Anti-américanisme: Vous avez dit ‘étatsunien’ ? (Forget statues – let’s rename the whole map, starting with America’s very name !)

20 juillet, 2020

5 things you need to know now - No agreement on recovery plan yet ...jcdurbant (@jcdurbant) | Twitter
Don’t know much about history (…) Don’t know much about geography … Sam Cooke
Faut-il détruire l’Occident ? Le mettre à feu et à sang pour mieux le reconstruire ou mieux le piétiner dans ses ruines ? Cette géographie, qui participe autant de l’histoire que des imaginaires, partage les avis et divise les ardeurs des anti-tout qui y habitent. Entre ceux qui y craignent la fin du monde et ceux qui la veulent, ceux qui la fabriquent et ceux qui la redoutent. Collapsologues, écologistes messianiques, antiracistes radicaux, populistes, tiers-mondistes nostalgiques et populistes du victimaire, ardents de la « souche » et racialistes inversés : ils sont foule et la foule fait désormais effet d’armées. On aura beau le nier et le relativiser, il y a déjà un instinct de mort dans les airs de la révolution totale imaginée par chacun. L’Occident étant coupable par définition selon certains, on se retrouve non dans la revendication du changement mais, peu à peu, dans celle de la destruction, la restauration d’une barbarie de revanche. Les raisons ? Elles sont diverses. La colère longtemps tue, la culpabilité chez les élites occidentales « de souche », la fin d’un sursis obscur donné aux démocraties traditionnelles, les populismes rageurs et les réseaux sociaux. Il ne faut jamais oublier qu’Internet a réveillé les foules comme le firent les imprimeries il y a des siècles, ou les papyrus il y a si longtemps. On ne change pas de moyens d’impression et de diffusion sans changer la manière de faire les révolutions ou de réveiller les foules. Les armuriers viennent après les écrans, pas avant, rappelons-le. De fait, il y a comme une convergence des luttes pour la meilleure fin d’un monde : victimaires, antiracistes, mais aussi masochistes intellectuels et sceptiques professionnels, suprémacistes et défaitistes esthètes. Le vœu de changer l’Occident se retrouve contaminé, profondément, par celui de le voir mourir dans la souffrance. Et, dans l’élan, on gomme cette conséquence suicidaire que par sa mort on se tuera soi-même, on tuera le rêve d’y vivre ou d’y aller par chaloupes ou par avions, on tue le seul espace où il est justement possible de crier sa colère. D’ailleurs, le fait même de défendre l’Occident comme espace de liberté, certes incomplète et imparfaite, est jugé blasphématoire dans cette nouvelle lutte des classes et des races. Il est interdit de dire que l’Occident est aussi le lieu vers où l’on fuit quand on veut échapper à l’injustice de son pays d’origine, à la dictature, à la guerre, à la faim, ou simplement à l’ennui. Il est de bon ton de dire que l’Occident est coupable de tout pour mieux définir sa propre innocence absolue. L’Occident sera alors crucifié pour notre salut à tous en quelque sorte, confondu, dans le même corps blanc, dans une trinité horizontale, avec les deux autres voleurs à la gauche et à la droite de ce Christ géant. Erreurs et illusions coûteuses. L’Occident est à la fois coupable et innocent. Or, tuer un coupable ne brise pas la chaîne de la douleur. Elle fait échanger les robes des victimes et des bourreaux. On le sait tous, et c’est une banalité utile à remémorer. Il est urgent de rappeler que sur les colères d’aujourd’hui se greffent trop de radicalités pour qu’on puisse éviter la violence si on continue dans le même aveuglement. Brûler l’Occident, ce rêve si facile qu’Internet et ces militants agitateurs des réseaux commercialisent en guise de « néopureté » et de légitimité, est une erreur qui aura de lourdes conséquences. On se retrouvera, dans quelques décennies, à vivre dans ces champs nus, à construire la barbarie qu’on a cru dénoncer. Ces procès anti-Occident à la soviétique, si faciles et si confortables, à peine coûteux quand on ne vit pas dans la dictature qu’on a fuie, menés par les intellectuels du sud en exil confortable en Occident ou par des fourvoyés locaux sont une impasse, une parade ou une lâcheté. Ils n’ont ni courage, ni sincérité, ni utilité. Il n’est même plus besoin de relire les insanités d’un journaliste qui a fui son pays du Maghreb il y a vingt ans, se contentant de dénoncer la dictature « locale » sans y mettre les pieds, tout en passant son temps à fustiger les démocraties qui l’ont accueilli. La règle de ce confort est qu’il est plus facile de déboulonner la statue d’un tyran, au nord, sous les smartphones, que de déboulonner un vrai tyran vivant au « sud ». Et il n’est pas même utile de répondre à ceux qui, lorsque vous tenez ces propos pourtant réalistes, vous accusent de servilité intellectuelle. (…) l’Occident est ce qu’il est : imparfait et à parfaire. Il n’est pas à détruire. Ceux qui en rêvent sont ceux qui n’ont pas su avoir de rêve meilleur que la barbarie de revanche, pas su dépasser des rancunes intimes. C’est, à mon avis, ce qu’il faut rappeler pour éviter aux colères justes des assouvissements faciles et détestables. L’antiracisme est un combat juste. Il ne doit pas devenir un acte de vandalisme intellectuel ou de désordre dans ce monde si fragile. Son but est un avenir meilleur, pas un passé aveuglant. Pour tous. Kamel Daoud
Il faut garder à l’autodafé ses racines : jugement, inquisition, acte de foi, pénitence publique, exécutions d’hérétiques. Il faut encore une fois le rappeler pour alerter des esprits : on ne brûle pas de livres, on ne censure pas des œuvres, on ne déboulonne pas des statues uniquement parce qu’on a raison, mais parce qu’on le croit absolument. Ce qui suffit pour se tromper avec enthousiasme et inaugurer de nouveaux tribunaux d’opinion. Car, avec le grand élan de l’antiracisme, l’autodafé est de retour. On l’a connu, il y a quelques décennies, d’abord sous forme d’un fascisme (ou totalitarisme) qui brûle des livres, puis un demi-siècle après sous celle d’un livre (sacré) qui brûle le monde, aujourd’hui il se fait au nom d’une cause juste avec quelques effets mauvais : celle de la lutte contre le racisme dont certains profitent pour revisiter la littérature et les représentations, mais avec des torches incendiaires et pas avec des consciences calmes. Le chroniqueur est de ceux qui croient que le racisme est un crime et qu’au crime il faut réparation et justice. Mais il croit aussi, pour l’avoir vécu chez lui et pour le subir encore sous forme de meutes idéologiques adverses, qu’on se trompe en imaginant que construire l’avenir, c’est déboulonner les statues du passé et les remplacer par les siennes. Un révisionnisme « culturel » au nom de la lutte antiraciste est dangereux. Il ouvre la voie à des radicalités et pousse à juger les vivants pour le crime des morts, il nourrit du coup une radicalité adverse, mue par la peur. Le déboulonnage des statues, sous les hourras des foules, n’est jamais un moment de sérénité, mais de danger : on sait souvent où il mène. Et pour être un homme du « sud », né entre les enthousiasmes détournés pour les indépendances et l’esprit « décolonial » permanent, il sait de quoi on peut fabriquer des conforts et des facilités puis des féodalités. Autant de raisons qui font qu’aujourd’hui le révisionnisme culturel, l’autodafé des héritages parfois ambigus des siècles passés, l’effet de foule et les contre-inquisitions par l’épiderme provoquent un malaise. Il s’agit pourtant d’illusions à combattre. Celles qui font croire que parce qu’on a une couleur de peau, on est nanti d’une supériorité ou parce qu’on en a une autre, celle de la victime, on est excusé de tout tort et investi d’une grande mission révolutionnaire. Le déboulonnage est un moment d’illusion. Il fait croire qu’en abattant des pierres on est dispensé d’un travail commun sur la mémoire, d’un retour apaisé sur les erreurs monstrueuses du passé. Il fait croire qu’il s’agit d’un acte meilleur que celui de brûler une voiture alors qu’il procède de la même myopie juvénile. Le déboulonnage et l’autodafé sont toujours un fourvoiement : ils perpétuent l’idée que la lecture du passé ne peut se faire que selon la force. On ne sort pas du cycle. Et on ne peut le réussir que par une pédagogie de la mémoire. Le débat sur le racisme est vital. Mais il sera vite rattrapé par les castes et les haines sélectives s’il se limite au procès de l’Occident. Car, à dénoncer aussi le racisme dans le « sud » et à souhaiter un débat sur les histoires locales de l’esclavage, on est vite accusé de vouloir diluer le crime de l’Occident et de participer à l’excuser. Et on se retrouve avec des slogans qui veulent la fin de l’Occident où l’on vit et où, au moins, on rêve de vivre. (…) déboulonner n’est pas construire, censurer n’est pas relire, lutter contre le racisme n’est pas lutter contre l’Occident. Car ce lieu, s’il est coupable de crimes, est aussi l’espace où l’on peut crier sa colère ou transformer ses visions d’avenirs. Il reste l’espace d’une démocratie à parfaire et non à détruire. Car ailleurs, osons le dire, le racisme « n’existe pas », il faut vivre un tant soit peu en démocratie pour pouvoir le dénoncer. Ne l’oublions pas. Il s’agit de construire un monde (meilleur), pas une fin du monde. Kamel Daoud
As many of you know, my name is Lilith Sinclair. I’m an Afro-indigenous, non-binary local organizer here in Portland, organizing for the abolition of not just the militarized police state, but also the United states as we know it. Lilith Sinclair
Someone from a country that calls itself Ecuador may not be in a very strong position to object to the appropriation of geography in the cause of national identity. John Ryle
J’emploie ici le mot américain au sens « noble ». Animateur de Radio-Canada
Some people would restrict the use of the word « American » to indicate any inhabitant of the Americas (which Europeans tend to consider a single continent, called « America ») rather than specifically a citizen of the United States; and perceive the latter usage of « American » to be potentially ambiguous, and perhaps aggressive in tone or imperialistic, a rather widespread view in Latin America. However, many in the US assert that the word « America » in « United States of America » denotes the country’s proper name, and is not a geographical indicator. They argue that the interpretation of United States of America to mean a country named United States located in the continent of America is mistaken. Instead, they argue that the preposition of is equivalent to the of in Federative Republic of Brazil, Commonwealth of Australia, Federal Republic of Germany. That is, the of indicates the name of the state. In addition, other countries use « United » or « States » in their names as well. Indeed, the formal name of Mexico is Estados Unidos Mexicanos, currently officially translated as « United Mexican States » but in the past translated as « United States of Mexico ». Regardless, many question a nation’s right to formally appropriate the name of a continent for itself, citing the fact that America existed long before the United States of America. Indeed, Amerigo Vespucci (who travelled extensively throughout the Caribbean basin) never set foot on present US territory One counter-argument is that the United States of America is the first sovereign American state to arise from the European colonies, and therefore is perfectly entitled to lay claim to this name for itself, although the appropriation of a continental name by a single country has no historical precedent. The rebellious colonies perceived themselves, in their quest for independence, as moral representatives of all the colonized European inhabitants of the continent. This view is evident in the name of the colonial allied government, the Continental Congress. Another counter-argument is that it is not particularly unusual for a nation or organization to name itself after a geographical feature, even one that it does not uniquely occupy. Ecuador is the Spanish word for the equator, which runs through the country of Ecuador, athough other countries also lie on the equator. In addition, the United States of America is not the only entity which shares a name with a larger entity, yet is considered more well-known than the larger entity. The City of New York lies within the State of New York. However, the term New Yorker is generally used to refer to a resident of New York City. Most proponents of the « US citizen = American » nomenclature have no problem with the simultaneous usage of « American » as an adjective for all inhabitants of the Americas, and make the distinction between the demonym for a country and the demonym for a continent (or continents). They argue that there is no reason the two cannot share the term if it is used in distinct but equally legitimate contexts. In other cases, the motivation is not so much political as it is academic, to avoid a perceived ambiguity. For instance, in legal circles a citizen of the United States is usually referred to as a ‘U.S. citizen’, not an ‘American citizen’, which could arguably apply to citizens of other American nation states as well. Wikipedia
As many people from the various nations throughout the New World consider themselves to be « Americans », some people think the common usage of « American » to refer to only people from the U.S. should be avoided in international contexts where it might be ambiguous. Many neologisms have been proposed to refer to the United States instead of « American ». However, they are virtually unused, and most commentators feel that it is unlikely that they will catch on. Encyclopedia
Il n’y a pas de plus grand monument à l’assujettissement colonial des peuples autochtones que le Mont Rushmore, et le projet du président de profaner davantage ce sol sacré avec des feux d’artifice et sa propre présence sans avoir été convié est un autre affront impardonnable. Il est temps de récupérer ou de démolir tous les monuments racistes. En tant que société, nous devons nous engager à respecter en permanence les populations marginalisées. Lakota People’s Law Project
Over the past month, I have been spellbound by the actions of activists determined to compel America to confront the ugliness of its past. The protests at the Emancipation Memorial, the removal of Teddy Roosevelt’s statue in New York, and now even the bold calls for rethinking Mount Rushmore on the site of Lakota land reveal that our country has more learning to do about what we choose to glorify. But last week, as many celebrated the Supreme Court’s ruling that Oklahoma—almost half of it at least—belongs to the jurisdiction of the Muscogee (Creek) Nation, I have also been thinking about the relics of our past that are so ingrained in our present that we misremember our history. One such relic is the names of the very places in which we live. (…) On July 3, in the shadow of Mt. Rushmore, President Trump said, “As we meet here tonight there is a growing danger that threatens every blessing our ancestors fought so hard for.” He then doubled down, saying, “Our nation is witnessing a merciless campaign to wipe out our history, defame our heroes, erase our values and indoctrinate our children.” Children are being indoctrinated, but not in the way Trump suggests. Instead, they are being fed an uncomplex version of history—one that minimizes the experiences of those on the margins to turn white men who did evil things into heroes. The name Bixby had become so common in my area that we didn’t think about where it came from. That’s why we tear down, rename and rethink. We do it to tell the whole story, not just the parts that make us feel good. Perhaps we need to do this not just for statues and monuments and schools and sports teams but for cities and counties too. Perhaps we should begin again with the full weight of history upon which we stand. (…) People who marginalized and oppressed didn’t just affect those who lived at the time–Bixby’s actions, along with so many others’, caused the Creek Nation to lose the jurisdictional power they just, in part, won back–and the places that bear their names should no longer remain without scrutiny. History demands that we remember all of it or it isn’t true history at all. Caleb Gayle
[L’appellation américain] n’est pas non plus confondante. Lorsqu’on parle des Américains, on sait bien qu’il ne s’agit pas des Canadiens ou des Mexicains. Le français dispose d’ailleurs du terme Nord-Américain, qui englobe tous les habitants de l’Amérique du Nord, et du terme Sud-Américain, qui désigne ceux de l’Amérique du Sud. Paul Roux
Plusieurs ont remarqué que le mot a repris du poil de la bête depuis l’an 2000. Certains pensent qu’il est revenu dans la foulée du 11-Septembre; c’est une possibilité. Il y a six ou sept ans, il était à peine employé. Si Robert Solé a pris la peine d’en parler dans une chronique de langue du Monde le 10 novembre 2003, pour dire que « le terme ne passe pas », c’est que le mot commençait à se rencontrer plus souvent tout en restant assez discret. Si on traçait un graphique de son emploi depuis le début, on verrait le terme monter, atteindre un plateau, descendre un peu plus tard, puis remonter tranquillement après une longue absence. On peut se demander s’il ne connaît pas un regain passager, avant de retomber à nouveau hors d’usage. Bien des facteurs entrent en jeu. Il y a notamment le contraste entre l’usage québécois et l’usage français, et aussi celui entre les grands médias et les sources plus marquées politiquement, notamment sur le Web. (…) Et le mot revient souvent sous la plume des mêmes journalistes. À la Presse, Joneed Khan s’en est fait le champion. Il parle du président états-unien, du Congrès états-unien, du retrait états-unien d’Irak, du projet états-unien de Zone de libre-échange des Amériques. Il est frappant de voir que même lui n’a pas renoncé à américain : il a mentionné le Congrès américain en juillet dernier et le secrétaire d’État américain le 13 septembre. Moments d’inattention? Dans les grandes encyclopédies électroniques comme l’Universalis ou Encarta, les occurrences se comptent sur les doigts de la main. Wikipédia renferme quelque deux mille états-unien, par exemple il est question de la « guerre de sécession états-unienne » à l’article sur le film Le bon, la brute et le truand. Mais ces états-unien font face à cent mille américain. En outre, un bon nombre d’entre eux viennent de pages où les collaborateurs poursuivent justement des discussions, parfois musclées, sur l’opportunité d’accepter le mot dans l’encyclopédie. C’est un peu la cour du roi Pétaud dans cette merveilleuse encyclopédie, mais il n’est pas du tout sûr que le mot s’y imposera. C’est véritablement dans les médias et les sites contestataires ou militants qu’états-unien fleurit. Le réseau Voltaire, « réseau de presse non alignée », est exemplaire à cet égard : les rédacteurs l’emploient deux fois plus souvent qu’américain. On le rencontre souvent sur le site des « Amis de la Terre », groupe de défense de l’environnement, et sur « Grand Soir », « un journal alternatif d’information militante ». Mais américain reste quand même plus fréquent : on continue de parler des élections américaines, on n’en est pas encore aux élections états-uniennes. Il ne fait pas de doute que le mot est marqué à gauche sur l’échiquier politique. Il suffit pour s’en convaincre de jeter un coup d’oeil sur le journal communiste français L’Humanité : 118 occurrences d’états-unien en 2007, un net contraste avec le reste de la presse française. Mais la pente n’est pas à pic là non plus : 127 occurrences en 2005, 105 en 2006 – contre des milliers d’américain. On s’attendrait à le rencontrer souvent dans les pages de publications comme Courrier international, mais l’une des rares occurrences que j’y ai trouvées apparaissait dans un article reproduit du Devoir! Je note enfin qu’un wikipédiste a affirmé que le mot figurait dans certains manuels scolaires de géographie. On peut résumer la situation comme suit. Dans la presse en général, le terme s’est mis à grimper des deux côtés de l’Atlantique il y a quelques années, pour atteindre assez vite un plateau. Il semble avoir déjà amorcé sa descente en France. Il reste plus fréquent chez nous, mais il serait exagéré de dire qu’il a le vent dans les voiles. Pour le reste, l’usage est assez circonscrit. En fait, l’avenir du terme dépendra en grande partie de l’influence qu’exerceront des sites comme ceux que j’ai mentionnés, et ils ne sont pas négligeables, ainsi que de la détermination des blogueurs et autres internautes à l’employer. Il faut avouer que cinquante ans d’allées et venues dans les dictionnaires et une fréquence encore relativement faible dans l’usage lui donnent un peu l’air d’un néologisme attardé. Mais qui sait, peut-être que la diffusion de l’article du New York Times et le blogue du Monde lui donneront un nouvel élan. Avec Internet les choses peuvent changer vite. Il faudrait quand même toute une rééducation pour en généraliser l’emploi. Pensons à tout ce qu’il faudrait rebaptiser. Ne dites pas : la guerre américano-mexicaine, dites : la guerre mexicano-états-unienne. Ne dites pas : la révolution américaine, les relations canado-américaines, le vin américain, etc. Dites : l’armée états-unienne, les Noirs états-uniens, Je me suis acheté une voiture états-unienne. Et n’oublions pas les cinquante États états-uniens. Nul ne contestera que la logique plaide pour états-unien. Mais en face il y a l’histoire, l’usage, la langue, l’euphonie, les habitudes. C’est beaucoup. Pour être efficace, il faudrait en même temps intensifier l’emploi géographiquement correct d’américain, ce qui ferait surgir l’ambiguïté de partout. Remarquons que les États-Uniens continueraient d’être des Américains – comme nous! Combien parmi nous sont prêts à se définir comme « Américains »? On peut prédire une certaine résistance. De plus, s’il y a un brin d’anti-américanisme dans la promotion d’états-unien, forcément il sera lui aussi péjoratif. C’est comme si on remettait chaque fois sous le nez des Américains la carte du continent. Plusieurs ont rappelé qu’il serait abusif d’accuser ces derniers de s’être appelés ainsi à cause de prétentions hégémoniques. Comme le rappelle le Grand dictionnaire terminologique de l’OQLF, ils ont formé leur gentilé à partir du nom de leur pays, États-Unis d’Amérique, de la même manière que, plus tard, les Mexicains à partir d’États-Unis du Mexique. Il faut revenir au point de départ et se demander où est le problème. Nous arrive-t-il souvent de rester perplexes parce que le mot américain devant nos yeux est ambigu? Prend-on les Canadiens pour des habitants des États-Unis? Paul Roux a répondu à la question dans son blogue « Les amoureux du français » sur le site de la Presse le 9 novembre 2006 : (…) « Lorsqu’on parle des Américains, on sait bien qu’il ne s’agit pas des Canadiens ou des Mexicains. Le français dispose d’ailleurs du terme Nord-Américain, qui englobe tous les habitants de l’Amérique du Nord, et du terme Sud-Américain, qui désigne ceux de l’Amérique du Sud. » Les Américains en ont attrapé eux-mêmes un complexe et ont cherché d’autres noms. (…) Quelques exemples des termes qui ont été proposés au fil du temps : Usian, Usanian, USAian, Usonian, Columbard, Fredonian, United Statesian, Colonican, U-S-ian, USAn, etc. Du côté espagnol, la situation est bien différente. Le Diccionario Panhispánico de Dudas de la Real Academia Española, qui recueille l’usage de l’ensemble des pays hispanophones, recommande d’employer estadounidense, et non americano, pour désigner nos voisins du Sud. Dans son Diccionario de la Lengua Española, l’académie précise que estadounidense veut dire « Natural de los Estados Unidos de América », tandis que americano est défini comme « Natural de América ». Mais il est normal que le monde hispanophone et les Latino-Américains en particulier soient plus sensibles à l’emploi du mot americano. Estadounidense est aussi très euphonique. On m’a fait remarquer par ailleurs que l’agence de presse espagnole EFE, qui recommande aussi l’emploi de estadounidense dans son vade-mecum, incline à penser que norteamericano reste plus fréquent dans l’usage (« Norteamericanos es tal vez el más usado, si bien no es el más preciso »). Norteamericano? On dirait que, vu d’Europe ou d’Amérique latine, le Canada se retrouve toujours dans un angle mort. Jacques Desrosiers

Vous avez dit ‘étatsunien’ ?

A l’heure où après l’hystérie collective du virus chinois

Le psychodrame racialiste des Vies noires qui comptent …

Nos nouveaux iconoclastes et flagellants s’attaquent …

Quand ce n’est pas à leurs propres propagandistes

Non seulement à la police …

Mais, entre noms de rue et statues, à notre histoire

Et à présent à notre géographie

Retour sur ce nouveau tic de nos anti-américains …

Où, entre médias et universitaires, le dernier chic est le barbarisme « étatsunien » …

Nos voisins les « États-Uniens »
Jacques Desrosiers
L’Actualité langagière, volume 4, numéro 4
BTB
2007

Mon collègue André Racicot a discuté du mot états-unien dans sa chronique de L’Actualité terminologique il y a sept ans1. Il arrivait à la conclusion qu’il était trop tard pour renverser un usage solidement établi. Je ne suis pas plus optimiste que lui sur l’avenir de ce drôle de gentilé, mais il est intéressant de revenir sur la question, parce que le mot s’est gagné des partisans depuis l’an 2000, et que le débat a même fait surface l’été dernier dans rien de moins que le New York Times.

L’article du Times – plaisamment intitulé « There’s a Word for People Like You » – était une traduction maison d’un topo que venaient de faire paraître les deux correcteurs du journal Le Monde sur leur blogue « Langue sauce piquante2  ». Ils n’apportaient pas de solution au problème, si problème il y a, mais expliquaient aux lecteurs du Times qu’en français le mot américain désignait les habitants des États-Unis de façon maladroite – n’y a-t-il pas aussi sur le continent « américain » des Canadiens, des Mexicains, des Argentins…? – et qu’un concurrent, états-unien, avait pris place à ses côtés, sans vraiment annoncer sa mort, puisque américain avait une légitimité historique.

Il aurait été audacieux de proposer autre chose que la cohabitation. Leur topo leur avait d’ailleurs valu des volées de bois vert des nombreux internautes qui fréquentent leur site. Beaucoup y décelaient une marque d’anti-américanisme, certains voyaient même se pointer la « machine de guerre altermondialiste ». Difficile de nier qu’états-unien dissimule mal une certaine réserve à l’égard des États-Unis. Récemment un animateur de Radio-Canada précisait en posant une question à son invité au sujet des relations Québec-Mexique : « J’emploie ici le mot américain au sens « noble ». » Il évoquait le continent. Américain au sens courant est presque péjoratif aux yeux de certains. Les correcteurs du Monde s’étaient défendus en affirmant que « les Québécois et les autres francophones canadiens utilisent depuis bien avant la naissance du mouvement altermondialiste le terme « états-uniens » ». C’était beaucoup nous prêter.

Mais l’article avait le singulier mérite de rappeler que le mot a été inventé au Québec il y a une soixantaine d’années, sans donner de source. Sa fréquence a d’ailleurs été plus élevée de ce côté-ci de l’Atlantique. Ce n’est pas étonnant : nous sommes les premiers concernés. Gaston Dulong le fait d’ailleurs figurer dans son Dictionnaire des canadianismes publié chez Larousse, ainsi que Sinclair Robinson et Donald Smith dans le Dictionnaire du français canadien, bien qu’étrangement ces derniers le classent dans la langue « populaire et familière ».

Le mot a eu une présence erratique dans les dictionnaires français depuis quelques décennies. Il a fait une première apparition, sans trait d’union, dans le Grand Larousse encyclopédique en 1961. Pierre Gilbert le notait dans son Dictionnaire des mots nouveaux en 19713. Il en avait trouvé trois occurrences, dont l’une de 1955 dans Esprit, les deux autres des années soixante. Dupré en recommandait l’emploi en 1972 dans l’Encyclopédie du bon français, « lorsque américain serait absurde et ambigu, et qu’on ne peut employer « des États-Unis », par exemple lorsqu’il y a un autre complément par de : la politique états-unienne d’aide à l’Amérique latine ». On ne peut pas dire que cet avis ait provoqué une révolution. Pourquoi d’ailleurs ne pourrait-on dire : la politique d’aide des États-Unis à l’Amérique latine?

Il est absent du Grand dictionnaire encyclopédique Larousse (le GDEL) publié en 1983, mais réapparaît en 1995 dans son successeur, le Grand Larousse universel. En 1985, la deuxième édition du Grand Robert le donnait encore comme rare. Aujourd’hui il figure à peu près partout, mais je note que le Petit Robert ne l’a pas gardé dans son édition de poche 2008.

Le Petit Robert le fait remonter à 1955. Il s’appuie sans doute sur la citation dénichée par Pierre Gilbert. Un traducteur du Bureau m’avait pourtant signalé que le mot avait été à la mode au Québec aux alentours de la Deuxième Guerre mondiale. Or dans une page d’archives reproduite par le Devoir en mai 2007, je suis tombé sur un article du 7 mai 1945 résumant une conférence d’André Laurendeau, qui déclarait dans un débat sur la langue :

« Vous auriez d’un côté une langue solidement assise, bien enracinée, parlée par huit millions de Canadiens et 140 millions d’États-Uniens, et comprise par trois millions et demi de Canadiens jadis d’expression française4… »

Un wikipédiste a trouvé une occurrence plus vieille encore, dans un article paru en 1942 dans la French Review, « La Vie Intellectuelle au Canada Français », sous la plume de Marine Leland :

« Le roman canadien-français ne peut se comparer, ni du point de vue de la qualité ni de celui de la quantité, à la poésie ou à l’histoire canadienne. Il ne peut se comparer non plus au roman états-unien5. »

Leland, une Franco-Américaine d’origine québécoise, était une éminente spécialiste des études canadiennes-françaises. D’après la page reproduite en fac-similé dans Internet, l’article avait d’abord paru dans Le Travailleur, un hebdo publié au Massachusetts. Le mot était donc connu des Franco-Américains, du moins dans les milieux intellectuels.

Mais la plus vieille référence est celle mentionnée par le Dictionnaire culturel en langue française, publié par les éditions Le Robert en 2005 sous la direction d’Alain Rey, qui a retracé états-unien dans un article d’André Laurendeau (encore lui!) paru en 1941, « L’Enseignement secondaire », sans préciser davantage la source. Il doit s’agir de L’Action nationale, dont Laurendeau était le directeur à l’époque.

Ces références montrent que le mot était en vogue dans les années 40. Pourtant, à ma connaissance, Bélisle ne le fera entrer dans son Dictionnaire général de la langue française au Canada qu’au moment de la deuxième édition en 1971, en le faisant précéder d’une petite fleur de lys pour indiquer que c’était un québécisme, avec l’exemple : la marine états-unienne. Son usage a sans doute été marginal, même pendant la guerre. Laurendeau lui-même était loin de l’employer systématiquement. Plus tard, dans un éditorial du Devoir du 16 mars 1955 portant sur les relations canado-américaines, il emploie exclusivement américain6. La vogue était passée, semble-t-il.

Plusieurs ont remarqué que le mot a repris du poil de la bête depuis l’an 2000. Certains pensent qu’il est revenu dans la foulée du 11-Septembre; c’est une possibilité. Il y a six ou sept ans, il était à peine employé. Si Robert Solé a pris la peine d’en parler dans une chronique de langue du Monde le 10 novembre 2003, pour dire que « le terme ne passe pas », c’est que le mot commençait à se rencontrer plus souvent tout en restant assez discret. Si on traçait un graphique de son emploi depuis le début, on verrait le terme monter, atteindre un plateau, descendre un peu plus tard, puis remonter tranquillement après une longue absence. On peut se demander s’il ne connaît pas un regain passager, avant de retomber à nouveau hors d’usage.

Bien des facteurs entrent en jeu. Il y a notamment le contraste entre l’usage québécois et l’usage français, et aussi celui entre les grands médias et les sources plus marquées politiquement, notamment sur le Web.

Prenons l’usage français. Pour le Monde, les moteurs de recherche relèvent dans les cinq dernières années une vingtaine d’articles où apparaît le terme (en tenant compte du féminin et du pluriel). Ce n’est pas beaucoup. En 2007, de janvier à la fin octobre, on n’en trouve que quelques-uns. Quand on restreint le domaine à lemonde.fr et à l’année écoulée, Google recense une centaine de pages, mais en regardant de près on verra que presque toutes les occurrences viennent de blogues ou de réactions d’abonnés à des articles, et non des journalistes maison. Dans les archives de L’Express, une dizaine en tout, et en 2007 deux seulement. Et tout comme dans le Monde, ces occurrences isolées sont écrasées par un millier d’américain. Tout se passe comme si, en France, états-unien avait essayé de se tailler une place dans les années 2002 à 2006, mais qu’il était déjà sur une pente descendante.

Du côté québécois, la fréquence est plus élevée, mais encore modeste toutes proportions gardées. Dans la Presse, le terme revient dans 200 articles de janvier à octobre 2007. Le chiffre est constant depuis quelques années. Dans le Devoir, si l’on interroge le moteur de recherche du site, on passe de quelques articles par année avant l’an 2000, à une soixantaine par année de 2001 à 2004, puis à une centaine de 2005 à 2007. J’ai noté plus précisément : 90 de janvier à octobre 2005, 90 de janvier à octobre 2006, et 105 de janvier à octobre 2007. Ce n’est pas une montée vertigineuse. De plus, il faut mettre ces chiffres en perspective : dans le cas de la Presse, américain apparaît dans plus de 20 000 articles par année. L’autre ne lui fait pas beaucoup d’ombre.

Et le mot revient souvent sous la plume des mêmes journalistes. À la Presse, Joneed Khan s’en est fait le champion. Il parle du président états-unien, du Congrès états-unien, du retrait états-unien d’Irak, du projet états-unien de Zone de libre-échange des Amériques. Il est frappant de voir que même lui n’a pas renoncé à américain : il a mentionné le Congrès américain en juillet dernier et le secrétaire d’État américain le 13 septembre. Moments d’inattention?

Dans les grandes encyclopédies électroniques comme l’Universalis ou Encarta, les occurrences se comptent sur les doigts de la main. Wikipédia renferme quelque deux mille états-unien, par exemple il est question de la « guerre de sécession états-unienne » à l’article sur le film Le bon, la brute et le truand. Mais ces états-unien font face à cent mille américain. En outre, un bon nombre d’entre eux viennent de pages où les collaborateurs poursuivent justement des discussions, parfois musclées, sur l’opportunité d’accepter le mot dans l’encyclopédie. C’est un peu la cour du roi Pétaud dans cette merveilleuse encyclopédie, mais il n’est pas du tout sûr que le mot s’y imposera.

C’est véritablement dans les médias et les sites contestataires ou militants qu’états-unien fleurit. Le réseau Voltaire, « réseau de presse non alignée », est exemplaire à cet égard : les rédacteurs l’emploient deux fois plus souvent qu’américain7. On le rencontre souvent sur le site des « Amis de la Terre », groupe de défense de l’environnement, et sur « Grand Soir », « un journal alternatif d’information militante ». Mais américain reste quand même plus fréquent : on continue de parler des élections américaines, on n’en est pas encore aux élections états-uniennes8.

Il ne fait pas de doute que le mot est marqué à gauche sur l’échiquier politique. Il suffit pour s’en convaincre de jeter un coup d’oeil sur le journal communiste français L’Humanité : 118 occurrences d’états-unien en 2007, un net contraste avec le reste de la presse française. Mais la pente n’est pas à pic là non plus : 127 occurrences en 2005, 105 en 2006 – contre des milliers d’américain9. On s’attendrait à le rencontrer souvent dans les pages de publications comme Courrier international, mais l’une des rares occurrences que j’y ai trouvées apparaissait dans un article reproduit du Devoir10!

Je note enfin qu’un wikipédiste a affirmé que le mot figurait dans certains manuels scolaires de géographie.

On peut résumer la situation comme suit. Dans la presse en général, le terme s’est mis à grimper des deux côtés de l’Atlantique il y a quelques années, pour atteindre assez vite un plateau. Il semble avoir déjà amorcé sa descente en France. Il reste plus fréquent chez nous, mais il serait exagéré de dire qu’il a le vent dans les voiles. Pour le reste, l’usage est assez circonscrit. En fait, l’avenir du terme dépendra en grande partie de l’influence qu’exerceront des sites comme ceux que j’ai mentionnés, et ils ne sont pas négligeables, ainsi que de la détermination des blogueurs et autres internautes à l’employer. Il faut avouer que cinquante ans d’allées et venues dans les dictionnaires et une fréquence encore relativement faible dans l’usage lui donnent un peu l’air d’un néologisme attardé. Mais qui sait, peut-être que la diffusion de l’article du New York Times et le blogue du Monde lui donneront un nouvel élan. Avec Internet les choses peuvent changer vite.

Il faudrait quand même toute une rééducation pour en généraliser l’emploi. Pensons à tout ce qu’il faudrait rebaptiser. Ne dites pas : la guerre américano-mexicaine, dites : la guerre mexicano-états-unienne. Ne dites pas : la révolution américaine, les relations canado-américaines, le vin américain, etc. Dites : l’armée états-unienne, les Noirs états-uniens, Je me suis acheté une voiture états-unienne. Et n’oublions pas les cinquante États états-uniens.

Nul ne contestera que la logique plaide pour états-unien. Mais en face il y a l’histoire, l’usage, la langue, l’euphonie, les habitudes. C’est beaucoup. Pour être efficace, il faudrait en même temps intensifier l’emploi géographiquement correct d’américain, ce qui ferait surgir l’ambiguïté de partout. Remarquons que les États-Uniens continueraient d’être des Américains – comme nous! Combien parmi nous sont prêts à se définir comme « Américains »? On peut prédire une certaine résistance. De plus, s’il y a un brin d’anti-américanisme dans la promotion d’états-unien, forcément il sera lui aussi péjoratif. C’est comme si on remettait chaque fois sous le nez des Américains la carte du continent.

Plusieurs ont rappelé qu’il serait abusif d’accuser ces derniers de s’être appelés ainsi à cause de prétentions hégémoniques. Comme le rappelle le Grand dictionnaire terminologique de l’OQLF, ils ont formé leur gentilé à partir du nom de leur pays, États-Unis d’Amérique, de la même manière que, plus tard, les Mexicains à partir d’États-Unis du Mexique.

Il faut revenir au point de départ et se demander où est le problème. Nous arrive-t-il souvent de rester perplexes parce que le mot américain devant nos yeux est ambigu? Prend-on les Canadiens pour des habitants des États-Unis? Paul Roux a répondu à la question dans son blogue « Les amoureux du français » sur le site de la Presse le 9 novembre 2006 :

« [l’appellation américain] n’est pas non plus confondante. Lorsqu’on parle des Américains, on sait bien qu’il ne s’agit pas des Canadiens ou des Mexicains. Le français dispose d’ailleurs du terme Nord-Américain, qui englobe tous les habitants de l’Amérique du Nord, et du terme Sud-Américain, qui désigne ceux de l’Amérique du Sud. »

Les Américains en ont attrapé eux-mêmes un complexe et ont cherché d’autres noms. L’Encyclopedia4u.com résume ainsi le problème :

« As many people from the various nations throughout the New World consider themselves to be « Americans », some people think the common usage of « American » to refer to only people from the U.S. should be avoided in international contexts where it might be ambiguous. Many neologisms have been proposed to refer to the United States instead of « American ». However, they are virtually unused, and most commentators feel that it is unlikely that they will catch on. »

Quelques exemples des termes qui ont été proposés au fil du temps : Usian, Usanian, USAian, Usonian, Columbard, Fredonian, United Statesian, Colonican, U-S-ian, USAn, etc.

Du côté espagnol, la situation est bien différente. Le Diccionario Panhispánico de Dudas de la Real Academia Española, qui recueille l’usage de l’ensemble des pays hispanophones, recommande d’employer estadounidense, et non americano, pour désigner nos voisins du Sud. Dans son Diccionario de la Lengua Española, l’académie précise que estadounidense veut dire « Natural de los Estados Unidos de América », tandis que americano est défini comme « Natural de América ». Mais il est normal que le monde hispanophone et les Latino-Américains en particulier soient plus sensibles à l’emploi du mot americano. Estadounidense est aussi très euphonique. On m’a fait remarquer par ailleurs que l’agence de presse espagnole EFE, qui recommande aussi l’emploi de estadounidense dans son vade-mecum, incline à penser que norteamericano reste plus fréquent dans l’usage (« Norteamericanos es tal vez el más usado, si bien no es el más preciso11 »). Norteamericano? On dirait que, vu d’Europe ou d’Amérique latine, le Canada se retrouve toujours dans un angle mort12.

NOTES

REMARQUE

Après la date de tombée de cet article, j’ai relevé sur le site de L’Action nationale, qui reproduit maintenant le contenu complet de ses numéros depuis 1933, une occurrence d’états-unien dans un article d’octobre 1934, « La radio », signé par Arthur Laurendeau. Un article de 1936 attribue la paternité du mot à Paul Dumas, membre du mouvement Jeune-Canada. Le mot revient dans une soixantaine d’articles de 1934 à 1945. Ensuite il apparaît de façon plus éparse. – J. D.

Voir aussi:

Etats-Uniens

Langue sauce piquante

Le blog des correcteurs du Monde

Le continent américain est vaste, et il est tout de même étrange de faire d’un pays un continent, répondions-nous à un lecteur abonné et étonné de lire dans la lettre matinale du Monde.fr (baptisée « Check-List ») le terme « Etats-Uniens » pour désigner les habitants… des Etats-Unis. Et nous ajoutions : « Il ne faut pas voir dans le choix de ce terme la patte de l’altermondialisme ou une marque d’anti-américanisme. Car parler des ‘Américains’ pour désigner les seuls habitants des Etats-Unis, cela ne fait-il pas aussi Grand Satan ? » Martine Jacot, journaliste au Monde et ancienne correspondante du journal à Montréal, rappelle que « les Québécois et autres francophones canadiens utilisent depuis bien avant la naissance du mouvement altermondialiste le terme ‘états-uniens’ ». Si l’on persiste à appeler « Américains » les Etats-Uniens, il faudra alors faire de même pour les Mexicains par exemple, puisque géographiquement parlant, le Mexique fait partie de l’Amérique… du Nord.

Reconnaissons qu’ »Etats-Uniens » a contre lui la coalition de deux mots renforcés par une div’, un combat inégal avec la puissance toute nue du Ricain.

Voir également:

Canada. “Anglos” et “francos”, compatriotes malgré tout

Josée Blanchette
Le Devoir – Montréal
02/03/2005

Chaque samedi, une chaîne anglophone diffuse une émission sur le Québec présentée par une chanteuse à la mode. L’occasion pour une chroniqueuse du Devoir de s’interroger avec humour sur l’identité canadienne

Pauvre Mitsou. Une partie des médias s’acharne sur son cas parce qu’elle représentera tout le Canada français le samedi soir sur la CBC [télévision publique canadienne anglophone]. L’émission [destinée à présenter l’actualité du Québec aux anglophones] s’intitule Au Courant…
et la moitié du bottin de l’Union des artistes a été sollicitée pour animer cette vitrine de nos mœurs et de notre culture à l’intention du ROC (rest of Canada).
Allez comprendre quelque chose aux “anglos”. Ils éprouvent un je-ne-sais-quoi devant les avantages de Mitsou. Why not, coconut ? She’s so French ! A mon avis, il faut tirer parti de cet émoi visuel et simplement aiguiller l’aiguillon en aidant Mitsou à mieux représenter les “francos” du Canada. Elle est charmante, son sourire ferait craquer la Joconde, elle va faire grimper les cotes d’écoute et c’est ce qu’on attend d’une émission, même plate. Comme animatrice, elle s’inscrit parfaitement dans la tendance télévisuelle des émissions d’information : format sexy et contenu mou. De la part d’un pays qui subventionne les danseuses roumaines, donne sa bénédiction au mariage homosexuel et paie des pushers [revendeurs] de marijuana à des fins médicales, il ne faut pas s’attendre à beaucoup plus de sérieux.
Mitsou devra d’abord apprendre à connaître ceux à qui elle s’adresse, l’autre solitude [“les deux solitudes” est l’expression consacrée pour désigner les francos et les anglos au Canada], et s’abonner à Canadian Geographic. Les Canadiens du ROC sont aussi différents de Terre-Neuve à Vancouver qu’un Gaspésien peut l’être d’un Cayen. L’ancien Premier ministre Mackenzie King disait que certains pays avaient trop d’histoire et que le Canada avait trop de géographie. Du moins, c’est un pays horizontal. En général, les Canadiens sont fiers de l’être et ne comprennent pas l’indifférence, entretenue ou viscérale, à l’endroit de l’unifolié [le drapeau national, avec sa feuille d’érable].
Un journaliste de la CBC m’a appelée “from Toronto” l’autre jour pour me demander de lui résumer de quelle façon je me sentais canadienne.
“Mais d’aucune façon ! Le programme des commandites [programme fédéral destiné à promouvoir le Canada auprès des Québécois, qui s’est terminé par un scandale] a été un échec, faut croire !
— Vous n’êtes pas fière de [l’astronaute] Julie Payette ? a-t-il insisté.
— J’espère que ses parents le sont. Pas moi. Je n’ai rien à voir là-dedans. D’ailleurs, je n’ai rien à voir dans le fait que mes propres parents aient baisé au Canada plutôt qu’au Tibet pour me concevoir.”

Six fuseaux horaires multiculturels

Les Canadiens ont bien des marottes, dont celle de visiter leur pays et de traverser ses six fuseaux horaires en entier, a mari usque ad mare [de la mer à la mer]. Ils ne le feront probablement jamais, mais c’est une façon de montrer qu’ils tiennent très fort à leur peu d’attachement les uns pour les autres. Ça, je l’ai puisé dans mon guide de voyage préféré en terre canadienne : Xenophobe’s Guide to the Canadians. La mosaïque culturelle qui nous tient lieu de pays y est dépeinte avec beaucoup d’éloquence.
On y apprend que nos obsessions nationales sont le hockey et la feuille d’érable (que bien des Etats-Uniens épinglent sur leur sac à dos lorsqu’ils voyagent), que les maisons canadiennes sont équipées de deux portes d’entrée, voire d’une troisième qui ferme le vestibule, et que les Canadiens sont extrêmement polis. On a même retrouvé une femme Alzheimer errant à Los Angeles. Les policiers ont déduit qu’elle était canadienne parce qu’elle s’excusait lorsqu’on lui marchait sur les pieds.
On ajoute aussi que le ROC a peur de perdre le Québec à cause de toutes ces années à bûcher pour apprendre le français. Oh yeah ? Call me stupid ! Et, plus que tout, les Canadiens ne sont pas des Etats-Uniens, même si 90 % de la population vit à moins de 300 kilomètres de la frontière. [Le Premier ministre] Paul Martin est un béni-oui-oui qui couche avec un éléphant [le symbole des républicains américains], c’est tout. En raison de son multiculturalisme, la devise du Canada est : “Take the best, leave the rest” [Prenons le meilleur, laissons le reste].
Quelques sujets qui plairont aux anglos :
– La poutine [plat typique composé de frites, de sauce brune et de cheddar] au foie gras du restaurant Au pied de cochon. Même la poutine peut être snob et le foie gras prolo.
– Comment traverser un passage piétonnier sans se faire tuer à Montréal. “Vive la différence !” – Notre cidre de glace, qui figure même sur la carte des vins du George V à Paris. Those crazy French !
– Référendum : la seule fois que les Québécois ont voté oui, c’était en 1919, pour savoir si la prohibition devait prendre fin. La seule fois qu’ils étaient sobres pour y répondre, aussi…
– Le Québec, dernier cendrier du Canada. Notre attachement viscéral au mégot et à la fumée secondaire.
– L’avortement, en hausse constante au Québec : 30 000 l’an dernier (contre 73 000 naissances). Notre mort la plus certaine et notre peu d’enthousiasme à nous reproduire au Canada.

Voir de même:

The trouble with Americans
John Ryle
The Guardian
7 September 1998

A reader in Ecuador takes me to task for my use of the word ‘American’. Why, asks Lincoln Reyes, is it routine to use this word, without qualification, as a synonym for ‘citizen of the United States’ when the majority of Americans, properly speaking, are not from there, but from other countries in North, South or Central America? If you are a Latin American like him, he says, it is galling to be consistently written out of the geography of the continent that gave you birth. No wonder people regard the US as imperialist, when it appropriates the entire hemisphere for its own exclusive domain name. How do I think it feels to be Mexican, Chilean or Canadian, confronted every day with such linguistic chauvinism? What I think is that Mexicans and Canadians have got used to it. They’ve had to. It is not impossible to change the name of a country. (Where, we may ask, are the Zaires of yesteryear?) But renaming the most powerful country in the world is not on the agenda. When Osama bin Laden declares war on ‘America’, we know he does not include Ecuador or Mexico. The usage is worldwide and unlikely to change. This column, though, has never been one to turn its back on lost causes. So let us ask why it is that, in an age of political correctness, of sedulous public avoidance of terms that can cause offence to nations and ethnic groups, America has been exempted from reproach? The US is the home of political correctness. What Lincoln Reyes is suggesting is that it take a dose of its own medicine. Does the US have some proprietorial claim on the name of the continent it occupies? Some kind of historical precedence? Not at all. Amerigo Vespucci was an Italian who almost certainly never set foot in North America. He did explore the coast of South America, however, and in the 16th century a German cartographer named the southern part of the continent after him; only later was the term extended to include the north. So the US calling itself ‘America’ is something like South Africa calling itself ‘Africa’, or the Federal Republic of Germany ‘Europa’. Even the phrase ‘United States’ is not the preserve of the authors of the US Constitution: Brazil’s official name is the United States of Brazil.

Luckily, since there’s no other claimant for the name ‘Brazil’, it is seldom used. Even Lincoln Reyes would permit the USA to call itself the United States. But there is a problem when it comes to US citizens. United Statespersons? Usanians? Hardly. If we are to follow the Reyes Rule we will have to refer to them as ‘people from’ or ‘citizens of’ the US. Both take up a lot of breath. Since we talk about the US so much, we need short words and synonyms to avoid monotony. And synecdoche to avoid redundancy: ‘Washington’ is used to stand for the US government and ‘America’ stands for the country itself – the whole represents the part. But it seems there is no figure of speech that can produce a concise and acceptable term in English for its inhabitants.

There’s a word in Spanish, estadounidense, but it is hard to get your tongue around. ‘Gringo’, of course, is the word most Spanish speakers use. But apart from its pejorative overtones, the word ‘gringo’ is not specific enough. Canadians are gringos; and you and I, if we are anglophone, are probably gringos too, whether we are white or black or brown.

Contrariwise, in some parts of South America ‘gringo’ is used for anyone, even a native, who is fair in colouring. What about ‘yanqui’? It is also pejorative, of course. And the word means something different and more specific within the US. The use of ‘yanqui’ in South America is a reversal, in fact, of the rhetorical move that enshrines ‘American’ as a synonym for US citizen. Where people in the US, in calling themselves Americans, have taken the whole for the part; Spanish speakers, in borrowing ‘yankee’ for a New Englander, and extending it to the whole of the United States, have used the part for the whole. The negative connotation of ‘yanqui’ in Spanish reflects the distaste for US hegemony that my Ecuadorian correspondent exemplifies. ‘Yankee’, its equivalent in British English, has a weird, jocular air. We haven’t used ‘yank’ for yonks. It belongs with ‘Old Blighty’ and ‘Johnny Foreigner’. If political correctness does not proscribe such terms, good taste surely does.

Let us, then, register Lincoln Reyes’s proposal. But someone from a country that calls itself Ecuador may not be in a very strong position to object to the appropriation of geography in the cause of national identity. There are other countries that lie on the Equator; any of them could claim the name for their own. I don’t suppose people in Equatorial Guinea are too upset about Ecuador’s bid for nominal rights over the noughth parallel, but if Lincoln Reyes is serious about curtailing US linguistic imperialism, he may have to look at changing the name of his own country as well.

Voir de plus:

Caleb Gayle
Time
July 13, 2020
Caleb Gayle is a writer and author of forthcoming book, Cow Tom’s Cabin (under contract with Riverhead Books), a narrative account of how many Black Native Americans, including Cow Tom’s descendants, were marginalized by white supremacy in America

When I was growing up in Tulsa, my teachers would move quickly from the Trail of Tears that began in the 1830s to the oil boom in Oklahoma of the first half of the 20th century. During the early 19th century, the state of Oklahoma became the destination for Native American Nations who were forcibly removed from the south and southeastern United States, but no one drew a straight line from the marginalization of Native Americans to white men’s accumulation of land on which they could profit. The way history was taught, I assumed that the devastation happened so many years ago that it wasn’t relevant. I even had one teacher mention that Native Americans were “standing in the way of progress.” I didn’t know that that teacher was echoing the sentiments of the namesake of the town, Bixby.

Over the past month, I have been spellbound by the actions of activists determined to compel America to confront the ugliness of its past. The protests at the Emancipation Memorial, the removal of Teddy Roosevelt’s statue in New York, and now even the bold calls for rethinking Mount Rushmore on the site of Lakota land reveal that our country has more learning to do about what we choose to glorify. But last week, as many celebrated the Supreme Court’s ruling that Oklahoma—almost half of it at least—belongs to the jurisdiction of the Muscogee (Creek) Nation, I have also been thinking about the relics of our past that are so ingrained in our present that we misremember our history. One such relic is the names of the very places in which we live.

Tams Bixby, a Minnesotan, became chairman of something called the Dawes Commission in 1903, as its founder Henry Dawes took ill. “Henry Dawes may have given the commission its name, but Tams Bixby defined its character and would serve as its leader during the critical period of enrollment and allotment, and he would make the daily decisions that affected the life and future of all of the people in Indian Territory,” Kent Canter wrote in the Dawes Commission And the Allotment of the Five Civilized Tribes, 1893-1914.

The Dawes Commission was a government body designed to persuade the Creek, Cherokee, Seminole, Chickasaw and Choctaw Nations (once called the Five Civilized Tribes) to abandon the communal land ownership system they had long used and to divide the land into allotments that would belong to individuals. In order to complete that process, the commission had to determine who belonged to each tribe, a question Dawes and then Bixby sought to answer using ancestral bloodlines. But, as Sandy Grande, director of the Center for the Critical Study of Race and Ethnicity at Connecticut College, wrote in Red Pedagogy: Native American Social and Political Thought, “Since there was no ‘scientific’ means of determining precise bloodlines, commission members often ascribed blood status based on their own racist notions of what it meant to be Indian—designating full-blood status to ‘poorly assimilated’ Indians and mixed blood status to those who most resembled whites.” The decisions, made by the commission and not by members of the tribe, determined who got which land, and still have ramifications for tribal membership today. Crucially, any land left over once the tribal territories were divided would be available for the U.S. government, and in turn to white settlers. This process would lead to these Nations losing more than 100 million acres of land—land they were promised would be theirs and theirs alone.

Until I started writing a book about the history of Black citizens of the Creek Nation, I did not know that the town of Bixby, on the outskirts of my childhood home, was named in honor of the man who led this devastating effort. My teachers never told me about him, likely because they weren’t given the chance to weigh the full measure of history either.

On July 3, in the shadow of Mt. Rushmore, President Trump said, “As we meet here tonight there is a growing danger that threatens every blessing our ancestors fought so hard for.” He then doubled down, saying, “Our nation is witnessing a merciless campaign to wipe out our history, defame our heroes, erase our values and indoctrinate our children.”

Children are being indoctrinated, but not in the way Trump suggests. Instead, they are being fed an uncomplex version of history—one that minimizes the experiences of those on the margins to turn white men who did evil things into heroes. The name Bixby had become so common in my area that we didn’t think about where it came from. That’s why we tear down, rename and rethink. We do it to tell the whole story, not just the parts that make us feel good. Perhaps we need to do this not just for statues and monuments and schools and sports teams but for cities and counties too. Perhaps we should begin again with the full weight of history upon which we stand.

It’s not just Bixby, of course. In Oklahoma, Jackson County is named for Confederate General Stonewall Jackson, while Roger Mills County is named for Roger Q. Mills, a U.S. senator who served in the Confederate Army and had ties to the Ku Klux Klan. I’ve driven through both of them without even thinking about the origins of their names. Likewise, Stephens County, Texas, was named after Alexander Stephens, the Vice President of the Confederate States, and his boss, Jefferson Davis, has counties named in Texas, Georgia and Mississippi as well as a parish in Louisiana. People who marginalized and oppressed didn’t just affect those who lived at the time–Bixby’s actions, along with so many others’, caused the Creek Nation to lose the jurisdictional power they just, in part, won back–and the places that bear their names should no longer remain without scrutiny.

History demands that we remember all of it or it isn’t true history at all.

When I was growing up in Tulsa, my teachers would move quickly from the Trail of Tears that began in the 1830s to the oil boom in Oklahoma of the first half of the 20th century. During the early 19th century, the state of Oklahoma became the destination for Native American Nations who were forcibly removed from the south and southeastern United States, but no one drew a straight line from the marginalization of Native Americans to white men’s accumulation of land on which they could profit. The way history was taught, I assumed that the devastation happened so many years ago that it wasn’t relevant. I even had one teacher mention that Native Americans were “standing in the way of progress.” I didn’t know that that teacher was echoing the sentiments of the namesake of the town, Bixby.
Over the past month, I have been spellbound by the actions of activists determined to compel America to confront the ugliness of its past. The protests at the Emancipation Memorial, the removal of Teddy Roosevelt’s statue in New York, and now even the bold calls for rethinking Mount Rushmore on the site of Lakota land reveal that our country has more learning to do about what we choose to glorify. But last week, as many celebrated the Supreme Court’s ruling that Oklahoma—almost half of it at least—belongs to the jurisdiction of the Muscogee (Creek) Nation, I have also been thinking about the relics of our past that are so ingrained in our present that we misremember our history. One such relic is the names of the very places in which we live.
Tams Bixby, a Minnesotan, became chairman of something called the Dawes Commission in 1903, as its founder Henry Dawes took ill. “Henry Dawes may have given the commission its name, but Tams Bixby defined its character and would serve as its leader during the critical period of enrollment and allotment, and he would make the daily decisions that affected the life and future of all of the people in Indian Territory,” Kent Canter wrote in the Dawes Commission And the Allotment of the Five Civilized Tribes, 1893-1914.
The Dawes Commission was a government body designed to persuade the Creek, Cherokee, Seminole, Chickasaw and Choctaw Nations (once called the Five Civilized Tribes) to abandon the communal land ownership system they had long used and to divide the land into allotments that would belong to individuals. In order to complete that process, the commission had to determine who belonged to each tribe, a question Dawes and then Bixby sought to answer using ancestral bloodlines. But, as Sandy Grande, director of the Center for the Critical Study of Race and Ethnicity at Connecticut College, wrote in Red Pedagogy: Native American Social and Political Thought, “Since there was no ‘scientific’ means of determining precise bloodlines, commission members often ascribed blood status based on their own racist notions of what it meant to be Indian—designating full-blood status to ‘poorly assimilated’ Indians and mixed blood status to those who most resembled whites.” The decisions, made by the commission and not by members of the tribe, determined who got which land, and still have ramifications for tribal membership today. Crucially, any land left over once the tribal territories were divided would be available for the U.S. government, and in turn to white settlers. This process would lead to these Nations losing more than 100 million acres of land—land they were promised would be theirs and theirs alone.
Until I started writing a book about the history of Black citizens of the Creek Nation, I did not know that the town of Bixby, on the outskirts of my childhood home, was named in honor of the man who led this devastating effort. My teachers never told me about him, likely because they weren’t given the chance to weigh the full measure of history either.
On July 3, in the shadow of Mt. Rushmore, President Trump said, “As we meet here tonight there is a growing danger that threatens every blessing our ancestors fought so hard for.” He then doubled down, saying, “Our nation is witnessing a merciless campaign to wipe out our history, defame our heroes, erase our values and indoctrinate our children.”
Children are being indoctrinated, but not in the way Trump suggests. Instead, they are being fed an uncomplex version of history—one that minimizes the experiences of those on the margins to turn white men who did evil things into heroes. The name Bixby had become so common in my area that we didn’t think about where it came from. That’s why we tear down, rename and rethink. We do it to tell the whole story, not just the parts that make us feel good. Perhaps we need to do this not just for statues and monuments and schools and sports teams but for cities and counties too. Perhaps we should begin again with the full weight of history upon which we stand.
It’s not just Bixby, of course. In Oklahoma, Jackson County is named for Confederate General Stonewall Jackson, while Roger Mills County is named for Roger Q. Mills, a U.S. senator who served in the Confederate Army and had ties to the Ku Klux Klan. I’ve driven through both of them without even thinking about the origins of their names. Likewise, Stephens County, Texas, was named after Alexander Stephens, the Vice President of the Confederate States, and his boss, Jefferson Davis, has counties named in Texas, Georgia and Mississippi as well as a parish in Louisiana. People who marginalized and oppressed didn’t just affect those who lived at the time–Bixby’s actions, along with so many others’, caused the Creek Nation to lose the jurisdictional power they just, in part, won back–and the places that bear their names should no longer remain without scrutiny.
History demands that we remember all of it or it isn’t true history at all.

Voir encore:

There’s a Word for People Like You
Martine Rousseau and Olivier Houdart
The New York Times
July 6, 2007

Paris
WHAT is the proper term to refer to those of you who live in the United States of America? The word “American” is so deeply embedded in your nation’s identity that it may seem curious to you that there could be any discussion about it, but some people — in Latin America, for example — find it offensive, while others, including some in France, simply find it imprecise.

“Américain” (in French the ethnonym is capitalized, the adjective is lower case) is a word with many meanings, depending on context: “américains” applies to all Américains (from the United States), yet all Américains (from North and South America) are not necessarily américains.

That’s why “Américain,” which first appeared in French as early as the 16th century and is applicable to groups other than just the inhabitants of the United States (in contrast to Canadien, Mexicain, Argentin, etc.), has a certain unsatisfactory quality about it, and it would be preferable to find something more precise. The French do use certain diminutives — like “Ricains” (first attestation in 1918), “Amerlos” (1936) and “Amerloques” (1945) — that refer to only the United States, but the news media can’t use them; they aren’t necessarily hostile but they did take on a pejorative tinge during the cold war.

Helpfully, though, in Quebec about six decades ago the word États-Unien, derived from the French for United States, États-Unis, was born. Its spread was modest at first, but today it’s frequent in the news media, and there’s even a radio program here that uses it exclusively. In ordinary conversation, though, the French still say “Américains.” A recent occurrence of “États-Uniens” (though far from the first) on the Web site of our newspaper, Le Monde, provoked the ire of readers who saw anti-American and anti-globalist sentiment behind it.

When we published a note on our language blog defending the use of États-Uniens — the word is neither pretty nor musical, but it answers a certain need — we had an outpouring of responses. They ranged from absolute opposition to the word (because of its supposed anti-Americanism, its ugliness, its snobbishness, its sarcastic tone, its lack of usefulness for anyone but academics — and because it sounds like space aliens) to enthusiastic approval, notably as a counter to the “imperialist” appropriation of a whole continent by one country’s ethnonym.

Readers also suggested similar terms that they considered more melodic, like Usaniens or Usiens (following the example of the Greek word Usanos, derived from U.S.A., even though those initials are actually the equivalent of I.P.A. in that language).

One reader even declared, “The United States of America is the only country in the world that doesn’t have a name: the first two words define its political organization, the last the continent it sits on.” That doesn’t seem entirely fair: while the United States at least mentions a continent, the old Soviet Union had no geographic anchorage at all.

As for us, although we’d be delighted to be the founders of a new linguistic mandate, we find that Américain has historical legitimacy, while États-Unien, its challenger, solves a lexical problem — indeed, they complement each other and we should let the two of them cohabit. Besides, we can then prove wrong Pierre Bayle, the great French historian of the 17th century, who wrote that as in nature, “the birth of one word is usually the death of another.” Therefore we say, during the week of your national holiday, vive l’Américain — and l’États-Unien.

Voir par ailleurs:

« L’Occident est imparfait et à parfaire, il n’est pas à détruire »

L’antiracisme ne doit pas devenir « un acte de vandalisme », juge l’écrivain Kamel Daoud dans une tribune au « Monde ». A vouloir juger l’Occident coupable de tout, on risque de donner naissance à une « barbarie de revanche ».

Kamel Daoud

Le Monde

22 juin 2020

Tribune. Faut-il détruire l’Occident ? Le mettre à feu et à sang pour mieux le reconstruire ou mieux le piétiner dans ses ruines ? Cette géographie, qui participe autant de l’histoire que des imaginaires, partage les avis et divise les ardeurs des anti-tout qui y habitent. Entre ceux qui y craignent la fin du monde et ceux qui la veulent, ceux qui la fabriquent et ceux qui la redoutent. Collapsologues, écologistes messianiques, antiracistes radicaux, populistes, tiers-mondistes nostalgiques et populistes du victimaire, ardents de la « souche » et racialistes inversés : ils sont foule et la foule fait désormais effet d’armées.

On aura beau le nier et le relativiser, il y a déjà un instinct de mort dans les airs de la révolution totale imaginée par chacun. L’Occident étant coupable par définition selon certains, on se retrouve non dans la revendication du changement mais, peu à peu, dans celle de la destruction, la restauration d’une barbarie de revanche.

Un espace de liberté

Les raisons ? Elles sont diverses. La colère longtemps tue, la culpabilité chez les élites occidentales « de souche », la fin d’un sursis obscur donné aux démocraties traditionnelles, les populismes rageurs et les réseaux sociaux. Il ne faut jamais oublier qu’Internet a réveillé les foules comme le firent les imprimeries il y a des siècles, ou les papyrus il y a si longtemps. On ne change pas de moyens d’impression et de diffusion sans changer la manière de faire les révolutions ou de réveiller les foules. Les armuriers viennent après les écrans, pas avant, rappelons-le.

De fait, il y a comme une convergence des luttes pour la meilleure fin d’un monde : victimaires, antiracistes, mais aussi masochistes intellectuels et sceptiques professionnels, suprémacistes et défaitistes esthètes. Le vœu de changer l’Occident se retrouve contaminé, profondément, par celui de le voir mourir dans la souffrance. Et, dans l’élan, on gomme cette conséquence suicidaire que par sa mort on se tuera soi-même, on tuera le rêve d’y vivre ou d’y aller par chaloupes ou par avions, on tue le seul espace où il est justement possible de crier sa colère.

« Sur les colères d’aujourd’hui se greffent trop de radicalités pour qu’on puisse éviter la violence si on continue dans le même aveuglement »

D’ailleurs, le fait même de défendre l’Occident comme espace de liberté, certes incomplète et imparfaite, est jugé blasphématoire dans cette nouvelle lutte des classes et des races. Il est interdit de dire que l’Occident est aussi le lieu vers où l’on fuit quand on veut échapper à l’injustice de son pays d’origine, à la dictature, à la guerre, à la faim, ou simplement à l’ennui. Il est de bon ton de dire que l’Occident est coupable de tout pour mieux définir sa propre innocence absolue. L’Occident sera alors crucifié pour notre salut à tous en quelque sorte, confondu, dans le même corps blanc, dans une trinité horizontale, avec les deux autres voleurs à la gauche et à la droite de ce Christ géant.

Erreurs et illusions coûteuses. L’Occident est à la fois coupable et innocent. Or, tuer un coupable ne brise pas la chaîne de la douleur. Elle fait échanger les robes des victimes et des bourreaux. On le sait tous, et c’est une banalité utile à remémorer.

Il est urgent de rappeler que sur les colères d’aujourd’hui se greffent trop de radicalités pour qu’on puisse éviter la violence si on continue dans le même aveuglement. Brûler l’Occident, ce rêve si facile qu’Internet et ces militants agitateurs des réseaux commercialisent en guise de « néopureté » et de légitimité, est une erreur qui aura de lourdes conséquences. On se retrouvera, dans quelques décennies, à vivre dans ces champs nus, à construire la barbarie qu’on a cru dénoncer.

Ne pas confondre antiracisme et vandalisme

Ces procès anti-Occident à la soviétique, si faciles et si confortables, à peine coûteux quand on ne vit pas dans la dictature qu’on a fuie, menés par les intellectuels du sud en exil confortable en Occident ou par des fourvoyés locaux sont une impasse, une parade ou une lâcheté. Ils n’ont ni courage, ni sincérité, ni utilité. Il n’est même plus besoin de relire les insanités d’un journaliste qui a fui son pays du Maghreb il y a vingt ans, se contentant de dénoncer la dictature « locale » sans y mettre les pieds, tout en passant son temps à fustiger les démocraties qui l’ont accueilli. La règle de ce confort est qu’il est plus facile de déboulonner la statue d’un tyran, au nord, sous les smartphones, que de déboulonner un vrai tyran vivant au « sud ». Et il n’est pas même utile de répondre à ceux qui, lorsque vous tenez ces propos pourtant réalistes, vous accusent de servilité intellectuelle.

Monstrueux quand il a faim, selon l’expression d’un internaute, injuste et au passé vandale, beau, fascinant dans la nuit du monde, nimbé dans le rêve et le fantasme pour le migrant, vertueux par une démocratie inachevée, hypocrite à cause de sa prédation des ressources, son passé colonial tueur, inconscient et heureux, l’Occident est ce qu’il est : imparfait et à parfaire. Il n’est pas à détruire. Ceux qui en rêvent sont ceux qui n’ont pas su avoir de rêve meilleur que la barbarie de revanche, pas su dépasser des rancunes intimes.

C’est, à mon avis, ce qu’il faut rappeler pour éviter aux colères justes des assouvissements faciles et détestables. L’antiracisme est un combat juste. Il ne doit pas devenir un acte de vandalisme intellectuel ou de désordre dans ce monde si fragile. Son but est un avenir meilleur, pas un passé aveuglant. Pour tous. Telle est ma conviction.

Kamel Daoud est écrivain et journaliste. Il est notamment l’auteur de Meursault, contre-enquête (Actes Sud, 2014, prix Goncourt du premier roman en 2015), et de Le Peintre dévorant la femme (Stock, 2018). Il tient une chronique au Monde des religions depuis janvier 2019.

Voir enfin:

Kamel Daoud – Déboulonner n’est pas construire

Racisme, antiracisme, autodafé et révisionnisme culturel : attention danger. En sortir n’est posible que grâce à une pédagogie de la mémoire.

Kamel Daoud

 Le Point
Il faut garder à l’autodafé ses racines : jugement, inquisition, acte de foi, pénitence publique, exécutions d’hérétiques. Il faut encore une fois le rappeler pour alerter des esprits : on ne brûle pas de livres, on ne censure pas des œuvres, on ne déboulonne pas des statues uniquement parce qu’on a raison, mais parce qu’on le croit absolument. Ce qui suffit pour se tromper avec enthousiasme et inaugurer de nouveaux tribunaux d’opinion. Car, avec le grand élan de l’antiracisme, l’autodafé est de retour. On l’a connu, il y a quelques décennies, d’abord sous forme d’un fascisme (ou totalitarisme) qui brûle des livres, puis un demi-siècle après sous celle d’un livre (sacré) qui brûle le monde, aujourd’hui il se fait au nom d’une cause juste avec quelques effets mauvais : celle de la lutte contre le racisme dont certains profitent pour revisiter la littérature et les représentations, mais avec des torches incendiaires et pas avec des consciences calmes.

Guerre culturelle: L’Amérique a la rage – et c’est nous qui lui avons donnée ! (From Plato to NATO, Western Civ has got to go: Was it the course in Western civilization or Western civilization itself that had to go ?)

4 juillet, 2020

From Plato to NATO: The Idea of the West and Its Opponents: Gress ...https://mobile.agoravox.fr/local/cache-vignettes/L768xH1047/French_Theory-b41ed.jpg

The star athlete and activist took to Twitter to share the powerful rejection, along with a video of actor James Earl Jones reciting Frederick Douglass's renowned speech 'What to the Slave Is the 4th of July?'
Pres. Trump to visit Mt. Rushmore for July 4th - CBSN Live Video ...
President Trump at Mount Rushmore on Friday.Il faut se rappeler que les chefs militaires allemands jouaient un jeu désespéré. Néanmoins, ce fut avec un sentiment d’effroi qu’ils tournèrent contre la Russie la plus affreuse de toutes les armes. Ils firent transporter Lénine, de Suisse en Russie, comme un bacille de la peste, dans un wagon plombé. Winston Churchill
Debout ! les damnés de la terre ! Debout ! les forçats de la faim ! La raison tonne en son cratère, C’est l’éruption de la fin. Du passé faisons table rase, Foule esclave, debout ! debout ! Le monde va changer de base : Nous ne sommes rien, soyons tout ! C’est la lutte finale Groupons-nous, et demain, L’Internationale, Sera le genre humain. Eugène Pottier (1871)
Puisqu’on l’opprime dans sa race et à cause d’elle, c’est d’abord de sa race qu’il lui faut prendre conscience. Ceux qui, durant des siècles, ont vainement tenté, parce qu’il était  nègre, de le rérduire à l’état  de  bête, il faut qu’il les oblige à le reconnaître  pour un homme. Or il n’est pas ici d’échappatoire, ni de tricherie, ni de « passage de ligne  » qu’il puisse envisager : un Juif, blanc parmi les  blancs, peut nier qu’il  soit juif, se déclarer un homme parmi les hommes. Le nègre ne peut  nier qu’il  soit  nègre ni réclamer pour lui cette abstraite humanité incolore : il est noir. Ainsi est-il acculé à l’authenticité : insulté, asservi, il se redresse, il ramasse  le  mot de « nègre » qu’on lui a  jeté comme une pierre, il se revendique  comme noir, en face du blanc, dans la fierté. L’unité finale qui rapprochera tous les opprimés  dans le même combat doit être  précédée aux colonies par ce que je nommerai le moment de la séparation ou de la négativité : ce racisme  antiraciste est le  seul chemin qui puisse  mener à l’abolition  des  différences de race. Jean-Paul Sartre (Orphée noir, 1948)
Attention, l’Amérique a la rage (…) La science se développe partout au même rythme et la fabrication des bombes est affaire de potentiel industriel. En tuant les Rosenberg, vous avez tout simplement essayé d’arrêter les progrès de la science. (…) Vous nous avez déjà fait le coup avec Sacco et Vanzetti et il a réussi. Cette fois, il ne réussira pas. Vous rappelez-vous Nuremberg et votre théorie de la responsabilité collective. Eh bien ! C’est à vous aujourd’hui qu’il faut l’appliquer. Vous êtes collectivement responsables de la mort des Rosenberg, les uns pour avoir provoqué ce meurtre, les autres pour l’avoir laissé commettre. Jean-Paul Sartre (« Les animaux malades de la rage », Libération, 22 juin 1953)
Notre nation fait face à une campagne visant à effacer notre histoire, diffamer nos héros, supprimer nos valeurs et endoctriner nos enfants. (…) Le désordre violent que nous avons vu dans nos rues et nos villes qui sont dirigées par des libéraux démocrates dans tous les cas est le résultat d’années d’endoctrinement extrême et de partialité dans l’éducation, le journalisme et d’autres institutions culturelles. (…) Nous croyons en l’égalité des chances, une justice égale et un traitement égal pour les citoyens de toutes races, origines, religions et croyances. Chaque enfant, de chaque couleur – né et à naître – est fait à l’image sainte de Dieu. Donald Trump
Our nation is witnessing a merciless campaign to wipe out our history, defame our heroes, erase our values, and indoctrinate our children. Angry mobs are trying to tear down statues of our Founders, deface our most sacred memorials, and unleash a wave of violent crime in our cities. Many of these people have no idea why they are doing this, but some know exactly what they are doing. They think the American people are weak and soft and submissive. But no, the American people are strong and proud, and they will not allow our country, and all of its values, history, and culture, to be taken from them. One of their political weapons is “Cancel Culture” — driving people from their jobs, shaming dissenters, and demanding total submission from anyone who disagrees. This is the very definition of totalitarianism, and it is completely alien to our culture and our values, and it has absolutely no place in the United States of America. (…) In our schools, our newsrooms, even our corporate boardrooms, there is a new far-left fascism that demands absolute allegiance. If you do not speak its language, perform its rituals, recite its mantras, and follow its commandments, then you will be censored, banished, blacklisted, persecuted, and punished. (…) Make no mistake: this left-wing cultural revolution is designed to overthrow the American Revolution. In so doing, they would destroy the very civilization that rescued billions from poverty, disease, violence, and hunger, and that lifted humanity to new heights of achievement, discovery, and progress. To make this possible, they are determined to tear down every statue, symbol, and memory of our national heritage. Our people have a great memory. They will never forget the destruction of statues and monuments to George Washington, Abraham Lincoln, Ulysses S. Grant, abolitionists, and many others. The violent mayhem we have seen in the streets of cities that are run by liberal Democrats, in every case, is the predictable result of years of extreme indoctrination and bias in education, journalism, and other cultural institutions. Against every law of society and nature, our children are taught in school to hate their own country, and to believe that the men and women who built it were not heroes, but that were villains. The radical view of American history is a web of lies — all perspective is removed, every virtue is obscured, every motive is twisted, every fact is distorted, and every flaw is magnified until the history is purged and the record is disfigured beyond all recognition. This movement is openly attacking the legacies of every person on Mount Rushmore. They defile the memory of Washington, Jefferson, Lincoln, and Roosevelt. Today, we will set history and history’s record straight. (….) We believe in equal opportunity, equal justice, and equal treatment for citizens of every race, background, religion, and creed. Every child, of every color — born and unborn — is made in the holy image of God. We want free and open debate, not speech codes and cancel culture. We embrace tolerance, not prejudice. We support the courageous men and women of law enforcement. We will never abolish our police or our great Second Amendment, which gives us the right to keep and bear arms. We believe that our children should be taught to love their country, honor our history, and respect our great American flag. We stand tall, we stand proud, and we only kneel to Almighty God. This is who we are. This is what we believe. And these are the values that will guide us as we strive to build an even better and greater future. President Trump
Hey, hey, ho, ho, Western Civ has got to go!  Jesse Jackson (1987)
By focusing these ideas on all of us they are crushing the psyche of those others to whom Locke, Hume, and Plato are not speaking. . . . The Western culture program as it is presently structured around a core list and an outdated philosophy of the West being Greece, Europe, and Euro-America is wrong, and worse, it hurts people mentally and emotionally. Bill King (Stanford Black Student Union,1988)
Still nominally very much part of an atheistic, anti-foundational, French academic avant-garde in the United States, and now increasingly prominent in his position at Johns Hopkins, Girard was even one of the chief organizers of “The Languages of Criticism and the Sciences of Man,” the enormously influential conference, in Baltimore in October 1966, that brought to America from France skeptical celebrity intellectuals including Jacques Lacan, Lucien Goldmann, Roland Barthes, and, most consequentially, the most agile of Nietzschean nihilists, Jacques Derrida, still obscure in 1966 (and always bamboozlingly obscurantist) but propelled to fame by the conference and his subsequent literary productivity and travels in America: another glamorous, revolutionary “Citizen Genet,” like the original Jacobin visitor of 1793–94. After this standing-room-only conference, Derrida and “deconstructionism,” left-wing Nietzscheanism in the high French intellectual mode, took America by storm, which is perhaps the crucial story in the subsequent unintelligibility, decline, and fall of the humanities in American universities, in terms both of enrollments and of course content. The long-term effect can be illustrated in declining enrollments: at Stanford, for example, in 2014 alone “humanities majors plummeted from 20 percent to 7 percent,” according to Ms. Haven. The Anglo-American liberal-humanistic curricular and didactic tradition of Matthew Arnold (defending “the old but true Socratic thesis of the interdependence of knowledge and virtue”), Columbia’s Arnoldian John Erskine (“The Moral Obligation to Be Intelligent,” 1913), Chicago’s R. M. Hutchins and Mortimer Adler (the “Great Books”), and English figures such as Basil Willey (e.g., The English Moralists, 1964) and F. R. Leavis (e.g., The Living Principle: “English” as a Discipline of Thought, 1975) at Cambridge, and their successor there and at Boston University, Sir Christopher Ricks, was rapidly mocked, demoted, and defenestrated, with Stanford students eventually shouting, “Hey, hey, ho, ho! / Western civ has got to go!” The fundamental paradox of a relativistic but left-wing, Francophile Nietzscheanism married to a moralistic neo-Marxist analysis of cultural traditions and power structures — insane conjunction! — is now the very “gas we breathe” on university campuses throughout the West (…). Girard quietly repented his role in introducing what he later called “the French plague” to the United States, with Derrida, Foucault, and Paul DeMan exalting ludicrous irrationalism to spectacular new heights. M. D. Aeschliman
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
You always told us not to boast. Gisela Warburg
How can the proposed Declaration be applicable to all human beings and not be a statement of rights conceived only in terms of the values prevalent in the countries of Western Europe and America?” Melville J. Herskovits  (The American Anthropological Association, 1947)
Nelson (…) was what you would now call, without hesitation, a white supremacist. While many around him were denouncing slavery, Nelson was vigorously defending it. Britain’s best known naval hero – so idealised that after his death in 1805 he was compared to no less than “the God who made him” – used his seat in the House of Lords and his position of huge influence to perpetuate the tyranny, serial rape and exploitation organised by West Indian planters, some of whom he counted among his closest friends. It is figures like Nelson who immediately spring to mind when I hear the latest news of confederate statues being pulled down in the US. These memorials – more than 700 of which still stand in states including Virginia, Georgia and Texas – have always been the subject of offence and trauma for many African Americans, who rightly see them as glorifying the slavery and then segregation of their not so distant past. But when these statues begin to fulfil their intended purpose of energising white supremacist groups, the issue periodically attracts more mainstream interest. The reaction in Britain has been, as in the rest of the world, almost entirely condemnatory of neo-Nazis in the US and of its president for failing to denounce them. But when it comes to our own statues, things get a little awkward. The colonial and pro-slavery titans of British history are still memorialised: despite student protests, Oxford University’s statue of imperialist Cecil Rhodes has not been taken down; and Bristol still celebrates its notorious slaver Edward Colston. (…)  Britain has committed unquantifiable acts of cultural terrorism – tearing down statues and palaces, and erasing the historical memory of other great civilisations during an imperial era whose supposed greatness we are now, so ironically, very precious about preserving intact. And we knew what we were doing at the time. One detail that has always struck me is how, when the British destroyed the centuries-old Summer Palace in Beijing in 1860 and gave a little dog they’d stolen as a gift to Queen Victoria, she humorously named it “Looty”. This is one of the long list of things we are content to forget while sucking on the opium of “historical integrity” we claim our colonial statues represent. We have “moved on” from this era no more than the US has from its slavery and segregationist past. The difference is that America is now in the midst of frenzied debate on what to do about it, whereas Britain – in our inertia, arrogance and intellectual laziness – is not. The statues that remain are not being “put in their historical context”, as is often claimed. Take Nelson’s column. Yes, it does include the figure of a black sailor, cast in bronze in the bas-relief. He was probably one of the thousands of slaves promised freedom if they fought for the British military, only to be later left destitute, begging and homeless, on London’s streets when the war was over. But nothing about this “context” is accessible to the people who crane their necks in awe of Nelson. The black slaves whose brutalisation made Britain the global power it then was remain invisible, erased and unseen. Afua Hirsch
Why are we experiencing the worst civil disturbances in decades? It is because the proponents of radical change won’t have it any other way. Early 20th Century Italian Marxist Antonio Gramsci theorized that the path to a communist future came through gradually undermining the pillars of western civilization. We are now seeing the results of decades of such erosion, in education, in faith, in politics and in the media. The old standards of freedom, individual responsibility, equality and civic order are being assaulted by proponents of socialism, radical deconstruction and mob rule. Those who charge that institutional racism is rampant in America are the same as those who run the country’s major institutions – city governments, academe, the media, Hollywood, major sports leagues and the Washington, D.C. deep state bureaucracy. Accountability? None.  The irony is rich. At the same time, the only legal and institutional structures that mandate racially based outcomes do so in favor of other-than-majority groups. Anyone who questions this arrangement winds up cancelled. The public debate is hardwired for disunity, making the former language of inclusion the new dog whistle of racism. The exclusionary slogan “black lives matter” is sanctified while the more unifying “all lives matter” is called divisive. People who say they want a colorblind society are called bigots even as progressives push for segregated events and housing on college campuses and “CHOP” protesters demand Black-only hospitals. Martin Luther King’s dream that people will “live in a nation where they will not be judged by the color of their skin, but by the content of their character” is judged by today’s progressives as a call for white supremacy. The media goes out of its way to coddle violent protesters, calling them peaceful even as they verbally abuse and then throw bottles at police, saying they are not “generally speaking, unruly” standing in front of a burning building. Political leaders who benefit from disunity keep fanning the flames. For example House Speaker Nancy Pelosi’s reckless charge that the Senate police reform bill is “trying to get away with the murder of George Floyd” is irresponsibly divisive, especially since it was drafted by African American Senator Tim Scott (R-SC). Public monuments have borne the brunt of the violence in recent weeks. As President Trump predicted, the vandalism has moved well beyond statues of Confederates. Practically any statue is fair game. Washington, Jefferson, even Ulysses S. Grant, the man who defeated Lee’s army, all have been toppled by the mobs. And liberal city governments are taking down statues at least as fast as the rioters. But it would be a mistake to think that the statues themselves are at issue, or even what they symbolize. Rather it is the need for the radicals not just to cleanse American history but to make people feel ashamed of every aspect of it. In this way they clear a path for a radical future, buttressed by an unwavering sense of moral superiority that entitles them to smack down any dissent, usually gagging people in the name of “free speech.” We were told for years that anything the Trump administration did that was remotely controversial was an attempt to divide the country. Democrats frequently blamed insidious foreign influence, using expressions like “right out of Putin’s playbook” to keep the Russian collusion canard alive. But they are the ones who are weakening and dividing the country, to the evident glee of our Russian and Chinese adversaries. They have completely adopted longstanding Russian and Chinese propaganda lines about the United States being a country of endemic racism, poverty and oppression, when in fact America is an opportunity society and one of the most racially diverse and tolerant countries in the world. The protesters, their political allies and media backers are working hard to create the very sort of divisions they claim to oppose, because a weak, divided and ashamed America is their pathway to power. Chris Farrell
Il n’y a pas de plus grand monument à l’assujettissement colonial des peuples autochtones que le Mont Rushmore, et le projet du président de profaner davantage ce sol sacré avec des feux d’artifice et sa propre présence sans avoir été convié est un autre affront impardonnable. Il est temps de récupérer ou de démolir tous les monuments racistes. En tant que société, nous devons nous engager à respecter en permanence les populations marginalisées. Lakota People’s Law Project
The statue of Columbus sat in front of Columbus City Hall for 65 years. It was a gift from the people of Genoa, Italy. Now the mayor’s office says it’s “in safekeeping at a secure city facility.” What a blow to U.S.-Italy relations. At least he could offer to give the statue back. A second Columbus likeness, a marble of the navigator pointing west, was booted last month by Columbus State Community College, where it used to stand in the downtown Discovery District. The mayor’s office says the unelected Columbus Art Commission will launch a “participatory process” to find new art that “offers a shared vision for the future.” Good luck. “Let’s just leave the space empty,” one Dispatch letter suggested, “because if not everyone is happy should anyone be happy?” What a sad sign of the times. WSJ
ABC News published a report this week titled “New government data, shared first with ABC News, shows the country’s premier outdoor spaces – the 419 national parks – remain overwhelmingly white.” The story’s headline reads, “America’s national parks face existential crisis over race,” adding in the subhead, “A mostly white workforce, visitation threatens parks‘ survival and public health.” “Just 23% of visitors to the parks were people of color,” the report adds, “77% were white. Minorities make up 42% of the U.S. population.” As it turns out, white people really enjoy hiking and camping, and that is a problem for the parks, the ABC News report claims, because people of color will be a majority in America by 2044. The article then goes on to quote outdoor enthusiasts of color who say they do not feel welcome at the “overwhelmingly white” national parks. These advocates, the article reads, “say they hope the moment since George Floyd’s death in police custody brings attention to systemic racism in the outdoors as well as other parts of society and translates into a long-term change in attitudes and behavior.” Sorry, everyone. Even national parks are racist now. This is not normal behavior from our press. This is a mental breakdown in the works. People of the future will look at all this and wonder how on earth these stories made it into print. The best thing that can happen now for the news industry is for the pandemic to pass, the lockdowns to lift, and for everyone to go outside and get some fresh air. Because the way nearly everyone in the press is behaving now, it seems clear that cabin fever has set in hard, and it is an epidemic we may not shake as quickly as the coronavirus. Becket Adams
People have said for decades that America needs to have “an honest conversation about race.” Is this what they had in mind—this drama of marches, riots, witness videos, tear-gassings, surging police lines, Trump tweets, Zoom pressers, statue-topplings, Facebook screeds, cable television rants, window-smashings, shop-burnings, police-defundings, escalating murder rates and the distant thunder of editorial boards? Veterans in the field of less-than-revolutionary race relations learned that a certain amount of truth-suppression is actually helpful—preferable to the “honesty” of hatred, for example. Much progress has been accomplished under cover of hypocrisy—or, if you like, civility. Good manners and artful hypocrisy were Booker T. Washington’s game, but he was written off as an Uncle Tom long ago. We live now in the regime and culture of confrontation—ideology as performance, anger as proof of authenticity. You remember how much trouble Joe Biden got into when he bragged about his ability to get along with segregationists in the 1970s. Mr. Biden was preening thoughtlessly on his skill in the arts of the old hypocrisy. Now he has learned his lesson and embraces the left’s idea of honesty—no deviation from the party line or from the officially approved emotions. How do you judge a moment of history when you are in the thick of it? How can you tell if all of this will be remembered as historic or will be superseded and forgotten as another momentary sensation, another self-important mirage? The current moment feels intensely historic now, but we shall see. Black Lives Matter has ambitions to abolish its own version of the Chinese Cultural Revolution’s “Four Olds”—old customs, old culture, old habits, old ideas—and to add a fifth, old statues. Yet this summer the titanic racial theme competes and fuses with other superstories—the pandemic and its economic consequences, the presidential race, America’s long-running politico-religious civil war. Raw emotion pours out of social media and into the streets—outrage, with a touch of holiday. On the other side is an oddly silent majority. It seems eerie that so much of the country—the land of “white supremacy,” as the left likes to think of it—gives the appearance of having almost acquiesced, as if it has conceded that the eruptions might be justified and even overdue. Can it be that the silenced majority has had an epiphany, that in its heart it acknowledges the justice of black Americans calling in Thomas Jefferson’s IOU, “I tremble for my country when I reflect that God is just, and that his justice cannot sleep forever”? There’s some of that—changed minds, old prejudice grown reflective. In any case, the silenced majority, out of moral courtesy, has been reluctant to criticize people demonstrating in the wake of George Floyd’s killing. At the same time, it recoils—more indignantly and incredulously each day—from the left’s overall program and mind-set, which it considers insidious if not crazy. When major cities propose to cut off funds for their police departments or to abolish them altogether, that Swiftian absurdity makes a deep impression, confirming a broader doubt about the left’s intentions and mental health. The most tragic impediment to an honest conversation about race in America is fear—an entirely realistic fear of being slain by the cancel culture. This fear to speak is a civic catastrophe and an affront to the Constitution. It induces silent rage in the silenced. It is impossible to exaggerate the corrupting effect that the terror of being called a “racist”—even a whiff of the toxin, the slightest hint, the ghost of an imputation—has on freedom of discussion and the honest workings of the American public mind. Racism in America is no longer totalitarian, as it once was, especially in the South. The cancel culture is the new totalitarianism, a compound of McCarthyism, the Inquisition, the Cultural Revolution, the Taliban and what has become a lethal and systemic ignorance of history—almost a hatred of it. All that wild, unearned certainty, all that year-zero zealotry, discredits those who associate themselves with the cause and makes a mockery of their sweet intentions. Much of the white woke rage is radiant with mere self-importance. And it’s going to backfire. Newton’s Third Law of Motion hasn’t been repealed: For every action there is still an equal and opposite reaction. My sense is that there is quietly building a powerful backlash, which will express itself on Nov. 3, if not before. My guess is that polls now showing Mr. Biden far ahead don’t reflect reality. It may be impossible for President Trump to win; for some reason, he collaborates daily with his enemies to sabotage his chances. But the outcome is by no means as certain as the polls now suggest. Lance Morrow
Lorsqu’on fait l’expérience de la montée fulgurante de la violence comme j’en ai été témoin en Algérie, au début des années 1990, on ne peut que chérir la liberté. J’ai pris, soudainement, conscience dans la jeune vingtaine du privilège que j’avais de vivre. Résister à l’islam politique est devenu le combat de ma vie. Soutenir Mila s’inscrit, naturellement, dans cette démarche. Lorsque tout fout le camp, il ne reste que les fondamentaux pour donner un sens à l’existence. (…) En réalité, j’ai très vite déchanté en arrivant en France avec ma famille, mes parents, professeurs d’université, et mon frère, jeune lycéen. Nous nous sommes installés à Saint-Denis, ville cosmopolite, à l’époque, qui avait une tradition dans l’accueil des réfugiés politiques. Je pense, notamment, à nos camarades espagnols, italiens, grecs et portugais qui avaient fui le fascisme. Quant à nous, notre situation était considérée comme différente de la leur. Nous étions hors champ. Je pense que c’est autour de cette ambiguïté de notre statut que sont nés d’abord les malentendus, puis les dérives. En d’autres mots, nous reconnaître ne serait-ce que, symboliquement, le statut de réfugié politique revenait à placer l’islam politique dans l’histoire et le considérer comme une menace planétaire. Or, il n’en a rien été. Les États occidentaux et leurs élites intellectuelles dominantes ne se sont pas sentis concernés par ce qui s’est joué en Algérie dans les années 1990, tout comme en Iran en 1979. Certains prétendaient que la menace islamiste allait rester confinée aux frontières de ces pays, d’autres, comme les États-uniens (sic), étaient convaincus de pouvoir «domestiquer» l’islamisme. Depuis, il n’a cessé de progresser et de muter. Pour trois raisons principalement. La puissance de son idéologie, sa capacité à s’adapter à n’importe quel environnement institutionnel et, finalement, sa force mobilisatrice. Pour revenir à votre question de départ, ceux qui menacent nos libertés ne sont pas seulement les islamistes. Mais ceux qui ont renoncé à les exercer et à les défendre. (…) La France était pour moi un havre de paix qui m’a permis de me reconstruire. Je n’oublierai jamais de ma vie cette sensation de marcher librement dans la rue, cheveux au vent, sans avoir à vérifier s’il y avait, au coin d’une rue, un salaud pour me buter. La sécurité est, en ce sens, la première des libertés. Comment dire? Pour une femme, c’est encore plus vrai. Ceux qui, comme moi, en ont été privés en mesurent toute l’importance. Je pense à mes amies afghanes, iraniennes et saoudiennes qui sont en première ligne. Évoquer cette période c’est aussi parler des solidarités. La France, à travers un tissu associatif dynamique, des syndicats, universitaires, artistes et simplement des gens d’une grande générosité, a participé à atténuer nos blessures et à nous rattacher à notre humanité. Ultimement, pour sortir de nos vies cabossées et de nos destins fracassés, nous ne pouvions compter que sur notre résilience. Sur le plan politique, c’était beaucoup plus compliqué. L’asile politique a été offert en France, en Europe, aux États-Unis et au Canada aux chefs du FIS et du GIA et à leurs militants, ceux-là même dont les mains étaient entachées de sang. Il se trouvait des journalistes comme Edwy Plenel ou des universitaires comme François Burgat pour les absoudre de leurs crimes. Vous vous souvenez du petit jeu du «Qui tue qui?» («On ne sait pas qui tue qui?»: durant la tragique décennie noire en Algérie, cette formule en vogue était employée par certains observateurs, en particulier en Europe et en France, pour désigner l’armée algérienne comme seule responsable des massacres sur les civils alors que ces derniers étaient perpétrés par des groupes islamistes, NDLR) en Algérie qui a donné, plus tard, le «je ne suis pas Charlie»? Toujours les mêmes aux commandes pour faire courir des «si», multiplier des «mais» et évacuer toute la dimension idéologique et politique de notre combat. Pour eux, les islamistes, à bien y regarder, n’étaient pas vraiment des islamistes, et surtout pas des assassins. Et ceux qui s’opposaient à leurs desseins fascistes n’étaient pas des résistants. La régression? Elle n’est qu’une simple conséquence de cette confusion. Mais attention! N’allez pas imaginer que nous nous sommes tus. Même si cette thèse du «Qui tue qui?» nous était insupportable, nous l’avons confrontée. Dénoncée. Nous ne nous sommes jamais résignés. Jamais. Nous avons continué à parler, écrire, militer et mettre en garde contre la contagion islamiste, ici comme ailleurs. Nous, nous n’habitions pas les beaux quartiers. Encore là, le discours dominant dans le milieu médiatique était à la victimisation des musulmans. Notre parole était pratiquement inaudible. (..) Je remercie, vivement, Marianne d’avoir été à nos côtés depuis le début. Mon père est le premier à avoir osé lever le voile sur les graves dérives qui touchent Saint-Denis, qui n’est pas n’importe quelle ville. Elle est au cœur du dispositif indigéniste. Tout comme elle est au centre de la stratégie de l’internationale islamiste. Tout cela est largement documenté dans le livre «Quatre-vingt-treize», de Gilles Kepel… depuis 2012. Il n’était plus possible pour mon père de se taire. Ne pensez pas que ce geste a été sans conséquence pour lui. Vivre au quotidien dans la gueule du loup ça use. Même les plus courageux parmi nous. À l’évidence, ceux qui, comme mon père, habitent dans les quartiers populaires et résistent aux islamistes et à la mafia ne bénéficient d’aucune protection et n’ont pas le soutien des élus locaux. En 2009, avec quelques Dionysiens nous avons mis en place l’Observatoire de la laïcité de Saint-Denis (qui n’a rien à voir avec celui de Bianco, qui a détourné notre nom). Nous avons reçu deux cacahuètes de subside alors que l’association de Rokhaya Diallo, qui n’y est pas domiciliée, est grassement subventionnée pour offrir des ateliers sur les cheveux frisés. On se moque de qui? À Saint-Denis, il y a pourtant beaucoup d’initiatives citoyennes à encourager, comme l’association Les Résilientes. (…) loin de l’islamisme que j’avais retrouvé en France. (…) j’ai choisi le Québec, pays francophone, ouvert à l’immigration, véritable démocratie où il fait bon vivre pour les femmes. Puis, il y a eu le 11 Septembre 2001. J’étais correspondante de presse pour le journal algérien El-Watan, je me suis rendue, tout de suite, à New York avec mon amoureux qui était lui aussi journaliste. Nous sommes revenus de ce voyage bouleversés. En effet, tout avait basculé! (…) au cœur du dispositif législatif canadien il existe, depuis 1985, une possibilité de se soustraire aux règles communes en faisant valoir ses croyances religieuses. C’est ce qu’on appelle l’accommodement raisonnable devenu célèbre depuis le début des années 2000. Une simple demande faite «de bonne foi» suffit à obtenir une dérogation. Et ça peut aller très loin. Une enfant de maternelle dont les parents musulmans obligent l’école à lui mettre sur la tête un casque insonorisé pour la prémunir des chants de Noël. Paraît-il que c’est dans leur religion! Un jeune adolescent sikh autorisé à porter le kirpan (un poignard) à l’école après une bataille judiciaire qui est allée jusqu’en Cour suprême et a duré quatre ans. Des milliers de dollars pour faire plier une école et renverser deux décisions de justice. Théoriquement, il y a quelques garde-fous. Dans la pratique, les institutions qui refusent les accommodements se font traîner en justice. Ça coûte un fric fou! Ce qu’il faut comprendre par là c’est que les lobbies politico-religieux, riches et puissants, ont trouvé dans les accommodements un boulevard pour défaire ce qui a été chèrement acquis avec la Révolution tranquille. Il me paraissait urgent de proposer une charte de la laïcité pour retrouver le sens du commun. C’est ce que j’ai fait à travers mon engagement au Parti québécois où j’ai obtenu l’appui de deux femmes remarquables, Pauline Marois (ancienne première ministre) et Louise Beaudoin, et de notre ancien premier ministre, le regretté Bernard Landry. Cette loi qui a été adoptée en juin dernier est l’aboutissement d’un long combat. Il est, surtout, une claque à la face du multiculturalisme canadien.(…) La censure et l’autocensure dans les universités, les médias, le monde culturel sont désormais une réalité qu’il est difficile de déjouer. Nous manquons cruellement d’espace pour la confrontation des idées. Le débat est très mal vu. La recherche permanente d’un consensus valide l’idée selon laquelle la meilleure posture est une moyenne de toutes les postures. Nous n’avons pas de service public digne de ce nom. Nous avons une télévision et une radio d’État, Radio-Canada, au service d’une idéologie: le multiculturalisme qui a expurgé les laïques du débat public. Tout ce qui concerne l’islam et les musulmans relève du tabou. Alors vous imaginez ce livre avec un tel titre? (« Ma vie à contre-Coran ») Il y a encore des courageux qui osent. Mais à quel prix? Heureusement que nous avons encore Denise Bombardier et ses collègues du Journal de Montréal pour élargir nos horizons. (…) Justin Trudeau est convaincu de la supériorité morale du Canada sur les États-Unis et sur l’Europe. Pour lui, les attentats terroristes islamistes sont le résultat d’une mauvaise intégration des immigrants. Sa devise est simple: il n’y a qu’à être gentil pour susciter les bons sentiments. Sauf que les premiers réseaux terroristes au Canada sont apparus dans les années 1990. Ils étaient l’œuvre d’anciens militants du FIS. Il n’y a plus aucun journaliste pour le rappeler. (…) (le multiculturalisme)Tariq Ramadan le considère comme le meilleur système. En 2012, lorsque je me suis présentée aux élections, il a animé un grand meeting, à Montréal, pour appeler ses partisans à me barrer la route. À moi, mes collègues, mon parti. Ceux qui s’étaient faufilés en haut de la liste sont les porte-paroles d’un parti islamo-gauchiste, Québec solidaire, qui n’a plus rien de solidaire. Vous voyez bien que ce n’est pas très différent de la France. La trahison de la gauche communautariste permet aux islamistes de gagner du terrain. Demila Benhabib
We must resist the temptation to romanticize history’s losers. The other civilizations overrun by the West’s, or more peacefully transformed by it through borrowings as much as by impositions, were not without their defects either, of which the most obvious is that they were incapable of providing their inhabitants with any sustained improvement in the material quality of their lives. (…)  civilization is much more than just the contents of a few first-rate art galleries. It is a highly complex human organization (…) as much about sewage pipes as flying buttresses.”  Niall Ferguson French postmodern theory refuses to distinguish between high and low culture, attempting to make it futile even to discuss whether this or that work of art is or is not lovely or important. If you want to argue that Kanye West’s lyrics are as good as Shakespeare, or Mongolian yurts are as sophisticated a form of architecture as Bauhaus, then Foucault will support you all the way. But if you want to understand why we do not have child slavery in the West, or disenfranchised women, or imprisonment without trial, or the imprisonment of newspaper editors, you simply have to study the cultural history that produced such an unusual and extraordinary situation in human history. It is inescapable and not susceptible to postmodernist analysis. It’s not about the aesthetic or literary superiority of certain artworks, but about the unequivocal good of human dignity. If Ms. Rashatwar finds the idea of losing her human rights so “romantic,” she is always welcome to move to Saudi Arabia, which is still awaiting its Enlightenment. The late, very great Gertrude Himmelfarb identified three separate Enlightenments — English, French, and Scottish — at different though overlapping stages of the 18th century, with different emphases in different places at different times. Chartres Cathedral was not dedicated until 1260, so there were five centuries between then and the Enlightenments, but they were the moments when people began to throw off superstition and belief in magic and witchcraft, to look at the world afresh, unafraid of what they might find and where it might take them, even at the risk of unbelief. If the Islamic world had had such a moment, it would not have been left behind in so many areas of accomplishment since it was turned back from the gates of Vienna in 1683, with the result that its fascist-fundamentalist wing might not have existed to lash out in such fury and resentment on 9/11. The recent Security Conference in Munich took as its theme and title “Westlessness” — an ugly word in English, worse in German — intending to prompt international decision-makers into thinking about what might happen if the Trump administration were ever to get as tough over NATO underfunding as it has long threatened to do. Another fear of Westlessness, however, should be about the eclipse of Western civilization as a subject for study, as a result of a hugely successful Gramscian march through the institutions that started long before Jesse Jackson and his megaphone visited Stanford. For far from becoming a Kumbaya touchy-feely place, a truly Westless world would be a neo-Darwinian free-for-all in which every state merely grabbed what it could, a return to the world Hobbes wrote about in Leviathan. The Left should beware what it claims to wish for, and Western civilization should be taught once more in our schools and colleges. For as Churchill knew as the bombs were falling and London was burning in December 1940, it is worth fighting for. Andrew Roberts

C’est la faute à Foucault ! (Après la peste… la rage !)

En ces temps étranges …

Où après l’hystérie collective du virus chinois

Et le psychodrame – de Colomb et la fête nationale jusqu’aux… parcs nationaux ! – du prétendu « racisme systémique » …

L’Amérique semble à nouveau emportée – et tout l’Occident peut-être avec elle ?

Par une de ces vagues périodiques de furie auto-purificatrice

Et où en ce singulier 244e anniversaire de la Déclaration d’indépendance américaine …

Le président américain se voit contraint …

Entre deux manifestations ou déboulonnages de statues …

A en rappeler toute l’importance au pied même d’un de ses plus imposants symboles  …

Comment ne pas repenser …

Avec la National Review

A ces alors bien innocents jours il y a trente ans à peine …

Où reprenant les nouveaux diktats de la French theory de nos Foucault et Derrida …

Jessie Jackson et ses amis appelaient au sein même de l’université Stanford

A rien de moins que… la fin de la Civilisation occidentale ?

Why We Must Teach Western Civilization

Andrew Roberts National Review April 30, 2020 Tuesday, December 3, 1940, Winston Churchill read a memorandum by the military strategist Basil Liddell Hart that advocated making peace with Nazi Germany. It argued, in a summary written by Churchill’s private secretary, Jock Colville, that otherwise Britain would soon see “Western Europe racked by warfare and economic hardship; the legacy of centuries, in art and culture, swept away; the health of the nation dangerously impaired by malnutrition, nervous strains and epidemics; Russia . . . profiting from our exhaustion.” Colville admitted it was “a terrible glimpse of the future,” but nonetheless courageously concluded that “we should be wrong to hesitate” in rejecting any negotiation with Adolf Hitler.

It is illuminating — especially in our own time of “nervous strains and epidemics” — that in that list of horrors, the fear of losing the “legacy of centuries” of Western European art and culture rated above almost everything else. For Churchill and Colville, the prospect of losing the legacy of Western civilization was worse even than that of succumbing to the hegemony of the Soviet Union. 

Yet today, only eight decades later, we have somehow reached a situation in which Sonalee Rashatwar, who is described by the Philadelphia Inquirer as a “fat-positivity activist and Instagram therapist,” can tell that newspaper, “I love to talk about undoing Western civilization because it’s just so romantic to me.” Whilst their methods are obviously not so appallingly extreme, Ms. Rashatwar and the cohorts who genuinely want to “undo” Western civilization are now succeeding where Adolf Hitler and the Nazis failed.

 The evidence is rampant in the academy, where a preemptive cultural cringe is “decolonizing” college syllabuses — that is, wherever possible removing Dead White European Males (DWEMs) from it — often with overt support from deans and university establishments. Western Civilization courses, insofar as they still exist under other names, are routinely denounced as racist, “phobic,” and generally so un-woke as to deserve axing. 

Western civilization, so important to earlier generations, is being ridiculed, abused, and marginalized, often without any coherent response. Of course, today’s non-Western colonizations, such as India’s in Kashmir and China’s in Tibet and Uighurstan, are not included in the sophomores’ concept of imperialism and occupation, which can be done only by the West. The “Amritsar Massacre” only ever refers to the British in the Punjab in 1919, for example, rather than the Indian massacre of ten times the number of people there in 1984. Nor can the positive aspects of the British Empire even be debated any longer, as the closing down of Professor Nigel Biggar’s conferences at Oxford University on the legacy of colonialism eloquently demonstrates.

We all know the joke that Mahatma Gandhi supposedly made when he was asked what he thought about Western civilization: “I think it might be a good idea.” The gag is apocryphal, in fact, first appearing two decades after his death. But very many people have taken it literally, arguing that there really is no such thing as Western civilization, from ideologues such as Noam Chomsky to the activists of the Rhodes Must Fall movement at Oxford University, who demand the removal from Oriel College of the statue of the benefactor of the Rhodes Scholarships.

Increasingly clamorous demands by African and Asian governments for the restitution of artifacts “stolen” from their countries during colonial periods are another aspect of the attack, an attempt to guilt-shame the West. It also did not help that for eight years before 2016, the United States was led by someone who was constantly searching for aspects of Western behavior for which to apologize.

This belief that Western civilization is at heart morally defective has recently been exemplified by the New York Times’ inane and wildly historically inaccurate “1619 Project,” which essentially attempts to present the entirety of American history from Plymouth Rock to today solely through the prism of race and slavery. “America Wasn’t a Democracy until Black Americans Made It One” was the headline of one essay in the New York Times Magazine launching the project, alongside “American Capitalism Is Brutal: You Can Trace That to the Plantation” and “How Segregation Caused Your Traffic Jam.” When no fewer than twelve — in the circumstances very brave — American Civil War historians sent a letter itemizing all the myriad factual errors in the project’s founding document, the New York Times refused to print it. Yet the Project plans to create and distribute school curriculums that will “recenter” America’s memory.

None of this would amount to much if only schools and colleges were not so keen to apologize for and deny Western civilization, and to abolish or dumb down the teaching of important aspects of it. The classics faculty at Oxford University, to take one example of many, has recently recommended that Homer’s Iliad and Virgil’s Aeneid be removed from the initial module of the literae Humaniores program in ancient literature, history, and philosophy, giving as their reason the difference in recent exam results between male and female undergraduates, and the difference in expertise in Latin and Greek between privately and publicly educated students. The supposed guardians of the discipline are therefore willing to put social experimentation and social leveling before the best possible teaching of the humanities, a disgraceful position for one of the world’s greatest universities to have adopted.

A glance at the fate of “Western Civ” courses in the United States suggests that there is a deep malaise in our cultural self-confidence. The origin of the concept of Western civilization as a subject is found in the “War Issues” course offered to students at Columbia University in 1918, just after the United States’ entry into World War I. By learning the politics, history, philosophy, and culture of the Western world, students were given the opportunity to understand the values for which they were about to be asked to risk their lives. In 1919, the Columbia course was developed into “An Introduction to Contemporary Civilization,” which was followed by a similar innovation at the University of Chicago in 1931.

By 1964, no fewer than 40 of the 50 top American colleges required students to take such a class, which, to take Stanford University as an example, had evolved into a core canon of around 15 works, including those by Homer, Virgil, Plato, Dante, Milton, and Voltaire. While the content of the Western Civ courses was considerably more flexible, complex, and diverse than subsequent critics have suggested (as Herbert Lindenberger’s study The History in Literature: On Value, Genre, Institutions explains), the courses did indeed treat Western civilization as a uniform entity. In the last decade, that was derided as so inherently and obviously evil that Western Civ courses had disappeared altogether, miraculously holding out in their Columbia birthplace and in few other places, including brave, non-government-funded outposts of sanity such as Hillsdale College in Michigan and the incipient Ralston College in Savannah.

For all that we must of course take proper cognizance of other cultures, the legacy of Western culture, in terms of both its sheer quality and its quantity, is unsurpassed in human history. We are deliberately underplaying many of the greatest contributions made to poetry, architecture, philosophy, music, and art by ignoring that fact, often simply in order to try to feel less guilty about imperialism, colonialism, and slavery, even though the last was a moral crime committed by only a minority of some few people’s great-great-great-grandparents.

As a result, future generations cannot be certain that they will be taught about the overwhelmingly positive aspects of Western civilization. They might not now be shown the crucial interconnection between, for example, the Scrovegni Chapel by Giotto at Padua, which articulates the complex scholasticism of Saint Augustine in paint; Machiavelli’s The Prince, the first work of modern political theory; Botticelli’s Primavera, the quintessence of Renaissance humanism in a single painting; the works of Teresa of Ávila and Descartes, which wrestle with the proof of discrete individual identity; Beethoven’s symphonies, arguably the most complex and profound orchestral works ever written; and Shakespeare, whose plays Harold Bloom has pointed out, “remain the outward limit of human achievement: aesthetically, cognitively, in certain ways morally, even spiritually.” Even if students are taught about these works individually, they will not be connected in a context that makes it clear how important they are to Western civilization.

We cannot therefore know, once the present campaign against Western civilization reaches its goal, that our children and grandchildren will be taught about the living thing that intimately connects Europe’s Gothic cathedrals, which are mediations in stone between the individual and the sublime; the giants of the 19th-century novel, from Dickens to Flaubert to Tolstoy, in whose works contemporary life realistically observed becomes a fit subject for art; the Dutch masters of the 17th century such as Rembrandt, who wrestled visually with the human condition in a fashion that still speaks to us across the centuries; Versailles, the Hermitage, and the Alhambra, which, though bombastic, are undeniably ravishing expressions of the human will. Faced with the argument that Western culture is no longer relevant, it’s tempting to adopt Dr. Johnson’s argument, aim a good kick at the nearest neoclassical building, and announce, “I refute it thus.”

Mention of the Alhambra in Granada prompts the thought that any course in Western civilization worth its name ought also to include the Umayyad Caliphate, of which Córdoba  in modern-day Spain was the capital between 756 and 929. In the wake of the conquest of Spain and the establishment of the Muslim confederacy of Al-Andalus, Córdoba  became a flourishing, polyglot, multicultural environment in which religious tolerance, despite Jews’ and Christians’ being obliged to pay a supplementary tax to the state, produced an atmosphere of intellectual progressiveness that made it one of the most important cities in the world. Discoveries in trigonometry, pharmacology, astronomy, and surgery can all be traced to Córdoba. At a certain point, then, a very particular set of historical circumstances produced an equally particular set of intellectual ideas, which had significant material consequences. The study of Western civilization is therefore emphatically not solely that of Christian DWEMs.

In 1988, Jesse Jackson led Stanford students in the chant, “Hey, hey, ho, ho, Western Civ has got to go!” The protests attracted national headlines and inspired a television debate between the university’s president and William Bennett, then secretary of education. Bill King, the president of the Stanford Black Student Union, claimed at that time, “By focusing these ideas on all of us they are crushing the psyche of those others to whom Locke, Hume, and Plato are not speaking. . . . The Western culture program as it is presently structured around a core list and an outdated philosophy of the West being Greece, Europe, and Euro-America is wrong, and worse, it hurts people mentally and emotionally.” He presented no actual evidence that reading Locke, Hume, or Plato has ever hurt anyone mentally or emotionally, and that was of course decades before the snowflake generation could proclaim themselves offended by the “micro-aggression” of a raised eyebrow. 

In 2016, over 300 Stanford students signed a petition requesting a ballot on the restoration of the Western Civ course. Fewer people voted for the ballot than voted to have it in the first place. In his book The Lost History of Western Civilization, Stanley Kurtz places the events at Stanford center stage for what went so badly wrong later across America, as the skewed thinking behind the deconstructionist, multiculturalist, postmodern, and intersectional movements caused so much damage to education for so long. 

Kurtz reminds us that what the Western Civ courses really did was to root a people in their past and their values. The trajectory of Western culture was shown to have run from Greece via Rome to Christendom, infused by Judaic ideas and morality along the way via Jerusalem, but then detouring briefly through the Dark Ages, recovering in the Renaissance, which led to the Reformation, the Enlightenment, and thus the scientific, rational, and politically liberated culture of Europe and European America. “From Plato to NATO,” as the catchphrase went. 

At the center of this transference of values across time and space was democracy, of which Winston Churchill famously said, “Many forms of government have been tried, and will be tried in this world of sin and woe. No one pretends that democracy is perfect or all-wise. Indeed, it has been said that democracy is the worst form of government, except for all those other forms that have been tried from time to time.” The generations who grew up knowing that truth, rather than weltering in guilt and self-doubt about “false consciousness” and so on, were the lucky ones, because they were allowed to study the glories of Western civilization in a way that was unembarrassed, unashamed, and not saddled with accusations of guilt in a centuries-old crime that had absolutely nothing to do with them. They could learn about the best of their civilization, and how it benefited — and continues to benefit — mankind. 

As Ian Jenkins, the senior curator of the Ancient Greek collection at the British Museum, put it in his book on the Elgin Marbles — politically correctly entitled “The Parthenon Sculptures” — “Human figures in the frieze are more than mere portraits of the Athenian people of the day. Rather they represent a timeless humanity, one which transcends the present to encompass a universal vision of an ideal society.” The Parthenon itself set out the architectural laws of proportion that still obtain to this day, and later in the book Jenkins points out how the sculptures “transcend national boundaries and epitomize universal and enduring values of excellence.” It was no coincidence that interest in them permeated the Western Enlightenments of the 18th century. 

While the Parthenon was being built, Pericles contrasted the openness and moderation of Athenian civic life with the militaristic, secretive, dictatorial Spartans in his Funeral Speech of 430 b.c., and this struck a chord with the Enlightenment thinkers of 23 centuries later, just as it should continue to do with us today, reminding us why Western values are indeed superior to those that actuate the leaders of modern China, Russia, Iran, Venezuela, North Korea, and Zimbabwe. Marxism-Leninism began as a Western concept but was overthrown in the West, whereas it tragically still thrives in other parts of the world. And yes, we know that the architect Phidias employed slaves and metics (foreigners) in building the Parthenon, not just Athenian freemen.

“Carved around the middle of the fifth century bc,” writes Neil MacGregor, former director of the British Museum, the Elgin Marbles “are the product of a creative culture that is credited with the invention of such aspects of modern Western civilization as democracy, philosophy, history, medicine, poetry and drama.” Of course, no one is claiming that Oriental, Persian, and Arab civilizations did not have all of those listed — except democracy, which they did not have then and most still do not today — and no one suggests that Aboriginal Australians, South Sea Islanders, the Aztecs and Incas, ancient Egyptians, or the Khmer Empire that built Angkor Wat for the god Vishnu did not have their own worthy civilizations, too. 

Yet even the very greatest achievements and physical creations of those other civilizations simply cannot compare to what the Greco-Roman and Judeo-Christian Western civilization has produced in philosophy, history, medicine, poetry, and drama, let alone democracy. 

Anyone reading Charles Murray’s superb and unanswerable book Human Accomplishment cannot but accept that the contribution made to mankind — the whole of it, not just the West — by DWEMs has statistically utterly dwarfed that made by the whole of the rest of the world combined. Whilst the transformative powers of cathedrals and concertos are relatively debatable, Nobel prizes for science and medical breakthroughs can be numerically compared, as can the fact that there is no one in any other civilization who can objectively match the sheer volume and density of the poetic and dramatic work of Shakespeare. To deny that is to start going down the route of the discredited Afrocentrist historians who were reduced to claiming that ancient African civilizations had visited Latin America and significantly influenced the cultures they found there.

“From the constitution drafted by the founding fathers of the American republic to the war-time speeches of Winston Churchill,” Jenkins writes, “many have found inspiration for their brand of liberal humanism, and for a doctrine of the open society, in the Funeral Speech of Perikles.” If Pericles had lost an election or been ostracized in the annual vote of Athenians, he would have stood down from office in the same way that Boris Johnson, Donald Trump, and Emmanuel Macron would after a defeat in a free and fair election in their countries, whereas that is inconceivable in many totalitarian countries not infused by the ethics of the West. That is ultimately why we should not apologize for Western civilization, why it should be proselytized around the world and certainly taught as a discrete discipline in our schools and universities. 

Western Civilization courses never pretended that the West invented civilization, as the French anthropologist Claude Lévi-Strauss emphasized in his foreword to the UNESCO International Social Science Bulletin in 1951. Considering some of the most ancient sites of human habitation in the world, such as Mohenjo-daro and Harappa in the Indus Valley, he observed straight streets intersecting at right angles, industrial workshops, utilitarian housing for workers, public baths, drains and sewers, pleasant suburbs for the wealthier classes; in short, what he called “all the glamour and blemishes of a great modern city.” Five thousand years ago, therefore, the most ancient civilizations of the old world were giving their lineaments to the new. As a new history of the world by the British historian Simon Sebag Montefiore will shortly demonstrate, the inhabitants of Egypt, China, and Persia were creating sophisticated art and architecture, legal and numerical systems, and literary and musical traditions while the peoples of Europe were still covered in woad and living in mud huts. 

What might Homer have to say about being civilized? The Iliad, which describes the clash between the Greeks and the Trojans, is not a description of a conflict between two nation-states. Adam Nicolson characterizes the conflict in The Mighty Dead: Why Homer Matters as “the deathly confrontation of two ways of understanding the world.” In this 4,000-year-old scenario, the Greeks are the barbarians. They are northern warriors, newly technologically empowered with ships and bronze spears, who want what the Trojans have got. They are pirates: coarse, animalistic, in love with violence. They are savage, rootless nomads who trade women as commodities (a three-legged metal tripod to put vases on is worth twelve oxen; a woman, four) and lust after the treasure hidden within Troy’s walls.

The city of Troy is wealthy, ordered, graceful, and stable, and the Greeks covet it. In the climax of the poem, Achilles, the ultimate man of the plains, confronts Hector of Troy, the man of the city. In disarmingly exhilarating and violent poetry, the outsider slaughters the insider. The barbarians have won. Or have they? After the battle, Priam, Hector’s grieving father, visits Achilles in his tent. Troy is doomed but Achilles marvels at Priam’s humility, at his ability to respect the man who has murdered his beloved son. From the “mutuality and courage of that wisdom,” writes Nicolson, “its blending of city and plain, a vision of the future might flower.”

Our word “civilization” derives from the Latin “civilis,” from “civis” (citizen) via “civitas” (city). The city is the locus for human encounter and understanding, for exchange and connection, for the development of communal and peaceful coexistence, for the flourishing of both everyday exchange and sophisticated arts. Opponents of the teaching of Western civilization object that European countries built their wealth and cultural achievements on the colonial exploitation and enslavement of non-European peoples. Yet as Homer demonstrates, the development of civilization has always been predicated upon darker forces. 

The Crusaders of medieval Europe were no more bloody and cruel than the wars of conversion enacted by the expanding Islamic world in the seventh and eighth centuries. The Ethiopian Empire (1270–1974) was founded upon slavery, as was the Ottoman Empire (1299–1924). If the history of the West needs to be taught critically, then so too does that of the East or the so-called global South. No civilization has been morally pure. 

“Competition and monopoly,” writes Niall Ferguson sagely in his book Civilization: The West and the Rest, “science and superstition; freedom and slavery; curing and killing; hard work and laziness — in each case, the West was the father to both the good and the bad.” Those early Western Civ courses never tried to argue that it was flawless — Karl Marx sometimes used to be taught in them, after all — but in the 20th century, students had more common sense and took that for granted, and were not looking for ever-new ways to be offended.

Christianity, for all its schisms and intolerance, its occasionally obnoxious obscurantism and iconoclasm, has been overall an enormous force for good in the world. The Sermon on the Mount was, as Churchill put it, “the last word in ethics.” 

Christians abolished slavery in the 1830s (or three decades later in America’s case), whereas outside Christendom the practice survived for much longer, and identifiable versions of it still exist in some non-Christian and anti-Christian countries today. 

The abolition of slavery did not merely happen by votes in Parliament and proclamations from presidents; it was fought for by (and against) Christians with much blood spilt on both sides. That would not have happened without the Judeo-Christian values and the Western Enlightenment that are so central to Western civilization. The Royal Navy ran its West Africa Preventive Squadron for over 60 years with the sole task of fighting slavery, during which time it freed around 160,000 slaves, and an estimated 17,000 British seamen died of disease or in battle achieving that. 

When considering “the rest” — those civilizations that did not produce what Western civilization has — Ferguson is unblushingly honest. “We must resist the temptation to romanticize history’s losers,” he writes. “The other civilizations overrun by the West’s, or more peacefully transformed by it through borrowings as much as by impositions, were not without their defects either, of which the most obvious is that they were incapable of providing their inhabitants with any sustained improvement in the material quality of their lives.” For all my earlier concentration on art and architecture, poetry and music, Ferguson is also correct to point out that “civilization is much more than just the contents of a few first-rate art galleries. It is a highly complex human organization,” which is why his book is “as much about sewage pipes as flying buttresses.” 

In response to the issuing of the United Nations’ Universal Declaration of Human Rights in 1948, the American Anthropological Association released a critique that asked, “How can the proposed Declaration be applicable to all human beings and not be a statement of rights conceived only in terms of the values prevalent in the countries of Western Europe and America?” The question assumes that the 30 articles of the Declaration could not be universal, since universality of human rights was of necessity a “Western” assumption. This was intended as a criticism, not an endorsement.

Yet the West has not stolen these values, as the Greeks stole the Trojans’ gold; it has not appropriated or co-opted them. Rather they are seen as objectionable because they do, indeed, according to their detractors, inhere in Western culture. So, given that a belief in human rights is, apparently, predicated on Western culture, is not that culture worth examining and teaching? 

Instead, there is an entire industry devoted to trying to topple DWEM heroes from their pedestals — literally, in the case of the British activist Afua Hirsch’s attempt to have Admiral Nelson removed from his column in Trafalgar Square in London on the grounds that he did not campaign to abolish the slave trade (which was not abolished by Britain until two years after his death in 1805). 

The climate-change movement is similarly riddled with anti-Western assumptions, whereby capitalism, development, and growth are demonized, all of them supposedly primarily Western concepts. A glance at the actual carbon emissions from the new coal-fired power stations still being built every month in China should put Western climate self-haters right about the importance of development and growth, but campaigning against democratic, guilt-ridden Western governments is far easier than taking the fight to Beijing and Delhi, which now is where the real difference can be made. When Greta Thunberg denounces Xi Jinping and the Chinese Communist Party outside the Great Hall of the People, she will be worthy of our respect; until then, she is merely playing on Western guilt, like every other demagogic critic of the West so beloved of the Left. 

The self-hatred virus is a particularly virulent and infectious one, and has almost entirely overtaken the academy in its attitude towards Western civilization. We all know the concept of the self-hating Jew who instinctively and immediately blames Israel for everything bad that happens in the Middle East (and often in the wider world, too). If the term is unfamiliar, look at some of the lobbying organizations on Washington’s K Street, or the equally virulent “Jews for Corbyn” movement inside the ultra-left Momentum organization in Britain. 

Western self-hatred, which is quite different from healthy self-criticism, has gone far too far in our society. American self-haters such as Noam Chomsky and Michael Moore have made hugely successful careers out of a knee-jerk reaction that whatever ill befalls the West is solely its own fault. They argue, of course, that they in fact like their country — rarely “love,” as that would differentiate it from other countries — and it’s only one particular administration or policy with which they take issue rather than the whole culture. Yet this is false. If after a lifetime one has never — as in Jeremy Corbyn’s case — once supported a single Western military operation under any circumstance, and always had a good word for every opponent of the West, whether it be a state actor or a leftist terrorist group, then the truth becomes obvious.

British self-hatred goes back a long way, via Thomas Paine and Kim Philby, but today it is not enough for the Chomskys and Corbyns merely to hate their own country; they must hate the West in general, which for them tends to mean NATO, the special relationship, the Anglo-American form of (relatively) free markets and free enterprise, and of course the concept of Western civilization itself, which they consider an artificial construct. Recently Seumas Milne, Jeremy Corbyn’s spin doctor, tried to argue that capitalism has killed more people than Communism, although of course he did not accept the figure of 100 million that most responsible historians recognize was Communism’s death toll in the 20th century. 

Mention of Corbyn and Milne prompts the thought that all too often consideration of the contribution of Judeo-Christian thought to Western civilization tends to underplay the first — Judeo — part of the conjoined twins. It is impossible not to spot an enormous overlap — the shaded area in the Venn diagram — between hatred of the concept of Western civilization on one side and at least a certain haziness over anti-Semitism on the other. In America, there are unfortunately still those who believe that Western civilization is at risk from Jewish culture. This view is as ignorant as it is obnoxious. For without the “Judeo” half of the phenomenon, Western civilization would simply not exist. 

Once again, Charles Murray is invaluable here in enumerating in numbers and places and names and statistics the contribution made in every field by Jews over the millennia, around 100 times what it ought to be in relation to their demographic numbers on the planet. Writing of Max Warburg’s daughter Gisela in his book The Warburgs, Ron Chernow recalls how, “once asked at a birthday party whether she was Jewish, Gisela refused to answer. When Alice [her mother] asked why, Gisi stammered confusedly, ‘You always told us not to boast.’” That might be true of her, but philo-Semitic Gentiles such as I enjoy boasting about the contribution the Jews have made to Western civilization in every sphere. Beware the hater of Western civilization; very often there’s an anti-Semite not very far away.

French postmodern theory refuses to distinguish between high and low culture, attempting to make it futile even to discuss whether this or that work of art is or is not lovely or important. If you want to argue that Kanye West’s lyrics are as good as Shakespeare, or Mongolian yurts are as sophisticated a form of architecture as Bauhaus, then Foucault will support you all the way. But if you want to understand why we do not have child slavery in the West, or disenfranchised women, or imprisonment without trial, or the imprisonment of newspaper editors, you simply have to study the cultural history that produced such an unusual and extraordinary situation in human history. It is inescapable and not susceptible to postmodernist analysis. It’s not about the aesthetic or literary superiority of certain artworks, but about the unequivocal good of human dignity. If Ms. Rashatwar finds the idea of losing her human rights so “romantic,” she is always welcome to move to Saudi Arabia, which is still awaiting its Enlightenment.

The late, very great Gertrude Himmelfarb identified three separate Enlightenments — English, French, and Scottish — at different though overlapping stages of the 18th century, with different emphases in different places at different times. Chartres Cathedral was not dedicated until 1260, so there were five centuries between then and the Enlightenments, but they were the moments when people began to throw off superstition and belief in magic and witchcraft, to look at the world afresh, unafraid of what they might find and where it might take them, even at the risk of unbelief. If the Islamic world had had such a moment, it would not have been left behind in so many areas of accomplishment since it was turned back from the gates of Vienna in 1683, with the result that its fascist-fundamentalist wing might not have existed to lash out in such fury and resentment on 9/11.

The recent Security Conference in Munich took as its theme and title “Westlessness” — an ugly word in English, worse in German — intending to prompt international decision-makers into thinking about what might happen if the Trump administration were ever to get as tough over NATO underfunding as it has long threatened to do. Another fear of Westlessness, however, should be about the eclipse of Western civilization as a subject for study, as a result of a hugely successful Gramscian march through the institutions that started long before Jesse Jackson and his megaphone visited Stanford. 

For far from becoming a Kumbaya touchy-feely place, a truly Westless world would be a neo-Darwinian free-for-all in which every state merely grabbed what it could, a return to the world Hobbes wrote about in Leviathan. The Left should beware what it claims to wish for, and Western civilization should be taught once more in our schools and colleges. For as Churchill knew as the bombs were falling and London was burning in December 1940, it is worth fighting for.

— This essay is sponsored by National Review Institute.

Voir aussi:

‘Hey, Hey, Ho, Ho, Western Civ Has Got to Go’

Robert Curry American Greatness June 10, 2019

On January 15, 1987, Jesse Jackson and around 500 protesters marched down Palm Drive, Stanford University’s grand main entrance, chanting “Hey hey, ho ho, Western Civ has got to go.”

They were protesting Stanford University’s introductory humanities program known as “Western Culture.” For Jackson and the protesters, the problem was its lack of “diversity.” The faculty and administration raced to appease the protesters, and “Western Culture” was formally replaced with “Cultures, Ideas, and Values.”

The new program included works on race, class, and gender and works by ethnic minority and women authors. Western culture gave way to multi-culture. The study of Western civilization succumbed to the Left’s new dogma, multiculturalism.

When I attended college in the 1960s, taking and passing the year-long course in the history of Western civilization was required for graduation. The point of the requirement was perfectly clear. Students were expected to be proficient with the major works of their civilization if they were to be awarded a degree. It was the mark of an educated person to know these things.

Because it was a required course, it was taught by a senior professor in a large lecture hall with hundreds of students. The course was no walk in the park. When I took the course, only one student got an A grade for the first semester. Students went down in wave after wave. Many dropped out of the course, planning to try again later. Others dropped out of school or transferred to another college or university.

Student protests were all the rage on campus in those days, too. But nobody protested the Western Civ course, its contents, the difficulty involved, or the fact that it was required. Students evidently accepted the idea that studying the story of how we got here and who shaped that story was essential to becoming an educated person.

It is also not at all clear that the faculty in those days would have raced to appease student protesters chanting “Hey, hey, ho, ho, Western Civ has got to go.”

Many of the faculty, after all, had served in World War II. My best friends on the faculty had all served either in the European or the Pacific theater. They had put their lives on the line to defend Western civilization, and served with others who had lost their lives in that fight. Whether they were teaching Plato or Italian art of the Renaissance and the Baroque eras, they taught with the passion of men who had fought as soldiers and were working as teachers to preserve Western culture. Perhaps my fellow students would not have dared to present our teachers with that particular protest.

The protesting students at Stanford in 1987 were pushing against an open door. Radicalized professors, products of the student protests of the 1960s, welcomed the opportunity to do what they already wanted done. The protesters provided the excuse. Instead of doing the hard work of teaching Western civilization, they were free to preach multiculturalism—and the change was presented to the world as meeting the legitimate demands of students.

It is worth noting, I think, that the chant has an interesting ambiguity. Was it the course in Western civilization or Western civilization itself that had to go? Clearly, Jackson was leading the protesters in demanding a change in the curriculum at Stanford, but the Left, having gotten rid of “Western Civ” at Stanford and at most other colleges, is reaching for new extremes. Today, ridding the world of Western civilization as a phenomenon doesn’t seem like such a stretch.

In the wee hours of the morning recently, in a nearly deserted international airport terminal, I got into conversation with a fellow passenger while we waited for our luggage. He told me he was returning from a stay at an eco-resort. He said because of cloudy weather there had been no hot water on most days—and little hot water when there was any—and the electric light ran out every night soon after nightfall.

The worst part for him, he said, was the requirement to put used toilet paper in a special container provided for that purpose. When I remarked that what he had experienced at the resort was what the Greens have planned for all of us, he cheerfully agreed. He went on to say that he believed the real purpose of the Greens’ plan is population control, that a truly green future would only be able to support a much smaller population.

The amazing part is this: he conveyed a complete agreement with the environmentalist project and what he believed to be its underlying purpose. It seemed that what he had experienced at the resort had not caused him to re-think his attitude, or even to consider that there was a risk he might not survive the transition to a much smaller population.

As he spoke, I easily imagined him as a younger person chanting “Hey, hey, ho, ho, Western Civ has got to go.”

Voir également:

‘An Honest Conversation About Race’?

Is confrontation wise? Much progress has been accomplished under cover of hypocrisy—or civility.

Lance Morrow
The Wall Street Journal
July 2, 2020

People have said for decades that America needs to have “an honest conversation about race.” Is this what they had in mind—this drama of marches, riots, witness videos, tear-gassings, surging police lines, Trump tweets, Zoom pressers, statue-topplings, Facebook screeds, cable television rants, window-smashings, shop-burnings, police-defundings, escalating murder rates and the distant thunder of editorial boards?

Veterans in the field of less-than-revolutionary race relations learned that a certain amount of truth-suppression is actually helpful—preferable to the “honesty” of hatred, for example. Much progress has been accomplished under cover of hypocrisy—or, if you like, civility. Good manners and artful hypocrisy were Booker T. Washington’s game, but he was written off as an Uncle Tom long ago.

We live now in the regime and culture of confrontation—ideology as performance, anger as proof of authenticity. You remember how much trouble Joe Biden got into when he bragged about his ability to get along with segregationists in the 1970s. Mr. Biden was preening thoughtlessly on his skill in the arts of the old hypocrisy. Now he has learned his lesson and embraces the left’s idea of honesty—no deviation from the party line or from the officially approved emotions.

How do you judge a moment of history when you are in the thick of it? How can you tell if all of this will be remembered as historic or will be superseded and forgotten as another momentary sensation, another self-important mirage? The current moment feels intensely historic now, but we shall see.

Black Lives Matter has ambitions to abolish its own version of the Chinese Cultural Revolution’s “Four Olds”—old customs, old culture, old habits, old ideas—and to add a fifth, old statues. Yet this summer the titanic racial theme competes and fuses with other superstories—the pandemic and its economic consequences, the presidential race, America’s long-running politico-religious civil war.

Raw emotion pours out of social media and into the streets—outrage, with a touch of holiday. On the other side is an oddly silent majority. It seems eerie that so much of the country—the land of “white supremacy,” as the left likes to think of it—gives the appearance of having almost acquiesced, as if it has conceded that the eruptions might be justified and even overdue. Can it be that the silenced majority has had an epiphany, that in its heart it acknowledges the justice of black Americans calling in Thomas Jefferson’s IOU, “I tremble for my country when I reflect that God is just, and that his justice cannot sleep forever”?

There’s some of that—changed minds, old prejudice grown reflective. In any case, the silenced majority, out of moral courtesy, has been reluctant to criticize people demonstrating in the wake of George Floyd’s killing. At the same time, it recoils—more indignantly and incredulously each day—from the left’s overall program and mind-set, which it considers insidious if not crazy. When major cities propose to cut off funds for their police departments or to abolish them altogether, that Swiftian absurdity makes a deep impression, confirming a broader doubt about the left’s intentions and mental health.

The most tragic impediment to an honest conversation about race in America is fear—an entirely realistic fear of being slain by the cancel culture. This fear to speak is a civic catastrophe and an affront to the Constitution. It induces silent rage in the silenced. It is impossible to exaggerate the corrupting effect that the terror of being called a “racist”—even a whiff of the toxin, the slightest hint, the ghost of an imputation—has on freedom of discussion and the honest workings of the American public mind.

Racism in America is no longer totalitarian, as it once was, especially in the South. The cancel culture is the new totalitarianism, a compound of McCarthyism, the Inquisition, the Cultural Revolution, the Taliban and what has become a lethal and systemic ignorance of history—almost a hatred of it. All that wild, unearned certainty, all that year-zero zealotry, discredits those who associate themselves with the cause and makes a mockery of their sweet intentions. Much of the white woke rage is radiant with mere self-importance.

And it’s going to backfire. Newton’s Third Law of Motion hasn’t been repealed: For every action there is still an equal and opposite reaction. My sense is that there is quietly building a powerful backlash, which will express itself on Nov. 3, if not before. My guess is that polls now showing Mr. Biden far ahead don’t reflect reality. It may be impossible for President Trump to win; for some reason, he collaborates daily with his enemies to sabotage his chances. But the outcome is by no means as certain as the polls now suggest.

Mr. Morrow is a senior fellow at the Ethics and Public Policy Center.

Voir de plus:

Amid a pandemic, the woke-ist media are experiencing a psychotic break

Becket Adams
Washington Examiner
July 03, 2020
 
If the press suffered a nervous breakdown after the 2016 election ⁠— and they did ⁠— they are experiencing a full-on psychotic break amid the COVID-19 pandemic and the George Floyd protests.

It is as if the lockdowns and nationwide demonstrations caused media executives to snap, leaving them in a wide-eyed, obsessive frenzy to cleanse society of all problematics, screaming all the while, “Out, damned spot!”

CNN, for example, engaged in explicit political activism this week when it sought to shame companies that have yet to pull ads from Facebook over CEO Mark Zuckerberg’s persistent refusal to censor problematic speech.

“These are the big brands that haven’t pulled ads from Facebook yet,” reads the headline. The report then goes on to name and shame the businesses that have had the temerity to continue to advertise on one of the biggest social media platforms in the world.

This is not news reporting. This is activism. It is a poorly disguised effort by a major newsroom to pressure companies into boycotting a social media platform that is too committed to political neutrality and too opposed to political censorship for the media’s taste. In any other time and place, the press would have mocked and condemned the CNN article. But these are unusual times. Many journalists today agree with CNN’s shaming tactics and the reasons behind them, and so the Facebook report came and went this week with barely a whimper of objection from our brave Fourth Estate.

Over at the New York Times, the occupied opinion section, which claims to have standards against “needlessly harsh” commentaries that fall “short of the thoughtful approach that advances useful debate,” published an especially unhinged article this week titled “America’s Enduring Caste System.”

“Throughout human history, three caste systems have stood out,” writes contributor Isabel Wilkerson. “The lingering, millenniums-long caste system of India. The tragically accelerated, chilling and officially vanquished caste system of Nazi Germany. And the shape-shifting, unspoken, race-based caste pyramid in the United States.”

She adds, “Each version relied on stigmatizing those deemed inferior to justify the dehumanization necessary to keep the lowest-ranked people at the bottom and to rationalize the protocols of enforcement. A caste system endures because it is often justified as divine will, originating from sacred text or the presumed laws of nature, reinforced throughout the culture and passed down through the generations.”

Yes, it seems a bit off for Wilkerson to lump the U.S. in with Nazi Germany, but that is not even the craziest part. That distinction goes to her exceptionally ignorant assertion that 2 of the 3 most notable caste systems in history come from the last 250 years. Several ancient empires would beg to differ. Then again, if your viewpoint is the right one, New York Times editors will not be sticklers for facts.

Elsewhere at the New York Times, the news section decided this week that now is a good time to remind its readers that Mount Rushmore is very problematic.

“Mount Rushmore was built on land that belonged to the Lakota tribe and sculpted by a man who had strong bonds with the Ku Klux Klan,” the paper reported. “It features the faces of 2 U.S. presidents who were slaveholders.”

All true. Also, while we are on the topic of unjustly seized land, please enjoy this excerpt from Reason magazine explaining how the New York Times Building in midtown Manhattan came to be built:

On September 24, 2001, as New York firefighters were still picking their comrades’ body parts out of the World Trade Center wreckage, New York Times Co. Vice Chairman and Senior Vice President Michael Golden announced that the Gray Lady was ready to do its part in the healing.

« We believe there could not be a greater contribution, » Golden told a clutch of city officials and journalists, « than to have the opportunity to start construction of the first major icon building in New York City after the tragic events of Sept. 11. » Bruce Ratner, president of the real estate development company working with the Times on its proposed new Eighth Avenue headquarters, called the project a « very important testament to our values, culture and democratic ideals. »

Those « values » and « democratic ideals » included using eminent domain to forcibly evict 55 businesses–including a trade school, a student housing unit, a Donna Karan outlet, and several mom-and-pop stores–against their will, under the legal cover of erasing « blight, » in order to clear ground for a 52-story skyscraper. The Times and Ratner, who never bothered making an offer to the property owners, bought the Port Authority-adjacent property at a steep discount ($85 million) from a state agency that seized the 11 buildings on it; should legal settlements with the original tenants exceed that amount, taxpayers will have to make up the difference. On top of that gift, the city and state offered the Times $26 million in tax breaks for the project, and Ratner even lobbied to receive $400 million worth of U.S. Treasury-backed Liberty Bonds–instruments created by Congress to help rebuild Lower Manhattan. Which is four miles away.

The New York Times report this week claims that the history of Mount Rushmore is of particular relevance now because President Trump plans to attend July Fourth festivities at the South Dakota monument. Curious, then, that the New York Times did not think that history worth reevaluating when former President Barack Obama visited the exact same site during the 2008 campaign or when the New York Times’s own Maureen Dowd wondered in 2016 whether Obama would qualify as a “Mount Rushmore president. »

Lastly, ABC News published a report this week titled “New government data, shared first with ABC News, shows the country’s premier outdoor spaces – the 419 national parks – remain overwhelmingly white.”

The story’s headline reads, “America’s national parks face existential crisis over race,” adding in the subhead, “A mostly white workforce, visitation threatens parks’ survival and public health.”

“Just 23% of visitors to the parks were people of color,” the report adds, “77% were white. Minorities make up 42% of the U.S. population.”

As it turns out, white people really enjoy hiking and camping, and that is a problem for the parks, the ABC News report claims, because people of color will be a majority in America by 2044. The article then goes on to quote outdoor enthusiasts of color who say they do not feel welcome at the “overwhelmingly white” national parks. These advocates, the article reads, “say they hope the moment since George Floyd’s death in police custody brings attention to systemic racism in the outdoors as well as other parts of society and translates into a long-term change in attitudes and behavior.”

Sorry, everyone. Even national parks are racist now.

This is not normal behavior from our press. This is a mental breakdown in the works. People of the future will look at all this and wonder how on earth these stories made it into print.

The best thing that can happen now for the news industry is for the pandemic to pass, the lockdowns to lift, and for everyone to go outside and get some fresh air. Because the way nearly everyone in the press is behaving now, it seems clear that cabin fever has set in hard, and it is an epidemic we may not shake as quickly as the coronavirus.

Voir encore:

FARRELL: The Left Is Clearing A Pathway To Power

Chris Farrell Daily Caller June 25, 2020

Why are we experiencing the worst civil disturbances in decades? It is because the proponents of radical change won’t have it any other way.

Early 20th Century Italian Marxist Antonio Gramsci theorized that the path to a communist future came through gradually undermining the pillars of western civilization. We are now seeing the results of decades of such erosion, in education, in faith, in politics and in the media. The old standards of freedom, individual responsibility, equality and civic order are being assaulted by proponents of socialism, radical deconstruction and mob rule.

Those who charge that institutional racism is rampant in America are the same as those who run the country’s major institutions – city governments, academe, the media, Hollywood, major sports leagues and the Washington, D.C. deep state bureaucracy. Accountability? None.  The irony is rich.

At the same time, the only legal and institutional structures that mandate racially based outcomes do so in favor of other-than-majority groups. Anyone who questions this arrangement winds up cancelled.

The public debate is hardwired for disunity, making the former language of inclusion the new dog whistle of racism. The exclusionary slogan “black lives matter” is sanctified while the more unifying “all lives matter” is called divisive. People who say they want a colorblind society are called bigots even as progressives push for segregated events and housing on college campuses and “CHOP” protesters demand Black-only hospitals. Martin Luther King’s dream that people will “live in a nation where they will not be judged by the color of their skin, but by the content of their character” is judged by today’s progressives as a call for white supremacy.

The media goes out of its way to coddle violent protesters, calling them peaceful even as they verbally abuse and then throw bottles at police, saying they are not “generally speaking, unruly” standing in front of a burning building. Political leaders who benefit from disunity keep fanning the flames. For example House Speaker Nancy Pelosi’s reckless charge that the Senate police reform bill is “trying to get away with the murder of George Floyd” is irresponsibly divisive, especially since it was drafted by African American Senator Tim Scott (R-SC).

Public monuments have borne the brunt of the violence in recent weeks. As President Trump predicted, the vandalism has moved well beyond statues of Confederates. Practically any statue is fair game. Washington, Jefferson, even Ulysses S. Grant, the man who defeated Lee’s army, all have been toppled by the mobs. And liberal city governments are taking down statues at least as fast as the rioters. But it would be a mistake to think that the statues themselves are at issue, or even what they symbolize. Rather it is the need for the radicals not just to cleanse American history but to make people feel ashamed of every aspect of it. In this way they clear a path for a radical future, buttressed by an unwavering sense of moral superiority that entitles them to smack down any dissent, usually gagging people in the name of “free speech.”

We were told for years that anything the Trump administration did that was remotely controversial was an attempt to divide the country. Democrats frequently blamed insidious foreign influence, using expressions like “right out of Putin’s playbook” to keep the Russian collusion canard alive. But they are the ones who are weakening and dividing the country, to the evident glee of our Russian and Chinese adversaries. They have completely adopted longstanding Russian and Chinese propaganda lines about the United States being a country of endemic racism, poverty and oppression, when in fact America is an opportunity society and one of the most racially diverse and tolerant countries in the world. The protesters, their political allies and media backers are working hard to create the very sort of divisions they claim to oppose, because a weak, divided and ashamed America is their pathway to power.

Chris Farrell is director of investigations and research for Judicial Watch, a nonprofit government watchdog organization. He is a former military intelligence officer.

Voir encore:

Columbus Is Racist, Says Columbus

The explorer is ejected from a city that—for now—bears his name

Wall Street Journal

July 2, 2020

The city of Columbus, Ohio, this week unceremoniously evicted a 16-foot bronze statue . . . of Christopher Columbus. “For many people in our community, the statue represents patriarchy, oppression and divisiveness,” said Mayor Andrew Ginther, giving the removal order two weeks ago. “That does not represent our great city.”

Which great city, precisely? He forgot to mention. Or perhaps the mayor is going to start referring to his town euphemistically as “Ohio’s capital” and so forth, the way some people refuse to say the name of the Washington Redskins football team. This could make campaigning for his re-election rather awkward: Vote Ginther for mayor of [Unmentionable Racist].

Don’t laugh, because a petition at change.org has 118,000 signatures—an eighth of Columbus’s population—to rechristen the city Flavortown. That would reflect the region’s status as “one of the nation’s largest test markets for the food industry,” while honoring the enduring legacy of a Columbus native, the celebrity chef Guy Fieri. Alas, the petition’s creator has since apologized. Renaming the city, he says, “should be a fight led by those most affected,” and “as a white male, I don’t have a say in this.”

A columnist for the Columbus Dispatch noodled—jokingly?—that because “it’s always dangerous to name something after humans,” how about: Pleistocene, Ohio. Is the unpronounceable symbol once used by the musician Prince available again, or would that be cultural appropriation of Minnesota? A letter to the Dispatch had a bold idea: “Cowed, Ohio.”

The statue of Columbus sat in front of Columbus City Hall for 65 years. It was a gift from the people of Genoa, Italy. Now the mayor’s office says it’s “in safekeeping at a secure city facility.” What a blow to U.S.-Italy relations. At least he could offer to give the statue back. A second Columbus likeness, a marble of the navigator pointing west, was booted last month by Columbus State Community College, where it used to stand in the downtown Discovery District.

The mayor’s office says the unelected Columbus Art Commission will launch a “participatory process” to find new art that “offers a shared vision for the future.” Good luck. “Let’s just leave the space empty,” one Dispatch letter suggested, “because if not everyone is happy should anyone be happy?” What a sad sign of the times.

Voir par ailleurs:

STATEMENT ON HUMAN RIGHTS

SUBMITTED TO THE COMMISSION ON HUMAN RIGHTS, UNITED NATIONS BY THE EXECUTIVE BOARD, AMERICAN ANTHROPOLOGICAL ASSOCIATION

American Anthropologist

NEW SERIES Vol. 49 OCTOBER-DECEMBER, 1947 No. 4

The problem faced by the Commission on Human Rights of the United Nations in preparing its Declaration on the Rights of Man must be approached from two points of view. The first, in terms of which the Declaration is ordinarily conceived, concerns the respect for the personality of the individual as such, and his right to its fullest development as a member of his society. In a world order, however, respect for the cultures of differing human groups is equally important.

These are two facets of the same problem, since it is a truism that groups are composed of individuals, and human beings do not function outside the societies of which they form a part. The problem is thus to formulate a statement of human rights that will do more than just phrase respect for the indi- vidual as an individual. It must also take into full account the individual as a member of the social group of which he is a part, whose sanctioned modes of life shape his behavior, and with whose fate his own is thus inextricably bound.

Because of the great numbers of societies that are in intimate contact in the modern world, and because of the diversity of their ways of life, the primary task confronting those who would draw up a Declaration on the Rights of Man is thus, in essence, to resolve the following problem: How can the pro- posed Declaration be applicable to all human beings, and not be a statement of rights conceived only in terms of the values prevalent in the countries of Western Europe and America?

Before we can cope with this problem, it will be necessary for us to outline some of the findings of the sciences that deal with the study of human culture, that must be taken into account if the Declaration is to be in accord with the present state of knowledge about man and his modes of life.

If we begin, as we must, with the individual, we find that from the moment of his birth not only his behavior, but his very thought, his hopes, aspirations, the moral values which direct his action and justify and give meaning to his life in his own eyes and those of his fellows, are shaped by the body of custom of the group of which he becomes a member. The process by means of which this is accomplished is so subtle, and its effects are so far-reaching, that only after considerable training are we conscious of it. Yet if the essence of the Declaration is to be, as it must, a statement in which the right of the individual to develop his personality to the fullest is to be stressed, then this must be based on a recognition of the fact that the personality of the individual can develop only in terms of the culture of his society.

Over the past fifty years, the many ways in which man resolves the prob- lems of subsistence, of social living, of political regulation of group life, of reaching accord with the Universe and satisfying his aesthetic drives has been widely documented by the researches of anthropologists among peoples living in all parts of the world. All peoples do achieve these ends. No two of them, however, do so in exactly the. same way, and some of them employ means that differ, often strikingly, from one another.

Yet here a dilemma arises. Because of the social setting of the learning process, the individual cannot but be convinced that his own way of life is the most desirable one. Conversely, and despite changes originating from within and without his culture that he recognizes as worthy of adoption, it becomes equally patent to him that, in the main, other ways than his own, to the degree they differ from it, are less desirable than those to which he is accustomed. Hence valuations arise, that in themselves receive the sanction of accepted belief.

The degree to which such evaluations eventuate in action depends on the basic sanctions in the thought of a people. In the main, people are willing to live and let live, exhibiting a tolerance for behavior of another group different than their own, especially where there is no conflict in the subsistence field. In the history of Western Europe and America, however, economic expansion, control of armaments, and an evangelical religious tradition have translated the recognition of cultural differences into a summons to action. This has been emphasized by philosophical systems that have stressed absolutes in the realm of values and ends. Definitions of freedom, concepts of the nature of human rights, and the like, have thus been narrowly drawn. Alternatives have been decried, and suppressed where controls have been established over non- European peoples. The hard core of similarities between cultures has con- sistently been overlooked.

The consequences of this point of view have been disastrous for mankind. Doctrines of the « white man’s burden » have been employed to implement economic exploitation and to deny the right to control their own affairs to millions of peoples over the world, where the expansion of Europe and America has not meant the literal extermination of whole populations. Rationalized in terms of. ascribing cultural inferiority to these peoples, or in conceptions of their backwardness in development of their ‘ »primitive mentality, » that justified their being held in the tutelage of their superiors, the history of the ex- pansion of the western world has been marked by demoralization of human personality and the disintegration of human rights among the peoples over whom hegemony has been established.

The values of the ways of life of these peoples have been consistently misunderstood and decried. Religious beliefs that for untold ages have carried conviction, and permitted adjustment to the Universe have been attacked as superstitious, immoral, untrue. And, since power carries its own conviction, this has furthered the process of demoralization begun by economic exploita- tion and the loss of political autonomy. The white man’s burden, the civilizing mission, have been heavy indeed. But their weight has not been borne by those who, frequently in all honesty, have journeyed to the far places of the world to uplift those regarded by them as inferior.

We thus come to the first proposition that the study of human psychology and culture dictates as essential in drawing up a Bill of Human Rights in terms of existing knowledge:

1. The individual realizes his personality through his culture, hence respect for individual differences entails a respect for cultural differences. There can be no individual freedom, that is, when the group with which the individual indentifies himself is not free. There can be no full development of the individual personality as long as the individual is told, by men who have the power to enforce their commands, that the way of life of his group is in- ferior to that of those who wield the power.

This is more than an academic question, as becomes evident if one looks about him at the world as it exists today. Peoples who on first contact with European and American might were awed and partially convinced of the superior ways of their rulers have, through two wars and a depression, come to re-examine the new and the old. Professions of love of democracy, of devotion to freedom have come with something less than conviction to those who are themselves denied the right to lead their lives as seems proper to them. The religious dogmas of those who profess equality and practice discrimination, who stress the virtue of humility and are themselves arrogant in insistence on their beliefs have little meaning for peoples whose devotion to other faiths makes theseinconsistencies as clear as the desert landscape at high noon. Small wonder that these peoples, denied the right to live in terms of their own cultures, are discovering new values in old beliefs they had been led to question.

No consideration of human rights can be adequate without taking into account the related problem of human capacity. Man, biologically, is one. Homo sapiens is a single species, no matter how individuals may differ in their aptitudes, their abilities, their interests. It is established that any normal individual can learn any part of any culture other than his own, provided only he is afforded the opportunity to do so. That cultures differ in degree of complexity, of richness of content, is due to historic forces, not biological ones. All existing ways of life meet the test of survival. Of those cultures that have disappeared, it must be remembered that their number includes some that were great, powerful, and complex as well as others that were modest, content with the status quo, and simple. Thus we reach a second principle:

2. Respect for differences between cultures is validated by the scientific fact that no iechnique of qualitatively evaluating cultures has been discovered.

This principle leads us to a further one, namely that the aims that guide the life of every people are self-evident in their significance to that people. It is the principle that emphasizes the universals in human conduct rather than the absolutes that the culture of Western Europe and America stresses. It recognizes that the eternal verities only seem so because we have been taught to regard them as such; that every people, whether it expresses them or not, lives in devotion to verities whose eternal nature is as real to them as are those of Euroamerican culture to Euroamericans. Briefly stated, this third principle that must be introduced into our consideration is the following,:

3. Standards and values are relative to the culture from which they de- rive so that any attempt to formulate postulates that grow out of the beliefs or moral codes of one culture must to that extent detract from the applicability of any Declaration of Human Rights to mankind as a whole.

Ideas of right and wrong, good and evil, are found in all societies, though they differ in their expression among different peoples. What is held to be a human right in one society may be regarded as anti-social by another people, or by the same people in a different period of their history. The saint of one epoch would at a later time be confined as a man not fitted to cope with reality. Even the nature of the physical world, the colors we see, the sounds we hear, are conditioned by the language we speak, which is part of the culture into which we are born.

The problem of drawing up a Declaration of Human Rights was relatively simple in the Eighteenth Century, because it was not a matter of human rights, but of the rights of men within the framework of the sanctions laid by a single society. Even then, so noble a document as the American Declaration of Independence, or the American Bill of Rights, could be written by men who themselves were slave-owners, in a country where chattel slavery was a part of the recognized social order. The revolutionary character of the slogan « Liberty, Equality, Fraternity » was never more apparent than in the struggles to imple- ment it by extending it to the French slave-owning colonies.

Today the problem is complicated by the fact that the Declaration must be of world-wide applicability. It must embrace and recognize the validity of many different ways of life. It will not be convincing to the Indonesian, the African, the Indian, the Chinese, if it lies on the same plane as like docu- ments of an earlier period. The rights of Man in the Twentieth Century can- not be circumscribed by the standards of any single culture, or be dictated by the aspirations of any single people. Such a document will lead to frustration, not realization of the personalities of vast numbers of human beings.

Such persons, living in terms of values not envisaged by a limited Declaration, will ‘thus be excluded from the freedom of full participation in the only right and proper way of life that can be known to them, the institutions, sanctions and goals that make up the culture of their particular society.

Even where political systems exist that deny citizens the right of participation in their government, or seek to conquer weaker peoples, underlying cultural values may be called on to bring the peoples of such states to a realization of the consequences of the acts of their governments, and thus enforce a brake upon discrimination and conquest. For the political system of a people is only a small part of their total culture.

World-wide standards of freedom and justice, based on the principle that man is free only when he lives as his society defines freedom, that his rights are those he recognizes as a member of his society, must be basic. Conversely, an effective world-order cannot be devised except insofar as it permits the free play of personality of the members of its constituent social units, and draws strength from the enrichment to be derived from the interplay of varying personalities.

The world-wide acclaim accorded the Atlantic Charter, before its restricted applicability was announced, is evidence of the fact that freedom is under- stood and sought after by peoples having the most diverse cultures. Only when a statement of the right of men to live in terms of their own traditions is incorporated into the proposed Declaration, then, can the next step of defining the rights and duties of human groups as regards each other be set upon the firm foundation of the present-day scientific knowledge of Man.

JUNE 24, 1947

Voir aussi:

LA LEÇON DE LA FRENCH THEORY

FRENCH THEORY FOUCAULT, DERRIDA, DELEUZE ET CIE ET LES MUTATIONS DE LA VIE INTELLECTUELLE AUX ETATS-UNIS de François Cusset La Découverte, 367 p.

Sylvano Santini

Spirale

3 mars 2010

CERTAINS penseurs français irrationnels, transgressifs, libidinaux, obscurs, géniaux, etc. ont fait fortune aux États-Unis avec leur spirale théorique. Qu’on les ait repris ou rejetés, aimés ou détestés, tant à l’université que dans les milieux artistiques underground, le fait est indéniable : une frange de la pensée française a contaminé et assaini l’Amérique. Ce paradoxe évidemment volontaire rejoue assez bien l’extrémisme étatsunien quant aux affaires intellectuelles : Baudrillard, Deleuze, Foucault, Derrida et con-sorts sont des démons fascistes pour les uns, des prophètes pour les autres. Y a-t-il un juste mi-lieu? Interrogation hasardeuse, car justement, aux États-Unis, c’est de lui qu’il n’est jamais question.

Les Américains ont créé quelque chose ces dernières décennies, n’en déplaise à ceux qui les perçoivent comme les conservateurs du musée européen. Mais ne s’agit-il pas ici encore de l’Europe? Il serait donc plus prudent de dire qu’ils ont recréé quelque chose sous le nom original de French Theory en accueillant, hors de la France, la théorie française. Incontestable phénomène qui persiste depuis ses débuts bigarrés dans les années soixante-dix jusqu’à son épuration universitaire qui se poursuit encore aujourd’hui. L’heure des bilans est arrivée au tournant du millénaire : que s’est-il donc passé ces trente dernières années pour qu’on demande à Baudrillard de participer au scénario de la saga Matrix ou pour qu’un DJ techno cite Deleuze ? Les Américains ont fait leur propre bilan en 2001 (French Theoryin America, Routledge), les Fran-çais, en 2003 (French Theory. Foucault, Derrida, Deleuze et Cie et les mutations de la vie intellectuelle aux États- Unis, La Découverte) et plus curieusement, un certain réseau canadien s’est interposé comme arbitre en 2002 (« The American Production of French Theory », Substance, n » 97). Si les premiers s’évertuent à présenter les thèses caractéristiques qu’a laissées la théorie française dans la pensée américaine, et les derniers, un écho lointain de ce qui s’est véritable-ment passé, le bilan mis au point par François Cusset est de loin le plus satisfaisant et ce, autant pour ceux qui raillent le phénomène que pour ceux qui le respectent.

La fête et la caricature de la théorie française

Cusset connaît bien les États-Unis et encore mieux le monde de l’édition dans lequel il a œuvré et où a été inventé en partie le phénomène. Que des intellectuels américains adaptent les thèses de penseurs français, ce n’est pas un précédent, on l’avait fait déjà avec le surréalisme et l’existentialisme. Ce qui est toutefois nouveau ici, c’est qu’il ne s’agit pas d’une simple adaptation mais d’une véritable appropriation qui dé-bouche sur l’invention de perspectives théoriques non négligeables : la French Theory. Si cette appropriation positive s’est déroulée sur les campus universitaires, ce n’est pas exactement par là que la théorie française s’est fait connaître aux États-Unis. Dans les seventies, années profondément marquées par un désir libératoire qui prenait la forme d’expériences individuelles de désubjectivation (la Sainte Trinité : drogue, sexe, rock), certains universitaires, dont Sylvère Lotringer, ont introduit la théorie française dans la contre-culture américaine. Moment festif et joyeux, fait de rencontres inusitées entre intellectuels et artistes (Deleuze et Guattari ont ren-contré Bob Dylan backstage’.), cet « entre-deux » est typique, selon Cusset, de la première vague de French Theorists. La popularité non universitaire de la théorie française continue à persister au-delà des seventies dans les milieux artistiques, alternatifs, informatiques, etc. où l’on cite allègrement des passages de Mille Plateaux ou de l’indécidable déconstruction de Derrida. Cusset reconnaît tout de même l’intérêt de ces récupérations qui tournent souvent à la caricature, car si certains artistes y ont trouvé une manière légitime de parler de leur art, la théorie, elle, y est devenue vivante. Encore que la pensée des philosophes français y ait été entièrement pervertie (les contre-sens avec Baudrillard sont éloquents), l’union entre la théorie et l’œuvre a représenté peut-être la meilleure réponse qu’on leur a donnée. Mais tout le monde avait déjà compris que c’était par l’université que la théorie française devait passer pour rester.

L’incidence politique de la théorie

Autre lieu, autre réception. Les départements de français et plus largement ceux de littérature ont ouvert les portes des campus universitaires à la théorie française, tout en se hissant au sommet des humanités en maniant des concepts nouveaux mais flous, flexibles et surtout tellement poreux que les autres disciplines y trouvaient leur compte : en quelques années, les littéraires étaient devenus les dépositaires de l’« éthos universitaire ». Des mégastars naissaient sur son crédit ; tout un domaine de recherches y trouvait 42 son impulsion (les cult’studs’) ; les étudiants l’utilisaient pour affirmer haut et fort leur pas-sage à l’âge adulte. On récupérait, sans retour, ce que des stratégies éditoriales avaient fabriqué de toutes pièces en publiant côte à côte les vedettes de l’heure : portrait d’une famille française née à l’étranger que Ton a appelée, selon les milieux et les humeurs, poststructuraliste, postmoderne, et plus récemment postmarxiste. Si les études universitaires n’étaient pas en reste de récupéra-tions mimétiques et caricaturales qui se limitaient trop souvent à une clique de campus qui défendait complaisamment son auteur fétiche — concurrence typiquement américaine entre universités —, il y a des domaines où la lecture des auteurs français a été fine et de grand intérêt. La palme revient ici aux études postcoloniales et aux politiques identitaires qui, selon Cusset, ont réussi à sortir la théorie française du marasme textualiste en reconnaissant ses inci-dences politiques. Il n’invoque pas d’ailleurs les moindres penseurs en parlant de Spivak, Saïd, Butler, etc. Tous et toutes, d’une manière ou d’une autre, ont reconnu l’apport considérable de la théorie française quant aux vives réflexions sur la question du statut des minorités qui avaient atteint un sommet avec le débat concernant le « politically correct » dans les années quatre-vingt. Pour la première fois peut-être, les débats universitaires s’étendaient dans les grands médias américains : les noms de Derrida, de Foucault, de Baudrillard, etc., étaient dorénavant connus du grand public.

Mais ce qui est à retenir de ces débats parfois houleux, c’est que les penseurs des minorités ont déplacé le paradigme marxiste et la théorie cri-tique inspirée de l’école de Francfort (deux piliers dans les études politiques universitaires américaines qui critiquaient l’apolitisme de la French Theory) en reconnaissant la validité de la théorie française dans les luttes hors campus, c’est-à-dire celles qui ont lieu dans la rue. Mais cette validité, souligne Cusset, a également sa limite, car, quoiqu’elle ait servi à rendre compte des différences, elle a surtout démontré qu’il était difficile d’éviter l’illusion marxienne d’une prise directe de la théorie sur la pratique. Pour justifier ainsi l’incapacité des penseurs de la minorité à unir la théorie française avec les luttes sociales concrètes, il souligne leur aveuglement et le silence qui en découle face aux phénomènes de récupération capitaliste des minorités qui a eu lieu aux yeux de tous sous la bannière marketing Benetton. Si la moitié du chemin semble parcouru en alliant la théorie française avec la n’a pas encore été entièrement déployé : il semble que les Américains aient mal politisé la théorie française, ne retenant qu’une partie de la complexité des rapports interhumains et les microfascismes qui peuvent en découler dans l’ordre du monde orienté non plus par la domination mais par le contrôle.

La limite d’un travail de déblayage

Cusset a fait un travail assez remarquable en repérant et en présentant tous les lieux qui ont servi à introduire et à répandre la théorie française aux États-Unis : des fanzines aux publications prestigieuses, en passant par le scratching, l’art new-yorkais et les débats universitaires, le terrain est pour ainsi dire déblayé. De plus, en remontant chronologiquement l’histoire de cette réception, il montre les mutations du champ intellectuel américain qui se jouent d’abord dans les départements de littérature et ensuite dans les études plus spécifiques sur les minorités. Sa pré-sentation est claire et agréable à lire. Cusset ne cherche pas à renouveler le genre de l’histoire d’un courant de pensées en s’alignant sur la ma-nière de faire de François Dosse avec le structu-ralisme ou de Didier Eribon avec Foucault. Tout comme eux du reste, il ne manque pas de saler sa mise en récit d’anecdotes et de dérapages ridicules qui font sourire et qui donneront surtout satisfaction aux professeurs qui cherchent à in-valider la joyeuse pensée post-nietzschéenne française qui plaît tant à quelques étudiants. Mais le travail de Cusset dévoile ses limites, qui sont aussi celles du genre, lorsqu’il présente les penseurs américains qui se sont le mieux approprié, selon lui, la théorie française. On remarque assez vite qu’il n’a pas lu tous leurs ouvrages, paraphrasant et citant les petits readers qu’il critique par ailleurs : « De même qu’à l’instar de sa consœur Gayatri Spivak, il [E. Saïd[ se méfie des « méthodes » générales et des « systèmes » explicatifs, qui en devenant « souverains » font perdre à leurs praticiens « tout contact avec la résistance et l’hétérogénéité propres à la société ci-vile », laquelle peut mettre à meilleur profit une cri-tique ponctuelle, qui doit « être toujours en situation ». » Mots ou concepts clés insérés dans une phrase qui a la vertu de synthétiser toute la pensée d’un auteur (ici de deux auteurs), telle est la marque des readers fort populaires auprès des undergraduates. Mais peut-on reprocher ce raccourci à Cusset? La tâche qu’il s’est donnée était énorme en voulant tout couvrir, tout présenter. En avouant la limite de son travail et en ouvrant le chantier à la fin du livre, il semble régler ses comptes avec le lecteur qui, l’ayant suivi jusque-là, était peut-être déçu de ne pas avoir eu droit à un véritable dialogue entre les textes français et américains : « De ces mécomptes providentiels, de ces trahisons créatrices, sinon performatives, l’histoire mouvementée, retracée parfois ici et là, reste encore à écrire. » Mais la raison en est aussi ailleurs, puisque, avec son travail, il veut remuer la France.

À l’heure de la « théorie-monde »

Cusset ne cache pas l’intention de son travail en l’énonçant dès l’introduction et en la rappelant ici et là dans l’ouvrage. Et « Pendant ce temps-là en France », titre du dernier chapitre, en donne un assez bon indice : les nouveaux philosophes français autoproclamés en 1977 (BHL, Glucksmann et Clavel) et extrêmement critiques à l’égard de la Pensée 68 ont bloqué le champ intellectuel français en recentrant le débat sur les enjeux humanitaires et les droits de l’homme et en ayant recours au gros concept de l’État. Si l’on en croit Cusset, il s’agit pratiquement d’une régression qui semble avoir fait prendre du retard à la pensée française en ce qu’elle a rejeté les plus prolifiques penseurs des dernières décennies. « Pendant ce temps-là en France », en effet, car ailleurs, de New York à Sidney ou de Rome à Buenos Aires, une nouvelle « classe d’intellectuels transnationale » centrée sur la théorie française (et convergente sur certains points avec la théorie critique) se forge une « théorie-monde », selon l’expression de François Cusset. Si la démonstration d’une telle théorie reste encore à faire, l’évidence de sa nécessité, elle, semble acquise. Car la complexité du monde actuel demande 43 autre chose que la bonne conscience rationnelle des nouveaux philosophes qui, au demeurant, accumulent aux yeux de tous les succès de librairie en utilisant la stratégie marketing qui sied tant au capital. La « théorie-monde », celle peut-être de Bruno Latour avec ses Sciences studies qui a le mérite, selon Cusset, de s’opposer à la ferveur rationaliste des Français et à la textualisa-tion outrancière des Américains, mais qu’il ré-duit à peu près au programme de Foucault : analyser les effets de pouvoir dans les formations discursives et ceux du discours dans les pratiques.

Si Cusset ne cache pas sa hargne, c’est qu’il veut que la France retrouve l’enfant qu’elle a mis au monde mais qui a grandi ailleurs. C’est peut-être pour cette raison qu’il exagère l’importance des nouveaux philosophes et qu’il passe à peu près sous silence les héritiers discrets de la théorie française en France. On pense par exemple à Jacques Rancière qui marche à différents moments de son œuvre dans les pistes ouvertes par elle. Mais aussi à ceux qui travaillent au Centre Michel Foucault à Paris et qui ont organisé deux colloques sur sa pensée ces dernières années en France et qui font suite aux Dits et Écrits; à ceux plus souterrainement qui ont ouvert le Chantier-Deleuze à Nanterre, qui organisent des colloques (Paris et Lyon à l’automne 2003), qui en discutent dans Les Cahiers de Nœsis (Nice) et qui poursuivent parallèlement la pensée du philosophe dont on vient de publier tous les écrits quelques années après le succès de L’abécédaire. Tout cela est marginal évidemment, trop creux ou trop discret ! Certes, mais le réveil n’aura pas lieu tel que le désire Cusset. Les débats qu’il a peut-être voulu susciter n’ont pas eu lieu, et à lire les quelques comptes rendus parus dans les quotidiens et les revues en France, rien ne les laisse présager. Ça ne sert strictement à rien de vouloir donner des leçons à quiconque en espérant haut et fort une résurrection de la théorie française en France. Les « trahisons créatrices restent à écrire », dit-il. On attend impatiemment son prochain ouvrage, sa trahison.

Voir enfin:

Journée « Autour du livre de François Cusset French Theory » et des Cultural Studies

Transatlantica

[19 novembre 2004]
Compte rendu coordonné par Marie-Jeanne Rossignol (Paris VII) et Pierre Guerlain (Paris X)


Introduction

La parution du livre de François Cusset, French Theory. Foucault, Derrida, Deleuze & Cie et les mutations de la vie intellectuelle aux Etats-Unis en 2003, à La Découverte, a soudain donné une plus grande visibilité en France aux Cultural Studies et autres mouvements intellectuels inspirés de théoriciens européens (et non seulement français) qui ont fleuri aux Etats-Unis pendant les vingt années passées. Ce livre tout à fait passionnant, érudit et ancré dans une expérience personnelle (l’auteur, sociologue, travaillait aux Services culturels français à New York pendant la période) a engagé quelques américanistes curieux de ces mouvements intellectuels à se réunir pour discuter des thèses de Cusset et à élargir le débat aux Cultural Studies et à leur inscription universitaire ainsi qu’à leur impact politique. Organisé à l’initiative de Marie-Jeanne Rossignol et Pierre Guerlain, ce forum Paris7/Paris X s’est tenu le 19 novembre à l’Université Paris X-Nanterre. Il a réuni les participants suivants : Françoise-Michèle Bergot, Cornelius Crowley, Paris X-Nanterre, Craig Carson, Nanterre, Marc Deneire, Nancy 2, Pierre Guerlain, Paris X – Nanterre, André Kaenel, Nancy 2, Alison Halsz, Paris X-Nanterre, Thierry Labica, Paris X-Nanterre, Hélène Le Dantec-Lowry, Paris III-Sorbonne Nouvelle, Catherine Lejeune, Paris 7-Denis Diderot, Guillaume Marche, Paris XII-Val de Marne, Brigitte Marrec, Paris X-Nanterre, Jean-Paul Rocchi, Paris 7-Denis Diderot, Marie-Jeanne Rossignol, Paris 7-Denis Diderot. Les intervenants ont souvent tenu à mêler rappel de leur expérience personnelle, analyse de l’ouvrage et réflexion sur les Cultural Studies lors de ce forum de réflexion, dont vous est ici livré ici un compte rendu légèrement révisé, où alternent brèves interventions et développements plus étoffés.

La parole a été passée tout d’abord à Marie-Jeanne Rossignol :

Pour résumer rapidement sa thèse, on peut dire que selon François Cusset, de remarquables intellectuels comme Foucault, Deleuze et autres brillants penseurs des années 1970 ont trouvé un meilleur accueil aux Etats-Unis qu’en France à partir des années 1980 : ce sont les campus américains qui ont profité de l’incroyable fermentation intellectuelle présente dans leurs travaux, pour diverses raisons, et en particulier, la structure du milieu universitaire américain. Aux Etats-Unis, les idées et l’imagination ; à la France, de bien ennuyeux « nouveaux philosophes » qui ont paradoxalement accompagné les années de gauche au pouvoir.

Il est vrai que, pour la génération d’après 1968, les auteurs dont parle Cusset, par exemple Foucault, Derrida, Kristeva ou Cixous, ont effectivement très vite disparu de l’écran des références intellectuelles indispensables, à partir des années 1980, c’est-à-dire quand une certaine jeunesse universitaire aurait dû s’emparer d’eux. Foucault, lecture de lycée, est quand même resté incontournable dans les années qui ont suivi, en particulier grâce à la présence dominante d’Arlette Farge dans les études sur le XVIIIè français ; mais c’est effectivement surtout aux Etats-Unis, en 1988 et après, que je les ai retrouvés, évidemment sous leur forme américaine (19). D’où un retour « en décalage » en France en 1989, après un séjour d’un an, face à un monde intellectuel et politique dont les références paraissaient quelque peu désuètes. Et qui le paraissent encore aujourd’hui.

Alors que j’étais naturellement assez éloignée de la théorie, l’atmosphère américaine très « théorique » m’a énormément apporté, car comme le dit Cusset (21), elle se doublait d’une « pragmatique des textes », c’est-à-dire leur « aptitude à l’usage, à l’opération » : on y puisait « des idées nouvelles » sans avoir besoin de lire Deleuze, Derrida. Les concepts rebondissaient d’un texte à l’autre et créaient une fermentation véritable par rapport à laquelle, au retour, les problématiques de l’histoire française paraissaient ternes et habituelles. C’est là un des points forts du livre de Cusset : avoir rappelé que ces lecteurs américains des philosophes français de la génération 68 ont su écouter « ces fulgurances d’il y a trois décennies, étiquetées par l’histoire des idées »(23).

Un autre mérite de cet ouvrage est de souligner les défauts de cette approche : l’inspiration française est devenue « la respiration » française par un processus de citation perpétuelle, de « scansion » sans « explicitation » (104, 234). En histoire, où les chercheurs sont souvent peu attirés par des lectures philosophiques, ce fut particulièrement le cas : des concepts complexes tels qu’ « autorité » ou « patriarcat » étaient assénés plus que véritablement intégrés. Les plus grandes réussites de la période auront concerné des sujets qui étaient également portés par l’histoire culturelle des années 60 et 70, l’histoire afro-américaine et l’histoire des femmes, en plein essor, mais qui ont trouvé un deuxième souffle dans cette injection de concepts. Etudiants ou grands penseurs, les Américains sont devenus les « usagers » des textes : en disant cela, Cusset s’inscrit lui-même dans une lecture post-moderne de l’acte de lecture (292) : « La part d’ « invention » américaine désigne dès lors l’aptitude à faire dire aux auteurs français ce qu’on en comprend, ou du moins ce qu’on a besoin d’en tirer ».

Ce sentiment de décalage entre une réalité française terne et les bouleversements américains est d’autant plus net, dans les années qui suivent mon retour, en 1989, lorsque se répand en histoire américaine un débat sur l’histoire, récits subjectifs ou science objective, qui n’a presque aucun écho en France. C’est qu’en effet, comme Cusset l’explique bien, les philosophes français ont été captés tout d’abord par la discipline littéraire aux Etats-Unis. Alors qu’en France, leur lecture et leur interprétation relevaient de la philosophie, aux Etats-Unis ils s’épanouissent dans les départements de lettres ; cette appropriation, renforcée des analyses de J. Derrida, conduit à ramener tout texte et toute interprétation au cadre littéraire. En histoire américaine, cela conduit à des clivages et à des ruptures entre anciens et modernes : les anciens, parfois à gauche comme Eugene Genovese, sont des tenants de l’objectivité en histoire : les modernes, du relativisme narratif (88, 93). Mais sur ces débats en histoire, Cusset paraît peu renseigné ou cela lui paraît périphérique. En tout cas, il est clair qu’aux Etats-Unis, dans les années 1980, la subversion, l’imagination, la résistance aux autorités tirent leur inspiration des départements de français. A Duke, on compare les fauteuils confortables du département d’anglais (celui où officie alors Stanley Fish) aux sièges effondrés du département d’histoire, longtemps dominé par les historiens du sud et de l’armée. Les spécialistes d’histoire afro-américaine mènent la guerre à ces derniers, choisissent des bureaux dans un autre coin du campus et soutiennent une jeune collègue qui propose un nouveau champ, les « théories ». En France, pendant ce temps, l’histoire ne connaît pas de tels renouvellements théoriques, à l’image des études cinématographiques dont parle Cusset (95).

La différence persistante entre France et Etats-Unis, si Cusset avait davantage envisagé le cas de l’histoire, aurait été encore plus saisissante. Il n’aurait pu écrire (143) : « Qu’on parle le patois derridien ou le dialecte foucauldien, la chose est entendue, peut-être même mieux qu’elle ne l’a jamais été en France : il n’y a plus désormais de discours de vérité, mais seulement des dispositifs de vérité, transitoires, tactiques, politiques ». Rien de moins accepté en France, rien de plus entendu aux Etats-Unis : même des milieux très traditionalistes sur le plan méthodologique, comme l’histoire des relations internationales, ont remis en cause leurs sources, leurs postulats, leurs angles d’approche. Il n’est que de lire la revue Diplomatic History des années 1990 à 2004 : alors que ce champ était considéré comme ancien, en perte de vitesse, la revue a su publier des numéros entiers sur les Africains-Américains et la politique étrangère des Etats-Unis ; l’environnement et les relations internationales ; récemment son rédacteur en chef s’est rendu au congrès d’American Studies, haut lieu de la theory, pour un rapprochement hautement improbable naguère. (Robert D. Schulzinger, « Diplomatic History and American Studies, » Passport vol. 35:2 (August 2004), 21-23).

L’influence du post-colonialisme sur l’écriture de l’histoire américaine est bien notée par Cusset (155) et là aussi la différence avec l’histoire de France ne saurait être plus saisissante, à l’exception de Nathan Wachtel et même si l’histoire coloniale s’est quand même considérablement développée dans les vingt dernières années. Mais sur ce point encore, il ne faut pas négliger le rôle des historiens radicaux, militants politiques des années 60, influencés par l’histoire culturelle de E. P. Thompson, qui ont réécrit le récit national américain en donnant une place importante aux Noirs, aux Indiens. Dès les années 1980, les manuels universitaires sont rédigés sous leur direction et reprennent cette vision d’un passé contrasté.

Sur les Cultural Studies, Cusset s’attarde peu (145-148), alors que sous ce vocable se réunit une nébuleuse d’origines disciplinaires, touchant aussi bien à la littérature populaire qu’à la littérature classique, au canon relu et corrigé qu’au contre-canon minoritaire ou ethnique. Il lui donne une acception étroite et donc réductrice, voire caricaturale, un peu décevante. Que lui-même remet en question (153) en ajoutant qu’elles « peuvent elles-mêmes avoir pour objet la question identitaire et non plus la pop culture, avec les Black, Chicano ou même French Cultural Studies ». A ce sujet, F. Cusset va dans le sens commun qui consiste à critiquer les CS et toute la «théorie» américaine au motif qu’elles auraient perdu de vue l’argument politique qui sous-tendait le travail des philosophes français.

Certes, en même temps, ce mouvement intellectuel s’est inscrit dans une tradition de combats pour les droits initiés par le Civil Rights movement puis repris par les féministes. Sur les campus, l’ambiance était au « personal is political », peut-être moins hérité de Foucault que des féministes américaines. Mais pourquoi ne serait-il pas « politique » de s’indigner que seuls des Blancs écrivent l’histoire des Noirs, que seuls des hommes prennent des décisions dans les entreprises et les administrations ? Est-ce réduire le politique au symbolique ? (186-188, 200-202). Les limites politiques du mouvement intellectuel américain ne doivent-elles pas être jugées à l’aune des grandes tendances politiques aux Etats-Unis ces 50 dernières années, un éloignement de la question sociale et un fort accent sur la question des droits individuels mais aussi communautaires ?

Le tableau du milieu universitaire est excellent. La description de ce qui en constitue l’originalité en particulier (208) mérite que l’on s’y appesantisse au moment où le milieu universitaire français tombe sous la coupe des critères américains et globaux de recherche et de publication. Les années d’après 1970 sont également celles d’une explosion des postes dans les universités américaines, donc d’une explosion des publications dans un contexte concurrentiel qui se ferme : à partir de la fin des années 1980, peu de recrutements. Un marché problématique sur certains créneaux étroits comme l’histoire américaine : 50% des historiens américains, mais un terrain bien mince en termes de sources et de durée. Parlant de la littérature (235), Cusset signale que les étudiants passent moins de temps à lire les textes qu’à comparer les critiques des textes : il en va ainsi en histoire où la lecture de l’historiographie est au centre du travail, bien plus que la lecture de documents.

Utile et même essentiel, ce rappel de la domination planétaire des modes intellectuels américaines et de ses méthodes : être professionnel, c’est travailler à la manière des Américains. Les auteurs français sont lus par le prisme de leurs interprètes (302-303) ; l’internationale des idées devient l’internationale des campus, dont sont absents les Français.

Catherine Lejeune:

Indéniablement, French Theory donne un socle théorique aux Cultural Studies. Cependant François Cusset, à l’instar d’autres penseurs marxistes, ne manque pas de les critiquer (qu’il qualifie, au passage, de « disciplines abâtardies »).
A mon sens, il réduit un peu trop les CS à l’étude textuelle et stylistique de la pop culture, même s’il reconnaît à l’occasion qu’elles peuvent avoir pour objet d’étude la question identitaire, et non plus la pop culture, comme c’est le cas des African American Studies, des Chicano Studies etc…. En effet les Cultural Studies ont contribué à revitaliser les études ethniques, les études post-coloniales ou encore les plus récentes Subaltern Studies. Il faut mettre ce renouvellement des problématiques identitaires à leur crédit, ce que ne fait pas l’auteur. D’une manière générale, si l’on peut accepter que Cusset se limite à un survol de la question des Cultural Studies même s’il y fait souvent référence, on peut regretter qu’il en sous-estime l’impact et qu’il néglige leurs rapports avec l’histoire, la sociologie, l’anthropologie (disciplines que les Cultural Studies ont soit ébranlées soit renouvelées sur le plan épistémologique).

Pour François Cusset, les seules études ethniques qui valent sont celles qui concernent les Africains-Américains. Elles seules ont acquis leurs lettres de noblesse. « La question afro-américaine », dit-il, « justifiant une étude des ségrégations est un cas à part, plus ancien, plus impératif, chargé d’une plus lourde histoire : de fait, elle relève moins d’une création universitaire que les Chicano, Asian-American, Native-American Studies ou même les Gay/Women Studies ». Nul ne contestera la centralité, la primordialité de la question afro-américaine, mais le survol est là trop rapide, et de ce fait réducteur. Peut-on ainsi mettre tous les groupes ethniques sur le même plan compte tenu de la différence des situations d’un groupe à l’autre, qu’il s’agisse de la nature et de l’ampleur de la discrimination ou de la teneur des combats pour les droits civiques passés et présents ? De surcroît, chacun de ces groupes a eu sa part de réalité ségrégationniste. Il y a donc une histoire raciste et/ou discriminatoire de ces populations dont on ne peut réduire l’étude, contrairement à ce qu’affirme Cusset, au seul besoin d’existence intellectuelle au sein de l’université.

Jean-Paul Rocchi:

Dés le début de French Theory, François Cusset définit l’enjeu d’une étude à la fois riche et synthétique. Il s’agit en fait « [d’] explorer la généalogie politique et intellectuelle, et les effets, jusque chez nous et jusqu’à aujourd’hui, d’un malentendu proprement structural » entre théories françaises et universités américaines (15). C’est l’occasion pour Cusset de se pencher sur les conditions de production de la théorie, du difficile rapport entre émission nationale et réception étrangère dans lequel elle s’inscrit, mais aussi de porter un regard critique sur l’universalisme français et le communautarisme américain. French Theory reflète bien en effet la crispation identitaire française dont est symptomatique la fortune américaine de théoriciens tels que Foucault, Derrida ou Deleuze. Ce sont en effet ceux-là même qui ont le plus radicalement critiqué le monolithisme identitaire et la domination du sujet qui ont eu une reconnaissance transatlantique appuyée.

Bien que l’auteur s’interroge sur le fracture hexagonale entre théorie et sphère politique, son argumentation ne va pas jusqu’à examiner la question complexe d’une identité française souvent réduite avec commodité à celle seule de la citoyenneté. Se dessine alors, sous-jacente à sa thèse d’une différance entre théories françaises et pratiques identitaires américaines, la nostalgie d’un logocentrisme et d’une lecture théorique légitime déclinée sur le double mode du « ce que certes nous ne faisons pas mais que les autres font bien mal »; une nostalgie dont était déjà empreint son précédent ouvrage, Queer Critics, la littérature française déshabillée par ses homos-lecteurs (PUF, 2002), consacré au cadre théorique queer anglo-saxon appliqué à la littérature française.

Ce complexe de la lecture légitime est particulièrement perceptible dans l’analyse de l’utilisation « utilitariste » que les politiques identitaires américaines auraient faite de Derrida, un dévoiement que Christian Delacampagne qualifiait de « malentendu » dans un récent article publié à l’occasion de la mort du philosophe (« Histoire d’une success story », Le Monde, 11.10.04). Une perversion qui procèderait selon Cusset du hiatus entre l’enjeu de la déconstruction, comprise comme critique de la structure, de la connaissance et du rapport entre loi et écriture, et « la très vague définition littéraro-institutionnelle qui prévaut aux Etats-Unis : ‘terme dénotant un style de lecture analytique qui tient pour suspect le contenu manifeste des textes’ » (121). Plus loin, dans son chapitre consacré aux « Chantiers de la déconstruction », Cusset poursuit sa critique en soulignant que peu de réflexions politiques peuvent se réclamer de Derrida, tant sa pensée, déployée « en deçà du vrai et du faux » s’accommode mal de positionnements tranchés, de choix pratiques arrêtés ou d’engagements effectifs (136-137).

Pourtant, ne peut-on pas se demander si les politiques identitaires à l’université n’ont pas constitué aux États-Unis, plutôt que le supposé dévoiement que Cusset stigmatise, le terreau favorable à l’épanouissement de la pensée de celui qui se décrivait comme « étant en synchronie avec la postcolonialité » (Arte, 13/10/04) et dont la critique de la métaphysique occidentale n’est pas sans lien avec sa propre histoire algérienne ? N’y a-t-il pas dans le développement des départements et programmes d’Etudes afro-américaines aux Etats-Unis une même remise en cause du logocentrisme, de la métaphysique occidentale, et de leur expression américaine à travers la question raciale ? Le hiatus ne semble pas si profond, si tant est que l’on comprenne l’étude des textes comme l’occasion de mettre au jour les liens entre philosophie, histoire et idéologie, une pratique dont la tradition afro-américaine fait tôt l’épreuve à travers la maîtrise de l’écriture par les esclaves. Par ailleurs, et pour ce qui est de l’inadéquation entre la philosophie dérridienne et le politique, l’argument est contredit par Derrida lui-même et notamment dans ses textes « Racism’s Last Word » et « But, beyond…(Open Letter to Anne McClintock and Rob Nixon) » qui étudient les discours et l’idéologie du régime de l’apartheid (in Henry Louis Gates, Jr, «Race», Writing and Difference, 1986).

Il est en outre surprenant de considérer que toute « structure d’opposition [étant] irréductible aux référents qu’elle affiche » empêche, si ce n’est de réduire à néant la dite structure, d’y infléchir les rapports d’inégalités. N’est-ce pas ce à quoi W. E. B. Du Bois et Frantz Fanon se sont attelés en rétablissant un sujet noir réaffirmé à la place de l’antithèse de la dialectique hégélienne du maître et de l’esclave, la négation de la négation ?

La philosophie aussi est affaire de politique. A moins que l’on entende par « politique », le seul terrain social, la seule matérialité. Cette conception a cependant déjà montré ses limites. C’est au nom de la seule matérialité que le marxisme, péchant par excès d’idéalisme, a analysé le racisme comme une mystification de la bourgeoisie destinée à diviser la lutte prolétarienne, jugeant a priori que les classes populaires ne pouvaient avoir de préjugés (cf Varet, Racisme et philosophie, essai sur une limite de la pensée, 1973, 352-362).

Le hiatus est-il entre une définition réductrice et l’enjeu ambitieux de la déconstruction, ou en encore entre philosophie et action politique ? Peut-être est-il en fait inhérent au rapport entre théorie et expérience, dans la difficulté de leur ordonnance dans le temps tout comme la description de leur interaction. Ces difficultés peuvent conduire à une lecture partielle voire partiale qui, d’une part fait de l’expérience le lieu et l’occasion d’un asservissement et d’une perversion de la théorie et d’autre part tend à minimiser le poids de l’expérience indigène / communautaire.

C’est ainsi que French Theory présente également la faiblesse d’arrimer les penseurs des identités américaines et les critiques de la différence à une théorie française dont l’influence est postérieure à celle de larges mouvements sociaux de la dissidence et de la marginalité américains. Les Afro-Américains ont-ils attendu Derrida pour « déconstruire » la réalité matérielle et la métaphysique blanche américaine que la ségrégation leur renvoyait au visage ? « On Being Crazy » (1923) de Du Bois, qui s’attache à décrire le lien entre matérialité, langage et idéologie, est en cela un démenti frappant. En outre, lorsque Cusset fustige les départements de littérature américains pour avoir transformé la théorie française en un métadiscours subversif destiné à remettre les sciences en cause plutôt qu’à porter un regard sur le réel (chapitre « Littérature et théorie »), on touche à la limite du cadre interculturel. La distinction occidentale entre théorie / philosophie d’une part et littérature d’autre part est elle pertinente dans le cadre de la tradition afro-américaine pour laquelle la systématisation théorique, fût-elle littéraire, artistique, philosophique ou politique, s’ancre dans l’expérience, une subjectivité réflexive et non dans la connaissance objective du monde ?

C’est là où, de façon assez ironique, French Theory, outre de révéler en creux les crispations actuelles de la scène intellectuelle française, reproduit parfois dans son approche de l’objet américain la même transformation culturelle dont il souligne les travers au sein des universités américaines.

On peut dès lors conclure avec prudence que, pour offrir des éclairages différents et significatifs, l’approche comparatiste ne saurait prétendre à l’exhaustivité.

P. Guerlain:

Le livre n’aborde pas suffisamment le paradoxe entre ce ferment politique de gauche sur les campus et la montée de la droite politique. Les catégories du multiculturalisme, qui découlent en partie de la French Theory, ont d’abord servi à rendre certains groupes et certaines méthodologies visibles et ont donc eu, dans les années 60 et 70, un effet positif indéniable mais elles favorisent aujourd’hui une réduction du politique aux catégories du marketing. Les « market niches » s’accommodent fort bien d’un découpage identitaire, en grande partie ethnique. Le multiculturalisme communautariste a été coopté par l’ultra-droite sans grande difficulté. L’hégémonie de l’ultra-droite américaine sur le champ politique s’accommode fort bien d’une politique de la différence qui ne va pas plus loin que la surface. Un Colin Powell ou une Condolezza Rice au gouvernement et la question du racisme est balayée. La politique de rélégation sociale dont sont victimes les pauvres, tous les pauvres mais les Noirs sont sur-représentés parmi les pauvres, disparaît de l’espace du débat politique derrière des querelles sémantiques, en partie inspirées par les débats universitaires liés aux nouvelles théories. (Lire Loïc Wacquant, Punir les Pauvres, sur ce point). Il ne s’agit pas tellement ici de parler de dépasser le marxisme ou non (il n’y a pas de théorie ou d’horizon indépassables) mais de ne pas rejeter la réflexion en termes de classes sociales et de fonctionnement socio-économique global au profit de logiques communautaires qui desservent toujours les communautés les plus marginalisées. L’université et la French theory ont participé à la déconstruction de tout universalisme, jugé abstrait, français et xénophobe, au profit d’un particularisme qui pourtant renouait avec des racines conservatrices et qui contribue à enfermer les groupes dans leurs appartenances communautaires et à gommer les liens qui peuvent exister entre groupes ethniques différents mais semblables sur le plan socio-économique.

On peut donc se poser la question de savoir si les militants des campus ont vraiment fait de la politique ? Derrida, auteur érudit et multilingue dont les positions politiques sont respectables, était-il un penseur authentiquement politique ? Sa créativité et son intervention ne sont-elles pas d’abord littéraires ? Contrairement à Saïd, il n’a pas de prolongement dans le monde des acteurs de la politique. C’est d’ailleurs à l’université et dans les départements de littérature que Derrida a connu un grand succès, pas ailleurs, notamment dans les départements de philosophie ou de sociologie ou dans l’espace du débat public.

La désignation de French theory isole dans un cadre national ce qui est en fait une construction théorique qui est d’abord américaine et va bien au-delà d’un échange franco-américain puisque certains auteurs indiens, palestinien et américain dans le cas de Saïd, mais aussi britanniques ont joué un rôle dans la dissémination de cette French theory. La réintroduction d’une catégorie nationale a peut-être valeur de symptôme car le postmodernisme a cherché à abolir les frontières et la référence à l’Etat-nation. De même que les théoriciens de la mondialisation dite néo-libérale ont un peu vite enterré les Etats-nations, les postmodernes ont oublié ou marginalisé les références nationales qui font figure ici de retour de refoulé. Dans le cas des Etats-Unis, pays où le nationalisme bien affirmé se vit souvent sur un mode exceptionnaliste et expansionniste, l’abandon de la référence à l’état-nation a des effets d’aveuglement.

Il faut aussi appréhender la question suivante : que fait la théorie ou à quoi sert la théorie ? Pour les artistes et les spécialistes de littérature, la théorie est peut-être une relance de la créativité, en histoire et sciences sociales la théorie peut et même doit interroger l’écriture et les biais d’écriture pour échapper aux tentatives toujours renaissantes du positivisme sans que l’on puisse évacuer la catégorie du réel et donc l’adéquation au réel de la théorie. Les sciences sociales ne peuvent scier la branche du réel sur laquelle elles sont assises, alors que la littérature n’a pas à affronter cette question. Il y a dans la confusion entre les registres théoriques une difficulté particulière car ce qui vaut pour le texte de fiction ne s’applique pas forcément à la sociologie ou à l’histoire.

Le singulier de French Theory pose problème car les divers auteurs abordés par Cusset n’ont pas forcément grand-chose à voir entre eux. Il y a là un effet « rag-bag » qu’il faut aussi comprendre en termes d’enjeux de carrière ou de positionnement dans l’univers de la mode universitaire. Dans un cadre de célébration de la diversité et de la différence, afficher une origine française à un groupe de théories permet de se singulariser et de se démarquer d’un anti-intellectualisme ambiant. Dans de nombreux cas, la théorie est un substitut de religion, quelque chose qui permet de tenir pour des raisons fort personnelles et qui n’ont rien à voir avec les « vérités d’adéquation » dont parle Todorov dans Critique de la critique.

Le livre de Cusset fait le point sur une influence culturelle donnée de façon magistrale mais souvent trop rapide. Ainsi, il aborde des thématiques essentielles sans les traiter (négation du social, 106, dépolitisation par les CS, 149), fait de Chomsky un marxiste orthodoxe (139) ce qui indique qu’il ne connaît rien à Chomsky et aux marxistes orthodoxes mais répète des a priori glanés ici ou là, il ne connaît pas bien l’affaire Sokal et termine par une violence anti-française quelque peu surprenante. Son livre a néanmoins le mérite de signaler de nombreuses apories du passage des idées d’un champ à l’autre (ici on aimerait plus de références à Bourdieu) ou d’un paysage intellectuel national à un autre ainsi que les glissements contradictoires d’un champ intellectuel, celui des CS, d’une origine marxiste britannique à une adaptation américaine qui passe par des théoriciens français en rupture de marxisme. Il y a du « food for thought » pour des penseurs fort éloignés les uns des autres dans ce livre qui doit donc être salué comme un grand moment de remue-méninges.

Thierry Labica:

Pouvait-on s’attendre à ce que les idées de Derrida soient politiques au sens traditionnel du terme ? Quant aux idées françaises, quel que soit le terreau d’accueil aux USA, elles bénéficiaient d’une écoute traditionnelle dans les milieux intellectuels américains, et ce depuis toujours. Le débat intellectuel français, sophistiqué et provocateur, fertilise les autres. En France, en revanche, les années 1980 et 1990 ont été celles du règlement de l’héritage intellectuel du PC, avec le rôle de Furet en particulier : les Français été occupés à autre chose.

Cornelius Crowley:

Quelle est la bonne définition du politique ? La décision ? L’acte d’opposition ? Qu’est-ce qu’une bonne position politique ? Agir ? Penser ? Tout ce travail hypertextualisé est éminemment politique. L’idée d’une autre politique à venir est bien chez Derrida. Il permet de dépasser les oppositions manichéennes, de voir le lien entre l’Amérique et le monde musulman. D’entrevoir un autre engagement.

P. Guerlain :

On ne peut nier une différence entre Derrida et des intellectuels comme Chomsky ou Saïd qui sont impliqués dans la politique du « réel ».

André Kaenel :

Le livre de FC est d’abord un bon livre d’histoire intellectuelle et culturelle comparée. C’est le genre de livre que la plupart de ceux qui, comme moi, enseignent les études américaines en France n’auront aucune peine à reconnaître comme le produit d’une véritable réflexion croisée sur les Etats-Unis. En même temps, comme toute réflexion croisée exercée à partir d’un point précis, en l’occurrence la France, le livre de F. Cusset propose également une réflexion sur nous-mêmes, intellectuels et chercheurs français ou européens, et sur nos pratiques. Le regard à la fois critique et admiratif que porte F. Cusset sur les appropriations et les détournements de la théorie française aux USA se double, dans son avant-dernier chapitre, d’une jérémiade, rhétorique politique bien américaine analysée par Sacvan Bercovitch, sur les résistances et l’hermétisme, de ce côté-ci de l’Atlantique, face au foisonnement théorique issu de ces appropriations et détournements. Le fait que French Theory ne soit cependant pas l’ouvrage d’un américaniste (sauf erreur) mais qu’il éclaire néanmoins les pratiques des enseignants-chercheurs travaillant sur les USA constitue un autre décalage à ajouter à ceux que le livre de F. Cusset éclaire si utilement. En effet, il nous explique qu’il n’y a pas eu de retour de théorie en France pour la French Theory pour des raisons qu’il énumère en fin de volume. Du moins n’y a-t-il pas eu de retour de l’ampleur du transfert vers les USA qui a eu lieu à partir du milieu des années 60.

Toutefois, depuis quelques temps, un retour a lieu, modestement. Outre le livre de F. Cusset, cette journée d’étude en est un exemple. Ce retour s’opère, de façon significative, par le biais de la langue : sans la connaissance de l’anglais de son auteur, le livre de F. Cusset n’aurait pas vu le jour, du moins pas sous une forme aussi complète et réussie ; de même, la plupart de personnes qui interviennent lors de cette journée relèvent de la 11ème section du CNU (nos spécialités sont la littérature, la civilisation, l’histoire, l’anthropologie ou la sociolinguistique) et travaillent sur le domaine nord-américain. La langue anglaise, et les différentes spécialisations qui s’appuient sur elle, forment donc la passerelle première qui permet le retour de la French Theory, son appropriation et ses détournements par l’université française. On peut ici noter que c’était déjà la langue, mais le français cette fois, qui avait permis à l’origine le passage des idées de Derrida et Foucault aux USA, où elles avaient d’abord fait leur chemin dans des départements de français, avant de passer dans des départements d’anglais, puis de littérature comparée (Cusset, 89). Il en allait de même pour le volume Cultural Studies/Etudes culturelles publié aux PUN en début d’année, qui était l’œuvre d’anglicistes au sens large. J’ajoute que la communauté des anglicistes n’a pas le monopole des Cultural Studies, comme en témoignent les travaux effectués en France dans les domaines des études filmiques (cf. G. Sellier et N. Burch) ou dans celui de la sociologie des médias (cf. l’introduction aux CS de Mattelart et Neveu, publié en 2003 à La Découverte, chez le même éditeur que French Theory).

Mais la connaissance de langue anglaise ne permet pas à elle seule d’expliquer les passages, transferts et appropriations de la théorie entre l’Europe et les USA — dans un sens comme dans l’autre. Le livre de François Cusset nous rappelle l’importance capitale des personnes et des institutions dans la transmission des savoirs et des idées. Plutôt que de parler au nom des autres collègues, je mentionnerai ici, au travers de quelques jalons de ma propre histoire intellectuelle, les circonstances dans lesquelles je me suis trouvé à trafiquer avec la théorie dans le cadre de mes recherches sur la littérature et la culture américaines.

Il m’est difficile de traiter séparément les relais institutionnels et personnels. C’est à l’Université de Genève, dans le département d’anglais, vers le milieu des années 1980, que le vent de la French Theory a commencé à souffler sur mes travaux en littérature américaine. Une thèse de doctorat sur la figure de l’auteur dans l’œuvre de Melville m’avait amené a m’intéresser à la manière dont l’espace public américain au milieu du XIXè siècle concevait la figure de l’auteur, comment un discours public (et politique) sur l’auteur se faisait jour dans un contexte de nationalisme culturel exacerbé. Les enseignants du département d’anglais, professeurs ou assistants, comme moi, étaient alors majoritairement anglophones, issus des meilleures universités britanniques et américaines. Les débats sur le canon littéraire qui avaient commencé à agiter Cambridge et Yale trouvaient naturellement un écho dans leurs pratiques pédagogiques, fortement marquées par l’influence de la déconstruction et par l’impact des Cultural Studies en Grande-Bretagne (son impact américain devait se faire sentir quelques années plus tard). C’est un plaisir pour moi que de rendre hommage, pour la première fois publiquement, à ces collègues et passeurs d’exception, parmi lesquels John Higgins, Pete de Bolla, Tom Ferraro, Bill Readings (l’auteur de The University in Ruins, mort dans un accident d’avion il y a tout juste 10 ans). A la faveur de cours parfois assurés en commun, de discussions informelles, de séminaires de type work in progress, et encouragé par la liberté que nous laissait l’institution d’offrir les enseignements de notre choix, mes cours et ma recherche se sont ouverts à certaines des idées alors en vogue aux USA et en Grande-Bretagne. C’est dans ce milieu intellectuel, extrêmement fertile sur les plans personnel et académique, que je me suis tourné vers les travaux de Michel Foucault et de Pierre Bourdieu pour comprendre l’enchevêtrement, dans le champ littéraire américain au XIXè siècle, des discours (juridiques, moraux ou politiques) et des institutions (la question du droit d’auteur, par exemple). Et pour comprendre comment, à l’intérieur de ce champ en mutation, et souvent contre ses règles, Melville construisit sa trajectoire d’écrivain. La théorie française, qui ne s’appelait pas encore ainsi, opérait là, pour moi, un retour dans une contexte cosmopolite francophone, mais non français, après un détour par Cambridge, Oxford, Duke ou Yale.

Yale, justement, où je devais passer une année en tant que chercheur invité en 1988-1989, pour poursuivre mes recherches sur Melville, était alors secouée par l’affaire Paul de Man, à laquelle FC consacre plusieurs pages. Je rappelle ici ces révélations, faites en 1986, selon lesquelles le critique d’origine belge, professeur à Yale jusqu’à sa mort en 1983, avait signé des articles à teneur antisémite dans un journal bruxellois durant la Seconde Guerre mondiale. Il y eut à l’époque un colloque tendu consacré à l’héritage de de Man en présence de ses anciens collègues et amis : nombreux étaient les enseignants et les collègues à voir alors dans l’affaire de Man le début de la fin de la « déconstruction ». Autre souvenir de cette année : le nom « Derrida » écrit en grand à la mousse à raser sur un sentier du campus et dont il ne restait déjà plus qu’une trace à peine lisible.

En quittant il y a une dizaine d’années l’Université de Genève pour l’Education nationale, la Suisse pour l’Europe, c’est un autre déplacement que j’ai opéré, d’une réflexion centrée sur la littérature américaine à une autre sur un objet que je découvrais alors, la « civilisation ». Ce champ non disciplinaire qu’on disait transdisciplinaire, reposait (repose ?) sur des fondements positivistes étroits et envisageait l’étude de la civilisation britannique ou américaine dans une optique principalement entomologique (il s’agissait d’épingler le système politique, les institutions, la population, l’immigration, etc.) — d’où la réflexion sur le champ lui-même était absente. Ceci alors que les Etudes américaines aux USA étaient en train de prendre un tournant théorique sous les coups de butoir des « Nouveaux américanistes » (New Americanists). Autour de la figure de Donald Pease, ces nouveaux américanistes insufflaient à un champ jusqu’alors hostile à la théorie et historiquement centré sur la nation américaine, un parfum continental, dont le canal privilégié était Althusser et la critique idéologique. Certains de leurs textes, d’un abord souvent difficile, ont nourri ma réflexion sur l’exportation culturelle américaine à l’époque de la Guerre froide, dont participaient d’ailleurs l’encouragement en Europe des American Studies dès la fin des années quarante. D’autres projets de recherche, en cours ou en veilleuse, sur le cinéma américain se sont nourris de travaux dans la mouvance des Cultural Studies américains sur l’identité nationale et post-nationale dans un contexte de mondialisation, ou sur la réception des produits culturels (e.g. sur l’apocalypse nucléaire dans le cinéma de la Guerre froide, sur l’image du pouvoir et de la Présidence américaine, ou sur le « siècle américain au cinéma entre Pearl Harbor et le 11 septembre »).

A chacune de ces étapes du parcours (Melville, l’exportation des études américaines ou le cinéma) la théorie, qu’elle soit française ou non, a fait partie de ma boîte à outil. Si je n’étais pas si maladroit avec le marteau ou l’équerre, je revendiquerais volontiers la définition que donnait Laurence Grossberg des Cultural Studies comme « bricolage ». En tous les cas, ma démarche intellectuelle doit beaucoup aux déplacements, aux décrochages et aux décalages qu’analyse si bien F. Cusset dans son livre. Les CS, en particulier, me paraissent fournir un ensemble de textes, de protocoles intellectuels, de démarches, et de concepts fertiles pour penser une pratique d’enseignant et de chercheur en « civilisation » américaine dans le contexte institutionnel précis de l’Université française. Ce qui ne revient pas à dire que tout est bon à prendre dans les CS (cerner ce « tout » me paraît d’ailleurs difficile). Les dérives textualistes relevées par F. Cusset sont réelles (ce que Mattelart et Neveu appellent dans l’un des sous-titres de leur livre le « théoricisme chic et choc comme ersatz d’engagement »). En même temps, la vitalité du champ des CS, son bouillonnement et les possibilités de croisements qu’il ouvre en font un outil utile pour fendiller la gangue positiviste des études de « civilisation »).

Dans un essai institulé «Traveling Theory,» repris dans The World, the Text, and the Critic (1983), Edward Saïd analyse les convergences et les divergences entre les idées de Georg Lukacs, Lucien Goldman et Raymond Williams. Il y défend une vision de la théorie comme un projet nécessairement partiel, incomplet. La théorie est selon lui inévitablement affaire de transfert, de voyage et d’emprunt. Et Saïd d’ajouter : « Car nous sommes obligés d’emprunter si nous voulons échapper aux contraintes de notre environnement intellectuel immédiat » (241). C’est l’enseignement principal que je tirerais de l’ébauche de biographie intellectuelle que j’ai esquissé ici aujourd’hui. C’est aussi, me semble-t-il, celui qu’on peut tirer des pérégrinations de la théorie française analysées par FC.

Guillaume Marche :

Il s’agit d’un livre très érudit, qui situe de manière utile la genèse en France et le devenir aux Etats-Unis de la « French Theory ». L’auteur fait une sociologie des savoirs — notamment philosophiques — et de la vie universitaire américaine très convaincante. Mais son traitement des références sociologiques l’est moins : il va trop vite en besogne pour réduire « la » sociologie américaine à un « héritage positiviste » (106). Le chapitre 13 et la conclusion donnent néanmoins à réfléchir sur la dichotomie texte/société, dont certains usages de la « French Theory » cherchent à dépasser le caractère bloquant. Dans les pages 343 et suivantes, Cusset formule même les termes d’un dépassement indispensable de la dichotomie universalisme/différentialisme, qui tend à assimiler — à tort — différentialisme, essentialisme et séparatisme. Se pose in fine la question de l’usage de la théorie : c’est surtout selon qu’elle est descriptive ou prescriptive qu’elle s’avère en phase ou en décalage avec le terrain et l’expérience des acteurs : là se situe, par exemple, l’un des écueils de la théorie queer, qui a tendance à traiter les mobilisations sur le terrain comme si elles étaient, pour ainsi dire, en retard sur la théorie (164-167). D’autres auteurs se proposent plutôt de rendre compte des mobilisations fondées sur l’expérience afin d’en explorer le sens tout en les accompagnant (cf. Kath Weston. Long Slow Burn : Sexuality and Social Science. Routledge 1998).

Marc Deneire :

Avoir vécu sur différents campus américains de 1986 à 1998, c’est avoir participé à une immense conversation, un aller-retour entre les contacts personnels et les textes. D’une université à l’autre, d’un département à l’autre, des références communes (comme Michel de Certeau), qui n’étaient d’ailleurs pas seulement françaises (Habermas en faisait partie). A la fin des années 1980, c’était la fin du New Criticism et la découverte de Derrida a permis un renouvellement autour de la déconstruction. La théorie a permis de se positionner dans le cadre d’une pratique discursive, et également de « s’éclater », se faire plaisir et éclater les points de vue, les identités. Pour ceux qui ont eu cette expérience américaine, tout retour en France est difficile : l’anti-multiculturalisme est dominant. Autre différence : si les universitaires et intellectuels américains sont séparés de leur base, ils sont au moins unis dans leur communauté par cette conversation.

Cornelius Crowley :

Les années 1980 ont vu en France la non-rencontre de cette théorie française, de la réflexion politique telle que Derrida et Foucault avaient pu l’imaginer, et de la gauche enfin au pouvoir.

P-Guerlain et T. Labica s’interrogent pour finir sur ce paysage intellectuel et universitaire français depuis les années 1980, champ occupé également par Lacan en matière de mode intellectuelle dans les années 70 ou Bourdieu (dont Cusset parle peu). La mode ne laisse pas forcément toujours de la place à tous les penseurs importants et parfois met en lumière des penseurs plus médiatiques ou flamboyants que profonds. Bourdieu est finalement peut-être plus important sur le plan scientifiques que d’autres qui ont eu plus de succès à un moment donné sur les campus américains.

Indications bibliographiques:CHAMOISEAU, Patrick. Ecrire en pays dominé. Paris : Gallimard, 1997.

CUSSET, François. French Theory, Foucault, Derrida, Deleuze et Cie et les mutations de la vie intellectuelle aux Etats-Unis. Paris : La Découverte, 2003.

CUSSET, François. Queer Critics, la littérature française déshabillée par ses homos-lecteurs. Paris : PUF, 2002.

DU BOIS, W. E. B., « On Being Crazy » in Nathan Huggins (ed.), Du Bois, Writings. New York : The Library of America, 1986.

DERRIDA, Jacques, « But, beyond…(Open Letter to Anne McClintock and Rob Nixon) » in Henry Louis, Gates, Jr (ed.), « Race », Writing, and Difference. Chicago : The University of Chicago Press, 1986.

DERRIDA, Jacques, « Racism’s Last Word » in Henry Louis, Gates, Jr (ed.), « Race », Writing, and Difference. Chicago : The University of Chicago Press, 1986.

DUBOIS, Laurent, « Republic at Sea » in Transition, n° 79.

EAGLETON, Terry. After Theory. New York : Basic Books, 2003.

FANON, Frantz. Peau noire, masques blancs. Paris : Le Seuil, 1952.

GROSSBERG, Lawrence, Cary NELSON, and Paula A. TREICHLER (eds.). Cultural Studies. London : Routledge, 1992.

GUERLAIN, Pierre, « Affaire Sokal : Swift sociologue ; les cultural studies entre jargon, mystification et recherche », Annales du Monde Anglophone, N° 9 (1er semestre 1999), 141-160.

Iris n° 26, SELLIER, Geneviève (dir.), « Cultural Studies, Gender Studies et études filmiques ». Paris, 1998.

KAENEL, André, Catherine LEJEUNE et Marie-Jeanne ROSSIGNOL. Cultural Studies. Etudes Culturelles. Nancy : Presses Universitaires de Nancy, 2003. Sur ce livre voir également dans TransatlanticA le compte-rendu de Pierre Guerlain :
http://etudes.americaines.free.fr/TRANSATLANTICA/CR/kaenel_lejeune_rossignol.html
La bibliographie de cet ouvrage est étendue et pédagogique.

KAENEL, André. ‘Words are Things’: Herman Melville and the Invention of Authorship in Nineteenth-Century America. Berne : Peter Lang, 1992.

MATTELART, Armand et Erik NEVEU. Introduction aux Cultural Studies. Paris : La Découverte, 2003

PEASE, Donald E. (ed.), « New Americanists : Revisionist Interventions into the Canon, » Boundary 2 :17 (Spring 1990) & « New Americanists 2: National Identities and Postnational Narratives,» Boundary 2:19 (Spring 1992).

READINGS, Bill. The University in Ruins. Cambridge : Harvard UP, 1996.

SAID, Edward. The World, the Text, and the Critic. New York : Columbia UP, 1982.

TODOROV, Tzvetan. Critique de la critique, Un roman d’apprentissage. Paris : Seuil, 1984.

VARET, Gilbert. Racisme et philosophie. Essai sur une limite de la pensée. Paris : Denoël, 1973.

WACQUANT, Loïc. Punir les pauvres. Marseille : Agone, 2004.

WESTON, Kath. Long Slow Burn : Sexuality and Social Science. Londres : Routledge 1998.

WRIGHT, Michelle, M.. Becoming Black. Creating Identity in the African Diaspora. Durham : Duke University Press, 2004.

A consulter également la revue publiée par Routledge Cultural Studies :
http://www.unc.edu/depts/cultstud/journal

ou l’International Journal of Cultural Studies publié par Sage :
http://ics.sagepub.com

et un site recensant les liens possibles vers des sites de Cultural Studies :
http://www.blackwellpublishing.com/Cultural/Default.asp

et chez Duke UP une revue féministe de Cultural Studies :
http://muse.jhu.edu/journals/differences

Voir par ailleurs:

Djemila Benhabib: «Les islamistes considèrent le multiculturalisme comme le meilleur système»

GRAND ENTRETIEN – L’essayiste Djemila Benhabib a participé aux côtés de 50 personnalités au livre #JeSuisMila (Seramis éditions). Un manifeste en faveur de la liberté d’expression et de la laïcité. L’occasion de revenir sur le parcours hors du commun de cette femme engagée qui a fui l’Algérie, en guerre civile, pour la France puis pour le Québec. Deux pays où elle ne s’attendait pas à croiser de nouveau la route de l’islam radical.

Par Alexandre Devecchio

Pourquoi avoir accepté de participer à ce livre collectif intitulé «#JeSuisMila ?» En quoi cette affaire vous touche-t-elle personnellement?

Lorsqu’on fait l’expérience de la montée fulgurante de la violence comme j’en ai été témoin en Algérie, au début des années 1990, on ne peut que chérir la liberté. J’ai pris, soudainement, conscience dans la jeune vingtaine du privilège que j’avais de vivre. Résister à l’islam politique est devenu le combat de ma vie. Soutenir Mila s’inscrit, naturellement, dans cette démarche. Lorsque tout fout le camp, il ne reste que les fondamentaux pour donner un sens à l’existence.

Vous seriez-vous imaginée devoir défendre ainsi la liberté d’expression d’une jeune Française contre les islamistes lorsqu’en 1994 vous avez quitté l’Algérie en pleine guerre civile?

Certainement pas. En réalité, j’ai très vite déchanté en arrivant en France avec ma famille, mes parents, professeurs d’université, et mon frère, jeune lycéen. Nous nous sommes installés à Saint-Denis, ville cosmopolite, à l’époque, qui avait une tradition dans l’accueil des réfugiés politiques. Je pense, notamment, à nos camarades espagnols, italiens, grecs et portugais qui avaient fui le fascisme. Quant à nous, notre situation était considérée comme différente de la leur. Nous étions hors champ. Je pense que c’est autour de cette ambiguïté de notre statut que sont nés d’abord les malentendus, puis les dérives. En d’autres mots, nous reconnaître ne serait-ce que, symboliquement, le statut de réfugié politique revenait à placer l’islam politique dans l’histoire et le considérer comme une menace planétaire. Or, il n’en a rien été. Les États occidentaux et leurs élites intellectuelles dominantes ne se sont pas sentis concernés par ce qui s’est joué en Algérie dans les années 1990, tout comme en Iran en 1979. Certains prétendaient que la menace islamiste allait rester confinée aux frontières de ces pays, d’autres, comme les États-uniens, étaient convaincus de pouvoir «domestiquer» l’islamisme. Depuis, il n’a cessé de progresser et de muter. Pour trois raisons principalement. La puissance de son idéologie, sa capacité à s’adapter à n’importe quel environnement institutionnel et, finalement, sa force mobilisatrice. Pour revenir à votre question de départ, ceux qui menacent nos libertés ne sont pas seulement les islamistes. Mais ceux qui ont renoncé à les exercer et à les défendre.

Que représentait alors la France pour vous? Parleriez-vous de régression à son sujet?

La France était pour moi un havre de paix qui m’a permis de me reconstruire. Je n’oublierai jamais de ma vie cette sensation de marcher librement dans la rue, cheveux au vent, sans avoir à vérifier s’il y avait, au coin d’une rue, un salaud pour me buter. La sécurité est, en ce sens, la première des libertés. Comment dire? Pour une femme, c’est encore plus vrai. Ceux qui, comme moi, en ont été privés en mesurent toute l’importance. Je pense à mes amies afghanes, iraniennes et saoudiennes qui sont en première ligne. Évoquer cette période c’est aussi parler des solidarités. La France, à travers un tissu associatif dynamique, des syndicats, universitaires, artistes et simplement des gens d’une grande générosité, a participé à atténuer nos blessures et à nous rattacher à notre humanité. Ultimement, pour sortir de nos vies cabossées et de nos destins fracassés, nous ne pouvions compter que sur notre résilience. Sur le plan politique, c’était beaucoup plus compliqué. L’asile politique a été offert en France, en Europe, aux États-Unis et au Canada aux chefs du FIS et du GIA et à leurs militants, ceux-là même dont les mains étaient entachées de sang. Il se trouvait des journalistes comme Edwy Plenel ou des universitaires comme François Burgat pour les absoudre de leurs crimes. Vous vous souvenez du petit jeu du «Qui tue qui?» («On ne sait pas qui tue qui?»: durant la tragique décennie noire en Algérie, cette formule en vogue était employée par certains observateurs, en particulier en Europe et en France, pour désigner l’armée algérienne comme seule responsable des massacres sur les civils alors que ces derniers étaient perpétrés par des groupes islamistes, NDLR) en Algérie qui a donné, plus tard, le «je ne suis pas Charlie»? Toujours les mêmes aux commandes pour faire courir des «si», multiplier des «mais» et évacuer toute la dimension idéologique et politique de notre combat. Pour eux, les islamistes, à bien y regarder, n’étaient pas vraiment des islamistes, et surtout pas des assassins. Et ceux qui s’opposaient à leurs desseins fascistes n’étaient pas des résistants. La régression? Elle n’est qu’une simple conséquence de cette confusion. Mais attention! N’allez pas imaginer que nous nous sommes tus. Même si cette thèse du «Qui tue qui?» nous était insupportable, nous l’avons confrontée. Dénoncée. Nous ne nous sommes jamais résignés. Jamais. Nous avons continué à parler, écrire, militer et mettre en garde contre la contagion islamiste, ici comme ailleurs. Nous, nous n’habitions pas les beaux quartiers. Encore là, le discours dominant dans le milieu médiatique était à la victimisation des musulmans. Notre parole était pratiquement inaudible.

Votre père, l’universitaire Fewzi Benhabib, qui vit toujours à Saint-Denis, a écrit, dans une tribune publiée dans Marianne le lendemain des attentats du 13 Novembre, que cette ville était plus communautarisée qu’Oran. Partagez-vous son point de vue?

Bien entendu. Je remercie, vivement, Marianne d’avoir été à nos côtés depuis le début. Mon père est le premier à avoir osé lever le voile sur les graves dérives qui touchent Saint-Denis, qui n’est pas n’importe quelle ville. Elle est au cœur du dispositif indigéniste. Tout comme elle est au centre de la stratégie de l’internationale islamiste. Tout cela est largement documenté dans le livre «Quatre-vingt-treize», de Gilles Kepel… depuis 2012. Il n’était plus possible pour mon père de se taire. Ne pensez pas que ce geste a été sans conséquence pour lui. Vivre au quotidien dans la gueule du loup ça use. Même les plus courageux parmi nous. À l’évidence, ceux qui, comme mon père, habitent dans les quartiers populaires et résistent aux islamistes et à la mafia ne bénéficient d’aucune protection et n’ont pas le soutien des élus locaux. En 2009, avec quelques Dionysiens nous avons mis en place l’Observatoire de la laïcité de Saint-Denis (qui n’a rien à voir avec celui de Bianco, qui a détourné notre nom). Nous avons reçu deux cacahuètes de subside alors que l’association de Rokhaya Diallo, qui n’y est pas domiciliée, est grassement subventionnée pour offrir des ateliers sur les cheveux frisés. On se moque de qui? À Saint-Denis, il y apourtant beaucoup d’initiatives citoyennes à encourager, comme l’association Les Résilientes.

Pourquoi avoir quitté la France pour le Québec en 1997?

Je voulais entamer ma vie d’adulte sur un choix. La France, je ne l’avais pas choisie. À mon âge, il y avait certainement la curiosité, l’ouverture au monde et le goût du dépassement qui ont motivé ce nouveau départ. Pour guérir, il fallait partir. Partir le plus loin possible de façon à pouvoir déployer mes ailes. Surtout, loin de l’islamisme que j’avais retrouvé en France. Alors, j’ai choisi le Québec, pays francophone, ouvert à l’immigration, véritable démocratie où il fait bon vivre pour les femmes. Puis, il y a eu le 11 Septembre 2001. J’étais correspondante de presse pour le journal algérien El-Watan, je me suis rendue, tout de suite, à New York avec mon amoureux qui était lui aussi journaliste. Nous sommes revenus de ce voyage bouleversés. En effet, tout avait basculé!

La censure et l’autocensure dans les universités, les médias, le monde culturel sont désormais une réalité qu’il est difficile de déjouer.

Vous militez pour le Parti québécois. Vous y avez proposé l’idée d’une charte de la laïcité. Pourquoi?

Pour la simple raison qu’au cœur du dispositif législatif canadien il existe, depuis 1985, une possibilité de se soustraire aux règles communes en faisant valoir ses croyances religieuses. C’est ce qu’on appelle l’accommodement raisonnable devenu célèbre depuis le début des années 2000. Une simple demande faite «de bonne foi» suffit à obtenir une dérogation. Et ça peut aller très loin. Une enfant de maternelle dont les parents musulmans obligent l’école à lui mettre sur la tête un casque insonorisé pour la prémunir des chants de Noël. Paraît-il que c’est dans leur religion! Un jeune adolescent sikh autorisé à porter le kirpan (un poignard) à l’école après une bataille judicaire qui est allée jusqu’en Cour suprême et a duré quatre ans. Des milliers de dollars pour faire plier une école et renverser deux décisions de justice. Théoriquement, il y a quelques garde-fous. Dans la pratique, les institutions qui refusent les accommodements se font traîner en justice. Ça coûte un fric fou! Ce qu’il faut comprendre par là c’est que les lobbies politico-religieux, riches et puissants, ont trouvé dans les accommodements un boulevard pour défaire ce qui a été chèrement acquis avec la Révolution tranquille. Il me paraissait urgent de proposer une charte de la laïcité pour retrouver le sens du commun. C’est ce que j’ai fait à travers mon engagement au Parti québécois où j’ai obtenu l’appui de deux femmes remarquables, Pauline Marois (ancienne première ministre) et Louise Beaudoin, et de notre ancien premier ministre, le regretté Bernard Landry. Cette loi qui a été adoptée en juin dernier est l’aboutissement d’un long combat. Il est, surtout, une claque à la face du multiculturalisme canadien.

Vous estimez que votre premier essai «Ma vie à contre-Coran», publié en 2009, ne pourrait plus être édité aujourd’hui?

La censure et l’autocensure dans les universités, les médias, le monde culturel sont désormais une réalité qu’il est difficile de déjouer. Nous manquons cruellement d’espace pour la confrontation des idées. Le débat est très mal vu. La recherche permanente d’un consensus valide l’idée selon laquelle la meilleure posture est une moyenne de toutes les postures. Nous n’avons pas de service public digne de ce nom. Nous avons une télévision et une radio d’État, Radio-Canada, au service d’une idéologie: le multiculturalisme qui a expurgé les laïques du débat public. Tout ce qui concerne l’islam et les musulmans relève du tabou. Alors vous imaginez ce livre avec un tel titre? Il y a encore des courageux qui osent. Mais à quel prix? Heureusement que nous avons encore Denise Bombardier et ses collègues du Journal de Montréal pour élargir nos horizons.

La politique menée par Justin Trudeau au Canada est regardée en Europe comme un modèle de tolérance ou, au contraire, comme la quintessence du politiquement correct. Qu’en pensez-vous?

Justin Trudeau est convaincu de la supériorité morale du Canada sur les États-Unis et sur l’Europe. Pour lui, les attentats terroristes islamistes sont le résultat d’une mauvaise intégration des immigrants. Sa devise est simple: il n’y a qu’à être gentil pour susciter les bons sentiments. Sauf que les premiers réseaux terroristes au Canada sont apparus dans les années 1990. Ils étaient l’œuvre d’anciens militants du FIS. Il n’y a plus aucun journaliste pour le rappeler.

Le multiculturalisme est-il devenu un cheval de Troie pour les islamistes?

Tariq Ramadan le considère comme le meilleur système. En 2012, lorsque je me suis présentée aux élections, il a animé un grand meeting, à Montréal, pour appeler ses partisans à me barrer la route. À moi, mes collègues, mon parti. Ceux qui s’étaient faufilés en haut de la liste sont les porte-paroles d’un parti islamo-gauchiste, Québec solidaire, qui n’a plus rien de solidaire. Vous voyez bien que ce n’est pas très différent de la France. La trahison de la gauche communautariste permet aux islamistes de gagner du terrain.


APRES L’HYSTERIE COLLECTIVE DU VIRUS CHINOIS, LE PSYCHODRAME DU RACISME POLICIER ! (Spot the error when against all evidence, our new flagellants demonize an imaginary systemic racism and add to both our divisions and the killings when the police withdraw from where they’re most needed)

10 juin, 2020
Jews of color on what MLK Day means to them in 2019 – J.Opinion | Black Voters Are Coming for Trump - The New York TimesDemocrats attacked for cultural appropriation, publicity stunt after Kente cloth kneeling - Tampa DispatchViolent protests in Los Angeles tear through Jewish neighborhood – The ForwardPétition · Eric Zemmour, xénophobe, doit être banni des médias ! · Change.orgDéboulonnage statue esclavagiste BristolChurchill statue defaced with 'was a racist' graffiti during Black Lives Matter protests - Republic World
Shocking footage shows US police officers laughing, mocking restrained man who died in custodyHer Name Is Justine Damond: In 2017, A Somalian Minneapolis Police Officer Murdered A White Woman Reporting A Possible Sexual Assault | Blog Posts | VDARE.com

Qu’est-ce que j’en ai à foutre, moi, des Noirs ? Ce sont des hommes comme les autres. Je ne suis pas raciste. Roland Gary
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Debout ! les damnés de la terre ! Debout ! les forçats de la faim ! La raison tonne en son cratère, C’est l’éruption de la fin. Du passé faisons table rase, Foule esclave, debout ! debout ! Le monde va changer de base : Nous ne sommes rien, soyons tout ! C’est la lutte finale Groupons-nous, et demain, L’Internationale, Sera le genre humain. Eugène Pottier (1871)
Te rends-tu compte que le passé a été aboli jusqu’à hier ? S’il survit quelque part, c’est dans quelques objets auxquels n’est attaché aucun mot, comme ce bloc de verre sur la table. Déjà, nous ne savons littéralement presque rien de la Révolution et des années qui la précédèrent. Tous les documents ont été détruits ou falsifiés, tous les livres récrits, tous les tableaux repeints. Toutes les statues, les rues, les édifices, ont changé de nom, toutes les dates ont été modifiées. Et le processus continue tous les jours, à chaque minute. L’histoire s’est arrêtée. Rien n’existe qu’un présent éternel dans lequel le Parti a toujours raison. Je sais naturellement que le passé est falsifié, mais il me serait impossible de le prouver, alors même que j’ai personnellement procédé à la falsification. La chose faite, aucune preuve ne subsiste. La seule preuve est à l’intérieur de mon cerveau et je n’ai aucune certitude qu’un autre être humain quelconque partage mes souvenirs. De toute ma vie, il ne m’est arrivé qu’une seule fois de tenir la preuve réelle et concrète. Des années après. Winston (1984, George Orwell)
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
Les Flagellants (nommés disciplinati ou battuti au Moyen Âge) étaient des groupes ambulants de fidèles qui se donnaient la discipline collectivement en public. Leur mouvement atteignit son apogée durant le XIIIe siècle et le XIVe siècle en Europe occidentale. Ceux qui y prenaient part pensaient que la pratique de la flagellation leur permettrait d’expier leurs péchés, atteignant ainsi la perfection, de manière à être acceptés au royaume des cieux après l’Apocalypse. Ils allaient en procession par les villes, nus jusqu’à la ceinture et armés d’un fouet dont ils se flagellaient publiquement, en chantant des cantiques, pour expier leurs péchés.(…) Les circonstances dans lesquelles les premières manifestations massives de flagellants ont eu lieu sont significatives. À la suite de la famine de 1258 et de ce qu’on supposera être une manifestation de la peste en 1259, la situation de l’Italie était particulièrement difficile à l’époque. (…) Le mouvement des flagellants avait repris des proportions considérables en 1349. Ceci était dû à l’une des plus grandes épidémies de peste du Moyen Âge : la dite Peste noire (introduite par des hordes mongoles en 1346-1347). Celle-ci fut interprétée, dans la perspective médiévale, comme un châtiment divin contre les pêchés commis par les humains. Les processions de flagellants étaient mises en avant comme un effort pour détourner ce châtiment. La zone de développement du mouvement se situa principalement en Europe centrale, de la Pologne à l’Allemagne et jusqu’aux Pays-Bas et à la France. Les flagellants se déplaçaient entre villes par bandes de cinquante à cinq cents hommes ou plus. Plusieurs régions furent prises l’une après l’autre d’une grande agitation où le mouvement prenait une grande importance avant de s’éteindre peu à peu. (…) Les Juifs furent aussi victimes des mêmes persécutions que les clercs, mais sur une tout autre échelle. Durant le grand massacre des Juifs qui suivit la Peste Noire (cf par exemple le Pogrom de Strasbourg), les flagellants jouèrent un rôle considérable. Les premiers massacres ont eu lieu en fin mars 1349 lorsqu’une partie de la population porta des accusations d’empoisonnement des puits contre les Juifs. Une seconde vague de terreur fut déclenchée par la propagande des flagellants quatre mois plus tard en juillet 1349. Des groupes de flagellants pénétrèrent à Francfort où ils se ruèrent sur le quartier juif et massacrèrent des juifs avec l’aide de la population locale. Les autorités municipales étaient si troublées par cet incident qu’elles expulsèrent les pénitents de la ville et renforcèrent les portes afin que cela ne se reproduise pas. Wikipedia
Les aspirations nationales doivent être respectées, les peuples ne peuvent être dominés et gouvernés que par leur propre consentement. L’auto-détermination n’est pas simplement un mot, c’est un principe d’action impératif que les hommes d’État ignoreront désormais à leurs risques et périls. Woodrow Wilson
La paix à laquelle nous invitent les Anglo-Américains n’est rien moins qu’un statu quo destiné à servir leurs intérêts… La vraie nature du conflit actuel est une lutte entre des puissances établies et des puissances non encore établies… Au début, l’Angleterre et la France colonisèrent des régions du monde « moins civilisées » et ont entretenu une situation de monopole sur leur exploitation. La conséquence fut que l’Allemagne et les nations venues après furent laissées sans terre à acquérir ni espace pour s’agrandir.(…) Si leur politique prévaut, le Japon qui est un petit pays sans ressource et incapable de consommer ses propres productions n’aura pas d’autre choix que de détruire ce statu quo pour espérer survivre, exactement comme l’Allemagne… Nous devons exiger tous les pouvoirs pour ouvrir les portes de leurs colonies aux autres, de sorte que toutes les nations puissent avoir un accès égal aux marchés et aux ressources naturelles des zones colonisées. Il est également impératif que le Japon insiste sur l’éradication des discriminations raciales. Prince Konoe
Je veux bien admettre l’égalité des Japonais en tant que nation, et aussi l’égalité des individus d’homme à homme. Mais je ne peux admettre les conséquences auxquelles nous devrons faire face si nous vous ouvrons notre pays. Ce n’est pas que nous ne les tenons pour être inférieurs à nous mais simplement parce que nous ne les voulons pas. Économiquement, ce sont des facteurs perturbants parce qu’ils acceptent des salaires bien inférieurs au minimum pour lequel nos compatriotes acceptent de travailler. Peu importe s’ils se mélangent bien avec notre peuple. Nous ne voulons donc pas qu’ils puissent épouser nos femmes. Ceci est une opinion personnelle. Je ne veux pas vous offenser. Notre législation n’est pas dirigée spécialement contre les Japonais. Les sujets britanniques en Inde subissent cela de la même manière. Il est impossible que nous puissions formuler une modification à votre amendement parce qu’aucune modification concevable ne saura jamais satisfaire chacun d’entre nous. W. M. Hughes
Versailles’ mixed legacy is even further complicated by a little-known attempt by Japan, one of the emerging players at the table, to move the world forward on the issue of racial equality. Japan asked for, and nearly got approved, a clause in the treaty that would have affirmed the equality of all nations, regardless of race. For all of the history forged, some historians believe the great powers missed a pivotal opportunity to fashion a much different 20th century. A driving force behind that vision for the future and the lofty ambitions of the treaty was U.S. President Woodrow Wilson, the lead negotiator at the Paris Peace Conference. In 1918, a few months before he set sail for Paris, Wilson addressed Congress to lay out his now-famous principle of self-determination, an idea that would guide the Versailles negotiations and the final treaty that emerged: « National aspirations must be respected; peoples may now be dominated and governed only by their own consent. ‘Self-determination’ is not a mere phrase. It is an imperative principle of actions which statesmen will henceforth ignore at their peril. » Looking back, contradictions abound in Wilson’s decree. Japan’s Racial Equality Proposal would have strengthened Wilson’s call for self-governance and equal opportunity. Yet, when the victors signed the treaty, that language was nowhere to be found. « At the bottom of all of this is the idea that certain people of color cannot be trusted and people of color do not deserve a place, not only on the world stage but also in our own communities, » says professor Chris Suh who studies Asian American history. (…) Following its victory in the Russo-Japanese War in 1905 and then its participation as an Allied power during World War I, Japan rose as a mighty player on the world stage. Seeking to solidify that new power, the Japanese delegation at the Versailles negotiations sought to add language about racial equality into the proposed treaty’s preamble. Its immediate goals were to strengthen its diplomatic standing and earn an equal seat at the table. (…) To be clear, historians say the Japanese were not seeking universal racial suffrage or improving the plight of black Americans, for example. But, the added language would have meant that Japanese immigrants coming to the U.S. could be treated the same as white European immigrants. France got behind the proposal. Italy championed it. Greece voted in favor. But Australia pushed back. The British dominion had instituted a White Australia Policy in 1901 limiting all nonwhite immigration. Australian Prime Minister William Morris Hughes strong-armed the rest of the British delegation into opposing the proposed clause and eventually got Wilson’s support too. Wilson came up with a way of killing the proposal without ever openly saying he opposed it. The U.S. president imposed a « unanimity ruling » that effectively squashed the racial equality language even though a majority of the nations supported it. As chairman of the League of Nations Commission, Wilson had approved a number of other issues at the conference without such a unanimous vote. His call for consensus was not a petition for democracy. It was a shrewd calculation. Wilson’s top priority at the conference was seeing the League of Nations created and the treaty ratified. The last thing he wanted was to alienate the British delegation, and he was not willing to let the Racial Equality Proposal derail those efforts. But, in a nod to appease Japan, he supported its demand to keep war-acquired territories like Shantung. Though scholars disagree on the exact reasons for the opposition by Australia and the U.S., many say the key factor was migration. The racial equality clause represented « one of the first attempts to establish … the unprecedented principle of free and open migration, » says Frederick Dickinson, a University of Pennsylvania professor of Japanese history. Japan’s industrialization and falling mortality rates created an overpopulation problem. Following the 1882 Chinese Exclusion Act, which prohibited Chinese laborers from immigrating to America, contractors on the West Coast brought Japanese migrants over to fill their need for inexpensive labor. In 1907, the U.S. and Japan had negotiated the « Gentlemen’s Agreement, » which was designed to address the growing Japanese emigration rate. In it, Japan agreed to curb how many migrants it sent over, if the U.S. would desegregate Asian and white children in San Francisco public schools. Unlike the unilateral Chinese Exclusion Act, the Gentleman’s Agreement gave Japan some say in Japanese immigration to the United States. This agreement didn’t maintain order for long. Anti-Japanese sentiment was spreading up and down the West Coast, and lawmakers there called for stricter legislation. California passed the Alien Land Law of 1913, which prohibited Japanese immigrants from owning land. And so, by the end of World War I and the negotiations in Paris, Americans feared waves of Japanese immigrants. When word of the Japanese proposal reached Washington, pressure mounted from lawmakers to reject the clause. Democratic California Sen. James Phelan sent a telegram to the U.S. delegation in Paris, writing: « Believe western Senators and others will oppose any loophole by which oriental people will possess such equality with white race in United States. It is vital question of self-preservation. » With mounting pressure on the homefront and from Britain and its dominions, Wilson killed the proposal. The Japanese lost their bid for racial equality. Ultimately, the treaty Wilson had staked his presidency on was rejected by Congress. He suffered a stroke later in 1919, did not seek a third term and died three years after leaving office. The same year as Wilson’s death, in 1924, President Calvin Coolidge unilaterally banned all Japanese immigration with the Johnson-Reed Act. (…) The interwar years saw increased Japanese aggression as it attempted to gobble up more land and further assert its power on a global level. Japan became an imperial power consumed with nationalism and militarism. Japan struggled to resettle its burgeoning population. Its invasion of Manchuria, a region in China, in 1931, led to the resettlement of hundreds of thousands of farmers and migrants there. Ishiwara Kanji, the architect of the invasion, called for a « racial paradise » in this newly established puppet state. (…) Beyond the bloodshed in the Pacific, the domestic toll waged on Japanese Americans has lived on in infamy. More than 100,000 Japanese Americans were forcibly relocated from their homes and incarcerated during what has been called Japanese internment. The U.S. later acknowledged that it was on the wrong side of history, betraying its values of justice and liberty: The 1988 Civil Liberties Act, enacted by Congress, said that the government’s actions against Japanese Americans « were motivated largely by racial prejudice, wartime hysteria, and a failure of political leadership. » « Obviously whenever people think of Japanese American discrimination in the United States, the big thing that comes to mind is the World War II incarceration, » says David Inoue, executive director of the Japanese American Citizens League. But the Racial Equality Proposal demonstrates that incarceration camps are not the whole story. He sees this proposal as « part of a whole continuum of discrimination that had begun years before and even we see it continuing today … in other communities that are discriminated against. » NPR
Peut-être que la prise de conscience la plus tragique de la réalité survint lorsqu’il devint clair pour moi que la guerre ne se contentait pas de dévaster les espoirs des pauvres dans le pays. Elle envoyait aussi leurs fils, leurs Frères et leurs maris combattre et mourir dans des proportions extraordinairement élevées par rapport au reste de la Population. Nous prenions de jeunes noirs, estropiés par notre société, et nous les envoyions à 10 000 kilomètres de là pour garantir des libertés en Asie du Sud Est dont ils ne bénéficient pas eux-mêmes dans le sud-ouest de la Géorgie ou dans Harlem Est. Nous avons été placés de manière répétée devant l’ironie cruelle de regarder sur nos écrans des jeunes garçons noirs et blancs tuer et mourir ensemble pour un pays où il ne leur était pas permis de s’asseoir côte à côte dans les mêmes écoles. Nous les avons vus, dans une même solidarité brutale, mettre le feu aux huttes d’un pauvre village, mais nous réalisons qu’ils ne vivraient jamais dans le même bloc à Détroit. Je ne pouvais pas rester silencieux devant une si cruelle manipulation des pauvres. Ma troisième raison provient de mon expérience dans les ghettos du Nord durant ces trois dernières années et notamment, ces trois derniers étés. En marchant parmi les jeunes gens en colère, rejetés et désespérés, je leur ait dit que les cocktails Molotov et les fusils ne résoudraient pas leurs problèmes. J’ai essayé de leur offrir ma plus profonde compassion tout en conservant ma conviction que le changement social le plus significatif vient à travers l’action non violente. Mais, demandaient-ils, et le Vietnam ? Ils demandaient si notre pays n’utilisaient pas lui-même une dose massive de violence pour résoudre ses problèmes, pour apporter les changements qu’il souhaitait. Leurs questions ont fait mouche, et j’ai su que je ne pourrai jamais plus élever ma voix contre la violence des opprimés dans les ghettos sans avoir auparavant parlé haut et clair au plus grand pourvoyeur de violence du monde aujourd’hui – mon propre gouvernement. (…) Si l’âme de l’Amérique était empoisonnée, l’autopsie, en partie, révélerait le mot « Vietnam ». L’âme de l’Amérique ne sera pas sauvée aussi longtemps que le pays détruira les espoirs des hommes à travers le monde. Que pensent les paysans vietnamiens lorsque nous nous allons avec les propriétaires terriens et que nous refusons de traduire en actes nos nombreux discours concernant une réforme agraire ? Que pensent-ils alors que nous essayons nos dernières armes sur eux, tout comme les Allemands ont essayé leurs nouveaux médicaments et tortures dans les camps de concentration en Europe ? Martin Luther King
In recent speeches and statements the Rev. Dr. Martin Luther King Jr. has linked his personal opposition to the war in Vietnam with the cause of Negro equality in the United States. The war, he argues, should be stopped not only because it is a futile war waged for the wrong ends but also because it is a barrier to social progress in this country and therefore prevents Negroes from achieving their just place in American life. This is a fusing of two public problems that are distinct and separate. By drawing them together, Dr. King has done a disservice to both. The moral issues in Vietnam are less clear-cut than he suggests; the political strategy of uniting the peace movement and the civil rights movement could very well be disastrous for both causes. Because American Negroes are a minority and have to overcome unique handicaps of racial antipathy and prolonged deprivation, they have a hard time in gaining their objectives even when their grievances are self-evident and their claims are indisputably just. As Dr. King knows from the Montgomery bus boycott and other civil rights struggles of the past dozen years, it takes almost infinite patience, persistence and courage to achieve the relatively simple aims that ought to be theirs by right. The movement toward racial equality is now in the more advanced and more difficult stage of fulfilling basic rights by finding more jobs, changing patterns of housing and upgrading education. The battle grounds in this struggle are Chicago and Harlem and Watts. The Negroes on these fronts need all the leadership, dedication and moral inspiration that they can summon; and under these circumstances to divert the energies of the civil rights movement to the Vietnam issue is both wasteful and self-defeating. Dr. King makes too facile a connection between the speeding up of the war in Vietnam and the slowing down of the war against poverty. The eradication of poverty is at best the task of a generation. This « war » inevitably meets diverse resistance such as the hostility of local political machines, the skepticism of conservatives in Congress and the intractability of slum mores and habits. The nation could afford to make more funds available to combat poverty even while the war in Vietnam continues, but there is no certainly that the coming of peace would automatically lead to a sharp increase in funds. Furthermore, Dr. King can only antagonize opinion in this country instead of winning recruits to the peace movement by recklessly comparing American military methods to those of the Nazis testing « new medicine and new tortures in the concentration camps of Europe. » The facts are harsh, but they do not justify such slander. Furthermore, it is possible to disagree with many aspects of United States policy in Vietnam without whitewashing Hanoi. As an individual, Dr. King has the right and even the moral obligation to explore the ethical implications of the war in Vietnam, but as one of the most respected leaders of the civil rights movement he has an equally weighty obligation to direct that movement’s efforts in the most constructive and relevant way. There are no simple or easy answers to the war in Vietnam or to racial injustice in this country. Linking these hard, complex problems will lead not to solutions but to deeper confusion. Walter Lippmann (NYT, April 7, 1967)
Le président vient d’utiliser une Bible… et l’une des églises de mon diocèse, sans autorisation, comme décor pour un message contraire aux enseignements de Jésus et à tout ce que nos églises représentent… Je ne peux pas croire ce que mes yeux ont vu […] Je suis scandalisée. Et je veux juste que le monde sache que nous, dans le diocèse de Washington, conformément à Jésus et sa voie d’amour… nous nous éloignons du langage incendiaire de ce président. Nous suivons quelqu’un qui a vécu une vie de non-violence et d’amour sacrificiel […] Nous sommes du côté de ceux qui demandent justice pour la mort de George Floyd et d’innombrables autres. Mgr Mariann Edgar Budde (diocèse épiscopal de Washington)
Budde and Curry are among the pantheon of progressive religious leaders who have long been critical of Trump’s political agenda. The Episcopal Church’s policies include supporting abortion rights, refugee resettlement, an expansion of health care and other issues that Trump has opposed or not embraced. According to the Pew Research Center, 49 percent of Episcopalians are Democrats or lean Democratic, compared with 39 percent of church members who are Republican or lean Republican. (…) Trump’s longtime religious allies, who are far more conservative on both domestic and foreign policy, saw his walk to St. John’s much differently. “What kind of church I need PERMISSION to attend,” tweeted Pastor Mark Burns of South Carolina after Budde and others said Trump should have let them know he was coming. “Jesus welcomes All. » Johnnie Moore, a spokesman for several of Trump’s evangelical religious advisers, tweeted favorably about the incident as well. “I will never forget seeing @POTUS @realDonaldTrump slowly & in-total-command walk from the @WhiteHouse across Lafayette Square to St. John’s Church defying those who aim to derail our national healing by spreading fear, hate & anarchy,” he wrote. “After just saying, ‘I will keep you safe.’ ” (…) Following a tradition set by President Franklin D. Roosevelt, Trump attended a service at St. John’s before his swearing-in ceremony in 2017. He visited the church again that year to mark a national day of prayer for victims of Hurricane Harvey and in 2019 on St. Patrick’s Day. (…) Earlier in the day, Fisher said, he and other clergy were outside the church handing out water bottles and granola bars to protesters, and expressing solidarity with their cause. He said he left the area to be interviewed on television about the damage from the fire the previous night and later watched images of the protest being dismantled “with disbelief.” Fisher, 44, became the rector of St. John’s in June 2019 and has not yet hosted a presidential visit. The church usually draws about 400 people on a typical weekend. But it has been closed since mid-March due to the broad shutdown restrictions in place to combat the novel coronavirus. Damage to the building from Sunday night’s fire and vandalism will cost at least $20,000, Fisher said. But he said the destruction should not become the focus of what has been happening in the streets outside the White House. Fisher said that when people have talked about the church being burned, he has tried to redirect them, saying it was likely one person who does not represent the majority of people protesting. “That has pulled away from the more important message that we have to address racism in this country,” he said. Michelle Boorstein and Sarah Pulliam Bailey
Budde herself is engaged in advocacy for firearms restrictions and even weighed in on changing the name of the city’s floundering NFL franchise. Within the Diocese of Washington, Budde defended a push for “gender-inclusive” language “to avoid the use of gendered pronouns for God.” The Post report noted both Budde and Curry “are among the pantheon of progressive religious leaders who have long been critical of Trump’s political agenda.” I was last present in the now-damaged St. John’s parish house as it hosted a press conference for the Religious Coalition on Reproductive Choice, a progressive lobby that voices approval from religious officials for unrestricted abortion-on-demand, and which counts the Episcopal Church as a member. Post religion reporters Michelle Boorstein and Sarah Pulliam Bailey cite data from the Pew Research Center showing 49 percent of Episcopalians are Democrats or lean Democratic, compared with 39 percent of church members who are Republican or lean Republican. Episcopalians have increasingly found themselves in roles difficult to maintain. Church officials simultaneously embrace leftist causes, while also serving as a boutique chaplaincy to the affluent and as presiders over American civil religion in events of national importance including state funerals. Jeffrey Walton
American history is not all glorious… George Washington was a slave owner. We need to call slave owners out for what they are. Whether we think they were protecting American freedom or not, he wasn’t protecting my freedoms. To me, I don’t care if it’s a George Washington statue or Thomas Jefferson, they all need to come down. Angela Rye (CNN)
Le racisme anti-noir se trouve dans l’ADN même de ce pays. Nikole Hannah-Jones
Je voterais pour Joe Biden même s’il faisait bouillir des bébés et les mangeait. Ce n’était pas mon candidat, mais reprendre la Maison Blanche est si important. (…) Que vous croyiez ou non Tara Reade… vous devriez voter pour Joe Biden s’il est le candidat. … Nous n’avons pas le luxe de ne pas participer aux élections pour nous sentir moralement purs ou pour envoyer un message sur les agressions sexuelles et #BelieveWomen. Cela n’aidera en rien les femmes. Ou n’importe qui d’autre. Katha Pollitt
I know that [concerns over having no law enforcement] comes from a place of privilege. For those of us for whom the system is working, I think we need to step back and imagine what it would feel like to already live in that reality where calling the police may mean more harm is done. Lisa Bender (Minneapolis city council president)
I remember when I was being gang-raped & beaten by a mob in Egypt, would have been great to have a police force to call then. Would that have been my white privilege talking? Lara Logan (CNN)
Over the years, I have repeatedly warned in these columns that the refusal of the political establishment to defend the integrity of the western nation and its culture has opened the way for noxious forces to occupy the vacuum. We’ve seen this in both the spread through the west of jihadi Islam and the rise across Europe of political parties and groups with racist or fascist backgrounds and antecedents. In the current convulsions triggered by the violent death of George Floyd in American police custody, this baleful development has reached a crisis point. As The Times reports today, thuggish groups across the country have begun organising to “protect” monuments and war memorials after statues of Winston Churchill and Queen Victoria were defaced, the Cenotaph in London attacked and other statues, including the one of Sir Francis Drake in Plymouth, vandalised. This isn’t remotely surprising. The establishment is effectively standing back from, or even condoning or actively assisting, a sustained and organised onslaught which is taking place against not just a number of stone images but a culture’s historic memory. The stage is therefore set for a confrontation in which violent thugs from the right pitch themselves against violent thugs from the left – with the political establishment having fled the cultural battleground in order to cower, wringing its hands, at a distance. Following the toppling and dumping in Bristol harbour of the statue of slave trader and philanthropist Edward Colston, an act of vandalism and criminal damage with which the area’s police superintendent sympathised and about which he said the police were right to do nothing, an activist group called “Topple the Racists” has drawn up a list of about 60 memorials associated with slavery or colonialism which it wants destroyed. Falling meekly or even enthusiastically into line, 130 local councils run by the Labour party are to consider which ones they think should be removed on the grounds of “inappropriateness”. In 2001 in Afghanistan, the Taliban pulled down ancient statues including the world’s tallest standing Buddhas. This was greeted with utter horror in the west. It rightly described the outrage as a crime against historical memory, an attempt to destroy a culture by erasing the evidence of its history and replacing that culture by a fanatical dogma that brooked no challenge. Yet now the British establishment is kow-towing to a movement which is behaving like the Taliban, pulling down statues and other artefacts in order to erase aspects of British history as the product of a rotten society that’s institutionally racist and so must be supplanted by another. The death of Floyd, under the the knee of a police officer who pressed down on his neck for almost nine minutes, was shocking and it’s right that this officer and three others involved in this death are being brought to justice. And of course there’s racial prejudice in Britain. But so there is in every single society, in the developing world as well as in the west. Slavery was not invented by the west but has been practised across the world. It was the British and Americans who, having participated in it, eventually abolished it in their societies, while it remains practised in parts of the developing world even today. The smear that the west is institutionally racist is designed to both facilitate and obscure the real agenda of overturning capitalist society because it is white and therefore deemed intrinsically evil – which of course is itself a racist agenda. Yet instead of resisting this ignorant and wicked movement, its appeasers have been literally abasing themselves before the mob. In the past, violent anti-white racism was represented by the black power movement. Despite the support of certain posturing celebrities, black power activists were generally perceived as dangerous, violent, far-left troublemakers. It would have been unthinkable for mainstream British politicians, let alone the police, to give the clenched fist black power salute. That would have been regarded as treasonous insurrection. Yet an updated version of this is precisely what’s been happening in Britain. The new Labour Party leader, Sir Keir Starmer, and his deputy, Angela Rayner, released a picture of themselves supporting Black Lives Matter, the activist group behind many of these demonstrations, by “taking the knee”, the gesture promoted by certain black American footballers to show their contempt for white society and America. (…) These people have all been literally kneeling down in submission to an ideology which is anti-white and anti-west – and at the direction of Black Lives Matter, a racist, anti-white, anti-west violent revolutionary movement whose aim is the overthrow of white western society. These images of the British police symbolically capitulating to the erasure of British history and the defamation of the west have furnished sickening evidence that many of those tasked with protecting society have surrendered instead to cultural terrorism. Meanwhile, anyone who opposes this dogma of black victimology and points out the defamatory lies at its core will be called a racist and their livelihood placed in jeopardy. In America, people are losing their jobs for even questioning any of this. The prominent footballer Drew Brees, who despite publicly opposing racism also opposed taking a knee during the playing of the national anthem on the grounds that he would “never agree with anybody disrespecting the flag of the United States of America”, was forced to apologise in a display of ritual humiliation On Twitter, the malevolent, the moronic and the mentally unhinged are out in force similarly seeking to intimidate, smear and ruin any who stand up to this cultural totalitarianism. And then there’s the deeply sinister Commission for Diversity in the Public Realm set up by London’s mayor, Sadiq Khan, to consider the appropriateness of the capitals’ statues, murals, street names and other memorials. Channelling Mao, the Taleban and the French revolutionary terror, Mayor Khan can surely leave no-one in any doubt that this committee will reduce diversity by aiming selectively to erase those bits of British history of which it disapproves. In Khan’s words: “…our statues, road names and public spaces reflect a bygone era. It is an uncomfortable truth that our nation and city owes a large part of its wealth to its role in the slave trade…” (…) So will this commission erase memorials to all historic British figures with an obnoxious side to their achievements? Will its destroy the statues of the Labour politicians Keir Hardie or Ernest Bevin, or Karl Marx, who were all antisemites? Or the playwright George Bernard Shaw who promoted eugenics? Or the parliamentary titan Oliver Cromwell who massacred the Irish? Or Britain’s greatest Liberal prime minister, William Gladstone, whose family, like so many prominent people in previous, very different era was involved in slavery? That last question already has an answer. Liverpool university has agreed yesterday to rename its Gladstone Hall, which houses student accommodation. Bim Afolami, the Tory MP for Hitchin and Harpenden, tweeted in response: “This is all going completely nuts. When will this stop??” When indeed. As George Orwell wrote in 1984 about a state under totalitarian tyranny: “Every record has been destroyed or falsified, every book rewritten, every picture has been repainted, every statue and street building has been renamed, every date has been altered. And the process is continuing day by day and minute by minute. History has stopped. Nothing exists except an endless present in which the Party is always right. » Or as the future US president Ronald Reagan said even more pertinently in 1975: ‘If fascism ever comes to America, it will come in the name of liberalism”. (…) Bad things happen not just because bad people do them but because otherwise decent people lack the courage to stop them; or because they indulge in fantasies that the agenda is basically good but has been “hijacked” by a few thugs; or that they agree with the ends but purse their lips at the violent means; or because of a myriad other excuses that the spineless and the misguided always provide for “taking a knee” to the destroyers of worlds. Melanie Phillips
The cause of death was listed as “cardiopulmonary arrest complicating law enforcement subdual, restraint, and neck compression.” It went on to list “other significant conditions: Arteriosclerotic and hypertensive heart disease; fentanyl intoxication; recent methamphetamine use.” In other words, George Floyd fit the description of what is known in the law as an eggshell victim. The doctrine of the eggshell victim holds that a defendant is fully liable for injuries he inflicts on a plaintiff even if the plaintiff had a preexisting condition that made him more susceptible to being injured. But for this doctrine to apply, it must be shown that the defendant was acting unlawfully when he caused the injury. This is where things get murky and begin to escape the confines of the narrative. Police officers, but few others, know that “I can’t breathe” is the universal complaint of the resisting arrestee. Police officers also know, as most others do not, that handcuffed suspects can fight and escape, especially when officers are confronted by hostile onlookers. Defense attorneys will argue, not without evidence, that Floyd died not because of the application of unlawful force, but rather that it was his own resistance to lawful force, exacerbated by his documented medical conditions and drug use, that triggered a fatal heart attack. Fentanyl and methamphetamines can and often do bring about fatal arrhythmias even absent the type of exertions attributed to Floyd in the complaint. Yes, there came a point when Floyd ceased to struggle and should have been brought to a seated position. Was it this failure to follow what has for decades been standard police procedure that caused Floyd’s death, or did his struggling stop only when the fatal heart attack occurred? These are questions medical experts on both sides will testify about at trial, but for convictions the prosecutors must prove beyond a reasonable doubt that Chauvin was the proximate cause of Floyd’s death and that the others assisted him in the act. In all my years as a police officer I have never seen the seeds of reasonable doubt planted in the very pages of a criminal complaint as they have been here. As I wrote of Michael Slager four years ago, it is not a question of whether Chauvin and the others were right or wrong, but rather of how wrong they were. Murder is a serious charge that requires serious evidence. As things now stand, I don’t think the prosecutors have it. Jack Dunphy
We’ve never seen anything like it, at all. … I don’t even know how to put it into context. It’s beyond anything that we’ve ever seen before. When CPD has to turn its attention elsewhere and there’s suddenly this vacuum that opens up, you also unfortunately see a picture like you saw with [last] weekend where you see an absurd amount of carnage, people getting injured and killed. Max Kapustin (senior research director at the Chicago crime lab)
We didn’t find evidence for anti-Black or anti-Hispanic disparity in police use of force across all shootings, and, if anything, found anti-White disparities when controlling for race-specific crime. Researchers at the University of Maryland and Michigan State University
When I look at cities in which the investigation was preceded by a viral event, homicide goes up considerably. Total crime goes up considerably.” What happens is that police effectively pull back. They don’t stop doing their jobs, but they become less proactive and curb their interactions with civilians. In Chicago, there was a 90% drop in police-civilian contacts immediately after the announcement of an investigation, and “Baltimore literally went to zero” after a probe was announced there. In cities where these contacts fell the most, homicides increased the most. Sadly, the decision to launch departmentwide state and federal inquiries into the deaths of Brown, McDonald and Gray resulted in numerous additional deaths. Mr. Fryer said that because of changes in police behavior following investigations in these and other cities, “my estimates show that we lost a thousand more lives, most of them black as well, because of an increase in homicides. I never would have guessed that if police stopped putting in the effort, that homicides would change like this. You hear some people say ‘Oh, we want to police our own neighborhoods, get out.’ No, you don’t want that. I guess I always knew it was a foolish idea, but I didn’t realize it was this deadly. Roland Fryer (Harvard)
Des hommes et des femmes se font massacrer (par la police) quotidiennement en France, pour nulle autre raison que leur couleur de peau. Camélia Jordana
Le privilège, c’est avoir le choix d’y penser, ou pas. Je ne peux pas oublier que je suis une femme. Mais je peux oublier que je suis blanche. Ça, c’est être blanche. Y penser, ou ne pas y penser, selon l’humeur. Virginie Despentes
Hourra ! Le peuple des États-Unis est en ébullition. Eh ! Vous ! Ceux qui avez trouvé la révolution citoyenne au Soudan trop exotique pour vous concerner, la révolution citoyenne à Beyrouth et à Alger trop arabes, celle du Chili trop latino, celle de Hong-Kong trop asiatique pour vous représenter ! Vous qui ne savez pas qu’il existe des synchronies discrètes mais avérées entre l’Argentine ou le Chili et la France, entre les Caraïbes et l’Île-de-France, entre Dakar et Paris, voyez ! voyez ! L’ère du peuple joue de la grosse caisse à Washington et la révolution citoyenne est dans les rues de New York. La gilet-jaunisation est entrée au cœur de l’Empire. Voici que surgissent des millions de chômeurs, des abandonnés privés de tout accès aux réseaux collectifs sans lesquels la vie est impossible, humiliés à longueur d’année par des flics racistes, manipulés par des politiciens sans conscience. Ils forment désormais un volcan qui vient de faire sa première éruption. Et ce n’est que le début d’une histoire qui va durer. Non, les USA ne sont pas le roc qu’ils donnent à voir. (…) Bon d’accord, je ne retiens pas ce rire moqueur qui me vient. C’est celui d’un « Frenchie surrender », putois notoire et ses French fries. Car c’est ainsi que nous avons été caricaturés aux USA depuis notre refus de participer à leur lamentable deuxième guerre du Golfe. L’état d’esprit anti-français se déchaina alors jusqu’à l’absurde : vider des bouteilles de vin dans les égouts et vouloir rebaptiser les frites, de « French fries » en je ne sais quoi. Oui la rigolade : voir la Maison blanche s’éteindre pour devenir invisible pendant que le président Trump se cache à la cave ! « Salut Trump tu as le bonjour de Cuba, de Venezuela, de Salvador Allende, de Patrice Lumumba, et même du Che » ! Sans oublier Edgard Snowden, Julian Assange et les torturés de Guantanamo, les asphyxiés du waterboarding, le supplice de la baignoire, qui ne serait pas une torture puisque l’actuelle cheffe de la CIA la pratiquait elle-même il y a peu ! À son tour : à la cave ! Le persécuteur des peuples dans le noir ! Ce n’est pas cher payé pour l’instant. Retenez ceci comme un avis d’observateur de longue date : tout ce qui advient aux USA arrive ensuite chez nous dans la décennie qui suit. Parfois plus vite. Qu’il s’agisse des modes, de la politique ou de faits sociaux. Le fin tissu qui nous unit n’est pas seulement économique, militaire ou ce que l’on voudra. Il est continuellement alimenté par les séries télévisées, le cinéma, les matrices narratives, les images de référence. Que cela plaise ou non, qu’on soit d’accord ou pas, il s’agit d’un effet de système profondément ancré. On peut ne pas s’être rendu compte que toutes les social-démocraties européennes répétaient soudainement les mantras clintonistes, ne pas avoir vu Sarkozy répéter en boucle à Rome et à Ryad les absurdités du « choc des civilisations » et ne pas savoir que l’autrice qui écrivait les discours, Emmanuelle Mignon les recopiait directement de Samuel Huntington, ne pas avoir vu le sommet du quai d’Orsay virer néo-conservateur. Mais quand les émeutes urbaines ont éclaté en France, quand on a vu Halloween et Black Friday occuper des millions d’esprits superficiels qui voudraient vivre comme dans une série US ? Non : rien ? Peut-être même qu’il en est encore pour ne pas savoir que Cédric Chouviat est mort d’un geste de policier comme celui commis contre Georges Floyd et que personne n’a été ni suspendu ni inculpé de quoi que ce soit. Et Adama Traoré et… et… Zineb Redouane, vieille dame abattue à sa fenêtre et qui est morte parait-il non de la grenade qu’elle a reçue dans la figure au quatrième étage à Marseille mais d’un arrêt du cœur imprévisible sur la table d’opération !… Peut-être d’autres n’ont-ils pas remarqué que les éborgnements de manifestants ne sont pas des bavures mais un fait désormais universel. Au fond, peu importe. Aucune alerte, aucune mise en garde n’aura jamais rien produit dans notre pays à part des heures de prêchi-prêcha haineux contre toute forme d’opposition et de dénigrement personnalisé contre les fortes têtes pourchassées sans répit les Jérôme Rodriguez, Taha Bouhafs, Drouet, Dufresne, Wamen et ainsi de suite et pour finir avec Camélia Jordana. Je ne sais comment dire combien cela me désole. Car la suite est écrite. Et ceux qui me lisent savent la lire. Aux USA, le fil des révolutions citoyennes est resté net : fermentation politique longue depuis Occupy et les Anonymous, évènement fortuit (la mort de Georges Floyd), union sans parti ni représentant, revendication égalitaire (« la vie des Noirs compte »), mobilisation universaliste, non communautaire pour la première fois depuis longtemps, mot d’ordre polysémique fédérateur (« je ne peux plus respirer »). Oui mais voilà : il s’agit des USA et de la première saison de l’après Covid-19. Elle ouvre la crise sociale monstrueuse qui va déferler. Les USA déjà désemparés, inondés de dollars de planche à billets, sans projet collectif, labourés par les socs contraires du petit peuple social et du petit peuple facho. Les USA paralysés par la gélatine du parti démocrate qui a eu la peau de Sanders pour ce néant qu’est Joe Biden. Les USA où les latinos seront dans une poignée d’années la plus importante minorité devant les afro-américains et les beaux blancs protestants. Les USA où le catholicisme sera bientôt la première religion chrétienne du pays modifiant ainsi la matrice spirituelle d’un pays où la religion est sur chaque billet de banque avec la formule « in God we trust ». Les USA et leur dollar bidon, leur État fédéral bringuebalant. Bref, les USA chancelant vont faire vaciller le monde. Trump voudrait interdire les anti-Fas, pendant que des miliciens d’extrême-droite en armes défilent dans les rues. Ils contrôlent ici ou là et les passants, comme nos identitaires dans le métro de Lyon et dans des bus à Lille pendant que les castors pyromanes pérorent loin de toute réalité « faire barrage ! faire barrage ! ». Les événements nord-américains sont décisifs. Ils nous obligent à faire un point réaliste. Si l’extrême droite « suprémaciste » l’emporte aux USA, ce sera bien autre chose que ce qu’elle a déjà fait en Pologne, Hongrie, Autriche, au Brésil, en Inde ou aux Philippines. Si les nôtres se donnent une expression politique capable d’être majoritaire, tout devient possible dans la civilisation humaine. Ayez grand soin de vous monsieur Bernie Sanders ! L’Histoire ne ferme jamais boutique. Jean-Luc Mélenchon
En réponse aux dérives identitaristes de la gauche américaine, une cinquantaine d’intellectuels essentiellement afro-américains sonnent la révolte. C’est le premier grand coup porté à la gauche racialiste américaine. Depuis les années 1970, ses représentants, universitaires et militants (les deux vont souvent de pair), ne ménagent pas leur peine pour imposer leurs représentations comme grille de lecture exclusive des phénomènes sociaux. Si, depuis lors, leurs idées ont incontestablement progressé, allant jusqu’à irriguer le débat public en France, elles se heurtent aujourd’hui à la résistance d’un projet intellectuel ambitieux. 1776, en référence à la déclaration d’indépendance des États-Unis, est une réponse d’intellectuels essentiellement afro-américains à une initiative commune du New-York Times et de plusieurs historiens noirs, visant à réécrire l’histoire américaine à la lumière de l’esclavage Tout commence au mois d’août 2019, lorsque le quotidien new-yorkais aux opinions très-avancées développe le projet 1619. Dans une édition spéciale de 100 pages, publiée à l’occasion des 400 ans de l’arrivée des esclaves africains en Amérique, le New York Times Magazine propose une relecture de la fondation des États-Unis « telle qu’elle s’est véritablement déroulée » — le ton est donné. Cette vaste entreprise de rééducation idéologique, bouffie de repentance, entend faire de l’arrivée en bateau d’une vingtaine d’esclaves africains à Port Comfort en Virginie (Colonie britannique d’Amérique du Nord, NDLR), « le véritable acte de naissance de l’Amérique ». Dans la classe politique et les cénacles académiques, le projet reçoit un accueil mitigé. De nombreux historiens s’émeuvent d’un détournement voire d’une falsification de l’histoire au nom de l’idéologie raciale. Toutefois, l’influence du Times est telle que ces observations critiques sont remisées à l’arrière-plan. Conçu à l’origine comme un projet médiatique interactif, composé de productions diverses (essais, poésies, photographies, articles…), 1619 se mue en une puissante machine à propagande. Le journal noue ainsi une collaboration avec le très “inclusif” Pulitzer center pour porter ce projet dans les écoles, bibliothèques et musées ; plusieurs centaines de milliers d’exemplaires du magazine et un supplément spécial y ont été distribués gratuitement. Last but no least, l’initiatrice du projet Nikole Hannah-Jones, réalise une tournée nationale de conférences dans les écoles pour expliquer à son jeune public que « le racisme anti-noir se trouve dans l’ADN même de ce pays ». Pendant plusieurs mois, à grand renfort de matraquage publicitaire, 1619 impose son point de vue à la société américaine : l’histoire des États-Unis doit être exclusivement comprise comme une lutte des Blancs pour l’hégémonie et une dévalorisation systémique des noirs. Naturellement, quiconque récuse ce récit mythologique raciste passe pour blasphémateur. Devant la réécriture et la confiscation de l’histoire des États-Unis par des idéologues obnubilés par la question raciale, une cinquantaine d’intellectuels, essentiellement afro-américains, ont décidé de se soulever. En janvier 2020, Robert Woodson, figure chrétienne conservatrice et ancien conseiller de campagne George W. Bush lance le projet 1776 en réponse à 1619. Cette fois, les grands médias ne se pressent pour relayer cette initiative portée en partie par des historiens universitaires. Loin d’eux l’idée de nier le passé esclavagiste des États-Unis, simplement, ils contestent l’idée selon laquelle l’asservissement des noirs constitue l’alpha et l’oméga de l’histoire du pays. Car pour parvenir à une telle conclusion, les promoteurs du projet 1619 ont eu recours à un grand nombre de sophismes et de falsifications. Entre autres contre-vérités, l’on apprend ainsi que, de tout temps, les noirs Américains ont combattu seuls pour leur liberté, que la guerre de Sécession est sans lien avec la libération des esclaves ou encore que le maintien de l’esclavage est le principal moteur de la guerre d’indépendance – cette liste n’est pas exhaustive. Les auteurs du contre-projet 1776 soutiennent a contrario que les inégalités structurelles qui persistent aux États-Unis résultent moins d’un problème de race que d’une logique de classes. Aussi, sont-ils pour le moins hostiles à un mouvement comme Black Lives Matter et les concepts qu’il charrie : appropriation culturelle, privilège blanc, racisme institutionnel, fragilité blanche. Selon eux, cette grille de lecture ethnocentrée est une machine à créer du ressentiment et de la culpabilité, là où la solution se trouve dans la solidarité interraciale. Deux semaines après la mort de George Floyd et les émeutes raciales qui s’en sont ensuivies, la confrontation entre ces deux visions résonne avec une certaine acuité. Au fond, les États-Unis ont désormais le choix entre deux projets de société : le premier, pétri de “bonnes intentions” — donc de racisme compassionnel – considère les afro-américains comme un bloc monolithique d’individus, victimes par essence et mus par les mêmes aspirations. Le second, refuse les assignations identitaires, croit au libre arbitre et défend une vision unitaire de la société. Entre le New York Times et l’universalisme, il faut choisir. Victor-Isaac Anne
Puisque nous en sommes au chapitre de la comptabilité morbide et raciale, la même journaliste révélait le 9 mai qu’en 2018, 2925 noirs étaient tués et que 2600 de leurs meurtriers étaient noirs. Mme Owens précisait également que «les hommes noirs tuaient deux fois plus les blancs que les hommes blancs tuaient des noirs». Puisqu’on doit apparemment sombrer dans ce racialisme permanent et obsessionnel, pourquoi donc les chiffres que je viens de livrer relèveraient-il de l’indicible? Avançons donc plus avant dans ce système pervers et sélectif, et souvenons-nous par exemple de la mort de Tony Timpa. Comme le pauvre George Floyd, il a été étouffé à mort par des flics très rigolards en dépit de ses supplications: «Vous êtes en train de me tuer». Exactement la même abomination. Mais dans ce dernier cas, ni violences, ni pillages. Ni foule médiatique déchaînée. C’est que Tony était blanc. Il faut également évoquer cet anti-trumpisme primaire qui fait que dans les premières heures du chaos, beaucoup ici en France auraient aimé lui faire porter le chapeau. Difficile quand on sait que l’appareil d’État du Minnesota est démocrate et que le mouvement Black Lives Matters est une réaction à la violence policière déplorée sous Obama. Puis-je également, sans offenser le courant médiatique principal, faire observer que les mêmes, il y a quelques jours, taxaient d’extrême-droitistes dangereux ceux qui, en Amérique, au nom de la liberté, refusaient tout confinement? À croire que le virus, malin mais compatissant, respecterait une sainte trêve en permettant les rassemblements en nombre. La même licence aura été accordée aux milliers d’étrangers sans papiers qui ont défilé sans entraves samedi dans les rues de Paris dans un silence médiatique impeccable. Ainsi, en France, lorsque des Français sont massacrés par centaines par le fanatisme ou le racisme, parfois antisémite, de l’islamisme, s’ensuivent des marches blanches forcément «dignes et silencieuses». Point de colères noires avec violences et pillages obligatoires. Je voudrais enfin écrire les lignes qui viennent pour faire réfléchir. Je n’aurais pas la stupidité de vouloir ignorer, au-delà de sa violence, un courant raciste dans la police américaine. Mais à quoi sert une généralisation abusive sauf à déclencher la guerre des races? Ici en France, par un mimétisme stupide, une artiste a évoqué les massacres que la police française commettrait à raison de la couleur de peau. Si on se regarde les choses rationnellement, imagine-t-on la réaction encolérée de certains policiers français qui, pour ne pas être racistes, ne sont pas tous des pianistes distingués? Sartre, dans ses Réflexions sur la question juive, a écrit des lignes pénétrantes sur la propension de l’être injustement caricaturé à vouloir parfois ressembler à sa caricature. Le racialisme pervers gagne chaque jour un peu plus, par mimétisme, la société française. Montre-moi de quelle couleur de peau tu es, et je te dirai si je te hais. La différence raciale devient obsessionnelle. Et le racisme, très équitablement partagé sur la planète, serait pourtant la propriété monopolistique du blanc. Déjà, sur la radio d’État, la racialisation devient un outil d’investigation journalistique. C’est ainsi que le 27 mai, le rédacteur en chef numérique de France Inter écrivait tranquillement: «Nous avons demandé à neuf personnes racisées de réagir aux propos de Camélia Jordana». Et à la suite, les photos et réactions de neuf personnes noires ou maghrébines. Je voudrais, pour conclure, écrire que je ne me fais aucune illusion sur la portée d’un raisonnement qui s’adresse à la raison. Le racialisme sélectif s’adresse aux bas instincts alimentés par cette rage idéologique que suit la foule médiatique déchaînée avec un plaisir hystérique. La race est de retour, via l’antiracisme sélectif gauchisant qui est au XXIe siècle ce que le racisme droitisant était au XIXe siècle. La guerre des races est avancée. Gilles-William Goldnadel
L’émotion doit inspirer la réflexion, mais elle ne peut pas dispenser de la connaissance. Car il y a les chiffres: selon la base de données du Washington Post, deux fois plus de Blancs (2416) que de Noirs (1263) ont été tués par la police depuis le 1er janvier 2015. Certes, comme le souligne très justement le journal Libération, le rapport s’inverse totalement en proportion de la population: les Noirs représentent 13 % de la population américaine, et les Blancs 76 %. Mais dans ce pays où les policiers ont la gâchette d’autant plus facile que les armes sont partout, on ne saurait parler d’un «racisme systémique» ou structurel des forces de l’ordre. Il y a aussi l’histoire: la guerre de Sécession, le mouvement des droits civiques qui a aboli la ségrégation, l’Affirmative Action dans les universités pour asseoir dans les faits l’égalité formelle des droits, l’apologie des minorités par le politiquement correct, les deux mandats à la Maison-Blanche de Barack Obama. Il y a enfin ces autres images: le maire afro-américain de Houston annonçant les obsèques dans sa ville de George Floyd ou encore la maire afro-américaine d’Atlanta apostrophant avec véhémence les émeutiers qui discréditaient la protestation par le pillage des magasins de vêtements ou de matériel informatique. Des élus noirs dirigent aujourd’hui deux anciens bastions du ségrégationnisme. Les suprémacistes ont bien perçu ce grand basculement: s’ils sortent aujourd’hui du bois, s’ils hurlent «You will not replace us!», c’est qu’ils craignent de voir l’Amérique leur échapper et de devenir tôt ou tard minoritaires. (…) Saisis d’une véritable frénésie mimétique, des manifestants, à Paris et dans la plupart des villes françaises, brandissent les mêmes pancartes qu’en Amérique: «I can’t breathe», «No Justice, no Peace», «Black Lives Matter». Il y a certes des racistes dans la police et ils doivent être sévèrement sanctionnés, car, forts du pouvoir que leur confère l’uniforme, ils ne se privent pas de harceler et de nuire. Sur ce point, le ministre de l’Intérieur a raison: on ne saurait tolérer l’intolérable. Mais il faut être d’une insigne mauvaise foi pour en conclure que la police dans notre pays exerce une terreur raciste sur les populations issues de l’immigration africaine ou maghrébine. La réalité, en effet, est tout autre. Dans les quartiers dits populaires, ce sont les policiers qui ont peur: ils sont attirés, comme les pompiers dans des guets-apens, victimes de tirs de mortiers, attaqués à coups de barres de fer, de jets de pierre du haut des toits, ou de plaques d’égouts du haut des passerelles. Lorsque en 2007, à Villiers-le-Bel, des «jeunes» ont tiré sur eux à balles réelles, ils n’ont pas riposté. Résultat: des dizaines de blessés parmi les policiers, aucun parmi les manifestants. Hantée par les émeutes de 2005 qui ont embrasé le pays, leur hiérarchie demande aux hommes de terrain de tout faire pour éviter l’accident ou la bavure: tout faire, c’est-à-dire ne rien faire contre les rodéos urbains ou les matchs de foot sauvages dans les dernières semaines du confinement. Ce qui caractérise notre temps, ce n’est pas l’omniprésence et l’omnipotence de l’État policier, c’est la faiblesse et la démission de l’État dans ce qu’on n’appelle pas pour rien les territoires perdus de la République. Et puis enfin, si racisme institutionnel il y avait, les manifestants crieraient-ils «policiers assassins!» au nez et à la barbe des forces de l’ordre? Si l’État était autoritaire, ou simplement s’il faisait respecter ses lois, des clandestins défileraient-ils dans Paris sans craindre d’être mis en garde à vue, ni a fortiori renvoyés manu militari dans leur pays d’origine? S’ils ne jouissaient pas d’une totale impunité, des rappeurs raconteraient-ils comment Brigitte, femme de flic, se fait gaiement «éclaté la teush» par «tous les jeunes de la cité» ? L’aptitude des êtres humains à se raconter des histoires et à se croire autres qu’ils ne sont, est sans limite. Sous l’effet d’un meurtre atroce commis à Minneapolis, Minnesota, on interviewe avec déférence le membre du groupe La Rumeur qui évoquait, en 2002 «les centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins n’ait été inquiété», et on en vient à prendre pour argent comptant la déclaration éhontée de la chanteuse Camélia Jordana: «Il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité face à un flic, et j’en fais partie. Je ne parle pas des manifestants, mais des hommes et des femmes qui vont travailler tous les matins en banlieue qui se font massacrer pour nulle autre raison que leur couleur de peau.» Des violences policières ont certes émaillé l’année 2019, en réponse à la violence extrême de certains manifestants. Mais qui visaient-elles? Qui ont-elles mutilé ou éborgné? Des «gilets jaunes», c’est-à-dire des Français d’origine française, gentiment désignés sous le nom de «souchiens» par la porte-parole des Indigènes de la République. À l’image de ce qui se passe à Yale, à Columbia ou à Berkeley, la civilisation occidentale est désormais sur la sellette dans la plupart des universités du Vieux Continent. Les Dead White European Males sont pointés du doigt. D’eux et de leur culture vient tout le mal qui s’est répandu sur la terre: l’esclavage, le colonialisme, le sexisme et la LGBTphobie. Étudier cette culture, c’est désormais la mettre en accusation, la déconstruire, ruiner son prestige, pour permettre aux minorités de retrouver leur fierté et à la diversité culturelle de s’épanouir sans entraves. D’où l’écho rencontré par la mort de George Floyd, à Paris, aussi bien qu’à Stockholm ou à Montréal. Les nouvelles générations ont cru reconnaître dans le flegme féroce de l’assassin le visage de l’Occident qu’ils avaient appris à honnir. Mathieu Bock-Côté rappelle dans son dernier livre, que des étudiants du King’s College de Londres, ayant dénoncé «la collection d’hommes blancs de plus de 50 ans portant la barbe» qui formait le grand statuaire à la porte de l’établissement, celui-ci a été remplacé par «un statuaire conforme à l’idéologie diversitaire». Et dans un article de David Haziza, j’apprends que les élèves les plus avancés de Columbia proclamaient tout récemment qu’il fallait en finir avec un programme d’enseignement dont la blanchité, à les en croire, expliquait la persistance des meurtres racistes. Combattre l’hégémonie occidentale à l’intérieur même de l’Occident: tel est, par-delà la révolte contre les violences policières, l’objectif que s’assigne le nouvel antiracisme. (…) L’antiracisme n’est plus, hélas, la défense de l’égale dignité des personnes, mais une idéologie, une vision du monde. Dans cette vision, les traites négrières non occidentales n’ont pas leur place, ni l’antisémitisme arabo-musulman, ni celui d’une partie de la communauté noire américaine, ni les manifestations de Chinois et de Vietnamiens de Paris contre des insultes et des agressions où les Blancs n’avaient aucune part. Le raciste devient celui qui voit ce qu’il voit au lieu de fermer les yeux sur le scandale de l’impensable. Entre la réalité et le système idéologique, on a intérêt, pour ne pas être frappé d’infamie, à choisir le système. L’antiracisme s’est donc transformé de fond en comble et l’hospitalité a changé de sens: à l’heure de la grande migration, il ne s’agit plus d’accueillir les nouveaux venus en les intégrant dans la civilisation européenne, il s’agit d’exposer les tares de cette civilisation pour rendre justice à ceux qu’elle a si longtemps traités par le mépris et exploités sans vergogne. (…) La mauvaise conscience bourgeoise a conduit un grand nombre d’intellectuels à se ranger dans le camp de la classe ouvrière. Ils expiaient ainsi leurs privilèges et trouvaient une rédemption dans le combat pour l’égalité. Dans la gauche radicale d’aujourd’hui, la honte d’être blanc a supplanté la mauvaise conscience bourgeoise mais ce privilège-là colle à la peau. La honte est donc inexpiable. Pour elle, il n’y a pas de rédemption. Et ceux qu’elle affecte mettent un point d’honneur à rester confinés à la date où leur université célèbre la disparition des Blancs de l’espace public en organisant pour eux, ou plutôt contre eux, une «journée d’absence». Le soupçon de condescendance entachant toutes leurs paroles et toutes leurs actions, ils n’ont d’autres issues que de se taire, de s’effacer, ou de réciter indéfiniment le catéchisme qui les condamne. Cet autoracisme est la pathologie la plus consternante et la plus grotesque de notre époque. (…) On parle beaucoup, depuis le début de la pandémie, du monde d’avant et du monde d’après. Mais on oublie, en annonçant cette grande césure, que le monde d’avant était déjà très engagé dans la liquidation culturelle du vieux monde. À la sortie du confinement, le processus se poursuit, et même s’accélère. Alain Finkielkraut
Que font des Blancs qui s’agenouillent devant des Noirs pour leur demander pardon ? Ils se reprochent d’avoir jusque-là bénéficié, à leur insu, de droits qui étaient refusés à leurs frères de couleur. Or, ces « droits », s’il existent, ne sont pas légaux. La ségrégation est révolue depuis longtemps aux Etats-Unis. Les « droits » dont ils parlent sont des usages, des moeurs, des pratiques et toutes les manies d’une société dont les couleurs se sont toujours vécues comme séparables. Il y a peut-être tout à changer dans la société américaine, mais il n’y a rien à abolir ici. L’ennemi n’est pas une loi. L’ennemi est une attitude. Et contrairement à une loi injuste qu’on peut abroger, une attitude est indéfiniment renouvelable. Il y aura toujours des Blancs racistes et des flics violents. De sorte que le sentiment d’un « racisme systémique » trouvera toujours, dans une sortie déplorable ou dans un crime abject, une raison d’être et de s’enflammer. Pour le dire autrement : la faute dont les « Blancs » croient endosser le fardeau est très exactement insoluble. Elle ne se dissout pas dans un changement qu’on pourrait identifier et qui permettrait de passer à autre chose. Au Blanc qu’on accuse (ou qui s’accuse) en tant que blanc d’être le complice de l’oppression systémique des noirs, aucune rédemption n’est promise. La plainte est infinie. (…) Que font des Noirs qui reçoivent, debout, les supplications et les macérations de leurs frères blancs ? Et qui accordent leur pardon à des gens dont le crime n’est pas d’être coupables mais d’être blancs ? Ils accréditent l’idée que leur couleur est une faute. (…) Le but d’un tel pardon n’est pas le pardon. Le but d’un tel « pardon » est d’étendre la culpabilité à l’infini, d’ancrer l’idée que la couleur des autres est une faute universelle (pour le dire comme l’impitoyable loup de La Fontaine : « Si ce n’est toi, c’est donc ton frère. – Je n’en ai point. – C’est donc quelqu’un des tiens… ») et d’ajouter à la misère du pénitent la splendeur de leur propre clémence. Qui dit « je te pardonne » au type qui n’est pas coupable ne pardonne rien du tout, mais fabrique de toutes pièces une culpabilité infinie dont lui seul, par la grâce du pardon qu’il adore accorder, se trouve créditeur. (…) Dans ce combat déguisé en déclaration d’amour, les pénitents blancs n’ont pas dit leur dernier mot. Car de même qu’on écrase celui qu’on pardonne, on continue de traiter en enfant celui dont on implore le pardon. Que laissent-ils entendre, ces gentils blancs, en se sentant eux-mêmes coupables des crimes d’un autre blanc ? Qu’ils sont encore, en tant que blancs, responsables des malheurs de la communauté noire, qu’en somme ils sont de mauvais maîtres dont les anciennes victimes ont raison de se sentir irresponsables. Sous la génuflexion des Blancs, c’est la condescendance qui s’exprime. Sous cette pénitence monocolore, c’est encore le paternalisme qui parle. Bref, sous le spectacle merveilleux de gens qui se promettent de s’aimer, sous la contrition des repentants qui reçoivent l’absolution des mains de leurs victimes présumées, on assiste en vérité à la continuation de la guerre, sous d’autres formes, entre des communautés qui se prennent pour des identités. Toutes les conditions de la haine sont réunies dans cette image irénique. Tous les éléments du problème se trouvent à vif dans ce moment qui se vit comme une solution. En tout cas, on est bien loin de Martin Luther King, de sa génuflexion libératrice et, surtout, de « l’armée bi-raciale » qu’il appelle de ses voeux… (…) Le problème en France vient du fait qu’il existe objectivement des discriminations (sociales, morales et ethniques) à l’embauche, à la location ou à l’entrée des boîtes de nuit, mais que, comme par ailleurs, en République, sur le papier, « l’identité » sexuelle, religieuse ou ethnique n’est pas une sorte de handicap qui ouvre l’accès à des droits spécifiques, les gens qui sont victimes de discrimination ont l’impression – et en un sens à juste titre – que l’Etat les abandonne à leur sort. Et ils demandent à la loi de corriger ce qu’elle corrige déjà (mais qu’elle peine à rectifier en profondeur) en faisant du racisme un délit. En somme, ils demandent à la loi d’aller plus loin que l’affirmation abstraite de l’égalité entre tous les citoyens, pour s’en prendre à nos consciences de blancs et en extirper le racisme à la racine. Seulement, pour ce faire, pour qu’ils aient le sentiment que la loi s’attaque au « racisme systémique » en tuant nos « moeurs coloniales », il faudrait supprimer la présomption d’innocence, il faudrait systématiquement condamner pour racisme toute personne refusant un logement ou un emploi à une personne de couleur, imposer une parité sur fond de mélanine, et nantir légalement certains Français de privilèges qu’on refuserait aux autres. Bref, nous cesserions collectivement, et légalement, d’être libres et égaux. Comme tous les extrémismes dopés aux bons sentiments, ces adeptes croient démocratiser notre démocratie en la présentant comme un « Etat totalitaire et esclavagiste », alors qu’en demandant à la loi de corriger des consciences ou de réprimer des réflexes, c’est très exactement une dictature qu’ils appellent de leurs voeux. Si la « communauté juive », par exemple, avait raisonné comme les manifestants du 2 juin, elle aurait vu dans les assassinats de Mireille Knoll, d’Ilan Halimi ou de Sarah Halimi l’expression d’un « antisémitisme systémique », et dans les atermoiements du Parquet la preuve qu’il n’y a aucune différence entre le régime de Vichy et la République. Or si, comme la négrophobie, l’antisémitisme est viscéral et éternel en France, il n’est pas douteux qu’il vaut mieux y être Juif (ou Noir) en 2020 qu’en 1940. Et que, si combat il y a, c’est un combat judiciaire et juridique qu’il faut mener. En France, l’antisémitisme est virulent, mais un policier juif n’est pas vu pour autant par d’autres Juifs comme un « vendu » qui travaille avec « l’Etat antisémite ». (…) Au début de son sketch sur le « CRS arabe », mimant un poivrot franchouillard, Coluche fait valoir qu’ « un bougnoule, c’est toujours un bougnoule, même en CRS ». Quelle différence avec les manifestants qui disent « Un flic, c’est toujours un flic, même noir » ? Comme, sous prétexte de « convergence des luttes », la guerre des races a remplacé, à gauche, la guerre des classes, la police qui a longtemps été présentée comme le bras armé d’un « Etat bourgeois » est devenue, aux yeux des mêmes et de leurs successeurs, le bras armé d’un « Etat raciste ». Un tel dogme a besoin d’un sophisme. Le sophisme est : il y a des crimes racistes dans la police française (ce qui est incontestable), donc LA police française est « systémiquement » raciste (ce qu’une grande majorité d’interpellations démentent). Un tel raisonnement n’est pas un raisonnement, mais l’érection illégitime de cas particuliers en une vérité générale et a priori qui ne voit dans les contre-exemples aucune objection mais qui, en revanche, à chaque drame, s’exclame « je vous l’avais bien dit ! » En cela, il est symptomatique que le comité « Justice et vérité pour Adama » reprenne le nom du « Comité pour la vérité et la justice » crée par les maoïstes François Ewald et Serge July au moment de l’affaire de Bruay-en-Artois. Le but d’Ewald et July, à l’époque, était d’appeler au lynchage, et d’ancrer dans les consciences, à coup de témoignages de procès d’intention (« Il n’y a qu’un bourgeois pour faire ça ») et grâce aux sales méthodes du juge Pascal (qui, opposé au secret de l’instruction, diffusait les photos de l’arrestation du coupable présumé), le sentiment que le notaire Pierre Leroy était « par définition » le meurtrier de Brigitte Dewevre. Or, quel est le but du nouveau comité « vérité et justice » ? D’ancrer dans les consciences, à coup de manifestations aux slogans abstraits (« Pas de justice, pas de paix ! ») le sentiment que la police française est raciste et meurtrière. Chaque fois qu’un comité mélange les termes de « justice » et de « vérité », c’est que la vérité lui déplaît, et qu’il appelle « justice » l’autre vérité, la vérité qu’il exige, que cette « vérité » soit vraie ou non. Reste qu’au-delà de sa sottise, le geste de traiter de collabo un flic noir est, de la part des manifestants, parfaitement contradictoire. Comment peuvent-ils déplorer la sous-représentation des Noirs dans les médias ou dans la fonction publique, tout en tenant un policier noir pour un vendu ou un « bounty » (noir dehors, blanc dedans) ? Là encore, le problème qu’ils posent est insoluble ! Comme une houle qui ne croise aucun récif, une telle plainte – qui laisse le choix entre le sentiment de ne pas être représenté et l’exclusion de ceux dont la carrière invalide ce sentiment – s’est arrangée pour ne rencontrer aucun obstacle sur le chemin de sa colère, et pour balayer comme autant d’apparences trompeuses et de trahisons discrètes l’ensemble des objections qu’elle reçoit. On peut le comprendre : le problème des manifestants n’est pas que la France soit raciste. Leur problème est qu’elle ne l’est pas suffisamment. Et que, loin d’être l’avant-garde d’un monde meilleur, ils sont les fossoyeurs d’une démocratie qui n’a rien contre eux. On a tort, en cela, de qualifier de « débordements » les incidents qui ont émaillé ce rassemblement car, sans être planifiée bien sûr, la violence est inscrite dans l’esprit-même d’un telle manifestation. Pour une raison simple : celui qui manifeste contre un (imaginaire) « Etat raciste » ne vit pas sa propre violence comme un crime mais comme un geste libérateur. En réalité, plus que libératrice, la violence est créatrice. Comme le pardon du Noir au Blanc a aussi pour but de fabriquer l’éternelle culpabilité de ce dernier, la violence du manifestant ne sert qu’à témoigner de la violence qu’il a subie. Plus on casse des vitres, plus cela signifie qu’on est la victime d’un Etat raciste. Comme dit Virginie Despentes dans sa « Lettre à ses amis blancs » : « Comme si la violence ce n’était pas ce qui s’est passé le 19 juillet 2016. Comme si la violence ce n’était pas les frères de Assa Traoré emprisonnés… » C’est l’un des paradoxes, et pas le moindre, de l’hyper-démocratie victimaire où chacun voit ce qu’il veut : la violence réelle est masquée par la violence dont elle se prétend la conséquence… Pour le dire simplement : si je vous agresse, ça veut dire que VOUS êtes coupables et que JE suis victime, et que, pour cette raison, vous devez me comprendre avant de me juger, sous peine d’être un fasciste ! C’est parfait. (…) Madame Jordana a tout à tort, à mon avis, d’en faire une loi, et d’ériger de rares tragédies en considérations générales sur l’âme du flic Français. Le problème n’est pas ce qu’elle dit, mais la valeur de vérité absolue qu’elle donne à ce qui (en ce qui la concerne) n’est même pas un témoignage. Car ce faisant, tout comme les blancs pénitents ou les manifestants du 2 juin, elle raisonne à l’envers : son diagnostic n’est pas un diagnostic mais une vérité a priori qui, pour cette raison, se donne comme infalsifiable. Comment voulez-vous contredire un sentiment ? Comment voulez-vous dire qu’elle a tort à une personne qui prend son impression pour la règle ? Un sentiment qui se prend pour une vérité dégénère inévitablement en dogme. Et un dogme est immunisé contre les objections. En particulier un dogme bien-pensant qui, pour devancer les coups, présente toute objection comme une abjection : si vous dites que Camelia Jordana a tort, c’est que vous fermez les yeux sur la violence que vous ne subissez pas. Bing. Que répondre à ça ? Camelia Jordana s’est proposée de débattre avec le ministre de l’Intérieur en personne, mais elle n’a pas ouvert le débat, elle a tué le débat en le réduisant à la défense (ou l’attaque) d’une opinion péremptoire ! Si, dans les échanges qui ont suivi ce qu’elle a dit, chacun est resté fermement campé sur son catéchisme et, loin de dialoguer, les antipodes n’ont fait qu’affirmer leur détestation mutuelle, c’est que les conditions du débat étaient absentes du débat. Débattre, ce n’est pas présenter ce qu’on croit comme une vérité absolue, pour mettre les autres, ensuite, au défi de nous donner tort. Débattre, c’est douter de ce qu’on croit au point d’écouter un autre discours que le sien. Peine perdue. (…) Si Virginie Despentes se promène dans les rues de Dakar, Bamako ou Kingston, elle aura plus de mal à oublier qu’elle est blanche. Est-ce à dire que le Sénégal, le Mali ou la Jamaïque sont racistes ? Et que les Noirs y sont privilégiés ? Il y a d’autres choses, plus intéressantes, dans sa lettre. D’abord, cette phrase en apparence absurde : « En France nous ne sommes pas racistes mais je ne me souviens pas avoir jamais vu un homme noir ministre. » Les gens qui lui ont répondu en dressant la liste de tous ceux, de Gaston Monerville à Sibeth N’Diaye, dont le parcours contredit Virginie Despentes, commettent deux erreurs. La première est de rentrer dans son jeu, et de compter les noirs ministres (comme on compte les noirs à la télé, ou à la cérémonie des Césars), autrement dit : de transformer la couleur en critère d’évaluation. L’autre erreur est de la prendre au sérieux. Virginie Despentes n’est pas née demain. Elle sait très bien qu’il y a eu et qu’il y a des ministres « noirs » dans un pays où la couleur n’est pas une compétence. Seulement, elle ne les « voit » pas. La couleur de leur peau est masquée par leur costume républicain. Pour le dire simplement : puisqu’être noir empêche d’être ministre dans notre « France raciste », alors en devenant ministre, un noir cesse d’être noir. Comme le jour et la nuit, la fonction de ministre et la noirceur de la peau s’excluent aux yeux de la manichéo-daltonienne. On ne peut pas être l’un et l’autre. En cela, Virginie Despentes est bien fondée à dire qu’elle n’a « jamais vu » de ministre noir. Son erreur n’est pas de dire ce qu’elle sent, mais, comme Camelia Jordana, d’ériger sa propre cécité en perception universelle. (…) ce serait drôle si ce n’était désolant pour Madame El Moaddem, que BFM a traitée comme une vieille chaussette. Mais à toute chose, malheur est bon : une telle mésaventure est aussi l’occasion donnée, pour l’intéressée, de comprendre qu’elle est exactement la victime de la logique identitaire qui lui fait dire, ordinairement, qu’on devrait inviter les « concernés » sur les plateaux de télé, qu’on est mal placé pour parler des problèmes qu’on ne rencontre pas, et qu’en somme, la couleur des gens est en elle-même une compétence. A ce compte-là, dans un monde où la couleur (appelée « identité ») est une garantie de l’opinion, il est normal qu’on désinvite Nassira El Moaddem au profit de Maboula Soumahoro, qui (aux yeux de certains) est une meilleure interprète dans le même rôle. Madame El Moaddem s’indigne qu’on lui dise que sa présence en plateau eût fait « doublon ». Elle a raison. C’est scandaleux. D’autant qu’elle avait certainement d’autres choses à dire que Madame Soumahoro. Mais quand on invite les gens à raison de leur allure et non de leur compétence, on se moque de ce qu’ils ont à dire, et des nuances éventuelles. « Noire, arabe, on s’en fout, tant que ça fait concerné » se dit-on dans les rédacs attentives à draguer une clientèle identitaire… Bref, c’est l’arroseuse arrosée. Madame El Moadden, qui a souvent été la victime du racisme, est pour la première fois peut-être, victime du racialisme. J’avoue ne pas voir la différence entre les deux, mais c’est probablement que je ne suis pas concerné. « Qu’est-ce que j’en ai à foutre, moi, des Noirs ? disait Gary dans Chien Blanc. Ce sont des hommes comme les autres. Je ne suis pas raciste. » Si les journalistes avaient lu cette phrase, peut-être se seraient-ils mieux conduits ? Raphaël Enthoven
Nous avons tendance à imaginer, contre toute évidence, que la socialisation peut tous nous débarrasser de l’intolérance et nous apprendre un plus grand respect de la différence, si seulement nous avions la volonté, les ressources et la possibilité de fournir les bonnes expériences. (…) Selon cette compréhension de la réalité, les différents peuvent rester aussi différents qu’ils le souhaitent et les intolérants finiront tolérants par les vertus de l’éducation. Mais tous les indicateurs montrent que l’exposition à la différence, les discours sur la différence et le fait d’applaudir la différence – autant de marques de fabrique de la démocratie libérale – sont les meilleurs moyens d’exaspérer ceux qui sont foncièrement intolérants et de garantir l’expression accrue de leurs prédispositions dans des attitudes et des comportements manifestement intolérants. (…) Paradoxalement, il semblerait donc que le meilleur moyen de juguler l’intolérance envers la différence soit d’exhiber nos ressemblances, d’en discuter, de les applaudir. (…) Au bout du compte, rien n’inspire plus la tolérance chez l’intolérant qu’une abondance de croyances, de pratiques, de rituels, d’institutions et de processus communs et fédérateurs. (…) En définitive, rien n’inspire une plus grande tolérance de la part des intolérants qu’une abondance de croyances, pratiques, rituels, institutions et processus communs et unificateurs. Et malheureusement, rien n’est plus sûr de susciter une expression accrue de leurs prédispositions latentes que ‘l’éducation multiculturelle’, les politiques bilingues et la non-assimilation. En fin de compte, notre célébration criante et notre insistance absolue sur l’autonomie individuelle et la diversité sans contrainte poussent ceux qui sont par nature les moins équipés à vivre confortablement dans une démocratie libérale non pas aux limites de leur tolérance, mais à leurs extrêmes intolérants. Karen Stenner
Si vous avez des tirs de policiers qui deviennent viraux en ligne, mais qui ne sont pas suivis d’enquête (…), rien ne change – les niveaux d’activité policière et de criminalité sont à peu près les mêmes. Mais si vous avez des tirs de policiers qui deviennent viraux et qui font l’objet d’une enquête, les activités de la police chutent et la criminalité augmente de façon spectaculaire. Roland Fryer (Harvard)
Trump est le seul à attirer l’attention sur cette violence qui touche majoritairement les Noirs. Cela dit, il surestime le rôle du gouvernement fédéral dans la lutte contre le crime. La police est avant tout une affaire locale. (…) 26% des personnes tuées par la police aux Etats-Unis sont des Afro-Américains, alors qu’ils ne représentent que 13% de la population. Doit-on en déduire que les flics sont racistes? Non. Simplement, ils interviennent avant tout dans les quartiers en proie à la criminalité. Or c’est là que résident les minorités. D’où un risque accru de confrontation avec la population noire ou latino. A Chicago, les Afro-Américains représentent un tiers de la population, mais sont responsables de 75% des fusillades. Ce n’est pas un jugement, juste une statistique. (…) Depuis qu’un jeune Noir a été abattu par la police à Ferguson, en 2014, l’association Black Lives Matter « vend » l’idée que les policiers sont intrinsèquement racistes. Le débat est pollué par le tabou sur la criminalité noire. Alors sommes-nous autorisés à parler des victimes?  Les Blacks sont six fois plus souvent victimes d’homicides que les Blancs et les Latinos. En 2016, 20 enfants noirs ont été blessés ou tués à Chicago. S’ils avaient été blancs, le scandale aurait été énorme. Mais comme ce sont des Noirs tués par des Noirs, tout le monde s’en fiche… Heather Mac Donald
Les Blancs et Hispaniques représentent par exemple 58,9% des personnes arrêtées pour «crime grave». Les mêmes couleurs de peau constituent 56,7% des personnes tuées par la police, selon les données du portail statistique Statista, compilant quatre années jusqu’à juin 2020*. Les pourcentages sont proches, tendant à indiquer que les drames lors d’arrestations ne concernent pas spécifiquement les personnes de ces deux ethnies. Les Afro-Américains constituent quant à eux 37,5% des prévenus pour crime grave, et 22,1% des personnes que la police a tuées en voulant procéder à leur arrestation. Le pourcentage de victimes de police est donc plus faible chez les Afro-Américains, par rapport à leur proportion lors des arrestations. Bien sûr, les tirs létaux par les forces de l’ordre recouvrent des situations très différentes (bavures, individus armés ou non, etc.). Nul ne saurait déduire, à l’aune de ces pourcentages, à l’innocence ou la culpabilité présumée d’un policier tueur. Mais si l’on s’en tient aux chiffres de la criminalité et des arrestations, il semble difficile de conclure à un quelconque racisme systémique de la part des forces de l’ordre américaines. (…) la spécialiste Heather MacDonald (…) prend appui sur une analyse judiciaire des données de la police de Philadelphie, ayant établi en 2015 que les policiers blancs étaient moins susceptibles de tirer sur des suspects noirs non-armés que leurs collègues noirs et hispaniques. D’autres études vont en ce sens, comme celle de l’économiste d’Harvard Roland G. Fryer qui concluait en 2016 (puis à nouveau en 2018) à l’absence de preuves d’une «discrimination raciale lors des tirs de police». Pour Heather MacDonald, «toutes les analyses contraires oublient de prendre en compte les taux de crime et le comportement des civils, avant et pendant les interactions avec la police. Luc Lenoir
90% des meurtres de Noirs sont commis par d’autres Noirs, là est le vrai drame! A la violence extrême des délinquants répond celle des policiers, brutaux envers tout le monde sans distinction. C’est la violence globale de ce pays qui est à prendre en compte : n’importe quel retraité de 75 ans peut sortir une arme lors d’un contrôle! Ecoutez le Drill, la musique des gangs juvéniles ethniques des États-Unis. Ce sont des appels au meurtre par des rappeurs rendus fous par un usage massif d’alcool et de Concentrate (marijuana ultra-puissante). Tels sont les angelots qu’affrontent au quotidien les polices des métropoles américaines. Xavier Raufer
La vie de la population noire des États-Unis n’a jamais été facile et ne l’est pas plus aujourd’hui. (…) Mais aux difficultés qu’éprouve cette population, se surajoute l’attitude de la gauche académique et médiatique qui, par pur moralisme, ne s’indigne que des seuls homicides de Noirs commis par la police américaine ou par des Blancs ; considérant donc – absurdement – que les non-Noirs du pays constituent un meurtrier et tout-puissant Ku-Klux-Klan, voué à exterminer les Afro-Américains. Récemment encore, L’Express souligne ainsi que 1,5% des Noirs américains de 20 à 24 ans meurent sous les tirs de la police – fait consternant – mais tait que, constamment et de longue date, ± 90% des Noirs américains sont assassinés par d’autres Noirs. Sans doute y-a-t-il des raisons à cela, mais l’énormité même du pourcentage devrait pousser les commentateurs à exposer cet essentiel fait brut. Or la théorie du”privilège blanc” tient justement à cela : pour qu’elle soit vraie, il faut et il suffit que TOUTE la police et TOUTE la justice des États-Unis soient implicitement ou ouvertement racistes, agissant et jugeant à 100% contre les Noirs. Soulignons ici que cette idéologie du”privilège blanc” n’est pas celle de la population noire en général ; certes, soucieuse de ne pas servir de cible à tout propos, elle est sinon (sous l’influence de ses puissantes Églises) plutôt conservatrice et répressive en matière de sécurité et de justice, maints sondages le montrent. Le « privilège blanc » est plutôt l’apanage de jeunes gens riches, blancs mais torturés de haine de soi et de ludions médiatiques de toutes couleurs. Avant d’examiner les faits et données disponibles, rappelons aussi que depuis une décennie, toute la société américaine, justice et polices incluses, subit l’étouffant tsunami du « politiquement correct »… diversité… inclusif… etc.; tout fait ethnique y éprouvant le sourcilleux contrôle (sans doute bénéfique, vu le passé du pays) de Black Lives Matter et cent groupes analogues; quand cependant, les statistiques ethniques-raciales y restent permises. (…) à l’échelle des États-Unis entiers, de méticuleuses recherches des analystes du ministère fédéral de la Justice et du FBI sur la période 1976-2005, établissent le fait terrible que dans plus de 90% des cas, l’assassin d’un Noir est un autre Noir; et que les jeunes hommes afro-américains ont 20 fois plus de morts que leur proportion dans la pyramide américaine des âges et des ethnies. Et si les choses ont évolué depuis 2005, c’est plutôt en pire. Imaginons que les injonctions médiatico-académiques soient à 100% suivies d’effet et qu’on en finisse, par la prévention ou la répression, avec les meurtres commis par des policiers ou des Blancs racistes: sur cent homicides de Noirs, on en supprimerait 8 ou 9; sinon, la tuerie continuerait comme avant. Est-ce un objectif décent ? Ou faut-il, sur la base de faits réels, traiter ce drame dans sa profondeur humaine ? Xavier Raufer

Après l’hystérie collective du coronavirus, le psychodrame du racisme systémique !

Au lendemain d’un confinement aveugle qui a vu, sans compter les dommages économiques et sociaux, des sommets d’hystérie et de psychose collective

Comment ne pas voir …

Suite à l’interpellation ayant mal tourné (pour des raisons personnelles et donc non « systémiques » ?), d’un ancien délinquant multirécidiviste ayant tenté de faire passer un faux billet et ayant résisté à son arrestation …

Mais peut-être fragilisé par ses problèmes de circulation et les drogues ingérées

Sous prétexte qu’il était noir et que le principal policier était blanc alors que ce dernier était accompagné d’un autre blanc mais aussi d’un noir et d’un asiatique

La nouvelle hystérie collective qui revient entre déboulonnages de statues, autodafés matériels et culturels et appels au démantèlement de la police mais aussi meurtres

Avec cette nouvelle génération, leaders religieux « progressistes » compris, de génuflexants et flagellants qui avec son lot d’antisémitisme comme au Moyen-Age …

Après la France et maintenant l‘Espagne, suit périodiquement les épidémies …

Et qui, contre l’évidence des faits mais année électorale oblige, n’a plus que le mot racisme à la bouche …

Alors qu’étude après étude, l’on sait qu’il n’y a pas de discrimination raciale lors des tirs de police et même que les policiers blancs sont moins susceptibles de tirer sur des suspects noirs non-armés que leurs collègues noirs ou hispaniques …

Et que, loin de faire diminuer la violence, la diabolisation de la police qui suit les quelques cas d’usage disproportionné de la force par celle-ci la fait augmenter en poussant lesdits policiers au retrait dans les zones où elles sont le plus nécessaires …

Sans compter, comme l’a montré la psychologue Karen Stenner …

Que loin de mettre un terme à l’intolérance …

Les célébrations de la différence et de la diversité comme ‘l’éducation multiculturelle’, les politiques bilingues ou la non-assimilation ne font que l’exaspérer …

Alors que comme l’avait montré le pasteur Martin Luther King avant de se fourvoyer dans le pacifisme radical

Oubliant qu’au Vietnam comme au Japon, les races de couleur ont elles aussi leur volonté de puissance …

Ce sont nos ressemblances et l’ensemble des croyances, pratiques, rituels et institutions que nous avons en commun …

Qu’il faudrait, au lieu de les fouler au pied comme nos enfants gâtés à la Kaepernick avec le drapeau national, les mettre en avant … ?

Homicides, États-Unis et « privilège blanc » criminel
Xavier Raufer
Sécurité globale
Cairn
2019/4 (N° 20)

La vie de la population noire des États-Unis n’a jamais été facile et ne l’est pas plus aujourd’hui. Pour s’en persuader, il suffit de visiter les lieux où d’usage elle vit, quartiers où, comme à Chicago, son espoir de vie peut être de trente ans plus bref que dans les secteurs blancs-riches de la ville ; et de voir qu’en 2017 encore, 38% des enfants noirs fréquentent des écoles où moins de 10% des élèves sont blancs (l’apartheid, c’est ça).

Mais aux difficultés qu’éprouve cette population, se surajoute l’attitude de la gauche académique et médiatique qui, par pur moralisme, ne s’indigne que des seuls homicides de Noirs commis par la police américaine ou par des Blancs ; considérant donc – absurdement – que les non-Noirs du pays constituent un meurtrier et tout-puissant Ku-Klux-Klan, voué à exterminer les Afro-Américains.

Récemment encore, L’Express souligne ainsi que 1,5% des Noirs américains de 20 à 24 ans meurent sous les tirs de la police – fait consternant – mais tait que, constamment et de longue date, ± 90% des Noirs américains sont assassinés par d’autres Noirs. Sans doute y-a-t-il des raisons à cela, mais l’énormité même du pourcentage devrait pousser les commentateurs à exposer cet essentiel fait brut. Or la théorie du”privilège blanc” tient justement à cela : pour qu’elle soit vraie, il faut et il suffit que TOUTE la police et TOUTE la justice des États-Unis soient implicitement ou ouvertement racistes, agissant et jugeant à 100% contre les Noirs.

Soulignons ici que cette idéologie du”privilège blanc” n’est pas celle de la population noire en général ; certes, soucieuse de ne pas servir de cible à tout propos, elle est sinon (sous l’influence de ses puissantes Églises) plutôt conservatrice et répressive en matière de sécurité et de justice, maints sondages le montrent. Le « privilège blanc » est plutôt l’apanage de jeunes gens riches, blancs mais torturés de haine de soi et de ludions médiatiques de toutes couleurs.

Avant d’examiner les faits et données disponibles, rappelons aussi que depuis une décennie, toute la société américaine, justice et polices incluses, subit l’étouffant tsunami du « politiquement correct »… diversité… inclusif… etc.; tout fait ethnique y éprouvant le sourcilleux contrôle (sans doute bénéfique, vu le passé du pays) de Black Lives Matter et cent groupes analo-gues; quand cependant, les statistiques ethniques-raciales y restent permises.

Reste que dans la statistique américaine, « race », « ethnicité » ou « origine » ne vont pas de soi, recensements ou sondages opérant par auto-déclaration. On dit par exemple « X personnes se considèrent comme d’origine hispanique », mais un Hispanique peut aussi se déclarer Blanc. Et ceux qu’évidemment, nous dirions métis en Europe, comptent comme Noirs aux États-Unis.

Voici donc, pour éclairer le débat, l’éventail racial donné par le dernier recensement national des États-Unis (1/07/2016):

•Blancs (hors hispaniques): 61,3%

•Hispaniques/Latinos: 17,8%

•Noirs/Afro-Américains: 13,3%

•Asiatiques: 5,7%

•Amérindiens: 1,3%

•Métis, NSP: 0,4%

•Insulaires du Pacifique: 0,2%.

Dernier point méthodologique: nous comptons plus bas des individus, interpellés, mis en cause ou inculpés, ce qui ne préjuge bien sûr pas de leur culpabilité.

Mais aux États-Unis, les Cours fédérales jugeant les serious crimes, homicides, viols, vols avec armes, etc., ont en 2016 condamné 91,2% des inculpés, 8,8% étant innocentés – donc, taux d’adéquation correct1.

Qui plus est, deux taux, élucidation des crimes dans un sens, récidives dans l’autre, renforcent le tableau général mis en cause-culpabilité:

• Taux d’élucidation des crimes graves (« serious crimes ») aux États-Unis en 2017:

•Homicides: 61,6% (chiffre noir, 38,4%)

•Viols: 34,5% (chiffre noir, 65,5%)

•Vols avec armes: 29,7% (chiffre noir, 70,3%)

• Taux de récidive après trois ans:•États-Unis: 68%

•Comparaison avec la France et l’Allemagne: respectivement 48 et 46%.

Surreprésentation des Noirs dans les statistiques criminelles américaines2(FBI-UCR, 2016)

Total des arrestations aux États-Unis (toutes infractions) en 2016: 8 421 481

Total des arrestations pour serious crimes3aux États-Unis en 2016: 408 873,Sur ces 408 873 crimes graves, total des arrestations « par race ou origine »:

•Prévenus se disant, ou déclarés, Blancs et hispaniques: 241 063

•Prévenus se disant, ou déclarés, Afro-Américains: 153 341

•Prévenus … Amérindiens, Asiatiques ou insulaires du Pacifique: 14 416

Homicides, États-Unis et « privilège blanc » criminel 149

Proportion ethnique des inculpés pour les homicides commis aux États-Unis en 2016:

•Blancs et hispaniques: 44,7% du total

•Afro-Américains: 52,6%

•Amérindiens, Asiatiques ou insulaires du Pacifique: 2,7%

Coups de projecteurs sur cette surreprésentation

État de l’Illinois (UCR-Illinois) – Blancs, 64%, Noirs, 14%.2017: 1 010 homicides dans l’État, dont 650 à Chicago.

Pour ces 1 010 homicides, 409 mis en cause; voici leur race, telle que figurant au dossier: Noirs, 271 (66% du total); Blancs, 83; Hispaniques, 54.

État du Connecticut (UCR-Con.) Blancs, 71%; Noirs 10%.105 homicides recensés dans cet État en 2017.

Pourcentage ethnique des homicides élucidés (un coupable a été trouvé puis condamné): Blancs, 28%; Noirs, 58% des mises en examen et 40% des condamna-tions, Asiatique: 1 cas.

Ville de Seattle et King County (Étude du Public Health Department de la ville, homicides par armes à feu, 2010-2016).

Rappel, l’administration locale se situe politique-ment quelque part entre libérale-libertaire et socialiste.Blancs dans le comté, 76%; Noirs, 7%.

69 homicides par armes à feu, 2010 à 2016; mis en cause, 39 Noirs, 56% des inculpés.

Ville de Pittsburgh – Étude du Pittsburgh Police Department (PPD) et de la mairie, 2010 à 2015. Rappel, sur les 5 derniers chefs du PPD, 3 sont Afro-Américains.

Blancs, 65%; Noirs, 26%.2010-2015: sur 100 victimes d’homicides, 85 sont noires.- sur 100 victimes d’homicides non élucidés, 97 sont noires.

2018: victimes des 58 homicides: Noirs, 50, Blancs, 8.Inculpés pour ces 58 homicides: Noirs, 24; Blancs, 7.

Ville de Saint-Louis – Noirs, 49%; Blancs, 43%.

Données du Saint-Louis Police Department, 1er semestre 2019: 110 homicides dont 99 Noirs. Inculpations pour 41 de ces homi-cides: Noirs, 37 (90% du total); Blancs, 4.

Ville de Cincinnati – Blancs, 49%; Noirs, 45%.2018: 63 homicides; victimes noires, 84%; blanches, 14%. Pour ces homicides, 30 inculpations: Noirs, 58%; Blancs, 17%; la race est absente de 25% des dossiers.

2017: 74 homicides; victimes noires, 85%; blanches, 14%. Pour ces homicides, 21 inculpations: Noirs, 71%; Blancs, 5%; la race est absente de 23% des dossiers.

Les Noirs sont-ils spécialement visés par la justice des États-Unis ?5

Individus jugés par une Cour fédérale de justice, année fiscale 2016, caractéristiques démographiques – race ou origine hispanique.

Cas considérés: 63 593 (formant donc 100% du total)

•Blancs: 20,9%,

•Afro-Américains: 19,8%

•Hispaniques-Latinos: 55,7%!!

•Amérindiens, 2,2%

•Asiatiques+Pacifique: 1,3

•NSP: 1%.

Plus largement maintenant, à l’échelle des États-Unis entiers, de méticuleuses recherches des analystes du ministère fédéral de la Justice et du FBI sur la période 1976-2005, établissent le fait terrible que dans plus de 90% des cas, l’assassin d’un Noir est un autre Noir; et que les jeunes hommes afro-américains ont 20 fois plus de morts que leur proportion dans la pyramide américaine des âges et des ethnies. Et si les choses ont évolué depuis 2005, c’est plutôt en pire.

Imaginons que les injonctions médiatico-académiques soient à 100% suivies d’effet et qu’on en finisse, par la prévention ou la répression, avec les meurtres commis par des policiers ou des Blancs racistes: sur cent homicides de Noirs, on en supprimerait 8 ou 9; sinon, la tuerie continuerait comme avant.

Est-ce un objectif décent ? Ou faut-il, sur la base de faits réels, traiter ce drame dans sa profondeur humaine ?

Comparaison avec l’ensemble Angleterre+Pays de Galles (E+W)

Pays anglo-saxon, au système judiciaire proche de celui des États-Unis, mais ne souffrant sans doute pas des mêmes biais culturels.

Homicides, États-Unis et « privilège blanc » criminel 151

Dernier recensement de la population de E+W: Blancs, 83, 35%; Asiatiques, 6,69%, (dont originaires du sous-continent indien, 5,87% et Chinois, 0,82%); Noirs, 2,81%.

 

 

 

 

Sources :

L’Express+Afp – 6/08/2019 « Aux États-Unis, les noirs encourent plus de risques d’être tués par la police »

Reported Crime – Cincinnati – 25/07/2019 (by month),

Wellcome Open Research – 25/06/2019 « A systematic review of criminal recidivism rates worldwide, 3 years update – Denis Yuknenko, Seena Fazel, dept. of psychiatry, Oxford U.; Shivpriya Sridhar, U-North Carolina, Chapel Hill, NC,

The Guardian – 23 Jun 2019 – ’It’s totally unfair: Chicago, where the rich live 30 years longer than the poor » – (Blancs: ± 90 ans, Noirs, ± 60 ans),

NBC News – 11/03/2019 « White parents are enabling school segregation if it doesn’ hurt their own kids »,Seattle and King County –

Public health – March 2019 « Firearm deaths among residents of King County and Seattle, 2012-1016 »,Federal Justice Statistics, 2015-2016 – January 2019,

State of Connecticut – 2017 « Crime in Connecticut – Annual report of the Uniform Crime Reporting, Dept. of emergency services and public protection, Crimes analysis unit »,

FBI – Uniform Crime Report, 2016 « Crime in the United States »,UK Crime Statistics – Year 2014 « Race and criminal justice system.

Notes

1. Sur 2474 cas en 2016, dernières données disponibles; Cf. « Table 6, Disposition and case-processing time of defendants in cases terminated in US District Courts, FY 2016 ».

2. FBI – Uniform Crime Report – 2016 (compile les statistiques et données de 13 049 services de police divers, la population américaine étant cette année-là de ± 257 113 000 individus. Le tableau ici considéré est « Table 21 – Arrests by race and ethnicity ».

3. – Homicides… coups & blessures ayant entraîné la mort… viols… vols avec armes ou vols violents. Dans tous les cas, il s’agit bien sûr des infractions connues des autorités, hors « chiffre noir ».

4. Nous avons choisi cet échantillon plutôt au nord des États-Unis, les données de sa part méridionale étant parfois encore entachées de tropismes « sudistes ». Au nord, nous avons pris des États et villes à léquilibre racial très divers (de 10% à majorité de Noirs), pour donner une vision large du problème.

5. Federal Justice Statistics – Table 5 – Demographic characteristics of defendants charged in US Federal District court, Fiscal Year 2016 – race or hispanic origin (caractéristiques démographiques des inculpés par une cour fédérale de justice US).

Voir aussi:

Interview

« Non, les flics américains ne sont pas racistes »
Heather Mac Donald, spécialiste de la police et auteur de War on Cops (« Guerre contre les flics », 2016) pourfend la bien-pensance.
Propos recueillis par Axel Gyldén
L’Express
14/03/2017

Que dire du tweet de Trump sur la criminalité à Chicago?

Heather Mac Donald. J’applaudis. Trump est le seul à attirer l’attention sur cette violence qui touche majoritairement les Noirs. Cela dit, il surestime le rôle du gouvernement fédéral dans la lutte contre le crime. La police est avant tout une affaire locale.

La police est-elle raciste?

H. M. D. 26% des personnes tuées par la police aux Etats-Unis sont des Afro-Américains, alors qu’ils ne représentent que 13% de la population. Doit-on en déduire que les cops [flics] sont racistes? Non. Simplement, ils interviennent avant tout dans les quartiers en proie à la criminalité. Or c’est là que résident les minorités.

D’où un risque accru de confrontation avec la population noire ou latino. A Chicago, les Afro-Américains représentent un tiers de la population, mais sont responsables de 75% des fusillades. Ce n’est pas un jugement, juste une statistique.

L' »effet Ferguson », c’est quoi?

H. M. D. Depuis qu’un jeune Noir a été abattu par la police à Ferguson, en 2014, l’association Black Lives Matter « vend » l’idée que les policiers sont intrinsèquement racistes. Le débat est pollué par le tabou sur la criminalité noire. Alors sommes-nous autorisés à parler des victimes?

Les Blacks sont six fois plus souvent victimes d’homicides que les Blancs et les Latinos. En 2016, 20 enfants noirs ont été blessés ou tués à Chicago. S’ils avaient été blancs, le scandale aurait été énorme. Mais comme ce sont des Noirs tués par des Noirs, tout le monde s’en fiche…

Voir également:

Crimes et abus policiers : ce que disent les statistiques ethniques aux États-Unis

DÉCRYPTAGE – Le mouvement «Black Lives Matter» fonde ses accusations contre les forces de l’ordre sur une analyse biaisée de la délinquance américaine.

Luc Lenoir
Le Figaro
9 juin 2020

Les «cops» américains devront-ils, comme les manifestants, mettre un genou à terre? Ces derniers jours, de nombreux médias ont analysé les données concernant la probabilité d’un homicide policier en fonction de la race de la victime, les statistiques ethniques étant autorisées aux États-Unis. Avec un verdict terrible selon eux : les Noirs auraient de grands risques de mourir d’une balle de police, tandis que les Blancs jouiraient au contraire d’un «privilège» en la matière, comme dans d’autres domaines. Mais peu se sont intéressés à l’analyse de la criminalité, qui donne pourtant logiquement des clés pour juger plus finement du comportement des forces de l’ordre. En jeu, l’accusation par le mouvement Black Lives Matter d’un «racisme systémique» des forces de police américaines.

Dans une note publiée par le portail Cairn en février dernier, le criminologue Xavier Raufer revenait en détail sur les «crimes graves» («serious crimes») constatés outre-atlantique : homicides, coups et blessures ayant entraîné la mort, viols, vols avec armes ou vols violents. Sans négliger les difficultés de certaines communautés afro-américaines, et soulignant d’abord l’état d’«apartheid» dans lequel se trouve le pays, Xavier Raufer souligne une surreprésentation manifeste «des Noirs dans les statistiques criminelles américaines», constat obligatoire pour comprendre ensuite la situation policière du pays. Sur les 408.873 arrestations pour «serious crime» en 2016, 241.063 prévenus se définissaient blancs ou hispaniques, et 153.341 Afro-Américains. Une proportion de 37,5% du total, supérieure aux 13,3% d’Afro-Américains recensés dans la population américaine.

Rapportés à la population, les membres déclarés ou se disant Afro-Américains ont donc davantage de risque de tomber dans la criminalité et d’être arrêtés pour cela (la relation entre mise en cause et culpabilité finale étant avérée dans 91,2% des cas, selon la justice américaine). Dans l’Illinois, les Noirs représentent ainsi 14% de la population, mais 66% des mis en cause pour homicide en 2017. À Seattle et dans le comté de King, on dénombre 6% de Noirs mais 56% parmi les inculpés pour crime. À Pittsburgh, où Xavier Raufer souligne que trois des cinq derniers chefs du Police Department sont eux-mêmes Afro-Américains, il y a 26% de Noirs dans la ville, mais sur les 58 homicides en 2018, 24 inculpés sont noirs contre 7 blancs.

Loin de conclure à une délinquance «des Noirs» sui generis, Xavier Raufer souligne auprès du Figaro que le premier constat préoccupant est celui d’une criminalité touchant principalement les… Afro-Américains : «90% des meurtres de Noirs sont commis par d’autres Noirs, là est le vrai drame!». Concernant le conflit qui oppose les manifestants du mouvement Black Lives Matter à la police, le directeur d’étude au CNAM rétorque que le climat général de violence aux États-Unis concerne toutes les communautés: «A la violence extrême des délinquants répond celle des policiers, brutaux envers tout le monde sans distinction. C’est la violence globale de ce pays qui est à prendre en compte : n’importe quel retraité de 75 ans peut sortir une arme lors d’un contrôle!» Xavier Raufer insiste toutefois sur la culture de violence qui imprègne certaines communautés noires des grandes agglomérations : «écoutez le Drill, la musique des gangs juvéniles ethniques des États-Unis. Ce sont des appels au meurtre par des rappeurs rendus fous par un usage massif d’alcool et de Concentrate (marijuana ultra-puissante). Tels sont les angelots qu’affrontent au quotidien les polices des métropoles américaines».

La police tue-t-elle certains prévenus plus que d’autres?

Mais ces derniers représentent-ils l’ensemble des Noirs arrêtés? La surreprésentation statistique suffit-elle pour donner un blanc-seing à la police, quand elle tue un prévenu? On peut ici comparer l’ethnie des personnes tuées par la police, pour vérifier si telle ou telle communauté est particulièrement visée. Les Blancs et Hispaniques représentent par exemple 58,9% des personnes arrêtées pour «crime grave». Les mêmes couleurs de peau constituent 56,7% des personnes tuées par la police, selon les données du portail statistique Statista, compilant quatre années jusqu’à juin 2020*. Les pourcentages sont proches, tendant à indiquer que les drames lors d’arrestations ne concernent pas spécifiquement les personnes de ces deux ethnies. Les Afro-Américains constituent quant à eux 37,5% des prévenus pour crime grave, et 22,1% des personnes que la police a tuées en voulant procéder à leur arrestation. Le pourcentage de victimes de police est donc plus faible chez les Afro-Américains, par rapport à leur proportion lors des arrestations.

Bien sûr, les tirs létaux par les forces de l’ordre recouvrent des situations très différentes (bavures, individus armés ou non, etc.). Nul ne saurait déduire, à l’aune de ces pourcentages, à l’innocence ou la culpabilité présumée d’un policier tueur. Mais si l’on s’en tient aux chiffres de la criminalité et des arrestations, il semble difficile de conclure à un quelconque racisme systémique de la part des forces de l’ordre américaines.

Une conclusion partagée par la spécialiste Heather MacDonald (chercheuse et auteur du best-seller War on Cops – La Guerre aux Flics, 2016), dans un article du Wall Street Journal. La chercheuse du Manhattan Institute prend appui sur une analyse judiciaire des données de la police de Philadelphie, ayant établi en 2015 que les policiers blancs étaient moins susceptibles de tirer sur des suspects noirs non-armés que leurs collègues noirs et hispaniques. D’autres études vont en ce sens, comme celle de l’économiste d’Harvard Roland G. Fryer qui concluait en 2016 (puis à nouveau en 2018) à l’absence de preuves d’une «discrimination raciale lors des tirs de police».

Une désescalade de la violence est-elle possible?

Pour Heather MacDonald, «toutes les analyses contraires oublient de prendre en compte les taux de crime et le comportement des civils, avant et pendant les interactions avec la police». Et d’appeler au calme : «Les policiers de Minneapolis qui ont arrêté George Floyd doivent répondre de leur utilisation disproportionnée de la force et de leur indifférence cruelle à sa détresse. Les entraînements de police doivent mettre les bouchées doubles sur les tactiques de désescalade». Un constat partagé par Xavier Raufer, qui entrevoit quelques solutions techniques: «Il faudrait engager un dialogue, ne serait-ce que sur le maintien de l’ordre. Interroger les criminels, comprendre ce qui les a fait se tenir tranquille ou sortir de leurs gonds lors de leur arrestation, et adapter les techniques comportementales de la police.» Suffisant pour faire l’économie d’une vraie réflexion sur les divisions communautaires américaines? «Certainement pas», s’inquiète toutefois l’essayiste français, en écho à la conclusion de son homologue américaine : «la mort de Floyd ne doit pas saper la légitimité du maintien de l’ordre aux États-Unis, sans quoi nous continuerons sur un chemin vers le chaos».


*Les chiffres des arrestations datent de 2016, tandis que ceux des tués par la police sont établis entre 2017 et 2020. Néanmoins, les tendances de criminalité par ethnies n’ont pas changé sur l’ensemble de la période.

Voir de même:

Alain Finkielkraut: « La honte d’être blanc a supplanté la mauvaise conscience bourgeoise »

GRAND ENTRETIEN – Le philosophe voit dans l’actualité qui a suivi la mort de George Floyd le déploiement d’un nouvel antiracisme qui tient moins à promouvoir l’égale dignité des personnes qu’à déconstruire l’hégémonie occidentale dans les pays occidentaux eux-mêmes.

Eugénie Bastié
10 juin 2020

Les images terribles de la mort de George Floyd, tué par un policier américain blanc, ont fait le tour du monde. L’émotion légitime s’est transformée en une «frénésie mimétique» ne tenant plus compte du réel, argumente cependant le philosophe*, qui met en garde contre l’importation de problématiques américaines dans notre pays à l’histoire bien différente. La dénonciation d’un «racisme systémique» et de violences policières racistes oublie que «dans les quartiers dits populaires, ce sont les policiers qui ont peur».

Alain Finkielkraut voit dans le moment présent le déploiement d’un nouvel antiracisme qui tient moins à promouvoir l’égale dignité des personnes qu’à déconstruire l’hégémonie occidentale dans les pays occidentaux eux-mêmes. La notion de «privilège blanc» est une forme d’ «autoracisme» qui perpétue, sous une nouvelle forme, la mauvaise conscience de la classe bourgeoise.

LE FIGARO. – L’homicide de George Floyd par un policier américain, qui a été filmé, a déclenché des émeutes partout aux États-Unis. En réponse, Donald Trump a annoncé sa volonté de rétablir «la loi et l’ordre». Que vous inspire cette Amérique à feu et à sang?

Alain FINKIELKRAUT. – Ce qui nous distingue des hommes d’autrefois, c’est que nous sommes devenus des spectateurs. Nous voyons les événements dont nos prédécesseurs prenaient connaissance par le récit oral ou par la lecture. Ce «nous» ne souffre plus guère d’exceptions: où que nous habitions, nous sommes, par la grâce de l’écran, aux premières loges. L’image de George Floyd méthodiquement asphyxié par un policier de Minneapolis a fait le tour du monde et elle est insoutenable. «I can’t breathe», haletait, suppliant, l’homme noir, tandis que son bourreau blanc, imperturbable et même arrogant, appuyait le genou sur sa nuque jusqu’à ce que mort s’ensuive. Je comprends les Américains qui sont spontanément descendus dans la rue pour exprimer leur dégoût, leur honte et leur colère. Mais je me pose aussi cette question: la vérité de l’Amérique est-elle tout entière déductible de cette image?

La question noire demeure la grande tragédie de l’histoire américaine, mais elle ne se résume pas à l’assassinat de George Floyd

L’émotion doit inspirer la réflexion, mais elle ne peut pas dispenser de la connaissance. Car il y a les chiffres: selon la base de données du Washington Post, deux fois plus de Blancs (2416) que de Noirs (1263) ont été tués par la police depuis le 1er janvier 2015. Certes, comme le souligne très justement le journal Libération, le rapport s’inverse totalement en proportion de la population: les Noirs représentent 13 % de la population américaine, et les Blancs 76 %. Mais dans ce pays où les policiers ont la gâchette d’autant plus facile que les armes sont partout, on ne saurait parler d’un «racisme systémique» ou structurel des forces de l’ordre. Il y a aussi l’histoire: la guerre de Sécession, le mouvement des droits civiques qui a aboli la ségrégation, l’Affirmative Action dans les universités pour asseoir dans les faits l’égalité formelle des droits, l’apologie des minorités par le politiquement correct, les deux mandats à la Maison-Blanche de Barack Obama.

Il y a enfin ces autres images: le maire afro-américain de Houston annonçant les obsèques dans sa ville de George Floyd ou encore la maire afro-américaine d’Atlanta apostrophant avec véhémence les émeutiers qui discréditaient la protestation par le pillage des magasins de vêtements ou de matériel informatique. Des élus noirs dirigent aujourd’hui deux anciens bastions du ségrégationnisme. Les suprémacistes ont bien perçu ce grand basculement: s’ils sortent aujourd’hui du bois, s’ils hurlent «You will not replace us!», c’est qu’ils craignent de voir l’Amérique leur échapper et de devenir tôt ou tard minoritaires. Ces apeurés forment le cœur de l’électorat de Donald Trump. Et celui-ci, au lieu de parler à la nation tout entière, s’adresse en priorité à eux. Il trahit, en jetant ainsi de l’huile sur le feu, sa mission présidentielle.

La question noire demeure la grande tragédie de l’histoire américaine, mais elle ne se résume pas à l’assassinat de George Floyd.

La crise aux États-Unis a occasionné en France un regain de la dénonciation des violences policières racistes à l’égard des minorités, s’appuyant notamment sur le cas d’Adama Traoré. Faut-il s’inquiéter de l’importation en France des problématiques américaines?

Saisis d’une véritable frénésie mimétique, des manifestants, à Paris et dans la plupart des villes françaises, brandissent les mêmes pancartes qu’en Amérique: «I can’t breathe», «No Justice, no Peace», «Black Lives Matter». Il y a certes des racistes dans la police et ils doivent être sévèrement sanctionnés, car, forts du pouvoir que leur confère l’uniforme, ils ne se privent pas de harceler et de nuire. Sur ce point, le ministre de l’Intérieur a raison: on ne saurait tolérer l’intolérable.

Mais il faut être d’une insigne mauvaise foi pour en conclure que la police dans notre pays exerce une terreur raciste sur les populations issues de l’immigration africaine ou maghrébine. La réalité, en effet, est tout autre. Dans les quartiers dits populaires, ce sont les policiers qui ont peur: ils sont attirés, comme les pompiers dans des guets-apens, victimes de tirs de mortiers, attaqués à coups de barres de fer, de jets de pierre du haut des toits, ou de plaques d’égouts du haut des passerelles. Lorsque en 2007, à Villiers-le-Bel, des «jeunes» ont tiré sur eux à balles réelles, ils n’ont pas riposté. Résultat: des dizaines de blessés parmi les policiers, aucun parmi les manifestants. Hantée par les émeutes de 2005 qui ont embrasé le pays, leur hiérarchie demande aux hommes de terrain de tout faire pour éviter l’accident ou la bavure: tout faire, c’est-à-dire ne rien faire contre les rodéos urbains ou les matchs de foot sauvages dans les dernières semaines du confinement. Ce qui caractérise notre temps, ce n’est pas l’omniprésence et l’omnipotence de l’État policier, c’est la faiblesse et la démission de l’État dans ce qu’on n’appelle pas pour rien les territoires perdus de la République.

L’aptitude des êtres humains à se raconter des histoires et à se croire autres qu’ils ne sont, est sans limite

Et puis enfin, si racisme institutionnel il y avait, les manifestants crieraient-ils «policiers assassins!» au nez et à la barbe des forces de l’ordre? Si l’État était autoritaire, ou simplement s’il faisait respecter ses lois, des clandestins défileraient-ils dans Paris sans craindre d’être mis en garde à vue, ni a fortiori renvoyés manu militari dans leur pays d’origine? S’ils ne jouissaient pas d’une totale impunité, des rappeurs raconteraient-ils comment Brigitte, femme de flic, se fait gaiement «éclaté la teush» par «tous les jeunes de la cité» ?

L’aptitude des êtres humains à se raconter des histoires et à se croire autres qu’ils ne sont, est sans limite. Sous l’effet d’un meurtre atroce commis à Minneapolis, Minnesota, on interviewe avec déférence le membre du groupe La Rumeur qui évoquait, en 2002 «les centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins n’ait été inquiété», et on en vient à prendre pour argent comptant la déclaration éhontée de la chanteuse Camélia Jordana: «Il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité face à un flic, et j’en fais partie. Je ne parle pas des manifestants, mais des hommes et des femmes qui vont travailler tous les matins en banlieue qui se font massacrer pour nulle autre raison que leur couleur de peau.» Des violences policières ont certes émaillé l’année 2019, en réponse à la violence extrême de certains manifestants. Mais qui visaient-elles? Qui ont-elles mutilé ou éborgné? Des «gilets jaunes», c’est-à-dire des Français d’origine française, gentiment désignés sous le nom de «souchiens» par la porte-parole des Indigènes de la République.

Vous avez écrit que l’antiracisme serait «le communisme du XXIe siècle». Cela explique-t-il pourquoi une large partie de l’intelligentsia se rue vers ce nouvel opium?

À l’image de ce qui se passe à Yale, à Columbia ou à Berkeley, la civilisation occidentale est désormais sur la sellette dans la plupart des universités du Vieux Continent. Les Dead White European Males sont pointés du doigt. D’eux et de leur culture vient tout le mal qui s’est répandu sur la terre: l’esclavage, le colonialisme, le sexisme et la LGBTphobie. Étudier cette culture, c’est désormais la mettre en accusation, la déconstruire, ruiner son prestige, pour permettre aux minorités de retrouver leur fierté et à la diversité culturelle de s’épanouir sans entraves. D’où l’écho rencontré par la mort de George Floyd, à Paris, aussi bien qu’à Stockholm ou à Montréal.

Combattre l’hégémonie occidentale à l’intérieur même de l’Occident : tel est l’objectif que s’assigne le nouvel antiracisme

Les nouvelles générations ont cru reconnaître dans le flegme féroce de l’assassin le visage de l’Occident qu’ils avaient appris à honnir. Mathieu Bock-Côté rappelle dans son dernier livre, que des étudiants du King’s College de Londres, ayant dénoncé «la collection d’hommes blancs de plus de 50 ans portant la barbe» qui formait le grand statuaire à la porte de l’établissement, celui-ci a été remplacé par «un statuaire conforme à l’idéologie diversitaire». Et dans un article de David Haziza, j’apprends que les élèves les plus avancés de Columbia proclamaient tout récemment qu’il fallait en finir avec un programme d’enseignement dont la blanchité, à les en croire, expliquait la persistance des meurtres racistes.

Combattre l’hégémonie occidentale à l’intérieur même de l’Occident: tel est, par-delà la révolte contre les violences policières, l’objectif que s’assigne le nouvel antiracisme.

Le XXe siècle et son cortège sanglant semblait avoir fait disparaître la question de la race, au profit de l’utopie cosmopolite. Comment expliquer que celle-ci ait fait son grand retour dans le débat public? L’antiracisme est-il devenu fou?

L’antiracisme n’est plus, hélas, la défense de l’égale dignité des personnes, mais une idéologie, une vision du monde. Dans cette vision, les traites négrières non occidentales n’ont pas leur place, ni l’antisémitisme arabo-musulman, ni celui d’une partie de la communauté noire américaine, ni les manifestations de Chinois et de Vietnamiens de Paris contre des insultes et des agressions où les Blancs n’avaient aucune part. Le raciste devient celui qui voit ce qu’il voit au lieu de fermer les yeux sur le scandale de l’impensable. Entre la réalité et le système idéologique, on a intérêt, pour ne pas être frappé d’infamie, à choisir le système.

L’antiracisme s’est donc transformé de fond en comble et l’hospitalité a changé de sens: à l’heure de la grande migration, il ne s’agit plus d’accueillir les nouveaux venus en les intégrant dans la civilisation européenne, il s’agit d’exposer les tares de cette civilisation pour rendre justice à ceux qu’elle a si longtemps traités par le mépris et exploités sans vergogne.

On voit de plus en plus de «Blancs» s’excuser pour leurs «privilèges». Que vous inspire ce phénomène? Que sous-entend la notion de «racisme systémique»?

La mauvaise conscience bourgeoise a conduit un grand nombre d’intellectuels à se ranger dans le camp de la classe ouvrière. Ils expiaient ainsi leurs privilèges et trouvaient une rédemption dans le combat pour l’égalité. Dans la gauche radicale d’aujourd’hui, la honte d’être blanc a supplanté la mauvaise conscience bourgeoise mais ce privilège-là colle à la peau. La honte est donc inexpiable. Pour elle, il n’y a pas de rédemption. Et ceux qu’elle affecte mettent un point d’honneur à rester confinés à la date où leur université célèbre la disparition des Blancs de l’espace public en organisant pour eux, ou plutôt contre eux, une «journée d’absence». Le soupçon de condescendance entachant toutes leurs paroles et toutes leurs actions, ils n’ont d’autres issues que de se taire, de s’effacer, ou de réciter indéfiniment le catéchisme qui les condamne. Cet autoracisme est la pathologie la plus consternante et la plus grotesque de notre époque.

Pendant plusieurs mois les guerres culturelles et identitaires semblaient avoir été suspendues par la crise du coronavirus, mais elles repartent de plus belle… Est-ce le signe que rien n’a vraiment changé?

On parle beaucoup, depuis le début de la pandémie, du monde d’avant et du monde d’après. Mais on oublie, en annonçant cette grande césure, que le monde d’avant était déjà très engagé dans la liquidation culturelle du vieux monde. À la sortie du confinement, le processus se poursuit, et même s’accélère.

* De l’Académie française. Dernier ouvrage paru: À la première personne (Gallimard, 2019).

Voir de plus:

Raphaël Enthoven : « On ne corrige pas le racisme en inversant le rapport de force »

« Racisme systémique », « privilège blanc », comité Adama, Despentes… Le philosophe analyse comment « la guerre des races a remplacé, à gauche, la guerre des classes ».
Propos recueillis par Thomas Mahler

L’Express : « Hourra ! Le peuple des Etats-Unis est en ébullition » a salué Jean-Luc Mélenchon sur son site, avant de se réjouir d’une « gilet-jaunisation (…) entrée au coeur de l’Empire ». Peut-on se féliciter d’une telle situation après la mort de George Floyd ?

Raphaël Enthoven : Comme souvent, les tribunes de Mélenchon renseignent sur l’humeur du tribun, plus que sur l’état du monde. Or, son humeur est la même depuis 2017. Mauvaise. Ronchon Mélenchon. A dire vrai, en trois ans, après avoir dilapidé d’un coup son capital de sympathie en se prenant pour la République au lieu de se soumettre à la loi, Saint-Jean-Luc est passé de la mauvaise humeur à l’humeur mauvaise de celui qui, voyant s’éloigner l’horizon de sa gloire, se trouve réduit, faute d’incarner l’avenir, à prédire l’apocalypse, applaudir la sédition, défendre des factieux, dénoncer des complots imaginaires, cracher sur des élus, justifier la violence illégitime et répandre, de sa plume, autant qu’il peut, les gouttes d’huile qui lui restent sur un feu dont il n’espère même plus tirer les marrons…

Certains politiques entrent dans l’Histoire parce qu’après avoir accompli de grandes choses, ils sont partis au bon moment. D’autres, à l’inverse, accèdent à la postérité parce qu’après avoir tout échoué, ils persistent à s’accrocher au manche et s’éteignent de leur vivant. Il n’est pas dit que les seconds soient moins légendaires que les premiers. On aurait pu se souvenir de Mélenchon comme d’un héros de la République (parmi d’autres) et il restera comme un avatar (parmi d’autres) de Pierre Poujade ou du général Boulanger. C’est déjà ça.

« Take a knee » est d’abord le geste de Martin Luther King qui prit le temps de la prière, aux cotés d’autres défenseurs des droits civils, le 1er février 1965, devant le Palais de Justice du Comté de Dallas (Alabama). Et il est essentiel de rappeler qu’il prie à cet instant. Autrement dit : qu’il ne se soumet qu’à Dieu. Car en cela, sa révolte est d’abord un amour, son humilité est un courage et sa génuflexion n’est qu’une meilleure façon de redresser la tête. Qui s’agenouille devant Dieu sait aussi s’insurger contre le mal que l’homme fait à l’homme : « Au coeur de ma révolte, écrivait Camus, dormait un consentement.  » Au-delà des lois iniques, et d’une justice humaine qui croit se bander les yeux alors qu’elle est aveugle, il y a LA Justice, et le sentiment d’obéir à la nécessité quand on se décide à changer le monde. C’est en consentant à LA justice (divine) que Martin Luther King trouve la force de s’opposer à l’injustice légale. Camus encore (en substance) : c’est parce qu’il dit oui que l’homme révolté est en mesure de dire non. Le geste de Martin Luther King est la belle version d’Antigone (qui refuse la loi des hommes et se sacrifie au nom d’une loi supérieure, en bravant l’injuste interdiction d’enterrer son frère) : sa foi est, pour le meilleur, la source vive d’un courage qui défie l’injustice, qu’aucune menace n’intimide et qu’aucune police n’ébranle.

C’est dans ce sillage, sublime, que s’inscrit Colin Kaepernic qui, aux dépens de sa carrière, choisit (lors d’un match de préparation de la NFL) de s’agenouiller pendant l’hymne américain. La colère dont il témoigne est aux antipodes de la haine : « Je ne suis pas antiaméricain. J’aime les Etats-Unis (…) Je veux aider à rendre l’Amérique meilleure. » En somme, Kaepernic refuse d’aimer son pays aux dépens de la justice elle-même. Camus, toujours : dans les Lettres à un ami allemand, le philosophe écrit « je voudrais pouvoir aimer mon pays tout en aimant la justice. Je ne veux pas pour lui de n’importe quelle grandeur, fût-ce celle du sang ou du mensonge. C’est en faisant vivre la justice que je veux le faire vivre.  » De fait, c’est mal aimer son pays que d’en gommer les infamies. C’est trahir sa nation que d’en masquer les crimes. Tout comme Martin Luther King affirmait paradoxalement la liberté en s’agenouillant devant Dieu, Kaepernic défend paradoxalement son pays en dénonçant ses crimes et en s’inclinant devant ses victimes. Son patriotisme est, à tous égards, plus respectable (et plus aimant) que les érections patriotiques d’un président qui croit défendre son pays quand il veut « virer » les « fils de pute » qui osent le critiquer.

C’est le même amour de son pays, exigeant et soucieux de justice, qui porta Willy Brandt à s’agenouiller devant le Mémorial du Ghetto de Varsovie en demandant pardon pour les crimes de l’Allemagne pendant la seconde guerre mondiale. A ceci près que, tout comme les policiers américains qui, depuis quelques jours, à travers tout le pays, se mettent à genoux devant les manifestants, le chancelier ouest-allemand s’agenouillait en qualité de « responsable » et non plus de victime.

Aucun Blanc n’est responsable, en tant que Blanc, du crime raciste d’un autre Blanc

Et faites-vous une différence entre les génuflexions de Martin Luther King, de Kaepernic, de Willy Brandt ou des policiers américains, et celle des Blancs qui ont cru bon de s’agenouiller devant les Noirs de leur quartier (ou de leur immeuble) pour leur demander pardon ?

La différence est considérable. Qu’un athlète se sente responsable des injustices dont son statut le préserve, qu’un chancelier se sente responsable des atrocités commises par ses prédécesseurs nazis (et néanmoins élus), qu’un policier ait honte, en tant que policier, de voir un collègue assassiner un homme dans la rue, c’est une évidence. Dans les trois cas, la génuflexion est une élévation, une extension du domaine de la responsabilité aux hommes qui savent souffrir des douleurs qu’ils n’ont pas infligées ou qui leur ont été épargnées.

Mais qu’un Blanc ait honte, en qualité de Blanc, du crime raciste d’un autre Blanc, c’est une connerie. Pour une raison simple : on ne choisit pas la couleur de sa peau. Et, à moins d’avoir joui sans s’en indigner, en tant que Blanc, des privilèges d’une loi raciale (ce qu’on peut dire de certains Afrikaners ou de certains Américains jusque dans les années 60), aucun Blanc n’est responsable, en tant que Blanc, du crime raciste d’un autre Blanc. Il n’y a pas lieu de demander pardon à qui que ce soit, à ce titre.

Pour autant, ceux qui voient là-dedans du « racisme inversé » vont trop vite en besogne. Car l’Histoire existe, et elle doit peser dans l’évaluation d’une image : on ne peut pas mettre sur le même plan des Blancs qui s’agenouillent devant des Noirs et des Noirs qui s’agenouillent devant des Blancs. Des siècles d’esclavage et de tortures ne sont pas comparables à ce genre de cérémonies qui s’achèvent en général par une prière commune, où tout le monde est à genoux. Reste que, sans être le reflet des Noirs que leurs esclavagistes mettaient à genoux, les Blancs pénitents offrent une image détestable, dont la hideur saute aux yeux quand on la dépouille de ses bons sentiments.

C’est-à-dire ?

Que font des Blancs qui s’agenouillent devant des Noirs pour leur demander pardon ? Ils se reprochent d’avoir jusque-là bénéficié, à leur insu, de droits qui étaient refusés à leurs frères de couleur. Or, ces « droits », s’il existent, ne sont pas légaux. La ségrégation est révolue depuis longtemps aux Etats-Unis. Les « droits » dont ils parlent sont des usages, des moeurs, des pratiques et toutes les manies d’une société dont les couleurs se sont toujours vécues comme séparables. Il y a peut-être tout à changer dans la société américaine, mais il n’y a rien à abolir ici. L’ennemi n’est pas une loi. L’ennemi est une attitude. Et contrairement à une loi injuste qu’on peut abroger, une attitude est indéfiniment renouvelable. Il y aura toujours des Blancs racistes et des flics violents. De sorte que le sentiment d’un « racisme systémique » trouvera toujours, dans une sortie déplorable ou dans un crime abject, une raison d’être et de s’enflammer. Pour le dire autrement : la faute dont les « Blancs » croient endosser le fardeau est très exactement insoluble. Elle ne se dissout pas dans un changement qu’on pourrait identifier et qui permettrait de passer à autre chose. Au Blanc qu’on accuse (ou qui s’accuse) en tant que blanc d’être le complice de l’oppression systémique des noirs, aucune rédemption n’est promise. La plainte est infinie.

Comment pouvez-vous dire qu’aucune rédemption n’est promise, alors que l’enjeu est précisément de demander et d’obtenir le pardon des Noirs ?

Que font des Noirs qui reçoivent, debout, les supplications et les macérations de leurs frères blancs ? Et qui accordent leur pardon à des gens dont le crime n’est pas d’être coupables mais d’être blancs ? Ils accréditent l’idée que leur couleur est une faute. Ils se conduisent comme les gens qui disent « je ne déteste pas les homosexuels puisque j’ai en moi une grande faculté de pardon » (Christine Boutin). Le but d’un tel pardon n’est pas le pardon. Le but d’un tel « pardon » est d’étendre la culpabilité à l’infini, d’ancrer l’idée que la couleur des autres est une faute universelle (pour le dire comme l’impitoyable loup de La Fontaine : « Si ce n’est toi, c’est donc ton frère. – Je n’en ai point. – C’est donc quelqu’un des tiens… ») et d’ajouter à la misère du pénitent la splendeur de leur propre clémence. Qui dit « je te pardonne » au type qui n’est pas coupable ne pardonne rien du tout, mais fabrique de toutes pièces une culpabilité infinie dont lui seul, par la grâce du pardon qu’il adore accorder, se trouve créditeur.

Donc, c’est une inversion du rapport de forces, qui ne résout pas le problème ?

Pas seulement. Dans ce combat déguisé en déclaration d’amour, les pénitents blancs n’ont pas dit leur dernier mot. Car de même qu’on écrase celui qu’on pardonne, on continue de traiter en enfant celui dont on implore le pardon. Que laissent-ils entendre, ces gentils blancs, en se sentant eux-mêmes coupables des crimes d’un autre blanc ? Qu’ils sont encore, en tant que blancs, responsables des malheurs de la communauté noire, qu’en somme ils sont de mauvais maîtres dont les anciennes victimes ont raison de se sentir irresponsables. Sous la génuflexion des Blancs, c’est la condescendance qui s’exprime. Sous cette pénitence monocolore, c’est encore le paternalisme qui parle. Bref, sous le spectacle merveilleux de gens qui se promettent de s’aimer, sous la contrition des repentants qui reçoivent l’absolution des mains de leurs victimes présumées, on assiste en vérité à la continuation de la guerre, sous d’autres formes, entre des communautés qui se prennent pour des identités. Toutes les conditions de la haine sont réunies dans cette image irénique. Tous les éléments du problème se trouvent à vif dans ce moment qui se vit comme une solution. En tout cas, on est bien loin de Martin Luther King, de sa génuflexion libératrice et, surtout, de « l’armée bi-raciale » qu’il appelle de ses voeux…

Chaque fois qu’un comité mélange les termes de « justice » et de « vérité », c’est que la vérité lui déplaît…

Le comité Adama a importé l’émotion suscitée par la mort de George Floyd en organisant une manifestation de 20 000 personnes devant le Palais de Justice, interdite pour des motifs sanitaires. Au-delà des cas distincts d’Adama Traoré et George Floyd, les situations en France et aux Etats-Unis sont-elles comparables ?

Il faut faire la différence entre les gens qui, de bonne foi, redoutent que la France ne devienne l’Amérique, et défilent (à bon droit) dans le but de conjurer cette possibilité, et certains organisateurs de la manifestation qui, en toute mauvaise foi, aimeraient que ce soit le cas, et rêvent que les situations soient identiques. Car elles ne le sont pas.

D’abord, quoiqu’on pense du « plaquage ventral », en l’absence d’images, et face à des expertises contradictoires, nul n’est en mesure, techniquement, à l’heure où nous discutons, d’affirmer qu’Adama Traoré a subi un sort comparable au martyre de George Floyd. Dans ces conditions, crier que c’est la « même chose », c’est faire offense à la mémoire des deux, en instrumentalisant la mort du premier, et en minorant, de fait, le calvaire du second.

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Mais surtout : même si c’était le cas, même si Adama Traoré était tombé, comme c’est arrivé à Malik Oussekine, sur des policiers manifestement meurtriers, il n’y aurait pas moins de différences entre les Etats-Unis, où le communautarisme et l’attribution de droits spécifiques répondent au racisme (comme si le favoritisme rectifiait la haine, alors qu’il l’alimente), et notre sublime République, dont la raison d’être est de ne pas entrer dans ce jeu de miroirs, et dont la survie dépend de la capacité à ne pas céder à un engrenage où la haine répond à la haine, et l’identitarisme répond au racisme.

Le problème en France vient du fait qu’il existe objectivement des discriminations (sociales, morales et ethniques) à l’embauche, à la location ou à l’entrée des boîtes de nuit, mais que, comme par ailleurs, en République, sur le papier, « l’identité » sexuelle, religieuse ou ethnique n’est pas une sorte de handicap qui ouvre l’accès à des droits spécifiques, les gens qui sont victimes de discrimination ont l’impression – et en un sens à juste titre – que l’Etat les abandonne à leur sort. Et ils demandent à la loi de corriger ce qu’elle corrige déjà (mais qu’elle peine à rectifier en profondeur) en faisant du racisme un délit. En somme, ils demandent à la loi d’aller plus loin que l’affirmation abstraite de l’égalité entre tous les citoyens, pour s’en prendre à nos consciences de blancs et en extirper le racisme à la racine. Seulement, pour ce faire, pour qu’ils aient le sentiment que la loi s’attaque au « racisme systémique » en tuant nos « moeurs coloniales », il faudrait supprimer la présomption d’innocence, il faudrait systématiquement condamner pour racisme toute personne refusant un logement ou un emploi à une personne de couleur, imposer une parité sur fond de mélanine, et nantir légalement certains Français de privilèges qu’on refuserait aux autres. Bref, nous cesserions collectivement, et légalement, d’être libres et égaux. Comme tous les extrémismes dopés aux bons sentiments, ces adeptes croient démocratiser notre démocratie en la présentant comme un « Etat totalitaire et esclavagiste », alors qu’en demandant à la loi de corriger des consciences ou de réprimer des réflexes, c’est très exactement une dictature qu’ils appellent de leurs voeux.

Si la « communauté juive », par exemple, avait raisonné comme les manifestants du 2 juin, elle aurait vu dans les assassinats de Mireille Knoll, d’Ilan Halimi ou de Sarah Halimi l’expression d’un « antisémitisme systémique », et dans les atermoiements du Parquet la preuve qu’il n’y a aucune différence entre le régime de Vichy et la République. Or si, comme la négrophobie, l’antisémitisme est viscéral et éternel en France, il n’est pas douteux qu’il vaut mieux y être Juif (ou Noir) en 2020 qu’en 1940. Et que, si combat il y a, c’est un combat judiciaire et juridique qu’il faut mener. En France, l’antisémitisme est virulent, mais un policier juif n’est pas vu pour autant par d’autres Juifs comme un « vendu » qui travaille avec « l’Etat antisémite ».

Vous faites référence à la vidéo virale du policier noir que certains manifestants du 2 juin ont traité de « bounty » et de « vendu »…

Au début de son sketch sur le « CRS arabe », mimant un poivrot franchouillard, Coluche fait valoir qu’ « un bougnoule, c’est toujours un bougnoule, même en CRS ». Quelle différence avec les manifestants qui disent « Un flic, c’est toujours un flic, même noir » ? Comme, sous prétexte de « convergence des luttes », la guerre des races a remplacé, à gauche, la guerre des classes, la police qui a longtemps été présentée comme le bras armé d’un « Etat bourgeois » est devenue, aux yeux des mêmes et de leurs successeurs, le bras armé d’un « Etat raciste ». Un tel dogme a besoin d’un sophisme. Le sophisme est : il y a des crimes racistes dans la police française (ce qui est incontestable), donc LA police française est « systémiquement » raciste (ce qu’une grande majorité d’interpellations démentent). Un tel raisonnement n’est pas un raisonnement, mais l’érection illégitime de cas particuliers en une vérité générale et a priori qui ne voit dans les contre-exemples aucune objection mais qui, en revanche, à chaque drame, s’exclame « je vous l’avais bien dit ! »

En cela, il est symptomatique que le comité « Justice et vérité pour Adama » reprenne le nom du « Comité pour la vérité et la justice » crée par les maoïstes François Ewald et Serge July au moment de l’affaire de Bruay-en-Artois. Le but d’Ewald et July, à l’époque, était d’appeler au lynchage, et d’ancrer dans les consciences, à coup de témoignages de procès d’intention (« Il n’y a qu’un bourgeois pour faire ça ») et grâce aux sales méthodes du juge Pascal (qui, opposé au secret de l’instruction, diffusait les photos de l’arrestation du coupable présumé), le sentiment que le notaire Pierre Leroy était « par définition » le meurtrier de Brigitte Dewevre. Or, quel est le but du nouveau comité « vérité et justice » ? D’ancrer dans les consciences, à coup de manifestations aux slogans abstraits (« Pas de justice, pas de paix ! ») le sentiment que la police française est raciste et meurtrière. Chaque fois qu’un comité mélange les termes de « justice » et de « vérité », c’est que la vérité lui déplaît, et qu’il appelle « justice » l’autre vérité, la vérité qu’il exige, que cette « vérité » soit vraie ou non.

Reste qu’au-delà de sa sottise, le geste de traiter de collabo un flic noir est, de la part des manifestants, parfaitement contradictoire. Comment peuvent-ils déplorer la sous-représentation des Noirs dans les médias ou dans la fonction publique, tout en tenant un policier noir pour un vendu ou un « bounty » (noir dehors, blanc dedans) ? Là encore, le problème qu’ils posent est insoluble ! Comme une houle qui ne croise aucun récif, une telle plainte – qui laisse le choix entre le sentiment de ne pas être représenté et l’exclusion de ceux dont la carrière invalide ce sentiment – s’est arrangée pour ne rencontrer aucun obstacle sur le chemin de sa colère, et pour balayer comme autant d’apparences trompeuses et de trahisons discrètes l’ensemble des objections qu’elle reçoit.

On peut le comprendre : le problème des manifestants n’est pas que la France soit raciste. Leur problème est qu’elle ne l’est pas suffisamment. Et que, loin d’être l’avant-garde d’un monde meilleur, ils sont les fossoyeurs d’une démocratie qui n’a rien contre eux. On a tort, en cela, de qualifier de « débordements » les incidents qui ont émaillé ce rassemblement car, sans être planifiée bien sûr, la violence est inscrite dans l’esprit-même d’un telle manifestation. Pour une raison simple : celui qui manifeste contre un (imaginaire) « Etat raciste » ne vit pas sa propre violence comme un crime mais comme un geste libérateur. En réalité, plus que libératrice, la violence est créatrice. Comme le pardon du Noir au Blanc a aussi pour but de fabriquer l’éternelle culpabilité de ce dernier, la violence du manifestant ne sert qu’à témoigner de la violence qu’il a subie. Plus on casse des vitres, plus cela signifie qu’on est la victime d’un Etat raciste. Comme dit Virginie Despentes dans sa « Lettre à ses amis blancs » : « Comme si la violence ce n’était pas ce qui s’est passé le 19 juillet 2016. Comme si la violence ce n’était pas les frères de Assa Traoré emprisonnés… » C’est l’un des paradoxes, et pas le moindre, de l’hyper-démocratie victimaire où chacun voit ce qu’il veut : la violence réelle est masquée par la violence dont elle se prétend la conséquence… Pour le dire simplement : si je vous agresse, ça veut dire que VOUS êtes coupables et que JE suis victime, et que, pour cette raison, vous devez me comprendre avant de me juger, sous peine d’être un fasciste ! C’est parfait.

Virginie Despentes érige sa propre cécité en perception universelle

L’actrice et chanteuse Camélia Jordana avait déjà dénoncé les violences policières en expliquant que « des hommes et des femmes se font massacrer (par la police) quotidiennement en France, pour nulle autre raison que leur couleur de peau »…

Camelia Jordana n’a pas tort de dire qu’il arrive, en France, d’être massacré par la police pour « nulle autre raison que sa couleur de peau ». Car une telle chose est déjà arrivée. Et arrivera de nouveau. Rarement. En revanche, Madame Jordana a tout à tort, à mon avis, d’en faire une loi, et d’ériger de rares tragédies en considérations générales sur l’âme du flic Français. Le problème n’est pas ce qu’elle dit, mais la valeur de vérité absolue qu’elle donne à ce qui (en ce qui la concerne) n’est même pas un témoignage. Car ce faisant, tout comme les blancs pénitents ou les manifestants du 2 juin, elle raisonne à l’envers : son diagnostic n’est pas un diagnostic mais une vérité a priori qui, pour cette raison, se donne comme infalsifiable. Comment voulez-vous contredire un sentiment ? Comment voulez-vous dire qu’elle a tort à une personne qui prend son impression pour la règle ? Un sentiment qui se prend pour une vérité dégénère inévitablement en dogme. Et un dogme est immunisé contre les objections. En particulier un dogme bien-pensant qui, pour devancer les coups, présente toute objection comme une abjection : si vous dites que Camelia Jordana a tort, c’est que vous fermez les yeux sur la violence que vous ne subissez pas. Bing. Que répondre à ça ? Camelia Jordana s’est proposée de débattre avec le ministre de l’Intérieur en personne, mais elle n’a pas ouvert le débat, elle a tué le débat en le réduisant à la défense (ou l’attaque) d’une opinion péremptoire ! Si, dans les échanges qui ont suivi ce qu’elle a dit, chacun est resté fermement campé sur son catéchisme et, loin de dialoguer, les antipodes n’ont fait qu’affirmer leur détestation mutuelle, c’est que les conditions du débat étaient absentes du débat. Débattre, ce n’est pas présenter ce qu’on croit comme une vérité absolue, pour mettre les autres, ensuite, au défi de nous donner tort. Débattre, c’est douter de ce qu’on croit au point d’écouter un autre discours que le sien. Peine perdue.

Dans sa « Lettre adressée à mes amis blancs qui ne voient pas où est le problème… », Virginie Despentes a développé la notion de « privilège blanc » : « Car le privilège, c’est avoir le choix d’y penser, ou pas. Je ne peux pas oublier que je suis une femme. Mais je peux oublier que je suis blanche. Ça, c’est être blanche. Y penser, ou ne pas y penser, selon l’humeur ». Que pensez-vous de cette notion ?

Si Virginie Despentes se promène dans les rues de Dakar, Bamako ou Kingston, elle aura plus de mal à oublier qu’elle est blanche. Est-ce à dire que le Sénégal, le Mali ou la Jamaïque sont racistes ? Et que les Noirs y sont privilégiés ?

Il y a d’autres choses, plus intéressantes, dans sa lettre. D’abord, cette phrase en apparence absurde : « En France nous ne sommes pas racistes mais je ne me souviens pas avoir jamais vu un homme noir ministre. » Les gens qui lui ont répondu en dressant la liste de tous ceux, de Gaston Monerville à Sibeth N’Diaye, dont le parcours contredit Virginie Despentes, commettent deux erreurs. La première est de rentrer dans son jeu, et de compter les noirs ministres (comme on compte les noirs à la télé, ou à la cérémonie des Césars), autrement dit : de transformer la couleur en critère d’évaluation. L’autre erreur est de la prendre au sérieux. Virginie Despentes n’est pas née demain. Elle sait très bien qu’il y a eu et qu’il y a des ministres « noirs » dans un pays où la couleur n’est pas une compétence. Seulement, elle ne les « voit » pas. La couleur de leur peau est masquée par leur costume républicain. Pour le dire simplement : puisqu’être noir empêche d’être ministre dans notre « France raciste », alors en devenant ministre, un noir cesse d’être noir. Comme le jour et la nuit, la fonction de ministre et la noirceur de la peau s’excluent aux yeux de la manichéo-daltonienne. On ne peut pas être l’un et l’autre. En cela, Virginie Despentes est bien fondée à dire qu’elle n’a « jamais vu » de ministre noir. Son erreur n’est pas de dire ce qu’elle sent, mais, comme Camelia Jordana, d’ériger sa propre cécité en perception universelle.

L’autre chose passionnante de cette lettre (dont je m’indigne que son auteure ne l’ait pas rédigée en écriture inclusive), c’est la comparaison qu’ose l’écrivaine entre Assa Traoré et Antigone. A première vue, elle n’a pas tort. Comme Antigone (qui brave la loi pour ensevelir son frère Polynice), Assa Traoré brave les institutions pour honorer la mémoire de son frère, le « premier homme » (Adama). Sauf que les deux situations et les deux héroïnes ne sont pas comparables. Du tout. Polynice, frère d’Antigone, n’est pas une (possible) victime de la police mais la victime de son propre frère, Etéocle, avec qui il s’est entretué devant les murs de Thèbes. Et nul ne menace, jusqu’à nouvel ordre, de « murer vivante » Assa Traoré si elle persiste à contredire la dernière expertise en date, comme Antigone fut murée vivante pour avoir enseveli son frère malgré l’interdiction de son oncle Créon, le roi de Thèbes. Enfin, comme le rappelle Despentes, « Antigone n’est plus seule. Elle a levé une armée. La foule scande : Justice pour Adama…  » Mais Antigone à la tête d’une armée, ce n’est plus Antigone, c’est (peut-être) Créon !

« Qu’est-ce que j’en ai à foutre, moi, des Noirs ? disait Gary dans Chien Blanc. Ce sont des hommes comme les autres. Je ne suis pas raciste »

Ancienne directrice du Bondy Blog, Nassira El Moaddem s’est plainte à la suite de sa désinvitation d’un plateau de télévision parce qu’elle faisait « doublon » avec une autre militante antiraciste, Maboula Soumahoro. N’est-ce pas une illustration de la logique identitaire à l’oeuvre aujourd’hui ?

Oui, ce serait drôle si ce n’était désolant pour Madame El Moaddem, que BFM a traitée comme une vieille chaussette. Mais à toute chose, malheur est bon : une telle mésaventure est aussi l’occasion donnée, pour l’intéressée, de comprendre qu’elle est exactement la victime de la logique identitaire qui lui fait dire, ordinairement, qu’on devrait inviter les « concernés » sur les plateaux de télé, qu’on est mal placé pour parler des problèmes qu’on ne rencontre pas, et qu’en somme, la couleur des gens est en elle-même une compétence. A ce compte-là, dans un monde où la couleur (appelée « identité ») est une garantie de l’opinion, il est normal qu’on désinvite Nassira El Moaddem au profit de Maboula Soumahoro, qui (aux yeux de certains) est une meilleure interprète dans le même rôle. Madame El Moaddem s’indigne qu’on lui dise que sa présence en plateau eût fait « doublon ». Elle a raison. C’est scandaleux. D’autant qu’elle avait certainement d’autres choses à dire que Madame Soumahoro. Mais quand on invite les gens à raison de leur allure et non de leur compétence, on se moque de ce qu’ils ont à dire, et des nuances éventuelles. « Noire, arabe, on s’en fout, tant que ça fait concerné » se dit-on dans les rédacs attentives à draguer une clientèle identitaire… Bref, c’est l’arroseuse arrosée. Madame El Moadden, qui a souvent été la victime du racisme, est pour la première fois peut-être, victime du racialisme. J’avoue ne pas voir la différence entre les deux, mais c’est probablement que je ne suis pas concerné. « Qu’est-ce que j’en ai à foutre, moi, des Noirs ? disait Gary dans Chien Blanc. Ce sont des hommes comme les autres. Je ne suis pas raciste. » Si les journalistes avaient lu cette phrase, peut-être se seraient-ils mieux conduits ?

Justement, que peut nous apprendre Chien blanc, le roman de Romain Gary sur le racisme et l’antiracisme ?

Tout. Toutes les idées, toutes les aberrations et tous les protagonistes de l’époque que nous vivons se retrouvent dans ce chef-d’oeuvre de Gary, qui revient sur les émeutes raciales en Amérique à la fin des années 60.

Les Blancs paternalistes et pénitents qui portent comme une tare la couleur de leur peau et n’ont pas assez de genoux pour se soumettre ni de cendres à se mettre sur la tête y feront connaissance avec leurs ancêtres, « libéraux engagés dans la lutte pour les droits civiques » qui organisent des réunions dans la maison d’un professeur d’art dramatique dont l’enjeu est d’informer les blancs riches (à qui on soutire de l’argent) du « degré atteint par la haine des blancs dans le psychisme des enfants noirs » et où, pour ce faire, on fait venir des enfants noirs qu’une dame blanche oblige à dire, à contre-coeur, devant des militants blancs émerveillés, qu’elle est une « sale blanche », une « diablesse aux yeux bleus », et qu’il la « hait plus que tout « . Les mêmes trouveront en Jean Seberg (avec qui Romain Gary est marié et vit dans une villa à Los Angeles) leur Sainte-Patronne : car tous les jours, dans sa villa, Seberg accueille et subventionne des cohortes de groupuscules racialistes qui lui font les poches tout en la persuadant qu’elle ne donnera jamais assez.

Les gens qui prennent la France pour l’Amérique gagneront à suivre le Narrateur, que son parcours conduit des émeutes sanglantes en Californie aux gentilles barricades de Mai 68, pour comprendre que toutes les grenouilles ne deviennent pas des boeufs.

Les théoriciens de la convergence des luttes et les sociologues avides d’excuser les prédations en cas d’émeutes raciales ou sociales trouveront dans la description de la « société de provocation » un hymne à leurs certitudes : « J’appelle société de provocation toute société d’abondance qui se livre à l’exhibitionnisme constant de ses richesses et pousse à la consommation par la publicité… tout en laissant en marge une fraction importante de la population… » Comment s’étonner, se demande Gary, si « un jeune noir du ghetto, cerné de Cadillac et de magasins de luxe, bombardé par une publicité frénétique » finit par se ruer à la première occasion sur « les étalages béants derrière les vitres brisées » ?

Enfin, les gens qui traitent de « vendus » les policiers noirs, qui confondent George Floyd et Adama Traoré, les doctrinaires d’un « Etat systémiquement raciste », bref, les gens qui croient qu’on corrige le racisme en inversant le rapport de forces entre deux communautés trouveront leur ancêtre véritable en la personne de Keys, le gardien de zoo dont tout le travail consiste, par la peur, à transformer un chien dressé pour tuer les noirs en un chien dressé pour tuer les blancs. C’est même l’humanité tout entière qui trouve un reflet sans appel dans la tragédie du berger Allemand Batka à qui son maître, Gary, veut apprendre à « mordre tout le monde » et « pas seulement les noirs », alors que Keys veut en faire un « chien noir.  » Or, c’est Keys qui l’emporte, et au lieu de mordre (et d’aimer) tout le monde, Batka se met à mordre uniquement les Blancs. A l’issue de ces métamorphoses, ne sachant plus où donner des dents, et à l’image d’une République qu’on croit pacifier en la présentant comme une dictature, le chien meurt de douleur et d’indécision devant la porte de l’ancien maître qu’il n’arrive pas à vouloir mordre. Voici l’oeuvre de Keys. Et après lui, de tous les militants qui communautarisent le rapport de forces et croient que la haine autorise la haine : « Des Noirs comme vous, dit Gary, qui trahissent leurs frères en nous rejoignant dans la haine, perdent la seule bataille qui vaille la peine d’être gagnée. »

Projet 1776, l’anti Black Lives Matter porté par des conservateurs afro-américains

Victor-Isaac Anne
Valeurs actuelles
09/06/2020

En réponse aux dérives identitaristes de la gauche américaine, une cinquantaine d’intellectuels essentiellement afro-américains sonnent la révolte.

C’est le premier grand coup porté à la gauche racialiste américaine. Depuis les années 1970, ses représentants, universitaires et militants (les deux vont souvent de pair), ne ménagent pas leur peine pour imposer leurs représentations comme grille de lecture exclusive des phénomènes sociaux. Si, depuis lors, leurs idées ont incontestablement progressé, allant jusqu’à irriguer le débat public en France, elles se heurtent aujourd’hui à la résistance d’un projet intellectuel ambitieux. 1776, en référence à la déclaration d’indépendance des États-Unis, est une réponse d’intellectuels essentiellement afro-américains à une initiative commune du New-York Times et de plusieurs historiens noirs, visant à réécrire l’histoire américaine à la lumière de l’esclavage.

Une falsification de l’histoire

Tout commence au mois d’août 2019, lorsque le quotidien new-yorkais aux opinions très-avancées développe le projet 1619. Dans une édition spéciale de 100 pages, publiée à l’occasion des 400 ans de l’arrivée des esclaves africains en Amérique, le New York Times Magazine propose une relecture de la fondation des États-Unis « telle qu’elle s’est véritablement déroulée » — le ton est donné.

Cette vaste entreprise de rééducation idéologique, bouffie de repentance, entend faire de l’arrivée en bateau d’une vingtaine d’esclaves africains à Port Comfort en Virginie (Colonie britannique d’Amérique du Nord, NDLR), « le véritable acte de naissance de l’Amérique ». Dans la classe politique et les cénacles académiques, le projet reçoit un accueil mitigé. De nombreux historiens s’émeuvent d’un détournement voire d’une falsification de l’histoire au nom de l’idéologie raciale. Toutefois, l’influence du Times est telle que ces observations critiques sont remisées à l’arrière-plan. Conçu à l’origine comme un projet médiatique interactif, composé de productions diverses (essais, poésies, photographies, articles…), 1619 se mue en une puissante machine à propagande. Le journal noue ainsi une collaboration avec le très “inclusif” Pulitzer center pour porter ce projet dans les écoles, bibliothèques et musées ; plusieurs centaines de milliers d’exemplaires du magazine et un supplément spécial y ont été distribués gratuitement. Last but no least, l’initiatrice du projet Nikole Hannah-Jones, réalise une tournée nationale de conférences dans les écoles pour expliquer à son jeune public que « le racisme anti-noir se trouve dans l’ADN même de ce pays ». 

Pendant plusieurs mois, à grand renfort de matraquage publicitaire, 1619 impose son point de vue à la société américaine : l’histoire des États-Unis doit être exclusivement comprise comme une lutte des Blancs pour l’hégémonie et une dévalorisation systémique des noirs. Naturellement, quiconque récuse ce récit mythologique raciste passe pour blasphémateur.

Projet contre projet

Devant la réécriture et la confiscation de l’histoire des États-Unis par des idéologues obnubilés par la question raciale, une cinquantaine d’intellectuels, essentiellement afro-américains, ont décidé de se soulever. En janvier 2020, Robert Woodson, figure chrétienne conservatrice et ancien conseiller de campagne George W. Bush lance le projet 1776 en réponse à 1619. Cette fois, les grands médias ne se pressent pour relayer cette initiative portée en partie par des historiens universitaires.

Loin d’eux l’idée de nier le passé esclavagiste des États-Unis, simplement, ils contestent l’idée selon laquelle l’asservissement des noirs constitue l’alpha et l’oméga de l’histoire du pays. Car pour parvenir à une telle conclusion, les promoteurs du projet 1619 ont eu recours à un grand nombre de sophismes et de falsifications. Entre autres contre-vérités, l’on apprend ainsi que, de tout temps, les noirs Américains ont combattu seuls pour leur liberté, que la guerre de Sécession est sans lien avec la libération des esclaves ou encore que le maintien de l’esclavage est le principal moteur de la guerre d’indépendance – cette liste n’est pas exhaustive.

Les auteurs du contre-projet 1776 soutiennent a contrario que les inégalités structurelles qui persistent aux États-Unis résultent moins d’un problème de race que d’une logique de classes. Aussi, sont-ils pour le moins hostiles à un mouvement comme Black Lives Matter et les concepts qu’il charrie : appropriation culturelle, privilège blanc, racisme institutionnel, fragilité blanche. Selon eux, cette grille de lecture ethnocentrée est une machine à créer du ressentiment et de la culpabilité, là où la solution se trouve dans la solidarité interraciale.

Deux semaines après la mort de George Floyd et les émeutes raciales qui s’en sont ensuivies, la confrontation entre ces deux visions résonne avec une certaine acuité. Au fond, les États-Unis ont désormais le choix entre deux projets de société : le premier, pétri de “bonnes intentions” — donc de racisme compassionnel – considère les afro-américains comme un bloc monolithique d’individus, victimes par essence et mus par les mêmes aspirations. Le second, refuse les assignations identitaires, croit au libre arbitre et défend une vision unitaire de la société. Entre le New York Times et l’universalisme, il faut choisir.

An excerpt from “Shame”

Shelby Steele

1776

When I traveled to Africa back in 1970, it was partly because I had been more and more seduced by this great looming idea of America’s characterological evil. It was such a summary judgment, and, at the time, still new and audacious. It had not existed in the original civil rights movement of the 1950s and early 1960s. Martin Luther King Jr. had never charged America with an inherent and intractable evil. He had lived in good faith with America, believing in reform and the innate goodwill of the American character, even as he also lived under constant threat of assassination. Still, when his assassination actually came to pass—with almost macabre predictability—young blacks, like myself (and many whites as well), saw it as a final straw. The evil character of America would always prevail over decency.

I came of age—in my early twenties—precisely when this idea began to take hold. Suddenly it was everywhere among the young. Belief in America’s evil was the new faith that launched you into a sophistication that your parents could never understand. And in linking you to the disaffection of your generation, it made youth itself into a group identity that bore witness to the nation’s evil and that, simultaneously, embraced a new “counterculture” innocence. Coming out of this identity, you owed nothing to your parent’s conventional expectations for your life. You could go to medical or law school if you wanted, but you could also roll in the mud at Woodstock, do drugs, or join a commune.

A result of this generation’s explicit knowledge of America’s historical evils was to make social and political morality a more important measure of character than private morality. In the 1950s, your private morality was the measure of your character; in the 1960s, your stance against war, racism, and sexism became far more important measures—so important that you were granted a considerable license in the private realm. Sleep with whomever you wanted, explore your sexuality, expand your mind with whatever drug you liked, forgo marriage, follow your instincts and impulses as inner truths, enjoy hedonism as a kind of radical authenticity. The only important thing was that you were dissociated from American evil. Dissociation from this evil became a pillar of identity for my generation.

But I was from the working class. I had put myself through college. I couldn’t afford to bank my life on the dramatic notion that America was characterologically evil unless it was actually true. Africa was a continent full of new countries that had banked their fate on precisely this view of their former oppressors. I wanted to see some of these countries then led by a generation of charismatic men who had won hard-fought revolutions against their Western oppressors—Jomo Kenyatta of Kenya, Kwame Nkrumah of Ghana, and Léopold Sédar Senghor of Senegal. They were all seen as redeemers— redeemers—the selfless founding fathers of newly independent nations. And, having thrown off the yoke of colonialism, there was the expectation that their countries would begin to flourish.

But in fact, they were not flourishing. We left Algeria in the middle of the night and landed the next morning on the other side of the Sahara Desert in Lagos, Nigeria, where we—along with all the passengers on our flight—were held at gunpoint in the airport for several hours for mysterious reasons having to do with the Biafran War. Finally, we made it to Nkrumah’s Ghana, which only looked more and more bedraggled and directionless—a sharp contrast to the revolutionary glory that Kwame Nkrumah had projected around the world. (Kwame was fast becoming a popular name for male babies among black Americans.) Food was scarce and unrelievedly bad even in the American hotel in the capital city of Accra. You saw chickens pecking for food in open sewers, and then at dinner, you wondered at the gray meat on your plate smothered in nondescript brown gravy. Then there were ten days in Dakar, Senegal, where Senghor, the father of “negritude,” was president. But it wasn’t “negritude” that made Dakar a little more bearable than Accra. There were still some French there, and it was their fast-fading idea of Dakar as an African Paris that meant better food and the hint of café society.

The Africa we saw was, at best, adrift. The Africans themselves—as opposed to the Middle Eastern and European shopkeepers and middlemen—looked a little abandoned. Today I would say they were stuck in placelessness. They obviously didn’t want to go back to their colonial past, yet, except for a small, educated elite, they had no clear idea of how to move into the future. They had wanted self-determination, but they had not been acculturated to modernity. How does one do self-determination without fully understanding the demands of the modern world?

In Dakar, an enterprising middle-aged man—someone who would surely have owned his own business had he been born in America—appeared every day outside our hotel trying to sell us the same malformed and unfinished wooden sculpture. Every day a different story and a different price attached to this “sculpture.” The man was charming and quick, but I also sensed anger and impatience just beneath the surface. He scared me a little. One morning, out of sheer frustration, I gave him five dollars (a lot of money then), but then walked away without taking the sculpture. Within a minute, I felt a tug on my sleeve. Angrily, he pushed the money and the ugly little sculpture back into my hands—as if to be rid of not only me but also a part of himself he couldn’t stand. Then he stormed off. I had hurt his pride, and I felt terrible. I chased him down, gave him the money again, and took the sculpture (which I have to this day). His umbrage was still visible, but he accepted the deal.

In 1970, I had no way of understanding an encounter like this. Now a few things are clear. I was conspicuously American. My voluminous Afro only drove that point home. Thus I was an emissary from modernity itself. When I gave him money without taking his sculpture, I didn’t just devalue him and his culture; I virtually mocked his historical circumstance by reminding him of what he already knew: that he was outside of history, that he was not of the modern world and had nothing really to offer me that I wanted or needed. Yes, the world by then knew that African art could be world-class. Picasso, among others, had brought its genius to the West. But he would not have known about Picasso or even much about the art of woodcarving within his own culture. He wanted to be a tradesman, a businessman. But his ignorance even of what he was selling sabotaged his entrepreneurialism. So when I gave him money but rejected his statue, I treated him like a beggar to whom one gives alms, not like a businessman.

And wouldn’t a man like this—and the millions like him all across Africa, the Middle East, and the Third World generally—soon be in need of a politics to fight back with. Wouldn’t he need a political identity that lessened the sting of his individual humiliation by making him a member of an aggrieved collective? Wouldn’t some ideology or other—nationalism, cultural nationalism, pan-Africanism, some version of Marxism, negritude, Islamism, jihadism, any idea of “unity” that merges the individual with the group—come into play to console individual alienation by normalizing it, by making it a collective rather than individual experience? Your humiliation does not reflect on you. You languish outside of history—hawking shapeless pieces of ebony on the streets of Dakar—because you belong to a people who were pushed out of history and exploited, first by colonialism and then by neocolonialism.

Placelessness literally demands a political identity that collectivizes people, one that herds them into victim-focused identities and consoles them with a vague myth of their own human superiority. Léopold Senghor, the first president of newly independent Senegal and the father of “negritude,” said, “Far from seeing in one’s blackness inferiority, one accepts it; one lays claim to it with pride; one cultivates it lovingly.” Marcus Garvey, a popular racialist black American leader in the 1920s, said, “Negroes, teach your children that they are the direct descendants of the greatest and proudest race who ever peopled the earth.” The Islamic extremism that so threatens the world today operates by the same formula: devout followers of Allah are superior to their decadent former oppressors (mere infidels) in the West. The feminism that came out of the 1960s argued that if women were victimized by male chauvinism, they were also superior to men in vital ways. (“If women ruled the world there would be no wars” was a feminist mantra in the 1970s.)

All these identities assign a “place” against the experience of placelessness by giving the formerly oppressed an idea both of their victimization and their superiority. This “places” them back into the world and into the flow of history. You are somebody, these identities say. You were simply overwhelmed by your oppressor’s determination to exploit you. Thus the consoling irony at the heart of victimization: you possess inherent human supremacy to those who humiliated you.

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But there is a price for this consolation: all these victim-focused identities are premised on a belief in the characterological evil of America and the entire white Western world. This broad assumption is the idea that makes them work, which makes for that sweet concoction of victimization and superiority. So the very people who were freed by America’s (and the West’s) acknowledgment of its past wrongs then made that acknowledgment into a poetic truth that they could build their identities in reaction to. Once America’s evil became “poetic” (permanently true), the formerly oppressed could make victimization an ongoing feature of their identity—despite the fact that their actual victimization had greatly declined.

And think of all the millions of people across the world who can find not only consolation in such an identity but also self-esteem, actual entitlements, and real political power—and not just the poor and dark-skinned people of the world but also the Park Avenue feminist, the black affirmative-action baby from a well-heeled background, and white liberals generally who seek power through an identification with America’s victims. Today, all these identities are leverage in a culture contrite over its past.

The point is that these identities—driven by the need for “place,” esteem, and power—keep the idea of American/ Western characterological evil alive as an axiomatic truth in the modern world, as much a given as the weather. In other words, this charge of evil against the white West is one of the largest and most influential ideas of our age—and this despite the dramatic retreat of America and the West from these evils. The scope and power of this idea—its enormous influence in the world—is not a measure of its truth or accuracy; it is a measure of the great neediness in the world for such an idea, for an idea that lets the formerly oppressed defend their esteem, on the one hand, and pursue power in the name of their past victimization, on the other. It is also an idea that gave a contrite white America (and the Western world) new and essentially repentant liberalism.

In this striking vision of the white Western world as characterologically evil, both the former dark-skinned victims of this evil and its former white perpetrators found a common idea out of which to negotiate a future. This vision restored esteem to the victims (simply by acknowledging that they were victims rather than inferiors) and gave them a means to power; likewise, it opened a road to redemption and power for the former white perpetrators. This notion of America’s characterological evil became the basis of a new social contract in America.

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Not much of this was clear to me in 1970 as we traveled through Africa. But one thing did become clearer as the trip progressed. Back home, I had been flirting with real radicalism—not radicalism to the point of violence, but radicalism nonetheless. For me that meant living a life that would presume America’s evil and that would be forever disdainful toward and subversive of traditional America. It meant I would be a radical liberal living in bad faith with my country—“in it but not of it,” as we used to say back then. So here in my early twenties I genuinely wondered if the subversive life wasn’t the only truly honorable life. Wouldn’t it be “selling out” (the cardinal sin of the counterculture) to look past America’s evil and cast my fate in the mainstream?

On some level I knew, even at the time, that the trip to Africa was an attempt to resolve this dilemma. I wanted to see real radicalism in the faces of people in a society where it had actually come to hold sway. I wanted to see what it looked like as a governing reality in a real society. And this is pretty much what I accomplished on that trip. I didn’t understand placelessness at the time, or the pursuit of esteem through grandiose identities. But, beginning with our encounter with the Black Panthers in Algiers, I knew that I was seeing what I needed to see. And I began to feel a growing certainty within myself. My dilemma was resolving itself. The more we traveled—a month and a half in all—the firmer my certainty became. And when we at last boarded the plane in Dakar headed for New York, I felt at peace. I was clear. The American mainstream would be my fate.

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The clarity I found that trip was based on one realization: I learned that America, for all its faults failings, was not intractably evil. In the Black Panther villa in Algiers, on those balmy afternoons eating the local shrimp, I spent time with the people who banked their entire lives on America’s inherent evil—and on the inherent evil of capitalism. On one level, they were glamorous figures, revolutionaries ensconced in a lavish villa provided by the new radical government of Algeria. The impression was of a new and more perfect world order just around the corner, and these special people with the moral imagination to see it coming would soon be marching in victory.

Yet I could see that as human beings they were homesick and in despair. As revolutionaries, they were impotent and hopelessly lost. It was like seeing a pretty woman whose smile unfolds to reveal teeth black with rot. They had no future whatsoever, and so they were chilling to behold. We had all grown up in segregation. We all had war stories. And we all had legitimate beefs against America. But to embrace the idea that America and capitalism were permanent oppressors was self-destructive and indulgent. It cut us off from both the past and the future.  It left us in the cul-de-sac of placelessness, though I could not have described this way at the time. But I could see even then that someone like DC had gotten himself into the same cul-de-sac as the street hawker selling chunks of wood as art in Dakar. They were both languishing in a truly existential circumstance. And they were both consoled by a faith in the evil of America and the West.

Looking back, I now think of DC as a cautionary tale, an essentially softhearted man who had allowed himself to be captured by a bad idea—that his country was irretrievably evil.  Unlike most other Black Panthers, he ended up living and long—if strained—life. Soon after I met him, the Algerian government began to tire of supporting the Black Panthers in their fast-fading glory while so many Algerians languished in poverty. At the end of July 1972, another American black, George Wright, along with four other men and women, hijacked a plane in America en route to Miami and then extorted a $1 million ransom from the Federal Bureau of Investigation. The hijackers ordered the pilots to take them to Boston and then Algeria. Eldridge Cleaver wanted the money and wrote an open letter to Houari Boumediene, the president of Algeria, in effect asking the government to continue supporting the cause of black American liberation. But the Algerian government recovered the ransom money and returned it to American authorities. Algeria’s romance with the black American revolutionaries was over.

DC, who by then had made hay of his French lessons, made his way to France, where he lived for the rest of his life in exile from America and the San Francisco Bay Area that he so loved.  Wanted always by the FBI, he lived an underground life even in France. He worked as a house painter in Paris and did other odd jobs. He ended up in Camps-sur-l’Agly, France, where, at the age of seventy-four, after a day spent working in his garden, he apparently died in his sleep.

I was lucky.  After one of my radical kitchen-table rants against America toward the end of the 1960s, my father—the son of a man born in slavery—had said to me: “You know, you shouldn’t underestimate America. This is a strong country.” I protested, started on racism once again. He said, “No, it’s strong enough to change. You can’t imagine the amount of change I’ve seen in my own lifetime.

Voir encore:

“Taking a knee” to the destroyers of worlds

Over the years, I have repeatedly warned in these columns that the refusal of the political establishment to defend the integrity of the western nation and its culture has opened the way for noxious forces to occupy the vacuum.

We’ve seen this in both the spread through the west of jihadi Islam and the rise across Europe of political parties and groups with racist or fascist backgrounds and antecedents.

In the current convulsions triggered by the violent death of George Floyd in American police custody, this baleful development has reached a crisis point.

As The Times reports today, thuggish groups across the country have begun organising to “protect” monuments and war memorials after statues of Winston Churchill and Queen Victoria were defaced, the Cenotaph in London attacked and other statues, including the one of Sir Francis Drake in Plymouth, vandalised.

This isn’t remotely surprising. The establishment is effectively standing back from, or even condoning or actively assisting, a sustained and organised onslaught which is taking place against not just a number of stone images but a culture’s historic memory.

The stage is therefore set for a confrontation in which violent thugs from the right pitch themselves against violent thugs from the left – with the political establishment having fled the cultural battleground in order to cower, wringing its hands, at a distance.

Following the toppling and dumping in Bristol harbour of the statue of slave trader and philanthropist Edward Colston, an act of vandalism and criminal damage with which the area’s police superintendent sympathised and about which he said the police were right to do nothing, an activist group called “Topple the Racists” has drawn up a list of about 60 memorials associated with slavery or colonialism which it wants destroyed. Falling meekly or even enthusiastically into line, 130 local councils run by the Labour party are to consider which ones they think should be removed on the grounds of “inappropriateness”.

In 2001 in Afghanistan, the Taliban pulled down ancient statues including the world’s tallest standing Buddhas. This was greeted with utter horror in the west. It rightly described the outrage as a crime against historical memory, an attempt to destroy a culture by erasing the evidence of its history and replacing that culture by a fanatical dogma that brooked no challenge.

Yet now the British establishment is kow-towing to a movement which is behaving like the Taliban, pulling down statues and other artefacts in order to erase aspects of British history as the product of a rotten society that’s institutionally racist and so must be supplanted by another.

The death of Floyd, under the the knee of a police officer who pressed down on his neck for almost nine minutes, was shocking and it’s right that this officer and three others involved in this death are being brought to justice.

And of course there’s racial prejudice in Britain. But so there is in every single society, in the developing world as well as in the west. Slavery was not invented by the west but has been practised across the world. It was the British and Americans who, having participated in it, eventually abolished it in their societies, while it remains practised in parts of the developing world even today.

The smear that the west is institutionally racist is designed to both facilitate and obscure the real agenda of overturning capitalist society because it is white and therefore deemed intrinsically evil – which of course is itself a racist agenda.

Yet instead of resisting this ignorant and wicked movement, its appeasers have been literally abasing themselves before the mob.

In the past, violent anti-white racism was represented by the black power movement. Despite the support of certain posturing celebrities, black power activists were generally perceived as dangerous, violent, far-left troublemakers. It would have been unthinkable for mainstream British politicians, let alone the police, to give the clenched fist black power salute. That would have been regarded as treasonous insurrection.

Yet an updated version of this is precisely what’s been happening in Britain. The new Labour Party leader, Sir Keir Starmer, and his deputy, Angela Rayner, released a picture of themselves supporting Black Lives Matter, the activist group behind many of these demonstrations, by “taking the knee”, the gesture promoted by certain black American footballers to show their contempt for white society and America.

In similar fashion, no less than the chief constable of Kent “took the knee” along with numerous other police officers – some as the direct result of mass bullying. At Oriel college, Oxford, which for years has been resisting a campaign to remove its statue of Cecil Rhodes, demonstrators renewing their campaign chanted “Kneel, kneel, kneel” – and a police officer duly sank down on one knee.

These people have all been literally kneeling down in submission to an ideology which is anti-white and anti-west – and at the direction of Black Lives Matter, a racist, anti-white, anti-west violent revolutionary movement whose aim is the overthrow of white western society.

These images of the British police symbolically capitulating to the erasure of British history and the defamation of the west have furnished sickening evidence that many of those tasked with protecting society have surrendered instead to cultural terrorism.

Meanwhile, anyone who opposes this dogma of black victimology and points out the defamatory lies at its core will be called a racist and their livelihood placed in jeopardy.

In America, people are losing their jobs for even questioning any of this. The prominent footballer Drew Brees, who despite publicly opposing racism also opposed taking a knee during the playing of the national anthem on the grounds that he would “never agree with anybody disrespecting the flag of the United States of America”, was forced to apologise in a display of ritual humiliation.

On Twitter, the malevolent, the moronic and the mentally unhinged are out in force similarly seeking to intimidate, smear and ruin any who stand up to this cultural totalitarianism.

And then there’s the deeply sinister Commission for Diversity in the Public Realm set up by London’s mayor, Sadiq Khan, to consider the appropriateness of the capitals’ statues, murals, street names and other memorials.

Channelling Mao, the Taleban and the French revolutionary terror, Mayor Khan can surely leave no-one in any doubt that this committee will reduce diversity by aiming selectively to erase those bits of British history of which it disapproves. In Khan’s words: “…our statues, road names and public spaces reflect a bygone era. It is an uncomfortable truth that our nation and city owes a large part of its wealth to its role in the slave trade…”

So the Mayor of London now stands revealed as someone who hates his nation. For if it was indeed created, as he so misleadingly claims, by a great evil then how can it be anything other than evil itself? Feeling at last the wind in his sails supplied by the rage and contempt of the mob on the streets, he intends to abolish the nation’s birthright to the evidence of its own past and construct its future in the image he will determine.

So will this commission erase memorials to all historic British figures with an obnoxious side to their achievements? Will its destroy the statues of the Labour politicians Keir Hardie or Ernest Bevin, or Karl Marx, who were all antisemites?

Or the playwright George Bernard Shaw who promoted eugenics? Or the parliamentary titan Oliver Cromwell who massacred the Irish? Or Britain’s greatest Liberal prime minister, William Gladstone, whose family, like so many prominent people in previous, very different era was involved in slavery?

That last question already has an answer. Liverpool university has agreed yesterday to rename its Gladstone Hall, which houses student accommodation. Bim Afolami, the Tory MP for Hitchin and Harpenden, tweeted in response: “This is all going completely nuts. When will this stop??”

When indeed. As George Orwell wrote in 1984 about a state under totalitarian tyranny: “Every record has been destroyed or falsified, every book rewritten, every picture has been repainted, every statue and street building has been renamed, every date has been altered. And the process is continuing day by day and minute by minute. History has stopped. Nothing exists except an endless present in which the Party is always right.”

Or as the future US president Ronald Reagan said even more pertinently in 1975: ‘If fascism ever comes to America, it will come in the name of liberalism”.

Well, here it is, on both sides of the pond.

Bad things happen not just because bad people do them but because otherwise decent people lack the courage to stop them; or because they indulge in fantasies that the agenda is basically good but has been “hijacked” by a few thugs; or that they agree with the ends but purse their lips at the violent means; or because of a myriad other excuses that the spineless and the misguided always provide for “taking a knee” to the destroyers of worlds.

Voir enfin:

EXCLUSIVE: A new start turns to a tragic end for George Floyd, who moved to Minneapolis determined to turn his life around after being released from prison in Texas

George Floyd moved to Minnesota to start a new life shortly after being released from prison in Texas, but his pursuit of a better life ended tragically when he died during a violent arrest, according to court records obtained by DailyMail.com.

Floyd was left gasping for breath when a white officer kneeled on his neck for eight minutes while arresting him for allegedly paying with a fake $20 bill at a convenience store on Monday evening.

All four cops involved in his arrest have been fired as outraged citizens across the country demand they be charged over the father-of-two’s death.

None of the officers could have been aware of Floyd’s more than a decade-old criminal history at the time of the arrest.

The 46-year-old moved to the city in 2014 and worked as a bouncer at a local restaurant, leaving behind his past in the Houston area.

Floyd had made changes to his lifestyle and a recent video has emerged of him pleading with younger generations to make good choices and to stop gun violence.

He had been there himself years ago, first being arrested in his 20s for theft and then a later arrest for armed robbery before he turned his life around.

George Floyd moved to Minnesota to start a new life shortly after being released from prison in Texas, but his pursuit of a better life ended tragically when he died during a violent arrest, according to court records obtained by DailyMail.com

Floyd had been sentenced to five years in prison in 2009 for aggravated assault stemming from a robbery where Floyd entered a woman’s home, pointed a gun at her stomach and searched the home for drugs and money, according to court records

Floyd had at least five stints in jail. In one of the charging documents, officials noted Floyd had two convictions in the 1990s for theft and delivery of a controlled substance, but it is not clear if Floyd served any time for either of those offenses

Floyd had at least five stints in jail. In one of the charging documents, officials noted Floyd had two convictions in the 1990s for theft and delivery of a controlled substance, but it is not clear if Floyd served any time for either of those offenses

All four cops involved in his arrest have been fired as outraged citizens across the country demand they be charged over the father-of-two’s death. None of the officers could have been aware of Floyd’s more than a decade-old criminal history at the time of the arrest

Floyd had moved to Minneapolis in 2014 to start fresh and find a job but was left gasping for breath when a white officer knelt on his neck for eight minutes while arresting Floyd for allegedly paying with a fake $20 bill at a convenience store on Monday evening

The final straw for Floyd came after serving five years in prison in 2009 for aggravated assault stemming from a robbery in 2007 where he entered a woman’s home, pressed a gun into her stomach and searched the home for drugs and money, according to court records.

Floyd pleaded guilty to the robbery where another suspect posed as a worker for the local water department, wearing a blue uniform in an attempt to gain access to the woman’s home, according to the charging document.

But when the woman opened the door, she realized he was not with the water department and attempted to close the door, leading to a struggle.

At that time, a Ford Explorer pulled up to the home and five other males exited the car and went up to the front door.

The report states the largest of the group, who the victim later identified as Floyd, ‘forced his way inside the residence, placed a pistol against the complainant’s abdomen, and forced her into the living room area of the residence.

‘This large suspect then proceeded to search the residence while another armed suspect guarded the complainant, who was struck in the head and sides by this second armed suspect with his pistol while she screamed for help.’

Not finding any drugs or money at the house, the men took jewelry and the woman’s cell phone and fled in their car. A neighbor who witnessed the robbery took down the car’s license plate number.

Later, police tracked down the car and found Floyd behind the wheel. He was later identified by the woman as the large suspect who placed a gun against her stomach and forced her into her living room, the document states.

The 46-year-old was working as a bouncer at a local restaurant and known in local music circles, leaving behind his past in the Houston area where he had just been released from jail

Floyd served 10 months at Harris County jail for a theft offense

Floyd pleaded guilty to the first degree felony and was sentenced in April 2009 to five years in prison.

Prior to that, Floyd was sentenced to 10 months in state jail for possession of cocaine. He had been charged in December 2005 for having less than one gram of the controlled substance.

However, a few months later the charge was updated to possession with intent to deliver a controlled substance, amending the amount Floyd allegedly had to more than four grams of cocaine.

But according to court records, Floyd was able to have the charge reverted back to possession of cocaine less than a gram.

Floyd had two other cocaine offenses, receiving an eight month-sentence stemming from an October 2002 arrest and was sentenced to 10 months from a 2004 arrest.

Floyd was arrested in April 2002 for criminal trespassing and was sentenced to 30 days in jail.

He did another stint for theft with a firearm in August 1998. He served 10 months at Harris County jail.

In one of the charging documents, officials noted Floyd had two convictions in the 1990s for theft and delivery of a controlled substance, but it is not clear if Floyd served any time for either of those offenses.

Despite his checkered past, it seems that Floyd had turned his life around before his death on Monday. A heartbreaking video emerged online of Floyd encouraging the younger generation to put an end to gun violence

Floyd was arrested in April 2002 for criminal trespassing and was sentenced to 30 days in jail

After his last arrest in 2007, Floyd moved to Minneapolis in 2014 shortly after his prison release.

Christopher Harris, one of Floyd’s lifelong friends, said Floyd moved to the city to start over to find a job, telling the Atlanta Journal Constitution: ‘He was looking to start over fresh, a new beginning. He was happy with the change he was making.’

Indeed, it seems that Floyd had turned his life around before his death on Monday.

A heartbreaking video emerged online of Floyd encouraging the younger generation to put an end to gun violence.

The undated video was circulated on Twitter on Wednesday as protesters descended on the streets of Minneapolis for a second night calling for the arrest of the cops involved in his death.

Floyd is seen addressing the camera directly as he speaks out about the need for gun violence to end.

‘It’s clearly the generation after us that’s so lost, man,’ he says before telling them to ‘come home’.

Christopher Harris, one of Floyd’s lifelong friends, said Floyd moved to the city to start over to find a job, telling the Atlanta Journal Constitution: ‘He was looking to start over fresh, a new beginning. He was happy with the change he was making’

Floyd, a father of two, died after a white police officer knelt on his neck for eight minutes in an incident that was captured on video and has sparked violent protests and riots in the city that left one looter dead.

In widely circulated footage of his arrest, Floyd was seen on the ground with his hands cuffed behind his back as white officer Derek Chauvin pinned him to the pavement until he lost consciousness and later died.

Minneapolis Mayor Jacob Frey said on Thursday that he considers Floyd’s death to be a murder.

‘I’m not a prosecutor, but let me be clear. The arresting officer killed someone,’ he told CBS.

‘He’d be alive today if he were white.’ The facts that I’ve seen, which are minimal, certainly lead me down the path that race was involved.’

 

Voir enfin:

Chronique enthousiaste : Gilet-jaunisation aux USA

L’Ere du peuple

Hourra ! Le peuple des États-Unis est en ébullition. Eh ! Vous ! Ceux qui avez trouvé la révolution citoyenne au Soudan trop exotique pour vous concerner, la révolution citoyenne à Beyrouth et à Alger trop arabes, celle du Chili trop latino, celle de Hong-Kong trop asiatique pour vous représenter ! Vous qui ne savez pas qu’il existe des synchronies discrètes mais avérées entre l’Argentine ou le Chili et la France, entre les Caraïbes et l’Île-de-France, entre Dakar et Paris, voyez ! voyez ! L’ère du peuple joue de la grosse caisse à Washington et la révolution citoyenne est dans les rues de New York. La gilet-jaunisation est entrée au cœur de l’Empire. Voici que surgissent des millions de chômeurs, des abandonnés privés de tout accès aux réseaux collectifs sans lesquels la vie est impossible, humiliés à longueur d’année par des flics racistes, manipulés par des politiciens sans conscience. Ils forment désormais un volcan qui vient de faire sa première éruption. Et ce n’est que le début d’une histoire qui va durer.

Non, les USA ne sont pas le roc qu’ils donnent à voir. Remontent en moi les souvenirs. Ma génération a pu voir les USA quitter leur ambassade à Saïgon dans une totale débandade, jeter à la mer hélicoptères et avions par-dessus bord de leurs navires de guerre parce que leurs collaborateurs locaux avaient tout envahi. Nous avons vu les USA qui avaient promis de « ramener le Vietnam à l’âge de la pierre » selon l’expression de l’abject général Westmorland, les USA vaincus à plate couture par l’inflexible patriotisme du petit peuple et de ses bodoïs, gazés, napalmisés, massacrés en masse et en détail. Le peuple américain peut tout lui aussi.

Bon d’accord, je ne retiens pas ce rire moqueur qui me vient. C’est celui d’un « Frenchie surrender », putois notoire et ses French fries. Car c’est ainsi que nous avons été caricaturés aux USA depuis notre refus de participer à leur lamentable deuxième guerre du Golfe. L’état d’esprit anti-français se déchaina alors jusqu’à l’absurde : vider des bouteilles de vin dans les égouts et vouloir rebaptiser les frites, de « French fries » en je ne sais quoi. Oui la rigolade : voir la Maison blanche s’éteindre pour devenir invisible pendant que le président Trump se cache à la cave ! « Salut Trump tu as le bonjour de Cuba, de Venezuela, de Salvador Allende, de Patrice Lumumba, et même du Che » ! Sans oublier Edgard Snowden, Julian Assange et les torturés de Guantanamo, les asphyxiés du waterboarding, le supplice de la baignoire, qui ne serait pas une torture puisque l’actuelle cheffe de la CIA la pratiquait elle-même il y a peu ! À son tour : à la cave ! Le persécuteur des peuples dans le noir ! Ce n’est pas cher payé pour l’instant.

Retenez ceci comme un avis d’observateur de longue date : tout ce qui advient aux USA arrive ensuite chez nous dans la décennie qui suit. Parfois plus vite. Qu’il s’agisse des modes, de la politique ou de faits sociaux. Le fin tissu qui nous unit n’est pas seulement économique, militaire ou ce que l’on voudra. Il est continuellement alimenté par les séries télévisées, le cinéma, les matrices narratives, les images de référence. Que cela plaise ou non, qu’on soit d’accord ou pas, il s’agit d’un effet de système profondément ancré. On peut ne pas s’être rendu compte que toutes les social-démocraties européennes répétaient soudainement les mantras clintonistes, ne pas avoir vu Sarkozy répéter en boucle à Rome et à Ryad les absurdités du « choc des civilisations » et ne pas savoir que l’autrice qui écrivait les discours, Emmanuelle Mignon les recopiait directement de Samuel Huntington, ne pas avoir vu le sommet du quai d’Orsay virer néo-conservateur. Mais quand les émeutes urbaines ont éclaté en France, quand on a vu Halloween et Black Friday occuper des millions d’esprits superficiels qui voudraient vivre comme dans une série US ? Non : rien ? Peut-être même qu’il en est encore pour ne pas savoir que Cédric Chouviat est mort d’un geste de policier comme celui commis contre Georges Floyd et que personne n’a été ni suspendu ni inculpé de quoi que ce soit. Et Adama Traoré et… et… Zineb Redouane, vieille dame abattue à sa fenêtre et qui est morte parait-il non de la grenade qu’elle a reçue dans la figure au quatrième étage à Marseille mais d’un arrêt du cœur imprévisible sur la table d’opération !… Peut-être d’autres n’ont-ils pas remarqué que les éborgnements de manifestants ne sont pas des bavures mais un fait désormais universel.

Au fond, peu importe. Aucune alerte, aucune mise en garde n’aura jamais rien produit dans notre pays à part des heures de prêchi-prêcha haineux contre toute forme d’opposition et de dénigrement personnalisé contre les fortes têtes pourchassées sans répit les Jérôme Rodriguez, Taha Bouhafs, Drouet, Dufresne, Wamen et ainsi de suite et pour finir avec Camélia Jordana. Je ne sais comment dire combien cela me désole. Car la suite est écrite. Et ceux qui me lisent savent la lire.

Aux USA, le fil des révolutions citoyennes est resté net : fermentation politique longue depuis Occupy et les Anonymous, évènement fortuit (la mort de Georges Floyd), union sans parti ni représentant, revendication égalitaire (« la vie des Noirs compte »), mobilisation universaliste, non communautaire pour la première fois depuis longtemps, mot d’ordre polysémique fédérateur (« je ne peux plus respirer »). Oui mais voilà : il s’agit des USA et de la première saison de l’après Covid-19. Elle ouvre la crise sociale monstrueuse qui va déferler. Les USA déjà désemparés, inondés de dollars de planche à billets, sans projet collectif, labourés par les socs contraires du petit peuple social et du petit peuple facho. Les USA paralysés par la gélatine du parti démocrate qui a eu la peau de Sanders pour ce néant qu’est Joe Biden. Les USA où les latinos seront dans une poignée d’années la plus importante minorité devant les afro-américains et les beaux blancs protestants. Les USA où le catholicisme sera bientôt la première religion chrétienne du pays modifiant ainsi la matrice spirituelle d’un pays où la religion est sur chaque billet de banque avec la formule « in God we trust ». Les USA et leur dollar bidon, leur État fédéral bringuebalant. Bref, les USA chancelant vont faire vaciller le monde. Trump voudrait interdire les anti-Fas, pendant que des miliciens d’extrême-droite en armes défilent dans les rues. Ils contrôlent ici ou là et les passants, comme nos identitaires dans le métro de Lyon et dans des bus à Lille pendant que les castors pyromanes pérorent loin de toute réalité « faire barrage ! faire barrage ! ».

Les événements nord-américains sont décisifs. Ils nous obligent à faire un point réaliste. Si l’extrême droite « suprémaciste » l’emporte aux USA, ce sera bien autre chose que ce qu’elle a déjà fait en Pologne, Hongrie, Autriche, au Brésil, en Inde ou aux Philippines. Si les nôtres se donnent une expression politique capable d’être majoritaire, tout devient possible dans la civilisation humaine. Ayez grand soin de vous monsieur Bernie Sanders ! L’Histoire ne ferme jamais boutique.

Voir par ailleurs:

Dr. King’s Error
Walter Lippman
NYT
April 7, 1967

In recent speeches and statements the Rev. Dr. Martin Luther King Jr. has linked his personal opposition to the war in Vietnam with the cause of Negro equality in the United States. The war, he argues, should be stopped not only because it is a futile war waged for the wrong ends but also because it is a barrier to social progress in this country and therefore prevents Negroes from achieving their just place in American life.

This is a fusing of two public problems that are distinct and separate. By drawing them together, Dr. King has done a disservice to both. The moral issues in Vietnam are less clear-cut than he suggests; the political strategy of uniting the peace movement and the civil rights movement could very well be disastrous for both causes.

Because American Negroes are a minority and have to overcome unique handicaps of racial antipathy and prolonged deprivation, they have a hard time in gaining their objectives even when their grievances are self-evident and their claims are indisputably just. As Dr. King knows from the Montgomery bus boycott and other civil rights struggles of the past dozen years, it takes almost infinite patience, persistence and courage to achieve the relatively simple aims that ought to be theirs by right.

The movement toward racial equality is now in the more advanced and more difficult stage of fulfilling basic rights by finding more jobs, changing patterns of housing and upgrading education. The battle grounds in this struggle are Chicago and Harlem and Watts. The Negroes on these fronts need all the leadership, dedication and moral inspiration that they can summon; and under these circumstances to divert the energies of the civil rights movement to the Vietnam issue is both wasteful and self-defeating. Dr. King makes too facile a connection between the speeding up of the war in Vietnam and the slowing down of the war against poverty. The eradication of poverty is at best the task of a generation. This « war » inevitably meets diverse resistance such as the hostility of local political machines, the skepticism of conservatives in Congress and the intractability of slum mores and habits. The nation could afford to make more funds available to combat poverty even while the war in Vietnam continues, but there is no certainly that the coming of peace would automatically lead to a sharp increase in funds.

Furthermore, Dr. King can only antagonize opinion in this country instead of winning recruits to the peace movement by recklessly comparing American military methods to those of the Nazis testing « new medicine and new tortures in the concentration camps of Europe. » The facts are harsh, but they do not justify such slander. Furthermore, it is possible to disagree with many aspects of United States policy in Vietnam without whitewashing Hanoi.

As an individual, Dr. King has the right and even the moral obligation to explore the ethical implications of the war in Vietnam, but as one of the most respected leaders of the civil rights movement he has an equally weighty obligation to direct that movement’s efforts in the most constructive and relevant way.

There are no simple or easy answers to the war in Vietnam or to racial injustice in this country. Linking these hard, complex problems will lead not to solutions but to deeper confusion.

Voir par ailleurs:

DC Riots and Bishop Mariann Budde’s Selective Episcopal Outrage

Jeffrey Walton
Juicy Ecumenism
June 2, 2020
Episcopal Diocese of Washington Bishop Mariann Budde has worked her way into a froth over a photo opportunity by President Trump.Lafayette Square across from the White House was cleared Monday evening of Black Lives Matter protesters (with the use of either tear gas or smoke canisters, depending on which report you read) seemingly for the purpose of facilitating Trump’s walk to St. John’s Episcopal Church for the photo op. Reports from the Washington Post describe Trump briefly standing in front of the church with Bible in hand, but neither entering the building nor speaking with anyone nor opening the Bible, which apparently signaled something at merely being raised like a talisman.

Workers install temporary plywood to protect windows from damage at the parish house of St. John’s Episcopal Church in Washington, D.C. on Tuesday, June 2, 2020 (Photo: Jeff Walton/IRD)

“I am outraged,” Budde told the Post about Trump’s posturing in an interview a short time later, pausing between words to emphasize her anger as her voice slightly trembled. She had nothing critical to say about the burning of one of her churches, which according to the parish vestry incurred about $20,000 in damages, mostly to the church nursery.

“This evening, the President of the United States stood in front of St. John’s Episcopal Church, lifted up a bible, and had pictures of himself taken. In so doing, he used a church building and the Holy Bible for partisan political purposes,” Tweeted Episcopal Church Presiding Bishop Michael Curry. “This was done in a time of deep hurt and pain in our country, and his action did nothing to help us or to heal us.”

The prominent St. John’s Parish House located on Lafayette Square had been briefly set afire the night before, after peaceful protesters headed home for a District of Columbia curfew.

Some who remained in defiance of the curfew threw rocks at windows in the adjacent U.S. Department of Veterans Affairs building and spray painted a nearby statue of Revolutionary War hero Tadeusz Kościuszko with profanity. Most of the damage appeared directed at a small building that houses park bathrooms. A number of storefronts in the downtown, Georgetown and Tenleytown neighborhoods were also vandalized, including a hair salon and a looted sandwich shop owned by Pakistani immigrants directly below IRD’s downtown offices.

A brief walk around the St. John’s building this afternoon showed graffiti had largely been removed and windows were proactively boarded up to prevent any further damage. A pole with an American flag had been yanked off the building and thrown into a fire by protesters, but little else was noticeably amiss.

Would Budde have given a similar pass if right-wing protesters had done the same? the bishop of Washington doesn’t shrink from activism. Budde herself is engaged in advocacy for firearms restrictions and even weighed in on changing the name of the city’s floundering NFL franchise. Within the Diocese of Washington, Budde defended a push for “gender-inclusive” language “to avoid the use of gendered pronouns for God.”

The Post report noted both Budde and Curry “are among the pantheon of progressive religious leaders who have long been critical of Trump’s political agenda.” I was last present in the now-damaged St. John’s parish house as it hosted a press conference for the Religious Coalition on Reproductive Choice, a progressive lobby that voices approval from religious officials for unrestricted abortion-on-demand, and which counts the Episcopal Church as a member.

Post religion reporters Michelle Boorstein and Sarah Pulliam Bailey cite data from the Pew Research Center showing 49 percent of Episcopalians are Democrats or lean Democratic, compared with 39 percent of church members who are Republican or lean Republican.

Episcopalians have increasingly found themselves in roles difficult to maintain. Church officials simultaneously embrace leftist causes, while also serving as a boutique chaplaincy to the affluent and as presiders over American civil religion in events of national importance including state funerals.

For his part, President Trump is in close proximity to the Episcopal Church: his youngest son was baptized at an Episcopal parish and attends a private Episcopal high school (Trump himself is Presbyterian and his wife Melania is Roman Catholic). The Trump family typically attends services at Bethesda-by-the-sea Episcopal Church when in Palm Beach, Florida, minutes from Mar-a-Lago.

Budde draws a distinction between those engaged in peaceful protest, opportunistic looters and violent organized provocateurs like Antifa. Would she do the same if the partisan affiliations were flipped?

The danger of selective outrage is in exposing one’s self as another partisan instead of acting like a senior shepherd.

Voir enfin:

The Washington Post
June 2, 2020

The Right Rev. Mariann Budde, the Episcopal bishop of Washington, was seething.

President Trump had just visited St. John’s Episcopal Church, which sits across from the White House. It was a day after a fire was set in the basement of the historic building amid protests over the death of George Floyd in the custody of Minneapolis police.

Before heading to the church, where presidents have worshiped since the days of James Madison, Trump gave a speech at the White House emphasizing the importance of law and order. Federal officers then used force to clear a large crowd of peaceful demonstrators from the street between the White House and the church, apparently so Trump could make the visit.

“I am outraged,” Budde said in a telephone interview a short time later, pausing between words to emphasize her anger as her voice slightly trembled.

She said she had not been given any notice that Trump would be visiting the church and did not approve of the manner in which the area was secured for his appearance.

“I am the bishop of the Episcopal Diocese of Washington and was not given even a courtesy call, that they would be clearing [the area] with tear gas so they could use one of our churches as a prop,” Budde said.

She excoriated the president for standing in front of the church — its windows boarded up with plywood — holding up a Bible, which Budde said “declares that God is love.”

“Everything he has said and done is to inflame violence,” Budde of the president. “We need moral leadership, and he’s done everything to divide us.”

In a written statement, Presiding Bishop Michael Curry, head of the Episcopal denomination, accused Trump of using “a church building and the Holy Bible for partisan political purposes.”

“This was done in a time of deep hurt and pain in our country, and his action did nothing to help us or to heal us,” Curry wrote.

“The prophet Micah taught that the Lord requires us to ‘do justice, love mercy and walk humbly with our God,’ ” he continued, calling on Trump and others in power to be moral. “For the sake of George Floyd, for all who have wrongly suffered, and for the sake of us all, we need leaders to help us to be ‘one nation, under God, with liberty and justice for all.’ ”

Budde and Curry are among the pantheon of progressive religious leaders who have long been critical of Trump’s political agenda. The Episcopal Church’s policies include supporting abortion rights, refugee resettlement, an expansion of health care and other issues that Trump has opposed or not embraced. According to the Pew Research Center, 49 percent of Episcopalians are Democrats or lean Democratic, compared with 39 percent of church members who are Republican or lean Republican.

Trump’s longtime religious allies, who are far more conservative on both domestic and foreign policy, saw his walk to St. John’s much differently. “What kind of church I need PERMISSION to attend,” tweeted Pastor Mark Burns of South Carolina after Budde and others said Trump should have let them know he was coming. “Jesus welcomes All.”

Johnnie Moore, a spokesman for several of Trump’s evangelical religious advisers, tweeted favorably about the incident as well.

“I will never forget seeing @POTUS @realDonaldTrump slowly & in-total-command walk from the @WhiteHouse across Lafayette Square to St. John’s Church defying those who aim to derail our national healing by spreading fear, hate & anarchy,” he wrote. “After just saying, ‘I will keep you safe.’ ”

Trump did not enter St. John’s on Monday evening. No one associated with the church was present for his visit.

Andrew Whitehead, a sociologist at Clemson University who studies Christian nationalism, said the president’s appearance was an attempt to promote the idea of America as a distinctly Christian nation after his Rose Garden speech.

“Going to the church, not going in it, not meeting with any clergy, holding up a Bible, but not quoting any scripture, after an authoritarian speech, was about using the religious symbolism for his ends,” Whitehead said.

“It was a signal to the people that embrace the idea of a Christian nation, that he will defend Christianity in the public sphere,” Whitehead said. “He said he’ll make America safe. That raised the question, for whom? It’s largely for white, mostly Protestant America.”

Budde — who spent 18 years in as a rector in Minneapolis before being elected bishop of the Washington diocese — said the Episcopal Church disassociates itself from the messages offered by the president.

“We hold the teachings of our sacred texts to be so so grounding to our lives and everything we do,” she said. “It is about love of neighbor and sacrificial love and justice.”

Following a tradition set by President Franklin D. Roosevelt, Trump attended a service at St. John’s before his swearing-in ceremony in 2017. He visited the church again that year to mark a national day of prayer for victims of Hurricane Harvey and in 2019 on St. Patrick’s Day.

Budde said she learned he was headed back to the yellow, 19th-century building on Monday by watching the news.

“No one knew this was happening,” she said. “I don’t want President Trump speaking for St. John’s.”

The Rev. Robert W. Fisher, the church rector, said he felt blindsided by the visit. Usually, the White House gives the church at least 30 minutes’ notice before the president comes by.

“We want St. John’s to be a space for grace, as a place where you can breathe,” he said. “Being used as a prop, it really takes away from what we’re trying to do.”

Earlier in the day, Fisher said, he and other clergy were outside the church handing out water bottles and granola bars to protesters, and expressing solidarity with their cause. He said he left the area to be interviewed on television about the damage from the fire the previous night and later watched images of the protest being dismantled “with disbelief.”

Fisher, 44, became the rector of St. John’s in June 2019 and has not yet hosted a presidential visit. The church usually draws about 400 people on a typical weekend. But it has been closed since mid-March due to the broad shutdown restrictions in place to combat the novel coronavirus.

Damage to the building from Sunday night’s fire and vandalism will cost at least $20,000, Fisher said. But he said the destruction should not become the focus of what has been happening in the streets outside the White House.

Fisher said that when people have talked about the church being burned, he has tried to redirect them, saying it was likely one person who does not represent the majority of people protesting.

“That has pulled away from the more important message that we have to address racism in this country,” he said.


Elimination du général Soleimani: Attention, une décision irresponsable peut en cacher une autre ! (Guess who just pulled another decisive blow against Iran’s rogue adventurism ?)

3 janvier, 2020

CA502K5W8AAepmbImage may contain: 2 people"Soleimani is my commander" says the lower graffiti on the U.S. embassy in Baghdad at the very end of 2019LONG LIVE TRUMP ! (On Tehran streets after Soleimani's elimination, Jan. 3, 2019)
Image result for damet garm poeticPersian is a beautifully lyrical and highly emotional language, one that adds a touch of poetry to everyday phrases. Discover these 18 poetic Persian phrases you'll wish English had.

3 a.m. There is a phone in the White House and it’s ringing. Who do you want answering the phone? Hillary Clinton ad (2008)
The assassination of Iran Quds Force chief Qassem Soleimani is an extremely dangerous and foolish escalation. The US bears responsibility for all consequences of its rogue adventurism.  Mohammad Javad Zarif (Iranian Foreign Minister)
Le président Trump vient de jeter un bâton de dynamite dans une poudrière, et il doit au peuple américain une explication. C’est une énorme escalade dans une région déjà dangereuse. Joe Biden
Iraqis — Iraqis — dancing in the street for freedom; thankful that General Soleimani is no more. Mike Pompeo
Qassem Soleimani was an arch terrorist with American blood on his hands. His demise should be applauded by all who seek peace and justice. Proud of President Trump for doing the strong and right thing. Nikki Haley
To Iran and its proxy militias: We will not accept the continued attacks against our personnel and forces in the region. Attacks against us will be met with responses in the time, manner and place of our choosing. We urge the Iranian regime to end malign activities. Mark Esper (US Defense Secretary)
At the direction of the President, the U.S. military has taken decisive defensive action to protect U.S. personnel abroad by killing Qasem Soleimani, the head of the Islamic Revolutionary Guard Corps-Quds Force, a U.S.-designated Foreign Terrorist Organization. General Soleimani was actively developing plans to attack American diplomats and service members in Iraq and throughout the region. General Soleimani and his Quds Force were responsible for the deaths of hundreds of American and coalition service members and the wounding of thousands more. He had orchestrated attacks on coalition bases in Iraq over the last several months – including the attack on December 27th – culminating in the death and wounding of additional American and Iraqi personnel. General Soleimani also approved the attacks on the U.S. Embassy in Baghdad that took place this week. This strike was aimed at deterring future Iranian attack plans. The United States will continue to take all necessary action to protect our people and our interests wherever they are around the world. US state department
In March 2007, Soleimani was included on a list of Iranian individuals targeted with sanctions in United Nations Security Council Resolution 1747. On 18 May 2011, he was sanctioned again by the U.S. along with Syrian president Bashar al-Assad and other senior Syrian officials due to his alleged involvement in providing material support to the Syrian government. On 24 June 2011, the Official Journal of the European Union said the three Iranian Revolutionary Guard members now subject to sanctions had been « providing equipment and support to help the Syrian government suppress protests in Syria ». The Iranians added to the EU sanctions list were two Revolutionary Guard commanders, Soleimani, Mohammad Ali Jafari, and the Guard’s deputy commander for intelligence, Hossein Taeb. Soleimani was also sanctioned by the Swiss government in September 2011 on the same grounds cited by the European Union. In 2007, the U.S. included him in a « Designation of Iranian Entities and Individuals for Proliferation Activities and Support for Terrorism », which forbade U.S. citizens from doing business with him. The list, published in the EU’s Official Journal on 24 June 2011, also included a Syrian property firm, an investment fund and two other enterprises accused of funding the Syrian government. The list also included Mohammad Ali Jafari and Hossein Taeb. On 13 November 2018, the U.S. sanctioned an Iraqi military leader named Shibl Muhsin ‘Ubayd Al-Zaydi and others who allegedly were acting on Soleimani’s behalf in financing military actions in Syria or otherwise providing support for terrorism in the region. Wikipedia
The historic nuclear accord between a US-led group of countries and Iran was good news for a man who some consider to be the Middle East’s most effective covert operative. As a result of the deal, Qasem Suleimani, the commander of the Iranian Revolutionary Guards Qods Force and the general responsible for overseeing Iran’s network of proxy organizations, will be removed from European Union sanctions lists once the agreement is implemented, and taken off a UN sanctions list after eight or fewer years. Iran obtained some key concessions as a result of the nuclear agreement, including access to an estimated $150 billion in frozen assets; the lifting of a UN arms embargo, the eventual end to sanctions related to the country’s ballistic missile program; the ability to operate over 5,000 uranium enrichment centrifuges and to run stable elements through centrifuges at the once-clandestine and heavily guarded Fordow facility; nuclear assistance from the US and its partners; and the ability to stall inspections of sensitive sites for as long as 24 days. In light of these accomplishments, the de-listing of a general responsible for coordinating anti-US militia groups in Iraq — someone who may be responsible for the deaths of US soldiers — almost seems gratuitous. It’s unlikely that the entire deal hinged on a single Iranian officer’s ability to open bank accounts in EU states or travel within Europe. But it got into the deal anyway. So did a reprieve for Bank Saderat, which the US sanctioned in 2006 for facilitating money transfers to Iranian regime-supported terror groups like Hezbollah and Islamic Jihad. As part of the deal, Bank Saderat will leave the EU sanctions list on the same timetable as Suleimani, although it will remain under US designation. Like Suleimani’s removal, Bank Saderat’s apparent legalization in Europe suggests that for the purposes of the deal, the US and its partners lumped a broad range of restrictions under the heading of « nuclear-related » sanctions. Suleimani and Bank Saderat are still going to remain under US sanctions related to the Iranian regime’s human rights abuses and support for terrorism. US sanctions have broad extraterritorial reach, and the US Treasury Department has turned into the scourge of compliance desks at banks around the world. But that matters to a somewhat lesser degree inside of the EU, where companies have actually been exempted from complying with certain US « secondary sanctions » on Iran since the mid-1990s. (…) Some time in the next few years, Qasem Suleimani will be able to travel and do business inside the EU, while a bank that’s facilitated the funding of US-listed terror group’s will be allowed to enter the European market. As part of the nuclear deal, the US and its partners bargained away much of the international leverage against some of the more problematic sectors in the Iranian regime, including entities whose wrongdoing went well beyond the nuclear realm. The result is the almost complete reversal of the sanctions regime in Europe. Iran successfully pushed for a broad definition of « nuclear-related sanctions, » and bargained hard — and effectively — for a maximal degree of sanctions relief. And the de-listing of Bank Saderat and Qasem Suleimani, along with the late-breaking effort to classify arms trade restrictions as purely nuclear-related, demonstrates just how far the US and its partners were willing to go to close a historic nuclear deal. Armin Rosen
This was a combatant. There’s no doubt that he fit the description of ‘combatant.’ He was a uniformed member of an enemy military who was actively planning to kill Americans; American soldiers and probably, as well, American civilians. It was the right thing to do. It was legally justified, and I think we should applaud the president for his decision. We send a very powerful message to the Iranian government that we will not stand by as the American embassy is attacked — which is an act of war — and we will not stand by as plans are being made to attack and kill American soldiers. I think every president who had any degree of courage would do the same thing, and I applaud our president for doing it, and the members of the military who carried it out, risking their own lives and safety. I think this is an action that will have saved lives in the end.  The president doesn’t need congressional authorization, or any legal authorization … The president, as the commander-in-chief of the army is entitled to take preventive actions to save the lives of the American military. This is very similar to what Barack Obama did with Ben Rhodes’s authorization and approval — without Congress’s authorization — in killing Osama bin Laden. In fact, that was worse, in some ways, because that was a revenge act. There was no real threat that Osama bin Laden would carry out any future terrorist acts. Moreover, he was not a member of an official armed forces in uniform, so it’s a fortiori from what Obama did and Rhodes did that President Trump has complete legal authority in a much more compelling way to have taken the military action that was taken today. Alan Dershowitz
Trump in full fascist 101 mode-,steal and lie – untill there’s nothing left and start a war – He’s so idiotic he doesn’t know he just attacked Iran And that’s not like anywhere else. John Cusak
Dear , The USA has disrespected your country, your flag, your people. 52% of us humbly apologize. We want peace with your nation. We are being held hostage by a terrorist regime. We do not know how to escape. Please do not kill us. . Rose McGowan
On se réveille dans un monde plus dangereux (…) et l’escalade militaire est toujours dangereuse. Amélie de Montchalin (secrétaire d’État française aux Affaires européennes)
C’est d’abord l’Iranienne qui va vous répondre et celle-là ne peut que se réjouir de ce qui s’est passé. Je parle en mon nom mais je peux vous l’assurer aussi au nom de millions d’Iraniens, probablement la majorité d’entre eux : cet homme était haï, il incarnait le mal absolu ! Je suis révoltée par les commentaires que j’ai entendus venant de certains pseudo-spécialistes de l’Iran, le présentant sur une chaîne de télévision comme un individu charismatique et populaire. Il faut ne rien connaître et ne rien comprendre à ce pays pour tenir ce genre de sottises. Pour l’Iranien lambda, Soleimani était un monstre, ce qui se fait de pire dans la République islamique. (…) Soleimani en était un élément essentiel, aussi puissant que Khameini et ce n’est pas de la propagande que d’affirmer que sa mort ne choque presque personne. (…) Je ne suis pas dans le secret des généraux iraniens mais une simple observatrice informée. Le régime est aux abois depuis des mois, totalement isolé. Ils savent qu’ils n’ont pas d’avenir, la rue et le peuple n’en veulent plus, ils ne peuvent pas vraiment compter sur l’Union européenne et pas plus sur la Chine. Ils n’ont aucun avenir et c’est ce qui rend la situation particulièrement dangereuse car ils sont dans une logique suicidaire. (…) En réalité, ils ont tout perdu et ne peuvent plus sortir du pays pour s’installer à l’étranger car des mandats ont été lancés contre la plupart d’entre eux. Les sanctions ont asséché la manne des pétrodollars et c’est essentiel car il n’y avait pas d’adhésion idéologique à ce régime. (…) Donald Trump (…) a considérablement affaibli ce régime, comme jamais auparavant, et peut-être même a-t-il signé leur arrêt de mort. Nous verrons. Lors des manifestations populaires, à Téhéran et dans d’autre villes, les noms de Khameini, de Rohani, de Soleimani étaient hués. Il n’y a jamais eu de slogans anti-Trump ou contre les Etats-Unis. (…) [Mais] hélas ils n’abandonneront pas le pouvoir tranquillement, j’en suis convaincue. Mahnaz Shirali
The whole “protest” against the United States Embassy compound in Baghdad last week was almost certainly a Suleimani-staged operation to make it look as if Iraqis wanted America out when in fact it was the other way around. The protesters were paid pro-Iranian militiamen. No one in Baghdad was fooled by this. In a way, it’s what got Suleimani killed. He so wanted to cover his failures in Iraq he decided to start provoking the Americans there by shelling their forces, hoping they would overreact, kill Iraqis and turn them against the United States. Trump, rather than taking the bait, killed Suleimani instead. I have no idea whether this was wise or what will be the long-term implications. But (…) Suleimani is part of a system called the Islamic Revolution in Iran. That revolution has managed to use oil money and violence to stay in power since 1979 — and that is Iran’s tragedy, a tragedy that the death of one Iranian general will not change. Today’s Iran is the heir to a great civilization and the home of an enormously talented people and significant culture. Wherever Iranians go in the world today, they thrive as scientists, doctors, artists, writers and filmmakers — except in the Islamic Republic of Iran, whose most famous exports are suicide bombing, cyberterrorism and proxy militia leaders. The very fact that Suleimani was probably the most famous Iranian in the region speaks to the utter emptiness of this regime, and how it has wasted the lives of two generations of Iranians by looking for dignity in all the wrong places and in all the wrong ways. (…) in the coming days there will be noisy protests in Iran, the burning of American flags and much crying for the “martyr.” The morning after the morning after? There will be a thousand quiet conversations inside Iran that won’t get reported. They will be about the travesty that is their own government and how it has squandered so much of Iran’s wealth and talent on an imperial project that has made Iran hated in the Middle East. And yes, the morning after, America’s Sunni Arab allies will quietly celebrate Suleimani’s death, but we must never forget that it is the dysfunction of many of the Sunni Arab regimes — their lack of freedom, modern education and women’s empowerment — that made them so weak that Iran was able to take them over from the inside with its proxies. (…) the Middle East, particularly Iran, is becoming an environmental disaster area — running out of water, with rising desertification and overpopulation. If governments there don’t stop fighting and come together to build resilience against climate change — rather than celebrating self-promoting military frauds who conquer failed states and make them fail even more — they’re all doomed. Thomas L. Friedman
It is impossible to overstate the importance of this particular action. It is more significant than the killing of Osama bin Laden or even the death of [Islamic State leader Abu Bakr] al-Baghdadi. Suleimani was the architect and operational commander of the Iranian effort to solidify control of the so-called Shia crescent, stretching from Iran to Iraq through Syria into southern Lebanon. He is responsible for providing explosives, projectiles, and arms and other munitions that killed well over 600 American soldiers and many more of our coalition and Iraqi partners just in Iraq, as well as in many other countries such as Syria. So his death is of enormous significance. The question of course is how does Iran respond in terms of direct action by its military and Revolutionary Guard Corps forces? And how does it direct its proxies—the Iranian-supported Shia militia in Iraq and Syria and southern Lebanon, and throughout the world? (…) The reasoning seems to be to show in the most significant way possible that the U.S. is just not going to allow the continued violence—the rocketing of our bases, the killing of an American contractor, the attacks on shipping, on unarmed drones—without a very significant response. Many people had rightly questioned whether American deterrence had eroded somewhat because of the relatively insignificant responses to the earlier actions. This clearly was of vastly greater importance. Of course it also, per the Defense Department statement, was a defensive action given the reported planning and contingencies that Suleimani was going to Iraq to discuss and presumably approve. This was in response to the killing of an American contractor, the wounding of American forces, and just a sense of how this could go downhill from here if the Iranians don’t realize that this cannot continue. (…) Iran is in a very precarious economic situation, it is very fragile domestically—they’ve killed many, many hundreds if not thousands of Iranian citizens who were demonstrating on the streets of Iran in response to the dismal economic situation and the mismanagement and corruption. I just don’t see the Iranians as anywhere near as supportive of the regime at this point as they were decades ago during the Iran-Iraq War. Clearly the supreme leader has to consider that as Iran considers the potential responses to what the U.S. has done. It will be interesting now to see if there is a U.S. diplomatic initiative to reach out to Iran and to say, “Okay, the next move could be strikes against your oil infrastructure and your forces in your country—where does that end?” (…) We haven’t declared war, but we have taken a very, very significant action. (…) We’ve taken numerous actions to augment our air defenses in the region, our offensive capabilities in the region, in terms of general purpose and special operations forces and air assets. The Pentagon has considered the implications, the potential consequences and has done a great deal to mitigate the risks—although you can’t fully mitigate the potential risks.  (…) Again what was the alternative? Do it in Iran? Think of the implications of that. This is the most formidable adversary that we have faced for decades. He is a combination of CIA director, JSOC [Joint Special Operations Command] commander, and special presidential envoy for the region. This is a very significant effort to reestablish deterrence, which obviously had not been shored up by the relatively insignificant responses up until now. (…) Obviously all sides will suffer if this becomes a wider war, but Iran has to be very worried that—in the state of its economy, the significant popular unrest and demonstrations against the regime—that this is a real threat to the regime in a way that we have not seen prior to this. (…) The incentive would be to get out from under the sanctions, which are crippling. Could we get back to the Iran nuclear deal plus some additional actions that could address the shortcomings of the agreement? This is a very significant escalation, and they don’t know where this goes any more than anyone else does. Yes, they can respond and they can retaliate, and that can lead to further retaliation—and that it is clear now that the administration is willing to take very substantial action. This is a pretty clarifying moment in that regard. (…) Right now they are probably doing what anyone does in this situation: considering the menu of options. There could be actions in the gulf, in the Strait of Hormuz by proxies in the regional countries, and in other continents where the Quds Force have activities. There’s a very considerable number of potential responses by Iran, and then there’s any number of potential U.S. responses to those actions. Given the state of their economy, I think they have to be very leery, very concerned that that could actually result in the first real challenge to the regime certainly since the Iran-Iraq War. (…) The [Iraqi] prime minister has said that he would put forward legislation to [kick the U.S. military out of Iraq], although I don’t think that the majority of Iraqi leaders want to see that given that ISIS is still a significant threat. They are keenly aware that it was not the Iranian supported militias that defeated the Islamic State, it was U.S.-enabled Iraqi armed forces and special forces that really fought the decisive battles. Gen. David Petraeus
[Qasem Soleimani] was our most significant Iranian adversary during my four years in Iraq, [and] certainly when I was the Central Command commander, and very much so when I was the director of the CIA. He is unquestionably the most significant and important — or was the most significant and important — Iranian figure in the region, the most important architect of the effort by Iran to solidify control of the Shia crescent, and the operational commander of the various initiatives that were part of that effort. (…)  He sent a message to me through the president of Iraq in late March of 2008, during the battle of Basra, when we were supporting the Iraqi army forces that were battling the Shia militias in Basra that were supported, of course, by Qasem Soleimani and the Quds Force. He sent a message through the president that said, « General Petraeus, you should know that I, Qasem Soleimani, control the policy of Iran for Iraq, and also for Syria, Lebanon, Gaza and Afghanistan. » And the implication of that was, « If you want to deal with Iran to resolve this situation in Basra, you should deal with me, not with the Iranian diplomats. » And his power only grew from that point in time. By the way, I did not — I actually told the president to tell Qasem Soleimani to pound sand. (…) I suspect that the leaders in Washington were seeking to reestablish deterrence, which clearly had eroded to some degree, perhaps by the relatively insignificant actions in response to these strikes on the Abqaiq oil facility in Saudi Arabia, shipping in the Gulf and our $130 million dollar drone that was shot down. And we had seen increased numbers of attacks against US forces in Iraq. So I’m sure that there was a lot of discussion about what could show the Iranians most significantly that we are really serious, that they should not continue to escalate. Now, obviously, there is a menu of options that they have now and not just in terms of direct Iranian action against perhaps our large bases in the various Gulf states, shipping in the Gulf, but also through proxy actions — and not just in the region, but even in places such as Latin America and Africa and Europe. (…) I am not privy to the intelligence that was the foundation for the decision, which clearly was, as was announced, this was a defensive action, that Soleimani was going into the country to presumably approve further attacks. Without really being in the inner circle on that, I think it’s very difficult to either second-guess or to even think through what the recommendation might have been. Again, it is impossible to overstate the significance of this action. This is much more substantial than the killing of Osama bin Laden. It’s even more substantial than the killing of Baghdadi. (…) my understanding is that we have significantly shored up our air defenses, our air assets, our ground defenses and so forth. There’s been the movement of a lot of forces into the region in months, not just in the past days. So there’s been a very substantial augmentation of our defensive capabilities and also our offensive capabilities.  And (…) the question Iran has to ask itself is, « Where does this end? » If they now retaliate in a significant way — and considering how vulnerable their infrastructure and forces are at a time when their economy is in dismal shape because of the sanctions. So Iran is not in a position of strength, although it clearly has many, many options available to it, as I mentioned, not just with their armed forces and the Revolutionary Guards Corps, but also with these Quds Force-supported proxy elements throughout the region in the world. (…) I think one of the questions is, « What will the diplomatic ramifications of this be? » And again, there have been celebrations in some places in Iraq at the loss of Qasem Soleimani. So, again, there’s no tears being shed in certain parts of the country. And one has to ask what happens in the wake of the killing of the individual who had a veto, virtually, over the leadership of Iraq. What transpires now depends on the calculations of all these different elements. And certainly the US, I would assume, is considering diplomatic initiatives as well, reaching out and saying, « Okay. Does that send a sufficient message of our seriousness? Now, would you like to return to the table? » Or does Iran accelerate the nuclear program, which would, of course, precipitate something further from the United States? Very likely. So lots of calculations here. And I think we’re still very early in the deliberations on all the different ramifications of this very significant action. (…) I think that this particular episode has been fairly impressively handled. There’s been restraint in some of the communications methods from the White House. The Department of Defense put out, I think, a solid statement. It has taken significant actions, again, to shore up our defenses and our offensive capabilities. The question now, I think, is what is the diplomatic initiative that follows this? What will the State Department and the Secretary of State do now to try to get back to the table and reduce or end the battlefield consequences? [The flag that Donald Trump posted last night, no words] (…) I think relative to some of his tweets that was quite restrained. Gen. David Petraeus
Washington gave Israel a green light to assassinate Qassem Soleimani, the commander of the Quds Force, the overseas arm of Iran’s Revolutionary Guard, Kuwaiti newspaper Al-Jarida reported on Monday. Al-Jarida, which in recent years had broken exclusive stories from Israel, quoted a source in Jerusalem as saying that « there is an American-Israeli agreement » that Soleimani is a « threat to the two countries’ interests in the region. » It is generally assumed in the Arab world that the paper is used as an Israeli platform for conveying messages to other countries in the Middle East. (…) The agreement between Israel and the United States, according to the report, comes three years after Washington thwarted an Israeli attempt to kill the general. The report says Israel was « on the verge » of assassinating Soleimani three years ago, near Damascus, but the United States warned the Iranian leadership of the plan, revealing that Israel was closely tracking the Iranian general. Haaretz (2018)
Most revered military leader’ now joins ‘austere religious scholar’ and ‘mourners’ trying to storm our embassy as word choices that make normal people wonder whose side the American mainstream media is on. Buck Sexton
Make no mistake – this is bigger than taking out Osama Bin Laden. Ranj Alaaldin
The reported deaths of Iranian General Qassem Suleimani and the Iraqi commander of the militia that killed an American last week was a bold and decisive military action made possible by excellent intelligence and the courage of America’s service members. His death is a huge loss for Iran’s regime and its Iraqi proxies, and a major operational and psychological victory for the United States. The Islamic Revolutionary Guard Corps (IRGC), led by Suleimani, was responsible for the deaths of more than 600 Americans in Iraq between 2003-2011, and countless more injured. He was a chief architect behind Iran’s continuing reign of terror in the region. This strike against one of the world’s most odious terrorists is no different than the mission which took out Osama bin Laden – it is, in fact, even more justifiable since he was in a foreign country directing terrorist attacks against Americans. Lt. Col. (Ret.) James Carafano (Heritage Foundation)
This is a major blow. I would argue that this is probably the most major decapitation strike the United States has ever carried out. … This is a man who controlled a transnational foreign legion that was controlling governments in numerous different countries. He had a hell of a lot of power and a hell of a lot of control. You have to be a strong leader in order to get these people to work with you, know how and when to play them off one another, and also know which Iranians do I need within the IRGC-QF, which Lebanese do I need, which Iraqis do I need … that’s not something you can just pick up at a local five and dime. It takes decades of experience. (…) It’s an incredible two-fer. This is another one of those old hands. These guys don’t grow on trees. It takes time. Iran has been at war with the United States since the Islamic Revolutionary regime took power in Tehran in 1979. To say that we are going to war or that this is yet another American escalation — I think we need to be a little more detailed. Over the past year, Kata’ib Hizballah, was launching rockets and mortars at Americans in Iraq and eventually killed one. Over the past couple of years we’ve had a number of issues in the Gulf, we’ve had a number of issues in different countries, we’ve had international terrorism issues, you name it, you can throw everything at the wall, and the Iranians have in some way been behind some of it. Even arm supplies to the Taliban … so this didn’t just appear in a vacuum because ‘we didn’t like the Iranians. What the administration must offer now is firm diplomacy backed by the continuing, credible threat of the use of military force. President Trump has wisely shown that he will act with the full powers of his office when American interests are threatened, and the extremist regime in Tehran would be wise to take notice. Phillip Smyth (Washington Institute)
From a military and diplomatic perspective, Soleimani was Iran’s David Petraeus and Stan McChrystal and Brett McGurk all rolled into one. And that’s now the problem Iran faces. I do not know of a single Iranian who was more indispensable to his government’s ambitions in the Middle East. From 2015 to 2017, when we were in the heat of the fighting against the Islamic State in both Syria and Iraq, I would watch Soleimani shuttle back and forth between Syria and Iraq. When the war to prop up Bashar al-Assad was going poorly, Soleimani would leave Iraq for Syria. And when Iranian-backed militias in Iraq began to struggle against the Islamic State, Soleimani would leave Syria for Iraq. That’s now a problem for Iran. Just as the United States often faces a shortage of human capital—not all general officers and diplomats are created equal, sadly, and we are not exactly blessed with a surplus of Arabic speakers in our government—Iran also doesn’t have a lot of talent to go around. One of the reasons I thought Iran erred so often in Yemen—giving strategic weapons such as anti-ship cruise missiles to a bunch of undertrained Houthi yahoos, for example—was a lack of adult supervision. Qassem Soleimani was the adult supervision. He was spread thin over the past decade, but he was nonetheless a serious if nefarious adversary of the United States and its partners in the region. And Iran and its partners will now feel his loss greatly. Soleimani was at least partially, and in many cases directly, responsible for dozens if not hundreds of attacks on U.S. forces in Iraq going back to the height of the Iraq War. Andrew Exum
Soleimani is responsible for the Iranian military terror reign across the Middle East. Many Arab Muslims across the region are celebrating today. Unfortunately, many US Democrats are not. Instead, they are criticizing President Trump. If the death of Soleimani leads to any escalation, it is the Islamic regime of Iran that is to blame. The same Islamic terror regime that past President Obama wanted to align as the US closest ally in the Middle East, handing them the disastrous nuclear deal, as well as billions of dollars in cash. As Iran considers the US “big satan” and Israel as “little satan”, Israel is on high alert for any Iranian attacks in retaliation. Iran has always viewed an attack on Israeli interests as an attack on the USA. Avi Abelow
The successful operation against Qassem Suleimani, head of the Islamic Revolutionary Guard Corps, is a stunning blow to international terrorism and a reassertion of American might. (…) President Trump has conditioned his policies on Iranian behavior. When Iran spread its malign influence, Trump acted to check it. When Iran struck, Trump hit back: never disproportionately, never definitively. He left open the possibility of negotiations. He doesn’t want to have the greater Middle East — whether Libya, Syria, Iraq, Iran, Yemen, or Afghanistan — dominate his presidency the way it dominated those of Barack Obama and George W. Bush. America no longer needs Middle Eastern oil. Best to keep the region on the back burner and watch it so it doesn’t boil over. Do not overcommit resources to this underdeveloped, war-torn, sectarian land. The result was reciprocal antagonism. In 2018, Trump withdrew the United States from the Joint Comprehensive Plan of Action negotiated by his predecessor. He began jacking up sanctions. The Iranian economy turned to a shambles. This “maximum pressure” campaign of economic warfare deprived the Iranian war machine of revenue and drove a wedge between the Iranian public and the Iranian government. Trump offered the opportunity to negotiate a new agreement. Iran refused. And began to lash out. Last June, Iran’s fingerprints were all over two oil tankers that exploded in the Persian Gulf. Trump tightened the screws. Iran downed a U.S. drone. Trump called off a military strike at the last minute and responded indirectly, with more sanctions, cyber attacks, and additional troop deployments to the region. Last September a drone fleet launched by Iranian proxies in Yemen devastated the Aramco oil facility in Abqaiq, Saudi Arabia. Trump responded as he had to previous incidents: nonviolently. Iran slowly brought the region to a boil. First it hit boats, then drones, then the key infrastructure of a critical ally. On December 27 it went further: Members of the Kataib Hezbollah militia launched rockets at a U.S. installation near Kirkuk, Iraq. Four U.S. soldiers were wounded. An American contractor was killed. Destroying physical objects merited economic sanctions and cyber intrusions. Ending lives required a lethal response. It arrived on December 29 when F-15s pounded five Kataib Hezbollah facilities across Iraq and Syria. At least 25 militiamen were killed. Then, when Kataib Hezbollah and other Iran-backed militias organized a mob to storm the U.S. embassy in Baghdad, setting fire to the grounds, America made a show of force and threatened severe reprisals. The angry crowd melted away. The risk to the U.S. embassy — and the possibility of another Benghazi — must have angered Trump. “The game has changed,” Secretary of Defense Mark Esper said hours before the assassination of Soleimani at Baghdad airport. (…) Deterrence, says Fred Kagan of the American Enterprise Institute, is credibly holding at risk something your adversary holds dear. If the reports out of Iraq are true, President Trump has put at risk the entirety of the Iranian imperial enterprise even as his maximum-pressure campaign strangles the Iranian economy and fosters domestic unrest. That will get the ayatollah’s attention. And now the United States must prepare for his answer. The bombs over Baghdad? That was Trump calling Khamenei’s bluff. The game has changed. But it isn’t over. Matthew Continetti
D’un point de vue fonctionnel, [Soleimani] était responsable de la force al-Qods des Gardiens de la Révolution, c’est-à-dire de l’ensemble des opérations menées par l’Iran dans toute la région. Cet homme avait beaucoup de secrets. Il était l’un des vecteurs, sinon le vecteur principal, du déploiement de l’influence de l’Iran. Je ne suis pas de ceux qui pensent qu’il y a une volonté expansionniste de l’Iran, mais Téhéran a développé des réseaux d’influence et c’est probablement Soleimani qui avait la haute main sur ceux-ci. Sur tous les terrains chauds de la région où l’Iran a une influence, on retrouve le général Soleimani. Il avait été localisé en Syrie ces dernières années, ce qui indique que la coordination des opérations des milices chiites dans le pays était sous sa responsabilité. Le fait qu’il ait été assassiné à Bagdad cette nuit prouve qu’il avait une importance logistique sur la coordination des milices en Irak. (…) Il ne faut pas sous-estimer l’importance de cette décision irresponsable de Donald Trump. Depuis le retrait unilatéral des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire, en mai 2018, les tensions avec l’Iran se sont accrues. Ce qui était très important, c’est que ces tensions étaient mesurées, sous contrôle. Elles avaient un fort impact sur la vie quotidienne des Iraniens. Pour autant, il n’y avait pas beaucoup de dérapages militaires : quelques incidents dans le golfe, le bombardement de sites pétroliers en Arabie-Saoudite. C’était un combat à fleuret moucheté. Personne ne franchissait la ligne rouge. Je crains fort qu’elle ait été franchie par cette décision, en raison de la qualité de la cible et de son importance dans le dispositif régional iranien. Les tensions s’étaient ravivées au cours des dernières heures, avec le siège de l’ambassade américaine à Bagdad, sans nul doute mené par les milices iraniennes. Il est évident que Soleimani a tenu un rôle. Cette prise d’assaut venait à la suite d’attaques ciblées des Etats-Unis. (…) Cela s’explique par le manque de sang-froid de Donald Trump. Ce matin, les démocrates s’insurgent, car cette décision a été prise sans concertation. C’est une décision à l’emporte-pièce, il a été sans doute un peu excité par les va-t-en-guerre de son camp, comme le secrétaire d’Etat Mike Pompeo, qui prône une ligne dure contre l’Iran. On y est presque. (…) Les Iraniens ne vont pas rester les deux pieds dans le même sabot. Je ne sais pas de quelles manières ils réagiront, ni où et quand. Ce ne sera sans doute pas tout de suite, mais nul doute qu’ils réagiront. Nous sommes dans une nouvelle séquence, ouverte par cet assassinat ciblé, réalisé au mépris de toutes les conventions internationales. Je ne maîtrise pas tous les paramètres, mais, à chaud, je peux imaginer qu’il y aura une recrudescence d’action militaire contre des objectifs américains, des bases militaires, des ambassades ou des intérêts sur place. Il y a également des risques pour Israël, qui sera peut-être une cible. Les milices pro-iraniennes déployées en Syrie ont une capacité de feu contre des villes israéliennes. Dans la région, il va y avoir un regain de mobilisation de toutes les forces proches de l’Iran, en Irak, au Liban et en Syrie. Je ne veux pas dire qu’il y a un risque d’embrasement général, je n’en sais rien, ce n’est pas la peine d’alimenter le fantasme. Mais la situation est infiniment préoccupante. Il y aura des conséquences, même si on ne sait pas bien les mesurer. (…) Une action sur le détroit d’Ormuz [où transitent de nombreux pétroliers] peut faire partie des mesures mises en œuvre par les Iraniens. Ils peuvent bloquer ou menacer de bloquer. Je ne pense pas qu’ils feront un blocage complet : les Iraniens font de la politique et ils savent que cela se retournerait contre eux. Mais il peut y avoir quelques arraisonnements de navires pétroliers et les cours du pétrole pourraient monter, même si cela n’avait pas été le cas après les incidents de l’été dernier dans le détroit. Didier Billion

Attention: une décision irresponsable peut en cacher une autre !

A l’heure où …

Après les attaques de pétroliers, la destruction d’installations pétrolières saoudiennes et les roquettes sur des bases américaines ayant entrainé la mort d’un citoyen américain …

Et avant sa brillante élimination par les forces américaines …

Le cerveau du dispositif terroriste des mollahs au Moyen-Orient préparait une possible deuxième attaque de l’ambassade américaine à Bagdad …

Pendant que la rue arabe comme la rue iranienne peinent à cacher leur joie …

Devinez quelle « décision irresponsable » dénoncent le parti démocrate américain, nos médias ou nos prétendus spécialistes ?

Mort du général Soleimani : « C’est une décision irresponsable de Donald Trump », estime un spécialiste de la région
Interrogé par franceinfo, Didier Billion, directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégique (Iris), spécialiste du Moyen-Orient, redoute qu’une « ligne rouge » ait été franchie.
Propos recueillis par Thomas Baïetto
France Télévisions
03/01/202

Qassem Soleimani est mort. Cet influent général iranien a été tué, vendredi 3 janvier, par une frappe américaine contre son convoi qui circulait sur l’aéroport de Bagdad (Irak). Cette élimination, ordonnée par le président américain Donald Trump, fait craindre une nouvelle escalade militaire dans la région.

Pour franceinfo, Didier Billion, directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et spécialiste du Moyen-Orient, analyse les possibles conséquences de cette mort.

Franceinfo : Pouvez-vous nous rappeler le rôle de Qassem Soleimani dans le régime iranien ?

Didier Billion : D’un point de vue fonctionnel, il était responsable de la force al-Qods des Gardiens de la Révolution, c’est-à-dire de l’ensemble des opérations menées par l’Iran dans toute la région. Cet homme avait beaucoup de secrets. Il était l’un des vecteurs, sinon le vecteur principal, du déploiement de l’influence de l’Iran. Je ne suis pas de ceux qui pensent qu’il y a une volonté expansionniste de l’Iran, mais Téhéran a développé des réseaux d’influence et c’est probablement Soleimani qui avait la haute main sur ceux-ci.

Sur tous les terrains chauds de la région où l’Iran a une influence, on retrouve le général Soleimani.Didier Billion à franceinfo

Il avait été localisé en Syrie ces dernières années, ce qui indique que la coordination des opérations des milices chiites dans le pays était sous sa responsabilité. Le fait qu’il ait été assassiné à Bagdad cette nuit prouve qu’il avait une importance logistique sur la coordination des milices en Irak.

Comment analysez-vous la décision des Etats-Unis de le tuer ?

Il ne faut pas sous-estimer l’importance de cette décision irresponsable de Donald Trump. Depuis le retrait unilatéral des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire, en mai 2018, les tensions avec l’Iran se sont accrues. Ce qui était très important, c’est que ces tensions étaient mesurées, sous contrôle. Elles avaient un fort impact sur la vie quotidienne des Iraniens. Pour autant, il n’y avait pas beaucoup de dérapages militaires : quelques incidents dans le golfe, le bombardement de sites pétroliers en Arabie-Saoudite. C’était un combat à fleuret moucheté. Personne ne franchissait la ligne rouge.

Je crains fort qu’elle ait été franchie par cette décision, en raison de la qualité de la cible et de son importance dans le dispositif régional iranien. Les tensions s’étaient ravivées au cours des dernières heures, avec le siège de l’ambassade américaine à Bagdad, sans nul doute mené par les milices iraniennes. Il est évident que Soleimani a tenu un rôle. Cette prise d’assaut venait à la suite d’attaques ciblées des Etats-Unis.

Tout indiquait une montée en tension, mais là, ce n’est pas seulement un mort de plus, c’est très important.Didier Billionà franceinfo

Cela s’explique par le manque de sang-froid de Donald Trump. Ce matin, les démocrates s’insurgent, car cette décision a été prise sans concertation. C’est une décision à l’emporte-pièce, il a été sans doute un peu excité par les va-t-en-guerre de son camp, comme le secrétaire d’Etat Mike Pompeo, qui prône une ligne dure contre l’Iran. On y est presque.

A quelles réactions peut-on s’attendre de la part de l’Iran ?

Les Iraniens ne vont pas rester les deux pieds dans le même sabot. Je ne sais pas de quelles manières ils réagiront, ni où et quand. Ce ne sera sans doute pas tout de suite, mais nul doute qu’ils réagiront. Nous sommes dans une nouvelle séquence, ouverte par cet assassinat ciblé, réalisé au mépris de toutes les conventions internationales. Je ne maîtrise pas tous les paramètres, mais, à chaud, je peux imaginer qu’il y aura une recrudescence d’action militaire contre des objectifs américains, des bases militaires, des ambassades ou des intérêts sur place.

Il y a également des risques pour Israël, qui sera peut-être une cible. Les milices pro-iraniennes déployées en Syrie ont une capacité de feu contre des villes israéliennes. Dans la région, il va y avoir un regain de mobilisation de toutes les forces proches de l’Iran, en Irak, au Liban et en Syrie. Je ne veux pas dire qu’il y a un risque d’embrasement général, je n’en sais rien, ce n’est pas la peine d’alimenter le fantasme. Mais la situation est infiniment préoccupante. Il y aura des conséquences, même si on ne sait pas bien les mesurer.

Peut-on s’attendre à des conséquences économiques ?

Une action sur le détroit d’Ormuz [où transitent de nombreux pétroliers] peut faire partie des mesures mises en œuvre par les Iraniens. Ils peuvent bloquer ou menacer de bloquer. Je ne pense pas qu’ils feront un blocage complet : les Iraniens font de la politique et ils savent que cela se retournerait contre eux. Mais il peut y avoir quelques arraisonnements de navires pétroliers et les cours du pétrole pourraient monter, même si cela n’avait pas été le cas après les incidents de l’été dernier dans le détroit.

Voir aussi:

Mort de Soleimani : l’Iran menace, la scène internationale s’inquiète
Le puissant général Qassem Soleimani a été tué à Bagdad. L’ambassade américaine à Bagdad a appelé ses ressortissants à quitter l’Irak « immédiatement ».
Le Point/AFP
03/01/2020

C’est certainement un moment clé du conflit qui oppose les États-Unis à l’Iran. Le puissant général Qassem Soleimani a été tué, jeudi 2 janvier, dans un raid américain à Bagdad, trois jours après une attaque inédite contre l’ambassade américaine. Le général Soleimani « n’a eu que ce qu’il méritait », a abondé le sénateur républicain Tom Cotton. Rapidement, des ténors républicains se sont félicités de ce raid ordonné par Trump. Une attaque dénoncée par ses adversaires démocrates, dont son potentiel rival à la présidentielle, Joe Biden.

Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a interrompu vendredi son voyage officiel en Grèce afin de rentrer en Israël, a indiqué son bureau à l’Agence France-Presse. Benyamin Netanyahou, arrivé à Athènes jeudi où il a signé un accord avec Chypre et la Grèce en faveur d’un projet de gazoduc, devait rester dans ce pays jusqu’à samedi, mais il a écourté son voyage après l’annonce du décès de Qassem Soleimani, chef des forces iraniennes al-Qods souvent accusées par Israël de préparer des attaques contre l’État hébreu.

La France a plaidé pour la « stabilité »

Le chef du mouvement chiite libanais Hezbollah, grand allié de l’Iran, a promis « le juste châtiment » aux « assassins criminels » responsables de la mort du général iranien Qassem Soleimani. « Apporter le juste châtiment aux assassins criminels […] sera la responsabilité et la tâche de tous les résistants et combattants à travers le monde », a promis dans un communiqué le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui utilise généralement le terme de « Résistance » pour désigner son organisation et ses alliés.

De son côté, la France a plaidé pour la « stabilité » au Moyen-Orient estimant, par la voix d’Amélie de Montchalin, secrétaire d’État aux Affaires européennes, que « l’escalade militaire [était] toujours dangereuse ». « On se réveille dans un monde plus dangereux. L’escalade militaire est toujours dangereuse », a-t-elle déclaré au micro de RTL. « Quand de telles opérations ont lieu, on voit bien que l’escalade est en marche alors que nous souhaitons avant tout la stabilité et la désescalade », a-t-elle ajouté.

Le ministre britannique des Affaires étrangères, Dominic Raab, a appelé « toutes les parties à la désescalade ». « Nous avons toujours reconnu la menace agressive posée par la force iranienne Qods dirigée par Qassem Soleimani. Après sa mort, nous exhortons toutes les parties à la désescalade. Un autre conflit n’est aucunement dans notre intérêt », a déclaré le chef de la diplomatie britannique dans un communiqué.

Éviter une « escalade des tensions »

La Chine a fait part de sa « préoccupation » et a appelé au « calme ». La Chine est l’un des pays signataires de l’accord sur le nucléaire iranien, dont les États-Unis se sont retirés unilatéralement en 2018, et l’un des principaux importateurs de brut iranien. « Nous demandons instamment à toutes les parties concernées, en particulier aux États-Unis, de garder leur calme et de faire preuve de retenue afin d’éviter une nouvelle escalade des tensions », a indiqué devant la presse un porte-parole de la diplomatie chinoise, Geng Shuang.

La Russie a mis en garde contre les conséquences de l’assassinat ciblé à Bagdad du général iranien Qassem Soleimani, une frappe américaine « hasardeuse » qui va se traduire par un « accroissement des tensions dans la région ». « L’assassinat de Soleimani […] est un palier hasardeux qui va mener à l’accroissement des tensions dans la région », a déclaré le ministère russe des Affaires étrangères, cité par les agences RIA Novosti et TASS. « Soleimani servait fidèlement les intérêts de l’Iran. Nous présentons nos sincères condoléances au peuple iranien », a-t-il ajouté.

Les ressortissants américains en Irak appelés à fuir

L’assassinat ciblé du général iranien Qassem Soleimani représente « une escalade dangereuse dans la violence », a déclaré, vendredi, la présidente de la Chambre des représentants, la démocrate Nancy Pelosi. « L’Amérique et le monde ne peuvent pas se permettre une escalade des tensions qui atteigne un point de non-retour », a estimé Nancy Pelosi dans un communiqué.

Le pouvoir syrien a dénoncé la « lâche agression américaine » y voyant une « grave escalade » pour le Moyen-Orient, a rapporté l’agence officielle Sana. La Syrie est certaine que cette « lâche agression américaine […] ne fera que renforcer la détermination à suivre le modèle de ces chefs de la résistance », souligne une source du ministère des Affaires étrangères à Damas citée par Sana.

L’ambassade américaine à Bagdad a appelé ses ressortissants à quitter l’Irak « immédiatement ». La chancellerie conseille vivement aux Américains en Irak de partir « par avion tant que cela est possible », alors que le raid a eu lieu dans l’enceinte même de l’aéroport de Bagdad, « sinon vers d’autres pays par voie terrestre ». Les principaux postes-frontières de l’Irak mènent vers l’Iran et la Syrie en guerre, alors que d’autres points de passage existent vers l’Arabie saoudite et la Turquie.

« Une guerre dévastatrice en Irak »

Le Premier ministre démissionnaire irakien Adel Abdel Mahdi a estimé que le raid allait « déclencher une guerre dévastatrice en Irak ». « L’assassinat d’un commandant militaire irakien occupant un poste officiel est une agression contre l’Irak, son État, son gouvernement et son peuple », affirme Adel Abdel Mahdi dans un communiqué, alors qu’Abou Mehdi al-Mouhandis est le numéro deux du Hachd al-Chaabi, une coalition de paramilitaires pro-Iran intégrée à l’État. « Régler ses comptes contre des personnalités dirigeantes irakiennes ou d’un pays ami sur le sol irakien […] constitue une violation flagrante des conditions autorisant la présence des troupes américaines », ajoute le texte.

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, s’est engagé vendredi à « venger » la mort du puissant général iranien Qassem Soleimani, tué plus tôt dans un raid américain à Bagdad, et a décrété un deuil national de trois jours dans son pays. « Le martyre est la récompense de son inlassable travail durant toutes ces années. […] Si Dieu le veut, son œuvre et son chemin ne s’arrêteront pas là, et une vengeance implacable attend les criminels qui ont empli leurs mains de son sang et de celui des autres martyrs », a dit l’ayatollah Khamenei sur son compte Twitter en farsi.

L’Iran promet une vengeance

L’Iran et les « nations libres de la région » se vengeront des États-Unis après la mort du puissant général iranien Qassem Soleimani, a promis le président Hassan Rohani. « Il n’y a aucun doute sur le fait que la grande nation d’Iran et les autres nations libres de la région prendront leur revanche sur l’Amérique criminelle pour cet horrible meurtre », a déclaré Hassan Rohani dans un communiqué publié sur le site du gouvernement.

Qaïs al-Khazali, un commandant de la coalition pro-iranienne en Irak, a appelé « tous les combattants » à se « tenir prêts », quelques heures après l’assassinat par les Américains du général iranien Qassem Soleimani à Bagdad. « Que tous les combattants résistants se tiennent prêts, car ce qui nous attend, c’est une conquête proche et une grande victoire », a écrit Qaïs al-Khazali, chef d’Assaïb Ahl al-Haq, l’une des plus importantes factions du Hachd al-Chaabi qui regroupe les paramilitaires pro-Iran sous la tutelle de l’État irakien, dans une lettre manuscrite dont l’Agence France-Presse a pu consulter une copie.

Les républicains serrent les rangs

« J’apprécie l’action courageuse du président Donald Trump contre l’agression iranienne », a salué sur Twitter l’influent sénateur républicain Lindsey Graham, proche allié du président peu après la confirmation par le Pentagone que le locataire de la Maison-Blanche avait donné l’ordre de tuer le général iranien Qassem Soleimani, dans un raid à Bagdad. « Au gouvernement iranien : si vous en voulez plus, vous en aurez plus », a-t-il menacé, avant d’ajouter : « Si l’agression iranienne se poursuit et que je travaillais dans une raffinerie iranienne de pétrole, je songerais à une reconversion. »

Comme cet élu de Caroline du Sud, les républicains serraient les rangs jeudi soir derrière la stratégie du président américain. « Les actions défensives que les États-Unis ont prises contre l’Iran et ses mandataires sont conformes aux avertissements clairs qu’ils ont reçus. Ils ont choisi d’ignorer ces avertissements parce qu’ils croyaient que le président des États-Unis était empêché d’agir en raison de nos divisions politiques internes. Ils ont extrêmement mal évalué », a également salué le sénateur républicain Marco Rubio.

« Un bâton de dynamite »

Dans l’autre camp, les adversaires démocrates du président qui ont approuvé le mois dernier à la Chambre basse du Congrès son renvoi en procès pour destitution ont dénoncé le bombardement et les risques d’escalade avec l’Iran. « Le président Trump vient de jeter un bâton de dynamite dans une poudrière, et il doit au peuple américain une explication », a dénoncé l’ancien vice-président Joe Biden, en lice pour la primaire démocrate en vue de l’élection présidentielle de novembre. « C’est une énorme escalade dans une région déjà dangereuse », a-t-il insisté, dans un communiqué.

« La dangereuse escalade de Trump nous amène plus près d’une autre guerre désastreuse au Moyen-Orient », a dénoncé Bernie Sanders, autre favori de la primaire démocrate. « Trump a promis de terminer les guerres sans fin, mais cette action nous met sur le chemin d’une autre », a poursuivi le sénateur indépendant.

« Un affront aux pouvoirs du Congrès »

Le chef démocrate de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants a déploré que Donald Trump n’ait pas notifié le Congrès américain du raid mené en Irak. « Mener une action de cette gravité sans impliquer le Congrès soulève de graves problèmes légaux et constitue un affront aux pouvoirs du Congrès », a écrit dans un communiqué Eliot Engel.

« D’accord, il ne fait aucun doute que Soleimani a beaucoup de sang sur les mains. Mais c’est un moment vraiment effrayant. L’Iran va réagir et probablement à différents endroits. Pensée à tout le personnel américain dans la région en ce moment », a, quant à lui, estimé Ben Rhodes, ancien proche conseiller de Barack Obama. « Un président qui a juré de tenir les États-Unis à l’écart d’une autre guerre au Moyen-Orient vient dans les faits de faire une déclaration de guerre », a réagi le président de l’organisation International Crisis Group Robert Malley.

Voir également:

Frappe américaine : « Pour l’Iranien lambda, le général Soleimani était un monstre »
Propos recueillis par Alain Léauthier
Marianne
03/01/2020

Le puissant général iranien Qassem Soleimani a été éliminé ce vendredi 3 janvier, dans un raid américain sur l’aéroport de Bagdad. Y’a-t-il un risque d’escalade et de guerre ouverte avec les Etats-Unis ? Décryptage avec Mahnaz Shirali, chercheuse iranienne à Sciences Po.

Au fou ! Quelques heures après l’élimination spectaculaire, tôt dans la matinée de ce vendredi 3 janvier, du général Qassem Soleimani, le chef des opérations extérieures (la force al-Qods) des Gardiens de la Révolution iranienne et pilier du régime des mollahs, nombre de chancelleries étrangères condamnaient à demi-mot le raid aérien ciblé ordonné par Donald Trump. « On se réveille dans un monde plus dangereux (…) et l’escalade militaire est toujours dangereuse », a ainsi benoitement déclaré Amélie de Montchalin, la secrétaire d’État française aux Affaires européennes.

En Irak même, l’ex Premier ministre Adel Abdoul Mahdi, proche de Téhéran et obligé de démissionner en décembre sous la pression de la rue, a dénoncé une « atteinte aux conditions de la présence américaine en Irak et atteinte à la souveraineté du pays », allant jusqu’à qualifier d’ « assassinat » la frappe qui a également coûté la vie à Abou Mehdi al-Mouhandis, le numéro deux du Hachd al-Chaabi, une coalition de paramilitaires pro-Iran, désormais intégrés à l’Etat irakien et très actifs dans la tentative d’assaut de l’ambassade américaine à Bagdad il y a trois jours. Dans un tweet musclé, le secrétaire d’État Mike Pompéo l’avait clairement désigné comme un des responsables des évènements ainsi que Qaïs al-Khazali, fondateur de la milice chiite Assaïb Ahl al-Haq, une des factions du Hachd al-Chaabi.

Les mollahs disposent d’une grande variété de relais pour semer le chaos dans la région

Ce dernier ne se trouvait pas dans le convoi visé par la frappe létale et a lancé un appel au djihad – « Que tous les combattants résistants se tiennent prêts car ce qui nous attend, c’est une conquête proche et une grande victoire » – relayant une déclaration tonitruante de l’ayatollah Ali Khamenei. Dans un tweet, le guide suprême iranien a promis une « vengeance implacable » aux « criminels qui ont empli leurs mains de son sang et de celui des autres martyrs », menace sur laquelle s’est aussitôt calé le président Hassan Rohani, longtemps présenté comme le chef de file des « modérés » et réformateurs.

Les dignitaires de la République islamique ne pouvaient guère faire moins à l’issue de plusieurs mois de tensions et d’accrochages indirects qui ont culminé vendredi 27 décembre avec la mort d’un sous-traitant américain lors d’une énième attaque à la roquette contre une base militaire, située cette fois à Kirkouk, dans le nord de l’Irak, en pleine zone pétrolière.

Deux jours plus tard, les avions américains avaient répliqué en bombardant des garnisons des brigades du Hezbollah, autre faction pro-iranienne à la solde de Qassem Soleimani, et c’est autour du cortège funéraire des vingt-cinq « martyrs » tombés ce jour-là qu’avait débuté l’assaut contre l’ambassade des Etats-Unis à Bagdad. En attendant les éventuelles représailles iraniennes, les Etats-Unis ont encouragé leurs ressortissants à quitter au plus vite le sol irakien, tâche qui ne sera pas forcément des plus aisées, et les forces israéliennes ont été placées en état d’alerte maximal. Si une confrontation directe semble pour l’heure exclue, du Yemen au Liban en passant par la Syrie et bien sûr l’Irak, les mollahs disposent d’une grande variété de relais pour semer le chaos dans la région, à l’image du bombardement téléguidé d’installations pétrolières dans l’est de l’Arabie saoudite en septembre dernier.

Aux Etats-Unis, à en croire les commentaires alarmistes de Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, et ceux d’une presse lui reprochant déjà des vacances prolongées en Floride alors qu’il met le feu aux poudres, Donald Trump aurait montré une fois de plus l’incohérence de sa politique étrangère. Traître à la cause des Kurdes un jour mais jouant les apprentis sorciers un autre. Tel n’est pourtant pas tout à fait le sentiment de la chercheuse iranienne Mahnaz Shirali, enseignante à Science-Po, dans l’entretien qu’elle nous accorde ce vendredi.


Marianne : Quelle est votre première réaction après la mort de Qassem Soleimani ?

Mahnaz Shirali : C’est d’abord l’Iranienne qui va vous répondre et celle-là ne peut que se réjouir de ce qui s’est passé. Je parle en mon nom mais je peux vous l’assurer aussi au nom de millions d’Iraniens, probablement la majorité d’entre eux : cet homme était haï, il incarnait le mal absolu ! Je suis révoltée par les commentaires que j’ai entendus venant de certains pseudo-spécialistes de l’Iran, le présentant sur une chaîne de télévision comme un individu charismatique et populaire. Il faut ne rien connaître et ne rien comprendre à ce pays pour tenir ce genre de sottises. Pour l’Iranien lambda, Soleimani était un monstre, ce qui se fait de pire dans la République islamique.

C’est un coup dur pour le régime ?

Évidemment, Soleimani en était un élément essentiel, aussi puissant que Khameini et ce n’est pas de la propagande que d’affirmer que sa mort ne choque presque personne.

A quoi peut-on s’attendre ?

Je ne suis pas dans le secret des généraux iraniens mais une simple observatrice informée. Le régime est aux abois depuis des mois, totalement isolé. Ils savent qu’ils n’ont pas d’avenir, la rue et le peuple n’en veulent plus, ils ne peuvent pas vraiment compter sur l’Union européenne et pas plus sur la Chine. Ils n’ont aucun avenir et c’est ce qui rend la situation particulièrement dangereuse car ils sont dans une logique suicidaire.

Les mollahs ont accumulé des fortunes à l’étranger. Ne voudront-ils pas préserver leurs acquis financiers ?

En réalité, ils ont tout perdu et ne peuvent plus sortir du pays pour s’installer à l’étranger car des mandats ont été lancés contre la plupart d’entre eux. Les sanctions ont asséché la manne des pétrodollars et c’est essentiel car il n’y avait pas d’adhésion idéologique à ce régime.

Est-ce à dire que ligne suivi par Trump sur la question iranienne et durement critiquée par de nombreux experts, peut se révéler positive ?

Je ne suis pas compétente pour juger de la politique de Donald Trump. Je peux juste faire quelques observations. Il a considérablement affaibli ce régime, comme jamais auparavant, et peut-être même a-t-il signé leur arrêt de mort. Nous verrons. Lors des manifestations populaires, à Téhéran et dans d’autre villes, les noms de Khameini, de Rohani, de Soleimani étaient hués. Il n’y a jamais eu de slogans anti-Trump ou contre les Etats-Unis.

Mais la situation désormais est explosive…

Probablement oui, hélas, ils n’abandonneront pas le pouvoir tranquillement, j’en suis convaincue.

Voir de même:

Soleimani : La rue iranienne félicite Trump
Iran Resist
03.01.2020

Trump dit avoir mis à mort le Vador immortel des mollahs, Qassem Soleimani. Les adversaires de Trump le blâment. La France s’est jointe à eux par l’intermédiaire de Malbrunot. Mais les Iraniens sont heureux et se félicitent de cette mort et félicitent Trump comme le montre ce slogan écrit dans un quartier chic de Téhéran : Trump Damet garm ! Trump ! Reste en forme !

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Par ailleurs, à Kermanshâh (Kurdistan iranien), les gens ont fait un gâteau pour une fête en honneur de l’élimination de Hadj Ghassem Soleimani. Dans une vidéo faisant part de cette initiative, un homme qui partage le gâteau fait référence à Soleimani en utilisant son sobriquet de Shash Ghassem (pisseux Ghassem) !

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Il y a d’autres vidéos ou images du même genre.

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D’autres opposants en exil appellent aussi les ambassades du régime pour faire part de leur joie et leurs interlocuteurs ne prennent pas la peine de protester !

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Il y a aussi des scènes de joie en Irak et en Syrie !

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Contrairement aux prédictions des Malbrunot & co (voix du Quai d’Orsay), le Moyen-Orient ne va pas basculer dans le chaos pro-mollahs ! Les Français feraient mieux de changer de discours et suivre les peuples de la région au lieu de suivre leurs ennemis par aversion pour Trump ou par jalousie pour ses succès.

Trump Damet garm !

Voir de plus:

Petraeus Says Trump May Have Helped ‘Reestablish Deterrence’ by Killing Suleimani
The former U.S. commander and CIA director says Iran’s “very fragile” situation may limit its response.
Lara Seligman
Foreign policy
January 3, 2020

As a former commander of U.S. forces in Iraq and Afghanistan and a former CIA director, retired Gen. David Petraeus is keenly familiar with Qassem Suleimani, the powerful chief of Iran’s Quds Force, who was killed in a U.S. airstrike in Baghdad Friday morning.

After months of a muted U.S. response to Tehran’s repeated lashing out—the downing of a U.S. military drone, a devastating attack on Saudi oil infrastructure, and more—Suleimani’s killing was designed to send a pointed message to the regime that the United States will not tolerate continued provocation, he said.

Petraeus spoke to Foreign Policy on Friday about the implications of an action he called “more significant than the killing of Osama bin Laden.” This interview has been edited for clarity and length.

Foreign Policy: What impact will the killing of Gen. Suleimani have on regional tensions?

David Petraeus: It is impossible to overstate the importance of this particular action. It is more significant than the killing of Osama bin Laden or even the death of [Islamic State leader Abu Bakr] al-Baghdadi. Suleimani was the architect and operational commander of the Iranian effort to solidify control of the so-called Shia crescent, stretching from Iran to Iraq through Syria into southern Lebanon. He is responsible for providing explosives, projectiles, and arms and other munitions that killed well over 600 American soldiers and many more of our coalition and Iraqi partners just in Iraq, as well as in many other countries such as Syria. So his death is of enormous significance.

The question of course is how does Iran respond in terms of direct action by its military and Revolutionary Guard Corps forces? And how does it direct its proxies—the Iranian-supported Shia militia in Iraq and Syria and southern Lebanon, and throughout the world?

FP: Two previous administrations have reportedly considered this course of action and dismissed it. Why did Trump act now?

DP: The reasoning seems to be to show in the most significant way possible that the U.S. is just not going to allow the continued violence—the rocketing of our bases, the killing of an American contractor, the attacks on shipping, on unarmed drones—without a very significant response.

Many people had rightly questioned whether American deterrence had eroded somewhat because of the relatively insignificant responses to the earlier actions. This clearly was of vastly greater importance. Of course it also, per the Defense Department statement, was a defensive action given the reported planning and contingencies that Suleimani was going to Iraq to discuss and presumably approve.

This was in response to the killing of an American contractor, the wounding of American forces, and just a sense of how this could go downhill from here if the Iranians don’t realize that this cannot continue.

FP: Do you think this response was proportionate?

DP: It was a defensive response and this is, again, of enormous consequence and significance. But now the question is: How does Iran respond with its own forces and its proxies, and then what does that lead the U.S. to do?

Iran is in a very precarious economic situation, it is very fragile domestically—they’ve killed many, many hundreds if not thousands of Iranian citizens who were demonstrating on the streets of Iran in response to the dismal economic situation and the mismanagement and corruption. I just don’t see the Iranians as anywhere near as supportive of the regime at this point as they were decades ago during the Iran-Iraq War. Clearly the supreme leader has to consider that as Iran considers the potential responses to what the U.S. has done.

It will be interesting now to see if there is a U.S. diplomatic initiative to reach out to Iran and to say, “Okay, the next move could be strikes against your oil infrastructure and your forces in your country—where does that end?”

FP: Will Iran consider this an act of war?

DP: I don’t know what that means, to be truthful. They clearly recognize how very significant it was. But as to the definition—is a cyberattack an act of war? No one can ever answer that. We haven’t declared war, but we have taken a very, very significant action.

FP: How prepared is the U.S. to protect its forces in the region?

DP: We’ve taken numerous actions to augment our air defenses in the region, our offensive capabilities in the region, in terms of general purpose and special operations forces and air assets. The Pentagon has considered the implications the potential consequences and has done a great deal to mitigate the risks—although you can’t fully mitigate the potential risks.

FP: Do you think the decision to conduct this attack on Iraqi soil was overly provocative?

DP: Again what was the alternative? Do it in Iran? Think of the implications of that. This is the most formidable adversary that we have faced for decades. He is a combination of CIA director, JSOC [Joint Special Operations Command] commander, and special presidential envoy for the region. This is a very significant effort to reestablish deterrence, which obviously had not been shored up by the relatively insignificant responses up until now.

FP: What is the likelihood that there will be an all-out war?

DP: Obviously all sides will suffer if this becomes a wider war, but Iran has to be very worried that—in the state of its economy, the significant popular unrest and demonstrations against the regime—that this is a real threat to the regime in a way that we have not seen prior to this.

FP: Given the maximum pressure campaign that has crippled its economy, the designation of the Islamic Revolutionary Guard Corps as a terrorist organization, and now this assassination, what incentive does Iran have to negotiate now?

DP: The incentive would be to get out from under the sanctions, which are crippling. Could we get back to the Iran nuclear deal plus some additional actions that could address the shortcomings of the agreement?

This is a very significant escalation, and they don’t know where this goes any more than anyone else does. Yes, they can respond and they can retaliate, and that can lead to further retaliation—and that it is clear now that the administration is willing to take very substantial action. This is a pretty clarifying moment in that regard.

FP: What will Iran do to retaliate?

DP: Right now they are probably doing what anyone does in this situation: considering the menu of options. There could be actions in the gulf, in the Strait of Hormuz by proxies in the regional countries, and in other continents where the Quds Force have activities. There’s a very considerable number of potential responses by Iran, and then there’s any number of potential U.S. responses to those actions

Given the state of their economy, I think they have to be very leery, very concerned that that could actually result in the first real challenge to the regime certainly since the Iran-Iraq War.

FP: Will the Iraqi government kick the U.S. military out of Iraq?

DP: The prime minister has said that he would put forward legislation to do that, although I don’t think that the majority of Iraqi leaders want to see that given that ISIS is still a significant threat. They are keenly aware that it was not the Iranian supported militias that defeated the Islamic State, it was U.S.-enabled Iraqi armed forces and special forces that really fought the decisive battles.

Lara Seligman is a staff writer at Foreign Policy.

Voir encore:

Gen. Petraeus on Qasem Soleimani’s killing: ‘It’s impossible to overstate the significance’
The World
January 03, 2020

The United States is sending nearly 3,000 additional troops to the Middle East from the 82nd Airborne Division as a precaution amid rising threats to American forces in the region, the Pentagon said on Friday.

Iran promised vengeance after a US airstrike in Baghdad on Friday killed Qasem Soleimani, Tehran’s most prominent military commander and the architect of its growing influence in the Middle East.

The overnight attack, authorized by US President Donald Trump, was a dramatic escalation in the « shadow war » in the Middle East between Iran and the United States and its allies, principally Israel and Saudi Arabia.

As former commander of US forces in Iraq and Afghanistan and a former CIA director, retired Gen. David Petraeus is very familiar with Soleimani. He spoke to The World’s host Marco Werman about what could happen next.

Marco Werman: How did you know Qasem Soleimani?

Gen. David Petraeus: Well, he was our most significant Iranian adversary during my four years in Iraq, [and] certainly when I was the Central Command commander, and very much so when I was the director of the CIA. He is unquestionably the most significant and important — or was the most significant and important — Iranian figure in the region, the most important architect of the effort by Iran to solidify control of the Shia crescent, and the operational commander of the various initiatives that were part of that effort.

General Petraeus, did you ever interact directly or indirectly with him?

Indirectly. He sent a message to me through the president of Iraq in late March of 2008, during the battle of Basra, when we were supporting the Iraqi army forces that were battling the Shia militias in Basra that were supported, of course, by Qasem Soleimani and the Quds Force. He sent a message through the president that said, « General Petraeus, you should know that I, Qasem Soleimani, control the policy of Iran for Iraq, and also for Syria, Lebanon, Gaza and Afghanistan. »

And the implication of that was, « If you want to deal with Iran to resolve this situation in Basra, you should deal with me, not with the Iranian diplomats. » And his power only grew from that point in time. By the way, I did not — I actually told the president to tell Qasem Soleimani to pound sand.

So why do you suppose this happened now, though?

Well, I suspect that the leaders in Washington were seeking to reestablish deterrence, which clearly had eroded to some degree, perhaps by the relatively insignificant actions in response to these strikes on the Abqaiq oil facility in Saudi Arabia, shipping in the Gulf and our $130 million dollar drone that was shot down. And we had seen increased numbers of attacks against US forces in Iraq. So I’m sure that there was a lot of discussion about what could show the Iranians most significantly that we are really serious, that they should not continue to escalate.

Now, obviously, there is a menu of options that they have now and not just in terms of direct Iranian action against perhaps our large bases in the various Gulf states, shipping in the Gulf, but also through proxy actions — and not just in the region, but even in places such as Latin America and Africa and Europe.

Would you have recommended this course of action right now?

I’d hesitate to answer that just because I am not privy to the intelligence that was the foundation for the decision, which clearly was, as was announced, this was a defensive action, that Soleimani was going into the country to presumably approve further attacks. Without really being in the inner circle on that, I think it’s very difficult to either second-guess or to even think through what the recommendation might have been.

Again, it is impossible to overstate the significance of this action. This is much more substantial than the killing of Osama bin Laden. It’s even more substantial than the killing of Baghdadi.

Final question, General Petraeus, how vulnerable are US military and civilian personnel in the Middle East right now as a result of what happened last night?

Well, my understanding is that we have significantly shored up our air defenses, our air assets, our ground defenses and so forth. There’s been the movement of a lot of forces into the region in months, not just in the past days. So there’s been a very substantial augmentation of our defensive capabilities and also our offensive capabilities.

And, you know, the question Iran has to ask itself is, « Where does this end? » If they now retaliate in a significant way — and considering how vulnerable their infrastructure and forces are at a time when their economy is in dismal shape because of the sanctions. So Iran is not in a position of strength, although it clearly has many, many options available to it, as I mentioned, not just with their armed forces and the Revolutionary Guards Corps, but also with these Quds Force-supported proxy elements throughout the region in the world.

Two short questions for what’s next, Gen. Petraeus — US remaining in Iraq, and war with Iran. What’s your best guess?

Well, I think one of the questions is, « What will the diplomatic ramifications of this be? » And again, there have been celebrations in some places in Iraq at the loss of Qasem Soleimani. So, again, there’s no tears being shed in certain parts of the country. And one has to ask what happens in the wake of the killing of the individual who had a veto, virtually, over the leadership of Iraq. What transpires now depends on the calculations of all these different elements. And certainly the US, I would assume, is considering diplomatic initiatives as well, reaching out and saying, « Okay. Does that send a sufficient message of our seriousness? Now, would you like to return to the table? » Or does Iran accelerate the nuclear program, which would, of course, precipitate something further from the United States? Very likely. So lots of calculations here. And I think we’re still very early in the deliberations on all the different ramifications of this very significant action.

Do you have confidence in this administration to kind of navigate all those calculations?

Well, I think that this particular episode has been fairly impressively handled. There’s been restraint in some of the communications methods from the White House. The Department of Defense put out, I think, a solid statement. It has taken significant actions, again, to shore up our defenses and our offensive capabilities. The question now, I think, is what is the diplomatic initiative that follows this? What will the State Department and the Secretary of State do now to try to get back to the table and reduce or end the battlefield consequences?

The flag that Donald Trump posted last night, no words. Was that restraint, do you think?

I think it was. Certainly all things are relative. And I think relative to some of his tweets that was quite restrained.

Voir enfin:

Iran’s strategic mastermind got a huge boost from the nuclear deal

The historic nuclear accord between a US-led group of countries and Iran was good news for a man who some consider to be the Middle East’s most effective covert operative.As a result of the deal, Qasem Suleimani, the commander of the Iranian Revolutionary Guards Qods Force and the general responsible for overseeing Iran’s network of proxy organizations, will be removed from European Union sanctions lists once the agreement is implemented, and taken off a UN sanctions list after eight or fewer years.

Iran obtained some key concessions as a result of the nuclear agreement, including access to an estimated $150 billion in frozen assets; the lifting of a UN arms embargo, the eventual end to sanctions related to the country’s ballistic missile program; the ability to operate over 5,000 uranium enrichment centrifuges and to run stable elements through centrifuges at the once-clandestine and heavily guarded Fordow facility; nuclear assistance from the US and its partners; and the ability to stall inspections of sensitive sites for as long as 24 days. In light of these accomplishments, the de-listing of a general responsible for coordinating anti-US militia groups in Iraq — someone who may be responsible for the deaths of US soldiers — almost seems gratuitous.

It’s unlikely that the entire deal hinged on a single Iranian officer’s ability to open bank accounts in EU states or travel within Europe. But it got into the deal anyway. So did a reprieve for Bank Saderat, which the US sanctioned in 2006 for facilitating money transfers to Iranian regime-supported terror groups like Hezbollah and Islamic Jihad. As part of the deal, Bank Saderat will leave the EU sanctions list on the same timetable as Suleimani, although it will remain under US designation.

Like Suleimani’s removal, Bank Saderat’s apparent legalization in Europe suggests that for the purposes of the deal, the US and its partners lumped a broad range of restrictions under the heading of « nuclear-related » sanctions.

Suleimani and Bank Saderat are still going to remain under US sanctions related to the Iranian regime’s human rights abuses and support for terrorism. US sanctions have broad extraterritorial reach, and the US Treasury Department has turned into the scourge of compliance desks at banks around the world. But that matters to a somewhat lesser degree inside of the EU, where companies have actually been exempted from complying with certain US « secondary sanctions » on Iran since the mid-1990s.

Any company that transacts with a US-designated individual takes on a certain degree of US legal exposure. That actually creates problem for US allies whose companies operate under less restrictive legal regimes. It’s perfectly legal under domestic law for companies in many EU countries — among the US’s closest allies — to perform transactions for certain US-listed individuals and entities. This has been the cause of some trans-Atlantic tensions in the past, with an upshot that’s of immediate relevance to the nuclear deal reached Tuesday.In 1996, the US Congress passed the Iran-Libya Sanctions Act, targeting entities in two longstanding opponents of the US. But these were countries where European companies had routinely invested. The law didn’t just sanction two unfriendly regimes — it effectively sanctioned US allies where business with both countries was legally tolerated.

The law triggered consultations between the US and the EU under the World Trade Organization’s various dispute mechanisms. Diplomatic protests forced the US and and its European allies to figure out a compromise that wouldn’t expose their companies to additional legal scrutiny or lead to an unnecessary escalation in trans-Atlantic trade barriers.

The result is that the US kept the law on the books, but scaled back their implementation in Europe. Then-President Bill Clinton « negotiated an agreement under which the United States would not impose any ISLA sanctions
on European firms – much to Congress’ dismay. »

And in November 1996, the Council of Europe adopted a resolution protecting European companies from the reach of US law. The resolution authorized « blocking recognition or enforcement of decisions or judgments giving effect to the covered laws, » effectively canceling the extraterritoriality of certain US sanctions on European soil (although legal exposure continued for European companies with enough of a US presence to put them under American jurisdiction). In past disputes, companies inside of Europe have had an EU-authorized waiver for complying with US secondary sanctions.

In a post-deal environment in which European companies are eager investors in a far less diplomatically isolated Iran, the 1996 spat could be a sign of things to come, as well as a guideline for smoothing out disputes over US sanctions enforcement in Europe.

Some time in the next few years, Qasem Suleimani will be able to travel and do business inside the EU, while a bank that’s facilitated the funding of US-listed terror group’s will be allowed to enter the European market. As part of the nuclear deal, the US and its partners bargained away much of the international leverage against some of the more problematic sectors in the Iranian regime, including entities whose wrongdoing went well beyond the nuclear realm.The result is the almost complete reversal of the sanctions regime in Europe. « If you look at the competing annexes, the European list is much more comprehensive and there are going to be significant differences between the designation lists that are maintained, » Jonathan Schanzer, vice president for research at the Foundation for Defense of Democracies, told Business Insider. « The Europeans look as if they’re about to just open up entirely to Iran. »

Iran successfully pushed for a broad definition of « nuclear-related sanctions, » and bargained hard — and effectively — for a maximal degree of sanctions relief.

And the de-listing of Bank Saderat and Qasem Suleimani, along with the late-breaking effort to classify arms trade restrictions as purely nuclear-related, demonstrates just how far the US and its partners were willing to go to close a historic nuclear deal.

Voir par ailleurs:

Iran: le général Soleimani raconte sa guerre israélo-libanaise de 2006
Le Point/AFP
01/10/2019

La télévision d’Etat iranienne a diffusé mardi soir un entretien exclusif avec le général de division Ghassem Soleimani, un haut commandant des Gardiens de la Révolution, consacré à sa présence au Liban lors du conflit israélo-libanais de l’été 2006.

L’entretien est présenté comme la première interview du général Soleimani, homme de l’ombre à la tête de la force Qods, chargée des opérations extérieures –notamment en Irak et en Syrie— des Gardiens, l’armée idéologique de la République islamique.

Au cours des quelque 90 minutes d’entretien diffusées sur la première chaîne de la télévision d’Etat, le général Soleimani explique avoir passé au Liban, avec le Hezbollah chiite libanais, l’essentiel de ce conflit ayant duré 34 jours.

Le général dit être entré au pays du Cèdre au tout début de la guerre à partir de la Syrie avec Imad Moughnieh, haut commandant militaire du Hezbollah (tué en 2008) considéré par le mouvement chiite comme l’artisan de la « victoire » contre Israël lors de ce conflit ayant fait 1.200 morts côté libanais et 160 côté israélien.

Il revient sur l’élément déclencheur de la guerre: l’attaque, le 12 juillet, d’un commando du Hezbollah parvenu « à entrer en Palestine occupée (Israël, NDLR), attaquer un (blindé) sioniste et capturer deux soldats blessés ».

Mis à part une courte mission au bout « d’une semaine » pour rendre compte de la situation au guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, et revenir au Liban le jour-même avec un message de sa part pour Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, le général dit être resté au Liban pour aider ses compagnons d’armes chiites.

Dans l’entretien, l’officier ne mentionne pas la présence d’autres Iraniens. Il livre le récit d’une expérience avant tout personnelle, au contact de Moughnieh et de M. Nasrallah.

Il raconte comment, pris sous des bombardements israéliens sur la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, il évacue avec Moughniyeh le cheikh Nasrallah de la « chambre d’opérations » où il se trouve.

Selon son récit, lui et Moughniyeh font passer le chef du Hezbollah cette nuit-là d’abri en cachette avant de revenir tous deux à leur centre de commandement.

La publication de l’interview, réalisée par le bureau de l’ayatollah Khamenei, survient quelques jours après la publication, par ce même bureau, d’une photo inédite montrant Hassan Nasrallah « au-côté » de M. Khamenei et du général Soleimani et accréditant l’idée d’une rencontre récente entre les trois hommes à Téhéran.

Voir aussi:

Trump Calls the Ayatollah’s Bluff

And scores a victory against terrorism
Matthew Continetti
National review
January 3, 2020

The successful operation against Qassem Suleimani, head of the Islamic Revolutionary Guard Corps, is a stunning blow to international terrorism and a reassertion of American might. It will also test President Trump’s Iran strategy. It is now Trump, not Ayatollah Khamenei, who has ascended a rung on the ladder of escalation by killing the military architect of Iran’s Shiite empire. For years, Iran has set the rules. It was Iran that picked the time and place of confrontation. No more.

Reciprocity has been the key to understanding Donald Trump. Whether you are a media figure or a mullah, a prime minister or a pope, he will be good to you if you are good to him. Say something mean, though, or work against his interests, and he will respond in force. It won’t be pretty. It won’t be polite. There will be fallout. But you may think twice before crossing him again.

That has been the case with Iran. President Trump has conditioned his policies on Iranian behavior. When Iran spread its malign influence, Trump acted to check it. When Iran struck, Trump hit back: never disproportionately, never definitively. He left open the possibility of negotiations. He doesn’t want to have the greater Middle East — whether Libya, Syria, Iraq, Iran, Yemen, or Afghanistan — dominate his presidency the way it dominated those of Barack Obama and George W. Bush. America no longer needs Middle Eastern oil. Best to keep the region on the back burner and watch it so it doesn’t boil over. Do not overcommit resources to this underdeveloped, war-torn, sectarian land.

The result was reciprocal antagonism. In 2018, Trump withdrew the United States from the Joint Comprehensive Plan of Action negotiated by his predecessor. He began jacking up sanctions. The Iranian economy turned to a shambles. This “maximum pressure” campaign of economic warfare deprived the Iranian war machine of revenue and drove a wedge between the Iranian public and the Iranian government. Trump offered the opportunity to negotiate a new agreement. Iran refused.

And began to lash out. Last June, Iran’s fingerprints were all over two oil tankers that exploded in the Persian Gulf. Trump tightened the screws. Iran downed a U.S. drone. Trump called off a military strike at the last minute and responded indirectly, with more sanctions, cyber attacks, and additional troop deployments to the region. Last September a drone fleet launched by Iranian proxies in Yemen devastated the Aramco oil facility in Abqaiq, Saudi Arabia. Trump responded as he had to previous incidents: nonviolently.

Iran slowly brought the region to a boil. First it hit boats, then drones, then the key infrastructure of a critical ally. On December 27 it went further: Members of the Kataib Hezbollah militia launched rockets at a U.S. installation near Kirkuk, Iraq. Four U.S. soldiers were wounded. An American contractor was killed.

Destroying physical objects merited economic sanctions and cyber intrusions. Ending lives required a lethal response. It arrived on December 29 when F-15s pounded five Kataib Hezbollah facilities across Iraq and Syria. At least 25 militiamen were killed. Then, when Kataib Hezbollah and other Iran-backed militias organized a mob to storm the U.S. embassy in Baghdad, setting fire to the grounds, America made a show of force and threatened severe reprisals. The angry crowd melted away.

The risk to the U.S. embassy — and the possibility of another Benghazi — must have angered Trump. “The game has changed,” Secretary of Defense Mark Esper said hours before the assassination of Soleimani at Baghdad airport. Indeed it has. The decades-long gray-zone conflict between Iran and the United States manifested itself in subterfuge, terrorism, technological combat, financial chicanery, and proxy forces. Throughout it all, the two sides confronted each other directly only once: in the second half of Ronald Reagan’s presidency. That is about to change.

Deterrence, says Fred Kagan of the American Enterprise Institute, is credibly holding at risk something your adversary holds dear. If the reports out of Iraq are true, President Trump has put at risk the entirety of the Iranian imperial enterprise even as his maximum-pressure campaign strangles the Iranian economy and fosters domestic unrest. That will get the ayatollah’s attention. And now the United States must prepare for his answer.

The bombs over Baghdad? That was Trump calling Khamenei’s bluff. The game has changed. But it isn’t over.

Voir également:

The Shadow Commander
Qassem Suleimani is the Iranian operative who has been reshaping the Middle East. Now he’s directing Assad’s war in Syria.
The New Yorker
September 23, 2013

Last February, some of Iran’s most influential leaders gathered at the Amir al-Momenin Mosque, in northeast Tehran, inside a gated community reserved for officers of the Revolutionary Guard. They had come to pay their last respects to a fallen comrade. Hassan Shateri, a veteran of Iran’s covert wars throughout the Middle East and South Asia, was a senior commander in a powerful, élite branch of the Revolutionary Guard called the Quds Force. The force is the sharp instrument of Iranian foreign policy, roughly analogous to a combined C.I.A. and Special Forces; its name comes from the Persian word for Jerusalem, which its fighters have promised to liberate. Since 1979, its goal has been to subvert Iran’s enemies and extend the country’s influence across the Middle East. Shateri had spent much of his career abroad, first in Afghanistan and then in Iraq, where the Quds Force helped Shiite militias kill American soldiers.

Shateri had been killed two days before, on the road that runs between Damascus and Beirut. He had gone to Syria, along with thousands of other members of the Quds Force, to rescue the country’s besieged President, Bashar al-Assad, a crucial ally of Iran. In the past few years, Shateri had worked under an alias as the Quds Force’s chief in Lebanon; there he had helped sustain the armed group Hezbollah, which at the time of the funeral had begun to pour men into Syria to fight for the regime. The circumstances of his death were unclear: one Iranian official said that Shateri had been “directly targeted” by “the Zionist regime,” as Iranians habitually refer to Israel.

At the funeral, the mourners sobbed, and some beat their chests in the Shiite way. Shateri’s casket was wrapped in an Iranian flag, and gathered around it were the commander of the Revolutionary Guard, dressed in green fatigues; a member of the plot to murder four exiled opposition leaders in a Berlin restaurant in 1992; and the father of Imad Mughniyeh, the Hezbollah commander believed to be responsible for the bombings that killed more than two hundred and fifty Americans in Beirut in 1983. Mughniyeh was assassinated in 2008, purportedly by Israeli agents. In the ethos of the Iranian revolution, to die was to serve. Before Shateri’s funeral, Ayatollah Ali Khamenei, the country’s Supreme Leader, released a note of praise: “In the end, he drank the sweet syrup of martyrdom.”

Kneeling in the second row on the mosque’s carpeted floor was Major General Qassem Suleimani, the Quds Force’s leader: a small man of fifty-six, with silver hair, a close-cropped beard, and a look of intense self-containment. It was Suleimani who had sent Shateri, an old and trusted friend, to his death. As Revolutionary Guard commanders, he and Shateri belonged to a small fraternity formed during the Sacred Defense, the name given to the Iran-Iraq War, which lasted from 1980 to 1988 and left as many as a million people dead. It was a catastrophic fight, but for Iran it was the beginning of a three-decade project to build a Shiite sphere of influence, stretching across Iraq and Syria to the Mediterranean. Along with its allies in Syria and Lebanon, Iran forms an Axis of Resistance, arrayed against the region’s dominant Sunni powers and the West. In Syria, the project hung in the balance, and Suleimani was mounting a desperate fight, even if the price of victory was a sectarian conflict that engulfed the region for years.

Suleimani took command of the Quds Force fifteen years ago, and in that time he has sought to reshape the Middle East in Iran’s favor, working as a power broker and as a military force: assassinating rivals, arming allies, and, for most of a decade, directing a network of militant groups that killed hundreds of Americans in Iraq. The U.S. Department of the Treasury has sanctioned Suleimani for his role in supporting the Assad regime, and for abetting terrorism. And yet he has remained mostly invisible to the outside world, even as he runs agents and directs operations. “Suleimani is the single most powerful operative in the Middle East today,” John Maguire, a former C.I.A. officer in Iraq, told me, “and no one’s ever heard of him.”

When Suleimani appears in public—often to speak at veterans’ events or to meet with Khamenei—he carries himself inconspicuously and rarely raises his voice, exhibiting a trait that Arabs call khilib, or understated charisma. “He is so short, but he has this presence,” a former senior Iraqi official told me. “There will be ten people in a room, and when Suleimani walks in he doesn’t come and sit with you. He sits over there on the other side of room, by himself, in a very quiet way. Doesn’t speak, doesn’t comment, just sits and listens. And so of course everyone is thinking only about him.”

At the funeral, Suleimani was dressed in a black jacket and a black shirt with no tie, in the Iranian style; his long, angular face and his arched eyebrows were twisted with pain. The Quds Force had never lost such a high-ranking officer abroad. The day before the funeral, Suleimani had travelled to Shateri’s home to offer condolences to his family. He has a fierce attachment to martyred soldiers, and often visits their families; in a recent interview with Iranian media, he said, “When I see the children of the martyrs, I want to smell their scent, and I lose myself.” As the funeral continued, he and the other mourners bent forward to pray, pressing their foreheads to the carpet. “One of the rarest people, who brought the revolution and the whole world to you, is gone,” Alireza Panahian, the imam, told the mourners. Suleimani cradled his head in his palm and began to weep.

The early months of 2013, around the time of Shateri’s death, marked a low point for the Iranian intervention in Syria. Assad was steadily losing ground to the rebels, who are dominated by Sunnis, Iran’s rivals. If Assad fell, the Iranian regime would lose its link to Hezbollah, its forward base against Israel. In a speech, one Iranian cleric said, “If we lose Syria, we cannot keep Tehran.”

Although the Iranians were severely strained by American sanctions, imposed to stop the regime from developing a nuclear weapon, they were unstinting in their efforts to save Assad. Among other things, they extended a seven-billion-dollar loan to shore up the Syrian economy. “I don’t think the Iranians are calculating this in terms of dollars,” a Middle Eastern security official told me. “They regard the loss of Assad as an existential threat.” For Suleimani, saving Assad seemed a matter of pride, especially if it meant distinguishing himself from the Americans. “Suleimani told us the Iranians would do whatever was necessary,” a former Iraqi leader told me. “He said, ‘We’re not like the Americans. We don’t abandon our friends.’ ”

Last year, Suleimani asked Kurdish leaders in Iraq to allow him to open a supply route across northern Iraq and into Syria. For years, he had bullied and bribed the Kurds into coöperating with his plans, but this time they rebuffed him. Worse, Assad’s soldiers wouldn’t fight—or, when they did, they mostly butchered civilians, driving the populace to the rebels. “The Syrian Army is useless!” Suleimani told an Iraqi politician. He longed for the Basij, the Iranian militia whose fighters crushed the popular uprisings against the regime in 2009. “Give me one brigade of the Basij, and I could conquer the whole country,” he said. In August, 2012, anti-Assad rebels captured forty-eight Iranians inside Syria. Iranian leaders protested that they were pilgrims, come to pray at a holy Shiite shrine, but the rebels, as well as Western intelligence agencies, said that they were members of the Quds Force. In any case, they were valuable enough so that Assad agreed to release more than two thousand captured rebels to have them freed. And then Shateri was killed.

Finally, Suleimani began flying into Damascus frequently so that he could assume personal control of the Iranian intervention. “He’s running the war himself,” an American defense official told me. In Damascus, he is said to work out of a heavily fortified command post in a nondescript building, where he has installed a multinational array of officers: the heads of the Syrian military, a Hezbollah commander, and a coördinator of Iraqi Shiite militias, which Suleimani mobilized and brought to the fight. If Suleimani couldn’t have the Basij, he settled for the next best thing: Brigadier General Hossein Hamedani, the Basij’s former deputy commander. Hamedani, another comrade from the Iran-Iraq War, was experienced in running the kind of irregular militias that the Iranians were assembling, in order to keep on fighting if Assad fell.

Late last year, Western officials began to notice a sharp increase in Iranian supply flights into the Damascus airport. Instead of a handful a week, planes were coming every day, carrying weapons and ammunition—“tons of it,” the Middle Eastern security official told me—along with officers from the Quds Force. According to American officials, the officers coördinated attacks, trained militias, and set up an elaborate system to monitor rebel communications. They also forced the various branches of Assad’s security services—designed to spy on one another—to work together. The Middle Eastern security official said that the number of Quds Force operatives, along with the Iraqi Shiite militiamen they brought with them, reached into the thousands. “They’re spread out across the entire country,” he told me.

A turning point came in April, after rebels captured the Syrian town of Qusayr, near the Lebanese border. To retake the town, Suleimani called on Hassan Nasrallah, Hezbollah’s leader, to send in more than two thousand fighters. It wasn’t a difficult sell. Qusayr sits at the entrance to the Bekaa Valley, the main conduit for missiles and other matériel to Hezbollah; if it was closed, Hezbollah would find it difficult to survive. Suleimani and Nasrallah are old friends, having coöperated for years in Lebanon and in the many places around the world where Hezbollah operatives have performed terrorist missions at the Iranians’ behest. According to Will Fulton, an Iran expert at the American Enterprise Institute, Hezbollah fighters encircled Qusayr, cutting off the roads, then moved in. Dozens of them were killed, as were at least eight Iranian officers. On June 5th, the town fell. “The whole operation was orchestrated by Suleimani,” Maguire, who is still active in the region, said. “It was a great victory for him.”

Despite all of Suleimani’s rough work, his image among Iran’s faithful is that of an irreproachable war hero—a decorated veteran of the Iran-Iraq War, in which he became a division commander while still in his twenties. In public, he is almost theatrically modest. During a recent appearance, he described himself as “the smallest soldier,” and, according to the Iranian press, rebuffed members of the audience who tried to kiss his hand. His power comes mostly from his close relationship with Khamenei, who provides the guiding vision for Iranian society. The Supreme Leader, who usually reserves his highest praise for fallen soldiers, has referred to Suleimani as “a living martyr of the revolution.” Suleimani is a hard-line supporter of Iran’s authoritarian system. In July, 1999, at the height of student protests, he signed, with other Revolutionary Guard commanders, a letter warning the reformist President Mohammad Khatami that if he didn’t put down the revolt the military would—perhaps deposing Khatami in the process. “Our patience has run out,” the generals wrote. The police crushed the demonstrators, as they did again, a decade later.

Iran’s government is intensely fractious, and there are many figures around Khamenei who help shape foreign policy, including Revolutionary Guard commanders, senior clerics, and Foreign Ministry officials. But Suleimani has been given a remarkably free hand in implementing Khamenei’s vision. “He has ties to every corner of the system,” Meir Dagan, the former head of Mossad, told me. “He is what I call politically clever. He has a relationship with everyone.” Officials describe him as a believer in Islam and in the revolution; while many senior figures in the Revolutionary Guard have grown wealthy through the Guard’s control over key Iranian industries, Suleimani has been endowed with a personal fortune by the Supreme Leader. “He’s well taken care of,” Maguire said.

Suleimani lives in Tehran, and appears to lead the home life of a bureaucrat in middle age. “He gets up at four every morning, and he’s in bed by nine-thirty every night,” the Iraqi politician, who has known him for many years, told me, shaking his head in disbelief. Suleimani has a bad prostate and recurring back pain. He’s “respectful of his wife,” the Middle Eastern security official told me, sometimes taking her along on trips. He has three sons and two daughters, and is evidently a strict but loving father. He is said to be especially worried about his daughter Nargis, who lives in Malaysia. “She is deviating from the ways of Islam,” the Middle Eastern official said.

Maguire told me, “Suleimani is a far more polished guy than most. He can move in political circles, but he’s also got the substance to be intimidating.” Although he is widely read, his aesthetic tastes appear to be strictly traditional. “I don’t think he’d listen to classical music,” the Middle Eastern official told me. “The European thing—I don’t think that’s his vibe, basically.” Suleimani has little formal education, but, the former senior Iraqi official told me, “he is a very shrewd, frighteningly intelligent strategist.” His tools include payoffs for politicians across the Middle East, intimidation when it is needed, and murder as a last resort. Over the years, the Quds Force has built an international network of assets, some of them drawn from the Iranian diaspora, who can be called on to support missions. “They’re everywhere,” a second Middle Eastern security official said. In 2010, according to Western officials, the Quds Force and Hezbollah launched a new campaign against American and Israeli targets—in apparent retaliation for the covert effort to slow down the Iranian nuclear program, which has included cyber attacks and assassinations of Iranian nuclear scientists.

Since then, Suleimani has orchestrated attacks in places as far flung as Thailand, New Delhi, Lagos, and Nairobi—at least thirty attempts in the past two years alone. The most notorious was a scheme, in 2011, to hire a Mexican drug cartel to blow up the Saudi Ambassador to the United States as he sat down to eat at a restaurant a few miles from the White House. The cartel member approached by Suleimani’s agent turned out to be an informant for the U.S. Drug Enforcement Administration. (The Quds Force appears to be more effective close to home, and a number of the remote plans have gone awry.) Still, after the plot collapsed, two former American officials told a congressional committee that Suleimani should be assassinated. “Suleimani travels a lot,” one said. “He is all over the place. Go get him. Either try to capture him or kill him.” In Iran, more than two hundred dignitaries signed an outraged letter in his defense; a social-media campaign proclaimed, “We are all Qassem Suleimani.”

Several Middle Eastern officials, some of whom I have known for a decade, stopped talking the moment I brought up Suleimani. “We don’t want to have any part of this,” a Kurdish official in Iraq said. Among spies in the West, he appears to exist in a special category, an enemy both hated and admired: a Middle Eastern equivalent of Karla, the elusive Soviet master spy in John le Carré’s novels. When I called Dagan, the former Mossad chief, and mentioned Suleimani’s name, there was a long pause on the line. “Ah,” he said, in a tone of weary irony, “a very good friend.”

In March, 2009, on the eve of the Iranian New Year, Suleimani led a group of Iran-Iraq War veterans to the Paa-Alam Heights, a barren, rocky promontory on the Iraqi border. In 1986, Paa-Alam was the scene of one of the terrible battles over the Faw Peninsula, where tens of thousands of men died while hardly advancing a step. A video recording from the visit shows Suleimani standing on a mountaintop, recounting the battle to his old comrades. In a gentle voice, he speaks over a soundtrack of music and prayers.

“This is the Dasht-e-Abbas Road,” Suleimani says, pointing into the valley below. “This area stood between us and the enemy.” Later, Suleimani and the group stand on the banks of a creek, where he reads aloud the names of fallen Iranian soldiers, his voice trembling with emotion. During a break, he speaks with an interviewer, and describes the fighting in near-mystical terms. “The battlefield is mankind’s lost paradise—the paradise in which morality and human conduct are at their highest,” he says. “One type of paradise that men imagine is about streams, beautiful maidens, and lush landscape. But there is another kind of paradise—the battlefield.”

Suleimani was born in Rabor, an impoverished mountain village in eastern Iran. When he was a boy, his father, like many other farmers, took out an agricultural loan from the government of the Shah. He owed nine hundred toman—about a hundred dollars at the time—and couldn’t pay it back. In a brief memoir, Suleimani wrote of leaving home with a young relative named Ahmad Suleimani, who was in a similar situation. “At night, we couldn’t fall asleep with the sadness of thinking that government agents were coming to arrest our fathers,” he wrote. Together, they travelled to Kerman, the nearest city, to try to clear their family’s debt. The place was unwelcoming. “We were only thirteen, and our bodies were so tiny, wherever we went, they wouldn’t hire us,” he wrote. “Until one day, when we were hired as laborers at a school construction site on Khajoo Street, which was where the city ended. They paid us two toman per day.” After eight months, they had saved enough money to bring home, but the winter snow was too deep. They were told to seek out a local driver named Pahlavan—“Champion”—who was a “strong man who could lift up a cow or a donkey with his teeth.” During the drive, whenever the car got stuck, “he would lift up the Jeep and put it aside!” In Suleimani’s telling, Pahlavan is an ardent detractor of the Shah. He says of the two boys, “This is the time for them to rest and play, not work as a laborer in a strange city. I spit on the life they have made for us!” They arrived home, Suleimani writes, “just as the lights were coming on in the village homes. When the news travelled in our village, there was pandemonium.”

As a young man, Suleimani gave few signs of greater ambition. According to Ali Alfoneh, an Iran expert at the Foundation for Defense of Democracies, he had only a high-school education, and worked for Kerman’s municipal water department. But it was a revolutionary time, and the country’s gathering unrest was making itself felt. Away from work, Suleimani spent hours lifting weights in local gyms, which, like many in the Middle East, offered physical training and inspiration for the warrior spirit. During Ramadan, he attended sermons by a travelling preacher named Hojjat Kamyab—a protégé of Khamenei’s—and it was there that he became inspired by the possibility of Islamic revolution.

In 1979, when Suleimani was twenty-two, the Shah fell to a popular uprising led by Ayatollah Ruhollah Khomeini in the name of Islam. Swept up in the fervor, Suleimani joined the Revolutionary Guard, a force established by Iran’s new clerical leadership to prevent the military from mounting a coup. Though he received little training—perhaps only a forty-five-day course—he advanced rapidly. As a young guardsman, Suleimani was dispatched to northwestern Iran, where he helped crush an uprising by ethnic Kurds.

When the revolution was eighteen months old, Saddam Hussein sent the Iraqi Army sweeping across the border, hoping to take advantage of the internal chaos. Instead, the invasion solidified Khomeini’s leadership and unified the country in resistance, starting a brutal, entrenched war. Suleimani was sent to the front with a simple task, to supply water to the soldiers there, and he never left. “I entered the war on a fifteen-day mission, and ended up staying until the end,” he has said. A photograph from that time shows the young Suleimani dressed in green fatigues, with no insignia of rank, his black eyes focussed on a far horizon. “We were all young and wanted to serve the revolution,” he told an interviewer in 2005.

Suleimani earned a reputation for bravery and élan, especially as a result of reconnaissance missions he undertook behind Iraqi lines. He returned from several missions bearing a goat, which his soldiers slaughtered and grilled. “Even the Iraqis, our enemy, admired him for this,” a former Revolutionary Guard officer who defected to the United States told me. On Iraqi radio, Suleimani became known as “the goat thief.” In recognition of his effectiveness, Alfoneh said, he was put in charge of a brigade from Kerman, with men from the gyms where he lifted weights.

The Iranian Army was badly overmatched, and its commanders resorted to crude and costly tactics. In “human wave” assaults, they sent thousands of young men directly into the Iraqi lines, often to clear minefields, and soldiers died at a precipitous rate. Suleimani seemed distressed by the loss of life. Before sending his men into battle, he would embrace each one and bid him goodbye; in speeches, he praised martyred soldiers and begged their forgiveness for not being martyred himself. When Suleimani’s superiors announced plans to attack the Faw Peninsula, he dismissed them as wasteful and foolhardy. The former Revolutionary Guard officer recalled seeing Suleimani in 1985, after a battle in which his brigade had suffered many dead and wounded. He was sitting alone in a corner of a tent. “He was very silent, thinking about the people he’d lost,” the officer said.

Ahmad, the young relative who travelled with Suleimani to Kerman, was killed in 1984. On at least one occasion, Suleimani himself was wounded. Still, he didn’t lose enthusiasm for his work. In the nineteen-eighties, Reuel Marc Gerecht was a young C.I.A. officer posted to Istanbul, where he recruited from the thousands of Iranian soldiers who went there to recuperate. “You’d get a whole variety of guardsmen,” Gerecht, who has written extensively on Iran, told me. “You’d get clerics, you’d get people who came to breathe and whore and drink.” Gerecht divided the veterans into two groups. “There were the broken and the burned out, the hollow-eyed—the guys who had been destroyed,” he said. “And then there were the bright-eyed guys who just couldn’t wait to get back to the front. I’d put Suleimani in the latter category.”

Ryan Crocker, the American Ambassador to Iraq from 2007 to 2009, got a similar feeling. During the Iraq War, Crocker sometimes dealt with Suleimani indirectly, through Iraqi leaders who shuttled in and out of Tehran. Once, he asked one of the Iraqis if Suleimani was especially religious. The answer was “Not really,” Crocker told me. “He attends mosque periodically. Religion doesn’t drive him. Nationalism drives him, and the love of the fight.”

Iran’s leaders took two lessons from the Iran-Iraq War. The first was that Iran was surrounded by enemies, near and far. To the regime, the invasion was not so much an Iraqi plot as a Western one. American officials were aware of Saddam’s preparations to invade Iran in 1980, and they later provided him with targeting information used in chemical-weapons attacks; the weapons themselves were built with the help of Western European firms. The memory of these attacks is an especially bitter one. “Do you know how many people are still suffering from the effects of chemical weapons?” Mehdi Khalaji, a fellow at the Washington Institute for Near East Policy, said. “Thousands of former soldiers. They believe these were Western weapons given to Saddam.” In 1987, during a battle with the Iraqi Army, a division under Suleimani’s command was attacked by artillery shells containing chemical weapons. More than a hundred of his men suffered the effects.

The other lesson drawn from the Iran-Iraq War was the futility of fighting a head-to-head confrontation. In 1982, after the Iranians expelled the Iraqi forces, Khomeini ordered his men to keep going, to “liberate” Iraq and push on to Jerusalem. Six years and hundreds of thousands of lives later, he agreed to a ceasefire. According to Alfoneh, many of the generals of Suleimani’s generation believe they could have succeeded had the clerics not flinched. “Many of them feel like they were stabbed in the back,” he said. “They have nurtured this myth for nearly thirty years.” But Iran’s leaders did not want another bloodbath. Instead, they had to build the capacity to wage asymmetrical warfare—attacking stronger powers indirectly, outside of Iran.

The Quds Force was an ideal tool. Khomeini had created the prototype for the force in 1979, with the goal of protecting Iran and exporting the Islamic Revolution. The first big opportunity came in Lebanon, where Revolutionary Guard officers were dispatched in 1982 to help organize Shiite militias in the many-sided Lebanese civil war. Those efforts resulted in the creation of Hezbollah, which developed under Iranian guidance. Hezbollah’s military commander, the brilliant and murderous Imad Mughniyeh, helped form what became known as the Special Security Apparatus, a wing of Hezbollah that works closely with the Quds Force. With assistance from Iran, Hezbollah helped orchestrate attacks on the American Embassy and on French and American military barracks. “In the early days, when Hezbollah was totally dependent on Iranian help, Mughniyeh and others were basically willing Iranian assets,” David Crist, a historian for the U.S. military and the author of “The Twilight War,” says.

For all of the Iranian regime’s aggressiveness, some of its religious zeal seemed to burn out. In 1989, Khomeini stopped urging Iranians to spread the revolution, and called instead for expediency to preserve its gains. Persian self-interest was the order of the day, even if it was indistinguishable from revolutionary fervor. In those years, Suleimani worked along Iran’s eastern frontier, aiding Afghan rebels who were holding out against the Taliban. The Iranian regime regarded the Taliban with intense hostility, in large part because of their persecution of Afghanistan’s minority Shiite population. (At one point, the two countries nearly went to war; Iran mobilized a quarter of a million troops, and its leaders denounced the Taliban as an affront to Islam.) In an area that breeds corruption, Suleimani made a name for himself battling opium smugglers along the Afghan border.

In 1998, Suleimani was named the head of the Quds Force, taking over an agency that had already built a lethal résumé: American and Argentine officials believe that the Iranian regime helped Hezbollah orchestrate the bombing of the Israeli Embassy in Buenos Aires in 1992, which killed twenty-nine people, and the attack on the Jewish center in the same city two years later, which killed eighty-five. Suleimani has built the Quds Force into an organization with extraordinary reach, with branches focussed on intelligence, finance, politics, sabotage, and special operations. With a base in the former U.S. Embassy compound in Tehran, the force has between ten thousand and twenty thousand members, divided between combatants and those who train and oversee foreign assets. Its members are picked for their skill and their allegiance to the doctrine of the Islamic Revolution (as well as, in some cases, their family connections). According to the Israeli newspaper Israel Hayom, fighters are recruited throughout the region, trained in Shiraz and Tehran, indoctrinated at the Jerusalem Operation College, in Qom, and then “sent on months-long missions to Afghanistan and Iraq to gain experience in field operational work. They usually travel under the guise of Iranian construction workers.”

After taking command, Suleimani strengthened relationships in Lebanon, with Mughniyeh and with Hassan Nasrallah, Hezbollah’s chief. By then, the Israeli military had occupied southern Lebanon for sixteen years, and Hezbollah was eager to take control of the country, so Suleimani sent in Quds Force operatives to help. “They had a huge presence—training, advising, planning,” Crocker said. In 2000, the Israelis withdrew, exhausted by relentless Hezbollah attacks. It was a signal victory for the Shiites, and, Crocker said, “another example of how countries like Syria and Iran can play a long game, knowing that we can’t.”

Since then, the regime has given aid to a variety of militant Islamist groups opposed to America’s allies in the region, such as Saudi Arabia and Bahrain. The help has gone not only to Shiites but also to Sunni groups like Hamas—helping to form an archipelago of alliances that stretches from Baghdad to Beirut. “No one in Tehran started out with a master plan to build the Axis of Resistance, but opportunities presented themselves,” a Western diplomat in Baghdad told me. “In each case, Suleimani was smarter, faster, and better resourced than anyone else in the region. By grasping at opportunities as they came, he built the thing, slowly but surely.”

In the chaotic days after the attacks of September 11th, Ryan Crocker, then a senior State Department official, flew discreetly to Geneva to meet a group of Iranian diplomats. “I’d fly out on a Friday and then back on Sunday, so nobody in the office knew where I’d been,” Crocker told me. “We’d stay up all night in those meetings.” It seemed clear to Crocker that the Iranians were answering to Suleimani, whom they referred to as “Haji Qassem,” and that they were eager to help the United States destroy their mutual enemy, the Taliban. Although the United States and Iran broke off diplomatic relations in 1980, after American diplomats in Tehran were taken hostage, Crocker wasn’t surprised to find that Suleimani was flexible. “You don’t live through eight years of brutal war without being pretty pragmatic,” he said. Sometimes Suleimani passed messages to Crocker, but he avoided putting anything in writing. “Haji Qassem’s way too smart for that,” Crocker said. “He’s not going to leave paper trails for the Americans.”

Before the bombing began, Crocker sensed that the Iranians were growing impatient with the Bush Administration, thinking that it was taking too long to attack the Taliban. At a meeting in early October, 2001, the lead Iranian negotiator stood up and slammed a sheaf of papers on the table. “If you guys don’t stop building these fairy-tale governments in the sky, and actually start doing some shooting on the ground, none of this is ever going to happen!” he shouted. “When you’re ready to talk about serious fighting, you know where to find me.” He stomped out of the room. “It was a great moment,” Crocker said.

The coöperation between the two countries lasted through the initial phase of the war. At one point, the lead negotiator handed Crocker a map detailing the disposition of Taliban forces. “Here’s our advice: hit them here first, and then hit them over here. And here’s the logic.” Stunned, Crocker asked, “Can I take notes?” The negotiator replied, “You can keep the map.” The flow of information went both ways. On one occasion, Crocker said, he gave his counterparts the location of an Al Qaeda facilitator living in the eastern city of Mashhad. The Iranians detained him and brought him to Afghanistan’s new leaders, who, Crocker believes, turned him over to the U.S. The negotiator told Crocker, “Haji Qassem is very pleased with our coöperation.”

The good will didn’t last. In January, 2002, Crocker, who was by then the deputy chief of the American Embassy in Kabul, was awakened one night by aides, who told him that President George W. Bush, in his State of the Union Address, had named Iran as part of an “Axis of Evil.” Like many senior diplomats, Crocker was caught off guard. He saw the negotiator the next day at the U.N. compound in Kabul, and he was furious. “You completely damaged me,” Crocker recalled him saying. “Suleimani is in a tearing rage. He feels compromised.” The negotiator told Crocker that, at great political risk, Suleimani had been contemplating a complete reëvaluation of the United States, saying, “Maybe it’s time to rethink our relationship with the Americans.” The Axis of Evil speech brought the meetings to an end. Reformers inside the government, who had advocated a rapprochement with the United States, were put on the defensive. Recalling that time, Crocker shook his head. “We were just that close,” he said. “One word in one speech changed history.”

Before the meetings fell apart, Crocker talked with the lead negotiator about the possibility of war in Iraq. “Look,” Crocker said, “I don’t know what’s going to happen, but I do have some responsibility for Iraq—it’s my portfolio—and I can read the signs, and I think we’re going to go in.” He saw an enormous opportunity. The Iranians despised Saddam, and Crocker figured that they would be willing to work with the U.S. “I was not a fan of the invasion,” he told me. “But I was thinking, If we’re going to do it, let’s see if we can flip an enemy into a friend—at least tactically for this, and then let’s see where we can take it.” The negotiator indicated that the Iranians were willing to talk, and that Iraq, like Afghanistan, was part of Suleimani’s brief: “It’s one guy running both shows.”

After the invasion began, in March, 2003, Iranian officials were frantic to let the Americans know that they wanted peace. Many of them watched the regimes topple in Afghanistan and Iraq and were convinced that they were next. “They were scared shitless,” Maguire, the former C.I.A. officer in Baghdad, told me. “They were sending runners across the border to our élite elements saying, ‘Look, we don’t want any trouble with you.’ We had an enormous upper hand.” That same year, American officials determined that Iran had reconfigured its plans to develop a nuclear weapon to proceed more slowly and covertly, lest it invite a Western attack.

After Saddam’s regime collapsed, Crocker was dispatched to Baghdad to organize a fledgling government, called the Iraqi Governing Council. He realized that many Iraqi politicians were flying to Tehran for consultations, and he jumped at the chance to negotiate indirectly with Suleimani. In the course of the summer, Crocker passed him the names of prospective Shiite candidates, and the two men vetted each one. Crocker did not offer veto power, but he abandoned candidates whom Suleimani found especially objectionable. “The formation of the governing council was in its essence a negotiation between Tehran and Washington,” he said.

Voir de même:

Gen. Soleimani: A new brand of Iranian hero for nationalist times
Not a Shiite religious figure and not a martyr, Qassem Soleimani, the living commander of Iran’s elite Qods Force, has been elevated to hero status.
Scott Peterson
The Christian Science Monitor
February 15, 2016

Tehran, Iran
For years the commander of Iran’s elite Qods Force worked from the shadows, conducting the nation’s battles from Afghanistan to Lebanon.

But today Qassem Soleimani is Iran’s celebrity general, a man elevated to hero status by a social media machine that has at least 10 Instagram accounts and spreads photographs and selfies of him at the front lines in Syria and Iraq.

The Islamic Republic long ago turned hero worship into an art form, with its devotion to Shiite religious figures and war martyrs. But the growing personality cult that halos Maj. Gen. Soleimani is different: The gray-haired servant of the Islamic Revolutionary Guard Corps (IRGC) is very much alive, and his ascent to stardom coincides with a growing nationalist trend in Iran.

“Propaganda in Iran is changing, and every nation needs a live hero,” says a conservative analyst in Qom, who asked not to be named.

“The dead heroes now are not useful; we need a live hero now. Iranian people like great commanders, military heroes in history,” he says, ticking off a string of names. “I think Qassem Soleimani is the right person for our new propaganda policy – the right person at the right time.”

Soleimani’s face surged into public view after the self-described Islamic State (IS) swept from Syria into Iraq in June 2014. Frontline photographs of the general mingling with Iranian fighters went viral.

Iranians cite many reasons for his rise, from “saving” Baghdad from IS jihadists and reactivating Shiite militias in Iraq to preserving the rule of Syrian President Bashar al-Assad during nearly six years of war.

Never mind that some analysts suggest that earlier failures to prevent internal upheaval in Iraq and Syria – for years those countries were part of Soleimani’s responsibility – are the reason for Iran’s deep involvement today.

For his part, Soleimani attributes the “collapse of American power in the region” to Iran’s “spiritual influence” in bolstering resistance against the United States, Israel, and their allies.

“It is very extraordinary. Who else can come close?” says a veteran observer in Tehran, Iran, who asked not to be named. “I don’t know how intentional this is; you see people in all walks of life respect him. It shows we can have a very popular hero who is not a cleric.”

“There is no stain on his image,” says the observer.

Indeed, Soleimani has become a source of pride and a symbol for Iranians of all stripes of their nation’s power abroad. At a pro-regime rally, even young Westernized women in makeup pledge to be “soldiers” of Soleimani. At a bodybuilding championship held in his honor, bare-chested men flaunted their muscles beside a huge portrait of him.

Among the Islamic Revolution’s true believers, Soleimani’s exploits are sung by religious storytellers and posted online. His writings about the Iran-Iraq War are steeped in religious language.

In a video from the Syrian front line broadcast on state TV last month, he addressed fighters, saying, of an Iranian volunteer who was killed, “God loves the person who makes holy war his path.”

When erroneous reports of Soleimani’s death recently emerged (Iran has lost dozens of senior IRGC commanders in Syria and Iraq and hundreds of “advisers”), he laughed and said, “This [martyrdom] is something that I have climbed mountains and crossed plains to find.

Some say the hero worship has gone too far; months ago the IRGC ordered Iranian media not to publish frontline selfies. When a young director wanted to make a film inspired by his hero, the general said he was against it and was embarrassed.

Yet Soleimani appears to have relented for Ebrahim Hatamikia, a renowned director of war films.

“Bodyguard” is now premièring at a festival in Tehran. “I made this film for the love of Haj Qassem Soleimani,” the director told an Iranian website, adding that he is “the earth beneath Soleimani’s feet.”

Voir de plus:

The war on ISIS is getting weird in Iraq
Michael B Kelley
Business insider
Mar 25, 2015

The US has started providing « air strikes, airborne intelligence, and Advise & Assist support to Iraqi security forces headquarters » as Baghdad struggles to drive ISIS militants out of Saddam Hussein’s hometown of Tikrit.

The Iraqi assault has heretofore been spearheaded by Maj. Gen. Qassim Suleimani, the head of Iran’s Quds Force, the foreign arm of the Iran Revolutionary Guards Corps (IRGC), and most of the Iraqi forces are members of Shiite militias beholden to Tehran.

The British magazine The Week features Suleimani in bed with Uncle Sam, which is quite striking given that Suleimani directed « a network of militant groups that killed hundreds of Americans in Iraq, » as detailed by Dexter Filkins in The New Yorker.The notion of the US working on the same side Suleimani is confounding to those who consider him a formidable adversary.

« There’s just no way that the US military can actively support an offensive led by Suleimani, » Christopher Harmer, a former aviator in the United States Navy in the Persian Gulf who is now an analyst with the Institute for the Study of War, told Helene Cooper of The New York Times recently. « He’s a more stately version of Osama bin Laden. »

Suleimani’s Iraqi allies — such as the powerful Badr militia — are known for allegedly burning down Sunni villages and using power drills on enemies.

« It’s a little hard for us to be allied on the battlefield with groups of individuals who are unrepentantly covered in American blood, » Ryan Crocker, a career diplomat who served as the US ambassador to Iraq from 2007 to 2009, told US News.

Nevertheless, American warplanes have provided support for the so-called special groups over the past few months.

Badr commander Hadi al-Ameri recently told Eli Lake of Bloomberg that the US ambassador to Iraq offered airstrikes to support the Iraqi army and the Badr ground forces. Ameri added that Suleimani « advises us. He offers us information, we respect him very much. »

The Wall Street Journal noted that « U.S. officials want to ensure that Iran doesn’t play a central role in the fight ahead. U.S. officials want to be certain that the Iraqi military provides strong oversight of the Shiite militias. »

The question is who tells Suleimani to get out of the way but leave his militias behind.

Voir de plus:

Trump Kills Iran’s Most Overrated Warrior
Suleimani pushed his country to build an empire, but drove it into the ground instead.
Thomas L. Friedman
NYT
Jan. 3, 2020

One day they may name a street after President Trump in Tehran. Why? Because Trump just ordered the assassination of possibly the dumbest man in Iran and the most overrated strategist in the Middle East: Maj. Gen. Qassim Suleimani.

Think of the miscalculations this guy made. In 2015, the United States and the major European powers agreed to lift virtually all their sanctions on Iran, many dating back to 1979, in return for Iran halting its nuclear weapons program for a mere 15 years, but still maintaining the right to have a peaceful nuclear program. It was a great deal for Iran. Its economy grew by over 12 percent the next year. And what did Suleimani do with that windfall?

He and Iran’s supreme leader launched an aggressive regional imperial project that made Iran and its proxies the de facto controlling power in Beirut, Damascus, Baghdad and Sana. This freaked out U.S. allies in the Sunni Arab world and Israel — and they pressed the Trump administration to respond. Trump himself was eager to tear up any treaty forged by President Obama, so he exited the nuclear deal and imposed oil sanctions on Iran that have now shrunk the Iranian economy by almost 10 percent and sent unemployment over 16 percent.

All that for the pleasure of saying that Tehran can call the shots in Beirut, Damascus, Baghdad and Sana. What exactly was second prize?

With the Tehran regime severely deprived of funds, the ayatollahs had to raise gasoline prices at home, triggering massive domestic protests. That required a harsh crackdown by Iran’s clerics against their own people that left thousands jailed and killed, further weakening the legitimacy of the regime.

Then Mr. “Military Genius” Suleimani decided that, having propped up the regime of President Bashar al-Assad in Syria, and helping to kill 500,000 Syrians in the process, he would overreach again and try to put direct pressure on Israel. He would do this by trying to transfer precision-guided rockets from Iran to Iranian proxy forces in Lebanon and Syria.

Alas, Suleimani discovered that fighting Israel — specifically, its combined air force, special forces, intelligence and cyber — is not like fighting the Nusra front or the Islamic State. The Israelis hit back hard, sending a whole bunch of Iranians home from Syria in caskets and hammering their proxies as far away as Western Iraq.

Indeed, Israeli intelligence had so penetrated Suleimani’s Quds Force and its proxies that Suleimani would land a plane with precision munitions in Syria at 5 p.m., and the Israeli air force would blow it up by 5:30 p.m. Suleimani’s men were like fish in a barrel. If Iran had a free press and a real parliament, he would have been fired for colossal mismanagement.

But it gets better, or actually worse, for Suleimani. Many of his obituaries say that he led the fight against the Islamic State in Iraq, in tacit alliance with America. Well, that’s true. But what they omit is that Suleimani’s, and Iran’s, overreaching in Iraq helped to produce the Islamic State in the first place.

It was Suleimani and his Quds Force pals who pushed Iraq’s Shiite prime minister, Nuri Kamal al-Maliki, to push Sunnis out of the Iraqi government and army, stop paying salaries to Sunni soldiers, kill and arrest large numbers of peaceful Sunni protesters and generally turn Iraq into a Shiite-dominated sectarian state. The Islamic State was the counterreaction.

Finally, it was Suleimani’s project of making Iran the imperial power in the Middle East that turned Iran into the most hated power in the Middle East for many of the young, rising pro-democracy forces — both Sunnis and Shiites — in Lebanon, Syria and Iraq.

As the Iranian-American scholar Ray Takeyh pointed out in a wise essay in Politico, in recent years “Soleimani began expanding Iran’s imperial frontiers. For the first time in its history, Iran became a true regional power, stretching its influence from the banks of the Mediterranean to the Persian Gulf. Soleimani understood that Persians would not be willing to die in distant battlefields for the sake of Arabs, so he focused on recruiting Arabs and Afghans as an auxiliary force. He often boasted that he could create a militia in little time and deploy it against Iran’s various enemies.”

It was precisely those Suleimani proxies — Hezbollah in Lebanon and Syria, the Popular Mobilization Forces in Iraq, and the Houthis in Yemen — that created pro-Iranian Shiite states-within-states in all of these countries. And it was precisely these states-within-states that helped to prevent any of these countries from cohering, fostered massive corruption and kept these countries from developing infrastructure — schools, roads, electricity.

And therefore it was Suleimani and his proxies — his “kingmakers” in Lebanon, Syria and Iraq — who increasingly came to be seen, and hated, as imperial powers in the region, even more so than Trump’s America. This triggered popular, authentic, bottom-up democracy movements in Lebanon and Iraq that involved Sunnis and Shiites locking arms together to demand noncorrupt, nonsectarian democratic governance.

On Nov. 27, Iraqi Shiites — yes, Iraqi Shiites — burned down the Iranian consulate in Najaf, Iraq, removing the Iranian flag from the building and putting an Iraqi flag in its place. That was after Iraqi Shiites, in September 2018, set the Iranian consulate in Basra ablaze, shouting condemnations of Iran’s interference in Iraqi politics.

The whole “protest” against the United States Embassy compound in Baghdad last week was almost certainly a Suleimani-staged operation to make it look as if Iraqis wanted America out when in fact it was the other way around. The protesters were paid pro-Iranian militiamen. No one in Baghdad was fooled by this.

In a way, it’s what got Suleimani killed. He so wanted to cover his failures in Iraq he decided to start provoking the Americans there by shelling their forces, hoping they would overreact, kill Iraqis and turn them against the United States. Trump, rather than taking the bait, killed Suleimani instead.

I have no idea whether this was wise or what will be the long-term implications. But here are two things I do know about the Middle East.

First, often in the Middle East the opposite of “bad” is not “good.” The opposite of bad often turns out to be “disorder.” Just because you take out a really bad actor like Suleimani doesn’t mean a good actor, or a good change in policy, comes in his wake. Suleimani is part of a system called the Islamic Revolution in Iran. That revolution has managed to use oil money and violence to stay in power since 1979 — and that is Iran’s tragedy, a tragedy that the death of one Iranian general will not change.

Today’s Iran is the heir to a great civilization and the home of an enormously talented people and significant culture. Wherever Iranians go in the world today, they thrive as scientists, doctors, artists, writers and filmmakers — except in the Islamic Republic of Iran, whose most famous exports are suicide bombing, cyberterrorism and proxy militia leaders. The very fact that Suleimani was probably the most famous Iranian in the region speaks to the utter emptiness of this regime, and how it has wasted the lives of two generations of Iranians by looking for dignity in all the wrong places and in all the wrong ways.

The other thing I know is that in the Middle East all important politics happens the morning after the morning after.

Yes, in the coming days there will be noisy protests in Iran, the burning of American flags and much crying for the “martyr.” The morning after the morning after? There will be a thousand quiet conversations inside Iran that won’t get reported. They will be about the travesty that is their own government and how it has squandered so much of Iran’s wealth and talent on an imperial project that has made Iran hated in the Middle East.

And yes, the morning after, America’s Sunni Arab allies will quietly celebrate Suleimani’s death, but we must never forget that it is the dysfunction of many of the Sunni Arab regimes — their lack of freedom, modern education and women’s empowerment — that made them so weak that Iran was able to take them over from the inside with its proxies.

I write these lines while flying over New Zealand, where the smoke from forest fires 2,500 miles away over eastern Australia can be seen and felt. Mother Nature doesn’t know Suleimani’s name, but everyone in the Arab world is going to know her name. Because the Middle East, particularly Iran, is becoming an environmental disaster area — running out of water, with rising desertification and overpopulation. If governments there don’t stop fighting and come together to build resilience against climate change — rather than celebrating self-promoting military frauds who conquer failed states and make them fail even more — they’re all doomed.

Voir encore:

Love is a Battlefield
Jon Stewart takes the U.S.-Iran ‘strange bedfellows’ line literally, imagines Iraq as a love triangle
Peter Weber
The Week
June 17, 2014

Yes, Jon Stewart is a comedian, and no, The Daily Show isn’t a hard news-and-analysis show. But on Monday night’s show, Stewart gave a remarkably cogent and creative explanation of the geopolitical situation in Iraq. The U.S. and Iran are discussing coordinating their efforts in Iraq to defeat a common enemy, the Islamic State of Iraq and Syria (ISIS) militia. Meanwhile, ISIS is getting financial support from one of America’s biggest Arab allies, and Iran’s biggest Muslim enemy, Saudi Arabia.

Forget « strange bedfellows » — this is a romantic Gordian knot. But it makes a lot of sense when Stewart presents the situation as a love triangle. « Sure, you say ‘Death to America’ and burn our flags, but you do it to our face, » Stewart tells Iran. Meanwhile, Saudi Arabia has been funding America’s enemies behind our backs — but what about its sweet, sweet crude oil? Like all good love triangles, this one has a soundtrack — Stewart draws on the hits of the 1980s to great effect. In fact, the only ’80s song Stewart left out that would have tied this all together: « Love Bites. » –Peter Weber

State Department urges U.S. citizens to ‘depart Iraq immediately’ due to ‘heightened tensions’

4:37 a.m.

The State Department on Friday urged « U.S. citizens to depart Iraq immediately, » citing unspecified « heightened tensions in Iraq and the region » and the « Iranian-backed militia attacks at the U.S. Embassy compound. »

Iranian officials have vowed « harsh » retaliation for America’s assassination Friday of Iran’s top regional military commander, Gen. Qassem Soleimani, outside Baghdad International Airport. Syria similarly criticized the « treacherous American criminal aggression » and warned of a « dangerous escalation » in the region.

Iraq’s outgoing prime minister, Adel Abdul-Mahdi, also slammed the the « liquidation operations » against Soleimani and half a dozen Iraqi militiamen killed in the drone strikes as an « aggression against Iraq, » a « brazen violation of Iraq’s sovereignty and blatant attack on the nation’s dignity, » and an « obvious violation of the conditions of U.S. troop presence in Iraq, which is limited to training Iraqi forces. » A senior Iraqi official said Parliament must take « necessary and appropriate measures to protect Iraq’s dignity, security, and sovereignty. »

The Pentagon said President Trump ordered the assassination of Soleimani as a « defensive action to protect U.S. personnel abroad, » claiming the Quds Force commander was « actively developing plans to attack American diplomats and service members in Iraq and throughout the region. » Peter Weber

If President Trump was watching Fox News at Mar-a-Lago on Thursday night, he got a violently mixed messages on his order to assassinate Iranian Gen. Qassem Soleimani, head of the elite Quds Force, national hero, and scourge of U.S. forces.

Sean Hannity called into his own show to tell guest host Josh Chaffetz that the killing of Soleimani was « a huge victory and total leadership by the president » and « the opposite of what happened in Benghazi. » Rep. Michael Waltz (R-Fla.) channeled Ronald Reagan and praised Trump’s « peace through strength. » Oliver North, Karl Rove, and Ari Flesischer also lauded Trump’s decision.

Earlier, fellow host Tucker Carlson saw neither peace nor strength in Trump’s actions. He blamed « official Washington, » though, and suggested Trump had been « out-maneuvered » by more hawkish advisers who might be pushing America « toward war despite what the president wants. »

« There’s been virtually no debate or even discussion about this, but America appears to be lumbering toward a new Middle East war, » Carlson said. « The very people demanding action against Iran tonight » are « liars, and they don’t care about you, they don’t care about your kids, they’re reckless and incompetent. And you should keep all of that in mind as war with Iran looms closer tonight. » Trump, he added, « doesn’t seek war and he’s wary of it, particularly in an election year. » When his guest, Curt Mills of The American Conservative, said war with Iran « would be twice as bad » as the Iraq War and « if Trump does this, he’s cooked, » Carlson sadly concurred: « I think that’s right. »

Media Matters’ Matt Gertz pointed out that Hannity has always been more « bellicose » than Carlson on Iran, and both men informally advise Trump off-air as well as on-air. And « if you pay attention to the impact the Fox News Cabinet has on the president, » he tweeted Thursday night, « Tucker Carlson has been off for the holidays the past few days as tensions with Iran mounted. » Coincidence? Maybe. But on such twists does the fate of our world turn.

Voir enfin:

Le massacre des prisonniers politiques de 1988 en Iran : une mobilisation forclose ?
Henry Sorg
Raisons politiques
2008/2 (n° 30), pages 59 à 87

« Au nom de Dieu clément et miséricordieux. J’ai décidé afin de me distraire et me calmer l’esprit, sachant qu’il n’y a pas d’issue pour me sauver de cette douleur, de présenter [mes filles] disparues, Leili et Shirine, dans une note pour mes chers petits-enfants qui ignoreront cette histoire et comment elle est arrivée ­ spécialement les enfants de Shirine. D’abord je dois dire que je n’ai pas de savoir pour exprimer correctement tous mes souvenirs et mes observations sur ce qui s’est passé pour moi et mes enfants durant cette période funeste de la Révolution [en Iran]. Je n’ai pris un crayon et une feuille de papier qu’en de rares occasions de ma vie, alors que dire maintenant que je suis un vieillard de 70 ans aux mains tremblantes, aux yeux plein de sang (…). Mais que faire puisque je suis en conflit avec moi-même. Mon appel intérieur m’a tout pris et me crie : â?œnote ce que tu as vu, ce que tu as entendu et ce que tu as vécuâ?. Mon appel intérieur me crie : â?œpuisque c’est vrai, rapporte que Leili était enceinte de huit mois lorsqu’ils l’ont exécutéeâ?Â ; il me crie : â?œEcris au moins que Shirine, après six ans et neuf mois de prison, et après avoir supporté les tortures les plus sauvages et les plus modernes a finalement été exécutée, et ils n’ont pas rendu son corpsâ?. Si ces souvenirs comportent des erreurs d’écriture, on en comprendra l’essentiel du propos à un certain point. Certainement, les enfants de Shirine veulent savoir qui était leur mère et pourquoi elle a été exécutée. »
Carnet de notes retrouvé à T., Iran

1LA RÉVOLUTION IRANIENNE s’est instituée sur la double violence d’une « guerre sainte [2][2]L’ayatollah Khomeini qualifie la guerre de Jihad défensif et… » contre un ennemi extérieur, l’Irak, et d’une élimination physique des opposants intérieurs, celle notamment des prisonniers politiques en 1988 [3][3]L’auteur remercie Sandrine Lefranc pour sa lecture attentive et…. Durant l’été 1988, après que l’ayatollah Ruhollah Khomeini eut accepté de mauvaise grâce la résolution 598 de l’ONU mettant fin à la longue guerre contre l’Irak, les prisons du pays ont été purgées de leurs prisonniers politiques. Le nombre exact de prisonniers exécutés et enterrés dans des fosses communes ou des sections de cimetière reste jusqu’à ce jour inconnu. Les rares recherches menées sur la question, les organisations qui ont capitalisé les témoignages de survivants, les groupes politiques dont les membres ont été exécutés, les témoignages individuels, mais aussi certains anciens responsables de l’État islamique s’accordent pour reconnaître que ce bilan se chiffre en plusieurs milliers [4][4]Voir notamment Ervand Abrahamian, Tortured Confessions. Prisons…. Cet événement a non seulement fait l’objet de la part des autorités publiques iraniennes d’un silence orchestré et d’un déni, mais il n’a pas non plus été documenté ou analysé de façon exhaustive. Vingt ans après les faits, on peine encore à mettre au jour cette réalité qui existe de façon fragmentaire, par assemblage d’ouï-dire et de témoignages : matrice à mythes pour certains acteurs politiques exclus du champ national (tel le Parti des Moudjahidines du Peuple dont les membres furent les principales victimes [5][5]Voir E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 215 ;…), drames familiaux couverts d’un silence gêné pour une population iranienne qui ne souhaite pas vraiment connaître ce qu’elle appelle, pudiquement, « ces histoires-là ».

2 Dans le contexte d’une « démocratisation » de la vie sociale et politique [6][6]Farhad Khosrokhavar, « L’Iran, la démocratie et la nouvelle… à partir des années 1990, les exécutions de 1988 sont absentes du débat initié sur les libertés publiques et, notamment, des revendications exprimées en faveur d’un État de droit et d’une nouvelle société civile [7][7]Ibid., p. 309 et Nouchine Yavari d’Hellencourt, « Islam et…. En effet, le contexte politique autoritaire dans lequel se sont perpétrées les violences d’État ­ de 1979, juste après la Révolution, jusqu’aux massacres de 1988 ­ évolue dans la décennie suivante vers une demande de « réforme » et de libéralisation du régime islamique. Cette transformation procède principalement autour de trois mouvements : d’une part, la réflexion théorique (à la fois politique et théologique) qui occupe le débat publique sur les rapports entre islam et droits de l’homme [8][8]Ibid. ; d’autre part, une série de changements politiques au sein des institutions suite à l’élection du président Khatami en 1997, aux élections municipales de 1999 et celles du 6e Parlement en 2000 ; enfin, l’apparition d’un nouveau rapport au politique dans la société avec l’émergence d’une culture politique qui, en rupture avec l’islamisme révolutionnaire des deux décennies précédentes, se détourne des « concepts identitaires classiques comme “peuple” ou “nation” [vers ceux, nouveaux] de société civile (jâme’e madani), de citoyenneté (shahrvandi) et d’individu (fard)  [9][9]Ibid. ». Ces nouveaux mouvements, s’ils mentionnent éventuellement et discrètement les « événements » de 1988, le font sur le mode de l’allusion et non pas sur celui de la mobilisation.

3 L’étoffe du silence qui entoure les exécutions massives de l’été 1988 est complexe : Qui sont les victimes ? Quelles en sont les raisons ? Quelles en sont les conditions et qui en sont les responsables ? Il s’agit d’abord, en s’appuyant sur la littérature existante ainsi que sur les sources premières accessibles, d’exposer quelques éléments de réponses à ces questions, sur un sujet d’étude inédit en France. D’autre part, il s’agit de réfléchir autour de ces faits connus, mais non reconnus ­ selon la définition que Cohen propose du « déni [10][10]Stanley Cohen, States of Denial, Knowing about Atrocities and… » ­ en se demandant comment fonctionnent les dispositifs d’invisibilisation mis en place par le pouvoir et comment y répondent des pratiques de souvenir. Le massacre de 1988 est l’enjeu d’une mémoire dont il s’agit pour le pouvoir d’effacer la trace, d’abord, de façon à la fois concrète et symbolique, à travers l’interdit du rituel funéraire pour les victimes. Cette tension mémorielle travaille la société iranienne et oppose depuis deux décennies un passé non « commémorable » à un travail de mémoire qui se cristallise autour des sépultures.

4 Peu de matériaux empiriques et d’analyses sont disponibles sur l’exécution en masse des prisonniers politiques qui a clos la période de consolidation du pouvoir et de suppression de l’opposition au Parti républicain islamique de 1981 à 1988. Les sources, disponibles en persan et en anglais, se composent principalement de témoignages et de quelques travaux d’investigation historiques [11][11]E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 209-229 ;…, sociologiques [12][12]Maziar Behrooz, « Reflections on Iran’s Prison System During… et juridiques ­ ces derniers s’intéressant à la qualification des exécutions de masse comme « crime contre l’humanité [13][13]Reza Afshari, Human Rights in Iran : The Abuse of Cultural… ». Les rapports non-gouvernementaux et internationaux [14][14]Conseil Économique et Social des Nations Unies (ECOSOC),… constituent une autre source, qui, tout comme les travaux scientifiques, se fondent principalement sur des entretiens avec de rares prisonniers témoins exilés à l’étranger et avec les proches des victimes, ainsi que sur des témoignages écrits [15][15]Un impressionnant travail a été accompli sur ce point par E.…. À cet égard, les Mémoires de l’ayatollah Montazeri documentent les faits du point de vue de l’organisation politique et, dans une certaine mesure, de l’organisation administrative. D’un autre côté, plusieurs témoignages ont été publiés sous forme de romans, de lettres écrites depuis la prison ou de mémoires [16][16]Notamment Nima Parvaresh, Nabardi nabarabar : gozareshi az haft…. D’autres témoignages, nombreux, restent encore à découvrir et assembler, comme celui que nous nous proposons d’explorer dans cet article.

5 Lors d’un séjour dans la ville de T. en 2004, nous avons pu prendre connaissance d’un carnet de notes d’une cinquantaine de pages écrites entre 1989 et 1990 par un homme âgé. Ce cahier a été trouvé à sa mort par ses proches dans ses effets personnels. Javad L., retraité d’une compagnie publique résidant à T., était père de six enfants dont les cinq aînés, qui avaient suivi de solides formations universitaires, commençaient leur vie adulte à la fin des années 1970. Dans ces pages, il racontait dans le détail les circonstances de l’arrestation et de l’exécution de ses deux filles à la suite de la Révolution de 1978. Celles-ci avaient pris part de façon active au mouvement d’opposition des Moudjahidines du Peuple [17][17]Nous reprenons, parmi les différentes transcriptions possibles,…, au cours de la révolution iranienne et dans les premières années de la nouvelle République islamique. Elles ont été arrêtées dans le cadre de la répression politique mise en place à partir de 1980. Le carnet de notes relate des faits qui s’étendent de 1980 à 1988 et détaille l’arrestation, l’emprisonnement et l’exécution des deux jeunes femmes, la première en 1982 et la seconde en 1988. Les destinataires étant de jeunes enfants au moment des faits, l’écriture cherche à faire passer une mémoire qui imbrique généalogie familiale et histoire nationale : « Certainement, les enfants de Shirine veulent savoir qui était leur mère et pourquoi elle a été exécutée. » Le texte poursuit : « Peut-être qu’il leur sera intéressant de connaître les moudjahidines, de quelles franges de la société ils étaient issus, quels étaient leurs buts et leurs intentions et pourquoi ils ont été massacrés sans merci. Je reprends donc depuis le début, du plus loin que vont mes souvenirs. Inhcha’Allah. »

Les moudjahidines : de la révolution à la répression

6 Les membres, et de façon bien plus déterminante en nombre, les proches et sympathisants du Parti des Moudjahidines du peuple (Moudjahidine-e Khalq) sont les principales cibles des vagues de répression successives entre 1981 et 1988 et forment une large majorité des prisonniers exécutés en 1988. Ce parti politique, dont la formation remonte au lendemain des mouvements de mai 1968 dans le monde, se fonde sur une synthèse entre islamisme, gauche radicale et nationalisme anti-impérialiste. À l’origine, le mouvement revendique l’inspiration du Front National (Jebhe-ye Melli) de Mossadeq et Fatemi [18][18]Mohammad Mossadeq a été Premier ministre de 1951 à 1953. Ayant…. Fortement influencés par les écrits de Shariati [19][19]Ervand Abrahamian, The Iranian Mojahedins, New Haven/Londres,…, sociologue des religions et figure intellectuelle de l’opposition à la monarchie pahlavie, les moudjahidines articulent la pensée d’un islam chiite politique à une approche socio-économique marxiste et la revendication d’une société sans classe (nezam-e bi tabaghe-ye tawhidi), ainsi qu’une critique de la domination occidentale et un nationalisme révolutionnaire proche des mouvements de libération nationale du Tiers-monde [20][20]Ibid., p. 100-102.. « Quel était leur programme ? écrit Javad, je ne le sais pas. Ce que je sais, c’est que comme la peste et le choléra, en un clin d’ il, tous les jeunes éduqués, engagés et pieux, filles ou garçons, ont commencé à soutenir le programme des moudjahidines, grisés par leur enthousiasme, comme s’ils avaient trouvé réponse à tous leurs manques dans cette école de pensée. (…) Au début, ils se comptaient parmi les partisans de l’ayatolla Khomeini et de feu l’ayatollah Taleghani, et ils considéraient ceux-ci comme les symboles de leur salut. De jour en jour, le nombre de leurs partisans augmentait. Surtout chez les gens éduqués, des professeurs de lycée aux lycéens. » À la différence des autres partis de gauche, et particulièrement l’historique parti communiste (le Tudeh) dirigé par l’élite intellectuelle et bénéficiant d’une certaine base populaire, le parti mobilise une nombreuse population étudiante et lycéenne issue d’une jeunesse non fortunée, mais qui a eu accès à l’éducation [21][21]Ibid., p. 229 ; voir également A. Matin-Asgari, « Twentieth…. « Les moudjahidines, avec leur combinaison de chiisme, de modernisme et de radicalisme social exerçaient une évidente séduction sur la jeune intelligentsia, composée de plus en plus par les enfants, non pas de l’élite aisée ou des laïques éduqués, mais de la classe moyenne traditionnelle [22][22]E. Abrahamian, The Iranian Mojahedins, op. cit., p. 229 (notre… », rappelle Abrahamian, qui insiste d’autre part sur l’extrême jeunesse de sa base. Alors que les cadres du parti ont été politisés dans les mouvements étudiants de la fin des années 1960, la base militante a été socialisée et politisée en 1977-79. En 1981, elle se compose principalement de lycéens et d’étudiants radicalisés par l’expérience de la révolution, vivant encore pour la plupart dans le foyer familial.
Présentés comme « islamo-marxistes » et poursuivis dans les dernières années de la monarchie, les moudjahidines prennent une part active au mouvement qui initie la révolution de 1979. Accueillant avec enthousiasme le retour de l’ayatollah Khomeini de son exil français en 1978, les moudjahidines s’opposent pourtant au principe du Velayat-e Faghih (gouvernement du docteur de la loi islamique) [23][23]Appliqué dans la Constitution iranienne de 1979, ce principe…, qui est au fondement constitutionnel de la nouvelle République islamique, et soutiennent le président de la République laïque Bani Sadr. Mobilisant d’importantes manifestations d’opposition dans les principales villes, les moudjahidines sont un des seuls partis politiques à présenter des candidats dans tout le pays en vue des élections législatives de 1981. Le mouvement et ses membres sont violemment écartés de la vie publique à partir de l’attentat du 28 juin 1981 au siège du Parti républicain islamiste : officiellement attribué aux moudjahidines, cet attentat à la bombe fait 71 morts parmi les hauts responsables de ce parti qui amorce à cette époque son appropriation exclusive du pouvoir [24][24]Haleh Afshar (dir.), Iran : A Revolution in Turmoil, Albany,…. Une Fatwa énoncée par Khomeini rend alors les moudjahidines illégaux, en les identifiant comme monafeghins, « hypocrites en matière de religion ». Cette étiquette, télescopant encore une fois l’actualité politique et la tradition musulmane, reprend le nom donné aux polythéistes de Médine qui s’étaient déclarés du côté de Mahommet et ses premiers fidèles, tout en vendant la ville aux assiégeants de la Mecque : le couperet distingue le chiisme « vrai », en condamnant et en discréditant définitivement l’islamisme révolutionnaire inspiré par Chariati. Le 29 juillet 1981, le dirigeant des Moudjahidine-e Kalq, Massoud Rajavi quitte clandestinement le pays en compagnie du président Bani Sadr pour former, en France, le Conseil National de la Résistance. Par la suite, l’ex-président se distancie du mouvement pris en main par le dirigeant moudjahidine qui recompose une structure politique fermée en recrutant de nouveaux sympathisants dans les villes européennes et américaines. Pour les moudjahidines, l’opposition au régime post-révolutionnaire s’est traduite par un anti-patriotisme stratégique qui les a amenés à s’allier avec l’Irak durant le conflit des années 1980 [25][25]Connie Bruck, « Exiles : How Iran’s Expatriates Are Gaming the…. C’est à cette évolution qu’Abrahamian attribue l’évolution sectaire du parti [26][26]E. Abrahamian, The Iranian Mojahedins, op. cit., p. 260-261. et sa rupture avec la société iranienne dans les années 1980. L’isolement du parti et de ses membres, ses pratiques hiérarchiques, ses prises de position ambiguës depuis 2001 sont dénoncées [27][27]C. Bruck, « Exiles… », art. cité ; Human Rights Watch, No… et semblent l’avoir marginalisé comme acteur politique dans l’espace iranien [28][28]Elizabeth Rubin, « The Cult of Rajavi », New York Times….

7 « Pourquoi les moudjahidines ont-ils réussi à élargir la base de la mobilisation politique [dans les années 1970 et 1980], mais échoué à accéder au pouvoir [29][29]E. Abrahamian, The Iranian Mojahedins, op. cit., p. 3 (notre… ? » Cette question, qui guide la recherche historique d’Abrahamian sur le mouvement [30][30]Ibid., Javad cherche lui aussi à l’éclaircir quand il évoque les élections de 1981 : « En fait dans beaucoup de villes iraniennes, les moudjahidines avaient la majorité des voix [31][31]Le mouvement était le seul à présenter des candidats partout en…. Malheureusement, après le décompte des votes, la situation a changé, et la raison en était que les jeunes moudjahidines n’étaient pas faits pour la politique. Ils n’avaient pas commencé la lutte pour avoir des postes de pouvoir et du prestige. Ils pensaient établir une société pieuse [32][32]Le manuscrit dit : « une société Tohidie  », d’après le Tohid… et sans classe (…) Quel qu’aient été ces idées en tous cas, elles ont été étouffées dans l’ uf. Par ceux qui s’étaient cachés derrière la Révolution et qui sont apparus tout à coup. »

Le massacre de l’été 1988

8 L’institution d’un État islamique en Iran s’est fondée, à partir de 1981, sur un « régime de terreur » qui a duré aussi longtemps que la guerre contre l’Irak, et s’est traduit concrètement par une élimination physique des opposants politiques potentiels, le recours à la torture et une grande publicité de ces deux pratiques afin de « tenir » la population [33][33]E. Abrahamian, Tortured Confession, op. cit., p. 210.. C’est dans ce contexte que vient en 1988, de l’ayatollah Khomeini, l’ordre de purger les prisons en éliminant les opposants politiques. Les membres les plus actifs de l’opposition au régime islamiste ont déjà été éliminés entre 1981 et 1985 (environ 15 000 exécutions) [34][34]Nader Vahabi, « L’obstacle structurel à l’abolition de la peine… ou se sont exilés à cette même époque. Les prisonniers politiques et d’opinion en 1988 sont des (ex-)sympathisants ou des membres des moudjahidines pour la grande majorité, du Tudeh (PC), de partis d’extrême gauche minoritaires, du PDKI (parti indépendantiste kurde), ou encore sans affiliation. Cette purge a lieu au terme de procès spéciaux : d’une part, une condamnation à mort doit être signée par le Vali-e Faghih, mais Khomeini donne procuration à une équipe composée de membres du clergé et de divers corps administratifs (Information, Intérieur, autorités pénitentiaires) pour mener ces procès qui prennent en réalité la forme de brefs interrogatoires à la chaîne. D’autre part, l’ayatollah Montazeri, alors numéro deux du régime, cite une Fatwa énoncée par Khomeini à propos des moudjahidines : « Ceux qui sont dans des prisons du pays et restent engagés dans leur soutien aux Monafeghin [Moujahidines], sont en guerre contre Dieu et condamnés à mort (…) Annihilez les ennemis de l’Islam immédiatement. Dans cette affaire, utilisez tous les critères qui accélèrent l’application du verdict [35][35]H.-A. Montazeri, Khaterat, op. cit.. » Des témoignages de prisonniers acquittés d’Evin et de Gohar Dasht, à Téhéran, ont été par la suite diffusés dans certains journaux libres de langue iranienne et sur les sites Internet d’ONG iraniennes. Celui de Javad est l’un des rares qui évoque l’événement en province, dans la ville de T. Cet épisode, qui clôt son carnet, commence quand il reçoit un appel le 30 juillet 1988 à 22 h 00, de la prison de D. où sa fille est détenue depuis 1981, lui demandant de venir immédiatement la voir car elle « va partir en voyage demain ». Il est surpris : on est dimanche, or personne ne lui a rien dit lors de la visite hebdomadaire du samedi, qui s’est déroulée normalement la veille. Il se rend à la prison où il rencontre sa fille et lui demande des explications. Shirine raconte : « “Hier soir à 23 heures, alors que tout le monde dormait et que la prison était totalement silencieuse, ils sont venus me chercher, ils m’ont bandé les yeux sans expliquer de quoi il s’agissait et ils m’ont emmenée dans une salle où se tenaient un grand nombre de responsables : le gouverneur municipal, le directeur de la prison, le procureur, le chef du département exécutif et quelques membres [du ministère] de l’Information ainsi que quelques personnes que je n’avais jamais vues auparavant. D’abord, le gouverneur municipal se tourne vers moi et me dit : `D’après ce que nous savons, tu es encore partisane des Monafeghins‘. Je réponds : `S’il n’a pas encore été prouvé pour vous que je ne suis plus dans aucune action et que je n’en soutiens aucune, que faut-il faire pour vous convaincre ?’ Ensuite il demande : `Que penses-tu de la République islamique ?’ Je réponds : `Depuis que la République islamique a vu le jour, il y a de cela sept ans et quelques mois, je suis quant à moi en prison. Je n’ai pas eu de contact avec la société pour pouvoir avoir quelconque aperçu des façons de faire de la République islamique.’ Le gouverneur municipal a ordonné `Emmenez-la’. Il était alors minuit environ. Je ne sais pas quel est le but de cet événement.” Le gardien de prison intervient : “Le but est celui que nous avons dit : ils veulent vous envoyer en voyage, mais j’ignore où”. Moi qui étais le père de la prisonnière, je demande : “Quelle somme d’argent peut-elle avoir avec elle dans ce voyage ?” Il me répond : “Elle peut avoir la somme qu’elle veut”. J’ai donc donné 500 tomans que j’avais sur moi à Shirine. Sa mère lui a donné les habits qu’elle avait apportés. (…) Ensuite, j’ai demandé au responsable de la prison : “Quand pourrons-nous avoir des nouvelles de Shirine et savoir où elle est ?” Il répond “Revenez ici dans quinze jours, peut-être qu’on en saura plus d’ici là.” »
À partir du 19 juillet 1988 à Téhéran, et quelques jours plus tard dans les autres villes, les autorités pénitentiaires isolent les prisons. « Quinze jours plus tard, sa mère et moi nous sommes rendus à la prison. Un grand nombre de proches de prisonniers s’étaient regroupés là, même ceux dont les enfants avaient été libérés il y a un ou deux ans ou quelques mois. Nous leur avons demandé ce qu’ils faisaient là. Ils nous ont répondu qu’ils ne savaient pas eux-mêmes. “Tout ce qu’on sait, c’est que nos enfants sont venus pour leur feuille de présence et ils ne sont pas encore ressortis.” Car la règle était que chaque prisonnier libéré devait se présenter une à deux fois par semaine pour signer une feuille de présence. Des gardiens armés postés sur le trottoir devant la prison ne laissaient personne s’approcher et, de la même façon, des gardiens armés étaient postés devant la porte du tribunal révolutionnaire, situé un peu plus loin, pour empêcher les gens d’approcher. Une grande affiche était placardée au mur : “Pour raison de surcharge de travail, nous ne pouvons accueillir les visiteurs.” » Dans les prisons, les détenus sont isolés par groupes d’affiliation politique et par durée de peine ; les espaces communs sont fermés. À l’extérieur, aucune nouvelle des prisons ne paraît plus dans la presse du pays qui, pour des raisons d’intimidation et de propagande, en est très friande en temps normal : c’est le huis-clos dans lequel s’organisent les exécutions, dont le plus gros se déroule en quelques semaines à la fin août 1988. Selon un prisonnier qui se trouvait alors dans la principale prison d’Evin : « À partir de juillet 1988, pas de journaux, pas de télévision, pas de douche, pas de visite des familles et souvent, pas de nourriture. Dans chaque pièce (d’environ 24 mètres carrés) il y avait plus de 45 prisonniers. Finalement, le 29 ou le 30 juillet, ils ont commencé le massacre [36][36]Hossein Mokhtar, Testimony at the September 1st Conference,….  » Les exécutions ont donc lieu à la suite des « procès » spéciaux menés en quelques jours à l’encontre de milliers de prisonniers. Alors que les questions posées à Shirine sont d’ordre politique et interrogent sa loyauté envers le régime en place, les interrogatoires cités par de nombreuses sources, notamment pour les prisons d’Evin et de Gohar Dasht, indiquent l’usage d’une grammaire religieuse, d’une forme « inquisitoire [37][37]E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 209 et… » et d’une certaine vision politique de l’islam qui cherche, à la surprise des prisonniers, non plus à connaître leurs opinions, mais à déterminer s’ils sont de bons musulmans. Au cours d’un échange de quelques minutes, un jury d’autorités religieuses demandait ainsi aux prisonniers communistes s’ils priaient et si leurs parents priaient : en cas de double réponse négative, les prisonniers étaient acquittés (une personne élevée dans l’athéisme ne peut être un « apostat »), si par contre ils étaient athées de parents religieux, ils étaient alors condamnés à mort pour apostasie. Les moudjahidines quant à eux devaient, pour avoir la vie sauve, prouver qu’ils étaient repentants (et donc s’affirmer prêts à étrangler un autre moudjahidine) et loyaux (prêts à nettoyer les champs de mine de l’armée iranienne avec leur corps) : ceux qui répondaient par la négative à ces questions, et ils furent nombreux, étaient condamnés à mort pour « hypocrisie » [38][38]Ibid.. Le processus, qui se déroule de mi-juillet à début septembre, est orchestré dans la discrétion, notamment par le recours aux pendaisons, qui correspondent par ailleurs à l’exécution appropriée pour les non-musulmans (les Kafer, dont il est interdit de faire couler le sang). D’après témoignages, des prisonniers ignoraient que leurs co-détenus étaient en train d’être exécutés par centaines et pensaient qu’ils étaient « transférés ailleurs [39][39]Témoignage cité dans E. Abrahamian, Tortured Confessions…,… ». La forme de ces procès, menés par des autorités ad hoc pour des prisonniers qui ont déjà été jugés une première fois (parfois rejugés plusieurs fois lors de leur peine ou qui l’ont parfois déjà purgée) soulève la question de savoir si l’on doit parler d’« exécution ». Abrahamian parle des « exécutions de masse de 1988 » [40][40]E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 209. ; le mot avancé par ceux qui ont travaillé sur la qualification juridique des événements comme « crimes contre l’humanité » est celui de « massacre » [41][41]K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art.….

Pratiques d’invisibilisation

9 À partir du mois de novembre 1988, la nouvelle des exécutions est annoncée aux familles lors de la visite hebdomadaire ; très vite, l’émotion gagne la foule qui se rassemble devant la prison. Face à la volonté de discrétion du pouvoir, d’autres méthodes sont adoptées. « C’est en âbân [octobre-novembre] qu’un jour, contre toute attente, la porte de la prison s’ouvrit et on nous dit d’entrer. Nous ne tenions plus en place de joie, et nous nous reprochions de ne pas avoir amené quelques fruits avec nous au cas où, ou d’avoir pris quelques vêtements. Mais après un moment d’attente et d’impatience, ils nous ont distribué des formulaires en nous ordonnant de les remplir, afin de consigner tous renseignements concernant les prisonniers et leur famille : domicile, lieu de travail, salaire, activités quotidiennes, connaissances. Ceux qui pouvaient remplir ce formulaire le faisaient eux-mêmes, et ceux qui ne savaient pas écrire se faisaient aider. Quand les formulaires ont été remplis, ils ont été collectés un par un (…) puis la porte s’est ouverte et on nous a dit : “C’est bon, vous pouvez partir” (…) Cette situation incertaine se poursuivait. Les jours de visite, nous nous réunissions comme d’habitude devant la prison, et finalement, comme d’habitude, nous nous dispersions bredouille. Jusqu’à un samedi, au début du mois d’âzar [novembre] : j’étais moi-même parti à la prison quand on a appelé à la maison en disant : “Dites au père de Shirine L. de se rendre demain matin à D.” (…) Le jour suivant, comme indiqué, nous nous sommes rendus devant la prison de D. à 9 heures. Il y avait d’autres personnes attroupées qui avaient reçu le même appel. Quand je les ai vues, je me suis un peu apaisé.(…) Nous étions une centaine ce jour-là, car ils avaient déjà rendu les affaires personnelles d’une trentaine de prisonnières à leur famille. Après un moment d’attente, ils ont appelé la première personne, qui était un vieillard de 60 à 70 ans, comme moi. Tous, nous retenions notre souffle : pourquoi ont-ils appelé cette seule personne ? Nous attendions tous que le vieil homme ressorte afin de lui demander de quoi il retournait. Cela ne dura pas longtemps, peut-être dix minutes, avant que l’on revoie de loin le vieillard, tenant un bout de papier dans la main. Nous nous sommes rués sur lui, mais il était analphabète et ne savait pas de quoi il s’agissait : “Ils m’ont donné ce papier et m’ont dit de partir, et de me le faire lire dehors. Ensuite ils m’ont présenté une lettre et m’ont dit de mettre mes empreintes au bas. Ils m’ont prévenu de ne pas faire le moindre bruit, sans quoi ils viendraient arrêter toute la famille. Ils m’ont recommandé de ne pas perdre le bout de papier.” Ce bout de papier que le vieillard tenait à la main (…) disait ceci : “telle section, tel rang, tel numéro”. Le vieillard s’est assis dans un coin et s’est mis à pleurer. La deuxième et la troisième personne s’en vont et reviennent de la même manière. J’étais le quatrième : un responsable de l’Information venait devant la porte, appelait la personne, l’accompagnait dans le couloir de la prison. Là-bas, on nous faisait entrer dans une pièce pour une fouille complète ; ensuite on entrait dans une deuxième pièce où un jeune de 25 à 30 ans était assis sur une chaise, entouré de deux pasdars[42][42]Les pasdaran-e Sepah, gardiens de la Révolution, sont la milice…. Après des salutations mielleuses, celui-ci nous demandait : “Que pensez-vous de la République islamique ? Quel souvenir gardez-vous du martyre des 72 compagnons de l’Imam [43][43]Expression désignant l’attentat terroriste de juin 1981 où… ?” Je ne sais pas ce qu’on répondait d’habitude ; quant à moi, j’ai exprimé clairement ma pensée. Puis il me tendit un morceau de papier imprimé en disant : “Lis-le, c’est l’accord qui stipule que vous n’avez aucun droit d’organiser une cérémonie de mise en terre, vous n’avez pas le droit d’organiser de cérémonie religieuse privée, ni dans une mosquée, ni à domicile, ni au cimetière, vous devez vous garder de pleurer à haute voix ou faire réciter le Coran pour les défunts.” Puis il lut lui-même la lettre (…) et me demanda de signer. J’ai déchiré la lettre en morceaux sur sa table. Deux personnes sont entrées dans la pièce et m’ont pris ; elles m’ont emmené par la porte de derrière de la prison et m’ont mis dans une voiture. Elles m’ont conduit jusqu’au carrefour de l’aéroport [à une autre extrémité de la ville] et m’ont fait descendre là-bas, en me mettant dans la poche le bout de papier où était écrit : Cimetière X, section 22, rang 3, tombe no 4. Mais dans cette section du cimetière, il y a beaucoup de tombes recouvertes d’une simple dalle de ciment. Des gens trop curieux ont démontré que ces tombes sont anciennes et ne portent pas de nom ; ou bien c’est en recouvrant la dalle en pierre d’une couche de béton qu’ils les présentaient aux familles comme la tombe des êtres chers qu’ils venaient de perdre. On nous disait : “Ce n’est pas la peine d’aller pleurer sur une tombe vide.” Selon un des gardiens de la prison, il restait 400 prisonniers moudjahidines dans les prisons de D. et du Sepah à T. qui ont été emmenés de nuit avec plusieurs camions spéciaux accompagnés d’un groupe de garde, entre 1 et 3 heures du matin. Ils les ont tous emmenés les yeux bandés, et aucun gardien ordinaire de la prison n’a été engagé pour cette affaire. Où ils les ont emmené et ce qu’ils leur ont fait, Dieu seul le sait. »
Les recherches de Shahrooz [44][44]K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art.… sur la façon dont les familles ont été averties des exécutions confirment le récit de Javad : l’isolement des prisons durant l’été, l’usage du téléphone et l’annonce individuelle des exécutions, la demande d’un engagement écrit au silence, mais aussi la surveillance des familles qui se rendent au cimetière et des interrogatoires hebdomadaires au Komité[45][45]Du français « comité » : désigne les cellules informelles… sur le chemin du retour. Ces stratégies s’inscrivent dans un ensemble de pratiques élaborées par le pouvoir depuis 1981 pour « tenir » les familles, dans un contexte où la grande majorité des prisonniers et des condamnés à mort sont des adolescents ou de jeunes adultes. C’est au niveau de la parenté immédiate qu’agit la répression : les frères et s urs, voisins proches et parents sont souvent incarcérés, pour quelques mois, en même temps que les opposants. Si les parents inquiets parlent trop, s’agitent ou se conduisent de façon bruyante dans les différentes situations administratives (devant le procureur révolutionnaire, le tribunal, etc.) où ils viennent s’enquérir du sort de leurs enfants détenus, une pratique courante du Sepah, d’après Javad, est d’emmener les enfants restant de la famille en représailles. Face aux pratiques de terreur qui prennent appui dans le tissu social immédiat (voisinage, parenté), « personne n’osait respirer fort » remarque Javad, qui se souvient avoir perdu son calme un jour, dans le tribunal, alors qu’on l’y avait envoyé pour demander des nouvelles de sa fille. Quinze jours plus tard, une voiture du Sepah s’arrête chez Javad à minuit et vient chercher la jeune s ur de Shirine « pour un interrogatoire ».

10 Les pratiques d’invisibilisation semblent s’organiser en couches successives : si du cercle témoin de la répression, la famille, peu d’information et d’agitation doit filtrer au-dehors, vers des relais sociaux plus larges, les gardiens s’assurent quant à eux que certaines pratiques de gestion des centres de détention ne soient pas connues des familles. Javad identifie ainsi « trois sortes de morts. Ceux qui meurent sous la torture : leur corps ne sont pas rendus et ils ne disent pas aux proches où ils se trouvent ; ceux qui sont pendus : ils donnent un bout de papier disant qu’ils sont enterrés à tel endroit, mais interdisent les cérémonies et les regroupements autour de la tombe ; ceux qui sont fusillés : ils peuvent rendre le corps à la famille contre une somme de 7 à 10 000 tomans ». Cette distinction s’explique peut-être du fait que la pendaison est réservée aux Kafer, aux non-musulmans, et en l’occurrence aux moudjahidines qui sont considérés tels depuis la Fatwa de 1981. Dès lors, les sépultures doivent être dans les carrés non-musulmans des cimetières, ce qui ne serait pas forcément respecté si le corps était rendu aux familles. En 1988, les corps des victimes ne sont pas rendus aux familles qui refusent de leur côté de reconnaître comme authentiques les tombes indiquées par le pouvoir, en particulier depuis la découverte de charniers qui laissent penser que les prisonniers exécutés ont été enterrés dans des fosses communes [46][46]AI, « Mass Executions of Political Prisoners », Amnesty….

11 Le gouvernement dénie les rumeurs d’exécution massive. Le président de la République, aujourd’hui « Guide suprême de la Révolution », Ali Khamenei, reconnaît que quelques Monafeghins ont été exécutés durant l’été, mais justifie cette action au nom de la sûreté d’État et de la préservation du territoire national [47][47]Ibid.. En 1989, une lettre ouverte de la mission permanente de la République islamique d’Iran à l’ONU répond de manière ambiguë au communiqué d’Amnesty International : « Les autorités de la République islamique d’Iran ont toujours nié l’existence d’exécutions politiques, mais cela ne contredit pas d’autres déclarations postérieures confirmant que des espions et des terroristes ont été exécutés [48][48]UN document A/44/153, ZB février 1989, cité dans AI, Iran :…. » En effet, le 5 juillet 1988, peu après la signature du cessez-le-feu entre l’Iran et l’Irak, l’Organisation des moudjahidines exilée dans une base militaire en Irak lance une offensive armée à la frontière iranienne et pénètre brièvement sur le territoire iranien, avant d’être sévèrement défaite par l’armée adverse. Shahrooz réfute l’idée selon laquelle les exécutions massives de 1988, dont les analystes peinent à saisir clairement l’objectif ou le mobile, seraient une riposte à cette tentative d’attaque militaire, en s’appuyant sur plusieurs témoignages individuels et le rapport du représentant spécial auprès de la Commission des Droits de l’Homme des Nations Unies, selon lesquels les procès et les exécutions de 1988 commencent à partir du mois d’avril, soit avant l’attaque du 5 juillet [49][49]Final Report on the situation of human rights in the Islamic….

12 Il faut mentionner que le pouvoir impliqué dans les violences d’État de 1988, comme dans la gestion de leur héritage, est un corps hétérogène, parcouru de divisions d’au moins deux sortes. D’une part, il comprend des acteurs gouvernementaux, officiels, et différents groupes privés ou paramilitaires liés au Parti républicain islamique (le Hezbollah, le Sepah). D’autre part, le dispositif de répression et l’évolution des pratiques carcérales dans les années 1980 s’inscrivent, au sein même du parti au pouvoir, dans des jeux d’influences et des luttes politiques dont l’enjeu est la succession de Khomeini [50][50]M. Behrooz, « Reflections on Iran’s Prison System… », art.…. Une analyse des ordres mettant en place le massacre et des réponses aux réticences exprimées dans les rangs du Parti républicain islamique montre que cet événement est l’occasion pour le pouvoir de faire « le tri entre les mitigés et les vrais croyants parmi [l]es partisans [du régime], leur imposant par ailleurs le silence au sujet des droits humains [51][51]E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 221 (notre…  » : les exécutions de masse auraient servi à verrouiller et à assurer la continuité du gouvernement mis en place par Khomeini, qui s’éteint en 1989. L’ayatollah Montazeri ­ dauphin et successeur pressenti de Khomeini à la fonction de Guide suprême de la Révolution depuis 1979 ­ est ainsi écarté de la scène publique et placé en résidence surveillée à partir de 1988, suite à ses prises de positions critiques au sujet des exécutions [52][52]Ibid., p. 221-222 ; Azadeh Kian-Thiébaut, « La révolution….

13 À défaut de pouvoir s’appuyer sur un recensement officiel ou encore sur des investigations auprès des familles et dans les fosses présumées ­ les gouvernements successifs rendant risquée les mentions ou recherches sur le sujet ­ il est difficile d’estimer le nombre de victimes du massacre. Pour Amnesty International, elles étaient 2 500 en 1990, soit quelques mois après les événements. Depuis, la collecte d’informations auprès des familles, que ce soit par les partis politiques dont les membres étaient concernés ou par des initiatives de droits de l’homme [53][53]H. Mokhtar, Testimony at the September 1 Conference, op. cit…, dresse une liste nominative de 4 000 à 5 000 victimes. Le Parti des Moudjahidine-e Kalq chiffre le massacre à 30 000 [54][54]Christina Lamb, The Telegraph, « Khomeini fatwa “led to killing…, ce qui est bien supérieur aux chiffres avancés ailleurs. Une récente étude qui tente de rassembler les données dans les différentes provinces conclue au chiffre de 12 000 [55][55]Nasser Mohajer, « The Mass Killings in Iran », Aresh, no 57,…. Aux pratiques violentes du pouvoir répond le souci de mettre au jour des faits précis et de prendre la mesure de l’ampleur de l’événement.

14 Face à cela, les analyses juridiques du « crime contre l’humanité » de 1988 s’interrogent sur l’impossibilité ou l’absence de volonté politique actuelle en ce qui concerne la mobilisation sur le terrain du droit, et en particulier du droit pénal international [56][56]K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art.…. Il serait fort utile de confronter les mobilisations du droit dans l’espace publique en Iran depuis la « démocratisation » des années 1990, et les essais de reformulation des exécutions massives de 1988 en un enjeu des droits de l’homme qui n’ont paradoxalement pas connu de relais effectif et de réalisation concrète [57][57]K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art.…. Ce décalage, ou cette absence, se comprend notamment par le passé révolutionnaire, nezami, et l’implication plus ou moins directe de certains responsables du mouvement réformateur dans les violences d’État durant la mise en place du régime islamique, et, notamment, dans le massacre de 1988. Ainsi, Akbar Ganji, journaliste d’opposition connu pour ses engagements en faveur des libertés civiles, plusieurs fois emprisonné depuis 2000, est-il un ancien commandant des Pasdaran-e Sepah[58][58]Voir par exemple N. Yavari d’Hellencourt, « Islam et…. Saïd Hajarian, autre figure de l’opposition démocrate et directeur du journal réformateur Sobh-e Emrooz, était adjoint du ministre de l’Information Reyshahri 1984 à 1989 [59][59]Voir par exemple Ahmed Vahdat, « The Spectre of Montazeri »,…. Abdullah Nouri, qui s’impose à la fin des années 1990 comme la figure principale du parti réformateur, était ministre de l’Intérieur en 1988 et a fait des déclarations niant les allégations d’exécutions, qu’il attribuait à « une campagne organisée à l’étranger  » tout en affirmant que « la loi islamique et le gouvernement de la République islamique d’Iran respectent la dignité humaine et ont organisé les institutions de la République islamique sur ce principe essentiel [60][60]Cité dans K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and… ». Si l’évocation des événements de l’été 1988 a été une ligne rouge à ne pas franchir sous les mandats réformateurs des années 1990-2000, les élections présidentielles de 2005 et les cadres conservateurs au pouvoir sous le mandat d’Ahmadinejad éloignent d’autant plus une perspective de reconnaissance ou de publicisation que la responsabilité pénale individuelle des membres actuels du gouvernement est engagée dans les exécutions de 1988 ­ et, plus généralement, dans le système pénitentiaire des années 1980. Selon plusieurs sources, l’actuel ministre de l’Intérieur, Mostafa Pour-Mohammadi, a siégé au sein de la commission chargée des procès-minute de l’été 1988, en tant que représentant du ministère de l’Information [61][61]E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 210 ;….

La commémoration

15 Ainsi, en dehors des témoignages mentionnés, les faits dont nous parlons n’ont jamais été évoqués dans l’espace public à un niveau politique ou juridique [62][62]E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit. ; R. Afshari,…. Il s’agit alors de regarder du côté des pratiques mémorielles ­ comme nous le suggère la démarche de Javad. Comment la mémoire intime et familiale acquiert-elle une dimension politique ? Face aux pratiques d’invisibilisation (gestion du deuil, confiscation funéraire, etc.), les rites et les lieux funéraires sont travaillés par l’enjeu d’une commémoration dont il s’agit de saisir la porté et les limites, politiques. Ce mouvement se noue d’abord autour de la référence au « martyre » autour de laquelle s’organise l’Islam révolutionnaire. Face aux exécutions de masse, de 1981 à 1988, la réalité des victimes est revisitée à travers la notion de martyre. L’idée du martyre est présente dans la pensée politique de Chariati [63][63]Paul Vieille, « L’institution shi’ite, la religiosité…, et participe à configurer l’action politique des Moujahidines, qu’il s’agisse de l’engagement révolutionnaire ou, plus tard, de la résistance [64][64]Voir par exemple E. Abrahamian, The Iranian Mojahedins, op.…. Principal ressort du discours public et de la communication pour l’engagement populaire dans la guerre contre l’Irak, elle est davantage encore une pierre de touche de l’islam chiite à l’aune de l’idéologie révolutionnaire du Parti républicain islamique [65][65]F. Khosrokhavar, L’islamisme et la mort : le martyre…. Autour de ce « culte du martyre », relayé par un art mural prolifique, s’organise la mobilisation nationale, puis la mémoire officielle du conflit [66][66]Ulrich Marzolph, « The Martyr’s Way to Paradise. Shiite Mural…. Entre 1981 et 1988, les jeunes bassidjis révolutionnaires ont nettoyé par centaines de milliers les champs de mines de l’armée, dans une utopie mortifère et salvatrice qui les érigeait en nouveaux « martyrs » de l’Islam. Dans le contexte d’une guerre qui laisse la société iranienne exsangue de 600 000 à un million d’hommes, la sépulture chiite, l’anonymat, la célébration du martyr et de la nation sont fondus dans des offices religieux publiques et médiatisés pour les combattants victimes [67][67]Ali Reza Sheikholeslami, « The Transformation of Iran’s…. Comme l’illustrent la production et le souvenir des martyrs, et le rapport qu’ils instituent à la mort et au corps, à la colère et à la vengeance, la République islamique s’appuie sur une idéologie « martyropathe [68][68]F. Khosrokhavar, L’islamisme et la mort…, op. cit. », née d’un effondrement de l’utopie révolutionnaire, qui s’impose comme la clé de voûte de l’action politique et de la raison d’État. Or, tandis qu’elle enserre l’espace public dans un réseau de passions orchestré par un dispositif rhétorique et institutionnel, elle verrouille toute possibilité de saisir le souvenir et l’émotion collective hors de cette grille logique étroite. C’est dans cette canalisation politique et totalitaire de l’émotion et du deuil que va s’inscrire, de manière subvertie et discrète, une mémoire émotive du massacre de 1988.
Le vendredi matin, dans les cimetières de province, dans le carré des promis au paradis, les mères des enfants « martyrs » de la guerre pleurent ensemble leurs morts, alors que dans le carré d’à côté, sur des tombes sans inscriptions, d’autres mères, dans une même sociabilité et un même rituel, pleurent leurs « martyrs » à elles : ceux de 1988. Un jeune bassidji écrit ainsi à ses parents depuis le front : « Jusqu’à présent, on n’a pas trouvé le corps de certains martyrs. Si cela se produit dans mon cas, n’en soyez pas tristes [mes parents] : vous n’avez pas épargné ma vie et vous l’avez donné pour Dieu, alors renoncez à mon corps et quand vous en ressentez le besoin, rendez-vous sur la tombe des autres martyrs [69][69]Témoignage paru dans le journal islamiste Keyhan en 1984, cité… ! » Le corps dérobé, disparu, du martyr, qui est une constante de l’idéologie islamique révolutionnaire, se réalise paradoxalement dans le cimetière de Khavaran, dans les fosses communes où ont été enterrés les prisonniers de la prison d’Evin exécutés en 1988. Pour les journalistes de la BBC : « Le cimetière de Khavaran n’est rien d’autre qu’un terrain vague terreux où, ça et là, des familles ont démarqué au hasard et de façon symbolique des tombes à l’aide de pierres. Il y a aussi quelques vraies pierres tombales et les familles affirment les y avoir mises car elles disent que leurs proches exécutés ont été enterrés à cet endroit [70][70]BBC Persia, « Le cimetière de Khavaran : des sépultures sans…. » Les cadres religieux où s’ancre le travail du deuil dessinent un espace de négociation, de répression et de détournement pour les acteurs : l’État en joue pour étouffer la possibilité d’une mémoire du massacre, les familles les détournent pour pleurer et se souvenir, malgré tout. Dès lors, la mémoire des exécutés de l’été 1988 flotte silencieusement dans l’imaginaire « martyropathe » de la République islamique ­ qui a assis sa domination précisément sur ces morts politiques. La mère d’un prisonnier exécuté écrit à sa fille exilée à l’étranger : « Le vendredi, toutes les mères et d’autres membres de la famille sont allés au cimetière. Quelle journée de deuil ! C’était comme l’Ashura. Des mères sont venues avec des portraits de leurs fils ; l’une d’elles avait perdu cinq fils et belles-filles. Finalement, le Komité est venu et nous a dispersé [71][71]AI, Iran : Violations of Human Rights 1987-1990, p. 3. Notre…. »

16 L’Ashura, dans la tradition chiite, est un moment de socialisation et de deuil où chacun pleure pour ses morts et ses peines dans le cadre de la commémoration religieuse du « martyr » d’Hussein. La référence à l’Ashura, et l’idée d’une communauté du deuil qui transparaît dans le témoignage, renvoie à une certaine socialité entre les familles de prisonniers comme le noyau autour duquel s’embraient les pratiques de souvenir. Les exécutions ne sont pas pensées dans le cadre préexistant des partis politiques auxquels appartenaient les victimes, mais à un niveau familial et intime. Toutefois, à partir des proches liés par une communauté d’expérience s’élaborent des pratiques de souvenir à un niveau collectif. Cette socialité est nouée dans l’épreuve qu’a été pour les familles de soutenir les prisonniers durant leur peine et de se tenir informées de leur sort. On trouve la trace de ce lien entre les familles, dans le témoignage de Javad. Ainsi commence le récit de l’annonce des exécutions en automne 1988 : « Le jour suivant, comme indiqué, nous nous sommes rendus devant la prison de D. à 9 heures. Il y avait d’autres personnes attroupées qui avaient reçu le même appel. Quand je les ai vus, je me suis un peu apaisé. Nous nous demandions les uns aux autres : “Et vous, qu’en pensez-vous ?” Chacun donnait son avis, l’un disait : “Ils veulent sûrement accorder une visite”, l’autre : “Ils veulent expliquer pourquoi ils ont interdit les visites”. Bref, dans ce brouhaha, nous étions tous d’accord pour dire que nous allions enfin connaître la fin de cette angoissante incertitude. » Ces moments de rencontre et de socialité jouent une fonction essentielle dans la circulation de l’information. Dans le témoignage de Javad, ce sont les nouvelles données par les familles dont les proches sont transférés d’une ville à l’autre, ou qui ont plusieurs proches prisonniers dans plusieurs villes différentes, qui permettent d’avoir une appréhension plus générale de l’échelle et des procédés de répression politique à un niveau national. La sociabilité des proches apparaît ainsi comme le lieu d’une résistance face aux pratiques du pouvoir, à travers une circulation de l’information qui répond aux stratégies de secret, mais aussi à travers la constitution de solidarités ponctuelles. Après 1988, cette socialité des proches de prisonniers semble avoir été une ressource à partir de laquelle des pratiques collectives de souvenir ont peu à peu vu le jour. La mère d’un prisonnier exécuté à Téhéran et enterré dans le cimetière de Khavaran explique dans un entretien : « Quand nous voulions aller sur sa tombe, on nous emmenait au Komité : “Pourquoi êtes-vous venus ? Et les gens avec qui vous parliez, qui était-ce ?” Un jour par semaine, le Komité nous attendait en chemin et nous emmenait là-bas. Jusqu’en 1989, quand on a organisé une cérémonie avec quelques autres mères pour nos enfants. Le soir, ils sont venus et nous ont dit « Venez à [la prison d’] Evin demain. Le lendemain matin de bonne heure nous sommes allés à Evin. Ils nous ont gardés jusqu’à 14 heures les yeux bandés, puis ils nous ont mis dans une voiture et nous ont emmenés au Komité. Ils nous ont gardés trois jours, et nous ont interrogés individuellement pour savoir comment nous nous connaissions. “Ça fait huit ans que nous allons en visite ensemble, nous avons appris à nous connaître ; ça fait un an que vous avez tué nos enfants, nous avons appris à nous connaître. C’est comme dire bonjour à ses voisins : à force d’aller à Evin, aux Komités, nous avons fini par nous connaître.” Ils ont demandé les noms de famille de toutes les mères. “Je ne les connais pas, ai-je répondu. Je connais leur prénom, c’est tout [72][72]Entretien filmé reproduit sur le site internet de l’ONG de….” » La réponse qui semble émerger dans les décennies suivant l’exécution des prisonniers est celle de pratiques mémorielles qui s’organisent autour de deux choses : la commémoration collective des morts dans le cadre d’une cérémonie rituelle qui est celle du bozorgdasht, et l’identification du massacre de 1988 à un lieu spécifique, qui est le cimetière de Khavaran. Ce dernier point renvoie en effet à l’émergence progressive d’un lieu-symbole, investi d’une mémoire presque narrative de l’événement et des pratiques qui ont orchestré les procès et les exécutions collectives, la confiscation des corps, le silence public. La place qu’a progressivement acquise cet endroit dans la commémoration des exécutions, alors qu’il n’est qu’un lieu parmi les cimetières municipaux et les charniers (dont 21 seraient localisés à ce jour [73][73]Entretien télévisé disponible sur internet : Mosahebe-ye…) où les dépouilles ont été enfouies en 1988, semble indiquer qu’au-delà des souvenirs individuels, les pratiques mémorielles tendent à se ressaisir à un niveau collectif. « Khavaran est un nom qui signifie “ne pas oublier” » titrait ainsi un article consacré à une cérémonie de commémoration dans le cimetière en septembre 2005 [74][74]Mohammad Reza Mohini, « Khavaran est un nom qui signifie “ne…. Pourquoi et comment ce mot-symbole a-t-il émergé ? Qu’indique-t-il sur la façon dont les enjeux de non-oubli se saisissent en termes collectifs, et éventuellement politiques ?

« Khavaran : un nom qui signifie “ne pas oublier” »

17 Les procès orchestrant le massacre de 1988 témoignent de cet Islam politique particulier réintroduit par Khomeini, qui repose notamment sur le réinvestissement politique des mythes fondateurs et de la tradition historique du chiisme. Les condamnés le sont pour « hypocrisie » ou pour « apostasie » ; c’est donc en « damnés », et en vue d’assurer cette damnation, que leur passage de ce monde à l’autre sera organisé. On enterre les victimes avec leurs habits et même leurs chaussures (le rituel exige un linceul blanc) dans des fosses communes très peu profondes, à fleur de terre (l’islam exige une profondeur minimum de 1,5 mètre) [75][75]E. Abrahamian, Tortured Confession…, op. cit., p. 218 ; K.…. Le deuil s’organise dans la société chiite autour de plusieurs étapes de commémoration collectives et de rassemblements funéraires : le troisième jour, le septième jour, le quarantième jour, qui marque la fin officielle des funérailles. En 1988, le quarantième jour était passé lorsque les familles furent informées de la mort de leurs proches. La majorité des exécutions eurent lieu à Téhéran et la gestion des corps semble s’être organisée dans l’obsession des règles du najes (la séparation des musulmans et des non-musulmans, du pur et de l’impur) : des fosses sont apparues, non pas dans le cimetière musulman de Behesht-e-Zara (où même des opposants politiques marxistes exécutés par l’ancien régime furent exhumés et déplacés), mais dans un carré situé dans le cimetière de Khavaran perdu sur une route à 16 km au sud-est de Téhéran, qui est un lieu d’inhumation ba’haie [76][76]Communauté religieuse persécutée.. Le lieu a été renommé Kaferestan (la terre des Kafer, des incroyants) ou encore Lanatabad (le lieu des damnés) ; les familles s’y réfèrent comme Golzar-e Khavaran (le champ de fleurs de Khavaran) car elles y ont planté des fleurs, et qu’une fois par an, à la date anniversaire du massacre, la terre du terrain vague est recouverte de bouquets. Le lieu est même parfois désigné comme golestan (le champ de fleurs), par analogie phonique et retournement du mot gourestan (le cimetière). La guerre des noms en fait en tous cas le lieu d’une mémoire laborieuse, tendue.
C’est dans ce contexte que se sont mises en place à Khavaran des cérémonies de commémoration des morts de 1988, inscrites dans la tradition ritualisée du bozorgdasht, qui est celle d’une visite au cimetière à la date anniversaire de la mort, donnant lieu à un rassemblement laïque des proches pour évoquer le souvenir du défunt. Progressivement, ces visites se sont transformées en cérémonies de commémoration du massacre de 1988. Une fois par an, lors du bozorgdasht, « le cimetière de Khavaran, rapportent les observateurs, est transformé en champs de fleurs et des opposants au régime islamique se mêlent aux familles : on récite des poèmes et on lit des textes sur la vie des disparus, de petites marches de protestation s’organisent même dans le cimetière [77][77]BBC Persia, « Le cimetière de Khavaran… », art. cité ; voir…. » Cependant, deux décennies après les faits, les enjeux de visibilisation du massacre, qui engage la responsabilité individuelle de membres de certaines administrations encore en fonction, restent sensibles. En novembre 2005, une radio américaine en langue persane, Radio Farda, annonce que des pierres tombales du cimetière de Khavaran sont détruites par « des individus non-identifiés [78][78]Nouvelles radiophonique du 19 novembre 2005, Radio Farda,… ». En automne 2007, sept personnes ayant participé au bozorgdasht de proches à Khavaran sont arrêtées et détenues dans la « section 209 » de la prison d’Evin à Téhéran, sous autorité du ministère de l’Information [79][79]AI, Action Urgente, « Iran : Craintes de mauvais traitements/…. Un rapport de Human Rights Watch avance des témoignages de familles de victimes selon lesquels « des tombes improvisées, placées par les familles ont été détruites. On dit que le gouvernement prépare une intervention importante à [Khavaran] afin de supprimer les traces d’inhumation [80][80]Human Rights Watch, Minister of murders, op. cit. Notre…. »

18 Lors des commémorations, la présence d’« opposants du régime » aux côtés des familles des victimes ­ la manifestation regroupait 2 000 personnes en 2005 ­ et de « petites marches de protestations » semble témoigner d’une politisation des rites mortuaires autour desquels se sont cristallisés les enjeux d’oubli et de souvenir liés à l’événement. Ce qu’on constate, c’est la fonction de catalyse du lieu dans l’organisation d’une action collective qui dépasserait le cercle des intimes. Ainsi, les membres de Kanoon-e Khavaran (l’Association Khavaran) fondée en 1996 par les sympathisants d’un groupe politique marxiste exilés en Europe et Amérique du Nord, s’organisent-ils en un réseau d’information qui a pour objet la constitution d’archives relatives aux exécutions, la production d’une liste nominale des victimes ainsi que la localisation de charniers à travers le pays [81][81]Kanoon-e Khavaran, op. cit. (site internet).. D’autre part, dans les différents textes lus lors des commémorations, le nom propre, Khavaran, émerge comme une synthèse des événements de 1988 et de leur mémoire. Ainsi de cette chanson qui commence par : « Khavaran ! Khavaran ! Terre des souvenirs. Il y vient parfois des mères… », ou encore de ce poème lu lors d’un bozorgdasht : « Je suis le cri rouge de la liberté / Lis mon nom, ma mère, dans le ciel de Khavaran / Je suis le drapeau sanglant de la liberté / Lis mon nom, mon épouse, dans le ciel de Khavaran / Je suis la bannière rouge de la liberté / Lis mon nom, mon enfant, dans le ciel de Khavaran / Je suis prisonnier sous la terre sèche de Khavaran / Lis mon nom, peuple courageux, dans le ciel de Khavaran [82][82]M. R. Mohini, « Khavaran est un nom qui signifie “ne pas… ». Si les trois premiers vers opposent le parcours politique des victimes (« le cri rouge de la liberté ») à un lien familial autour duquel se noue le souvenir (la mère, l’épouse, l’enfant), le dernier vers propose la mémoire de l’événement non-publicisé (« prisonnier sous la terre sèche de Khavaran ») comme le levier d’une appropriation politique, et presque la condition de reformation du « peuple courageux », en s’insérant ainsi dans un schème essentiel du discours post-révolutionnaire qui est l’invitation au peuple à réitérer la mobilisation héroïque de la révolution. Or, la difficulté d’une politisation de cette histoire alternative que propose Khavaran se négocie précisément autour de cette référence à l’histoire et la grammaire révolutionnaires, et à son « anachronisme » par rapport à un répertoire contemporain de discours et d’actions centré autour de la revendication de libertés civiles [83][83]F. Khosrokhavar, « L’Iran, la démocratie et la nouvelle…. En effet, la charge mémorielle attribuée à ce charnier signifie-t-elle pour autant la formation d’une mémoire collective à partir de laquelle se reconstruit, dans le contexte iranien actuel, l’enjeu politique des exécutions de masse ? Mais alors, quelle identité se cristallise autour de cette mémoire commune ? C’est avec cette question qu’apparaissent les limites et les tensions liées à la possibilité de « se mobiliser » autour de la constitution des exécutions comme une cause publique.

19 Les enjeux de mémoire et d’identité sont pris dans une relation plastique de réciprocité, rappelle Gillis : « Une dimension fondamentale de toute identité individuelle ou collective, à savoir un sentiment de communauté [a sense of sameness] dans le temps et l’espace, s’élabore à partir du souvenir ; et ce dont on se souvient ainsi est défini par l’identité revendiquée [84][84]John R. Gillis (dir.), Commemorations : The Politics of…. » Or il y a une tension entre les pratiques mémorielles qui émergent sur des sites comme Khavaran, et l’identification des victimes du massacre au mouvement des moudjahidines (auquel plus de 70 % des prisonniers exécutés étaient en effet affiliés). Si les exécutions de 1988 ne sont pas vraiment un secret au sein de la population iranienne, elles sont directement rapportées à la trajectoire politique des moudjahidines qui semblent avoir été exclus des revendications et des références par lesquelles une identité nationale iranienne s’est négociée dans les pays depuis la Révolution. De leur côté, les moudjahidines entretiennent une mémoire des « martyrs » de 1988 liée aux narrations et aux symboles qui construisent l’identité forte et exclusive du groupe en exil, et pour ce faire relisent l’événement comme une confrontation entre le pouvoir et la résistance (c’est-à-dire les moudjahidines) ; cette interprétation laisse de côté la diversité des appartenances politiques des victimes en 1988, comme le fait que de nombreux prisonniers d’opinion s’étaient, au cours de leur détention, détachés de toute étiquette politique ou militante. Pour Shahrooz, c’est là le principal obstacle politique à une mobilisation par le droit faisant du massacre de 1988 un « crime contre l’humanité [85][85]K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art.… ».

Un enjeu actuel

20 Dans ses analyses sur la non-commémoration et l’oubli dans la cité athénienne, Nicole Loraux identifiait le « deuil inoublieux [86][86]Nicole Loraux, La cité divisée. L’oubli dans la mémoire… » comme une passion politique qui lie le familial et la vie de la cité. À l’image de Javad qui a décidé de consigner ses mémoires pour ses petits-enfants, on peut observer que l’enjeu d’une résistance mémorielle face aux événements de 1988 engage les notions d’oubli et de déni face à un silence orchestré du pouvoir. Orchestré, et non total, ni effectif. Cette orchestration, c’est cette attitude ambivalente du pouvoir qui enterre en secret les victimes à fleur de terre, tout en faisant de l’odeur putride qui se dégage du charnier la preuve que ces personnes (qui ne sont officiellement pas là) étaient des non-musulmans ; c’est aussi annoncer la mort des prisonniers aux familles, mais en organisant un dispositif de mise sous silence du deuil (contrats de non-sépulture, annonces différées et au téléphone) ; c’est encore l’énonciation d’une Fatwa de mort de la part du Guide suprême, mais la négation d’exécutions de masse, puisque si l’exécution de prisonniers est reconnue, leur échelle niée. L’émergence d’une commémoration esquisse un réinvestissement politique des rites et des lieux de sépulture là où l’invisibilisation du massacre se fondait sur leur confiscation. Il faudrait pouvoir mener une observation interne, comparée, des structures de mobilisation que révèlent ces commémorations, même si une telle étude s’avère difficile dans le contexte actuel marqué par une nouvelle surveillance du pouvoir, comme le montrent les interventions de 2005 à 2007 sur le site de Khavaran, auprès des familles engagées ou de chercheurs souhaitant explorer le sujet [87][87]Nathalie Nougayrède, « Une chercheuse franco-iranienne empêchée…. En se fondant sur les articles scientifiques, les sources médiatiques, les différents témoignages publiés et les sites associatifs consacrés à ce sujet, il apparaît toutefois que les enjeux du non-oubli restent pris dans une tension mémorielle qui enserre les possibilités de mobilisation [88][88]Nader Khoshdel, « Marasem-e bozorgdasht-e zendanian-e siasi :…. Cette tension ne concerne pas uniquement les écarts entre le travail de commémoration initié par les familles et l’investissement politique et identitaire de l’événement parmi les groupes qui se sont, dans une faible mesure, réorganisés en exil. Elle concerne également l’impossibilité paradoxale de constituer la demande de reconnaissance et de justice comme une cause commune, dans un espace public marqué par la revendication de libertés civiles. L’extériorité des événements de 1988 par rapport à la vie politique et l’étanchéité des revendications civiles face à cette réalité invitent à penser la place singulière qu’occupe le massacre de 1988 dans la complexité des jeux de rupture et de continuité qui tissent l’histoire iranienne contemporaine ­ et donc, les enjeux politiques actuels dont est chargée sa mémoire.

Notes

  • [1]
    Notre traduction.
  • [2]
    L’ayatollah Khomeini qualifie la guerre de Jihad défensif et l’appelle « Défense Sacrée » (Def¯a’e moghaddas) ; au sujet des offensives iraniennes il parle de « Kerbala » en référence à la bataille qui, dans cette ville irakienne, marque en 680 le début de la rupture entre les Chiites et les Sunnites ; la guerre en Irak est appelée « Qadisiyya de Sadam » par référence, ici encore religieuse, à la bataille al-Qadisiyya de Sa’d qui eut lieu en Mésopotamie en 636 entre Musulmans et Perses sassanides, dans le cadre de la conquête musulmane de la Perse (voir à ce sujet Sinan Antoon, « Monumental Disrespect », Middle East Report, no 228, automne 2003, p. 28-30).
  • [3]
    L’auteur remercie Sandrine Lefranc pour sa lecture attentive et ses commentaires.
  • [4]
    Voir notamment Ervand Abrahamian, Tortured Confessions. Prisons and Public Recantations in Modern Iran, Berkeley, University of California Press, 1999 ; Amnesty International (AI), « Iran : Violations of Human Rights 1987-1990  », décembre 1990 ; AI, « Iran : Political Executions », décembre 1988 ; anonyme, « Man shahede ghatle ame zendanyane siyasi boodam » (« J’ai été témoin du massacre des prisonniers politiques »), Cheshmandaz, no 14, hiver 1995 ; Hossein-Ali Montazeri, Khaterat (Mémoires), hhhhttp:// wwww. amontazeri. com(consulté le 7 avril 2008).
  • [5]
    Voir E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 215 ; AI, « Iran : Violations of Human Rights 1987-1990  » ; Kaveh Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor : A Preliminary Report on The 1988 Massacre of Iran’s Political Prisoners », Harvard Human Rights Journal, vol. 20, 2007, p. 227-261, p. 228.
  • [6]
    Farhad Khosrokhavar, « L’Iran, la démocratie et la nouvelle citoyenneté », Cahiers internationaux de sociologie, no 111, 2001/2, p. 291-317.
  • [7]
    Ibid., p. 309 et Nouchine Yavari d’Hellencourt, « Islam et démocratie : de la nécessité d’une contextualisation  », Cemoti, no spécial, La question démocratique et les sociétés musulmanes. Le militaire, l’entrepreneur et le paysan, no 27, hhhhttp:// cemoti. revues. org/ document656. html(consulté le 20 avril 2008).
  • [8]
    Ibid.
  • [9]
    Ibid.
  • [10]
    Stanley Cohen, States of Denial, Knowing about Atrocities and Suffering, Cambridge, Polity Press, 2001.
  • [11]
    E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 209-229 ; Afshin Matin-Asgari, « Twentieth Century Iran’s Political Prisoners », Middle Eastern Studies, vol. 42, no 5, 2006, p. 689-707.
  • [12]
    Maziar Behrooz, « Reflections on Iran’s Prison System During the Montazeri Years (1985­1988)  », Iran Analysis Quarterly, vol. 2, no 3, 2005, p. 11-24.
  • [13]
    Reza Afshari, Human Rights in Iran : The Abuse of Cultural Relativism, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 2001 ; K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art. cité, p. 243-257 ; Raluca Mihaila, « Political Considerations in Accountability for Crimes Against Humanity : An Iranian Case Study », Hemispheres : The Tufts University Journal of International Affairs, no spécial, State-Building : Risks and Consequences, 2002, hhhhttp:// ase. tufts. edu/ hemispheres/ (consulté le 7 avril 2008).
  • [14]
    Conseil Économique et Social des Nations Unies (ECOSOC), Commission sur les droits humains, « On the Situation of Human Rights in the Islamic Republic of Iran », Situation of Human Rights in the Islamic Republic of Iran, 27, U.N. Doc. A/44/620 (2 novembre 1989) ; Final Report on the situation of human rights in the Islamic Republic of Iran by the Special Representative of the Commission on Human Rights, Mr. Reynaldo Galindo Pohl, pursuant to Commission resolution 1992/67 of 4 March 1992, E/CN.4/1993/41 ; Human Rights Watch, « Pour-Mohammadi and the 1988 Prison Massacres », Ministers of Murder : Iran’s New Security Cabinet, hhhhttp:// wwww. hrw. org/ backgrounder/ mena/ iran1205/ 2. htm#_Toc121896787(consulté le 7 avril 2008).
  • [15]
    Un impressionnant travail a été accompli sur ce point par E. Abrahambian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 209-229, qui reste la principale référence à ce jour.
  • [16]
    Notamment Nima Parvaresh, Nabardi nabarabar : gozareshi az haft sal zendan 1361­68 (Une bataille inégale : rapport de sept ans en prison 1982­1989), Andeesheh va Peykar Publications, 1995 ; Reza Ghaffari, Khaterate yek zendani az zendanhaye jomhuriyeh islami (Les mémoires d’un prisonnier dans les prisons de la République Islamique), Stockholm, Arash Forlag, 1998 ; anonyme, « Man shahede ghatle ame zendanyane siyasi boodam », op. cit.
  • [17]
    Nous reprenons, parmi les différentes transcriptions possibles, l’orthographe adoptée par l’organisation aujourd’hui [[[[http:// wwww. maryam-rajavi. com/ fr/ content/ view/ 300/ 66/ (consulté le 7 avril 2008). « Moudjahidines » est le pluriel de « moudjahed ».
  • [18]
    Mohammad Mossadeq a été Premier ministre de 1951 à 1953. Ayant nationalisé l’industrie pétrolière iranienne en 1951, il est renversé en 1953 suite à l’opération « TP-Ajax » (menée par la CIA), condamné à trois ans d’emprisonnement, puis assigné à résidence jusqu’à sa mort en 1967. Hosein Fatemi est le fondateur du Front de Libération exécuté en 1955.
  • [19]
    Ervand Abrahamian, The Iranian Mojahedins, New Haven/Londres, Yale University Press, 1992, p. 115-125.
  • [20]
    Ibid., p. 100-102.
  • [21]
    Ibid., p. 229 ; voir également A. Matin-Asgari, « Twentieth Century Iran’s Political Prisoners », art. cité, p. 690.
  • [22]
    E. Abrahamian, The Iranian Mojahedins, op. cit., p. 229 (notre traduction).
  • [23]
    Appliqué dans la Constitution iranienne de 1979, ce principe théologique confère aux religieux la primauté sur le pouvoir politique et assure une gestion réelle du pouvoir par le Guide de la Révolution (Vali-e Faghih) qui détermine la direction politique générale du pays, arbitre les conflits entre pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire et est chef des armées (régulières et paramilitaires).
  • [24]
    Haleh Afshar (dir.), Iran : A Revolution in Turmoil, Albany, SUNY Press, 1985 ; Shaul Bakhash, The Reign of the ayatollahs : Iran and the Islamic Revolution, New York, Basic Books, 1984.
  • [25]
    Connie Bruck, « Exiles : How Iran’s Expatriates Are Gaming the Nuclear Threat », The New Yorker, 6 Mars 2006, p. 48.
  • [26]
    E. Abrahamian, The Iranian Mojahedins, op. cit., p. 260-261.
  • [27]
    C. Bruck, « Exiles… », art. cité ; Human Rights Watch, No exit : human rights abuses inside the MKO camps, 2005, [[[http:// hrw. org/ backgrounder/ mena/ iran0505/ ?iran0505.pdf, consulté le 7 avril 2008] ; Human Rights Watch, Statement on Responses to Human Rights Watch Report on Abuses by the Mujahedin-e Khalq Organization (MKO), 15 février 2006, [[[[http:// hrw. org/ mideast/ pdf/ iran021506. pdf(consulté le 7 avril 2008).
  • [28]
    Elizabeth Rubin, « The Cult of Rajavi », New York Times Magazine, 13 juillet 2003, p. 26.
  • [29]
    E. Abrahamian, The Iranian Mojahedins, op. cit., p. 3 (notre traduction).
  • [30]
    Ibid.
  • [31]
    Le mouvement était le seul à présenter des candidats partout en Iran.
  • [32]
    Le manuscrit dit : « une société Tohidie  », d’après le Tohid qui est le premier principe d’Islam (« Je dis qu’il y a un seul Dieu ») : une société islamique selon la perspective d’Ali Chariati.
  • [33]
    E. Abrahamian, Tortured Confession, op. cit., p. 210.
  • [34]
    Nader Vahabi, « L’obstacle structurel à l’abolition de la peine de mort en Iran », Panagea, « Diritti umani », mars 2007, hhhttp:// wwww. panagea. eu/ web/ index. php? ?option=com_content&task=view&id=150&Itemid=99999999 (consulté le 28 avril 2008).
  • [35]
    H.-A. Montazeri, Khaterat, op. cit.
  • [36]
    Hossein Mokhtar, Testimony at the September 1st Conference, Mission for Establishment of Human Rights in Iran (MEHR), 1998, en ligne, hhhhttp:// wwww. mehr. org/ massacre_1988. htm(consulté le 7 avril 2008). Notre traduction.
  • [37]
    E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 209 et suiv.
  • [38]
    Ibid.
  • [39]
    Témoignage cité dans E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 214 ; K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art. cité, p. 238.
  • [40]
    E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 209.
  • [41]
    K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art. cité, p. 227 ; R. Mihaila, « Political Considerations in Accountability for Crimes Against Humanity… », art. cité. Ces travaux prolongent une recherche initiale d’Amnesty International qui a produit plusieurs rapports quasi contemporains aux événements (« Iran : Violations of Human Rights 1987-1990  », art. cité ; « Iran : Political Executions », art. cité) et adopte aujourd’hui la définition de crime contre l’humanité : « Aux termes du droit international en vigueur en 1988, on entend par crimes contre l’humanité des attaques généralisées ou systématiques dirigées contre des civils et fondées sur des motifs discriminatoires, y compris d’ordre politique. » (AI, Action Urgente, « Iran : Craintes de mauvais traitements/ Prisonniers d’opinion présumés », 2 novembre 2007, [en ligne hhhhttp:// asiapacific. amnesty. org/ library/ Index/ FRAMDE131282007,consulté le 7 avril 2008]).
  • [42]
    Les pasdaran-e Sepah, gardiens de la Révolution, sont la milice paramilitaire de la République islamique.
  • [43]
    Expression désignant l’attentat terroriste de juin 1981 où 72 cadres du Parti républicain islamique sont morts : le terme renvoie aux « compagnons l’Imam de Hussein » dans la tradition chiite ; l’« Imam » désigne ici Khomeini.
  • [44]
    K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art. cité, p. 240-241.
  • [45]
    Du français « comité » : désigne les cellules informelles d’ordre public mises en place par le Hezbollah au début de la Révolution, et qui se solidifient peu à peu en para-forces de l’ordre, surveillant notamment les m urs islamiques.
  • [46]
    AI, « Mass Executions of Political Prisoners », Amnesty International’s Newsletter, février 1989 ; K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art. cité, p. 239.
  • [47]
    Ibid.
  • [48]
    UN document A/44/153, ZB février 1989, cité dans AI, Iran : Violations of Human Rights 1987-1990. Notre traduction.
  • [49]
    Final Report on the situation of human rights in the Islamic Republic of Iran by the Special Representative of the Commission on Human Rights.
  • [50]
    M. Behrooz, « Reflections on Iran’s Prison System… », art. cité.
  • [51]
    E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 221 (notre traduction).
  • [52]
    Ibid., p. 221-222 ; Azadeh Kian-Thiébaut, « La révolution iranienne à l’heure des réformes », Le Monde diplomatique, janvier 1998 : hhhhttp:// wwww. monde-diplomatique. fr/ 1998/ 01/ KIAN_THIEBAUT/ 9782. html#nh1(consulté le 20 avril 2008).
  • [53]
    H. Mokhtar, Testimony at the September 1 Conference, op. cit (notre traduction) ; Kanoon-e Khavaran hhhhttp:// wwww. khavaran. com/ HTMLs/ Fraxan-Zendanian-Jan3008. htm(consulté le 7 avril 2008) ; Bidaran, hhhhttp:// wwww. bidaran. net/ (consulté le 7 avril 2008) ; OMID, A Memorial in Defense of Human Rights in Iran, [en llllignehttp:// wwww. abfiran. org/ english/ memorial. php,consulté le 7 avril 2008].
  • [54]
    Christina Lamb, The Telegraph, « Khomeini fatwa “led to killing of 30,000 in Iran” », 19 juin 2001 ; Conseil National de la Résistance Iranienne, site des moudjahidines du Peuple en exil, hhhhttp:// wwww. ncr-iran. org/ fr/ content/ view/ 3966/ 89/ ,(consulté le 7 avril 2008).
  • [55]
    Nasser Mohajer, « The Mass Killings in Iran », Aresh, no 57, août 1996, p. 7, cité in E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 212.
  • [56]
    K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art. cité, p. 257 ; R. Mihaila, « Political Considerations in Accountability for Crimes Against Humanity… », art. cité.
  • [57]
    K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art. cité, p. 243-257 ; R. Mihaila, « Political Considerations in Accountability for Crimes Against Humanity… », art. cité.
  • [58]
    Voir par exemple N. Yavari d’Hellencourt, « Islam et démocratie… », art. cité.
  • [59]
    Voir par exemple Ahmed Vahdat, « The Spectre of Montazeri », Rouzegar-e-Now, no 8, janvier-février 2003, p. 48.
  • [60]
    Cité dans K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art. cité, p. 241.
  • [61]
    E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 210 ; R. Ghaffari, Khaterate yek zendani az zendanhaye jomhuriyeh islami, op. cit., note 23, p. 248 ; HRW, « Pour-Mohammadi and the 1988 Prison Massacres », op. cit. ; H.-A. Montazeri, Khaterat, op. cit.
  • [62]
    E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit. ; R. Afshari, Human Rights in Iran, op. cit.  ; H.-A. Montazeri, Khaterat , op. cit.
  • [63]
    Paul Vieille, « L’institution shi’ite, la religiosité populaire, le martyre et la révolution », Peuples Méditerranéens, no 16, 1981, p. 77-92.
  • [64]
    Voir par exemple E. Abrahamian, The Iranian Mojahedins, op. cit., p. 206 et 243.
  • [65]
    F. Khosrokhavar, L’islamisme et la mort : le martyre révolutionnaire en Iran, Paris, l’Harmattan, 1995 ; F. Khosrokhavar, Anthropologie de la révolution iranienne. Le rêve impossible, Paris, l’Harmattan, 1997.
  • [66]
    Ulrich Marzolph, « The Martyr’s Way to Paradise. Shiite Mural Art in the Urban Context  », Ethnologia Europaea, vol. 33, no 2, 2003, p. 87-98.
  • [67]
    Ali Reza Sheikholeslami, « The Transformation of Iran’s Political Culture », Critique : Critical Middle Eastern Studies, vol. 17, no 9, 2000, p.105-133.
  • [68]
    F. Khosrokhavar, L’islamisme et la mort…, op. cit.
  • [69]
    Témoignage paru dans le journal islamiste Keyhan en 1984, cité par F. Khosrokhavar, L’islamisme et la mort…, op. cit., p. 92.
  • [70]
    BBC Persia, « Le cimetière de Khavaran : des sépultures sans nom, et la mise au jour des exécutés », 1er septembre 2005, hhhhttp:// wwww. bbc. co. uk/ persian/ iran/ story/ 2005/ 09/ 050902_mf_cemetery. shtml(notre traduction, consulté le 7 avril 2007).
  • [71]
    AI, Iran : Violations of Human Rights 1987-1990, p. 3. Notre traduction.
  • [72]
    Entretien filmé reproduit sur le site internet de l’ONG de défense des droits humains : hhhhttp:// wwww. bidaran. net/ (consulté le 7 avril 2008).
  • [73]
    Entretien télévisé disponible sur internet : Mosahebe-ye Televisione Internasional ba Babake Yazdi Dar Morede Koshtare Tabestane 67 (interview de la chaîne télévisée Internationale avec Babak Yazdi, concernant les massacres de l’été 88), hhhhttp:// khavaran. com/ Ghatleam(consulté le 7 avril 2007).
  • [74]
    Mohammad Reza Mohini, « Khavaran est un nom qui signifie “ne pas oublier” », Bidaran, hhhhttp:// wwww. bidaran. net/ spip. php? article48(consulté le 7 avril 2008).
  • [75]
    E. Abrahamian, Tortured Confession…, op. cit., p. 218 ; K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art. cité, p. 282 ; AI, « Mass Executions of Political Prisoners », art. cité.
  • [76]
    Communauté religieuse persécutée.
  • [77]
    BBC Persia, « Le cimetière de Khavaran… », art. cité ; voir aussi M. R Mohini, « Khavaran est un nom qui signifie “ne pas oublier” », art. cité.
  • [78]
    Nouvelles radiophonique du 19 novembre 2005, Radio Farda, Afrade Nashenas Ghabrhaye Edamyane Siyasiye Daheye 60 ra dar Goorestane Khavaran Takhreeb Kardand (« Des individus non identifiés ont détruit les tombes des prisonniers politiques exécutés dans les années 1980 dans le cimetière de Khavaran »).
  • [79]
    AI, Action Urgente, « Iran : Craintes de mauvais traitements/ Prisonniers d’opinion présumés », op. cit.
  • [80]
    Human Rights Watch, Minister of murders, op. cit. Notre traduction.
  • [81]
    Kanoon-e Khavaran, op. cit. (site internet).
  • [82]
    M. R. Mohini, « Khavaran est un nom qui signifie “ne pas oublier” », art. cité.
  • [83]
    F. Khosrokhavar, « L’Iran, la démocratie et la nouvelle citoyenneté », art. cité.
  • [84]
    John R. Gillis (dir.), Commemorations : The Politics of National Identity, Princeton, Princeton University Press, 1994, p. 3 (notre traduction).
  • [85]
    K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art. cité, p. 259 ; voir aussi R. Mihaila, « Political Considerations in Accountability for Crimes Against Humanity… », art. cité, en ligne.
  • [86]
    Nicole Loraux, La cité divisée. L’oubli dans la mémoire d’Athène, Paris, Payot-Rivages, 2005, p. 164.
  • [87]
    Nathalie Nougayrède, « Une chercheuse franco-iranienne empêchée de quitter Téhéran », Le Monde, 6 septembre 2007.
  • [88]
    Nader Khoshdel, « Marasem-e bozorgdasht-e zendanian-e siasi : goft-o-gou ba Mihan Rousta » (« La cérémonie de bozorgdasht des prisonniers politiques : entretien avec Mihan Rousta »), Sedaye-ma, 13 octobre 2004, hhhhttp:// wwww. sedaye-ma. org/ web/ show_article. php? file= src/ didgah/ mihanrousta_10132006_1. htm(consulté le 7 avril 2008).

Livres: Pourquoi les riches n’aiment pas leur pays (Francesco Duina’s unasked question: Why rich Americans don’t like their country)

23 novembre, 2019
https://www.une.edu/sites/default/files/styles/une_content_medium/public/events/broke-patriotic-america.jpghttps://www.sup.org/img/covers/large/pid_27272.jpg
Nationalitéshttps://pbs.twimg.com/media/EOzXIGmUYAA2LoS?format=jpg&name=largeToi qui as fixé les frontières, dressé les bornes de la terre, tu as créé l’été, l’hiver !  Psaumes 74: 17
The little man loves his country because it’s all he’s got. Sergeant Leroy Taylor
Look at the rest of the world: they keep trying to come to America. This must be the place to be. Respondents to Francesco Duina
For me to give up hope on the country in which I live in is almost to give up hope for self. So I gotta keep the light burning for me and for my country or I’m gonna be in the dark. 46-year-old unemployed black woman in Birmingham with plans to become a chef)
For me, yeah, it starts with the individual, naturally. And according to our constitution, rules and rights, you know … everybody is afforded that without question … I believe, right, that I can have a conversation not just with you; I could sit down, talk with the President of the United States … you know? Older African American Birmingham resident
You have to have some shred of dignity. Even the bottom-of the-barrel person has to have some shred of dignity … and so when we’re struggling and we’re super poor and broke and going through all these things, you almost have to believe in something better or higher … and the Americans’ ideals ring on that level because they’re a lot different than maybe other countries’ because the American ideals are supposed to embody those things that are, are like good for humanity, you know … and it’s true. Middle-aged white man living out of a car in Billings, Montana, with his young and pregnant wife
Tout racisme est un essentialisme et le racisme de l’intelligence est la forme de sociodicée caractéristique d’une classe dominante dont le pouvoir repose en partie sur la possession de titres qui, comme les titres scolaires, sont censés être des garanties d’intelligence et qui ont pris la place, dans beaucoup de sociétés, et pour l’accès même aux positions de pouvoir économique, des titres anciens comme les titres de propriété et les titres de noblesse. Pierre Bourdieu
Un peuple connait, aime et défend toujours plus ses moeurs que ses lois. Montesquieu
Aux États-Unis, les plus opulents citoyens ont bien soin de ne point s’isoler du peuple ; au contraire, ils s’en rapprochent sans cesse, ils l’écoutent volontiers et lui parlent tous les jours. Ils savent que les riches des démocraties ont toujours besoin des pauvres et que, dans les temps démocratiques, on s’attache le pauvre par les manières plus que par les bienfaits. La grandeur même des bienfaits, qui met en lumière la différence des conditions, cause une irritation secrète à ceux qui en profitent; mais la simplicité des manières a des charmes presque irrésistibles : leur familiarité entraîne et leur grossièreté même ne déplaît pas toujours. Ce n’est pas du premier coup que cette vérité pénètre dans l’esprit des riches. Ils y résistent d’ordinaire tant que dure la révolution démocratique, et ils ne l’abandonnent même point aussitôt après que cette révolution est accomplie. Ils consentent volontiers à faire du bien au peuple ; mais ils veulent continuer à le tenir à distance. Ils croient que cela suffit ; ils se trompent. Ils se ruineraient ainsi sans réchauffer le coeur de la population qui les environne. Ce n’est pas le sacrifice de leur argent qu’elle leur demande; c’est celui de leur orgueil. Tocqueville
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Condamner le nationalisme parce qu’il peut mener à la guerre, c’est comme condamner l’amour parce qu’il peut conduire au meurtre. C.K. Chesterton
Il faut constamment se battre pour voir ce qui se trouve au bout de son nez. George Orwell
Le plus difficile n’est pas de dire ce que l’on voit mais d’accepter de voir ce que l’on voit. Charles Péguy
Nous apprenons à nous sentir responsable d’autrui parce que nous partageons avec eux une histoire commune, un destin commun. Robert Reich
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Hussein Obama (2008)
Pour la première fois de ma vie d’adulte, je suis fière de mon pays. Michelle Obama
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton (2016)
Il n’y a pas d’identité fondamentale, pas de courant dominant, au Canada. Il y a des valeurs partagées — ouverture, compassion, la volonté de travailler fort, d’être là l’un pour l’autre, de chercher l’égalité et la justice. Ces qualités sont ce qui fait de nous le premier État postnational. Justin Trudeau
Nous qui vivons dans les régions côtières des villes bleues, nous lisons plus de livres et nous allons plus souvent au théâtre que ceux qui vivent au fin fond du pays. Nous sommes à la fois plus sophistiqués et plus cosmopolites – parlez-nous de nos voyages scolaires en Chine et en Provence ou, par exemple, de notre intérêt pour le bouddhisme. Mais par pitié, ne nous demandez pas à quoi ressemble la vie dans l’Amérique rouge. Nous n’en savons rien. Nous ne savons pas qui sont Tim LaHaye et Jerry B. Jenkins. […] Nous ne savons pas ce que peut bien dire James Dobson dans son émission de radio écoutée par des millions d’auditeurs. Nous ne savons rien de Reba et Travis. […] Nous sommes très peu nombreux à savoir ce qu’il se passe à Branson dans le Missouri, même si cette ville reçoit quelque sept millions de touristes par an; pas plus que nous ne pouvons nommer ne serait-ce que cinq pilotes de stock-car. […] Nous ne savons pas tirer au fusil ni même en nettoyer un, ni reconnaître le grade d’un officier rien qu’à son insigne. Quant à savoir à quoi ressemble une graine de soja poussée dans un champ… David Brooks
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
J’entends les voix apeurées qui nous appellent à construire des murs. Plutôt que des murs, nous voulons aider les gens à construire des ponts. Mark Zuckerberg
Mes arrière-grands-parents sont venus d’Allemagne, d’Autriche et de Pologne. Les parents de [mon épouse] Priscilla étaient des réfugiés venant de Chine et du Vietnam. Les Etats-Unis sont une nation d’immigrants, et nous devrions en être fiers. Comme beaucoup d’entre vous, je suis inquiet de l’impact des récents décrets signés par le président Trump. Nous devons faire en sorte que ce pays reste en sécurité, mais pour y parvenir, nous devrions nous concentrer sur les personnes qui représentent vraiment une menace. Etendre l’attention des forces de l’ordre au-delà des personnes qui représentent de vraies menaces va nuire à la sécurité des Américains, en dispersant les ressources, tandis que des millions de sans-papiers qui ne représentent aucune menace vivront dans la peur d’être expulsés. Mark Zuckerberg
We can suggest what you should do next, what you care about. Imagine: We know where you are, we know what you like. A near-term future in which you don’t forget anything, because the computer remembers. You’re never lost. Eric Schmidt (Google)
I don’t believe society understands what happens when everything is available, knowable and recorded by everyone all the time. (…) Let’s say you’re walking down the street. Because of the info Google has collected about you, we know roughly who you are, roughly what you care about, roughly who your friends are. (…) I actually think most people don’t want Google to answer their questions. They want Google to tell them what they should be doing next. Eric Schmidt
The average American doesn’t realize how much of the laws are written by lobbyists (…) Washington is an incumbent protection machine. Technology is fundamentally disruptive. (…) Google policy is to get right up to the creepy line and not cross it. Google implants, he added, probably crosses that line. (…) With your permission you give us more information about you, about your friends, and we can improve the quality of our searches. We don’t need you to type at all. We know where you are. We know where you’ve been. We can more or less now what you’re thinking about. Eric Schmidt
There’s such an overwhelming amount of information now, we can search where you are, see what you’re looking at if you take a picture with your camera. One way to think about this is, we’re trying to make people better people, literally give them better ideas—augmenting their experience. Think of it as augmented humanity. Eric Schmidt
Les démocrates radicaux veulent remonter le temps, rendre de nouveau le pouvoir aux mondialistes corrompus et avides de pouvoir. Vous savez qui sont les mondialistes? Le mondialiste est un homme qui veut qu’il soit bon de vivre dans le monde entier sans, pour dire le vrai, se soucier de notre pays. Cela ne nous convient pas. (…) Vous savez, il y a un terme devenu démodé dans un certain sens, ce terme est « nationaliste ». Mais vous savez qui je suis? Je suis un nationaliste. OK? Je suis nationaliste. Saisissez-vous de ce terme! Donald Trump
I think it’s very unfortunate. (…) it’s almost like they’re embarrassed at the achievement coming from America. I think it’s a terrible thing. (…) because when you think of Neil Armstrong and when you think about the landing on the moon, you think about the American flag. And I understand they don’t do it. So for that reason I wouldn’t even want to watch the movie. (…) I don’t want to get into the world of boycotts. Same thing with Nike. I wouldn’t say you don’t buy Nike because of the Colin Kaepernick. I mean, look, as much as I disagree, as an example, with the Colin Kaepernick endorsement, in another way, I wouldn’t have done it. In another way, it is what this country is all about, that you have certain freedoms to do things that other people may think you shouldn’t do. So you know, I personally am on a different side of it, you guys are probably too, I’m on a different side of it. Donald Trump
Très intéressant de voir des élues démocrates du Congrès, “progressistes”, qui viennent originellement de pays dont les gouvernements sont des catastrophes complètes et absolues, les pires, les plus corrompus et les plus ineptes du monde (si tant est qu’on puisse parler de gouvernement) et qui maintenant clament férocement au peuple des États-Unis, la plus grande et la plus puissante nation du monde, comment notre gouvernement doit être dirigé. Pourquoi ne retournent-elles pas d’où elles viennent, pour aider à réparer ces lieux totalement dévastés et infestés par le crime ? Puis, qu’elles reviennent et qu’elles nous montrent comment elles ont fait. Ces endroits ont bigrement besoin de votre aide, vous n’y partirez jamais trop vite. Je suis sûr que Nancy Pelosi serait très heureuse d’organiser rapidement un voyage gratuit ! Donald Trump
Ces idées ont un nom : nationalisme, identitarisme, protectionnisme, souverainisme de repli. Ces idées qui, tant de fois, ont allumé les brasiers où l’Europe aurait pu périr, les revoici sous des habits neufs encore ces derniers jours. Elles se disent légitimes parce qu’elles exploitent avec cynisme la peur des peuples. (…) Je ne laisserai rien, rien à toutes celles et ceux qui promettent la haine, la division ou le repli national. Je ne leur laisserai aucune proposition. C’est à l’Europe de les faire, c’est à nous de les porter, aujourd’hui et maintenant (…) Et nous n’avons qu’un choix, qu’une alternative : le repli sur nous frontières, qui serait à la fois illusoire et inefficace, ou la construction d’un espace commun des frontières, de l’asile et de (…) faire une place aux réfugiés qui ont risqué leur vie, chez eux et sur leur chemin, c’est notre devoir commun d’Européen et nous ne devons pas le perdre de vue. (…) C’est pourquoi j’ai engagé en France un vaste travail de réforme pour mieux accueillir les réfugiés, augmenter les relocalisations dans notre pays, accélérer les procédures d’asile en nous inspirant du modèle allemand, être plus efficaces dans les reconduites indispensables. Ce que je souhaite pour l’Europe, la France commence dès à présent à le faire elle-même. Emmanuel Macron
On vous demande une carte blanche, et vous salissez l’adversaire, et vous proférez des mensonges. Votre projet, c’est de salir, c’est de mener une campagne de falsifications, de vivre de la peur et des mensonges. La France que je veux vaut beaucoup mieux que ça. Il faut sortir d’un système qui vous a coproduit. Vous en vivez. Vous êtes son parasite. L’inefficacité des politiques de droite et de gauche, c’est l’extrême droite qui s’en nourrit. Je veux mener la politique qui n’a jamais été menée ces trente dernières années. Emmanuel Macron (2017)
Le patriotisme est l’exact contraire du nationalisme. Le nationalisme en est sa trahison. Emmanuel Macron
Nous n’avons pas besoin de visages basanés qui ne veulent pas être une voix basanée. Nous n’avons pas besoin de visages noirs qui ne veulent pas être une voix noire. Nous n’avons pas besoin de musulmans qui ne veulent pas être une voix musulmane. Nous n’avons pas besoin d’homos qui ne veulent pas être une voix homo. Si vous craignez d’être marginalisé et stéréotypé, ne vous présentez même pas, nous n’avons pas besoin de vous pour représenter cette voix. Ayanna Pressley (représentante démocrate, Massachusetts)
So apparently Donald Trump wants to make this an election about what it means to be American. He’s got his vision of what it means to be American, and he’s challenging the rest of us to come up with a better one. In Trump’s version, “American” is defined by three propositions. First, to be American is to be xenophobic. The basic narrative he tells is that the good people of the heartland are under assault from aliens, elitists and outsiders. Second, to be American is to be nostalgic. America’s values were better during some golden past. Third, a true American is white. White Protestants created this country; everybody else is here on their sufferance. When you look at Trump’s American idea you realize that it contradicts the traditional American idea in every particular. In fact, Trump’s national story is much closer to the Russian national story than it is toward our own. It’s an alien ideology he’s trying to plant on our soil. ​ Trump’s vision is radically anti-American.​ The real American idea is not xenophobic, nostalgic or racist; it is pluralistic, future-oriented and universal. America is exceptional precisely because it is the only nation on earth that defines itself by its future, not its past. America is exceptional because from the first its citizens saw themselves in a project that would have implications for all humankind. America is exceptional because it was launched with a dream to take the diverse many and make them one — e pluribus unum.​ (…) Trump’s campaign is an attack on that dream. The right response is to double down on that ideal. The task before us is to create the most diverse mass democracy in the history of the planet — a true universal nation. It is precisely to weave the social fissures that Trump is inclined to tear. David Brooks
In the matter of immigration, mark this conservative columnist down as strongly pro-deportation. The United States has too many people who don’t work hard, don’t believe in God, don’t contribute much to society and don’t appreciate the greatness of the American system. They need to return whence they came. I speak of Americans whose families have been in this country for a few generations. Complacent, entitled and often shockingly ignorant on basic points of American law and history, they are the stagnant pool in which our national prospects risk drowning.​ (…) Bottom line: So-called real Americans are screwing up America. Maybe they should leave, so that we can replace them with new and better ones: newcomers who are more appreciative of what the United States has to offer, more ambitious for themselves and their children, and more willing to sacrifice for the future. In other words, just the kind of people we used to be — when “we” had just come off the boat.​ O.K., so I’m jesting about deporting “real Americans” en masse. (Who would take them in, anyway?) But then the threat of mass deportations has been no joke with this administration.​ On Thursday, the Department of Homeland Security seemed prepared to extend an Obama administration program known as Deferred Action for Childhood Arrivals, or DACA, which allows the children of illegal immigrants — some 800,000 people in all — to continue to study and work in the United States. The decision would have reversed one of Donald Trump’s ugly campaign threats to deport these kids, whose only crime was to have been brought to the United States by their parents. Yet the administration is still committed to deporting their parents, and on Friday the D.H.S. announced that even DACA remains under review — another cruel twist for young immigrants wondering if they’ll be sent back to “home” countries they hardly ever knew, and whose language they might barely even speak.​ Beyond the inhumanity of toying with people’s lives this way, there’s also the shortsightedness of it. We do not usually find happiness by driving away those who would love us. Businesses do not often prosper by firing their better employees and discouraging job applications. So how does America become great again by berating and evicting its most energetic, enterprising, law-abiding, job-creating, idea-generating, self-multiplying and God-fearing people?​ Because I’m the child of immigrants and grew up abroad, I have always thought of the United States as a country that belongs first to its newcomers — the people who strain hardest to become a part of it because they realize that it’s precious; and who do the most to remake it so that our ideas, and our appeal, may stay fresh.​ That used to be a cliché, but in the Age of Trump it needs to be explained all over again. We’re a country of immigrants — by and for them, too. Americans who don’t get it should get out.​ Bret Stephens
N’en déplaise aux chiens de garde de la pensée unique, il n’y a rien de choquant dans ce texte. Trump ne critique ni des peuples ni des cultures, mais des gouvernements. Il mentionne des « élues démocrates », mais sans les citer nommément. Quant à ce qu’elles partent à l’étranger redresser ces pays qui sont à les entendre tellement mieux que les États-Unis, il ne s’agit pas d’un exil, puisqu’il mentionne explicitement qu’elles en reviennent. La seule flèche réelle est à l’encontre de Mme Pelosi, qui a le plus grand mal à tenir les rênes de ses troupes démocrates à la Chambre des Représentants. (…) Quatre élues démocrates se sentirent donc indignées par ces tweets: Ilhan Omar (Minnesota), Ayanna Pressley (Massachusetts) et Rashida Tlaib (Michigan), et Alexandria Ocasio-Cortez (New York). Trois d’entre elles ne correspondent même pas au portrait brossé par Trump puisqu’elles sont nées aux États-Unis, mais qu’importe, les médias se chargent de tous les raccourcis. (…) Ayanna Pressley déclencha une polémique il y a quelques jours par une vision de la société uniquement basée sur l’appartenance raciale, religieuse ou sexuelle, soit l’exact opposé du melting pot américain (…) Pour Mme Pressley, quelqu’un est blanc ou noir avant d’être Américain. Rashida Tlaib, qui grandit dans le paradis socialiste du Nicaragua, devint la première élue musulmane du Michigan. Ce qui n’est pas en soi un problème, si ce n’est qu’elle se fit remarquer dès son arrivée au Congrès par de nombreuses attaques antisémites. Elle traita également Trump de « fils de pute » dans sa première déclaration officielle, ce qui donne le niveau de finesse de la dame. Sur la carte du monde dans son bureau, elle recouvrit Israël avec un Post-It sur lequel il était marqué « Palestine ». Elle soutient l’organisation de promotion de l’islam CAIR, proche des Frères Musulmans. Bref, elle affiche clairement son allégeance (…) Ilhan Omar est née en Somalie et avoua en public son allégeance somalienne. Son statut civil est délicat: des rumeurs persistantes affirme qu’aurait pu être mariée à son propre frère pour s’installer aux États-Unis. Elle est en délicatesse avec le fisc américain pour de fausses déclarations fiscales. Politiquement, elle se fit remarquer par son indifférence à l’égard des attentats du 11 septembre 2001 (rien de plus pour elle que « des gens ont fait quelque chose ») mais surjoua son émotion à l’évocation de l’opération de secours « Black Hawk Down » où des soldats américains virent libérer un des leurs dans un hélicoptère abattu dans une mission de maintien de la paix. Enfin, elle refuse toujours de condamner publiquement Al-Qaeda (…) Alexandria Ocasio-Cortez est la plus souvent mise en avant par les médias, au point d’avoir son abréviation AOC. Issue d’une riche famille de New-York, elle travailla brièvement comme serveuse (permettant de donner corps à ses « humbles débuts » dans son récit personnel) avant d’embrasser la carrière politique. Depuis son élection, son radicalisme de gauche et ses délires utopiques montrent à quel point elle est coupée de la réalité. Ses sorties plongent régulièrement les responsables démocrates dans l’embarras. Elle réussit à faire fuir Amazon qui envisageait de s’installer à New York, perdant ainsi l’opportunité de créer 25’000 emplois, un exploit remarqué. Sans-frontiériste convaincue et imbue de son image, elle se fit aussi photographier dans une poignante séquence où elle pleure face à une clôture grillagée… Le tout étant en fait une mise en scène dans un parking vide. (…) Avec des rivales comme celles-ci, Trump pourrait dormir sur ses deux oreilles pour 2020. Leur bêtise et leur extrémisme fait fuir les électeurs centristes et provoque des remous jusque dans le camp démocrate. (…) Trump n’a que faire des accusations de racisme ; il est traité de raciste cent fois par semaine depuis qu’il est Président. De leur côté, les stratèges démocrates sont on ne peut plus embarrassés par leurs « étoiles montantes ». Nancy Pelosi essayait depuis plusieurs semaines de diminuer leur exposition médiatique dans l’espoir de restaurer un semblant de crédibilité au Parti Démocrate pour l’échéance de 2020 ; tout vient de voler en éclat. Les médias ne s’intéressent même plus aux candidats à l’investiture présidentielle. Seules comptent les réactions et les invectives des élues d’extrême-gauche. Pire encore, par réaction, les autres Démocrates ont été contraints de s’aligner avec elles pour prendre leur défense – augmentant encore l’alignement du parti avec ces extrémistes repoussantes pour qui n’est pas un militant d’extrême-gauche. En poussant le Parti Démocrate dans les cordes de l’extrême-gauche comme il le fait, Trump s’assure que les Démocrates passent pour des fous et des illuminés sans la moindre crédibilité. Les glapissements hystériques d’AOC, la vulgarité antisémite de Rashida Tlaib, l’obsession raciale de Ayanna Pressley et la sympathie affichée d’Ilhan Omar pour les islamistes auront tôt fait de détourner les Américains modérés de se rendre aux urnes pour chasser « l’ignoble Trump » du pouvoir – lui sur lequel il n’y a plus grand-chose à ajouter tant les médias lui envoient quotidiennement du fumier depuis trois ans. Stéphane Montabert
Obama est le premier président américain élevé sans attaches culturelles, affectives ou intellectuelles avec la Grande-Bretagne ou l’Europe. Les Anglais et les Européens ont été tellement enchantés par le premier président américain noir qu’ils n’ont pu voir ce qu’il est vraiment: le premier président américain du Tiers-Monde. The Daily Mail
Culturellement, Obama déteste la Grande-Bretagne. Il a renvoyé le buste de Churchill sans la moindre feuille de vigne d’une excuse. Il a insulté la Reine et le Premier ministre en leur offrant les plus insignifiants des cadeaux. A un moment, il a même refusé de rencontrer le Premier ministre. Dr James Lucier (ancien directeur du comité des Affaire étrangères du sénat américain)
We want our country back ! Marion Maréchal
La jeune génération n’est pas encouragée à aimer notre héritage. On leur lave le cerveau en leur faisant honte de leur pays. (…) Nous, Français, devons nous battre pour notre indépendance. Nous ne pouvons plus choisir notre politique économique ou notre politique d’immigration et même notre diplomatie. Notre liberté est entre les mains de l’Union européenne. (…) Notre liberté est maintenant entre les mains de cette institution qui est en train de tuer des nations millénaires. Je vis dans un pays où 80%, vous m’avez bien entendu, 80% des lois sont imposées par l’Union européenne. Après 40 ans d’immigration massive, de lobbyisme islamique et de politiquement correct, la France est en train de passer de fille aînée de l’Eglise à petite nièce de l’islam. On entend maintenant dans le débat public qu’on a le droit de commander un enfant sur catalogue, qu’on a le droit de louer le ventre d’une femme, qu’on a le droit de priver un enfant d’une mère ou d’un père. (…) Aujourd’hui, même les enfants sont devenus des marchandises (…) Un enfant n’est pas un droit (…) Nous ne voulons pas de ce monde atomisé, individualiste, sans sexe, sans père, sans mère et sans nation. (…) Nous devons faire connaitre nos idées aux médias et notre culture, pour stopper la domination des libéraux et des socialistes. C’est la raison pour laquelle j’ai lancé une école de sciences politiques. (…) Nous devons faire connaitre nos idées aux médias et notre culture, pour stopper la domination des libéraux et des socialistes. C’est la raison pour laquelle j’ai lancé une école de sciences politiques. (…) La Tradition n’est pas la vénération des cendres, elle est la passation du feu. (…)Je ne suis pas offensée lorsque j’entends le président Donald Trump dire ‘l’Amérique d’abord’. En fait, je veux l’Amérique d’abord pour le peuple américain, je veux la Grande-Bretagne d’abord pour le peuple britannique et je veux la France d’abord pour le peuple français. Comme vous, nous voulons reprendre le contrôle de notre pays. Vous avez été l’étincelle, il nous appartient désormais de nourrir la flamme conservatrice. Marion Maréchal
« Pourquoi la Suède est-elle devenue la Corée du Nord de l’Europe ? » C’est la question qu’un Danois avait posée sous forme de demi-boutade au caricaturiste suédois Lars Vilks lors d’une conférence à laquelle j’ai participé en 2014. En guise de réponse qui n’avait d’ailleurs pas convaincu, Vilks avait marmonné en disant que la Suède avait une prédilection pour le consensus. Aujourd’hui, il existe à cette question une réponse plus convaincante qui nous est donnée par Ryszard Legutko, professeur de philosophie et homme politique polonais influent. Traduit en anglais par Teresa Adelson sous le titre The Demon in Democracy: Totalitarian Temptations in Free Societies (Le démon de la démocratie : les tentations totalitaires au sein des sociétés libres), son livre paru chez Encounter montre de façon méthodique les similitudes surprenantes mais réelles entre le communisme de type soviétique et le libéralisme moderne tel qu’il est conçu par la Suède, l’Union européenne ou Barack Obama. (Avant d’analyser son argumentation, je tiens toutefois à préciser que là où Legutko parle de démocratie libérale, un concept trop complexe selon moi, je préfère parler de libéralisme.) Legutko ne prétend pas que le libéralisme ressemble au communisme dans ce que celui-ci a de monstrueux et encore moins que les deux idéologies sont identiques. Il reconnaît pleinement le caractère démocratique du libéralisme d’une part et la nature brutale et tyrannique du communisme d’autre part. Mais une fois établie cette distinction nette, il met le doigt sur le point sensible commun aux deux idéologies. C’est dans les années 1970 au cours d’un voyage effectué en Occident qu’il s’est rendu compte pour la première fois de ces similarités. Il s’est alors aperçu que les libéraux préféraient les communistes aux anti-communistes. Par après, avec la chute du bloc soviétique, il a vu les libéraux accueillir chaleureusement les communistes mais pas leurs opposants anticommunistes. Pourquoi ? Car selon lui le libéralisme partage avec le communisme une foi puissante en l’esprit rationnel propre à trouver des solutions. Cela se traduit par une propension à améliorer le citoyen, à le moderniser et à le façonner pour en faire un être supérieur, une propension qui conduit les deux idéologies à politiser, et donc à dévaloriser, tous les aspects de la vie dont la sexualité, la famille, la religion, les sports, les loisirs et les arts. (…) Les deux idéologies recourent à l’ingénierie sociale de façon à créer une société dont les membres seraient « identiques dans les mots, les pensées et les actes ». L’objectif serait d’obtenir une population en grande partie interchangeable et dépourvue de tout esprit dissident susceptible de causer des ennuis. Chacune des deux idéologies assume complètement le fait que sa vision particulière constitue le plus grand espoir pour l’humanité et représente la fin de l’histoire, l’étape finale de l’évolution de l’humanité. Le problème, c’est que de tels plans d’amélioration de l’humanité conduisent inévitablement à de terribles déceptions. En réalité, les êtres humains sont bien plus têtus et moins malléables que ne le souhaitent les rêveurs. Quand les choses vont mal (disons la production alimentaire pour les communistes, l’immigration sans entraves pour les libéraux), apparaissent deux conséquences néfastes. La première est le repli des idéologues dans un monde virtuel qu’ils cherchent ardemment à imposer à des sujets réfractaires. Les communistes déploient des efforts colossaux pour convaincre leurs vassaux qu’ils prospéreront bien plus que ces misérables vivant dans des pays capitalistes. Les libéraux transforment les deux genres – masculin et féminin – en 71 genres différents ou font disparaître la criminalité des migrants. Quand leurs projets tournent au vinaigre, les uns et les autres répondent non pas en repensant leurs principes mais, contre toute logique, en exigeant l’application d’un communisme ou d’un libéralisme plus pur et en s’appuyant fortement sur le complotisme : les communistes blâment les capitalistes et les libéraux blâment les entreprises pour expliquer par exemple pourquoi San Francisco détient aux États-Unis le record d’atteintes à la propriété ou pourquoi la ville de Seattle est gangrenée par une mendicité épidémique. La deuxième conséquence survient quand les dissidents apparaissent immanquablement. C’est alors que les communistes comme les libéraux font tout ce qu’ils peuvent pour étouffer les opinions divergentes. Autrement dit, les uns comme les autres sont prêts à forcer leurs populations ignorantes « à la liberté » selon les termes de Legutko. Ce qui signifie, bien entendu, le contrôle voire, la suppression de la liberté d’expression. Dans le cas du communisme, les bureaux de la censure du gouvernement excluent toute opinion négative vis-à-vis du socialisme et les conséquences sont fâcheuses pour quiconque ose persister. Dans le cas du libéralisme, les fournisseurs d’accès à Internet, les grands réseaux sociaux, les écoles, les banques, les services de covoiturage, les hôtels et les lignes de croisière font le sale boulot consistant à mettre hors-jeu les détracteurs qui tiennent ce qui est appelé un discours de haine consistant notamment à affirmer l’idée scandaleuse selon laquelle il n’y a que deux genres. Bien entendu l’islam est un sujet insidieux : ainsi le fait de se demander si Mahomet était un pédophile, est passible d’une amende, et une caricature, d’une peine de prison. Résultat : en Allemagne à peine 19% des citoyens ont l’impression qu’ils peuvent exprimer leur opinion librement en public. Daniel Pipes
Ce qui est nouveau, c’est d’abord que la bourgeoisie a le visage de l’ouverture et de la bienveillance. Elle a trouvé un truc génial : plutôt que de parler de « loi du marché », elle dit « société ouverte », « ouverture à l’Autre » et liberté de choisir… Les Rougon-Macquart sont déguisés en hipsters. Ils sont tous très cools, ils aiment l’Autre. Mieux : ils ne cessent de critiquer le système, « la finance », les « paradis fiscaux ». On appelle cela la rebellocratie. C’est un discours imparable : on ne peut pas s’opposer à des gens bienveillants et ouverts aux autres ! Mais derrière cette posture, il y a le brouillage de classes, et la fin de la classe moyenne. La classe moyenne telle qu’on l’a connue, celle des Trente Glorieuses, qui a profité de l’intégration économique, d’une ascension sociale conjuguée à une intégration politique et culturelle, n’existe plus même si, pour des raisons politiques, culturelles et anthropologiques, on continue de la faire vivre par le discours et les représentations. (…) C’est aussi une conséquence de la non-intégration économique. Aujourd’hui, quand on regarde les chiffres – notamment le dernier rapport sur les inégalités territoriales publié en juillet dernier –, on constate une hyper-concentration de l’emploi dans les grands centres urbains et une désertification de ce même emploi partout ailleurs. Et cette tendance ne cesse de s’accélérer ! Or, face à cette situation, ce même rapport préconise seulement de continuer vers encore plus de métropolisation et de mondialisation pour permettre un peu de redistribution. Aujourd’hui, et c’est une grande nouveauté, il y a une majorité qui, sans être « pauvre » ni faire les poubelles, n’est plus intégrée à la machine économique et ne vit plus là où se crée la richesse. Notre système économique nécessite essentiellement des cadres et n’a donc plus besoin de ces millions d’ouvriers, d’employés et de paysans. La mondialisation aboutit à une division internationale du travail : cadres, ingénieurs et bac+5 dans les pays du Nord, ouvriers, contremaîtres et employés là où le coût du travail est moindre. La mondialisation s’est donc faite sur le dos des anciennes classes moyennes, sans qu’on le leur dise ! Ces catégories sociales sont éjectées du marché du travail et éloignées des poumons économiques. Cependant, cette« France périphérique » représente quand même 60 % de la population. (…) Ce phénomène présent en France, en Europe et aux États-Unis a des répercussions politiques : les scores du FN se gonflent à mesure que la classe moyenne décroît car il est aujourd’hui le parti de ces « superflus invisibles » déclassés de l’ancienne classe moyenne. (…) Toucher 100 % d’un groupe ou d’un territoire est impossible. Mais j’insiste sur le fait que les classes populaires (jeunes, actifs, retraités) restent majoritaires en France. La France périphérique, c’est 60 % de la population. Elle ne se résume pas aux zones rurales identifiées par l’Insee, qui représentent 20 %. Je décris un continuum entre les habitants des petites villes et des zones rurales qui vivent avec en moyenne au maximum le revenu médian et n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois. Face à eux, et sans eux, dans les quinze plus grandes aires urbaines, le système marche parfaitement. Le marché de l’emploi y est désormais polarisé. Dans les grandes métropoles il faut d’une part beaucoup de cadres, de travailleurs très qualifiés, et de l’autre des immigrés pour les emplois subalternes dans le BTP, la restauration ou le ménage. Ainsi les immigrés permettent-ils à la nouvelle bourgeoisie de maintenir son niveau de vie en ayant une nounou et des restaurants pas trop chers. (…) Il n’y a aucun complot mais le fait, logique, que la classe supérieure soutient un système dont elle bénéficie – c’est ça, la « main invisible du marché» ! Et aujourd’hui, elle a un nom plus sympathique : la « société ouverte ». Mais je ne pense pas qu’aux bobos. Globalement, on trouve dans les métropoles tous ceux qui profitent de la mondialisation, qu’ils votent Mélenchon ou Juppé ! D’ailleurs, la gauche votera Juppé. C’est pour cela que je ne parle ni de gauche, ni de droite, ni d’élites, mais de « la France d’en haut », de tous ceux qui bénéficient peu ou prou du système et y sont intégrés, ainsi que des gens aux statuts protégés : les cadres de la fonction publique ou les retraités aisés. Tout ce monde fait un bloc d’environ 30 ou 35 %, qui vit là où la richesse se crée. Et c’est la raison pour laquelle le système tient si bien. (…) La France périphérique connaît une phase de sédentarisation. Aujourd’hui, la majorité des Français vivent dans le département où ils sont nés, dans les territoires de la France périphérique il s’agit de plus de 60 % de la population. C’est pourquoi quand une usine ferme – comme Alstom à Belfort –, une espèce de rage désespérée s’empare des habitants. Les gens deviennent dingues parce qu’ils savent que pour eux « il n’y a pas d’alternative » ! Le discours libéral répond : « Il n’y a qu’à bouger ! » Mais pour aller où ? Vous allez vendre votre baraque et déménager à Paris ou à Bordeaux quand vous êtes licencié par ArcelorMittal ou par les abattoirs Gad ? Avec quel argent ? Des logiques foncières, sociales, culturelles et économiques se superposent pour rendre cette mobilité quasi impossible. Et on le voit : autrefois, les vieux restaient ou revenaient au village pour leur retraite. Aujourd’hui, la pyramide des âges de la France périphérique se normalise. Jeunes, actifs, retraités, tous sont logés à la même enseigne. La mobilité pour tous est un mythe. Les jeunes qui bougent, vont dans les métropoles et à l’étranger sont en majorité issus des couches supérieures. Pour les autres ce sera la sédentarisation. Autrefois, les emplois publics permettaient de maintenir un semblant d’équilibre économique et proposaient quelques débouchés aux populations. Seulement, en plus de la mondialisation et donc de la désindustrialisation, ces territoires ont subi la retraite de l’État. (…) Même si l’on installe 20 % de logements sociaux partout dans les grandes métropoles, cela reste une goutte d’eau par rapport au parc privé « social de fait » qui existait à une époque. Les ouvriers, autrefois, n’habitaient pas dans des bâtiments sociaux, mais dans de petits logements, ils étaient locataires, voire propriétaires, dans le parc privé à Paris ou à Lyon. C’est le marché qui crée les conditions de la présence des gens et non pas le logement social. Aujourd’hui, ce parc privé « social de fait » s’est gentrifié et accueille des catégories supérieures. Quant au parc social, il est devenu la piste d’atterrissage des flux migratoires. Si l’on regarde la carte de l’immigration, la dynamique principale se situe dans le Grand Ouest, et ce n’est pas dans les villages que les immigrés s’installent, mais dans les quartiers de logements sociaux de Rennes, de Brest ou de Nantes. (…) In fine, il y a aussi un rejet du multiculturalisme. Les gens n’ont pas envie d’aller vivre dans les derniers territoires des grandes villes ouverts aux catégories populaires : les banlieues et les quartiers à logements sociaux qui accueillent et concentrent les flux migratoires. Christophe Guilluy
Comment expliquer que les ouvriers constituent toujours le groupe social le plus important de la société française et que leur existence passe de plus en plus inaperçue ? Stéphane Beaud et Michel Pialoux (Retour sur la condition ouvrière, 1999)
J’ai regardé les premières cartes qui avaient été faites par l’IFOP concernant les ronds-points occupés par les Gilets jaunes. Ce qui était frappant, c’était la parfaite corrélation avec celle de la France périphérique, développée autour d’un indicateur de fragilité sociale. Ce qui est très intéressant c’est que cette carte fait exploser toutes les typologies traditionnelles : la division est-ouest entre la France industrielle et la France rurale par exemple. En réalité, le mouvement est parti de partout, aussi bien dans le sud-ouest que dans le nord-est, on voit donc quelque chose qui correspond exactement à la France périphérique, c’est-à-dire à la répartition des catégories modestes et populaires dans l’espace. Cette typologie casse celle de la France du vide qui n’est plus pertinente et cela nous montre bien les effets d’un modèle économique nouveau qui est celui de la mondialisation. C’est pour cela que je dis que le mouvement des Gilets jaunes n’est pas une résurgence de la révolution française ou de mai 68, cela est au contraire quelque chose de très nouveau : cela correspond à l’impact de la mondialisation sur la classe moyenne au sens large : de l’ouvrier au cadre supérieur. La classe moyenne, ce ne sont pas seulement les professions intermédiaires, c’est un ensemble, ce sont les gens qui travaillent et qui ont l’impression de faire partie d’un tout, peu importe qu’il y ait des inégalités de salaires. (…) Ce qui était malsain dans l’analyse qui en a été fait, cela a été le moment ou l’on a dit « en réalité, ils ne sont pas pauvres ». On opposait une nouvelle fois les pauvres aux classes populaires alors que la presque totalité des pauvres sont issus des classes populaires. Il y a un lien organique entre eux. Quand on prend ces catégories, ouvriers, employés, paysans etc.…ils peuvent être pauvres, au chômage, et même quand ils ont un emploi, ils savent très bien que la case pauvreté est toute proche sur l’échiquier.  Surtout, ils ont un frère, un cousin, un grand parent, un ami, un voisin qui est pauvre. On oublie toujours de dire que la pauvreté n’est pas un état permanent, il y a un échange constant entre classes populaires et pauvreté. Opposer ces catégories, c’est refuser ce lien organique entre pauvres et travailleurs modestes. C’est donc ne rien comprendre à ce qui se joue actuellement. (…) Ce que nous constatons aujourd’hui, c’est une dysfonction entre l’économie et la société. Et cela est la première fois. Avant, l’économie faisait société, c’était les 30 glorieuses avec un modèle économique qui intègre tout le monde et qui bénéficie à l’ensemble de la société. Là, nous avons un modèle qui peut créer de la richesse mais qui ne fait pas société. Le modèle économique mondialisé, parce qu’il n’a pas de limites, frappe les catégories sociales les unes après les autres. Après les employés, il y a les professions intermédiaires, les jeunes diplômés, et après nous aurons les catégories supérieures. La seule chose qui protège les catégories supérieures est qu’elles vivent aujourd’hui dans des citadelles. C’est ce qui fait aussi que la baisse du soutien des Français au mouvement des Gilets jaunes touche ces catégories-là. Mais cela n’empêche pas que le socle électoral d’Emmanuel Macron se restreint comme peau de chagrin, cela est mécanique. Depuis les années 80, on a souvent compensé ces destructions d’emplois sur ces territoires par des emplois publics, mais les gens ont parfaitement compris que ce modèle était à bout de souffle. Les fonctionnaires de catégorie B et C, qui sont présents dans le mouvement, ont compris que cela était fini, qu’ils n’auraient plus d’augmentations de salaires ou que leurs enfants ne pourront plus en profiter. On a bien là une angoisse d’insécurité sociale qui s’est généralisée à l’ensemble de ces catégories qui étaient, hier, totalement intégrées à la classe moyenne, et cela démontre bien comment un mouvement parti des marges est devenu majoritaire. Cela est la limite du modèle économique néolibéral. Je n’aurais aucun problème à adhérer au modèle néolibéral, s’il fonctionnait. On a vu comment cela avait commencé, ouvriers d’abord, paysans etc.. Et aujourd’hui, des gens que l’on pensait finalement sécurisés sont touchés ; petite fonction publique et retraités. Or, ce sont les gens qui ont, in fine, élu Emmanuel Macron. Son effondrement vient de ces catégories-là. Mais les classes populaires n’ont rien contre les riches, ils jouent au loto pour devenir riches, la question est simplement de pouvoir vivre décemment avec son salaire et d’être respecté culturellement. Nous payons réellement 30 années de mépris de classe, d’ostracisation, d’insultes en direction du peuple. (…) C’est ce que ne comprennent pas les libéraux. Je crois que le débat –libéral-pas libéral- est vain. Si je dis qu’il y a un problème avec ce modèle dans ces territoires, alors on me dit que je suis pour la suppression des métropoles ou que je suis favorable à un retour à une économie administrée. Et surtout, ce qui est intolérable, c’est que je cliverais la société en termes de classes sociales. En relisant récemment une biographie de Margaret Thatcher, je me suis rendu compte que le plus gros reproche fait aux travaillistes et aux syndicats dans les années 70 était justement de cliver la société à partir des classes sociales. L’argument était de dire qu’ils sont de mauvais Anglais parce qu’ils fracturent l’unité nationale. Ce qui est génial, c’est que nous voyons aujourd’hui exactement les mêmes réactions avec la France périphérique. Une arme sur la tempe, on vous dit d’arrêter de parler des inégalités. Ils veulent bien que l’on parle de pauvres mais cela ne va pas plus loin. Mais quand on regarde finement les choses, Emmanuel Macron n’aurait pas pu être élu sans le niveau de l’État providence français. À la fin il passe, évidemment parce qu’il fait le front des bourgeoisies et des catégories supérieures, des scores soviétiques dans les grandes métropoles mais aussi et surtout parce que la majorité de la fonction publique a voté pour lui, tout comme la majorité des retraités a voté pour lui. C’est-à-dire les héritiers des 30 glorieuses et surtout le cœur de la redistribution française. Emmanuel Macron se tire deux balles dans le pied en attaquant la fonction publique et les retraités. Nous assistons à un suicide en direct. C’est ce qui explique qu’il soit très vite passé de 65 à 25%. Finalement, et paradoxalement, le modèle français ne résiste au populisme et perdure dans le sens de la dérégulation néolibérale que grâce à un État providence fort. Mais en l’absence d’un État providence- ce que veulent les libéraux- nous aurons alors le populisme. (…) J’en veux à la production intellectuelle et universitaire parce qu’à partir du moment ou on met les marges en avant, les journalistes vont suivre cette représentation en allant voir une femme isolée dans la Creuse qui vit avec 500 euros, en se disant qu’elle est Gilet jaune, tout cela pour se rendre finalement compte qu’elle ne manifeste pas. Parce que quand on est pauvre, on n’a même pas l’énergie de se mobiliser, le but est de boucler la journée. Historiquement, les mouvements sociaux n’ont jamais été portés par les pauvres, et cela ne veut pas dire qu’ils ne soutiennent pas le mouvement. Ce que nous voyons aujourd’hui, ce sont des journalistes qui vont dans les salons des Gilets jaunes pour vérifier s’ils ont un écran plat, un abonnement Netflix, ou un IPhone. Ils sont prêts à les fouiller, cela est dingue. Lors des manifestations de 1995, les journalistes ne sont pas allés vérifier si les cheminots avaient un écran 16/9e chez eux, ou quand il y a eu les émeutes des banlieues, de vérifier si le mec qui brule une voiture vit chez lui avec une grande télé ou pas. Cette façon de délégitimer un mouvement est une grande première. C’est la première fois que l’on fait les poches des manifestants pour savoir s’ils ont de l’argent ou pas, et s’il y en a, on considère que cela n’est pas légitime. Ce qu’ils n’ont pas compris, c’est que si on gagne le revenu médian à 1700 euros, la perspective est que, même si cela va aujourd’hui, cela ne va pas aller demain. L’élite n’a toujours pas compris que les gens étaient parfaitement capables de faire un diagnostic de leurs propres vies. Cette condescendance dit un gigantesque mépris de classe. J’ai moi-même été surpris, je ne pensais pas que cela irait si vite. En quelques heures, les Gilets jaunes sont devenus antisémites, homophobes, racistes, beaufs… Et là encore, on voit bien que l’antiracisme et l’antifascisme sont devenus une arme de classe. (…) Nicolas Mathieu vient d’avoir le prix Goncourt avec son livre « Leurs enfants après eux », dont il dit qu’il s’agissait du roman de la France périphérique. Le combat culturel est en cours. Cela gagne le champ littéraire, culturel et médiatique. Les Gilets jaunes ont gagné l’essentiel, ils ont gagné la bataille de la représentation. On ne pourra plus faire comme si cette France n’existait pas, comme si la France périphérique était un concept qui ne pouvait pas être incarné par des gens. Si nous sommes encore démocrates nous sommes obligés de le prendre en compte. Ce qu’il faut espérer, c’est que les élites se rendent compte que les peuples occidentaux sont encore relativement paisibles. Le mouvement réel de la société, que nous constatons partout dans le monde occidental, et que nous ne pourrons pas arrêter, continue d’avancer, de se structurer, et que cela est de la responsabilité des élites d’y répondre. Ils n’ont pas d’autre choix, celui de l’atterrissage en douceur. Je crois que ce qui vient d’arriver, c’est que le rapport de force vient de changer, la peur a changé de camp. Aux Etats-Unis, au Royaume Uni, en Europe, maintenant, ils ont le peuple sur le dos. Et puis il y a une vertu à tout cela, prendre en compte les aspirations des plus modestes, c’est pour moi le fondement de la démocratie, c’est-à-dire donner du pouvoir à ceux qui n’en ont pas plutôt que de renforcer le pouvoir de ceux qui l’ont déjà. (…) Nous avons eu en direct ce qui essentiel pour moi ; la fracture culturelle gigantesque entre tout le monde d’en haut au sens large et la France périphérique. Ce qui s’est déployé sous nos yeux, ce n’est pas seulement la fracture sociale et territoriale mais plus encore cette fracture culturelle. L’état de sidération de l’intelligentsia française rappelle clairement celle de l’intelligentsia britannique face au Brexit, et cela est la même chose aux Etats-Unis avec l’élection de Donald Trump. Cette sidération a déclenché immédiatement l’emploi des armes de l’antifascisme, parce qu’ils n’ont rien d’autre. Ils ont découvert la dernière tribu d’Amazonie et – incroyable -elle est potentiellement majoritaire. C’est un mouvement très positif, contraire à toute l’analyse intellectuelle qui voit le peuple dans le repli individualiste, qui refuse le collectif, ou dans des termes comme celui de la « droitisation de la société française » alors que les gens demandent des services publics et un État providence. Après, on pointe le fait qu’ils sont contre l’immigration, ce à quoi on peut répondre « comme tout le monde », soit une très large majorité de Français. Le plus important est que nous avons sous les yeux un peuple qui veut faire société et des élites qui ne veulent plus faire société, comme je le disais dans « No Society » (Flammarion). C’est un moment de rupture historique entre un monde d’en haut, intellectuels, politiques, showbiz etc.… qui a peur de son propre peuple. Ils ne veulent plus faire société avec un peuple qu’ils méprisent. C’est la thèse de Christopher Lasch de la « sécession des élites ». On le voit aussi avec le discours anti-média des Gilets jaunes qui ne fait que répondre à 30 ans d’invisibilisation de ces catégories. Les classes populaires n’étaient traitées qu’au travers des banlieues et ils payent aujourd’hui ce positionnement. C’est un mouvement fondamentalement collectif et du XXI siècle. Ce qui est très nouveau, c’est que c’est un mouvement social du « No Society », c’est-à-dire sans représentants, sans intellectuels, sans syndicats, etc. Cela n’est jamais arrivé. Tout mouvement social est accompagné par des intellectuels mais pour la première fois nous ne voyons personne parler en leur nom. Cela révèle 30 ans de sécession du monde d’en haut. Le peuple dit « votre modèle ne fait pas société », tout en disant « nous, majorité, avec un large soutien de l’opinion malgré les violences, voulons faire société ». Et en face, le monde d’en haut, après le mépris, prend peur. Alors que les gens ne font que demander du collectif. (…) Les politiques pensent qu’en agglomérant des minorités ils font disparaître une majorité. Or, les minorités restent des minorités, on peut essayer de les agglomérer, mais cela ne fait pas un tout. Il est très intéressant de suivre l’évolution de la popularité de Donald Trump et d’Emmanuel Macron à ce titre. Trump garde son socle électoral alors que Macron s’est effondré, comme Hollande s’est effondré avant lui. Cela veut dire que l’on peut être élu avec un agglomérat de minorités, cadres supérieurs, minorités ethniques ou sexuelles -c’est à dire la stratégie Terra Nova – et cela peut éventuellement passer avec un bon candidat d’extrême droite en face. Mais cela ne suffit pas. Cela est extrêmement fragile. Quel rapport entre les catégories supérieures boboïsées de Paris et les banlieues précarisées et islamisées qui portent un discours traditionnel sur la société ? Quel rapport entre LGBT et Islam ? Et cela, c’est pour longtemps. Ils n’ont pas compris que les pays occidentaux, précisément parce qu’ils sont devenus multiculturels, vont de plus en plus s’appuyer sur un socle qui va être celui de la majorité relative. L’électorat de Donald Trump est une majorité relative mais cela est malgré tout ce que l’on appelait la classe moyenne dans laquelle des minorités peuvent aussi se reconnaitre. On a présenté les Gilets jaunes comme étant un mouvement de blancs « Ah..ils sont blancs », comme si cela était une surprise de voir des blancs dans les zones rurales françaises. Mais ce que l’on ne voit pas, c’est que beaucoup de Français issus de l’immigration participent à ce mouvement et qu’ils ne revendiquent aucune identité, ils sont totalement dans l’assimilation. Ils font partie d’un tout qui s’appelle la classe moyenne, ou l’ancienne classe moyenne. Le mouvement a été très fort à la Réunion, on voit donc bien que cela n’est pas ethnique. Mais cela a été présenté comme cela parce que cela permettait d’avoir le discours sur l’antiracisme et l’antifascisme. Il y a eu une ostracisation des Gilets jaunes par la gauche bienpensante parce que trop blancs, mais il y aussi eu une mise à l’écart et un mépris très fort de la part de la bourgeoisie de droite. C’est la même posture que vis-à-vis du White Trash américain : ils sont pauvres et ils sont blancs, c’est la honte de la société. (…) La question culturelle et ethnique existe, je veux bien que l’on clive, mais ce qui est intéressant c’est de voir que par exemple qu’un juif de Sarcelles rejette le CRIF ou Bernard-Henri Levy. C’est fondamental parce que cela dé-essentialise la communauté juive. C’est la même fracture que l’on retrouve dans toute la société. De la même manière, les musulmans ne se retrouvent absolument pas plus dans les instances musulmanes que dans Jamel Debbouze. Et à ce propos, ce que l’on voit le plus souvent, c’est que le destin des gens issus des classes populaires qui parviennent à s’élever, c’est de trahir. C’est banalement ce qui se passe parce que cette trahison permet l’adoubement. Edouard Louis fait son livre en ciblant sa propre famille, alors il fait la une des magazines. On a vu le même phénomène aux Etats-Unis avec le livre de J.D. Vance (Hillbilly Elegy), qui est quand même plus intéressant, mais il décrit aussi le « White Trash » en disant que la classe ouvrière américaine n’est quand même pas terrible, qu’ils sont fainéants, qu’ils boivent et qu’ils se droguent, et cela lui a permis d’accéder au New York Times. En rejetant son propre milieu. Je n’ai pas de jugement moral sur les classes populaires, je prends les Français tels qu’ils sont. Je ne demande à personne d’arrêter de penser ce qu’il pense, notamment sur l’immigration. De toute façon cette question va être réglée parce que 80% des Français veulent une régulation, et qu’on ne peut pas penser cette question comme on le faisait dans les années 60, parce que les mobilités ont évolué. La question n’est même plus à débattre. Les gens que je rencontre en Seine Saint Denis qui sont majoritairement d’origine maghrébine ou sub-saharienne veulent l’arrêt de l’immigration dans leurs quartiers. C’est une évidence. Il ne faut pas oublier que les deux candidats de 2017 rejetaient le clivage gauche droite. Les gens se positionnent par rapport à des thématiques comme la mondialisation ou l’État providence, et de moins en moins sur un clivage gauche droite. Aujourd’hui, des gens comme ceux qui sont avec Jean-Luc Mélenchon ou avec Laurent Wauquiez veulent réactiver ce clivage. En faisant cela, ils se mettent dans un angle mort. Gauche et droite sont minoritaires. Jean-Luc Mélenchon a derrière lui la gauche identitaire qui dit – »nous sommes de gauche »- mais cela lui interdit de rayonner sur ce monde populaire. La question est donc celle du débouché politique, mais tout peut aller très vite. L’Italie a basculé en 6 mois. (…) À la fin des années 90, j’avais fait une analyse croisée sur la relance de politique de la ville et les émeutes urbaines. On voyait bien que toutes les émeutes urbaines génèrent une relance des politiques de la ville. La réalité est ce que cela marche. Et surtout, le mouvement des Gilets jaunes n’existerait pas en France et dans le monde sans les violences aux Champs-Élysées. Le New York Times a fait sa Une parce qu’il y avait cela, parce que cela est parfaitement corrélé à ce qu’est la communication aujourd’hui. Il y a cette violence et il faut la condamner. Mais cela veut aussi dire que nous ne sommes plus au XXe siècle. C’est tout le mythe du mouvement social qui est ringardisé. Réunir des gens à République et les faire manifester jusqu’à Bastille avant qu’ils ne rentrent chez eux, c’est fini. C’est aussi une réécriture du mouvement social qui est en train de se réaliser. Christophe Guilluy
La Corse est un territoire assez emblématique de la France périphérique. Son organisation économique est caractéristique de cette France-là. Il n’y a pas de grande métropole mondialisée sur l’île, mais uniquement des villes moyennes ou petites et des zones rurales. Le dynamisme économique est donc très faible, mis à part dans le tourisme ou le BTP, qui sont des industries dépendantes de l’extérieur. Cela se traduit par une importante insécurité sociale : précarité, taux de pauvreté gigantesque, chômage des jeunes, surreprésentation des retraités modestes. L’insécurité culturelle est également très forte. Avant de tomber dans le préjugé qui voudrait que « les Corses soient racistes », il convient de dire qu’il s’agit d’une des régions (avec la PACA et après l’Ile-de-France) où le taux de population immigrée est le plus élevé. Il ne faut pas l’oublier. La sensibilité des Corses à la question identitaire est liée à leur histoire et leur culture, mais aussi à des fondamentaux démographiques. D’un côté, un hiver démographique, c’est-à-dire un taux de natalité des autochtones très bas, et, de l’autre, une poussée de l’immigration notamment maghrébine depuis trente ans conjuguée à une natalité plus forte des nouveaux arrivants. Cette instabilité démographique est le principal générateur de l’insécurité culturelle sur l’île. La question qui obsède les Corses aujourd’hui est la question qui hante toute la France périphérique et toutes les classes moyennes et populaires occidentales au XXIe siècle : « Vais-je devenir minoritaire dans mon île, mon village, mon quartier ? » C’est à la lumière de cette angoisse existentielle qu’il faut comprendre l’affaire du burkini sur la plage de Sisco, en juillet 2016, ou encore les tensions dans le quartier des Jardins de l’Empereur, à Ajaccio, en décembre 2015. C’est aussi à l’aune de cette interrogation qu’il faut évaluer le vote « populiste » lors de la présidentielle ou nationaliste aujourd’hui. En Corse, il y a encore une culture très forte et des solidarités profondes. À travers ce vote, les Corses disent : « Nous allons préserver ce que nous sommes. » Il faut ajouter à cela l’achat par les continentaux de résidences secondaires qui participe de l’insécurité économique en faisant augmenter les prix de l’immobilier. Cette question se pose dans de nombreuses zones touristiques en France : littoral atlantique ou méditerranéen, Bretagne, beaux villages du Sud-Est et même dans les DOM-TOM. En Martinique aussi, les jeunes locaux ont de plus en plus de difficultés à se loger à cause de l’arrivée des métropolitains. La question du « jeune prolo » qui ne peut plus vivre là où il est né est fondamentale. Tous les jeunes prolos qui sont nés hier dans les grandes métropoles ont dû se délocaliser. Ils sont les pots cassés du rouleau compresseur de la mondialisation. La violence du marché de l’immobilier est toujours traitée par le petit bout de la lorgnette comme une question comptable. C’est aussi une question existentielle ! En Corse, elle est exacerbée par le contexte insulaire. Cela explique que, lorsqu’ils proposent la corsisation des emplois, les nationalistes font carton plein chez les jeunes. C’est leur préférence nationale à eux. (…) La condition de ce vote, comme de tous les votes populistes, est la réunion de l’insécurité sociale et culturelle. Les électeurs de Fillon, qui se sont majoritairement reportés sur Macron au second tour, étaient sensibles à la question de l’insécurité culturelle, mais étaient épargnés par l’insécurité sociale. À l’inverse, les électeurs de Mélenchon étaient sensibles à la question sociale, mais pas touchés par l’insécurité culturelle. C’est pourquoi le débat sur la ligne que doit tenir le FN, sociale ou identitaire, est stérile. De même, à droite, sur la ligne dite Buisson. L’insécurité culturelle de la bourgeoisie de droite, bien que très forte sur la question de l’islam et de l’immigration, ne débouchera jamais sur un vote « populiste » car cette bourgeoisie estime que sa meilleure protection reste son capital social et patrimonial et ne prendra pas le risque de l’entamer dans une aventure incertaine. Le ressort du vote populiste est double et mêlé. Il est à la fois social et identitaire. De ce point de vue, la Corse est un laboratoire. L’offre politique des nationalistes est pertinente car elle n’est pas seulement identitaire. Elle prend en compte la condition des plus modestes et leur propose des solutions pour rester au pays et y vivre. Au-delà de l’effacement du clivage droite/gauche et d’un rejet du clanisme historique, leur force vient du fait qu’ils représentent une élite et qu’ils prennent en charge cette double insécurité. Cette offre politique n’a jamais existé sur le continent car le FN n’a pas intégré une fraction de l’élite. C’est même tout le contraire. Ce parti n’est jamais parvenu à faire le lien entre l’électorat populaire et le monde intellectuel, médiatique ou économique. Une société, c’est une élite et un peuple, un monde d’en bas et un monde d’en haut, qui prend en charge le bien commun. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le vote nationaliste et/ou populiste arrive à un moment où la classe politique traditionnelle a déserté, aussi bien en Corse que sur le continent. L’erreur de la plupart des observateurs est de présenter Trump comme un outsider. Ce n’est pas vrai. S’il a pu gagner, c’est justement parce qu’il vient de l’élite. C’est un membre de la haute bourgeoisie new-yorkaise. Il fait partie du monde économique, médiatique et culturel depuis toujours, et il avait un pied dans le monde politique depuis des années. Il a gagné car il faisait le lien entre l’Amérique d’en haut et l’Amérique périphérique. Pour sortir de la crise, les sociétés occidentales auront besoin d’élites économiques et politiques qui voudront prendre en charge la double insécurité de ce qu’était hier la classe moyenne. C’est ce qui s’est passé en Angleterre après le Brexit, ce qui s’est passé aux Etats-Unis avec Trump, ce qui se passe en Corse avec les nationalistes. Il y a aujourd’hui, partout dans le monde occidental, un problème de représentation politique. Les électeurs se servent des indépendantismes, comme de Trump ou du Brexit, pour dire autre chose. En Corse, le vote nationaliste ne dit pas l’envie d’être indépendant par rapport à la France. C’est une lecture beaucoup trop simpliste. Si, demain, il y a un référendum, les nationalistes le perdront nettement. D’ailleurs, c’est simple, ils ne le demandent pas. (…) [Avec la Catalogne] Le point commun, c’est l’usure des vieux partis, un système représentatif qui ne l’est plus et l’implosion du clivage droite/gauche. Pour le reste, la Catalogne, c’est l’exact inverse de la Corse. Il ne s’agit pas de prendre en charge le bien commun d’une population fragilisée socialement, mais de renforcer des positions de classes et territoriales dans la mondialisation. La Catalogne n’est pas l’Espagne périphérique, mais tout au contraire une région métropole. Barcelone représente ainsi plus de la moitié de la région catalane. C’est une grande métropole qui absorbe l’essentiel de l’emploi, de l’économie et des richesses. Le vote indépendantiste est cette fois le résultat de la gentrification de toute la région. Les plus modestes sont peu à peu évincés d’un territoire qui s’organise autour d’une société totalement en prise avec les fondamentaux de la bourgeoisie mondialisée. Ce qui porte le nationalisme catalan, c’est l’idéologie libérale libertaire métropolitaine, avec son corollaire : le gauchisme culturel et l’« antifascisme » d’opérette. Dans la rhétorique nationaliste, Madrid est ainsi présentée comme une « capitale franquiste » tandis que Barcelone incarnerait l’« ouverture aux autres ». La jeunesse, moteur du nationalisme catalan, s’identifie à la gauche radicale. Le paradoxe, c’est que nous assistons en réalité à une sécession des riches, qui ont choisi de s’affranchir totalement des solidarités nationales, notamment envers les régions pauvres. C’est la « révolte des élites » de Christopher Lasch appliquée aux territoires. L’indépendance nationale est un prétexte à l’indépendance fiscale. L’indépendantisme, un faux nez pour renforcer une position économique dominante. Dans Le Crépuscule de la France d’en haut (*), j’ironisais sur les Rougon-Macquart déguisés en hipsters. Là, on pourrait parler de Rougon-Macquart déguisés en « natios ». Derrière les nationalistes, il y a les lib-lib. (…) L’exemple de la Catalogne préfigure peut-être, en effet, un futur pas si lointain où le processus de métropolisation conduira à l’avènement de cités-Etats. En face, les défenseurs de la nation apparaîtront comme les défenseurs du bien commun. Aujourd’hui, la seule critique des hyperriches est une posture trop facile qui permet de ne pas voir ce que nous sommes devenus, nous : les intellectuels, les politiques, les journalistes, les acteurs économiques, et on pourrait y ajouter les cadres supérieurs. Nous avons abandonné le bien commun au profit de nos intérêts particuliers. Hormis quelques individus isolés, je ne vois pas quelle fraction du monde d’en haut au sens large aspire aujourd’hui à défendre l’intérêt général. (…) [Pour Macron] Le point le plus intéressant, c’est qu’il s’est dégagé du clivage droite/gauche. La comparaison avec Trump n’est ainsi pas absurde. Tous les deux ont l’avantage d’être désinhibés. Mais il faut aussi tenir à l’esprit que, dans un monde globalisé dominé par la finance et les multinationales, le pouvoir du politique reste très limité. Je crois davantage aux petites révolutions culturelles qu’au grand soir. Trump va nous montrer que le grand retournement ne peut pas se produire du jour au lendemain mais peut se faire par petites touches, par transgressions successives. Trump a amené l’idée de contestation du libre-échange et mis sur la table la question du protectionnisme. Cela n’aura pas d’effets à court terme. Ce n’est pas grave car cela annonce peut-être une mutation à long terme, un changement de paradigme. La question est maintenant de savoir qui viendra après Trump. La disparition de la classe moyenne occidentale, c’est-à-dire de la société elle-même, est l’enjeu fondamental du XXIe siècle, le défi auquel devront répondre ses successeurs. (…) On peut cependant rappeler le mépris de classe qui a entouré le personnage de Johnny, notamment via « Les Guignols de l’info ». Il ne faut pas oublier que ce chanteur, icône absolue de la culture populaire, a été dénigré pendant des décennies par l’intelligentsia, qui voyait en lui une espèce d’abruti, chantant pour des « déplorables », pour reprendre la formule de Hillary Clinton. L’engouement pour Johnny rappelle l’enthousiasme des bobos et de Canal+ pour le ballon rond au moment de la Coupe du monde 1998. Le foot est soudainement devenu hype. Jusque-là, il était vu par eux comme un sport d’ « ouvriers buveurs de bière ». On retrouve le même phénomène aux États-Unis avec le dénigrement de la figure du white trash ou du redneck. Malgré quarante ans d’éreintement de Johnny, les classes populaires ont continué à l’aimer. Le virage à 180 degrés de l’intelligentsia ces derniers jours n’est pas anodin. Il démontre qu’il existe un soft power des classes populaires. L’hommage presque contraint du monde d’en haut à ce chanteur révèle en creux l’importance d’un socle populaire encore majoritaire. C’est aussi un signe supplémentaire de l’effritement de l’hégémonie culturelle de la France d’en haut. Les classes populaires n’écoutent plus les leçons de morale. Pas plus en politique qu’en chanson. Christophe Guilluy
En Europe comme aux Etats-Unis, la contestation émerge sur les territoires les plus éloignés des métropoles mondialisées. La « France périphérique » est celle des petites villes, des villes moyennes et des zones rurales. En Grande-Bretagne, c’est aussi la « Grande-Bretagne périphérique » qui a voté pour le Brexit. Attention : il ne s’agit pas d’un rapport entre « urbains » et « ruraux ». La question est avant tout sociale, économique et culturelle. Ces territoires illustrent la sortie de la classe moyenne des catégories qui en constituaient hier le socle : ouvriers, employés, petits paysans, petits indépendants. Ces catégories ont joué le jeu de la mondialisation, elles ont même au départ soutenu le projet européen. Cependant, après plusieurs décennies d’adaptation aux normes de l’économie-monde, elles font le constat d’une baisse ou d’une stagnation de leur niveau de vie, de la précarisation des conditions de travail, du chômage de masse et, in fine, du blocage de l’ascenseur social. Sans régulation d’un libre-échange qui défavorise prioritairement ces catégories et ces territoires, le processus va se poursuivre. C’est pour