Langue française: Je n’aime pas le show off (Pardon my English)

19 novembre, 2011
L‘anglais ? Ce n’est jamais que du français mal prononcé. Clémenceau
Le ministère de l’Éducation nationale est passionnant mais difficile. J’avais à conduire un certain nombre de chantiers. J’ai travaillé. Je n’aime pas le show off. J’avance step by step. On entre dans une séquence politique intéressante. Ma seule préoccupation est la réélection du président de la République. Luc Chatel
 Français, pour exister, parlez English!  Frédéricic Martel
Le français a fini par devenir une langue africaine à part entière. Achille Mbembe
Qu’est-ce qu’une université? Selon les critères du classement international des institutions d’enseignement supérieur, la bonne université est celle qui, à défaut d’être anglo-saxonne, est composée de professeurs qui se font un point d’honneur d’être publiés dans des revues de langue anglaise et qui, pour faire une impression favorable aux directeurs de ces revues, n’hésiteront pas à s’exprimer en anglais dans les congrès, même s’ils maîtrisent mal cette langue. Jacques Dufresne
Il y a plus de mots anglais sur les murs de Paris qu’il n’y avait de mots allemands sous l’Occupation. Michel Serres

A l’heure où, l’Europe et la France en particulier s’apprêtent à payer comptant le refus pendant des décennies de s’occuper de sa dette et où les bons vieux réflexes d’antiaméricanisme reprennent du service …

Et où, après une énième affaire de plagiat et un remarquable petit numéro de snobisme culturel, nos ministres  ou anciens ministres multiplient les gaffes juste pour exister …

Retour, avec une intéressante tribune du professeur québecois Marc Chevrier, sur la « fatigue linguistique de la France » …

La fatigue linguistique de la France

Marc Chevrier

Professeur au département de science politique, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Texte mis à jour le 20 juillet 2010.

Présentation

Quand la France s’anglicise avec enthousiasme et désinvolture, bien au-delà de ce qu’exigent ses intérêts, quand elle donne l’exemple du zèle dans la soumission au nouvel empire, elle trahit ceux et celles qui depuis Léopold Senghor ont cru à une universalité de la culture française qui survivrait au déclin du pouvoir politique de la France. Le prestige de la culture grecque n’avait-il pas survécu à l’affaiblissement de la Grèce? Marc Chevrier s’interroge ici sur les manifestations et les causes de cette fatigue linguistique de la France, dont il craint qu’elle ne soit le signe d’une fatigue culturelle plus inquiétante encore.

Extrait

« La fin du pouvoir politique français a précipité la fin de la langue française. Même les élites françaises ont jeté la serviette. Elles s’en contrefichent. Elles se sont toutes mises à l’anglais. Et même la classe ouvrière, je ne parle pas que des immigrants, ne se soucie guère non plus de préserver l’intégrité de la langue. » Le New-York Times citant Éric Zemmour.

Texte

Si l’on en croit le médiateur de la République française, Jean-Paul Delavoye, la société française est « fatiguée psychiquement » i. Il semble, toutefois, que la langue française souffre aussi de langueur. Dans son édition du 25 avril 2010, le New York Times a fait écho à la polémique suscitée par le dernier livre du journaliste Éric Zemmour, Mélancolie française, qui raconte comment la France a renoncé à son rêve impérial pour se soumettre à d’autres ambitions non moins impériales, allemande, anglaise ou américaine. Interrogé par le quotidien new-yorkais sur l’avenir du français, l’auteur ne mâche pas ses mots (traduction libre): « La fin du pouvoir politique français a précipité la fin de la langue française. Même les élites françaises ont jeté la serviette. Elles s’en contrefichent. Elles se sont toutes mises à l’anglais. Et même la classe ouvrière, je ne parle pas que des immigrants, ne se soucie guère non plus de préserver l’intégrité de la langue. » ii Partant de cette mélancolique déploration, le journaliste américain fait pourtant sonner deux notes positives en faveur du français. Malgré tous les sombres pronostics sur l’avenir de la langue, plus de la moitié des francophones vivent hors de l’Hexagone, principalement en Afrique. La France n’est plus qu’une grosse île de 65 millions d’habitants parmi une communauté de 200 millions de locuteurs francophones. Et ce renversement démographique explique aussi sans doute pourquoi les meilleurs défenseurs actuels de la langue française proviennent aujourd’hui de l’extérieur de la francophonie hexagonale, pensons au russe Andreï Makine, à la canadienne Nancy Huston ou à l’algérien Mohammed Moulessehoul (alias Yasmina Khadra).

Il est quand même curieux qu’il faille attendre la paternelle sollicitude d’un grand quotidien américain pour rappeler aux Français l’étrange relation qu’ils entretiennent à l’égard de leur langue. Or la grande question soulevée par l’article du New York Times, que le journaliste évoque sans trop insister, est bien sûr ce phénomène d’anglomanie qui semble se généraliser dans toute la France et dont les illustrations ne laissent pas d’étonner. La langue de tous les jours en est affectée ; dans les commerces, les médias, les publicités, en politique, on emprunte directement à l’anglais pour faire moderne, tendance, à la page, pour se distinguer de la « plèbe » restée franchouillarde, pour marquer son appartenance à un monde unifié, globalisé, interconnecté, électrostatique, sans frontières. Les emprunts à l’anglais sont de plus en plus délibérés, choisis à la manière d’une signature, d’un logo, d’une image de marketique qu’on lance à la volée pour épater le Gaulois ; plus l’emprunt est fracassant, grossier, tonitruant, meilleure est la réclameiii. Ainsi à la télévision française organise-t-on des « Talk », comme si la langue française était sans ressource pour nommer une émission de variété. Même le monde de la littérature se place sous le patronage de l’anglo-américain. Ainsi, s’inspirant du Courrier International, pourtant fondé comme une entreprise d’ouverture à la diversité linguistique, un magazine de recensions de livres a pris le nom de Books iv, façon désinvolte d’annexer une publication française au modèle anglo-saxon de revue littéraire (comme le New York Review of Books). Sur la scène parisienne, se faire jouer les trésors de la littérature française en anglais semble être du plus grand chic : ainsi le renommé théâtre du Châtelet a-t-il mis à l’affiche du 28 mai au 4 juillet 2010 une production anglaise de la comédie musicale Les Misérables d’Alain Boublil et de Claude-Michel Schönberg originalement conçue en français d’après le célèbre roman de Victor Hugo. (Quand verra-t-on sur les scènes londoniennes une comédie musicale Hamlet ou King Lear en français?) Dans les grandes entreprises françaises, l’anglais a supplanté le français dans les rouages névralgiques; mêmes les entreprises à vocation strictement nationale voient arriver à leur tête des armées de jeunes managers formés à l’anglo-saxonne, pressés d’appliquer les recettes apprises en anglais à la lecture de manuels américains. Les universitaires français se convertissent aussi frénétiquement à l’anglais. Le prestige des publications dans les grandes revues et maisons d’éditions françaises a faibli ; les embauches dans les universités, les promotions, les honneurs se jouent de plus en plus sur la capacité à publier en anglais dans les forums mondialement cotés, à s’insérer dans les réseaux de recherche « européens » où tout se décline en anglais. Les grandes écoles et les universités françaises, au nom d’une autonomie fraîchement accrue, multiplient les programmes et les formations bilingues ou donnés strictement en anglais, dans l’espoir de toucher une part du marché lucratif des étudiants étrangers qui rêvent de vivre « a french experience » sans dépaysement linguistique. Il n’est pas rare que des professeurs français se vantent de donner leur cours en anglais, sans protestation des bacheliers français, au grand dam des étudiants…. étrangers que la France séduit encore par la langue et la culture. Même le vocabulaire de la politique française se ressent de cette anglomanie. Le secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry, a proposé en avril 2010 de renouveler les politiques sociales françaises en s’inspirant du « care » britannique v. La diplomatie française s’est mise aussi à l’english, en publiant, sous l’impulsion de Bernard Kouchner, ses cahiers (Mondes) en version bilingue. On applaud it même en France à « l’impérialisme cool de l’anglais », ainsi que l’a fait le thuriféraire de la culture américaine Frédéric Martel, dans un texte publié dans Le Point du 28 juillet 2010, « Français, pour exister, parlez English », où il clame sans ambages sa conviction que le français est incapable d’être autre chose qu’une langue de Gaulois rétifs à la modernité, sans dimension internationale ni même européenne.

Si le français fut l’une des langues fondatrices de la construction européenne, il se recroqueville aujourd’hui dans l’arrière-cour de l’Union européenne, détrôné par un « euroglish » triomphant. En 1997, 41% des textes traduits par la Commission européenne étaient des originaux français, contre 12% en 2008, alors que la proportion des textes anglais originaux, de 45% qu’elle était en 1997, est montée à 72% en 2008vi. L’effacement ou la disparition du français dans les institutions de l’Union sont ainsi généralisés. Des services entiers de la Commission européenne ne fonctionnent qu’en anglais, de nombreuses agences de l’Union n’affichent que des pages en anglais dans leurs sites officiels; l’Eurocorps, embryon de corps armé européen qui regroupe des forces de l’Espagne, de l’Allemagne, de la Belgique, de la France et du Luxembourg, planifie ses opérations en anglais à son siège de Strasbourg. Même le Parlement européen a éliminé la signalétique en français de son hémicycle également sis à Strasbourg. Comme l’a noté le journaliste Jean Quatremer de Libération, cet « unilinguisme se traduit par un privilège exorbitant accordé aux anglophones de naissance » qui accaparent ainsi plus de 22% des postes de chef de cabinet de commissaire européen et 38% des postes de porte-parole de la Commission – l’Irlande et le Royaume-Uni ne formant pourtant que 13,3% de la population de l’Unionvii. « Le recul de l’usage du français comme de l’allemand, écrivent Thierry Chopin et Marek Kubišta de la Fondation Robert Schuman, est réel au sein des institutions européennesviii. » Les Français sauvent les apparences en jetant leur dévolu sur des dirigeants européens connaissant la langue française, tel le président de la Commission européenne, le portugais José Manuel Durão Barroso. Mais lorsque ce sont des Français qui prennent les rênes du pouvoir européen, ils escamotent volontiers leur propre langue, ainsi que le fit Jean-Claude Trichet, lors de sa prise de fonction à la Banque centrale européenne, en déclarant : « I am not a Frenchman ». Pas étonnant que l’anglais soit devenu sous la houlette de M. Trichet la seule langue de travail de la Banque centrale sise à Francfort, alors que suprême ironie, le Royaume-Uni ne fait pas partie de la zone euro. Par ailleurs, chez nombre de diplomates et ministres français, parader, in english s’il-vous-plaît, dans les rencontres et les salons internationaux est presque devenu une seconde nature.

Pour les géographes Jean-Claude Barreau et Guillaume Bigot, « le complexe d’infériorité des dirigeants français » met en danger la langue française. « Le géographe, écrivent-ils, doit souligner qu’un système qui oblige ses élites à écrire et à enseigner dans une autre langue que la sienne est un système en danger de mortix. » Par contre, le secrétaire perpétuel de l’Académie française, Mme Hélène Carrère d’Encausse, se semble pas s’inquiéter outre mesure de ces apparences d’affaiblissement et redisait sa foi, en décembre 2009, en la capacité de la France de maintenir son identité linguistique : « Que l’anglais fasse concurrence au français partout dans le monde, qu’il s’y mêle ou le supplante en France, dans certaines entreprises ou dans les universités est fâcheux, mais aussi longtemps que la langue française préserve son intégrité, elle peut résister aux assauts de l’anglaisx. » Il n’empêche que devant l’indifférence avec laquelle une bonne partie de la classe médiatique et politique française considère l’avenir du français sur son propre territoire, qu’à l’écoute des sarcasmes et des railleries qu’y suscite la défense du français associée encore à la ringardise, au passéisme, au repli sur soi alors que la possession ostentatoire de l’anglais parait une marque de promotion sociale, de participation à un monde ouvert et décontracté, qu’à l’écoute de cette jeunesse française délaissant la langue de Brassens et de Piaf pour chanter à tue-tête dans un insipide anglo-américain, qu’à la lecture de ces intellectuels et écrivains français se déclarant à l’étroit dans les jardins de la civilisation française, on ne peut qu’y pressentir les signes d’un pays et d’une culture fatigués, en train de perdre l’art d’exceller par les ressources qui ont fait pendant des siècles le génie du français.

Il est vrai que la situation du français en France n’est pas unique. Tous les pays d’Europe, à part le Royaume-Uni et l’Irlande, connaissent maintenant la concurrence de l’anglais avec leur langue nationale. La belle Italie se désole des anglicismes devenus monnaie courante dans le parler quotidien, y compris celui des politiciens. Un Milanais indigné par l’anglomanie des Piémontais écrivait en 2005 : « Hélas, la perte de toute fierté linguistique est une maladie nationale qui nous a tous contaminésxi. » En Allemagne, la langue de tous les jours s’est imprégnée de nombreux anglicismes. Des commerces et des publicitaires ne s’embêtent plus avec l’allemand et utilisent directement l’anglais dans leurs annonces ; les pourfendeurs de ce mélange d’anglais et d’allemand le nomment le « denglisch »xii. En 2000, le groupe parlementaire des sociaux-démocrates à la chambre basse allemande publiait un document de travail sur l’avenir de la langue allemande, sous la pression des « Anglizismen » et du « globisch »xiii. Bien que l’allemand soit la langue maternelle la plus parlée en Europe et que trois États lui confèrent un caractère officiel, il est moins utilisé que le français dans les institutions européennes et les partis politiques allemands sont divisés sur la politique à prendre sur la langue des communications en Europe. Les Verts allemands n’hésitent plus à user de l’anglais dans leur publicité aux élections européennes, comme s’ils avaient abandonné tout espoir de faire de l’allemand la langue des communications en Europe centralexiv. Toutefois, le gouvernement d’Angela Merkel, issu d’une coalition entre chrétiens-démocrates et libéraux, semble prendre au sérieux l’avenir de l’allemand au sein de l’Union. Ainsi, le chef de la diplomatie allemande, le libéral Guido Westerwelle, a demandé en avril 2010 à la représentante de l’Union européenne pour les Affaires extérieures, Catherine Ashton, d’assurer à l’allemand un rôle important dans le nouveau service extérieur européen, qui pourra compter jusqu’à 8000 employésxv. Du reste, dans la société civile germanophone apparaissent des associations de défense de la diversité linguistique et d’un allemand débarrassé de ces anglicismesxvi. Ainsi s’est créée en 2007 en Allemagne une société de défense de la langue allemande, la Neue Fruchtbringende Gesellschaft, qui compte aujourd’hui 31 000 membres et propose un répertoire de 7200 anglicismes de mauvais aloi. Cette société s’est donnée comme but de promouvoir l’allemand comme langue officielle, de culture et de la science, ainsi que de la soigner et de la protégerxvii.En Suisse, Marco Baschera s’est fait le défenseur d’une pensée authentiquement multilingue et conteste l’idée reçue suivant laquelle l’anglais serait devenu la seule langue universelle, notamment pour la communication des savoirs. Pour le professeur Karl-Heinz Göttert, si l’allemand doit survivre à cet anglais « ratatiné » qu’est aujourd’hui le « globalesisch » envahissant, c’est à la faveur d’une Europe réellement multilinguexviii.

Mais à quel multilinguisme se prépare l’Europe ? Le 14 avril 2010, le président Nicolas Sarkozy a dit vouloir que « tous nos lycéens doivent devenir bilingues et pour certains, trilingues » et « replacer la culture française au lycée »xix. Une étude publiée en 2008 sur l’enseignement des langues dans les écoles des 27 pays de l’Union européenne nous brosse un tableau saisissant des nouvelles « plaques tectoniques » linguistiques qui se dessinentxx. Sans surprise, on apprend qu’en 2005-2006, l’anglais est la première langue étrangère la plus enseignée, soit dans 25 pays de l’Union. Le français est enseigné en priorité dans seulement 2 pays, soit au Royaume-Uni et en Irlande (il est sur un pied d’égalité avec l’allemand au Luxembourg). Lorsqu’une deuxième langue étrangère est enseignée après l’anglais, le français et l’allemand sont à égalité, enseignés chacun dans neuf états. Quoique dépassé par l’anglais, le français est encore très appris en Roumanie, au Portugal, en Italie et à Chypre. En tout et partout, un peu moins de 90% des élèves du secondaire de l’Union européenne apprennent l’anglais, contre 22 à 25% pour le français (distinction étant faite des niveaux inférieur et supérieur du secondaire). Au primaire, l’anglais est appris par 59,0% des élèves en 2006, un taux en constante progression depuis 2002, contre un maigre 6,1% pour le français. En dehors de l’anglais, du français, de l’espagnol, du russe et de l’allemand, très peu d’autres langues sont enseignées comme langue étrangère; l’italien, quatrième langue parlée en Europe, est presque disparu des écoles du continent, sauf à Malte. Autrement dit, sauf exception, les Européens ont peu d’égards, sinon aucun, pour les petites et moyennes langues d’Europe. Si on regarde les langues apprises au secondaire français, l’anglais emporte la palme avec 97,5% des élèves, suivi de l’espagnol avec 43,5%, de l’allemand avec 17,1% et de l’italien, qui attire un triste 4,9%. Bref, lorsque le président Sarkozy proclame vouloir former les lycéens au bilinguisme, on voit ce qu’il veut dire. Cette évolution consacre aussi le déclassement de l’allemand dans les écoles françaises, au profit de l’espagnol, jugé plus facile.

Tous ces chiffres nous montrent que la construction européenne est allée de pair avec un processus d’anglo-massification, en ce sens que les systèmes éducatifs européens ont programmé l’apprentissage prioritaire de l’anglais comme langue seconde, réservant au français et à l’allemand le statut de langue tierce souvent optionnelle. Selon Karl-Heinz Göttert, l’anglais serait aujourd’hui parlé par 51% des Européens, si l’on additionne le pourcentage à la fois de ceux dont l’anglais est la langue maternelle et de ceux dont il est la langue étrangère apprise. On faisant le même calcul pour l’allemand et le français, on arrive respectivement à 32 et 28% de la population de l’Union. Les Européens se dirigent en quelque sorte vers la pratique d’un trilinguisme mou, qui a pour noyau central l’anglais, sucré d’un peu de français ou d’allemand.

La fatigue linguistique française peut s’expliquer par la conjonction d’un triple phénomène de décentrement qui relativise l’importance de la langue française dans les sphères culturelle et géopolitique. Tout d’abord, sur son propre territoire, la France connaît une diversification grandissante de son paysage linguistique en raison de l’immigration. De facto, l’arabe, toutes variantes confondues, est devenu la première langue immigrante de France. Le mouvement de décentralisation engagé depuis les années 1980 a redonné un élan, encore timide, à l’enseignement des langues régionales que le creuset de l’école républicaine avait presque poussées au bord de l’extinction. Un nouvel article adopté lors de la réforme constitutionnelle de juillet 2008 reconnaît que « les langues régionales appartiennent au patrimoine de la Francexxi. » Sur le territoire hexagonal, on dénombre jusqu’à 24 langues régionales encore vivantes. Ensuite, la Francophonie a probablement contribué quelque peu à situer dans l’esprit des Français leur langue et leur culture dans un espace plus vaste que l’Hexagone, encore que pour une bonne part d’entre eux, il s’agisse là d’une donnée abstraite, sans impact sur leur vie nationale. C’est encore un sentiment partagé à l’extérieur de l’Hexagone que les Français observent Acadiens, Québécois, Wallons, Suisses, Antillais, Maghrébins, Africains et tous les francophones d’adoption comme de charmants et inoffensifs locataires d’une langue sur laquelle la France, depuis Paris où tout converge comme jadis à Versailles, exerce des prérogatives régaliennes. La francophonie hors Hexagone est et restera sans doute longtemps trop faible, divisée, dispersée, pour opposer quelque contrepoids conséquent au francocentrisme. Enfin, la France entre dans un monde où elle n’est plus la grande puissance qu’elle avait cru pouvoir être grâce à la grande mais illusoire restauration de sa place dans l’échiquier mondial sous la présidence de Charles de Gaulle. Cruellement vaincue en 1940, la France a réussi en 1945 à se faufiler dans le club des vainqueurs, à retrouver ses droits de puissance coloniale et à acquérir des prérogatives qu’exigeait son rang, tel un siège permanent au conseil de sécurité de l’ONU. Mais depuis son spectaculaire redressement post-1945, la France subit une décote constante dans un monde où elle disparaît, pour reprendre la formule de Nicolas Tenzerxxii. De son empire, il ne reste plus que des miettes dans les caraïbes et dans les océans indien et pacifique. Elle peut difficilement aujourd’hui prétendre au titre de grande puissance, concurrencée d’un côté par des nations émergentes – Chine, Inde, Brésil, Indonésie, etc – et de l’autre engagée dans un processus d’intégration avec une Europe qui ressemble de plus en plus à un empire sans armes unifié par le marché et l’anglais. En somme, une puissance moyenne, de moins en moins exceptionnelle, toujours à la traîne des États-Unis, englobée par l’anglosphère et des blocs plus forts qu’elle, voilà ce que devient la France, pourtant plus populeuse que jamais.

Dans un article publié le 29 mai 2010 (Signs of the Zeitgeist, p. 52), le magazine britannique The Economist se riait des vains efforts déployés par les Français et les Allemands pour défendre leur langue respective face à l’anglais. Il se réjouissait de ce que l’Allemagne n’ait pas, au contraire de la France, fait de sa langue nationale la langue officielle et de ce que la première envisage d’admettre l’anglais comme langue de la justice. Et de conclure l’article (traduction libre) : « Si les mots étrangers pouvaient tuer, l’Angleterre n’eût pas survécu à la conquête normande. » Subtile façon de suggérer que la France et l’Allemagne subissent aujourd’hui une forme de conquête annonçant un nouvel âge féodal… En décembre 2009, dans un article publié dans l’Humanité, le penseur Michel Serres affirmait sans ambages : « Il y a plus de mots anglais sur les murs de Paris qu’il n’y avait de mots allemands sous l’Occupation. »xxiii

En 1962, l’écrivain Hubert Aquin publiait un article retentissant sur la condition du Canada français, qui a marqué les débats intellectuels au Québecxxiv. Il soutenait que le Canada français connaissait une « fatigue culturelle » permanente, en raison d’une tension irrésolue entre son désir d’être une culture globale exprimant toutes les dimensions de l’existence, et sa domination historique par un pouvoir qui tend à dépolitiser toute expression de sa culture et à l’exorbiter par rapport à elle-même, sans cesse tenue de se définir en relation avec un « Autre » jugé supérieur et universel. Il y a loin de la situation présente de la France avec celle du Québec de 1962 ou de 2010. Cependant, à relire Aquin aujourd’hui, on se demande si les Français ont encore le désir et les moyens d’être la culture globale qui avait fait rêver l’écrivain en 1962.

Notes

i. Jean-Paul Delavoye, « La société française est fatiguée psychiquement », Le Monde, 21 février 2010.

ii. Michael Kimmelmal, « Pardon my french », The New York Times, 25 avril 2010.

iii. De retour d’un voyage en France, une journaliste de La Presse dit sa consternation devant la profusion d’anglicismes tape-à-l’œil encombrant la presse féminine française. Voir Anabelle Nicoud, « Les anglicismes à la mode ? », Cyberpresse, 26 avril 2010, voir http://www.cyberpresse.ca .

iv.Voir http://www.booksmag.fr/.

v. Olivier, Schmitt, « Martine Aubry cherche à redynamiser la pensée sociale progressiste », Le Monde, 14 avril 2010. Voir aussi Luc Binet, « Le « care » nécessaire à l’autonomie des personnes », Le Monde, 24 mai 2010; « Martine Aubry : Le « care » c’est une société d’émancipation », Le Monde, 6 juin 2010.

vi. Direction générale de la traduction, Commission européenne, La traduction à la Commission : 1958-2010. Étude, 2009, p. 104. Voir http://ec.europa.eu/dgs/translation/publications/studies/translation_european_commission_fr.pdf .

vii. Jean Quatremer, « L’anglais devient l’espéranto de l’UE », Libération, 17 mars 2010.

viii. Thierry Chopin et Marek Kubišta, « La présence des Français au sein des institutions communautaires : du mythe à la réalité, Questions d’Europe no 159, Les « policy papers » (sic) de la Fondation Robert Schuman, 22 février 2010, voir : http://www.robert-schuman.eu/question_europe.php?num=qe-159 .

ix. Jean-Claude Barreau et Guillaume Bigot, Toute la géographie du monde, Paris, Fayard, 2007, collection Le livre de Poche, p. 142.

x. Hélène Carrère d’Encausse, « Ma patrie, c’est la langue française (Albert Camus) », Séance publique annuelle, 3 décembre 2009, Paris, Palais de l’institut. Voir http://www.academie-francaise.fr/immortels/discours_SPA/carrere_2009.html .

xi. Schiavi Giangiacomo, « Troppi inglesismi in città Aiutateci a salvare l’italiano », Corriere della Sera, 26 juillet, 2005.

xii. Ekkehard König, « Das Deutsche : Von der Weltsprache zu einer europaïcher Sprache unter vielen », Germanistische Mitteillungen, 59, 2004.

xiii. « Die Zukunft der deutschen Sprache », Themenabend der SPD-Bundestagsfraktion, Documente, 24 octobre 2000. Voir http://www.vds-ev.de/literatur/parteien/spd-zukunft.pdf .

xiv. Dossier Deutsche Sprache, Goethe-Institut, « Die Sprache im Kontext einer Sprachpolitik », http://www.goethe.de/kue/lit/dos/dds/de137712.htm.

xv. Voir : http://www.guido-westerwelle.de/Europaeischer-Auswaertiger-Dienst-Deutsch-prominent-vertreten/29627c1i1p/index.html.

xvi.Voir notamment ce groupe Suisse, le « Sprachkreis Deutsch Bubenberg » de Berne. Voir http://www.sprachkreis-deutsch.ch.

xvii. Voir : http://www.fruchtbringende-gesellschaft.de/ .

xviii. Karl-Heinz Göttert, « Englisch als neues Latein. Warum die deutsche Sprache überleben wird », Die Welt, 10 mars 2010, http://www.welt.de/debatte/kommentare/article6719247/Warum-die-deutsche-Sprache-ueberleben-wird.html .

xix. Flore Dalaud, « Sarkozy veut remettre les langues au coeur du lycée », Le Figaro, 14 octobre 2009.

xx. Agence exécutive éducation, audiovisuel et culture, Chiffres clés de l’enseignement des langues en Europe, 2008, 136 p., voir http://www.eurydice.org .

xxi. Nouvel article 75.1 de la Constitution de la Ve République française.

xxii. Nicolas Tenzer, Quand la France disparaît du monde, Paris, Grasset, 2008.

xxiii. « L’anglais, langue unique? », publié sur Humanité (http://www.humanite.fr), 23 décembre 2009.

xxiv. Hubert Aquin, « La fatigue culturelle du Canada français », Liberté, no 23, mai 1962, reproduit dans Jean-Christian Pleau, La Révolution québécoise, Montréal, Fides, 2002, 270 p.

Voir aussi:

Les anglicismes à la mode?

26 avril 2010

Heureusement que le ridicule ne tue pas, me disais-je en dévorant une pile de magazines fraîchement rapportés de Roissy.

J’étais curieuse de découvrir Be Magazine, un jeune titre féminin, ressemblant à Grazia et mâtiné de Voici. J’ai quelque peu déchanté.

“What’s Up sur la planète Be?”, demande-t-on en page 9. Ben je vous retourne la question! me suis-je dit en découvrant les titres aussi exotiques que “Who’s that Girl?”, “Style Wars”, “Happy Culture” et autres sujets “Back to the 90s” et papiers sur les “It-girls”.

La tendance se maintient chez le très branché Jalouse, ce sont les néologismes anglais qui irritent la rétine. Comme ce papier sur les working-girls pas loseuses (sic) usées par trop de workover (sic) qui quittent leur job pour pratiquer la “slow life” (sic). La tendance a même son nom: “l’escapism” (sans le e, s’il vous plaît).

Certes, les Français ont toujours aimé les emprunts (ah! ce fameux shopping qui m’a valu sur ce blogue tant de courriels énervés) mais là je crois qu’on glisse vers une autre étpe: le copié-collé intégral ou le néologisme fantaisiste.

On se souvient que les néologismes à consonnance anglaise n’ont parfois pas cours en dehors des frontières de l’hexagone (c’est le cas je crois de “workover” mais aussi des multiples déclinaisons autour des “it-bags”, “it-girls” qui sont en France des “it-tables” ou des “it-adresses”…) mais j’avoue que là, mes récentes lectures m’ont quand même inspiré d’abord un bon fou rire et ensuite, une vague gêne pour ces précieux et précieuses ridicules d’aujourd’hui.

Est-ce un dommage collatéral du monde de la mode? Une tendance durable dans le paysage médiatique français qui quitte la presse haut-de-gamme pour s’installer dans la presse populaire?

Je vous soumets la question mais j’avoue que de mon côté cela refroidit mes ardeurs magazine puisque finalement, je peux tout aussi bien lire la presse anglophone, tant qu’à faire.

***

AJOUT: Les lecteurs d’Elle M la Mode se souviendront peut-être du billet que Misaa a écrit sur une fausse-blogueuse française complètement follasse qui sévit entres autres sur son blogue La Malveillante. Parmi les perles de Vaness’ se trouvent des traductions complètement incroyables de son blogue qui est aussi en VA: vraiment hilarant.

Voir également:

L’anglais, langue unique ?

L’Humanité

23 Décembre, 2009

« Il y a plus de mots anglais sur les murs de Paris qu’il n’y avait de mots allemands sous l’Occupation » a dit Michel Serres : contre un anglais, langue unique, des associations s’insurgent et lancent un appel.

« Conscientes de la grave menace qui pèse sur l’avenir de la langue française, non seulement dans tous les pays francophones et partout où elle était traditionnellement enseignée et pratiquée, mais aussi et avant tout en France même, plusieurs associations de défense et de promotion de la langue française (liste ci-dessous) lancent cet appel au sursaut et à la lutte commune contre un déclin évitable.

Issus de toutes les courants politiques démocratiques, nous faisons tous ce constat : langue de la République (art. 2 de la Constitution) et de la population, support de notre culture et base évidente de notre « vivre ensemble », premier socle de notre « identité nationale » pour 80 % des personnes récemment sondées, le français est méthodiquement évincé au profit de cet anglais simplifié que promeut avec zèle l’oligarchie internationale des affaires.

Le fait ne doit rien à l’air du temps, ni ne procède d’on ne sait quel darwinisme linguistique comme d’aucuns voudraient le faire accroire pour occulter sa vraie cause dont la nature est politique. Politique, comme en témoigne, par exemple, la récente ratification du protocole de Londres qui donne valeur juridique en France aux brevets rédigés en anglais, ou l’abandon de nos prérogatives linguistiques dans les organismes européens et internationaux. Conçue en premier lieu par de puissants groupes internationaux, cette politique est complaisamment relayée par des élus hexagonaux, plus sensibles aux aspirations des financiers qu’à celles de notre société.

Voici longtemps, en effet, qu’est dépassé le stade de l’emprunt naturel d’une langue à une autre. Au-delà de la liste interminable des « coach », « manager », « discount », « trekking , « yes ! » et autres anglicismes … qui hachent notre vocabulaire quotidien, chacun peut aussi constater l’acharnement de maintes grandes entreprises à nous angliciser de manière insidieuse ou brutale. Empruntant d’abord quelques mots « techniques » à l’anglais, elles basculent désormais leurs produits et leurs enseignes commerciales du français au tout-anglais (« Carrefour Market », « Simply Market », « TGV Family » …) ; puis, en phrases entières, celles de leurs slogans publicitaires, de leurs serveurs téléphoniques, de leurs devises managériales qui rythment ironiquement la souffrance de leurs salariés (France Telecom, dorénavant sans accent, n’a-t-il pas inventé le « time to move !» au risque de susciter la « mood » des suicides ?), suivant en cela le MEDEF qui donne le ton par sa devise « Ready for the future !» ; celles aussi des conseils d’administration et des réunions de travail, y compris dans certains ministères de la République « française »; et, finalement, celles de l’annonce de leur licenciement aux ouvriers de Continental-Clairoix, auxquels on a quand même concédé un traducteur : quel privilège !

Ce n’est pas tout : nos chercheurs, après avoir été à l’origine de tant d’avancées majeures et bien que prenant toute leur part aux avancées de la technologie actuelle, sont systématiquement sommés de publier en anglais. L’actuel gouvernement projette de faire enseigner certaines matières en anglais au lycées et à l’université. Histoire sans doute de se rapprocher du peuple qu’elles sont censées représenter, nos élites politiques se forment désormais en anglais, voire en « tout-anglais » à Sciences-Po (notamment dans la nouvelle antenne rémoise de l’École) ; quant à Mme Pecresse, est-il exact qu’elle souhaite exempter l’Université des très humbles exigences de la loi Toubon ?

Pis : le refus de tout débat public accompagne cette politique linguistique inavouée portée par une élite dé-territorialisée qui, à droite comme à « gauche », méprise ouvertement ses origines et rêve d’un monde uniformisé dans lequel elle pourra enfin ressembler parfaitement à ses maîtres.

La première victime de ce rêve indécent sera la « France d’en bas », celle qui ne fera pas ses classes à Oxford ni ne passera ses vacances à Los Angeles, et qui devra éternellement s’adapter, dans sa vie privée et professionnelle, aux exigences d’une autre langue. Ont également tout à perdre à ce basculement linguistique les Francophones d’Afrique et d’ailleurs, que l’on discrimine honteusement pour tenter d’assimiler la défense du français à un purisme aux relents d’exclusion ; sans oublier le cadre moyen, dont les efforts prenants pour changer de langue et de mode de pensée ne feront jamais le poids face aux « English mother tongue » d’ores et déjà recrutés, de manière discriminatoire, pour certains postes clés.

Le débat citoyen que nous exigeons sur la place de la langue dans notre société est d’autant plus pressant que la construction européenne bruxelloise, au mépris de ses textes officiels, impose un libéralisme linguistique agressif : pour accompagner l’ultra-libéralisme économique, pour détruire ce bien commun par excellence et ce service public gratuit que constituent les langues nationales, les protections juridiques nationales faisant obstacle aux campagnes d’anglophonisation unilatérales qui sévissent partout en Europe, sont froidement démantelées.

Ce déracinement linguistique ne doit plus pouvoir s’accomplir dans l’ombre et le silence : le peuple doit prendre conscience de l’ampleur de l’agression dont il est l’objet, et faire entendre sa voix encore souveraine.

Cet appel s’adresse donc à tout citoyen soucieux de défendre sa culture et, à travers elle, toutes les cultures du monde dont la diversité est indispensable à un véritable internationalisme et au respect mutuel et multilatéral des cultures, à l’opposé d’un nivellement mondialiste insidieusement pré-totalitaire.

Cet appel dénonce aussi la glose « identitaire » de gouvernants qui accompagnent la destruction de notre langue commune ; il revient aux citoyens d’exiger une politique claire en faveur de notre langue maternelle et nationale, et plus généralement en faveur du multilinguisme : au collège et au lycée, renforcer l’enseignement du français, apprendre les bases communes des langues européennes, puis apprendre deux langues étrangères, dont la première serait autre que l’anglais ; défendre l’usage de la langue française dans les institutions internationales et européennes, réaffirmer clairement le français comme langue de l’enseignement et de la Recherche, mettre fin à l’invasion des enseignes et des publicités en anglais.

Cet appel s’adresse aux espérantistes ; aux défenseurs des langues régionales – car lorsque le français n’aura plus qu’un statut domestique (à tous les sens de ce terme !), de quelle place pourront-ils se prévaloir ? – , aux citoyens des DOM, aux travailleurs immigrés qui pensent que l’on peut vivre sereinement en français sans renier ses origines.

Il s’adresse aussi aux amoureux de l’anglais, qui ne doit pas se laisser réduire à cette « langue des affaires et de l’entreprise » dont E.-A. Seillères, alors président du syndicat patronal européen, entendait promouvoir l’usage quasi-exclusif.

Il s’adresse enfin aux chercheurs, aux écrivains, aux poètes, philosophes, enseignants, traducteurs, à tous ceux, ici et ailleurs, dont le français est la langue de création et de réflexion, l’outil de formalisation ou d’expression d’une sensibilité. Tous ceux qui savent ce que l’Histoire, ou leur histoire personnelle, doit à la langue française, à tous ceux qui sentent qu’une langue est plus qu’un simple code de communication parce qu’elle porte des valeurs et une vision du monde autant que des données et des informations.

À tous ceux qui ont compris qu’une langue unique c’est une pensée unique, et que si l’on soumet les hommes d’abord par le verbe et par la pensée, c’est aussi par eux, que les hommes résistent et se relèvent.

* [Alliance Champlain –->www.alliance-champlain.asso.nc] [Association francophonie et avenir (AFRAV)->www.francophonie-avenir.com]

– [Association pour la sauvegarde et l’expansion de la langue française (ASSELAF)->www.asselaf.fr]

– [Avenir de la langue française->www.avenir-langue-francaise.fr] (ALF)

– [Cercle littéraire des écrivains cheminots->http://clec.uaicf.asso.fr%5D (CLEC)

– [CO.U.R.R.I.E.L.->www.courriel-languefrancaise.org] (Collectif Unitaire Républicain pour la Résistance, l’Initiative et l’Emancipation Linguisitique)

– Défense de la langue française – Paris-Île-de-France (DLF Paris-IdF) – http://www.langue-francaise.org [1]

Forum francophone international – France (F.F.I.-France)

Le Droit de comprendre (DDC)

Se portent garants de la signature de leur association :

Pour l’Alliance Champlain, Daniel Miroux Pour l’AFRAV, M. Régis Ravat Pour l’ASSELAF, MM. Philippe de Saint Robert et Philippe Loubière Pour A.L.F. et F.F.I.-France, M. Albert Salon Pour le C.L.E.C., M. Raymond Besson Pour le COURRIEL, M. Georges Gastaud Pour D.L.F.-Paris-Î.d.F., M. Marc Favre d’Échallens Pour D.D.C., M. Thierry Priestley

Voir de plus:

L’anglais devient l’espéranto de l’UE

Jean Quatremer

Bruxelles (UE), de notre correspondant

Libération

Le Monde

17 mars 2010

En quelques années, la retraite ordonnée du français dans les institutions européennes s’est transformée en sauve-qui-peut et l’anglais règne en maître presque incontesté à Bruxelles. On note bien ici ou là quelques îlots de résistance (comme à la Cour de justice de l’UE). Pour combien de temps ?

Désormais, les documents en français de la Commission représentent moins de 20% des textes, le reste étant en anglais. Des services entiers, comme la Direction générale économie et finance ou celle de la concurrence, ne travaillent plus qu’en anglais. Alors que la salle de presse de la Commission est censée être bilingue français-anglais, seuls les communiqués de presse d’une page sont encore traduits, souvent avec retard. La direction générale «transport» est devenue «move» et le Parlement européen a supprimé la signalétique en français de son hémicycle strasbourgeois.

Le site internet de l’UE comporte de plus en plus de pages uniquement anglophones et les sites des agences sont, pour la plupart, en anglais only (Europol, Eurojust, Agence européenne de l’armement, Agence de sécurité alimentaire, etc.). La Banque centrale européenne, pourtant sise à Francfort et dotée d’un président français, ne travaille qu’en anglais, alors que le Royaume-Uni n’est pas membre de la zone euro. L’Eurocorps, qui ne compte pourtant aucun soldat anglophone de naissance, a choisi de ne plus parler qu’anglais… Cet unilinguisme se traduit par un privilège exorbitant accordé aux anglophones de naissance. Ainsi, sur 27 chefs de cabinet de commissaires, six sont native English speakers (contre deux francophones) et sur 34 porte-parole de la Commission, 13 anglophones (contre trois francophones). Pour la première fois, la Commission a même recruté un porte-parole américain…

La victoire de l’anglais s’est faite au nom du pragmatisme : dans une Union à 27, impossible de parler au quotidien les 23 langues officielles, dit-on. Il n’en a jamais été question : il n’y a jamais eu que trois langues de travail (français, anglais, allemand) dans les institutions et deux (français, anglais) en salle de presse. En réalité, l’anglais est perçu comme une langue «neutre» et beaucoup, notamment à l’Est, veulent en terminer avec le français, qu’ils maîtrisent mal.

Voir de même:

Ma patrie, c’est la langue française (Albert Camus)

Mme Hélène Carrère d’Encausse, Secrétaire perpétuel.

SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE

3 décembre 2009

PARIS PALAIS DE L’INSTITUT

Mesdames,

Messieurs de l’Académie,

Le général de Gaulle se plaisait à caractériser la France comme le pays des trois cent soixante-cinq fromages, c’est-à-dire comme le pays d’une prodigieuse diversité, diversité des opinions, des aspirations, des goûts et des comportements. Il rejoignait par là l’analyse de Fernand Braudel démontrant dans sa magistrale étude de l’identité de la France que l’histoire de notre pays était celle de divisions anciennes et puissantes, assemblage hétéroclite de peuples et de civilisations, de parlers, de coutumes et de modes de vie. De cette diversité, le démographe Hervé Le Bras concluait que « la France ne devrait pas exister » ou, mieux encore, qu’il aurait fallu l’inventer et ajouterons-nous, la réinventer toujours. Car, et c’est encore Braudel qui parle, « le passé, ce passé de diversité agresse le présent ». Quelle actualité dans ce propos !

De là l’interrogation constante sur l’identité de la France que Michelet appelait une personne, ce qui est déjà une réponse, l’affirmation d’un lien affectif, quasi charnel avec son pays. Cette identité est aujourd’hui le sujet d’un débat ouvert par l’État, invitant tout Français à dire comment il la conçoit. Curieusement ce débat venu d’en haut coïncide avec un autre débat, récurrent celui-ci, venu des profondeurs de la société, sur un thème qui passionne tout autant, l’orthographe. Qu’un peuple que l’on dit avant tout attentif à ses difficultés matérielles, aux problèmes du quotidien, puisse se mobiliser autour de sujets immatériels, voilà qui est certes réconfortant pour la vie de l’esprit. On peut cependant s’interroger sur la coïncidence de ces deux débats. Quel rapport y a-t-il entre la conscience d’être Français et l’avenir de l’orthographe ? Aucun, serait-on tenté de répondre spontanément. Pourtant, à y regarder de plus près, c’est le constat inverse qui s’impose ; le statut de l’orthographe est lié à l’identité française, particulièrement dans le temps présent. C’est pourquoi je commencerai mon propos par la querelle de l’orthographe.

L’automne qui voit paraître des brassées de nouveaux livres, a été marqué cette année par le succès imprévisible mais considérable d’un réquisitoire contre « la dictature de l’orthographe », qualifiée de mal français dans un ouvrage intitulé Zéro faute et portant la signature d’un talentueux journaliste, François de Closets. Les acheteurs ont plébiscité le livre, radios et télévisions ont convié et loué l’auteur, ouvert leurs micros aux commentaires des lecteurs, et sur la toile les internautes se sont joints au chœur des amoureux de l’orthographe. Ce succès peut à la réflexion trouver une explication dans le constat que les termes du procès sont conformes aux idées caractéristiques de l’air du temps. Le respect, le purisme en ce domaine constitueraient un mode caché mais puissant de discrimination sociale. Certes, écrit l’auteur, ce n’est ni la naissance, ni la fortune qui assurent à l’individu un sens inné de l’orthographe, mais ne pas le posséder condamne à l’exclusion. Et les défavorisés de l’existence ont moins de chances que les autres de surmonter ce handicap. L’expression « discrimination sociale » qui est au cœur de cette analyse suffirait à justifier l’anathème lancé contre l’orthographe. Mais d’autres arguments viennent encore renforcer son discrédit. En faire un critère d’éducation ou de savoir serait absurde à l’ère de l’informatique et des correcteurs d’orthographe. De même que les calculettes ont remplacé la connaissance des tables de multiplication et l’aptitude au calcul mental, les correcteurs d’orthographe suppléent désormais à l’ignorance des règles grammaticales ou lexicales. Haro sur l’effort superflu, notamment sur celui qui sollicite la mémoire. Au surplus le français serait, nous assure-t-on, une langue simple si la nécessité de l’écrire de manière correcte ne créait de fait une seconde langue, différente de celle que tout un chacun parle. Et si l’on tient à respecter cette seconde langue, toujours plus étrangère au français que l’on entend, comment espérer que nos compatriotes trouvent le temps d’en apprendre une troisième, c’est-à-dire l’anglais ou l’allemand, dont la connaissance est indispensable dans notre univers mondialisé ? Ne vaudrait-il donc pas mieux se débarrasser de l’orthographe et opter comme la Zazie de Queneau pour une langue phonétique ? Cette charge contre l’orthographe a trouvé un puissant renfort dans la publication récente d’une enquête conduite en 2005 par l’Éducation nationale et dont on avait d’abord pris grand soin de ne pas ébruiter les conclusions. Cette enquête a comparé le niveau de connaissances orthographiques de trente mille écoliers en 1987 et 2005. Les conclusions en sont atterrantes. L’augmentation spectaculaire du nombre de fautes commises signale une régression des connaissances de deux ans ! En 2005 les élèves de cinquième se retrouvent au niveau des élèves de CM2 de 1987. Et – ici la notion de discrimination sociale est confirmée – les élèves des écoles situées dans des zones défavorisées sont nettement plus en retard que ceux qui fréquentent de bons établissements bien situés socialement. Ce constat déplorable a renforcé tout naturellement le camp de ceux qui veulent sinon en finir avec l’orthographe, du moins entendent la modifier radicalement.

La dictature de l’orthographe, qu’il est désormais de bon ton de dénoncer, est pourtant un phénomène relativement récent, remontant à la seconde moitié du XIXe siècle et qui a joué un rôle décisif dans l’extension de la langue française à toute la société et, en dernier ressort, dans le progrès de la conscience collective.

Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, le territoire français est resté le domaine de cohabitation de langues différentes, chacune dessinant les contours et les fidélités de communautés distinctes. Bien que François Ier ait décrété en 1539, par l’ordonnance de Villers-Cotterêts, que le français serait la langue du royaume, elle sera longtemps encore celle dont on n’use qu’à la Cour, dans les tribunaux et dans l’administration. Mais ailleurs, le français tarde tant à pénétrer que d’une province à l’autre on ne se comprend guère. Le grand Racine, voyageant en pays d’oc, écrit à La Fontaine : « Je vous jure que j’ai ici autant besoin d’un interprète qu’un Moscovite en aurait besoin à Paris. Je n’entends pas le français de ce pays et on n’entend pas le mien. » Et les auteurs de l’Encyclopédie confirmeront un siècle plus tard cette difficile pénétration du français dans un pays dominé par les patois. « On ne parle la langue [c’est-à-dire le français] que dans la capitale. » Le propos est certes exagéré, car au XVIIIe siècle le progrès du commerce, les grands travaux de construction de routes facilitent déjà la communication à l’intérieur de l’espace français, permettant à la langue de pénétrer quelque peu dans les villes et plus encore à des locutions françaises d’imprégner les patois. Mais ce mouvement n’atteint guère les campagnes, or la France du XVIIIe siècle est un pays essentiellement rural et elle le restera longtemps encore.

C’est l’abbé Grégoire qui sera le maître d’œuvre du rassemblement linguistique. La France diverse n’était guère compatible avec les idéaux universalistes de la Révolution, seule la langue française pouvait, pensait-il, libérer les individus et forger une communauté d’hommes libres. L’abbé Grégoire, qui avait étudié attentivement les pratiques linguistiques de ses compatriotes, était convaincu qu’à peine un Français sur cinq tenait le français pour sa langue maternelle et pouvait en user aisément. Du coup, en accord avec la Convention, il déclara la guerre à tous les parlers en usage dans le pays. L’unité nationale se ferait à partir de la langue commune, et pour y atteindre il faudrait non seulement la parler, mais la lire et l’écrire. Le lien entre le destin de la nation, son identité et la langue commune était ainsi défini. Pour transformer une pluralité de groupes géographiques, sociaux et culturels en un seul peuple conscient de ce qui l’unit, il faudra apprendre la langue à tous ceux qui l’ignorent, c’est-à-dire à la grande majorité des Français. L’école apparaît ainsi comme un des moyens essentiels du projet révolutionnaire. Mais l’histoire n’ira pas aussi vite que l’avait rêvé l’abbé Grégoire. Il faudra attendre la monarchie de Juillet et la création des écoles primaires par Guizot, puis la IIIe République et le projet éducatif de Jules Ferry pour qu’un véritable système scolaire unifié soit créé.

Dès lors la langue française va être portée par l’enseignement obligatoire et gratuit ; et elle sera imposée à tous au détriment des langues régionales et des patois. Les instituteurs, « hussards noirs de la République », vont être les grands artisans de l’unité recherchée. L’école va dispenser un savoir rigoureux permettant à tous de pouvoir lire, écrire, compter et connaître l’essentiel d’une histoire commune. Les tables de multiplication, les listes des départements et leurs subdivisions, une histoire qui commence avec « nos ancêtres les Gaulois », tels sont les composants du patrimoine commun donné à tous les Français. Et la langue française, qui permet de comprendre ce qu’on lit et ce qu’on apprend tient dans cet ensemble une place royale, elle en est le ciment. Et c’est à ce point qu’arrive l’orthographe, qui jusqu’alors avait peu préoccupé les Français.

Dans l’idéal de la IIIe République, la langue enseignée doit être rigoureuse, libérée de la contrainte des divers accents et usages qui marquent les origines géographiques, sociales et caractérisent les manières de parler. Ce que l’on doit enseigner n’est pas le français tel qu’on le parle et tel qu’on l’entend, mais le français écrit. Et pour l’écrire, il faut des règles qui s’imposent à tous, ce qui entraîne le triomphe de la grammaire et de la dictée. Ce pari d’une langue fondée sur l’orthographe n’était pourtant pas si simple à réaliser, car l’orthographe avait été jusqu’alors imprécise, fluctuante et n’avait cessé d’évoluer. Comment écrire ? Comme on parle, en calquant la graphie sur les sons ? Ou bien en conservant aux mots les traces de leur origine latine ou grecque, c’est-à-dire en ignorant la langue parlée ? Le débat s’était ouvert dès le XVe siècle avec l’invention de l’imprimerie et la vogue croissante des ouvrages publiés en français au détriment du latin. Les imprimeurs, confrontés à l’anarchie des écritures, plaident pour une unification de la langue écrite autour d’une norme orthographique. Le grammairien Louis Meigret répondit à leur inquiétude en recommandant l’adoption d’une orthographe phonétique et un maître d’école marseillais, Honorat Rambaud, inventa à cette fin un alphabet de cinquante-deux lettres, invention étrange et fort compliquée qui tomba aussitôt dans l’oubli. Mais Calvin, dont on célèbre cette année le cinq centième anniversaire de la naissance, en écrivant et en traduisant en français les textes sacrés, apportera une grande contribution au progrès de la langue écrite. Ayant ainsi démontré, contre l’Église catholique et la Sorbonne, que le français pouvait tout autant que le latin porter la langue de Dieu, il posait par là même la question de la manière de l’écrire. Son lieutenant, Théodore de Bèze, soutiendra contre Meigret que le français écrit était langue de la lecture silencieuse, du contact de l’esprit avec le texte, avait une identité propre, ce qui impliquait une graphie détachée de tous les parlers.

L’institution de l’Académie française en 1634 va apporter au débat sur la langue une réponse politique. En confiant à l’Académie, et à elle seule, la mission de travailler à l’unité de la langue, Richelieu voulait aussi faire avancer l’unité de la France si diverse. Forte du magistère qui lui était conféré par son fondateur, puis par le roi, son protecteur, l’Académie va au fil des siècles préciser, modifier, simplifier tantôt à grands coups, tantôt par petites touches, selon les circonstances, les mots qu’elle recueille dans son Dictionnaire.

Lors de sa création, Vaugelas avait défini le bon usage : « C’est la façon de parler de la plus saine partie de la Cour, conformément à la façon d’écrire de la plus saine partie des auteurs du temps. »

Si parler comme on le fait à la Cour était chose aisée, suivre l’usage des auteurs, c’est-à-dire des écrits, l’était moins, car l’unité en ce domaine n’existait pas. Nul ne songe alors, à l’Académie, à opter pour une orthographe phonétique, dont Bossuet dénoncera vigoureusement l’absurdité. En revanche, une querelle s’éleva aussitôt, opposant ceux qui défendent l’orthographe ancienne, aussi désordonnée fût-elle, et ceux qui la condamnent. L’historien Mézeray défend la première position, affirmant qu’elle seule permet de suivre les gens de lettres et de se distinguer « des ignorants et des simples femmes ». Mais tous les auteurs du Grand Siècle, Corneille, Racine, La Fontaine, s’élèvent avec force contre cette conception conservatrice et imposent de nombreuses améliorations en supprimant notamment les lettres superflues héritées du latin, qui entravent le rythme des mots.

À leur suite, et de manière constante, les écrivains de l’Académie, Voltaire, Marivaux, d’Alembert, Buffon au siècle des Lumières, puis Victor Hugo, Sainte-Beuve, Anatole France un siècle plus tard, prôneront tous la modernisation de l’orthographe. C’est à leur volonté de réforme que l’on doit les changements spectaculaires dont témoignent les éditions successives du Dictionnaire de l’Académie. Ainsi en 1740, la graphie de plus d’un quart des mots de la IIIe édition est allégée et, en 1762, la réforme atteint encore près de la moitié des mots. Cet effort de simplification va se poursuivre sans interruption jusqu’à la fin du XIXe siècle. L’Académie, que l’on taxe souvent de conservatisme, aura depuis sa fondation été acharnée à adapter la langue, son lexique, sa graphie aux évolutions de la société, aux progrès techniques et à l’usage. Ce n’est qu’au tournant du siècle, que son zèle réformateur s’est relâché, comme si la langue avait atteint un certain degré de perfection. Mais la question va rebondir, en 1990, dans des conditions inédites, que nul n’avait encore imaginées.

Jusqu’alors l’Académie était reconnue comme l’autorité légitime en matière de langue et ses arrêts étaient considérés comme tables de la loi. En 1990, c’est un premier ministre qui décide de réformer l’orthographe et convoque une commission de spécialistes à cet effet. Sans doute l’Académie sut-elle reprendre l’initiative puisque son Secrétaire perpétuel, Maurice Druon, dont la disparition est pour toute notre Compagnie infiniment cruelle, présida remarquablement aux travaux de la commission. La vérité oblige à reconnaître que l’instance convoquée en grande fanfare aboutit à des conclusions fort modestes. Moins de mille mots modifiés, principalement par la suppression de lettres doubles et de traits d’union, et il fut simplement recommandé d’adopter ces innovations dès lors que l’usage les légitimerait. Ajoutons à cela qu’en 1905, déjà, un avis de l’Académie, qui resta sans effet, proposait les mêmes transformations. Ce qui mérite surtout d’être retenu de cette modeste réforme, c’est la tempête qu’elle déclencha. Au sein de l’Académie d’abord où, contrairement à toutes les réformes passées, les écrivains qui avaient toujours défendu les simplifications y furent dans leur grande majorité opposés. Est-ce parce que l’initiative venait du pouvoir politique et non de l’Académie ? Ou bien plutôt parce que, sensibles à la dégradation rapide de la langue, les académiciens ont pensé que troubler davantage ceux qui en usaient déjà fort mal n’était pas opportun. Mais il est remarquable que la tempête s’étendit à toute la société. Les médias y firent une place considérable et pendant des mois les Français, qui tendent à oublier l’orthographe, débattirent passionnément du sort de l’accent circonflexe. Pouvait-on admettre de ne pas en coiffer le mot voûte ?

C’est à l’école, à ce qu’elle fut depuis le XIXe siècle, que l’on doit sans aucun doute ce phénomène. Si dire le bon usage relevait du magistère de l’Académie, si user d’une langue étincelante a toujours été le privilège des écrivains, c’est à l’école qu’il incomba alors de répandre la langue française dans la société et d’asseoir cette connaissance sur l’orthographe, c’est-à-dire sur la grammaire, et sur les textes. Notre confrère disparu, Léopold Sédar Senghor, disait : « Je pensais dans mon enfance qu’être Français, c’est dans une école du Sénégal comme dans une école de la Beauce apprendre à réciter sans hésiter la litanie des noms en ou – bijou, caillou, chou, genou, hibou, joujou, pou – dont le pluriel exige un [x] et non un [s]. » Ainsi, ce que certains auteurs méprisants ont qualifié de dictature orthographique des instituteurs crispés sur une discipline dépassée était en fait un effort continu pour forger l’unité culturelle de la France. Cette vision de la langue dont la forme écrite devait s’imposer à tous répondait à une longue ambition politique, celle de François Ier, de l’abbé Grégoire et de Jules Ferry, doter le peuple de France de l’unité qui lui avait si durablement manqué.

Qu’y a-t-il de neuf au XXIe siècle qui fasse rebondir le débat ? Et s’agit-il d’une simple querelle sur la manière d’écrire ? Ou bien la question de l’orthographe recouvre-t-elle une réalité plus importante ? Et en quoi touche-t-elle à l’identité de la France ?

Revenons encore à Fernand Braudel, observateur passionné de cette Personne France qui, si diverse, a constamment cherché sa voie vers l’unité. Pendant près d’un siècle, les Français ont été convaincus que la question de leur unité était réglée. Un système politique centralisateur, les chemins de fer, l’industrialisation, l’école et la langue française avaient eu raison, croyaient-ils, de la diversité. Pourtant c’est à une rébellion de la diversité que l’on assiste aujourd’hui.

Notre pays fut toujours terre d’immigration et il sut assimiler de manière incomparable des flux de migrants venus de toute l’Europe et de son empire. S’il y a réussi, c’est parce que ceux qui venaient en France souhaitaient ardemment effacer leurs différences sans pour autant se sentir contraints d’oublier leurs racines. Ils devenaient Français, mais conservaient le souvenir de leurs origines. L’Académie en offre de magnifiques exemples. Joseph Kessel, Eugène Ionesco, Henri Troyat hier ; et maintenant Hector Bianciotti et François Cheng. Tous Français par leur adhésion à une langue et à une culture dont l’esprit universaliste leur a permis de transcender leur patrimoine originel. Léopold Sedar Senghor, encore lui, l’a exprimé magnifiquement. À la question « Pourquoi écrivez-vous en français ? », il a répondu dans Éthiopiques : « Parce que nous sommes des métis culturels. Parce que si nous sentons en nègre, nous nous exprimons en français, parce que le français est une langue à vocation universelle, la langue de la civilisation de l’universel. » Mais aujourd’hui pouvons-nous ignorer que la société tend à se fragmenter en communautés, certaines d’origine culturelle, voire religieuse, d’autres sociales ou géographiques. L’assimilation n’est plus un idéal si répandu et la volonté de conserver une identité propre, de se rapprocher de ceux qui partagent cette identité s’affirme. Les notions de société multiculturelle, métissée, miroir de la diversité, ont fait une apparition fracassante dans le vocabulaire politique et médiatique, légitimant l’aspiration à une différence reconnue. La bataille des mémoires particulières, et parfois antagonistes, tend à remplacer la mémoire collective à laquelle des générations d’immigrés adhéraient spontanément. Depuis la fin du XVIIIe siècle, la certitude que tout citoyen appartenait à la nation française n’avait cessé de croître. Désormais la citoyenneté est surtout entendue au sens des droits civiques et sociaux dont on dispose, et n’implique plus automatiquement que l’on participe à un idéal commun. Les raisons de cette dissociation croissante entre citoyenneté et identité sont multiples et l’école tient une grande place dans cette évolution, ou plus exactement les interrogations qui entourent désormais sa mission. L’enseignement, tel qu’il était conçu, enserrait l’élève dans les mailles serrées d’un même savoir lui offrant la maîtrise de la langue, la connaissance de l’histoire nationale, d’une géographie remarquable par sa variété. Ce savoir commun à des générations de toutes origines les avait unifiées dans la certitude de partager un même passé, une même culture, un même patrimoine et par là même d’être unies dans un même destin et une même vision de l’avenir. Mais depuis presque un demi-siècle, des théoriciens de la pédagogie ont imposé au système éducatif français une idée que naïvement ils croyaient neuve, c’est que l’école avait pour mission d’écouter l’enfant au lieu de lui apporter les connaissances qui formeraient son raisonnement. L’école tend ainsi à devenir une auberge espagnole où chacun, qui n’est plus un élève face à un maître, car ces deux termes sont prohibés, l’élève étant devenu un apprenant, apporte ses propres bribes de connaissance, celles de son environnement, de sa sensibilité, au lieu d’y venir chercher un savoir commun. De plus, au siècle des grandes révolutions technologiques où la télévision et l’ordinateur mobilisent l’attention des adolescents pendant plusieurs heures par jour, les informations qu’ils acquièrent sur les écrans ou sur la toile mettent aussi en cause la mission de l’école et de ceux qui y enseignent. Que peut-elle encore leur apprendre, dès lors qu’ils ont des lueurs sur un nombre considérable de sujets ? Que l’école ait pour mission d’apporter des connaissances de base, des outils pour appréhender le monde et surtout former le jugement, nul n’ose plus le dire. Et du coup, les nouvelles générations n’ont plus en commun le patrimoine acquis à l’école, qui leur permettait de ressentir leur appartenance à une même communauté de culture. C’est cette progressive dislocation de la communauté qui déroute nos compatriotes habitués à penser en termes d’unité. Déjà désemparés par un monde ouvert, où l’instant a remplacé le temps, où la culture et la langue française n’occupent plus une place prééminente, ils s’interrogent sur l’évolution en cours et tendent à demander de manière toujours plus inquiète : que signifie être Français ? Et plus encore, qui est Français ?

La langue française telle qu’elle est parlée désormais, traduit cet éclatement progressif de la société. Que les langues régionales revendiquent une place à ses côtés n’est en rien tragique. Elles sont une part de notre histoire et cohabitent pacifiquement avec le français. Nous ne sommes plus au temps de l’abbé Grégoire qui voulait les supprimer. Aujourd’hui, le breton, le basque, le corse sont enseignés dans les écoles et les universités. Et à l’entrée de chaque ville ou village, les plaques indicatrices portent le nom du lieu dans la langue régionale.

Que l’anglais fasse concurrence au français partout dans le monde, qu’il s’y mêle ou le supplante en France, dans certaines entreprises ou dans les universités est fâcheux, mais aussi longtemps que la langue française préserve son intégrité, elle peut résister aux assauts de l’anglais.

La nouveauté est qu’à l’image de la société la langue tend à se fragmenter, des codes, des formes de français à la mode, des usages multiples – ceux des quartiers, des cités, de classes d’âge issues de divers milieux – prolifèrent fondés sur l’idée d’une appartenance identitaire valorisante. Ces usages sont souvent caractérisés par un lexique spécifique et une phonétique particulière. Ils commencent à fasciner certains linguistes et à trouver place dans certains dictionnaires au nom de l’inventivité langagière. On parle désormais de langue et de culture des banlieues, du hip-hop, du rap, de la langue texto… Et plus que d’usages divers de la langue, on use, pour qualifier ces nouvelles pratiques langagières, du terme langue, les situant ainsi au même niveau que la langue française. Mais au-delà de la prolifération des usages langagiers, c’est la séparation entre langue parlée et langue écrite qui pose le plus grave problème. Le français tel qu’on le parle, tel qu’on l’entend ignore les normes élémentaires de la grammaire et de la syntaxe. Ce n’est pas seulement l’imparfait du subjonctif qui a disparu, mais à peu près tous les temps de la conjugaison. Le présent, reflet d’une civilisation de l’immédiat, sert le plus souvent à dire le passé et le futur. Et le mode affirmatif a éclipsé les interrogations et les négations. Enfin les mots employés perdent souvent tout lien avec leur sens réel. En définitive, chacun tend à considérer qu’il peut user de la langue à sa manière. La conséquence en est qu’à l’instar de la situation d’incompréhension qui prévalait au temps de Racine, la communication est malaisée dans la France d’aujourd’hui. L’école en offre un bon exemple. Les professeurs se plaignent d’être injuriés par des élèves, simplement inconscients du sens des mots qu’ils emploient. Inversement les mêmes élèves ressentent les invites professorales à respecter la discipline comme des atteintes verbales à leur dignité. Quel malentendu sur le sens même des mots. Et lorsque les mots n’ont pas la même signification pour deux interlocuteurs, le recours à la violence peut paraître tout naturel.

Il est temps de dire les choses en vrai français et non dans la « novlangue » de la pensée conformiste. La France n’est pas le lieu de cohabitation de tribus qui ne disposeraient que d’un idiome restreint propre à chacune d’entre elles. Nous avons au contraire en commun une langue claire, précise, admirablement construite à partir de règles connues, compliquées parfois, mais que l’on peut maîtriser, comme l’ont prouvé des générations d’écoliers venus de tous milieux et de toutes origines culturelles et dont souvent les parents ne parlaient pas français. « La grammaire est une chanson douce », a écrit un membre de notre Compagnie, et se l’approprier peut être un jeu. Et que dire de la précision des mots de notre langue, du mot juste, cher aux écrivains, qui fait partie de ce que Valéry nommait « les délices de la langue française ». Au demeurant, le respect du mot juste est le propre de toutes les grandes civilisations. Interrogé sur la qualité première exigée d’un ministre, Confucius répondait : « bien connaître le sens des mots », et pour Isocrate « nous faisons de la parole précise le témoignage le plus sûr de la pensée juste ».

Dans la France d’aujourd’hui, où des lignes de fracture culturelles, sociales, de générations troublent une société qui se crut longtemps harmonieuse, la langue doit être une fois encore le lieu et le moyen du rassemblement. C’est elle qui porte notre immense patrimoine culturel, une longue histoire dont nous devons avoir la fierté et des valeurs qui sont celles de la civilisation de l’universel. Mais cette langue doit être la même pour tous, c’est-à-dire que notre référence commune est la langue écrite dont les dictionnaires et les grammaires disent l’usage.

La nécessité du recours à cette langue écrite, socle de notre unité, s’impose au demeurant à chacun à un moment ou l’autre de son existence. Un bon témoignage en est la réapparition d’un métier depuis longtemps oublié, celui d’écrivain public. Ces revenants pullulent désormais, au service des défavorisés de la langue, incapables de remplir des questionnaires ou d’écrire une lettre ; et on les trouve non seulement dans de lointaines banlieues mais au cœur même de la capitale. Peut-on imaginer symbole plus éclatant de la régression du savoir de notre langue ? Il y a un siècle, et les lettres de simples soldats écrites durant la Première Guerre mondiale le montrent bien, tout citoyen de notre pays pouvait écrire une lettre en bon français avec un vocabulaire précis et une orthographe dominée. Les « hussards de la République » avaient bien rempli leur rôle. Il revient aujourd’hui à leurs successeurs de reprendre le flambeau, d’oublier les théories fumeuses vantant le spontanéisme et le savoir inné de l’enfant-roi, pour enfin accomplir leur mission et transmettre la connaissance de la langue française.

Je veux pour conclure en appeler à un poète libanais qui n’a cessé de proclamer les vertus universelles de la langue française, Salah Stetié.

Pour Salah Stetié, « l’identité est profondément liée à la langue et vice versa. C’est d’être énoncées et dites que les choses prennent corps… La langue n’est pas langue seulement, elle n’est pas exclusivement nominative, elle est aussi syntaxe, c’est-à-dire philosophie, ontologie et métaphysique… Là où le français se parle ou s’écrit, un projet unificateur s’esquisse, dont le socle est la culture française, c’est-à-dire l’essentiel. »

 Voir enfin:

Pardon My French

Michael Kimmelman

The NYT

April 21, 2010

Paris

ÉRIC ZEMMOUR, slight, dark, a live wire, fell over his own words, they were tumbling out so fast. He was fidgeting at the back of a half-empty cafe one recent evening near the offices of Le Figaro, the newspaper where he works, notwithstanding that detractors have lately tried to get him fired for his most recent inflammatory remarks about French blacks and Arabs on a television show. Mr. Zemmour, roughly speaking, is the Bill O’Reilly of French letters. He was describing his latest book, “French Melancholy,” which has shot up the best-seller list here.

“The end of French political power has brought the end of French,” Mr. Zemmour said. “Now even the French elite have given up. They don’t care anymore. They all speak English. And the working class, I’m not talking just about immigrants, they don’t care about preserving the integrity of the language either.”

Mr. Zemmour is a notorious rabble-rouser. In his view France, because of immigration and other outside influences, has lost touch with its heroic ancient Roman roots, its national “gloire,” its historic culture, at the heart of which is the French language. Plenty of people think he’s an extremist, but he’s not alone. The other day Nicolas Sarkozy, the French president, sounded a bit like Mr. Zemmour, complaining about the “snobisme” of French diplomats who “are happy to speak English,” rather than French, which is “under siege.”

“Defending our language, defending the values it represents — that is a battle for cultural diversity in the world,” Mr. Sarkozy argued. The occasion for his speech was the 40th anniversary of the International Organization of the Francophonie, which celebrates French around the world. Mr. Sarkozy said the problem is not English itself but “ready-to-wear culture, uniformity, monolingualism,” by which of course he meant English. The larger argument about a decline of traditional values has struck a chord with conservative French voters perennially worried about the loss of French mojo.

The issue is somewhat akin to Americans complaining about the rise of Spanish in classrooms and elsewhere, but more acute here because of France’s special, proprietary, albeit no longer entirely realistic relationship to French. French is now spoken mostly by people who aren’t French. More than 50 percent of them are African. French speakers are more likely to be Haitians and Canadians, Algerians and Senegalese, immigrants from Africa and Southeast Asia and the Caribbean who have settled in France, bringing their native cultures with them.

Which raises the question: So what does French culture signify these days when there are some 200 million French speakers in the world but only 65 million are actually French? Culture in general — and not just French culture — has become increasingly unfixed, unstable, fragmentary and elective. Globalization has hastened the desire of more people, both groups and individuals, to differentiate themselves from one another to claim a distinct place in the world, and language has long been an obvious means to do so. In Canada the Quebecers tried outlawing signs and other public expressions in anything but French. Basque separatists have been murdering Spaniards in the name of political, linguistic and cultural independence, just as Franco imprisoned anyone who spoke Basque or Catalan. In Belgium the split between French and Dutch speakers has divided the country for ages.

And in France some years ago Jacques Toubon, a former culture minister, proposed curbing the use of English words like “weekend,” although nobody paid much attention. The fact is, French isn’t declining. It’s thriving as never before if you ask Abdou Diouf, former president of Senegal, who is the secretary general of the francophone organization. Mr. Diouf’s organization has evolved since 1970 from a postcolonial conglomerate of mostly African states preserving the linguistic vestiges of French imperialism into a global entity whose shibboleth is cultural diversity. With dozens of member states and affiliates, the group reflects a polyglot reality in which French is today concentrated outside France, and to a large extent, flourishes despite it.

“The truth,” Mr. Diouf said the other morning, “is that the future of the French language is now in Africa.” There and elsewhere, from Belgium to Benin, Lebanon to St. Lucia, the Seychelles to Switzerland, Togo to Tunisia, French is just one among several languages, sometimes, as in Cameroon, one among hundreds of them. This means that for writers from these places French is a choice, not necessarily signifying fealty, political, cultural or otherwise, to France. Or as Mr. Diouf put it: “The more we have financial, military and economic globalization, the more we find common cultural references and common values, which include diversity. And diversity, not uniformity, is the real result of globalization.”

Didier Billion is a political scientist with an interest in francophone culture. He agreed. “A multipolar world has emerged,” he said when we met in his office recently. “It’s the major trend of our time, which for the first time is allowing every person on the planet to become, in a cultural sense, an actor on the world stage.

“I was in Iran two months ago. Young Iranians are very proud of their own culture, which is rich and profound. But at the same time they want a window onto the world through the Internet, to have some identity outside Iran, and the important point is that for them there is no contradiction between these two positions. I am very proud of being French, but 40 years ago the French language was a way to maintain influence in the former colonies, and now French people are going to have to learn to think about francophone culture differently, because having a common language doesn’t assure you a common political or cultural point of view.”

This may sound perfectly obvious to Americans, but it’s not necessarily so to France’s growing tea party contingent. The populist National Front party won some 20 percent of the vote in the south last month (less nationwide), despite Mr. Sarkozy’s monthslong campaign to seduce right-wing voters by stressing the preservation of French national identity. Part of that campaign has been affirming a policy of cultural exceptionalism.

A phrase born years ago, “l’exception culturelle,” refers to the legal exclusion of French cultural products, like movies, from international free trade agreements, so they won’t be treated as equivalent to Coca-Cola or the Gap. But if you ask French people, the term also implies something more philosophical. In a country where pop radio stations broadcast a percentage of songs in French, and a socialist mayor in the northern, largely Muslim town of Roubaix lately won kudos for protesting that outlets of the fast-food chain Quick turned halal, cultural exceptionalism reflects fears of the multicultural sort that Mr. Zemmour’s book touches on.

It happens that Mr. Zemmour traces his own roots to Sephardic Jews from Spain who became French citizens while living in Algeria in the 19th century, then moved to France before the Algerian war. He belongs to the melting pot, in other words, which for centuries, he said, absorbed immigrants into its republican culture.

“In America or Britain it is O.K. that people live in separate communities, black with black, white with white,” he said, reflecting a certain antique perspective. “But this is not French. France used to be about assimilation. But since the 1970s the French intelligentsia has called this neocolonialism. In fact it is globalization, and globalization in this respect really means Americanization.”

But of course colorblind French Jacobin republicanism has always been a fiction if you were black or Muslim, and what’s really happened lately, it seems, is that different racial and ethnic groups have begun to argue more loudly for their rights and assert their culture. The election of Barack Obama hastened the process, by pointing out how few blacks and Arabs here have gained political authority.

The French language is a small but emblematic indicator of this change. So to a contemporary writer like the Soviet-born Andreï Makine, who found political asylum here in 1987, French promises assimilation and a link to the great literary tradition of Zola and Proust. He recounted the story of how, 20-odd years ago, his first manuscripts, which he wrote in French, were rejected by French publishers because it was presumed that he couldn’t write French well enough as a foreigner.

Then he invented the name of a translator, resubmitted the same works as if they were translations from Russian, and they won awards. He added that when his novel “Dreams of My Russian Summers” became a runaway best seller and received the Prix Goncourt, publishing houses in Germany and Serbia wanted to translate the book from its “original” Russian manuscript, so Mr. Makine spent two “sleepless weeks,” he said, belatedly producing one.

“Why do I write in French?” he repeated the question I had posed. “It is the possibility to belong to a culture that is not mine, not my mother tongue.”

Nancy Huston, a Canadian-born novelist here, put it another way: “The world has changed.” She moved to Paris during the 1970s. “The French literary establishment, which still thinks of itself as more important than it is, complains about the decline of its prestige but treats francophone literature as second class,” she said, while “laying claim to the likes of Kundera, Beckett and Ionesco, who were all born outside France. That is because, like Makine, they made the necessary declaration of love for France. But if the French bothered actually to read what came out of Martinique or North Africa, they would see that their language is in fact not suffering.

“After the war French writers rejected the idea of narrative because Hitler and Stalin were storytellers, and it seemed naïve to believe in stories. So instead they turned more and more to theory, to the absurd. The French declined even to tell stories about their own history, including the war in Algeria, which like all history can’t really be digested until it is turned into great literature. Francophone literature doesn’t come out of that background. It still tells stories.”

Which may partly account for the popularity of francophone writers like Yasmina Khadra, the best-selling Algerian novelist, whose real name is Mohammed Moulessehoul. We sipped tea one gray day in the offices of the Algerian Cultural Center. A 55-year-old former Algerian Army officer who now lives in Paris heading the center, Mr. Moulessehoul writes novels critical of the Algerian government under his wife’s name, which he first borrowed while in Algeria because the military there had banned his literary work.

“I was born into a poet tribe in the Sahara desert, which ruled for 800 years,” he said, sitting erect and alert, still a soldier at heart. “I read poetry in Arabic. I read kids’ books in Arabic. But at 15, after I read Camus in French, I decided to become a novelist in French partly because I wanted to respond to Camus, who had written about an Algeria in which there were no Arabs. I wanted to write in his language to say, I am here, I exist, and also because I love French, although I remain Arab. Linguistically it is as if I have married a French woman, but my mother is still Arabic.”

He quoted Kateb Yacine, the Algerian writer, who chose to write in French “to tell the French that I am not French.” Yacine called French the treasure left behind in the ruins of colonialism.

“Paris is still fearful of a French writer who becomes known around the world without its blessing,” Mr. Moulessehoul said. “And at the same time in certain Arab-speaking circles I am considered a traitor because I write in French. I am caught between two cultures, two worlds.

“Culture is always about politics in the end. I am a French writer and an Algerian writer. But the larger truth is that I am both.”


Statue de la Liberté/125e: Mais les petits chiens mangent les miettes (How a tiny lonely group of Frenchmen finally got a reluctant America to accept its greatest national symbol)

17 novembre, 2011

Il répondit: Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la communauté d’Israël. Mais elle vint se prosterner devant lui et dit: « Seigneur, secours-moi! Il répondit: « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. »  « Oui, Seigneur, dit-elle, mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » Alors Jésus lui dit: «Femme, ta foi est grande. Sois traitée conformément à ton désir. Mathieu 15: 24-28
Femme, lui dit Jésus, crois-moi, l’heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. Vous adorez ce que vous ne connaissez pas; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l’heure vient, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité; car ce sont là les adorateurs que le Père demande. Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent l’adorent en esprit et en vérité. Jean 4: 21-28
Donnez-moi vos pauvres, vos exténuésQui en rangs serrés aspirent à vivre libres, Le rebut de vos rivages surpeuplés Envoyez-les moi, les déshérités, que la tempête m’apporte, De ma lumière, j’éclaire la porte d’or ! Emma Lazarus
Entre la France et les Etats-Unis, il y a les liens du sang et il y a l’amour de la liberté. Lorsque vous avez connu votre révolution, il y a des Français qui sont venus, qui ont traversé l’Atlantique et qui ont cru dans la révolution américaine. A l’époque, nous étions 18 millions et vous étiez 2 millions. Mais ils ont traversé l’Atlantique et ils ont dit « là-bas, sur ce territoire immense qu’allaient devenir les États-Unis d’Amérique, les femmes et les hommes qui s’y trouvent vont construire un pays libre ». Et petit à petit, vous, les Américains peut-être que vous ne vous en rendez pas compte, mais vous êtes devenus pour le monde entier le symbole de la liberté, première nation du monde. Et cette statue, dans le monde entier, tout le monde sait ce que cela signifie : un pays libre où les gens sont libres et où ceux qui y viennent sont accueillis. (…) Et encore cette statue, elle parle. Elle parle aux jeunes de Libye, elle parle aux jeunes de Tunisie, elle parle aux jeunes d’Egypte. Cette statue donnée par la France au grand peuple américain, elle peut être la statue de tous ceux qui à travers le monde préfèrent la liberté à la dictature. Ce n’est pas simplement une statue, c’est une idée et ce qu’ils ont voulu dire les Français et les Américains, c’est que cette idée de liberté, elle n’est pas simplement pour les Américains, elle n’est pas simplement pour les Français, elle l’est pour tous les peuples du monde. D’ailleurs, M. le Maire, 5 millions de visiteurs par an pour la Statue. Ils viennent du monde entier. Quand ils reviennent chez eux, ils disent « j’ai vu la Statue de la Liberté et je la veux aussi pour chez moi ». ‘…) les Français et les Américains, nous avons une responsabilité particulière, montrer que la liberté est pour tout le monde.  (…) quand un jeune Américain meurt, je veux que vous sachiez que pour chaque Français, cela lui rappelle tous ces jeunes Américains qui reposent dans nos cimetières. Quand l’un des vôtres est tué, cela fait écho à notre histoire commune : à ces jeunes qui étaient vos grands-parents que vous nous avez envoyés, qui sont morts, qui sont dans nos cimetières et qui ont fait ce pacte du sang entre les Etats-Unis d’Amérique et la France. Nicolas Sarkozy (New York, 26 septembre 2011)

En cette 72e  Journée internationale des étudiants et commémoration des étudiants tchèques qui donnèrent leurs vies pour protester contre l’occupation de leur pays par les nazis en 1939  …

Quand, pour récupérer les milliards chinois dont ils ne peuvent désormais plus se passer, les Occidentaux se préparent une fois de plus à s’aplatir devant les bouchers de Tienanmen et à abandonner à leur sort le peuple chinois ainsi que leurs compatriotes démocrates de Taiwan

Retour, en son 125e anniversaire, sur ce plus américain des symboles de l’Amérique, la Statue de la liberté, pour laquelle des centaines d’étudiants chinois étaient prêts à donner leurs vies un certain jour de juin 1989 …

Et pour qui, un siècle plus tôt, un petit groupe isolé de Français avait dû tant se démener avant  qu’avec les guerres mondiales et ses campagnes de recruitement et de récolte de fonds l’Amérique daigne enfin se l’approprier  …

Yet the dogs under the table eat of the children’s crumbs

How a tiny lonely group of Frenchmen finally got a reluctant America to accept its greatest national symbol

JC Durbant

Nov. 17, 2011

Can you imagine an America without the Statue of Liberty ?

And yet conceived by a group of French republicans, designed by a French sculptor and built around a frame from the father of the Eiffel tower himself, this most American of American symbols turns out to be, on its 125th anniversary, the result of an incredible and now largely forgotten series of international exchanges.

A GIFT FROM FRANCE?

First, contrary to what many people think, the Statue was not originally a gift of France to America, but the idea of an obscure French university professor, Edouard de Laboulaye.

And in those days admiration for America and its political system was not that popular in France even if the author of a three-volume history of America had been appointed at the prestigious Collège de France as a specialist of comparative politics.

Second, the liberty that the monument was supposed to celebrate was at the time in grave danger in America itself as the country was just coming out of four terrible years of civil war over the question of slavery.

And as an anti-slavery activist himself and the head of the French Anti-Slavery Society, Laboulaye had been quite a lonely supporter of the Union when an officially neutral France had largely sided with the secessionists (in a war accordingly known in France as the « War of Secession »).

Hence the idea for the monument at the end of the conflict in 1865 which was in fact meant to celebrate not so much American liberty but its relieved return a century after Lafayette had come to its help against the British.

Third, Laboulaye was a liberal member of the opposition to Emperor Napoleon III and, far from representing the will of France, the monument represented in fact the hope for a liberty still unknown in France and an indirect and hidden criticism of the repressive policies of the Second Empire.

Fourth, the French-American Union which was to implement the project didn’t get founded until ten years later in 1875 and with the funding delays, the Statue did not commemorate the Declaration of Independence’s centennial it was originally meant to celebrate but was inaugurated ten years late in 1886.

And thus three years after Laboulaye’s own death who sadly never got the chance to see the actual realization of his dream.

TO AMERICA ?

Fifth, Miss Liberty’s sculptor, Frédéric Bartholdi was indeed an exile from his native Alsace after its 1870 occupation by the Germans and seemed therefore the ideal artist to carry out the dream of Laboulaye and his friends.

Yet it seems like his motivation had somehow more to do with his extraordinary ambition and fascination for the monumental sculptures he discovered during his visit of Egypt with painter Jean-Léon Gérome in 1856.

And, after the king of Egypt’s refusal of his proposal to build a new « Colossus of Rhodes » at the entrance of the just completed Suez canal, the unique chance to design, at 93 meters, the then tallest monument in the world.

Sixth, he nevertheless spared no effort to bring the project to completion, enlisting the assistance of world famous engineer Gustave Eiffel for the construction of the inside frame and selling small-size models (the famous « gadgets » made by the Gaget company) to the public to help finance it.

Seventh, far from being grateful for this colossal gift, Americans were rather embarrassed at its sheer enormity and cost (although they were only to pay for its huge pedestal). And Bartholdi had to make several transAtlantic trips to America, recruiting among others the help of newspaper magnate Joseph Pulitzer and Jewish-American Emma Lazarus, the author of the famous « New Colossus » poem, to convince a reluctant America of its importance.

And it wasn’t until the world wars when the statue was massively used for recruitment and fundraising purposes as well as the  ultimate consecration of parody and advertisement that it truly became for Americans the most cherished national symbol that we know today.

Or, from fascist Italy to islamist Iran, its enemies’ most hated object of loathing until, with the the failed 1989 revolt of China’s students willing to give their lives for it, the execration finally turned to universal devotion  …

Voir aussi:

125e anniversaire de la Statue de la Liberté

DISCOURS DE M. LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

New York — Jeudi 22 septembre 2011

Monsieur le Maire,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

J’ai été honoré de votre invitation à venir célébrer ce 125e anniversaire. J’ai voulu venir avec le ministre d’État, Alain Juppé, parce que les anniversaires doivent être célébrés. Les anniversaires, ce n’est pas simplement de la nostalgie, les anniversaires nous rappellent d’où nous venons, pourquoi nous sommes ce que nous sommes devenus.

Entre la France et les Etats-Unis, il y a les liens du sang et il y a l’amour de la liberté. Lorsque vous avez connu votre révolution, il y a des Français qui sont venus, qui ont traversé l’Atlantique et qui ont cru dans la révolution américaine.

A l’époque, nous étions 18 millions et vous étiez 2 millions. Mais ils ont traversé l’Atlantique et ils ont dit « là-bas, sur ce territoire immense qu’allaient devenir les États-Unis d’Amérique, les femmes et les hommes qui s’y trouvent vont construire un pays libre ». Et petit à petit, vous, les Américains peut-être que vous ne vous en rendez pas compte, mais vous êtes devenus pour le monde entier le symbole de la liberté, première nation du monde. Et cette statue, dans le monde entier, tout le monde sait ce que cela signifie : un pays libre où les gens sont libres et où ceux qui y viennent sont accueillis.

Et quand il est arrivé, il y a dix ans, cet épouvantable attentat qui a fait tant de morts dans cette ville, si des barbares, si des criminels s’en sont pris, M. le Maire, à New York, c’est parce que New York est le symbole de la liberté. Et il y a un lien entre cette statue et ce qui s’est passé le 11 septembre ici.

Ce n’est pas simplement New York qui a été martyrisé, c’est l’idée que vous incarnez de la liberté à travers le monde et les 3 000 morts que vous pleurez encore.

Je voudrais vous dire que pour le peuple français, ils sont aussi nos morts. Parce que ce qui vous est arrivé, aurait pu nous arriver. Parce que nous partageons la même idée de la liberté. Et c’est pour cela qu’il faut célébrer les anniversaires, pour que les plus jeunes sachent ce qui s’est passé, pour que personne n’oublie ce qui s’est passé et que pour vous, grand peuple d’Amérique, vous continuiez à incarner cette idée de la liberté.

Et vous savez, on a commencé le siècle avec la tragédie de New York, mais aujourd’hui, nous connaissons l’appel à la liberté des peuples arabes. Et encore cette statue, elle parle. Elle parle aux jeunes de Libye, elle parle aux jeunes de Tunisie, elle parle aux jeunes d’Egypte. Cette statue donnée par la France au grand peuple américain, elle peut être la statue de tous ceux qui à travers le monde préfèrent la liberté à la dictature. Ce n’est pas simplement une statue, c’est une idée et ce qu’ils ont voulu dire les Français et les Américains, c’est que cette idée de liberté, elle n’est pas simplement pour les Américains, elle n’est pas simplement pour les Français, elle l’est pour tous les peuples du monde.

D’ailleurs, M. le Maire, 5 millions de visiteurs par an pour la Statue. Ils viennent du monde entier. Quand ils reviennent chez eux, ils disent « j’ai vu la Statue de la Liberté et je la veux aussi pour chez moi ».

Je crois vraiment, je voudrais terminer par cela, que, les Français et les Américains, nous avons une responsabilité particulière, montrer que la liberté est pour tout le monde. Ne jamais combattre les adversaires de la liberté avec les méthodes des adversaires de la liberté. Défendre nos valeurs, rester ouverts, tolérants, la main tendue, rester deux peuples qui veulent vivre en paix avec les autres, prêts à défendre leurs valeurs, mais avec les convictions qui sont les nôtres.

Vous savez, les Français et les Américains, nous sommes engagés dans bien des conflits ensemble : en Afghanistan, en Libye. Mais, grand peuple d’Amérique, quand un jeune Américain meurt, je veux que vous sachiez que pour chaque Français, cela lui rappelle tous ces jeunes Américains qui reposent dans nos cimetières. Quand l’un des vôtres est tué, cela fait écho à notre histoire commune : à ces jeunes qui étaient vos grands-parents que vous nous avez envoyés, qui sont morts, qui sont dans nos cimetières et qui ont fait ce pacte du sang entre les Etats-Unis d’Amérique et la France. C’est pour cela, M. le Maire, que c’était le devoir du chef de l’Etat français d’être ici avec vous pour ce 125e anniversaire.

Mes chers amis, Croyez à une chose : le peuple de France n’oubliera jamais ce qu’a fait le grand peuple d’Amérique pour lui. Entre la France et les Etats-Unis, c’est plus que de l’amitié, nous avons nos morts en commun. Et nos morts, ils nous obligent, ils nous obligent à rester des amis pour les siècles qui viennent.

Je vous remercie.


Ouvéa: Que feraient les Israéliens? (What double standard?)

13 novembre, 2011
Jacques Chirac : « Que pensez-vous de l’idée d’intervenir ? « 
Le général Vidal : « C’est possible, mais difficile et risqué. « 
Chirac : « Que feraient les Israéliens et Margaret Thatcher dans un pareil cas ? »
Vidal : « Ils le feraient. »
Chirac : « Alors, nous allons le faire. »
Ce que je savais moi -et que j’étais seul à savoir, je ne pouvais pas le dire aux autres délégations parce qu’il ne fallait pas que le secret sorte- c’est qu’il y avait aussi des officiers français… enfin, au moins un et peut-être un sous-officier, on ne sait pas très bien… A la fin de l’épisode de la grotte d’Ouvea, il y a eu des blessés kanaks et deux de ces blessés ont été achevés à coups de bottes par des militaires français, dont un officier. Michel Rocard
Si François Mitterrand, président de la République et chef des armées, a ordonné l’assaut c’est qu’il avait la conviction que toutes les négociations avaient échoué et que la survie des otages était en jeu. (…) Les politiques, aidés par les militaires ont tout fait pour négocier une sortie honorable avec les ravisseurs. (…) Alphonse Dianou (le chef du commando, ndlr) a constamment refusé de discuter et déclaré jusqu’à la fin qu’il mourrait dans la grotte. (…) S’il y avait eu des exécutions sommaires, Legorjus aurait dû lui-même les empêcher puisqu’il prétendait avoir dirigé le retrait des forces après l’opération. Général Jacques Vidal (ancien commandant des forces armées en Nouvelle-Calédonie en 1988)
A Ouvéa, c’est le pays tout entier qui nous observait. Avec, à sa tête, un président de la République et un Premier ministre, engagés, l’un contre l’autre, dans une féroce bataille électorale. Le tout, dans une île de 20 km de longueur sur moins de 1 km de largeur, perdue à 22 000 km de Paris. Avouez qu’il y avait plus confortable comme situation! Philippe Legorjus
La place centrale de la nature, le rapport au temps, la structure sociale m’ont séduit, écrit Legorjus (…) C’est un monde de consensus qui garantit, à chacun, la sécurité économique et morale. Ni misère ni exclusion (…) C’est une société sans classe. Philippe Legorjus
 Je suis curieux de voir ce film, car je pense que le capitaine Legorjus n’a pas assumé son rôle sur le terrain d’être à la tête de ses hommes. Il aurait dû obéir au général Vidal qui était son patron. Il n’a pas voulu en assumer les risques et les responsabilités. Les officiers du 11e Choc et du commando Hubert étaient bien là, eux, et je les en remercie encore. Suite à cette affaire, Legorjus a d’ailleurs perdu sa crédibilité au GIGN, qu’il a quitté peu après. Dans ce film, je pense qu’en se mettant en vedette, il cherchera à rattraper la mauvaise image qu’il a pu laisser lors de cette prise d’otages. La politique, j’en étais bien loin. Moi je voyais surtout mes camarades souffrir et comme l’assaut était décidé, il fallait y aller. La négociation ne nous a amenés qu’à avoir des otages en plus…Michel Lefèvre (ancien sous- officier au GIGN qui commandait l’assaut sur l’entrée de la grotte d’Ouvéa)
Dans ces pays là, un génocide, ce n’est pas trop important. François Mitterrand
Les soldats français leur disaient ’vous devez ouvrir les ventres de ces Tutsis que vous tuez afin qu’ils coulent et que les satellites ne les voient pas’ . Andrew Wallis
Nous n’avons tenu ni machettes, ni fusils, ni massues. Nous ne sommes pas des assassins. Nous avons instruit les tueurs. Nous leur avons fourni la technologie : notre « théorie ». Nous leur avons fourni la méthodologie : notre « doctrine ». Nous avons appliqué au Rwanda un vieux concept tiré de notre histoire d’empire. De nos guerres coloniales. Des guerres qui devinrent « révolutionnaires » à l’épreuve de l’Indochine. Puis se firent « psychologiques » en Algérie. Des « guerres totales ». Avec des dégâts totaux. Les « guerres sales ». » (…) Cette doctrine fut le ressort du piège [.] qui permit de transformer une intention de génocide en génocide. [.] Sans lui, sans ce ressort que nous avons fourni, il y aurait eu massacres, pas génocide. Patrick de Saint-Exupéry
Malgré plusieurs affaires graves impliquant ses soldats, l’armée française ne donne pas l’image d’une force qui frappe n’importe comment, contrairement aux Américains en Irak. Sa puissance est maîtrisée, et son action permet, à mes yeux, de contenir le déchaînement de la violence en Côte-d’Ivoire. (…) En Côte-d’Ivoire, les officiers disent : «A partir du moment où on s’interpose, on s’expose.» (…) A la différence du Rwanda, l’armée n’a pas pris parti pour un camp. Charles Maisonneuve
Les Israéliens se sont surarmés et en faisant cela, ils font la même faute que les Américains, celle de ne pas avoir compris les leçons de la deuxième guerre mondiale, car il n’y a jamais rien de bon à attendre d’une guerre. Et la force peut détruire, elle ne peut jamais rien construire, surtout pas la paix. Le fait d’être ivre de puissance et d’être seul à l’avoir, si vous n’êtes pas très cultivé, enfant d’une longue histoire et grande pratique, vous allez toujours croire que vous pouvez imposer votre vision. Israël vit encore cette illusion, les Israéliens sont probablement dans la période où ils sont en train de comprendre leurs limites. C’était Sharon le premier général qui s’est retiré de la bande de Gaza car il ne pouvait plus la tenir. Nous défendons absolument le droit à l’existence d’Israël et à sa sécurité, mais nous ne défendons pas son droit à se conduire en puissance occupante, cynique et brutale … Michel Rocard (Al Ahram, 2006)
Le Président de la République exprime sa profonde émotion devant les conséquences tragiques de l’opération militaire israélienne contre la « flottille de la liberté » à destination de Gaza. Il condamne l’usage disproportionné de la force et adresse ses condoléances aux familles des victimes.  Communiqué de l’Elysée (31.05.10)

Pourquoi le dernier Kassovitz, que je n’ai  pas encore  vu, promet d’être sportif

Réalisateur aussi doué que roué et prêt à tous les manichéismes et  toutes les démagogies (La Haine) s’attribuant en plus le principal et beau rôle, titre choc (Ordre et Morale avec Majuscules, svp !), sujet choc politico-historique (attaque d’une gendarmerie et prise d’otages par des militants indépendantistes kanaks  en pleine présidentielle), histoire récente (il y a à peine 23 ans – à quand un film sur les bavures françaises en Côte d’ivoire ou en Afghanistan ou sur le Rwanda ?), nombreuses zones d’ombre et morts d’hommes (2 militaires, 19 militants dont, comme l’a confirmé Rocard négociateur 2 mois plus tard des accords de Nouméa, deux achevés à coups de bottes par des gendarmes et le responsable, selon un journaliste de Nouméa proche apparemment des forces françaises, aurait été sanctionné après enquête), équipe au pouvoir alors dirigée – en tandem avec un Mitterrand « cohabité » – par Supermenteur lui-même, chef du commando du GIGN ancien gauchiste deux fois repenti et auteur d’un livre avec un ancien journaliste de Libération (La Morale et l’Action – toujours les Majuscules! – d’un Philippe Legorjus « fasciné par la révolution de 1968 et la théologie de la libération », reconverti dans l’intelligence économique), amnistie négociée pour les forces françaises, moment critique de l’action relatée (entre les deux tours d’une élection présidentielle mais aussi après un référendum local perdu à une majorité écrasante par les indépendantistes), situation « coloniale » de type « algérienne » avec bons sauvages de service fleurant bon les douces mœurs tropicales …

Mais aussi peut-être l’occasion de revenir …

Sur cet étrange deux poids deux mesures

Qui, dans des conditions autrement plus difficiles (hormis peut-être le soutien, imposé en haut lieu aux troupes françaises dans le cas rwandais, de véritables génocidaires), vaut régulièrement aux forces israéliennes les pires dénonciations ?

Droit de suite

Nouvelle-Calédonie : l’aveu de Rocard sur l’affaire d’Ouvéa

David Servenay

Rue 89

19/08/2008

Vingt ans après l’affaire de la grotte d’Ouvea qui fit vingt-cinq morts en Nouvelle-Calédonie, l’ancien Premier ministre avoue qu’il savait que les militaires français ont achevé des prisonniers kanaks « à coups de bottes ». « Au moins un officier et peut-être un sous-officier », précise Michel Rocard dans une émission diffusée lundi sur France Culture.

Mediapart a été le premier à relever l’aveu, passé complètement inaperçu, dans la série d’émissions fleuves que France Culture consacre cette semaine à la Nouvelle-Calédonie. Pendant une heure, l’artisan des accords d’Ouvea qui vont rétablir la paix après des années de lutte raconte la difficile gestion de cette crise.

Des morts dont les circonstances restent troubles

Ce n’est pas la première fois qu’elle est disséquée : plusieurs documentaires télé l’ont fait au printemps. Rue89 avait en particulier relevé celui d’Elizabeth Drévillon, car ce film posait les bonnes questions sur une affaire dont les circonstances restent troubles. A la 47e minute de l’émission de France Culture, voici ce que dit Michel Rocard à propos de l’amnistie conclue entre Kanaks et Caldoches :

« Ce que je savais moi -et que j’étais seul à savoir, je ne pouvais pas le dire aux autres délégations parce qu’il ne fallait pas que le secret sorte- c’est qu’il y avait aussi des officiers français… enfin, au moins un et peut-être un sous-officier, on ne sait pas très bien… A la fin de l’épisode de la grotte d’Ouvea, il y a eu des blessés kanaks et deux de ces blessés ont été achevés à coups de bottes par des militaires français, dont un officier. »

Même si l’information n’est pas nouvelle en soi, elle était longuement analysée par Elizabeth Drévillon, c’est la première fois qu’elle est publiquement reconnue par un responsable politique de premier plan. Michel Rocard poursuit :

« Il fallait prévoir que cela finisse par se savoir et il fallait donc prévoir que cela aussi soit garanti par l’amnistie. »

Ce qui sera fait, après le vote de cette loi d’amnistie par le Parlement. « La France a tenu sa parole », conclut Michel Rocard. Sur dix-neuf cadavres décomptés le 5 mai 1988 autour de la grotte d’Ouvéa, douze ont une balle dans la tête.

Quand Jacques Chirac parlera-t-il de son rôle dans cette affaire ?

On le sait : les politiques français n’ont pas l’habitude de se justifier de leurs actes. Ni devant le Parlement, encore moins face à l’opinion, surtout lorsque cela concerne des affaires où l’usage de la violence est en jeu. Car alors, la frontière entre le légitime et l’illégitime est parfois ténue. En témoigne cet échange, relaté par le général Vidal, l’un des officiers qui eut à gérer sur place cette crise d’Ouvea. Voici comment il présente l’échange qu’il eut alors avec Jacques Chirac, Premier ministre :

Jacques Chirac : « Que pensez-vous de l’idée d’intervenir ? »

Le général Vidal : « C’est possible, mais difficile et risqué. »

Chirac : « Que feraient les Israéliens et Margaret Thatcher dans un pareil cas ? »

Vidal : « Ils le feraient. »

Chirac : « Alors, nous allons le faire. »

Détail incroyable, le Premier ministre demande alors à l’officier de s’engager par écrit sur les pertes envisageables : « Un à deux tués, six à huit blessés, minimum », écrit-il. A ce jour, Jacques Chirac ne s’est toujours pas expliqué sur l’affaire d’Ouvea qui fut au cœur de la bataille présidentielle de 1988. L’aveu de Michel Rocard entrainera-t-il d’autres confessions ?

Voir aussi:

L’affaire de la grotte d’Ouvea, vraiment du passé ?

David Servenay

Rue89

Retour sur une affaire néo-calédonienne qui fit vingt-cinq morts et dont les assassins n’ont jamais été jugés.

Lorsque la droite et la gauche couvrent à tour de rôle les institutions, l’affaire d’Etat n’est jamais loin. Dans un remarquable documentaire, diffusé jeudi soir sur France 2, Elizabeth Drévillon déconstruit les petits et gros mensonges d’une affaire qui fit vingt-cinq morts et dont les assassins n’ont jamais été jugés. Pour couvrir qui ? Une banale occupation qui dérape, vingt-sept gendarmes pris en otages

Le contexte historique est connu : printemps 1988, sur fond de tensions entre kanaks revendiquant leur indépendance et caldoches cherchant à maintenir leurs positions en Nouvelle-Calédonie, un groupe d’indépendantistes de l’île d’Ouvea veut occuper la gendarmerie locale. Face à ces gens armés et menaçants, un officier qui vient tout juste d’arriver, sort son pistolet… le drame commence.

Des coups de feu claquent : quatre gendarmes tombent. Affolé, le commando des Mélanésiens prend peur et s’enfuit en deux groupes, avec le reste des gendarmes comme otages. Nous sommes le vendredi 22 avril, deux jours avant le premier tour de l’élection présidentielle où s’opposent François Mitterrand et Jacques Chirac.

Bernard Pons pris en flagrant délit de mensonge

Dès le départ, montre le documentaire, la gestion de crise est assurée par le gouvernement qui ne veut laisser aucune chance aux ravisseurs. L’armée est envoyée sur place : sept cents hommes des unités d’élite (11e Choc, GIGN) quadrillent l’île. Les Kanaks se sont séparés en deux groupes, l’un vers le Sud, l’autre vers le Nord, avec seize otages, près du village de Gossanah.

Toute l’île est interdite à la presse. Les soldats se mettent au travail, en interrogeant la population du village, par les « méthodes qui nous répugnent » aurait dit le général Massu. Les témoins racontent comment les enfants sont enchaînés aux poteaux des cases et maltraités par les militaires, sous le regard de leur famille.

Bernard Pons, alors ministre des DOM-TOM, a été chargé par le Premier ministre Jacques Chirac de gérer l’affaire. Face caméra, il prétend n’avoir jamais mis les pieds à Gossanah. Faux, répond le général Vidal, patron de l’opération militaire :

-« Il est venu deux à trois reprises. »

-« Il était au courant de ce qui se passait ? “

Sourire de l’officier : ‘Oui, bien sûr. Il était là pour ça, non ?

Premier mensonge, véniel au regard de la suite.

Récit d’une négociation impossible, pour cause d’élection…

Dès le début de l’affaire, Jacques Chirac insiste sur la barbarie, la sauvagerie’ des ravisseurs qui ont tué ‘à l’arme blanche’. Un second mensonge, puisque l’autopsie des corps des quatre gendarmes tués à Fayaoué dit le contraire. Les témoignages des gendarmes capturés sont tout aussi explicites. Une fois dans la grotte, au fin fond de la forêt, ils sont bien traités par leurs ravisseurs qui sont visiblement dépassés par l’ampleur de l’affaire. ‘Il n’y a pas de scène de violence gratuite’, explique le gendarme mobile Alberto Addari.

La négociation commence avec d’un côté le capitaine du GIGN, Philippe Legorjus et le substitut du procureur Jean Bianconi et de l’autre, le chef du commando, Alphonse Dianou. Pour Legorjus, les premiers contacts confirment le flottement des ravisseurs :

‘Dianou ne demande rien. Il réclame l’indépendance de la Kanakie libre socialiste. Comme les autres.’

En fait, les preneurs d’otage sont isolés. Maki Wea, indépendantiste de Gossanah, raconte comment ils ont été abandonnés par le FLNKS, qui ne veut pas assumer politiquement et publiquement la mort des quatre gendarmes. Impression partagée par l’un des ravisseurs, Benoît Tangopi : ‘On s’est senti lâché’.

A Paris, l’attitude du pouvoir est identique, mais pour d’autres raisons. Les candidats à la présidentielle veulent surtout éviter la sortie de route. Ainsi, les kanaks demandent le 28 avril, par le biais d’Edgar Pisani, conseiller à l’Elysée, la nomination d’un médiateur. ‘Personne ne m’a saisi de cette question’, affirme avec aplomb François Mitterrand le soir même dans un débat électoral à la télévision. Encore un mensonge, pour éviter de trébucher.

Parallèlement, l’exécutif prépare le coup de force

Simultanément, les militaires préparent un coup de force. Alors même que les visites du capitaine Legorjus se poursuivent pour tenter de trouver un accord. Le gendarme en est convaincu : les kanaks veulent une sortie de crise honorable :

‘Alphonse Dianou voulait sortir vivant de cette affaire, avec ses camarades. J’expliquai à Bernard Pons que l’idée d’une reddition était possible. Après le second tour de la présidentielle.’

A Nouméa, une réunion rassemble tous les protagonistes pour mettre au point les techniques d’interventions. Un ‘brain-storming’ dit le général Vidal, où il est question de bombe laser, d’hélicoptère avec un canon de vingt millimètres. ‘On a surdosé la réaction’, dit l’un des participants.

Le 1er mai, dans une lettre toute tactique, François Mitterrand propose à son Premier ministre une mission de ‘conciliation’ avec deux médiateurs. Comme s’il s’agissait de ne pas endosser la responsabilité d’un échec toujours possible. Refus de Jacques Chirac.

Sur le terrain, Bernard Pons répercute ce qu’il appelle l’analyse de Legorjus : la situation empire. Faux, répond l’officier : ‘En déconnectant le temps présidentiel et le temps de la négociation, on aurait sorti tout le monde vivant’. Puis le Premier ministre appelle au téléphone le responsable militaire de l’opération Victor. Récit du général Vidal :

Jacques Chirac : ‘Que pensez-vous de l’idée d’intervenir ?

Le général Vidal : C’est possible, mais difficile et risquée.’

Chirac : ‘Que ferait les Israéliens et Margaret Thatcher dans un pareil cas ?

Vidal : Ils la feraient.’

Chirac : ‘Alors, nous allons la faire.’

Détail incroyable, Jacques Chirac demande alors à l’officier de s’engager par écrit sur les pertes envisageables : ‘Un à deux tués, six à huit blessés, minimum’, écrit-il.

Un assaut qui se termine par des éliminations de sang-froid

Initialement, prévu le 4 mai au matin, l’assaut est reporté de vingt-quatre heures, parce qu’au même moment les otages du Liban sont libérés. Pour le déclencher, il est nécessaire d’obtenir l’accord du président de la République. L’ordre est lancé le 5 mai 1988. L’opération Victor va durer huit heures.

Soixante-quinze hommes sont engagés pour délivrer les otages, rassemblés au fond de la grotte, avec les clefs de leurs menottes et un revolver. Le premier assaut dure soixante minutes, un déluge de feu s’abat sur les ravisseurs. Profitant de la mêlée, les otages se libèrent et se réfugient au fond de la cavité. Les kanaks ne les exécutent pas.

A partir de 12h30, c’est le deuxième assaut mené par le GIGN. A 13 heures, tout le monde est libre : les otages qui sont sortis par une cheminée à l’autre extrémité de la grotte et les ravisseurs qui se rendent un à un. Deux soldats du 11e Choc sont morts pendant l’assaut.

Sur dix-neuf cadavres, douze ont une balle dans la tête

La polémique démarre à cet instant. La version officielle est simple : sur dix-neuf cadavres, dix-huit ont été tués au cours du combat. Problème : douze d’entre eux ont, en plus de blessures diverses, ‘une balle dans la tête’. Pour Michel Tubiana, avocat du FLNKS, la responsabilité des assaillants ne fait aucun doute :

‘Il y a eu des exécution sommaires. Par qui ? Des militaires ? Des gendarmes ? Je ne sais pas…’

En tout cas, il y a des témoins de ces scènes. Xavier Tangopi, l’un des ravisseurs :

‘Bianconi était là. Il a été témoin de tout cela. Je ne comprendrais jamais comment un homme de justice peut faire ça.’

Jean Bianconi, aujourd’hui procureur de la République à Tahiti, n’apparaît pas le film. Parmi les victimes, certains ne font même pas partie du commando. Waïna Amossa, 18 ans, apportait le thé aux otages le matin. Il était vivant à la sortie de la grotte à la fin de l’assaut. On le retrouve mort, une balle dans la tête. D’autres sont littéralement passés à tabac, y compris le chef du groupe, Alphonse Dianou.

Les cadavres sont alors ficelés, une corde à chaque pied, puis ils sont traînés à terre et emportés vers l’aéroport de Nouméa, où pendant deux jours ils sont entassés dans un hangar par trente degrés. A ce stade, que penser de la dénégation de Bernard Pons ?

‘Je ne peux pas croire une seconde que des militaires aient pu commettre des exactions.’

Alphonse Dianou est laissé quatre heures sans soins avec une balle dans le genou, la perfusion arrachée par un militaire. Après son transfert, il meurt. Les résultats de l’autopsie sont formels : le chef indépendantiste a été passé à tabac.

Après la réélection de François Mitterrand, les accords de Matignon effacent toute trace judiciaire

Si tous les détails de l’affaire d’Ouvea ne sont pas encore publics, en particulier les archives du gouvernement et de la présidence de la République, les faits rapportés par les protagonites sont suffisamment accablants pour valoir des poursuites judiciaires. Le procureur de Nouméa, Jean-Pierre Belloli, n’hésite pas puisqu’il ouvre deux enquêtes.

La première information judiciaire, pour ‘non assistance à personne en danger’, concerne le cas Dianou. La seconde, pour ‘exécution sommaire’, s’intéresse au sort de deux des ravisseurs. Le nouveau gouvernement de Michel Rocard entame des discussions rapidement et boucle le dossier politique le 26 juin 1988, par la signature des accords de Matignon. Lesquels contiennent une loi d’amnistie qui s’applique à tous les faits de cette affaire. Fin de l’enquête.

Tortures, exécutions sommaires, non-assistance à personne en danger… en ce printemps 1988, la République a perdu beaucoup de ses repères en Nouvelle-Calédonie. Pour quoi ? La réponse tient sans doute dans cette réflexion de l’ancien preneur d’otages, Benoît Tangopi :

‘Dans cette affaire, on est tous victimes, eux aussi les autres… on est tous victimes des politiques.’

A cet instant, le silence des petits mensonges pèsent lourd, très lourd.

Voir enfin:

Ouvéa : les mensonges de Kassovitz

Thierry Deransart

Le Figaro

le 12.11..11

L’Ordre et la Morale, le film de Mathieu Kassovitz sur la prise d’otages d’Ouvéa, en avril-mai 1988, sort mercredi sur les écrans. En choisissant jusqu’à l’exaltation le point de vue unique de Philippe Legorjus, ex-patron du GIGN, il tourne résolument le dos à la réalité historique. La preuve en six contre-vérités criantes.

«Si la vérité blesse, alors le mensonge tue.» Telle est la chute de L’Ordre et la Morale, signé Mathieu Kassovitz, l’homme qui filme gourdin à l’épaule (La Haine, Gothika, Babylon AD…) pour asséner sa vision du monde. A cette aune, c’est peu dire que son dernier opus «tue»: non que ce film manichéen ne puisse se regarder avec plaisir, mais parce qu’il prend délibérément le parti d’assassiner la vérité des faits qu’il prétend restituer.

Certes, du côté du chef d’état-major des armées, l’amiral Edouard Guillaud, on préfère pour l’instant observer un prudent silence radio. Mais les principaux protagonistes, de l’affaire, eux, ne s’y sont pas trompés: dès le 3 novembre, Bernard Pons, ministre des Dom-Tom au moment des faits, le général Jacques Vidal, qui commandait l’opération «Victor» , le colonel de gendarmerie Alain Benson, chargé des opérations de police judiciaire après l’assaut, et le magistrat otage Jean Bianconi ont publié un communiqué commun. Ils y affirment qu’«ils n’ont eu ni les comportements, ni tenu les propos qui leur sont respectivement prêtés, lesquels relèvent d’une déformation de la réalité, voire de la pure désinformation». Bref, l’honnêteté intellectuelle et l’objectivité factuelle ne semblent guère compatibles avec la conception de la «morale» affichée par Mathieu Kassovitz et Philippe Legorjus. Revue de paquetage.

1 – La démocratie bafouée

Premier rappel historique : pour s’afficher (très) à gauche, Kassovitz et Legorjus ont visiblement un problème avec le suffrage universel et la démocratie. On ne comprend rien, en effet, au drame d’Ouvéa, du 22 avril au 5 mai 1988, entre les deux tours de l’élection présidentielle, si on ne le resitue pas dans son contexte politique local de l’époque, que le film se garde bien d’évoquer: sept mois plus tôt, le 13 septembre 1987, a eu lieu en Nouvelle-Calédonie le «référendum Pons» d’autodétermination, Jacques Chirac étant Premier ministre de la première cohabitation mitterrandienne. La question posée aux 150.000 habitants de la Grande Terre et des Iles Loyauté (Lifou, Maré et Ouvéa) est limpide comme les eaux du lagon: «Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à l’indépendance ou demeure au sein de la République française?» En dépit de l’appel au boycott du scrutin par le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), la réponse des urnes est dure comme un coco-fesse: 59 % de participation et 98,3 % en faveur de la France. Une large majorité absolue (58 % des inscrits !) s’est prononcée contre l’indépendance, faisant au passage voler en éclats le mythe d’une communauté mélanésienne entièrement acquise à la cause de « Kanaky ».

C’est à partir de cette formidable claque électorale que les «comités de lutte» – l’aile militaire du FLNKS – vont basculer dans les actions terroristes du type Ouvéa, ayant compris que leur succès ne sortirait jamais des urnes – ces urnes que fracassait à coups de tamioc, fin 1984, leur héros et martyr Eloi Machoro, avant d’être abattu à La Foa par un tir de précision au FR F1 du capitaine Jean-Pierre Picon (GIGN). De quoi relativiser, pour le moins, l’image idyllique des gentils Kanaks un peu paumés, à la culture coutumière pleine de courtoisie et cherchant à se libérer de «l’aliénation coloniale», telle qu’elle est présentée jusqu’au ridicule par Kassovitz et Legorjus.

2 – Gentils gendarmes contre militaires sadiques

Dans le film, dès l’arrivée du GIGN à Ouvéa, la cause est entendue : le fait que Philippe Legorjus soit placé sous l’autorité du général Jacques Vidal, commandant sur place le Régiment d’Infanterie de Marine du Pacifique (RIMaP), aboutit inéluctablement à une «algérisation» de la situation, avec tous les dérapages inhérents en termes de respect des droits de l’homme, dans une île coupée du monde et interdite à la presse. C’est ce que montrent à l’envi les scènes d’interrogatoires hypermusclées avec matraques électriques, assimilables à des scènes de torture, des populations locales pressées de dire où se sont réfugiés les preneurs d’otages. Là encore, le mensonge est patent: dans la réalité, seul le GIGN avait en dotation de telles matraques électriques, contrairement à l’armée de terre. La preuve: dans la grotte, quelques jours plus tard, deux vieux coutumiers accompagnant les « porteurs de thé » reconnurent deux otages fraîchement attrapés qui avaient utilisé ces instruments contre leurs familles. Il s’agissait de deux GIGN accompagnant Legorjus.

3 La schizophrénie de Legorjus

Comme il le revendique dans son dernier livre, Legorjus éprouve dans sa jeunesse «une fascination pour la révolution de 1968 et pour la « théologie de la libération »», cette dérive marxisante de l’Eglise catholique venue d’Amérique latine, qui a fait tant de mal à la foi chrétienne. Il est donc une proie facile pour ce que l’on nomme, sur le « Caillou », le «bouton canaque»: une séduction pour la culture mélanésienne qui s’empare souvent des petits Français de métropole fraîchement débarqués (les «zoreilles», dont Kassovitz est l’exemple parfait), impressionnés par ces langues où le verbe avoir n’existe pas, ces tribus où l’on est possédé collectivement par la terre nourricière, où le respect des anciens est sacré et dicte une vie collective qui fleure bon le communisme originel. «La place centrale de la nature, le rapport au temps, la structure sociale m’ont séduit, écrit Legorjus (…) C’est un monde de consensus qui garantit, à chacun, la sécurité économique et morale. Ni misère ni exclusion (…) C’est une société sans classe». Avec ce degré de sympathie objective pour les preneurs d’otages emmenés par Alphonse Dianou, on mesure le dilemme qu’a vécu l’ex-patron du GIGN, soixante-huitard dans l’âme. Mais alors, pourquoi ne s’est-il pas lui-même démis de son commandement ?

4 – Incapable de diriger l’assaut

Dans un entretien réalisé fin mai dernier avec le «Chef» Michel Lefèvre, ancien sous- officier au GIGN de 1981 à 1993, qui commandait l’assaut sur l’entrée de la grotte d’Ouvéa, celui-ci déclare à propos de son patron de l’époque: «Je suis curieux de voir ce film, car je pense que le capitaine Legorjus n’a pas assumé son rôle sur le terrain d’être à la tête de ses hommes. Il aurait dû obéir au général Vidal qui était son patron. Il n’a pas voulu en assumer les risques et les responsabilités. Les officiers du 11e Choc et du commando Hubert étaient bien là, eux, et je les en remercie encore. Suite à cette affaire, Legorjus a d’ailleurs perdu sa crédibilité au GIGN, qu’il a quitté peu après. Dans ce film, je pense qu’en se mettant en vedette, il cherchera à rattraper la mauvaise image qu’il a pu laisser lors de cette prise d’otages. La politique, j’en étais bien loin. Moi je voyais surtout mes camarades souffrir et comme l’assaut était décidé, il fallait y aller. La négociation ne nous a amenés qu’à avoir des otages en plus…» Le même Michel Lefèvre raconte en privé que dans l’avion du retour qui ramenait le GIGN a Paris, après le dénouement, tous les hommes «faisaient la gueule à Legorjus», isolé dans un coin de l’appareil. Etant le plus ancien du groupe, il est allé le voir et s’est entendu dire par l’intéressé : «Ne t’en fais pas, vous serez tous récompensés par des médailles!» Est-il besoin d’en rajouter?

5 – La multiplication des «corvées de bois»

À voir le film qui sort mercredi, l’armée s’est déshonorée : sur les dix-neuf preneurs d’otages indépendantistes tués à Ouvéa, cinq auraient été froidement exécutés à l’issue des combats, au mépris de toute éthique militaire. Si ces «corvées de bois» étaient avérées, elles seraient d’autant plus choquantes qu’elles émaneraient d’unités d’élite de l’armé française (11e Choc de la DGSE, commando Hubert de la marine, GIGN…). Or tous les participants de l’opération «Victor» que nous avons pu rencontrer et interviewer depuis, quelle que soit leur arme d’appartenance, sont formels sur un point : aucun coup de feu n’a été entendu sur zone après la fin de l’assaut et la libération des derniers otages. Il est en revanche établi que le décès d’Alphonse Dianou, blessé au genou puis victime de sévices, ainsi qu’un autre cas suspect ont été dénoncés par l’enquête de commandement qui a suivi. Et que l’officier de gendarmerie responsable a été durement sanctionné.

6 – Le baiser de Judas

Au générique du film, au chapitre des remerciements, on appréciera le soutien apporté – même symbolique financièrement – par la Province Nord et la Province des Iles, à majorité pro-indépendantiste. On ne peut s’empêcher de rappeler que début avril 1988, deux semaines avant l’attaque de la gendarmerie de Fayaoué, où quatre gendarmes sont froidement assassinés et un cinquième grièvement blessé par le commando, le numéro 2 du FLNKS Yeiwéné Yeiwéné, bras droit de Jean-Marie Tjibaou chargé d’animer les « comités de lutte », accompagné de Franck Wahuzue et d’Alphonse Dianou, le chef des preneurs d’otages, étaient venus à Ouvéa, depuis Nouméa, effectuer une reconnaissance de cette action coup de poing. Ils avaient voyagé sur un vol de la compagnie domestique Air Calédonie avec des billets d’avion aimablement réglés par la même Province Nord. Une vraie garantie d’objectivité et… d’indépendance.

* Rédacteur en chef des Nouvelles Calédoniennes Hebdo à Nouméa, au moment des faits, l’auteur de ces lignes était présent dans la grotte d’Ouvéa au lendemain de l’assaut, après avoir «dîné» la veille au soir côte à côte avec les capitaines Legorjus et Picon.


Médias: L’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules (When in doubt, blame the victim)

12 novembre, 2011
Parmi les hommes, ce sont ordinairement ceux qui réfléchissent le moins qui ont le plus le talent de l’imitation. Buffon
La tendance à l’imitation est vivace surtout chez les sauvages. Darwin
Comme la faculté d’imitation dépend de la faculté d’observation, elle se développera d’autant plus chez les animaux qu’ils seront plus intelligents. George John Romanes
Presque aucun des fidèles ne se retenait de s’esclaffer, et ils avaient l’air d’une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang. Car l’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules. Et tout le monde rit de quelqu’un dont on voit se moquer, quitte à le vénérer dix ans plus tard dans un cercle où il est admiré. C’est de la même façon que le peuple chasse ou acclame les rois. Marcel Proust
Nous imaginons, parce que la Guerre froide est finie en Europe, que toute la série de luttes qui ont commencé avec la Première guerre mondiale et qui sont passées par différents mouvements totalitaires — fasciste, nazi et communiste — était finalement terminée. (…) Hors de la Première guerre mondiale est venue une série de révoltes contre la civilisation libérale. Ces révoltes accusaient la civilisation libérale d’être non seulement hypocrite ou en faillite, mais d’être en fait la grande source du mal ou de la souffrance dans le monde. (…)  l’islamisme et un certain genre de pan-arabisme dans les mondes arabe et musulman sont vraiment d’autres branches de la même impulsion. Mussolini a mis en scène sa marche sur Rome en 1922 afin de créer une société totalitaire parfaite qui allait être la résurrection de l’empire romain. En 1928, en Egypte, de l’autre côté de la Méditerranée, s’est créée la secte des Frères musulmans afin de ressusciter le Califat antique de l’empire arabe du 7ème siècle, de même avec l’idée de créer une société parfaite des temps modernes. Bien que ces deux mouvements aient été tout à fait différents, ils étaient d’une certaine manière semblables. (…) Le fascisme en Italie est arrivé au pouvoir en 1922 et il est demeuré puissant jusqu’à ce qu’il soit renversé par les Américains et les Anglais. L’islamisme est arrivé au pouvoir en divers endroits, commençant en 1979 avec l’Ajatollah Khomeini en Iran. Le baasisme est encore une autre variante de la même chose, et probablement que dans les jours à venir, en Irak, il sera renversé par les mêmes Américains et Anglais qui ont renversé Mussolini. L’islamisme est arrivé au pouvoir en Iran en 1979, et la révolution islamique en Iran était une vraie force mondiale. Alors l’islamisme est arrivé au pouvoir au Soudan et en Afghanistan, et pendant un moment il a semblé progressé tout à fait bien. Les Iraniens sont chi’ites et les autres pays sont sunnites, donc ce sont des dénominations différentes de l’Islam. Mais, cependant, c’était un mouvement qui jusqu’à récemment semblait avancer d’une manière traditionnelle — c’est-à-dire par la capture d’Etats. (…) De même que les progressistes européens et américains doutaient des menaces de Hitler et de Staline, les Occidentaux éclairés sont aujourd’hui en danger de manquer l’urgence des idéologies violentes issues du monde musulman. Paul Berman
It is the function of the novelist to tell timeless and universal truths through the device of a fashioned narrative. A story’s significance as a piece of art cannot be divorced from its message, any more than a society’s prospects for freedom and prosperity can be divorced from its underlying principles. The writer and the man are one and the same, as are the culture and its common beliefs. In my writing and in my life I have pursued a vision not only to inspire my readers but also to share my dream of what we can aspire to build here in our world. (…) There are those who in the name of the free market have supported Latin American dictatorships whose iron hand of repression was said to be necessary to allow business to function, betraying the very principles of human rights that free economies rest upon. Then there are those who have coldly reduced all questions of humanity to a matter of economics and see the market as a panacea. In doing so they ignore the role of ideas and culture, the true foundation of civilization. Without customs and shared beliefs to breathe life into democracy and the market, we are reduced to the Darwinian struggle of atomistic and selfish actors that many on the left rightfully see as inhuman. (…) What is lost on the collectivists, on the other hand, is the prime importance of individual freedom for societies to flourish and economies to thrive. This is the core insight of true liberalism: All individual freedoms are part of an inseparable whole. Political and economic liberties cannot be bifurcated.  (…) Many cling to hopes that the economy can be centrally planned. Education, health care, housing, money and banking, crime control, transportation, energy and far more follow the failed command-and-control model that has been repeatedly discredited. Some look to nationalist and statist solutions to trade imbalances and migration problems, instead of toward greater freedom. Mario Vargas Llosa
Je suis à la tête d’un Etat qui est en situation de faillite sur le plan financier, je suis à la tête d’un Etat qui est depuis quinze ans en déficit chronique, je suis à la tête d’un Etat qui n’a jamais voté un budget en équilibre depuis vingt-cinq ans. Ça ne peut pas durer. François Fillon
Suite à une erreur technique, un message a été automatiquement diffusé à certains abonnés au portail de S&P Global Credit indiquant que la note de crédit de la France avait été changée. Ce n’est pas le cas. La note de la République française est inchangée à « AAA », assortie d’une perspective stable, et cet incident n’est pas lié à une quelconque activité de surveillance de la note. Communiqué Standard and Poor’s
Ne nous faisons pas d’illusion: sur les marchés, la dette (française) n’est déjà plus AAA. Jacques Attali
Not only are such Islamophobic antics futile and childish, but they also openly beg for the very violent responses from extremists their authors claim to proudly defy in the name of common good. What common good is served by creating more division and anger, and by tempting belligerent reaction? Bruce Crumley (Time magazine)
That was very, very objectionable to, you know, a majority of Muslims to see their religious leader depicted in any way, but certainly not in sort of a satirical, laughable fashion. You know, I heard a comment from a French Muslim who I think got it exactly right, which is that just because you can do this thing because you have a First Amendment right or you have a right to free expression in Western societies doesn’t mean you should do them. So I think I would hope we get to a place where we condemn this constant provocation. Why these provocations to a vast minority group inside of France? I think it’s irresponsible. (…) but, you know, I would defend to the last straw to do it. I just hope we get to a place where the people who do do this get condemned by society for constantly provoking crises that we don’t need right now. John Kitfield (National Public Radio)
The issue was not thought-provoking; it simply contributed to burgeoning anti-Muslim sentiment. What it should have been doing was pushing the conversation forward to confront the seemingly dormant but rampant institutional bigotry. After all, is that not the point of having a free press tradition in the first place? Romina Ruiz-Goiriena (France 24, Huffington post)
The original title of Crumley’s piece, still viewable in the website URL, was “Firebombed French Paper: A Victim of Islam, Or Its Own Obnoxious Islamaphobia?” If a reader, so offended by Crumley’s excuse-making for theocratic nutcases, bombs TIME’s Paris Bureau, would that make Crumley a “victim” of his own obnoxious cowardice? James Kirchick
What possible argument can those of us who shudder at the thought of arsonists torching Time, and immolating all who work there, now make in its defence? The latest issue contains a piece saying that the French satirical magazine Charlie Hebdo  deserved to have someone – maybe an Islamist, maybe not – firebomb its offices in Paris. Nick Cohen
But the right to blaspheme is not only under frontal assault. Writing about the attack on Charlie’s offices, Bruce Crumley, Paris bureau chief for Time magazine, did nothing to hide his contempt—not for the attackers, but for the magazine itself. « Not only are such Islamophobic antics futile and childish, » he wrote, « but they also openly beg for the very violent responses from extremists their authors claim to proudly defy in the name of common good. » James Kitfield, National Journal’s security correspondent, told NPR listeners that he wished the  « irresponsible » people who « do this get condemned by society for constantly provoking crises that we don’t need right now. » Such reactions cause one to wonder whether the deeper threat to free speech comes not from its avowed enemies but from its supposed practitioners. That itself is an old story in the West, something the American political thinker Paul Berman, writing about the pre-World War II indulgence of French Socialists for the Nazi regime, has called « the liberalism of denial. » Others might simply call it cowardice. Anne Jolis (WSJ)
In what I hope is part of the last gasps of the disorienting moral relativism that marked so many intellectuals during the aughts (’00s), Bruce Crumley was given the pages of Time Magazine to spin out a now classic critique based on the internalizing of “Islamophobia” as proposed by Muslims who want to avoid public criticism, something approaching the level of a dogma in journalistic circles. In response to the Charlie Hebdo firebombing, Crumley not only blamed Charlie Hebdo for the attack, but those political and intellectual figures in France who condemned the bombing. Richard Landes

A l’heure où, nous dit-on, la contagion de la crise atteint une France dont nos candidats de la dernière présidentielle admettaient déjà il y a quatre ans que les caisses étaient vides …

Et où, sous prétexte d’une apparente erreur de manipulation informatique et après les avoir tant critiquées pour ne pas avoir averti le monde des crises précédentes, chacun s’apprête à tirer sur le messager des  agences de  notation américaines (dont la 3e est d’ailleurs sous contrôle français)…

Pendant que, sous les effets de ladite crise, les appels se multiplient, notamment par rapport à la Chine ou à l‘islam, à toutes les lâchetés

Comment ne pas repenser à la célèbre analyse proustienne du lynchage mondain du salon Verdurin?

Où, derrière la plus insignifiante des conversations mondaines au sein de la frange la plus policée de l’Occident d’avant la sauvagerie de 14, un Proust longtemps rabaissé à la futilité de la mondanité dont il avait été au contraire, après en avoir guéri, le plus lucide des déconstructeurs …

Démonte parfaitement (quasi-ethnologiquement) non seulement le mécanisme de bouc émissaire (le ramenant brutalement à sa vérité primitive d’anthropophagie) mais aussi l’imitation (dont nos plus grands esprits, de Buffon à Darwin, ont toujours tant tenu à se démarquer) qui en est la source sans oublier la lâcheté sans laquelle celui-ci ne peut fonctionner …

Autrement dit, dans le génial raccourci de l’auteur de la Recherche,… cet instinct d’imitation et l’absence de courage qui gouvernent les sociétés comme les foules ?

Firebombed French Paper Is No Free Speech Martyr

Bruce Crumley

Time

November 2, 2011

Okay, so can we finally stop with the idiotic, divisive, and destructive efforts by “majority sections” of Western nations to bait Muslim members with petulant, futile demonstrations that “they” aren’t going to tell “us” what can and can’t be done in free societies? Because not only are such Islamophobic antics futile and childish, but they also openly beg for the very violent responses from extremists their authors claim to proudly defy in the name of common good. What common good is served by creating more division and anger, and by tempting belligerent reaction?

The difficulty in answering that question is also what’s making it hard to have much sympathy for the French satirical newspaper firebombed this morning, after it published another stupid and totally unnecessary edition mocking Islam. The Wednesday morning arson attack destroyed the Paris editorial offices of Charlie Hebdo after the paper published an issue certain to enrage hard-core Islamists (and offend average Muslims) with articles and “funny” cartoons featuring the Prophet Mohammed—depictions forbidden in Islam to boot. Predictably, the strike unleashed a torrent of unqualified condemnation from French politicians, many of whom called the burning of the notoriously impertinent paper as “an attack on democracy by its enemies.”

We, by contrast, have another reaction to the firebombing: Sorry for your loss, Charlie, and there’s no justification of such an illegitimate response to your current edition. But do you still think the price you paid for printing an offensive, shameful, and singularly humor-deficient parody on the logic of “because we can” was so worthwhile? If so, good luck with those charcoal drawings your pages will now be featuring.

Though police say they still don’t know who staged the apparent strike, the (sorry) inflammatory religious theme of the new edition has virtually everyone suspecting Muslim extremists were responsible. Which, frankly, is exactly why it’s hard not to feel it’s the kind of angry response–albeit in less destructive form– Charlie Hebdo was after in the first place. What was the point otherwise? Yet rather than issuing warnings to be careful about what one asks for, the arson prompted political leaders and pundits across the board to denounce the arson as an attack on freedom of speech, liberty of expression, and other rights central to French and other Western societies. In doing so they weren’t entirely alone. Muslim leaders in France and abroad also stepped up to condemn the action–though not without duly warning people to wait for police to identify the perpetrators before assigning guilt, especially via association.

The reasons for such concern were as obvious as the suspicions about who had staged the strike: the coarse and heavy-handed Islamist theme of the current edition of Charlie Hebdo. As part of its gag, the paper had re-named itself “Sharia Hebdo”. It also claimed to have invited Mohammed as its guest editor to “celebrate the victory” of the Islamist Ennahda party in Tunisia’s first free elections last week. In addition to satirical articles on Islam-themed topics, the paper contains drawings of Mohammed in cartoons featuring Charlie Hebdo’s trademark over-the-top (and frequently not “ha-ha funny”) humor. The cover, for example, features a crudely-drawn cartoon of the Prophet saying “100 Whip Lashes If You Don’t Die Of Laughter.” Maybe you had to be there when it was first sketched.

If that weren’t enough to offend Muslims sensitive to jokes about their faith, history helped raised hackles further. In 2007, Charlie Hebdo re-published the infamous (and, let’ face it, just plain lame) Mohammed caricatures initially printed in 2005 by Danish paper Jyllands-Posten. As intended, those produced outrage–and at times violent reaction–from Muslims around the world (not to mention repeated terror plots to kill illustrators responsible for the drawings). Apart from unconvincing claims of exercising free speech in Western nations where that right no longer needs to be proved, it’s unclear what the objectives of the caricatures were other than to offend Muslims—and provoke hysteria among extremists. After it’s 2007 reprinting of those, Charlie Hebdo was acquitted by a French court on inciting racial hatred charges lodged by French Islamic groups over those and other caricatures—including one run as the paper’s cover cartoon depicting Mohammed complaining “It’s Hard To Be Loved By (expletives)”. When it comes to Islam, Charlie Hebdo has a million of ’em—but they’re all generally as weak as they are needlessly provocative.

Editors, staff, fans, and apologists of Charlie Hebdo have repeatedly pointed out that the paper’s take-no-prisoners humor spares no religion, political party, or social group from its questionable humor. They’ve also tended to defend the publication during controversy as a kind of gut check of free society: a media certain to anger, infuriate, and offend just about everybody at some point or another. As such, Charlie Hebdo has cultivated its insolence proudly as a kind of public duty—pushing the limits of freedom of speech, come what may. But that seems more self-indulgent and willfully injurious when it amounts to defending the right to scream “fire” in an increasingly over-heated theater.

Why? Because like France’s 2010 law banning the burqa in public (and earlier legislation prohibiting the hijab in public schools), the nation’s government-sponsored debates on Islam’s place in French society all reflected very real Islamophobic attitudes spreading throughout society. Indeed, such perceived anti-Muslim action has made France a point of focus for Islamist radicals at home and abroad looking to harp on new signs of aggression against Islam. It has also left France’s estimated five million Muslims feeling stigmatized and singled out for discriminatory treatment—a resentment that can’t be have been diminished by seeing Charlie Hebdo’s mockery of Islam “just for fun” defended as a hallowed example of civil liberty by French pols. It’s yet to be seen whether Islamist extremists were behind today’s arson, but both the paper’s current edition, and the rush of politicians to embrace it as the icon of French democracy, raises the possibility of even moderate Muslims thinking “good on you” if and when militants are eventually fingered for the strike. It’s all so unnecessary.

It’s obvious free societies cannot simply give in to hysterical demands made by members of any beyond-the-pale group. And it’s just as clear that intimidation and violence must be condemned and combated for whatever reason they’re committed—especially if their goal is to undermine freedoms and liberties of open societies. But it’s just evident members of those same free societies have to exercise a minimum of intelligence, calculation, civility and decency in practicing their rights and liberties—and that isn’t happening when a newspaper decides to mock an entire faith on the logic that it can claim to make a politically noble statement by gratuitously pissing people off.

Defending freedom of expression in the face of oppression is one thing; insisting on the right to be obnoxious and offensive just because you can is infantile. Baiting extremists isn’t bravely defiant when your manner of doing so is more significant in offending millions of moderate people as well. And within a climate where violent response—however illegitimate—is a real risk, taking a goading stand on a principle virtually no one contests is worse than pointless: it’s pointlessly all about you.

So, yeah, the violence inflicted upon Charlie Hebdo was outrageous, unacceptable, condemnable, and illegal. But apart from the “illegal” bit, Charlie Hebdo’s current edition is all of the above, too.

Voir aussi:

Friday News Roundup – Hour 2

The Diane Rehm show

National Public Radio
04.11.11
(…)

KAY

11:53:48
Okay, Courtney.  I’ll give you another story that I’d like to get to just before we end the program.  France, the office of the weekly publication Charlie Hebdo was fire-bombed in France this week, why?

KUBE

11:54:00
Well, they had just completed this spoof issue that was guest edited by the Prophet Mohammad and it included images of him, cartoons of him.  You know, of course, this was also the same publication that in 2006 republished the cartoons that were in a Danish newspaper that caused tremendous unrest throughout the Middle East.  It’s a publication that continues to push the limits between satire and what they can get away with under freedom of expression, freedom of the press.

KUBE

11:54:34
And the problem is in France, it’s the largest Muslim population in Europe and there was an outcry.  There was…

KAY

11:54:43
No one’s claimed responsibility for the fire-bombing, is that right?

KUBE

11:54:44
Not yet.  And there was one of the editors even said something, well, this could have just been some drunk people.  We don’t know.  But the police think it was a Molotov cocktail and there have been threats against the people who work in the office so it appears to be targeted.  It appears to be because of this publication that was about to come out and has since now come out on another organization, another newspaper printed some of the cartoons along with an explanation for why they were doing it.

KUBE

11:55:07
You know as I said it’s a publication that’s known for pushing the limits and the only difference this time was the target and that was Mohammad, which, of course, in Islam, there’s not allowed to be representations of the Prophet Mohammad.  It’s a tremendous insult to Islam.  But the fact is this is a satirical publication and they have the right to express, to freedom of expression.

KAY

11:55:30
James, are we still in the situation, though, where something like this with Charlie Hebdo could cause knock-on effects as we saw with the Danish cartoons?  I mean, are the tensions still at that level?

KITFIELD

11:55:41
You know, I think the tensions are less now, but the tensions are — I mean, people died because of that earlier…

KAY

11:55:47
Right.

KITFIELD

11:55:47
…all over the world.  I mean, that was very, very objectionable to, you know, a majority of Muslims to see their religious leader depicted in any way, but certainly not in sort of a satirical, laughable fashion.  You know, I heard a comment from a French Muslim who I think got it exactly right, which is that just because you can do this thing because you have a First Amendment right or you have a right to free expression in Western societies doesn’t mean you should do them.  So I think I would hope we get to a place where we condemn this constant provocation.  Why these provocations to a vast minority group inside of France?  I think it’s irresponsible.

KAY

11:56:26
Particularly when you already have tensions with those…

KITFIELD

11:56:29
Right, and people can die.  I think it’s irresponsible, but, you know, I would defend to the last straw to do it.  I just hope we get to a place where the people who do do this get condemned by society for constantly provoking crises that we don’t need right now.

KAY

11:56:45
Okay.  Yeah, we certainly don’t need another crisis after all that we’ve been talking about this week, one crisis we don’t need with the fire-bombing of the magazine, Charlie Hebdo.  James Kitfield, senior correspondent with the National Journal, Courtney Kube, national security producer for NBC News and Robin Harding, U.S. economics editor, The Financial Times, thank you all so much for joining me.  It’s been an incredibly busy week yet another busy week on the international scene I suspect with everything that’s happening in Greece and Europe. We’re going to fill another hour easily next week as well.  Thank you all so much for joining me.

KUBE

11:57:14
Thank you.

KITFIELD

11:57:14
Thank you.

HARDING

11:57:14
Thank you.

KAY

11:57:14
I’m Katty Kay of the BBC.  I’ve been sitting in for Diane Rehm.  Diane is up in Maine, she’s on a station visit.  She will be back on Monday.  Thank you so much for listening all of you, do have a great weekend.
Voir également:

Charlie Hebdo, Firebombs and the Role of Satire

Romina Ruiz-Goiriena.

Assistant Producer, France24

Huffington post

11/2/11

Paris — At approximately 5 a.m. Wednesday morning, Stephane Charbonnier, better known as « Charb » to his readers, had a rude awakening. Overnight, the offices of the French satirical magazine Charlie Hebdo, where he serves as editor, had been the target of a firebombing. The website had also been hacked and the police were looking into the act.

For many, the publication has been an iconic soapbox for the far French left since its creation in 1960. Charlie Hebdo publishes weekly. Every issue is filled with comic strips, cartoons and caricatures that push the boundaries of everything taboo in France. Over the years, politicians, celebrities and even a dead Jesus Christ have fallen prey. But what could have angered someone so much to attack the weekly’s headquarters?

On Tuesday night, the magazine had finished the final printing of a special Arab Spring edition. Renamed Charia Hebdo for the occasion and playing on the word in French for Shariah law, the cover features a picture of the prophet Muhammad as ‘guest’ editor. Every spread of the 14-page newspaper insults Islam. making jokes about sodomy, the niqab and even scolds the idea that the rise of modern Islamic governments in newly liberated Libya and Tunisia can be democratic.

Regardless of the fact that authorities have not provided any more details, the event has already provoked public outcry.

The Associated Press quoted Mohammed Moussaoui, head of the French Council of the Muslim Faith, who disapproved of the publication for its depiction of the prophet but condemned the violence that had ensued. Meanwhile, Prime Minister François Fillon, said that « all attacks on the freedom of the press must be condemned with the greatest firmness. »

And so, here begins another chapter in the battle between the French ideal of laïcité (secularism) and Islam’s role in France.

Focusing on the wrong issue

Before the blast, media outlets were already speculating over how this week’s issue would depict the religion of five million French citizens. Following the attack, however, the conversation quickly shifted to discuss the intolerance for Islam’s critics and freedom of the press.

Charb defended the values of Charlie Hebdo. « There is no question of us giving in to Islamists. We are a news magazine and will continue commenting on the news. What we are doing is nothing like the polemical tone of the Muhammsd cartoons [in Denmark]. We approach this with our own sense of humor, » Charbonnier told France 24 in an interview during the breakfast show Live from Paris.

Nothing else was important. It did not matter that the publication fetishized over the different ways to wear the controversial veil, mocked Muhammad’s penis in a cartoon and scoffed at the recently elected Ennahda party in Tunisia. No, this was not demeaning, disrespectful or racist. This, by Charlie Hebdo’s definition, was satire: the kind that everyone had to accept as part of the French tradition.

Even the BBC’s Hugh Schofield wrote that publications like Charlie Hebdo are longstanding in French history, all the way to the scandal sheets that denounced Marie-Antoinette in the run-up to the French Revolution. In an almost apologist fashion Schofield wrote, « over the years, it [Charlie Hebdo] has printed examples which make today’s representations of Mohammed look like illustrations from a children’s book… police would be shown holding the dripping heads of immigrants; there would be masturbating nuns; popes wearing condoms, anything to make a point. So today when the paper’s staff say there is nothing unusually provocative about the Charia Hebdo issue they are being perfectly truthful. »

While this might be so, what is also inherently French is the country’s deeply rooted malaise with its Muslims citizens. Partly, because it has never really explored its colonialist legacy in North Africa nor has it established a body politic inclusive of minorities.

So whether the discussion of the day is about a niqab or the role of prayer, it is seen as something diametrically opposed to French values. The real conversation to be had is about how to create a more inclusive socially-just France.

The role of satire

By definition, satire is based on the premise that however serious the subject, it can achieve a greater effect if a society’s follies are held to ridicule. The greater purpose is constructive criticism. However, the Charia Hebdo number did everything to scorn the Arab Spring abroad and nothing to contest French clichés and institutional racism against Muslims.

The issue was not thought-provoking; it simply contributed to burgeoning anti-Muslim sentiment. What it should have been doing was pushing the conversation forward to confront the seemingly dormant but rampant institutional bigotry. After all, is that not the point of having a free press tradition in the first place?

Voir enfin:

A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU: SODOME ET GOMORRHE (MARCEL PROUST)

—Mon cher—collègue, dit-il à Brichot, après avoir délibéré dans son esprit si «collègue» était le terme qui convenait, j’ai une sorte de—désir pour savoir s’il y a d’autres arbres dans la—nomenclature de votre belle langue—française—latine—normande. Madame (il voulait dire Mme Verdurin quoiqu’il n’osât la regarder) m’a dit que vous saviez toutes choses. N’est-ce pas précisément le moment?—Non, c’est le moment de manger», interrompit Mme Verdurin qui voyait que le dîner n’en finissait pas. «Ah! bien; répondit le Scandinave, baissant la tête dans son assiette, avec un sourire triste et résigné. Mais je dois faire observer à Madame que, si je me suis permis ce questionnaire—pardon, ce questation—c’est que je dois retourner demain à Paris pour dîner chez la Tour d’Argent ou chez l’Hôtel Meurice. Mon confrère—français—M. Boutroux, doit nous y parler des séances de spiritisme—pardon, des évocations spiritueuses—qu’il a contrôlées.—Ce n’est pas si bon qu’on dit, la Tour d’Argent, dit Mme Verdurin agacée. J’y ai même fait des dîners détestables.—Mais est-ce que je me trompe, est-ce que la nourriture qu’on mange chez Madame n’est pas de la plus fine cuisine française?—Mon Dieu, ce n’est pas positivement mauvais, répondit Mme Verdurin radoucie. Et si vous venez mercredi prochain ce sera meilleur.—Mais je pars lundi pour Alger, et de là je vais à Cap. Et quand je serai à Cap de Bonne–Espérance, je ne pourrai plus rencontrer mon illustre collègue—pardon, je ne pourrai plus rencontrer mon confrère.» Et il se mit, par obéissance, après avoir fourni ces excuses rétrospectives, à manger avec une rapidité vertigineuse. Mais Brichot était trop heureux de pouvoir donner d’autres étymologies végétales et il répondit, intéressant tellement le Norvégien que celui-ci cessa de nouveau de manger, mais en faisant signe qu’on pouvait ôter son assiette pleine et passer au plat suivant: «Un des Quarante, dit Brichot, a nom Houssaye, ou lieu planté de houx; dans celui d’un fin diplomate, d’Ormesson, vous retrouvez l’orme, l’ulmus cher à Virgile et qui a donné son nom à la ville d’Ulm; dans celui de ses collègues, M. de La Boulaye, le bouleau; M. d’Aunay, l’aune; M. de Bussière, le buis; M. Albaret, l’aubier (je me promis de le dire à Céleste); M. de Cholet, le chou, et le pommier dans le nom de M. de La Pommeraye, que nous entendîmes conférencier, Saniette, vous en souvient-il, du temps que le bon Porel avait été envoyé aux confins du monde, comme proconsul en Odéonie? Au nom de Saniette prononcé par Brichot, M. Verdurin lança à sa femme et à Cottard un regard ironique qui démonta le timide.—Vous disiez que Cholet vient de chou, dis-je à Brichot. Est-ce qu’une station où j’ai passé avant d’arriver à Doncières, Saint–Frichoux, vient aussi de chou?—Non, Saint–Frichoux, c’est Sanctus Fructuosus, comme Sanctus Ferreolus donna Saint–Fargeau, mais ce n’est pas normand du tout.—Il sait trop de choses, il nous ennuie, gloussa doucement la princesse.—Il y a tant d’autres noms qui m’intéressent, mais je ne peux pas tout vous demander en une fois.» Et me tournant vers Cottard: «Est-ce que Mme Putbus est ici?» lui demandai-je. «Non, Dieu merci, répondit Mme Verdurin qui avait entendu ma question. J’ai tâché de dériver ses villégiatures vers Venise, nous en sommes débarrassés pour cette année.—Je vais avoir moi-même droit à deux arbres, dit M. de Charlus, car j’ai à peu près retenu une petite maison entre Saint–Martin-du-Chêne et Saint–Pierre-des-Ifs.—Mais c’est très près d’ici, j’espère que vous viendrez souvent en compagnie de Charlie Morel. Vous n’aurez qu’à vous entendre avec notre petit groupe pour les trains, vous êtes à deux pas de Doncières», dit Mme Verdurin qui détestait qu’on ne vînt pas par le même train et aux heures où elle envoyait des voitures. Elle savait combien la montée à la Raspelière, même en faisant le tour par des lacis, derrière Féterne, ce qui retardait d’une demi-heure, était dure, elle craignait que ceux qui feraient bande à part ne trouvassent pas de voitures pour les conduire, ou même, étant en réalité restés chez eux, puissent prendre le prétexte de n’en avoir pas trouvé à Doville-Féterne et de ne pas s’être senti la force de faire une telle ascension à pied. A cette invitation M. de Charlus se contenta de répondre par une muette inclinaison. «Il ne doit pas être commode tous les jours, il a un air pincé, chuchota à Ski le docteur qui, étant resté très simple malgré une couche superficielle d’orgueil, ne cherchait pas à cacher que Charlus le snobait. Il ignore sans doute que dans toutes les villes d’eau, et même à Paris dans les cliniques, les médecins, pour qui je suis naturellement le «grand chef», tiennent à honneur de me présenter à tous les nobles qui sont là, et qui n’en mènent pas large. Cela rend même assez agréable pour moi le séjour des stations balnéaires, ajouta-t-il d’un air léger. Même à Doncières, le major du régiment, qui est le médecin traitant du colonel, m’a invité à déjeuner avec lui en me disant que j’étais en situation de dîner avec le général. Et ce général est un monsieur de quelque chose. Je ne sais pas si ses parchemins sont plus ou moins anciens que ceux de ce baron.—Ne vous montez pas le bourrichon, c’est une bien pauvre couronne», répondit Ski à mi-voix, et il ajouta quelque chose de confus avec un verbe, où je distinguai seulement les dernières syllabes «arder», occupé que j’étais d’écouter ce que Brichot disait à M. de Charlus. «Non probablement, j’ai le regret de vous le dire, vous n’avez qu’un seul arbre, car si Saint–Martin-du-Chêne est évidemment Sanctus Martinus juxta quercum, en revanche le mot if peut être simplement la racine, ave, eve, qui veut dire humide comme dans Aveyron, Lodève, Yvette, et que vous voyez subsister dans nos éviers de cuisine. C’est l’«eau», qui en breton se dit Ster, Stermaria, Sterlaer, Sterbouest, Ster-en-Dreuchen.» Je n’entendis pas la fin, car, quelque plaisir que j’eusse eu à réentendre le nom de Stermaria, malgré moi j’entendais Cottard, près duquel j’étais, qui disait tout bas à Ski: «Ah! mais je ne savais pas. Alors c’est un monsieur qui sait se retourner dans la vie. Comment! il est de la confrérie! Pourtant il n’a pas les yeux bordés de jambon. Il faudra que je fasse attention à mes pieds sous la table, il n’aurait qu’à en pincer pour moi. Du reste, cela ne m’étonne qu’à moitié. Je vois plusieurs nobles à la douche, dans le costume d’Adam, ce sont plus ou moins des dégénérés. Je ne leur parle pas parce qu’en somme je suis fonctionnaire et que cela pourrait me faire du tort. Mais ils savent parfaitement qui je suis.» Saniette, que l’interpellation de Brichot avait effrayé, commençait à respirer, comme quelqu’un qui a peur de l’orage et qui voit que l’éclair n’a été suivi d’aucun bruit de tonnerre, quand il entendit M. Verdurin le questionner, tout en attachant sur lui un regard qui ne lâchait pas le malheureux tant qu’il parlait, de façon à le décontenancer tout de suite et à ne pas lui permettre de reprendre ses esprits. «Mais vous nous aviez toujours caché que vous fréquentiez les matinées de l’Odéon, Saniette?» Tremblant comme une recrue devant un sergent tourmenteur, Saniette répondit, en donnant à sa phrase les plus petites dimensions qu’il put afin qu’elle eût plus de chance d’échapper aux coups: «Une fois, à la Chercheuse.—Qu’est-ce qu’il dit», hurla M. Verdurin, d’un air à la fois écoeuré et furieux, en fronçant les sourcils comme s’il n’avait pas assez de toute son attention pour comprendre quelque chose d’inintelligible. «D’abord on ne comprend pas ce que vous dites, qu’est-ce que vous avez dans la bouche?» demanda M. Verdurin de plus en plus violent, et faisant allusion au défaut de prononciation de Saniette. «Pauvre Saniette, je ne veux pas que vous le rendiez malheureux», dit Mme Verdurin sur un ton de fausse pitié et pour ne laisser un doute à personne sur l’intention insolente de son mari.» J’étais à la Ch…, Che…—Che, che, tâchez de parler clairement, dit M. Verdurin, je ne vous entends même pas.»

Presque aucun des fidèles ne se retenait de s’esclaffer, et ils avaient l’air d’une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang. Car l’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules. Et tout le monde rit de quelqu’un dont on voit se moquer, quitte à le vénérer dix ans plus tard dans un cercle où il est admiré. C’est de la même façon que le peuple chasse ou acclame les rois.

«Voyons, ce n’est pas sa faute, dit Mme Verdurin.—Ce n’est pas la mienne non plus, on ne dîne pas en ville quand on ne peut plus articuler.—J’étais à la Chercheuse d’esprit de Favart.—Quoi? c’est la Chercheuse d’esprit que vous appelez la Chercheuse? Ah! c’est magnifique, j’aurais pu chercher cent ans sans trouver», s’écria M. Verdurin qui pourtant aurait jugé du premier coup que quelqu’un n’était pas lettré, artiste, «n’en était pas», s’il l’avait entendu dire le titre complet de certaines oeuvres. Par exemple il fallait dire le Malade, le Bourgeois; et ceux qui auraient ajouté «imaginaire» ou «gentilhomme» eussent témoigné qu’ils n’étaient pas de la «boutique», de même que, dans un salon, quelqu’un prouve qu’il n’est pas du monde en disant: M. de Montesquiou–Fezensac pour M. de Montesquiou. «Mais ce n’est pas si extraordinaire», dit Saniette essoufflé par l’émotion mais souriant, quoiqu’il n’en eût pas envie. Mme Verdurin éclata: «Oh! si, s’écria-t-elle en ricanant. Soyez convaincu que personne au monde n’aurait pu deviner qu’il s’agissait de la Chercheuse d’esprit.» M. Verdurin reprit d’une voix douce et s’adressant à la fois à Saniette et à Brichot: «C’est une jolie pièce, d’ailleurs, la Chercheuse d’esprit.» Prononcée sur un ton sérieux, cette simple phrase, où on ne pouvait trouver trace de méchanceté, fit à Saniette autant de bien et excita chez lui autant de gratitude qu’une amabilité. Il ne put proférer une seule parole et garda un silence heureux. Brichot fut plus loquace. «Il est vrai, répondit-il à M. Verdurin, et si on la faisait passer pour l’oeuvre de quelque auteur sarmate ou scandinave, on pourrait poser la candidature de la Chercheuse d’esprit à la situation vacante de chef-d’oeuvre. Mais, soit dit sans manquer de respect aux mânes du gentil Favart, il n’était pas de tempérament ibsénien. (Aussitôt il rougit jusqu’aux oreilles en pensant au philosophe norvégien, lequel avait un air malheureux parce qu’il cherchait en vain à identifier quel végétal pouvait être le buis que Brichot avait cité tout à l’heure à propos de Bussière.) D’ailleurs, la satrapie de Porel étant maintenant occupée par un fonctionnaire qui est un tolstoïsant de rigoureuse observance, il se pourrait que nous vissions Anna Karénine ou Résurrection sous l’architrave odéonienne.—Je sais le portrait de Favart dont vous voulez parler, dit M. de Charlus. J’en ai vu une très belle épreuve chez la comtesse Molé.» Le nom de la comtesse Molé produisit une forte impression sur Mme Verdurin. «Ah! vous allez chez Mme de Molé», s’écria-t-elle. Elle pensait qu’on disait la comtesse Molé, Madame Molé, simplement par abréviation, comme elle entendait dire les Rohan, ou, par dédain, comme elle-même disait: Madame La Trémoïlle. Elle n’avait aucun doute que la comtesse Molé, connaissant la reine de Grèce et la princesse de Caprarola, eût autant que personne droit à la particule, et pour une fois elle était décidée à la donner à une personne si brillante et qui s’était montrée fort aimable pour elle. Aussi, pour bien montrer qu’elle avait parlé ainsi à dessein et ne marchandait pas ce «de» à la comtesse, elle reprit: «Mais je ne savais pas du tout que vous connaissiez Madame de Molé!» comme si ç‘avait été doublement extraordinaire et que M. de Charlus connût cette dame et que Mme Verdurin ne sût pas qu’il la connaissait. Or le monde, ou du moins ce que M. de Charlus appelait ainsi, forme un tout relativement homogène et clos. Autant il est compréhensible que, dans l’immensité disparate de la bourgeoisie, un avocat dise à quelqu’un qui connaît un de ses camarades de collège: «Mais comment diable connaissez-vous un tel?» en revanche, s’étonner qu’un Français connût, le sens du mot «temple» ou «forêt» ne serait guère plus extraordinaire que d’admirer les hasards qui avaient pu conjoindre M. de Charlus et la comtesse Molé. De plus, même si une telle connaissance n’eût pas tout naturellement découlé des lois mondaines, si elle eût été fortuite, comment eût-il été bizarre que Mme Verdurin l’ignorât puisqu’elle voyait M. de Charlus pour la première fois, et que ses relations avec Mme Molé étaient loin d’être la seule chose qu’elle ne sût pas relativement à lui, de qui, à vrai dire, elle ne savait rien. «Qu’est-ce qui jouait cette Chercheuse d’esprit, mon petit Saniette?» demanda M. Verdurin. Bien que sentant l’orage passé, l’ancien archiviste hésitait à répondre: «Mais aussi, dit Mme Verdurin, tu l’intimides, tu te moques de tout ce qu’il dit, et puis tu veux qu’il réponde. Voyons, dites, qui jouait ça? on vous donnera de la galantine à emporter», dit Mme Verdurin, faisant une méchante allusion à la ruine où Saniette s’était précipité lui-même en voulant en tirer un ménage de ses amis. «Je me rappelle seulement que c’était Mme Samary qui faisait la Zerbine, dit Saniette.—La Zerbine? Qu’est-ce que c’est que ça? cria M. Verdurin comme s’il y avait le feu.—C’est un emploi de vieux répertoire, voir le Capitaine Fracasse, comme qui dirait le Tranche Montagne, le Pédant.—Ah! le pédant, c’est vous. La Zerbine! Non, mais il est toqué», s’écria M. Verdurin. Mme Verdurin regarda ses convives en riant comme pour excuser Saniette. «La Zerbine, il s’imagine que tout le monde sait aussitôt ce que cela veut dire. Vous êtes comme M. de Longepierre, l’homme le plus bête que je connaisse, qui nous disait familièrement l’autre jour «le Banat». Personne n’a su de quoi il voulait parler. Finalement on a appris que c’était une province de Serbie.» Pour mettre fin au supplice de Saniette, qui me faisait plus de mal qu’à lui, je demandai à Brichot s’il savait ce que signifiait Balbec. «Balbec est probablement une corruption de Dalbec, me dit-il. Il faudrait pouvoir consulter les chartes des rois d’Angleterre, suzerains de la Normandie, car Balbec dépendait de la baronnie de Douvres, à cause de quoi on disait souvent Balbec d’Outre–Mer, Balbec-en-Terre. Mais la baronnie de Douvres elle-même relevait de l’évêché de Bayeux, et malgré des droits qu’eurent momentanément les Templiers sur l’abbaye, à partir de Louis d’Harcourt, patriarche de Jérusalem et évêque de Bayeux, ce furent les évêques de ce diocèse qui furent collateurs aux biens de Balbec. C’est ce que m’a expliqué le doyen de Doville, homme chauve, éloquent, chimérique et gourmet, qui vit dans l’obédience de Brillat–Savarin, et m’a exposé avec des termes un tantinet sibyllins d’incertaines pédagogies, tout en me faisant manger d’admirables pommes de terre frites.» Tandis que Brichot souriait, pour montrer ce qu’il y avait de spirituel à unir des choses aussi disparates et à employer pour des choses communes un langage ironiquement élevé, Saniette cherchait à placer quelque trait d’esprit qui pût le relever de son effondrement de tout à l’heure. Le trait d’esprit était ce qu’on appelait un «à peu près», mais qui avait changé de forme, car il y a une évolution pour les calembours comme pour les genres littéraires, les épidémies qui disparaissent remplacées par d’autres, etc… Jadis la forme de l’«à peu près» était le «comble». Mais elle était surannée, personne ne l’employait plus, il n’y avait plus que Cottard pour dire encore parfois, au milieu d’une partie de «piquet»: «Savez-vous quel est le comble de la distraction? c’est de prendre l’édit de Nantes pour une Anglaise.» Les combles avaient été remplacés par les surnoms. Au fond, c’était toujours le vieil «à peu près», mais, comme le surnom était à la mode, on ne s’en apercevait pas. Malheureusement pour Saniette, quand ces «à peu près» n’étaient pas de lui et d’habitude inconnus au petit noyau, il les débitait si timidement que, malgré le rire dont il les faisait suivre pour signaler leur caractère humoristique, personne ne les comprenait. Et si, au contraire, le mot était de lui, comme il l’avait généralement trouvé en causant avec un des fidèles, celui-ci l’avait répété en se l’appropriant, le mot était alors connu, mais non comme étant de Saniette. Aussi quand il glissait un de ceux-là on le reconnaissait, mais, parce qu’il en était l’auteur, on l’accusait de plagiat. «Or donc, continua Brichot, Bec en normand est ruisseau; il y a l’abbaye du Bec; Mobec, le ruisseau du marais (Mor ou Mer voulait dire marais, comme dans Morville, ou dans Bricquemar, Alvimare, Cambremer); Bricquebec, le ruisseau de la hauteur, venant de Briga, lieu fortifié, comme dans Bricqueville, Bricquebosc, le Bric, Briand, ou bien brice, pont, qui est le même que bruck en allemand (Innsbruck) et qu’en anglais bridge qui termine tant de noms de lieux (Cambridge, etc.). Vous avez encore en Normandie bien d’autres bec: Caudebec, Bolbec, le Robec, le Bec–Hellouin, Becquerel. C’est la forme normande du germain Bach, Offenbach, Anspach; Varaguebec, du vieux mot varaigne, équivalent de garenne, bois, étangs réservés. Quant à Dal, reprit Brichot, c’est une forme de thal, vallée: Darnetal, Rosendal, et même jusque près de Louviers, Becdal. La rivière qui a donné son nom à Dalbec est d’ailleurs charmante. Vue d’une falaise (fels en allemand, vous avez même non loin d’ici, sur une hauteur, la jolie ville de Falaise), elle voisine les flèches de l’église, située en réalité à une grande distance, et a l’air de les refléter.-Je crois bien, dis-je, c’est un effet qu’Elstir aime beaucoup. J’en ai vu plusieurs esquisses chez lui.-Elstir! Vous connaissez Tiche? s’écria Mme Verdurin. Mais vous savez que je l’ai connu dans la dernière intimité. Grâce au ciel je ne le vois plus. Non, mais demandez à Cottard, à Brichot, il avait son couvert mis chez moi, il venait tous les jours. En voilà un dont on peut dire que ça ne lui a pas réussi de quitter notre petit noyau. Je vous montrerai tout à l’heure des fleurs qu’il a peintes pour moi; vous verrez quelle différence avec ce qu’il fait aujourd’hui et que je n’aime pas du tout, mais pas du tout! Mais comment! je lui avais fait faire un portrait de Cottard, sans compter tout ce qu’il a fait d’après moi.-Et il avait fait au professeur des cheveux mauves, dit Mme Cottard, oubliant qu’alors son mari n’était pas agrégé. Je ne sais, Monsieur, si vous trouvez que mon mari a des cheveux mauves.-Ça ne fait rien, dit Mme Verdurin en levant le menton d’un air de dédain pour Mme Cottard et d’admiration pour celui dont elle parlait, c’était d’un fier coloriste, d’un beau peintre. Tandis que, ajouta-t-elle en s’adressant de nouveau à moi, je ne sais pas si vous appelez cela de la peinture, toutes ces grandes diablesses de compositions, ces grandes machines qu’il expose depuis qu’il ne vient plus chez moi. Moi, j’appelle cela du barbouillé, c’est d’un poncif, et puis ça manque de relief, de personnalité. Il y a de tout le monde là dedans.-Il restitue la grâce du XVIIIe, mais moderne, dit précipitamment Saniette, tonifié et remis en selle par mon amabilité. Mais j’aime mieux Helleu.-Il n’y a aucun rapport avec Helleu, dit Mme Verdurin.-Si, c’est du XVIIIe siècle fébrile. C’est un Watteau à vapeur, et il se mit à rire.—Oh! connu, archiconnu, il y a des années qu’on me le ressert», dit M. Verdurin à qui, en effet, Ski l’avait raconté autrefois, mais comme fait par lui-même. «Ce n’est pas de chance que, pour une fois que vous prononcez intelligiblement quelque chose d’assez drôle, ce ne soit pas de vous.—Ça me fait de la peine, reprit Mme Verdurin, parce que c’était quelqu’un de doué, il a gâché un joli tempérament de peintre. Ah! s’il était resté ici! Mais il serait devenu le premier paysagiste de notre temps. Et c’est une femme qui l’a conduit si bas! Ça ne m’étonne pas d’ailleurs, car l’homme était agréable, mais vulgaire. Au fond c’était un médiocre. Je vous dirai que je l’ai senti tout de suite. Dans le fond, il ne m’a jamais intéressée. Je l’aimais bien, c’était tout. D’abord, il était d’un sale. Vous aimez beaucoup ça, vous, les gens qui ne se lavent jamais?—Qu’est-ce que c’est que cette chose si jolie de ton que nous mangeons? demanda Ski.—Cela s’appelle de la mousse à la fraise, dit Mme Verdurin.—Mais c’est ra-vis-sant. Il faudrait faire déboucher des bouteilles de Château-Margaux, de Château-Lafite, de Porto.—Je ne peux pas vous dire comme il m’amuse, il ne boit que de l’eau, dit Mme Verdurin pour dissimuler sous l’agrément qu’elle trouvait à cette fantaisie l’effroi que lui causait cette prodigalité.—Mais ce n’est pas pour boire, reprit Ski, vous en remplirez tous nos verres, on apportera de merveilleuses pêches, d’énormes brugnons, là, en face du soleil couché; ça sera luxuriant comme un beau Véronèse.—Ça coûtera presque aussi cher, murmura M. Verdurin.—Mais enlevez ces fromages si vilains de ton, dit-il en essayant de retirer l’assiette du Patron, qui défendit son gruyère de toutes ses forces.—Vous comprenez que je ne regrette pas Elstir, me dit Mme Verdurin, celui-ci est autrement doué. Elstir, c’est le travail, l’homme qui ne sait pas lâcher sa peinture quand il en a envie. C’est le bon élève, la bête à concours. Ski, lui, ne connaît que sa fantaisie. Vous le verrez allumer sa cigarette au milieu du dîner.—Au fait, je ne sais pas pourquoi vous n’avez pas voulu recevoir sa femme, dit Cottard, il serait ici comme autrefois.—Dites donc, voulez-vous être poli, vous? Je ne reçois pas de gourgandines, Monsieur le Professeur», dit Mme Verdurin, qui avait, au contraire, fait tout ce qu’elle avait pu pour faire revenir Elstir, même avec sa femme. Mais avant qu’ils fussent mariés elle avait cherché à les brouiller, elle avait dit à Elstir que la femme qu’il aimait était bête, sale, légère, avait volé. Pour une fois elle n’avait pas réussi la rupture. C’est avec le salon Verdurin qu’Elstir avait rompu; et il s’en félicitait comme les convertis bénissent la maladie ou le revers qui les a jetés dans la retraite et leur a fait connaître la voie du salut. «Il est magnifique, le Professeur, dit-elle. Déclarez plutôt que mon salon est une maison de rendez-vous. Mais on dirait que vous ne savez pas ce que c’est que Mme Elstir. J’aimerais mieux recevoir la dernière des filles! Ah! non, je ne mange pas de ce pain-là. D’ailleurs je vous dirai que j’aurais été d’autant plus bête de passer sur la femme que le mari ne m’intéresse plus, c’est démodé, ce n’est même plus dessiné.—C’est extraordinaire pour un homme d’une pareille intelligence, dit Cottard.—Oh! non, répondit Mme Verdurin, même à l’époque où il avait du talent, car il en a eu, le gredin, et à revendre, ce qui agaçait chez lui c’est qu’il n’était aucunement intelligent.» Mme Verdurin, pour porter ce jugement sur Elstir, n’avait pas attendu leur brouille et qu’elle n’aimât plus sa peinture. C’est que, même au temps où il faisait partie du petit groupe, il arrivait qu’Elstir passait des journées entières avec telle femme qu’à tort ou à raison Mme Verdurin trouvait «bécasse», ce qui, à son avis, n’était pas le fait d’un homme intelligent. «Non, dit-elle d’un air d’équité, je crois que sa femme et lui sont très bien faits pour aller ensemble. Dieu sait que je ne connais pas de créature plus ennuyeuse sur la terre et que je deviendrais enragée s’il me fallait passer deux heures avec elle. Mais on dit qu’il la trouve très intelligente. C’est qu’il faut bien l’avouer, notre Tiche était surtout excessivement bête! Je l’ai vu épaté par des personnes que vous n’imaginez pas, par de braves idiotes dont on n’aurait jamais voulu dans notre petit clan. Hé bien! il leur écrivait, il discutait avec elles, lui, Elstir! Ça n’empêche pas des côtés charmants, ah! charmants, charmants et délicieusement absurdes, naturellement.» Car Mme Verdurin était persuadée que les hommes vraiment remarquables font mille folies. Idée fausse où il y a pourtant quelque vérité. Certes les «folies» des gens sont insupportables. Mais un déséquilibre qu’on ne découvre qu’à la longue est la conséquence de l’entrée dans un cerveau humain de délicatesses pour lesquelles il n’est pas habituellement fait. En sorte que les étrangetés des gens charmants exaspèrent, mais qu’il n’y a guère de gens charmants qui ne soient, par ailleurs, étranges. «Tenez, je vais pouvoir vous montrer tout de suite ses fleurs», me dit-elle en voyant que son mari lui faisait signe qu’on pouvait se lever de table. Et elle reprit le bras de M. de Cambremer. M. Verdurin voulut s’en excuser auprès de M. de Charlus, dès qu’il eut quitté Mme de Cambremer, et lui donner ses raisons, surtout pour le plaisir de causer de ces nuances mondaines avec un homme titré, momentanément l’inférieur de ceux qui lui assignaient la place à laquelle ils jugeaient qu’il avait droit. Mais d’abord il tint à montrer à M. de Charlus qu’intellectuellement il l’estimait trop pour penser qu’il pût faire attention à ces bagatelles: «Excusez-moi de vous parler de ces riens, commença-t-il, car je suppose bien le peu de cas que vous en faites. Les esprits bourgeois y font attention, mais les autres, les artistes, les gens qui «en sont» vraiment, s’en fichent. Or dès les premiers mots que nous avons échangés, j’ai compris que vous «en étiez»! M. de Charlus, qui donnait à cette locution un sens fort différent, eut un haut-le-corps. Après les oeillades du docteur, l’injurieuse franchise du Patron le suffoquait. «Ne protestez pas, cher Monsieur, vous «en êtes», c’est clair comme le jour, reprit M. Verdurin. Remarquez que je ne sais pas si vous exercez un art quelconque, mais ce n’est pas nécessaire. Ce n’est pas toujours suffisant. Degrange, qui vient de mourir, jouait parfaitement avec le plus robuste mécanisme, mais «n’en était» pas, on sentait tout de suite qu’il «n’en était» pas. Brichot n’en est pas. Morel en est, ma femme en est, je sens que vous en êtes…—Qu’alliez-vous me dire?» interrompit M. de Charlus, qui commençait à être rassuré sur ce que voulait signifier M. Verdurin, mais qui préférait qu’il criât moins haut ces paroles à double sens. «Nous vous avons mis seulement à gauche», répondit M. Verdurin. M. de Charlus, avec un sourire compréhensif, bonhomme et insolent, répondit: «Mais voyons! Cela n’a aucune importance, ici!» Et il eut un petit rire qui lui était spécial—un rire qui lui venait probablement de quelque grand’mère bavaroise ou lorraine, qui le tenait elle-même, tout identique, d’une aïeule, de sorte qu’il sonnait ainsi, inchangé, depuis pas mal de siècles, dans de vieilles petites cours de l’Europe, et qu’on goûtait sa qualité précieuse comme celle de certains instruments anciens devenus rarissimes. Il y a des moments où, pour peindre complètement quelqu’un, il faudrait que l’imitation phonétique se joignît à la description, et celle du personnage que faisait M. de Charlus risque d’être incomplète par le manque de ce petit rire si fin, si léger, comme certaines oeuvres de Bach ne sont jamais rendues exactement parce que les orchestres manquent de ces «petites trompettes» au son si particulier, pour lesquelles l’auteur a écrit telle ou telle partie. «Mais, expliqua M. Verdurin, blessé, c’est à dessein. Je n’attache aucune importance aux titres de noblesse, ajouta-t-il, avec ce sourire dédaigneux que j’ai vu tant de personnes que j’ai connues, à l’encontre de ma grand’mère et de ma mère, avoir pour toutes les choses qu’elles ne possèdent pas, devant ceux qui ainsi, pensent-ils, ne pourront pas se faire, à l’aide d’elles, une supériorité sur eux. Mais enfin puisqu’il y avait justement M. de Cambremer et qu’il est marquis, comme vous n’êtes que baron…—Permettez, répondit M. de Charlus, avec un air de hauteur, à M. Verdurin étonné, je suis aussi duc de Brabant, damoiseau de Montargis, prince d’Oléron, de Carency, de Viazeggio et des Dunes. D’ailleurs, cela ne fait absolument rien. Ne vous tourmentez pas, ajouta-t-il en reprenant son fin sourire, qui s’épanouit sur ces derniers mots: J’ai tout de suite vu que vous n’aviez pas l’habitude.»


France: Comment voulez-vous gouverner un pays aux 3 millions de fonctionnaires et 600 000 élus? (How can you govern a country with more than 300 kinds of sinecures?)

1 novembre, 2011
https://i1.wp.com/media.economist.com/sites/default/files/imagecache/original-size/20110423_WOC594.gifUn pays qui produit plus de 365 sortes de fromages ne peut pas perdre la guerre ! Charles De Gaulle
Fromage: nom masculin. Sens 1 Aliment fait de lait caillé [Cuisine]. Anglais; cheese. Sens 2 Sinécure [Figuré]. Synonyme sinécure. Linternaute
 L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde. Frédéric Bastiat
N’attendre de l’État que deux choses : liberté, sécurité. Et bien voir que l’on ne saurait, au risque de les perdre toutes deux, en demander une troisième. Frédéric Bastiat
Le  problème avec le socialisme, c’est qu’éventuellement l’argent des autres finit toujours par manquer. Margaret Thatcher
Le Quai d’Orsay gère au début du XXIe siècle 267 ambassades et consulats, soit huit postes de moins seulement que les Etats-Unis – un chiffre qui indique l’importance donnée à sa recherche d’une influence internationale, au Moyen-Orient en particulier. Comme le notent deux journalistes incisifs: ‘Outre le coût financier, cette présence a une conséquence néfaste: elle entretient l’illusion. Puisque la France est présente partout, c’est donc qu’elle doit être importante’ …  David Pryce-Jones
Les banques françaises n’ont pas retenu les leçons de la crise de 2007-2008 et sont devenues complaisantes. Elles ont refusé d’enfiler un léger pull quand il faisait encore à peu près beau; maintenant qu’il fait glacial, je ne suis pas sûr qu’une veste suffira. Jézabel Couppey-Soubeyran (économiste, Sorbonne)
Déjà, dans les années 1990, la Suède, le Canada ou les Pays-Bas ont fait des coupes drastiques dans leurs dépenses et ont diminué le nombre de fonctionnaires. Des ministères ont eu leur budget divisé par deux et les postes de fonctionnaires par trois ou quatre. Le statut des fonctionnaires a même été supprimé, en Suède par exemple, et certaines administrations sont devenues des organismes mi-publics, mi-privés. Nicolas Lecaussin

Progression continue de la masse salariale de la fonction publique d’Etat de 1 % par an, faibles économies générées par le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux largement compensée par les embauches de fonctionnaires dans les collectivités locales (500 000 nouveaux recrutements depuis 10 ans), pratiquement deux fois plus de fonctionnaires pour 1 000 habitants qu’en Allemagne ou aux Pays-Bas …

618 384 élus soit 4,5 fois plus qu’aux US pour cinq fois moins de population dont 923 parlementaires (577 députés et 348 sénateurs contre 535 – 435 + 100 – pour leurs homologues américains, soit presque 8, 5 fois plus per capita), 2040 conseillers régionaux, 4 042 conseillers généraux,  36 635 maires, 519 417 conseillers municipaux,  78 députés européens, 38 000 élus intercommunaux …

Dirigeants de caisses d’épargne régionales qui gagnent plus que le président de la banque européenne (541 000 euros en moyenne contre 367 863 pour Trichet et 691 000 pour l’Ile de France – certes une paille à côté des 6, 2 millions du PDG d’une Paribas à renflouer à nouveau et, le pauvre, 10e salaire des banques européennes) …

Où l’on découvre que le pays aux 360 fromages et aux 36 000 communes …

Et du record des représentations diplomatiques (267, soit 6 de moins que  des Etats-Unis 5 fois plus peuplés et 7 fois plus riches) …

Est non seulement au bord de la faillite …

Mais aussi celui du record toutes catégories du nombre de fonctionnaires et, sans compter les cumuls, d’élus!

(devinez qui, déjà à la tête de la plupart des régions riches pourvoyeuses de postes, se frotte les mains pour les présidentielles de l’an prochain?)

A l’heure où, 20 ans après nos partenaires suédois, canadiens ou néo-zélandais ou même néerlandais ou allemands,  l’état critique de la dette européenne semble sur le point de pousser l’Europe à la prise de conscience et, il faut l’espérer, à l’action …

Et où l’on apprend qu’avec le répit que leur a permis le renflouement de l’Etat après le cataclysme de 2008,  nos banques n’ont non seulement pas mis en place les mesures de sécurité et les réserves de  garantie annoncées mais se sont empressées de rembourser pour vite reprendre leurs bonnes habitudes de primes et bonus record à leurs cadres et actionnaires …

Pendant que nos amis (et complices) faussaires de Grèce par lesquels tout est arrivé semblent, avec l’annonce d’un référendum en janvier sous la pression de la rue, rebasculer dans le déni le plus complet …

Retour, avec le site IREF et le député de droite du nord Christian Vanneste ainsi que le site Cri du contribuable , sur quelques chiffres qui commencent enfin à sortir …

Réformer la fonction publique : le réalisme l’a imposé à des gouvernements de gauche !

Nicolas Lecaussin,

Christian Vanneste, Député du Nord, Droite populaire

IREF

27 Oct 2011

90 fonctionnaires pour 1 000 habitants en France, 50 en Allemagne. Christian Vanneste, député du Nord et Nicolas Lecaussin, directeur du développement de l’IREF, passent en revue les réformateurs en Suède, au Canada, en Allemagne, en Angleterre ou au Portugal : tous venus de la gauche. L’idéologie a laissé place au réalisme.

Selon un Rapport parlementaire publié jeudi 13 octobre, la masse salariale de la fonction publique d’Etat continue de progresser de 1 % par an. De même, dans son dernier rapport, la Cour des Comptes note les faibles économies générées par la mesure qui concerne le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux. Elle est d’ailleurs largement compensée par les embauches de fonctionnaires dans les collectivités locales : 500 000 nouveaux recrutements depuis 10 ans. Les dernières statistiques de l’OCDE concernant le nombre d’emplois publics dévoilent qu’en France il existe 90 fonctionnaires pour 1 000 habitants. Malgré les « baisses » de ces dernières années, le nombre de fonctionnaires est resté parmi les plus élevés au sein des membres de l’OCDE. Nous avons pratiquement deux fois plus de fonctionnaires pour 1 000 habitants qu’en Allemagne ou aux Pays-Bas où il y a 50 fonctionnaires pour 1 000 habitants.

On n’a plus le temps d’attendre car la sortie de crise passe inévitablement par la réforme de la fonction publique et la baisse des dépenses publiques. C’est ce qu’ont compris d’autres pays. Déjà, dans les années 1990, la Suède, le Canada ou les Pays-Bas ont fait des coupes drastiques dans leurs dépenses et ont diminué le nombre de fonctionnaires. Des ministères ont eu leur budget divisé par deux et les postes de fonctionnaires par trois ou quatre. Le statut des fonctionnaires a même été supprimé, en Suède par exemple, et certaines administrations sont devenues des organismes mi-publics, mi-privé. Il faut noter aussi que ces réformes ont été menées par des gouvernements de centre-gauche ou de gauche comme en Suède ou au Canada, pays terriblement étatisés et au bord de la faillite au début des années 1980. En Allemagne, c’est bien le social-démocrate Gerhart Schröder qui lance, en 2002, l’Agenda 2010, une série de réformes du marché du travail qui transforment radicalement l’Etat-providence. En Grande-Bretagne, c’est Tony Blair, leader du Parti travailliste, réélu trois fois de suite, qui a réformé en profondeur l’Etat britannique. Avec la crise de 2008, ces pays ont continué sur la voie des réformes, d’autres ont été obligés, eux-aussi, de mettre en place des cures d’austérité. L’Espagne, le Portugal, l’Irlande ont baissé ou bien gelé les salaires des fonctionnaires. Même la Grèce vient d’annoncer la suppression de 150 000 postes de fonctionnaires d’ici 2014, c’est-à-dire 20 % du total.

En Irlande, la masse salariale dans le secteur public diminuera de 1,2 Mds d’euros entre 2010 et 2014. Presque 25 000 postes de fonctionnaires seront supprimés tandis que les salaires et les retraites des fonctionnaires seront amputés jusqu’à 15 % de leur montant.

En Espagne, pour économiser 50 Milliards d’euros en trois ans, le Premier ministre (socialiste) Zapatero vient d’annoncer une réduction moyenne de 5% des salaires des fonctionnaires (le gouvernement s’appliquera une baisse de 15%), le renouvellement d’un seul fonctionnaire sur 10 (!) partant à la retraite et la baisse de l’investissement public de 6 Milliards d’euros en 2010 et en 2011. Le gouvernement social-démocrate portugais a présenté mi-septembre une réforme de l’administration centrale de l’Etat qui prévoit la suppression de 27 % des postes de cadres dirigeants. Le plan comprend la suppression de 1.700 postes dirigeants de l’administration et de 137 institutions publiques, le gouvernement souhaitant réduire le nombre de structures de l’Etat de 38 %.

Comme on le voit, ces réformes, pour la plupart réalisées par des gouvernements de gauche, sont imposées par le réalisme et par le souci de l’intérêt général, non par l’idéologie. Lorsque ces réformes ont été effectuées avant la crise, comme au Canada, en Suède ou en Allemagne, elles ont permis d’atténuer les effets de celles-ci, en termes de croissance et de chômage. Notre pays n’a eu ni ce courage, ni cette lucidité et a continué au contraire à maintenir la dépense publique à un niveau suicidaire. Le moment est venu d’être à nouveau révolutionnaire, et d’établir une véritable égalité entre les salariés, en remettant en cause le tabou du statut de la fonction publique, et ses privilèges.

Christian Vanneste, Député du Nord

Nicolas Lecaussin, Directeur du développement de l’IREF (Institut de Recherches Economiques et Fiscales)

Voir aussi:

La France croule sous ses 601 132 élus

Le Cri du Contribuable

19/08/2011

La France n’a pas de pétrole, mais elle a des élus… beaucoup trop d’élus…

Il y a les mandats de proximité, souvent populaires, comme celui de maire ; les mandats moins bien identifiés par le public (conseiller général ou conseiller régional) ; et les mandats nationaux (députés, sénateurs, parlementaires européens), souvent perçus comme lointains et ne comptant pas forcément parmi les plus appréciés, du fait du gouffre institutionnel et financier qui se creuse entre la « France d’en bas » et la « France d’en haut ».

La France compte la plus importante concentration d’élus de la planète.

Une pléthore d’élus

•Députés : 577

•Sénateurs : 343

•Conseillers régionaux : 2 040 (en comptant les 51 membres de l’assemblée territoriale corse, auxquels s’ajoutent les 131 représentants des assemblées de la Nouvelle-Calédonie, de Polynésie et de Wallis et Futuna).

•Conseillers généraux (+ conseillers de Paris) : 4 042

•Maires : 36 635

•Conseillers municipaux : 519 417

•Députés européens : 78

•Élus intercommunaux : 38 000 environ*.

Total : 601 132 élus

Données en juin 2011.

*Les chiffres des élus intercommunaux sont très difficiles à obtenir. Il semble que la Direction générale des collectivités territoriales (DGCT) du ministère de l’Intérieur n’en ait même pas un état précis !

Un élu pour 108 habitants

Selon l’INSEE, au 1er janvier 2011, notre pays était peuplé de 65 027 000 habitants. On compte aujourd’hui en France, environ un élu ou – pour être plus exact car il y a souvent cumul – un mandat électoral pour 108 habitants. Si la démocratie se mesurait à l’aune du nombre d’élus, notre pays serait un modèle universel !

Avec un mandat pour 108 habitants, le taux de représentation français est quatre fois et demi supérieur à celui des États-Unis. Pourtant, la vie démocratique américaine n’a rien à envier à la nôtre. Plus d’un électeur français sur cent est conseiller municipal !

Un parlementaire pour 71 000 habitants

Au seul échelon parlementaire (Assemblée nationale et Sénat confondus), le ratio français est d’un élu pour quelque 71 000 habitants. La France entretient quelque 400 parlementaires de plus que les États-Unis.

Si la France n’est pas le pays qui compte le plus de députés par habitant, elle se situe néanmoins dans le peloton de tête. La Chambre des représentants des États-Unis dispose de beaucoup plus de pouvoirs que notre Assemblée nationale, tout en ayant, proportionnellement, 6 fois moins d’élus. En Allemagne, le Bundestag, qui a pourtant accueilli de nouveaux députés au moment de la réunification, compte moins de députés par habitant que notre Assemblée nationale.

Au Sénat, la situation est très similaire. Le Bundesrat allemand compte 178 élus. Les États-Unis se contentent de deux sénateurs par État, soit seulement 100 sénateurs, mais très influents. Au Brésil, il y a trois sénateurs par État, soit 81 au total.

En France, deux sénateurs par département seraient encore en surnombre par rapport à ces pays Il n’empêche : en 2004, il a été décidé d’augmenter le nombre de sénateurs, en contrepartie de la baisse de la durée de leur mandat, ramené progressivement de neuf à six ans. Le nombre de sénateurs passera en septembre 2011 de 321 à 348.

Il est un pays, l’Espagne, qui a un nombre de sénateurs particulièrement élevé (264) au regard de sa population (46 millions d’habitants) : cela s’explique par la diversité et l’autonomie de ses régions, dans le cadre de sa structure fédérale. Il se trouve que, même par rapport aux sénateurs de l’Espagne fédérale, les nôtres, censés représenter équitablement les territoires, sont en surnombre.

Comparaison internationale du nombre de parlementaires par habitant

Députés + Sénateurs

Nombre d’habitants du pays (en millions)

Nombre d’habitants représentés par chaque parlementaire

États-Unis

435 + 100

303

566 000

Brésil

513 + 81

190

320 000

Allemagne

622 + 178*

83

104 000

Espagne

350 + 264

46

75 000

France

577 + 343

65

71 000

*Membres suppléants et titulaires

Liens :

[1] Élus : l’austérité, c’est bon pour les autres !: http://www.lecri.fr/2011/07/11/elus-l%e2%80%99austerite-c%e2%80%99est-bon-pour-les-autres/24319

[2] La niche de la semaine : les pensions de retraite des élus locaux: http://www.lecri.fr/2010/12/14/la-niche-de-la-semaine-les-pensions-de-retraite-des-elus-locaux/20976

[3] Coût des élus : la pratique de l’écrêtement continuera de sévir: http://www.lecri.fr/2011/07/21/cout-des-elus-la-pratique-de-lecretement-continuera-de-sevir/24464

[4] Nos élus vivent comme des princes: http://www.lecri.fr/2010/12/09/nos-elus-vivent-comme-des-princes/20893

[5] Le Sénat rejette deux amendements visant à un meilleur contrôle des dépenses des élus: http://www.lecri.fr/2011/07/11/le-senat-rejette-2-amendements-visant-a-un-meilleur-controle-des-depenses-des-elus/24311

Les Français attendent de véritables réformes pour notre pays a partir de 2012.

Satelmarc

25 mars 2011

Les promesses que les Français attendent du futur Président :

Il est fini le temps des mensonges et des promesses non tenues ! Tout ce qui a détourné les Français de la politique depuis 30 ans, tout ce qui a produit les 55 % d’abstentions aux dernières élections.

En accord avec l’association « Contribuables Associés » (env 150000 adhérents) , sur la plupart des points, nous les Libéraux Réformateurs Démocrates nous demandons des engagements clairs et précis pour pouvoir déterminer notre vote en 2012.

1/ Promouvoir la démocratie directe, comme en Suisse, en Italie en Allemagne et aux Etats Unis. (moins de 1 % de la population doit pouvoir déclencher un référendum au lieu des 10 % requis en notre pays, ce qui bloque tout).

2/ Supprimer le financement public des syndicats qui ne devraient fonctionner que sur les cotisations des adhérents.

3/ Modifier la constitution pour instituer l’interdiction de voter tout budget déficitaire. (Niveau Local, Régional, National)

4/ Réduire le nombre des élus, leurs privilèges et leurs avantages divers. (618384 élus en France ! On croit rêver ! 4,5 fois plus qu’aux US, et est ce que nos administrations fonctionnent 4,5 fois mieux ? ? Je ne pense pas)

5/ Baisser le nombre des fonctionnaires pour l’amener au niveau moyen des autres pays Européens. (au moins 1/3 en trop soit environ 2 millions ! !)

6/ Supprimer les subventions aux associations et aux entreprises. ( Au lieu de redistribuer des subventions sans arrêt, plutôt baisser les impôts sur les sociétés, les taxes et les charges sociales, ce sera a la fois plus simple et nettement plus efficace pour lutter contre le chômage et générer de nouvelles créations)

7/ Mettre les fonctionnaires à égalité sur tous les concitoyens pour les retraites, abolir leurs privilèges (pour certains)

8/ Prendre en compte les votes blancs (qui en démocratie, permettent à des concitoyens d’exprimer clairement quelque chose)

9/ Remettre toutes les élections (sauf la présidentielle) à la proportionnelle. (là encore pour avoir une réelle gouvernance démocratique, de fait qui sera appuyée par les référendums d’initiatives populaires dans nos villes et nos régions, les départements devant être supprimés)

10/ Baisser la fiscalité des entreprises en baissant l’IS à 20 % sous réserve que ces entreprises distribuent au minimum 10 % des bénéfices aux salariés et 40 % en investissements pour le développement et la modernisation de l’outil de travail. Les 50 % restant allant aux dividendes.

11/ Réformer le permis de conduire avec un complément pendant la période probatoire, d’un réel apprentissage de la conduite « tout temps » et avec en plus une obligation : A partir de 60 ans, obliger les conducteurs à passer 1 heure chaque année dans une auto école, afin de valider leur aptitude à conduire.

Voir également:

Les banques françaises n’ont que ce qu’elles méritent

Cet été, les trois plus importantes banques françaises, BNP Paribas, la Société générale et le Crédit Agricole ont été les premières victimes d’une crise de confiance qui a touché l’ensemble de la zone euro, explique le Wall Street Journal.

Alors que les dirigeants des pays de l’Union européenne tentent de trouver une solution aux problèmes de la dette grecque qui pèsent plus particulièrement sur les banques françaises, de nombreux experts affirment que ce sont elles les premières responsables: elles auraient dû reconnaître il y a bien longtemps qu’elles étaient en difficulté.

Selon le Wall Street Journal, au lieu de prendre des décisions courageuses et difficiles en 2007-2008 et de mettre de côté du capital en cas de pertes imprévues, les banques européennes et surtout les banques françaises ont passé leur temps à dénoncer les nouvelles règles de Bâle III, et à résister aux tentatives de supervision.

Pourquoi les banques françaises ont-elles été les plus virulentes? Parce que leurs patrons ont le soutien des dirigeants politiques français, affirme le Wall Street Journal. Il semble même que les deux agissent «selon le même scénario», ajoute-t-il. En avril 2010, Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France, a déclaré que les expositions des banques françaises à la dette grecque ne présentaient pas de «risque particulier», et s’est insurgé contre le niveau excessif des fonds propres réglementaires.

Seulement maintenant, depuis que la crise de la dette grecque a éclaté au grand jour, «la note est devenue bien salée», selon le Wall Street Journal. Les banques européennes devront constituer plus de 100 milliards d’euros de capital en plus dans les prochains mois.

Les banques françaises ne risquent pas vraiment de s’effondrer, précise le Wall Street Journal, mais les efforts qu’elles devront fournir pour rééquilibrer leurs comptes vont priver la France de toute chance de sortir de la récession actuelle.

Sur les marchés, les investisseurs craignent que la BNP, le Crédit Agricole et la Société générale, n’aient pas assez de réserves pour absorber les futures pertes sur les prêts bancaires et sur les défauts possibles non seulement de la Grèce, mais aussi de l’Italie, de l’Espagne et du Portugal. Pour Jézabel Couppey-Soubeyran, professeur d’économie à la Sorbonne, ces banques ont bien mérité d’être autant en difficulté:

«Les banques françaises n’ont pas retenu les leçons de la crise de 2007-2008 et sont devenues complaisantes. Elles ont refusé d’enfiler un léger pull quand il faisait encore à peu près beau; maintenant qu’il fait glacial, je ne suis pas sûr qu’une veste suffira.»

Selon l’agence de presse Reuters, la situation est encore plus compliquée depuis que l’agence de notation Moody’s a mis la France sous surveillance. Cette annonce a eu en effet des répercussions immédiates sur les marchés, les actions des trois banques ayant plongé de 3,3 à 5% en une journée. Louise Cooper, analyste financière chez BGC Partners, explique que l’incertitude qui pèse sur l’avenir des banques françaises est de plus en plus grande:

«C’est difficile de savoir quel sera l’avenir de ces banques. Leur niveau de liquidités n’est pas bon. Elles ont un livre de prêts tellement rempli qu’elles ont besoin chaque jour de financements énormes.»


Toussaint/1401e: Attention, un déni de la mort peut en cacher bien d’autres (When debt denial turns to death denial)

1 novembre, 2011
firstmonumentIl envoya devant lui des messagers, qui se mirent en route et entrèrent dans un bourg des Samaritains, pour lui préparer un logement. Mais on ne le reçut pas, parce qu’il se dirigeait sur Jérusalem. Les disciples Jacques et Jean, voyant cela, dirent: Seigneur, veux-tu que nous commandions que le feu descende du ciel et les consume? Jésus se tourna vers eux, et les réprimanda, disant: Vous ne savez de quel esprit vous êtes . Car le Fils de l’homme est venu, non pour perdre les âmes des hommes, mais pour les sauver. Luc 9: 52-56
Il dit à un autre: Suis-moi. Et il répondit: Seigneur, permets-moi d’aller d’abord ensevelir mon père. Mais Jésus lui dit: Laisse les morts ensevelir leurs morts; et toi, va annoncer le royaume de Dieu. Luc 9: 59-60
Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis, qui paraissent beaux au dehors, et qui, au dedans, sont pleins d’ossements de morts et de toute espèce d’impuretés. Jésus
Suivant le temps de la Toussaint, l’hiver sera ou non malsain. Dicton
 Le vent souffle les trois quarts de l’année comme il souffle la veille de la Toussaint. Dicton
Je n’accepterai pas qu’il y ait (…) un Israélien sur la Terre de Palestine. Mahmoud Abbas
Quand il n’y a pas assez de nourriture, les gens meurent de faim. Il est préférable de laisser mourir la moitié d’entre eux pour que l’autre moitié mange à sa faim. Mao
Nous n’allons pas demander pardon… il n’y a aucune raison de demander pardon. Viktor Tchernomyrdine (ambassadeur de Russie en Ukraine, août 2003)
On nous dit qu’au Rwanda, la France aurait commis une “faute politique”. C’est trop ou trop peu. De quelle faute s’agit-il? Il faut l’expliquer! Aurions-nous, par exemple, pris systématiquement le parti d’un camp contre l’autre, des Hutus contre les Tutsis? C’est une contre-vérité. Pendant la période où j’ai conduit la diplomatie française (d’avril 1993 à mai 1995), nous avons fait tous les efforts possibles pour aider à la réconciliation des Rwandais. (…)  l’opération Turquoise (…) a parfaitement accompli la mission qui lui avait été assignée, dans les conditions de temps et de lieu prévues. La présence de l’armée française a permis de sauver des dizaines de milliers de vie et d’arrêter le flux de plusieurs millions de personnes qui fuyaient vers le Zaïre voisin (devenu République Démocratique du Congo). Son intervention est à l’honneur de la France. Dès lors, de quelle faute nous parle-t-on? (…) La diplomatie française ne devrait pas s’écarter de la voie de la vérité et de la dignité. Alain Juppé (27.04.08)
Taiwan est un des rares problèmes stratégiques qui puisse provoquer une guerre mondiale aussi sûrement que l’Alsace-Lorraine au début du siècle dernier. Thérèse Delpech
Un des grands problèmes de la Russie – et plus encore de la Chine – est que, contrairement aux camps de concentration hitlériens, les leurs n’ont jamais été libérés et qu’il n’y a eu aucun tribunal de Nuremberg pour juger les crimes commis. Thérèse Delpech
Le tombeau, ce n’est jamais que le premier monument humain à s’élever autour de la victime émissaire, la première couche des significations, la plus élémentaire, la plus fondamentale, la première couche des significations, la plus élémentaire, la plus fondamentale. Pas de culture sans tombeau, pas de tombeau sans culture. A la limite, le tombeau est le premier et seul symbole culturel. René Girard
Qui oserait dire que le tombeau de Napoléon aux Invalides ressemble au Mausolée de Lénine? René Girard
Et immédiatement, le centre sacrificiel se mit à générer des réactions habituelles : un sentiment d’unanimité et de deuil. […] Des phrases ont commencé à se dire comme « Nous sommes tous Américains » – un sentiment purement fictif pour la plupart d’entre nous. Ce fut étonnant de voir l’unité se former autour du centre sacré, rapidement nommé Ground Zero, une unité qui se concrétisera ensuite par un drapeau, une grande participation aux cérémonies religieuses, les chefs religieux soudainement pris au sérieux, des bougies, des lieux saints, des prières, tous les signes de la religion de la mort. […] Et puis il y avait le deuil. Comme nous aimons le deuil ! Cela nous donne bonne conscience, nous rend innocents. Voilà ce qu’Aristote voulait dire par katharsis, et qui a des échos profonds dans les racines sacrificielles de la tragédie dramatique. Autour du centre sacrificiel, les personnes présentes se sentent justifiées et moralement bonnes. Une fausse bonté qui soudainement les sort de leurs petites trahisons, leurs lâchetés, leur mauvaise conscience. James Alison
Quel récit collectif sommes-nous capables de mettre en avant qui puisse donner un sens au sacrifice de ces jeunes ? Et l’absence d’un tel récit – qui va au-delà du sens subjectif que chacun d’eux pouvait donner à l’éventualité de mourir au combat et que chacun assumait en s’engageant dans l’armée – dépossède les jeunes soldats tombés du sens de leur mort. Danièle Hervieu-Léger
Cette tentative d’éloignement des morts est tellement poussée qu’on en arrive à les faire oublier. Les gens meurent à l’hôpital. On ne les voit bien souvent que dans leur cercueil et présentés d’une façon qui nie la réalité de la mort. Tout se passe trop vite : « deuil en 24h » lit-on sur certaines vitrines de pompes funèbres ! On ne s’habille plus en noir. Le culte des morts ayant disparu, il devient impossible de faire son deuil. Michel Rouche

Attention: un déni de la mort peut en cacher bien d’autres!

En ces temps étranges où entre l’élimination délibérée du tyran qui contrôlait l’une plus grandes réserves de pétrole et de gaz de la planète et le sauve qui peut général en Afghanistan …

La dernière puissance occidentale  à mausolée léninien, défilé militaire et hymne appelant au versement du sang impur de l’ennemi (et prête à pousser la rivalité avec son principal allié, sous déjà le même ministre des Affaires étrangères,  jusqu’au soutien de génocidaires) qui, avec l’actuel Predator en chef de la Maison Blanche, avait tant condamné la « guerre du pétrole de Bush » mais se prétend aujourd’hui « la France de la rupture »…

Défie, avec l’Espagne et la Grèce,  le reste de ses voisins européens (dont la Grande-Bretagne et l’Allemagne) …

Pour attribuer, avec le siège de l’UNESCO à une entité contre-sioniste qui n’a toujours pas renoncé à la disparition d’une nation membre de l’ONU depuis plus de 6o ans mais vieille de 3000 ans d’histoire, …

Le droit d’interdire à terme, au peuple dont ils sont issus, l’entrée des lieux de sépulture ou de naissance des pères fondateurs juifs du judaïsme comme du christianisme (le Tombeau des Patriarches d’Hébron pour Abraham, Isaac,  Jacob et leurs épouses ou la Basilique de la Nativité de Béthléem pour Jésus) sous prétexte qu’ils seraient en territoire palestinien …

Et, pour continuer à éviter les douloureuses réformes qu’ont courageusement faites il y a plus de 20 ans nos amis suédois, canadiens ou néozélandais, se prépare à passer aux pertes et profits les victimes des bouchers de Tienanmen (où trône encore le portrait d’un des auteurs d’un des plus grands et toujours impunis crimes de l’Histoire) ou même les vivants de Taiwan avec la levée – déjà prônée par les mêmes après les récentes livraisons d’armes stratégiques à l’autre puissance n’ayant toujours pas eu son Nuremberg – de l’embargo sur les armes (comme l’arrêt du ciblage – mais les missiles chinois eux, ils visent qui? –  de nos missiles intercontinentaux?) pour la Chine …

Retour, en cette journée de la Toussaint où la chrétienté honore ses martyrs (pardon: en ce lendemain d’Halloween – contraction d’ All Hallows Eve, c’est-à-dire « veille de la Toussaint », issue en fait de la fête druidique que la Toussaint était censée remplacée avant, repardon, sa toute récente rechristianisation en  Holywins, « la sainteté gagne »!) ..

Sur  un intéressant billet de l’historien catholique Michel Rouche (repris par le site Hérodote) écrit à l’occasion de la fête des morts qui la suit mais avec qui celle-ci est souvent confondue (pour des raisons évidemment pratiques: qui va demander une journée de congé supplémentaire pour aller nettoyer les tombes de ses morts?) …

Qui, s’il se laisse emporté par son zèle d’un autre temps pour le « culte des morts » et oublie un peu vite qu’après la rapatriation au panthéon d’Agrippa reconverti en église des martyrs romains des catacombes par le pape Boniface IV en 610 c’était devenu une fête monastique censée obtenir d’une farouche divinité la délivrance des âmes (déclarées immortelles) d’un supposé Purgatoire avant les flammes perpétuelles d’un prétendu enfer, …

A le mérite de rappeler, à l’image de l’évolution de la place des morts longtemps craints et rejetés hors des villes puis rapatriés autour des églises et des tombes des saints, la progressive démythification et domestication de  la mort qu’a permis le (judéo) christianisme.

Avant, avec l’hygiène et la plus grande sensibilité aux mauvaises odeurs d’abord puis la médicalisation, la banalisation par la mode du noir et la folklorisation halloweenienne aujourd’hui, le déni actuel …

Et si on regardait la mort en face ?

Michel Rouche

Bulletin Holywins IV, association Journal Paris-Notre-Dame

31/10/2005

Sur quels modes a-t-on perçu la mort au cours de l’Histoire ?

Nos ancêtres de l’Antiquité avaient une vision de la mort profondément marquée par la peur. Les cimetières étaient hors des villes, les morts expulsés de la cité. En faisant vénérer les reliques des saints dans les basiliques, le christianisme inaugure une vision radicalement différente. On se fait enterrer autour de ces sanctuaires, afin de participer à la vertu et à la force des saints. On édifie les cimetières à l’intérieur des villes. Vers 800, la peur de la mort est exorcisée. En priant au-dessus des tombes, on a conscience de faire partie d’une même communauté des vivants et des morts.

Ce n’est qu’au 18e siècle, sous l’influence de médecins hygiénistes et sous prétexte des mauvaises odeurs que dégagent les corps, que les cimetières sont réédifiés hors des villes. C’est un retour à la Rome antique.

Aujourd’hui, où en est-on de ces deux perceptions ? Cette tentative d’éloignement des morts est tellement poussée qu’on en arrive à les faire oublier. Les gens meurent à l’hôpital. On ne les voit bien souvent que dans leur cercueil et présentés d’une façon qui nie la réalité de la mort. Tout se passe trop vite : « deuil en 24h » lit-on sur certaines vitrines de pompes funèbres ! On ne s’habille plus en noir. Le culte des morts ayant disparu, il devient impossible de faire son deuil.

Quelles conséquences ce déni de la mort peut-il avoir dans nos sociétés ? Les conséquences psychologiques sont très importantes. En oubliant le passé et les générations précédentes, on refuse aussi de penser à l’avenir. Nos sociétés hypertrophient le présent. La personne humaine n’est plus respectée jusque dans sa maladie et sa mort car on veut rester éternellement jeune et en bonne santé. Et quand il faut mourir, on pense à l’euthanasie. C’est une attitude paradoxale. Halloween avec ces morts qui viennent tirer les vivants par les pieds signe un retour en force des mythes païens. Et réintroduit chez nous la peur dont le christianisme nous avait délivrés. Je suis convaincu, en tant qu’historien, que la christianisation commence par une vision chrétienne de la mort.

Voir aussi:

PALESTINE. Le vote surprise de la France à l’Unesco

Vincent Jauvert

 31 octobre 2011

Ce matin, au Quai d’Orsay, ce fut le choc.

 Une directive de l’Elysée venait d’arriver. Elle indiquait comment le représentant de la France à l’Unesco devrait voter vers 13 heures au sujet de l’admission de la Palestine.

On s’attendait à ce que Nicolas Sarkozy choisisse l’abstention.

On se souvenait des déclarations du porte-parole insistant sur le caractère « prématuré » de la demande palestinienne. La candidature à l’Unesco devait, disait-il, arriver au bout du processus diplomatique – pas au début.

On se souvenait aussi que la France s’était abstenue lors de la réunion du conseil exécutif de la même organisation, début octobre.

On pensait – de moins en moins, il est vrai, ces derniers temps – que Paris agirait de concert avec Londres, qui finalement s’est abstenu; comme Rome.

Ce fut pourtant un « oui » de la France.

Ce vote fut accueilli par un tonnerre d’applaudissements.

Trois pays majeurs de l’Europe (la France, l’Espagne et la Grèce) se sont exprimés en faveur de cette intégration de la Palestine à l’Unesco.

Comme on s’y attendait l’Allemagne, la Suède et la République tchèque ont, elles, voté contre.

La France est le seul pays occidental membre du Conseil de Sécurité à avoir voté « oui « (outre la Grande Bretagne et l’Allemagne déjà citées, les Etats-Unis ont, comme on s’y attendait, dit « non » tandis que le Portugal s’est abstenu.)

Parmi les multiples raisons qui expliquent la position français, il ne faut sans doute pas négliger le fait que le siège de l’Unesco est à Paris et qu’un vote négatif de la France aurait de ce fait symboliquement « compté double ou triple »

Quoi qu’il en soit, l’Europe est plus divisée que jamais sur le dossier israélo-palestinien, ce qui rendra sa voix encore moins audible par les deux parties.

Voir enfin:

CHINE. L’Europe doit-elle lever l’embargo sur les ventes d’armes ?

Vincent Jauvert

29 octobre 2011

L’autre jour, l’agence officielle Xinhua écrivait, à propos de la situation financière européenne : « Selon un proverbe chinois, une crise est toujours porteuse d’opportunités »…

Depuis qu’il a été mis en place il y a quinze ans, Pékin ne cesse de demander à l’Union Européenne de mettre fin à son embargo sur les ventes d’armes.

A chaque occasion, les officiels chinois ne manquent pas de le rappeler. Surtout depuis qu’ils disposent du levier financier.

Au début de l’année, l’Espagne a obtenu de Pékin une assistance de six milliards d’euros. En échange, Madrid a officiellement demandé la levée de cet embargo.

La Haute Représentante, Catherine Ashton, y était favorable. Dans un rapport confidentiel remis au Conseil européen de décembre, elle plaidait dans ce sens. La France et l’Allemagne l’ont soutenue. La Grande Bretagne, les Pays Bas et la Suède ont opposé leur véto.

Le 14 septembre dernier, la Chine est revenue publiquement à la charge. Alors que Pékin était sollicité pour acheter de la dette grecque, l’agence Xinhua se plaignait que l’Europe « imposait toujours un embargo sur les armes ».

Aujourd’hui, la question n’est pas officiellement posée. Aucune déclaration, aucune dépêche… A Pékin, on doit penser que faire ouvertement un tel chantage serait contre-productif. Mais, à l’évidence, le dossier de l’embargo est toujours dans les têtes – et à l’ordre du jour des négociations en cours.

Quels sont les pour et les contre d’une levée de cet embargo, mis en place après le massacre de Tienanmen ?

Les pour :

1/ Le marché chinois de l’armement est en croissance exponentielle. Les entreprises européennes – en mauvaise posture – trouveraient là un second souffle. Les firmes françaises en particulier dont le chiffre d’affaires à l’export a fortement régressé l’an dernier. Comme elle l’a fait avec la Russie, la Direction des Constructions Navales pourrait vendre à la Chine des Bâtiments de Projection de Force, de type Mistral. La marine chinoise serait sans doute ravie se doter de ces BPC (dont elle a vu la grande utilité en Libye) afin d’accroître son emprise sur la mer de Chine et dans le Détroit de Taïwan. Les ouvriers des chantiers de Saint Nazaire seraient, eux aussi, enchantés !

2/ L’embargo n’a pas empêché la modernisation de l’armée chinoise. Il a même « boosté » l’industrie locale de l’armement qui a été obligée de se débrouiller sans la technologie occidentale et a, du coup, développé la sienne. Si bien que la Chine est aujourd’hui capable de produire (probablement avec l’aide des Russes) des avions de chasse très performants.

3/ La Chine peut acheter toute sorte d’armes à d’autres pays, la Russie surtout. L’entrée de l’Europe dans ce marché permettrait peut-être de casser cet axe Moscou-Pékin. En outre, les durs du régime Poutine perdraient un de leurs arguments favoris contre le rapprochement avec l’Occident. En perte de vitesse sur le marché chinois, la Russie serait contrainte de tout faire pour s’arrimer à l’Europe.

Les contre :

1/ L’Europe a adopté un code de conduite pour les ventes d’armes (devenu légalement contraignant en 2008 sous présidence française). Parmi les multiples critères, trois ne seraient pas être respectés si un pays livrait des équipements militaires à la Chine. D’abord, selon ce code éthique, « il ne doit pas exister de risque que ces armes soient utilisées pour la répression intérieure ». Or comment s’assurer qu’elles ne serviraient pas à mater les révoltes au Tibet, au Xintiang et peut-être demain à Pékin.

Ensuite, il ne doit y avoir aucun risque que ces armes servent à « affirmer par la force des revendications territoriales ». Or Pékin ne cesse de rappeler ses visées sur Taïwan et sur plusieurs iles de la mer de Chine. Enfin, il ne doit y avoir aucune chance que ces armes soient un jour « utilisées contre un pays allié ». En cas de conflit avec Taïwan, les Etats-Unis seraient probablement engagés.

2/ Deux pays amis de l’Europe se sentiraient trahis. L’Inde d’abord, qui considère la Chine comme son principal ennemi et s’inquiète chaque jour davantage de sa montée en puissance militaire, particulièrement sur mer. Le Japon ensuite qui verrait une telle levée de l’embargo comme un abandon de l’Occident et se sentirait probablement contraint de se lancer à son tour dans une course aux armements.

3/ Enfin, à cause des embargos européens et américains, Pékin ne parvient pas à acquérir certains matériels de très haute technologie que les Russes ne savent pas non plus produire. Ouvrir les vannes permettrait à l’armée chinoise de progresser plus rapidement encore et, peut-être, de prendre rapidement un ascendant militaire irréversible sur ses voisins – c’est à dire changer définitivement l’équilibre géopolitique planétaire. A son profit.


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