Lockerbie: Attention, un attentat peut en cacher bien d’autres! (Behind Lockerbie,… an Iranian 9/11-type suicide attack on a US cruiser?)

28 août, 2007
Iran Air airbus decoy for suicide attack on US cruiser? (Jul. 88)Une chose est claire, c’est que le USS Vincennes était en état de légitime défense. Cet accident tragique s’est produit dans un contexte d’attaques illégales iraniennes répétées, injustifiées et non-provoquées contre la marine marchande et les forces armées des Etats-Unis. Et il s’est produit au cours d’une attaque navale lancée par des navires iraniens contre un navire neutre et plus tard contre le Vincennes quand il est venu secourir le bateau innocent en perdition. Vice-président George H.W. Bush (Siège des Nations-Unies, le 14 juillet 1988)

Suite au tardif repentir d’un policier suisse (prudent: il a attendu la prescription des faits!) qui reconnaît avoir introduit lui-même la pièce à conviction ayant servi à faire condamner un agent libyen dans l’affaire de l’attentat contre l’avion de la Panam au-dessus de Lockerbie qui avait 270 morts en 1988 …

Petit retour, avec Iran-Resist, sur les vrais commanditaires de l’attentat (comme d’ailleurs apparemment de celui du DC10 d’UTA, qui avait fait 170 morts au-dessus du désert du Ténéré l’année suivante), iraniens bien sûr et comme d’habitude derrière le rideau de fumée d’un de leurs groupes terroristes affidés, en l’occurrence le FPLP d’Ahmed Djibril basé alors à Damas (les Lybiens jouant les « lampistes »?).

Et les vraies raisons des services occidentaux pour avoir abandonné ce qui avait été en fait la première piste envisagée: d’abord, du côté américain, la nécessité en 1990 d’intégrer la Syrie à la Coalition de la 1e guerre du Golfe ainsi que, du côté français, la récupération de nos otages du Hezbollah au Liban.

Mais aussi peut-être… le vrai mobile des deux attentats, à savoir la vengeance pour la destruction d’un avion de ligne iranien (Airbus) par un croiseur américain (USS Vincennes) au-dessus du Golfe en juillet 1988 (peu après, à un mois de la fin de la Guerre Iran-Irak, la destruction d’une frégate américaine par une mine iranienne), derrière lequel (13 ans avant le 11/9: 290 morts pour lesquels les EU ont versé $61.8 millions) les services secrets iraniens tentaient de dissimuler une attaque-suicide (avec un chasseur P3)?

Lockerbie : La piste Irano-syrienne revient…
Iran-Resist
28.08.2007

Ulrich Lumpert, l’un des principaux témoins à charge contre la Libye dans l’attentat contre un Boeing 747 de la Pan Am, affirme avoir menti à la police Ecossaise chargée de l’enquête. Cette déposition remet en cause la responsabilité de la Libye dans cet attentat qui a fait 270 morts. Cette déposition innocente Abdelbasset al-Megrahi, haut responsable des services secrets de Tripoli, qui purge une peine de prison à vie près de Glasgow, et relance la piste dite iranienne…

Le récit du témoin menteur a été publié par Le Figaro. L’homme affirme avoir menti dans un moment de dépression. Lumpert assure avoir « volé » un retardateur, élément électronique destiné à déclencher une explosion à une heure déterminée, dans le laboratoire de Mebo où il travaillait, pour le remettre à un policier écossais lié à l’enquête, dont il cite le nom. La société zurichoise Mebo avait bien vendu des retardateurs à la Libye et la pièce introduite frauduleusement dans le dossier établissait un lien entre la Libye et l’attentat. A l’époque, Mebo avait affirmé que la pièce présente dans le dossier était différente des retardateurs livrés à Tripoli. Mais les dés étaient jetés. Lumpert avait par la suite lors du procès fait semblant d’identifier cette pièce à conviction qu’il avait lui-même introduite frauduleusement dans le dossier.

Cette déposition inattendue et la relance de la piste initiale ont un parfum politique. Tout dépend de l’attitude de Téhéran. S’il se montre plus coopératif dans le dossier nucléaire. Les relanceurs ont les moyens d’accabler la Syrie au lieu de l’Iran car l’attentat a été commandité par le régime des mollahs et exécuté par le FPLP, un mouvement palestinien financé par les mollahs qui a aussi son siège à Damas.

Il y a donc deux pistes exploitables dans cette nouvelle relance. Il y avait eu une autre relance en août 2005, quand Téhéran refusait la fabuleuse offre commerciale de l’Europe en échange d’une suspension de ses activités nucléaires.

Le Figaro avait publié l’information le 30 août 2005… et dans l’article de Jacques Duplouich, il était question d’une implication iranienne ! Dans cet article consacré au témoin menteur, il n’est nulle trace des conclusions de Jacques Duplouich en 2005.

Pour compenser ce manquement, nous vous renvoyons vers l’un des premiers articles complémentaires du site Iran-Resist : Lockerbie : Où l’on reparle d’une implication de l’Iran ?


Lockerbie : Où l’on reparle d’une implication de l’Iran?

Iran-Resist

30.08.2005

Jacques Duplouich, correspondant du Figaro à Londres a consacré un article à des révélations sensationnelles sur l’attentat aérien de Lockerbie survenu en 1988.

Jacques Duplouich se contente de rapporter les dernières évolutions de cette affaire :
– La justice écossaise a-t-elle jugé « le » vrai responsable de la tragédie de Lockerbie ?

La justice écossaise a-t-elle jugé « le » vrai responsable de la tragédie de Lockerbie ? Le doute s’installe au Royaume-Uni. De nouveaux éléments du dossier et une révélation sensationnelle viennent tarauder le bien-fondé du verdict qui, en janvier 2001, a condamné le Libyen Abdel Basset Ali al-Megrahi à 27 ans de détention pour 270 meurtres : les 259 passagers et membres d’équipage du vol PanAm 103 et 11 résidents du village de Lockerbie, en Écosse.

Agent des services de sécurité du colonel Muammar al-Kadhafi, al-Megrahi n’a cessé de clamer son innocence. Il a été reconnu coupable, par une cour écossaise siégeant aux Pays-Bas, d’avoir disposé une radiocassette truffée d’explosif Semtex, activée par un détonateur sophistiqué, dans une valise introduite le 21 décembre 1988 dans la soute à bagages du Boeing 747 de la PanAm. L’avion, qui assurait la liaison Londres-New York, avait explosé au-dessus de la petite ville écossaise de Lockerbie, 38 minutes après le décollage.

L’expertise scientifique a tenu un rôle déterminant dans l’argumentation de l’accusation. Alan Feraday, l’un des quatre experts en explosifs commis par la justice, avait reconstitué la machine infernale dissimulée dans le bagage grâce à un fragment de circuit intégré de la radio cassette. Toutefois, « cette pièce à conviction, décisive, est la seule ayant été visiblement altérée » relève Jim Swire, père d’une victime et porte-parole des plaignants de Lockerbie.

La compétence d’Alan Feraday, ancien employé du Royal Armaments Research and Development Establishment, est contestée par la justice elle-même. Sept ans avant le procès du drame de Lockerbie, le Lord Chief Justice (président de la Cour de cassation) avait tonné contre l’expert infondé, selon lui, à se présenter comme « un expert en électronique ». Dans deux autres cas – le dernier en date, en juillet dernier – des condamnations prononcées sur la foi de ses expertises ont, aussi, été cassées.

La déclaration d’un policier écossais « de haut rang » – mais anonyme – ayant participé à l’enquête et, aujourd’hui, à la retraite, renforce la suspicion. Selon lui, et à l’appui du témoignage transmis par un ancien agent de la CIA aux avocats d’al-Megrahi, la centrale de renseignements américaine aurait « écrit le scénario » accablant la Libye dans l’attentat. L’indice identifié par Alan Feraday comme étant un élément du détonateur aurait, dit-il, été « fabriqué » et « planté » par des agents de la CIA qui enquêtaient sur la tragédie.

Pourquoi l’ancien policier a-t-il tardé à se manifester ? Il avance d’une part « la peur d’être vilipendé en n’apparaissant pas solidaire ». Il exprime, d’autre part, « la conviction », au moment où il s’est avisé du magouillage, que la perspective d’un procès était « rien moins qu’une certitude ».

A la question de savoir pourquoi la CIA aurait induit sciemment les enquêteurs en erreur, le policier n’apporte pas de réponse. Mais, il est vrai que l’activité des agents américains soulève bien des questions. Ainsi, ils ont occupé le terrain de Lockerbie – avec préséance sur les inspecteurs écossais – dans la recherche d’indices. Ils ont récupéré la valise d’un des leurs, victime de la tragédie, ils l’ont vidée, avant de la restituer, dûment nettoyée, comme « preuve matérielle ».

Pourquoi la piste libyenne a-t-elle été privilégiée alors qu’une autre, crédible, conduisait au Front populaire de libération de la Palestine-Commandement général d’Ahmed Djibril et à son commanditaire, l’Iran. Autant d’interrogations sans réponses, pour l’heure. La Commission de révision des affaires criminelles, saisie du cas d’al-Megrahi, pourrait, 17 ans après les faits, relancer l’enquête si elle devait conclure à l’iniquité du procès.

«Les révélations » tardives sur l’attentat de Lockerbie sont en rapport avec l’éjection de la Troïka des «négociations» sur le nucléaire iranien.

Bon nombre de procès qui impliquent les services secrets du régime des Mollahs avaient été mis en sommeil ces dernières années pour plaire aux Mollahs et créer la «Confiance» si nécessaire pour aboutir à un accord sur le nucléaire.

Dans différents pays, on assiste à la réouverture de dossiers sur des meurtres, enlèvements ou attentats. L’affaire de Lockerbie en est la plus spectaculaire illustration. Une fois de plus la recherche de la justice n’est pas le but visé, mais bien de mettre une pression sur le régime des Mollahs ou de préparer l’opinion à une avalanche de sanctions vis-à-vis de l’Iran. Soyons-en satisfaits tant pour les familles des victimes que pour les iraniens eux-mêmes qui sont les grands oubliés de l’histoire de l’humanité.

Quelques faits

En juin 2000, un transfuge des services secrets iraniens confirmait l’implication des Mollahs dans cette affaire comme cela avait déjà été dit.

Le 24 février 1992, le « Sunday Times » publiait un rapport secret de l’OLP affirmant que l’Iran, et non la Libye, était à l’origine de l’attentat de Lockerbie qui fit 270 morts en décembre 1988. L’explosion en vol d’un avion de ligne de Pan Am, aurait été ordonnée et financée par Ali Akbar Mohtashami en représailles de la destruction par les Américains d’un Airbus civil iranien au-dessus du Golfe en juillet 1988 (voir plus bas nos révélations sur cette affaire). La bombe de Lockerbie aurait été fabriquée par Khaisar Haddad, connu sous le nom d’Abou Elias, un chrétien libanais. L’OLP estime qu’Abdel Baset Ali Mohamed El Megrahi et El Amin Khalifa Fhimah, deux Libyens soupçonnés par les Américains et les Britanniques d’être les auteurs de l’attentat, ne sont que des « techniciens » de bas niveau, bref des lampistes.

Il faut se rappeler que la première piste d’enquête dans l’attentat de Lockerbie conduisait au FPLP-Commandement Général (groupe terroriste financé par les mollahs) qui a aussi son siège à Damas.

Cette piste avait été abandonnée en 1990-91, quand il fallut intégrer la Syrie à la « Coalition de la 1e guerre du Golfe ». FPLP-CG est également soupçonné dans le cas de l’attentat du DC10 de l’UTA, qui a explosé au-dessus du désert du Ténéré, causant 170 morts, le 19 septembre 1989.

Pierre Péan s’intéressa à cet attentat dans son livre « Manipulations africaines : qui sont les vrais coupables de l’attentat du vol UTA 772 ? ». Selon Pierre Péan, le juge Bruguière a orienté l’enquête de manière intentionnellement erronée sur demande de l’appareil d’Etat pour accuser à tort la Libye et disculper l’Iran et la Syrie, les véritables auteurs de l’attentat via l’Hezbollah.

« Mais la désignation du bouc émissaire libyen n’a pas soulagé seulement les Etats-Unis, elle a constitué une aubaine pour quelques hommes politiques français empêtrés dans de délicates transactions clandestines afin de faire libérer nos otages au Liban contre promesses faites à l’IRAN et au Hezbollah », Péan, (4e de couverture).

« Avec le recul, il est effectivement intéressant de souligner que la piste libyenne s’est imposée au même moment dans les deux dossiers, Lockerbie et le DC10 UTA, alors que dans les deux cas, tous les services de renseignements occidentaux privilégiaient l’implication du FPLP-CG. Dans les deux cas, une preuve scientifique confortait l’implication d’Ahmed Jibril : le Toshiba pour Lockerbie, la valise d’Abou Ibrahim pour le DC10, p.68 ».

Nous espérons que dans l’intérêt des victimes et du peuple iranien, les européens utiliseront tout ce dont ils disposent comme preuves contre les Mollahs pour imposer des sanctions très significatives contre leur régime afin d’aider indirectement le soulèvement du peuple iranien soumis. .

La destruction par les Américains d’un Airbus civil iranien au-dessus du Golfe en juillet 1988| selon nos sources, l’aviation militaire de la République Islamique voulait lancer une attaque de type kamikaze sur un porte-avion américain en utilisant l’Airbus de l’aviation civile comme un écran. L’airbus était utilisé pour masquer l’image radar des chasseurs bombardiers de la République Islamique. Le porte-avions américain a fait feu sur l’Airbus et tous les passagers avaient péri. Bien avant le 11 septembre 2001, l’utilisation d’un avion de ligne dans un acte de guerre est une innovation des services secrets des Mollahs.

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Littérature: Proust parlait-il franglais? (Did Proust speak franglais?)

27 août, 2007
Parlez-vous franglais? (Etiemble)Le passé est un pays étranger. Ils font les choses différemment là-bas. Lesley Poles Hartley (« Le Messager »)
Pauvre Odette! Il ne lui en voulait pas. Elle n’était qu’à demi coupable. Ne disait-on pas que c’était par sa propre mère qu’elle avait été livrée, presqu’enfant, à Nice, à un riche Anglais? Proust
According to Karlin, English is the key to Proust’s « doubleness », and the grit in the oyster of his French. Snobbery besides, his great subjects included the related one of etymology. He loved the way words are rubbed like old coins, names changing shape, competing and merging with other currencies, and he knew that the Academie’s propaganda about the classical purity de la langue française was simply fishing for compliments (two entries), then as now. That was why Proust was so fond of English, the vigorous bastard of Anglo-Saxon and Norman French, swallower of all known tongues. And this was his view as an outsider, as a Jewish homosexual Dreyfusard bourgeois invalid artist: that English was the global future, more orgiastic than golf itself. Lewis Jones

Après le jeu de société pour jeunes filles de bonne famille victoriennes … « La Recherche » elle-même!

Bridge, clubman, cocktails, darling, doper, fair play, five o’clock tea, films, flirt, gentleman, gin, globe-trotter, goddam, paddock, patronizing, pianola, tennis, toast, tommy, Tory, yachts, yachtswomen, et bien sûr, snob (49 fois) snobisme (41) snober (2), snobinettes, antisnobisme …

Etiemble s’en retournerait dans sa tombe: si l’on en croit l’universitaire britannique Daniel Karlin (« Proust’s English »), l’anglais fonctionnerait comme une véritable deuxième langue dans « La Recherche ».

Y identifiant plusieurs centaines de mots anglais (dont on sait la place dans le snobisme d’aujourd’hui), il montre à la fois l’ampleur de l’anglomanie de l’époque.

Mais aussi sa fonction comme une sorte de code secret à travers l’œuvre entière et chez ses principaux personnages.

Notamment Swann, le juif assimilé avec son nom à consonance anglaise, son appartenance au « Jockey-club, » son amitié avec le Prince de Galles (futur Edouard VII) et ses lettres à Twickenham et ses invitations au Palais de Buckingham dans les poches.

Et sa femme, la demi-mondaine Odette avec ses tendances lesbiennes et sa très snob affectation pour les mots anglais mais qui se trouve aussi avoir été vendue, très jeune, à un riche Anglais par sa propre mère.

Le tout de la part d’un écrivain qui, n’ayant jamais mis les pieds en Angleterre ni quitté la France (ou même la région parisienne ou la Normandie !), et, contrairement à sa mère polyglotte, ne parlant ni ne lisant couramment l’anglais, se passionnait pour Ruskin.

Mais y aurait-il là autre chose qu’un simple retour des choses après les plus de trois siècles d’imposition, par le Normand Guillaume et ses descendants, du français comme première langue de la cour d’Angleterre?

Swann’s way with Franglais
The Telegraph
15/01/2006

Lewis Jones reviews « Proust’s English » by Daniel Karlin.

Noticing the title of Daniel Karlin’s book, a colleague of his at Boston University remarked, « No he’s not. » Karlin replies, « And of course he isn’t. And yet… » It sounds ridiculous, but Professor Karlin’s thesis is that the sublime prose of A la recherche du temps perdu is a form of Franglais. It turns out to be a convincing thesis, as well as an amusing one.

Originally prompted by hospitality to refugee aristocrats, anglomanie – the rage for English fashion – has afflicted France since the mid-18th century, on and off, and in Proust’s day it was in a virulent phase. He never came to England (as the French call Britain), or learnt English, but he preferred English literature to French, and was mad about Ruskin – two of whose books, with much diligence and female assistance, he translated into French.

The Champs-Elysée was agog for le lunch, le garden-party and le five o’clock tea. Le sport was de rigueur. When Marcel first sees Albertine, among les jeunes filles en fleur, he assumes, rather snobbishly, that she and her gang are the underage mistresses of professional bicyclists – an « individualist » sport, promoted by the state to counter English team games such as le rugby. As his love blossoms she becomes, for him, « la muse orgiaque du golf ». He admired the game’s frivolity, and in that spirit deduced that the aim was to score as high a handicap as possible.

The word « snob » entered French in 1857, with Georges Guiffrey’s translation of William Makepeace Thackeray’s Book of Snobs (1848). First published in Punch – in 44 « Snob Papers », under the rubric « The Snobs of England, by One of Themselves » – The Book of Snobs defined English snobbery. Proust, though, has more to say on the subject of snobbery, both in general and in particular, than every other author combined.

It is unsurprising to learn, therefore, that of the many English words in A la recherche – clubman, doper, fair play, films, flirt… gentleman, gin, globe-trotter, goddam… paddock, patronizing, pianola… toast, tommy, Tory… yachts and yachtswomen – snob is easily the most frequent, at 49 entries. Snobisme has 41. There are two entries for the nonce verb snober (glad to see it in the first conjugation), and one each for snobinettes and antisnobism.

Charles Swann, Proust’s beau idéal, has an English name, pronounced « Suoann »; except once, by his daughter, when betraying his memory, as « Svann »: « …a change, as she soon realised, for the worse, since it made this name of English origin a German patronymic ». Swann is a friend of the Prince of Wales (later Edward VII), a member of le Jockey Club, and has « a letter in his pocket from Twickenham », where the Orléans pretenders lived in exile. His wife, Odette, who used to be a cocotte, is given to vulgar anglicisms.

When Swann met her, Odette called herself de Crécy. As a young man at Balbec, Marcel meets the comte de Crécy, « an impoverished, but extremely distinguished nobleman », of English extraction. « I thought more than once of telling him, as a joke, that I knew Mme Swann, who as a courtesan had been known at one time by the name Odette de Crécy: but… »

Much later Marcel learns that the reason the comte is so poor is that he used to be married to Odette. Much earlier, vertiginously, Swann has defended his wife against charges of lesbianism: « Poor Odette!… She was only half to blame. Had he not been told that it was her own mother who sold her, when she was still hardly more than a child, at Nice, to a wealthy Englishman? »

Karlin notes that English in A la recherche tends to be associated with « social malfunction ». In a fashionable tea-shop, Odette wants to tell Marcel a secret. So she won’t be understood by neighbouring tables, and the waiters, she speaks to him in English. Sadly, the only person who doesn’t understand English is Marcel, so she confides to the entire room, while leaving him in the dark (a generous joke).

The only complete sentence of English occurs in Sodome et Gomorrhe, at a party chez the princesse de Guermantes; the young duc de Châtellerault arrives, on his first visit to that house, so the footman has never before had cause to announce him. Yet he and the footman have already met; a few days earlier they had casual sex in a street off the Champs. During this encounter the duke pretended to be English – the obvious explanation of his sexual preference. Pressed as to his identity, he kept repeating, in a French accent, « I do not speak french » [sic]. Now the duke must announce himself, so that his partner may announce him to the world, and he is in agony. Like many scenes in Proust, it reminds one of a Wodehouse story, but set in the adult world. As in Wodehouse, the footman lets the lord off, and has the last word, announcing him « loudly, distinctly, and with an intimate tenderness ».

Proust’s English is comprehensively argued. According to Karlin, English is the key to Proust’s « doubleness », and the grit in the oyster of his French. Snobbery besides, his great subjects included the related one of etymology. He loved the way words are rubbed like old coins, names changing shape, competing and merging with other currencies, and he knew that the Academie’s propaganda about the classical purity de la langue française was simply fishing for compliments (two entries), then as now. That was why Proust was so fond of English, the vigorous bastard of Anglo-Saxon and Norman French, swallower of all known tongues. And this was his view as an outsider, as a Jewish homosexual Dreyfusard bourgeois invalid artist: that English was the global future, more orgiastic than golf itself.

Compared with the gargantuan feast that is the novel, this book constitutes a snack, albeit a well illustrated snack, and with a witty scholarly apparatus (shoddily bound, though). But for Proustians possibly not just for the moment quite up for the marathon of months – not until January, anyway – Proust’s English makes an evocative madeleine.


Littérature: Notre fameux questionnaire de Proust aussi était anglais! (New blow for the French: Proust’s questionnaire was also imported from Britain!)

27 août, 2007

Proust's questionaire

Après le drapeau et la révolution ,… le questionnaire!

Tombant par hasard sur l’excellente présentation de La maison de vacances du petit Marcel sur Agoravox, je n’ai pu m’empêcher de repenser à une découverte que j’avais faite il y a quelques années.

A savoir que le fameux questionnaire qui passe pour la quintessence de l’esprit français se trouvait être, gloups (comme dirait Libération),… une invention anglaise!

Mais, au-delà de la (re)découverte que le plus génial de nos grands auteurs était aussi le plus anglomane, comment bouder l’émouvant plaisir de (re)découvrir celui-ci à travers le propre portrait qu’il faisait de lui-même et cela à deux reprises, lorsqu’il n’était encore que le « petit Marcel » des vacances de Combray …

ATTENTION: UN QUESTIONNAIRE PEUT EN CACHER UN AUTRE ...
JC Durbant
Paris
le 8/6/03

Qui ne connait le célébrissime questionnaire de Proust que Bernard Pivot nous a religieusement refait entendre, semaine après semaine et année après année, dans ses non moins célèbres émissions littéraires, “Apostrophes”, puis “Bouillon de culture”?

Et, en Amérique, qui ne connait la reprise de ce fameux questionnaire par le plus francophile des animateurs de talk show américains, James Lipton, dans son émission “Inside the Actor’s studio”?

Ou, plus récemment, sa résurrection sur la dernière page du fameux magazine Vanity Fair – copiée à son tour par notre Express et sans doute bien d’autres revues et magazines de par le monde …?

Mais qui sait que ce même questionnaire dont le manuscrit vient d’être vendu plus de 120 000 euros aux enchères à Paris n’était à l’origine qu’un petit “album de confidences”, acheté en 1884 à la librairie anglaise Galignani de la Rue de Rivoli ? (d’où les questions en anglais). L’acheteur n’était autre que le petit Marcel, alors âgé de 13 ans, et il l’avait rempli pour l’anniversaire d’une certaine Antoinette Faure (fille du futur président Félix Faure), l’amour de sa vie à l’époque, qui malheureusement ne semblait pas partager ses sentiments …

Mais alors, cette tradition de salon qui passe pour le summum de l’esprit français ne serait qu’un vulgaire jeu de société pour jeunes filles de bonne famille victoriennes? Une mode frivole auquelle le plus anglomane de nos écrivains n’aurait fait que donner ses lettres de noblesse…?

En tout cas, ne manquez pas de consulter la reproduction de ce questionnaire (dont une seconde version écrite lorsque l’auteur de la “Recherche” avait 20 ans, le tout accompagné de commentaires très éclairants) sur le site de l’Université d’Urbana-Champaign (Illinois), ainsi que la traduction commentée des réponses en anglais par un amateur américain de Proust, P. Segal.*

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* Juste un exemple qui en dit long: For what fault have you most toleration? – Pour la vie privée des génies. (For the private lives of geniuses)

Confessions.

An Album to Record Thoughts, Feelings, &c.

(Album anglais d’Antoinette Faure)

Your favourite virtue. – Toutes celles qui ne sont pas particulières à une secte, les universelles.

Your favourite qualities in a man. – L’intelligence, le sens moral.

Your favourite qualities in a woman. – La douceur, le naturel, l’intelligence.

Your favourite occupation. – La lecture, la rêverie, les vers, l’histoire, le théâtre.

Your chief characteristic. –

Your idea of happiness. – Vivre près de tous ceux que j’aime avec les charmes de la nature, une quantité de livres et de partitions, et pas loin un théâtre français.

Your idea of misery. – Etre séparé de maman.

Your favourite colour and flower. – Je les aime toutes, et pour les fleurs, je ne sais pas.

If not yourself, who would you be? – N’ayant pas à me poser la question, je préfère ne pas la résoudre. J’aurais cependant bien aimé être Pline le jeune.

Where would you like to live? – Au pays de l’idéal, ou plutôt de mon idéal.

Your favourite prose authors. – George Sand, Aug. Thierry.

Your favourite poets. – Musset.

Your favourite painters and composers. – Meissonnier, Mozart, Gounod.

Your favourite heroes in real life. – Un milieu entre Socrate, Péricles, Mahomet, Musset, Pline le Jeune, Aug. Thierry.

Your favourite heroines in real life. – Une femme de génie ayant l’existence d’une femme ordinaire.

Your favourite heroes in fiction. – Les héros romanesques poétiques, ceux qui sont un idéal plutôt qu’un modèle.

Your favourite heroines in fiction. – Celles qui sont plus que des femmes sans sortir de leur sexe, tout ce qui est tendre poétique, pur, beau dans tous les genres.

Your favourite food and drink. –

Your favourite names. –

Your pet aversion. – Les gens qui ne sentent pas ce qui est bien, qui ignorent les douceurs de l’affection.

What characters in history do you most dislike. –

What is your present state of mind. –

For what fault have you most toleration? – Pour la vie privée des génies.

Your favourite motto. – Une qui ne peut pas se résumer parce que sa plus simple expression est ce qu'[il y] a de beau, de bon, de grand dans la nature.
Cet album fut retrouvé par André Berge, un des fils d’Antoinette Faure, qui publia pour la première fois en 1924 les pages remplies par Marcel Proust. André Berge rapporte que certaines pages comportent des dates qui s’échelonnent entre 1884 et 1887. CS.

André Berge, « Autour d’une trouvaille », Cahiers du Mois, n. 7, 1er décembre 1924, pp. 5-18.

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Marcel Proust par lui-même

Le principal trait de mon caractère. – Le besoin d’être aimé et, pour préciser, le besoin d’être caressé et gâté bien plus que le besoin d’être admiré.

La qualité que je désire chez un homme. – Des charmes féminins.

La qualité que je désire chez une femme. – Des vertus d’homme et la franchise dans la camaraderie.

Ce que j’apprécie le plus chez mes amis. – D’être tendre pour moi, si leur personne est assez exquise pour donner un grand prix à leur tendresse.

Mon principal défaut. – Ne pas savoir, ne pas pouvoir « vouloir ».

Mon occupation préférée. – Aimer.

Mon rêve de bonheur. – J’ai peur qu’il ne soit pas assez élevé, je n’ose pas le dire, j’ai peur de le détruire en le disant.

Quel serait mon plus grand malheur. – ne pas avoir connu ma mère ni ma grand-mère.

Ce que je voudrais être. – Moi, comme les gens que j’admire me voudraient.

Le pays où je désirerais vivre. – Celui où certaines choses que je voudrais se réaliseraient comme par un enchantement et où les tendresses seraient toujours partagées.

La couleur que je préfère. – La beauté n’est pas dans les couleurs, mais dans leur harmonie.

La fleur que j’aime. – La sienne- et après, toutes.

L’oiseau que je préfère. – L’hirondelle.

Mes auteurs favoris en prose. – Aujourd’hui Anatole France et Pierre Loti.

Mes poètes préférés. – Baudelaire et Alfred de Vigny.

Mes héros dans la fiction. – Hamlet.

Mes héroïnes favorites dans la fiction. – Bérénice.

Mes compositeurs préférés. – Beethoven, Wagner, Schumann.

Mes peintres favoris. – Léonard de Vinci, Rembrandt.

Mes héros dans la vie réelle. – M. Darlu, M. Boutroux.

Mes héroïnes dans l’histoire. – Cléopatre.

Mes noms favoris. – Je n’en ai qu’un la fois.

Ce que je déteste par-dessus tout. – Ce qu’il y a de mal en moi.

Caractères historiques que je méprise le plus. – Je ne suis pas assez instruit.

Le fait militaire que j’admire le plus. – Mon volontariat!

La réforme que j’estime le plus. –

Le don de la nature que je voudrais avoir. – La volonté, et des séductions.

Comment j’aimerais mourir. – Meilleur – et aimé.

Etat présent de mon esprit. – L’ennui d’avoir pensé à moi pour répondre à toutes ces questions.

Fautes qui m’inspirent le plus d’indulgence. – Celles que je comprends.

Ma devise. – J’aurais trop peur qu’elle ne me porte malheur.
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Le titre est de la main de Marcel Proust. Proust a dû répondre à ce questionnaire à l’époque de son volontariat, ou quelque temps après. (Volontariat effectué du 15 novembre 1889 au 14 novembre 1890). CS.

Voir aussi:

The Infamous Proust Questionnaire
In the back pages of Vanity Fair each month, readers find The Proust Questionnaire, a series of questions posed to famous subjects about their lives, thoughts, values and experience. A regular reference to Proust in such a major publication struck me as remarkable, and it was only until I’d read Andre Maurois’s Proust: Portrait of a Genius that I understood what this was all about.

The young Marcel was asked to fill out questionnaires at two social events: one when he was 13, another when he was 20. Proust did not invent this party game; he is simply the most extraordinary person to respond to them. At the birthday party of Antoinette Felix-Faure, the 13-year-old Marcel was asked to answer the following questions in the birthday book, and here’s what he said:

* What do you regard as the lowest depth of misery?
To be separated from Mama
* Where would you like to live?
In the country of the Ideal, or, rather, of my ideal
* What is your idea of earthly happiness?
To live in contact with those I love, with the beauties of nature, with a quantity of books and music, and to have, within easy distance, a French theater
* To what faults do you feel most indulgent?

* To what faults do you feel most indulgent?
To the private lives of geniuses
To a life deprived of the works of genius
* Who are your favorite heroes of fiction?
Those of romance and poetry, those who are the expression of an ideal rather than an imitation of the real
* Who are your favorite characters in history?
A mixture of Socrates, Pericles, Mahomet, Pliny the Younger and Augustin Thierry
* Who are your favorite heroines in real life?
A woman of genius leading an ordinary life
* Who are your favorite heroines of fiction?
Those who are more than women without ceasing to be womanly; everything that is tender, poetic, pure and in every way beautiful
* Your favorite painter?
Meissonier
* Your favorite musician?
Mozart
* The quality you most admire in a man?
Intelligence, moral sense
* The quality you most admire in a woman?
Gentleness, naturalness, intelligence
* Your favorite virtue?
All virtues that are not limited to a sect: the universal virtues
* Your favorite occupation?
Reading, dreaming, and writing verse
* Who would you have liked to be?
Since the question does not arise, I prefer not to answer it. All the same, I should very much have liked to be Pliny the Younger.

This questionnaire tells us much about two things, the character of petiit Marcel, and the amusement of the young in the Belle Epoque. We see Marcel as a sweet and dreamy Mama’s boy, brainy, aesthetic, a young citizen of the world with much sympathy for the feminine. What he sees in Pliny the Younger, famous only for speaking and writing letters, is hard to grasp.

What is fascinating about this questionnaire is that it was considered so great an amusement to very young people in Proust’s time. It is hard to imagine a party of 13-year-olds in these times being quizzed about their favorite virtues, painters or characters of fiction and history. If the questionnaire were not to smack of exam, it would have to ask « what’s your favorite TV show? » or « what’s your favorite band? »

Seven years after the first questionnaire, Proust was asked, at another social event, to fill out another; the questions are much the same, but the answers somewhat different, indicative of his traits at 20:

* Your most marked characteristic?
A craving to be loved, or, to be more precise, to be caressed and spoiled rather than to be admired
* The quality you most like in a man?
Feminine charm
* The quality you most like in a woman?
A man’s virtues, and frankness in friendship
* What do you most value in your friends?
Tenderness – provided they possess a physical charm which makes their tenderness worth having
* What is your principle defect?
Lack of understanding; weakness of will
* What is your favorite occupation?
Loving
* What is your dream of happiness?
Not, I fear, a very elevated one. I really haven’t the courage to say what it is, and if I did I should probably destroy it by the mere fact of putting it into words.
* What to your mind would be the greatest of misfortunes?
Never to have known my mother or my grandmother
* What would you like to be?
Myself – as those whom I admire would like me to be
* In what country would you like to live?
One where certain things that I want would be realized – and where feelings of tenderness would always be reciprocated. [Proust’s underlining]
* What is your favorite color?
Beauty lies not in colors but in thier harmony
* What is your favorite flower?
Hers – but apart from that, all
* What is your favorite bird?
The swallow
* Who are your favorite prose writers?
At the moment, Anatole France and Pierre Loti
* Who are your favoite poets?
Baudelaire and Alfred de Vigny
* Who is your favorite hero of fiction?
Hamlet
* Who are your favorite heroines of fiction?
Phedre (crossed out) Berenice
* Who are your favorite composers?
Beethoven, Wagner, Shuhmann
* Who are your favorite painters?
Leonardo da Vinci, Rembrandt
* Who are your heroes in real life?
Monsieur Darlu, Monsieur Boutroux (professors)
* Who are your favorite heroines of history?
Cleopatra
* What are your favorite names?
I only have one at a time
* What is it you most dislike?
My own worst qualities
* What historical figures do you most despise?
I am not sufficiently educated to say
* What event in military history do you most admire?
My own enlistment as a volunteer!
* What reform do you most admire?
(no response)
* What natural gift would you most like to possess?
Will power and irresistible charm
* How would you like to die?
A better man than I am, and much beloved
* What is your present state of mind?
Annoyance at having to think about myself in order to answer these questions
* To what faults do you feel most indulgent?
Those that I understand
* What is your motto?
I prefer not to say, for fear it might bring me bad luck.

The second set of questions and answers give us Proust as a young man, mad for conquest, drawn to love crossing conventional sexual lines, still fixated on Mama. His aesthetic sensibilities have grown more serious (I, however, would not give up Mozart for Schumann, with all his interminable faux endings.) In these responses are early threads of character found in the narrator of Remembrance.

The Vanity Fair Story…
When the editors of Vanity Fair gathered to discuss a regular interview format for coming issues, one staff member suggested creating a « Vanity Fair Questionnaire. » The magazine’s London editor, Henry Porter, and Editor-in-Chief Graydon Carter, brought up the idea of the Proust Questionnaire, which met with the hearty approval of the numerous Proust afficianados on the staff. Senior Editor Aimee Bell , a fan herself, took on the task of researching and producing this feature, with the assistance of the University of Kansas professor Theodore Johnson, a noted authority on Proust. Since July of 1993, a major celebrity has responded to a version of the questionnaire, found in the back pages of each issue.

I mentioned to Ms. Bell that I had not dared to contact Professor Johnson, or any of the other university Proustians, because my own work was so unacademic. « Why? » she said, « Proust would have liked it. »

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P Segal

Au XIX siècle, une mode importée d’Angleterre faisait fureur chez les jeunes filles de bonne famille : l’album de confidences. Elles priaient leurs proches de répondre par écrit à des séries de questions portant sur leurs goûts et leurs traits de caractère. Le petit Marcel se prêta au moins deux fois à ce jeu de société : vers 1886 et en 1893, à l’âge de vingt et un ans. Malgré quelques variations dans le nombre et l’intitulé des questions, le « questionnaire de Proust » revêt d’ordinaire la forme suivante.

PARIS (AFP) – Deux manuscrits de Marcel Proust, dont le célèbre questionnaire de l’écrivain, ont été mis aux enchères lors d’une vente de livres, autographes et manuscrits à l’hôtel Drouot-Richelieu mardi à Paris.

Le célèbre questionnaire a été rédigé par l’écrivain à l’âge de 14 ans.

Très en vogue à l’époque victorienne, la tradition du questionnaire, album de questions permettant de cerner la personnalité de celui qui y répond, fut par la suite adoptée en France.

Le jeune Marcel répondit à l’un d’entre eux pour son amie Antoinette Faure, fille du président Felix Faure, dont la famille entretenait des liens d’amitié avec celle de Proust.

Estimé entre 25.000 et 30.000 euros, ce premier « questionnaire de Proust » est inclus dans un album anglais comptant quelque 40 pages de réponses, parfois signées et datées de 1884 à 1887, dont celles du futur auteur d' »A la recherche du temps perdu », a été adjugé pour 120.227 euros au créateur Gérard Darel

Le second document mis aux enchères est un extrait dactylographié de « La prisonnière », cinquième partie d' »A la recherche du temps perdu », comprenant de nombreuses corrections, ajouts et ratures, estimé entre 30.000 et 35.000 euros.

Le texte fut publié pour la première fois dans la Nouvelle revue Française parue le 1er novembre 1922, peu de temps avant la mort de l’écrivain, disparu le 18 novembre.


Economie: Je ne laisserai personne dire que 60 ans est le pire âge de la vie (Don’t bogart that joint, old friend!)

25 août, 2007
Don't bogart that joint, my friend!Oser parler de conquête sociale comme on l’a fait en 1983 à propos de la retraite à 60 ans est une véritable supercherie. Depuis quand remporte-t-on des victoires sociales sur ses enfants? En fait, la génération au pouvoir a décidé de s’octroyer cinq ans d’oisiveté supplémentaires aux frais de ses enfants! François de Closets
(…) un système qui, en 1950, ne garantissait que 28 % du salaire moyen. En 1965 encore, 30 % des personnes de plus de 65 ans avaient un revenu inférieur au seuil de pauvreté. (…) Trente années après, les retraités ont un niveau de vie égal et même supérieur à celui des actifs, sans même tenir compte de la jouissance et des revenus d’un patrimoine plus important. Aujourd’hui, seules 5 % des personnes de plus de 65 ans ont un revenu inférieur au seuil de pauvreté. Etre vieux ne signifie plus être soumis au risque de l’indigence.
le ratio de dépendance démographique (…) va quasi atteindre un cotisant pour un retraité vers 2020, alors qu’il était de quatre cotisants pour un retraité dans les années 1980 et de quinze cotisants pour un retraité en 1945. (…) A législation inchangée, pour assurer le financement des régimes de retraite, il faudrait doubler l’impôt sur le revenu d’ici à 2020 ou doubler la TVA d’ici à 2040.
(…) c’est porter à la charge de la génération née après 1970, moins nombreuse, plus soumise qu’autrefois au risque du chômage et de la précarité, et qui devra en outre supporter les intérêts et le capital d’une dette que ses aînés ont laissée filer, le soin de payer la santé et les retraites d’une génération qui a bénéficié de carrières longues, s’est voulue volontairement moins féconde, a connu des conditions de travail moins pénibles et a décidé, cerise suprême sur le gâteau, de fixer l’âge de la retraite à 60 ans alors que tous les autres Etats européens, confrontés aux mêmes problèmes, ont relevé à 65 ans (voire 67 ans au Danemark) l’âge légal de départ à la retraite.
Là où une ouvrière de 60 ans, à la carrière incomplète pour avoir élevé deux enfants, touchera 1,04 euro pour 1 euro cotisé, un employé modeste à la Banque de France, pouvant prendre sa retraite à 55 ans, touchera 2,42 euros pour 1 euro cotisé. Là où un cadre multicarrières ayant commencé par être ingénieur agronome avant de se lancer dans une activité libérale de conseil percevra à partir de 64 ans 0,87 euro pour 1 euro cotisé, un cadre de la SNCF ayant accumulé trente-deux années validées et prenant sa retraite à 55 ans percevra 3,16 euros. Là où une infirmière à la carrière incomplète percevra 1,83 euro pour 1 euro cotisé, un sous-officier prenant sa retraite après quinze années de service, dont cinq de campagne simple, et jouissant de sa pension immédiate à 35 ans percevra – c’est le meilleur rapport – 4,78 euros pour 1 euro cotisé. Jacques Marseille

Dur dur d’être jeune aujourd’hui!

Alors que nombre de nos institutions fonctionnent encore sur l’idée, très années 50, des petits vieux sans ressources, la réalité a entre-temps bien changé.

En fait, nos vieux (pour nombre d’entre eux) sont non seulement de plus en plus riches …

Mais on hérite de plus en plus tard et, entre leurs 538 régimes de retraites et leurs frais médicaux et au moment où l’immobilier explose, nos vieux accaparent et immobilisent de plus en plus de richesses de plus en plus longtemps …

Héritage : chaque Français reçoit 34 000 euros Guirec Gombert. le 01 juin 2007

Aujourd’hui, chacun hérite en moyenne à l’âge de 53 ans d’un patrimoine de 34 000 euros. L’allongement de la durée de la vie a modifié la solidarité entre les générations.

Dépossédées de leur héritage les jeunes générations? A priori, oui. Elles seraient même lésées par des parents qui meurent plus vieux et ont des besoins importants en fin de vie, médicaux notamment. « C’est maintenant à l’orée de la retraite que les enfants bénéficient des héritages qui avant apparaissaient dès l’âge de quarante ans, lorsque les enfants, petits enfants coûtaient cher. Or, on hérite 15 ans plus tard qu’il y a deux générations » explique Louis Chauvel, sociologue et professeur à l’IEP de Paris.

Un phénomène qui peut alimenter les rancœurs, et menace la solidarité intergénérationnelle. Actuellement, les Français remboursent déjà, en partie seulement, la dette contractée par leurs parents. Ce qui serait encore soutenable si le pouvoir d’achat suivait. Mais c’est tout l’inverse qui se passe. En 1975, les trentenaires gagnaient 15% de moins que les quinquagénaires, le différentiel est aujourd’hui de 40%. Pire, le vieillissement de la population entraîne même une concentration des moyens chez les retraités. Ces derniers ont bénéficié pleinement du régime des retraites par répartition, ont accédé plus facilement à la propriété et ont déjà remboursé leur crédit. Cette « mainmise » des seniors sur les capitaux disponibles a des conséquences profondes sur l’économie : elle freine la circulation de l’argent, paralyse en partie le développement économique. Ce décalage de calendrier a de fait profondément modifié les comportements.

De plus en plus, les primo-accédants n’achètent pas par eux-mêmes mais grâce à une mise de fonds de leurs parents. « L’action conjuguée de 30 ans de quasi-stagnation des salaires mais de multiplication par trois des prix de l’immobilier implique que les actifs d’aujourd’hui ont moins la capacité que leurs propres parents au même âge à se porter acquéreurs sans une aide extérieure » poursuit Louis Chauvel. Car si la transmission de l’héritage s’est déplacée dans le temps, l’aide entre les générations a également évolué. Les parents aident financièrement leur progéniture et font des dons de leur vivant. En 2004, 75% des ménages ont aidé leurs enfants pour leurs études et leur installation et 84% les ont aidés pour la recherche d’emploi une fois installés. Entre 20 et 29, 20.9% des donataires ont reçu une somme comprise entre 3 000 et 8 000 euros. Entre 50 et 59 ans, 18.6% des donataires ont touché des sommes comprises entre 60 000 et 100 000 euros, le montant moyen d’un héritage. Le patrimoine moyen transmis est de 99 700 euros et en moyenne, les héritiers touchant un patrimoine équivalent à 34 000 euros.


Turquie: Que le Christ vous délivre maintenant! (It was indeed a Christian genocide!)

24 août, 2007
Armenian genocide (hanged doctors)Il s’est confié en Dieu; que Dieu le délivre maintenant. Matthieu 27: 43
Le gouvernement. . . a décidé de détruire complètement toutes les personnes indiquées « – les Arméniens – » vivant en Turquie. Un terme doit être mis à leur existence. . . et aucun respect ne doit être payé à l’âge ou au sexe, ou à aucun scrupule de conscience. Talaat Pasha (Ministre de l’Intérieur turc chargé de l’extermination des chrétiens arméniens)

Chrétiens arméniens (mais aussi assyriens et grecs) entassés par centaines de milliers dans des wagons de marchandises et expédiés à des centaines de kilomètres pour être abandonnés dans le désert ou fusillés par des pelotons d’exécution …

Femmes et filles mises à nu et violées, puis forcées de marcher nues sous un soleil de plomb …

Village entier d’hommes, femmes et enfants enfermés à double tour dans un bâtiment en bois et brûlés vifs …

Hommes et femmes jetés ensemble, pieds et poings liés par des lourdes chaines, dans un lac …

Crucifiés sur des croix de bois et moqués comme le Christ lui-même

A l’heure où, pour toutes sortes de raisons (stratégiques, économiques, la peur de mettre en danger la petite poignée de juifs encore sur place ou encore le souci de ne pas attenter à l’exceptionalité du génocide juif), beaucoup sont tentés de fermer les yeux sur le négationnisme de l’Etat turc comme de l’espèce d’épuration ethnico-religieuse des Chrétiens turcs ainsi que dans le reste du Monde musulman

Retour, avec le célèbre éditorialiste du Boston Globe Jeff Jacoby, sur le premier génocide de masse de l’Histoire et certains des éléments qui, eux, ne laissent aucun doute sur les motivations et la dimension manifestement anti-chrétienne (les déportations incluront des Grecs et des Syriaques) des génocidaires.

Denying the Armenian genocide
Jeff Jacoby
The Boston Globe
August 23, 2007

BOSTON: Was there an Armenian genocide during World War I?

While it was happening, no one called the slaughter of Armenian Christians by Ottoman Turks « genocide. » No one could: The word wouldn’t be coined for another 30 years. But those who made it their business to tell the world what the Turks were doing found other terms to describe the state-sponsored mass murder of the Armenians.

In its extensive reporting on the atrocities, The New York Times described them as « systematic, » « deliberate, » « organized by government » and a « campaign of extermination. » A Sept. 25, 1915, headline warned: « Extinction Menaces Armenia. » What the Turks were embarked upon, said one official in the story that followed, was « nothing more or less than the annihilation of a whole people. »

Foreign diplomats, too, realized that they were observing genocide avant la lettre. American consular reports leaked to the Times indicated « that the Turk has undertaken a war of extermination on Armenians, especially those of the Gregorian Church, to which about 90 percent of the Armenians belong. » In July, U.S. Ambassador Henry Morgenthau cabled Washington that « race murder » was underway – a « systematic attempt to uproot peaceful Armenian populations and . . . to bring destruction and destitution upon them. » These were not random outbreaks of violence, Morgenthau stressed, but a nationwide slaughter « directed from Constantinople. »

Another U.S. diplomat, Consul Leslie Davis, described in grisly detail the « reign of terror » he saw in Harput and the corpses of « thousands and thousands » of Armenians murdered near Lake Goeljuk. The mass deportations ordered by the Turks, in which hundreds of thousands of Armenians were crammed into freight cars and shipped hundreds of miles to die in the desert or at the hands of killing squads, were far worse than a straightforward massacre, he wrote. « In a massacre many escape, but a wholesale deportation of this kind in this country means a longer and perhaps even more dreadful death for nearly everyone. »

Other eyewitnesses, including American missionaries, provided stomach-clenching descriptions of the « terrible tortures » mentioned by Morgenthau. Women and girls were stripped naked and raped, then forced to march naked through blistering heat. Many victims were crucified on wooden crosses; as they writhed in agony, the Turks would taunt them: « Now let your Christ come and help you! » Reuters reported that « in one village, 1,000 men, women, and children are reported to have been locked in a wooden building and burned to death. » In another, « several scores of men and women were tied together by chains and thrown into Lake Van. »

Talaat Pasha, the Turkish interior minister who presided over the liquidation of the Armenians, made no bones about his objective. « The government . . . has decided to destroy complete all the indicated persons » – the Armenians – « living in Turkey, » he wrote to authorities in Aleppo. « An end must be put to their existence . . . and no regard must be paid to either age or sex, or to conscientious scruples. »

Was there an Armenian genocide during World War I? The Turkish government today denies it, but the historical record, chronicled in works like Peter Balakian’s powerful 2003 study, « The Burning Tigris, » is overwhelming. Yet the Turks are abetted in their denial and distortion by many who know better, including the Clinton administration and both Bush administrations, and prominent ex-congressmen-turned-lobbyists, including Republican Bob Livingston and Democrats Dick Gephardt and Stephen Solarz.

Particularly deplorable has been the longtime reluctance of some leading Jewish organizations, including the Anti-Defamation League, the American Jewish Committee, and the American Israel Public Affairs Committee, to call the first genocide of the 20th century by its proper name. When Andrew Tarsy, the New England director of the ADL, came out last week in support of a congressional resolution recognizing the Armenian genocide, he was promptly fired by the national organization. Shaken by the uproar that followed, the ADL finally backed down. The murder of a million Armenians at the hands of the Ottoman Turks in 1915, it acknowledged Tuesday, was « indeed tantamount to genocide. »

Now the other organizations should follow suit. Their unwillingness to acknowledge that the Turks committed genocide stems from the fear that doing so may worsen the plight of Turkey’s beleaguered Jewish community or may endanger the crucial military and economic relationship Israel has forged with Turkey. Those are honorable concerns. But they cannot justify keeping silent about a most dishonorable assault on the truth. Genocide denial must be intolerable to everyone, but above all to those for whom « never again » is such a sacred principle. And at a time when jihadist violence from Darfur to Ground Zero has spilled so much innocent blood, dissimulation about the jihad of 1915 can only aid our enemies.

The Armenian genocide is an incontestable fact of history. Shame on anyone who refuses to say so.

Jeff Jacoby’s column appears regularly in The Boston Globe.


Big Mac/40e: Propre comme un sou neuf et pas cher (Clean as a whistle and it don’t cost much: Happy Birthday to the double-decker!)

24 août, 2007
Big Mac electricity indexTwo all-beef patties, special sauce, lettuce, cheese, pickles, onions on a sesame-seed bun. (1975 jingle),
Produit sur toute la planète, ou presque, le célèbre sandwich devrait donc être vendu pour l’équivalent de 3,22 dollars partout où il est consommé. Dans les faits, c’est loin d’être le cas, comme le constate le magazine britannique The Economist qui a créé l’indice Big Mac en 1986. Les taux de change constatés lors de la dernière enquête annuelle faisaient ressortir le Big Mac à 2,31 dollars au Japon et 1,41 dollar en Chine. Autrement dit, une sous-évaluation du yen et du yuan. Le Figaro

900 millions d’exemplaires (sans parler des autres centaines de millions des imitateurs) vendus chaque année dans le monde, étalon des monnaies, chanson, musée, film, versions « diététiques », objet de haine préféré (avec Disneyland) des antiaméricains, le Big Mac de Ray Kroc et Jim Delligatti fête ses 40 ans …

Le File Big Mac fête ses 40 ans de mondialisation
F. G. et B. J..
Le Figaro
le 24 août 2007

Neuf cents millions d’exemplaires du hamburger géant de McDonald’s sont vendus chaque année dans le monde entier.

UN MUSÉE. Il le valait bien. L’établissement a ouvert ses portes mercredi en Pennsylvanie, dans la petite ville de North Huntingdon. Un vrai musée qui retrace quarante ans d’histoire du Big Mac, le sandwich le plus célèbre de la planète. Il y avait foule pour l’inauguration. On s’est bousculé, on a joué des coudes: les cent premiers visiteurs ont gagné le droit de manger un Big Mac à l’œil par semaine pendant un an. Il y a quinze ans, à Paris, le Big Mac avait déjà sous les cimaises. Au Grand Palais, il figurait en bonne place dans l’exposition les «Objets du siècle». «J’ai conservé la réplique en résine», confie Denis Hennequin, président de McDonald’s en Europe. Le hamburger à trois étages se vend chaque année à plus de 900 millions d’exemplaires dans le monde entier: 550 millions aux États-Unis, 170 millions au Japon, 60 millions au Canada… Un succès planétaire qui en fait à la fois le pionnier et l’archétype de la mondialisation. Neuf cents millions de Big Mac, c’est deux fois moins que le Cheese. Mais en terme de chiffre d’affaires, c’est le Big Mac qui pèse le plus lourd: 2,7 milliards de dollars, soit plus de 12% des ventes.

Quarante ans donc pour conquérir le monde. En 1967, il y a déjà douze ans que Ray Kroc a lancé McDonald’s à la conquête des États-Unis, désormais quadrillé par un millier de restaurants. En 1967, il implante ses fast-foods à l’étranger, au Canada. Première étape de la conquête du monde. Pendant ce temps, Jim Delligatti, franchisé à Uniontown, au fin fond de la Pennsylvanie, mène gentiment sa petite affaire. Les recettes imposées par le cahier des charges de McDo le laissent sur sa faim et, dans l’arrière-salle de son restaurant, il concocte le futur Big Mac: deux steaks hachés, une tranche de pains entre les deux, du fromage, une sauce «spéciale», de la salade, de l’oignon et des pickles, fines tranches de gros concombre en saumure. À l’arrivée, il obtient un sandwich de 220 grammes à 45 cents qui fait un tabac. D’abord réticent, Ray Kroc se rend à l’évidence: l’imposant hamburger remporte un franc succès. Alors que les premiers McDo ouvrent leurs portes en dehors des États-Unis, le Big Mac est du voyage. À portée de la plupart des bourses, le Big Mac devient le symbole de l’American way of life. L’hebdomadaire The Economist s’en sert très sérieusement d’étalon pour mesurer et comparer le pouvoir d’achat dans pays où McDonald’s est implanté les 119 (lire ci-dessus). «A Tokyo comme à Paris, le Big Mac doit avoir le même goût, explique Denis Hennequin. C’est l’un de nos gold standards. Seule la teneur en graisse peut varier en fonction des réglementations nationales. C’est cela l’attrait de la marque. Le Big Mac est un lien universel entre les consommateurs.»

Des tranches de poulet pour les Indiens

Une entorse à cette loi. En Inde, la viande de bœuf a d’abord été remplacée par de l’agneau ou du poulet. C’est ainsi que le Big Mac est devenu le Maharaja Mac. Le Big Mac résiste même aux assauts contre la malbouffe et aux campagnes antiobésité. «C’est le prix du leadership», estime le patron de McDo en Europe. Quand le cinéaste Morgan Spurlock part à l’assaut avec son film Super Size Me, McDonald’s contre-attaque avec Don Gorske, l’homme qui a déjà avalé 19000 Big Mac sans grossir. McDonald’s a beau servir salades et légumes à croquer, son burger vedette tient bon. Pis: aux États-Unis, le Double Quarter Pounder à 740 calories, avec quatre tranches de viande, marche sur les traces de son aîné. «C’est le consommateur qui dira quel est l’avenir du Big Mac, dit Denis Hennequin. Mais comme il fait désormais partie du patrimoine…» A moins que quelque part un franchisé ne concocte le hamburger qui détrônera le Big Mac.

Voir aussi:

Boom Like That (video)
Mark Knopfler

i’m going to san bernardino
ring-a-ding-ding
milkshake mixers
that’s my thing, now
these guys bought
a heap of my stuff
and i gotta see a good thing
sure enough, now
or my name’s not kroc
that’s kroc with a ‘k’
like ‘crocodile’
but not spelled that way, now
it’s dog eat dog
rat eat rat
kroc-style
boom, like that

the folks line up
all down the street
and i’m seeing this girl
devour her meat, now
and then i get it, wham
as clear as day
my pulse begins to hammer
and i hear a voice say:
these boys have
got this down
oughtta be a one of these
in every town
these boys have
got the touch
it’s clean as a whistle
and it don’t cost much
wham, bam
you don’t wait long
shake, fries
patty, you’re gone
and how about that
friendly name?
heck, every little thing
oughtta stay the same
or my name’s not kroc
that’s kroc with a ‘k’
like ‘crocodile’
but not spelt that way, now
it’s dog eat dog
rat eat rat
kroc-style
boom, like that

you gentlemen
ought to expand
you’re going to need
a helping hand, now
so, gentlemen
well, what about me?
we’ll make a little
business history, now
or my name’s not kroc
call me ray
like ‘crocodile’
but not spelt that way, now
it’s dog eat dog
rat eat rat
kroc-style
boom, like that

well we build it up
and i buy ‘em out
but, man they made me
grind it out, now
they open up a new place
flipping meat
so i do, too
right across the street
i got the name
i need the town
they sell up in the end
and it all shuts down
sometimes you gotta
be an s.o.b.
you wanna make a dream
reality
competition?
send ‘em south
if they’re gonna drown
put a hose in their mouth
do not pass schoo ‘go’
go straight to hell
i smell that
meat hook smell
or my name’s not kroc
that’s kroc with a ‘k’
like ‘crocodile’
but not spelt that way, now
it’s dog eat dog
rat eat rat
kroc-style
boom, like that


Sacco et Vanzetti: Retour sur 80 ans de désinformation (When murderers become martyrs)

23 août, 2007
Aftermath of the Wall Street bombing (New York Daily News, 1920)It is hard to explain, harder no doubt for a new generation to understand, how the « intellectuals » and « artists » in our country leaped with such abandoned, fanatic credulity into the Russian hell-on-earth of 1920. They quoted the stale catchphrases and slogans. They were lifted to starry patriotism by the fraudulent Communist organization called the Lincoln Brigade. The holy name was a charm which insured safety and victory. The bullet struck your Bible instead of your heart. Katherine Ann Porter
Quand nous parlons de la propriété, de l’Etat, des maitres, du gouvernement, des lois, des cours de justice et de la police, nous disons que nous ne voulons rien de cela. Luigi Galleani (La fin de l’anarchisme)
Cette campagne doit servir d’exemple pour l’application de la tactique de front unique à l’échelle mondiale. Manouilski (1928)

Alors que les belles âmes de gauche commémorent le 70e anniversaire de l’exécution des martyrs préférés, avec les époux Rosenberg, des campagnes de désinformation du Komintern, les anarchistes Sacco et Vanzetti

Petit retour, avec le Washington Times, sur quelques petits faits oubliés par l’actuelle béatification (y compris par un récent film américain) …

Comme par exemple que nos chers saints athées étaient des anarchistes déclarés et disciples du terroriste italien Luigi Galleani (1861-1931), qui prônait l’assassinat comme méthode de lutte des classes et l’utilisation de bombes pour le renversement du capitalisme…

Que « l’Alerte rouge » présentée comme le fruit de la paranoïa des autorités correspondait à une véritable campagne de terreur qui entraina le meurtre de masse de la même classe ouvrière prétendument défendue par nos chers anarchistes (notamment l’attentat de Wall Street du 16 septembre 1920 par un homme de main de Galleani qui se trouvait aussi être un de leurs proches qui fit 38 morts et 400 blessés, pour l’essentiel employés de bureau, messagers et secrétaires) …

Que l’une des victimes de la fameuse attaque dont ils étaient accusés, le garde de sécurité Alessandro Berardelli, était lui aussi un humble immigré italien …

Que leurs lettres, dûment expurgées appelaient aussi à l’assassinat et à la vengeance …

Enfin que leur exécution fut suivie par une campagne terroriste de cinq ans, dont une tentative manquée d’assassiner leur juge en plastiquant son domicile …

Sacco and Vanzetti: Murderers or martyrs?
Benjamin Ivry
The Washington Times
Aug 24, 2007

Judging from a new film and two new books, Sacco and Vanzetti remain — 80 years after their controversial execution — the chosen poster boys of those seeking to stigmatize the American justice system.

Italian anarchists Nicola Sacco (1891–1927) and Bartolomeo Vanzetti (1888–1927) were electrocuted in 1927 after being found guilty of murdering two men during a robbery in 1920, amid much uproar about a biased trial and lack of evidence.

Ballistics evidence implicated Sacco, a Massachusetts shoe factory employee, and he was armed when arrested in 1920, as was Vanzetti, a fish peddler. Nevertheless, their contemporary defenders included future Supreme Court justice Felix Frankfurter; Albert Einstein; and John Dos Passos, who argued for a retrial because their judge was biased.

Today their advocates, including Howard Zinn, Joan Baez and Arlo Guthrie, go a step further and assert that they were surely innocent.

Then and now the actual facts of the case, where available, have usually taken a back seat to polemics by those who have an ax to grind.

« Sacco and Vanzetti, » a documentary newly available on DVD after a brief theatrical run in March, unapologetically argues the case for their innocence. Directed by Peter Miller, who previously worked with the omnipresent documentarian Ken Burns, the film features the voices of respected actors Tony Shalhoub (the obsessive-compulsive TV detective of « Monk ») and John Turturro (« Barton Fink ») reading the pair’s prison letters.

Mr. Miller plays up the suffering of Sacco and Vanzetti as downtrodden Italian immigrants. Ignored is the fact that Alessandro Berardelli, a factory security guard murdered in the 1920 robbery which they were accused of committing, was himself a humble Italian immigrant.

One fervent supporter in Mr. Miller’s film refers ardently to the « Passion of Sacco & Vanzetti, » echoing the title of a painting by Ben Shahn at New York’s Whitney Museum. A bronze plaque on Vanzetti’s birthplace in Villafalletto, Italy, calls him an « apostle of faith. » Yet, the halos of holy martyrs do not settle plausibly over the heads of Sacco and Vanzetti: As anarchists, both were militant atheists to the point of refusing to be consoled by a priest in their final hours.

As a bizarre coda to his film, the director tacks on images recently filmed at the Guantanamo Bay detainment camp, to make « connections between past and present outrages, » as Mr. Miller helpfully told one interviewer. Lumping Sacco and Vanzetti’s execution and Gitmo together as equivalent « outrages » belies the historical integrity of both extremely complex situations.

Like Mr. Miller, Sacco and Vanzetti defenders have always cited the pair’s prison letters to beatify them. Columnist Walter Lippmann, for example, claimed: « By every test that I know of for judging character, these are the letters of innocent men. » In fact, there is no reliably edited version of these famous documents. Instead of fixing the flawed texts themselves, however, a new version of the « Letters » from Penguin Classics merely adds a new preface by Bruce Watson, journalist and author of the new « Sacco and Vanzetti: The Men, the Murders, and the Judgment of Mankind » (Viking, 440 pages, $25.95).

As Mr. Watson points out in his Penguin foreword, the letters were (not so innocently) expurgated before first being published in 1928 by Felix Frankfurter’s wife, Marion, and Gardner Jackson, a Colorado-born liberal activist. Some of the suppressed material makes the accused pair seem more violent. Omitted, for example, was a 1926 letter in which Vanzetti stated in inexact English about his judge: « I will try to see Thayer death before his pronunciation of our sentence. » In 1927, Sacco and Vanzetti sent their sympathizers a letter — also cut from the Penguin edition, but mentioned in the foreword — ordering them: « Revenge our death! »

These lacunae are meaningful because, as described in Mr. Watson’s book, the pair were disciples of the Italian terrorist Luigi Galleani (1861-1931), who advocated assassination as part of class war, planting bombs to overthrow capitalism. Although pooh-poohed in Mr. Miller’s documentary as a mere « Red Scare, » the Galleani bombings were full-scale terrorism that resulted in mass murder among the same working class ostensibly being defended by the anarchists.

The notorious Wall Street bombing of Sept. 16, 1920, for example, attributed to Galleani’s henchman Mario Buda, a close friend of Sacco and Vanzetti, killed 38 office clerks, messenger boys, and stenographers, and injured 400.

And bombings did ensue after Sacco and Vanzetti’s execution. As the historian Paul Avrich pointed out in his « Sacco and Vanzetti: The Anarchist Background » (Princeton University Press, 1991), a five-year campaign of retaliatory bombings by Galleani’s anarchists followed the 1927 execution of Sacco and Vanzetti, including a failed attempt to assassinate their judge, Webster Thayer, by bombing his home. Thenceforth, Mr. Thayer resided in his Boston club, under armed guard, until he died of natural causes in 1933.

Even after the principal players in the drama were buried, the legacy of Sacco and Vanzetti marched on, and in their case at least, the passage of time does not seem to have added much clarity or perspective to historical events.

The documentary « Sacco and Vanzetti » is available on DVD from First Run Features (www.firstrunfeatures.com)

Voir aussi:

Sacco et Vanzetti : autopsie d’une affaire (1921-1989)
Pierre Milza
L’Histoire
octobre 1989

Le 23 août 1927. Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti passent sur la chaise électrique de la prison de Charlestown, Massachusetts. Les deux anarchistes italiens ont-ils été victimes d’une erreur judiciaire ? Leur procès a, en tout cas, mobilisé l’opinion internationale. Pour leurs accusateurs, les deux émigrés étaient de dangereux «rouges» étrangers. Pour leurs défenseurs, ils restent les victimes symboliques d’une Amérique xénophobe, saisie par la «chasse aux sorcières ». L’affaire continue d’inspirer chanteurs et cinéastes. Elle a une dimension mythique et politique, qui efface, en partie, la vérité historique. Pierre Milza la rétablit ici dans ses multiples composantes, à la lumière des derniers documents publiés aux États-Unis. Sans taire les polémiques qui entourent la culpabilité ou l’innocence de Sacco et Vanzetti.

« Rappelle-toi, Dante, rappelle-toi toujours ces choses. Nous ne sommes pas des criminels. On nous a condamnés sur un tissu d’inventions, on nous a refusé un nouveau jugement, et si l’on nous exécute après sept ans, quatre mois, onze jours de souffrances inexprimables, c’est pour les raisons que je t’ai dites, parce que nous étions pour les pauvres et contre l’exploitation et l’oppression de l’homme par l’homme. » Celui qui écrit ces lignes au fils de son compagnon de geôle Nicola Sacco, le 21 août 1927, n’a plus que quelques heures à vivre. Bartolomeo Vanzetti sera, en effet, mis à mort par électrocution dans la nuit du lendemain. Nicola Sacco l’aura précédé quelques instants auparavant sur la « chaise ».

L’affaire Sacco et Vanzetti continue, aujourd’hui encore, d’inspirer les cinéastes et les chanteurs. Elle suscite aussi de nouvelles interprétations, comme en témoignent les ouvrages publiés depuis quelques années et le colloque scientifique qui s’est tenu à Villafalletto — le village natal de Vanzetti — en 1987. Si elle s’inscrit dans le contexte de la crise sociale et de la réaction « nativiste » qui ont suivi la fin du premier conflit mondial aux États-Unis, ce qui explique l’ampleur mondiale du mouvement d’opinion en faveur des condamnés de Charlestown, elle est d’abord la conséquence directe d’un fait divers qui implique, au cœur de l’Amérique puritaine, deux représentants de la « nouvelle immigration ».

Le 15 avril 1920, Parmenter, le caissier de la manufacture de chaussures Slater and Morril, et son garde du corps Berardelli, porteurs de deux coffres contenant la paye du personnel, étaient abattus à coups de revolver par deux hommes dans la rue principale de South Braintree (Massachusetts), située à une vingtaine de kilomètres de Boston. Quelques instants plus tard, les tueurs et leur butin (environ 16 000 dollars) étaient chargés à bord d’une Buick noire, où avaient pris place plusieurs hommes, qui fut retrouvée deux jours plus tard dans un bois.

A cette date, la police du Massachusetts enquêtait sur une affaire semblable, survenue quelques mois plus tôt dans la petite ville de Bridgewater. Hold-up manqué celui-là, n’ayant pas entraîné mort d’homme, mais également opéré contre une fabrique de chaussures par un gang motorisé. Dans les deux cas, la police estimait que les auteurs des agressions ne pouvaient être que des professionnels, tandis qu’un certain nombre de témoins affirmaient avoir « reconnu » des Italiens.

A la suite d’une enquête compliquée, les soupçons du brigadier de police de Bridgewater, un certain Stewart, se portèrent sur plusieurs anarchistes originaires de la péninsule, parmi lesquels Mario Boda — propriétaire d’une voiture dont on estimera après coup avoir identifié les traces auprès du véhicule utilisé lors de l’agression de South Braintree — et trois de ses amis : Orciani, Sacco et Vanzetti. Le 4 mai 1920, les quatre hommes étaient allés récupérer dans un garage de la région, où elle se trouvait en réparation, l’automobile de Mario Boda : vraisemblablement pour transporter du matériel de propagande. La police, présente sur les lieux, arrêta aussitôt Sacco et Vanzetti. Appréhendé le lendemain, Orciani avança un solide alibi (il avait pointé à l’usine à la date des deux hold-up) et fut bientôt relâché, tandis que Boda restait introuvable. Détenteurs d’armes à feu, les deux autres suspects avaient multiplié les mensonges et les affirmations contradictoires lors de leur arrestation, en partie parce qu’ils parlaient et comprenaient difficilement la langue du pays d’accueil, en partie également parce que, militants actifs du mouvement anarchiste, ils évoluaient depuis des mois dans un climat de répression féroce et de semi-clandestinité. De leurs explications embarrassées le ministère public fit un argument — la « conscience d’avoir fait le mal » — qui devait peser d’un poids considérable sur le sort des deux hommes.

Seul Bartolomeo Vanzetti fut inculpé dans l’affaire du premier hold-up, celui de Bridgewater, Nicola Sacco ayant pointé ce jour-là à l’usine. Il fut condamné à quinze ans de prison pour tentative de vol à main armée. Or, ce jugement rendu à Plymouth n’était que le prologue du procès des auteurs présumés du hold-up de South Braintree. Celui-ci eut lieu à Dedham, du 31 mai au 14 juillet 1921, plus d’un an après les événements qui avaient conduit Sacco et Vanzetti en prison. A cette date, les milieux révolutionnaires italo-américains ont déjà été mobilisés par Carlo Tresca et par Aldino Felicani, des militants du jeune mouvement anarcho-syndicaliste des Industrial Workers of the World (IWW) — qui compte dans ses rangs de nombreux immigrés de fraîche date. Appuyés par quelques représentants de la bourgeoisie libérale bostonienne, ils ont entamé auprès de l’opinion américaine et internationale une campagne médiatique destinée à dénoncer le climat de chasse aux sorcières qui avait entouré l’instruction de l’affaire et à proclamer l’innocence des deux militants libertaires. A la tête des représentants de l’establishment libéral de la Nouvelle-Angleterre, figure notamment Elisabeth Glendower Evans, une militante féministe et pacifiste issue du patriciat WASP (White Anglo-Saxon Protestant, la communauté blanche, d’origine anglo-saxonne et de religion protestante) de Boston, qui anime la Ligue pour le contrôle démocratique et va, d’entrée de jeu, se lancer dans la défense tous azimuts de Sacco et Vanzetti.

Le rêve américain des deux Italiens

Qui sont ces deux obscurs immigrés d’outre-Atlantique en faveur desquels s’opère, au moment où s’ouvre le procès de Dedham, une mobilisation qui va bientôt s’étendre à toute la planète ? Nicola Sacco est un homme du Sud, né une trentaine d’années plus tôt à Torremagiore, près de Foggia. Dans cette partie des Pouilles — la Capitanata —, où règne l’économie pastorale latifundiaire, l’émigration vers les Amériques a commencé à prendre un caractère de masse, même si ce ne sont pas toujours les plus pauvres qui partent. Nicola est lui-même fils d’un exploitant modeste mais nullement misérable, propriétaire d’une petite oliveraie, d’une vigne située en bordure de l’Adriatique et d’un potager. C’est assez pour nourrir le ménage et les jeunes enfants mais pas pour établir les fils, qui n’ont d’autre choix, une fois atteint l’âge adulte, que d’offrir leur force de travail comme bracciante (journalier) sur un grand domaine — où l’emploi est loin d’être assuré toute l’année — ou de s’expatrier. En avril 1908, à moins de dix-sept ans, Nicola Sacco opte pour la seconde solution.

Le réseau des parentèles et les contraintes du moment font qu’au début du siècle, les migrants de la province de Foggia se rendent en priorité aux États-Unis. Débarqué à Boston, le jeune Sacco occupe divers emplois de manœuvre avant d’être embauché à la manufacture de chaussures « Trois K » à Stoughton, Massachusetts, où il suit à ses frais et en dehors des heures de travail des cours professionnels qui lui permettent de devenir ouvrier qualifié. Au moment de l’affaire de South Braintree, il est marié, père de famille et vit relativement à l’aise. Il occupe une maison voisine de celle de son patron, cultive un bout de jardin que ce dernier lui a donné et arrondit ses fins de mois en travaillant comme veilleur de nuit. Autrement dit, bien que, comme la majorité de ses compatriotes, Sacco rêve de retour au pays et d’installation sur une terre bien à lui, au cœur de sa province natale, le premier échelon de la « réussite américaine » est franchi.

Pourtant, cet ouvrier-paysan, plutôt paisible de nature et bon catholique, n’a pas que des ambitions d’établissement personnel. Doté d’un petit bagage d’instruction acquis dans le milieu familial — fait assez rare dans le monde rural du Midi italien au début du siècle —, il s’intéresse à la vie politique, ou, plus exactement, il cherche à donner un contenu politique au sentiment de révolte nourri des traumatismes du déracinement et du spectacle des injustices sociales. A son arrivée aux États-Unis, il ne tarde pas à se radicaliser au contact des syndicalistes révolutionnaires et participe à de nombreuses grèves. En 1913, Nicola Sacco rejoint ainsi le mouvement anarchiste, alors très fortement représenté dans le milieu de l’émigration italienne, et au sein duquel il choisit l’aile dure, antiorganisationnelle et favorable au terrorisme révolutionnaire dont le principal représentant est l’avocat Luigi Galleani. Quatre ans plus tard, au moment où l’Amérique en guerre impose à ses nouveaux fils l’enregistrement obligatoire en vue de la mobilisation, il passe au Mexique avec une trentaine de galléanistes, dont Bartolomeo Vanzetti qu’il a rencontré quelques jours plus tôt et avec lequel il se lie d’amitié.

De trois ans son aîné, Vanzetti est d’une trempe toute différente. « Oh ! Oui !, écrit-il en 1927, dans les notes qu’il a rédigées pour son « discours de protestation », j’ai peut-être plus d’esprit que lui, on l’a dit, je suis un meilleur bavard que lui. Mais souvent, très souvent en entendant sa voix cordiale où résonnait une foi sublime, ou considérant son sacrifice suprême, je me sentais tout petit en présence de sa grandeur. » Ces quelques lignes, extraites d’une immense correspondance carcérale, trahissent chez ce fils de fermier cossu du Sud Piémont — il est né à Villafalletto, dans la province de Cuneo, en juin 1888 — une agilité dans le maniement du verbe et de l’écrit acquise, après une scolarité complète à l’école du village, dans la fréquentation quotidienne des bons auteurs. Ses deux livres de chevet. La Divine Comédie de Dante et La Vie de Jésus de Renan, le suivront partout, d’un continent à l’autre, des garnis de New York à la cellule des condamnés à mort.

Ce n’est pas non plus la faim qui a jeté l’homme du Nord, Bartolomeo Vanzetti, sur les chemins de l’exil. Après l’examen de fin d’études primaires, obtenu avec un premier prix (et un second prix de catéchisme !), il aurait pu entrer au collège, mais son père, qu’inquiétait une certaine prolétarisation des professions intellectuelles, préféra lui donner un « bon métier ». Il fut donc apprenti, puis ouvrier pâtissier à Cuneo, Cavour et Cuorgnè, et finalement confiseur à Turin. De retour à la maison paternelle à la suite d’une grave maladie, il connut — écrira-t-il dans sa brève autobiographie rédigée en prison — une période de vrai bonheur, brusquement interrompue par la mort de sa mère. C’est le traumatisme personnel provoqué par cet événement qui l’a décidé à s’embarquer pour l’Amérique en juin 1908, deux mois après Sacco. Il avait tout juste vingt ans.

Débarqué à Ellis Island, cette antichambre new-yorkaise du « rêve américain » où transitaient quotidiennement plusieurs milliers de migrants, Vanzetti a d’abord été plongeur de restaurant à New York, puis terrassier, journalier agricole, foreur de puits, ouvrier carrier ou aide-maçon dans le Connecticut et le Massachusetts, enfin, « par amour de l’indépendance », vendeur de poisson ambulant à Plymouth, emploi qu’il occupe au moment des événements de Bridgewater et de South Braintree. Plus cultivé que Sacco, parlant avec moins de difficulté que ce dernier la langue du pays d’accueil, Vanzetti a somme toute moins bien réussi que son ami.

Peu avare d’informations sur sa vie personnelle, sur sa famille, sur son enfance à Villafalletto, Vanzetti ne dit à peu près rien dans son autobiographie et dans sa correspondance de sa vie de militant. On sait que, comme Sacco, il a participé à plusieurs grèves et en a parfois été le meneur — ainsi lors du conflit des corderies de Plymouth en 1916 — et qu’il a, lui aussi, rejoint l’aile galléaniste du mouvement anarchiste en 1913. Devenu citoyen américain à la fin de la guerre, il est à cette date sur les listes noires des services de sécurité, bien que n’ayant jamais, de près ou de loin, participé à une action terroriste.

La psychose de l’invasion et le délire « nativiste » expliquent l’acharnement déployé pendant sept ans, par des individus civilisés et se réclamant des idéaux de la démocratie, pour envoyer deux hommes à la chaise électrique. Ils visent principalement les représentants de la « nouvelle émigration ». Celle-ci, composée majoritairement d’éléments originaires des régions agricoles pauvres de l’Europe de l’Est et du Sud, a pris le pas, dans le courant des années 1880, sur l’immigration anglo-saxonne et « nordique ». Parmi les nouveaux venus, ce sont les Italiens (à 90% des méridionaux) qui forment, à la veille de la Première Guerre mondiale, les bataillons les plus nombreux, et ceci à un moment où le flux annuel des migrants dépasse les 800 000 personnes. Souvent illettrés et dépourvus de toute qualification, les nouveaux immigrés peuvent sans grand inconvénient être rapidement formés aux gestes simples qu’exige le fonctionnement des machines modernes. Ils constituent, dans un premier temps, une main-d’œuvre peu exigeante, prête à accepter n’importe quelles conditions de travail et de salaire. Mais le melting pot américain les digère plus difficilement que les représentants des vagues précédentes, et ceci d’autant plus que, par la langue, la religion, les habitudes sociales, ils sont beaucoup plus éloignés que leurs prédécesseurs du vieux fonds anglo-saxon.

En outre, depuis le début des années 1880, les États-Unis connaissent des conflits sociaux très graves, que les autorités répriment avec d’autant plus de vigueur qu’elles en attribuent fréquemment l’origine aux « éléments étrangers ». Rejetés à la périphérie du système, considérés par les noyaux établis du monde du travail, autant que par la classe dirigeante, comme relevant de la « non-américanité » (un-American est intraduisible en français), et victimes parfois de violences aveugles (par exemple le lynchage de onze ouvriers siciliens dans la prison de La Nouvelle-Orléans en 1891), de nombreux représentants de l’émigration nouvelle, et notamment italienne, optent pour la voie révolutionnaire.

Les progrès enregistrés à partir de 1905 par les Industrial Workers of the World (IWW) d’Eugène Debs s’inscrivent dans ce processus de radicalisation d’une partie de la main-d’œuvre étrangère non qualifiée. Or les Wobblies, comme on appelle familièrement les militants de l’IWW, se réclament de la lutte des classes et de l’action directe. Ils ne peuvent que heurter l’opinion majoritaire — forcent attachée au mythe fondateur de la société « ouverte », celle où « chacun a sa chance » —, laquelle voit désormais derrière chaque « rouge » un « étranger » complotant contre l’Union. Ce qui est vrai de la centrale d’Eugène Debs l’est davantage encore du mouvement anarchiste, très vigoureux dans les régions industrielles du Nord-Est et dans lequel les Italiens sont particulièrement nombreux et actifs.

Le déclenchement du conflit européen, puis l’entrée des États-Unis dans la guerre et les retombées de la révolution bolchevique de novembre 1917, exaspèrent ces sentiments. La grande vague américaniste et puritaine qui déferle sur le pays au lendemain de l’armistice de 1918 a commencé à se manifester quelques années plus tôt, par réaction « préventive » au brassage international que la guerre ne pouvait manquer de susciter. C’est en 1916 qu’à été publiée la « bible » du nativisme, The Passing of the Great Race (que l’on pourrait traduire par « Le Destin de la grande race »), dans laquelle Madison Grant appliquait au futur de la société américaine les principes du darwinisme social et mettait ses compatriotes en garde contre le danger de l’invasion « étrangère ».

« Rouges », anarchistes et action directe

Au même moment, l’écho des bouleversements européens précipite une série de grèves dures et d’actions violentes, à laquelle le pouvoir réplique par une répression accrue. En riposte au « massacre de Ludlow », en avril 1914 — la milice patronale de la Colorado Fuel and Iron Company, propriété de Rockefeller, et l’armée fédérale avaient tué une vingtaine de personnes dans un campement de mineurs en grève —, les anarchistes renouent avec l’action directe. Il en résulte une vague d’attentats qui se poursuit au lendemain de la guerre : dirigés contre des personnalités en vue — le maire de Seattle qui avait dénoncé le « conflit bolchevik » lors de la grève générale des ouvriers de cette ville, les milliardaires J.P. Morgan et John D. Rockefeller, l’attorney général Palmer, dont la résidence à Washington sera en partie détruite, etc. — ou contre les symboles de la société capitaliste — tel cet attentat à la bombe, au coin de Wall Street et de Broad Street, dans le quartier new-yorkais des affaires, qui fait une quarantaine de morts et deux cents blessés parmi la foule.

Tel est le contexte dans lequel s’inscrit l’action militante des deux acteurs présumés du hold-up de South Braintree. Depuis la fin de la guerre, il règne aux États-Unis un climat d’hystérie collective, dirigé contre les « rouges » et contre tous ceux dont la présence est jugée dangereuse pour la préservation de la « paix sociale » et de l’américanité. Avec les Juifs polonais, considérés comme les principaux « agents fourriers du bolchevisme », les Italiens sont directement visés par la chasse aux sorcières qui se développe à cette date dans les régions de forte immigration récente. On trouve nombre d’entre eux parmi les acteurs des batailles rangées avec la police, à New York ou à Cleveland, ou avec les anciens combattants de la très réactionnaire American Legion, ou encore dans les listes de suspects et d’expulsés qui sont dressés à la suite des fameux « raids » lancés par le ministre de la Justice Palmer dans les banlieues ouvrières de la côte Est (4000 arrestations dans la nuit du 2 janvier 1920).

Lors du procès de Dedham, Sacco et Vanzetti doivent affronter deux personnalités emblématiques de la bonne société bostonienne : le juge Webster Thayer, qui avait condamné Vanzetti à quinze ans de prison pour le crime de Bridgewater – et avait obtenu, contrairement aux usages, de juger aussi l’affaire de South Braintree -, et l’attorney de district Katzmann, lui aussi partie prenante dans l’affaire précédente. L’un et l’autre étaient connus pour leurs préventions politiques et xénophobes. Quant au jury, il avait été choisi en majorité parmi les « citoyens représentatifs » de la Nouvelle-Angleterre, « intelligents » et de « situation solide », au-dessus de tout soupçon certes, sinon celui de croire comme le juge Thayer que la « conscience d’avoir fait le mal » suffit à établir la culpabilité d’un homme.

Si, contrairement à ce qui a parfois été dit, le procès de Dedham n’a pas été tout à fait une « parodie de procès » conclue par un verdict connu d’avance, les irrégularités y ont été nombreuses et surtout le climat extérieur a lourdement pesé sur les débats. Que l’erreur judiciaire ne puisse aujourd’hui encore être démontrée à cent pour cent ne change rien au fait que la conviction des jurés s’est davantage nourrie, semble-t-il, des conclusions tendancieuses de l’instruction, de l’implication personnelle du juge Thayer, de quelques documents fournis par le Bureau des Enquêtes et qui se sont révélés être des faux, ou encore de la présomption de culpabilité qui pesait sur les deux hommes parce qu’Italiens et anarchistes, que de la crédibilité des expertises et des témoignages à charge.

Sacco et Vanzetti furent condamnés sur des présomptions fragiles, qui auraient sans doute mal résisté à un réexamen de l’affaire si les défenseurs des deux anarchistes avaient réussi à faire agréer les différentes requêtes en révision du procès qui furent déposées entre 1921 et 1927. Or, toutes se heurtèrent au refus obstiné des autorités judiciaires du Massachusetts, y compris celle qui fut adressée à la Cour suprême de cet État après qu’en novembre 1925, un immigré portugais de vingt-trois ans, Celestino Madeiros, qui avait été condamné à mort pour l’assassinat d’un caissier et attendait d’être jugé en appel dans la même prison que Sacco, eut reconnu avoir participé à l’agression de South Braintree et innocenté les deux condamnés de Dedham.

Mobilisation mondiale en faveur des deux condamnés

Outre qu’en ce cœur de l’Amérique puritaine, le respect de la chose jugée relevait explicitement du sacré, l’ouverture d’un nouveau procès aurait signifié non seulement que l’on eût reconnu la faillibilité d’un système judiciaire inspiré par la Providence, mais encore et surtout que l’action directe pratiquée par les anarchistes italiens n’était pas purement et simplement assimilable à la délinquance de droit commun. Il n’y a donc pas lieu de s’étonner de la décision communiquée à la défense par le président du tribunal suprême de l’État, le 5 avril 1927 :l’intervention de nouveaux témoignages ne justifie pas la comparution devant un nouveau jury.

A cette date, les appels à la justice ou à la clémence affluent pourtant de tous les points du globe, accompagnés de manifestations de masse et de libelles émanant des divers secteurs de l’horizon politique. L’opinion internationale a certes mis quelque temps à s’ébranler. L’une des premières voix à s’élever pour dénoncer la répression du « crime d’opinion » fut celle du vieil Anatole France. Le 31 octobre 1921, il adressait à la presse américaine, depuis sa retraite de La Bêchellerie, le message suivant : « Dans un de vos États, deux hommes, Sacco et Vanzetti, ont été condamnés pour un crime d’opinion. Ne laissez pas exécuter cette sentence inique entre toutes […] Vous êtes un grand peuple : vous devez être un peuple juste […] Sauvez Sacco et Vanzetti. Sauvez-les pour votre honneur, pour l’honneur de vos enfants et de toutes les générations qui sortiront de vous. » D’autres intellectuels prendront le relais au fil des années et des refus de la révision du procès, de John dos Passos à Henri Barbusse, de Panaït Istrati à Romain Rolland, de Modigliani et des surréalistes à Jean Rostand et à H.G. Wells. Mais ce sont d’abord les représentants de la gauche politique et syndicale qui se mobilisent et, au premier rang d’entre eux, ceux des jeunes partis communistes.

On peut s’étonner aujourd’hui de voir que les dirigeants et les militants du mouvement communiste ont pris fait et cause pour deux anarchistes qui, du fond de leur prison, manifestaient peu de sympathie pour leurs propres idées et faisaient davantage confiance au Comité de Défense constitué à Boston autour de quelques sympathisants anarchistes par des personnalités de toutes tendances qu’aux représentants du Secours Rouge international. Pour le comprendre, il faut se rappeler d’abord que la IIIe Internationale, organe de liaison des partis communistes — ce Komintern de la première moitié des années 1920 — n’était pas le monolithe inféodé à Moscou qu’il est devenu au temps de Staline. De plus, la cause des deux condamnés de Dedham était populaire dans le monde prolétaire et susceptible de servir la stratégie du « front unique à la base » adoptée par l’Internationale communiste. « Cette campagne, écrira Manouilski en 1928, doit servir d’exemple pour l’application de la tactique de front unique à l’échelle mondiale. »

Que l’affaire Sacco et Vanzetti ait ainsi été récupérée par le mouvement communiste et instrumentalisée à des fins tactiques, cela ne fait aucun doute. Le rôle du Komintern et des diverses organisations dépendantes de celui-ci dans chaque pays (partis communistes, centrales syndicales liées à ces derniers, sections du Secours Rouge international, etc.) a été considérable, aussi bien dans la phase initiale de la mobilisation populaire (le dernier trimestre 1921) que dans la période qui suit le rejet définitif de la demande en révision du procès et s’achève avec l’exécution des deux révolutionnaires italiens (avril-août 1927).

Au cours de cette longue et ultime bataille contre l’obstination des autorités du Massachusetts, la mobilisation prend en fait un caractère massif qui déborde les limites du mouvement ouvrier et s’étend aux cinq continents. De New York à Melbourne, de Mexico à Johannesburg, de Moscou à Shangaï, en passant par la plupart des grandes capitales européennes, on multiplie les meetings et les manifestations, on réunit des millions de signatures, on rassemble des fonds et l’on s’organise en comités de soutien. En France, les protestations de toute nature (articles, signatures, télégrammes) sont loin de se limiter à l’extrême gauche et aux socialistes. La Ligue des Droits de l’homme bataille pour la révision du procès. Joseph Caillaux, radical très modéré, siège à la tribune d’honneur des meetings. L’ancien président de la République Émile Loubet câble à Washington : « Je vous adresse un ardent appel en faveur de Sacco et Vanzetti. » Dans les jours qui précèdent immédiatement l’exécution, des manifestations de rues ont lieu à peu près partout dans le monde, y compris dans la plupart des grandes villes américaines. Y compris à Boston où, au moment où les deux hommes sont conduits à la salle d’exécution de la « Maison de la mort », la police procède à des centaines d’arrestations.

Pendant que la campagne pour la révision du procès s’étend à des pays et à des milieux de plus en plus éloignés de l’épicentre du drame, les deux acteurs principaux attendent que leur soit signifiée la sentence du juge. Les jurés de Dedham les ont en effet reconnus coupables de meurtre, mais les requêtes complémentaires présentées par la défense ont suspendu le verdict final, si bien que l’incertitude pour les deux hommes va durer six longues années.

Du coup, ils se trouvent séparés et soumis à des traitements différents. Sacco demeure incarcéré à Dedham où il peut recevoir la visite des siens mais, conformément à la législation de l’État, comme tous les inculpés de meurtre dont la condamnation n’est pas prononcée, il n’a pas le droit de travailler. Vanzetti, lui, a déjà été condamné pour l’attaque de Bridgewater. Aussi l’a-t-on transféré dans un autre établissement pénitentiaire, à Charlestown où il est occupé une partie de la journée à peindre des plaques d’immatriculation d’automobiles, puis, à partir de 1923, dans un atelier de couture, car les émanations de peinture lui ont causé des troubles graves.

Pour « Nick », le travailleur infatigable que la législation du Massachusetts a contraint à l’inaction prolongée, la prison est vite devenue insupportable. Arraché à l’environnement qu’il s’est forgé et a une famille qu’il adore, il a beaucoup de mal à trouver, comme « Bart », une consolation et un refuge dans la lecture et l’écriture. Aussi sa révolte et son désespoir, encore accentués par une longue grève de la faim, le conduisent-ils au bord de la folie. Il passe la plus grande partie de l’année 1923 à l’asile pour malades mentaux criminels de Bridgewater et, s’il ne sombre pas alors dans la démence, il le doit pour une part à son énergie instinctive et à l’affection des siens, pour une part également à l’intérêt que lui portent les deux militantes les plus actives du Mouvement pour les libertés civiques, Cerise Jack qui lui donnera en prison des leçons d’anglais et surtout Elisabeth Glendover Evans, sur laquelle Sacco paraît avoir opéré un véritable transfert d’attachement filial (sa propre mère était morte trois ans plus tôt) et qui l’a aidé à rechercher dans l’étude un exutoire à ses souffrances. Voici ce qu’il lui écrit, en novembre 1923, peu de temps après son retour en cellule : « Chère Madame Evans, naturellement j’essaierai de lire à haute voix, pour l’amour de vous et pour l’amour de moi. Naturellement, je vais essayer de contenter du mieux que je le pourrai cette mère généreuse qui depuis trois ans a fait tout ce qu’elle a pu pour mon âme et pour l’âme de ma pauvre famille. J’ai commencé à lire à haute voix le jour où vous et Mme Williams James êtes venues me voir. Je ne lis pas très haut, pour ne déranger personne. Ainsi, vous voyez, j’essaie toujours de faire le mieux que je peux. »

Vanzetti a, lui aussi, connu des moments d’abattement et, en 1925, il a également passé plusieurs mois à l’hôpital puis à la « maison des fous » de Bridgewater. Globalement, il a toutefois mieux supporté l’épreuve que son ami, d’une part, parce que sans attache et sans mémoire d’un « paradis perdu » (sinon celui de l’enfance qu’il aime à évoquer dans ses lettres mais qui est déjà lointain) et, d’autre part, parce qu’il a sur Sacco le double avantage de pouvoir travailler de ses mains et d’exercer, avec facilité et plaisir, une activité intellectuelle. Il écrit à ses amis de longues lettres dans lesquelles coexistent l’évocation de la terre italienne et des analyses politiques restées pertinentes sur les grands bouleversements du monde (le fascisme, la guerre, l’évolution de l’URSS, etc.). Il lit tout ce qu’il lui est permis de lire : les précurseurs de l’anarchisme et les grands romanciers russes, William James et Silvio Pellico, les auteurs anciens et la Bible. Il traduit en anglais La Guerre et la Paix de Proudhon, rédige son Histoire d’une vie prolétarienne et se hasarde même dans le romanesque autobiographique. Enfin, il rédige des articles pour la presse anarchiste et consacre à partir de 1925 une activité croissante à seconder son avocat et le Comité de défense.

Avec le temps et les échos qui leur parviennent de la mobilisation entreprise en leur faveur, les deux hommes ont fini par croire qu’ils avaient une petite chance de voir leur affaire renvoyée devant un tribunal. Après la décision de la Cour suprême du Massachusetts, cette espérance s’effondre et la seule alternative qui demeure est celle de la grâce ou de la mort. Pour Sacco, qui est à bout de forces et qui a nourri à plusieurs reprises des projets de suicide, l’idée de la prison à vie est insupportable. Aussi se laisse-t-il aller à souhaiter dans ses lettres que « tout soit fini d’un coup » et refuse-t-il de signer l’ultime requête au gouverneur que Bartolomeo a rédigée après la sentence de condamnation à mort. Celle-ci a été prononcée le 9 avril 1927 par le juge Thayer et a été suivie d’un long « discours de protestation » prononcé par Vanzetti et dont on connaît la conclusion, replacée à peu près mot pour mot dans la bouche de l’acteur Gian Maria Volontè par le cinéaste Giuliano Montaldo : « Je souffre parce que je suis anarchiste, et vraiment je suis un anarchiste. J’ai souffert parce que j’étais un Italien, et vraiment je suis un Italien. J’ai souffert plus pour ma famille et pour ceux que j’aime que pour moi-même, mais je suis si sûr d’avoir raison, que pouvez me tuer une fois, mais si pouviez m’exécuter deux fois et si pouvais renaître deux fois, je voudrais vivre de nouveau pour faire encore ce que j’ai déjà fait. J’ai fini. Merci. »

Pas plus que son compagnon de geôle, qui l’a finalement rejoint à Charlestown, Vanzetti n’accepte l’idée de finir ses jours en prison. Mais jusqu’au bout, en tout cas jusqu’au 3 août 1927, date à laquelle le gouverneur Fuller fait connaître sa décision de rejeter le recours en grâce, ses lettres témoignent de sa volonté de vivre et d’espérer. Au lendemain de la visite que Fuller lui a faite dans sa cellule, le 22 juillet, il écrit : « Je ne crois pas qu’un homme comme celui-là nous fasse brûler pour une affaire comme la nôtre. La prison à vie pour des innocents, et après sept ans de souffrances inexprimables, serait une monstruosité. Je redoute cela mais, tant que l’on vit, on peut combattre pour la justice et pour la liberté, pour la nôtre et pour celle de tous. »

Au moment où ils sont conduits à la salle d’exécution de la « Maison de la mort » du Massachusetts, Sacco et Vanzetti font déjà figure de mythes vivants, aux États-Unis comme dans le reste du monde.

La réaction puritaine de la majorité silencieuse

Du côté des accusateurs, il ne faut pas oublier qu’il y a, dans l’Amérique de la Prospérité et du « retour à la normale », les innombrables légions de la majorité silencieuse. C’est cette dernière qui, entraînée par le puissant, courant nativiste, a fait pencher les administrations de nombreux États, puis les autorités fédérales dans le sens de la réaction américaniste et puritaine. C’est elle qui a incité le Congrès à adopter les deux lois restrictives de l’immigration nouvelle en 1921 et en 1924 (la seconde limite le nombre des entrées d’Italiens à 4 000 par an). C’est à bien des égards parce qu’il était conscient de sa pesanteur électorale que le gouverneur Fuller — candidat en 1927 à la vice-présidence des États-Unis et dont les conseillers politiques s’étaient prononcés en ce sens — a refusé la grâce des deux prisonniers de Charlestown.

Pour les millions d’Américains qui partagent les certitudes et les angoisses des jurés de Dedham, Sacco et Vanzetti incarnent tout ce qui, dans le contexte brouillé de l’après-guerre, paraît menacer la cohésion d’une nation américaine dont les valeurs sont celles de la communauté blanche, anglo-saxonne et protestante. Ils sont Italiens et ils ont fait un drapeau de leur appartenance ethnique. Ils sont anarchistes et ils ont crié à la face des juges leur fidélité à la cause. Ils sont — dit Vanzetti dans sa requête au gouverneur — « contre le vol en vue d’un gain personnel et contre la violence pour la violence », mais lorsque la violence est l’instrument de la justice populaire, ils ne la répudient pas. Ils ont enfin, à une heure où l’hystérie antibolchevique déferle sur l’Amérique, les « communistes » du monde entier derrière eux ; et les « libéraux » qui sont les « fourriers de la révolution » ! Ajoutons qu’à cette mythologie qui prédisposait déjà à la rigueur les jurés de 1921, se superpose, six ans plus tard, celle de l’Italien mafioso et familier du grand banditisme auquel la prohibition a donné sa chance de se hisser au niveau d’un Frank Costelo ou d’un Capone. Une raison supplémentaire de ne pas revenir sur ce qui a été jugé.

Dans le camp des défenseurs des deux anarchistes, on ne pêche pas toujours non plus par excès de nuance. Pour les communistes, dont nous avons vu de quelle manière et dans quel but ils s’étaient saisis du dossier à l’automne 1921, mais aussi pour beaucoup d’autres représentants de la gauche et de l’extrême gauche, l’affaire Sacco et Vanzetti doit être lue et comprise en termes de lutte de classes et de guerre déclarée entre le capitalisme et la révolution. Dans cette perspective, le petit fraiseur de lisse de Stoughton et le marchand de poisson de Plymouth deviennent, à l’échelle de la planète, les héros emblématiques d’une conflagration dont les protagonistes sont les deux principaux acteurs de l’histoire contemporaine.

Il y a cependant autre chose dans le sentiment collectif  des foules qui manifestent pour les deux Italiens, de même que chez les intellectuels et les personnalités de divers bords dont les noms figurent au bas des pétitions et sur les affiches des meetings. Pour nombre d’entre eux, Sacco et Vanzetti n’incarnent pas seulement la classe ouvrière en lutte contre le « grand capital ». Ils représentent également, de manière plus ou moins consciente, des sociétés au passé prestigieux dont les fils ont été contraints, à cause des bouleversements du siècle, à prendre le chemin de l’exil, et que l’Amérique rejette après avoir consommé leur force de travail. Autrement dit, de même qu’elle constitue d’un côté de l’Atlantique l’une des formes prises par la réaction nativiste et xénophobe, l’affaire Sacco et Vanzetti nourrit sur le vieux continent — et ailleurs — un antiaméricanisme qui fait alors partie de l’air du temps. Qu’on lise le récit, fait par les journaux de l’époque, des derniers instants de « Nick » et de « Bart ». On y retrouve, mêlant l’image de la modernité technicienne et ignorante de l’humain à celle de l’archaïsme barbare, certains des accents avec lesquels Georges Duhamel décrit ces « usines à tuer » que sont les abattoirs de Chicago.

Ajoutons à cela que pour beaucoup d’Américains et de non-Américains ayant milité pour la révision du procès puis pour la grâce de Sacco et de Vanzetti, ces derniers ont tout simplement incarné le combat pour la justice, pour les droits de l’homme et pour les libertés civiques, contre les tenants de l’ordre sécuritaire et d’une « identité » préservée à n’importe quel prix.

On conçoit que, dans ces conditions, la mythologie composite qui s’est façonnée autour des deux suppliciés de Charlestown n’a pas manqué d’occasions de resurgir, tantôt portée par les vagues turbulentes de la contestation, tantôt exhumée par les paisibles défenseurs des droits de la personne humaine. Parmi les innombrables témoignages de l’intérêt qu’ont suscité depuis leur mort les deux anarchistes italiens, nous en retiendrons deux, caractéristiques, chacun à leur manière, de l’instrumentalisation du mythe. En 1971, Giuliano Montaido tourne Sacco e Vanzetti, avec Gian Maria Volontè (Bart) et Riccardo Cucciola (Nick) : la chanson du film a été composée par Morricone et est interprétée par Joan Baez. Venant après des centaines d’œuvres de toutes sortes (poèmes, chansons, pièces de théâtre, romans, œuvres picturales, etc.), les images de Montaido et la voix de la militante pacifiste disent — sur fond de retombées post-soixante-huitardes et de guerre du Vietnam — la haine de l’Amérique des nantis et des chasseurs de sorcières.

Six ans plus tard, alors que s’affirme le triomphe de la croisade des droits de l’homme, dont Jimmy Carter a fait son cheval de bataille, le gouverneur du Massachusetts décide de faire du 23 août 1977, jour anniversaire de la double exécution, le « Sacco and Vanzetti day ». « J’invite, déclare-t-il à cette occasion, le peuple du Massachusetts à s’arrêter un instant dans ses obligations de tous les jours, à réfléchir à ces événements tragiques, à en tirer le courage de s’opposer aux forces de l’intolérance, de la peur, de la haine, et à s’unir pour faire triompher la raison, la sagesse et l’impartialité auxquelles aspire notre système judiciaire. » Ce lointain successeur du gouverneur Fuller s’appelle Michael Dukakis et il est le fils d’un émigré grec.

Voir enfin:

Boston rend hommage à Sacco et Vanzetti
L’Humanité
le 25 août 1997

A l’occasion du 70e anniversaire de leur exécution, la ville de Boston (Massachusetts) a dévoilé samedi un bas-relief à la mémoire de Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti. Le monument représente les deux suppliciés et rappelle les dernières paroles de Vanzetti qui espérait que leur cas apporterait une « leçon aux forces de la liberté ». Arrêtés en avril 1920 à la suite d’un braquage qui avait fait deux morts, les deux hommes, anarchistes italiens, avaient été condamnés après une parodie de procès. Leur exécution par chaise électrique, le 23 août 1927, a été précédée de manifestations dans le monde entier.

L’artiste américain Gutzon Borglum, auteur des bas-reliefs, est connu pour avoir sculpté les visages de quatre présidents américains sur une paroi du mont Rushmore dans le Dakota du Sud. Le président Coolidge a refusé un sursis à l’exécution de Sacco et Vanzetti le jour même de l’inauguration du mont Rushmore, ce qui a incité l’artiste, décédé en 1941, à sculpter le bas-relief.

Des personnalités au rang desquelles figuraient Eleanor Roosevelt et Albert Einstein ont tenté en 1947 d’offrir l’oeuvre aux autorités du Massachusetts mais ces dernières l’ont refusée, comme elles l’avaient déjà fait en 1937 et comme elles le feraient encore en 1957. Pour le 50e anniversaire de l’exécution, en 1977, le gouverneur du Massachusetts, Mikael Dukakis – qui fut candidat démocrate à la Maison-Blanche en 1988 – a publié une déclaration disant que Sacco et Vanzetti n’avaient pas bénéficié d’un procès équitable. Thomas Menino, actuel maire de Boston – le premier d’origine italienne – a estimé que la sculpture fait désormais partie de l’Histoire américaine.


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