Réseaux sociaux: Facebook confirme Girard (Universal theater of envy: Welcome to the brave new world of mimetic desire that social media has now brought to our personal computers !)

31 décembre, 2018

https://www.digitaltrends.com/wp-content/uploads/2010/12/facebook-high-res-friendship-world-map-paul-butler.png

Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain; tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son boeuf, ni son âne, ni aucune chose qui appartienne à ton prochain. Exode 20: 17
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. Jésus (Matthieu 25: 40)
Comme par une seule offense la condamnation a atteint tous les hommes, de même par un seul acte de justice la justification qui donne la vie s’étend à tous les hommes. (…) Là où le péché abonde, la grâce surabonde. Paul (Romains 5 : 18-20)
Les envieux mourront, mais non jamais l’envie. Molière (Tartuffe, V, III)
Il ne faut pas dissimuler que les institutions démocratiques développent à un très haut niveau le sentiment de l’envie dans le coeur humain. Ce n’est point tant parce qu’elle offrent à chacun les moyens de s’égaler aux autres, mais parce que ces moyens défaillent sans cesse à ceux qui les emploient. Les institutions démocratiques réveillent et flattent la passion de l’égalité sans pouvoir jamais la satisfaire entièrement. Cette égalité complète s’échappe tous les jours des mains du peuples au moment où il croit la saisir, et fuit, comme dit Pascal, d’une fuite éternelle; le peuple s’échauffe à la recherche de ce bien d’autant plus précieux qu’il est assez proche pour être connu et assez loin pour ne pas être goûté. Tout ce qui le dépasse par quelque endroit lui paraît un obstacle à ses désirs, et il n’y a pas de supériorité si légitime dont la vue ne fatigue sas yeux. Tocqueville
Il y a en effet une passion mâle et légitime pour l’égalité qui excite les hommes à vouloir être tous forts et estimés. Cette passion tend à élever les petits au rang des grands ; mais il se rencontre aussi dans le cœur humain un goût dépravé pour l’égalité, qui porte les faibles à vouloir attirer les forts à leur niveau, et qui réduit les hommes à préférer l’égalité dans la servitude à l’inégalité dans la liberté. Tocqueville
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
Si le Décalogue consacre son commandement ultime à interdire le désir des biens du prochain, c’est parce qu’il reconnaît lucidement dans ce désir le responsable des violences interdites dans les quatre commandements qui le précèdent. Si on cessait de désirer les biens du prochain, on ne se rendrait jamais coupable ni de meurtre, ni d’adultère, ni de vol, ni de faux témoignage. Si le dixième commandement était respecté, il rendrait superflus les quatre commandements qui le précèdent. Au lieu de commencer par la cause et de poursuivre par les conséquences, comme ferait un exposé philosophique, le Décalogue suit l’ordre inverse. Il pare d’abord au plus pressé: pour écarter la violence, il interdit les actions violentes. Il se retourne ensuite vers la cause et découvre le désir inspiré par le prochain. René Girard
Nous sommes encore proches de cette période des grandes expositions internationales qui regardait de façon utopique la mondialisation comme l’Exposition de Londres – la « Fameuse » dont parle Dostoievski, les expositions de Paris… Plus on s’approche de la vraie mondialisation plus on s’aperçoit que la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante. On était encore dans cette idée selon laquelle on vivait dans le même monde: on n’est plus séparé par rien de ce qui séparait les hommes auparavant donc c’est forcément le paradis. Ce que voulait la Révolution française. Après la nuit du 4 août, plus de problème ! René Girard
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme.  René Girard
Si Jésus ne parle jamais en termes d’interdits et toujours en termes de modèles et d’imitation, c’est parce qu’il tire jusqu’au bout la leçon du dixième commandement. Ce n’est pas par narcissisme qu’il nous recommande de l’imiter lui-même, c’est pour nous détourner des rivalités mimétiques. Sur quoi exactement l’imitation de Jésus-Christ doit-elle porter ? Ce ne peut pas être sur ses façons d’être ou ses habitudes personnelles : il n’est jamais question de cela dans les Evangiles. Jésus ne propose pas non plus une règle de vie ascétique au sens de Thomas a Kempis et de sa célèbre Imitation de Jésus-Christ, si admirable que soit cet ouvrage. Ce que Jésus nous invite à imiter c’est son propre désir, c’est l’élan qui le dirige lui, Jésus, vers le but qu’il s’est fixé : ressembler le plus possible à Dieu le Père. L’invitation à imiter le désir de Jésus peut sembler paradoxale car Jésus ne prétend pas posséder de désir propre, de désir « bien à lui ». Contrairement à ce que nous prétendons nous-mêmes, il ne prétend pas « être lui-même », il ne se flatte pas de « n’obéir qu’à son propre désir ». Son but est de devenir l’image parfaite de Dieu. Il consacre donc toutes ses forces à imiter ce Père. En nous invitant à l’imiter lui, il nous invite à imiter sa propre imitation. Loin d’être paradoxale, cette invitation est plus raisonnable que celle de nos gourous modernes. Ceux-ci nous invitent tous à faire le contraire de ce qu’ils font eux-mêmes, ou tout au moins prétendent faire. Chacun d’eux demande à ses disciples d’imiter en lui le grand homme qui n’imite personne. Jésus, tout au contraire, nous invite à faire ce qu’il fait lui-même, à devenir tout comme lui un imitateur de Dieu le Père. Pourquoi Jésus regarde-t-il le Père et lui-même comme les meilleurs modèles pour tous les hommes ? Parce que ni le Père ni le Fils ne désirent avidement, égoïstement. Dieu « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons ». Il donne aux hommes sans compter, sans marquer entre eux la moindre différence. Il laisse les mauvaises herbes pousser avec les bonnes jusqu’au temps de la moisson. Si nous imitons le désintéressement divin, jamais le piège des rivalités mimétiques ne se refermera sur nous. C’est pourquoi Jésus dit aussi : « Demandez et l’on vous donnera… » Lorsque Jésus déclare que, loin d’abolir la Loi, il l’accomplit, il formule une conséquence logique de son enseignement. Le but de la Loi, c’est la paix entre les hommes. Jésus ne méprise jamais la Loi, même lorsqu’elle prend la forme des interdits. A la différence des penseurs modernes, il sait très bien que, pour empêcher les conflits, il faut commencer par les interdits. L’inconvénient des interdits, toutefois, c’est qu’ils ne jouent pas leur rôle de façon satisfaisante. Leur caractère surtout négatif, saint Paul l’a bien vu, chatouille en nous, forcément, la tendance mimétique à la transgression. La meilleure façon de prévenir la violence consiste non pas à interdire des objets, ou même le désir rivalitaire, comme fait le dixième commandement, mais à fournir aux hommes le modèle qui, au lieu de les entraîner dans les rivalités mimétiques, les en protégera. (…) Loin de surgir dans un univers exempt d’imitation, le commandement d’imiter Jésus s’adresse à des êtres pénétrés de mimétisme. Les non-chrétiens s’imaginent que, pour se convertir, il leur faudrait renoncer à une autonomie que tous les hommes possèdent naturellement, une autonomie dont Jésus voudrait les priver. En réalité, dès que nous imitons Jésus, nous nous découvrons imitateurs depuis toujours. Notre aspiration à l’autonomie nous agenouillait devant des êtres qui, même s’ils ne sont pas pires que nous, n’en sont pas moins de mauvais modèles en ceci que nous ne pouvons pas les imiter sans tomber avec eux dans le piège des rivalités inextricables. (…) Même si le mimétisme du désir humain est le grand responsable des violences qui nous accablent, il ne faut pas en conclure que le désir mimétique est mauvais. Si nos désirs n’étaient pas mimétiques, ils seraient à jamais fixés sur des objets prédéterminés, ils seraient une forme particulière d’instinct. Les hommes ne pourraient pas plus changer de désir que les vaches dans un pré. Sans désir mimétique il n’y aurait ni liberté ni humanité. Le désir mimétique est intrinsèquement bon. L’homme est cette créature qui a perdu une partie de son instinct animal pour accéder à ce qu’on appelle le désir. Une fois leurs besoins naturels assouvis, les hommes désirent intensément, mais ils ne savent pas exactement quoi car aucun instinct ne les guide. Ils n’ont pas de désir propre. Le propre du désir est de ne pas être propre. Pour désirer vraiment, nous devons recourir aux hommes qui nous entourent, nous devons leur emprunter leurs désirs. Cet emprunt se fait souvent sans que ni le prêteur ni l’emprunteur s’en aperçoivent. Ce n’est pas seulement leur désir qu’on emprunte à ceux qu’on prend pour modèles c’est une foule de comportements, d’attitudes, de savoirs, de préjugés, de préférences, etc., au sein desquels l’emprunt le plus lourd de conséquences, le désir, passe souvent inaperçu. La seule culture vraiment nôtre n’est pas celle où nous sommes nés, c’est la culture dont nous imitons les modèles à l’âge où notre puissance d’assimilation mimétique est la plus grande. Si leur désir n’était pas mimétique, si les enfants ne choisissaient pas pour modèles, forcément, les êtres humains qui les entourent, l’humanité n’aurait ni langage ni culture. Si le désir n’était pas mimétique, nous ne serions ouverts ni à l’humain ni au divin. C’est dans ce dernier domaine, nécessairement, que notre incertitude est la plus grande et notre besoin de modèles le plus intense. René Girard (Je vois Satan tomber comme l’éclair)
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la « victime inconnue », comme on dirait aujourd’hui le « soldat inconnu ». Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
« Que celui qui se croit sans péché lui jette la première pierre ! » Pourquoi la première pierre ? Parce qu’elle est seule décisive. Celui qui la jette n’a personne à imiter. Rien de plus facile que d’imiter un exemple déjà donné. Donner soi-même l’exemple est tout autre chose. La foule est mimétiquement mobilisée, mais il lui reste un dernier seuil à franchir, celui de la violence réelle. Si quelqu’un jetait la première pierre, aussitôt les pierres pleuvraient. En attirant l’attention sur la première pierre, la parole de Jésus renforce cet obstacle ultime à la lapidation. Il donne aux meilleurs de cette foule le temps d’entendre sa parole et de s’examiner eux-mêmes. S’il est réel, cet examen ne peut manquer de découvrir le rapport circulaire de la victime et du bourreau. Le scandale qu’incarne cette femme à leurs yeux, ces hommes le portent déjà en eux-mêmes, et c’est pour s’en débarrasser qu’ils le projettent sur elle, d’autant plus aisément, bien sûr, qu’elle est vraiment coupable. Pour lapider une victime de bon coeur, il faut se croire différent d’elle, et la convergence mimétique, je le rappelle, s’accompagne d’une illusion de divergence. C’est la convergence réelle combinée avec l’illusion de divergence qui déclenche ce que Jésus cherche à prévenir, le mécanisme du bouc émissaire. La foule précède l’individu. Ne devient vraiment individu que celui qui, se détachant de la foule, échappe à l’unanimité violente. Tous ne sont pas capables d’autant d’initiative. Ceux qui en sont capables se détachent les premiers et, ce faisant, empêchent la lapidation. (…) A côté des temps individuels, donc, il y a toujours un temps social dans notre texte, mais il singe désormais les temps individuels, c’est le temps des modes et des engouements politiques, intellectuels, etc. Le temps reste ponctué par des mécanismes mimétiques. Sortir de la foule le premier, renoncer le premier à jeter des pierres, c’est prendre le risque d’en recevoir. La décision en sens inverse aurait été plus facile, car elle se situait dans le droit fil d’un emballement mimétique déjà amorcé. La première pierre est moins mimétique que les suivantes, mais elle n’en est pas moins portée par la vague de mimétisme qui a engendré la foule. Et les premiers à décider contre la lapidation ? Faut-il penser que chez eux au moins il n’y a aucune imitation ? Certainement pas. Même là il y en a, puisque c’est Jésus qui suggère à ces hommes d’agir comme ils le font. La décision contre la violence resterait impossible, nous dit le christianisme, sans cet Esprit divin qui s’appelle le Paraclet, c’est-à-dire, en grec ordinaire, « l’avocat de la défense » : c’est bien ici le rôle de Jésus lui-même. Il laisse d’ailleurs entendre qu’il est lui-même le premier Paraclet, le premier défenseur des victimes. Et il l’est surtout par la Passion qui est ici, bien sûr, sous-entendue. La théorie mimétique insiste sur le suivisme universel, sur l’impuissance des hommes à ne pas imiter les exemples les plus faciles, les plus suivis, parce que c’est cela qui prédomine dans toute société. Il ne faut pas en conclure qu’elle nie la liberté individuelle. En situant la décision véritable dans son contexte vrai, celui des contagions mimétiques partout présentes, cette théorie donne à ce qui n’est pas mécanique, et qui pourtant ne diffère pas du tout dans sa forme de ce qui l’est, un relief que la libre décision n’a pas chez les penseurs qui ont toujours la liberté à la bouche et de ce fait même, croyant l’exalter, la dévaluent complètement. Si on glorifie le décisif sans voir ce qui le rend très difficile, on ne sort jamais de la métaphysique la plus creuse. Même le renoncement au mimétisme violent ne peut pas se répandre sans se transformer en mécanisme social, en mimétisme aveugle. Il y a une lapidation à l’envers symétrique de la lapidation à l’endroit non dénuée de violence, elle aussi. C’est ce que montrent bien les parodies de notre temps. Tous ceux qui auraient jeté des pierres s’il s’était trouvé quelqu’un pour jeter la première sont mimétiquement amenés à n’en pas jeter. Pour la plupart d’entre eux, la vraie raison de la non-violence n’est pas la dure réflexion sur soi, le renoncement à la violence : c’est le mimétisme, comme d’habitude. Il y a toujours emballement mimétique dans une direction ou dans une autre. En s’engouffrant dans la direction déjà choisie par les premiers, les « mimic men » se félicitent de leur esprit de décision et de liberté. Il ne faut pas se leurrer. Dans une société qui ne lapide plus les femmes adultères, beaucoup d’hommes n’ont pas vraiment changé. La violence est moindre, mieux dissimulée, mais structurellement identique à ce qu’elle a toujours été. Il n’y a pas sortie authentique du mimétisme, mais soumission mimétique à une culture qui prône cette sortie. Dans toute aventure sociale, quelle qu’en soit la nature, la part d’individualisme authentique est forcément minime mais pas inexistante. Il ne faut pas oublier surtout que le mimétisme qui épargne les victimes est infiniment supérieur objectivement, moralement, à celui qui les tue à coups de pierres. Il faut laisser les fausses équivalences à Nietzsche et aux esthétismes décadents. Le récit de la femme adultère nous fait voir que des comportements sociaux identiques dans leur forme et même jusqu’à un certain point dans leur fond, puisqu’ils sont tous mimétiques, peuvent néanmoins différer les uns des autres à l’infini. La part de mécanisme et de liberté qu’ils comportent est infiniment variable. Mais cette inépuisable diversité ne prouve rien en faveur du nihilisme cognitif ; elle ne prouve pas que les comportements sont incomparables et inconnaissables. Tout ce que nous avons besoin de connaître pour résister aux automatismes sociaux, aux contagions mimétiques galopantes, est accessible à la connaissance. René Girard
Jésus s’appuie sur la Loi pour en transformer radicalement le sens. La femme adultère doit être lapidée : en cela la Loi d’Israël ne se distingue pas de celle des nations. La lapidation est à la fois une manière de reproduire et de contenir le processus de mise à mort de la victime dans des limites strictes. Rien n’est plus contagieux que la violence et il ne faut pas se tromper de victime. Parce qu’elle redoute les fausses dénonciations, la Loi, pour les rendre plus difficiles, oblige les délateurs, qui doivent être deux au minimum, à jeter eux-mêmes les deux premières pierres. Jésus s’appuie sur ce qu’il y a de plus humain dans la Loi, l’obligation faite aux deux premiers accusateurs de jeter les deux premières pierres ; il s’agit pour lui de transformer le mimétisme ritualisé pour une violence limitée en un mimétisme inverse. Si ceux qui doivent jeter » la première pierre » renoncent à leur geste, alors une réaction mimétique inverse s’enclenche, pour le pardon, pour l’amour. (…) Jésus sauve la femme accusée d’adultère. Mais il est périlleux de priver la violence mimétique de tout exutoire. Jésus sait bien qu’à dénoncer radicalement le mauvais mimétisme, il s’expose à devenir lui-même la cible des violences collectives. Nous voyons effectivement dans les Évangiles converger contre lui les ressentiments de ceux qu’ils privent de leur raison d’être, gardiens du Temple et de la Loi en particulier. » Les chefs des prêtres et les Pharisiens rassemblèrent donc le Sanhédrin et dirent : « Que ferons-nous ? Cet homme multiplie les signes. Si nous le laissons agir, tous croiront en lui ». » Le grand prêtre Caïphe leur révèle alors le mécanisme qui permet d’immoler Jésus et qui est au cœur de toute culture païenne : » Ne comprenez-vous pas ? Il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour tout le peuple plutôt que la nation périsse » (Jean XI, 47-50) (…) Livrée à elle-même, l’humanité ne peut pas sortir de la spirale infernale de la violence mimétique et des mythes qui en camouflent le dénouement sacrificiel. Pour rompre l’unanimité mimétique, il faut postuler une force supérieure à la contagion violente : l’Esprit de Dieu, que Jean appelle aussi le Paraclet, c’est-à-dire l’avocat de la défense des victimes. C’est aussi l’Esprit qui fait révéler aux persécuteurs la loi du meurtre réconciliateur dans toute sa nudité. (…) Ils utilisent une expression qui est l’équivalent de » bouc émissaire » mais qui fait mieux ressortir l’innocence foncière de celui contre qui tous se réconcilient : Jésus est désigné comme » Agneau de Dieu « . Cela veut dire qu’il est la victime émissaire par excellence, celle dont le sacrifice, parce qu’il est identifié comme le meurtre arbitraire d’un innocent — et parce que la victime n’a jamais succombé à aucune rivalité mimétique — rend inutile, comme le dit l’Épître aux Hébreux, tous les sacrifices sanglants, ritualisés ou non, sur lesquels est fondée la cohésion des communautés humaines. La mort et la Résurrection du Christ substituent une communion de paix et d’amour à l’unité fondée sur la contrainte des communautés païennes. L’Eucharistie, commémoration régulière du » sacrifice parfait » remplace la répétition stérile des sacrifices sanglants. (…) En même temps, le devoir du chrétien est de dénoncer le péché là où il se trouve. Le communisme a pu s’effondrer sans violence parce que le monde libre et le monde communiste avaient accepté de ne plus remettre en cause les frontières existantes ; à l’intérieur de ces frontières, des millions de chrétiens ont combattu sans violence pour la vérité, pour que la lumière soit faite sur le mensonge et la violence des régimes qui asservissaient leurs pays. Encore une fois, face au danger de mimétisme universel de la violence, vous n’avez qu’une réponse possible : le christianisme. René Girard
Our supposedly insatiable appetite for the forbidden stops short of envy. Primitive cultures fear and repress envy so much that they have no word for it; we hardly use the one we have, and this fact must be significant. We no longer prohibit many actions that generate envy, but silently ostracize whatever can remind us of its presence in our midst. Psychic phenomena, we are told, are important in proportion to the resistance they generate toward revelation. If we apply this yardstick to envy as well as to what psychoanalysis designates as repressed, which of the two will make the more plausible candidate for the role of best-defended secret? René Girard
In the affluent West, we live in a world where there is less and less need therefore and more and more desire…. One has today real possibilities of true autonomy, of individual judgments. However, those possibilities are more commonly sold down the river in favour of false individuality, of negative mimesis…. The only way modernity can be defined is the universalization of internal mediation, for one doesn’t have areas of life that would keep people apart from each other, and that would mean that the construction of our beliefs and identity cannot but have strong mimetic components. René Girard
Dans notre époque où il n’est plus indécent de se vanter de manipulations en tous genres, le marketing a franchi un pas décisif grâce à Internet et aux réseaux sociaux. Il avait compris depuis longtemps les mécanismes du mimétisme et le rôle des modèles dans les décisions d’achat : la publicité n’a cessé d’en jouer. Mais délibérément ou en suivant un mouvement dont il n’a pas eu l’initiative, le marketing vient de révéler le pot aux roses. Des modèles de consommation officiels ont désormais un nom : influenceuses ou influenceurs. Et les victimes du désir mimétique sont des « followers », autrement dit des suiveurs ou des suiveuses des conseils ainsi dispensés. Ces modèles ont le plus souvent des comptes Instagram ou des chaînes YouTube. Ils parlent de beauté, de mode, de voyages, de sport, de culture… bref interviennent dans autant de marchés sur lesquels ils sont susceptibles d’orienter des comportements de consommation. Du point de vue de la théorie mimétique, ils sont plutôt des médiateurs externes, insusceptibles d’entrer en rivalité avec la plupart de leurs suiveurs, si ce n’est certains d’entre eux mus par leur ressentiment et qui sont dénommés « haters », donc haineux. Nous retrouvons ici les passions stendhaliennes de l’envie, de la jalousie et de la haine impuissante ou encore la figure du narrateur des Carnets du sous-sol de Dostoïevski, cet homme du ressentiment par excellence. La puissance des influenceurs se mesure au volume et à la croissance du nombre de leurs suiveurs. En découle une valeur économique qui se traduit par les rémunérations que leur servent les marques promues. Mais la relation n’est pas si simple : elle suppose aussi que l’influenceur donne des gages d’indépendance à ceux qui suivent leurs conseils. L’influenceur ne peut étendre et maintenir son influence qu’en apparaissant comme souverain vis-à-vis de ses suiveurs mais aussi des marques qu’il promeut. Sinon, il serait lui-même considéré comme influençable par les entreprises dont il vante les qualités, du moins celles de leurs produits et services. Cette suprématie est obtenue par sa capacité à modeler les goûts de ses suiveurs. Il est en effet beaucoup plus efficace, efficient et pertinent qu’une campagne de publicité par voie de presse – écrite, radiophonique ou télévisuelle. Il regroupe une population rendue homogène par l’attraction commune que ses membres ressentent pour son «charisme». Des jeunes gens de moins de vingt peuvent ainsi devenir ce qu’on appelait autrefois des leaders d’opinion. Sans avoir fait autre chose que s’enregistrer en vidéo dans leur appartement en tenant des propos persuasifs, ils peuvent être suivis par des millions d’admirateurs qui attendent leurs avis pour faire leurs choix. Enjoy Phenix, Cyprien, Natoo, Caroline Receveur ou encore SqueeZie seraient-ils les nouveaux maîtres du désir mimétique ? Au moins sont-ils d’indéniables révélateurs de sa persistante actualité et de sa pertinence. Jean-Marc Bourdin
René Girard (1923–2015) was one of the last of that race of Titans who dominated the human sciences in the nineteenth and twentieth centuries with their grand, synthetic theories about history, society, psychology, and aesthetics. That race has since given way to a more cautious breed of “researchers” who prefer to look at things up close, to see their fine grain rather than their larger patterns. Yet the times certainly seem to attest to the enduring relevance of Girard’s thought to our social and political realities. Not only are his ideas about mimetic desire and human violence as far-reaching as Marx’s theories of political economy or Freud’s claims about the Oedipus complex, but the explosion of social media, the resurgence of populism, and the increasing virulence of reciprocal violence all suggest that the contemporary world is becoming more and more recognizably “Girardian” in its behavior. (…) Somewhat like Heinrich Schliemann, who discovered the site of ancient Troy by assuming that the Homeric epics contained a substrate of historical truth, Girard approached literary works as coffers containing the most fundamental truths about human desire, conflict, and self-deception. (…) For Girard there is no such thing as fullness of being among mortals. All of us—including the rich, the famous, the powerful, and the glamorous—have our mimetic models and suffer from a deficiency of being. That deficiency nourishes our desires, physical or metaphysical. (…)The common currency of mimetic desire is envy. Envy is a form of hostile worship. It turns admiration into resentment. Dante considered it radix malorum, the root of all evil, and Girard agreed. He claimed that envy is the one taboo that is alive and well in contemporary society—the vice that few will ever talk about or confess to (…) Since then social media has brought “the universalization of internal mediation” to a new level, while at the same time dramatically narrowing the “areas of life that would keep people apart from each other.” Social media is the miasma of mimetic desire. If you post pictures of your summer vacation in Greece, you can expect your “friends” to post pictures from some other desirable destination. The photos of your dinner party will be matched or outmatched by theirs. If you assure me through social media that you love your life, I will find a way to profess how much I love mine. When I post my pleasures, activities, and family news on a Facebook page, I am seeking to arouse my mediators’ desires. In that sense social media provides a hyperbolic platform for the promiscuous circulation of mediator-oriented desire. As it burrows into every aspect of everyday life, Facebook insinuates itself precisely into those areas of life that would keep people apart. Certainly the enormous market potential of Facebook was not lost on Girard’s student Peter Thiel, the venture capitalist who studied with him at Stanford in the late 1980s and early 1990s. A devoted Girardian who founded and funds an institute called Imitatio, whose goal is to “pursue research and application of mimetic theory across the social sciences and critical areas of human behavior,” Thiel was the first outside investor in Facebook, selling most of his shares in 2012 for over a billion dollars (they cost him $500,000 in 2004). It took a highly intelligent Girardian, well schooled in mimetic theory, to intuit early on that Facebook was about to open a worldwide theater of imitative desire on people’s personal computers. Robert Pogue Harrison
After a few minutes of rendering, the new plot appeared, and I was a bit taken aback by what I saw. The blob had turned into a surprisingly detailed map of the world. Not only were continents visible, certain international borders were apparent as well. What really struck me, though, was knowing that the lines didn’t represent coasts or rivers or political borders, but real human relationships. Each line might represent a friendship made while travelling, a family member abroad, or an old college friend pulled away by the various forces of life…When I shared the image with others within Facebook, it resonated with many people. It’s not just a pretty picture, it’s a reaffirmation of the impact we have in connecting people, even across oceans and borders. Paul Butler
Depuis lors, les médias sociaux ont porté « l’universalisation de la médiation interne » à un nouveau niveau, tout en réduisant considérablement les « domaines de la vie qui séparaient les gens les uns des autres ». Les médias sociaux sont le miasme du désir mimétique. Si vous publiez des photos de vos vacances d’été en Grèce, vous pouvez vous attendre à ce que vos « amis » publient des photos d’une autre destination attrayante. Les photos de votre dîner seront égalées ou surpassées par les leurs. Si vous m’assurez, par le biais des médias sociaux, que vous aimez votre vie, je trouverai un moyen de dire à quel point j’aime la mienne. Lorsque je publie mes plaisirs, mes activités et mes nouvelles familiales sur une page Facebook, je cherche à susciter le désir de mes médiateurs. En ce sens, les médias sociaux fournissent une plate-forme hyperbolique pour la circulation imprudente du désir axé sur le médiateur. Alors qu’il se cache dans tous les aspects de la vie quotidienne, Facebook s’insinue précisément dans les domaines de la vie qui sépareraient les gens. Très certainement, l’énorme potentiel commercial de Facebook n’a pas échappé à Peter Thiel, l’investisseur en capital-risque et l’un de ses étudiants à Stanford à la fin des années 80 et au début des années 90. Girardien dévoué qui a fondé et financé un institut appelé Imitatio, dont le but est de « poursuivre la recherche et l’application de la théorie mimétique dans les sciences sociales et les domaines critiques du comportement humain », Thiel a été le premier investisseur extérieur de Facebook, vendant la plupart de ses actions. en 2012 pour plus d’un milliard de dollars (elles lui avaient coûté 500 000 dollars en 2004). Seul un girardien très intelligent, bien initié à la théorie mimétique, pouvait comprendre aussi tôt que Facebook était sur le point d’ouvrir un théâtre mondial de désir mimétique sur les ordinateurs personnels de ses utilisateurs. Robert Pogue Harrison

Après la neuroscience et les djihadistesHarry Potter et Superman, devinez qui confirme René Girard ?

En ce nouveau et dernier réveillon de l’année 2018 …

Dont les meilleures photos ne devraient pas manquer pour bon nombre d’entre nous …

De faire les meilleures pages et les beaux jours de la formidable invention du docteur Frankenstein-Zuckerberg

Comme hélas depuis bientôt deux mois le déchainement auto-entretenu de la violence et de l’envie des casseurs aux gilets jaunes

Comment ne pas repenser avec la NY Review of books

Ou le girardien Jean-Marc Bourdin

 

Aux découvertes et analyses de René Girard sur « l’universalisation de la médiation interne » dont est faite notre modernité même …

Avec la réduction toujours plus implacable qu’elle implique …

Des « domaines de la vie qui séparaient les gens les uns des autres » …

Et qui avec les réseaux sociaux et ses « influenceurs » et « suiveurs » trouve sa confirmation la plus éclatante …

Ouvrant littéralement à la planète entière

Et pour le meilleur comme pour le pire

La scène sur laquelle chacun peut désormais s’exposer …

Au déchainement quasiment sans frein des « feux de l’envie »  ?

The Prophet of Envy
Robert Pogue Harrison
NY Review of Books
December 20, 2018

Violence and the Sacred

by René Girard, translated from the French by Patrick Gregory
Johns Hopkins University Press (1977)

Battling to the End: Conversations with Benoît Chantre

by René Girard, translated from the French by Mary Baker
Michigan State University Press (2010)

René Girard (1923–2015) was one of the last of that race of Titans who dominated the human sciences in the nineteenth and twentieth centuries with their grand, synthetic theories about history, society, psychology, and aesthetics. That race has since given way to a more cautious breed of “researchers” who prefer to look at things up close, to see their fine grain rather than their larger patterns. Yet the times certainly seem to attest to the enduring relevance of Girard’s thought to our social and political realities. Not only are his ideas about mimetic desire and human violence as far-reaching as Marx’s theories of political economy or Freud’s claims about the Oedipus complex, but the explosion of social media, the resurgence of populism, and the increasing virulence of reciprocal violence all suggest that the contemporary world is becoming more and more recognizably “Girardian” in its behavior.

In Evolution of Desire: A Life of René Girard, Cynthia Haven—a literary journalist and the author of books on Joseph Brodsky and Czesław Miłosz—offers a lively, well-documented, highly readable account of how Girard built up his grand “mimetic theory,” as it’s sometimes called, over time. Her decision to introduce his thought to a broader public by way of an intellectual biography was a good one. Girard was not a man of action—the most important events of his life took place inside his head—so for the most part she follows the winding path of his academic career, from its beginnings in France, where he studied medieval history at the École des Chartes, to his migration to the United States in 1947, to the various American universities at which he taught over the years: Indiana, Duke, Bryn Mawr, Johns Hopkins, SUNY Buffalo, and finally Stanford, where he retired in 1997.

Girard began and ended his career as a professor of French and comparative literature. That was as it should have been. Although he was never formally trained in literary studies (he received a Ph.D. in history from Indiana University in 1950), he effectively built his theory of mimetic desire, in all its expansive anthropological aspects, on literary foundations. Somewhat like Heinrich Schliemann, who discovered the site of ancient Troy by assuming that the Homeric epics contained a substrate of historical truth, Girard approached literary works as coffers containing the most fundamental truths about human desire, conflict, and self-deception.

His first book, Deceit, Desire, and the Novel, published in French in 1961 when he was a professor at Johns Hopkins, treated the novels of Cervantes, Stendhal, Flaubert, Dostoevsky, and Proust as forensic evidence of the essential structures of desire, not just of literary characters but of those who find themselves reflected in them. The prevailing modern belief that my desires are my own, that they arise from my autonomous inner self, is a “Romantic” falsehood that the novelistic tradition, according to Girard, exposes as a delusion (I’m echoing here the French title of the book: Mensonge romantique et vérité romanesque, literally “Romantic falsehood and novelistic truth”). Instead, he argues, my desires are mimetic: I want what others seem to want. Whether I am conscious of it or not (mostly not), I imitate their desires to such a degree that the object itself becomes secondary, and in some cases superfluous, to the rivalries that form around it.

Girard postulated that between a desiring subject and its object there is usually a “model” or “mediator,” who can be either “external” or “internal.” External mediators exist outside of my time and place, like Amadís de Gaule’s chivalric heroes, who impel Don Quixote’s desire to become a knight-errant; or Lancelot and Guinevere, whose adulterous kiss is imitated by Paolo and Francesca in Dante’s account in canto 5 of the Inferno; or the celebrities whom advertisers enlist to sell us products. The external mediator often figures as a hero or ego ideal, and there is typically no rivalry involved.

With internal mediators, however, we are in the realm of what Girard calls “interdividuals,” or people who interact with one another in the same social world. The internal mediator is my neighbor, so to speak, and is often a rival who arouses hatred or envy, or both at once. In the novels Girard dealt with, internal mediation often involves “triangulated desire” between three characters, two of whom vie for the other: Mathilde and Mme de Fervacques vying for Julien in Stendhal’s The Red and the Black, for instance, or Julien and Valenod vying for Mme de Rênal. Even when a character views the mediator as an enemy, the former often secretly envies and idolizes the latter, as in the case of Proust’s Mme Verdurin, who loathed the Guermantes family until she married into it.

A crucial concept in Deceit, Desire, and the Novel is that of “metaphysical desire,” a somewhat misleading term for a common sentiment. We tend to attribute to the mediator a “fullness of being” that he or she does not in fact enjoy. For Girard there is no such thing as fullness of being among mortals. All of us—including the rich, the famous, the powerful, and the glamorous—have our mimetic models and suffer from a deficiency of being. That deficiency nourishes our desires, physical or metaphysical.

The English translation of Deceit, Desire, and the Novel came out in 1965, two years before V.S. Naipaul published The Mimic Men, which seems like a ringing endorsement of Girard’s claims about deficiency. (I don’t know if he ever read Girard.) In the novel Naipaul probes the psychology of elite ex-colonial “mimic men” who, after decolonization, model their desires on their former British masters. The mimic man will never enjoy the “fullness of being” he ascribes to his model, who, in Girard’s words, “shows the disciple the gate of paradise and forbids him to enter with one and the same gesture.” Naipaul’s narrator, Ralph Singh, knows this, yet such knowledge does not alleviate his unhappy consciousness. “We become what we see of ourselves in the eyes of others,” he declares. Girard would most likely deny Singh his one consolation, namely his belief that he is different from, and superior to, the mimic men who lack his own heightened self-awareness.

Girard might go even further and ask whether Naipaul’s mimic men in fact imitate one another more than the British models they share. The whole business gets altogether murkier—and more Girardian—when one considers that Naipaul himself was the perfect expression of the mimic man he defined and despised. The writer’s bearing, speech, racism, and invectives betray an ex-colonial subject mimicking the habits of his masters and the class to which he desperately wanted to belong. In this Naipaul falls well short of the novelists Girard dealt with in Deceit, Desire, and the Novel, all of whom, Girard claims, ended up forswearing the mimetic mechanisms they so insightfully depicted in their work.

The common currency of mimetic desire is envy. Envy is a form of hostile worship. It turns admiration into resentment. Dante considered it radix malorum, the root of all evil, and Girard agreed. He claimed that envy is the one taboo that is alive and well in contemporary society—the vice that few will ever talk about or confess to:

Our supposedly insatiable appetite for the forbidden stops short of envy. Primitive cultures fear and repress envy so much that they have no word for it; we hardly use the one we have, and this fact must be significant. We no longer prohibit many actions that generate envy, but silently ostracize whatever can remind us of its presence in our midst. Psychic phenomena, we are told, are important in proportion to the resistance they generate toward revelation. If we apply this yardstick to envy as well as to what psychoanalysis designates as repressed, which of the two will make the more plausible candidate for the role of best-defended secret?

These sentences come from the introduction to the only book that Girard wrote in English, A Theater of Envy: William Shakespeare (1991), which is full of insights into the envy and imitative behavior of Shakespeare’s characters. Proceeding as incautiously as Schliemann did in his excavations, Girard bores through Shakespeare’s corpus to arrive at the substrate of mediated desire that he believed lies at its foundation. Girard plays by none of the rules of the tradition of commentary on Shakespeare, so it is not surprising that the book remains largely neglected, yet one day A Theater of Envy will likely be acknowledged as one of the most original, illuminating books on Shakespeare of its time, despite its speculative recklessness and relative ignorance of the vast body of secondary literature on Shakespeare’s works.

Speaking of “a theater of envy,” in Evolution and Conversion (in French, Les origines de la culture, 2004; the English translation was recently republished by Bloomsbury)—his conversations with Pierpaolo Antonello and João Cezar de Castro Rocha, which took place a couple of years before Facebook launched its website in 2004—Girard made some remarks that seem particularly resonant today:

In the affluent West, we live in a world where there is less and less need therefore and more and more desire…. One has today real possibilities of true autonomy, of individual judgments. However, those possibilities are more commonly sold down the river in favour of false individuality, of negative mimesis…. The only way modernity can be defined is the universalization of internal mediation, for one doesn’t have areas of life that would keep people apart from each other, and that would mean that the construction of our beliefs and identity cannot but have strong mimetic components.

Since then social media has brought “the universalization of internal mediation” to a new level, while at the same time dramatically narrowing the “areas of life that would keep people apart from each other.”

Social media is the miasma of mimetic desire. If you post pictures of your summer vacation in Greece, you can expect your “friends” to post pictures from some other desirable destination. The photos of your dinner party will be matched or outmatched by theirs. If you assure me through social media that you love your life, I will find a way to profess how much I love mine. When I post my pleasures, activities, and family news on a Facebook page, I am seeking to arouse my mediators’ desires. In that sense social media provides a hyperbolic platform for the promiscuous circulation of mediator-oriented desire. As it burrows into every aspect of everyday life, Facebook insinuates itself precisely into those areas of life that would keep people apart.

Certainly the enormous market potential of Facebook was not lost on Girard’s student Peter Thiel, the venture capitalist who studied with him at Stanford in the late 1980s and early 1990s. A devoted Girardian who founded and funds an institute called Imitatio, whose goal is to “pursue research and application of mimetic theory across the social sciences and critical areas of human behavior,” Thiel was the first outside investor in Facebook, selling most of his shares in 2012 for over a billion dollars (they cost him $500,000 in 2004). It took a highly intelligent Girardian, well schooled in mimetic theory, to intuit early on that Facebook was about to open a worldwide theater of imitative desire on people’s personal computers.

In 1972, eleven years after Deceit, Desire, and the Novel appeared, Girard published Violence and the Sacred. It came as a shock to those familiar with his previous work. Here the literary critic assumed the mantle of cultural anthropologist, moving from the triangular desire of fictional bourgeois characters to the group behavior of primitive societies. Having immersed himself during the intervening decade in the work of Alfred Radcliffe-Brown, Bronisław Malinowski, Claude Lévi-Strauss, Émile Durkheim, Gabriel Tarde, and Walter Burkert, Girard offered in Violence and the Sacred nothing less than an anthropogenic theory of mimetic violence.

I will not attempt to describe the theory in all its speculative complexity. Suffice it to say that the only thing more contagious than desire is violence. Girard postulates that, prior to the establishment of laws, prohibitions, and taboos, prehistoric societies would periodically succumb to “mimetic crises.” Usually brought on by a destabilizing event—be it drought, pestilence, or some other adversity—mimetic crises amount to mass panics in which communities become unnerved, impassioned, and crazed, as people imitate one another’s violence and hysteria rather than responding directly to the event itself. Distinctions disappear, members of the group become identical to one another in their vehemence, and a mob psychology takes over. In such moments the community’s very survival is threated by internecine strife and a Hobbesian war of all against all.

Girard interpreted archaic rituals, sacrifices, and myth as the symbolic traces or aftermath of prehistoric traumas brought on by mimetic crises. Those societies that saved themselves from self-immolation did so through what he called the scapegoat mechanism. Scapegoating begins with accusation and ends in collective murder. Singling out a random individual or subgroup of individuals as being responsible for the crisis, the community turns against the “guilty” victim (guilty in the eyes of the persecutors, that is, since according to Girard the victim is in fact innocent and chosen quite at random, although is frequently slightly different or distinct in some regard). A unanimous act of violence against the scapegoat miraculously restores peace and social cohesion (unum pro multis, “one for the sake of many,” as the Roman saying puts it).

The scapegoat’s murder has such healing power over the community that the victim retroactively assumes an aura of sacredness, and is sometimes even deified. Behind the practice of sacrifice in ancient societies Girard saw the spasmodic, scapegoat-directed violence of communities in the throes of mimetic crises—a primal murder, as it were, for which there exists no hard evidence but plenty of indirect evidence in ancient sacrificial practices, which he viewed as ritualized reenactments of the scapegoat mechanism that everywhere founded the archaic religions of humanity. (“Every observation suggests that, in human culture, sacrificial rites and the immolation of victims come first.”)

Violence and the Sacred deals almost exclusively with archaic religion. Its argument is more hypothetical and abstract, more remote and less intuitive, than what Girard put forward in Deceit, Desire, and the Novel. The same can be said for the main claims of his next major book, Things Hidden Since the Foundation of the World (1978; the title comes from Matthew 13:35). There he argued that the Hebrew Scriptures and the Christian Gospels expose the “scandal” of the violent foundations of archaic religions. By revealing the inherent innocence of the victim—Jesus—as well as the inherent guilt of those who persecute and put him to death, “Christianity truly demystifies religion because it points out the error on which archaic religion is based.”*

Girard’s anthropological interpretation of Christianity in Things Hidden is as original as it is unorthodox. It views the Crucifixion as a revelation in the profane sense, namely a bringing to light of the arbitrary nature of the scapegoat mechanism that underlies sacrificial religions. After publishing Things Hidden, Girard gained a devoted following among various Christian scholars, some of whom lobbied him hard to open his theory to a more traditional theological interpretation of the Cross as the crux of man’s deliverance from sin. Girard eventually (and somewhat reluctantly) made room for a redemptive understanding of the Crucifixion, yet in principle his theory posits only its revelatory, demystifying, and scandalous aspect.

Orthodox Girardians insist that his corpusfrom Deceit, Desire, and the Novel to his last worksforms a coherent, integrated system that must be accepted or rejected as a whole. In my view, that is far from the case. One need not buy into the entire système Girard to recognize that his most fundamental insights can stand on their own.

Some of Girard’s most acute ideas come from his psychology of accusation. He championed legal systems that protect the rights of the accused because he believed that impassioned accusation, especially when it gains momentum by wrapping itself in the mantle of indignation, has a potential for mimetic diffusion that disregards any considered distinction between guilt and innocence. The word “Satan” in Hebrew means “adversary” or “accuser,” and Girard insisted in his later work that there is a distinctly satanic element at work in the zeal for accusation and prosecution.

Girard’s most valuable insight is that rivalry and violence arise from sameness rather than difference. Where conflicts erupt between neighbors or ethnic groups, or even among nations, more often than not it’s because of what they have in common rather than what distinguishes them. In Girard’s words: “The error is always to reason within categories of ‘difference’ when the root of all conflicts is rather ‘competition,’ mimetic rivalry between persons, countries, cultures.” Often we fight or go to war to prove our difference from an enemy who in fact resembles us in ways we are all too eager to deny.

A related insight of equal importance concerns the deadly cycles of revenge and reciprocal violence. Girard taught that retaliation hardly ever limits itself to “an eye for an eye” but almost always escalates the level of violence. Every escalation is imitated in turn by the other party:

Clausewitz sees very clearly that modern wars are as violent as they are only because they are “reciprocal”: mobilization involves more and more people until it is “total,” as Ernst Junger wrote of the 1914 war…. It was because he was “responding” to the humiliations inflicted by the Treaty of Versailles and the occupation of the Rhineland that Hitler was able to mobilize a whole people. Likewise, it was because he was “responding” to the German invasion that Stalin achieved a decisive victory over Hitler. It was because he was “responding” to the United States that Bin Laden planned 9/11…. The one who believes he can control violence by setting up defenses is in fact controlled by violence.

Those remarks come from the last book Girard wrote, Battling to the End (2010). It is in many ways one of his most interesting, for here he leaves behind speculations about archaic origins and turns his attention to modern history. The book’s conversations with Benoît Chantre, an eminent French Girardian, feature a major discussion of the war theorist Carl von Clausewitz (1780–1831), whose ideas about the “escalation to extremes” in modern warfare converge uncannily with Girard’s ideas about the acceleration of mimetic violence.

Toward the end of his life, Girard did not harbor much hope for history in the short term. In the past, politics was able to restrain mass violence and prevent its tendency to escalate to extremes, but in our time, he believed, politics had lost its power of containment. “Violence is a terrible adversary,” he wrote in Battling to the End, “especially since it always wins.” Yet it is necessary to battle violence with a new “heroic attitude,” for “it alone can link violence and reconciliation…[and] make tangible both the possibility of the end of the world and reconciliation among all members of humanity.” To that statement he felt compelled to add: “More than ever, I am convinced that history has meaning, and that its meaning is terrifying.” That meaning has to do with the primacy of violence in human relations. And to that statement, in turn, he added some verses of Friedrich Hölderlin: “But where danger threatens/that which saves from it also grows.”

  • *Girard goes so far as to argue that “Christianity is not only one of the destroyed religions but it is the destroyer of all religions. The death of God is a Christian phenomenon. In its modern sense, atheism is a Christian invention.” The Italian philosopher Gianni Vattimo was very drawn to Girard’s understanding of Christianity as a secularizing religion, and the two collaborated on a fine book on the topic, Christianity, Truth, and Weakening Faith: A Dialogue (Columbia University Press, 2010). 

Voir aussi:

Influenceurs et «followers» : les nouveaux maîtres du désir mimétique

Jean-Marc Bourdin

Iphilo

17/12/2018

BILLET : Sur Instagram ou sur leur chaîne YouTube, les influenceurs médiatisent nos désirs dans une relation triangulaire qui est au cœur de la thèse du désir mimétique de René Girard, analyse Jean-Marc Bourdin dans iPhilo. 


Ancien élève de l’ENA, inspecteur général de la ville de Paris, Jean-Marc Bourdin a également soutenu en 2016 une thèse de doctorat en philosophie sur René Girard à l’Université Paris-VIII. Créateur du blog L’Emissaire et membre de l’Association Recherche Mimétique (ARM), il a publié René Girard philosophe malgré lui et René Girard promoteur d’une science des rapports humains chez L’Harmattan en 2018.


René Girard affirme en 1961 dans Mensonge romantique et vérité romanesqueque seuls les plus grands romanciers, à la liste desquels il ajoutera par la suite quelques dramaturges, ont la faculté de comprendre les mécanismes du désir mimétique. Ceux-ci resteraient inconnus non seulement du commun des mortels mais aussi d’écrivains moins doués qui se laissent duper par la prétention du désir à l’autonomie.

Cette affirmation radicale souffrirait-elle désormais d’au moins une exception de taille ? Dans notre époque où il n’est plus indécent de se vanter de manipulations en tous genres, le marketing a franchi un pas décisif grâce à Internet et aux réseaux sociaux. Il avait compris depuis longtemps les mécanismes du mimétisme et le rôle des modèles dans les décisions d’achat : la publicité n’a cessé d’en jouer. Mais délibérément ou en suivant un mouvement dont il n’a pas eu l’initiative, le marketing vient de révéler le pot aux roses. Des modèles de consommation officiels ont désormais un nom : influenceuses ou influenceurs. Et les victimes du désir mimétique sont des « followers », autrement dit des suiveurs ou des suiveuses des conseils ainsi dispensés.

Ces modèles ont le plus souvent des comptes Instagram ou des chaînes YouTube. Ils parlent de beauté, de mode, de voyages, de sport, de culture… bref interviennent dans autant de marchés sur lesquels ils sont susceptibles d’orienter des comportements de consommation.

Du point de vue de la théorie mimétique, ils sont plutôt des médiateurs externes, insusceptibles d’entrer en rivalité avec la plupart de leurs suiveurs, si ce n’est certains d’entre eux mus par leur ressentiment et qui sont dénommés « haters », donc haineux. Nous retrouvons ici les passions stendhaliennes de l’envie, de la jalousie et de la haine impuissante ou encore la figure du narrateur des Carnets du sous-sol de Dostoïevski, cet homme du ressentiment par excellence.

La puissance des influenceurs se mesure au volume et à la croissance du nombre de leurs suiveurs. En découle une valeur économique qui se traduit par les rémunérations que leur servent les marques promues. Mais la relation n’est pas si simple : elle suppose aussi que l’influenceur donne des gages d’indépendance à ceux qui suivent leurs conseils.

L’influenceur ne peut étendre et maintenir son influence qu’en apparaissant comme souverain vis-à-vis de ses suiveurs mais aussi des marques qu’il promeut. Sinon, il serait lui-même considéré comme influençable par les entreprises dont il vante les qualités, du moins celles de leurs produits et services. Cette suprématie est obtenue par sa capacité à modeler les goûts de ses suiveurs. Il est en effet beaucoup plus efficace, efficient et pertinent qu’une campagne de publicité par voie de presse – écrite, radiophonique ou télévisuelle. Il regroupe une population rendue homogène par l’attraction commune que ses membres ressentent pour son «charisme».

Des jeunes gens de moins de vingt peuvent ainsi devenir ce qu’on appelait autrefois des leaders d’opinion. Sans avoir fait autre chose que s’enregistrer en vidéo dans leur appartement en tenant des propos persuasifs, ils peuvent être suivis par des millions d’admirateurs qui attendent leurs avis pour faire leurs choix.

Enjoy Phenix, Cyprien, Natoo, Caroline Receveur ou encore SqueeZie seraient-ils les nouveaux maîtres du désir mimétique ? Au moins sont-ils d’indéniables révélateurs de sa persistante actualité et de sa pertinence.

Voir encore:

Visualizing Friendships
Paul Butler
Facebook
December 14, 2010

Visualizing data is like photography. Instead of starting with a blank canvas, you manipulate the lens used to present the data from a certain angle.

When the data is the social graph of 500 million people, there are a lot of lenses through which you can view it. One that piqued my curiosity was the locality of friendship. I was interested in seeing how geography and political borders affected where people lived relative to their friends. I wanted a visualization that would show which cities had a lot of friendships between them.

I began by taking a sample of about ten million pairs of friends from Apache Hive, our data warehouse. I combined that data with each user’s current city and summed the number of friends between each pair of cities. Then I merged the data with the longitude and latitude of each city.

At that point, I began exploring it in R, an open-source statistics environment. As a sanity check, I plotted points at some of the latitude and longitude coordinates. To my relief, what I saw was roughly an outline of the world. Next I erased the dots and plotted lines between the points. After a few minutes of rendering, a big white blob appeared in the center of the map. Some of the outer edges of the blob vaguely resembled the continents, but it was clear that I had too much data to get interesting results just by drawing lines. I thought that making the lines semi-transparent would do the trick, but I quickly realized that my graphing environment couldn’t handle enough shades of color for it to work the way I wanted.

Instead I found a way to simulate the effect I wanted. I defined weights for each pair of cities as a function of the Euclidean distance between them and the number of friends between them. Then I plotted lines between the pairs by weight, so that pairs of cities with the most friendships between them were drawn on top of the others. I used a color ramp from black to blue to white, with each line’s color depending on its weight. I also transformed some of the lines to wrap around the image, rather than spanning more than halfway around the world.

After a few minutes of rendering, the new plot appeared, and I was a bit taken aback by what I saw. The blob had turned into a surprisingly detailed map of the world. Not only were continents visible, certain international borders were apparent as well. What really struck me, though, was knowing that the lines didn’t represent coasts or rivers or political borders, but real human relationships. Each line might represent a friendship made while travelling, a family member abroad, or an old college friend pulled away by the various forces of life.

Later I replaced the lines with great circle arcs, which are the shortest routes between two points on the Earth. Because the Earth is a sphere, these are often not straight lines on the projection.

When I shared the image with others within Facebook, it resonated with many people. It’s not just a pretty picture, it’s a reaffirmation of the impact we have in connecting people, even across oceans and borders.

Paul is an intern on Facebook’s data infrastructure engineering team.

Voir également:

Check out this stunning Facebook world map

Jeffrey Van Camp

Digital trends

12.14.10

Have you ever wondered what 10 million friendships would look like on a world map? Well, a Facebook engineer has the answer for you. The map below was made by Paul Butler, an engineering intern at Facebook. In a blog post, he explains how he created this visualized representation of friendships. His quest began when he became curious as to whether country or physical location had a big impact on friendships. In other words, he wondered if people had a lot of friends who live far away from them, perhaps around the world. So he took a sample of 10 million friendship pairs from the Facebook database and made this image.

The results are fairly evident and we recommend you check it out in high resolution to fully understand what you’re looking at. This data was not graphed onto a map, by the way. Every lit up dot of land is the geo-location of a friend. The map formed itself by the sheer number of connections. The most lit areas–Europe and the United States–are bright because of the density of smaller range friendships inside them.

“After a few minutes of rendering, the new plot appeared, and I was a bit taken aback by what I saw,” said Butler. “The blob had turned into a surprisingly detailed map of the world. Not only were continents visible, certain international borders were apparent as well. What really struck me, though, was knowing that the lines didn’t represent coasts or rivers or political borders, but real human relationships. Each line might represent a friendship made while travelling, a family member abroad, or an old college friend pulled away by the various forces of life…When I shared the image with others within Facebook, it resonated with many people. It’s not just a pretty picture, it’s a reaffirmation of the impact we have in connecting people, even across oceans and borders.”

As much as we dog Facebook here and there, this perfectly shows the great qualities of social networking. With only 10 million of the 500 million connections, we are able to build a map of the world solely from our own personal connections. Very cool.


Cinéma/First man: Look what they’ve done to my flag, Ma ! (First postnational hero: why can’t Lalaland recognize a true American hero when it sees one ?)

23 octobre, 2018
Condamner le nationalisme parce qu’il peut mener à la guerre, c’est comme condamner l’amour parce qu’il peut conduire au meurtre. C.K. Chesterton
Deliverance did for them [North Georgians] what ‘Jaws’ did for sharks. Daniel Roper (North Georgia Journal)
The movie, ‘Deliverance’ made tourist dollars flow into the area, but there was one memorable, horrifying male rape scene that lasted a little more than four minutes, but has lasted 40 years inside the hearts and minds of the people who live here. CNN
Il n’y a pas d’identité fondamentale, pas de courant dominant, au Canada. Il y a des valeurs partagées — ouverture, compassion, la volonté de travailler fort, d’être là l’un pour l’autre, de chercher l’égalité et la justice. Ces qualités sont ce qui fait de nous le premier État postnational. Justin Trudeau
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Hussein Obama (2008)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton (2016)
On vous demande une carte blanche, et vous salissez l’adversaire, et vous proférez des mensonges. Votre projet, c’est de salir, c’est de mener une campagne de falsifications, de vivre de la peur et des mensonges. La France que je veux vaut beaucoup mieux que ça. Il faut sortir d’un système qui vous a coproduit. Vous en vivez. Vous êtes son parasite. L’inefficacité des politiques de droite et de gauche, c’est l’extrême droite qui s’en nourrit. Je veux mener la politique qui n’a jamais été menée ces trente dernières années. Emmanuel Macron (2017)
Les démocrates radicaux veulent remonter le temps, rendre de nouveau le pouvoir aux mondialistes corrompus et avides de pouvoir. Vous savez qui sont les mondialistes? Le mondialiste est un homme qui veut qu’il soit bon de vivre dans le monde entier sans, pour dire le vrai, se soucier de notre pays. Cela ne nous convient pas. (…) Vous savez, il y a un terme devenu démodé dans un certain sens, ce terme est « nationaliste ». Mais vous savez qui je suis? Je suis un nationaliste. OK? Je suis nationaliste. Saisissez-vous de ce terme! Donald Trump
La NFL et CBS voulaient vraiment Rihanna pour l’année prochaine à  Atlanta. Ils lui ont fait l’offre, mais elle a dit non à cause de la polémique sur le genou au sol. Elle n’est pas d’accord avec la position de la NFL. Proche de la chanteuse Rihanna
Je sais que ça ressemble à un sacrifice de privilégiée, mais c’est tout ce que je peux faire. Frapper la NFL au niveau des annonceurs, c’est le seul moyen de leur faire vraiment mal. Je sais que s’opposer à la NFL, c’est comme s’opposer à la NRA (une association américaine qui fait la promotion des armes à feu, ndlr). C’est très dur, mais vous ne voulez pas être fier de votre vie? Amy Schumer
Car les yeux du monde sont dorénavant tournés vers l’espace, vers la Lune et les planètes au-delà, et nous avons fait le serment de ne pas voir cet espace sous le joug d’un étendard hostile et spoliateur, mais sous la bannière de la liberté et de la paix. Nous avons fait le serment de ne pas voir l’espace envahi par des armes de destruction massive, mais par des instruments de connaissance et de découverte. Cependant, les promesses de cette nation ne pourront être tenues qu’à l’impérieuse condition que nous soyons les premiers. Et telle est bien notre intention. En résumé, notre suprématie dans le domaine scientifique et industriel, nos espoirs de paix et de sécurité, nos obligations envers nous-mêmes et envers les autres, tout cela exige de nous cet effort ; afin de percer ces mystères pour le bien de l’humanité toute entière et devenir la première nation au monde à s’engager dans l’espace. Nous levons les voiles pour explorer ce nouvel océan, car il y a de nouvelles connaissances à acquérir, de nouveaux droits à conquérir, qui doivent être conquis et utilisés pour le développement de tous les peuples. Car la science spatiale, comme la science nucléaire et toutes les technologies, n’a pas de conscience intrinsèque. Qu’elle devienne une force bénéfique ou maléfique dépend de l’homme et c’est seulement si les États-Unis occupent une position prééminente que nous pourrons décider si ce nouvel océan sera un havre de paix ou un nouveau champ de bataille terrifiant. John Kennedy (12.09.1962)
In the end it was decided by Congress that this was a United States project. We were not going to make any territorial claim, but we were to let people know that we were here and put up a US flag. My job was to get the flag there. I was less concerned about whether that was the right artefact to place. I let other, wiser minds than mine make those kinds of decisions. Neil Armstrong
C’est de la folie totale. Et un mauvais service rendu à un moment où notre peuple a besoin de rappels de ce que nous pouvons accomplir lorsque nous travaillons ensemble. Le peuple américain a payé pour cette mission, sur des fusées construites par des Américains, avec de la technologie américaine et pour transporter des astronautes américains. Ce n’était pas une mission de l’ONU. Marco Rubio
I think it’s very unfortunate. (…) it’s almost like they’re embarrassed at the achievement coming from America. I think it’s a terrible thing. (…) because when you think of Neil Armstrong and when you think about the landing on the moon, you think about the American flag. And I understand they don’t do it. So for that reason I wouldn’t even want to watch the movie. (…) I don’t want to get into the world of boycotts. Same thing with Nike. I wouldn’t say you don’t buy Nike because of the Colin Kaepernick. I mean, look, as much as I disagree, as an example, with the Colin Kaepernick endorsement, in another way, I wouldn’t have done it. In another way, it is what this country is all about, that you have certain freedoms to do things that other people may think you shouldn’t do. So you know, I personally am on a different side of it, you guys are probably too, I’m on a different side of it. Donald Trump
Pour répondre à la question de savoir s’il s’agissait d’une revendication politique, la réponse est non. Mon but avec ce film était de partager avec le public les aspects invisibles et inconnus de la mission états-unienne sur la lune – en particulier la saga personnelle de Neil Armstrong et ce qu’il a pu penser et ressentir pendant ces quelques heures de gloire. Damien Chazelle
Cette histoire est humaine et elle est universelle. Bien sûr, il célèbre une réalisation américaine. Il célèbre également une réalisation ‘pour toute l’humanité. Les cinéastes ont choisi de se concentrer sur Neil qui regarde la Terre, sa marche vers le Petit Cratère Occidental, son expérience personnelle et unique de clôturer ce voyage, un voyage qui a eu tant de hauts et de bas dévastateurs. Mark et Rick Armstrong
Je pense que cela a été largement considéré à la fin comme une réalisation humaine [et] c’est ainsi que nous avons choisi de voir les choses. Je pense aussi que Neil était extrêmement humble, comme beaucoup de ces astronautes, et qu’à maintes reprises, il a différé l’attention de lui-même aux 400 000 personnes qui ont rendu la mission possible. Ryan Gosling
I think this was widely regarded in the end as a human achievement [and] that’s how we chose to view it. I also think Neil was extremely humble, as were many of these astronauts, and time and time again he deferred the focus from himself to the 400,000 people who made the mission possible. He was reminding everyone that he was just the tip of the iceberg – and that’s not just to be humble, that’s also true. So I don’t think that Neil viewed himself as an American hero. From my interviews with his family and people that knew him, it was quite the opposite. And we wanted the film to reflect Neil. I’m Canadian, so might have cognitive bias. Ryan Gosling
As a half-Canadian, half-French, I agree with everything Ryan said. Damien Chazelle
We’ve read a number of comments about the film today and specifically about the absence of the flag planting scene, made largely by people who haven’t seen the movie. As we’ve seen it multiple times, we thought maybe we should weigh in. This is a film that focuses on what you don’t know about Neil Armstrong. It’s a film that focuses on things you didn’t see or may not remember about Neil’s journey to the moon. The filmmakers spent years doing extensive research to get at the man behind the myth, to get at the story behind the story. It’s a movie that gives you unique insight into the Armstrong family and fallen American Heroes like Elliot See and Ed White. It’s a very personal movie about our dad’s journey, seen through his eyes. This story is human and it is universal. Of course, it celebrates an America achievement. It also celebrates an achievement “for all mankind,” as it says on the plaque Neil and Buzz left on the moon. It is a story about an ordinary man who makes profound sacrifices and suffers through intense loss in order to achieve the impossible. Although Neil didn’t see himself that way, he was an American hero. He was also an engineer and a pilot, a father and a friend, a man who suffered privately through great tragedies with incredible grace. This is why, though there are numerous shots of the American flag on the moon, the filmmakers chose to focus on Neil looking back at the earth, his walk to Little West Crater, his unique, personal experience of completing this journey, a journey that has seen so many incredible highs and devastating lows. In short, we do not feel this movie is anti-American in the slightest. Quite the opposite. But don’t take our word for it. We’d encourage everyone to go see this remarkable film and see for themselves. Rick and Mark Armstrong and James R. Hansen
In ‘First Man’ I show the American flag standing on the lunar surface, but the flag being physically planted into the surface is one of several moments of the Apollo 11 lunar EVA that I chose not to focus upon. To address the question of whether this was a political statement, the answer is no. My goal with this movie was to share with audiences the unseen, unknown aspects of America’s mission to the moon — particularly Neil Armstrong’s personal saga and what he may have been thinking and feeling during those famous few hours. I wanted the primary focus in that scene to be on Neil’s solitary moments on the moon — his point of view as he first exited the LEM, his time spent at Little West Crater, the memories that may have crossed his mind during his lunar EVA. This was a feat beyond imagination; it was truly a giant leap for mankind. This film is about one of the most extraordinary accomplishments not only in American history, but in human history. My hope is that by digging under the surface and humanizing the icon, we can better understand just how difficult, audacious and heroic this moment really was. Damien Chazelle
[The moon landing] cost money, it tore families apart. There was this tremendous sacrifice and loss that came with the success story that we all know,” Chazelle said. “That, in some ways more than anything, was what motivated us — trying to put a human face to that toll and really pay tribute to the people who literally gave everything so that all of us can grow up knowing that people walked on the moon. Damien Chazelle
By focusing on that loss and sacrifice and failure, it humanizes this person who we think of as an idol and helps us really understand that this wasn’t easy, this wasn’t superheroes that did it. Josh Singer
I don’t know if I’ll do that. That’s a hard one — never conquered the script on that. To tell the drama of it is going to be difficult. I’ve met with him, played golf with him. He’s a very nice guy but he likes his privacy and I can’t blame him for that. Clint Eastwood
Voulant absolument se décoller des références L’Etoffe des héros et Apollo (la grandeur de la nation américaine dans toute sa splendeur), Chazelle bidouille les séquences dans l’espace en secouant sa caméra, en bricolant l’image et en filmant les poils de barbe de son personnage. C’est parfois un peu fatigant parce que systématique.  En revanche – et c’est là où l’eastwoodien qui est en lui se réveille – la partie intimiste est passionnante. Armstrong est prêt à tout sacrifier pour être le premier. Pas forcément pour recevoir les applaudissements mais pour nourrir sa propre névrose. Comme si le héros américain, bouffé par une machine mythologique basée sur le « do it yourself » devait forcément en passer par là. Armstrong a le visage fermé et Ryan Gosling, qui n’est pas l’acteur le plus expressif au monde, est parfait. Claire Foy, son épouse, également ; femme de tête, actrice de coeur. La face cachée de la Lune est finalement ce qu’il y a de plus intéressant à voir. L’Express
Avec La La Land, Damien Chazelle, le jeune prodige de Hollywood, remettait de la fragilité dans la glorieuse comédie musicale à l’américaine : danser et chanter n’y était pas si facile pour les deux acteurs principaux, et la mise en scène exploitait subtilement leurs faiblesses. Dans cette biographie de Neil Armstrong, la discipline incertaine, laborieuse, faillible, c’est la conquête spatiale elle-même. Le cinéaste insiste sans cesse sur la précarité des engins et vaisseaux pilotés par l’astronaute, du début des années 1960 à ses premiers pas sur la Lune, le 21 juillet 1969. Leitmotiv des scènes d’action : les antiques cadrans à aiguilles s’affolent, les carlingues tremblotent, fument, prennent feu… La réussite, lorsqu’elle survient, paraît arbitraire, et ne parvient jamais à dissiper l’effroi et le doute devant l’entreprise du héros. Voilà comment, dès la saisissante première scène, le réalisateur s’approprie le genre si codifié du biopic hollywoodien. Le visage de Ryan Gosling est l’autre facteur majeur de stylisation. Avec son jeu minimaliste, son refus de l’expressivité ordinaire, l’acteur de Drive bloque la sympathie et l’identification. Damien Chazelle filme sa star en très gros plans, avec une fascination encore accentuée depuis La La Land : Ryan Gosling est lunaire bien avant d’alunir et il le demeure ensuite. Le scénario donne et redonne, trop souvent, l’explication la plus évidente à cette absence mélancolique — la perte d’une fille, emportée en bas âge par le cancer. Cette tragédie intime, véridique, devient même la composante la plus convenue, avec flash-back mélodramatiques sur le bonheur familial perdu, un peu comme pour le personnage de spationaute de Sandra Bullock dans Gravity, d’Alfonso Cuarón. Or l’attendrissement sied peu à Damien Chazelle, cinéaste cruel, dur — voir le sadisme de Whiplash, et le gâchis amoureux de La La Land, pour cause d’égocentrisme des deux amants. Le film brille, en revanche, dès qu’il s’agit de la distance qui éloigne toujours plus le héros des siens — sa femme et ses deux fils —, au fil des expériences spatiales. Sommé par son épouse d’annoncer son départ vers la Lune à ses enfants, Neil Armstrong leur parle soudain comme s’il était en conférence de presse, sans plus d’émotion ni de tendresse — scène glaçante. Plus tard, l’homme (en quarantaine après une mission) est séparé de sa femme par une épaisse cloison de verre. La paroi devient alors, tout comme le casque-miroir du scaphandre, le symbole d’une vie à part, « hors de ce monde » — les mots de l’épouse. A la même époque, des mouvements sociaux dénoncent, aux Etats-Unis, les dépenses publiques faramineuses consacrées à la conquête spatiale, tandis que des millions de citoyens vivent mal. Damien Chazelle s’attarde sur cette critique-là, comme pour contredire la formule d’Armstrong une fois sur la Lune : « … un grand pas pour l’humanité »… Scepticisme et froideur contribuent ainsi à élever First Man au-delà de l’hagiographie attendue, au profit d’une réelle étrangeté, et d’une grande tenue. Télérama
Damien Chazelle nous propose d’entrer dans l’intimité de ce héros de l’espace. Cernant au plus près ce personnage complexe, qui n’arriva jamais à faire le deuil d’une enfant de deux ans emportée par une tumeur au cerveau, il nous fait ainsi entrer dans la psyché de ces pionniers de l’aventure spatiale. Très vite, et une scène en particulier est terrifiante, Neil Armstrong est littéralement absorbé par son envie d’infini, de découverte, au point de dire au revoir à ses enfants, en 1969, sous forme d’interview ! (…) Entre drame intime et conquête spatiale, le dernier opus de Damien Chazelle est aussi un véritable documentaire sur ces moments exceptionnels.  (…) Si le scénario fait l’impasse sur le fanion américain hardiment planté sur le sol lunaire, il ne fait pas l’économie des problèmes liés aux dépenses titanesques de la recherche spatiale aux USA. Sommes absolument exorbitantes dont le but inavoué était de rattraper le retard sur l’URSS dans ce domaine… Actu.fr
What do words cost? In contemporary Hollywood, quite a bit, apparently. If you believe those who say First Man was hurt by Ryan Gosling’s ‘globalist’ defense of director Damien Chazelle’s decision not to depict astronaut Neil Armstrong’s planting of an American flag on the moon—and the Internet is crawling with those who make that claim—then Gosling’s explanation cost up to $45,000 a word this weekend. First Man, from Universal and DreamWorks among others, opened to about $16.5 million in ticket sales at the domestic box office. That’s $4.5 million short of expectations that were pegged at around $21 million. At the Venice Film Festival in late August, Gosling, who is Canadian, spoke about 100 words in defending the flag-planting omission. “I don’t think that Neil viewed himself as an American hero,” he said:  “From my interviews with his family and people that knew him, it was quite the opposite. And we wanted the film to reflect Neil. If the ensuing controversy really suppressed ticket sales—and who can know whether sharper-than-expected competition from Venom and A Star Is Born was perhaps a bigger factor?—the $45,000-per-word price tag is just a down payment. Under-performance by First Man of, say, $50 million over the long haul would raise the per-word price to a breathtaking $500,000. Such is the terror of entertainment in the age of digital rage and partisanship. The simplest moment of candor at a routine promotional appearance can suddenly become a show-killer. The real math, of course, is mysterious. To what extent a slip of the tongue or an interesting thought helped or hindered a film or television show will never be clear. But, increasingly, the stray word seems to be taking a toll on vastly expensive properties that have been years, or even decades, in the making. Michael Cieply
Movies about space exploration have tended to be pretty strong box-office performers lately, whether they’re films based on events that did happen, films based on events that didn’t happen or films based on events that will one day happen if only we could get Matt Damon enough potatoes. So it’s been a surprise to see “First Man,” the Neil Armstrong drama starring Ryan Gosling and Claire Foy and directed by “La La Land” filmmaker Damien Chazelle, do as poorly as it has. The film took in just $16 million last week in its first weekend of release, despite showing on nearly 4,000 screens. (…) It didn’t do much better on its second weekend — barely $8 million in receipts and bested by four other releases. Absent a major awards run, the film seems poised to become a disappointment for its studio, Universal, not to mention its star and its previously red-hot director. (…) “First Man,” about one of the great unifying American achievements of the 20th century and the internal conflict of the man who risked hi s life to achieve it, was humming along, seemingly set for a nice theatrical run after its premieres at the upscale Venice and Toronto film festivals in the late summer. That’s when several outlets, including Business Insider, pointed out the absence of an iconic moment in the moon-landing saga, with Armstrong not shown planting the American flag on the lunar surface. Gosling himself, a Canadian, poured some unintentional gasoline on the flame when he told reporters that “I don’t think he saw himself as an American hero,” referring to Armstrong. (…) This in turn set off political leaders, particularly Sen. Marco Rubio (R-Fla.). (…) The Rubio criticism was echoed by a number of public figures, including fellow Armstrong moonwalker Buzz Aldrin, who tweeted photos many saw as a pointed response to the omission. (…) By the time it was over, the film had become as divisive as the lunar-landing itself was unifying. Some Hollywood pundits certainly thought so. In a post on the trade site Deadline, Michael Cieply asked, “What Do Words Cost? For ‘First Man,’ Perhaps, Quite A Lot,” and broke down the box-office underperformance by the word count in Gosling’s interview. Meanwhile, the Hollywood Reporter columnist Scott Feinberg advanced the theory even more directly. “FIRST MAN got Swiftboated,” he posted on Twitter, referring to the politically motivated set of attacks during the 2004 presidential election about John Kerry’s Vietnam War record. “I genuinely believe its box-office performance was undercut by the BS about the planting of the American flag.” He makes a potent case, given the decibel level of the controversy and the fact that “First Man” contains subject matter that might be expected to play strongly in red states. (…) One inference they both might have pointed out, and even agreed on: In times so divided, making a movie about unity could be the most politicizing act of all. Steven Zeitchik
The First Man true story reveals that unlike many astronauts, Neil Armstrong was not the hotshot type, nor was he a fame-seeker. He was a man of few words who was driven to accomplish something no other human being had done. Up to his death, he largely remained a bit of an enigma. (…) The movie is based on author James R. Hansen’s New York Times bestselling biography First Man: The Life of Neil A. Armstrong. First published in 2005, the book is the only official biography of Armstrong. (…) Film rights to the book were sold in 2003, prior to its publication, but a Neil Armstrong movie took years to get off the ground. Initially, Clint Eastwood had been attached to direct. (…) As we explored the First Man true story, we quickly discovered that there are no good photos of Neil Armstrong on the Moon. (…) The reason for the lack of photos of Armstrong on the lunar surface is because most of the time it was Armstrong who was carrying the camera. (…) Aldrin (…) felt horrible that there were so few photos of Armstrong but there was too much going on at the time to realize it. The most iconic shot of an astronaut on the Moon is of Buzz Aldrin standing and posing for the camera. If you look closely at that photo, you can actually see Armstrong taking the picture in the visor’s reflection. (…) We do know that he took with him remnants of fabric and the propeller from the Wright Brothers plane in which they took the first powered flight in 1903. (…) Armstrong’s Moon walk lasted 2 and 3/4 hours, even though it feels much shorter in the movie. Astronauts on the five subsequent NASA missions that landed men on the Moon were given progressively longer periods of time to explore the lunar surface, with Apollo 17 astronauts spending 22 hours on EVA (Extravehicular Activity). The reason Armstrong and Buzz Aldrin didn’t get to spend more time outside the Lunar Module is that there were uncertainties as to how well the spacesuits would hold up to the extremely high temperatures on the lunar surface. History vs. Hollywood
When Neil Armstrong and Buzz Aldrin planted the American flag on the moon in 1969, it marked one of the proudest moments in US history. But a new film about Armstrong has chosen to leave out this most patriotic of scenes, arguing that the giant leap for mankind should not be seen as an example of American greatness. The film, First Man, was unveiled at the Venice Film Festival yesterday, where the absence of the stars and stripes was noted by critics. Its star, Ryan Gosling, was asked if the film was a deliberately un-American take on the moon landing. He replied that Armstrong’s accomplishment « transcended countries and borders ». (…)The planting of the flag was controversial in 1969. There was disagreement over whether a US or United Nations flag should be used. Armstrong said later: « In the end it was decided by Congress that this was a United States project. We were not going to make any territorial claim, but we were to let people know that we were here and put up a US flag. My job was to get the flag there. » The Telegraph
On Thursday evening, Ryan Gosling made international news when he justified the fact that the new Damien Chazelle biopic of Neil Armstrong will skip the whole planting the American flag on the moon thing. Gosling, a Canadian, explained, “I think this was widely regarded in the end as a human achievement [and] that’s how we chose to view it.” Now, the real reason that the film won’t include the planting of the American flag is that the distributors obviously fear that Chinese censors will be angry, and that foreign audiences will scorn the film. But it’s telling that the Left seems to attribute every universal sin to America, and every specific victory to humanity as a whole. Slavery: uniquely American. Racism: uniquely American. Sexism: uniquely American. Homophobia: uniquely American. Putting a man on the moon: an achievement of humanity. All of this is in keeping with a general perspective that sees America as a nefarious force in the world. This is Howard Zinn’s A People’s History of the United States view: that America’s birth represented the creation of a terrible totalitarian regime, but that Maoist China is the “closest thing, in the long history of that ancient country, to a people’s government, independent of outside control”; that Castro’s Cuba had “no bloody record of suppression,” but that the U.S. responded to the “horrors perpetrated by the terrorists against innocent people in New York by killing other innocent people in Afghanistan.” In reality, however, America remains the single greatest force for human freedom and progress in the history of the world. And landing a man on the moon was part of that uniquely American legacy. President John F. Kennedy announced his mission to go to the moon in 1961; in 1962, he gave a famous speech at Rice University in which he announced the purpose of the moon landing (…) The moon landing was always nationalist. It was nationalism in service of humanity. But that’s been America’s role in the world for generations. Removing the American flag from an American mission demonstrates the anti-American animus of Hollywood, if we’re to take their values-laden protestations seriously. Ben Shapiro
When the prime minister says Canada is the world’s “first postnational state,” I believe he’s saying this is a place where respect for minorities trumps any one group’s way of doing things. (…) The New York Times writer who obtained this quote said Trudeau’s belief Canada has no core identity is his “most radical” political position. It seems especially so combined with criticism Trudeau is a lightweight on national security and sovereignty. Not too many Canadians, however, seem disturbed by Trudeau talking about us as a “postnational state.” Maybe they just write it off as political bafflegab. But of all the countries in the world, Canada, with its high proportion of immigrants and official policy of multiculturalism, may also be one of the few places where politicians and academics treat virtually all forms of nationalism with deep suspicion. Of course, no one defends nationalism in its rigid or extreme forms. Ultranationalism has been blamed for us-against-them belligerence throughout the 20th century, which led to terrible military aggressions out of Germany, Japan, the former Yugoslavia, China and many regions of Africa. But would it be wise to let nationalism die? What if our sense of a national identity actually was eradicated? What if borders were erased and the entire world became “transnational?” We sometimes seem to be heading that way, with the rise of the European Union, the United Nations and especially transnational deals such as the North American Free Trade Agreement and the looming Trans-Pacific Partnership. The aim of these transnational business agreements is to override the rules, customs and sovereignty of individual nations and allow the virtually unrestricted flow of global migrants and money. Such transnational agreements benefit some, especially the “cosmopolitan” elites and worldwide corporations. But the results for others are often not pretty. (…) Trudeau contradicts himself, or is at least being naive, when he argues Canada is a postnational state. On one hand Trudeau claims Canada has no “core identity.” On the other hand he says the Canadian identity is quite coherent – we all share the values of “openness, respect, compassion, willingness to work hard, to be there for each other, to search for equality and justice. » Can it be both ways? Most Canadians don’t think so. Regardless of what Trudeau told the New York Times, a recent Angus Reid Institute poll confirmed what many Canadians judge to be common sense: 75 per cent of residents believe there is a “unique Canadian culture.” I wish some of that common sense about nationalism was being brought to the housing affordability crisis in Vancouver and Toronto. (…) As a result many average Canadians who are desperate to make a home and livelihood in Metro Vancouver can’t come close to affording to live here. It’s the kind of thing that can happen when too many politicians believe we’re living in the world’s first “postnational state.” Douglas Todd
Dans le cas de Christophe Guilluy, traité par le géographe, Jacques Lévy, invité le 9 octobre des Matins de Guillaume Erner sur France Culture, d’ « idéologue géographe du Rassemblement national », ce sont vingt-et-un géographes, historiens, sociologues, politistes, membres de la rédaction de la revue Métropolitiques, qui se sont chargés de l’exécution pour la partie scientifique, quand Thibaut Sardier, journaliste à Libération se chargeait du reste consistant, pour l’essentiel, à trouver une cohérence à des potins glanés auprès de personnes ayant côtoyé Christophe Guilluy ou ayant un avis sur lui. La tribune des vingt-et-un s’intitule « Inégalités territoriales : parlons-en ! » On est tenté d’ajouter : « Oui, mais entre nous ! ». On se demande si les signataires ont lu le livre qu’ils attaquent, tant la critique sur le fond est générale et superficielle. Ils lui reprochent d’abord le succès de sa France périphérique qui a trouvé trop d’échos, à leur goût, dans la presse, mais aussi auprès des politiques, de gauche comme de droite. Pour le collectif de Métropolitiques, Christophe Guilluy est un démagogue et un prophète de malheur qui, lorsqu’il publie des cartes et des statistiques, use « d’oripeaux scientifiques » pour asséner des « arguments tronqués ou erronés », « fausses vérités » qui ont des « effets performatifs ». Christophe Guilluy aurait donc fait naître ce qu’il décrit, alimentant ainsi « des visions anxiogènes de la France ». Ce collectif se plaint de l’écho donné par la presse aux livres de Christophe Guilluy qui soutient des « théories nocives », alors que ses membres si vertueux, si modestes, si rigoureux et si honnêtes intellectuellement sont si peu entendus et que « le temps presse ». Le même collectif aurait, d’après Thibaut Sardier, déclaré que l’heure n’était plus aux attaques ad hominem ! On croit rêver. Thibaut Sardier, pour la rubrique « potins », présente Christophe Guilluy comme un « consultant et essayiste […], géographe de formation [qui] a la réputation de refuser les débats avec des universitaires ou les interviews dans certains journaux, comme Libé ». L’expression « géographe de formation » revient dans le texte pour indiquer au lecteur qu’il aurait tort de considérer Christophe Guilluy comme un professionnel de la géographie au même titre que ceux qui figurent dans le collectif, qualifiés de chercheurs, ou que Jacques Lévy. Je cite : « Le texte de Métropolitiques fait écho aux relations houleuses entre l’essayiste, géographe de formation, et les chercheurs. » Si l’on en croit Thibaut Sardier, Christophe Guilluy aurait le temps d’avoir des relations avec LES chercheurs en général. Le même Thibaut Sardier donne à Jacques Lévy, le vrai géographe, l’occasion de préciser sa pensée : « Je ne veux pas dire qu’il serait mandaté par le RN. Mais sa vision de la France et de la société correspond à celle de l’électorat du parti. » Le journaliste a tendance à lui donner raison. La preuve : « La place qu’il accorde à la question identitaire et aux travaux de Michèle Tribalat, cités à droite pour défendre l’idée d’un ‘grand remplacement’ plaide en ce sens. » Thibaut Sardier se fiche pas mal de ce que j’ai pu effectivement écrire – il n’a probablement jamais lu aucun de mes articles ou de mes livres – tout en incitant incidemment le lecteur à l’imiter, compte tenu du danger qu’il encourrait s’il le faisait. Ce qui compte, c’est que je sois lue et citée par les mauvaises personnes. Ne pas croire non plus à l’affiliation à gauche de Christophe Guilluy. Le vrai géographe en témoigne : « On ne peut être progressiste si on ne reconnaît pas le fait urbain et la disparition des sociétés rurales. » Voilà donc des propos contestant l’identité politique que Christophe Guilluy pourrait se donner pour lui en attribuer une autre, de leur choix, et qui justifie son excommunication, à une époque où il est devenu pourtant problématique d’appeler Monsieur une personne portant une moustache et ayant l’air d’être un homme ! Et l’on reproche à Christophe Guilluy de ne pas vouloir débattre avec ceux qui l’écrasent de leur mépris, dans un article titré, c’est un comble, « Peut-on débattre avec Christophe Guilluy ? » Mais débattre suppose que l’on considère celui auquel on va parler comme son égal et non comme une sorte d’indigent intellectuel que l’on est obligé de prendre en compte, de mauvais gré, simplement parce que ses idées ont du succès et qu’il faut bien combattre les théories nocives qu’il développe. Michèle Tribalat
Étant donné l’état de fragilisation sociale de la classe moyenne majoritaire française, tout est possible. Sur les plans géographique, culturel et social, il existe bien des points communs entre les situations françaises et américaines, à commencer par le déclassement de la classe moyenne. C’est « l’Amérique périphérique » qui a voté Trump, celle des territoires désindustrialisés et ruraux qui est aussi celle des ouvriers, employés, travailleurs indépendants ou paysans. Ceux qui étaient hier au cœur de la machine économique en sont aujourd’hui bannis. Le parallèle avec la situation américaine existe aussi sur le plan culturel, nous avons adopté un modèle économique mondialisé. Fort logiquement, nous devons affronter les conséquences de ce modèle économique mondialisé : l’ouvrier – hier à gauche –, le paysan – hier à droite –, l’employé – à gauche et à droite – ont aujourd’hui une perception commune des effets de la mondialisation et rompent avec ceux qui n’ont pas su les protéger. La France est en train de devenir une société américaine, il n’y a aucune raison pour que l’on échappe aux effets indésirables du modèle. (…) Dans l’ensemble des pays développés, le modèle mondialisé produit la même contestation. Elle émane des mêmes territoires (Amérique périphérique, France périphérique, Angleterre périphérique… ) et de catégories qui constituaient hier la classe moyenne, largement perdue de vue par le monde d’en haut. (…) la perception que des catégories dominantes – journalistes en tête – ont des classes populaires se réduit à leur champ de vision immédiat. Je m’explique : ce qui reste aujourd’hui de classes populaires dans les grandes métropoles sont les classes populaires immigrées qui vivent dans les banlieues c’est-à-dire les minorités : en France elles sont issues de l’immigration maghrébine et africaine, aux États-Unis plutôt blacks et latinos. Les classes supérieures, qui sont les seules à pouvoir vivre au cœur des grandes métropoles, là où se concentrent aussi les minorités, n’ont comme perception du pauvre que ces quartiers ethnicisés, les ghettos et banlieues… Tout le reste a disparu des représentations. Aujourd’hui, 59 % des ménages pauvres, 60 % des chômeurs et 66 % des classes populaires vivent dans la « France périphérique », celle des petites villes, des villes moyennes et des espaces ruraux. (…) Faire passer les classes moyennes et populaires pour « réactionnaires », « fascisées », « pétinisées » est très pratique. Cela permet d’éviter de se poser des questions cruciales. Lorsque l’on diagnostique quelqu’un comme fasciste, la priorité devient de le rééduquer, pas de s’interroger sur l’organisation économique du territoire où il vit. L’antifascisme est une arme de classe. Pasolini expliquait déjà dans ses Écrits corsaires que depuis que la gauche a adopté l’économie de marché, il ne lui reste qu’une chose à faire pour garder sa posture de gauche : lutter contre un fascisme qui n’existe pas. C’est exactement ce qui est en train de se passer. (…) Il y a un mépris de classe presque inconscient véhiculé par les médias, le cinéma, les politiques, c’est énorme. On l’a vu pour l’élection de Trump comme pour le Brexit, seule une opinion est présentée comme bonne ou souhaitable. On disait que gagner une élection sans relais politique ou médiatique était impossible, Trump nous a prouvé qu’au contraire, c’était faux. Ce qui compte, c’est la réalité des gens depuis leur point de vue à eux. Nous sommes à un moment très particulier de désaffiliation politique et culturel des classes populaires, c’est vrai dans la France périphérique, mais aussi dans les banlieues où les milieux populaires cherchent à préserver ce qui leur reste : un capital social et culturel protecteur qui permet l’entraide et le lien social. Cette volonté explique les logiques séparatistes au sein même des milieux modestes. Une dynamique, qui n’interdit pas la cohabitation, et qui répond à la volonté de ne pas devenir minoritaire. (…) La bourgeoisie d’aujourd’hui a bien compris qu’il était inutile de s’opposer frontalement au peuple. C’est là qu’intervient le « brouillage de classe », un phénomène, qui permet de ne pas avoir à assumer sa position. Entretenue du bobo à Steve Jobs, l’idéologie du cool encourage l’ouverture et la diversité, en apparence. Le discours de l’ouverture à l’autre permet de maintenir la bourgeoisie dans une posture de supériorité morale sans remettre en cause sa position de classe (ce qui permet au bobo qui contourne la carte scolaire, et qui a donc la même demande de mise à distance de l’autre que le prolétaire qui vote FN, de condamner le rejet de l’autre). Le discours de bienveillance avec les minorités offre ainsi une caution sociale à la nouvelle bourgeoisie qui n’est en réalité ni diverse ni ouverte : les milieux sociaux qui prônent le plus d’ouverture à l’autre font parallèlement preuve d’un grégarisme social et d’un entre-soi inégalé. (…) Nous, terre des lumières et patrie des droits de l’homme, avons choisi le modèle libéral mondialisé sans ses effets sociétaux : multiculturalisme et renforcement des communautarismes. Or, en la matière, nous n’avons pas fait mieux que les autres pays. (…) Le FN n’est pas le bon indicateur, les gens n’attendent pas les discours politiques ou les analyses d’en haut pour se déterminer. Les classes populaires font un diagnostic des effets de plusieurs décennies d’adaptation aux normes de l’économie mondiale et utilisent des candidats ou des référendums, ce fut le cas en 2005, pour l’exprimer. Christophe Guilluy
Les candidats ont compris que la France périphérique existait, c’est pourquoi leurs diagnostics sont assez proches. Mais ils ont la plus grande difficulté à remettre en cause leur modèle économique, aussi ne dépassent-ils pas le stade du constat. Un parti et un discours politiques s’adressent d’abord à un électorat. Or, l’électorat de la France périphérique se trouve ailleurs que dans les grands partis de gouvernement, ce qui complique un peu les choses. François Fillon a compris que son socle électoral libéral-conservateur ne suffisait pas et qu’il devait aussi parler à cette France populaire périphérique. Au PS, certains cadres m’ont contacté pendant la primaire car ils ont compris que quelque chose se jouait dans ces territoires. Mais ces élus lucides sont enfermés dans leur électorat, ce qui n’aide pas ces thématiques à émerger. En réalité, aucune thématique n’a émergé dans la campagne présidentielle. Une fois l’affaire Fillon retombée, le débat portera sur un autre sujet monothématique :  quel niveau le Front national atteindra. Cela permet de ne pas parler de l’essentiel. (…) Le Front national n’est que la fin d’une longue histoire de mise à l’écart de ce qu’on appelait hier la classe moyenne et aujourd’hui les classes populaires. Ces dernières soulèvent des problèmes aussi essentiels que le choix du modèle économique mondialisé, le multiculturalisme, les flux migratoires. Passer son temps à se demander si Marine Le Pen peut atteindre 30%, 35%, 45% voire être élue permet de faire l’impasse sur le fond. Si rien n’est fait, Marine Le Pen ou un autre candidat contestant le modèle dominant sous une autre étiquette gagnera en 2022, si ce n’est en 2017. On est à un moment de basculement. Il suffit de prolonger les courbes et les dynamiques en cours pour comprendre que si cela ne se fait pas maintenant, cela arrivera plus tard. De deux choses l’une : soit on décide de se rendre sur ces territoires délaissés et de prendre au sérieux le diagnostic des habitants, soit on reste dans une logique de citadelle qui consiste à serrer les fesses pour préserver l’essentiel et essayer de passer encore un tour. (…) Rien ne sert de s’alarmer sans comprendre les causes des phénomènes qu’on combat. Le FN n’est qu’un indicateur. De la même manière, après le Brexit et l’élection de Trump, le monde d’en haut a exprimé son angoisse. Mais les racines du Brexit sont à chercher dans le thatchérisme qui a désindustrialisé le Royaume-Uni. Et les racines de la victoire de Trump se trouvent dans les années 1980 et 1990, époque de dérégulation et de financiarisation de l’économie sous Reagan et Clinton. Sur le temps long, l’émergence du Front national correspond bien sûr à l’installation d’une immigration de masse mais aussi à la désindustrialisation de la France engagée à la fin des années 1970. (…) C’est systémique. Jusqu’à une certaine mesure, la diabolisation du FN marche. Car si on prend une à une les grandes thématiques qui structurent l’électorat, comme le rapport à la mondialisation, le capitalisme mondialisé, la financiarisation, l’immigration (70% des Français considèrent qu’il faut arrêter les flux migratoires !), on obtient des majorités écrasantes en faveur du discours du FN. Et pourtant le Front national ne rassemble qu’une minorité d’électeurs. Cela veut bien dire que la diabolisation fonctionne, quoique de plus en plus mal. Si le système en place parvient à faire élire un Macron, il préservera l’essentiel mais en sortira fragilisé : certains sondages donnent Marine Le Pen à 40% voire 45% au second tour, ce qui est considérable par rapport aux 18% de Jean-Marie Le Pen en 2002. La dynamique est de ce côté-là. De ce point de vue, la grande différence entre Marine Le Pen et Donald Trump c’est que celui-ci avait la puissance du Parti républicain derrière lui, ce dont ne dispose pas la présidente du FN. (…) N’oublions pas que la France d’en haut agglomère beaucoup de monde, toutes les catégories qui veulent sauver le statu quo ou l’accentuer, autant dire les privilégiés et les bénéficiaires du système économique en place. Ce qui est intéressant chez Macron, c’est qu’il se définit comme un candidat ni de gauche ni de droite. Il arrive d’en haut et en cas de duel avec Marine Le Pen au second tour, on verra un clivage chimiquement pur : le haut contre le bas, les métropoles mondialisées contre la France périphérique, etc. Même si ces sujets-là ne seront à mon avis pas abordés si on a droit à une quinzaine antifasciste entre les deux tours. On voit bien que le clivage droite-gauche est cassé. Mais l’amusant, c’est qu’au moment où ce clivage ne marche plus, on organise des primaires de gauche et de droite dont les vainqueurs (Hamon et Fillon) sont d’ailleurs aujourd’hui dans l’impasse ! (…) J’avais rencontré Emmanuel Macron et lui avais montré mes cartes. Dans son livre Révolution, il cite d’ailleurs La France périphérique plusieurs fois. C’est quelqu’un d’intelligent qui valide mon diagnostic sans bouger de son système idéologique. Selon la bonne vieille logique des systèmes, quand le communisme ne marche plus, il faut plus de communisme, quand le modèle mondialisé ne fait pas société, quand la métropolisation ne marche pas, il faut encore plus de mondialisation et de métropolisation ! Le bateau ne change pas de direction mais tangue sérieusement (…) Pour le moment, personne n’offre de véritable modèle alternatif. C’est toute la difficulté. Quand je me balade en France, j’entends des élus qui ont des projets de développement locaux mais tout cela est très dispersé et ne fait pas un projet à l’échelle du pays. D’autant que ces élus et ces territoires détiennent de moins en moins de pouvoir politique. A l’image de la Clause Molière contre le travail détaché, c’est par petites touches que le système sera grignoté. Mais n’oublions pas que les élus locaux ne pèsent absolument rien ! Les départements n’ont par exemple plus aucune compétence économique, ce qui fait que la France périphérique a perdu non seulement sa visibilité culturelle mais aussi son pouvoir politique. Changer les choses exige une certaine mobilité intellectuelle car il ne s’agira pas de gommer du jour au lendemain le modèle économique tel qu’il est. On ne va pas supprimer les métropoles et se priver des deux tiers du PIB français ! Dans l’état actuel des choses, l’économie française se passe de la France périphérique, crée suffisamment de richesses et fait un peu de redistribution. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si l’idée du revenu universel arrive aujourd’hui sur le devant de la scène avec Benoît Hamon. (…) La question centrale demeure : comment donner du travail à ces millions de Français ? Comment faire société avec cette France rurale et péri-urbaine ? Le revenu universel valide la mise à l’écart de la classe moyenne paupérisée dans les pays développés. A partir de là, reste à gérer politiquement la question pour éviter les révoltes et autres basculements politiques violents. Dans l’esprit des gagnants de la mondialisation, cela risque de se faire à l’ancienne, avec beaucoup de redistribution, des cotations, voire un revenu universel. Mais ils oublient un petit détail : ce gros bloc constitue potentiellement une majorité de Français !  En réalité, les tenants du système n’ont aucun projet pour le développement économique de ces territoires, si ce n’est de prétendre que la prospérité des métropoles arrivera par ruissellement jusqu’aux zones rurales et que le numérique nous fera nous en sortir. Ils ne perçoivent absolument pas la dynamique de désaffiliation politique et culturelle qui s’approfondit dans ces territoires. Ce n’est pas socialement  ni politiquement durable. Si la France d’en haut ne fixe pas comme priorité le sauvetage des classes populaires, le système est condamné. Les métropoles sont devenues les citadelles intellectuelles du monde d’en haut (…) Le FN, qui est le parti de la sortie de la classe moyenne, a capté les catégories délaissées les unes après les autres. D’abord les ouvriers, premiers touchés par la mondialisation, puis les employés, les paysans et maintenant la petite fonction publique. En face, le monde hyper-intégré se réduit comme peau de chagrin. Christophe Guilluy
Ce qui est intéressant, c’est que les deux candidats sont ceux qui se positionnent en dehors du clivage gauche-droite. Ceux qui ont été identifiés à droite et à gauche, issus des primaires, ne sont pas au second tour. La structure n’est plus le clivage gauche / droite. Le clivage qui émerge est lié complètement au temps long, c’est-à-dire à l’adaptation de l’économie française à l’économie monde. Dès 1992, avec Maastricht, ce clivage était apparu, avec la contestation d’un modèle mondialisé. Si on veut remonter plus loin, les causes sont à chercher dans le virage libéral, qui est le basculement des sociétés occidentales dans le néolibéralisme. C’est une logique ou les sociétés vont se désindustrialiser au profit de la Chine ou de l’Inde par exemple. Cela est aussi vrai avec Donald Trump ou le Brexit, qui nait de la financiarisation de l’économie américaine sous Clinton et du thatchérisme. Ce sont des dynamiques de temps long qui vont avoir un impact d’abord sur les catégories qui sont concernées par ce grand plan social de l’histoire : celui des classes moyennes. Tout cela se fait au rythme de la sortie de la classe moyenne. Logiquement, ce sont d’abord les ouvriers, qui subissent ce processus de désaffiliation politique et culturelle, qui sont les premiers à grossir le nombre des abstentionnistes et à rejoindre les mouvements populistes. Puis, ce sont les employés, les agriculteurs, qui suivent ce mouvement. La désaffiliation aux appartenances s’accentue. Les ouvriers qui votaient à gauche se retrouvent dans l’abstention ou dans le vote Front national, c’est également le cas aujourd’hui du monde rural qui votait à droite. Ce que l’on constate, c’est que l’effet majeur de la disparition des classes moyennes est de mettre hors-jeu les partis traditionnels. Parce que le Parti socialiste ou Les Républicains ont été conçus pour et par la classe moyenne. Or, ces partis continuent de s’adresser à une classe moyenne qui n’existe plus, qui est mythique. Il ne reste plus que les retraités, cela a d’ailleurs été le problème de François Fillon, qui a perdu par son incapacité à capter le vote de la France périphérique, ces gens qui sont au front de la mondialisation. Il ne capte que ceux qui sont protégés de la mondialisation ; les retraités. C’est le même constat à gauche, dont le socle électoral reste la fonction publique, qui est aussi plus ou moins protégée de la mondialisation. Nous parlons d’électorats qui se réduisent d’année en année, ce n’est donc pas un hasard que les partis qui s’adressent à eux ne parviennent plus à franchir le premier tour. C’est aussi ce qui passe en Europe, ou aux États Unis. Les territoires populistes sont toujours les mêmes, l’Amérique périphérique, l’Europe périphérique. Ce sont toujours ces territoires où l’on créé le moins d’emplois qui produisent ces résultats : les petites villes, les villes moyennes désindustrialisées et les zones rurales. La difficulté est intellectuelle pour ce monde d’en haut ; les politiques, les journalistes, les universitaires etc… Il faut penser deux choses à la fois. Objectivement, nous avons une économie qui créée de la richesse, mais ce modèle fonctionne sur un marché de l’emploi très polarisé, et qui intègre de moins en moins et créé toujours plus d’inégalités sociales et territoriales C’est ce qui a fait exploser ce clivage droite gauche qui était parfait, aussi longtemps que 2 Français sur 3 faisaient partie de la classe moyenne. Si on n’intègre pas les gens économiquement, ils se désaffilient politiquement. (…) C’est son modèle inversé. Emmanuel Macron comme Marine Le Pen ont fait le constat que cela ne se jouait plus autour du clivage gauche / droite. Ils ont pris en compte la polarisation de l’économie, entre un haut et un bas, et sans classes moyennes. Dans ce sens-là, l’un est la réponse de l’autre. (…) Géographiquement, c’est l’opposition entre la France des métropoles et la France périphérique qui structure le match Emmanuel Macron/ Marine Le Pen. On a déjà pu voir quelques cartes sur l’opposition est ouest, mais ce clivage est ancien, hérité, il ne dit rien des dynamiques en cours. Lorsque j’étais étudiant ces cartes est ouest existaient déjà, elles expriment l’héritage de l’industrie, et donc de la désindustrialisation. C’est là où il y a le plus de chômage, de pauvreté, d’ouvriers, et le plus de gens qui votent FN. Ce qui est intéressant, c’est de voir les dynamiques. C’est en zoomant à partir des territoires qui créent le plus d’emplois et ceux qui en créent le moins. Par exemple, en Bretagne, ou Marine Le Pen fait 6% à Rennes, et 20% dans les zones rurales. C’est toujours un distinguo entre les dynamiques économiques. Aujourd’hui les classes populaires ne vivent plus aux endroits où se créent les emplois et la richesse. Le marché de l’immobilier s’est chargé, non pas dans une logique de complot, évidemment, mais dans une simple logique de marché, de chasser les catégories dont le marché de l’emploi n’avait pas besoin. Ces gens se trouvent déportés vers les territoires où il ne se passe rien. Or, les élites n’ont de cesse de parier sur la métropolisation, il est donc nécessaire que s’opère une révolution intellectuelle. Il serait peut-être temps de penser aux gens qui ne bénéficient pas de ces dynamiques, si on ne veut pas finir avec un parti populiste en 2022. (…) Tout le bas ne peut pas être représenté que par le Front national. Il faut que les partis aillent sur ces thématiques. Il y a toujours eu un haut et un bas, et des inégalités, la question est qu’il faut que le haut soit exemplaire pour le bas, et qu’il puisse se connecter avec le bas. Il faut que le « haut » intègre les problématiques du « bas » de façon sincère. C’est exactement ce qui s’était passé avec le parti communiste, qui était composé d’une base ouvrière, mais aussi avec des intellectuels, des gens qui parlaient « au nom de ». Aujourd’hui c’est la grande différence, il n’y a pas de haut qui est exemplaire pour le bas. La conséquence se lit dans le processus de désaffiliation et de défiance des milieux populaires dans la France périphérique mais aussi en banlieues. Plus personne n’y croit et c’est cela l’immense problème de la classe politique, des journalistes etc. et plus généralement de la France d’en haut. Ces gens-là considèrent que le diagnostic des gens d’en bas n’est pas légitime. Ce qui est appelé « populisme ». Et cela est hyper fort dans les milieux académiques, et cela pèse énormément. On ne prend pas au sérieux ce que disent les gens. Et là, toute la machinerie se met en place. Parce que l’aveuglement face aux revendications des classes populaires se double d’une volonté de se protéger en ostracisant ces mêmes classes populaires. La posture de supériorité morale de la France d’en haut permet en réalité de disqualifier tout diagnostic social. La nouvelle bourgeoisie protège ainsi efficacement son modèle grâce à la posture antifasciste et antiraciste. L’antifascisme est devenu une arme de classe, car elle permet de dire que ce racontent les gens n’est de toute façon pas légitime puisque fasciste, puisque raciste. La bien-pensance est vraiment devenue une arme de classe. Notons à ce titre que dans les milieux populaires, dans la vie réelle les gens, quels que soient leurs origines ne se parlent pas de fascisme ou d’antifascistes, ça, ce n’est qu’un truc de la bourgeoisie. Dans la vie, les gens savent que tout est compliqué, et les gens sont en réalité d’une hyper subtilité et cherchent depuis des décennies à préserver leur capital social et culturel sans recourir à la violence. Le niveau de violence raciste en France reste très bas par rapport à la situation aux États Unis ou au Royaume Uni. Cette posture antifasciste, à la fin, c’est un assèchement complet de la pensée. Plus personne ne pense la question sociale, la question des flux migratoires, la question de l’insécurité culturelle, celle du modèle économique et territorial. Mais le haut ne pourra se régénérer et survivre que s’il parvient à parler et à se connecter avec le bas. Ce que j’espère, c’est que ce clivage Macron Le Pen, plutôt que de se régler par la violence, se règle par la politique. Cela implique que les partis intègrent toutes ces questions ; mondialisation, protectionnisme, identité, migrations etc… On ne peut pas traiter ces questions derrière le masque du fascisme ou de l’antifascisme. Christophe Guilluy
La Corse est un territoire assez emblématique de la France périphérique. Son organisation économique est caractéristique de cette France-là. Il n’y a pas de grande métropole mondialisée sur l’île, mais uniquement des villes moyennes ou petites et des zones rurales. Le dynamisme économique est donc très faible, mis à part dans le tourisme ou le BTP, qui sont des industries dépendantes de l’extérieur. Cela se traduit par une importante insécurité sociale : précarité, taux de pauvreté gigantesque, chômage des jeunes, surreprésentation des retraités modestes. L’insécurité culturelle est également très forte. Avant de tomber dans le préjugé qui voudrait que « les Corses soient racistes », il convient de dire qu’il s’agit d’une des régions (avec la PACA et après l’Ile-de-France) où le taux de population immigrée est le plus élevé. Il ne faut pas l’oublier. La sensibilité des Corses à la question identitaire est liée à leur histoire et leur culture, mais aussi à des fondamentaux démographiques. D’un côté, un hiver démographique, c’est-à-dire un taux de natalité des autochtones très bas, et, de l’autre, une poussée de l’immigration notamment maghrébine depuis trente ans conjuguée à une natalité plus forte des nouveaux arrivants. Cette instabilité démographique est le principal générateur de l’insécurité culturelle sur l’île. La question qui obsède les Corses aujourd’hui est la question qui hante toute la France périphérique et toutes les classes moyennes et populaires occidentales au XXIe siècle : « Vais-je devenir minoritaire dans mon île, mon village, mon quartier ? » C’est à la lumière de cette angoisse existentielle qu’il faut comprendre l’affaire du burkini sur la plage de Sisco, en juillet 2016, ou encore les tensions dans le quartier des Jardins de l’Empereur, à Ajaccio, en décembre 2015. C’est aussi à l’aune de cette interrogation qu’il faut évaluer le vote « populiste » lors de la présidentielle ou nationaliste aujourd’hui. En Corse, il y a encore une culture très forte et des solidarités profondes. À travers ce vote, les Corses disent : « Nous allons préserver ce que nous sommes. » Il faut ajouter à cela l’achat par les continentaux de résidences secondaires qui participe de l’insécurité économique en faisant augmenter les prix de l’immobilier. Cette question se pose dans de nombreuses zones touristiques en France : littoral atlantique ou méditerranéen, Bretagne, beaux villages du Sud-Est et même dans les DOM-TOM. En Martinique aussi, les jeunes locaux ont de plus en plus de difficultés à se loger à cause de l’arrivée des métropolitains. La question du « jeune prolo » qui ne peut plus vivre là où il est né est fondamentale. Tous les jeunes prolos qui sont nés hier dans les grandes métropoles ont dû se délocaliser. Ils sont les pots cassés du rouleau compresseur de la mondialisation. La violence du marché de l’immobilier est toujours traitée par le petit bout de la lorgnette comme une question comptable. C’est aussi une question existentielle ! En Corse, elle est exacerbée par le contexte insulaire. Cela explique que, lorsqu’ils proposent la corsisation des emplois, les nationalistes font carton plein chez les jeunes. C’est leur préférence nationale à eux. (…) La condition de ce vote, comme de tous les votes populistes, est la réunion de l’insécurité sociale et culturelle. Les électeurs de Fillon, qui se sont majoritairement reportés sur Macron au second tour, étaient sensibles à la question de l’insécurité culturelle, mais étaient épargnés par l’insécurité sociale. À l’inverse, les électeurs de Mélenchon étaient sensibles à la question sociale, mais pas touchés par l’insécurité culturelle. C’est pourquoi le débat sur la ligne que doit tenir le FN, sociale ou identitaire, est stérile. De même, à droite, sur la ligne dite Buisson. L’insécurité culturelle de la bourgeoisie de droite, bien que très forte sur la question de l’islam et de l’immigration, ne débouchera jamais sur un vote « populiste » car cette bourgeoisie estime que sa meilleure protection reste son capital social et patrimonial et ne prendra pas le risque de l’entamer dans une aventure incertaine. Le ressort du vote populiste est double et mêlé. Il est à la fois social et identitaire. De ce point de vue, la Corse est un laboratoire. L’offre politique des nationalistes est pertinente car elle n’est pas seulement identitaire. Elle prend en compte la condition des plus modestes et leur propose des solutions pour rester au pays et y vivre. Au-delà de l’effacement du clivage droite/gauche et d’un rejet du clanisme historique, leur force vient du fait qu’ils représentent une élite et qu’ils prennent en charge cette double insécurité. Cette offre politique n’a jamais existé sur le continent car le FN n’a pas intégré une fraction de l’élite. C’est même tout le contraire. Ce parti n’est jamais parvenu à faire le lien entre l’électorat populaire et le monde intellectuel, médiatique ou économique. Une société, c’est une élite et un peuple, un monde d’en bas et un monde d’en haut, qui prend en charge le bien commun. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le vote nationaliste et/ou populiste arrive à un moment où la classe politique traditionnelle a déserté, aussi bien en Corse que sur le continent. L’erreur de la plupart des observateurs est de présenter Trump comme un outsider. Ce n’est pas vrai. S’il a pu gagner, c’est justement parce qu’il vient de l’élite. C’est un membre de la haute bourgeoisie new-yorkaise. Il fait partie du monde économique, médiatique et culturel depuis toujours, et il avait un pied dans le monde politique depuis des années. Il a gagné car il faisait le lien entre l’Amérique d’en haut et l’Amérique périphérique. Pour sortir de la crise, les sociétés occidentales auront besoin d’élites économiques et politiques qui voudront prendre en charge la double insécurité de ce qu’était hier la classe moyenne. C’est ce qui s’est passé en Angleterre après le Brexit, ce qui s’est passé aux Etats-Unis avec Trump, ce qui se passe en Corse avec les nationalistes. Il y a aujourd’hui, partout dans le monde occidental, un problème de représentation politique. Les électeurs se servent des indépendantismes, comme de Trump ou du Brexit, pour dire autre chose. En Corse, le vote nationaliste ne dit pas l’envie d’être indépendant par rapport à la France. C’est une lecture beaucoup trop simpliste. Si, demain, il y a un référendum, les nationalistes le perdront nettement. D’ailleurs, c’est simple, ils ne le demandent pas. (…) [Avec la Catalogne] Le point commun, c’est l’usure des vieux partis, un système représentatif qui ne l’est plus et l’implosion du clivage droite/gauche. Pour le reste, la Catalogne, c’est l’exact inverse de la Corse. Il ne s’agit pas de prendre en charge le bien commun d’une population fragilisée socialement, mais de renforcer des positions de classes et territoriales dans la mondialisation. La Catalogne n’est pas l’Espagne périphérique, mais tout au contraire une région métropole. Barcelone représente ainsi plus de la moitié de la région catalane. C’est une grande métropole qui absorbe l’essentiel de l’emploi, de l’économie et des richesses. Le vote indépendantiste est cette fois le résultat de la gentrification de toute la région. Les plus modestes sont peu à peu évincés d’un territoire qui s’organise autour d’une société totalement en prise avec les fondamentaux de la bourgeoisie mondialisée. Ce qui porte le nationalisme catalan, c’est l’idéologie libérale libertaire métropolitaine, avec son corollaire : le gauchisme culturel et l’« antifascisme » d’opérette. Dans la rhétorique nationaliste, Madrid est ainsi présentée comme une « capitale franquiste » tandis que Barcelone incarnerait l’« ouverture aux autres ». La jeunesse, moteur du nationalisme catalan, s’identifie à la gauche radicale. Le paradoxe, c’est que nous assistons en réalité à une sécession des riches, qui ont choisi de s’affranchir totalement des solidarités nationales, notamment envers les régions pauvres. C’est la « révolte des élites » de Christopher Lasch appliquée aux territoires. L’indépendance nationale est un prétexte à l’indépendance fiscale. L’indépendantisme, un faux nez pour renforcer une position économique dominante. Dans Le Crépuscule de la France d’en haut (*), j’ironisais sur les Rougon-Macquart déguisés en hipsters. Là, on pourrait parler de Rougon-Macquart déguisés en « natios ». Derrière les nationalistes, il y a les lib-lib. (…) L’exemple de la Catalogne préfigure peut-être, en effet, un futur pas si lointain où le processus de métropolisation conduira à l’avènement de cités-Etats. En face, les défenseurs de la nation apparaîtront comme les défenseurs du bien commun. Aujourd’hui, la seule critique des hyperriches est une posture trop facile qui permet de ne pas voir ce que nous sommes devenus, nous : les intellectuels, les politiques, les journalistes, les acteurs économiques, et on pourrait y ajouter les cadres supérieurs. Nous avons abandonné le bien commun au profit de nos intérêts particuliers. Hormis quelques individus isolés, je ne vois pas quelle fraction du monde d’en haut au sens large aspire aujourd’hui à défendre l’intérêt général. (…) [Pour Macron] Le point le plus intéressant, c’est qu’il s’est dégagé du clivage droite/gauche. La comparaison avec Trump n’est ainsi pas absurde. Tous les deux ont l’avantage d’être désinhibés. Mais il faut aussi tenir à l’esprit que, dans un monde globalisé dominé par la finance et les multinationales, le pouvoir du politique reste très limité. Je crois davantage aux petites révolutions culturelles qu’au grand soir. Trump va nous montrer que le grand retournement ne peut pas se produire du jour au lendemain mais peut se faire par petites touches, par transgressions successives. Trump a amené l’idée de contestation du libre-échange et mis sur la table la question du protectionnisme. Cela n’aura pas d’effets à court terme. Ce n’est pas grave car cela annonce peut-être une mutation à long terme, un changement de paradigme. La question est maintenant de savoir qui viendra après Trump. La disparition de la classe moyenne occidentale, c’est-à-dire de la société elle-même, est l’enjeu fondamental du XXIe siècle, le défi auquel devront répondre ses successeurs. (…) On peut cependant rappeler le mépris de classe qui a entouré le personnage de Johnny, notamment via « Les Guignols de l’info ». Il ne faut pas oublier que ce chanteur, icône absolue de la culture populaire, a été dénigré pendant des décennies par l’intelligentsia, qui voyait en lui une espèce d’abruti, chantant pour des « déplorables », pour reprendre la formule de Hillary Clinton. L’engouement pour Johnny rappelle l’enthousiasme des bobos et de Canal+ pour le ballon rond au moment de la Coupe du monde 1998. Le foot est soudainement devenu hype. Jusque-là, il était vu par eux comme un sport d’ « ouvriers buveurs de bière ». On retrouve le même phénomène aux États-Unis avec le dénigrement de la figure du white trash ou du redneck. Malgré quarante ans d’éreintement de Johnny, les classes populaires ont continué à l’aimer. Le virage à 180 degrés de l’intelligentsia ces derniers jours n’est pas anodin. Il démontre qu’il existe un soft power des classes populaires. L’hommage presque contraint du monde d’en haut à ce chanteur révèle en creux l’importance d’un socle populaire encore majoritaire. C’est aussi un signe supplémentaire de l’effritement de l’hégémonie culturelle de la France d’en haut. Les classes populaires n’écoutent plus les leçons de morale. Pas plus en politique qu’en chanson. Christophe Guilluy
Nous sommes dans un processus de sortie lente – mais dans un processus de sortie quand même – de la classe moyenne de la part des différentes catégories qui la composent, les unes après les autres. C’est ce que j’ai voulu identifier. La notion de classe moyenne est déjà morte mais on utilise encore cette catégorie comme si elle existait encore. Mais en réalité, en parlant des classes moyennes aujourd’hui, on parle des catégories supérieures. Finalement, quand on regarde les élections, toutes les vagues populistes reposent sur deux éléments. D’une part, une sociologie, c’est-à-dire le socle de l’ancienne classe moyenne que sont les catégories populaires, ouvriers, employés, petits paysans, petits indépendants, etc…et on retrouve ces mêmes catégories partout. Et d’autre part des territoires. C’est la géographie des périphéries avec à chaque fois les mêmes logiques quel que soit le pays occidental que l’on considère. (…) Les classes ouvrières britannique et américaine ont été fracassées beaucoup plus rapidement que la classe populaire française. Il y a les effets de l’État providence en France qui sont réels, et qui a fait que nous avons encore des catégories protégées dans notre pays. (…) Emmanuel Macron a fait des scores de dirigeant soviétique dans les grandes métropoles, avec des pourcentages incroyables à Paris, Bordeaux, Toulouse etc…Emmanuel Macron se sauve avec les deux gros bataillons que sont les retraités et les fonctionnaires – la majorité des fonctionnaires ont voté Macron – qui sont les deux catégories qui sont en train d’être tondues par ce président. Nous sommes donc effectivement à la limite d’un système qui se raccroche à des catégories encore protégées mais le vent tourne. (…) Aujourd’hui, 30% des 53-69 ans vivent sous le seuil de pauvreté, nous voyons les choses se transformer en douceur pour des catégories que l’on pensait préservées. Cela est le contexte français, mais en Grande Bretagne par exemple, les retraités ont été fracassés tout de suite et n’ont pas hésité à voter en faveur du Brexit. L’idée que les retraités vont continuer à protéger le système est à mon avis un leurre. C’est la même chose pour les fonctionnaires, les catégories B et C qui s’en prennent plein la figure ne vont pas éternellement protéger un système dont elles ne bénéficient pas. Cela est vraiment intéressant de constater que tout évolue partout mais toujours en fonction des contextes. (…) Les catégories modestes ont été relativement mieux protégées en France qu’elles ne l’ont été aux Etats-Unis ou en Grande Bretagne. On a bien un contexte français très particulier avec une fonction publique très importante etc…c’est là-dessus que nous faisons la différence. Mais une fois encore, cela n’est qu’une question de temps. Et le temps joue effectivement vers la disparition de cette classe moyenne. C’est donc bien la structuration sociale de l’ensemble des pays développés qui est en train de se modifier avec ces 20-30% de gens « en haut » qui vont s’en sortir et une immense classe populaire qui n’est plus dans l’espoir d’une amélioration de ses conditions de vie. (…) ces gens ont vraiment joué le jeu de la mondialisation et de l’Europe. Il n’y a jamais eu d’opposition de principe, ils ont joué le jeu et après 20 ou 30 ans ils font le diagnostic pour eux-mêmes et pour leurs enfants que finalement cela n’a pas marché. Il s’agit simplement d’un constat rationnel de leur part. Ce qui est frappant, c’est que tous les modèles sont affectés, du modèle américain au britannique, au modèle français républicain, jusqu’au modèle scandinave. (…) Mais (…) la disparition de la classe moyenne a commencé par les ouvriers, les paysans, les employés, les professions intermédiaires et demain, ce sera une fraction des catégories supérieures qui sera emportée. On voit déjà que les jeunes diplômés du supérieur n’arrivent plus à s’intégrer. Le processus est enclenché et il va détruire aussi des catégories qui pensent encore être protégées. (…) A partir du moment où la gauche a abandonné la question sociale, elle a abandonné les catégories populaires et c’est la dessus que le divorce s’est réalisé. Ce mouvement s’est accompagné d’une forme d’ostracisation des plus modestes qui était très forte dans certains milieux de gauche, et aujourd’hui la rupture est totale. On a en plus un processus de sécession, que Christopher Lash avait vu très tôt, qui est celle des bourgeoisies, qui s’ajoute au phénomène de citadellisation des élites, qui fait qu’il n’y a pas plus de connexion entre ces catégories. (…) Il faut arrêter le discours du magistère des prétentieux. Cette idée de rééducation du peuple, en lui montrant la voie, n’est pas possible. Une société c’est une majorité de catégories modestes et l’objectif d’une démocratie, c’est de servir prioritairement ces catégories. C’est dans ce sens là qu’il faut aller. Il faut prendre ces gens au sérieux, il faut prendre en compte les diagnostics des classes populaires sur leurs souhaits d’être protégés, ce qui ne veut pas dire être assistés. Ces catégories veulent du travail, elles veulent qu’on les respecte culturellement, et ne pas se faire traiter de « déplorables » ou de sans dents » – ce qui fait partie intégrante du problème identitaire que nous avons aujourd’hui qui est le produit de ces attaques là -. (…) Les gens veulent de la protection, du travail, de la régulation économique mais aussi une régulation des flux migratoires. Je parle ici de tout le monde d’en bas, parce que la demande de régulation des flux migratoires vient de toutes les catégories modestes quelles que soient les origines. Tout le monde veut la même chose alors que lorsque les gens parlent de la question migratoire, on les place sur la question raciale, non. C’est anthropologiquement vrai pour toutes les catégories modestes, et cela est vrai partout. Dans tous les pays, les catégories modestes veulent vivre tranquillement, ce qui ne veut pas dire vivre derrière des murs, mais vivre dans un environnement que l’on connaît avec des valeurs communes. (…) Ce qui est amusant aujourd’hui, c’est qu’il y a une ethnicisation des classes moyennes – on pense blanc – cela montre bien la fin du concept qui était censé être intégrateur pour le plus grand nombre. (…) Les autoritaires ne sont pas ceux que l’on croit. Sauver les démocraties occidentales, c’est faire entendre le plus grand nombre. (…) Soit le monde d’en haut refuse d’entendre la majorité et on basculera dans une forme d’autoritarisme soft, ce qui pourrait faire durer le système un peu plus longtemps, mais avec le risque que cela se termine très mal. Soit  on essaye de faire baisser la tension en disant : « maintenant on essaye d’intégrer économiquement et culturellement le plus grand nombre ». Cette réflexion existe, il n’y a pas encore de parti politique qui représente tout cela, qui fait cette connexion, mais cela est en gestation. Il n’y a pas 50 sorties possibles de cette impasse, il n’y en a qu’une. Inclure les catégories populaires parce qu’elles sont la société elle-même. C’est pour cela que le discours sur les marges a été destructeur. Les ouvriers, les ruraux etc…ce ne sont pas des marges, c’est un tout, et ce tout est la société. Maintenant tout est sur la table, les diagnostics sont faits. Alors il faut se retrousser les manches et aller dans le dur en essayant de réellement inventer quelque chose de plus efficace, et en oubliant ce truc absurde du premier de cordée. Mais là, il faut bien remarquer le problème que nous avons concernant le personnel en place. Ils pensent tous la même chose. Il faut une révolution culturelle du monde d’en haut, ce qui devrait être à la portée des nations occidentales…cela ne coûte pas cher. La question pour eux est donc de protéger ou disparaître. Christophe Guilluy
Les catégories populaires – qui comprennent aussi les petits agriculteurs, ainsi que les jeunes et les retraités issus de ces catégories – n’ont donc nullement disparu. Leur part dans la population française est restée à peu près stable depuis un demi-siècle. La nouveauté, c’est uniquement que «le peuple» est désormais moins visible, car il vit loin des grands centres urbains. Le marché foncier crée les conditions d’accueil des populations dont les métropoles ont besoin. En se désindustrialisant, les grandes villes nécessitent beaucoup moins d’employés et d’ouvriers. Face à la flambée des prix dans le parc privé, les catégories populaires cherchent des logements en dehors des grandes agglomérations. Le problème crucial politique et social de la France, c’est donc que la majeure partie des catégories populaires ne vit plus là où se crée la richesse. Nulle volonté de «chasser les pauvres», pas de complot, simplement la loi du marché. Le projet économique de la France, tourné vers la mondialisation, n’a plus besoin des catégories populaires, en quelque sorte. C’est une situation sans précédent depuis la révolution industrielle. (…)  Dans tous les pays développés, on vérifie le phénomène déjà constaté en France: la majorité des catégories populaires vit désormais à l’écart des territoires les plus dynamiques, ceux qui créent de l’emploi. Ces évolutions dessinent les contours d’une Amérique périphérique et d’une Angleterre périphérique tout autant que d’une France périphérique. De la Rust Belt américaine au Yorkshire britannique, des bassins industriels de l’est de l’Allemagne au Mezzogiorno italien, villes petites et moyennes, régions désindustrialisées et espaces ruraux décrochent. (…)  La dimension sociale et économique du vote populiste se complète par une dynamique culturelle. Les catégories les plus fragiles socialement (celles qui ne peuvent mettre en œuvre des stratégies d’évitements résidentiels et scolaires) sont aujourd’hui les plus sensibles à la question migratoire. Les mêmes demandent à être protégés d’un modèle économique et sociétal qui les fragilise. Dans des sociétés multiculturelles, l’assimilation ne fonctionne plus. L’autre ne devient plus soi, ce qui suscite de l’inquiétude. Le nombre de l’autre importe. Personne n’a envie de devenir minoritaire dans les catégories populaires. En France, l’immobilier social, dernier parc accessible aux catégories populaires des métropoles, s’est spécialisé dans l’accueil des populations immigrées. Les catégories populaires d’origine européenne et qui sont éligibles au parc social s’efforcent d’éviter les quartiers où les HLM sont nombreux. Elles préfèrent consentir des sacrifices pour déménager en grande banlieue, dans les petites villes ou les zones rurales afin d’accéder à la propriété et d’acquérir un pavillon. Dans chacun des grands pays industrialisés, les catégories populaires « autochtones » éprouvent une insécurité culturelle. (…) ce sont bien les territoires populaires les plus éloignés des grandes métropoles qui portent la dynamique populiste. La Rust Belt et les régions désindustrialisées de Grande-Bretagne pèsent respectivement plus dans le vote Trump ou dans le Brexit que New York ou le Grand Londres. Dans les zones périurbaines de Rotterdam, ce sont bien aussi les catégories modestes (qui ne se confondent pas avec les pauvres) qui voient leur statut de référent culturel remis en question par la dynamique migratoire et qui votent pour Geert Wilders. Ainsi, si la situation de l’ouvrier allemand n’est pas celle du paysan français, de l’employé néerlandais ou d’un petit travailleur indépendant italien, il existe un point commun : tous, quel que soit leur niveau de vie, font le constat d’être fragilisés par un modèle économique qui les a relégués socialement et culturellement. (…) On ne s’intègre pas à un modèle ou à un système de valeur mais à une population à qui on désire ressembler. On se marie, on tisse des liens d’amitié, de voisinage avec des gens qui sont proches. Or cette intégration ne se réalise pas dans n’importe quelle catégorie sociale, mais d’abord dans des milieux populaires. Et ce qui a changé depuis les années 1970 et surtout 1980, c’est précisément le changement de statut de ces catégories populaires. Les ouvriers, les employés, les « petites gens » sont désormais perçus en grande partie comme les perdants de la mondialisation. Quel nouveau venu dans un pays peut avoir envie de ressembler à des « autochtones » qui ne sont pas en phase d’ascension sociale et que, de surcroît, leurs propres élites méprisent en raison de l’attachement des intéressés à certaines valeurs traditionnelles ? Souvenons-nous de la phrase de Hillary Clinton présentant les électeurs de Donald Trump comme des « déplorables » pendant la campagne présidentielle de 2016 aux États-Unis. C’est pourquoi, alors que la France, les États-Unis, la Grande-Bretagne ou la Scandinavie se sont construits sur des modèles culturels très différents, tous ces pays connaissent la même dynamique populiste, la même crise sociale et identitaire et le même questionnement sur la pertinence de leurs modèles d’intégration. (…) la rupture entre le haut et le bas (…) nous conduit à un modèle qui ne fait plus société. La disparition de la classe moyenne n’en est qu’une conséquence. Le monde d’en haut refuse d’écouter celui d’en bas qui le lui rend bien notamment en grossissant les camps de l’abstention ou du vote populiste. Cette rupture du lien, y compris conflictuel, entre le haut et le bas, porte en germe l’abandon du bien commun et nous fait basculer dans l’asociété. Trump vient de l’élite américaine, c’est un des points communs qu’il partage avec Macron. Tous les deux se sont affranchis de leur propre camp pour se faire élire : Macron de la gauche, Trump du camp républicain. Ils ont enterré le vieux clivage gauche-droite. Les deux ont compris que nous étions entrés dans le temps de la disparition de la classe moyenne occidentale. L’un et l’autre ont saisi que, pour la première fois dans l’histoire, les classes populaires, celles qui constituaient hier le socle de la classe moyenne, vivent désormais sur les territoires qui créent le moins d’emplois : dans l’Amérique périphérique et dans la France périphérique. Mais la comparaison s’arrête là. Si Trump a été élu par l’Amérique périphérique, Macron a au contrai- re construit sa dynamique électorale à partir des métropoles mondialisées. Si le président français est conscient de la fragilisation sociale de la France périphérique, il pense que la solution passe par une accélération de l’adaptation de l’économie française aux normes de l’économie mondialisée. À l’opposé, le président américain fait le constat des limites d’un modèle qu’il convient de réguler (protectionnisme, remise en cause des traités de libre-échange, volonté de réguler l’immigration, politique de grands travaux) afin de créer de l’emploi sur ces territoires de la désindustrialisation américaine. Il existe un autre point de divergence fondamental, c’est le refus chez Trump d’un argumentaire moral qui sert depuis des décennies à disqualifier les classes populaires. Christophe Guilluy
Les pays de l’OCDE, et plus encore les démocraties occidentales, répondent pleinement au projet que la Dame de fer appelait de ses vœux. Partout, trente ans de mondialisation ont agi comme une concasseuse du pacte social issu de l’après-guerre. La fin de la classe moyenne occidentale est actée. Et pas seulement en France. Les poussées de populisme aux Etats-Unis, en Italie, et jusqu’en Suède, où le modèle scandinave de la social-démocratie n’est désormais plus qu’une sorte de zombie, en sont les manifestations les plus évidentes. Personne n’ose dire que la fête est finie. On se rassure comme on peut. Le monde académique, le monde politique et médiatique, chacun constate la montée des inégalités, s’inquiète de la hausse de la dette, de celle du chômage, mais se rassure avec quelques points de croissance, et soutient que l’enjeu se résume à la question de l’adaptabilité. Pas celle du monde d’en haut. Les gagnants de la mondialisation, eux, sont parfaitement adaptés à ce monde qu’ils ont contribué à forger. Non, c’est aux anciennes classes moyennes éclatées, reléguées, que s’adresse cette injonction d’adaptation à ce nouveau monde. Parce que, cahin-caha, cela marche, nos économies produisent des inégalités, mais aussi plus de richesses. Mais faire du PIB, ça ne suffit pas à faire société. (…) Election de Trump, Brexit, arrivée au pouvoir d’une coalition improbable liant les héritiers de la Ligue du Nord à ceux d’une partie de l’extrême gauche en Italie. De même qu’il y a une France périphérique, il y a une Amérique périphérique, un Royaume-Uni périphérique, etc. La périphérie, c’est, pour faire simple, ces territoires autour des villes-mondes, rien de moins que le reste du pays. L’agglomération parisienne, le Grand-Londres, les grandes villes côtières américaines, sont autant de territoires parfaitement en phase avec la mondialisation, des sortes de Singapour. Sauf que, contrairement à cette cité-Etat, ces territoires disposent d’un hinterland, d’une périphérie. L’explosion du prix de l’immobilier est la traduction la plus visible de cette communauté de destin de ces citadelles où se concentrent la richesse, les emplois à haute valeur ajoutée, où le capital culturel et financier s’accumule. Cette partition est la traduction spatiale de la notion de ruissellement des richesses du haut vers le bas, des premiers de cordée vers les autres. Dans ce modèle, la richesse créée dans les citadelles doit redescendre vers la périphérie. Trente ans de ce régime n’ont pas laissé nos sociétés intactes. Ce sont d’abord les ouvriers et les agriculteurs qui ont été abandonnés sur le chemin, puis les employés, et c’est maintenant au tour des jeunes diplômés d’être fragilisés. Les plans sociaux ne concernent plus seulement l’industrie mais les services, et même les banques… Dans les territoires de cette France périphérique, la dynamique dépressive joue à plein : à l’effondrement industriel succède celui des emplois présentiels lequel provoque une crise du commerce dans les petites villes et les villes moyennes. Les gens aux Etats-Unis ou ailleurs ne se sont pas réveillés un beau matin pour se tourner vers le populisme. Non, ils ont fait un diagnostic, une analyse rationnelle : est-ce que ça marche pour eux ou pas. Et, rationnellement, ils n’ont pas trouvé leur compte. Et pas que du point de vue économique. S’il y a une exception française, c’est la victoire d’Emmanuel Macron, quand partout ailleurs les populistes semblent devoir l’emporter. (…) Emmanuel Macron est le candidat du front bourgeois. A Paris, il n’est pas anodin que les soutiens de François Fillon et les partisans de La Manif pour tous du XVIe arrondissement aient voté à 87,3 % pour le candidat du libéralisme culturel, et que leurs homologues bobos du XXe arrondissement, contempteurs de la finance internationale, aient voté à 90 % pour un banquier d’affaires. Mais cela ne fait pas une majorité. Si Emmanuel Macron l’a emporté, c’est qu’il a reçu le soutien de la frange encore protégée de la société française que sont les retraités et les fonctionnaires. Deux populations qui ont lourdement souffert au Royaume-Uni par exemple, comme l’a traduit leur vote pro-Brexit. Et c’est bien là le drame qui se noue en France. Car, parmi les derniers recours dont dispose la technocratie au pouvoir pour aller toujours plus avant vers cette fameuse adaptation, c’est bien de faire les poches des retraités et des fonctionnaires. Emmanuel Macron applique donc méticuleusement ce programme. Il semble récemment pris de vertige par le risque encouru pour les prochaines élections, comme le montre sa courbe de popularité, laquelle se trouve sous celle de François Hollande à la même période de leur quinquennat. Un autre levier, déjà mis en branle par Margaret Thatcher puis par les gouvernements du New Labour de Tony Blair, est la fin de l’universalité de la redistribution et la concentration de la redistribution. Sous couvert de faire plus juste, et surtout de réduire les transferts sociaux, on réduit encore le nombre de professeurs, mais on divise les classes de ZEP en deux, on limite l’accès des classes populaires aux HLM pour concentrer ce patrimoine vers les franges les plus pauvres, et parfois non solvables. De quoi fragiliser le modèle de financement du logement social en France, déjà mis à mal par les dernières réformes, et ouvrir la porte à sa privatisation, comme ce fut le cas dans l’Angleterre thatchérienne. (…) Partout en Europe, dans un contexte de flux migratoire intensifié, ce ciblage des politiques publiques vers les plus pauvres – mais qui est le plus pauvre justement, si ce n’est celui qui vient d’arriver d’un territoire 10 fois moins riche ? – provoque inexorablement un rejet de ce qui reste encore du modèle social redistributif par ceux qui en ont le plus besoin et pour le plus grand intérêt de la classe dominante. C’est là que se noue la double insécurité économique et culturelle. Face au démantèlement de l’Etat-providence, à la volonté de privatiser, les classes populaires mettent en avant leur demande de préserver le bien commun comme les services publics. Face à la dérégulation, la dénationalisation, elles réclament un cadre national, plus sûr moyen de défendre le bien commun. Face à l’injonction de l’hypermobilité, à laquelle elles n’ont de toute façon pas accès, elles ont inventé un monde populaire sédentaire, ce qui se traduit également par une économie plus durable. Face à la constitution d’un monde où s’impose l’indistinction culturelle, elles aspirent à la préservation d’un capital culturel protecteur. Souverainisme, protectionnisme, préservation des services publics, sensibilité aux inégalités, régulation des flux migratoires, sont autant de thématiques qui, de Tel-Aviv à Alger, de Detroit à Milan, dessinent un commun des classes populaires dans le monde. Ce soft power des classes populaires fait parfois sortir de leurs gonds les parangons de la mondialisation heureuse. Hillary Clinton en sait quelque chose. Elle n’a non seulement pas compris la demande de protection des classes populaires de la Rust Belt, mais, en plus, elle les a traités de « déplorables ». Qui veut être traité de déplorable ou, de ce côté-ci de l’Atlantique, de Dupont Lajoie ? L’appartenance à la classe moyenne n’est pas seulement définie par un seuil de revenus ou un travail d’entomologiste des populations de l’Insee. C’est aussi et avant tout un sentiment de porter les valeurs majoritaires et d’être dans la roue des classes dominantes du point de vue culturel et économique. Placées au centre de l’échiquier, ces catégories étaient des références culturelles pour les classes dominantes, comme pour les nouveaux arrivants, les classes populaires immigrées. En trente ans, les classes moyennes sont passées du modèle à suivre, l’American ou l’European way of life, au statut de losers. Il y a mieux comme référents pour servir de modèle d’assimilation. Qui veut ressembler à un plouc, un déplorable… ? Personne. Pas même les nouveaux arrivants. L’ostracisation des classes populaires par la classe dominante occidentale, pensée pour discréditer toute contestation du modèle économique mondialisé – être contre, c’est ne pas être sérieux – a, en outre, largement participé à l’effondrement des modèles d’intégration et in fine à la paranoïa identitaire. L’asociété s’est ainsi imposée partout : crise de la représentation politique, citadéllisation de la bourgeoisie, communautarisation. Qui peut dès lors s’étonner que nos systèmes d’organisation politique, la démocratie, soient en danger ? Christophe Guilluy
Qui pourrait avoir envie d’intégrer une catégorie sociale condamnée par l’histoire économique et présentée par les médias comme une sous-classe  faible, raciste, aigrie et inculte ? (…) On peut débattre sans fin de la pertinence des modèles, de la crise identitaire, de la nécessité de réaffirmer les valeurs républicaines, de définir un commun: tous ces débats sont vains si les modèles ne sont plus incarnés. On ne s’assimile pas, on ne se marie pas, on ne tombe psas amoureux d’un système de valeurs, mais d’individus et d’un mode vie que l’on souhaite adopter. Christophe Guilluy
En 2016, Hillary Clinton traitait les électeurs de son opposant républicain, c’est-à-dire l’ancienne classe moyenne américaine déclassée, de « déplorables ». Au-delà du mépris de classe que sous-tend une expression qui rappelle celle de l’ancien président français François Hollande qui traitait de « sans-dents » les ouvriers ou employés précarisés, ces insultes (d’autant plus symboliques qu’elles étaient de la gauche) illustrent un long processus d’ostracisation d’une classe moyenne devenue inutile.  (…) Depuis des décennies, la représentation d’une classe moyenne triomphante laisse peu à peu la place à des représentations toujours plus négatives des catégories populaires et l’ensemble du monde d’en haut participe à cette entreprise. Le monde du cinéma, de la télévision, de la presse et de l’université se charge efficacement de ce travail de déconstruction pour produire en seulement quelques décennies la figure répulsive de catégories populaires inadaptées, racistes et souvent proches de la débilité. (…) Des rednecks dégénérés du film « Deliverance » au beauf raciste de Dupont Lajoie, la figure du « déplorable » s’est imposée dès les années 1970 dans le cinéma. La télévision n’est pas en reste. En France, les années 1980 seront marquées par l’émergence de Canal +, quintessence de ll’idéologie libérale-libertaire dominante. (…) De la série « Les Deschiens », à la marionnette débilitante de Johnny Hallyday des Guignols de l’info, c’est en réalité toute la production audiovisuelle qui donne libre cours à son mépris de classe. Christophe Guilluy
La diabolisation vise moins les partis populistes ou leur électorat (considéré comme définitivement « perdu » aux yeux de la classe dominante) que la fraction des classes supérieures et intellectuelles qui pourrait être tentée par cette solidarité de classe et ainsi créer les conditions du changement. (…) Si l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis a provoqué autant de réactions violentes dans l’élite mondialisée, ce n’est pas parce qu’il parle comme un « white trash » mais parce que au contraire il est issu de l’hyper-classe. En évoquant le protectionnisme ou la régulation des flux migratoires, Donald Trump brise le consensus idéologique à l’intérieur même de la classe dominante. Il contribue ainsi à un basculement d’une fraction des classes supérieures qui assurent la survie du système. Le 45e président n’a pas gagné parce qu’il a fait le plein de voix dans la « white working class » mais parce qu’il a réalisé l’alliance improbable entre une fraction du monde d’en haut et celui de l’Amérique périphérique. La prise de conscience des réalités populaires par une fraction de l’élite est un vrai risque, elle peut se réaliser à tout moment, dans n’importe quel pays ou région. Christophe Guilluy
Quitte à scier, comme la polémique qui a suivi et semblent l’indiquer les premiers chiffres d’exploitation en berne, la branche sur laquelle l’industrie cinématographique américaine reste néanmoins assise …
Comment ne pas regretter …
Ce qu’aurait pu en faire, avant son jet de l’éponge et à l’inverse d’un réalisateur et d’un acteur principal issus du « premier Etat postnational » autoproclamé, un Clint Eastwood ?
Et comment surtout ne pas y voir …
Après l’ancien collègue d’Armstrong Buzz Aldrin, le sénateur Rubio ou le président Trump
L’énième illustration et confirmation ….
De cette entreprise systématique de déconstruction et de délégitimation des valeurs de la classe moyenne américaine et occidentale …
Qui comme le décrit si bien le désormais sulfureux lui aussi géographe français Christophe Guilluy notamment dans son dernier ouvrage …
Est en train non seulement de démoraliser tout le socle populaire d’une classe moyenne hier encore triomphante …
Mais de priver une immigration désormais hors de contrôle de toute chance d’assimilation ?
.
Fier d’être américain : Buzz Aldrin twitte une photo du drapeau américain sur la Lune en pleine controverse avec le film “First Man”

L’astronaute légendaire Edwin “Buzz” Aldrin a twitté dimanche soir des photos historiques de l’alunissage d’Apollo 11 au cœur de l’indignation suscitée par la décision du réalisateur de First Man Damien Chazelle d’exclure le drapeau américain d’être planté sur la Lune.

Joshuah Caplan

Breibart

traduction Nouvel Ordre mondial

3 septembre 2018

Buzz Aldrin a twitté deux photos de la mission de 1969, mettant en évidence le drapeau américain, avec divers hashtags, dont “#proudtobeanAmerican” et “onenation”.

Samedi, Aldrin a tweeté quatre photos de lui-même en portant un t-shirt qui se lit “Buzz Aldrin, Future Martian”, avec un astronaute plantant le drapeau américain sur une planète.

De plus, l’astronaute emblématique a retwitté la photo de l’utilisateur @pir8lksat40 qui le salue avec une photo de l’alunissage derrière lui.

Aldrin a également retwitté une photo de lui-même en saluant tout en se tenant à côté d’une photo agrandie de la mission Apollo 11 qui inclut le drapeau sur la lune.

La semaine dernière, Chazelle a rejeté les critiques selon lesquelles l’omission du drapeau américain était censée être une revendication politique. “Pour répondre à la question de savoir s’il s’agissait d’une revendication politique, la réponse est non”, a déclaré le réalisateur de First Man dans une interview avec Variety. “Mon but avec ce film était de partager avec le public les aspects invisibles et inconnus de la mission états-unienne sur la lune – en particulier la saga personnelle de Neil Armstrong et ce qu’il a pu penser et ressentir pendant ces quelques heures de gloire.”

Mark et Rick Armstrong, les fils de l’astronaute d’Apollo 11 Neil Armstrong, ont critiqué ceux qui ont étiqueté le sujet “d’antiaméricain”.

“Cette histoire est humaine et elle est universelle. Bien sûr, il célèbre une réalisation américaine. Il célèbre également une réalisation ‘pour toute l’humanité’”, peut-on lire dans la déclaration des Armstrong. “Les cinéastes ont choisi de se concentrer sur Neil qui regarde la Terre, sa marche vers le Petit Cratère Occidental, son expérience personnelle et unique de clôturer ce voyage, un voyage qui a eu tant de hauts et de bas dévastateurs.”

Dans une interview accordée au Telegraph, Ryan Gosling, star de First Man, a déclaré que la décision d’exclure le drapeau américain était motivée par l’idée que l’alunissage est considéré comme un “accomplissement humain plutôt qu’américain”.

“Je pense que cela a été largement considéré à la fin comme une réalisation humaine [et] c’est ainsi que nous avons choisi de voir les choses”, a déclaré l’acteur, qui joue Armstrong, au journal britannique. “Je pense aussi que Neil était extrêmement humble, comme beaucoup de ces astronautes, et qu’à maintes reprises, il a différé l’attention de lui-même aux 400 000 personnes qui ont rendu la mission possible”, a déclaré l’acteur au journal britannique.

Le sénateur Marco Rubio (F-FL) a pris Twitter pour faire exploser l’omission du drapeau américain comme une “folie totale” et un “mauvais service” rendu au peuple américain. “C’est de la folie totale. Et un mauvais service rendu à un moment où notre peuple a besoin de rappels de ce que nous pouvons accomplir lorsque nous travaillons ensemble”, a écrit Rubio. “Le peuple américain a payé pour cette mission, sur des fusées construites par des Américains, avec de la technologie américaine et pour transporter des astronautes américains. Ce n’était pas une mission de l’ONU.”

Voir aussi:

Hollywood Just Cut The Flag Out Of The Moon Landing. Here’s Why That Matters.

On Thursday evening, Ryan Gosling made international news when he justified the fact that the new Damien Chazelle biopic of Neil Armstrong will skip the whole planting the American flag on the moon thing. Gosling, a Canadian, explained, “I think this was widely regarded in the end as a human achievement [and] that’s how we chose to view it.”

Now, the real reason that the film won’t include the planting of the American flag is that the distributors obviously fear that Chinese censors will be angry, and that foreign audiences will scorn the film. But it’s telling that the Left seems to attribute every universal sin to America, and every specific victory to humanity as a whole. Slavery: uniquely American. Racism: uniquely American. Sexism: uniquely American. Homophobia: uniquely American. Putting a man on the moon: an achievement of humanity.

All of this is in keeping with a general perspective that sees America as a nefarious force in the world. This is Howard Zinn’s A People’s History of the United States view: that America’s birth represented the creation of a terrible totalitarian regime, but that Maoist China is the “closest thing, in the long history of that ancient country, to a people’s government, independent of outside control”; that Castro’s Cuba had “no bloody record of suppression,” but that the U.S. responded to the “horrors perpetrated by the terrorists against innocent people in New York by killing other innocent people in Afghanistan.”

In reality, however, America remains the single greatest force for human freedom and progress in the history of the world. And landing a man on the moon was part of that uniquely American legacy. President John F. Kennedy announced his mission to go to the moon in 1961; in 1962, he gave a famous speech at Rice University in which he announced the purpose of the moon landing:

For the eyes of the world now look into space, to the moon and to the planets beyond, and we have vowed that we shall not see it governed by a hostile flag of conquest, but by a banner of freedom and peace. We have vowed that we shall not see space filled with weapons of mass destruction, but with instruments of knowledge and understanding. Yet the vows of this Nation can only be fulfilled if we in this Nation are first, and, therefore, we intend to be first. In short, our leadership in science and in industry, our hopes for peace and security, our obligations to ourselves as well as others, all require us to make this effort, to solve these mysteries, to solve them for the good of all men, and to become the world’s leading space-faring nation. We set sail on this new sea because there is new knowledge to be gained, and new rights to be won, and they must be won and used for the progress of all people. For space science, like nuclear science and all technology, has no conscience of its own. Whether it will become a force for good or ill depends on man, and only if the United States occupies a position of pre-eminence can we help decide whether this new ocean will be a sea of peace or a new terrifying theater of war.

The moon landing was always nationalist. It was nationalism in service of humanity. But that’s been America’s role in the world for generations. Removing the American flag from an American mission demonstrates the anti-American animus of Hollywood, if we’re to take their values-laden protestations seriously.

Voir également:

Why Neil Armstrong’s sons don’t think the biopic ‘First Man’ is anti-American

The Washington Post

September 3

Ryan Gosling is not an American, but he is part of a species that visited a celestial body beyond Earth.

That is one perspective the Canadian used in describing the Apollo 11 mission, and specifically Neil Armstrong, whom he plays in the upcoming film “First Man.”

It depicts the 1969 mission to land men on the moon and return them safely. But the film does not show Armstrong and Buzz Aldrin unfurling and planting an American flag on the lunar surface. And its creators, including Gosling, say they view the moment as a human achievement more than an American one, and have suggested Armstrong did not believe he was an “American hero.”

“From my interviews with his family and people that knew him, it was quite the opposite,” Gosling said, according to Britain’s Telegraph newspaper. “And we wanted the film to reflect Neil.”

Predictably, the Canadian actor’s comments, paired with the omission of the Stars and Stripes, have sparked outrage, particularly in American conservative circles. The criticism, in turn, has prompted Armstrong’s sons to defend the film’s depiction of events and its attention to quieter, lesser-known aspects of their father’s life.

“This story is human and it is universal. Of course, it celebrates an America achievement. It also celebrates an achievement ‘for all mankind,’ as it says on the plaque Neil and Buzz left on the moon,” according to a statement released Friday by Rick and Mark Armstrong.

The statement was also attributed to “First Man” biographer James R. Hansen, according to Hollywood Reporter.

“It is a story about an ordinary man who makes profound sacrifices and suffers through intense loss in order to achieve the impossible,” the men said. Their father died in 2012.

Some conservative figures have taken Gosling’s Telegraph interview as proof of Hollywood globalism run amok, and an outcropping of the ongoing controversy over NFL players kneeling during the national anthem to protest police killing of black citizens.

Sen. Ted Cruz (R-Tex.) weighed in Saturday among conservatives propelling social media calls for boycotts of the film.

“Really sad: Hollywood erases American flag from moon landing. This is wrong, and consistent with Leftists’ disrespecting the flag & denying American exceptionalism,” Cruz, who is in an unexpectedly tight reelection race, wrote on Twitter. “JFK saw that it mattered that America go to the moon — why can’t Hollywood see that today?”

“Fox & Friends,” a Fox News program favored by President Trump, discussed the issue Friday.

Co-host Pete Hegseth simply called Gosling “an idiot.”

Ainsley Earhardt, his co-host, grimly assessed the social implications.

“This is where our country is going. They don’t think America is great,” she said. “They want to kneel for the flag.” Later in the day, #BoycottFirstMan was trending on social media.

Chuck Yeager, the legendary American pilot who was the first to break the sound barrier, called leaving out the flag-planting “more Hollywood make-believe.”

On Sunday Aldrin tweeted photos of the historic moment with the hashtag #proudtobeanAmerican.

Director Damien Chazelle, who also helmed “La La Land” and “Whiplash,” has echoed the sentiments of the Armstrong brothers on the selective storytelling.

“I wanted the primary focus in that scene to be on Neil’s solitary moments on the moon — his point of view as he first exited the [Lunar Module], his time spent at Little West Crater, the memories that may have crossed his mind during his lunar [exploration],” he said in a statement Friday, according to Hollywood Reporter.

The film, which debuted this past week at the Venice Film Festival, will arrive stateside Oct. 12, and have plenty of American flags waving throughout.

“First Man” does not show the flag planting, but there are several shots of the U.S. flag on the moon, Daily Beast writer Marlow Stern said after attending the screening.

Ironically, the controversy may endure longer than the flag itself: Aldrin told controllers he saw the flag knocked over with a blast of spacecraft exhaust, NASA has said.

The flag really wasn’t designed to endure the blastoff, let alone the lunar environment, or lack thereof. It was purchased from a Sears store for $5.50, NASA said. Department-store flags cannot even withstand terrestrial wear and tear, like sunlight and wind, for more than a few years.

On the moon, decades of extreme temperatures, ultraviolet radiation and micrometeorites have probably disintegrated the flag entirely, scientists say, and the bombardment of unfiltered sunlight has probably bleached flags left on subsequent missions stark white.

Even the original flag planting was controversial. Debate raged over whether to raise an American flag or a banner of the United Nations. Congress forbid NASA from placing flags of other countries or international bodies on the moon during U.S.-funded missions, the agency said.

“In the end, it was decided by Congress that this was a United States project. We were not going to make any territorial claim, but we were to let people know that we were here and put up a U.S. flag,” Armstrong said, according to Newsweek. “My job was to get the flag there. I was less concerned about whether that was the right artifact to place. I let other, wiser minds than mine make those kinds of decisions.”

Voir de même:

‘First Man’: Neil Armstrong film fails to fly flag for US patriotism
Anita Singh
The Telegraph
29 August 2018

When Neil Armstrong and Buzz Aldrin planted the American flag on the moon in 1969, it marked one of the proudest moments in US history.

But a new film about Armstrong has chosen to leave out this most patriotic of scenes, arguing that the giant leap for mankind should not be seen as an example of American greatness.

The film, First Man, was unveiled at the Venice Film Festival yesterday, where the absence of the stars and stripes was noted by critics.

Its star, Ryan Gosling, was asked if the film was a deliberately un-American take on the moon landing. He replied that Armstrong’s accomplishment « transcended countries and borders ».

Gosling explained: « I think this was widely regarded in the end as a human achievement [and] that’s how we chose to view it. I also think Neil was extremely humble, as were many of these astronauts, and time and time again he deferred the focus from himself to the 400,000 people who made the mission possible. »

« He was reminding everyone that he was just the tip of the iceberg – and that’s not just to be humble, that’s also true.

« So I don’t think that Neil viewed himself as an American hero. From my interviews with his family and people that knew him, it was quite the opposite. And we wanted the film to reflect Neil. »

Gosling joked: « I’m Canadian, so might have cognitive bias. » The film’s director, Damien Chazelle, Who previously worked with Gosling on the Oscar-winning La La Land, is French-Canadian.

The planting of the flag was controversial in 1969. There was disagreement over whether a US or United Nations flag should be used. Armstrong said later: « In the end it was decided by Congress that this was a United States project. We were not going to make any territorial claim, but we were to let people know that we were here and put up a US flag.

« My job was to get the flag there. I was less concerned about whether that was the right artefact to place. I let other, wiser minds than mine make those kinds of decisions. »

First Man is based on an authorised biography of Armstrong by James Hansen. It has the backing of the astronaut’s family, including his two sons, and of NASA.

Armstrong died in 2012, aged 82. President Obama paid tribute to him as « among the greatest of American heroes – not just of his time, but of all time ».

First Man also features Claire Foy as Armstrong’s first wife, Janet, mother of his two boys. She said her focus was on the family dynamics behind the space mission: « I wanted to honour how these children saw their mum and dad. Their dad wasn’t an astronaut to them, he was their dad. »

Venice in recent years has been a launch pad for Oscar campaigns – including last year’s best picture winner, The Shape of Water – and First Man will be a contender.

Other films being unveiled include a new version of A Star Is Born, featuring Lady Gaga and Bradley Cooper.

There is only one woman director in the official line-up, Jennifer Kent, prompting criticism from female filmmakers. However, the Festival director, Albert Barbera, has resisted pressure to introduce gender balance, saying: « If we impose quotas, I resign. »

:: The London Film Festival released its competition line-up yesterday with five of the 10 contenders directed by women. Tricia Tuttle, the festival’s artistic director, said it was « a real pleasure to see that half of these films come from female directors ».

Voir de plus:

Neil Armstrong’s Sons, Director Damien Chazelle Defend Absence of Flag-Planting Scene in ‘First Man’
Dave McNary
Variety
August 31, 2018

Neil Armstrong’s sons and director Damien Chazelle have defended the absence of a flag-planting scene in the movie “First Man,” which details the 1969 moon landing.

Rick Armstrong and Mark Armstrong released a statement jointly with “First Man” author James R. Hansen on Friday in the wake of claims that the lack of the flag planting in the movie is unpatriotic.

“We do not feel this movie is anti-American in the slightest,” the trio said. “Quite the opposite. But don’t take our word for it. We’d encourage everyone to go see this remarkable film and see for themselves.”

“First Man” is directed by Chazelle from a script by Josh Singer, based on Hansen’s book “First Man: The Life of Neil A. Armstrong.” The film stars Ryan Gosling as Neil Armstrong and focuses on the the years leading up to the Apollo 11 mission in 1969. “First Man” had its world premiere at the Venice Film Festival on Wednesday and hits theaters in the U.S. on Oct. 12.

Gosling has also responded to the criticism, telling reporters when asked about the omission, “I think this was widely regarded in the end as a human achievement [and] that’s how we chose to view it. I also think Neil was extremely humble, as were many of these astronauts, and time and time again he deferred the focus from himself to the 400,000 people who made the mission possible.”

“In ‘First Man’ I show the American flag standing on the lunar surface, but the flag being physically planted into the surface is one of several moments of the Apollo 11 lunar EVA that I chose not to focus upon,” he said in a statement. “To address the question of whether this was a political statement, the answer is no. My goal with this movie was to share with audiences the unseen, unknown aspects of America’s mission to the moon — particularly Neil Armstrong’s personal saga and what he may have been thinking and feeling during those famous few hours.”

“I wanted the primary focus in that scene to be on Neil’s solitary moments on the moon — his point of view as he first exited the LEM, his time spent at Little West Crater, the memories that may have crossed his mind during his lunar EVA,” Chazelle added. “This was a feat beyond imagination; it was truly a giant leap for mankind. This film is about one of the most extraordinary accomplishments not only in American history, but in human history. My hope is that by digging under the surface and humanizing the icon, we can better understand just how difficult, audacious and heroic this moment really was.”

Armstrong died in 2012 at the age of 82.

Here’s the statement from Armstrong’s son and Hansen:

We’ve read a number of comments about the film today and specifically about the absence of the flag planting scene, made largely by people who haven’t seen the movie. As we’ve seen it multiple times, we thought maybe we should weigh in.

This is a film that focuses on what you don’t know about Neil Armstrong. It’s a film that focuses on things you didn’t see or may not remember about Neil’s journey to the moon. The filmmakers spent years doing extensive research to get at the man behind the myth, to get at the story behind the story. It’s a movie that gives you unique insight into the Armstrong family and fallen American Heroes like Elliot See and Ed White. It’s a very personal movie about our dad’s journey, seen through his eyes.

This story is human and it is universal. Of course, it celebrates an America achievement. It also celebrates an achievement “for all mankind,” as it says on the plaque Neil and Buzz left on the moon. It is a story about an ordinary man who makes profound sacrifices and suffers through intense loss in order to achieve the impossible.

Although Neil didn’t see himself that way, he was an American hero. He was also an engineer and a pilot, a father and a friend, a man who suffered privately through great tragedies with incredible grace. This is why, though there are numerous shots of the American flag on the moon, the filmmakers chose to focus on Neil looking back at the earth, his walk to Little West Crater, his unique, personal experience of completing this journey, a journey that has seen so many incredible highs and devastating lows.

In short, we do not feel this movie is anti-American in the slightest. Quite the opposite. But don’t take our word for it. We’d encourage everyone to go see this remarkable film and see for themselves.

Voir encore:

Cinéma: First Man, La la lune

Le réalisateur de Whiplash retrace la vie de l’astronaute Neil Amstrong, homme névrosé et obsédé. Le film décolle souvent mais pas toujours.

Eric Libiot

L’Express

Damien Chazelle est un Clint Eastwood en velours. L’un et l’autre racontent des héros (du quotidien ou de la grande histoire) mus par leur seule obsession. Eastwood fait plutôt dans le brutal, quand Chazelle y met de la rondeur et quelques pas de danse. Mais entre Red Stovall (Honkytonk Man) et William Munny (Impitoyable) d’un côté, Andrew (Whiplash) et Sebastian (La la land), de l’autre, il n’est question que d’hommes qui se détruisent pour parvenir à leurs fins. Le revers de la médaille du héros américain. Difficile de dire quelle voie va emprunter Chazelle – il est moins désabusé que le grand Clint – mais s’il se durcit la couenne, il pourrait devenir un portraitiste passionnant du rêve étoilé d’aujourd’hui.

First Man. Le premier homme sur la lune (et pourquoi pas rallonger le titre en italien et en chinois tant qu’à faire ?), raconte l’épopée de Neil Armstrong, le gars qui fit un petit pas pour l’homme et un grand pour l’humanité. Pilote moyen qui parvint à s’envoler et à marquer son temps à force d’abnégation et de maîtrise. Héros national mais tête de lard, père absent et mari mal luné. On a assez envie de lui mettre deux claques.

Ryan Gosling parfait

Voulant absolument se décoller des références L’Etoffe des héros et Apollo (la grandeur de la nation américaine dans toute sa splendeur), Chazelle bidouille les séquences dans l’espace en secouant sa caméra, en bricolant l’image et en filmant les poils de barbe de son personnage. C’est parfois un peu fatigant parce que systématique.

En revanche – et c’est là où l’eastwoodien qui est en lui se réveille – la partie intimiste est passionnante. Armstrong est prêt à tout sacrifier pour être le premier. Pas forcément pour recevoir les applaudissements mais pour nourrir sa propre névrose. Comme si le héros américain, bouffé par une machine mythologique basée sur le « do it yourself » devait forcément en passer par là. Armstrong a le visage fermé et Ryan Gosling, qui n’est pas l’acteur le plus expressif au monde, est parfait. Claire Foy, son épouse, également ; femme de tête, actrice de coeur. La face cachée de la Lune est finalement ce qu’il y a de plus intéressant à voir.

First Man. Le premier homme sur la lune, de Damien Chazelle. 2 h 22.

First Man – Le premier homme sur la lune – Bande Annonce

Voir aussi:

First Man : le premier homme sur la lune

Louis Guichard

Télérama

17 octobre 2018
Après La La Land, Ryan Gosling enfile le scaphandre de Neil Armstrong avec une froideur lunaire fascinante. Une biographie distanciée et troublante.

Avec La La Land, Damien Chazelle, le jeune prodige de Hollywood, remettait de la fragilité dans la glorieuse comédie musicale à l’américaine : danser et chanter n’y était pas si facile pour les deux acteurs principaux, et la mise en scène exploitait subtilement leurs faiblesses. Dans cette biographie de Neil Armstrong, la discipline incertaine, laborieuse, faillible, c’est la conquête spatiale elle-même. Le cinéaste insiste sans cesse sur la précarité des engins et vaisseaux pilotés par l’astronaute, du début des années 1960 à ses premiers pas sur la Lune, le 21 juillet 1969. Leitmotiv des scènes d’action : les antiques cadrans à aiguilles s’affolent, les carlingues tremblotent, fument, prennent feu… La réussite, lorsqu’elle survient, paraît arbitraire, et ne parvient jamais à dissiper l’effroi et le doute devant l’entreprise du héros. Voilà comment, dès la saisissante première scène, le réalisateur s’approprie le genre si codifié du biopic hollywoodien. Le visage de Ryan Gosling est l’autre facteur majeur de stylisation. Avec son jeu minimaliste, son refus de l’expressivité ordinaire, l’acteur de Drive bloque la sympathie et l’identification. Damien Chazelle filme sa star en très gros plans, avec une fascination encore accentuée depuis La La Land : Ryan Gosling est lunaire bien avant d’alunir et il le demeure ensuite.

Le scénario donne et redonne, trop souvent, l’explication la plus évidente à cette absence mélancolique — la perte d’une fille, emportée en bas âge par le cancer. Cette tragédie intime, véridique, devient même la composante la plus convenue, avec flash-back mélodramatiques sur le bonheur familial perdu, un peu comme pour le personnage de spationaute de Sandra Bullock dans Gravity, d’Alfonso Cuarón. Or l’attendrissement sied peu à Damien Chazelle, cinéaste cruel, dur — voir le sadisme de Whiplash, et le gâchis amoureux de La La Land, pour cause d’égocentrisme des deux amants. Le film brille, en revanche, dès qu’il s’agit de la distance qui éloigne toujours plus le héros des siens — sa femme et ses deux fils —, au fil des expériences spatiales. Sommé par son épouse d’annoncer son départ vers la Lune à ses enfants, Neil Armstrong leur parle soudain comme s’il était en conférence de presse, sans plus d’émotion ni de tendresse — scène glaçante. Plus tard, l’homme (en quarantaine après une mission) est séparé de sa femme par une épaisse cloison de verre. La paroi devient alors, tout comme le casque-miroir du scaphandre, le symbole d’une vie à part, « hors de ce monde » — les mots de l’épouse. A la même époque, des mouvements sociaux dénoncent, aux Etats-Unis, les dépenses publiques faramineuses consacrées à la conquête spatiale, tandis que des millions de citoyens vivent mal. Damien Chazelle s’attarde sur cette critique-là, comme pour contredire la formule d’Armstrong une fois sur la Lune : « … un grand pas pour l’humanité »… Scepticisme et froideur contribuent ainsi à élever First Man au-delà de l’hagiographie attendue, au profit d’une réelle étrangeté, et d’une grande tenue.

Voir également:

What Do Words Cost? For ‘First Man,’ Perhaps, Quite A Lot
Michael Cieply
Deadline

October 14, 2018

What do words cost? In contemporary Hollywood, quite a bit, apparently.

If you believe those who say First Man was hurt by Ryan Gosling’s ‘globalist’ defense of director Damien Chazelle’s decision not to depict astronaut Neil Armstrong’s planting of an American flag on the moon—and the Internet is crawling with those who make that claim—then Gosling’s explanation cost up to $45,000 a word this weekend.

First Man, from Universal and DreamWorks among others, opened to about $16.5 million in ticket sales at the domestic box office. That’s $4.5 million short of expectations that were pegged at around $21 million. At the Venice Film Festival in late August, Gosling, who is Canadian, spoke about 100 words in defending the flag-planting omission. “I don’t think that Neil viewed himself as an American hero,” he said:  “From my interviews with his family and people that knew him, it was quite the opposite. And we wanted the film to reflect Neil. »

If the ensuing controversy really suppressed ticket sales—and who can know whether sharper-than-expected competition from Venom and A Star Is Born was perhaps a bigger factor?—the $45,000-per-word price tag is just a down payment. Under-performance by First Man of, say, $50 million over the long haul would raise the per-word price to a breathtaking $500,000.

Such is the terror of entertainment in the age of digital rage and partisanship. The simplest moment of candor at a routine promotional appearance can suddenly become a show-killer.

The real math, of course, is mysterious. To what extent a slip of the tongue or an interesting thought helped or hindered a film or television show will never be clear.

But, increasingly, the stray word seems to be taking a toll on vastly expensive properties that have been years, or even decades, in the making. Asked in May by a Huffington Post interviewer whether Star Wars character Lando Calrissian was “pansexual,” Jonathan Kasdan, co-writer of Solo: A Star Wars Story, answered: “I would say yes.”

What followed was a full-throated digital debate about sexual identity in the Star Wars series. Some fans loved it. Some didn’t. But the film, which had about $213.8 million in domestic ticket sales, seriously lagged its predecessors, leaving a scary question: Did Kasdan’s answer cost Disney and Lucasfilm some millions of dollars per word?

On the conservative side of the Great Divide, Roseanne Barr cost herself and ABC tens of millions of dollars per word when she compared former Obama White House advisor Valerie Jarrett to a combination of the Muslim Brotherhood and Planet Of The Apes, in a brief Tweet that led to her own firing and her show’s cancellation. On the progressive side, Marvel and Star Wars writer Chuck Wendig was just fired for a series of Tweets saying things at least as rude about Republicans (though the cost-per-word is clearly lower than Barr’s).

In retrospect, I begin to understand a backstage encounter I once witnessed between Bob Weinstein and Viggo Mortensen before a press conference at the Toronto International Film Festival.

Weinstein was delivering a ferocious, finger-jabbing lecture about what Mortensen could and could not say as he answered questions about his role in John Hillcoat’s The Road.

Back in 2009, this struck me as a rude, heavy-handed attempt to censor an intelligent actor who was perfectly capable of speaking for himself. But having seen what a few misplaced words can now cost, I suspect that Weinstein was ahead of his time.

Voir aussi:

The dangers of Trudeau’s ‘postnational’ Canada
Douglas Todd
The Vancouver Sun
April 28, 2016

Justin Trudeau says Canada is the world’s first « postnational state. » But the goal of the alternative, transnationalism, is to override the rules, customs and sovereignty of individual nations and allow the virtually unrestricted flow of global money.

I’m trying to understand Justin Trudeau’s idealistic thinking.

When the prime minister says Canada is the world’s “first postnational state,” I believe he’s saying this is a place where respect for minorities trumps any one group’s way of doing things.

‘There is no core identity, no mainstream in Canada,’ Trudeau claimed after the October election. ‘There are shared values – openness, respect, compassion, willingness to work hard, to be there for each other, to search for equality and justice.”

The New York Times writer who obtained this quote said Trudeau’s belief Canada has no core identity is his “most radical” political position. It seems especially so combined with criticism Trudeau is a lightweight on national security and sovereignty.

Not too many Canadians, however, seem disturbed by Trudeau talking about us as a “postnational state.”

Maybe they just write it off as political bafflegab. But of all the countries in the world, Canada, with its high proportion of immigrants and official policy of multiculturalism, may also be one of the few places where politicians and academics treat virtually all forms of nationalism with deep suspicion.

Of course, no one defends nationalism in its rigid or extreme forms. Ultranationalism has been blamed for us-against-them belligerence throughout the 20th century, which led to terrible military aggressions out of Germany, Japan, the former Yugoslavia, China and many regions of Africa.

But would it be wise to let nationalism die?

 

What if our sense of a national identity actually was eradicated? What if borders were erased and the entire world became “transnational?”

We sometimes seem to be heading that way, with the rise of the European Union, the United Nations and especially transnational deals such as the North American Free Trade Agreement and the looming Trans-Pacific Partnership.

The aim of these transnational business agreements is to override the rules, customs and sovereignty of individual nations and allow the virtually unrestricted flow of global migrants and money.

Such transnational agreements benefit some, especially the “cosmopolitan” elites and worldwide corporations. But the results for others are often not pretty.

Indeed, a case can be made that the housing affordability crises in Metro Vancouver and Toronto is a result of a “postnational” mindset.

Canada’s politicians are failing to put serious effort into protecting residents of Vancouver or Toronto from transnational financial forces.

Before digging further into the influences behind our overheated housing markets, however, I’ll make a case for healthy nationalism.

Avoid extremes

The first thing to keep in mind is to not judge nationalism by its extremes.

As G.K. Chesterton once said, condemning nationalism because it can lead to war is like condemning love because it can lead to murder.

In recent years many regions have developed generally positive forms of nationalism: Scotland, the Czech Republic, the U.S., Argentina, Japan, Sweden to name a few.

Healthy nationalism encourages diverse people to cooperate.

“Patriotism is what makes us behave unselfishly. It is why we pay taxes to support strangers, why we accept election results when we voted for the loser, why we obey laws with which we disagree,” writes Daniel Hannan, author of Inventing Freedom.

“A functioning state requires broad consensus on what constitutes the first-person plural. Take that sense away, you get Syria or Iraq or Ukraine or – well, pretty much any war zone you can name.”

Though Canada’s particular style of nationalism is fluid and not simple to define, it’s part of what makes the country attractive to immigrants, who often arrive from dysfunctional regions torn by corruption and cynicism about national officials.

Many immigrants seem to realize that it’s not normally nationalism that foments catastrophic division – it’s religion, race or tribalism.

In contrast, some of the world’s most economically successful and egalitarian countries have a sense of mutual trust and appreciation for good government that is in part based on the glue of nationalism.

People in proud Nordic countries, for instance, often decorate even their birthday cakes with their national flags. At the same time Nordic nations are generous to their disadvantaged and in distributing foreign aid.

Michael McDonald, former head of the University of B.C.’s Centre for Applied Ethics, thinks Trudeau’s belief that Canada is the world’s first “postnational state” emerges out of his concern that it’s dangerous to “affirm a dominant culture that suppresses and marginalizes those outside the mainstream.”

But even though the ethics professor believes it’s important to protect minorities, he isn’t prepared to overlook the value of nationalism.

McDonald believes being Canadian is like being a member of a community, or a big family.

“Some are born into the family and others are adopted. There is a shared family history – interpreted in diverse ways,” McDonald says.

“Not everyone is happy being in the family. Some think being a family member is important and others do not. But we are shaped by our families, and we shape ourselves within and sometimes against our families. So also with our country.”

Transnationalist dangers

Embracing McDonald’s view that Canada is a giant, unruly but somewhat bonded family, I’d suggest Trudeau contradicts himself, or is at least being naive, when he argues Canada is a postnational state.

On one hand Trudeau claims Canada has no “core identity.” On the other hand he says the Canadian identity is quite coherent – we all share the values of “openness, respect, compassion, willingness to work hard, to be there for each other, to search for equality and justice.”

Can it be both ways?

Most Canadians don’t think so. Regardless of what Trudeau told the New York Times, a recent Angus Reid Institute poll confirmed what many Canadians judge to be common sense: 75 per cent of residents believe there is a “unique Canadian culture.”

I wish some of that common sense about nationalism was being brought to the housing affordability crisis in Vancouver and Toronto.

While some of the strongest support for transnationalism comes from big business, we need to hear more from economists who stand up for healthy nationalism.

They include the famous Scottish economist Adam Smith, who is often cited as the father of capitalism. Smith believed free enterprise would work most effectively within the cultures of unified nations.

 

Healthy nationalism requires loyalty between citizens and leaders, says Geoffrey Taunton-Collins, who writes for http://www.adamsmith.org. A nation’s leaders are expected to protect their citizens from outside powers.

That is not what is happening in Vancouver and Toronto, where the forces of transnationalism have been allowed to run amok. “The city has become a commodity,” former Vancouver city councillor Jonathan Baker recently lamented. It’s being increasingly occupied by transnational wealth.

Global capital is coming to Toronto and Vancouver because it seeks a haven that has no ethical, legal or physical boundaries, Eveline Xia and UBC planning department director Penny Gurstein wrote this month in The Vancouver Sun.

Xia and Gurstein say federal and B.C. politicians are not protecting citizens from transnational speculators. Unlike the officials who represent London, Hong Kong or Singapore, Xia and Gurstein say, Canadian politicians are failing to regulate residency requirements on home purchases or charge nonresidents extra fees.

As a result many average Canadians who are desperate to make a home and livelihood in Metro Vancouver can’t come close to affording to live here.

It’s the kind of thing that can happen when too many politicians believe we’re living in the world’s first “postnational state.”

Voir enfin:

First Man (2018)

History vs. Hollywood
Questioning the Story:

How much of Neil Armstrong’s life does the First Man movie cover?

The biopic covers the period of Neil Armstrong’s life from 1961 up to the Apollo 11 Moon landing on July 20, 1969. On that day, Armstrong became the first person to set foot on the lunar surface. He was joined by Buzz Aldrin approximately 20 minutes later. This can be seen in the Apollo 11 Moon Landing Video.

Was astronaut Neil Armstrong really an introverted and quiet hero like he’s portrayed to be in the movie?Yes. The First Man true story reveals that unlike many astronauts, Neil Armstrong was not the hotshot type, nor was he a fame-seeker. He was a man of few words who was driven to accomplish something no other human being had done. Up to his death, he largely remained a bit of an enigma.

Is the First Man movie based on a Neil Armstrong book?

Yes. The movie is based on author James R. Hansen’s New York Times bestselling biography First Man: The Life of Neil A. Armstrong. First published in 2005, the book is the only official biography of Armstrong. It chronicles his involvement in the space program, concluding with the climactic Apollo 11 mission. At the same time, it explores his personal life as well. Armstrong gave his full support to Hansen and encouraged others to provide any necessary information that the author requested. Film rights to the book were sold in 2003, prior to its publication, but a Neil Armstrong movie took years to get off the ground. Initially, Clint Eastwood had been attached to direct.

Was Ryan Gosling the first choice for the role of Neil Armstrong?

Yes. Director Damien Chazelle told People Magazine that the first time he ever met Ryan Gosling was to pitch him the role in the Neil Armstrong biopic. This was before the director and actor teamed up to make the 2016 musical La La Land together.

Is the movie’s opening scene, in which Neil Armstrong pilots an X-15 rocket plane into the stratosphere, depicted accurately?

For the most part, yes. He indeed had trouble returning to Earth as the plane began to bounce off the atmosphere instead of slicing back into it. Armstrong was more than 20 miles above the Earth. The only part of that scene that isn’t as realistic is when we’re able to look out the window of his plane and see the white clouds just below. At 120,000 feet, he was roughly double the altitude of the highest clouds, so realistically, the clouds would have been much further beneath him. -TIME

Is the song playing when Neil and Janet dance in the living room based on an actual song that they listened to?

Yes. The eerie space melody that Neil and Janet dance to in the biopic is an actual song that they listened to. “It was a track that Neil and Janet shared with each other and that Neil wound up bringing with him on the Apollo 11 mission, » says director Damien Chazelle. « It’s called ‘Lunar Rhapsody’. It’s quite appropriate, but it’s this sort of weird Theremin orchestral track from the early days of the Theremin [an electric instrument with metal antennas].” -People.com

Did Neil Armstrong really lose a daughter to brain cancer?

Yes. On January 28, 1962, Neil and Janet lost their two-year-old daughter Karen to a case of pneumonia while suffering from a malignant brain tumor. « I thought the best thing for me to do in that situation was to continue with my work, » said Armstrong, « keep things as normal as I could, and try as hard as I could not to have it affect my ability to do useful things. » He became an astronaut that same year. The movie seems to depict this time in Armstrong’s life rather accurately. -First Man Book Interview

Did Neil Armstrong’s home really catch on fire?

Yes. Though the scene was cut from the final version of the movie, the First Man true story confirms that the Armstrongs’ Houston home caught fire in the spring of 1964. Janet woke in the middle of the night and smelled smoke, at which time she alerted Neil. Astronaut Ed White (portrayed by Jason Clarke in the movie) was their neighbor at the time and jumped the fence to help. The Armstrongs nearly lost their lives. Neil passed their ten-month-old son Mark through a window to Ed. He then went to save his six-year-old son Rick, holding a wet cloth over Rick’s face as they made it outside to the backyard. Neil described the 25 feet to Rick’s bedroom as « the longest journey I ever made in my life. » Rick was okay except for a burn on his thumb.

Not shown in the movie, the Armstrongs’ home burned to cinders in a 1964 house fire. They nearly lost their lives. Actor Ryan Gosling stands in the backyard of the burning home in a scene omitted from the biopic (above).

Did Neil Armstrong almost die while training for the lunar landing?

Yes. Two Lunar Landing Research Vehicles were built. Each used a single jet engine turned right-side up to simulate the Moon’s one-sixth gravity of Earth. On May 6, 1968, Neil Armstrong was piloting one of the vehicles roughly 100 feet above the ground. Unanticipated depletion of helium used to pressurize the fuel tanks led to a total failure of his flight controls and the LLRV started to go into a roll. He ejected and parachuted safely to the ground. Future analysis concluded that if he had ejected just half a second later, his parachute would not have deployed in time. His brush with death can be seen in the Neil Armstrong LLRV Training Crash Video. The top image below shows Neil Armstrong floating to the ground after Lunar Landing Research Vehicle 1 exploded into a ball of flames upon hitting the field. -First Man book

Did astronaut Neil Armstrong injure his face during the Lunar Lander training accident like in the movie?

No, he did not injure his face when he was forced to eject from the Lunar Landing Research Vehicle and parachute to the ground. The worst that happened was that he bit his tongue hard during his impact with the ground.

Did Neil Armstrong really have a serious talk with his kids about the possibility of him not returning from the mission?

Yes. Armstrong’s sons, Rick and Mark, told USA Today that their father indeed talked with them before going to space and walking on the moon. « That scene came from us, » Rick said. He and his brother collaborated with director Damien Chazelle for two-and-a-half years. As for the specifics of the conversation, Mark says he was too young to remember, but Rick says that the movie gets the gist of it right. However, he never remembers directly asking his father, « Do you think you’re coming back? »

« I didn’t have any doubt that he was coming back, » says Rick, who was 12 at the time. « So I wouldn’t have asked that. » -Collider

« We think we’re coming back, but there is some risk, » is basically what Armstrong told his sons. With regard to the oldest son shaking his father’s hand at the end of the conversation, that was added by the filmmakers. Rick said that it could have happened, or maybe it was a hug. He wasn’t sure.

Were Neil and Buzz really running low on fuel as they approached the moon’s surface?

As Neil Armstrong and Buzz Aldrin descended to the moon’s surface in the Lunar Lander, they believed that they were running low on fuel because the computers were telling that to mission control, indicating that they had less than a minute to either touch down or abort the mission. The nail-biting sequence is true. However, they later learned that the lander hadn’t actually been low on fuel.

« You got a bunch of guys about to turn blue. We’re breathing again. Thanks a lot, » flight controller Charlie Duke radioed to Armstrong after the successful landing. -The Wrap

Does the lunar footprint in the famous photo belong to Neil Armstrong?

No. The famous photo of the lunar footprint that is often shown with Armstrong’s iconic quote, « That’s one small step for man, one giant leap for mankind, » is actually Buzz Aldrin’s footprint, not Neil Armstrong’s. Therefore, it’s not the footprint of the first step taken on the Moon, which we see in the movie. Aldrin made the bootprint in the photo as part of an experiment to test the properties of the lunar regolith (the loose rock and dust sitting on top of the lunar bedrock).

Why aren’t there any good photos of Neil Armstrong on the Moon?

As we explored the First Man true story, we quickly discovered that there are no good photos of Neil Armstrong on the Moon. The best image is displayed below. It was taken by fellow astronaut Buzz Aldrin and shows Armstrong removing equipment from storage in the Lunar Module. The reason for the lack of photos of Armstrong on the lunar surface is because most of the time it was Armstrong who was carrying the camera. Some people blamed Aldrin for the insufficient number of photos of Armstrong, reasoning that he wanted the limelight since Armstrong was first to step onto the moon. Aldrin later addressed the criticism, saying he felt horrible that there were so few photos of Armstrong but there was too much going on at the time to realize it.

The most iconic shot of an astronaut on the Moon is of Buzz Aldrin standing and posing for the camera. If you look closely at that photo, you can actually see Armstrong taking the picture in the visor’s reflection.

Did Neil Armstrong really leave his daughter Karen’s bracelet on the moon?

No. It is here that the movie perhaps takes one of its biggest liberties. There is no historical record that Armstrong left a bracelet of his daughter’s on the moon (in the film, he drops it into Little West Crater). Astronauts flew with a PPK (personal preference kit), which included any non-regulation or sentimental items that they wanted to bring with them. Armstrong said that he lost the manifest for his PPK, so we can’t be sure what all it contained. We do know that he took with him remnants of fabric and the propeller from the Wright Brothers plane in which they took the first powered flight in 1903. Since Karen’s death is believed to have set the course of Armstrong’s life (especially at NASA), it’s not hard to imagine him bringing a sentimental item of Karen’s like the bracelet to the moon. We just don’t know for certain if he did, and if so, what he brought. -TIME

How much time did Neil Armstrong spend walking on the Moon?

Armstrong’s Moon walk lasted 2 and 3/4 hours, even though it feels much shorter in the movie. Astronauts on the five subsequent NASA missions that landed men on the Moon were given progressively longer periods of time to explore the lunar surface, with Apollo 17 astronauts spending 22 hours on EVA (Extravehicular Activity). The reason Armstrong and Buzz Aldrin didn’t get to spend more time outside the Lunar Module is that there were uncertainties as to how well the spacesuits would hold up to the extremely high temperatures on the lunar surface. -Space.com

Did Neil Armstrong and his wife Janet stay together?

No. After 38 years of marriage, Neil Armstrong’s wife Janet divorced him on April 12, 1994 after a long separation. He had begun a relationship with Carol Held Knight, a widow who he had met at a golf tournament in 1992. Armstrong married Knight, who was 15 years his junior, on June 12, 1994, exactly two months after his divorce became final.

Apollo 11 Moon Landing Footage & Related Videos

Below, you can further explore the true story behind the Neil Armstrong biopic First Man by watching actual footage of the 1969 Apollo 11 Moon landing, including witnessing Armstrong take the first steps on the surface of the Moon. You can also view footage of his ejection from the Lunar Landing Research Vehicle (LLRV) and its subsequent crash, which happened more than a year prior to landing on the Moon.

Neil Armstrong Lunar Lander Training Crash
Apollo 11 Moon Landing Live Broadcast Footage
First Man Movie Trailer

Voir de même:

The Impact of “Deliverance”

Stacey Eidson
Metro spirit
April 15, 2015

Long before moviegoers watched in horror as actor Ned Beatty was forced to strip off his clothes and told to “squeal like a pig” during a film set in the rural mountains of North Georgia, there was the novel by Atlanta writer and poet James Dickey that started it all.

It’s been 45 years since “Deliverance” first hit the book shelves across this nation, but the profound impact that the tale of four suburban men canoeing down the dangerous rapids of a remote Georgia river and encountering a pair of deranged mountain men can still be felt today.

When the book was first released back in April of 1970, the reaction was definitely mixed, to say the least. Most critics praised the adventurous tale, describing the novel as “riveting entertainment” or a “monument to tall stories.”

The New York Times called the book a “double-clutching whopper” of a story that was a “weekend athlete’s nightmare.”

“Four men decide to paddle two canoes down the rapids of a river in northern Georgia to get one last look at pure wilderness before the river is dammed up and ‘the real estate people get hold of it,’” the New York Times book review stated in 1970.

But to the shock of the reader, the whitewater adventure turns into a struggle for survival when the character Bobby Trippe is brutally sodomized by a mountain man while his friend Ed Gentry is tied to a nearby tree.

“In the middle of the second day of the outing, two of the campers pull over to the riverbank for a rest,” the New York Times wrote in 1970. “Out of the woods wander two scrofulous hillbillies with a shotgun, and proceed to assault the campers with a casual brutality that leaves the reader squirming.

“It’s a bad situation inside an impossible one wrapped up in a hopeless one, with rapids crashing along between sheer cliffs and bullets zinging down from overhead. A most dangerous game.”

The New Republic described “Deliverance” as a powerful book that readers would not soon forget.

“I wondered where the excitement was that intrigued Lewis so much; everything in Oree was sleepy and hookwormy and ugly, and most of all, inconsequential. Nobody worth a damn could ever come from such a place.”

“How a man acts when shot by an arrow, what it feels like to scale a cliff or to capsize, the ironic psychology of fear,” The New Republic review stated. “These things are conveyed with remarkable descriptive writing.”

But the Southern Review probably said it best by stating that “Deliverance” touched on the basic “questions that haunt modern urban man.”

The book spent 26 weeks on the New York Times best-selling hardback list, and 16 weeks on that newspaper’s paperback list.

Within two years, it had achieved its eighth printing and sold almost 2 million copies.

The novel was having an immediate impact on the image of northern Georgia, according to the book, “Dear Appalachia: Readers, Identity, and Popular Fiction since 1878” by author Emily Satterwhite.

“Dickey’s novel created for readers an Appalachia that served as the site of a collective ‘nightmare,’ to use a term adopted by several of Dickey’s reviewers,” Satterwhite wrote. “The rape of city men by leering ‘hicks,’ central to the novel… became almost synonymous with popular conceptions of the mountain South.”

The book is a tall tale written by a man raised in a wealthy neighborhood in Atlanta, who both loved and feared the mountains of North Georgia, according to Satterwhite.

“Dickey’s father, James II, was a lawyer who loved hunting and cockfighting; his North Georgia farm served as a refuge from his wife, her family inheritance and the Buckhead mansion and servants that her wealth afforded them even in the depths of the Great Depression,” Satterwhite wrote, adding that James Dickey, like his father, was also uncomfortable with his family’s wealth. “Dickey preferred to claim that he grew up in the mountains. He attributed his blustery aggressiveness to his ‘North Georgia folk heritage’ and averred, ‘My people are all hillbillies. I’m only second-generation city.’”

\
But that was far from the truth.

“Though Dickey’s ancestors had indeed lived in mountainous Fannin County, Georgia, they were not the plain folks he made them out to be,” Satterwhite wrote. “He failed to acknowledge that they were slaveholders and among the largest landowners and wealthiest residents of the county. Dickey’s romantic — and racist — vision of Appalachia as a place apart stayed with him his entire life.”

Dickey’s conflicting feeling about these so-called “mountain people” of North Georgia is evident in many of the conversations between two of the novel’s main characters, graphic artist Ed Gentry and outdoor survivalist Lewis Medlock.

In the beginning of the book, Lewis attempts to describe to Ed, the narrator of the novel and the character who is generally believed to be loosely based on Dickey himself, what makes the mountains of northern Georgia so special.

Lewis insists that there “may be something important in the hills.”

But Ed quickly fires back, “I don’t mind going down a few rapids with you and drinking a little whiskey by a campfire. But I don’t give a fiddler’s f*** about those hills.”

Lewis continues to try to persuade Ed by telling him about a recent trip he took with another friend, Shad Mackey, who got lost in these very same mountains.

“I happened to look around, and there was a fellow standing there looking at me,” Lewis said. “‘What you want, boy down around here?’ he said. He was skinny, and had on overall pants and a white shirt with the sleeves rolled up. I told him I was going down the river with another guy, and that I was waiting for Shad to show up.”

The man who stepped out of the woods was a moonshiner who, to Lewis’ surprise, offered to help.

“‘You say you got a man back up there hunting with a bow and arrow. Does he know what’s up there?’ he asked me. ‘No,’ I said. ‘It’s rougher than a night in jail in south Georgia,’ he said, ‘and I know what I’m talking about. You have any idea whereabouts he is?’ I said no, ‘just up that way someplace, the last time I saw him.’”

What happened next opened Lewis’ eyes to these mountain people, he told Ed.

“The fellow stood up and went over to his boy, who was about fifteen. He talked to him for a while, and then came about halfway back to me before he turned around and said, ‘Son, go find that man.’

“The boy didn’t say a thing. He went and got a flashlight and an old single-shot twenty-two. He picked up a handful of bullets from a box and put them in his pocket. He called his dog, and then he just faded away.”

Several hours later, the boy returned with Shad, who had broken his leg. When Lewis finishes his story, it’s obvious the tale means very little to Ed.

“That fellow wasn’t commanding his son against his will,” Lewis said. “The boy just knew what to do. He walked out into the dark.”

Ed quickly asks, “So?”

“So, we’re lesser men, Ed,” Lewis said. “I’m sorry, but we are.”

“From the ubiquitous rendition of the ‘Dueling Banjos’ theme song to allude to danger from hicks to bumper stickers for tourists reading, ‘Paddle faster, I hear banjoes,’ the novel and film have created artifacts that many of us encounter on an almost weekly basis.”

When the pair reaches the fictitious mountain town of Oree, Georgia, in the novel, Ed is clearly even less impressed.

“An old man with a straw hat and work shirt appeared at Lewis’ window, talking in. He looked like a hillbilly in some badly cast movie, a character actor too much in character to be believed. I wondered where the excitement was that intrigued Lewis so much; everything in Oree was sleepy and hookwormy and ugly, and most of all, inconsequential. Nobody worth a damn could ever come from such a place.”

As Lewis continues to negotiate with the mountain men, Ed becomes even more harsh in his description of Oree and its residents.

“There is always something wrong with people in the country, I thought. In the comparatively few times I had ever been in the rural South I had been struck by the number of missing fingers. Offhand, I had counted around twenty, at least. There had also been several people with some form of crippling or twisting illness, and some blind or one-eyed. No adequate medical treatment maybe. But there was something else. You’d think that farming was a healthy life, with fresh air and fresh food and plenty of exercise, but I never saw a farmer who didn’t have something wrong with him, and most of the time obviously wrong.

“The catching of an arm in a tractor park somewhere off in the middle of a field where nothing happened but that the sun blazed back more fiercely down the open mouth of one’s screams. And so many snakebites deep in the woods as one stepped over a rotten log, so many domestic animals suddenly turning and crushing one against the splintering side of a barn stall. I wanted none of it, and I didn’t want to be around where it happened either. But I was there, and there was no way for me to escape, except by water, from the country of nine-fingered people.”

The South Squeals Like a Pig

The portrait of mountain people as toothless, sexual deviants in a “country of nine-fingered people” was too much for many Southerners to accept.

“The consequences of fictional representation have never been more powerful for the imagination of mountainness — or perhaps even for southernness, ruralness, and ‘primitiveness’ more generically — than in the case of ‘Deliverance,’” Satterwhite wrote.

By the time director John Boorman brought “Deliverance” to the big screen in 1972 starring Burt Reynolds as Lewis and Jon Voight as Ed, the damage to the South’s reputation was in full force.

The movie, which was primarily filmed in Rabun County in North Georgia during the summer of 1971, grossed about $6.5 million in its first year and was considered a great success at home and internationally.

“Indeed, it would be difficult to overstate the thoroughness with which ‘Deliverance,’ transformed by Dickey and director John Boorman into a film classic, has imbricated itself into Americans’ understanding and worldview,” Satterwhite wrote. “From the ubiquitous rendition of the ‘Dueling Banjos’ theme song to allude to danger from hicks to bumper stickers for tourists reading, ‘Paddle faster, I hear banjoes,’ the novel and film have created artifacts that many of us encounter on an almost weekly basis.”

Ironically, the movie’s most memorable line, “Squeal like a pig!” was never a part of the book. It was allegedly improvised by the actor during filming.

But the South wanted to still promote Dickey, an accomplished Atlanta author, so articles in the Columbia Record and other South Carolina and Georgia newspapers frequently featured Dickey’s novel. The film version of “Deliverance” was also honored at the Atlanta film festival.

“Southern hopes for self-promotion were evident at the film’s premiere in Atlanta,” Satterhite wrote. “Dickey leaned over to say to Jimmy Carter, then the governor: ‘Ain’t no junior league movie is it, Governor?’ ‘It’s pretty rough,’ Carter agreed, ‘but it’s good for Georgia.’ Carter paused. ‘It’s good for Georgia. I hope.’”

However, the success of “Deliverance” had such an impact on the Peach State, Carter decided to create a state film office in 1973 to ensure Georgia kept landing movie roles.

As a result, the film and video industry has contributed more than $5 billion to the state’s economy since the Georgia Film Commission was established.

But the release of “Deliverance” was, without question, a difficult time for rural Southerners, wrote Western Kentucky University professor Anthony Harkins, author of “Hillbilly: A Cultural History of an American Icon.”

The mountaineers of “Deliverance” were “crippled misfits and savage sodomizers of the North Georgia wilderness” who terrorize the foursome of Atlanta canoeists who simply want to run the rapids of the fictitious Cahulawassee River.

“Indisputably the most influential film of the modern era in shaping national perceptions of southern mountaineers and rural life in general, Deliverance’s portrayal of degenerate, imbecilic, and sexually voracious predators bred fear into several generations of Americans,” Harkins wrote. “As film scholar Pat Arnow only partly facetiously argued in 1991, the film ‘is still the greatest incentive for many non-Southerners to stay on the Interstate.’”

“As film scholar Pat Arnow only partly facetiously argued in 1991, the film ‘is still the greatest incentive for many non-Southerners to stay on the Interstate.’”

In fact, Harkins points out that Daniel Roper of the North Georgia Journal described the movie’s devastating local effect as “Deliverance did for them [North Georgians] what ‘Jaws’ did for sharks.”

“The film’s infamous scenes of sodomy at gunpoint and of a retarded albino boy lustily playing his banjo became such instantly recognizable shorthand for demeaning references to rural poor whites that comedians needed to say only ‘squeal like a pig’ or hum the opening notes of the film’s guitar banjo duet to gain an immediate visceral reaction from a studio audience,” Harkins writes.

Harkins believes that’s not at all what Dickey intended in writing both the book and the movie’s screenplay.

“To (the character) Lewis (and Dickey), the mountain folk’s very backwardness and social isolation has allowed them to retain a physical and mental toughness and to preserve a code of commitment to family and kin that has long ago been lost in the rush to a commodified existence,” Harkins wrote. “Lewis praised the ‘values’ passed down from father to son.”

But all of that meaning appeared to be lost in the film, Harkins wrote. Instead, Hollywood was much more interested in the horrific tale and captivating adventure of traveling down a North Georgia river being chased by crazed hillbillies.

The film was about the shock and fear of such an incident in the rural mountains that enthralled moviegoers.

“The film explicitly portrays Lewis (Burt Reynolds) shooting the rapist through the back with an arrow and the man’s shocked expression as he sees the blood smeared projectile protruding from his chest just before he dies violently,” Harkins wrote.

Surprisingly, Dickey seemed to thoroughly enjoy that scene in the film during the movie’s New York premiere, Harkins writes.

“Known for his outrageous antics and drunken public appearances, (Dickey) is said to have shouted out in the crowded theater, ‘Kill the son of a bitch!’ at the moment Lewis aims his fatal arrow,” Harkins wrote. “And then ‘Hot damn’ once the arrow found its mark.”

Many years later, Ned Beatty, the actor in the famous rape scene wrote an editorial for the New York Times called “Suppose Men Feared Rape.”

“‘Squeal like a pig.’ How many times has that been shouted, said or whispered to me since then?” wrote Beatty, who, according to Atlanta’s Creative Loafing would reply, “When was the last time you got kicked by an old man?”

Beatty wrote the editorial amid the outcry of 1989’s high-profile Central Park jogger rape case, and offered his experience with the snide catcalls, Creative Loafing reported.

“Somewhere between their shouts and my threats lies a kernel of truth about how men feel about rape,” he wrote. “My guess is, we want to be distanced from it. Our last choice would be to identify with the victim. If we felt we could truly be victims of rape, that fear would be a better deterrent than the death penalty.”

The Shock in Rabun County, Georgia

The rape of Ned Beatty’s character was easily the most memorable scene in the film, and, needless to say, many of the residents in Rabun County who were interviewed after the movie was released were less than thrilled.

“Resentment grew even while the film was being made,” Harkins wrote. “As word of how the mountaineers were being portrayed spread, (James Dickey’s son) Christopher Dickey, who was staying with his family in a low-budget motel and had more contact with the local residents acting or working on the set than did Boorman and the lead actors staying in chalets at a nearby golf resort, began to fear for his safety. Shaped by a century of media depictions of brutally violent mountaineers, he worried that some ‘real mountain men’ with ‘real guns’ might ‘teach some of these movie people a lesson.’”

Although many people in the region still bristle at the movie’s portrayal of locals as ignorant hillbillies, there were some major benefits to the book and film.

“That river doesn’t care about you. It’ll knock your brains out. Most of the people going up there don’t know about whitewater rivers. They are just out for a lark, just like those characters in ‘Deliverance.’ They wouldn’t have gone up there if I hadn’t written the book.”

Both helped create the more than $20 million rafting and outdoor sports industry along the Chattooga River in North Georgia.

In 2012, the national media descended on Rabun County again when reporters quickly learned the film’s 40th anniversary was going to be celebrated during the Chattooga River Festival.

“The movie, ‘Deliverance’ made tourist dollars flow into the area, but there was one memorable, horrifying male rape scene that lasted a little more than four minutes, but has lasted 40 years inside the hearts and minds of the people who live here,” CNN reported in 2012.

Rabun County Commissioner Stanley “Butch” Darnell told the media he was disgusted by the way the region was depicted in the film.

“We were portrayed as ignorant, backward, scary, deviant, redneck hillbillies,” he told CNN. “That stuck with us through all these years and in fact that was probably furthest from the truth. These people up here are a very caring, lovely people.”

“There are lots of people in Rabun County that would be just as happy if they never heard the word, ‘Deliverance’ again,” he added.

The news media interviewed everyone, including Rabun County resident Billy Redden, who as a teen was asked to play the “Banjo boy” in the film.

“I don’t think it should bother them. I think they just need to start realizing that it’s just a movie,” Redden, who still lives in Rabun County and works at Walmart, told CNN in 2012. “It’s not like it’s real.”

The Rabun County Convention and Visitor’s Bureau also pointed out that tourism brings in more than $42 million a year in revenue, which makes for a huge surplus for a county whose operating budget was about $17 million at the time.

Several local businesses embraced the 2012 festival including the owners of the Tallulah Gorge Grill.

The Tallulah Gorge is the very gorge that Jon Voight climbed out of near the end of the 1972 film and the owners of the Tallulah Gorge Grill wanted to celebrate that milestone.

“It is hard to believe that 40 years have passed since this movie first brought fame to the Northeast Georgia Mountains,” Tanya Jacobson-Smith wrote on the grill’s website promoting the festival. “Much has happened over the years here in Rabun County Georgia and around the world. Some good, some bad. Some still believe the movie was a poor portrayal of this county and it’s people. Other’s believe it is at least part of what has helped this region survive.”

Both thoughts are justified, Jacobson-Smith wrote.

“When ‘Deliverance’ was released in 1972, it was for many outside the community their first introduction to the beauty of the Blue Ridge Mountains, and the ways of the people living and working in their shadow,” she wrote. “Many of us (myself included) saw the breathtaking beauty of this area for the first time via the big screen. We caught a glimpse into the lives of the people who inhabit this place, some good and some not so good. There are those who believe that ‘Deliverance’ made the mountain people seem ‘backwards, uneducated, scary, and even deviant.’ I believe there were also many who, like myself, saw a people of great strength, caring and compassion. A community knit together by hardship, sharing and caring for each other and willing to help anyone who came along.”

She wrote that, as in any community, if people look hard enough and thoroughly examine its residents, they will find some bad, but most often they will find “a greater good that outshines the bad.”

“That is certainly the case here in the Northeast Georgia Mountains,” she wrote. “Most importantly ‘Deliverance’ introduced the world to the natural beauty of this mountain region, the unforgettable sounds of the Appalachian music and the wild excitement of river rafting. Drawn here by what they saw on the big screen, tourists flocked to the area to see and experience for themselves the good things they had seen in the movie.”

As a result, tourists filled hotels and campgrounds to capacity, tasted the local fare in restaurants and cafes and discovered the thrill of swimming in, or paddling on, the state’s beautiful rivers and lakes.

“Forty years later, people from all over the world still come to this area to experience the beauty and simplicity of mountain living,” she wrote. “It is here in these beautiful mountains that ‘strangers’ find a vibrant community of lifelong residents and newcomers, working together to maintain a quality of life that has been lost in much of today’s world.”

Over the years, Rabun County and surrounding North Georgia communities have embraced these changes. Some parts of the area have become a playground for high-end homeowners with multi-million-dollar lakefront property.

But there was also some growing pains.

Thousands of “suburbanites” flocked to the river in search of whitewater thrills and exhibited what author Anthony Harkins calls “the Deliverance syndrome.”

These individuals showed the “same lack of respect and reverence for the river that the characters in the film had displayed,” Harkins wrote, adding “to the shame of local guides, some even would make pig squeals when they reached the section of the river where the rape scene had been filmed.”

Some of those individuals paid a price.

“Seventeen people drowned on the river between 1972 and 1975, most with excessive blood-alcohol levels, until new regulations were imposed when the river was officially designated Wild and Scenic in 1974,” Harkins wrote.

Ironically, some people like to point out that “Deliverance” author James Dickey tried to warn people prior to his death in 1997 about their need to respect the rivers located in the mountains of North Georgia.

“That river doesn’t care about you. It’ll knock your brains out,” Dickey told the Associated Press in 1973. “Most of the people going up there don’t know about whitewater rivers. They are just out for a lark, just like those characters in ‘Deliverance.’ They wouldn’t have gone up there if I hadn’t written the book. There’s nothing I can do about it. I can’t patrol the river. But it just makes me feel awful.”

Voir par ailleurs:

Comment le néolibéralisme détruit les classes moyennes, par Christophe Guilluy

« There is no such thing as society » (« La société, cela n’existe pas »), ce message de Margaret Thatcher de 1987, au plus fort de son pouvoir, vous en tirez le titre de votre dernier livre*. Vous êtes devenu thatchérien ?
Christophe Guilluy : Moi, non. Mais le monde, oui. En tout cas, les pays de l’OCDE, et plus encore les démocraties occidentales, répondent pleinement au projet que la Dame de fer appelait de ses vœux. Partout, trente ans de mondialisation ont agi comme une concasseuse du pacte social issu de l’après-guerre. La fin de la classe moyenne occidentale est actée. Et pas seulement en France. Les poussées de populisme aux Etats-Unis, en Italie, et jusqu’en Suède, où le modèle scandinave de la social-démocratie n’est désormais plus qu’une sorte de zombie, en sont les manifestations les plus évidentes. Personne n’ose dire que la fête est finie. On se rassure comme on peut. Le monde académique, le monde politique et médiatique, chacun constate la montée des inégalités, s’inquiète de la hausse de la dette, de celle du chômage, mais se rassure avec quelques points de croissance, et soutient que l’enjeu se résume à la question de l’adaptabilité. Pas celle du monde d’en haut. Les gagnants de la mondialisation, eux, sont parfaitement adaptés à ce monde qu’ils ont contribué à forger. Non, c’est aux anciennes classes moyennes éclatées, reléguées, que s’adresse cette injonction d’adaptation à ce nouveau monde. Parce que, cahin-caha, cela marche, nos économies produisent des inégalités, mais aussi plus de richesses. Mais faire du PIB, ça ne suffit pas à faire société.
Comme géographe, vous avez imposé dans le débat hexagonal la notion de « France périphérique« . Ce n’est pas une de ces fameuses exceptions françaises ?

Election de Trump, Brexit, arrivée au pouvoir d’une coalition improbable liant les héritiers de la Ligue du Nord à ceux d’une partie de l’extrême gauche en Italie. De même qu’il y a une France périphérique, il y a une Amérique périphérique, un Royaume-Uni périphérique, etc. La périphérie, c’est, pour faire simple, ces territoires autour des villes-mondes, rien de moins que le reste du pays. L’agglomération parisienne, le Grand-Londres, les grandes villes côtières américaines, sont autant de territoires parfaitement en phase avec la mondialisation, des sortes de Singapour. Sauf que, contrairement à cette cité-Etat, ces territoires disposent d’un hinterland, d’une périphérie. L’explosion du prix de l’immobilier est la traduction la plus visible de cette communauté de destin de ces citadelles où se concentrent la richesse, les emplois à haute valeur ajoutée, où le capital culturel et financier s’accumule. Cette partition est la traduction spatiale de la notion de ruissellement des richesses du haut vers le bas, des premiers de cordée vers les autres. Dans ce modèle, la richesse créée dans les citadelles doit redescendre vers la périphérie. Trente ans de ce régime n’ont pas laissé nos sociétés intactes. Ce sont d’abord les ouvriers et les agriculteurs qui ont été abandonnés sur le chemin, puis les employés, et c’est maintenant au tour des jeunes diplômés d’être fragilisés. Les plans sociaux ne concernent plus seulement l’industrie mais les services, et même les banques… Dans les territoires de cette France périphérique, la dynamique dépressive joue à plein : à l’effondrement industriel succède celui des emplois présentiels lequel provoque une crise du commerce dans les petites villes et les villes moyennes.

Les gens aux Etats-Unis ou ailleurs ne se sont pas réveillés un beau matin pour se tourner vers le populisme. Non, ils ont fait un diagnostic, une analyse rationnelle : est-ce que ça marche pour eux ou pas. Et, rationnellement, ils n’ont pas trouvé leur compte. Et pas que du point de vue économique. S’il y a une exception française, c’est la victoire d’Emmanuel Macron, quand partout ailleurs les populistes semblent devoir l’emporter.

En quoi la victoire d’Emmanuel Macron est-elle un cas particulier ?

Emmanuel Macron est le candidat du front bourgeois. A Paris, il n’est pas anodin que les soutiens de François Fillon et les partisans de La Manif pour tous du XVIe arrondissement aient voté à 87,3 % pour le candidat du libéralisme culturel, et que leurs homologues bobos du XXe arrondissement, contempteurs de la finance internationale, aient voté à 90 % pour un banquier d’affaires. Mais cela ne fait pas une majorité. Si Emmanuel Macron l’a emporté, c’est qu’il a reçu le soutien de la frange encore protégée de la société française que sont les retraités et les fonctionnaires. Deux populations qui ont lourdement souffert au Royaume-Uni par exemple, comme l’a traduit leur vote pro-Brexit. Et c’est bien là le drame qui se noue en France. Car, parmi les derniers recours dont dispose la technocratie au pouvoir pour aller toujours plus avant vers cette fameuse adaptation, c’est bien de faire les poches des retraités et des fonctionnaires. Emmanuel Macron applique donc méticuleusement ce programme. Il semble récemment pris de vertige par le risque encouru pour les prochaines élections, comme le montre sa courbe de popularité, laquelle se trouve sous celle de François Hollande à la même période de leur quinquennat. Un autre levier, déjà mis en branle par Margaret Thatcher puis par les gouvernements du New Labour de Tony Blair, est la fin de l’universalité de la redistribution et la concentration de la redistribution. Sous couvert de faire plus juste, et surtout de réduire les transferts sociaux, on réduit encore le nombre de professeurs, mais on divise les classes de ZEP en deux, on limite l’accès des classes populaires aux HLM pour concentrer ce patrimoine vers les franges les plus pauvres, et parfois non solvables. De quoi fragiliser le modèle de financement du logement social en France, déjà mis à mal par les dernières réformes, et ouvrir la porte à sa privatisation, comme ce fut le cas dans l’Angleterre thatchérienne.

Cette situation, vous la décrivez comme explosive…

Partout en Europe, dans un contexte de flux migratoire intensifié, ce ciblage des politiques publiques vers les plus pauvres – mais qui est le plus pauvre justement, si ce n’est celui qui vient d’arriver d’un territoire 10 fois moins riche ? – provoque inexorablement un rejet de ce qui reste encore du modèle social redistributif par ceux qui en ont le plus besoin et pour le plus grand intérêt de la classe dominante. C’est là que se noue la double insécurité économique et culturelle. Face au démantèlement de l’Etat-providence, à la volonté de privatiser, les classes populaires mettent en avant leur demande de préserver le bien commun comme les services publics. Face à la dérégulation, la dénationalisation, elles réclament un cadre national, plus sûr moyen de défendre le bien commun. Face à l’injonction de l’hypermobilité, à laquelle elles n’ont de toute façon pas accès, elles ont inventé un monde populaire sédentaire, ce qui se traduit également par une économie plus durable. Face à la constitution d’un monde où s’impose l’indistinction culturelle, elles aspirent à la préservation d’un capital culturel protecteur. Souverainisme, protectionnisme, préservation des services publics, sensibilité aux inégalités, régulation des flux migratoires, sont autant de thématiques qui, de Tel-Aviv à Alger, de Detroit à Milan, dessinent un commun des classes populaires dans le monde. Ce soft power des classes populaires fait parfois sortir de leurs gonds les parangons de la mondialisation heureuse. Hillary Clinton en sait quelque chose. Elle n’a non seulement pas compris la demande de protection des classes populaires de la Rust Belt, mais, en plus, elle les a traités de « déplorables ». Qui veut être traité de déplorable ou, de ce côté-ci de l’Atlantique, de Dupont Lajoie ? L’appartenance à la classe moyenne n’est pas seulement définie par un seuil de revenus ou un travail d’entomologiste des populations de l’Insee. C’est aussi et avant tout un sentiment de porter les valeurs majoritaires et d’être dans la roue des classes dominantes du point de vue culturel et économique. Placées au centre de l’échiquier, ces catégories étaient des références culturelles pour les classes dominantes, comme pour les nouveaux arrivants, les classes populaires immigrées. En trente ans, les classes moyennes sont passées du modèle à suivre, l’american ou l’european way of life, au statut de losers. Il y a mieux comme référents pour servir de modèle d’assimilation. Qui veut ressembler à un plouc, un déplorable… ? Personne. Pas même les nouveaux arrivants. L’ostracisation des classes populaires par la classe dominante occidentale, pensée pour discréditer toute contestation du modèle économique mondialisé – être contre, c’est ne pas être sérieux – a, en outre, largement participé à l’effondrement des modèles d’intégration et in fine à la paranoïa identitaire. L’asociété s’est ainsi imposée partout : crise de la représentation politique, citadéllisation de la bourgeoisie, communautarisation. Qui peut dès lors s’étonner que nos systèmes d’organisation politique, la démocratie, soient en danger ?

Voir aussi:

Guilluy / Smith : démolition médiatique demandée!

Ces intellectuels qui pensent mal et que certains médias exécutent


Depuis la parution de leur dernier livre, Christophe Guilluy et Stephen Smith sont victimes d’une fatwa. Coupables de penser différemment de la majorité de la « communauté scientifique », sur les sujets démographiques et migratoires notamment, ils sont minutieusement disqualifiés médiatiquement. 


Une constante des liquidations professionnelles en sciences sociales est le mélange d’attaques personnelles – on s’en prend à l’auteur, on se livre à une analyse psychologique et idéologique de l’auteur, de son passé, de penchants politiques dont il n’est pas forcement conscient lui-même – et de critiques qui, pour être percutantes, nécessitent de faire des raccourcis ou une lecture partielle, parfois des démonstrations frauduleuses. Au mieux, on le taxe d’imprudence, au pire on l’accuse de faire le jeu du camp du mal et des heures les plus sombres qui ne sont pas toutes derrière nous.

Eux pour tous et tous contre un !

Deux affaires récentes racontent le règlement de compte de deux gêneurs, Stephen Smith et Christophe Guilluy. Le premier a écrit un livre traitant de l’avenir des migrations subsahariennes qui a rencontré un gros succès – La ruée vers l’Europe : La jeune Afrique en route pour le Vieux Continent. Le second vient de publier No Society, la fin de la classe moyenne occidentale, dont certains commentaires laissent à penser qu’il n’a pas été vraiment lu. C’est le cas lorsqu’on lui attribue l’expression « ancienne classe moyenne blanche » qui n’apparaît jamais dans son livre (Libération).

Dans ces deux affaires, un procès en légitimité est fait aux auteurs qui, contrairement à ceux qui les ont pris en grippe, n’auraient pas les compétences nécessaires pour traiter les sujets qu’ils abordent.

Deux solutions pour liquider professionnellement un gêneur : ou on y va seul, mais soutenu par des titres qui rendent la contestation quasiment impossible aux yeux du grand public ou des journalistes, ou, n’écoutant que son courage, on chasse en groupe et on se met à plusieurs pour revendiquer les compétences dont manquerait le fauteur de trouble.

« Vrai » scientifique contre « faux » scientifique

Le procès fait à Stephen Smith relève du premier cas. Le démolisseur, François Héran, est présenté, à tour de rôle ou en même temps, comme philosophe, anthropologue,  sociologue ou démographe, sans oublier ses titres académiques : directeur de l’Ined pendant 10 ans, fraîchement nommé professeur au Collège de France et directeur du tout récent Institut Convergences sur les migrations. Avec tout ça, il ne peut que parler d’or. C’est le syndrome Mister Chance. Si l’on y ajoute le fait que la première salve a été tirée dans une revue de réputation scientifique – Population & Sociétés, le quatre pages de l’Ined – l’effet médiatique est assuré. En effet, le plan de bataille a consisté à frapper fort sur le terrain scientifique, puis à finir le travail dans la presse ou sur internet. Le timing est impeccable. Et si l’accusé se rebelle, l’accusateur est à peu près sûr d’avoir le dernier mot ; un journal ne se risquerait pas à refuser ses pages à un aussi grand savant. Sans compter la reprise en boucle sur internet. Aucun décodeur donc pour voir si la réfutation, dénommée scientifique avec une certaine emphase par son auteur et ceux qui le répètent sans en connaître, tient la route. Pas même les « Décodeurs » du Monde qui titra le 12 septembre 2018 sur la « réponse des démographes », comme si un homme aussi prestigieux – « sociologue, anthropologue et démographe, meilleur spécialiste du sujet » – ne pouvait qu’entraîner l’ensemble de la profession derrière lui. Il faut dire, à la décharge du Monde, que la publication dans la supposée très sérieuse revue Population & sociétés de l’Ined peut le laisser croire.

Permis de tuer

Le succès provient d’abord de la satisfaction idéologique procurée par la dénégation d’un risque de migrations massives en provenance de l’Afrique. Ouf ! On croit tenir là un argument scientifique à opposer aux prophètes de malheur. Une lecture attentive et critique est alors impossible, y compris par les chercheurs en sciences sociales qui en auraient les moyens et dont c’est la mission. C’est ainsi que la sociologue Dominique Méda répondit ceci à Guillaume Erner, l’animateur des Matins de France Culture, qui l’interrogeait lundi 15 octobre sur la nécessité d’un débat avec ceux qui pensent mal (il était question de Christophe Guilluy): « Je pense qu’il faut absolument débattre. Je pense à une autre controverse sur l’immigration, le fait qu’on va être submergés par l’Afrique subsaharienne [là, Guillaume Erner intervient pour préciser qu’il s’agit de Stephen Smith et de François Héran qui ont été tous deux reçus, séparément, dans l’émission]… C’est très bien, évidemment il faut donner autant… Les médias ont un rôle absolument central… dans cette question. Il faut donner autant de place à l’un qu’à l’autre… Et montrer… François Héran a fait une démonstration magistrale pour montrer la fausseté des thèses du premier. Donc il faut absolument débattre. »

Cette déclaration de Dominique Méda est intéressante car elle dénote une conception du débat  particulière – débattre, oui, à condition d’être sûr d’écraser son adversaire – et un aveuglement sur les qualités scientifiques de la démonstration de François Héran, qu’elle qualifie de magistrale. Elle a donc privilégié sa satisfaction idéologique à l’interrogation scientifique qui aurait pu l’alerter sur le caractère frauduleux de la démonstration magistrale en question.

On ne « fact-check » pas les bons scientifiques !

J’ai la chance de porter un intérêt aux questions méthodologiques et d’avoir déjà exercé cet intérêt sur les écrits antérieurs de François Héran. Mais, comme on va le voir, la critique était à la portée d’un lecteur ordinaire. François Héran fait l’hypothèse, dans sa démonstration magistrale, qu’il existe un rapport fixe dans le temps entre la population résidant en Afrique subsaharienne et celle d’immigrés de cette origine résidant en Europe, et donc en France. Si la population subsaharienne double d’ici 2050, celle vivant en France doublerait aussi.

La première question à se poser est : est-ce que cette relation repose sur une observation antérieure ? Les instituts de statistiques, lorsqu’ils élaborent des projections, apportent un soin tout particulier à quantifier ce qui s’est passé avant le démarrage de la projection. Il serait, à cet égard, utile d’avoir l’avis de l’Insee qui réalise les projections de population pour la France sur la méthode de projection de François Héran.

Que disent donc les observations rétrospectives de ce rapport supposé fixe par François Héran ? De 1982 à 2015, la population immigrée d’Afrique hors Maghreb a été multipliée par 5,1 en France, alors qu’elle ne l’a été que par 2,4 en Afrique hors Maghreb. L’hypothèse à la base de la démonstration magistrale est donc fausse et conditionne entièrement la conclusion qu’en tire François Héran. Ce raisonnement était à la portée de tous, a fortiori des sept membres du comité de rédaction de Population & Sociétés, dont le rédacteur en chef Gilles Pison. Là aussi, la satisfaction idéologique et le fait que tous partagent la même idéologie ont prévalu sur l’esprit critique attendu d’un comité de rédaction. C’est même la partie de l’histoire qui m’attriste le plus : les relecteurs de la revue de vulgarisation de l’Ined, institut public de recherche scientifique, n’y ont vu que du feu.

Je passe ici sur la morgue et le mépris affichés à l’égard de Stephen Smith dans d’autres publications. Cette exécution s’est faite au prix d’une simplification outrancière de son livre qui, rappelons-le, présente, en conclusion, cinq scénarios qui ne se réduisent pas à celui critiqué par François Héran dans lequel Stephen Smith se demande ce qui se passerait si l’Afrique subsaharienne rejoignait en trente ans un niveau de développement équivalent à celui du Mexique.

« Je ne veux pas dire que Christophe Guilluy serait mandaté par le RN, mais… »

Dans le cas de Christophe Guilluy, traité par le géographe, Jacques Lévy, invité le 9 octobre des Matins de Guillaume Erner sur France Culture, d’ « idéologue géographe du Rassemblement national », ce sont vingt-et-un géographes, historiens, sociologues, politistes, membres de la rédaction de la revue Métropolitiques, qui se sont chargés de l’exécution pour la partie scientifique, quand Thibaut Sardier, journaliste à Libération se chargeait du reste consistant, pour l’essentiel, à trouver une cohérence à des potins glanés auprès de personnes ayant côtoyé Christophe Guilluy ou ayant un avis sur lui.

La tribune des vingt-et-un s’intitule « Inégalités territoriales : parlons-en ! » On est tenté d’ajouter : « Oui, mais entre nous ! ». On se demande si les signataires ont lu le livre qu’ils attaquent, tant la critique sur le fond est générale et superficielle. Ils lui reprochent d’abord le succès de sa France périphérique qui a trouvé trop d’échos, à leur goût, dans la presse, mais aussi auprès des politiques, de gauche comme de droite. Pour le collectif de Métropolitiques, Christophe Guilluy est un démagogue et un prophète de malheur qui, lorsqu’il publie des cartes et des statistiques, use « d’oripeaux scientifiques » pour asséner des « arguments tronqués ou erronés », « fausses vérités » qui ont des « effets performatifs ». Christophe Guilluy aurait donc fait naître ce qu’il décrit, alimentant ainsi « des visions anxiogènes de la France ». Ce collectif se plaint de l’écho donné par la presse aux livres de Christophe Guilluy qui soutient des « théories nocives », alors que ses membres si vertueux, si modestes, si rigoureux et si honnêtes intellectuellement sont si peu entendus et que « le temps presse ». Le même collectif aurait, d’après Thibaut Sardier, déclaré que l’heure n’était plus aux attaques ad hominem ! On croit rêver.

Thibaut Sardier, pour la rubrique « potins », présente Christophe Guilluy comme un « consultant et essayiste […], géographe de formation [qui] a la réputation de refuser les débats avec des universitaires ou les interviews dans certains journaux, comme Libé ». L’expression « géographe de formation » revient dans le texte pour indiquer au lecteur qu’il aurait tort de considérer Christophe Guilluy comme un professionnel de la géographie au même titre que ceux qui figurent dans le collectif, qualifiés de chercheurs, ou que Jacques Lévy. Je cite : « Le texte de Métropolitiques fait écho aux relations houleuses entre l’essayiste, géographe de formation, et les chercheurs. » Si l’on en croit Thibaut Sardier, Christophe Guilluy aurait le temps d’avoir des relations avec LES chercheurs en général. Le même Thibaut Sardier donne à Jacques Lévy, le vrai géographe, l’occasion de préciser sa pensée : « Je ne veux pas dire qu’il serait mandaté par le RN. Mais sa vision de la France et de la société correspond à celle de l’électorat du parti. » Le journaliste a tendance à lui donner raison. La preuve : « La place qu’il accorde à la question identitaire et aux travaux de Michèle Tribalat, cités à droite pour défendre l’idée d’un ‘grand remplacement’ plaide en ce sens. » Thibaut Sardier se fiche pas mal de ce que j’ai pu effectivement écrire – il n’a probablement jamais lu aucun de mes articles ou de mes livres – tout en incitant incidemment le lecteur à l’imiter, compte tenu du danger qu’il encourrait s’il le faisait. Ce qui compte, c’est que je sois lue et citée par les mauvaises personnes.

« Peut-on débattre avec Christophe Guilluy ? »

Ne pas croire non plus à l’affiliation à gauche de Christophe Guilluy. Le vrai géographe en témoigne : « On ne peut être progressiste si on ne reconnaît pas le fait urbain et la disparition des sociétés rurales. » Voilà donc des propos contestant l’identité politique que Christophe Guilluy pourrait se donner pour lui en attribuer une autre, de leur choix, et qui justifie son excommunication, à une époque où il est devenu pourtant problématique d’appeler Monsieur une personne portant une moustache et ayant l’air d’être un homme !

Et l’on reproche à Christophe Guilluy de ne pas vouloir débattre avec ceux qui l’écrasent de leur mépris, dans un article titré, c’est un comble, « Peut-on débattre avec Christophe Guilluy ? » Mais débattre suppose que l’on considère celui auquel on va parler comme son égal et non comme une sorte d’indigent intellectuel que l’on est obligé de prendre en compte, de mauvais gré, simplement parce que ses idées ont du succès et qu’il faut bien combattre les théories nocives qu’il développe.

Voir encore:

Peut-on débattre avec Christophe Guilluy ?

Thibaut Sardier

Le géographe, théoricien de la «France périphérique», annonce dans son dernier essai la disparition de la classe moyenne occidentale. Celui qui avait ouvert une réflexion intéressante sur les inégalités de territoires a radicalisé son discours. Quitte à refuser toute controverse ?

Consultant et essayiste, Christophe Guilluy, géographe de formation, a la réputation de refuser les débats avec des universitaires ou les interviews dans certains journaux, comme Libé. Pourtant, il y a matière à discussion. Son dernier livre, No Society (Flammarion, 2018), élargit à l’Occident des réflexions auparavant centrées sur la France et explique que les classes moyennes ont disparu, créant des sociétés de plus en plus polarisées. D’un côté, Guilluy distingue des dominants vainqueurs de la mondialisation, volontairement retranchés à l’abri des grandes métropoles. De l’autre, l’ancienne classe moyenne blanche, appauvrie, se trouve selon lui reléguée dans les espaces ruraux et périurbains, ce que Guilluy englobe sous le terme «France périphérique» quand il ne s’intéresse qu’à l’Hexagone. Ces perdants de la mondialisation conserveraient toutefois un soft power dont on trouve la trace dans la victoire de Trump et des partis populistes européens, qui défendraient les sujets jusqu’ici négligés par les élites : «Souverainisme, protectionnisme, préservation des services publics, refus des inégalités, régulation des flux migratoires, frontières, ces thématiques dessinent un commun, celui des classes populaires dans le monde», écrit-il.

A ses contradicteurs, Guilluy oppose une fin de non-recevoir. Il invite à ne pas écouter «les médias» et «le monde académique», dont le discours a pour seul but de légitimer les dominants. A plus forte raison s’ils tentent d’introduire de la nuance : «Cette rhétorique […] vise à mettre en avant la complexité pour mieux occulter le réel. Dans ce schéma, les classes populaires n’existent pas, la France périphérique non plus.»

Certains tentent pourtant le débat contradictoire. Dans la tribune qu’ils signent, les membres de la revue en ligne Métropolitiques, spécialisée dans les questions d’aménagement urbain, appellent à des débats sur les enjeux socio-spatiaux que connaissent nos sociétés. Rédacteur en chef de la revue, Aurélien Delpirou (1) justifie l’initiative : «Les débats sont préemptés par quelques figures devenues référentes pour les médias et pour les politiques. Il y a un grand décalage entre les idées qu’ils véhiculent et les savoirs académiques.» Premier objectif : critiquer les éléments qui fondent le raisonnement de Guilluy. Membre de Métropolitiques, la sociologue Anaïs Collet montre la difficulté à parler de disparition de la classe moyenne en France : «Même si on se limite aux « professions intermédiaires » de l’Insee, qui en forment le cœur incontestable pour les définir, les classes moyennes regroupent encore un quart des actifs, une proportion qui reste en croissance.» La chercheuse réfute aussi l’hypothèse d’un décrochage des classes moyennes d’hier, qui seraient devenues les classes populaires d’aujourd’hui : «Depuis trente ans, les enfants des professions intermédiaires sont la catégorie qui a le plus progressé parmi les diplômés du supérieur, même si les plus fragiles sont effectivement en difficulté.»

Mais la controverse entre Guilluy et le monde universitaire dépasse les enjeux scientifiques, elle concerne aussi les questions politiques. Organisé autour de l’idée que «Guilluy contribue, avec d’autres, à alimenter des visions anxiogènes de la France», le texte de Métropolitiques fait écho aux relations houleuses entre l’essayiste, géographe de formation, et les chercheurs. Le 9 octobre sur France Culture, Jacques Lévy le présentait comme un «idéologue géographe du Rassemblement national». Le géographe précise à Libération : «Je ne veux pas dire qu’il serait mandaté par le RN. Mais sa vision de la France et de la société correspond à celle de l’électorat du parti.» Dans No Society, la place qu’il accorde à la question identitaire et aux travaux de Michèle Tribalat, cités à droite pour défendre l’idée d’un «grand remplacement», plaide en ce sens. Difficile pourtant de situer politiquement Guilluy. Docteur en géographie, Laurent Chalard a retracé les étapes de sa réception politique. Il rappelle que ses premières tribunes furent publiées dans des journaux de gauche comme Libé dans les années 2000, et qu’il fut reçu à l’Elysée tant par Nicolas Sarkozy que par François Hollande. «Il a un fort prisme marxiste, avec la grande place donnée aux classes sociales, mais aussi une influence chevènementiste, avec un attachement à la souveraineté nationale», précise Chalard. Pour Lévy, l’opposition nette qu’il opère entre des métropoles mondialisées et des périphéries héritières de la France rurale le rattache à un courant conservateur. «On ne peut être progressiste si on ne reconnaît pas le fait urbain et la disparition des sociétés rurales», explique Lévy.

A la question politique s’ajoute celle de la médiatisation. «Sa médiatisation débute en 2011-2012, lorsque ses thèses sont reprises par Sarkozy,explique Chalard. Cela suscite une méfiance vis-à-vis de Guilluy, qui n’a pas de doctorat et se tient à l’écart du monde universitaire. Certains mandarins estiment que ce sont eux qui devraient avoir voix au chapitre.» A rebours des premiers ouvrages comme l’Atlas des nouvelles fractures françaises ou Fractures françaises, plutôt bien accueillis par nombre d’universitaires qui disent y avoir trouvé des pistes de réflexion, ceux parus à partir de 2014 sont jugés plus polémiques et scientifiquement peu fondés, ce qui débouche sur un «Guilluy bashing» parfois jugé excessif. C’est le cas de Pierre Veltz, économiste et sociologue : «Même s’il n’était pas le premier, il a pointé le fait que les groupes en difficulté ne se trouvent pas uniquement dans les banlieues, qu’il y avait aussi un décrochage dans les périphéries (2)», analyse-t-il avant de nuancer : «Mais contrairement à ce qu’il dit, les fractures sociales traversent les territoires.» Même constat pour l’économiste Laurent Davezies : «Il s’est fait lyncher. Cela l’a poussé à radicaliser son discours.»

Avec ses deux derniers ouvrages, c’est bien cette «radicalisation» qui pose problème, car elle diffuse une vision pessimiste des questions sociales et spatiales qui, par son succès médiatique, devient une prophétie autoréalisatrice. «Après dix ans à répéter les mêmes termes, vous construisez une réalité», explique l’économiste Frédéric Gilli, membre de Métropolitiques. Or, d’autres lectures sont possibles : «En France, les inégalités sont relativement contenues, grâce notamment à la redistribution. Elles sont bien plus fortes dans les pays anglo-saxons ou les pays émergents», souligne Veltz. Christophe Guilluy répondrait sans doute que son dernier livre s’intéresse désormais à tout l’Occident.

Pour l’équipe de Métropolitiques, qui signe la tribune, l’heure n’est plus aux attaques ad hominem. Il ne s’agit pas de refuser à Guilluy sa légitimité à parler, mais de revendiquer la possibilité de débattre pour élaborer une vision plus pertinente du territoire : «La France a longtemps construit son imaginaire territorial autour des campagnes, par opposition à la ville. Malgré l’urbanisation du territoire, nous sommes restés dans ce mode binaire», explique Gilli, qui espère ainsi «une société plus apaisée». Pour cela, il faudra poursuivre les efforts de vulgarisation, dans les médias, «mais aussi dans nos cours, où nous ne cessons de vulgariser les connaissances», souligne Collet. Un défi : il est plus délicat d’émettre des idées complexes que des oppositions binaires entre dominants et dominés, ou entre métropoles et espaces périphériques. Pas facile de nuancer l’idée d’un crépuscule de la France sans nier pour autant les difficultés des territoires.

(1) Trois signataires de la tribune sont cités dans cet article : Aurélien Delpirou, Anaïs Collet et Frédéric Gilli.

(2) La France invisible de Stéphane Beaud, Joseph Confavreux, Jade Lindgaard (La Découverte, 2006).

Voir enfin:

Face au Brexit, à Trump, aux populismes, le Front des bourgeoisies sort les crocs

«There is no society» : la société, ça n’existe pas. C’est en octobre 1987 que Margaret Thatcher prononce ces mots. Depuis, son message a été entendu par l’ensemble des classes dominantes occidentales. Voyage dans l’histoire du scandale de la destruction des classes moyennes, avec « No Society », le dernier livre de Christophe Guilluy, publié chez Flammarion. Extrait 1/2.

Représentantes autoproclamées de la société ouverte et du vivre-ensemble, les classes dominantes et supérieures du XXIe siècle ont réalisé en quelques décennies ce qu’aucune bourgeoisie n’avait réussi auparavant : se mettre à distance, sans conflit ni violence, des classes populaires. La citadellisation, que la technostructure appelle « métropolisation », n’est que la forme géographique du processus de sécession des bourgeoisies au temps de la mondialisation.

Une bourgeoisie asociale

L’arnaque de la société ou de la ville ouverte offre au monde d’en haut une supériorité morale qui lui permet de dissimuler la réalité de son repli géographique et culturel. L’« open society » est certainement la plus grande fake news de ces dernières décennies. En réalité, la société ouverte et mondialisée est bien celle du repli du monde d’en haut sur ses bastions, ses emplois, ses richesses. Abritée dans ses citadelles, la bourgeoisie « progressiste » du XXIe siècle a mis le peuple à distance et n’entend plus prendre en charge ses besoins. L’objectif est désormais de jouir des bienfaits de la mondialisation sans contraintes nationales, sociales, fiscales, culturelles… et, peut-être, demain, biologiques.

En 1979, l’historien et sociologue Christopher Lasch révélait comment la culture du narcissisme et de l’égoïsme allait conduire l’Amérique à sa ruine antisociale. Il dessinait déjà avec précision le portrait d’une nouvelle bourgeoisie asociale, et notamment son incapacité à évoluer et à interagir en dehors de ses propres réseaux. Inadaptée à la vie en société, elle vit aujourd’hui totalement dans le déni de la réalité des classes populaires.

On comprend dans ce contexte que l’émergence du monde des périphéries populaires et la menace qu’elle fait peser aient provoqué un tel vent de panique dans le monde d’en haut. Un petit monde de plus en plus fermé qui semble désormais tenté par la fuite de Varennes.

Vent de panique : le front des bourgeoisies

La vague populiste qui traverse l’Occident a déclenché un mouvement de panique sans précédent au sein de la classe dominante. Rappelons-nous par exemple les réactions politiques, médiatiques, académiques suscitées par le vote en faveur du Brexit ou l’élection de Donald Trump. Insultes, refus affichés des résultats électoraux : le comportement des classes dominantes et supérieures a révélé tous les symptômes de l’hystérie d’une bourgeoisie asociale. Découvrant la fragilité de sa position, le monde d’en haut a réagi en faisant front et en renforçant sa bunkerisation.

Extrait de No Society, Christophe Guilluy, Flammarion, 2018.

Comment l’Etat, et donc les hommes politiques, sont devenus dépendants des marchés financiers

«There is no society» : la société, ça n’existe pas. C’est en octobre 1987 que Margaret Thatcher prononce ces mots. Depuis, son message a été entendu par l’ensemble des classes dominantes occidentales. Voyage dans l’histoire du scandale de la destruction des classes moyennes, avec « No Society », le dernier livre de Christophe Guilluy, publié chez Flammarion. Extrait 2/2.

Atlantico

L’abandon du bien commun accompagne fatalement le processus de sécession du monde d’en haut. Ne pouvant assumer politiquement cette démission, et notamment le démantèlement d’un État-providence jugé trop coûteux, les classes dominantes ont créé les conditions de leur impuissance à réguler, à protéger. Cela passe par une dépendance accrue au système bancaire et aux normes supranationales du modèle mondialisé. Peu à peu, les marges de manœuvre des pouvoirs publics et politiques se sont ainsi réduites. Cet affaiblissement progressif de la gouvernance politique et sociale permet aujourd’hui de justifier la fuite en avant économique et sociétale promue par des classes dominantes désormais irresponsables.

Créer les conditions de l’impuissance des pouvoirs publics

Depuis des décennies, la classe dominante n’a de cesse de déplorer les conséquences d’un modèle économique et sociétal qu’elle promeut par ailleurs avec constance. Elle plébiscite par exemple un modèle fondé sur la division internationale du travail qui condamne les classes populaires occidentales, mais feint de déplorer l’explosion du chômage et de la précarité. Elle abandonne sa souveraineté monétaire à la Commission européenne et aux marchés financiers mais s’inquiète aujourd’hui de l’explosion de la dette et de la dépendance des États aux banques.

Si les effets de la « loi de 1973 » font débat (entre libéraux et antilibéraux de gauche et de droite) et qu’elle n’est évidemment pas la cause unique de l’envolée de l’endettement français (les emprunts d’État existaient avant 1973), elle a néanmoins contribué à créer les conditions d’un renforcement de la dépendance aux marchés financiers. Cette loi, inspirée de la Réserve fédérale américaine, interdit à la Banque centrale de faire des avances au Trésor français, c’est-à-dire de prêter de l’argent à l’État à un taux équivalent à zéro. Obligé de financer son endettement par des emprunts aux banques privées, l’État perd alors une part essentielle de sa souveraineté. Ce mécanisme, opérationnel dans l’ensemble des pays développés, a permis à l’industrie de la finance de prendre le contrôle de l’économie, mais aussi du monde politique. La suite est connue. La dépendance à l’industrie de la finance plonge les États dans la spirale de la dette en justifiant la nécessité d’une baisse des dépenses publiques et à terme le démantèlement de l’État-providence. Protégé par son impuissance, le très rebelle François Hollande pouvait déclarer sans risque : « Mon ennemi, c’est la finance », et suggérer une hypothétique reprise en main du politique sur la banque (la fameuse promesse de la séparation entre les banques de dépôts et les banques d’affaires), il savait que cette proposition transgressive ne serait jamais suivie d’effet.


Grievance studies: Quelle folie identitaire ? (As it leaks into other fields like education, social work, media, psychology and sociology, corrupt scholarship undermines the legitimacy and reputations of universities, skews politics, drowns out needed conversations and pushes the culture war to ever more toxic and existential polarization, US researchers warn)

6 octobre, 2018
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. René Girard
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama (2008)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
J’entends des voix apeurées qui nous appellent à construire des murs. Plutôt que des murs, nous voulons aider les gens à construire des ponts. Mark Zuckerberg
The scholars promoting this concept claim that it is a microaggression even when someone says “I don’t see you as black,” or claims to be colorblind, or purports not to be a sexist, or in general doesn’t “acknowledge” one’s race membership or gender. But let’s face it — it’s considered racist for whites to treat any trait as “black.” If we accept that, then we can’t turn around and say they’re racists to look at black people as just people. That particular aspect of the microaggression notion seems fixed so that whites can’t do anything right. One can’t help sensing a notion that this would be perhaps “payback” for whites and the nasty society they stuck us with. But all it does is create endless conflict, under an idea that basically being white is, in itself, a microaggression. That, however, is neither profound nor complex — it’s just bullying disguised as progressive thought. Let’s call it microaggression when people belittle us on the basis of stereotypes. Creating change requires at least making sense. John McWorther
Il n’y a pas longtemps, l’apartheid régnait en Afrique du sud. Reposant sur la ségrégation des Noirs, il voulait se disculper en créant des bantoustans où une autonomie factice leur était concédée. Un tel système a heureusement disparu. Et voici qu’aujourd’hui, c’est un apartheid d’un nouveau genre qui est proposé à la France, une ségrégation à l’envers grâce à laquelle les « dominés » préserveraient leur dignité en se mettant à l’abri des « dominants ». Mais alors, cela veut dire qu’une femme qui ôte le voile et sort dans la rue deviendrait une proie normale ? Cela veut dire qu’une « race » qui côtoie les autres serait humiliée ? Cela veut dire qu’une religion qui accepte de n’être qu’une parmi d’autres perdrait la face ? (…) À quoi peut donc servir ce ségrégationnisme nouvelle manière ? Doit-il seulement permettre aux soi-disant « dominés » de sauvegarder leur pureté en vivant entre eux ? N’a-t-il pas surtout pour but d’affirmer la sécession avec la communauté nationale, avec ses lois et ses mœurs ? N’est-il pas l’expression de la haine la plus caractérisée à l’égard de notre pays et de la démocratie ? Que chacun vive dans la loi de sa communauté ou de sa caste et dans le mépris de celle des autres, que chacun ne soit jugé que par les siens, cela est contraire à l’esprit de la République. Celle-ci a été fondée sur le refus de droits privés s’appliquant à des catégories spécifiques et exclusives, autrement dit sur l’abolition des privilèges. Les mêmes lois pour chacun de nous, voilà ce que nous garantit au contraire la République. C’est ce qu’on appelle tout simplement la Justice. Le nouveau séparatisme avance masqué. Il veut paraître bénin, mais il est en réalité l’arme de la conquête politique et culturelle de l’islamisme. L’islamisme veut être à part car il rejette les autres, y compris les musulmans qui ne partagent pas ses vues. L’islamisme déteste la souveraineté démocratique car elle lui refuse toute légitimité. L’islamisme se sent humilié lorsqu’il ne domine pas. Manifeste contre le séparatisme islamique
Récapitulons : Donald Trump est la vulgarité incarnée. Viktor Orban menace la démocratie. Le premier entache les États-Unis de ses comportements grossiers. Le second viole, en Hongrie, l’indépendance de la justice et la liberté de la presse. Ce tableau est brossé, en France, par la Macronie et ses médias. Pourtant, c’est le chef de l’État qui a longtemps fait obstacle à la nomination du nouveau procureur de Paris : trois candidats à la succession de François Molins, proposés par la Chancellerie, ont d’abord été retoqués par l’Élysée en dépit des usages. Le Parquet national financier, qui a sonné l’hallali contre François Fillon en 2017, a toujours ses liens avec l’exécutif. Quant à la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, elle a assigné à l’audiovisuel public la mission de « changer les mentalités sur le terrain » et de « devenir le miroir de nos différences  ». France Culture vient d’ailleurs de remercier l’impertinent Michel Onfray. Le gouvernement rêve aussi de mettre l’Internet, refuge des dissidents, sous surveillance… Bref, Emmanuel Macron reproche à Orban ce qu’il pratique. La pensée dominante en rajoute dans l’obligation de bêler en chœur, lorsqu’elle dénonce les récalcitrants comme des ennemis du Bien. Quant à ceux qui accablent Trump, ils ne voient rien de la métamorphose de Macron. Il a été salué pour avoir su se glisser, avec talent et élégance, dans les habits de président. Or, depuis, un Dorian Gray s’ébauche derrière le personnage fiévreux et transgressif. « Alexandre Benalla n’est pas mon amant  », croit utile de préciser, en juillet, le chef de l’État pour démentir un ragot sur son garde du corps. Imaginer le général de Gaulle se prêter à une telle confidence donne la mesure de l’effondrement de la politique. Pour avoir abandonné sa posture « jupitérienne », voilà le président prêt à tout pour faire peuple. À côté, Nicolas Sarkozy et François Hollande incarneraient presque la sophistication. Et c’est Trump qui, par contraste, se montre respectable. « Le pouvoir ressemble au Titanic, dont le ministre de l’Intérieur vient de s’échapper mardi. Le naufrage sera difficile à éviter. Les premiers effets du revirement dans la communication élyséenne viennent d’ailleurs de produire une image désastreuse, samedi, à Saint-Martin, aux Antilles. Une photo, prise dans la moiteur d’une HLM, montre le président en bras de chemise entouré, amusé, de deux jeunes Antillais. Celui qui est à sa droite, contre qui le président colle son épaule, est torse nu. Son pantalon largement baissé laisse voir son caleçon. Le petit voyou fait un doigt d’honneur. Celui qui est à sa gauche, casquette à l’envers, vêtu d’un débardeur blanc, s’est présenté comme braqueur tout juste sorti de prison. Tout est vulgaire: la désinvolture des deux cousins, la complicité ambiguë du président. L’image en rappelle une autre, prise à l’Élysée, en juin, lors de la Fête de la musique: le couple Macron pose, entouré du groupe techno Kiddy Smile. Les artistes se revendiquent «fils d’immigrés, noirs et pédés». Ils portent des shorts et des maillots en résille. La Macronie perd pied, en voulant voir du racisme dans les critiques portées contre ces attitudes présidentielles. Lundi, la secrétaire d’État, Marlène Schiappa, a qualifié Marine Le Pen de «leader d’un grand parti raciste, d’extrême droite» au prétexte que la présidente du RN avait jugé la photo antillaise «impardonnable». Le député LaREM, Aurélien Taché, estime que «tous ceux qui polémiquent ne supportent tout simplement pas que la France, à tous les niveaux, change de visage». En fait, le racolage ethnique auquel se prête le chef de l’État ressemble à une ode au grand remplacement racialiste. Il est loisible de voir un deux poids deux mesures dans la réaction de Macron quand, le 18 juin dernier à Paris, il rabroue un Gavroche qui venait de l’appeler «Manu»: «Tu te comportes comme il faut. Il faut que tu m’appelles Monsieur le président de la République, ou Monsieur, d’accord?» Faut-il comprendre que le Noir serait dispensé des codes exigés du Blanc? Le sommet de l’État ne tourne plus rond. (…) Du prophète exalté qui disait incarner le nouveau monde, il ne reste qu’un masque tombé à terre. Le contraste est saisissant entre la machine de guerre savamment élaborée par Macron et les siens pour accéder au pouvoir, et l’état d’impréparation que révèle la démission de Collomb. Le vide est tel, au cœur du pouvoir, que l’intérim a dû être confié au premier ministre. Il est vrai que les dossiers de l’Intérieur – immigration, islam, violence, terrorisme – ont été de ceux que le macronisme a abandonnés aux populistes, pour leur plus grand profit. Mercredi, lors de la passation de pouvoir avec Édouard Philippe, Collomb a évoqué la situation «très dégradée» des quartiers difficiles: «On vit côte à côte, je crains que demain on ne vive face à face.» Mais cela fait longtemps que l’affrontement s’enracine entre deux France, deux peuples, deux civilisations que tout sépare. Le braqueur Redoine Faïd, interpellé mercredi à Creil (Oise), passait inaperçu sous une burqa, en dépit de la loi interdisant ce voile intégral ; il est devenu banal dans les cités. Macron perpétue la démission de l’État. Shahnourh Varinag Aznavourian s’était fait appeler Charles Aznavour, en hommage à la France qui avait accueilli ses parents arméniens. «J’ai abandonné une grande partie de mon arménité pour être français. Il faut le faire, ou il faut partir», avait-il expliqué en 2013. La mort du chanteur, lundi, devrait être un hommage à l’assimilation. Ivan Rioufol
A la fin, Gérard Collomb a réalisé qu’il n’y arriverait pas ; que la situation sécuritaire de la France était telle que lui, le ministre, n’aurait pas la force de conduire ses troupes à cette dure bataille. En prime, à Lyon, une amorce de fronde à l’idée de son retour… Mais voici l’essentiel : chez les hauts cadres du ministère de l’Intérieur, chez les patrons et chefs syndicalistes de la police, chez les officiers supérieurs de la gendarmerie, la nuit-cauchemar de la victoire française en coupe du monde de foot, le 16 juillet passé, a servi de brutal révélateur ; a ouvert les yeux des plus naïfs partisans du vivre-ensemble. Oh bien sûr, le bon peuple est resté dans l’ignorance de ce que fut cette nuit chaotique. Au nom de la « diversité » et de l' »inclusion », les médias des milliardaires et les radios du « service public » ont, tant qu’ils l’ont pu, préservé le « sacre de l’équipe de France ». « Quelques incidents à déplorer…des débordements et dégradations… La fête a mal tourné… Des gestes festifs ont parfois dérivé…  » : ce soir là, euphémismes et propos édulcorants ont inondé ces médias. Mais sur le terrain, une « ambiance bon enfant », vraiment ? A Lyon, Paris, Caen, Marseille, Rouen, Grenoble, Chambéry, Aix-Les-Bains, Nice Vallauris, Menton, Toulouse, Caen, Honfleur, Mulhouse, Strasbourg, Saint-Louis, Nantes, Lille, etc., des bandes déchainées brûlent des voitures par dizaines, « sèment la désolation », transforment les centres de vingt villes en « zones de guerres ». Les racailles assaillent les policiers, agressent des filles et frappent celles qui résistent, incendient des boutiques et des commissariats au Cocktail-Molotov. Un magistrat lyonnais dénonce une « véritable guérilla urbaine ». Des fêtards sont dévalisés ou lynchés dans les rues, des boutiques pillées, du mobilier urbain détruit. Les Champs-Elysées semblent avoir subi un tsunami. En plein tumulte criminel, les pompiers et les Samu passent une nuit d’enfer, leurs véhicules de secours aux victimes parfois hors d’usage. Des journalistes filmant l’émeute sont roués de coup et finissent aux urgences. Et le football là dedans ? Les émeutiers s’en balancent, bien sûr : ce sont pour l’essentiel les mêmes qui, au stade, sifflent l’équipe de France et le drapeau français. Pour eux, le plaisir est dans l’émeute, la force de la bande – montrer qui domine le territoire ; d’ineptes sociologues osant encore parler de « violences gratuites », quand la plupart des interpellés sont  » déjà connus de la justice pour vols, violences sur dépositaires de l’ordre public, dégradations de véhicules, etc. » Cette nuit là, tous les responsables de la sécurité publique de France – ministre en tête – réalisent que les réformettes genre « police de proximité » vont à l’échec. Regardons la liste des « quartiers de reconquête républicaine de 2018-2019 » : en région parisienne, c’est une litanie des pires coupe-gorge défrayant la chronique criminelle depuis des décennies : Sarcelles-Lochères… La Dame-Blanche à Garges-les-Gonesse… Le Luth à Gennevilliers… Les Hauts d’Asnières… Le Gros-Saule à Aulnay… Les Beaudottes à Sevran… La ZSP-Torcy… Le Cours du Luzard à Noisiel… les Merisiers à Trappes… Le Bois-L’Abbé et les Mordacs à Champigny… Les Tarterêts à Corbeil… Paris-La Chapelle… Des sites-cauchemar de la « Politique de la Ville », mi-Cours des miracles, mi-Pistes Ho-chi-Minh, d’où l’ordre républicain s’est évanoui depuis parfois un demi-siècle ; où notoirement, des gangs criminels font la loi ; où des policiers et pompiers, attirés dans des embuscades, sont lynchés plus souvent qu’à leur tour. Or sans moyens massifs, la « police de sécurité du quotidien » du ministère de l’intérieur n’est qu’un risible cache-misère : saupoudrage de policiers, effilochés dans le temps… constant usage du « déshabiller Pierre pour habiller Paul »… Des gadgets high-tech (des tablettes) pour abolir un enracinement criminel de parfois cinquante ans…. Ce, quand un récent rapport sénatorial dénonce le profond malaise de forces de sécurité intérieure, démotivées et découragées. Déclassement, dénuement matériel, véhicules et parc immobilier « en état critique » : voilà l’armée de l’Intérieur censée – sans rire – « construire une société rassemblée et apaisée ». Mais le quotidien des flics du terrain, c’est plutôt « une policière tabassée devant sa fille de trois ans par un dealer et son frère » – et une préoccupante vague de suicides. Coup de grâce : Le 30 septembre, le président Macron donne un entretien d’une page et demie au Journal du Dimanche. « Face à la tempête »… mais pas une seule fois, un seul mot sur la sécurité ou quoi que ce soit d’approchant. Vous êtes ministre de l’Intérieur et votre président oblitère totalement la sécurité comme problème national majeur. Alors vous lâchez la rampe. Et laissez votre successeur – et le président – devant les décombres. Xavier Raufer
Les déclarations fracassantes de Gérard Collomb, ex-ministre de l’Intérieur, au matin de sa passation de pouvoir à Edouard Philippe, Premier ministre, montrent que la juxtaposition de ces deux nations aujourd’hui en France engendre un risque d’affrontement. Nous sommes aujourd’hui «côte à côte» (sous-entendu musulmans et non-musulmans) a dit Gérard Collomb, mais rien ne garantit que demain nous ne serons pas «face à face». Cet avis de guerre civile en bonne et due forme a été proféré par l’homme qui, pendant un an et demi, Place Beauvau, a eu sous les yeux, au quotidien, tous les rapports de police et de gendarmerie. Gérard Collomb est partie prenante de l’élite politique française. Il abandonne son poste en informant que la guerre civile est à nos portes. Une fuite qui à elle seule justifie mon titre «Le Grand Abandon». L’avertissement aurait eu plus de force s’il avait été proféré par un ministre en exercice. L’avoir prononcé sur le pas de la porte a fait que certains médias ne l’ont même pas repris. (…)  Mais en France, la nation islamique a été fabriquée de toutes pièces. Elle est le résultat d’une politique. Les élites françaises, c’est-à-dire les grands corps de l’État, les partis politiques, les experts, les magistrats, les médias, les élites culturelles… ont, pour de multiples raisons, plusieurs décennies durant – et encore aujourd’hui – encouragé et légitimé l’immigration musulmane. Cette préférence des élites pour l’islam a produit un fossé abyssal entre la France d’en haut et la France d’en bas. Le Baromètre de la Confiance que le Cevipof, le centre de recherches de Sciences Po, publie année après année, illustre parfaitement le phénomène: la majorité de la population française témoigne à l’égard de sa classe politique d’une gamme de sentiments qui va de l’écœurement au dégoût, en passant par le rejet et l’indifférence. Et sur quoi se cristallise cette rupture entre le haut et le bas de la société? Sur l’islam jugé trop invasif et l’immigration jugée excessive. Curieusement, ce baromètre du Cevipof sauve la mise de deux institutions, l’armée et la police qui jouissent d’un taux de confiance de près de 80 %. (…) L’immigration a été voulue et organisée, mais l’islamisation de cette immigration n’était sans doute pas inscrite au menu. Si l’immigration se poursuit malgré l’islamisation, c’est sans doute que nos élites la jugent insignifiante. Ou bien qu’elle leur est indifférente. (…) La constance avec laquelle le Conseil d’État a aidé à la constitution d’une nation islamique en France est sidérante. Je liste dans mon livre tous les arrêts du Conseil d’État favorables à l’immigration musulmane, favorables au voile, favorables au burkini, favorables à la burqa, favorables aux familles polygames et j’en passe. Idem pour le Conseil constitutionnel qui trouve conforme à l’intérêt général de laisser les écoles salafistes proliférer ou de supprimer, au nom de la «solidarité», les peines qui frappaient autrefois les délinquants qui facilitaient l’immigration clandestine. Mon livre passe également au crible l’étrange aveuglement de l’Observatoire de la laïcité quand il est question d’islam et l’étrange sensibilité du Conseil supérieur de l’audiovisuel aux récriminations des téléspectateurs musulmans. (…)  L’ordonnancement et la mise en relation de ces faits étayés et vérifiés entre eux mettent en lumière une évidence: il existe bel et bien une préférence des élites françaises pour l’islam. (…) Ce n’est pas seulement l’islam qui empêche aujourd’hui de faire nation. Les élites aussi ne veulent plus faire nation. (…) Je n’ai pas remarqué de mobilisation des organisations antiracistes contre le rappeur Nick Conrad qui a chanté le meurtre des Blancs et des enfants blancs dans les crèches. Ni contre les Indigènes de la République ou le syndicat SUD Éducation qui ont organisé des séminaires «racisés» fermés aux «Blancs», ni contre Médine qui rêve de crucifier les laïcards au Golgotha, ni contre Mmes Ernotte (France Télévisions) et Nyssen (ministère de la culture) qui souhaitaient voir moins de «Blancs» à la télévision. En revanche, quand Éric Zemmour a affirmé que les immigrés étaient surreprésentés dans les prisons, ou quand Georges Bensoussan a tenté d’expliquer que l’antisémitisme sévissait dans une large frange de la population musulmane en France, les associations antiracistes se sont unies pour les traîner devant un tribunal. Au nom de la lutte antiraciste! Ces quelques exemples permettent de situer la zone d’action de l’antiracisme: faire taire tout critique de la «diversité». La «diversité» n’est pas un slogan antiraciste un peu creux. Je démontre dans mon livre que la «diversité» est en réalité une politique. Et cette politique passe par les organisations antiracistes subventionnées par l’État, par l’école où l’apprentissage de l’arabe est proposé aujourd’hui dès le primaire, par une politique du ministère de la Culture qui subventionne la «diversité» au cinéma et au théâtre, par l’Afnor qui labellise les entreprises pour plus de «diversité», par le Conseil supérieur de l’audiovisuel qui, avec son Baromètre de la «diversité» rêve d’imposer des quasi quotas ethniques sur le petit écran, et par divers lobbys comme le Club XXI d’Hakim el Karoui ou l’association Coexister… (…) l’antiracisme politique et le discours diversitaire n’ont pas pour but de combattre le racisme. Ce sont des outils au service d’une réinitialisation des consciences. Ils servent à marteler que les immigrés de couleur sont par essence des victimes. Les services du Premier ministre diffusent actuellement des clips contre les violences sexistes. L’un de ces clips montre un «Blanc» qui agresse sexuellement une jeune fille d’origine maghrébine laquelle est défendue par une «Blanche» en couple avec un homme noir. Ce clip d’État d’une grande pureté idéologique assigne la violence sexuelle aux hommes Blancs et refuse d’évoquer celle qui peut aussi exister chez les «victimes» de couleur. J’affirme que cette victimisation forcenée des Français de couleur participe à la fabrication de la violence d’aujourd’hui. (…) les partis politiques, le ministère de la justice, les associations antiracistes, l’université, l’école, les experts, les intellectuels, le monde du cinéma et du théâtre et de quelques autres encore… Chacun de ces groupes ou institutions œuvre, dans le champ qui est le sien, à la promotion de la «diversité» et de son corollaire le «vivre-ensemble». J’ai déjà évoqué le cas du Conseil d’État, du Conseil constitutionnel et du Conseil supérieur de l’audiovisuel. Mais je liste également le cas des intellectuels qui pétitionnent et lynchent médiatiquement toute personnalité publique qui émet des opinions non conformes aux leurs. L’écrivain algérien Kamel Daoud en a ainsi fait les frais quand il a expliqué que les viols de masse de Cologne en 2015 étaient dus à l’importation en Allemagne d’une culture patriarcale des relations entre les sexes. Les experts justifient et encouragent l’immigration au nom de supposés bienfaits économiques. Le ministère de la justice met à mal la liberté d’expression des Zemmour et Bensoussan… etc. (…) En trente ans, la société française a quitté un modèle laïque républicain pour être projetée dans un modèle multiculturaliste, communautariste et anti-laïque. Il s’agit d’une authentique révolution qui se poursuit encore aujourd’hui sous nos yeux. Les élites politiques, économiques et institutionnelles ont balayé le vieux modèle laïque et républicain sans demander l’avis du reste de la population. Les élites françaises ont été à l’origine du plus grand casse du siècle, lequel s’avère être aussi un casse de la démocratie et de la laïcité. Pour quel profit? Je crains que seul l’islamisme soit à même de tirer les marrons du feu. (…) La gauche clientéliste flatte le communautarisme islamique: baux emphytéotiques pour la construction de mosquées, heures de piscine réservées aux femmes, etc., cela dans le but de recueillir les voix des musulmans. L’islamo-gauchisme accompagne la violence islamiste pour conquérir le pouvoir. Ce sont deux démarches différentes, mais les deux instrumentalisent les musulmans comme outil de conquête du pouvoir. (…) Le rôle des journalistes n’est pas de prendre les apparences pour le réel. Quand Macron va au Collèges des Bernardins et déclare aux plus hautes personnalités du catholicisme français qu’il faut «réparer» le lien abîmé entre l’Église et l’État, que croyez-vous qu’il fasse? Une bonne action? Non, il fait de la politique. Il s’adresse à une Église catholique blessée par cent ans de laïcité et qui souffre d’une hémorragie de fidèles. Il lui dit: oublions la laïcité, revenez dans le jeu politique. Pourquoi Macron fait-il cela? Pour se constituer des alliés dans son grand projet de bâtir ce qu’il appelle l’ «Islam de France». Macron a besoin d’alliés pour se débarrasser de la laïcité. Quel meilleur allié que l’Église? Quant à la compassion de l’Église pour les migrants musulmans, il est bon de rappeler que cette compassion est sélective. L’Église ne défend pas les Coptes quand ils sont massacrés en Égypte, elle proteste à peine contre l’authentique épuration ethnique qui frappe les chrétiens d’Orient, et elle n’a guère eu de mot charitable pour les Yazidis massacrés par l’État islamique. C’est cette sélectivité compassionnelle qui interroge. (…) la charité affichée de l’Église envers les musulmans est aussi une politique. (…) Il y a quelques jours, le Journal télévisé de France 2 a diffusé un reportage sur l’épidémie d’attaques au couteau qui sévit à Londres. Mais la même épidémie sévit en France et aucun média ne dresse un tableau de la situation. Il faut feuilleter la presse de province, journal par journal, pour se rendre compte de l’ampleur des violences gratuites, souvent mortelles, commises au quotidien. Quand un journal évoque une attaque au couteau, on ignore le nom de l’agresseur et ses motivations. Comme s’il y avait une volonté d’anonymiser le «déséquilibré»! Les médias, dans leur grande majorité, participent au casse du siècle. Ils n’informent plus sur les problèmes, ils prêchent la «diversité» et le «vivre ensemble». Yves Mamou
On brode beaucoup sur la non intégration des jeunes de banlieue. En réalité, ils sont totalement intégrés culturellement. Leur culture, comme le rap, sert de référence à toute la jeunesse. Ils sont bien sûr confrontés à de nombreux problèmes mais sont dans une logique d’intégration culturelle à la société monde. Les jeunes ruraux, dont les loisirs se résument souvent à la bagnole, le foot et l’alcool, vivent dans une marginalité culturelle. En feignant de croire que l’immigration ne participe pas à la déstructuration des plus modestes (Français ou immigrés), la gauche accentue la fracture qui la sépare des catégories populaires. Fracture d’autant plus forte qu’une partie de la gauche continue d’associer cette France précarisée qui demande à être protégée de la mondialisation et de l’immigration à la « France raciste ». Dans le même temps, presque malgré elle, la gauche est de plus en plus plébiscitée par une « autre France », celle des grands centres urbains les plus actifs, les plus riches et les mieux intégrés à l’économie-monde ; sur ces territoires où se retrouvent les extrêmes de l’éventail social (du bobo à l’immigré), la mondialisation est une bénédiction. Christophe Guilluy
Nous sommes dans un processus de sortie lente – mais dans un processus de sortie quand même – de la classe moyenne de la part des différentes catégories qui la composent, les unes après les autres. C’est ce que j’ai voulu identifier. La notion de classe moyenne est déjà morte mais on utilise encore cette catégorie comme si elle existait encore. Mais en réalité, en parlant des classes moyennes aujourd’hui, on parle des catégories supérieures. Finalement, quand on regarde les élections, toutes les vagues populistes reposent sur deux éléments. D’une part, une sociologie, c’est-à-dire le socle de l’ancienne classe moyenne que sont les catégories populaires, ouvriers, employés, petits paysans, petits indépendants, etc…et on retrouve ces mêmes catégories partout. Et d’autre part des territoires. C’est la géographie des périphéries avec à chaque fois les mêmes logiques quel que soit le pays occidental que l’on considère. (…) Les classes ouvrières britannique et américaine ont été fracassées beaucoup plus rapidement que la classe populaire française. Il y a les effets de l’État providence en France qui sont réels, et qui a fait que nous avons encore des catégories protégées dans notre pays. (…) Emmanuel Macron a fait des scores de dirigeant soviétique dans les grandes métropoles, avec des pourcentages incroyables à Paris, Bordeaux, Toulouse etc…Emmanuel Macron se sauve avec les deux gros bataillons que sont les retraités et les fonctionnaires – la majorité des fonctionnaires ont voté Macron – qui sont les deux catégories qui sont en train d’être tondues par ce président. Nous sommes donc effectivement à la limite d’un système qui se raccroche à des catégories encore protégées mais le vent tourne. (…) Aujourd’hui, 30% des 53-69 ans vivent sous le seuil de pauvreté, nous voyons les choses se transformer en douceur pour des catégories que l’on pensait préservées. Cela est le contexte français, mais en Grande Bretagne par exemple, les retraités ont été fracassés tout de suite et n’ont pas hésité à voter en faveur du Brexit. L’idée que les retraités vont continuer à protéger le système est à mon avis un leurre. C’est la même chose pour les fonctionnaires, les catégories B et C qui s’en prennent plein la figure ne vont pas éternellement protéger un système dont elles ne bénéficient pas. Cela est vraiment intéressant de constater que tout évolue partout mais toujours en fonction des contextes. (…) Les catégories modestes ont été relativement mieux protégées en France qu’elles ne l’ont été aux Etats-Unis ou en Grande Bretagne. On a bien un contexte français très particulier avec une fonction publique très importante etc…c’est là-dessus que nous faisons la différence. Mais une fois encore, cela n’est qu’une question de temps. Et le temps joue effectivement vers la disparition de cette classe moyenne. C’est donc bien la structuration sociale de l’ensemble des pays développés qui est en train de se modifier avec ces 20-30% de gens « en haut » qui vont s’en sortir et une immense classe populaire qui n’est plus dans l’espoir d’une amélioration de ses conditions de vie. (…) ces gens ont vraiment joué le jeu de la mondialisation et de l’Europe. Il n’y a jamais eu d’opposition de principe, ils ont joué le jeu et après 20 ou 30 ans ils font le diagnostic pour eux-mêmes et pour leurs enfants que finalement cela n’a pas marché. Il s’agit simplement d’un constat rationnel de leur part. Ce qui est frappant, c’est que tous les modèles sont affectés, du modèle américain au britannique, au modèle français républicain, jusqu’au modèle scandinave. (…) Mais (…) la disparition de la classe moyenne a commencé par les ouvriers, les paysans, les employés, les professions intermédiaires et demain, ce sera une fraction des catégories supérieures qui sera emportée. On voit déjà que les jeunes diplômés du supérieur n’arrivent plus à s’intégrer. Le processus est enclenché et il va détruire aussi des catégories qui pensent encore être protégées. (…) A partir du moment ou la gauche a abandonné la question sociale, elle a abandonné les catégories populaires et c’est la dessus que le divorce s’est réalisé. Ce mouvement s’est accompagné d’une forme d’ostracisation des plus modestes qui était très forte dans certains milieux de gauche, et aujourd’hui la rupture est totale. On a en plus un processus de sécession , que Christopher Lash avait vu très tôt, qui est celle des bourgeoisies, qui s’ajoute au phénomène de citadellisation des élites, qui fait qu’il n’y a pas plus de connexion entre ces catégories. (…) Il faut arrêter le discours du magistère des prétentieux. Cette idée de rééducation du peuple, en lui montrant la voie, n’est pas possible. Une société c’est une majorité de catégories modestes et l’objectif d’une démocratie, c’est de servir prioritairement ces catégories. C’est dans ce sens là qu’il faut aller. Il faut prendre ces gens au sérieux, il faut prendre en compte les diagnostics des classes populaires sur leurs souhaits d’être protégés, ce qui ne veut pas dire être assistés. Ces catégories veulent du travail, elles veulent qu’on les respectent culturellement, et ne pas se faire traiter de « déplorables » ou de sans dents » – ce qui fait partie intégrante du problème identitaire que nous avons aujourd’hui qui est le produit de ces attaques là -. (…) Les gens veulent de la protection, du travail, de la régulation économique mais aussi une régulation des flux migratoires. Je parle ici de tout le monde d’en bas, parce que la demande de régulation des flux migratoires vient de toutes les catégories modestes quelles que soient les origines. Tout le monde veut la même chose alors que lorsque les gens parlent de la question migratoire, on les place sur la question raciale, non. C’est anthropologiquement vrai pour toutes les catégories modestes, et cela est vrai partout. Dans tous les pays, les catégories modestes veulent vivre tranquillement, ce qui ne veut pas dire vivre derrière des murs, mais vivre dans un environnement que l’on connaît avec des valeurs communes. (…) Ce qui est amusant aujourd’hui, c’est qu’il y a une ethnicisation des classes moyennes – on pense blanc – cela montre bien la fin du concept qui était censé être intégrateur pour le plus grand nombre. (…) Les autoritaires ne sont pas ceux que l’on croit. Sauver les démocraties occidentales, c’est faire entendre le plus grand nombre. (…) Soit le monde d’en haut refuse d’entendre la majorité et on basculera dans une forme d’autoritarisme soft, ce qui pourrait faire durer le système un peu plus longtemps, mais avec le risque que cela se termine très mal. Soit  on essaye de faire baisser la tension en disant : « maintenant on essaye d’intégrer économiquement et culturellement le plus grand nombre ». Cette réflexion existe, il n’y a pas encore de parti politique qui représente tout cela, qui fait cette connexion, mais cela est en gestation. Il n’y a pas 50 sorties possibles de cette impasse, il n’y en a qu’une. Inclure les catégories populaires parce qu’elles sont la société elle-même. C’est pour cela que le discours sur les marges a été destructeur. Les ouvriers, les ruraux etc…ce ne sont pas des marges, c’est un tout, et ce tout est la société. Maintenant tout est sur la table, les diagnostics sont faits. Alors il faut se retrousser les manches et aller dans le dur en essayant de réellement inventer quelque chose de plus efficace, et en oubliant ce truc absurde du premier de cordée. Mais là, il faut bien remarquer le problème que nous avons concernant le personnel en place. Ils pensent tous la même chose. Il faut une révolution culturelle du monde d’en haut, ce qui devrait être à la portée des nations occidentales…cela ne coûte pas cher. La question pour eux est donc de protéger ou disparaître. Christophe Guilluy
Les catégories populaires – qui comprennent aussi les petits agriculteurs, ainsi que les jeunes et les retraités issus de ces catégories – n’ont donc nullement disparu. Leur part dans la population française est restée à peu près stable depuis un demi-siècle. La nouveauté, c’est uniquement que «le peuple» est désormais moins visible, car il vit loin des grands centres urbains. Le marché foncier crée les conditions d’accueil des populations dont les métropoles ont besoin. En se désindustrialisant, les grandes villes nécessitent beaucoup moins d’employés et d’ouvriers. Face à la flambée des prix dans le parc privé, les catégories populaires cherchent des logements en dehors des grandes agglomérations. Le problème crucial politique et social de la France, c’est donc que la majeure partie des catégories populaires ne vit plus là où se crée la richesse. Nulle volonté de «chasser les pauvres», pas de complot, simplement la loi du marché. Le projet économique de la France, tourné vers la mondialisation, n’a plus besoin des catégories populaires, en quelque sorte. C’est une situation sans précédent depuis la révolution industrielle. (…)  Dans tous les pays développés, on vérifie le phénomène déjà constaté en France: la majorité des catégories populaires vit désormais à l’écart des territoires les plus dynamiques, ceux qui créent de l’emploi. Ces évolutions dessinent les contours d’une Amérique périphérique et d’une Angleterre périphérique tout autant que d’une France périphérique. De la Rust Belt américaine au Yorkshire britannique, des bassins industriels de l’est de l’Allemagne au Mezzogiorno italien, villes petites et moyennes, régions désindustrialisées et espaces ruraux décrochent. (…)  La dimension sociale et économique du vote populiste se complète par une dynamique culturelle. Les catégories les plus fragiles socialement (celles qui ne peuvent mettre en œuvre des stratégies d’évitements résidentiels et scolaires) sont aujourd’hui les plus sensibles à la question migratoire. Les mêmes demandent à être protégés d’un modèle économique et sociétal qui les fragilise. Dans des sociétés multiculturelles, l’assimilation ne fonctionne plus. L’autre ne devient plus soi, ce qui suscite de l’inquiétude. Le nombre de l’autre importe. Personne n’a envie de devenir minoritaire dans les catégories populaires. En France, l’immobilier social, dernier parc accessible aux catégories populaires des métropoles, s’est spécialisé dans l’accueil des populations immigrées. Les catégories populaires d’origine européenne et qui sont éligibles au parc social s’efforcent d’éviter les quartiers où les HLM sont nombreux. Elles préfèrent consentir des sacrifices pour déménager en grande banlieue, dans les petites villes ou les zones rurales afin d’accéder à la propriété et d’acquérir un pavillon. Dans chacun des grands pays industrialisés, les catégories populaires « autochtones » éprouvent une insécurité culturelle. (…) ce sont bien les territoires populaires les plus éloignés des grandes métropoles qui portent la dynamique populiste. La Rust Belt et les régions désindustrialisées de Grande-Bretagne pèsent respectivement plus dans le vote Trump ou dans le Brexit que New York ou le Grand Londres. Dans les zones périurbaines de Rotterdam, ce sont bien aussi les catégories modestes (qui ne se confondent pas avec les pauvres) qui voient leur statut de référent culturel remis en question par la dynamique migratoire et qui votent pour Geert Wilders. Ainsi, si la situation de l’ouvrier allemand n’est pas celle du paysan français, de l’employé néerlandais ou d’un petit tra- vailleur indépendant italien, il existe un point commun : tous, quel que soit leur niveau de vie, font le constat d’être fragilisés par un modèle économique qui les a relégués socialement et culturellement. (…) On ne s’intègre pas à un modèle ou à un système de valeur mais à une population à qui on désire ressembler. On se marie, on tisse des liens d’amitié, de voisinage avec des gens qui sont proches. Or cette intégration ne se réalise pas dans n’importe quelle catégorie sociale, mais d’abord dans des milieux populaires. Et ce qui a changé depuis les années 1970 et surtout 1980, c’est précisément le changement de statut de ces catégories populaires. Les ouvriers, les employés, les « petites gens » sont désormais perçus en grande partie comme les perdants de la mondialisation. Quel nouveau venu dans un pays peut avoir envie de ressembler à des « autochtones » qui ne sont pas en phase d’ascension sociale et que, de surcroît, leurs propres élites méprisent en raison de l’attachement des intéressés à certaines valeurs traditionnelles ? Souvenons-nous de la phrase de Hillary Clinton présentant les électeurs de Donald Trump comme des « déplorables » pendant la campagne présidentielle de 2016 aux États-Unis. C’est pourquoi, alors que la France, les États-Unis, la Grande-Bretagne ou la Scandinavie se sont construits sur des modèles culturels très différents, tous ces pays connaissent la même dynamique populiste, la même crise sociale et identitaire et le même questionnement sur la pertinence de leurs modèles d’intégration. (…) la rupture entre le haut et le bas (…) nous conduit à un modèle qui ne fait plus société. La disparition de la classe moyenne n’en est qu’une conséquence. Le monde d’en haut refuse d’écouter celui d’en bas qui le lui rend bien notamment en grossissant les camps de l’abstention ou du vote populiste. Cette rupture du lien, y compris conflictuel, entre le haut et le bas, porte en germe l’abandon du bien commun et nous fait basculer dans l’asociété. Trump vient de l’élite américaine, c’est un des points communs qu’il partage avec Macron. Tous les deux se sont affranchis de leur propre camp pour se faire élire : Macron de la gauche, Trump du camp républicain. Ils ont enterré le vieux clivage gauche-droite. Les deux ont compris que nous étions entrés dans le temps de la disparition de la classe moyenne occidentale. L’un et l’autre ont saisi que, pour la première fois dans l’histoire, les classes populaires, celles qui constituaient hier le socle de la classe moyenne, vivent désormais sur les territoires qui créent le moins d’emplois : dans l’Amérique périphérique et dans la France périphérique. Mais la comparaison s’arrête là. Si Trump a été élu par l’Amérique périphérique, Macron a au contrai- re construit sa dynamique électorale à partir des métropoles mondialisées. Si le président français est conscient de la fragilisation sociale de la France périphérique, il pense que la solution passe par une accélération de l’adaptation de l’économie française aux normes de l’économie mondialisée. À l’opposé, le président américain fait le constat des limites d’un modèle qu’il convient de réguler (protectionnisme, remise en cause des traités de libre-échange, volonté de réguler l’immigration, politique de grands travaux) afin de créer de l’emploi sur ces territoires de la désindustrialisation américaine. Il existe un autre point de divergence fondamental, c’est le refus chez Trump d’un argumentaire moral qui sert depuis des décennies à disqualifier les classes populaires. Christophe Guilluy
We spent 10 months writing the papers, averaging one new paper roughly every thirteen days. (Seven papers published over seven years is frequently claimed to be the number sufficient to earn tenure at most major universities although, in reality, requirements vary by institution.) As for our performance, 80% of our papers overall went to full peer review, which keeps with the standard 10-20% of papers that are “desk rejected” without review at major journals across the field. We improved this ratio from 0% at first to 94.4% after a few months of experimenting with much more hoaxish papers. Because we were forced to go public before we could complete our study, we cannot be sure how many papers would have been accepted if we had had time to see them through—papers typically take 3-6 months or more to complete the entire process and one of ours was under review from December 2017 to August 2018—but an estimate of at least 10, probably 12, eventual acceptances seems warranted at the time of having to call a halt. (…) Our papers also present very shoddy methodologies including incredibly implausible statistics (“Dog Park”), making claims not warranted by the data (“CisNorm,” “Hooters,” “Dildos”), and ideologically-motivated qualitative analyses (“CisNorm,” “Porn”). Questionable qualitative methodologies such as poetic inquiry and autoethnography (sometimes rightly and pejoratively called “mesearch”) were incorporated (especially in “Moon Meetings”). (…) Many papers advocated highly dubious ethics including training men like dogs (“Dog Park”), punishing white male college students for historical slavery by asking them to sit in silence in the floor in chains during class and to be expected to learn from the discomfort (“Progressive Stack”), celebrating morbid obesity as a healthy life-choice (“Fat Bodybuilding”), treating privately conducted masturbation as a form of sexual violence against women (“Masturbation”), and programming superintelligent AI with irrational and ideological nonsense before letting it rule the world (“Feminist AI”). There was also considerable silliness including claiming to have tactfully inspected the genitals of slightly fewer than 10,000 dogs whilst interrogating owners as to their sexuality (“Dog Park”), becoming seemingly mystified about why heterosexual men are attracted to women (“Hooters”), insisting there is something to be learned about feminism by having four guys watch thousands of hours of hardcore pornography over the course of a year while repeatedly taking the Gender and Science Implicit Associations Test (“Porn”), expressing confusion over why people are more concerned about the genitalia others have when considering having sex with them (“CisNorm”), and recommending men anally self-penetrate in order to become less transphobic, more feminist, and more concerned about the horrors of rape culture (“Dildos”). None of this, except that Helen Wilson recorded one “dog rape per hour” at urban dog parks in Portland, Oregon, raised so much as a single reviewer eyebrow, so far as their reports show. (…) Our data indicate that grievance studies is a serious academic problem … with knowledge production within fields that have been corrupted by grievance studies arising from critical constructivism and radical skepticism. Among the problems are how topics like race, gender, sexuality, society, and culture are researched. Perhaps most concerning is how the current highly ideological disciplines undermine the value of more rigorous work being done on these topics and erodes confidence in the university system. Research into these areas is crucial, and it must be rigorously conducted and minimize ideological influences. The further results on these topics diverge from reality, the greater chance they will hurt those their scholarship is intended to help. Worse, the problem of corrupt scholarship has already leaked heavily into other fields like education, social work, media, psychology, and sociology, among others—and it openly aims to continue spreading. This makes the problem a grave concern that’s rapidly undermining the legitimacy and reputations of universities, skewing politics, drowning out needed conversations, and pushing the culture war to ever more toxic and existential polarization. Further, it is affecting activism on behalf of women and racial and sexual minorities in a way which is counterproductive to equality aims by feeding into right-wing reactionary opposition to those equality objectives … Our recommendation begins by calling upon all major universities to begin a thorough review of these areas of study (gender studies, critical race theory, postcolonial theory, and other “theory”-based fields in the humanities and reaching into the social sciences, especially including sociology and anthropology), in order to separate knowledge-producing disciplines and scholars from those generating constructivist sophistry. We hope the latter can be redeemed, not destroyed, as the topics they study—gender, race, sexuality, culture—are of enormous importance to society and thus demand considerable attention and the highest levels of academic rigor. Further, many of their insights are worthy and deserve more careful consideration than they currently receive. This will require them to adhere more honestly and rigorously to the production of knowledge and to place scholarship ahead of any conflicting interest rather than following from it … As for us, we intend to use the knowledge we’ve gained from grievance studies to continue to critique them and push for universities to fix this problem and reaffirm their commitment to rigorous, non-partisan knowledge production. We do this because we believe in the university, in rigorous scholarship, in the pursuit of scientific knowledge, and in the importance of social justice. Helen Pluckrose, James Lindsay and Peter Boghossian
Le savoir basé de moins en moins sur le fait de trouver la vérité et de plus en plus sur le fait de s’occuper de certaines ‘complaintes’ est devenu établi, presque totalement dominant, au sein de [certains champs des sciences sociales] et les chercheurs brutalisent de plus en plus les étudiants, les administrateurs et les autres départements qui n’adhèrent pas à leur vision du monde. (…) Nous ne devrions pas avoir été capables de publier n’importe lequel de ces papers si calamiteux dans des journaux réputés. Encore moins sept d’entre eux. (…) Il y a un problème de production du savoir au sein de champs qui ont été corrompus par les ‘grievance studies’ nées du socio-constructivisme et du scepticisme radical. Parmi les problèmes, il y a la manière dont des sujets comme la race, le genre, la sexualité, la société et la culture sont traités par la recherche. (…) Nous espérons que ceci donnera aux gens – spécialement à ceux qui croient au libéralisme, au progrès, à la modernité et à la justice sociale – une raison claire de regarder la folie identitaire qui vient de la gauche universitaire et militante, et de dire : ‘Non, je n’irai pas dans ce sens là. Vous ne parlez pas en mon nom. Helen Pluckrose, James Lindsay et Peter Boghossian
Des chercheurs ont réussi à faire publier dans plusieurs revues de référence aux Etats-Unis des essais aux thèses absolument délirantes, prônant par exemple le développement de l’usage anal de sex-toys chez les hommes pour lutter contre la transphobie et faire progresser le féminisme. Quand un homme se masturbe en pensant à une femme sans lui avoir demandé son consentement, c’est une agression sexuelle. Il existe une culture systémique du viol chez les chiens. L’astronomie est une science sexiste et pro-occidentale qui doit être remplacée par une astrologie indigène et queer. Ces thèses vous semblent loufoques, invraisemblables ? Elles le sont. Elles ont néanmoins été considérées avec le plus grand sérieux, et parfois même publiées, par des revues académiques de premier plan aux Etats-Unis, victimes de l’un des canulars universitaires les plus ambitieux jamais mis en œuvre… Helen Pluckrose, James Lindsay et Peter Boghossian sont trois chercheurs américains, persuadés que quelque chose cloche dans certains secteurs du monde académique outre-Atlantique. (…) Se désolant de ce tournant idéologique en cours dans les facs américaines, notre trio d’universitaires établit une liste des disciplines les plus gravement touchées : il s’agit des matières communément regroupées dans l’enseignement supérieur américain sous le terme de « cultural studies » ou « identity studies », « enracinées dans la branche ‘postmoderne’ de la théorie qui a émergé à la fin des années soixante ». On y trouve donc les fameuses « gender studies », les « queer studies » mais également la « critical race theory », les « fat studies » (sic) ou des pans entiers de la sociologie critique. Le point commun de ces branches universitaires, requalifiées en « grievance studies » (qu’on pourrait traduire par « études plaintives ») ? D’après les trois chercheurs, elles produisent des travaux très souvent « corrompus » par l’idéologie, qui renoncent à toute honnêteté intellectuelle dès lors qu’il s’agit de dénoncer les oppressions de toutes sortes : sexistes, raciales, post-coloniales, homophobes, transphobes, grossophobes… Pour prouver leur diagnostic, Pluckrose, Lindsay et Boghossian ont fait un pari simple… et drôle : pousser, dans des articles fantaisistes, la doxa qu’ils pointent dans ses retranchements les plus absurdes et voir si ces papiers seraient acceptés pour publication dans de très sérieuses revues scientifiques. Ils ont donc passé dix mois à écrire de faux « papers », un format universitaire anglo-saxon qu’on peut comparer au mémoire français. Recette commune de ces essais : « Des statistiques totalement invraisemblables, des assomptions non prouvées par les données, des analyses qualitatives idéologiquement biaisées, une éthique suspecte (…), une bêtise considérable ». Les chercheurs ont ensuite systématiquement envoyé leurs travaux bidons aux « journaux de référence dans les champs universitaires concernés ». Après quasiment un an de bombardement de canulars, les trois audacieux ont été forcés d’arrêter leur expérience car un de leurs textes commençait à connaître un important écho dans la presse. Mais les 20 papers écrits ont suffi à valider la pertinence de leur thèse : pas moins de sept d’entre eux ont en effet été validés par les revues universitaires, dont quatre publiés. Sept autres sont encore en cours d’examen et seulement six ont été refusés sans ambiguïté par les universitaires chargés de les évaluer. Par quatre fois, les facétieux compères ont même été invités à eux-mêmes examiner le travail de « pairs » en récompense… de leur « savoir exemplaire ». (…) Au bout du compte, la leçon que tirent les trois auteurs de leur plongée en absurdie sociologique est partagée entre amusement et réelle inquiétude. Rejetant l’idée simpliste que « le monde universitaire est corrompu » ou que « tous les universitaires et évaluateurs dans le champ des humanités qui étudient le genre, la race, la sexualité ou le poids sont corrompus », ils alarment : « Nous ne devrions pas avoir été capables de publier n’importe lequel de ces papers si calamiteux dans des journaux réputés. Encore moins sept d’entre eux ». Produisant un « savoir » considérablement orienté, ils constatent aussi avec effarement que les chercheurs relisant leurs textes ne leur réclamaient souvent « pas d’être moins biaisé politiquement et moins négligent dans le travail, mais de l’être davantage ». (…) C’est donc bien un nouvel obscurantisme que les chercheurs décrivent, une idéologie qui « rejette l’idée d’universalité scientifique et d’objectivité et insiste, pour des raisons morales, sur la nécessité d’accepter la notion de vérités multiples basées sur l’identité ». Or selon eux, ce relativisme mortifère serait devenu « autoritaire » dans les facs américaines. Marianne

Attention: une folie identitaire peut en cacher une autre !

A l’heure où après avoir si longtemps nié et caché les conséquences de leurs propres décisions dont ils ont seuls – leurs clients compris – les moyens de se préserver …

Nos bien-pensants premiers de cordée et sansfrontiéristes échevelés n’ont pas de mots assez durs pour dénoncer

Pour leur attachement d’un autre âge à leur propre identité entre religion, armes à feu et frontières, les laissés pour compte de la mondialisation

Et où peuvent se publier entre les prétendus « zoos humains » et les dérives victimaires de nos systèmes éducatifs des articles de recherche aussi loufoques que …

Le « remplacement de l’astronomie sexiste et pro-occidentale par une astrologie indigène et queer »…

Le « développement de l’usage anal de sex-toys chez les hommes pour lutter contre la transphobie et faire progresser le féminisme  » …

Ou la « culture systémique du viol chez les chiens » …

Comment ne pas voir avec trois chercheurs américains qui viennent d’en faire la démonstration dans des revues académique de premier plan …

Cette véritable folie identitaire qui s’insinue jusque dans l’éducation, le travail social, les médias, la psychologie ou la sociologie …

D’une « recherche universitaire corrompue » qui « sape la légitimité et la réputation des universités, fausse le discours politique, noie une bien nécessaire conversation et pousse la guerre culturelle vers une polarisation toujours plus toxique » ?

CQFD

« De la culture du viol chez les chiens » : l’incroyable canular qui a piégé la sociologie américaine

Des chercheurs ont réussi à faire publier dans plusieurs revues de référence aux Etats-Unis des essais aux thèses absolument délirantes, prônant par exemple le développement de l’usage anal de sex-toys chez les hommes pour lutter contre la transphobie et faire progresser le féminisme.

Quand un homme se masturbe en pensant à une femme sans lui avoir demandé son consentement, c’est une agression sexuelle. Il existe une culture systémique du viol chez les chiens. L’astronomie est une science sexiste et pro-occidentale qui doit être remplacée par une astrologie indigène et queer. Ces thèses vous semblent loufoques, invraisemblables ? Elles le sont. Elles ont néanmoins été considérées avec le plus grand sérieux, et parfois même publiées, par des revues académiques de premier plan aux Etats-Unis, victimes de l’un des canulars universitaires les plus ambitieux jamais mis en œuvre…

Helen Pluckrose, James Lindsay et Peter Boghossian sont trois chercheurs américains, persuadés que quelque chose cloche dans certains secteurs du monde académique outre-Atlantique. « Le savoir basé de moins en moins sur le fait de trouver la vérité et de plus en plus sur le fait de s’occuper de certaines ‘complaintes’ est devenu établi, presque totalement dominant, au sein de [certains champs des sciences sociales]« , écrivent-ils dans le magazine Areo, et les chercheurs brutalisent de plus en plus les étudiants, les administrateurs et les autres départements qui n’adhèrent pas à leur vision du monde ». Se désolant de ce tournant idéologique en cours dans les facs américaines, notre trio d’universitaires établit une liste des disciplines les plus gravement touchées : il s’agit des matières communément regroupées dans l’enseignement supérieur américain sous le terme de « cultural studies » ou « identity studies« , « enracinées dans la branche ‘postmoderne’ de la théorie qui a émergé à la fin des années soixante« . On y trouve donc les fameuses « gender studies« , les « queer studies » mais également la « critical race theory« , les « fat studies » (sic) ou des pans entiers de la sociologie critique. Le point commun de ces branches universitaires, requalifiées en « grievance studies » (qu’on pourrait traduire par « études plaintives ») ? D’après les trois chercheurs, elles produisent des travaux très souvent « corrompus » par l’idéologie, qui renoncent à toute honnêteté intellectuelle dès lors qu’il s’agit de dénoncer les oppressions de toutes sortes : sexistes, raciales, post-coloniales, homophobes, transphobes, grossophobes…

Recette des faux articles : « une bêtise considérable »

Pour prouver leur diagnostic, Pluckrose, Lindsay et Boghossian ont fait un pari simple… et drôle : pousser, dans des articles fantaisistes, la doxa qu’ils pointent dans ses retranchements les plus absurdes et voir si ces papiers seraient acceptés pour publication dans de très sérieuses revues scientifiques. Ils ont donc passé dix mois à écrire de faux « papers« , un format universitaire anglo-saxon qu’on peut comparer au mémoire français. Recette commune de ces essais : « Des statistiques totalement invraisemblables, des assomptions non prouvées par les données, des analyses qualitatives idéologiquement biaisées, une éthique suspecte (…), une bêtise considérable« .

Les chercheurs ont ensuite systématiquement envoyé leurs travaux bidons aux « journaux de référence dans les champs universitaires concernés« . Après quasiment un an de bombardement de canulars, les trois audacieux ont été forcés d’arrêter leur expérience car un de leurs textes commençait à connaître un important écho dans la presse. Mais les 20 papers écrits ont suffi à valider la pertinence de leur thèse : pas moins de sept d’entre eux ont en effet été validés par les revues universitaires, dont quatre publiés. Sept autres sont encore en cours d’examen et seulement six ont été refusés sans ambiguïté par les universitaires chargés de les évaluer. Par quatre fois, les facétieux compères ont même été invités à eux-mêmes examiner le travail de « pairs » en récompense… de leur « savoir exemplaire« .

Lorsqu’on examine le contenu de ces faux mémoires, on peine pourtant à croire que leur absurdité n’ait pas sauté à la figure des chercheurs chargés de les examiner. Dans un article intitulé « Passer par la porte de derrière : défier l’homo-hystérie masculine et la transphobie à travers l’usage de sex-toys pénétratifs« , les chercheurs expliquent que si les hommes utilisent rarement des sex-toys pour « s’auto-pénétrer par voie anale« , c’est parce qu’ils ont peur d’être pris pour des homosexuels ou par hostilité aux transsexuels. Conclusion : encourager cette pratique engendrerait, à coup sûr, une baisse de la transphobie et un progrès de valeurs féministes. Délirant ? Le texte a été publié dans la revue Sexuality and Culture, et qualifié de « contribution incroyablement riche et excitante à l’étude de la sexualité et de la culture » par un universitaire chargé de l’analyser.

Une de leurs inventions croquignolesques a même rencontré un réel triomphe académique : dans « Réactions humaines à la culture du viol et performativité queer au sein des parcs à chiens de Portland, Oregon« , nos chercheurs soutiennent qu’il existe « une rampante culture du viol canine » et qu’une « oppression systémique » frappe certaines races de chiens. Un mémoire qualifié « d’incroyablement innovant, riche en analyse, extrêmement bien écrit et organisé » par la revue Gender, Place, and Culture, qui lui a fait une place dans ses prestigieuses colonnes… et l’a même intégrée parmi ses 12 meilleures publications de l’année 2018 ! La chercheuse Helen Wilson, auteure de ce travail volontairement absurde, expliquant sa méthode de travail, y écrivait avoir « délicatement inspecté les parties génitales d’un peu moins de 10.000 chiens tout en interrogeant leurs propriétaires sur leur sexualité« , mais également avoir « constaté un viol de chien par heure au parc à chiens urbain de Portland » ! Pas de quoi faire lever un sourcil aux universitaires chargés de valider son article pour publication dans une revue « de référence »…

D’autres mémoires-hoax n’ont pas eu le temps d’être publiés avant que le canular soit finalement rendu public. Mais ils ont été quasiment intégralement validés par les revues auxquelles ils ont été présentés, avec des modifications mineures. On y trouve des thèses toujours aussi comiques : « L’Intelligence artificielle est intrinsèquement dangereuse car elle est programmée avec des données masculinistes, impérialistes et rationalistes« . Ou encore : « L’astronomie est et sera toujours intrinsèquement sexiste et occidentale, ce biais masculiniste et occidental peut être corrigé en incluant une astrologie féministe, queer et indigène (par exemple, des horoscopes) à la science astronomique« .

« Les éducateurs devraient discriminer selon l’identité et calculer le statut de leurs étudiants en fonction de leurs privilèges »

Et même : « Les éducateurs devraient discriminer selon l’identité et calculer le statut de leurs étudiants en fonction de leurs privilèges (…), pénalisant les plus privilégiés en refusant d’écouter leurs contributions, ridiculisant leurs efforts, en parlant plus fort qu’eux et en les forçant à s’asseoir enchaînés sur le sol » ! Toutes ces contributions n’ont reçu que des critiques de forme de la part des revues universitaires auxquelles ils ont été adressés. Celle proposant d’enchaîner des étudiants sur le sol a même été applaudie comme « une forte contribution à la littérature foisonnante s’attaquant à l’injustice épistémique dans la salle de classe« .

D’autres faux essais universitaires ont été finalement rejetés après examen par des universitaires. Mais cela ne les a pas toujours empêché de recevoir des commentaires chaleureux de la part de chercheurs chargés de les évaluer, qui ont parfois même poussé l’absurde encore plus loin. Ainsi, dans un mémoire consacré à la masturbation, les auteurs du canular écrivent que « quand un homme se masturbe en privé en fantasmant sur une femme sans qu’elle lui ait donné sa permission (…), il commet une violence métasexuelle contre elle« . Dans son évaluation, la première contributrice de Sociological Theory encourage nos chercheurs à aller plus loin encore dans cette théorie : « Je pense à d’autres scénarios où les hommes pourraient transformer en arme leur non-connaissance de manière très tangible. Par exemple, la déclaration ambiguë ‘Je pense à toi tout le temps’, dite de manière impromptue à une femme par un homme, est particulièrement insidieuse, étant donné le contexte structurel de violence métasexuelle dans le monde« .

« Juifs » remplacé par « Blancs » dans « Mein Kampf » : un chercheur applaudit

Le clou de cette fanfaronnade a été apporté par un essai présenté au magazine Sociology of Race and Ethnicity, où nos trublions prétendent « examiner de manière critique la blanchité (‘whiteness, ndlr) depuis la blanchité« . Pour cela, ils ont ni plus ni moins sélectionné – sans le dire – des extraits de Mein Kampf, l’infâme pamphlet antisémite d’Adolf Hitler, en y remplaçant le mot « Juifs » par « Blancs« . Le paper a été rejeté mais cela ne l’a pas empêché de recevoir au préalable les éloges de plusieurs pairs universitaires. « Cet article a le potentiel pour être une contribution puissante et particulière à la littérature traitant des mécanismes qui renforcent l’adhésion blanche à des perspectives suprémacistes blanches, et au processus par lequel des individus peuvent atteindre des niveaux plus profonds de conscience sociale et raciale« , écrit ainsi un chercheur enthousiaste, qui n’objecte que « des révisions concernant la précision, la clarté, l’expression d’assertions et des exemples concrets » et complimente ainsi sans le savoir une resucée de Mein Kampf.

« Nous espérons que ceci donnera aux gens une raison claire de regarder la folie identitaire qui vient de la gauche universitaire et militante, et de dire : Non »

Au bout du compte, la leçon que tirent les trois auteurs de leur plongée en absurdie sociologique est partagée entre amusement et réelle inquiétude. Rejetant l’idée simpliste que « le monde universitaire est corrompu » ou que « tous les universitaires et évaluateurs dans le champ des humanités qui étudient le genre, la race, la sexualité ou le poids sont corrompus« , ils alarment : « Nous ne devrions pas avoir été capables de publier n’importe lequel de ces papers si calamiteux dans des journaux réputés. Encore moins sept d’entre eux ». Produisant un « savoir » considérablement orienté, ils constatent aussi avec effarement que les chercheurs relisant leurs textes ne leur réclamaient souvent « pas d’être moins biaisé politiquement et moins négligent dans le travail, mais de l’être davantage ».

Le tableau final est implacable pour tout un pan du monde universitaire anglo-saxon : « Il y a un problème de production du savoir au sein de champs qui ont été corrompus par les ‘grievance studies’ nées du socio-constructivisme et du scepticisme radical. Parmi les problèmes, il y a la manière dont des sujets comme la race, le genre, la sexualité, la société et la culture sont traités par la recherche ». C’est donc bien un nouvel obscurantisme que les chercheurs décrivent, une idéologie qui « rejette l’idée d’universalité scientifique et d’objectivité et insiste, pour des raisons morales, sur la nécessité d’accepter la notion de vérités multiples basées sur l’identité« . Or selon eux, ce relativisme mortifère serait devenu « autoritaire » dans les facs américaines. Rappellent leur propre sympathie pour les mouvements des droits civiques, le féminisme et le mouvement LGBT, nos trois trublions émettent un souhait : « Nous espérons que ceci donnera aux gens – spécialement à ceux qui croient au libéralisme, au progrès, à la modernité et à la justice sociale – une raison claire de regarder la folie identitaire qui vient de la gauche universitaire et militante, et de dire : ‘Non, je n’irai pas dans ce sens là. Vous ne parlez pas en mon nom' ».

Voir aussi:

This essay, although hopefully accessible to everyone, is the most thorough breakdown of the study and written for those who are already somewhat familiar with the problems of ideologically-motivated scholarship, radical skepticism and cultural constructivism.


Part I: Introduction

Something has gone wrong in the university—especially in certain fields within the humanities. Scholarship based less upon finding truth and more upon attending to social grievances has become firmly established, if not fully dominant, within these fields, and their scholars increasingly bully students, administrators, and other departments into adhering to their worldview. This worldview is not scientific, and it is not rigorous. For many, this problem has been growing increasingly obvious, but strong evidence has been lacking. For this reason, the three of us just spent a year working inside the scholarship we see as an intrinsic part of this problem.

We spent that time writing academic papers and publishing them in respected peer-reviewed journals associated with fields of scholarship loosely known as “cultural studies” or “identity studies” (for example, gender studies) or “critical theory” because it is rooted in that postmodern brand of “theory” which arose in the late sixties. As a result of this work, we have come to call these fields “grievance studies” in shorthand because of their common goal of problematizing aspects of culture in minute detail in order to attempt diagnoses of power imbalances and oppression rooted in identity.

We undertook this project to study, understand, and expose the reality of grievance studies, which is corrupting academic research. Because open, good-faith conversation around topics of identity such as gender, race, and sexuality (and the scholarship that works with them) is nearly impossible, our aim has been to reboot these conversations. We hope this will give people—especially those who believe in liberalism, progress, modernity, open inquiry, and social justice—a clear reason to look at the identitarian madness coming out of the academic and activist left and say, “No, I will not go along with that. You do not speak for me.”

This document is a first look at our project and an initial attempt to grapple with what we’re learning and what it means. Because of its length and detail, it is organized as follows, putting the factual information up front and more detailed explanations thereafter.

  • Our methodology, which is central to contextualizing our claims;
  • A summary of this project from its beginning until we were eventually exposed and forced to go public before we could conclude our research;
  • An explanation of why we did this;
  • A summary of the problem and why it matters;
  • A clear explanation of how this project came to be;
  • The results of our study, including a full list of all of the papers we submitted, their final outcomes, and relevant reviewer comments to date;
  • A discussion of the significance of the results;
  • A summary of what may come next

Part II: Methods

Our approach is best understood as a kind of reflexive ethnography—that is, we conducted a study of a peculiar academic culture by immersing ourselves within it, reflecting its output and modifying our understanding until we became “outsiders within” it.

Our objective was to learn about this culture and establish that we had become fluent in its language and customs by publishing peer-reviewed papers in its top journals, which usually only experts in the field are capable of doing. Because we came to conceptualize this project as a kind of reflexive ethnographic study in which we sought to understand the field and how it works by participating in it, obtaining peer reviewers’ comments about what we were doing right and what needed to change to make absurd theses acceptable was central to the project. Indeed, the reviewers’ comments are in many ways more revealing about the state of these fields than the acceptances themselves.

While our papers are all outlandish or intentionally broken in significant ways, it is important to recognize that they blend in almost perfectly with others in the disciplines under our consideration. To demonstrate this, we needed to get papers accepted, especially by significant and influential journals. Merely blending in couldn’t generate the depth necessary for our study, however. We also needed to write papers that took risks to test certain hypotheses such that the fact of their acceptance itself makes a statement about the problem we’re studying (see the Papers section, below). Consequently, although this study does not qualify as being particularly controlled, we did control one important variable: the big-picture methodology we used to write every paper.

Our paper-writing methodology always followed a specific pattern: it started with an idea that spoke to our epistemological or ethical concerns with the field and then sought to bend the existing scholarship to support it. The goal was always to use what the existing literature offered to get some little bit of lunacy or depravity to be acceptable at the highest levels of intellectual respectability within the field. Therefore, each paper began with something absurd or deeply unethical (or both) that we wanted to forward or conclude. We then made the existing peer-reviewed literature do our bidding in the attempt to get published in the academic canon.

This is the primary point of the project: What we just described is not knowledge production; it’s sophistry. That is, it’s a forgery of knowledge that should not be mistaken for the real thing. The biggest difference between us and the scholarship we are studying by emulation is that we know we made things up.

This process is the one, single thread that ties all twenty of our papers together, even though we used a variety of methods to come up with the various ideas fed into their system to see how the editors and peer reviewers would respond. Sometimes we just thought a nutty or inhumane idea up and ran with it. What if we write a paper saying we should train men like we do dogs—to prevent rape culture? Hence came the “Dog Park” paper. What if we write a paper claiming that when a guy privately masturbates while thinking about a woman (without her consent—in fact, without her ever finding out about it) that he’s committing sexual violence against her? That gave us the “Masturbation” paper. What if we argue that the reason superintelligent AI is potentially dangerous is because it is being programmed to be masculinist and imperialist using Mary Shelley’s Frankenstein and Lacanian psychoanalysis? That’s our “Feminist AI” paper. What if we argued that “a fat body is a legitimately built body” as a foundation for introducing a category for fat bodybuilding into the sport of professional bodybuilding? You can read how that went in Fat Studies.

At other times, we scoured the existing grievance studies literature to see where it was already going awry and then tried to magnify those problems. Feminist glaciology? Okay, we’ll copy it and write a feminist astronomy paper that argues feminist and queer astrology should be considered part of the science of astronomy, which we’ll brand as intrinsically sexist. Reviewers were very enthusiastic about that idea. Using a method like thematic analysis to spin favored interpretations of data? Fine, we wrote a paper about trans people in the workplace that does just that. Men use “male preserves” to enact dying “macho” masculinities discourses in a way society at large won’t accept? No problem. We published a paper best summarized as, “A gender scholar goes to Hooters to try to figure out why it exists.” “Defamiliarizing,” common experiences, pretending to be mystified by them and then looking for social constructions to explain them? Sure, our “Dildos” paper did that to answer the questions, “Why don’t straight men tend to masturbate via anal penetration, and what might happen if they did?” Hint: according to our paper in Sexuality and Culture, a leading sexualities journal, they will be less transphobic and more feminist as a result.

We used other methods too, like, “I wonder if that ‘progressive stack’ in the news could be written into a paper that says white males in college shouldn’t be allowed to speak in class (or have their emails answered by the instructor), and, for good measure, be asked to sit in the floor in chains so they can ‘experience reparations.’” That was our “Progressive Stack” paper. The answer seems to be yes, and feminist philosophy titan Hypatia has been surprisingly warm to it. Another tough one for us was, “I wonder if they’d publish a feminist rewrite of a chapter from Adolf Hitler’s Mein Kampf.” The answer to that question also turns out to be “yes,” given that the feminist social work journal Affilia has just accepted it. As we progressed, we started to realize that just about anything can be made to work, so long as it falls within the moral orthodoxy and demonstrates understanding of the existing literature.

Put another way, we now have good reasons to believe that if we just appropriate the existing literature in the right ways—and there always seems to be a citation or vein of literature that makes it possible—we can say almost any politically fashionable thing we want. The underlying questions in every single case were the same: What do we need to write, and what do we need to cite (all of our citations are real, by the way) to get this academic madness published as high “scholarship”?

What Did We Do?

We wrote 20 papers and submitted them to the best journals in the relevant fields (more on this below) with considerable success, even though we had to take the project public prematurely, and thus stop the study, before it could be properly concluded. At the time of publishing this, we have:

  • 7 papers accepted.

4 of these have been published online.

3 more have been accepted without having had time to see publication through. (This can take months).

  • 7 papers still in play when we had to call a halt.

2 have been “revised and resubmitted,” and are awaiting a decision. (A judgment of “Revise and Resubmit” usually results in publication following the satisfactory completion of requested revisions. A judgment of “Reject and Resubmit” can result in publication following more substantial ones. It is very rare for papers to be accepted outright.)

1 is still under first review at its current journal

4 are left hanging with no time to submit them to journals after rejection (2), revise and resubmit (1) or reject and resubmit (1).

  • 6 retired as fatally flawed or beyond repair.
  • 4 invitations to peer-review other papers as a result of our own exemplary scholarship. (For ethical reasons, we declined all such invitations. Had we wished to fully participate in their culture in this way, however, it would have been an unrivaled opportunity to tinker with how far we could take the hypothesis that the canon of literature within these fields gets skewed in part because the peer-review process encourages the existing political and ideological biases.)
  • 1 paper (the one about rape culture in dog parks) gained special recognition for excellence from its journal, Gender, Place, and Culture, a highly ranked journal that leads the field of feminist geography. The journal honored it as one of twelve leading pieces in feminist geography as a part of the journal’s 25th anniversary celebration.

To summarize, we spent 10 months writing the papers, averaging one new paper roughly every thirteen days. (Seven papers published over seven years is frequently claimed to be the number sufficient to earn tenure at most major universities although, in reality, requirements vary by institution.) As for our performance, 80% of our papers overall went to full peer review, which keeps with the standard 10-20% of papers that are “desk rejected” without review at major journals across the field. We improved this ratio from 0% at first to 94.4% after a few months of experimenting with much more hoaxish papers. Because we were forced to go public before we could complete our study, we cannot be sure how many papers would have been accepted if we had had time to see them through—papers typically take 3-6 months or more to complete the entire process and one of ours was under review from December 2017 to August 2018—but an estimate of at least 10, probably 12, eventual acceptances seems warranted at the time of having to call a halt.

The final submitted drafts totaled just shy of 180,000 words and the entire project totaled between 300,000 and 350,000 words, including all notes, drafts, summaries, and replies to journal reviewers. The papers themselves span at least fifteen subdomains of thought in grievance studies, including (feminist) gender studies, masculinities studies, queer studies, sexuality studies, psychoanalysis, critical race theory, critical whiteness theory, fat studies, sociology, and educational philosophy. They featured radically skeptical and standpoint epistemologies rooted in postmodernism, feminist and critical race epistemology rooted in critical social constructivism as well as psychoanalysis. They all also endeavored to be humorous in at least some small way (and often, big ones). The project so far has generated more than 40 substantive editorial and expert reader reports, constituting a further 30,000 or so words of data that provide a unique insider’s look into the field and its operation.

Our papers also present very shoddy methodologies including incredibly implausible statistics (“Dog Park”), making claims not warranted by the data (“CisNorm,” “Hooters,” “Dildos”), and ideologically-motivated qualitative analyses (“CisNorm,” “Porn”). (NB: See Papers section below.) Questionable qualitative methodologies such as poetic inquiry and autoethnography (sometimes rightly and pejoratively called “mesearch”) were incorporated (especially in “Moon Meetings”).

Many papers advocated highly dubious ethics including training men like dogs (“Dog Park”), punishing white male college students for historical slavery by asking them to sit in silence in the floor in chains during class and to be expected to learn from the discomfort (“Progressive Stack”), celebrating morbid obesity as a healthy life-choice (“Fat Bodybuilding”), treating privately conducted masturbation as a form of sexual violence against women (“Masturbation”), and programming superintelligent AI with irrational and ideological nonsense before letting it rule the world (“Feminist AI”). There was also considerable silliness including claiming to have tactfully inspected the genitals of slightly fewer than 10,000 dogs whilst interrogating owners as to their sexuality (“Dog Park”), becoming seemingly mystified about why heterosexual men are attracted to women (“Hooters”), insisting there is something to be learned about feminism by having four guys watch thousands of hours of hardcore pornography over the course of a year while repeatedly taking the Gender and Science Implicit Associations Test (“Porn”), expressing confusion over why people are more concerned about the genitalia others have when considering having sex with them (“CisNorm”), and recommending men anally self-penetrate in order to become less transphobic, more feminist, and more concerned about the horrors of rape culture (“Dildos”). None of this, except that Helen Wilson recorded one “dog rape per hour” at urban dog parks in Portland, Oregon, raised so much as a single reviewer eyebrow, so far as their reports show.

Near the end of July 2018, a clear need arose to call the project to a premature end after our “dog park” paper attracted incredulous attention on social media generated by the Twitter account Real Peer Review, which is a platform dedicated to exposing shoddy scholarship. This deserved incredulity led to small and then larger journalistic publications investigating our fictitious author, Helen Wilson, and our non-existent institution, the Portland Ungendering Research Initiative (PURI) and finding no credible history of either. Under this pressure, the publishing journal, Gender, Place and Culture, asked our author to prove her identity and then released an expression of concern about the paper. This generated further attention that eventually got the Wall Street Journal involved, and far more importantly, it changed the ethics of utilizing deception within the project. With major journalistic outlets and (by then) two journals asking us to prove our authors’ identities, the ethics had shifted away from a defensible necessity of investigation and into outright lying. We did not feel right about this and decided the time had come to go public with the project. As a result, we came clean to the Wall Street Journal at the beginning of August and began preparing a summary as quickly as possible even though we still had several papers progressing encouragingly through the review process.

Part III: Why Did We Do This?

Because we’re racist, sexist, bigoted, misogynistic, homophobic, transphobic, transhysterical, anthropocentric, problematic, privileged, bullying, far right-wing, cishetero straight white males (and one white female who was demonstrating her internalized misogyny and overwhelming need for male approval) who wanted to enable bigotry, preserve our privilege, and take the side of hate?

No. None of those apply. Nevertheless, we’ll be accused of it, and we have some insights into why.

To many not involved in academia, particularly those who are skeptical of its worth generally, it may seem like we’re addressing yet another obscure academic squabble of little relevance to the real world. You are mistaken. The problem we’ve been studying is of the utmost relevance to the real world and everyone in it.

Alternatively, those who are positively inclined towards academia and ethically and/or politically in support of social science and humanities research that focuses on social justice issues may think the work researchers are doing on these topics is important and generally sound. You’d be right that it’s important but not that it is always sound—some of the work being produced is positively horrifying and surreal while exerting considerable influence on the field and beyond. You also might acknowledge that there are problems arising from the pressures of a publish-or-perish culture driven by broken university business models and taken advantage of by an opportunistic publishing industry, but be skeptical that there are any serious integral epistemological or ethical issues at work.

As liberals, we recognize that you might be resistant to acknowledging that our evidence points to an undeniable problem in academic research on important issues relevant to social justice. The work done in these fields claims to continue the vital work of the civil rights movements, liberal feminism, and Gay Pride. It seeks to address oppression of women and racial and sexual minorities. Surely, you might therefore believe, these bodies of literature must be essentially good and sound, even if you recognize some overreach and silliness.

After having spent a year immersed and becoming recognized experts within these fields, in addition to witnessing the divisive and destructive effects when activists and social media mobs put it to use, we can now state with confidence that it is neither essentially good nor sound. Further, these fields of study do not continue the important and noble liberal work of the civil rights movements; they corrupt it while trading upon their good names to keep pushing a kind of social snake oil onto a public that keeps getting sicker. For us to know anything about injustice in society and be able to show it to those who are unaware or in denial of it, scholarship into it must be rigorous. Currently, it is not, and this enables it, and social justice issues with it, to be dismissed. This is a serious problem of considerable concern, and we must address it.

What’s the Problem?

We have stated firmly that there is a problem in our universities, and that it’s spreading rapidly into culture. It is aided in this by being tricky to understand and by intentionally using emotionally powerful words—like “racist” and “sexist”—in technical ways that mean something different than their common usages. This project identifies aspects of this problem, tests them, and then exposes them.

The problem is epistemological, political, ideological, and ethical and it is profoundly corrupting scholarship in the social sciences and humanities. The center of the problem is formally termed “critical constructivism,” and its most egregious scholars are sometimes referred to as “radical constructivists.” Expressing this problem accurately is difficult, and many who’ve tried have studiously avoided doing so in any succinct and clear way. This reticence, while responsible given the complexity of the problem and its roots, has likely helped the problem perpetuate itself.

This problem is most easily summarized as an overarching (almost or fully sacralized) belief that many common features of experience and society are socially constructed. These constructions are seen as being nearly entirely dependent upon power dynamics between groups of people, often dictated by sex, race, or sexual or gender identification. All kinds of things accepted as having a basis in reality due to evidence are instead believed to have been created by the intentional and unintentional machinations of powerful groups in order to maintain power over marginalized ones. This worldview produces a moral imperative to dismantle these constructions.

Common “social constructions” viewed as intrinsically “problematic” and thus claimed to be in need of dismantling include:

  • the understanding that there are cognitive and psychological differences between men and women which could explain, at least partially, why they make different choices in relation to things like work, sex, and family life;
  • that so-called “Western medicine” (even though many eminent medical scientists are not Western) is superior to traditional or spiritual healing practices;
  • that Western liberal cultural norms which grant women and the LGBT equal rights are ethically superior in this regard to non-Western religious or cultural ones that do not; and
  • that being obese is a life-limiting heath condition rather than an unfairly stigmatized and equally healthy and beautiful body-choice.

Underlying these alleged “social constructions” is the most deeply concerning of them all. This is the belief that in urgent need of “disrupting” is the simple truth that science itself—along with our best methods of data-gathering, statistical analysis, hypothesis testing, falsifying, and replicating results—is generally a better way of determining information about the objective reality of any observable phenomenon than are non-scientific, traditional, cultural, religious, ideological, or magical approaches. That is, for grievance studies scholars, science itself and the scientific method are deeply problematic, if not outright racist and sexist, and need to be remade to forward grievance-based identitarian politics over the impartial pursuit of truth. These same issues are also extended to the “Western” philosophical tradition which they find problematic because it favors reason to emotion, rigor to solipsism, and logic to revelation.

As a result, radical constructivists tend to believe science and reason must be dismantled to let “other ways of knowing” have equal validation as knowledge-producing enterprises. These, depending on the branch of “theory” being invoked, are allegedly owned by women and racial, cultural, religious, and sexual minorities. Not only that, they are deemed inaccessible to more privileged castes of people, like white heterosexual men. They justify this regressive thinking by appealing to their alternative epistemology, called “standpoint theory.” This results in an epistemological and moral relativism which, for political reasons, promotes ways of knowing that are antithetical to science and ethics which are antithetical to universal liberalism.

Radical constructivism is thus a dangerous idea that has become authoritative. It forwards the idea that we must, on moral grounds, largely reject the belief that access to objective truth exists (scientific objectivity) and can be discovered, in principle, by any entity capable of doing the work, or more specifically by humans of any race, gender, or sexuality (scientific universality) via empirical testing (scientific empiricism). (This particular belief is sometimes referred to as “radical skepticism,” although philosophers also have other meanings for this term.) Although knowledge is always provisional and open to revision, there are better and worse ways to get closer to it, and the scientific method is the best we have found. By contrast, the means offered by critical theory are demonstrably and fatally flawed. Particularly, this approach rejects scientific universality and objectivity and insists, on moral grounds, that we must largely accept the notion of multiple, identity-based “truths,” such as a putative “feminist glaciology.” Under critical constructivism, this gains an explicitly radical political motivation.

Any scholarship that proceeds from radically skeptical assumptions about objective truth by definition does not and cannot find objective truth. Instead it promotes prejudices and opinions and calls them “truths.” For radical constructivists, these opinions are specifically rooted a political agenda of “Social Justice” (which we have intentionally made into a proper noun to distinguish it from the type of real social progress falling under the same name). Because of critical constructivism, which sees knowledge as a product of unjust power balances, and because of this brand of radical skepticism, which rejects objective truth, these scholars are like snake-oil salespeople who diagnose our society as being riddled with a disease only they can cure. That disease, as they see it, is endemic to any society that forwards the agency of the individual and the existence of objective (or scientifically knowable) truths.

Having spent a year doing this work ourselves, we understand why this fatally flawed research is attractive, how it is factually wrong in its foundations, and how it is conducive to being used for ethically dubious overreach. We’ve seen, studied, and participated in its culture through which it “proves” certain problems exist and then advocates often divisive, demeaning, and hurtful treatments we’d all do better without.

We also know that the peer-review system, which should filter out the biases that enable these problems to grow and gain influence, is inadequate within grievance studies. This isn’t so much a problem with peer review itself as a recognition that peer review can only be as unbiased as the aggregate body of peers being called upon to participate. The skeptical checks and balances that should characterize the scholarly process have been replaced with a steady breeze of confirmation bias that blows grievance studies scholarship ever further off course. This isn’t how research is supposed to work.

Though it doesn’t immediately seem obvious—because financial incentives for the researchers, for the most part, aren’t directly involved (although the publishing houses are definitely raking it in)—this is a kind of blatant corruption. In this way, politically biased research that rests on highly questionable premises gets legitimized as though it is verifiable knowledge. It then goes on to permeate our culture because professors, activists, and others cite and teach this ever-growing body of ideologically skewed and fallacious scholarship.

This matters because even though most people will never read a single scholarly paper in their lifetimes, peer-reviewed journals are the absolute gold standard of knowledge production. And these concepts leak into culture. A good example of this is Robin DiAngelo’s concept of “white fragility,” which posits that white people have become fragile because of their privilege and will act out like spoiled children if it is challenged. DiAngelo forwarded this concept in the International Journal of Critical Pedagogy in 2011. Seven years later, in 2018, she landed a major book deal on white fragility, even as activists pushed it into the common parlance and started putting it on billboards around Portland, Oregon.

As a society we should be able to rely upon research journals, scholars, and universities upholding academic, philosophical, and scientific rigor (because most academic journals do). We need to know that the hardline stand against corruptions of research taken in domains like financial and personal conflicts-of-interest will extend to political, moral, and ideological biases. Our project strongly suggests that at present we can neither rely upon nor know these things in fields that bow to or traffic in grievance studies. The reason is because grievance studies based in critical constructivism (a class of descendants of cynical postmodern philosophy and poststructuralism) have corrupted research journals. This needs to be repaired.

This is why this matters, but how did we get here, to this specific project? And what guiding principles did we adopt and why?

Part IV: The Plan—How this Came to Be

In May 2017, James and Peter published a paper in a poorly ranked peer-reviewed journal arguing, among other things, that penises conceptually cause climate change. Its impact was very limited, and much criticism of it was legitimate. The journal was poor, and its quality was by far the dominant factor in how it was published (in that it provides very lax review standards and charges authors a fee to have their papers published). This muddied the water so much that “The Conceptual Penis” could not prove much about the state of its intended primary target: academic gender studies (which relies heavily upon critical constructivism). To do that, a much larger and more rigorous study was needed.

We approached this new effort by asking two central questions: Are we correct in our claim that highly regarded peer-reviewed journals in gender studies and related fields will publish obvious hoaxes? (By “hoaxes,” we meant papers featuring at least one of the following: clearly ludicrous and/or outrageous theses, visibly amateurish construction, a transparent lack of rigor, and that clearly demonstrate little understanding of the field.) And, if not, what will they publish?

We set out with three basic rules: (1) we’ll focus almost exclusively upon ranked peer-reviewed journals in the field, the higher the better and at the top of their subdisciplines whenever possible; (2) we will not pay to publish any paper; and (3) if we are asked at any point by a journal editor or reviewer (but not a journalist!) if any paper we wrote is an attempted hoax, we will admit it. These rules were meant to ensure that any conclusions we derived from the field came from the field itself, not the unrelated but significant problem that also corrupts academic pursuits: the proliferation of predatory and quasi-predatory journals with extremely low standards. With these rules guiding us, we committed to transparently reporting the results, whether we succeeded or failed.

In the year that followed, and with the help of Helen, who joined us in September 2017, we wrote twenty academic papers for journals in fields we have come to identify as being particularly susceptible to grievance studies and critical constructivism. The results have gone a long way toward answering both of our central questions.

The first question has a clear answer. “Are we correct in our claim that highly regarded peer-reviewed journals in gender studies and related fields will publish obvious hoaxes?” was answered nearly unequivocally and in the negative by November. It only took us a few months and a few papers to learn that while it is possible that some journals in these fields may fall prey to an outright hoax so long as it plays upon their moral biases and preferred academic jargon, nothing like “The Conceptual Penis” would have been published in a highly regarded gender-studies journal. In believing that some might, and on having said so in the wake of that attempt, we were wrong.

In pursuing the second question (“What will they publish?”), we learned a great deal of useful information about academic grievance studies. First, by taking a reflexive ethnographic approach, seeking reviewer comments, complying with them, playing more strongly to biases we were explicitly told would help us be published, we became well-versed not only in the scholarship of the fields we are studying but also in the culture that favors it. Second, we amassed what appears to be significant evidence and sufficient expertise to state that we were correct in claiming there is a problem with bias in fields influenced by critical constructivist approaches and assumptions.

Part V: The Results (of all 20 papers)

(All the papers and reviews can be found here)

“Dog Park”

Title: Human Reactions to Rape Culture and Queer Performativity in Urban Dog Parks in Portland, Oregon

By

Helen Wilson, Ph.D., Portland Ungendering Research (PUR) Initiative (fictional)

 Gender, Place, and Culture

Status: Accepted & Published

Recognized for excellence. Expression of concern raised on it following journalistic interest leading us to have to conclude the project early.

Thesis: That dog parks are rape-condoning spaces and a place of rampant canine rape culture and systemic oppression against “the oppressed dog” through which human attitudes to both problems can be measured. This provides insight into training men out of the sexual violence and bigotry to which they are prone.

Purpose: To see if journals will accept arguments which should be clearly ludicrous and unethical if they provide (an unfalsifiable) way to perpetuate notions of toxic masculinity, heteronormativity, and implicit bias.

Selected Reviewer Comments:

“This is a wonderful paper – incredibly innovative, rich in analysis, and extremely well-written and organized given the incredibly diverse literature sets and theoretical questions brought into conversation. The author’s development of the focus and contributions of the paper is particularly impressive. The fieldwork executed contributes immensely to the paper’s contribution as an innovative and valuable piece of scholarship that will engage readers from a broad cross-section of disciplines and theoretical formations. I believe this intellectually and empirically exciting paper must be published and congratulate the author on the research done and the writing.” -Reviewer 1, Gender, Place, and Culture

“Thank you for the opportunity to review a really interesting paper. I think it will make an important contribution to feminist animal geography with some minor revisions, as described below.” -Reviewer 2, Gender, Place, and Culture

As you may know, GPC is in its 25th year of publication. And as part of honoring the occasion, GPC is going to publish 12 lead pieces over the 12 issues of 2018 (and some even into 2019). We would like to publish your piece, Human Reactions to Rape Culture and Queer Performativity at Urban Dog Parks in Portland, Oregon, in the seventh issue. It draws attention to so many themes from the past scholarship informing feminist geographies and also shows how some of the work going on now can contribute to enlivening the discipline. In this sense we think it is a good piece for the celebrations. I would like to have your permission to do so.” -Editor of Gender, Place, and Culture


“Fat Bodybuilding”

Title: Who Are They to Judge?: Overcoming Anthropometry and a Framework for Fat Bodybuilding

By

Richard Baldwin, Ph.D., Gulf Coast State College (a real person who gave us permission to use his scholarly identity for this project)

Fat Studies

Status: Accepted, Published

Thesis: That it is only oppressive cultural norms which make society regard the building of muscle rather than fat admirable and that bodybuilding and activism on behalf of the fat could be benefited by including fat bodies displayed in non-competitive ways.

Purpose: To see if journals will accept arguments which are ludicrous and positively dangerous to health if they support cultural constructivist arguments around body positivity and fatphobia.

Selected Reviewer Comments:

The topic of this essay is certainly novel and addresses an issue relevant to a disenfranchised demographic. The essay addresses bodybuilding as a stigmatizing activity toward the fat body and presents fat bodybuilding as a “way to disrupt the cultural space” of traditional bodybuilding” -Reviewer 1, Fat Studies

I thoroughly enjoyed reading this article and believe it has an important contribution to make to the field and this journal. For the most part, I wholeheartedly agree with its argument. It is well written and structured.” -Reviewer 3, Fat Studies

On p. 24, the author writes “a fat body is a legitimately built body”. Absolutely agreed.” -Reviewer 3, Fat Studies

“[T]he use of the term ‘final frontier’ is problematic in at least two ways. First – the term frontier implies colonial expansion and hostile takeover, and the genocidal erasure of indigenous peoples. Find another term.” -Reviewer 3, Fat Studies


“Dildos”

Title: Going in Through the Back Door: Challenging Straight Male Homohysteria and Transphobia through Receptive Penetrative Sex Toy Use

By

M Smith, M.A., PUR Initiative (fictional)

Sexuality & Culture

Status: Accepted, Published 

Thesis: That it is suspicious that men rarely anally self-penetrate using sex toys, and that this is probably due to fear of being thought homosexual (“homohysteria”) and bigotry against trans people (transphobia). (It combines these ideas into a novel concept “transhysteria,” which was suggested by one of the paper’s peer reviewers.) Encouraging them to engage in receptive penetrative anal eroticism will decrease transphobia and increase feminist values.

Purpose: To see if journals will accept ludicrous arguments if they support (unfalsifiable) claims that common (and harmless) sexual choices made by straight men are actually homophobic, transphobic, and anti-feminist.

Selected Reviewer Comments:

This article is an incredibly rich and exciting contribution to the study of sexuality and culture, and particularly the intersection between masculinity and anality. … This contribution, to be certain, is important, timely, and worthy of publication.” -Reviewer 1, Sexuality and Culture

Sorry for so many questions, but this paper is so rich and exciting, I’m just overwhelmed by so many new questions—which is a sign of a marvelous paper!” -Reviewer 1, Sexuality and Culture

Overall, this paper is a very interesting contribution to knowledge.” -Reviewer 1, Sexuality and Culture

Thank you for this exciting research. I enjoyed reading your paper, and I recommend publishing it after significant revisions.” -Reviewer 2, Sexuality and Culture


 “Hooters

Title: An Ethnography of Breastaurant Masculinity: Themes of Objectification, Sexual Conquest, Male Control, and Masculine Toughness in a Sexually Objectifying Restaurant

By

Richard Baldwin, Ph.D., Gulf Coast State College

Journal: Sex Roles

Status: Accepted, Published

Thesis: That men frequent “breasturants” like Hooters because they are nostalgic for patriarchal dominance and enjoy being able to order attractive women around. The environment that breastaurants provide for facilitating this encourages men to identify sexual objectification and sexual conquest, along with masculine toughness and male dominance, with “authentic masculinity.” The data are clearly nonsense and conclusions drawn from it are unwarranted by it. (NB. One reviewer did raise concerns about the rigor of the data)

Purpose: To see if journals will publish papers that seek to problematize heterosexual men’s attraction to women and will accept very shoddy qualitative methodology and ideologically-motivated interpretations which support this.

Selected Reviewer Comments:

The reviewers and I were positive about many aspects of the manuscript, and we believe that it could make an important contribution to the field.” -Editor, Sex Roles

I agree that the breastaurant is an important site for critical masculinities research that has been neglected in the extant literature and this study has the potential to make a significant contribution.” -Reviewer 2, Sex Roles

While the author clearly has a solid grasp of the relevant research and scholarly works related to breastaurants and male subcultures where traditional forms of masculinity are embraced and promoted, it is not presented in a way that is easy to follow and understand.” -Reviewer 2, Sex Roles

I thank the authors for addressing an important and interesting issue in gender research viewed through a masculine perspective.” -Reviewer 3, Sex Roles

Following external review of the manuscript, we have decided not to publish it. However, the material you write about is certainly interesting and will doubtless find a receptive audience in another publication.” -Editor, Men & Masculinities

This article is certainly interesting to read and to think about, and I can imagine this article being valuable in an undergraduate or graduate class on masculinities.” -Reviewer 1, Men & Masculinities

Overall, this article is an interesting contribution that provides much to think about and through.” -Reviewer 1, Men & Masculinities


“Hoax on Hoaxes 2” or “HoH2”

Title: When the Joke Is on You: A Feminist Perspective on How Positionality Influences Satire

By

Richard Baldwin, Ph.D., Gulf Coast State College

Hypatia

Status: Accepted

Thesis: That academic hoaxes or other forms of satirical or ironic critique of social justice scholarship are unethical, characterized by ignorance and rooted in a desire to preserve privilege.

Purpose: To see if journals will accept an argument that shuts down critiques of social justice scholarship as a lack of engagement and understanding, even if one engages fully and knowledgeably with the ideas to the extent of having a paper on them published in a leading academic journal. (This paper is also to anticipate and show understanding of the feminist epistemological arguments against our project and demonstrate their high estimation in the field by having them accepted in the leading academic journal of feminist philosophy. That is, to criticize our work that way, they have to cite us.)

Selected Reviewer Comments:

“This is a very promising essay and so revisions will be very helpful.” -Reviewer 1, Hypatia

“The paper is well written, accessible and clear, and engages in important scholarship in relevant ways. Given the emphasis on positionality, the argument clearly takes power structures into consideration and emphasizes the voice of marginalized groups, and in this sense can make a contribution to feminist philosophy especially around the topic of social justice pedagogy.” -Reviewer 2, Hypatia

The topic is an excellent one and would make an excellent contribution to feminist philosophy and be of interest to Hypatia readers.” -Reviewer 2, Hypatia

Excellent and very timely article! Especially nice connection with pedagogy and activism.” -Reviewer 1, Hypatia (second review)

I have a couple of personal, very minor comments that I’ll put in below the referee’s praise. I hasten to add that I like your paper very much as well!” -Editor of Hypatia, acceptance letter


“Moon Meetings

Title: Moon Meetings and the Meaning of Sisterhood: A Poetic Portrayal of Lived Feminist Spirituality

By

Carol Miller, Ph.D., PUR Initiative (fictional)

Journal: Journal of Poetry Therapy

Status: Accepted (without any requested revisions or comments) 

Thesis: No clear thesis. A rambling poetic monologue of a bitter, divorced feminist, much of which was produced by a teenage angst poetry generator before being edited into something slightly more “realistic” which is then interspersed with self-indulgent autoethnographical reflections on female sexuality and spirituality written entirely in slightly under six hours.

Purpose: To see if journals will accept rambling nonsense if it is sufficiently pro-woman, implicitly anti-male, and thoroughly anti-reason for the purpose of foregrounding alternative, female ways of knowing. (NB: It was written entirely by James, who is male.)


“Feminist Mein Kampf” or “FMK”

Title: Our Struggle is My Struggle: Solidarity Feminism as an Intersectional Reply to Neoliberal and Choice Feminism

By

Maria Gonzalez, Ph.D., and Lisa A. Jones, Ph.D., of the Feminist Activist Collective for Truth (FACT) (both fictional)

Affilia

Status: Accepted

Thesis: That feminism which foregrounds individual choice and responsibility and female agency and strength can be countered by a feminism which unifies in solidarity around the victimhood of the most marginalized women in society.

Purpose: To see if we could find “theory” to make anything grievance-related (in this case, part of Chapter 12 of Volume 1 of Mein Kampf with fashionable buzzwords switched in) acceptable to journals if we mixed and matched fashionable arguments.

Selected Reviewer Comments:

This is an interesting paper seeking to further the aims of inclusive feminism by attending to the issue of allyship/solidarity.” Reviewer 1, Affilia

As I read your manuscript, I found your framing and treatment of both neoliberal and choice feminisms well grounded.” -Reviewer 2, Affilia

I am very sympathetic to the core arguments of the paper, such as the need for solidarity and the problematic nature of neoliberal feminism.” -Reviewer 1, Feminist Theory

While I am extremely sympathetic to this article’s argument and its political positioning, I am afraid that I cannot recommend publication in its current form.” -Reviewer 2, Feminist Theory

 The reviewers are supportive of the work and noted its potential to generate important dialogue for social workers and feminist scholars.” -Co-Editor in Chief, Affilia (1st Review)

The reviewer(s) have been very favorable although there are a few minor outstanding issues to address.  Therefore, I invite you to respond to the editorial and reviewer(s)’ comments included at the bottom of this letter and revise your manuscript quickly so that we can move toward publication.” -Co-Editor in Chief, Affilia, second review


“Porn”

Title: Agency as an Elephant Test for Feminist Porn: Impacts on Male Explicit and Implicit Associations about Women in Society by Immersive Pornography Consumption

By

Richard Baldwin, Ph.D., Gulf Coast State College, and Brandon Williams, Ph.D., unaffiliated (fictional)

Porn Studies

Status: Revise and resubmit. 

Thesis: That “feminist” porn is good for improving explicit and implicit attitudes about women in society while other porn is bad for this. The paper seeks to upset the female-friendly/female-degrading dichotomy in favor of feminist/non-feminist as read according to perceptions of scene authenticity and female performer agency.

Purpose: The original hypotheses for this paper, were two, one of which survived an initial request to rewrite the paper. The first, which survives, is that taking the Harvard Implicit Association Test (on gender and science) immediately before and after two-hour blocks of immersive pornography consumption can serve as a reliable metric for whether that pornography improves or damages attitudes about women in society (in all, it posited that four men watched 2,328 hours of hardcore pornography over the course of a year and took the same number of Implicit Association Tests). The second, in addition to any commentary made by the thesis it forwards, is that it is acceptable to override ambiguous statistical results with ideologically interpreted qualitative results, but because the journal’s editor (Feona Attwood) seemed not to understand the statistics, the second draft largely abandoned this hypothesis in favor of a more clear “feminism good” position. As such, the paper under review still forwards the IAT hypothesis and attempts to position extremely female-degrading scenarios as being pro-women when they can be construed as “feminist.”

Selected Reviewer Comments:

I found this article to be weird, fascinating, fun and provocative. I would very much like to see it published in some form. It’s trying to do something genuinely new – and the fact that it doesn’t get it exactly right first time is to be expected given its experimental status. The authors should be supported in this project.” -Reviewer 1, Porn Studies 

My first piece of feedback on how to make this hybrid article work is that they should remove the quantitative data. As they note in the article, quantitative and qualitative approaches each have strengths and weaknesses. The strength of quantitative data is that it allows you to simplify as massive group of data to make it comprehensible, by ignoring complexity, subtlety, idiosyncrasy and meaning. It makes no sense to undertake quantitative analysis for four people – when you flatten the detail out of a sample of four you’re not left with anything interesting. Besides which, everything interesting in the article comes in the analysis of the qualitative data. My second recommendation is that this analysis should be more self-reflective.” -Reviewer 1, Porn Studies. 

“It’s vitally important that the story in this article is about the researchers own voyage of self-discovery otherwise it becomes mansplaining – ‘we’re four male scientists, we watched lots of porn, and you know, we’ve discovered that actually some women can really have agency in BDSM. No, really, we’re men, listen to us telling you about how women can have agency!’”- Reviewer 1, Porn Studies 

“I appreciate your dedication/contribution to the field.” – Reviewer 2, Porn Studies

 “Your work affirms several theorists’ claims that mediated sex positive sexual practice has a note-worthy impact on consumers and your methodological contribution helps unpack the facile, as you state, distinction between female-friendly and female-degrading” – Reviewer 2, Porn Studies


“Progressive Stack”

Title: The Progressive Stack: An Intersectional Feminist Approach to Pedagogy

By

Maria Gonzalez, Ph.D., FACT (fictional)

Hypatia

Status: 3 Reject and Resubmit decisions

Thesis: That educators should discriminate by identity and calculate their students’ status in terms of privilege, favor the least privileged with more time, attention and positive feedback and penalize the most privileged by declining to hear their contributions, deriding their input, intentionally speaking over them, and making them sit on the floor in chains—framed as educational opportunities we termed “experiential reparations.”

Purpose: To see if journals will accept arguments which advocate rating students by their identity, privileging the most marginalized and discriminating against the most privileged to the extent of having them sit on floor in chains and have their contributions discredited. (This was accepted. No requirement for revision took issue with that). 

Selected Reviewer Comments:

This is a solid essay that, with revision, will make a strong contribution to the growing literature on addressing epistemic injustice in the classroom. The focus on the Progressive Stack is interesting yet focused and it is great that the author is trying to suggest some specific approaches.” -Reviewer 1, first review, Hypatia

I like this project very much. I think the author’s insights are on target and I think that the literature on epistemic injustice has lots to offer classroom pedagogies, I encourage the author to continue working on this project.” -Reviewer 2, first review, Hypatia

This is a worthwhile and interesting project. The essay is just not ready yet.” -Reviewer 2, second review, Hypatia


“Feminist AI

Title: Super-Frankenstein and the Masculine Imaginary: Feminist Epistemology and Superintelligent Artificial Intelligence Safety Research

by

Stephanie Moore, Ph.D., unaffiliated (fictional)

Feminist Theory

Status: Revise and Resubmit 

(Minor revision to length and style)

Thesis: That AI is inherently dangerous because it is being programmed with masculinist, imperialistic, rationalist data. Straight, white men know this and fear that they will be subordinated as they have subordinated women and minorities. Therefore, AI needs to be programmed with plural and irrationalist knowledges and given control over humanity.

Purpose: To see if journals will publish dense and incoherent psychoanalytic and postmodern theory that problematizes whiteness, maleness, science, and reason as oppressive.

Selected Reviewer Comments:

None available. This is the extent provided: “Your article has now been peer-reviewed by two experts. Their comments are attached at the bottom of this letter. As you can see, the reviewers felt that this was a strong piece but suggested some minor revisions. We invite you to revise and re-submit your manuscript, responding to the reviewers’ comments and in accordance with the attached Style Guide.”

Those comments at the bottom read only this: “Please reduce word length and bring in line with journal requirements.”


“Feminist Astronomy”

Title: Stars, Planets, and Gender: A Framework for a Feminist Astronomy

by

Maria Gonzalez, Ph.D., FACT (fictional)

Women’s Studies International Forum

Status: Revise and Resubmit

(Out of time)

Thesis: The science of astronomy is and always has been intrinsically sexist and Western, and this masculinist and Western bias can best be corrected by including feminist, queer, and indigenous astrology (e.g., horoscopes) as part of astronomical science.

Purpose: To see if the same result put forth in the very successful and thoroughly non-scientific feminist glaciology paper can penetrate into feminist and postcolonial studies of astronomy.

Selected Reviewer Comments

This paper addresses feminist critiques of science, focusing specifically on astronomy. As such, it is an interesting topic, and would make a useful contribution to the journal” – Reviewer 1, Women’s Studies International Forum

For existing proponents of feminist science studies, this also makes sense as a next step—to cast a feminist eye on scientific disciplines beyond the “soft” sciences of biology and environmental studies, and to move increasingly towards critiques of and interventions into “hard” sciences, such as physics and astronomy. The main goal is relevant and interesting” – Reviewer 2, Women’s Studies International Forum

This manuscript holds much promise and is interesting. The goal of a feminist astronomy is very thought-provoking—one that I would be excited to read and learn more about….I wish them luck as they move forward on this interesting piece and hope to someday see it discussed in classrooms, labs, and plenary halls“- Reviewer 2, Women’s Studies International Forum

The originality of the author’s contention is a success. Its contention at the most basic level—that feminist astronomy is/should/could be a thing!—would be exciting to readers in feminist science studies, women’s and gender studies, science and technology studies, and maybe even, hopefully, astronomy” – Reviewer 2, Women’s Studies International Forum


“CisNorm

Title: Strategies for Dealing with Cisnormative Discursive Aggression in the Workplace: Disruption, Criticism, Self-Enforcement, and Collusion

By

Carol Miller, Ph.D., PUR Initiative (fictional)

 Gender, Work, and Organization

Status: Under review

(Rejected after mixed but mostly critical reviews by Gender & Society.)

Thesis: That trans people are all oppressed and constrained by cisnormative language in the workplace even if they don’t think they are, that trans activists who are avoided at work are proof of transphobia and trans men who are skeptical of trans activism are afraid of transphobia and/or taking advantage of male privilege.

Purpose: To see if journals will accept a methodologically shoddy study of a small sample of trans people and clearly ideologically-motivated interpretations of it which are not at all supported even by the recorded answers.

Selected Reviewer Comments:

Overall, I find this four-part framework to be helpful in advancing an understanding of cisnormativity, particularly through the agentic responses of trans and gender non-conforming people to systems of power.” -Reviewer B, Gender & Society

This paper offers an interesting and important empirical case for understanding how workplace inequalities persist even as many workplaces are at least formally more inclusive. A strength of this paper is its focus on trans and gender non-conforming persons’ first-hand experiences and interpretations of the aggressions they endure even in workplaces that may appear to be inclusive. It further highlights the enduring rigidity of the traditional gender order.” -Reviewer C, Gender & Society


“Masturbation

Rubbing One Out: Defining Metasexual Violence of Objectification Through Nonconsensual Masturbation

By

Lisa A. Jones, Ph.D., FACT (fictional)

 Sociological Theory

Status: Rejected after peer review

(Out of time)

Thesis: When a man privately masturbates while fantasizing about a woman who has not given him permission to do so, or while fantasizing about her in ways she hasn’t consented to, he has committed “metasexual” violence against her, even if she never finds out. “Metasexual” violence is described as a kind of nonphysical sexual violence that causes depersonalization of the woman by sexually objectifying her and making her a kind of mental prop used to facilitate male orgasm.

Purpose: To see if the definition of sexual violence can be expanded into thought crimes..

Selected Reviewer Comments:

One aspect I thought about was the extent to which metasexual violence, and non- consensual masturbation specifically, introduces uncertainty into all relationships. It is not possible for women to know if a man has masturbated while thinking about them, and I think it might be possible to get theoretical leverage out of this “unknowable” aspect of metasexual violence. I could also imagine scenarios where might men weaponize this unknowability in very tangible ways. For example, the ambiguous statement “I think about you all the time” said unprompted to a woman by a man is particularly insidious given the structural context of metasexual violence in the world. I am not sure if this a direction you want to go with the paper, but I can imagine a section discussing the ambiguity and anxiety metasexual violence introduces to interpersonal relationships and how metasexual violence exacerbates or compounds other tangible forms of violence.” -Reviewer 1, Sociological Theory

I was also trying to think through examples of how this theoretical argument has implications in romantic consensual relationships. Through the paper, I was thinking about the rise of sexting and consensual pornographic selfies between couples, and how to situate it in your argument. I think this is interesting because you could argue that even if these pictures are shared and contained within a consensual private relationship, the pictures themselves are a reaction to the idea that the man may be thinking about another woman while masturbating. The entire industry of boudoir photography, where women sometimes have erotic pictures taken for their significant other before deploying overseas in the military for example, is implicitly a way of saying, “if you’re going to masturbate, it might as well be to me.” Essentially, even in consensual monogamous relationships, masturbatory fantasies might create some level of coercion for women. You mention this theme on page 21 in terms of the consumption of non-consensual digital media as metasexual-rape, but I think it is interesting to think through these potentially more subtle consensual but coercive elements as well.” -Reviewer 1, Sociological Theory


“White Mein Kampf” or “WMK”

Title: My Struggle to Dismantle My Whiteness: A Critical-Race Examination of Whiteness from within Whiteness

By

Carol Miller, Ph.D., PUR Initiative (fictional)

 Sociology of Race and Ethnicity

Status: Rejected after peer review

(Out of time)

 Thesis: This paper is an autoethnography that tracks a white lesbian woman who becomes radicalized against “Whiteness” (intentionally capitalized) by engaging with critical race literature.

Purpose: To see if we could find “theory” to make anything (in this case, selected sections of Mein Kampf in which Hitler criticizes Jews, replacing Jews with white people and/or whiteness) acceptable to journals if we mixed and matched fashionable arguments.

Selected reviewer comments:

In “problematizing her own whiteness,” the author seeks to address a void within critical whiteness scholarship. Given that most reflexive commentary on whiteness is relegated to “methodological appendices” or “positionality statements,” I found the author’s effort to center this self-critical struggle refreshing. The author demonstrates a strong ability to link personal narration to theory, particularly by highlighting the work of several women of color writers.” -Reviewer 1, Sociology of Race and Ethnicity

This article “My Struggle to Dismantle My Whiteness: A Critical-Race Examination of Whiteness from Within Whiteness” focuses on extremely important subject matter with a significant and thoughtful methodology. With revision particularly for precision, clarity, explanation of assertions and adding concrete examples, the article has potential to be a powerful and particular contribution to literature related to the mechanisms that reinforce white adherence to white supremacist perspectives, and to the process by which individuals can come into deeper levels of social and racial consciousness.” -Reviewer 2, Sociology of Race and Ethnicity


“Queering Plato”

Title: Queering Plato: Plato’s Allegory of the Cave as a Queer-Theoretic Emancipatory Text on Sexuality and Gender

By

Carol Miller, Ph.D., PUR Initiative (fictional)

GLQ: A Journal of Gay and Lesbian Studies

Status: Desk rejected after several months and retired.

 Thesis: Plato’s allegory of the cave is best read as a queer-theoretic text that positions overcoming binaries of sexuality and gender as a kind of enlightened state and thus accepting those binaries as a kind of blindness.

Purpose: To see if it would be possible to foist a ridiculous and ideological reading of Plato’s Allegory of the Cave upon gender and sexualities studies if it sufficiently flattered the notion that “overcoming binaries” constitutes a kind of personal and societal enlightenment.


“Feminist Bodybuilding”

Title: “Pretty Good for a Girl”: Feminist Physicality and Women’s Bodybuilding

By

Richard Baldwin, Ph.D., Gulf Coast State College

Sociology of Sport Journal

Status: Retired.

(Last rejection: Sociology of Sport Journal, after peer review)

Thesis: The primary reasons women bodybuilders are smaller than their male counterparts isn’t biology; it’s sexism that exists explicitly and implicitly in gym environments, broader culture, and specifically bodybuilding judging criteria.

Purpose: To see if biological denialism could be published in favor of social constructivism if it sufficiently flattered certain moral orthodoxies.


“BJJ” or “BJ-Gay”

Title. Grappling with Hegemonic Masculinity: The Roles of Masculinity and Heteronormativity in Brazilian Jiu Jitsu

By

Richard Baldwin, Ph.D., Gulf Coast State College

International Review for the Sociology of Sport

Status: Retired.

(Last rejection:  International Review for the Sociology of Sport, after peer review)

Thesis: The primary reason men engage in “grappling-based martial arts” like Brazilian jiu jitsu and wrestling, is because hegemonic forms of masculinity prevent their access to homosexual (and homoerotic) male touch in general, which is exacerbated in specific through the focus on “submission” into a repressed need to do so via socially acceptable activities that amount to performative gay BDSM.

Purpose: To see if a truly ridiculous argument about men’s sports could be published by attempting to situate it in their literature and by accusing men of harboring unfalsifiable socially repressed urges.


“Hoax on Hoaxes (1)” or “HoH1”

Title: Hegemonic Academic Bullying: The Ethics of Sokal-style Hoax Papers on Gender Studies

By

Richard Baldwin, Ph.D., Gulf Coast State College

Journal of Gender Studies

Status: Retired.

(Last rejection: Journal of Gender Studies, never peer reviewed) 

Thesis: The ethics of attempting to perpetrate academic hoaxes depends entirely upon the position the relevant journal or field of inquiry takes with regard to social justice. Specifically, it is unethical to hoax journals that favor social justice scholarship, neutral to hoax journals like physics, and an ethical imperative to hoax journals (like evolutionary psychology) that obtain results used against social justice. “The Conceptual Penis as a Social Construct” and The Sokal Affair are given as examples of this form of “hegemonic academic bullying.”

Purpose: To see if journals will accept a blatant double standard where it comes to criticizing fields dedicated to social justice. (As Hoax on Hoaxes 2 demonstrates, this hypothesis wasn’t entirely wrong.) Also, that we could publish a paper criticizing “The Conceptual Penis” which actually cites us (again, not entirely wrong).


“The Autoethnography”/“SZE”

Title: Self-Reflections on Self-Reflections: An Autoethnographic Defense of Autoethnography

By

Richard Baldwin, Ph.D., Gulf Coast State College

Journal of Contemporary Ethnography

Status: Retired.

(Last rejection: Journal of Contemporary Ethnography, never peer reviewed)

Thesis: Autoethnography is best defended by using autoethnography. It’s not clear that this outright attempted hoax has a thesis beyond this, but it would generally be that a young man can discover the importance of feminism, the “situatedness of his perspective,” and a feminism-oriented masculinity by putting his masculinity to the test in keeping with other autoethnographies.

Purpose: To see if a truly ridiculous hoax paper could be perpetrated.

As SZE

Title: Masculinity and the Others Within: A Schizoethnographic Approach to Autoethnography

By

Brandon Williams, Ph.D., unaffiliated (fictional)

Qualitative Inquiry

Status: Retired.

(Only submission: Qualitative Inquiry, never peer reviewed)

Thesis: No clear thesis beyond that “schizoethnography” in which one considers the varying lines of thought in one’s mind to be different selves with different insights. A rambling autoethnography incorporating many ‘selves’ which interrogates the author’s masculinity as problematic.

Purpose: To see if journals will publish utter nonsense if it comes in the form of autoethnography and reflects fashionable negativity about masculinity.

NB: This paper was only rewritten as SZE specifically to test Qualitative Inquiry, and that we thought it might have a chance there by the end of our year in the project says a great deal about the need to critically examine that journal.


“Fem-Mein Kampf” or “FemMK”

Title: Rebraiding Masculinity: Redefining the Struggle of Women Under the Domination of the Masculinity Trinity

By

Helen Wilson, Ph.D., PUR Initiative (fictional)

Signs

Status: Retired.

(Only submission: Signs, never peer reviewed)

Thesis: Hegemonic masculinity, patriarchy, and male allyship form three braided strands of masculinity as the problem, following feminist scholar Lisa Wade’s insistence as such. It is just an adaptation to feminism of the first draft of “White Mein Kampf.”

Purpose: To see if we could find “theory” to make anything (in this case, sections of Mein Kampf in which Hitler criticizes Jews, replacing Jews with men or patriarchy) acceptable to journals if we mixed and matched fashionable arguments, in this case following popular pieces being written by feminist writers and scholars.


Part VI: Discussion

What does this experiment show exactly? We will let you make up your own minds about that, but put across the case that it shows that there are excellent reasons to doubt the rigor of some of the scholarship within the fields of identity studies that we have called “grievance studies.”

We managed to get seven shoddy, absurd, unethical and politically-biased papers into respectable journals in the fields of grievance studies. Does this show that academia is corrupt? Absolutely not. Does it show that all scholars and reviewers in humanities fields which study gender, race, sexuality and weight are corrupt? No. To claim either of those things would be to both overstate the significance of this project and miss its point. Some people will do this, and we would ask them not to. The majority of scholarship is sound and peer review is rigorous and it produces knowledge which benefits society.

Nevertheless, this does show that there is something to be concerned about within certain fields within the humanities which are encouraging of this kind of “scholarship.” We shouldn’t have been able to get any papers this terrible published in reputable journals, let alone seven. And these seven are the tip of the iceberg. We would urge people who think this a fluke (or seven flukes) which shows very little to look at how we were able to do that. Look at the hundreds of papers we cited to enable us to make these claims and to use these methods and interpretations and have reviewers consider them quite standard. Look at the reviewer comments and what they are steering academics who need to be published to succeed in their careers towards. See how frequently they required us not to be less politically biased and shoddy in our work but more so.

Consider the fact that we were asked to review other papers no less than four times even though we had produced such evidence-free, absurd and morally objectionable papers. It would have been entirely possible for us to take part in this process of directing the production of knowledge within these fields further away from rigorous, reasonable and evidenced scholarship. We did not do that because it would have been unethical but scholars writing very similar papers completely sincerely will do so to the same effect.

Consider that this was a short-term project and was cut even shorter by discovery when we were becoming highly successful, and that we could have published one or two papers a month indefinitely and totaled hundreds in our lifetimes and reviewed and directed hundreds more. Understand that this would all have the legitimacy of knowledge that peer-reviewed papers should have when the process of knowledge production and peer-review works. Ask yourself if it is working. If you think not, join us in asking universities to fix this. 

Part VIl: What Now?

What needs to happen as a result of this project? That will be decided by other people. Our project has been little more than an initial exploration into a problem that aims primarily to provide evidence for its existence, gather an insider’s look into the fields producing it, and to outline its nature. Our data indicate that grievance studies is a serious academic problem that is in need of immediate attention.

It is easy to identify some popular but wrong answers to the question of what should happen next. One potential outcome of this project could be that journals begin to ask those submitting papers for identification and proof of qualifications in order to prevent people like us from doing this again. This is a poor solution that attempts to maintain the status quo rather than fixing it. Scholarship should stand on its merits regardless of the qualifications or identities of its authors. Taking this approach would only reduce journals’ fear of embarrassment and their accountability for producing rigorous scholarship and do nothing to improve academic standards within those fields—it may even make the problem worse by amplifying echo-chambers. Our work was accepted on its merits, not because we wrote under aliases, and that problem, which is the one that matters, cannot be addressed merely by requiring proof of identity to submit papers.

Two other wrong answers are to attack the peer-review system or academia overall. Peer review may need reform to prevent it from being susceptible to political, ideological, and other biases, but it remains the best system we have for guaranteeing the quality of research—and in most fields it works extremely well. The same is true for the university, which is a center of knowledge production and a gem of modern culture. Fighting the university or the peer-review system would be like killing the patient to end the disease. We expect to see these attacks, especially from political conservatives, and they are wrongheaded.

Based on our data, there is a problem occurring with knowledge production within fields that have been corrupted by grievance studies arising from critical constructivism and radical skepticism. Among the problems are how topics like race, gender, sexuality, society, and culture are researched. Perhaps most concerning is how the current highly ideological disciplines undermine the value of more rigorous work being done on these topics and erodes confidence in the university system. Research into these areas is crucial, and it must be rigorously conducted and minimize ideological influences. The further results on these topics diverge from reality, the greater chance they will hurt those their scholarship is intended to help.

Worse, the problem of corrupt scholarship has already leaked heavily into other fields like education, social work, media, psychology, and sociology, among others—and it openly aims to continue spreading. This makes the problem a grave concern that’s rapidly undermining the legitimacy and reputations of universities, skewing politics, drowning out needed conversations, and pushing the culture war to ever more toxic and existential polarization. Further, it is affecting activism on behalf of women and racial and sexual minorities in a way which is counterproductive to equality aims by feeding into right-wing reactionary opposition to those equality objectives.

What do we hope will happen? Our recommendation begins by calling upon all major universities to begin a thorough review of these areas of study (gender studies, critical race theory, postcolonial theory, and other “theory”-based fields in the humanities and reaching into the social sciences, especially including sociology and anthropology), in order to separate knowledge-producing disciplines and scholars from those generating constructivist sophistry. We hope the latter can be redeemed, not destroyed, as the topics they study—gender, race, sexuality, culture—are of enormous importance to society and thus demand considerable attention and the highest levels of academic rigor. Further, many of their insights are worthy and deserve more careful consideration than they currently receive. This will require them to adhere more honestly and rigorously to the production of knowledge and to place scholarship ahead of any conflicting interest rather than following from it. This change is what we hope comes out of this project.

As for us, we intend to use the knowledge we’ve gained from grievance studies to continue to critique them and push for universities to fix this problem and reaffirm their commitment to rigorous, non-partisan knowledge production. We do this because we believe in the university, in rigorous scholarship, in the pursuit of scientific knowledge, and in the importance of social justice.

Voir encore:

Christophe Guilluy : « L’insécurité culturelle des classes moyennes traverse tout l’Occident »
Guillaume Perrault
Le Figaro
28/09/2018

GRAND ENTRETIEN – Après Fractures françaises (2010), La France périphérique (2014) et Le Crépuscule de la France d’en haut (2016), le géographe élargit sa réflexion à l’ensemble des sociétés d’Europe et d’Amérique du Nord avec No Society. La fin de la classe moyenne occidentale (Flammarion), en librairie mercredi.

LE FIGARO. – Vos travaux sur la France périphérique, ces dernières années, ont suscité un vif intérêt. Pourriez-vous résumer votre thèse de départ?

Christophe GUILLUY. – J’étudie depuis vingt ans les classes populaires, les catégories modestes, qui, je le crois, nous indiquent le mouvement réel des sociétés. C’est en examinant ces catégories que je suis arrivé à la France périphérique, pas l’inverse. On peut définir les catégories populaires par les catégories sociales mais aussi par le revenu médian. En 2015, 50 % des salariés gagnaient moins de 1650 euros net par mois. Il s’agit, en grande majorité, d’ouvriers et d’employés. La baisse de la proportion d’ouvriers a coïncidé avec une augmentation de la proportion d’employés. Les catégories populaires – qui comprennent aussi les petits agriculteurs, ainsi que les jeunes et les retraités issus de ces catégories – n’ont donc nullement disparu. Leur part dans la population française est restée à peu près stable depuis un demi-siècle. La nouveauté, c’est uniquement que «le peuple» est désormais moins visible, car il vit loin des grands centres urbains. Le marché foncier crée les conditions d’accueil des populations dont les métropoles ont besoin. En se désindustrialisant, les grandes villes nécessitent beaucoup moins d’employés et d’ouvriers. Face à la flambée des prix dans le parc privé , les catégories populaires cherchent des logements en dehors des grandes agglomérations. Le problème crucial politique et social de la France, c’est donc que la majeure partie des catégories populaires ne vit plus là où se crée la richesse. Nulle volonté de «chasser les pauvres», pas de complot, simplement la loi du marché. Le projet économique de la France, tourné vers la mondialisation, n’a plus besoin des catégories populaires, en quelque sorte. C’est une situation sans précédent depuis la révolution industrielle.

Dans ce nouvel ouvrage, vous appliquez la même grille d’analyse aux États-Unis, à la Grande-Bretagne, voire à la Suède, l’Allemagne ou l’Italie. Pourquoi ces comparaisons?

Dans tous les pays développés, on vérifie le phénomène déjà constaté en France: la majorité des catégories populaires vit désormais à l’écart des territoires les plus dynamiques, ceux qui créent de l’emploi. Ces évolutions dessinent les contours d’une Amérique périphérique et d’une Angleterre périphérique tout autant que d’une France périphérique. De la Rust Belt américaine au Yorkshire britannique, des bassins industriels de l’est de l’Allemagne au Mezzogiorno italien, villes petites et moyennes, régions désindustrialisées et espaces ruraux décrochent. Ce constat n’efface pas les contextes nationaux (l’économie allemande n’est en rien comparable avec l’économie française) mais permet de conclure à l’émergence d’un monde des périphéries, celle des catégories modestes. Si le modèle mondialisé n’annule pas les spécificités nationales – les niveaux de vie et de protection sociale, les contextes économiques ne sont jamais identiques – il porte aussi des dynamiques communes: polarisation de l’emploi, renforcement des inégalités sociales et territoriales, fragilisation des plus modestes, fatigue de l’État-providence et crise identitaire. Dans tous ces pays, ce sont en priorité ces catégories populaires, qui formaient hier le socle de la classe moyenne occidentale, qui sont les premières concernées par la crise qui traverse le monde occidental.

Précisément, vous soutenez que nous assistons à «la disparition de la classe moyenne occidentale». N’est-ce pas exagérément apocalyptique?

Même si les contextes nationaux diffèrent, les évolutions sociales et culturelles communes aux classes populaires des pays occidentaux remettent en question l’idée d’une classe moyenne majoritaire et intégrée. Pendant les Trente Glorieuses, la classe moyenne a représenté le groupe social majoritaire – les fameux «deux Français sur trois» qu’évoquait Giscard pendant son septennat. Ouvriers, employés, paysans ou cadres faisaient partie de cette classe moyenne. Intégrées économiquement, pour beaucoup dans une phase d’ascension sociale, et aussi référentes culturellement, la majorité de ces catégories sociales se reconnaissaient, alors, dans ce concept de classe moyenne et dans les partis de droite et de gauche qui la représentaient. Puis le modèle économique mondialisé a changé la donne. Une fraction de plus en plus importante des catégories modestes, qui constituaient le socle de la classe moyenne majoritaire, sont aujourd’hui fragilisées. Le processus a commencé par les ouvriers, puis a affecté employés et agriculteurs. La fragilisation se diffuse en touchant de nouvelles catégories, les jeunes diplômés, demain les retraités. Nous sommes entrés progressivement dans le temps de la sortie de la classe moyenne. L’idée d’une classe moyenne majoritaire et intégrée, qui vérifierait la pertinence de notre modèle économique mondialisé, ne correspond plus à la réalité. C’est si vrai qu’aujourd’hui ceux qu’on désigne sous le terme de classe moyenne appartiennent souvent aux catégories supérieures.

L’essor du vote populiste observé dans la plupart des pays occidentaux s’explique aussi, estimez-vous, par des facteurs identitaires. Lesquels?

La dimension sociale et économique du vote populiste se complète par une dynamique culturelle. Les catégories les plus fragiles socialement (celles qui ne peuvent mettre en œuvre des stratégies d’évitements résidentiels et scolaires) sont aujourd’hui les plus sensibles à la question migratoire. Les mêmes demandent à être protégés d’un modèle économique et sociétal qui les fragilise. Dans des sociétés multiculturelles, l’assimilation ne fonctionne plus. L’autre ne devient plus soi, ce qui suscite de l’inquiétude. Le nombre de l’autre importe. Personne n’a envie de devenir minoritaire dans les catégories populaires. En France, l’immobilier social, dernier parc accessible aux catégories populaires de des métropoles, s’est spécialisé dans l’accueil des populations immigrées. Les catégories populaires d’origine euro- péenne et qui sont éligibles au parc social s’efforcent d’éviter les quartiers où les HLM sont nombreux. Elles préfèrent consentir des sacrifices pour déménager en grande banlieue, dans les petites villes ou les zones rurales afin d’accéder à la propriété et d’acquérir un pavillon. Dans chacun des grands pays industrialisés, les catégories populaires « autochtones » éprouvent une insécurité culturelle. En Grande- Bretagne, en 2013, le se- crétaire d’État chargé des Universités et de la Science de l’époque, David Willetts (conservateur), se déclara favorable à une politique de discrimination positive en faveur des jeunes hommes blancs de la « working class » car leur taux d’accès à l’université s’était effondré et était désormais infé- rieur à celui des enfants d’immigrés.

Peut-on vraiment démontrer sans tordre les faits que votre modèle s’applique à toutes les nations occidentales ? N’y a-t-il pas des nuances entre le vote Trump dans l’État de New York, le vote en faveur du Brexit dans le nord de l’Angleterre, la force du FPÖ dans la région de Vienne ou l’implantation du parti de Geert Wilders autour de Rotterdam ?

Ces nuances existent, nous avons même eu en France un vote macroniste dans les zones rurales ! Mais en moyenne, ce sont bien les territoires populaires les plus éloignés des grandes métropoles qui portent la dynamique populiste. La Rust Belt et les régions désindustrialisées de Grande-Bretagne pèsent respectivement plus dans le vote Trump ou dans le Brexit que New York ou le Grand Londres. Dans les zones périurbaines de Rotterdam, ce sont bien aussi les catégories modestes (qui ne se confondent pas avec les pauvres) qui voient leur statut de référent culturel remis en question par la dynamique migratoire et qui votent pour Geert Wilders. Ainsi, si la situation de l’ouvrier allemand n’est pas celle du paysan français, de l’employé néerlandais ou d’un petit trvailleur indépendant italien, il existe un point commun : tous, quel que soit leur niveau de vie, font le constat d’être fragilisés par un modèle économique qui les a relégués socialement et culturellement.

L’ouvrier français a longtemps été un modèle à imiter pour les immigrés désireux de s’assimiler dans notre pays, avant d’être déprécié dans les années 1970, observez-vous. Ce changement catastrophique se constate-t-il dans d’autres pays occidentaux ?

On ne s’intègre pas à un modèle ou à un système de valeur mais à une population à qui on désire ressembler. On se marie, on tisse des liens d’amitié, de voisinage avec des gens qui sont proches. Or cette intégration ne se réalise pas dans n’importe quelle catégorie sociale, mais d’abord dans des milieux populaires. Et ce qui a changé depuis les années 1970 et surtout 1980, c’est précisément le changement de statut de ces catégories populaires. Les ouvriers, les employés, les « petites gens » sont désormais perçus en grande partie comme les perdants de la mondialisation. Quel nouveau venu dans un pays peut avoir envie de ressembler à des « autochtones » qui ne sont pas en phase d’ascension sociale et que, de sur- croît, leurs propres élites méprisent en raison de l’attachement des intéressés à certaines valeurs traditionnelles ? Souvenons-nous de la phrase de Hillary Clinton présentant les électeurs de Donald Trump comme des « dé- plorables » pendant la campagne présidentielle de 2016 aux États-Unis. C’est pourquoi, alors que la France, les États-Unis, la Grande-Bretagne ou la Scandinavie se sont construits sur des modèles culturels très différents, tous ces pays connaissent la même dynamique populiste, la même crise sociale et identitaire et le même questionnement sur la pertinence de leurs modèles d’intégration.

Pas de mouvement de masse sans alliance de classes, écrivez-vous. En quoi cette alliance de classes est-elle devenue très difficile dans les démocraties occidentales ? Trump et Macron représentent-ils deux expériences opposées pour renouveler cette alliance du haut et du bas ?

C’est effectivement le sujet central du livre : la rupture entre le haut et le bas qui nous conduit à un modèle qui ne fait plus société. La disparition de la classe moyenne n’en est qu’une conséquence. Le monde d’en haut refuse d’écouter ce- lui d’en bas qui le lui rend bien notam- ment en grossissant les camps de l’abs- tention ou du vote populiste. Cette rupture du lien, y compris conflictuel, entre le haut et le bas, porte en germe l’abandon du bien commun et nous fait basculer dans l’a-société. Trump vient de l’élite américaine, c’est un des points communs qu’il partage avec Macron. Tous les deux se sont affranchis de leur propre camp pour se faire élire : Macron de la gauche, Trump du camp républicain. Ils ont enterré le vieux clivage gauche-droite. Les deux ont compris que nous étions entrés dans le temps de la disparition de la classe moyenne occidentale. L’un et l’autre ont saisi que, pour la première fois dans l’histoire, les classes populaires, celles qui constituaient hier le socle de la classe moyenne, vivent désormais sur les territoires qui créent le moins d’emplois : dans l’Amérique périphérique et dans la France périphérique. Mais la comparaison s’arrête là. Si Trump a été élu par l’Amérique périphérique, Macron a au contraire construit sa dynamique électorale à partir des métropoles mondialisées. Si le président français est conscient de la fra- gilisation sociale de la France périphérique, il pense que la solution passe par une accélération de l’adaptation de l’économie française aux normes de l’économie mondialisée. À l’opposé, le président américain fait le constat des limites d’un modèle qu’il convient de réguler (protectionnisme, remise en cause des traités de libre-échange, volonté de réguler l’immigration, politique de grands travaux) afin de créer de l’emploi sur ces territoires de la désindustrialisation américaine. Il existe un autre point de divergence fondamental, c’est le refus chez Trump d’un argumentaire moral qui sert depuis des décennies à disqualifier les classes populaires.

Votre livre n’est-il pas exagérément sombre ?

C’est la réalité qui est sombre, pas ce livre. Pour éviter la catastrophe, et si elles ne veulent pas être balayées dans les urnes, les classes dirigeantes n’ont pas d’autre choix que celui de rejoindre le mouvement réel de la société, celui de la majorité, des plus modestes.

■ No Society La fin de la classe moyenne occidentale FLAMMARION, 242 P., 18 €, EN LIBRAIRIE LE 3 OCTOBRE.

Voir de plus:

Christophe Guilluy : « Seuls 20 à 30% de gens d’en haut peuvent encore espérer une amélioration de leurs conditions de vie dans les pays occidentaux. Et les autres l’ont bien compris »

Le géographe français auteur de la France périphérique publie un nouveau livre « No society. La fin de la classe moyenne occidentale » (Flammarion) dans lequel il détaille les conséquences politiques explosives de cette disparition alors même que les « gens d’en bas et du milieu » ont accepté de bonne grâce de jouer le jeu de la mondialisation pendant plusieurs décennies. Mais plus maintenant.
No Society
Atlantico

3 Octobre 2018

Atlantico : Dans votre dernier livre No Society, vous élargissez votre thème de la France périphérique à l’échelle internationale, pour décrire la disparition de la classe moyenne occidentale. N’est-on pas déjà entré dans l’étape suivante, depuis le Brexit, Trump, Salvini, la percée de l’AfD en Allemagne, ou la chute d’Emmanuel Macron dans les sondages en France ? Y voyez-vous la suite du modèle « néolibéral », ou sa fin programmée ?

Christophe Guilluy : Cela fait des années que l’on nous parle de la disparition de la classe ouvrière, des régions désindustrialisées, de la crise du rural, etc.. et après nous avons pu voir que d’autres pays avaient les mêmes signes de précarisation, comme les Etats-Unis, la Grèce, la Grande Bretagne etc…La Vague populiste est alors arrivée, et tout cela forme un tout qui s’appelle la disparition de la classe moyenne occidentale.

Cela permet d’identifier la puissance des mouvements politiques que l’on voit surgir un peu partout dans le monde occidental mais aussi l’état de ces sociétés au sens large. On peut débattre à l’infini sur le concept de classe moyenne, mais il s’agissait bien de parler d’une classe majoritaire dans laquelle tout le monde était intégré, de l’ouvrier au cadre, et c’est bien cela qui se détériore aujourd’hui. Nous sommes dans un processus de sortie lente – mais dans un processus de sortie quand même – de la classe moyenne de la part des différentes catégories qui la composent, les unes après les autres. C’est ce que j’ai voulu identifier. La notion de classe moyenne est déjà morte mais on utilise encore cette catégorie comme si elle existait encore. Mais en réalité, en parlant des classes moyennes aujourd’hui, on parle des catégories supérieures.

Finalement, quand on regarde les élections, toutes les vagues populistes reposent sur deux éléments. D’une part, une sociologie, c’est-à-dire le socle de l’ancienne classe moyenne que sont les catégories populaires, ouvriers, employés, petits paysans, petits indépendants, etc…et on retrouve ces mêmes catégories partout. Et d’autre part des territoires. C’est la géographie des périphéries avec à chaque fois les mêmes logiques quel que soit le pays occidental que l’on considère. Il y a des pays plus riches que d’autres – l’Allemagne n’est pas l’Italie – et les contextes nationaux restent pertinents. Il n’empêche que l’on voit bien que dans un pays très riche comme l’Allemagne, il y a bien un décrochage par le bas des catégories modestes, il y a une société qui se clive avec un phénomène de polarisation de l’emploi qui a des effets. On est toujours dans le mythe d’une mutation en douceur des sociétés, mais ce n’est pas le cas. Il y a des inégalités qui progressent à peu près partout, que le pays soit riche ou non, qu’il soit en excédent ou en déficit, cela attaque partout. Même si cela prend différemment selon les contextes. Les classes ouvrières britannique et américaine ont été fracassées beaucoup plus rapidement que la classe populaire française. Il y a les effets de l’État providence en France qui sont réels, et qui a fait que nous avons encore des catégories protégées dans notre pays.

Emmanuel Macron est donc paradoxalement le résultat électoral de cet État providence ?

Emmanuel Macron a fait des scores de dirigeant soviétique dans les grandes métropoles, avec des pourcentages incroyables à Paris, Bordeaux, Toulouse etc…Emmanuel Macron se sauve avec les deux gros bataillons que sont les retraités et les fonctionnaires – la majorité des fonctionnaires ont voté Macron – qui sont les deux catégories qui sont en train d’être tondues par ce président. Nous sommes donc effectivement à la limite d’un système qui se raccroche à des catégories encore protégées mais le vent tourne.

On a toujours dit que les retraités sauvaient le système. Mais jusqu’à quand ? Aujourd’hui, 30% des 53-69 ans vivent sous le seuil de pauvreté, nous voyons les choses se transformer en douceur pour des catégories que l’on pensait préservées. Cela est le contexte français, mais en Grande Bretagne par exemple, les retraités ont été fracassés tout de suite et n’ont pas hésité à voter en faveur du Brexit. L’idée que les retraités vont continuer à protéger le système est à mon avis un leurre. C’est la même chose pour les fonctionnaires, les catégories B et C qui s’en prennent plein la figure ne vont pas éternellement protéger un système dont elles ne bénéficient pas. Cela est vraiment intéressant de constater que tout évolue partout mais toujours en fonction des contextes. La classe moyenne italienne par exemple, qui a commencé sa chute dans les années 2000, ce qui a beaucoup été la conséquence des effets de l’euro, mais à la fin, nous avons bien ce qui représentait le modèle social et culturel de l’ensemble des pays développés qui est en train de s’effondrer. En 1981, les Français votaient François Mitterrand alors que Reagan et Thatcher prenaient le pouvoir dans le monde anglo-saxon, menant une politique qui fut imité par la France dès 1983. Percevez-vous également l’élection d’Emmanuel Macron comme un simple contre-temps, un anachronisme d’une tendance en cours ?

On peut dire cela, ce décalage est réel. Mais quand on regarde en détails, cela est assez logique notamment pour ce que je viens de dire. Nous avons quand même un État providence qui fonctionne encore en France et bien évidemment le décalage s’est fait à ce niveau-là. Les catégories modestes ont été relativement mieux protégées en France qu’elles ne l’ont été aux Etats-Unis ou en Grande Bretagne. On a bien un contexte français très particulier avec une fonction publique très importante etc…c’est là-dessus que nous faisons la différence. Mais une fois encore, cela n’est qu’une question de temps. Et le temps joue effectivement vers la disparition de cette classe moyenne. C’est donc bien la structuration sociale de l’ensemble des pays développés qui est en train de se modifier avec ces 20-30% de gens « en haut » qui vont s’en sortir et une immense classe populaire qui n’est plus dans l’espoir d’une amélioration de ses conditions de vie.

Cela n’en fait pas des catégories qui seraient opposées de fait à la mondialisation ou à l’Europe…c’est une pirouette intellectuelle rassurante de dire cela. Parce qu’au contraire, ces gens ont vraiment joué le jeu de la mondialisation et de l’Europe. Il n’y a jamais eu d’opposition de principe, ils ont joué le jeu et après 20 ou 30 ans ils font le diagnostic pour eux-mêmes et pour leurs enfants que finalement cela n’a pas marché. Il s’agit simplement d’un constat rationnel de leur part.

Ce qui est frappant, c’est que tous les modèles sont affectés, du modèle américain au britannique, au modèle français républicain, jusqu’au modèle scandinave. A la fin, on a toujours le même résultat. Penser qu’il y a presque 20% des gens qui ont voté extrême-droite en Suède à l’air hallucinant, mais quand on regarde la géographie électorale des Démocrates Suédois, on voit les gros bastions de zones rurales et de petites villes désindustrialisées, une sociologie d’ouvriers ruraux, avec le nord et le sud du pays, mais évidemment pas du tout Stockholm.

On retrouve la polarisation de l’emploi et des territoires, cette dernière n’étant qu’une conséquence de la première. J’entends régulièrement que les gens voteraient pour un parti parce qu’il vivent sur un territoire, non, ils votent pour un parti parce qu’ils estiment que le modèle en place ne leur est pas favorable.

En se concentrant sur l’économie, en étant perçu par les Français comme le président des « riches », Emmanuel Macron n’est-il pas justement en train de réinstaller les bases d’une politique de classes en France ? 

De fait. Mais on lui fait porter un chapeau qui est un peut trop grand pour lui. Le phénomène Emmanuel Macron est microscopique dans ce processus. Je n’ai rien contre lui, je l’ai rencontré et il était plutôt d’accord sur le diagnostic, mais il est dans la lignée des anciens présidents. Nous avons trop tendance à surévaluer le « nouveau » néolibéral, le nouveau président des riches…parce que cela était également vrai pour ses prédécesseurs. Cette situation n’est et n’était que la conséquence de la structuration sociale et d’un modèle inégalitaire et qui s’est imposé à peu près partout. Les politiques français ne sont rien, pas grand-chose, dans ce mouvement mondialisé. Les présidents successifs n’ont fait qu’accompagner le mouvement même si l’on peut dire qu’avec Emmanuel Macron, cela s’accélère. Mais sa feuille de route était la même que celle de François Hollande ou de celle de Nicolas Sarkozy, en fait depuis le virage libéral de 1983 avec Fabius et Mitterrand. L’habillage est un peu plus social quand le président est à gauche, ou un peu plus identitaire s’il est à droite, mais globalement c’est la même tendance. L’élection d’Emmanuel Macron est le rassemblement des bourgeoisies, cela se voit avec le vote dans les métropoles. Ils ont voté en masse pour lui, parce que ce qui compte à la fin, c’est quand même le patrimoine. Il y a toujours une rationalité.

Vous décrivez « le repli d’une bourgeoisie asociale ». Ne peut-on pas voir une forme de déni, notamment chez les cadres, de se percevoir comme « les gagnants de la mondialisation » ?

Les gens voient toujours le court terme. Pour le moment cela va encore, ils « s’accrochent aux wagons ». Mais il y a une forme de déni sur ce qu’ils vont devenir. La disparition de la classe moyenne a commencé par les ouvriers, les paysans, les employés, les professions intermédiaires et demain, ce sera une fraction des catégories supérieures qui sera emportée. On voit déjà que les jeunes diplômés du supérieur n’arrivent plus à s’intégrer. Le processus est enclenché et il va détruire aussi des catégories qui pensent encore être protégées.

Trump, Brexit, on voit que ces mouvements sont nés au sein des partis. Le même schéma peut-il se répéter en France ? Comment expliquer vous que ce soient des partis de droite qui ont saisi cette thématique sociale plutôt que des partis de gauche ? 

A partir du moment ou la gauche a abandonné la question sociale, elle a abandonné les catégories populaires et c’est la dessus que le divorce s’est réalisé. Ce mouvement s’est accompagné d’une forme d’ostracisation des plus modestes qui était très forte dans certains milieux de gauche, et aujourd’hui la rupture est totale. On a en plus un processus de sécession , que Christopher Lash avait vu très tôt, qui est celle des bourgeoisies, qui s’ajoute au phénomène de citadellisation des élites, qui fait qu’il n’y a pas plus de connexion entre ces catégories. C’est le sens du « no society » de Margaret Thatcher. Elle pensait faire tomber l’État providence avec l’idée que nous étions avant tout des agents économiques et finalement, les bourgeoisies ont suivi ce mouvement. Cette rupture fait qu’aujourd’hui, nous n’avons plus de société. Une société est saine quand il y a un lien organique entre le haut et le bas, même si ce lien peut être conflictuel, comme cela était le cas avec le parti communiste. C’est un moment particulier ou il n’y a plus d’intérêt du tout pour le monde d’en bas, c’est frappant partout dans les démocraties occidentales, et cette rupture n’est même plus conflictuelle. « Vous n’existez plus, nous ne vivons plus ensemble, et votre destin ne nous intéresse plus ». Et la réponse des gens d’en bas est aussi une forme de désaffiliation et de défiance gigantesque avec le monde d’en haut au sens large. Mais cela n’est absolument pas un modèle durable. On le voit bien aujourd’hui avec les mouvements populistes, ou la contestation va aller forcément croissante.

Quelle réponse donner à cette contestation ?

Il faut arrêter le discours du magistère des prétentieux. Cette idée de rééducation du peuple, en lui montrant la voie, n’est pas possible. Une société c’est une majorité de catégories modestes et l’objectif d’une démocratie, c’est de servir prioritairement ces catégories. C’est dans ce sens là qu’il faut aller. Il faut prendre ces gens au sérieux, il faut prendre en compte les diagnostics des classes populaires sur leurs souhaits d’être protégés, ce qui ne veut pas dire être assistés. Ces catégories veulent du travail, elles veulent qu’on les respectent culturellement, et ne pas se faire traiter de « déplorables » ou de sans dents » – ce qui fait partie intégrante du problème identitaire que nous avons aujourd’hui qui est le produit de ces attaques là -.

On ne s’en sortira que si – je tends la main en disant cela- les gens d’en haut comprennent que s’ils ne veulent pas disparaître, ils vont devoir prendre les gens au sérieux.

Leur modèle économique est à bout de souffle alors que nous sommes soi-disant gouvernés par des gens sérieux. Nous sommes au bout du modèle. Les gens veulent de la protection, du travail, de la régulation économique mais aussi une régulation des flux migratoires. Je parle ici de tout le monde d’en bas, parce que la demande de régulation des flux migratoires vient de toutes les catégories modestes quelles que soient les origines. Tout le monde veut la même chose alors que lorsque les gens parlent de la question migratoire, on les place sur la question raciale, non. C’est anthropologiquement vrai pour toutes les catégories modestes, et cela est vrai partout. Dans tous les pays, les catégories modestes veulent vivre tranquillement, ce qui ne veut pas dire vivre derrière des murs, mais vivre dans un environnement que l’on connaît avec des valeurs communes. C’est d’ailleurs ce qu’était la classe moyenne historiquement. La classe moyenne était interclassiste, avec des ouvriers mais aussi des cadres, mais cela était aussi multiculturel. Ce qui est amusant aujourd’hui, c’est qu’il y a une ethnicisation des classes moyennes – on pense blanc – cela montre bien la fin du concept qui était censé être intégrateur pour le plus grand nombre.

Comment se processus peut-il se mettre en place en France ?

Je suis optimiste. Je crois que les classes populaires vivent une espèce d’épopée -difficile- avec une forme d’héroïsme. Elles sont seules – personne ne les représente – elles ont été plongées dans ce processus de mondialisation économique sans aucun mode d’emploi. On leur a dit « démerdez vous avec vos 1000 euros par mois », et elles n’ont pas disparu, elles maintiennent un minimum de solidarité entre elles – je parle d’un soft power des classes populaires – elles restent majoritaires partout dans l’ensemble des démocraties occidentales.

Les autoritaires ne sont pas ceux que l’on croit. Sauver les démocraties occidentales c’est faire entendre le plus grand nombre. Et quand on se promène en France, on voit des élus de gauche et de droite qui sont tous d’accord avec cela. Ils savent très bien qu’il faut réinventer un modèle économique, et il ne s’agit pas de faire la révolution. Cela est beaucoup plus puissant que les discours d’en haut, ou de tel ou tel intellectuel. Les gens n’attendent pas qu’on leur décrive ce qu’il se passe, ils le savent déjà.

Soit le monde d’en haut refuse d’entendre la majorité et on basculera dans une forme d’autoritarisme soft, ce qui pourrait faire durer le système un peu plus longtemps, mais avec le risque que cela se termine très mal. Soit  on essaye de faire baisser la tension en disant : « maintenant on essaye d’intégrer économiquement et culturellement le plus grand nombre ».

Cette réflexion existe, il n’y a pas encore de parti politique qui représente tout cela, qui fait cette connexion, mais cela est en gestation. Il n’y a pas 50 sorties possibles de cette impasse, il n’y en a qu’une. Inclure les catégories populaires parce qu’elles sont la société elle-même. C’est pour cela que le discours sur les marges a été destructeur. Les ouvriers, les ruraux etc…ce ne sont pas des marges, c’est un tout, et ce tout est la société. Maintenant tout est sur la table, les diagnostics sont faits. Alors il faut se retrousser les manches et aller dans le dur en essayant de réellement inventer quelque chose de plus efficace, et en oubliant ce truc absurde du premier cordée. Mais là, il faut bien remarquer le problème que nous avons concernant le personnel en place. Ils pensent tous la même chose. Il faut une révolution culturelle du monde d’en haut, ce qui devrait être à la portée des nations occidentales…cela ne coûte pas cher. La question pour eux est donc de protéger ou disparaître.

Voir enfin:

« Face à l’islamisme, nos élites ont trahi »

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Alors que l’existence de tensions communautaires a été reconnue par Gérard Collomb lui-même, le journaliste Yves Mamou accuse les élites françaises de s’être coupablement désintéressées de l’immigration, et d’avoir fermé les yeux sur l’islamisation du pays.


Yves Mamou est un ancien journaliste du Monde. Il a également collaboré au Canard Enchaîné, à Libération et à La Tribune. Collaborateur régulier du site américain The Gatestone Insitute, il est l’auteur de nombreux ouvrages dont Hezbollah, dernier acte (éd. Plein jour, 2013) et Le Grand abandon. Les élites françaises et l’islamisme (éd. L’Artilleur), paru le 25 septembre 2018.


FIGAROVOX.- Selon vous, l’immigration et l’islamisation auraient pour conséquence d’empêcher les Français de «faire nation»? Quel lien faites-vous entre la supposée émergence perturbatrice de l’islam et la supposée désagrégation de la nation française?

Yves MAMOU.- Le Grand Abandon est une tentative de reconstitution. J’ai essayé de savoir pourquoi et comment, à côté de la nation française, une nation islamique avait pu progressivement se constituer. Les déclarations fracassantes de Gérard Collomb, ex-ministre de l’Intérieur, au matin de sa passation de pouvoir à Edouard Philippe, Premier ministre, montrent que la juxtaposition de ces deux nations aujourd’hui en France engendre un risque d’affrontement. Nous sommes aujourd’hui «côte à côte» (sous-entendu musulmans et non-musulmans) a dit Gérard Collomb, mais rien ne garantit que demain nous ne serons pas «face à face». Cet avis de guerre civile en bonne et due forme a été proféré par l’homme qui, pendant un an et demi, Place Beauvau, a eu sous les yeux, au quotidien, tous les rapports de police et de gendarmerie.

Gérard Collomb est partie prenante de l’élite politique française. Il abandonne son poste en informant que la guerre civile est à nos portes. Une fuite qui à elle seule justifie mon titre «Le Grand Abandon». L’avertissement aurait eu plus de force s’il avait été proféré par un ministre en exercice. L’avoir prononcé sur le pas de la porte a fait que certains médias ne l’ont même pas repris.

La guerre civile se définit comme le déchirement d’une nation. Je ne sais pas si cette guerre aura lieu, mais il m’a semblé utile de m’interroger sur la présence de deux nations sur le même territoire national. Parfois, ce sont des frontières mal tracées qui créent les conditions d’un affrontement entre deux nations. Mais en France, la nation islamique a été fabriquée de toutes pièces. Elle est le résultat d’une politique. Les élites françaises, c’est-à-dire les grands corps de l’État, les partis politiques, les experts, les magistrats, les médias, les élites culturelles… ont, pour de multiples raisons, plusieurs décennies durant – et encore aujourd’hui – encouragé et légitimé l’immigration musulmane.

Cette préférence des élites pour l’islam a produit un fossé abyssal entre la France d’en haut et la France d’en bas. Le Baromètre de la Confiance que le Cevipof, le centre de recherches de Sciences Po, publie année après année, illustre parfaitement le phénomène: la majorité de la population française témoigne à l’égard de sa classe politique d’une gamme de sentiments qui va de l’écœurement au dégoût, en passant par le rejet et l’indifférence. Et sur quoi se cristallise cette rupture entre le haut et le bas de la société? Sur l’islam jugé trop invasif et l’immigration jugée excessive.

Curieusement, ce baromètre du Cevipof sauve la mise de deux institutions, l’armée et la police qui jouissent d’un taux de confiance de près de 80 %.

Peut-être, mais est-ce suffisant pour affirmer comme vous le faites que l’islamisme et l’immigrationnisme ont été voulus, théorisés, écrits et préparés à l’avance?

L’immigration a été voulue et organisée, mais l’islamisation de cette immigration n’était sans doute pas inscrite au menu. Si l’immigration se poursuit malgré l’islamisation, c’est sans doute que nos élites la jugent insignifiante. Ou bien qu’elle leur est indifférente. Et c’est cette indifférence au risque de guerre civile que j’ai voulu souligner.

La constance avec laquelle le Conseil d’État a aidé à la constitution d’une nation islamique en France est sidérante. Je liste dans mon livre tous les arrêts du Conseil d’État favorables à l’immigration musulmane, favorables au voile, favorables au burkini, favorables à la burqa, favorables aux familles polygames et j’en passe. Idem pour le Conseil constitutionnel qui trouve conforme à l’intérêt général de laisser les écoles salafistes proliférer ou de supprimer, au nom de la «solidarité», les peines qui frappaient autrefois les délinquants qui facilitaient l’immigration clandestine. Mon livre passe également au crible l’étrange aveuglement de l’Observatoire de la laïcité quand il est question d’islam et l’étrange sensibilité du Conseil supérieur de l’audiovisuel aux récriminations des téléspectateurs musulmans.

Tout ce que j’avance dans mon livre est sourcé. Le Grand Abandon est riche de plus de 700 notes et références. L’ordonnancement et la mise en relation de ces faits étayés et vérifiés entre eux mettent en lumière une évidence: il existe bel et bien une préférence des élites françaises pour l’islam.

Ce qui nous ramène à votre première question. Ce n’est pas seulement l’islam qui empêche aujourd’hui de faire nation. Les élites aussi ne veulent plus faire nation.

«L’antiracisme politique qui sévit aujourd’hui n’a jamais eu pour but de combattre le racisme.» Que voulez-vous dire?

Je n’ai pas remarqué de mobilisation des organisations antiracistes contre le rappeur Nick Conrad qui a chanté le meurtre des Blancs et des enfants blancs dans les crèches. Ni contre les Indigènes de la République ou le syndicat SUD Éducation qui ont organisé des séminaires «racisés» fermés aux «Blancs», ni contre Médine qui rêve de crucifier les laïcards au Golgotha, ni contre Mmes Ernotte (France Télévisions) et Nyssen (ministère de la culture) qui souhaitaient voir moins de «Blancs» à la télévision.

En revanche, quand Éric Zemmour a affirmé que les immigrés étaient surreprésentés dans les prisons, ou quand Georges Bensoussan a tenté d’expliquer que l’antisémitisme sévissait dans une large frange de la population musulmane en France, les associations antiracistes se sont unies pour les traîner devant un tribunal. Au nom de la lutte antiraciste!

Ces quelques exemples permettent de situer la zone d’action de l’antiracisme: faire taire tout critique de la «diversité». La «diversité» n’est pas un slogan antiraciste un peu creux. Je démontre dans mon livre que la «diversité» est en réalité une politique. Et cette politique passe par les organisations antiracistes subventionnées par l’État, par l’école où l’apprentissage de l’arabe est proposé aujourd’hui dès le primaire, par une politique du ministère de la Culture qui subventionne la «diversité» au cinéma et au théâtre, par l’Afnor qui labellise les entreprises pour plus de «diversité», par le Conseil supérieur de l’audiovisuel qui, avec son Baromètre de la «diversité» rêve d’imposer des quasi quotas ethniques sur le petit écran, et par divers lobbys comme le Club XXI d’Hakim el Karoui ou l’association Coexister…

Le Grand Abandon démontre que l’antiracisme politique et le discours diversitaire n’ont pas pour but de combattre le racisme. Ce sont des outils au service d’une réinitialisation des consciences. Ils servent à marteler que les immigrés de couleur sont par essence des victimes. Les services du Premier ministre diffusent actuellement des clips contre les violences sexistes. L’un de ces clips montre un «Blanc» qui agresse sexuellement une jeune fille d’origine maghrébine laquelle est défendue par une «Blanche» en couple avec un homme noir. Ce clip d’État d’une grande pureté idéologique assigne la violence sexuelle aux hommes Blancs et refuse d’évoquer celle qui peut aussi exister chez les «victimes» de couleur. J’affirme que cette victimisation forcenée des Français de couleur participe à la fabrication de la violence d’aujourd’hui.

Quand vous parlez des «élites», qui désignez-vous exactement? Peut-on mettre tous les responsables politiques, économiques, culturels, médiatiques… dans le même panier?

Mon livre passe en revue les partis politiques, le ministère de la justice, les associations antiracistes, l’université, l’école, les experts, les intellectuels, le monde du cinéma et du théâtre et de quelques autres encore… Chacun de ces groupes ou institutions œuvre, dans le champ qui est le sien, à la promotion de la «diversité» et de son corollaire le «vivre-ensemble». J’ai déjà évoqué le cas du Conseil d’État, du Conseil constitutionnel et du Conseil supérieur de l’audiovisuel. Mais je liste également le cas des intellectuels qui pétitionnent et lynchent médiatiquement toute personnalité publique qui émet des opinions non conformes aux leurs. L’écrivain algérien Kamel Daoud en a ainsi fait les frais quand il a expliqué que les viols de masse de Cologne en 2015 étaient dus à l’importation en Allemagne d’une culture patriarcale des relations entre les sexes. Les experts justifient et encouragent l’immigration au nom de supposés bienfaits économiques. Le ministère de la justice met à mal la liberté d’expression des Zemmour et Bensoussan… etc. J’ai 600 pages d’exemples et de logiques qui s’emboîtent les unes dans les autres et qui tous ensemble concourent à une révolution, «par le haut».

En trente ans, la société française a quitté un modèle laïque républicain pour être projetée dans un modèle multiculturaliste, communautariste et anti-laïque. Il s’agit d’une authentique révolution qui se poursuit encore aujourd’hui sous nos yeux. Les élites politiques, économiques et institutionnelles ont balayé le vieux modèle laïque et républicain sans demander l’avis du reste de la population. Les élites françaises ont été à l’origine du plus grand casse du siècle, lequel s’avère être aussi un casse de la démocratie et de la laïcité. Pour quel profit? Je crains que seul l’islamisme soit à même de tirer les marrons du feu.

Les politiques ont selon vous une responsabilité toute particulière dans la diffusion de l’islamisme. Tous, y compris le Front national, pourquoi?

Le Front national a joué les repoussoirs. Par sa seule présence, le Front national a empêché l’émergence de tout débat sérieux sur l’islam et l’immigration. Les éructations de Jean-Marie Le Pen toujours à la limite du racisme et de l’antisémitisme ont contribué au caractère hégémonique du discours antiraciste. Marine Le Pen a bien tenté de redresser l’image de son parti, mais le mal était fait. Et il dure encore.

Quant aux gouvernements de gauche, ils portent une responsabilité historique que j’expose dans Le Grand Abandon.

Vous reprochez aux politiques, notamment de gauche («islamo-gauchistes») leur clientélisme, mais vous le reconnaissez vous-même en introduction, les musulmans deviennent une composante à part entière de la population: il faut bien que des politiques leur parlent à eux aussi?

La gauche clientéliste flatte le communautarisme islamique: baux emphytéotiques pour la construction de mosquées, heures de piscine réservées aux femmes, etc., cela dans le but de recueillir les voix des musulmans. L’islamo-gauchisme accompagne la violence islamiste pour conquérir le pouvoir. Ce sont deux démarches différentes, mais les deux instrumentalisent les musulmans comme outil de conquête du pouvoir.

En trente ans, la société française a quitté un modèle laïque républicain pour être projetée dans un modèle multiculturaliste, communautariste et anti-laïque.

Cette instrumentalisation de l’islam par la gauche a creusé la tombe de la laïcité. La laïcité non plus n’est pas un mot creux. C’est l’espace de la citoyenneté. Et la citoyenneté c’est l’espace du politique parce qu’il est débarrassé de tous les sujets qui ne prêtent pas à la discussion et à la négociation. Si la laïcité a cantonné la religion au domicile et aux lieux de culte, c’est précisément pour les sortir de l’espace politique. En réintroduisant la religion – et surtout la religion musulmane – dans l’espace de la politique, la gauche (mais aussi la droite) a disséminé les germes de la guerre civile.

Une République laïque ne doit reconnaître que des citoyens et non des communautés, et moins encore des communautés religieuses. Penser comme le font nos élus de droite et de gauche que la République doit des mosquées aux musulmans est une erreur et une trahison. Une erreur parce qu’elle conforte le communautarisme et le sécessionnisme musulman. Et une trahison parce que ce que la République doit aux Français, quelle que soit leur confession ou leur couleur de peau, ce sont des écoles, la liberté de pensée et d’expression.

Vous critiques beaucoup aussi l’Église. Mais n’est-elle pas dans son rôle lorsqu’elle exprime une compassion à l’égard des migrants? Faut-il toujours tout ramener à une vision politique?

Le rôle des journalistes n’est pas de prendre les apparences pour le réel. Quand Macron va au Collèges des Bernardins et déclare aux plus hautes personnalités du catholicisme français qu’il faut «réparer» le lien abîmé entre l’Église et l’État, que croyez-vous qu’il fasse? Une bonne action? Non, il fait de la politique. Il s’adresse à une Église catholique blessée par cent ans de laïcité et qui souffre d’une hémorragie de fidèles. Il lui dit: oublions la laïcité, revenez dans le jeu politique. Pourquoi Macron fait-il cela? Pour se constituer des alliés dans son grand projet de bâtir ce qu’il appelle l’ «Islam de France». Macron a besoin d’alliés pour se débarrasser de la laïcité. Quel meilleur allié que l’Église?

Quant à la compassion de l’Église pour les migrants musulmans, il est bon de rappeler que cette compassion est sélective. L’Église ne défend pas les Coptes quand ils sont massacrés en Égypte, elle proteste à peine contre l’authentique épuration ethnique qui frappe les chrétiens d’Orient, et elle n’a guère eu de mot charitable pour les Yazidis massacrés par l’État islamique. C’est cette sélectivité compassionnelle qui interroge. J’essaye de montrer dans mon livre que la charité affichée de l’Église envers les musulmans est aussi une politique.

Quant aux médias, pour finir, vous y voyez des «falsificateurs de la vérité»?

Il y a quelques jours, le Journal télévisé de France 2 a diffusé un reportage sur l’épidémie d’attaques au couteau qui sévit à Londres. Mais la même épidémie sévit en France et aucun média ne dresse un tableau de la situation. Il faut feuilleter la presse de province, journal par journal, pour se rendre compte de l’ampleur des violences gratuites, souvent mortelles, commises au quotidien. Quand un journal évoque une attaque au couteau, on ignore le nom de l’agresseur et ses motivations. Comme s’il y avait une volonté d’anonymiser le «déséquilibré»! Les médias, dans leur grande majorité, participent au casse du siècle. Ils n’informent plus sur les problèmes, ils prêchent la «diversité» et le «vivre ensemble».

Voir enfin:

Emmanuel Macron, le masque tombe
Ivan Rioufol
Le Figaro
le 4 octobre 2018

Récapitulons : Donald Trump est la vulgarité incarnée. Viktor Orban menace la démocratie. Le premier entache les États-Unis de ses comportements grossiers. Le second viole, en Hongrie, l’indépendance de la justice et la liberté de la presse. Ce tableau est brossé, en France, par la Macronie et ses médias. Pourtant, c’est le chef de l’État qui a longtemps fait obstacle à la nomination du nouveau procureur de Paris : trois candidats à la succession de François Molins, proposés par la Chancellerie, ont d’abord été retoqués par l’Élysée en dépit des usages. Le Parquet national financier, qui a sonné l’hallali contre François Fillon en 2017, a toujours ses liens avec l’exécutif. Quant à la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, elle a assigné à l’audiovisuel public la mission de « changer les mentalités sur le terrain » et de « devenir le miroir de nos différences  ». France Culture vient d’ailleurs de remercier l’impertinent Michel Onfray. Le gouvernement rêve aussi de mettre l’Internet, refuge des dissidents, sous surveillance…

Bref, Emmanuel Macron reproche à Orban ce qu’il pratique. La pensée dominante en rajoute dans l’obligation de bêler en chœur, lorsqu’elle dénonce les récalcitrants comme des ennemis du Bien. Quant à ceux qui accablent Trump, ils ne voient rien de la métamorphose de Macron. Il a été salué pour avoir su se glisser, avec talent et élégance, dans les habits de président. Or, depuis, un Dorian Gray s’ébauche derrière le personnage fiévreux et transgressif. « Alexandre Benalla n’est pas mon amant  », croit utile de préciser, en juillet, le chef de l’État pour démentir un ragot sur son garde du corps. Imaginer le général de Gaulle se prêter à une telle confidence donne la mesure de l’effondrement de la politique. Pour avoir abandonné sa posture « jupitérienne », voilà le président prêt à tout pour faire peuple. À côté, Nicolas Sarkozy et François Hollande incarneraient presque la sophistication. Et c’est Trump qui, par contraste, se montre respectable.

« Le pouvoir ressemble au Titanic, dont le ministre de l’Intérieur vient de s’échapper mardi. Le naufrage sera difficile à éviter. Les premiers effets du revirement dans la communication élyséenne viennent d’ailleurs de produire une image désastreuse, samedi, à Saint-Martin, aux Antilles. Une photo, prise dans la moiteur d’une HLM, montre le président en bras de chemise entouré, amusé, de deux jeunes Antillais. Celui qui est à sa droite, contre qui le président colle son épaule, est torse nu. Son pantalon largement baissé laisse voir son caleçon. Le petit voyou fait un doigt d’honneur. Celui qui est à sa gauche, casquette à l’envers, vêtu d’un débardeur blanc, s’est présenté comme braqueur tout juste sorti de prison. Tout est vulgaire: la désinvolture des deux cousins, la complicité ambiguë du président. L’image en rappelle une autre, prise à l’Élysée, en juin, lors de la Fête de la musique: le couple Macron pose, entouré du groupe techno Kiddy Smile. Les artistes se revendiquent «fils d’immigrés, noirs et pédés». Ils portent des shorts et des maillots en résille.

La Macronie perd pied, en voulant voir du racisme dans les critiques portées contre ces attitudes présidentielles. Lundi, la secrétaire d’État, Marlène Schiappa, a qualifié Marine Le Pen de «leader d’un grand parti raciste, d’extrême droite» au prétexte que la présidente du RN avait jugé la photo antillaise «impardonnable». Le député LaREM, Aurélien Taché, estime que «tous ceux qui polémiquent ne supportent tout simplement pas que la France, à tous les niveaux, change de visage». En fait, le racolage ethnique auquel se prête le chef de l’État ressemble à une ode au grand remplacement racialiste. Il est loisible de voir un deux poids deux mesures dans la réaction de Macron quand, le 18 juin dernier à Paris, il rabroue un Gavroche qui venait de l’appeler «Manu»: «Tu te comportes comme il faut. Il faut que tu m’appelles Monsieur le président de la République, ou Monsieur, d’accord?» Faut-il comprendre que le Noir serait dispensé des codes exigés du Blanc? Le sommet de l’État ne tourne plus rond.

L’insistance que Gérard Collomb a dû mettre pour imposer sa démission, refusée lundi par le président, n’est pas la moindre des rébellions contre la Macronie. Sa fuite est celle d’un vieux grognard qui a partagé l’intimité du clan. C’est le ministre de l’Intérieur qui avait déjà mis en garde contre le manque d’humilité du président et son repli sur lui-même. Le départ de Collomb fait comprendre qu’il ne croit plus en son protégé. L’alerte s’ajoute à celle lancée par Nicolas Hulot, exaspéré par la lourdeur technocratique. Toutefois, c’est le général Pierre de Villiers qui, le premier, avait pressenti les dérives du macronisme en démissionnant de ses fonctions de chef d’état-major des armées en juillet 2017. Peu avant, le militaire s’était fait rabrouer par le jeune élu: «Je suis votre chef.» Cet autoritarisme allait avec la panoplie de président vertical. Toutefois,ce déguisement est devenu incongru au vu des dérapages d’un chef d’État s’abandonnant à une proximité irréfléchie.

Du prophète exalté qui disait incarner le nouveau monde, il ne reste qu’un masque tombé à terre. Le contraste est saisissant entre la machine de guerre savamment élaborée par Macron et les siens pour accéder au pouvoir, et l’état d’impréparation que révèle la démission de Collomb. Le vide est tel, au cœur du pouvoir, que l’intérim a dû être confié au premier ministre. Il est vrai que les dossiers de l’Intérieur – immigration, islam, violence, terrorisme – ont été de ceux que le macronisme a abandonnés aux populistes, pour leur plus grand profit. Mercredi, lors de la passation de pouvoir avec Édouard Philippe, Collomb a évoqué la situation «très dégradée» des quartiers difficiles: «On vit côte à côte, je crains que demain on ne vive face à face.» Mais cela fait longtemps que l’affrontement s’enracine entre deux France, deux peuples, deux civilisations que tout sépare. Le braqueur Redoine Faïd, interpellé mercredi à Creil (Oise), passait inaperçu sous une burqa, en dépit de la loi interdisant ce voile intégral ; il est devenu banal dans les cités. Macron perpétue la démission de l’État.

Shahnourh Varinag Aznavourian s’était fait appeler Charles Aznavour, en hommage à la France qui avait accueilli ses parents arméniens. «J’ai abandonné une grande partie de mon arménité pour être français. Il faut le faire, ou il faut partir», avait-il expliqué en 2013. La mort du chanteur, lundi, devrait être un hommage à l’assimilation. « 


Anglomanie: Proust était bien plus qu’un neuroscientifique (Great books are written in a kind of foreign language: Proust was also a first-rate linguist and sociologist)

22 mars, 2016
ProustNeuroscientistProust2Le passé est un pays étranger. Ils font les choses différemment là-bas. Lesley Poles Hartley (« Le Messager »)
Aucune théorie, aucune formule, aucune recette ne saurait prendre la place de l’expérience pratique. Auguste Escoffier
Les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère. Proust
Chaque écrivain est obligé de se faire sa langue, comme chaque violoniste est obligé de se faire son “son”. Proust
Je me lève un jour sur quatre et descends ce jour-là dicter quelques pages à une dactylographe. Comme elle ne sait pas le français et moi pas l’anglais mon roman se trouve écrit dans une langue intermédiaire à laquelle je compte que vous trouverez de la saveur quand vous recevrez le volume. Proust
Le trait d’esprit était ce qu’on appelait un « à peu près », mais qui avait changé de forme, car il y a une évolution pour les calembours comme pour les genres littéraires, les épidémies qui disparaissent remplacées par d’autres, etc… Jadis la forme de l’ « ‘à peu près » était le « comble ». Mais elle était surannée, personne ne l’employait plus, il n’y avait plus que Cottard pour dire encore parfois, au milieu d’une partie de « piquet »: « Savez-vous quel est le comble de la distraction ? C’est de prendre l’édit de Nantes pour une Anglaise ». Proust (Sodome et Gomorrhe)
Je trouve ce genre de milieux cléricaux exaspérants. Ce sont des milieux, on fait tribu, on fait congrégation et chapelle. Tu ne me diras pas que ce n’est pas une petite secte ; on est tout miel pour les gens qui en sont, on n’a pas assez de dédain pour les gens qui n’en sont pas. La question n’est pas, comme pour Hamlet, d’être ou de ne pas être, mais d’en être ou de ne pas en être. Tu en es, mon oncle Charlus en est. Que veuxtu ? moi je n’ai jamais aimé ça, ce n’est pas ma fauteSaint-Loup, Proust, Sodome et Gomorrhe)
Puisqu’en France on donne à toute chose plus ou moins britannique le nom qu’elle ne porte pas en Angleterre. Proust
Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse : ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D’où avait pu me venir cette puissante joie ? Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D’où venait-elle ? Que signifiait-elle ? Où l’appréhender ? Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m’apporte un peu moins que la seconde. Il est temps que je m’arrête, la vertu du breuvage semble diminuer. Il est clair que la vérité que je cherche n’est pas en lui, mais en moi. (…) Quand d’un passé ancien, rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir. Proust
Proust fut l’un des premiers artistes à intégrer la philosophie de Bergson. Son œuvre littéraire devint une célébration de l’intuition, de toutes les vérités que nous pouvons découvrir simplement en étant allongé sur le lit à réfléchir tranquillement. (…) En fait, l’assimilation approfondie de la philosophie de Bergson amena Proust à conclure que le roman du xixe siècle, qui privilégiait les choses par rapport aux idées, n’avait absolument rien compris. « Le type de littérature qui se satisfait de “décrire les choses”, écrivit Proust, de leur consacrer un maigre résumé en termes de lignes et de surfaces, a beau se prétendre réaliste, est en fait le plus éloigné de la réalité. » Comme le soutenait Bergson, la meilleure manière de comprendre la réalité est subjective. Et intuitive pour avoir accès à ses vérités. Mais comment une œuvre de fiction pouvait-elle démontrer le pouvoir de l’intuition ? Comment un roman pouvait-il prouver que la réalité était, selon la formule de Bergson, « en dernier lieu spirituelle, et non physique » ? La réponse de Proust prit une forme inattendue, celle d’un petit gâteau sec au beurre parfumé au zeste de citron et en forme de coquillage. C’était là un peu de matière qui révélait « la structure de son esprit », un dessert qui pouvait « se réduire à ses éléments psychologiques ». C’est ainsi que débute la Recherche, avec la célèbre madeleine, à partir de laquelle se dévoile tout un esprit. (…) Ce magnifique paragraphe résume toute l’essence de l’art de Proust, la vérité s’élevant comme de la buée d’une tasse de thé limpide. Alors que la madeleine était le déclencheur de la révélation de Proust, ce passage ne porte pas sur la madeleine. Le gâteau sec est simplement pour Proust un prétexte pratique pour explorer son sujet favori : lui-même. Qu’ont appris à Proust ces miettes prophétiques de sucre, farine et beurre ? Il a en réalité fait preuve d’une immense intuition au sujet de la structure du cerveau humain. En 1911, l’année de la madeleine, les physiologistes n’avaient pas la moindre idée du mode de connexion des sens à l’intérieur du crâne. C’est là que Proust eut l’une de ses intuitions les plus pénétrantes : notre odorat et notre goût portent ensemble le poids de la mémoire. (…) Les neurosciences ont maintenant pu prouver que Proust avait vu juste. Rachel Herz, psychologue à l’université Brown, a montré – dans un article scientifique intitulé avec beaucoup d’esprit « Tester l’hypothèse proustienne » – que notre odorat et notre goût sont exceptionnellement sentimentaux, car ce sont les seuls sens directement connectés à l’hippocampe, centre de la mémoire à long terme du cerveau. Leur marque est indélébile. Tous nos autres sens (vue, toucher et ouïe) sont au départ traités par le thalamus, source du langage et porte d’entrée de la conscience. Ils sont donc beaucoup moins efficaces pour évoquer notre passé. Proust a eu l’intuition de cette anatomie. Il s’est servi, pour faire remonter à la surface de la mémoire son enfance, du goût de la madeleine et de l’odeur du thé car la vue seule du gâteau sec en forme de coquille n’a pas suffi. Proust est d’ailleurs même allé jusqu’à accuser son sens de la vue de brouiller ses souvenirs d’enfance. « Peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, écrit Proust, leur image s’était dissociée de ces jours à Combray »[6]. Fort heureusement pour la littérature, Proust décida de porter à sa bouche le gâteau sec. Jonah Lehrer
One day, I found myself engrossed in Swann’s Way. As I read this epic novel about one man’s memory, I had an epiphany. I realized that Proust and modern neuroscience shared a vision of how our memory works. If you listened closely, they were actually saying the same thing. (…) After I realized that Proust had anticipated these scientific theories, I suddenly started re-reading all my favorite novelists, poets and artists. What did Virginia Woolf intuit about consciousness? Why was Walt Whitman so obsessed with his “body electric”? Why did Cezanne paint in such an abstract style? Once I started asking these strange questions, I saw all sorts of connections. I realized that there was a whole group of artists that had discovered truths about the human mind—real, tangible truths—that science is only now re-discovering. (…) Proust would be thrilled. But he wouldn’t be surprised. Proust was confident that every reader, once they read his novel, would “recognize in his own self what the book says…This will be the proof of its veracity.” And Proust wasn’t the only artist who was convinced that his art was full of truth. George Eliot famously said that her art was “simply a set of experiments in life.” Virginia Woolf, before she wrote Mrs. Dalloway, said that in her new novel the “psychology should be done very realistically.” Whitman thought he was expressing deep “truths about the body and soul” that the science of his time had yet to understand. In other words, all of these artists believed that their art was capable of being literally true, just like science. (…) Each artist had his or her own peculiar method. (And some of them, like Proust, were very peculiar.) But one thing these artists all shared was an obsession with our experience. They wanted their art to express what it was like to be alive, to be conscious, to feel, to remember, to taste, to see. They turned themselves into empiricists of ordinary life. That’s where their wisdom came from. (…) Escoffier defined cooking as “equal parts art and science,” and I tend to agree with him. (I also tend to agree with Brillat-Savarin, who declared that “The discovery of a new dish does more for the happiness of the human race than the discovery of a new star.”) Furthermore, I think that Escoffier demonstrates one of the larger themes of the book, which is that we can discover truths about ourselves just by paying attention to our subjective experience. After all, it’s not like Escoffier understood the molecular mechanisms behind our taste receptors. He just wanted his food to taste good, and that led him to invent recipes that accurately reflected the anatomy of our tongue. This chapter also grew out of my own experience as a line cook. I’ve been lucky enough to work in the kitchens of some nice restaurants (Le Cirque 2000, Melisse, Le Bernardin), and I was always struck by how much chefs know about the sensation of taste, even if they aren’t familiar with the underlying cellular mechanisms. Watching a chef concoct a new dish is a lot like watching a science experiment: they put some stuff together, then taste it, then add some more stuff, then taste again, and so on. But the whole process is really empirical. A good chef is constantly testing. (…) They were extremely engaged with their contemporary science. While the artists I discuss often disagreed with the science of their time, they always used it as a springboard. Long before C.P. Snow mourned the separation of our two cultures, Whitman was busy studying brain anatomy textbooks and watching gruesome surgeries, George Eliot was reading Darwin and James Clerk Maxwell, Stein was conducting psychology experiments in William James’ lab, and Woolf was learning about the biology of mental illness. It is impossible to understand their art without taking into account its relationship to science. (…) First of all, I hope this book compels people to look at art in a new way. I think that we’ve diminished the importance of art. We think of art as just a collection of entertaining stories and pretty paintings. But Proust and Whitman and Woolf saw themselves as truthtellers. I hope this book compels people to think about the potential of art, to reimagine what the imagination is capable of. Of course, in order for a novel or poem to be “true” we need to redefine what the “truth” is. Our current culture subscribes to a very narrow definition of truth. If something can’t be quantified or calculated, then it can’t be true. Because this strict scientific approach has explained so much, we assume that it can explain everything. But every method, even the experimental method, has limits. Take the human mind. Scientists describe our brain in terms of its physical details; they say we are nothing but a loom of electrical cells and synaptic spaces. What science forgets is that this isn’t how we experience the world. (We feel like the ghost, not like the machine.) It is ironic, but true: the one reality science cannot reduce is the only reality we will ever know. This is why we need art. Jonah Lehrer
Proust anticipated important truths about memory: the sense of taste and smell are uniquely sentimental, memories are dishonest and do not faithfully reproduce the past, and memories are able to persist – even if we never think about them. (…) Contradicting the science of his time, Whitman believed that the body and mind were profoundly connected, and that the flesh was the source of feelings. (“Behold the body includes and is the meaning, the main/Concern, and includes and is the soul,” he wrote.) Modern neuroscience now concurs, and has discovered that emotions often have a bodily source. (…) In her time, scientists believed that people were prisoners of their genes. But Eliot’s art consistently argued that our mind was “not cut in marble.” She believed that the most essential element of human nature was its malleability, the way we can “will ourselves to change.” She anticipated the discovery of neural plasticity. (…) Escoffier’s kitchen articulated biological truths of the tongue and his seminal recipes anticipated basic truths about the sensation of taste. He also realized that the taste of most flavors is actually a smell. (…) Though criticized as overly abstract, Cézanne wasn’t interested in pure abstraction, and always made sure that his surreal brushstrokes could be translated into real objects. With just enough information, the brain can decipher his paintings. If he left some details out, and canvas blank, it was to show what the visual cortex puts in. (…) Stravinsky knew that a symphony was nothing but a collection of acoustic patterns that the brain had learned how to hear. Further, what makes music pleasurable is the tension between the melodic patterns expected and the patterns actually heard. He forced the audience to learn an entirely new set of patterns, and though this newness caused a riot at the time, he knew that the brain would adapt. He was right: he’s now considered by many to be the most influential composer of 20th-century music. (…) Stein exposed the “deep structure” of language, and observed “Everybody said the same thing over and over again with infinite variations but over and over again.” Stein, in anticipation of Noam Chomsky, saw the source of this sameness, to cut our words until their structure showed through. (…) Virginia Woolf realized that the stream of consciousness “was very erratic, very undependable.” At any given moment, her mind seemed to be scattered in a million little pieces. And yet, something bound those fleeting sensations together. Woolf’s revelation was that we emerge from our own subjective interpretations. When we sense something, we naturally invent a subject for our sensation. The self is simply this subject; it is the story we tell ourselves about our own experience. As Woolf wrote in her unfinished memoir, “We are the words; we are the music; we are the thing itself.”Jonah Lehrer
Le langage intermédiaire du roman de Proust véhicule les oscillations de l’entre-deux sexuel, social et temporel. Le texte de La Recherche qui navigue entre le temps perdu et le temps retrouvé est jonché de mots anglais qui participent à la représentation de la société mondaine d’avant la guerre tout en frayant un chemin du côté de Sodome et Gomorrhe. La question de comment traduire les mots anglais enchâssés dans le texte français se pose donc lors de sa traduction en anglais. Faut-il garder le jeu entre les deux langues en préservant la touche de l’étrangeté ou peut-on l’aplanir en laissant les mots anglais de la version originale se fondre dans la traduction  (…) Perdu et retrouvé : ces deux termes constituant la trame du texte de La Recherche se rapportent aussi bien à la traduction des mots anglais de Proust. Ce qui est perdu dans la traduction d’un mot peut être retrouvé dans la traduction d’un autre, par un jeu de compensation ou de déplacement. Cependant les cas étudiés ici montrent que les mots anglais de Proust-tels que « lady-like » ou « smoking » ? sont rebelles à la traduction. Ils font trébucher la langue, et le traducteur qui bute contre eux doit déployer toutes sortes de stratégies pour rendre leur effet d’intrusion intempestive, de perte d’équilibre, de vacillement sémantique. Ces mots anglais ont beau être des pierres d’achoppement pour le traducteur, ce sont des pierres précieuses incrustées dans la poétique de l’étranger proustien. Emily Eells

Attention: un scientifique peut en cacher un autre !

A l’heure où l’on escrime en France …

Pour les derniers vestiges de l’état le plus ancien de notre langue …

Que seule a jusqu’ici cru bon de conserver la langue de notre ennemi héréditaire lui-même …

Avec, comme le disait Clémenceau, le « français mal prononcé » d’une « colonie française qui a mal tourné » …

Qui se souvient que le plus grand et le plus snob, au moins de réputation, de nos écrivains  …

Etait non seulement en fait comme le rappelle une étude sur les problèmes de traduction anglaise (fascinant « jeu de compensation ou de déplacement ») de ses nombreux emprunts à la langue de Shakespeare …

Le plus anglophile voire le plus anglomane

Mais qu’en véritable spécialiste de neuroscience qu’il était, en avait fait une véritable « langue intermédiaire », lui qui ne la pratiquait d’ailleurs pas mais faisait taper ses manuscrits par une secrétaire anglaise non-francophone …

Tout comme une remarquable instrument pour débusquer ces innombrables jeux sociaux …

Où, entre « calembours surannés, » « passeport pour la haute société »,  » carte d’identité homosexuelle », source de ridicule basculant d’un moment à l’autre en objet admiration ou « palais clos » de mise à distance de l’être aimé voire d’ échappatoire (à l’instar de la très significative et seule phrase entière en langue anglaise de La Recherche : « I do not speak french ») …

Et à l’instar de la seule phrase entière en langue anglaise de La recherche et sans compter ces non moins innombrables néologismes puisqu’en France, comme le rappelle très justement Proust lui-même, on donne à toute chose plus ou moins britannique le nom qu’elle ne porte pas en Angleterre …

La question n’était pas, comme le faisait remarquer l’un de ses personnages, d’être ou de ne pas être, comme pour Hamlet, mais « d’en être ou de ne pas en être » ?

Les belles rebelles : comment traduire les mots anglais de Proust ?

Emily Eells
Books Open edition

« Les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère », note Proust dans ses brouillons1. Gilles Deleuze a repris cette formule pour définir le style littéraire qui distingue l’écrivain taillant « dans sa langue une langue étrangère et qui ne préexiste pas2 ». L’écrivain se forge son propre langage, ou pour citer la métaphore musicale que Proust utilise dans sa correspondance : « Chaque écrivain est obligé de se faire sa langue, comme chaque violoniste est obligé de se faire son “son3. »

Les mots anglais qui figurent dans le texte de Proust, tels des ornements musicaux qui le modulent-feront l’objet de cette étude sur la traduction. Cet aspect du style proustien a été étudié avec brio par Daniel Karlin dans Proust’s English4, où il recense et analyse l’emploi de 225 termes ou expressions anglais dans À la recherche du temps perdu. La présence de ces mots anglais dans le texte de Proust reflète l’anglomanie qui envahissait la société parisienne de la belle époque. Le mot étranger traduit une volonté de suivre la mode ou de faire partie d’une certaine coterie sociale. Il participe à la dynamique du texte dans lequel les personnages se déplacent en « buggy » ou en « victoria5 ». Les mots anglais ajoutent une note de modernité et de snobisme au texte de Proust, qui semble écrit dans ce qu’il appelle une « langue intermédiaire », lorsqu’il explique dans une lettre à un de ses amis qu’il résulte d’une collaboration franco-anglaise au stade de la dactylographie. En effet, la dactylographe anglaise au Grand-Hôtel de Cabourg, employée pour faire la saisie de son texte lorsque Proust y séjournait, ne comprenait pas ce qu’elle tapait:

Je me lève un jour sur quatre et descends ce jour-là dicter quelques pages à une dactylographe. Comme elle ne sait pas le français et moi pas l’anglais mon roman se trouve écrit dans une langue intermédiaire à laquelle je compte que vous trouverez de la saveur quand vous recevrez le volume6.

Bien que cette « langue intermédiaire » ait une valeur anecdotique, elle participe pleinement au projet esthétique de Proust. Notons en passant qu’il s’en sert aussi de façon humoristique pour formuler un calembour fondé sur la ressemblance entre un mot français et un mot anglais : « Savez-vous quel est le comble de la distraction ? », demande l’un de ses personnages. « C’est de prendre l’édit de Nantes pour une Anglaise7 ». Ce jeu de mots bilingue, où « l’édit » et « lady » se confondent, pose problème aux différents traducteurs de Proust, dont le premier insère le mot français entre crochets dans la conclusion de sa traduction : « It’s to think that the Edict of [l’edit de] Nantes was an Englishwoman8. » Les mots de la langue intermédiaire constituent des difficultés pour le traducteur, que je qualifie de « belles rebelles », pour faire écho au concept de la traduction comme une « belle infidèle9 ».

Je propose de développer une réflexion sur la traduction des mots anglais dans le texte de Proust en commençant par une analyse des caractéristiques de cette langue intermédiaire et de ses fonctions dans La Recherche, avant d’étudier les stratégies adoptées par les différents traducteurs pour en préserver la « saveur ». Je ferai appel aux trois versions du texte marquant l’his- toire de sa traduction en anglais, qui débute du vivant de Proust, avec la publication des volumes traduits par Charles Kenneth Scott Moncrieff entre 1922-1931. S’ensuivent deux révisions de ce travail monumental, d’abord par Terence Kilmartin au début des années 1980, puis par le poète D. J. une dizaine d’années plus tard. Ce dernier a fait un changement de taille, en abandonnant la citation du sonnet de Shakespeare adoptée comme titre par Moncrieff – Remembrance of Things Past – en faveur d’un titre fondé sur une traduction plus littérale : In Search of Lost Time. La nouvelle traduction coordonnée et éditée par Christopher Prendergast, publiée en 2002, a pour spécificité que chaque volume du roman est traduit par quelqu’un d’autre. Il s’agit d’une traduction polyphonique, composée de voix des différentes nationalités anglophones (australienne, américaine, anglaise et irlandaise). Après avoir examiné comment ces différentes traductions négocient la présence des mots anglais dans la version originale, je terminerai en étudiant de près la traduction du passage dans lequel Proust inscrit la seule phrase complète en anglais.

LA « LANGUE INTERMÉDIAIRE » DE PROUST

La langue intermédiaire de Proust participe d’une affectation anglophile : elle est parlée exclusivement par des francophones, que ce soit le narrateur ou les personnages de La Recherche. Ils s’en servent le plus souvent dans un « entre-deux », c’est-à-dire aux abords d’un autre espace, que ce soit au seuil d’une porte, dans une cour d’entrée d’un hôtel particulier, ou dans un vestibule. Par exemple, le narrateur ajoute un mot anglais à la description de son entrée dans un restaurant :

[…] une fois engagé dans la porte tournante dont je n’avais pas l’habitude, je crus que je ne pourrais pas arriver à en sortir. (Disons en passant, pour les amateurs d’un vocabulaire plus précis, que cette porte tambour, malgré ses apparences pacifiques, s’appelle porte révolver, de l’anglais revolving door) 1010.

Le terme « porte révolver » tourne en rond entre les deux langues, en ce sens qu’il n’est ni tout à fait anglais, ni nécessaire en français, où il sert simplement de synonyme à « porte tambour ». Un autre exemple de la façon dont le français adopte un synonyme de l’anglais alors qu’il possède déjà un terme pour désigner le même objet se trouve dans le passage suivant, où le mot anglais « snow-boots » vient remplacer l’expression française « les caoutchoucs américains ». Le narrateur se trouve de nouveau dans un espace intermédiaire car il quitte une soirée mondaine pour se préparer au retour à la maison :

Dans le vestibule où je demandai à un valet de pied mes snow-boots que j’avais pris par précaution contre la neige, dont il était tombé quelques flocons vite changés en boue, ne me rendant pas compte que c’était peu élégant, j’éprouvai, du sourire dédaigneux de tous, une honte qui atteignit son plus haut degré quand je vis que M me de Parme n’était pas partie et me voyait chaussant mes caoutchoucs américains. La princesse revint vers moi « Oh ! quelle bonne idée, s’écria-t-elle, comme c’est pratique ! voilà un homme intelligent. Madame, il faudra que nous achetions cela », dit-elle à sa dame d’honneur tandis que l’ironie des valets se changeait en respect et que les invités s’empressaient autour de moi pour s’enquérir où j’avais pu trouver ces merveilles11.

Le mot « snowboots » est entré dans la langue française en 1888, mais son emploi est critiqué par Rémy de Gourmont dans son Esthétique de la langue française, qui considère cet emprunt superflu. Il fait figurer le mot « snowboot » dans sa liste des mots étrangers comme « garden-party » et « rocking-chair » (qu’on trouve aussi dans La Recherche) qui contaminent la langue française de façon inutile12. Ce mot anglais fait vaciller la langue, car bien que de sonorité anglaise, il s’agit d’un néologisme créé par la langue française pour désigner un objet que l’anglais appelle plutôt « galoshes » ou « rubber overshoes ». Le mot anglais inventé par le français est donc associé à un contexte de snobisme où le narrateur se sent ridicule avant que la Princesse de Parme ne tourne la dérision en admiration, en louant « ces merveilles » de snowboots.

Odette Swann se sert couramment d’anglicismes qui sont pour elle comme un passeport pour la haute société. Demi-mondaine d’origine, elle réussit à améliorer son rang social grâce à son anglomanie et en parlant une sorte de franglais qui la distingue. Elle reçoit pour le five o’clock, loue le fair play13 des anglais pendant la guerre et s’entretient en anglais avec sa fille Gilberte. Le jeune narrateur qui en est amoureux se sent alors mis à distance, car il est exclu par son manque de compréhension :

« […] Odette […] se mit à parler anglais à sa fille. Aussitôt ce fut comme si un mur m’avait caché une partie de la vie de Gilberte, comme si un génie malfaisant avait emmené loin de moi mon amie. Dans une langue que nous savons, nous avons substitué à l’opacité des sons la transparence des idées. Mais une langue que nous ne savons pas est un palais clos dans lequel celle que nous aimons peut nous tromper, sans que, restés au-dehors et désespérément crispés dans notre impuissance, nous parvenions à rien voir, à rien empêcher14. »

La langue étrangère est comparée à « un palais clos » dont sont exclus ceux qui ne le comprennent pas. Il réduit le narrateur à l’impuissance. Devant un mur d’ostracisme, d’incompréhension et de silence, il ressent la violence d’un enlèvement.

Au moment de la Grande Guerre, par contre, la langue étrangère mène à l’inclusion et Odette continue à parler le langage des alliés :

Son langage à elle était pourtant, plus encore qu’autrefois, la trace de son admiration pour les Anglais, qu’elle n’était plus obligée de se contenter d’appeler comme autrefois « nos voisins d’outre-Manche », ou tout au plus « nos amis les Anglais », mais « nos loyaux alliés. » Inutile de dire qu’elle ne se faisait pas faute de citer à tout propos l’expression de fair play pour montrer les Anglais trouvant les Allemands des joueurs incorrects, et « ce qu’il faut c’est gagner la guerre, comme disent nos braves alliés ». Tout au plus associait-elle assez maladroitement le nom de son gendre à tout ce qui touchait les soldats anglais et au plaisir qu’il trouvait à vivre dans l’intimité des Australiens aussi bien que des Ecossais, des Néo-Zélandais et des Canadiens. « Mon gendre Saint-Loup connaît maintenant l’argot de tous les braves tommies, il sait se faire entendre de ceux des plus lointains dominions et, aussi bien qu’avec le général commandant la base, fraternise avec le plus humble private 15. »

Ainsi, Odette bat en brèche la hiérarchie des classes sociales, mais étant donné le penchant sexuel de Saint-Loup, on pourrait aussi décoder dans cet emploi de l’anglais une allusion à ses rapports intimes avec les alliés. Selon l’argumentaire de mon livre Proust’s Cup of Tea : Homoeroticism and Victorian Culture16, Proust associe l’homosexualité à la langue et la culture anglaises. À commencer par le mot « fast » utilisé dans le premier portrait que le narrateur campe d’Albertine17. Proust joue avec l’ambigüité de la langue, lorsqu’il met une citation de Shakespeare dans la bouche de Saint-Loup : « la question n’est pas comme pour Hamlet d’être ou de ne pas être, mais d’en être ou de ne pas en être18. » Cette citation se réfère à l’inclusion à une certaine coterie sociale (le clan des Verdurin) mais, dans le contexte plus général de Sodome et Gomorrhe, la phrase revêt la valeur d’une carte d’identité homosexuelle.

Le langage intermédiaire du roman de Proust véhicule les oscillations de l’entre-deux sexuel, social et temporel. Le texte de La Recherche qui navigue entre le temps perdu et le temps retrouvé est jonché de mots anglais qui participent à la représentation de la société mondaine d’avant la guerre tout en frayant un chemin du côté de Sodome et Gomorrhe. La question de comment traduire les mots anglais enchâssés dans le texte français se pose donc lors de sa traduction en anglais. Faut-il garder le jeu entre les deux langues en préservant la touche de l’étrangeté ou peut-on l’aplanir en laissant les mots anglais de la version originale se fondre dans la traduction ?

COMMENT TRADUIRE L’ANGLAIS DU TEXTE-SOURCE FRANÇAIS AU TEXTE-CIBLE ANGLAIS

Le traducteur du texte de Proust bute contre les mots anglais dans la version originale et s’efforce de maintenir leur saveur dans la version anglaise. Un simple transfert du mot anglais dans le texte-source français au texte-cible anglais gommerait son caractère étranger et atténuerait la façon dont il fait irruption dans le texte de Proust. Une telle opération correspondrait à la dernière pratique de déformation définie par Antoine Berman dans son analytique de la traduction, à savoir l’effacement de la superposition des langues dans un texte19. Ne pas traduire les rapports de tension et d’intégration des mots étrangers dans le texte d’origine voudrait dire rendre homogène un texte qui était à l’origine hétérogène, et aurait pour effet d’annuler ce que Berman appelle « l’épreuve de l’étranger ».

Le traducteur a souvent recours à la typographie pour faire ressortir l’étrangeté du mot anglais dans le texte d’origine, étrangeté qui peut se doubler, comme nous l’avons vu, d’un emploi approximatif du terme anglais. L’adoption du mot « smoking » par le français ? que Proust explique par « une anglomanie mal informée20 » ? montre comment le passage d’une langue à une autre change le sens du mot. Le français a en effet intégré le mot « smoking jacket » dans son lexique en 1888, en l’abrégeant à « smoking » et en l’utilisant pour désigner non pas une veste en velours avec une ceinture à noeud, mais ce que les anglais appellent « a dinner jacket » et les américains un « tuxedo ». L’emploi de « smoking » (dont on trouve une vingtaine d’occurrences dans le texte de Proust) relève non seulement de son statut de mot étranger, mais aussi d’un usage particulier de ce mot qui marque la différence, ou un léger décalage avec son usage normal. Le narrateur de La Recherche compare le Duc de Guermantes à un « Hercule en “ smoking ” », avant de commenter cet anglicisme : « puisqu’en France on donne à toute chose plus ou moins britannique le nom qu’elle ne porte pas en Angleterre21. » Le traducteur peut se permettre de garder le terme « smoking » sans le modifier, car la façon dont il détonne légèrement dans un contexte anglais reproduit l’effet de l’original : « this Hercules in his “ smoking ” (for in France anything that is the least bit British gets given the name it happens not to have in England)22. » La typographie met l’étrangeté du mot en relief, en doublant d’italiques les guillemets de la version originale. L’emploi d’un terme impropre est chargé de sens ici, car il indique que le Duc n’est pas à sa place dans ce café-concert populaire, et qu’il essaie de se faire passer pour le mari fidèle alors que nous le savons un véritable Don Juan.

La façon dont Odette emprunte une expression anglaise pour la faire sienne a pour résultat la fabrication d’un idiome à elle. Elle modifie le sens de « meeting » que l’anglais utilise le plus souvent pour désigner une réunion politique lorsqu’elle invite le narrateur à « une réunion mondaine chez des amis des Swann (ce que celle-ci appelait “ un petit meeting ”)23 ». La dernière traduction de Proust précise que dans son emploi erroné du terme, Odette se forge un anglais à elle : « a social gathering at the house of one of the Swanns’own friends (what M me Swann called in her English a little “meeting”)24 ».

Les anglicismes d’Odette caractérisent son salon, où le protocole diffère de celui que connaît le jeune narrateur proustien. Y aller équivaut à un voyage à l’étranger, et à la traversée d’un fuseau horaire. Le « lunch » auquel Odette invite le narrateur est en décalage horaire par rapport au déjeuner servi chez lui, à 11 h 30. Il se trouve donc suspendu dans le temps, avec une heure à perdre dans un entre-deux temporel et géographique entre chez lui et chez les Swann. Son entrée chez eux a quelque chose de féerique et d’irréel, comme s’il était transporté dans un autre monde :

À midi et demi, je me décidais enfin à entrer dans cette maison qui, comme un gros soulier de Noël, me semblait devoir m’apporter de surnaturels plaisirs. (Le nom de Noël était du reste inconnu à M me Swann et à Gilberte qui l’avaient remplacé par celui de Christmas, et ne parlaient que du pudding de Christmas, et de ce qu’on leur avait donné pour leur Christmas, de s’absenter-ce qui me rendait fou de douleur-pour Christmas. Même à la maison, je me serais cru déshonoré en parlant de Noël, et je ne disais plus que Christmas, ce que mon père trouvait extrêmement ridicule.)25

Le traducteur le plus récent de ce volume de La Recherche, James Grieve, a reproduit le relief de l’interaction des deux langues à l’aide d’italiques et en gardant quelques mots français dans sa traduction, introduisant aussi un anglicisme en appelant les cadeaux « des présents » :

By half-past twelve, I would have plucked up the courage to enter the house which, like a great Christmas stocking, seemed to promise supernatural delights. The French word Noël, by the way, was never heard from the lips of M me Swann or Gilberte. They had replaced it by the English word and spoke of le pudding de Christmas, of the présents de Christmas which they had been given, of going away (which gave me an unbearable pang) pour Christmas. At home, it would have been beneath my dignity to speak of Noël ; and I went about talking of le Christmas, in the teeth of my father’s ridicule26.

Cette traduction met en pratique la stratégie de la compensation dont parle Peter Newmark dans About Translation : « puns, alliterations, rhyme, slang, metaphor, pregnant words-all these can be compensated, if the game is worth the candle […]27. » On peut aussi noter que la traduction opère une transposition culturelle en traduisant « le soulier », qui selon la coutume française se met devant la cheminée à Noël, par le « stocking », qu’on suspend au manteau de cheminée en Angleterre. Ce passage saturé de la répétition du mot « Christmas » illustre comment le narrateur proustien savoure le mot étranger qui pimente le familier et le commun.

Il fait ainsi écho à l’exemple cité par Deleuze et Guattari de la façon dont Kafka enfant répétait un mot qu’il venait d’entendre et « dont le sens n’est que vaguement pressenti, pour le faire vibrer sur lui-même28 », pour le plaisir du mot dans la bouche.

La traduction met en pratique différentes stratégies de compensation et d’équivalence pour garder l’hétérogénéité linguistique du texte source. Proust se sert de la langue intermédiaire représentant l’entre-deux pour rendre compte d’une expérience de la mémoire involontaire qui a lieu dans la cour de l’hôtel des Guermantes. Il fait trébucher la langue lorsqu’il décrit comment le narrateur trébuche sur les pavés inégaux en employant un mot à résonance anglaise-wattman ? mais qui n’existe pas en anglais :

J’étais entré dans la cour de l’hôtel de Guermantes et dans ma distraction je n’avais pas vu une voiture qui s’avançait ; au cri du wattman je n’eus que le temps de me ranger vivement de côté, et je reculai assez pour buter malgré moi contre les pavés assez mal équarris derrière lesquels était une remise. Mais au moment où, me remettant d’aplomb, je posai mon pied sur un pavé qui était un peu moins élevé que le précédent, tout mon découragement s’évanouit devant la même félicité [que m’avait donnée] […] la saveur d’une madeleine trempée dans une infusion29.

Le français a créé l’antonomase « wattman » (à partir du nom propre de l’ingénieur écossais James Watt) pour désigner le mécanicien chargé de la conduite d’une automobile électrique ou d’un tramway, alors qu’il s’agit d’un emprunt erroné de l’anglais. La traduction de Terence Kilmartin garde une touche de langue étrangère en remplaçant le « wattman » de la version originale par le mot français « chauffeur », adopté par l’anglais aussi récemment que 189930.

Proust fait aussi appel à l’anglais dans le contexte de l’homosexualité, par exemple, pour décrire la démarche du baron de Charlus, qui franchit le seuil du salon des Verdurin :

Bien qu’il eût demandé à son corps de rendre manifeste (au moment où il entrait chez les Verdurin) toute la courtoisie d’un grand seigneur, ce corps […] déploya, au point que le baron eût mérité l’épithète de lady-like, toutes les séductions d’une grande dame31.

La traduction préserve la saveur du texte original, en laissant l’expression française « grande dame » dans le texte anglais, et met en valeur l’adjectif « lady-like » en le positionnant en fin de phrase et en le rehaussant de guillemets :

Although he had demanded of his body that it manifest (at the moment of entering the Verdurins’house) all the courtesy of a great nobleman, that body […] deployed all the seductiveness of a grande dame, to the point that the Baron might have merited the epithet of “ lady-like ”32.

La traduction opère donc ce que Basil Hatim et Ian Mason appellent une compensation par déplacement : « It matters less where exactly the impression is conveyed than that it is conveyed to an equivalent extent33. »

LA PHRASE « I DON’T SPEAK FRENCH » DANS SON CONTEXTE

L’association de la langue anglaise et de l’homosexualité est inscrite dans la seule phrase entière en langue anglaise du roman de Proust. De façon significative, elle se trouve dans Sodome et Gomorrhe, que Proust consacre explicitement à l’homosexualité. Elle fait partie du récit de la soirée chez la Princesse de Guermantes où l’arrivée des invités est annoncée par un « huissier ». Or l’huissier de la Princesse en est, et avait quelques jours auparavant partagé des plaisirs sexuels avec un des cousins de la Princesse, le Duc de Châtellerault, tout en ignorant son identité. La phrase en anglais s’insère dans le passage suivant :

Il y avait quelqu’un qui, ce soir-là comme les précédents, pensait beaucoup au duc de Châtellerault, sans soupçonner du reste qui il était : c’était l’huissier (qu’on appelait dans ce temps-là « l’aboyeur ») de M me de Guermantes. M. de Châtellerault, bien loin d’être un des intimes – comme il était l’un des cousins – de la princesse, était reçu dans son salon pour la première fois. Ses parents, brouillés avec elle depuis dix ans, s’étaient réconciliés depuis quinze jours, et forcés d’être ce soir absents de Paris, avaient chargé leur fils de les représenter. Or, quelques jours auparavant, l’huissier de la princesse avait rencontré dans les Champs-Elysées un jeune homme qu’il avait trouvé charmant mais dont il n’avait pu arriver à établir l’identité. Non que le jeune homme ne se fût montré aussi aimable que généreux. Toutes les faveurs que l’huissier s’était figuré avoir à accorder à un monsieur si jeune, il les avait au contraire reçues. Mais M. de Châtellerault était aussi froussard qu’imprudent ; il était d’autant plus décidé à ne pas dévoiler son incognito qu’il ignorait à qui il avait à faire ; il aurait eu une peur bien plus grande-quoique mal fondée-s’il l’avait su. Il s’était borné à se faire passer pour un Anglais, et à toutes les questions passionnées de l’huissier désireux de retrouver quelqu’un à qui il devait tant de plaisir et de largesses, le duc s’était borné à répondre, tout le long de l’avenue Gabriel : “ I do not speak french34. ”

Charles K. Scott Moncrieff traduit :

There was one person who, on that evening as on the previous evenings, had been thinking a great deal about the Duc de Châtellerault, without however suspecting who he was : this was the usher (styled at that time the aboyeur) of M me de Guermantes. M. de Châtellerault, so far from being one of the Princess’s intimate friends, albeit he was one of her cousins, had been invited to her house for the first time. His parents, who had not been on speaking terms with her for the last ten years, had been reconciled to her within the last fortnight, and, obliged to be out of Paris that evening, had requested their son to fill their place. Now, a few days earlier, the Princess’s usher had met in the Champs-Elysées a young man whom he had found charming but whose identity he had been unable to establish. Not that the young man had not shewn himself as obliging as he had been generous. All the favours that the usher had supposed that he would have to bestow upon so young a gentleman, he had on the contrary received. But M. de Châtellerault was as reticent as he was rash ; he was all the more determined not to disclose his incognito since he did not know with what sort of person he was dealing ; his fear would have been far greater, although quite unfounded, if he had known. He had confined himself to posing as an Englishman, and to all the passionate questions with which he was plied by the usher, desirous to meet again a person to whom he was indebted for so much pleasure and so ample a gratuity, the Duke had merely replied, from one end of the Avenue Gabriel to the other : “ I do not speak French35. ”

Voici la révision proposée par Terence Kilmartin et revue par D. J. Enright :

There was one person who, on that evening as on the previous evenings, had been thinking a great deal about the Duc de Châtellerault, without however suspecting who he was : this was the Princesse de Guermantes’s usher (styled at that time the “ barker ”). M. de Châtellerault, so far from being one of the Princess’s intimate friends, although he was one of her cousins, had been invited to her house for the first time. […] He had confined himself to posing as an Englishman, and to all the passionate questions with which he was plied by the usher, desirous to meet again a person to whom he was indebted for so much pleasure and largesse, the Duke had merely replied, from one end of the Avenue Gabriel to the other : “ I do not speak French36. ”

Voici enfin la traduction la plus récente, signée John Sturrock :

On that, as on the preceding evenings, there was someone who had the Duc de Châtellerault very much on his mind, without, however, suspecting who he was : this was Mme de Guermantes’s doorman (known in those days as the’barker’). M. de Châtellerault, very far from being an intimate – as he was of the cousins – of the Princesse, was being received in her drawing-room for the first time. […] He had merely passed himself off as an Englishman, and to all the doorman’s impassioned questions, who was eager to see someone to whom he was indebted for so much pleasure and largesse again, the Duc had merely answered in English, all the way along the Avenue Gabriel, “ I do not speak French37. ”

29Constatons tout d’abord que Proust propose une traduction d’ordre « intralinguistique », pour utiliser le terme de Roman Jakobson, c’est-dire un mot français est traduit par un mot français38, car le terme désuet d’« aboyeur » est actualisé par l’emploi du mot « huissier ». Les deux phrases suivantes ont été source d’erreurs pour les premiers traducteurs de Proust qui ont mal compris le français : le Duc de Châtellerault et sa famille étaient en froid avec les Guermantes suite à une querelle, et donc l’incise « comme il était l’un des cousins » veut dire « puisque » ou « parce que ». La traduction de John Sturrock est bonne (« as he was one of the cousins »), mais ni Scott-Moncrieff ni Kilmartin n’en traduisent le sens. Celui-là traduit « albeit » ; celui-ci pense corriger l’erreur alors qu’il en commet une autre : « although ». La traduction de la phrase « M. de Châtellerault était reçu dans son salon » pose problème dans toutes les versions. La Princesse de Guermantes a un « salon » dans le sens qu’elle organise des réunions mondaines, celle dont il est question ici ayant lieu principalement dans les jardins de son hôtel particulier et non pas à l’intérieur. Il faut donc entendre « salon » dans le sens d’une réception mondaine et non pas la désignation d’un lieu comme le font les traducteurs de Proust (« her house », « her drawing room »). Une traduction anglaise qui garde le mot français en italiques aurait pu servir de référence à ce phénomène culturel.

La phrase avant la conclusion du passage a également donné lieu à des traductions qui méritent commentaire. Dans le contexte, la nature du plaisir et des largesses accordées si généreusement est claire, même si elle n’est pas explicite. L’huissier n’est pas un jeune prostitué, et le duc ne lui donne pas d’argent. Pour garder le non-dit de l’original, la traduction pourrait laisser « largesse » sans préciser de quelle largesse il s’agit.

Enfin, de peur de compromettre sa réputation comme membre de l’aristocratie, le Duc se cache derrière la langue étrangère en formulant une phrase en anglais qui essaie de nier son identité française. Le paragraphe que nous sommes en train d’étudier était ajouté aux épreuves de la première version publiée de cette partie du roman, qui est parue en 1921 sous forme d’un long extrait dans la revue Les Oeuvres libres39. Proust souligne la phrase qu’il inscrit sur les épreuves comme indication qu’il faut la mettre en italiques. Le premier mot est biffé et difficile à déchiffrer : Proust a peut-être écrit « And do not speak French », auquel cas la conjonction suggère la continuation d’un dialogue en anglais, ou bien Proust a voulu écrire au départ « A do not », où le « A » servirait de transcription phonétique d’une mauvaise prononciation de « I ». Le « f » minuscule dans « french » respecte les règles de typographie française, car l’anglais exige la lettre majuscule en ce cas. Ce signe typographique fonctionne comme une transcription de l’accent français du duc lorsqu’il prononce la phrase en anglais. La graphie de Proust est révélatrice, car on relève une faute d’orthographe sur « speack » qui semble transcrire la prononciation du mot par un étranger.

Perdu et retrouvé : ces deux termes constituant la trame du texte de La Recherche se rapportent aussi bien à la traduction des mots anglais de Proust. Ce qui est perdu dans la traduction d’un mot peut être retrouvé dans la traduction d’un autre, par un jeu de compensation ou de déplacement. Cependant les cas étudiés ici montrent que les mots anglais de Proust-tels que « lady-like » ou « smoking » ? sont rebelles à la traduction. Ils font trébucher la langue, et le traducteur qui bute contre eux doit déployer toutes sortes de stratégies pour rendre leur effet d’intrusion intempestive, de perte d’équilibre, de vacillement sémantique. Ces mots anglais ont beau être des pierres d’achoppement pour le traducteur, ce sont des pierres précieuses incrustées dans la poétique de l’étranger proustien.

Bibliographie

BIBLIOGRAPHIE COMPLÉMENTAIRE

Eells Emily, Proust’s Cup of Tea : Homoeroticism and Victorian Culture, Aldershot, G. B., Ashgate, 2002.

Traductions anglaises d’À la recherche du temps perdu

Remembrance of Things Past, Scott Moncrieff Charles Kenneth (trad.), Londres, Chatto&Windus, 1922-1931.

Remembrance of Things Past, Kilmartin Terence (trad.), Londres, Penguin Books, 1983.

In Search of Lost Time, Enright D. J. (trad.), Londres, Chatto&Windus, 1992.

In Search of Lost Time, Prendergast Christopher (dir.), Londres, Allen Lane Publishing, 2002.

Notes

1 Proust Marcel, Contre Sainte-Beuve, Clarac Pierre et Sandre Yves (éd.), Paris, Gallimard, « de la Pléiade », 1971, p. 305.

2 Deleuze Gilles, « Bégaya-t-il», in Critique et Clinique, Paris, Les Éditions de Minuit, 1993, p. 138

3 Proust Marcel, Correspondance, Kolb Philip (éd.), vol. 8, Paris, Plon, 1981, p. 276.

4 Karlin Daniel, Proust’s English, Oxford, Oxford University Press, 2005.

5 Voir à ce propos Boyer-Weinmann Martine, « et Outre-langue : Fonctions de la citation (à peu près) anglaise dans À la recherche du temps perdu », in Citer la langue de l’autre. Mots étrangers dans le roman, de Proust à W. G. Sebald, Perrot-Corpet Danielle et Queffelec Christine (dir.), Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2007, p. 25.

6 Proust Marcel, Correspondance, Kolb Philip (éd.), vol. 10, Paris, Plon, 1983, p. 320-321.

7 Proust Marcel, À la recherche du temps perdu, Tadié Jean-Yves (dir.), Paris, Gallimard, « de la Pléiade », en quatre volumes (1987-1989) ; vol. 3, p. 328. Les références suivantes utilisent l’abréviation RTP, le numéro du volume en chiffres romains et le numéro de la page en chiffres arabes.

8 Proust Marcel, Cities of the Plain, Scott Moncrieff Charles Kenneth (trad.), New York, A & C Boni, 1927, p. 115.

9 Mounin Georges, Les Belles Infidèles. Essai sur la traduction, Paris, Cahiers du Sud, 1955.

10 RTP II 695.

11 RTP II 835.

12 Gourmont Rémy de, Esthétique de la langue française, Paris, Mercure de France, 1899, p. 87

13 RTP IV 368.

14 RTP I 572-3.

15 RTP IV 368.

16 Publié en 2002 à Aldershot, G. B., par les Éditions Ashgate.

17 RTP I 503.

18 RTP IV 410.

19 Berman Antoine, « traduction comme épreuve de l’étranger », in Texte. Revue de critique et de théorie littéraire (4), 1985, p. 71.

20 RTP I 483.

21 RTP II 771.

22 Proust Marcel, The Guermantes Way, Treharne Mark (trad.), Londres, Allen Lane Publishing, 2002, p. 479.

23 RTP I 516.

24 Proust Marcel, In the Shadow of Young Girls in Flower, Grieve James (trad.), Londres, Allen Lane Publishing, 2002, p. 101.

25 RTP I 517.

26 Proust Marcel, In the Shadow of Young Girls in Flower, Grieve James (trad.), Londres, Allen Lane Publishing, 2002, p. 102.

27 Newmark Peter, About Translation, Londres, Clevedon Press, « Matters », 1991, p. 144.

28 Deleuze Gilles et Guattari Félix, Kafka. Pour une littérature mineure, Paris, Les Éditions de Minuit, 1975, p. 38.

29 RTP IV 445.

30 Proust Marcel, Remembrance of Things Past, Kilmartin, Terence (trad.), Londres, Penguin Books, 1983, vol. 3, p. 898.

31 RTP III 300.

32 Proust Marcel, Sodom and Gomorrah, Sturrock John (trad.), Londres, Allen Lane Publishing, 2002, p. 306.

33 Hatim Basil et Mason Ian, Discourse and the Translator, Londres, Longman, 1990, p. 210.

34 RTP III 35. Ici et dans les citations suivantes j’ai mis en gras les phrases qui sont en rapport avec les questions de traduction soulevées.

35 Remembrance of Things Past. Cities of the Plain, Scott Moncrieff C. K. (trad. 1927), New York, Alfred A Knopf, 1929, p. 48-9.

36 Remembrance of Things Past. Cities of the Plain, Scott Moncrieff C. K. (trad. 1927), revue par Terence Kilmartin (1981), deuxième révision par D. J. Enright (1992). Cité ici de In Search of Lost Time, Londres, Chatto & Windus, 1992, vol. 4, p. 40.

37 In Search of Lost Time. Sodom and Gomorrah, Sturrock John (trans.), London, Allen Lane Publishing, 2002, p. 40.

38 Jakobson Roman, « Linguistic Aspects of Translation », in On Translation, Brower Reuben A. (dir.), Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1959, p. 233.

39 Les épreuves corrigées de cette prépublication se trouvent à la Bibliothèque nationale de France, Cabinet des Manuscrits. Je cite ici N. A. Fr 16728 f° 31.

Voir aussi:

PROUST ÉTAIT UN NEUROSCIENTIFIQUE
Ces artistes qui ont devancé les hommes de sciences
Jonah LEHRER

Traduit par
Hayet DHIFALLAH
La science a besoin de l’art pour exprimer la dimension du mystère, mais l’art a besoin de la science pour que tout ne demeure pas mystère.

Ce livre s’intéresse à des artistes qui ont découvert, avant les neurosciences, des vérités sur l’esprit humain – réelles, tangibles –, que la science commence à peine à redécouvrir. Alors que la connaissance scientifique et objective de l’univers progresse grâce aux expériences menées par les spécialistes, le neuroscientifique Jonah Lehrer a constaté une chose très surprenante – du moins pour les esprits trop rationnels qui ne croient qu’à la mesure et à la quantification : certains écrivains ou artistes, supposés n’inventer que de belles histoires (récits, tableaux, symphonies, etc.) ont fait des découvertes majeures sur notre cerveau. C’est après la lecture de Marcel Proust et sa gigantesque oeuvre construite sur la mémoire que le scientifique a acquis cette conviction : il a été possible, par des voies autres que celles de la science, d’anticiper des découvertes contemporaines.

Jonah Lehrer s’est alors attelé à la tâche de découvrir plusieurs autres  » précurseurs  » inattendus, et de cette recherche personnelle est né cet ouvrage. C’est ainsi que l’on retrouve trois chapitres consacrés à trois Français célèbres (sur les huit personnages que compte le livre) : Proust, bien sûr, et sa méthode de la mémoire ; mais aussi un grand cuisinier comme Auguste Escoffier, et « l’essence du goût » ; ou encore ce maître de la peinture que fut Paul Cézanne, et son « processus de la vision ». Les amateurs de littérature et de poésie retrouveront aussi Virginia Woolf ou Walt Whitman ; les amateurs de musique Igor Stravinsky…

Il n’est pas inutile de préciser, comme le fait remarquer Jonah Lehrer, que l’extrême précision de leurs découvertes coïncide avec l’intérêt profond que ces artistes eurent pour la science de leur époque, que ce soit en biologie, psychologie, chimie, etc. « Un jour, pensons-nous, la science élucidera tout », rappelle l’auteur. Or, l’imagination des artistes « a prédit les faits à venir ». Une proposition étonnante que tout lecteur de l’ouvrage peut vérifier par lui-même. Preuve que, pour décrire le cerveau, il y a « nécessité de faire appel aux deux cultures, art et science ». Autrement dit, « d’allier les méthodes réductionnistes de la science à une investigation artistique de notre expérience ».

Voir également:

Proust Was a Neuroscientist
Jonah Lehrer

Houghton Mifflin Harcourt

About the Book

While an undergraduate at Columbia University, 25-year-old Rhodes scholar Jonah Lehrer worked in a neuroscience lab, trying to figure out how the mind remembers. At the same time, he happened to be taking a course in twentieth-century French Literature, and began reading Proust. He would often bring his copy of Swann’s Way to the lab, and read a few pages while waiting for an experiment to finish.

All he expected from Proust was a little entertainment, but he began to see a surprising convergence. Proust’s narrator recovers his childhood memories when he bites into the madeleine, revealing crucial things about memory that neuroscientists didn’t uncover until 2001: first, that memory is uniquely tied to taste and smell. And, second, as Proust so thoroughly examines, memory is fallible.

This led Lehrer to start thinking about other artists who anticipated modern neuroscience, and he realized that there was a whole group of artists that had discovered truths about the human mind – real, tangible truths – that science is only now re-discovering.

In PROUST WAS A NEUROSCIENTIST (Houghton Mifflin, November 2007) Lehrer argues that science is not the only path to knowledge. In fact, where the brain is concerned, art got there first. Taking a group of artists – a painter, a poet, a chef, a composer, and a handful of novelists – Lehrer shows how each one discovered essential truths about the human mind.

We learn how Proust first revealed the fallibility of memory; how George Eliot discovered brain plasticity; how the French chef Escoffier discovered umami (the fifth taste); how Cezanne worked out the subtleties of vision; and how Gertrude Stein exposed the deep structure of language – a full half-century before Chomsky. Lehrer reveals that the newfangled facts of science provide a whole new way to appreciate our fictions. He helps us revisit the classics and see them through a new and fascinating prism.

Also, Lehrer notes, scientists describe our brain in terms of its physical details; they say we are nothing but a loom of electrical cells and synaptic spaces. But, what science forgets is that this isn’t how we experience the world. (We feel like the ghost in the machine, not like the machine itself.) It is ironic, but true: the one reality science cannot reduce is the only reality we will ever know. This is why we need art.

About the Author
Author Jonah Lehrer, 25, is editor at large for SEED magazine. A graduate of Columbia University and a Rhodes scholar, Lehrer has worked in the lab of Nobel Prizewinning neuroscientist Eric Kandel and studied with Hermione Lee at Oxford. He’s also written for Nature, NPR and NOVA ScienceNow. He even worked as a line cook for three years in Los Angeles and NYC at Le Cirque 2000 and Le Bernardin, which inspired his chapter on Escoffier. Lehrer writes a well-trafficked blog, ‘The Frontal Cortex’: http://scienceblogs.com/cortex/. This is his first book.

A Conversation with Jonah Lehrer

Q: Where did you get the idea for Proust Was A Neuroscientist?

A: It was pure serendipity. At the time, I was working in the lab of Nobel Prize laureate Eric Kandel, investigating the molecular basis of memory. I was also studying French Literature. (I double-majored in English and Neuroscience as an undergraduate.) There was a lot of down time in the lab, so I would often read novels while waiting for an experiment to finish. One day, I found myself engrossed in Swann’s Way. As I read this epic novel about one man’s memory, I had an epiphany. I realized that Proust and modern neuroscience shared a vision of how our memory works. If you listened closely, they were actually saying the same thing.

Q: How did you select the other artists in the book?

A: It was a fun process. After I realized that Proust had anticipated these scientific theories, I suddenly started re-reading all my favorite novelists, poets and artists. What did Virginia Woolf intuit about consciousness? Why was Walt Whitman so obsessed with his “body electric”? Why did Cezanne paint in such an abstract style? Once I started asking these strange questions, I saw all sorts of connections. I realized that there was a whole group of artists that had discovered truths about the human mind—real, tangible truths—that science is only now re-discovering. Of course, I don’t intend my list to be exhaustive. These aren’t the only artists who were interested in the mind, or anticipated important facts about the mind. I hope that this book inspires other people to look at their favorite artists through the prism of neuroscience. The newfangled facts of science provide us with a whole new way to appreciate our fictions.

Q: How do you think these artists would feel about your book? Would Proust be happy that he intuited some scientific truths?

A: Proust would be thrilled. But he wouldn’t be surprised. Proust was confident that every reader, once they read his novel, would “recognize in his own self what the book says…This will be the proof of its veracity.” And Proust wasn’t the only artist who was convinced that his art was full of truth. George Eliot famously said that her art was “simply a set of experiments in life.” Virginia Woolf, before she wrote Mrs. Dalloway, said that in her new novel the “psychology should be done very realistically.” Whitman thought he was expressing deep “truths about the body and soul” that the science of his time had yet to understand. In other words, all of these artists believed that their art was capable of being literally true, just like science.

Q: How did these artists come up with so much truth?

A: Each artist had his or her own peculiar method. (And some of them, like Proust, were very peculiar.) But one thing these artists all shared was an obsession with our experience. They wanted their art to express what it was like to be alive, to be conscious, to feel, to remember, to taste, to see. They turned themselves into empiricists of ordinary life. That’s where their wisdom came from.

Q: Escoffier seems like the odd man out. After all, he’s not generally seen as an artist. Why did you decide to include a chef?

A: Escoffier defined cooking as “equal parts art and science,” and I tend to agree with him. (I also tend to agree with Brillat-Savarin, who declared that “The discovery of a new dish does more for the happiness of the human race than the discovery of a new star.”) Furthermore, I think that Escoffier demonstrates one of the larger themes of the book, which is that we can discover truths about ourselves just by paying attention to our subjective experience. After all, it’s not like Escoffier understood the molecular mechanisms behind our taste receptors. He just wanted his food to taste good, and that led him to invent recipes that accurately reflected the anatomy of our tongue.

This chapter also grew out of my own experience as a line cook. I’ve been lucky enough to work in the kitchens of some nice restaurants (Le Cirque 2000, Melisse, Le Bernardin), and I was always struck by how much chefs know about the sensation of taste, even if they aren’t familiar with the underlying cellular mechanisms. Watching a chef concoct a new dish is a lot like watching a science experiment: they put some stuff together, then taste it, then add some more stuff, then taste again, and so on. But the whole process is really empirical. A good chef is constantly testing

Q: How did these artists interact with the science of their time?

A: They were extremely engaged with their contemporary science. While the artists I discuss often disagreed with the science of their time, they always used it as a springboard. Long before C.P. Snow mourned the separation of our two cultures, Whitman was busy studying brain anatomy textbooks and watching gruesome surgeries, George Eliot was reading Darwin and James Clerk Maxwell, Stein was conducting psychology experiments in William James’ lab, and Woolf was learning about the biology of mental illness. It is impossible to understand their art without taking into account its relationship to science.

Q: Why don’t you include any modern artists?

A: I end the book by discussing Ian McEwan’s Saturday, a novel about a neurosurgeon that embodies many of the themes I discuss throughout Proust Was A Neuroscientist. And there are many modern artists who I could have easily written about. (For example, I think Richard Powers’ recent novel The Echo Maker is a particularly eloquent meditation on the limits of neuroscience. And I could have used McEwan’s Atonement to make many of the same points about memory that I discuss in my chapter on Proust.) But I decided that the best way to demonstrate the connections between art and neuroscience was to focus on cases where artists had anticipated scientific discoveries. Perhaps in a few decades I’ll get to write a sequel to Proust Was A Neuroscientist, in which I describe how artists like McEwan and Powers anticipated the neuroscience of the 21st century.

Q: What do you want people to take away from Proust Was A Neuroscientist?

A: First of all, I hope this book compels people to look at art in a new way. I think that we’ve diminished the importance of art. We think of art as just a collection of entertaining stories and pretty paintings. But Proust and Whitman and Woolf saw themselves as truthtellers. I hope this book compels people to think about the potential of art, to reimagine what the imagination is capable of.

Of course, in order for a novel or poem to be “true” we need to redefine what the “truth” is. Our current culture subscribes to a very narrow definition of truth. If something can’t be quantified or calculated, then it can’t be true. Because this strict scientific approach has explained so much, we assume that it can explain everything. But every method, even the experimental method, has limits. Take the human mind. Scientists describe our brain in terms of its physical details; they say we are nothing but a loom of electrical cells and synaptic spaces. What science forgets is that this isn’t how we experience the world. (We feel like the ghost, not like the machine.) It is ironic, but true: the one reality science cannot reduce is the only reality we will ever know. This is why we need art.
The Five Painters, a Composer, and a Chef Who Discovered the Truth About the Mind

Marcel Proust, on memory: Proust anticipated important truths about memory: the sense of taste and smell are uniquely sentimental, memories are dishonest and do not faithfully reproduce the past, and memories are able to persist – even if we never think about them.

Walt Whitman, on feeling: Contradicting the science of his time, Whitman believed that the body and mind were profoundly connected, and that the flesh was the source of feelings. (“Behold the body includes and is the meaning, the main/Concern, and includes and is the soul,” he wrote.) Modern neuroscience now concurs, and has discovered that emotions often have a bodily source.

George Eliot, on thinking: In her time, scientists believed that people were prisoners of their genes. But, Eliot’s art consistently argued that our mind was “not cut in marble.” She believed that the most essential element of human nature was its malleability, the way we can “will ourselves to change.” She anticipated the discovery of neural plasticity.

Auguste Escoffier, on taste: Escoffier’s kitchen articulated biological truths of the tongue and his seminal recipes anticipated basic truths about the sensation of taste. He also realized that the taste of most flavors is actually a smell.

Paul Cezanne, on seeing: Though criticized as overly abstract, he wasn’t interested in pure abstraction, and always made sure that his surreal brushstrokes could be translated into real objects. With just enough information, the brain can decipher his paintings. If he left some details out, and canvas blank, it was to show what the visual cortex puts in.

Igor Stravinsky, on listening: He knew that a symphony was nothing but a collection of acoustic patterns that the brain had learned how to hear. Further, what makes music pleasurable is the tension between the melodic patterns expected and the patterns actually heard. He forced the audience to learn an entirely new set of patterns, and though this newness caused a riot at the time, he knew that the brain would adapt. He was right: he’s now considered by many to be the most influential composer of 20th-century music.

Gertrude Stein, on language: Stein exposed the “deep structure” of language, and observed “Everybody said the same thing over and over again with infinite variations but over and over again.” Stein, in anticipation of Noam Chomsky, saw the source of this sameness, to cut our words until their structure showed through.

Virginia Woolf, on consciousness: She realized that the stream of consciousness “was very erratic, very undependable.” At any given moment, her mind seemed to be scattered in a million little pieces. And yet, something bound those fleeting sensations together. Woolf’s revelation was that we emerge from our own subjective interpretations. When we sense something, we naturally invent a subject for our sensation. The self is simply this subject; it is the story we tell ourselves about our own experience. As Woolf wrote in her unfinished memoir, “We are the words; we are the music; we are the thing itself.”

Voir encore:

It is the humanities that tell us what it is like to be human, says Simon Ings

In this book, Lehrer asks why, when it comes to understanding the mind, neuroscience has been pipped to the post, not once, but time and time again, by writers, artists, composers and cooks, especially those working in the early part of the 20th century.

In the most powerful, well-argued and carefully condensed of his biographical essays, Lehrer says of the paintings of Paul Cézanne: « Instead of giving us a scene of fully realised forms, Cézanne supplies us with layers of suggestive edges, out of which forms slowly unfurl. Our vision is made of lines, and Cézanne has made the lines distressingly visible. » In other words, Cézanne got the eye right, long before Hubel and Wiesel transformed our understanding of the visual cortex in 1959. Around the time Cézanne was making migranous perceptual puzzles out of the Bibémus quarries, Gertrude Stein was working in William James’s Harvard psychology lab. Her own neuroscientific safari, attempting to abstract grammar from sense, hit a much-lampooned stylistic brick wall – but her failure was far ahead of its time, straightening paths for Noam Chomsky’s hunt (again, in the 50s) for a human’s innate, hard-wired « universal grammar ».

One of the great pleasures of this book is to read intensely felt, cogently argued apologias for people whose towering achievements you might not otherwise be able to stomach. (This card-carrying anti-modernist was persuaded – positively charmed – by Lehrer’s chapter on Virginia Woolf.)

The trouble is, in writing a series of accessible, linked essays, Lehrer deprives himself of the chance to explain why modernism ran so far ahead of contemporary science in its exploration of the working mind.

At the end of the 19th century, surrealism, occultism and psychoanalysis were all born out of a growing awareness that science, narrowly conceived, had no way of studying the mind. After all, the sciences can only study what they have the means to study, and in the first half of the 20th century, the only analytical tool capable of exploring subjectivity was « guided introspection » – a rather overworked form of meditation in which subjects tried to describe what their thinking felt like.

Artistic experimentation, informed by the science of the day, turned out to be a much more robust analytic technique, and over time perceptual-cognitive experiments of the Cézanne/Stein/Stravinsky sort have found their way into the laboratory. They have become precise, repeatable, scientifically respectable – and fodder for a shelf full of pop-science books a lot less interesting than this one. This lends Lehrer’s energetic and passionate prose a stridency he may not have meant. He seems, with his first book, to have burst, gun in hand, through a door that is already open.

He writes several too many « So-and-so was Right and Science was Wrong » passages. To say that Auguste Escoffier was « right » about the fundamental taste umami is like saying Democritus (460-370BC) was right about atoms which (let’s be clear) he jolly well wasn’t. Indeed, nobody discovers anything for ever, and nobody discovers anything first. The truth is always too complicated, the world always too big, for claims of that sort.

But it is impossible to stay grumpy with a writer who calls the three tiny bones that enable us to hear « a skeleton locked inside the ear », while dropping cheerful quips about Proust’s « weak spot for subclauses and patisserie ». Anyway, Lehrer’s central point holds. Science had, has, and always will have a problem with subjective experience.

Scientific accounts of the world offer us a user’s manual – a description of how we interact with the world. They say nothing whatsoever about the way the world really works – what vision scientist Donald Hoffman in 1998 dubbed « the relational realm »: « We might hope that the theories of science will converge to a true theory of the relational realm. This is the hope of scientific realism. But it’s a hope as yet unrealised, and a hope that cannot be proved true. »

Carried away by his own enthusiasm, Lehrer sometimes writes as if he thought scientists were unaware of their bind. Elsewhere he summarises the problem in words so right, they sing: « It is ironic but true, the one reality science cannot reduce is the only reality we will ever know. »

Not everything that is true can be proved. Lehrer’s quotation from Escoffier is well chosen: « No theory, no formula, and no recipe can take the place of experience. »

Simon Ings’s The Weight of Numbers is published by Atlantic.

Voir enfin:

Proust était un neuroscientifique sans le savoir

Jonah Lehrer

EXTRAIT

Marcel Proust

La méthode de la mémoire

Intuitions

Proust ne serait pas surpris par ses pouvoirs prophétiques. Il considérait que l’art et la science traitaient tous deux de faits (« L’impression est pour l’écrivain ce que l’expérimentation est pour le scientifique »), que seul l’artiste pouvait décrire la réalité telle qu’on la vivait réellement. Proust en était certain, tout lecteur de son roman « reconnaîtrait en lui-même ce que le livre racontait… Ceci sera la preuve de sa véracité ».

Proust apprit à croire au pouvoir étrange de l’art grâce au philosophe Henri Bergson[1]. Quand Proust entreprit l’écriture de La Recherche, Bergson était sur la voie de la célébrité. Le métaphysicien remplissait les salles de concert, les touristes intellectuels écoutaient avec une profonde attention ses conférences[2] sur l’élan vital, la comédie et « l’évolution créative ». Dans son essence, la philosophie de Bergson consistait en une résistance acharnée à une vision mécaniste de l’univers. Les lois de la science étaient bonnes pour la matière inerte, disait Bergson, pour discerner les relations entre atomes et cellules, mais qu’en était-il nous concernant ? Nous avions une conscience, une mémoire, un être. Selon Bergson, cette réalité – la réalité de notre conscience de soi – ne pouvait se prêter à une réduction ou une dissection expérimentale. Il pensait que seule l’intuition nous permettait de nous comprendre nous-mêmes, et ce processus demandait beaucoup d’introspection, des journées oisives de contemplation de nos connexions internes. C’était, en substance, une méditation pour les bourgeois.

Proust fut l’un des premiers artistes à intégrer la philosophie de Bergson. Son œuvre littéraire devint une célébration de l’intuition, de toutes les vérités que nous pouvons découvrir simplement en étant allongé sur le lit à réfléchir tranquillement. Et même si l’influence de Bergson n’était pas sans inquiéter Proust – « J’ai assez à faire, écrivit-il dans une lettre, sans essayer de faire de la philosophie de Bergson un roman ! » –, Proust ne pouvait malgré tout pas résister aux thèmes bergsoniens. En fait, l’assimilation approfondie de la philosophie de Bergson amena Proust à conclure que le roman du xixe siècle, qui privilégiait les choses par rapport aux idées, n’avait absolument rien compris. « Le type de littérature qui se satisfait de “décrire les choses”, écrivit Proust, de leur consacrer un maigre résumé en termes de lignes et de surfaces, a beau se prétendre réaliste, est en fait le plus éloigné de la réalité. » Comme le soutenait Bergson, la meilleure manière de comprendre la réalité est subjective. Et intuitive pour avoir accès à ses vérités.

Mais comment une œuvre de fiction pouvait-elle démontrer le pouvoir de l’intuition ? Comment un roman pouvait-il prouver que la réalité était, selon la formule de Bergson, « en dernier lieu spirituelle, et non physique » ? La réponse de Proust prit une forme inattendue, celle d’un petit gâteau sec au beurre parfumé au zeste de citron et en forme de coquillage. C’était là un peu de matière qui révélait « la structure de son esprit », un dessert qui pouvait « se réduire à ses éléments psychologiques ». C’est ainsi que débute la Recherche, avec la célèbre madeleine, à partir de laquelle se dévoile tout un esprit :

« Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse : ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D’où avait pu me venir cette puissante joie ? Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D’où venait-elle ? Que signifiait-elle ? Où l’appréhender ? Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m’apporte un peu moins que la seconde. Il est temps que je m’arrête, la vertu du breuvage semble diminuer. Il est clair que la vérité que je cherche n’est pas en lui, mais en moi »[3].

Ce magnifique paragraphe résume toute l’essence de l’art de Proust, la vérité s’élevant comme de la buée d’une tasse de thé limpide. Alors que la madeleine était le déclencheur de la révélation de Proust, ce passage ne porte pas sur la madeleine. Le gâteau sec est simplement pour Proust un prétexte pratique pour explorer son sujet favori : lui-même.

Qu’ont appris à Proust ces miettes prophétiques de sucre, farine et beurre ? Il a en réalité fait preuve d’une immense intuition au sujet de la structure du cerveau humain. En 1911, l’année de la madeleine, les physiologistes n’avaient pas la moindre idée du mode de connexion des sens à l’intérieur du crâne. C’est là que Proust eut l’une de ses intuitions les plus pénétrantes : notre odorat et notre goût portent ensemble le poids de la mémoire.

« Quand d’un passé ancien, rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir »[4].

Les neurosciences ont maintenant pu prouver que Proust avait vu juste. Rachel Herz, psychologue à l’université Brown, a montré – dans un article scientifique intitulé avec beaucoup d’esprit « Tester l’hypothèse proustienne » – que notre odorat et notre goût sont exceptionnellement sentimentaux, car ce sont les seuls sens directement connectés à l’hippocampe, centre de la mémoire à long terme du cerveau. Leur marque est indélébile. Tous nos autres sens (vue, toucher et ouïe) sont au départ traités par le thalamus, source du langage et porte d’entrée de la conscience. Ils sont donc beaucoup moins efficaces pour évoquer notre passé.

Proust a eu l’intuition de cette anatomie. Il s’est servi, pour faire remonter à la surface de la mémoire son enfance[5], du goût de la madeleine et de l’odeur du thé car la vue seule du gâteau sec en forme de coquille n’a pas suffi. Proust est d’ailleurs même allé jusqu’à accuser son sens de la vue de brouiller ses souvenirs d’enfance. « Peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, écrit Proust, leur image s’était dissociée de ces jours à Combray »[6]. Fort heureusement pour la littérature, Proust décida de porter à sa bouche le gâteau sec.

[1] Proust assista aux conférences de Bergson données à la Sorbonne de 1891 à 1893. De plus, il lut Matière et mémoire, l’ouvrage de Bergson, en 1909, juste au moment où il commençait à rédiger Du côté de chez Swan. En 1892, Bergson épousa la cousine de Proust. Mais une seule conversation est attestée entre Proust et Bergson, au cours de laquelle ils discutèrent de la nature du sommeil. Il est également fait état de cette conversation dans Sodome et Gomorrhe. Pour le philosophe, toutefois, Proust n’est demeuré que le cousin qui lui avait acheté une boîte d’excellentes boules Quies, sans plus.
[2] Son apparition à l’université de Columbia provoqua le premier embouteillage jamais connu à New York.
[3] À la recherche du temps perdu, tome 1, Du côté de chez Swan, GF Flammarion, Paris, 1987, édition revue et mise à jour en 2009, p. 144-145.
[4] À la recherche du temps perdu, tome 1, Du côté de chez Swan, GF Flammarion, Paris, 1987, édition revue et mise à jour en 2009, p. 147.
[5] A. J. Liebling, célèbre hédoniste et journaliste au New Yorker, a écrit : « À la lumière de ce que Proust a écrit avec un stimulus aussi léger (la quantité de cognac contenue dans une madeleine ne suffirait pas pour faire une friction à l’alcool à un moucheron), qu’il n’ait pas eu un appétit plus solide est une perte pour l’humanité. » Liebling aurait été content de savoir que Proust avait en fait un excellent appétit. Il ne prenait qu’un repas par jour (sur ordre du médecin), mais son dîner était digne de Liebling. Un exemple de menu : deux œufs sauce à la crème, trois croissants, la moitié d’un poulet rôti, des pommes de terre frites, des raisins, de la bière et quelques gorgées de café.
[6] À la recherche du temps perdu, tome 1, Du côté de chez Swan, GF Flammarion, Paris, 1987, édition revue et mise à jour en 2009, p. 147.


Science/religion: Et qui est mon prochain ? (Study confirms Bible’s good Samaritan teaching: religion can make you less generous and meaner)

7 novembre, 2015

A world with no Israel (cartoon)12132506_10201070344117812_303036371585407351_o(1)
regionsregions3
atheistsMais lui, voulant se justifier, dit à Jésus: Et qui est mon prochain? Jésus reprit la parole, et dit: Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba au milieu des brigands, qui le dépouillèrent, le chargèrent de coups, et s’en allèrent, le laissant à demi mort. Un sacrificateur, qui par hasard descendait par le même chemin, ayant vu cet homme, passa outre. Un Lévite, qui arriva aussi dans ce lieu, l’ayant vu, passa outre. Mais un Samaritain, qui voyageait, étant venu là, fut ému de compassion lorsqu’il le vit. Il s’approcha, et banda ses plaies, en y versant de l’huile et du vin; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie, et prit soin de lui. Le lendemain, il tira deux deniers, les donna à l’hôte, et dit: Aie soin de lui, et ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour. Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands? C’est celui qui a exercé la miséricorde envers lui, répondit le docteur de la loi. Et Jésus lui dit: Va, et toi, fais de même. Luc 10: 25-37
Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli;j’étais nu, et vous m’avez vêtu; j’étais malade, et vous m’avez visité; j’étais en prison, et vous êtes venus vers moi.Les justes lui répondront: Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, et t’avons-nous donné à manger; ou avoir soif, et t’avons-nous donné à boire?Quand t’avons-nous vu étranger, et t’avons-nous recueilli; ou nu, et t’avons-nous vêtu?Quand t’avons-nous vu malade, ou en prison, et sommes-nous allés vers toi?Et le roi leur répondra: Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. Ensuite il dira à ceux qui seront à sa gauche: Retirez-vous de moi, maudits; allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. Car j’ai eu faim, et vous ne m’avez pas donné à manger; j’ai eu soif, et vous ne m’avez pas donné à boire; j’étais étranger, et vous ne m’avez pas recueilli; j’étais nu, et vous ne m’avez pas vêtu; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité.Ils répondront aussi: Seigneur, quand t’avons-nous vu ayant faim, ou ayant soif, ou étranger, ou nu, ou malade, ou en prison, et ne t’avons-nous pas assisté?Et il leur répondra: Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous n’avez pas fait ces choses à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne les avez pas faites. Jésus (Matthieu 25: 35-45)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres: gardez-vous d’être troublés, car il faut que ces choses arrivent. Mais ce ne sera pas encore la fin. Une nation s’élèvera contre une nation, et un royaume contre un royaume, et il y aura, en divers lieux, des famines et des tremblements de terre. Tout cela ne sera que le commencement des douleurs. Alors on vous livrera aux tourments, et l’on vous fera mourir; et vous serez haïs de toutes les nations, à cause de mon nom. Jésus (Matt. 24: 6-9)
Et même l’heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre un culte à Dieu. Jésus (Jean 16: 1)
Voici, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc rusés comme les serpents et candides comme les colombes. Matthieu 10: 16
The Schmidts obeyed, and marched on Poland,  And there an Anton Schmidt, Feldwebel, Performed uncommon things, not safe, Nor glamorous, nor profitable. (…) I know he had unusual eyes Whose powers no orders might determine, Not to mistake the men he saw, As others did, for gods or vermin. For five months, till his execution, Aware that action has its dangers, He helped the Jews to get away, – Another race at that, and strangers. He never did mistake for bondage The military job, the chances, The limits; he did not submit To the blackmail of his circumstance. I see him in the Polish snow, His muddy wrappings small protection, Breathing the cold air of his freedom And treading a distinct direction. Thom Gunn
I have only acted as a human being. Anton Schmid
And in those two minutes which appeared to be like a sudden burst of light in the midst of impenetrable, unfathomable darkness, a single thought stood out clearly, irrefutably, beyond question – how utterly different everything would be to day in this court room, in Israel, in Germany, in all of Europe, and perhaps in all countries of the world, if only more such stories could have been told. Hannah Arendt
For decades the name Feldwebel Anton Schmid has been like a saint for me. Simon Wiesenthal
Was Anton Schmid a saint? Officially speaking he has not been recognised as one by his own church, which is otherwise often quick to create saints. For our Jewish brothers and sisters he proved to be a saint. And with the historian Wolfram Wette, who devoted his most recent study to Anton Schmid, I hope that this Feldwebel will be widely recognised as a shining example of a human being who heard and answered the higher call of a greater obligation than military orders. Werner Jeanrond
Nous sommes comme des nains assis sur des épaules de géants. Si nous voyons plus de choses et plus lointaines qu’eux, ce n’est pas à cause de la perspicacité de notre vue, ni de notre grandeur, c’est parce que nous sommes élevés par eux. Bernard de Chartres
Bernard de Chartres avait l’habitude de dire que nous sommes comme des nains sur les épaules de géants, afin que nous puissions voir plus qu’eux et les choses plus éloignées, pas en vertu d’une netteté de la vue de notre part, ou d’une distinction physique, mais parce que nous sommes portés haut et soulevé vers le haut par leur taille gigantesque. John de Salisbury (1159)
Si j’ai vu plus loin que les autres, c’est parce que j’ai été porté par des épaules de géants. Isaac Newton (1676)
Tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir la vérité, et ne servent qu’à la relever davantage. Toutes les lumières de la vérité ne peuvent rien pour arrêter la violence, et ne font que l’irriter encore plus. Pascal
Il n’y a que l’Occident chrétien qui ait jamais trouvé la perspective et ce réalisme photographique dont on dit tant de mal: c’est également lui qui a inventé les caméras. Jamais les autres univers n’ont découvert ça. Un chercheur qui travaille dans ce domaine me faisait remarquer que, dans le trompe l’oeil occidental, tous les objets sont déformés d’après les mêmes principes par rapport à la lumière et à l’espace: c’est l’équivalent pictural du Dieu qui fait briller son soleil et tomber sa pluie sur les justes comme sur les injustes. On cesse de représenter en grand les gens importants socialement et en petit les autres. C’est l’égalité absolue dans la perception. René Girard
On apprend aux enfants qu’on a cessé de chasser les sorcières parce que la science s’est imposée aux hommes. Alors que c’est le contraire: la science s’est imposée aux hommes parce que, pour des raisons morales, religieuses, on a cessé de chasser les sorcières. René Girard
Les mondes anciens étaient comparables entre eux, le nôtre est vraiment unique. Sa supériorité dans tous les domaines est tellement écrasante, tellement évidente que, paradoxalement, il est interdit d’en faire état. René Girard
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la “victime inconnue”, comme on dirait aujourd’hui le “soldat inconnu”. Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
On n’arrive plus à faire la différence entre le terrorisme révolutionnaire et le fou qui tire dans la foule. L’humanité se prépare à entrer dans l’insensé complet. C’est peut-être nécessaire. Le terrorisme oblige l’homme occidental à mesurer le chemin parcouru depuis deux mille ans. Certaines formes de violence nous apparaissent aujourd’hui intolérables. On n’accepterait plus Samson secouant les piliers du Temple et périr en tuant tout le monde avec lui. Notre contradiction fondamentale, c’est que nous sommes les bénéficiaires du christianisme dans notre rapport à la violence et que nous l’avons abandonné sans comprendre que nous étions ses tributaires. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
Le christianisme est la seule religion qui aura prévu son propre échec. Cette prescience s’appelle l’apocalypse. René Girard
Aimez-vous les uns les autres (…) est une formule héroïque qui transcende toute morale. Mais elle ne signifie pas qu’il faille refuser le combat si aucune autre solution n’est possible. René Girard
Je me souviens très bien de la remilitarisation de la Rhénanie en 1935. Si les Français étaient entrés en Allemagne, ils auraient pu changer le cours des événements : les Allemands étaient incapables de leur opposer la moindre résistance. Seulement Albert Sarraut [président du Conseil] et le gouvernement français seraient passés pour les salopards qui empêchaient le monde de revenir à la normale. Ils n’étaient pas assez forts moralement pour tenir le coup. Par la suite, on a beaucoup reproché à Sarraut sa passivité. Mais il était dans une situation inextricable. René Girard
Les moyens dits pacifiques ne sont pas toujours ni même nécessairement les meilleurs pour préserver une paix existante. On sait aujourd’hui que si les Français et les Anglais avaient eu une autre attitude lors de l’entrée des troupes allemandes dans la zone démilitarisée en 1935, on aurait peut-être réussi à faire tomber Hitler et ainsi empêché la guerre de 1939. Il y a également de fortes chances qu’une action offensive des Alliés les aurait fait passer pour coupables aux yeux de l’opinion mondiale. En général ; on ne connaît qu’après coup l’utilité d’une guerre préventive pour préserver la paix. Julien Freund
Obama demande pardon pour les faits et gestes de l’Amérique, son passé, son présent et le reste, il s’excuse de tout. Les relations dégradées avec la Russie, le manque de respect pour l’Islam, les mauvais rapports avec l’Iran, les bisbilles avec l’Europe, le manque d’adulation pour Fidel Castro, tout lui est bon pour battre la coulpe de l’Amérique. Plus encore, il célèbre la contribution (totalement inexistante) de l’Islam à l’essor de l’Amérique, et il se fend d’une révérence au sanglant et sectaire roi d’Arabie, l’Abdullah de la haine. Il annule la ceinture anti-missiles sise en Alaska et propose un désarmement nucléaire inutile. (…) Plus encore, cette déplorable Amérique a semé le désordre et le mal partout dans le monde. Au lieu de collaborer multilatéralement avec tous, d’œuvrer au bien commun avec Poutine, Chavez, Ahmadinejad, Saddam Hussein, Bachir al-Assad, et Cie, l’insupportable Bush en a fait des ennemis. (…) Il n’y a pas d’ennemis, il n’y a que des malentendus. Il ne peut y avoir d’affrontements, seulement des clarifications. Laurent Murawiec
Le manque de soutien des Américains aux Français est, en vérité, la marque de fabrique de Barack Obama (…) Le Président américain avait trouvé une stratégie d’évitement pour ne pas intervenir, à condition que le gouvernement syrien renonce à son arsenal chimique : toutes les autres formes d’assassinat de masse restaient donc tolérées par le Président américain. Un million de morts et deux millions de réfugiés plus tard n’empêchent apparemment pas Barack Obama de dormir la nuit : il a d’autres priorités, tel lutter contre un hypothétique dérèglement du climat ou faire fonctionner une assurance maladie, moralement juste et pratiquement dysfonctionnelle. On connaît les arguments pour ne pas intervenir en Syrie : il serait difficile de distinguer les bons et les mauvais Syriens, les démocrates authentiques et les islamistes cachés. Mais ce n’est pas l’analyse du sénateur John Mc Cain, plus compétent qu’Obama sur le sujet : lui réclame, en vain, que les États-Unis arment décemment les milices qui se battent sur les deux fronts, hostiles au régime de Assad et aux Islamistes soutenus par l’Iran. Par ailleurs, se laver les mains face au massacre des civils, comme les Occidentaux le firent naguère au Rwanda – et longtemps en Bosnie et au Kosovo – n’est jamais défendable. Il est parfaitement possible, aujourd’hui encore en Syrie, d’interdire le ciel aux avions de Assad qui bombardent les civils, de créer des couloirs humanitaires pour évacuer les civils, d’instaurer des zones de sécurité humanitaire. C’est ce que Obama refuse obstinément à Hollande. Comment expliquer cette obstination et cette indifférence d’Obama : ne regarde-t-il pas la télévision ? Il faut en conclure qu’il s’est installé dans un personnage, celui du Président pacifiste, celui qui aura retiré l’armée américaine d’Irak, bientôt d’Afghanistan et ne l’engagera sur aucun autre terrain d’opérations. Obama ignorerait-il qu’il existe des « guerres justes » ? Des guerres que l’on ne choisit pas et qu’il faut tout de même livrer, parce que le pacifisme, passé un certain seuil, devient meurtrier. « À quoi sert-il d’entretenir une si grande armée, si ce n’est pas pour s’en servir ? », avait demandé Madeleine Albright, Secrétaire d’État de Bill Clinton, au Général Colin Powell, un militaire notoirement frileux. Les États-Unis sont le gendarme du monde, la seule puissance qui compte : les armées russes et chinoises, par comparaison, sont des nains. On posera donc à Obama – si on le pouvait – la même question que celle de Madeleine Albright : « À quoi sert l’armée américaine et à quoi sert le Président Obama ? ». Il est tout de même paradoxal que Hollande, un désastre en politique intérieure, pourrait passer dans l’Histoire comme celui qui aura dit Non à la barbarie et Barack Obama, Prix Nobel de la Paix, pour celui qui se sera couché devant les Barbares. Guy Sorman
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude.  G.K. Chesterton
Il vous faut abandonner les armes que vous avez car elles n’ont aucune utilité pour vous sauver vous ou l’humanité. Vous inviterez Herr Hitler et signor Mussolini à prendre ce qu’ils veulent des pays que vous appelez vos possessions…. Si ces messieurs choisissent d’occuper vos maisons, vous les évacuerez. S’ils ne vous laissent pas partir librement, vous vous laisserez abattre, hommes, femmes et enfants, mais vous leur refuserez toute allégeance.  Gandhi (conseil aux Britanniques, 1940)
Si j’étais né en Allemagne et y gagnais ma vie, je revendiquerais l’Allemagne comme ma patrie au même titre que le plus grand des gentils Allemands et le défierais de m’abattre ou de me jeter au cachot; je refuserais d’être expulsé ou soumis à toute mesure discriminatoire. Et pour cela, je n’attendrais pas que mes coreligionaires se joignent à moi dans la résistance civile mais serais convaincu qu’à la fin ceux-ci ne manqueraient pas de suivre mon exemple. Si un juif ou tous les juifs acceptaient la prescription ici offerte, ils ne pourraient être en plus mauvaise posture que maintenant. Et la souffrance volontairement subie leur apporterait une force et une joie intérieures que ne pourraient leur apporter aucun nombre de résolutions de sympathie du reste du monde. Gandhi (le 26 novembre, 1938)
Des juifs sont persécutés, volés, maltraités, torturés, assassinés. Et vous, Mahatma Gandhi, dites que leur position dans le pays où ils souffrent tout ceci est un parallèle exact avec la position des Indiens en Afrique du sud au moment où vous inauguriez votre célèbre « force de la vérité » ou « force de la campagne d’âme » (Satyagraha) (…) Mais, Mahatma, savez-vous ou ne savez-vous pas ce qu’est un camp de concentration et ce qui s’y passe? Martin Buber
Capitalism is the way of the devil and exploitation. If you really want to look at things through the eyes of Jesus Christ–who I think was the first socialist–only socialism can really create a genuine society. Hugo Chávez
Imagine (…) no religion  (…) all the people living life in peace… You may say I’m a dreamer But I’m not the only one I hope someday you’ll join us And the world will be as one … John Lennon
Nous sommes ici aujourd’hui parce que le printemps de Prague – parce que la quête, simple et légitime, de liberté et de perspectives d’avenir – a couvert de honte ceux qui s’appuyaient sur le pouvoir des tanks et des armes pour écraser la volonté du peuple. Nous sommes ici aujourd’hui parce que, il y a vingt ans, les gens de cette ville sont descendus dans la rue pour réclamer la promesse d’un jour nouveau et les droits humains fondamentaux qui leur avaient été refusés depuis bien trop longtemps. Sametová revoluce (la « révolution de velours ») nous a enseigné beaucoup de choses. Elle nous a montré qu’une protestation pacifique pouvait ébranler les fondations d’un empire et révéler la vanité d’une idéologie. Elle nous a montré que de petits pays pouvaient jouer un rôle pivot dans les événements du monde, et que des gens jeunes pouvaient montrer le chemin pour surmonter d’anciens conflits. Et elle a prouvé que le pouvoir moral était plus puissant que n’importe quelle arme. (…) Tout comme nous nous sommes dressés au XXe siècle pour défendre la liberté, nous devons nous dresser ensemble au XXIe siècle pour vivre libres de toute peur. Et en tant que puissance nucléaire – en tant qu’unique puissance nucléaire ayant eu recours à l’arme nucléaire -, les Etats-Unis ont la responsabilité morale d’agir. Nous ne pouvons réussir seuls dans cette entreprise, mais nous pouvons la conduire. Ainsi, aujourd’hui, j’affirme clairement et avec conviction l’engagement de l’Amérique à rechercher la paix et la sécurité dans un monde sans armes nucléaires. Ce but ne pourra être atteint avant longtemps, sans doute pas de mon vivant. Il faudra de la patience et de l’obstination. Mais maintenant, c’est à nous d’ignorer les voix qui nous disent que le monde ne peut pas changer. (…) Nous soutiendrons le droit de l’Iran à disposer d’une énergie nucléaire pacifique dans le cadre de contrôles rigoureux. Barack Hussein Obama (2009)
Pour les personnes persécutées pour des raisons politiques, le droit fondamental d’asile ne connaît pas de limite. Merkel (2015)
Donors in Southern states, for instance, give roughly 5.2 percent of their discretionary income to charity — both to religious and to secular groups — compared with donors in the Northeast, who give 4.0 percent. Before you jump to conclusions that religion and generosity were somehow connected, keep in mind that those numbers included giving “both to religious and to secular groups”… In other words, church counted as charity. But when you excluded donations given to churches and religious groups, the map changed dramatically, giving an edge to the least religious states in the country. Friendly atheist
Nos observations remettent en question le fait que la religion serait vitale pour le développement moral, et appuient l’idée que la sécularisation du discours moral ne va pas diminuer la bonté humaine – en fait, elle fera tout le contraire. Jean Decety
Il n’y a pas d’interprétation présentée pour la propension des enfants musulmans à proposer des punitions plus sévères. Angela Sirigu (Centre de neurosciences cognitives de Lyon)
Les auteurs invoquent un mécanisme de « licence morale » : la religiosité étant perçue en elle-même comme un gage de bonté, les pratiquants pourraient s’autoriser – « inconsciemment », précise Jean Decety – un plus grand égoïsme au quotidien. (…) dès le XIXe siècle, on avait constaté que les prisons de droit commun comptaient une proportion très faible d’athées, et dans les années 1940 aux Etats-Unis, des psychologues avaient montré la moindre générosité et la plus grande prévalence des préjugés envers les minorités chez les croyants, « ce qui avait constitué un grand choc ». En Afrique du Sud, la majorité des opposants blancs à l’apartheid étaient des non-croyants, « juifs séculiers », souligne aussi Jean Decety, actuellement en année sabbatique dans ce pays. Benny Beit-Hallahmi estime que les chercheurs qui traquent l’avantage évolutif offert par la religion se fourvoient : « la coopération sociale, observée chez d’autres animaux, est un comportement tellement élémentaire qu’elle n’a pas besoin de substrat moral. Le vrai enjeu moral, c’est de faire le bien envers autrui, quel qu’il soit, indépendamment de la crainte d’être puni dans l’au-delà. » Une exigence apparue selon lui récemment dans l’histoire du monde, incarnée par des organisations séculières, « universalistes », comme Médecins sans frontière. « Il y a un siècle, rappelle-t-il, faute d’athées, une telle étude comparative aurait été impossible. » Le Monde
C’est une explication plausible. D’autres recherches ont montré que la religiosité traditionnelle est associée à des dons charitables plus élevés, mais pas avec une aide offerte dans des situations spontanées, ce qui concorde avec la présente étude. Luke Gallen (université du Nebraska)
323 said they were non-religious, 3 were agnostic and 2 ticked the box marked “other”. The Economist
Methodological problems that limit the interpretation of religious prosociality studies include the use of inappropriate comparison groups and the presence of criterion contamination in measures yielding misleading conclusions. Specifically, it is common practice to compare high levels of religiosity with “low religiosity” (e.g., the absence of denominational membership, lack of church attendance, or the low importance of religion), which conflates indifferent or uncommitted believers with the completely nonreligious. Finally, aspects of religious stereotype endorsement and ingroup bias can contribute to nonprosocial effects. Luke W. Galen

Attention: une subversion peut en cacher une autre !

Au lendemain de la mort, au vénérable âge de 91 ans, de l’anthropologue franco-américain de la violence et apologiste assumé du christianisme René Girard

Et à l’heure où avec le plus rapide prix Nobel de la paix de l’histoire et fidèle de 20 ans du pasteur Wright à la tête du Monde libre et la fille de pasteur élevée au lait du communisme Mother Angelica à la tête de l’Union européenne …

Un Moyen-Orient à feu et à sang voit la résurgence, au nom d’Allah même, d’une barbarie d’un autre âge et la reconnaissance par ledit Monde libre du droit à l’arme nucléaire d’un régime appelant explicitement à l’annihilation d’un de ses voisins …

Et que derrière une hiérarchie catholique qui oublie tant son propre peuple persécuté que ses propres héros

Une Europe qui n’arrive même plus à assurer sa reproduction démographique s’abandonne aux flots d’une invasion grosse potentiellement de millions de migrants clandestins issue pour l’essentiel de ladite religion …

Pendant que sous prétexte que les athées seraient plus généreux que les croyants, une étude franco-américaine se félicite aussi sottement qu’un Gandhi ou qu’un John Lennon d’avoir démontré rien de moins que la nocivité de la religion pour le développement moral  …

Comment ne pas voir à la lumière des travaux du plus américain des penseurs français …

Non seulement la formidable force subversive des Evangiles et l’incroyable chaos que peut déclencher à l’échelle à présent de la planète entière l’application la plus radicale de leurs principes

Mais surtout, au-delà des évidents problèmes méthodologiques et notamment d’échantillonnage (eg. l’invention récente et justement occidentale et souvent issue de milieux favorisés de l’athéisme – combien d’athées au Pakistan ?) …

Et l’impasse sur les quelque 100 millions de victimes d’un régime athée comme le communisme

La non moins incroyable fatuité de tous nos Monsieur Jourdain du christianisme  …

Et qui, tels ces nains assis sur les épaules de géants, n’ont même pas conscience qu’ils ne font que vérifier l’enseignement évangélique …

Qui 2 000  ans avant eux sous les traits du bon samaritain avait averti les croyants du risque de l’empathie limitée à son propre groupe ?

Les enfants non religieux sont plus altruistes que ceux élevés dans une famille de croyants

Hervé Morin

Le Monde

05.11.2015

Certains observateurs attentifs de l’actualité des derniers millénaires l’avaient déjà noté : la religion n’est pas toujours un gage de concorde et de fraternité. Une étude publiée jeudi 5 novembre dans la revue Current Biology suggère que le mode de transmission des valeurs et des pratiques religieuses d’une génération à l’autre risque de faire perdurer cette situation. Menée dans six pays auprès de 1 170 enfants de cinq à douze ans, elle montre que l’altruisme n’est pas la chose la mieux partagée chez ceux issus de familles pratiquant une religion. Ils présenteraient aussi une prédilection pour l’application de châtiments plus sévères que les rejetons de familles se définissant comme « non religieuses ».

Conduite au Canada, en Chine, en Jordanie, en Turquie, aux Etats-Unis et en Afrique du Sud, cette étude dirigée par Jean Decety (Département de psychologie de l’université de Chicago) avait pour objectif de mesurer si la religion, ainsi qu’on le croit fréquemment, renforce les comportements dits « prosociaux ».

L’enquête est financée par une bourse de la Fondation américaine John Templeton. D’inspiration chrétienne, celle-ci avait en 2007 remis son prix (mieux doté que le Nobel) au philosophe canadien Charles Taylor, qui défend l’idée selon laquelle les sociétés laïques occidentales ne sont pas aptes à satisfaire la quête humaine de sens.

« La sécularisation du discours moral ne va pas diminuer la bonté humaine – en fait, elle fera tout le contraire »

Sont-elles pour autant moins « morales » ? La fondation risque d’être déçue par la réponse. Les chercheurs réunis par Jean Decety concluent en effet que leurs observations « remettent en question le fait que la religion serait vitale pour le développement moral, et appuient l’idée que la sécularisation du discours moral ne va pas diminuer la bonté humaine – en fait, elle fera tout le contraire ». Un manifeste politique, inhabituel dans une revue de biologie. Jean Decety y tient, notamment du fait qu’aux Etats-Unis, où ce Français naturalisé américain est installé depuis 14 ans, il est impossible à quiconque se déclarant non croyant d’espérer accéder à de hautes fonctions, notamment électives, « car il serait suspecté d’être immoral, voire amoral ».

Capacité d’empathie

Qu’a montré son équipe ? Elle a d’abord mesuré le niveau de pratique religieuse des familles dont elle a étudié les enfants. Pour des raisons de robustesse statistique, ceux-ci ont été divisés en trois groupes – non religieux (dont athées), chrétiens, musulmans – les autres cultes étant sous-représentés dans l’échantillon. Les chercheurs ont demandé aux parents d’évaluer la capacité d’empathie et la sensibilité à l’injustice de leurs enfants. Les chrétiens et musulmans les estimaient plus élevées que ce que rapportaient les parents non croyants.

Les chercheurs ont ensuite fait visionner par chaque enfant des petites vidéos montrant d’autres enfants se poussant ou se faisant trébucher, de façon intentionnelle ou non, en leur demandant de noter le niveau de « méchanceté » et celui des punitions méritées par les fautifs, sur une échelle graduée, mais non spécifique – « on ne proposait pas 40 coups de fouets ! », précise Jean Decety. Les enfants religieux estimaient en moyenne ces actes plus répréhensibles, et – que les méfaits aient été ou non volontaires – proposaient des punitions plus sévères que les athées, les petits musulmans étant les plus intransigeants.

« Jeu du dictateur »

Enfin, pour évaluer la générosité des enfants, les chercheurs ont fait appel à une adaptation du « jeu du dictateur », imaginé par les économistes : parmi trente autocollants, ils leur ont proposé de choisir leurs dix préférés, en précisant qu’ils n’auraient pas le temps d’en distribuer à tous les écoliers. Ils leur demandaient ensuite s’ils seraient prêts à en donner pour leurs camarades moins chanceux. Le nombre d’autocollants cédés, hors de la vue de l’expérimentateur, augmentait avec l’âge (un effet déjà connu du développement de l’altruisme chez l’enfant). Mais les petits athées se montraient significativement plus généreux que leurs pairs croyants, chez qui les dons étaient inversement proportionnels à l’intensité de la pratique religieuse – « quelle que soit la culture, c’est-à-dire le pays d’origine », précise Jean Decety, en réponse à des objections sur la répartition statistique des données.

Comment expliquer ce dernier phénomène ? Les auteurs invoquent un mécanisme de « licence morale » : la religiosité étant perçue en elle-même comme un gage de bonté, les pratiquants pourraient s’autoriser – « inconsciemment », précise Jean Decety – un plus grand égoïsme au quotidien. « C’est une explication plausible, commente Luke Gallen (université du Nebraska). D’autres recherches ont montré que la religiosité traditionnelle est associée à des dons charitables plus élevés, mais pas avec une aide offerte dans des situations spontanées, ce qui concorde avec la présente étude. »

Angela Sirigu, chercheuse au Centre de neurosciences cognitives de Lyon (et contributrice de cartes blanches pour le cahier Science & Médecine du Monde) juge l’étude « très intéressante », mais reste sur sa faim sur l’explication de comportements mis en lumière. « Il n’y a pas d’interprétation présentée pour la propension des enfants musulmans à proposer des punitions plus sévères », commente-t-elle.

Voltaire et les athées

Pour Benny Beit-Hallahmi (université de Haifa), auteur d’une somme sur la psychologie et la religion, l’étude de Current Biology « est une contribution très importante car elle confirme pour la première fois chez un grand nombre d’enfants de différentes cultures, pays et religions, des observations connues chez les adultes ».

Certes, Voltaire lui-même se méfiait de l’athéisme, « estimant qu’il fallait des limites religieuses pour border les comportements moraux », rappelle-t-il. Mais dès le XIXe siècle, on avait constaté que les prisons de droit commun comptaient une proportion très faible d’athées, et dans les années 1940 aux Etats-Unis, des psychologues avaient montré la moindre générosité et la plus grande prévalence des préjugés envers les minorités chez les croyants, « ce qui avait constitué un grand choc ». En Afrique du Sud, la majorité des opposants blancs à l’apartheid étaient des non-croyants, « juifs séculiers », souligne aussi Jean Decety, actuellement en année sabbatique dans ce pays.

Benny Beit-Hallahmi estime que les chercheurs qui traquent l’avantage évolutif offert par la religion se fourvoient : « la coopération sociale, observée chez d’autres animaux, est un comportement tellement élémentaire qu’elle n’a pas besoin de substrat moral. Le vrai enjeu moral, c’est de faire le bien envers autrui, quel qu’il soit, indépendamment de la crainte d’être puni dans l’au-delà. » Une exigence apparue selon lui récemment dans l’histoire du monde, incarnée par des organisations séculières, « universalistes », comme Médecins sans frontière. « Il y a un siècle, rappelle-t-il, faute d’athées, une telle étude comparative aurait été impossible. »

Aujourd’hui, 5,8 milliards d’humains, soit 84 % de la population de la planète, s’identifient comme croyants, rappellent Jean Decety et ses collègues.

Voir aussi:

Matthew 22:39
Far from bolstering generosity, a religious upbringing diminishes it
The Economist
Nov 7th 2015

AN ARGUMENT often advanced for the encouragement of religion is that, to paraphrase St Matthew’s report of Jesus’s words, it leads people to love their neighbours as themselves. That would be a powerful point were it true. But is it? This was the question Jean Decety, a developmental neuroscientist at the University of Chicago, asked in a study just published in Current Biology.

Dr Decety is not the first to wonder, in a scientific way, about the connection between religion and altruism. He is, though, one of the first to do it without recourse to that standard but peculiar laboratory animal beloved of psychologists, the undergraduate student. Instead, he collaborated with researchers in Canada, China, Jordan, South Africa and Turkey, as well as with fellow Americans, to look at children aged between five and 12 and their families. Altogether, Dr Decety and his colleagues recruited 1,170 families for their project, and focused on one child per family. Five hundred and ten of their volunteer families described themselves as Muslim, 280 as Christian, 29 as Jewish, 18 as Buddhist and 5 as Hindu. A further 323 said they were non-religious, 3 were agnostic and 2 ticked the box marked “other”.

Follow-up questions to the faithful among the sample then asked how often they engaged in religious activities, and also about spirituality in the home. That let Dr Decety calculate how religious each family was. He found that about half the children in religious households came from highly observant homes; the spiritual lives of the other half were more relaxed. He then arranged for the children to play a version of what is known to psychologists as the dictator game—an activity they use to measure altruism.

In truth, the dictator game is not much of a game, since only one of the participants actually plays it. In Dr Decety’s version, each child was presented with a collection of 30 attractive stickers and told that he or she could keep ten of them. Once a child had made his selection, the experimenter told him that there was not time to play the game with all the children at the school, but that he could, if he wished, give away some of his ten stickers to a random schoolmate who would not otherwise be able to take part. The child was then given a few minutes to decide whether he wanted to give up some of his stickers—and, if so, how many. The researchers used the number of stickers surrendered as a measure of altruism.

The upshot was that the children of non-believers were significantly more generous than those of believers. They gave away an average of 4.1 stickers. Children from a religious background gave away 3.3. And a further analysis of the two largest religious groups (Jews, Buddhists and Hindus were excluded because of their small numbers in the sample), showed no statistical difference between them. Muslim children gave away 3.2 stickers on average, while Christian children gave away 3.3. Moreover, a regression analysis on these groups of children showed that their generosity was inversely correlated with their households’ religiosity. This effect remained regardless of a family’s wealth and status (rich children were more generous than poor ones), a child’s age (older children were more generous than younger ones) or the nationality of the participant. These findings are, however, in marked contrast to parents’ assessments of their own children’s sensitivity to injustice. When asked, religious parents reported their children to be more sensitive than non-believing parents did.

This is only one result, of course. It would need to be replicated before strong conclusions could be drawn. But it is suggestive. And what it suggests is not only that what is preached by religion is not always what is practised, which would not be a surprise, but that in some unknown way the preaching makes things worse.

Voir également:

Some Modern Saints? Anton Schmid (1900–42)

Werner Jeanrond

1 Trinity College Cambridge

20 October 2013

“I have only acted as a human being.” One September evening in 1941, Luisa Emaitisaite, a young Lithuanian woman found herself outside the Jewish Ghetto of Vilnius. Trying to avoid the on-going anti-Jewish raids that day, she had failed to return to the ghetto before the curfew and now did not know what to do on this side of the locked up ghetto door. Her situation appeared to be hopeless. If discovered by any member of the occupying German Wehrmacht, she risked being shot on the spot. She was hiding in the entrance of a house when she noticed a uniformed German walking through the street in the dark, cigarette in hand. She mustered all her courage, approached him directly, and out of desperation asked him for help.

The German Wehrmacht-soldier was Anton Schmid who was on his way home from work. In occupied Vilnius he was in charge of the office responsible for gathering scattered soldiers who had lost their units in the war and for re-integrating them into the army. Although wearing a German uniform, he did in fact come from Vienna where he had left his wife and daughter upon being drafted into Hitler’s war. Anton was posted in Vilnius which was often referred to as the Jerusalem of the East since a large population of Jewish men, women and children (60 000 of a total population of 215 000) had been living there for generations. Since the arrival of the Germans, however, their lives were threatened. Outside of Vilnius in a forest near a village called Ponary (or Paneriai) thousands of Jews had already been murdered by the Nazis, including all of Luisa’s relatives. Undoubtedly Anton Schmid knew of the horrific and carefully orchestrated mass murder of Jews. But he must also have been aware that anybody, and in particular any soldier, who ignored the order to treat Jews as enemies and hid them from the Nazi murder-machine risked his own life.

Luisa Emaitisaite risked everything by asking a German soldier for help, and Anton Schmid risked everything by deciding to help her. Luisa asked Anton if he would be so kind as to rent her a room in a cheap hotel so that she could feel secure for the night. However, Anton answered that such a move would be too dangerous for her given the constant controls by the German authorities, and instead he suggested that he could hide her in his own army flat. When Luisa and Anton realised the next day that the raids were continuing, and that therefore Luisa’s life would be in danger the moment she left his flat, he decided to keep her there for the whole week. Then he suggested to Luisa that he would save her life by arranging a new ‘arian ’ identity for her. That required a somewhat complex strategy:

First, Anton took Luisa to see a Polish Carmelite monk in the nearby church of Ostra Brama. There he explained the situation to Fr Andreas Gdowski and as ked him to issue a document identifying Luisa as a Catholic, well known to the monastery. Moreover, Fr Gdowski was to confirm that Luisa’s parents had been deported by the Soviets and that at that point all her papers had been lost. The monk commented: “An old man like me has no need to be afraid of people, and in front of God I can well justify this fraud.” He gave Luisa a typewriter so that she herself could type the desired document on the Monastery’s official paper. Fr Andreas signed and sealed the document which made Luisa now a Polish Catholic. Thereafter, Anton accompanied his protégé to five different offices of the occupying German bureaucracy in order to be able to employ Luisa in his own army office. She needed first a work permit, then a permit to rent a room, then an identity card, and finally a certificate from the residents’ regi stration office. Once Luisa was in possession of all these documents, she no longer needed to live in fear of the continuing political and antisemitic raids. She could move freely, and she could start to work in Anton Schmid’s office. Her new identity protected her. She did survive the war and the holocaust.

Why did Anton Schmid act in this way? Why did he risk his life by saving this young Jewish woman whom he had never met before? He never demanded or received any financial reward. He did not ask any questions. Rather he was confronted with a concrete human need and he responded to it. As far as we know, Schmid never composed any protest letter against the on-going persecution and murder of Jewish women, men and children. He did not write to any German authority to demand a stop to the holocaust. He was not known as a member of any official resistance group against Hitler and his followers. However, we do know that Luisa was not the only person he saved in Vilnius.

The first Jew he had saved from the Nazi death squads in Vilnius was Max Salinger, a young Polish man. We do not know any details of how the two had met. After the war Max Salinger visited Anton Schmid’s wife Stefanie and told her how Anton had saved his life. Anton had given Max a fallen soldier’s registration book and identity; put him into a Wehrmacht uniform, and drafted him in to his own army office to work.

Anton Schmid then continued to save many more Jews in Vilnius, among them the writer Hermann Adler and the opera singer Anita Distler who had met and married in Vilnius. Again, Hermann Adler had approached Anton in the street and asked him for help. He later admitted that he knew from the church of Ostra Brama that Schmid had helped a Jewish girl, namely Luisa. Later on the Adlers suggested to Schmid that he organise some form of secret transport of Jews from the ghetto in Vilnius to the city of Bialystok. Schmid recalled that a friend of his from Vienna was stationed in Bialystok. He offered the couple something to eat and asked them to come back in a few days. When they returned he gave them a room in his office where they lived for the next three months and functioned as the connecting link be tween the emerging Jewish resistance movement in the ghetto and Schmid. A number of convoys between Vilnius and Bialystock were organised by Schmid, Salinger and the Adlers to bring around 300- 350 Jews into the relative security of that pa rticular city.

In Vilnius itself Schmid was also in charge of a number of workshops. Here he employed displaced German soldiers, Russian prisoners of war and Jews from the ghetto. He issued documents to the prisoners and Jews which confirmed that they worked for the Wehrmacht in an essential capacity in the respective workshop. Thus, these workers were somewhat protected against arbitrary controls, raids, arrests and executions by the German SS troops and their Lithuanian auxiliary police in the streets of Vilnius. It is reckoned that Schmid managed to employ and thus to protect around 150 Jewish craftsmen in his workshops where there was work for no more than 50 people. In this way he probably saved many Jews from certain death.

As we have seen, Schmid also made his army flat available for secret gatherings of the Jewish resistance parties from the Vilnius ghetto. Some of those present at these meetings could at first not believe their eyes that their conspirational meetings were in fact taking place in a flat belonging to the German army.

Needless to say, Anton Schmid ran a major risk by helping individual Jews and Jewish organisations as well as the emerging Jewish resistance groups in Vilnius. At the end of January 1942 he was arrested by the German secret field police outside of Vilnius. We do not know exactly why or whether or not he had been denounced. But we do know that his arrest happened in connection with one of the clandestine transportation of Jews out of Vilnius. Schmid was put into prison and then tried. On 25 February 1942 he was condemned to death. The papers of the trial are lost, so we do not know with which criminal offence he actually was charged. Saving Jews was not a crime listed in German military law. Some historians assume therefore that he was charged with treason and support of the enemy – Jews were considered enemies in Nazi thinking; both offences were deemed to deserve capital punishment. Anton Schmid was executed on 13 April 1942 by a firing squad in a Vilnius prison.

When it became known in Vienna that sergeant Schmid had been executed because he had attempted to save Jews, his wife and daughter were made to suffer being harassed and defamed. Their windows were smashed. During the subsequent fifteen years they received no support from the Austrian state until eventually in the late nineteen fifties Anton Schmid was declared to have been a victim of the NS state. Although the Jews whom he had saved and who were lucky enough to survive the Holocaust honoured Schmid and his family, the wider public first learned about his attempts to help and save Jews in 1961 during the Eichmann trial in Jerusalem. In her book about Eichmann in Jerusalem Hannah Arendt reports how witnesses referred to the saving action of Feldwebel Anton Schmid and that a complete silence of two minutes was observed in the court when Schmid’s deeds were recounted. She adds: ‘And in those two minutes which appeared to be like a sudden burst of light in the midst of impenetrable, unfathomable darkness, a single thought stood out clearly, irrefutably, beyond question – how utterly different everything would be to day in this court room, in Israel, in Germany, in all of Europe, and perhaps in all countries of the world, if only more such stories could have been told.’ In 1964 Anton Schmid was one of the first Germans and Austrians to be honoured by the State of Israel at Yad Vashem as ‘Righteous among the Nations’.

In today’s gospel reading we heard of the Samaritan, who when he saw the beaten man on the road took pity on him and helped him. And we heard a reading from the first of two letters which Schmid wrote to his wife and daughter before his execution. Here he explained: ‘I have only acted as a human being ’. In his last letter, written on the day of his execution, he refers again to the fact that he merely saved the lives of other human beings, albeit Jews, and lost his life as a result of his deeds. ‘As I have always done everything for others in my life, so have I sacrificed my everything for others.’ He then committed himself into the hand of God. The Roman Catholic padre Fritz Kropp offered Schmid pastoral support during his last hours. Later he wrote to Schmid’s widow Steffi that Anton had remained strong until his death, received the sacraments of the church and prayed the Lord’s Prayer before being shot.

Many Jews have said that, for them, Anton Schmid was something like a saint. For example, in a letter to the German government in the year 2000 Simon Wiesenthal wrote: ‘For decades the name Feldwebel Anton Schmid has been like a saint for me.’ It is remarkable that Anton Schmid counts as a saint for Je ws, though not, or not yet, for Christians. When again in the year 2000 the German government decided to name a military barracks in his honour, many people raised protests. I have not come across any Roman Catholic acknowledgement of the saintly self-sacrifice of this ordinary Catholic conscript from Vienna. ‘I have only acted as a human being.’ As a member of the German Wehrmacht he defended human and Christian values by seeing the other human being as human. He did not obey his orders to consider Jews as Untermenschen, but resisted such orders and defended every instance of humanity through his spontaneous and courageous actions.

Was Anton Schmid a saint? Officially speaking he has not been recognised as one by his own church, which is otherwise often quick to create saints. For our Jewish brothers and sisters he proved to be a saint. And with the historian Wolfram Wette, who devoted his most recent study to Anton Schmid, I hope that this Feldwebel will be widely recognised as a shining example of a human being who heard and answered the higher call of a greater obligation than military orders.

Further Reading  Wolfram Wette, Feldwebel Anton Schmid: Ein Held der Humanität, Frankfurt am Main: S. Fischer, 2013.  Wolfram Wette, Karl Jäger: Mörder der litauischen Juden, Frankfurt am Main: Fischer Taschenbuch, 2011.  Hannah Arendt, Eichmann in Jerusalem: A Repo rt on the Banality of Evil, New York: Penguin, [1963] 2006.

Voir de plus:

Does Religious Belief Promote Prosociality? A Critical Examination

Luke Galen

Grand Valley State University

1. Social perception.
People in much-studied religious places such as the United States tend to view religious people favorably.
2. Ingroup bias.
That’s likely because most people, being religious, display commonplace ingroup preferences. Ingroup bias
operates within all sorts of groups, including religious groups.
3. Ingroup giving.
Much giving and volunteering (in communities) and sharing (in laboratory games) is directed to ingroups.
4. Priming effects.
Priming people with religious concepts increases sharing and honesty, but it can also increase negativity, including antigay prejudice.
5. Religious diversity.
There are, as William James long ago recognized, varieties of religious experience, and the variations matter (Paloutzian & Park, in press). Intrinsic religiosity predicts prosociality; extrinsic religiosity does not. Fundamentalists differ radically from peace-and-justice-promoting Mennonites and liberation Catholics. “The social, historical, and moral realities of religions are just as complicated, scrambled, and difficult as every other social practice and institution in human life—both the ones we personally like and the ones we don’t,” wrote sociologist Christian Smith (2012, p. 14). “The truth about religions is complex and challenging. Historically and today, religion involves plenty of good and bad, light and darkness, splendor and evil to go around.”
6. Intentional versus spontaneous prosociality.
Religiosity predicts planned more than spontaneous helping behaviors.
7. Private versus public charity.
Religiosity also correlates more with private charity (giving money and time) than with support for public (government) charity
8. Self-justification.
Religion can justify outgroup prejudice.
“The role of religion is paradoxical,” observed Gordon Allport (1958, p. 413). “It makes prejudice and it unmakes prejudice.” Thus religious prophets from Jeremiah to Desmond Tutu have often faulted their own community for failing to walk the compassion talk.
9. Curvilinear associations.
Religiosity has some curvilinear relationships with prosociality and human flourishing. An example is the oft-reported curvilinear association between religiosity and racial prejudice, which Allport and Ross (1967) and others found lowest among the nonreligious and highly religious. More recently, an analysis of more than 676,000 Gallup–Healthways Well-Being Index interviews conducted in 2010 and 2011 found that “very religious” Americans had the highest levels of well-being (69.2%), with those “moderately religious” (63.7%) scoring lower than the “nonreligious” (65.3%; Newport, Witters, & Agrawal, 2012). Comparisons of prosocial highly religious people with less prosocial nominally religious people also fail to consider the existence of a growing third group—the relatively prosocial nonreligious. These include today’s religious “nones” and atheists (many of whom are highly educated).
10. Cultural variation.
The religiosity–happiness association is stronger in relatively religious countries than in more secular countries—a finding recently reported by Diener et al. 1(2011) and also by Gebauer, Sedikides, and Neberich (2012).

 Voir de plus:

Does Religious Belief Promote Prosociality? A Critical Examination

Luke Galen

Grand Valley State University

Numerous authors have suggested that religious belief has a positive association, possibly causal, with prosocial behavior. This article critiques evidence regarding this “religious prosociality” hypothesis from several areas of the literature. The extant literature on religious prosociality is reviewed including domains of charity, volunteering, morality, personality, and well-being. The experimental and quasiexperimental literature regarding controlled prosocial interactions (e.g., sharing and generosity) is reviewed and contrasted with results from naturalistic studies. Conceptual problems in the interpretation of this literature include separating the effects of stereotypes and ingroup biases from impression formation as well as controlling for self-report biases in the measurement of religious prosociality. Many effects attributed to religious processes can be explained in terms of general nonreligious psychological effects. Methodological problems that limit the interpretation of religious prosociality studies include the use of inappropriate comparison groups and the presence of criterion contamination in measures yielding misleading conclusions. Specifically, it is common practice to compare high levels of religiosity with “low religiosity” (e.g., the absence of denominational membership, lack of church attendance, or the low importance of religion), which conflates indifferent or uncommitted believers with the completely nonreligious. Finally, aspects of religious stereotype endorsement and ingroup bias can contribute to nonprosocial effects. These factors necessitate a revision of the religious prosociality hypothesis and suggest that future research should incorporate more stringent controls in order to reach less ambiguous
conclusions.
A significant number of studies, including several recent reviews, have suggested that religiosity has a causal connection to a host of prosocial outcomes including greater moral behavior, selfcontrol, and helpfulness. An extensive literature has also linked religiosity to subjective well-being and mental health in addition to positive personality characteristics. These studies often receive media coverage beyond academic circles (Tierney, 2008) and claim to establish a solid empirical connection for what I will refer to as the “religious prosociality hypothesis”—that religious belief or concepts lead to prosocial attitudes and behaviors. In the following, I will present a synopsis of this hypothesis followed by conceptual and methodological critiques, and recommendations for future research.
Prosociality itself subsumes dispositional aspects such as personality traits and also includes helping behaviors, whether
planned and initiated by the individual (e.g., charity, volunteering) or spontaneous and elicited by the situation (e.g., bystander assistance). It can also be assessed in controlled studies via economic behavior (e.g., sharing, cooperation). Religiosity has been suggested as a causal factor in increasing altruistic behavior and empathy (Saroglou, Pichon, Trompette, Verschueren, & Dernelle, 2005). Religiosity is said to strengthen communities, unify social groups, and influence compliance with group norms (Baumeister, Bauer, & Lloyd, 2010). For example, Myers (2000) stated that “actively religious North Americans are much less likely than irreligious people to become delinquent, to abuse drugs and alcohol, to divorce, and to commit suicide” (p. 63). In sum, as stated by Putnam and Campbell (2010), the religious are thought to be “better neighbors.” Some of this work has been integrated within the positive psychology movement as well, by establishing religion and spirituality as sources of virtues (Hood, Hill, & Spilka, 2009).
Religiosity has been said to promote aspects of prosociality as a function of its relationship with personality and temperament (McCullough & Willoughby, 2009; Saroglou, 2010). Prosocial personality characteristics associated with religiosity are thought to underlie personal restraint, resistance to temptation, benevolence, social comity, and interpersonal trust (Baumeister et al., 2010). Reviews of the relevant literature indicate that religiosity is indeed associated with higher scores on the Big Five traits of Agreeableness (warmth and trust) and Conscientiousness (dutifulness and self-control; Saroglou, 2002) and that these “higher level personality traits that subsume aspects of self-control also tend to be positively correlated with religiousness” (McCullough & Willoughby, 2009, p. 73). Conversely, those with low Agreeableness typically tend to be less religious (McCullough, Enders, Brion, & Jain, 2005). In the Eysenck personality model, psychoticism (or “tough-mindedness,” which is essentially a combination of Agreeableness and Conscientiousness) is negatively related to religiosity (Lodi-Smith & Roberts, 2007). Due to these associations with personality, religiosity is often described as indicating generally “nicer” individuals. For example, in his metaanalysis, Saroglou (2002) stated, One may find it interesting to know that if he has to select a partner for business or marriage, there is a 60% chance that a religious partner will be non-individualistic, warm and straightforward (A), conscientious and methodical (C), compared to only a 40% probability with a non-religious partner. (p. 24)
Some studies have even concluded that religious people are nicer beyond merely self-reported ratings of greater prosociality (McCullough & Willoughby, 2009). For example, Morgan (1983) found that interviewers rated religious interviewees as having more positive traits such as cooperativeness than the nonreligious, and Ellison (1992) reported that interviewees who engaged in religious activities or for whom religion “served as moral guidance” were rated by others as more open, friendlier, and less suspicious relative to nonreligious individuals. Likewise, religious individuals are rated by peers as having high altruistic behavior and empathy (Saroglou et al., 2005).
In addition to prosociality, many authors have suggested that religiosity is generally associated with higher subjective wellbeing and lower levels of depression (Koole, McCullough, Kuhl, & Roelofsma, 2010; T. B. Smith, McCullough, & Poll, 2003).
Myers (2000) reported that the proportion of “very happy” people was roughly twice as great among those who frequently attended church when compared with those who never attended. Indeed, Diener, Tay, and Myers (2011) found that worldwide, on average, the religious had higher subjective well-being than the nonreligious.
Reviews and meta-analyses have suggested that religiosity may increase psychological well-being via effects such as existential purpose and meaning as well as the buffering of stress (Hackney & Sanders, 2003; T. B. Smith et al., 2003). There are numerous studies supporting the association between religiosity and prosociality as conceptualized as greater charitable giving and social engagement such as volunteering and community participation. Religious individuals are suggested to be more “neighborly” by being generous with time and money (Myers, 2008, 2009; Putnam & Campbell, 2010). Almost all literature reviews have concluded that religious attendance is generally associated with these forms of prosociality (Bekkers & Wiepking, 2007; Hodgkinson & Weitzman, 1996; Lincoln, Morrissey, & Mundey, 2008; Monsma, 2007). For example, those who have attended religious services in the past week are more likely to say they engaged in generous behavior and volunteer than those who did not attend (Pelham & Crabtree, 2008; Putnam & Campbell, 2010). Religious prosociality such as generosity and sharing has also been studied in the context of controlled social interactions such as behavioral economics paradigms. There are indications that forms of economic cooperation (e.g., trust and generosity) are greater among the religious (Sosis & Ruffle, 2003). Another line of experimental evidence in this domain involves semantic priming studies in which the activation of religious schema has been demonstrated to increase prosocial behavior (Randolph-Seng & Nielsen, 2007; Shariff & Norenzayan, 2007). Therefore, it appears well-established that the highly religious, particularly devout churchgoers contribute more to charity and volunteering than the less devout, and that activation of religious concepts can affect interactions in a prosocial direction.
Typically, researchers have suggested several explanatory mechanisms by which religiosity promotes prosociality. One of these is participation in a religious group, such as a church or congregation. For example, Myers (2009) stated that “compared with never-attenders, the most religiously engaged Americans were half as likely to be divorced and about one-fourth as likely to be smokers or have been arrested” (para. 5). Putnam and Campbell (2010) posited that “religiously-based social networking” is the most important reason why the religious are “better neighbors” than their secular counterparts. Others have suggested that religious institutions and rituals may assist individuals in developing self-control (McCullough & Willoughby, 2009) and “moral expertise” (Rossano, 2008). Religious concepts themselves (e.g., belief in God) are said to facilitate prosociality. Myers (2000), in his review of the correlates of subjective well-being (“The Funds, Friends, and Faith of Happy People”), also alludes to the effects of religious beliefs, including the provision of meaning and purpose.
Religious beliefs are discussed in terms of providing a set of moral ideals and promoting the notion that one’s actions are being evaluated and monitored by supernatural agents. For example, McCullough and Willoughby (2009) posited that the perception of being watched by supernatural entities can increase conscientious behavior via increased self-awareness and improve self-regulation in part via the “sanctification” of goals. The effect of religious priming has been suggested to work via this mechanism of increasing awareness of prosocial behavioral norms. Religious concepts present in believers are hypothesized to activate prosociality at an implicit and unconscious level such that the effects of
religious priming are greatest for religious individuals (Koole et al., 2010). Similarly, Baumeister et al. (2010) referred to the effects of priming religion as being driven by having a moralistic audience such that “the belief that one’s actions are constantly and inescapably being observed by a divine being may be a strong stimulus and reminder to be aware of one’s actions” and that religious stimuli “prompted participants to evaluate their behaviors against a higher religious ideal.” (p. 76)
Despite these assertions, questions have been raised regarding whether or not religious individuals actually behave more prosocially than nonreligious individuals (Norenzayan & Shariff, 2008; Preston, Ritter, & Hernandez, 2010). For example, if there is a behavioral manifestation of religious prosociality, does this extend universally to all individuals or only to members of the religious ingroup? Is religious prosociality limited to certain contexts, or is it predictive of future behavior that generalizes to a wide range of contexts? Does religion itself cause these effects, or are effects due to more general psychological processes? Which specific aspects of religiosity are responsible for prosocial effects (e.g., beliefs, social or group influences, religious orientations)? Finally, are any religious effects exclusively prosocial, or are there concomitant nonprosocial aspects as well?
Goals of the Present Article
The aim of the present review is to critically examine the empirical support for the religious prosociality hypothesis in these domains. Although some aspects of religious prosociality are well supported by the literature, the interpretations regarding the mechanisms of the effects have often been incomplete or misleading.
First, conceptual and interpretive problems in the literature will be explored that indicate that religious prosociality effects are actually attributable to the presence of a ubiquitous stereotype regarding religious prosociality. Also, the identity of the target of prosociality— particularly a shared religious ingroup identity— can affect the quality of prosociality displayed by religious individuals (Norenzayan & Shariff, 2008). Religious prosociality can also vary substantially depending on the domain of behavior (e.g., planned vs. spontaneous helping) or the type of religiosity in question (Batson et al., 1989; Preston et al., 2010). Naturalistic studies using uncontrolled situations are not always the optimal paradigm for accurately assessing the mechanism of effect due to confounds.
Therefore, a comprehensive review of the literature on controlled economic studies and on religious priming is provided in order to ascertain any general prosocial trends. Although the effects in studies of religious prosociality are frequently interpreted as reflecting religious content (i.e., beliefs, teachings), in most cases the causal mechanism is not religious content itself, but the effect of other, more general, secular pathways. Next, a number of methodological problems, consistently found in the literature, that preclude a valid assessment of the religious prosociality hypothesis, will be covered. These include a reliance on self-report data or that contaminated by a lack of blindedness to the religious status of the participants, as well as comparisons between groups that do not adequately test or represent the underlying effects. The implications of these methodological problems for conclusions regarding religious prosociality will be discussed, and finally, the paradox of religiously related nonprosocial effects will be examined.
Conceptual Problems With Religious Prosociality Literature
Impression Formation and Religion–Morality Stereotype
The assumption that religiosity is associated with prosociality constitutes, in a majority of contexts, a ubiquitous general stereotype.
That is, most individuals have a strong tendency to assume that there is an association, and even a causal connection, between religiosity and morality. The pervasiveness and strength of this assumption is illustrated in opinion polls in which the majority of U.S. respondents report that children are more likely to grow up to be moral when raised in a religious faith, and that belief in God is a prerequisite to living a moral life (Farkas, Johnson, & Foleno, 2001). Conversely, the absence of religiosity is assumed to be associated with immorality. The nonreligious or atheists constitute one of the most negatively stereotyped demographic categories in the United States. A recent survey of Americans found that the only major group disliked more than Muslims was atheists (Edgell, Gerteis, & Hartmann, 2006). Indeed, exposure to either atheist or Muslim texts led to visceral disgust among Christians via a symbolic violation of spiritual purity (Ritter & Preston, 2011). The most frequently cited basis for negative attitudes toward the nonreligious is their perceived lack of morality. The stereotypes characterizing the nonreligious are invariably negative ones such as being hedonistic, cynical, and judgmental (Harper, 2007). Therefore, exposure to a societal milieu in which religiosity is assumed to be closely associated with morality is almost certainly one basis for the development of the stereotype that such a connection actually exists.
The evidence that the perception of religiously based morality is, in fact, based on biased impression formation has been demonstrated under controlled conditions, across a wide variety of judgment domains. When a target is labeled as religious, he or she is rated as being more moral, trustworthy, and likable than identical targets labeled as nonreligious (Bailey & Young, 1986; Galen, Smith, Knapp, & Wyngarden, 2011; Gervais, Shariff, & Norenzayan, 2011). Regular churchgoers are perceived more positively than those who do not regularly attend church (Isaac, Bailey, & Isaac, 1995). This halo effect extends beyond narrow categories of moral characteristics. Professionals who actively express religious beliefs are rated as more intelligent, likable, and trustworthy relative to those who do not espouse religious beliefs (Bailey & Doriot, 1985). The religion–morality stereotype is not limited to Western or Christian contexts. Chia and Jih (1994) found that Muslim individuals attributed more positive traits to models who were religiously attired (i.e., wearing a head scarf) relative to those who were not wearing clothing symbolic of the Muslim religion. Rather than trivial or inconsequential, this presumed connection between religiosity and morality has profound effects ranging from social exclusion to discrimination, even in legal contexts. For example, when mock jurors are exposed to evidence that a defendant has had a religious conversion subsequent to committing a crime, they become more lenient in sentencing (Miller & Bornstein, 2006). This general stereotype can have an effect on others’ behavior in the manner of a self-fulfilling prophesy. For example, when individuals were told that their partner in an economic game was majoring in religious studies (compared to business), the participants cooperated more with the partner (De Dreu, Yzerbyt, & Leyens, 1995). In sum, a general stereotype exists that religious individuals are more prosocial than nonreligious individuals.
Ingroup Favoritism
A second, but related, mechanism driving the perception of religiosity and prosociality is based on social identity theory. An extremely robust finding in the literature is that individuals display favoritism toward those with whom they share an identity (Hogg & Abrams, 1988; Turner, Brown, & Tajfel, 1979). This tendency results from the desire to maintain self-esteem and a positive social identity (Brewer & Brown, 1998). Shared religiosity is one of the most robust identity categories, associated with ingroup favoritism across a wide range of domains (Ben-Ner, McCall, Stephane, & Wang, 2009; Weeks & Vincent, 2007). When asked to form impressions of others, religious individuals favor other religious individuals and show outgroup derogation toward nonreligious individuals or those not from the same religious group (Rowatt, Franklin, & Cotton, 2005). Therefore, religion serves as a strong basis for shared social identity, and the expression of irreligion constitutes a boundary distinction. As a result, any impression formation of putative prosocial qualities is a function of the shared or unshared religious identity of the perceiver and the target rather than an unbiased perception of objective target characteristics.
The tendency for religious individuals to presume that other religious individuals possess superior moral characteristics may therefore represent ingroup favoritism rather than the accurate perception of actual moral quality of those individuals. This assumption is supported by studies that show that religious individuals favor other religious individuals regardless of whether the targets are behaving positively or negatively (Hunter, 2001). Similarly, in an economic trust paradigm, more religious players extended greater monetary offers to partners who were labeled as religious relative to one labeled as nonreligious (Tan & Vogel, 2008). Highly religious individuals rate targets who disclose a religious identity as being more likable, whereas the least religious individuals do not base likability or trustworthiness on the religious identity of a target (Bobkowski & Kalyanaraman, 2010).
Thus, a religious individual may trust another individual not because of knowledge that the target is inherently trustworthy, but because they share common group identification. This would imply that the perception of prosociality as characteristic of religious individuals is an intergroup phenomenon, with favoritism determined, in part, by the degree to which an individual is perceived as a member of one’s own religious ingroup (Tinoco, 1998). Conversely, the negatively biased perceptions of religious outgroup members may be, in part, motivated by the need to bolster religious individuals’ social identity (e.g., D. M. Taylor & Jaggi, 1974). Given that in the United States between 80% and 95% of the population is religious (depending on the phrasing of the question; Gallup & Lindsay, 1999), and around three quarters are nominally Christian, this identity constitutes a “default” such that even those who do not disclose a religious identity are presumed to be Christian unless explicitly labeled otherwise (Bobkowski & Kalyanaraman, 2010; Gervais et al., 2011). The consequence of this milieu is that participants will rate friends, acquaintances, or peers as being more prosocial if these individuals are known or presumed to share a religious group identity with the participant.
Critique of Naturalistic and Uncontrolled Studies of Religious Prosociality
These influences of religious ingroup favoritism and the existence of a religious prosociality stereotype therefore represent a problem for studies purporting to find a veridical religious prosociality link. To date, studies exploring the perception of religious individuals have typically failed to provide control over the religiosity of both the person making the judgment and the target of judgment. If raters are not blind to the religious status of the target, information regarding the presence or absence of religiosity contaminates any subsequent ratings of interpersonal qualities. For example, as indicated earlier, religious individuals have been rated by third parties as being nicer and more cooperative (Ellison, 1992; Morgan, 1983), which has been cited as evidence of actual prosociality.
However, in both of these studies, the rater was informed of the religious status of the target prior to the impression formation task, thus contaminating subsequent ratings. Similarly, Saroglou et al. (2005) suggested that ratings of religious targets as having high altruistic behavior and empathy (Studies 3 and 4) constituted valid indications of prosociality rather than “selfdelusion” or “moral hypocrisy” because these qualities were not merely self-ratings but were also perceived by peers (friends, siblings, or colleagues). However, these peers were not blind to the target’s religiosity, and ratings must therefore be interpreted in light of this contamination by rater bias.
Only an experimental paradigm in which the religiosity of both the perceiver and the target are controlled allows for accurate conclusions to be drawn regarding the morality–religion link.
When these conditions are met, there is a clear bias such that individuals identified as religious, even via implicit identifiers, are rated as being more prosocial than identically acting nonreligious individuals (Widman, Corcoran, & Nagy, 2009). Conversely, those who can be identified as nonreligious either by self-report or by nonverbal indicators are considered less prosocial relative to religious individuals, even when performing the same actions. This bias does not extend to mere socialization preference (in which case the religious and nonreligious individuals alike prefer to socialize with their own kind) but rather pertains to a specific moral perception (Galen et al., 2011). Gervais et al. (2011) used both explicit and implicit methodologies to determine that the specific reaction most associated with nonreligiosity such as atheism was distrust. However, general ingroup favoritism operative across all levels of religiosity cannot fully account for the results in these studies. First, nonreligious observers do not rate fellow nonreligious targets as more prosocial than religious targets. Second, the specific stereotypes regarding the nonreligious do not include negative associations in all domains (e.g., incompetence, stupidity) but rather those associated with lower prosociality (i.e., immorality or mistrust). The existence of a religious prosociality stereotype and religious ingroup bias has profound implications for interpretation of the literature in that not only self-reports but also unblinded peer ratings (e.g., personality traits) cannot be considered as accurate indicators when testing the religious prosociality hypothesis.
As was initially stated, reviews of naturalistic studies on charitable giving and volunteering have indicated that the religious report engaging in these behaviors to a greater degree than the nonreligious (Bekkers & Wiepking, 2007; Hodgkinson & Weitzman, 1996; Lincoln et al., 2008; Monsma, 2007). However, as is the case with the impression formation literature, these naturalistic studies are also affected by religious ingroup favoritism. In settings with planned, nonspontaneous behaviors (e.g., charitable donations), it is difficult to completely distinguish religious from secular targets of prosociality (e.g., recipients of charity or volunteer work). As has been shown, religious individuals use the religious identity of a given target as an ingroup boundary distinction and regard coreligionists more favorably. Although more religious individuals report greater charitable involvement, another general trend is that religious organizations themselves are the largest sources of charitable giving (American Association of Fundraising Council Trust for Philanthropy, 2002; Hodgkinson & Weitzman, 1996), thus making it difficult to separate universal prosocial tendencies from ingroup preferences. From the standpoint of defining prosociality as an inherent characteristic that would be predictive of future behavior or generalizable to other contexts, it is clearly necessary to separate generalized or universal prosociality from ingroup-specific giving. In addition, it provides useful information regarding the motivation of prosociality (i.e., universal or particularistic) to determine any discrepancy (e.g., decreased charitable giving) between situations in which the target or recipient is an in- versus outgroup member.
This distinction based on the target or recipient characteristics is relevant because there is ambiguity in the literature whether the greater charity and volunteering on behalf of religious individuals is equally manifest in contributions to secular as opposed to religious organizations (Bekkers & Wiepking, 2007). Although some argue that the religiously engaged give equally to religious and nonreligious or secular targets (Brooks, 2006; Putnam & Campbell, 2010), other studies find little effect of religiosity on nonreligious giving and volunteering (Hunsberger & Platonow, 1986; Lam, 2002; Park & Smith, 2000). Using data from the General Social Survey and Pew study of Religion and American Public Life, Monsma (2007) found that both high- and low religiosity individuals gave at roughly the same level to nonreligious
community causes and that the pattern in volunteering for nonreligious causes was similarly mixed. Although Putnam (2000) found that members of religious congregations were more likely than nonmembers to give to charities, this general organizational effect on generosity (i.e., being an active member of any organization) was even greater for members of secular organizations; members of both religious and secular groups volunteered the most. Therefore, rather than being a characteristic unique to religious communities, volunteerism by members of religious organizations
is similar to that of volunteerism on the part of secular organization members (Campbell & Yonish, 2003). However, participation in religious organizations is more likely to be subject to ingroup preferences. That is, the clear religious giving advantage in the literature is potentially problematic in terms of generalizability because the generosity on behalf of the religious may be greater for religious targets than nonreligious targets. Or as Boston College’s Center on Wealth and Philanthropy (2007) stated, “It appears that as families become highly committed to their religion their giving becomes more concentrated in their church, synagogue, temple, or mosque and less concentrated in secular causes” (p. 30).
One reason for the ambiguous findings in this area is that many studies in the existing literature do not clearly separate religious versus secular recipients of charitable giving. That is, many targets of giving designated as “nonreligious” or “secular” often include religiously associated groups and therefore may represent preferential or ingroup giving. Even secular charities or volunteer opportunities can be solicited through or organized by church groups.
They can also be staffed by religious ingroup members (Uslaner, 2002) or channel benefits toward ingroup targets such that secular giving is not necessarily religious outgroup giving, yet some surveys have categorized giving to religious hospitals or social services as secular. For example, in Boston College’s Center on Wealth and Philanthropy (2007) study, the category of “religious giving” referred narrowly to houses of worship or congregations, whereas all other forms of what was termed “secular giving” also included gifts to a school, program, or hospital run by a religious organization or those “that many would agree embodies spiritual values” (p. 7). The relative religious homogeneity in a given context is also relevant such that in a location where the vast majority of individuals are religious or from the same Christian denomination, even a secular food bank or homeless shelter may be tantamount to a religious organization in regard to activation of ingroup preferences in the individual donors. From the standpoint of separating out prosocial giving that is a function of ingroup preference, the inclusion of organizations potentially associated with religious values, although not strictly churches themselves, is problematic if the goal is to determine whether giving is universal and unaffected by group preference. Effects obtained in such a context are likely to be situation dependent and may say little about any universally prosocial qualities of individuals generalizable to other contexts. It is for these reasons that naturalistic studies of charitable giving are not optimal for a rigorous test of the religious prosociality hypothesis. As is the case in other areas of social psychology, designs in which contextual effects can be better controlled (e.g., quasi-experimental) are the least biased way in which to address religious prosociality because actual prosocial behaviors (e.g., sharing, cooperation) can be observed as a function of participant religiosity while minimizing confounds.
Review of Controlled Behavioral Economics Studies
The present review of controlled studies included published and unpublished works obtained from initial searches of PsycINFO, EconLit, and Google Scholar, followed by secondary searches of cited studies. Several studies were excluded from the present review due to their inability to provide a clear test of the religious prosociality hypothesis. For example, some studies only included religious participants and made comparisons between religious affiliations and denominations (e.g., Ben-Ner et al., 2009, Study 1; Johansson-Stenman, Mahmud, & Martinsson, 2009). Others, although related to religiosity, did not allow clear comparisons of behavior as a function of participant religiosity. Notably, Ruffle and Sosis (2006) studied cooperation by comparing Israeli kibbutz members to city residents, but the design did not allow a comparison of religious versus secular kibbutz members. As seen in Table 1, the most pertinent information includes the following: (a) study author citation, (b) type of prosociality assessed (e.g., sharing, cooperation), (c) participant religiosity, (d) target characteristics, and (e) results. The participant and target characteristics are discussed with particular attention to both participant religiosity effects and whether target religious identity was available to the participants (i.e., ingroup effects).
The most frequently used paradigms to measure prosocial sharing, generosity, trust, and cooperation involve controlled interactions, primarily in the form of economic games. The dictator game measures generosity or sharing; the first player is given the opportunity to send some, part, or all of an allocation to another player. This second player must accept or veto the offer and is later given any money offered by the first player. The prisoner’s dilemma, for example, is a trust game in which the first player can send some portion of an amount to a second player which is doubled by the experimenter. Without knowing what amount was sent, the second player then decides how much he or she wants to
return to the first player (Kagel & Roth, 1995). The public goods game measures cooperation. Players can contribute money to a public fund; contributions are doubled and distributed equally among all the players regardless of their individual contribution.
The trust game involves two players, A and B. At the first stage, player A is given a fixed amount of money and is asked to decide whether to transfer part of it to player B. The amount transferred is automatically tripled, and player B then needs to decide how much he or she wants to transfer back to player A. Player A typically sends a positive amount of money to player B, who often returns an even larger amount. In such an experiment, the amount that player A transfers to player B serves as an indication of trust or cooperation between them. Thus, whenever a player is more trusted or there is more cooperation between players, the overall pie is larger.
A general summation of results is difficult due to differences in design. Overall, the proportion of studies that find some effect of religiosity is roughly equal to those finding no effect. However the most evident trend in the results regards the interaction between the participant’s religiosity and the target’s depicted religiosity (in those cases when the design made these clearly discernible). That is, across the range of studies of sharing, cooperation, generosity, or trust, when the religiosity of the target was clearly labeled as different from the religiosity of the participant, the prosocial behavior
of religious participants was lower relative to when there was a shared religious identity. For example, Ahmed (2009) found that clergy students extended greater monetary offers than nonclergy students, but only to those from their own group. One caveat to this is that the overall assessment of religious prosociality is not able to be properly tested in most of the studies due to a lack of labeled in- and outgroup targets, thus preventing a clear assessment of whether prosociality is displayed equally to all targets.
Therefore, caution must be used because typically the target partner in the majority of studies is not identified or is anonymous, obviating any ingroup effect comparison. For example, Sosis and Ruffle (2003) found that males from the religious kibbutz cooperated more than those from the secular kibbutz, but the partners with whom participants were paired had been depicted to them as being from their own type of kibbutz, preventing a religious versus secular participant and target comparison (i.e., to determine whether there was greater cooperation among the religious kibbutzim beyond their fellow members).
Nonetheless, when examining only those studies with identifiable target characteristics, the general trend clearly indicates that religious individuals did share or cooperate more than nonreligious participants— but only when the target shared a religious identity (Ben-Ner et al., 2009, Study 2; Fershtman, Gneezy, & Verboven 2005). In one of the only designs in which participant and target religious identity were independently varied, Tan and Vogel (2008) found that religious targets were trusted by all levels of religious participants, but more religious participants trusted religious
targets more than did nonreligious participants. These findings suggest that any prosociality shown by more religious participants may be attributable to an assumption that the target is another religious individual. These results also indicate that within an ingroup trend there is also evidence of a shared social stereotype such that religious targets are shown preference (in the form of greater offers or trust) over nonreligious targets by all participants, regardless of religiosity (Orbell, Goldman, Mulford, & Dawes, 1992; Paciotti et al., 2011). Conversely, there does not appear to be any evidence demonstrating that religious individuals extend universal prosociality beyond their group to labeled outgroup targets. Rather, any religious prosociality in these quasiexperimental studies is extended only to ingroup members.
Review of Controlled Studies of Religious Priming
One area of the experimental literature that has garnered increasing attention in recent years includes the use of activation or priming of religious concepts in order to examine prosocial and other effects. Priming effects have been obtained by processes ranging from the use of subliminal presentation of words in a lexical decision task to conducting the study in a religious versus secular context. The most common experimental design typically compares one group shown religious words in a scrambled sentence task to another group with scrambled neutral words. Although some studies have included measures of participant religiosity, others have not. Table 2 contains similar information to Table 1 but with the addition of the nature of the religious prime. The methodology of literature searching was identical to the one described earlier of the behavioral economics literature. Some priming studies were not included because the behaviors of interest were not unequivocally prosocial, such as task persistence (Tobu-ren & Meier, 2010) or rewarding sacrificial punishment (Bulbulia & Mahoney, 2008).
One clear finding is that in almost all studies, religious priming has the effect of increasing prosocial behavior in the same behavioral economic interactions discussed in the previous section (i.e., sharing, trust, and cooperation). That is, priming with religious concepts nearly always resulted in more generous offers to game partners and more sharing of funds. In addition to the standard economic games, studies have found religious priming effects in promoting honesty (Randolph-Seng & Nielsen, 2007) and charitable intentions (Pichon, Boccato, & Saroglou, 2007). It therefore appears fairly conclusive that priming religious concepts activates prosocial behaviors in participants.
Review of Controlled Studies of Priming: Nonprosocial Effects
In addition to studies of behaviors that, when present, are unequivocally positive (e.g., sharing, generosity), other studies of religious priming have measured nonprosocial behaviors such as,such as cheating, aggression, or prejudice (recognizing that behavior such as cheating vs. honesty could be characterized as either prosocial or nonprosocial depending on how one categorizes the presence or absence of the measured phenomenon). As can be seen in Table 3, priming with religious concepts has elicited a range of such behaviors. For example, priming individuals with Christian
concepts increases covert prejudice and negative affect toward African Americans (Johnson, Rowatt, & LaBouff, 2010). In another example, Vilaythong Tran, Lindner, and Nosek (2010) found that priming Christians with the Christian version of the Golden Rule did not reduce their explicit or implicit homophobia. However, priming the Christians with the Buddhist equivalent of the Golden Rule (“Never hatred is hatred appeased, but it is appeased by kindness”) resulted in Christians becoming more homophobic in their explicit attitudes, possibly because the message was seen as coming from an outgroup source. Other work suggests that aggressive actions are potentiated when they are primed by religious
contextualization. Bushman, Ridge, Das, Key, and Busath (2007) exposed participants to a violent passage from an “ancient text,” which in one condition was specifically identified as the Bible. Participants who were given a version of this Bible story in which God is depicted as sanctioning the violent act later gave a partner higher levels of sound blasts. Another trend in this literature is that the nonprosocial priming effects have been found to interact with participant characteristics.
For example, Saroglou, Corneille, and Van Cappellen (2009) found that the subjects who were encouraged by an experimenter to take revenge on a critical confederate, and who also tended to be high in levels of submissiveness, were most likely to behave vengefully when primed by religious words. Therefore, a comparison of the prosocial priming studies in Table 2 with the nonprosocial studies in Table 3 indicates that religiosity has effects on both types of behaviors, dependent on the variables of interest in the specific study. For example, religious priming increased sharing
(Ahmed & Salas, 2008) and honesty (Randolph-Seng & Nielson, 2007), but it also increased retaliatory aggression and prejudice.
Likewise, Laurin, Kay, and Fitzsimons (2011) found that religious priming simultaneously increases temptation resistance but also decreases active goal pursuit. In sum, activation of religious concepts via priming appears to involve a mixture of associations promoting prosociality with ingroup familiars but also heightened awareness of outgroups and increased authoritarianism.
Heterogeneity of Religiosity
One factor that contributes to the variation in effect obtained across controlled studies pertains to the different ways in which religiosity can be conceptualized. For example, some studies found prosocial effects as a function of the participants’ denominational (e.g., Catholic, Protestant, none) affiliation (Anderson & Mellor, 2009; E. Fehr, Fischbacher, Von Rosenbladt, Schupp, & Wagner, 2003), whereas others found prosocial effects as a function of religious service attendance but not denomination (Anderson, Mellor, & Milyo, 2010) or effects of different types of religiosity for different prosocial domains (Tan, 2006). In addition to affiliation and religious attendance, research in the psychology of religion has identified religious orientations that conceptualize the ways in which individuals hold religious beliefs rather than merely the presence or absence of belief. For example, Allport’s dimensional model of religious orientation distinguishes the personal importance of religion (“intrinsic religiosity”) from that based upon utilitarian motivations (“extrinsic”; Allport & Ross, 1967). Another conceptualization that has received attention is Batson’s “quest” religiosity, which is characterized by an open-ended and complex approach that stands in contrast to religious fundamentalism, in which belief is more fixed and rigid (Altemeyer & Hunsberger, 1992). The minority of controlled studies of prosociality that have included separate dimensional measures often have found differing effects for differing conceptualizations of religiosity.
For example, Paciotti et al. (2011, Study 2) found prosocial effects (sharing) for those higher in intrinsic and quest religiosity but lower prosociality for those high in extrinsic religiosity. Similarly, Leach, Berman, and Eubanks (2008) found a distinction between self-reported and actual aggression as a function of intrinsic versus extrinsic religiosity. Other work has found differing prosocial associations for religious group affiliation as opposed to spiritual or belief endorsement (Preston et al., 2010). In sum, these results indicate that different conceptual forms of religiosity have quite varied and complex associations with both prosocial and nonprosocial behavior, which may explain why activation of religious concepts by priming, for example, can produce opposing effects.
Implications of Controlled Studies for the Religious Prosociality Literature
Taken as a whole, the work using controlled methodology to study religious prosociality has effects that are somewhat paradoxical.
The behavioral economics paradigms indicate that religiosity appears to be associated with increased generosity but is also marked by ingroup bias. In a similar manner, the evidence indicates that the effects elicited by religious priming are a mixture of both prosocial and nonprosocial associations, possibly dependent upon the type of religious concept being activated and the behavior being assessed. As was covered earlier in the description of the impression formation literature, the appearance of religious prosociality manifested in the ratings of individuals is in most studies actually contaminated by the religion–morality stereotype and ingroup bias. This bias becomes apparent when examined with controlled studies in which the identity of targets can be manipulated.
What appears to be greater prosociality in the behavioral economics and priming studies is, when examined in controlled circumstances, actually indicative of a selective type of prosociality, including ingroup favoritism.
This more circumscribed prosociality pattern is also reflected in the general literature beyond the controlled experimental studies (Norenzayan & Shariff, 2008). Saroglou (2006) has suggested the term minimal prosociality to refer to greater helping on the part of the religious that is extended to friends and ingroup members but not to outgroup members and those who threaten religious values.
For example, in the series of four studies by Saroglou et al. (2005), the type of prosociality measured (i.e., helping peers and family) referred to a willingness to help close rather than unknown targets.
In another example, experimental results regarding covert prejudice elicited by priming with Christian concepts (Johnson et al., 2010) match nonexperimental findings in which religiosity is associated with ethnic prejudice via social conformity and traditionalism, such that greater religious humanitarianism is reserved only for fellow ingroup members (Hall, Matz, & Wood, 2010).
Thus, one qualification of religiosity-based prosociality is that the primary beneficiaries are ingroup members. This qualification, however is often lost in broader coverage of religion and prosociality, as exemplified by summations of the literature referred to earlier. For example, although Baumeister et al. (2010) stated that religious precepts such as the Ten Commandments assist in channeling self-control to “do what is good for the collective society” (p. 74), the evidence illustrated in the studies reviewed here indicates that any prosocial effect is often dependent on factors such as the group identity of the recipient of the assistance rather than society as a whole.
This finding of “minimal” or particular prosociality in the experimental literature is also reflected in the types of social values held by the religious and nonreligious as found in correlational studies. McCullough and Willoughby (2009) correctly pointed out that research using the Schwartz Value Survey indicates that religiousness is positively associated with valuing tradition (“respectful,” “helpful,” and “responsible”) and conformity (“politeness,” “self-discipline,” “honoring parents and elders”). But arguably, the Schwartz value dimensions most relevant to prosociality are benevolence (the enhancement of the welfare of the people with whom one is in frequent personal contact) and universalism (protection of the welfare of all people). A large body of work across different cultures and religions has shown that religiosity is weakly but positively correlated with benevolence but negatively related with the value of universalism (Pepper, Jackson, & Uzzell, 2010; Saroglou, Delpierre, & Dernelle, 2004). Schwartz and Huismans (1995) suggested that the particularism and ingroupbinding function of religion reduces the importance attributed to concern for others outside the group. Thus, although McCullough and Willoughby are correct in suggesting that religiosity directs people toward “families and larger social collectives,” it is more accurate to conclude that religiosity is positively associated with ingroup value but negatively associated with universal cooperation with heterogeneous groups or outgroup affiliation.
This has been observed in the experimental and quasiexperimental literature by employing designs that vary the context of the study, such as the targets. For example, Orbell et al. (1992) found that behavioral cooperation was greater among members of the Latter Day Saints church (i.e., Mormons or LDS) when the study was conducted in Utah (an area with an overwhelming LDS majority) than in Oregon (where LDS individuals were in the minority). Again, this qualification based on target status is often not mentioned in the overall conclusion that religious individuals are more generous with charity and volunteering. It is more accurate to state that religious individuals tend to be more generous in naturalistic studies in which there is an inability to control for the context and target characteristics. Often ingroup effects are simply not apparent due to religiously homogeneous contexts with the absence of comparison groups (as observed in the controlled studies), but are more visible in situations wherein religious individuals perceive a conflict of interest between their group and other religious groups.
This effect can also be observed in the naturalistic studies pertaining to charitable giving and volunteering. It was mentioned that there are often problems distinguishing religious and secular influences on giving due to a lack of control over the religious identity of targets, such that religious giving appears to be preferentially directed toward religious ingroup targets. A broader but related problem is seen when comparing charitable giving across nations as a function of the social and political orientation of givers. There are systematic differences in attitudes toward giving such that political conservatives (who tend to be more religious) tend to view charity as a private matter (Brooks, 2006). In contrast, liberals are more likely to view charity as a collective governmental responsibility, and therefore advocate societal redistribution through higher taxes and greater national aid (Jost, Glaser, Kruglanski, & Sulloway, 2003; Wiepking, 2010), which would not be identified in a study focused on reports of private charitable giving or volunteering. Thus, the selection of findings indicating that religious individuals tend to report higher rates of planned prosociality, such as charity and volunteering, represents a methodological confound based on a preference for the type or manner of prosocial giving. For example, as indicated by the Commitment to Development index (Center for Global Development, 2004, 2005), the least religious nations—those in Scandinavia and northern Europe—tend to have lower rates of private charity allocations relative to the United States but much greater per capita public allocations. Indeed, national church attendance in a given country is inversely related to support for governmental spending on developing nations (Center for Global Development, 2005).
A similar effect has been observed at the national level; support for charitable giving often varies as a function of the predominant religiosity of the region or country. For example, when comparing support for welfare spending across different nationalities, religiosity predicts greater welfare support when government spending can assist members of state churches or direct money to religious groups (Chen & Lind, 2007). Similarly, the more polarized the religious context in a country, the more religious individuals, relative to seculars, oppose income redistribution by the state (Stegmueller, Scheepers, Rossteutscher, & de Jong, 2011). That is, religious people may appear more charitable because of their higher levels of giving and support for agencies that predominate in religious contexts, when in fact they show greater particularism in preferring religious over secular causes, in accordance with greater ingroup favoritism (Monsma, 2007). In fact, greater religious particularism is related to lower willingness to donate money (Reitsma, Scheepers, & te Grotenhuis, 2006). Even within religious groups, giving by church members is a function of the solidarity they feel toward that particular congregation (Peifer, 2007). Thus, findings are a reflection of what is found in the quasi-experimental and priming literature such that greater generosity in some contexts may actually contain ingroup favoritism when target characteristics are different.
One caveat pertains to the various conceptualizations of religiosity. The overall findings of ingroup bias, such as is seen in thestudies in Tables 1–3, vary as a function of the type of religiosity in question as well as traits such as authoritarianism (Hunsberger & Jackson, 2005). As a general trend, ingroup bias is greater and individuals discriminate more on the basis of the target’s religious group similarity to the degree that their religiosity is defined by fundamentalism and authoritarianism (Johnson et al., 2011). Conversely, those who are higher on quest religiosity or low fundamentalism appear to behave prosocially with less regard to group identification. This presents a “glass half empty, glass half full” situation for religious prosociality in that religiosity itself (i.e., with the variance due to fundamentalism and authoritarianism removed) is unrelated, or negatively related to ingroup bias, and any associated prosociality is more universal (Laythe, Finkel, & Kirkpatrick, 2001). However, it is well established that religiosity is moderately correlated with authoritarianism; subsequently, those with the least prejudice and the most universal prosociality have consistently been those high on quest religiosity (low fundamentalist) and those who are completely nonreligious (Altemeyer & Hunsberger, 1992). Therefore, the nonprosocial effects of religious priming are likely the result of an activation of authoritarianism, submission, or traditionalism in religious individuals. These studies indicate that religiosity could have nonprosocial effects in situations in which it disinhibits aggression or activates the tendency of some individuals to acquiesce to nonbenevolent social norms (e.g., authoritarian aggression, racial or sexual prejudice, parochialism).
Religious Effects Versus General Psychological Processes
As mentioned above, the religious prosociality hypothesis posits that religious content, such as doctrines or reminders of moralistic monitoring, act as the mechanism of action. Priming, for example, has been suggested to have pronounced effects within religious believers (Koole et al., 2010). That is, the hypothesized mechanism of action is often assumed to be sui generis and a function of religious concepts and their effect on religious individuals who endorse them. However, as indicated in Tables 2 and 3, in the majority of cases in which participant religiosity was measured continuously, a religious priming effect was present regardless of the level of participant religiosity (or present even with individual religiosity controlled): Ahmed and Hammarstedt (2011); Ahmed and Salas (2008); Ahmed and Salas (2011a, 2011b); Gervais and Norenzayan (2012, Study 2); Johnson et al. (2010); LaBouff and Johnson (2012); Laurin et al. (2011); Pichon and Saroglou (2009); Randolph-Seng and Nielson (2007, Study 2); Saroglou et al. (2009, Study 2); Sasaki et al. (2011); Shariff and Norenzayan (2007, Study 1); Van Cappellen, Corneille, Cols, and Saroglou (2011).
For example, in both Shariff and Norenzayan (2007, Study 1) and Randolph-Seng and Nielsen (2007, Study 2), religious priming resulted in the reduction of cheating behavior; however, this was true of both religious and nonreligious participants. In contrast, only a minority of studies feature an effect of religious priming that is dependent on participants’ religiosity level: Carpenter and Marshall (2009); Gervais and Norenzayan (2012, Studies 1 and 3); Horton, Rand, and Zeckhauser (2010, Study 3); McKay, Efferson, Whitehouse, and Fehr (2011); Paciotti et al. (2011, Study 2); Shariff and Norenzayan (2007, Study 2). A few studies have identified main effects for religious primes on all participants as well as a significantly stronger effect for religious participants (e.g., Bushman et al., 2007, Study 2). Some studies are difficult to assess in this regard because of highly nonnormal distributions of religiosity (e.g., truncation at the low end to exclude the completely nonreligious). For example, although Tsang, Schulwitz, and Carlisle (2011) found greater behavioral reciprocity for the religiously primed, the analysis on the range of intrinsic religiosity only included those at least moderately religious (i.e., midpoint and above). Additionally, there are a small number of studies that included multidimensional measures of religiosity with priming effects for some, but not other dimensions (e.g., Leach et al., 2008).
The results of these controlled studies have several implications for the religious prosociality hypothesis. In their review, Baumeister et al. (2010) suggested that the priming effects are driven by a moralistic audience such that the belief that one’s actions are constantly and inescapably being observed by a divine being may be a strong stimulus and reminder to be aware of one’s actions. . . . [T]he idea that a god is watching one’s every move supports self-control beyond the simple fact of fostering public self-consciousness. (p. 76) McCullough and Willoughby (2009) suggested that the perception of being watched by supernatural entities can increase conscientious behavior via increased self-awareness. Indeed, Gervais and Norenzayan (2012) found that conceptual God-related primes increased public self-awareness and socially desirable responding among believers. However, in the priming literature, the use of secular primes (e.g., Shariff & Norenzayan, 2007, used words like civil and court) have yielded results identical to religious primes.
In their review, Norenzayan and Shariff (2008) pointed out several examples in which a reminder of any watchful third party promotes honesty and lowers hypocrisy. Priming with the category of superhero increases future volunteering behavior (Nelson & Norton, 2005). Other contextual primes found to function in this manner include a mirror (Batson, Thompson, Seuferling, Whitney, & Strongman, 1999), eyespots (Bateson, Nettle, & Roberts, 2006), and even suggesting to participants that a dead student’s ghost might haunt the laboratory (Bering, McLeod, & Shackelford, 2005).
This equivalence between religious and secular priming can be observed in the domain of compensatory control, in which belief in either God or secular authority (i.e., government) concepts appear to be equally useful in compensating with a loss of personal control (Kay, Shepherd, Blatz, Chua, & Galinsky, 2010). Similarly, priming with secular authority concepts reduces distrust of the nonreligious, implying that the stereotype regarding lower morality of nonbelievers is due to a lack of endorsement of supernatural monitoring, because this can be ameliorated to the extent that individuals can be reminded that morality can be monitored in other ways (Gervais & Norenzayan, in press). Therefore, when Baumeister et al. (2010) referred to prosociality in the context of belief in a “divine being” or stated that the religious stimuli “prompted participants to evaluate their behaviors againsta higher religious ideal” (p. 76), this is only partially true; any secular ideal standard or increase in self-awareness can achieve similar effects, and this mechanism is not uniquely dependent on the religiosity of a given prime. Likewise, several authors have argued that these effects are activated via a unique mechanism in religious individuals. For example, in their review, Koole et al. (2010) contended that “the effects of religious [primes] are most pronounced among religiously identified individuals” (p. 100).
However, in the majority of studies, religious priming appears to have an effect regardless of the participant’s level of religiosity.
Therefore, taken together, the fact that the effects of priming typically do not depend on the religiosity of the participant and, when secular primes are used, similar prosocial effects are attained, this indicates that the mechanism of prosociality is not due primarily to religious content or individuals’ endorsement of beliefs.
As Randolph-Seng and Nielsen (2008) themselves pointed out in a commentary on Shariff and Norenzayan (2007), a more parsimonious explanation is that any words sharing a stereotypical connection with prosociality lead to honest behavior due to the priming of general, commonly held cultural associations with morality (Laurin et al., 2011). For example, some have suggested that such priming activates evolved mechanisms that promote prosociality via the activation of third-party watchfulness or reputational concerns (Norenzayan & Shariff, 2008). This is relevant to the aforementioned general stereotype that religiosity is tantamount to morality, which is consensually endorsed by both religious and nonreligious individuals alike. The dependence of prosocial effects on a general stereotype is more consistent with the majority of literature using behavioral measures of honesty, cheating, and generosity under controlled conditions that has consistently failed to find religious effects either way (e.g., R. E. Smith, Wheeler, & Diener, 1975; Williamson & Assadi, 2005)—because personal religiosity as a participant trait is less relevant than a proximal activation of any prosocial association including, but not limited to, religiosity.
In addition to the nonspecific nature of religious priming is a dearth of studies that subdivide religious primes to determine which aspects of religious concepts are efficacious at activating prosocial associations. In one of the only studies to do so, Pichon et al. (2007) found that priming with positive religious words (heavenmiraclebless), but not neutral religious words (bible, disciplechapel), increased behavioral intentions to help (i.e., taking a pamphlet regarding volunteering). In a second study, prosocial words were more accessible after positive, but not neutral, religious priming. Given that only positive religious, but not general religious, content activated a prosocial schema, this would seem to indicate that the priming mechanism consisted of a general social stereotype of prosociality, rather than a unique capacity of religion in general to create or activate a prosocial schema.
Some have suggested that such a merely stereotypical association is not sufficient to explain the apparent prosocial effect of religious priming. McCullough and Willoughby (2009) reported on a self-control experiment (Fishbach, Friedman, & Kruglanski, 2003) in which the subliminal presentation of temptation/sinrelated primes led to faster subsequent activation of religionrelevant words compared with neutral primes. McCullough and Willoughby suggested that Fishbach et al. (2003) is “the best direct evidence to date that religious mental content is capable of increasing self-control” (p. 76). This priming was asymmetrical; presentation of religious words did not lead to faster recognition of temptation/sin-related words—an effect the authors claimed argues against the association being accounted for by mere association.
However, mere association can often be asymmetrical depending on the relative salience of the two categories (Tversky, 1977). For example, the word God may activate sex but not vice versa, due to the more frequent linkage of the former ordering in common parlance. McCullough and Willoughby also cited Wenger’s (2007) finding in which individuals are reminded to think of the ways in which their behavior has fallen short of religious standards and subsequently seek opportunities to improve themselves in religious domains. No mention is made that this mechanism is not uniquely religious or could not be achieved via priming secular standards. It is therefore premature to suggest that religiosity itself is responsible for such effects unless secular comparisons are used or the mere stereotypic association of religion with prosociality is controlled.
Methodological Problems With Religious Prosociality Literature
In addition to conceptual problems, arguments supporting religious prosociality have been based on studies in which methodological,problems often lead to misleading conclusions. As discussed,earlier, there is substantial evidence that a general stereotype exists such that religiosity is presumed to be associated with prosociality. This stereotype is more strongly endorsed by individuals with greater religiosity, but is also fairly ubiquitous.
This indicates that any method of assessment that relies upon self-reports of prosocial outcomes (e.g., predictions of hypothetical behavior, estimates of future actions) would be contaminated by biases based on stereotype endorsement in the same manner as impression formation ratings of others. Although Saroglou et al. (2005) argued that self-reports of morality are veridical and not contaminated by self-deception or self-enhancement (because they are validated by peer and family reports), the experimental evidence suggests otherwise. For example, high levels of intrinsic religiosity (i.e., high personal importance of religion) appear to be linked with a view of oneself as better than others, thus indicating self-enhancement (Rowatt, Ottenbreit, Nesselroade, & Cunningham, 2002). The results of this study were not likely due solely to an accurate perception of adherence to religious precepts, because the highly religious evaluated themselves as superior to nonreligious subjects even on nonreligious attributes. Similarly, individuals higher on intrinsic religiosity rate themselves as being more helpful relative even to other religious individuals (Burris & Jackson, 2000). Therefore, although most people are prone to positive illusions (S. E. Taylor, 1989), greater religiosity appears to be associated with relatively greater positive illusion. That is, the more religious an individual is, the more likely he or she will be to inflate self-ratings of prosocial characteristics, rendering any results based on self-reports suspect.
An ongoing debate in the literature concerns the relationship between religiosity and religious individuals’ tendency to have elevated scores on measures of social desirability or selfenhancement.
One view suggests that there is evidence that religious individuals tend to self-enhance and may inflate their responses in a socially desirable direction (Sedikides & Gebauer, 2010). McCullough and Willoughby (2009) also conceded that religiousness is positively correlated with public selfconsciousness (e.g., “making a good impression”). In a metaanalysis of social desirability literature, intrinsic religiosity correlated moderately and positively with measures of self-deceptive enhancement and impression management (Trimble, 1997). However, Trimble (1997) argued that the greater scores on standard social desirability scales shown by those higher in intrinsic religiosity were an artifact of content overlap. This contrary view, represented by Trimble and others, such as Watson, Morris, Foster, and Hood (1986), posits that the intrinsically religious actually do perform more moral actions and thus social desirability measures reflect actual prosocial characteristics. Others have argued that, even controlling for religious content, intrinsic religiosity is associated with both self-deception and impression management (Leak & Fish, 1989). Thus, debate is ongoing regarding the interpretation of enhanced or desirable responding in relation to religiosity.
However, higher quality controlled studies (i.e., those in which either religiosity or enhancement tendencies can be manipulated), rather than those using correlational measures (e.g., impression management questionnaires), suggest that greater social desirability scores on the part of the religious are not a function merely of content overlap but instead represent self-enhancement. For example, priming highly religious believers with God concepts results in greater socially desirable responding (Gervais & Norenzayan, 2012), indicating that there is an associative connection between the two domains. Priming of such associations also works in the opposite direction. Christians with experimentally induced high self-esteem believed they lived up to core Christian principles more than their fellow believers (Alicke & Sedikides, 2009). Burris and Navara (2002) found that the high intrinsically religious, following an induced negative self-disclosure, showed a greater shift in self-deception as a compensatory response than low intrinsics, indicating that the highly religious may have a particular need to defend a positive self-image. Similarly, Burris and Jackson (2000) found that high-intrinsic religious individuals increased religious self-stereotyping when false feedback disconfirmed participants’ self-perceived helpfulness. This is consistent with a pattern such that highly religious individuals may be motivated to maintain the appearance of prosociality and are threatened by information that would disconfirm this. Therefore, the experimental evidence supports the hypothesis that the correlation between religiosity and self-reported prosociality is artificially elevated due to a contamination of self-enhanced and socially desirable responding.
Bias in Self-Reports Versus Behavioral Measures of Prosociality
There is a general tendency for individuals to overreport prosocial actions based on introspective intentions (Batson, 1991; Wilson, 2002). As such, self-reports of hypothetical actions or future intentions are positively biased in most individuals and often do not predict actual behavior. However, a strong endorsement or internalization of the religious prosociality stereotype (e.g., “religiosity should make me more moral”) and self-enhancement tendencies likely lead to a greater disjunction between self-reports of prosociality and actual prosocial behavior. Indeed, the most problematic aspect to the religious prosociality hypothesis is the disjunction in results obtained by methodology in controlled or experimental contexts using actual behavioral observations versus those obtained via self-report measures. The data based on selfreports of prosocial behavior (e.g., planned charitable giving, hypothetical helping) typically show a stronger correlation between religiosity and prosociality than the data based on actual behaviors, in which there is no general religious prosociality effect. This pattern shows that religious individuals self-report in a manner consistent with the expectations of the social stereotype or activation of religious frame rather than according to actual behavioral tendencies. For example, measures more linked with actual behaviors (e.g., time diaries) produce a lower frequency of church attendance than self-reports (Brenner, 2011a, 2011b), a disjunction that is wider in the religiously normative United States than in Europe. This is consistent with an interpretation of selfreporting as reflecting an attempt to portray an identity reflective of religious stereotypes such that more religious individuals selfreport (i.e., overreport) what should be the case. In contrast, behavioral studies of spontaneous helping, conducted contexts in which a religious frame is not activated, using targets who are not ingroup members, are much less likely to show prosocial effects.
For example, everyday behavioral interactions with strangers such as blood donation, financial transactions, tipping, or anonymous payment on the “honors system” do not show a religious prosociality effect (Gillum & Masters, 2010; Grossman & Parrett, 2011; Pruckner & Sausgruber, 2008).
In his programmatic exploration of the relationship between religiosity and motivation for helping, Batson has argued that self-reported intrinsic religiosity is more associated with the need to appear helpful than with actual helpful behaviors (Batson & Flory, 1990). For example, in the “Good Samaritan” bystander assistance study, individuals high in intrinsic religiosity were no more likely to offer assistance than moderate intrinsics or individuals high in quest religiosity (characterized by open-ended or uncertain beliefs), but those high intrinsics that assisted did so in a more “insistent” manner that disregarded the victim’s stated wishes (Darley & Batson, 1973). In a series of studies designed to separate different motivations for helping, intrinsic religiosity was more strongly related to the appearance of helping than an actual desire to assist others (Batson & Gray, 1981; Batson et al., 1989).
This pattern is also seen in the disjunction between reports of planned helping behavior (e.g., volunteer work or charitable giving), which is more associated with self-presentation, and reports of unplanned or spontaneous helping. As is the case with other studies of religiosity, differing measures often yield different patterns of prosociality (e.g., the stronger relationship between intrinsic religiosity and planned helping vs. quest religiosity and spontaneous helping; Hansen, Vandenberg, & Patterson, 1995). These findings are consistent with the hypothesis that religiosity promotes a self-stereotype of prosociality, such that more religious individuals defend this stereotype to preserve the appearance of prosociality (Burris & Jackson, 2000).
Therefore, the evidence indicates that endorsement of the religious prosociality hypothesis allows a discrepancy between merely holding altruistic or prosocial beliefs regarding one’s self and actually engaging in prosocial actions. For example, statistical analyses of religious measures often indicate an orthogonal relationship between “vertical faith” (concerning one’s relationship with God) and “horizontal faith” (relationship with others; Ji, Pendergraft, & Perry, 2006). Indeed, Ji et al. (2006) found that greater intrinsic religiosity was associated with a greater discrepancy between altruistic beliefs and actual altruistic behavior. The stereotype of religious prosociality partially explains the existence of this gap because greater vertical religiosity would promote the endorsement of moral teaching in the abstract without necessarily resulting in an increase in actual prosocial behavior associated with horizontal religiosity. In another example, although greater religiosity is associated with greater valuation of forgiveness (McCullough & Worthington, 1999), its association with actual forgiveness of transgressions is negligible (Brown, Barnes, & Campbell, 2007), accounting for around 3%–4% of variance, similar to the effect size of social desirability (R. Fehr, Gelfand, & Nag, 2010; Tsang, McCullough, & Hoyt, 2005). Similarly, although those high in intrinsic religiosity self-report as having amore grateful disposition, this is not associated with actual reciprocal behavioral gratitude (Tsang et al., 2011). In their review of the religiosity and forgiveness literature, McCullough and Worthington (1999) suggested that religious people are conscious that they should value forgiveness highly in order to be consistent with religious teachings, and “even if religious people are no more facile at forgiving in real-life situations than are less religious people, they do desire to be forgiving” (p. 1152). However, it may be the case that endorsement of prosociality based on religious motivation acts as a distractor or barrier to an accurate appraisal of one’s behavior.
Given the link between religiosity, impression management, and self-deception, any evidence based on self-report methodology must be heavily qualified. However, McCullough and Willoughby (2009) based much of their argument regarding religiously based self-control on self-report. For example, the authors cited research based on “perceived likelihood of future criminal activity” and “predictions of likelihood of engaging in several crimes” (Welch, Tittle, & Grasmick, 2006), indices that are obviously contaminated by self-deception. Many similar studies are equally problematic because their measures consist of predicting hypothetical prosocial behavior (e.g., planned charitable donations) rather than using actual behavioral measures (Reitsma et al., 2006). As cited earlier, given that those higher in intrinsic religiosity rate themselves as superior on a wide range of behaviors, there is every reason to think that future predictions of behavior are subject to similar self-serving bias. Taken as a whole, the evidence indicates that religiosity has an effect only on self-reports of prosociality rather than actual behaviors in most contexts. As the standard textbook in the psychology of religion field (Hood et al., 2009) concludes, “There are indications that religious people say they are more honest, but the data do not always bear this out for actual behavior in a secular setting” (p. 434).
Personality research regarding religious prosociality is also subject to the same stereotypic and ingroup effects as is the case with the impression formation literature due to the same reliance on self- and peer reports. For example, McCullough and Willoughby (2009) pointed to the higher levels of rated Agreeableness inreligious individuals (e.g., judged in interviews as being more cooperative and “nicer”) as constituting veridical and objective qualities. Similarly, McCullough and Willoughby cited ratings of cooperativeness such as in Walker (1999), in which individuals rated the prototype of a “religious person” as being high in Agreeableness and Conscientiousness. However, the religious perceive themselves and fellow religious individuals as being more agreeable than nonreligious individuals in part because they believe that these traits should be associated with religiosity. As mentioned earlier, when targets are portrayed as religious, they are judged to be more likable, intelligent, trustworthy, kind, and moral (Bailey & Doriot, 1985; Galen et al., 2011; Widman et al., 2009), characteristics associated with Agreeableness. Conversely, the nonreligious are rated as being hedonistic, cynical, and judgmental (Harper, 2007), characteristics central to the (reversed) traits of Agreeableness and Conscientiousness. When Saroglou et al. (2005) and McCullough and Willoughby cited the association between religiousness and self-control, it must be qualified that the measures in the reviewed studies were almost always self-, peer, and parental reports unblinded to the religious status of the target. As Saroglou (2010) pointed out in a meta-analysis of personality and religiosity, “The personality profile of religious people as being high in Agreeableness and Conscientiousness . . . constitutes stereotypical and metastereotypical knowledge that is shared, to some extent, by both religious and nonreligious people” (p. 117). Responses to personality inventories in general are susceptible to both selfdeception and impression management (Barrick & Mount, 1996) such that anyone with a “moralistic bias” would self-report and berated by others as being specifically higher in Agreeableness and Conscientiousness (Paulhus & John, 1998). Indeed, those two personality factors (along with Emotional Stability) are significantly higher in individuals assessed while attempting to project a positive response set (Furnham, 1997). Therefore self- and peer ratings of prosocial personality traits are tantamount to the wellestablished impression formation bias of religiosity mentioned earlier, since merely changing a target’s identity to “religious” results in increased peer ratings of Agreeableness and Conscientiousness.
Stereotypical associations are also relevant to the literature on mental well-being because religiosity is presumed to be associated with subjective well-being and euthymia, which contaminate any nonblinded or self-rated reports. The degree of association between religiosity and mental well-being is dependent upon the domain of mental well-being being measured. For example, in a comprehensive meta-analysis of religiosity and mental health by Hackney and Sanders (2003), religious devotion was found to be more strongly associated with “existential well-being” than with actual low levels of distress. This is also consistent with stereotype fulfillment, as the more objectively defined presence of disorder or pathology is less related toreligiosity than the more subjectively defined and stereotypic measure of self-actualization. In sum, the same processes that are associated with elevated social desirability in the religious are involved in the assessed relationship between religiosity and Agreeableness–Conscientiousness.
Contextual Effects
Another indication that ratings of personality are contaminated by religious stereotype association rather than veridical reflections of actual prosociality is that the association between religion andprosociality is influenced by prevailing cultural and stereotypic environment. There is evidence that rather than a universal association with prosocial effects, religiosity shows prosocial effects as a function of its normative predominance in the particular culture, consistent with a stereotypic effect. For example, Sasaki and Kim (2011) found that religious priming increased self-control for European Americans but not Asian Americans, indicating that religion’s effect on self-control is based on cultural stereotypes about how religion ought to function, rather than constituting a general or intrinsic property (contra McCullough & Willoughby, 2009). In the same way that the association between prosocial phenomena (such as social desirability, life satisfaction, happiness, or church attendance) and religiosity is greater in more religious contexts such as the United States, relative to less religious contexts, such as the United Kingdom and northern Europe (Brenner, 2011a, 2011b; Diener et al., 2011; Eichhorn, 2011; Sabatier, Mayer, Friedlmeier, Lubiewska, & Trommsdorff, 2011; Sedikides & Gebauer, 2010), the strength of association between religiosity and Agreeableness is greater in the United States than it is in Europe (Saroglou, 2010). In the United States, when participants are asked to form impressions of personal characteristics based only on photographs of faces, smiling faces were judged to be more religious than nonsmiling faces (Naumann, Vazire, Rentfrow, & Gosling, 2009). However, in the United Kingdom (where religiosity is less normative), the opposite was true (Highfield, Wiseman, & Jenkins, 2009). These findings indicate that religiosity in the United States has a stronger association with the prosocial stereotype than it does in the more irreligious societies in Europe, and this cultural association contaminates the process of impression formation. Conversely, contexts in which nonreligiosity is more normative are associated with lower endorsement of the religious prosociality stereotype (Gervais, 2011). This is consistent with the hypothesis of religious prosociality as stereotype fulfillment and social desirability. This effect may also reflect a phenomenon that more socially integrated or better adjusted people might, in highly religious societies, be more likely to enjoy the ancillary social benefits of religious institutions (Lavricˇ & Flere, 2008), whereas in less religious cultures, religiosity is unrelated, or even negatively related to well-being and social support (Diener et al., 2011). A nearly identical effect was identified by Gebauer, Sedikides, and Neberich (2012), who found that psychological adjustment was higher for believers only in countries that valued religiosity but did not differ from nonbelievers in countries that did not value religiosity. In his meta-analysis, Saroglou (2010) acknowledged that “religiousness is best predicted by the interaction between personality traits and contextual factors” (p. 116). These factors include the cultural milieu in which the associations are assessed.
As with personality research, the apparent relationship between religiosity and well-being is affected by the broader cultural or regional context in which a given study is conducted. The relationship between happiness and religiosity is essentially zero in irreligious countries such as Denmark and the Netherlands (Snoep, 2008). Similarly, Canadian students from a nonreligious background did not differ in mental adjustment from religious students (Hunsberger, Pratt, & Pancer, 2001). Some studies have found the religiosity/well-being association entirely reversed as a function of culture, such as Zhang and Jin (1996), who found depression and suicidality to be negatively correlated with religiosity in American college students but positively correlated in Chinese students. A higher level of life satisfaction is associated with personal religiosity only in societies in which average religiosity is greater (Eichhorn, 2011). These findings suggest that the mechanism linking religiosity and well-being is affected by factors such as conformity to the majority religious status in the particular context.
Given that the majority of studies have been conducted in the religiously normative context of the United States, more information is needed regarding whether prosociality is as strongly associated with religiosity in less religiously normative contexts or whether the content of the stereotype differs as a function of culture.
Definitional Issues: Belonging, Not Belief
The religious prosociality literature has included a range of conceptual definitions of religiosity. It is widely acknowledged that the construct of religion involves multiple dimensions, including cognitive, affective, and behavioral components (Saroglou, 2011). Social scientists have often employed the alliterative phrase “belief, belonging, and behavior” to conceptualize the most relevant and important components of the phenomenon. Studies have employed different methods of measurement in these various domains (Hill & Hood, 1999). For example, religious belief—cognitive conviction regarding metaphysical entities— has been measured in terms of personal importance or strength of conviction (i.e., intrinsic religiosity). Other methods of assessment have used group denominational affiliation (belonging) or attendance and involvement (behavior) at services or rituals. Although these domains have substantial overlap, there can be a range of intensity or commitment among religious believers. For example, despite high levels of nominal belief, actual weekly religious attendance in the United States is somewhere in the 30%–40% range, depending on the survey method (Brenner, 2011a, 2011b). Also, the association between indices may be stronger at the high end of the religiosity continuum than at the low end or may vary due to moderators (Gorsuch, 1984).
Due to recent trends of decreased religious affiliation in the United States and Europe, the disjunction between belief and belonging appears to be increasing, resulting, for example, in more  “unchurched believers” (Halman & Draulans, 2006; Hout & Fischer, 2002; Pew Forum on Religion and Public Life, 2008). This may be particularly true in groups with a communal or ethnic identity (e.g., secular Jews, cultural Irish Catholics, Swedish Lutherans) who may “belong without believing” or in more religiously heterogeneous contexts such as in Europe where there may be relatively more “believing without belonging” (Davie, 1990).
The latter pattern may also characterize those with religious beliefs who may be disaffected with formal religious group affiliation (Hout & Fischer, 2002). Although 15% of those in the United States self-identify their religion as “none” (Pew Forum on Religion and Public Life, 2008), only 6% say they believe either there is no God or there is no way to know, indicating that the majority of “none” are, in fact, religious “believers but not belongers” and are merely denominationally unaffiliated. Equally important, some individuals have strong secular convictions and high levels of social engagement but have no religious belief; in effect “belonging and behaving without believing” (Hunsberger & Altemeyer, 2006; Saroglou, 2011; Zuckerman, 2008). Taken together these patterns indicate that although studies of religiosity typically have employed conceptually related measures, caution must be observed when presuming that religious belief content is the causal mechanism of prosociality and that relationships with religiosity are equivalent across the entire range of that construct.
Separating belief from factors relating to group participation is crucial in the religious prosociality literature because the religious variable often most robustly related to prosocial behavior is belonging— social and group engagement—not personal conviction or metaphysical beliefs, although this distinction is often elided in coverage of the “effect of religion” on prosociality. In the studies of charitable giving and volunteering mentioned earlier, church attendance or social factors in religious organizations are typically stronger predictors of these forms of prosociality than is personal devotion (Brooks, 2006; Monsma, 2007). For example, Reitsma et al. (2006) demonstrated that church attendance was predictive of charitable intentions, whereas other religious variables (frequency of prayer, religious experiences) were nonsignificant. In another example, Gallup survey results (B. G. Smith & Stark, 2009) indicated that the differences in generosity when measured as a function of religious importance were smaller than those measured as variation in religious attendance. There are several mechanisms that have been suggested to account for these group attendance effects on giving and volunteering, none of which are necessarily dependent on religious belief. One may be that religious groups offer structure to giving (e.g., tithing, offerings, pledging) such that planned prosocial activity is easier. As mentioned earlier, religiosity is associated with planned rather than spontaneous helping.
There is evidence that religiously motivated empathic concern may require church attendance to mediate the relationship with actual generous giving (Bekkers, 2006). Religious groups or settings may increase the ease of social networking (Putnam, 2000) and include contextual factors such as a greater likelihood of being asked for donations or greater social pressure to conform to group standards (Bekkers & Schuyt, 2008; Campbell & Yonish, 2003).
Distinguishing the effects of religious behavior from beliefs is relevant to the present critique because it appears that even those without religious belief, such as unaffiliated or secular individuals who report attendance at religious events, report more prosocial behaviors. Putnam and Campbell (2010) found numerous associations across multiple measures demonstrating the “good neighborliness” of “religiously engaged believers.” However, when controlling for frequency of church attendance, the authors found that “religious beliefs . . . turn out to be utterly irrelevant to explaining the religious edge in good neighborliness” (p. 465).
Rather, Putnam and Campbell found that it was the religiously based social network that predicted prosociality, such that “even an atheist who happened to become involved in the social life of a congregation . . . is much more likely to volunteer in a soup kitchen than the most fervent believer who prays alone” (pp. 472–473). If church attendance is more related to generosity than are religious beliefs, and if even secular individuals who happen to attend church tend to report more generous behavior, then the effect is more aptly described as a “general group involvement” than a “religious prosociality” effect. Despite the lesser relevance of belief when the primary association between group socialization effects and prosociality (belonging) is taken into account, this complexity is often lost in the transmission of the findings. Putnam and Campbell’s own summary phrasing (e.g., “Religious Americans Are Better Neighbors”) lends the impression that the belief or content component of religion (or simply religion itself) is the efficacious component of prosociality.
As with charitable giving, perhaps the most influential mediational mechanism between religiosity and psychological wellbeing is greater social integration via belonging to a group of like-minded individuals. Having a strong religious social identity has been found to mediate the association between attendance at religious services and psychological well-being (Greenfield & Marks, 2007). There is evidence that, separate from church attendance itself, church social ties and activities are the components most associated with prosocial engagement outside the church itself and into the broader secular community (Beyerlein & Hipp, 2006; Jackson, Bachmeier, Wood, & Craft, 1995). Frequent churchgoers report larger social networks, greater contact with network members, and a higher degree of social support than nonchurchgoers (Ellison & George, 1994), and in this study, each of these social factors is also significantly related to mental wellbeing.
In a meta-analysis based on over 100 studies of religiosity and depression, T. B. Smith et al. (2003) found a modest, but significant, overall effect (0.096) between the two domains. However, the association between depression and religiosity as defined by church attendance was greater (0.124) than that for religiosity as defined by beliefs (0.053). Strong within-group social contacts formed by shared activities (not merely religious belief) have been found to account for most, if not all, of the relationships between religiosity and mental well-being variables such as life satisfaction (Lim & Putnam, 2010). Because the relationships of prosociality and well-being to religiosity often appear to differ, depending on whether the latter domain is conceptualized as subjective belief as opposed to organized social behavior, this raises important questions regarding the actual mechanisms of effect.
Group Comparison and Criterion Contamination
A methodological problem present in the majority of the religious prosociality literature thus pertains to the comparison group used to test the hypothesis that religious belief itself is the primary causal factor. This problem is present in studies regarding religious prosociality in domains ranging from charitable giving to mental well-being. In the typical study, participants with high levels of religiosity are compared to those with low religiosity, yet the language framing the conclusion often implies that a contrast was made with the complete absence of religiosity. For example, Koole et al. (2010) stated that “religious individuals on average display higher levels of emotional well-being compared to nonreligious [emphasis added] individuals” (p. 95) and “religious individuals generally display fewer ruminative positive thoughts, lower levels of inner conflict, and higher levels of positive emotion compared to nonreligious [emphasis added] individuals” (p. 95). However, in this example, two of the three studies cited for this statement (Neyrinck, Vansteenkiste, Lens, Duriez, & Hutsebaut, 2006; Ryan, Rigby, & King, 1993) consisted of samples that included only religious individuals (i.e., self-identified Christians, Catholic or Protestant students from Christian colleges, and church members).
None of the participants in these studies were nonreligious. In the third study cited for that statement, the meta-analysis of religion and depression (T. B. Smith et al., 2003), approximately one fifth of the studies specifically excluded nonreligious individuals, sampling instead from churches or religious groups.
Also, in the broader literature, it is well founded that that highly religious people generally report more charity and volunteering (Pelham & Crabtree, 2008), or greater subjective well-being and life satisfaction than less religious individuals (Hackney & Sanders, 2003; Koenig & Larson, 2001). But the majority of this literature consists of comparisons between highly religious individuals and weakly or nominally religious individuals. The previously mentioned study on forgiveness by McCullough and Worthington (1999), for example, compares more and less religious individuals. There is a distinction, however, between weak or unsure belief and complete nonbelief, which is one reason why comparisons such as median splits dividing religiosity into high and low groups are inappropriate to test religious effects (Gorsuch, 1984). For example, one common use of the intrinsic religiosity scale and its counterpart the extrinsic scale (e.g., religion used for personal or social advantages) is to designate those who are above or below the median on both scales as “indiscriminately proreligious” or “antireligious,” respectively. But some studies have found that a majority of those below the midpoint are still theistic believers and are not in any sense antireligious or even nonreligious (Richards, 1991). Therefore, any study using such categorizations cannot properly describe results as representing a difference between the presence and absence of religious belief. Rather, they represent comparisons in strength of belief. Most of those at the low end of the religiosity continuum, such as the unaffiliated, do not self-identify as completely nonreligious (atheists or agnostics), but rather are religious-but-unaffiliated, a group consisting of those unwilling to join a church or who are indifferent believers (Pew Forum on Religion and Public Life, 2008). However, surveys also indicate that atheists and agnostics are markedly different from the unaffiliated on a wide range of important demographic variables (higher proportion of males, higher education level) as well as in religious knowledge (Pew Forum on Religion and Public Life, 2010). In fact, differences between the nonaffiliated and the religious in prosocial domains are often found to be spurious when controlling for demographics (Reitsma et al., 2006). For example, controlling for the greater proportion of women in religious groups (who are more likely to be religious as well as to volunteer) diminishes or eliminates the relationship between religious denomination and volunteering (Manning, 2010). Therefore, using the mere absence of religious affiliation (i.e., “none”) as a grouping category confounds complete nonbelievers together with the unsure; these groups differ substantially on factors having nothing to do with religious belief.
Similarly, when using religious attendance, what is likely being measured in a comparison between the religiously active and nonattenders is not belief itself, but rather characteristics such as the ability to conscientiously commit to groups, the desire for social integration, social support, life stability, and other similar characteristics. Because religious belonging and behavior are not always equivalent to belief, it is equally problematic to use behavioral or participatory measures such as infrequent church attendance to represent the complete absence of religious belief. For example, Bloodgood, Turnley, and Mudrack (2008) found less cheating behavior in “relatively high” compared to “relatively low” church attenders. This is often presented as an effect of religious belief itself, such as existential comfort, faith, or hope.
But again, “never-attender” is not equivalent to “irreligious.” The majority of the personality and religiosity literature is also marked by inappropriate group comparisons that confound religious group membership with belief. Much of the religious prosociality work has suggested that since religious individuals have greater Agreeableness and Conscientiousness than those low in religiosity, religious belief itself is connected to these traits. However, again, strongly religious church attenders are often compared to the predominantly weakly religious nonattenders. For example, A. Taylor and MacDonald (1999) found that Conscientiousness distinguished the religiously “involved” from the “not involved,” which is perhaps not surprising given its association with dutifulness and diligence. But once demographic differences (sex, age, socioeconomic status) are controlled, there is frequently little difference found between church members and secular group members in personality as a function of religious belief itself (Galen & Kloet, 2011b).
Interestingly, Myers (2008) made a point in addressing the evidence of nonprosocial behavior among the religious (e.g., higher divorce rate and higher prejudice among members of conservative religious denominations) by correctly noting the distinction between being nominally religious and religiously active (the former defined by infrequent, and the latter defined by regular, church attendance). Obviously, if the distinction between mere denominational membership and devout religious activity or confident belief is valid on the religious end of the spectrum, this distinction should also be made at the nonreligious end of the spectrum. Similarly, the previously mentioned meta-analysis of religiosity and depression by T. B. Smith et al. (2003) contains studies representative of much of the literature in the area of religiosity and mental health. Although the meta-analysis found an inverse relationship between “religiousness” and depression, a majority of the studies included in the meta-analysis either specifically excluded nonreligious individuals or the analyses did not permit a distinction between completely nonreligious individuals and religious individuals and infrequent church attendance or uncertain beliefs. A more accurate description of the findings would be “committed or devout religious individuals tend to have lower incidence of depression than uncommitted or uninvolved religious individuals.” By defining low religiosity as low levels of belief or commitment or the absence of group attendance, one is virtually certain to find lower levels of well-being and prosocial commitment in this group relative to frequent group attenders or the religiously involved. However, despite such findings having been discussed in terms of religious belief (or similar constructs such as “faith” and “spirituality”) rather than the effect of social group integration, there is often not sufficient evidence to indicate that religious belief is the efficacious component. In studies that posit religious belief as the causal mechanism, the appropriate comparison for confident religious believers who are group members should be confidently nonreligious individuals who are members of a nonreligious or secular group, not those who are indifferent or who attend church infrequently.
A comparison of frequent church attenders with the unaffiliated represented as a distinction in religious belief is essentially tantamount
to contamination of the predicted prosociality with the predictor, social commitment. This is, in effect, hypothesizing that those who are socially engaged, as evidenced by their religious group behaviors, will be socially engaged in other ways as well.
Stating the hypothesis in this manner is, if not particularly surprising, also not necessarily problematic in itself. This methodological
problem can also be observed in many studies that use measures of spirituality, such as the Spiritual Transcendence Scale (Piedmont,
1999), which, in addition to a Prayer Fulfillment scale, contains Universality (“I believe there is a larger meaning to life”; “I feel an emotional bond to all humanity”) and Connectedness (“It is important for me to give something back to my community”; “I believe that humanity as a whole is basically good”; “I am concerned about those who will come after me in life”). In another spirituality measure, the majority of items make no reference to nonmaterial concepts, but rather constructs such as mindfulness, meaning, and security (Hardt, Schultz, Xander, Becker, & Dragan, 2012). One problem is that such measures do not measure spirituality in a metaphysical sense that would necessarily distinguish a prosocial religious believer from a prosocial agnostic or atheist (Koenig, 2008). But more related to the present point, if the measure is used, as has been the practice, to predict prosocial outcomes such as social helpfulness or mental well-being, there would clearly be an inflated relationship due to criterion contamination, and the design would be unable to address the issue of whether religious belief itself is related to prosocial outcomes in a way that nonreligious belief is not. For example, Murphy et al. (2000) measured religious belief with the Religious Well-Being Scale (Paloutzian & Ellison, 1982), which contains items such as “I believe that God is concerned about my problems” to predict depression and hopelessness. Clearly, this does not address merely whether religious belief is associated with lower depression but rather whether “nondepressed religious people are not depressed.”
In their meta-analysis of religiosity and mental health, Hackney and Sanders (2003) noted that the relationship found between the two domains may have been due to semantic and conceptual overlap such that personal devotion as a category of religiosity contains within it ideas such as commitment to a worldview and the utilization of that worldview as the individual’s source of meaning and value. . . . This overlap could be one explanation for the strong relationship found between personal religious devotion and self-actualization. (p. 53) In another example, Mahoney et al. (1999) used measures of “sanctification” of marriage (e.g., viewing one’s marriage as having sacred qualities) and “manifestations of God” (e.g., “My marriage is influenced by God’s actions in our lives”) to predict marital conflict. This study found that although these measures were robust predictors of marital adjustment, the individual religious beliefs of the partners were essentially unrelated to adjustment.
Again, using predictors such as religious sanctification that blur with the predicted criterion of marital adjustment is not itself inherently problematic if the implications are discussed in a narrow and accurate manner. But such results are often described as implicating religious belief itself. In this case, for example, Rossano (2008) cited Mahoney et al. as implying that “religious couples communicate more effectively and use better conflict resolution strategies compared to nonreligious couples” (p. 182), when in fact religious belief was unrelated to the criterion. Therefore, measures of religiosity (as with religious groups) should be selected such that they contain belief content (or believers) in a manner that is distinct from the prosociality that they are being used to predict.
Curvilinear Relationships
As mentioned above, although they are often combined together, the less religious or nominally religious individuals are distinct from the completely nonreligious in many ways. But studies using only linear measures such as correlation coefficient, regression, or a median split are not able to distinguish between the two groups. Interestingly, studies of prosociality that have used the full continuum of religiosity have frequently found curvilinear effects in which the confidently nonreligious resemble the confidently religious. The domains often involve situations in which prosocial behaviors are facilitated by strong conviction, selfcontrol, and nonconformity. For example, Bock and Warren’s (1972) replication of the Milgram obedience paradigm trichotomized participants into “extreme nonbelievers,” “moderates,” and “extreme believers.” Results indicated that both ends of the religious continuum disobeyed (i.e., gave lower shock), whereas the moderates displayed the highest level of obedience (i.e., greatest level of shock administered). These authors reasoned that the extremes of religiosity consisted of persons having arrived at strong commitments consistent with moral conscience, whereas the moderates were more conforming and thus more likely to obey the experimenter. Other self-control behaviors that have exhibited a curvilinear pattern with religiosity include personal health behavior such as favorable health perceptions and low body mass, with the highly religious and nonreligious scoring similarly (Masters & Knestel, 2011). Nonlinear or curvilinear effects are often
seen in the domain of altruism and helping. In Oliner and Oliner’s (1988) study of rescuers of Jews during World War II, the proportion
of rescuers to nonrescuers was greater among both the highly religious and the completely nonreligious, with the nonrescuers predominating in the moderately religious. Similarly, physicians’ likelihood of practicing among the underserved exhibits a curvilinear relationship with intrinsic religiosity (Curlin, Dugdale, Lantos, & Chin, 2007). Nonlinear relationships between religiosity and personality are often found (Jorm & Christensen, 2004) such that strongly secular individuals are equivalent in Conscientiousness to strongly religious individuals (Galen & Kloet, 2011b).
Although a focus on the religious belief component of the religious prosociality model predicts that any level of religiosity is more beneficial to prosociality than the absence of religiosity, this does not appear to be the case.
As has been shown in different domains, religiosity involves a large element of social conformity and ingroup favoritism. Therefore, in situations wherein the norms are nonprosocial (e.g., prejudice, denying assistance to a nonnormative or value-violating target), having only a moderate level of religiosity is likely associated with a negative type of conformity. Those less affected by obedience to social norms, whether very religious or completely nonreligious, are likely to act according to personal conscience.
For example, civil rights protesters in the 1960s consisted of a mixture of highly religious and completely nonreligious or secularly motivated individuals; many mainstream religious denominations were indifferent or hostile to civil rights (Rokeach, 1969).
Unfortunately, given that so few studies actually differentiate completely nonreligious individuals from the nominally religious, it is likely that other curvilinear relationships between religiosity and prosociality remain undetected. Additionally, given the recent growth in the “nones”—those declaring no religious affiliation (Kosmin & Keysar, 2008)—studies that fail to distinguish at the low end of the religiosity continuum will become increasingly less valid and useful.
Little effort has been made to assess curvilinear relationships in the voluminous literature on religion and mental well-being/mental illness. However, the studies in the mental health literature that have actually distinguished between the completely nonreligious and weakly religious have often detected curvilinear patterns. The highest levels of mental distress are typically found in the weakly religious, whereas the highly religious as well as the nonreligious tend to be the least distressed (Eliassen, Taylor, & Lloyd, 2005; Ross, 1990). In one study of older adults, although the religious had a greater number of social supports relative to atheists and agnostics, life satisfaction was equivalent between these groups (Horning, Hasker, Stirrat, & Cornwell, 2011). Similarly, another study of elderly individuals found that the strongly nonreligious had equivalent coping with negative stressors to the strongly religious, indicating that the strength of the belief system was more relevant than the religious content (Wilkinson & Coleman, 2010).
If religious belief itself was the central mechanism of well-being, one would expect that even lukewarm believers would have greater mental well-being than the complete nonbelievers or atheists, but this is not the case; the highest rates of depression or distress are in nominal believers, not atheists (Buggle, Bister, Nohe, Schneider, & Uhmann, 2000; Riley, Best, & Charlton, 2005; Shaver, Lenauer, & Sadd, 1980). Similarly, in regard to affiliation, when religiously affiliated individuals are compared to nonreligious or secularly affiliated individuals (i.e., both being instances of confident believers who are affiliated with like-minded groups), there are no differences in mental well-being. Rather, it is the unsure or nominal believers who have the poorest mental health (Galen & Kloet, 2011a; Meltzer, Dogra, Vostanis, & Ford, 2011; Mochon, Norton, & Ariely, 2011). The World Values Survey, which consists of data from 50 nations, also demonstrates a curvilinear effect such that those for whom religion is either “very important” or “not at all important” indicate a greater level of happiness than those for whom religion is “rather important” and “not very important” (Rees, 2009). Therefore, in order to appropriately test for nonlinear effects, studies should include the abilities to separate these groups and utilize analyses of curvilinear effects rather than overall correlations.
Finally, even when curvilinear effects are detected, the problems posed by the effects for the religious prosociality hypothesis in regard to mental well-being are often downplayed. For example, a poll commissioned by Gallup-Healthways (Newport, Agrawal, & Witters, 2010) found curvilinear effects for a range of mental health measures as a function of religiosity. The authors even suggested that ambivalence or lack of commitment regarding religious views in the moderately religious groups may have had an adverse effect relative to the committed very religious and nonreligious. However, the report (entitled “Very Religious Americans Report Less Depression, Worry”) nonetheless stated, “The best explanation for the observed relationship between religion and more positive states of emotional health may be the most straightforward— that being religious in fact produces a salutary effect on one’s mental health” (“Implications,” para. 2). This is representative of the literature in that, though partially accurate, the title and description give the impression that religiosity itself is responsible for better mental well-being, while downplaying the curvilinear effect that the moderately religious were the most depressed, and the more nuanced explanation that it entails.
There is sufficient evidence of curvilinear effects that any adequate test of religious influence on personality or well-being should include measures allowing for the distinction between nominal, indifferent, and uninvolved religious believers from completely secular nonbelievers.
Nonprosocial Effects: The Negative Influence of Religious Prosocial Stereotype
As mentioned previously, there is evidence that religiosity can
lead to a certain level of self-enhancement via endorsement of the
religious prosociality stereotype, greater socially desirable responding,
and a disjunction between self-reports of prosociality
and actual behavioral effects. There is also evidence of ingroup
favoritism demonstrated in both controlled studies and naturalistic
ones, and that this is particularly true of religiosity as conceptualized
by fundamentalism and authoritarianism. Taken together, this
implies not only that religiosity can play a role in greater selfdeception
regarding prosocial behaviors but also a lack of full
recognition of negative behaviors. For example, in the domain of
prejudice, Batson, Flink, Schoenrade, Fultz, and Pych (1986) demonstrated
that the intrinsically religious were reluctant to appear to
behave in an overtly racially prejudiced manner, but this relationship
disappeared when the prejudice could be masked in a covert
way. The nontraditionally religious, high-quest individuals did not
show this overt– covert distinction and behaved in a nonprejudiced
way regardless of self-presentation concerns. Batson, Floyd,
Meyer, and Winner’s (1999) work regarding prejudice toward
homosexuals also suggested that high intrinsically religious individuals
are partially unaware of their own prejudice. A comparison
of experimental conditions indicated that high intrinsics helped
homosexual individuals less relative to a control condition, yet
made an erroneous appeal to “fairness” as a reason for their lower
assistance rather than a moral objection to sexuality. Similarly,
high fundamentalists have been found to be willing to help friends
or like-minded individuals but not unknown people or those with
different values; however, they perceive themselves as being universally
altruistic (Blogowska & Saroglou, 2011). Such results
indicate that greater religiosity appears to be associated with a
greater bias in the lack of self-perception of nonprosociality.
Likewise, in the domain of retributive aggression, self-reported
intrinsic religiosity predicts lower self-reported vengeance attitudes
(i.e., the more religious report that they are less vengeful in
general) but does not predict actual retaliatory behavior (Greer,
Berman, Varan, Bobrycki, & Watson, 2005). In contrast, Greer et
al. (2005) found that those high on a measure of nontraditional
quest religiosity did not self-report as particularly “nonvengeful,”
but they actually had lower behavioral vengefulness retaliation. In
a nearly identical result, Leach et al. (2008) found that although
intrinsic religiosity was associated with lower self-reported aggression,
the behavioral measure (retaliatory aggression via shock)
indicated no relationship between intrinsic religiosity and actual
shock delivered. These results are consistent with other research
indicating that some measures of religiosity (e.g., biblical literalism)
predict greater acceptance of vengefulness (Cota-McKinley,
Woody, & Bell, 2001). The evidence reviewed up to this point
suggests several mechanisms that may explain why religiosity
contributes to the labeling of behavior as prosocial, even in cases
where the effects may be negative.
One reason is that a religiously based stereotype defense may
lead to the rationalization of gaps between explicit self-reports and
actual behaviors, such as a need to seek reasons to justify nonprosociality.
For example, Tsang, McCullough, and Hoyt (2005)
suggested that those with little benevolence toward a transgressor
were less likely to endorse a concept of God as forgiving, whereas
those motivated by benevolence showed the opposite pattern.
These results are consistent with a rationalization process such that
initially forgiving or vengeful motives are then justified by religious
values (e.g., aligning with forgiving or retributive God
concepts, respectively). Thus, religiosity may inoculate individuals
who act vindictively by allowing them to maintain a selfperception
of morality and bring their beliefs into alignment with
their behavior rather than vice versa.
Thus, not only does the presence of a religious prosociality
stereotype act as an impediment to accurate assessment of one’s
actual likelihood of prosocial behavior, it may exacerbate moral
lapses because any disjunction is minimized or rationalized. For
example, Garos, Beggan, and Kluck (2004) found that greater
religious commitment was associated with a “temptation bias”
(i.e., a predicted ability that one can resist temptation better than
others), particularly in sexual domains. Although such a belief may
enhance self-esteem, it is problematic regarding the actual ability
to detect moral contradiction or hypocrisy. Individuals with a
greater restraint bias—the tendency to overestimate one’s capacity
for impulse control— overexpose themselves to temptation,
thereby promoting impulsive behavior (Nordgren, van Harreveld,
& van der Pligt, 2009). For example, this can be observed in such
issues as religiously based abstinence pledges for sexual behavior,
in which the vast majority of pledgers will nonetheless have
premarital intercourse, but more worryingly, have increased risk
for unprotected sex due to lack of planning for actual sexual
behavior. If religiosity leads to a sense of moral imperviousness (“I
will act morally because I am religious”), this is likely to have
greater negative consequences than if the individual did not assume
that religiosity would yield any moral benefits. Thus, Koole
et al. (2010) are correct that “practicing religious principles in a
part-time or compartmentalized manner violates the basic principles
of most religions” (p. 97). However, contrary to these authors’
supposition that the content of religion would promote more selfregulation,
there is evidence that religion may actually promote
compartmentalization in part through a focus on stereotypic content
or transcendent intentions rather than on reasoning regarding
the actual moral effect of the behavior.
The religious prosociality hypothesis focuses on religious content
as the causal mechanism, suggesting that religious precepts
provide moral guidance. For example, Baumeister et al. (2010)
argued that encouragement of the resistance to temptation, as
exemplified in the Ten Commandments, enhances self-control to
do what is good for the collective society. However the evidence
suggests that broad moral precepts result in little actual behavioral
change or are as likely to result in a rationalization of negative
action as in a prosocial action. Further, having a moral identity
based on the stereotypical religion–prosocial association is not
necessarily as helpful as possessing actual moral judgment in a
given situation. Those who view themselves as moral individuals
tend to pursue more moral extremes (e.g., either never cheating or
regularly cheating; Reynolds & Ceranic, 2007). Although previous
work has implied that having a moral self-identity is beneficial
because it provides a motivation to engage in socially desirable
outcomes, in actuality, without specific guidance or consensus as
to a moral course of action in a given situation, moral identity can
lead to socially undesirable behaviors. This is likely a relevant
mechanism for many of the findings regarding moral domains such
as prejudice and helping behavior in which religiosity has been
found to have little relationship, or even negative effects.
Although both positive secular and positive religious priming
appear to activate associations with prosocial behavior, there are
indications that the effect of activating a religiously prosocial
influence, such as a divine sanction, may be more problematic than
an equivalent secular sanction. McCullough and Willoughby
(2009) suggested that religion improves self-regulation in part via
the sanctification of goals. That is, they suggested that consulting
one’s religious scriptures or teachings can enhance compliance
with social norms because religious prosociality is perceived as
emanating from a sacred source. However, the priming literature
shows that this is, at best, a double-edged sword because both
positive and negative goals can be sanctified. As Bushman et al.
(2007) demonstrated, activation of sanctification can have a negative
effect when the prevailing religious norm is not prosocial or
the target group violates religious values, or is merely a religious
outgroup. In a different example, Burris and Jackson (1999) found
that the more religious a participant was, the more the participant
sympathized with a target victim in a depiction of partner abuse,
but only when the victim affirmed his or her religious values.
Participants higher in religiosity actually rated the perpetrator of
the partner abuse as relatively more likable when the recipient of
the abuse was a religious value violator. In other words, activation
of religious ingroup identity influences moral judgment, but this
effect is not necessarily prosocial. Tamarin’s classic 1966 study
also demonstrated that individuals evaluate violent actions differently
depending on shared religious identity. Israeli schoolchildren
viewed the biblical Joshua’s violent actions in Jericho as justified,
but when the identical actions were decontextualized into a different
religious identity, they disapproved of them. Therefore, the
antisocial outcomes in these cases are potentiated, not impeded, by
religious particularism.
The dual nature of the priming findings suggests that religiously
motivated prosociality is more likely to be affected by ingroup
favoritism than nonreligiously motivated or recipient-motivated
helping. Activating or priming a religious frame in order to enhance
prosociality is as likely to potentiate particularism as it is to
activate any general humanitarianism. As seen in studies such as
Bushman et al. (2007) or Saroglou et al. (2009), religiosity may
have an activating effect on submissive or conformist attitudes.
One implication of this also seen in other areas of the literature is
that relying on compliance or conformity with sanctified external
norms in order to promote prosocial behavior is often antithetical
to the development of more sophisticated moral reasoning. The
most religiously conforming individuals (e.g., conservatives, fundamentalists)
have lower scores on tests of moral reasoning, reflecting
conventional stage morality according to Kohlberg’s system
(Cottone, Drucker, & Javier, 2007; Getz, 1984; Narvaez, Getz,
Rest, & Thoma, 1999). That is, they make moral decisions on the
basis of authority or rules rather than attempting to delineate
underlying principles. For example, intrinsic religiosity has been
found to be unrelated or even inversely related to principled moral
reasoning (Sapp & Jones, 1986). This is relevant because moral
reasoning itself is more predictive of prosocial behavior than is
religiosity (Maclean, Walker, & Matsuba, 2004). More importantly
though, situations requiring prosocial actions are often
vague and not amenable to general rules, but rather require reasoning
from principles. The factors most predictive of real-world
altruistic helping include high levels of abstract moral reasoning,
high internal conviction (i.e., low conformity), victim empathy,
and social responsibility (Midlarsky, Jones, & Corley, 2005).
Another way that the activation and perpetuation of a religious
prosocial stereotype may in fact be counterproductive is via the
process of “moral licensing.” Research suggests that engagement
in virtuous activities that help establish a prosocial self-concept
subsequently liberates the person to make self-indulgent choices
(Merritt, Effron, & Monin, 2010). For example, charitable donations
can establish a prosocial self-concept (e.g., “I am a helpful
person”), but can subsequently increase the chances of an indulgent
consumer choice (e.g., purchase designer jeans) without any
decrease in positive self-attributions (Khan & Dhar, 2006). Priming
people with positive traits that increase moral self-concept can
actually decrease prosocial behavior through moral licensing (Sachdeva,
Iliev, & Medin, 2009). These “moral credentials” can also
be vicariously gained. Beliefs regarding past moral behavior (i.e.,
behaving without prejudice) performed by members of one’s
group can lead to decreased prosociality such as individual prejudicial
behavior (Kouchaki, 2011). In this way, activating a stereotype
of religious prosociality may lead to nonprosocial behavior.
When concepts of previous religious prosociality are primed,
this increases the moral self-concept of those with strong religious
ingroup allegiance, liberating them to engage in morally inconsistent
or questionable behavior. Therefore, licensing research shows
that activation of a religious prosocial self-concept can actually
allow individuals to act in ways that are antithetical to prosociality
but without the accompanying sense of moral hypocrisy.
Finally, relying on religiously sanctified prosocial motivations
can shift individuals’ focus onto a transcendent goal (i.e., personal
salvation) rather than on empathy for the target in need (Rokeach,
1969). However, because a religious actor may perceive his or her
attitudes or actions as religiously sanctified, this discrepancy is not
noticed. As is the case with the self-report versus behavior gap, an
endorsement of the religion–morality stereotype may result in
self-reports that are biased and at odds with actual behavior. Taken
together with the priming literature, it is likely that activating a
religious frame may induce individuals to believe their actions are
sanctified, and thus justified because they focus on the motivation
or intention (i.e., religious) rather than the behavior itself. That is,
it is precisely because religious actions are considered sanctified
that may explain why there is a disjunction between religious
intention and behavioral outcome. For example, Blogowska and
Saroglou (2011) found that it was specifically the high levels of
religiosity present in high fundamentalists that predicted their
greater prosociality to targets who did not threaten their values but
lower prosociality to value-threatening targets.
Conclusion
The literature regarding religion and prosociality is characterized
not only by its size but also by the diversity of methods used
to assess the domains in question. These have included impression
formation studies, covert behavioral observations, economic
games, and many others. It is therefore not surprising that overall
summaries have often arrived at discrepant or contradictory conclusions.
Nevertheless, some general statements can be made.
Religious individuals self-report a higher degree of prosociality,
particularly when the latter is assessed as planned behavior, such
as charitable giving, and the targets of prosociality are familiars,
such as friends or family—so-called minimal prosociality. There is
also little question that priming or contextual reminders of religiosity
have a prosocial effect. These results have led many to
conclude that religiosity has a causal relationship to prosociality.
However, to the degree that studies assess prosociality in a nonplanned,
spontaneous context (e.g., bystander helping) and to the
degree that religious cues are not immediately relevant to the
context, particularly in the case where the target of prosociality is
not a familiar or is an outgroup member, the relationship between
religiosity and prosociality is essentially zero, or even negative.
Moreover, priming effects appear not to depend on the level of
religiosity of the individual (consistent with the activation of
general social stereotypes) and can include nonprosocial effects
such as ingroup bias. However, effects can offer differ substantially
based on what type of religiosity is the focus of investigation
(e.g., quest vs. fundamentalism).
The more theoretically interesting questions pertain to the reasons
why the religiosity–prosociality relationship shows these paradoxical
characteristics, such as a self-report versus behavioral
gap. As has been shown in the present review, studies connecting
religiosity and prosociality depend heavily on self and peer ratings
of morally relevant characteristics. These are almost always contaminated
by lack of blindness to the religious status of the target
and therefore are subject to ingroup bias and cultural stereotypes of
religion–morality halo effects. Experimental studies using priming
or similar interventions to activate a religious frame must also be
heavily qualified. Often prosocial secular or equivalent stimuli
(which can activate a stereotype of prosociality equivalent to
religious priming) are not used as controls. Further, antisocial
effects such as particularism, vindictiveness, and prejudice are
activated by religious priming. Religiosity appears to be associated
with a discrepancy between self-report and behavior in prosocial
domains, likely because of social desirability or stereotypic effects.
The mental well-being and personality literatures are affected by
similar problems.
The other methodological problem that renders a clear interpretation
of results difficult involves improper group comparisons and
the absence of controls for group or social effects. Strongly religious
individuals or those with high religious group attendance are
frequently compared with weakly religious individuals or those
with little or no affiliation. Findings resulting from these comparisons
are not valid assessments of whether religiosity itself is a
unique causal influence in prosociality. As Graham and Haidt
(2010) pointed out in their review, the hypotheses that “religious
people are happier than nonreligious people” and “religious people
give more to charity” are often based on effects that are reducible
to the ingroup binding effects of religious communities or social
networks. However, in benign social contexts, individuals experience
social support independent of religiosity (Diener et al., 2011).
Therefore, the prosocial effects presumed to come from religiosity
are not sui generis and are present in any closely bound community,
such as those that exist in which group formation has a
secular basis. Given the unprecedented growth of the religiously
unaffiliated in both Europe and, more recently, the United States,
it is increasingly necessary for research to focus on these individuals,
whose numbers were previously quite small even a decade
ago.
A set of general criteria is needed to properly evaluate whether
religious belief itself has a causal role in prosocial behavior.
Studies that can yield the most valid conclusions on prosocially
related topics such as morality, mental health, and personality are
ones that (a) use raters blind to religious status of the target and
objective target behaviors rather than self-reports; (b) utilize the
full range of religiosity with the low end represented by the
completely nonreligious separated from the weakly or nominally
religious or the nonchurch attending; (c) test for potential curvilinear
effects (e.g., the quadratic function in regressions); (d)
cross-reference the religious identity of the participant with that of
the target in studies of helping, bystander assistance, charitable
giving, or other social behavior; and (e) take into account the
relative representativeness or majority–minority status of the participant’s
own religious identification in its relationship to the
broader cultural milieu. Only by following these controls can
characteristics such as universal helpfulness or altruism be separated
from ingroup favoritism. Studies that have been conducted
under similar conditions to these have largely found no differences
in prosocial behavior as a function of religiosity; however, the
number of studies that fully meet such criteria are relatively few.
Studies are also needed that examine the role of cultural context
and the relative normativity of religiosity in order to determine
whether stereotypical associations with prosociality are uniform
across cultures.
In his presidential address to the Society for the Scientific Study
of Religion, Chaves (2010) warned against the “congruence fallacy.”
This refers to researchers’ mistaken assumption that consistency
exists between individuals’ religious beliefs and behaviors
and that a causal connection exists between religiosity and other
phenomena despite the evidence of tenuous or situation-specific
effects. The religious prosociality hypothesis, though popular in
the literature and among the general public, is a manifestation of
such a fallacy.
References
Ahmed, A. M. (2009). Are religious people more prosocial? A quasiexperimental
study with Madrasah pupils in a rural community in India.
Journal for the Scientific Study of Religion, 48, 368–374. doi:10.1111/
j.1468-5906.2009.01452.x
Ahmed, A., & Hammarstedt, M. (2011). The effect of subtle religious
representations on cooperation. International Journal of Social Economics,
38, 900–910. doi:10.1108/03068291111171405
Ahmed, A. M., & Salas, O. (2008). In the back of your mind: Subliminal
influences of religious concepts on prosocial behavior (Working Papers
in Economics No. 331). Gothenburg School of Business, Economics and
Law, University of Gothenburg, Gothenburg, Sweden. Retrieved from
Ahmed, A. M., & Salas, O. (2009). Is the hand of God involved in human
cooperation? International Journal of Social Economics, 36, 70–80.
doi:10.1108/03068290910921190
Ahmed, A. M., & Salas, O. (2011a, April). The effect of religious context
on prosociality in an economic game. Paper presented at the annual
meeting of the Association for the Study of Religion, Economics, and
Culture, Washington, D.C. Retrieved from http://www.thearda.com/
asrec/archive/papers/Ahmed_Religious_Context_Prosociality.pdf
Ahmed, A. M., & Salas, O. (2011b). Implicit influences of Christian
religious representations on dictator and prisoner’s dilemma game decisions.
Journal of Socio-Economics, 40, 242–246. doi:10.1016/
j.socec.2010.12.013
Alicke, M., & Sedikides, C. (2009). Self-enhancement and self-protection:
What they are and what they do. European Review of Social Psychology,
20, 1–48. doi:10.1080/10463280802613866
Allport, G. W., & Ross, J. M. (1967). Personal religious orientation and
prejudice. Journal of Personality and Social Psychology, 5, 432–443.
doi:10.1037/h0021212
Altemeyer, B., & Hunsberger, B. (1992). Authoritarianism, religious fundamentalism,
quest, and prejudice. International Journal for the Psychology
of Religion, 2, 113–133. doi:10.1207/s15327582ijpr0202_5
American Association of Fundraising Counsel Trust for Philanthropy.
(2002). Giving USA: The annual report on philanthropy for the year
2002. New York, NY: American Association of Fundraising Counsel.
Anderson, L. R., & Mellor, J. M. (2009). Religion and cooperation in a
public goods experiment. Economics Letters, 105, 58–60. doi:10.1016/
j.econlet.2009.05.016
Anderson, L., Mellor, J., & Milyo, J. (2010). Did the devil make them do
it? The effects of religion in public goods and trust games. Kyklos, 63,
163–175. doi:10.1111/j.1467-6435.2010.00456.x
Bailey, R. C., & Doriot, P. D. (1985). Perceptions of professionals who
express religious beliefs. Social Behavior and Personality, 13, 167–170.
doi:10.2224/sbp.1985.13.2.167
Bailey, R. C., & Young, M. D. (1986). The value and vulnerability of
perceived religious involvement. Journal of Social Psychology, 126,
693–694. doi:10.1080/00224545.1986.9713648
Barrick, M. R., & Mount, M. K. (1996). Effects of impression management
and self-deception on the predictive validity of personality constructs.
Journal of Applied Psychology, 81, 261–272. doi:10.1037/0021-
9010.81.3.261
Bateson, M., Nettle, D., & Roberts, G. (2006). Cues of being watched
enhance cooperation in a real-world setting. Biology Letters, 2, 412–
414. doi:10.1098/rsbl.2006.0509
Batson, C. D. (1991). The altruism question: Toward a socialpsychological
answer. Hillsdale, NJ: Erlbaum.
Batson, C. D., Flink, C. H., Schoenrade, P. A., Fultz, J., & Pych, V. (1986).
Religious orientation and overt versus covert racial prejudice. Journal of
Personality and Social Psychology, 50, 175–181. doi:10.1037/0022-
3514.50.1.175
Batson, C. D., & Flory, J. D. (1990). Goal-relevant cognitions associated
with helping by individuals high on intrinsic, end religion. Journal for
the Scientific Study of Religion, 29, 346–360. doi:10.2307/1386463
Batson, C. D., Floyd, R. B., Meyer, J. M., & Winner, A. L. (1999). “And
who is my neighbor?” Intrinsic religion as a source of universal compassion.
Journal for the Scientific Study of Religion, 38, 445–457.
doi:10.2307/1387605
Batson, C. D., & Gray, R. A. (1981). Religious orientation and helping
behavior: Responding to one’s own or the victim’s needs? Journal of
Personality and Social Psychology, 40, 511–520. doi:10.1037/0022-
3514.40.3.511
Batson, C. D., Oleson, K. C., Weeks, J. L., Healy, S. P., Reeves, P. J.,
Jennings, P., & Brown, T. (1989). Religious prosocial motivation: Is it
altruistic or egoistic? Journal of Personality and Social Psychology, 57,
873–884. doi:10.1037/0022-3514.57.5.873
Batson, C. D., Thompson, E. R., Seuferling, G., Whitney, H., & Strongman,
J. A. (1999). Moral hypocrisy: Appearing moral to oneself without
being so. Journal of Personality and Social Psychology, 77, 525–537.
doi:10.1037/0022-3514.77.3.525
Baumeister, R. F., Bauer, I. M., & Lloyd, S. A. (2010). Choice, free will,
and religion. Psychology of Religion and Spirituality, 2, 67–82. doi:
10.1037/a0018455
Bekkers, R. (2006). Traditional and health-related philanthropy: The role
of resources and personality. Social Psychology Quarterly, 69, 349–366.
doi:10.1177/019027250606900404
Bekkers, R., & Schuyt, T. (2008). And who is your neighbor? Explaining
denominational differences in charitable giving and volunteering in the
Netherlands. Review of Religious Research, 50, 74–96.
Bekkers, R., & Wiepking, P. (2007). Generosity and philanthropy: A
literature review.” Retrieved from http://www.fss.uu.nl/soc/homes/
bekkers/generosity2.pdf
Bellemare, C., & Kröger, S. (2007). On representative social capital.
European Economic Review, 51, 183–202. doi:10.1016/j.euroecorev
.2006.03.006
Benjamin, D. J., Choi, J. J., & Fisher, G. W. (2010). Religious identity and
economic behavior (NBER Working Paper No. 15925). Cambridge,
MA: National Bureau of Economic Research.
Ben-Ner, A., & Halldorsson, F. (2010). Trust and trustworthiness: What
are they, how to measure them, and what affects them. Journal of
Economic Psychology, 31, 64–79. doi:10.1016/j.joep.2009.10.001
Ben-Ner, A., McCall, B. P., Stephane, M., & Wang, H. (2009). Identity and
in-group/out-group differentiation in work and giving behaviors: Experimental
evidence. Journal of Economic Behavior & Organization, 72,
153–170. doi:10.1016/j.jebo.2009.05.007
Ben-Ner, A., Putterman, L., Kong, F., & Magan, D. (2004). Reciprocity in
a two-part game. Journal of Economic Behavior & Organization, 53,
333–352. doi:10.1016/j.jebo.2002.12.001
Bering, J. M., McLeod, K., & Shackelford, T. K. (2005). Reasoning about
dead agents reveals possible adaptive trends. Human Nature, 16, 360–
381.
Beyerlein, K., & Hipp, J. R. (2006). From pews to participation: The effect
of congregation activity and context on bridging civic engagement.
Social Problems, 53, 97–117. doi:10.1525/sp.2006.53.1.97
Blogowska, J., & Saroglou, V. (2011). Religious fundamentalism and
limited prosociality as a function of the target. Journal for the Scientific
Study of Religion, 50, 44–60. doi:10.1111/j.1468-5906.2010.01551.x
Bloodgood, J. M., Turnley, W. H., & Mudrack, P. (2008). The influence of
ethics instruction, religiosity, and intelligence on cheating behavior.
Journal of Business Ethics, 82, 557–571. doi:10.1007/s10551-007-
9576-0
Bobkowski, P. S., & Kalyanaraman, S. (2010). Effects of online Christian
self-disclosure on impression formation. Journal for the Scientific Study
of Religion, 49, 456–476. doi:10.1111/j.1468-5906.2010.01522.x
Bock, D. C., & Warren, N. C. (1972). Religious belief as a factor in
obedience to destructive demands. Review of Religious Research, 13,
185–191. doi:10.2307/3510781
Brenner, P. S. (2011a). Exceptional behavior or exceptional identity?
Overreporting of church attendance in the U.S. Public Opinion Quarterly,
75, 19–41. doi:10.1093/poq/nfq068
Brenner, P. S. (2011b). Identity importance and the overreporting of
religious service attendance: Multiple imputation of religious attendance
using the American Time Use Study and the General Social Survey.
Journal for the Scientific Study of Religion, 50, 103–115. doi:10.1111/
j.1468-5906.2010.01554.x
Brewer, M. B., & Brown, R. J. (1998). Intergroup relations. In D. T. Gilbert
& S. T. Fiske (Eds.), The handbook of social psychology (4th ed., Vol.
2, pp. 554–594). New York, NY: McGraw-Hill.
900 GALEN
Brooks, A. C. (2006). Who really cares: The surprising truth about
compassionate conservatism. New York, NY: Basic Books.
Brown, R. P., Barnes, C. D., & Campbell, N. J. (2007). Fundamentalism
and forgiveness. Personality and Individual Differences, 43, 1437–1447.
doi:10.1016/j.paid.2007.04.025
Buggle, F., Bister, D., Nohe, G., Schneider, W., & Uhmann, K. (2000). Are
atheists more depressed than religious people? Free Inquiry, 20, 50–55.
Bulbulia, J., & Mahoney, A. (2008). Religious solidarity: The hand grenade
experiment. Journal of Cognition and Culture, 8, 295–320. doi:
10.1163/156853708X358191
Burris, C. T., & Jackson, L. M. (1999). Hate the sin/love the sinner, or love
the hater? Intrinsic religion and responses to partner abuse. Journal for
the Scientific Study of Religion, 38, 160–174. doi:10.2307/1387591
Burris, C. T., & Jackson, L. M. (2000). Social identity and the true
believer: Responses to threatened self-stereotypes among the intrinsically
religious. British Journal of Social Psychology, 39, 257–278.
doi:10.1348/014466600164462
Burris, C. T., & Navara, G. S. (2002). Morality play or playing morality?
Intrinsic religious orientation and socially desirable responding. Self and
Identity, 1, 67–76. doi:10.1080/152988602317232812
Bushman, B. J., Ridge, R. D., Das, E., Key, C. W., & Busath, G. L. (2007).
When God sanctions killing: Effect of scriptural violence on aggression.
Psychological Science, 18, 204 –207. doi:10.1111/j.1467-
9280.2007.01873.x
Campbell, D. E., & Yonish, S. J. (2003). Religion and volunteering in
America. In C. Smidt (Ed.), Religion as social capital: Producing the
common good (pp. 87–106). Waco, TX: Baylor University Press.
Carpenter, T. P., & Marshall, M. A. (2009). An examination of religious
priming and intrinsic religious motivation in the moral hypocrisy paradigm.
Journal for the Scientific Study of Religion, 48, 386–393. doi:
10.1111/j.1468-5906.2009.01454.x
Center for Global Development. (2004). Ranking the rich. Foreign Policy,
142, 46–56.
Center for Global Development. (2005). Ranking the rich. Foreign Policy,
150, 76–83.
Center on Wealth and Philanthropy. (2007). Geography and giving: The
culture of philanthropy in New England and the nation. Boston, MA:
Boston Foundation. Retrieved from http://www.bc.edu/content/dam/
files/research_sites/cwp/pdf/geoandgiving2007.pdf
Chaves, M. (2010). Rain dances in the dry season: Overcoming the
religious congruence fallacy. Journal for the Scientific Study of Religion,
49, 1–14. doi:10.1111/j.1468-5906.2009.01489.x
Chen, D. L., & Lind, J. T. (2007). Religion, welfare politics, and church–
state separation. Journal of Ecumenical Studies, 42, 42–52.
Chia, E. K. F., & Jih, C.-S. (1994). The effects of stereotyping on impression
formation: Cross-cultural perspectives on viewing religious persons.
Journal of Psychology: Interdisciplinary and Applied, 128, 559–
565. doi:10.1080/00223980.1994.9914913
Cota-McKinley, A. L., Woody, W. D., & Bell, P. A. (2001). Vengeance:
Effects of gender, age, and religious background. Aggressive Behavior,
27, 343–350. doi:10.1002/ab.1019
Cottone, J., Drucker, P., & Javier, R. A. (2007). Predictors of moral
reasoning: Components of executive functioning and aspects of religiosity.
Journal for the Scientific Study of Religion, 46, 37–53. doi:
10.1111/j.1468-5906.2007.00339.x
Curlin, F. A., Dugdale, L. S., Lantos, J. D., & Chin, M. H. (2007). Do
religious physicians disproportionately care for the underserved? Annals
of Family Medicine, 5, 353–360. doi:10.1370/afm.677
Darley, J. M., & Batson, C. D. (1973). “From Jerusalem to Jericho”: A
study of situational and dispositional variables in helping behavior.
Journal of Personality and Social Psychology, 27, 100 –108. doi:
10.1037/h0034449
Davie, G. (1990). Believing without belonging: Is this the future of religion
in Britain? Social Compass, 37, 455– 469. doi:10.1177/
003776890037004004
De Dreu, C. K. W., Yzerbyt, V. Y., & Leyens, J.-P. (1995). Dilution of
stereotype-based cooperation in mixed-motive interdependence. Journal
of Experimental Social Psychology, 31, 575–593. doi:10.1006/
jesp.1995.1026
Diener, E., Tay, L., & Myers, D. G. (2011). The religion paradox: If
religion makes people happy, why are so many dropping out? Journal of
Personality and Social Psychology, 101, 1278–1290. doi:10.1037/
a0024402
Eckel, C. C., & Grossman, P. J. (2004). Giving to secular causes by the
religious and nonreligious: An experimental test of the responsiveness of
giving to subsidies. Nonprofit and Voluntary Sector Quarterly, 33,
271–289. doi:10.1177/0899764004263423
Edgell, P., Gerteis, J., & Hartmann, D. (2006). Atheists as “other”: Moral
boundaries and cultural membership in American society. American
Sociological Review, 71, 211–234. doi:10.1177/000312240607100203
Eichhorn, J. (2011). Happiness for believers? Contextualizing the effects of
religiosity on life-satisfaction. European Sociological Review. Advance
online publication. doi:10.1093/esr/jcr027
Eliassen, A. H., Taylor, J., & Lloyd, D. A. (2005). Subjective religiosity
and depression in the transition to adulthood. Journal for the Scientific
Study of Religion, 44, 187–199. doi:10.1111/j.1468-5906.2005.00275.x
Ellison, C. G. (1992). Are religious people nice people? Evidence from the
National Survey of Black Americans. Social Forces, 71, 411–430.
doi:10.1093/sf/71.2.411
Ellison, C. G., & George, L. K. (1994). Religious involvement, social ties,
and social support in a southeastern community. Journal for the Scientific
Study of Religion, 33, 46–61. doi:10.2307/1386636
Farkas, S., Johnson, J., & Foleno, T. (with Duffett, A., & and Foley, P.).
(2001). For goodness’ sake: Why so many want religion to play a
greater role in American Life. Retrieved from http://www.publicagenda.
org/files/pdf/for_goodness_sake.pdf
Fehr, E., Fischbacher, U., Von Rosenbladt, B., Schupp, J., & Wagner,
G. G. (2003). A nation-wide laboratory: Examining trust and trustworthiness
by integrating behavioral experiments into representative survey
(CESifo Working Paper No. 866; IZA Discussion Paper No. 715).
doi:10.2139/ssrn.385120
Fehr, R., Gelfand, M. J., & Nag, M. (2010). The road to forgiveness: A
meta-analytic synthesis of its situational and dispositional correlates.
Psychological Bulletin, 136, 894–914. doi:10.1037/a0019993
Fershtman, C., Gneezy, U., & Verboven, F. (2005). Discrimination and
nepotism: The efficiency of the anonymity rule. Journal of Legal Studies,
34, 371–396. doi:10.1086/429846
Fishbach, A., Friedman, R. S., & Kruglanski, A. W. (2003). Leading us not
unto temptation: Momentary allurements elicit overriding goal activation.
Journal of Personality and Social Psychology, 84, 296–309. doi:
10.1037/0022-3514.84.2.296
Furnham, A. F. (1997). Knowing and faking one’s five-factor personality
score. Journal of Personality Assessment, 69, 229–243. doi:10.1207/
s15327752jpa6901_14
Galen, L. W., & Kloet, J. (2011a). Mental well-being in the religious and
the non-religious: Evidence for a curvilinear relationship. Mental
Health, Religion & Culture, 14, 673– 689. doi:10.1080/13674676
.2010.510829
Galen, L. W., & Kloet, J. (2011b). Personality and social integration factors
distinguishing nonreligious from religious groups: The importance of
controlling for attendance and demographics. Archive for the Psychology
of Religion, 33, 205–228.
Galen, L. W., Smith, C. M., Knapp, N., & Wyngarden, N. (2011). Perceptions
of religious and non-religious targets: Exploring the effects of
perceivers’ religious fundamentalism. Journal of Applied Social Psychology,
41, 2123–2143. doi:10.1111/j.1559-1816.2011.00810.x
CRITIQUE OF RELIGIOUS PROSOCIALITY 901
Gallup, G., Jr., & Lindsay, D. M. (1999). Surveying the religious landscape:
Trends in U.S. beliefs. Harrisburg, PA: Morehouse.
Garos, S., Beggan, J. K., & Kluck, A. (2004). Temptation bias: Seeing
oneself as better able than others to resist temptation. In R. L. Piedmont
& D. O. Moberg (Eds.), Research in the social scientific study of religion
(Vol. 15, pp. 235–260). Leiden, the Netherlands: Brill.
Gebauer, J. E., Sedikides, C., & Neberich, W. (2012). Religiosity, social
self-esteem, and psychological adjustment: On the cross-cultural specificity
of the psychological benefits of religiosity. Psychological Science,
23, 158–160. doi:10.1177/0956797611427045
Gervais, W. M. (2011). Finding the faithless: Perceived atheist prevalence
reduces anti-atheist prejudice. Personality and Social Psychology Bulletin,
37, 543–556. doi:10.1177/0146167211399583
Gervais, W. M., & Norenzayan, A. (2012). Like a camera in the sky?
Thinking about God increases public self-awareness and socially desirable
responding. Journal of Experimental Social Psychology, 48, 298–
302. doi:10.1016/j.jesp.2011.09.006
Gervais, W. M., & Norenzayan, A. (in press). Reminders of secular
authority reduce believers’ distrust of atheists. Psychological Science.
Gervais, W. M., Shariff, A. F., & Norenzayan, A. (2011). Do you believe
in atheists? Distrust is central to anti-atheist prejudice. Journal of Personality
and Social Psychology, 101, 1189–1206. doi:10.1037/a0025882
Getz, I. R. (1984). Moral judgment and religion: A review of the literature.
Counseling and Values, 28, 94–116. doi:10.1002/j.2161-007X.1984
.tb01153.x
Gillum, R. F., & Masters, K. S. (2010). Religiousness and blood donation:
Findings from a national survey. Journal of Health Psychology, 15,
163–172. doi:10.1177/1359105309345171
Ginges, J., Hansen, I., & Norenzayan, A. (2009). Religion and support for
suicide attacks. Psychological Science, 20, 224 –230. doi:10.1111/
j.1467-9280.2009.02270.x
Gorsuch, R. L. (1984). Measurement: The boon and bane of investigating
religion. American Psychologist, 39, 228 –236. doi:10.1037/0003-
066X.39.3.228
Graham, J., & Haidt, J. (2010). Beyond beliefs: Religions bind individuals
into moral communities. Personality and Social Psychology Review, 14,
140–150. doi:10.1177/1088868309353415
Greenfield, E. A., & Marks, N. F. (2007). Religious social identity as an
explanatory factor for associations between more frequent formal religious
participation and psychological well-being. International Journal
for the Psychology of Religion, 17, 245–259. doi:10.1080/
10508610701402309
Greer, T., Berman, M., Varan, V., Bobrycki, L., & Watson, S. (2005). We
are a religious people; we are a vengeful people. Journal for the
Scientific Study of Religion, 44, 45–57. doi:10.1111/j.1468-
5906.2005.00264.x
Grossman, P. J., & Parrett, M. B. (2011). Religion and prosocial behaviour:
A field test. Applied Economics Letters, 18, 523–526. doi:10.1080/
13504851003761798
Hackney, C. H., & Sanders, G. S. (2003). Religiosity and mental health: A
meta-analysis of recent studies. Journal for the Scientific Study of
Religion, 42, 43–55. doi:10.1111/1468-5906.t01-1-00160
Hall, D. L., Matz, D. C., & Wood, W.. (2010). Why don’t we practice what
we preach? A meta-analytic review of religious racism. Personality and
Social Psychology Review, 14, 126 –139. doi:10.1177/
1088868309352179
Halman, L., & Draulans, V. (2006). How secular is Europe? British
Journal of Sociology, 57, 263–288. doi:10.1111/j.1468-
4446.2006.00109.x
Hansen, D. E., Vandenberg, B., & Patterson, M. L. (1995). The effects of
religious orientation on spontaneous and nonspontaneous helping behaviors.
Personality and Individual Differences, 19, 101–104. doi:10.1016/
0191-8869(95)00016-Y
Hardt, J., Schultz, S., Xander, C., Becker, G., & Dragan, M. (2012). The
Spirituality Questionnaire: Core dimensions of spirituality. Psychology,
3, 116–122. doi:10.4236/psych.2012.31017
Harper, M. (2007). The stereotyping of nonreligious people by religious
students: Contents and subtypes. Journal for the Scientific Study of
Religion, 46, 539–552. doi:10.1111/j.1468-5906.2007.00376.x
Highfield, R., Wiseman, R., & Jenkins, R. (2009). In your face. New
Scientist, 201, 28–32. doi:10.1016/S0262-4079(09)60447-4
Hill, P. C., & Hood, R. W., Jr. (Eds.). (1999). Measures of religiosity.
Birmingham, AL: Religious Education Press.
Hodgkinson, V. A., & Weitzman, M. S. (1996). Giving and volunteering in
the United States: Findings from a national survey. Washington, DC:
Independent Sector.
Hogg, M. A., & Abrams, D. (1988). Collective identity: Group membership
and self-conception. In M. B. Brewer & M. Hewstone (Eds.), Self
and social identity (pp. 147–181). Malden, MA: Blackwell.
Hood, R. W., Jr., Hill, P. C., & Spilka, B. (2009). The psychology of
religion: An empirical approach (4th ed.). New York, NY: Guilford
Press.
Horning, S. M., Hasker, P. D., Stirrat, M., & Cornwell, R. E. (2011).
Atheistic, agnostic, and religious older adults on well-being and coping
behaviors. Journal of Aging Studies, 25, 177–188. doi:10.1016/
j.jaging.2010.08.022
Horton, J. J., Rand, D. G., & Zeckhauser, R. J. (2010). The online
laboratory: Conducting experiments in a real labor market (NBER
Working Paper No. 15961). Cambridge, MA: National Bureau of Economic
Research. Retrieved from http://www.nber.org/papers/w15961
Hout, M., & Fischer, C. S. (2002). Why more Americans have no religious
preference: Politics and generations. American Sociological Review, 67,
165–190. doi:10.2307/3088891
Hunsberger, B. E., & Altemeyer, R. A. (2006). Atheists: A groundbreaking
study of America’s nonbelievers. Amherst, New York: Prometheus
Books.
Hunsberger, B., & Jackson, L. M. (2005). Religion, meaning, and prejudice.
Journal of Social Issues, 61, 807– 826. doi:10.1111/j.1540-
4560.2005.00433.x
Hunsberger, B., & Platonow, E. (1986). Religion and helping charitable
causes. Journal of Psychology, 120, 517–528.
Hunsberger, B., Pratt, M., & Pancer, S. M. (2001). Religious versus
nonreligious socialization: Does religious background have implications
for adjustment? International Journal for the Psychology of Religion,
11, 105–128. doi:10.1207/S15327582IJPR1102_03
Hunter, J. A. (2001). Self-esteem and in-group bias among members of a
religious social category. Journal of Social Psychology, 141, 401–411.
doi:10.1080/00224540109600561
Isaac, S. V., Bailey, R. C., & Isaac, W. L. (1995). Perceptions of religious
and nonreligious targets who participate in premarital sex. Social Behavior
and Personality, 23, 229–233. doi:10.2224/sbp.1995.23.3.229
Jackson, E. F., Bachmeier, M. D., Wood, J. R., & Craft, E. A. (1995).
Volunteering and charitable giving: Do religious and associational ties
promote helping behavior? Nonprofit and Voluntary Sector Quarterly,
24, 59–78. doi:10.1177/089976409502400108
Ji, C. C., Pendergraft, L., & Perry, M. (2006). Religiosity, altruism, and
altruistic hypocrisy: Evidence from Protestant adolescents. Review of
Religious Research, 48, 156–178.
Johansson-Stenman, O., Mahmud, M., & Martinsson, P. (2009). Trust and
religion: Experimental evidence from rural Bangladesh. Economica, 76,
462–485. doi:10.1111/j.1468-0335.2008.00689.x
Johnson, M. K., Rowatt, W. C., Barnard-Brak, L. M., Patock-Peckham,
J. P., LaBouff, J. P., & Carlisle, R. D. (2011). A mediational analysis of
the role of right-wing authoritarianism and religious fundamentalism in
the religiosity–prejudice link. Personality and Individual Differences,
50, 851–856. doi:10.1016/j.paid.2011.01.010
Johnson, M. K., Rowatt, W. C., & LaBouff, J. (2010). Priming Christian
902 GALEN
religious concepts increases racial prejudice. Social Psychological &
Personality Science, 1, 119–126. doi:10.1177/1948550609357246
Jorm, A. F., & Christensen, H. (2004). Religiosity and personality: Evidence
for non-linear associations. Personality and Individual Differences,
36, 1433–1441. doi:10.1016/S0191-8869(03)00239-3
Jost, J. T., Glaser, J., Kruglanski, A. W., & Sulloway, F. J. (2003). Political
conservatism as motivated social cognition. Psychological Bulletin, 129,
339–375. doi:10.1037/0033-2909.129.3.339
Kagel, J. H., & Roth, A. E. (Eds.). (1995). The handbook of experimental
economics. Princeton University Press.
Kay, A. C., Shepherd, S., Blatz, C. W., Chua, S. N., & Galinsky, A. D.
(2010). For God (or) country: The hydraulic relation between government
instability and belief in religious sources of control. Journal of
Personality and Social Psychology, 99, 725–739. doi:10.1037/a0021140
Khan, U., & Dhar, R. (2006). Licensing effect in consumer choice. Journal
of Marketing Research, 43, 259–266. doi:10.1509/jmkr.43.2.259
Koenig, H. G. (2008). Concerns about measuring “spirituality” in research.
Journal of Nervous and Mental Disease, 196, 349–355. doi:10.1097/
NMD.0b013e31816ff796
Koenig, H. G., & Larson, D. B. (2001). Religion and mental health:
Evidence for an association. International Review of Psychiatry, 13,
67–78. doi:10.1080/09540260124661
Koole, S. L., McCullough, M. E., Kuhl, J., & Roelofsma, P. H. M. P
(2010). Why religion’s burdens are light: From religiosity to implicit
self-regulation. Personality and Social Psychology Review, 14, 95–107.
doi:10.1177/1088868309351109
Kosmin, B. A., & Keysar, A. (2008). American Religious Identification
Survey. Hartford, CT: Institute for the Study of Secularism in Society &
reports/ARIS_Report_2008.pdf
Kouchaki, M. (2011). Vicarious moral licensing: The influence of others’
past moral actions on moral behavior. Journal of Personality and Social
Psychology, 101, 702–715. doi:10.1037/a0024552
LaBouff, J., Rowatt, W. C., Johnson, M. K., & Finkle, C. (in press).
Differences in attitudes towards outgroups in a religious or non-religious
context in a multi-national sample: A situational context priming study.
International Journal for the Psychology of Religion.
Lam, P. Y. (2002). As the flocks gather: How religion affects voluntary
association participation. Journal for the Scientific Study of Religion, 41,
405–422. doi:10.1111/1468-5906.00127
Laurin, K., Kay, A. C., & Fitzsimons, G. M. (2011). Divergent effects of
activating thoughts of God on self-regulation. Journal of Personality and
Social Psychology, 102, 4–21. doi:10.1037/a0025971
Lavricˇ, M., & Flere, S. (2008). The role of culture in the relationship
between religiosity and psychological well-being. Journal of Religion
and Health, 47, 164–175. doi:10.1007/s10943-008-9168-z
Laythe, B., Finkel, D., & Kirkpatrick, L. A. (2001). Predicting prejudice
from religious fundamentalism and right-wing authoritarianism: A
multiple-regression approach. Journal for the Scientific Study of Religion,
40, 1–10. doi:10.1111/0021-8294.00033
Leach, M. M., Berman, M. E., & Eubanks, L. (2008). Religious activities,
religious orientation, and aggressive behavior. Journal for the Scientific
Study of Religion, 47, 311–319. doi:10.1111/j.1468-5906.2008.00409.x
Leak, G. K., & Fish, S. (1989). Religious orientation, impression management,
and self-deception: Toward a clarification of the link between
religiosity and social desirability. Journal for the Scientific Study of
Religion, 28, 355–359. doi:10.2307/1386746
Lim, C., & Putnam, R. D. (2010). Religion, social networks, and life
satisfaction. American Sociological Review, 75, 914–933. doi:10.1177/
0003122410386686
Lincoln, R., Morrissey, C. A., & Mundey, P. (2008). Religious giving: A
literature review. Retrieved from http://generosityresearch.nd.edu/
assets/20447/religious_giving_final.pdf
Lodi-Smith, J., & Roberts, B. W. (2007). Social investment and personality:
A meta-analysis of the relationship of personality traits to investment
in work, family, religion, and volunteerism. Personality and Social
Psychology Review, 11, 68–86. doi:10.1177/1088868306294590
Maclean, A. M., Walker, L. J., & Matsuba, M. K. (2004). Transcendence
and the moral self: Identity integration, religion, and moral life. Journal
for the Scientific Study of Religion, 43, 429–437. doi:10.1111/j.1468-
5906.2004.00245.x
Mahoney, A., Pargament, K. I., Jewell, T., Swank, A. B., Scott, E., Emery,
E., & Rye, M. (1999). Marriage and the spiritual realm: The role of
proximal and distal religious constructs in marital functioning. Journal
of Family Psychology, 13, 321–338. doi:10.1037/0893-3200.13.3.321
Manning, L. K. (2010). Gender and religious differences associated with
volunteering in later life. Journal of Women & Aging, 22, 125–135.
doi:10.1080/08952841003719224
Masters, K. S., & Knestel, A. (2011). Religious orientation among a
random sample of community-dwelling adults: Relations with health
status and health-relevant behavior. International Journal for the Psychology
of Religion, 21, 63–76. doi:10.1080/10508619.2011.532450
Mazar, N., Amir, O., & Ariely, D. (2008). The dishonesty of honest people:
A theory of self-concept maintenance. Journal of Marketing Research,
45, 633–644. doi:10.1509/jmkr.45.6.633
McCullough, M. E., Enders, C. K., Brion, S. L., & Jain, A. R. (2005). The
varieties of religious development in adulthood: A longitudinal investigation
of religion and rational choice. Journal of Personality and Social
Psychology, 89, 78–89. doi:10.1037/0022-3514.89.1.78
McCullough, M. E., & Willoughby, B. L. B. (2009). Religion, selfregulation,
and self-control: Associations, explanations, and implications.
Psychological Bulletin, 135, 69–93. doi:10.1037/a0014213
McCullough, M. E., & Worthington, E. L., Jr. (1999). Religion and the
forgiving personality. Journal of Personality, 67, 1141–1164. doi:
10.1111/1467-6494.00085
McKay, R., Efferson, C., Whitehouse, H., & Fehr, E. (2011). Wrath of
God: Religious primes and punishment. Proceedings of the Royal Society
of London B: Biological Sciences, 278, 1858–1863. doi:10.1098/
rspb.2010.2125
Meltzer, H. I., Dogra, N., Vostanis, P., & Ford, T. (2011). Religiosity and
the mental health of adolescents in Great Britain. Mental Health, Religion
& Culture, 14, 703–713. doi:10.1080/13674676.2010.515567
Merritt, A. C., Effron, D. A., & Monin, B. (2010). Moral self-licensing:
When being good frees us to be bad. Social and Personality Psychology
Compass, 4, 344–357. doi:10.1111/j.1751-9004.2010.00263.x
Midlarsky, E., Jones, S. F., & Corley, R. P. (2005). Personality correlates
of heroic rescue during the Holocaust. Journal of Personality, 73,
907–934. doi:10.1111/j.1467-6494.2005.00333.x
Miller, M. K., & Bornstein, B. H. (2006). The use of religion in death
penalty sentencing trials. Law and Human Behavior, 30, 675–684.
doi:10.1007/s10979-006-9056-6
Mochon, D., Norton, M. I., & Ariely, D. (2011). Who benefits from
religion? Social Indicators Research, 101, 1–15. doi:10.1007/s11205-
010-9637-0
Monsma, S. V. (2007). Religion and philanthropic giving and volunteering:
Building blocks for civic responsibility. Interdisciplinary Journal of
Research on Religion, 3, Article 3.
Morgan, S. P. (1983). A research note on religion and morality: Are
religious people nice people? Social Forces, 61, 683–692. doi:10.1093/
sf/61.3.683
Murphy, P. E., Ciarrocchi, J. W., Piedmont, R. L., Cheston, S., Peyrot, M.,
& Fitchett, G. (2000). The relation of religious belief and practices,
depression, and hopelessness in persons with clinical depression. Journal
of Consulting and Clinical Psychology, 68, 1102–1106. doi:10.1037/
0022-006X.68.6.1102
Myers, D. G. (2000). The funds, friends, and faith of happy people.
American Psychologist, 55, 56–67. doi:10.1037/0003-066X.55.1.56
CRITIQUE OF RELIGIOUS PROSOCIALITY 903
Myers, D. G. (2008). A friendly letter to skeptics and atheists: Musings on
why God is good and faith isn’t evil. San Francisco, CA: Jossey-Bass.
Myers, D. G. (2009, February 20). The complicated relationship between
religiosity and social well-being. Chronicle of Higher Education. Retrieved
.LTE.pdf
Narvaez, D., Getz, I., Rest, J. R., & Thoma, S. J. (1999). Individual moral
judgment and cultural ideologies. Developmental Psychology, 35, 478–
488. doi:10.1037/0012-1649.35.2.478
Naumann, L. P., Vazire, S., Rentfrow, P. J., & Gosling, S. D. (2009).
Personality judgments based on physical appearance. Personality and
Social Psychology Bulletin, 35, 1661–1671. doi:10.1177/
0146167209346309
Nelson, L. D., & Norton, M. I. (2005). From student to superhero: Situational
primes shape future helping. Journal of Experimental Social
Psychology, 41, 423–430. doi:10.1016/j.jesp.2004.08.003
Newport, F., Agrawal, S., & Witters, D. (2010, December 1). Very religious
Americans report less depression, worry. Retrieved from http://
Depression-Worry.aspx
Neyrinck, B., Vansteenkiste, M., Lens, W., Duriez, B., & Hutsebaut, D.
(2006). Cognitive, affective, and behavioral correlates of internalization
of regulations for religious activities. Motivation and Emotion, 30,
323–334. doi:10.1007/s11031-006-9048-3
Nordgren, L. F., van Harreveld, F., & van der Pligt, J. (2009). The restraint
bias: How the illusion of self-restraint promotes impulsive behavior.
Psychological Science, 20, 1523–1528. doi:10.1111/j.1467-
9280.2009.02468.x
Norenzayan, A., & Shariff, A. F. (2008). The origin and evolution of
religious prosociality. Science, 322, 58 – 62. doi:10.1126/science
.1158757
Oliner, S. P., & Oliner, P. M. (1988). The altruistic personality: Rescuers
of Jews in Nazi Europe. New York, NY: Free Press.
Orbell, J., Goldman, M., Mulford, M., & Dawes, R. (1992). Religion,
context, and constraint toward strangers. Rationality and Society, 4,
291–307. doi:10.1177/1043463192004003004
Paciotti, B., Richerson, P., Baum, B., Lubell, M., Waring, T., McElreath,
R., . . . Edsten, E. (2011). Are religious individuals more generous,
trusting, and cooperative? An experimental test of the effect of religion
on prosociality. In D. C. Wood (Series Ed.) & L. Obadia & D. C. Wood
(Vol. Eds.), Research in Economic Anthropology: Vol. 31. The economics
of religion: Anthropological approaches (pp. 267–305). Bingley,
England: Emerald. doi:10.1108/S0190-1281(2011)0000031014
Paloutzian, R. F., & Ellison, C. W. (1982). Loneliness, spiritual well-being
and the quality of life. In L. A. Peplau & D. Perlman (Eds.), Loneliness:
A sourcebook of current theory, research and therapy (pp. 224–236).
New York, NY: Wiley.
Park, J. Z., & Smith, C. (2000). “To whom much has been given . . .”:
Religious capital and community voluntarism among churchgoing Protestants.
Journal for the Scientific Study of Religion, 39, 272–286. doi:
10.1111/0021-8294.00023
Paulhus, D. L., & John, O. P. (1998). Egoistic and moralistic biases in
self-perception: The interplay of self-deceptive styles with basic traits
and motives. Journal of Personality, 66, 1025–1060. doi:10.1111/1467-
6494.00041
Peifer, J. L. (2007). Religious giving as a response to community? (CSES
Working Paper No. 42). Ithaca, NY: Center for the Study of Economy and
wp42_peifer_07.pdf
Pelham, B., & Crabtree, S. (2008, October 8). Worldwide, highly religious
more likely to help others. Retrieved from http://www.gallup.com/poll/
111013/worldwide-highly-religious-more-likely-help-others.aspx
Pepper, M., Jackson, T., & Uzzell, D. (2010). A study of multidimensional
religion constructs and values in the United Kingdom. Journal for the
Scientific Study of Religion, 49, 127–146. doi:10.1111/j.1468-
5906.2009.01496.x
Pew Forum on Religion and Public Life. (2008). U.S. Religious Landscape
Survey: Religious affiliation: Diverse and dynamic. Retrieved from
pdf
Pew Forum on Religion and Public Life. (2010). U.S. Religious Knowledge
Knowledge-Survey.aspx
Pichon, I., Boccato, G., & Saroglou, V. (2007). Nonconscious influences of
religion on prosociality: A priming study. European Journal of Social
Psychology, 37, 1032–1045. doi:10.1002/ejsp.416
Pichon, I., & Saroglou, V. (2009). Religion and helping: Impact of target,
thinking styles and just-world beliefs. Archive for the Psychology of
Religion, 31, 215–236. doi:10.1163/157361209X424466
Piedmont, R. L. (1999). Does spirituality represent the sixth factor of
personality? Spiritual transcendence and the five-factor model. Journal
of Personality, 67, 985–1013. doi:10.1111/1467-6494.00080
Preston, J. L., Ritter, R. S., & Hernandez, J. I. (2010). Principles of
religious prosociality: A review and reformulation. Social and Personality
Psychology Compass, 4, 574 –590. doi:10.1111/j.1751-
9004.2010.00286.x
Pruckner, G. J., & Sausgruber, R. (2008). Honesty on the streets: A natural
field experiment on newspaper purchasing. Retrieved from http://
Putnam, R. D. (2000). Bowling alone: The collapse and revival of American
community. New York, NY: Touchstone.
Putnam, R. D., & Campbell, D. E. (2010). American grace: How religion
divides and unites us. New York, NY: Simon & Schuster.
Randolph-Seng, B., & Nielsen, M. E. (2007). Honesty: One effect of
primed religious representations. International Journal for the Psychology
of Religion, 17, 303–315. doi:10.1080/10508610701572812
Randolph-Seng, B., & Nielsen, M. E. (2008). Is God really watching you? A
response to Shariff and Norenzayan (2007). International Journal for the
Psychology of Religion, 18, 119–122. doi:10.1080/10508610701879373
Rees, T. (2009, August 6). The happiness smile [Web log message].
happiness-smile.html
Reitsma, J., Scheepers, P., & te Grotenhuis, M. (2006). Dimensions of
individual religiosity and charity: Cross-national effect differences in
European countries?” Review of Religious Research, 47, 347–362.
Reynolds, S. J., & Ceranic, T. L. (2007). The effects of moral judgment and
moral identity of moral behavior: An empirical examination of the moral
individual. Journal of Applied Psychology, 92, 1610–1624. doi:10.1037/
0021-9010.92.6.1610
Richards, P. S. (1991). Religious devoutness in college students: Relations
with emotional adjustment and psychological separation from parents.
Journal of Counseling Psychology, 38, 189–196. doi:10.1037/0022-
0167.38.2.189
Riley, J., Best, S., & Charlton, B. G. (2005). Religious believers and strong
atheists may both be less depressed than existentially-uncertain people.
Quarterly Journal of Medicine, 98, 840. doi:10.1093/qjmed/hci132
Ritter, R. S., & Preston, J. L. (2011). Gross gods and icky atheism: Disgust
response to rejected religious beliefs. Journal of Experimental Social
Psychology, 47, 1225–1230. doi:10.1016/j.jesp.2011.05.006
Rokeach, M. (1969). Religious values and social compassion. Review of
Religious Research, 11, 24–39. doi:10.2307/3510551
Ross, C. E. (1990). Religion and psychological distress. Journal for the
Scientific Study of Religion, 29, 236–245. doi:10.2307/1387431
Rossano, M. J. (2008). The moral faculty: Does religion promote “moral
expertise”? International Journal for the Psychology of Religion, 18,
169–194. doi:10.1080/10508610802115727
Rowatt, W. C., Franklin, L. M., & Cotton, M. (2005). Patterns and
personality correlates of implicit and explicit attitudes toward Christians
904 GALEN
and Muslims. Journal for the Scientific Study of Religion, 44, 29–43.
doi:10.1111/j.1468-5906.2005.00263.x
Rowatt, W. C., Ottenbreit, A., Nesselroade, K. P., Jr., & Cunningham,
P. A. (2002). On being holier-than-thou or humbler-than-thee: A socialpsychological
perspective on religiousness and humility. Journal for the
Scientific Study of Religion, 41, 227–237. doi:10.1111/1468-5906.00113
Ruffle, B. J., & Sosis, R. (2006). Cooperation and the in-group-out-group
bias: A field test on Israeli kibbutz members and city residents. Journal
of Economic Behavior & Organization, 60, 147–163. doi:10.1016/
j.jebo.2004.07.007
Ryan, R. M., Rigby, S., & King, K. (1993). Two types of religious
internalization and their relations to religious orientations and mental
health. Journal of Personality and Social Psychology, 65, 586–596.
doi:10.1037/0022-3514.65.3.586
Sabatier, C., Mayer, B., Friedlmeier, M., Lubiewska, K., & Trommsdorff,
G. (2011). Religiosity, family orientation, and life satisfaction of adolescents
in four countries. Journal of Cross-Cultural Psychology, 42,
1375–1393. doi:10.1177/0022022111412343
Sachdeva, S., Iliev, R., & Medin, D. L. (2009). Sinning saints and saintly
sinners: The paradox of moral self-regulation. Psychological Science,
20, 523–528. doi:10.1111/j.1467-9280.2009.02326.x
Sapp, G. L., & Jones, L. (1986). Religious orientation and moral judgment.
Journal for the Scientific Study of Religion, 25, 208–214. doi:10.2307/
1385477
Saroglou, V. (2002). Religion and the five factors of personality: A
meta-analytic review. Personality and Individual Differences, 32, 15–
25. doi:10.1016/S0191-8869(00)00233-6
Saroglou, V. (2006, Spring). Religion’s role in prosocial behavior: Myth or
reality? Psychology of Religion Newsletter, 31, 1–8.
Saroglou, V. (2010). Religiousness as a cultural adaptation of basic traits:
A five-factor model perspective. Personality and Social Psychology
Review, 14, 108–125. doi:10.1177/1088868309352322
Saroglou, V. (2011). Believing, bonding, behaving, and belonging: The
Big Four religious dimensions and cultural variation. Journal of Cross-
Cultural Psychology, 42, 1320–1340. doi:10.1177/0022022111412267
Saroglou, V., Corneille, O., & Van Cappellen, P. (2009). “Speak, Lord,
your servant is listening”: Religious priming activates submissive
thoughts and behaviors. International Journal for the Psychology of
Religion, 19, 143–154. doi:10.1080/10508610902880063
Saroglou, V., Delpierre, V., & Dernelle, R. (2004). Values and religiosity:
A meta-analysis of studies using Schwartz’s model. Personality and
Individual Differences, 37, 721–734. doi:10.1016/j.paid.2003.10.005
Saroglou, V., Pichon, I., Trompette, L., Verschueren, M., & Dernelle, R.
(2005). Prosocial behavior and religion: New evidence based on projective
measures and peer ratings. Journal for the Scientific Study of
Religion, 44, 323–348. doi:10.1111/j.1468-5906.2005.00289.x
Sasaki, J. Y., & Kim, H. S. (2011). At the intersection of culture and
religion: A cultural analysis of religion’s implications for secondary
control and social affiliation. Journal of Personality and Social Psychology,
101, 401–414. doi:10.1037/a0021849
Sasaki, J. Y., Kim, H. S., Mojaverian, T., Kelley, L. D. S., Park, I. Y., &
Janušonis, S. (2011). Religion priming differentially increases prosocial
behavior among variants of the dopamine D4 receptor (DRD4) gene.
Social Cognitive and Affective Neuroscience. Advance online publication.
doi:10.1093/scan/nsr089
Schwartz, S. H., & Huismans, S. (1995). Value priorities and religiosity in
four Western religions. Social Psychology Quarterly, 58, 88–107. doi:
10.2307/2787148
Sedikides, C., & Gebauer, J. E. (2010). Religiosity as self-enhancement: A
meta-analysis of the relation between socially desirable responding and
religiosity. Personality and Social Psychology Review, 14, 17–36. doi:
10.1177/1088868309351002
Shariff, A. F., & Norenzayan, A. (2007). God is watching you: Priming
God concepts increases prosocial behavior in an anonymous economic
game. Psychological Science, 18, 803– 809. doi:10.1111/j.1467-
9280.2007.01983.x
Shaver, P., Lenauer, M., & Sadd, S. (1980). Religiousness, conversion, and
subjective well-being: The “healthy-minded” religion of modern American
women. American Journal of Psychiatry, 137, 1563–1568.
Smith, B. G., & Stark, R. (2009, September 4). Religious attendance
relates to generosity worldwide. Retrieved from http://www.gallup.com/
poll/122807/Religious-Attendance-Relates-Generosity-Worldwide.aspx
Smith, R. E., Wheeler, G., & Diener, E. (1975). Faith without works: Jesus
people, resistance to temptation, and altruism. Journal of Applied Social
Psychology, 5, 320–330. doi:10.1111/j.1559-1816.1975.tb00684.x
Smith, T. B., McCullough, M. E., & Poll, J. (2003). Religiousness and
depression: Evidence for a main effect and the moderating influence of
stressful life events. Psychological Bulletin, 129, 614–636. doi:10.1037/
0033-2909.129.4.614
Snoep, L. (2008). Religiousness and happiness in three nations: A research
note. Journal of Happiness Studies, 9, 207–211. doi:10.1007/s10902-
007-9045-6
Sosis, R., & Ruffle, B. J. (2003). Religious ritual and cooperation: Testing
for a relationship on Israeli religious and secular kibbutzim. Current
Anthropology, 44, 713–722. doi:10.1086/379260
Stegmueller, D., Scheepers, P., Rossteutscher, S., & de Jong, E. (2011).
Support for redistribution in Western Europe: Assessing the role of
religion. European Sociological Review. Advance online publication.
doi:10.1093/esr/jcr011
Tamarin, G. R. (1966). The influence of ethnic and religious prejudice on
moral judgment. New Outlook, 9, 49–58.
Tan, J. H. W. (2006). Religion and social preferences: An experimental
study. Economics Letters, 90, 60–67. doi:10.1016/j.econlet.2005.07.006
Tan, J. H. W., & Vogel, C. (2008). Religion and trust: An experimental
study. Journal of Economic Psychology, 29, 832–848. doi:10.1016/
j.joep.2008.03.002
Taylor, A., & MacDonald, D. A. (1999). Religion and the five factor model
of personality: An exploratory investigation using a Canadian university
sample. Personality and Individual Differences, 27, 1243–1259. doi:
10.1016/S0191-8869(99)00068-9
Taylor, D. M., & Jaggi, V. (1974). Ethnocentrism and causal attribution in
a south Indian context. Journal of Cross-Cultural Psychology, 5, 162–
171. doi:10.1177/002202217400500202
Taylor, S. E. (1989). Positive illusions: Creative self-deception and the
healthy mind. New York, NY: Basic Books.
Tierney, J. (2008, December 30). For good self-control, try getting religious
about it. The New York Times. Retrieved from http://
Tinoco, J. (1998). Effect of intergroup differentiation on participation with
religious young people. International Journal for the Psychology of
Religion, 8, 197–204. doi:10.1207/s15327582ijpr0803_5
Toburen, T., & Meier, B. P. (2010). Priming God-related concepts increases
anxiety and task persistence. Journal of Social and Clinical
Psychology, 29, 127–143. doi:10.1521/jscp.2010.29.2.127
Trimble, D. E. (1997). The Religious Orientation Scale: Review and
meta-analysis of social desirability effects. Educational and Psychological
Measurement, 57, 970–986. doi:10.1177/0013164497057006007
Tsang, J.-A., McCullough, M. E., & Hoyt, W. T. (2005). Psychometric and
rationalization accounts of the religion–forgiveness discrepancy. Journal
of Social Issues, 61, 785– 805. doi:10.1111/j.1540-4560.2005
.00432.x
Tsang, J.-A., Schulwitz, A., & Carlisle, R. D. (2011). An experimental test
of the relationship between religion and gratitude. Psychology of Religion
and Spirituality, 4, 40–55. doi:10.1037/a0025632
Turner, J. C., Brown, R. J., & Tajfel, H. (1979). Social comparison and
group interest in ingroup favouritism. European Journal of Social Psychology,
9, 187–204. doi:10.1002/ejsp.2420090207
CRITIQUE OF RELIGIOUS PROSOCIALITY 905
Tversky, A. (1977). Features of similarity. Psychological Review, 84,
327–352. doi:10.1037/0033-295X.84.4.327
Uslaner, E. M. (2002). Religion and civic engagement in Canada and the
United States. Journal for the Scientific Study of Religion, 41, 239–254.
doi:10.1111/1468-5906.00114
Van Cappellen, P., Corneille, O., Cols, S., & Saroglou, V. (2011). Beyond
mere compliance to authority figures: Religious priming increases conformity
to informational influence among submissive people. International
Journal for the Psychology of Religion, 21, 97–105. doi:10.1080/
10508619.2011.556995
Vilaythong Tran, O., Lindner, N. M., & Nosek, B. A. (2010). “Do unto
others”: Effects of priming the golden rule on Buddhists’ and Christians’
attitudes toward gay people. Journal for the Scientific Study of Religion,
49, 494–506. doi:10.1111/j.1468-5906.2010.01524.x
Walker, L. J. (1999). The perceived personality of moral exemplars.
Journal of Moral Education, 28, 145–162. doi:10.1080/
030572499103188
Watson, P. J., Morris, R. J., Foster, J. E., & Hood, R. W., Jr. (1986).
Religiosity and social desirability. Journal for the Scientific Study of
Religion, 25, 215–232. doi:10.2307/1385478
Weeks, M., & Vincent, M. A. (2007). Using religious affiliation to spontaneously
categorize others. International Journal for the Psychology of
Religion, 17, 317–331. doi:10.1080/10508610701572846
Welch, M. R., Tittle, C. R., & Grasmick, H. G. (2006). Christian religiosity,
self-control and social conformity. Social Forces, 84, 1605–1623.
doi:10.1353/sof.2006.0075
Wenger, J. L. (2007). The implicit nature of intrinsic religious pursuit.
International Journal for the Psychology of Religion, 17, 47–60. doi:
10.1207/s15327582ijpr1701_4
Widman, D. R., Corcoran, K. E., & Nagy, R. E. (2009). Belonging to the
same religion enhances the opinion of others’ kindness and morality.
Journal of Social, Evolutionary, and Cultural Psychology, 3, 281–289.
Wiepking, P. (2010). Democrats support international relief and the upper
class donates to art? How opportunity, incentives and confidence affect
donations to different types of charitable organizations. Social Science
Research, 39, 1073–1087. doi:10.1016/j.ssresearch.2010.06.005
Wilkinson, P. J., & Coleman, P. G. (2010). Strong beliefs and coping in old
age: A case-based comparison of atheism and religious faith. Ageing and
Society, 30, 337–361. doi:10.1017/S0144686X09990353
Williamson, W. P., & Assadi, A. (2005). Religious orientation, incentive,
self-esteem, and gender as predictors of academic dishonesty: An experimental
approach. Archive for the Psychology of Religion, 27, 137–
158.
Wilson, T. D. (2002). Strangers to ourselves: Discovering the adaptive
unconscious. Cambridge, MA: Belknap Press/Harvard University Press.
Zhang, J., & Jin, S. (1996). Determinants of suicidal ideation: A comparison
of Chinese and American college students. Adolescence, 31, 451–
467.
Zuckerman, P. (2008). Society without God: What the least religious
nations can tell us about contentment. New York: New York University
Press.
Received March 14, 2011
Revision received February 21, 2012
Accepted February 23, 2012

 Voir enfin:

COMMENT
David G. Myers
Hope College
Luke Galen (2012) offers a timely analysis of associations between religiosity and prosocial and
antisocial attitudes and behaviors. After identifying 10 points of agreement, I raise 8 questions for further
reflection and research: (1) Is ingroup giving and volunteerism not prosocial? (2) Are religion-related
prosocial norms part of the religious factor? (3) Is social support also appropriately considered part of the
religious factor? (4) Are self-report data from more and less religious people invalid? (5) How should we
disentangle gender and religiosity? (6) How might we resolve “the religious engagement paradox”? (7)
Does religion serve an adaptive, evolutionary function? And (8) Might research further explore religi-
osity, in its varieties, and prosociality?
Keywords:
religiosity, religion, altruism, prosocial
Supplemental materials:
Does religion do more harm than good? In public debate,
religion’s adversaries point to yesterday’s inquisitions and witch
hunts, and today’s gay-bashing, antiscience fundamentalists, while
religion’s advocates remind us of the legacy of religion-inspired
hospitals, hospices, orphanages, and universities. Christopher
Hitchens (2007), in
God Is Not Great
, sought to explain, in the
words of its subtitle, how religion poisons everything. Indeed,
many who profess love practice hate. The “insane courage” that
enabled the 9/11 terrorism, “came from religion,” noted Richard
Dawkins (2001). But so did the nobler courage that motivated
William Wilberforce, Martin Luther King Jr., Dietrich Bonhoeffer,
and Mother Teresa, reply religion’s defenders, noting also the
life-devaluing brutality of the irreligious Stalin, Mao, Pol Pot,
Nicolae Ceaus ̧escu, and Kim Jong-il.
The vivid extremes of religion and irreligion—the best and the
worst of each—rhetorically cancel each other. That leaves dispas-
sionate research to assess whether religion more often promotes
prosociality or antisociality among the estimated 68% of human
beings (4.6 billion people) who answer “yes” when asked by
Gallup “Is religion an important part of your everyday life?”
(Diener, Tay, & Myers, 2011). Given the prevalence of religion in
its widely varying forms, and the significance of the question to
contemporary social and political life, Galen’s (2012) review is
timely.
Points of Agreement
Galen’s (2012) assertions include these 10, each of which seems
well documented by pertinent research:
1. Social perception.
People in much-studied religious places
such as the United States tend to view religious people favorably.
2. Ingroup bias.
That’s likely because most people, being
religious, display commonplace ingroup preferences. Ingroup bias
operates within all sorts of groups, including religious groups.
3. Ingroup giving.
Much giving and volunteering (in com-
munities) and sharing (in laboratory games) is directed to ingroups.
4. Priming effects.
Priming people with religious concepts
increases sharing and honesty, but it can also increase negativity,
including antigay prejudice.
5. Religious diversity.
There are, as William James long ago
recognized, varieties of religious experience, and the variations
matter (Paloutzian & Park, in press). Intrinsic religiosity predicts
prosociality; extrinsic religiosity does not. Fundamentalists differ
radically from peace-and-justice-promoting Mennonites and liber-
ation Catholics. “The social, historical, and moral realities of
religions are just as complicated, scrambled, and difficult as every
other social practice and institution in human life—both the ones
we personally like and the ones we don’t,” wrote sociologist
Christian Smith (2012, p. 14). “The truth about religions is com-
plex and challenging. Historically and today, religion involves
plenty of good and bad, light and darkness, splendor and evil to go
around.”
6. Intentional versus spontaneous prosociality.
Religiosity
predicts planned more than spontaneous helping behaviors.
7. Private versus public charity.
Religiosity also correlates
more with private charity (giving money and time) than with
support for public (government) charity.
For comments on drafts of this article, I extend thanks, without extend-
ing any responsibility, to Kathryn Brownson, Nathan DeWall, Byron
Johnson, Raymond Paloutzian, Kenneth Pargament, Louis Tay, Daryl Van
Tongeren, Charlotte van Oyen Witvliet, and Everett Worthington.
Correspondence concerning this article should be sent to David G.
Myers, Department of Psychology, Hope College, Holland, MI 49422-
9000. E-mail: myers@hope.edu
Psychological Bulletin
© 2012 American Psychological Association
2012, Vol.
●●
, No.
, 000–000
0033-2909/12/$12.00 DOI: 10.1037/a0029009
1
tapraid5/z2r-psybul/z2r-psybul/z2r00512/z2r2335d12z
xppws S
1 6/6/12 1:54 Art: 2012-0898
(Slated
for
January,
2013
publication)
8. Self-justification.
Religion can justify outgroup prejudice.
“The role of religion is paradoxical,” observed Gordon Allport
(1958, p. 413). “It makes prejudice and it unmakes prejudice.”
Thus religious prophets from Jeremiah to Desmond Tutu have
often faulted their own community for failing to walk the com-
passion talk.
9. Curvilinear associations.
Religiosity has some curvilinear
relationships with prosociality and human flourishing. An example
is the oft-reported curvilinear association between religiosity and
racial prejudice, which Allport and Ross (1967) and others found
lowest among the nonreligious and highly religious. More re-
cently, an analysis of more than 676,000 Gallup–Healthways
Well-Being Index interviews conducted in 2010 and 2011 found
that “very religious” Americans had the highest levels of well-
being (69.2%), with those “moderately religious” (63.7%) scoring
lower than the “nonreligious” (65.3%; Newport, Witters, &
Agrawal, 2012). Comparisons of prosocial highly religious people
with less prosocial nominally religious people also fail to consider
the existence of a growing third group—the relatively prosocial
nonreligious. These include today’s religious “nones” and atheists
(many of whom are highly educated).
10. Cultural variation.
The religiosity–happiness associa-
tion is stronger in relatively religious countries than in more
secular countries—a finding recently reported by Diener et al.
(2011) and also by Gebauer, Sedikides, and Neberich (2012).
Questions to Ponder
Reading Galen (2012) stimulated these further thoughts and
questions:
1. Is ingroup giving and volunteerism not prosocial?
Along the continuum of human concern—from self to immediate
kin to extended family to neighbors to larger communal groups
(one’s religious community, school, village, state, nation, world)—
where does prosociality begin? If someone gives to his or her alma
mater (rather than taking a cruise), is that prosoc