« Le devoir de parole » (1973) in La société contre l’État (chapitre 7), p. 133-136.

[25Montaigne, « Des Cannibales », p. 206.

[26Léry, Histoire d’un voyage faict en la Terre du Brésil (1578), p. 396-409 (2de éd. de 1580 publié par Lestringant en 1994 dans le Livre de poche).

[27Il y a là une confusion entre prêtres et prophètes : voir la mise au point très synthétique de Pierre Clastres sur la différence entre les paje, des chamans auxquels est dévolue la fonction ordinaire de guérir, et les karai, ces prophètes tupi-guarani qui initient des mouvements tout à fait exceptionnels (dont Montaigne ne parle pas plus que Thevet ou Léry) : « Mythes et rites des Indiens d’Amérique du Sud » : III. Le monde tupi-guarani, in Recherches…, p. 94. Voir également Hélène Clastres, La terre sans mal, Seuil, 1975, p. 48-55.

[28Montaigne, « Des Cannibales », p. 209.

[29Alfred Métraux présente toujours le cannibalisme en corrélation avec la guerre : voir notamment « Warfare, cannibalism, and human trophies », p. 383-409 in tome V du Handbook of South American Indians (1948).

[30Françoise Mari, « Les Indiens entre Sodome et les Scythes », in Histoire, économie et société, 1986, 5e année, n° 1, p. 20. D’après Fernandez de Oviedo (1535) – dont la traduction française par Poleur en 1555 semble être une des sources de Montaigne –, Pedrarias Davila aurait, en 1528, fait dévorer par ses chiens des Indiens pour les châtier d’avoir eux-mêmes dévoré quatre Espagnols de la région de la ville de León (Historia general y natural de las Indias, liv. xlii, chap. xi, p. 419, éd. Juan Pérez de Tudela Bueso, Madrid, B.A.E., 1959).

[31Montaigne, « Des Cannibales », p. 210.

[32Ibid., p. 211-212.

[33Hélène Clastres, La Terre sans mal, Seuil, 1975, p. 70.

[34Alfred Métraux, « The Tupinamba », p. 97 in tome III du Handbook of South American Indians (1948).

[35C’est l’étude de terrain de la culture guerrière des Chulupi par Clastres (juin-octobre 1966 et juin-septembre 1968) qui donne toute sa consistance ethnographique à la description clastrienne du « Malheur du guerrier sauvage » (1977), rééditéedans les Recherches… (p. 209-248) : « je dois à ces Indiens – d’une lucidité surprenante quant au statut du guerrier dans leur propre communauté – d’avoir entr’aperçu les traits qui composent, pleine d’orgueil, la figure du Guerrier ; d’avoir su repérer les lignes du mouvement nécessaire que décrit la vie guerrière ; enfin d’avoir compris (car ils me le dirent : ils le savaient) quelle est la destinée du guerrier sauvage » (p. 216-217).

[36« …il lui faut à chaque instant recommencer, car chaque exploit accompli est à la fois source de prestige et mise en question de ce prestige. Le guerrier est par essence condamné à la fuite en avant. La gloire conquise ne se suffit jamais à soi-même, elle demande à être sans cesse prouvée, et tout exploit réalisé en appelle aussitôt un autre » (p. 229 in Recherches…).

[37« …il se trouve piégé sans remède dans sa propre vocation, prisonnier de son désir de gloire qui le conduit tout droit à la mort. Il y a échange entre la société et le guerrier : le prestige contre l’exploit. Mais dans ce face à face, c’est la société qui, maîtresse des règles du jeu, a le dernier mot : car l’ultime échange, c’est celui de la gloire éternelle contre l’éternité de la mort. D’avance, le guerrier est condamné à mort par la société » (p. 239 in Recherches…).

[38Ibid., p. 240-242. Certaines formulations de Clastres, à mon sens, autorisent à cet endroit à décrypter l’œuvre de la pulsion de mort : voir C. Ferrié, « La dynamique inconsciente du mouvement politique », in Pierre Clastres, 2011, p. 326-327.

[39Montaigne, « Des Cannibales », p. 210.

[40Jean de Léry, Histoire d’un voyage faict en la Terre du Brésil (1578), chap. xv, p. 356 (éd. par F. Lestringant en 1994). Voir également Hans Staden (II, chap. 28, p. 210 ; cf. I, chap. 43, p. 143). Hans Staden, Wahrhaftige Historia und beschreibung eyner Landschaft der Wilden Nacketen, Grimmigen Menschfresser-Leuthen in der neuen Welt America gelegen (Marburg, 1557). Cette Histoire véritable et description d’un pays de Sauvages nus, féroces anthropophages, situé dans le Nouveau Monde Amérique est actuellement traduite en français dans plusieurs éditions, souvent sous le titre raccourci et un peu trompeur de Nus, féroces, anthropophages : c’est, par exemple, celle de Henri Ternaux Compans chez Métaillé (1979), à laquelle se réfère la pagination française que je donne.

[41Hélène Clastres, « Les beaux-frères ennemis. À propos du cannibalisme tupinamba » in Destins du cannibalisme (1972), p. 79-80.

[42Alfred Métraux, « The Tupinamba », p. 112 vs p. 116 in tome III du Handbook of South American Indians (1948).

[43Montaigne, « Des Cannibales », p. 213.

[44E. Luja, « Les serpents venimeux du Brésil », Bulletin de la Société nationale des Naturalistes Luxembourgeois, 1947, n° 52, p. 8-13 ; v. p. 12-13 (http://snl.lu/publications/bulletin/SNL_1947_052_008_013.pdf).

[45Dans la version de Cardim (Tratados da terra, p. 184-186), un des Anciens fait avec la corde deux nœuds très compliqués dès le premier jour du rituel anthropophagique (p. 55) ; le quatrième jour, les cordes enroulées sont portées par une troupe de nymphes pendant qu’une maîtresse de cérémonie entonne une chanson reprise par les autres femmes : les hommes attachent alors la corde au cou du prisonnier et cette femme lui est attachée par le bras (p. 58), en particulier pendant sa dernière nuit (p. 59). Voir Alfred Métraux, « L’anthropologie rituelle des Tupinamba », chapitre II de Religions et magies indiennes d’Amérique du Sud (1967), p. 55-59.

[46Ibid., p. 65.

[47L’analyse extrêmement fine d’André Tournon éclaire le jugement poétique que Montaigne porte sur la valeur anacréontique de la Chanson de la couleuvre. C’est cette interprétation très suggestive qui m’a incité à rechercher du côté de la culture tupi une sorte d’Anacréon à jamais disparu, le poète inconnu en somme, ou bien plutôt une Sapho et ses sœurs, ces poétesses à jamais méconnues qui auraient filé la chanson polyphonique entendue par Montaigne. Inspirée par une note d’Hélène Clastres (1972) sur le terme mussurana, lequel désigne la corde de coton tout autant qu’un serpent ophiophage, en quelque sorte cannibale (p. 77), mon interprétation de la partition tupi cherche à découvrir un accord mineur qui ferait écho à l’accord majeur de la partition grecque. Non pas qu’il faille, pour l’entendre, s’imaginer un instrument qui soit capable de jouer cette impossible mesure : au lieu de désencorder les fils du cordon directeur de la mélodie, cet instrument imaginaire, forcément désaccordé, ne pourrait produire qu’une dissonance. Accordé à cette improbable possibilité, l’humanisme décentré de Montaigne permettrait, au contraire, de prêter une oreille attentive à la tonalité propre de chacune de ces deux musicalités qu’un gouffre océanique sépare à tout jamais. Et Montaigne d’en percevoir la consonance… comme s’il y avait une sorte d’accord secret, d’une discrétion anacréontique presque imperceptible, entre deux registres culturels dont on ne sait plus, entre la poésie grecque d’un Anacréon reconnu et celle de la chanson tupi d’une Sapho inconnue, lequel donnerait le ton !

[48Montaigne, « Des Cannibales », p. 213.

[49La Boétie, Le discours de la servitude volontaire, ss la dir. de Miguel Abensour, Payot, 1976, p. 146 (Petite Bibliothèque Payot, 1993/2002). C’est à l’initiative de Miguel Abensour que nous devons la redécouverte de ce texte inaugural de La Boétie tout autant que sa relecture par Pierre Clastres (p. 247-267) et Claude Lefort (p. 269-335). Pierre Clastres cite ce passage du Discours de La Boétie dans « Liberté, Malencontre, Innommable » (1976), p. 264et p. 124, rééd. in Recherches d’anthropologie politique (1980).

[50Montaigne, « Des Cannibales », p. 214.

[51Dans Religions et magies indiennes d’Amérique du Sud (1967), Alfred Métraux cite un texte de Nobrega qui irait en ce sens : « Quand un chaman de renom leur rendait visite, les Indiens, en signe de respect, nettoyaient devant lui le sentier qu’il allait fouler » (p. 18).

[52Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques (1955), p. 367 et La vie familiale et sociale des Indiens Nambikwara (Société des Américanistes, Paris, 1948) : « le chef marche en avant » (p. 86), comme l’avait remarqué Montaigne (note 1). C’est dans la section sur le Commandement (et non pas sur Guerre et commerce) que Lévi-Strauss restitue cette formule usuelle, laquelle ne vaut pas spécifiquement pour la guerre, mais en général pour toutes les décisions du chef (se mettre en route, s’arrêter, etc.).

[53Robert Harry Lowie, Some Aspects of Political Organization among the American Aborigines (Huxley Memorial Lecture for 1948, ed. in The Journal of the Royal Anthropological Institute, 78, n° 1-2, 1948), p. 262-290 in Lowie’s selected Papers, édité par Cora Du Bois, University of California Press, 1960, p. 280.

[54Ibid., p. 270-277.

[55P. Clastres, « Échange et pouvoir : philosophie de la chefferie indienne » (1962) in La société contre l’État (chapitre 2), p. 27-28.

[56Chapitre éponyme (1974) de La société contre l’État, p. 175.

[57Ibid., p. 177.

[58« Éléments de démographie amérindienne » (1973) in La société contre l’État (chapitre 4), p. 77.

[59A. Métraux, « The Tupinamba » in tome III du Handbook of South American Indians (1948), p. 119.

[60Jean de Léry, Histoire d’un voyage faict en la Terre du Brésil (1578), p. 343.

[61Ibid., p. 337-338.

[62Chapitre éponyme (1974) de La société contre l’État, p. 176-180.

[63P. Clastres, chapitre éponyme de La société contre l’État (1974), p. 181-182.

[64« Éléments de démographie amérindienne » (1973) in La société contre l’État (chapitre 4), p. 70.

[65« Entretien avec Clastres »,p. 25-26 (Cahier Clastres, 2011). Confer « Éléments de démographie amérindienne » (1973) in La société contre l’État (chapitre 4), p. 77-78.

[66« Archéologie de la violence : la guerre dans les sociétés primitives »(1977) :« Tel est le cas, absolument exemplaire, des Tupi-Guarani d’Amérique du Sud, dont la société était travaillée, au moment de la découverte du Nouveau Monde, par des forces centripètes, par une logique de l’unification » (note 1 p. 205 in Recherches…).

[67Pierre Clastres explique ainsi que « la tendance à constituer des ensembles sociaux plus vastes que dans le reste du continent » s’accompagne d’une « tendance à construire un modèle de l’autorité qui dépassait largement le cadre du seul village » au point de former, par exemple « chez les Tupinamba de véritables fédérations groupant dix à vingt villages. Les Tupi, et particulièrement ceux de la côte brésilienne, révèlent donc une tendance très nette vers la constitution de systèmes politiques larges, à chefferies puissantes » (p. 64-66) : voir « Indépendance et exogamie » (1963) in La société contre l’État (chapitre 3).

[68Ibid., p. 65-66.

[69« Éléments de démographie amérindienne » (1973) in La société contre l’État (chapitre 4), p. 86.

[70Ibid., p. 182.

[71P. Clastres, « Échange et pouvoir : philosophie de la chefferie indienne » (1962), in La société contre l’État (chapitre 2), p. 31.

[72P. Clastres,chapitre éponyme de La société contre l’État (1974), p. 182-183.

[73Note éditoriale de Libre, adjointe à la fin du « Malheur du guerrier sauvage » (1977)in Recherches…,p. 247.

[74Alfred Métraux, La civilisation matérielle des Tupi-Guarani (1928), p. 290-293 et p. 310-311. Voir également « The Tupinamba », in tome III du Handbook of South American Indians (1948), p. 97-98. Au moment de la Conquête, les Tupinamba avaient conquis depuis peu de temps le littoral (de l’Amazone au Rio del Plata), d’où ils avaient chassé les Tapuya, lesquels s’étaient réfugiés dans les forêts d’où ils menaient des guerres contre leurs envahisseurs.

[75H. Clastres, La terre sans mal (1975), p. 68-71.

[76P. Clastres, « Archéologie de la violence : la guerre dans les sociétés primitives » (1977) : « En Amérique du Sud, lorsque la taille démographique d’un groupe dépasse le seuil jugé optimum par la société, une partie des gens s’en va fonder plus loin un autre village » (note 1 p. 204 in Recherches…).

[77« Entretien avec Clastres »,p. 25 in Pierre Clastres (2011).

[78« Archéologie de la violence : la guerre dans les sociétés primitives »(1977) in Recherches…, p. 195.

[79Ibid., p. 201-204.

[80Ibid., p. 190-193.

[81« Malheur du guerrier sauvage » (1977) in Recherches…, p. 226.

[82« Archéologie de la violence : la guerre dans les sociétés primitives »(1977) in Recherches…, p. 199.

[83H. Clastres, « Les beaux-frères ennemis. À propos du cannibalisme tupinamba » in Destins du cannibalisme (1972), p. 81.

[84H. Clastres, La terre sans mal (1975), p. 72.

[85P. Clastres, Le Grand Parler, Seuil, 1974, p. 9.

[86P. Clastres, « Mythes et rites des Indiens d’Amérique du Sud » : III. Le monde tupi-guarani, in Recherches…, p. 94 vs p. 97-98.

[87Ibid., p. 98-99.

[88Ibid., p. 94-95.

[89M. Nobrega, Informação das terras do Brasil (1549) : « Lhes diz […] as filhas que as dêm a quem quizerem » (p. 92-93 in Revista do Instituto Historico Geographico Brasileiro, t. VI, n° 21, 1844).

[90L’expression « artisan de l’Un et de l’unification » apparaît pratiquement dans toutes les versions des notes d’auditeurs du Cours de 1976-77 qu’Hélène Clastres m’a généreusement permis de consulter. Cette formulation précise la fin elliptique du chapitre éponyme (1974) de La société contre l’État (p. 185-186).

[91André Thevet, Singularitez (1557), chap. xli, p. 160 (1997) et Jean de Léry, Histoire (1578), chapitre xv, p. 354-355.

[92Montaigne, « Des Cannibales », p. 210-211.

[93A. Métraux, « L’anthropologie rituelle des Tupinamba » in Religions et magies indiennes d’Amérique du Sud (1967), p. 47.

[94Ibid., p. 48-49.

[95H. Clastres, « Les beaux-frères ennemis. A propos du cannibalisme tupinamba » in Destins du cannibalisme (1972), p. 73 et p. 77.

[96Ibid., p. 75 ; cf. A. Métraux (1967), p. 50.

[97Ibid., p. 73-74 ; cf. A. Métraux (1967), p. 48-49.

[98Ibid., p. 76-77 ; cf. A. Métraux (1967), p. 52.

[99Ibid., p. 75 ; cf. A. Métraux (1967), p. 50.

[100A. Métraux (1967), p. 53-66 (Cérémonies préliminaires à l’exécution du prisonnier). Pour la description du rituel, je suis Métraux en puisant, en outre, quelques détails dans sa thèse complémentaire de 1928 (p. 137-157) et en m’inspirant très largement de l’analyse d’Hélène Clastres (1972).

[101F. Fernandes, « la guerre et le sacrifice humain chez les Tupinamba », in Journal de la société des Américanistes, tome 41 n°1, 1952, p. 139.

[102H. Clastres, « Les beaux-frères ennemis. À propos du cannibalisme tupinamba » (1972), p. 77.

[103Ibid., p. 80.

[104Ibid., p. 82 ; cf. A. Métraux (1967), p. 46.

[105André Thevet, Singularitez (1557), chap. xli, p. 158 (1997).

[106A. Métraux (1967), p. 73-78.

[107Thevet, Cosmographie (1575) : « …si les freres, enfans, ou autres de la parenté dudit deffunct, de qui le sepulchre a esté renouvellé, ont esté occis en guerre, leurs femmes ne peuvent se joindre en secondes nopces, que premierement leur mary occis n’ait esté vengé par le massacre d’un de leurs ennemis. Si tost donc que un prisonnier est ainsi equippé, quelquefois on luy donne les femmes de celuy qui aura esté occis, à fin qu’il s’en serve : Et elles les ayant pour associez, disent qu’elles sont recompensees de la deffaite de leurs premiers maris » (p. 194). Voir également l’Histoire… de deux voyages (inédit) : « à cette occasion baille on aux vefves le prisonnier pour recompenser la perte de leur defunct mary, jusques à ce que le jour soit venu de le tuer, et manger en vengeance de leur mary […]. Et cela leur oste de detresse et ennuy… » (p. 283). Les deux citations font référence au choix de textes d’André Thevet édité par S. Lussagnet : Les Français en Amérique. Le Brésil et les Brésiliens, PUF, Paris, 1953 ; cité par Métraux (1967), p. 49 et déjà en appendice de sa thèse complémentaire (1928), p. 247. Florestan Fernandes cite ces mêmes textes dans la conclusion de sa thèse de 1952 (A função social da guerra na sociedade tupinamba), laquelle conclusion a été traduite en français par S. Lussagnet : « la guerre et le sacrifice humain chez les Tupinamba », p. 202 in Journal de la société des Américanistes, tome 41 n° 1, 1952.

[108A. Métraux (1967), p. 51.

[109C’est le sens du concept tupi-guarani de vengeance : il s’agit de payer une dette. Dans le Tesoro de la lengua guarani (1639, Madrid), Antonio Ruíz de Montoya traduit ainsi le terme tepi tout d’abord par paga (paye, salaire), puis par vengança (p. 382).

[110Ibid., p. 72.

[111André Thevet, Singularitez (1557), chap. xli, p. 166 (1997).

[112Montaigne, « Des Cannibales », p. 212.

[113André Thevet, Les Singularitez de la France Antarctique (1557), chapitre xl : « Les Margageas nos amis sont gens de bien, forts et puissants en guerre, ils ont pris et mangé grand nombre de nos ennemis, aussi me mangeront-ils [nos ennemis les Tupinamba] quelque jour, quand il leur plaira ; mais de moi, j’ai tué et mangé des parents et amis de celui qui me tient prisonnier… » (p. 161).

[114Jean de Léry, Histoire d’un voyage faict en la Terre du Brésil (1578), chapitre xiv : « avec la contenance de mesme, se tournant de costé et d’autre, il dira à l’un, J’ay mangé de ton pere, à l’autre, J’ay assommé et boucané tes freres : bref, adjoustera-il, J’ai en general tant mangé d’hommes et de femmes, voire des enfants de vous autres » (p. 356) et « N’es-tu pas de la nation nommée Margajas, qui nous est ennemie ? et n’as-tu pas toy-même tué et mangé de nos parents et amis ? Lui plus asseuré que jamais respond en son langage (car les Margajas et les Toupinenquins s’entendent) : Ouy, je suis tres fort et en ay assommé et mangé plusieurs » (p. 357).

[115A. Métraux, « L’anthropologie rituelle des Tupinamba » in Religions et magies indiennes d’Amérique du Sud (1967), p. 70. Parlant de « pures spéculations qu’aucun document ne vient étayer », Métraux reste en 1967 réservé à l’endroit de ce travail de doctorat de Florestan Fernandes (A função social da guerra na sociedade tupinamba, São Paulo, 1952), dont il a fait traduire la conclusion par S. Lussagnet, et ce avant même sa publication au Brésil en 1952, et qu’il a même fait publier par la Société des Américanistes : « La guerre et le sacrifice humain chez les Tupinamba », p. 139-220 in Journal de la société des Américanistes, tome 41 n° 1, 1952. Mettant en avant les rites funéraires de séparation (p. 156), Fernandes interprète la guerre primitive pratiquée par les Tupinamba comme un phénomène purement religieux (p. 185) dont l’enjeu est la récupération mystique des « énergies » du parent mort (p. 192-195).

[116H. Clastres, « Les beaux-frères ennemis. À propos du cannibalisme tupinamba » (1972), p. 82.


Pour citer l’article:

Christian FERRIÉ, « Les cannibales de Montaigne à la lumière ethnologique de Clastres » in Rouen 1562. Montaigne et les Cannibales, Actes du colloque organisé à l’Université de Rouen en octobre 2012 par Jean-Claude Arnould (CÉRÉdI) et Emmanuel Faye (ÉRIAC).
(c) Publications numériques du CÉRÉdI, « Actes de colloques et journées d’étude (ISSN 1775-4054) », n° 8, 2013.

URL: http://ceredi.labos.univ-rouen.fr/public/?les-cannibales-de-montaigne-a-la.html

Pour en finir avec la repentance coloniale
Le passé colonial revisité
Hérodote

Daniel Lefeuvre (1951-2013), professeur à l’Université Paris-8 (Saint-Denis), bouscule les idées reçues, les mystifications et les erreurs qui polluent notre réflexion sur le passé colonial de la France.
Depuis le début du XXIe siècle monte en France un débat autour du passé colonial avec une question très actuelle : les jeunes Français issus des anciennes colonies (Antilles, Afrique du nord, Afrique noire) doivent-ils se considérer comme des victimes de ce passé ?

Daniel Lefeuvre y a répondu avec un essai court mais solidement argumenté : Pour en finir avec la repentance coloniale.

Il démonte avec les bons vieux outils de l’historien (analyse critique des sources et des chiffres, contexte, comparaisons historiques…), les contrevérités, les trucages et les billevesées des anticolonialistes de salon qu’il appelle les « Repentants ».

Le résultat a de quoi surprendre :
– La conquête de l’Algérie et des autres colonies ? Des guerres ni plus ni moins cruelles que les guerres européennes,
– Le bilan économique de la colonisation ? Une perte nette pour la métropole et un transfert de richesses au profit des colonies très supérieur à l’actuelle aide au développement,
– Les immigrants des anciennes colonies dans la société française ? Une intégration beaucoup plus aisée que ne le fut celle des immigrants d’origine européenne (Italiens, Polonais…) !

La démonstration de Daniel Lefeuvre nous invite à réfléchir sur notre passé et sur… les motivations plus ou moins conscientes des « Repentants » dans leur volonté de victimiser les enfants de l’immigration.

Anachronisme
Le premier péché des Repentants, selon l’historien, est l’anachronisme : il consiste à juger les événements du passé selon notre propre grille de valeurs, indépendamment du contexte. « Comment ne pas s’inquiéter des dangers dont cette conception de l’Histoire est porteuse ? » note Daniel Lefeuvre.

« Falsifier l’histoire, c’est tromper les citoyens, c’est fausser leur jugement », dit-il en prenant pour exemple la conquête de l’Algérie, dans laquelle certains, dont le président algérien Bouteflika, voient rien moins que le prélude des chambres à gaz !

Daniel Lefeuvre rappelle la triviale réalité : après la prise d’Alger en 1830, les Français se cantonnent sur le littoral et concluent des traités avec les chefs de l’intérieur. Mais la guerre sainte lancée par Abd el-Kader en 1839 les entraîne dans une longue et difficile conquête.

L’historien en évoque les aspects sombres. Il rappelle ce que furent très précisément les « enfumades ». Il réévalue aussi les pertes des deux côtés en écornant au passage certaines évaluations fantaisistes.

Plus important encore, il rappelle, preuves à l’appui, que les horreurs de la guerre d’Algérie (comme des autres guerres coloniales) n’avaient hélas rien d’exceptionnel. Le mépris de l’ennemi était au moins aussi grand dans les troupes républicaines qui combattaient les Vendéens en 1793 ou dans les armées de Napoléon engagées en Espagne en 1808…

Les guerres coloniales n’anticipent en rien la Shoah. Elles reflètent les moeurs de leur époque et c’est déjà bien assez.

Exploitation
Je ne m’attarderai pas sur les chapitres que Daniel Lefeuvre consacre à l’économie coloniale.

Malgré la propagande distillée par les partis colonistes de la fin du XIXe siècle à l’Exposition coloniale de 1931, les colonies se révèlent un gouffre économique, commercial et financier et il n’y a guère que quelques affairistes liés aux lobbies coloniaux pour en tirer profit.

A la suite de l’historien Jacques Marseille (Empire colonial et capitalisme français. Histoire d’un divorce), Daniel Lefeuvre montre que les colonies n’ont rien apporté à l’économie française et ont plutôt bridé son dynamisme. Tout juste ont-elles permis l’enrichissement de quelques sociétés et affairistes protégés par le gouvernement.

La principale exportationde l’Algérie était le vin, concurrent des vins métropolitains, déjà en surproduction. L’Afrique noire n’arrivait à exporter tant bien que mal qu’un peu de coton et de denrées tropicales, à des coûts bien plus élevés que sur les marchés mondiaux. Même le phosphate du Maroc coûtait plus cher à la France que celui disponible ailleurs.

Retenons le mot d’un économiste belge du XIXe siècle, Gustave de Molinari : « De toutes les entreprises de l’État, la colonisation est celle qui coûte le plus cher et qui rapporte le moins ».

Stigmatisation
Daniel Lefeuvre réévalue la perception des indigènes par les colons. Que n’a-t-on écrit là-dessus ces dernières années, en redécouvrant les « zoos humains » d’il y a 100 ans, ces cirques où l’on venait se repaître de la vue des « sauvages » !

« Sauvages ? » Parlons-en. Ce qualificatif revient fréquemment au XIXe siècle dans la bouche et sous la plume des bourgeois qui évoquent les paysans de notre douce France. Les poncifs que l’on appliquait à l’époque coloniale aux habitants des colonies s’appliquaient aussi aux plus pauvres des Français.

Daniel Lefeuvre cite à ce propos l’oeuvre magistrale d’Eugen Weber : La fin des terroirs (1976). On peut y lire : « Un spécialiste de folklore musical, parcourant le pays de l’ouest de la Vendée jusqu’aux Pyrénées, compare la population locale à des enfants et des sauvages qui,  heureusement,  comme tous les peuples primitifs, montrent un goût prononcé du rythme »… Après cette lecture, il ne reste plus aux Vendéens et aux Pyrénéens (dont votre serviteur) qu’à rallier le clan des « indigènes de la République » !

À ceux qui aujourd’hui stigmatisent le comportement discriminatoire de la République à l’égard des immigrés et enfants d’immigrés, Daniel Lefeuvre offre un aperçu de l’accueil reçu en d’autres temps par les immigrants européens (Belges, Polonais, Italiens).

En août 1893, à Aigues-Mortes, la population fait la chasse aux immigrants italiens aux cris de : « Mort aux Christos ! » (Mort aux chrétiens !). Les malheureux sont roués de coups. On relève huit morts. La chronique rapporte ça et là d’autres incidents violents et souvent mortels…

Si l’on s’attarde sur les immigrants européens qui, au tournant du XXe siècle, se sont magnifiquement intégrés à la société française, on ne voit pas, et pour cause, ceux, en nombre équivalent, qui n’y ont pas réussi par le simple fait que, découragés par l’hostilité ambiante, ils sont rentrés au bercail.

Félicitons-nous que la situation actuelle n’ait rien de comparable à celle-là. A rebours des idées convenues, Daniel Lefeuvre considère que les immigrés originaires des anciennes colonies sont somme toute mieux accueillis et mieux intégrés que ne le furent les immigrés européens, prétendûment si proches des « Français de souche ».

L’historien craint en conclusion qu’à trop minimiser le processus d’intégration des Français originaires des anciennes colonies, on ne « persuade ces populations que la République s’est définitivement fermée à elles et qu’il leur faut donc chercher ailleurs les voies de leur réussite ».

La repentance pourrait en définitive réussir là où les colonistes et les racistes d’antan ont échoué, en enfermant les Français originaires des Antilles, d’Afrique du Nord ou d’Afrique noire dans un statut de victimes innocentes et de grands enfants irresponsables et en les convainquant qu’il leur est impossible d’en sortir par leur effort personnel !

Paralysés par le complexe victimaire, ils pourraient alors se détourner de la compétition sociale (« À quoi bon travailler à l’école, acquérir des diplômes et devenir un bon professionnel puisque je serai toujours marqué au fer rouge de la colonisation et de l’esclavage ? »). Ce renoncement marquerait le triomphe des bourgeois « repentants », tartuffes modernes, en facilitant à leurs rejetons la conquête des postes de commandement.

André Larané
Les cinq péchés capitaux des faux historiens
Daniel Lefeuvre recense cinq fautes méthodologiques majeures chez les « Repentants » et les prétendus historiens qui torturent le passé pour l’asservir à leurs présupposés idéologiques :

– l’absence de recul critique dans la reprise de citations isolées : le propos d’un excentrique ne reflète pas nécessairement l’état d’esprit de l’opinion publique,
– l’anachronisme : on assimile les faits de guerre pendant la conquête de l’Algérie à des crimes nazis sans voir qu’ils sont tout simplement de même nature que d’autres faits de guerre commis à la même époque et en d’autres lieux, y compris en Europe,
– la généralisation abusive : sur la base de quatre « enfumades » identifiées, on imagine que ce type d’action était banal pendant la conquête de l’Algérie,
– l’absence de comparaison : on déplore la condition déplorable des immigrés algériens en France après la Seconde Guerre mondiale sans voir qu’elle était en tous points semblable à celle des autres immigrants et de beaucoup de Français pauvres,
– la censure : on fait sciemment silence sur tous les faits qui pourraient contredire la thèse dominante ; ainsi attribue-t-on à la conquête la diminution de la population algérienne entre 1830 et 1870 sans parler de la crise frumentaire très grave qui a sévi en Algérie et au Maroc en 1865-1868.

Voir enfin:

The Spanish Inquisition
A Historical Revision
By Henry Kamen
Yale University Press

CHAPTER ONE

A SOCIETY OF BELIEVERS AND UNBELIEVERS
Asked if he believed in God, he said Yes, and asked what it meant to believe in God, he answered that it meant eating well, drinking well and getting up at ten o’clock in the morning.A textile worker of Reus (Catalonia), 1632
In the west: Portugal, a small but expanding society of under a million people, their energies directed to the sea and the first fruits of trade and colonisation in Asia. In the south, al-Andalus: a society of half a million farmers and silk-producers, Muslim in religion, proud remnants of a once dominant culture. To the centre and north: a Christian Spain of some six million souls, divided politically into the crown of Castile (with two-thirds of the territory of the peninsula and three-quarters of the population) and the crown of Aragon (made up of the realms of Valencia, Aragon and Catalonia). In the fifteenth century the Iberian peninsula remained on the fringe of Europe, a subcontinent that had been overrun by the Romans and the Arabs, offering to the curious visitor an exotic symbiosis of images: Romanesque churches and the splendid Gothic cathedral in Burgos, mediaeval synagogues in Toledo, the cool silence of the great mosque in Cordoba and the majesty of the Alhambra in Granada.

In mediaeval times it was a society of uneasy coexistence (convivencia), increasingly threatened by the advancing Christian reconquest of lands that had been Muslim since the Moorish invasions of the eighth century. For long periods, close contact between communities had led to a mutual tolerance among the three faiths of the peninsula: Christians, Muslims and Jews. Even when Christians went to war against the Moors, it was (a thirteenth-century writer argued) `neither because of the law [of Mohammed) nor because of the sect that they hold to’, but because of conflict over land. Christians lived under Muslim rule (as Mozarabes) and Muslims under Christian rule (as Mudejares). The different communities, occupying separate territories and therefore able to maintain distinct cultures, accepted the need to live together. Military alliances were made regardless of religion. St Ferdinand, king of Castile from 1230 to 1252, called himself `king of the three religions’, a singular claim in an increasingly intolerant age: it was the very period that saw the birth in Europe of the mediaeval papal Inquisition (c. 1232).

There had always been serious conflicts in mediaeval Spain, at both social and personal levels, between Mudejar and Christian villages, between Christian and Jewish neighbours. But the existence of a multi-cultural framework produced an extraordinary degree of mutual respect. This degree of coexistence was a unique feature of peninsular society, repeated perhaps only in the Hungarian territories of the Ottoman empire. Communities lived side by side and shared many aspects of language, culture, food and dress, consciously borrowing each other’s outlook and ideas. Where cultural groups were a minority they accepted fully that there was a persistent dark side to the picture. Their capacity to endure centuries of sporadic repression and to survive into early modern times under conditions of gross inequality, was based on a long apprenticeship.

The notion of a crusade was largely absent from the earlier periods of the Reconquest, and the communities of Spain survived in a relatively open society. At the height of the Reconquest it was possible for a Catalan philosopher, Ramon Llull (d. 1315), to compose a dialogue in Arabic in which the three characters were a Christian, a Muslim and a Jew. Political links between Christians and Muslims in the mediaeval epoch are exemplified by the most famous military hero of the time, the Cid (Arabic sayyid, lord). Celebrated in the Poem of the Cid written about 1140, his real name was Rodrigo Diaz de Vivar, a Castilian noble who in about 1081 transferred his services from the Christians to the Muslim ruler of Saragossa and, after several campaigns, ended his career as independent ruler of the Muslim city of Valencia, which he captured in 1094. Despite his identification with the Muslims, he came to be looked upon by Christians as their ideal warrior. In the later Reconquest, echoes of coexistence remained but the reality of conflict was more aggressive. The Christians cultivated the myth of the apostle St James (Santiago), whose body was alleged to have been discovered at Compostela; thereafter Santiago `Matamoros’ (the Moor-slayer) became a national patron saint. In al-Andalus, the invasion of militant Muslims from north Africa — the Almoravids in the late eleventh century; the Almohads in the late twelfth — embittered the struggle against Christians.

The tide, however, was turning against Islam. In 1212 a combined Christian force met the Almohads at Las Navas de Tolosa and shattered their power in the peninsula, By the mid-thirteenth century the Muslims retained only the kingdom of Granada. After its capture by the Christians (1085), Toledo immediately became the intellectual capital of Castile because of the transmission of Muslim and Jewish learning. The School of Translators of Toledo in the twelfth and thirteenth centuries rendered into Latin the great semitic treatises on philosophy, medicine, mathematics and alchemy. The works of Avicenna (Ibn Sina), al-Ghazali, Averroes (Ibn Rushd) and Maimonides filtered through to Christian scholars. Mudejar art spread into Castile. No attempt was made to convert minorities forcibly. But by the fourteenth century `it was no longer possible for Christians, Moors and Jews to live under the same roof, because the Christian now felt himself strong enough to break down the traditional custom of Spain whereby the Christian population made war and tilled the soil, the Moor built the houses, and the Jew presided over the enterprise as a fiscal agent and skilful technician’. This schematic picture is not far from the truth. Mudejares tended to be peasants or menial urban labourers; Jews for the most part kept to the big towns and to small trades; the Christian majority, while tolerating their religions, treated both minorities with disdain.

Mudejares were possibly the least affected by religious tension. They were numerically insignificant in Castile, and in the crown of Aragon lived separately in their own communities, so that friction was minimal. Jews, however, lived mostly in urban centres and were more vulnerable to outbreaks of violence. Civil war in both Castile and Aragon in the 1460s divided the country into numberless local areas of conflict and threatened to provoke anarchy. The accession of Ferdinand and Isabella to the throne in 1474 did not immediately bring peace, but gradually the powerful warlike nobles and prelates fell into line. Their belligerent spirit was redirected into wars of conquest in Granada and Naples. Of the two realms of Spain, Aragon had been the one with an imperial history, but Castile with its superior resources in men and money rapidly took over the leadership. The militant Reconquest spirit was reborn, after nearly two centuries of dormancy. It still retained much of its old chivalric spirit: in the Granada wars, the deeds of Rodrigo Ponce de Leon, Marquis of Cadiz, seemed to recall those of the Cid. But the age of chivalry was passing. The wars in Italy provoked bitter criticism of the barbarities of the Spanish soldiery, and in Granada the brutal enslavement of the entire population of Malaga after its capture in 1487 gave hint of a new savagery among the Christians.

Apparent continuity with the old Reconquest is therefore deceptive. Military idealism continued to be fed by chivalric novels, notably the Amadis de Gaula (1508), but beneath the superficial gloss of chivalry there burnt an ideological intolerance typified by the great conquests of Cardinal Cisneros in Africa (Mers-el-Kebir, 1505 and Oran, 1509), and Hernan Cortes in Tenochtitlan (1521). It is also significant that the new rulers of Spain were willing to pursue an intolerant policy regardless of its economic consequences. In regard to both the Jews and the Mudejares, Isabella was warned that pressure would produce economic disruption, but she was steeled in her resolve by Cisneros and the rigorists. Ferdinand, responding to protests by Barcelona, maintained that spiritual ideals were more important than material considerations about the economy. Though affirmation of religious motives cannot be accepted at face value, it appears that a `crusading’ spirit had replaced the possibility of convivencia, and exclusivism was beginning to triumph.

The communities of Christians, Jews and Muslims never lived together on equal terms; so-called convivencia was always a relationship between unequals. Within that inequality, the minorities played their roles while attempting to avoid conflicts. In fifteenth-century Murcia, the Muslims were an indispensable fund of labour in both town and country, and as such were protected by municipal laws. The Jews, for their part, made an essential contribution as artisans and small producers, in leather, jewellery and textiles. They were also important in tax administration and in medicine. In theory, both minorities were restricted to specified areas of the towns they lived in. In practice, the laws on separation were seldom enforced. In Valladolid at the same period, the Muslims increased in number and importance, chose their residence freely, owned houses, lands and vineyards. Though unequal in rights, the Valladolid Muslims were not marginalized. The tolerability of coexistence paved the way to mass conversion in 1502.

In community celebrations, all three faiths participated. In Murcia, Muslim musicians and jugglers were an integral part of Christian religious celebrations. In times of crisis the faiths necessarily collaborated. In 1470 in the town of Ucles, `a year of great drought, there were many processions of Christians as well as of Muslims and Jews, to pray for water …’ In such a community, there were some who saw no harm in participating with other faiths. `Hernan Sanchez Castro’, who was denounced for it twenty years later in Ucles, `set out from the church together with other Christians in the procession, and when they reached the square where the Jews were with the Torah he joined the procession of the Jews with their Torah and left the processions of the Christians’. Co-acceptance of the communities extended to acts of charity. Diego Gonzalez remembered that in Huete in the 1470s, when he was a poor orphan, as a Christian he received alms from `both Jews and Muslims, for we used to beg for alms from all of them, and received help from them as we did from the Christians’. The kindness he received from Jews, indeed, encouraged him to pick up a smattering of Hebrew from them. It also led him to assert that `the Jew can find salvation in his own faith just as the Christian can in his’ . There was, of course, always another side to the coexistence. It was in Ucles in 1491 that a number of Jewish citizens voluntarily gave testimony against Christians of Jewish origin. And Diego Gonzalez, twenty years later when he had become a priest, was arrested for his pro-Jewish tendencies and burnt as a heretic.

We can be certain of one thing. Spain was not, as often imagined, a society dominated exclusively by zealots. In the Mediterranean the confrontation of cultures was more constant than in northern Europe, but the certainty of faith was no stronger. Jews had the advantage of community solidarity, but under pressure from other cultures they also suffered the disadvantage of internal dissent over belief. The three faiths had coexisted long enough for many people to accept the validity of all three. `Who knows which is the better religion’, a Christian of Castile asked in 1501, `ours or those of the Muslims and the Jews?’

Though there were confusions of belief in the peninsula, there seems in late mediaeval times to have been no formal heresy, not even among Christians. But this did not imply that Spain was a society of convinced believers. In the mid-sixteenth century a friar lamented the ignorance and unbelief he had found throughout Castile, `not only in small hamlets and villages but even in cities and populous towns’. `Out of three hundred residents’, he affirmed, `you will find barely thirty who know what any ordinary Christian is obliged to know’. Religious practice among Christians was a free mixture of community traditions, superstitious folklore and imprecise dogmatic beliefs. Some writers went so far as to categorize popular religious practices as diabolic magic. It was a situation that Church leaders did very little to remedy. Everyday religion among Christians continued to embrace an immense range of cultural and devotional options. There are many parallels to the cases of the Catalan peasant who asserted in 1539 that `there is no heaven, purgatory or hell; at the end we all have to end up in the same place, the bad will go to the same place as the good and the good will go to the same place as the bad’; or of the other who stated in 1593 that `he does not believe in heaven or hell, and God feeds the Muslims and heretics just the same as he feeds the Christians’. When Christian warriors battled against Muslims, they shouted their convictions passionately. At home, or in the inn, or working in the fields, their opinions were often different. The bulk of surviving documentation gives us some key to this dual outlook, only, however, among Christians. In Soria in 1487, at a time when the final conquest of Granada was well under way, a resident commented that `the king is off to drive the Muslims out, when they haven’t done him any harm’. The Muslim can be saved in his faith just as the Christian can in his’, another is reported to have said. The inquisitors in 1490 in Cuenca were informed of a Christian who claimed chat `the good Jew and the good Muslim can, if they act correctly, go to heaven just like the good Christian’. There is little or nothing to tell us how Jews and Muslims thought, but every probability that they also accepted the need to make compromises with the other faiths of the peninsula.

Christians who wished to turn their backs on their own society often did so quite simply by embracing Islam. From the later Middle Ages to the eighteenth century, there were random cases of Spanish Christians who changed their faith in this way. The Moorish kingdom of Granada had a small community of renegade Christians. In Christian Spain it was not uncommon to find many of pro-Muslim sentiment. In 1486 the Inquisition of Saragossa tried a Christian `for saying that he was a Muslim, and for praying in the mosque like a Muslim’. Long after the epoch of convivencia had passed, many Spaniards retained at the back of their minds a feeling that their differences were not divisive. In the Granada countryside in the 1620s, a Christian woman of Muslim origin felt that `the Muslim can be saved in his faith as the Jew can in his’, a peasant felt that `everyone can find salvation in his own faith’, and another affirmed that `Jews who observe their law can be saved’. The attitude was frequent enough to be commonplace, and could be found in every corner of Spain.

The remarkable absence of formal `heresy’ in late mediaeval Spain may in part have been a consequence of its multiple cultures. The three faiths, even while respecting each other, attempted to maintain in some measure the purity of their own ideology. In times of crisis, as with the rabbis in 1492 or the Muslim alfaquis in 1609, they clung desperately to the uniqueness of their own truth. Christianity, for its part, remained so untarnished by formal heresy that the papal Inquisition, active in France, Germany and Italy, was never deemed necessary in mediaeval Castile and made only a token appearance in Aragon. In the penumbra of the three great faiths there were, it is true, a number of those who, whether through the indifferentism born of tolerance or the cynicism born of persecution, had no active belief in organized religion. But the virtual absence of organized heresy meant that though defections to other faiths were severely punished in Christian law, no systematic machinery was brought into existence to deal with non-believers or with those forced converts who had shaky belief. For decades, society continued to tolerate them, and the policy of burning practised elsewhere in Europe was little known in Spain.

All this was changed by the successful new Reconquest of Ferdinand and Isabella. It appears that the rulers, seeking to stabilize their power in both Castile and Aragon, where civil wars had created disorder in the 1470s, accepted an alliance with social forces that prepared the way for the elimination of a plural, open society. The crown accepted this policy because it seemed to ensure stability, but the new developments failed to bring about social unity, and the machinery of the Inquisition served only to intensify and deepen the shadow of conflict over Spain.

Voir par ailleurs:

Église et État : “Il ne faut pas caricaturer les Lumières !”
Interview Cyprien Mycinski

La Croix

07/11/2019

Dans un livre qui fera date, l’Église dans l’État, l’historienne de la France religieuse à l’époque janséniste change notre regard sur un siècle passionné de religion, mais où l’Église cède beaucoup de pouvoir.

D’un point de vue religieux, la France du XVIIIe siècle vit sous le régime du « gallicanisme ». Qu’est-ce que ce terme signifie ?

Il faut commencer par rappeler que, à l’époque, le mot n’existe pas : le néologisme a été forgé après la Révolution française. Au XVIIIe siècle, on parle des « libertés de l’Église gallicane ». Et cela renvoie à une formule de compromis : l’Église de France est reconnue comme pleinement catholique et soumise au pape sur le plan spirituel, tout en étant intégrée à l’État et soumise au roi sur le plan temporel. En ce sens, l’Église est dans l’État. Cela ne signifie pourtant pas que le roi est le chef de l’Église de France comme le roi d’Angleterre est à la tête de l’Église d’Angleterre. L’Église de France, elle, n’a jamais rompu avec le pape. C’est pour cette raison que le « gallicanisme » est très différent de l’anglicanisme. Ce compromis est néanmoins instable et très délicat à gérer. C’est tellement vrai que personne n’a essayé d’en donner une théorie. On s’en tient à quelques maximes qui vont donner lieu à des querelles d’interprétation récurrentes. L’idéal revendiqué par tous est celui d’un équilibre entre les deux souverainetés, chacune dans leur domaine. Mais dans les faits, c’est à des conflits répétés sur la délimitation de leurs territoires respectifs que l’on va assister tout au long du XVIIIe siècle.

L’Église de France, elle, n’a jamais rompu avec le pape. C’est pour cette raison que le « gallicanisme » est très différent de l’anglicanisme.

Pourquoi l’Église a-t-elle accepté cette absorption par l’État royal ?

Elle s’est faite très lentement. C’est sans doute ce qui explique que l’Église de France n’a pas vraiment mesuré ce qu’impliquait son absorption progressive par l’État. En 1561, très peu de temps avant que n’éclatent les guerres de Religion, une assemblée périodique du clergé français est constituée pour régler les rapports financiers entre l’Église et le roi. De fait, cette institution accepte de se soumettre au souverain. Mais, du côté de l’Église, elle est vue comme un moyen de peser sur le pouvoir royal, notamment dans la négociation de la contribution de l’Église au financement de l’État ou dans la lutte contre le protestantisme puis le jansénisme. En 1682, sous l’égide de Bossuet, l’Église gallicane accepte de se soumettre encore davantage. L’assemblée du clergé vote à cette date la déclaration des quatre articles par laquelle l’autorité du pape sur le clergé français est exclusivement réduite au domaine spirituel tandis que l’autorité du roi, elle, est posée comme « absolue ».

Faut-il alors considérer qu’au XVIIIe siècle l’Église est entièrement soumise au roi ?

En vérité, le roi « absolu » n’est pas si absolu que cela… Louis XV hésite beaucoup à imposer quoi que ce soit au clergé français. Il craint que celui-ci puisse devenir une force d’opposition. Il renonce par exemple à soumettre l’Église de France à une véritable imposition et accepte de maintenir le système du « don gratuit » par lequel l’Église définit elle-même ce qu’elle verse au budget de l’État. Finalement, le siècle entier se passe en controverses durant lesquelles on s’écharpe pour savoir jusqu’où doit s’exercer l’autorité de l’État sur l’Église ou, a contrario, quelles sont les « libertés » de l’Église de France dans l’État royal. Ces multiples controverses touchent à des problèmes précis qui peuvent nous paraître bizarres, comme la validité de la bulle Unigenitus concernant la répression des jansénistes ou le droit pour les clercs de refuser les sacrements à un individu. Parfois, elles portent sur des questions beaucoup plus lourdes, comme la propriété des biens du clergé ou encore le mariage des protestants… Mais, à chaque fois, l’enjeu est le même : s’affrontent ceux qui souhaitent que soit renforcée l’autorité de l’État sur l’Église et ceux qui veulent au contraire défendre une certaine autonomie de l’Église.

En vérité, les penseurs des Lumières ne sont pas aussi hostiles à la religion qu’on le dit.

Sur le plan religieux, on a l’habitude de voir le XVIIIe siècle comme un temps d’opposition entre les philosophes des Lumières et l’Église. À vous écouter, c’est donc un autre sujet qui aurait passionné et divisé les hommes de ce temps…

Il ne faut pas voir le siècle des Lumières de manière caricaturale ! On le présente trop facilement comme un siècle où s’affrontent de manière simpliste la raison des philosophes et le dogme de l’Église. En vérité, les penseurs des Lumières ne sont pas aussi hostiles à la religion qu’on le dit, et – surtout – le face-à-face de la raison et de la religion n’occupe pas les esprits autant que la question des relations qu’entretiennent les deux « souverainetés », c’est-à-dire l’autorité temporelle et l’autorité spirituelle. Lors de chaque controverse, des dizaines de plumitifs mais aussi les plus grands auteurs du temps prennent position. Montesquieu a été embarqué dans les discussions sur l’Unigenitus, Voltaire s’est exprimé sur la propriété des biens ecclésiastiques et Rousseau sur le mariage des protestants. La pensée des philosophes des Lumières s’est donc en partie forgée à l’occasion de ces disputes qui étaient pour eux loin d’être anodines.

Dans quelle mesure les idées des Lumières se sont-elles nourries de ces affrontements ?

L’histoire de ces controverses permet de lire à nouveaux frais l’héritage de la pensée du XVIIIe siècle. On a souvent tendance à considérer que les idées des Lumières sont nées dans les grands esprits des grands philosophes. En vérité, je me suis rendu compte que c’est à l’épreuve de questions très concrètes que ces idées ont commencé à se formuler. La tolérance, par exemple, se construit dans la polémique engagée à propos du mariage des protestants. Louis XIV avait décrété qu’il n’y avait plus de protestants en France et, dès lors, on ne pouvait officiellement enregistrer les mariages protestants. En conséquence, les enfants nés de ces couples étaient des bâtards, ce qui était un lourd handicap à cette époque. Tout au long du siècle, on se demanda donc comment traiter les protestants, s’il fallait les forcer à la conversion ou au contraire reconnaître les mariages clandestins qui les unissaient. C’est notamment dans ce contexte que l’idée de tolérance s’est construite. Elle n’est pas sortie tout armée d’un esprit brillant. Finalement, ce que ces controverses nous rappellent, c’est que l’intelligence est d’abord collective, qu’elle a besoin du débat.

Pour les hommes du XVIIIe siècle, que l’Église puisse être séparée de l’État est une idée qui n’est tout simplement pas pensable. 

Quelles conséquences ont eues ces controverses sur le regard porté sur l’Église ?

Tout au long du siècle, chaque fois que l’Église défend ses « libertés », on sent monter la peur de la voir se constituer en corps étranger à l’intérieur de l’État. Un certain anticléricalisme se renforce donc jusqu’à la Révolution. Ce qu’il est important de comprendre – et cela a été insuffisamment pointé par les historiens jusqu’à présent -, c’est que cet anticléricalisme des Lumières n’est donc pas seulement « philosophique » mais aussi « politique ». Bien sûr, certains philosophes s’attaquent aux « superstitions » que répand l’Église, mais on a aussi très peur qu’elle soit suffisamment puissante pour s’opposer à la politique de l’État royal et ainsi constituer un État dans l’État. On peut trouver là une des origines de la Constitution civile du clergé de 1790… Cette grande réforme révolutionnaire avait pour but de fusionner définitivement l’Église et l’État pour éviter que celle-là puisse avoir une quelconque autonomie vis-à-vis de celui-ci. Mais, cette fois, l’absorption de l’Église dans l’État alla trop loin et le pape – ainsi qu’une partie du clergé français – s’y opposa. En définitive, c’est sans doute l’échec de cette fusion organique qui conduira à penser la séparation de l’Église et de l’État que nous connaissons.

Les controverses que vous évoquez peuvent apparaître très lointaines, presque exotiques… Pourquoi vous y être intéressée ?

Commençons par une raison qui relève de mon travail d’historienne : j’ai écrit il y a 20 ans un livre sur le jansénisme À l’occasion de ce travail, un autre problème m’est apparu : celui, particulièrement embrouillé, du « gallicanisme ». J’ai donc essayé de le résoudre. Néanmoins, au-delà de cette explication personnelle, je crois aussi que l’histoire de ces controverses du XVIIIe siècle peut nous intéresser sur bien des points. D’abord, elle nous rappelle d’où nous venons. La séparation de l’Église et de l’État nous est une évidence, et nous avons même peine à imaginer qu’une société puisse s’organiser autrement. Pour les hommes du XVIIIe siècle, c’est l’inverse qui est vrai : que l’Église puisse être séparée de l’État est une idée qui n’est tout simplement pas pensable. L’histoire nous rappelle donc la relativité de nos conceptions de la politique, de la société… Mais ces controverses ont aussi une certaine actualité : le problème de savoir ce qui relève du spirituel et ce qui relève du temporel continue de nous occuper. Je remarque d’ailleurs que c’est toujours à propos de ce qui peut sembler des détails – comme le voile islamique – que nous nous affrontons sur cette question. En définitive, ces controverses du XVIIIe siècle ne sont peut-être pas si éloignées de nous que nous pourrions le croire…

Catherine Maire est historienne à l’EHESS, chargée de recherche au CNRS, grande spécialiste de l’histoire religieuse et intellectuelle de la France, en particulier du jansénisme. Elle vient de publier l’Église dans l’État. Politique et religion dans la France des Lumières (Gallimard).

Voir enfin:

Minorités religieuses

Histoire : “Les prisonniers étaient considérés comme des martyrs de la foi”

Entre le XVIe et le XVIIIe siècle, plusieurs minorités religieuses interdites ont fait l’objet d’enfermement en France, en Angleterre ou en Espagne. Natalia Muchnik, directrice d’études à l’EHESS, a comparé leur sort. Un travail novateur.

Les minorités religieuses ont été enfermées dans plusieurs pays d’Europe. Pourtant, en vous lisant, on est surpris de constater que cet enfermement ne s’accompagnait pas forcément d’une interdiction de pratiquer.

Le but était avant tout d’écarter les personnes concernées du reste de la société. Les conditions d’incarcération étaient non seulement très hétérogènes selon les ressources financières des détenus, mais surtout très différentes de celles des prisons contemporaines. Ceux qui étaient enfermés pour cause de foi ont ainsi pu développer des pratiques religieuses parfois distinctes de celles du dehors, et ce notamment parce qu’ils se trouvaient rassemblés en un même lieu alors qu’ils étaient d’ordinaire plus dispersés. La religion a dès lors pu servir d’appui aux prisonniers, pour tenir et faire groupe face aux autres détenus. Un phénomène que l’on peut observer dans les prisons contemporaines, où l’intensification du religieux est fréquente.

Vous avez étudié quatre minorités : les protestants français aux XVIIe et XVIIIe siècles, les récusants et crypto-catholiques dans l’Angleterre protestante à partir du milieu du XVIe siècle, les morisques musulmans et les marranes juifs dans l’Espagne inquisitoriale. Pourquoi ces quatre minorités ?

Ces populations n’ont pas été les seules à connaître les prisons en raison de leur foi. Mais elles présentent l’intérêt, dans une perspective comparatiste, de vivre dans des monarchies socioculturellement et politiquement proches (la France, l’Angleterre et l’Espagne). Les quatre minorités ont aussi des fondements cultuels relativement analogues et, soumises à une forte répression, entretiennent un rapport similaire à la clandestinité et un lien fort avec leurs diasporas respectives. En outre, nous disposons à leur sujet d’abondantes sources.

Le statut de détenu ne définissait pas tant une présence effective dans les geôles, un enfermement, donc, qu’une condition, celle de ne pas être juridiquement libre.

Vous démontrez que les prisons étaient très connectées à l’environnement social. Comment comprendre cette porosité des geôles ?

Cette porosité était en effet dans l’ensemble bien plus importante qu’elle ne l’est aujourd’hui. À l’époque, le statut de détenu ne définissait pas tant une présence effective dans les geôles, un enfermement, donc, qu’une condition, celle de ne pas être juridiquement libre : on pouvait être prisonnier sans être concrètement enfermé, ou du moins pas tout le temps. Au Moyen Âge déjà, on différenciait la « prison close » et la « prison ouverte », qui incluait des assignations à résidence. Il faut à ce titre souligner qu’il n’y avait pas, sauf exceptions, de bâtiments construits pour être des prisons jusqu’au XVIIIe siècle : on réutilisait les édifices existants, voire on louait des maisons particulières. Il faut distinguer, d’un côté, une porosité « conjoncturelle », pour les détenus les plus aisés ou certaines figures – comme les prêtres en Angleterre -, qui pouvaient obtenir des autorisations ponctuelles pour sortir plusieurs jours avec ou sans gardien, d’ordinaire contre rémunération et au bon vouloir des geôliers, qui étaient les maîtres en leurs royaumes. D’autre part, une porosité structurelle est inhérente aux dispositifs de l’enfermement dans l’Europe moderne. Ainsi le cas des prisons inquisitoriales en Espagne : alors que, dans les « prisons secrètes », les accusés reclus durant leur procès sont en principe isolés, dans les « prisons de la pénitence », les condamnés sortent pour travailler ou mendier durant la journée et rentrent le soir. En Angleterre, au XVIIIe siècle surtout, les détenus pour dettes en particulier pouvaient vivre à proximité des geôles tout en étant inscrits dans les registres de la prison, souvent surpeuplée.

Les détenus correspondaient-ils à un groupe social particulier ?

Non, le spectre social était beaucoup plus large que celui des détenus d’aujourd’hui, incluant des riches comme des pauvres, des anonymes comme des écrivains célèbres. De même, les femmes étaient proportionnellement plus nombreuses qu’aujourd’hui. Cela est particulièrement vrai pour les minorités étudiées. Il y avait ainsi une plus grande familiarité avec le monde de la prison, d’autant que les geôles étaient souvent au coeur des villes.

Et les enfants ?

Il était rare qu’on enferme les enfants avant l’adolescence. Ils étaient généralement envoyés dans des structures éducatives spécialisées ou dans des monastères, pour y être instruits et conformés à la religion dominante.

Ce n’est pas l’Église, mais l’autorité civile qui exécute à mort les condamnés lors des autodafés inquisitoriaux en Espagne. 

L’Église catholique semble privilégier la prison comme peine. Pourquoi ?

Parce que l’Église ne peut en principe pas faire couler le sang. Contrairement à ce qu’on pense parfois, par exemple, ce n’est pas l’Église, mais l’autorité civile qui exécute à mort les condamnés lors des autodafés inquisitoriaux en Espagne. En Angleterre, c’était le pouvoir royal qui enfermait les catholiques, en particulier lorsqu’ils faisaient du prosélytisme et/ou ne reconnaissaient pas le souverain comme chef de l’Église, au profit de l’autorité pontificale.

Peut-on parler de formation de communautés religieuses dans les prisons ?

Cela dépend des effectifs, évidemment, et des conditions de détention. Mais le prosélytisme à l’intérieur des geôles est attesté dans les quatre cas. Dans certains établissements londoniens, ou dans le sud-est de la France, par exemple à la tour de Constance, où furent recluses des femmes protestantes, de petites communautés liturgiques se sont formées, même si elles ne disposaient pas nécessairement des instruments du culte. À Londres, des messes ont même été célébrées dans les geôles, accueillant aussi des fidèles de l’extérieur. On cite souvent le cas où l’on avait mis à la disposition d’un prêtre une cellule réservée à la messe.

Les détenus étaient perçus comme des modèles de ferveur, de dévouement pour la foi et le signe de l’élection divine du groupe dans son entier. 

Les prisonniers avaient donc une influence pour les coreligionnaires du dehors ?

Oui, ils pouvaient jouer non seulement un rôle cultuel, on vient de le voir, mais aussi symbolique pour les communautés du dehors et, plus largement, pour leurs diasporas respectives. En effet, les détenus étaient considérés comme des martyrs de la foi et nombre de leurs correspondances étaient alors imprimées. Chez les chrétiens, on les rapprochait des premiers chrétiens ou encore de saint Paul en captivité. Ils étaient perçus comme des modèles de ferveur, de dévouement pour la foi et le signe de l’élection divine du groupe dans son entier. Cette dimension martyrologique se retrouve même chez les marranes, en terre ibérique, et suscitait une circulation de reliques, comme celle des restes des prêtres exécutés en Angleterre, par exemple.

Quel rôle joue cet héritage aujourd’hui pour les communautés étudiées, selon vous ?

En ce qui concerne les catholiques anglais, certains des collèges créés par les exilés en Europe, où cette culture du martyre était mise en valeur, subsistent. D’ailleurs, des prêtres enfermés et exécutés ont rapidement été béatifiés. En Angleterre, il y a des éléments rituels qui ne sont pas propres au milieu de la prison, mais à la situation de clandestinité. Le rosaire, par exemple, a pris une grande importance au moment de la clandestinité. C’était effectivement plus facile à dissimuler. On pourrait également citer le cas des protestants de France, où la mémoire des persécutions, celle des camisards emprisonnés, de l’expérience du Désert dans les Cévennes, est encore particulièrement vive et innerve l’histoire et l’identité communautaires.

À lire
Les Prisons de la foi. L’enfermement des minorités (XVIe-XVIIIe siècle), de Natalia Muchnik, Puf.

Pope cites French epic poem to “prove” Christianity is as violent as Islam

Jihad watch

“Pope Francis trotted out a scene from the 11th-century French epic poem La Chanson de Roland this week to prove Christians have tried to convert Muslims by the sword, just as Muslims have done to Christians.”

The Pope’s moral equivalence is obscene at best. He also stated: “Beware of the fundamentalist groups: everyone has his own.”

True, but no religion but Islam has a history of aggression and an imperative — supported by religious texts — to conquer the world and subjugate unbelievers as inferiors, while murdering those who leave the faith.

Nowhere in Christian tenets is there a command to conquer by the sword; however, this is prescribed in Islamic texts and law, and has been steadily followed in varying degrees for 1,400 years.

Christians also defended themselves against expansionary Islamic marauders from the 7th century onward, as the latter rampaged through the Middle East and Africa, murdering far more Christians than Christians killed Muslims in all the Crusades combined.

And they’re still doing it. Christians are facing genocide at the hands of Muslims in the Middle East and Africa; most of the world ignores this, including the Pope, who instead insists that “it’s not fair to identify Islam with violence.”

The Pope has been a powerful promoter of Islam, going so far as advance theological reforms in Catholic schools to promote a “common mission of peace” with Islam. He largely ignores the gross human rights violations against Christians, women, minorities and apostates that are justified by normative Islam. He has not called on the leaders of Islamic states and mainstream Islamic leaders to condemn the Islamic texts that sanction such abuses. Instead, he has stated that “Christianity and Islam have more in common than people think…and the two religions defend common values that are necessary for the future of civilization.”

“Hours before Pope Francis called for the abolition of capital punishment” last Friday, he warmly embraced the Grand Sheikh of al-Azhar, Ahmed el-Tayeb — the revered Islamic scholar and cleric who has endorsed jihad suicide attacks against Jews and wants converts to Christianity to be killed. Pope Francis and el-Tayeb early this year published “A Document On Human Fraternity for World Peace and Living Together.”

Then last month, Pope Francis installed new cardinals who “share his vision for social justice, rights of immigrants and dialogue with Islam.”

Regarding La Chanson de Roland, “the French themselves to cry foul, reproaching the pontiff both for besmirching one of their most beloved pieces of epic literature and for using a fictional narrative to illustrate a point about how Christians supposedly behave.”

Voir enfin:

Sir Ridley Scott, the Oscar-nominated director, was savaged by senior British academics last night over his forthcoming film which they say « distorts » the history of the Crusades to portray Arabs in a favourable light.

The £75 million film, which stars Orlando Bloom, Jeremy Irons and Liam Neeson, is described by the makers as being « historically accurate » and designed to be « a fascinating history lesson ».

Academics, however – including Professor Jonathan Riley-Smith, Britain’s leading authority on the Crusades – attacked the plot of Kingdom of Heaven, describing it as « rubbish », « ridiculous », « complete fiction » and « dangerous to Arab relations ».

The film, which began shooting last week in Spain, is set in the time of King Baldwin IV (1161-1185), leading up to the Battle of Hattin in 1187 when Saladin conquered Jerusalem for the Muslims.

The script depicts Baldwin’s brother-in-law, Guy de Lusignan, who succeeds him as King of Jerusalem, as « the arch-villain ». A further group, « the Brotherhood of Muslims, Jews and Christians », is introduced, promoting an image of cross-faith kinship.

« They were working together, » the film’s spokesman said. « It was a strong bond until the Knights Templar cause friction between them. »

The Knights Templar, the warrior monks, are portrayed as « the baddies » while Saladin, the Muslim leader, is a « a hero of the piece », Sir Ridley’s spokesman said. « At the end of our picture, our heroes defend the Muslims, which was historically correct. »

Prof Riley-Smith, who is Dixie Professor of Ecclesiastical History at Cambridge University, said the plot was « complete and utter nonsense ». He said that it relied on the romanticised view of the Crusades propagated by Sir Walter Scott in his book The Talisman, published in 1825 and now discredited by academics.

« It sounds absolute balls. It’s rubbish. It’s not historically accurate at all. They refer to The Talisman, which depicts the Muslims as sophisticated and civilised, and the Crusaders are all brutes and barbarians. It has nothing to do with reality. »

Prof Riley-Smith added: « Guy of Lusignan lost the Battle of Hattin against Saladin, yes, but he wasn’t any badder or better than anyone else. There was never a confraternity of Muslims, Jews and Christians. That is utter nonsense. »

Dr Jonathan Philips, a lecturer in history at London University and author of The Fourth Crusade and the Sack of Constantinople, agreed that the film relied on an outdated portrayal of the Crusades and could not be described as « a history lesson ».

He said: « The Templars as ‘baddies’ is only sustainable from the Muslim perspective, and ‘baddies’ is the wrong way to show it anyway. They are the biggest threat to the Muslims and many end up being killed because their sworn vocation is to defend the Holy Land. »

Dr Philips said that by venerating Saladin, who was largely ignored by Arab history until he was reinvented by romantic historians in the 19th century, Sir Ridley was following both Saddam Hussein and Hafez Assad, the former Syrian dictator. Both leaders commissioned huge portraits and statues of Saladin, who was actually a Kurd, to bolster Arab Muslim pride.

Prof Riley-Smith added that Sir Ridley’s efforts were misguided and pandered to Islamic fundamentalism. « It’s Osama bin Laden’s version of history. It will fuel the Islamic fundamentalists. »

Amin Maalouf, the French historian and author of The Crusades Through Arab Eyes, said: « It does not do any good to distort history, even if you believe you are distorting it in a good way. Cruelty was not on one side but on all. »

Sir Ridley’s spokesman said that the film portrays the Arabs in a positive light. « It’s trying to be fair and we hope that the Muslim world sees the rectification of history. »

The production team is using Loarre Castle in northern Spain and have built a replica of Jerusalem in Ouarzazate, in the Moroccan desert. Sir Ridley, 65, who was knighted in July last year, grew up in South Shields and rose to fame as director of Alien, starring Sigourney Weaver.

He followed with classics such as Blade Runner, Thelma and Louise, which won him an Oscar nomination in 1992, and in 2002 Black Hawk Down, told the story of the US military’s disastrous raid on Mogadishu. In 2001 his film Gladiator won five Oscars, but Sir Ridley lost out to Steven Soderbergh for Best Director.


Cherchez l’erreur: Des imams ont organisé un rassemblement en hommage aux familles des victimes et… personne n’est venu ! (In France, the most radical voice of social cohesion may very well be the ‘imam of the Jews’ who refuses to shut up and pray)

12 octobre, 2019
L’imam français Hassen Chalghoumi et Reuven Rivlin, président de l’Etat d’Israël. (Crédit photo : Facebook / Hassen Chalghoumi)

La majorité silencieuse, (…) on ne [la] voit jamais à la télévision. On ne montre que les barbus, les fanatiques, ceux qui affirment que je suis isolé et font régner un climat de peur. Hassam Chalghoumi
Ce rassemblement a pour but de montrer que nous sommes tous ensemble. Soutiens aux victimes et à leurs familles. Nous sommes tous contre l’islamisme, qui est une maladie de l’Islam malheureusement. Un assassin tue au nom de ma religion, il prend en otage les musulmans. C’est nous les musulmans les premières victimes. J’invite les fidèles à sortir pour dénoncer l’islamisme, dire : ‘ma vision de l’Islam n’a rien à voir avec ces criminels et ces assassins, cette minorité qui gangrène nos jeunesses, qui manipule. L’islamisme c’est la parole de la haine, c’est des fachos. Nous on ne veut pas ça’. Quelqu’un qui n’a pas une vision républicaine, qui n’aime pas la France, qu’est-ce qu’il fait ici ? Il peut partir ailleurs, il nous laisse en paix. Hassam Chalghoumi (conférence des imams sans mosquée de France)
J’accuse la chaîne Al Jazeera, avec sa propagande de haine et celle du Hamas, celle de tous les sites islamistes… Al Jazeera m’a qualifié de traître, de vendu et j’ai été obligé de déposer une plainte pour menace de mort. (…) parce que nous avons dénoncé la mascarade des islamistes et leurs manipulations. Nous voulons montrer le côté positif de l’islam. Il y a trop de sites qui expriment leur haine notamment contre Israël, mais cette jeunesse ne va pas s’arrêter là, parce nous allons faire une tournée à travers la France pour poursuivre notre mission et transmettre ce que nous avons vu en Israël. A ceux qui me menacent de mort, je veux leur dire qu’ils ne me font pas peur, et je ne baisserai jamais les bras, j’avance vers le dialogue, je suis un homme de paix, et telle est ma vision de l’islam. Hassen Chalghoumi
Il faut faire attention aux amalgames et aux surenchères: la société américaine surtout celle de Manhattan est ouverte et tolérante… Il y a des racistes et des fascistes évangélistes… Ce n’est pas une raison pour jouer avec le feu, à la provocation… On peut construire une mosquée n’importe où, mais pas à coté d’un charnier, d’un mémorial de la barbarie terroriste des islamistes d’Al-Qaïda. (…) Aucun texte coranique ne parle de la burqa. Il faut faire la différence entre la religion musulmane et les traditions de certains musulmans. Dans l’islam sunnite, il y quatre écoles théologiques: les quatre disent que la burqa n’est pas une obligation. Tous les savants musulmans disent que le visage de la femme n’est pas une partie intime… Alors, il y a plus important et plus sacré dans notre religion qu’un bout de tissu. (…) Si vous dites le contraire, citez le verset coranique qui parle de la burqa! Il n’y en a aucun. La burqa est un phénomène étranger au coran, étranger à l’islam du Maghreb, étranger à l’islam qui n’a rien à cacher, étranger à l’islam des Lumières. [un islam de France] C’est un Islam libre des ingérences étrangères et des ingérences policières ; Libéré des manipulations des politiques et des gesticulations des fanatiques ; Libéré du paternalisme post-colonialistes des indigènes-nihilistes et des idiots-arrivistes ; Libéré des intégristes et des affairistes ; Libéré des surenchères gauloises et des compromissions munichoises ; l’Islam de France est Contre les racistes musulmans et les extrémistes islamistes. (…) Il y a beaucoup d’imams qui pensent comme moi, malheureusement ils ont peur. Certains ont pris position comme moi, ils ont été « chassés » de leurs mosquées, ou insultés, ou menacés… Et puis ils ont vu un mauvais exemple dans la mosquée de Drancy: assiégée, agressée pendant plusieurs mois sous le regard impuissant des pouvoirs publics… Et puis il y a des imams fonctionnaires, salariés des gouvernements étrangers… Et surtout certains représentants de notre Etat et certains représentants de notre nation préfère fricoter avec les intégristes et les affairistes de l’UOIF. (…) j’ai condamné les « BRUITS ET LES ODEURS » de certains politiciens français, j’ai condamné les surenchères irresponsables et les dérapages intolérables des Estrosi et des Lefevre… Malheureusement, nous les musulmans de France, nous n’avons pas un média digne qui fait entendre notre voix. [l’influence des Frères Musulmans en France] elle est dangereuse, elle est grandissante, elle est lâche, elle est usurpatrice… La majorité des musulmans de France n’appartiennent pas à cette secte intégriste et populiste qui a fait 200 000 morts en Algérie par exemple, mais la cécité et la lâcheté des pouvoirs publiques ont laisser s’épanouir et grandir ce monstre qui mange ses enfants. (…) Nous sommes des Français… Et il faut imposer au gouvernement français nos vrais problèmes et surtout le racisme. Par exemple, SOS Racisme doit commencer à s’intéresser réellement au racisme que subissent plusieurs catégories de Français au lieu de jouer aux apparatchiks idéologiques de la morale sélective. SOS Racisme doit comprendre que le racisme que subissent les musulmans n’est pas celui que subissent des assassins menacés par la perte de leurs papiers de nationalités, ni les regards choqués ou mêmes haineux que subissent certaines femmes dont le regard et le visage sont cachés par une insupportable burqa, ni la discrimination réelle à l’entrée des discothèques. Le vrai racisme, c’est ce que subissent nos enfants à l’école, nos familles au logement, nos salariés au travail, nos diplômés à la promotion sociale… (…) Le président actuel a sauvé la Tunisie de la guerre civile algérienne. Les mêmes intégristes tunisiens voulaient instaurer la même barbarie talibane et provoquer la même guerre civile algérienne… La Tunisie est un pays libre et moderne… Il y a même des Français qui vont se soigner la bas… L’islam de la Tunisie est l’islam modèle, celui de la modération et de la modernité….. Je suis imam français et je suis fier de mon pays d’origine la Tunisie qu’Allah protège. (..) Je déteste l’expression « les quartiers », ce que vous appelez ainsi, sont une partie de la France, que plusieurs gouvernement de notre France ont négligé, et que les Frères Musulmans soutenus par des gouvernements étrangers sont en train de gangrener. (…) Ce n’est pas le combat d’un seul homme, ni de la seule communauté musulmane, ni seulement du gouvernement… Tout le monde doit concourir à combattre les extrémistes, surtout en luttant d’abord contre le racisme. Le département du 93 est le symbole de la diversité, il est le thermomètre de l’intégration: Les représentants de l’Etat et de la nation doivent réussir à faire de ce département un modèle économique, social et républicain, un modèle du vivre ensemble. Dans le 93, il y a le siège de tous les mouvements, sectes et organisations musulmanes ou islamistes. Je demande que les intégristes islamistes ne restent pas les interlocuteurs exclusifs des représentants de la Nation. Il y a parmi nous, les musulmans français, des cadres républicains, des hauts fonctionnaires, des patrons, des professeurs de médecine, des professeurs émérites d’université, des créateurs de richesses et des vecteurs de sagesse, des personnes méritantes qui aiment la France et qui respectent l’islam. Il n’y a pas que des intégristes qui font du business avec l’islam. (…) Regardez les vidéos postées par les intégristes du collectif Cheikh Yassin et vous écouterez les messages de haine contre les juifs. il faut être courageux pour admettre que les intégristes islamistes détestent les juifs comme ils détestent les femmes d’ailleurs. (…) Le terme charia est très manipulé et galvaudé… Pour des imbéciles, la charia c’est le mariage du libertinage et la lapidation des femmes adultères… La charia est le chemin de la religion. Alors il faut réformer notre façon de voir les choses… Il faut réformer nos visions… Il faut nous réformer nous musulmans, parfois indignes d’une belle et grande religion qu’est l’islam. (…) Vous me parlez de Tariq Ramadan qui est un intégriste suisse et non pas un musulman français.. Lui et sa secte dangereuse, les Frères Musulmans, ont perverti la religion au point de pousser les Suisses à devenir racistes et à interdire les minarets. Est-il normal que ce Tariq Ramadan aille soutenir le voyou polygame de Nantes qui a insulté notre religion en déclarant que l’islam autorise les maitresses ? J’ai honte. (…) il n’y a pas de dirigeant de l’islam de France… le CFCM est une catastrophe honteuse, une coquille vide gangrenée par l’UOIF. Le Président de notre République a bien fait de créer cette institution, mais ce n’est pas à lui de remplacer les intégristes ou les fonctionnaires étrangers qui la dirigent pas des musulmans français compétents… C’est un vrai problème. (…) J’aimerais remercier particulièrement le maire de Drancy, l’un des hommes politiques français les plus courageux et les plus républicains… Il a résisté avec moi aux racistes et aux islamistes. Il mérite de remplacer la catastrophe qu’est devenue Fadela Amara, car la Politique de la Ville mérite des hommes ou des femmes compétents et non des guignols, sinon le racisme et l’islamisme vont s’accroitre, se nourrir mutuellement et nous mettre TOUS en danger. Hassen Chalghoumi
As right-wing rabble rousers throughout Europe make themselves known to media, it’s time to tell the more surprising stories. Here’s one: in France, the most radical voice of social cohesion may very well be an imam. Yup, a Muslim cleric. Hassen Chalghoumi deserves to become a household name in America. Chalghoumi is the imam of Drancy, a suburban Parisian town that deported Jews to their death during World War II. Imam Chalgoumi seeks to preserve this history so that it’s never forgotten. In fact, we met him at the Holocaust Memorial in Drancy, where he recited the opening verses of the Qur’an. The imam later told us that the Holocaust isn’t only a Jewish issue; it’s a human one that Muslims must honestly grapple with if they want credibility when complaining about Islamophobia. Coming from an imam, such a statement is more than rare. It’s refreshing. But Chalghoumi’s platform doesn’t end in Drancy. He founded the French Conference of Imams, has written several books in French and Arabic, and intends to speak with American audiences as his English improves. We can only hope that he’ll be welcomed, since he seeks to unite Muslims, Christians and Jews to conquer what he calls the real enemy: fanaticism, including the Islamist kind. His message of peace has its detractors. Opponents sarcastically describe Chalghoumi as the “Imam of the Jews.” He frequently faces death threats via voicemail. His house was trashed soon after he led a 2006 Holocaust remembrance. Later, vandals doused his car with gasoline. More polite pushback comes in the form of counsel to stop appearing publicly and to end interfaith dialogue. Translation: shut up and pray. Chalghoumi follows half that advice. The other half, Chalghoumi flouts: He brought 20 French imams to Jerusalem’s Yad Vashem Holocaust memorial, where they proclaimed that life is more important than doctrine. The intensity of his moral courage doesn’t really reveal itself in Chalghoumi’s background. Born in Tunisia, he served as a conflict mediator for France’s national rail system. Then he opened a pizzeria, which became a neighborhood hotspot. In a gesture of sweetness but not necessarily backbone, Chalghoumi reached out to the local cops bearing gifts of pastry. On further reflection, though, we detect a pattern. The imam’s adult life is suffused with his intention to open lines of communication between seeming rivals. It’s a pattern rooted firmly in faith: in Islam, proper intention (known as “niyyah”) is at least as significant as action. But Chalghoumi also walks the talk, embodying the bold declaration that human dignity trumps religious identity. Irshad Manji and Antonio Marrero
Militants et intellectuels, une quinzaine de personnalités lancent un appel à la démission de Hassen Chalghoumi du poste de Président de l’association culturelle des musulmans de Drancy. Dans la ville de Drancy, le député-maire en place Jean-Christophe Lagarde, centriste de droite, maintient depuis 2008 le très controversé Hassen Chalghoumi à ses côtés en tant que Président de l’association culturelle des musulmans de Drancy. Ce faisant, il expérimente ce que Nicolas Sarkozy préconisait au niveau national : subventionner le culte musulman pour mieux le domestiquer. Le tout dans le mépris de la loi de 1905. Pari réussi, M. Chalghoumi n’a eu de cesse de servir le pouvoir en place contre les intérêts légitimes de la communauté musulmane à exercer son culte de manière indépendante et paisible. En janvier 2010, dans un contexte d’islamophobie porté par le pouvoir en place, il se prononce en faveur de la loi liberticide interdisant le port du voile intégral en France. Il avait par ailleurs activement soutenu le dictateur Ben Ali, alors que le régime réprimait dans le sang les manifestations pacifiques de la révolution tunisienne. En novembre 2011, alors que les Tunisiens élisent démocratiquement leurs représentants politiques, il agite l’épouvantail de l’islamisme et met en garde l’Occident contre la volonté d’Ennahda d’imposer la charia en Tunisie. Pendant les élections présidentielles de 2012, il milite avec M. Lagarde pour la candidature de Nicolas Sarkozy, par sa présence ostensible aux meetings du président sorti. Dernièrement en collaboration avec le CRIF, il va parader en Israël où il apparaît notamment aux côtés de Caroline Fourest, d’Elisabeth Levy et d’Alain Finkielkraut, personnalités dont les prises de position à caractère islamophobes ne sont plus à démontrer. Les actes de M. Chalghoumi dénotent une compromission avec un pouvoir dévoyé. Ils sont totalement incompatibles avec l’exercice de responsabilités au sein de l’association culturelle des musulmans de Drancy qui a vocation à permettre l’affirmation d’un islam empreint des valeurs de dignité, d’éthique, de justice et de liberté. L’instrumentalisation de M. Chalghoumi dans le déni de la laïcité, la gestion coloniale et l’ingérence politique de Jean-Christophe Lagarde à l’égard du culte musulman sont contraires à notre vision de la morale, de l’éthique politique et trahissent les valeurs de la République. Pour toutes ces raisons, nous exigeons la démission de Hassen Chalghoumi du poste de Président de l’association culturelle des musulmans de Drancy et la désignation consensuelle à cette fonction d’une personne intègre et légitime choisie par la communauté musulmane. Nous appelons les élus à ne pas instrumentaliser plus longtemps les institutions de culte dans le respect des valeurs de la République. Collectif pour la dignité des musulmans
Farid Hannache balance sec. L’ancien conseiller de Hassen Chalghoumi, sans qui son premier livre « Pour l’islam de France » sorti en 2010 n’aurait pas été possible, a décidé de sortir de l’ombre et de faire des révélations, sur le ton de la dénonciation, quant au passé du président de l’association gestionnaire de la mosquée de Drancy. Invité au micro de Beur FM mardi 26 février, Farid Hannache a ainsi fermement attesté que Hassen Chalghoumi a mené campagne pour Nicolas Sarkozy pendant la campagne électorale de 2012. Une information qui ne surprend guère puisqu’il est un des soutiens du maire de Drancy, Jean-Christophe Lagarde, engagé en 2012 pour la réélection de l’ancien chef de l’Etat. « C’est l’une des personnes qui a envoyé un bus de la mosquée de Drancy au meeting de Villepinte » en mars 2012 où « il était assis au premier rang avec les ministres et Sarkozy lui-même est venu le saluer », affirme-t-il, révélant que M. Chalghoumi est un de ceux qui auraient véhiculé le « fameux sms » dans lequel il était mentionné « les 10 raisons de ne pas voter PS ». « Dans l’immédiat, il critique Sarkozy car il roule pour Valls. Parce que ce que cherchent les politiques, ce sont des béni-oui-oui. » Sur son passé, Farid Hannache en dit long. Il affirme qu’à l’époque où il fut un prédicateur du mouvement des Tablighs, « il était tellement fiché intégriste que le ministère de l’Intérieur avait décidé de l’expulser » mais « ce sont les bons offices de l’UOIF (Union des organisations islamiques de France, aujourd’hui décrié par M. Chalghoumi, ndlr), par l’intermédiaire de l’ancien président Lhaj Thami Breze, qui ont convaincu le ministère de ne pas l’expulser ». Toutefois, « il est interdit de séjour aux Etats-Unis malgré qu’il ait été reçu à Tel Aviv sur tapis rouge », selon M. Hannache qui raconte que l’ancien imam du foyer Sonacotra de Bobigny, employé en 2002 pour la société Fedex, s’était même vu retirer son permis de travail à l’aéroport Charles De Gaulle « parce qu’il était fiché dans la liste rouge des RG ». M. Chalghoumi fut bien manutentionnaire. Pourquoi se manifester que maintenant ? Celui qui fut la plume de Hassen Chalghoumi a déclaré vouloir « faire pénitence » auprès de tous ceux qui l’ont écouté du temps où il soutenait le président de la mosquée de Drancy. Il entend ainsi dénoncer « la gestion policière de l’islam de France et sa gestion néocolonialiste avec la prédominance des lobbies sionistes qui sont en train d’imposer qui doit parler ou non au nom des musulmans ». Sa sortie médiatique lui permet également, à bien des égards, de ne plus voir son nom associé à l’impopulaire Hassen Chalghoumi. Ce dernier, si décrié des musulmans, est adulé des médias à l’heure où le livre d’entretien « Agissez avant qu’il ne soit trop tard » signé David Pujadas jouit d’une belle promotion. Les failles dans sa communication font jour. Les révélations de Farid Hannache ne manqueront pas d’éclabousser « l’imam de Drancy ». Saphir news
L’imam Hassen Chalghoumi est particulièrement choyé par les médias et de nombreux responsables politiques. Il est censé représenter un islam modéré, sans interférence de l’étranger. Il veut également promouvoir le dialogue judéo-musulman, apaiser les tensions communautaires qui traversent notre pays et contribuer à combattre la mauvaise image de l’islam en France. Un récent sondage montrait que 74% des Français expriment un sentiment de défiance à l’égard de cette religion. Ces intentions sont louables. Mais son action et sa mise en scène vont à l’encontre des buts recherchés. L’imam Chalghoumi est largement ignoré, voire violemment rejeté par ses coreligionnaires. Début décembre 2012, j’avais pointé l’écart entre son exposition médiatique forte et son enracinement pathétique sur les réseaux sociaux (à l’époque 37 followers pour Twitter et 105 mentions « j’aime » sur Facebook). Pas vraiment un leader populaire. Il n’est en rien représentatif des musulmans. Ce sont les médias et quelques responsables politiques qui le désignent comme tel. D’où un grand malaise provoquant un rejet, les musulmans refusant de se voir assigner par des non-musulmans un représentant qu’ils n’acceptent pas. Si Chalghoumi est rejeté, ce n’est pas parce qu’il est modéré, comme certains veulent le faire croire, mais parce qu’il est illégitime. Il est désigné représentant d’une communauté par ceux qui n’y appartiennent pas. Chalghoumi est ce que la sociologie américaine appelle un « native informant », ces figures qui occupent la parole d’une communauté dont ils n’ont pas le soutien, mais qui tirent leur légitimité des médias et des milieux politiques dominants. Il dit ce que la majorité a envie d’entendre de la part d’une minorité, mais pas ce qu’elle pense réellement. Les « informateurs indigènes » valident les stéréotypes que la majorité véhicule sur leur communauté. On parle également des « rented negroes », ces noirs américains qui monopolisent le paysage médiatique pour donner « un visage de noir pour une opinion de blanc ». Chalgoumi est loué dans les deux sens du terme et l’un parce que l’autre ! Si la communauté concernée commence à être informée, comme le sont aujourd’hui les musulmans français, la manœuvre ne marche plus. Cette manipulation de l’information devient un défi démocratique. De surcroit, elle conforte les stéréotypes que l’on dit vouloir combattre. Le message qui est envoyé au public c’est qu’un imam modéré est rejeté par ses coreligionnaires qui sont donc, dans leur majorité, extrémistes. La mise en scène de Chalghoumi, loin de combattre le préjugé d’un islam radical et intolérant, le conforte puissamment. Développer le dialogue judéo-musulman est une bonne chose. Le faire comme Chalghoumi ne créé pas un pont, mais creuse le fossé. Cela accrédite l’idée que le conflit du Proche-Orient est d’essence religieuse. Le problème de ce conflit n’est pas l’islam. C’est l’occupation israélienne des Territoires palestiniens. Chalghoumi renforce l’idée que si les musulmans étaient plus modérés, le conflit pourrait être résolu, et la France préservée de son importation. Il est considéré comme une vedette par les représentants institutionnels de la communauté juive, où il a plus de soutien que parmi les musulmans. Cela n’est pas sans poser un problème de légitimité de représentation. Il ne s’est jamais élevé contre l’occupation israélienne. Il est muet sur les appels à une solidarité inconditionnelle avec le gouvernement israélien lancés régulièrement par les responsables institutionnels de la communauté juive. Son partenariat avec les institutions juives n’est en rien équilibré ou réciproque. Il fait allégeance et obtient en retour une reconnaissance politique et médiatique nationale personnelle, mais rien pour sa communauté ou pour la cause palestinienne. Il accrédite l’idée qu’un musulman « modéré » ne critique pas le gouvernement israélien, et que ceux qui le font sont des extrémistes. L’immense majorité des musulmans, tout en étant critiques à l’égard de la politique israélienne, condamnent l’antisémitisme et les actes antisémites. Ils ne peuvent donc se considérer comme représentés par Chalghoumi. En favorisant Chalghoumi, le CRIF privilégie le soutien à Israël sur la lutte contre l’antisémitisme. Chalghoumi, faisant une mission de paix en plein bombardement israélien sur Gaza en novembre dernier, n’a pas condamné ces derniers. Richard Prasquier, président du CRIF, se félicite de l’avoir connu au moment de l’époque de « Plomb durci ». Il dit qu’il fallait « avoir beaucoup de courage pour afficher ses relations avec la communauté juive » – mais donc aussi beaucoup d’opportunisme pour ne pas dire un mot sur (ou contre) les bombardements israéliens sur Gaza par l’armée israélienne. Il est au dialogue judéo-musulman ce que les bourgeois de Calais étaient au dialogue franco-britannique. Encore que ces derniers n’avaient guère le choix. Pascal Boniface
Votre livre est aussi intéressant par les sujets qu’il évite. On y chercherait en vain quoi que ce soit sur plusieurs sujets qui rendent l’islam inacceptable au sein de nos démocraties : L’absence de liberté de conscience. L’absence de liberté religieuse : l’interdiction faite à un musulman de renoncer à l’islam. Tout ce qui dans le Coran – ne parlons même pas de la sunna – est crime contre les droits de l’homme, les très nombreux versets qui appellent à la guerre pour discrimination religieuse, l’autorisation donnée aux maris de battre leurs épouses, le droit de flageller la femme adultère… tout cela disparaît dans votre islam tronqué, truqué, inventé seulement pour servir de leurre dans une guerre subversive. Il faudrait un volume aussi épais que le vôtre pour relever vos filouteries. J’espère que les quelques perles que j’ai relevées permettront de se faire une idée de l’ignominie de votre attitude à l’égard d’un pays où vous vivez, que vous avez le front de dire aimer, que vous trahissez au profit d’un totalitarisme, dont les Français ne veulent pas et qu’ils n’accepteront jamais. Une remarque encore : l’actualité nous a appris que certains musulmans de Drancy s’étaient dressés contre vous et vos prêches. Je ne veux pas croire qu’il s’agit là d’un coup monté par vos soins, pour mieux vous distinguer, vous « le modéré, le moderniste, le républicain, le laïque », des « islamistes » que, hors l’Islam, le monde entier exècre. Je pense sincèrement que vos agresseurs étaient des musulmans ordinaires, sincèrement soucieux du bon renom de leur religion et de leur civilisation : ils se sont sentis insultés par vos propos, qui présentent l’islam et son prophète sous des traits outrageants par leur fausseté ; ils ne savaient pas que vous jouiez un double jeu à l’intention des infidèles. Ce sont là les risques de la taqiyya. On peut supposer que vous les connaissiez quand, il y a une vingtaine d’années, vous avez décidé de partir en mission pour la France afin d’y accomplir un devoir, sacré en votre âme et conscience, ordonné précisément dans votre Livre saint : œuvrer à l’asservissement, puis à l’anéantissement de toute communauté autre que l’umma, la communauté totalitaire islamique. Riposte laïque
Hassen Chalghoumi, l’imam solitaire, le prêcheur de Drancy (…) incarne aujourd’hui un islam modéré et se bat depuis des années pour favoriser le dialogue entre jeunes des banlieues, musulmans et juifs. (…) à Drancy (…) En 2002, à la recherche d’un lieu de prière pour ses fidèles qui se comptent en milliers, il reçoit l’aide du maire de l’époque, Jean-Christophe Lagarde. (…) Chaque vendredi, son prêche attire quelque 4 000 Musulmans : 2 000 dans l’édifice, et autant dans les jardins de ce qu’il appelle la “mosquée de la paix”. Chalghoumi parle d’amour, entre les hommes et envers Dieu. Ses fidèles ? “La majorité silencieuse, celle qu’on ne voit jamais à la télévision. On ne montre que les barbus”, déplore-t-il, “les fanatiques, ceux qui affirment que je suis isolé et font régner un climat de peur”. En 2010, alors qu’il cristallise les passions par ses prises de position en faveur de l’interdiction du niqab, les caméras accourent à Drancy. Et ne montrent à l’écran que cette minorité visible que Chalghoumi dénonce pourtant. Les fils de Ouma.com, qu’il rebaptise “Haine.com”. Ou ceux du Collectif Cheikh Yassine. L’imam en colère pointe du doigt cinq ou six sites fanatiques, connus de tous, financés par les Frères musulmans ou d’autres mouvances salafistes. Des vecteurs d’intégrisme dont Merah serait le produit direct pour s’y être gavé de vidéos, affirme-t-il. “Pourquoi, pour l’amour du Ciel, le gouvernement ne ferme-t-il pas une fois pour toutes ces plates-formes web ? Par manque de courage politique ?”. La France doit balayer devant sa porte, insiste-t-il. “Il faut arrêter de chercher les coupables en Afghanistan, ils sont chez nous, dans nos prisons”. Les cellules constituent les terres de chasse des Frères musulmans, estime Chalghoumi. Et là encore, il en appelle au gouvernement : “Nous devons protéger notre avenir pour que la France reste la France de Voltaire”. Sa solution : créer un islam de France. Former des imams français. Car, explique-t-il, “on ne veut pas d’ingérence étrangère dans nos villes”. Celle de pays arabes, “comme l’Algérie, qui gère la Grande mosquée de Paris”. Ou celle, surtout, des Frères musulmans, ramifiés, infiltrés, omniprésents dans la capitale et ses zones satellites, mais aussi en province. Et de partir en croisade contre ceux qui se revendiquent de l’islam, “mais ont vendu leur âme à la haine, à l’antisémitisme”. Il faut prendre exemple sur la communauté juive, revendique Chalghoumi. Selon lui, “la communauté musulmane est à la traîne”. Des propos chocs, encensés par les uns, conspués par les siens. Peu importe, l’imam se bat pour ses idées : ôter toute stigmatisation sur les Juifs de la part des jeunes Arabes de banlieue qui exportent le conflit moyen-oriental, une fois encore, en toute méconnaissance du sujet. La Shoah, cela fait près de dix ans qu’il essaie d’en parler auprès des Musulmans de Drancy. Une évidence, selon lui. Par respect, pour contrer l’oubli. Et celui que d’aucuns taxent “d’islamo-guignol”, de “Sioniste”, “d’imam des Juifs”, a même fait la démarche de venir en Israël, en juin dernier. Invité par l’Institut français, à l’occasion du Forum de la Démocratie, Chalghoumi savait que son déplacement attiserait les foudres de ses détracteurs. Aux Israéliens venus le saluer et le remercier de ses prises de position courageuses, il répondait, la main sur le coeur, “souhaitez-moi bonne chance pour le retour”. Et de fait, il était attendu par des articles incendiaires dans la presse tunisienne et des insultes de certains groupes propalestiniens français. (…) A ceux qui lui attribuent une période intégriste dans sa jeunesse, il rétorque : “Il ne faut pas croire tout ce que vous pouvez lire sur Internet. Je suis obligé de payer une société pour remettre à jour régulièrement ma fiche Wikipédia, hackée par les Frères musulmans”. Certes, il a roulé sa bosse dans les madrasas de Syrie, Turquie, Inde, Iran ou Pakistan. Mais ce Tunisien sunnite d’origine, né dans une famille modeste traditionaliste, inscrit dans un lycée alaouite jusqu’au bac, présente cela comme un parcours initiatique. A la recherche de sa foi. A Damas, il s’immerge pendant deux ans au coeur du nationalisme arabe, évolue de mouvances en mouvements, se familiarise avec les différents courants. Avant de séjourner quelques mois en Turquie, où il sera “très touché par l’islam turc, assez proche de l’islam tunisien”. Puis l’Iran, en 1993. Un passage “terrible” pour celui qui se déclare être en désaccord avec le Régime des Mollahs et leurs manipulations de pouvoir, surtout depuis l’avènement de Khomeiny. Il déplore le voile et le sort réservé aux femmes, les barbus et leur “Islam de l’apparence, fait de provocations”. Pour Chalghoumi, la religion se porte dans le coeur et s’exprime par les actes. Aujourd’hui, cet imam de 40 ans est régulièrement la cible des intégristes français dont il est devenu l’ennemi numéro 1. Sa vie est périodiquement menacée. Sa femme a par deux fois été agressée, victime de crachats au marché. Ses cinq enfants sont inscrits dans une école catholique privée, “par mesure de sécurité”. Et lui-même évolue sous protection policière. Dans le camp extrémiste musulman, les appels à sa démission sont légion. En vain, clame-t-il : “rien ne saura me faire taire”. Chalghoumi refuse de céder à l’intimidation. Bien décidé à parler, jusqu’au bout. Pour distiller son message de paix, d’amour et de tolérance, et contrer les déviances de l’islam. “Il faut avoir le courage de dire la vérité”, ponctue l’imam, “peut-être que le courage a manqué en France, en 1940, pour dénoncer ce qui était en train de se passer. Aujourd’hui, je suis prêt à parler envers et contre tout, pour que de telles horreurs, comme la Shoah ou la tragédie de Toulouse ne se reproduisent pas”. Jerusalem Post
Cherchez l’erreur !
Des imams ont organisé comme l’annoncent TF1 ou RTL
Un rassemblement en hommage aux familles des victimes de la récente attaque de la préfecture de police de Paris ….
Et nos médias nous parlent…
De l‘appel à manifester en soutien à l’égorgeur !
Mais mis à part les médias sulfureux de la fachosphère ou de la néoPravda poutiniste RT ou Sputnik news
Qui prendra la peine de rendre compte …
Non seulement de la ridicule, mais ô combien significative, faiblesse de la mobilisation ….
Mais du statut, tout aussi significatif malgré son passé effectivement radical, d’ « imam sans mosquée » opposé au port du voile intégral et contraint de vivre sous protection policière du principal organisateur
Pour avoir commis l’irréparable péché …
D’avoir poussé la volonté de dialogue avec les sionistes …
Jusqu’à en fréquenter, entre Elisabeth Levy et Alain Finkielkraut, les personnalités les plus islamophobes
Et, comme le rappelle notre Pacal Boniface national, de s’être non seulement rendu en Israël …
Mais d’avoir, injure suprême, refusé de condamner l’abjecte occupation des Territoires palestiniens ?

Des imams rendent un hommage aux familles des victimes de l’attaque de la Préfecture de police

Des imams ont organisé sur la place Saint-Michel de Paris, un rassemblement aux familles des victimes de la récente attaque de la préfecture de police de Paris. L’un de ces imams, Hassen Chalghoumi, s’est dit déçu par la faiblesse de la mobilisation.

Pour exprimer leur solidarité aux familles des victimes de l’attaque de la préfecture de police de Paris, des imams ont organisé une mobilisation le 10 octobre 2019, sur la place Saint-Michel de Paris.

L’un de ces organisateurs, Hassen Chalghoumi, président de la Conférence des imams de France, s’est dit lui-même déçu par le faible nombre de personnes ayant répondu à l’appel. Et pour cause : ils n’étaient qu’une poignée – dont l’écrivain Marek Halter – sur la place parisienne, en fin d’après-midi, déployant une banderole indiquant : «Citoyens musulmans contre la radicalisation» et «Soutiens aux victimes et leurs familles».

L’ancien imam de la mosquée de Drancy Hassen Chalghoumi, dont la légitimé au sein de la communauté musulmane française ne fait pas l’unanimité, a déclaré que la mobilisation constituait «un appel à joindre le discours du président de la République de s’engager».

Les imams à l’origine du rassemblement ont réalisé une prière en hommage aux victimes de la tuerie de la préfecture.

Le 3 octobre, Mickaël Harpon, qui travaillait depuis 2003 à la préfecture, a tué quatre de ses collègues avec un couteau (en métal et non en céramique, comme indiqué pendant un temps dans les médias), avant d’être abattu. Cet informaticien de 45 ans s’était converti à l’islam depuis une dizaine d’années et fréquentait des membres de la mouvance «islamiste salafiste», selon les enquêteurs. L’enquête menée conjointement par la brigade criminelle et la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) sur l’attentat aurait révélé, selon le Parisien, que Mickaël Harpon avait en sa possession à son domicile une clé USB contenant des vidéos de propagande de l’organisation terroriste djihadiste Daesh.

Voir aussi:

Chalghoumi, l’imam qui dérange l’islam de France

Les organisations musulmanes représentatives dénoncent l’activisme et « l’autoflagellation » du responsable de la mosquée de Drancy, Hassen Chalghoumi.

Aziz Zemouri

Le Point

Prêcher l’exemple

Alors que l’antisémitisme reprend du galon dans une France qui peine à gérer ses extrêmes, Hassen Chalghoumi, l’imam qui dérange, confirme son discours pacifié

Nathalie Blau
Jerusalem Post
August 1, 2012
Agression dans un train, plaque médicale taguée, ces derniers temps, la France enregistre une recrudescence des actes antisémites. Plus 46 % entre janvier et avril 2012 par rapport à 2011. Si elle n’est pas nouvelle, cette haine du Juif semble trouver sa source dans un racisme primaire, essentiellement confessionnel. Le 12 juillet dernier, le Grand Rabbin de France faisait ainsi part de son inquiétude au nouveau président de la République. Certes, “la très grande majorité de la communauté musulmane vit en bonne entente avec la communauté juive”, déclarait le leader cultuel, qui avait toutefois tenu à dénoncer “certains propos qui tentent de mythifier la personne de Merah”. Mohammed Merah. L’assassin de Jonathan Sandler et ses deux garçonnets, de la jeune Myriam Montenegro et de trois gendarmes. Merah, la brute meurtrière, née sur le sol français, qui semble bien faire des émules. Suite à ses actes barbares de mars dernier, le ministère de l’Intérieur a relevé “un pic” des agressions antisémites.
Récemment, à l’occasion des 70 ans de la Rafle du Vel’ d’Hiv, François Hollande prononçait un discours symbolique et largement salué, hormis quelques voix discordantes. Mais la demande du Grand Rabbin de France reste plus actuelle que jamais : il appelle la communauté musulmane à témoigner haut et fort “sa prise de distance, sa récusation pleine et entière de tout ce qui peut de près ou de loin rappeler l’intégrisme, le fondamentalisme et la violence que portent certains courants de l’islam”.
S’il est un homme qui remplit précisément cette mission, c’est bien Hassen Chalghoumi, l’imam solitaire, le prêcheur de Drancy. Celui qui incarne aujourd’hui un islam modéré et se bat depuis des années pour favoriser le dialogue entre jeunes des banlieues, musulmans et juifs.
“On n’est pas français” 
En 1997, quand il pose ses valises en France, à Bobigny où son frère réside, il sonde sa communauté : “connaissezvous d’autres religions ?” La réponse est non. Chalghoumi n’aura alors de cesse que de créer des ponts inter-confessionnels. Aller à la rencontre des hommes d’Eglises et de synagogues. Trois ans plus tard, il fait l’acquisition d’un petit pavillon de banlieue et s’installe à Drancy. En 2002, à la recherche d’un lieu de prière pour ses fidèles qui se comptent en milliers, il reçoit l’aide du maire de l’époque, Jean- Christophe Lagarde. Objectif : créer un foyer musulman pour les jeunes du quartier à la dérive. Leur proposer une alternative aux sirènes du fanatisme et qu’ils évitent d’aller gonfler les rangs de l’islamisme radical. Avant tout, martèle Chalghoumi, leur donner envie d’être français. Très vite, ce Tunisien d’origine qui a embrassé une nationalité française revendiquée, constate un malaise dans sa banlieue. Un blocage identitaire et social qui fait le lit, selon lui, des recruteurs d’Al-Qaïda.
Au sein de cette communauté maghrébine, d’origine algérienne pour une bonne part, l’allégeance à la patrie de Voltaire n’est pas systématique. “On n’est pas français”, disent-ils. Beaucoup ont un père, un frère moudjahidin, assassiné par soldats de l’armée française. Comment alors, pour eux, honorer ce pays d’adoption sans avoir le sentiment de trahir leur famille ? Chalghoumi parle aussi de ces Maliens, ou autres Sénégalais qui ne se retrouvent pas dans la culture française. Des immigrés sans repères, en manque de reconnaissance. “Il faut les valoriser”, pointe l’imam, “leur rappeler que le chiffre zéro a été inventé par les Arabes”.
Et cette jeunesse à l’identité multiple et complexe se caractérise aussi par une méconnaissance totale de l’islam, note Chalghoumi. Elle constitue alors une proie facile pour les rabatteurs des mouvances radicales, qui viennent recruter leurs combattants de Dieu dans les zones urbaines sensibles. En France, mais aussi en Europe. “C’est plus simple qu’avec les jeunes des pays arabes, et ce sont eux qui sont ensuite les auteurs de la majorité des attentats commis”. Chalghoumi s’échine, lui, à leur rappeler que la religion n’a rien à voir avec le pays d’adoption. “Aimez votre patrie”, clame l’imam au discours républicain qui se déclare en faveur de l’éducation dans les écoles publiques, “on peut s’intégrer en gardant ses valeurs”.
Fermez ces sites, pour l’amour du Ciel ! 
Chaque vendredi, son prêche attire quelque 4 000 Musulmans : 2 000 dans l’édifice, et autant dans les jardins de ce qu’il appelle la “mosquée de la paix”. Chalghoumi parle d’amour, entre les hommes et envers Dieu. Ses fidèles ? “La majorité silencieuse, celle qu’on ne voit jamais à la télévision. On ne montre que les barbus”, déplore-t-il, “les fanatiques, ceux qui affirment que je suis isolé et font régner un climat de peur”. En 2010, alors qu’il cristallise les passions par ses prises de position en faveur de l’interdiction du niqab, les caméras accourent à Drancy. Et ne montrent à l’écran que cette minorité visible que Chalghoumi dénonce pourtant. Les fils de Ouma.com, qu’il rebaptise “Haine.com”. Ou ceux du Collectif Cheikh Yassine.
L’imam en colère pointe du doigt cinq ou six sites fanatiques, connus de tous, financés par les Frères musulmans ou d’autres mouvances salafistes. Des vecteurs d’intégrisme dont Merah serait le produit direct pour s’y être gavé de vidéos, affirme-t-il. “Pourquoi, pour l’amour du Ciel, le gouvernement ne ferme-t-il pas une fois pour toutes ces plates-formes web ? Par manque de courage politique ?”. La France doit balayer devant sa porte, insiste-t-il. “Il faut arrêter de chercher les coupables en Afghanistan, ils sont chez nous, dans nos prisons”. Les cellules constituent les terres de chasse des Frères musulmans, estime Chalghoumi. Et là encore, il en appelle au gouvernement : “Nous devons protéger notre avenir pour que la France reste la France de Voltaire”. Sa solution : créer un islam de France. Former des imams français. Car, explique-t-il, “on ne veut pas d’ingérence étrangère dans nos villes”. Celle de pays arabes, “comme l’Algérie, qui gère la Grande mosquée de Paris”.
Ou celle, surtout, des Frères musulmans, ramifiés, infiltrés, omniprésents dans la capitale et ses zones satellites, mais aussi en province. Et de partir en croisade contre ceux qui se revendiquent de l’islam, “mais ont vendu leur âme à la haine, à l’antisémitisme”. Il faut prendre exemple sur la communauté juive, revendique Chalghoumi. Selon lui, “la communauté musulmane est à la traîne”. Des propos chocs, encensés par les uns, conspués par les siens. Peu importe, l’imam se bat pour ses idées : ôter toute stigmatisation sur les Juifs de la part des jeunes Arabes de banlieue qui exportent le conflit moyen-oriental, une fois encore, en toute méconnaissance du sujet. La Shoah, cela fait près de dix ans qu’il essaie d’en parler auprès des Musulmans de Drancy. Une évidence, selon lui. Par respect, pour contrer l’oubli.
Et celui que d’aucuns taxent “d’islamo-guignol”, de “Sioniste”, “d’imam des Juifs”, a même fait la démarche de venir en Israël, en juin dernier. Invité par l’Institut français, à l’occasion du Forum de la Démocratie, Chalghoumi savait que son déplacement attiserait les foudres de ses détracteurs. Aux Israéliens venus le saluer et le remercier de ses prises de position courageuses, il répondait, la main sur le coeur, “souhaitez-moi bonne chance pour le retour”. Et de fait, il était attendu par des articles incendiaires dans la presse tunisienne et des insultes de certains groupes propalestiniens français. Celle qui lui fait le plus mal ? “Traître”, répond-il. “Un traître, c’est un homme politique qui a trahi son parti. Je suis un homme de religion qui n’a jamais trahi sa foi. Le Coran, c’est la paix. Certains le transforment en haine”.
L’ennemi numéro 1 
A ceux qui lui attribuent une période intégriste dans sa jeunesse, il rétorque : “Il ne faut pas croire tout ce que vous pouvez lire sur Internet. Je suis obligé de payer une société pour remettre à jour régulièrement ma fiche Wikipédia, hackée par les Frères musulmans”. Certes, il a roulé sa bosse dans les madrasas de Syrie, Turquie, Inde, Iran ou Pakistan. Mais ce Tunisien sunnite d’origine, né dans une famille modeste traditionaliste, inscrit dans un lycée alaouite jusqu’au bac, présente cela comme un parcours initiatique. A la recherche de sa foi.
A Damas, il s’immerge pendant deux ans au coeur du nationalisme arabe, évolue de mouvances en mouvements, se familiarise avec les différents courants. Avant de séjourner quelques mois en Turquie, où il sera “très touché par l’islam turc, assez proche de l’islam tunisien”. Puis l’Iran, en 1993. Un passage “terrible” pour celui qui se déclare être en désaccord avec le Régime des Mollahs et leurs manipulations de pouvoir, surtout depuis l’avènement de Khomeiny. Il déplore le voile et le sort réservé aux femmes, les barbus et leur “Islam de l’apparence, fait de provocations”. Pour Chalghoumi, la religion se porte dans le coeur et s’exprime par les actes. Aujourd’hui, cet imam de 40 ans est régulièrement la cible des intégristes français dont il est devenu l’ennemi numéro 1. Sa vie est périodiquement menacée.
Sa femme a par deux fois été agressée, victime de crachats au marché. Ses cinq enfants sont inscrits dans une école catholique privée, “par mesure de sécurité”. Et lui-même évolue sous protection policière. Dans le camp extrémiste musulman, les appels à sa démission sont légion. En vain, clame-t-il : “rien ne saura me faire taire”. Chalghoumi refuse de céder à l’intimidation. Bien décidé à parler, jusqu’au bout. Pour distiller son message de paix, d’amour et de tolérance, et contrer les déviances de l’islam. “Il faut avoir le courage de dire la vérité”, ponctue l’imam, “peutêtre que le courage a manqué en France, en 1940, pour dénoncer ce qui était en train de se passer. Aujourd’hui, je suis prêt à parler envers et contre tout, pour que de telles horreurs, comme la Shoah ou la tragédie de Toulouse ne se reproduisent pas”.
Voir de même:

L’imam français Hassen Chalghoumi menacé de mort après sa visite en Israël

Le responsable a dénoncé un « tsunami de haine » suite à son séjour la semaine dernière – durant lequel il a visité une implantation et rencontré Reuven Rivlin

Dans une interview à la chaine I24News, l’imam de Drancy, Hassen Chalghoumi, a dénoncé un « tsunami de haine » suite à sa visite en Israël la semaine dernière, durant laquelle il était accompagné d’une délégation de responsables musulmans et de jeunes belges et français.

« J’accuse la chaîne Al Jazeera, avec sa propagande de haine et celle du Hamas, celle de tous les sites islamistes… Al Jazeera m’a qualifié de traître, de vendu et j’ai été obligé de déposer une plainte pour menace de mort », a-t-il expliqué.

Il a également salué le courage des participants au voyage « parce que nous avons dénoncé la mascarade des islamistes et leurs manipulations ».

« Il y a trop de sites qui expriment leur haine notamment contre Israël, mais cette jeunesse ne va pas s’arrêter là, parce que nous allons faire une tournée à travers la France pour poursuivre notre mission et transmettre ce que nous avons vu en Israël, a-t-il ajouté. A ceux qui me menacent de mort, je veux leur dire qu’ils ne me font pas peur, et je ne baisserai jamais les bras, j’avance vers le dialogue, je suis un homme de paix, et telle est ma vision de l’islam. »

Durant son voyage en Israël et dans les Territoires palestiniens, Hassen Chalghoumi s’est notamment rendu dans le nord de la Cisjordanie suite à l’invitation d’un responsable d’implantations. L’imam a expliqué que le soutien au boycott anti-Israël était contraire à la loi coranique.

Le voyage avait été organisé par ELNET (European Leadership Network), une organisation qui cherche à renforcer les liens entre Israéliens et Européens. Il s’est conclu par une rencontre avec Reuven Rivlin, président de l’Etat d’Israël.

« Nous devons travailler ensemble. Nous devons lutter contre l’antisémitisme. Le judaïsme n’a jamais été en guerre avec l’islam. Le judaïsme et l’islam sont des religions sœurs, et nous devrions nous comprendre de cette façon », a notamment déclaré le dirigeant israélien.

Connu en France pour son implication dans des forums et dans des initiatives interconfessionnelles, Hassen Chalghoumi a reçu un grand nombre de menaces de mort pour les liens amicaux qu’il entretient avec le CRIF, l’organisation-cadre qui représente les communautés juives françaises, et pour s’être rendu en Israël à plusieurs occasions.

Chalghoumi a expliqué durant ce récent séjour qu’il espérait encourager le dialogue entre Israéliens et Palestiniens de manière à ce que plus jamais « aucune mère – qu’elle soit Israélienne ou Palestinienne – ne verse de larmes » à l’avenir.

Chers amis,La fin de notre voyage en Israël et en Palestine, avec les 40 jeunes belges et français s’est conclue par…

פורסם על ידי ‏‎Imam Hassen Chalghoumi‎‏ ב- יום שני, 17 ביוני 2019

Il a également critiqué le rejet par les Palestiniens de la conférence sur la paix au Bahreïn. « Je ne pense pas que ce soit une bonne chose. Il faut toujours aller discuter, s’asseoir autour de la table. Même si vous n’êtes pas d’accord – le dialogue pourra nous sauver », a-t-il clamé.

Chalghoumi est quelque peu un cas particulier dans le discours religieux musulman, et il a été remarqué pour avoir soutenu l’interdiction de la burka en France, qui recouvre entièrement le visage.

Voir de plus:

L’Imam de Drancy: « La burqa est un phénomène étranger à l’islam des Lumières »

Hassen Chalghoumi, Imam de Drancy et président de la Conférence des imams de France a discuté de « L’islam de France » avec les metronautes.

Métronews

15-09-2010

Halima77 : Bonjour. Ca consiste en quoi le travail d’imam?
L’imam explique l’islam et aide les musulmans à pratiquer la religion surtout les cultes collectifs.

Mad : Le projet de construction d’une mosquée près de Ground Zéro et le pasteur qui voulait brûler le Coran ont crée une vive polémique, au delà des frontières américaines. Derrière ces affaires, de hauts responsables religieux se sont inquiétés d’une récente montée « du sentiment anti-musulman » aux USA. Que pensez-vous de ces deux affaires et comment expliquez-vous ce sentiment ? Ce climat est-il aussi palpable en France ?
Il faut faire attention aux amalgames et aux surenchères: la société américaine surtout celle de Manhattan est ouverte et tolérante… Il y a des racistes et des fascistes évangélistes… Ce n’est pas une raison pour jouer avec le feu, à la provocation… On peut construire une mosquée n’importe où, mais pas à coté d’un charnier, d’un mémorial de la barbarie terroriste des islamistes d’Al-Qaïda.

Niche : Quelles sont vos arguments pour une loi contre le burqa?
Aucun texte coranique ne parle de la burqa. Il faut faire la différence entre la religion musulmane et les traditions de certains musulmans. Dans l’islam sunnite, il y 4 écoles théologiques: les 4 disent que la burqa n’est pas une obligation. Tous les savants musulmans disent que le visage de la femme n’est pas une partie intime… Alors, il y a plus important et plus sacré dans notre religion qu’un bout de tissu.

Barbu : Dire que le niqab n’est pas une obligation en islam, cela relève d’une interprétation juridique. Mais comment osez-vous affirmer qu’il soit étranger aux textes de référence, à savoir le Coran et la Sounnah ?
Si vous dites le contraire, citez le verset coranique qui parle de la burqa! Il n’y en a aucun. La burqa est un phénomène étranger au coran, étranger à l’islam du Maghreb, étranger à l’islam qui n’a rien à cacher, étranger à l’islam des Lumières.

Lila : C’est quoi pour vous un islam de France?
C’est un Islam libre des ingérences étrangères et des ingérences policières ; Libéré des manipulations des politiques et des gesticulations des fanatiques ; Libéré du paternalisme post-colonialistes des indigènes-nihilistes et des idiots-arrivistes ; Libéré des intégristes et des affairistes ; Libéré des surenchères gauloises et des compromissions munichoises ; l’Islam de France est Contre les racistes musulmans et les extrémistes islamistes.

Kjaiber : L’islam est-il divisé en islam de chaque pays?
L’islam est universel, intemporel, mais il s’adapte. L’islam algérien n’est pas l’islam saoudien, l’islam marocain n’est pas l’islam taliban, l’islam tunisien n’est pas l’islam iranien.

Popof : Est-ce que la polygamie est autorisée par le coran?
Elle est est EXCEPTIONNELLEMENT autorisée, et elle est autorisée CONDITIONNELEMENT… de telle façon qu’elle est presque dure à accepter… surtout si des gens utilisent la polygamie pour se faire un harem, pour faire du mal aux femmes, aux enfants et à la société.

Barbu : Sourate Al Ahzab Verset 59. Lorsque ce verset a été révélé, les femmes du Prophète ont rabattu un voile noir sur leur visage. Que doit-on en déduire ?
Vous parlez des Femmes du Prophète, Prière sur lui.. dans le même verset, AlLLAH s’adresse aux femmes du Prophète leur disant que vous n’êtes pas comme les autres femmes… J’espère que vous pensez comme notre Dieu que les femmes du Prophète ne sont pas comme les autres femmes ; alors ce qui s’applique à elles ne peut pas s’appliquer à toutes les femmes.

Hanniy : Bonjour Mr l’Imam. Etes-vous seul à penser ça ou y’a t’il d’autres imams qui partagent votre opinion mais qui n’osent prendre la parole ? Et qu’en pensent vos supérieurs religieux ? Je voulais saluer votre courage, l’image que vous donnez : juifs et arabes n’ont aucune raison d’être ennemis. Bravo !
Merci. Il y a beaucoup d’imams qui pensent comme moi, malheureusement ils ont peur. Certains ont pris position comme moi, ils ont été « chassés » de leurs mosquées, ou insultés, ou menacés… Et puis ils ont vu un mauvais exemple dans la mosquée de Drancy: assiégée, agressée pendant plusieurs mois sous le regard impuissant des pouvoirs publiques… Et puis il y a des imams fonctionnaires, salariés des gouvernements étrangers… Et surtout certains représentants de notre Etat et certains représentants de notre nation préfère fricoter avec les intégristes et les affairistes de l’UOIF.

Bachir : L’islam est une religion qui condamne les actes blâmables, pourquoi ne vous entendons donc pas sur la vindicte politique dont les Roms et les gens du voyage sont victimes?
Si, j’ai condamné les « BRUITS ET LES ODEURS » de certains politiciens français, j’ai condamné les surenchères irresponsables et les dérapages intolérables des Estrosi et des Lefevre… Malheureusement, nous les musulmans de France, nous n’avons pas un média digne qui fait entendre notre voix.

Sony : Quelle est l’influence des Frères Musulmans en France ?
Elle est dangereuse, elle est grandissante, elle est lâche, elle est usurpatrice… La majorité des musulmans de France n’appartiennent pas à cette secte intégriste et populiste qui a fait 200 000 morts en Algérie par exemple, mais la cécité et la lâcheté des pouvoirs publiques ont laisser s’épanouir et grandir ce monstre qui mange ses enfants.

Oula : C’est bien gentil tous ces discours mais au quotidien comment faire quand on est toujours considéré comme des étrangers qui volent le pain des « vrais » français?
Nous sommes des Français… Et il faut imposer au gouvernement français nos vrais problèmes et surtout le racisme. Par exemple, SOS Racisme doit commencer à s’intéresser réellement au racisme que subissent plusieurs catégories de Français au lieu de jouer aux apparatchiks idéologiques de la morale sélective. SOS Racisme doit comprendre que le racisme que subissent les musulmans n’est pas celui que subissent des assassins menacés par la perte de leurs papiers de nationalités, ni les regards choqués ou mêmes haineux que subissent certaines femmes dont le regard et le visage sont cachés par une insupportable burqa, ni la discrimination réelle à l’entrée des discothèques. Le vrai racisme, c’est ce que subissent nos enfants à l’école, nos familles au logement, nos salariés au travail, nos diplômés à la promotion sociale…

Bachir : Vous êtes Tunisien, que pensez-vous du despotisme exercé par le président en place, et des pressions et répressions exercées sur les musulmans en Tunisie?
Le président actuel a sauvé la Tunisie de la guerre civile algérienne. Les mêmes intégristes tunisiens voulaient instaurer la même barbarie talibane et provoquer la même guerre civile algérienne… La Tunisie est un pays libre et moderne… Il y a même des Français qui vont se soigner la bas… L’islam de la Tunisie est l’islam modèle, celui de la modération et de la modernité….. Je suis imam français et je suis fière de mon pays d’origine la Tunisie qu’Allah protège.

Alison : Que pensez-vous de l’ouverture de restaurant uniquement halal ?
Ce n’est pas du communautarisme, c’est une affaire de business. Plusieurs restaurants ont été sauvés du dépôt de bilan en s’adressant directement à une certaine clientèle. Il ne faut donc pas en faire un fromage et laisser les musulmans manger tranquillement.

Niche : Les quartiers ne sont-ils pas en train de se radicaliser? Comment expliquez-vous cette « extrémisation »?
Je déteste l’expression « les quartiers », ce que vous appelez ainsi, sont une partie de la France, que plusieurs gouvernement de notre France ont négligé, et que les Frères Musulmans soutenus par des gouvernements étrangers sont en train de gangrener.

Chian : Comment entendez -vous lutter contre les extrémismes?
Ce n’est pas le combat d’un seul homme, ni de la seule communauté musulmane, ni seulement du gouvernement… Tout le monde doit concourir à combattre les extrémistes, surtout en luttant d’abord contre le racisme. Le département du 93 est le symbole de la diversité, il est le thermomètre de l’intégration: Les représentants de l’Etat et de la nation doivent réussir à faire de ce département un modèle économique, social et républicain, un modèle du vivre ensemble. Dans le 93, il y a le siège de tous les mouvements, sectes et organisations musulmanes ou islamistes. Je demande que les intégristes islamistes ne restent pas les interlocuteurs exclusifs des représentants de la Nation. Il y a parmi nous, les musulmans français, des cadres républicains, des hauts fonctionnaires, des patrons, des professeurs de médecine, des professeurs émérites d’université, des créateurs de richesses et des vecteurs de sagesse, des personnes méritantes qui aiment la France et qui respectent l’islam. Il n’y a pas que des intégristes qui font du business avec l’islam.

Barbu : Ce qui vous est reproché, ce sont vos liens avec le CRIF, sous marin de la droite israélienne en France, pas vos relations avec la communauté juive. pourquoi entretenez-vous cet amalgame ?
regardez les vidéos postés par les intégristes du collectif Cheikh Yassin et vous écouterez les messages de haine contre les juifs. il faut être courageux pour admettre que les intégristes islamistes détestent les juifs comme ils détestent les femmes d’ailleurs.

Amina : Y-a-t’il plus de fidèle dans votre mosquée depuis tout ces évènements ?
Pendant l’Aid, il y avait plus de 6 000 fidèles. Chaque vendredi, il y a plus de 3 000 fidèles. La mosquée de Drancy est celle d’ALLAH et ceux qui aiment ALLAH ne vont pas suivre le diable pour fermer ou détruire cette mosquée comme ont voulu faire les islamistes ou des naïfs manipulés par les Frères Musulmans.

Amina : Pourquoi avez-vous dit que dans la mosquée de Drancy, il n’y avait aucune femme qui porte ni la burqa ni le niqab, alors que j’ai pu m’y rendre et voir le contraire ?
Avant la tentative de putsch et l’explosion de la fitna dans la mosquée de Drancy, il n’y avait pas de femmes en burqa, pendant les émeutes, certaines sont venues en provocation… Je dis certaines, peut-être que c’était des hommes déguisés en burqa, qui sait?

Pitou002 : Ne faudrait-il pas que des intellectuels musulmans réforment la charia qui n’est pas d’origine divine pour la mettre en conformité au 21ème siècle et en conformité avec les lois de la République?
Le terme charia est très manipulé et galvaudé… Pour des imbéciles, la charia c’est le mariage du libertinage et la lapidation des femmes adultères… La charia est le chemin de la religion. Alors il faut réformer notre façon de voir les choses… Il faut réformer nos visions… Il faut nous réformer nous musulmans, parfois indignes d’une belle et grande religion qu’est l’islam.

Bachir : Economiquement et socialement, vous êtes de quel clivage politique?
je suis du Juste milieu, pas le Nouveau Centre que je respecte, mais LE JUSTE MILIEU qui est l’expression que notre Dieu a utilisé dans le Coran pour qualifier les musulmans.

Amina : Certains tel que Tariq Ramadan ont été contre la burqa et le niqab, et pourtant il n’ont pas été critiqués…
Vous me parlez de Tariq Ramadan qui est un intégriste suisse et non pas un musulman français.. Lui et sa secte dangereuse, les Frères Musulmans, ont perverti la religion au point de pousser les suisses à devenir racistes et à interdire les minarets. Est-il normal que ce Tariq Ramadan aille soutenir le voyou polygame de Nantes qui a insulté notre religion en déclarant que l’islam autorise les maitresses ? J’ai honte.

Bachir : Hassen Chelgoumi, ne pensez-vous pas que le fait de vous montrer véhément à l’encontre d’autres musulmans qui ne demandent qu’à pratiquer leur religion dans la bienséance islamique constitue un acte de niffaq (Hypocrisie)?
Le Nifaq, c’est le double discours…

Pseudo modéré : Pourquoi ,lorsque des abus liés à la charia ont lieu dans des républiques islamiques, tant à l’encontre des musulmans eux-mêmes que des chrétiens qui y vivent, n’entend t-on jamais les protestations des dirigeants de l’Islam de France ?
Malheureusement vous avez raison, mais il n’y a pas de dirigeant de l’islam de France… le CFCM est une catastrophe honteuse, une coquille vide gangrenée par l’UOIF. Le Président de notre République a bien fait de créer cette institution, mais ce n’est pas à lui de remplacer les intégristes ou les fonctionnaires étrangers qui la dirigent pas des musulmans français compétents… C’est un vrai problème.

Rez : L’extrémisme religieux en France a disparu en même temps que la foi, pensez-vous que les musulmans peuvent devenir plus modérés en continuant à peupler les mosquées ?
Oui car l’islam est religion pas une idéologie… La mosquée doit être un carrefour musulman et non un maquis islamiste.

Un dernier mot Hassen Chelgoumi?
J’aimerai remercier particulièrement le maire de Drancy, l’un des hommes politiques français les plus courageux et les plus républicains… Il a résisté avec moi aux racistes et aux islamistes. Il mérite de remplacer la catastrophe qu’est devenue Fadela Amara, car la Politique de la Ville mérite des hommes ou des femmes compétents et non des guignols, sinon le racisme et l’islamisme vont s’accroitre, se nourrir mutuellement et nous mettre TOUS en danger.

Hassen Chalghoumi, avec la collaboration de Farid Hannache, « Pour un islam de France ». Ed. Le cherche midi, 412p; 18 euros.

Voir encore:

Collectif pour la dignité des musulmans
Saphir news
9 Juin 2012


Militants et intellectuels, une quinzaine de personnalités lancent un appel à la démission de Hassen Chalghoumi du poste de Président de l’association culturelle des musulmans de Drancy.

Voir encore:

Hassen Chalghoumi a perdu un de ses valeureux soutiens en la personne de Farid Hannache, son ex-plume qui dit aujourd’hui s’être repenti d’avoir suivi les pas du « faux imam de Drancy ». Ce dernier, qui s’est distingué mardi 26 février sur les ondes de Beur FM [l’enregistrement plus bas], ne cache rien de son amertume à l’encontre de l’actuel chouchou des médias dont la côté d’impopularité auprès des musulmans est au plus haut.

Hanan Ben Rhouma

Saphir news
27 Février 2013

Farid Hannache balance sec. L’ancien conseiller de Hassen Chalghoumi, sans qui son premier livre « Pour l’islam de France » sorti en 2010 n’aurait pas été possible, a décidé de sortir de l’ombre et de faire des révélations, sur le ton de la dénonciation, quant au passé du président de l’association gestionnaire de la mosquée de Drancy.

Invité au micro de Beur FM mardi 26 février, Farid Hannache a ainsi fermement attesté que Hassen Chalghoumi a mené campagne pour Nicolas Sarkozy pendant la campagne électorale de 2012. Une information qui ne surprend guère puisqu’il est un des soutiens du maire de Drancy, Jean-Christophe Lagarde, engagé en 2012 pour la réélection de l’ancien chef de l’Etat.

« C’est l’une des personnes qui a envoyé un bus de la mosquée de Drancy au meeting de Villepinte » en mars 2012 où « il était assis au premier rang avec les ministres et Sarkozy lui-même est venu le saluer », affirme-t-il, révélant que M. Chalghoumi est un de ceux qui auraient véhiculé le « fameux sms » dans lequel il était mentionné « les 10 raisons de ne pas voter PS ». « Dans l’immédiat, il critique Sarkozy car il roule pour Valls. Parce que ce que cherche les politiques, ce sont des béni-oui-oui. »

Un homme au passé sulfureux

Sur son passé, Farid Hannache en dit long. Il affirme qu’à l’époque où il fut un prédicateur du mouvement des Tablighs, « il était tellement fiché intégriste que le ministère de l’Intérieur avait décidé de l’expulser » mais « ce sont les bons offices de l’UOIF (Union des organisations islamiques de France, aujourd’hui décrié par M. Chalghoumi, ndlr), par l’intermédiaire de l’ancien président Lhaj Thami Breze, qui ont convaincu le ministère de ne pas l’expulser ».

Toutefois, « il est interdit de séjour aux Etats-Unis malgré qu’il ait été reçu à Tel Aviv sur tapis rouge », selon M. Hannache qui raconte que l’ancien imam du foyer Sonacotra de Bobigny, employé en 2002 pour la société Fedex, s’était même vu retirer son permis de travail à l’aéroport Charles De Gaulle « parce qu’il était fiché dans la liste rouge des RG ». M. Chalghoumi fut bien manutentionnaire

Pourquoi se manifester que maintenant ? Celui qui fut la plume de Hassen Chalghoumi a déclaré vouloir « faire pénitence » auprès de tous ceux qui l’ont écouté du temps où il soutenait le président de la mosquée de Drancy. Il entend ainsi dénoncer « la gestion policière de l’islam de France et sa gestion néocolonialiste avec la prédominance des lobbies sionistes qui sont en train d’imposer qui doit parler ou non au nom des musulmans ». Sa sortie médiatique lui permet également, à bien des égards, de ne plus voir son nom associé à l’impopulaire Hassen Chalghoumi.

Ce dernier, si décrié des musulmans, est adulé des médias à l’heure où le livre d’entretien « Agissez avant qu’il ne soit trop tard » signé David Pujadas jouit d’une belle promotion. Les failles dans sa communication font jour. Les révélations de Farid Hannache ne manqueront pas d’éclabousser « l’imam de Drancy ».

Voir aussi:

Comment l’imam Chalghoumi renforce malgré lui les préjugés sur les musulmans
LE PLUS. Hassen Chalghoumi est un des imams les plus connus de France, notamment grâce à une importante médiatisation de ses positions. Mais cela sert-il vraiment la communauté dont il se fait le représentant ? Non, répond Pascal Boniface, directeur de l’Iris, jugeant au contraire son action contre-productive.

Pascal Boniface
Directeur de l’IRIS

L’Obs

14-02-2013

L’imam Hassen Chalghoumi est particulièrement choyé par les médias et de nombreux responsables politiques. Il est censé représenter un islam modéré, sans interférence de l’étranger. Il veut également promouvoir le dialogue judéo-musulman, apaiser les tensions communautaires qui traversent notre pays et contribuer à combattre la mauvaise image de l’islam en France. Un récent sondage montrait que 74% des Français expriment un sentiment de défiance à l’égard de cette religion.

Ces intentions sont louables. Mais son action et sa mise en scène vont à l’encontre des buts recherchés.

Chalghoumi, un « native informant »

L’imam Chalghoumi est largement ignoré, voire violemment rejeté par ses coreligionnaires. Début décembre 2012, j’avais pointé l’écart entre son exposition médiatique forte et son enracinement pathétique sur les réseaux sociaux (à l’époque 37 followers pour Twitter et 105 mentions « j’aime » sur Facebook). Pas vraiment un leader populaire.

Il n’est en rien représentatif des musulmans. Ce sont les médias et quelques responsables politiques qui le désignent comme tel. D’où un grand malaise provoquant un rejet, les musulmans refusant de se voir assigner par des non-musulmans un représentant qu’ils n’acceptent pas. Si Chalghoumi est rejeté, ce n’est pas parce qu’il est modéré, comme certains veulent le faire croire, mais parce qu’il est illégitime. Il est désigné représentant d’une communauté par ceux qui n’y appartiennent pas.

Chalghoumi est ce que la sociologie américaine appelle un « native informant », ces figures qui occupent la parole d’une communauté dont ils n’ont pas le soutien, mais qui tirent leur légitimité des médias et des milieux politiques dominants. Il dit ce que la majorité a envie d’entendre de la part d’une minorité, mais pas ce qu’elle pense réellement. Les « informateurs indigènes » valident les stéréotypes que la majorité véhicule sur leur communauté.

On parle également des « rented negroes », ces noirs américains qui monopolisent le paysage médiatique pour donner « un visage de noir pour une opinion de blanc ». Chalgoumi est loué dans les deux sens du terme et l’un parce que l’autre !

La position de Chalghoumi conforte les préjugés contre l’islam

Si la communauté concernée commence à être informée, comme le sont aujourd’hui les musulmans français, la manœuvre ne marche plus. Cette manipulation de l’information devient un défi démocratique. De surcroit, elle conforte les stéréotypes que l’on dit vouloir combattre.

Le message qui est envoyé au public c’est qu’un imam modéré est rejeté par ses coreligionnaires qui sont donc, dans leur majorité, extrémistes. La mise en scène de Chalghoumi, loin de combattre le préjugé d’un islam radical et intolérant, le conforte puissamment.

Développer le dialogue judéo-musulman est une bonne chose. Le faire comme Chalghoumi ne créé pas un pont, mais creuse le fossé. Cela accrédite l’idée que le conflit du Proche-Orient est d’essence religieuse. Le problème de ce conflit n’est pas l’islam. C’est l’occupation israélienne des Territoires palestiniens. Chalghoumi renforce l’idée que si les musulmans étaient plus modérés, le conflit pourrait être résolu, et la France préservée de son importation.

Il est considéré comme une vedette par les représentants institutionnels de la communauté juive, où il a plus de soutien que parmi les musulmans. Cela n’est pas sans poser un problème de légitimité de représentation. Il ne s’est jamais élevé contre l’occupation israélienne. Il est muet sur les appels à une solidarité inconditionnelle avec le gouvernement israélien lancés régulièrement par les responsables institutionnels de la communauté juive. Son partenariat avec les institutions juives n’est en rien équilibré ou réciproque. Il fait allégeance et obtient en retour une reconnaissance politique et médiatique nationale personnelle, mais rien pour sa communauté ou pour la cause palestinienne. Il accrédite l’idée qu’un musulman « modéré » ne critique pas le gouvernement israélien, et que ceux qui le font sont des extrémistes.

L’immense majorité des musulmans, tout en étant critiques à l’égard de la politique israélienne, condamnent l’antisémitisme et les actes antisémites. Ils ne peuvent donc se considérer comme représentés par Chalghoumi. En favorisant Chalghoumi, le CRIF privilégie le soutien à Israël sur la lutte contre l’antisémitisme.

Chalghoumi, faisant une mission de paix en plein bombardement israélien sur Gaza en novembre dernier, n’a pas condamné ces derniers. Richard Prasquier, président du CRIF, se félicite de l’avoir connu au moment de l’époque de « Plomb durci ». Il dit qu’il fallait « avoir beaucoup de courage pour afficher ses relations avec la communauté juive » – mais donc aussi beaucoup d’opportunisme pour ne pas dire un mot sur (ou contre) les bombardements israéliens sur Gaza par l’armée israélienne.

Il est au dialogue judéo-musulman ce que les bourgeois de Calais étaient au dialogue franco-britannique. Encore que ces derniers n’avaient guère le choix.

Voir enfin:

Quand une taupe nous dévoile sans le vouloir la stratégie de conquête de la France par la taqiyya

Lettre ouverte à Hassen Chalghoumi,
imam à Drancy, président de la Conférence des imams de France

Monsieur l’imam,

Merci, mille fois merci !
Une taupe comme vous, j’en rêvais.
Musulman, d’origine étrangère, formé à l’étranger (Tunisie, Syrie, Pakistan…), installé chez nous depuis peu, parlant mal notre langue, ne pouvant l’écrire qu’avec l’aide d’un nègre, vous prétendez donner des leçons de patriotisme et de légalité républicaine aux Français. Ne connaissant ni les Français ni la France, croyant que notre civilisation se réduit à l’image qu’en donnent les quelques élus frileux, idiots utiles, benêts divers qui vous témoignent leur allégeance, vous dévoilez au grand public, sans le vouloir, par vos maladresses, vos patauderies, vos insistances, votre manque de précautions dans l’expression…, la stratégie de l’islam en guerre par la taqiyya.
Monsieur l’imam, les 424 pages de votre livre Pour l’islam de France m’ont comblé.

L’action psychologique contre la France : une mécanique simple

En fait, l’action psychologique des djihadistes à destination des Français, au stade actuel du conflit, est simple dans sa conception et d’application facile pour les taupes. Elle s’articule en quatre axes de communication, toujours les mêmes, qui s’entrecroisent pour, d’une part déstabiliser les Français, entamer leur volonté d’agir contre l’invasion dont ils sont l’objet, d’autre part les convaincre d’accorder toujours plus à l’islam chez eux. Ces axes (ils seront exposés ci-après) sont étayés et alimentés par des séries d’affirmations non prouvées, de mensonges et de dissimulations. Le ton doit être assuré (celui qui osera douter ou contredire sera forcément un « raciste », un « islamophobe »…). Mais chaque interprète a loisir de mâtiner la partition comme il le souhaite par des appels aux grands sentiments, de l’érudition, des témoignages…

Vous, vous avez choisi, pour la tonalité générale de votre texte, l’hyperbole, le lyrisme, les oriflammes et les cuivres. Du coup, tout ce que vous avancez est écrit au crayon gras et les rouages de votre mécanique de propagande en deviennent si voyants que n’importe qui est en mesure de les démonter. (D’autres taupes sont plus habiles, laissez-moi vous le dire, et vos chefs pourraient être mécontents d’une balourdise qui compromet leur stratégie de sape.)

Premier axe de communication : les Français doivent accepter la « religion » islamique chez eux

Les taupes – toutes les taupes – affirment toujours la même fausseté pour nous piéger : l’islam est une « religion » et, toutes les taupes, toujours, invitent aussitôt les Français à prendre acte d’un fait : l’islam est désormais bien implanté chez nous.
Ce que vous, monsieur l’imam, résumez ainsi : « L’islam n’est plus la religion des immigrés ou des colonisés.
L’islam est la religion de millions de citoyens français.
L’islam en France est l’affaire de la France. »

Selon vous, les Musulmans sont, sur notre sol, « peut-être dix millions ».

L’islam serait simplement une « religion » ? Aussitôt, nous voici désarmés devant les prétentions des musulmans à prendre toutes leurs aises dans notre patrie. Une religion, c’est pour nous quelque chose qui ressortit à l’intime, à la liberté de conscience, au droit privé. Donc, pour nous, interdiction de regarder la chose d’un peu près et, surtout, de légiférer à son endroit. Or, vous le savez parfaitement, l’islam n’est pas une religion au sens où nous l’entendons. C’est une idéologie et un système de gouvernement des communautés et des hommes qui mêlent, de manière insécable, identité, religion, droit, politique, mœurs, morale ; c’est un «totalitarisme ». Le piège « islam-religion » a beaucoup servi aux musulmans en guerre contre nous pour dissimuler leur volonté colonisatrice et leurs manoeuvres. Il commence à être quelque peu usé. Mais, vous, vous pensez qu’il peut encore servir et vous allez en jouer tout au long de votre plaidoyer en faveur de votre totalitarisme.

Quant à l’incitation à tenir compte du fait accompli, elle revient à nous dire :

– Vous, Français, certes vos dirigeants ne vous ont jamais consultés sur votre sentiment à l’égard de cette présence étrangère à votre culture, certes vous pouvez pensez qu’elle est inopportune, qu’elle menace l’unité de votre nation, la paix intérieure… mais les faits sont là : vous devez en prendre acte et vous soumettre au réel, vous incliner devant la réalité que nous représentons.

Une objurgation qui comporte en filigrane une menace, c’est évident. Sinon, pourquoi gonfler les chiffres au-delà de la vraisemblance ? (A moins que… Et si les organismes officiels français chargés d’évaluer le nombre des Musulmans présents dans l’hexagone nous trompaient sciemment ?)

Ces préalables étant posés sans être aucunement discutés ou seulement mis en doute, arrive une autre affirmation : les effets positifs de l’immigration musulmane ? Vous soulignez « les richesses qu’ils [les Musulmans] apportent à notre nation », ajoutant avec une emphase qui est votre marque et qui aurait réjoui Molière : « La liaison entre nos concitoyens musulmans et la France n’est plus les flux migratoires, mais l’adhésion patriotique et la pratique méritoire des valeurs et des talents de la République. »

Suit, après cela, comme une explication du phénomène : par les origines religieuses communes – toujours l’antienne de l’islam-religion – : « Les trois Dieux ne sont en réalité qu’un Seul. Les trois Prophètes, Moïse, Jésus et Mohamed, ne sont que les arrière petits frères d’Abraham. La fraternité qui existe entre ces prophètes doit exister entre leurs disciples. » « N’avons-nous pas le même Dieu ? » (sauf que, nuance parmi d’autres, Allah n’a pas fait « l’homme à son image »). « Ne partageons-nous pas les mêmes prophètes ? » (sauf que Mahomet, « le sceau de la Prophétie », les corrige tous selon vous), « le même monothéisme » (sauf que, pour les Musulmans, les chrétiens sont associateurs, mushrikûn, polythéistes). »

Incidemment, posez-vous la question, monsieur l’imam : Quel Français se définirait aujourd’hui prioritairement comme « enfant d’Abraham » ? Et oseriez vous affirmer en toute honnêteté que le ‘Isâ de votre Coran (simple homme, jamais crucifié ni ressuscité) est le Jésus, le Yasû‘, des chrétiens ? Et placez-vous hors de la nation les athées, les agnostiques, les indifférents en matière religieuse ? Et n’avez-vous jamais entendu parler de nos héritages grec, celte, latin ? des Lumières ?

Force vous est de prendre acte que des Français demeurent rétifs à la présence de l’islam chez eux, « qu’il y aura toujours des imbéciles qui envisageront les musulmans français comme une immigration de colonisation ou comme un cheval de Troie de l’islamisme ». Ceux-là sont, purement et simplement, des « racistes » (le mot est sans fondement : l’islam n’est pas une race, que l’on sache ; il est cependant répété souvent). Honte donc aux Français qui « stigmatisent, clouent au pilori, bannissent en banlieue une communauté, presque entièrement suspecte ; certains vomissent des inepties parfois abjectes. » Par leur refus de l’immigration musulmane, ce sont même des assassins : « La Méditerranée est remplie de cadavres d’immigrés clandestins. »

Axe 2 : les Musulmans aiment la France et la république

Autre maillon dans la chaîne des affirmations assénées : les Musulmans présents en France, non seulement aiment le pays qui les accueille, mais, même, ils adhèrent à la République. Vous êtes vous-même un républicain exemplaire.

Avec quelle violence vous rejetez le communautarisme, « le clanisme » – alors que vous prêchez pour la reconnaissance d’une communauté musulmane de plein droit !
Et vous rendez hommage à… la laïcité, à la loi de 1905, que les Musulmans « doivent respecter ».
(Cependant, ajoutez-vous, «ceux qui se réfèrent à la loi de 1905 ou le Bleu-Blanc-Rouge « pour prétendre sauver l’identité et la Patrie » sont des racistes. »)

Inutile d’insister : par qui ferez-vous admettre que l’islam, qui place toute vie humaine sous tous ses aspects dans le devoir d’obéissance à une Révélation d’origine divine, est compatible avec la République, avec la laïcité ? Bien sûr, vous mentez. Vous mentez effrontément, appliquant le principe d’un des grands maîtres de la propagande politique, Joseph Goebbels, qui affirmait : « Plus gros est un mensonge, plus facilement il est accepté » ?

Axe 3 : condamnation de l’islam tel que nous le constatons

Dans leurs opérations d’enfumage, les taupes de l’islam se trouvent, à un moment ou à un autre, dans la nécessité de prendre leur distance avec l’image, très négative, que les autres civilisations se font de l’islam à la lumière de l’actualité et de l’histoire. Vous ne manquez pas à cette tâche de désaveu, de reniement.

Vous avez des mots extrêmement durs pour condamner l’islam à l’étranger. Quelle variété d’islam, quel grand pays musulman échappe à votre vitriol ? Un Occidental qui s’exprimerait avec votre fureur serait immédiatement traîné en justice pour incitation à la haine raciale.
Khomeiny ne songeait qu’à « domestiquer son peuple ». (Il est vrai qu’il était shiite, un hérétique pour le sunnite que vous êtes.)
L’islam pakistanais est « gangrené par la radicalisation »
La pratique religieuse des talibans est « inhumaine, antimusulmane ».
Vous énumérez les « crimes » commis par les radicaux en Algérie.
La Ligue islamique mondiale est « la voix et le bras de la propagande wahhabite, mélangeant le caritatif et le politique ».
Al-Karadâwi, président du Conseil européen de la fatwa et de la recherche, est un « propagandiste de la haine », (certainement, mais vous ne dites pas qu’il est aussi président de l’Union internationale des Savants musulmans – les oulémas –, ce qui en fait une des plus grandes références pour les dogmes, la Loi et les pratiques de l’islam).
Le salafisme : « l’intégrisme religieux ».
Les Frères musulmans : « à la fois une secte religieuse et un groupuscule politique », « qui pratique le double langage ».
Etc.

Vous êtes aussi sévère pour l’islam en France.
Le Conseil français du Culte musulman, dirigé « par un musulman d’une nationalité étrangère », est « une usine à gaz, organe schizophrène, infantile, liberticide », « estropié ou embourbé ».
L’UOIF, qui y domine, c’est « l’islamisme politique ».
La main et l’argent de l’étranger sont partout : « La gestion financière des mosquées, ou des lieux de culte, même les plus petits, provoque et entretient un climat délétère dans plusieurs villes. »
(Mais la faute à qui ? « Depuis l’arrivée massive et précaire de l’islam combattant pour libérer la France ou exécutant tous les métiers pénibles pour construire la France, l’État français a préféré abandonner la gestion de l’islam aux chancelleries. »)
Vous ne niez pas les turbulences et les incivilités de la « communauté musulmane » : Les dérapages des pro-palestiniens « risquent de compromettre la paix civile ici ». (Vos « frères juifs » ont droit à une cinquantaine de pages d’affilée : « L’antijudaïsme, l’antisémitisme, l’antisionisme et le négationnisme s’abreuvent habituellement dans le même marécage. »)
Les « jeunes » de banlieue doivent savoir que le vandalisme est un délit « et surtout, un acte illicite, harâm, puni par Allâh ».

Vous paraissez presque prêt à désapprouver les prières publiques de la rue Myrrha : « Le Prophète a interdit les assemblées sur les routes, qui peuvent aussi être des rassemblements dans les halls d’immeuble, des attroupements dans les cages d’escalier, car l’esprit de l’islam est d’interdire la nuisance, physique u sonore, matérielle ou même visuelle. »
Vous déplorez la « victimisation » où se complaisent tant d’immigrés : « Nous sommes les premiers coupables de nos malheurs.
Etc.

Voilà pour le constat. Mais, foin de tout cela ; l’islam a été défiguré pour des raisons politiciennes ou matérielles. L’islam authentique est bien différent.

Axe 4 : l’islam authentique qui sera celui de la France

Comment définissez-vous cette merveille ?
« Une religion de la paix et de la justice », car « le cœur de l’islam est la paix ».
Une affirmation que vous seriez bien en peine de justifier. Décidément, vous semblez tenir l’aphorisme de Goebbels pour une vérité opérationnelle !

Une religion de paix ? Vous évacuez le Coran et ses appels à la guerre contre les juifs, les chrétiens, les polythéistes…, ainsi que la sunna du prophète, « le beau modèle » (Coran : XXXIII. 21), qui, à Médine, ne cessa de conduire le jihâd, et avec quel acharnement !

Et seulement une religion ? Votre culot va jusqu’à « refuser catégoriquement » dans l’islam « la confusion entre le sacré et le profane, entre le religieux et le politique », « cette dérive abyssale et souvent sanglante », alors que votre système, comme le Coran d’où il est issu, place toute la vie humaine sous la Loi d’Allah. Vous écrivez : « La vraie religion musulmane, celle qui n’est pas travestie par la politique et celle qui ne pervertit pas la politique ; celle qui n’est pas instrumentalisée par l’Etat et celle qui ne cherche pas à manipuler l’Etat ».
En conséquence de l’islam réduit à la religion, l’imam ne doit s’occuper que « du culte ». Mais comment définirez-vous ce mot, qui n’a aucun sens dans un système qui régente autant le port de la barbe ou le maillot de bain des femmes que la prière ou le jeûne ?
Et, je le répète, vous approuvez la laïcité, la loi de 1905, puisque l’islam n’est qu’une religion qui ne se mêle pas de politique

Vos mensonges et dissimulations sont particulièrement éhontés en ce qui concerne votre Prophète : « Le Messager Mohammed a amené avec lui l’amour et la paix » quand le hadîth et la sîra, jamais discutés en Terre d’islam, lui imputent à gloire batailles, massacre et assassinats ciblés.
Il est un exemple « d’amour et de tolérance ».

Et son attitude à l’égard des femmes ?
Une affirmation incroyable : « L’islam a révolutionné le statut des femmes en instituant pour elle (sic) les droits de propriété, de succession, d’éducation, de divorce », alors que, avant l’islam, à La Mekke, la première épouse de Mahomet, Khadîja, dirigeait une entreprise et gérait seule sa fortune, ce qui sera interdit aux musulmanes. « L’islam a apporté aux Arabes du VIIe siècle l’humanité et la modernité. »

Le Prophète, qui aurait eu, selon la sîra, une vingtaine d’épouses et de concubines, s’est marié uniquement « pour des raisons politiques, sociologiques ou familiales ». Autrement dit, il était opposé à la polygamie et, en multipliant les partenaires sexuels, il n’aurait fait que se sacrifier dans l’intérêt de sa communauté. Mais alors, quid de ses unions, à Médine, en 627, avec la juive Râhina et, à Khaybar, l’année suivante, avec une autre juive, Safiyya, deux femmes dont les bourreaux de l’islam avaient exécuté le mari le jour même ?

Et son mariage, avec Aicha ? Vous désapprouvez un moufti marocain qui, en 2008, a autorisé le mariage des filles à partir de neuf ans. (De « la pédophilie », dites vous justement.). Mais vous négligez de préciser que ce saint homme se référait à l’exemple de son Prophète qui a défloré Aicha à cet âge.

Sur ce chapitre, sensible aux yeux des Occidentaux, du statut des femmes, vous poussez la tartufferie jusqu’à affirmer : « Les femmes et les hommes sont égaux dans la pratique de l’islam ». Et ceci, écrit sans une démonstration (impossible) : « Les versets [du Coran] concernant l’égalité entre les femmes et les hommes sont nombreux et clairs ».
Vous-même êtes contre la burqa, mais vous êtes pour le voile, dont le symbolisme est le même : l’inégalité homme-femme, l’interdiction pour une musulmane d’épouser un non-musulman. Par une très brève allusion, nous apprenons que votre épouse est voilée.

Sur l’histoire de l’islam après Mahomet, sur le statut des dhimmis, vos triches sont innombrables. Jadis, « les juifs et les Arabes vivaient en bonne intelligence, dans le partage de la science et de la paix ». Le deuxième calife du Prophète, Omar Ibn Al-Khattab, « a établi un pacte garantissant aux juifs et aux chrétiens la liberté du culte et le respect de leur statut ». Une insulte au martyre des dhimmis.

Rien sur les questions de fond

Votre livre est aussi intéressant par les sujets qu’il évite. On y chercherait en vain quoi que ce soit sur plusieurs sujets qui rendent l’islam inacceptable au sein de nos démocraties :
L’absence de liberté de conscience.
L’absence de liberté religieuse : l’interdiction faite à un musulman de renoncer à l’islam.

Tout ce qui dans le Coran – ne parlons même pas de la sunna – est crime contre les droits de l’homme, les très nombreux versets qui appellent à la guerre pour discrimination religieuse, l’autorisation donnée aux maris de battre leurs épouses, le droit de flageller la femme adultère… tout cela disparaît dans votre islam tronqué, truqué, inventé seulement pour servir de leurre dans une guerre subversive.

Il faudrait un volume aussi épais que le vôtre pour relever vos filouteries. J’espère que les quelques perles que j’ai relevées permettront de se faire une idée de l’ignominie de votre attitude à l’égard d’un pays où vous vivez, que vous avez le front de dire aimer, que vous trahissez au profit d’un totalitarisme, dont les Français ne veulent pas et qu’ils n’accepteront jamais.

Les risques de la taqiyya

Une remarque encore : l’actualité nous a appris que certains musulmans de Drancy s’étaient dressés contre vous et vos prêches. Je ne veux pas croire qu’il s’agit là d’un coup monté par vos soins, pour mieux vous distinguer, vous « le modéré, le moderniste, le républicain, le laïque », des « islamistes » que, hors l’Islam, le monde entier exècre. Je pense sincèrement que vos agresseurs étaient des musulmans ordinaires, sincèrement soucieux du bon renom de leur religion et de leur civilisation : ils se sont sentis insultés par vos propos, qui présentent l’islam et son prophète sous des traits outrageants par leur fausseté ; ils ne savaient pas que vous jouiez un double jeu à l’intention des infidèles.
Ce sont là les risques de la taqiyya. On peut supposer que vous les connaissiez quand, il y a une vingtaine d’années, vous avez décidé de partir en mission pour la France afin d’y accomplir un devoir, sacré en votre âme et conscience, ordonné précisément dans votre Livre saint : œuvrer à l’asservissement, puis à l’anéantissement de toute communauté autre que l’umma, la communauté totalitaire islamique.

Jérôme Capistran

Voir par ailleurs:

Moral Courage: Imam for Peace

A Muslim cleric from France hopes to unite Muslims, Christians and Jews in the fight against fanaticism.

 

As right-wing rabble rousers throughout Europe make themselves known to media, it’s time to tell the more surprising stories. Here’s one: in France, the most radical voice of social cohesion may very well be an imam. Yup, a Muslim cleric. Hassen Chalghoumi deserves to become a household name in America.

Chalghoumi is the imam of Drancy, a suburban Parisian town that deported Jews to their death during World War II. Imam Chalgoumi seeks to preserve this history so that it’s never forgotten. In fact, we met him at the Holocaust Memorial in Drancy, where he recited the opening verses of the Qur’an. The imam later told us that the Holocaust isn’t only a Jewish issue; it’s a human one that Muslims must honestly grapple with if they want credibility when complaining about Islamophobia. Coming from an imam, such a statement is more than rare. It’s refreshing.

But Chalghoumi’s platform doesn’t end in Drancy. He founded the French Conference of Imams, has written several books in French and Arabic, and intends to speak with American audiences as his English improves. We can only hope that he’ll be welcomed, since he seeks to unite Muslims, Christians and Jews to conquer what he calls the real enemy: fanaticism, including the Islamist kind.

His message of peace has its detractors. Opponents sarcastically describe Chalghoumi as the “Imam of the Jews.” He frequently faces death threats via voicemail. His house was trashed soon after he led a 2006 Holocaust remembrance. Later, vandals doused his car with gasoline. More polite pushback comes in the form of counsel to stop appearing publicly and to end interfaith dialogue. Translation: shut up and pray.

Chalghoumi follows half that advice. The other half, Chalghoumi flouts: He brought 20 French imams to Jerusalem’s Yad Vashem Holocaust memorial, where they proclaimed that life is more important than doctrine.

The intensity of his moral courage doesn’t really reveal itself in Chalghoumi’s background. Born in Tunisia, he served as a conflict mediator for France’s national rail system. Then he opened a pizzeria, which became a neighborhood hotspot. In a gesture of sweetness but not necessarily backbone, Chalghoumi reached out to the local cops bearing gifts of pastry.

On further reflection, though, we detect a pattern. The imam’s adult life is suffused with his intention to open lines of communication between seeming rivals. It’s a pattern rooted firmly in faith: in Islam, proper intention (known as “niyyah”) is at least as significant as action. But Chalghoumi also walks the talk, embodying the bold declaration that human dignity trumps religious identity.

Think we’re exaggerating? Watch this video clip from Moral Courage TV. For English subtitles, click “cc” at the bottom of the video:


11 septembre/18e: Des gens avaient fait quelque chose (While the Ilhan Omars of this world never miss an opportunity to spit on their adopted countries, thank God for Mitchell Zuckoff’s attempt to ‘delay the descent of 9/11 into the well of history’)

11 septembre, 2019

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Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. (…) Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous. (…) S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi. Jésus (Jean 15: 13-20)
Let’s roll ! Todd Beamer
You’ve got to turn on evil,when it’s coming after you, you’ve gotta face it down … Neil Young (« Let’s roll, 2001)
[Beamer’s wife Lisa] was talking about how he always used to say that (« let’s roll ») with the kids when they’d go out and do something, that it’s what he said a lot when he had a job to do. And it’s just so poignant, and there’s no more of a legendary, heroic act than what those people did. With no promise of martyrdom, no promise of any reward anywhere for this, other than just knowing that you did the right thing. And not even having a chance to think about it or plan it or do anything — just a gut reaction that was heroic and ultimately cost them all their lives. What more can you say? It was just so obvious that somebody had to write something or do something. Neil Young
In the normal course of events, Presidents come to this chamber to report on the state of the Union. Tonight, no such report is needed. It has already been delivered by the American people. We have seen it in the courage of passengers, who rushed terrorists to save others on the ground — passengers like an exceptional man named Todd Beamer. And would you please help me to welcome his wife, Lisa Beamer, here tonight. George W. Bush
Et immédiatement, le centre sacrificiel se mit à générer des réactions habituelles : un sentiment d’unanimité et de deuil. […] Des phrases ont commencé à se dire comme « Nous sommes tous Américains » – un sentiment purement fictif pour la plupart d’entre nous. Ce fut étonnant de voir l’unité se former autour du centre sacré, rapidement nommé Ground Zero, une unité qui se concrétisera ensuite par un drapeau, une grande participation aux cérémonies religieuses, les chefs religieux soudainement pris au sérieux, des bougies, des lieux saints, des prières, tous les signes de la religion de la mort. […] Et puis il y avait le deuil. Comme nous aimons le deuil ! Cela nous donne bonne conscience, nous rend innocents. Voilà ce qu’Aristote voulait dire par katharsis, et qui a des échos profonds dans les racines sacrificielles de la tragédie dramatique. Autour du centre sacrificiel, les personnes présentes se sentent justifiées et moralement bonnes. Une fausse bonté qui soudainement les sort de leurs petites trahisons, leurs lâchetés, leur mauvaise conscience. James Alison
La révolte contre l’ethnocentrisme est une invention de l’Occident, introuvable en dehors. (…) À la différence de toutes les autres cultures, qui ont toujours été ethnocentriques tout de go et sans complexe, nous autres occidentaux sommes toujours simultanément nous-mêmes et notre propre ennemi. René Girard
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme.  René Girard
J’ai l’impression que beaucoup de gens ont oublié le 11 Septembre – pas complètement, mais ils l’ont réduit à une espèce de norme tacite. Quand j’ai donné cet entretien au Monde, l’opinion générale pensait qu’il s’agissait d’un événement inhabituel, nouveau, et incomparable. Aujourd’hui, je pense que beaucoup de gens seraient en désaccord avec cette remarque. Malheureusement, l’attitude des Américains face au 11 Septembre a été influencée par l’idéologie politique, à cause de la guerre en Irak. Le fait d’insister sur le 11 Septembre est devenu « « conservateur » et « alarmiste ». Ceux qui aimeraient mettre une fin immédiate à la guerre en Irak tendent donc à le minimiser. Cela dit, je ne veux pas dire qu’ils ont tort de vouloir terminer la guerre en Irak, mais avant de minimiser le 11 Septembre, ils devraient faire très attention et considérer la situation dans sa globalité. Aujourd’hui, cette tendance est très répandue, car les événements dont vous parlez – qui ont eu lieu après le 11 Septembre et qui en sont, en quelque sorte, de vagues réminiscences – sont incomparablement moins puissants et ont beaucoup moins de visibilité. Par conséquent, il y a tout le problème de l’interprétation : qu’est-ce que le 11 Septembre ? (…) je le vois comme un événement déterminant, et c’est très grave de le minimiser aujourd’hui. Le désir habituel d’être optimiste, de ne pas voir l’unicité de notre temps du point de vue de la violence, correspond à un désir futile et désespéré de penser notre temps comme la simple continuation de la violence du XXe siècle. Je pense, personnellement, que nous avons affaire à une nouvelle dimension qui est mondiale. Ce que le communisme avait tenté de faire, une guerre vraiment mondiale, est maintenant réalisé, c’est l’actualité. Minimiser le 11 Septembre, c’est ne pas vouloir voir l’importance de cette nouvelle dimension. (…)  [la guerre froide et le terrorisme islamiste] sont similaires dans la mesure où elles représentent une menace révolutionnaire, une menace globale. Mais la menace actuelle va au-delà de la politique, puisqu’elle comporte un aspect religieux. Ainsi, l’idée qu’il puisse y avoir un conflit plus total que celui conçu par les peuples totalitaires, comme l’Allemagne nazie, et qui puisse devenir en quelque sorte la propriété de l’islam, est tout simplement stupéfiante, tellement contraire à ce que tout le monde croyait sur la politique. Il faudrait beaucoup y travailler, car il n’y a pas de vraie réflexion sur la coexistence des autres religions, et en particulier du christianisme avec l’islam. Le problème religieux est plus radical dans la mesure où il dépasse les divisions idéologiques – que bien sûr, la plupart des intellectuels aujourd’hui ne sont pas prêts d’abandonner. En deçà de ces visions idéologiques, nos réflexions sur le 11 Septembre resteront superficielles. Nous devons réfléchir dans le contexte plus large de la dimension apocalyptique du christianisme. Celle-ci est une menace, car la survie même de la planète est en jeu. Notre planète est menacée par trois choses qui émanent de l’homme : la menace nucléaire, la menace écologique et la manipulation biologique de l’espèce humaine. L’idée que l’homme ne puisse pas maîtriser ses propres pouvoirs est aussi vraie dans le domaine biologique que dans le domaine militaire. C’est cette triple menace mondiale qui domine aujourd’hui. (…) Le terrorisme est une forme de guerre, et la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. En ce sens, le terrorisme est politique. Mais le terrorisme est la seule forme possible de guerre face à la technologie. Les événements actuels en Irak le confirment. La supériorité de l’Occident, c’est sa technologie, et elle s’est révélée inutile en Irak. L’Occident s’est mis dans la pire des situations en déclarant qu’il transformerait l’Irak en une démocratie jeffersonienne ! C’est précisément ce qu’il ne peut pas faire. Il est impuissant face à l’islam car la division entre les sunnites et les chiites est infiniment plus importante. Alors même qu’ils combattent l’Occident, ils parviennent encore à lutter l’un contre l’autre. Pourquoi l’Occident devrait-il s’investir dans ce conflit interne à l’islam alors que nous ne parvenons même pas à en concevoir l’immense puissance au sein du monde islamique lui-même ? (…) Il s’agit de notre incompréhension du rôle de la religion, et de notre propre monde ; c’est ne pas comprendre que ce qui nous unit est très fragile. Lorsque nous évoquons nos principes démocratiques, parlons-nous de l’égalité et des élections, ou bien parlons-nous de capitalisme, de consommation, de libre échange, etc. ? Je pense que dans les années à venir, l’Occident sera mis à l’épreuve. Comment réagira-t-il : avec force ou faiblesse ? Se dissoudra-t-il ? Les occidentaux devraient se poser la question de savoir s’ils ont de vrais principes, et si ceux-ci sont chrétiens ou bien purement consuméristes. Le consumérisme n’a pas d’emprise sur ceux qui se livrent aux attentats suicides. L’Amérique devrait y réfléchir, car elle offre au monde ce que l’on considère de plus attrayant. Pourquoi cela ne fonctionne- t-il pas vraiment chez les musulmans ? Est-ce par ressentiment ou ont-ils, contre cela, un système de défense bien organisé ? Ou bien, leur perspective religieuse est-elle plus authentique et plus puissante ? Le vrai problème est là. (…) Je suis bien moins affirmatif que je ne l’étais au moment du 11 Septembre sur l’idée d’un ressentiment total. Je me souviens m’être emporté lors d’une rencontre à l’École Polytechnique lorsque je me suis mis d’accord avec Jean-Pierre Dupuy sur l’interprétation du ressentiment du monde musulman. Maintenant, je ne pense pas que cela suffise. Le ressentiment seul peut-il motiver cette capacité de mourir ainsi ? Le monde musulman pourrait-il vraiment être indifférent à la culture de consommation de masse ? Peut-être qu’il l’est. Je ne sais pas. Il serait sans doute excessif de leur attribuer une telle envie. Si les islamistes ont vraiment pour objectif la domination du monde, alors ils l’ont déjà dépassée. Nous ne savons pas si l’industrialisation rapide apparaîtra dans le monde musulman, ou s’ils tenteront de gagner sur la croissance démographique et la fascination qu’ils exercent. Il y a de plus en plus de conversions en Occident. La fascination de la violence y joue certainement un rôle. (…) Il y a là du ressentiment, évidemment. Et c’est ce qui a dû émouvoir ceux qui ont applaudi les terroristes, comme s’ils étaient dans un stade. C’est cela le ressentiment. C’est évident et indéniable. Mais est-ce qu’il représente l’unique force ? La force majeure ? Peut-il être l’unique cause des attentats suicides ? Je n’en suis pas sûr. La richesse accumulée en Occident, comparée au reste du monde, est un scandale, et le 11 Septembre n’est pas sans rapport avec ce fait. Si je ne veux donc pas complètement supprimer l’idée du ressentiment, il ne peut pas être l’unique explication. (…)  L’autre force serait religieuse. Allah est contre le consumérisme, etc. En réalité, le musulman pense que les rituels de prohibition religieuse sont une force qui maintient l’unité de la communauté, ce qui a totalement disparu ou qui est en déclin en Occident. Les gens en Occident ne sont motivés que par le consumérisme, les bons salaires, etc. Les musulmans disent : « leurs armes sont terriblement dangereuses, mais comme peuple, ils sont tellement faibles que leur civilisation peut être facilement détruite ». C’est ce qu’ils pensent et ils n’ont peut-être pas complètement tort. Il me semble qu’il y a quelque chose de juste dans ce propos. Finalement, je crois que la perspective chrétienne sur la violence surmontera tout, mais ce sera une épreuve importante. (…) Il faut faire attention à ne pas justifier le 11 Septembre en le qualifiant de sacrificiel. Je pense que Jean-Pierre Dupuy ne le dit pas. Il maintient une sorte de neutralité. Mais ce qu’il dit sur la nature sacrée de Ground Zero au World Trade Center est, je pense, parfaitement justifié. (…) Je pense que James Alison a raison de parler de la katharsis dans le contexte du 11 Septembre. La notion de katharsis est extrêmement importante. C’est un mot religieux. En réalité, cela veut dire « la purge » au sens de purification. Dans l’Église orthodoxe, par exemple, katharos veut dire purification. C’est le mot qui exprime l’effet positif de la religion. La purge est ce qui nous rend purs. C’est ce que la religion est censée faire, et ce qu’elle fait avec le sacrifice. Je considère l’utilisation du mot katharsis par Aristote comme parfaitement juste. Quand les gens condamnent la théorie mimétique, ils ne voient pas l’apport d’Aristote. Il ne semble parler que de tragédie, mais pourtant, le théâtre tragique traite du sacrifice comme un drame. On l’appelle d’ailleurs ‘l’ode de la chèvre’. Aristote est toujours conventionnel dans ses explications – conventionnel au sens positif. Un Grec très intelligent cherchant à justifier sa religion, utiliserait, je pense, le mot katharsis. Ainsi, ma réponse mettrait l’accent sur la katharsis au sens aristotélicien du terme. (…) pour le 11 Septembre, il y avait la télévision qui nous rendait présents à l’événement, et intensifiait ainsi l’expérience. L’événement était en direct, comme nous le disons en français. On ne savait pas ce qui allait advenir par la suite. Moi-même, j’ai vu le deuxième avion frapper le gratte-ciel, en direct. C’était comme un spectacle tragique, mais réel en même temps. Si nous ne l’avions pas vécu dans le sens le plus littéral, il n’aurait pas eu le même impact. Je pense que si j’avais écrit La Violence et le Sacré après le 11 Septembre, j’y aurais très probablement inclus cet événement. C’est l’événement qui rend possible une compréhension des événements contemporains, car il rend l’archaïque plus intelligible. Le 11 Septembre représente un étrange retour à l’archaïque à l’intérieur du sécularisme de notre temps. Il n’y a pas si longtemps, les gens auraient eu une réaction chrétienne vis-à-vis du 11 Septembre. Aujourd’hui, ils ont une réaction archaïque, qui augure mal de l’avenir. (…) L’avenir apocalyptique n’est pas quelque chose d’historique. C’est quelque chose de religieux sans lequel on ne peut pas vivre. C’est ce que les chrétiens actuels ne comprennent pas. Parce que, dans l’avenir apocalyptique, le bien et le mal sont mélangés de telle manière que d’un point de vue chrétien, on ne peut pas parler de pessimisme. Cela est tout simplement contenu dans le christianisme. Pour le comprendre, lisons la Première Lettre aux Corinthiens : si les puissants, c’est-à-dire les puissants de ce monde, avaient su ce qui arriverait, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de la Gloire – car cela aurait signifié leur destruction (cf. 1 Co 2, 8). Car lorsque l’on crucifie le Seigneur de la Gloire, la magie des pouvoirs, qui est le mécanisme du bouc émissaire, est révélée. Montrer la crucifixion comme l’assassinat d’une victime innocente, c’est montrer le meurtre collectif et révéler ce phénomène mimétique. C’est finalement cette vérité qui entraîne les puissants à leur perte. Et toute l’histoire est simplement la réalisation de cette prophétie. Ceux qui prétendent que le christianisme est anarchiste ont un peu raison. Les chrétiens détruisent les pouvoirs de ce monde, car ils détruisent la légitimité de toute violence. Pour l’État, le christianisme est une force anarchique, surtout lorsqu’il retrouve sa puissance spirituelle d’autrefois. Ainsi, le conflit avec les musulmans est bien plus considérable que ce que croient les fondamentalistes. Les fondamentalistes pensent que l’apocalypse est la violence de Dieu. Alors qu’en lisant les chapitres apocalyptiques, on voit que l’apocalypse est la violence de l’homme déchaînée par la destruction des puissants, c’est-à-dire des États, comme nous le voyons en ce moment. (…) mais (…) à la fin, la force religieuse est du côté du Christ. Cependant, il semblerait que la vraie force religieuse soit du côté de la violence. (…) Lorsque les puissances seront vaincues, la violence deviendra telle que la fin arrivera. Si l’on suit les chapitres apocalyptiques, c’est bien cela qu’ils annoncent. Il y aura des révolutions et des guerres. Les États s’élèveront contre les États, les nations contre les nations. Cela reflète la violence. Voilà le pouvoir anarchique que nous avons maintenant, avec des forces capables de détruire le monde entier. On peut donc voir l’apparition de l’apocalypse d’une manière qui n’était pas possible auparavant. Au début du christianisme, l’apocalypse semblait magique : le monde va finir ; nous irons tous au paradis, et tout sera sauvé ! L’erreur des premiers chrétiens était de croire que l’apocalypse était toute proche. Les premiers textes chronologiques chrétiens sont les Lettres aux Thessaloniciens qui répondent à la question : pourquoi le monde continue-t-il alors qu’on en a annoncé la fin ? Paul dit qu’il y a quelque chose qui retient les pouvoirs, le katochos (quelque chose qui retient). L’interprétation la plus commune est qu’il s’agit de l’Empire romain. La crucifixion n’a pas encore dissout tout l’ordre. Si l’on consulte les chapitres du christianisme, ils décrivent quelque chose comme le chaos actuel, qui n’était pas présent au début de l’Empire romain. Comment le monde peut-il finir alors qu’il est tenu si fortement par les forces de l’ordre ? (…)  [La religion chrétienne], fondamentalement, c’est la religion qui annonce le monde à venir ; il n’est pas question de se battre pour ce monde. C’est le christianisme moderne qui oublie ses origines et sa vraie direction. L’apocalypse au début du christianisme était une promesse, pas une menace, car ils croyaient vraiment en un monde prochain. (…) Je suis pessimiste au sens actuel du terme. Mais en fait, je suis optimiste si l’on regarde le monde actuel qui confirme vraiment toutes les prédictions. On voit l’apocalypse s’étendre tous les jours : le pouvoir de détruire le monde, les armes de plus en plus fatales, et autres menaces qui se multiplient sous nos yeux. Nous croyons toujours que tous ces problèmes sont gérables par l’homme mais, dans une vision d’ensemble, c’est impossible. Ils ont une valeur quasi surnaturelle. Comme les fondamentalistes, beaucoup de lecteurs de l’Évangile reconnaissent la situation mondiale dans ces chapitres apocalyptiques. Mais les fondamentalistes croient que la violence ultime vient de Dieu, alors ils ne voient pas vraiment le rapport avec la situation actuelle – le rapport religieux. Cela montre combien ils sont peu chrétiens. La violence humaine, qui menace aujourd’hui le monde, est plus conforme au thème apocalyptique de l’Évangile qu’ils ne le pensent. (…) Par exemple, nous avons moins de violence privée. Comparé à aujourd’hui, si vous regardez les statistiques du XVIIIe siècle, c’est impressionnant de voir la violence qu’il y avait. (…) le mouvement pacifiste est totalement chrétien, qu’il l’avoue ou non. Mais en même temps, il y a un déferlement d’inventions technologiques qui ne sont plus retenues par aucune force culturelle. Jacques Maritain disait qu’il y a à la fois plus de bien et plus de mal dans le monde. Je suis d’accord avec lui. Au fond, le monde est en permanence plus chrétien et moins chrétien. Mais le monde est fondamentalement désorganisé par le christianisme. (…) la pensée de Marcel Gauchet résulte de toute l’interprétation moderne du christianisme. Nous disons que nous sommes les héritiers du christianisme, et que l’héritage du christianisme est l’humanisme. Cela est en partie vrai. Mais en même temps, Marcel Gauchet ne considère pas le monde dans sa globalité. On peut tout expliquer avec la théorie mimétique. Dans un monde qui paraît plus menaçant, il est certain que la religion reviendra. Le 11 Septembre est le début de cela, car lors de cette attaque, la technologie n’était pas utilisée à des fins humanistes mais à des fins radicales, métaphysico-religieuses non chrétiennes. Je trouve cela incroyable, car j’ai l’habitude d’observer les forces religieuses et humanistes ensemble, et non pas en opposition. Mais suite au 11 Septembre, j’ai eu l’impression que la religion archaïque revenait, avec l’islam, d’une manière extrêmement rigoureuse. L’islam a beaucoup d’aspects propres aux religions bibliques à l’exception de la compréhension de la violence comme un mal non pas divin mais humain. Il considère la violence comme totalement divine. C’est pour cela que l’opposition est plus significative qu’avec le communisme, qui est un humanisme même s’il est factice et erroné, et qu’il tourne à la terreur. Mais c’est toujours un humanisme. Et tout à coup, on revient à la religion, la religion archaïque – mais avec des armes modernes. Ce que le monde attend est le moment où les musulmans radicaux pourront d’une certaine manière se servir d’armes nucléaires. Il faut regarder le Pakistan, qui est une nation musulmane possédant des armes nucléaires et l’Iran qui tente de les développer. (…) [la Guerre Froide est] complètement dépassée (…) Et la rapidité avec laquelle elle a été dépassée est incroyable. L’Union Soviétique a montré qu’elle devenait plus humaine lorsqu’elle n’a pas tenté de forcer le blocus de Kennedy, et à partir de cet instant, elle n’a plus fait peur. Après Khrouchtchev on a eu rapidement besoin de Gorbatchev. Quand Gorbatchev est arrivé au pouvoir, les oppositions ne se trouvaient plus à l’intérieur de l’humanisme. Les communistes voulaient organiser le monde pour qu’il n’y ait plus de pauvres. Les capitalistes ont constaté que les pauvres n’avaient pas de poids. Les capitalistes l’ont emporté. [Et ce conflit sera plus dangereux parce qu’il ne s’agit plus d’une lutte au sein de l’humanisme] bien qu’ils n’aient pas les mêmes armes que l’Union Soviétique – du moins pas encore. Le monde change si rapidement. Cela dit, de plus en plus de gens en Occident verront la faiblesse de notre humanisme ; nous n’allons pas redevenir chrétiens, mais on fera plus attention au fait que la lutte se trouve entre le christianisme et l’islam, plus qu’entre l’islam et l’humanisme. (…) Avec l’islam je pense que l’opposition est totale. Dans l’islam, si l’on est violent, on est inévitablement l’instrument de Dieu. Cela veut donc dire que la violence apocalyptique vient de Dieu. Aux États-Unis, les fondamentalistes disent cela, mais les grandes églises ne le disent pas. Néanmoins, ils ne poussent pas suffisamment leur pensée pour dire que si la violence ne vient pas de Dieu, elle vient de l’homme, et que nous en sommes responsables. Nous acceptons de vivre sous la protection d’armes nucléaires. Cela a probablement été la plus grande erreur de l’Occident. Imaginez-vous les implications. (…) la dissuasion nucléaire. Mais il s’agit de faibles excuses. Nous croyons que la violence est garante de la paix. Mais cette hypothèse ne me paraît pas valable. Nous ne voulons pas aujourd’hui réfléchir à ce que signifie cette confiance dans la violence. [Après autre événement tel que le 11 Septembre] Je pense que les personnes deviendraient plus conscientes. Mais cela serait probablement comme la première attaque. Il y aurait une période de grande tension spirituelle et intellectuelle, suivie d’un lent relâchement. Quand les gens ne veulent pas voir, ils y arrivent. Je pense qu’il y aura des révolutions spirituelles et intellectuelles dans un avenir proche. Ce que je dis aujourd’hui semble complètement invraisemblable, et pourtant je pense que le 11 Septembre va devenir de plus en plus significatif.  (…) Il faut distinguer entre le sacrifice des autres et le sacrifice de soi. Le Christ dit au Père : « Vous ne vouliez ni holocauste, ni sacrifice ; moi je dis : “Me voici” » (cf. He 10, 6-7). Autrement dit, je préfère me sacrifier plutôt que de sacrifier l’autre. Mais cela doit toujours être nommé sacrifice. Lorsque nous utilisons le mot « sacrifice » dans nos langues modernes, c’est dans le sens chrétien. Dieu dit : « Si personne d’autre n’est assez bon pour se sacrifier lui plutôt que son frère, je le ferai. » Ainsi, je satisfais à la demande de Dieu envers l’homme. Je préfère mourir plutôt que tuer. Mais tous les autres hommes préfèrent tuer plutôt que mourir. (…)  Dans le christianisme, on ne se martyrise pas soi-même. On n’est pas volontaire pour se faire tuer. On se met dans une situation où le respect des préceptes de Dieu (tendre l’autre joue, etc.) peut nous faire tuer. Cela dit, on se fera tuer parce que les hommes veulent nous tuer, non pas parce qu’on s’est porté volontaire. Ce n’est pas comme la notion japonaise de kamikaze. La notion chrétienne signifie que l’on est prêt à mourir plutôt qu’à tuer. C’est bien l’attitude de la bonne prostituée face au jugement de Salomon. Elle dit : « Donnez l’enfant à mon ennemi plutôt que de le tuer. » Sacrifier son enfant serait comme se sacrifier elle-même, car en acceptant une sorte de mort, elle se sacrifie elle-même. Et lorsque Salomon dit qu’elle est la vraie mère, cela ne signifie pas qu’elle est la mère biologique, mais la mère selon l’esprit. Cette histoire se trouve dans le Premier Livre des Rois (3, 16-28), qui est, à certains égards, un livre assez violent. Mais il me semble qu’il n’y a pas de meilleur symbole préchrétien du sacrifice de soi par le Christ. (…) Je vois en cela le contraste du christianisme avec toutes les religions archaïques du sacrifice. Cela dit, la religion musulmane a beaucoup copié le christianisme et elle n’est donc pas ouvertement sacrificielle. Mais la religion musulmane n’a pas détruit le sacrifice de la religion archaïque comme l’a fait le christianisme. Bien des parties du monde musulman ont conservé le sacrifice prémusulman. (…) bien entendu. Il faut lire les romans de William Faulkner. Bien des gens croient que le sud des États-Unis est une incarnation du christianisme. Je dirais que le sud est sans doute la partie la moins chrétienne des États-Unis en termes d’esprit, bien qu’il en soit la plus chrétienne en termes de rituel. Il n’y a pas de doute que le christianisme médiéval était beaucoup plus proche du fondamentalisme actuel. Mais il y a beaucoup de manières de trahir une religion. En ce qui concerne le sud, cela est évident, car il y a un grand retour aux formes les plus archaïques de la religion. Il faut interpréter ces lynchages comme une forme d’acte religieux archaïque. (…) Le terme de « violence religieuse » est souvent employé d’une manière qui ne m’aide pas à résoudre les problèmes que je me pose, à savoir ceux d’un rapport à la violence en mouvement constant et également historique. (…) Je dirais que toute violence religieuse implique un degré d’archaïsme. Mais certains points sont très compliqués. Par exemple, lors de la première guerre mondiale, est-ce que les soldats qui acceptaient d’être mobilisés pour mourir pour leur pays, et beaucoup au nom du christianisme, avaient une attitude vraiment chrétienne ? Il y a là quelque chose qui est contraire au christianisme. Mais il y a aussi quelque chose de vrai. Cela ne supprime pas, à mon avis, le fait qu’il y a une histoire de la violence religieuse, et que les religions, surtout le christianisme, au fond, sont continuellement influencées par cette histoire, bien que son influence soit, le plus souvent, pervertie. René Girard
Des millions de Faisal Shahzad sont déstabilisés par un monde moderne qu’ils ne peuvent ni maîtriser ni rejeter. (…) Le jeune homme qui avait fait tous ses efforts pour acquérir la meilleure éducation que pouvait lui offrir l’Amérique avant de succomber à l’appel du jihad a fait place au plus atteint des schizophrènes. Les villes surpeuplées de l’Islam – de Karachi et Casablanca au Caire – et ces villes d’Europe et d’Amérique du Nord où la diaspora islamique est maintenant présente en force ont des multitudes incalculables d’hommes comme Faisal Shahzad. C’est une longue guerre crépusculaire, la lutte contre l’Islamisme radical. Nul vœu pieu, nulle stratégie de « gain des coeurs et des esprits », nulle grande campagne d’information n’en viendront facilement à bout. L’Amérique ne peut apaiser cette fureur accumulée. Ces hommes de nulle part – Shahzad Faisal, Malik Nidal Hasan, l’émir renégat né en Amérique Anwar Awlaki qui se terre actuellement au Yémen et ceux qui leur ressemblent – sont une race de combattants particulièrement dangereux dans ce nouveau genre de guerre. La modernité les attire et les ébranle à la fois. L’Amérique est tout en même temps l’objet de leurs rêves et le bouc émissaire sur lequel ils projettent leurs malignités les plus profondes. Fouad Ajami
Relire aujourd’hui les principaux textes consacrés à ces attentats par des philosophes de renom constitue une étrange expérience. De manière prévisible, on y rencontre élaborations sophistiquées, affirmations grandioses ou péremptoires, performances rhétoriques bluffantes. Malgré tout, avec le recul, on ne peut qu’être saisi par un décalage profond entre ces performances virtuoses et la réalité rampante du terrorisme mondialisé que nous vivons à présent quotidiennement. Au fil des ans, un écart frappant s’est creusé entre discours subtils et réalités grossières, propos éthérés et faits massifs. Le 11 septembre devait être nécessairement considéré comme une énigme. Le philosophe français Jacques Derrida affirmait qu’« on ne sait pas, on ne pense pas, on ne comprend pas, on ne veut pas comprendre ce qui s’est passé à ce moment-là ». Il fallait d’abord récuser les évidences, considérées comme clichés idéologiques ou manipulations médiatiques. Ne parler donc ni de d’acte de guerre, ni de haine de l’Occident, ni de volonté de détruire les libertés fondamentales. Dialoguant à propos du 11 septembre avec Jürgen Habermas, qui centrait alors son analyse principalement sur la politique de l’Europe, Derrida, pour comprendre l’événement, s’attardait sur la notion d’Ereignis (« événement », ou « avenance ») dans l’histoire de l’être selon Heidegger et finissait par proposer une « hospitalité sans condition ». « C’est eux qui l’on fait, mais c’est nous qui l’avons voulu » soutenait pour sa part le sociologue Jean Baudrillard, attribuant aux rêves suicidaires de l’Occident l’effondrement des tours et la fascination des images des attentats. Pour celui voulait mettre en lumière « l’esprit du terrorisme », les « vrais » responsables étaient donc, au choix, les Etats-Unis, l’hégémonie occidentale ou chacun d’entre nous… D’autres se demandèrent aussitôt « à qui profite le crime » et conclurent que ce ne pouvait être qu’à la CIA, préparant ainsi les théories du complot qui firent florès. Ce ne sont que quelques exemples. Une histoire des lectures philosophiques du 11 septembre reste à écrire. Elle montrerait combien anti-américanisme et anti-capitalisme ont empêché tant d’esprits affutés de voir la nature religieuse du nouveau terrorisme comme les singularités de la nouvelle guerre. S’y ajoutaient la volonté de n’être pas dupe et la défiance envers les propagandes, transformées en déni systématique des informations de base. Les philosophes ont évidemment pour rôle indispensable d’être critiques, donc de démonter préjugés et fausses évidences, mais n’ont-ils pas pour devoir de ne jamais faire l’impasse sur les faits ? Au lieu de mettre en cause l’empire américain, l’arrogance des tours, le règne des images, il fallait scruter l’islamisme politique, les usages inédits de la violence, l’art terroriste de la communication. Quelques-uns l’ont fait, en parlant dans le désert. Aujourd’hui, il est urgent d’analyser ce qu’impliquent les changements intervenus depuis le 11 septembre. Car ce ne sont plus des symboles, comme les Twin Towers ou le Pentagone, qui sont ciblés, mais n’importe qui vivant chez les « impies » – dans la rue, aux terrasses, au concert, à l’école…. Les terroristes ne sont plus des commandos organisés d’ingénieurs formés au pilotage pour transformer des Boeing en bombes, mais de petits délinquants autogérés, s’emparant d’un couteau de cuisine ou d’un camion. Pour en venir à bout, il va falloir rattraper, au plus vite, le temps perdu à penser à côté de la plaque. Roger-Pol Droit
Le Cair a été fondé après le 11 Septembre parce qu’ils ont pris acte du fait que des gens avaient fait quelque chose et que nous tous allions commencer à perdre accès à nos libertés civiles. Ilhan Omar
Je pense que c’est un produit des médias sensationnalistes. Vous avez ces extraits sonores, et ces mots, et tout le monde les prononce avec une telle intensité, car ça doit avoir une signification plus grande. Je me souviens quand j’étais à la fac, j’ai suivi un cours sur l’idéologie du terrorisme. A chaque fois que le professeur disait « Al-Qaeda », ses épaules se soulevaient. Ilhan Omar
I was 18 years old when that happened. I was in a classroom in college and I remember rushing home after being dismissed and getting home and seeing my father in complete horror as he sat in front of that TV. And I remember just feeling, like the world was ending. The events of 9/11 were life-changing, life-altering for all of us. My feeling around it is one of complete horror. None of us are ever going to forget that day and the trauma that we will always have to live with. Ilhan Omar
9/11 was an attack on all Americans. It was an attack on all of us. And I certainly could not understand the weight of the pain that the victims of the families of 9/11 must feel. But I think it is really important for us to make sure that we are not forgetting, right, the aftermath of what happened after 9/11. Many Americans found themselves now having their civil rights stripped from them. And so what I was speaking to was the fact that as a Muslim, not only was I suffering as an American who was attacked on that day, but the next day I woke up as my fellow Americans were now treating me a suspect. Ilhan Omar
This book is painful to read. Even with the passage of nearly 18 years, reliving modern America’s most terrible day hits an exposed nerve that you thought had been fully numbed, only to discover that the ache was merely in remission. In “Fall and Rise: The Story of 9/11,” Mitchell Zuckoff relives each minute of that morning in 2001 through the perspectives of those who endured the worst: passengers and crew members on the four planes turned into missiles by Islamist hijackers; innocents trapped in the burning twin towers and the Pentagon; rescue workers who struggled valiantly but futilely and, in many cases, fatally; people in Shanksville, Pa., on whom death rained from a clear sky. As much as anything, “Fall and Rise” is a quilt work of futures unrealized, from the woman about to tell her parents she was pregnant to the doctor hoping to build a kidney dialysis center, from the retired bookkeeper set to move in with her daughter to the college student with dreams of becoming a child psychologist. Zuckoff, a professor of narrative studies at Boston University and the author of several nonfiction books, relies on his own interviews with survivors, but also leans heavily on government studies, trial transcripts, books and documentaries long in the public realm. And so the overall picture that he shapes is not really new. But freshness of detail seems less his objective than preservation of memory — an attempt, as he says, “to delay the descent of 9/11 into the well of history.” By design, this narrative of close to 500 pages is not encyclopedic. Big Picture grandiosity — how Sept. 11 changed America and the world — has been left to others. The terrorism puppet master Osama bin Laden gets scant attention. Actions (and inactions) of President George W. Bush and his team merit only a few pages. Rudolph Giuliani, who made a lucrative life for himself after 9/11, earns glancing mention. Flawed communications systems that doomed hundreds of New York’s emergency responders are not explored with the kind of detail that can be found in, say, “102 Minutes,” a 2005 work by the New York Times journalists Jim Dwyer and Kevin Flynn. Rather, this book derives its power from its focus on individuals in the main unknown to the larger world, who managed to survive the ordeal or who lost their lives simply because they were unlucky. With journalistic rigor, Zuckoff acknowledges what he doesn’t know, for example how exactly each group of hijackers seized control of its plane. His language is largely unadorned; then again, embellishment is neither needed nor wanted. Many details are hard to take: the melted flesh, the pulverized bodies, the scorched lungs and, for sure, the revived memory of scores of desperate victims leaping from on high to escape the World Trade Center inferno. But there are also inspiring moments, like the grit shown by those aboard United Airlines Flight 93. It was the plane that never reached its target, crashing in Shanksville after passengers revolted against the hijackers. Phone messages that they left “formed a spoken tapestry of grace, warning, bravery, resolve and love.” Heroes abound, though not in the way that word is routinely used and abused. Heroism, as we see here, is often a product of necessity. Some may ask if this book, covering territory already well traveled, needed to be written. For those who lived through the horror, perhaps not. But a full generation has come of age with no memory of that day. It needs to hear anew what happened, and maybe learn that time, in fact, does not heal all wounds. Clyde Haberman
I teach really engaged journalism students. I’m not sure how the generation as a whole reacts to it. My students approach it with curiosity and a little bit of uncertainty because they didn’t experience it. They are well-read and aware of things, but for them it is a little like Pearl Harbor. They know who was involved and can cite numbers. They can say 3,000 dead, 9/11, four hijacked planes, 19 hijackers. They got the test questions down very well. They don’t have the human connection or that feeling for it that I wish they did. I hope that’s what my book can do. Mitchell Zuckoff
There is this entire generation who didn’t live through this, who don’t have any independent memories of what happened those days. Some members of that generation are going off to war to fight in Afghanistan — a war that started after this — and they don’t have any direct connection to it. Right now, other than Osama bin Laden, is there a single name that’s a household name associated with 9/11?. Names are news, and we connect to them, and that is what’s so important about this: before the time passes, before the people who I could talk to were gone, dead or just not available, to capture this as one story. (…) People do I think know to some extent what happened on Flight 93, the 40 heroes of 93, who rose up and fought back to try to save themselves and ultimately ended up saving untold numbers of people, either at the Capitol or the White House, was the destination. But there in Shanksville — and I tell the story largely through Terry Shaffer, who was the volunteer fire chief there, who had been planning for something his whole life, and he thought it might be a pile-up on the Pennsylvania Turnpike. And he races toward the scene expecting to find casualties, expecting to find people he can help. The story of the people in Shanksville and how they came together, and sort of embraced the families of the Flight 93 victims, is I think one of the most beautiful stories I’ve ever heard. (…) One of the advantages of a book almost 18 years after the event is so much of the material has become public, that all the FAA records of the flight altitudes almost on a second-by-second basis, as we’re approaching Shanksville, Pennsylvania, the transcript of the cockpit recorder — which was enormously valuable, where we have the terrorist pilots discussing what they’re doing with each other, ‘Should we put it into the ground?’ All of those different things, because that and the the trial of Zacarias Moussaoui in 2006 [the so-called 20th hijacker,] certainly a conspirator even though he didn’t get on one of the planes. All of that material became available, and it was a mountain of material. But for me, it was priceless. (…) It was too important not to. It becomes a responsibility when you realize that there are so many people who don’t have a human connection to this story — the way I think of it is sometimes, 9/11 is becoming a story reduced to numbers: 9 and 11, four planes, 19 hijackers, 3,000 people killed. But you don’t connect names to it. And I felt if I could do that, if I could give people the story as it unfolded through the people that they could connect to, then I would have done something worthwhile. Mitchell Zuckoff

A ceux pour qui à chaque fois qu’il est prononcé, le nom « Al-Qaeda » soulève les épaules …

En cette 18e commémoration de l’abomination islamiste du 11 septembre 2001 …

Où, après l’avoir minimisé drapée dans son hijab, une membre du Congrès américain nous joue [avant comme à son habitude de se rétracter quatre jours plus tard – mise à jour du 15.09.2019] les sanglots longs de l’automne

Comment ne pas saluer les efforts ô combien méritoires de l’auteur d’un récent livre réunissant l’ensemble des témoignages possibles de l’évènement …

Contre les ravages du temps et les faiblesses et dérives de la psychologie et de la mémoire humaines …

Où à l’instar de ce journaliste de la radio publique américaine NPR qui n’avait en tête comme noms liés au 11/9 hormis Ben Laden, que le nom honni de Mohamed Atta …

Un peuple américain qui au lendemain de la tragédie avait plébiscité leur président jusqu’au score de popularité proprement soviétique ou africain de 99% le traine à présent dans la boue …

Et où, le même peuple qui avait, entre mémoriaux, noms d’écoles ou de bâtiments publics, films, livres, chansons ou tee-shirts, fait un véritable triomphe aux véritables héros du jour et aux dernières paroles de leur leader Todd Beamer (« Let’s roll !« ) …

En est à présent, via l’antisémite de service du Congrès américain Ilhan Omar et heureusement sauf exceptions, à minimiser l’attentat le plus proprement diabolique de leur histoire ?

‘Fall And Rise’ Seeks To Capture 9/11 As ‘One Story’ — And Keep It From Fading
Jeremy Hobson
WBUR
April 29, 2019

« There is this entire generation who didn’t live through this, who don’t have any independent memories of what happened those days, » Zuckoff (@mitchellzuckoff) tells Here & Now‘s Jeremy Hobson. « Some members of that generation are going off to war to fight in Afghanistan — a war that started after this — and they don’t have any direct connection to it. »

One of the driving forces behind the book was an effort to tie 9/11 into a single narrative before it was too late, Zuckoff says — and to ensure the attacks don’t fade too far from the public consciousness.

« Right now, other than Osama bin Laden, is there a single name that’s a household name associated with 9/11? » he says. « Names are news, and we connect to them, and that is what’s so important about this: before the time passes, before the people who I could talk to were gone, dead or just not available, to capture this as one story. »

Interview Highlights

On starting the book with what happened in the days leading up to Sept. 11

« That was very much by design, to start the book actually on September 10th, because what Mohamed Atta, what Ziad Jarrah, what the other terrorists were doing, all these machinations: training to fly planes coming here, living in this country and coming closer and closer — the circle is tightening — to get them in a position doing trial runs and making this plan which took very little money, a lot of planning but very little money, very little overhead, if you will, and to position themselves where they could be here in Boston, they could go up to Portland, Maine, and be ready to do these events.

« It’s not entirely clear [why they started their journey from Portland.] One strong suspicion we have is that the trip to Portland would allow them to avoid some suspicion. If you had eight Arab men all arriving at Boston’s Logan Airport at the same exact time for the same flights, they thought this might avoid some of that. But that is one of those unanswerable questions. »

« The idea of turning [a plane] into a guided missile wasn’t, quite literally, on the radar for anyone. And that’s unfortunately so sadly why it was so effective. »

Mitchell Zuckoff

On whether all of the hijackers knew the full extent of what they were doing

« I think it’s clear that all 19 knew exactly what was being planned, because it was a very coordinated attack. What happened on each one of the four planes was quite similar, where at a trigger moment, the muscle hijackers — the guys who were not flying the plane — went into attack mode. All of them had discussed … the preparations for purifying themselves for what they understood would be their last day. »

On the hijackers’ use of Mace in the cabin so that it would be more difficult for passengers to thwart the attack

« The Mace is an open question. There was some discussion they had it. A lot of it was just the element of surprise, was the greatest thing, and they committed an act of violence almost on every plane. They immediately cut someone’s throat to make it clear that they meant business. They said they had a bomb, they herded — these were very lightly attended planes, it was a random Tuesday morning to most people — they herded everyone into the back. And they also understood that the flight attendants and the crews would know that there was a standard protocol: You negotiate with terrorists. You expect that they’re going to want to land somewhere and exchange passengers and money for their freedom, or for their political aims. This was not part of anyone’s script except the terrorists.

« The idea of turning [a plane] into a guided missile wasn’t, quite literally, on the radar for anyone. And that’s unfortunately so sadly why it was so effective. »

On how communication failures shaped the way Sept. 11 unfolded

« Communication failures were rampant that day on every level, and that’s where really, that’s the sort of ground zero, if you will, of the communications failures — that people were calling saying what was going on. The airlines knew about it. And then even when it did finally reach the FAA, they weren’t alerting the military. So planes are still taking off. Things are still happening that [are] allowing one after another of these hijackings. The communication failures, they’re rampant, they’re across everything in terms of the communication failures at the towers, communication failures even before it happened.

« A fact that always stayed with me was on 9/11, the FAA had a list, a no-fly list, of a dozen people on it. The State Department had a list, its tip-off terrorists list of 60,000 people it was watching. The director of airline security for the FAA didn’t even know that State Department list existed. »

« Communication failures were rampant that day on every level. »

Mitchell Zuckoff

On stories about passengers on the planes that have stuck with him

« There are so many. One is from … United Flight 175, the second plane that [crashed into the World Trade Center,] took off from from Boston’s Logan Airport. And on that plane was a fellow named Peter Hanson and his wife Sue Kim and their daughter Christine. Christine was 2 years old and she was the youngest person directly affected by 9/11.

« While they were approaching the South Tower and it was clear something terrible was happening, they knew it, Peter called his father Lee in Connecticut, and the two phone calls between Peter and Lee are so poignant. And I spent time with Lee and Eunice Hanson in their home, in Peter’s boyhood bedroom, talking about those. Peter was actually first telling his father, ‘Please call someone, let them know what’s happening.’ And then Peter is actually comforting his father on the phone, when his wife and daughter are there huddled next to him in the back of this plane that they understand is flying too low, is heading toward the Statue of Liberty and toward the World Trade Center. »

On people in the first tower to be hit thinking they didn’t need to evacuate

« They were being told not to evacuate in both the towers. Some people were being told, ‘It’s over in the other tower.’ People didn’t know what was happening. And when the plane cut through, it knocked out the telecommunication system within the building that would have allowed people down in the basement and in the first floor to communicate to them. So the confusion began immediately, and people — some of them stayed in place for well over an hour. They didn’t know there was a ticking clock for the survival of the building.

« I spoke to a number of the Port Authority police officers who were the dispatchers that day who took those calls. They haunted by them still. And they are recorded calls, so I can hear them, I can see the transcripts. They’re remarkable in that they’re trying to keep these people calm, they’re trying to hope for the best. But there is no way up, and there’s no way out. »

On « the miracle of Stairwell B »

« One group of firefighters was Ladder 6, it was a unit in New York led by a remarkable guy named Jay Jonas, and Jay Jonas was a fire captain and he had this team of guys, a half dozen guys, and they’re sent into the North Tower, and they’re going up and they’re walking stair by stair. And when the South Tower collapses, Jay realizes, ‘I gotta get my guys out of here, quick.’

« On the way down, they pause to help a woman, Josephine Harris, who has been injured, who was exhausted, who can’t go any farther. But they slow their exit to help Josephine, and as they’re going farther and farther down through the building to get to the lobby, the North Tower starts to collapse. They’re inside this center stairwell, and they just huddled together, hold on for dear life, and the building literally peels away around them, just keeping a few floors of Stairwell B — which is exactly where they are. And Jay realizes that having slowed to help Josephine ended up saving all of them, because had they been in the lobby, the lobby was completely destroyed. Had they been just outside, they would have been wiped out as well. So it truly was a miracle. »

On what unfolded in Shanksville, Pennsylvania, on 9/11

« People do I think know to some extent what happened on Flight 93, the 40 heroes of 93, who rose up and fought back to try to save themselves and ultimately ended up saving untold numbers of people, either at the Capitol or the White House, was the destination. But there in Shanksville — and I tell the story largely through Terry Shaffer, who was the volunteer fire chief there, who had been planning for something his whole life, and he thought it might be a pile-up on the Pennsylvania Turnpike. And he races toward the scene expecting to find casualties, expecting to find people he can help. The story of the people in Shanksville and how they came together, and sort of embraced the families of the Flight 93 victims, is I think one of the most beautiful stories I’ve ever heard. »

On the difficulties of determining what exactly was happening on the planes

« One of the advantages of a book almost 18 years after the event is so much of the material has become public, that all the FAA records of the flight altitudes almost on a second-by-second basis, as we’re approaching Shanksville, Pennsylvania, the transcript of the cockpit recorder — which was enormously valuable, where we have the terrorist pilots discussing what they’re doing with each other, ‘Should we put it into the ground?’ All of those different things, because that and the the trial of Zacarias Moussaoui in 2006 [the so-called 20th hijacker,] certainly a conspirator even though he didn’t get on one of the planes. All of that material became available, and it was a mountain of material. But for me, it was priceless. »

On why he wrote this book

« It was too important not to. It becomes a responsibility when you realize that there are so many people who don’t have a human connection to this story — the way I think of it is sometimes, 9/11 is becoming a story reduced to numbers: 9 and 11, four planes, 19 hijackers, 3,000 people killed. But you don’t connect names to it. And I felt if I could do that, if I could give people the story as it unfolded through the people that they could connect to, then I would have done something worthwhile. »

Book Excerpt: ‘Fall And Rise’

by Mitchell Zuckoff

Just after 9 a.m., inside her hilltop house in rural Stoystown, Pennsylvania, homemaker Linda Shepley watched her television in shock. The screen showed smoke billowing from a gash in the North Tower as Today show anchor Katie Couric interviewed an NBC producer who witnessed the crash of American Flight 11.

“You say that emergency vehicles are there?” Couric asked Elliott Walker by phone.

“Oh, my goodness!” Walker cried at 9:03 a.m. “Ah! Another one just hit!”

Linda watched the terror in her living room beside her husband, Jim, a Pennsylvania Department of Transportation manager, who’d taken the day off to trade in their old car. The Shepleys saw a grim-faced President Bush speak to the nation from Booker Elementary School in Sarasota, Florida. Then Couric interviewed a terrorism expert but interrupted him for a phone call with NBC military correspondent Jim Miklaszewski, who declared at 9:39 a.m., “Katie, I don’t want to alarm anybody right now, but apparently, it felt just a few moments ago like there was an explosion of some kind here at the Pentagon.”

From the home where they’d lived for nearly three decades, the Shepleys could have driven to Washington in time for lunch or to New York City for an afternoon movie. Yet as the political and financial capitals reeled, those big cities felt almost as far away as the caves of Afghanistan. Jim went to the garage, to clean out the car he still planned to trade in that day. Linda hurried to finish the laundry before she accompanied Jim to the dealership.

Forty-seven years old, with kind eyes and three grown sons, Linda loved the smell of clothes freshly dried by the crisp Allegheny mountain air. As ten o’clock approached, she filled a basket with wet laundry and carried it to the clothesline in her backyard, two grassy acres with unbroken views over rolling hills that stretched southeast toward the neighboring borough of Shanksville. As Linda lifted a wet T-shirt toward the line, she heard a loud thump-thump sound behind her, like a truck rumbling over a bridge. Startled, she glanced over her left shoulder and saw a large commercial passenger plane, its wings wobbling, rocking left and right, flying much too low in the bright blue sky.

As the plane passed overhead at high speed, Linda saw the jet was intact, with neither smoke nor flame coming from either engine. Linda made no connection between the plane’s strange behavior and the news she’d watched minutes earlier about hijacked airliners crashing into the World Trade Center and the Pentagon. Instead, she suspected that a mechanical problem had forced the plane low and wobbly, on a flight path over her house that she’d never before witnessed. Maybe, Linda thought, the pilot was signaling distress and searching for someplace to make an emergency landing. Linda worried that their local airstrip, Somerset County Airport, was far too small to handle such a big plane. And if that was the pilot’s destination, she thought, he or she was heading the wrong way.

Linda didn’t know the plane was United Flight 93, and she couldn’t imagine that minutes earlier the passengers and crew had taken a vote to fight back. Or that CeeCee Lyles, Jeremy Glick, Todd Beamer, Sandy Bradshaw, and others on board had shared that decision during emotional phone calls, or that the revolt was reaching its peak, or that the four hijackers had resolved to crash the plane short of their target to prevent the hostages from retaking control.

Linda tracked the jet as sunlight glinted off its metal skin. Its erratic flight pattern continued. The right wing dipped farther and farther. The left wing rose higher, until the plane was almost perpendicular with the earth, like a catamaran in high winds. Linda saw it start to turn and roll, flipping nearly upside down. Then the plane plunged, nosediving beyond a stand of hemlocks two miles from where Linda stood. As quickly as the jet disappeared, an orange fireball blossomed, accompanied by a thick mushroom cloud of dark smoke.

“Jim!” Linda screamed. “Call 9-1-1!”

Her husband burst outside, fearing that their neighbor’s Rottweiler mix had broken loose from its chain and attacked her.

“A big plane just crashed!” Linda yelled.

“A small plane,” Jim said skeptically, as he regained his bearings. “No, no, no, no. It was a big one. It was a big one! I saw the engines on the wings.”

Jim rushed inside and grabbed a phone.

Heartsick, still clutching the wet T-shirt, Linda stared toward the rising smoke. Soon she’d wonder whether, in the last seconds before the crash, any of the men and women on board saw her hanging laundry on this glorious late-summer day.


Excerpted from the book FALL AND RISE by Mitchell Zuckoff. Copyright © 2019 by Mitchell Zuckoff. Republished with permission of HarperCollins Publishers.

Voir aussi:

The Many Tragedies of 9/11
Clyde Haberman
The NYT
May 3, 2019

FALL AND RISE
The Story of 9/11
By Mitchell Zuckoff

This book is painful to read. Even with the passage of nearly 18 years, reliving modern America’s most terrible day hits an exposed nerve that you thought had been fully numbed, only to discover that the ache was merely in remission.

In “Fall and Rise: The Story of 9/11,” Mitchell Zuckoff relives each minute of that morning in 2001 through the perspectives of those who endured the worst: passengers and crew members on the four planes turned into missiles by Islamist hijackers; innocents trapped in the burning twin towers and the Pentagon; rescue workers who struggled valiantly but futilely and, in many cases, fatally; people in Shanksville, Pa., on whom death rained from a clear sky. As much as anything, “Fall and Rise” is a quilt work of futures unrealized, from the woman about to tell her parents she was pregnant to the doctor hoping to build a kidney dialysis center, from the retired bookkeeper set to move in with her daughter to the college student with dreams of becoming a child psychologist.

Zuckoff, a professor of narrative studies at Boston University and the author of several nonfiction books, relies on his own interviews with survivors, but also leans heavily on government studies, trial transcripts, books and documentaries long in the public realm. And so the overall picture that he shapes is not really new. But freshness of detail seems less his objective than preservation of memory — an attempt, as he says, “to delay the descent of 9/11 into the well of history.”

By design, this narrative of close to 500 pages is not encyclopedic. Big Picture grandiosity — how Sept. 11 changed America and the world — has been left to others. The terrorism puppet master Osama bin Laden gets scant attention. Actions (and inactions) of President George W. Bush and his team merit only a few pages. Rudolph Giuliani, who made a lucrative life for himself after 9/11, earns glancing mention. Flawed communications systems that doomed hundreds of New York’s emergency responders are not explored with the kind of detail that can be found in, say, “102 Minutes,” a 2005 work by the New York Times journalists Jim Dwyer and Kevin Flynn.

Rather, this book derives its power from its focus on individuals in the main unknown to the larger world, who managed to survive the ordeal or who lost their lives simply because they were unlucky. With journalistic rigor, Zuckoff acknowledges what he doesn’t know, for example how exactly each group of hijackers seized control of its plane. His language is largely unadorned; then again, embellishment is neither needed nor wanted.

Many details are hard to take: the melted flesh, the pulverized bodies, the scorched lungs and, for sure, the revived memory of scores of desperate victims leaping from on high to escape the World Trade Center inferno. But there are also inspiring moments, like the grit shown by those aboard United Airlines Flight 93. It was the plane that never reached its target, crashing in Shanksville after passengers revolted against the hijackers. Phone messages that they left “formed a spoken tapestry of grace, warning, bravery, resolve and love.”

Heroes abound, though not in the way that word is routinely used and abused. Heroism, as we see here, is often a product of necessity.

Some may ask if this book, covering territory already well traveled, needed to be written. For those who lived through the horror, perhaps not. But a full generation has come of age with no memory of that day. It needs to hear anew what happened, and maybe learn that time, in fact, does not heal all wounds.

Clyde Haberman, the former NYC columnist for The Times, is a contributing writer for the newspaper.

FALL AND RISE
The Story of 9/11
By Mitchell Zuckoff
589 pp. Harper/HarperCollins Publishers. $29.99.

Voir également:

 

When the first of the World Trade Center towers collapsed on September 11 2001, paramedic Moussa Diaz was among thousands of people engulfed in the cloud of smoke and debris that surged from the wreckage.

Asphyxiating in the toxic swirl around him, he fought the urge to give up, staggering on until he saw a spotlight wielded by a man with a white beard and long hair.

“Are you Jesus Christ?” Diaz asked, convinced he must already be dead. “No,” came the reply. “I’m a cameraman.”

Those who have been close to death often talk of how the experience played tricks on their mind, including the fleeting belief that they could not possibly have survived and must already be in the afterlife.

Yet as Mitchell Zuckoff notes in his new book about 9/11, little of the extraordinary individual testimony from that awful day has worked its way into the public memory.

The average person may recall what they were doing on 9/11, and perhaps the names of hijackers such as Mohamed Atta, but would likely struggle to name a single one of the 2,977 people who died.

“Of the nearly three thousand men, women, and children killed on 9/11, arguably none can be considered a household name,” Zuckoff writes. “The best ‘known’ victim might be the so-called Falling Man, photographed plummeting from the North Tower.”

This is not because the world sought to forget: merely that in the avalanche of events triggered by the atrocity – Afghanistan was invaded less than a month later – the voices of the day itself got buried in the sheer weight of news coverage.

With that in mind, Zuckoff, who covered the attacks for the Boston Globe, has produced this doorstopper of a reconstruction, aimed partly at younger generations who feel no “personal connection” to what happened. He notes that for some of his students at Boston University, where he now teaches journalism, it seems “as distant as World War I”.

Rather like the investigators who searched the mountains of rubble for victims’ personal effects, it is a mammoth undertaking. As well as interviews with Diaz and others, Zuckoff sifts through official archives, trials of terror suspects, and countless news reports. The stories of rescuers and survivors are interwoven with the poignant last words of victims, many of whom left only desperate voice messages as their planes hit the towers.

This, however, is not a print version of United 93, the Hollywood take on the “Let’s roll” passenger rebellion, which brought down one hijacked plane before it could hit the White House. Reluctant to use journalistic licence for a topic of such gravitas, Zuckoff sticks strictly to the known facts.

As a result, his account of the “Let’s roll” incident favours accuracy over drama, relying partly on the more fragmentary version of events preserved by the cockpit voice recorder. The sounds of a struggle, followed by the hijacker-turned-pilot screaming “Hey, hey, give it to me!” suggests passengers may have got as far as wrestling the joystick from his control. But Zuckoff leaves us to fill in many of the gaps for ourselves.

Far more vivid are the scenes inside the burning towers, where witnesses are still alive to recreate what they saw. A dead lobby guard sits melted to his desk by the fireball from the planes’ fuel. Women have hair clips melted into their skulls by the heat. One paramedic, reminded of his own daughter by the sight of a girl’s severed foot inside a pink trainer, looks skywards to clear his mind, only to see people jumping from the towers.

In all, about 200 people ended their lives that way, one killing a firefighter as they landed. Ernest Armstead, a fire department medic, recalls a harrowing conversation with one female jumper who was somehow still alive, despite being little more than a head on a crumpled torso. When she saw him place a black triage tag around her neck, indicating she was beyond help, she shouted: “I am not dead!”

For many rescuers, it was clear early on that the entire crash scene was beyond help. As they contemplate the 1,000ft climb to the blazing North Tower impact zone – the lifts are out of action – firefighter-farmer Gerry Nevins speaks for all his colleagues when he says: “We may not live through today.” They shake hands, then start climbing nonetheless. Father-of-two Nevins was among the 420 emergency workers to perish.

For all the heroism, it was also a day of failures, not least in imagining that terrorists might use planes as bombs in the first place. Air safety chiefs considered hijackings a thing of the past, leading to lax security procedures that allowed the hijackers to carry knives on board.

A plan to stage an exercise where terrorists flew a cargo plane into the UN’s New York HQ had been ruled out as too fanciful. Boasts that the Twin Towers could withstand airline crashes failed to consider the thousands of gallons of burning jet fuel, which weakened their steel cores and caused them to collapse.

This book is not an easy read: heartwarming in parts, horrific in others and studiously cautious in those areas where only the dead really know what happened.

But as a definitive “lest we forget” account, it will take some beating. For those too young to remember where they were on 9/11, and for all future generations too, it should be required reading.

Voir encore:

Mitchell Zuckoff on Writing His 9/11 Magnum Opus

Adam Vitcavage
The Millions
July 10, 2019

The seniors graduating from high school this year know what 9/11 is. They know four planes, two towers, 3,000-plus victims, 19 terrorists, Osama bin Laden. They know all of that because they were taught it in history classes. Because, to them, that’s all it is: history.

With each passing year, the terrorist attacks that happened on the bright blue morning of September 11, 2001 become more of a history lesson than a lived experience. This year, most high school seniors were born in 2001. Eighteen years later, they have the facts memorized, but often fail to understand the emotional and lived experience of that day.

Fall and Rise: The Story of 9/11, a new book by former Boston Globe reporter and current Boston University professor Mitchell Zuckoff, aims to fix that. Fall and Rise reports the facts, but Zuckoff also weaves the lives of people affected by 9/11 to create a narrative not frequently seen on cable news channels or in documentaries.

Fall and Rise shares stories about pilots, passengers, and aviation professionals linked to American Airlines Flights 11 and 77, and United Airlines Flights 93 and 175. He reveals stories about Mohammed Atta and other terrorists. Zuckoff also dives into the stories of New Yorkers and other Americans who experienced that day in different ways. The result is a woven story that puts the humanity back into a day the history books won’t forget.

I spoke with Zuckoff about what he was doing the day of the attacks, what followed, and how a Boston Globe feature published five days after the attacks turned into an essential book more than 6,000 days later.

The Millions: What was the day of September 11, 2001 like for you?

Mitchell Zuckoff: I was on book leave from the Boston Globe trying to write my first book. When the first plane went in, I didn’t think much of it. It could have been an accident. When the second plane went in, I ran to the phone and it was ringing as I got there. Globe editor Mark Morrow was on the other line and said my book leave was over.

He told me to come to the paper and it became apparent that I was going to be in what we call the control chair to write the lead story for that day. It became a matter of trying to figure out what was going on by taking feeds from several of my colleagues, working closely with the aviation reporter, Matthew Brelis, who took the byline with me. It was an intense and confusing day.

This was personal, on top of everything, because two of the planes took off about a mile from the Globe office at Logan International Airport.

TM: You mention the confusion. When did it become clear to you that it was a coordinated terrorist attack?

MZ: I think when the second plane went in. I was still home. When the first plane went in, we didn’t know what size it was. There was speculation that it was some sightseeing plane that got confused. Then there was no way, 17 minutes apart, that two planes were going to hit two towers accidentally. When I got in my car, we didn’t know about the flight heading to the Pentagon or United 93.

TM: What exactly were you looking for in real time during an event like this?

MZ: Really, what we do on any story. We were trying to answer the who, what, when, where, why, and how of it in as much detail as possible. I was just trying to process it all. My desk is an explosion of papers and printers and notes from reporters. We want it to come out so our readers can digest it in a meaningful way.

TM: I was in seventh grade and in Arizona at the time, so I had no clue what was going on. I was hours back—

MZ: That’s significant. Really significant. Folks on the West Coast, by the time they woke up, it was essentially over. People on the East Coast were watching the Today Show or running to CNN to watch it unfold. It’s a different experience.

TM: I remember it as my mother waking me up for school. She said something, and to this day I remember it as being “They’re attacking us.” I always second-guessed myself, but as you said it was something being reported.

MZ: That would have been a good thing to say.

TM: As the day continued to unfold, how much of a rush was it to finish the initial report out there?

MZ: The adrenaline is flying. We had a rolling deadline because we knew we had as many editions as we needed. The first probably left my hands at 6:00 p.m. I continued to write through the story as it continued to unfold. There were little details—little edits like finding better verbs—that continued to be changed until about 1:00 a.m. or 2:00 a.m.

You can’t unwind after that. You walk around the newsroom waiting until it comes off the presses. I needed to let the adrenaline leave because I knew I wouldn’t be able to sleep.

TM: Then that first week, and this may be a dumb question, but how much did the events consume your writing life?

MZ: Completely. I wrote the lead story again the next day. I came back in and it was understood I would do it again. The next day, on Thursday the 13th, I approached the editors with the idea that I could keep doing the leads, but I had an idea for a narrative I could have done for Sunday’s paper. I needed to dispatch some reporters to help me, but I pitched them to weave a narrative. I wanted to weave together six lives: three people on the first plane and three people from New York: one who got out, one who we didn’t know, and a first responder.

That consumed me all day Thursday and Friday reporting it with those reporters. Then writing it Friday into Saturday for the lead feature in the Sunday paper.

TM: That’s what became the backbone of Fall and Rise. But, at the time, you were already reporting the facts. What was it like going into the humanity of those affected less than a week after the attacks?

MZ: Satisfying in a really deep way. I felt, as much as I valued writing the news, I felt we could do something distinctive and lasting with this narrative. I think all of us—not just reporting the news, but consuming the news—all of us were so inundated with information.

I felt we needed to reflect on the emotion of the moment. By talking about the pilot John Oganowsky and the other folks I focused in on, I felt it could be a bit cathartic. We were all numb and in shock. But this could help.

TM: Did you talk to the people in the narrative or was it strictly the other reporters?

MZ: It was the reporters. I was focused on telling the story of Mohammad Atta. I gave myself that assignment. I was guiding my four teammates to some extent. If someone came up with an important detail or timestamp, I would ask the other reporters to follow up with questions about that particular moment to build around it. I didn’t talk to the families until much later.

TM: When was the first time you talked to survivors or the families of victims?

MZ: I talked to some back then. I was teamed up two weeks after the attacks with Michael Rezendes, who was on the Spotlight team, to write about the terrorists. So, at that point, I wasn’t talking a lot with the families—I did some in 2001 and 2002—but really my deep dive into the families didn’t start until five years ago when I really began working on this book.

TM: What did focusing on the terrorists do to you mentally and emotionally?

MZ: It took a lot out of me. We were really trying to instill the journalistic impartiality to it. But you can’t be objective about this sort of thing. We could be impartial. We couldn’t be exactly sure of who these guys were. We had their identities, but we were aware people use false identities or other’s identities. We had to enforce this impartiality to it. We had to be detached in our work even as we were grieving in our hearts.

TM: With the toll it takes, why continue to write about 9/11 after all these years?

MZ: Exactly that reason: because it does take a toll. The way I process things is to write about them. I didn’t really have a let down for months. I was focused on the work before letting the emotion in. It never really left me. I was still talking about this story to my students. I was still talking about this to my family. There are certain stories that will never leave, but I have to instill something of value into it. I wanted to write something that outlasts me.

TM: You’ve had books come out over the years that weren’t related to 9/11—most notably 13 Hours: The Inside Account of What Really Happened in Benghazi. This comes out nearly 18 years later. What was the process like throughout all these years?

MZ: I was not writing directly on Fall and Rise during those years. I was working on those other books and projects. It was on a back processor in my mind. The lede story from 9/11 hangs in my office at Boston University. It’s in the corner of my eye. I think it was always playing in the back of my mind.

Once I dove into it in 2014, it was all consuming. It was the deepest dive I have ever taken on a story. As much as I care about all of the work I’ve done, I kind of knew I would never tell a more important story than this. I had to respect the stories of the people telling me about the worst day of their lives. That responsibility was with me day and night for these past five years.

TM: What were the families’ responses to a reporter coming to ask about the worst day of their lives after all this time?

MZ: It amazed me because overwhelmingly people said yes. There were some who understood what I was doing, but told me they couldn’t go there again. They couldn’t revisit that day. The ones who said yes were amazing. I know I was tearing open a wound. A lot of the interviews go for hours and hours. There were moments of weeping and I have no problem acknowledging I did so along with them.

TM: These stories aren’t necessarily widely known and now they’re preserved in this book. It’s so important because now 9/11 may just seem like an event students study in textbooks. Eighteen years…your college freshmen were born the year it happened or the year after, I suppose. How does this generation react to it?

MZ: I teach really engaged journalism students. I’m not sure how the generation as a whole reacts to it. My students approach it with curiosity and a little bit of uncertainty because they didn’t experience it. They are well-read and aware of things, but for them it is a little like Pearl Harbor. They know who was involved and can cite numbers. They can say 3,000 dead, 9/11, four hijacked planes, 19 hijackers. They got the test questions down very well. They don’t have the human connection or that feeling for it that I wish they did. I hope that’s what my book can do.

Voir enfin:

Tweets racistes de Trump : qu’a vraiment dit Ilhan Omar sur Al-Qaeda et le 11 Septembre ?

Pauline Moullot
Libération
17 juillet 2019

Le président américain a accusé une élue démocrate d’origine somalienne de «bomber le torse» en pensant à l’organisation terroriste.

Question posée par Annie le 16/07/2019

Bonjour,

Nous avons reformulé votre question, qui était : «Quels ont été les propos d’Ilhan Omar sur Al-Qaeda et sur le 11 Septembre, que Trump a cités par sous-entendu dans sa conférence de presse ?»

Dans une nouvelle saillie raciste lundi 15 juillet, Donald Trump a accusé la députée démocrate Ilhan Omar, née en Somalie, d’encenser Al-Qaeda. Pour comprendre ce qu’il s’est passé, il faut rembobiner au dimanche 14 juillet. Ce jour-là, le président américain s’en prend, sans les nommer, à quatre élues démocrates, toutes issues de minorités, à la Chambre des représentants : Ilhan Omar, Alexandria Ocasio-Cortez, Rashida Tlaib et Ayanna Pressley. Il les appelle notamment à «retourner dans leur pays». La première, réfugiée somalienne, est devenue avec Rashida Tlaib l’une des deux premières femmes musulmanes élues au Congrès en novembre. Alexandria Ocasio-Cortez est la plus jeune représentante démocrate de l’histoire, et Ayanna Pressley, première élue afro-américaine au conseil municipal de Boston en 2009. Surnommées «The Squad» par la presse américaine, ces femmes non-blanches se sont démarquées par leur progressisme et leurs prises de position régulières contre la politique de Donald Trump sur l’immigration.

Le lendemain, le Président réitère ses injures racistes en conférence de presse, les appelant de nouveau à quitter les Etats-Unis. A ce moment-là, il assure qu’Ilhan Omar aurait défendu Al-Qaeda et les attentats du 11 Septembre.

A la question «que répondez-vous à ceux qui disent que vos tweets sont racistes ?», Trump rétorque ainsi : «Et bien, elles sont très malheureuses. Elles ne font que se plaindre à longueur de temps. Tout ce que je dis, c’est que si elles veulent partir, qu’elles partent. Elles peuvent partir. Je veux dire, je pense à Omar. Je ne sais pas, je ne l’ai jamais rencontrée. Je l’écoute parler d’Al-Qaeda. Al-Qaeda a tué beaucoup d’Américains. Et elle dit : « Vous pouvez bomber le torse, quand je pense à Al-Qaeda, je peux bomber le torse. » Quand elle parle des attentats du World Trade Center, elle dit « des gens ». Vous vous souvenez de ce fameux « des gens ». Ces personnes, à mon avis, détestent l’Amérique. Donc quand je les entends dire à quel point Al-Qaeda est merveilleux, quand je les entends parler de « ces gens » à propos du World Trade Center…»

Ses propos sur Al-Qaeda

Vous nous demandez ce qu’a vraiment dit Ilhan Omar à propos d’Al-Qaeda et du 11 septembre. L’équipe de Trump a indiqué à nos confrères américains de Politifact que le président faisait référence à deux déclarations d’Omar, largement reprises par les pro-Trump pour la décrédibiliser ces derniers mois.

La première remonte à 2013. Invitée sur une chaîne locale de Minneapolis, TwinCities PBS, Ilhan Omar commente les répercussions sur la communauté somalienne d’un attentat commis par les shebab somaliens au Kenya, affiliés à Al-Qaeda. Plusieurs extraits de cette interview de vingt-huit minutes ont été repris par ses opposants ces derniers mois. Elle ne parle pourtant pas une seule fois de bomber le torse en pensant à Al-Qaeda. Elle discute avec le présentateur du fait que l’on demande à la communauté somalienne aux Etats-Unis de condamner ces actes, et plus largement aux musulmans de condamner tous les actes terroristes. Elle parle alors de «cette supposition qui fait croire que nous sommes tous connectés à ces actes. […] La population générale doit comprendre qu’il y a une différence entre les personnes qui commettent ces actes diaboliques, car c’est un acte diabolique, et nous avons des gens diaboliques dans le monde. Et des gens normaux qui essaient de continuer à mener leur vie.» Elle parle ensuite du fait que les Somaliens sont les premières victimes des shebab et insiste : «Ces personnes exercent la terreur. Et toute leur idéologie est basée sur le fait de terroriser les communautés.»

La partie la plus détournée de l’interview intervient quand le présentateur l’interroge ensuite sur le fait que l’on conserve les noms arabes, sans les traduire, pour désigner les groupes terroristes. Ces noms, qui ont pourtant d’autres significations en arabe, «polluent notre langage quotidien», ajoute le présentateur. Là, Ilhan Omar acquiesce et répond : «Je pense que c’est un produit des médias sensationnalistes. Vous avez ces extraits sonores, et ces mots, et tout le monde les prononce avec une telle intensité, car ça doit avoir une signification plus grande. Je me souviens quand j’étais à la fac, j’ai suivi un cours sur l’idéologie du terrorisme. A chaque fois que le professeur disait « Al-Qaeda », ses épaules se soulevaient.» Ilhan Omar parle donc de la façon dont les médias évoquent les groupes terroristes, et explique comment cela se voit dans le langage corporel. Mais ne parle pas du tout de bomber le torse.

Ses propos sur le 11 Septembre

Enfin, les propos de Trump sur de supposées déclarations d’Ilhan Omar sur l’attentat du World Trade Center visent un discours prononcé par l’élue au Conseil des relations américano-islamiques (Cair) de Los Angeles, en mars. Le président américain avait alors publié sur Twitter une vidéo montrant les tours jumelles s’effondrer, avec une citation d’Ilhan Omar en arrière-plan. Que disait-elle exactement ? Expliquant que les musulmans étaient fatigués d’être considérés comme «des citoyens de seconde zone», elle ajoute : «Le Cair a été fondé après le 11 Septembre parce qu’ils ont pris acte du fait que des gens avaient fait quelque chose et que nous tous allions commencer à perdre accès à nos libertés civiles.» C’est ce terme «gens» qui lui a été reproché. Mais à aucun moment elle ne loue l’organisation terroriste.

Le Washington Post et Ilhan Omar ont fait remarquer que George W. Bush avait utilisé la même expression après les attentats de 2001. «Je vous entends, je vous entends. Et le reste du monde vous entend. Et les gens, ces gens qui ont fait tomber les tours, vont nous entendre bientôt».

Selon le New York Times, Ilhan Omar a qualifié les accusations de Trump de «ridicules». Toutes les élues démocrates ont répliqué lundi 15 juillet, en organisant une conférence de presse commune pour dénoncer le racisme du président américain. Mercredi, celui-ci s’est de nouveau emparé de son clavier pour assurer qu’il n’était pas raciste, en leur demandant de nouveau de quitter le pays.


Iran: C’est la nature du régime, imbécile ! (Forty years on, will Europe finally understand the Islamic republic’s vital commitment to the revolutionary principle of permanent war on US interests and allies ?)

13 juin, 2019

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L’ennemi est ici, on nous ment que c’est l’Amérique ! Slogan du peuple iranien
Lâchez la Syrie occupez-vous de nous ! Slogan du peuple iranien
Mort aux paysans ! Vivent les oppresseurs ! Slogan (ironique) de manifestants paysans iraniens
L‘Armée de la République islamique d’Iran et le Corps des Gardes de la Révolution islamique … seront responsables, non seulement de la garde et de la préservation des frontières du pays, mais aussi de l’exécution de la mission idéologique du jihad sur la voie de Dieu, c’est-à-dire de l’expansion de la souveraineté de la Loi de Dieu à travers le monde. Préambule de la constitution iranienne (1979-1989)
L’Iran aurait pu être la Corée du Sud; il est devenu la Corée du Nord. (…) Mais n’oubliez pas qu’Ahmadinejad n’est que le représentant d’un régime de nature totalitaire, qui ne peut se réformer et évoluer, quelle que soit la personne qui le représente. (…) Le slogan du régime est : « L’énergie nucléaire est notre droit indéniable. » Je lui réponds: ce droit, nous l’avions, c’est vous et les vôtres qui nous en avez privés. (…) Mon père (…) a décidé, dès les années 1970, de lancer un programme de production d’énergie nucléaire à des fins exclusivement civiles. C’est pourquoi nous avons signé le traité de non-prolifération (…) Aujourd’hui, le problème ne vient pas de l’idée de se doter de l’énergie nucléaire ; il provient de la nature du régime islamique. (…) je ne crois pas que les mollahs soient assez fous pour penser un jour utiliser la bombe contre Israël: ils savent très bien qu’ils seraient aussitôt anéantis. Ce qu’ils veulent, c’est disposer de la bombe pour pouvoir s’institutionnaliser une fois pour toutes dans la région et étendre leurs zones d’influence. Ils rêvent de créer un califat chiite du XXIe siècle et entendent l’imposer par la bombe atomique (…) il est manifeste qu’un gouvernement paranoïaque crée des crises un peu partout pour tenter de regagner à l’extérieur la légitimité qu’il a perdue à l’intérieur. Les dérives du clan au pouvoir ne se limitent pas au soutien au Hamas, elles vont jusqu’à l’Amérique latine de Chavez. Il ne s’agit en rien d’une vision qui vise à défendre notre intérêt national. Si le régime veut survivre, il doit absolument mettre en échec le monde libre, combattre ses valeurs. La République islamique ne peut pas perdurer dans un monde où l’on parle des droits de l’homme ou de la démocratie. Tous ces principes sont du cyanure pour les islamistes. Comment voulez-vous que les successeurs de Khomeini, dont le but reste l’exportation de la révolution, puissent s’asseoir un jour à la même table que le président Sarkozy ou le président Obama? Dans les mois à venir, un jeu diplomatique peut s’engager, mais, au final, il ne faut pas se faire d’illusion. Même si Khatami revenait au pouvoir, le comportement du régime resterait identique, car le vrai décideur c’est Khamenei. Je ne vois aucune raison pour laquelle le régime islamiste accepterait un changement de comportement. Cela provoquerait, de manière certaine, sa chute. Il ne peut plus revenir en arrière. J’ai bien peur que la diplomatie ne tourne en rond une nouvelle fois et que la course à la bombe ne continue pendant ce temps. Reza Pahlavi
La légitimité et la crédibilité d’un régime politique ne s’apprécie pas qu’à la seule aune du vote populaire, mais également à celle de sa capacité à assurer le bien être de son peuple et d’œuvrer pour l’intérêt national dans le respect des droits de l’homme. Un pouvoir qui ne puisse satisfaire cette double exigence est aussi digne de confiance qu’un gouvernement d’occupation, c’est hélas, Monsieur Khamenei, le cas de l’Iran de ces trente dernières années. (…) Il n’existe, de par le monde, qu’une poignée de régimes ayant privé leurs peuples aussi bien des droits humains fondamentaux que conduit leurs pays à la faillite économique. Il n’est donc pas étonnant de compter parmi vos rares pays alliés la Syrie, le Soudan ou la Corée du Nord. Reza Pahlavi
The uprising, once again showed that overthrowing theocracy in Iran is a national demand. Prince Reza Pahlavi
Le monde entier comprend que le bon peuple d’Iran veut un changement, et qu’à part le vaste pouvoir militaire des Etats-Unis, le peuple iranien est ce que ses dirigeants craignent le plus. Donald Trump
Les régimes oppresseurs ne peuvent perdurer à jamais, et le jour viendra où le peuple iranien fera face à un choix. Le monde regarde ! Donald Trump
L’Iran échoue à tous les niveaux, malgré le très mauvais accord passé avec le gouvernement Obama. Le grand peuple iranien est réprimé depuis des années. Il a faim de nourriture et de liberté. La richesse de l’Iran est confisquée, comme les droits de l’homme. Il est temps que ça change. Donald Trump
Les Iraniens courageux affluent dans les rues en quête de liberté, de justice et de droits fondamentaux qui leur ont été refusés pendant des décennies. Le régime cruel de l’Iran gaspille des dizaines de milliards de dollars pour répandre la haine au lieu de les investir dans la construction d’hôpitaux et d’écoles. Tenant compte de cela, il n’est pas étonnant de voir les mères et les pères descendre dans les rues. Le régime iranien est terrifié de son propre peuple. C’est d’ailleurs pour cela qu’il emprisonne les étudiants et interdit l’accès aux médias sociaux. Cependant, je suis sûr que la peur ne triomphera pas, et cela grâce au peuple iranien qui est intelligent, sophistiqué et fier. Aujourd’hui, le peuple iranien risque tout pour la liberté, mais malheureusement, de nombreux gouvernements européens regardent en silence alors que de jeunes Iraniens héroïques sont battus dans les rues. Ce n’est pas juste. Pour ma part, je ne resterai pas silencieux. Ce régime essaie désespérément de semer la haine entre nous, mais il échouera. Lorsque le régime tombera enfin, les Iraniens et les Israéliens seront à nouveau de grands amis. Je souhaite au peuple iranien du succès dans sa noble quête de liberté. Benjamin Netanyahou
En tant que défenseur de la rue arabe, [l’Iran] ne peut pas avoir un dialogue apaisé avec les Etats-Unis, dialogue au cours duquel il accepterait les demandes de cet Etat qui est le protecteur par excellence d’Israël. Téhéran a le soutien de la rue arabe, talon d’Achille des Alliés Arabes des Etats-Unis, car justement il refuse tout compromis et laisse entendre qu’il pourra un jour lui offrir une bombe nucléaire qui neutralisera la dissuasion israélienne. Pour préserver cette promesse utile, Téhéran doit sans cesse exagérer ses capacités militaires ou nucléaires et des slogans anti-israéliens. Il faut cependant préciser que sur un plan concret, les actions médiatiques de Téhéran ne visent pas la sécurité d’Israël, mais celle des Alliés arabes des Etats-Unis, Etats dont les dirigeants ne peuvent satisfaire les attentes belliqueuses de la rue arabe. Ainsi Téhéran a un levier de pression extraordinaire sur Washington. Comme toute forme de dissuasion, ce système exige un entretien permanent. Téhéran doit sans cesse fouetter la colère et les frustrations de la rue arabe ! Il doit aussi garder ses milices actives, de chaînes de propagande en effervescence et son programme nucléaire le plus opaque possible, sinon il ne serait pas menaçant. C’est pourquoi, il ne peut pas accepter des compensations purement économiques offertes par les Six en échange d’un apaisement ou une suspension de ses activités nucléaires. Ce refus permanent de compromis est vital pour le régime. (…) Il n’y a rien qui fasse plus peur aux mollahs qu’un réchauffement avec les Etats-Unis : ils risquent d’y perdre la rue arabe, puis le pouvoir. C’est pourquoi, le 9 septembre, quand Téhéran a accepté une rencontre pour désactiver les sanctions promises en juillet, il s’est aussitôt mis en action pour faire capoter ce projet de dialogue apaisé qui est un véritable danger pour sa survie. Iran Resist
L’analyse des témoignages des jeunes des grandes villes iraniennes et l’observation de leurs comportements sur les réseaux sociaux montrent que la politique sociale répressive des ayatollahs a produit des effets inattendus. La nouvelle génération de 15 à 25 ans vit dans le rejet du système de valeurs, promulgué par l’école et les médias de la République islamique. Pendant ces dernières décennies, le décalage entre l’espace public, maîtrisé par les agents de mœurs, et l’espace privé, où presque tout est permis, n’a cessé de progresser. Pourtant, malgré le non-respect que les jeunes citadins affichent pour les mesures islamiques – vestimentaires, alimentaires, sexuelles, … –, leurs témoignages révèlent qu’en dépit de leur apparence rebelle, ils ont en partie intériorisé l’image négative que la société leur inflige à cause du rejet de ses normes et valeurs. Cette image devient doublement négative lorsqu’ils se reprochent leur inaction, comme si la capacité d’agir sur leur sort et de faire valoir leurs droits fondamentaux ne dépendait que d’eux et de la volonté individuelle. Les catastrophes naturelles qui dévastent le pays (comme le tremblement de terre, les inondations ou les sècheresses, etc.) et les situations politiques ingérables (comme la menace de guerre, les sanctions économiques, ou certaines décisions politiques jugées inacceptables, etc.) aiguisent leur conscience de l’impuissance et déclenchent chez eux une avalanche de reproches et de haine de soi. Peut-être cette auto culpabilisation relève-t-elle d’un besoin de se sentir responsable, de se procurer une semblable illusion de puissance. Peut-être est-elle un simple mécanisme d’auto-défense. Mais, elle n’en reste pas moins destructrice pour autant, car elle les empêche d’avoir une vision objective de leur situation. Dans un pays où la moindre critique et protestation sont violemment réprimées, et où l’on peut encourir de lourdes peines de prisons pour avoir contesté une décision politique, quelle est la marge de manœuvre des individus? Quatre décennies de l’atteinte physique, l’atteinte juridique, et l’atteinte à la dignité humaine ont profondément privé les jeunes de reconnaissance sociale et les ont affectés dans le sentiment de leur propre valeur. La non reconnaissance du droit et de l’estime sociale en Iran ont créé des conditions collectives dans lesquelles les jeunes ne peuvent parvenir à une attitude positive envers eux-mêmes. En l’absence de confiance en soi, de respect de soi, et d’estime de soi, nul n’est en mesure de s’identifier à ses fins et à ses désirs en tant qu’être autonome et individualisé. Or, faut-il s’étonner si, aujourd’hui, l’émigration est devenue la seule perspective de l’avenir des jeunes Iraniens? Mahnaz Shirali
On his watch, the Russians meddled in our democracy while his administration did nothing about it. The Mueller report flatly states that Russia began interfering in American democracy in 2014. Over the next couple of years, the effort blossomed into a robust attempt to interfere in our 2016 presidential election. The Obama administration knew this was going on and yet did nothing. In 2016, Obama’s National Security Adviser Susan Rice told her staff to « stand down » and « knock it off » as they drew up plans to « strike back » against the Russians, according to an account from Michael Isikoff and David Corn in their book « Russian Roulette: The Inside Story of Putin’s War on America and the Election of Donald Trump ». Why did Obama go soft on Russia? My opinion is that it was because he was singularly focused on the nuclear deal with Iran. Obama wanted Putin in the deal, and to stand up to him on election interference would have, in Obama’s estimation, upset that negotiation. This turned out to be a disastrous policy decision. Obama’s supporters claim he did stand up to Russia by deploying sanctions after the election to punish them for their actions. But, Obama, according to the Washington Post, « approved a modest package… with economic sanctions so narrowly targeted that even those who helped design them describe their impact as largely symbolic. » In other words, a toothless response to a serious incursion. Scott Jennings (CNN)
Radicals linked to Hizbollah, the Lebanese militant group, stashed thousands of disposable ice packs containing ammonium nitrate – a common ingredient in homemade bombs. The plot was uncovered by MI5 and the Metropolitan Police in the autumn of 2015, just months after the UK signed up to the Iran nuclear deal. Three metric tonnes of ammonium nitrate was discovered – more than was used in the Oklahoma City bombing that killed 168 people and damaged hundreds of buildings. Police raided four properties in north-west London – three businesses and a home – and a man in his 40s was arrested on suspicion of plotting terrorism. The man was eventually released without charge. Well-placed sources said the plot had been disrupted by a covert intelligence operation rather than seeking a prosecution. The discovery was so serious that David Cameron and Theresa May, then the prime minister and home secretary, were personally briefed on what had been found. Yet for years the nefarious activity has been kept hidden from the public, including MPs who were debating whether to fully ban Hizbollah, until now. It raises questions about whether senior UK government figures chose not to reveal the plot in part because they were invested in keeping the Iran nuclear deal afloat. (…) It became clear, according to well-placed sources, that the UK storage was not in isolation but part of an international Hizbollah plot to lay the groundwork for future attacks. The group had previously been caught storing ice packs in Thailand. And in 2017, two years after the London bust, a New York Hizbollah member would appear to seek out a foreign ice pack manufacturer. Ice packs provide the perfect cover, according to sources – seemingly harmless and easy to transport. Proving beyond doubt they were purchased for terrorism was tricky.  But the most relevant case was in Cyprus, where a startlingly similar plot had been busted just months before the discovery in London. There, a 26-year-old man called Hussein Bassam Abdallah, a dual Lebanese and Canadian national, was caught caching more than 65,000 ice packs in a basement. During interrogation he admitted to being a member of Hizbollah’s military wing, saying he had once been trained to use an AK47 assault rifle. Abdallah said the 8.2 tonnes of ammonium nitrate stored was for terrorist attacks. He pleaded guilty and was given a six-year prison sentence in June 2015. In Abdallah’s luggage police found two photocopies of a forged British passport. Cypriot police say they were not the foreign government agency that tipped Britain off to the London cell. (…) A UK intelligence source said: “MI5 worked independently and closely with international partners to disrupt the threat of malign intent from Iran and its proxies in the UK.” The decision not to inform the public of the discovery, despite a major debate with Britain’s closest ally America about the success of the Iran nuclear deal, will raise eyebrows. Keeping MPs in the dark amid a fierce debate about whether to designate the entire of Hezbollah a terrorist group – rather than just its militant wing – will also be questioned. The US labelled the entire group a terrorist organisation in the 1990s. But in Britain, only its armed wing was banned. The set-up had led senior British counter-terrorism figures to believe there was some form of understanding that Hizbollah would not target the UK directly. Hizbollah was only added to the banned terrorist group list in its entirety in February 2019 – more than three years after the plot was uncovered. The Telegraph
There is a reason America’s European and Asian allies are determined to end the US quarantine of Iranian businesses. Trump’s increasingly tough sanctions give countries and corporations an uncomfortable pair of options: Buy Iranian oil and invest there, or do business with the US — but you can’t do both. The latest punishment came last Friday, when the administration vowed to sanction anyone doing business with Iran’s petrochemical industry, a lucrative exporting sector run by the Islamic Revolutionary Guard Corps, which is now rightly listed by Washington as a terror organization. America’s allies are eager to revive the smooth flow of goods and business with Iran; their diplomacy is meant to put pressure on Washington to start a process that would lead to new direct talks. Iran, they claim, will behave better, now that its economy is strained. America should take advantage and aim for a fresh rapprochement. The problem with the allies’ theory: No such hunger for reconciliation is in evidence in Tehran. Instead, the regime is still signaling obstinacy. The ayatollahs are as committed as ever to their revolutionary principles, the main one of which is waging war on US interests and allies. Take Foreign Minister Javad Zarif, long touted as a symbol of moderation and openness and a welcome guest in Western TV studios. Yet defending Iran’s habit of hanging gay people in the public square, Zarif told the German newspaper Bild this week: “Our society has moral principles, and according to these principles we live.” Hosting Germany’s Maas this week, Zarif also pushed back against Secretary of State Mike Pompeo’s recent offer of negotiations “without preconditions.” The Islamic Republic won’t talk to those who wage “economic war” against it, Zarif said, threatening for good measure that, as an Iranian enemy, America “cannot expect to stay safe.” The theocracy is hardening, rather than softening, its line, notwithstanding entreaties from Tokyo, Berlin and Brussels. These well-meaning outsiders inevitably point to supposed moderates that America can do business with, and, as always, they urge Washington to ignore Tehran’s malign rhetoric and muscle-flexing. It’s true that some Iranian politicians favor making cosmetic concessions to the West to ensure the Islamic Republic’s survival. But the ultimate decider, Supreme Leader Ali Khamenei, has long soured on such concessions. Negotiation, he recently said, “has no benefit and carries harm.” In a perfect world, the global economy would be better off when everyone can do business with everyone without fear of punishment. But the existence of a militantly anti-Western regime like Iran’s is a reminder that ours isn’t a perfect world. Abe, then, would be better off warning Iran about its joint missile development with Japan’s menacing neighbor, North Korea (a reminder that the regime’s behavior is destructive far beyond its immediate neighborhood.) Talks may be worthwhile — but not before Khamenei leaves the stage. Once the old dictator is gone, the ensuing internal struggle may work to the West’s advantage. Economic pressure may then embolden Iranians hoping to throw off the regime’s yoke. Or it may not. Either way, dealing with the regime as it exists is futile, as more than four decades of experience have shown. Trump should turn a deaf ear to Abe and the rest of the world’s eager go-betweens. Benny Avni
When it comes to countering terrorism: follow the money. The world fought the Taliban, al-Qaeda, and ISIL by cutting off their money. We must do the same today and acknowledge that the epicenter of modern terrorism is IRAN. Iran bankrolls a ‘coalition of terrorists’ around the world that further Iran‘s policy of expansionism. With Iran‘s backing of over $1 billion, Hezbollah has turned Lebanon into a launching pad for terror. Hezbollah’s funding, weaponry and even its food all come from Iran. Iranian money has landed directly in the pockets of Hamas and Islamic Jihad in the Gaza Strip and in Judea and Samaria. With Hamas’ help and the Palestinian branch of the Iranian Quds Force, Iran is trying to turn Judea and Samaria into a fourth military front against Israel. Danny Danon
Après des décennies de complaisance et de lâcheté occidentales avec le régime enturbanné, particulièrement sous les mandats du sinistre Barack « Imam » Hussein Obama, idole de l’établissement culturo-médiatique mondialiste, l’actuel président américain Donald Trump, au grand désespoir des Zéropéens, les Britanniques en tête en leur qualité de soutien traditionnel du clergé chiite, semble déterminé à prendre le taureau par les cornes et étouffer la principale tête de la Bête islamiste. Celle dont l’irruption en 1979 a été le point de départ de l’essor considérable de l’islam politique, cette idéologie mortifère, combinaison du nazisme et du communisme. Après quarante années de turpitudes et de sévices en tous genre infligés principalement au peuple iranien, mais également, par des voies directes ou indirectes, à l’ensemble du monde civilisé, le régime des turbans noirs et des turbans blancs est confronté à la plus grave crise de son histoire, déjà beaucoup trop longue. La pétro-mollahrchie ne peut plus exporter le pétrole iranien qui constitue sa source essentielle de revenus pour financer son activisme terroriste et ses sordides réseaux clientélistes dans la région. Les chiens de garde du régime sont désormais officiellement reconnus par la première puissance mondiale comme ce qu’ils ont toujours été depuis leur naissance, à savoir des terroristes fanatiques aux ordres de leurs maîtres enturbannés. Enfin, la théocratie milicienne n’arrive plus à dériver les colères et frustrations de la population vers l’extérieur. Les Iraniens ont aujourd’hui compris, dans leur immense majorité, que ceux qui les dirigent sont leurs plus grands ennemis. En tout état de cause, les jours de la mafia ochlo-théocratique sont comptés. Quelle que soit l’issue de la présente crise, le désastre économique, la paupérisation générale de la population contrastant avec l’opulence insolente des mollahs au pouvoir, celle de leurs sbires, de leurs familles et de leurs clients, la corruption délirante de l’oligarchie khomeyniste dont l’ampleur insoupçonnée est révélée davantage chaque jour et le discrédit massif de la mollahrchie et de son idéologie condamnent ce régime cauchemardesque aux poubelles de l’Histoire à brève échéance. L’inscription des « Gardiens de la Révolution » sur la liste des organisations terroristes établie par l’administration américaine a étonné nombre de prétendus « observateurs » et « experts » des affaires iraniennes, qui se sont émus notamment qu’une « armée régulière (sic) d’un pays » puisse être assimilée à une entité terroriste. C’est en réalité une décision d’une extrême logique au regard du pédigree de cette sinistre milice dont la dénomination officielle (« Sépâh-é Pâsdârân-é Enghelâb-é Eslâmi » i.e « les Gardiens de la Révolution islamique) fait apparaître expressément que cette organisation paramilitaire n’est nullement en charge de la défense de l’Iran et du peuple iranien, mais de la seule « Révolution islamique » et, par suite, du régime qui en est le fer de lance. (…) Ce n’est, en effet, qu’à compter de 1982 que les voyous fanatisés dénommés « Pasdarans » ont vu leur rôle accru, de manière importante, durant cette guerre, lorsque celle-ci a pris un virage intégralement idéologique, avec la volonté de Khomeyni de la prolonger indéfiniment sous le prétexte d’exporter son abjecte révolution dans la région, au mépris des vies gaspillées sur les théâtres d’opération, pour continuer d’asseoir son pouvoir tyrannique, museler toute critique de sa politique irresponsable et réprimer avec une férocité implacable tous ses opposants. (…) Pour se faire une idée ce qui se passe en Iran depuis quarante ans, il faudrait se représenter une France dans laquelle la voyoucratie et la racaille islamisée de banlieue aurait réussi à s’accaparer la quasi-intégralité des ressources de l’Etat et le contrôle des grands groupes économiques nationaux, industriels et commerciaux, pour les utiliser à son profit exclusif, dans le but non seulement de mener grand train aux dépens du reste de la population, mais aussi de financer un gigantesque réseau clientéliste aux ramifications internationales, aux seules fins de bâtir un système d’influence fondé sur une idéologie mortifère, sans aucune considération de l’intérêt national du peuple français. (…) A la différence de ses prédécesseurs à la Maison Blanche et des nombreux dirigeants occidentaux qui se sont succedés depuis quarante ans, dont l’archétype fut l’Imam Hussein Obama, lequel a fait montre d’une complaisance et d’une lâcheté funeste dans la gestion du « cas iranien », Donald Trump a le mérite de ne pas se laisser intimider par la mafia enturbannée. S’il devait persister dans cette attitude ferme, il pourrait être celui qui aura aidé le peuple iranien, allié naturel du monde libre et civilisé, à terrasser la Bête islamiste avant que les métastases de ce cancer ne finissent de se propager sur la planète. Chasser cette Bête de la tanière qu’elle s’est aménagée, il y a quatre décennies, au détriment d’un pays martyr, serait pour la région un événement d’une portée équivalente à la chute du Mur de Berlin pour l’Europe. Il s’agirait d’un coup décisif à cette synthèse idéologique du nazisme et du communisme que constitue l’islam politique. Car n’en déplaisent aux fascistes tiers-mondistes, aux obsédés de l’« antisionisme » et autres anti-américains pavloviens qui fantasment sur la « résistance » de la dictature des turbans noirs et des turbans blancs, la disparition de l’ochlo-théocratie khomeyniste et l’avènement d’un Iran libre, laïque et démocratique, renouant avec le sillon tracé par la dynastie Pahlavi, serait un gage considérable de paix dans la région et le monde. En s’alliant au peuple iranien dans ce combat, le président Donald Trump pourrait entrer dans l’Histoire comme le Roosevelt du 21e siècle. Iran-Resist

C’est la nature du régime, imbécile !

Alors que du Golfe d’Oman au Yemen et à la frontière syro-israélienne et à l’instar de son très probablement feu commandant des opérations extérieures, un régime iranien aux abois multiplie les provocations…

Et qu’entre deux manoeuvres d’apaisement ou de détournement des sanctions américaines, leurs idiots utiles européens ou asiatiques accusent le président Trump …

Pendant que se confirment pour préserver un accord nucléaire iranien plus que douteux

Tant l’insigne lâcheté d’une Administration Obama prête, entre deux actes de haute trahison avec les Iraniens ou les Russes, à tolérer une ingérence étrangère dans ses propres élections …

Que celle de dirigeants britanniques n’hésitant pas à taire la découverte de trois tonnes d’explosifs stockés sur leur propre sol par le mouvement terroriste Hezbollah  …

Comment ne pas voir avec nos amis du site de résistance iranien Iran-Resist …

Ou les quelques spécialistes encore un peu lucides comme Mahnaz Shirali ou Benny Avni

L’incroyable cécité d’un Occident …

Qui depuis 40 ans n’a toujours pas compris que la nature même d’un régime révolutionnaire comme la République islamique …

Pour faire oublier la corruption et l’incompétence à l’intérieur …

C’est la provocation et l’agression permanente à l’extérieur …

Du moins, après l’accident industriel Obama, jusqu’à l’arrivée au pouvoir à Washington …

De celui qui avec l’élimination de « l’ochlo-théocratie khomeyniste » et l’avènement enfin d’un « Iran libre, laïc et démocratique » …

Pourrait « entrer dans l’Histoire comme le Roosevelt du 21e siècle » ?

Mollahs : Endgame
Sam Safi
Iran-Resist
06.06.2019

Après des décennies de complaisance et de lâcheté occidentales avec le régime enturbanné, particulièrement sous les mandats du sinistre Barack « Imam » Hussein Obama, idole de l’établissement culturo-médiatique mondialiste, l’actuel président américain Donald Trump, au grand désespoir des Zéropéens, les Britanniques en tête en leur qualité de soutien traditionnel du clergé chiite, semble déterminé à prendre le taureau par les cornes et étouffer la principale tête de la Bête islamiste. Celle dont l’irruption en 1979 a été le point de départ de l’essor considérable de l’islam politique, cette idéologie mortifère, combinaison du nazisme et du communisme.

La récréation est terminée. Après quarante années de turpitudes et de sévices en tous genre infligés principalement au peuple iranien, mais également, par des voies directes ou indirectes, à l’ensemble du monde civilisé, le régime des turbans noirs et des turbans blancs est confronté à la plus grave crise de son histoire, déjà beaucoup trop longue. La pétro-mollahrchie ne peut plus exporter le pétrole iranien qui constitue sa source essentielle de revenus pour financer son activisme terroriste et ses sordides réseaux clientélistes dans la région. Les chiens de garde du régime sont désormais officiellement reconnus par la première puissance mondiale comme ce qu’ils ont toujours été depuis leur naissance, à savoir des terroristes fanatiques aux ordres de leurs maîtres enturbannés. Enfin, la théocratie milicienne n’arrive plus à dériver les colères et frustrations de la population vers l’extérieur. Les Iraniens ont aujourd’hui compris, dans leur immense majorité, que ceux qui les dirigent sont leurs plus grands ennemis.

En tout état de cause, les jours de la mafia ochlo-théocratique sont comptés. Quelle que soit l’issue de la présente crise, le désastre économique, la paupérisation générale de la population contrastant avec l’opulence insolente des mollahs au pouvoir, celle de leurs sbires, de leurs familles et de leurs clients, la corruption délirante de l’oligarchie khomeyniste dont l’ampleur insoupçonnée est révélée davantage chaque jour et le discrédit massif de la mollahrchie et de son idéologie condamnent ce régime cauchemardesque aux poubelles de l’Histoire à brève échéance.

Les molosses de Khamenei aux abois

L’inscription des « Gardiens de la Révolution » sur la liste des organisations terroristes établie par l’administration américaine a étonné nombre de prétendus « observateurs » et « experts » des affaires iraniennes, qui se sont émus notamment qu’une « armée régulière (sic) d’un pays » puisse être assimilée à une entité terroriste. C’est en réalité une décision d’une extrême logique au regard du pédigrée de cette sinistre milice dont la dénomination officielle (« Sépâh-é Pâsdârân-é Enghelâb-é Eslâmi » i.e « les Gardiens de la Révolution islamique) fait apparaître expressément que cette organisation paramilitaire n’est nullement en charge de la défense de l’Iran et du peuple iranien, mais de la seule « Révolution islamique » et, par suite, du régime qui en est le fer de lance.

L’Iran dispose en effet toujours de son armée nationale (« Artesh ») créée par la dynastie Pahlavi. Cependant, celle-ci a été volontairement appauvrie et affaiblie par les mollahs, depuis quatre décennies, en raison de son patriotisme persistant et de son lien historique avec le pouvoir impérial.

Contrairement à ce que tentent de faire croire aujourd’hui les cerbères des tyrans au turban et leurs lobbystes déguisés en « spécialistes » ou « experts », c’est bien l’armée régulière iranienne qui, durant la guerre Iran/Irak, a joué un rôle essentiel dans la libération du territoire national durant la première phase du conflit entre 1980 et 1982.

Ce n’est, en effet, qu’à compter de 1982 que les voyous fanatisés dénommés « Pasdarans » ont vu leur rôle accru, de manière importante, durant cette guerre, lorsque celle-ci a pris un virage intégralement idéologique, avec la volonté de Khomeyni de la prolonger indéfiniment sous le prétexte d’exporter son abjecte révolution dans la région, au mépris des vies gaspillées sur les théâtres d’opération, pour continuer d’asseoir son pouvoir tyrannique, museler toute critique de sa politique irresponsable et réprimer avec une férocité implacable tous ses opposants.

Soutenir le contraire serait méconnaître la réalité historique et surtout oublier que, loin de pouvoir rivaliser initialement avec l’armée nationale iranienne en termes de qualités et de compétences, les membres de cette milice, au début de la contre-révolution khomeyniste, étaient essentiellement issus des fanges les plus sordides de la population criminogène où se recrutaient traditionnellement les membres de la pègre, les loubards à couteau, les proxénètes et autres trafiquants de drogue, activités qu’ils continuent, au demeurant, de pratiquer sous leurs nouveaux habits, mais à une échelle bien plus importante avec des conséquences catastrophiques sur la société iranienne.

C’est, au demeurant, sur cette canaille en uniforme, avec laquelle il a noué une relation privilégiée durant ses années à la présidence du régime (1981-1989), que Khamenei s’est appuyé pour accéder au pouvoir suprême et éliminer ses principaux rivaux, à commencer par Montazeri, pourtant dauphin désigné de Khomeyni jusqu’aux dernières semaines ayant précédé la mort de l’ancien touriste de Neauphle-le-Château.

En contrepartie, le mollah collectionneur de pipes et de bagues, une fois au sommet du pouvoir clerico-mafieux, récompensera ses bouledogues en les autorisant à faire main basse sur la quasi-totalité des secteurs stratégiques de l’économie iranienne, leur permettant ainsi de constituer progressivement un véritable Etat dans l’Etat formant aujourd’hui un complexe militaro-industriel dans lequel réside le pouvoir profond de l’ochlo- théocratie.

Pour se faire une idée ce qui se passe en Iran depuis quarante ans, il faudrait se représenter une France dans laquelle la voyoucratie et la racaille islamisée de banlieue aurait réussi à s’accaparer la quasi-intégralité des ressources de l’Etat et le contrôle des grands groupes économiques nationaux, industriels et commerciaux, pour les utiliser à son profit exclusif, dans le but non seulement de mener grand train aux dépens du reste de la population, mais aussi de financer un gigantesque réseau clientéliste aux ramifications internationales, aux seules fins de bâtir un système d’influence fondé sur une idéologie mortifère, sans aucune considération de l’intérêt national du peuple français.

Quel avenir pour le Grand Timonier enturbanné ?

Outre l’effondrement économique, le mécontentement populaire et la pression militaire américaine, le régime peut également être sérieusement ébranlé par la disparition prochaine de son « Guide Suprême ». Il faut néanmoins rester prudent sur ce point. Ces dernières années, à chaque fois que la cléricature khomeyniste s’est senti sévèrement menacée, elle a fait courir le bruit de l’imminence de la mort de Khamenei pour tromper ses adversaires en leur laissant entrevoir, à court terme, un tournant majeur qui résulterait de cette disparition, conduisant ces derniers à apaiser leur colère ou modérer leurs revendications.

C’est ainsi que lors du soulèvement débuté à l’été 2009, consécutivement à la réélection grossièrement frauduleuse du pantin Ahmadinejad, le parrain de la mollahrchie, Rafsandjani, avait habilement manipulé Wikileaks en laissant fuiter une de ses déclarations prétendant que son ancien compagnon de lutte révolutionnaire, dont la légitimité était alors violemment et ouvertement contestée par les masses de manifestants, souffrait d’un cancer en phase terminale ne lui laissant plus que quelques mois à vivre…

Plusieurs années après la répression féroce de ce mouvement massif de contestation du régime, lors des négociations concernant le prétendu « Iran deal » (cet accord honteux au sujet duquel les mollahs se vantaient régulièrement dans leurs médias d’avoir enfumé les Occidentaux, avant qu’il ne soit dénoncé l’année dernière par le président des USA), les agents de la cléricature sont de nouveau parvenus, en février 2015, à intoxiquer les services et médias étrangers, dont le Figaro, en leur faisant croire que la mort du Guide de l’ochlo-théocratie, atteint d’un cancer de la prostate au stade métastatique, était imminente…

Une fois encore, les années ont passé et Khamenei est toujours vivant. Ce qui n’est plus le cas de son ancien comparse Rafsandjani, le co-fondateur du régime, décédé en janvier 2017 et de celui qui était, un temps, présenté comme son successeur au poste suprême, l’Irakien milliardaire fraîchement naturalisé Shahroudi, disparu en décembre 2018…

Cela dit, jusqu’à preuve du contraire, le Lider Maximo khomeyniste, qui sera octogénaire dans quelques semaines, n’est pas éternel et, si le régime parvient à survivre encore quelques temps, sa succession sera nécessairement ouverte. Elle devrait échoir à son fils Mojtaba ou au fidèle Ebrahim Raissi qui, par son profil de criminel de masse, de mollah borné et son titre de « seyyed », toujours de nature à faire tourner les têtes de sectateurs fidèles prêts à s’extasier à la vue d’un turban noir, semble tout désigné pour cette fonction.

Le scénario d’un coup d’état des Pasdarans paraît, en revanche, peu crédible. Ces miliciens n’ont vocation qu’à être les bras et les couteaux des mollahs. Il est consternant de lire les prédictions de prétendus « experts » annonçant l’avènement prochain parmi eux d’un « Reza Shah islamique » (sic !) en la personne de Ghassem Soleymani, chef de la section Al Qods des Gardiens de la Révolution, dont l’idéologie n’est autre que la variante chiite de celle de l’organisation terroriste Al Qaïda avec laquelle elle entretient du reste des relations très étroites.

Soleymani est un quasi-illettré sans aucune vision politique et stratégique pour l’Iran autre que celle d’être une base arrière de mouvements terroristes djihadistes anti-occidentaux dirigée par des mollahs fanatiques. A ces « experts », il convient de souligner que parler à son sujet d’un futur « Reza Shah islamique » est aussi pertinent que d’évoquer un « Emmanuel Macron communiste », un « Philippe de Villiers europhile », un « Adolf Hitler philosémite », ou un « Robespierre royaliste ».

A court terme, il est néanmoins préférable que Khamenei et les autres vieillards qui l’entourent restent en vie, ne serait-ce que pour répondre, très prochainement, de leurs innombrables crimes et forfaitures devant le peuple iranien.

Une prochaine Chute du Mur islamique ?

A la différence de ses prédécesseurs à la Maison Blanche et des nombreux dirigeants occidentaux qui se sont succédés depuis quarante ans, dont l’archétype fut l’Imam Hussein Obama, lequel a fait montre d’une complaisance et d’une lâcheté funeste dans la gestion du « cas iranien », Donald Trump a le mérite de ne pas se laisser intimider par la mafia enturbannée.

S’il devait persister dans cette attitude ferme, il pourrait être celui qui aura aidé le peuple iranien, allié naturel du monde libre et civilisé, à terrasser la Bête islamiste avant que les métastases de ce cancer ne finissent de se propager sur la planète.

Chasser cette Bête de la tanière qu’elle s’est aménagée, il y a quatre décennies, au détriment d’un pays martyr, serait pour la région un événement d’une portée équivalente à la chute du Mur de Berlin pour l’Europe.

Il s’agirait d’un coup décisif à cette synthèse idéologique du nazisme et du communisme que constitue l’islam politique.

Car n’en déplaisent aux fascistes tiers-mondistes, aux obsédés de l’« antisionisme » et autres anti-américains pavloviens qui fantasment sur la « résistance » de la dictature des turbans noirs et des turbans blancs, la disparition de l’ochlo-théocratie khomeyniste et l’avènement d’un Iran libre, laïque et démocratique, renouant avec le sillon tracé par la dynastie Pahlavi, serait un gage considérable de paix dans la région et le monde.

En s’alliant au peuple iranien dans ce combat, le président Donald Trump pourrait entrer dans l’Histoire comme le Roosevelt du 21e siècle.

Libérés de ce régime sordide qui vampirise leur pays, tous les Iraniens pourront alors entonner avec fierté le chant que nombre d’entre eux ont déjà le courage de scander devant le tombeau du fondateur de leur nation à l’occasion du jour de Cyrus le Grand, le 7 Aban (29 octobre), au grand dam des mollahs et de leurs mercenaires : « Iran vatan-é mâst, Kourosh pédar-é mâst ! » (« L’Iran est notre patrie, Cyrus est notre père ! »).

Voir aussi:

US allies’ sad Tehran wild-goose chase
Benny Avni
New York Post
June 11, 2019

America’s allies are lining up to mediate between Washington and the Tehran regime. But they’re jumping the gun.

Witness Japan’s President Shinzo Abe, who arrives in Tehran Wednesday for a two-day visit, marking the 90th anniversary of diplomatic relations between his country and Iran. Tokyo officials defend their soft-on-Tehran approach as a “balanced” way to deal with the Mideast. Whatever the merits of that claim, the Abe visit is mostly about oil.

The trip comes shortly after the Japanese leader hosted his golfing buddy President Trump in Tokyo. The symbolism is deliberate: Abe seeks to revive a US-Iranian channel of communication, per Japanese media. And he isn’t alone in his efforts. Germany’s foreign minister, Heiko Maas, was in Tehran this week, trying to buck up confidence in the nuclear deal that Trump ditched.

There is a reason America’s European and Asian allies are determined to end the US quarantine of Iranian businesses. Trump’s increasingly tough sanctions give countries and corporations an uncomfortable pair of options: Buy Iranian oil and invest there, or do business with the US — but you can’t do both.

The latest punishment came last Friday, when the administration vowed to sanction anyone doing business with Iran’s petrochemical industry, a lucrative exporting sector run by the Islamic Revolutionary Guard Corps, which is now rightly listed by Washington as a terror organization.

America’s allies are eager to revive the smooth flow of goods and business with Iran; their diplomacy is meant to put pressure on Washington to start a process that would lead to new direct talks. Iran, they claim, will behave better, now that its economy is strained. America should take advantage and aim for a fresh rapprochement.

The problem with the allies’ theory: No such hunger for reconciliation is in evidence in Tehran. Instead, the regime is still signaling obstinacy. The ayatollahs are as committed as ever to their revolutionary principles, the main one of which is waging war on US interests and allies.

Take Foreign Minister Javad Zarif, long touted as a symbol of moderation and openness and a welcome guest in Western TV studios. Yet defending Iran’s habit of hanging gay people in the public square, Zarif told the German newspaper Bild this week: “Our society has moral principles, and according to these principles we live.”

Hosting Germany’s Maas this week, Zarif also pushed back against Secretary of State Mike Pompeo’s recent offer of negotiations “without preconditions.” The Islamic Republic won’t talk to those who wage “economic war” against it, Zarif said, threatening for good measure that, as an Iranian enemy, America “cannot expect to stay safe.”

The theocracy is hardening, rather than softening, its line, notwithstanding entreaties from Tokyo, Berlin and Brussels. These well-meaning outsiders inevitably point to supposed moderates that America can do business with, and, as always, they urge Washington to ignore Tehran’s malign rhetoric and muscle-flexing.

It’s true that some Iranian politicians favor making cosmetic concessions to the West to ensure the Islamic Republic’s survival. But the ultimate decider, Supreme Leader Ali Khamenei, has long soured on such concessions. Negotiation, he recently said, “has no benefit and carries harm.”

In a perfect world, the global economy would be better off when everyone can do business with everyone without fear of punishment. But the existence of a militantly anti-Western regime like Iran’s is a reminder that ours isn’t a perfect world.

Abe, then, would be better off warning Iran about its joint missile development with Japan’s menacing neighbor, North Korea (a reminder that the regime’s behavior is destructive far beyond its immediate neighborhood.)

Talks may be worthwhile — but not before Khamenei leaves the stage. Once the old dictator is gone, the ensuing internal struggle may work to the West’s advantage.

Economic pressure may then embolden Iranians hoping to throw off the regime’s yoke. Or it may not. Either way, dealing with the regime as it exists is futile, as more than four decades of experience have shown.

Trump should turn a deaf ear to Abe and the rest of the world’s eager go-betweens.

Voir également:

Iran-linked terrorists caught stockpiling explosives in north-west London
Ben Riley-Smith
The Telegraph
9 June 2019

Terrorists linked to Iran were caught stockpiling tonnes of explosive materials on the outskirts of London in a secret British bomb factory, The Telegraph can reveal

Radicals linked to Hizbollah, the Lebanese militant group, stashed thousands of disposable ice packs containing ammonium nitrate – a common ingredient in homemade bombs.

The plot was uncovered by MI5 and the Metropolitan Police in the autumn of 2015, just months after the UK signed up to the Iran nuclear deal. Three metric tonnes of ammonium nitrate was discovered – more than was used in the Oklahoma City bombing that killed 168 people and damaged hundreds of buildings.

Police raided four properties in north-west London – three businesses and a home – and a man in his 40s was arrested on suspicion of plotting terrorism.

The man was eventually released without charge. Well-placed sources said the plot had been disrupted by a covert intelligence operation rather than seeking a prosecution.

The discovery was so serious that David Cameron and Theresa May, then the prime minister and home secretary, were personally briefed on what had been found.

Yet for years the nefarious activity has been kept hidden from the public, including MPs who were debating whether to fully ban Hizbollah, until now.

It raises questions about whether senior UK government figures chose not to reveal the plot in part because they were invested in keeping the Iran nuclear deal afloat.

The disclosure follows a three-month investigation by The Telegraph in which more than 30 current and former officials in Britain, America and Cyprus were approached and court documents were obtained.

One well-placed source described the plot as “proper organised terrorism”, while another said enough explosive materials were stored to do “a lot of damage”.

Ben Wallace, the security minister, said: “The Security Service and police work tirelessly to keep the public safe from a host of national security threats. Necessarily, their efforts and success will often go unseen.”

The Telegraph understands the discovery followed a tip-off from a foreign government. To understand what they were facing, agents from MI5 and officers from Metropolitan Police’s Counter Terrorism Command launched a covert operation.

It became clear, according to well-placed sources, that the UK storage was not in isolation but part of an international Hizbollah plot to lay the groundwork for future attacks.

The group had previously been caught storing ice packs in Thailand. And in 2017, two years after the London bust, a New York Hizbollah member would appear to seek out a foreign ice pack manufacturer.

Why ice packs?

Ice packs provide the perfect cover, according to sources – seemingly harmless and easy to transport. Proving beyond doubt they were purchased for terrorism was tricky.

But the most relevant case was in Cyprus, where a startlingly similar plot had been busted just months before the discovery in London. There, a 26-year-old man called Hussein Bassam Abdallah, a dual Lebanese and Canadian national, was caught caching more than 65,000 ice packs in a basement. During interrogation he admitted to being a member of Hizbollah’s military wing, saying he had once been trained to use an AK47 assault rifle.

Abdallah said the 8.2 tonnes of ammonium nitrate stored was for terrorist attacks. He pleaded guilty and was given a six-year prison sentence in June 2015.

In Abdallah’s luggage police found two photocopies of a forged British passport. Cypriot police say they were not the foreign government agency that tipped Britain off to the London cell.

But they did offer assistance when made aware of the UK case, meeting their British counterparts and sharing reports on what they had uncovered.

MI5’s intelligence investigation is understood to have lasted months. The aim was both to disrupt the plot but also get a clearer picture what Hizbollah was up to.

Such investigations can involve everything from eavesdropping on calls to deploying covert sources and trying to turn suspects.

The exact methods used in this case are unknown. Soon conclusions begun to emerge. The plot was at an early stage. It amounted to pre-planning. No target had been selected and no attack was imminent.

Well-placed sources said there was no evidence Britain itself would have been the target. And the ammonium nitrate remained concealed in its ice packs, rather than removed and mixed – a much more advanced and dangerous state. On September 30, the Met made their move.

Officers used search warrants to raid four properties in north-west London – three businesses and one residential address. That same day a man in his 40s was arrested on suspicion of terrorism offences under Section 5 of the Terrorism Act 2006. Neither his name nor his nationality have been disclosed.

His was the only arrest, although sources told The Telegraph at least two people were involved.  The man was released on bail. Eventually a decision was taken not to bring charges.

The exact reasons why remain unclear, but it is understood investigators were confident they had disrupted the plot and gained useful information about Hizbollah’s activities in Britain and overseas.

A UK intelligence source said: “MI5 worked independently and closely with international partners to disrupt the threat of malign intent from Iran and its proxies in the UK.”

The decision not to inform the public of the discovery, despite a major debate with Britain’s closest ally America about the success of the Iran nuclear deal, will raise eyebrows.

Keeping MPs in the dark amid a fierce debate about whether to designate the entire of Hezbollah a terrorist group – rather than just its militant wing – will also be questioned.

The US labelled the entire group a terrorist organisation in the 1990s. But in Britain, only its armed wing was banned. The set-up had led senior British counter-terrorism figures to believe there was some form of understanding that Hizbollah would not target the UK directly.

Hizbollah was only added to the banned terrorist group list in its entirety in February 2019 – more than three years after the plot was uncovered.

A spokesman for the press department of the Iranian Embassy in London said: « Iran has categorically rejected time and again any type of terrorism and extremism, has been victim of terrorism against its innocent people, and is in the forefront fighting this inhuman phenomenon.

« Any attempt to link Iran to terrorism, by claims from unknown sources, is totally rejected. »

Voir encore:

Comment la République islamique réprime les jeunes Iraniens

Malgré le non-respect que les jeunes citadins affichent pour les mesures islamiques, leurs témoignages révèlent qu’ils ont en partie intériorisé l’image négative que la société leur inflige à cause du rejet de ses normes et valeurs.

Mahnaz Shirali Sociologue politique, directrice d’études à l’ICP et enseignante à Sciences-Po
Huffington Post
03/06/2019

Quarante ans de la République islamique ont profondément désislamisé la population. Plus la politique étrangère de Téhéran isole le pays, plus les Iraniens s’éloignent du régime et de sa religion, et plus ils adoptent la culture occidentale.

Les jeunes Iraniens, qu’ils vivent à Téhéran ou dans les villes de provinces, ressemblent davantage à leurs pairs en Europe ou aux Etats-Unis qu’à leurs parents. Ils écoutent la même musique, s’habillent de la même manière et regardent les mêmes séries que les jeunes Parisiens ou New-Yorkais. Sauf que ces derniers ne connaissent pas le même décalage entre la vie privée et l’espace public et n’ont jamais subi les humiliations que les “agents de mœurs” de la République islamique infligent aux jeunes de leur pays.

L’analyse des témoignages des jeunes des grandes villes iraniennes et l’observation de leurs comportements sur les réseaux sociaux montrent que la politique sociale répressive des ayatollahs a produit des effets inattendus. La nouvelle génération de 15 à 25 ans vit dans le rejet du système de valeurs, promulgué par l’école et les médias de la République islamique. Pendant ces dernières décennies, le décalage entre l’espace public, maîtrisé par les agents de mœurs, et l’espace privé, où presque tout est permis, n’a cessé de progresser.

Pourtant, malgré le non-respect que les jeunes citadins affichent pour les mesures islamiques – vestimentaires, alimentaires, sexuelles, … –, leurs témoignages révèlent qu’en dépit de leur apparence rebelle, ils ont en partie intériorisé l’image négative que la société leur inflige à cause du rejet de ses normes et valeurs.

Cette image devient doublement négative lorsqu’ils se reprochent leur inaction, comme si la capacité d’agir sur leur sort et de faire valoir leurs droits fondamentaux ne dépendait que d’eux et de la volonté individuelle. Les catastrophes naturelles qui dévastent le pays (comme le tremblement de terre, les inondations ou les sècheresses, etc.) et les situations politiques ingérables (comme la menace de guerre, les sanctions économiques, ou certaines décisions politiques jugées inacceptables, etc.) aiguisent leur conscience de l’impuissance et déclenchent chez eux une avalanche de reproches et de haine de soi. Peut-être cette auto culpabilisation relève-t-elle d’un besoin de se sentir responsable, de se procurer une semblable illusion de puissance. Peut-être est-elle un simple mécanisme d’auto-défense. Mais, elle n’en reste pas moins destructrice pour autant, car elle les empêche d’avoir une vision objective de leur situation. Dans un pays où la moindre critique et protestation sont violemment réprimées, et où l’on peut encourir de lourdes peines de prisons pour avoir contesté une décision politique, quelle est la marge de manœuvre des individus?

Quatre décennies de l’atteinte physique, l’atteinte juridique, et l’atteinte à la dignité humaine ont profondément privé les jeunes de reconnaissance sociale et les ont affectés dans le sentiment de leur propre valeur. La non reconnaissance du droit et de l’estime sociale en Iran ont créé des conditions collectives dans lesquelles les jeunes ne peuvent parvenir à une attitude positive envers eux-mêmes. En l’absence de confiance en soi, de respect de soi, et d’estime de soi, nul n’est en mesure de s’identifier à ses fins et à ses désirs en tant qu’être autonome et individualisé. Or, faut-il s’étonner si, aujourd’hui, l’émigration est devenue la seule perspective de l’avenir des jeunes Iraniens?

Voir par ailleurs:

Did Team Obama Warn Iranian Terror Commander about Israeli Assassination Attempt?

Debra Heine
PJ media
January 11, 2018

A Kuwaiti newspaper reported last week that Washington gave Israel the green light to assassinate terror mastermind Qassem Soleimani, commander of Iran’s Quds Force (which has been designated a terrorist organization).

New York Times columnist Bret Stephens pointed out a disturbing detail in the story that has long been rumored but has gone largely unreported in the American press:

Bret Stephens @BretStephensNYT

The story here, Kuwaiti-sourced, is that Obama team tipped Tehran to an Israeli attempt to assassinate Qassem Soleimani, the Iranian general who has the blood of hundreds of American troops in his hand. What says @brhodes? https://www.haaretz.com/israel-news/1.832387 

According to the report, Israel was « on the verge » of assassinating Soleimani three years ago near Damascus, but the Obama administration warned Iranian leadership of the plan, effectively quashing the operation. The incident reportedly « sparked a sharp disagreement between the Israeli and American security and intelligence apparatuses regarding the issue. »

Stephens tagged former Obama deputy national security adviser Ben Rhodes in his tweet, but it was ignored until Obama’s former National Security Council spokesman Tommy Vietor saw it on Wednesday:

Tommy Vietor @TVietor08

Yeah WTF Ben? Immediately confirm or deny this totally unsubstantiated claim and then tell us why you don’t support assassinations.

199

Stephens responded by noting dryly that the Iran Contra scandal started in a similar way, and that the Obama administration certainly had no objection to assassinations when it came to other terrorists:

Vieter, who drove Obama’s press van before he became president, responded thus:

Tommy Vietor  @TVietor08

Yeah @BretStephensNYT taking out Osama bin Laden is the same as assassinating an Iranian political leader. https://twitter.com/bretstephensnyt/status/951216401301299202 …Stephens seemed taken aback:

Stephens seemed taken aback:
Bret Stephens @BretStephensNYT

Seriously, @TVietor08? Suleimani is an “Iranian political leader”? Actually he’s head of the Quds Force, which is a US designated sponsor of terrorism. Suleimani is sanctioned by name. Here, read about it: https://www.treasury.gov/press-center/press-releases/Pages/hp644.aspx  https://twitter.com/tvietor08/status/951219021332074496 

Indeed, as the Washington Times reported in 2015, Shiite militants under Qassem Soleimani’s command are responsible for more than 500 U.S. service member deaths in Iraq between 2005-2011.

The Quds forces, led by Gen. Qassem Soleimani, set up factories to produce the weapon, which unleashes rocket-type projectiles that penetrate American armored vehicles. As head of the Islamic Revolutionary Guard Corps’ Quds Force, Gen. Soleimani is Iran’s top terrorist commander, committed to the downfall of Israel and the United States and the destabilization of governments in the region.

But Vieter wasn’t through digging. His next tweet all but confirmed the story.

Tommy Vietor @TVietor08

We were well aware of the dangers posed by QS and the IRGC. Obama sanctioned them repeatedly, among other deterrents. But an assassination of QS by Israel would be destabilizing to put it mildly.

Ben Rhodes finally weighed in, but it was too late.

Voir de même:

Report: U.S. Gives Israel Green Light to Assassinate Iranian General Soleimani
Al Jarida, a Kuwaiti newspaper which in recent years had broken exclusive stories from Israel, says Israel was ‘on the verge’ of assassinating Soleimani, but the U.S. warned Tehran and thwarted the operation
Haaretz
Jan 01, 2018

Washington gave Israel a green light to assassinate Qassem Soleimani, the commander of the Quds Force, the overseas arm of Iran‘s Revolutionary Guard, Kuwaiti newspaper Al-Jarida reported on Monday.

Al-Jarida, which in recent years had broken exclusive stories from Israel, quoted a source in Jerusalem as saying that « there is an American-Israeli agreement » that Soleimani is a « threat to the two countries’ interests in the region. » It is generally assumed in the Arab world that the paper is used as an Israeli platform for conveying messages to other countries in the Middle East.

The agreement between Israel and the United States, according to the report, comes three years after Washington thwarted an Israeli attempt to kill the general.

The report says Israel was « on the verge » of assassinating Soleimani three years ago, near Damascus, but the United States warned the Iranian leadership of the plan, revealing that Israel was closely tracking the Iranian general.

The incident, the report said, « sparked a sharp disagreement between the Israeli and American security and intelligence apparatuses regarding the issue. »

The Kuwaiti report also identified Iran’s second in command in Syria, known as « Abu Baker, » as Mohammad Reda Falah Zadeh. It said he also « might be a target » for Israel, as well as other actors in the region.

Voir enfin:

Iran appoints fiery general who vows to destroy Israel as new IRGC head
Hossein Salami takes command of hardline military force weeks after US blacklisted it as a terror group; Mohammed Ali Jafari pushed out after over a decade at the helm
The Times of Israel
21 April 2019

Supreme Leader Ayatollah Ali Khamenei, right, arrives at a graduation ceremony of the Revolutionary Guard’s officers, while deputy commander of the Revolutionary Guard, Hossein Salami, second right, former commanders of the Revolutionary Guard Mohsen Rezaei, second left, and Yahya Rahim Safavi salute him, on May 20, 2015, in Tehran, Iran. (Official website of the Office of the Iranian Supreme Leader via AP)

Iran’s Supreme Leader Ayatollah Ali Khamenei shuffled the top ranks of the hard-line Islamic Revolutionary Guards Corps Sunday, appointing the deputy chief of the hardline force as its top leader.

Brig. Gen. Hossein Salami was made commander of the IRGC, replacing Maj. Gen. Mohammed Ali Jafari, who has headed the military force since 2007, according to Iranian media reports.

Salami has frequently vowed to destroy Israel and “break America.” Iran was “planning to break America, Israel, and their partners and allies. Our ground forces should cleanse the planet from the filth of their existence,” Salami said in February. The previous month, he vowed to wipe Israel off the “global political map,” and to unleash an “inferno” on the Jewish state.

Brig. Gen. Hossein Salami, the new head of Iran’s Islamic Revolutionary Guard Corps. (YouTube screen capture)

He also said “Iran has warned the Zionist regime not to play with fire, because they will be destroyed before the US helps them.” Any new war, he said, “will result in Israel’s defeat within three days, in a way that they will not find enough graves to bury their dead.”

The IRGC shakeup comes weeks after the US designated the group a terror organization, the first time it has ever blacklisted an entire military branch under the rule.

Tehran has raged against the move, and responded by labeling the US military a terror group under its own designation. It also rallied around the IRGC, with some lawmakers dressing in the division’s uniforms in parliament in reaction to the designation.

Jafari had called the American move “laughable,” even while warning of a possible retaliation.

The Islamic Revolutionary Guard Corps was formed after the 1979 Islamic Revolution, with a mission to defend the clerical regime, and the force has amassed strong power both at home and abroad.

The Guards’ prized unit is the Quds Force, headed by powerful general Qassem Soleimani, which supports Iran-backed forces around the region, including Syrian President Bashar Assad and Lebanese terrorist group Hezbollah.

It also oversees the country’s ballistic missile program and runs its own intelligence operations.

Jafari was demoted to the post of commander of a cultural and educational division, according to reports.

Agencies contributed to this report.


Arabie saoudite: Cachez cette croix que je ne saurai voir ! (World’s best-kept secret: Guess why you probably never heard of the recent French archeological find confirming the Judeo-Christian origins of Arabic writing in Saudi Arabia 150 years before the rise of Islam ?)

26 avril, 2019
 spread_of_religions600Jesus Palestinianhttps://scontent-cdg2-1.xx.fbcdn.net/v/t1.0-9/58374239_1676880679125217_3985717405736239104_n.png?_nc_cat=106&_nc_ht=scontent-cdg2-1.xx&oh=a77a3a5c8f7978f65b9a00c0de479d0c&oe=5D2EA585Notre-Dame pendant l'incendie du 15 avril 2019
Veiled New Zealand PMMillionaire Srilankan suicide bomber Inshaf Ibrahim with tycoon fatherjohn_paul_ii_kisses_koranQu’on ne se fie à aucun de ses frères; car tout frère cherche à tromper… Jérémie 9: 4
Les ennemis de Juda et de Benjamin apprirent que les fils de la captivité bâtissaient un temple à l’Éternel, le Dieu d’Israël. Ils vinrent auprès de Zorobabel et des chefs de familles, et leur dirent: Nous bâtirons avec vous; car, comme vous, nous invoquons votre Dieu, et nous lui offrons des sacrifices depuis le temps d’Ésar Haddon, roi d’Assyrie, qui nous a fait monter ici. Mais Zorobabel, Josué, et les autres chefs des familles d’Israël, leur répondirent: Ce n’est pas à vous et à nous de bâtir la maison de notre Dieu; nous la bâtirons nous seuls à l’Éternel, le Dieu d’Israël, comme nous l’a ordonné le roi Cyrus, roi de Perse. Alors les gens du pays découragèrent le peuple de Juda; ils l’intimidèrent pour l’empêcher de bâtir, et ils gagnèrent à prix d’argent des conseillers pour faire échouer son entreprise. Il en fut ainsi pendant toute la vie de Cyrus, roi de Perse, et jusqu’au règne de Darius, roi de Perse. Sous le règne d’Assuérus, au commencement de son règne, ils écrivirent une accusation contre les habitants de Juda et de Jérusalem. Et du temps d’Artaxerxès, Bischlam, Mithredath, Thabeel, et le reste de leurs collègues, écrivirent à Artaxerxès, roi de Perse. Esdras 4: 1-15
Nul ami tel qu’un frère ; nul ennemi comme un frère. Proverbe indien
Nous avons tendance à penser naïvement les rapports fraternels comme une affectueuse complicité. Mais les exemples mythologiques, littéraires et historiques dessinent une autre réalité et donnent d’innombrables exemples de conflits violents. Nous citions Caïn et Abel ou Jacob et Esaü mais il y a aussi Romus et Romulus, Etéocle et Polynice, Richard Cœur de lion et Jean sans terre.…  Même quand ils ne sont pas des jumeaux, les frères ont de nombreux attributs en commun qui les confondent : ils ont le même père, la même mère, le même sexe, la même position relative dans la société. Cette proximité et cette parenté les rendent ennemis, concurrents. René Girard
C’était une cité fortement convoitée par les ennemis de la foi et c’est pourquoi, par une sorte de syndrome mimétique, elle devint chère également au cœur des Musulmans. Emmanuel Sivan
Le point intéressant est l’attitude des Palestiniens. Il me semble que ceux-ci sont attirés par deux attitudes extrêmes: l’une est la négation pure et simple de la Shoah, dont il y a divers exemples dans la littérature palestinienne ; l’autre est l’identification de leur propre destin à celui du peuple juif. Tout le monde a pu remarquer, par exemple, que la Déclaration d’indépendance des Palestiniens en novembre 1988 était calquée sur la Déclaration d’indépendance d’Israël en 1948. C’est dans cet esprit qu’il arrive aux dirigeants palestiniens de dire que la Shoah, ils savent ce que c’est, puisque c’est ce qu’ils subissent au quotidien. J’ai entendu M. Arafat dire cela, en 1989, à un groupe d’intellectuels, dont je faisais partie. Pierre Vidal-Naquet
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme. Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxismeRené Girard
Après ces choses, Dieu mit Abraham à l’épreuve, et lui dit: Abraham! Et il répondit: Me voici! Dieu dit: Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac; va-t’en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je te dirai. Genèse 22 :1-2
Nous lui fîmes donc la bonne annonce d’un garçon (Ismaïl) longanime. Puis quand celui-ci fut en âge de l’accompagner, [Abraham] dit: ‹Ô mon fils, je me vois en songe en train de t’immoler. Vois donc ce que tu en penses›. (Ismaël) dit: ‹Ô mon cher père, fais ce qui t’es commandé: tu me trouveras, s’il plaît à Allah, du nombre des endurants› (…) Nous lui fîmes la bonne annonce d’Isaac comme prophète d’entre les gens vertueux. Le Coran, 37, 101-102 & 112
Le Coran partage avec les apocryphes chrétiens de nombreuses scènes de vie de Marie et d’enfance de Jésus : la consécration de Marie dans la Sourate III, La famille de ‘Îmran, 31 et le Proto-évangile de Jacques, la vie de Marie au Temple dans la Sourate III, La famille de ‘Îmran, 32 et la Sourate XIX, Marie, 16 et le Proto-évangile de Jacques, le tirage au sort pour la prise en charge de Marie dans la Sourate III, La famille de ‘Imran, 39 et le Proto-évangile de Jacques, la station sous un palmier dans la Sourate XIX, Marie, 23 et l’Évangile du pseudo-Matthieu, Jésus parle au berceau dans la Sourate III, La famille de ‘Imran, 41 et la Sourate XIX, Marie, 30 et l’Évangile arabe de l’enfance, Jésus anime des oiseaux en argile dans la Sourate III, La famille de ‘Imran, 43 et la Sourate V, La Table, 110 et l’Évangile de l’enfance selon Thomas… Wikipedia
La condition préalable à tout dialogue est que chacun soit honnête avec sa tradition. (…) les chrétiens ont repris tel quel le corpus de la Bible hébraïque. Saint Paul parle de ” greffe” du christianisme sur le judaïsme, ce qui est une façon de ne pas nier celui-ci . (…) Dans l’islam, le corpus biblique est, au contraire, totalement remanié pour lui faire dire tout autre chose que son sens initial (…) La récupération sous forme de torsion ne respecte pas le texte originel sur lequel, malgré tout, le Coran s’appuie. René Girard
Dans la foi musulmane, il y a un aspect simple, brut, pratique qui a facilité sa diffusion et transformé la vie d’un grand nombre de peuples à l’état tribal en les ouvrant au monothéisme juif modifié par le christianisme. Mais il lui manque l’essentiel du christianisme : la croix. Comme le christianisme, l’islam réhabilite la victime innocente, mais il le fait de manière guerrière. La croix, c’est le contraire, c’est la fin des mythes violents et archaïques. René Girard
Le christianisme (…) nous a fait passer de l’archaïsme à la modernité, en nous aidant à canaliser la violence autrement que par la mort.(…) En faisant d’un supplicié son Dieu, le christianisme va dénoncer le caractère inacceptable du sacrifice. Le Christ, fils de Dieu, innocent par essence, n’a-t-il pas dit – avec les prophètes juifs : « Je veux la miséricorde et non le sacrifice » ? En échange, il a promis le royaume de Dieu qui doit inaugurer l’ère de la réconciliation et la fin de la violence. La Passion inaugure ainsi un ordre inédit qui fonde les droits de l’homme, absolument inaliénables. (…) l’islam (…) ne supporte pas l’idée d’un Dieu crucifié, et donc le sacrifice ultime. Il prône la violence au nom de la guerre sainte et certains de ses fidèles recherchent le martyre en son nom. Archaïque ? Peut-être, mais l’est-il plus que notre société moderne hostile aux rites et de plus en plus soumise à la violence ? Jésus a-t-il échoué ? L’humanité a conservé de nombreux mécanismes sacrificiels. Il lui faut toujours tuer pour fonder, détruire pour créer, ce qui explique pour une part les génocides, les goulags et les holocaustes, le recours à l’arme nucléaire, et aujourd’hui le terrorisme. René Girard
Pour accepter l’islam, l’Europe a forgé le mythe de l’Andalousie tolérante qui aurait constitué un âge d’or pour les trois religions. Tout ce qui concerne les combats, le statut humiliant du non musulman a été soigneusement gommé. Il s’agit d’une véritable falsification de l’histoire réelle. Anne-Marie Delcambre
Je n’aime pas parler de violence islamique : si je parlais de violence islamique, je devrais également parler de violence catholique. Tous les musulmans ne sont pas violents ; tous les catholiques ne sont pas violents. Je crois que dans presque toutes les religions, il y a toujours un petit groupe fondamentaliste. Mais on ne peut pas dire — je crois que cela n’est pas vrai et que ce n’est pas juste — que l’islam est terroriste. Pape François
Je ne crois pas qu’il y ait aujourd’hui une peur de l’islam, en tant que tel, mais de Daech et de sa guerre de conquête, tirée en partie de l’islam. L’idée de conquête est inhérente à l’âme de l’islam, il est vrai. Mais on pourrait interpréter, avec la même idée de conquête, la fin de l’Évangile de Matthieu, où Jésus envoie ses disciples dans toutes les nations. (…) Devant l’actuel terrorisme islamiste, il conviendrait de s’interroger sur la manière dont a été exporté un modèle de démocratie trop occidentale dans des pays où il y avait un pouvoir fort, comme en Irak. Ou en Libye, à la structure tribale. On ne peut avancer sans tenir compte de cette culture.  (…) Sur le fond, la coexistence entre chrétiens et musulmans est possible. Je viens d’un pays où ils cohabitent en bonne familiarité. (…) En Centrafrique, avant la guerre, chrétiens et musulmans vivaient ensemble et doivent le réapprendre aujourd’hui. Le Liban aussi montre que c’est possible. Pape François
Un passage des propos du pape François attire l’œil: «L’idée de conquête est inhérente à l’âme de l’islam, il est vrai. Mais on pourrait interpréter avec la même idée de conquête la fin de l’Évangile de Matthieu, où Jésus envoie ses disciples dans toutes les nations». Voici le passage évoqué: «Allez donc, faites des disciples (“mathèteuein”, en grec) de toutes les nations, baptisant les gens (…), leur enseignant (“didaskein”) à observer tout ce que je vous ai commandé (Matthieu, 28, 19)». On peut appeler «conquête» la tâche de prêcher, d’enseigner et de baptiser. Il s’agit bien d’une mission universelle, proposant la foi à tout homme, à la différence de religions nationales comme le shintô. Le christianisme ressemble par là à l’islam, dont le prophète a été envoyé «aux rouges comme aux noirs». Mais son but est la conversion des cœurs, par enseignement, non la prise du pouvoir. Les tentatives d’imposer la foi par la force, comme Charlemagne avec les Saxons, sont de monstrueuses perversions, moins interprétation que pur et simple contresens. Le Coran ne contient pas d’équivalent de l’envoi en mission des disciples. Il se peut que les exhortations à tuer qu’on y lit n’aient qu’une portée circonstancielle, et l’on ignore les causes de l’expansion arabe du VIIe siècle. Reste que le mot de conquête n’est plus alors une métaphore et prend un sens plus concret, carrément militaire. Les deux recueils les plus autorisés (sahīh) attribuent à Mahomet cette déclaration (hadith), constamment citée depuis: «J’ai reçu l’ordre de combattre (qātala) les gens (nās) jusqu’à ce qu’ils attestent “Il n’y a de dieu qu’Allah et Muhammad est l’envoyé d’Allah”, accomplissent la prière et versent l’aumône (zakāt). S’ils le font, leur sang et leurs biens sont à l’abri de moi, sauf selon le droit de l’islam (bi-haqqi ‘l-islām), et leur compte revient à Allah (hisābu-hum ‘alā ‘Llah) (Bukhari, Foi, 17 (25) ; Muslim, Foi, 8, [124] 32-[129] 36)». J’ai reproduit l’arabe de passages obscurs. Pour le dernier, la récente traduction de Harkat Ahmed explique: «Quant à leur for intérieur, leur compte n’incombera qu’à Dieu (p. 62)» Indication précieuse: il s’agit d’obtenir la confession verbale, les gestes de la prière et le versement de l’impôt. Non pas une conversion des cœurs, mais une soumission, sens du mot «islam» dans bien des récits sur la vie de Mahomet. L’adhésion sincère pourra et devra venir, mais elle n’est pas première. Nul ne peut la forcer, car «il n’y a pas de contrainte en religion (Coran, II, 256)». Elle viendra quand la loi islamique sera en vigueur. Il sera alors dans l’intérêt des conquis de passer à la religion des conquérants. On voit que le mot «conquête» a un tout autre sens que pour le verset de Matthieu. Pourquoi insister sur ces différences? Un vaste examen de conscience est à l’œuvre chez bien des musulmans, en réaction aux horreurs de l’État islamique. Ce n’est pas en entretenant la confusion intellectuelle qu’on les aidera à se mettre au clair sur les sources textuelles et les origines historiques de leur religion. Rémi Brague
Les Chrétiens et les juifs parlent d’un livre «inspiré» par Dieu mais nullement une œuvre de Dieu. Pour les musulmans, le Coran est un «miracle» qui «éblouit le monde», c’est-à-dire une œuvre purement divine, incréée et présente depuis l’éternité. Il est donc par définition infaillible. Il n’a pas à être interprété ou analysé, la Parole de Dieu ne peut l’être, elle ne peut qu’être suivie. (…) Du point de vue coranique, un terroriste musulman n’est pas en contradiction avec les préceptes du Coran et reste donc un bon musulman. D’ailleurs les fatwas touchent des démocrates et tout à fait exceptionnellement des terroristes musulmans, il a fallu attendre jusqu’à mars 2005 pour qu’une fatwa soit lancée contre Oussama Ben Laden, émanant de la commission islamique d’Espagne. Louis Chagnon
C’est une religion aux préceptes assez simples et convaincants. Un seul Dieu, qui ordonne toute chose dans le monde… Pour adhérer à l’islam, il suffit de prononcer une formule : « J’atteste qu’il n’y a de divinité que Dieu et que Mahomet est son prophète. » Avec cela, vous êtes musulman. Il est de coutume de circoncire les nouveaux fidèles. Mais ce n’est pas obligatoire. Si les soldats de Napoléon ne se sont pas convertis à l’islam, c’est que les savants musulmans, en fait très ennuyés par la perspective d’une conversion aussi massive, ont imposé deux conditions : la circoncision et l’interdiction de boire du vin. Cette dernière était inacceptable. Et voilà pourquoi les Français sont chrétiens et pas musulmans.  Maxime Rodinson
D’après les théologiens musulmans, le Coran vient directement d’Allah, il n’a pas changé d’une seule lettre depuis qu’il a été mis par écrit, et sa langue est si somptueusement poétique qu’elle est inimitable par aucun humain. Mohammed l’a récité alors qu’il était analphabète. Avant que le monde ne soit créé, le Coran était déjà présent, ce que la théologie musulmane exprime en disant que le Coran est incréé. Le Coran est en arabe depuis avant la fondation du monde parce qu’Allah parle arabe avec les anges. (…) L’alphabet arabe ne comportait à l’époque de Mohammed que trois voyelles longues : a, i, u, et ne faisait pas la différence entre certaines consonnes. Cette écriture, nommée scriptio defectiva, est indéchiffrable, et ne peut servir que d’aide mémoire à ceux qui connaissent déjà le texte. (…) C’est vers 650, que des collectes ont été faites pour constituer le Coran. Le Coran a donc été primitivement écrit en scriptio defectiva. Vers 850, deux siècles après les collectes, des grammairiens perses qui ignoraient la culture arabe ont fait des conjectures pour passer en scriptio plena, afin de rendre le Coran compréhensible. Cela n’a pas suffi. Il a fallu y ajouter d’autres conjectures sur le sens des passages obscurs, qui concernent environ 30% du Coran. L’édition actuelle du Coran est celle du Caire, faite en 1926. Il a donc fallu 1 300 ans pour la mettre au point. C’est une traduction en arabe classique d’un texte qui est incompréhensible sous sa forme originale. (…) À l’époque de Mohammed, l’arabe n’était pas une langue de culture, ni une langue internationale. Depuis plus de mille ans, dans tout le Proche Orient, la langue de culture était l’araméen. Les lettrés arabes, peu nombreux, parlaient en arabe et écrivaient en araméen. La situation était comparable à celle de l’Europe de la même époque, où les lettrés parlaient dans leur langue locale et écrivaient en latin. Les difficultés du Coran s’éclairent si on cherche le sens à partir de l’araméen. Le Coran n’est pas écrit en arabe pur, mais en un arabe aussi chargé d’araméen que, par exemple, l’allemand est chargé de latin. André Frament
D’après la théologie musulmane, Mohammed, venant à la suite d’une longue suite de prophètes, n’aurait fait qu’un « rappel », rendu nécessaire parce que les hommes oublient. On peut donc penser que des révélations faites aux prophètes prédécesseurs de Mohammed ont du laisser des traces. D’autre part, des historiens pensent que les nouveaux systèmes d’idées se développent à partir d’ébauches antécédentes. Quelle que soit l’hypothèse choisie, il a dû exister une sorte de pré-islam qu’il est intéressant de rechercher. (…) De fait,certaines idées présentes dans l’islam d’aujourd’hui sont également présentes dans les sectes millénaristes et messianiques du Proche Orient, aux premier et deuxième siècles de notre ère. Voir comment ces idées ont cheminé dans cette région du monde a donné un éclairage supplémentaire. Dans le Coran, Myriam, sœur d’Aaron, et Marie, mère du Christ, est une seule et même personne, alors que 1.200 ans les séparent. La Trinité, formée pour les chrétiens du Père, du Christ et du Saint-Esprit, est déclarée dans le Coran formée, du Père, du Christ, et de Marie. Ces éléments, et d’autres de la sorte, font penser que le Coran est formé de plusieurs traditions différentes, comme on peut l’observer pour d’autres livres anciens. (…) Les messianismes juifs se sont formés en trois siècles, de 180 avant notre ère à 150 après. Leur théologie présente cinq idées centrales qui, durent encore de nos jours: · La première est celle d’une guerre menée pour des raisons théologiques. · La seconde est celle d’émigration : les Justes devaient d’abord aller au désert, reproduisant l’Exode de Moïse au Néguev-Sinaï. · La troisième idée était la conquête de Jérusalem. · La quatrième était la libération complète de la Palestine juive. · La cinquième était la conquête du monde entier. Alors que les quatre premières étaient tout à fait générales dans les mouvements messianiques juifs, la dernière n’était acceptée que par une partie des adeptes. Les deux premières idées sont proches de celles de l’islam, et la cinquième reste un rêve que les musulmans ont poursuivi pendant quatorze siècles. (…) Les nazaréens pratiquaient la circoncision, la polygamie limitée à 4 épouses, décrivaient un paradis où les élus trouveraient des aliments délicieux, des boissons agréables et des femmes. Toutes ces idées sont présentes dans l’islam. De plus, un grand nombre de thèses, de conceptions, de dogmes nazaréens se retrouvent à l’identique dans l’islam d’aujourd’hui : ‘Îsâ, le nom de Jésus, le statut du Christ, les récits de l’enfance de Marie, la confusion entre Marie et Myriam, le statut des femmes, la Trinité formée du Père, du Christ et de Marie, la conception du paradis, le vin, interdit sur terre mais présent en fleuves entiers au paradis… (…) Le mot musulman apparaît pour la première fois sur le Dôme du roc, en 691, il entre dans l’usage officiel vers 720, il est utilisé sur une monnaie pour la première fois en 768, et sur papyrus en 775 seulement. La recherche linguistique montre que les mots islam et musulman ne viennent pas de l’arabe, mais de l’araméen, la langue des nazaréens. (…) Le nom de Médine, d’après les documents musulmans, viendrait de madina ar-rasul Allah, la ville du messager d’Allah. Cette étymologie en langue arabe est proposée par l’islam plus de 200 ans après les faits. Or, à l’époque, madina ne signifiait pas ville, mais région. Ville se disait qura. Des textes datant de 30 ans après les faits indiquent une autre étymologie, à partir de l’araméen, impliquant les nazaréens. (…) Il est très douteux que les Arabes du VIIe siècle soient des polythéistes étrangers aux traditions biblique ou chrétienne. Par leur commerce, ils sont, en effet, depuis plus de six siècles en contact avec des juifs et depuis six siècles en contact avec des chrétiens. Ils ne pouvaient pas ignorer la révélation judéo-chrétienne. André Frament
La question de l’Hégire permet d’entrevoir immédiatement ce qui s’est passé. L’Hégire ou Émigration à l’oasis de Yathrib situé en plein désert est un événement très significatif de la vie du Mahomet historique. On sait que, très rapidement, cette année-là – 622 semble-t-il – a été tenue pour l’an 1 du calendrier du groupe formé autour de Mahomet (ou plutôt du groupe dont il était lui-même un membre). Or, la fondation d’un nouveau calendrier absolu ne s’explique jamais que par la conscience de commencer une Ère Nouvelle, et cela dans le cadre d’une vision de l’Histoire. Quelle ère nouvelle ? D’après les explications musulmanes actuelles, cette année 1 se fonderait sur une défaite et une fuite de Mahomet, parti se réfugier loin de La Mecque. Mais comment une fuite peut-elle être sacralisée jusqu’à devenir la base de tout un édifice chronologique et religieux ? Cela n’a pas de sens. Si Mahomet est bien arrivé à Yathrib – qui sera renommé plus tard Médine – en 622, ce ne fut pas seulement avec une partie de la tribu des Qoréchites, mais avec ceux pour qui le repli au désert rappelait justement un glorieux passé et surtout la figure de la promesse divine. Alors, le puzzle des données apparemment incohérentes prend forme, ainsi que Michaël Cook et d’autres l’on entrevu. Le désert est le lieu où Dieu forme le peuple qui doit aller libérer la terre, au sens de ce verset : « Ô mon peuple, entrez dans la terre que Dieu vous a destinée » (Coran V, 21). Nous sommes ici dans la vision de l’histoire dont le modèle de base est constitué par le récit biblique de l’Exode, lorsque le petit reste d’Israël préparé par Dieu au désert est appelé à conquérir la terre, c’est-à-dire la Palestine selon la vision biblique. Telle est la vision qu’avaient ceux qui accompagnaient et en fait qui dirigeaient Mahomet et les autres Arabes vers Yathrib en 622. Et voilà pourquoi une année 1 y est décrétée : le salut est en marche. Dans l’oasis de Yathrib d’ailleurs, la plupart des sédentaires sont des « juifs » aux dires mêmes des traditions islamiques. Et pourtant les traditions rabbiniques ne les ont jamais reconnus comme des leurs : ces « juifs » et ceux qui y conduisirent leurs amis arabes sont en réalité ces “judéochrétiens” hérétiques, qui vous évoquiez à l’instant. Ils appartenaient à la secte de « nazaréens » dont on a déjà parlé à propos de la sourate 5, verset 82. E.-M. Gallez
C’est à la suite de la destruction du Temple de 70 que l’idéologie judéo-nazaréenne se structura en vision cohérente du Monde et de l’Histoire, construite sous l’angle de l’affrontement des « bons » et des « méchants », les premiers devant être les instruments de la libération de la Terre. Le recoupement des données indique que c’est en Syrie, chez les judéo-chrétiens qui refusèrent de rentrer en Judée après 70 et réinterprétèrent leur foi, que cette idéologie de salut – la première de l’Histoire – s’est explicitée. (…) Pour en revenir à l’attente judéonazaréenne du Messie-Jésus, je ne vous apprendrai rien en disant qu’il n’est pas redescendu du Ciel en 638. En 639 non plus. En 640, l’espérance de le voir redescendre du Ciel apparut clairement être une chimère. C’est la crise. (…) Il est invraisemblable que Mahomet ait massacré des juifs rabbanites (orthodoxes ndlr), dont les judéo-nazaréens aussi bien que leurs alliés Arabes avaient besoin de la neutralité, au moins. Mais après 640, on imagine aisément que Umar puis son successeur Uthman aient voulu se défaire d’alliés devenus encombrants. Ironie de l’histoire : les « fils d’Israël » – au moins leurs chefs – sont massacrés par ceux qu’ils avaient eux-mêmes convaincus d’être les « fils d’Ismaël » ! En fait, le problème se posait aux Arabes de justifier d’une manière nouvelle le pouvoir qu’ils avaient pris sur le Proche-Orient. C’est dans ce cadre qu’apparut la nécessité d’avoir un livre propre à eux, opposable à la Bible des juifs et des chrétiens, et qui consacrerait la domination arabe sur le monde… et qui contribuerait à occulter le passé judéo-nazaréen. EM Gellez
Le Calife basé à l’oasis de Médine ne disposait, en fait de « textes » en arabe, que des papiers que les judéo-nazaréens y avaient laissés. Même si l’on y ajoute les textes plus anciens laissés en Syrie, cela ne fait pas encore un choix énorme. Et il fallait choisir, dans la hâte, des textes répondant aux attentes des nouveaux maîtres du Proche-Orient ! Autant dire que, quel qu’il fût, le résultat du choix ne pouvait guère être satisfaisant, même si on choisissait les textes présentant le moins d’allusions au passé judéonazaréen. C’est ainsi que les traditions musulmanes ont gardé le souvenir de « collectes » ou assemblages du Coran divergents entre eux et concurrents – parce qu’ils fournirent évidemment à des ambitieux l’occasion de se pousser au pouvoir. Umar fut assassiné. Son successeur également, et il s’ensuivit une véritable guerre intra-musulmane, aboutissant au schisme entre « chiites » et « sunnites ». Quant aux textes assemblés dans ce qu’on nomma le « Coran », ils continuèrent d’être adaptés à ce qu’on attendait d’eux, dans une suite de fuites en avant : apporter des modifications à un texte, c’est souvent se condamner à introduire de nouvelles pour pallier les difficultés ou les incohérences induites par les premières, etc. Un texte ne se laisse pas si facilement manipuler. Surtout qu’il faut chaque fois rappeler les exemplaires en circulation,les détruire et les remplacer par des nouveaux – ce dont les traditions musulmanes ont gardé le souvenir et situent jusqu’à l’époque du gouverneur Hajjaj, au début du VIIIe siècle encore ! Quand il devint trop tard pour le modifier encore en ses consonnes, sa voyellisation puis son interprétation furent à leur tour l’objet d’élaborations (parfois assez savantes). Ainsi, à force d’être manipulé, le texte coranique devint de plus en plus obscur, ce qu’il est aujourd’hui. Mais il était tout à fait clair en ces divers feuillets primitifs c’est-à-dire avant que ceux-ci aient été choisis pour constituer un recueil de 114 parties – le même nombre que de logia de l’évangile de Thomas, nombre lié aux besoins liturgiques selon Pierre Perrier. EM Gellez
Du fait de l’hyperspécialisation, très peu d’islamologues s’étaient intéressés aux textes de la mer Morte qui, particulièrement dans leur version la plus récente, reflètent une parenté avec le texte coranique ; et, en sens inverse, tout aussi peu de qoumranologues, d’exégètes ou de patrologues avaient porté de l’intérêt au Coran et à l’Islam. Or ces deux côtés de la recherche s’éclairent mutuellement, ils constituent en quelque sorte le terminus a quo et le terminus ad quem de celle-ci, renvoyant à une même mouvance religieuse : celle que des ex-judéo-chrétiens ont structurée vers la fin du Ier siècle. On la connaît surtout sous la qualification de “nazaréenne” ; les membres de cette secte apocalyptico-messianiste avaient en effet gardé l’appellation de nazaréens que les premiers judéo-chrétiens avaient portée (durant très peu d’années) avant de s’appeler précisément chrétiens d’après le terme de Messie (c’est-à-dire christianoï ou Mesihayé). Il s’agit évidemment des naçârâ du texte coranique selon le sens qu’y avait encore ce mot avant le VIIIe siècle et selon le sens qu’indiquent certains traducteurs à propos de passages où l’actuelle signification de chrétiens ne convient visiblement pas ; au reste, à propos de ces nazaréens, même certains sites musulmans libéraux en viennent aujourd’hui à se demander si leur doctrine n’était pas celle de Mahomet. À la suite de Ray A. Pritz, l’auteur préconise l’appellation de judéo-nazaréens pour éviter toute ambiguïté ; l’avantage est également de rappeler l’origine judéenne (ainsi qu’un lien primitif avec la communauté de Jacques de Jérusalem, selon les témoignages patristiques). Signalons en passant que l’auteur établit un parallélisme avec une autre mouvance qui prend sa source dans les mêmes années, le gnosticisme ; ceci offre un certain intérêt car les deux mouvances partent dans des directions qu’il présente comme radicalement opposées. L’apparition de l’islam tel qu’il se présente aujourd’hui s’explique de manière tout à fait cohérente dans le cadre de cette synthèse. À la suite de la rupture bien compréhensible avec les judéonazaréens, les nouveaux maîtres arabes du Proche-Orient ont été obligés d’inventer des références exclusivement arabes pour justifier leur pouvoir, explique l’auteur. Ceci rend compte en particulier d’une difficulté à laquelle tout islamologue est confronté, à savoir la question du polythéisme mecquois. Comment les Mecquois pouvaient-ils être convaincus par une Révélation qui leur aurait été impossible à comprendre ? Le détail du texte coranique ne s’accorde pas avec un tel présupposé. À supposer justement que Mahomet ait vécu à La Mecque avant que l’Hégire le conduise à Yathrib-Médine (en 622) : la convergence de nombreuses études, généralement récentes, oriente dans une autre direction. Le travail de recoupement et de recherche effectué par l’auteur débouche sur un tableau d’ensemble ; celui-ci fait saisir pourquoi la biographie du Prophète de l’Islam, telle qu’elle s’est élaborée et imposée deux siècles après sa mort, présente le contenu que nous lui connaissons. M.-Th. Urvoy
Christoph Luxenberg considère (…) que des pans entiers du Coran mecquois seraient un palimpseste d’hymnes chrétiennes. Avant lui, Günter Lüling avait tenté d’établir qu’une partie du Coran provenait d’hymnes chrétiennes répondant à une christologie angélique. Cela me paraît trop automatique et trop rapide. En revanche, Christoph Luxenberg m’a convaincu sur l’influence syriaque dans plusieurs passages du Coran, notamment dans la sourate 100 dans laquelle il voit une réécriture de la première épître de saint Pierre (5,8-9). On reconnaît dans le Coran des traces évidentes de syriaque. À commencer par le mot Qur’an qui, en syriaque, signifie «recueil» ou «lectionnaire». Cette influence me semble fondamentale. D’autre part, Angelika Neuwirth [NDLR spécialiste du Coran, université de Berlin] a bien souligné la forme liturgique du Coran. Et des chercheurs allemands juifs ont noté une ressemblance forte entre le Coran mecquois et les psaumes bibliques. Serait-il un lectionnaire, ou contiendrait-il les éléments d’un lectionnaire? Je suis enclin à le penser. Sans l’influence syriaque comment comprendre que le Coran ait pu reprendre le thème des sept dormants d’Éphèse qui sont d’origine chrétienne? De plus, la christologie du Coran est influencée par le Diatessaron de Tatien et par certains évangiles apocryphes. On peut penser que le groupe dans lequel le Coran primitif a vu le jour était l’un des rejetons de groupes judéo-chrétiens attachés à une christologie pré-nicéenne, avec aussi quelques accents manichéens. Claude Gilliot
Il est vrai que le mouvement national arabe n’a aucun contenu positif. Les dirigeants du mouvement sont tout à fait indifférents au bien-être de la population et à la fourniture de leurs besoins essentiels. Ils n’aident pas  le fellah ; au contraire, les dirigeants sucent son sang et l’exploitent la prise de conscience populaire pour en tirer un avantage. Mais nous faisons une erreur si nous mesurons les arabes [palestiniens] et leur mouvement à l’aune de nos normes. Chaque peuple est digne de son mouvement national. La caractéristique évidente d’un mouvement politique, c’est qu’il sait mobiliser les masses. Il n’y a aucun doute que nous sommes confrontés à un mouvement politique, et nous ne devrions pas sous-estimer ce potentiel. (…) Un mouvement national mobilise les masses, et c’est la chose principale. Les Arabes [palestiniens] ne sont pas un parti de renouveau et leur valeur morale est douteuse. Mais dans un sens politique, c’est un mouvement national. David Ben Gourion (premier Premier ministre israélien)
La grande majorité des fellahs ne tirent pas leur origine des envahisseurs arabes, mais d’avant cela, des fellahs juifs qui étaient la majorité constitutive du pays. Yitzhak Ben Zvi (second président de l’Etat d’Israël, 1929)
La grande majorité et les principales structures de la Falahin musulmane dans l’Ouest Eretz Israël nous présentent un brin racial et une unité d’ensemble ethnique, et il n’y a aucun doute que beaucoup de sang juif coule dans leurs veines, le sang de ces agriculteurs Juifs, « profanes »,  qui pris dans la folie de l’époque ont choisi d’abandonner leur foi afin de rester sur leurs terres. David Ben Gourion et Ytzhak Ben Zvi
Une très vaste étude anthropologique, diverses études génétiques, une recherche démographique historique et une enquête historique et géographique (…) renforcent une œuvre antérieure de David Ben-Gurion (le premier premier ministre d’Israël) et d’autres, dans leurs conclusions très surprenantes : une vaste majorité de Palestiniens (80-90 %) sont les descendants du peuple d’Israël qui sont restés dans le pays après la destruction du Second Temple juif. Les ancêtres de la plupart des Palestiniens ont été contraints de se convertir à l’Islam. L’Engagement
Oui, ils sont tous d’ascendance juive. Et comme ils n’avaient pas le choix, ils se sont convertis à l’Islam. Vous savez, cela date de plusieurs siècles; ce n’est pas récent, c’est rien de nouveau. Par exemple, nous n’allumions pas de feu le jour du Sabbat. Ma mère et ma grand-mère, je me rappelle, quand j’étais enfant. Elles avaient un bain spécial (mikveh). Bédouin
Cela semble très certainement surréaliste, parce qu’extrêmement révolutionnaire de dire aux gens que leurs pires ennemis sont actuellement leurs frères. Donc, il n’y a pas le choix. Ce travail surréaliste doit être fait tout comme le sionisme qui paraissait à ses débuts surréaliste. Tsvi Misinai
Il devient clair qu’une part significative des Arabes en Israël sont actuellement descendants des juifs qui ont été forcés de se convertir à l’Islam au fil des siècles. Il y a des études qui indiquent que 85% de ce groupe sont d’origine juive. Certains prétendent que ce pourcentage est moins élevé. Rabbin Dov Stein (Secrétaire du nouveau Sanhédrin)
Quand un Empire conquiert un pays, il exile l’élite et laisse les classes populaires et c’est ce qui est arrivé après la destruction du Premier comme du Second Temple. Ben Gurion disait avec le zèle qu’on lui connait: beaucoup de sang juif coule dans les veines de ces fermiers. Ils aimaient tant Israël qu’ils ont abandonné leur religion mais seulement parce qu’il leur fallut choisir entre la religion et la terre et ils firent le choix de la terre. Elon Jarden (bibliste israélien)
Nous avons constaté que bien que les Juifs ont été dispersés partout dans le monde pendant deux mille ans, ils ont maintenu toujours continuité génétique au cours des âges. Et une autre chose qui nous a surpris aussi était la proximité élevée des Arabes vivant dans les terres — les Palestiniens. (…) Le même chromosome peut apparaître dans les Juifs ashkénazes et les Palestiniens. (…) Il est clair que nous sommes tous de la même famille, mais malheureusement, les familles ont aussi leurs conflits; ce n’est pas rare que des frères et soeurs se battent entre eux. Professeur Ariella Oppenheim (Université hébraïque)
Souvenons-nous que les tribus d’Arabie étaient chrétiennes. Les meilleurs poètes et écrivains étaient chrétiens, tout comme nombre de guerriers et de philosophes (…) Ce sont eux qui portaient la bannière du panarabisme. La première université palestinienne a été créée par des chrétiens. Abd Al-Nasser Al-Najjar (Al-Ayyam)
La paix véritable, globale et durable viendra le jour où les voisins d’Israël reconnaîtront que le peuple juif se trouve sur cette terre de droit, et non de facto. (…) Tout lie Israël à cette région: la géographie, l’histoire, la culture mais aussi la religion et la langue. La religion juive est la référence théologique première et le fondement même de l’islam et de la chrétienté orientale. L’hébreu et l’arabe sont aussi proches que le sont en Europe deux langues d’origine latine. L’apport de la civilisation hébraïque sur les peuples de cette région est indéniable. Prétendre que ce pays est occidental équivaut à délégitimer son existence; le salut d’Israël ne peut venir de son déracinement. Le Moyen-Orient est le seul « club » régional auquel l’Etat hébreu est susceptible d’adhérer. Soutenir cette adhésion revient à se rapprocher des éléments les plus modérés parmi son voisinage arabe, et en premier lieu: des minorités. Rejeter cette option, c’est s’isoler et disparaître. Israël n’a pas le choix. Masri Feki
Si l’intervention militaire en Irak et le renversement du régime chauviniste de Saddam Hussein a apporté un quelconque résultat positif, hormis le déclenchement timide d’un processus politique démocratique, c’est sans doute le dévoilement de la grande diversité confessionnelle, ethnique et culturelle du Moyen-Orient qui demeure une réalité résiliente. (…) En réalité, les Egyptiens ne sont pas plus Arabes que ne sont Espagnols les Mexicains et les Péruviens. Ce qui fonde la nation, c’est la référence à une entité géographique, le partage de mêmes valeurs, une communauté de convenances politiques, d’idées, d’intérêts, d’affections, de souvenirs et de rêves communs. A contre-courant de toutes les expériences nationalistes venant couronner des faits nationaux, objectifs et observables, le nationalisme panarabe est plus le créateur que la création de la nation arabe. Sa conception arbitraire de la nation qui veut que l’on soit Arabe malgré soi, pour la simple raison que l’on fait usage de la langue arabe met à l’écart d’importants récits historiques et de légitimes revendications nationales. Masri Feki
Comme le génocide des Arméniens qui l’a précédé et le génocide des Cambodgiens qui lui a succédé, et comme tant d’autres persécutions de tant d’autres peuples, les leçons de l’Holocauste ne doivent jamais être oubliées. Ronald Reagan (22 avril 1981)
Aujourd’hui, je devrais le nommer « génocide arménien » ». « Je crois que nous – le gouvernement des Etats-Unis – devons à nos concitoyens une discussion honnête et sans détours sur ce problème. Je vous le dis en tant que personne qui a étudié le sujet – je n’ai aucun doute sur ce qui est arrivé. » « Je crois qu’il est malvenu pour nous, les Américains, de jouer avec les mots dans ce cas « . « Je crois qu’il nous faut dire les choses telles qu’elles sont. John Evans (Ambassadeur des Etats-Unis en Arménie, Berkeley, 19.02. 2005)
Aujourd’hui, nous commémorons le Meds Yeghern et honorons la mémoire de ceux qui ont souffert de l’une des pires atrocités de masse du 20e siècle. À partir de 1915, un million et demi d’Arméniens ont été déportés, massacrés ou condamnés à mort au cours des dernières années de l’Empire ottoman. En ce jour de commémoration, nous nous associons une nouvelle fois à la communauté arménienne d’Amérique et du monde entier pour porter le deuil des nombreuses vies perdues. En cette journée, nous honorons et reconnaissons également le travail de ceux qui ont essayé de mettre fin à la violence, ainsi que ceux qui ont cherché à garantir que de telles atrocités ne se reproduisent plus, à l’instar du militant des droits de l’homme et avocat, Raphael Lemkin. Nous rappelons les contributions d’Américains généreux qui ont aidé à sauver des vies et à reconstruire les communautés arméniennes. En honorant la mémoire de ceux qui ont souffert, nous nous inspirons également du courage et de la résilience du peuple arménien qui, face à une terrible adversité, a construit des communautés dynamiques dans le monde entier, y compris aux États-Unis. Nous nous engageons à tirer les leçons des tragédies du passé pour ne pas les répéter. Nous nous félicitons des efforts des Arméniens et des Turcs pour reconnaître et tenir compte de leur histoire douloureuse. Et nous nous associons au peuple arménien pour rappeler les vies perdues pendant le Meds Yeghern et réaffirmons notre engagement en faveur d’un monde plus pacifique. Donald Trump (24.04.2019)
Israël a toujours refusé de reconnaître les événements d’Arménie comme un génocide. Cette décision est moins une tentative de revendication du monopole de la souffrance (ou une volonté de présenter la Shoah comme un événement historique sans précédent) qu’une basse manœuvre politique des plus cyniques. Pendant bien des années, Israël a refusé de reconnaître ce génocide de peur de s’attirer les foudres de la Turquie. Depuis la fin des années 1950, Ankara était devenu un allié stratégique particulièrement solide de l’État hébreu –l’un de ses seuls amis dans le monde musulman. Les milieux du renseignement et de la sécurité intérieure des deux pays entretenaient des liens étroits; la Turquie constituait par ailleurs l’un des principaux clients de l’industrie de l’armement israélienne. À chaque fois qu’une personne israélienne (qu’elle soit députée, militante des droits humains ou historienne) plaidait pour une reconnaissance du génocide arménien, le pouvoir tuait l’initiative dans l’œuf. Plusieurs gouvernements successifs (quelle que soit leur idéologie et leur orientation politique) ont tout fait pour préserver cette bonne entente avec la Turquie (et les contrats de vente d’armes), préférant leur intérêt économique aux valeurs universelles. Lorsqu’ils évoquaient les événements, ils ne parlaient donc pas de «génocide», mais de «tragédie». Au fil de la dernière décennie, les relations entre Israël et la Turquie de Recep Tayyip Erdoğan se sont toutefois refroidies. Les contrats d’armement ne sont plus à l’ordre du jour et la coopération clandestine des deux services de renseignement contre l’ennemi commun (la Syrie) a été interrompue. Les relations turco-israéliennes sont aujourd’hui au plus bas: le Premier ministre Benyamin Netanyahou et son fils Yair invectivent Erdoğan sur Twitter et ce dernier le leur rend bien (ils se traitent mutuellement de «tyran» et de «meurtrier», entre autres noms d’oiseaux). Et pourtant, Israël n’en démord pas: il refuse de reconnaître le génocide arménien. Il invoque désormais une nouvelle excuse: l’Azerbaïdjan, qui a perdu une grande partie de son territoire au profit de l’Arménie entre 1991 et 1994. Ce pays musulman à majorité chiite s’est tourné vers Israël pour moderniser ses équipements militaires et l’État hébreu s’est empressé d’accepter de lui vendre son matériel dernier cri: non seulement l’Azerbaïdjan représentait un nouveau marché particulièrement prometteur, mais il se trouvait aux portes de l’Iran –l’ennemi juré d’Israël. Cette relation nouvelle a d’abord été tenue secrète; les censeurs militaires israéliens ont imposé un blackout médiatique total aux journalistes locaux. Le secret a finalement été éventé par le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev (qui est la cible de nombreuses critiques; on l’accuse notamment de corruption, d’abus de pouvoir et de violations des droits humains). C’est lors d’une conférence de presse, en décembre 2016, pendant une visite officielle de Netanyahou, qu’il a annoncé que l’Azerbaïdjan achetait pour cinq milliards de dollars d’armements israéliens. Pour Israël, ce pays occupe désormais peu ou prou la place qu’occupait autrefois la Turquie: un marché lucratif, ouvert à leurs équipements. (…) En échange, l’Azerbaïdjan vend du pétrole à Israël et permet aux services de renseignement israéliens de lancer des opérations contre l’Iran depuis son territoire. Netanyahou, qui a été réélu ce mois-ci pour un cinquième mandat de Premier ministre, craint qu’une reconnaissance du génocide arménien ne compromette la manne du marché azerbaïdjanais; Aliyev, qui s’entend à merveille avec Erdogan, pourrait en outre décider de fermer les portes de son pays au renseignement israélien. Yossi Melman
Mon cœur est brisé par la Nouvelle-Zélande et la communauté musulmane mondiale. Nous devons continuer à lutter contre la perpétuation et la normalisation de l’islamophobie et du racisme sous toutes ses formes. Hillary Clinton
En cette semaine sainte pour de nombreuses religions, nous devons rester unis contre la haine et la violence. Je prie pour toutes les personnes touchées par ces terribles attaques contre les fidèles et les voyageurs de Pâques au Sri Lanka. Hillary Clinton
Michelle et moi-même adressons nos condoléances au peuple néo-zélandais. Nous sommes profondément bouleversés par vous et par la communauté islamique dans son ensemble. Nous devons tous rester contre la haine sous toutes ses formes. Barack Hussein Obama
Les attaques contre les touristes et les fidèles de Pâques sont des attaques contre l’humanité. En cette journée consacrée à l’amour, à la rédemption et au renouveau, nous prions pour les victimes et restons avec le peuple du Sri Lanka. Barack Hussein Obama
The acts of violence against churches and hotels in Sri Lanka are truly appalling, and my sympathies go out to all of those affected at this tragic time. Theresa May
It remains unclear who carried out the attacks. The BBC
Sri Lanka church bombings stoke far-Right anger in the West (…) far-Right groups began to describe the attacks in specifically religious terms. To some, it was further proof that Christians in many parts of the world are under attack. The Washington Post
Islamist terrorists, bombs strapped to their backs, had gone into churches on the holiest day in the Christian calendar with the express purpose of murdering as many innocents as possible. There was also carnage at hotels popular with Western tourists. “It remains unclear who carried out the attacks,” the BBC website was still insisting 12 hours after the massacres. We knew. And they knew. But if you stayed tuned to the news all day, you would not hear the word “terrorist” and certainly not the most inflammatory term of all: “Christian”. The contrast with the reporting of the mosque shootings in New Zealand could not have been more striking. Back in March, there was no doubt that the massacres in Christchurch, by a lone gunman during Friday prayers, were motivated by hatred of Muslims. One evil man’s actions were swiftly used to extrapolate an entire theory of racism on the Right. Journalists like me, who had dared to criticise the burka, or the grievous failure of integration (finally admitted by Tony Blair this week, I see), were said by Leftists to be guilty of Islamophobia and therefore “implicated” in the murder of 50 men, women and children. When it’s the other way around, though, the denial is deafening. Theresa May tweeted, “The acts of violence against churches and hotels in Sri Lanka are truly appalling, and my sympathies go out to all of those affected at this tragic time.” But they weren’t acts of violence against buildings, were theyPrime Minister? If you detonate a bomb inside a church on Easter Sunday, the result does tend to be that you kill an awful lot of followers of Jesus Christ. When a vicar’s daughter decides that it’s wiser not to mention the C-word, you know that fear is now greater than faith. Compare and contrast the reaction of Hillary Clinton to the two tragedies. On Sunday, she tweeted, “I’m praying for everyone affected by today’s horrific attacks on Easter worshippers and travellers in Sri Lanka.” Easter worshippers? That’s a clunking new euphemism for Christians. When the mosques in Christchurch were targeted, did Clinton talk of Ramadan worshippers? No, she wrote, “My heart breaks for New Zealand and the global Muslim community.” I’m afraid that politicians like Clinton and May are paralysed by a terrible dilemma. It’s too scary to admit that militant Islamists are at war with Christianity and Western civilization, that vandalism of churches is rife across Europe and that, according to the Pew Report, Christianity is the world’s most persecuted religion. In order to cover up this inconvenient truth, politicians and the police increasingly try to create a false equivalence between terrorism committed by the far-Right and by Islamists. It’s a downright lie. In the UK alone, intelligence officers have identified 23,000 jihadist extremists, at least 3,000 of whom are believed to pose an active threat. Scores of foul fiends must have plotted and carried out the Sri Lankan attacks. This is deeply uncomfortable for the liberal media, which responds with shifty obfuscation. On Monday, The Washington Post ran a bizarre story about the Easter Sunday massacre with the headline, “Sri Lanka church bombings stoke far-Right anger in the West”. That was wildly premature, but it inadvertently revealed their overwhelming concern: not that so many had been slaughtered, but that such horrors would provoke a backlash against Muslims. The Post continued, “far-Right groups began to describe the attacks in specifically religious terms”. Possibly not unrelated to the fact that the Sri Lankan authorities had just blamed a militant Islamist group. “To some”, the paper opined gingerly, “it was further proof that Christians in many parts of the world are under attack.” Well, yes, the cold-blooded murder of more than 290 people, most of them Christians in their place of worship, does tend to give credence to the theory that a certain religion is “under attack”. Sorry. You know, we had been thinking of taking a holiday this Easter in Sri Lanka because so many friends, some of them Sri Lankans, had urged us to go. We could easily have been the Nicholsons. Mum, Anita with her adorable son and daughter, Alex and Annabel, having breakfast in their Colombo hotel while dad, Ben, popped up to the room, or back to the buffet. A beautiful family wiped out in a split second, leaving him to wonder why he was spared. In that same restaurant, Anne Storm Pedersen, the wife of Danish billionaire, Anders Holch Povlsen, cried out for people to pray for three of her four children who had just been murdered. The mind melts at the thought of such intolerable suffering. Allison Pearson
Après les terribles série d’attentats à la bombe dimanche de Pâques (21), au Sri Lanka, qui compte déjà 310 morts et plus de 500 blessés, des représentants de l’aile démocratique des Etats-Unis ont décidé de se prononcer sur le fait, mais sans reconnaître les véritables motivations et la cible du massacre: l’église persécutée. Alors que le terme « islamophobie » a été repris après une attaque contre une mosquée à Christchurch (Nouvelle-Zélande) en mars dernier, les principaux médias et les représentants démocrates refusent également de parler de « cristophobie ». (…) S’agissant du massacre au Sri Lanka, Hillary Clinton et l’ancien président des États-Unis, Barack Obama, ont refusé de reconnaître que parmi les principales victimes de ces attaques, il y avait des chrétiens. Tous deux ont préféré appeler ces gens « des fidèles de Pâques ». Les mêmes personnalités qui avaient omis d’utiliser le terme « chrétiens » dans leurs déclarations pour le remplacer par « adorateurs de Pâques » n’ont pas hésité à déplorer les violences à l’encontre de la « communauté islamique » après l’attaque de la mosquée Christchurch en Nouvelle-Zélande. Selon le chroniqueur Rodrigo Constantino, cette disparité dans les commentaires des démocrates américains est due à une vision dans laquelle les chrétiens ne peuvent être considérés comme victimes de rien. Ichrétien
Israël a hypnotisé le monde. Ilhan Omar (2012)
It’s all about the Benjamins baby. Puff Daddy (billets de cent dollars à l’effigie de Benjamin Franklin, retweeté par Ilhan Omar pour désigner AIPAC, le lobby pro-israélien aux États-Unis)
L’antisémitisme est réel et je suis reconnaissante à mes alliés et collègues juifs qui me donnent une leçon sur cette histoire douloureuse de rhétorique antisémite. Mon intention n’était pas d’offenser mes administrés ou les juifs américains. Il faut toujours être prêt à reculer et à réfléchir aux critiques, comme j’attends des gens qu’ils m’écoutent quand on m’attaque à cause de mon identité. (…) le rôle problématique des lobbyistes dans notre système politique, que ce soit l’AIPAC, la NRA ou l’industrie des énergies fossiles. Ça dure depuis trop longtemps et on doit être prêt à le régler. Ilhan Omar
CAIR a été créé après le 11 septembre 2001, parce qu’ils ont reconnu que certaines personnes avaient fait quelque chose et que nous commencions tous à perdre la jouissance de nos libertés civiles. Ilhan Omar
As I grew older, I learned that the fair-skinned, blue-eyed depiction of Jesus has for centuries adorned stained glass windows and altars in churches throughout the United States and Europe. But Jesus, born in Bethlehem, was most likely a Palestinian man with dark skin. (…) I am also interested in how white Christians feel about images of Christ. How do you feel about the possibility that Christ may not have looked the way he has been portrayed for centuries in the United States and Europe? If you’ve seen Christ depicted as a man of color, what was your reaction? Eric V Copage
Don’t they know we’re Christian too? Do they even consider us human? Don’t they know Jesus was a Palestinian? Omar Suleiman (Southern Methodist University, retweeted by Ihlan Omar)
I am amazed that the author of this article cannot simply state that Jesus was a Jew. He uses the anachronistic term ‘Palestinian.’ During Jesus’ lifetime the Romans called the province which they controlled ‘Judea.’ Later they renamed it ‘Syria Palestina.’ Referring to Jesus as ‘Palestinian’ is simply misleading in the context of his era. Jewish Times reader
The claim that Jesus was a Palestinian is so bizarre that the question becomes what one gains by making that allegation. For people who have no theological or historical rooting, the idea that Jesus was a Palestinian creates a new narrative for Palestinian history, which otherwise does not date back very far. If one can say that Jesus was Palestinian 2,000 years ago, then that means the Jews are occupying Palestinian land. For people who don’t like Jews to begin with, it is a deadly combination of the Jews killed Jesus and now they are doing the same to his progeny. From a political and propaganda point of view, there is something to be gained. The myth that Jesus was a Palestinian dates back to the days of Yasser Arafat, when his trusted Christian-Palestinian adviser Hanan Ashrawi made the claim. Since then, the idea resurfaces now and again. The absurdity of it is breathtaking. Jesus was born in Bethlehem, think about who his parents were – his mother, Mary, was betrothed to Joseph, a carpenter. In the Gospels, there is no mention of Palestine, only Judea, which is where Jews lived. If the Palestinians admit that Jesus was a Jew, then the idea that the Jews only arrived in Israel in 1948 and occupied Palestinian indigenous land becomes an absurdity. Omar knows this narrative is false but also that it has an inherent power to it. The ‘Benjamins,’ the big lie of dual loyalty, Jesus is a Palestinian – it is all rewriting history to plant in people’s minds that the Palestinian people go back thousands of years. She is a very clear person. Ilhan Omar is a clever antisemite, so truth does not play much of a role anyway. When an elected member of the US Congress retweets such a thing, that takes things to the next level. (…) I’m surprised The New York Times allowed Copage to publish an op-ed with such a line, and expected such information only to be shared on platforms like Facebook and Twitter, where users can get away with much more before it is identified – if it is ever identified – as fake news. The solution: education. It is extremely important for world Jewry and Jewish families to teach their own and go over our amazing love affair between the people and her land that stands for more than 3,000 years, it is the responsibility of educated Jews and Christians to counter such falsehoods. Rabbi Abraham Cooper (Simon Wiesenthal Center)
Au début du 20e siècle, les Arabes de la région ne se définissaient pas comme des Palestiniens. « Falastin » en arabe désignait alors la région du mandat britannique sur la Palestine, qui était habitée par des Arabes palestiniens, et des Juifs palestiniens… Le journal juif « Jerusalem Post » s’appelait alors « Palestine Post ». Dans les années 1960, soit dix-huit siècles après la popularisation du terme Palestine par les Romains, tandis que les Juifs de Palestine étaient devenus des Israéliens, les Arabes de Palestine adoptèrent le terme de Palestiniens. L’étymologie fournie par France-Soir est trompeuse puisqu’elle implique que « Palestine » soit un mot arabe, et par extension que la région ait été arabe avant même la présence des Romains. Il n’en est rien et c’est le mot latin « Palaestina » qui a été transcrit en arabe par « Falastin », pas l’inverse. L’arabe ne connaissant pas le son « P », la transcription depuis le latin l’a transformé en « F » – qui est un son proche (en hébreu, une seule lettre est d’ailleurs utilisée pour les deux sons avec une simple ponctuation pour les différencier). L’article raille ceux qui mettent en doute la légitimité historique de la « Palestine » comme entité arabe en se basant sur l’étymologie du mot. Mais une fois démontrée, la falsification de l’histoire nécessaire à l’invalidation de ce point de vue semble bien atteindre l’effet inverse… D’autant que, juste derrière la phrase en question, l’article contient un deuxième passage tout aussi aberrant. Un internaute a fait remarquer, non sans ironie, qu’aucune lettre de l’hébreu ne pouvait retranscrire le son “j”. En conséquence, Jérusalem (qui se prononce “Yerushalayim”) ne se trouve pas en Israël. C’est évidemment le nom original hébreu « Yerushalayim » qui a été transcrit en français par « Jérusalem »; le « J » du français est une adaptation issue de l’hébreu. Le grec « Hierosólyma » avait gardé la trace de la prononciation hébraïque, tout comme l’allemand qui l’écrit « Jerusalem » comme en français mais où le « J » se prononce « I ». Dire que Jérusalem ne se trouve pas en Israël est par ailleurs faux quelle que soit la justification (au minimum, tout le monde hormis les haïsseurs d’Israël reconnaît que la partie occidentale de la ville est israélienne)… Infoequitable
En 2014, des chercheurs, faisant parti d’une expédition franco-saoudienne étudiant des inscriptions sur les roches, du sud de l’Arabie saoudite, ont annoncé avoir découvert ce qui pourraient bien être les textes les plus anciens écrits en alphabet arabe. Or cette découverte est restée très confidentielle. Sans doute parce que ce que révèle le contenu des textes est quelque peu embarrassant pour certains. (…) Quelques médias dont les médias français et arabes en ont parlé, qualifiant le texte de «chaînon manquant» entre l’arabe et les alphabets antérieurs utilisés dans la région, comme le Nabatéen. La plupart des articles étaient accompagnés de photos d’autres sites archéologiques ou inscriptions anciennes. En effet, il est presque impossible de trouver une photo de cette inscription là en ligne. Impossible aussi de trouver une quelconque référence au contenu réel du texte. Ce n’est qu’en explorant le rapport de 100 pages qui rend compte des travaux de cette saison archéologique, publié en décembre par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres – qui d’ailleurs soutient ces recherches, – qu’il est possible de trouver une référence à cette découverte et d’en savoir plus. Selon le rapport, le texte arabe, griffonné sur une grosse pierre rectangulaire, se résume simplement à un nom, “Thawban (fils de) Malik”, suivi d’une date Décevant? Eh bien non. Car l’inscription est aussi précédée d’une grande croix, indubitablement chrétienne. Une autre croix identique apparaît sur l’autre stèle, qui date plus ou moins de la même période. Les sentiments des fonctionnaires saoudiens, confrontés à une découverte importante pour leur patrimoine sont mitigés et traduisent leur embarras. D’où la communication si discrète autour de cette découverte. Que l’origine de l’alphabet utilisé pour écrire leur livre sacré soit liée à un chrétien, quelque 150 ans avant l’Islam, les embarrasse. Plus consternant encore pour eux, est de devoir admettre que ces textes sont non seulement un patrimoine hérité d’une communauté chrétienne autrefois importante, mais qu’ils sont également liés à l’histoire d’une ancienne royauté juive, qui régnait autrefois sur une grande partie de ce qu’est aujourd’hui le Yémen et l’Arabie Saoudite. Le Coran et la tradition musulmane tardive ne nient pas la présence de communautés juives et chrétiennes à travers la péninsule, à l’époque de Mahomet. Mais l’image générale de l’Arabie préislamique qu’ils convoquent, est celle du chaos et de l’anarchie. La région est décrite comme ayant été dominée par jahilliyah – l’ignorance – l’anarchie, l’analphabétisme et des cultes païens barbares. Les décennies précédant le début du calendrier islamique, qui débute à la “hijra” de Mahomet, c’est-à-dire sa migration de La Mecque vers Médine, en 622, ont été marquées par un affaiblissement des sociétés et des Etats centralisés, en Europe et au Moyen-Orient. Et ce, en partie à cause de la peste, les pandémies et la guerre incessante entre les empires byzantin et perse. La sombre représentation que la tradition fait de l’Arabie pré-islamique est moins une description précise, qu’une métaphore littéraire, dont le but est de souligner la puissance unificatrice et éclairante du message de Mahomet. Le réexamen d’œuvres de l’époque, tant par des chercheurs musulmans que chrétiens, au cours de ces dernières années, ainsi que des découvertes comme celle-ci, en Arabie Saoudite, permet de se faire une image beaucoup plus élaborée et nuancée de la région avant la montée de l’Islam, et de redécouvrir son histoire riche et complexe. C’est le cas du royaume de Himyar, souvent oublié, qui est pourtant au cœur de l’une des périodes clés de l’Arabie. Établi vers le 2ème siècle EC, au 4ème siècle il s’était imposé comme une puissance régionale. Etabli là où se trouve aujourd’hui le Yémen, Himyar avait conquis les États voisins, y compris l’ancien royaume de Sheba (dont la légendaire reine est au centre d’une réunion biblique avec Salomon). Dans un récent article intitulé «Quelle sorte de judaïsme en Arabie?», Christian Robin, un historien français qui dirige également l’expédition à Bir Hima, révèlent que la plupart des érudits, s’entendent sur le fait que vers 380, les élites du royaume de Himyar s’était converti à une forme de judaïsme. Les dirigeants himyarites ont pu voir dans le judaïsme une force unificatrice potentielle pour leur nouvel empire, culturellement divers, et y ont trouvé de quoi se forger une identité fédératrice, leur permettant de résister contre le désir rampant d’hégémonie des chrétiens byzantins et éthiopiens, ainsi que de l’empire zoroastrien de Perse. (…) Pour ce qui est des premiers textes arabes découverts à Bir Hima, qui constituaient probablement un genre de monument commémoratif, l’équipe franco-saoudienne note que le nom de Thawban fils de Malik apparaît sur huit inscriptions, avec les noms d’autres chrétiens. Selon les chroniqueurs chrétiens, vers 470 (date de l’inscription Thawban), les chrétiens de la ville voisine de Najran auraient subi une vague de persécutions, perpétrée par des Himyarites. Les experts français soupçonnent Thawban et ses compagnons chrétiens d’avoir été martyrisés à cette occasion.  (…) En dépit de la domination chrétienne et musulmane, les Juifs ont continué à représenter une forte présence dans la péninsule arabique. Cela ressort clairement des relations de Mahomet (souvent conflictuelles) avec eux, mais aussi de l’influence du judaïsme sur les rituels et les interdits de la nouvelle religion (prières quotidiennes, circoncision, pureté rituelle, pèlerinage, charité, interdiction des images et de la consommation du porc). Ariel David
Selon les sources arabes, avant l’islam régnaient en Arabie anarchie, paganisme, obscurantisme et illetrisme, le tout résumé sous le terme de ‘jâhiliyya’(= ère de l’ignorance): cette présentation apologétique tendait à faire contraste avec la brillante civilisation islamique qui a suivi. De leur côté les sources externes faisaient état des principaux évènements militaires survenus dans la péninsule: conquêtes d’un roi de Babylone au nord (550 av JC); projet de conquête par Alexandre le grand (323 av JC); raid romain au Yémen (25 av JC); crise entre les royaumes de Yémen et d’Ethiopie (520 ap JC). Enfin les sources archéologiques, bien que nombreuses, restaient peu exploitées car leur datage imprécis rendait leur interprétation fragile.De très nombreuses découvertes sont venues depuis 1970 remettre en cause l’image traditionnelle de l’Arabie préislamique. Monnaies, monuments, gravures rupestres, archives, et surtout innombrables inscriptions de toutes sortes sont venues fournir du travail aux épigraphistes pour des décennies. Seule une partie de ces découvertes a déjà fait l’objet de publications, car les chercheurs compétents (un peu en Europe, un peu dans le royaume Saoudien, aucun aux USA) sont en nombre très insuffisant. Avant l’ère chrétienne, les écritures propres à la péninsule arabique dérivaient de l’ougaritique. Elles se caractérisaient par des lettres très géométriques et des mots séparés par des barres. (…) Très différente des précédentes, l’écriture araméenne se diffuse dans la péninsule Arabique au début de l’ère chrétienne. C’est une écriture beaucoup moins géométrique, sans voyelles, sans séparation entre les mots. Sa forme cursive est l’ancêtre de l’arabe, lui-même dérivé du nabatéen, une variété de l’araméen. La plus ancienne inscription en langue arabe (encore assez éloignée de sa forme actuelle)a pu être datée de 470 ap JC . C’est seulement depuis 1989, après un siècle de décantation (datation au carbone 14, traduction des inscriptions), qu’on est arrivé à faire une chronologie approximative de l’ensemble des civilisations de la péninsule Arabique. Certaines inscriptions portent des dates. Pour d’autres on se fonde sur le stade atteint dans l’évolution de l’écriture. Par ailleurs certains souverains cités, aux noms caractéristiques, sont aussi mentionnés dans les archives assyriennes, ce qui permet de dater avec sûreté les inscriptions. Enfin des inscriptions se réfèrent à des événements que l’on peut dater. (…) Situé au SO de la péninsule arabique, le Yémen en constitue la partie fertile, en raison de son altitude (moyenne 2000 m) et de son régime de pluies de mousson. Divisé en 3 ou 4 royaumes dans l’Antiquité, il a été totalement unifié vers 300 sous le nom de royaume de Himyar (capitale Zafâr). A la suite des campagnes des princes Yaz’anides (320-360), il s’est soumis durablement toute la péninsule arabique. Sa religion dominante est devenue le judéo-monothéisme vers 380. Contraint de se soumettre au royaume chrétien d’Aksûm (Ethiopie) vers 500, il a connu la révolte du roi juif Joseph en 522 et la persécution des chrétiens qui l’a accompagnée. Cette révolte a été matée par les Ethiopiens, qui ont installé le roi chrétien Abraha (535-565). En 570 le royaume de Himyar s’est soumis aux perses Sassanides et a disparu de l’Histoire. Le paganisme a laissé de nombreuses traces au Yémen (temples, inscriptions). Voici par exemple des images du temple considérable de Ma’arib, dans lequel on a trouvé plus de mille inscriptions très instructives. A noter que ce paganisme s’interdisait toute représentation divine sous forme humaine ou animale: le dieu était figuré par un trône vide, seule la représentation de ses messagers ailés étant admise.L’une des premières inscriptions monothéistes recensées (‘Avec l’aide d’Ilân, maître du Ciel’) date de 330 EC. Si en parallèle on relève les dates des dernières inscriptions trouvées dans les temples païens du Yémen, on arrive à la conclusion que presque tous ces temples ont été abandonnés au 3e siècle, les derniers et les plus grands l’ayant été à la fin du 4e siècle : la dernière inscription païenne date de 380 EC. (…) On a des preuves nombreuses de la présence juive en Arabie. Ainsi dans la nécropole juive de Bet She’arîm (découverte en Galilée à la fin des années 30, mais oubliée par la suite), on a trouvé un caveau réservé aux juifs Himyarites (ou Homérites). Par ailleurs sur le site de Hasî (près de Zafâr, au Yémen), on a trouvé la très belle inscription suivante: ‘Le prince a concédé au Seigneur du Ciel quatre parcelles, à côté de ce rocher, en descendant jusqu’à la clôture de la zone cultivée, pour y enterrer les juifs, avec l’assurance qu’on évitera d’y enterrer avec eux un non-juif ‘(‘rmy=araméen=païen). Voilà donc le témoignage explicite qu’une autorité (juive?) a accordé sa protection aux communautés juives et s’est senti une obligation de leur créer un cimetière réservé. Un grand nombre d’inscriptions sont dues aux rois de Himyar. (…) Les rois de Himyar utilisent toujours des formules monothéistes, sans que l’on puisse dire s’ils sont juifs ou non. En revanche les inscriptions rédigées par des particuliers présentent toute la gamme entre ce monothéisme neutre et un judaïsme affirmé. Comme aucune inscription ne mentionne une orientation religieuse différente, la société apparaît ainsi fortement judaïsée. Le judéomonothéisme de Himyar a une maison qui lui est consacrée en propre: le mikrâb. Elle sert au culte, à l’enseignement, et peut-être à l’hébergement des voyageurs. On trouve un mikrâb dans les cimetières juifs. Le nom de mikrâb n’est attesté dans les inscriptions que pendant la période judéomonothéiste. On a la certitude que le mikrâb est partagé entre les juifs fidèles de la Torah et les judéomonothéistes, considérés par les premiers comme des ‘craignant Dieu’. (…) Par le mikrâb, la communauté juive, sans doute minoritaire, était en relation étroite avec les monothéistes plus nombreux qui adhéraient aux principes de morale de la Torah, mais pas à l’ensemble de ses prescriptions. (…) Le judaïsme dans le nord-ouest de la péninsule arabique, attesté par des sources externes, a laissé lui aussi de nombreuses traces dans les inscriptions. Par exemple sur une stèle trouvée à Tayma, une grande oasis du nord de l’Arabie, l’inscription dit: ‘Ceci est le mémorial d’Isaïe, fils de Joseph, prince de Tayma, qu’ont érigé sur lui Amram et Rashim ses frères’. Le terme traduit par ‘prince’ désigne plus précisément le premier magistrat de la cité; il est utilisé dans ce sens sur une inscription du site voisin de Madâ’in Salih. Tous les noms étant juifs, on est assuré que le premier magistrat d’une grande oasis de l’Arabie du nord était juif en 203 EC. (…) Près de Tayma, on a trouvé une menorah avec les ustensiles caractéristiques du judaïsme qui l’accompagnaient. A Rome l’édit de tolérance de Milan est promulgué en 314, Constantin se fait baptiser en 337, son successeur Constance II devient le premier empereur chrétien, et le paganisme est interdit dans le monde romain vers 380. A Aksûm, le souverain éthiopien devient officiellement chrétien vers 360. Et à Himyar le roi se déclare juif vers 380. Cette suite de conversions montre que les royaumes d’Aksûm et d’Himyar évoluent à un rythme voisin de celui du monde méditerranéen. Circulations de personnes et échanges commerciaux font que les exigences spirituelles du monde romain touchent également les populations de l’Ethiopie et de la péninsule Arabique. Si l’on recense tous les mots religieux présents dans les inscriptions du Yémen, on trouve un grand nombre de fois ceux de ‘prière’ et d’aumône légale’. Deux des cinq piliers de l’islam étaient donc déjà fortement enracinés en Arabie quelque 250 ans avant la prédication de Mahomet. Le paganisme grossier accolé à la période préislamique ne correspond en rien à la réalité. Vers 500 le royaume de Himyar, qui domine toute l’Arabie, devient tributaire du royaume éthiopien d’Aksûm, lequel est chrétien. En 522 le roi himyarite Joseph que les Ethiopiens ont installé sur le trône se révolte et se déclare juif. Au cours de ses campagnes, il massacre les soutiens des Ethiopiens, qui sont le plus souvent chrétiens. La tradition a notamment retenu le martyre de la population chrétienne de Najrân. Mais Joseph est vaincu par les troupes Aksûmites en 525, et leur chef Abraha (531-570) impose la domination chrétienne sur toute l’Arabie. Les archives permettent de situer la plupart des sièges épiscopaux de cette époque, ainsi que la localisation de nombreuses églises. Les vestiges de plusieurs d’entre elles ont été mis au jour par les archéologues (cf oratoire d’Al Jubayl sur le Golfe). Trait piquant: on a trouvé une inscription explicite de cette soumission à un pouvoir chrétien à Yathrib (=Médine), inscription datée de 552, soit 70 ans seulement avant que Mahomet ne fasse de Médine sa capitale. Peu après sa prise de pouvoir, Abraha transféra sa capitale de Zafar à Sanaa et y bâtit une vaste église à la gloire de la religion chrétienne. (…) Plusieurs équipes d’archéologues ont travaillé ces dernières années sur la grande mosquée de Sanaa. Ils ont mis en évidence les réemplois des chapiteaux de l’ancienne église d’Abraha, avec leurs croix caractéristiques. Un fragment retrouvé de la plaque de fondation de cette église la date de 559-560. (…) Enfin dans une inscription trouvée à Murayghân et datant de 552, on ne lit plus que : ‘Avec la puissance du Miséricordieux et de son Messie’. Illustration du caractère officiel de la religion chrétienne dans l’Himyar d’Abraha, l’inscription monumentale ci-dessous, gravée en plein désert d’Arabie centrale, commence par une croix. Cette prégnance générale du judéo-christianisme a forcément influencé le fondateur de l’islam quelques décennies plus tard. Dans la région de Najrân (frontière Arabie-Yémen), sur le site désertique de Himà, on a découvert de nombreuses inscriptions que l’on peut dater de 470. Elles ont suscité un vif intérêt à un double titre. D’une part elles étaient rédigées en arabe, alors qu’on pensait jusque-là que l’écriture arabe ne s’était diffusée dans la péninsule Arabique qu’avec l’islam. D’autre part ces inscriptions, où figurait systématiquement la croix, étaient chrétiennes. Parmi elles, une grande inscription de 1 m de haut, visible de loin, répétait le nom d’un certain Thawbân, fils de Malik. Qui était ce personnage, objet de vénération dans le christianisme local? Sans doute un martyr, car cette époque (468-480) est celle de la première répression juive contre les chrétiens (cf martyre d’Azqîr). Ces inscriptions en arabe archaïque accompagnées d’une croix suggèrent par ailleurs un lien entre la diffusion de l’écriture arabe et celle du christianisme. En conclusion, l’idée d’une Arabie préislamique livrée au paganisme et à l’ignorance a été complètement ruinée par les découvertes archéologiques récentes. Le terreau judéo-chrétien y était largement présent bien avant la naissance de l’islam. Christian Robin
Cachez cette croix que je ne saurai voir !

En ces temps étranges …

Où l’émotion planétaire suscitée par l’immolation en direct, suite à une invraisemblable série de négligences, de ce qui était largement devenu une attraction touristique

Fait oublier les profanations quotidiennes des lieux de culte, tombes ou symboles chrétiens dans ce qui reste de la Fille ainée de l’Eglise 

Mais derrière leur générosité controversée (et les habituelles prières et bonnes paroles des monopolistes des biens du salut du côté du Vatican), la rivalité proprement mimétique de nos barons voleurs semble avoir inspiré celle d’un fonds pour églises noires victimes d’incendie de Lousiane leur permettant d’atteindre en quelques minutes leur objectif de 1, 8 millions de dollars avec quelque 37 000 contributeurs …

Où le meurtre en série des 50 musulmans de Christchurch déclenche, voiles compris, plus d’hystérie médiatique

Que le massacre de plusieurs centaines de chrétiens (pardon: « fidèles de Pâques ») par les fils à papa musulmans de Colombo …

Où la promesse de commémoration future et d’ouverture d’archives du côté français …

Est censée faire oublier l’absence présente et surtout la contribution passée il y a 25 ans tout juste du Pays des droits de l’homme au génocide rwandais

Où l’arbre de la commémoration toujours implicite côté américain, Reagan excepté mais Trump comme Israël compris, du génocide d’un million et demi de chrétiens turcs il y a un peu plus d’un siècle …

Nous cache la forêt de l’actuel génocide silencieux, désormais à l’échelle de la planète entière, de la première religion du monde …

Où alors que les printemps arabes initiés en Irak par le président Bush atteignent enfin dix ans après les peuples algérien ou soudanais, l’appel au renforcement des sanctions contre les dernières dictatures de la planète à Cuba, au Venezuela ou en Iran se voient à nouveau dénoncées, anti-trumpisme primaire et intérêts économiques obligent, par les enfants gâtés de la démocratie en Europe ou au Canada

Et où, redoublant dans la crasse ignorance et entre deux éloges du mythe notamment de l’Andalousie tolérante, nos valeureux « fact-checkers » des médias proposent de corriger un simplisme étymologique par un autre, attribuant une origine prétendue arabe à une appellation évidemment romaine au terme de Palestine

Pendant que pour effacer son origine décidément bien trop juive de l’autre côté de l’Atlantique, un ancien journaliste du NYT nous proclame un « Jésus palestinien à la peau sombre »

A la grande joie, entre deux déclarations ou tweets antisémites, d’une jeune élue du Congrès seule à porter le voile islamique et prônant le boycott d’israël …

Devinez …

A la veille d’un nouveau Ramadan …

Où, sans compter les emprunts explicites aux diverses pratiques et rituels (prières quotidiennes, circoncision, pureté rituelle, pèlerinage, charité, interdiction des images et de la consommation du porc) et bien sûr aux écrits bibliques, nos amis musulmans vont mimétiquement nous rejouer la version militaire du jeûne du Yom Kippour

A l’heure où au risque de l’éventer le Pays des coupeurs de tête ouvre son territoire au tourisme et aux rallyes automobiles

Et où dans les territoires dits « palestiniens » eux-mêmes, tant les traditions bédouines que les analyses de sang confirment la filiation juive de nombre des descendants de « conversos » arabes qui les habitent aujourd’hui ….

Quel indicible secret peuvent bien cacher …

Comme vient de le confirmer, croix comprises, une équipe d’archéologues français …

Tant la multiplication, en bons frères ennemis, des imprécations et des massacres des uns …

Que l’ignorance et l’auto-censure intéressées, en bons idiots utiles, des autres ?

Quand l’Arabie saoudite était juive
Ariel David
Haaretz (traduction Jforum)
Déc 21, 2017

En 2014, des chercheurs, faisant parti d’une expédition franco-saoudienne étudiant des inscriptions sur les roches, du sud de l’Arabie saoudite, ont annoncé avoir découvert ce qui pourraient bien être les textes les plus anciens écrits en alphabet arabe. Or cette découverte est restée très confidentielle. Sans doute parce que ce que révèle le contenu des textes est quelque peu embarrassant pour certains.

Une douzaine d’inscriptions ont été gravées dans le grès tendre, le long des cols situés autour de Bir Hima. C’est un site archéologique, situé à environ 100 kilomètres au nord de la ville de Najran, qui a été recouvert de milliers d’inscriptions, par des voyageurs et des fonctionnaires. Au moins deux des premiers pétroglyphes arabes qui ont été découverts là, citent des dates d’un calendrier ancien, et les experts épigraphistes ont rapidement calculé que la plus ancienne correspondait à l’année 469 ou 470 de l’EC.

Cette découverte est sensationnelle: les premières inscriptions anciennes utilisant cette calligraphie préislamique de l’écriture arabe découvertes à ce jour, dataient au moins d’un demi-siècle plus tard. De plus, elles se trouvaient toutes en Syrie, ce qui suggérait que l’alphabet utilisé pour écrire le Coran avait été développé loin du lieu de naissance de l’Islam et de son prophète.

Or, l’annonce de cette découverte est restée très confidentielle. Quelques médias dont les médias français et arabes en ont parlé, qualifiant le texte de «chaînon manquant» entre l’arabe et les alphabets antérieurs utilisés dans la région, comme le Nabatéen. La plupart des articles étaient accompagnés de photos d’autres sites archéologiques ou inscriptions anciennes. En effet, il est presque impossible de trouver une photo de cette inscription là en ligne. Impossible aussi de trouver une quelconque référence au contenu réel du texte.

Thawban fils de Malik, le chrétien

Ce n’est qu’en explorant le rapport de 100 pages qui rend compte des travaux de cette saison archéologique, publié en décembre par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres – qui d’ailleurs soutient ces recherches, – qu’il est possible de trouver une référence à cette découverte et d’en savoir plus.

Selon le rapport, le texte arabe, griffonné sur une grosse pierre rectangulaire, se résume simplement à un nom, “Thawban (fils de) Malik”, suivi d’une date.

Décevant? Eh bien non. Car l’inscription est aussi précédée d’une grande croix, indubitablement chrétienne. Une autre croix identique apparaît sur l’autre stèle, qui date plus ou moins de la même période.

Les sentiments des fonctionnaires saoudiens, confrontés à une découverte importante pour leur patrimoine sont mitigés et traduisent leur embarras. D’où la communication si discrète autour de cette découverte. Que l’origine de l’alphabet utilisé pour écrire leur livre sacré soit liée à un chrétien, quelque 150 ans avant l’Islam, les embarrasse.

Plus consternant encore pour eux, est de devoir admettre que ces textes sont non seulement un patrimoine hérité d’une communauté chrétienne autrefois importante, mais qu’ils sont également liés à l’histoire d’une ancienne royauté juive, qui régnait autrefois sur une grande partie de ce qu’est aujourd’hui le Yémen et l’Arabie Saoudite.

Juifs contre chrétiens dans le désert

Le Coran et la tradition musulmane tardive ne nient pas la présence de communautés juives et chrétiennes à travers la péninsule, à l’époque de Mahomet. Mais l’image générale de l’Arabie préislamique qu’ils convoquent, est celle du chaos et de l’anarchie. La région est décrite comme ayant été dominée par jahilliyah – l’ignorance – l’anarchie, l’analphabétisme et des cultes païens barbares.

Les décennies précédant le début du calendrier islamique, qui débute à la “hijra” de Mahomet, c’est-à-dire sa migration de La Mecque vers Médine, en 622, ont été marquées par un affaiblissement des sociétés et des Etats centralisés, en Europe et au Moyen-Orient. Et ce, en partie à cause de la peste, les pandémies et la guerre incessante entre les empires byzantin et perse.

La sombre représentation que la tradition fait de l’Arabie pré-islamique est moins une description précise, qu’une métaphore littéraire, dont le but est de souligner la puissance unificatrice et éclairante du message de Mahomet.

Le réexamen d’œuvres de l’époque, tant par des chercheurs musulmans que chrétiens, au cours de ces dernières années, ainsi que des découvertes comme celle-ci, en Arabie Saoudite, permet de se faire une image beaucoup plus élaborée et nuancée de la région avant la montée de l’Islam, et de redécouvrir son histoire riche et complexe.

C’est le cas du royaume de Himyar, souvent oublié, qui est pourtant au cœur de l’une des périodes clés de l’Arabie. Établi vers le 2ème siècle EC, au 4ème siècle il s’était imposé comme une puissance régionale. Etabli là où se trouve aujourd’hui le Yémen, Himyar avait conquis les États voisins, y compris l’ancien royaume de Sheba (dont la légendaire reine est au centre d’une réunion biblique avec Salomon).

Dans un récent article intitulé «Quelle sorte de judaïsme en Arabie?», Christian Robin, un historien français qui dirige également l’expédition à Bir Hima, révèlent que la plupart des érudits, s’entendent sur le fait que vers 380, les élites du royaume de Himyar s’était converti à une forme de judaïsme.

Unis dans le judaïsme

Les dirigeants himyarites ont pu voir dans le judaïsme une force unificatrice potentielle pour leur nouvel empire, culturellement divers, et y ont trouvé de quoi se forger une identité fédératrice, leur permettant de résister contre le désir rampant d’hégémonie des chrétiens byzantins et éthiopiens, ainsi que de l’empire zoroastrien de Perse.

Ce qui est sûr, c’est qu’à l’époque, dans la capitale himyarite de Zafar (au sud de Sanaa), les références aux dieux païens disparaissent en grande partie des inscriptions royales et des textes sur les bâtiments publics, et sont remplacées par des écrits qui se réfèrent à une seule divinité.

Utilisant principalement la langue sabéenne locale (et dans de rares cas l’hébreu), ce dieu unique est alternativement décrit comme Rahmanan – le Miséricordieux – le «Seigneur des Cieux et de la Terre», le «Dieu d’Israël» et le «Seigneur des Juifs». Les prières invoquent ses bénédictions sur le «peuple d’Israël» et ces invocations se terminent souvent par Shalom et Amen.

Au cours du siècle et demi suivant, le royaume himyarite étend son influence à l’Arabie centrale, au golfe Persique et au Hedjaz (région de La Mecque et de Médine), comme en témoignent les inscriptions royales de ses rois, qui ont été retrouvées non seulement à Bir Hima, juste au nord du Yémen, mais aussi près de Riyad, qui est aujourd’hui la capitale saoudienne.

Thawban le martyr

Pour ce qui est des premiers textes arabes découverts à Bir Hima, qui constituaient probablement un genre de monument commémoratif, l’équipe franco-saoudienne note que le nom de Thawban fils de Malik apparaît sur huit inscriptions, avec les noms d’autres chrétiens.

Selon les chroniqueurs chrétiens, vers 470 (date de l’inscription Thawban), les chrétiens de la ville voisine de Najran auraient subi une vague de persécutions, perpétrée par des Himyarites. Les experts français soupçonnent Thawban et ses compagnons chrétiens d’avoir été martyrisés à cette occasion. Le choix de l’écriture arabe ancienne pour commémorer ces martyrs représente, en soi, un puissant symbole de défi.

Cet alphabet pré-islamique est également appelé arabe nabatéen, car il s’est construit à partir de la langue utilisée par les Nabatéens. Cette nation, autrefois puissante, a bâti la cité de Pétra et a assis sa domination sur les routes commerciales du sud du Levant au nord de l’Arabie ,avant d’être annexée par les Romains au début du 2ème siècle. Utilisé jusqu’aux portes du Yémen, cet alphabet du nord se distingue des inscriptions faites par les souverains himyarites, dans leur Sabaean natal.

“L’adoption d’une nouvelle écriture voulait témoigner de la distance qu’il voulait prendre avec le royaume de Himyar et de leur réconciliation avec le reste des Arabes”, écrivent les chercheurs français dans leur rapport. “Les inscriptions de Hima révèlent un fort mouvement d’unification culturelle des Arabes, de l’Euphrate à Najran, qui se manifeste par l’utilisation de la même écriture.”

Joseph le rebelle

Les pressions extérieures croissantes ont fini par se faire sentir sur Himyar. Vers l’an 500, le royaume tombe aux mains des envahisseurs chrétiens du royaume éthiopien d’Axoum.

Dans une dernière tentative pour sauver l’indépendance du royaume, en 522, un chef juif himyarite, Yousuf As’ar Yath’ar, s’est rebellé contre le dirigeant fantoche intronisé par le Négus et passe les troupes d’Aksoumite par le fil de l’épée. Puis il assiège Najran, qui avait refusé de lui fournir des troupes, et massacre une partie de sa population chrétienne. Un martyre qui a suscité l’indignation des ennemis de Yusuf et a précipité la vengeance de l’Ethiopie.

En 2014, l’expédition franco-saoudienne à Bir Hima a découvert une inscription laissant entendre qu’ après le massacre de Najran, Yousuf aurait été retrouvé marchant vers le nord dans le désert d’Arabie entouré de 12 000 hommes, pour tenter de récupérer le reste de son royaume. Après cela, nous perdons sa trace. Mais les chroniqueurs chrétiens pointent qu’aux environs de 525 EC les Ethiopiens auraient rattrapé puis vaincu le chef rebelle.

Selon différentes traditions, le dernier roi juif d’Arabie aurait été tué au combat ou se serait suicidé en se précipitant avec sa monture dans la mer rouge au galop

Au siècle suivant, Himyar fut un royaume chrétien qui continua à dominer l’Arabie. Au milieu du VIe siècle, l’un de ses souverains, Abraha, traversa Bir Hima, laissant au passage des inscriptions sur les pierres représentant l’éléphant d’Afrique à la tête de sa puissante armée. Une inscription postérieure, datée 552 et trouvée en Arabie centrale, fait la liste des nombreux lieux qu’il a conquis, y compris Yathrib, l’oasis du désert qui, 70 ans plus tard, deviendra Madinat al-Nabi (la ville du prophète) – ou, plus simplement , Médina.

Étaient-ils de «vrais» Juifs?

Une grande question demeure au sujet des Juifs de Himyar : quel genre de Judaïsme   pratiquaient ils. Observaient ils le Sabbat? Ou les règles de la cashroute ?

Certains érudits, comme l’orientaliste judéo-français du 19ème siècle Joseph Halevy, refusèrent de croire qu’un roi juif aurait persécuté et massacré ses sujets chrétiens, et nient l’appartenance des Himyarites  à l’une des nombreuses sectes dans chrétiennes du début du christianisme.

Robin, l’épigraphiste français, écrit dans son article que la religion officielle de Himyar peut être décrite comme étant un “judéo-monothéisme” – “une variété minimaliste de judaïsme” qui a suivi certains des principes de base de la religion.

Le fait est que les quelques inscriptions trouvées jusqu’à présent, ainsi que les écrits de chroniqueurs postérieurs, qui ont pu être biaisés contre les Himyarites, ne permettent pas aux érudits de se faire une image claire de l’orientation spirituelle du royaume.

Mais on peut considérer cette question sous un autre angle.

En dépit de la domination chrétienne et musulmane, les Juifs ont continué à représenter une forte présence dans la péninsule arabique. Cela ressort clairement des relations de Mahomet (souvent conflictuelles) avec eux, mais aussi de l’influence du judaïsme sur les rituels et les interdits de la nouvelle religion (prières quotidiennes, circoncision, pureté rituelle, pèlerinage, charité, interdiction des images et de la consommation du porc) .

Au Yémen, au cœur du vestige du royaume Himyarites, la communauté juive a été persécutée pendant des siècles, jusqu’en 1949-1950, quand presque tous ses membres restants – environ 50 000 personnes, ont été acheminées par avion vers Israël lors de l’opération Magic Carpet (tapis volant). Et bien qu’ils continuent d’observer des rituels et des traditions uniques, qui les distinguent des juifs ashkénazes et séfarades, il est indéniable qu’ils sont bien juifs, et les derniers descendants du royaume juif perdu de Himyar.

Voir aussi:

Juifs et chrétiens en Arabie à la veille de l’Islam : nouveautés archéologiques’

(Conférence donnée le 26 novembre 2016 par Christian Robin, historien de l’Orient ancien, membre de l’Institut)

Les recherches archéologiques en Arabie

Les premières recherches ont commencé au milieu du 19e siècle et se sont interrompues en 1914. Elles s’effectuaient surtout dans les régions dominées par les Ottomans, l’insécurité régnant ailleurs. L’Ecole biblique de Jérusalem a joué alors un rôle important avec les expéditions de Jaussen et Savignac (cf conférence précédente). Quelques expéditions ont pu se dérouler en 1951-52 après un long arrêt. Philby, conseiller du roi d’Arabie, a réussi à persuader le souverain de faire explorer le sud du pays par des archéologues belges (missions Philby-Ryckmans-Lippens). Par la suite une école archéologique locale a vu le jour, dotée de moyens considérables. Les découvertes se sont multipliées à partir de 1970, remettant largement en cause la représentation que l’on se faisait de l’Arabie préislamique.

Les idées traditionnelles sur l’Arabie préislamique

Avant 1970, ces idées s’appuyaient sur trois types de sources. Selon les sources arabes, avant l’islam régnaient en Arabie anarchie, paganisme, obscurantisme et illétrisme, le tout résumé sous le terme de ‘jâhiliyya’(= ère de l’ignorance): cette présentation apologétique tendait à faire contraste avec la brillante civilisation islamique qui a suivi. De leur côté les sources externes faisaient état des principaux évènements militaires survenus dans la péninsule: conquêtes d’un roi de Babylone au nord (550 av JC); projet de conquête par Alexandre le grand (323 av JC); raid romain au Yémen (25 av JC); crise entre les royaumes de Yémen et d’Ethiopie (520 ap JC). Enfin les sources archéologiques, bien que nombreuses, restaient peu exploitées car leur datage imprécis rendait leur interprétation fragile.

Des découvertes considérables depuis 1970, et notamment d’innombrables inscriptions……

De très nombreuses découvertes sont venues depuis 1970 remettre en cause l’image traditionnelle de l’Arabie préislamique. Monnaies, monuments, gravures rupestres, archives, et surtout innombrables inscriptions de toutes sortes sont venues fournir du travail aux épigraphistes pour des décennies. Seule une partie de ces découvertes a déjà fait l’objet de publications, car les chercheurs compétents (un peu en Europe, un peu dans le royaume Saoudien, aucun aux USA) sont en nombre très insuffisant.

les plus anciennes en langue arabique…

Avant l’ère chrétienne, les écritures propres à la péninsule arabique dérivaient de l’ougaritique. Elles se caractérisaient par des lettres très géométriques et des mots séparés par des barres. Dans leur version monumentale, elles sont sans doute à l’origine de l’écriture décorative islamique. Des milliers d’inscriptions de ce type ont été trouvés au Yémen. Parmi elles, un poème rimé de 27 vers qui semble le plus ancien de la littérature universelle (100 ap JC).

Les musées ont recueilli près de 10000 versions cursives de ces écritures, rédigées sur support bois dans un but d’archives. En raison de la pénurie signalée d’épigraphistes compétents, seul un millier a fait l’objet de publications. A ces archives, il faut ajouter d’innombrables inscriptions rupestres éparses dans les rochers du désert. Les échelles sont hallucinantes: sur le seul site de Himà en cours d’inventaire, on découvre des milliers d’inscriptions, et il y a des centaines de sites similaires. On nomme ces langues préislamiques selon les royaumes mentionnés dans les inscriptions quand elles sont suffisamment explicites (ex: le sabéen pour la langue du royaume de Saba, le hagarite pour celle du royaume deHagar), ou à défaut selon la géographie. A noter que des langues arabiques issues du tronc ancien (et donc sans aucun rapport avec l’arabe moderne) perdurent aujourd’hui dans le sud de la péninsule: suqutrite, jibbâlite… …

les plus récentes (ère chrétienne) en langue araméenne

Très différente des précédentes, l’écriture araméenne se diffuse dans la péninsule Arabique au début de l’ère chrétienne. C’est une écriture beaucoup moins géométrique, sans voyelles, sans séparation entre les mots. Sa forme cursive est l’ancêtre de l’arabe, lui-même dérivé du nabatéen, une variété de l’araméen. La plus ancienne inscription en langue arabe (encore assez éloignée de sa forme actuelle)a pu être datée de 470ap JC (cf infra).

Comment dater les inscriptions

C’est seulement depuis 1989, après un siècle de décantation (datation au carbone 14, traduction des inscriptions), qu’on est arrivé à faire une chronologie approximative de l’ensemble des civilisations de la péninsule Arabique. Certaines inscriptions portent des dates. Pour d’autres on se fonde sur le stade atteint dans l’évolution de l’écriture. Par ailleurs certains souverains cités, aux noms caractéristiques, sont aussi mentionnés dans les archives assyriennes, ce qui permet de dater avec sûreté les inscriptions. Enfin des inscriptions se réfèrent à des événements que l’on peut dater.

Par exemple une inscription relate qu’un ambassadeur du royaume de Saba s’est rendu à Chypre où il a réchappé à une guerre entre Ioniens et Chaldéens: on peut ainsi la dater entre 600 et 550 av JC.

Autre exemple: un commerçant du royaume de Mâ’in (Yémen) relate qu’il a survécu à une révolte des Egyptiens contre les Mèdes, ce qui permet de dater l’inscription vers 350-340 av JC. Autre exemple : des gens d’Arabie orientale gravent des inscriptions au Yémen et les datent du roi Séleukos, soit 298 av JC. On apprend au passage que l’Arabie orientale était à cette date sous domination séleucide.

Le royaume de Himyar: bref historique

Situé au SO de la péninsule arabique, le Yémen en constitue la partie fertile, en raison de son altitude (moyenne 2000 m) et de son régime de pluies de mousson. Divisé en 3 ou 4 royaumes dans l’Antiquité, il a été totalement unifié vers 300 sous le nom de royaume de Himyar (capitale Zafâr). A la suite des campagnes des princes Yaz’anides (320-360), il s’est soumis durablement toute la péninsule arabique. Sa religiondominante est devenue le judéo-monothéisme vers 380. Contraint de se soumettre au royaume chrétien d’Aksûm (Ethiopie) vers 500, il a connu la révolte du roi juif Joseph en 522 et la persécution des chrétiens qui l’a accompagnée. Cette révolte a été matée par les Ethiopiens, qui ont installé le roi chrétien Abraha (535-565). En 570 le royaume de Himyar s’est soumis aux perses Sassanides et a disparu de l’Histoire.

Le paganisme disparaît entre le 3è et le 4è siècle

Le paganisme a laissé de nombreuses traces au Yémen (temples, inscriptions). Voici par exemple des images du temple considérable de Ma’arib, dans lequel on a trouvé plus de mille inscriptions très instructives. A noter que ce paganisme s’interdisait toute représentation divine sous forme humaine ou animale: le dieu était figuré par un trône vide, seule la représentation de ses messagers ailés étant admise.L’une des premières inscriptions monothéistes recensées (‘Avec l’aide d’Ilân, maître du Ciel’) date de 330 EC. Si en parallèle on relève les dates des dernières inscriptions trouvées dans les temples païens du Yémen, on arrive à la conclusion que presque tous ces temples ont été abandonnés au 3e siècle, les derniers et les plus grands l’ayant été à la fin du 4e siècle : la dernière inscription païenne date de 380 EC.

A partir de 380, de nombreuses inscriptions commémorent des personnages officiels juifs

Premier exemple : un personnage qui s’appelle Yehuda construit un palais dans la capitale Zafâr et invoque le nom du roi. Ce haut personnage de la cour royale porte un nom juif. D’ailleurs le petit texte situé dans le monogramme central est gravé en hébreu et se termine par ‘Amen, shalom, amen’.

Autre exemple (tombe découverte au sud de la mer Morte). Le texte dit: ’Puisse reposer l’âme de Yoseh, fils d’Awfa, qui trépassa dans la ville de Zafâr, dans le pays des Himyarites, partit pour le pays d’Israël et fut enterré le jour de la veille du Sabbat, le 29e jour du mois de Tammuz, la 1ère année de la semaine d’années égale à l’an 400 de la destruction du Temple’. Donc voilà quelqu’un qui est mort dans le pays des Himyarites et dont les restes ont été transportés au voisinage de ce qui était considéré comme le pays d’Israël.

Nécropoles et cimetières juifs

On a des preuves nombreuses de la présence juive en Arabie. Ainsi dans la nécropole juive de Bet She’arîm (découverte en Galilée à la fin des années 30, mais oubliée par la suite), on a trouvé un caveau réservé aux juifs Himyarites (ou Homérites). Par ailleurs sur le site de Hasî (près de Zafâr, au Yémen), on a trouvé la très belle inscription suivante: ‘Le prince a concédé au Seigneur du Ciel quatre parcelles, à côté de ce rocher, en descendant jusqu’à la clôture de la zone cultivée, pour y enterrer les juifs, avec l’assurance qu’on évitera d’y enterrer avec eux un non-juif ‘(‘rmy=araméen=païen). Voilà donc le témoignage explicite qu’une autorité (juive?) a accordé sa protection aux communautés juives et s’est senti une obligation de leur créer un cimetière réservé.

Sans être religion officielle, le judaïsme de Himyar apparaît religion dominante

Un grand nombre d’inscriptions sont dues aux rois de Himyar. Celle-ci-contre (384) dit simplement: ‘Avec l’aide deson seigneur, le Seigneur des Cieux’. Les rois de Himyar utilisent toujours des formules monothéistes, sans que l’on puisse dire s’ils sont juifs ou non. En revanche les inscriptions rédigées par des particuliers présentent toute la gamme entre ce monothéisme neutre et un judaïsme affirmé. Comme aucune inscription ne mentionne une orientation religieuse différente, la société apparaît ainsi fortement judaïsée.

Juifs orthodoxes et judéo-monothéistes partagent le ‘mikrâb’

Le judéomonothéisme de Himyar a une maison qui lui est consacrée en propre: le mikrâb. Elle sert au culte, à l’enseignement, et peut-être à l’hébergement des voyageurs. On trouve un mikrâb dans les cimetières juifs. Le nom de mikrâb n’est attesté dans les inscriptions que pendant la période judéomonothéiste.

On a la certitude que le mikrâb est partagé entre les juifs fidèles de la Torah et les judéomonothéistes, considérés par les premiers comme des ‘craignant Dieu’. Dans l’un des plus anciens mikrâb édifiés par un roi, on a trouvé l’inscription suivante: ’Et pour que Dieu, seigneur du ciel et de la Terre, leur accorde la crainte de son nom et le salut de leurs personnes.’Par le mikrâb, la communauté juive, sans doute minoritaire, était en relation étroite avec les monothéistes plus nombreux qui adhéraient aux principes de morale de la Torah, mais pas à l’ensemble de ses prescriptions.

Particularités du judaïsme himyarite

‘Que bénissent et soient bénis le nom de Rahmânân qui est au Ciel, Israël et son Dieu, le Seigneur des juifs…’Par ailleurs on a découvert la trace d’une grande vénération des familles sacerdotales juives chargées du culte au Temple de Jérusalem: à Bayt Hâdir (près de Sanaa), une inscription enregistre soigneusement les noms des 24 familles de prêtres et de leurs villages d’origine, tous galiléens. C’est la seule inscription de ce type trouvée en dehors du territoire d’Israël.

Le judaïsme est aussi attesté dans le nord de l’Arabie dès le 3e siècle

Le judaïsme dans le nord-ouest de la péninsule arabique, attesté par des sources externes, a laissé lui aussi de nombreuses traces dans les inscriptions. Par exemple sur une stèle trouvée à Tayma, une grande oasis du nord de l’Arabie, l’inscription dit: ‘Ceci est le mémorial d’Isaïe, fils de Joseph, prince deTayma, qu’ont érigé sur lui Amram et Rashim ses frères’. Le terme traduit par ‘prince’ désigne plus précisément le premier magistrat de la cité; il est utilisé dans ce sens sur une inscription du site voisin de Madâ’in Salih. Tous les noms étant juifs, on est assuré que le premier magistrat d’une grande oasis de l’Arabie du nord était juif en 203 EC. Autres exemples: on a trouvé une stèle (356) dédiée à une descendante de Samuel, prince de Higrâ. Là aussi on a un nom typiquement juif qui est porté par un personnage occupant une position de premier plan. Près de Tayma, on a trouvé une menorah avec les ustensiles caractéristiques du judaïsme qui l’accompagnaient.

La conversion du roi de Himyar vers 380 est c