Identités: Mains jaunes contre keffiehs (Identity politics comes to France)

23 mars, 2019
Julien-Dray (PS), Jean-Luc-Mélenchon (PG) et Marie-Noëlle-Lienemann (PS)Image result for Main d'or Dieudonné
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https://pbs.twimg.com/media/D1t-RlkXcAAN5mJ.jpgNe croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il y a plus de larmes versées sur les prières exaucées que sur celles qui ne le sont pas. Thérèse d’Avila
Quand les dieux veulent nous punir, ils exaucent nos prières. Oscar Wilde
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie. G.K. Chesterton
Nous appelions l’Amérique de nos voeux et nous sommes exaucés: même nos « problèmes », désormais, sont américains. René Girard
Comme on pouvait s’y attendre, les pays islamiques qui punissent l’apostasie, persécutent légalement leurs minorités non-musulmanes autochtones et n’ont jamais remis en question la violence islamique légale de la Charia, des ahadith de la Sira et du Coran (jurisprudence et textes sacrés musulmans), dénoncent de concert la « diabolisation des musulmans » en Occident ». Pour ces indignés à sens unique, l’attentat de Christchurch ne serait que l’aboutissement prévisible de l’islamophobie coupable de cet Occident post-colonial honni. Ainsi que le réclament depuis trois décennies les 57 pays de l’Organisation de la Coopération islamique (OCI), super Lobby intergouvernemental panislamique reconnu par les Nations Unies et piloté par l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turque néo-ottomane, le massacre de Christchurch est un nouveau prétexte pour réitérer l’exigence liberticide de limitation de la liberté d’expression en matière d’islam régulièrement portée à l’ONU sous couvert de lutte contre la « diffamation des religions ». Sur son compte Twitter, Mohammad Javad Zarif, le ministre des Affaires étrangères iranien, a très officiellement pointé du doigt cette « liberté d’expression » criminelle de l’Occident qui serait à l’origine des actes meurtriers anti-musulmans. Des propos qui font rire ou pleurer quand on sait qu’ils émanent d’un régime de Mollahs qui arrivent juste devant l’Arabie saoudite et après la Chine chaque année parmi les trois premiers pays pratiquant le plus d’assassinats d’Etat… Mais l’Iran est concurrencé sur ce terrain par la Turquie du néo-sultan irascible Recep Tayyip Erdogan, qui ne rate lui non plus jamais une occasion de fustiger les Européens complexés. C’est ainsi que le même islamiste vigilant, d’habitude si prudent vis-à-vis du Géant chinois qui a pourtant tué et torturé des centaines de milliers de musulmans ouïgours, a déclaré qu’« avec cet attentat, l’hostilité envers l’islam (…) a franchi les limites du harcèlement individuel pour atteindre le niveau d’une tuerie de masse. Il apparaît clairement que la vision portée par le tueur (…) est en train de gagner du terrain en Occident comme un cancer ». Étonnant propos de la part d’un Erdogan qui avait ouvertement menacé Benoit XVI après son discours de Ratisbonne ; qui nie catégoriquement le génocide arménien (dont la reconnaissance est punie pénalement en Turquie) ; qui soutient les terroristes du Hamas et les Frères musulmans ; qui a aidé Daech et Al-Qaïda en Syrie, et qui n’a jamais reconnu le caractère christianophobe des massacres de chrétiens survenus ces dernières années en Turquie (Malatya, Trébizonde, meurtres de Hrant Dink, des Prélats Santoro et Padovese, etc)… Pour ce qui est du grand imam d’Al-Azhar, Cheikh Ahmed al-Tayeb, à la tête de la plus grande université religieuse du monde musulman sunnite, où l’on enseigne la légitimé du Jihad offensif, l’infériorité des non-musulmans, les châtiments corporels et autres lapidations, il a déclaré que « ces attaques sont le résultat de la prolifération du discours islamophobe dans plusieurs pays, y compris dans ceux qui sont réputés pour la coexistence de leur population », désignation à peine voilée des pays occidentaux. On croit ici rêver, quand on sait à quel point l’université d’Al-Azhar, infiltrée depuis des décennies par les Frères musulmans et le salafisme, comme l’a déploré le Président égyptien Al-Sissi lui-même, a cautionné théologiquement les attaques violentes perpétrées quotidiennement contre les Coptes chrétiens. Al-Azhar a d’ailleurs toujours refusé d’excommunier les terroristes jihadistes dès lors que ceux-ci ne professaient pas d’hérésies, se limitant à condamner leurs « actions ici-bas », bien évidemment totalement étrangères à l’islam. CQFD, circulez, rien à voir… En France, le militant islamiste-nationaliste pro-Erdogan Ahmet Ogras, Président sortant du Conseil Français du Culte musulman, a surenchéri dans cette logique liberticide anti-occidentale : « Cette tragédie abjecte démontre une fois de plus que l’islamophobie est un mal qu’il faut combattre sans relâche, tout comme les paroles médiatiques déversées par des prêcheurs de haine ». Une allusion à peine voilée aux Zemmour, Finkielkraut ou autres « islamophobes » de Charlie Hebdo accusés de distiller la « haine envers les musulmans » sous prétexte qu’ils dénoncent l’intolérance et la violence chariatiques. Plus explicite encore, le Collectif contre l’islamophobie en France a demandé aux autorités de « prendre leurs responsabilités (…) Les discours islamophobes diffusés dans nos médias n’y ont pas leur place et ont des conséquences concrètes sur la vie des musulmans de France. Faire l’apologie de la théorie du grand remplacement, permettre à des idéologues/éditorialistes/journalistes/politiques de distiller leurs discours à longueur de journée est absolument dangereux. Il faut que cela cesse et les médias français ont un rôle à jouer dans la lutte contre l’islamophobie ». Bref, ceux-là mêmes qui sont idéologiquement liés aux Frères musulmans et adhèrent au suprémacisme islamiste ont trouvé dans les attentats anti-musulmans un prétexte rêvé pour exiger définitivement l’exclusion du débat démocratique de tous ceux qui feraient obstacle à leurs desseins prosélytes-conquérants. Aux Etats-Unis, le lobby islamique américain pro-Frères musulmans, le CAIR (Council of American and islamic Relations), qui vante officiellement la charia et est lié au Hamas palestinien, réclame comme le Collectif contre l’islamophobie en France, que soit « criminalisée l’islamophobie ». A contrario, l’auteur de ces lignes a préféré les paroles, bien plus dignes, du recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, qui a déclaré dans un communiqué officiel, « les musulmans de France sont choqués par cette violence meurtrière qui se manifeste à l’autre bout du monde et prient Dieu que la paix soit préservée dans notre pays ». D’une manière générale, l’attitude de récupération obscène de la douleur des victimes musulmanes de la part de pôles officiels de l’islam mondial, a été faite sienne par la Gauche marxiste/bobo-islamiquement correcte, laquelle a redoublé d’exigences liberticides en incriminant globalement la droite conservatrice et les populismes identitaires, même les plus pacifistes et parlementaristes, pointés comme « idéologiquement coupables » : c’est ainsi que Jean-Luc Mélenchon, qui n’a jamais dénoncé la haine meurtrière anti-chrétiens en pays islamiques, a fustigé « la haine des musulmans qui est aussi un poison mortel dans nos sociétés », tandis que Ian Brossat, tête de liste PCF pour les européennes, a dénoncé « l’extrême droite qui tue, ses idées nauséabondes qui sèment la mort. Ne jamais l’oublier et les combattre pied à pied ». D’une manière générale, les « islamo-gauchistes », ces idéologues rouges alliés des fascistes verts, ont même accusé Donald Trump, Matteo Salvini et Victor Orban d’être les « vrais responsables » de ce « climat » anti-muslims, sous prétexte que le psychopathe/serial killer Breton Tarrant aurait cité la théorie du « Grand Remplacement » de Renaud Camus – qui n’a pourtant jamais appelé au meurtre – et aurait motivé sa barbarie vindicative par le refus de l’immigration extra-européenne. A ce titre, c’est donc Alain Finkielkraut qui devrait être lui aussi accusé, avec Zemmour ou d’autres intellectuels médiatiques, d’avoir inspiré des futurs Tarrant, puisque l’académicien a lui-même cautionné le théoricien remplaciste qualifié « d’extrême-droite » pourtant issu, comme Finkielkraut, de la gauche… Et si l’on suit le même raisonnement de chasse aux sorcières, tous ceux qui remettent nettement en question l’islam, y compris les musulmans athées ou laïques eux-mêmes comme Malika Sorel, Boualem Sansal, Kamel Daoud, Walid al-Husseini ou Zineb el Rhazoui, sans oublier les gauchistes blasphémateurs de Charlie Hebdo, seraient responsables des actes anti-musulmans de Tarrant ou avant lui de Breivik. Récupérant elle aussi un fait monstrueux commis par un fanatique australien, mais qui critiquait les partis politiques populistes parlementaires « trop modérés » (et jugeait Marine Le Pen « insipide »), Najat Vallaud-Belkacem, ex-ministre de l’Éducation de François Hollande, a dénoncé dans un tweet « l’indignation hypocrite de ceux qui ont contribué, année après année, à promouvoir ça ». Illustrant son tweet de couvertures de grands médias comme Valeurs actuelles, Le Figaro Magazine, L’Express, Le Point, Marianne, Courrier international, revue L’Histoire, l’ex-ministre connue pour son moralisme progressiste sélectif, a même parlé de « nausée » à propos de cette presse « coupable » d’avoir contribué à promouvoir le climat d’islamophobie qui aurait permis l’attentat de Christchurch. Dans ce cas, pour suivre la même logique d’amalgame d’habitude pourtant interdite en cas d’attentats islamistes, que doit penser Madame Vallaud-Belkacem de ses anciens compères socialistes François Hollande et Gérard Collomb, qui ont tous deux dénoncé le séparatisme islamiste et la montée du communautarisme dans les banlieues hors contrôle ? (…) En réalité, et en dépit même des centaines d’attaques commises par les terroristes arabo-musulmans et des jihadistes en Occident depuis les années 1980 (terrorisme palestinien ; iranien ; GIA ; Al-Qaïda ; Daech), les actes terroristes anti-musulmans dans le monde occidental ont été jusque-là extrêmement rares. On peut même affirmer que les Occidentaux ont fait preuve d’une grande retenue en ne répondant presque jamais de façon réciproquement barbare aux jihadistes. Certes, les cas du Canada et de la Nouvelle Zélande sont là pour montrer que des Blancs judéo-chrétiens peuvent eux aussi se comporter « comme » les pires jihadistes. Mais en quoi des actes anti-musulmans commis dans des pays tolérants et multiculturels comme la Nouvelle Zélande ou le Canada devraient être imputés à des Français, des Anglais, des « populistes » italiens ou des électeurs de Donald Trump, comme certains bien-pensants ont essayé de le faire ? Depuis quand nos sociétés démocratiques fondées sur la liberté et la responsabilité individuelles ont-elles rétabli de délit et la faute collectives ? Au nom de quoi les « coupeurs de langues » de l’organisation de la Coopération islamique (OCI), du CCIF, de l’Université Al-Azhar, sans oublier le néo-Sultan Erdogan osent-ils blâmer des Français, des Italiens, des Hongrois, des citoyens américains ou même des « islamophobes » pacifiques ou des « populistes » occidentaux hostiles à l’immigrationnisme alors que eux-mêmes cautionnent des institutions théocratiques qui enseignent la légitimité du Jihad, de la charià et de la conquête islamique ? N’importe quel observateur intellectuellement honnête peut aisément constater que la violence terroriste anti-chrétienne en pays islamique est bien plus banalisée et impunie que l’inverse. Et si dans la même période récente, des chrétiens de pays islamiques avaient commis contre des Musulmans le centième des meurtres perpétrés par des jihadistes en « pays chrétien », on n’ose même pas imaginer le nombre de chrétiens qui auraient été massacrés en représailles dans les rues, les églises et jusque dans leurs maisons. D’ailleurs, alors même que les chrétiens en pays arabo-musulmans ne perpètrent jamais d’actes terroristes et constituent au contraire des minorités soumises et pacifiques (dhimmitude), ils sont déjà régulièrement pris pour cibles par des fanatiques musulmans : Chrétiens des pays arabes (Irak, Egypte, Arabie saoudite-Yémen, Mauritanie, Soudan, Maghreb, etc), de Turquie (génocide arménien toujours, persécution des syriaques-araméens), du Pakistan (les milliers d’Asa Bibi martyrisées), sans oublier les autres minorités régulièrement persécutées et massacrées au nom de la Charià : Yézidis d’Irak, chiites, Alévis, régulièrement attaqués, kidnappés, rackettés, victimes d’attentats ou officiellement brimés. Face à la tentative obscène de récupération (par les « coupeurs de langues » verts, roses et rouges) du drame des musulmans massacrés en Nouvelle Zélande, et face à l’incroyable tentative de culpabilisation/disqualification morale des défenseurs de la civilisation judéo-chrétienne orchestrée par tous ceux qui voudraient rendre les Français patriotes collectivement coupables des horreurs de Christchurch, quelques chiffres peuvent aider à garder raison : Rien que pour la France, 7 au 9 janvier 2015: attaques de Charlie Hebdo, 22 morts ; 26 juin 2015, à Saint-Quentin-Fallavier, un Français décapité par un jihadiste ; 13-14 novembre 2015 : attentats de Paris, 137 morts ; 13 juin 2016, Magnanville, un policier et sa femme assassinés par un jihadiste. 14 juillet 2016: un Mohamed Lahouaiej-Bouhlel massacre 86 personnes ; 26 juillet 2016, Normandie, 2 djihadistes égorgent un prêtre âgé de 86 ans en pleine messe dans son église. 1er octobre 2017: un musulman a poignardé à mort deux jeunes femmes dans une gare de Marseille ; 23 mars 2018, Trèbes, trois morts ; 12 mai 2018, Paris, un franco-tchétchène poignardé à mort un piéton et en a blessé plusieurs autres ; 11 décembre 2018: À Strasbourg, un homme armé a ouvert le feu juste devant le marché de Noël, faisant 5 morts et 11 blessés. Total, rien qu’en France, en quatre ans : 261 morts et moult blessés lors d’attaques de musulmans contre des non-musulmans. Et heureusement, AUCUNE représailles meurtrière contre des Musulmans dans les rues ou les Mosquées. Par contre , des menaces de morts par milliers contre les intellectuels musulmans modérés ou « infidèles » qui dénoncent les « coupeurs de têtes ». Alexandre del Valle
Oui toutes nos pensées vont aux victimes de l’abject attentat de #Christchurch , et oui cela devrait tous nous rassembler. Mais découvrir ici des messages d’indignation hypocrite y compris de ceux qui ont contribué, année après année, à promouvoir ça:👇… Comment dire ? Nausée. Najat Vallaud-Belkacem
L’échec de la gauche, c’est d’avoir agité des slogans antiracistes ou paternalistes qui n’ont mené nulle part. La Marche des Beurs en 1983, n’a pas abouti à l’élection de députés de la #diversité, mais à celle de Julien Dray !  Aurélien Taché (député En marche)
L’antisémitisme ne vient pas du Coran mais de l’ignorance. Aurélien Taché
Pourquoi elle devrait enlever [son voile] au moment de ses interventions publiques, c’est peut-être la question qu’on devrait se poser. Aurélien Taché
J’ai été élevé en écoutant Renaud, en mangeant de l’entrecôte, mais j’aime aussi le rap et les kébabs. On peut être dans une forme de cosmopolitisme. 
Aurélien Taché
Le drapeau tricolore renvoie au régiment […] est-ce bien le rôle de l’école de se transformer en caserne ? Aurélien Taché
Les mêmes qui disaient que les « gilets jaunes », c’était la France périphérique, disent soudain « ah, ce sont les banlieues et les musulmans » qui sont responsables de l’antisémitisme au sein de ce mouvement. Ça m’a frappé en entendant Eric Ciotti, Michel Onfray ou Eric Zemmour. Il y a un retour glaçant de l’antisémitisme. C’est le thermomètre de la haine dans une société. Mais on ne combat pas cette haine en faisant des musulmans des quartiers populaires un autre bouc émissaire. C’est trop commode, cela permet aux élites de ne pas trop s’interroger sur leur part de responsabilité. Il y a un antisémitisme en banlieue. Mais il ne prend pas sa source dans l’immigration ou dans les versets du Coran, comme j’entends Manuel Valls le dire. Il la prend dans l’ignorance et le sentiment anti-élites. Aurélien Taché
Il faut des listes vraiment inclusives aux prochaines municipales » parce qu’il n’y a « pas un Noir ou un Arabe parmi les maires des cinquante plus grosses villes. Aurélien Taché
Une partie de la production des historiens, les articles scientifiques notamment, s’adresse à un cercle restreint, en raison de la nature pointue ou technique de ces articles, publiés dans des revues spécialisées. Ce qui ne veut absolument pas dire que l’histoire ne doit pas être vulgarisée et diffusée auprès du plus grand nombre. C’est l’autre face du boulot d’historien. (…) Je ne suis cependant pas certain que cela soit du domaine de l’historien principalement que de mener cette contre-offensive. Evidemment que le boulot des historiens est de battre en brèche ces discours, mais cela ne doit pas relever d’eux seuls. On n’en appelle pas à un astrophysicien pour contrecarrer les délires sur la « terre plate ». Vidal-Naquet soulignait déjà cela en demandant si il fallait en appeler à un astrophysicien pour contrecarrer quelqu’un affirmant que la lune est faite de fromage. Le discours négationniste sur la Shoah, ou sur les autres génocides, est tout aussi grotesque d’un point de vue intellectuel que de prétendre que la terre est plate. (…)Dans le domaine de l’histoire, les lieux communs qui relèvent du café du commerce ne manquent pas, comme « L’histoire est écrite par les vainqueurs » ou « L’histoire est subjective ». « L’histoire écrite par les vainqueurs » signifie que ce sont ceux qui gagnent qui dictent le cours des évènements, mais on fait dire à cette phrase que ce sont les vainqueurs qui écrivent la « vérité »: autrement dit les « Alliés à Nuremberg ont écrit une version de l’histoire ». Quant à la supposée subjectivité de l’histoire, ou qu’en histoire il n’y aurait pas de vérité, c’est de la pseudo-philosophie de bas étage : l’histoire repose sur des faits en premier lieu, qui ne relèvent en rien de la « subjectivité ». Adolf Hitler est nazi. C’est un fait. Il est chancelier du Reich. C’est un fait. Il a clamé sa haine des Juifs. C’est un fait. Etc. Environ 5,7 millions de juifs ont été assassinés. C’est un fait. De la même manière que la terre est ronde. La méthode négationniste est simple. On prend un élément, en général microscopique, on le nie avec des arguments pseudo-scientifiques, puis on décrète que puisque tel témoignage comporte un élément décrété faux alors tout l’évènement est faux. Retranscrit dans d’autres domaines ça donne : la perruque de Louis XIV n’était pas blanche alors qu’un témoin l’a décrite comme telle, c’est donc la preuve que Louis XIV n’existe pas. Ou alors que Jésus n’a pu marcher sur l’eau, ce qui est la preuve que Jésus n’a pas existé, et donc que le christianisme n’existe pas. Si certains veulent croire que Jésus a marché sur l’eau cela relève du domaine de la religion et de la croyance. En revanche factuellement ce n’est pas cela qui autorise à nier l’existence de Jésus. Reste qu’avec le développement d’Internet qui facilite et démultiplie la diffusion de théories complotistes, on assiste à une explosion des remises en cause scientifiques et désormais d’autres sciences, comme la médecine par exemple, sont concernées. Si la négation de la Shoah est au cœur du négationnisme et du complotisme, les remises en cause des sciences se multiplient et trouvent une audience importante, une sorte de nouvelle forme de luddisme. On est face à un immense café du commerce, où différentes attitudes coexistent : pour certains c’est la crédulité, pour d’autres l’envie d’être un « sachant » – « à moi on me la fait pas, je suis pas dupe » – qui défie une narration frappée du sceau de l’ « officialité », tandis que pour d’autres, c’est un moyen politique pur et simple, comme les négationnistes, de diffuser un message de propagande. (…) Il s’agit d’un simple constat, non d’une remise en cause de ce qui est devenu un élément central de nos sociétés. Le luddisme qu’on peut constater n’est d’ailleurs pas dénué de contradictions : on utilise le progrès (Internet) pour dénoncer le progrès dans d’autres domaines. Pas plus que le « café  du commerce » ne remet en cause les lieux de convivialité que sont les troquets. Mais on peut aisément constater que toute parole se vaut et que tout un chacun est expert en tout. Si on prend la part négative des réseaux sociaux, aujourd’hui ils fédèrent, unissent, mettent en rapport des gens qui étaient autrefois isolés : un militant d’extrême droite s’achetait Minute ou Rivarol, avait quelques potes avec qui vomir sa haine, mais dans des cercles limités. Mais ce constat a aussi des pans positifs (…) il permet aussi l’expression dans des sociétés muselées, et a permis d’unir les oppositions dans les pays arabes qui ont connu des soulèvements. D’ailleurs la recherche elle-même a été transformée en profondeur avec Internet, on pourrait même dire bouleversée. Par exemple, il y a encore 20 ans, il fallait se farcir des fichiers-tiroirs en bibliothèques et centres d’archives pour connaître l’existence de publications, ou dépouiller des publications telles que L’Année philologique. Une partie de la qualité des recherches résidait dans la capacité à trouver ce qui existait. Aujourd’hui il suffit de deux mots clés dans une base de données, sans bouger de chez soi… Il est aussi patent que l’extrême droite a su se saisir avec une rapidité impressionnante des moyens qu’offre internet. Dès la fin des années 1990 les sites néo-nazis et autres pullulaient. Ce n’était pas joué d’avance, mais en revanche il faut constater que pour un site luttant contre le négationnisme, il y en a 100 qui le diffusent. (…) Tite-Live a écrit une histoire de Rome il y a 2 000 ans. Ce qui n’empêche pas que depuis 2 000 ans les historiens continuent à écrire l’histoire de Rome. Jusqu’au début des années 1980 les historiens étudiant la Shoah étaient très peu nombreux. Ce n’est que depuis une trentaine d’années que le champ a connu une véritable explosion scientifique. La chute de l’URSS a rendu accessibles des montagnes d’archives non exploitées jusque-là par exemple. Ensuite, cette histoire est en perpétuelle évolution, comme celle du nazisme ou de la Seconde Guerre mondiale, s’affine ou s’approfondit. C’est l’un des paradoxes du sujet, d’un côté il est omniprésent, de l’autre peu étudié. En France, le nombre de spécialistes de la Shoah ou de l’histoire du nazisme est assez limité, même si aujourd’hui il tend à croître. Ensuite, il y a une forme de paradoxe assez impressionnant sur ce sujet – et qui vaut plus largement pour le nazisme et la Seconde Guerre mondiale. Malgré l’omniprésence du sujet dans la société, il y a pas mal de malentendus et d’incompréhensions, notamment en raison de la confusion entre le système concentrationnaire – avec notamment les images de ce qui a été découvert en 1945 qui se sont profondément ancrées dans les représentations – et la « solution finale », qui se déroule ailleurs. Ces représentations très fortes qui se sont fixées au sortir de la guerre demeurent prédominantes, alors que les travaux des historiens depuis plus de 50 ou 60 ans dans certains cas ont permis de mieux comprendre et distinguer les choses. Le meilleur exemple réside sans doute dans le fait, que depuis les travaux de Raul Hilberg les historiens parlent de « centres de mise à mort », alors que l’expression qui demeure profondément ancrée est celle de « camp d’extermination ». Celle-ci est hautement problématique à bien des égards, à commencer par la contradiction absolue entre les deux termes : un camp est un lieu où l’on rassemble une population, pour la détenir par exemple – camp de concentration – alors que l’assassinat de masse ne nécessite pas de « camp », ce sont des sites qui sont destinés à tuer toute personne qui y est acheminée, et qui sont donc de taille réduite, avec peu de structures. Les négationnistes, d’ailleurs, utilisent certaines de ces représentations et exploitent les confusions. La réduction de la Shoah aux chambres à gaz dans les représentations leur permet de dire « pas de chambres à gaz donc pas de Shoah », alors que plus de la moitié des victimes n’ont jamais franchi le seuil d’une chambre à gaz mais ont été exécutées autrement. Même chose en utilisant des éléments propres au système concentrationnaire pour expliquer que la Shoah, qui se déroule en dehors de ce système, n’est pas possible. (…) Cela participe d’un affinement de la connaissance, d’une meilleure compréhension des mécanismes. Regarder les « marges » permet d’éclairer l’ensemble. Parmi les gars du PPF qui distribuent les tracts « mort aux juifs » en 1940 on en retrouve en 1943-1944 qui chassent les juifs en France pour réaliser la « solution finale ». Autrement dit, si je m’intéresse à Auschwitz, je m’intéresse aussi à ceux qui y « arrivent », et la manière dont ils arrivent là. Comment et à cause de qui un juif de Grenoble se retrouve à Drancy puis à Auschwitz ? (…) L’antisémitisme n’est pas propre à la droite ou l’extrême droite, il a toujours été présent sur l’ensemble de l’échiquier politique. On en a eu un exemple lors de la campagne présidentielle avec la disqualification de Macron comme « banquier », utilisée tant à l’extrême droite qu’à l’extrême gauche. Il y a 15 ans, il aurait été brocardé comme technocrate, c’est un pur produit de l’ENA. Mais son passage chez Rothschild devient une tache. Aurait-il exercé au Crédit Agricole ou à la Banque postale, je doute qu’il aurait été qualifié de banquier. Là on a eu une floraison de termes chez les auto-proclamés « anti-système » – qui ont tous pourtant des cursus forts semblables et sont présents en politique depuis des décennies – pour dénoncer « la banque », « l’oligarchie » etc. Le recours à cette terminologie n’a rien d’anodin, et chez certains – évidemment pas pour tous – elle renvoie plus qu’implicitement à l’antisémitisme. C’est d’ailleurs éclairant à ce sujet, de voir que certains historiens et intellectuels ont pointé les problèmes que posait le recours à ces termes mais que cela n’a eu aucune conséquence, pas même la moindre interrogation ou distanciation. Ce sont surtout les années 1930 et la Seconde Guerre mondiale qui ont ancré l’idée que l’antisémitisme était propre à l’extrême droite et au nazisme. Mais en 1940, au moment de la défaite et du vote des pleins pouvoirs, on voit des attaques antisémites contre Blum qui viennent d’élus de la SFIO, par exemple. Si on regarde la Collaboration, et l’Ultra Collaboration, on voit qu’il y a pas mal de gens venant de la gauche. Il faut cependant faire attention sur ce point, que l’on retrouve par exemple exploité par Zemmour : Vichy serait la gauche. Ceci est faux, l’adhésion se faisant sur un programme d’extrême droite, maurrassien, la « Révolution nationale », voire pour les ultras comme les PPF ou les membres du RNP de Déat, sur des programmes proches du nazisme. Mais même du côté du PC on peut voir des tracts, notamment en 40-41, où l’antisémitisme n’est pas très loin. En soi, l’antisémitisme se retrouve partout sur l’échiquier politique. Au sortir de la guerre, l’antisémitisme est disqualifié et n’a plus voix au chapitre sur la scène politique occidentale. Pourtant dès 1944 en URSS, et surtout à partir de 1948, le régime soviétique multiplie les attaques antisémites, qui ensuite se retrouvent dans tout le bloc communiste. Sauf qu’officiellement, ce ne sont pas les Juifs qui sont visés, mais les « sionistes ». Bref, on renomme, c’est validé un peu partout et ça passe sans soulever de problèmes pour les communistes en dehors du bloc soviétique. De 1948 à 1968 on multiplie les purges contre les Juifs, les procès, les assassinats et les expulsions, tout ça sous vernis de la lutte contre les « agents sionistes » ou les « cosmopolites sans racines », selon la terminologie d’alors. Réinscrit dans l’histoire de l’antisémitisme, ça n’a rien d’original. C’est juste une déclinaison du juif qui est par essence sans patrie, ou de l’agent de l’étranger, qui a toujours existé: affaire Dreyfus, « coup de poignard dans le dos » pour expliquer la défaite de l’Allemagne en 1918 etc. Pour l’antisémitisme français au moment de Dreyfus, le juif est l’agent des Allemands, pour les Allemands en 1918, le Juif c’est l’agent des bolcheviques ou de la France, pour Staline, le Juif c’est l’agent d’Israël. L’antisémitisme est pratique, il explique tout : le communisme c’est les juifs, le capital c’est les juifs. Chacun y trouve son explication. Et c’est adaptable à tout : la colonisation ? Les Juifs. L’esclavage ? Pareil. Dans les années 1990 le Sida en Afrique c’était les Juifs, et les attaques de requins en mer Rouge au début des années 2010 un coup du Mossad pour flinguer le tourisme en Egypte. A chaque nouvelle crise, le discours s’adapte. On a vu fleurir les théories impliquant Israel dans la crise au Venezuela, et ces théories venaient des défenseurs de Maduro, pas vraiment l’extrême droite, même si in fine la collusion a fini par se faire. L’antisémitisme, pas plus que le racisme au demeurant, n’est propre à un bord politique. Ce sont ses usages et la manière dont il est assumé qui peuvent éventuellement être différents. Quoique sur l’antisémitisme, à gauche l’ « antisionisme » est bien pratique pour s’adonner à un antisémitisme non assumé ouvertement – et en disant cela je ne délégitime en rien le droit des Palestiniens à disposer d’un Etat ou celui de critiquer les politiques israéliennes. (…) cela ne devrait pas être. Mais c’est malheureusement le cas, tant « l’antisionisme » se drape dans une bonne conscience, qui souvent échappe aux gens. D’ailleurs toute la phase soviétique et communiste du mot est intégralement effacée pour lui donner des atours de noblesse et cela va jusqu’à des discours qui affirment que le Bund, par exemple, était contre le mouvement sioniste, et que c’est la preuve que l’antisionisme n’est pas antisémite. Mais le Bund non seulement combattait férocement l’antisémitisme, il revendiquait aussi l’existence d’une nation juive autonome en Pologne (ou dans les Pays baltes). Les antisionistes eux, nient l’existence des Juifs, sinon à leurs propres conditions. « On vous tolère, mais ne mouftez pas trop ». Le Bund, comme les sionistes, revendiquent le fait juif et l’existence d’une nation juive. Les antisionistes dénient aux juifs le droit de se définir, et s’arrogent ce droit. Il suffit de voir le succès du livre de Shlomo Sand, qui explique que “le peuple juif est une invention”. La belle affaire. Ce constat on peut le faire pour n’importe quel peuple, ou pour prendre un terme plus adéquat, pour n’importe quelle nation, à commencer par la France. Chaque nation repose sur des mythes fondateurs auxquels se rallient ceux qui s’y retrouvent. D’ailleurs l’usage de ce terme n’est pas sans faire penser à une théorie de comptoir qui a fait florès : « l’antisémitisme ne vise pas que les Juifs, mais aussi les Arabes, qui sont sémites aussi ». Passons rapidement sur le fait que l’antisémitisme, tel qu’il a été défini par les antisémites eux-mêmes, n’a jamais visé que les seuls Juifs, pour aller à l’autre point, bien plus intéressant : les sémites n’existent pas. Les Arabes, pas plus que les Juifs ne sont sémites, c’est une construction racialiste reprise par le racisme, et développée à partir de l’existence d’un groupe de langue dit sémitique, où se retrouvent l’hébreu, l’araméen, le phénicien, l’arabe ou encore l’amharique. D’ailleurs cette création d’une « race juive » a été un moyen pour dire que « les » Juifs formaient un tout, un groupe ethnique : les juifs d’Allemagne bien « blancs » étaient donc de la même « race » que les Juifs d’origine arabe du Yemen ou d’Egypte, que les Juifs noirs d’Ethiopie ou que les Juifs turcs de Crimée. Bref, l’antisémitisme vise à créer une unité ethnique (« raciale ») entre des groupes religieux ou nationaux qui n’ont en commun que leur religion et les récits qui en découlent – même pas une culture commune, parce que quel rapport entre la carpe farcie et la brick au thon ? Entre le pastrami et l’amba ? L’antisémitisme constitue, sous une double forme, un inverse du racisme : là où le racisme prétend la supériorité sur d’autres, lesquels sont définis par une appartenance ethnique visible, l’antisémitisme, lui, dénonce le danger de domination d’une race invisible, puisque non identifiable (sinon pour son appétence pour la carpe farcie, mais les Polonais aiment bien aussi… Pareil d’ailleurs pour la brick au thon, que juifs et musulmans du Maghreb aiment bien) Mais surtout, cette théorie « des Arabes qui seraient des sémites », largement prégnante à l’extrême gauche, voire à gauche (et elle est sur le devant de la scène par exemple en ce moment parmi certains défenseurs de Corbyn, qui excipent de cela pour nier l’antisémitisme au sein du Labour) montre le degré d’imprégnation des constructions racistes chez ceux là. Pour nier l’antisémitisme (et donc in fine le justifier tout en le niant) ils maintiennent une fiction raciste concernant les Arabes… (…) Jusqu’à récemment ce qui prévalait largement était le racisme anti-arabe, nourri notamment à la fois par le colonialisme français en Afrique du Nord puis ensuite par le ressentiment né de la décolonisation chez certains Français. Auquel s’ajoute un autre élément, celui de la méconnaissance du fait musulman. En France, Arabe a été très largement synonyme de musulman: si t’es musulman t’es arabe, si t’es arabe t’es musulman. Et depuis quelques années, si t’es musulman t’es islamiste. Et donc in fine, arabe= islamiste. Au moment des attentats de 2015, des commentateurs expliquaient que les attentats avaient été exclusivement commis par des Arabes (quid de Coulibaly ?). Comme si l’adhésion à une idéologie assassine dépendait d’une appartenance ethnique. Alors que le racisme se fonde avant tout sur une supposée infériorité, là on voit un passage à autre chose en effet. Et en outre, le « musulman » est très largement interchangeable. Il suffit de se rappeler que Nicolas Sarkozy ignorait en 2007 si Al-Qaïda était chiite ou sunnite pour avoir une illustration de la méconnaissance qui prédomine à ce sujet. L’espace géographique peuplé par des musulmans, qui va de l’Afrique aux confins de l’Asie, est vu comme un grand tout, unique, et conçu à travers notre héritage, à nous Français, avant tout à travers « l’Arabe » qui incarne cet ensemble menaçant. Maintenant avec le terme d’islamophobie on a quelque chose d’intéressant. Il est décrié par certains, et utilisé par d’autres pour disqualifier toute critique contre la religion musulmane. Mieux vaut s’écarter de ces prises de position et s’interroger sur autre chose : est-ce que le terme est opérant pour désigner un phénomène particulier ? Et là la réponse est claire : oui, on voit l’apparition d’idées qui feraient des musulmans les membres d’un grand tout, à la manœuvre dans l’ombre, complotant dans tel ou tel but. Et à cet égard on a quelque chose de nouveau, dont les ressorts ne sont plus ceux du racisme, à savoir un regard depuis le haut vers quelqu’un d’inférieur, mais des ressorts qui ne sont pas sans rappeler ceux de l’antisémitisme : un danger fondé sur une puissance fantasmée. Ce phénomène là est récent. Si on prend en regard l’antisémitisme, il est constitué très largement d’invariants, que l’on retrouve en permanence, depuis des siècles: le juif et l’argent, le juif comploteur, le juif dépravé sexuel etc. (…) Soros remplace chez certains Rothschild, mais on reste sur les mêmes ressorts. Or, à côté du racisme anti-arabe, on voit apparaître de nouveaux fantasmes, un glissement vers « le Musulman », paré de tout un ensemble de menaces. Un Pakistanais serait de mèche avec un Français parce qu’ils sont tout deux musulmans, on a la mise en place d’un fantasme particulier qui n’est plus le racisme et qu’il faut qualifier pour ce qu’il est. Maintenant si l’analogie peut prévaloir dans certains cas, elle a ses limites. D’abord prétendre que l’islamophobie a remplacé l’antisémitisme est absurde. L’antisémitisme se porte terriblement bien en Europe, et à part quelques négateurs à l’extrême-gauche, qui montrent que leur universalisme et leur combat anti-raciste à non seulement des limites mais qu’ils ont aussi quelques complaisances avec l’antisémitisme, personne ne le conteste aujourd’hui. Ensuite, on peut aisément constater que l’antisémitisme demeure la principale matrice explicative en matière complotiste, par exemple. Que la Hongrie d’Orban, pour être xénophobe et raciste, n’en a pas moins fait de Soros la figure principale de la « menace anti-hongroise ». (…) Dans les années 1980 et 1990 on a assisté à une séquence importante, où les travaux des historiens (Paxton, Klarsfeld…) mais aussi l’opinion publique ont très largement permis de voir en face la réalité des responsabilités. Le discours de Chirac au Vel d’Hiv en 1995, puis d’autres mesures qui ont suivi, ont donné l’impression que la question était réglée. Et d’un point de vue scientifique elle l’est. Sauf que depuis une dizaine d’années, on assiste à une sorte de retour en arrière, porté par Zemmour et d’autres. On a un peu tout. « Vichy a protégé les juifs français » – il suffit de lire la loi du 3 octobre 1940, dite « statut des juifs », ou celle du 22 juillet 1941 sur « l’élimination de l’influence juive dans l’économie nationale » pour démonter cela. Sans même avoir à rappeler que la majorité des enfants au Vel d’Hiv en 1942 étaient nés en France ou que la rafle de janvier 1943 à Marseille est menée par la police française contre des Juifs français. Ou alors « Vichy c’est pas la France » – auquel il suffit de répondre par une question : c’est quoi la France ? la Saint-Barthélémy c’est pas la France ? La colonisation non plus ? etc. Et il ne s’agit pas d’une spécificité française, même si on a dedans des débats franco-français. Ce qui se passe par exemple en Pologne aujourd’hui en est un exemple. Ou en Russie concernant la période stalinienne en est autre. Ou aux Etats-Unis. Nombre de pays connaissent ce genre de phase, au gré des climats qui y règnent et des phases de raidissement nationalistes. (…) Près d’un million de juifs ont été exécutés entre fin 1941 et début 1942 par les unités allemandes, sans aucun « collaborateur juif ». Les allemands n’ont aucun besoin de « collaborateurs juifs » pour le processus de destruction, mais en revanche ils ont besoin des collaborateurs locaux, des nationalistes, qui de la France aux Pays baltes en passant par l’Ukraine, ont eux très largement aidé à la réalisation de la “solution finale”. (…) La création des Judenrat, ces « conseils juifs » mis en place par les Allemands à la tête des ghettos pour servir d’interface et gérer « l’interne », n’est ni plus ni moins que la reprise d’une méthode mise en œuvre dans le système concentrationnaire, consistant à confier la gestion d’une partie de l’interne, ce qui se passe dans le camp, à des détenus. Pourtant là personne ne vient exciper de « collaborateurs » parmi les prisonniers pour faire porter la culpabilité sur les victimes. D’ailleurs, parmi les membres des Judenrat, à côté de gens qui se sont révélées être des crapules, l’immense majorité a joué un rôle important, en aidant les organisation de résistance dans les ghettos par exemple, ou en tentant de faire face aux Allemands. Tal Bruttman
En France, l’émergence du terme « identité » en politique date des années 2000, avec notamment le « ministère de l’identité française » voulu par Nicolas Sarkozy. Dans ce contexte, c’est un mot connoté « de droite », avec la défense de ce que les anthropologues nomment une « culture » (mode de vie, représentations collectives, valeurs…) et qui est perçu, à tort ou à raison, comme menacé, entre autres par l’immigration. Dans le même temps, les revendications « identitaires » sont montées en puissance dans les pays de tradition multiculturelle, qui définissent la citoyenneté non en fonction de l’appartenance commune à un collectif de haut niveau, telle la nation – c’est la conception républicaine française –, mais en fonction de l’appartenance à des collectifs partiels, des « communautés » telles que la religion, la région, la race, le sexe, voire la sexualité. C’est le cas aux États-Unis et au Canada, où le mot « identité » est devenu central dans le répertoire des « libéraux », c’est-à-dire de la gauche. Là, l’identité est associée non à la conservation des acquis, comme dans le cas de « l’identité nationale » en France, mais à la dénonciation des inégalités liées à ces affiliations à la fois imposées (par la naissance) et revendiquées. Celles-ci tendent à remplacer les traditionnelles inégalités de niveau de vie, de pouvoir et de chances associées aux classes populaires. Les opprimés sont devenus des victimes, et ne sont plus des prolétaires mais des Noirs ou des Arabes, des femmes, des homosexuels… Bref : l’utilisation politique de la problématique identitaire penche plutôt à droite lorsqu’elle est revendiquée au nom d’un groupe considéré comme dominant et plutôt à gauche dans le cas contraire. C’est dire que la réduction de l’identité à une question politique n’a guère de sens, surtout lorsqu’on connaît – et c’est, en partie, l’objet de mon livre – les très riches éclairages que cette notion apporte dans le domaine des sciences sociales et humaines : anthropologie, sociologie, psychologie, histoire, philosophie… Nathalie Heinich
Vue depuis les États-Unis, où je vis, la politique d’identité (identity politics) a subi ses flux et reflux. Elle a été souvent marquée « à gauche ». Aujourd’hui, toutefois, la croyance dans la fondation par l’identité est devenue une routine de la plupart des mouvements ; ainsi, le trumpisme est surtout une politique d’identité blanche. Une autre nouveauté relative, depuis une quinzaine d’années, est la victoire de ce que le collectif de femmes afro-américaines Combahee River (qui, en 1977, et de manière fondatrice, a revendiqué l’expression politique d’identité) nommait le séparatisme – une position que ces militantes rejetaient d’ailleurs explicitement. Or l’identitarisme contemporain instaure l’idée d’une juxtaposition sans dialogue des « comme nous ». Il n’y a guère à espérer du côté de l’intersection des identités, car « l’intersectionnel » a tôt fait de se refermer en une nouvelle catégorie, qui a soudain ses attributs, ses caractères, ses obligations… En fait, la machine à identité made in USA fonctionne à plein régime en ce moment, et, en plus des revendications classiques, on assiste à la création de tout un tas de nouvelles identités : identités d’allergique,… Laurent Dubreuil
Bienvenue dans le monde de la politique d’identité, qui, d’Amérique jusqu’ici, est en passe de devenir notre horizon commun. Selon la bonne nouvelle identitaire répandue chaque seconde par le brouhaha de la communication et le babil des « réseaux sociaux » , nous agissons, vivons et pensons en tant que catégories, au besoin croisées (par exemple homme blanc juif, LGTBQ) et volontiers blessées. Comme le révèle son expérience américaine et préfiguratrice, qui diffuse à partir du foyer des universités, la politique d’identité conforte l’avènement d’un despotisme démocratisé, où le pouvoir autoritaire n’est plus entre les seules mains du tyran, du Parti ou de l’Etat, mais à la portée d’êtres manufacturés et interconnectés que traversent des types de désirs totalitaires. Cet ordre mondialisé est une dictature moralisatrice qui distribue les prébendes en fonction du même, qui remplace le dialogue par le soliloque plaintif et la vocifération, qui interdit, qui censure l’inattendu – dont les arts – au nom du déjà-dit et des comme-nous. Malgré son succès grandissant, une telle entreprise peut encore être défaite, à condition, du moins, d’en vouloir comprendre les manifestations contemporaines. Gallimard
Misère (entraînant et expliquant la révolte et la violence) ? faux ! D’après l’Insee, la Seine-Saint-Denis est le quinzième département le plus riche de France – compte non tenu, par définition, de l’économie souterraine qui l’irrigue. En y ajoutant les milliards de la drogue, le “9-3” est sans doute en réalité parmi les cinq départements les plus riches de France. Quels sont à l’inverse les plus pauvres ? L’Ariège (91e), le Cantal (92e) et la Creuse (96e). Ajoutons un taux de pauvreté de 19 % dans un tiers des départements ruraux de France métropolitaine – c’est-à-dire plus élevé que dans le “9-3”. Plus largement, souligne lumineusement le géographe Christophe Guilluy, « 85 % des ménages pauvres ne vivent pas dans les quartiers sensibles et… la majorité des chômeurs de longue durée se répartit sur l’ensemble du territoire ». Or, où brûlent les voitures ? Où tire-t-on à la kalachnikov sur les policiers ? Dans la Creuse ou en Seine-Saint-Denis ? Les pauvres “assignés à résidence”, dans de lointains territoires de relégation ? Archifaux, là encore ! À l’échelle du Bassin parisien dans son entier, la Seine-Saint-Denis est dans une position confortablement centrale, non dans une lointaine bordure – et dans les “zones urbaines sensibles” (Zus) de ce département, comme dans celles des autres de la région parisienne, la mobilité de la population est la plus élevée de France (taux de mobilité de 61 %, selon l’Observatoire national des Zus). Les quartiers sensibles représentent la jeunesse, la France rurale n’étant plus peuplée que de paysans âgés ? Faux ! Ces quartiers et cités ne rassemblent que 9 % de la jeunesse (l’Insee, toujours), la France périphérique au contraire (grande banlieue et villes-satellites des métropoles) abritant un jeune sur trois de 18-24 ans – et ce, avec un taux de criminalité fort bas. Ajoutons que l’espace rural (18 % de la population métropolitaine, 11 millions d’habitants) compte désormais 32 % d’ouvriers, 27 % d’employés – et seulement 7 % d’agriculteurs… sans que nulle déprédation ou exaction ne s’y commette, ou presque. Industrielle ou rurale, cette France périurbaine est celle des précaires, agriculteurs percevant les minima sociaux, ouvriers pauvres, travailleurs à temps partiel. Cette “France des plans sociaux” abrite les nouvelles classes populaires évincées des grandes métropoles (centre-ville et première couronne) – désormais fiefs de la bourgeoisie-bohème (“bobo”) et des immigrés récents. Or quoique victime de la recomposition sociale du territoire, cette France périphérique est calme. Malgré une pauvreté invisible, la délinquance y est rare et la criminalité, plutôt exceptionnelle. Avec une insondable morgue, les journalistes “tendance bobo” dénigrent cependant cette France périphérique et sa “logique de repli”. Alors que, pour ces populations victimes de la mondialisation et de la prédation financière, il s’agit, tout au contraire, d’une demande de protection. (…) on ne peut édifier de politique efficace sur des concepts erronés. Pourtant, c’est ce que l’on fait depuis trente ans sous le nom – déjà absurde – de “politique de la ville”. Comme de l’eau dans un trou, cette “politique” déverse des milliards d’euros dans des programmes immobiliers opaques et dans d’incontrôlables subventions : 550 millions d’euros en 2012 pour la politique de la ville ; 390 millions pour la “cohésion sociale et l’égalité des chances”, nom fort noble pour ce qui ressemble souvent à du racket ou du chantage à l’émeute. À la lumière des réalités que je viens d’énoncer, c’est cette politique-là, d’abord, qu’il faut revoir de fond en comble. Administré à partir d’un faux diagnostic, un médicament n’a aucune chance, jamais, de faire le moindre effet ! Xavier Raufer
Au début des années 80, « les Beurs deviennent trop subversifs ». La Marche pour l’Egalité et les multiples formes d’action qui l’ont précédé ou suivi donnent aux jeunes issus de l’immigration une formidable visibilité qui inquiète, dans un contexte politique mouvant. L’abandon des promesses qui avaient conduit Mitterrand au pouvoir et l’adoption d’une politique de rigueur ne suscite pas la mobilisation sociale qu’espérait l’extrême gauche. La tendance politique dominante, notamment au sein de la jeunesse lycéenne et étudiante, n’est plus à la contestation mais plutôt à la désaffection vis-à-vis de l’engagement politique tandis qu’avec le recul des paradigmes marxistes s’imposent les idéologies molles de la défense des droits de l’homme et du progrès « sociétal ». La droite, par contre, progresse. Elle remporte plusieurs élections municipales partielles et repart à l’offensive comme en témoignent les gigantesques manifestations pour « l’école libre ». Le Front national connaît, quant à lui, ses premières grandes victoires (élections européennes). La « bête immonde » resurgit, craignent de nombreux secteurs de la gauche, assimilant la nouvelle situation à la montée du fascisme dans les années 30. Pour beaucoup, la lutte antifasciste devient la priorité de l’heure et l’antiracisme devient l’arme de cette lutte, d’autant plus efficace leur semble-t-il qu’un antiracisme moral et englobant peut permettre un large rassemblement de forces et remobiliser la jeunesse sur des « valeurs de gauche ». Dans ce contexte, le mouvement « beur » pose incontestablement problème. L’irruption des enfants de l’immigration sur la scène publique inquiète. Il alimenterait le discours du Front national. Il embarrasse le pouvoir socialiste déterminé à restreindre l’immigration, mais il peut constituer aussi une nouvelle ressource électorale pour la gauche. D’une part, parce que de nombreux jeunes issus de l’immigration ont le droit de vote mais également parce que la problématique antiraciste qui est la sienne suscite la sympathie de larges franges de la jeunesse. Il s’agit dès lors de l’encadrer, de neutraliser ses tendances les plus contestataires et d’aseptiser son discours. « Convergence 84 révéla, écrivent Ahmed Boubeker et Nicolas Beau, une réelle capacité de mobilisation des cités. Personne pourtant pour canaliser cette révolte. Une place était à prendre ; message vite compris par Harlem Désir et ses potes : le jour même de l’arrivée de Convergence, 5000 badges « Touche pas à mon pote » de SOS-Racisme étaient vendus. L’idée du mélange, débarrassée de ses relents égalitaires, était reprise par Harlem Désir : « Vivons avec nos ressemblances, quelles que soient nos différences » : ce slogan de Convergence permettait à chacun, français ou immigré, de s’exprimer, sans complexes, sur la société multiraciale. Les beurs avaient perdu ce monopole. Avec SOS-Racisme, la société française reprenait la parole. Le relais était passé. » C’est, en effet, à l’occasion de la seconde Marche, organisée par « Convergence 84 » que le petit groupe constitué autour de Julien Dray, transfuge de la LCR au Parti socialiste, apparaît sur la scène publique en diffusant massivement la fameuse petite main jaune. Mogniss Abdallah y voit un «talisman, hybride de la main de Fatma et de l’étoile jaune des Juifs sous le nazisme ». Alors que les jeunes issus de l’immigration avaient manifesté contre le racisme particulier dont ils sont l’objet, SOS met en avant une vision exclusivement moralisante et non politique du racisme, détachée de l’histoire sociale et politique concrète. La référence implicite à l’étoile jaune n’est pas non plus innocente. Elle n’est pas sans lien avec le « choix exclusif de l’UEJF comme co-fondatrice de l’association » suppose Mogniss Abdallah. En décembre 1983, de nombreux marcheurs étaient fiers de porter le Keffieh, symbole du peuple palestinien. Le « talisman » de SOS suggère, quant à lui, que la question palestinienne ne serait qu’un conflit entre juifs et arabes soluble dans l’antiracisme. M.Abdallah décrypte également le slogan « Touche pas à mon pote ». Celui-ci met « en scène un Français (anti-raciste) s’adressant à un autre Français (raciste, donc souvent suspect d’accointance avec le FN) pour protéger son « pote » issu de l’immigration. Le « pote » devient par un spectaculaire retournement de situation le spectateur passif d’un enjeu politique franco-français où il est question de cordon sanitaire anti-FN ou d’un « front républicain » pour des échéances électorales et les « combinazzione » à venir ». Sadri Khiari
Aurélien Taché (…) est au sein du parti jupitérien un beau spécimen du progressiste multiculturaliste, idéologiquement structuré par un passage au PS et à l’Unef. Dans une interview donnée à l’Obs prenant prétexte de l’antisémitisme, devenu cet accablant marronnier médiatique depuis vingt ans, le député Taché enfile tous les poncifs de la pensée postmoderne : relativisme intégral, dégoût du national, adoration de la diversité, culte victimaire et dévotion pénitentielle. (…) Mais le pompon, c’est sa solution pour déraciner l’antisémitisme criminel chez « ces jeunes » dont il consent à admettre qu’il en existe quelques uns qui posent problème : « leur enseigner des récits de mémoire partagée entre juifs et musulmans ». Le simple terme « récits de mémoire partagée » en dit long sur l’intox. Plutôt qu’une « mémoire partagée » autour d’habitudes folkloriques communes (le henné et les youyous dans les mariages, le couscous-boulette du vendredi soir) ou d’anecdotes personnelles (« au Maroc, en 1950, ma voisine musulmane venait allumer le feu le jour de shabbat, comme on s’entendait bien ! »), je propose des cours d’histoire. Surtout d’histoire précoloniale, c’est-à-dire avant que le Français ne vienne jouer les arbitres et place le maître musulman en situation de colonisé ; avant que le Français et sa République, avec l’Alliance israélite universelle dans ses bagages, ne viennent ouvrir aux juifs du Maghreb les portes de l’émancipation. Là ce sera autre chose peut-être en termes de « récits de mémoire partagée ». On parlerait du statut du dhimmi et de la condition juive en terre d’islam depuis les conquêtes au VIIe siècle, de l’insécurité permanente et des pogroms, des Juifs de cour pour protéger la communauté et de la vie de misère dans le mellah avant la création du ghetto européen médiéval, du port de signes distinctifs avant que la Chrétienté ne s’y mette avec sa rouelle, des synagogues détruites quand elles étaient plus hautes que la mosquée, des juifs interdits de voyager à dos d’animaux nobles réservés au maître musulman. L’histoire permettra aussi, bien sûr, de raconter ces moments où la condition des juifs, ici ou là en terre d’Islam, fut un peu moins pire que dans la Chrétienté. Mais on finira sur les conditions de l’expulsion entre 1948 et 1970 du million de juifs du monde islamique, eux qui comme les chrétiens, étaient présents au Maghreb, en Egypte, en Iran, en Turquie avant l’islam… Organiser des sessions de contes pour petits enfants dans les banlieues sur la radieuse coexistence judéo-islamique révèle bien l’ignorance de nos « élites » quant aux imaginaires véhiculés par des siècles d’antijudaïsme auquel est venu s’adjoindre l’antisémitisme européen – on leur rappellera que Drumont fut élu député d’Alger à la suite des émeutes antisémites de la ville en 1898. Il faudra aussi apprendre à « ces jeunes ignorants » ce qu’ils doivent en termes d’antisémitisme à un personnage comme le grand mufti de Jérusalem. Amin al-Husseini fit la jonction entre l’antijudaïsme islamique, le nationalisme arabe et le racisme nazi en se faisant le relai vers le monde arabophone de la propagande antijuive de son ami Adolf Hitler, depuis sa radio de Berlin entre 1941 et 1945. Fait prisonnier par les Français, il put s’échapper tranquillement en mai 1946 pour rejoindre l’Egypte… On pourrait ensuite leur lire des extraits de la littérature du fondateur des Frères musulmans Hassan al-Banna, le papi de Tariq Ramadan, ou de Sayyid Qutb dont la violence remiserait Céline au rang de comique dieudonnesque. Certes, cela risque de ne pas s’harmoniser avec « les récits de mémoire partagée » dont rêve Aurélien Taché, sur les bons conseils, dit-il, de Benjamin Stora qui aurait l’oreille du président. (…) On peut rejoindre au moins Aurélien Taché sur un point : la gauche n’a fait « qu’agiter des slogans antiracistes et paternalistes qui n’ont mené nulle part ». Mais la suite de son analyse est édifiante… La faute à qui ? A Julien Dray, qui a surfé sur la marche des Beurs de 1983 pour se faire élire, explique le député LaREM. Dray à lui tout seul, c’est la gauche qui a « cocufié » (sic) les banlieues. Ca ne va pas aider à y lutter contre l’antisémitisme, ce « populisme des imbéciles » ! De toute façon, pour Aurélien Taché, les populations de ces quartiers n’ont strictement aucune responsabilité dans la situation calamiteuse dans laquelle elles se trouvent depuis plus de trois générations. Chômage, échec scolaire, absence de qualification pour le marché de l’emploi, salafisation des modes de vie coexistant avec les trafics en tous genres. Tout cela est la faute, en vrac, « des élites », de « l’Etat qui a abandonné ces quartiers », du « républicanisme guerrier » qui produit des tensions communautaires, du « modèle assimilationniste » qui est « la négation de l’autre ». (…) Mais on y vient à la promotion des quotas ethniques. C’est d’ailleurs ce que l’on préfère chez les progressistes multiculturalistes : cette appétence antiraciste pour la racialisation, ce goût moraliste pour l’ethnicisation des individus, histoire d’assigner « chacune et chacun, toutes et tous » à leur petite boutique communautaire respective. Pour Aurélien Taché, il faut « des listes vraiment inclusives aux prochaines municipales » parce qu’il n’y a « pas un Noir ou un Arabe parmi les maires des cinquante plus grosses villes ». Parce que c’est une obligation démocratique l’ethnicisation des élus ? Et il faudrait des quotas selon la taille des municipalités ? Quid des Asiatiques par exemple ? Jean Coumet, maire du 13ème arrondissement de Paris doit en toute hâte céder sa place ; à moins que les « Asiatiques » de l’arrondissement n’aient rien revendiqué ! M. Taché a l’indignation républicaine sélective : tous ces Français en situation de handicap, bien plus nombreux que toutes les minorités assemblées, subissent une exclusion sociale, éducative, professionnelle, culturelle et politique autrement plus violente que les « Noirs et les Arabes des quartiers » dont se préoccupe exclusivement M. Taché ? En outre, ses affirmations sont contredites par la réalité du terrain : les Français issus de l’immigration sont acteurs de la vie politique locale dans la plupart des « quartiers ». Dans certaines équipes municipales, ils sont tout à fait « représentés » et certains y ont d’ailleurs un poids politique indéniable. Quand on veut s’engager en politique en banlieue, c’est possible et ça paye. Ca se monnaye même parfois : une petite place d’adjoint en échange d’une aide pour obtenir les suffrages de tel ou tel quartier, de telle ou telle « communauté » ; mais passons sur ce clientélisme dans ces quartiers où on se fait élire avec 70% d’abstention !Après tout, pourquoi s’étonner des idées de M. Taché, lui qui exprimait son enthousiasme au projet de « transférer la souveraineté de la France au niveau européen » (Les terriens du dimanche, C8, 2 décembre 2018), annonçant d’ailleurs que ce serait « le cœur des propositions » de LaREM aux Européennes de mai prochain. Il faut avoir de l’audace quand on est un grand homme politique : pourquoi ne pas transférer carrément notre souveraineté à l’ONU ? D’ailleurs M. Taché aimerait que l’on y cède notre siège à notre partenaire allemand… Notre député, ennemi des « néorépublicains », regrette être « souvent seul à [s’]exprimer sur ce terrain », mais il dit « recevoir beaucoup d’encouragements ». Et n’est ce pas finalement ce qu’il y a de plus inquiétant ? Barbara Lefebvre

Nous étions identitaires et nous ne le savions pas !

A l’heure où face à la propre créature de leur docteur Frankenstein après huit années d’obamamanie galopante ..

Un parti démocrate américain en état de corbynisation avancée avec ses nouvelles députées antisémites …

Croule littéralement, entre femmes, noirs, Latino, homos, hindous, végans sous la diversité désormais de rigueur de ses candidatures

Et où suite au carnage de Christchurch, les compagnons de route du djihad et leurs nombreux idiots utiles occidentaux …

N’ont pas manqué de faire l’amalgame qu’ils dénonçaient jusque là pour l’islam et les barbaries islamistes habituelles …

Entre les attentats anti-musulmans et tous ceux qui tentent de s’opposer à l’islamisation et à l’immigration incontrôlée …

Comment ne pas (re)voir …

Avec la récente polémique déclenchée par le député néo-macronien Aurélien Taché

Dénonçant, au nom d’une paternalissime défense des banlieues, l’instrumentalisation électoraliste de l’antiracisme par ses anciens petits camarades du PS …

Hier entre keffiehs, main d’or et main de Fatma jaune (nouvel avatar de l’étoile jaune) …

Et aujourd’hui gilets jaunes et progressistes multiculturalistes …

Cette Amérique que nous avions « si longtemps appelée de nos voeux » ?

Aurélien Taché, l’anti-République bon chic bon genre

Barbara Lefebvre
Causeur
4 mars 2019

Aurélien Taché, qui a comparé le port du voile chez les musulmanes de 12 ans à celui du serre-tête chez les « jeunes catholiques », vilipende un supposé « néorépublicanisme » hostile aux musulmans. Dans son interview à L’Obs, le député du Val d’Oise montre qu’il est davantage au service des « quartiers » qu’à celui de la France.

Dans tous partis politiques, il est utile de trouver des spécimens : un homme ou une femme qui incarne la catégorie idéologique à laquelle il appartient. Chez LaREM, structure politique liquide, on en trouve de toutes les sortes. Si on soutient ce parti, on trouvera cela vivifiant, original, progressiste ; si on est habité par ces « passions tristes » réfractaires au changement, on y verra une absence de colonne vertébrale idéologique, un fourre-tout qui n’a qu’un crédo : le néolibéralisme. Pourquoi d’ailleurs y aurait-il un socle de pensées politiques articulées quand Emmanuel Macron est à lui seul une idée, une abstraction postmoderne, un concept qui s’est très bien vendu sur le marché en crise de la démocratie représentative, celle où l’on peut se faire élire grâce à la conjonction bienheureuse de « la peste brune » et de l’abstention.

« Macroniser les esprits »

Mais attention, maintenant que LaREM est aux manettes, pas question de la jouer petits bras. Certains élus, comme Aurélien Taché, ont bien l’intention de « mener la bataille culturelle et de macroniser les esprits ». M. Taché est au sein du parti jupitérien un beau spécimen du progressiste multiculturaliste, idéologiquement structuré par un passage au PS et à l’Unef. Dans une interview donnée à l’Obs prenant prétexte de l’antisémitisme, devenu cet accablant marronnier médiatique depuis vingt ans, le député Taché enfile tous les poncifs de la pensée postmoderne : relativisme intégral, dégoût du national, adoration de la diversité, culte victimaire et dévotion pénitentielle. Mais avec une certaine agressivité qui fait dire à ses collègues qu’il devrait « être à la France insoumise ». Il leur répond qu’il préfère LaREM où ne survivent plus « de néomarxistes ». Si l’on suit bien : Aurélien Taché récuse « les anciennes idéologies » mais n’hésite pas à en imiter la mécanique. Car affirmer vouloir « macroniser les esprits », qu’est-ce sinon de la manipulation mentale de masse, la fabrication d’un consentement à la pensée unique, prélude au parti unique ? Le progressiste Taché semble avoir des projets peu respectueux de la pluralité des opinions qui régissent un Etat un tant soit peu démocratique…

La République en marche, la « vraie » gauche

A travers la figure d’Aurélien Taché, qui vient notamment de faire plier Jean-Michel Blanquer souhaitant interdire aux parents accompagnateurs d’activités scolaires de porter des signes religieux ostentatoires, on cerne les contours de ce qu’est « l’aile gauche » de LaREM. Et elle s’avère plutôt proche de Benoit Hamon, Clémentine Autain et Danièle Obono. L’influence d’Aurélien Taché est à suivre car la gauche (ex PS, PRG, EELV, DVG) est la tendance politique la plus représentée au sein des élus LaREM, avec 126 députés dont 83 anciens élus/militants socialistes. Seuls 48 députés LaREM viennent de la droite et 17 du centre. Autant dire que si Taché prend le leadership sur le gros tiers des députés de gauche LaREM, qui plus est dans un contexte de politique centre-droite du Grand Chef et son gouvernement Philippe, ça pourrait tanguer. Mais, on peut aussi faire le pari que M. Taché va adopter la méthode classique du « gauchisme culturel » : prendre le pouvoir par l’influence idéologique à petits pas, en ciblant notamment la centaine d’élus novices, « ni droite ni gauche », sans réelle structure idéologique. Certains de ces « marcheurs » engagés auprès d’Emmanuel Macron après avoir été envoûtés par son charme robotique semblent, depuis Benalla et les gilets jaunes, donner des signes de sortie de la transe hypnotique commencée en 2017. Des contestations apparaissent, pour l’heure étouffées par le duo des pères fouettards Legendre-Ferrand. Mais il y a donc une clientèle potentielle pour le député Taché qui dit « irriter ceux qui ont une sensibilité néorépublicaine » ; késako le « néorépublicanisme » ?

Aurélien Taché, djihadologue

Il égrène dans l’Obs quelques unes des thématiques chères à la « gauche moraline » : politique de la ville et sa discrimination positive, récusation d’une sécession identitaire des banlieues, déni sur l’antisémitisme islamique, lutte contre les réacs de tous bords de Valls à Le Pen, promotion de la société inclusive. Il dit avoir « rejoint Emmanuel Macron le jour où [il l’a] entendu dire qu’il fallait que les élites s’interrogent sur leur part de responsabilités quand des jeunes font le choix de partir en Syrie ». C’est vrai ça : « J’ai pas de boulot, parce que j’ai pas de diplôme donc je vais faire le djihad en Syrie », voici bien un réflexe naturel en effet… Nos « élites » devraient être traduites devant les juges pour avoir contraint, par leur politique irresponsable, cette part de notre belle jeunesse de France à se lancer dans le djihadisme ! Il faut remercier Aurélien Taché de nous ouvrir les yeux sur cette nouvelle causalité du djihadisme.

Comme j’imagine qu’Aurélien Taché ne s’abaisse pas à lire autre chose que des auteurs estampillés de gauche, je lui conseillerai de lire Jean Birnbaum qui a le mérite d’avoir ouvert les yeux comme en témoignent ces deux derniers essais, Un silence religieux et La religion des faibles. Cela aiderait notre combattif député à penser la relation de sa « gauche morale » avec l’islam, et de là avec l’immigration de masse induite par ce progressisme néolibéral qu’il affirme chérir. Or cette idéologie au service des flux (des marchandises, des capitaux, des hommes, des identités) n’a en rien constitué un progrès, ni une libération, elle a approvisionné en « choses » le capitalisme financiarisé des nomades en costumes qui considèrent que les Etats-nations ne sont que des territoires de transit, des carrefours, des hubs.

Le peuple des « victimes » et « le populisme des imbéciles »

Le prétexte de l’entretien est l’antisémitisme, c’est donc par cela qu’il s’ouvre longuement. Mais après les condamnations d’usage, M. Taché botte vite en touche. On croirait alors lire une interview d’un responsable du CFCM, de la mosquée de Paris, voire du CCIF : accuser des idéologues musulmans de propager la haine antijuive, accuser certains musulmans de passer à l’acte criminel au nom d’un islam judéophobe délirant, c’est faire de tous les « musulmans des quartiers populaires un autre bouc émissaire ». C’est vrai ça, il n’y a que le Juif qui mérite d’être un bouc émissaire, qui a la force de l’expérience pour supporter l’opprobre, les jets de pierre, les coups de boule d’une racaille qui lui hurle « sale yahoud » ! Notre député, qui semble aussi un sociologue expert des banlieues, déclare que l’antisémitisme en banlieue ne « prend pas sa source dans l’immigration ou dans les versets du Coran […] mais dans l’ignorance et le sentiment anti-élites ». C’est vrai ça, les « élites » juives ont trop de pouvoir en France et cela suscite la jalousie d’une masse d’ignorants. Taché appelle cela « le populisme des imbéciles ». C’est pratique le populisme, ça n’a qu’un visage indistinct, celui du « peuple », ça évite de désigner les responsables des attaques et des meurtres de seize Français juifs depuis 2003.

C’est un peu embarrassant tout de même pour M. Taché – mais le journaliste de l’Obs n’allait quand même pas le lui faire remarquer – que tous les assassins de juifs en France depuis le meurtre de Sébastien Selam jusqu’à celui de Mireille Knoll soient tous des personnes issues de l’immigration maghrébine ou sub-saharienne de confession musulmane. « Le populisme des imbéciles » dites-vous M. Taché ? Rassurez-nous : l’islamisme criminel n’a rien à voir avec l’islam, n’est-ce pas ?

L’enseignement des « jeunes ignorants »

Le Coran et surtout les hadiths qui constituent le substrat politico-théologique de l’antijudaïsme islamique n’ont rien à voir avec le réel. Circulez ! C’est d’ailleurs pourquoi le 9 décembre 2017, place de la République, des musulmans assemblés pour défendre « la cause palestinienne » criaient «  Khaybar Khaybar ya yahoud, Jaych Mhammad saoufa ya’ud » c’est-à-dire un appel à tuer les juifs comme le fit le prophète Mohamed avec ceux de l’oasis de Khaybar en 628, bataille inaugurale de l’islam comme système théocratique. Extermination des hommes et jeunes garçons juifs, femmes violées, enfants réduits en esclavage. Le 9 décembre 2017, à Paris, qu’on ne vienne pas parler d’importation du conflit israélo-palestinien, c’est bien l’importation de l’imaginaire islamiste : celui où les juifs sont de toute éternité voués à finir comme ceux de Khaybar, ces falsificateurs de la parole divine. Et certains s’étonnent encore que juif et sioniste soient absolument synonymes dans cette nébuleuse fréro-salafiste si influente ? Voilà ce que nombre d’imams de ce courant prêchent dans de nombreuses mosquées françaises. Mais M. Taché répond : « Musulmans de banlieue bouc émissaires », « il ne faut pas exagérer » cet antisémitisme des banlieues.

Mais le pompon, c’est sa solution pour déraciner l’antisémitisme criminel chez « ces jeunes » dont il consent à admettre qu’il en existe quelques uns qui posent problème : « leur enseigner des récits de mémoire partagée entre juifs et musulmans ». Le simple terme « récits de mémoire partagée » en dit long sur l’intox. Plutôt qu’une « mémoire partagée » autour d’habitudes folkloriques communes (le henné et les youyous dans les mariages, le couscous-boulette du vendredi soir) ou d’anecdotes personnelles (« au Maroc, en 1950, ma voisine musulmane venait allumer le feu le jour de shabbat, comme on s’entendait bien ! »), je propose des cours d’histoire. Surtout d’histoire précoloniale, c’est-à-dire avant que le Français ne vienne jouer les arbitres et place le maître musulman en situation de colonisé ; avant que le Français et sa République, avec l’Alliance israélite universelle dans ses bagages, ne viennent ouvrir aux juifs du Maghreb les portes de l’émancipation. Là ce sera autre chose peut-être en termes de « récits de mémoire partagée ».

Une autre histoire

On parlerait du statut du dhimmi et de la condition juive en terre d’islam depuis les conquêtes au VIIe siècle, de l’insécurité permanente et des pogroms, des Juifs de cour pour protéger la communauté et de la vie de misère dans le mellah avant la création du ghetto européen médiéval, du port de signes distinctifs avant que la Chrétienté ne s’y mette avec sa rouelle, des synagogues détruites quand elles étaient plus hautes que la mosquée, des juifs interdits de voyager à dos d’animaux nobles réservés au maître musulman. L’histoire permettra aussi, bien sûr, de raconter ces moments où la condition des juifs, ici ou là en terre d’Islam, fut un peu moins pire que dans la Chrétienté. Mais on finira sur les conditions de l’expulsion entre 1948 et 1970 du million de juifs du monde islamique, eux qui comme les chrétiens, étaient présents au Maghreb, en Egypte, en Iran, en Turquie avant l’islam…

Organiser des sessions de contes pour petits enfants dans les banlieues sur la radieuse coexistence judéo-islamique révèle bien l’ignorance de nos « élites » quant aux imaginaires véhiculés par des siècles d’antijudaïsme auquel est venu s’adjoindre l’antisémitisme européen – on leur rappellera que Drumont fut élu député d’Alger à la suite des émeutes antisémites de la ville en 1898. Il faudra aussi apprendre à « ces jeunes ignorants » ce qu’ils doivent en termes d’antisémitisme à un personnage comme le grand mufti de Jérusalem. Amin al-Husseini fit la jonction entre l’antijudaïsme islamique, le nationalisme arabe et le racisme nazi en se faisant le relai vers le monde arabophone de la propagande antijuive de son ami Adolf Hitler, depuis sa radio de Berlin entre 1941 et 1945. Fait prisonnier par les Français, il put s’échapper tranquillement en mai 1946 pour rejoindre l’Egypte… On pourrait ensuite leur lire des extraits de la littérature du fondateur des Frères musulmans Hassan al-Banna, le papi de Tariq Ramadan, ou de Sayyid Qutb dont la violence remiserait Céline au rang de comique dieudonnesque. Certes, cela risque de ne pas s’harmoniser avec « les récits de mémoire partagée » dont rêve Aurélien Taché, sur les bons conseils, dit-il, de Benjamin Stora qui aurait l’oreille du président.

Salauds de pauvres contre gentils pauvres

Après tout, cet antisémitisme n’est-ce pas la faute à la misère économique, c’est ce que nous assène Aurélien Taché : « Ce n’est pas non plus dans la France périphérique mais dans les quartiers et les grandes villes que se concentre la pauvreté. » L’inénarrable équation « pauvreté = perméabilité à l’antisémitisme », que ne l’a-t-on entendue répétée par ceux qui ne veulent pas se fatiguer à lire des ouvrages d’histoire. Ils seraient mieux renseignés sur la longue durée de la haine antijuive, la pluralité de ses motifs, loin de se réduire aux aléas économiques. Cela fait longtemps que les historiens ont montré que la jalousie sociale n’était pas la cause prédominante de l’obsession antijuive. C’est un peu comme l’équation « pauvreté = délinquance et criminalité », ignorant que l’immense majorité des pauvres ne tombe pas dans la routine des trafics. Mais cette majorité silencieuse-là on ne veut pas trop la voir car elle réduit à néant « la culture de l’excuse », rente morale de tant de bien-pensants. Et quand cette France des travailleurs pauvres descend dans la rue ou se fixe sur un rond-point, le beauf sert de « plouc émissaire » (Ph. Murray). Autre question adressée à M. Taché : le taux de pauvreté chez les agriculteurs est de 25% (moyenne nationale 14%), observe-t-on chez eux un goût particulier pour la vulgate antijuive ? Quand les petits exploitants manifestent, crient-ils « mort aux juifs » ?

On peut rejoindre au moins Aurélien Taché sur un point : la gauche n’a fait « qu’agiter des slogans antiracistes et paternalistes qui n’ont mené nulle part ». Mais la suite de son analyse est édifiante… La faute à qui ? A Julien Dray, qui a surfé sur la marche des Beurs de 1983 pour se faire élire, explique le député LaREM. Dray à lui tout seul c’est la gauche qui a « cocufié » (sic) les banlieues. Ca ne va pas aider à y lutter contre l’antisémitisme, ce « populisme des imbéciles » !

« J’ai été élevé en écoutant Renaud, en mangeant de l’entrecôte, mais j’aime aussi le rap et les kébabs. »

De toute façon, pour Aurélien Taché, les populations de ces quartiers n’ont strictement aucune responsabilité dans la situation calamiteuse dans laquelle elles se trouvent depuis plus de trois générations. Chômage, échec scolaire, absence de qualification pour le marché de l’emploi, salafisation des modes de vie coexistant avec les trafics en tous genres. Tout cela est la faute, en vrac, « des élites », de « l’Etat qui a abandonné ces quartiers », du « républicanisme guerrier » qui produit des tensions communautaires, du « modèle assimilationniste » qui est « la négation de l’autre ». Yassine Belattar, sors de ce corps !

Mais Aurélien Taché ne fait pas que dénoncer. Il a des solutions fondées sur sa propre expérience : « J’ai été élevé en écoutant Renaud, en mangeant de l’entrecôte, mais j’aime aussi le rap et les kébabs. On peut être dans une forme de cosmopolitisme. » Les référentiels culturels qui semblent définir l’identité nationale de M. Taché sont du plus bel effet postmoderne et se passent de commentaires. D’ailleurs, il ne faut pas trop compter sur cet élu de la République pour rendre hommage aux emblèmes de la nation. Pour lui le drapeau tricolore « renvoie au régiment […] est-ce bien le rôle de l’école de se transformer en caserne ? » Il préfère citer Jean Zay qualifiant le drapeau national de « saloperie tricolore ». Sauf que comme son collègue Griveaux sur France Inter confondant Bloch et Maurras, Taché se prend les pieds dans le tapis de l’histoire politique complexe des années 1930 ! Zay a bien écrit un poème en 1924 (il avait 19 ans) intitulé Drapeau dans lequel il exprimait avec virulence son désenchantement patriotique après la Grande guerre. Poème qu’il a ensuite décrit comme un pastiche. Son texte de jeunesse ne fut jamais publié avant que la presse maurrassienne ne s’en saisisse en 1932 pour dénoncer l’antipatriotisme du jeune député du Loiret, futur ministre de l’Education. Le poème sera relayé par Céline en 1938 avec son « Je vous Zay ! » puis par la diplomatie antisémite de Vichy pour démasquer « ce Zay juif-bolchévique-antipatriote ». Dans les faits, Zay avait été élevé dans le protestantisme, était un Radical profondément patriote. M. Taché reprend donc à son compte la propagande antijuive des années 1930 contre Zay… Une fois encore, j’adresse une supplique à nos hommes politiques dont les références historiques ressemblent à de lointains souvenirs de bachotage Sciences Po : évitez d’utiliser des citations historiques dont vous ne maîtrisez ni les termes, ni le contexte ! Heureusement que le journaliste de l’Obs ne l’a pas lancé sur la Marseillaise, sinon on aurait eu droit à la dénonciation du « sang impur » et l’impérieuse nécessité de réécrire notre hymne pour l’adapter aux nouveaux visages de la France.

Le vote ethnique et la fin de la souveraineté par Aurélien Taché

Mais on y vient à la promotion des quotas ethniques. C’est d’ailleurs ce que l’on préfère chez les progressistes multiculturalistes : cette appétence antiraciste pour la racialisation, ce goût moraliste pour l’ethnicisation des individus, histoire d’assigner « chacune et chacun, toutes et tous » à leur petite boutique communautaire respective. Pour Aurélien Taché, il faut « des listes vraiment inclusives aux prochaines municipales » parce qu’il n’y a « pas un Noir ou un Arabe parmi les maires des cinquante plus grosses villes ». Parce que c’est une obligation démocratique l’ethnicisation des élus ? Et il faudrait des quotas selon la taille des municipalités ? Quid des Asiatiques par exemple ? Jean Coumet, maire du 13ème arrondissement de Paris doit en toute hâte céder sa place ; à moins que les « Asiatiques » de l’arrondissement n’aient rien revendiqué ! M. Taché a l’indignation républicaine sélective : tous ces Français en situation de handicap, bien plus nombreux que toutes les minorités assemblées, subissent une exclusion sociale, éducative, professionnelle, culturelle et politique autrement plus violente que les « Noirs et les Arabes des quartiers » dont se préoccupe exclusivement M. Taché ? En outre, ses affirmations sont contredites par la réalité du terrain : les Français issus de l’immigration sont acteurs de la vie politique locale dans la plupart des « quartiers ». Dans certaines équipes municipales, ils sont tout à fait « représentés » et certains y ont d’ailleurs un poids politique indéniable. Quand on veut s’engager en politique en banlieue, c’est possible et ça paye. Ca se monnaye même parfois : une petite place d’adjoint en échange d’une aide pour obtenir les suffrages de tel ou tel quartier, de telle ou telle « communauté » ; mais passons sur ce clientélisme dans ces quartiers où on se fait élire avec 70% d’abstention !

Après tout, pourquoi s’étonner des idées de M. Taché, lui qui exprimait son enthousiasme au projet de « transférer la souveraineté de la France au niveau européen » (Les terriens du dimanche, C8, 2 décembre 2018), annonçant d’ailleurs que ce serait « le cœur des propositions » de LaREM aux Européennes de mai prochain. Il faut avoir de l’audace quand on est un grand homme politique : pourquoi ne pas transférer carrément notre souveraineté à l’ONU ? D’ailleurs M. Taché aimerait que l’on y cède notre siège à notre partenaire allemand… Notre député, ennemi des « néorépublicains », regrette être « souvent seul à [s’]exprimer sur ce terrain », mais il dit « recevoir beaucoup d’encouragements ». Et n’est ce pas finalement ce qu’il y a de plus inquiétant ?

Voir aussi:

Le député Aurélien Taché, ou « Monsieur laïcité » chez LREM, défend la responsable voilée de l’Unef
Hadrien Mathoux
Marianne
21/05/2018

Au contraire de Gérard Collomb et Marlène Schiappa, le député macroniste du Val-d’Oise a défendu le choix de Maryam Pougetoux, responsable de l’Unef à Paris-IV, de porter le voile islamique. Ancien responsable de l’Unef, Aurélien Taché juge que les « valeurs progressistes » portées par le syndicat sont compatibles avec le vêtement de sa porte-parole.

Visiblement, tout le monde n’est pas d’accord en Macronie sur l’affaire du voile de Maryam Pougetoux. Symbole de l’absence de ligne du parti au pouvoir concernant la laïcité ? Gérard Collomb, le ministre de l’Intérieur, a jugé que le hijab porté par la responsable de la section du syndicat Unef à Paris-IV était « choquant« , relevant même pour lui d’une forme de « prosélytisme« . La secrétaire d’Etat à l’égalité femmes-hommes Marlène Schiappa, s’est dite « interpellée » par un « signe manifeste de promotion de l’islam politique« . Pour Aurélien Taché, député LREM de l’Oise, il n’y a au contraire aucun problème à ce que la porte-parole du syndicat étudiant de gauche arbore un voile islamique lui couvrant les cheveux, les oreilles et le cou.

Interrogé sur Europe 1 ce lundi 21 mai, le jeune (33 ans) parlementaire a rappelé que Maryam Pougetoux ne portait pas uniquement son voile lorsqu’elle représentait l’Unef, mais probablement tout le temps. « Pourquoi elle devrait enlever [son voile] au moment de ses interventions publiques, c’est peut-être la question qu’on devrait se poser« , juge l’élu, avant de rappeler que lui-même a été responsable de l’Unef à Limoges et qu’il n’aurait « pas forcément aimé que des responsables politiques viennent dire quel responsable on devait élire ou choisir.«  Une réponse qui esquive le débat principal, rappellent les journalistes d’Europe 1, soit « l’opportunité pour une responsable syndicale étudiante de porter le voile. »

Cette relance est l’occasion pour Aurélien Taché d’aller un peu plus loin et de s’engager sur sa vision de la laïcité : « Le président de la République a dit une chose intéressante sur la laïcité, il a dit que c’était l’Etat qui était neutre et pas la société. Moi je continue à me mettre dans cette logique-là. » Avant, une nouvelle fois, de tenter de détourner quelque peu le débat, en faisant allusion à une critique qui n’a pas été émise : « Et qu’est-ce qu’il y a derrière cette question, il y a la question de savoir si elle serait suffisamment française ou une bonne Française ? » Aurélien Taché est alors une nouvelle fois recadré par les journalistes, qui l’interrogent sur « l’incompatibilité des valeurs portées par ce voile, un hijab, avec les valeurs progressistes portées par l’Unef.« 

Le député LREM confirme alors sa défense résolue de Maryam Pougetoux : « Pour moi, les valeurs progressistes c’est que des femmes puissent prendre des responsabilités, que quand on fasse ses études on s’engage dans un syndicat étudiant, on va manifester contre des réformes, même si c’est des réformes que moi je défends. Pour moi les valeurs progressistes elles sont de cet ordre-là, donc je ne vois pas la difficulté tant qu’on est bien sur quelqu’un qui répond au mandat que lui ont confié ses camarades et mène les luttes étudiantes que ce syndicat juge utiles. » La question du voile islamique de la responsable de l’Unef n’est pas politique pour Aurélien Taché. Elle relève « du choix individuel, Maryam Pougetoux a eu l’occasion de s’en expliquer, elle a fait un choix qui est le sien et qu’il faut pouvoir respecter« .
Invité de l’émission « Les Grandes Gueules » sur RMC ce lundi 21 mai, il a poursuivi sur sa lancée : « L’islam est la deuxième religion de France ! Ce voile, c’est son identité ! » Les nombreuses citoyennes musulmanes ne portant pas le voile apprécieront…

Le « Monsieur laïcité » de La République en Marche

Au-delà du fait qu’elle le met en opposition avec deux figures du gouvernement, cette prise de position du député du Val-d’Oise est intéressante, car Aurélien Taché est le « Monsieur laïcité » de la République en Marche. En novembre dernier, il appelait son camp à « s’emparer des thèmes de la laïcité et de l’islam » dans une interview au Monde. En février, il a également rendu un rapport sur l’intégration des étrangers arrivant en France. Proche d’Emmanuel Macron, il revendique tenir une ligne proche du président en matière de laïcité, et le délégué général de LREM Christophe Castaner l’a chargé de réfléchir à la question pour structurer la vision du parti sur ce sujet.

Or toutes les prises de position d’Aurélien Taché en la matière révèlent un rapport très « ouvert« , voire souple, à ce principe républicain. Ainsi, dans son entretien au Monde, il définit sa vision de la laïcité en rappelant que « face au fait religieux, l’Etat doit se mettre en position d’abstention » et « respecter une stricte neutralité, en laissant aux citoyens le droit de croire ou non et de pratiquer leurs cultes« . Jamais, dans sa longue réponse, il ne sera question de la non-immixtion des religions dans les affaires publiques, ou des dangers que peuvent représenter les communautarismes pour la République.

Aurélien Taché a démontré un même sens des priorités dans une rencontre avec le quotidien La Croix : « Si vous me demandiez ce que serait une clé de l’égalité, je répondrais : ‘Qu’on ne discrimine pas le droit de croire’« , affirme le député. Le droit de ne pas croire est ici en dehors de la réflexion. Se faisant plus offensif, le jeune macroniste et ancien socialiste affirme même que « la liberté de conscience, ce n’est pas uniquement la liberté de ne pas croire« , et prévient que pour lui, « le vide spirituel ne doit pas être remplacé par une espèce de religion républicaine« . Il va même jusqu’à dire qu’il a toujours « trouvé assez décevant l’anticléricalisme et l’athéisme » dans lesquels il a été élevé.

De quoi l’amener à défendre un modèle multiculturaliste plus proche des pays anglo-saxons que de la tradition républicaine française ? Pour parler intégration, l’un des interlocuteurs favoris d’Aurélien Taché est l’humoriste controversé Yassine Belattar. Il l’a ainsi invité à une soirée de discussions autour des banlieues qu’il a organisée à l’Assemblée Nationale. Et n’a pas hésité à partager cette saillie sur Twitter : « Si Obama avait dû faire carrière en France, il serait encore à la machine à café« .

Voir également:

Christchurch et la responsabilité des opposants à l’islamisation : quand soudain, l’amalgame devient possible
Alexandre del Valle
Valeurs actuelles
18 mars 2019

Les attentats barbares commis le 15 mars dernier contre des musulmans en Nouvelle Zélande, qui ont fait 49 morts, constituent la plus terrible attaque jamais commise en Occident contre des musulmans. Une attaque monstrueuse, dont les images froidement auto-filmées par l’assassin Brenton Tarrant donnent la nausée. Quelles leçons tirer de ces attentats ? Pour nombre d’adeptes du politiquement ou de l’islamiquement correct, ils seraient la “preuve” que la “libération de la parole islamophobe” ou “anti-immigration”, notamment en réaction aux attentats islamistes “injustement” attribués à des musulmans et à l’islam, est dangereuse et qu’il conviendrait de la limiter à nouveau. Alexandre del Valle réagit ici aux indignations sélectives de ceux qui de coutume refusent tout “amalgame” entre la charia islamique et les attentats jihadistes et qui, en revanche, n’hésitent pas à faire l’amalgame entre les attentats anti-musulmans et les partis ou penseurs hostiles à l’islamisation et à l’immigration incontrôlée, deux poids deux mesures.

Il va sans dire que le carnage perpétré le 15 mars à Christchurch (Nouvelle-Zélande), dans deux mosquées (49 morts) – second évènement majeur de ce type depuis la fusillade à la mosquée de Québec en 2017 (six morts) – est monstrueux, inqualifiable, condamnable et que ses auteurs méritent les peines les plus sévères. Il est clair que RIEN ne doit être fait pour minimiser la portée de cet attentat barbare et que ces 56 morts musulmans tués par des suprémacistes blancs ou « islamophobes » ces deux dernières années au Québec et en Nouvelle Zélande sont bien évidemment 56 morts de trop, quand bien même ce chiffre est mille fois inférieur au nombre de chrétiens/non-musulmans massacrés chaque année en pays musulmans.

L’hypocrite indignation sélective des pôles islamiques mondiaux qui dénoncent « l’islamophobie » des Occidentaux mais pratiquent la haine anti-mécréants chez eux

Comme on pouvait s’y attendre, les pays islamiques qui punissent l’apostasie, persécutent légalement leurs minorités non-musulmanes autochtones et n’ont jamais remis en question la violence islamique légale de la Charia, des ahadith de la Sira et du Coran (jurisprudence et textes sacrés musulmans), dénoncent de concert la « diabolisation des musulmans » en Occident ». Pour ces indignés à sens unique, l’attentat de Christchurch ne serait que l’aboutissement prévisible de l’islamophobie coupable de cet Occident post-colonial honni. Ainsi que le réclament depuis trois décennies les 57 pays de l’Organisation de la Coopération islamique (OCI), super Lobby intergouvernemental panislamique reconnu par les Nations Unies et piloté par l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turque néo-ottomane, le massacre de Christchurch est un nouveau prétexte pour réitérer l’exigence liberticide de limitation de la liberté d’expression en matière d’islam régulièrement portée à l’ONU sous couvert de lutte contre la « diffamation des religions ». Sur son compte Twitter,  Mohammad Javad Zarif, le ministre des Affaires étrangères iranien, a très officiellement pointé du doigt cette « liberté d’expression » criminelle de l’Occident qui serait à l’origine des actes meurtriers anti-musulmans. Des propos qui font rire ou pleurer quand on sait qu’ils émanent d’un régime de Mollahs qui arrivent juste devant l’Arabie saoudite et après la chine chaque année parmi les trois premiers pays pratiquant le plus d’assassinats d’Etat…

Mais l’Iran est concurrencé sur ce terrain par la Turquie du néo-sultan irascible Recep Tayyip Erdogan, qui ne rate lui non plus jamais une occasion de fustiger les Européens complexés. C’est ainsi que le même islamiste vigilant, d’habitude si prudent vis-à-vis du Géant chinois qui a pourtant tué et torture des centaines de milliers de musulmans ouïgours, a déclaré qu’« avec cet attentat, l’hostilité envers l’islam (…) a franchi les limites du harcèlement individuel pour atteindre le niveau d’une tuerie de masse. Il apparaît clairement que la vision portée par le tueur (…) est en train de gagner du terrain en Occident comme un cancer ».

Al-Azhar a toujours refusé d’excommunier les terroristes jihadistes dès lors que ceux-ci ne professaient pas d’hérésies, se limitant à condamner leurs « actions ici-bas », bien évidemment totalement étrangères à l’islam.

Étonnant propos de la part d’un Erdogan qui avait ouvertement menacé Benoit XVI après son discours de Ratisbonne ; qui nie catégoriquement le génocide arménien (dont la reconnaissance est punie pénalement en Turquie) ; qui soutient les terroristes du Hamas et les Frères musulmans ; qui a aidé Daech et Al-Qaïda en Syrie, et qui n’a jamais reconnu le caractère christianophobe des massacres de chrétiens survenus ces dernières années en Turquie (Malatya, Trébizonde, meurtres de Hrant Dink, des Prélats Santoro et Padovese, etc)… Pour ce qui est du grand imam d’Al-Azhar, Cheikh Ahmed al-Tayeb, à la tête de la plus grande université religieuse du monde musulman sunnite, où l’on enseigne la légitimé du Jihad offensif, l’infériorité des non-musulmans, les châtiments corporels et autres lapidations, il a déclaré que « ces attaques sont le résultat de la prolifération du discours islamophobe dans plusieurs pays, y compris dans ceux qui sont réputés pour la coexistence de leur population », désignation à peine voilée des pays occidentaux. On croit ici rêver, quand on sait à quel point l’université d’Al-Azhar, infiltrée depuis des décennies par les Frères musulmans et le salafisme, comme l’a déploré le Président égyptien Al-Sissi lui-même, a cautionné théologiquement les attaques violentes perpétrées quotidiennement contre les Coptes chrétiens. Al-Azhar a d’ailleurs toujours refusé d’excommunier les terroristes jihadistes dès lors que ceux-ci ne professaient pas d’hérésies, se limitant à condamner leurs « actions ici-bas », bien évidemment totalement étrangères à l’islam. CQFD, circulez, rien à voir…

En France, le militant islamiste-nationaliste pro-Erdogan Ahmet Ogras, Président sortant du Conseil Français du Culte musulman, a surenchérit dans cette logique liberticide anti-occidentale : « Cette tragédie abjecte démontre une fois de plus que l’islamophobie est un mal qu’il faut combattre sans relâche, tout comme les paroles médiatiques déversées par des prêcheurs de haine ». Une allusion à peine voilée aux Zemmour, Finkielkraut ou autres « islamophobes » de Charlie Hebdo accusés de distiller la « haine envers les musulmans » sous prétexte qu’ils dénoncent l’intolérance et la violence chariatiques. Plus explicite encore, le Collectif contre l’islamophobie en France a demandé aux autorités de « prendre leurs responsabilités (…) Les discours islamophobes diffusés dans nos médias n’y ont pas leur place et ont des conséquences concrètes sur la vie des musulmans de France. Faire l’apologie de la théorie du grand remplacement, permettre à des idéologues/éditorialistes/journalistes/politiques de distiller leurs discours à longueur de journée est absolument dangereux. Il faut que cela cesse et les médias français ont un rôle à jouer dans la lutte contre l’islamophobie ».

Bref, ceux-là mêmes qui sont idéologiquement liés aux Frères musulmans et adhèrent au suprémacisme islamiste ont trouvé dans les attentats anti-musulmans un prétexte rêvé pour exiger définitivement l’exclusion du débat démocratique de tous ceux qui feraient obstacle à leurs desseins prosélytes-conquérants. Aux Etats-Unis, le lobby islamique américain pro-Frères musulmans, le CAIR (Council of American and islamic Relations), qui vante officiellement la charia et est lié au Hamas palestinien, réclame comme le Collectif contre l’islamophobie en France, que soit « criminalisée l’islamophobie ». A contrario, l’auteur de ces lignes a préféré les paroles, bien plus dignes, du recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, qui a déclaré dans un communiqué officiel, « les musulmans de France sont choqués par cette violence meurtrière qui se manifeste à l’autre bout du monde et prient Dieu que la paix soit préservée dans notre pays ».

La gauche islamiquement correcte solidaire des « coupeurs de langues » islamistes

D’une manière générale, l’attitude de récupération obscène de la douleur des victimes musulmanes de la part de pôles officiels de l’islam mondial, a été faite sienne par la Gauche marxiste/bobo-islamiquement correcte, laquelle a redoublé d’exigences liberticides en incriminant globalement la droite conservatrice et les populismes identitaires, même les plus pacifistes et parlementaristes, pointés comme « idéologiquement coupables » : c’est ainsi que Jean-Luc Mélenchon, qui n’a jamais dénoncé la haine meurtrière anti-chrétiens en pays islamiques, a fustigé « la haine des musulmans qui est aussi un poison mortel dans nos sociétés », tandis que Ian Brossat, tête de liste PCF pour les européennes, a dénoncé « l’extrême droite qui tue, ses idées nauséabondes qui sèment la mort. Ne jamais l’oublier et les combattre pied à pied ».

D’une manière générale, les « islamo-gauchistes », ces idéologues rouges alliés des fascistes verts, ont même accusé Donald Trump, Matteo Salvini et Victor Orban d’être les « vrais responsables » de ce « climat » anti-muslims, sous prétexte que le psychopathe/serial killer Breton Tarrant aurait cité la théorie du « Grand Remplacement » de Renaud Camus – qui n’a pourtant jamais appelé au meurtre – et aurait motivé sa barbarie vindicative par le refus de l’immigration extra-européenne. A ce titre, c’est donc Alain Finkielkraut qui devrait être lui aussi accusé, avec Zemmour ou d’autres intellectuels médiatiques, d’avoir inspiré des futurs Tarrant, puisque l’académicien a lui-même cautionné le théoricien remplaciste qualifié « d’extrême-droite » pourtant issu, comme Finkielkraut, de la gauche… Et si l’on suit le même raisonnement de chasse aux sorcières, tous ceux qui remettent nettement en question l’islam, y compris les musulmans athées ou laïques eux-mêmes comme Malika Sorel, Boualem Sansal, Kamel Daoud, Walid al-Husseini ou Zineb el Rhazoui, sans oublier les gauchistes blasphémateurs de Charlie Hebdo, seraient responsables des actes anti-musulmans de Tarrant ou avant lui de Breivik.

Récupérant elle aussi un fait monstrueux commis par un fanatique australien, mais qui critiquait les partis politiques populistes parlementaires « trop modérés » (et jugeait Marine Le Pen « insipide »), Najat Vallaud-Belkacem, ex-ministre de l’Éducation de François Hollande, a dénoncé dans un tweet « l’indignation hypocrite de ceux qui ont contribué, année après année, à promouvoir ça ». Illustrant son tweet de couvertures de grands médias comme Valeurs actuelles, Le Figaro Magazine, L’Express, Le Point, Marianne, Courrier international, revue L’Histoire, l’ex-ministre connue pour son moralisme progressiste sélectif, a même parlé de « nausée » à propos de cette presse « coupable » d’avoir contribué à promouvoir le climat d’islamophobie qui aurait permis l’attentat de Christchurch. Dans ce cas, pour suivre la même logique d’amalgame d’habitude pourtant interdite en cas d’attentats islamistes, que doit penser Madame Vallaud-Belkacem de ses anciens compères socialistes François Hollande et Gérard Collomb, qui ont tous deux dénoncé le séparatisme islamiste et la montée du communautarisme dans les banlieues  hors contrôle ?

Que répondre à cette nouvelle forme islamiquement correcte de reductio ad hitlerum

En réalité, et en dépit même des centaines d’attaques commises par les terroristes arabo-musulmans et des jihadistes en Occident depuis les années 1980 (terrorisme palestinien ; iranien ; GIA ; Al-Qaïda ; Daech), les actes terroristes anti-musulmans dans le monde occidental ont été jusque-là extrêmement rares. On peut même affirmer que les Occidentaux ont fait preuve d’une grande retenue en ne répondant presque jamais de façon réciproquement barbare aux jihadistes. Certes, les cas du Canada et de la Nouvelle Zélande sont là pour montrer que des Blancs judéo-chrétiens peuvent eux aussi se comporter « comme » les pires jihadistes.

Mais en quoi des actes anti-musulmans commis dans des pays tolérants et multiculturels comme la Nouvelle Zélande ou le Canada devraient être imputés à des Français, des Anglais, des « populistes » italiens ou des électeurs de Donald Trump, comme certains bien-pensants ont essayé de le faire ? Depuis quand nos sociétés démocratiques fondées sur la liberté et la responsabilité individuelles ont-elles rétabli de délit et la faute collectives ? Au nom de quoi les « coupeurs de langues » de l’organisation de la Coopération islamique (OCI), du CCIF, de l’Université Al-Azhar, sans oublier le néo-Sultan Erdogan osent-ils blâmer des Français, des Italiens, des Hongrois, des citoyens américains ou même des « islamophobes » pacifiques ou des « populistes » occidentaux hostiles à l’immigrationnisme alors que eux-mêmes cautionnent des institutions théocratiques qui enseignent la légitimité du Jihad, de la charià et de la conquête islamique ?

N’importe quel observateur intellectuellement honnête peut aisément constater que la violence terroriste anti-chrétienne en pays islamique est bien plus banalisée et impunie que l’inverse. Et si dans la même période récente, des chrétiens de pays islamiques avaient commis contre des Musulmans le centième des meurtres perpétrés par des jihadistes en « pays chrétien », on n’ose même pas imaginer le nombre de chrétiens qui auraient été massacrés en représailles dans les rues, les églises et jusque dans leurs maisons. D’ailleurs, alors même que les chrétiens en pays arabo-musulmans ne perpètrent jamais d’actes terroristes et constituent au contraire des minorités soumises et pacifiques (dhimmitude), ils sont déjà régulièrement pris pour cibles par des fanatiques musulmans : Chrétiens des pays arabes (Irak, Egypte, Arabie saoudite-Yémen, Mauritanie, Soudan, Maghreb, etc), de Turquie (génocide arménien toujours, persécution des syriaques-araméens), du Pakistan (les milliers d’Asa Bibi martyrisées), sans oublier les autres minorités régulièrement persécutées et massacrées au nom de la Charià : Yézidis d’Irak, chiites, Alévis, régulièrement attaqués, kidnappés, rackettés, victimes d’attentats ou officiellement brimés.

Un chrétien vivant en pays musulman a 143 fois plus de risques d’être tué par un musulman qu’un musulman risque de l’être par un chrétien dans un pays occidental…

Face à la tentative obscène de récupération (par les « coupeurs de langues » verts, roses et rouges) du drame des musulmans massacrés en Nouvelle Zélande, et face à l’incroyable tentative de culpabilisation/disqualification morale des défenseurs de la civilisation judéo-chrétienne orchestrée par tous ceux qui voudraient rendre les Français patriotes collectivement coupables des horreurs de Christchurch, quelques chiffres peuvent aider à garder raison :

Rien que pour la France, 7 au 9 janvier 2015: attaques de Charlie Hebdo, 22 morts ; 26 juin 2015, à Saint-Quentin-Fallavier, un Français décapité par un jihadiste ; 13-14 novembre 2015 : attentats de Paris, 137 morts ; 13 juin 2016, Magnanville, un policier et sa femme assassinés par un jihadiste. 14 juillet 2016: un Mohamed Lahouaiej-Bouhlel massacre 86 personnes ; 26 juillet 2016, Normandie, 2 djihadistes égorgent un prêtre âgé de 86 ans en pleine messe dans son église. 1er octobre 2017: un musulman a poignardé à mort deux jeunes femmes dans une gare de Marseille ; 23 mars 2018, Trèbes, trois morts ; 12 mai 2018, Paris, un franco-tchétchène poignardé à mort un piéton et en a blessé plusieurs autres ; 11 décembre 2018: À Strasbourg, un homme armé a ouvert le feu juste devant le marché de Noël, faisant 5 morts et 11 blessés. Total, rien qu’en France, en quatre ans : 261 morts et moult blessés lors d’attaques de musulmans contre des non-musulmans. Et heureusement, AUCUNE représailles meurtrière contre des Musulmans dans les rues ou les Mosquées. Par contre , des menaces de morts par milliers contre les intellectuels musulmans modérés ou « infidèles » qui dénoncent les « coupeurs de têtes ».

Si l’on compare le nombre de musulmans victimes de meurtres terroristes en Occident avec le nombre de chrétiens tués dans ce même genre d’actes en pays islamique, la probabilité pour les 30 millions de musulmans qui vivent en Occident d’être victimes d’une attaque est d’environ un sur dix millions par an.

D’après Srdja Trifkovic, auteur d’une étude intitulée « New Zealand attacks : repercussions and perspective », parue dans le magazine Chronicles, le 15 mars dernier : « Dans un pays à majorité musulmane, environ un chrétien sur 70 000 est assassiné par un musulman juste parce qu’il est ce qu’il est chrétien, ce qui signifie qu’un chrétien vivant en pays musulman a 143 fois plus de risques d’être tué par un musulman qu’un musulman risque de l’être par un chrétien dans un pays occidental… ».

Et si l’on compare le nombre de musulmans victimes de meurtres terroristes en Occident avec le nombre de chrétiens tués dans ce même genre d’actes en pays islamique, la probabilité pour les 30 millions de musulmans qui vivent en Occident d’être victimes d’une attaque est d’environ un sur dix millions par an, certes, un sur dix millions de trop, mais rien de comparable avec les 4000 victimes du jihadisme en Occident depuis le 11 septembre 2001 et avec les dizaines de milliers de chrétiens massacrés depuis les années dans les pays musulmans depuis la même date.

Autre signe : les communautés chrétiennes, pourtant autochtones, et non immigrées ou issues de la colonisation, ont été réduites à une peau de chagrin ces dernières décennies, sans parler de la détérioration de leurs droits et sécurité, tandis que les communautés musulmanes d’Occident enregistrent depuis la même période la plus grande progression numérique qui soit, passant dans les années 1950 de quasiment 0 % à des taux de 10 à 20 % de la population en Belgique, Allemagne, Suède, Pays-Bas, Grande-Bretagne, etc. Comparons donc ce qui est comparable, et arrêtons donc de généraliser, battre notre coulpe et affirmer à tort que les musulmans d’Europe seraient aussi persécutés et victimes de la haine que les chrétiens et autres minorités en terre islamique : cette affirmation est simplement indécente.

Voir encore:

Marche SOS Racisme… des potes qui nous voulaient du bien

Le succès de SOS-Racisme a généralement été appréhendé comme une simple opération de « récupération », concoctée dans les cabinets de Mitterrand et favorisée par « l’immaturité » des mouvements « beurs ». Dans sa thèse sur le traitement médiatique de l’association anti-raciste, P. Juhem [1] a mis en lumière les multiples déterminations qui ont rendu possible la « récupération ». Plutôt que de recourir à l’hypothèse fantaisiste d’une vaste manipulation engagée par une sorte de « comité central » des médias dominé par les socialistes, il a tenté de repérer les logiques spécifiques au champ médiatique, la pluralité des facteurs (enjeux internes, compétitions, stratégies commerciales, évolution du profil idéologique des journalistes, etc.), qui ont convergé pour aboutir à une gigantesque campagne de promotion de SOS-Racisme, sans minimiser, pour autant, la volonté politique de certains responsables socialistes – en premier lieu, Mitterrand – et l’efficacité de leurs interventions dans un contexte favorable.

Les énormes subventions reçues, le soutien de plus en plus affirmé de la gauche, des médias et de nombreux intellectuels ont incontestablement contribué, en effet, au succès de SOS-Racisme. On doit y voir également l’effet de dispositifs propres au système postcolonial. La « récupération » apparaît comme une menace inhérente à celui-ci – ce qui ne signifie pas inévitable – et non pas comme le seul produit d’intérêts politiques circonstanciés et de stratégies habilement menées. On a parfaitement raison de condamner de ce point de vue la politique du PS mais il est tout aussi important de saisir pourquoi, malgré leur bonne volonté, de nombreux militants antiracistes ont pu jouer le jeu d’une entreprise d’exclusion/inclusion.

Au début des années 80, « les Beurs deviennent trop subversifs » [2]. La Marche pour l’Egalité et les multiples formes d’action qui l’ont précédé ou suivi donnent aux jeunes issus de l’immigration une formidable visibilité qui inquiète, dans un contexte politique mouvant. L’abandon des promesses qui avaient conduit Mitterrand au pouvoir et l’adoption d’une politique de rigueur ne suscite pas la mobilisation sociale qu’espérait l’extrême gauche. La tendance politique dominante, notamment au sein de la jeunesse lycéenne et étudiante, n’est plus à la contestation mais plutôt à la désaffection vis-à-vis de l’engagement politique tandis qu’avec le recul des paradigmes marxistes s’imposent les idéologies molles de la défense des droits de l’homme et du progrès « sociétal ». La droite, par contre, progresse. Elle remporte plusieurs élections municipales partielles et repart à l’offensive comme en témoignent les gigantesques manifestations pour « l’école libre ». Le Front national connaît, quant à lui, ses premières grandes victoires (élections européennes). La « bête immonde » resurgit, craignent de nombreux secteurs de la gauche, assimilant la nouvelle situation à la montée du fascisme dans les années 30. Pour beaucoup, la lutte antifasciste devient la priorité de l’heure et l’antiracisme devient l’arme de cette lutte, d’autant plus efficace leur semble-t-il qu’un antiracisme moral et englobant peut permettre un large rassemblement de forces et remobiliser la jeunesse sur des « valeurs de gauche ».

Dans ce contexte, le mouvement « beur » pose incontestablement problème. L’irruption des enfants de l’immigration sur la scène publique inquiète. Il alimenterait le discours du Front national. Il embarrasse le pouvoir socialiste déterminé à restreindre l’immigration, mais il peut constituer aussi une nouvelle ressource électorale pour la gauche. D’une part, parce que de nombreux jeunes issus de l’immigration ont le droit de vote mais également parce que la problématique antiraciste qui est la sienne suscite la sympathie de larges franges de la jeunesse. Il s’agit dès lors de l’encadrer, de neutraliser ses tendances les plus contestataires et d’aseptiser son discours. « Convergence 84 révéla, écrivent Ahmed Boubeker et Nicolas Beau, une réelle capacité de mobilisation des cités. Personne pourtant pour canaliser cette révolte. Une place était à prendre ; message vite compris par Harlem Désir et ses potes : le jour même de l’arrivée de Convergence, 5000 badges « Touche pas à mon pote » de SOS-Racisme étaient vendus. L’idée du mélange, débarrassée de ses relents égalitaires, était reprise par Harlem Désir : « Vivons avec nos ressemblances, quelles que soient nos différences » : ce slogan de Convergence permettait à chacun, français ou immigré, de s’exprimer, sans complexes, sur la société multiraciale. Les beurs avaient perdu ce monopole. Avec SOS-Racisme, la société française reprenait la parole. Le relais était passé. » [3] C’est, en effet, à l’occasion de la seconde Marche, organisée par « Convergence 84 » que le petit groupe constitué autour de Julien Dray, transfuge de la LCR au Parti socialiste, apparaît sur la scène publique en diffusant massivement la fameuse petite main jaune. Mogniss Abdallah y voit un «talisman, hybride de la main de Fatma et de l’étoile jaune des Juifs sous le nazisme » [4]. Alors que les jeunes issus de l’immigration avaient manifesté contre le racisme particulier dont ils sont l’objet, SOS met en avant une vision exclusivement moralisante et non politique du racisme, détachée de l’histoire sociale et politique concrète. La référence implicite à l’étoile jaune n’est pas non plus innocente. Elle n’est pas sans lien avec le « choix exclusif de l’UEJF comme co-fondatrice de l’association » [5] suppose Mogniss Abdallah. En décembre 1983, de nombreux marcheurs étaient fiers de porter le Keffieh, symbole du peuple palestinien. Le « talisman » de SOS suggère, quant à lui, que la question palestinienne ne serait qu’un conflit entre juifs et arabes soluble dans l’antiracisme. M.Abdallah décrypte également le slogan « Touche pas à mon pote ». Celui-ci met « en scène un Français (anti-raciste) s’adressant à un autre Français (raciste, donc souvent suspect d’accointance avec le FN) pour protéger son « pote » issu de l’immigration. Le « pote » devient par un spectaculaire retournement de situation le spectateur passif d’un enjeu politique franco-français où il est question de cordon sanitaire anti-FN ou d’un « front républicain » pour des échéances électorales et les « combinazzione » à venir » [6]. Le racisme apparaît ainsi comme un rapport inter-individuel, une forme d’hétérophobie portée par l’extrême-droite. L’antiracisme devient une posture éthique, un combat qui se déroule entre Blancs.

Si le discours de SOS évoluera progressivement au fur et à mesure de l’enracinement du mouvement et des nouveaux enjeux politiques qui se poseront à lui, à sa fondation, la nouvelle association s’attache à se présenter comme a-politique, ni trop de gauche ni de droite. « Alors que quelques années auparavant un mouvement se proclamant « apolitique » aurait rencontré l’opposition de toutes les organisations politiques et antiracistes « de gauche », note P. Juhem (…), au contraire en 1985, l’affichage de « l’apolitisme » du mouvement est la condition de sa réussite, à la fois à l’égard de journalistes qui se réjouissent de la « fin des idéologies » et vis-à-vis de jeunes qui sont proportionnellement plus nombreux qu’auparavant à être indifférents à l’égard de « la politique ».» [7] SOS apparaît ainsi comme le cadre idéal pour mobiliser la jeunesse et canaliser la révolte des banlieues.

La finalité de l’association antiraciste est double. Il s’agit d’inclure les « beurs » dans des logiques politiques qui ne sont pas les leurs et d’exclure du champ politique ceux qui développent une orientation en rupture avec le consensus antiraciste basé sur l’intégration individuelle. Cette exclusion se réalise par diverses procédures. La première est évidemment de donner à SOS une légitimité qu’elle n’a pas en la présentant comme l’héritière de la Marche de 1983[8]. La seconde consiste à marginaliser les mouvements autonomes qui n’ont guère d’alliés dans le champ politique blanc ni, évidemment, de subventions. Le soutien gigantesque dont bénéficie SOS lui permet alors d’occuper tout l’espace antiraciste. Les mouvements autonomes sont soumis, quant à eux, à une terrible injonction qui contribuera à aggraver les dissensions en leur sein : se résoudre à une alliance avec SOS, c’est-à-dire accepter son hégémonie et les enjeux (blancs) qui sont les siens, ou prendre le risque de l’isolement avec – déjà – l’accusation de diviser le mouvement antiraciste. Ainsi, si SOS ne parvient pas à s’implanter réellement dans les cités, elle réussira néanmoins à gagner des militants comme Kaïssa Titous et Malik Lounès qui se résignent à y voir le seul cadre de regroupement possible et espèrent avoir suffisamment d’influence pour en changer l’orientation. « Lors du premier congrès de SOS-Racisme à Epinay-sur-Seine en 1986, rapporte P. Juhem, le principal débat aura lieu entre, d’une part, Julien Dray et la direction historique de l’association et, d’autre part, Kaïssa Titous qui, soutenue par les militants de la LCR, tentera de constituer au sein de SOS une tendance « beur », attachée à défendre la spécificité des « jeunes issus de l’immigration maghrébine ». D’autres batailles seront menées, notamment pour que l’association antiraciste prenne partie en faveur du peuple palestinien ou s’oppose à l’engagement des troupes françaises lors de la première guerre du Golfe. Mais ces batailles, si elles n’ont pas toujours été sans résultats, ne pouvaient pas rendre la parole à ceux qui en avaient été exclus.

Au principe de SOS, il y a en effet l’exclusion des « Beurs » du champ politique ou leur implication dans des enjeux qui leur sont extérieurs. SOS n’existe que comme cadre de mobilisation et de pression au sein du jeu des forces politiques blanches en instrumentalisant les problématiques de l’immigration et du racisme. Les « beurs » sont appelés à y trouver leur place à la condition de s’insérer dans les enjeux du champ politique blanc et de ne pas en bousculer les règles. SOS n’a pas « récupéré » le mouvement pour l’égalité au sens où elle s’est contentée d’en prendre la direction ; en exploitant ses ambivalences, elle l’a projeté dans le plan politique blanc. Ce faisant, elle a retourné le mouvement contre lui-même.

Source : ce texte est extrait du livre de Sadri Khiari, Pour une politique de la racaille.Immigré-e-s, indigènes, jeunes de banlieue, que nous recommandons vivement.

[1] Juhem, P., Thèse de science politique : « SOS-Racisme, histoire d’une mobilisation « apolitique ». Contribution à une analyse des transformations des représentations politiques après 1981 ».

[2] Bouamama, S., Dix ans de marche des Beurs. Histoire d’un mouvement avorté, Desclée de Brouwer, 1994, p.4

[3] Ibidem, p.91

[4] Ibid., p.69

[5] Ibid.

[6] Ibid.

[7] « SOS-Racisme est le premier mouvement de masse de l’après-guerre fondé sur des résolutions d’ordre exclusivement éthique. Il ne propose aucun projet de société, ne nourrit aucune ambition politique. Ses adhérents, pour la plupart des jeunes, ne se font guère d’illusions sur l’état du monde, […].Ils ne croient pas davantage aux promesses d’un monde lointain », Marek Halter, La main ouverte, Le Monde, 16 juin 1985 (cité par P. Juhem).

[8] « À la fin de 1984, il n’y a pas d’organisation nationale ou de porte-parole qui puisse revendiquer représenter l’ensemble des « jeunes issus de l’immigration ». Lorsque SOS-Racisme apparaît les journalistes peuvent, sans risque d’être démentis, faire de l’association l’héritière des « marches » et la représentante naturelle des « beurs ». » Ibidem.

Voir par ailleurs:

Tal Bruttmann: L’antisémitisme n’est pas propre à la droite ou l’extrême droite, il a toujours été présent sur l’ensemble de l’échiquier politique

Entretiens by Nadia Meziane & Tal Bruttmann

Un entretien avec Tal Bruttmann historien, spécialiste de la Shoah.

LC : Commençons par la fin. Quand on te demande pour qui tu écris, tu dis «  pour ceux qui veulent savoir ». Et tu ajoutes, à propos de certains de tes articles, qu’ils sont lus à peu près autant que des poèmes en auto-édition. A côté de ça, une bonne partie de l’activité négationniste a consisté ces vingt dernières années à penser et à mettre en œuvre, ce qu’on pourrait appeler une contre-éducation populaire. Eux, pour imposer leur propagande, ont massifié les mensonges sur le nazisme et le génocide, ont réussi à exploser toutes les barrières sociales qui font que plein de gens n’ont même pas l’idée de s’intéresser à l’Histoire. Est-ce qu’à un moment, en tant qu’historien, tu ne t’interroges pas avec tes collègues sur la nécessité et l’intérêt d’organiser une contre-offensive tout aussi massive ?

Une partie de la production des historiens, les articles scientifiques notamment, s’adresse à un cercle restreint, en raison de la nature pointue ou technique de ces articles, publiés dans des revues spécialisées. Ce qui ne veut absolument pas dire que l’histoire ne doit pas être vulgarisée et diffusée auprès du plus grand nombre. C’est l’autre face du boulot d’historien. Mais on ne peut forcer personne à lire. Sauf que l’essentiel de la vulgarisation en histoire passe de fait par d’autres biais, comme les documentaires à la télé, voire des revues grand public. Et entre un livre qu’il faut aller acquérir, ou emprunter dans une bibliothèque puis lire, et une page internet, pour beaucoup c’est la seconde option qui est la plus simple.

Reste que si on en vient à la question du négationnisme, les ressources en ligne existent: ce sont notamment les sites des musées et autres institutions, ou encore des sites dus à des initiatives personnelles comme PHDN ou anti-rev qui existent depuis pratiquement 20 ans. Dans les années 1970-1980 les historiens comme Georges Wellers ou Pierre Vidal-Naquet ont démonté les arguments négationnistes. Mais dans l’argumentaire bien huilé du négationnisme il y a les « historiens officiels » et les « historiens qui disent la vérité », en l’occurrence eux. Tout historien est disqualifié d’office puisqu’il « participe du complot visant à perpétuer le mensonge ».

On touche là sans doute du doigt quelque chose qui est propre à l’histoire : de toutes les sciences c’est celle qui intéresse le plus grand nombre et au sujet de laquelle tout un chacun pense qu’il peut donner son avis

Je ne suis cependant pas certain que cela soit du domaine de l’historien principalement que de mener cette contre-offensive. Evidemment que le boulot des historiens est de battre en brèche ces discours, mais cela ne doit pas relever d’eux seuls. On n’en appelle pas à un astrophysicien pour contrecarrer les délires sur la « terre plate ». Vidal-Naquet soulignait déjà cela en demandant si il fallait en appeler à un astrophysicien pour contrecarrer quelqu’un affirmant que la lune est faite de fromage. Le discours négationniste sur la Shoah, ou sur les autres génocides, est tout aussi grotesque d’un point de vue intellectuel que de prétendre que la terre est plate.

L’histoire n’est pas écrite par les vainqueurs

On touche là sans doute du doigt quelque chose qui est propre à l’histoire : de toutes les sciences c’est celle qui intéresse le plus grand nombre et au sujet de laquelle tout un chacun pense qu’il peut donner son avis, l’histoire ne paraissant pas être une science à l’instar des maths ou de la physique. Qui irait donner son avis sur la théorie de la relativité ?

Dans le domaine de l’histoire, les lieux communs qui relèvent du café du commerce ne manquent pas, comme « L’histoire est écrite par les vainqueurs » ou « L’histoire est subjective ». « L’histoire écrite par les vainqueurs » signifie que ce sont ceux qui gagnent qui dictent le cours des évènements, mais on fait dire à cette phrase que ce sont les vainqueurs qui écrivent la « vérité »: autrement dit les « Alliés à Nuremberg ont écrit une version de l’histoire ». Quant à la supposée subjectivité de l’histoire, ou qu’en histoire il n’y aurait pas de vérité, c’est de la pseudo-philosophie de bas étage : l’histoire repose sur des faits en premier lieu, qui ne relèvent en rien de la « subjectivité ». Adolf Hitler est nazi. C’est un fait. Il est chancelier du Reich. C’est un fait. Il a clamé sa haine des Juifs. C’est un fait. Etc. Environ 5,7 millions de juifs ont été assassinés. C’est un fait. De la même manière que la terre est ronde.

La méthode négationniste est simple. On prend un élément, en général microscopique, on le nie avec des arguments pseudo-scientifiques, puis on décrète que puisque tel témoignage comporte un élément décrété faux alors tout l’évènement est faux. Retranscrit dans d’autres domaines ça donne : la perruque de Louis XIV n’était pas blanche alors qu’un témoin l’a décrite comme telle, c’est donc la preuve que Louis XIV n’existe pas. Ou alors que Jésus n’a pu marcher sur l’eau, ce qui est la preuve que Jésus n’a pas existé, et donc que le christianisme n’existe pas. Si certains veulent croire que Jésus a marché sur l’eau cela relève du domaine de la religion et de la croyance. En revanche factuellement ce n’est pas cela qui autorise à nier l’existence de Jésus.

Reste qu’avec le développement d’Internet qui facilite et démultiplie la diffusion de théories complotistes, on assiste à une explosion des remises en cause scientifiques et désormais d’autres sciences, comme la médecine par exemple, sont concernées. Si la négation de la Shoah est au cœur du négationnisme et du complotisme, les remises en cause des sciences se multiplient et trouvent une audience importante, une sorte de nouvelle forme de luddisme. On est face à un immense café du commerce, où différentes attitudes coexistent : pour certains c’est la crédulité, pour d’autres l’envie d’être un « sachant » – « à moi on me la fait pas, je suis pas dupe » – qui défie une narration frappée du sceau de l’ « officialité », tandis que pour d’autres, c’est un moyen politique pur et simple, comme les négationnistes, de diffuser un message de propagande.

Parlons Internet

LC : Tu parles de « luddisme », mais en même temps, toi-même tu es dans une attitude très ambivalente vis à vis d’internet, et notamment des réseaux sociaux.
Tu dis « le développement d’internet facilite et démultiplie la diffusion de théories complotistes », mais était-ce vraiment joué d’avance ? En réalité, les négationnistes ont aussi saisi avant beaucoup d’autres les opportunités offertes par une technologie qui a bouleversé les rapports sociaux. De fait, ils n’ont pas été luddistes, au moins sur ce plan là.
Et ce que tu appelles «  le grand café du commerce », c’est à dire notamment les réseaux sociaux, ont aussi aidé à forger une conscience progressiste à travers le monde, notamment lors des révolutions arabes. Donc ce qui est un moyen utilisé par les fascistes peut aussi être un moyen pour la démocratisation du savoir. Est-ce que les clichés sur le « café du commerce » n’alimentent pas ceux du « chercheur dans sa tour d’ivoire », et réciproquement ?

Il s’agit d’un simple constat, non d’une remise en cause de ce qui est devenu un élément central de nos sociétés. Le luddisme qu’on peut constater n’est d’ailleurs pas dénué de contradictions : on utilise le progrès (Internet) pour dénoncer le progrès dans d’autres domaines.

Pas plus que le « café  du commerce » ne remet en cause les lieux de convivialité que sont les troquets. Mais on peut aisément constater que toute parole se vaut et que tout un chacun est expert en tout. Si on prend la part négative des réseaux sociaux, aujourd’hui ils fédèrent, unissent, mettent en rapport des gens qui étaient autrefois isolés : un militant d’extrême droite s’achetait Minute ou Rivarol, avait quelques potes avec qui vomir sa haine, mais dans des cercles limités. Mais ce constat a aussi des pans positifs, comme celui que tu viens d’évoquer : il permet aussi l’expression dans des sociétés muselées, et a permis d’unir les oppositions dans les pays arabes qui ont connu des soulèvements.

D’ailleurs la recherche elle-même a été transformée en profondeur avec Internet, on pourrait même dire bouleversée. Par exemple, il y a encore 20 ans, il fallait se farcir des fichiers-tiroirs en bibliothèques et centres d’archives pour connaître l’existence de publications, ou dépouiller des publications telles que L’Année philologique. Une partie de la qualité des recherches résidait dans la capacité à trouver ce qui existait. Aujourd’hui il suffit de deux mots clés dans une base de données, sans bouger de chez soi…

Il est aussi patent que l’extrême droite a su se saisir avec une rapidité impressionnante des moyens qu’offre internet. Dès la fin des années 1990 les sites néo-nazis et autres pullulaient. Ce n’était pas joué d’avance, mais en revanche il faut constater que pour un site luttant contre le négationnisme, il y en a 100 qui le diffusent.

On n’a vraiment pas déjà tout dit sur la Shoah?

LC : Aujourd’hui, pas mal de gens pensent très sincèrement qu’on a tout dit sur la Shoah, que c’est un des domaines de recherche les plus explorés, et aussi qu’ils savent l’essentiel. Qu’est ce qu’on ne sait pas, qu’est ce qui a été approfondi ces quinze dernières années, et qu’avais tu envie d’approfondir, au départ ?

Tite-Live a écrit une histoire de Rome il y a 2 000 ans. Ce qui n’empêche pas que depuis 2 000 ans les historiens continuent à écrire l’histoire de Rome. Jusqu’au début des années 1980 les historiens étudiant la Shoah étaient très peu nombreux. Ce n’est que depuis une trentaine d’années que le champ a connu une véritable explosion scientifique. La chute de l’URSS a rendu accessibles des montagnes d’archives non exploitées jusque-là par exemple.

Ensuite, cette histoire est en perpétuelle évolution, comme celle du nazisme ou de la Seconde Guerre mondiale, s’affine ou s’approfondit. C’est l’un des paradoxes du sujet, d’un côté il est omniprésent, de l’autre peu étudié. En France, le nombre de spécialistes de la Shoah ou de l’histoire du nazisme est assez limité, même si aujourd’hui il tend à croître.

Ensuite, il y a une forme de paradoxe assez impressionnant sur ce sujet – et qui vaut plus largement pour le nazisme et la Seconde Guerre mondiale. Malgré l’omniprésence du sujet dans la société, il y a pas mal de malentendus et d’incompréhensions, notamment en raison de la confusion entre le système concentrationnaire – avec notamment les images de ce qui a été découvert en 1945 qui se sont profondément ancrées dans les représentations – et la « solution finale », qui se déroule ailleurs. Ces représentations très fortes qui se sont fixées au sortir de la guerre demeurent prédominantes, alors que les travaux des historiens depuis plus de 50 ou 60 ans dans certains cas ont permis de mieux comprendre et distinguer les choses.

Le meilleur exemple réside sans doute dans le fait, que depuis les travaux de Raul Hilberg les historiens parlent de « centres de mise à mort », alors que l’expression qui demeure profondément ancrée est celle de « camp d’extermination ». Celle-ci est hautement problématique à bien des égards, à commencer par la contradiction absolue entre les deux termes : un camp est un lieu où l’on rassemble une population, pour la détenir par exemple – camp de concentration – alors que l’assassinat de masse ne nécessite pas de « camp », ce sont des sites qui sont destinés à tuer toute personne qui y est acheminée, et qui sont donc de taille réduite, avec peu de structures.

Les négationnistes, d’ailleurs, utilisent certaines de ces représentations et exploitent les confusions. La réduction de la Shoah aux chambres à gaz dans les représentations leur permet de dire « pas de chambres à gaz donc pas de Shoah », alors que plus de la moitié des victimes n’ont jamais franchi le seuil d’une chambre à gaz mais ont été exécutées autrement. Même chose en utilisant des éléments propres au système concentrationnaire pour expliquer que la Shoah, qui se déroule en dehors de ce système, n’est pas possible.

LC : Quand on te lit, c’est un peu déconcertant, parce que très souvent, il y a quand même une distinction assez nette entre les historiens de la « grande » Histoire et ceux qui s’attachent à décrypter des « épisodes » locaux au sein de cette grande Histoire. Toi, tu as écrit sur Auschwitz, mais aussi fouiné dans les tracts locaux de sections du PPF pour battre en brèche l’idée selon laquelle en France, il n’y aurait pas eu de collaborateurs politisés de la mise en œuvre physique des persécutions antisémites, et tu le fais en partant de ce qui est généralement considéré comme anecdotique. Dans tout cela, quel est ton fil conducteur ?

Il y a sans doute là un effet générationnel. Je suis loin d’être le seul à réaliser ce genre de travaux – et nous sommes quelques uns à mettre en œuvre la microhistoire dans le champ. D’une certaine façon le cadre général est connu très largement grâce aux travaux des historiens des 60 premières années, de Léon Poliakov à Serge Klarsfeld en passant par Raul Hilberg par exemple. Sans ce cadre général, ce qui est fait aujourd’hui ne serait pas possible.

Cela participe d’un affinement de la connaissance, d’une meilleure compréhension des mécanismes. Regarder les « marges » permet d’éclairer l’ensemble. Parmi les gars du PPF qui distribuent les tracts « mort aux juifs » en 1940 on en retrouve en 1943-1944 qui chassent les juifs en France pour réaliser la « solution finale ». Autrement dit, si je m’intéresse à Auschwitz, je m’intéresse aussi à ceux qui y « arrivent », et la manière dont ils arrivent là. Comment et à cause de qui un juif de Grenoble se retrouve à Drancy puis à Auschwitz ?

Il y a 15 ans, il aurait été brocardé comme technocrate, c’est un pur produit de l’ENA. Mais son passage chez Rothschild devient une tache. Aurait-il exercé au Crédit Agricole ou à la Banque postale, je doute qu’il aurait été qualifié de banquier.

LC : Quand tu ressors les vieux tracts du PPF, les déclarations incendiaires, non seulement de Doriot, mais aussi de ses bases locales, c’est forcément douloureux pour des lecteurs de gauche antiraciste, parce que beaucoup de ces militantes et activistes violents venaient comme Doriot, non pas de l’extrême-droite mais du camp censé lui faire face. Il y a toute une tradition très partiale dans le champ politique qui vise à cantonner l’antisémitisme issu de certaines gauches à un « accident », à quelque chose de pas très significatif en terme d’importance au sein des structures de Vichy mais aussi de la collaboration active à tous les échelons. Pour toi, est ce que c’était anecdotique ou important, au contraire ?

L’antisémitisme n’est pas propre à la droite ou l’extrême droite, il a toujours été présent sur l’ensemble de l’échiquier politique. On en a eu un exemple lors de la campagne présidentielle avec la disqualification de Macron comme « banquier », utilisée tant à l’extrême droite qu’à l’extrême gauche. Il y a 15 ans, il aurait été brocardé comme technocrate, c’est un pur produit de l’ENA. Mais son passage chez Rothschild devient une tache. Aurait-il exercé au Crédit Agricole ou à la Banque postale, je doute qu’il aurait été qualifié de banquier. Là on a eu une floraison de termes chez les auto-proclamés « anti-système » – qui ont tous pourtant des cursus forts semblables et sont présents en politique depuis des décennies – pour dénoncer « la banque », « l’oligarchie » etc. Le recours à cette terminologie n’a rien d’anodin, et chez certains – évidemment pas pour tous – elle renvoie plus qu’implicitement à l’antisémitisme. C’est d’ailleurs éclairant à ce sujet, de voir que certains historiens et intellectuels ont pointé les problèmes que posait le recours à ces termes mais que cela n’a eu aucune conséquence, pas même la moindre interrogation ou distanciation.

Ce sont surtout les années 1930 et la Seconde Guerre mondiale qui ont ancré l’idée que l’antisémitisme était propre à l’extrême droite et au nazisme. Mais en 1940, au moment de la défaite et du vote des pleins pouvoirs, on voit des attaques antisémites contre Blum qui viennent d’élus de la SFIO, par exemple.

Pour l’antisémitisme français au moment de Dreyfus, le juif est l’agent des Allemands, pour les Allemands en 1918, le Juif c’est l’agent des bolcheviques ou de la France, pour Staline, le Juif c’est l’agent d’Israël.

Si on regarde la Collaboration, et l’Ultra Collaboration, on voit qu’il y a pas mal de gens venant de la gauche. Il faut cependant faire attention sur ce point, que l’on retrouve par exemple exploité par Zemmour : Vichy serait la gauche. Ceci est faux, l’adhésion se faisant sur un programme d’extrême droite, maurrassien, la « Révolution nationale », voire pour les ultras comme les PPF ou les membres du RNP de Déat, sur des programmes proches du nazisme. Mais même du côté du PC on peut voir des tracts, notamment en 40-41, où l’antisémitisme n’est pas très loin. En soi, l’antisémitisme se retrouve partout sur l’échiquier politique.

Sous le vernis de la lutte contre “l’agent sioniste”

Au sortir de la guerre, l’antisémitisme est disqualifié et n’a plus voix au chapitre sur la scène politique occidentale. Pourtant dès 1944 en URSS, et surtout à partir de 1948, le régime soviétique multiplie les attaques antisémites, qui ensuite se retrouvent dans tout le bloc communiste. Sauf qu’officiellement, ce ne sont pas les Juifs qui sont visés, mais les « sionistes ».

Bref, on renomme, c’est validé un peu partout et ça passe sans soulever de problèmes pour les communistes en dehors du bloc soviétique. De 1948 à 1968 on multiplie les purges contre les Juifs, les procès, les assassinats et les expulsions, tout ça sous vernis de la lutte contre les « agents sionistes » ou les « cosmopolites sans racines », selon la terminologie d’alors.

Réinscrit dans l’histoire de l’antisémitisme, ça n’a rien d’original. C’est juste une déclinaison du juif qui est par essence sans patrie, ou de l’agent de l’étranger, qui a toujours existé: affaire Dreyfus, « coup de poignard dans le dos » pour expliquer la défaite de l’Allemagne en 1918 etc. Pour l’antisémitisme français au moment de Dreyfus, le juif est l’agent des Allemands, pour les Allemands en 1918, le Juif c’est l’agent des bolcheviques ou de la France, pour Staline, le Juif c’est l’agent d’Israël.

L’antisémitisme est pratique, il explique tout : le communisme c’est les juifs, le capital c’est les juifs. Chacun y trouve son explication. Et c’est adaptable à tout : la colonisation ? Les Juifs. L’esclavage ? Pareil. Dans les années 1990 le Sida en Afrique c’était les Juifs, et les attaques de requins en mer Rouge au début des années 2010 un coup du Mossad pour flinguer le tourisme en Egypte.

A chaque nouvelle crise, le discours s’adapte. On a vu fleurir les théories impliquant Israel dans la crise au Venezuela, et ces théories venaient des défenseurs de Maduro, pas vraiment l’extrême droite, même si in fine la collusion fini par se faire.

L’antisémitisme, pas plus que le racisme au demeurant, n’est propre à un bord politique. Ce sont ses usages et la manière dont il est assumé qui peuvent éventuellement être différents. Quoique sur l’antisémitisme, à gauche l’ « antisionisme » est bien pratique pour s’adonner à un antisémitisme non assumé ouvertement – et en disant cela je ne délégitime en rien le droit des Palestiniens à disposer d’un Etat ou celui de critiquer les politiques israéliennes.

LC : « Et en disant cela je ne délégitime en rien le droit des Palestiniens à disposer d’un Etat ou celui de critiquer les politiques israéliennes. ». C’est frappant que tu ajoutes cette phrase, parce que c’est devenu quasiment obligatoire, dans le débat, dès qu’on critique les instrumentalisations antisémites de la dénonciation de la politique israélienne. Comme si la lutte contre cet antisémitisme là ou même le simple fait de le constater était forcément suspect de cacher un autre racisme. Pourquoi continuer à se justifier ? Est-ce que tu penses que la victoire des antisémites est à ce point écrasante qu’on doive forcément en passer par là ?

Tu as totalement raison, cela ne devrait pas être. Mais c’est malheureusement le cas, tant « l’antisionisme » se drape dans une bonne conscience, qui souvent échappe aux gens. D’ailleurs toute la phase Soviétique et communiste du mot est intégralement effacée pour lui donner des atours de noblesse et cela va jusqu’à des discours qui affirment que le Bund, par exemple, était contre le mouvement sioniste, et que c’est la preuve que l’antisionisme n’est pas antisémite. Mais le Bund non seulement combattait férocement l’antisémitisme, il revendiquait aussi l’existence d’une nation juive autonome en Pologne (ou dans les Pays baltes).

Les antisionistes eux, nient l’existence des Juifs, sinon à leurs propres conditions. « On vous tolère, mais ne mouftez pas trop ». Le Bund, comme les sionistes, revendiquent le fait juif et l’existence d’une nation juive. Les antisionistes dénient aux juifs le droit de se définir, et s’arrogent ce droit. Il suffit de voir le succès du livre de Shlomo Sand, qui explique que “le peuple juif est une invention”. La belle affaire. Ce constat on peut le faire pour n’importe quel peuple, ou pour prendre un terme plus adéquat, pour n’importe quelle nation, à commencer par la France. Chaque nation repose sur des mythes fondateurs auxquels se rallient ceux qui s’y retrouvent.

Les antisémites existent, “les sémites” en revanche, ça n’existe pas

D’ailleurs l’usage de ce terme n’est pas sans faire penser à une théorie de comptoir qui a fait florès : « l’antisémitisme ne vise pas que les Juifs, mais aussi les Arabes, qui sont sémites aussi ».

Passons rapidement sur le fait que l’antisémitisme, tel qu’il a été défini par les antisémites eux-mêmes, n’a jamais visé que les seuls Juifs, pour aller à l’autre point, bien plus intéressant : les sémites n’existent pas. Les Arabes, pas plus que les Juifs ne sont sémites, c’est une construction racialiste reprise par le racisme, et développée à partir de l’existence d’un groupe de langue dit sémitique, où se retrouvent l’hébreu, l’araméen, le phénicien, l’arabe ou encore l’amharique.

D’ailleurs cette création d’une « race juive » a été un moyen pour dire que « les » Juifs formaient un tout, un groupe ethnique : les juifs d’Allemagne bien « blancs » étaient donc de la même « race » que les Juifs d’origine arabe du Yemen ou d’Egypte, que les Juifs noirs d’Ethiopie ou que les Juifs turcs de Crimée. Bref, l’antisémitisme vise à créer une unité ethnique (« raciale ») entre des groupes religieux ou nationaux qui n’ont en commun que leur religion et les récits qui en découlent – même pas une culture commune, parce que quel rapport entre la carpe farcie et la brick au thon ? Entre le pastrami et l’amba ? L’antisémitisme constitue, sous une double forme, un inverse du racisme : là où le racisme prétend la supériorité sur d’autres, lesquels sont définis par une appartenance ethnique visible, l’antisémitisme, lui, dénonce le danger de domination d’une race invisible, puisque non identifiable (sinon pour son appétence pour la carpe farcie, mais les Polonais aiment bien aussi… Pareil d’ailleurs pour la brick au thon, que juifs et musulmans du Maghreb aiment bien)

Pour nier l’antisémitisme (et donc in fine le justifier tout en le niant) ils maintiennent une fiction raciste concernant les Arabes…

Mais surtout, cette théorie « des Arabes qui seraient des sémites », largement prégnante à l’extrême gauche, voire à gauche (et elle est sur le devant de la scène par exemple en ce moment parmi certains défenseurs de Corbyn, qui excipent de cela pour nier l’antisémitisme au sein du Labour) montre le degré d’imprégnation des constructions racistes chez ceux là. Pour nier l’antisémitisme (et donc in fine le justifier tout en le niant) ils maintiennent une fiction raciste concernant les Arabes…

LC : Tu soulignes à juste titre le succès de la banalité pourtant profondément raciste « Les Arabes sont aussi des sémites ». Et aussi la spécificité de l’antisémitisme, comme dénonciation du danger de domination d’une race « invisible ». Or, depuis une quinzaine d’années, d’autres racismes ont subi une mutation importante: ce qui est appelé « islamophobie » est aussi un discours qui vise des gens qui n’ont souvent rien d’autre en commun qu’une religion, souvent supposée d’ailleurs, chez des issus de l’immigration.
Et elle les désigne aussi comme les agents d’un complot mondial censé amener à la domination totale, non seulement au plan religieux, mais aussi économique. Il arrive d’ailleurs de plus en plus souvent que les thèses conspirationnistes antisémites et islamophobes se rejoignent dans un récit commun où Soros, alternative de plus en plus courante à Rothschild, est aussi l’allié du complot islamiste en même temps qu’il est symbole du complot Juif.
Dans le champ politique d’aucuns nient cette parenté et la cette jonction des narratifs en dénonçant le concept même d’islamophobie. D’autres affirment au contraire que l’islamophobie à remplacé l’antisémitisme ». Dans les deux cas, l’un ou l’autre racisme est nié ou remis en cause. Que penses-tu de l’analogie entre islamophobie et antisémitisme , est-elle juste historiquement, même partiellement et quelles sont ses limites selon toi ?

Jusqu’à récemment ce qui prévalait largement était le racisme anti-arabe, nourri notamment à la fois par le colonialisme français en Afrique du Nord puis ensuite par le ressentiment né de la décolonisation chez certains Français. Auquel s’ajoute un autre élément, celui de la méconnaissance du fait musulman. En France, Arabe a été très largement synonyme de musulman: si t’es musulman t’es arabe, si t’es arabe t’es musulman. Et depuis quelques années, si t’es musulman t’es islamiste. Et donc in fine, arabe= islamiste. Au moment des attentats de 2015, des commentateurs expliquaient que les attentats avaient été exclusivement commis par des Arabes (quid de Coulibaly ?). Comme si l’adhésion à une idéologie assassine dépendait d’une appartenance ethnique.

Alors que le racisme se fonde avant tout sur une supposée infériorité, là on voit un passage à autre chose en effet. Et en outre, le « musulman » est très largement interchangeable. Il suffit de se rappeler que Nicolas Sarkozy ignorait en 2007 si Al-Qaïda était chiite ou sunnite pour avoir une illustration de la méconnaissance qui prédomine à ce sujet. L’espace géographique peuplé par des musulmans, qui va de l’Afrique aux confins de l’Asie, est vu comme un grand tout, unique, et conçu à travers notre héritage, à nous Français, avant tout à travers « l’Arabe » qui incarne cet ensemble menaçant.

Islamophobie

Maintenant avec le terme d’islamophobie on a quelque chose d’intéressant. Il est décrié par certains, et utilisé par d’autres pour disqualifier toute critique contre la religion musulmane. Mieux vaut s’écarter de ces prises de position et s’interroger sur autre chose : est-ce que le terme est opérant pour désigner un phénomène particulier ? Et là la réponse est claire : oui, on voit l’apparition d’idées qui feraient des musulmans les membres d’un grand tout, à la manœuvre dans l’ombre, complotant dans tel ou tel but.

Et à cet égard on a quelque chose de nouveau, dont les ressorts ne sont plus ceux du racisme, à savoir un regard depuis le haut vers quelqu’un d’inférieur, mais des ressorts qui ne sont pas sans rappeler ceux de l’antisémitisme : un danger fondé sur une puissance fantasmée. Ce phénomène là est récent. Si on prend en regard l’antisémitisme, il est constitué très largement d’invariants, que l’on retrouve en permanence, depuis des siècles: le juif et l’argent, le juif comploteur, le juif dépravé sexuel etc.

Comme tu le pointes, Soros remplace chez certains Rothschild, mais on reste sur les mêmes ressorts. Or, à côté du racisme anti-arabe, on voit apparaître de nouveaux fantasmes, un glissement vers « le Musulman », paré de tout un ensemble de menaces. Un Pakistanais serait de mèche avec un Français parce qu’ils sont tout deux musulmans, on a la mise en place d’un fantasme particulier qui n’est plus le racisme et qu’il faut qualifier pour ce qu’il est.

la Hongrie d’Orban, pour être xénophobe et raciste, n’en a pas moins fait de Soros la figure principale de la « menace anti-hongroise »

Maintenant si l’analogie peut prévaloir dans certains cas, elle a ses limites. D’abord prétendre que l’islamophobie a remplacé l’antisémitisme est absurde. L’antisémitisme se porte terriblement bien en Europe, et à part quelques négateurs à l’extrême-gauche, qui montrent que leur universalisme et leur combat anti-raciste à non seulement des limites mais qu’ils ont aussi quelques complaisances avec l’antisémitisme, personne ne le conteste aujourd’hui.

Ensuite, on peut aisément constater que l’antisémitisme demeure la principale matrice explicative en matière complotiste, par exemple. Que la Hongrie d’Orban, pour être xénophobe et raciste, n’en a pas moins fait de Soros la figure principale de la « menace anti-hongroise ».

LC : A la fin des années 1990, on pouvait penser qu’enfin, en France, le boulot était fait sur la responsabilité de l’Etat et d’une partie de la population française dans la collaboration et la complaisance avec les nazis, mais aussi dans l’élaboration de politiques autonomes de persécutions. Vingt ans après, des tribuns racistes comme Zemmour rencontrent un écho énorme lorsqu’ils reprennent des thèses sur Pétain qui aurait « aidé les Juifs », des responsables de partis politiques de gauche explosent toutes les limites en revenant au « Vichy, ce n’était pas la France ». Parfois même, on a l’impression que Paxton n’a jamais rien écrit qui vaille la peine d’être retenu. Ces aller-retour, et ces batailles jamais gagnées sont elles une spécificité française ?

Dans les années 1980 et 1990 on a assisté à une séquence importante, où les travaux des historiens (Paxton, Klarsfeld…) mais aussi l’opinion publique ont très largement permis de voir en face la réalité des responsabilités. Le discours de Chirac au Vel d’Hiv en 1995, puis d’autres mesures qui ont suivi, ont donné l’impression que la question était réglée. Et d’un point de vue scientifique elle l’est.

Retour en arrière, histoire et historiens en danger

Sauf que depuis une dizaine d’année, on assiste à une sorte de retour en arrière, porté par Zemmour et d’autres. On a un peu tout. « Vichy a protégé les juifs français » – il suffit de lire la loi du 3 octobre 1940, dite « statut des juifs », ou celle du 22 juillet 1941 sur « l’élimination de l’influence juive dans l’économie nationale » pour démonter cela. Sans même avoir à rappeler que la majorité des enfants au Vel d’Hiv en 1942 étaient nés en France ou que la rafle de janvier 1943 à Marseille est menée par la police française contre des Juifs français. Ou alors « Vichy c’est pas la France » – auquel il suffit de répondre par une question : c’est quoi la France ? la Saint-Barthélémy c’est pas la France ? La colonisation non plus ? etc.

Et il ne s’agit pas d’une spécificité française, même si on a dedans des débats franco-français. Ce qui se passe par exemple en Pologne aujourd’hui en est un exemple. Ou en Russie concernant la période stalinienne en est autre. Ou aux Etats-Unis. Nombre de pays connaissent ce genre de phase, au gré des climats qui y règnent et des phases de raidissement nationalistes.

LC : Tu évoques la Pologne et la loi votée récemment qui criminalise de fait l’expression de la vérité historique sur le génocide et les conditions de sa réalisation. Comment les historiens polonais envisagent-ils la suite, se sentent-ils concrètement et immédiatement en danger ? Comment s’organise la résistante à la fois locale et internationale à cette loi ? Quel est le pouvoir concret du gouvernement polonais sur des lieux de mémoire et d’histoire comme Auschwitz, actuellement, sont-ils seuls décideurs ou la communauté internationale a-t-elle un pouvoir sur leur fonctionnement quotidien et le contenu présenté aux visiteurs ?

Les historiens polonais sont en première ligne et la cible directe de ces lois, alors qu’ils ont effectué un travail remarquable depuis 20 ans, faisant de la Pologne le pays qui était à la pointe de l’historiographie de la Shoah. D’ailleurs ces historiens et historiennes reflétaient un mouvement important au sein de la population polonaise, qui de manière remarquable s’est saisie de son passé après la chute du régime communiste. En quelques années, la Pologne a fait le même chemin que la France en 50 ans. Cette Pologne là existe toujours, mais elle est en but aux nationalistes au pouvoir.

Pourtant les mobilisations existent, aussi bien sur le sujet de l’antisémitisme que sur d’autres, comme les droits des femmes. Mais on est face à un régime qui gouverne en direction de son électorat et donc qui bombe le torse face à l’international et dénonce les « antinationaux du parti de l’étranger ». Les historiens sont effectivement en danger, et pas seulement en Pologne. Leurs conférences sont régulièrement parasitées et interrompues, comme pour Jan Gross à Paris récemment, et des dénonciations et autres attaques sont réalisées par les représentants diplomatiques à destination des universités de ces chercheurs qui travaillent hors de Pologne. Ils disposent d’ailleurs de relais locaux qui attaquent aussi les historiens non polonais, y compris en France.

Et la pression sur les musées en Pologne est très très forte à l’heure actuelle. Le projet du musée de Gdansk, consacré à l’histoire de la Seconde Guerre mondiale en a été un exemple précoce. Alors que le musée allait ouvrir, tout a été arrêté, le directeur brutalement remplacé et la nature du même du musée remise en cause, car jugé pas assez favorable à un récit « national » correct aux yeux du pouvoir.

Les Allemands n’ont aucun besoin de « collaborateurs juifs » pour le processus de destruction.

LC:Depuis « Eichmann à Jérusalem » et les propos d’Hannah Arendt sur les « collaborateurs Juifs » qui font partie des contenus très partagés par les antisémites, ces questions-là font l’objet d’une fascination malsaine, et aussi d’un jeu relativiste pratiqué par beaucoup de forces politiques, qui se jettent sur ce genre de choses pour accréditer l’idée qu’après tout les victimes étaient aussi des bourreaux.
Comment fait-on en tant qu’historien pour affronter la récupération politique de certains aspects de la recherche sur le génocide ? Est-ce que c’est un sujet ou est ce que tu t’en fous ?

D’un point de vue historique ce n’est plus un sujet, la question est réglée depuis longtemps – que le sujet ait interpellé après la guerre, qu’Arendt s’y soit intéressé, est une chose légitime initialement, participant de la compréhension des mécanismes de la mise en place de la « solution finale ». Mais pas mal d’éléments sont alors méconnus ou pas pris en compte. Près d’un million de juifs ont été exécutés entre fin 1941 et début 1942 par les unités allemandes, sans aucun « collaborateur juif ». Les allemands n’ont aucun besoin de « collaborateurs juifs » pour le processus de destruction, mais en revanche ils ont besoin des collaborateurs locaux, des nationalistes, qui de la France aux Pays baltes en passant par l’Ukraine, ont eux très largement aidé à la réalisation de la “solution finale”.

La question des Judenrat

La question rejoint en fait le point précédent, l’histoire avance, mais les usages « politiques » restent ou reviennent. Effectivement c’est une marotte qui est assez flagrante chez les antisémites, on pourrait même dire un marqueur intangible. Et ceci pour une raison très simple. La création des Judenrat, ces « conseils juifs » mis en place par les Allemands à la tête des ghettos pour servir d’interface et gérer « l’interne », n’est ni plus ni moins que la reprise d’une méthode mise en œuvre dans le système concentrationnaire, consistant à confier la gestion d’une partie de l’interne, ce qui se passe dans le camp, à des détenus.

Pourtant là personne ne vient exciper de « collaborateurs » parmi les prisonniers pour faire porter la culpabilité sur les victimes. D’ailleurs, parmi les membres des Judenrat, à côté de gens qui se sont révélées être des crapules, l’immense majorité a joué un rôle important, en aidant les organisation de résistance dans les ghettos par exemple, ou en tentant de faire face aux Allemands. Quant aux risques de récupération politique, ils sont faibles : ce qui est récupéré en général est écrit pour l’être avant tout, cf. par exemple Zemmour.

LC:Tu as écrit pas mal de choses sur l’histoire des récits de la Shoah dans ce qu’on appelle la culture de masse, les comics ou les séries télévisées américaines. Globalement, comment évalues tu l’importance de cette culture de masse dans la construction des représentations et des connaissances sur la Shoah et le nazisme, quantitativement et qualitativement ?

Le sujet est très très présent, et on pourrait même dire depuis très longtemps, dans la culture populaire. Le cinéma ou la littérature s’en sont saisis dès la fin des années 1940. Si on prend la BD, le sujet devient important au tournant des années 1970-1980, d’abord avec les X-Men, puis avec Maus. Depuis des centaines de titres de bande dessinée ont abordé la Shoah. Quant aux séries télés, le sujet est présent depuis des décennies, depuis les séries de fiction (Star Trek, Magnum…) jusqu’aux séries historiques. La série Holocaust en 1978 a joué un rôle considérable dans le monde occidental dans la prise de conscience concernant la Shoah, et a eu un impact colossal. Et quand on regarde aujourd’hui Holocaust, historiquement ce n’est pas si mal.

Les X-Men constituent un exemple intéressant: la Shoah et Auschwitz sont au cœur des adaptations au cinéma d’un comics, dont la trame initiale est une allégorie de l’antisémitisme lorsque la série fut créé par Jack Kirby et Stan Lee en 1963. Puis la Shoah est explicitement évoquée début 1980, justement après le déclencheur Holocaust. On voit comment un objet de culture populaire en irrigue d’autres.

Et aujourd’hui, les X-Men participent à la construction de la connaissance de pas mal de gens, mine de rien, et ce n’est pas un problème que la fiction irrigue de la connaissance. Quand de tels vecteurs  se saisissent du sujet de manière sérieuse, entendu ici comme disant des choses exactes (le Auschwitz qui est montré est l’Auschwitz authentique), il n’y a rien à redire. Et mieux vaut une bonne allégorie qu’un mauvais documentaire, et les mauvais documentaires ne manquent pas…


Mode: Les sionistes ont même inventé le look WASP ! (50 years of Ralph Lauren: How a Brooklyn-born son of Russian-Jewish immigrants almost single-handedly sold America and the world the old money New England look)

17 mars, 2019
Cheveux blancs, peau bronzée, sourire conquérant. Le petit Ralph Lifschitz - Lauren est un pseudo - s'est constitué un personnage taillé pour la publicité. Une image idéalisée de l'Amérique qui tapisse son bureau comme ses boutiques. https://scontent-cdt1-1.xx.fbcdn.net/v/t1.0-9/10407816_10152590664390071_4019207009613686867_n.jpg?_nc_cat=107&_nc_ht=scontent-cdt1-1.xx&oh=dde54470b8d9ecba6716cdd408368e75&oe=5D0BB99F
https://i.pinimg.com/originals/59/b7/6e/59b76ec056faf8a0816d30ef1b00e1c7.jpgImage result for RALPH LAUREN PREPPY LOOKhttps://i.pinimg.com/originals/43/58/30/43583079d810c463669af4caa33bd32e.jpghttps://i2.wp.com/comm396-s16.ascjclass.org/wp-content/uploads/sites/20/2017/10/Royalty-Lauren-Ad-2.jpghttps://i0.wp.com/www.ivy-style.com/wp-content/uploads/2014/10/wallpaper.jpg https://timedotcom.files.wordpress.com/2015/09/lauren.jpeghttps://i.etsystatic.com/14608849/r/il/019bbc/1608803273/il_fullxfull.1608803273_gcnp.jpg
https://scontent-cdt1-1.xx.fbcdn.net/v/t1.0-9/53800891_10205836926759399_8735189174769942528_n.jpg?_nc_cat=102&_nc_ht=scontent-cdt1-1.xx&oh=c37a4e6722113f4bbe9fa2ad18dd2c9a&oe=5D0C3BD6

Au début, on me disait : « Mais Ralph, tu viens du Bronx, tu te prends pour qui ? » Ralph Lauren
There were also people who thought that because I was Jewish, I had no right to create these preppy clothes. Harvard, Yale, Princeton. Ralph Lauren
Petite garce juive, c’est toi qui vas lui laver ses chaussettes ? Mayo Methot
The novels of F. Scott Fitzgerald, for example are peopled with earnest heroes who hailed from the Midwest but who came to play in the racy world of New York via Princeton or Yale. Cooke
Not only will I not say that again, but I’ll be more thoughtful going forward in the way that I talk about our marriage, and also the way in which I acknowledge the truth of the criticism that I have enjoyed white privilege. So yes, I think the criticism is right on. My ham-handed attempt to try to highlight the fact that Amy has the lion’s share of the burden in our family — that she actually works but is the primary parent in our family, especially when I served in Congress, especially when I was on the campaign trail — should have also been a moment for me to acknowledge that that is far too often the case, not just in politics, but just in life in general. I hope as I have been in some instances part of the problem, I can also be part of the solution. Beto O’Rourke
It was the second apology O’Rourke made during the podcast. The first was for his writings as a teenager when he was a member of a group of activist hackers. Those writings, which came under the pseudonym « Psychedelic Warlord » and included a piece of fiction from a killer’s point of view, were revealed in a Reuters report. He said he was « mortified to read it now, incredibly embarrassed … whatever my intention was as a teenager doesn’t matter. » « I have to look long and hard at my actions, at the language I have used, and I have to constantly try to do better, » he said. The comments came as O’Rourke responded to a question about how he would combat white supremacy. O’Rourke criticized President Donald Trump, saying that Mexican and Muslim children « internalize it » when the President attacks them with a broad brush. He also criticized Trump’s response to the violence at a white supremacists’ rally in Charlottesville, Virginia, in 2017. « We also have to confront this racism, this xenophobia, this nativism and this hatred, or else I’m confident it will consume us. And so calling it out is part of it, and then setting an example of how we want to treat each other, » he said. CNN
The Vanity Fair cover photo of Beto O’Rourke, taken by Annie Leibovitz, is an apparent homage to the famous Time magazine portrait of Ronald Reagan when he was chosen as Man of the Year in 1980. (…) Reagan was shown in a blue shirt and jeans with a brown leather belt and his hands on his hips. (…) O’Rourke, a former Democratic Texas congressman, was photographed with a light-blue shirt, tucked into a pair of jeans and a leather belt. He is standing next to his truck on a dirt road and has his hands on his hips. (…) O’Rourke is entering a crowded field of candidates for the Democratic nomination. The latest Real Clear Politics average puts O’Rourke a distant 6th place with 5.3 percent. Former Vice President Joe Biden, who has not yet announced a bid, leads the pack in the high-20’s with Sen. Bernie Sanders, I-Vt., sitting in second place. O’Rourke exemplifies a new normal. None of the other major white progressive candidates—Bernie Sanders, Elizabeth Warren, or Kirsten Gillibrand—invoked God in their presidential announcements either. (Amy Klobuchar, who is running as a comparative moderate, did.) Today’s white liberals don’t only talk about faith less than their predecessors did. They talk about it in a strikingly different way. Earlier Democrats invoked religion as a source of national unity. (…) The implication was that religious observance was something Americans of both parties shared. Today, by contrast, progressive white candidates more often cite religion as a source of division. In his announcement video, O’Rourke boasted that during his Senate campaign in Texas, “people allowed no difference, however great or however small, to stand between them and divide us. Whether it was religion or gender or geography or income, we put our labels and our differences aside.” The only reference to faith in Warren’s announcement speech was an acknowledgment that “we come from different backgrounds. Different religions.” The lone reference in Sanders’s was a call for “ending religious bigotry.” While white progressives once described religion as something that brought Americans together, they’re now more likely to describe it as something that drives them apart. It’s not hard to understand why. For starters, the percentage of white Democrats who express no religious affiliation has skyrocketed. According to unpublished data tabulated for me last year by the Public Religion Research Institute (PRRI), 8 percent of white Democrats expressed no religious affiliation in 1990. By 2016, the figure was 33 percent. In 1990, white self-described liberals were 39 points more likely to describe themselves as Protestant than as religiously unaffiliated. By 2016, religiously unaffiliated beat Protestant by nine points. Secular Democrats haven’t only grown more numerous. They’ve also become some of the party’s most motivated activists. As The Atlantic’s Emma Green has noted, a PRRI poll taken last August and September found that Democrats who shun organized religion were more than twice as likely to have attended a political rally in the previous year than Democrats who identify with a religious group. The other reason liberal candidates more often describe religion as a source of division is the rise of Islamophobia and anti-Semitism. Before Donald Trump, Republican religious discourse was more ecumenical. The 2000 Republican convention featured a Muslim prayer, and George W. Bush regularly spoke about Americans who attended a “church, synagogue, or mosque.” In such an environment, it was easier for Democrats to depict an America divided by race, class, and gender but unified by religious faith, even if different Americans expressed that faith in different ways. Today, by contrast, since more Americans don’t practice a religion, and the president demonizes some of those who do, it’s more natural to describe religion as a rift to be overcome. But while there are legitimate reasons to talk about religion less (America has become a less religious country) and to describe it more negatively (religious bigotry has risen sharply), doing so could hurt Democrats such as O’Rourke in their efforts to defeat Trump. According to a 2016 Pew Research Center poll, while a small plurality of Democrats thinks politicians talk about religion too much, Republicans overwhelmingly think politicians talk about it too little. Among those Republicans are devout Christians who agree with Trump on abortion but consider him a detestable human being, and might be lured into voting against him by a Democrat who both spoke compellingly about a guiding faith and appeared to live by it. Democratic candidates might be tempted to pursue an opposite strategy: employing secular rhetoric to rouse their secular base. But the Democratic base isn’t overwhelmingly secular; it’s partly secular and partly religious. Republicans, by contrast, are overwhelmingly religious. Which may explain why, according to a 2017 study in the Journal for the Scientific Study of Religion, candidates who were perceived as secular experienced a “drop in Republican support that … was not balanced by an increase in Democratic support.” That’s partly because of African Americans. While many white Democrats want politicians to speak about religion less, black Democrats overwhelmingly want them to speak about it more. When asked in 2016 whether political leaders were talking about “their faith and prayer” too much or too little, black Protestants said “too little” by a larger margin than even Republicans. While only 41 percent of Democrats said it was very or somewhat important that a president shared their religious views, among black Protestants, the figure was 72 percent, again even higher than among Republicans. (…) For Harris and Booker, whose path to the Democratic nomination requires winning the black vote, religious language is a necessity. And the same religious language that helps them win over African Americans in the primary may help them win over Republicans in the general election. In their appetite for public professions of faith, black Democrats and white Republicans are similar. It’s white liberals who stand out. White progressives such as O’Rourke, Sanders, and Warren tacitly recognize that religion is no longer the force for national unity it once was. For Harris and Booker, the intriguing possibility is that it’s still unifying enough to propel them to the White House. The Atlantic
Let us count the ways in which college admissions are corrupt. They are corrupted by the reserving of spots for ‘legacy’ applicants. To qualify for one of these highly selective non-competitive places, you need to be born with forebears who attended your choice of college, and to be able to sit straight without drooling out of either corner of your mouth. Legacy places are essentially affirmative action for the wealthier sort of white people. They should not be confused with a more recent form of corruption, affirmative action for the wealthier sort of non-white people. Reserving a certain number of spots on the basis of race was originally intended to assist the upward mobility of black people, many of whose ancestors having been owned by the ancestors of the people who still monopolize legacy admissions. But these days, affirmative action effectively preserves the class advantages of any non-white applicant with good-enough SAT scores, and at the expense of a poorer non-white applicant. The exceptions to this rule are American applicants of East Asian and Indian background. These hard-working children of hard-working immigrants are penalized for their hard work and family values, and have to get higher SAT scores than other racial groups, especially African Americans. It is an inarguable fact that if America’s top colleges admitted students solely by academic merit and potential, their entire intake would be of Chinese and Indian extraction, with a sprinkling of Jews to make the jokes. All colleges rig the racial profile of their intake by explicitly racist measures. The Ivy League adds an extra layer of racial screening by insisting on ‘character’, which means impersonating the manners of white people. This is an elaborately cruel form of corruption which has grown out of the corruption of affirmative action, itself a corrective to the earlier corruption of college admissions by race and class. As William ‘Rick’ Singer is alleged to know, college admissions are openly corrupted by sporting ability. I’ve taught in what are laughably sold as top liberal arts colleges. Almost all the students on sports scholarships are semi-literate. They sleep through their lectures, which is understandable, given their rigorous training schedules. They pay their less athletic fellow students to write their papers for them, which is also understandable, given their selfless donation of their sporting talent to the community. They just sit there like sleepy bears, giving off a faint whiff of locker rooms and vanilla protein shake as they twiddle with their cellphones. College admissions are also corrupted by admitting foreign students who can’t speak or write English, but whose parents are willing to pay top dollar. It’s an open secret that many mainland Chinese and South Korean applicants to ‘top liberal arts colleges’ don’t write their application essays; either that, or their English goes into reverse after sending off the essays. But, just as you can’t fire an athlete, you can’t send the foreign students home. Finally, colleges are begging to be corrupted by donations. The more colleges replace merit with profiling on the basis of racial background, family connections, economic origin, or sporting ability, the greater the squeeze on the remaining places. This creates an incentive for bribery by ‘donation’. When colleges claim that they’re not swayed by donations, they’re lying. If they were serious about reducing the scope for bribery, they’d refuse to accept donations from families with applications active or imminent. William Deresiewicz, one of the few people to have taught at an American university and spoken honestly about the hollowing of the system, wrote a book in 2014 called Excellent Sheep. Deresiewicz believes that the risk-averse selection strategies of elite colleges have created a narrow and risk-averse elite. It now turns out that elite colleges do admit a wide and risk-embracing pool of applicants with low SAT scores — providing their parents pay a bit extra, or a lot. Everything is for sale in the American university except a decent liberal education. Money talks, and merit comes last. Huffman, Loughlin and the other parents are in court not just because they seem to have been blessed with children of inordinate stupidity, but because they grasped the rules of college corruption perfectly, and played the game the wrong way, and perhaps too well. William ‘Rick’ Singer knew the system so well that he created a simulacrum of the admissions process. He invented a fake charity, which is what most private colleges are. He paid competent students to sit entry exams, which happens all the time. He cut deals with sports coaches, rather than the coaches and the scouts cutting deals with the family. He obtained sports scholarships for students who didn’t lift a finger or a bat once they were in. And, like the elite schools, he extracted a fortune from suckers. When he gets out of prison, a brilliant career awaits, possibly as dean of a liberal arts college in Vermont. Dominic Green
Ralph Lifschitz, dit Ralph Lauren (né le 14 octobre 1939 à New York), est un entrepreneur et un styliste américain, fondateur de la marque homonyme ; il est également un symbole du style preppy et du prêt-à-porter américain. Ralph Lauren est né dans le Bronx à New York, de parents immigrés juifs de Russie : Frank et Frida Lifschitz. Son père était peintre en bâtiment. Il habite dans le même quartier que Calvin Klein, de deux ans son cadet. Les deux enfants se connaissent alors simplement de vue. Ils se soutiendront par la suite dans leur carrière respective. Dès son plus jeune âge, Ralph commença à travailler après l’école pour s’acheter d’élégants et onéreux costumes. (…) À l’âge de seize ans, Ralph et son frère aîné Jerry changent leur nom de famille Lifschitz en Lauren, à cause de moqueries de leurs camarades de classe sur ce patronyme. Le choix de « Lauren » viendrait de l’actrice Lauren Bacall, une incarnation du « rêve américain ». Certains considèrent pourtant ce changement comme un déni de leur héritage juif mais Ralph jugeait cela nécessaire pour le succès. Il étudie la gestion au City College de New York, qu’il quitta après deux ans, sans diplôme. De 1962 à 1964, il sert dans l’Armée américaine, affecté dans un centre d’entrainement, Fort Dix dans le New Jersey. (…) Passionné de mode et sans avoir étudié dans une école de stylisme, il devient vendeur dans différentes boutiques. Il se fait embaucher chez Brooks Brothers en tant que vendeur, dans leur boutique de Madison Avenue. Ses idées de nouvelles formes et couleurs n’étant pas retenues, il décide de créer une collection de cravates, très larges et à rayures, en expliquant que c’est à travers des cravates que les hommes de l’époque pouvaient s’exprimer. Ces cravates sont fabriquées à son compte et il démarche lui-même des magasins. Après un premier refus, Bloomingdale’s accepte de les vendre. (…) souhaitant créer sa propre marque, fasciné par le style chic des WASP (sans pour autant rêver de faire partie de ce monde) ainsi que du « rêve américain » (…) Il (…) emprunte 50 000 dollars (…), ce qui lui permet d’ouvrir une boutique de cravates où il vend notamment sa propre marque nommée Polo. Un an plus tard, il élargit à la vente de chemises et autres vêtements pour homme. (…) il crée, à la demande de sa femme, une ligne pour les femmes taillée dans un style masculin. Cette ligne voit pour la première fois l’emblème de la marque : le cavalier joueur de polo. En 1972, il diffuse ses fameux polos à manches courtes sortis dans plus de 24 coloris. Les polos deviennent bientôt un classique. Ralph Lauren gagne la reconnaissance du public en fournissant la garde-robe du film Gatsby le Magnifique. En 1984, il transforme la « Rhinelander Mansion », l’ancienne maison des photographes Edgar de Evia et Robert Denning, en vitrine pour Polo Ralph Lauren. Au cours des années 1980, il se lance dans la production d’accessoires pour la maison, afin de diversifier la gamme de produits de sa compagnie. C’est plus tard dans les années 1990, qu’il lance la ligne Polo Sport avec laquelle il connaît un grand succès. De cette marque Polo, il y a aussi des incontournables comme la chemise Oxford Col pointe boutonne, les pantalons Chinos, les deux très preppy, les vestes en tweed, les chemises en denim et en chambray. Le 11 juin 1997, la marque Ralph Lauren entre en bourse, au New York Stock Exchange, avec pour symbole RL. En 2007, Ralph Lauren a 35 boutiques aux États-Unis et 23 villes distribuent Ralph Lauren Purple Label. (…) En 2014, l’entreprise compte plus de 300 boutiques dans 80 pays, pèse 13 milliards de dollars en bourse et génère 6,9 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Ralph et sa femme Ricky, personnalité des Hamptons, ont deux fils et une fille (…) En 2012, sa fortune est estimée 7,5 milliards de dollars, ce qui la classe comme la 122e personne la plus riche au monde. (…) Il possède une villa à la Jamaïque, un manoir dans le Connecticut, une maison dans les Hamptons, un ranch dans le Colorado et un appartement dans l’Upper East Side, à Manhattan. (…) Ralph Lauren est aussi connu pour être un collectionneur automobile de sport et de luxe. Il est d’ailleurs fasciné par leur esthétique et l’histoire des concepteurs comme Enzo Ferrari ou Ettore Bugatti. Il possède, en 2011, 70 voitures de collection, qui sont stockées à Katonah, dans l’État de New York. (…) 17 des voitures de sa collection ont été exposées deux fois à Paris au Musée des arts décoratifs. Ces voitures, dont certaines ont plus de 80 ans, retracent l’histoire de l’automobile sportive de 1929 à 1996. (…) La Polo Ralph Lauren Foundation soutient des initiatives de traitement du cancer, d’assistance et d’éducation dans les communautés défavorisées. Wikipedia
Betty Joan Perske naît le 16 septembre 1924 dans le quartier du Bronx à New York. Elle est la fille unique de Natalie (née Weinstein-Bacal), une secrétaire, et de William Perske, un vendeur. Ses deux parents sont issus de l’immigration juive de l’Europe centrale. Lauren Bacall rapporte dans ses mémoires que sa mère, née à Ellis Island, a ses racines en Roumanie et son père est né dans le New Jersey de parents immigrés originaires de la région de Valojyn en Biélorussie. Elle confie également qu’elle aurait fait de ses origines sa force intérieure. Betty n’a que cinq ans quand ses parents divorcent. Elle est alors élevée par sa mère, qui la pousse à apprendre la danse et la comédie. Elle ne voit plus beaucoup son père et est très proche de sa mère. Elle décide de prendre le deuxième nom roumain de sa mère, Bacall. À l’adolescence, pendant ses études secondaires à la Julia Richman High School (en) à New York, Lauren Bacall entame une carrière de mannequin au Garment Center. Parallèlement, elle fait de petites apparitions sur scène à Broadway. En 1941, elle quitte l’école et commence des études à l’American Academy of Dramatic Arts, où elle côtoie Kirk Douglas, alors qu’elle cumule un emploi d’ouvreuse de cinéma et de mannequin. Engagée par le magazine Harper’s Bazaar en 1942 comme mannequin, elle en fait la couverture en mars 1943. Elle apparaît aussi dans Vogue. Elle se fait remarquer pour « sa grâce féline, ses cheveux blond épais et ses yeux bleu-verts ». Elle fait ses débuts sur les planches à Broadway en 1942, à l’âge de 17 ans dans Johnny 2 X 4. (…) Durant la période où elle continue à être mannequin, la femme d’Howard Hawks, Nancy, tombe sur la couverture du Harper’s Bazaar Magazine et presse son mari de lui faire passer une audition pour Le Port de l’angoisse. Cette dernière voit en elle la possibilité de réaliser l’ambition de son mari qui consiste à « créer » un nouveau profil de star de cinéma. (…) Hawks lui fait changer son prénom pour Lauren et Perske adopte définitivement le deuxième nom de sa mère, Bacall ; Lauren Bacall devient son nom de scène définitif (il y ajoute un « l », le nom de jeune fille de sa mère étant « Bacal »). Nancy Hawks la prend sous son aile. Nancy lui apprend à s’habiller de manière sophistiquée, la guide en matière d’élégance, dans ses goûts et manières. Howard Hawks demande à Bacall de s’entraîner à avoir une voix plus basse, profonde et sexy. Lorsqu’il l’emmène à Hollywood, il lui fait prendre des cours auprès d’un moniteur vocal pour abaisser la tonalité de sa voix et en faire l’archétype de la femme fatale. Lorsqu’Howard Hawks lui annonce qu’elle aura pour partenaire Humphrey Bogart, Lauren Bacall ne se montre guère enthousiaste, indiquant qu’elle aurait préféré jouer avec Cary Grant12. Le tournage est marqué par deux événements importants pour Bacall. Premièrement, elle est terrifiée par la caméra et garde la tête baissée contre sa poitrine, levant seulement les yeux pour regarder son partenaire. C’est de là que lui vient son surnom « The Look ». Ceci reste comme sa marque de fabrique. Deuxièmement, sa relation avec Bogart quitte le registre professionnel et les deux acteurs entament une relation amoureuse, au grand dam de Hawks. L’alchimie entre les deux acteurs est visible à l’écran et la réplique de Bacall à Bogart « Si vous avez besoin de moi, vous n’avez qu’à siffler. Vous savez siffler, Steve ? Vous rapprochez vos lèvres comme ça et vous soufflez ! » est classée à la 34e place dans le « Top 100 » des répliques les plus mémorables de l’American Film Institute. Le film est un succès et, à seulement dix-neuf ans, avec sa voix rauque si particulière, sa carrière est lancée. Elle va désormais « incarner la femme fatale du film noir et de la comédie sophistiquée, personnifiant un idéal de beauté à la fois androgyne et féminin ». (…) Lauren Bacall épouse Humphrey Bogart le 21 mai 1945 à Mansfield, dans l’Ohio. Pour elle, il quitte sa femme Mayo Methot, qui lança à Lauren Bacall : « Petite garce juive, c’est toi qui vas lui laver ses chaussettes ? » (…)  Lauren a 20 ans et Bogart 45 ans. (…) Lauren Bacall était la cousine germaine de Shimon Peres, né Szymon Perski, ancien président de l’État d’Israël et Lauréat du prix Nobel de la paix. Wikipedia
Preppy ou preppie, souvent utilisé sous le diminutif prep, est un style vestimentaire à tendance sportswear, un courant de mode, ayant pour origine les milieux de l’upper class (en) WASP de la Côte Est des États-Unis aux environs des années 1950, puis répandu entre autres dans les Hamptons plus au sud. Ce style, au départ élitiste par ses origines, est l’héritier de l’Ivy League apparu dans le groupe éponyme des grandes universités américaines ainsi que du Bobby-soxer. Son étymologie vient de « preparatory » (élève de classe préparatoire à l’université ; le terme est inventé par Erich Segal dans les années 1970, où ce style devient un classique après la sortie du film Love Story et le lancement peu de temps après d’une collection du styliste Ralph Lauren parmi ses premières. Ses représentants, pour la plupart de grandes entreprises américaines de prêt-à-porter, sont principalement l’historique J. Press (en) symbole du style Ivy League à l’origine, Brooks Brothers1, Paul Stuart (en), le mondialement connu Tommy Hilfiger, Ralph Lauren, également Fred Perry, marque immortalisée par Kennedy, J.Crew et Kate Spade dans une moindre mesure, ou plus récemment Vineyard Vines ainsi que le styliste Marc Jacobs. Pour les marques d’origine européenne, Lacoste, qui a rencontré un grand succès aux États-unis, ou plus tard Daniel Crémieux, sont des entreprises emblématiques de ce style. Le look preppy se caractérise symboliquement pour les hommes par des mocassins type « penny loafer » ou des chaussures-bateau (tels que ceux de la marque Sebago), un pantalon Chino ou type Nantucket Reds, un polo ou une chemise Oxford, une cravate reprenant les couleurs de l’université. Par extension, une sweat-shirt également aux couleurs de l’université et à larges écritures, ou une veste anglaise Barbour peuvent être un élément classique de la tenue définie comme « preppie ». Pour les femmes, des sandales en cuir aux pieds, le short ou la robe (notamment celles de Lilly Pulitzer), ou une jupe le plus souvent à motifs tartan. Les vêtements ont parfois un rapport avec les sports, dont le tennis ou le bateau ; Tommy Hilfiger précise que « l’esprit marin est la base même du preppy américain, ce style sportswear que l’on adopte chez nous, même pour aller travailler. » Le preppy, bien que très différent par ses symboles vestimentaires, est parfois comparé au « Bon chic bon genre ». Wikipedia
New England is home to four colleges that comprise the Ivy League athletic conference: Harvard, Yale, Brown and Dartmouth. The other colleges – Princeton, Cornell, University of Pennsylvania and Columbia – are also in the Northeast. In the conformist 1950s, students at these colleges popularized the Ivy League look, which had its roots in the conservative styles of New England. For men, the Ivy League look consisted of a suit with a narrow-shouldered unfitted jacket, worn with a button-down shirt, skinny tie, and penny loafers (preferably Bass Weejuns). Charcoal gray and olive were the preferred colors. Chinos and tweed blazers offered a casual alternative. The look spread beyond campuses to young men in all parts of suburban America where details such as buckle straps from Ivy trousers were transplanted to caps, shirts, and shoes. High school students wore a more extreme four-button jacket bearing the name « Jivey Ivy. » By 1960, most men sported modified Ivy models that incorporated unpadded shoulders, narrow lapels, and tapered trousers. Brooks Brothers, a citadel of conservatism, came to the forefront as the Ivy League style became popular. When the young John Fitzgerald Kennedy, a senator from Massachusetts, became the president of the United States, the Ivy League look reached the White House. Ivy League women wore cashmere twin sets, Shetland sweaters, or blazers with kilts or tweed skirts. In the summer, blouses with peter pan collars were worn with Bermuda shorts. A pearl necklace set off any outfit. The Ivy look is well bred, understated, but not fussy. Many New England men and women held to the conservative, classic styles that compromised the Ivy League look during the sartorial upheavals of the 1960s and 1970s. In the late 1970s, conservative styles once again seemed right for the times, and the Ivy League look resurfaced as the preppy look. The essential ingredients for the male preppy wardrobe included a conservative gray flannel suit, preferably made by Brooks Brothers, a long-time favorite label of New Englanders. For less formal wear, button-down oxford shirts or Lacoste polo shirts worn with khakis or corduroys sufficed. Other favorites included Harris Tweed jackets, down vests, Burberry tench coasts, L.L. Bean field coats, and camel hair Polo coats. Preppy women wore female versions of masculine styles: khaki, flannel, or corduroy slacks; a kilt or plaid skirt, a blazer or tweed jacket; and a Shetland or Fair-Isle sweater over a ruffle-necked white blouse or cotton turtleneck. Preppy styles for women were rather androgynous: female versions of the men’s styles produced by the same companies. Both genders wore clothes of Indian madras, a cotton plaid fabric that had first become popular in the early 1960s. Shoes common to both men and women were loafers or Sperry Top-Siders (boat shoes). Socks were optional. Men donned wing tips for dressy affairs while women wore simple pumps.vLike the Ivy League look before it, the preppy look emphasized the wearing of classic fabrics from natural fibers. The only departure from conservative dressing was the bright pink and green color combinations seen in preppy ensembles. Preppy clothes were well made, with attention to detail. Brand names were important. The American designer Ralph Lauren has built a financial empire on fashions inspired by this old money New England look. Michael Sletcher
The clothes look good in magazines, but look older in stores. I would never buy Polo at full price. Christina
Sometimes, I hear designers from older generations saying, ‘Oh, fashion needs to make women dream. I feel that this is really difficult today. I think it’s dated. Fashion shouldn’t make you dream in 2016. It should just be there, for us to wear. Gvasalia
Lauren built a career by brazenly positioning himself as the quintessential interpreter of the American zeitgeist. More than any designer, he has used America’s mythology — our secular religion — for profit. In doing so, he has displayed a keen understanding of our cultural symbols. He can parse the difference between a pair of blue jeans worn with cowboy boots and those worn with a black leather jacket. He sees the romance in a prairie skirt or a well-worn Native American blanket. He knows what it means in our racially conflicted society to photograph a dark-skinned, athletic black man in his preppiest, old-money brand. And he knows how a bright-eyed blonde feeds our vision of Mayflower blue bloods. And as consumers, we have bought into those symbols and made Lauren an extremely wealthy man. The Washington Post
Entering the Rhinelander Mansion on New York’s Upper East Side is like quietly opening a window into Ralph Lauren’s mind. Many describe Lauren’s superpower as his ability to turn his wildest dreams into reality, and inside that mansion, Ralph Lauren’s original flagship location, his dreams are made real in every nook and cranny of the place. Each room presents one lavish scene after the next, and it’s not hard to imagine Lauren himself toiling at the displays to make sure everything sits just right. Spaces are small and illuminated with candles and the softest of lighting, beckoning shoppers to linger. A glass of water arrives on a small silver platter, garnished with a single slice of lemon, just for you. It’s stunningly clear here, walking slowly up a staircase lined with oil paintings from the company’s collection, that Ralph Lauren is a lifestyle. No detail is left to chance: Ralph Lauren ties are fanned out on a table in front of a bar stacked high with Ralph Lauren shirts, next to a case of monogrammed Ralph Lauren cufflinks. Ralph Lauren briefcases are placed next to Ralph Lauren paperweights on a Ralph Lauren desk topped with Ralph Lauren stationery, positioned underneath a giant, glittering chandelier that can’t possibly — but maybe? — be branded Ralph Lauren. Everything, right down to the 82,000 square feet of mahogany hauled in for the mansion’s renovation in the 1980s, reeks of style and status and money. Old money. [but] Once you leave the giant department stores of New York City and head to the malls of suburbia, Ralph Lauren becomes a few racks of Oxfords, polos, and pleated pants. Reliably found in your local Dillard’s, and just as reliably found on sale. (…) Most shoppers haven’t encountered the totality of Ralph Lauren’s world. How could they? Since the early 2000s, Ralph Lauren Corporation has owned and operated at least 25 different brands. It’s a staggering list: Polo Ralph Lauren, Polo Jeans, Polo Golf, Pink Pony, Purple Label, Blue Label, Black Label, Ralph by Ralph Lauren, Lauren Ralph Lauren, Lauren for Men, Women’s Collection, RRL, RLX, Rugby, Denim & Supply, Club Monaco, Chaps, Ralph Lauren Childrenswear, Ralph Lauren Watches, Ralph Lauren Fine Jewelry, American Living, Ralph Lauren Home, Lauren Home, Ralph Lauren Paint, and Lauren Spa. Not all are still in operation. For the shoppers who actually are familiar with the company’s multitude of lines, it’s still exhausting. « The identity of the brand gets lost, » laments Efney Hall, who has been shopping Ralph Lauren for over a decade. Lauren has stepped aside to make way for a new CEO, Stefan Larsson — the first person besides Lauren to ever hold that title in the company’s 50-year history. The company has been in the process of whittling down the brand list and there are plans to refocus on just three main lines: Ralph Lauren (the new umbrella label for Women’s Collection and Purple Label), Polo Ralph Lauren, and Lauren Ralph Lauren. At the same time that Ralph Lauren is reevaluating its structure and bringing in fresh leadership, it also has to contend with the fact that the specific style of Americana that’s so deeply embedded in every inch of the brand isn’t something shoppers are clamoring to align themselves with now. If the privileged, preppy aesthetic that Lauren built his company around is no longer the height of aspiration, what will the future of Ralph Lauren look like? Ralph Lauren did not grow up living the lifestyle that would later make him a billionaire. No, Ralph Lauren was born Ralph Lifshitz, a shy Jewish kid who lived in a small, two-bedroom apartment in the Bronx with his parents and three siblings. In Genuine Authentic: The Real Life of Ralph Lauren, writer Michael Gross paints a picture of young Ralph as a dreamer, never one to run with the crowd. « If white bucks were in fashion, he wore saddle shoes, » a former classmate told Gross. « When we wore crew necks, he wore V-necks. He was always a step ahead. » lLauren’s perception of taste and class was constructed by what he saw around him, according to Gross. His richer friends’ parents drove convertibles, went on European vacations, and had country club memberships. In films, he watched Gary Cooper, Cary Grant, and Fred Astaire glide across the screen, wearing beautiful suits and getting the girls every time. (…) However, Lauren’s mother had set a strict path for Ralph: he was to be a rabbi. (…) At 19, he and his brother Jerry changed their last name from Lifshitz to Lauren. (As Gross reports it, Ralph polled friends on two alternatives, London or Lauren; he was personally partial to London.) In the official document filed for the name change, the reason listed was confusion over people, both at school and at work, who shared the same last name. In reality, Lifshitz had the word « shit » in it and Ralph’s plans for himself did not include dealing with that for the rest of his life. (…) Lauren had no professional training in design, but he believed so deeply in his wild ties that other people did too. He caught the attention of Norman Hilton, one of the biggest names in the menswear industry at the time, who eventually became the first investor in Lauren’s business. Polo Fashions, Inc., named after the posh sport (not the shirts Lauren would later become famous for), launched in 1968 and, as Hilton’s son Nick remembers it, his father poured $75,000 into the startup. By the end of his first year running Polo Fashions, Lauren had expanded from ties into full suits that the Daily News Record (a menswear trade publication that was later folded into WWD) featured alongside heavyweights like Bill Blass and Oleg Cassini. (…) It was then that he decided to change the name on his labels from Polo Fashions to Polo by Ralph Lauren, in part to imitate how other designers were using their own names on their womenswear labels. And then, for the launch of women’s button-down shirts, the company added a new design element: a small embroidered polo player. It was an overnight success. (…) As Lauren’s business grew, buoyed in large part by the ‘80s prep revival, the polo player became an integral part of the women’s and men’s lines, including on the polo shirts that became a signature of the Ralph Lauren look. Chaps was the first of many extensions that Ralph Lauren would experiment with. Chaps was Lauren’s answer to Polo knockoffs that were flooding the market. He couldn’t stop the knockoffs from being produced, so he created a cheaper line to compete with them. The company also expanded quickly through a number of licensing partnerships, a relatively easy way to put the Ralph Lauren name on a variety of products without having to deal with manufacturing any of it. (…) Lauren’s vision of America drew heavily from the world of Ivy League preps, but the brand appealed far beyond the country club crowd. (…) Ralph Lauren went public in 1997 and continued to thrive throughout the early 2000s, opening new lines seemingly on a whim. (…) By 2012, Ralph Lauren stock was trading at more than $170 per share, having shot up by $100 in five years. There was so much faith in the success of the company. (…) The company employed approximately 25,000 people in 2012, and was reporting $6.8 billion in sales and net profits of $681 million. Then came the slide and Ralph Lauren’s literal and metaphorical stock began to tumble. Shares fell nearly 50 percent from a high point of $192 in May 2013 to $82 in February 2016. Sales were still holding steady, but profits slid drastically. (…) Ralph Lauren is going through operational struggles during not only a tumultuous period in the retail industry, but also a time that’s seeing a cultural shift away from what the brand stands for. The prep aesthetic has always smacked of privilege, something accessible primarily to white people with trust funds and monogrammed shirtsleeves. Now, the WASP lifestyle that completely captivated Lauren as a young entrepreneur is considered out of touch at best, offensive and oppressive at worst. Take, for instance, the media’s reaction to the company’s Olympic uniform designs this year. Headlines announcing the kits included: « Ralph Lauren’s Olympic Uniforms Are Straight Out of Prep School Hell »; « USA’s Olympic Uniforms Are WASPy Bullshit »; « Team USA’s Official Olympic Uniforms are Peak Vanilla »; and Racked’s own contribution, « I Need More From Team USA’s Olympic Uniforms ». The Daily Mail rounded up the best tweets from the debacle. (…) Today’s shoppers are interested in more democratic clothing options — options that are casual, practical, and mass. Athleisure is a $97 billion business in the US, accounting for nearly one-third of the entire apparel, footwear, and accessories market. Vetements, the French design collective led by Demna Gvasalia that no one can stop talking about, is making a killing off of what can best be described as incredibly ordinary clothing. (…) The counterculture revolution of the late ‘60s and ‘70s ushered in an era of long hair and bell bottoms as a response to the conservative style of the ‘50s. Then, in the ‘80s, Lauren led a massive preppy revival that other traditional menswear retailers like Brooks Brothers and J.Press also felt the effects of. This aligned with the Reagan era, a time when conservative politics replaced the freewheeling ideals of the previous two decades. When Lisa Birnbaum published The Preppy Handbook in 1980, it was meant to satirize the prep scene that was reemerging, but ended up being regarded as a literal handbook. The Financial Times described Ralph Lauren as the greatest fashion beneficiary of the book, saying he « cashed in as the preppy wannabe’s clothier. » Then the pendulum swung back away from prepsters in the ‘90s, when grunge became the go-to cool kid look. But in the early aughts, prep was popular yet again. Birnbaum published a sequel to the Handbook called True Prep. Lauren’s business was on an upswing. Abercrombie & Fitch had infiltrated every high school in America. (…) And now, here we are again, back at a place where anti-establishment sentiment runs deep. How does a company like Ralph Lauren react to these cultural ebbs and flows? By giving its take on whatever the look of the moment is. (…) Patricia Mears, the deputy director of the museum at the Fashion Institute of Technology, remembers observing how Lauren’s merchandise morphed to speak to different generations when she was conducting research for a book and exhibition on Ivy style at FIT in 2012. Racked
L’empire Ralph Lauren était à l’origine une ligne de cravates! Près de 40 ans après sa création, la marque est devenue un symbole américain, au même titre que Coca-Cola ou Ford. Ce qui l’inspire: les symboles américains, le cinéma, l’univers des cow-boys, des personnalités comme Ernest Hemingway et F. Scott Fitzgerald… (…) Jamais provocant, toujours propret, le style Ralph Lauren a séduit par son alliage de praticité et d’élégance discrète. Refusant de jouer le jeu de la mode périssable, Ralph Lauren a préféré produire des pièces indémodables, comme son célèbre polo. Dans les années 70, lorsqu’il se lance dans le prêt-à-porter féminin, il crée des pièces élégantes et simples. Ses tailleurs sont soignés, ses chemisiers impeccables et ses jupes toujours bien taillées. Résultat, la marque preppy a fini par représenter la bonne société américaine, prospère et distinguée. Utilisant à foison le bleu, le blanc et le rouge (les couleurs du drapeau américain), Ralph Lauren cultivera avec soin cette image très américaine, puisant notamment ses références dans l’univers du western (le jean, le cuir et les imprimés Navajos…). Homme d’affaire redoutable, il diversifiera ses activités dans les années 80, produisant également des accessoires pour la maison. Dans les années 90, sentant que les Américains se préoccupent de plus en plus de leur santé et de leur forme physique, Ralph Lauren lancera sa ligne Polo Sport qui connaît un important succès populaire depuis. Elle (Québec)
Qui ne se souvient pas des sweats estampillés Harvard et des pulls nonchalamment posés sur les épaules d’Ali MacGraw et de Ryan O’Neal dans Love Story? En 1970, Erich Segal inventait le terme « preppy ». Abréviation de « preparatory » (élève de classe préparatoire ), ce mot décrivait les jeunes Wasp (White Anglo-Saxon protestants) acceptés dans l’une des huit prestigieuses universités de l’Ivy League, sur la côte Est. Selon Segal, « l’une des caractéristiques du preppy est qu’il s’habille parfaitement au naturel »: chemises de polo, manteaux Barbour et chaussures de voile étaient les icônes d’un style populaire depuis 1933, lorsque les chemises brodées d’un crocodile créées par René Lacoste devinrent le dernier cri aux Etats-Unis. Prenant la relève pendant les années 1950 et 1960, des marques comme Brooks Brothers, J. Press et Fred Perry s’installent dans les campus et habillent les Kennedy. Le look est déjà devenu un classique quand, deux ans après la publication de Love Story, le jeune Ralph Lauren dévoile sa première collection complète pour femme: une allure 100% East Coast. Le créateur inspirera Perry Ellis ou Tommy Hilfiger, et même l’écrivain Lisa Birnbach (Ivy Leaguer invétérée elle-même), qui en 1980 publie Official Preppy Handbook, un guide satirique pour aspirants au prepdom aussitôt devenu un best-seller. « Ce style bostonien est facile à porter tout en étant très élégant », commente Gildas Loaëc, directeur artistique de Kitsuné, lui-même vêtu d’un sweat « I was in college Kitsuné ». « On parle beaucoup de son retour, ces dernières saisons, mais le preppy est un style intemporel. Il est simplement devenu plus médiatisé, donc moins associé à un certain statut social. » L’Express
Lauren Bacall a envoûté le cinéma hollywoodien par sa voix grave et son regard bleu glacé pendant plus de 60 ans de carrière. Née le 16 septembre 1924 à New York, Betty Joan Perske de son vrai nom est la fille unique d’immigrants juifs roumano-polonais, de la famille de l’ancien président israélien Shimon Peres. Une couverture du Harper’s Bazaar et quelques photos de mode à l’intérieur du magazine ont décidé de son destin, en mars 1943. Elle a dix-neuf ans, se partage entre mannequinat, petit boulot d’ouvreuse et cours d’art dramatique, dans son New York natal. La femme de Howard Hawks remarque ce physique altier, visage aux traits aigus, regard vert perçant sous les arcades sourcilières prononcées. Elle presse son mari d’auditionner la jeune beauté pour son prochain film, Le Port de l’angoisse(To Have and Have Not). Betty dit parfaitement son texte ; mais elle est si intimidée qu’elle baisse le menton tout en levant les yeux vers la caméra. Ainsi naissent les légendes: elle sera «the look», ce fameux regard en dessous, étrangement direct et mystérieux. Il y passe de la sensualité et de l’insolence, du défi et de la distance. La future star dispose encore d’un atout que ne laissaient pas soupçonner les photos: sa voix grave, aux intonations presque rauques, que Hawks lui fait aussitôt travailler. Elle s’appelle encore Betty, mais elle a déjà pris le nom de jeune fille de sa mère: Bacal. De son père, qui les a abandonnées quand elle était enfant, elle ne veut plus entendre parler. Howard Hawks, cinéaste Pygmalion qui la prend sous contrat pour sept films, lui fait ajouter un «l» à Bacal, choisit le prénom de Lauren. Dès sa première apparition à l’écran, la voilà prête à devenir la nouvelle femme fatale des films noirs qui connaissent alors leur âge d’or. Un autre Pygmalion l’attend sur le tournage: son partenaire, Humphrey Bogart, alors au sommet de sa gloire. Il a 44 ans, il est marié à l’actrice Mayo Methot, il boit trop. Le coup de foudre est réciproque, et la passion qui dévore les personnages déborde vite hors champ. Les luttes entre gaullistes et pétainistes dans les eaux de Fort-de-France, qui servent d’intrigue au Port de l’angoisse, ont laissé un souvenir plus obscur que la rencontre éclatante de sensualité et d’insolence du patron de bateau et de l’aventurière. Et la réplique fameuse: «Si vous avez besoin de moi, vous n’avez qu’à siffler. Vous savez siffler, Steve?» Cet aplomb garçonnier, cette distinction un brin voyou, ça on ne l’avait pas encore vu. La manière Bacall de traiter la séduction en bonne camarade est restée inégalée. (…) Dans les années 1950, Lauren Bacall se tourne vers la comédie, où son élégance sûre d’elle-même, sa drôlerie, son côté abrupt, un peu masculin, font merveille. Negulesco lui offre Comment épouser un millionnaire etLes femmes mènent le monde, Minnelli La Femme modèle. Elle y interprète une dessinatrice de mode mondaine, genre d’emploi qu’elle retrouvera plus tard dans Misery de Rob Reiner (1990) etPrêt-à-porter de Robert Altman (1994). (…) Pour que les choses soient claires, elle a écrit deux autobiographies, Par moi-même (éditions Stock) etSeule (éditions Michel Lafon), qui en est le complément. Des titres éloquents. Elle y raconte ses origines de fille d’émigrés juifs, roumains, allemands et polonais (elle était la cousine de Shimon Pérès), le brusque départ de son père, qu’elle refusera de revoir quand il ressurgira des années plus tard, les hommes de sa vie: après Bogart, il y a eu Sinatra, qui l’a plaquée goujatement, Jason Robards, épousé en 1961, dont elle divorcera huit ans plus tard à cause de son alcoolisme. «J’ai passé seule la plus grande partie de ma vie», a-t-elle observé. Elle trouvait que les hommes intelligents et spirituels se faisaient rares. Howard Hawks avait sans doute raison de penser que, plus qu’une actrice, Bacall était une personnalité. Un fier tempérament. Elle portait l’indépendance et les volutes de fumée comme personne. Le Figaro
Avec Bogart, elle formait le couple le plus mythique de Hollywood. Pendant plus de cinquante ans, elle a continué sa route sans lui, avant de s’éteindre à 89 ans. Elle a tout d’une princesse, mais elle est née d’un représentant de commerce et d’une émigrée juive roumaine du Bronx. Il a l’air d’un dur mais il est fils de bourgeois, cousin d’aristocrates anglais. Dès leur premier film, elle est la lumière et lui, l’ombre. Entre Lauren Bacall et Humphrey Bogart, tout commence par une réplique culte, « Vous n’aurez qu’à me siffler », lancée en 1943 sur le plateau du « Port de l’angoisse », d’une voix rauque, travaillée à la cigarette pendant trois semaines. Ce n’était que le signe extérieur d’un aplomb qui annonçait une ère nouvelle. Mais face au héros tragique, bagarreur de 44 ans qui savait si bien encaisser les vacheries du destin, elle avait, en la prononçant, le menton qui tremblait. Tant pis, elle le regarderait par en dessous pour assurer son équilibre. Une panthère qui surveille sa proie. Ainsi naquit son surnom, « The Look ». Du fond de son désespoir tranquille, Bogie a deviné la bluffeuse hors pair, qui joue comme si elle avait un brelan d’as… En réalité, elle en est encore à courir après l’ombre de papa, disparu dans la jungle où se perdent les hommes infidèles. Lauren adule sa mère. Elle survit de petits boulots : ouvreuse, mannequin dans les grands magasins, c’est-à-dire portemanteau. Il lui a fallu renoncer à l’école de théâtre, car on n’y donnait pas de bourse aux filles. Un garçon lui a déjà fait du gringue : Kirk Douglas. Mais elle a gardé ses distances. Peut-être a-t-elle deviné que, au fond, elle n’était pas son genre : pas de seins, pas de fesses, trop grands pieds. C’est l’époque où Marilyn se fait refaire le nez, la poitrine, et teindre en blonde. Une gueule de fantasme. Lauren Bacall mise sur la différence. Une jeune vierge au visage de femme fatale qui s’impose dans le style de la copine insolente et affranchie, elle qui connaît si mal les hommes. (…) La troisième Mme Bogart est, comme les autres, une actrice (…) Mayo Methot (…) A Lauren, elle lancera : « Petite garce juive, c’est toi qui vas lui laver ses chaussettes ? » (…) L’alcool est alors un attribut essentiel de la virilité.  (…) Elle avait 33 ans quand Bogie est mort. Pendant plus d’un demi-siècle, elle a porté vaillamment le fantôme écrasant, ça ne l’a pas empêchée d’épouser un autre acteur, Jason Robards, qui disparaissait pendant des nuits entières de beuverie. Elle a eu un troisième enfant, des amants, elle a tenté de refaire sa vie mais personne n’avait la carrure. (…) La solitude, Lauren Bacall l’a apprivoisée, elle qui disait : « J’ai passé bien plus d’années sans Bogart qu’avec lui. Mais après sa mort, je me suis mise à penser et agir comme lui. Je suis un peu devenue lui. » Paris Match
J’adorais les vieux vêtements de l’armée, j’allais en acheter dans les surplus. J’avais des idées fixes. Par exemple, je voulais une veste indienne avec des franges. Il n’y en avait pas dans les magasins mais c’est ce que je voulais. Comme j’étais très athlétique, je portais aussi des vêtements de sport. J’allais beaucoup au cinéma, j’étais un fan de westerns. J’aimais Frank Sinatra, Fred Astaire, Cary Grant. Les films, les livres, les vitrines des magasins, les gens que je regardais, tout cela était dans ma tête, je fabriquais des histoires sans forcément m’en rendre compte. Peut-être parce que j’ai hérité de mon père peintre le sens du style et des couleurs, ces histoires se traduisaient sous une forme esthétique. Le sport, le western, les ranchers, les ouvriers… J’étais comme « romancé » par différentes vies. Au début, on me disait souvent : « Mais Ralph, tu viens du Bronx, tu te prends pour qui ? Pour un cow-boy, pour un gentleman-farmer anglais ? » Je répondais : « L’Amérique s’est faite avec des rêves. » (…) Je suis passé entre les gouttes de ces époques. A ce moment-là, je formais mon style. Je retrouvais mes copains, on fumait, j’étais bohème, je portais la barbe et des baskets, mais je n’étais pas contestataire, pas hippie. J’avais les cheveux courts. Je n’ai pas fui l’armée, j’ai fait mon service militaire. Les hippies sont venus après moi, quand j’étais trop vieux pour l’être. J’aimais profondément l’Amérique comme je continue à l’aimer. (…) Il ne faut pas non plus exagérer. J’ai eu une enfance très heureuse, avec beaucoup d’amis. On n’était pas riches, je me rappelle avoir eu très envie d’un vélo et que mes parents n’avaient pas de quoi me l’offrir, mais je ne me sentais pas pauvre. J’étais juste comme tout le monde, attiré par ce que l’on n’a pas. Les pauvres rêvent de ce qu’ils pourraient s’acheter avec de l’argent. Les Chinois rêvent de s’habiller en Gucci. Et moi, je rêvais d’une veste à franges qui n’existait que dans les films ! (…) J’aime le sport, je voulais ce symbole. J’étais fan de baseball mais ça n’aurait pas collé. Je voulais un sport plus stylé. Avec le polo, je pensais au play-boy dominicain Porfirio Rubirosa, collectionneur de femmes illustres, qui nous faisait envie. Je n’avais jamais joué au polo mais l’image de ce sport correspondait à ce qui me faisait rêver. Les chevaux, le côté play-boy, athlétique, esthétique, romantique. (…) Je n’ai jamais voulu vivre comme un WASP à la Gatsby, aller de fête en fête comme dans un roman de Francis Scott Fitzgerald. Les clubs de sport ne me faisaient pas spécialement envie, et d’ailleurs je n’ai jamais fait partie d’aucun. Ce n’est pas mon truc. Je ne suis pas un mondain, je n’aime rien autant que la vie de famille. (…) Je fais de l’antimode. J’ai mélangé le goût de l’Amérique pour la nouveauté au goût de l’Europe pour ce qui ne se démode pas. La veste en jean simple et bien coupée est un symbole de mon style. Mes vêtements correspondent à ce que je rêvais d’être, or je me rêve en différents personnages. En cow-boy, en athlète, en gentleman-farmer de la campagne anglaise, chacun n’étant pas conforme à la réalité mais à l’idée que je m’en fais. Je vois un gentleman farmer en boots et blouson de moto, il est comme ça dans mon rêve. Le style, c’est un rôle d’acteur, la représentation que vous vous faites de vous-même. Je me vends dans mes rôles, je me vends dans mes rêves. Je vends un idéal. Ralph Lauren
Mon père est moins un styliste qu’un écrivain ou un cinéaste qui utilise les vêtements pour raconter des histoires. David Lauren
On me demande toujours pourquoi les gens qu’il habille sont si « waspy ». On ne pourrait être plus loin de la vérité. Polo a été la première entreprise de mode à habiller un modèle afro-américain pour les magazines. Et il a construit un hôpital à Harlem spécialisé dans le traitement du cancer. Bruce WeberL’aventure a commencé là, 3220 Steuben Avenue, en plein cœur du Bronx, dans ce petit immeuble de cinq étages de brique rouge, avec ses escaliers métalliques dégringolant en biais sur la façade. C’est là que Ralph Lifschitz grandit avec sa soeur et ses deux frères après que ses parents, des juifs russes originaires de Pinsk, en Biélorussie, eurent choisi de tout quitter pour débarquer à New York. America ! America ! Le pays de la liberté et de tous les possibles, ils en avaient rêvé comme tant d’autres au point de s’entasser sur un bateau et de se jeter, affamés, dans la cacophonie des immigrés d’Ellis Island. Le père est peintre en bâtiment, artiste peintre à ses heures, le quartier du Bronx est alors ce qu’ils trouvent de mieux pour leurs moyens, avec ses rues calmes et ses grands parcs boisés. Une ambiance tranquille de la middle class américaine, aujourd’hui cernée, quelques pâtés de maison plus loin, par des zones délabrées et des repaires de dealers. Près d’un siècle plus tard, à 73 ans, Ralph le New-Yorkais est un pur produit de l’Amérique. De l’épopée de ses parents, il se rend compte qu’il ne sait au fond pas grand-chose. Sont-ils partis avant ou après la révolution de 1917 ? Qu’ont-ils fui ? Il l’ignore. Ils n’étaient pas du genre à s’attarder sur le passé. On ne parlait pas yiddish à la maison mais sa mère, pratiquante, veillait au maintien des fêtes juives. (…) Même son propre nom ne le retient pas. A l’école qu’il fréquentait, juste à côté de l’appartement de Steuben Avenue, ce patronyme suscitait les moqueries. A la récré, haut-lieu des cruautés collectives, « Lifschitz » se transformait en gros mot, « Lif-shit », à coups de gros rires gras. Ralph Lifschitz a 16 ans quand il décide d’abandonner cette consonance encombrante. Le choix du pseudo lui vient sans peine. Le jeune homme juge plus commode de conserver ses initiales et il admire Lauren Bacall, l’une des incarnations de son rêve américain. Deux bonnes raisons pour décider du sort de sa métamorphose. En un tour de main, Ralph Lifschitz devient Ralph Lauren. (…) Il y avait certes de l’ambition chez ce gamin du Bronx qui s’obstinait comme un fou à jouer au baseball et au basket-ball, malgré son 1,68 m. Il adorait le basket. Il courait comme un mille-pattes et compensait son handicap de taille par l’adresse et la stratégie. Il rêvait aussi d’être Joe DiMaggio, le champion de baseball qui avait épousé Marilyn. Ou une star de cinéma comme Cary Grant, son autre idole. (…) Qui aurait pu deviner que ce nom deviendrait celui de l’une des marques de vêtements les plus célèbres et les plus vendues dans le monde ? Que Ralph Lifschitz serait un jour le créateur de Polo Ralph Lauren, une multinationale cotée en Bourse, employant plus de 26 000 personnes et dont le chiffre d’affaires, 6,7 milliards de dollars (plus de 5 milliards d’euros) en 2013, dépasse celui des autres entreprises de vêtements de luxe, loin devant Giorgio Armani, son premier concurrent ? Que le petit cavalier de polo serait le logo universel des élites et des classes moyennes aisées de toute la planète, jusqu’aux Libanais qui avaient fui la guerre civile et arboraient leurs chemises « RL » en s’autobaptisant « Réfugiés de Luxe » ? S’il y a un mythe Ralph Lauren, il est dans ce chic populaire qui fonde son épopée de self made man. Une histoire si américaine. (…) La 122e fortune mondiale selon le magazine Forbes (classement 2012), avec une fortune évaluée à 7,5 milliards de dollars, est un homme doux et courtois, cool et raffiné, comme son immense bureau empli d’objets beaux et insolites. Une immense photographie de rodéo prise d’en haut, une bicyclette en chrome et cuir, des fauteuils design conçus par lui, des livres, des avions, tout un monde. (…) un immense patio tout en boiseries vernies et à la lumière tamisée, tel un vieil hôtel anglais, avec fauteuils clubs, canapés en cuir, lustres, peintures anciennes, sculptures d’animaux en bronze, pieds de lampe cuivrés, livres et magazines d’art sur les tables, coupelles de Smarties et autres bonbons colorés. Et des photos de Ralph Lauren, bien sûr. (…) C’est le péché mignon et le paradoxe de ce petit homme, pourtant curieux des autres et apparemment modeste : rares sont les murs de ses bureaux ou de ses boutiques, ou les pages de ses catalogues, où l’on ne retrouve pas plusieurs portraits géants de lui aux côtés de photos de cow-boys, de légendes d’Hollywood ou de voitures de collection. Ralph Lauren à cheval, Ralph Lauren sur la plage avec sa femme et ses enfants, Ralph Lauren jouant avec son chien, Ralph Lauren en blouson d’aviateur sur fond de villa atlantique, Ralph Lauren habillé en cow-boy dans son ranch du Colorado, Ralph Lauren en blazer et col roulé dans un intérieur cosy, Ralph Lauren au volant d’un roadster… Ralph Lauren himself, paisible, abouti, comme un emblème de sa réussite et de ses rêves. Un visage taillé pour le cinéma et les publicités des magazines : cheveux très blancs, peau très bronzée, yeux très clairs, paupières lourdes, sourire décontracté… Dans le Bronx déjà, il s’était concocté un style. Un de ses voisins d’alors s’en souvient bien : un dénommé Calvin Klein, né Richer Klein. Il a grandi dans les mêmes rues, à quelques pâtés de maison de la famille Lifschitz. (…) Il ne sait pas dessiner. Mais il a ses rêves en tête. Une certaine idée de l’Amérique, un brassage confus de ses grands mythes, les mêmes qui avaient donné à ses parents la force de s’exiler. Il rêve de la conquête de l’Ouest. Il rêve du chic vestimentaire de la haute société WASP (White, Anglo-Saxon, Protestant) – nom américain donné aux premiers arrivés, blancs et protestants -, de ce que raconte le cinéma sur le look des étudiants des campus et l’ambiance des country clubs. Il rêve de ce que lui, l’enfant de la classe moyenne juive du Bronx, ne pouvait espérer posséder. (…) A force d’acheter en série des chemises de chez Brooks Brothers, son magasin préféré, il se fait embaucher dans une boutique de la marque sur Madison Avenue. Il fourmille d’idées, suggère de nouvelles formes, d’autres couleurs. Personne ne l’écoute. Pourquoi prêter attention à ce petit vendeur qui n’y connaît rien et n’a même pas fait d’école de dessin ? Lui voit ses idées sortir chez les autres. Et rumine son obsession : faire des cravates très larges. Il les a bien en tête, entrevues dans de vieux films et de vieilles photos de magazines. Il aime le style des années 1930, 1940, 1950, les vêtements des étudiants de la Ivy League (le peloton des meilleures universités), ce look Preppy de la Nouvelle-Angleterre, la manière dont la jeunesse aisée s’habillait sur les campus. (…) Il en fait fabriquer pour son compte, très larges avec des rayures, et démarche lui-même les grands magasins vêtu d’une veste en jean, ses cravates dans des sacs. Chez Bloomingdale’s, on regarde ça d’un air circonspect. OK pour les diffuser, à condition qu’elles soient plus étroites, et estampillées de leur label à eux. (…) Six mois plus tard, Bloomingdale’s le rappelle et lui prend ses cravates larges à rayures. (…) Ralph Lauren (…) emprunte 50 000 dollars et ouvre une ligne de cravates sous son propre label, Polo. Un succès. Il a 26 ans. Au bout d’un an, il élargit sa collection aux chemises et autres vêtements pour hommes, pas encore aux modèles pour femmes et enfants. Le petit joueur de polo fait son apparition. (…) Il fallait sans doute cela, être né juif dans le Bronx, pour avoir envie du contraire, les tenues décontractées arborées le week-end par les riches WASP, devenues les symboles de l’élite privilégiée, cultivée et raffinée de la Côte est. Il fallait peut-être naître pauvre dans le Bronx pour prendre conscience que les vêtements de sport représentaient une esthétique. Pour admirer ce style au point d’avoir été choisi par le réalisateur Jack Clayton pour habiller Robert Redford et Mia Farrow dans son Gatsby le Magnifique (1974), ou par Woody Allen pour Annie Hall (1977). Mais ce ne sont pas les WASP qui fascinent Ralph Lauren. Ce qu’il cherche depuis ses débuts à Steuben Avenue, c’est un style. « Je n’ai jamais voulu vivre comme un WASP à la Gatsby, explique-t-il, aller de fête en fête comme dans un roman de Francis Scott Fitzgerald. Les clubs de sport ne me faisaient pas spécialement envie, et d’ailleurs je n’ai jamais fait partie d’aucun. Ce n’est pas mon truc. Je ne suis pas un mondain, je n’aime rien autant que la vie de famille. » Le photographe Bruce Weber, chargé des campagnes publicitaires Ralph Lauren depuis plus de quarante ans, renchérit : « On me demande toujours pourquoi les gens qu’il habille sont si « waspy ». On ne pourrait être plus loin de la vérité. Polo a été la première entreprise de mode à habiller un modèle afro-américain pour les magazines. Et il a construit un hôpital à Harlem spécialisé dans le traitement du cancer. » Ralph Lauren vient d’annoncer qu’il serait le mécène unique de la restauration de l’Ecole des beaux-arts à Paris pendant deux ans. Une manière de s’ancrer davantage dans la capitale de la mode pour cet Américain pur jus déjà décoré en 2010 de la Légion d’honneur par le président Nicolas Sarkozy, un fan notoire de ses chemises. Le style Ralph Lauren est à l’image de l’homme : sans artifice, cool et fondamentalement heureux. Quand les créateurs de mode dessinent des vêtements, lui dessine sa vie rêvée, un style de vie inspiré du bonheur. De son enfance à son immense succès, rien n’a jamais semblé compliqué à l’enfant du Bronx. Il n’est pas un artiste, pas un créateur, ne prétend pas l’être : il observe, il détourne, il reproduit. Cela donne des vêtements élégants mais pas compliqués et pour tous publics, du sportswear aux habits de soirée, du décontracté à l’ultra-chic. Sophistiqués mais sans effet de coupes ou de motifs. Du western aux universités de la Ivy League, cela raconte l’histoire d’une Amérique fantasmée, se donne à tout le monde, jamais à la mode. (…) Celui qui ne sait toujours pas dessiner un croquis a sa façon bien à lui de faire du stylisme : en racontant à ses équipes les histoires qu’il imagine. (…) La 122e fortune mondiale sort peu, ne s’échappe de son travail qu’avec sa famille, ses chevaux et ses voitures de collection, dans l’une de ses cinq propriétés : sa villa à la Jamaïque, son manoir dans le Connecticut, sa maison dans les Hamptons, son ranch dans le Colorado, son logement principal du Upper East Side à Manhattan. Il est fier de sa famille : de son fils producteur, de sa fille qui a fondé une boutique de bonbons à Manhattan, de son autre fils, David, son possible successeur à la tête de l’empire. De sa femme Ricky, qu’il avait rencontrée chez son ophtalmologiste en 1964 et qui est « toujours la plus belle », comme il le constate fièrement à voix haute à l’occasion des cérémonies. De ses boeufs dont il exporte les steaks pour son restaurant français, Ralph’s, attenant à la boutique du boulevard Saint-Germain. Les plus chers de Paris. Il y a un mystère Ralph Lauren. Sa vie, à l’exception d’une tumeur au cerveau dont il a réchappé, ressemble à un conte de fées. Son empire, il l’a bâti sans effort apparent. (…)On laisse le Gatsby de la Côte est sur le seuil de son patio aux boiseries vernies. Demain, il sera un autre de ses personnages, avec jeans, bottes et chapeau de cow-boy, dans son ranch du Colorado. Le Monde

Après l’école, Supermanl’humourla fête nationale, Thanksgiving, les droits civiques, les Harlem globetrotters et le panier à trois points, le soft power, l’Amérique, le génocide et même eux-mêmes  et sans parler des chansons de Noël et de la musique pop ou d’Hollywood, la littérature, les poupées Barbie… le look WASP  !

A l’heure où face à la double menace du rouleau compresseur Trump et de la corbynisation de leur propre aile gauche …

Les Démocrates nous refont le coup du Reagan de gauche

Mais en plus jeune et, air du temps politiquement correct oblige, avec juste ce qu’il faut de culpabilité à la fois blanche et chrétienne

Et où, avec le nouveau scandale, nos médias font mine de découvrir le secret de polichinelle …

Du contournement systématique, face à la concurrence des nouveaux juifs d’Asie et derrière les dérives et le dévoiement de l’affirmative action et du système de « legacy », de la méritocracie universitaire par nos élites donneuses de leçon …

Devinez qui …

De ses racines judéo-russes de fils de violoniste devenu peintre en bâtiment …

Et de sa fréquentation assidue du cinéma et des terrains de polo …

A réussi presque à lui tout seul et, même au risque de la saturation, pendant si longtemps …

A incarner à l’instar de son ainée de Hollywood et coreligionnaire du Bronx à qui il empruntera le nom lui aussi emprunté

Ce fameux rêve américain repris en fait du look WASP …

Tant du côté BCBG universitaire dit « preppy » …

Que du côté cowboy avec la version américaine du gentleman-farmer ?

Ralph Lauren, pur produit de l’Amérique

Il aurait voulu être Cary Grant mais a bâti son empire dans la mode. Ce fils d’immigrés juifs russes élevé dans le Bronx a réussi à vendre au monde entier l’image d’une Amérique fantasmée.

Marion Van Renterghem

Le Monde

23 août 2013

L’aventure a commencé là, 3220 Steuben Avenue, en plein cœur du Bronx, dans ce petit immeuble de cinq étages de brique rouge, avec ses escaliers métalliques dégringolant en biais sur la façade. C’est là que Ralph Lifschitz grandit avec sa soeur et ses deux frères après que ses parents, des juifs russes originaires de Pinsk, en Biélorussie, eurent choisi de tout quitter pour débarquer à New York. America ! America ! Le pays de la liberté et de tous les possibles, ils en avaient rêvé comme tant d’autres au point de s’entasser sur un bateau et de se jeter, affamés, dans la cacophonie des immigrés d’Ellis Island. Le père est peintre en bâtiment, artiste peintre à ses heures, le quartier du Bronx est alors ce qu’ils trouvent de mieux pour leurs moyens, avec ses rues calmes et ses grands parcs boisés. Une ambiance tranquille de la middle class américaine, aujourd’hui cernée, quelques pâtés de maison plus loin, par des zones délabrées et des repaires de dealers.

Près d’un siècle plus tard, à 73 ans, Ralph le New-Yorkais est un pur produit de l’Amérique. De l’épopée de ses parents, il se rend compte qu’il ne sait au fond pas grand-chose. Sont-ils partis avant ou après la révolution de 1917 ? Qu’ont-ils fui ? Il l’ignore. Ils n’étaient pas du genre à s’attarder sur le passé. On ne parlait pas yiddish à la maison mais sa mère, pratiquante, veillait au maintien des fêtes juives. « L’Amérique incite à regarder devant soi, pas derrière, constate leur fils. Il y a trop à faire quand on arrive ici. Les gens ne vous demandent jamais d’où vous venez. Mes parents étaient très gentils, peu éduqués, autodidactes, et ils se sont battus pour aller de l’avant. Je suis comme eux : je vis dans le présent, je pense à ce que j’ai à faire ici et maintenant, je ne me retourne pas. »

Même son propre nom ne le retient pas. A l’école qu’il fréquentait, juste à côté de l’appartement de Steuben Avenue, ce patronyme suscitait les moqueries. A la récré, haut-lieu des cruautés collectives, « Lifschitz » se transformait en gros mot, « Lif-shit », à coups de gros rires gras. Ralph Lifschitz a 16 ans quand il décide d’abandonner cette consonance encombrante. Le choix du pseudo lui vient sans peine. Le jeune homme juge plus commode de conserver ses initiales et il admire Lauren Bacall, l’une des incarnations de son rêve américain. Deux bonnes raisons pour décider du sort de sa métamorphose. En un tour de main, Ralph Lifschitz devient Ralph Lauren.

COW-BOY

Il y avait certes de l’ambition chez ce gamin du Bronx qui s’obstinait comme un fou à jouer au baseball et au basket-ball, malgré son 1,68 m. Il adorait le basket. Il courait comme un mille-pattes et compensait son handicap de taille par l’adresse et la stratégie. Il rêvait aussi d’être Joe DiMaggio, le champion de baseball qui avait épousé Marilyn. Ou une star de cinéma comme Cary Grant, son autre idole. « Mais je n’étais pas assez beau », dit-il avec coquetterie en attendant d’être contredit. Bref : sa carrière de sportif n’était pas convaincante, il ne prenait pas la voie d’Hollywood, il n’était pas particulièrement bon à l’école, n’avait rien à voir avec le stylisme, ne savait pas dessiner…

Qui aurait pu deviner que ce nom deviendrait celui de l’une des marques de vêtements les plus célèbres et les plus vendues dans le monde ? Que Ralph Lifschitz serait un jour le créateur de Polo Ralph Lauren, une multinationale cotée en Bourse, employant plus de 26 000 personnes et dont le chiffre d’affaires, 6,7 milliards de dollars (plus de 5 milliards d’euros) en 2013, dépasse celui des autres entreprises de vêtements de luxe, loin devant Giorgio Armani, son premier concurrent ? Que le petit cavalier de polo serait le logo universel des élites et des classes moyennes aisées de toute la planète, jusqu’aux Libanais qui avaient fui la guerre civile et arboraient leurs chemises « RL » en s’autobaptisant « Réfugiés de Luxe » ? S’il y a un mythe Ralph Lauren, il est dans ce chic populaire qui fonde son épopée de self made man. Une histoire si américaine.

Le mythe, en ce jour caniculaire du mois de juillet, porte un costume crème et une cravate noire, des chaussures noires, une chevalière en argent à l’annulaire. « Je suis plus souvent en jeans et en boots, mais il fait si chaud aujourd’hui… », dit-il comme pour s’excuser. La 122e fortune mondiale selon le magazine Forbes (classement 2012), avec une fortune évaluée à 7,5 milliards de dollars, est un homme doux et courtois, cool et raffiné, comme son immense bureau empli d’objets beaux et insolites. Une immense photographie de rodéo prise d’en haut, une bicyclette en chrome et cuir, des fauteuils design conçus par lui, des livres, des avions, tout un monde.

Il nous a conviée au 650 Madison Avenue, plus au sud que le pâté de maisons où sont réunies quelques-unes de ses somptueuses boutiques sur la même avenue de Manhattan. L’entrée est celle d’un banal gratte-ciel new-yorkais jusqu’à ce que l’ascenseur s’ouvre sur une autre planète : un immense patio tout en boiseries vernies et à la lumière tamisée, tel un vieil hôtel anglais, avec fauteuils clubs, canapés en cuir, lustres, peintures anciennes, sculptures d’animaux en bronze, pieds de lampe cuivrés, livres et magazines d’art sur les tables, coupelles de Smarties et autres bonbons colorés. Et des photos de Ralph Lauren, bien sûr.

C’est le péché mignon et le paradoxe de ce petit homme, pourtant curieux des autres et apparemment modeste : rares sont les murs de ses bureaux ou de ses boutiques, ou les pages de ses catalogues, où l’on ne retrouve pas plusieurs portraits géants de lui aux côtés de photos de cow-boys, de légendes d’Hollywood ou de voitures de collection. Ralph Lauren à cheval, Ralph Lauren sur la plage avec sa femme et ses enfants, Ralph Lauren jouant avec son chien, Ralph Lauren en blouson d’aviateur sur fond de villa atlantique, Ralph Lauren habillé en cow-boy dans son ranch du Colorado, Ralph Lauren en blazer et col roulé dans un intérieur cosy, Ralph Lauren au volant d’un roadster… Ralph Lauren himself, paisible, abouti, comme un emblème de sa réussite et de ses rêves. Un visage taillé pour le cinéma et les publicités des magazines : cheveux très blancs, peau très bronzée, yeux très clairs, paupières lourdes, sourire décontracté…

Dans le Bronx déjà, il s’était concocté un style. Un de ses voisins d’alors s’en souvient bien : un dénommé Calvin Klein, né Richer Klein. Il a grandi dans les mêmes rues, à quelques pâtés de maison de la famille Lifschitz. « On n’était pas amis, il avait deux ans de moins que moi, on se disait bonjour mais ce n’est qu’une fois devenus célèbres que nous nous sommes souvenus l’un de l’autre. On s’est toujours soutenus », raconte Ralph Lauren. « Il était plus âgé que moi mais je me souviens très précisément de lui, a rapporté de son côté Calvin Klein à l’occasion d’une conférence en 2011. Il s’habillait toujours de manière originale. Moi, j’étais plus marginal, plus provoc. Je voulais ressembler à un dur, comme James Dean. Ralph, lui, avait l’air de venir d’ailleurs. »

ÊTRE INDÉPENDANT

Ralph Lauren, en effet, ne s’habillait pas comme les autres. Toujours soigné, une façon d’être élégant sans luxe apparent, détournant des uniformes de leur usage premier : les vestes militaires, les polos des équipes locales de baseball et de basket-ball auxquelles il appartenait. « J’adorais les vieux vêtements de l’armée, explique-t-il, j’allais en acheter dans les surplus. J’avais des idées fixes. Par exemple, je voulais une veste indienne avec des franges. Il n’y en avait pas dans les magasins mais c’est ce que je voulais. Comme j’étais très athlétique, je portais aussi des vêtements de sport. J’allais beaucoup au cinéma, j’étais un fan de westerns. J’aimais Frank Sinatra, Fred Astaire, Cary Grant. Les films, les livres, les vitrines des magasins, les gens que je regardais, tout cela était dans ma tête, je fabriquais des histoires sans forcément m’en rendre compte. Peut-être parce que j’ai hérité de mon père peintre le sens du style et des couleurs, ces histoires se traduisaient sous une forme esthétique. Le sport, le western, les ranchers, les ouvriers… J’étais comme « romancé » par différentes vies. Au début, on me disait souvent : « Mais Ralph, tu viens du Bronx, tu te prends pour qui ? Pour un cow-boy, pour un gentleman-farmer anglais ? » Je répondais : « L’Amérique s’est faite avec des rêves. » »

Ralph Lauren a 20 ans quand commence l’explosion des Sixties, il a une trentaine d’années quand se généralise le mouvement hippie. Il a vécu une enfance heureuse dans le Bronx, il traîne désormais à Manhattan sur fond d’explosion des libertés individuelles, d’émancipation des femmes, de reconnaissance des droits civiques, de contestation de la guerre du Vietnam, de l’ordre établi, des élites, de la rigidité morale. Il s’amuse et profite de la vie sans prendre part à l’agitation politique. Au rock d’Elvis et de Jerry Lee Lewis il préfère les mélodies de Frank Sinatra et de Bob Dylan, et les paroles révoltées des Protest Songs ne sont pas sa préoccupation première. Ralph Lauren est déjà ailleurs, dans son monde à lui. « Je suis passé entre les gouttes de ces époques, explique-t-il. A ce moment-là, je formais mon style. Je retrouvais mes copains, on fumait, j’étais bohème, je portais la barbe et des baskets, mais je n’étais pas contestataire, pas hippie. J’avais les cheveux courts. Je n’ai pas fui l’armée, j’ai fait mon service militaire. Les hippies sont venus après moi, quand j’étais trop vieux pour l’être. J’aimais profondément l’Amérique comme je continue à l’aimer. »

Il ne sait pas dessiner. Mais il a ses rêves en tête. Une certaine idée de l’Amérique, un brassage confus de ses grands mythes, les mêmes qui avaient donné à ses parents la force de s’exiler. Il rêve de la conquête de l’Ouest. Il rêve du chic vestimentaire de la haute société WASP (White, Anglo-Saxon, Protestant) – nom américain donné aux premiers arrivés, blancs et protestants -, de ce que raconte le cinéma sur le look des étudiants des campus et l’ambiance des country clubs. Il rêve de ce que lui, l’enfant de la classe moyenne juive du Bronx, ne pouvait espérer posséder. « Il ne faut pas non plus exagérer, nuance-t-il. J’ai eu une enfance très heureuse, avec beaucoup d’amis. On n’était pas riches, je me rappelle avoir eu très envie d’un vélo et que mes parents n’avaient pas de quoi me l’offrir, mais je ne me sentais pas pauvre. J’étais juste comme tout le monde, attiré par ce que l’on n’a pas. Les pauvres rêvent de ce qu’ils pourraient s’acheter avec de l’argent. Les Chinois rêvent de s’habiller en Gucci. Et moi, je rêvais d’une veste à franges qui n’existait que dans les films ! »

Il est pressé de travailler, d’être indépendant, de gagner sa vie, de s’acheter une voiture de sport et de porter des vestes en tweed comme au cinéma. Il commence des études de gestion qu’il ne termine pas, fait son service dans un camp d’entraînement de l’armée à Fort Dix (New Jersey) puis, sans aucun diplôme, cumule les petits boulots. Il est animateur pour enfants, vendeur dans des magasins de mode. « J’étais bon vendeur, raconte-t-il. J’étais facilement convaincant car je ne travaillais que dans les magasins que j’aimais, pour vendre les vêtements que j’aimais. Cela a toujours été mon principe dans la vie : ne vendre aux autres que ce que je voulais pour moi-même. »

A force d’acheter en série des chemises de chez Brooks Brothers, son magasin préféré, il se fait embaucher dans une boutique de la marque sur Madison Avenue. Il fourmille d’idées, suggère de nouvelles formes, d’autres couleurs. Personne ne l’écoute. Pourquoi prêter attention à ce petit vendeur qui n’y connaît rien et n’a même pas fait d’école de dessin ? Lui voit ses idées sortir chez les autres. Et rumine son obsession : faire des cravates très larges. Il les a bien en tête, entrevues dans de vieux films et de vieilles photos de magazines. Il aime le style des années 1930, 1940, 1950, les vêtements des étudiants de la Ivy League (le peloton des meilleures universités), ce look Preppy de la Nouvelle-Angleterre, la manière dont la jeunesse aisée s’habillait sur les campus.

SANS ARTIFICE

Les cravates larges. Il est le seul à les vouloir. Il en fait fabriquer pour son compte, très larges avec des rayures, et démarche lui-même les grands magasins vêtu d’une veste en jean, ses cravates dans des sacs. Chez Bloomingdale’s, on regarde ça d’un air circonspect. OK pour les diffuser, à condition qu’elles soient plus étroites, et estampillées de leur label à eux. « J’ai refusé, raconte Ralph Lauren, j’ai refermé mon sac et je suis parti. J’étais content de moi. » Six mois plus tard, Bloomingdale’s le rappelle et lui prend ses cravates larges à rayures.

En 1967, un entrepreneur de mode, Norman Hilton, remarque ses cravates. Il lui fait une offre : « Accepteriez-vous de travailler pour moi ? – Non, lui répond le jeune homme, je veux créer ma propre maison. » Ralph Lauren lui emprunte 50 000 dollars et ouvre une ligne de cravates sous son propre label, Polo. Un succès. Il a 26 ans. Au bout d’un an, il élargit sa collection aux chemises et autres vêtements pour hommes, pas encore aux modèles pour femmes et enfants. Le petit joueur de polo fait son apparition. « J’aime le sport, je voulais ce symbole. J’étais fan de baseball mais ça n’aurait pas collé. Je voulais un sport plus stylé. Avec le polo, je pensais au play-boy dominicain Porfirio Rubirosa, collectionneur de femmes illustres, qui nous faisait envie. Je n’avais jamais joué au polo mais l’image de ce sport correspondait à ce qui me faisait rêver. Les chevaux, le côté play-boy, athlétique, esthétique, romantique… »Il fallait sans doute cela, être né juif dans le Bronx, pour avoir envie du contraire, les tenues décontractées arborées le week-end par les riches WASP, devenues les symboles de l’élite privilégiée, cultivée et raffinée de la Côte est. Il fallait peut-être naître pauvre dans le Bronx pour prendre conscience que les vêtements de sport représentaient une esthétique. Pour admirer ce style au point d’avoir été choisi par le réalisateur Jack Clayton pour habiller Robert Redford et Mia Farrow dans son Gatsby le Magnifique (1974), ou par Woody Allen pour Annie Hall (1977).

Mais ce ne sont pas les WASP qui fascinent Ralph Lauren. Ce qu’il cherche depuis ses débuts à Steuben Avenue, c’est un style. « Je n’ai jamais voulu vivre comme un WASP à la Gatsby, explique-t-il, aller de fête en fête comme dans un roman de Francis Scott Fitzgerald. Les clubs de sport ne me faisaient pas spécialement envie, et d’ailleurs je n’ai jamais fait partie d’aucun. Ce n’est pas mon truc. Je ne suis pas un mondain, je n’aime rien autant que la vie de famille. » Le photographe Bruce Weber, chargé des campagnes publicitaires Ralph Lauren depuis plus de quarante ans, renchérit : « On me demande toujours pourquoi les gens qu’il habille sont si « waspy ». On ne pourrait être plus loin de la vérité. Polo a été la première entreprise de mode à habiller un modèle afro-américain pour les magazines. Et il a construit un hôpital à Harlem spécialisé dans le traitement du cancer. » Ralph Lauren vient d’annoncer qu’il serait le mécène unique de la restauration de l’Ecole des beaux-arts à Paris pendant deux ans. Une manière de s’ancrer davantage dans la capitale de la mode pour cet Américain pur jus déjà décoré en 2010 de la Légion d’honneur par le président Nicolas Sarkozy, un fan notoire de ses chemises.

Le style Ralph Lauren est à l’image de l’homme : sans artifice, cool et fondamentalement heureux. Quand les créateurs de mode dessinent des vêtements, lui dessine sa vie rêvée, un style de vie inspiré du bonheur. De son enfance à son immense succès, rien n’a jamais semblé compliqué à l’enfant du Bronx. Il n’est pas un artiste, pas un créateur, ne prétend pas l’être : il observe, il détourne, il reproduit. Cela donne des vêtements élégants mais pas compliqués et pour tous publics, du sportswear aux habits de soirée, du décontracté à l’ultra-chic. Sophistiqués mais sans effet de coupes ou de motifs. Du western aux universités de la Ivy League, cela raconte l’histoire d’une Amérique fantasmée, se donne à tout le monde, jamais à la mode.

« Je fais de l’antimode, explique l’entrepreneur. J’ai mélangé le goût de l’Amérique pour la nouveauté au goût de l’Europe pour ce qui ne se démode pas. La veste en jean simple et bien coupée est un symbole de mon style. Mes vêtements correspondent à ce que je rêvais d’être, or je me rêve en différents personnages. En cow-boy, en athlète, en gentleman-farmer de la campagne anglaise, chacun n’étant pas conforme à la réalité mais à l’idée que je m’en fais. Je vois un gentleman farmer en boots et blouson de moto, il est comme ça dans mon rêve. Le style, c’est un rôle d’acteur, la représentation que vous vous faites de vous-même. Je me vends dans mes rôles, je me vends dans mes rêves. Je vends un idéal. » Selon son fils David, directeur de la communication et du marketing de l’empire, Ralph Lauren était même « très déçu, la première fois qu’il est allé en Angleterre, de constater que les gentlemen-farmers n’étaient pas habillés comme il l’avait imaginé. Mon père, analyse-t-il, est moins un styliste qu’un écrivain ou un cinéaste qui utilise les vêtements pour raconter des histoires ».

Celui qui ne sait toujours pas dessiner un croquis a sa façon bien à lui de faire du stylisme : en racontant à ses équipes les histoires qu’il imagine. « Généralement, je décris un film, un monde, un truc très romanesque. Par exemple, je pense à une fille et je me dis : « elle était riche, elle a perdu son argent. Elle est très séduisante mais n’a plus les moyens de s’habiller. Elle est cool. Elle trouve des fripes et elle les arrange elle-même. » J’explique ça à mon équipe. Ils prennent des notes et ils créent les habits pour cette fille-là. »

122e FORTUNE MONDIALE

Ralph Lauren est content de lui. « Voilà quarante-sept ans que je fais ce métier avec succès. Je me demande comment j’ai été capable de faire tout ça. » La 122e fortune mondiale sort peu, ne s’échappe de son travail qu’avec sa famille, ses chevaux et ses voitures de collection, dans l’une de ses cinq propriétés : sa villa à la Jamaïque, son manoir dans le Connecticut, sa maison dans les Hamptons, son ranch dans le Colorado, son logement principal du Upper East Side à Manhattan. Il est fier de sa famille : de son fils producteur, de sa fille qui a fondé une boutique de bonbons à Manhattan, de son autre fils, David, son possible successeur à la tête de l’empire. De sa femme Ricky, qu’il avait rencontrée chez son ophtalmologiste en 1964 et qui est « toujours la plus belle », comme il le constate fièrement à voix haute à l’occasion des cérémonies. De ses boeufs dont il exporte les steaks pour son restaurant français, Ralph’s, attenant à la boutique du boulevard Saint-Germain. Les plus chers de Paris.

Il y a un mystère Ralph Lauren. Sa vie, à l’exception d’une tumeur au cerveau dont il a réchappé, ressemble à un conte de fées. Son empire, il l’a bâti sans effort apparent. « On dit que le business est un monde de durs, moi je pense qu’on peut réussir sans être une brute », confie-t-il. Tout a l’air facile. Il y a chez lui la fluidité du geste des grands sportifs qu’il rêvait d’être : l’aboutissement d’un travail acharné dont on ne voit pas l’effort. « J’ai eu beaucoup de chance dans la vie. » Que deviendra sa société après lui ? « Je ne sais pas. Je n’ai jamais rien planifié. J’ai pu me construire une carrière sans argent, à partir d’un rêve, en vendant des cravates. ça m’a toujours réussi. » On laisse le Gatsby de la Côte est sur le seuil de son patio aux boiseries vernies. Demain, il sera un autre de ses personnages, avec jeans, bottes et chapeau de cow-boy, dans son ranch du Colorado.

Ces marques emblématiques milieu de gamme du style américain sont aujourd’hui dessinées par des femmes. Une nouvelle vie?
Fabrice Paineau
L’Express styles
05/06/2014

Ils étaient beiges, ils étaient brillants. Les Américains et leur paradoxe. A la fin des années 1970, la mode américaine peut se résumer à ces deux nuances. D’un côté, cette envie WASP qui définit tout un mode de vie propre et distingué -un esprit vain dans un corps sain? De l’autre, la débauche disco et paillettes du Studio 54, avec l’émergence folle de nouveaux créateurs américains. Puis Gap. Le meilleur d’une entreprise d’uniformisation où le jean, le chino et la chemise blanche dessinent une ligne de goût de New York à San Francisco.

C’est dans cette ville de Californie du Nord que naît ce titan du denim pour tous, en 1969, parce que son créateur, Daniel Fisher, ne trouve pas le bon jean adapté à sa morphologie -et à sa taille. Gap comme fossé ou fossé des générations et la réponse la plus juvénile à une Amérique qui s’émancipe dans ses moeurs. De ce géant du textile naîtront d’autres modèles du retailing, qui inspireront les voisins d’en face comme Club Monaco, filiale de Ralph Lauren, ou encore J.Crew.

La mode américaine s’émancipe

Mais il aura fallu plus de soixante-dix ans d’une toujours jeune histoire du textile américain pour que Gap et consorts émergent. Car tout commence avec ce Portrait de Madame X du peintre John Singer Sargent (1856-1925). Elle est belle, son profil est altier, ses épaules sont dénudées et sa silhouette est mince. Voilà peut-être le premier acte d’une mode américaine qui privilégie les courbes, le corps et le confort d’une nation tout entière vouée à l’effort, donc au sport. La mode américaine naît de cette ambition.

L’émergence des titans de l’édition mode apparaît à cette même période: Harper’s Bazaar est créé en 1863 et Condé Nast rachète un petit magazine, en 1908, Vogue, pour en faire la publication de référence de la haute société. Laquelle commence à voyager et converse sur la nouvelle éthique du goût. Edna Woodman Chase devient la rédactrice en chef de Vogue et le photographe Edward Steichen remplace la luxuriance embuée des images de mode du baron de Meyer. La photographie de Steichen rehausse la simplicité graphique de l’Art déco, dans ses décors mais aussi dans le choix des tenues présentées. Si la mode européenne est toujours maîtresse, la crise économique de 1929 incite à un protectionnisme de taille. Les matières premières sont désormais américaines, comme le cuir ou le coton, qui va bientôt dominer le monde.

Les couturiers américains apparaissent. Ils se nomment Mainbocher ou Charles James, d’origine anglaise. A l’ouest, la machine à rêves s’emballe. Hollywood devient le puits sans fond de toutes les images iconiques, et l’empire cinéma impressionne déjà les pages des magazines de mode, embellies par la photographie de Cecil Beaton. Les stars commencent à diffuser leur aura médiatique, et, si « glamour » est un terme anglophone, des figures comme celles de Katharine Hepburn -son indépendance de style très boyish: un pantalon, des chaussures plates- vont condenser en images cette simplicité. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la plupart des maisons françaises stoppent leur activité. L’Amérique en profite pour proposer une garde-robe plus fonctionnelle et adéquate aux femmes impliquées dans l’effort de guerre. Des créatrices comme Claire McCardell ou Claire Potter ne tarderont pas à anticiper cette nouvelle soif de conquête féminine. Un corps sain dans des formes simples.

En 1961, Jackie Bouvier-Kennedy devient la première dame des Etats-Unis et porte les créations de jeune designers comme Arnold Scaasi, Pauline Trigère, Oleg Cassini… Suivront des noms comme ceux de Bill Blass, Oscar de la Renta, Geoffrey Beene. En 1971, Grace Mirabella a remplacé Diana Vreeland à la tête de Vogue. Elle conçoit une mode plus simple, plus dynamique, pleine de conseils pratiques pour répondre à cette attente qui lie le monde domestique à une ère plus technologique. Et la mode s’adapte, plus naturelle, plus casual dans ses propositions. Un certain sens du minimalisme s’impose, et des créateurs comme Calvin Klein ou encore Perry Ellis se chargent de radicaliser la silhouette. Un vêtement pur pour une allure simple.

Le succès de Gap, J.Crew, Club Monaco

La marque Gap arrive à bon port en 1969 pour exprimer toute cette volonté d’exalter les basiques: le charme propre et authentique du jean ou du tee-shirt hérité du vestiaire de James Dean, déjà piqué aux ancêtres les cow-boys. Gap garde dans un premier temps le parfum de l’émancipation hippie des étudiants de Berkeley et des événements bruyants de Woodstock. Plus pour longtemps. L’as du marketing Millard Drexler relooke toute la chaîne des magasins en 1983 et modifie l’attitude Gap. Sharon Stone s’affiche en jupe Vera Wang et chemisier blanc Gap à la cérémonie des Oscars de 1998. Gapinc., le groupe, est avant tout l’empire fondateur d’une mode « low high fashion » qui combine petits prix à une qualité de vêtements construits sur le rêve américain. Elle ouvrira la voie à d’autres modèles du fast retailing comme Club Monaco ou J.Crew, deux sociétés dirigées par des femmes inspirantes et qui s’implanteront bientôt en France.

Rebekka Bay et Gap

Elle est blonde, Rebekka Bay. Elle présente tous les signes d’une Nordique qui privilégie le port de vêtements simples à l’architecture douce comme sa liquette blanche. En 2006, elle est à l’origine du concept COS, pensé par le groupe H&M, où le minimalisme de créateurs peut se concevoir à petits prix. Les innovations techniques sont aussi au rendez-vous. Elle conçoit un style fonctionnel, ultracitadin et des matières nouvelles qui s’adaptent au classicisme de coupes radicales très épurées. Peu d’imprimés chez COS, mais du bleu marine, du noir, du gris. Après des études à la Designskolen Kolding, au Danemark, Rebekka devient conseillère auprès de marques comme Dunhill ou COS. Son leitmotiv depuis son arrivée chez Gap, en 2012: retrouver la force des authentiques et souligner l’intérêt contemporain de tels produits à travers une vision reboostée de l’americana. Rebekka Bay contrôle toutes les lignes, jusqu’au label 1969, implanté à Los Angeles.Et son pari semble réussi pour le printemps-été 2014, avec un grand retour du denim aux coupes plus ajustées. Le traitement des matières joue sur un délavé serein, avec cet esprit eighties aux couleurs tendres. Il y a autant de Céline que de Helmut Lang dans cette nouvelle proposition qui cherche la pièce iconique, pour femme comme pour homme.

Jenna Lyons et J.Crew

Elle est presque une star, Jenna. De par son allure identifiable entre toutes, celle d’une grande fille avec de grandes lunettes à monture noire. Médiatique, Jenna Lyons apparaît lors des Fashion Weeks ou en guest-star dans la série Girls, de Lena Dunham. En 2013, elle figure dans le classement des 100 personnalités les plus influentes du monde du magazine Time. Son parcours est limpide: cette fille de Palos Verdes, en Californie, diplômée de la Parsons School de New York, est entrée directement chez J.Crew en 1990 puis a gravi tous les échelons de l’assistante ultramotivée. Après avoir été nommée directrice de la création en 2007, elle devient présidente en 2010. Deux ans plus tard, le chiffre d’affaires de J.Crew dépasse les 2,2 milliards de dollars.

Son succès? Michelle Obama déclare, en avril 2008, « trouver de jolies choses sur le site de la marque » lors de son apparition à l’émission de télévision The Tonight Show.Le lendemain, le site explose dès dix heures du matin. En outre, J.Crew privilégie et soutient les créateurs maison, proposant des lignes développées en interne, comme celle du responsable du prêt-à-porter homme, Todd Snyder. Pour enrichir cette démarche, J.Crew s’est mis en quête de pièces fortes et intemporelles, de la Stan Smith d’Adidas à d’authentiques chaussures patinées en provenance du Kentucky, qu’elle vend dans son réseau de boutiques. Jenna Lyons est de toutes les attentions car, sous son influence, J.Crew développe une mode différente. Les imprimés comme les basiques se complètent et composent un vestiaire contemporain très new-yorkais. Acheter une pièce J.Crew est aujourd’hui devenu aussi crédible que porter du Proenza Schouler, le tout étant adoubé par des blogueurs reconnus comme Tommy Ton.

Caroline Belhumeur et Club Monaco

Club Monaco est à l’origine une marque canadienne créée par Joe Mimran et Alfred Sung en 1985. Son expansion commence par les Etats-Unis, avec une première implantation sur la côte Ouest, à Los Angeles. En 1999, le groupe Polo Ralph Lauren en fait l’acquisition, mais le label garde son indépendance de ton. Caroline Belhumeur est à la tête du prêt-à-porter féminin depuis 1999. Pour cette Anglaise née à Bristol, la formation s’est faite sur les bancs de la Kensington University, puis elle atterrit chez Calvin Klein et Theory. Les collections de Club Monaco émanent de choix personnels qu’elle désire faire partager à tous: une mode au classicisme évident avec un « twist » créateur et européen. Fan de musique punk mais aussi d’architecture new-yorkaise, Caroline Belhumeur donne une touche unique à des vêtements fonctionnels qui évoquent le charme d’une échappée dans les Hamptons. Pièces clefs: un trench, un pull d’homme en cachemire et une veste en cuir.

Voir encore:

Ralph Lauren’s American Dream

The iconic brand is struggling. How did we get here, and what happens next?

Entering the Rhinelander Mansion on New York’s Upper East Side is like quietly opening a window into Ralph Lauren’s mind. Many describe Lauren’s superpower as his ability to turn his wildest dreams into reality, and inside that mansion, Ralph Lauren’s original flagship location, his dreams are made real in every nook and cranny of the place.


 

Each room presents one lavish scene after the next, and it’s not hard to imagine Lauren himself toiling at the displays to make sure everything sits just right. Spaces are small and illuminated with candles and the softest of lighting, beckoning shoppers to linger. A glass of water arrives on a small silver platter, garnished with a single slice of lemon, just for you.

It’s stunningly clear here, walking slowly up a staircase lined with oil paintings from the company’s collection, that Ralph Lauren is a lifestyle. No detail is left to chance: Ralph Lauren ties are fanned out on a table in front of a bar stacked high with Ralph Lauren shirts, next to a case of monogrammed Ralph Lauren cufflinks. Ralph Lauren briefcases are placed next to Ralph Lauren paperweights on a Ralph Lauren desk topped with Ralph Lauren stationery, positioned underneath a giant, glittering chandelier that can’t possibly — but maybe? — be branded Ralph Lauren. Everything, right down to the 82,000 square feet of mahogany hauled in for the mansion’s renovation in the 1980s, reeks of style and status and money. Old money.

Twenty blocks away, inside the Lord & Taylor on Fifth Avenue, the dream gets a little murkier. Lauren Ralph Lauren dominates one of the women’s floors, and while the gold-plated signage is shiny and the tan leather couches comfy, the endless sea of khaki dresses belted at the waist are not so much impressive as they are predictable. There are no nooks nor crannies filled with odds and ends from Ralph’s archives; nothing begs a pause. Jammed up in between racks of floral fit ‘n’ flare dresses and rows of athleisure, it’s harder to see Ralph Lauren’s appeal. A similar scene unfolds on the sales floor at the Herald Square Macy’s, a short 10-minute walk away.

Once you leave the giant department stores of New York City and head to the malls of suburbia, Ralph Lauren becomes a few racks of Oxfords, polos, and pleated pants. Reliably found in your local Dillard’s, and just as reliably found on sale.

« The clothes look good in magazines, but look older in stores, » says Christina, a 31-year-old from Long Island, flipping through a rack of button-down shirts at Macy’s. She likens the brand to Michael Kors — oversaturated and devalued. « I would never buy Polo at full price. »

Jan Freemantle, a tourist visiting New York from Sydney, Australia, recalled how her husband used to bring her back Polo shirts picked up on business trips to California before she could find the brand in Sydney. Polo was all she knew about Ralph Lauren until recently, when on a trip to Aspen, she came across a Ralph Lauren store that carried the Purple Label and Collection lines. « It was so nice, but so expensive, » she says.

Most shoppers haven’t encountered the totality of Ralph Lauren’s world. How could they? Since the early 2000s, Ralph Lauren Corporation has owned and operated at least 25 different brands. It’s a staggering list: Polo Ralph Lauren, Polo Jeans, Polo Golf, Pink Pony, Purple Label, Blue Label, Black Label, Ralph by Ralph Lauren, Lauren Ralph Lauren, Lauren for Men, Women’s Collection, RRL, RLX, Rugby, Denim & Supply, Club Monaco, Chaps, Ralph Lauren Childrenswear, Ralph Lauren Watches, Ralph Lauren Fine Jewelry, American Living, Ralph Lauren Home, Lauren Home, Ralph Lauren Paint, and Lauren Spa. Not all are still in operation.

Ralph Lauren is clearly a man who knows how to build an empire, but right now, the empire is in turmoil.

For the shoppers who actually are familiar with the company’s multitude of lines, it’s still exhausting. « The identity of the brand gets lost, » laments Efney Hall, who has been shopping Ralph Lauren for over a decade. She likes it for its classic, elegant appeal, but she’s noticed that lately, the fit of the pants has changed. She finds herself skimming over the brand’s Lauren Ralph Lauren racks. She’s over it.

Ralph Lauren is clearly a man who knows how to build an empire, but right now, the empire is in turmoil. Layoffs have struck the company two years in a row, eliminating 750 jobs in 2015 and another 1,000 this summer. (One former Ralph Lauren designer commented to a colleague on Instagram in June: « Glad you survived the RL Hunger Games this week! »)

Lauren has stepped aside to make way for a new CEO, Stefan Larsson — the first person besides Lauren to ever hold that title in the company’s 50-year history. The company has been in the process of whittling down the brand list and there are plans to refocus on just three main lines: Ralph Lauren (the new umbrella label for Women’s Collection and Purple Label), Polo Ralph Lauren, and Lauren Ralph Lauren.

At the same time that Ralph Lauren is reevaluating its structure and bringing in fresh leadership, it also has to contend with the fact that the specific style of Americana that’s so deeply embedded in every inch of the brand isn’t something shoppers are clamoring to align themselves with now. If the privileged, preppy aesthetic that Lauren built his company around is no longer the height of aspiration, what will the future of Ralph Lauren look like?


Ralph Lauren did not grow up living the lifestyle that would later make him a billionaire. No, Ralph Lauren was born Ralph Lifshitz, a shy Jewish kid who lived in a small, two-bedroom apartment in the Bronx with his parents and three siblings. In Genuine Authentic: The Real Life of Ralph Lauren, writer Michael Gross paints a picture of young Ralph as a dreamer, never one to run with the crowd. « If white bucks were in fashion, he wore saddle shoes, » a former classmate told Gross. « When we wore crew necks, he wore V-necks. He was always a step ahead. »

Lauren’s perception of taste and class was constructed by what he saw around him, according to Gross. His richer friends’ parents drove convertibles, went on European vacations, and had country club memberships. In films, he watched Gary Cooper, Cary Grant, and Fred Astaire glide across the screen, wearing beautiful suits and getting the girls every time.

« I grew up playing a lot of basketball, reading, and living at the movies, » Lauren said in an old interview that Gross unearthed for the book. « I guess they influenced my taste level. I liked the good things and the good life. I did not want to be a phony. I just wanted more than I had. »

However, Lauren’s mother had set a strict path for Ralph: he was to be a rabbi. He shuttled between secular public schools and Jewish yeshivas during his youth, eventually convincing his mother to allow him to transfer from Manhattan Talmudical Academy, where he was on the Hebrew teacher-in-training track, to DeWitt Clinton High School, an all-boys public school. In his senior yearbook, listed right below his extra-curricular participation in « Lunch Room Squad » and « Health Ed. Squad, » Lauren declared what he wanted to be when he grew up: a millionaire.

At 19, he and his brother Jerry changed their last name from Lifshitz to Lauren. (As Gross reports it, Ralph polled friends on two alternatives, London or Lauren; he was personally partial to London.) In the official document filed for the name change, the reason listed was confusion over people, both at school and at work, who shared the same last name. In reality, Lifshitz had the word « shit » in it and Ralph’s plans for himself did not include dealing with that for the rest of his life.

College was never a big draw for Lauren, who dropped out of the City College of New York school system after three years. He was drafted into the Army and served for two years, but the military, with all its rules and regulations, wasn’t a good fit either. After the Army, he kicked off his career as a salesman, first for glove companies. Then he got into ties.

« I liked the good things and the good life. I did not want to be a phony. I just wanted more than I had. »

Lauren got his first shot at professional tie design at Rivetz & Co., a high-end neckwear company. It didn’t go over well. « Rivetz was a traditional firm, » David Price, whose father used to own the Rivetz & Co. business, explains. « They were doing all sorts of crazy pinks and oranges and all the Ralph colors, and the industry and the customer base at Rivetz thought it was just atrocious. »

But instead of backing down, Lauren went from Rivetz to Beau Brummell Cravats, where his boss, Ned Brower, let him sell his own ties — colorful, wide, and expensive — out of a drawer in the showroom. Lauren had no professional training in design, but he believed so deeply in his wild ties that other people did too. He caught the attention of Norman Hilton, one of the biggest names in the menswear industry at the time, who eventually became the first investor in Lauren’s business. Polo Fashions, Inc., named after the posh sport (not the shirts Lauren would later become famous for), launched in 1968 and, as Hilton’s son Nick remembers it, his father poured $75,000 into the startup. By the end of his first year running Polo Fashions, Lauren had expanded from ties into full suits that the Daily News Record (a menswear trade publication that was later folded into WWD) featured alongside heavyweights like Bill Blass and Oleg Cassini.

The company was a critical success from the beginning, although according to Nick Hilton, it was always almost bankrupt in its first few years. In 1970, Lauren won his first Coty Award (the predecessor to the CFDA Awards) for menswear, and he launched womenswear after that. In Ralph Lauren: The Man Behind the Mystique, author Jeffrey Trachtenberg describes how the move into womenswear transformed Lauren’s business. It was then that he decided to change the name on his labels from Polo Fashions to Polo by Ralph Lauren, in part to imitate how other designers were using their own names on their womenswear labels. And then, for the launch of women’s button-down shirts, the company added a new design element: a small embroidered polo player. It was an overnight success.

« The polo player became the new status symbol for women, » Raleigh Glassberg, the buyer who purchased Ralph’s first women’s shirts for Bloomingdale’s, told Trachtenberg. The shirts were as pricey as Lauren’s ties, but it didn’t matter. Everybody wanted one. As Lauren’s business grew, buoyed in large part by the ‘80s prep revival, the polo player became an integral part of the women’s and men’s lines, including on the polo shirts that became a signature of the Ralph Lauren look.

Chaps was the first of many extensions that Ralph Lauren would experiment with. Chaps was Lauren’s answer to Polo knockoffs that were flooding the market. He couldn’t stop the knockoffs from being produced, so he created a cheaper line to compete with them.

The company also expanded quickly through a number of licensing partnerships, a relatively easy way to put the Ralph Lauren name on a variety of products without having to deal with manufacturing any of it.

« The bulk of the company’s profits come from royalties on its extremely lucrative licensing agreements, which lend the Ralph Lauren name to manufacturers of eyewear, fragrance, furniture, and a range of apparel, » the New York Times‘ Stephanie Strom reported in the mid-’90s. « Polo Ralph Lauren only manufactures its men’s sportswear, coats, and furnishing lines; all other Ralph Lauren products, ranging from towels and sheets to shoes and sunglasses, are manufactured by others under license. »

The article also noted the voracity with which Lauren launched new lines, started new partnerships, and continually built upon his vision. « The sheer number of new ideas coming out of Mr. Lauren’s head at a time when the fashion industry seems to be satisfied with endlessly regurgitating old looks gives him an edge, » Strom writes. « In the last year alone, he has started RRL, Polo Sport, a line of Polo Sport skin treatments, and the Ralph label. »

As Lauren’s empire grew, the accolades kept coming. According to the CFDA, Lauren is the first and only designer to win four of the CFDA’s top honors: the CFDA Lifetime Achievement Award (1991), the CFDA Womenswear Designer of the Year Award (1995), the Menswear Designer of the Year Award (1996), and the CFDA Award for Humanitarian Leadership (1998).

Lauren’s vision of America drew heavily from the world of Ivy League preps, but the brand appealed far beyond the country club crowd.

« Insecurity can sometimes make a man do bold things, » Cathy Horyn wrote in a profile of Ralph Lauren for the Washington Post. « It can make him create not one world but many worlds. And it can make him think that what he has done is not only good but better. The upshot has been rather intriguing: a quarter-century of glorious ephemera from a designer who can’t draw so much as a sleeve. Never could. »

In that profile, Lauren couldn’t help but describe his legacy in broad, sweeping strokes. « Did I lift America up a little bit? Did I give it a little bit of quality? Because we were known for polyester. People don’t remember that. You couldn’t buy good things here. America is mass, » he told Horyn.

« And so, as I traveled around and got more sophisticated, I started to see what wasn’t there, and I became more nationalistic. Every year of my life. And I’d think, ‘Why is this country so insecure about what it is?’ So, my thing became more than clothes. It became bigger. It became — America. »

Lauren’s vision of America drew heavily from the world of Ivy League preps, but the brand appealed far beyond the country club crowd.

The Lo Lifes, a Brooklyn gang officially founded in 1988, used to make a show out of shoplifting Ralph Lauren from department stores around New York City back when they first formed; now, it’s more about appreciating the Lifshitz to Lauren, self-made billionaire element of the designer’s story, as well as showing off vast collections of archival pieces. (Vice interviewed a Lo Life member who at one point had over 1,000 items.) However, the Lo Lifes’ influence on Lauren’s brand, specifically its place in hip-hop, isn’t officially recognized by the company.

« All together, it makes for a potent folk history of capitalist sedition, » Jon Caramanica wrote of the group. « In a time when Polo was being made for and marketed to the aspirational white middle class, some of the most rigorously sourced collections were sitting in closets in the Brooklyn housing projects. »

That’s not to say the company totally eschewed diversity. Ralph Lauren is credited with catapulting Tyson Beckford to supermodel status, making him the first black male model to hold that title. Beckford’s Polo ads were lauded when they first appeared, and the Times ran a story on his breakout success. « I believe I’m setting a good example, » Beckford told the paper. « The Polo ad says that I’m not a basketball star or a rap star, but an all-American type. It separates me from those stereotypes, which is good. »

« Lauren built a career by brazenly positioning himself as the quintessential interpreter of the American zeitgeist, » Robin Givhan later wrote in The Washington Post. « More than any designer, he has used America’s mythology — our secular religion — for profit. In doing so, he has displayed a keen understanding of our cultural symbols. He can parse the difference between a pair of blue jeans worn with cowboy boots and those worn with a black leather jacket. He sees the romance in a prairie skirt or a well-worn Native American blanket. He knows what it means in our racially conflicted society to photograph a dark-skinned, athletic black man in his preppiest, old-money brand. And he knows how a bright-eyed blonde feeds our vision of Mayflower blue bloods. And as consumers, we have bought into those symbols and made Lauren an extremely wealthy man. »


Ralph Lauren went public in 1997 and continued to thrive throughout the early 2000s, opening new lines seemingly on a whim. « At Ralph Lauren, there wasn’t that outside perspective, » says a former designer who requested anonymity since he still works in the industry. « We all, including myself, had our heads up our own asses. It was just so great to be there that even if we were doing something that we couldn’t validate based off of the competitive landscape it was like, ‘Well, this is Ralph Lauren. We can do what we want.’ We set the tone. »

By 2012, Ralph Lauren stock was trading at more than $170 per share, having shot up by $100 in five years. There was so much faith in the success of the company. « Everybody was just feeling the effects of the money that was rolling in, and that it was on a steady incline, » says the former designer. The company employed approximately 25,000 people in 2012, and was reporting $6.8 billion in sales and net profits of $681 million.

Then came the slide and Ralph Lauren’s literal and metaphorical stock began to tumble. Shares fell nearly 50 percent from a high point of $192 in May 2013 to $82 in February 2016. Sales were still holding steady, but profits slid drastically.

« I used to feel really good about working for that company, but there was so much uncertainty for so long and the lack of communication from the top down was almost absurd. »

Underlying problems with the company’s organizational structure became more pronounced as the good times gave way to struggling years. « People were just so unhappy, » says the former designer. « I used to feel really good about working for that company, but there was so much uncertainty for so long and the lack of communication from the top down was almost absurd. You didn’t even know what your job was, you didn’t know what your role was. You didn’t know if you were going to have a brand the next day. »

Several former employees pointed to that lack of communication as a real point of frustration within their departments. « It was like nowhere I had ever worked before, » says an employee who worked in materials sourcing for the company’s volume brands. « Everyone worked in silos. Manufacturers had one job that they were specific to and the designers only had to report to other designers and we really were kind of bumping into each other trying to do our own jobs. It was really inefficient. »

Compared to other retail companies where she had worked, the former employee was surprised by how many managers were assigned to each department. « Ralph is a very, very top heavy company, » she explains. « It was a lot of management and not a lot of doers, which is a huge problem. »

The organizational problems had long bled into the company’s dealings with its wholesale accounts. Michael Schumann, the owner of furniture retailer Traditions, eventually cut ties with Ralph Lauren after years of headaches associated with selling Ralph Lauren Home products in his stores.

« It was no longer worth it to put up with the bullshit in order to have the name, which was too bad, » says Schumann. He recalled how Ralph Lauren Home would issue beautiful, hardbound catalogs to stores and then not refresh them for two years since it was too costly to produce the books every six months when new collections would come out.

The rules around where and how to advertise the product were extra strenuous; Ralph Lauren’s logo had to be twice the size of the retailer’s logo, and ads could only be placed in premium locations. Schumann found success selling Lauren Home, a less expensive line, but then Ralph Lauren implemented a rule that Lauren Home and Ralph Lauren Home couldn’t be sold in the same store. « It was just impossible to work with these people, » Schumann says.

Ralph Lauren’s managerial structure was broken, relationships were being severed, the quarterly financial reports got more and more alarming, and Ralph Lauren himself wasn’t the same radical young guy wooing customers to buy into his dream lifestyle. Change was needed.

For years, David Lauren, Ralph’s only child who works at the company, was assumed to be the heir apparent. In 2006, The New York Observer wrote that it was « clear » Lauren would run the company at some point. Fast Company mentioned « industry-wide speculation » that he would take the throne in a 2011 profile. In 2014, Business of Fashion noted that many in the industry pegged the son as the father’s successor.

But when the time came for Ralph Lauren to relinquish his CEO title, David Lauren’s name wasn’t called. Instead, it was Stefan Larsson, a young retail industry darling who built his career at H&M and wowed the industry with a successful three-year stint as the brand president of Old Navy, who would inherit the crown.

When Lauren and Larsson tell the story of how they met, it often includes the tale of a magical first dinner together. Both walked in wondering what the hell they were doing there, both came out knowing that this partnership needed to happen. Larsson is a young star just as Lauren was back in the day, and Larsson has entrepreneurial roots as well — he started his own company to put himself through business school, according to the Financial Times.

Larsson also passed the most crucial test, in Lauren’s eyes. « He understands what dreams are, » Lauren told the Associated Press when Larsson’s new role was announced. (Ralph Lauren declined to make Lauren, Larsson, or any other executives available for comment for this story.)

« In terms of where Stefan is, I saw that he had the background and the excitement and the energy and the knowledge that I don’t have. »

David Lauren still retains his position as a company executive and a member of the board of directors, and if the new dynamic is awkward, it only comes through a little bit. At the company’s inaugural Investor Day presentation in early June, where Larsson laid out his plan for the future of the company, Lauren took the stage for about 20 minutes to talk about the brand history and endorse Larsson.

« I’ve had great people in my company over the years, wonderful people, » Lauren told analysts in the meeting. « But whether someone’s going to carry the CEO flag was a different thing because I’m entrusting my baby to him. And that baby has to grow up. And that baby is in the front row, David on the one hand and uh, Stefan on the other. But in terms of where Stefan is, I saw that he had the background and the excitement and the energy and the knowledge that I don’t have. »

Larsson spent nine months from the point of the initial CEO announcement last September to the Investor Day this summer to take stock of the business and figure out what needed to change.

For those watching the turnaround, there’s a lot of optimism about the possibilities under Larsson’s leadership. « When you look at Stefan and some of his core competences and what he brings to the table, it’s his ability to truly understand and diagnose a weakness within a company and go forth and make the necessary changes, » says Jerry Sheldon, an analyst for IHL Consulting Group.

« He really seems to have an understanding of consumers and is able to articulate that understanding, turn it into a business strategy, and execute on that strategy in a very effective way, » notes Sheldon.

First up, Larsson is assembling a new executive team filled with people from companies like H&M and Amazon. New blood will likely be just what Ralph Lauren needs. In recent years, employees witnessed how the old guard, which had been in their roles for years and years, weren’t cultivating an innovative environment anymore. There was also a sense that Lauren could not be questioned.

« When Ralph has an idea and starts something, nobody ever stands up and says, ‘Hey, this is not right. This is not the way to go,' » notes the former designer. « Everybody just kind of kneels to every word that comes out of his mouth. And when he personally would ask for opinions and direction, people had it and they didn’t voice it until he was out of the room, and that was just the way that it went for years and years. »

« If anything, I see the old management team as being beholden to Ralph and that was probably part of the problem, » says Paul Swinand, a retail analyst for Morningstar. « It wasn’t that he had lost his touch or that he was too old — you might have thought that — but it also might have been that the old management team was not trying to go out and create anything new, they were just trying to get along and finish out their last few years. »

Larsson’s public diagnosis of the company’s problems was unveiled via the aptly-named Way Forward plan. The main points include a new, more hands-off employee structure (eliminating three levels of management), cutting down the time from initial development of a product to getting it on the sales floor to nine months (down from 15), improving communication between departments, and focusing on three core brands while maintaining a smaller stable of secondary ones. The Way Forward also detailed 1,000 job cuts and 50 retail store closures.

« From a nostalgic, brand-loving perspective, I feel sad about the layoffs, and I’m very fearful that this will be like the JCPenney situation from a few years back, » says a former employee in Ralph Lauren’s digital operations, who requested anonymity. « But from the business side, it makes a lot of sense to me. Our department did not need three managers. »

Larsson is also pulling back from outlet stores, a market where Ralph Lauren had previously been expanding, and cutting down on promotional activity to try and retrain customers not to associate discounts with the brand.

« If anything, I see the old management team as being beholden to Ralph and that was probably part of the problem. »

In addition, Ralph Lauren has a huge wholesale business which accounts for nearly half of the company’s overall revenue. Macy’s in particular is a significant Ralph Lauren buyer; that account alone accounts for about 25 percent of the company’s wholesale revenue. But Macy’s reported a terrible financial quarter in May, and it doesn’t look like it will be making a comeback anytime soon.

« The department store channel is losing market share in general, » says John Kernan, an analyst with Cowen & Company, « and Ralph Lauren, the brand, needs to find new channels of distribution like Amazon and other areas where they can grow. »


Ralph Lauren is going through operational struggles during not only a tumultuous period in the retail industry, but also a time that’s seeing a cultural shift away from what the brand stands for. The prep aesthetic has always smacked of privilege, something accessible primarily to white people with trust funds and monogrammed shirtsleeves. Now, the WASP lifestyle that completely captivated Lauren as a young entrepreneur is considered out of touch at best, offensive and oppressive at worst.

Take, for instance, the media’s reaction to the company’s Olympic uniform designs this year. Headlines announcing the kits included: « Ralph Lauren’s Olympic Uniforms Are Straight Out of Prep School Hell« ; « USA’s Olympic Uniforms Are WASPy Bullshit« ; « Team USA’s Official Olympic Uniforms are Peak Vanilla« ; and Racked’s own contribution, « I Need More From Team USA’s Olympic Uniforms« . The Daily Mail rounded up the best tweets from the debacle. The comments on Ralph Lauren’s own Instagram post of the outfits were littered with prep jokes of varying degrees of wit.

« The uniforms couldn’t play more into the world’s most unflattering stereotypes of Americans unless they added cigars dangling out of the athletes’ mouths, Bibles tucked under their arms, and $100 bills falling out of their pockets, » Christina Cauterucci wrote for Slate.

Christian Chensvold, founder of the website Ivy Style and a regular contributor to Ralph Lauren’s RL Magazine, broached the subject in a series of posts last fall that questioned whether the Ivy League look was still politically correct. This included a satirical post that imagined a social justice warrior responding to different aspects of Ivy style (example: « Dinner jacket: Offensive to the underfed »); some readers were not amused.

The spring 2016 Polo Ralph Lauren presentation during New York Fashion Week. Photo: Fernanda Calfat/Getty Images

« I would imagine that some of your readers would certainly find ‘club ties’ exclusive and elitist, » one commenter wrote, referring to a line joking that club ties should be banned for their exclusionary symbolism. Club ties, identified by their repeating motifs, actually did historically denote membership to elite clubs. « I know clothing itself is not elitist; it is the choice behind what we wear that speaks volumes about who were [sic] are. »

Later on, when Chensvold published an April Fools’ post detailing how preppy style had been banned from college campuses due to the classism and racism that it signified, plenty of readers thought it was real news.

Today’s shoppers are interested in more democratic clothing options — options that are casual, practical, and mass. Athleisure is a $97 billion business in the US, accounting for nearly one-third of the entire apparel, footwear, and accessories market. Vetements, the French design collective led by Demna Gvasalia that no one can stop talking about, is making a killing off of what can best be described as incredibly ordinary clothing. Its spring 2017 show, held during haute couture week in Paris, featured collaborations with 18 different brands including Juicy Couture and Carhartt.

« Sometimes, I hear designers from older generations saying, ‘Oh, fashion needs to make women dream,' » Gvasalia told W in an interview earlier this year. « I feel that this is really difficult today. I think it’s dated. Fashion shouldn’t make you dream in 2016. It should just be there, for us to wear. » It’s not hard to imagine Lauren burying his head in his hands over that one.

« It could become a social liability to look really old money and traditional, to wear this kind of stuff. »

« Ten years from now, when fashion is coming back around in its cycle and these young people are now well into their careers — assuming they have careers with the economy and their crippling student loan debt — when they become 35 years old, are they going to be wearing navy blazers and Alden tasseled loafers and striped ties because that epitomizes success and so forth? I don’t know, » says Chensvold.

« Theoretically, it could be a version of what we had in the late 1960s with the counterculture revolution, » he continues. « This is an election year; the country is more polarized than ever. It could become a social liability to look really old money and traditional, to wear this kind of stuff. »

Rebecca Tuite, the author of Seven Sisters Style, a book chronicling the history of the women’s equivalent to Ivy League style before many of the actual Ivies were co-ed, sees what’s happening now as a less vitriolic version of the backlash to ‘80s prep.

The counterculture revolution of the late ‘60s and ‘70s ushered in an era of long hair and bell bottoms as a response to the conservative style of the ‘50s. Then, in the ‘80s, Lauren led a massive preppy revival that other traditional menswear retailers like Brooks Brothers and J.Press also felt the effects of. This aligned with the Reagan era, a time when conservative politics replaced the freewheeling ideals of the previous two decades. When Lisa Birnbaum published The Preppy Handbook in 1980, it was meant to satirize the prep scene that was reemerging, but ended up being regarded as a literal handbook. The Financial Times described Ralph Lauren as the greatest fashion beneficiary of the book, saying he « cashed in as the preppy wannabe’s clothier. »

Then the pendulum swung back away from prepsters in the ‘90s, when grunge became the go-to cool kid look. But in the early aughts, prep was popular yet again. Birnbaum published a sequel to the Handbook called True Prep. Lauren’s business was on an upswing. Abercrombie & Fitch had infiltrated every high school in America.

« For some, the Lauren prep has become cliché, but actually I think that there is so much genius involved in his reinvention of preppy traditions and that is why whenever the preppy trend circles back to the top, it’s Ralph Lauren who is right there, front and center, leading the pack, » Tuite explains in an email. « He offers a closet full of preppy staples that perennially sell well, but can still bring a fresh take on a well-trod fashion path. »

And now, here we are again, back at a place where anti-establishment sentiment runs deep. How does a company like Ralph Lauren react to these cultural ebbs and flows? By giving its take on whatever the look of the moment is. In a roundup of old Ralph Lauren advertisements, Vanity Fair captioned a ‘90s ad featuring a cropped long sleeve top and a denim maxi skirt as: « Ralph Lauren did grunge?! »

Patricia Mears, the deputy director of the museum at the Fashion Institute of Technology, remembers observing how Lauren’s merchandise morphed to speak to different generations when she was conducting research for a book and exhibition on Ivy style at FIT in 2012.

« When we were looking at images for the book, one of the things that we saw was a more recent photo shoot with young men, handsome, Ralph Lauren-esque. They were wearing certain things like beautiful crested navy blue blazers, but then they also had knitted caps like what you’d see on surfers or skaters, » says Mears. « Ralph was very smart about incorporating things like skate culture into a look that is still going to include the cornerstones of the Ralph Lauren vocabulary. It will still have chino pants or a navy blazer, but the T-shirt and the hat and some of the other accessories are going to be much more cutting-edge and something that a twentysomething today can relate to. »

Recently, some of Ralph Lauren’s lines have a boho feel in accordance with current trends. Carly Heitlinger, the blogger behind The College Prepster, says she doesn’t consider Ralph Lauren a traditional prep brand based on the current women’s merchandise, because it is so fashion-forward.

« A lot of their designs are a little bit trendier, a lot of crochet and knit, » says Heitlinger. « I’m sure you could find a piece or two within each collection that fit into more classic, traditional outfits like the button-downs, but there’s a lot of trendier stuff in there too. I think they really embraced this bohemian look. » She isn’t buying much from the brand these days, but says she would shop it more if it moved back towards its traditional prep roots.

No matter how the brand may change under its new CEO, Lauren’s own effect on fashion will always be far-reaching. So many designers have come up under his tutelage, from Vera Wang to Thom Browne to Tory Burch. His reputation in the industry precedes him.

« I asked Marc Jacobs one day, ‘Who’s your favorite designer?,' » says Mears. « At first when he said Ralph Lauren, I thought that was an interesting choice, but then he elaborated that there’s no person in the world who has done a better job of galvanizing that classical American look and turning it into an empire. When you see a Ralph Lauren piece you really know you’re looking at Ralph Lauren. He said that he’s probably the best designer in the world at that. »

And as the company looks forward, Lauren is adamant that Ralph Lauren will continue to be « a part of life, » as he told analysts at that Investor Day meeting. « This is about creativity, about life, » he said. « It’s not did we make a new shirt, look at us, we made a shirt with three buttons. It’s about living. It’s about dreams. And everyone has a dream. »

Erika Adams is a Racked contributor.

Editor: Julia Rubin


Voir par ailleurs:

Lauren Bacall, légende d’Hollywood, est morte

VIDÉOS – L’héroïne mythique du film noir, qui a formé avec Humphrey Bogart un couple légendaire, est décédée à 89 ans.

Une légende d’Hollywood s’en est allée. Lauren Bacall est décédée mardi à New York à 89 ans. «C’est avec un profond chagrin mais avec beaucoup de gratitude pour sa vie incroyable que nous confirmons le décès de Lauren Bacall», a indiqué mardi soir sa famille. Le site TMZ, spécialisé dans la vie des célébrités, a précisé que l’actrice était décédée chez elle à New York «d’un accident cardio-vasculaire massif». Elle habitait le Dakota, un célèbre immeuble en bordure de Central Park.

Lauren Bacall a envoûté le cinéma hollywoodien par sa voix grave et son regard bleu glacé pendant plus de 60 ans de carrière. Née le 16 septembre 1924 à New York, Betty Joan Perske de son vrai nom est la fille unique d’immigrants juifs roumano-polonais, de la famille de l’ancien président israélien Shimon Peres. Une couverture du Harper’s Bazaar et quelques photos de mode à l’intérieur du magazine ont décidé de son destin, en mars 1943. Elle a dix-neuf ans, se partage entre mannequinat, petit boulot d’ouvreuse et cours d’art dramatique, dans son New York natal. La femme de Howard Hawks remarque ce physique altier, visage aux traits aigus, regard vert perçant sous les arcades sourcilières prononcées. Elle presse son mari d’auditionner la jeune beauté pour son prochain film,Le Port de l’angoisse(To Have and Have Not). Betty dit parfaitement son texte ; mais elle est si intimidée qu’elle baisse le menton tout en levant les yeux vers la caméra. Ainsi naissent les légendes: elle sera «the look», ce fameux regard en dessous, étrangement direct et mystérieux. Il y passe de la sensualité et de l’insolence, du défi et de la distance.

Coup de foudre

La future star dispose encore d’un atout que ne laissaient pas soupçonner les photos: sa voix grave, aux intonations presque rauques, que Hawks lui fait aussitôt travailler. Elle s’appelle encore Betty, mais elle a déjà pris le nom de jeune fille de sa mère: Bacal. De son père, qui les a abandonnées quand elle était enfant, elle ne veut plus entendre parler. Howard Hawks, cinéaste Pygmalion qui la prend sous contrat pour sept films, lui fait ajouter un «l» à Bacal, choisit le prénom de Lauren. Dès sa première apparition à l’écran, la voilà prête à devenir la nouvelle femme fatale des films noirs qui connaissent alors leur âge d’or. Comme Vénus sortant de l’onde, Bacall sort de l’ombre.

Un autre Pygmalion l’attend sur le tournage: son partenaire, Humphrey Bogart, alors au sommet de sa gloire. Il a 44 ans, il est marié à l’actrice Mayo Methot, il boit trop. Le coup de foudre est réciproque, et la passion qui dévore les personnages déborde vite hors champ. Les luttes entre gaullistes et pétainistes dans les eaux de Fort-de-France, qui servent d’intrigue au Port de l’angoisse, ont laissé un souvenir plus obscur que la rencontre éclatante de sensualité et d’insolence du patron de bateau et de l’aventurière. Et la réplique fameuse: «Si vous avez besoin de moi, vous n’avez qu’à siffler. Vous savez siffler, Steve?» Cet aplomb garçonnier, cette distinction un brin voyou, ça on ne l’avait pas encore vu. La manière Bacall de traiter la séduction en bonne camarade est restée inégalée.

Bogart divorce pour épouser Bacall en 1945. L’année suivante, Howard Hawks les réunit de nouveau à l’écran dans Le Grand Sommeil. Une histoire de chantage très embrouillée où l’inspecteur Marlowe s’éprend de la superbe Vivian. Ils tourneront encore deux beaux films noirs ensemble, Les Passagers de la nuit de Delmer Daves (1947) et Key Largo de John Huston (1948). Ils auront deux enfants, Stephen, né en 1949, et Leslie, en 1952. Leur amour conjugal fera rêver l’Amérique, jusqu’à la mort d’Humphrey Bogart, emporté par un cancer en 1957. «Avant de le rencontrer, je pensais tomber sur un type plutôt grossier», a raconté Lauren Bacall, qui aurait préféré tourner avec Cary Grant. «J’ignorais qu’il avait une excellente éducation, lisait beaucoup, parlait bien. C’est une chance extraordinaire d’avoir été formée par un homme de son âge, et les amis de sa génération, comme Gregory Peck, David Niven ou Noel Coward, qui avait un esprit fou».

Dans les années 1950, Lauren Bacall se tourne vers la comédie, où son élégance sûre d’elle-même, sa drôlerie, son côté abrupt, un peu masculin, font merveille. Negulesco lui offre Comment épouser un millionnaire etLes femmes mènent le monde, Minnelli La Femme modèle. Elle y interprète une dessinatrice de mode mondaine, genre d’emploi qu’elle retrouvera plus tard dans Misery de Rob Reiner (1990) etPrêt-à-porter de Robert Altman (1994).

Une personnalité

Après la mort d’Humphrey Bogart, elle revient vivre à New York, et on la retrouve sur scène à Broadway dans Goodbye Charlie, Fleur de cactus, La Femme de l’annéeou Applause, comédie musicale d’après Eve de Mankiewicz, qui lui vaudra un Tony Award en 1970. L’œuvre est diffusée à la télévision où Lauren Bacall fait aussi carrière, jusqu’à la série des Soprano: elle y tient son propre rôle. Elle ne cessera jamais de travailler au cinéma. Mais duCrime de l’Orient-Express, àDogville etManderlay de Lars von Trier, le cinéma ne lui offrira plus de très grands rôles. Elle restera la star auréolée de son passé légendaire, qui donne de l’éclat à un générique. Et qui continue à faire son métier, sans vaine nostalgie. Sa bravoure et sa franchise la font couper court: «Les jours anciens étaient merveilleux, mais ils sont passés. Occupons-nous d’aujourd’hui.»

Pour que les choses soient claires, elle a écrit deux autobiographies, Par moi-même(éditions Stock) etSeule (éditions Michel Lafon), qui en est le complément. Des titres éloquents. Elle y raconte ses origines de fille d’émigrés juifs, roumains, allemands et polonais (elle était la cousine de Shimon Pérès), le brusque départ de son père, qu’elle refusera de revoir quand il ressurgira des années plus tard, les hommes de sa vie: après Bogart, il y a eu Sinatra, qui l’a plaquée goujatement, Jason Robards, épousé en 1961, dont elle divorcera huit ans plus tard à cause de son alcoolisme. «J’ai passé seule la plus grande partie de ma vie», a-t-elle observé. Elle trouvait que les hommes intelligents et spirituels se faisaient rares. Howard Hawks avait sans doute raison de penser que, plus qu’une actrice, Bacall était une personnalité. Un fier tempérament. Elle portait l’indépendance et les volutes de fumée comme personne.


Ses principaux films:

-»To Have and Have not» (Le port de l’angoisse, 1944), Howard Hawks

-»Confidential Agent» (1945), Herman Shumlin

-»The Big Sleep» (Le grand sommeil, 1946), Howard Hawks

-»Dark Passage (Les passagers de la nuit, 1947), Delmer Daves

-»Key Largo» (1948), John Huston

-»Young Man with a Horn» (La femme aux chimères, 1950), Michael Curtiz

-»Bright Leaf» (le roi du tabac, 1950), Michael Curtiz

-»How to marry a millionaire» (1953), Jean Negulesco

-»Woman’s world» (Les femmes mènent le monde, 1954), Jean Negulesco

-»The cobweb» (La toile d’araignée, 1955), Vincente Minnelli

-»Blood Alley» (L’allée sanglante, 1955), William Wellman

-»Written on the wind» (Ecrit sur du vent, 1956), Douglas Sirk

-»Designing woman» (La femme modèle, 1957), Vincente Minnelli

-»The gift of love» (La femme que j’aimais, 1958), Jean Negulesco

-»Shock Treatment» (1964), Denis Sanders

-»Sex and the single girl» (Une vierge sur canapé, 1964), Anthony Quinn

-»Harper» (Détective privé, 1966), Jack Smight

-»Murder on the Orient Express» (Le crime de l’Orient Express, 1974), Sydney Lumet

-»The shootist» (Le dernier des géants, 1976), Don Siegel

-»The fan» (Fanatique, 1981), Edward Bianchi

-»Misery» (1990), Rob Reiner

-»Prêt-à-porter» (1994), Robert Altman

-»Le jour et la nuit» (1997), Bernard-Henri Lévy

-»Dogville» (2003), Lars von Trier

-»Manderlay» (2005), Lars von Trier

-»The Forger» (2012), Lawrence Roeck, son dernier film en tant qu’actrice

Voir de plus:

« The Look »Lauren Bacall: un certain regard Danièle Georget
Paris Match

Avec Bogart, elle formait le couple le plus mythique de Hollywood. Pendant plus de cinquante ans, elle a continué sa route sans lui, avant de s’éteindre à 89 ans.

Elle a tout d’une princesse, mais elle est née d’un représentant de commerce et d’une émigrée juive roumaine du Bronx. Il a l’air d’un dur mais il est fils de bourgeois, cousin d’aristocrates anglais. Dès leur premier film, elle est la lumière et lui, l’ombre. Entre Lauren Bacall et Humphrey Bogart, tout commence par une réplique culte, « Vous n’aurez qu’à me siffler », lancée en 1943 sur le plateau du « Port de l’angoisse », d’une voix rauque, travaillée à la cigarette pendant trois semaines. Ce n’était que le signe extérieur d’un aplomb qui annonçait une ère nouvelle. Mais face au héros tragique, bagarreur de 44 ans qui savait si bien encaisser les vacheries du destin, elle avait, en la prononçant, le menton qui tremblait. Tant pis, elle le regarderait par en dessous pour assurer son équilibre. Une panthère qui surveille sa proie. Ainsi naquit son surnom, « The Look ».

Du fond de son désespoir tranquille, Bogie a deviné la bluffeuse hors pair, qui joue comme si elle avait un brelan d’as… En réalité, elle en est encore à courir après l’ombre de papa, disparu dans la jungle où se perdent les hommes infidèles. Lauren adule sa mère. Elle survit de petits boulots : ouvreuse, mannequin dans les grands magasins, c’est-à-dire portemanteau. Il lui a fallu renoncer à l’école de théâtre, car on n’y donnait pas de bourse aux filles. Un garçon lui a déjà fait du gringue : Kirk Douglas. Mais elle a gardé ses distances. Peut-être a-t-elle deviné que, au fond, elle n’était pas son genre : pas de seins, pas de fesses, trop grands pieds. C’est l’époque où Marilyn se fait refaire le nez, la poitrine, et teindre en blonde. Une gueule de fantasme. Lauren Bacall mise sur la différence. Une jeune vierge au visage de femme fatale qui s’impose dans le style de la copine insolente et affranchie, elle qui connaît si mal les hommes.

Timide, Bogart l’a embrassée sans prévenir

Comme il est timide, Bogart l’a embrassée sans prévenir, après trois semaines de tournage et d’innombrables plaisanteries. Dans sa loge, il lui a pris le menton puis lui a tendu une pochette d’allumettes pour qu’elle y inscrive son numéro de téléphone. Il n’y avait pas de caméra pour filmer la scène. C’est Lauren qui l’a racontée dans ses Mémoires, « Par moi-même » (éd. Stock, 1979).Ce n’était pourtant pas dans les habitudes de Bogie, ces amours de tournage. Lui, quand il aime, il épouse. Souvent. La troisième Mme Bogart est, comme les autres, une actrice. Qu’est-ce qui lui a plu en Mayo Methot ? Ses joues d’écureuil ou sa détermination à ne jamais le laisser boire tout seul ? C’est un vrai pilier de bar, mauvaise comme les habitués des saloons dans les westerns. Mme Bogart a l’habitude de balancer cendrier et bouteille à la tête du gentleman de « Casablanca ». Elle hurle comme un ivrogne. A Lauren, elle lancera : « Petite garce juive, c’est toi qui vas lui laver ses chaussettes ? » Bref, elle donne à Bogie toutes les raisons de boire. Ce dont il lui est reconnaissant. L’alcool est alors un attribut essentiel de la virilité. Ça ne dérange pas Lauren. Et même, elle suit… A Paris Match, en 2005, elle déclare : « J’ai d’abord tenté l’orange blossom, gin-jus d’orange. Pas terrible. Ensuite, l’aquavit on the rocks, qui me rendait malade. Je ne détestais pas le brandy, qui faisait anglais. Je me suis mise au Martini sur glace, très dilué. Puis le Jack Daniel’s… Aujourd’hui, je suis plutôt vodka. Mais, franchement, l’alcool ne me convient pas. » Elle ira jusqu’à l’accompagner sur son bateau où elle a le mal de mer…

Il l’appelle « Slim » (Mince) ou « Baby ». Elle lui dit « Steve », comme dans le film, et reste à son côté quand il joue aux échecs, ou fait des grimaces pour le faire rire. A la sortie des studios, il la rejoint dans sa voiture, comme un lycéen. Et, parfois, quand il est soûl, il l’appelle au milieu de la nuit pour lui donner rendez-vous sur la Route 101 où elle le découvre à 4 heures du matin, un énorme tournesol à la boutonnière. Il la traite en amante autant qu’en copain, et elle, en homme de sa vie. Ce qui n’échappe pas à Howard Hawks, le réalisateur qui lui a donné sa chance après avoir vu sa photo à la une de « Harper’s Bazaar ». Jaloux, il lui fait la morale, critique son jeu, lui affirme qu’elle est en train de tout gâcher pour un type qui, le film terminé, ne se souviendra même plus d’elle… et elle répond d’une voix de petite fille que personne ne lui connaît : « Mais Howard, qu’est-ce qu’on fait quand on a un type dans la peau ? » Howard Hawks n’avait que la mauvaise foi du mauvais perdant. En réalité, il faudra à peine un an pour que Bogart quitte sa femme. Il épouse Lauren en mai 1945. Cela aurait pu être la plus belle noce de Hollywood. Mais il choisit pour la cérémonie une ferme, dans une petite ville de l’Ohio. Devant le juge, ils se tiennent par la main, avec les genoux qui flageolent. Un bonheur de midinette pour des héros de film noir.

Leurs deux enfants passeront toujours après Bogie qui ne supporte pas d’être sans elle

Leur première vraie dispute résonne quand elle lui apprend qu’elle est enceinte : « Il vociféra qu’il ne m’avait pas épousée pour me perdre au profit d’un enfant. Qu’aucun enfant n’allait se mettre entre lui et moi. » Ils en auront deux, Stephen, en 1949, et Leslie, en 1952. Et Lauren respectera sa promesse. Ils passeront toujours après Bogie qui ne supporte pas d’être seul, sans elle : à l’époque de « The African Queen », l’aîné se retrouve près de sa nurse morte, victime d’une crise cardiaque, sur le tarmac de l’aéroport où ils viennent de s’envoler pour New York. Et alors… on lui enverra sa grand-mère. « Il avait longtemps dit : “Je n’ai pas d’enfants parce qu’ils ne boivent pas”, confie Stephen dans un documentaire de Bertrand Tessier (pour OCS). Nous avions juste commencé à être plus proches quand il est tombé malade. »

Bogart a toujours su que le bonheur ne durait pas. Sa grandeur, c’était de montrer que ça ne l’empêchait pas de vivre, qu’il avait les tripes pour affronter le destin. Son destin à lui, ce sera juste avant le tournage de « Plus dure sera la chute », en 1956, un cancer de l’œsophage. L’alcool, le tabac. Entre sa première opération et sa mort, à 57 ans, onze mois vont s’écouler, à souffrir, à ne plus manger, à ne plus pouvoir marcher. Ensemble, ils ne voudront rien savoir de la tumeur, de la bombe au cobalt, de la moutarde à l’azote, ce dérivé du gaz moutarde avec lequel on tente encore l’impossible… Jusqu’à la fin, Bogart ferraille avec les chroniqueurs qui balancent qu’il est incurable : « Comme on dit, je ne me suis jamais si bien porté… Il ne me manque qu’une douzaine de kilos que certains d’entre vous, à coup sûr, pourraient avantageusement me céder. » Quand elle l’emmène à l’hôpital, maintenant c’est elle qui porte la valise, avec, à l’intérieur, la bouteille de scotch et le jeu d’échecs, et elle qui lui dit : « J’aime beaucoup que tu t’appuies sur moi, c’est la première fois en douze ans. » Il est passé aux cigarettes à bout filtre. Et du whisky au Martini, mais, à Noël, elle lui offre un pyjama et une veste d’intérieur. Bogie ne sera plus jamais un homme debout.

Elle a tenté de refaire sa vie mais personne n’avait la carrure

Leur dernière nuit, ils vont la passer ensemble le 12 janvier 1957. Elle a pris l’habitude de dormir dans une alcôve pour ne pas le déranger mais, ce soir-là, il lui demande de rester, il a peur. C’est une nuit sans répit, à lui tenir la main pendant qu’il suffoque. Bogie tombe dans le coma le lendemain pendant qu’elle emmène les enfants « à l’école du dimanche », le catéchisme des protestants. Il lui avait pourtant dit de ne pas s’éloigner… On s’étonnera que, le jour de l’enterrement, elle n’ait pas versé une larme. Elle était pourtant méconnaissable avec ses paupières gonflées sous son petit béret noir. Sans voilette, sans lunettes, toute droite. Qui connaissait Lauren Bacall ? Pour Hollywood, elle est devenue la veuve, celle qui rappelle l’absent et, pire encore, qui montre combien la vie est cruelle, bien plus que l’imaginent les scénaristes. Elle restera néanmoins une star à qui l’on demanda toute sa vie pourquoi elle tenait tant à travailler, ce qu’elle fit jusqu’à 87 ans. « Pour payer mon loyer », répondait-elle en souriant.

Elle avait 33 ans quand Bogie est mort. Pendant plus d’un demi-siècle, elle a porté vaillamment le fantôme écrasant, ça ne l’a pas empêchée d’épouser un autre acteur, Jason Robards, qui disparaissait pendant des nuits entières de beuverie. Elle a eu un troisième enfant, des amants, elle a tenté de refaire sa vie mais personne n’avait la carrure. Elle avait pourtant tourné la page, retrouvé New York, le très chic immeuble Dakota devant lequel John Lennon fut assassiné. Le temps des studios était mort depuis longtemps, il fallait s’habituer à voir Lauren Bacall dans des seconds rôles ou des séries télé. Heureusement, restait le théâtre. Et son plus grand succès, « Applause », à New York et Londres. C’était l’adaptation du film de Mankiewicz « Eve » (1950), avec Bette Davis, la star qu’elle avait tant admirée, enfant, et qui lui confiait, à 15 ans : « Il faut que vous soyez bien sûre de votre vocation… car, voyez-vous, j’ai deux Oscars sur ma cheminée, mais ils ne me tiennent pas chaud par les froides soirées d’hiver. » La solitude, Lauren Bacall l’a apprivoisée, elle qui disait : « J’ai passé bien plus d’années sans Bogart qu’avec lui. Mais après sa mort, je me suis mise à penser et agir comme lui. Je suis un peu devenue lui. »

Voir encore:

Book Reviews
The Very Jewish Love Story Behind Erich Segal’s ‘Love Story’
How the famed writer’s unrequited passion for Janet Sussman led to the era-defining best-seller, and how Segal, who died six years ago this week, never got over her
Paula Young Lee
Tablet

January 14, 2016

“What can you say about a 25-year-old girl who died?” reads the opening line of Erich Segal’s 1970 best-seller Love Story. Well, for starters, Jenny—or the real-life model for Segal’s fictional tragic heroine—didn’t die. Her name is Janet, she’s Jewish, and she’s alive and well and living in New York City.

In 1998, a series of misreported conversations made it sound as if Al Gore had claimed that he and then-wife Tipper had inspired the young couple at the center of Love Story: the preppy Oliver Barrett IV, and working-class ingénue, Jennifer Cavilleri. A woman named Janet Sussman stepped forward as the “real” Jenny, which was a revelation of such proportions that Maureen Dowd wrote about it in her column for the New York Times, People Magazine ran a feature story, Inside Edition interviewed her, and Oprah later followed up with a taped special segment. But these quick takes only scratched the surface of what turns out to be a more revealing—and very Jewish—story, involving a youthful love triangle in Midwood and an author who would transform unrequited love into a book that made him rich and famous.

Janet Sussman grew up in Flatbush, the younger daughter of intellectual Russian-Polish immigrants who came to the United States with the help of Zionist organizations. The family was part of what her older sister Deborah called “the Tribe,” a close-knit social circle dedicated to raising money to help establish a Jewish homeland. That circle included the Gartners, the parents of a boy named Gideon, with whom Janet shared the same piano teacher, Roberta Berlin. From the time they were “eight, nine, ten years old, we were performing together in recitals playing four-hand piano duets,” Janet recalled, when I spoke with her recently.

Around the same time, she started attending Camp Kinderwelt (Yiddish for “children’s world”), a sleep-away summer camp for boys and girls aged six to fifteen located in Highland Mills, New York. It operated in tandem with Unser Camp (“our camp”), a resort that attracted Yiddish intellectuals and artists—theater actors, directors, poets, and teachers. Established in the late 1920s, Kinderwelt accommodated about 500 campers and counselors at its height. All that remains of Kinderwelt today is a website run by Suzanne Pulier, who was a camper in the late 1940 and ’50s at the same time as Janet. Suzanne recalls that Janet’s nickname was “Machine-Gun.” Suzanne explains: “Apparently she had a laugh that sounded like that and was very contagious. I know many a boy had a big crush on her!”

Suzanne’s memories concur with those of Marty “Smitty” Smith, who remembers Janet as being “very pretty, part of the ‘with-it’ group,” who sang for Saturday services and Friday night Shabbat. Suzanne clarifies: “We sometimes performed in Yiddish for the Unser Camp adults, we walked through their camp on Shabbat showing off our white clothes for the evening’s religious services and we sang for the adults when they had events in the Literashe Vinkel (the little amphitheater).” Janet also played the piano to accompany the singing.

In 1952, while at camp, 15-year-old Janet received an unexpected love letter from a 17-year-old schoolmate in Brooklyn. It was a seven-page confession that he loved her with all the force a love-struck teenager could muster. He felt compelled to write because he was about to leave for college, and feared he’d lost his chance to go on a date with her. He dreamed they would get married in ten years. He dreamed that she would just write back. He worried that he was foolish to confess, because so many other guys were also in love with her.

***

In the early 1950s, Janet Sussman attended Midwood High School along with Gideon Gartner and Erich Segal. (Allan Konigsberg, class of ’53, was at Midwood with them too. He would later become known as Woody Allen.) Erich was the same age as Janet but a grade ahead of her, and Gideon, who wrote her the seven-page love letter, was two years older but three grades ahead. Inside the social ecology of Midwood High, there was very little overlap between Erich and Gideon, and no points of intersection between Janet and Erich.

Now an undergraduate at M.I.T., Gideon was always calling her, trying to get her to go out with him. When that failed, he began writing her letters. But Janet was not interested in him. “I had work to do!” Janet exclaims in tones of mild indignation. She was too busy with friends, singing, and her studies to bother with a boyfriend. With lifelong best friend Helen Mones, Janet would play guitars once a week; they also sang together in the All-City Chorus, which brought together students from all five boroughs.

So, when Janet began receiving more anonymous valentines, she didn’t think anything of it. “In those days,” she explains, “life was what happened. You didn’t question things. I got letters. I figured that everybody got letters.” The letters started in 1954, when she was 17 years old, and a junior in high school. “And then he started to sign his letters to me,” Janet says. The new letter-writer, Erich Segal, would keep writing her letters for the next 16 years.

Janet knew who Erich was, of course. Everybody knew him as the Mayor of Midwood, the equivalent of the student body president. But she had no idea how she came to his attention. He didn’t hang out by her locker or participate in chorus. She didn’t see him at all during her normal daily routines.

Unbeknownst to Janet at the time, Erich had asked Dick Kolbert to find out about her. Dick was class of ’55, a junior, and into basketball. Erich was class of ’54, a senior, a star of track and field. Dick sat next to Janet in English class and had played Algernon to her Cecily in the student production of Oscar Wilde’s play The Importance of Being Earnest. Dick’s secret assignment was to “ask her questions, find out if she had a boyfriend, what she said about him, that sort of thing,” and to report back to Erich what he’d learned. “It became clear that Erich was stuck on Janet,” Dick says crisply, “and Janet did not reciprocate.”

The following year, “Old Kolbert” succeeded Erich as Mayor of Midwood. A dignified man who speaks carefully, Dick doesn’t doubt that Erich based “Jenny” on Janet. There were too many similarities between them. And he believes that Erich’s feelings were sincere. “Teenagers really do experience genuine love,” he muses. “Even if it’s love at a distance. He may have been a little self-dramatizing, but he was genuinely smitten.” Though he wouldn’t reveal any details, Dick confirmed that Erich subsequently wrote “a long letter to him, pouring out his heart” regarding the depths of his feelings for Janet and asked him to burn it after reading. And so he did.

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Dick Kolbert remembers that Janet was very pretty, but that it was Marge Cama who was voted “Prettiest Girl” in their graduating class at Midwood. The difference was that Janet had, “well … something,” he offered vaguely. “If there was a Geiger counter, she would be towards the top.”

Teenage boys may have been drawn to Janet’s artless good looks, but it was that ineffable quality of being your own person that made them fall in love with her. When Janet’s sister Deborah was 14, she wrote a strangely revealing essay about her then 8-year-old sibling. “Her tiny pug nose and tinkling laugh are two of the factors which gave her the titles, ‘Mis-Chief’ and ‘Machine-Gun,’ ” Deborah wrote of her sister in third grade. “I often wonder how she acts with male friends of her own age, and why they are so attached to her.”

Deborah titled the English-class essay “A Female Casanova” on account of the fact that Janet had a “boyfriend”–another third-grader named Ronald, who briefly became sick and stayed at home, leaving room for “Richard” to move in. Yet Deborah was perplexed. What qualities did Janet possess that made boys become infatuated with her? Nobody I spoke to about Janet’s years at Camp Kinderwelt or Midwood High School described her as a flirt, “boy crazy,” or any variation thereof. Rather, her response to male attention seems consistently to have been amused bafflement, followed by indifference.

In high school, Janet shared Erich’s letters with her other life-long best friend, Diana Stone. Diana lived across the street from the Sussmans’ home in Brooklyn, and she and Janet were as close as sisters. With a note of incredulity in her voice, Janet exclaims: “I think Diana even tried to persuade me to relent, just a little!” To no avail. She wasn’t rude to Erich, Janet stresses. But she never went out with him. Yet Erich’s letters kept coming.

At Barnard, Janet double-majored in music and French. An accomplished pianist, she composed the entrance music to Barnard’s “Greek Games” as well as a second piece for the dance portion, choreographed by Tobi Bernstein (today the distinguished dance critic Tobi Tobias). “This piece became the soundtrack to our childhood,” Janet’s youngest child, Aleba, states, “as it was the one piece she would turn to again and again when playing the piano for pleasure and not for work. We loved it so much—it totally captures her passion. It has very intricate syncopation amid gorgeous melodies.” A serious student, Janet took a composition class with Otto Luening across the street at Columbia University. This very small class included two future winners of the Pulitzer Prize for music composition: John Corigliano, who was also in Janet’s class at Midwood High School; and Charles Wuorinen, who “sat in the back row alone all the time,” Janet elaborates. “We all knew he was the genius of geniuses.”

By fall of 1959, she had graduated from college and finished up a summer at the Cummington School of the Arts in Massachusetts. She then found a job working as an administrative assistant for Columbia Records in New York City. Meanwhile, her older sister Deborah, a protégée of Ray and Charles Eames, had been on a Fulbright year in Ulm, Germany, and had moved on to Paris, where she settled into her new job as a graphic designer for chic department store Galeries Lafayette. Deborah wanted her baby sister to come visit.

It was time for Janet to make a choice. She had a good entry-level job at a business where she might have a future if she stayed—but Paris beckoned. After hemming and hawing, she finally gave notice to her bosses at Columbia Records and joined her sibling for a stint of seven months in Europe. On June 8, 1960, Deborah wrote to their parents:

after five weeks, i cannot imagine being without her. i was amazed and impressed, and so are others, at her insights and awarenesses of people. she has developed very highly intellectually, equaled (need one say?) by her beauty. yet i think that being far from home and her usual routines is the best thing she could do right now, in order to learn a certain independence.
Deborah’s letter made no mention of the man from Midwood High who was planning on delivering himself to their doorstep in the 18th arondissement the very next day, flowers in hand, with plans to take her baby sister out for her birthday, which happened to be close enough to his birthday, too. Erich Segal and Janet were Geminis, the sign of the Twins, born one week apart: June 9 for her, and June 16 for him. Erich had written Janet to let her know of his plans, but he’d not heard from her in two weeks since his last letter, he complained, and had no idea if she would be there when he arrived.

He had reason to fret. If Janet wasn’t exactly avoiding him, she wasn’t waiting breathlessly either. The sisters had driven to South of France, to the French Riviera, taking the routes favored by truck drivers because the food along the way was cheap and good. As for Erich, she says, he was “on his own.” It didn’t help his case that her sister “didn’t think he was important,” Janet relates with a rueful laugh. Ever decisive, Deborah summed Erich up and cut him down in three words: “He’s so short!” Janet concurs that he was short of stature, but with a “magnificent face.” When the three of them eventually ended up having dinner in Paris at the home of Erich’s aunt and uncle, “I was on good behavior,” Janet says lightly. “Deborah—ahem—wasn’t.” The formal meal turned into a scene from Hannah and Her Sisters à la française, with Janet being her charming and effervescent self, and Deborah blurting out caustic remarks in impeccable French.

Deborah, Erich, and Janet on the French Riviera, 1960.
That Janet agreed to dine with Erich’s relatives did not turn her into his girlfriend. “I wasn’t rude,” she exclaimed indignantly. “But he made every effort to see me, and I made none to see him.” Erich flew back to the United States, his love unrequited. And he kept sending her letters. From Cambridge, Massachusetts: a postcard mailed to her in Paris. From New York City: a telegram to her in Paris. From Barrow, Alaska: a letter addressed to her in Brooklyn. From somewhere over the friendly skies: a letter on American Airlines’ stationary, scrawled on a return flight from a Passover visit with his mother and family. From his office at Harvard University, where he’d obtained his undergraduate, Master’s, and doctoral degrees and then joined the faculty: a letter to her in Brooklyn, written in a ruled blue book used for exams. And so on.

Janet still has dozens of letters in her possession. They are full of chatty details of the non-events of the quotidian, using charming terms of endearment, little doodles, and clever puns in Latin, Greek, French, and Hebrew. During Janet’s sojourn in Paris, he visited her parents in Brooklyn. “Erich spoke Russian with my father, Polish to my mother, and Yiddish to my grandmother,” Janet recalls about that visit. Her parents approved of him, and they were thrilled when he told them he would be visiting her. From Paris, Erich sent a letter to Irving and Ruth Sussman to update them on the status of his visit with their daughters, including a description of that interesting supper with his relatives.

Following Erich’s departure from Paris, Janet had remained in France. She was nearing the end of her funds, so she began to look for a job. She found one close by in the 19th arondissement, working with a record company called Etablissements Atlas. Her job was to translate the French information on record labels into English. After two months, her bosses offered her a permanent position in London, where the company was opening a new office. But Janet didn’t take the London job, and she didn’t stay in Paris. Instead, both she and her sister decided to return permanently to the United States, sailing home on a ship called La Liberté. The voyage lasted a week. Upon their arrival, both sisters came back to the family home in Brooklyn, but Deborah immediately began readying to depart for California, where she would resume working for Ray and Charles Eames.

As it turned out, Erich Segal wasn’t the only suitor writing Janet earnest letters. Gideon was sending them too, and he had the home field advantage. “He was one of our own, part of the Rambam club,” Janet explained: “This was one of the arms of the Labor Zionist Federation, with the goal of establishing a nascent Israel. I inherited that fervor from my father.” And if, in high school, Gideon was a typical skinny teenager, Janet recalled, “he came back from college to Brooklyn, transformed.”

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By October 1960, Janet had started a new job working as the assistant to Geraldine Souvaine, producer of the Metropolitan Opera’s Saturday Afternoon radio broadcasts. When Gideon called and asked her out again, her heart didn’t leap with giddy anticipation. Still, she accepted his invitation—in her mind, a kind of pro forma social ritual, the sort of meetup owed to someone whose parents knew your parents and participated in the same groups. “We’d never before been on a date. When he showed up, he was like a stranger,” Janet says in lingering tones of wonderment. “He was my piano partner but he’d been a boy, then. I came back from Europe and he was a man. I was suddenly romantically attracted to him. I admired his broad shoulders,” Janet laughed, a 78-year-old grandmother suddenly girlish again, “and that was it!” A few months after their first date, he and Janet married.

They’d planned a traditional big wedding in a synagogue, but Janet’s father Irving was hospitalized at Maimonides Hospital with a hip injury and suffering from what would later be diagnosed as the early stages of Parkinson’s. Janet related: “In the Jewish tradition, you don’t postpone the wedding, so we brought the wedding to him. The rabbi came, and the ceremony was held in the hospital. It was very small, just family and close friends. We left the next day for our honeymoon in Puerto Rico.”

It was a marriage between families, joined together inside a community that had supported them since they were small. They’d known each other nearly their entire lives yet had fallen in love as adults. By the time they wed, Janet’s childhood piano partner had pursued her for eight years, and it was the third time she’d resigned her job and walked away from a potential career. She was almost 24 years old.

Erich saw the wedding announcement in the paper and wrote Janet a letter to congratulate her. Still, his letters kept coming.

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The newlyweds moved to Tel Aviv and lived there for four years. Janet remembered this as a wonderful, emotionally fulfilling period in their lives. Gideon’s extended family in Tel Aviv had embraced her. She learned to speak Hebrew fluently and was thrilled to be having healthy babies—first Perry, then Sabrina—born 16 months apart. For a period of eight months, Gideon was transferred to Paris; then the family returned to Tel Aviv. Perry was too young then to remember specifics, but he recalled that his father was “incredibly ambitious,” displaying the drive that would lead him to found the Gartner Group (now Gartner, Inc.), the first of several successful companies that would establish him as one of the pioneers in the new industry of information technology. Returning to the United States, they eventually settled in Mamaroneck, New York, where their third child, Aleba, was born.

And Janet and Gideon wrote each other love letters. Throughout their marriage, they communicated through music, and regularly exchanged letters—sometimes mailed, often left on each other’s pillows—that paint a complex, profound, private portrait of a marriage. But if one wonders what set Gideon apart from Janet’s other suitors, this simple line may explain it: “To you,” she wrote to Gideon in a letter of 1961, “I’m real.”

Now a married woman with three children, Janet started receiving notes and letters again. She knew who was sending them. Erich had become a professor of Greek and Latin literature at Yale and had also met with success as a Hollywood screenwriter. She figured Erich for a prolific writer who’d simply gotten in the habit of writing down and mailing his thoughts to her. Every once in a while, she responded with a brief note and didn’t ponder the matter any further. Meanwhile, in 1968, her sister Deborah co-founded the pioneering environmental design/graphic arts firm Sussman/Prejza, which became one of the most influential design companies in the country.

In 1969, Janet’s entire young family was sound asleep when the phone rang at 3 a.m. It was Erich Segal. “He was soused,” Janet recalled. “He told me that he’d just written his final love letter to me and that it was over a hundred pages long.” That last, very long letter was Love Story. A shortish novel, it became the best-selling book of 1970 and made Erich an instant millionaire. When the film exploded the following year, Erich invited Janet to accompany him to the Plaza Hotel in New York City, where she dined with him and the film’s stars, Ryan O’Neal and Ali MacGraw, as well as the producer, Robert Evans. Janet recalled: “Gideon said I could go—however, he stipulated that I couldn’t be identified to the press as ‘Jenny’.” She attended the fête as the “mystery woman.”

In the silence, the mystery surrounding Janet’s identity merely thickened, until that fateful conversation in 1998 which transformed Tipper from Tennessee into Jenny from Rhode Island. As result of that story, Erich stated publicly that Oliver Barrett IV had been partly inspired by fellow Harvard student Al Gore, the son of a senator and a WASP product of prep schooling, but he’d given Oliver the personality of Gore’s roommate, Tommy Lee Jones, the poet-cowboy actor from Texas. But what about Jenny?

Though Erich never came out and declared in so many words, “Janet Sussman is Jenny Cavilleri,” he admitted as much in an extensive interview for the May 1971 edition of the Italian magazine Oggi. In addition to describing his changed romantic prospects in the wake of sudden wealth and fame, he confessed his feelings for “Jenny” at length. “When you lose the woman you love,” he said, “it is over for you, whether she leaves you for another man, or she dies. You are still alone. It was at this point that I started thinking about Love Story. That’s why in the book, Jennifer dies, because for me she had died.”

The interview included a photograph of Erich and Janet on the Promenade des Anglais on that trip to France in 1960. The caption, in Italian, identifies Janet as “Jennifer, the muse,” and states plainly that the woman in the photo, Janet, is the inspiration for Love Story. Like “Jenny” as described in Love Story, Janet was: “beautiful. And brilliant … loved Mozart, and Bach. And the Beatles.” Was affectionately called “Four-Eyes,” hated her glasses and removed them at every opportunity. Was a music major, though Janet went to Barnard and also majored in French, whereas “Jenny” attended Radcliffe. Jenny/Janet was an accomplished pianist, an intellectual in the habit of biting her nails, quick with sarcastic retorts, especially with men, and she often used the word “stupid” to express her impatience.

It’s fun to re-read Love Story in light of the history shared by Janet and Erich, as it turns his prose into something far more confessional and intimate. “Either way I don’t come first,” Oliver complains on the very first page, “which for some stupid reason bothers the hell out of me.” “I would like to say a word about our physical relationship,” Oliver begins chapter 5. “For a strangely long while there wasn’t any.” But Jenny is working-class Italian American, and Oliver is a wealthy WASP. Or, as Jenny says, “Ollie, you’re a preppie millionaire, and I’m a social zero.” There is nothing of Jewishness in the novel, which instead celebrates Anglo-American culture and values to the point of pandering. Jewish identity comes up only twice in the book, first when Oliver remarks that the editor of the Harvard Law Review, Joel Fleishman, wasn’t very articulate; and second, when Oliver graduates from law school and is job hunting in New York City. He declares:

I enjoyed one inestimable advantage in competing for the best legal spots. I was the only guy in the top ten who wasn’t Jewish. (And anyone who says it doesn’t matter is full of it). Christ, there are dozens of firms who will kiss the ass of a WASP who can merely pass the bar.

Given that Erich’s father and grandfather were rabbis, this is a curious statement that suggests he envied structural whiteness even as he prided himself on succeeding on his own intellectual merits. In his mind, nonetheless, WASP status seems to have been tied up with better success with women. In the Oggi interview, Erich described one of his final in-person conversations with the “real” Jenny, i.e., Janet, which took place at a restaurant following the book’s release. In it, he not only confirmed to her that she’d inspired the character, but believed that if he’d only been an Oliver in real life, “we would have gotten married”—an assumption that has no basis in Janet Sussman’s subsequent life.

Janet still seems amazed that she had such an impact on Segal and even more confounded that this story would have resonated so strongly with the public. “It was only many years later,” Aleba remarked, “that I realized how difficult it must have been for my mom to be the invisible muse, the real-life healthy living inspiration for this dead heroine in this impossibly huge best-seller and film. She never ever expressed this, but how could she not feel the frustration? They must have had a silent agreement not to make a big deal out of it, in part out of respect to my dad and us three kids.” (After 17 years of marriage, Janet and Gideon divorced, the way couples do once the children are out of the house. Though there have been suitors over the decades since that split, she has not gotten remarried.) Her middle child, Sabrina, clarified: “She had—has, really—no idea how surprising it was that she resisted Erich without thinking much of it. She has a way of doing that, living her life on her own terms, even as others seek to be part of it.”

Voir également:

Maybe Jenny Cavilleri didn’t die of a mysterious disease.

Maybe she got divorced and moved to Greenwich, where she is alive and well and playing the piano in a chamber music trio.

Janet Sussman Gartner loves Beethoven, Bach and the Beatles. She bites her nails. And, at 60, this mother of three still enjoys putting Harvard preppies in their place.

In this case, the preppie is the Vice President. Mrs. Gartner has come forward to say that she, not Tipper Gore, is the model for the saucy but doomed heroine in  »Love Story. »

 »They used to call me the girl with sparkle, » said Mrs. Gartner, who offered as proof pictures of herself with Erich Segal, a copy of the Italian magazine, Oggi, in which Mr. Segal is quoted saying Janet is Jenny, and a bunch of old  »Sweet Suss » love letters signed  »Erich, »  »Segal » and  »the Kosher Liberace. »

 »The whole world kept saying to me, ‘You didn’t die,’  » she says.  »Well, I didn’t marry him, either. »

It may seem odd that people are so eager to associate themselves with the most treacly book and movie in modern times. It may seem odd that I keep writing about the most treacly book and movie in modern times. But then, I live in a city that has gone gaga over a puppy.

First the Vice President, to warm up his image, planted the notion that he and Tipper were the models for Oliver Barrett IV and Jenny Cavilleri. But Mr. Segal reined him in, making it clear that Tommy Lee Jones was the model for the sensitive, studly part of the character, while Al got the neurotic father-fixated part, and Tipper got zip.

That raised the question: Why not Tommy Lee Jones for President? Doesn’t America deserve the cool roommate? (And Will Smith for Vice President!)

Now Mrs. Gartner is laying claim to Jenny. What’s next? Are we getting into Anastasia territory? Will a line of Italian men step forward to say they inspired Phil Cavilleri, Jenny’s saintly dad?

In a 1970 interview with The Times, Mr. Segal said he had used the story of a Yale student whose wife had died, but had based Jenny’s personality on a flame from his Harvard days who did not go to Radcliffe.

Mrs. Gartner says she was good friends with Mr. Segal when they were both at Midwood High School in Brooklyn (along with Woody Allen) and later, when she was at Barnard and he was at Harvard. She said they once traveled through the south of France with her sister, but she did not reciprocate the infatuation of her  »brilliant suitor. »  »I was an idiotic young woman, a pretty girl, I had a million boyfriends and I threw them out like the garbage at the end of every day. »

One night, several years into her marriage to a computer executive, she said, an excited Erich called her at 3 A.M.  »My husband was disturbed. Erich said, ‘I just wrote you a 250-page love letter.’ When the movie opened, it was a heady time. He re-entered my life, and invited me to go out to dinner at Trader Vic’s in New York. We were at a large circular table with Ali MacGraw and Ryan O’Neal sipping out of a common huge drink with long straws. I thought, ‘Life can’t get any better than this. Janet Gartner from Mamaroneck is Jenny.’ Now everyone has forgotten. »

Mr. Segal would not confirm or deny Mrs. Gartner’s claim. He sent a fax from London saying:  »I would be very happy if you did not write this piece. And extremely grateful. » When my assistant reached him by phone and asked if Janet was Jenny, he again avoided a yes or no:  »Can’t you just say that I’d already left the office? »

Mrs. Gartner said Mr. Segal had made her a lower-class Italian to spice up the story with class and religious conflict.  »We both had Jewish immigrant families. He was brought up as an Orthodox Jew, I a Conservative Jew. »

She still cherishes the  »dazzling » love letters with the English-French puns, and a poem about a Passover and a satyr.

She says Mr. Segal never told her who inspired Oliver. But she’s ready to get on my  »Tommy Lee Jones for President » bandwagon.  »He’s the most irresistible man on the earth, » she says.

Voir encore:

IT WAS A DARK AND STORMY NIGHT—well, it was dark anyway—when Janet Sussman Gartner learned she was the inspiration for high school classmate Erich Segal’s first novel. Gartner, her husband and three children were sound asleep in their Ma-maroneck, N.Y., home in 1969, when the telephone practically exploded at 3 a.m. “Hey, Sussy” crooned a seductive voice. “I just wrote you a 258-page love letter.” It was Segal, then a Yale professor, freshly stoked on completing the manuscript the world would soon know as Love Story. He had taken the essence of Gartner, her razor-sharp wit, playful sexiness and love of music, and created Radcliffe student Jenny Cavilleri, the leukemia-stricken heroine of his bittersweet weeper about an Ivy League romance that ends in Jenny’s death. The novel became the best-selling book of 1970 and a 1970 box office smash starring Ali MacGraw and Ryan O’Neal. “I remember feeling like a jolt of electricity went through me,” recalls Gartner. “I didn’t sleep the rest of the night. I was too overcome with what I realized I meant to him.”

Gartner, 60, kept mum about being Segal’s inspiration, but, she says, Al Gore’s clumsy assertion last month that he and wife Tipper were the models for the book’s couple proved too much to bear in silence. (Gore has since declared it all a misunderstanding.) The idea that Tipper Gore was Jenny, Gartner says, “is the most preposterous thing I ever heard.”

Segal, 60, now married and living in England, isn’t talking. But in a 1971 article on the author, the Italian magazine Oggi identified Gartner in a photo (with Segal in France in 1960) as the woman who had inspired Jenny—without naming her. And, Gartner says, Segal took her to dinner with actress MacGraw in New York City just after the film’s release. Segal recently said that he never met Tipper but that the character of Oliver Barrett was based both on Gore and actor Tommy Lee Jones, Gore’s Harvard roommate.

All these years, Gartner shared her secret only with family and friends. “I grew up knowing that my mother was Jenny,” says daughter Aleba, 31, a publicist. “It was kind of legend in our house.” But Gartner says that she and her husband, Gideon, 62 and CEO of Giga Information Group in Cambridge, Mass., kept quiet because “it seemed a little bit awkward to have my identity known” while she was married and Segal was single.

Though they never dated, Gartner and Segal were close friends from their days at Brooklyn’s Midwood High School in the 1950s. Raised by intellectual immigrants from Poland and Russia, Janet Sussman was quick-witted and outspoken. Like the fictional Jenny, she played piano and, like her own mother, spoke three languages. “I’m not a shrinking violet,” she says. “Someone once coined me ‘the girl with the sparkle’.”

In 1954 the smitten Segal enrolled at Harvard, from whence he filled Gartner’s Brooklyn mailbox with dozens of letters, which she still treasures. “Darling Suss, sweeter than halvah,” he wrote. But Gartner did not return his affection. “He was a very great friend, and my admiration for him was boundless, but I did not share his emotions,” Gartner recalls.

She entered Barnard College in 1955, and in 1960, a year after graduating, she joined her older sister Deborah in Paris for a seven-month sojourn. Segal followed, Gartner says, with intentions of winning her over. The romance never blossomed, and in 1961 she married Gideon Gartner, another high school pal. Though Segal continued corresponding—and he never had to say he was sorry—his tone changed from lovelorn to friendly. Eventually the two fell out of touch. End of story?

Not quite. Gartner, now divorced and living in a Greenwich, Conn., apartment, supports herself as a pianist and music coach. She believes Jenny’s death was a metaphor for Segal’s failing to win her in real life. Indeed, Segal told Oggi that losing the woman you love is the same “whether she’s left you for another or whether she’s died.” Gartner admits she sometimes wonders what might have been had she married Segal. For one thing, he might not have created the greatest hankie wringer in modern literature. “If I had dated him and everything had been fine, I’m not going to say he never would have written Love Story,” muses the muse. “But the need to write it may have been less.”

SOPHFRONIA SCOTT GREGORY

JENNIFER LONGLEY in Connecticut

Voir enfin:

The Rise And Fall Of The Ivy League Look

On October 1st something began bubbling in my subconscious. Ivy Style had reached its four-year anniversary, the MFIT exhibit had recently opened, and the accompanying book had been published.

I found that after four years of trying to look at this topic as objectively as possible, and talking to the men who were actually there during the heyday — Richard Press, Bruce Boyer, Charlie Davidson and Paul Winston — something unanswered remained.

I started thinking about Brooks Brothers and the college campus, which was chosen as the focal point of the MFIT exhibit, wondering about the connection between these two things. I soon found myself asking the most fundamental question: How do we explain how the Ivy League Look came about?

It’s easy to make generalizations, but hard to precisely articulate.

I next began thinking about the interplay between clothiers and their customers, focusing on the why as much as the what. Buttondown oxfords, plain-front trousers with cuffs, rep and knit ties — these are the whats, but what are the whys behind them? The answer couldn’t be simply “because that’s what Brooks Brothers sold,” when Brooks Brothers sold so much more that never became part of the Ivy League Look.

I telephoned Charlie Davidson and told him I was working on a piece though wasn’t sure where it was going. I started by asking him, “What portion of the Ivy League Look comes from Brooks Brothers, and what comes from the culture of young men on campus?” When Charlie, who’s been selling these clothes since 1948, responded, “That’s a good question,” I knew I was on to something.

The following essay is the result of my investigation. What began as an attempt to articulate Ivy’s origins grew into an overview about the whole broad arc of Ivy, how it codified and how it shattered into the complex “post-Ivy” era we’re in today.

In it I will argue:

• The Ivy League Look was as much about styling as the ingredients. And while the ingredients were relatively fixed and admitted new items slowly, the styling came from the campus and was always in a state of flux.

• It was the casual nature of the college environment and the importance of dressing down that led men in the 1930s to prefer rougher, casual fabrics — oxford cloth shirts, brushed Shetland sweaters, Harris Tweed jackets, flannel trousers — that has been the standard of good, understated taste for men on the East Coast ever since.

• The Ivy League Look included clothes for every occasion, from resort to formalwear, from city to country. However, the country element influenced the city far more than the other way around, and remains the most lasting influence of the genre.

• The Ivy League Look can be said to go through the stages of birth, maturity and decline, corresponding to specific points on a timeline.

• Once the look in its original, purist form ceased to be fashionable on campus, it ceased to be fashionable in society as a whole.

This lengthy piece will be presented throughout the week in five parts. New installments will be added at the bottom to preserve one cohesive post and comment thread.  — CC

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The Rise And Fall Of The Ivy League Look
Christian Chensvold

Part One: The Rise

In the late 1930s a new shoe became an instant hit on the Yale campus. First seen in Palm Beach in 1936, the “Weejun” penny loafer by GH Bass & Co. was immediately embraced by the students of New Haven. By 1940, the shoe store Barrie Limited was advertising its Horween penny loafers in the Yale Daily News, saying the shoe had “taken the university by storm.”

From the moment it appeared the penny loafer was an “instant classic” for wearers of the Ivy League Look, according to Charlie Davidson, 86-year-old proprietor of The Andover Shop in Harvard Square. Yet how do we explain the shoe’s overnight success, when so many shoes had come before and so many more would come later? For a genre of clothing that was slow to develop, that is characterized by its conservatism and supposed resistance to fads, this love-at-first-sight seems odd. Stranger still, the penny loafer was no temporary trend like the raccoon coat of the ’20s or the buckle-back chino of the mid-‘50s. Its place in the genre of clothing called the Ivy League Look remains to this day. It literally was an instant classic, embraced wholeheartedly and never relinquished.

Those Yalies who first donned the penny loafer in the late ’30s must have seen something special in the shoe, an inherent attractiveness and a harmony with the clothes they got next door at J. Press. “Casual slip-on shoes of the moccasin type are by far the most popular with students,” syndicated fashion columnist Bert Bacharach would later write in his 1955 book “Right Dress,” suggesting it was the penny loafer’s casualness of design — moccasin-style with no brogueing, laces, tassels, wings, nor anything else associated with a business shoe — that accounted for its instant appeal.

One thing’s for certain, however: No manufacturer could have anticipated or dictated the Weejun’s instant success. Something more mysterious and elusive was at work, the process of taste-driven natural selection by the closed culture of Eastern Establishment students of the 1930s. Young men and their peers, not clothing brands or magazine editors, decided what was fashionable.

Though it later achieved and lost mainstream popularity, the penny loafer remains available today at a wide range of prices, supported by both lifelong wearers and a steady supply of new converts. Typically paired with argyle socks in the 1930s, penny loafers were worn with white athletic socks in the ’50s and then sockless in the ’60s, the same item worn differently with each new decade.

The Ivy League Look is not simply a tailoring style accompanied by a specific group of furnishings and accessories. It consists of much more than just sack jackets, buttondown oxfords and penny loafers. It also consists of the taste-driven ethos that led some items to be accepted into the genre while others were rejected, and of a certain way of wearing the items that developed in the various upper-middle-class communities of the East Coast in the first half of the 20th century, chief among them the college campus.

“People made things a classic, not manufacturers,” says Davidson. “It’s people who made some things accepted and not others, otherwise how do we account for all the things that failed?”

Brooks Brothers And Ivy’s Big Bang

The Ivy League Look did not appear suddenly, but developed over time. “It was 30 or 40 years in the making without anyone knowing it would one day be called the Ivy League Look,” says Davidson. Although the clothing genre codified gradually, and while the lines that form the genre’s perimeters are debatable, there was something akin to an Ivy Big Bang, an instigating act that gave birth to this style of dress. And that is the introduction in 1895 of Brooks Brothers’ No. 1 Sack Suit.

Just as the jacket is the foundation of tailored clothing, this single item — natural shoulders, three button (after 1918, according to the Brooks Brothers book “Generations of Style,” by John William Cooke), dartless, with no waist suppression and paired with straight unpleated trousers — formed the blueprint for what would eventually become the Ivy League Look. And throughout the first half of the 20th century Brooks Brothers would continue to introduce a host of English items  — the buttondown oxford, Shetland sweater, polo coat, rep ties, argyle socks — that became staples of the Ivy genre.

But Brooks Brothers also offered countless other items — yachting and hunting regalia, double-breasted tapered suits, and other overtly English items less easily Americanized — that were never embraced into the Ivy League Look. Why? For the simple reason that they would have been out of place in a campus environment, the fertile ground where the style would codify and flourish, and where, as we’ll see, an air of casualness and nonchalance was paramount.

So while Brooks Brothers offered everything within the genre, it also offered much more. The Ivy League Look is narrower than the Brooks Brothers catalog (catalog here referring to what the company offered from roughly 1920-1970), and for this reason one could argue that Brooks Brothers’ smaller rival J. Press was a purer Ivy retailer, in that it offered a broader selection (such as in campus-oriented tweeds) within narrower perimeters. Brooks Brothers was Ivy and much more; J. Press was strictly Ivy.

England provided Brooks Brothers with many overcoats to sell to the gentlemen of America. But starting around 1910, one came to dominate the Ivy League Look above all others: the polo coat, another example of taste-driven natural selection at work.

According to Esquire’s Encyclopedia of Men’s Fashion, which draws heavily on historic articles from Apparel Arts and Men’s Wear, camel hair coats were noted for their dominance at the Yale-Princeton football game of 1929, having usurped the powerful but short-lived raccoon coat trend. Cooke writes, “This sporty camel hair garment… becomes the rage on college campuses during the Roaring Twenties.” Decades later, Bacharach would note, “Camel’s-hair polo coats are still the favorite type of outer wear among college men.”

The collegiate popularity of the raccoon coat in the 1920s, which fashion historian Deirdre Clemente has traced to Princeton, is a perfect example of a huge trend that was nevertheless selected for extinction, while the polo coat survived, indeed still available from retailers such as Brooks Brothers, J. Press, Ralph Lauren and O’Connell’s. The coat’s longevity is surely due to its sporting associations and easy ability to style informally — all things that would resonate with young men. It certainly looks more at home on the sidelines of a football field, as coach Vince Lombardi demonstrated throughout his career, and as dramatized in the movie “School Ties,” where polo coats are worn at a tailgate party for a prep school football game. Somehow a Chesterfield just wouldn’t look the same.

With the pink oxford, which rose to prominence in 1955 (the “year for pink” according to LIFE Magazine), Brooks Brothers once again introduced a new item into the Ivy genre. But it could never have anticipated the pairing a pink oxford with evening dress, as Chipp’s Paul Winston has recounted wearing, and which is, for lack of a better expression, a very Ivy thing to do (Charlie Davidson also recalls wearing a buttondown oxford with black tie, albeit a white one, which illustrates Chipp’s penchant for the “go-to-hell” look). Winston’s gesture serves as a perfect example of the styling side of things: Brooks provided the item, and the people found innovative ways of wearing it.

In summary, we can say that Brooks Brothers was the primary provider of the Ivy League Look’s raw ingredients, while the culture — meaning the world of young men competing and conforming sartorially in their WASPy East Coast environment — provided the styling. With each new decade Brooks Brothers showed what to wear, while young men, who drive fashion, showed how the items could be worn. As a wholly arbitrary fractional breakdown, we could say that 2/3 of the Ivy League Look was raw materials, which were relatively fixed and admitted new items slowly, while 1/3 was styling, which was in a constant state of flux.

Town And Country, Or Wall Street And Campus

As the Ivy League Look developed, references to Brooks Brothers increasingly focused on two specific realms: the college campus and the world of finance. In his essay on Brooks Brothers collected in the book “Elegance,” G. Bruce Boyer succinctly notes, “The Brooks Brothers suit seemed to peg a man somewhere between Wall Street and his country house, by way of the Ivy League.”

In a 1932 article, the New Yorker mentions the same two worlds: “Of course, Brooks still have their tables piled with the good old soft-roll, high-lapel sack coats that have been the accepted college and bond-salesman uniform for so long.” Presumably those bond salesmen, like Yalie Nick Carraway in “The Great Gatsby,” picked up the taste for Ivy while at school. “The novels of F. Scott Fitzgerald, for example,” writes Cooke, “are peopled with earnest heroes who hailed from the Midwest but who came to play in the racy world of New York via Princeton or Yale.”

This 1929 ad for Wallach Brothers also mentions the connection between the world of finance and the style-setting universities of Princeton and Yale:

As young men graduated from school to take their place in the world, including the financial industry, their clothing would change from country to town. Writing on Ivy League students in her 1939 book “Men Can Take It,” Elizabeth Hawes notes:

The conventional costume for all the right people is a pair of flannel or tweed trousers and a coat that does not match. When I asked them whether they were going to dress in their quite comfortable tweed for work when they left college, they responded firmly “no.” They were absolutely clear on that issue. They said they were training themselves — or being trained — to take their places in the world, and the required costume would be a neat business suit.

Although it was based in New York, Brooks Brothers specifically merchandised for the college man and sold to him via an army of traveling salesmen who frequented the prep schools and colleges of the Northeast. An 1898 Princeton football program includes an advertisement from Brooks Brothers, with copy reading, “Our stock for the present season continues, we believe, to show improvement, and will be found complete in all the little particulars that go to make the well-dressed man.”

This Brooks Brothers ad appeared in the University of Pennsylvania’s 1926 yearbook:

Brooks Brothers continuously revamped its youth-targeted line throughout the 20th century, adding its University Shop in 1957 and replacing that with Brooksgate in 1974. It’s current Flatiron shop is merely the latest incarnation of a century-long catering to young men as well as their fathers.

The Ivy League Look was for both town and country, Wall Street and campus, but, as we’ll learn, the campus element proved to be the more lasting influence of the two.

The New Guard

Although Charlie Davidson is the oldest-living, still-working purveyor of the genre, he doesn’t consider himself old guard. The Ivy League Look was in full bloom in the 1930s, he notes, well before his founding of The Andover Shop in 1948. At the time Davidson considered himself to be offering clothing within an already established genre, yet targeted at the local geography. This sentiment is echoed by Richard Press, who says that J. Press’ locations outside of New York were meant to provide Brooks Brothers items in areas with an Ivy League campus (Cambridge, Princeton), but no Brooks; only Columbia had that.

As George Frazier put it in 1960, “Around the turn of the century, Arthur Rosenberg, then the foremost tailor in New Haven, began to exploit this [Brooks Brothers] style among Yale undergraduates, and, not long afterwards, J. Press, also of New Haven, fell into line.”

These smaller retailers outside New York took the Brooks Brothers template and focused more on the country side of the genre rather than town. And yet all these other players who used the ingredients that Brooks Brothers had provided felt that taste and small differences distinguished them. “We all thought our taste was better than our competitors,” says Davidson. “Norman Hilton, for example, had exquisite taste, and when you get to the commercialization of the Ivy League Look, he’s at the forefront.”

The most important and lasting clothier providing Brooks-based style for college towns was J. Press. Press’ difference from Brooks is summed up by Episcopal Archbishop of New York Paul Moore, Jr., who writes that Jacobi Press’ “tweeds were a little softer and flashier than Brooks Brothers tweed, his ties a little brighter.”

Richard Press, former J. Press president and grandson of the founder, has also stressed Press’ emphasis on country rather than town. “I think that one of the major differences between Brooks Brothers and J. Press,” he states in his 2011 Q&A with Ivy-Style.com, “beyond the obvious size, was that we were known as a campus store, whereas Brooks Brothers was much more urban.” Indeed, the merchandise for J. Press’ New York store was less purist than its campus shops. “If you look at our brochures,” says Press, “you’ll see that the two-button darted suit was sold only in the New York store, and it probably represented 40 percent of our suit sales there.”

While Brooks Brothers, originator of the Ivy League Look’s ingredients, was based in New York, New Haven is the top candidate for Ivy’s spiritual home. In a 2004 article entitled “The Yale Man,” the New York Times writes, “‘Natural shoulder’ was what men’s magazines called the Yale look, and for decades the clothing stores near campus at Elm and York Streets in New Haven were the natural-shoulder capital of the universe.”

Style setting also thrived in New Haven. “Students and their professors enunciated a new style,” says Press, “with their dirty white bucks, horn rimmed glasses, Owl Shop pipes, raccoon coats, J. Press snap brim hats, stuff that was too informal and sporty for Brooks. Big difference between city and campus wear and Brooks pushed the former, the rest the latter.”

Finally there was the issue of price: “Perhaps most important issue for the proliferation of Ivy,” says Press, “Brooks was too expensive. J. Press and competitors adapted to the more restricted allowances of the campus population and worked below Brooks price points.”

Although these new-guard clothiers used the template created by Brooks Brothers, they did so in the cultural environment where the Ivy League Look’s styling was at its most fertile: the campus. And because these clothiers and the student body were part of the same community, they had a close, symbiotic relationship. Students needed the clothiers to get what they wanted (and to want things they’d never seen before), and clothiers needed to find out what was popular. As a result, Ivy clothiers never left their eye off college men. In 1962, Sports Illustrated notes, “Representatives of the New Haven tailoring establishments—J. Press, Fenn-Feinstein, Chipp, Arthur Rosenberg, et al.—entrain for Cambridge to render biennial obeisance and to see what the young gentlemen are wearing.”

Earlier, in a 1938 article entitled “Princeton Boys Dress In Uniform,” LIFE Magazine writes, “The fact of the matter is that tailors and haberdashers watch Princeton students closely [and] admit they are style leaders.”

Clothiers also made sure college men knew they cared deeply about student tastes. This ad by Irv Lewis, a clothier serving Cornell, explicitly elucidates the relationship:

“The key element of successful campus shops,” Richard Press summarizes, “was their ability to establish personal relationships with students, faculty, coaches and administration. Brooks Brothers in New York and Boston was too diffused, and while each top customer had his clothing man, it changed from floor to floor, from furnishings to shoe department.”

College Students, “The Best-Dressed Men To Be Found Anywhere”

Bert Bachrach states that before World War II many clothing experts considered college students “the best-dressed men to be found anywhere.” The following passage, from a 1933 Apparel Arts article entitled “Clothes For College,” is a prewar reference to this very thing:

Today the college man is looked upon as a leader of fashion, a man who dresses inconspicuously and correctly for all occasions, thanks to the leadership of smart Eastern Universities, which have a metropolitan feeling, or at least are near enough to metropolitan areas for the students to feel all the influences of sophisticated living. We can thank the present-day “collegiate” element for the return to popularity of the tail coat, for the white buckskin shoes, for the gray flannel slacks with odd jackets, and for various other smart fashions which are typical of university men today.

For on-campus wear there is a general acceptance of country clothes in the typical British manner, such as odd slacks and tweed jackets, country brogues and felt hats. This is the way the undergraduates at smart Universities and prep schools dress today during classes.

Another Apparel Arts article from the same year shows that the Eastern Establishment virtues of being dressed down from a formal perspective and dressed up from a casual one most likely have their origin in the collegiate approach to dress that reached fruition in the ’30s. The article includes the quote “a perfect example of the studied negligence that is taken as the standard of good taste among college men,” and goes on to say:

The American University man is justly famed for representing, as a class, a high standard of excellence in personal appearance. Much of the secret of this distinction lies in the fact that the first thing the freshman learns is the importance of never looking “dressed up,” while always looking well dressed. Recently the tendency toward an effect of “careful carelessness” has been emphasized through the trend toward rough, almost shaggy, fabrics for town and campus wear.

The Ivy League Look’s emphasis on rough, hearty fabrics comes from students’ penchant for rustic, country clothes over more starched and pressed town clothes:

There’s a trend toward rougher suitings on all the eastern campuses. Early last fall fashion observers reported the growing popularity, particularly at Princeton and Yale, of rough tweedy type fabrics for all general knock-about campus wear — in fact for all except strictly town purposes. Worn smartly with either flannel, gabardine or other type of slacks, these rough fabrics of the Shetland or Harris variety showed a considerably increased acceptance on the part of the fashion leaders during the Palm Beach season.

Writing in the Saturday Evening Post in the 1930s, Arthur van Vlissingen states that trends aren’t dictated by manufacturers, who couldn’t afford to gamble on a fad that may fail, and that men only embraced a new item once they saw other men wearing it. These style setters were often found “at the places where the country’s leisured and socially prominent loaf, such places as Palm Beach and Newport” (coincidentally Brooks Brothers’ first two locations outside New York), and the college campus. “The fashions in clothing worn by our male population, between the ages of 14 and perhaps 25,” he writes, “usually get their start at Princeton.”

Vlissingen proceeds with the following sartorial breakdown of the Ivy League’s Big Three:

Harvard is a very large university, in a great city which influences the students’ styles heavily. [But] it holds to a tradition of careless dress—well-made clothes seldom dry-cleaned and never pressed. Yale is more compact and more finicky, but New Haven is also a large city. Princeton is in a smaller town, off by itself where it can incubate a style effectively. Practically every Princeton student is well dressed, whereas only one-third or so of the Yale men can qualify by our standards.

As these passages illustrate, if college men of the 1930s — the fortunate few able to afford school in the midst of the Great Depression — were among the nation’s best dressed, they achieved this status despite an insistence on never looking too dressed up by the standards of their time. Elements of the Ivy League Look, such as the penny loafer and polo coat, were embraced into the genre because compared to other footwear and outerwear options they were relatively casual. This certainly holds true for the buttondown shirt, which Bachrach calls the shirt of choice for college men because “the construction of the shirt, which allows the collar to roll rather than lie flat, provides the casual touch which young men like.”

In regards to tailored clothing, Bachrach suggests that the prized Ivy color of charcoal was embraced for its ability to take a beating without looking dirty:

The most important style set by the colleges in recent years has been suits and slacks in charcoal, a gray so dark in tone that it approaches black. This color has become almost a uniform at Harvard, Yale and Princeton. It is practical for a suit since it rarely shows dirt or signs of wear.

If men at Ivy’s Big Three were style setters for the whole nation, that can hardly be said of Columbia, the most interesting sartorial case among the Ancient Eight. For despite its location in the city of Brooks Brothers, Columbia is seldom if ever mentioned for style reasons. As a commuter school, Columbia’s student body differed from the other schools, but one can also conclude that a certain amount of distance from the metropolis was necessary for the styling side of the Ivy League Look to flourish.

This passage from Tobias Wolff’s novel “Old School,” set at a prep school in 1960, serves as a dramatization of how Columbia was viewed compared to the other Ivies:

I wanted out. That was partly why I’d chosen Columbia. I liked how the city seethed up against the school, mocking its theoretical seclusion with hustle and noise, the din of people going and getting and making. Things that mattered at Princeton or Yale couldn’t possibly withstand this battering of raw, unironic life. You didn’t go to eating clubs at Columbia, you went to jazz clubs. You had a girlfriend — no, a lover — with psychiatric problems, and friends with foreign accents. You read newspapers on the subway and looked at tourists with a cool, anthropological gaze. You said cross town express. You said the Village. You ate weird food. No other boy in my class would be going there.

In contrast, “Princeton was especially isolated and characterized by a particularly fervent and insular culture,” writes Patricia Mears in “Ivy Style: Radical Conformists.” Princeton also had the most affluent student body, with 80 percent coming from private schools during the inter-war years. “Although it lay part way between New York City and Philadelphia, Princeton was more geographically isolated than its rivals Harvard and Yale. Its campus was situated in a rural environment, surrounded by acres of bucolic farmland. As such, Princeton relied more intensely on its internally crafted society. The blend of wealth, manners, and aristocratic social construct proved to be the breeding ground for the creation of the elegant Ivy style.”

The Way You Wear Your Hat

The popular term employed during its heyday, the Ivy League Look, is interesting for its inclusion of the word “look.” While there are references to “an Ivy League suit” from the period, the popular term was “look,” not “tailoring” or “clothes.” This broader term suggests that there is more than just clothing involved, but also a proper haircut, and if not a particular social context, then at least all-American good looks. In the 1964 film “Ride The Wild Surf,” Barbara Eden’s character refers to her love interest as “Mr. Ivy League” for his handsomeness, poise and “scrubbed” appearance as much as his conservative clothing.

“Look” is also broad enough to encapsulate how the items are worn, since that is as much a part of dressing in a certain style as the components themselves. This illustration from a 1926 Vanity Fair article on collegiate dress includes a caption stating that Harvard men had their own way of pushing their hats “into a shape never conceived by hat manufacturers”:

Hawes includes several passages attesting to Harvard men’s predilection for an affected Old Money look:

At Harvard they have something called “white-shoe boys.” I gather it is okay to be one if you feel that way. It appears to be the Harvard idea carried to its furthest extreme. These are the sloppiest and worst-dressed of all the Harvard men, I was told. They wear dirty black and white shoes which turn up at the toes, black or white socks and gray flannels, very unpressed, tweed coats — and collars and ties, of course… The thing that distinguishes a “white-shoe boy” is his shoes — and the fact he has the guts to wear them and still feel okay socially.

In 1869 Harvard challenged Oxford to the first of its boat races, and it’s possible that the English influence on Harvard goes back to these sporting competitions. Hawes continues:

The coat should have leather pads on the elbows. These are often put right onto new coats. This is because the country gentlemen of old England have a habit of preserving their tweed coats for generations, mending them from time to time with leather pads and what not. The Harvard boys, not to be outdone by old English exponents of the finer things in life, are going them one better.

After noting that Yale students are much better dressed, Hawes adds, “I think the superiority complex of Harvard probably led them originally into the oldest clothes as a form of snobbishness.” Nevertheless, “I might add that the [men’s wear] trade does not consider Harvard as any source of style ideas at all.”

Russell Lynes’ 1953 Esquire article on the “shoe hierarchy” at Yale further emphasizes how much of the Ivy League Look came down to the elusive qualities of attitude:

… the social smoothies — butterflies in button-down collars — short haired, unbespectacled and with unextinguishable but slightly bored smiles. They wear the current college uniform, Ivy League version, but they wear it with an air of studied casualness, as though they would be at home and socially acceptable anywhere in whatever they had on. The uniform, of course, is the familiar khaki pants, white bucks, or possibly dirty white sneakers, a slightly frayed blue or white button-down Oxford shirt, no necktie, and a grey sweater which the wearer expects you to assume was knitted for him by a girl. On occasions that demand a gesture of formality, dark grey flannels without pleats supplant the khaki pants, a necktie (either regimental stripes or club tie) is worn, and so is a tweed jacket with vent, pocket flaps, ticket pocket, and three buttons. For bucks substitute well-shined cordovan in season. For city wear the uniform is a dark grey flannel suit; the haberdashery stays much the same.

Charlie Davidson also stresses what he calls the “attitude” long associated with wearers of the Ivy League Look, which he describes as a nonchalant approach to dress combined with poise and an air of self-assurance. Whether this poise is real or feigned is up for debate. “The Ivy League Look was a way of life more than anyone has been able to put a finger on,” he says. “In the beginning it was a very closed kind of thing, and so much of it was the attitude of not caring too much and being very assured of their station — and of having the right clothes.”

From the codifying period of the ’30s to the heyday of the ’50s and ’60s, the styling component of the Ivy League Look was constantly changing with each new group of classmen. For a young man to be considered well dressed by his peers in the ’30s or cool in the ’50s, it wasn’t enough just to choose the right items. They also had to be worn in the way that was then fashionable. And what was fashionable was always shifting, and emanated from campus culture.

For example, on page 59 of the 1965 book “Take Ivy,” a student strolls the Princeton campus wearing olive-colored shorts, penny loafers with no socks, and a buttondown oxford with the sleeves down, all topped by the neat haircut that epitomizes the era. He has used the ingredients the genre but put them together in a way that expresses both his personal whims as well as the style of his era, and nothing in the image suggests that a retailer, manufacturer or fashion editor told him to put together his outfit this way.

For a cinematic dramatization, the 1956 film “Tea And Sympathy” shows students styled uniformly in a combination of buckle-back khakis, white canvas sneakers, blue oxford shirts and gray crewneck sweatshirts. For that group of students in that particular location at that particular time, the juxtaposition of a dress shirt with a piece of athletic wear was evidently a style imperative.

This leads us to yet one more inexplicable preference in the Ivy clothing genre worth mentioning: The crewneck sweater. While V-necks and cardigans were always offered by Ivy clothiers, somehow the crewneck became the standard cut, even when worn with a necktie, as the Yale student below demonstrates:

It was something the youngsters picked up early; this outfit is also notable for how the components are put together as much as the items themselves:

It should come as no surprise that the preference for the crewneck can also be traced to style setting at Princeton, where a freshman orientation guide, for reasons unexplained, admonished the younglings not to wear V-neck sweaters. Much later, in his 1983 book “Class,” Paul Fussell would wryly explain why the crewneck is upper middle and the V-neck merely middle.

The Ivy League Look should not be thought of as merely a collection of ingredients. Equally important are the cultural forces that led certain ingredients to be embraced into the genre over others, even though this importance is difficult to trace, clouded as it is in the mists of fashion. Then there’s the element of how the items were worn, an equally vital element of the Ivy League Look. All the elements are a reflection of the tastes and cultural values of the Eastern Establishment, and the tastes and values, specifically, of college men during the interwar years.

The Legacy Of The Heyday

The 1959 movie “The Young Philadelphians” provides a helpful dramatic illustration of one character’s transition from country to town, or from campus to law firm, while still dressing within the confines of the Ivy League Look.

In campus scenes the protagonist, played by Paul Newman, wears a boxy corduroy sack jacket, slim flood-length khakis, white socks and penny loafers. Once he becomes a practicing lawyer, he dons a conservative gray suit, rep tie, pinned-collar shirt and lace-up shoes. While both jackets are undarted and natural shoulder, and all his clothes could have come from the same place, stylistically — in the simplest terms — he’s gone from the campus side of the genre to the Brooks Brothers side, or more from the styling-driven side to the product-driven side, or from an emphasis on how to wear the items correctly to how to select them correctly.

The book “Generations Of Style” includes a Brooks Brothers timeline, and while the listing for 1961 is oversimplified, it nevertheless makes the point that the campus-oriented side of the genre is the more lasting and influential: “A new style of casual, conservative dress defines the country: khakis, Shetland crewnecks, and button-down shirts set the tone… Campus style predominates, with the corporate ‘Man in the Gray Flannel Suit’ now being replaced by the more casual dress: penny loafers, Argyle socks, and tartan plaid sportcoats and shirts.”

Today, when a man passes you today on Madison Avenue and you notice how “Ivy/preppy/trad/whatever” he looks, he’s probably wearing loafers, flannels, a three-button sportcoat, buttondown oxford, and conservative necktie. You’re far more likely to see a man dressed this way than in the far more anachronistic business ensemble of worsted gray sack suit, white pinned club collar and longwings, and if you did, you’d be more likely to say “how IBM” or “how ‘Mad Men’” than “how Ivy League.”

The association of the Ivy League Look with the campus is so strong that even in the downfall year of 1967 an arch-sybarite like Hugh Hefner would remind his biographer of a dapper undergrad:

Black-haired, intense, slightly under six feet, he looks, in his often-photographed costume of white button-down shirt, orange cardigan sweater, slacks, loafers and pipe, like a college senior on his way to class.

Men who wear this genre of clothing today — by whatever name they call it — owe an equal debt to the illustrious firm of Brooks Brothers for introducing so many of the raw elements, and to the countless anonymous college men from the first half of the 20th century who codified the components of the Ivy League Look for future generations.

Part Two: The Fall

From Young Men’s Clothes To Old Men’s

In “Decline of the West,” Oswald Spengler argues that all cultural expressions go through the organic stages of birth, maturity and decadence. The Ivy League Look is certainly an expression of culture, and for it I’d suggest a birth of 1895, a golden age in the 1930s when the style was limited and aristocratic, a democratic silver age during the ‘50s and ‘60s when it was popular, and an end to the silver age in 1967, followed by a gradual decline into our present postmodern era.

This decline was expressed in a variety of ways, and the legacy of the genre is characterized by a range of conflicting manifestations, from the irrelevance of contemporary J. Press and the sack suit, to the generic “timelessness” of blazers, khakis, buttondowns and striped ties available from retailers as mundane as Lands’ End, and to fashion industry pastiche exemplified by some of the more outré items by Thom Browne, Ralph Lauren Rugby, and various neo-prep brands.

If the Ivy League Look didn’t die, then certainly a kind of descent into decadence occurred, which is attested by the mere fact that Brooks Brothers, instigators of Ivy’s big bang with its No. 1 Sack Suit, no longer offers the very item that gave birth to the entire genre, but instead sells a fashion novelty version called the Cambridge.

Furthermore, Brooks Brothers and J. Press long ago changed owners and merchandising strategies and can no longer be counted on to reliably provide what were once genre-distinguishing traits such as natural shoulder and collar roll.

But the death of Ivy can’t be blamed entirely on manufacturers, who simply cater to the needs of the culture as expressed in the marketplace. The Ivy League Look was once a vibrant, dynamic style that was an expression of the values of the Eastern Establishment. Later it was good, smart, current taste for a larger portion of the population. If Ivy is no longer available today in its original form, it is because fashion, which reflects society, has changed. The inversion of values that took place during the cultural revolution of the late ’60s, a topic that has been explored exhaustively by cultural historians and which is too big to discuss here, created a new cultural engine that drove fashion from the bottom up rather than top down.

While in the ’50s and early ’60s many actors and pop singers wore the Ivy League Look as a smart and current style, this was no longer the case after the upheaval of the late ’60s. When pop singers did take up a version of the look, as Dexys Midnight Runners did in 1985, it was the preppier version of the look then current. It was also the temporary costume of entertainers who had radically different looks before and after. In the 1950s and ’60s, pop icons could wear white bucks, buttondowns, neckties and soft-shouldered jackets and come across as sharp and with it. But with contemporary music groups such as Vampire Weekend, or in the films of Wes Anderson, Ivy staples come across as irony.

A glance through “Take 8 Ivy,” the sequel to “Take Ivy,” shows Ivy League students of the 1970s wearing the same plebeian sneakers, jeans and t-shirts worn by every other young person in America.

In assigning an arbitrary date for the end of Ivy, I suggest the year 1967. The change that occurred that year — the year of the infamous “Summer of Love” — is summed up tersely and dramatically in the following passage from “The Final Club” by Geoffrey Wolff (Princeton, ’59). The year 1967 witnessed a sartorial dismantling that was complete by 1968, when a new era was in full flower-child bloom:

Lining the second-floor hall were group portraits of Ivy members, and Nathaniel paused to examine them. Till 1967 the club sections were photographed indoors, in the billiard room; dress was uniform — dark suits, white shirts, Ivy ties. In 1967 a white suit was added here, an open collar there. In 1968 the insolent, smirking group moved outside, and was tricked out in zippered paramilitary kit, paratroop boots, tie-dye shirts, shoulder-length locks, and not a necktie in view.

Although the broader culture was changing rapidly and the hippie movement was spreading, the new open admissions standards at elite universities were changing the student body. Style-setting schools such as Princeton and Yale were no longer populated predominantly by kids who had gone to prep school, where they were forced to wear a jacket and tie every day and maintain a neat haircut. Schools were also dropping their jacket-and-tie dining hall dress codes. It’s impossible to underestimate the pace of social change in the late ’60s; the Ivy League Look, in its original guise, was slated for extinction, and the name attached to it during its popular silver age would fall into almost immediate archaism.

But what’s most important here is that once the Ivy League Look ceased to be fashionable on campus, it ceased to be fashionable period. More specifically, one could argue that once guys at Princeton stopped wearing it, it was over. The campus had always been the stronghold of the look, the place where it flourished for six decades, and was necessary for the look’s broader cultural relevance. Smart young men from the middle class and above had wanted to dress this way for 50 years. Originally it was a small number; later it was larger. Now suddenly no young people wanted to dress this way.

Other symbolically interesting things also occurred in 1967. Brooks Brothers’ president left the company after serving 21 years, all throughout the Ivy heyday, and Ralph Lauren goes into business. These two events are like two sides of the same coin. The man who helmed Brooks Brothers throughout its glorious postwar heyday retires, while Ralph Lauren launches his career. It’s an eerie foreshadowing of the role reversal that would happen over the ensuing decades, during which so much of Lauren’s merchandise would be closer in spirit, style and quality to classic Brooks Brothers than Brooks Brothers’ contemporary merchandise.

Within a few years of 1967 the UPI was calling the look dead, as in this story from 1971:

The Ivy League look as it used to be called died in the recent fashion revolution and the slope-shouldered, three-button jacket is almost a thing of the past. The suits and sports jackets being worn are strictly for special occasions.

Once it was no longer fashionable, the Ivy League Look, to return to the big bang metaphor, experienced a kind of supernova that shattered it into parts, which varied depending on wearer and context.

J. Press and Brooks Brothers continued, yet their clientele would gradually grow older as the look ossified from being young and current to being old and stodgy. J. Press stayed truer to the look, but as society changed rapidly around it, J. Press experienced a complete inversion in its relation to the broader culture, becoming what most would consider a provider of old men’s clothes, when from its founding in 1902 until 1967 it catered largely to young men.

The Twilight Of Ivy And Dawn Of Preppy

Some young people did continue to shop at the same clothiers and wear much of the genre’s items, but fashion was changing rapidly and the new version of youthful, Eastern Establishment style came to be known as preppy. The new generation had a much more casual approach to dress, reflecting changes in society as a whole. This passage from Alison Lurie’s “The Language Of Clothes” from 1979 shows how many of the Ivy League Look’s sportier items were being worn with a new attitude:

What distinguished the Preppie Look from the country-club styles of the 1950s was the range of its wearers. These casual garments were now being worn not only by adolescents in boarding schools and Ivy League colleges, but by people in their thirties and forties, many of whom would have considered such styles dreary rather than chic a few years earlier. Moreover, the Preppie Look was now visible in places and on occasions that in the 1950s would have demanded more formal clothing. Preppies of both sexes in madras check shirts and chino pants and Shetland sweaters could be seen eating lunch in elegant restaurants, in the offices of large corporations and at evening parties-as well as in class and on the tennis courts.

During the preppy ’70s, just as it had been previously, styling and the items themselves were equally important. Lurie notes that the preppy look was distinguished as much by its items as by their combinations, which included novel layering tricks such as jersey turtlenecks or polo shirts worn under oxford buttondowns, accented by a sweater draped around the neck.

As WASPs were gradually losing their stranglehold on power and influence, becoming shameful reminders of the old boys’ club elitism, their taste and lifestyle was beginning to be fetishized and marketed. In 1980 Lisa Birnbach released her detailed look into the culture of the preppy Northeastern upper-middle class, “The Official Preppy Handbook,” and the book so fascinated the nation it became a best-seller. At the same time the rise continued for Ralph Lauren, the doppelganger figure who can be seen as both saving the Ivy League Look from extinction by keeping alive the taste for it, albeit repackaged as fashion, and as commodifying totems of what were once expressions of culture. In “Taste: The Secret Meaning Of Things,” Stephen Bayley suggests that some kind of cultural line had been crossed following the fall of the Ivy League Look and the advent of postmodern, post-Ivy consumerism:

Ralph Lauren was after what Brooks Brothers once had, but packaged it more effectively so as to anticipate, appeal to and satisfy hitherto unrecognized longings among consumers. Interestingly, his critics (easily outnumbered by his happy customers) invoke arguments against him which echo the sumptuary laws of Renaissance Florence and England: “How does a working-class Jew from Mosholu Parkway dare pass off the tribal costumes of the Ivy League as if he owned them?”

Each fall season Ralph Lauren continues to pay tribute to the Ivy heyday with a few retro replicas. These typically tweed sportcoats come with such distinguishing Ivy details as natural shoulders, 3/2 rolls, patch pockets, swelled edges and lapped seams. However, they differ considerably from the kind of quotidian mufti once available at the Yale Co-op in that they have darted chests and carry a $1,300 price tag.

The other fragments that resulted from Ivy’s supernova are the category of vintage clothing anachronism, in which guys with hip sensibilities seek out heyday specimens prized for their authenticity, and the postmodern parody category, in which fashion designers (not haberdashers or merchandisers, the previous creators of the products) take the classic grey sack suit and turn it into a cartoonish gimmick, as in the case of Thom Browne.

Ivy-Style.com’s readership reflects this broad range of motivations for wearing the style, from the J. Press-clad fuddy duddy to the updated traditionalist in Ralph Lauren tweeds and flannels, and from the prep-with-a-twist fashion guy in Gant to the midcentury retro-eccentric dressed head to toe in vintage. It’s a perfectly postmodern incohesive mishmash of taste, temperament and social background all able to find in this genre of clothing something that resonates.

A Rose By Any Other Name

As the Ivy League Look fell into its death throes of cultural relevance, its name became immediately old fashioned. Originally it doesn’t seem to have had a name. “Natural shoulder” seems to have been the closest actually used by clothiers and their customers. The assiduous reporting by the media in the 1930s of what guys at Princeton were wearing is noteworthy for the detailed descriptions of the clothing combined with the complete lack of any attempt to give the style a name. “University fashions” was a typical headline for Apparel Arts, or “campus wear.”

The term “Ivy League Look” came into popularity in the ’50s, perhaps entering the popular lexicon as the result of LIFE Magazine’s 1954 story “The Ivy Look Heads Across US.” After 1967, once the clothes ceased to be fashionable, the term certainly became archaic. Fortunately a new word — for the broader culture — arrived at at just the right time to describe the latest version of the youthful Northeastern upper-middle-class look. “Preppy,” which entered the popular vocabulary in 1970 via the hit film “Love Story,” had a fresh ring to it.

Since its fashion moment in the ’80s, the term “preppy” has become gradually watered down to the point of meaninglessness, with almost no connection to the style and values of the people it described in 1970. Yet despite the efforts of the MFIT’s “Ivy Style” book and exhibit, not to mention Ivy-Style.com, preppy remains closer to the tongue, however bitter it tastes, than “Ivy League” when describing this genre of clothing. If you see someone walking down the street dressed head to toe in J. Press, says Charlie Davidson, “you wouldn’t even say he looks very Ivy, you’d say he looks very preppy, or something like that.”

The struggle for just what to call the post-Ivy remnants of the genre in a way that doesn’t sound girly, as preppy does today, or archaic and elitist, as does the Ivy League Look, accounts for the adoption in certain quarters of the term “trad.” On the surface trad sounds like a snappy and contemporary replacement, but with no historical tradition behind the term, trad quickly became a futile exercise on Internet message boards with endless debates about what qualified as trad and what didn’t, and with each opinion more subjective than the last.

It’s worth noting that in Japan and England, where the clothes were not an expression of their own dynamic and changing cultures, the clothes continued to be called “Ivy,” and much of the styling remained frozen in its heyday form.

With the Ivy League Look reaching full fruition in the 1930s and ending as a current and relevant fashion in 1967, its full flowering spans just three decades. Indeed, there are more years that have passed since the end of the heyday than the years from codification to heyday’s end.

The golden age was the 1930s, when the look was only available from a small number of clothiers and worn by a relatively small number of men. By 1957, in the middle of the silver age of widespread popularity, the look was already considered to be in decline by the old guard. In the April 7, 1957 edition of Town Topics, Princeton’s community newspaper, Princeton-based clothiers lamented a slide in formality among the student body. “You’ve got more of a cross section now,” concluded Joseph Cox of Douglas MacDaid, “not so many rich kids.”

The mass popularity of Ivy during heyday, with all of the department store knock-offs that Richard Press likes to dismiss as “Main Street Ivy,” actually holds within it the seeds of the look’s demise. For fashion is fickle, and Ivy fell from mainstream popularity into irrelevance practically overnight. While it’s true that the establishment was abandoning the look, at least among the younger members, it’s also the case that the middle class no longer had the desire to ape the establishment, at least not overtly. Brooks Brothers and J. Press stuck to their guns as much as possible and for as long as possible, watching their clientele slowly ossify, and Main Street clothiers quickly changed with the winds of fashion.

However, the silver age also cemented Ivy’s legacy in the “classic” and “timeless” sense. It continues — by whatever name and in iterations that conform with contemporary style — to be worn by anyone with the taste for it. And good taste should be available to anyone with the sensibility to appreciate it.
 Natural-shouldered tweed jackets, grey flannel trousers, oxford-cloth buttondowns, rep and knit ties, argyle socks, tassel and penny loafers, polo coats, Shetland sweaters, side-parted haircuts and horn-rimmed glasses still carry all the baggage, good and bad, that this Northeastern, upper-middle-class, “Ivy/preppy/trad/whatever” look will always have.

The farther you go into postmodern parody, of course, the less baggage the look carries, because in this case it’s just fashion, which is another way of saying it doesn’t mean much. But the straight-up wearer of the Ivy League Look, who projects his natural shoulder and rolled collar with utmost

Voir enfin:

Thirty years ago, The Official Preppy Handbook cracked the Wasp code-and went on to become a huge best-seller. In an excerpt from the update, True Prep, the author, along with designer Chip Kidd, covers the inevitable changes that are piercing blissful bubbles from Deer Isle to Jackson Hole.

We wear sportswear. This makes it easier to go from sporting events to social events.
PREPPY FASHION RULE NO. 1 We wear sportswear. This makes it easier to go from sporting events to social events.

Wake up, Muffy, we’re back.

O.K., now where were we?

Oh yes. It was 1980, and Ronald Reagan was heading to his improbable victory over Jimmy Carter. We wondered whether joining a club before your 30th birthday made you into a young fuddy-duddy, we considered the importance of owning a dress watch—one thing led to another, and before the year was over, our project became … The Official Preppy Handbook. Yes. That was us. We enjoyed every minute that we still remember, but we seemed to have misplaced a number of brain cells in the process.

Though we maintained that this world has changed little since 1635, when the Boston Latin School was founded, you knew we were exaggerating slightly. And as our world spins faster and faster and we use up more natural resources, and scientists keep finding more sugar substitutes, we have to think about how life in the 21st century affects our safe and lovely bubble.

The New Preppy: Let these 22 style icons teach you the new rules.

Muffy van Winkle, you’ve napped long enough. It’s been 30 years! It doesn’t seem possible, does it? Despite changes and crises, the maid quitting, running out of vodka, your NetJets account being yanked, and the Internet, it’s still nice to be prep.

And as we have gotten a bit older and a teensy bit wiser, the world has become much smaller. We are all interconnected, intermarried, inter-everything’d. The great-looking couple in the matching tweed blazers and wide-wale orange corduroy trousers are speaking … Italian. On Melrose Avenue! Whereas once upon a time it was unlikely Europeans would be attracted to our aesthetic, now they’ve adapted it and made it their own. (They’re the women with no hips, in case you were wondering.)

Let’s begin at the beginning of the year. Here are our resolutions. You’ll catch on.

No drinking at lunch.

Call Grandmother once a week.

Get Belgian shoes re-soled (thinnest Cat’s Paw rubber).

Sign up for tennis team at the club.

Actually go to team practices.

Have gravy boat re-engraved.

Find Animal House and return to Netflix.

Send in donation for class gift this year.

And send in write-up for class notes.

Finally use Scully & Scully credit—maybe Pierpont’s next wedding?

Drive mother to cemetery at least once this year.

Order new stationery before supply runs out. (Find die!)

Luggage tags!

Download phone numbers into the thingy.

New Facebook picture?

Work on goals.

Work on topspin.

Get Katharine to do community service somehow.

Clean gutters or get someone to do them.

Repair hinge on broken shutter. Or else!

Finally hire portrait artist for Whimsy. (She’s 84 in dog years; not much time left.)

Who We Are Now

Formerly Wasp. Failing that, white and heterosexual. One day we became curious or bored and wanted to branch out, and before you knew it, we were all mixed up.

Well, that’s the way we like it, even if Grandmother did disapprove and didn’t go to the wedding ceremony. (Did she ever stop talking about the “barefoot and pregnant bride”? Ever?) And now one of our nieces, MacKenzie, is a researcher at the C.D.C. in Atlanta and is engaged to marry the loveliest man … Rajeem, a pediatrician who went to Duke. And Kelly is at Smith, and you know what that means. And our son Cal is married to Rachel, and her father the cantor married them in a lovely ceremony. Katie, our daughter, is a decorative artist living in Philadelphia with Otis, who is a professor of African-American studies at Swarthmore. And then there’s Bailey, our handsome little nephew. Somehow, all he wants to do is ski, meet girls, and drink bee

Well, there’s one out of five.

Fashion Rules

We know that many of you understand the principles of preppy style. But just to be sure, let’s review them again.

We wear sportswear. This makes it easier to go from sporting events to social events (not that there is much difference) without changing.

We generally underdress. We prefer it to overdressing.

Your underwear must not show. Wear a nude-colored strapless bra. Pull up your pants. Wear a belt. Do something. Use a tie!

We do not display our wit through T-shirt slogans.

Every single one of us—no matter the age or gender or sexual preference—owns a blue blazer.

We take care of our clothes, but we’re not obsessive. A tiny hole in a sweater, a teensy stain on the knee of our trousers, doesn’t throw us. (We are the people who brought you duct-taped Blucher moccasins.)

We do, however, wear a lot of white in the summer, and it must be spotless.

Don’t knock seersucker till you’ve tried it. (Between Memorial Day and Labor Day, unless you live in Palm Beach or Southern California, or the southern Mediterranean, please.)

Bags and shoes need not match.

Jewelry should not match, though metals should.

On the other hand, your watch doesn’t have to be the same metal as your jewelry.

And you can wear gold with a platinum wedding band and/or engagement ring.

Men’s jewelry should be restricted to a handsome watch, a wedding band if he is American and married, and nothing else. If he has a family-crest ring, it may be worn as well. For black-tie, of course, shirt studs and matching cuff links are de rigueur.

Nose rings are never preppy.

Neither (shudder) are belly-button piercings.

Nor are (two shudders) tongue studs.

And that goes for ankle bracelets.

Tattoos: Men who have been in a war have them, and that’s one thing. (Gang wars don’t count.) Anyone else looks like she is trying hard to be cool. Since the body ages, if you must tattoo, find a spot that won’t stretch too much. One day you will want to wear a halter-necked backless gown. Will you want everyone at the party to know you once loved John Krasinski?

Sneakers (a.k.a. tennis shoes, running shoes, trainers) are not worn with skirts.

Men may wear sneakers with linen or cotton trousers to casual summer parties.

Women over the age of 15 may wear a simple black dress. Women over the age of 21 must have several in rotation.

High-heel rule: You must be able to run in them—on cobblestones, on a dock, in case of a spontaneous foot race.

Clothes can cost any amount, but they must fit. Many a preppy has an item from a vintage shop or a lost-and-found bin at the club that was tailored and looks incredibly chic.

Do not fret if cashmere is too pricey. Preppies love cotton and merino-wool sweaters.

We do not wear our cell phones or BlackBerrys suspended from our belts. (That includes you, President Obama.)

Real suspenders are attached with buttons. We do not wear the clip versions.

Learn how to tie your bow tie. Do not invest in clip-ons.

Preppies are considerate about dressing our age. It is for you, not for us.

Men, if you made the mistake of buying Tevas or leather sandals, please give them to Goodwill.

You may, however, wear flip-flops to the beach if your toes are presentable. Be vigilant!

Pareos (sarongs) are for the beach, not for the mall. (Even if it’s near the beach.)

Riding boots may be worn by non-riders; cowboy boots may be worn by those who have never been on a horse. However, cowboy hats may not be worn by anyone who isn’t technically a cowboy or a cowgirl.

You may wear a Harvard sweatshirt if: you attended Harvard, your spouse attended Harvard, or your children attend Harvard. Otherwise, you are inviting an uncomfortable question.

If your best friend is a designer (clothes, accessories, jewelry), you should wear a piece from his or her collection. If his or her taste and yours don’t coincide, buy a piece or two to show your loyal support—but don’t wear them.

Every preppy woman has a friend who is a jewelry designer.

No man bags.

Preppies don’t perm their hair.

Preppy men do not believe that comb-overs disguise anything.

You can never go wrong with a trench coat.

Sweat suits are for sweating. You can try to get away with wearing sweats to carpool, to pick up the newspaper, or to drive to the dump, but last time you were at the dump, the drop-dead-attractive widower from Maple Lane was there, too.

And finally:

The best fashion statement is no fashion statement.

Logology

Sometime in the 1980s the cart began leading the horse. Don’t look at us; preppies were certainly not to blame. Fashion followers mistakenly thought the logo was the point. (This is the place at which we would write “LOL,” except we loathe “LOL.”)

But wearing a logo-laden outfit or accessory points to the wearer’s painful insecurity. If you think you are being ironic, think again.

Here’s the rule of thumb: The first logo that preppies loved was the Lacoste crocodile. It belonged to the French tennis star René Lacoste, whose nickname was Le Crocodile. It was an authentic, since he himself wore la chemise in 1927, after having been the top tennis player in the world in 1926 and 1927. (He won seven grand-slam singles titles in France, Britain, and the U.S. In 1961 he also invented the first metal tennis racket, which was sold in this country as the Wilson T2000.)

The shirts, made by La Société Chemise Lacoste, became an international sensation in 1933. Initially they had long tails, crocodiles of 2.8 centimeters in width, and embroidered labels with the size in French: Patron, Grand Patron, etc. There was no need (not then nor now) to change the size of the beast.

Fred Perry, the British tennis champion of the 1930s, put his laurel-wreath logo in blue on white polo shirts in 1952 (a few years after inventing the sweatband). Fred Perry shirts were successful immediately.

Brooks Brothers introduced its golden-fleece logo as the company symbol in 1850, but, for casual sport shirts, they sold the Chemise Lacoste until the 1960s. Then they stopped selling Lacostes and segued into men’s polo-style shirts with the golden fleece embroidered. Until 1969, the sheep suspended by golden ribbons was made only in men’s sizes.

Ralph Lauren was already making men’s wear when, in 1971, he embroidered a little man astride a polo pony on the cuff of some women’s shirts. The ponies, 1 1/4 inches high, moved onto his many colored cotton polo shirts in 1972. The logo, now one of the world’s best known, somehow grows up to five inches high (“BIG PONY”) though sometimes stays small.

Vineyard Vines’ little pink whale appeared in 1998, and so far the whale has shown admirable restraint in staying 1.05 inches wide by 0.43 inches high (as per the universal style guide).

When labels began to understand the strong appeal their logos offered, they went wild. Gone were the subtle stripes, woven ribbons, tiny metal trademarks, and interior decoration that had been prized. Now the logos took growth hormones, and there seemed nothing too big or too crass to sell. Today’s customer is more discerning and somewhat disgusted. Removing logos has become something of a hobby for purists.

When Juicy Couture arrived, emblazoning bottoms with the word “juicy” on its pricey sweatpants, we were dismayed when our daughters thought they wanted them. We steered them back to sanity. We believe that the Juicy Couture tracksuit phenomenon signals the end of civilization as we know it. Nothing less.

The Biggest Change in 30 Years

If, in 1980, you had whispered to friends that within the next few decades America would elect a thin, black, preppy, basketball-playing lawyer to be president, they would have laughed at you and exhaled in your face, inside the restaurant or club where you were sitting. And, if you predicted that one day all our children would have little portable phones stuck in their pockets so that they could not answer us when we called them from our little phones, we would have again exhaled in your face—indoors—and said you were talking science fiction.

Still, to our minds nothing is more sci-fi than the fact that preppies in the 21st century all wear the unnatural fibers we collectively refer to as “fleece.” We always thought our reliance on natural “guaranteed to wrinkle” fibers was our right and our trademark. If it’s hot or humid, we’d just roll up our all-cotton long-sleeved shirts. But now we wear polyester fleece, and its offspring, recycled water bottles.

The revolution began in 1981, at a company then called Malden Mills in Lawrence, Massachusetts, manufacturers of textiles including the wool for uniforms in World War II. A place like Malden Mills is populated by textile engineers who spitball, “mess around with fabrics,” and then refine, according to spokesman Nate Simmons. They work collaboratively with clothing manufacturers, as they did in this case with Patagonia. What came off the looms in the early 80s was pure synthetic, soft, quick-wicking, quick-drying, and machine-washable. It did not fade, and changed the wardrobes of athletes forever. Its Malden name was Polarfleece; its Patagonia name was Synchilla.

Frugal Dos and Frugal Don’ts

Do keep repairing old appliances to try to extend their lives. Don’t store them on your front porch or driveway. Invest in great-fitting, well-made shoes. (Italian-made shoes are nice.) Your feet will thank you. Keep re-soling them. Subscribe to a concert, opera, or ballet series. Buy season tickets to basketball. Pairs of tickets you can’t use make great no-occasion gifts. Some nonprofit institutions accept them as tax-deductible donations. Buy very cheap plane tickets to Europe on discount Web sites. Stay at your friend’s grand villa for three weeks. Oh, make it four. Buy him a house gift and pay for dinner a couple of times. Let him win one tennis match every now and then. Complain about the heat.

Have your trustee dump an allowance in your checking account every month. Walk seven blocks out of your way (or drive, if necessary) to the A.T.M. of your bank, so you are not charged that extra $1.95–$3.00 withdrawal fee. Leave the office a little early to take the off-peak commuter train. (Even though you live in one of the 10 most affluent Zip Codes in the United States.)

Travel

We travel, and we’re rather good at it. Some of us have traveled from a very early age, even if it’s been just back and forth from Princeton and Newport. We may travel to see relatives, to take a semester away, or to go to rehab. We go to Europe because it’s there, and there is so very much to learn from Europeans.

In Europe, we learn how to kiss people on both cheeks, how to do math when we convert the dollar into the euro, and how to make ourselves understood in adverse conditions. We get to practice the little bits of foreign languages we’ve retained from school, and to see that Italian men can carry off the sweater-around-their-shoulders look easily

  • Thou shalt not fly first-class.
  • Thou shalt use thy frequent-flier miles whenever possible.
  • Thou mayest fly business class if thy destination is more than five hours away.
  • On board, the wine will not be fine; therefore drinkest beer or spirits.
  • Naturellement, thou never wearest shorts, sweatpants, or flip-flops on an airplane, and thou shalt attempt not to sit next to a miscreant in such garments.
  • If thou takest a sleeping pill, thou must try not to snore, Pookie.
  • Thou must not complain about jet lag.
  • Thou must take loads of photographs.
  • Thou art encouraged to rent cars in strange places and get into colorful misunderstandings with local drivers.
  • If there is a Harry’s Bar at thy destination, thou shalt eat there. (Try the carpaccio and the cannelloni.)
  • Exotic locations are to be encouraged.
  • Thou must not try to lose thy passport, but, indeed, it could happen, and will provide dinner-table fodder for many happy years to come.
  • Although thou art traveling in order to “broaden thy horizons” and meet different kinds of people, thou will prefer looking up friends of friends who are also traveling.
  • Thou shalt tryest the tonic water in other lands, as it tastes different from thy domestic tonic water.
  • Thou will always have (had) a wonderful time.

Our private economic code is useful when on the road. As stated before, we do not waste money on first-class travel. Unless McKinsey or Aunt Toot is footing the bill, we fly coach. (On the other hand, it would be rude to turn down a no-expense upgrade.) It is consistent with everything we’ve been talking about. First class lasts several hours but costs a fortune. On the other hand, we have been known to splurge on luxury hotels. Wouldn’t it be better to apply those savings to a wonderful room in a wonderful hotel? (Or, at the very least, a small room facing a wall in a wonderful hotel?)

If you cannot stay at the wonderful hotel with the famous bar, you must at least drink at the famous bar. Lunch is also lovely there. During holiday, we always drink at lunch, and, of course, we “walk it off.” Lunchtime drinking is not an obligation, but, well, yes it is. You’re on vacation, the ultimate in prep experiences!

Prep Careers for the New Millennium

Preppies realize society’s need for enterprise. They go to college with the idea of a career—or, should we say, their parents’ idea of a career—planted firmly in their minds. This is why so many of them attend law school. They also understand their need for income. One gets a bad reputation if one is derelict with one’s club dues. As the 21st century unfurls, herewith a vital list of jobs that help preppies maintain their rightful positions in their world:

Alumni director. For the good of your school.

Development officer. Ditto.

Dog-walker entrepreneur. Accommodates Lake Forest, Rollins, and dropouts.

Party planner/publicist. The perfect job for girls who won’t be working after they get engaged.

Nursery-school assistant teacher. But not over the age of 30.

Contributing editor, Vogue. Consuela’s mother works for Anna.

Senator. For policy wonks.

Entrepreneur (Serial. One day one of your ideas will take off.)

Ne’er-do-well. Uncle Tony.

Caterer. Use Mummy’s recipe for chicken potpies as your signature.

Decorator. Who doesn’t love chintz?

Residential-real-estate broker. Sell Bradford a lovely house; marry Bradford, and decorate your new house.

Golf pro. Self-evident.

Art restorer. Very good for part-time artists.

Divorcée. ‘Nuff said.

Anchorman or -woman. Remember to remove your makeup when you meet friends after work for drinks.

Curator. Requires many trips to EuropeAu pair. How Princess Diana got her start.

President. Good perks, bad hours.

Vineyard owner. Ultimate career move.

Tennis pro. Will keep you fit through your 30s and 40s.

C.I.A. operative. Yalies in particular.

Decorative painter. Learn how to make anything faux bois.

Ski bum. Self-evident.

Former Careers We Won’t Be Seeing Again Soon

Assistant editor. It’s called the recession, Greer.

Media escort. No more book tours; there-fore, no more escorts.

Fund-raising. Should rebound by 2015.

Investment-banker trainee. Might rebound by 2020.

Travel agent. Expedia.

Preps Need Not Apply

Doctor. Presumes caring about strangers. Exception: Orthopedic surgeon.

Research doctor. Atrophies your God-given social skills.

Computer scientist. No.

C.P.A. Really no.

Missionary. See “Doctor.”

Sex worker. See “When pigs fly.”

Any job requiring the question “Fries with that?” Only at the club during the summer before junior year—of high school.

Governor. Possibility of a sex scandal too great.

Engineer. Choo-choo or the other kind.

Fact-checker. Facts, shmacts.

Manny. N.O.K.D.

Meteorologist. Too science-y.

Excerpted fromTrue Prep,by Lisa Birnbach with Chip Kidd, to be published this month by Knopf; © 2010 by Island of Mommy Inc. and Charles Kidd.


Barbie/60e: Les sionistes ont même inventé les poupées Barbie ! (From high-end German call girl to America’s iconic Barbie doll, sexist and anorexic scourge of the feminists or shameful Jewish symbol of decadence of the perverted West)

9 mars, 2019
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Ruth and Elliot Handler, both raised in Colorado, pose with an early version of Barbie. Photo courtesy of Mattel
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A création 1959, poupée Barbie coûtait 3$. Aujourd’hui faut débourser, moyenne, dollars.
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Barbie (Andy Warhol, 1985)
https://file1.bibamagazine.fr/var/bibamagazine/storage/images/culture/evenements/une-exposition-sur-les-poupees-barbie-a-paris-53395/405188-1-fre-FR/Une-exposition-sur-les-poupees-Barbie-a-Paris_width1024.png

Checking out the barbies in Prague (Aug. 2013)Les poupées Barbie juives, avec leurs vêtements révélateurs, leurs postures, accessoires et outils honteux sont un symbole de la décadence de l’Occident perverti. Prenons garde à ces dangers et faisons très attention. Comité saoudien pour la promotion de la vertu et la prévention du vice
It is no problem that little girls play with dolls. But these dolls should not have the developed body of a woman and wear revealing clothes. These revealing clothes will be imprinted in their minds and they will refuse to wear the clothes we are used to as Muslims. Sheik Abdulla al-Merdas (Riyadh mosque preacher)
Saudi Arabia’s religious police have declared Barbie dolls a threat to morality, complaining that the revealing clothes of the « Jewish » toy — already banned in the kingdom — are offensive to Islam. The Committee for the Propagation of Virtue and Prevention of Vice, as the religious police are officially known, lists the dolls on a section of its Web site devoted to items deemed offensive to the conservative Saudi interpretation of Islam. « Jewish Barbie dolls, with their revealing clothes and shameful postures, accessories and tools are a symbol of decadence to the perverted West. Let us beware of her dangers and be careful, » said a message posted on the site. A spokesman for the Committee said the campaign against Barbie — banned for more than 10 years — coincides with the start of the school year to remind children and their parents of the doll’s negative qualities. Speaking to The Associated Press by telephone from the holy city of Medina, he claimed that Barbie was modeled after a real-life Jewish woman. Although illegal, Barbies are found on the black market, where a contraband doll could cost $27 or more. Sheik Abdulla al-Merdas, a preacher in a Riyadh mosque, said the muttawa, the committee’s enforcers, take their anti-Barbie campaign to the shops, confiscating dolls from sellers and imposing a fine. Fox news
Born a busty, bathing suit-clad  »teen-age fashion model » in the 1959 Mattel catalogue, Barbie in the book is shown dressed for success as  »Campus Belle, »  »Career Girl » and  »Student Teacher » in the mid-1960’s; as a nurse and a doctor by 1973, and, most recently, as a silver-gilded astronaut and glitter rock star. (…) While her critics may say she is no more than a mannequin, Billy Boy refers to Barbie as a  »life style. »  »Every woman has a Barbie quality about her, » he said. Marilyn Motz, a professor of popular culture at Bowling Green State, has a different view.  »The whole point of the Barbie doll is that she owns things and buys things, » said Professor Motz, who published a study of Barbie in 1983. She said that the doll, if copied to scale as a life-size woman, would have a torso measuring 33 inches at the bust, 18 inches at the waist and 28 inches at the hips – a feminine ideal that, she pointed out, is  »almost not possible anatomically. » NYT (1987)
Barbie, the fashion doll famous around the world, celebrates her 60th anniversary on Saturday with new collections honoring real-life role models and careers in which women remain under-represented. It is part of Barbie’s evolution over the decades since her debut at the New York Toy Fair on March 9, 1959. To mark the milestone, manufacturer Mattel Inc created Barbie versions of 20 inspirational women from Japanese tennis star Naomi Osaka to British model and activist Adwoa Aboah. The company also released six dolls representing the careers of astronaut, pilot, athlete, journalist, politician and firefighter, all fields in which Mattel said women are still under-represented. Barbie is a cultural icon celebrated by the likes of Andy Warhol, the Paris Louvre museum and the 1997 satirical song “Barbie Girl” by Scandinavian pop group Aqua. She was named after the daughter of creator Ruth Handler. Barbie has taken on more than 200 careers from surgeon to video game developer since her debut, when she wore a black-and-white striped swimsuit. After criticism that Barbie’s curvy body promoted an unrealistic image for young girls, Mattel added a wider variety of skin tones, body shapes, hijab-wearing dolls and science kits to make Barbie more educational. Barbie is also going glamorous for her six-decade milestone. A diamond-anniversary doll wears a sparkly silver ball gown. Reuters
Barbie Millicent Roberts, from Wisconsin US, is celebrating her 60th birthday. She is a toy. A doll. Yet she has grown into a phenomenon. An iconic figure, recognised by millions of children and adults worldwide, she has remained a popular choice for more than six decades – a somewhat unprecedented feat for a doll in the toy industry. She is also, arguably, the original “influencer” of young girls, pushing an image and lifestyle that can shape what they aspire to be like. (…) When Barbie was born many toys for young girls were of the baby doll variety; encouraging nurturing and motherhood and perpetuating the idea that a girl’s future role would be one of homemaker and mother. Thus Barbie was born out of a desire to give girls something more. Barbie was a fashion model with her own career. The idea that girls could play with her and imagine their future selves, whatever that may be, was central to the Barbie brand. However, the “something more” that was given fell short of empowering girls, by today’s standards. And Barbie has been described as “an agent of female oppression”. The focus on play that imagined being grown up, with perfect hair, a perfect body, a plethora of outfits, a sexualised physique, and a perfect first love (in the equally perfect Ken) has been criticised over the years for perpetuating a different kind of ideal – one centred around body image, with dangerous consequences for girls’ mental and physical health. (…) Exposure to unhealthy, unrealistic and unattainable body images is associated with eating disorder risk. Indeed, the increasing prevalence of eating disorder symptoms in non-Western cultures has been linked to exposure to Western ideals of beauty. Barbie’s original proportions gave her a body mass index (BMI) so low that she would be unlikely to menstruate and the probability of this body shape is less than one in 100,000 women. (…) With growing awareness of body image disturbances and cultural pressures on young girls, many parents have begun to look for more empowering toys for their daughters. Barbie’s manufacturer, Mattel, has been listening, possibly prompted by falling sales, and in 2016 a new range of Barbies was launched that celebrated different body shapes, sizes, hair types and skin tones. (…) If Barbie was about empowering girls to be anything that they want to be, then the Barbie brand has tried to move with the times by providing powerful role playing tools for girls. (…) Such changes can have a remarkable impact on how young girls imagine their career possibilities, potential futures, and the roles that they are expected to take. Mattel’s move to honour 20 women role models including Japanese Haitian tennis player Naomi Osaka – currently the world number one – with her own doll is a positive step in bringing empowering role models into the consciousness of young girls. Gemma Witcomb
Ruth Moskowicz was born into a family of Russian Jewish immigrants in Denver, Colorado in 1916. She married her high school boyfriend, an artistic young man named Elliot Handler, and they moved to Los Angeles in 1938. After her husband decided to make their furniture out of two new plastics, Lucite and Plexiglas, Ruth ambitiously suggested that he turn furniture making into a business. (…) During World War II, the Handlers started a company, Mattel, combining Elliot’s name with the last name of their partner, Harold Matson. On weekends home from wartime duties at Camp Robert, California, Elliot made toy furniture for Ruth to sell. (…) The Handlers took their two teenagers — Barbara and Ken — on a trip to Europe in 1956. There, they saw a doll that looked like an adult woman, vastly different from the baby dolls most little girls owned. Ruth was inspired. Three years later, Mattel’s version, Barbie, would debut, with a wardrobe of outfits that could be purchased separately. In 1960, the Handlers took Mattel public, with a valuation of $10 million ($60.3 million in 2003 dollars). It was on its way to the Fortune 500, and Barbie quickly became an icon, with ever-changing wardrobe and career options that mirrored women’s changing aspirations. PBS
Ruth Mosko (…) was born November 4, 1916, to Jacob Joseph Mosko (née Moskowicz), a blacksmith, and Ida Rubinstein, a housewife. Ruth was the youngest of 10 children. Her father arrived at Ellis Island in 1907. After telling immigration officials that he was a blacksmith, he was sent to Denver, the center of the railroad industry. In 1908, his wife, Ida, arrived in America with their six children and joined her husband in Colorado. (…) In 1941 Ruth left her secretarial job at Paramount to work with her husband, who was designing and making furniture and household accessories out of the new acrylic materials, Lucite and Plexiglas. Her husband produced the pieces and she did the selling. (…) In 1945, they (…) and Harold “Matt” Matson started Mattel Creations, joining elements of Matt’s and Elliot’s names. Under the Mattel moniker, the two partners began fabricating dollhouse furniture. Ruth continued to run the marketing department. Due to his poor health, Matt soon sold his share to Elliot. The company had its first hit toy in 1947 with a ukulele called Uke-A-Doodle. That proved such a success that Mattel switched to making nothing but toys. Ruth drove Mattel’s business decisions, while her husband nurtured new toys. (…) After watching her daughter, Barbara, ignore her baby dolls to play make-believe with paper dolls representing adult women, Ruth realized there may be a niche for a three-dimensional doll that encouraged girls to imagine the future. When visiting Germany in 1956, Ruth saw a doll that looked like a teenager, and this doll inspired her to follow her dream. Mattel’s designers spent several years creating Ruth’s doll using the German doll as an inspiration. Barbie Millicent Roberts debuted at the American Toy Fair in New York City in 1959. Ruth named the blond 11-and-a-half-inch doll for her daughter, who was a 17-year-old attending a local Los Angeles high school. Dressed in a black and white striped swimsuit with the necessary accessories of sunglasses, high-heeled shoes and gold-colored hoop earrings, Barbie’s body was not only shapely but also had a movable head, arms and legs. Barbie had a chic wardrobe that had to be purchased separately and updated regularly. Barbie was a marketing sensation. Within a year of her introduction in 1959, Barbie became the biggest selling fashion doll of all time. Sales increased with the introduction of different Barbie dolls and accessories. Barbie became a staple in the toy chests of little girls everywhere. It was Ruth’s marketing genius that changed toy marketing when she acquired the rights to produce the popular “Mickey Mouse Club” products in 1955. The cross-marketing promotion became common practice for future companies. Barbie made her first television appearance on the “The Mickey Mouse Club.” This marketing technique helped sell 351,000 Barbie dolls in the first year at $3 each. Barbie quickly became an icon, with her ever-changing wardrobe and career options that mirrored women’s changing aspirations. (…) Over the years, Barbie changed jobs more than 75 times, becoming a dentist, a paleontologist, an Air Force fighter pilot, a World Cup soccer competitor, a firefighter and a candidate for president. Even in demanding positions, though, Barbie retained her fashion sense. She was joined by friends and family over the years, including Ken, Midge, Skipper and Christie. Barbie kept up with current trends in hairstyles, makeup and clothing. (…) Barbie’s world is more than a doll and accessories. Kids today can use their high-tech gadgets and interactive smartphones and apps to personalize their Barbie doll experience. Other licensed products include books, apparel, home furnishings and home electronics. She even has a YouTube site and a Facebook page. But Barbie’s popularity doesn’t stop there. The Musée des Arts Décoratifs, which is affiliated with the Louvre in Paris, held a Barbie exhibit in 2016. The exhibit featured 700 Barbie dolls displayed on two floors, as well as works by contemporary artists and documents (newspapers, photos, video) representing Barbie. Barbie has become a popular collectible among adults. Collectors prize early numbered Barbie dolls from 1969 and the 1990’s, as well as a range of rare and special editions of the iconic toy. Over the past few years, Mattel transformed Barbie, and she now may look a bit more like those who play with her, curves and all. The new 2016 Barbie Fashionistas doll line includes four body types (the original and three new bodies), seven skin tones, 22 eye colors, 24 hairstyles and countless on-trend fashions and accessories. With these changes, Barbie added diversity and more variety in styles, fashions, shoes and accessories. Mattel claims girls everywhere will now have infinitely more ways to spark their imagination and play out their stories. Cyndy Thomas Klepinger
When Ruth Handler (formerly Moskowitz) traveled to Switzerland in 1956 with her family, her husband Elliot and their children Barbara and Kenneth, they came across a small figurine, blonde, thin, and tall at 11 inches (28 cm), whose name was Lilli. The Lilli doll was a novelty item for adults. The all-American Barbie doll, named for little Barbara Handler of course, which debuted in 1959 would become a mass-produced doll for young girls (and also boys, we don’t judge, and neither should you) and end up being the most popular doll in the history of toys. The Ken doll, which debuted a few years later, was named for Ruth Handler’s son Kenneth, of course. Ruth Handler’s story, and Barbie’s, is part and parcel of the American story. The daughter of Polish-Jewish immigrants, Ruth Moskowitz was born the youngest of 10 children in Denver, Colorado. As a teenager she was sent to be a shop-girl in her aunt’s store, where she not only learned the basics of running a business, but to love it. During her marriage to Elliot Handler, the two formed a business in plastic and wood, making props and toys for Hollywood studios and toy shops nationwide. Along with another business partner, the Handlers formed “Mattel”. In 1959, after three years of development, Barbie sprang fully formed into the world, bathing suit and all. Barbie was a child’s toy with adult outfits, accessories, and most importantly – a job. (…) The Barbie doll was the first doll aimed at girls that was an adult, not a doll in the shape of a baby or a doll that was a child, but a doll with which the young girl could play at being a grown up and dress up with her most loyal doll companion. The Barbie doll doesn’t “look” Jewish. But her heritage is Jewish and full of chutzpah. Ruth Handler was ambitious and held her own in the so-called man’s world of business. She thought of young girls not merely as consumers, but as the future generation of women in America and all around the world. Well, almost all. Back in 2003 Saudi officials declared the “Jewish Barbie Dolls” a threat to morality. Though Barbie’s Jewish roots are bleached blonde, Ruth Handler and consequently Barbie is particularly Jewish-American. Just by immigrating from Europe, changing her name and weaving herself into the very fabric of American life, the Barbie doll became international and a part of culture that is both inspired and inspirational. Melodie Barron
Ruth Handler (née le 4 novembre 1916, décédée le 27 avril 2002) est une femme d’affaires américaine qui a révolutionné l’industrie du jouet en 1959 en créant la poupée Barbie, du nom de sa fille Barbara, et la poupée Ken du nom de son fils Kenneth. La poitrine opulente, la taille fine et les longues jambes de Barbie allaient totalement à l’encontre du style rond et asexué des poupées de l’époque et firent date, par leur audace et leur réalisme, dans l’histoire du jouet pour petites filles. Née Ruth Mosko, Ruth Handler était la plus jeune des dix enfants d’une famille d’immigrants judéo-polonais. Avec son époux Elliot Handler et le designer Harold Mattson, elle avait créé Mattel en 1945, un nom formé du Matt de Mattson et du El d’Elliot. (…) Ruth Handler avait constaté que sa fille Barbara, une préado de 10 ans, préférait jouer avec ses poupées de papier qu’avec ses poupées de petite fille et qu’elle leur octroyait des rôles d’adultes. Forte de cette observation Ruth voulut produire une poupée en plastique d’apparence adulte, mais son mari et M. Matson ont pensé que le jouet serait invendable. Lors d’un voyage en Europe du couple, Ruth découvre la poupée allemande Bild Lilli (qui était en fait un jouet gag pour adultes créé d’après le personnage de BD Lilli qui paraissait dans le journal Bill Zeitung) dans un magasin suisse et la ramène à la maison. Une fois rentrée donc, Ruth Handler retravaille le design de la poupée et la baptise Barbie en référence à sa fille Barbara. Barbie fait ses débuts à la foire de jouet de New York, le 9 mars 1959. La poupée est vite devenue un immense succès, lançant les Handlers et leur société de jouets vers la gloire et la fortune. Par la suite ils ajouteraient un petit ami pour Barbie nommé Ken, en référence à Kenneth, leur fils. D’autres personnages viendront enrichir la gamme « des amis et de la famille ». Le monde de Barbie prenait forme. Ruth Handler a plus tard affirmé que, lorsqu’elle a acheté « Bild Lilli », elle ignorait que c’était un jouet pour adulte. Ruth Handler a expliqué qu’elle a pensé que cela « était important pour l’estime d’une fille qu’elle joue avec une poupée avec une poitrine adulte » et Barbie a été créée pour jouer ce rôle. Si la poupée commercialisée à l’origine était transposée à taille humaine, ses mensurations auraient été assez irréalistes et de nombreux critiques ont prétendu que les mesures ont été basées sur la fantaisie masculine plutôt que la métrique humaine réelle. Au fil des années les mensurations peu réalistes de Barbie ont continué à être controversées, avec beaucoup de théories qui expliquent que de jouer avec une poupée Barbie diminue l’estime de soi et complexe les petites filles. En réponse à ces critiques, à la fin des années 1990, Mattel a ajusté le tour de poitrine en le diminuant et a augmenté le tour de taille, même si ces nouvelles mensurations sont encore loin des femmes réelles. Wikipedia
Barbie est une poupée de 29 cm commercialisée depuis 1959 par Mattel, une société américaine de jouets et jeux. Elle reprenait la forme adulte, les cheveux blonds et le principe de Bild Lilli, première poupée mannequin lancée en Allemagne un peu plus tôt. Si la Barbie caractéristique est blonde aux cheveux longs et aux traits européens, sa couleur de cheveux varie en fait considérablement et son type ethnique s’est diversifié dès 1967 et plus systématiquement à partir de 1980, si bien qu’à ce jour il existe une Barbie pour à peu près tous les groupes ethniques du monde. Elle exerce de multiples métiers et professions tels que : docteur, enseignante, jockey, vétérinaire, hôtesse de l’air, Chevalier du Roi, Première-Dame (CNN) etc. En 1997, Mattel a vendu sa milliardième poupée Barbie. En 2009, et malgré une forte baisse des ventes due à la concurrence, la poupée a généré plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires. En fin d’année 2015, un petit garçon apparait pour la 1re fois dans une des publicités de la marque, vantant les qualités de la Barbie habillée par l’entreprise de mode italienne Moschino3. Cette publicité qui a créé l’événement au niveau mondial, est alors acclamée par la critique, tandis que la Barbie Moschino, elle, se retrouve très vite en rupture de stock. En 2016, face à l’accélération de la chute des ventes de Barbie, Mattel va beaucoup plus loin dans sa démarche de diversification, en lançant trois nouvelles silhouettes de Barbie aux côtés de la Barbie traditionnelle ; l’une de ces nouvelles silhouettes, baptisée en anglais « Curvy » (« arrondie »), propose une Barbie bien en chair, presque dodue, assez éloignée de la Barbie d’origine. (…) Mattel est une société américaine de jouets et jeux fondée en 1945 par Harold Matson et Elliot Handler, d’où le nom de l’entreprise : Mat+Ell = Mattel. C’est la femme d’Elliot Handler, Ruth Handler, qui créa Barbie (diminutif de leur fille Barbara) en 1959 en reprenant les caractéristiques de Bild Lilli, une poupée allemande avec un corps d’adulte, des cheveux blonds et une garde-robe contemporaine, prototype de la poupée mannequin. La première poupée Barbie a été présentée à l’American International Toy Fair de New York le 9 mars 1959 par sa créatrice Ruth Handler. Le succès presque immédiat de ce nouveau genre de poupée poussa son époux et un associé à créer la société Mattel Creations. La poupée Barbie avec sa poitrine opulente, sa taille fine et ses longues jambes allaient, en effet, totalement à l’encontre du style rond et asexué des poupées de l’époque. En cela, elle fut la seconde poupée au corps adulte après la Bild Lilli. En effet, en 1951, le dessinateur Reinhard Beuthin crée pour une bande-dessinée dans le magazine allemand Bild Zeitung une poupée : la Bild Lilli. Quatre ans plus tard, l’entreprise Hauser commercialise la poupée. Lors d’un voyage en famille à Lucerne en Suisse en 1956, Barbara, la fille de Elliot et Ruth Handler, réclama à ses parents un jouet peu commun pour l’époque : une poupée mannequin du nom de Lilli. Ce jouet au regard taquin et à forte poitrine intrigua Ruth Handler, mais, ce n’est seulement qu’en observant sa fille jouer des heures durant avec la poupée Lilli que la directrice de Mattel décida de produire ce même jouet aux États-Unis. Ainsi, la famille Handler ramena Lilli dans ses valises sur le continent américain et trois ans plus tard, Mattel lança son nouveau jouet : la poupée Barbie, qui, excepté quelques modifications au niveau du maquillage, était la parfaite réplique de la poupée allemande Lilli. Le succès de Barbie se répand dans tous les États-Unis comme une trainée de poudre, et très vite, la nouvelle poupée de Mattel envahit les magasins de jouets européens. En 1963, Rolf Hausser, directeur de l’entreprise de jouets O&M Hausser et créateur de Lilli, découvre avec surprise sa poupée dans une vitrine de magasin de jouets à Nuremberg la copie parfaite de sa Lilli rebaptisée Barbie. Rolf, décida dans un premier temps de poursuivre le géant Mattel en justice, mais raisonné par son frère et compte tenu du peu de ressources financières de la petite entreprise allemande, les poursuites furent abandonnées. En 1964, Rolf Hausser vendit les droits de la poupée Lilli à Mattel pour sauver l’entreprise familiale qui fit faillite malgré tout quelques années plus tard. Barbie est le diminutif de Barbara, le prénom de la fille de Ruth Handler20. Ses mensurations, initialement hypertrophiées, sont ramenées à des proportions plus habituelles au fil des années. (…) En (…) 1986 (…) Des Barbie représentant le monde entier sont également commercialisées : la Barbie japonaise, la Barbie indienne, la Barbie hispanique (qui sera connue comme Theresa, une des amies de Barbie) la Barbie allemande, la Barbie irlandaise… (…) En 2016, la Barbie traditionnelle aux longues jambes, à la poitrine imposante et à la taille ultra-fine se voit concurrencée par trois Barbie nouvelles : « Tall » (grande et longiligne), « Petite » (toute menue), et « Curvy » (« bien en chair », avec moins de poitrine, mais un petit ventre rond, des hanches plus larges, ainsi que des fesses et des cuisses arrondies). Ces évolutions, qui constituent en fait une révolution de l’approche marketing de la marque au point que Barbie « Curvy » fait la couverture de Time Magazine, résultent d’une remise en cause rendue indispensable par la perte de part de marché des poupées Barbie (ventes en baisse de 16 % en 2014, après une chute de 6 % l’année précédente), accentuée encore par la perte de la licence Disney pour commercialiser la poupée Elsa tirée de La Reine des neiges, et récupérée par Hasbro ; cette perte représente pour Mattel une perte de chiffre d’affaires évaluée à 500 millions de dollars. Cependant, cet abandon de la silhouette traditionnelle de Barbie présente d’intéressantes possibilités de développement, dans la mesure où il entraînera un renouvellement accéléré de la garde-robe : Barbie « Curvy » ne peut en effet pas enfiler les vêtements de la Barbie traditionnelle. La nouvelle démarche de la marque vise à se rapprocher de la réalité de la population féminine américaine en abandonnant une partie des stéréotypes véhiculés par Barbie, au profit de nouveaux canons de beauté popularisés par des personnalités telles que Mariah Carey, Kim Kardashian, Beyoncé, Christina Hendricks31, Meghan Trainor, voire Melissa McCarthy et sa ligne de vêtements en « taille plus ».Développé dans le plus grand secret sous le nom de code de « Project Dawn »31, ce virage radical n’est pas sans risque : les clientes habituelles peuvent se sentir trahies, et les mères des petites filles à qui on offre une Barbie « Curvy » peuvent y voir une critique voilée de l’embonpoint de leur progéniture33. De plus, ce changement de stratégie va constituer un cauchemar logistique pour gérer dans la pratique ces nouvelles variantes, sans même parler des problèmes qu’il a fallu résoudre pour traduire les trois nouvelles appellations dans des douzaines de langues différentes. Face à la chute des ventes, cependant, Mattel n’avait plus le choix. Et les difficultés à affronter ne font que refléter le statut d’icône américaine qu’a atteint Barbie depuis bien des années, puisque 92 % des Américaines ont possédé une Barbie entre l’âge de 3 ans et l’âge de 12 ans. Toujours est-il que, selon Le Journal de Montréal qui publie les images de ces nouvelles « Barbie Fashionistas », « la nouvelle Barbie « Curvy » pourrait changer la façon dont les femmes se perçoivent ». Parallèlement aux poupées Barbie disponibles dans les grandes surfaces et à destination des enfants, la société Mattel commercialise depuis les années 1990 des poupées Barbie de collection. La marque s’inspire principalement de la culture populaire de masse telle que : le cinéma, la musique et la télévision, afin de créer une gamme exclusivement basée autour de ces disciplines. Ces poupées Barbie à tirage limité sont vendues dans des magasins spécialisés à un prix beaucoup plus élevé. (…) D’autres poupées Barbie sont habillées par de grands couturiers110, avec, entre autres, pour les cinquante ans de Barbie en 2009, cinquante créateurs qui ont participé au relooking de celle-ci. : Givenchy, Oscar de la Renta (1998), Karl Lagerfeld111 (2009), Calvin Klein, Versace, Vera Wang, Christian Dior (1995 et 1997), Louis Vuitton112 (2011), Yves Saint Laurent, Christian Louboutin, Jean Paul Gaultier (2 poupées), Robert Mackie, Chantal Thomass et plus récemment en 2014 : une « barbie » Karl Lagerfeld, etc. (…) Barbie est fréquemment associée au monde de la joaillerie, pour l’édition de poupées en éditions limitées. Ainsi, la poupée Barbie neuve la plus chère est celle créée par Stefano Canturi130 présentée en Australie en 2010, avec un tarif de 500 000 dollars. Le précédent record pour le prix unitaire datait de 2008 avec une poupée à 94 800 dollars présentée au Mexique. (…) En Arabie saoudite, pour justifier l’interdiction des poupées Barbie dans le royaume, le Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice (organisme chargé de la police religieuse) déclara : « Les poupées Barbie juives, avec leurs vêtements révélateurs, leurs postures, accessoires et outils honteux sont un symbole de la décadence de l’Occident perverti. Prenons garde à ces dangers et faisons très attention. » Pour les psychiatres, Barbie est un fantasme d’adulte mais pas de petites filles. Dans un brûlot intitulé Toy-Monster : the Big Bad World of Mattel, le journaliste et essayiste américain Jerry Oppenheimer présente le designer de Barbie, Jack Ryan, comme un pervers sexuel. Pour l’essayiste, Barbie serait l’incarnation du fantasme ultime de son inventeur : une call-girl de luxe, à la taille ultrafine, aux seins en obus et au visage enfantin. Des parents l’accusent de fausser l’image de la femme et d’encourager notamment l’anorexie. La pédopsychiatre Gisèle George et la psychanalyste Claude Halmos rejettent l’idée que Barbie ait un quelconque pouvoir, cette dernière va plus loin en disant que la construction psychique d’un enfant dépend des adultes et non pas des objets qui l’entourent. Cette polémique persiste, et des chercheurs en médecine montrent que les mensurations de Barbie ne sont pas compatibles avec une vie normale, et qu’elle conduit à adopter des conduites alimentaires anorexiques. Fin 2013, une campagne est lancée en vue de promouvoir l’image d’une Barbie plus « ronde ». En 1992, Mattel commercialise la Teen Talk Barbie : elle peut émettre quelques phrases « comme les ados » à propos de shopping, vêtements, pizzas etc. La phrase : « Math class is tough! » (« Les maths, c’est dur ! ») attire la réprobation de l’Association américaine des femmes diplômées des universités (AAUW). Mattel retire rapidement la phrase du « répertoire » de Barbie. Par contre la phrase : « Allons faire les courses après l’école » ne fut jamais retirée de l’exemplaire français de la Teen Talk Barbie malgré les réticences de l’AAUW. Hugo Chávez, le président vénézuélien, a proposé de fabriquer des « poupées avec des visages d’Indiens » pour remplacer « la Barbie, qui n’a rien à voir avec notre culture »141. En 2010, la sortie de Barbie Vidéo Girl suscite l’inquiétude du FBI. Cette poupée équipée d’une caméra et d’un écran LCD pourrait être utilisée selon l’agence comme un moyen détourné de produire du contenu pédopornographique. Durant le premier semestre 2012, Barbie fait de la politique, mais sans prendre parti, avec la commercialisation de la poupée Yes She Can. La même année, Valeria Lukyanova se fait remarquer par les médias du monde entier en se faisant surnommer la « Barbie vivante ». À la suite de la publication d’un rapport en octobre 2013144, les associations Peuples Solidaires et China Labor Watch ont lancé une campagne pour dénoncer les conditions de travail des ouvrières et ouvriers chinois qui fabriquent les poupées Barbie. La campagne « Barbie ouvrière » a été lancée peu avant Noël 2013 afin de sensibiliser les consommateurs et de faire pression sur l’entreprise Mattel. Wikipedia
Lilli est une poupée mannequin produite de 1955 à 1961 par la société allemande O. & M. Hausser. Elle apparaît pour la première fois en 1952 dans une bande dessinée publiée dans le journal allemand Bild Zeitung. Sa morphologie adulte, ses cheveux implantés et sa fabrication en matière plastique avec plusieurs trousseaux de vêtements contemporains en tissus, ont été repris aux États-Unis pour devenir la poupée Barbie. À l’origine, Lilli est un personnage de bande dessinée créé par Reinhard Beuthien. Elle fait sa première apparition le 24 juin 1952 dans le journal Bild Zeitung. Devant le succès remporté par ce personnage, Bild décide d’en faire une poupée pour la commercialiser en tant que mascotte. Le journal fait alors appel à la société allemande O. & M. Hausser, un fabricant de jouets établi à Neustadt et dirigé par les frères Rolf et Kurt Hausser. Créée par Max Weissbrodt, la poupée Lilli est lancée le 12 août 1955. O. & M. Hausser lui adjoint des meubles ainsi qu’une garde-robe conséquente inspirée de la mode des années 50, dessinée par Martha Maar et confectionnée par la société 3M Puppenfabrik. Avec son corps de jeune femme sexy, sa bouche sensuelle, son maquillage et ses yeux « en coulisse », Lilli tranche avec les poupées-fillettes et les poupons joufflus. Elle promeut un nouveau modèle : la poupée mannequin. Des poupées-femmes existaient déjà avant l’apparition de Lilli mais dans la plupart des cas elles n’étaient pas considérées comme des jouets et n’étaient pas destinées aux enfants.L’arrivée de Barbie sur le marché du jouet va lui être fatale. Lors d’un séjour en Europe, Ruth Handler, co-fondatrice de la société Mattel avec son mari Elliot, découvre la poupée Lilli dans une boutique suisse. De retour aux États-Unis, Ruth Handler décide de s’en inspirer pour créer la poupée Barbie. Wikipedia
On s’en doutait, les mensurations de la poupée Barbie de Mattel sont inapplicables à un humain. Le site anglais rehabs.co a décidé de se pencher sur la question en comparant le corps de Barbie à celui d’une Américaine moyenne. Cette étude fait partie d’un rapport sur les désordres alimentaires et les problèmes des jeunes filles avec leur image. Le verdict est sans appel : si Barbie était en chair et en os, elle serait en très mauvaise santé. Son cou est beaucoup trop long et 15 cm plus fin que celui d’une femme normale. Sans ce soutien, sa tête tombe donc sur le côté. Avec une taille de 40 cm, impossible de loger tous les organes. Adieu l’estomac et une bonne partie de l’intestin. Sa taille est également trop fine puisqu’elle ne représenterait que 56% des hanches. Ses jambes, elles, sont anormalement longues et beaucoup trop maigres. Résultat, avec des chevilles de 15 cm, soit la même taille du pied d’un enfant de trois ans, elle ne tiendrait pas debout. Impossible de marcher donc, ni même de se soutenir avec les mains, car des poignets de 7,6 cm ne sont pas suffisants pour porter son corps. Si Barbie était vivante, elle serait donc constamment allongée, et ne pourrait pas survivre longtemps à cause de ses problèmes d’organes. Top santé
Mais vous ne vous rendez pas compte à quoi on s’est heurtés quand on a introduit Barbie en France il y a vingt-cinq ans. Aux mêmes comportements de refus que ceux qui avaient accueilli Barbie dix ans plus tôt aux Etats-Unis. Cette première poupée sexuée, en pleine Amérique puritaine, elle ne passait pas du tout. Nous avons mis dix ans à remonter la pente. Robert Gerson (Mattel France)
Certes, celui qui a conçu la Barbie n’avait pas une once de féminisme : il a projeté l’image d’un objet sexuel, d’après un prototype américain à la Jane Mansfield. En revanche, on ne peut pas donner à Barbie un pouvoir qu’elle n’a pas : une poupée ne peut pas influer sur l’orientation sexuelle, professionnelle, ou quoi que ce soit d’autre… Gisèle George (pédopsychiatre)
Il est devenu courant d’accuser les objets : la violence serait de la faute de la télé, l’anorexie, celle de Barbie… mais on oublie l’essentiel : la construction psychique d’un enfant dépend des adultes qui l’entourent. Une petite fille conçoit la féminité à travers ce que sa mère ressent et vit pour elle-même, et à travers la façon dont son père ou un compagnon masculin considère sa mère. Claude Halmos (psychanalyste)
Si Playmobil fait l’unanimité auprès des parents, ce n’est pas le cas de Barbie, la plus célèbre des poupées, qui a fêté ses 50 ans en 2009 et s’est retrouvée, cette année encore, parmi les cadeaux les plus offerts aux petites filles pour Noël. Avec ses mensurations improbables – soit 95-45-82 à l’échelle humaine -, Barbie est accusée de fausser l’image de la femme et d’encourager notamment l’anorexie. Dans l’Hexagone, de plus en plus de mamans répugnent à l’offrir à leurs filles. Avec 3 millions de poupées vendues par an en France sur une cible de… 3 millions de petites filles âgées de 2 à 9 ans, le fabricant Mattel n’est pourtant pas encore aux abois. « 80 % de l’offre Barbie et ses accessoires, château, voiture, chevaux… est renouvelé chaque année », explique Arnaud Roland-Gosselin, directeur marketing de Mattel France. De quoi entretenir l’intérêt des petites consommatrices, qui possèdent, chacune, une moyenne de douze poupées. Dernière excentricité marketing en date, la sortie, pour les fêtes de fin d’année, d’une Barbie chaussée par le créateur Christian Louboutin : 115 euros le modèle avec ses escarpins à semelle rouge. En 2009, Barbie aura été à l’honneur : les plus grands créateurs lui ont consacré un défilé en février lors de la semaine de la mode à New York, un livre-coffret luxueux retraçant sa saga a été édité chez Assouline et les studios Universal ont annoncé qu’elle allait bientôt être l’héroïne d’une superproduction hollywoodienne. Pour autant, la poupée n’a pas fêté son cinquantième anniversaire en toute sérénité. Dans un brûlot intitulé Toy-Monster : the Big Bad World of Mattel (« Jouet-Monstre : le grand méchant monde de Mattel ») et publié aux Etats-Unis chez Wiley-Blackwell, le journaliste et essayiste américain Jerry Oppenheimer écorne sérieusement le mythe. Auteur de la biographie non autorisée de Bill et Hillary Clinton, Jerry Oppenheimer présente dans son ouvrage le père de Barbie, Jack Ryan, comme un pervers sexuel. Pour l’essayiste, Barbie serait l’incarnation du fantasme ultime de son inventeur : une call-girl de luxe, à la taille ultrafine, aux seins en obus et au visage enfantin. De quoi effrayer encore davantage les mamans ? (…) Les enfants ne voient pas le jouet au premier degré, comme les adultes, assure pour sa part Patrice Huerre, chef du service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital d’Antony (Hauts-de-Seine) et auteur de Place au jeu : jouer pour apprendre à vivre (Nathan, 144 pages, 14,95 euros). « Les enfants ne sont pas empêchés de rêver par la forme d’un objet, la preuve : d’un caillou, ils font un bolide », précise Patrice Huerre. En revanche, certains jouets, en rupture avec leur époque, peuvent, selon le psychiatre, avoir un pouvoir d’anticipation, comme la littérature de fiction. « Barbie, ce fantasme d’adulte, anticipe sur la révolution sexuelle, Mai 68, la contraception, et l’émancipation des femmes…, estime-t-il. Elle est entrée en résonance avec une attente implicite des enfants, qui sont ensuite devenus les adolescents des années 1968 ». Le médecin a coorganisé cette année au Musée des arts décoratifs de Paris une exposition intitulée « Quand je serai grand, je serai… » Dans ce cadre, il avait été demandé à 600 enfants de dire ce qu’ils aimeraient faire plus tard, et de désigner les jouets symbolisant le mieux leurs aspirations. On y trouvait en bonne place la fameuse Barbie. Le Monde
La milliardième Barbie va être vendue cette année. La maison Mattel, qui fabrique la poupée mannequin, a annoncé cette nouvelle de poids la semaine dernière, en la lestant d’autres chiffres considérables: six millions de Barbie vendues chaque année en France, une progression de 20% entre 1995 et 1996, six poupées en moyenne entre les mains de chaque fillette de ce pays. Une affaire qui marche, en somme. Et pourtant, comme à chaque fois qu’elle convoque la presse pour parler de Barbie, la firme s’est armée d’une escouade de spécialistes de l’enfance: psychologue, sociologue, pédiatre, professeur » Pour dire quoi? Que Barbie est «un jeu de rêve pour une meilleure adaptation à la réalité» (Armelle Le Bigot, chargée d’études), qu’elle est un «facteur de structuration de la personnalité chez la petite fille» (Dominique Charton, psychothérapeute), que «l’intérêt de Barbie est d’être liée aux évolutions sociales de la deuxième moitié du XXe siècle» (Gilles Brougère, professeur de sciences de l’éducation à Paris-Nord). En résumé, parents, «ne vous inquiétez pas »» (Edwige Antier, pédiatre). S’inquiéter? Bigre » Il y aurait donc lieu de se faire du souci quand une gamine joue aux Barbie. C’est en tout cas ce que Mattel semble indiquer en s’évertuant ainsi à se justifier. (…) Dans le dossier de presse, Gilles Brougère rappelle qu’«à cette époque, Barbie, plus qu’aujourd’hui, sentait le soufre.» De son côté, Armelle Le Bigot, qui écoute depuis des années des mères pour le compte de Mattel, se souvient que «les premières réactions des mamans étaient plutôt musclées. Elles nous parlaient de « cette bonne femme, « cette Américaine, « cette pute» » Par bonheur pour Mattel, les premières utilisatrices de Barbie ont grandi, sont devenues parfois mères à leur tour et c’est cette génération-là qui cause aujourd’hui dans les panels d’Armelle Le Bigot. Désormais, c’est du tout-cuit. «Barbie est dédiabolisée», diagnostique la chargée d’études. Les mères seraient même rassurées de voir que leurs filles, même en caleçon et baskets, «rêvent de belles robes et de paillettes, comme elles au même âge». Ces changements n’ont pas bousculé l’approche prudente des dirigeants de Mattel France. Interrogé sur cette stratégie défensive, le PDG finit par admettre que «non, Barbie ne dérange plus». Et ajoute: «Je me demande si ce n’est pas moi qui me fais un peu de cinéma de temps en temps. » Sibylle Vincendon
Barbie idéalisée, un peu trop parfaite, a sans doute existé à une certaine époque mais elle appartient aujourd’hui au passé. Pour nous, toutes les filles sont belles, quelles que soient leur silhouette, leur taille, la couleur de leurs cheveux, et les poupées doivent être le reflet de cette diversité. Robert Best (designer en chef chez Mattel)
Barbie est bien plus qu’un simple jouet, elle est un personnage emblématique de notre culture et de notre société. L’engouement pour Barbie s’est appuyé sur l’univers très vite créé par Mattel autour du personnage, avec sa famille, ses amis, ses activités, une savante alchimie qui permet aux enfants de projeter leur imagination dans toutes les situations. Anne Monier (Musée des Arts Décoratifs)
C’est la poupée la plus célèbre du monde, et sans doute aussi la plus critiquée, pour ses mensurations improbables et son inatteignable perfection. Barbie se dévoile dans une exposition inédite à Paris qui raconte l’histoire de cette icône de beauté de 29 centimètres. « Barbie est bien plus qu’un simple jouet, elle est un personnage emblématique de notre culture et de notre société », explique à l’AFP Anne Monier, commissaire de l’exposition (jusqu’au 18 septembre au Musée des Arts Décoratifs), la première de cette ampleur dans un musée français. Quelque 700 poupées y sont présentées avec autant de tenues. Avec ses cheveux blond platine, ses jambes interminables et sa poitrine généreuse, Barbie s’est distinguée dès sa naissance, il y a 57 ans, par sa ressemblance avec une jeune femme adulte, une révolution dans le monde des poupons qui régnaient jusqu’alors en maîtres dans les coffres à jouets. Oeuvre de l’Américaine Ruth Handler, épouse du cofondateur de la société Mattel, qui lui donna le prénom de sa fille Barbara, elle fit sa première apparition publique le 9 mars 1959, à la foire du jouet de New York, avant de connaître un immense succès commercial, d’abord aux Etats-Unis puis en Europe. Le cap du milliard de Barbie vendues dans le monde a été franchi dans le monde en 1997. Au fil des années, la reine des poupées a élargi la palette de ses compétences, des plus classiques aux plus insolites: infirmière, top modèle, danseuse, gymnaste mais aussi astronaute (elle a posé le pied sur la Lune avant Neil Armstrong) ou encore présidente des Etats-Unis. Cette gloire planétaire va apporter à Barbie son lot de controverses, ses détracteurs lui reprochant de renvoyer une image trop stéréotypée de la femme, celle d’une européenne, active, blonde et mince. Des psychiatres ont affirmé qu’elle était un fantasme d’adulte avant d’être un jouet de petites filles. Des parents l’ont accusée d’encourager l’anorexie chez les adolescentes. Des scientifiques sont allés jusqu’à démontrer que si Barbie était une vraie femme, elle pèserait 49 kilos et mesurerait 175 cm, son tour de taille ferait 45 cm et ses pieds 21 cm. Ils en ont conclu que la pauvre créature serait alors obligée de marcher à quatre pattes car ses pieds et ses jambes ne pourraient pas la porter. En 2009, le journaliste américain Jerry Oppenheimer écorne sévèrement l’image de la belle – qui célébrait cette année-là son cinquantième anniversaire – en la décrivant comme l’incarnation du fantasme ultime de son designer: une call-girl de luxe, à la taille ultra fine, aux seins en obus et au visage enfantin. « La Barbie idéalisée, un peu trop parfaite, a sans doute existé à une certaine époque mais elle appartient aujourd’hui au passé », assure à l’AFP Robert Best, designer en chef chez Mattel. « Pour nous, toutes les filles sont belles, quelles que soient leur silhouette, leur taille, la couleur de leurs cheveux, et les poupées doivent être le reflet de cette diversité », poursuit-il. Témoin de cette volonté, les trois nouvelles versions lancées par Mattel en début d’année: la grande, la petite, et surtout la ronde, une Barbie potelée, tout en courbes, qui s’éloigne de la poupée d’origine pour s’approcher de Madame Tout Le Monde. Une stratégie visant aussi à endiguer l’érosion des ventes. L’enseigne américaine a déjà fait plusieurs tentatives pour ouvrir Barbie à la différence, sans pour autant faire évoluer ses mensurations. En 1980, elle avait commercialisé Black Barbie, une Barbie noire. L’arrivée des trois nouvelles silhouettes a été célébrée par l’hebdomadaire américain Time qui a mis Barbie en couverture en janvier avec cette question, posée par la poupée elle-même: « A présent, peut-on arrêter de parler de mon corps ? » Le Parisien
La poupée traverse les générations. Depuis sa création, 1 milliard de modèles ont été vendus dans le monde et chaque année, environ 58 millions de poupées sont achetées. En 1959, la poupée californienne, produite par Mattel, débarque dans les foyers comme un pavé dans la marre. Pour la première fois, une poupée type adulte et sexualisée vient casser les modèles traditionnels des poupées enfantines. Emerge alors un jouet aux allures de femme irréaliste : des jambes interminables, une poitrine pulpeuse et une taille de guêpe. Barbie a alors des proportions inhumaines. Face aux critiques récurrentes, et surtout à la chute des ventes, Mattel opère une petite révolution en 2015 : les premières poupées à corpulences dites “normales” sont commercialisées. Aujourd’hui, Barbie n’est plus seulement cette mannequin blonde californienne au teint hâlé. Moins stéréotypée, elle est blonde, brune, rousse, à la peau noire, blanche, métisse… Elle met des pantalons et des jupes, travaille au McDo, danse ou dirige une entreprise. Selon la marque, 55% des poupées vendues dans le monde n’auraient ni les cheveux blonds, ni les yeux bleus. La marque s’efforce de déconstruire les clichés sexistes de sa poupée, parfois non sans mal. En novembre 2014, Mattel sort Barbie, je peux être une ingénieure informatique, un livre qui dépeint une jeune femme nulle en informatique et incapable de faire quoique ce soit sans l’aide de ses amis masculins… Face à la polémique, Mattel présente ses excuses et retire le livre de la vente. Les Echos
Puisant dans les collections des Arts Décoratifs et dans les archives inédites de la maison Mattel®, l’exposition s’efforce d’offrir deux lectures possibles, pour les enfants en évoquant la pure jubilation d’un jouet universellement connu, et pour les adultes, en replaçant cette figure phare depuis 1959 dans une perspective historique et sociologique. 700 Barbies sont ainsi déployées sur 1500m2, aux côtés d’œuvres issues des collections du musée (poupées, tenues), mais également d’œuvres d’artistes contemporains, de documents (journaux, photographies, vidéo) qui contribuent à contextualiser les « vies de Barbie ». Au-delà d’être un jouet, Barbie est le reflet d’une culture et de son évolution. On l’a d’abord associée à l’American way of life avant d’incarner une dimension plus universelle, épousant les changements sociaux, politiques, culturels. Elle évolue dans le confort moderne tout en épousant de nouvelles causes, questionnant les stéréotypes, haïe pour ce qu’elle représenterait d’une femme idéalisée, et pourtant autonome et indépendante, adoptant toutes ambitions de l’époque contemporaine. Ses silhouettes, ses coiffures, ses costumes, sont le fruit de quelques secrets de fabrication dont certains sont révélés pour l’occasion à travers maquettes ou témoignages de ceux qui font le succès de Barbie. Un succès qui tient à la capacité de la poupée à suivre l’évolution de son époque pour se renouveler tout en restant la même. Un succès qui imprègne la culture populaire depuis sa création jusqu’à nos jours, mais qui inspire aussi les artistes. Certains, comme Andy Warhol, en ont fait le portrait quand d’autres l’ont largement détourné. Nombreux sont les créateurs qui ont croisé son chemin de passionnée de mode, pour laquelle chacun a déjà imaginé les tenues les plus extravagantes ou les plus élégantes. Quelques-unes de ses robes de collections sont ainsi signées par des couturiers, parmi lesquels Thierry Mugler, Christian Lacroix, Jean Paul Gaultier, Agnès B, Cacharel ou encore Christian Louboutin. Sa garde-robe déployée pour l’occasion sur plusieurs mètres de cimaises n’est autre que le reflet de la mode dont le musée sortira en contrepoint quelques-unes des pièces les plus parlantes. Musée des Arts décoratifs
When I set out to write about the fascinating behind-the-scenes story of the “doll wars”, at the centre of it was the doll that has dominated the pink toy shelves for three generations — Barbie. I wanted to uncover her secret history and how she has battled to keep her image and her near-monopoly market power for over five decades. The story of Barbie begins with Ruth Handler, born Ruth Moskowicz, the youngest of ten children, born in 1916 to a Jewish-Polish family in Colorado. Her father, a blacksmith, emigrated from Poland, finding work in Denver and sending for his wife and children two years later. The Moskowiczs were extremely poor and, when Ruth’s mother became ill, Ruth’s sister turned surrogate mother, which some people misinterpreted: “It has been suggested to me once or twice that this supposed ‘rejection’ by my mother may have been what spurred me to become the kind of person who always has to prove herself. This seems like utter nonsense.” Nonsense or not, the doll she claims to have invented would never become a mother. Rather, Barbie was destined to live the early dreams of Hertopia: a self-realised woman on her own. Ruth founded Mattel with her husband Elliot Handler, whom she had met at a Jewish youth dance in 1929. They married and had a daughter and a son, Barbara and Kenneth — the dolls Barbie and Ken were born later. In 1956, during a family trip to Switzerland, Handler came across a German doll called Bild Lilli. Lilli was a popular doll in post-war Germany but she was not a child’s plaything, she was an adult toy based on a cartoon. Bluntly, Lilli dolls were designed for sex-hungry German men who bought her for girlfriends and mistresses in lieu of flowers, or as a suggestive gift. Her promotional brochures had such phrases as “Gentlemen prefer Lilli. Whether more or less naked, Lilli is always discreet.” In Switzerland, Handler tucked Lilli in her suitcase, brought her back to the Mattel headquarters in California and launched Barbie based on her image. The story of Barbie’s success is inextricably tied to her secret past. A multimillion-dollar campaign began, led by another controversial Jewish immigrant, Ernst Ditcher, an Austrian psychologist turned American marketing guru. Dr Dichter used Freudian psychology to convince mothers to bring a hyper-sexualised adult doll into the hearts and minds of little girls. The Barbie campaign, along with many other consumer marketing campaigns he led, made him the nemesis of mid-century feminists. Dichter’s notorious reputation was based on his manipulation of human desire. He applied psychoanalysis to selling, forever shaping America’s consumption fetishism: a desire to own stuff — which has yet to subside. As Barbie’s sales soared, Lilli’s owners sued unsuccessfully for patent infringement. Until the early 2000s, Barbie reigned supreme. The challenge, when it came, was from a different doll, and another Jewish entrepreneur. In 1995, Islamic fundamentalists in Kuwait issued a fatwa against Barbie, a ruling under Islamic law prohibiting the buying or selling of this she-devil. In 2003, when Saudi Arabia outlawed the sale of Barbie dolls, the Committee for the Propagation of Virtue and Prevention of Vice announced that the “Jewish Barbie” is the symbol of decadence to the perverted West. Orly Lobel
So it turns out Barbie’s original design was based on a German adult gag-gift escort doll named Lilli. That’s right, she wasn’t a dentist or a surgeon, an Olympian gymnast, a pet stylist or an ambassador for world peace. And she certainly wasn’t a toy for little girls… Unbeknownst to most, Barbie actually started out life in the late 1940s as a German cartoon character created by artist Reinhard Beuthien for the Hamburg-based tabloid, Bild-Zeitung. The comic strip character was known as “Bild Lilli”, a post-war gold-digging buxom broad who got by in life seducing wealthy male suitors. She was famously quick-witted and known to talk back when it came to male authority. In one cartoon, Lilli is warned by a policeman for illegally wearing a bikini out on the sidewalk. Lilli responds, “Oh, and in your opinion, what part should I take off?” She became so popular that in 1953, the newspaper decided to market a three-dimensional version which was sold as an adult novelty toy, available to buy from bars, tobacco kiosks and adult toy stores. They were often given out as bachelor party gag gifts and dangled from a car’s rearview mirror. Parents considered the doll inappropriate for children and a German brochure from the 1950s described Lilli as “always discreet,” and with her impressive wardrobe, she was “the star of every bar”. She did indeed have such a wide range of outfits and accessories you could buy for her, that eventually little girls began wanting her as a playdoll too. While toy factories tried to cash in on her popularity with children, Lilli still remained a successful adult novelty, especially outside of Germany. A journalist for The New Yorker magazine, Ariel Levy, later referred to Lilli as a “sex doll”. In the 1950s, one of the founders of Mattel, Ruth Handler (pictured above), was travelling to Europe and bought a few Lilli dolls to take home. She re-worked the design of the doll and later debuted Barbie at the New York toy fair on March 9, 1959. Mattel acquired the rights to Bild Lilli in 1964, and production of the German doll ceased. (Funny how Barbie’s lighter skin tone was just about the only noticeable change in the early days). (…) So which version would you prefer? Barbie’s ballsy European precursor or Mattel’s squeaky clean lookalike? MessyNessy

Après l’école, Supermanl’humourla fête nationale, Thanksgiving, les droits civiques, les Harlem globetrotters et le panier à trois points, le soft power, l’Amérique, le génocide et même eux-mêmes  et sans parler des chansons de Noël et de la musique pop ou d’Hollywood, la littérature… les poupées Barbie  !

Corps de jeune femme sexy, bouche sensuelle, maquillage, yeux « en coulisse », silhouette élancée, poitrine pulpeuse, taille de guêpe, jambes interminables, pute, call-girl de luxe, seins en obus, visage enfantin, objet sexuel,  prototype américain à la Jane Mansfield, fantasme d’adulte, qui fausse l’image de la femme, encourage l’anorexie, mensurations improbables, proportions inhumaines, inatteignable perfection, icône de beauté, image trop stéréotypée de la femme, européenne, active, blonde et mince, vêtements révélateurs, postures, accessoires et outils honteux, menace morale, symbole de la décadence de l’Occident perverti, Américaine, juive …

Au lendemain de la fête des droits de la femme …

Et en ce 60e anniversaire de la poupée Barbie

Devinez par qui a été (re)créée …

A partir de la sulfureuse mascotte pour hommes tirée d’une bande dessinée du tabloid allemand Bild …

Et avant sa renaissance, politiquement correct et diversité obligent il y a trois ans, en modèle aux multiples professions, formes et tailles de la femme moderne aux 27 teints de peau, 22 couleurs d’yeux et 24 coiffures …

Comme, avant elle l’ultime repoussoir Disney, sa muséification française …

Cette ultime icône de la beauté américaine…

Devenue épouvantail préféré des féministes et des psys …

Et symbole juif, pour les diverses polices religieuses des Etats musulmans, de la « décadence de l’Occident perverti » ?

Saudi Religious Police Say Barbie Is a Moral Threat
Fox News
September 10, 2003

DUBAI, United Arab Emirates —  Saudi Arabia’s religious police have declared Barbie dolls a threat to morality, complaining that the revealing clothes of the « Jewish » toy — already banned in the kingdom — are offensive to Islam.

The Committee for the Propagation of Virtue and Prevention of Vice, as the religious police are officially known, lists the dolls on a section of its Web site devoted to items deemed offensive to the conservative Saudi interpretation of Islam.

« Jewish Barbie dolls, with their revealing clothes and shameful postures, accessories and tools are a symbol of decadence to the perverted West. Let us beware of her dangers and be careful, » said a message posted on the site.

A spokesman for the Committee said the campaign against Barbie — banned for more than 10 years — coincides with the start of the school year to remind children and their parents of the doll’s negative qualities.

Speaking to The Associated Press by telephone from the holy city of Medina (search), he claimed that Barbie was modeled after a real-life Jewish woman.

Although illegal, Barbies are found on the black market, where a contraband doll could cost $27 or more.

Sheik Abdulla al-Merdas, a preacher in a Riyadh mosque, said the muttawa, the committee’s enforcers, take their anti-Barbie campaign to the shops, confiscating dolls from sellers and imposing a fine.

« It is no problem that little girls play with dolls. But these dolls should not have the developed body of a woman and wear revealing clothes, » al-Merdas said.

« These revealing clothes will be imprinted in their minds and they will refuse to wear the clothes we are used to as Muslims. »

U.S.-based Mattel Inc. (search), which has been making the doll since 1959, did not immediately return a phone call seeking comment.

Women in Saudi Arabia must cover themselves from head to toe with a black cloak in public. They are not allowed to drive and cannot go out in public unaccompanied by a male family member.

Other items listed as violations on the site included Valentine’s Day gifts, perfume bottles in the shape of women’s bodies, clothing with logos that include a cross, and decorative copies of religious items or text — offensive because they could be damaged and thus insult Islam.

An exhibition of all the offensive items is found in Medina, and mobile tours go around to schools and other public areas in the kingdom.

The Committee acts as a monitoring and punishing agency, propagating conservative Islamic beliefs according to the teachings of the puritan Wahhabi (search) sect, adhered to the kingdom since the 18th century, and enforcing strict moral code.

Voir aussi:

Meet Lilli, the High-end German Call Girl Who Became America’s Iconic Barbie Doll

MessyNessy
January 29, 2016

So it turns out Barbie’s original design was based on a German adult gag-gift escort doll named Lilli. That’s right, she wasn’t a dentist or a surgeon, an Olympian gymnast, a pet stylist or an ambassador for world peace. And she certainly wasn’t a toy for little girls…

Unbeknownst to most, Barbie actually started out life in the late 1940s as a German cartoon character created by artist Reinhard Beuthien for the Hamburg-based tabloid, Bild-Zeitung. The comic strip character was known as “Bild Lilli”, a post-war gold-digging buxom broad who got by in life seducing wealthy male suitors.

She was famously quick-witted and known to talk back when it came to male authority. In one cartoon, Lilli is warned by a policeman for illegally wearing a bikini out on the sidewalk. Lilli responds, “Oh, and in your opinion, what part should I take off?”

She became so popular that in 1953, the newspaper decided to market a three-dimensional version which was sold as an adult novelty toy, available to buy from bars, tobacco kiosks and adult toy stores. They were often given out as bachelor party gag gifts and dangled from a car’s rearview mirror.

Parents considered the doll inappropriate for children and a German brochure from the 1950s described Lilli as “always discreet,” and with her impressive wardrobe, she was “the star of every bar”. She did indeed have such a wide range of outfits and accessories you could buy for her, that eventually little girls began wanting her as a playdoll too. While toy factories tried to cash in on her popularity with children, Lilli still remained a successful adult novelty, especially outside of Germany. A journalist for The New Yorker magazine, Ariel Levy, later referred to Lilli as a “sex doll”.

In the 1950s, one of the founders of Mattel, Ruth Handler (pictured above), was travelling to Europe and bought a few Lilli dolls to take home. She re-worked the design of the doll and later debuted Barbie at the New York toy fair on March 9, 1959.

Mattel acquired the rights to Bild Lilli in 1964, and production of the German doll ceased. (Funny how Barbie’s lighter skin tone was just about the only noticeable change in the early days).

And the rest is a history you’re a little more familiar with, and no doubt one Mattel is a little more comfortable with…

So which version would you prefer? Barbie’s ballsy European precursor or Mattel’s squeaky clean lookalike?

Voir également:

Barbie Millicent Roberts, from Wisconsin US, is celebrating her 60th birthday. She is a toy. A doll. Yet she has grown into a phenomenon. An iconic figure, recognised by millions of children and adults worldwide, she has remained a popular choice for more than six decades – a somewhat unprecedented feat for a doll in the toy industry.

She is also, arguably, the original “influencer” of young girls, pushing an image and lifestyle that can shape what they aspire to be like. So, at 60, how is the iconic Barbie stepping up to support her fellow women and girls?

When Barbie was born many toys for young girls were of the baby doll variety; encouraging nurturing and motherhood and perpetuating the idea that a girl’s future role would be one of homemaker and mother. Thus Barbie was born out of a desire to give girls something more. Barbie was a fashion model with her own career. The idea that girls could play with her and imagine their future selves, whatever that may be, was central to the Barbie brand.

However, the “something more” that was given fell short of empowering girls, by today’s standards. And Barbie has been described as “an agent of female oppression”. The focus on play that imagined being grown up, with perfect hair, a perfect body, a plethora of outfits, a sexualised physique, and a perfect first love (in the equally perfect Ken) has been criticised over the years for perpetuating a different kind of ideal – one centred around body image, with dangerous consequences for girls’ mental and physical health.

Body image

Toys have a significant influence on the development of children, far beyond innocent play. Through play, children mimic social norms and subtle messages regarding gender roles, and stereotypes can be transmitted by seemingly ubiquitous toys. Early studies in the 1930s by Kenneth and Mamie Clark showed how young black girls would more often choose to play with a white doll rather than a black doll, as the white doll was considered more beautiful – a reflection of internalised feelings as a result of racism.

The same supposition – that girls playing with Barbie may internalise the unrealistic body that she innocently promotes – has been the subject of research and what is clear is that parents are often unaware of the potential effects on body image when approving toys for their children.

A group of UK researchers in 2006 found that young girls aged between five-and-a-half and seven-and-a-half years old who were exposed to a story book with Barbie doll images had greater body dissatisfaction and lower body esteem at the end of the study compared to young girls who were shown the same story with an Emme doll (a fashion doll with a more average body shape) or a story with no images.

More worrying, there were no differences between groups of girls aged five-and-a half and eight-and-a-half years of age, with all girls showing heightened body dissatisfaction. Another study ten years later found that exposure to Barbie dolls led to a higher thin-ideal internalisation, supporting findings that girls exposed to thin dolls eat less in subsequent tests.

Exposure to unhealthy, unrealistic and unattainable body images is associated with eating disorder risk. Indeed, the increasing prevalence of eating disorder symptoms in non-Western cultures has been linked to exposure to Western ideals of beauty. Barbie’s original proportions gave her a body mass index (BMI) so low that she would be unlikely to menstruate and the probability of this body shape is less than one in 100,000 women.

Changing shape

With growing awareness of body image disturbances and cultural pressures on young girls, many parents have begun to look for more empowering toys for their daughters. Barbie’s manufacturer, Mattel, has been listening, possibly prompted by falling sales, and in 2016 a new range of Barbies was launched that celebrated different body shapes, sizes, hair types and skin tones.

These have not been without criticism; the naming of the dolls based on their significant body part (curvy, tall, petite) is questionable and again draws attention to the body, while “curvy” Barbie, with her wider hips and larger thighs, remains very thin. Despite this, these additions are a welcome step in the right direction in allowing girls to play with Barbie dolls that provide more diversity.

More than a body

If Barbie was about empowering girls to be anything that they want to be, then the Barbie brand has tried to move with the times by providing powerful role playing tools for girls. No longer is Barbie portrayed in roles such as the air hostess – or, when promoted to pilot, still dressed in a feminine and pink version of the uniform. Modern pilot Barbie is more appropriately dressed, with a male air steward as a sidekick.

Such changes can have a remarkable impact on how young girls imagine their career possibilities, potential futures, and the roles that they are expected to take. Mattel’s move to honour 20 women role models including Japanese Haitian tennis player Naomi Osaka – currently the world number one – with her own doll is a positive step in bringing empowering role models into the consciousness of young girls.

Children who are less stereotyped in their gender and play are less likely to be stereotyped in their occupations and are more creative. But of course, society needs to mirror this. In the week when Virgin Atlantic abolished the requirement to wear make up for female cabin crew, the arduous journey away from constraining female body and beauty ideals could slowly be taking off. But in a culture where female ageing is now an aesthetic pressure felt by many, perhaps Mattel will show us diversity in age and womanhood? Happy 60th birthday to the still 20-year-old looking Barbie.

Voir de même:

(Reuters) – Barbie, the fashion doll famous around the world, celebrates her 60th anniversary on Saturday with new collections honoring real-life role models and careers in which women remain under-represented.

It is part of Barbie’s evolution over the decades since her debut at the New York Toy Fair on March 9, 1959.

To mark the milestone, manufacturer Mattel Inc created Barbie versions of 20 inspirational women from Japanese tennis star Naomi Osaka to British model and activist Adwoa Aboah.

The company also released six dolls representing the careers of astronaut, pilot, athlete, journalist, politician and firefighter, all fields in which Mattel said women are still under-represented.

Barbie is a cultural icon celebrated by the likes of Andy Warhol, the Paris Louvre museum and the 1997 satirical song “Barbie Girl” by Scandinavian pop group Aqua. She was named after the daughter of creator Ruth Handler.

Barbie has taken on more than 200 careers from surgeon to video game developer since her debut, when she wore a black-and-white striped swimsuit. After criticism that Barbie’s curvy body promoted an unrealistic image for young girls, Mattel added a wider variety of skin tones, body shapes, hijab-wearing dolls and science kits to make Barbie more educational.

Barbie is also going glamorous for her six-decade milestone. A diamond-anniversary doll wears a sparkly silver ball gown.

Voir de plus:

Un milliard de Barbie adoptées. Mal acceptée il y a vingt-cinq ans, la poupée ne fait plus peur aux mères.
Sibylle Vincendon
Libération
28 juin 1997

La milliardième Barbie va être vendue cette année. La maison Mattel, qui fabrique la poupée mannequin, a annoncé cette nouvelle de poids la semaine dernière, en la lestant d’autres chiffres considérables: six millions de Barbie vendues chaque année en France, une progression de 20% entre 1995 et 1996, six poupées en moyenne entre les mains de chaque fillette de ce pays. Une affaire qui marche, en somme. Et pourtant, comme à chaque fois qu’elle convoque la presse pour parler de Barbie, la firme s’est armée d’une escouade de spécialistes de l’enfance: psychologue, sociologue, pédiatre, professeur » Pour dire quoi? Que Barbie est «un jeu de rêve pour une meilleure adaptation à la réalité» (Armelle Le Bigot, chargée d’études), qu’elle est un «facteur de structuration de la personnalité chez la petite fille» (Dominique Charton, psychothérapeute), que «l’intérêt de Barbie est d’être liée aux évolutions sociales de la deuxième moitié du XXe siècle» (Gilles Brougère, professeur de sciences de l’éducation à Paris-Nord). En résumé, parents, «ne vous inquiétez pas »» (Edwige Antier, pédiatre).

S’inquiéter?

Bigre » Il y aurait donc lieu de se faire du souci quand une gamine joue aux Barbie. C’est en tout cas ce que Mattel semble indiquer en s’évertuant ainsi à se justifier. «Mais vous ne vous rendez pas compte à quoi on s’est heurtés quand on a introduit Barbie en France il y a vingt-cinq ans», s’exclame Robert Gerson, le PDG de Mattel France. «Aux mêmes comportements de refus que ceux qui avaient accueilli Barbie dix ans plus tôt aux Etats-Unis. Cette première poupée sexuée, en pleine Amérique puritaine, elle ne passait pas du tout » Nous avons mis dix ans à remonter la pente.» Dans le dossier de presse, Gilles Brougère rappelle qu’«à cette époque, Barbie, plus qu’aujourd’hui, sentait le soufre.» De son côté, Armelle Le Bigot, qui écoute depuis des années des mères pour le compte de Mattel, se souvient que «les premières réactions des mamans étaient plutôt musclées. Elles nous parlaient de « cette bonne femme, « cette Américaine, « cette pute» » Par bonheur pour Mattel, les premières utilisatrices de Barbie ont grandi, sont devenues parfois mères à leur tour et c’est cette génération-là qui cause aujourd’hui dans les panels d’Armelle Le Bigot. Désormais, c’est du tout-cuit. «Barbie est dédiabolisée», diagnostique la chargée d’études. Les mères seraient même rassurées de voir que leurs filles, même en caleçon et baskets, «rêvent de belles robes et de paillettes, comme elles au même âge». Ces changements n’ont pas bousculé l’approche prudente des dirigeants de Mattel France. Interrogé sur cette stratégie défensive, le PDG finit par admettre que «non, Barbie ne dérange plus». Et ajoute: «Je me demande si ce n’est pas moi qui me fais un peu de cinéma de temps en temps»;

Voir de même:

Pour les psychiatres, Barbie est un fantasme d’adulte mais pas de petites filles
Si Barbie s’est retrouvée, cette année encore, parmi les cadeaux les plus offerts aux petites filles pour Noël, elle est accusée de fausser l’image de la femme et d’encourager notamment l’anorexie.
Véronique Lorelle
Le Monde
29 décembre 2009

Si Playmobil fait l’unanimité auprès des parents, ce n’est pas le cas de Barbie, la plus célèbre des poupées, qui a fêté ses 50 ans en 2009 et s’est retrouvée, cette année encore, parmi les cadeaux les plus offerts aux petites filles pour Noël. Avec ses mensurations improbables – soit 95-45-82 à l’échelle humaine -, Barbie est accusée de fausser l’image de la femme et d’encourager notamment l’anorexie. Dans l’Hexagone, de plus en plus de mamans répugnent à l’offrir à leurs filles.
Avec 3 millions de poupées vendues par an en France sur une cible de… 3 millions de petites filles âgées de 2 à 9 ans, le fabricant Mattel n’est pourtant pas encore aux abois. « 80 % de l’offre Barbie et ses accessoires, château, voiture, chevaux… est renouvelé chaque année », explique Arnaud Roland-Gosselin, directeur marketing de Mattel France.
De quoi entretenir l’intérêt des petites consommatrices, qui possèdent, chacune, une moyenne de douze poupées. Dernière excentricité marketing en date, la sortie, pour les fêtes de fin d’année, d’une Barbie chaussée par le créateur Christian Louboutin : 115 euros le modèle avec ses escarpins à semelle rouge.
En 2009, Barbie aura été à l’honneur : les plus grands créateurs lui ont consacré un défilé en février lors de la semaine de la mode à New York, un livre-coffret luxueux retraçant sa saga a été édité chez Assouline et les studios Universal ont annoncé qu’elle allait bientôt être l’héroïne d’une superproduction hollywoodienne. Pour autant, la poupée n’a pas fêté son cinquantième anniversaire en toute sérénité.
Dans un brûlot intitulé Toy-Monster : the Big Bad World of Mattel (« Jouet-Monstre : le grand méchant monde de Mattel ») et publié aux Etats-Unis chez Wiley-Blackwell, le journaliste et essayiste américain Jerry Oppenheimer écorne sérieusement le mythe. Auteur de la biographie non autorisée de Bill et Hillary Clinton, Jerry Oppenheimer présente dans son ouvrage le père de Barbie, Jack Ryan, comme un pervers sexuel. Pour l’essayiste, Barbie serait l’incarnation du fantasme ultime de son inventeur : une call-girl de luxe, à la taille ultrafine, aux seins en obus et au visage enfantin. De quoi effrayer encore davantage les mamans ?
« Certes, celui qui a conçu la Barbie n’avait pas une once de féminisme : il a projeté l’image d’un objet sexuel, d’après un prototype américain à la Jane Mansfield, estime Gisèle George, pédopsychiatre, auteur de La Confiance en soi de votre enfant (Odile Jacob, 2008, 227 p., 7,50 euros). En revanche, on ne peut pas donner à Barbie un pouvoir qu’elle n’a pas : une poupée ne peut pas influer sur l’orientation sexuelle, professionnelle, ou quoi que ce soit d’autre… »
Pouvoir d’anticipation
Un point de vue que partage Claude Halmos, psychanalyste et écrivain. « Il est devenu courant d’accuser les objets : la violence serait de la faute de la télé, l’anorexie, celle de Barbie… mais on oublie l’essentiel : la construction psychique d’un enfant dépend des adultes qui l’entourent. » Selon la psychanalyste, « une petite fille conçoit la féminité à travers ce que sa mère ressent et vit pour elle-même, et à travers la façon dont son père ou un compagnon masculin considère sa mère ».Les enfants ne voient pas le jouet au premier degré, comme les adultes, assure pour sa part Patrice Huerre, chef du service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital d’Antony (Hauts-de-Seine) et auteur de Place au jeu : jouer pour apprendre à vivre (Nathan, 144 pages, 14,95 euros).
« Les enfants ne sont pas empêchés de rêver par la forme d’un objet, la preuve : d’un caillou, ils font un bolide », précise Patrice Huerre.
En revanche, certains jouets, en rupture avec leur époque, peuvent, selon le psychiatre, avoir un pouvoir d’anticipation, comme la littérature de fiction. « Barbie, ce fantasme d’adulte, anticipe sur la révolution sexuelle, Mai 68, la contraception, et l’émancipation des femmes…, estime-t-il. Elle est entrée en résonance avec une attente implicite des enfants, qui sont ensuite devenus les adolescents des années 1968″.
Le médecin a coorganisé cette année au Musée des arts décoratifs de Paris une exposition intitulée « Quand je serai grand, je serai… » Dans ce cadre, il avait été demandé à 600 enfants de dire ce qu’ils aimeraient faire plus tard, et de désigner les jouets symbolisant le mieux leurs aspirations. On y trouvait en bonne place la fameuse Barbie.
Voir de plus:

On s’en doutait, les mensurations de la poupée Barbie de Mattel sont inapplicables à un humain. Le site anglais rehabs.co a décidé de se pencher sur la question en comparant le corps de Barbie à celui d’une Américaine moyenne. Cette étude fait partie d’un rapport sur les désordres alimentaires et les problèmes des jeunes filles avec leur image. Le verdict est sans appel : si Barbie était en chair et en os, elle serait en très mauvaise santé.

Son cou est beaucoup trop long et 15 cm plus fin que celui d’une femme normale. Sans ce soutient, sa tête tombe donc sur le côté. Avec une taille de 40 cm, impossible de loger tous les organes. Adieu l’estomac et une bonne partie de l’intestin. Sa taille est également trop fine puisqu’elle ne représenterait que 56% des hanches. Ses jambes, elles, sont anormalement longues et beaucoup trop maigres.

Résultat, avec des chevilles de 15 cm, soit la même taille du pied d’un enfant de trois ans, elle ne tiendrait pas debout. Impossible de marcher donc, ni même de se soutenir avec les mains, car des poignets de 7,6 cm ne sont pas suffisants pour porter son corps.

Si Barbie était vivante, elle serait donc constamment allongée, et ne pourrait pas survivre longtemps à cause de ses problèmes d’organes.

Voir encore:

Blonde et icône à la fois, la poupée Barbie entre au musée à Paris

Le Parisien
10 mars 2016

C’est la poupée la plus célèbre du monde, et sans doute aussi la plus critiquée, pour ses mensurations improbables et son inatteignable perfection. Barbie se dévoile dans une exposition inédite à Paris qui raconte l’histoire de cette icône de beauté de 29 centimètres.
« Barbie est bien plus qu’un simple jouet, elle est un personnage emblématique de notre culture et de notre société », explique à l’AFP Anne Monier, commissaire de l’exposition (jusqu’au 18 septembre au Musée des Arts Décoratifs), la première de cette ampleur dans un musée français. Quelque 700 poupées y sont présentées avec autant de tenues.
Avec ses cheveux blond platine, ses jambes interminables et sa poitrine généreuse, Barbie s’est distinguée dès sa naissance, il y a 57 ans, par sa ressemblance avec une jeune femme adulte, une révolution dans le monde des poupons qui régnaient jusqu’alors en maîtres dans les coffres à jouets.
Oeuvre de l’Américaine Ruth Handler, épouse du cofondateur de la société Mattel, qui lui donna le prénom de sa fille Barbara, elle fit sa première apparition publique le 9 mars 1959, à la foire du jouet de New York, avant de connaître un immense succès commercial, d’abord aux Etats-Unis puis en Europe. Le cap du milliard de Barbie vendues dans le monde a été franchi dans le monde en 1997.
« L’engouement pour Barbie s’est appuyé sur l’univers très vite créé par Mattel autour du personnage, avec sa famille, ses amis, ses activités, une savante alchimie qui permet aux enfants de projeter leur imagination dans toutes les situations », explique Anne Monier.
Au fil des années, la reine des poupées a élargi la palette de ses compétences, des plus classiques aux plus insolites: infirmière, top modèle, danseuse, gymnaste mais aussi astronaute (elle a posé le pied sur la Lune avant Neil Armstrong) ou encore présidente des Etats-Unis.
Cette gloire planétaire va apporter à Barbie son lot de controverses, ses détracteurs lui reprochant de renvoyer une image trop stéréotypée de la femme, celle d’une européenne, active, blonde et mince.
– Call-girl de luxe… –
Des psychiatres ont affirmé qu’elle était un fantasme d’adulte avant d’être un jouet de petites filles. Des parents l’ont accusée d’encourager l’anorexie chez les adolescentes.
Des scientifiques sont allés jusqu’à démontrer que si Barbie était une vraie femme, elle pèserait 49 kilos et mesurerait 175 cm, son tour de taille ferait 45 cm et ses pieds 21 cm.
Ils en ont conclu que la pauvre créature serait alors obligée de marcher à quatre pattes car ses pieds et ses jambes ne pourraient pas la porter.
En 2009, le journaliste américain Jerry Oppenheimer écorne sévèrement l’image de la belle – qui célébrait cette année-là son cinquantième anniversaire – en la décrivant comme l?incarnation du fantasme ultime de son designer: une call-girl de luxe, à la taille ultra fine, aux seins en obus et au visage enfantin.
« La Barbie idéalisée, un peu trop parfaite, a sans doute existé à une certaine époque mais elle appartient aujourd’hui au passé », assure à l’AFP Robert Best, designer en chef chez Mattel.
« Pour nous, toutes les filles sont belles, quelles que soient leur silhouette, leur taille, la couleur de leurs cheveux, et les poupées doivent être le reflet de cette diversité », poursuit-il.
Témoin de cette volonté, les trois nouvelles versions lancées par Mattel en début d’année: la grande, la petite, et surtout la ronde, une Barbie potelée, tout en courbes, qui s’éloigne de la poupée d’origine pour s’approcher de Madame Tout Le Monde. Une stratégie visant aussi à endiguer l’érosion des ventes.
Les nouvelles Barbie disposeront de 27 teints de peau, 22 couleurs d’yeux et 24 coiffures.
L’enseigne américaine a déjà fait plusieurs tentatives pour ouvrir Barbie à la différence, sans pour autant faire évoluer ses mensurations. En 1980, elle avait commercialisé Black Barbie, une Barbie noire.
L’arrivée des trois nouvelles silhouettes a été célébrée par l’hebdomadaire américain Time qui a mis Barbie en couverture en janvier avec cette question, posée par la poupée elle-même: « A présent, peut-on arrêter de parler de mon corps ? »

Voir aussi:

60 ans après, Barbie a bien changé

TIMELINE // Barbie célèbre ses 60 ans cette année. Si la poupée américaine n’a pas pris de ride, elle a néanmoins subi quelques modifications.

Camille Wong
Les Echos
03/01/2019

La poupée traverse les générations. Depuis sa création, 1 milliard de modèles ont été vendus dans le monde et chaque année, environ 58 millions de poupées sont achetées. En 1959, la poupée californienne, produite par Mattel, débarque dans les foyers comme un pavé dans la marre. Pour la première fois, une poupée type adulte et sexualisée vient casser les modèles traditionnels des poupées enfantines.

Emerge alors un jouet aux allures de femme irréaliste : des jambes interminables, une poitrine pulpeuse et une taille de guêpe. Barbie a alors des proportions inhumaines. Face aux critiques récurrentes, et surtout à la chute des ventes, Mattel opère une petite révolution en 2015 : les premières poupées à corpulences dites “normales” sont commercialisées.

Aujourd’hui, Barbie n’est plus seulement cette mannequin blonde californienne au teint hâlé. Moins stéréotypée, elle est blonde, brune, rousse, à la peau noire, blanche, métisse… Elle met des pantalons et des jupes, travaille au McDo, danse ou dirige une entreprise. Selon la marque, 55% des poupées vendues dans le monde n’auraient ni les cheveux blonds, ni les yeux bleus.

La marque s’efforce de déconstruire les clichés sexistes de sa poupée, parfois non sans mal. En novembre 2014, Mattel sort Barbie, je peux être une ingénieure informatique, un livre qui dépeint une jeune femme nulle en informatique et incapable de faire quoique ce soit sans l’aide de ses amis masculins… Face à la polémique, Mattel présente ses excuses et retire le livre de la vente.

Voir également:

How Jewish is Barbie?

Orly Lobel’s new book examines the doll’s history – and the many broiguses she’s been caught up in

April 5, 2018

When I was a little girl, my mother videotaped me playing with Barbie dolls and other toys. It was my short-lived acting career but it was a prelude to my real career: it was research.

My mother is a psychology professor at Tel-Aviv University and she ran studies all over the world showing me having fun with girl toys and boy toys. She then asked participants questions about my intellect, popularity, abilities and found that without exception whether she ran the study in Israel or Europe or Asia or North America, the result was the same. When I was shown playing with the boy toys I was perceived as more intelligent and more likely to be a leader in my social group. When I was playing with Barbies and other girly toys the subjects of her studies thought less of me.

Needless to say, a side-effect of her research was inadvertently turning her daughter into a critic of the toy industry and our gendered culture from a very early age. Years passed and I became a military commander in the IDF, a lawyer, a law professor, an author and a mother, and the insights I learned from those early psychology experiments persisted: how we play matters. Toys are a serious business.

When I set out to write about the fascinating behind-the-scenes story of the “doll wars”, at the centre of it was the doll that has dominated the pink toy shelves for three generations — Barbie. I wanted to uncover her secret history and how she has battled to keep her image and her near-monopoly market power for over five decades. The story of Barbie begins with Ruth Handler, born Ruth Moskowicz, the youngest of ten children, born in 1916 to a Jewish-Polish family in Colorado.

Her father, a blacksmith, emigrated from Poland, finding work in Denver and sending for his wife and children two years later. The Moskowiczs were extremely poor and, when Ruth’s mother became ill, Ruth’s sister turned surrogate mother, which some people misinterpreted: “It has been suggested to me once or twice that this supposed ‘rejection’ by my mother may have been what spurred me to become the kind of person who always has to prove herself. This seems like utter nonsense.” Nonsense or not, the doll she claims to have invented would never become a mother. Rather, Barbie was destined to live the early dreams of Hertopia: a self-realised woman on her own. Ruth founded Mattel with her husband Elliot Handler, whom she had met at a Jewish youth dance in 1929. They married and had a daughter and a son, Barbara and Kenneth the dolls Barbie and Ken were born later. In 1956, during a family trip to Switzerland, Handler came across a German doll called Bild Lilli. Lilli was a popular doll in post-war Germany but she was not a child’s plaything, she was an adult toy based on a cartoon. Bluntly, Lilli dolls were designed for sex-hungry German men who bought her for girlfriends and mistresses in lieu of flowers, or as a suggestive gift. Her promotional brochures had such phrases as “Gentlemen prefer Lilli. Whether more or less naked, Lilli is always discreet.”

In Switzerland, Handler tucked Lilli in her suitcase, brought her back to the Mattel headquarters in California and launched Barbie based on her image. The story of Barbie’s success is inextricably tied to her secret past. A multimillion-dollar campaign began, led by another controversial Jewish immigrant, Ernst Ditcher, an Austrian psychologist turned American marketing guru. Dr Dichter used Freudian psychology to convince mothers to bring a hyper-sexualised adult doll into the hearts and minds of little girls.

The Barbie campaign, along with many other consumer marketing campaigns he led, made him the nemesis of mid-century feminists. Dichter’s notorious reputation was based on his manipulation of human desire. He applied psychoanalysis to selling, forever shaping America’s consumption fetishism: a desire to own stuff — which has yet to subside.

As Barbie’s sales soared, Lilli’s owners sued unsuccessfully for patent infringement. Until the early 2000s, Barbie reigned supreme. The challenge, when it came, was from a different doll, and another Jewish entrepreneur.

When I first tried to interview Isaac Larian, the man who introduced Bratz to the world, I hit a wall. His company, MGA’s communications department told me that it had no obligation to talk about its affairs.

I continued trying to contact him when, one day, out of the blue, I received the following e-mail: “Dear Orly, I understand that you are writing a book about [Mattel/MGA] and have talked to some of the lawyers and jurors in this case. Mattel’s stated goal (since they aren’t able to compete and innovate) was to ‘litigate MGA to death.’ Mattel has a history of using litigation to stifle innovation. . . . This time they faced a persistent Iranian Jewish immigrant who stood up to them and prevailed. I would be happy to discuss further detail as I was personally involved from day 1 in this case. Thanks & Best Regards, Isaac Larian CEO MGA Entertainment”.

Larian was positioning himself in the battle against Mattel, now the largest toy-maker in the world, and in his correspondence with me, as the underdog Jewish immigrant entrepreneur.

His email signature ended with the mantra “Fortune Favors the Bold”. This is his favourite maxim, which he has also placed in strategic spots on MGA’s walls, such as the corporate boardroom where I interviewed him.

Boldness is at the heart of Larian’s personality. Nevertheless, along with his loudly defiant nature, Larian has a soft side, which he is confident enough to display. He weeps in public, writes poetry, enjoys fashion and, well, loves his dolls. Mattel’s early days parallel MGA’s — Ruth Handler’s immigrant rags-to-riches story and her statements about being bold shows that she had far more in common with Isaac Larian than with Robert Eckert, the CEO of Mattel during the Barbie-Bratz battles, which ended, after eight years, in a bitter and costly stalemate.

In 1995, Islamic fundamentalists in Kuwait issued a fatwa against Barbie, a ruling under Islamic law prohibiting the buying or selling of this she-devil.

In 2003, when Saudi Arabia outlawed the sale of Barbie dolls, the Committee for the Propagation of Virtue and Prevention of Vice announced that the “Jewish Barbie” is the symbol of decadence to the perverted West.

Voir de même:


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