Eclipse solaire 2015: Par quelle pensée magique ou peur digne du Moyen Age certains adultes vont parquer les enfants à l’abri du Soleil ? (No eclipse, please, we’re French)

20 mars, 2015
https://anilmachado.files.wordpress.com/2012/05/islam.jpg?w=451&h=353https://i1.wp.com/md1.libe.com/photo/724403-dessin-lepithec-eclipse.jpgUne observation directe du soleil sans protection adéquate peut engendrer des lésions oculaires graves et irréversibles. La seule vraie prévention est de ne pas regarder le soleil. En conséquence, il est recommandé d’éviter que les élèves et les personnels de votre établissement soient tentés d’observer le phénomène en se trouvant à l’extérieur des bâtiments pendant cette période. Inspection académique du Val-d’Oise
Les élèves présents dans l’établissement ne pourront pas observer l’éclipse, ils seront confinés dans les bâtiments. Des pauses seront effectuées dans les classes en remplacement de la récréation. Les cours d’EPS de la matinée se dérouleront en salle vidéo. Consignes du Rectorat de Metz
Lunettes ou pas lunettes, nuages ou pas nuages, il est une forteresse de notre société qui n’entend pas se laisser entraîner dans un enthousiasme scientifique possiblement délétère pour les précieux petits yeux de ses ouailles. Je parle bien sûr du ministère de l’Education nationale. Dans sa très grande sagesse de protecteur, non pas du savoir, mais de l’intégrité physique et morale de nos enfants, il a décidé de les confiner dans leur classe pendant la récréation, qui tombe, Ô merveille (Ô malheur et catastrophe, se dit le ministère), au moment de l’éclipse maximale. On va aboutir à la situation ridicule où tout le monde sera de sortie entre 9 h 30 et 11 h 30, sauf  les élèves, plus calfeutrés que jamais dans leur établissement scolaire, plus éloignés que jamais d’une occasion unique de découvrir en direct une des subtilités de l’univers, plus ballotés que jamais entre leur curiosité naturelle complètement bridée et des décisions administratives étroites et hors sujet. Rien n’est trop beau pour la semaine de l’Education contre le racisme et l’antisémitisme qui a justement lieu en ce moment (du 16 au 21 mars). C’est pourquoi je parlais de l’intégrité morale de nos enfants, qui semble être devenue l’unique préoccupation pédagogique de la ministre de l’Education nationale. Le projet de réforme du collège envisagé pour 2016 confirme du reste un terrible abandon des savoirs fondamentaux. Mais rien ne sera tenté pour faire avancer les élèves sur le chemin du savoir au prétexte fallacieux des lésions oculaires. Tant pis pour eux, et c’est bien dommage, car la prochaine éclipse visible depuis la France avec ce degré d’occultation n’aura pas lieu avant 2026 ! (…) On est purement et simplement dans le contrôle de l’Etat sur nos gestes et nos attitudes. Peut-on imaginer plus intrusif ? Peut-on imaginer plus absurde ? C’était ma troisième éclipse du vendredi 20 mars 2015 : après l’éclipse du soleil et l’éclipse du savoir, l’éclipse de la raison. Et le sentiment de plus en plus net d’être gouvernée par des fous du contrôle. Ce n’est pas la loi sur le renseignement présentée hier en Conseil des ministres qui pourrait me rassurer sur ce point. Faudra-t-il prochainement en France déplorer l’éclipse de toutes nos libertés individuelles une par une ? Nathalie MP
Dès lors que des moyens sûrs et simplissimes d’observer l’éclipse existent, pourquoi certaines circonscriptions ou écoles interdisent aux élèves d’observer le phénomène ? Par quelle pensée magique ou peur digne du Moyen Age certains adultes vont parquer les enfants à l’abri du Soleil ? Notre société est-elle à ce point malade que personne ne fait la différence entre le plan Vigipirate et une éclipse ? A ces messieurs qui prétendent protéger nos enfants, sachez plusieurs choses. Premièrement, hier en Ile-de-France le taux de pollution aux particules fines a été scandaleusement élevé. Que n’a t-on alerté les familles et les enfants de ne plus respirer, afin de garder la santé ? Alors que les embouteillages fleurissaient en toute impunité, que ne les a-t-on informés de ce danger quotidien ? Secondement, les sorties scolaires à la piscine sont notoirement dangereuses : outre les passages piétons létaux, qui pourrait dire que respirer dans l’eau est possible ? Nos enfants frôlent la mort à chaque brasse, et personne ne s’en alarme ? Quelles mesures sont engagées pour contrer ces risques majeurs ? Peu… Heureusement, un risque a bien été identifié et correctement traité, celui de la très dangereuse éclipse ! Comment former l’esprit critique de nos enfants, citoyens de demain, si notre société actuelle post-Charlie, déjà bien traumatisée, ne leur propose que des remèdes infantilisants et injustifiés – ici, se cacher dans une classe pour ne pas observer l’éclipse ? Certains cadres de notre pays sont-ils à ce point incultes scientifiquement qu’ils ignorent la capacité essentiellement sans limite de curiosité et de passion des élèves exposés à des phénomènes naturels de toute nature (de la structure d’un cheveu à la moisissure, de la fourmi jusqu’à l’éclipse) ? Nos jeunes générations ont aussi droit à être exposées, dans tous les domaines, à la découverte, la passion, l’expérimentation. Hervé Dole

Attention: un obscurantisme peut en cacher un autre !

En cette journée où pour la première fois depuis et avant longtemps …

Nos enfants devraient pouvoir « goûter à l’excitation » d’assister à une manifestation unique du « grand ballet cosmique » …

Comment, avec l’astrophysicien Hervé Dole, ne pas être atterré devant l’obscurantisme carrément moyenageux d’un ministère de l’Education nationale …

Qui après avoir flouté ses manuels scolaires

Et s’être largement couché (pas d’amalgame et surtout de vagues, s’il vous plait !) devant la loi islamique suite aux attentats et au prétendu sursaut républicain de janvier dernier …

Et avant son apparent revirement de dernière minute avant-hier  …

Avait ordonné le cloîtrement de nos enfants, tous rideaux fermés, dans leurs salles de classe ?

Eclipse : non à l’obscurantisme dans certaines écoles de la République !
Hervé Dole
Le Monde
19.03.2015

Vendredi matin, entre environ 9 h 30 et 11 h 30 en France métropolitaine, aura lieu une éclipse partielle de Soleil, durant laquelle la Lune masquera en grande partie notre étoile – jusqu’à 80 % lors du maximum vers 10 h 30. Ce phénomène naturel est assez impressionnant à voir, surtout quand c’est la première fois qu’il est observé, par exemple par des enfants. Cela tombe bien, cette éclipse aura lieu durant le temps scolaire, voire même durant la récréation : idéal pour les élèves des écoles élémentaires. Bon nombre d’enseignants prennent cette opportunité rare pour proposer à leurs élèves d’effectuer de véritables observations, avec leurs aléas possibles – ainsi en est-il de toute mesure ou expérience scientifique. Quelle chance de pouvoir, à peu de frais et dans le cadre scolaire, goûter à l’excitation d’assister à un phénomène unique, de comparer prédictions et observations, et de tenter de comprendre ce grand ballet cosmique ?

Des précautions doivent évidemment être prises. L’observation directe du Soleil est interdite – sous peine de lésions oculaires irréversibles – en toute occasion, et pas seulement durant une éclipse. A moins, comme quelques écoles, de disposer de lunettes spéciales « éclipse » qui, elles seules, à l’exclusion de tout autre moyen, absorbent les rayons UV, infrarouges et visibles, comment observer le phénomène ? Simplement par projection, c’est-à-dire en regardant sur le sol les ombres portées par nos doigts croisés, ou des écumoires, ou passoires, ou encore des feuilles cartonnées dans lesquelles sont pratiqués des petits trous au compas ou au stylo-bille. Vous serez émerveillés de voir que les ombres prennent la forme… d’un Soleil éclipsé ! On peut même dessiner la forme sur une feuille de papier déposée sur le sol, et observer la progression du phénomène. Rester dans une classe est également possible, si les rideaux tirés laissent passer quelques rais de lumière qui formeront sur le sol l’image tant convoitée. De nombreux sites Internet, et même une BD, illustrent ces conseils.

Par quelle pensée magique ou peur digne du Moyen Age certains adultes vont parquer les enfants à l’abri du Soleil ?
Dès lors que des moyens sûrs et simplissimes d’observer l’éclipse existent, pourquoi certaines circonscriptions ou écoles interdisent aux élèves d’observer le phénomène ? Par quelle pensée magique ou peur digne du Moyen Age certains adultes vont parquer les enfants à l’abri du Soleil ? Notre société est-elle à ce point malade que personne ne fait la différence entre le plan Vigipirate et une éclipse ? A ces messieurs qui prétendent protéger nos enfants, sachez plusieurs choses. Premièrement, hier en Ile-de-France le taux de pollution aux particules fines a été scandaleusement élevé. Que n’a t-on alerté les familles et les enfants de ne plus respirer, afin de garder la santé ? Alors que les embouteillages fleurissaient en toute impunité, que ne les a-t-on informés de ce danger quotidien ? Secondement, les sorties scolaires à la piscine sont notoirement dangereuses : outre les passages piétons létaux, qui pourrait dire que respirer dans l’eau est possible ? Nos enfants frôlent la mort à chaque brasse, et personne ne s’en alarme ? Quelles mesures sont engagées pour contrer ces risques majeurs ? Peu… Heureusement, un risque a bien été identifié et correctement traité, celui de la très dangereuse éclipse !

Comment former l’esprit critique de nos enfants, citoyens de demain, si notre société actuelle post-Charlie, déjà bien traumatisée, ne leur propose que des remèdes infantilisants et injustifiés – ici, se cacher dans une classe pour ne pas observer l’éclipse ? Certains cadres de notre pays sont-ils à ce point incultes scientifiquement qu’ils ignorent la capacité essentiellement sans limite de curiosité et de passion des élèves exposés à des phénomènes naturels de toute nature (de la structure d’un cheveu à la moisissure, de la fourmi jusqu’à l’éclipse) ? Nos jeunes générations ont aussi droit à être exposées, dans tous les domaines, à la découverte, la passion, l’expérimentation.

Un seul remède : sortez tous voir l’éclipse. Faites des ombres chinoises avec vos doigts et regardez les ombres, vous ne le regretterez pas ; partagez le mot et les images, soyez curieux du monde qui vous entoure.

Hervé Dole, astrophysicien, professeur à l’université Paris-Sud et directeur adjoint de l’Institut d’astrophysique spatiale (CNRS et Paris-Sud), et conseiller municipal d’Orsay.

Voir aussi:

Vendredi matin, la Lune passera devant le Soleil, masquant les trois quarts de sa surface sous nos yeux ébahis. Un passionnant phénomène astronomique que cette éclipse partielle, et qui ne se reproduira pas à une telle ampleur avant onze ans. N’est-ce pas l’occasion rêvée d’organiser des activités scientifiques pour les enfants ? Leur expliquer le fonctionnement d’une étoile, la différence avec un satellite naturel, le principe d’une orbite ? Non, attends, j’ai une meilleure idée. On n’a qu’à enfermer tous les mômes de France dans une pièce, fermer les volets et leur passer un Disney. Ha ! Bien fait pour eux.

Inutile de faire ces grands yeux effarouchés ; cette idée sadique n’est même pas sortie de notre imagination. C’est le message qu’a envoyé cette semaine l’inspection académique du Val-d’Oise à ses établissements scolaires : «Une observation directe du soleil sans protection adéquate peut engendrer des lésions oculaires graves et irréversibles. La seule vraie prévention est de ne pas regarder le soleil. En conséquence, il est recommandé d’éviter que les élèves et les personnels de votre établissement soient tentés d’observer le phénomène en se trouvant à l’extérieur des bâtiments pendant cette période.»

Dessin du blogueur BD Sylvain Rivaud, qui résume très bien la situation.

Et les petits Valdoisiens ne seront pas les seuls punis, d’après les témoignages que parents d’élèves et professeurs choqués transmettent à Libération. Dans l’académie de Nancy-Metz, par exemple, les collégiens sont rentrés à la maison munis d’un mot du Principal ainsi rédigé : «Les élèves présents dans l’établissement ne pourront pas observer l’éclipse, ils seront confinés dans les bâtiments. Des pauses seront effectuées dans les classes en remplacement de la récréation. Les cours d’EPS de la matinée se dérouleront en salle vidéo». Rien de tel pour convaincre les enfants ainsi cloîtrés que hors les murs, un rayonnement extraterrestre mortel est en train de décimer la population.

Comment observer l’éclipse à l’école sans danger

Si les inspections académiques ont raison de dire que l’observation du Soleil à l’œil nu est dangereuse, il n’est pas indispensable pour autant d’enfermer tout le monde en salle de classe. Comme ce n’est pas une éclipse totale, la baisse de luminosité ne sera pas assez importante pour qu’on la remarque : les enfants non prévenus ne se rendront même pas compte qu’il se passe quelque chose au-dessus de leur tête ! Aux élèves d’école maternelle, on peut donc choisir de ne rien dire du tout. Pendant qu’ils joueront dans la cour, personne n’aura l’idée saugrenue de se mettre à fixer notre étoile. En plus, ça fait mal aux yeux, et les tout-petits ne sont pas du genre à combattre le réflexe qui les pousse à détourner le regard.

En primaire, au collège et au lycée, il serait vraiment dommage de ne pas profiter de l’occasion pour organiser une observation pédagogique de l’éclipse. Problème : il y a une pénurie de lunettes de protection spéciales éclipse assez généralisée en France (et puis le temps presse). Solutions : plein !

Le sténopé

Il suffit d’observer le soleil indirectement. La méthode la plus simple est la mise en place d’un sténopé, ce procédé vieux comme le monde qui permet de former une image inversée de la réalité en faisant passer les rayons lumineux par un petit trou.

Prenez un morceau de carton, un couvercle de boîte à chaussures ou, encore mieux, une canette en aluminium comme le suggère le bédéblogueur Sylvain Rivaud. Percez-y un trou bien propre à l’aide d’un clou (entre 2 et 3 millimètres de diamètre). Orientez le carton ou le métal vers le Soleil, et fixez-le. Placez une surface unie (comme une feuille) un ou deux mètres plus loin : la forme du Soleil y apparaîtra. Et quand la Lune viendra le grignoter, elle s’amincira en direct !

Mode d’emploi par Sylvain Rivaud.

Et voilà le travail. C’est tout petit, mais on voit bien ! (Photo reedwade, CC BY SA)

NB : ça marche aussi avec les doigts de la main.

La projection

Plus impressionnante, la technique de la projection permet d’obtenir une image nette et précise du Soleil. On utilise pour cela un télescope (et puis quoi encore ?), une lunette astronomique, une longue-vue (pas facile) ou des jumelles (aucune excuse). L’appareil est braqué vers le soleil, et une feuille blanche placée de l’autre côté. Magie, ça marche !

On fera en revanche très attention à ne laisser personne d’autre que le professeur manipuler les jumelles, et qu’aucun enfant ne puisse mettre son œil derrière l’oculaire.

La magie de l’Internet

Si vous tenez vraiment à suer dans une salle de classe alors que Météo France prévoit plutôt du beau temps, il est toujours possible de suivre l’éclipse sur un vidéoprojecteur.

Le site Slooh sera connecté aux îles Féroé (au Sud de l’Islande) d’où l’éclipse sera totale : le direct vidéo commencera à 9h30. A la même heure, les scientifiques du projet Virtual Telescope filmeront et diffuseront eux aussi l’éclipse en direct. Vu les télescopes de compétition qu’ils ont à leur disposition, les images risquent d’être magnifiques (et la vidéo sera sûrement mise en ligne après coup sur YouTube).

Objectif pas de regrets

Si vos enfants rentrent chez eux vendredi sans avoir vu l’éclipse alors que même leur chat s’est offert une observation à domicile grâce aux stores de la fenêtre, ça sera vraiment la honte.

Finalement, les élèves français ont permis d’éclipse
Camille GÉVAUDAN

Libération

19 mars 2015

A CHAUD

Après avoir conseillé aux écoles et collèges de cloîtrer leurs élèves en classe vendredi matin, l’Éducation nationale décide à la dernière minute d’assouplir ses consignes, et d’encourager les classes à observer le phénomène astronomique.

Jamais on n’aurait cru qu’il puisse y avoir autant de rebondissements dans l’histoire d’une éclipse solaire. Après avoir conseillé aux écoles et collèges de cloîtrer leurs élèves en classe, après avoir essuyé la frustration de nombreux parents et professeurs puis été grondée par les syndicats enseignants, voilà que l’Education nationale décide à la dernière minute d’assouplir ses consignes, et d’encourager les classes à observer l’éclipse.

Jusqu’à aujourd’hui, les directives envoyées aux directeurs d’établissement par les inspections académiques étaient alarmistes et anxiogènes. Pour éviter les brûlures de rétine chez les enfants têtus et trop tentés de planter leur regard sur notre étoile, «les élèves seront confinés dans les bâtiments, a-t-on ainsi averti les parents d’élèves dans l’Académie de Nancy-Metz. Des pauses seront effectuées dans les classes en remplacement de la récréation. Les cours d’EPS de la matinée se dérouleront en salle vidéo.» Même dans les crèches, où les bambins sont évidemment trop jeunes pour avoir l’idée d’«observer» le soleil, c’est la panique à bord : «Les rideaux occultants seront baissés partout où les fenêtres sont équipées et en particulier chez les « grands »», prévient-on à Paris.

Bien que prévenue à l’avance du phénomène solaire par de nombreux professeurs enthousiastes, l’Education nationale a clairement été dépassée par la situation. La semaine dernière, il était déjà trop tard pour équiper des dizaines d’élèves en lunettes de protection spéciales. Dans la précipitation et devant l’inquiétude des parents, les services d’éducation régionaux ont donc préféré tout verrouiller pour éviter le moindre risque d’accident.

Mais les parents et instituteurs déçus ont réussi à faire remonter le message : il est parfaitement possible d’observer l’éclipse sans lunettes ! Le SNUipp-FSU, syndicats des professeurs des écoles, a donc envoyé une lettre à la ministre Najat Vallaud-Belkacem en début d’après-midi : «S’il est tout à fait nécessaire d’informer largement sur les mesures de précaution, il est également essentiel d’autoriser l’observation de l’éclipse lorsque celle-ci a été préparée en respectant les règles de sécurité. Nous souhaitons que les directeurs et les équipes enseignantes soient soutenus et épaulés en ce sens. Ils sont des professionnels aptes à mesurer les risques et les intérêts d’une activité pédagogique.»

L’éclipse durera deux heures au total. Il est parfaitement possible, par exemple, de faire sortir les élèves en petits groupes pour qu’ils soient bien surveillés durant les activités d’observation.

Le ministère de l’Education nationale a bien reçu le message, et y a répondu à 18 heures par un communiqué : «Dans le cadre de leurs activités pédagogiques, les écoles et les établissements peuvent organiser l’observation de ce phénomène astronomique exceptionnel en mettant à la disposition des élèves des lunettes portant le marquage CE de conformité ou en utilisant des dispositifs simples et appropriés (sténopés, solarscopes, …). Ces initiatives sont vivement encouragées.»

«Vivement encouragées» : quel retournement de situation ! Ces nouvelles consignes «ont été diffusées à l’ensemble des personnels d’encadrement de l’Éducation nationale» : les écoles se sentant capables d’organiser des activités autour de l’éclipse sont donc désormais officiellement autorisées à le faire. Des explications sur les méthodes d’observation sont disponibles sur Educsol.

Vivement demain !

Voir enfin:

Paignton school pupils banned from watching eclipse outside

BBC

19 March 2015

School children have been banned from watching Friday’s solar eclipse outside over fears they may stare at the sun.

Pupils at Oldway Primary School in Paignton, Devon, will watch inside on televisions or the internet instead.

Head teacher Jane Smythe said she had 700 children to look after and she « could not guarantee that they would not look at the sun ».

Some parents said it was « bizarre », « a shame » and a « missed opportunity » for the pupils.

On Friday, the UK will experience a partial solar eclipse – the moon will pass in front of the sun, blotting out up to 98% of its disc and putting much of the UK into a morning twilight.

‘Potentially blinded’Ms Smythe said: « If parents want to keep their children home to watch the eclipse and then bring them in afterwards that is fine. »

Parent Sophie Bertorelli said: « It’s a bit of a shame having to watch it on a computer. I would have thought they would have maybe supplied some protective glasses. »

But another parent, Fiona Bullman, said: « It’s too much of a risk. You can’t risk 700 children potentially being blinded. Unless there’s one adult to one child, you can’t [risk it]. »

Pupils can arrive late for class if parents want them to watch the eclipse at home, the headteacher said
A spokesman from Devon County Council said: « Obviously the eclipse is timed to start when many children are still on their way to school so we’ll be advising head teachers to tell them not to look at the sun without sufficient protection. »

Torbay Council said it had not sent out any guidance to schools.

The Department for Education said it was a matter for individual schools.

Voir par ailleurs:

Sanction levée pour le professeur suspendu après avoir montré en classe des caricatures
Le Monde.fr avec AFP
22.01.2015

Il n’y aura pas de sanction prise à l’encontre du professeur d’un collège de Mulhouse qui avait été suspendu après un incident avec des élèves, auxquels il avait montré des caricatures de Mahomet. « J’ai décidé qu’il n’y aurait pas de procédure disciplinaire », a déclaré, jeudi 22 janvier, Jacques-Pierre Gougeon, recteur de l’académie de Strasbourg, effectuant une volte-face.

Dans un premier temps, en effet, ce professeur d’arts plastiques du collège François-Villon, situé dans une zone d’éducation prioritaire (ZEP), avait été suspendu pour quatre mois. Il lui était reproché d’avoir fait circuler dans une classe de quatrième des caricatures montrant Mahomet nu, jeudi 8 janvier, au lendemain de l’attentat qui a visé la rédaction de Charlie Hebdo.

Le cours prend alors des allures de joute verbale entre le professeur et quelques collégiens. Dès le lendemain, des parents d’élèves protestent. Une mère d’élève serait venue montrer à la principale de l’établissement un texte échangé entre parents et dans lequel certains « appellent à manifester si le professeur reste là ».

ENSEIGNANT SANCTIONNÉ

Le cours « n’était pas maîtrisé, c’était violent », juge alors le recteur de l’académie, sur la base des témoignages d’une « vingtaine d’élèves ». L’enseignant s’est comporté « sans stratégie pédagogique », renchérit un cadre du rectorat. « Elèves et parents ont été choqués. » La sanction tombe rapidement : quatre mois de suspension. « La décision de le suspendre n’a pas été prise à la légère, explique alors le recteur. C’est une mesure visant à veiller au bon fonctionnement du service public, à protéger la communauté éducative et l’enseignant lui-même. »

La suspension du professeur suscite à son tour une vive émotion parmi ses collègues de la région. Quelque deux cents enseignants se rassemblent, mardi 20 janvier, à Mulhouse devant la sous-préfecture pour manifester leur soutien au professeur, et un appel à la grève est lancé par une intersyndicale pour la journée de vendredi 23 janvier dans toute l’académie.

MENACE DE GRÈVE

Le rectorat prend alors la décision de revenir sur la sanction. Après un rapport remis la veille par deux inspecteurs envoyés à Mulhouse, le rectorat a finalement décidé de lever la sanction. Le recteur a précisé avoir tenu compte du dossier pédagogique du professeur, « un enseignant engagé qui a toujours œuvré dans l’éducation prioritaire ».

« Il y a eu un phénomène d’émotion, mais cela n’implique pas une sanction, ce serait trop », a souligné le recteur, qui adressera, cette fois « une lettre de rappel à la loi » à l’enseignant, soulignant que «  dans un contexte particulier, il faut faire attention aux mots que l’on utilise ».

Le professeur, « à sa demande », ne retournera pas dans son établissement, mais ira enseigner ailleurs. Quant à la grève, elle « n’a plus lieu d’être puisque nous avons obtenu gain de cause », tranche José Pozuelo, secrétaire départemental au SNES-FSU (Syndicat national des enseignements de second degré-Fédération syndicale unitaire). « La raison l’a donc emporté », a commenté le syndicat dans un communiqué, tout en regrettant que « la mise en cause d’un professeur sur une rumeur et la précipitation à lui imputer une faute, sans l’avoir entendu, [aient] conduit à une sorte de scandale public. »


Imitation game: Attention, un martyr peut en cacher un autre (Hollywood fails the Turing test)

1 février, 2015
Turing Bombe Machine and Christopher Machine (movie)

Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude.  G.K. Chesterton
Parfois, ce sont les gens dont on attend le moins qui font des choses auxquelles personne ne s’attendait. Joan Clarke (The Imitation game)
Personne n’aurait pu faire ça. Tu sais, ce matin… J’étais dans un train qui a traversé une ville qui sans toi n’existerait pas. J’ai acheté un billet d’un homme qui sans toi serait probablement mort. Au travail, j’ai lu tout un champ de recherche scientifique qui n’existe que grâce à toi. Maintenant, tu peux regretter de ne pas avoir été normal… Moi, jamais je le regretterais. Le monde est un endroit infiniment meilleur, justement parce que tu ne l‘étais pas. Joan Clarke (The Imitation game)
 Félicitations ! Tu viens d’échouer au Test de Turing… Blague d’informaticien
Are there imaginable digital computers which would do well in the imitation game? (…) We now ask the question, « What will happen when a machine takes the part of A in this game? » Will the interrogator decide wrongly as often when the game is played like this as he does when the game is played between a man and a woman? These questions replace our original, « Can machines think? Alan Turing
Le test a été inspiré d’un jeu d’imitation dans lequel un homme et une femme vont dans des pièces séparées et les invités tentent de discuter avec les deux protagonistes en écrivant des questions et en lisant les réponses qui leur sont renvoyées. Dans ce jeu l’homme et la femme essaient de convaincre les invités qu’ils sont tous deux des femmes. À l’origine Turing a imaginé ce test pour répondre à sa question existentielle : « une machine peut-elle penser ? », en donnant une interprétation plus concrète de sa question. Une idée intéressante de sa proposition de test est que les réponses doivent être données dans des intervalles de temps définis. Il imagine que cela est nécessaire pour que l’observateur ne puisse pas établir une conclusion qui soit fondée sur le fait qu’un ordinateur puisse répondre plus rapidement qu’un homme, surtout sur des questions de mathématiques. (…) Dans la publication de Turing, le terme « Jeu d’imitation » est utilisé pour sa proposition de test. Le nom de « Test de Turing » semble avoir été inventé en 1968 par Arthur C. Clarke dans ses nouvelles de science-fiction dont a été tiré le film 2001, l’Odyssée de l’espace. Wikipedia
La science est ici vue comme un résultat personnel, une activité autiste, plutôt que comme une longue déduction collective, un dialogue avec des penseurs contemporains et passés. Jamais le nom de John von Neumann, rival et autre père de l’informatique, n’est ici mentionné. Imitation Game passe à côté d’une histoire ahurissante et réelle, esquive les relations de pouvoir inhérentes à l’invention technologique, comme le fit brillamment David Fincher avec The Social Network. Le grand film d’archéologie de l’informatique reste à faire. Clément Ghys
Overall, the movie works: It’s fun, it’s gripping and it features a brilliant performance from Cumberbatch. But like so many other Hollywood biopics, it takes some major artistic license — which is disappointing, because Turing’s actual story is so compelling.(…) The biggest real-life drama is unmentioned in the film, Hodges says. In February 1942, the Germans adopted a more complex Enigma machine for naval communications, again putting the Allies in the dark. “It was a major crisis,” Hodges says. In desperation, Turing and American partners ran multiple bombes in parallel and used electronic components to speed up the code-breaking process. Finally, in early 1943, the Allies succeeded in cracking the code. The consequences of the 1942 Enigma upgrade went far beyond the war. The introduction to electronics, Hodges says, offered Turing a practical means for incorporating his 1936 conceptual ideas into a revolutionary machine — the digital computer. “The scientific story is much bigger than just the Enigma problem,” Hodges says. “It was a great movement in which ideas and new technology came together.” The Imitation Game ignores much of this history, and it also includes an egregious, historically inaccurate storyline in which Turing fails to report a Soviet spy to avoid being outed as gay. Nonetheless, the acting, suspense and a surprising amount of humor make it a movie worth seeing. Just take some time after the movie to read up on Turing’s actual immense contributions to the war and modern computing. (…) In reality, Turing had already outlined the concept of a computing machine in a 1936 paper and had built a cipher machine while at Princeton in the late 1930s, says Turing biographer Andrew Hodges. By mid-1940, Hodges says, Turing and his team at Bletchley Park in Milton Keynes, England, were routinely decoding German Air Force messages with code-breaking machines, or bombes. Within another year the cryptanalysts, which included Joan Clarke (played in the movie by Keira Knightley), had deciphered the all-important naval messages that strategized U-boat attacks. The biggest real-life drama is unmentioned in the film, Hodges says. In February 1942, the Germans adopted a more complex Enigma machine for naval communications, again putting the Allies in the dark. “It was a major crisis,” Hodges says. In desperation, Turing and American partners ran multiple bombes in parallel and used electronic components to speed up the code-breaking process. Finally, in early 1943, the Allies succeeded in cracking the code. The consequences of the 1942 Enigma upgrade went far beyond the war. The introduction to electronics, Hodges says, offered Turing a practical means for incorporating his 1936 conceptual ideas into a revolutionary machine — the digital computer. “The scientific story is much bigger than just the Enigma problem,” Hodges says. “It was a great movement in which ideas and new technology came together.” The Imitation Game ignores much of this history, and it also includes an egregious, historically inaccurate storyline in which Turing fails to report a Soviet spy to avoid being outed as gay. Andrew Grant
It’s the script which may prevent this hitting the Oscars jackpot. It’s too formulaic, too efficient at simply whisking you through and making sure you’ve clocked the diversity message.: without square pegs – like those played by Cumberbatch and Knightley – the world would be by far the poorer. « Sometimes it is the people no one imagines anything of that do the things no one can imagine, » runs the movie’s mouthful tagline. It leaves a strange taste. Turing’s treatment was terrible. Perhaps his achievement, in the end, should not be tainted by association. Catherine Shoard
The Imitation Game jumps around three time periods – Turing’s schooldays in 1928, his cryptographic work at Bletchley Park from 1939-45, and his arrest for gross indecency in Manchester in 1952. It isn’t accurate about any of them, but the least wrong bits are the 1928 ones. Young Turing (played strikingly well by Alex Lawther) is a lonely, awkward boy, whose only friend is a kid called Christopher Morcom. Turing nurtures a youthful passion for Morcom, and is about to declare his love when Morcom mysteriously fails to return after a holiday. Turing is summoned into the headmaster’s office, and is told coldly that the object of his affection has died of bovine tuberculosis. The film is right that this awful event had a formative impact on Turing’s life. In reality, though, Turing had been warned before his friend died that he should prepare for the worst. The housemaster’s speech (to all the boys, not just him) announcing Morcom’s death was kind and comforting. (…) In the 1939-45 strand of the story, Turing has grown up physically – though not, the film implies, emotionally. He is played by Benedict Cumberbatch, who is always good and puts in a strong performance despite the clunkiness of the screenplay. The film gives him a quasi-romantic foil in cryptanalyst Joan Clarke (Keira Knightley), dubiously fictionalised as the key emotional figure of Turing’s adult life. The real Turing was engaged to her for a while, but he told her upfront that he had homosexual tendencies. According to him, she was “unfazed” by this. Turing builds an Enigma-code-cracking machine, which he calls Christopher. It’s understandable that films about complicated science usually simplify the facts. This one has sentimentalised them, too: fusing A Beautiful Mind with Frankenstein to portray Turing as the ultimate misunderstood boffin, and the Christopher machine as his beloved creation. In real life, the machine that cracked Enigma was called the Bombe, and the first operating version of it was named Victory. The digital computer Turing invented was known as the Universal Turing Machine. Colossus, the first programmable digital electronic computer, was built at Bletchley Park by engineer Tommy Flowers, incorporating Turing’s ideas. The Imitation Game puts John Cairncross, a Soviet spy and possible “Fifth Man” of the Cambridge spy ring, on Turing’s cryptography team. Cairncross was at Bletchley Park, but he was in a different unit from Turing. As Turing’s biographer Andrew Hodges, on whose book this film is based, has said, it is “ludicrous” to imagine that two people working separately at Bletchley would even have met. Security was far too tight to allow it. In his own autobiography, Cairncross wrote: “The rigid separation of the different units made contact with other staff members almost impossible, so I never got to know anyone apart from my direct operational colleagues.” In the film, Turing works out that Cairncross is a spy; but Cairncross threatens to expose his sexuality. “If you tell him my secret, I’ll tell him yours,” he says. The blackmail works. Turing covers up for the spy, for a while at least. This is wholly imaginary and deeply offensive – for concealing a spy would have been an extremely serious matter. Were the makers of The Imitation Game intending to accuse Alan Turing, one of Britain’s greatest war heroes, of cowardice and treason? Creative licence is one thing, but slandering a great man’s reputation – while buying into the nasty 1950s prejudice that gay men automatically constituted a security risk – is quite another. The final section of the film, set in 1951, may be the silliest, and not only because the film might have bothered to check that Turing’s arrest actually happened in 1952. Nor only because a key plot point rests on the fictional Detective Nock (Rory Kinnear) using Tipp-Ex, which didn’t exist until 1959 (similar products were marketed from 1956, but that’s still not early enough for anyone to be using it in the film). Nock pursues Turing because he suspects him of being another Soviet spy, and accidentally uncovers his homosexuality in the process. This is not how it happened, and the whole film should really get over its irrelevant obsession with Soviet spies. In real life, Turing himself reported a petty theft to the police – but changed details of his story to cover up the relationship he was having with the possible culprit, Arnold Murray. The police did not suspect him of espionage. They pursued him with regard to the homophobic law of gross indecency. He submitted a five-page statement admitting to his affair with Murray – evidence which helped convict him. (…) Historically, The Imitation Game is as much of a garbled mess as a heap of unbroken code. For its appalling suggestion that Alan Turing might have covered up for a Soviet spy, it must be sent straight to the bottom of the class. Alex von Tunzelmann
To anyone trying to turn this story into a movie, the choice seems clear: either you embrace the richness of Turing as a character and trust the audience to follow you there, or you simply capitulate, by reducing him to a caricature of the tortured genius. The latter, I’m afraid, is the path chosen by director Morten Tyldum and screenwriter Graham Moore in The Imitation Game, their new, multiplex-friendly rendering of the story. In their version, Turing (played by Benedict Cumberbatch) conforms to the familiar stereotype of the otherworldly nerd: he’s the kind of guy who doesn’t even understand an invitation to lunch. This places him at odds not only with the other codebreakers in his unit, but also, equally predictably, positions him as a natural rebel. Just to make sure we get the point, his recruitment to the British wartime codebreaking organization at Bletchley Park is rendered as a ridiculous confrontation with Alastair Denniston (Charles Dance, of Game of Thrones fame), the Royal Navy officer then in charge of British signals intelligence: “How the bloody hell are you supposed to decrypt German communications if you don’t, oh, I don’t know, speak German?” thunders Denniston. “I’m quite excellent at crossword puzzles,” responds Turing. On various occasions throughout the film, Denniston tries to fire Turing or have him arrested for espionage, which is resisted by those who have belatedly recognized his redemptive brilliance. “If you fire Alan, you’ll have to fire me, too,” says one of his (formerly hostile) coworkers. There’s no question that the real-life Turing was decidedly eccentric, and that he didn’t suffer fools gladly. As his biographers vividly relate, though, he could also be a wonderfully engaging character when he felt like it, notably popular with children and thoroughly charming to anyone for whom he developed a fondness. All of this stands sharply at odds with his characterization in the film, which depicts him as a dour Mr. Spock who is disliked by all of his coworkers—with the possible exception of Joan Clarke (Keira Knightley). The film spares no opportunity to drive home his robotic oddness. He uses the word “logical” a lot and can’t grasp even the most modest of jokes. This despite the fact that he had a sprightly sense of humor, something that comes through vividly in the accounts of his friends, many of whom shared their stories with both Hodges and Copeland. (For the record, the real Turing was also a bit of a slob, with a chronic disregard for personal hygiene. The glamorous Cumberbatch, by contrast, looks like he’s just stepped out of a Burberry catalog.) Now, one might easily dismiss such distortions as trivial. But actually they point to a much broader and deeply regrettable pattern. Tyldum and Moore are determined to suggest maximum dramatic tension between their tragic outsider and a blinkered society. (“You will never understand the importance of what I am creating here,” he wails when Denniston’s minions try to destroy his machine.) But this not only fatally miscasts Turing as a character—it also completely destroys any coherent telling of what he and his colleagues were trying to do. In reality, Turing was an entirely willing participant in a collective enterprise that featured a host of other outstanding intellects who happily coexisted to extraordinary effect. The actual Denniston, for example, was an experienced cryptanalyst and was among those who, in 1939, debriefed the three Polish experts who had already spent years figuring out how to attack the Enigma, the state-of-the-art cipher machine the German military used for virtually all of their communications. It was their work that provided the template for the machines Turing would later create to revolutionize the British signals intelligence effort. So Turing and his colleagues were encouraged in their work by a military leadership that actually had a pretty sound understanding of cryptological principles and operational security. As Copeland notes, the Nazis would have never allowed a bunch of frivolous eggheads to engage in such highly sensitive work, and they suffered the consequences. The film misses this entirely. In Tyldum and Moore’s version of events, Turing and his small group of fellow codebreakers spend the first two years of the war in fruitless isolation; only in 1941 does Turing’s crazy machine finally show any results. This is a highly stylized version of Turing’s epic struggle to crack the hardest German cipher, the one used by the German navy, whose ravaging submarines nearly brought Britain to its knees during the early years of the war. What this account neglects to mention is that Turing’s “bombes”—electromechanical calculating devices designed to reconstruct the settings of the Enigma—were already helping to decipher German army and air force codes from early on. The movie version, in short, represents a bizarre departure from the historical record. In fact, Bletchley Park—and not only Turing’s legendary Hut 8—was doing productive work from the very beginning of the war. Within a few years its motley assortment of codebreakers, linguists, stenographers, and communications experts were operating on a near-industrial scale. By the end of the war there were some 9,000 people working on the project, processing thousands of intercepts per day. A bit like one of those smartphones that bristles with unneeded features, the film does its best to ladle in extra doses of intrigue where none existed. Tyldum and Moore conjure up an entirely superfluous subplot involving John Cairncross, who was spying for the Soviet Union during his service at Bletchley Park. There’s no evidence that he ever crossed paths with Turing—Bletchley, contrary to the film, was much bigger than a single hut—but The Imitation Game includes him among Turing’s coworkers. When Turing discovers his true allegiance, Cairncross turns the tables on him, saying that he’ll reveal Turing’s homosexuality if his secret is divulged. Turing backs off, leaving the spy in place. Not many of the critics seem to have paid attention to this detail—except for historian Alex von Tunzelmann, who pointed out that the filmmakers have thus managed, almost as an afterthought, to turn their hero into a traitor. The movie tries to soften this by revealing that Stewart Menzies, the head of the Special Intelligence Service, has known about Cairncross’s treachery from the start—a jury-rigged solution to a gratuitous plot problem. (In fact, Cairncross, “the fifth man,” was never prosecuted.) These errors are not random; there is a method to the muddle. The filmmakers see their hero above all as a martyr of a homophobic Establishment, and they are determined to lay emphasis on his victimhood. The Imitation Game ends with the following title: “After a year of government-mandated hormonal therapy, Alan Turing committed suicide in 1954.” This is in itself something of a distortion. Turing was convicted on homosexuality charges in 1952, and chose the “therapy” involving female hormones—aimed, in the twisted thinking of the times, at suppressing his “unnatural” desires—as an alternative to jail time. It was barbarous treatment, and Turing complained that the pills gave him breasts. But the whole miserable episode ended in 1953—a full year before his death, something not made clear to the filmgoer. Copeland, who has taken a fresh look at the record and spoken with many members of Turing’s circle, disputes that the experience sent Turing into a downward spiral of depression. By the accounts of those who knew him, he bore the injustice with fortitude, then spent the next year enthusiastically pursuing projects. Copeland cites a number of close friends (and Turing’s mother) who saw no evidence that he was depressed in the days before his death, and notes that the coroner who concluded that Turing had died by biting a cyanide-laced apple never examined the fruit. Copeland offers sound evidence that the death might have actually been accidental, the result of a self-rigged laboratory where Turing was conducting experiments with cyanide. He left no suicide letter. Copeland also leaves open the possibility of foul play, which can’t be dismissed out of hand, when you consider that all of this happened during the period of McCarthyite hysteria, an era when homosexuality was regarded as an inherent “security risk.” Turing’s government work meant that he knew a lot of secrets, in the postwar period as well. It’s likely we’ll never know the whole story. One thing is certain: Turing could be remarkably naive about his own homosexuality. It was Turing himself who reported the fateful 1952 burglary, probably involving a working-class boyfriend, that brought his gay lifestyle to the attention to the police, thus setting off the legal proceedings against him. In The Imitation Game he holds this information back from the cops, who then cleverly wheedle it out. It’s another indication of the filmmakers’ determination to show Turing as an essentially passive figure. He’s never the master of his own destiny. But even if you believe that Turing was driven to his death, The Imitation Game’s treatment of his fate borders on the ridiculous. In one of the film’s most egregious scenes, his wartime friend Joan pays him a visit in 1952 or so, while he’s still taking his hormones. She finds him shuffling around the house in his bathrobe, barely capable of putting together a coherent sentence. He tells her that he’s terrified that the powers that be will take away “Christopher”—his latest computer, which he’s named after the dead friend of his childhood (just as he did with his machine at Bletchley Park). As near as I can tell, there is no basis for any of this in the historical record; it’s monstrous hogwash, a conceit entirely cooked up by Moore. The real Turing certainly paid periodic and dignified respects to the memory of his first love, Christopher Morcom, but I doubt very much that he ever confused his computers with people. In perhaps the most bitter irony of all, the filmmakers have managed to transform the real Turing, vivacious and forceful, into just the sort of mythological gay man, whiney and weak, that homophobes love to hate. This is indicative of the bad faith underlying the whole enterprise, which is desperate to put Turing in the role of a gay liberation totem but can’t bring itself to show him kissing another man—something he did frequently, and with gusto. And it most definitely doesn’t show him cruising New York’s gay bars, or popping off on a saucy vacation to one of the less reputable of the Greek islands. The Imitation Game is a film that prefers its gay men decorously disembodied. To be honest, I’m a bit surprised that there hasn’t been more pushback against The Imitation Game by intelligence professionals, historians, and survivors of Turing’s circle. But I think I understand why. After so many years in which Turing failed to get his due, no one wants to be seen as spoiling the party. I strongly doubt, though, that many of those in the know are recommending this film to their friends. (For his part, Andrew Hodges is apparently opting to avoid talking about the movie during his current book tour—it’s easy to imagine why he might choose to do so, and I don’t fault him for it.) Christian Caryl
The Imitation Game takes major liberties with its source material, injecting conflict where none existed, inventing entirely fictional characters, rearranging the chronology of events, and misrepresenting the very nature of Turing’s work at Bletchley Park. At the same time, the film might paint Turing as being more unlovable than he actually was.(…) However, the central conceit of The Imitation Game—that Turing singlehandedly invented and physically built the machine that broke the Germans’ Enigma code—is simply untrue. A predecessor of the “Bombe”—the name given to the large, ticking machine that used rotors to test different letter combinations—was invented by Polish cryptanalysts before Turing even began working as a cryptologist for the British government. Turing’s great innovation was to design a new machine that broke the Enigma code faster by looking for likely letter combinations and ruling out combinations that were unlikely to yield results. Turing didn’t develop the new, improved machine by dint of his own singular genius—the mathematician Gordon Welchman, who is not even mentioned in the film, collaborated with Turing on the design. (…) The Imitation Game also somewhat alters Turing’s personality. The film strongly implies that Alan is somewhere on the autism spectrum: Cumberbatch’s character doesn’t understand jokes, takes common expressions literally, and seems indifferent to the suffering and annoyance he causes in others. This characterization is rooted in Hodge’s biography but is also largely exaggerated: Hodges never suggests that Turing was autistic, and though he refers to Turing’s tendency to take contracts and other bureaucratic red tape literally, he also describes Turing as a man with a keen sense of humor and close friends. To be sure, Hodges paints Turing as shy, eccentric, and impatient with irrationality, but Cumberbatch’s narcissistic, detached Alan has more in common with the actor’s title character in Sherlock than with the Turing of Hodges’ biography. One of Turing’s colleagues at Bletchley Park later recalled him as “a very easily approachable man” and said “we were very very fond of him”; none of this is reflected in the film.(…) In The Imitation Game, Commander Denniston is a rigid naval officer who resents Alan’s indifference to the military hierarchy and attempts to fire him when his decryption machine fails to deliver fast results. This characterization is mostly fictional, and Denniston’s family has taken issue with the film’s negative portrayal of him. The real-life Alastair Denniston, who spent most of his career as the director of the Government Code and Cypher School, was eager to expand his staff to help break the Germans’ Enigma code in the late 1930s. He recruited Turing, on the basis of his work at Cambridge and his writing on hypothetical computation machines, in 1938, and he hired Turing to work full time at Bletchley Park when Britain entered World War II in September 1939. There’s no record of a contentious interview between Turing and Denniston, and Denniston never tried to fire Turing from the Government Code and Cypher School—rather, given his innovations, Turing was a star of Bletchley Park. (…) Even if most of the details of the conflict between Commander Denniston and Alan are made up, they do stand in for a real-life power struggle between the military brass and the cryptologists. Turing’s colleagues there recalled that Turing “was always impatient of pompousness or officialdom of any kind,” which made him ill-suited for work in a military context, and Hodges writes that he “had little time for Denniston.” One of the most memorable clashes between Commander Denniston and Alan in the movie occurs when Alan goes over Denniston’s head to write a letter to Winston Churchill, who immediately puts Alan in charge of the Enigma-breaking operation and grants him the 100,000 pounds he needs to build his machine. This never happened, but Alan and three colleagues at Bletchley Park—including Hugh Alexander—did write a letter to Churchill requesting more staff and resources in 1941, and Churchill quickly granted them their requests. L.V. Anderson
In The Imitation Game, Hugh Alexander is a suave ladykiller who spends much of the film battling with Alan for control of the codebreaking operations; Hugh eventually recognizes Alan’s genius and falls in line behind him. Hugh Alexander—who went professionally by Conel Hugh O’Donel Alexander or C.H.O’D. Alexander—was a real person, but the film’s Hugh character seems intended to serve as a contrast to Alan’s antisocial personality.(…) Alexander was a chess champion, and he was much better at managing people than Turing was. However, Alexander was not initially assigned to be Turing’s superior at Bletchley Park. Alexander began working there several months after Turing arrived, and the two didn’t begin working together for another year or so, when Alexander was transferred to Turing’s team to work on breaking Germany’s naval Enigma code. Hodges writes, “Hugh Alexander soon proved the all-round organiser and diplomat that Alan could never be.” Alexander eventually took over naval Enigma decryption after Turing began pursuing a speech decryption project, but by all accounts, their relationship was friendly and mutually respectful. In fact, when Turing was tried for indecency in 1952, Alexander served as a character witness for the defense.(…) Clarke was recruited to Bletchley Park by her former academic supervisor (and Turing’s partner in improving the Bombe) Gordon Welchman; she didn’t win the role by excelling in a crossword competition. (Bletchley recruiters did use crosswords to find talented codebreakers, but neither Turing nor Clarke was involved in this effort.) And Turing proposed to Clarke not to help her escape from overbearing parents, but because they liked each other. He “told her that he was glad he could talk to her ‘as to a man,’ ” writes Hodges, and they shared an interest in chess and botany. She even accepted Turing’s homosexuality; their engagement continued after he confessed his attraction to men. But after some months, Turing ended the engagement. “It was neither a happy nor an easy decision,” writes Hodges, but it wasn’t the ultimately violent confrontation depicted in The Imitation Game, either. “There had been several times when he had come out with ‘I do love you.’ Lack of love was not Alan’s problem.” Turing and Clarke kept in touch after their engagement ended, and Turing even tried to rekindle their relationship after a couple of years, but Clarke rebuffed him. Turing also wrote a letter to Clarke in 1952 to inform her of his impending trial for indecency, but the final scene of The Imitation Game, in which Joan visits Alan during his probation, is invented. Stewart Menzies, the chief of the British Secret Intelligence Service, and John Cairncross, a Soviet spy, are two historical figures who appear in The Imitation Game despite the fact that neither worked closely with Turing. Menzies was, as the film suggests, responsible for passing decrypted Nazi strategies to Winston Churchill, but it’s highly unlikely he interacted individually with Turing (or most of the thousands of other codebreakers who worked at Bletchley Park over the years). Cairncross did pass intelligence from Bletchley Park to the Soviet Union, but he worked in a different unit from Turing’s, and there’s no evidence the two knew each other. Similarly, the filmmakers’ conceit that Menzies knew about and tolerated Cairncross’ duplicity isn’t supported by the historical record. In the film, Peter and Jack are more or less interchangeable background characters, distinguished primarily by the fact that Peter has a brother who is serving in the armed forces on a ship that the code-breaking team discover is targeted by the Germans. The ensuing dramatic scene, in which Alan reminds Peter and the rest of the team that they have to keep the Germans from learning that they’ve broken Enigma, is entirely invented; Hilton had no such brother, and in fact he began working at Bletchley Park long after Turing’s Bombe had been built. And while it was crucial for the British to use their intelligence wisely, Hodges writes that their success had less to do with their tactical shrewdness and more to do with the Germans’ a priori conviction that Enigma was unbreakable, despite ample evidence to the contrary. The Imitation Game’s framing device depicts one Detective Nock’s investigation into Alan’s life, following a mysterious burglary at Alan’s home. Perhaps unsurprisingly, this framing device isn’t quite true to life: There was no Detective Nock, and the detectives who did book Turing for indecency (who were named Mr. Wills and Mr. Rimmer) were under no illusions about his mysterious circumstances. Turing was burglarized by an acquaintance of 19-year-old Arnold Murray, who had slept with Turing a few times. The burglar had heard Murray talk about his trysts with Turing, and when the police interrogated the burglar, he revealed the illicit nature of Murray and Turing’s relationship. When the police interviewed Turing, he made no attempt to hide his homosexuality from them. Turing eventually pled guilty to indecency, and he was placed on probation and agreed to submit to estrogen treatment—intended to destroy his sex drive—for more than a year. The Imitation Game implies that the estrogen treatment sent Alan into an emotional tailspin, but Turing seems to have continued his work and social relationships normally during his year of probation. The film also implies that the estrogen treatment triggered Alan’s suicide, but in fact the treatment ended in April 1953, fourteen months before Turing killed himself. Although some modern scholars believe that his death from cyanide poisoning was an accident, Hodges believes that Turing made his suicide deliberately ambiguous so as to spare his mother the pain of believing that her son had killed himself on purpose. L.V. Anderson

Où l’on redécouvre que l’informatique, comme tant d’inventions avant elle, a d’abord servi à faire la guerre …

Oubli des précurseurs, partenaires ou concurrents (Marian Rejewsky, John von Neuman, Gordon Welchman, Wittgenstein), silence sur le plus important épisode de l’histoire (la complexification, en cours de route, d’Enigma par les Allemands), ajout de rencontres ou personnages fictifs et inutiles (John Cairncross, inspecteur de police), fausse accusation d’espionnage, erreurs importantes de dates (il avait suspendu son traitement depuis plus d’un an et travaillait sur toutes sortes de projets au moment d’une mort peut-être accidentelle), excessive individualisation d’un travail collectif qui a compté jusqu’à près de 10 000 personnes, exagération extrême de l’asociabilité du héros comme de l’opposition de son entourage …

Au sortir du passionnant film du norvégien Morten Tyldum (The Imitation game, du nom d’un jeu de société, que proposait Turing comme test d’intelligence artificielle, où un homme tente de se faire passer pour une femme) …

Sur la vie d’Alan Turing, le mathématicien britannique auquel on ne doit rien de moins avec le décodage, réputé inviolable car changé quoitidiennement, du fameux système de cryptage Enigma

 Au moment où en pleine de guerre de l’Atlantique les sous-marins allemands étaient passés bien près de couper l’Angleterre de son cordon ombilical américain …

Que la victoire sur l’Allemagne nazie mais aussi, excusez du peu, la (co-)invention de l’ordinateur …

Comment ne pas être frustré lorsque l’on découvre qu’Hollywood a encore réussi …

Emporté par son combat si tendance contre l’homophobie et ne reculant pour ce faire devant aucun anachronisme …

A passer à côté d’une histoire réelle encore plus ahurissante ?

A savoir celle d’un véritable héros …

Qui après avoir largement contribué à la victoire alliée (deux ans de guerre gagnées et peut-être 14 millions de victimes supplémentaires sauvées selon les estimations des historiens) …

Et pour préserver des recherches dont le secret militaire ne fut levé qu’en l’an 2000 …

Poussa l’abnégation jusqu’à endurer l’indignité et les désagréments d’une année de castration chimique …

Et surtout l’impossibilité, pour lui comme pour ses amis, de ne jamais révéler au monde …

Toute l’étendue de son inestimable contribution …

Tant à sa propre patrie qu’à l’humanité et à la Science avec un grand S ?

L’histoire par petites touches
Clément Ghys
Libération
27 janvier 2015

CRITIQUE
Codes . «Imitation Game», biopic d’Alan Turing, perd le fil de l’invention de l’ordinateur dans un numéro académique.

Après la sortie la semaine dernière d’Une merveilleuse histoire du temps, film consacré à Stephen Hawking, débarque en salles Imitation Game, biopic d’un autre scientifique, Alan Turing. Aux yeux des producteurs, les professeurs Tournesol seraient aimables du grand public, mais il conviendrait avant tout de montrer que, derrière chaque théorie – toute révolutionnaire soit-elle -, il y a un petit cœur qui bat.

Alan Turing, donc. L’Anglais est né en 1912 et mort en 1954, empoisonné au cyanure dans des circonstances jamais clairement établies. Dans sa courte vie, il aura inventé l’informatique, rien de moins. Il était asocial et homosexuel, deux qualités mal vues par la société d’alors. Le réalisateur norvégien Morten Tyldum s’est attaché à décrire la courte période au cours de laquelle le calcul de probabilités trouvera une matérialité, en cette chose que l’on appellera un ordinateur. En 1938, Turing, fraîchement sorti de Cambridge, est embauché par le gouvernement britannique pour décrypter Enigma, système de codes utilisé par les nazis. A Bletchley Park, zone où se croisent militaires et scientifiques et femmes réduites à être de simples «codeuses», le jeune homme passe ses heures à préparer son grand œuvre, une machine à analyser les messages allemands.

Asocial. Le réel auteur du film est sans doute l’équipe de décorateurs qui a fabriqué une (belle) réplique du premier ordinateur. Comme une machine, Imitation Game est calculé dans chacun de ses rouages. La narration se veut logique, s’enchaîne à la recherche d’un événement fondateur. Ici, il est même filmé : le jour où Turing, écolier, se vit offrir un livre de maths par le garçon dont il était amoureux. Le genre du biopic est habitué aux effets mécaniques, mais dans le cas de Turing, personnage si complexe, cela devient un écueil majeur. Il consiste à oublier le cheminement d’un intellectuel, à louper la force que prennent les ratés d’une pensée. La ligne droite que suit Imitation Game est le corollaire de son classicisme formel.

Autiste. Le film est auréolé de huit nominations aux oscars, et notamment son acteur principal, Benedict Cumberbatch. Le jeu de l’Anglais rappelle le rôle qui l’a rendu célèbre, Sherlock Holmes, dans la série de BBC One. La science est ici vue comme un résultat personnel, une activité autiste, plutôt que comme une longue déduction collective, un dialogue avec des penseurs contemporains et passés. Jamais le nom de John von Neumann, rival et autre père de l’informatique, n’est ici mentionné. Imitation Game passe à côté d’une histoire ahurissante et réelle, esquive les relations de pouvoir inhérentes à l’invention technologique, comme le fit brillamment David Fincher avec The Social Network. Le grand film d’archéologie de l’informatique reste à faire.

Imitation Game de Morten Tyldum avec Benedict Cumberbatch, Keira Knightley… 1 h 54.

« Imitation Game » : Alan Turing, génie tragique
Franck Nouchi

Le Monde

27.01.2015

L’avis du « Monde » : à voir
Le pardon royal fut accordé à Alan Turing (1912-1954) le 24 décembre 2013 par la reine Elizabeth. La souveraine britannique en finissait ainsi avec l’une des injustices les plus flagrantes du XXe siècle : la condamnation pour « indécence manifeste », en 1952, du mathématicien, héros méconnu de la seconde guerre mondiale. Son crime ? Il était homosexuel. Il avait réussi à casser le code Enigma utilisé par l’armée allemande pour ses communications secrètes et, ce faisant, contribué à la victoire des Alliés dans la bataille de l’Atlantique.

En 1952, la justice britannique avait donné à Turing le choix entre deux ans d’emprisonnement et un traitement aux hormones féminines revenant à une castration chimique. Le mathématicien choisit les injections, qui le rendirent impuissant. Le lundi de Pentecôte 1954, il croqua une pomme avant de se coucher. Le fruit ayant macéré dans du cyanure, le scientifique mettait fin à ses jours en s’inspirant de Blanche-Neige et les sept nains, le dessin animé de Walt Disney qu’il aimait tant.

Personnage étrange
Imitation Game, le film de Morten Tyldum, revient sur l’extraordinaire histoire de cet homme souvent présenté comme le co-inventeur de l’ordinateur. Benedict Cumberbatch, qui l’interprète, retrouve certaines facettes de ce personnage étrange, volontiers extravagant avec ses pantalons qui ne tiennent qu’avec des bouts de ficelle, circulant à vélo un masque à gaz sur le visage pour se protéger du rhume des foins… Cependant, pour connaître avec exactitude quelle fut la vie de Turing, mieux vaut lire l’ouvrage d’Andrew Hodges, Alan Turing, le génie qui a décrypté les codes secrets nazis et inventé l’ordinateur (Michel Lafon, 704 pages, 21,95 euros).

Turing connaît un premier moment de gloire en 1936, lorsqu’il postule l’existence théorique d’une machine programmable, capable d’effectuer très vite toutes sortes de calculs. Grâce à Turing, l’intelligence artificielle vient de naître. La guerre va lui permettre de mettre en pratique ses théories. A Bletchley Park – un manoir victorien qui abrite les services de décryptage du renseignement anglais –, il s’attaque, dès 1939, à la construction d’une machine capable de percer les mystères du codage Enigma.

Une petite communauté secrète
Avec son équipe, Turing parviendra, deux ans plus tard, à mettre au point les fameuses « bombes Turing », des curieuses machines capables, en quelques heures, de décrypter les communications entre l’état-major allemand et ses sous-marins dans l’Atlantique. Ces deux années, durant lesquelles il est devenu le véritable héros de cette petite communauté secrète, constituent la partie la plus intéressante d’Imitation Game.

La suite, le fait que Turing ne puisse faire état de ses découvertes faites pendant la guerre, mais aussi l’attention soupçonneuse que les services de renseignement portent à sa vie sentimentale, est un peu trop vite expédiée dans le film. Tyldum n’insiste pas suffisamment sur cette période de guerre froide et de maccarthysme triomphant durant laquelle les homosexuels furent souvent considérés comme les « maillons faibles » des systèmes d’espionnage et de défense occidentaux.

Musique oscarisable
En définitive, Imitation Game est le prototype du film anglais destiné à faire carrière aux Etats-Unis en raflant, si possible, quelques Oscars à Hollywood (il est nommé dans la catégorie « meilleur film ») : il est efficace, interprété par quelques acteurs fameux, à commencer par Benedict Cumberbatch, le Sherlock Holmes de la BBC, et doté d’une musique d’Alexandre Desplat elle aussi oscarisable.

Les scénaristes n’ont guère eu de scrupules à agrémenter l’histoire de Turing de quelques ornements qui n’ont pas grand-chose à voir avec la réalité. La mise en scène, classique, n’évite pas les clichés. Pour autant, et c’est tout le paradoxe de ces films spectaculaires, on ne s’ennuie pas devant cet Imitation Game.

Film britannique de Morten Tyldum avec Benedict Cumberbatch, Keira Knightley, Mark Strong (1 h 55). Sur le Web : theimitationgamemovie.com et http://www.studiocanal.fr/cid33293/imitation-game.html

 Voir aussi:

A Bletchley Park, l’histoire secrète de l’invention de l’informatique
Le film « The Imitation Game » retrace les années qu’y a passées le mathématicien Alan Turing, spécialiste du décryptage des communications allemandes pendant la deuxième guerre mondiale.
Martin Untersinger (Bletchley, envoyé spécial)

Le Monde

30.01.2015

Lorsqu’on arrive au petit matin près du manoir de Bletchley Park (Angleterre), occupé un temps par le mathématicien Alan Turing, il ne reste aucune trace de Benedict Cumberbatch et du tournage du film Imitiation Game. En revanche, on croise beaucoup de personnes âgées venues visiter ce qui est désormais un musée à la gloire des « casseurs de code », qui ont réussi à décrypter les communications allemandes pendant la seconde guerre mondiale.

Au-delà de la sortie d’un film consacré au sujet, la fréquentation du lieu tient au nouveau statut d’Alan Turing, désormais considéré comme un inventeur génial de l’ordinateur moderne, après les excuses officielles du gouvernement, en 2009, et du pardon royal accordé en 2013 – Turing avait été condamné à un traitement hormonal en 1952 en raison de son homosexualité.

En passant de l’ombre à la lumière, Turing a emmené Bletchley Park dans son sillage. Au tout début de la seconde guerre mondiale, 56 brillants membres des meilleures universités du Royaume-Uni (mathématiciens, linguistes, etc.) avaient été dépêchés, à 80 kilomètres au nord de Londres dans ce manoir victorien au goût architectural douteux pour préparer l’affrontement avec l’Allemagne nazie.

Enigma
Leur but : décrypter la machine utilisée par le IIIe Reich pour ses communications radio, un engin cryptographique sophistiqué baptisé Enigma. Cet appareil, qui ressemble à une grosse machine à écrire dans un étui en bois, comporte trois rotors dotés chacun de 26 circuits électriques, un pour chaque lettre de l’alphabet. A chaque pression sur une touche, un courant électrique parcourt les trois rotors et vient allumer une petite ampoule sur le dessus de la machine qui illumine une lettre, la « transcription » de celle qui vient d’être tapée. Au fil de la saisie du texte, les rotors pivotent à un rythme préétabli, de sorte qu’une même lettre tapée au début et à la fin d’un message ne sera pas traduite de la même manière.

Celui qui reçoit, en morse, le message crypté n’a qu’à configurer la machine de la même manière que son correspondant et à taper le texte qu’il reçoit. En retour s’allument les lettres tapées à l’origine par l’émetteur du message. Le problème pour celui qui tente de décrypter le message est immense : les possibilités de positionnement initial des rotors sont extrêmement nombreuses.

Les Britanniques et les Français la pensent inviolable, jusqu’à ce que trois mathématiciens polonais, à la veille de l’invasion de leur pays par la Wehrmacht, leur dévoilent une technique permettant, en exploitant plusieurs failles de la machine et les erreurs des Allemands, de briser le chiffrement d’une bonne partie des messages.

Dans les mois qui précèdent le début de la guerre, les armées allemandes modifient certaines caractéristiques de leurs machines Enigma qui réduisent à néant les avancées des scientifiques polonais. Alors que la menace allemande se fait de plus en plus sentir, la tâche incombe donc aux « professeurs » de Bletchley Park de percer le secret d’Enigma.

Les plus brillants cerveaux du pays
Ils y parviendront, en grande partie et au prix d’un effort colossal et d’avancées sans précédent dans l’histoire de l’informatique. Les seuls cerveaux réunis à Bletchley Park ne suffisent évidemment pas. Alan Turing s’emploiera donc à démultiplier le cerveau humain avec une machine.

Poursuivant les travaux des Polonais, Alan Turing et les autres mathématiciens construisent donc un appareil destiné à passer en revue extrêmement rapidement les différents paramètres possibles d’Enigma. Son nom ? « La bombe ». Elle est pourtant plus proche du gros réfrigérateur que de l’explosif. Sur son flanc, des dizaines de bobines tournent sur elles-mêmes pour passer en revue les différents paramètres possibles d’Enigma.

Lorsque la machine et son bruit semblable à plusieurs milliers d’aiguilles qui s’entrechoquent s’arrêtent, une opératrice – 75 % des Britanniques présents à Bletchley Park sont des femmes – note la combinaison possible et vérifie si elle permet de déchiffrer les messages du jour. Plusieurs exemplaires de cette « bombe », prototypes des ordinateurs modernes, fonctionneront simultanément à Bletchley Park.

De la « bombe » au « Colosse »
Plus tard pendant la guerre sera même construit à Bletchley Park le premier véritable ordinateur électronique moderne, Colossus. Il s’attaquera avec succès à Lorenz, l’appareil utilisé par Hitler pour communiquer avec ses plus proches généraux, pourtant plus robuste qu’Enigma. Grâce à ces machines révolutionnaires pour l’époque, les Britanniques ont collecté de précieuses informations sur la stratégie et les mouvements des nazis. Les historiens estiment qu’ils ont largement contribué à accélérer la victoire des Alliés et sauvé des millions de vies.

Jusqu’à une date relativement récente, cet épisode, pourtant l’un principaux actes de naissance de l’informatique et une des clés de la seconde guerre mondiale, était totalement inconnu. Lorsqu’on en demande la raison au docteur Joel Greenberg, mathématicien et historien de Bletchley Park, la réponse fuse : « le secret ! »

L’effort entrepris par les mathématiciens de Bletchley était tellement crucial que ce qui s’y passait n’était connu que d’une petite poignée de très hauts responsables britanniques. Tous les renseignements issus des « codebreakers » étaient frappés du sceau « ultra », plus confidentiel encore que « top secret », un niveau de protection créé spécialement pour Bletchley. Tous ceux qui y travaillaient, y compris les responsables de la cantine, étaient soumis à l’Official Secret Act, un texte drastique qui leur interdisait toute allusion à leur activité, et ce, en théorie, jusqu’à leur mort. Le secret était tel que les 8 500 personnes qui y travaillaient au plus fort de la mobilisation ne savaient pas exactement ce que faisaient leurs collègues. Même les plus proches parents des mathématiciens impliqués ne savaient rien, pour certains jusqu’à leur lit de mort.

Et pour cause : il fallait à tout prix que les Allemands ignorent l’existence et les succès de Bletchley Park. Pour ce faire, les Britanniques se sont même efforcés de faire croire que les informations cruciales obtenues via leurs casseurs de codes leur parvenaient par des moyens plus traditionnels, quitte à inventer, dans des messages destinés à tromper les Allemands, de faux réseaux d’espions dans toute l’Europe. Plus tard, avec la guerre froide, c’est la crainte des espions soviétiques qui a contribué à garder le silence sur les activités du manoir – dont l’existence et les premiers succès étaient pourtant connus de Staline.

Ce secret n’a pas empêché les connaissances acquises à Bletchley Park de se diffuser après-guerre. Les Britanniques ont partagé avec les Américains le design des « bombes » et de « Colossus », ce qui leur a permis d’améliorer considérablement ce dernier. A la fin de la guerre, les mathématiciens sont retournés dans leurs universités et, pour certains, ont continué leurs travaux, sans pouvoir dire où et pourquoi ils avaient tant progressé.

Le secret s’effrite un peu en 1974 avec la parution de l’ouvrage de Frederick William Winterbotham, The Ultra Secret, levant quelque peu le voile sur les activités de Bletchley Park. Mais jusqu’à 1982 et la parution de The Hut Six Story, de Gordon Welchman – un mathématicien qui a joué, aux côtés de Turing, un rôle majeur dans le décryptage des codes Allemands –, les informations concernant Bletchley Park sont généralistes et fragmentaires, explique M. Greenberg.

De l’ombre à la lumière
L’obscurité qui recouvre cette période de l’histoire britannique s’est donc dissipée peu à peu. Ces dernières années, c’est même une pleine lumière qui se déverse sur le manoir victorien. Bletchley Park attirait en 2006 moins de 50 000 personnes par an. En 2014, ils ont été cinq fois plus nombreux à venir visiter les installations réhabilitées telles qu’elles existaient au tournant de l’année 1941.

Le temps a passé depuis qu’en 1991, des historiens locaux ont réinvesti les lieux, quasiment délabrés et jusqu’ici vaguement utilisés par le gouvernement. Ce n’est même qu’au mois de mai, à l’issue d’un chantier de rénovation à 8 millions de livres, que le musée s’est doté d’un visage moderne. Créé en 1994, il vivait jusqu’alors de manière « précaire », concède-t-on aujourd’hui. Le retour en grâce, largement justifié, d’Alan Turing n’est pas étranger à son succès. « En décembre, le mois de la sortie de The Imitation Game au Royaume-Uni, le nombre de visiteurs a énormément augmenté », explique Iain Standen, le PDG de Bletchley Trust, l’organisation à but non lucratif qui gère le site.

De quoi se féliciter et se rassurer quant à la pérennité des installations, financées notamment par Google, British Aerospace, le fabricant d’antivirus McAfee ou la loterie britannique. Mais les dirigeants du musée ne veulent pas trop dépendre de l’aura, forcément périssable, d’Alan Turing. « Nous rappelons volontiers qu’Alan Turing n’était qu’une personne sur près de 10 000 et que Bletchley Park ne représente qu’une partie d’un individu aux multiples facettes, explique encore M. Standen. C’était un travail de groupe ». Il s’agit donc de « raconter les histoires des autres héros méconnus » qui ont accompagné celui qu’on présente un peu vite comme le seul inventeur de l’ordinateur moderne. Difficile de lui donner tort : qui connaît Dilly Knox, John Jeffreys, Peter Twinn ou encore Gordon Welchman, qui ont pourtant été aussi importants dans les progrès réalisés à Bletchley que Turing lui-même ?

Les pionniers de l’analyse des métadonnées
Si Alan Turing était responsable du décryptage des messages interceptés de la marine allemande, Bletchley Park ne se limitait pas à cette seule activité, abonde M. Greenberg. Ce dernier explique ainsi que les ingénieurs de Bletchley Park sont des pionniers de l’analyse de trafic. « Pour moi, c’est encore plus important que les avancées en matière de cryptographie », avance l’historien. Chaque utilisateur allemand d’Enigma disposait d’identifiants uniques. Les analystes de Bletchley se sont organisés de manière à pouvoir suivre précisément quel responsable parlait à qui, quand et où. Une excellente manière de surveiller l’armée allemande. « Cela ressemble beaucoup aux métadonnées d’aujourd’hui », explique M. Greenberg.

Autre innovation développée à Bletchley : le stockage de données. A l’aide de petites fiches perforées traitées par des machines automatisées, qui servaient à organiser les informations recueillies dans les messages allemands décryptés, les experts de Bletchley ont pu faire des rapprochements inédits. Ainsi, au cours de la guerre, ils ont décodé un message allemand indiquant qu’un gradé de la Wehrmacht allait se rendre dans une ville du sud de l’Italie. Isolée, cette information ne vaut rien. Mais grâce à leur ingénieux système, ils retrouvent un ancien message, datant de plusieurs mois, qui leur permet de découvrir que ce gradé était en réalité responsable de l’établissement de bases aériennes allemandes. Et que les Allemands s’apprêtent donc à en installer dans le sud de l’Italie.

Bletchley avait donc abouti à construire l’équivalent – très spécialisé – d’un véritable moteur de recherche…

Imitation game
Frédéric Strauss
Télérama
28/01/2015

Deux énigmes pour une seule intrigue… D’un côté, une machine, justement baptisée Enigma : permettant d’envoyer des messages cryptés, elle fut l’arme de l’Allemagne nazie pour diriger ses opérations militaires. De l’autre, un homme, le mathématicien britannique Alan Turing (1912-1954). Engagé avec d’autres « cerveaux » pour briser le code des transmissions allemandes, il fut un héros de l’ombre au service de son pays, avant d’être lui-même brisé : condamné en 1952 pour homosexualité, contraint d’accepter une castration chimique pour échapper à la prison, il se suicidera.

Sur fond de tensions dramatiques face à l’avancée de l’armée allemande, la lutte contre Enigma se joue derrière les portes d’un hangar où Alan Turing construit son énorme appareil à décrypter les codes, ancêtre de l’ordinateur. C’est paradoxalement la partie la moins excitante d’Imitation Game : pas assez expliquée, la logique qui permet de trouver la clé des messages demeure vague et abstraite. C’est que le jeu annoncé par le titre désigne autre chose : un test mis au point par Turing pour différencier intelligence artificielle et intelligence humaine, hélas trop vite évoqué.

En revanche, une hypothèse passionnante s’affirme par touches successives, à travers le portrait d’un génie asocial, capable de dialoguer avec les mécanismes les plus complexes mais pas du tout conçu pour les relations humaines : l’homme qui vainquit une machine en était une lui-même. A cette vision, qui pourrait être glaçante, l’interprétation de Benedict Cumberbatch apporte, sans la contredire, beaucoup de nuances. L’acteur parvient à exprimer à la fois l’efficience presque robotisée de Turing et sa solitude, sa souffrance. Sa composition, qui lui vaut une nomination logique à l’oscar, semble éclairer le destin de cet être à part, jamais bien dans son époque : homme du futur, ouvrant la voie aux nouvelles technologies, sacrifié au nom de lois héritées d’un passé archaïque. En 2009, le Premier ministre Gordon Brown présenta des excuses au nom du gouvernement britannique pour la manière dont Alan Turing fut traité. En 2013, la reine lui exprima un pardon posthume. En 2015, c’est un grand acteur qui, en l’incarnant, lui rend hommage.

‘The Imitation Game’ entertains at the expense of accuracy
Historical errors weaken mostly enjoyable film about Alan Turing breaking Enigma code
Andrew Grant
Science News
December 30, 2014

Ordinarily the life of a mathematician isn’t ideal fodder for a major Hollywood movie. But when that mathematician is Alan Turing — the British genius who inspired the modern computer, protected Allied soldiers from Nazi attacks with his code-breaking prowess and was a closeted gay man — you’ve got yourself a film with Oscar buzz. (Casting Benedict Cumberbatch as the lead doesn’t hurt either.)

Overall, the movie works: It’s fun, it’s gripping and it features a brilliant performance from Cumberbatch. But like so many other Hollywood biopics, it takes some major artistic license — which is disappointing, because Turing’s actual story is so compelling.

The film mainly takes place during the early years of World War II, when the German war machine is overwhelming Britain. Frustratingly, the British can intercept German communications but can’t understand them. The Germans had encoded their communiqués on Enigma machines, encryption devices that could substitute letters in a message using any of about 150 quintillion possible settings. The filmmakers effectively portray a race against the clock as Turing struggles to perfect his crazy idea for a machine that could break the Enigma code.

In reality, Turing had already outlined the concept of a computing machine in a 1936 paper (SN: 6/30/12, p. 26) and had built a cipher machine while at Princeton in the late 1930s, says Turing biographer Andrew Hodges. By mid-1940, Hodges says, Turing and his team at Bletchley Park in Milton Keynes, England, were routinely decoding German Air Force messages with code-breaking machines, or bombes. Within another year the cryptanalysts, which included Joan Clarke (played in the movie by Keira Knightley), had deciphered the all-important naval messages that strategized U-boat attacks.

The biggest real-life drama is unmentioned in the film, Hodges says. In February 1942, the Germans adopted a more complex Enigma machine for naval communications, again putting the Allies in the dark. “It was a major crisis,” Hodges says. In desperation, Turing and American partners ran multiple bombes in parallel and used electronic components to speed up the code-breaking process. Finally, in early 1943, the Allies succeeded in cracking the code.

The consequences of the 1942 Enigma upgrade went far beyond the war. The introduction to electronics, Hodges says, offered Turing a practical means for incorporating his 1936 conceptual ideas into a revolutionary machine — the digital computer. “The scientific story is much bigger than just the Enigma problem,” Hodges says. “It was a great movement in which ideas and new technology came together.”

The Imitation Game ignores much of this history, and it also includes an egregious, historically inaccurate storyline in which Turing fails to report a Soviet spy to avoid being outed as gay.

Nonetheless, the acting, suspense and a surprising amount of humor make it a movie worth seeing. Just take some time after the movie to read up on Turing’s actual immense contributions to the war and modern computing.

The Imitation Game review: Knightley and Cumberbatch impress, but historical spoilers lower the tension
The Alan Turing biopic has all the elements of drama going for it, but somehow the script fails to catch fire
Catherine Shoard
The Guardian
8 September 2014

The story of Alan Turing, the Enigma codebreaker who helped win the second world war and was chemically castrated by the state for his troubles, is a challenging one to make into a movie.

Yes, there’s some high-stakes stuff to work with: sex, spies, surveillance, the invention of computers and the fate of millions of people. But it’s a tale whose key moments have already fallen victim to spoilers. Will Turing’s massive deciphering machine work? It might. Will we beat the Germans? Possibly.

It’s also a story whose hero is both venerated and pitied, but about whom most people know little.

Unlike, say, Stephen Hawking, whose biopic premiered at the Toronto film festival on Sunday, this is not a man whose work we got for Christmas, whose face and voice are immediately familiar. This allows Benedict Cumberbatch more free rein, but the audience less certainty over how to gauge his merits.

What Cumberbatch delivers is an impressively rounded character study of someone variously kind, prickly, aggressive, awkward and supremely confident. But it’s almost too nuanced. Accuracy isn’t all, but fumbling in the dark isn’t always fun.

The film is bookended by scenes of Turing’s interrogation by a Manchester policeman (Rory Kinnear) who smells a rat after investigating a burglary in Turing’s flat. The place is a tip, yet nothing appears to have been taken, and the victim is sniffily dismissive: « What I could use now is not a bobby but a good cleaning lady. »

Kinnear digs a little deeper and unearths … nothing. Turing has no war record. So what really went on at the radio factory where he said he worked?

And so the story proper starts, with Turing’s interview at Bletchley Park, where he fares badly with the bluff sergeant Charles Dance, but is rescued by mysterious Mark Strong.

In an expository scene rich in Sorkin-ish dialogue and light on plausibility, we’re told about the mission and introduced to the rest of the team, including Matthew Goode (cad), Allen Leech (Scot) and Matthew Beard as a little chap who always seems so ill-informed and off-the-pace you wonder if he’s an intern.

New recruits are required if they’re to whip Hitler, so Turing courts candidates through a cryptic crossword: if they solve it they can attend an exam in London. When Keira Knightley shows up and is mistaken for a secretary, you don’t have to be a whiz to guess she’ll not only ace the test but do so miles faster than her male counterparts.

Graham Moore’s script tracks the code-cracking, alongside Turing and Knightley’s burgeoning closeness and the progress of the war (through familiar newsreel). At points, we flash forward to the police investigation (« He’s a poof, not a spy! » exclaims one copper, having a eureka moment) and back to Turing’s schooldays friendship with a boy called Christopher.

Much about The Imitation Game – cast, subject matter, parquet flooring – appears to mimic the 2011 film of Tinker Tailor Soldier Spy, with which it also shares Working Title roots and a director making their English language debut (in that case, Tomas Alfredson, in this, Morten Tyldum). But it’s not as chilly or convincing, doesn’t burn with the same intellectual intensity as that film, nor of, say, The Social Network, whose template it apes.

What works is – as with Hawking story The Theory of Everything – the relationship between the central couple. Knightley is miles better than she’s been in a while; sitting on a shelf rather than centre stage seems to suit her. She has fun with her plummy vowels, even when saying lines like « I’m a woman in a man’s job ». Cumberbatch’s Turing is most interesting when at his softest; endlessly bashing up against less brilliant colleagues or military bureaucracy is bruising all round.

But it’s the script which may prevent this hitting the Oscars jackpot. It’s too formulaic, too efficient at simply whisking you through and making sure you’ve clocked the diversity message.: without square pegs – like those played by Cumberbatch and Knightley – the world would be by far the poorer.

« Sometimes it is the people no one imagines anything of that do the things no one can imagine, » runs the movie’s mouthful tagline. It leaves a strange taste. Turing’s treatment was terrible. Perhaps his achievement, in the end, should not be tainted by association.

The Imitation Game: inventing a new slander to insult Alan Turing
The wartime codebreaker and computing genius was pursued for homosexuality, but nobody – until film-makers came along – accused him of being a traitor
Alex von Tunzelmann
The Guardian
Thursday 20 November 2014

The Imitation Game (2014)
Director: Morten Tyldum
Entertainment grade: C+
History grade: Fail

Childhood

The Imitation Game jumps around three time periods – Turing’s schooldays in 1928, his cryptographic work at Bletchley Park from 1939-45, and his arrest for gross indecency in Manchester in 1952. It isn’t accurate about any of them, but the least wrong bits are the 1928 ones. Young Turing (played strikingly well by Alex Lawther) is a lonely, awkward boy, whose only friend is a kid called Christopher Morcom. Turing nurtures a youthful passion for Morcom, and is about to declare his love when Morcom mysteriously fails to return after a holiday. Turing is summoned into the headmaster’s office, and is told coldly that the object of his affection has died of bovine tuberculosis. The film is right that this awful event had a formative impact on Turing’s life. In reality, though, Turing had been warned before his friend died that he should prepare for the worst. The housemaster’s speech (to all the boys, not just him) announcing Morcom’s death was kind and comforting.

Romance

In the 1939-45 strand of the story, Turing has grown up physically – though not, the film implies, emotionally. He is played by Benedict Cumberbatch, who is always good and puts in a strong performance despite the clunkiness of the screenplay. The film gives him a quasi-romantic foil in cryptanalyst Joan Clarke (Keira Knightley), dubiously fictionalised as the key emotional figure of Turing’s adult life. The real Turing was engaged to her for a while, but he told her upfront that he had homosexual tendencies. According to him, she was “unfazed” by this.

Technology

Benedict Cumberbatch The Imitation Game Long load times … Benedict Cumberbatch in The Imitation Game Photograph: Allstar/Black Bear Pictures/Sportsphoto Ltd

Turing builds an Enigma-code-cracking machine, which he calls Christopher. It’s understandable that films about complicated science usually simplify the facts. This one has sentimentalised them, too: fusing A Beautiful Mind with Frankenstein to portray Turing as the ultimate misunderstood boffin, and the Christopher machine as his beloved creation. In real life, the machine that cracked Enigma was called the Bombe, and the first operating version of it was named Victory. The digital computer Turing invented was known as the Universal Turing Machine. Colossus, the first programmable digital electronic computer, was built at Bletchley Park by engineer Tommy Flowers, incorporating Turing’s ideas.

Espionage

The Imitation Game puts John Cairncross, a Soviet spy and possible “Fifth Man” of the Cambridge spy ring, on Turing’s cryptography team. Cairncross was at Bletchley Park, but he was in a different unit from Turing. As Turing’s biographer Andrew Hodges, on whose book this film is based, has said, it is “ludicrous” to imagine that two people working separately at Bletchley would even have met. Security was far too tight to allow it. In his own autobiography, Cairncross wrote: “The rigid separation of the different units made contact with other staff members almost impossible, so I never got to know anyone apart from my direct operational colleagues.” In the film, Turing works out that Cairncross is a spy; but Cairncross threatens to expose his sexuality. “If you tell him my secret, I’ll tell him yours,” he says.

The blackmail works. Turing covers up for the spy, for a while at least. This is wholly imaginary and deeply offensive – for concealing a spy would have been an extremely serious matter. Were the makers of The Imitation Game intending to accuse Alan Turing, one of Britain’s greatest war heroes, of cowardice and treason? Creative licence is one thing, but slandering a great man’s reputation – while buying into the nasty 1950s prejudice that gay men automatically constituted a security risk – is quite another.

Sexuality

The final section of the film, set in 1951, may be the silliest, and not only because the film might have bothered to check that Turing’s arrest actually happened in 1952. Nor only because a key plot point rests on the fictional Detective Nock (Rory Kinnear) using Tipp-Ex, which didn’t exist until 1959 (similar products were marketed from 1956, but that’s still not early enough for anyone to be using it in the film). Nock pursues Turing because he suspects him of being another Soviet spy, and accidentally uncovers his homosexuality in the process. This is not how it happened, and the whole film should really get over its irrelevant obsession with Soviet spies. In real life, Turing himself reported a petty theft to the police – but changed details of his story to cover up the relationship he was having with the possible culprit, Arnold Murray. The police did not suspect him of espionage. They pursued him with regard to the homophobic law of gross indecency. He submitted a five-page statement admitting to his affair with Murray – evidence which helped convict him.

Justice

The film is right that the “chemical castration” Turing underwent after his conviction was unjust and disgusting. Turing was pardoned in 2013, but the pardon was controversial. Many campaigners believe, as Turing himself did, that consensual sex between men should never have constituted an offence at all. Tens of thousands of less famous men were similarly prosecuted between 1885 and 1967, and their convictions stand.

Verdict

Historically, The Imitation Game is as much of a garbled mess as a heap of unbroken code. For its appalling suggestion that Alan Turing might have covered up for a Soviet spy, it must be sent straight to the bottom of the class.

A Poor Imitation of Alan Turing
Christian Caryl
The New York review of books
December 19, 2014

I’ve been fascinated by the computer science pioneer Alan Turing ever since I came across the remarkable account of his life written by the British mathematician and gay rights activist Andrew Hodges in 1983. The moment of publication was no accident, for two reasons. First, by the early 1980s the story of Turing’s wartime efforts to break Nazi codes had receded just far enough in time to overcome the draconian security restrictions that had prevented it from being told. Second, gay rights campaigners in Europe and the US were enjoying some of their first big successes in breaking through long-standing discrimination. Suddenly it became possible not only to celebrate Turing’s enormous contribution to Allied victory in the war but also to tell the story of his 1952 conviction and subsequent punishment on charges of homosexuality (still a criminal offense in Great Britain at the time), followed by his death, at the age of forty-one, two years later. (For Hodges, this death was clearly a suicide; intriguingly, Jack Copeland, his more recent biographer, isn’t so sure. More on that later.)

To anyone trying to turn this story into a movie, the choice seems clear: either you embrace the richness of Turing as a character and trust the audience to follow you there, or you simply capitulate, by reducing him to a caricature of the tortured genius. The latter, I’m afraid, is the path chosen by director Morten Tyldum and screenwriter Graham Moore in The Imitation Game, their new, multiplex-friendly rendering of the story. In their version, Turing (played by Benedict Cumberbatch) conforms to the familiar stereotype of the otherworldly nerd: he’s the kind of guy who doesn’t even understand an invitation to lunch. This places him at odds not only with the other codebreakers in his unit, but also, equally predictably, positions him as a natural rebel.

Just to make sure we get the point, his recruitment to the British wartime codebreaking organization at Bletchley Park is rendered as a ridiculous confrontation with Alastair Denniston (Charles Dance, of Game of Thrones fame), the Royal Navy officer then in charge of British signals intelligence: “How the bloody hell are you supposed to decrypt German communications if you don’t, oh, I don’t know, speak German?” thunders Denniston. “I’m quite excellent at crossword puzzles,” responds Turing.

On various occasions throughout the film, Denniston tries to fire Turing or have him arrested for espionage, which is resisted by those who have belatedly recognized his redemptive brilliance. “If you fire Alan, you’ll have to fire me, too,” says one of his (formerly hostile) coworkers. There’s no question that the real-life Turing was decidedly eccentric, and that he didn’t suffer fools gladly. As his biographers vividly relate, though, he could also be a wonderfully engaging character when he felt like it, notably popular with children and thoroughly charming to anyone for whom he developed a fondness.

All of this stands sharply at odds with his characterization in the film, which depicts him as a dour Mr. Spock who is disliked by all of his coworkers—with the possible exception of Joan Clarke (Keira Knightley). The film spares no opportunity to drive home his robotic oddness. He uses the word “logical” a lot and can’t grasp even the most modest of jokes. This despite the fact that he had a sprightly sense of humor, something that comes through vividly in the accounts of his friends, many of whom shared their stories with both Hodges and Copeland. (For the record, the real Turing was also a bit of a slob, with a chronic disregard for personal hygiene. The glamorous Cumberbatch, by contrast, looks like he’s just stepped out of a Burberry catalog.)

Now, one might easily dismiss such distortions as trivial. But actually they point to a much broader and deeply regrettable pattern. Tyldum and Moore are determined to suggest maximum dramatic tension between their tragic outsider and a blinkered society. (“You will never understand the importance of what I am creating here,” he wails when Denniston’s minions try to destroy his machine.) But this not only fatally miscasts Turing as a character—it also completely destroys any coherent telling of what he and his colleagues were trying to do.

In reality, Turing was an entirely willing participant in a collective enterprise that featured a host of other outstanding intellects who happily coexisted to extraordinary effect. The actual Denniston, for example, was an experienced cryptanalyst and was among those who, in 1939, debriefed the three Polish experts who had already spent years figuring out how to attack the Enigma, the state-of-the-art cipher machine the German military used for virtually all of their communications. It was their work that provided the template for the machines Turing would later create to revolutionize the British signals intelligence effort. So Turing and his colleagues were encouraged in their work by a military leadership that actually had a pretty sound understanding of cryptological principles and operational security. As Copeland notes, the Nazis would have never allowed a bunch of frivolous eggheads to engage in such highly sensitive work, and they suffered the consequences. The film misses this entirely.

In Tyldum and Moore’s version of events, Turing and his small group of fellow codebreakers spend the first two years of the war in fruitless isolation; only in 1941 does Turing’s crazy machine finally show any results. This is a highly stylized version of Turing’s epic struggle to crack the hardest German cipher, the one used by the German navy, whose ravaging submarines nearly brought Britain to its knees during the early years of the war. What this account neglects to mention is that Turing’s “bombes”—electromechanical calculating devices designed to reconstruct the settings of the Enigma—were already helping to decipher German army and air force codes from early on.

The movie version, in short, represents a bizarre departure from the historical record. In fact, Bletchley Park—and not only Turing’s legendary Hut 8—was doing productive work from the very beginning of the war. Within a few years its motley assortment of codebreakers, linguists, stenographers, and communications experts were operating on a near-industrial scale. By the end of the war there were some 9,000 people working on the project, processing thousands of intercepts per day.

A bit like one of those smartphones that bristles with unneeded features, the film does its best to ladle in extra doses of intrigue where none existed. Tyldum and Moore conjure up an entirely superfluous subplot involving John Cairncross, who was spying for the Soviet Union during his service at Bletchley Park. There’s no evidence that he ever crossed paths with Turing—Bletchley, contrary to the film, was much bigger than a single hut—but The Imitation Game includes him among Turing’s coworkers. When Turing discovers his true allegiance, Cairncross turns the tables on him, saying that he’ll reveal Turing’s homosexuality if his secret is divulged. Turing backs off, leaving the spy in place.

Not many of the critics seem to have paid attention to this detail—except for historian Alex von Tunzelmann, who pointed out that the filmmakers have thus managed, almost as an afterthought, to turn their hero into a traitor. The movie tries to soften this by revealing that Stewart Menzies, the head of the Special Intelligence Service, has known about Cairncross’s treachery from the start—a jury-rigged solution to a gratuitous plot problem. (In fact, Cairncross, “the fifth man,” was never prosecuted.)
Jack English/Black Bear Pictures
Benedict Cumberbatch as Alan Turing in The Imitation Game, 2014

These errors are not random; there is a method to the muddle. The filmmakers see their hero above all as a martyr of a homophobic Establishment, and they are determined to lay emphasis on his victimhood. The Imitation Game ends with the following title: “After a year of government-mandated hormonal therapy, Alan Turing committed suicide in 1954.” This is in itself something of a distortion. Turing was convicted on homosexuality charges in 1952, and chose the “therapy” involving female hormones—aimed, in the twisted thinking of the times, at suppressing his “unnatural” desires—as an alternative to jail time. It was barbarous treatment, and Turing complained that the pills gave him breasts. But the whole miserable episode ended in 1953—a full year before his death, something not made clear to the filmgoer.

Copeland, who has taken a fresh look at the record and spoken with many members of Turing’s circle, disputes that the experience sent Turing into a downward spiral of depression. By the accounts of those who knew him, he bore the injustice with fortitude, then spent the next year enthusiastically pursuing projects. Copeland cites a number of close friends (and Turing’s mother) who saw no evidence that he was depressed in the days before his death, and notes that the coroner who concluded that Turing had died by biting a cyanide-laced apple never examined the fruit. Copeland offers sound evidence that the death might have actually been accidental, the result of a self-rigged laboratory where Turing was conducting experiments with cyanide. He left no suicide letter.

Copeland also leaves open the possibility of foul play, which can’t be dismissed out of hand, when you consider that all of this happened during the period of McCarthyite hysteria, an era when homosexuality was regarded as an inherent “security risk.” Turing’s government work meant that he knew a lot of secrets, in the postwar period as well. It’s likely we’ll never know the whole story.

One thing is certain: Turing could be remarkably naive about his own homosexuality. It was Turing himself who reported the fateful 1952 burglary, probably involving a working-class boyfriend, that brought his gay lifestyle to the attention to the police, thus setting off the legal proceedings against him. In The Imitation Game he holds this information back from the cops, who then cleverly wheedle it out. It’s another indication of the filmmakers’ determination to show Turing as an essentially passive figure. He’s never the master of his own destiny.

But even if you believe that Turing was driven to his death, The Imitation Game’s treatment of his fate borders on the ridiculous. In one of the film’s most egregious scenes, his wartime friend Joan pays him a visit in 1952 or so, while he’s still taking his hormones. She finds him shuffling around the house in his bathrobe, barely capable of putting together a coherent sentence. He tells her that he’s terrified that the powers that be will take away “Christopher”—his latest computer, which he’s named after the dead friend of his childhood (just as he did with his machine at Bletchley Park).

As near as I can tell, there is no basis for any of this in the historical record; it’s monstrous hogwash, a conceit entirely cooked up by Moore. The real Turing certainly paid periodic and dignified respects to the memory of his first love, Christopher Morcom, but I doubt very much that he ever confused his computers with people. In perhaps the most bitter irony of all, the filmmakers have managed to transform the real Turing, vivacious and forceful, into just the sort of mythological gay man, whiney and weak, that homophobes love to hate.

This is indicative of the bad faith underlying the whole enterprise, which is desperate to put Turing in the role of a gay liberation totem but can’t bring itself to show him kissing another man—something he did frequently, and with gusto. And it most definitely doesn’t show him cruising New York’s gay bars, or popping off on a saucy vacation to one of the less reputable of the Greek islands. The Imitation Game is a film that prefers its gay men decorously disembodied.

To be honest, I’m a bit surprised that there hasn’t been more pushback against The Imitation Game by intelligence professionals, historians, and survivors of Turing’s circle. But I think I understand why. After so many years in which Turing failed to get his due, no one wants to be seen as spoiling the party. I strongly doubt, though, that many of those in the know are recommending this film to their friends. (For his part, Andrew Hodges is apparently opting to avoid talking about the movie during his current book tour—it’s easy to imagine why he might choose to do so, and I don’t fault him for it.)

If you want to see a richly imagined British movie about a fascinating historical character, go see Mike Leigh’s new film about the painter J.M.W. Turner. But if you want to see the real Alan Turing, you’re better off reading the books.

How Accurate Is The Imitation Game?
L.V. Anderson
Slate
Dec. 3 2014

The Oscar-buzzed new movie The Imitation Game is an old-fashioned biopic, crafting a tidy, entertaining narrative from disparate strands of its subject’s life—in this case, British mathematician, codebreaker, and computer pioneer Alan Turing. Slate movie critic Dana Stevens has taken issue with the film’s emotional straightforwardness, writing, “The Imitation Game doesn’t do right by the complex and often unlovable man it purports to be about.” Meanwhile, on Outward, my colleagues J. Bryan Lowder and June Thomas praise the film’s message in spite of its historical inaccuracies.

Just how inaccurate are those inaccuracies? I read the masterful biography that the screenplay is based on, Andrew Hodges’ Alan Turing: The Enigma, to find out. I discovered that The Imitation Game takes major liberties with its source material, injecting conflict where none existed, inventing entirely fictional characters, rearranging the chronology of events, and misrepresenting the very nature of Turing’s work at Bletchley Park. At the same time, the film might paint Turing as being more unlovable than he actually was. For details on the film’s flights of fancy, read on. (There will, naturally, be spoilers.)

The Alan Turing played by Benedict Cumberbatch is brusque, humorless, and brilliant. In an early scene where he is interviewed by Commander Denniston (Charles Dance), we learn that he made exceptional achievements in mathematics at a young age. This is a reflection of reality: Turing was elected as a fellow at Cambridge at the age of 22, and he published his most influential paper, “On Computable Numbers,” at 24.

Other aspects of Cumberbatch’s characterization are true to life, as well: Turing was fairly indifferent to politics, both in the interpersonal sense and in the civic sense. He ran marathons. He was also gay, and even more openly than the film implies. Hodges’ biography is filled with instances in which Turing boldly made advances toward other men—mostly without success. Turing also told his friends and colleagues about his homosexuality.

However, the central conceit of The Imitation Game—that Turing singlehandedly invented and physically built the machine that broke the Germans’ Enigma code—is simply untrue. A predecessor of the “Bombe”—the name given to the large, ticking machine that used rotors to test different letter combinations—was invented by Polish cryptanalysts before Turing even began working as a cryptologist for the British government.* Turing’s great innovation was to design a new machine that broke the Enigma code faster by looking for likely letter combinations and ruling out combinations that were unlikely to yield results. Turing didn’t develop the new, improved machine by dint of his own singular genius—the mathematician Gordon Welchman, who is not even mentioned in the film, collaborated with Turing on the design.

Leaving aside Turing’s codebreaking achievements, The Imitation Game also somewhat alters Turing’s personality. The film strongly implies that Alan is somewhere on the autism spectrum: Cumberbatch’s character doesn’t understand jokes, takes common expressions literally, and seems indifferent to the suffering and annoyance he causes in others. This characterization is rooted in Hodge’s biography but is also largely exaggerated: Hodges never suggests that Turing was autistic, and though he refers to Turing’s tendency to take contracts and other bureaucratic red tape literally, he also describes Turing as a man with a keen sense of humor and close friends. To be sure, Hodges paints Turing as shy, eccentric, and impatient with irrationality, but Cumberbatch’s narcissistic, detached Alan has more in common with the actor’s title character in Sherlock than with the Turing of Hodges’ biography. One of Turing’s colleagues at Bletchley Park later recalled him as “a very easily approachable man” and said “we were very very fond of him”; none of this is reflected in the film.

In addition to the more significant creative liberties that the movie takes, there are small fictions surrounding his character in the movie. Although, in the movie, Alan tells Denniston that he doesn’t know German, Turing did in fact study German and travel to Germany before and after the war. Turing did not, as far as we know, have a compulsion to separate his peas and carrots. (In fact, given his generally unkempt appearance, it’s highly unlikely he gave attention to such details.) And whether or not Turing liked sandwiches—a key plot point in The Imitation Game—goes unmentioned in Hodges’ biography.

In flashbacks to 1928 in The Imitation Game, we learn that Alan’s first love was a classmate at boarding school named Christopher. Christopher rescues Alan after he’s nailed under the floorboards by bullies, teaches Alan to communicate via codes and ciphers, flirts with Alan, and then suddenly dies of bovine tuberculosis.

Although many of the details are invented for the movie, the gist of this storyline is true: Turing really did befriend and develop romantic feelings for a boy named Christopher Morcom at Sherborne School, the boys’ school in Dorset that he attended as a teenager. (He also did get trapped under the floorboards by other boys, according to Alan Turing: The Enigma, but this occurred before he met Morcom.) Morcom died from bovine tuberculosis in 1930, shortly after he’d been accepted to Cambridge and three years after Turing had first met him.

In the movie, it’s implied that Christopher shares Alan’s attraction, but it seems likely that Turing’s affection for Morcom was unrequited—Turing later wrote, “Chris knew I think so well how I liked him, but hated me shewing it.” Several other details of their relationship are different in the movie than in Alan Turing: The Enigma. Although in the movie Christopher is taller than young Alan (Alex Lawther), in reality Turing had a growth spurt at 15, while Morcom was “surprisingly small for his form.” (Morcom was one year ahead of Turing in school.) Turing and Morcom bonded over math and chemistry, not ciphers; Turing began exploring ciphers with another friend at Sherborne after Morcom had died. The biggest departure from reality in the film is the scene where the headmaster informs Alan of Christopher’s death, and Alan denies having known Christopher very well. In real life, Turing was openly devastated by Morcom’s death, and he subsequently developed a relationship with Morcom’s family, going on vacations with them and maintaining a correspondence with Morcom’s mother for years after he’d left Sherborne.

Additionally, Turing did not call any of the early computers he worked on “Christopher”—that is a dramatic flourish invented by screenwriter Graham Moore.

In The Imitation Game, Commander Denniston is a rigid naval officer who resents Alan’s indifference to the military hierarchy and attempts to fire him when his decryption machine fails to deliver fast results. This characterization is mostly fictional, and Denniston’s family has taken issue with the film’s negative portrayal of him. The real-life Alastair Denniston, who spent most of his career as the director of the Government Code and Cypher School, was eager to expand his staff to help break the Germans’ Enigma code in the late 1930s. He recruited Turing, on the basis of his work at Cambridge and his writing on hypothetical computation machines, in 1938, and he hired Turing to work full time at Bletchley Park when Britain entered World War II in September 1939. There’s no record of a contentious interview between Turing and Denniston, and Denniston never tried to fire Turing from the Government Code and Cypher School—rather, given his innovations, Turing was a star of Bletchley Park.

Even if most of the details of the conflict between Commander Denniston and Alan are made up, they do stand in for a real-life power struggle between the military brass and the cryptologists. Turing’s colleagues there recalled that Turing “was always impatient of pompousness or officialdom of any kind,” which made him ill-suited for work in a military context, and Hodges writes that he “had little time for Denniston.” One of the most memorable clashes between Commander Denniston and Alan in the movie occurs when Alan goes over Denniston’s head to write a letter to Winston Churchill, who immediately puts Alan in charge of the Enigma-breaking operation and grants him the 100,000 pounds he needs to build his machine. This never happened, but Alan and three colleagues at Bletchley Park—including Hugh Alexander—did write a letter to Churchill requesting more staff and resources in 1941, and Churchill quickly granted them their requests.

In The Imitation Game, Hugh Alexander is a suave ladykiller who spends much of the film battling with Alan for control of the codebreaking operations; Hugh eventually recognizes Alan’s genius and falls in line behind him. Hugh Alexander—who went professionally by Conel Hugh O’Donel Alexander or C.H.O’D. Alexander—was a real person, but the film’s Hugh character seems intended to serve as a contrast to Alan’s antisocial personality.

The film is faithful to the basic facts: Alexander was a chess champion, and he was much better at managing people than Turing was. However, Alexander was not initially assigned to be Turing’s superior at Bletchley Park. Alexander began working there several months after Turing arrived, and the two didn’t begin working together for another year or so, when Alexander was transferred to Turing’s team to work on breaking Germany’s naval Enigma code. Hodges writes, “Hugh Alexander soon proved the all-round organiser and diplomat that Alan could never be.” Alexander eventually took over naval Enigma decryption after Turing began pursuing a speech decryption project, but by all accounts, their relationship was friendly and mutually respectful. In fact, when Turing was tried for indecency in 1952, Alexander served as a character witness for the defense.

Keira Knightley’s character in The Imitation Game is a brilliant, spunky young mathematician whom Alan agrees to marry to get her conservative parents off her back. As with other storylines, the skeleton of this narrative is true, even if the details are not. Clarke was recruited to Bletchley Park by her former academic supervisor (and Turing’s partner in improving the Bombe) Gordon Welchman; she didn’t win the role by excelling in a crossword competition. (Bletchley recruiters did use crosswords to find talented codebreakers, but neither Turing nor Clarke was involved in this effort.) And Turing proposed to Clarke not to help her escape from overbearing parents, but because they liked each other. He “told her that he was glad he could talk to her ‘as to a man,’ ” writes Hodges, and they shared an interest in chess and botany. She even accepted Turing’s homosexuality; their engagement continued after he confessed his attraction to men. But after some months, Turing ended the engagement. “It was neither a happy nor an easy decision,” writes Hodges, but it wasn’t the ultimately violent confrontation depicted in The Imitation Game, either. “There had been several times when he had come out with ‘I do love you.’ Lack of love was not Alan’s problem.”

Turing and Clarke kept in touch after their engagement ended, and Turing even tried to rekindle their relationship after a couple of years, but Clarke rebuffed him. Turing also wrote a letter to Clarke in 1952 to inform her of his impending trial for indecency, but the final scene of The Imitation Game, in which Joan visits Alan during his probation, is invented.

Stewart Menzies, the chief of the British Secret Intelligence Service, and John Cairncross, a Soviet spy, are two historical figures who appear in The Imitation Game despite the fact that neither worked closely with Turing. Menzies was, as the film suggests, responsible for passing decrypted Nazi strategies to Winston Churchill, but it’s highly unlikely he interacted individually with Turing (or most of the thousands of other codebreakers who worked at Bletchley Park over the years). Cairncross did pass intelligence from Bletchley Park to the Soviet Union, but he worked in a different unit from Turing’s, and there’s no evidence the two knew each other. Similarly, the filmmakers’ conceit that Menzies knew about and tolerated Cairncross’ duplicity isn’t supported by the historical record.

In the film, Peter and Jack are more or less interchangeable background characters, distinguished primarily by the fact that Peter has a brother who is serving in the armed forces on a ship that the code-breaking team discover is targeted by the Germans. The ensuing dramatic scene, in which Alan reminds Peter and the rest of the team that they have to keep the Germans from learning that they’ve broken Enigma, is entirely invented; Hilton had no such brother, and in fact he began working at Bletchley Park long after Turing’s Bombe had been built. And while it was crucial for the British to use their intelligence wisely, Hodges writes that their success had less to do with their tactical shrewdness and more to do with the Germans’ a priori conviction that Enigma was unbreakable, despite ample evidence to the contrary.

The Imitation Game’s framing device depicts one Detective Nock’s investigation into Alan’s life, following a mysterious burglary at Alan’s home. Perhaps unsurprisingly, this framing device isn’t quite true to life: There was no Detective Nock, and the detectives who did book Turing for indecency (who were named Mr. Wills and Mr. Rimmer) were under no illusions about his mysterious circumstances. Turing was burglarized by an acquaintance of 19-year-old Arnold Murray, who had slept with Turing a few times. The burglar had heard Murray talk about his trysts with Turing, and when the police interrogated the burglar, he revealed the illicit nature of Murray and Turing’s relationship. When the police interviewed Turing, he made no attempt to hide his homosexuality from them. Turing eventually pled guilty to indecency, and he was placed on probation and agreed to submit to estrogen treatment—intended to destroy his sex drive—for more than a year.

The Imitation Game implies that the estrogen treatment sent Alan into an emotional tailspin, but Turing seems to have continued his work and social relationships normally during his year of probation. The film also implies that the estrogen treatment triggered Alan’s suicide, but in fact the treatment ended in April 1953, fourteen months before Turing killed himself. Although some modern scholars believe that his death from cyanide poisoning was an accident, Hodges believes that Turing made his suicide deliberately ambiguous so as to spare his mother the pain of believing that her son had killed himself on purpose.

Voir encore:

The Imitation Game (2014)

Starring Benedict Cumberbatch, Keira Knightley
based on the book ‘Alan Turing: The Enigma’ by Andrew Hodges

REEL FACE: REAL FACE:
Benedict Cumberbatch as Alan Turing Benedict Cumberbatch
Born: July 19, 1976
Birthplace:
Hammersmith, London, England, UK
Alan Mathison Turing Alan Turing
Born: June 23, 1912
Birthplace: Maida Vale, London, England, UK
Death: June 7, 1954, Wilmslow, Cheshire, England (suicide by poison)
Alex Lawther as Young Alan Turing Alex Lawther
Born: 1995
Birthplace:
Hampshire, England, UK
Young Alan Turing as Teenager Young Alan Turing
(age 16)
Keira Knightley as Joan Clarke Keira Knightley
Born: March 26, 1985
Birthplace:
Teddington, Middlesex, England, UK
Joan Clarke Murray Joan Clarke
Born: June 24, 1917
Birthplace: West Norwood, London, UK
Death: September 4, 1996, Headington, Oxfordshire, England, UK
Matthew Goode as Hugh Alexander Matthew Goode
Born: April 3, 1978
Birthplace:
Exeter, Devon, England, UK
Conel Hugh O'Donel Alexander Hugh Alexander
Born: April 19, 1909
Birthplace: Cork, Ireland
Death: February 15, 1974, Cheltenham, Gloucestershire, England, UK
Charles Dance as Commander Alastair Denniston Charles Dance
Born: October 10, 1946
Birthplace:
Redditch, Worcestershire, England, UK
Commander Alexander (Alastair) Guthrie Denniston Commander Alastair Denniston
Born: December 1, 1881
Birthplace: Greenock, Scotland, UK
Death: January 1, 1961, Milford on Sea, Hampshire, England, UK
Mark Strong as Stewart Menzies Mark Strong
Born: August 5, 1963
Birthplace:
London, England, UK
Stewart Menzies Stewart Menzies
Born: January 30, 1890
Birthplace: London, England, UK
Death: May 29, 1968, London, England, UK
Allen Leech as John Cairncross Allen Leech
Born: May 18, 1981
Birthplace:
Killiney, Co. Dublin, Ireland
John Cairncross John Cairncross
Born: July 25, 1913
Birthplace: Lesmahagow, Scotland, UK
Death: October 8, 1995, Herefordshire, UK (stroke)
Matthew Beard as Peter Hilton Matthew Beard
Born: March 25, 1989
Birthplace:
London, England, UK
Peter Hilton Peter Hilton
Born: April 7, 1923
Birthplace: London, England, UK
Death: November 6, 2010, Binghamton, New York, USA
James Northcote as Jack Good James Northcote
Born: October 10, 1987
Birthplace:
London, England, UK
Irving John (Jack) Good Irving John (Jack) Good
Born: December 9, 1916
Birthplace: London, England, UK
Death: April 5, 2009, Radford, Virginia, USA (natural causes)
I’ve now got myself into the kind of trouble that I have always considered to be quite a possibility for me, though I have usually rated it at about 10 to 1 against. I shall shortly be pleading guilty to a charge of sexual offenses with a young man. The story of how it all came to be found out is a long and fascinating one… but I haven’t got time to tell you now. No doubt I shall emerge from it all a different man, but quite who I’ve not found out. -Alan Turing, 1952, Letter to Friend and Colleague Norman Routledge

Questioning the Story:

Is Detective Robert Nock based on a real person?No. « Detective Nock is a fake name – he was named after my old roommate, » says screenwriter Graham Moore. « He gives us another perspective … we can see how a normal person, not a bad person, could end up doing this horrible thing to Alan. We didn’t want to create this story of Alan being a sad character that bad things happened to, so we decided to show his final years through the perspective of this fictional detective. … Nock is not a bad person, not an evil person. The terrible thing that happened to Turing was not his fault and was deeply unfair and the injustice of that is something we all have to reckon with. » Robert Nock is the only character in the movie with a fake name. -Tumblr (imitationgamemovie)

Did the police uncover Turing’s homosexuality while investigating him for being a possible Soviet spy?No. Here The Imitation Game deviates significantly from the true story. The real Alan Turing was not investigated for being a possible Soviet spy. Turing himself had reported a petty theft to the police, not a neighbor who heard noises. He changed the details of his story to cover up a relationship he was having with the suspected culprit, 19-year-old Arnold Murray. Instead of first suspecting Turing of espionage like in the movie, the police immediately honed in on Turing for violating the law of gross indecency due to his homosexual relationship with Murray. -The Guardian

Alan Turing and Benedict Cumberbatch
Genealogists have discovered that the real Alan Turing (left) and his onscreen counterpart, actor Benedict Cumberbatch (right), are related. They are 17th cousins dating back to John Beaufort, the first Earl of Somerset, who was born in approximately 1373. -Ancestry.com

Was Alan Turing really put on trial for being gay?Yes. The Imitation Game true story confirms that on March 31, 1952, British authorities put Alan Turing on trial for indecency because he had homosexual relations with a 19-year-old man named Arnold Murray, twenty years his junior. Homosexuality was a crime in Great Britain in the early 1950s, falling under gross indecency in Section 11 of the Criminal Law Amendment Act 1885. To avoid jail time for his indecency conviction, Turing underwent chemical castration in the form of a year’s worth of estrogen (stilboestrol) injections designed to reduce his libido. In addition to rendering him impotent, another side effect of the hormone therapy was that Turing developed gynaecomastia, or an enlarged chest (breasts). On June 7, 1954, approximately a year after his hormone treatments ended, Turing killed himself by eating an apple that he had likely injected with cyanide. We say « likely » because the apple was never tested for cyanide, though it was speculated that this was the delivery method. -Alan Turing: The Enigma

The general public became familiar with the name Alan Turing after learning of his indecency conviction and suicide. It would be years before they learned that he was also largely responsible for outsmarting the Nazis. -Tumblr (imitationgamemovie)

Was Alan Turing’s codebreaking machine really named Christopher?No. The Imitation Game true story reveals that the name of the real codebreaking machine was less personal. Unlike the movie, it was not named Christopher after Turing’s late friend and first love, teenage companion Christopher Morcom (Morcom was a real teenage friend who Alan met at Sherborne School). Instead, Turing’s machine was called the Bombe, named after an earlier Polish version of the codebreaking machine. Like in the movie, Turing created a much improved version of the Polish machine. The U.S. eventually produced its own equivalents, but they were engineered differently than the British Bombe created by Alan Turing and his team. -Empire Magazine

Jack Bannon and Christopher Morcom
Actor Jack Bannon (left) portrays Alan Turing’s friend Christopher Morcom (right), who died suddenly in 1930.

Did Alan’s friend Christopher really die suddenly of bovine tuberculosis?Yes. The real Alan Turing met Christopher Morcom at Sherborne School, the boys’ school in Dorset, England, which Alan attended as a teenager. The two became good friends, sharing an interest in math and chemistry (not codes and ciphers). Morcom, who was a year older, did die suddenly of bovine tuberculosis, which he had contracted as a small boy from drinking infected cows’ milk. However, the headmaster did not coldly tell Turing of Morcom’s February 13, 1930 death after Morcom had already passed away. In real life, ‘Ben’ Davis, the junior housemaster, had sent Turing a note earlier that day and told him to prepare for the worst. Turing also did not pretend that he had barely known Morcom. In real life, Turing’s friends and family knew that he was devastated, and he even became close to Morcom’s family after his passing. -Alan Turing: The Enigma

Was Alan’s attraction to Christopher a mutual attraction? Not likely. Though The Imitation Game movie implies that Christopher is also attracted to Alan, Andrew Hodges’ biography indicates otherwise. Alan wrote of making it a point to sit next to Christopher in every class, stating that Christopher « made some of the remarks I was afraid of (I know better now) about the coincidence but seemed to welcome me in a passive way. » Hodges again talks of Christopher’s passivity toward Alan, stating that he gradually took Alan seriously, but always with « considerable reserve. » In his writings, Alan indicates that Christopher was aware of his feelings, « Chris knew I think so well how I liked him, but hated me shewing it, » indicating that while Chris liked the attention, Alan’s affection went unrequited. -Alan Turing: The Enigma

Did Turing come up with the design for the codebreaking machine on his own?No. Unlike the movie, Alan Turing didn’t come up with the design for the improved Bombe machine on his own. Gordon Welchman, a mathematician who is not mentioned in the film, collaborated with Turing. -Alan Turing: The Enigma

Did Alan Turing’s codebreaking machine look like the one in the movie?For the most part, yes. However, the real codebreaking machine, the Bombe, was housed in a Bakelite box. Production designer Maria Djurkovic and her team researched the working replica that is on display at Bletchley Park in Buckinghamshire, England. « Our version of the machine had to look convincing, » says Djurkovic. She and director Morten Tyldum decided to reveal the machine’s inner workings. They also added more red cables to give the audience the feeling that blood was pumping through its veins. -Tumblr (imitationgamemovie)

Turing Bombe Machine and Christopher Machine (movie)
Alan Turing’s real Bombe machine (top) at Bletchley Park in 1943. The machine’s name was changed to Christopher for the movie (bottom) and more red cables were added to mimic veins pumping blood through the machine.

Is there a secret URL hidden in an Imitation Game teaser trailer?Yes. The secret URL is in the form of an IP address and is hidden in the teaser trailer titled « Are You Paying Attention« . The URL can be spotted at the trailer’s 4-second mark when actor Benedict Cumberbatch asks, « Are you paying attention? » Look for the IP 146.148.62.204.

The link challenges you to complete a crossword puzzle based on the one that the real Alan Turing published in the London Daily Telegraph in 1942 in an effort to recruit more codebreakers for his team. Turing invited anyone who could complete the crossword puzzle in 12 minutes or less to apply for a job. In the movie, one of these individuals is Joane Clarke (Keira Knightley), who ends up being the only female applicant in a room full of men. Like Alan Turing’s challenge, you are given a specific amount of time to complete the crossword puzzle found through the URL. Do you have what it takes to be a Turing codebreaker?

Was Joan Clarke really hired at Bletchley Park after solving a crossword puzzle in the newspaper?No. The real Joan Clarke’s introduction to Turing’s team at Bletchley Park was less exciting than Keira Knightley’s character’s experience in the movie. In real life, Joan Clarke was already employed at Bletchley Park performing clerical duties. She had been recruited by the Government Code and Cypher School (GC & CS). A former math wiz at Cambridge, her mathematical talents were again noticed at Bletchley, and she was promoted to work with the group in Hut 8, led by Alan Turing. Andrew Hodges’ biography also states that Joan Clarke had actually already met Alan Turing previously at Cambridge.

Did the Soviet spy, John Cairncross, really work with Alan Turing?No. Our research into The Imitation Game true story exposed the fact that although John Cairncross did work at Bletchley Park and admitted to being a Soviet spy in 1951, he did not work as part of Alan Turing’s group. « Their relationship is invented, » says author Andrew Hodges. It is unlikely that they ever even had contact with one another, since communication between sections at Bletchley was very limited. In the movie, after Alan Turing (Benedict Cumberbatch) discovers that John Cairncross (Allen Leech) is a Soviet spy, Cairncross blackmails Turing by threatening to reveal his sexuality. -The Sunday Times

Alan Turing Marathon Race Runner
As shown in the movie, Alan Turing (right) was a capable long-distance runner and often used running as a way to get the stress of his job as a codebreaker out of his mind.

Was Alan Turing really engaged to Joan Clarke?Yes. In the movie, we see Alan Turing (Benedict Cumberbatch) ask Joan Clarke (Keira Knightley) to marry him as a way to keep her at Bletchley Park, since her parents want her to move on with her life and find a husband. Though Turing does tell Joan about his attraction to men, in the film he only breaks off the engagement after John Cairncross, the Soviet spy, threatens to reveal that Turing is gay, which could in turn negatively affect Joan.

In real life, Alan Turing’s marriage proposal in the spring of 1941 wasn’t a ploy to keep Joan at Bletchley Park. He also didn’t break off the engagement as the result of pressure from a Soviet spy. The real Joan Clarke says that the two were interested in one another, despite their relationship lacking a certain physical element. Turing even arranged their shifts so they could work together. They went on dates to the cinema and other places, and despite there not being much physical contact, they did kiss. Turing introduced Joan to his family. Author Andrew Hodges states in his Turing biography that « the idea that marriage should include a mutual sexual satisfaction was still a modern one, which had not yet replaced the older idea of marriage as a social duty. »

During an interview found in the 1992 BBC Horizon episode « The Strange Life and Death of Dr. Turing, » Joan says that Alan told her about his « homosexual tendency » the day after he proposed. « Naturally, that worried me a bit, » admits Joan, « because I did know that was something which was almost certainly permanent, but we carried on. » A fellow member of Turing’s team called their relationship « quite delightful » and said that they were « very sweet together. » Though there was talk of the future, including children, their engagement did not survive past the summer of 1941. Turing used an Oscar Wilde poem to break things off. -BBC Horizon

Gay and Lesbian news outlets criticized an early draft of The Imitation Game script, accusing the filmmakers of « straight-washing » the story. Black Bear Pictures rejected the allegations, issuing a statement that said, « There is not – and never has been – a version of our script where Alan Turing is anything other than homosexual. »

Did Turing’s team only pass along a percentage of the decoded messages?Yes, but the movie’s account of how the group decided which decoded messages to pass along to British forces is fictional. In the film, Turing (Benedict Cumberbatch) and his team crack Enigma but hold off on telling their superiors for fear that the Germans will become suspicious and change the code. After they decide against passing along intercepted information about an impending attack on a British convoy, Turing goes to Stewart Menzies (Mark Strong) and together they come up with a system for deciding which cracked messages should be passed along to the British Army, Navy and RAF.

In reality, it was Menzies duty to come up with a method for deciding what percentage of gathered intelligence should be passed along. -The Telegraph

German Enigma Machine in Imitation Game Movie
Each letter pressed on the German Enigma machine (pictured above in the movie) caused a corresponding ciphertext letter to light up above the keyboard. Several rotors (usually 3 or 4) could be adjusted to reset the encryption, a process that would determine which letter corresponded to which ciphertext letter.

Was Alan Turing accused of treason and cowardice for not revealing Soviet spy John Cairncross?No. As indicated above, the relationship between Alan Turing and John Cairncross was invented by the filmmakers. During our investigation into The Imitation Game true story, we learned that Turing and Cairncross did not work in the same section at Bletchley Park, and given that the groups at Bletchley were somewhat isolated from one another, it is highly unlikely that these two men ever met in real life, an idea that Turing biographer Andrew Hodges called « ludicrous. » This fictional addition to the film, which finds Turing withholding the fact that Cairncross was a Soviet spy, has generated a significant amount of controversy and criticism, namely in that it places accusations of treason upon Turing. -The Guardian

Did Joan Clarke visit Alan Turing after the war?No. Andrew Hodges’ biography states that Alan wrote to Joan and told her that he had been found out, but there is no mention of Joan coming to visit Alan. At the time of his letter, Joan was engaged to be married, as Keira Knightley’s character is when she visits Alan (Benedict Cumberbatch) in the movie.

Is there a reason why we don’t see Alan Turing’s suicide in the film?On June 7, 1954, roughly a year after he underwent « chemical castration » (estrogen injections) as a way of avoiding prison time for his indecency conviction, Alan Turning ingested an apple that he had likely laced with cyanide (it is speculated that the half-eaten apple was the delivery method, though it was never tested). Biographer Andrew Hodges suggested that he was re-enacting a scene from the 1937 Walt Disney movie Snow White, his favorite fairy tale. The Imitation Game director Morten Tyldum did film the suicide scene, but it did not make the final cut of the film. In real life, Turing’s housekeeper found him dead in his bed, with the half-eaten apple next to him on his bedside table (BBC News).

« We never wanted to see him commit suicide on screen, » says Graham Moore, the film’s screenwriter. « This film was about paying attention to Alan Turing’s tremendous life and his amazing accomplishments. It felt to us more ethical and more responsible to focus on his life and his accomplishments than the nitty-gritty of his suicide. » -Tumblr (imitationgamemovie)

Alan Turing Snow White Poison Apple
Did Alan Turing take his own life by re-enacting a scene from the film Snow White, his favorite fairy tale?

Is it possible that Alan Turing’s death was not a suicide?Though the investigation and the coroner’s verdict ruled the death a suicide, some believe that the death was caused by the accidental inhalation of cyanide fumes from a device used for electroplating spoons with gold. Turing’s mother, Ethel, also believed his death was accidental (Alan Turing: The Enigma). « His mother wrote to me, » says the real Joan Clarke, « and she said that although it was a verdict of suicide, she believed it an accident, and of course, his method was chosen to make it possible for some at least to believe that. » -BBC Horizon

Was the Apple company logo inspired by the apple associated with poisoning Alan Turing?No. This is just an urban legend. Apple has denied any correlation. -Empire Magazine

Was The Imitation Game movie filmed at the real Bletchley Park?The only scenes that were actually shot at the real Bletchley Park (located in Milton Keynes, Buckinghamshire, England) took place at the bar. This includes Turing’s eureka moment, the engagement party scene, and his confession to John Cairncross about being gay. Other parts of the movie were filmed at Alan Turing’s childhood school, where his picture is still on the wall (Tumblr – imitationgamemovie). Members of the Government Code and Cypher School (GC&CS) first visited Bletchley Park in 1938 and returned in 1939 to set up their operation. The park has since been converted into a museum, which opened its doors to the public in 1993 (BletchleyPark.org.uk).

Voir enfin:

Alan Turing: one of The Great Philosophers

Andrew Hodges

Part 4 of Turing: a natural philosopher  (1997)

Thinking the Uncomputable
Turing then studied at Princeton for two academic years, with a break back at Cambridge in summer 1937. It was a period of intense activity at a world centre of mathematics. Turing was overoptimistic in thinking he could rewrite the foundations of analysis, and added nothing to the remarks about limits and convergence given in On Computable Numbers. (One reason for this might be the following: if x and y are computable numbers, as specified as Turing machines, the truth of the statements x=y, or x=0 cannot tested by a computable process.) But besides wide-ranging research in analysis, topology and algebra, and the ‘laborious’ work of showing the equivalence of his definition of computability with those of Church and Gödel, he extended the exploration of the logic of mental activity with a paper Systems of Logic based on Ordinals [5].This, his most difficult paper, is much less well known than his definition of computability. It is generally regarded as a diversion from his line of thought on computability, computers and the philosophy of mind, and I fell into this assumption in Alan Turing: the Enigma, essentially because I followed Turing’s own later standpoint. But I now consider that at the time, Turing saw himself steaming straight ahead with the analysis of the mind, by studying a question complementary to On Computable Numbers. Turing asked in this paper whether it is possible to formalise those actions of the mind which are not those of following a definite method — mental actions one might call creative or original in nature. In particular, Turing focussed on the action of seeing the truth of one of Gödel’s unprovable assertions.

Gödel had shown that when we see the truth of an unprovable proposition, we cannot be doing so by following given rules. The rules may be augmented so as to bring this particular proposition into their ambit, but then there will be yet another true proposition that is not captured by the new rules of proof, and so on ad infinitum. The question arises as to to whether there is some higher type of rule which can organise this process of ‘Gödelisation.’ An ordinal logic is such a rule, based on the theory of ordinal numbers, the very rich and subtle theory of different ways in which an infinite number of entities may be placed in sequence. An ordinal logic turns the idea of ‘and so on ad infinitum’ into a precise formulation. Turing wrote that: ‘The purpose of introducing ordinal logics is to avoid as far as possible the effects of Gödel’s theorem.’ The uncomputable could not be made computable, but ordinal logics would bring it into as much order as was possible.

Turing’s work, in which he proved important (though somewhat negative) results about such logical schemes, founded a new area of mathematical logic. But the motivation, as he himself stated it, was in mental philosophy. As in On Computable Numbers, he was unafraid of using psychological terms, this time the word ‘intuition’ appearing for the act of recognising the truth of an unprovable Gödel sentence:

Mathematical reasoning may be regarded rather schematically as the combination of two faculties, which we may call intuition and ingenuity. The activity of the intuition consists in making spontaneous judgments which are not the result of conscious trains of reasoning. These judgments are often but by no means invariably correct (leaving aside the question what is meant by ‘correct’). Often it is possible to find some other way of verifying the correctness of an intuitive judgment. We may, for instance, judge that all positive integers are uniquely factorizable into primes; a detailed mathematical argument leads to the same result. This argument will also involve intuitive judgments, but they will be less open to criticism than the original judgment about factorization. I shall not attempt to explain this idea of ‘intuition’ any more explicitly.

The exercise of ingenuity in mathematics consists in aiding the intuition through suitable arrangements of propositions, and perhaps geometrical figure or drawings. It is intended that when these are really well arranged the validity of the intuitive steps which are required cannot seriously be doubted.
Turing then explains how the axiomatization of mathematics was originally intended to eliminate all intuition, but Gödel had shown that to be impossible. The Turing machine construction had shown how to make all formal proofs ‘mechanical'; and in the present paper such mechanical operations were to be taken as trivial, instead putting under the microscope the non-mechanical steps which remained.In consequence of the impossibility of finding a formal logic which wholly eliminates the necessity of using intuition, we naturally turn to ‘non-constructive’ systems of logic with which not all the steps in a proof are mechanical, some being intuitive. An example of a non-constructive logic is afforded by any ordinal logic… What properties do we desire a non-constructive logic to have if we are to make use of it for the expression of mathematical proofs? We want it to show quite clearly when a step makes use of intuition, and when it is purely formal. The strain put on the intuition should be a minimum. Most important of all, it must be beyond doubt that the logic shall be adequate for the expression of number-theoretic theorems…
It is not clear how literally Turing meant the identification with ‘intuition’ to be taken. Probably his ideas were fluid, and he added a cautionary footnote: ‘We are leaving out of account that most important faculty which distinguishes topics of interest from others; in fact we are regarding the function of the mathematician as simply to determine the truth or falsity of propositions.’ But the evidence is that at this time he was open to the idea that in moments of ‘intuition’ the mind appears to do something outside the scope of the Turing machine. If so, he was not alone: Gödel and Post held this view.

Turing and Wittgenstein
As it happened, Turing’s views were probed by the leading philosopher of the time at just this point. Unfortunately their recorded conversations shed no light upon Turing’s view of mind and machine. Turing was introduced to Wittgenstein in summer 1937, and when Turing returned to Cambridge for the autumn term of 1938, he attended Wittgenstein’s lectures — more a Socratic discussion group — on the Foundations of Mathematics. These were noted by the participants and have been reconstructed and published. [6] There is a curious similarity of the style of speech — plain speaking and argument by question and answer — but they were on different wavelengths. In a dialogue at the heart of the sequence they debated the significance of axiomatizing mathematics and the problems that had arisen in doing so:Wittgenstein:… Think of the case of the Liar. It is very queer in a way that this should have puzzled anyone — much more extraordinary than you might think… Because the thing works like this: if a man says ‘I am lying’ we say that it follows that he is not lying, from which it follows that he is lying and so on. Well, so what? You can go on like that until you are black in the face. Why not? It doesn’t matter. …it is just a useless language-game, and why should anyone be excited?
Turing: What puzzles one is that one usually uses a contradiction as a criterion for having done something wrong. But in this case one cannot find anything done wrong.
W: Yes — and more: nothing has been done wrong, … where will the harm come?
T: The real harm will not come in unless there is an application, in which a bridge may fall down or something of that sort.
W: … The question is: Why are people afraid of contradictions? It is easy to understand why they should be afraid of contradictions, etc., outside mathematics. The question is: Why should they be afraid of contradictions inside mathematics? Turing says, ‘Because something may go wrong with the application.’ But nothing need go wrong. And if something does go wrong — if the bridge breaks down — then your mistake was of the kind of using a wrong natural law. …
T: You cannot be confident about applying your calculus until you know that there are no hidden contradictions in it.
W: There seems to me an enormous mistake there. … Suppose I convince Rhees of the paradox of the Liar, and he says, ‘I lie, therefore I do not lie, therefore I lie and I do not lie, therefore we have a contradiction, therefore 2 x 2 = 369.’ Well, we should not call this ‘multiplication,’ that is all…
T: Although you do not know that the bridge will fall if there are no contradictions, yet it is almost certain that if there are contradictions it will go wrong somewhere.
W: But nothing has ever gone wrong that way yet…
Turing’s responses reflect mainstream mathematical thought and practice, rather than showing his distinctive characteristics and original ideas. In 1938, it should be noted, he was an untenured research fellow whose first application for a lectureship had failed, and whose chance of a conventional career lay in the mathematics studied and taught at Cambridge. His work in logic was but a part of his output, by no means well known. His Fellowship was for work in probability theory; his papers were in analysis and algebra. That year, he made a significant step in the analysis of the Riemann zeta-function, a topic in complex analysis and number theory at the heart of classical pure mathematics.

Getting statements free from contradictions is the very essence of mathematics. Turing perhaps thought Wittgenstein did not take seriously enough the unobvious and difficult questions that had arisen in the attempt to formalize mathematics; Wittgenstein thought Turing did not take seriously the question of why one should want to formalize mathematics at all.

There are no letters or notes which indicate subsequent contact between Turing and Wittgenstein, and no evidence that Wittgenstein influenced Turing’s concept of machines or mind. If influence in the next ten years is sought, it should be found in the Second World War and Turing’s amazing part in it.

[5] Systems of logic based on ordinals, Proc. Lond. Math. Soc (2) 45 pp 161-228 (1939).
This was also Turing’s Princeton Ph.D. thesis (1938). (See also the Bibliography on this site.)
[6] C. Diamond (ed.) Wittgenstein’s Lectures on the Foundations of Mathematics (Harvester Prerss, 1976). The quoted dialogue is extracted from lectures 21 and 22.


Théorie du genre: Attention, un angélisme peut en cacher un autre (No sex differences, please, we’re socialists)

18 février, 2014
https://i0.wp.com/awhitecarousel.com/wp-content/uploads/2010/12/Botticelli-Nativity-783x1024.jpghttps://i2.wp.com/www.scientificamerican.com/sciam/cache/file/FE1E5E58-463F-4EBE-96F1A6CF2AF8F6B9_article.jpgA la résurrection des morts, les hommes ne prendront point de femmes, ni les femmes de maris, mais ils seront comme les anges dans les cieux. Jésus (Marc 12: 25)
S’ils se taisent, les pierres crieront! Jésus (Luc 19 : 40)
Par la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle Tu as fondé ta gloire, pour confondre tes adversaires, Pour imposer silence à l’ennemi et au vindicatif. Psaumes 8:2
N’avez-vous jamais lu ces paroles: Tu as tiré des louanges de la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle? Jesus (Matthieu 21:16)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. René Girard
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
L’esprit des Lumières a récupéré le Salut pour le transformer en progrès en le laïcisant. En ce sens, il a repris le christianisme, mais il l’a perverti en le dépouillant de la transcendance, ce qui change tout : le processus devient impatient et matérialiste. Mais on ne peut certainement pas dire que l’esprit des Lumières a évincé le christianisme en l’avalant. Les seules Lumières qui aient tenté d’évincer la religion sont les Lumières françaises (ni les Lumières américaines, ni les Lumières écossaises, n’en ont fait autant, au contraire). Ensuite parce qu’après les déceptions de la première modernité, on aperçoit clairement que le progrès est corrélé à l’espérance, ou alors n’est plus. Privées de transcendance, les Lumières françaises cessent de croire au progrès et se résignent au temps circulaire : c’est-à-dire qu’elles s’éteignent. Nous sauverons les libertés démocratiques si nous cessons de transformer l’émancipation des Lumières en religion intolérante et inquisitoriale. Pour l’instant, la folie du consensus traduit un despotisme technocratique. Chantal Delsol
À l’époque, et notamment aux États-Unis, on lit ce texte comme un pamphlet anti-stalinien et un roman désenchanté sur les dérives inéluctables de la révolution. Or, il est tout à fait intéressant de voir qu’Orwell conteste très explicitement cette lecture, qui est encore largement répandue aujourd’hui. Le propos du livre, précise-t-il, consiste avant tout à mettre en lumière ce fait inattendu que les idées totalitaires naissent très souvent chez des intellectuels. 1984, c’est, au fond, le rêve secret des intellectuels de gauche britanniques !… (…) Quand on pense à 1984,  on pense d’abord à Big Brother, au télécran, aux procédures de contrôle – et c’est, bien entendu, parfaitement légitime. Mais le cœur du livre, ce sont avant tout les mécanismes intellectuels à l’œuvre dans ces procédures. (…) Bref, le totalitarisme, selon Orwell, ce n’est pas seulement la police et le contrôle, c’est d’abord l’ambition de former les consciences et de façonner les corps. Et ce fantasme est bien, selon lui, un fantasme d’intellectuel. (…) Ceux que dénonce Orwell, ce sont les intellectuels cyniques ou ceux qu’on appelle les « compagnons de route », tous ceux qui, par fascination du pouvoir, trahissent leur fonction consistant d’abord à réfléchir à partir des faits qu’on a sous les yeux. (…) Si Winston s’accroche à des vérités apparemment insignifiantes comme « 2+2=4 » ou « L’eau est mouillée », c’est parce que le totalitarisme vise justement à couper les individus de cette expérience ordinaire, de ce qu’on peut vérifier par soi-même, et qui constitue le socle de notre rapport au monde et aux autres. Ce que visent les mécanismes totalitaires, c’est l’introduction d’un écran de mots et d’images entre les individus et cette expérience du sens commun. Et il s’agit bien là d’un projet qui mobilise des intellectuels. (…) C’est aussi pourquoi je pense qu’on a tort de rabattre le propos de 1984 sur celui tenu, par exemple, par Huxley dans Le Meilleur des mondes, où il s’agit essentiellement d’une dénonciation des risques que nous font courir le progrès des technologies. Il me semble que ce que dit Orwell, c’est que les progrès technologiques ne suffisent pas pour établir un régime policier. Un tel régime suppose aussi certains mécanismes qui sont très souvent pensés et voulus par des intellectuels. (…) Parce qu’en traitant les faits de manière désinvolte on supprime toute forme d’expérience personnelle sur laquelle s’appuyer ; et on laisse alors libre cours aux purs rapports de forces et de langage, ce qui est l’assurance de voir les plus puissants et les plus habiles triompher au détriment de tous les autres. Jean-Jacques Rosat
Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation. Déclaration universelle des droits de l‘homme (Article 2, 1948)
La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée. Constitution de la république française (Article 1, 1958)
L’inscription du terme « race », dans l’article même qui dispose des valeurs fondamentales de la République, est inadmissible même dans une « phrase qui a pour objet de lui dénier toute portée ». Proposition de loi du groupe socialiste (Assemblée nationale, nov. 2004)
Oui [je suis favorable à l’ouverture de la procréation médicale assistée (PMA) aux couples de lesbiennes], je l’ai dit. Aux conditions d’âge bien sûr. Je suis très précis là-dessus. Il faut que ce soit un projet parental. Et je suis aussi très soucieux du respect de l’anonymat du don des gamètes. En revanche, je suis hostile à la gestation pour autrui, la GPA. François Hollande (Têtu, 27 février 2012)
Le Parti socialiste s’engage pour garantir l’égalité des droits et construire l’égalité réelle, sans discrimination de genre ou d’orientation sexuelle, • Tous les citoyennes et c itoyens, tous les couples, toutes les familles, doivent pouvoir avoir accès aux même droits, êtres reconnus et protégés par les mêmes institutions. Il s’agit de défendre nos principes républicains et de garantir l’égalité au sein de notre société • Nous ouvrirons le mariage à tous les couples et renforcerons le Pacs (concernant notamment les congés pour évènements familiaux, la protection sociale complémentaire, le droit au séjour, l’enregistrement à la mairie). • Nous ouvrirons l’adoption aux couples de même sexe et l’assistance médicale à la procréation à toutes les femmes , sans condition de couple ou d’infertilité. • Nous reconnaîtrons aux homosexuels le droit de donner leur sang. • Nous affirmons qu’il revient à chaque personne de déterminer son identité de genre . • Nous formerons tous les acteurs éducatifs pour éviter les stéréotypes et les assignations de genre. Tract du parti socialiste
Les questions dites « de société » sont pour moi tout aussi importantes que les questions économiques ou sociales. Elles mettent en lumière les valeurs que nous portons (la liberté, l’égalité, la solidarité, la laïcité, etc.) et les réponses que nous y apportons doivent donner du sens au « vivre ensemble » apaisé et optimiste que nous appelons de nos voeux. Le thème principal de ma campagne est clair : donner une priorité à la jeunesse. Or, cette jeunesse pour laquelle je souhaite mobiliser l’action publique est aussi celle qui aborde le plus simplement et avec la plus grande ouverture les questions de genre parmi lesquelles se trouvent les questions LGBT. Pour en venir au fond de votre demande et avant d’entrer dans le détail des propositions qui sont déjà très largement intégrées au projet du Parti socialiste (notamment grâce aux amendements portés par votre association), je vais m’attacher à vous indiquer la méthode de travail qui sera la mienne et le planning de mise en œuvre de ces propositions. En préambule, je ne cacherai pas que j’ai un réel désaccord avec l’une d’elles : l’autorisation encadrée de la gestation pour autrui (GPA). De nombreuses associations féministes s’opposent à cette légalisation de la GPA et leurs arguments portant sur la marchandisation et l’instrumentalisation du corps humain m’ont convaincu. S’agissant de vos autres propositions, celles-ci se décomposent, me semble-t- il, en deux groupes : celles qui relèvent d’une évolution législative et celles qui nécessitent de simples changements réglementaires ou la mise en œuvre de politiques publiques. Pour ce qui est des évolutions législatives, sur le fondement des propositions de loi déposées par le groupe socialiste dès 2006 (et dont j’étais le premier signataire au nom de tous les socialistes), plusieurs textes seront proposés au 5 vote du Parlement dans le courant de l’année 2012. Ces textes permettront, notamment, l’ouverture du mariage aux couples de même sexe et la possibilité d’adopter pour tous. Ils seront complétés par l’ouverture de l’assistance médicale à la procréation (AMP) à toutes les femmes. Un dernier ensemble de dispositions viendront traduire notre vision moderne et ouverte de la famille en re – connaissant le statut des beaux-parents. Quant au PaCS, il sera amélioré. Un autre texte sera présenté dans le courant de l’année 2013 pour faciliter le parcours de vie des personnes trans. Enfin, après avoir évalué l’efficacité et la pertinence du dispositif actuel de « Défenseur des droits », nous mettrons en place une Autorité indépendante chargée de lutter contre les discriminations et de promouvoir l’égalité. François Hollande
Introduire, dès la maternelle, des séances consacrées à la mixité et au respect hommes/femmes 190 Proposition UMP. Le premier objectif de la promotion de l’égalité des sexes et du respect hommes/femmes dès la maternelle est d’amener les enfants à se sentir autorisés à adopter des conduites non stéréotypées. Il faut aider les filles et les garçons à percevoir positivement leur genre et celui du sexe opposé. Le second objectif est d’accroître les capacités des enfants à résoudre de façon non violente et coopérative des conflits qui mettent en cause l’appartenance à l’un ou l’autre sexe ainsi que de promouvoir le respect entre les hommes et les femmes. Agir sur une population jeune reste en effet le meilleur moyen d’endiguer la naissance de comportements inacceptables chez les adolescents puis chez les adultes. Tract UMP
Je n’ai jamais défendu la théorie du genre. Nous avons, en 2009, revu l’organisation et le contenu des programmes, notamment de SVT, et nous avons effectivement travaillé sur l’égalité hommes-femmes. C’était la première étape de ce que le gouvernement est en train de vouloir faire aujourd’hui. Luc Chatel
Après les attaques de Jean-François Copé le 9 février au sujet d’un ouvrage intitulé Tous à poil et recommandé selon lui aux enseignants des classes de primaire, Vincent Peillon a fait venir la presse à la dernière minute dans son ministère ce 10 février pour riposter. Son argumentaire tient en deux points : 1) il n’a rien à redire sur le contenu de cet ouvrage et 2) le livre n’est de toutes façons que la recommandation d’une lointaine association ardéchoise. Factuellement, le ministre a raison. Tous à poil fait partie d’une liste de 92 albums jeunesse recommandés par L’Atelier des Merveilles, association du Teil, en Ardèche, qui établit ces listes avec des familles depuis 2009. Le livre en question a été ajouté en 2012. Les missions départementales aux droits des femmes et à l’égalité ont soutenu la création de cette liste qui a fini par être diffusée par le Centre régional de documentation pédagogique de l’Académie de Grenoble. Comme l’indique Vincent Peillon, les listes diffusées par ce centre font office de recommandations que les enseignants sont libres de suivre, ou pas. Mais la présentation du ministre ne va pas jusqu’au bout. Vincent Peillon semble en effet vouloir cantonner à un niveau local, et presque anecdotique, ce qui a été récemment diffusé à une échelle nationale via les ABCD de l’égalité. Ces derniers, qui proposent des ressources aux enseignants pour mieux appréhender les inégalités filles-garçons dès la maternelle, reprennent les bibliographies diffusées par six académies. Celle de l’Ardèche avec Tous à Poil en fait partie, au milieu de six autres listes tout aussi fournies. On peut concrètement trouver un lien vers cette liste dans la rubrique « outils pédagogiques » du site des ABCD de l’égalité – décrit comme le site de référence par le gouvernement – en se rendant dans la sous-partie « littérature jeunesse ». Le Lab Europe 1
« Tous à poil » ou « Papa porte une robe », ne relèvent pas de l’imaginaire et du fantasmatique mais du « modèle identificatoire » proche, c’est-à-dire du personnage réel, auquel l’enfant peut s’identifier et ces livres sont justement conçus pour que le phénomène du « modèle identificatoire » y soit puissant, sous couvert de rigolade bien entendu. Les objectifs sous-jacents sont bien sûr l’abattage de la barrière des générations, donc la négation d’une certaine forme d’autorité honnie du gauchiste libéral, dans le fait de se retrouver tous à poil. Mais au second degré, figure aussi une forme de « sexualité » dont les enfants ne seraient pas exclus puisqu’eux aussi sont « à poil », ce qui relève de ce qu’on appelle « l’implicite » et dans lequel l’enfant est poussé à imaginer qu’il « est » ce qu’il n’est pas et qu’il « fait » ce qu’il ne fait pas en réalité. (…) Et quand « papa » porte une robe, c’est bien de manière possible dans la tête de l’enfant, c’est « mon » papa et peut-être que ce sera moi aussi quand je serai grand : je porterai une robe. Ou même, « mais alors, si je grandis, je risque moi aussi de porter une robe », d’où le trouble. L’implicite est dans l’incertitude créée dans l’idée que l’on se fait de devenir un garçon ou une fille et surtout la conviction d’avoir le choix de devenir un garçon ou une fille, choix que nous n’avons pas en réalité. (…) Ces livres ne sont évidemment que l’un des aspects de l’offensive libérale-libertaire, il ne faut pas les brûler puisque ce faisant ce serait la dictature politico-policière classique bien connue, qui ne vaut pas mieux que l’autre, mais on n’est pas obligé de les acheter et de les lire à ses enfants. Pierre Duriot
Chez Judith Butler, la grande théoricienne du gender, la définition du genre est une construction sociale et culturelle au service de cette domination. Son livre, traduit en 2005 en français, s’intitule Trouble dans le genre, pour un féminisme de la subversion. Judith Butler affirme vouloir penser ensemble « le féminisme et la subversion de l’identité ». En d’autres termes, elle entreprend de définir une politique féministe qui ne soit pas fondée sur l’identité féminine et précise, dans son introduction, son objectif : déstabiliser « l’hétérosexualité obligatoire » pour repenser l’organisation sociale selon les modèles homosexuels et transsexuels. L’hétérosexualité sert la domination de l’homme. Il faut y mettre fin en supprimant les concepts d’homme et de femme et imposer un nouveau genre fondé sur les orientations sexuelles et non sur l’identité sexuelle : « Les femmes ne seraient pas opprimées s’il n’existait pas un concept de femme. » Le deuxième point d’appui de la théorie, c’est l’opposition entre nature et culture. La société de la personne capable de créer des relations avec son semblable est remplacée par la société de l’individu qui se choisit ses vérités, ses intérêts et ses plaisirs. L’individu postmoderne doit se créer lui-même. C’est son droit le plus fondamental : « le droit à être moi ». Or la nature lui impose d’être homme ou femme. Accepter cette dictature, c’est refuser d’être libre. Se considérer comme homme ou femme, c’est refuser de se construire soi-même. Et pour la femme, c’est refuser de s’affranchir de la domination de l’homme. Ainsi, l’individu serait mieux caractérisé par son orientation sexuelle choisie que par son identité sexuelle comme donnée biologique, donc de nature. On entrevoit aisément les conséquences de cette idéologie pour notre vie sociale. Après avoir déconstruit la différence sexuelle, il est nécessaire de déconstruire le couple, la famille et la reproduction. Pour les gender feminists, le couple doit être choisi. La famille fondée sur le mariage monogamique, comme survivance de la domination de l’hétérosexualité, devient polymorphe (bi, pluri, homo, monoparentalité…). La filiation se décline : filiation biologique, intentionnelle, juridique, sociale. L’individu fait son choix dans ce grand marché libertaire. Et enfin, la reproduction doit évoluer. Les techniques permettent une reproduction asexuée (AMP, mères porteuses, utérus artificiel…) et les révisions des lois de bioéthique sont une opportunité pour obtenir satisfaction. Dans ce grand bouleversement, la loi enregistre les revendications individuelles et crée de nouveaux droits arbitraires et déconnectés du bien commun et de la stabilité de notre communauté humaine. Elisabeth Montfort
« Les mères produisent des recettes biologiques différentes pour un garçon et pour une fille », a expliqué Katie Hinde, une biologiste de l’Université de Harvard. Des études sur des humains, des singes et d’autres mammifères ont révélé une variété de différences dans le contenu du lait et la quantité produite. Ainsies petits garçons ont du lait plus riche en graisse et en protéines donc énergétique tandis que les petites filles obtiennent de plus grande quantités de lait. Plusieurs théories ont été avancées pour expliquer ce phénomène, a relevé Katie Hinde lors d’une présentation à la conférence annuelle de l’Association américaine pour l’avancement de la science (AAAS) réunie à Chicago du 13 au 17 février. Chez les singes rhésus par exemple, la femelle a tendance à produire plus de calcium dans son lait destiné à des progénitures femelles qui héritent du statut social de leur mère. « Cela permet aux mères de donner plus de lait à leurs filles ce qui va permettre d’accélerer leur développement pour commencer à se reproduire plus jeune », a expliqué la biologiste de l’évolution. Les mâles n’ont pas besoin de parvenir à la maturité sexuelle aussi vite que les femelles car leur seule limite sur la fréquence de leur reproduction dépend du nombre de femelles qu’ils peuvent conquérir. Les femelles chez les singes sont nourries au lait maternel plus longtemps que les mâles qui passent plus de temps à jouer et qui ont de ce fait besoin d’un lait plus énergétique. Mais on ne sait pas vraiment encore pourquoi chez les humains les mères produisent des laits différents pour leur nourrissons selon leur sexe, admet la scientifique. Il y a des indications montrant que tout est déjà programmé quand le bébé est encore dans le ventre de sa mère. AFP
Les garçons se développent plus vite que les filles, et ce, dès le début de la grossesse. Les médecins spécialistes des fécondations in vitro sont souvent capables de deviner si l’embryon sera mâle ou femelle rien qu’en se basant sur le nombre de divisions cellulaires qui se sont produites en un certain nombre d’heures depuis la fécondation: les embryons mâles ont un métabolisme plus élevé, qui accélère le début de leur croissance et la multiplication des cellules. L’évolution semble avoir favorisé cette croissance plus rapide afin que les embryons mâles passent la période critique de la différenciation testiculaire avant que les œstrogènes de leur mère, dont les niveaux grimpent régulièrement au début de la grossesse, ne perturbent le développement de leur appareil uro-génital. Conséquence de leur développement plus rapide, les garçons sont plus grands, plus lourds et physiquement plus vigoureux que les filles au moment de la naissance – avec des crânes plus épais et, oui, des cerveaux plus gros. Si les corps des garçons grandissent et grossissent plus vite, ceux des filles mûrissent plus rapidement. Et cette différence se traduit par un avantage net en faveur des fœtus féminins à la fin de la grossesse. Selon la plupart des critères de mesure, les filles sont plus capables de relever le défi de la vie en dehors de l’utérus ; les garçons sont davantage vulnérables à tout un éventail de maladies, de problèmes cognitifs et comportementaux, et même à la mort, à la fin de la grossesse et après l’accouchement. (…) Quand une femme enceinte fait une fausse couche, il est environ 30 % plus probable que le fœtus était celui d’un garçon. Les garçons ont aussi environ 7 % de chances de plus que les filles de naître prématurément. Même les garçons nés à terme courent davantage de risques que les filles. Le taux de mortalité infantile global, aux Etats-Unis, est 22% plus élevé chez les garçons que chez les filles. (…) Tous ces facteurs expliquent comment le surplus d’embryons mâles conçus à la fécondation diminue peu à peu, jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un nombre de fœtus masculins presque égal à celui des fœtus de filles. Après la naissance, néanmoins, la vulnérabilité des garçons reste un thème dominant du début de leur croissance. Ils risquent davantage que les filles de succomber à un nombre impressionnant de problèmes physiques et mentaux. Cela fait d’eux, par bien des aspects, le sexe le plus difficile à élever au début de l’enfance. (…) Deux études récentes – une sur les jolis petits vervets, l’autre sur les singes rhésus -ont révélé que les mâles et les femelles se différenciaient comme les garçons et les filles en matière de choix de jouets. La première étude, menée à l’université de Californie à Los Angeles (UCLA) par Gerianne Alexander et Melissa Hines, s’est penchée sur les préférences de vervets âgés de 1 an pour divers jouets humains conventionnels. Les mâles consacrèrent davantage de temps à manipuler la balle ou la petite voiture de police qu’aux autres jouets, tandis que les femelles préférèrent une poupée de chiffon et, plus mystérieusement, une casserole rouge. Cependant, les deux sexes passèrent autant de temps à examiner deux jouets unisexes (un chien en peluche et un livre d’images). Les résultats sont similaires dans l’étude des singes rhésus menée au Centre Yerkes de recherche sur les primates de l’université Emory. Dans les deux études, les singes ignoraient sans aucun doute le sens du concept de «jouet de garçon ou de jouet de fille». Aussi, ces résultats donnent bien à penser que ces préférences ont quelque chose d’inné. Les garçons, plus actifs, sont peut-être davantage séduits par les objets mobiles qu’ils peuvent manipuler et contrôler en utilisant leur corps. Les filles trouvent peut-être les poupées plus plaisantes parce qu’elles ont davantage propension à nouer des liens avec les personnes de leur entourage, voire, parce qu’elles ont une attitude véritablement instinctive pour les bébés. (…) L’attirance des femelles vervets pour les bébés pourrait aussi expliquer leur intérêt bien étrange pour la casserole de l’étude. Il se trouve simplement que le rouge de cette casserole était proche de celui de la peau des nourrissons vervets. Lise Eliot
Il est tout simplement aberrant de nier les preuves que, dans l’espèce humaine comme dans toutes les autres espèces, les différences génétiques entre mâles et femelles entraînent des différences moléculaires, cellulaires, physiologiques, et comportementales. Principalement, un gène localisé sur le chromosome Y entraîne la synthèse d’en moyenne sept fois plus de testostérone chez les hommes que chez les femmes. Or, comme chez les autres vertébrés, cette molécule possède des récepteurs dans le cerveau, qui, lorsqu’ils sont activés par la testostérone, influencent d’une part la construction du cerveau (au cours du développement embryonnaire mais aussi post-natal), et d’autre part le comportement (préférences, décisions, réactions, interactions sociales, performances cognitives, etc., à tous les âges de la vie). Sachant cela, il paraît indispensable de comprendre pourquoi et comment l’évolution a conduit à de telles différences, c’est-à-dire quelles sont les pressions sélectives qui ont façonné et maintenu ces différences au cours de l’histoire évolutive. Ceux qui nient ces faits, et donc rejettent leurs explications, le font pour des raisons idéologiques et affectives – non-scientifiques. Charlotte Faurie
La position qui consiste à dire que les différences entre les cerveaux d’hommes et de femmes est uniquement d’origine culturelle est fondée sur une idéologie, mais elle est reprise en boucle par les médias, car elle est décrétée politiquement correcte. Étant donné que, chez tous les animaux étudiés, la différence est très forte entre les cerveaux mâles et femelles, pour des raisons génétiques, il faudrait proposer un mécanisme particulier expliquant pourquoi et comment cette différence s’est effacée dans la lignée conduisant à l’espèce humaine. À ma connaissance, il n’en existe aucun de crédible, parce qu’aucun n’a été proposé. Les cerveaux sont biologiquement différents vu que les forces sélectives agissant sur les mâles et sur les femelles ne sont pas les mêmes, ce qui fait que les comportements sélectionnés depuis des centaines de millions d’années sont, eux aussi, différents. Les contraintes et les enjeux liés à la reproduction des hommes et des femmes sont aussi différents, dans tous les groupes culturels connus. À la naissance, les nouveaux nés garçons et filles ont déjà des comportements différents, donc des cerveaux biologiquement différents. Évidemment, l’environnement familial et social va aussi contribuer à augmenter ou atténuer ces différences, et le résultat sera une différence aux bases biologiques et culturelles. L’égalité sociale entre hommes et femmes peut évidemment se construire sans nier des différences biologiques, y compris dans les cerveaux. Ignorer ou nier une contribution biologique est une aberration, l’aveuglement idéologique ne peut conduire à rien de bon. Michel Raymond
Enfin, niveau éducation, Faurie et Raymond sont d’accord pour dire que « l’évolution et la biologie évolutive, y compris en ce qui concerne l’espèce humaine, doivent être enseignées dès le collège, afin de donner aux élèves des outils adéquats pour une véritable compréhension du monde biologique, de la même façon qu’on leur propose la gravité pour comprendre le monde physique ». Et en ce sens, ils s’inscrivent dans la droite ligne du prix Nobel François Jacob, pour qui « cela simplifierait beaucoup la compréhension des enfants si l’on commençait l’étude du monde vivant par l’étude de l’évolution ». Peggy Sastre

Attention: un obscurantisme peut en cacher un autre !

A l’heure où, entre deux concubinats et interviews à Têtu, notre Marieur pour tous en chef en oublie jusqu’à ses (premières) promesses de campagne en faveur de la PMA …

Et où, après avoir projeté d’introduire la théorie du genre en maternelle puis l’avoir effectivement introduite au lycée avec la controverse que l’on a déjà oubliée, le précédent gouvernement sarkozyste se défend un peu trop fort d’avoir lancé « la première étape de ce que le gouvernement est en train de vouloir faire aujourd’hui » …

Pendant qu’après avoir appelé ses recteurs à « s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités » via au besoin l’intervention à l’école d’associations homosexuelles ou même prôné la dépenalisation du cannabis,  l’actuel ministre de l’Education annonce contre toute évidence qu’un livre appelant à mettre à poil la maitresse et d’autres représentants de l’autorité ne figure pas sur les listes de son ministère …

Que, du côté de la recherche, le lait même dès le sein maternel et la bouche des enfants crie la vérité de la différentiation sexuelle …

Et que, sous prétexte de mauvaises fréquentations supposées avec la sociobiologie et l’antiféminisme, la psychologie évolutionnaire, c’est-à-dire  l’application de la théorie de l’évolution aux comportements humains, a tant de mal à se faire accepter en France …

Comment ne pas voir …

Derrière ces nouvelles byzantineries sur le sexe des anges et ce nouvel iconoclasme contre les « images stéréotypées » …

Et à l’instar de ces idées chrétiennes devenues folles contre lesquelles nous avait averti dès avant Orwell l’un des plus grands prophètes de notre monde moderne …

Le totalitarisme bien-pensant de nos nouveaux faiseurs d’anges …

Qui après avoir nié les différences raciales (pardon: ethniques jusque dans la… Constitution !) et l’antisémitisme (voire la présence juive !) en France …

Voudraient à présent faire ici-bas pour les différences sexuelles ce qu’un plus prudent christianisme avait réservé au ciel ?

Les neurones ont-ils un sexe ?

Sophie Roquelle

Le Figaro

20/08/2011

Les meilleurs extraits du livre événement de la neurobiologiste Lise Eliot , Cerveau rose, cerveau bleu (Robert Laffont).

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Garçons et filles sont différents. Cette donnée, évidente pour toutes les générations qui nous ont précédés, fait aujourd’hui l’effet d’une révélation étonnante à de nombreux parents. Nous qui avons été élevés dans l’idée de l’égalité des sexes, nous considérons ou nous espérons, à tout le moins, que les différences entre les sexes ne sont pas innées, mais fabriquées par la société. Nous nous côtoyons sans difficulté entre personnes des deux sexes, nous échangeons nos points de vue aussi bien sur le sport que sur la cuisine et nous sommes joyeusement en compétition les uns avec les autres sur nos lieux de travail en faisant constamment semblant de considérer qu’hommes et femmes sont plus ou moins identiques. Jusqu’à ce que nous ayons à notre tour des enfants et que les différences entre les sexes deviennent impossibles à ignorer! (…)

Oui, garçons et filles sont différents. Ils ont des centres d’intérêt différents, des niveaux d’activité différents, des seuils sensoriels différents, des forces physiques différentes, des styles relationnels différents, des capacités de concentration différentes et des aptitudes intellectuelles différentes ! Les différences ne sont pas quantitativement très importantes et, dans de nombreux cas, bien plus modestes que celles, parfois énormes, qui existent entre hommes et femmes adultes. Les petits garçons pleurent, les petites filles tapent et donnent des coups de pied. Mais les différences s’additionnent -et c’est cela qui provoque l’apparition de certaines statistiques alarmantes qui influencent notre façon de penser l’éducation des enfants. (…) Ces différences entre les sexes ont de réelles conséquences et posent d’énormes défis aux parents. Comment soutenir aussi bien nos fils que nos filles, les protéger et continuer de les traiter de manière équitable, alors que leurs besoins sont manifestement si différents?

Déjà, dans le ventre de la mère…

Les tests de grossesse vendus dans le commerce sont excellents, mais ils ne sont pas encore capables d’annoncer le sexe du futur bébé. Cette limitation est en partie due au fait que plus on est tôt dans la grossesse, moins il est possible de différencier les fœtus. Les bébés des deux sexes sont identiques pendant les six premières semaines de leur développement intra-utérin. Le processus de différenciation sexuelle s’enclenche vers le milieu du premier trimestre, mais il n’apparaît pas clairement à l’échographie avant la fin du troisième mois (au plus tôt). Les fœtus prennent leur temps pour révéler leurs organes génitaux au monde extérieur. Et à l’intérieur de leurs toutes petites têtes, la différenciation est encore plus lente.

Cependant, il y a des différences qui s’impriment dans le cerveau, et sans doute dans l’esprit, avant la naissance. Vous ne pouvez ni les voir à l’échographie ni les entendre dans les battements de cœur du fœtus, mais elles sont bien là: garçons et filles sont influencés dans l’utérus par différents gènes et différentes hormones qui leur sont propres. (…)

Parmi toutes ces influences, celle que les chercheurs connaissent le mieux est celle de la testostérone, la célébrissime hormone stéroïde contre laquelle les mères adorent se lamenter quand elles surprennent leurs fils à se pourchasser à travers la maison ou à se bagarrer trop près de la table basse du salon.

Les parents, en général, ne savent pas à quel point la testostérone intervient tôt dans le développement de leur enfant. La première poussée de testotérone démarre six semaines après la conception, pour se terminer avant la fin du second trimestre. Ensuite, et jusqu’au moment de la naissance, le niveau de testostrérone des garçons n’est guère différent de celui des filles. Une autre poussée survient alors, plus modeste que la première, qui s’étend sur les six premiers mois de la vie. En tout état de cause, la brève période de quatre mois, avant la naissance, durant laquelle les fœtus sont exposés à la testostérone, suffit à les masculiniser entre les jambes et, dans une certaine mesure, dans leurs cerveaux embryonnaires. (…)

Les garçons se développent plus vite que les filles, et ce, dès le début de la grossesse. Les médecins spécialistes des fécondations in vitro sont souvent capables de deviner si l’embryon sera mâle ou femelle rien qu’en se basant sur le nombre de divisions cellulaires qui se sont produites en un certain nombre d’heures depuis la fécondation: les embryons mâles ont un métabolisme plus élevé, qui accélère le début de leur croissance et la multiplication des cellules. L’évolution semble avoir favorisé cette croissance plus rapide afin que les embryons mâles passent la période critique de la différenciation testiculaire avant que les œstrogènes de leur mère, dont les niveaux grimpent régulièrement au début de la grossesse, ne perturbent le développement de leur appareil uro-génital. Conséquence de leur développement plus rapide, les garçons sont plus grands, plus lourds et physiquement plus vigoureux que les filles au moment de la naissance – avec des crânes plus épais et, oui, des cerveaux plus gros.

Si les corps des garçons grandissent et grossissent plus vite, ceux des filles mûrissent plus rapidement. Et cette différence se traduit par un avantage net en faveur des fœtus féminins à la fin de la grossesse. Selon la plupart des critères de mesure, les filles sont plus capables de relever le défi de la vie en dehors de l’utérus ; les garçons sont davantage vulnérables à tout un éventail de maladies, de problèmes cognitifs et comportementaux, et même à la mort, à la fin de la grossesse et après l’accouchement. (…)

Quand une femme enceinte fait une fausse couche, il est environ 30 % plus probable que le fœtus était celui d’un garçon. Les garçons ont aussi environ 7 % de chances de plus que les filles de naître prématurément. Même les garçons nés à terme courent davantage de risques que les filles. Le taux de mortalité infantile global, aux Etats-Unis, est 22% plus élevé chez les garçons que chez les filles. (…)

Tous ces facteurs expliquent comment le surplus d’embryons mâles conçus à la fécondation diminue peu à peu, jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un nombre de fœtus masculins presque égal à celui des fœtus de filles. Après la naissance, néanmoins, la vulnérabilité des garçons reste un thème dominant du début de leur croissance. Ils risquent davantage que les filles de succomber à un nombre impressionnant de problèmes physiques et mentaux. Cela fait d’eux, par bien des aspects, le sexe le plus difficile à élever au début de l’enfance.

A la naissance: si semblables… et si différents

Comme les chatons, les nouveau-nés se ressemblent à peu près tous. (…). N’empêche, il existe quelques différences entre les sexes, constantes et fiables, qui influencent sans doute réellement le démarrage de chaque garçon et de chaque fille dans la vie. Les bébés filles devancent les garçons par le nombre de gestes qu’elles produisent. En moyenne, elles commencent quelques semaines avant eux à pointer du doigt, à saluer de la main et à lever les bras vers les adultes pour être soulevées. Mais là encore, leur avantage est assez réduit: dans une importante étude suédoise, il est apparu que les filles de 18 mois produisaient… 5% de gestes en plus que les garçons. D’un autre côté, les gestes ne sont pas tout à fait les mêmes. Certains des gestes des bébés sont déjà marqués sexuellement: les filles de 8 à 16 mois ont davantage tendance à imiter les comportements parentaux (par exemple, elles étreignent ou bercent leurs poupées); les garçons de la même tranche d’âge font le geste de lire un journal, de conduire une voiture ou de donner des coups de marteau.

Après les gestes vient la prononciation des mots, premiers outils d’expression verbale des bébés. Les filles conservent leur modeste avancée, tout au long de la petite enfance, pour produire en moyenne trois cents mots à l’âge de 22 mois, tandis que les garçons atteignent ce seuil à 23 ou 24 mois.

Passé l’âge de 2 ans, les enfants commencent à parler pour de bon. Ils se mettent à associer les mots en petites phrases simples telles que Maman maison, Encore lait ou Aller parc. Là encore, les filles prennent la tête: huit mots consécutifs d’un souffle, à deux ans et demi, contre environ six mots pour les garçons. Et à l’émergence des phrases grammaticalement justes, celles des filles sont plus longues et plus complexes que celles des garçons – une différence qui se maintient durant toute la période préscolaire. (…)

Les écarts entre garçons et filles se creusent énormément entre 2 et 6 ans -et certains sont plus marqués à cette période qu’à aucun autre moment de la vie. Les coupables ne sont pas les hormones, puisque les gonades des enfants se sont calmées et resteront tranquilles jusqu’à la puberté. Mais il est vrai, comme nous l’avons vu, que certaines influences génétiques et hormonales pré et postnatales ont projeté les enfants sur des trajectoires légèrement différentes. Longtemps avant qu’ils n’entrent en contact avec notre culture très codifiée entre masculin et féminin, leurs cerveaux sont préparés à ne pas réagir tout à fait de la même manière à certains aspects de notre environnement. Et une fois le processus amorcé, ils s’épanouissent selon un modèle rose ou bleu qui caractérisera de bien des façons la suite de leur développement. (…)

Jouets: Barbie vs camion-benne

La plupart des parents ont des récits (…) sur les activités ludiques «typiques de leur sexe» de leurs très jeunes enfants. Et les recherches confirment que cette différence est remarquablement universelle. Qu’ils grandissent aux Etats-Unis, en Europe, au Japon et probablement n’importe où dans le monde, les garçons de 2 à 5 ans choisissent à une écrasante majorité le camion, la petite voiture, le ballon ou tout autre jouet « masculin » quand on leur offre le choix entre ces objets et une poupée. Les fillettes du même âge sélectionnent la poupée, les ustensiles de cuisine ou le nécessaire à maquillage (surtout si l’un de ces jouets est rose). (…) «Il doit y avoir un gène de la bagnole sur le chromosome Y!» Voilà comment de nombreux parents expliquent le fait indéniable, universel. (…)

Bien sûr, ni les camions ni les poupées n’existaient il y a cent mille ans, quand le génome humain s’est stabilisé sur la séquence qu’il a aujourd’hui. Mais il ne paraît pas absurde de croire que certaines propriétés intrinsèques des jouets «garçons» et des jouets «filles» séduisent profondément, et différemment, les garçons et les filles.

L’argument contraire, c’est que non, non, trois fois non, il n’y a strictement rien d’inné à tout cela. C’est nous, les parents, qui imbibons les enfants de ces préférences à travers les choix que nous faisons très consciemment quand nous leur achetons des jouets et à travers les présupposés inconscients sur les garçons et les filles. Cette théorie de la prééminence de l’acquis sur l’inné, des facteurs culturels sur la nature, n’a plus autant la cote qu’il y a quelques décennies, notamment parce qu’elle est contredite par les tentatives des parents pour intéresser leurs fils aux poupées et leurs filles aux camions. Mais la vérité est quelque part entre les deux idées: les préférences des garçons et des filles pour telle ou telle sorte de jouets sont clairement biaisées par certaines tendances innées, mais elles sont amplifiées par divers facteurs sociaux au premier chef desquels la prise de conscience qui s’impose à l’enfant qu’il est un garçon ou une fille. (…)

Deux études récentes – une sur les jolis petits vervets, l’autre sur les singes rhésus -ont révélé que les mâles et les femelles se différenciaient comme les garçons et les filles en matière de choix de jouets. La première étude, menée à l’université de Californie à Los Angeles (UCLA) par Gerianne Alexander et Melissa Hines, s’est penchée sur les préférences de vervets âgés de 1 an pour divers jouets humains conventionnels. Les mâles consacrèrent davantage de temps à manipuler la balle ou la petite voiture de police qu’aux autres jouets, tandis que les femelles préférèrent une poupée de chiffon et, plus mystérieusement, une casserole rouge. Cependant, les deux sexes passèrent autant de temps à examiner deux jouets unisexes (un chien en peluche et un livre d’images). Les résultats sont similaires dans l’étude des singes rhésus menée au Centre Yerkes de recherche sur les primates de l’université Emory. Dans les deux études, les singes ignoraient sans aucun doute le sens du concept de «jouet de garçon ou de jouet de fille». Aussi, ces résultats donnent bien à penser que ces préférences ont quelque chose d’inné.

Les garçons, plus actifs, sont peut-être davantage séduits par les objets mobiles qu’ils peuvent manipuler et contrôler en utilisant leur corps. Les filles trouvent peut-être les poupées plus plaisantes parce qu’elles ont davantage propension à nouer des liens avec les personnes de leur entourage, voire, parce qu’elles ont une attitude véritablement instinctive pour les bébés. (…) L’attirance des femelles vervets pour les bébés pourrait aussi expliquer leur intérêt bien étrange pour la casserole de l’étude. Il se trouve simplement que le rouge de cette casserole était proche de celui de la peau des nourrissons vervets. (…)

L’école: elles écrivent, ils comptent

S’ils insistent parfois pour porter des robes bien roses ou des jeans bien bleus pour l’école, ils ont beaucoup de choses en commun une fois en classe. Oui, les filles sont plus précoces sur le plan verbal. Mais en réalité, il s’agit là d’une des différences entre les sexes les moins importantes: elle se traduit par un simple écart de deux points de QI avant 6 ans et elle diminue beaucoup au cours des premières années du primaire (sans aucun doute parce que les enfants se mettent tous à parler énormément une fois qu’ils sont scolarisés). En d’autres termes, il y a des tas de petits garçons très loquaces. Et s’il est vrai que davantage de garçons que de filles ont des difficultés à apprendre à lire, il ne faut pas en conclure que tous les garçons peineront dans ce domaine ou, pis, qu’aucune fille n’a besoin d’aide supplémentaire pour apprendre à s’exprimer ou à lire. En outre, les filles ne sont pas en avance dans toutes les mesures de l’aptitude verbale. Pour le vocabulaire, en particulier, on n’observe pas de différence entre les sexes à partir de l’âge de 6 ans, en tout cas, et pendant toutes les années qui suivent.

Les garçons ont l’avantage dans d’autres domaines. Dès le primaire, ils ont des résultats un peu supérieurs aux tests d’aptitudes visio-spatiales et ils distancent de plus en plus les filles tout au long de l’enfance et de l’adolescence. Ils sont également tout aussi bons, sinon meilleurs qu’elles en maths. (…) En maths et en sciences, à vrai dire, les filles démarrent tout à fait du bon pied. Au début du primaire, elles connaissent leurs nombres et savent compter aussi bien que les garçons. Les filles et les femmes sont même meilleures que les garçons et les hommes en calcul mental. Au bout du compte, pourtant, ce sont les garçons qui obtiennent les meilleurs résultats dans la plupart des examens de mathématiques, dont ceux de géométrie, de mesures, de probabilités et pour les très redoutés «problèmes».

Considérons les données des tests d’évaluation passés par des centaines de milliers d’élèves américains. Les filles ont des résultats inférieurs à ceux des garçons, en maths comme en sciences, dans les classes de CM1 et de quatrième quoique la différence (deux à trois points) soit considérablement moindre que la différence, au désavantage des garçons, relevée aux tests de lecture et d’écriture. Les filles sont encore un peu plus en retard en terminale. A cet âge, cependant, il est encourageant de constater que les écarts se sont réduits presque de moitié par rapport à ce qu’ils étaient il y a dix ou vingt ans.

Ne pleure pas, mon fils!

A vrai dire (…), les garçons seraient plutôt plus émotifs que les filles: les nouveau-nés sont plus irritables, ils pleurent plus tôt s’ils ont un problème et ils sont moins faciles à consoler que les nouveau-nées. Les choses s’égalisent assez vite, mais, comme le savent tous les parents de garçons, ceux-ci manifestent beaucoup, beaucoup leurs émotions. Pour eux comme pour les filles, le début de la vie est un méli-mélo de périodes de bonne humeur et de chutes dans la déprime la plus noire, de crises de colère et de sourires exubérants, sans oublier les poignantes déclarations d’amour qu’ils adressent à leurs parents, leurs frères et sœurs et leurs animaux domestiques. Les visages des garçons, comme ceux des filles, sont très, très expressifs (voilà pourquoi les parents aiment tellement les photographier). Arrivés à l’âge de 4 ou 5 ans, les garçons pleurent peut-être un peu moins que les filles, mais ils versent encore bien assez de larmes pour vous donner envie de les prendre dans vos bras, de les bercer et de faire tout votre possible pour les réconforter.

Si les garçons éprouvent sans l’ombre d’un doute les mêmes émotions que les filles, ils apprennent cependant bien vite à ne pas les montrer. Le cliché du mâle stoïque est assez juste – en apparence, du moins. Les hommes adultes manifestent effectivement moins d’expressions faciales, ils pleurent moins et, de manière générale, ils dissimulent leurs sentiments davantage que les femmes. Mais cela ne signifie pas qu’ils ne ressentent rien, bien au contraire! Dans les études en laboratoire, les hommes réagissent d’ailleurs plus intensément que les femmes aux stimuli émotionnels frappants comme le visionnage d’un film violent ou la peur de recevoir une décharge électrique. Le truc, c’est que leurs réactions sont essentiellement internes: dans les situations émotionnellement troublantes, ils connaissent de plus fortes accélérations de leur rythme cardiaque, de plus fortes élévations de leur pression artérielle et davantage de suées que les femmes. Mais leurs émotions, même si elles sont moins visibles en surface, sont tout aussi puissantes que celles des femmes.» (…)

Les intertitres sont de la rédaction.

Cerveau rose, cerveau bleu. Les neurones ont-ils un sexe?, de Lise Eliot, Robert Laffont, 504p., 22€.

Voir aussi:

Pourquoi la théorie de l’évolution de Darwin est-elle autant détestée ?

Peggy Sastre

Le Nouvel Observateur

12-06-2012

LE PLUS. Les comportements des femmes sont-ils différents de ceux des hommes pour des raisons génétiques ? Le décryptage de la vie humaine par Darwin est bien une révolution, selon Peggy Sastre, auteur de « No Sex » et « Ex utero ». Ceux qui la critiquent peuvent aussi mal comprendre ou sous-estimer son importance.

Édité et parrainé par Mélissa Bounoua

La théorie darwinienne de l’évolution est l’une des plus importantes découvertes de tous les temps et peut se résumer en quatre propositions fondamentales :

1. Il existe une compétition entre les individus car les ressources de leur environnement sont limitées et les organismes produisent en général plus d’individus qu’il ne peut en survivre.

2. Il existe une variabilité interindividuelle au sein de chaque population. Certaines de ces variations sont héréditaires.

3. Il existe, dans un environnement donné, un avantage adaptatif (« fitness ») associé à certaines variations, certains individus étant en conséquence plus efficaces (« fittest ») que d’autres dans la lutte pour la survie et la reproduction.

4. En vertu des deux premières propositions, les individus porteurs de traits avantageux se reproduisent plus que les autres et transmettent leurs traits héritables à leur descendance. La population se trouve donc graduellement modifiée au fil des générations. Ce processus est appelé sélection naturelle, l’adaptation en est la conséquence.

À côté d’autres révolutions scientifiques (Copernic, Galilée, Newton ou Einstein), la force de Darwin est double : d’une part, c’est la vie et l’homme qu’il décrypte, pas des lois abstraites d’organisation de la matière et, d’autre part, sa théorie répond d’un seul mouvement à la question du « pourquoi » (l’adaptation) et à celle du « comment » (la sélection).

Mais l’idée darwinienne est peut-être l’un des paradigmes scientifiques les plus détestés de tous les temps, ne serait-ce que par tout le mal qu’elle fait et a fait aux religions. En France, tout particulièrement, elle est aussi l’une des plus sous-estimées, mal connues et mal comprises. Je ne compte plus les fois où, en essayant de l’exposer et de l’utiliser, on m’a répondu des trucs du genre « ce n’est qu’une théorie, rien ne la prouve », « on ne peut pas l’appliquer aux humains », « c’est juste un gros délire anglo-saxon », « en voilà des idées odieuses qui justifient l’extermination des plus faibles, on va tous finir dans un stade avec un numéro sur le bras à ce rythme-là ! », etc.

Le royaume pourri de Darwin ?

Dernièrement, je suis ainsi tombée sur trois articles qui, bien que très différents dans leur forme comme dans leurs attendus, véhiculaient, globalement, le message selon lequel il y aurait quelque chose de fondamentalement pourri au royaume de Darwin :

- Le premier (le plus « sérieux »), publié sur un jeune blog qui se donne comme mission, somme toute honorable, d’être une sorte d’observatoire critique de la vulgarisation scientifique, mettait en garde contre les travers supposés de la « psychologie évolutionniste », « discipline idéologiquement suspecte du fait de ses accointances avec la sociobiologie et l’antiféminisme » [1] ;

- Le second, rédigé par Mona Chollet en réponse au dernier livre de Nancy Huston (sur lequel je reviendrai bientôt), voyait dans l’application de la théorie de l’évolution aux comportements humains en général, et sexuels en particulier, des « thèses réactionnaires et indigentes » ;

- Enfin, le troisième, écrit par Agnès Giard, n’y allait pas par quatre chemins : pour elle, toutes ces histoires ne sont qu’une « théorie douteuse, voire foireuse ». On aura bien saisi : avant même de tenter de le comprendre, le dangereux Darwin, il faut s’en méfier, voire s’en détourner.

Un peu lasse d’avoir à combattre ces idées reçues (pour parler poliment) avec mes petits bras d’autodidacte, j’ai voulu m’entretenir avec quelques spécialistes estampillés « officiels » pour voir si la situation était réellement aussi désespérée qu’elle m’en avait l’air, ou si c’était, encore une fois, mon esprit malade qui me jouait des tours.

Pour couper l’herbe sous le pied de ceux pour qui la théorie de l’évolution et la France sont incompatibles (j’en suis parfois, je l’avoue, quand je suis très très énervée), je me suis orientée vers Michel Raymond, directeur de recherche au CNRS, responsable d’une équipe de recherche en biologie évolutive humaine à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier [2]. Au sein de son laboratoire, j’ai aussi posé quelques questions à Charlotte Faurie, spécialiste, entre autres, de l’évolution de la latéralité dans les populations humaines.

Pour eux, la situation commence tout juste à se débloquer, en particulier depuis 2009, la fameuse « année Darwin », qui célébrait les deux cents ans de sa naissance et les cent cinquante ans de la première édition de « De l’origine des espèces ».

Mais pour autant, m’ont-ils expliqué, « les mécanismes qui sous-tendent l’évolution sont généralement mal connus, peu enseignés, et mal vulgarisés. Souvent caricaturé, le principe de la sélection naturelle est aussi parfois rejeté pour des raisons idéologiques. Il est pourtant nécessaire de s’accommoder des règles qui régissent le monde, puisque nos opinions ne les changeront pas. Ainsi, si l’on projette d’aller sur la Lune, quelles que soient nos opinions personnelles, il est prudent de ne pas s’inventer sa propre la loi de la gravité. Il en est de même en biologie. La compréhension du monde vivant passe par la connaissance des règles de l’évolution, et la sélection naturelle est l’une d’elles, la seule qui puisse rendre compte des adaptations du vivant et de l’existence d’organes complexes. »

Et l’espèce humaine ? Elle n’y échappe évidemment pas : « la culture humaine ne fait pas sortir notre espèce du large champ de l’évolution », poursuivent Faurie et Raymond. Certes, « l’espèce humaine a des spécificités, comme un langage extrêmement développé et une culture complexe », mais « de nombreuses espèces animales possèdent une culture, parfois pas si rudimentaire que cela et, là encore, la sélection naturelle est indispensable pour en comprendre l’évolution ».

Des blocages idéologiques et institutionnels

C’est pourtant ce genre de mantra – que l’humain super complexe échappe à l’évolution, d’aucuns disent même que l’humain n’évolue plus – qu’on se ressasse ici ou là, et en particulier dans les articles mentionnés ci-dessus. Pour Faurie et Raymond, cela s’explique par des « blocages, d’ordre idéologique et institutionnel. Les sciences sociales, au XXe siècle, ont défendu et construit des paradigmes scientifiques fondés essentiellement sur des déterminants purement environnementaux. Les effets biologiques dans les comportements étaient inconcevables (et restent inconcevables pour certains). Évidemment, la position opposée – tout s’explique biologiquement – est aussi extrême et fausse. »

Selon les chercheurs, « le véritable problème est que la culture humaine est étudiée dans nos institutions comme une particularité qui échappe aux règles du vivant, particulièrement en France : les universités de sciences humaines ont des campus séparés des autres, cette séparation se retrouve également au sein du CNRS… Comme un dualisme conforté de façon institutionnelle. Mais rien ne vient appuyer scientifiquement une telle séparation. Au contraire, on sait maintenant que ce sont les interactions entre la biologie et la culture qui ont façonné ce que nous sommes, des interactions très fortes : chaque changement d’un côté modifiant les sélections de l’autre, qui en retour change la trajectoire initiale, et ainsi de suite. Les exemples sont de plus en plus nombreux. Avec cette coupure institutionnelle, on est mal équipé pour aborder sereinement ce genre d’interaction. »

Blocage d’entre les blocages : les différences sexuelles. Pour Charlotte Faurie, ce sujet fait même « l’objet d’un obscurantisme ahurissant » :

« Il est tout simplement aberrant de nier les preuves que, dans l’espèce humaine comme dans toutes les autres espèces, les différences génétiques entre mâles et femelles entraînent des différences moléculaires, cellulaires, physiologiques, et comportementales. Principalement, un gène localisé sur le chromosome Y entraîne la synthèse d’en moyenne sept fois plus de testostérone chez les hommes que chez les femmes. Or, comme chez les autres vertébrés, cette molécule possède des récepteurs dans le cerveau, qui, lorsqu’ils sont activés par la testostérone, influencent d’une part la construction du cerveau (au cours du développement embryonnaire mais aussi post-natal), et d’autre part le comportement (préférences, décisions, réactions, interactions sociales, performances cognitives, etc., à tous les âges de la vie). Sachant cela, il paraît indispensable de comprendre pourquoi et comment l’évolution a conduit à de telles différences, c’est-à-dire quelles sont les pressions sélectives qui ont façonné et maintenu ces différences au cours de l’histoire évolutive. Ceux qui nient ces faits, et donc rejettent leurs explications, le font pour des raisons idéologiques et affectives – non-scientifiques. »

Ce que Michel Raymond confirme :

« La position qui consiste à dire que les différences entre les cerveaux d’hommes et de femmes est uniquement d’origine culturelle est fondée sur une idéologie, mais elle est reprise en boucle par les médias, car elle est décrétée politiquement correcte. Étant donné que, chez tous les animaux étudiés, la différence est très forte entre les cerveaux mâles et femelles, pour des raisons génétiques, il faudrait proposer un mécanisme particulier expliquant pourquoi et comment cette différence s’est effacée dans la lignée conduisant à l’espèce humaine.

À ma connaissance, il n’en existe aucun de crédible, parce qu’aucun n’a été proposé. Les cerveaux sont biologiquement différents vu que les forces sélectives agissant sur les mâles et sur les femelles ne sont pas les mêmes, ce qui fait que les comportements sélectionnés depuis des centaines de millions d’années sont, eux aussi, différents. Les contraintes et les enjeux liés à la reproduction des hommes et des femmes sont aussi différents, dans tous les groupes culturels connus. À la naissance, les nouveaux nés garçons et filles ont déjà des comportements différents, donc des cerveaux biologiquement différents.

Évidemment, l’environnement familial et social va aussi contribuer à augmenter ou atténuer ces différences, et le résultat sera une différence aux bases biologiques et culturelles. L’égalité sociale entre hommes et femmes peut évidemment se construire sans nier des différences biologiques, y compris dans les cerveaux. Ignorer ou nier une contribution biologique est une aberration, l’aveuglement idéologique ne peut conduire à rien de bon. »

Comment pourrait-on s’en sortir ?

Encore, et toujours, les meilleurs ennemis de l’obscurantisme sont l’éducation et l’information. Pour Charlotte Faurie, la vulgarisation doit être mise avant tout entre les mains des chercheurs, qui devraient « être incités à une implication dans des actions de vulgarisation, par une valorisation de ce travail par le CNRS et les universités (actuellement c’est plutôt considéré comme un loisir et/ou une perte de temps, qui doit être fait en dehors du temps de travail) ».

Quant aux journalistes, c’est en étroite collaboration avec les universitaires qu’ils devraient travailler, sans se contenter de « passer un coup de fil de dix minutes à un chercheur avant d’écrire à la va-vite et de publier sans relecture un article sur une question scientifique ».

Enfin, niveau éducation, Faurie et Raymond sont d’accord pour dire que « l’évolution et la biologie évolutive, y compris en ce qui concerne l’espèce humaine, doivent être enseignées dès le collège, afin de donner aux élèves des outils adéquats pour une véritable compréhension du monde biologique, de la même façon qu’on leur propose la gravité pour comprendre le monde physique ». Et en ce sens, ils s’inscrivent dans la droite ligne du prix Nobel François Jacob, pour qui « cela simplifierait beaucoup la compréhension des enfants si l’on commençait l’étude du monde vivant par l’étude de l’évolution ».

Il ne reste plus qu’à mettre tout cela en œuvre. Est-ce vraiment difficile ?

—-

[1] C’est ici une spécialité française et très signifiante que de souvent choisir des suffixes (-isme, -iste) marquant une couleur idéologique et politique (parle-t-on de physique quantiste?) pour mentionner les disciplines scientifiques nées avec Darwin. Pour ma part, j’insisterai toujours pour l’emploi de formules neutres comme « évolutionnaire » (la traduction est d’ailleurs plus fidèle à l’anglais « evolutionary ») ou « évolutif ».

[2] Auteur, entre autres, de deux ouvrages de vulgarisation bien malins dont je ne saurais que trop vous conseiller la lecture.

Voir également:

Le lait maternel s’adapte au sexe du bébé

Les Echos

15/02/14

Les mères produisent un lait différent selon qu’elles donnent naissance à un garçon ou à une fille, selon une étude britannique.

Il n’est pas rose ou bleu en fonction du sexe, mais sa constitution diffère : le lait des mères n’est pas le même selon qu’elles donnent naissance à un garçon ou à une fille, révèle une recherche publiée vendredi. « Les mères produisent des recettes biologiques différentes pour un garçon et pour une fille », a expliqué Katie Hinde, une biologiste de l’Université de Harvard. Des études sur des humains, des singes et d’autres mammifères ont révélé une variété de différences dans le contenu du lait et la quantité produite.

Ainsi les petits garçons ont du lait plus riche en graisse et en protéines donc énergétique tandis que les petites filles obtiennent de plus grande quantités de lait. Plusieurs théories ont été avancées pour expliquer ce phénomène, a relevé Katie Hinde lors d’une présentation à la conférence annuelle de l’Association américaine pour l’avancement de la science (AAAS) réunie à Chicago du 13 au 17 février.

Accélerer le développement

Chez les singes rhésus par exemple, la femelle a tendance à produire plus de calcium dans son lait destiné à des progénitures femelles qui héritent du statut social de leur mère. « Cela permet aux mères de donner plus de lait à leurs filles ce qui va permettre d’accélerer leur développement pour commencer à se reproduire plus jeune », a expliqué la biologiste de l’évolution.

Les mâles n’ont pas besoin de parvenir à la maturité sexuelle aussi vite que les femelles car leur seule limite sur la fréquence de leur reproduction dépend du nombre de femelles qu’ils peuvent conquérir. Les femelles chez les singes sont nourries au lait maternel plus longtemps que les mâles qui passent plus de temps à jouer et qui ont de ce fait besoin d’un lait plus énergétique.

Mais on ne sait pas vraiment encore pourquoi chez les humains les mères produisent des laits différents pour leur nourrissons selon leur sexe, admet la scientifique. Il y a des indications montrant que tout est déjà programmé quand le bébé est encore dans le ventre de sa mère.

Améliorer le lait maternisé

Une étude de Katie Hinde publiée la semaine dernière montre que le sexe du foetus influence la production de lait des vaches longtemps après la séparation de leurs veaux, le plus souvent dans les heures après avoir mis bas. Cette recherche menée sur 1,49 million de vaches a montré qu’au cours de deux cycles de lactation de 305 jours, elles ont produite en moyenne 445 kilos en plus de lait quand elles donnaient naissances à des femelles comparativement à des mâles. Ces chercheurs n’ont pas non plus constaté de différences dans le contenu de protéines ou de graisse dans le lait produit pour une progéniture femelle ou mâle.

Comprendre les différences dans le lait maternel humain et l’impact sur le développement de l’enfant pourrait aider à améliorer les formules de lait pour enfant destinées aux mères n’allaitant pas. « Si la valeur nutritionnelle du lait maternel est bien reproduite dans les formules, les facteurs favorisant l’immunité du nourrisson ainsi que les signaux hormonaux sont absents », a expliqué la chercheuse.

Pouvoir mieux comprendre comment le lait est « personnalisé » selon chaque enfant permettrait également d’aider les hôpitaux à trouver du lait provenant du sein donné pour aider à mieux nourrir des enfants malades et nés prématurément, a-t-elle ajouté.

source AFP

Voir encore:

La subversion de l’identité

Elizabeth Montfort

Valeurs actuelles

03 février 2011

Avec la théorie du gender, une véritable déferlante s’abat sur la France et l’Europe, dans une indifférence quasi générale. En juin dernier, l’IEP de Paris annonçait un enseignement obligatoire sur les gender studies pour septembre 2011. Début janvier, l’IUFM de Nice organisait un colloque sur “Filles et garçons au sein de l’institution scolaire” avec une place de choix pour ces études.

Cette théorie née aux États-Unis s’est développée dans les années 1990. Mais c’est vraiment la 4e conférence mondiale sur les femmes, organisée par l’Onu en 1995, qui a imposé ce concept dans le vocabulaire international, largement relayé au Parlement européen. Cette théorie est une véritable révolution anthropologique dont l’objectif est de repenser les rapports homme-femme à partir d’une déconstruction de leur identité. Ce mouvement succède à deux courants féministes : l’égalitarisme où la femme prend comme modèle l’homme pour s’affranchir de sa domination, et le différentialisme qui exalte les différences entre les sexes au mépris de ce qui est commun, c’est la revendication des droits de la femme et la guerre des sexes. Ces deux courants avaient encore un aspect pratique car leur but était d’obtenir par la loi l’égalité des droits (droit de vote, égalité salariale…).

Avec la théorie du gender, un nouveau courant idéologique apparaît. Une partie des féministes radicales, notamment dans leur composante lesbienne, ne sont pas satisfaites de l’égalité des sexes et de la parité. Pour elles, l’égalité et la parité sont un leurre car elles supposent une distinction entre les sexes, synonyme d’inégalité et de la domination de l’homme sur la femme. Leur féminisme s’inspire d’un mélange de néomarxisme, de structuralisme et d’existentialisme : d’une part, la dialectique dominants-dominés ; d’autre part, la déconstruction des stéréotypes imposés par la culture. Admettre la différence des sexes, c’est admettre la complémentarité des sexes, la domination patriarcale, donc l’oppression et l’aliénation de la femme.

Chez Judith Butler, la grande théoricienne du gender, la définition du genre est une construction sociale et culturelle au service de cette domination. Son livre, traduit en 2005 en français, s’intitule Trouble dans le genre, pour un féminisme de la subversion. Judith Butler affirme vouloir penser ensemble « le féminisme et la subversion de l’identité ». En d’autres termes, elle entreprend de définir une politique féministe qui ne soit pas fondée sur l’identité féminine et précise, dans son introduction, son objectif : déstabiliser « l’hétérosexualité obligatoire » pour repenser l’organisation sociale selon les modèles homosexuels et transsexuels. L’hétérosexualité sert la domination de l’homme. Il faut y mettre fin en supprimant les concepts d’homme et de femme et imposer un nouveau genre fondé sur les orientations sexuelles et non sur l’identité sexuelle : « Les femmes ne seraient pas opprimées s’il n’existait pas un concept de femme. »

Le deuxième point d’appui de la théorie, c’est l’opposition entre nature et culture. La société de la personne capable de créer des relations avec son semblable est remplacée par la société de l’individu qui se choisit ses vérités, ses intérêts et ses plaisirs. L’individu postmoderne doit se créer lui-même. C’est son droit le plus fondamental : « le droit à être moi ». Or la nature lui impose d’être homme ou femme. Accepter cette dictature, c’est refuser d’être libre. Se considérer comme homme ou femme, c’est refuser de se construire soi-même. Et pour la femme, c’est refuser de s’affranchir de la domination de l’homme. Ainsi, l’individu serait mieux caractérisé par son orientation sexuelle choisie que par son identité sexuelle comme donnée biologique, donc de nature.

On entrevoit aisément les conséquences de cette idéologie pour notre vie sociale. Après avoir déconstruit la différence sexuelle, il est nécessaire de déconstruire le couple, la famille et la reproduction. Pour les gender feminists, le couple doit être choisi. La famille fondée sur le mariage monogamique, comme survivance de la domination de l’hétérosexualité, devient polymorphe (bi, pluri, homo, monoparentalité…). La filiation se décline : filiation biologique, intentionnelle, juridique, sociale. L’individu fait son choix dans ce grand marché libertaire. Et enfin, la reproduction doit évoluer. Les techniques permettent une reproduction asexuée (AMP, mères porteuses, utérus artificiel…) et les révisions des lois de bioéthique sont une opportunité pour obtenir satisfaction. Dans ce grand bouleversement, la loi enregistre les revendications individuelles et crée de nouveaux droits arbitraires et déconnectés du bien commun et de la stabilité de notre communauté humaine.

Il est urgent de réagir. C’est la mission que s’est donnée l’Alliance pour un nouveau féminisme européen : analyser et informer pour construire une société pacifiée, fondée sur le respect et la coopération plutôt que sur la rivalité et la compétition. Il s’agit bien de nouveaux rapports entre les hommes et les femmes, égaux en droits et d’une égale dignité.

Elizabeth Montfort, ancien député européen, présidente de l’Alliance pour un nouveau féminisme européen

Voir par ailleurs:

Boys and Girls May Get Different Breast Milk

Milk composition differs based on a baby’s sex and a mother’s wealth

Marissa Fessenden

Scientific American

Nov 13, 2012

mother with babies, breast milk, breastfeeding

Thomas Fuchs

Mother’s milk may be the first food, but it is not created equal. In humans and other mammals, researchers have found that milk composition changes depending on the infant’s gender and on whether conditions are good or bad. Understanding those differences can give scientists insights into human evolution.

Researchers at Michigan State University and other institutions found that among 72 mothers in rural Kenya, women with sons generally gave richer milk (2.8 percent fat compared with 0.6 percent for daughters).* Poor women, however, favored daughters with creamier milk (2.6 versus 2.3 percent). These findings, published in the American Journal of Physical Anthropology in September, echo previous work that showed milk composition varying with infant gender in gray seals and red deer and with infant gender and the mother’s condition in rhesus macaques. The new study also follows findings that affluent, well-nourished moms in Massachusetts produced more energy-dense milk for male infants.

Together the studies provide support for a 40-year-old theory in evolutionary biology. The Trivers-Willard hypothesis states that natural selection favors parental investment in daughters when times are hard and in sons when times are easy. The imbalance should be greatest in polygamous societies, in which men can father offspring with multiple wives, such as the Kenyan villages. In those societies, a son can grow to be a strong, popular male with many wives and children, or he can end up with neither. Well-off parents who can afford to invest in sons should do so because their gamble could give them many grandchildren. Conversely, poor parents should not heavily invest in sons because it is unlikely to pay off—their offspring start at the bottom of the socioeconomic ladder. For those families, daughters are a safer bet because as long as they survive to adulthood, they are likely to produce young.

The new study is “exciting and enthralling,” says Robert Trivers, an evolutionary biologist at Rutgers University and co-author of the hypothesis, who was not involved in the recent work. “It is a Trivers-Willard effect I wouldn’t have the guts to predict.”

Even beyond fat and protein, other milk components might vary in humans, says Katie Hinde, an assistant professor in human evolutionary biology at Harvard University. She has found higher levels of cortisol, a hormone that regulates metabolism, in rhesus macaque milk for male infants. Her work shows that milk differences could change infant behavior and might affect growth and development. “Only half the story is what the mom’s producing,” Hinde says. “The other [half] is how the infant uses the milk.” These findings could have implications for formula, which could be tweaked to optimize development for both boys and girls.

Voir aussi:

Le livre jeunesse « Tous à poil » est-il recommandé aux enseignants ? La présentation tronquée de Vincent Peillon

Delphine Legouté

Le Lab/Europe 1

10/02/14

Il le soutient mais ne veut pas en endosser la responsabilité. Après les attaques de Jean-François Copé le 9 février au sujet d’un ouvrage intitulé Tous à poil et recommandé selon lui aux enseignants des classes de primaire, Vincent Peillon a fait venir la presse à la dernière minute dans son ministère ce 10 février pour riposter.

Son argumentaire tient en deux points : 1) il n’a rien à redire sur le contenu de cet ouvrage et 2) le livre n’est de toutes façons que la recommandation d’une lointaine association ardéchoise.

Le ministre de l’Education nationale prend en effet toutes ses distances avec Tous à poil en le décrivant ainsi :

Il y a un livre recommandé par une association de lecture de la Drôme et de l’Ardèche, dans une liste d’une centaine d’ouvrages pour enfants qui existe depuis des années. (…)

Il y a beaucoup de parents dans cette association. (…)

Ce sont des associations qui justement cherchent à développer la lecture, font un travail avec les enfants et les parents et recommandent un certain nombre d’ouvrages.

Ces livres sont des livres d’éditeur dont on peut faire un usage pédagogique, ensuite c’est au libre choix des enseignants de le faire ou pas.

Et ajoute :

Si on commence à faire ça sur l’ensemble de ce que les associations de parents ou de lectures peuvent faire en France, on va partir dans une inquisition qui sera tout à fait regrettable.

Factuellement, le ministre a raison. Tous à poil fait partie d’une liste de 92 albums jeunesse recommandés par L’Atelier des Merveilles, association du Teil, en Ardèche, qui établit ces listes avec des familles depuis 2009. Le livre en question a été ajouté en 2012.

Les missions départementales aux droits des femmes et à l’égalité ont soutenu la création de cette liste qui a fini par être diffusée par le Centre régional de documentation pédagogique de l’Académie de Grenoble.

Comme l’indique Vincent Peillon, les listes diffusées par ce centre font office de recommandations que les enseignants sont libres de suivre, ou pas.

Mais la présentation du ministre ne va pas jusqu’au bout. Vincent Peillon semble en effet vouloir cantonner à un niveau local, et presque anecdotique, ce qui a été récemment diffusé à une échelle nationale via les ABCD de l’égalité.

Ces derniers, qui proposent des ressources aux enseignants pour mieux appréhender les inégalités filles-garçons dès la maternelle, reprennent les bibliographies diffusées par six académies.

Celle de l’Ardèche avec Tous à Poil en fait partie, au milieu de six autres listes tout aussi fournies. On peut concrètement trouver un lien vers cette liste dans la rubrique « outils pédagogiques » du site des ABCD de l’égalité – décrit comme le site de référence par le gouvernement – en se rendant dans la sous-partie « littérature jeunesse ».

Notons que, le nom de domaine ayant migré, le lien n’est plus valide sur le site officiel. Voici la nouvelle adresse de la bibliographie qui se présente ainsi :

Bref, comme le relève Le Monde, Tous à poil n’est présent sur aucune liste de livres officiellement proposés aux enseignants et la constitution de la liste est particulièrement singulière puisqu’elle a été réalisée par les parents d’élève d’une association. En revanche, l’ouvrage a bien été promu sur un site institutionnel national à la faveur des ABCD de l’égalité.

Interrogé à ce sujet par le Lab ce 10 février, Vincent Peillon n’a pas caché la promotion par les ABCD de l’égalité de cette liste d’une « association de lecture dans la Drôme et l’Ardèche ».

Il a tenu à préciser que ces programmes n’étaient pas nouveaux et que les remettre en question serait néfaste pour le travail sur les stéréotypes :

- Le Lab : Reconnaissez-vous que cet ouvrage est recommandé, parmi d’autres, par le site des ABCD de l’égalité ?

- Vincent Peillon : Absolument. C’était d’ailleurs en 2009 déjà une recommandation des personnes qui travaillent à la lutte contre les stéréotypes.

Il ne faudrait pas que l’on mette en question– car c’est ce qui se cache derrière tout ça – la nécessité de faire un travail entre les hommes et les femmes. Ce n’est pas nier les différences mais au contraire les reconnaître et considérer qu’elles ne doivent pas empêcher certains d’avoir accès à un certain nombre de métiers.

Sans rentrer dans le débat sur le contenu de l’ouvrage (en quoi montrer des dessins de personnes se déshabillant à des enfants est-il un problème, en fait ?), l’information donnée par Jean-François Copé le 9 février sur RTL n’est donc pas factuellement inexacte. Amplifiée mais pas inexacte. Tous à poil fait bien partie des livres que les ABCD de l’égalité voient d’un bon œil et conseillent aux enseignants qui seraient intéressés.

Une première pour l’UMP qui multiplie depuis quelques jours les fausses rumeurs telle que l’existence d’un document promouvant la théorie du genre que le gouvernement voudrait cacher (document pourtant diffusé dans un premier temps par l’UMP au pouvoir) ou la diffusion de films à des enfants de primaire montrant des scènes de sexe entre personnes homosexuelles, affirmation intégralement fausse.

Voir enfin:

François Hollande à TÊTU: « Les libertés, elles s’arrachent toujours »

ÉVÉNEMENT. A une semaine du second tout de l’élection présidentielle, TÊTU.com* publie l’nterview accordée par François Hollande au magazine TÊTU le mois dernier.

Propos recueillis pour le numéro d’avril du magazine TÊTU, mis en vente le 21 mars 2012.

TÊTU : Le 23 février dernier, un auditeur de France Inter vous a interpellé pour savoir s’il pourrait se marier avec son compagnon d’ici à la fin de l’année. Quel sera votre calendrier concernant l’ouverture aux homosexuels du mariage et de l’adoption ?

Au plus tard au printemps 2013. _ Pourquoi cette date  ? Parce que je sais que les premiers mois de la session parlementaire vont être essentiellement consacrés aux éléments de programmation financière, donc je préfère être honnête  : si on veut un bon débat, mieux vaut qu’il puisse commencer au début de l’année 2013 et se terminer au printemps. Le printemps, ce n’est pas une mauvaise saison pour se marier  ! [Sourire.]

Lors des primaires socialistes, vous aviez confié «  en off  » lors d’une interview à Libération  : «  Attention, ce ne sera pas simple de faire passer ces textes.  »

Oui, et je continue de le dire. Vous avez vu ce qu’a dit le candidat sortant dans Le Figaro Magazine  ?

Si l’on songe que la droite n’a jamais accepté le pacs durant de nombreuses années…

Concevoir qu’elle accepte maintenant facilement le mariage pour les homosexuels, c’est une vue de l’esprit.

Aucune loi de conquête n’a été arrachée sans combat parlementaire mais aussi citoyen, et c’est bien qu’il en soit ainsi. Les libertés, elles s’arrachent toujours.

Vous escomptez donc que ce projet rassemble au-delà d’une majorité de gauche  ?

Je le souhaite  ! Pour le pacs, à part quelques parlementaires courageux, dont madame Bachelot, nous n’avions eu guère de soutien.

Après, des regrets ont été exprimés, y compris de la part de Nicolas Sarkozy, qui en a fait le reproche à ses propres amis. Je n’ai pas le sentiment qu’il soit aujourd’hui dans la même philosophie…

La droite est très offensive sur le sujet, mais en même temps 63 % des Français soutiennent l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. On peut se demander si ce ne sont pas les responsables politiques qui sont en retard par rapport aux évolutions de la société…

Ça peut arriver que la politique soit en retard par rapport à la société. L’inverse aussi. Mais il y a des minorités qui sont très agissantes.

Il y a des forces culturelles, spirituelles, qui vont également se mettre en mouvement.

Regardez ce qui se passe en Espagne avec la volonté du gouvernement conservateur de Mariano Rajoy de revenir sur la loi du gouvernement Zapatero qui a ouvert le mariage.

Mais je ne redoute rien, dès lors qu’il y a une volonté, la nôtre, et une compréhension affichée par une majorité de Français.

C’est un droit reconnu par de nombreux pays européens, nous ferons donc cette évolution tranquillement. Avec le souci de convaincre et de faire avancer la société française.

Nicolas Sarkozy justifie son opposition à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe au nom, dit-il, des « valeurs », et il expliquait dans Le Figaro

Magazine que  : « En ces temps troublés où notre société a besoin de repères, je ne crois pas qu’il faille brouiller l’image de cette institution sociale qu’est le mariage.  » Que vous inspirent ces propos  ?

Le mariage, au contraire, sera consacré s’il est ouvert à tous. Il sera même renforcé  ! Ceux qui sont attachés au mariage doivent se féliciter de voir que des couples homosexuels comme hétérosexuels se battent pour qu’il soit ouvert à tous.

Actuellement à l’Assemblée nationale, il n’y a qu’un seul député ouvertement gay, Franck Riester, de l’UMP, qui a fait son coming out récemment. On n’en compte aucun dans les rangs de gauche. Comment l’expliquez-vous  ?

Bertrand Delanoë avait fait ce choix avant sa première candidature à la mairie de Paris…

Mais Bertrand Delanoë reste un peu seul…

Je me souviens aussi qu’André Labarrère [ancien maire de Pau, décédé en 2006] l’avait fait, et avec quel fracas  ! [Sourire.] Après, c’est une affaire personnelle.

C’est une décision personnelle, mais ne dépend-elle pas, aussi, du climat dans lequel les élus ou les militants évoluent dans leur famille politique  ?

Oui, mais au PS, cette question n’a jamais fait débat… Et n’a jamais conduit à préférer une candidature plutôt qu’une autre.

Globalement, ne trouvez-vous pas que les partis politiques français ont des difficultés pour intégrer les minorités, les différences  ?

Cela a pu être vrai. Ça l’est beaucoup moins aujourd’hui.

À gauche, les partis sont tout à fait conscients que la société est diverse et que c’est un facteur de richesse.

Au sujet des débats sur le pacs puis le mariage, beaucoup de militants se sont mobilisés qui n’étaient pas homosexuels, et c’est très bien.

De la même manière, le combat pour le pacs est venu de groupes réunis au nom de l’idée républicaine d’égalité.

Il ne faut surtout pas réduire le mariage ouvert à tous à une revendication portée par les seuls homosexuels.

Plusieurs enquêtes montrent que jusqu’à 20 % des gays et lesbiennes seraient prêts à voter pour Marine Le Pen…

Cette intention peut surprendre. Mais cela vaut pour tous les citoyens. Pourquoi y a-t-il des Français qui ont le sentiment d’être abandonnés, délaissés, méprisés, stigmatisés, discriminés, et qui ont envie d’un cri de colère en le poussant de la pire des façons à mes yeux  ?

Et ne pensez-vous pas que certains partis réactionnaires développent des discours démagogiques et clivants en direction des gays et des lesbiennes, en agitant notamment la peur de l’islam  ?

En Europe du Nord, la crainte d’un islam fondamentaliste ouvertement hostile aux libertés a pu conduire certains vers des votes extrémistes.

Il y a eu cette instrumentalisation.

Aux homosexuels qui, ici, peuvent avoir la même crainte, je dis que c’est la laïcité qui les protégera. Je fais de la laïcité un élément majeur de mon projet.

La laïcité, c’est à la fois la liberté de conscience, la liberté religieuse et la garantie de la liberté  : liberté de vie personnelle, égalité homme-femme et orientation sexuelle pleinement assumée.

Je ne lâcherai rien là-dessus. Sinon, cela ferait effectivement le jeu d’une extrême droite qui a toujours stigmatisé les homosexuels, une extrême droite qui les a moqués, les a parfois pourchassés. Ce serait un comble que, pour être protégé d’une dérive fondamentaliste, on se réfugie dans une dérive antirépublicaine.

Êtes-vous favorable à l’ouverture de la procréation médicale assistée (PMA) aux couples de lesbiennes  ?

Oui, je l’ai dit. Aux conditions d’âge, bien sûr. Je suis très précis là-dessus. Il faut que ce soit un projet parental.

Et je suis aussi très soucieux du respect de l’anonymat du don des gamètes. En revanche, je suis hostile à la gestation pour autrui, la GPA.

Seriez-vous néanmoins favorable à la reconnaissance des enfants nés par GPA à l’étranger  ?

Vous imaginez bien que si j’ouvrais cette question-là, ça pourrait être finalement une facilité donnée à la gestation pour autrui. Et seul compte le droit de l’enfant.

Justement, des enfants nés ainsi se retrouvent actuellement en difficulté…

Je sais bien, et donc ce débat devra avoir lieu, mais il ne doit en aucun cas être considéré comme une façon d’accepter la marchandisation du corps.

Sur un autre point important, concernant le droit des personnes trans, quelles sont vos propositions ?

Je connais ce problème, des détresses immenses et parfois des suicides m’ont été signalés. Il faut également lutter contre cette discrimination-là.

Je suis pour la rectification de l’état civil lorsqu’il y a eu changement de sexe. Et également pour l’accès aux soins.

C’est-à-dire forcément une chirurgie  ?

Pas nécessairement. C’est un processus qui peut, dans certaines hypothèses, être distinct du parcours médical accompagnant la transition vers l’autre sexe. C’est le sens des recommandations du Conseil de l’Europe notamment.

Et des expertises psychologiques  ?

Oui. Ensuite, sur l’accès aux soins – car beaucoup de trans s’engagent dans un parcours médicalisé –, la situation actuelle n’est pas satisfaisante. Il conviendra de la corriger.

Êtes-vous pour un remboursement par la Sécurité sociale ?

Pour partie. Il n’y a pas de raison de donner une gratuité totale à ce qui est un choix individuel.

Quelles sont, au-delà des incantations, vos propositions concrètes pour lutter contre l’homophobie  ?

Les grands principes comptent, déjà. D’abord commençons par l’école, car c’est là aussi que beaucoup se joue et que des personnes homosexuelles peuvent toute leur vie durant porter un fardeau fait d’humiliations, de mépris, de méconnaissances.

À quel âge pensez-vous que cela doit commencer  ?

Au collège, parce que c’est à ce moment-là que ces questions se posent pour les adolescents.

Le dessin animé Le Baiser de la Lune, qui mettait en scène une histoire d’amour entre deux poissons de même sexe et était destiné aux classes de primaire, avait déclenché une polémique…

Oui, je me souviens. Je veux rétablir la formation des enseignants.

C’est très important qu’ils puissent savoir, aussi bien en primaire qu’au second degré, ce qu’il est possible de dire aux enfants.

On ne parle pas de la même manière à un enfant en primaire, où la connotation sexuelle n’est pas du tout présente, qu’en secondaire, où elle commence à apparaître.

C’est une forme à la fois d’enseignement de la réalité, et en même temps de pédagogie qui appelle de la sensibilité.

Les clichés, les insultes homophobes commencent très jeune, bien avant la sexualité…

Oui, c’est vrai. La lutte contre les clichés peut commencer très vite.

Il y aussi la situation dans le monde du travail qui doit être améliorée.

Le rôle des syndicats, des assistantes sociales et des médecins du travail, est très important.

Face à la polémique menée par la Droite populaire et des associations catholiques contre l’introduction des questions de genre dans les manuels scolaires de classe de première, le ministre Luc Chatel a tenu bon.

C’est bien qu’il ait tenu. C’était une offensive très idéologique, car elle niait même le fait qu’il existe des genres  ! Donc, poursuivons ce mouvement de sensibilisation avec tous les moyens utiles.

Vous avez fait de la jeunesse un des axes centraux de votre campagne. Que proposez-vous pour améliorer l’autonomie des jeunes adultes  ?

Des enquêtes ont démontré une surreprésentation des jeunes LGBT dans les populations en errance…

Effectivement, parfois des ruptures familiales peuvent avoir lieu beaucoup plus tôt encore que pour d’autres jeunes.

Et la recherche de logement devient la première préoccupation, car c’est une difficulté de plus pour une personne seule ou vivant en couple homosexuel.

Je suis favorable à un système de mutualisation des cautions, de façon que de plus en plus de jeunes ne puissent pas être empêchés de fonder un couple ou d’accéder à l’autonomie.

Deuxièmement, je souhaite que les jeunes puissent rentrer plus tôt dans l’emploi, c’est mon idée de «  contrat de génération  ».

Qu’il puisse y avoir, entre un senior et un jeune, une transmission d’expérience, et un soutien à l’employeur qui permettra à un jeune de rentrer dans le monde du travail en bénéficiant d’un CDI.

Enfin, je suis pour des parcours d’insertion, des systèmes de bourse, des contrats d’autonomie, qui puissent ouvrir des formations à ces jeunes.

Enfin, je suis très préoccupé par la déscolarisation de certains qui partent très tôt de chez leurs parents.

C’est la raison pour laquelle j’ai pris l’engagement qu’aucun jeune entre 16 et 18 ans ne se retrouve sans solution.

Le service civique peut en fournir une, par exemple. Que les jeunes ne se retrouvent pas dans la rue et dans la désespérance.

L’éducation sexuelle reste focalisée sur la reproduction. N’est-ce pas réducteur ?

L’éducation aux risques est une absolue nécessité. Elle a été relâchée ces dernières années. Le sida se diffuse encore, notamment chez les homosexuels. Malheureusement, l’idée que le fléau a été enrayé fait qu’il y a plus d’imprudences. Nous devons donner les éléments qui permettent à chacun d’avoir sa sexualité sans se faire contaminer un jour. Il y a toujours eu une réticence des pouvoirs publics en France à faire des campagnes de prévention VIH ciblées sur les populations homos… Je ne partage pas cette réticence qui peut être fondée sur de bons motifs de non discrimination… Mais dès lors que le risque est plus grand dans les populations homosexuelles masculines, mieux vaut le dire, parce que des jeunes peuvent l’ignorer encore.

Est-ce que vous imposeriez aux médecins généralistes l’utilisation des tests de dépistage rapides  ? Que prévoyez-vous concernant une possible généralisation de ces tests, comme en Espagne dans les pharmacies  ? Et troisièmement, allez-vous appliquer le «  plan sida  » proposé par Roselyne Bachelot, qui a promis un financement de 1,08 milliard d’euros, vu les circonstances budgétaires ?

En matière de prévention, le rôle des associations est déterminant. Je veux saluer ici tout ce qu’engagent Act Up, Aides, Sida Info Service…

Car ce sont elles qui permettent aujourd’hui de diffuser le dépistage, de donner l’information et d’accueillir. Le dépistage doit être généralisé. J’ai participé à une opération de cars de dépistage – c’était Aides qui l’organisait –, qui se rendaient au plus près de la vie des Français pour leur proposer ce test qui est très simple. À chaque fois qu’il y a une inquiétude, mieux vaut aller faire le test que de continuer à porter cette interrogation. Enfin, je suis attentif à certaines populations qui sont plus exposées, les personnes dans les prisons, où il est nécessaire de renforcer les dispositifs de dépistage, et les populations migrantes, notamment les sans-papiers qui, par crainte de se faire connaître, peuvent ne pas se faire dépister ou soigner. Je suis pour le retour de l’aide médicale d’État, l’AME, qui nous permettra, nous citoyens français ou résidents réguliers, d’être protégés plutôt que d’être exposés.

La situation aux Antilles vous paraît-elle préoccupante  ? Oui, à plus d’un titre  : 60 % des jeunes au chômage, vie chère, violence qui s’est aggravée dans les régions d’outre-mer, et encore des préjugés nombreux par rapport aux orientations sexuelles.

Vous évoquez l’AME, quelles seront vos priorités concernant la politique de santé  ? Comptez-vous abolir les franchises médicales  ? Je suis conscient que nous devons maîtriser les comptes publics et sociaux, et en même temps, l’hôpital public doit être renforcé dans ses missions. La médecine de ville doit mieux travailler à la fois avec l’hôpital et avec les autres professions de santé. Il est légitime de mieux rémunérer les médecins. Sur les franchises, nous en discuterons car nous avons plusieurs problèmes à régler  : problèmes de dépassement d’honoraires, les mutuelles qui ont été taxées, les franchises, le prix des médicaments…

Au niveau international, quels sont vos engagements pour faciliter l’accès aux traitements dans les pays pauvres ?

Je suis favorable aux médicaments génériques. Nous avons besoin d’une politique internationale sur ce sujet.

Nous sommes tous concernés, quand un virus se développe dans une partie de la planète, nous finissons par être touchés.

Autre point important, la dépénalisation de l’homosexualité dans tous les pays du monde, c’est un enjeu essentiel en matière des droits de la personne.

Que pensez-vous de la proposition du Premier ministre britannique David Cameron de conditionner l’aide au développement au respect de tous les droits humains, y compris le respect des minorités LGBT  ?

C’est un bon principe. Là encore, ça dépasse les frontières nationales et idéologiques.

Sans mettre en cause les règles de chacun de ces pays, car en définitive, nous ne leur demandons rien d’autre que de lever une pénalisation qui est tout à fait inadmissible puisqu’elle est fondée sur la négation d’une liberté. Nous devons être fermes sur ce principe-là.

Y aura-t-il une action diplomatique à l’ONU, comme l’ont fait Nicolas Sarkozy et Rama Yade  ?

Nous n’aurons pas de mal à aller plus loin que ce qu’a fait Nicolas Sarkozy. Ce qu’il a commencé et pas terminé, nous l’amplifierons et j’espère que nous l’achèverons jusqu’à essayer de faire voter une résolution.

Au printemps dernier, Arnaud Montebourg nous expliquait qu’il ne faisait pas «  de l’identification des questions sociétales l’enjeu majeur de l’élection présidentielle  », sa priorité étant «  d’apporter de nouvelles propositions pour transformer l’économie  ». Séparer ces enjeux n’est-ce pas en réalité une erreur  ?

Moi, je suis pour le progrès. Pour qu’une élection présidentielle puisse faire avancer la France. Puisque nous sommes confrontés à un choix, que cela soit celui qui nous donne la fierté de vivre ensemble, c’est mon ambition.

Qu’au bout de cinq ans, nous soyons encore plus fiers d’être Français que nous ne le sommes aujourd’hui.

Comment y parvenir  ? D’abord en permettant à tous nos concitoyens de travailler, d’être autonomes, de pouvoir accéder à de meilleures conditions au logement, d’être mieux soignés.

Et le progrès, c’est aussi vivre en plus grande liberté, en plus grande sécurité, en plus grande sûreté, en harmonie. Et parmi ces progrès, il y a la reconnaissance de droits qui peuvent être une meilleure protection à l’égard d’un certain nombre de risques, que cela soit des risques sanitaires ou de violence. Je disais combien la laïcité et la liberté devaient être protégées, ce qui suppose de lutter contre toutes violences.

Une société avance globalement. Les plus belles périodes de notre histoire sont celles où les conquêtes ont été multiples  : économiques, sociales, sociétales.

Je veux remettre le pays en mouvement pour que chacun se sente partie prenante. Les Français n’accepteront pas tout ce que je proposerai, mais dès lors qu’ils verront le but, qui est l’harmonie, la réconciliation, le rassemblement, ils y participeront.

* Têtu, le site du magazine gay ( sic).

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Reignier.

En librairie à partir du 8 septembre.


Piranhas: Attention, un mythe peut en cacher un autre ! (Blame it on the man who gave the world the Teddy bear !)

30 décembre, 2013
https://i1.wp.com/www.arte.tv/sites/fr/olivierpere/files/2013/04/piranha_poster_02.jpghttps://i1.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/22/TR_Buckskin_Tiffany_Knife.jpg
https://i0.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/1f/Tr-bigstick-cartoon.JPG/743px-Tr-bigstick-cartoon.JPG
Teddybear cartoon

Teddybear cartoon (Photo credit: Wikipedia)

A child can play with a bear like a doll – but a lot of children are not keen on dolls and if you are a boy you can play with it because it’s like a grizzly bear. Daniel Agnew (Christie’s)
Parle doucement et porte un gros bâton et tu iras loin. Proverbe africain 
They are the most ferocious fish in the world. Even the most formidable fish, the sharks or the barracudas, usually attack things smaller than themselves. But the piranhas habitually attack things much larger than themselves. They will snap a finger off a hand incautiously trailed in the water; they mutilate swimmers—in every river town in Paraguay there are men who have been thus mutilated; they will rend and devour alive any wounded man or beast; for blood in the water excites them to madness. They will tear wounded wild fowl to pieces; and bite off the tails of big fish as they grow exhausted when fighting after being hooked. But the piranha is a short, deep-bodied fish, with a blunt face and a heavily undershot or projecting lower jaw which gapes widely. The razor-edged teeth are wedge-shaped like a shark’s, and the jaw muscles possess great power. The rabid, furious snaps drive the teeth through flesh and bone. The head with its short muzzle, staring malignant eyes, and gaping, cruelly armed jaws, is the embodiment of evil ferocity; and the actions of the fish exactly match its looks. I never witnessed an exhibition of such impotent, savage fury as was shown by the piranhas as they flapped on deck. When fresh from the water and thrown on the boards they uttered an extraordinary squealing sound. As they flapped about they bit with vicious eagerness at whatever presented itself. One of them flapped into a cloth and seized it with a bulldog grip. Another grasped one of its fellows; another snapped at a piece of wood, and left the teeth-marks deep therein. They are the pests of the waters, and it is necessary to be exceedingly cautious about either swimming or wading where they are found. If cattle are driven into, or of their own accord enter, the water, they are commonly not molested; but if by chance some unusually big or ferocious specimen of these fearsome fishes does bite an animal—taking off part of an ear, or perhaps of a teat from the udder of a cow—the blood brings up every member of the ravenous throng which is anywhere near, and unless the attacked animal can immediately make its escape from the water it is devoured alive. Theodore Roosevelt
C’est en 1903 qu’apparaît le nom célèbre de l’ours en peluche : Teddy Bear, surnom repris dans de nombreux pays.Ce nom lui vient du président des États-Unis Theodore Roosevelt, qui était surnommé « Teddy » et qui était un grand amateur de chasse. Une anecdote raconte qu’un incident survint lors d’une chasse à l’ours dans le Mississippi en 1902 : des chasseurs acculèrent un ourson afin de satisfaire les cartouches du président, qui était bredouille depuis plusieurs jours. Roosevelt, outré, jugeant l’acte anti-sportif, refusa de tuer l’animal3,4. Cette histoire fut vite immortalisée : l’expression « Teddy’s Bear » a immédiatement été utilisée dans les caricatures de la presse, notamment par Clifford Berryman dans le Washington Post. Deux émigrants russes de Brooklyn, Rose et Morris Michtom créèrent puis commercialisèrent dès 1903, à partir des dessins publiés dans la presse, un ours en peluche qu’ils baptiseront Teddy3, avec la permission du président : le nom de « Teddy bear » se retrouve sur tous les ours de la production de Michtom. Les Michtom sont alors connus comme les premiers fabricants d’ours articulés en mohair; ils créeront ensuite leur entreprise « Ideal Novelty and Toy Co ». La vogue des Teddy’s Bear continuera, inspirant même des chansons comme « Teddy Bear’s Picnic », composée par John W. Bratton et chantée par Jimmy Kennedy. Wikipedia
Feeling old? Tired? There is something found around these parts that a lot of people say can help. Men in their retirement years eat it, start new families and swear by it. So do childless women, who drink it and give birth. Found in the Peruvian rain forests, the demand for it is phenomenal. But it isn’t some pharmaceutical corporation’s answer to Viagra, the impotence drug, nor is it available at a corner drugstore. In fact, an Amazonian witch doctor here must be consulted for a prescription. It’s piranha. The bitter-tasting flesh of the fish that have devoured so many villains in jungle B-movies is hailed here as the cure for problems dealing with fertility, virility, even baldness. It is said to be the ultimate aphrodisiac. « The power of the meat can cure many things, » said Flor, a Peruvian witch doctor who specializes in concoctions based on piranha meat. « It is one of the strongest medicines the world has known. » The scientific community, of course, scoffs at the anecdotal claims of the supporters of piranha-based cures. The meat, they say, is acidic, sometimes toxic and utterly without medicinal powers. « These claims about the power of the piranha fish meat have been around for a very long time, and there has never been any scientific evidence to support it, » said Celso Pardo, the dean of a Lima pharmacological institute. « People see an aggressive, macho animal, and they say, `I want to be more like that.’ «  Eric J. Lyman
Certaines tribus d’Amérique du Sud vénèrent le piranha depuis plusieurs siècles car il représente la force et la peur. Il y a environ 500 ans, les colons européens sont arrivés dans ces contrées, ils ont trouvé des piranhas et, au vu de leur dentition, ils ont tout naturellement redouté cet animal. De plus, ils ont entendu auprès de certaines tribus les récits mythiques à propos du piranha… Il n’en fallait pas plus pour que naisse une légende qui perdure encore aujourd’hui. A cette époque, rappelons que les marins pensaient que les baleines dévoraient les embarcations, que l’océan était terminé par un gouffre, etc. La science a aujourd’hui invalidé la plupart de ces mythes mais par ignorance, certaines de ces légendes perdurent encore. Le mythe des piranhas en fait partie ! Pour commencer, il faut savoir qu’il n’y a eu qu’une seule attaque mortelle envers les hommes de la part des piranhas. C’était en 1870, le Brésil était alors en guerre contre le Paraguay. Des soldats blessés, saignant parfois abondamment ont essayé de franchir le Rio Paraguay mais ils seront dévorés vivants… Il n’y a pas eu d’autres attaques vérifiées de piranhas ayant entraînées morts d’hommes. Par contre, le piranha aime les cadavres et s’attaque donc à tous les corps tombés ou jetés dans l’eau mais ils ne sont pas la cause du décès qui est souvent une noyade ou un meurtre. La réputation de tueur d’hommes est donc infondée ! Même s’il mord de temps à autre un pêcheur qui se lave les mains dans l’eau, ce poisson n’est donc pas une menace pour l’homme d’autant plus que son aire de répartition abrite des créatures bien plus redoutables comme les caïmans, les candirus, les raies venimeuses, les anguilles électriques, etc. (…) Comment expliquer cette persistance ? Pendant toute la durée d’exploration du continent sud américain (que l’on va considérer comme ayant commencée il y a 500 ans et terminée il y a un siècle) les aventuriers ont bien souvent étoffé leurs récits de balivernes pour faire sensations. Un aventurier en Afrique ne pouvait être pris au sérieux à son retour s’il n’avait pas combattu un lion et bien les piranhas étaient l’étape incontournable de l’Amazonie. Il est bien plus glorieux d’avoir traversé des étendues d’eau infestées de monstres sanguinaires que de simples poissons blancs. Les aventuriers n’ont donc pas hésité à exagérer la nature de ce poisson pour se magnifier. La légende avait donc traversé l’Atlantique pour arriver en Europe. Des personnes ont tout de suite compris l’intérêt financier qu’il y avait dans ce poisson tueur et ont contribué à en faire un monstre aux yeux du public. La littérature a répandu encore un peu plus cette idée tant les livres présentant les piranhas comme très dangereux sont encore nombreux. Puis est apparu le cinéma qui a lui aussi exploité le filon en faisant des films d’horreur sur le sujet. (…) Et enfin, plus proche de nous, la littérature aquariophile a classé ce poisson à part car dangereux et mangeant du coeur de boeuf régulièrement (alors que la plupart le digère très mal). Les vendeurs aquariophiles jouent encore un grand rôle puisque certains d’entre eux mettent une pancarte « Piranha – féroce et cannibale » sur les bacs de vente. A leur décharge, il convient de préciser que la majorité des personnes mordues par des piranhas sont des vendeurs, les conditions de vente, à savoir un petit aquarium surpeuplé sans décors pour se réfugier conduisant parfois les piranhas à mordre, faute de pouvoir fuir. Entre les livres aquariophiles réputés sérieux qui continuent de mentir sur ce poisson, les commerçants qui ont compris depuis bien longtemps que le sensationnel fait vendre et certains médias peu scrupuleux qui recherchent le spectacle quitte à affabuler ou a en rajouter un peu, il est vrai que rien n’est fait pour rétablir la vérité. Mais nous sommes les premiers responsables car nous préférons majoritairement continuer de croire qu’il s’agit d’un poisson exceptionnel plutôt que d’un poisson guère plus dangereux qu’un autre, le fantastique est tellement plus intéressant que le banal ! Pirahnas.fr

Attention: un mythe peut en cacher un autre !

Au lendemain d’une nouvelle attaque de piranhas en Argentine qui a vu une soixantaine de blessés …

Qui se souvient que la si féroce mais largement surfaite réputation de ce prétendu « poisson tueur » d’Amérique latine …

Nous vient en fait du même homme qui bien que grand explorateur et chasseur amateur de proverbes africains qui décéda de fièvres tropicales contractées en Amazonie …

Avait auparavant donné au monde, au grand bonheur de tant de petits garçons frustrés de ne pouvoir jouer à la poupée trop féminine,… le terrible grizzli en peluche ?

Piranha Attack! As 70 Christmas Day bathers are savaged, the truth about the fish with a bite more powerful than a T-rex

Bathers were attacked on the Rambla Catalunya beach in Argentina

Among revellers cooling off in 100-degree heat were 20 children, who were injured in the frenzied attack

Guy Walters

30 December 2013

The seven-year-old girl was just one of thousands in the water of the mighty River Parana on the afternoon of Christmas Day last week. For residents of the central Argentine city of Rosario, the festive season most certainly does not involve eating mince pies and drinking eggnog before sleeping it off in front of a fire. Instead, with the mercury hitting a sticky 100 degrees, most are keener to cool off than to gorge themselves. The best place for a dip is the city’s Rambla Catalunya, a mile-long stretch of sandy beach on South America’s second largest river. With bars, restaurants and fun fairs, the beach is a major attraction and last Wednesday was no exception. Tens of thousands had gathered to enjoy the holiday. Many took the opportunity to swim or paddle in the river.

That afternoon, as the little girl splashed up to her waist in the waters, everything seemed quite normal. Then, she suddenly felt a tugging at the little finger of her left hand. Instinctively, she pulled away, but the tugging grew more powerful. And then came a searing pain that caused her to cry out. She looked down at her finger, but all she could see was a trail of blood leaking into the dark water. As she ran for the shore, her screams startled the sunbathers. The top part of the girl’s finger had been completely torn away. There could be no doubt what had happened. The girl had been attacked by one of man’s most feared creatures — the deadly piranha fish. Word quickly spread up and down the Rambla Catalunya. Lifeguards ordered people to stay out of the water but, tragically, the heat was so intense and the atmosphere so jubilant that people continued to swim. What happened next was like a scene from a horror film.

That afternoon, some 70 people – around 20 of them children – were savaged by shoals of the razor-toothed fish. Those who were attacked had chunks of their naked and exposed flesh ripped away. They emerged from the waters with agonising wounds dripping blood onto the white sand. Deep cuts were reported on scores of fingers, ankles and toes. One injury resulted in an amputation. Pictures taken in the local hospital show one man with the whole underside of one toe missing. The attack was the most serious in the city since 2008, when 40 swimmers were hurt and, while mercifully no one was killed, the story made headlines around the world. There is something about this sinister fish that preys on our imaginations. Along with great white sharks, wolves, pythons and crocodiles, the piranha is the stuff of nightmares. Ever since Boy’s Own adventure stories described game hunters and explorers being devoured after daring to swim in piranha-infested waters, we have been taught that the piranha is one of the deadliest predators on the planet.

Most of us can create a horrific mental image of falling into a river – and being stripped to the bone in two minutes by a boiling shoal of flesh-eating fish. Just such a fate was memorably portrayed in the James Bond film You Only Live Twice, when the evil Blofeld dispatched Helga Brandt into a tank of piranhas for her failure to kill Bond. Although not as great a horror movie staple as the great white shark – immortalised in the Jaws films – our fascination with the piranha has made for box office success. Since 1978, there have been at least six films starring the piranha. The most recent was last year’s Piranha 3D. No wonder Londoners were alarmed when a piranha was discovered in the Thames in 2004. Experts stressed that the fish had in all likelihood been thrown away by a collector of rare fish, and further reassured anxious Londoners that the water of the Thames is far too cold to sustain these creatures.

Yet despite their awesome power, scientists insist piranhas are not the malicious predators the films would have you believe. They tend to attack humans only if trapped or hungry. So who is to blame for our fear of this fish? It is none other than Theodore Roosevelt, the 26th president of the U.S. In 1914, he published a travel book Through The Brazilian Wilderness, in which he described how piranhas could eat entire animals, such as cattle, alive. ‘They are the most ferocious fish in the world,’ Roosevelt wrote. ‘The head with its short muzzle, staring malignant eyes, and gaping, cruelly armed jaws, is the embodiment of evil ferocity; and the actions of the fish exactly match its looks.’ Roosevelt’s book was read by many, and the piranha entered into the public consciousness as one of mankind’s most vicious foes. However, what Roosevelt was not told was that the piranha attack he had witnessed on a cow was staged. For the benefit of the former president, the Brazilians had trapped hundreds of piranhas in a netted-off stretch of the river and had then starved them for days. This created the ideal conditions. When Roosevelt arrived, a sick old cow was led into the water, with its udder slit to release blood to further encourage an attack. Trapped, starving, and excited by blood, the piranhas did their job all too well. Rumours of deadly South American fish had been known since the time of the Spanish Conquistadors, who reported they were often attacked when they forded rivers.

In the 19th century, naturalist and explorer Alexander von Humboldt insisted the piranha was one of the continent’s greatest dangers. What sets them apart from other fish are their terrifying sharp teeth, tightly packed into highly muscular jaws. Relative to its size – they grow up to ten inches long – a piranha has a more powerful bite than that of a Tyrannosaurus Rex. Recently, scientists measured the bite force of the black piranha at 320 newtons, which is nearly three times greater than that exerted by an American alligator. That is more than enough to rip off a finger. What is disturbing is that these attacks are becoming more frequent. In November 2011, 15 swimmers were bitten by piranhas in the River Paraguay in western Brazil. One, 22-year-old Elson de Campos Pinto, recalled how he suddenly felt an agonising pain in his foot. ‘I saw that I had lost the tip of my toe,’ he said. ‘I took off running out of the river, afraid that I would be further attacked because of the blood. I’m not going back in for a long time.’ One local fisherman talked of catching some of the fish in his nets and often seeing blood on the banks. Despite relying on the river for his livelihood, Hildegard Galeno Alves said: ‘I would never even think of going in there.’

In Bolivia the following month, a drunk 18-year-old fisherman jumped out of his canoe, and was seized by a shoal of piranhas. Although he managed to get out of the water, he bled to death. Last year, a five-year-old Brazilian girl is said to have been attacked and killed in the water by a shoal of the fish. After the feeding frenzy in Argentina last week, Carlos Vacarezza, a local expert, said that the Christmas Day attack was ‘exceptional and unlikely to be repeated’. ‘What happened has no logical explanation,’ he told a local radio station. ‘In this area, the water flows too fast to create the warm and stagnant conditions where the fish are comfortable.’ While some observers claimed the piranha were attracted by debris left by fishermen, the only explanation Mr Vacarezza could suggest was that one of the fish had been injured – and the shoal had descended to eat it. Some of the human bathers simply got in the way. Certainly, cannibalism among piranhas is common, and larger, more aggressive fish will take a bite out of smaller rivals. The Christmas Day attack alone would have been enough to terrify most of us. But there have been more since.

On Boxing Day, in the town of Posadas, 600 miles up the River Parana (the name, although it sounds like that of the fish, actually translates as ‘big as the sea’) to the north-east, five children and teenagers were attacked by piranhas. All had to be treated in hospital. And then, on Friday, back at the Rambla Catalunya in Rosario, another attack took place. At four o’clock in the afternoon, a ten-year-old boy was bitten on his right hand, and he too had to be taken to hospital. The experts may like to reassure us that piranha attacks on humans are rare, but are they right? Perhaps the truth about the dreaded piranha may be closer to the horror movies after all.

Voir aussi:

La légende du poisson tueur

Emmanuel

Piranhas.fr

Le piranha a une réputation de poisson tueur, de nombreux livres le présentent comme étant un redoutable danger pour l’homme. Qu’en est il réellement ?

Il est difficile de répondre avec certitude à cette question. On peut cependant avancer quelques pistes…

Certaines tribus d’Amérique du Sud vénèrent le piranha depuis plusieurs siècles car il représente la force et la peur. Il y a environ 500 ans, les colons européens sont arrivés dans ces contrées, ils ont trouvé des piranhas et, au vu de leur dentition, ils ont tout naturellement redouté cet animal. De plus, ils ont entendu auprès de certaines tribus les récits mythiques à propos du piranha… Il n’en fallait pas plus pour que naisse une légende qui perdure encore aujourd’hui. A cette époque, rappelons que les marins pensaient que les baleines dévoraient les embarcations, que l’océan était terminé par un gouffre, etc. La science a aujourd’hui invalidé la plupart de ces mythes mais par ignorance, certaines de ces légendes perdurent encore. Le mythe des piranhas en fait partie !

Pour commencer, il faut savoir qu’il n’y a eu qu’une seule attaque mortelle envers les hommes de la part des piranhas. C’était en 1870, le Brésil était alors en guerre contre le Paraguay. Des soldats blessés, saignant parfois abondamment ont essayé de franchir le Rio Paraguay mais ils seront dévorés vivants… Il n’y a pas eu d’autres attaques vérifiées de piranhas ayant entraînées morts d’hommes. Par contre, le piranha aime les cadavres et s’attaque donc à tous les corps tombés ou jetés dans l’eau mais ils ne sont pas la cause du décès qui est souvent une noyade ou un meurtre. La réputation de tueur d’hommes est donc infondée ! Même s’il mord de temps à autre un pêcheur qui se lave les mains dans l’eau, ce poisson n’est donc pas une menace pour l’homme d’autant plus que son aire de répartition abrite des créatures bien plus redoutables comme les caïmans, les candirus, les raies venimeuses, les anguilles électriques, etc. N’en concluez pas cependant que ce poisson est un ange car il serait risqué de traverser une pièce d’eau isolée infestée de ces créatures en période sèche, et encore, ce n’est même pas sûr car dans la plaine de l’Orénoque par exemple, les cabiais en bonne santé (sorte de cobaye de la taille d’un cochon) traversent sans être jamais inquiétés ces pièces d’eau.

Comment expliquer cette persistance ? Pendant toute la durée d’exploration du continent sud américain (que l’on va considérer comme ayant commencée il y a 500 ans et terminée il y a un siècle) les aventuriers ont bien souvent étoffé leurs récits de balivernes pour faire sensations. Un aventurier en Afrique ne pouvait être pris au sérieux à son retour s’il n’avait pas combattu un lion et bien les piranhas étaient l’étape incontournable de l’Amazonie. Il est bien plus glorieux d’avoir traversé des étendues d’eau infestées de monstres sanguinaires que de simples poissons blancs. Les aventuriers n’ont donc pas hésité à exagérer la nature de ce poisson pour se magnifier. La légende avait donc traversé l’Atlantique pour arriver en Europe. Des personnes ont tout de suite compris l’intérêt financier qu’il y avait dans ce poisson tueur et ont contribué à en faire un monstre aux yeux du public. La littérature a répandu encore un peu plus cette idée tant les livres présentant les piranhas comme très dangereux sont encore nombreux. Puis est apparu le cinéma qui a lui aussi exploité le filon en faisant des films d’horreur sur le sujet. On peut citer la sortie récente du film « piranha 3D » d’alexandre Aja qui raconte l’histoire de piranhas retenus dans un lac souterrain depuis la préhistoire qu’un séisme libère. Ces films / navets sont apparus dans les années 1950. Dans Piranhas 2: Flying killer, les piranhas sont marins, volent et agressent les humains hors de l’eau. Dans Megapiranha, ce sont des piranhas géants qui engloutissent des navires…

Et enfin, plus proche de nous, la littérature aquariophile a classé ce poisson à part car dangereux et mangeant du coeur de boeuf régulièrement (alors que la plupart le digère très mal). Les vendeurs aquariophiles jouent encore un grand rôle puisque certains d’entre eux mettent une pancarte « Piranha – féroce et cannibale » sur les bacs de vente. A leur décharge, il convient de préciser que la majorité des personnes mordues par des piranhas sont des vendeurs, les conditions de vente, à savoir un petit aquarium surpeuplé sans décors pour se réfugier conduisant parfois les piranhas à mordre, faute de pouvoir fuir.

Entre les livres aquariophiles réputés sérieux qui continuent de mentir sur ce poisson, les commerçants qui ont compris depuis bien longtemps que le sensationnel fait vendre et certains médias peu scrupuleux qui recherchent le spectacle quitte à affabuler ou a en rajouter un peu, il est vrai que rien n’est fait pour rétablir la vérité. Mais nous sommes les premiers responsables car nous préférons majoritairement continuer de croire qu’il s’agit d’un poisson exceptionnel plutôt que d’un poisson guère plus dangereux qu’un autre, le fantastique est tellement plus intéressant que le banal !

De plus, sur les forums de discussions, il est encore fréquent que des personnes n’ayant jamais maintenu ni même vu de piranhas répondent à des sujets ayant trait à ce poisson en mettant par exemple en garde son propriétaire ! Ce genre de comportements est malheureusement celui de toute les discussions, aussi bien sur internet qu’au quotidien mais dans le cas du piranha, elle contribue à véhiculer une image aussi erronée que stupide. Il existe pourtant de la littérature sérieuse (un peu) et quelques reportages télévisés qui présentent la véritable nature de ce poisson. Certains aquariophiles ayant maintenu des piranhas en aquariums convaincus de leur férocité, sont déçus de leur timidité en captivité. Ils avancent qu’ils sont bien plus dangereux et agressifs en bancs dans la nature. C’est en réalité l’inverse, les piranhas sont plus agressifs dans nos bacs car, stressés et pris au piège par leur prison de verre, ils sont parfois capables de mordre alors qu’ils auraient fui dans leur milieu naturel.

Pour terminer et pour tenter de rétablir la vérité : un pêcheur sud-Américain vous le dira : le piranha n’est pas dangereux dans l’eau. Par contre, un piranha qui s’agite au fond d’une pirogue et claque de la mâchoire frénétiquement après avoir été péché peut sectionner un orteil ! Méfiez vous donc quand même de ces animaux. Ce ne sont pas des monstres, mais la mâchoire est puissante et un accident peut arriver.

Can piranhas really strip a cow to the bone in under a minute?

Julia Layton.

When Theodore Roosevelt went on a hunting expedition in Brazil in 1913, he got his money’s worth. Standing on the bank of the Amazon River, he watched piranhas attack a cow with shocking ferocity. It was a classic scene: water boiling with frenzied piranhas and blood, and after about a minute or two, a skeleton floating to the suddenly calm surface.

Roosevelt was horrified, and he wrote quite a bit about the vicious creatures in his 1914 book, « Through the Brazilian Wilderness. » He recounted the stories of townspeople who had been eaten alive, and others who’d lost body parts to piranhas while bathing in the river. « They are the most ferocious fish in the world, » Roosevelt announced to the world. « hey will snap a finger off a hand incautiously trailed in the water; they mutilate swimmers — in every river town in Paraguay there are men who have been thus mutilated; they will rend and devour alive any wounded man or beast; for blood in the water excites th­em to madness »

The legend of the piranha had begun.

Hollywood picked it up from there with the 1978 horror flick « Piranha » (« When flesh-eating piranhas are accidentally released into a summer resort’s rivers, the guests become their next meal »), 1981’s « Piranha II: The Spawning, » and a remake of the original B-movie that came out in 2010 [sources: IMDb, Movie Insider]. The killer piranha has made the gory jump into the 21st century.

But is the vicious reputation deserved? Roosevelt witnessed the now-famous cow stripping incident in Brazil, where piranhas live in especially high numbers. Howev­er, they’re native to and pretty common all along South America’s Amazon River — from Argentina to Colombia. So are South American bovines a regular meal for these ferocious fish? And why are there cows hanging out in the Amazon River?

Setting aside the account of a former U.S. president, piranhas stripping a cow — or a human — to the bone in less than a minute is a tough sell. How would that even be possible for a bunch of 10-inch, 3-pound fish?

Let’s find out.­

Tooth Fish

The name “piranha” is derived from the Tupi Indian language, native to Brazil. It’s a combination of the Tupi word pira, or “fish,” and ranha, meaning “tooth. »

The History of the Teddy Bear

Marianne Clay

Teddy bear & friends

2002

Today we can hardly imagine a world without that eager listener, confidante, and loyal friend, the teddy bear. But the teddy bear has not always been with us. In fact, the teddy bear did not make its entrance until late in 1902. Then, in one of life’s unexplainable synchronicities, the teddy bear appeared in the same year in two different parts of the world: Germany and the United States.

The History of the Teddy Bear

Drawing the Line in Mississippi by Clifford Berryman: This cartoon is believed to have triggered the teddy bear craze in the U.S.

The Early Years

In America, the teddy bear, according to tradition, got its start with a cartoon. The cartoon, drawn by Clifford Berryman and titled « Drawing the Line in Mississippi, » showed President Theodore Roosevelt refusing to shoot a baby bear. According to this often told tale, Roosevelt had traveled to Mississippi to help settle a border dispute between that state and Louisiana, and his hosts, wanting to please this avid hunter, took him bear hunting. The hunting was so poor that someone finally captured a bear and invited Roosevelt to shoot. Roosevelt’s refusal to fire at such a helpless target inspired Berryman to draw his cartoon with its play on the two ways Roosevelt was drawing a line—settling a border dispute and refusing to shoot a captive animal.

The cartoon appeared in a panel of cartoons drawn by Cliffored Berryman in The Washington Post on November 16, 1902. It caused an immediate sensation and was reprinted widely. Apparently this cartoon even inspired Morris and Rose Michtom of Brooklyn, New York, to make a bear in honor of the president’s actions. The Michtoms named their bear « Teddy’s Bear » and placed it in the window of their candy and stationery store. Instead of looking fierce and standing on all four paws like previous toy bears, the Michtoms’ bear looked sweet, innocent, and upright, like the bear in Berryman’s cartoon. Perhaps that’s why « Teddy’s Bear » made a hit with the buying public. In fact, the demand was so strong that the Michtoms, with the help of a wholesale firm called Butler Brothers, founded the first teddy bear manufacturer in the United States, the Ideal Novelty and Toy Company.

The History of the Teddy Bear

Made in the early days of teddy bear history, this 1904 Steiff hugs an early Steiff polar bear.

Meanwhile, across the ocean in Germany, Richard Steiff was working for his aunt, Margarete Steiff, in her stuffed toy business. Richard, a former art student, often visited the Stuttgart Zoo to sketch animals, particularly the bear cubs. In 1902, the same year the Michtoms made « Teddy’s Bear, » the Steiff firm made a prototype of a toy bear based on Richard’s designs.

Though both the Michtoms and Steiff were working on bears at the same time, certainly neither knew, at a time of poor transatlantic communication, about the other’s creation. Besides, the Michtoms’ bear resembled the wide-eyed cub in the Berryman cartoon, while the Steiff bear, with its humped back and long snout, looked more like a real bear cub.

A few months later, in March 1903, at the Leipzig Toy Fair, Steiff introduced its first bear—Baer 55PB. The European buyers showed little interest, but an American toy buyer, who was aware of the growing interest in « Teddy’s bears » in the States, ordered 3000. In America, people were beginning to get teddy bear fever, and Steiff was in the right place at the right time.

The History of the Teddy Bear

This 16-inch Steiff was made about 1908 and comes from the collection of teddy bear artist Audie Sison.

The Teddy Bear Craze

By 1906, the teddy bear craze was in full swing in the United States. The excitement probably compared to the frenzy for Cabbage Patch dolls in the 1980s and Beanie Babies in the 1990s. Society ladies carried their teddies everywhere, and children had their pictures taken with their teddy bears. President Roosevelt, after using a bear as a mascot in his re-election bid, was serving his second term. Seymour Eaton, an educator and a newspaper columnist, was writing a series of children’s books about the adventures of The Roosevelt Bears, and another American, composer J.K. Bratton, wrote « The Teddy Bear Two Step. » That song would become, with the addition of words, « The Teddy Bear’s Picnic. »

Meanwhile, American manufacturers were turning out bears in all colors and all kinds, from teddy bears on roller skates to teddy bears with electric eyes. « Teddy bear, » without the apostrophe and the s, became the accepted term for this plush bruin, first appearing in print in the October 1906 issue of Playthings Magazine. Even Steiff, a German company, adopted the name for its bears.

Steiff and Ideal were no longer the only players in the teddy bear business. In America, dozens of competitors sprang up. Almost all of these very early companies didn’t last, with the notable exception of the Gund Manufacturing Corporation. Gund made its first bears in 1906 and is still making bears today.

American teddy bear companies faced stiff competition from all the teddy bears imported from Germany, and many of the U.S. companies didn’t last long. In Germany, toymaking was an old and established industry, and many German firms, such as Bing, Schuco, and Hermann, joined with Steiff in making fine teddy bears.

In England, The J.K. Farnell & Co. got its start; in fact, the original Winnie the Pooh was a Farnell bear Christopher Robin Milne received as a first birthday present from his mother in 1921. Five years later, his father, A.A. Milne, would begin to publish the Winnie-the-Pooh books about his son Christopher’s adventures with his bear and his other stuffed animals. Today you can see the original toys that inspired the Winnie-the-Pooh books on permanent display in the Central Children’s Room of the Donnell Branch of the New York Public Library in New York City, while the Pooh books themselves are as popular as ever.

The History of the Teddy Bear

Made around 1929, this 9-inch mechanical duck by the German company of Bing was wound by a key.

More Great Years: The 1920s – 1940s

With the exception of the four years when World War I raged in Europe, the next 25 years were kind to the teddy bear. Mass production had not yet taken over the teddy bear world, and people still preferred to buy high quality, hand-finished teddy bears.

Because World War I interrupted the flow of teddy bears from Germany, new teddy bear industries developed outside Germany. Chad Valley, Chiltern, and Dean’s joined Farnell in England; Pintel and Fadap were begun in France, and Joy Toys in Australia. The bears themselves changed, too. Boot-button eyes were replaced by glass, and excelsior stuffing was replaced by a softer alternative, kapok.

The United States was relatively untouched by the war, and its teddy bear industry continued to grow. For example, the Knickerbocker Toy Company got its start in 1920 and continues to make teddy bears today. Nine years later, though, the U.S. was hit by the Depression, and most teddy bear companies were hurt by the financial crisis. After 1929, many American companies either found cheaper ways to produce bears, or they closed.

The History of the Teddy Bear

This 12-inch Schuco bear is called a yes/no bear, because this bear from the 1930s shakes his head no or nods yes, depending on how you move his tail.

In the 1920s and 30s, musical bears and mechanical bears were very popular, and they were produced all over the world. Perhaps the most noteworthy manufacturers of these novelty bears were Schuco and Bing. These two German companies made bears that walked, danced, played ball, and even turned somersaults.

But the outbreak of World War II in 1939 stopped the fun. Instead of making teddy bears, the world’s workers and factories were needed for the war effort. Some companies closed and never reopened.

The History of the Teddy Bear

Made about 1970, this 20-inch bear from the German company of Fechter wears its orignal ribbon.

The Lean Years: The 1950s – 1970s

While traditional teddy bear companies had always prided themselves on quality hand-finishing and had always used natural fibers to make their bears, all that changed after World War II. Fueled by a desire for washable toys, synthetic fibers were all the rage in the post-War years. Buyers liked the idea of washable toys, so bears were made from nylon or acrylic plush, and had plastic eyes and foam rubber stuffing.

While traditional teddy bear companies could adapt to this change in materials, they were not prepared to compete against the flood of much cheaper, mass-produced teddy bears coming from eastern Asia. Even the old, well-established companies were hurt by the onslaught of inexpensive teddy bears from the Far East.

The Teddy Bear’s Comeback: The Present

Strangely enough, the comeback of the teddy after years of mass-production was triggered, not by a bear maker, but by an actor. On television, British actor Peter Bull openly expressed his love for teddy bears and his belief in the teddy bear’s importance in the emotional life of adults. After receiving 2000 letters in response to his public confession, Peter realized he wasn’t alone. In 1969, inspired by this response, he wrote a book about his lifelong affection for teddy bears, Bear with Me, later called The Teddy Bear Book. His book struck an emotional chord in thousands who also believed in the importance of teddy bears. Without intending to, Bull created an ideal climate for the teddy bear’s resurgence. The teddy bear began to regain its popularity, not so much as a children’s toy, but as a collectible for adults.

The History of the Teddy Bear

Jenni, an 18-inch bear, was made by British teddy artist Elizabeth Lloyd.

In 1974, Beverly Port, an American dollmaker who also loved making teddy bears, dared to take a teddy bear she made to a doll show. At the show, she presented Theodore B. Bear holding the hand of one of her dolls. The next year, Beverly presented a slide show she had created about teddy bears for the United Federation of Doll Clubs. That show quickly became a sensation. Other people, first in the United States and then all over world, caught Beverly’s affection for the teddy bear. They, too, began applying their talents to designing and making teddy bears. One by one, and by hand, teddy bear artistry was born with Beverly, who coined the term « teddy bear artist, » often cited as the mother of teddy bear artistry. Today thousands of teddy bears artists, often working from their homes all over the world, create soft sculpture teddy bear art for eager collectors.

Artist bears also set the stage for a new kind of manufactured bear, the artist-designed manufactured bear. Today artist-designed manufactured bears are offered by Ganz, Gund, Dean’s, Knickerbocker, Grisly Spielwaren, and others; all offer collectors the opportunity to own artist-designed bears that cost less due to mass production.

The History of the Teddy Bear

American teddy bear artist Heather Stanley made 14-inch Simon.

This increased appreciation for the teddy bear as an adult collectible has also increased the value of antique teddy bears, the hand-finished, high-quality teddy bears manufactured in the first decades of the 20th century. In the 1970s and 1980s, these old, manufactured teddy bears began showing up in antique doll and toy auctions, and they began winning higher and higher bids. Today the current record price for one teddy bear, Teddy Girl by Steiff, is $176,000; that bear was sold at Christie’s auction house in 1994.

So what’s next for the teddy bear? Certainly our love affair with the teddy bear shows no signs of abating.

In 1999, in just the United States, collectors purchased $441 million worth of teddy bears. Certainly, as we begin our journey through a new century, we certainly need the teddy bear’s gift of uncondtional acceptance, love, and reassurance more than ever.

Voir aussi:

History of the Teddy Bear

Teddy Roosevelt and the Teddy Bear

Mary Bellis

Theodore (Teddy) Roosevelt, the 26th president of the United States, is the person responsible for giving the teddy bear his name. On November 14, 1902, Roosevelt was helping settle a border dispute between Mississippi and Louisiana. During his spare time he attended a bear hunt in Mississippi. During the hunt, Roosevelt came upon a wounded young bear and ordered the mercy killing of the animal. The Washington Post ran a editorial cartoon created by the political cartoonist Clifford K. Berryman that illustrated the event. The cartoon was called « Drawing the Line in Mississippi » and depicted both state line dispute and the bear hunt. At first Berryman drew the bear as a fierce animal, the bear had just killed a hunting dog. Later, Berryman redrew the bear to make it a cuddly cub. The cartoon and the story it told became popular and within a year, the cartoon bear became a toy for children called the teddy bear.

Who made the first toy bear called teddy bear?

Well, there are several stories, below is the most popular one:

Morris Michtom made the first official toy bear called the teddy bear. Michtom owned a small novelty and candy store in Brooklyn, New York. His wife Rose was making toy bears for sale in their store. Michtom sent Roosevelt a bear and asked permission to use the teddy bear name. Roosevelt said yes. Michtom and a company called Butler Brothers, began to mass-produce the teddy bear. Within a year Michtom started his own company called the Ideal Novelty and Toy Company.

However, the truth is that no one is sure who made the first teddy bear, please read the resources to the right and below for more information on other origins.

Voir également:

Holt Collier Guiding Roosevelt through the Mississippi Canebreaks

Minor Ferris Buchanan

When Holt Collier was chosen to guide President Theodore Roosevelt on the now famous bear hunt of 1902, he was a legend in Mississippi. He had cut roads into the wilderness and was known to have killed in excess of 3,000 bear.

Theodore Roosevelt had become a noted hunter by founding the Boone & Crockett Club and hunting almost all types of American game including grizzly bear, buffalo and pronghorn sheep. One trophy that eluded him was the Louisiana Black Bear. He desperately wanted to experience the thrill of the mounted bear chase. Though Roosevelt and his company had immeasurable finances and manpower, almost every aspect of the hunt was the responsibility of the uneducated 56-year-old Collier. He found a site on the banks of the Little Sunflower River in Sharkey County, about 15 miles west of the Smedes Station, a small farming platform.

Through the Mississippi towns of Tunica, Dundee, Lula, Clarksdale, Bobo, Alligator, Hushpuckena, Mound Bayou, Cleveland, Leland, Estill, Panther Burn, Nitta Yuma, Anguilla and Rolling Fork, the train carried Roosevelt and his entourage the maximum speed of 70 miles per hour.

At Smedes Station, several hundred spectators greeted the President. Almost all were children and grandchildren of slaves. Holt was immediately impressed by the man and his manner. Roosevelt was short but seemed palpably massive being a full 200 pounds of muscle. According to Collier, the President introduced himself by walking straight to him with his hand extended. “He say, ‘So dis is Holt, de guide. I hyar you’s er great bear hunter.’”

The party set out immediately on a field road that took them four miles through the plantation. A second four-mile stretch took them under an open forest carpeted with a knee-high briar tangle. The towering forest of virgin oak, ash and cypress was majestic. Then came the long stretch of Coon Bayou, a mud gully which attracted all types of wild game. On the other side of the bayou, lay the primal Delta swamp with briars and thickets 30 feet high and knit so tightly that the passage had been cut through like a tunnel.

The camp was pitched on the west bank of the Little Sunflower River, described then a fast- flowing, mud-banked stream of clear water. Between the tents, in the center of an open space, was a great cypress log, against which the camp fire was built. Dogs were everywhere. Someone had brought a large rustic armchair which was named the ‘Throne’. The President was an imposing figure in it. Roosevelt announced that in the woods he was to be addressed only as ‘Colonel’.

Roosevelt wanted to participate in the chase, but his demands for a shot on the first day and the timidity of his hosts condemned him to a stationary blind. He was placed to have a clear shot when the bear, driven by Holt’s pack of about 40 dogs, would emerge from the cane.

Roosevelt and companion Huger Foote waited on the stand all morning. The sounds of the dogs faded and increased in intensity as Holt’s pursuit ranged great distances in the canebrakes. After mid- afternoon the hunters broke for camp to have a late lunch.

Collier was annoyed that the stand had been abandoned. “That was eight o’clock in the mornin” when I hit the woods an’ roused my bear where I knowed I’d fin him. Den me an’ dat bear had a time, fightin’ an’ chargin’ an’ tryin’ to make him take a tree. Big ole bear but he wouldn’t climb nary tree. I could have killed him a thousand times. I sweated myself to death in that canebrake. So did the bear. By keeping between the bear and the river I knew he’d sholy make for that water hole where I left the Cunnel.

After a while the bear started that way and popped out of the gap where I said he’d go. But I didn’t hear a shot, and that pestered me….It sholy pervoked me because I’d promised the President to bring him a bear to that log, and there he was.”

At the very spot Holt had planned for the kill, the bear went to bay on the Holt Collier dogs. Collier was in a dilemma. He had been given specific orders to save the bear for Roosevelt, who was not to be found, and he had to protect the dogs from the deadly beast.

Holt dismounted, shouting at the bear. He quickly approached the bear with his rifle in his left hand and the lariat in his right. A rider rushed to camp for the President.

The dogs and the bear fought in a ferocious chorus. It wasn’t until the bear rose to his full height that Holt noticed his prize dog caught in the beast’s mighty death grip. He clubbed the rifle and leaped into the battle. He shouted again, and swung the stock of his gun through an arc that landed at the base of the bear’s skull. The bear was shaken, but he rose up, released the lifeless dog and stood a head higher than Holt. With the barrel of his rifle bent and useless, Collier had only one option. He positioned himself beside the raging animal, put his foot between the bear’s legs, and dropped the lariat over his neck. The injured bear was soon tied to a nearby willow tree.

Minutes later Roosevelt and Foote arrived. Roosevelt dismounted, ran into the water, and though everybody urged him to kill the bear, he declared that he would not shoot an animal tied to a tree. Roosevelt was in awe of the feat he was witness to.

For the entire hunt, Holt Collier was the center of attention. Sitting apart, he spoke simply and fearlessly, unmindful of any difference in social status from the powerful men about him. He told the story of his life, how he had killed white men and had gone unscathed, how he had met Union soldiers in hand-to-hand conflict, and how he fought off a band of vigilantes. His background and experience held the President’s imagination as he told stories of his years as a slave, his service as a Confederate scout, and his many years hunting bear.

The press had a field day with the story. Headlines and cartoons depicted the President as having been unprepared by satisfying his appetite. The story about the President being out-played by a lowly guide invited ridicule. The account of Holt Collier’s heroic efforts received detailed coverage.

At the conclusion of the hunt, Roosevelt declared that Holt Collier “ was the best guide and hunter he’d ever seen”, and that “before he is three years older, he will go back to the Little Sunflower, and, with Holt Collier as his only guide, will chase bears until he comes up with one and kills it, running free before the dogs.”

Clifford Kennedy Berryman ran two editorial cartoons of the incident on the front page of The Washington Post. The cute bear cub he drew immediately became a popular Roosevelt mascot. Morris Michtom saw the Berryman cartoon and designed a toy bear. He called it ‘Teddy’s Bear.’ His success selling the toys for a dollar and fifty cents resulted in formation of the Ideal Toy Corporation in 1903. When Michtom died in July 1938, the company was selling more than 100,000 bears each year.

This article is a condensed version of excerpts from the biography of Holt Collier by Minor Ferris Buchannan.

Voir encore:

TR’s Wild Side

As a Rough Rider in the Spanish-American War, Theodore Roosevelt’s attention to nature and love of animals were much in evidence, characteristics that would later help form his strong conservationist platform as president

Douglas Brinkley

American Heritage

Fall 2009

ON JUNE 3, 1898, 39 days into the Spanish-American War, Theodore Roosevelt and his Rough Riders arrived in Florida by train, assigned to the U.S. transport Yucatan. But the departure date from Tampa Bay for Cuba kept changing. Just a month earlier, the 39-year-old Teddy had quit his job as assistant secretary of the Navy, taken command of the 1,250-man 1st Volunteer Cavalry Regiment along with Leonard Wood, and began a mobilization to dislodge the Spanish from Cuba.

Roosevelt worried that if the ship didn’t leave soon, his men’s livers weren’t going to withstand all the booze they were consuming. The first day was incredibly humid, with a hot, glassy atmosphere and scant wind. Anxious for war, Teddy was unperturbed by the omnipresent swarms of chiggers and sandflies. To kill time he studied Florida’s botany, learning to distinguish lignum-vitae (holywood) trees from blue beech and ironwood at a glance.

The very word wild had a smelling-salt-like effect on Theodore Roosevelt. As a Harvard undergraduate he had studied nature from a scientific perspective, full of rigor and objectivity. To Roosevelt wilderness hunting and bird-watching were the ideal bootcamps for a military career. By studying how grizzly bears tracked their prey, he developed warrior skills. First-rate soldiers were best made in America, he believed, by learning to live in the wild. If a soldier understood how to read a meadowlark call or crow squawk, then his chances of battlefield survival were enhanced. An alertness to all things wild was, in Roosevelt’s eyes, a prerequisite for excelling in modern society. Success would fall upon the individual who could outfox a blizzard or survive a heat wave.

Roosevelt possessed in spades the qualities that Harvard naturalist Edward 0. Wilson has called “biophilia”: the desire to affiliate with other forms of life, the same impulse that lifts the heart at a sudden vision of a glorious valley, a red-rock canyon, or a loon scooting across a mud bog at dusk. Wilson suggests that, at heart, humans want to be touched by nature in their daily lives. His hypothesis offers a key to understanding why Roosevelt as president would add over 234 million acres to the public domain between 1901 and 1909. He responded both scientifically and emotively to wilderness. The shopworn academic debate over whether Roosevelt was a preservationist or a conservationist is really moot. He was both, and a passionate hunter to boot, too many sided and paradoxical to be pigeonholed. Even within the crucible of the Spanish-American War, Roosevelt managed to acquire exotic pets and to write about the Cuban environment, actions that provide valuable insight into Roosevelt’s developing conservationist attitudes.

While waiting to ship out, he studied the waterfowl along the wharf front and marshy inlets: ibis, herons, and double-crested cormorants, among scores of others. Beneath his cavalry boots on the Tampa beaches were sunrise tellin, wide-mouthed purpura, ground coral, bay mud, and tiny pebbles mixed with barnacles and periwinkles. Writing to his friend Henry Cabot Lodge, he turned quasi geobiologist, evoking Florida’s semitropical sun, palm trees, shark-infested shallows, and sandy beaches much like those on the French Riviera. The Gulf of Mexico, the ninth-largest body of water in the world, interested Roosevelt to no end.

Spending those days in Tampa Bay, various conservation historians believe, later influenced Roosevelt’s creation of federal bird sanctuaries along Florida’s coasts. What Roosevelt learned from being stationed on the Gulf Coast was that the market hunters were having a bad effect on Florida’s ecosystem, including the Everglades, Indian River, Lake Okeechobee, and the Ten Thousand Islands. The previous year, his friend the New York-based ornithologist Frank M. Chapman had warned him that tricolor herons and snowy egrets were being slaughtered for their feathers. Now huge mounds were heaped around the Tampa harbor, bird carcasses piled 20 or 30 yards high to rot in the sun. If the slaughter wasn’t stopped, the crowded, beautiful roosts of Florida would vanish and their inhabitants would go the way of the passenger pigeon, the ivory-billed woodpecker, and the Labrador duck.

Even as he shaped his regiment for combat, Roosevelt retained his fascination with animals, an aspect that distinguishes his war memoir The Rough Riders from all other accounts of the 1898 Cuban campaign. And in his 1913 autobiography Roosevelt presented his theory about the role of pets in sustaining morale. Compared with his accounts of military tactics and the toll of yellow fever, such passages can seem frivolous, but they do offer a valuable perspective on Roosevelt as a war leader and as a person.

Largely due to Roosevelt, the 1st Volunteer Cavalry Regiment took three animal mascots with them, all the way from basic training in San Antonio through their port stay in Tampa Bay. For starters, there was a young mountain lion, Josephine, given by trooper Charles Green of Arizona. Roosevelt spent as much time around the cougar cub as he could. Although he wrote in The Rough Riders that Josephine had an “infernal temper,” he adored everything about her: her sand-colored coat, dark rounded ears, white muzzle, and piercing blue eyes, which turned brown as she matured. Eventually Josephine would weigh at least 90 pounds and be able to pull down a 750-pound elk with her powerful jaws. The New York Times reported that she “rejoiced” when her name was uttered and was beloved by all the men. But one time she got loose, climbed into bed with a soldier, and began playfully chewing on his toes. Roosevelt later chuckled in The Rough Riders that “he fled into the darkness with yells, much more unnerved than he would have been by the arrival of any number of Spaniards.”

Another steadfast comrade from the wild was a New Mexican golden eagle nicknamed “Teddy” in Colonel Roosevelt’s honor. Roosevelt loved to watch these raptors swooping down to pluck a snake or other prey, and he even learned the art of falconry, wearing leather gloves and calling his namesake back to camp after it had gone hunting. “The eagle was let loose and not only walked at will up and down the company streets, but also at times flew wherever he wished,” Roosevelt recalled.

Josephine and Teddy had to be left behind in Tampa, but a “jolly dog” named Cuba and owned by Cpl. Cade C. Jackson of Troop A from Flagstaff, Arizona, did accompany the Rough Riders. Having dirty gray, poodle-like fur and the personality of a Yorkie, the little dog could be easily scooped up with the swipe of a hand. (One story, in fact, claims that Jackson had stolen Cuba just so from a railcar.) Frisky as a dog could be, Cuba accompanied the regiment “through all the vicissitudes of the campaign.” Aboard the Yucatan, Roosevelt asked a Pawnee friend to draw Cuba—who ran “everywhere round the ship, and now and then howls when the band plays”—for his daughter Ethel. Perhaps because Roosevelt was so comfortable with the trio of animals—knowing how to feed the eagle mice and to scratch Josephine behind the ears—the mascots added a compelling dimension to the press coverage of the Rough Riders. But even if TR did use the mascots to play to the cameras, they were part and parcel of his lifelong need to be associated with animals.

When the Yucatan finally set sail on June 13, Roosevelt was nearly giddy with joy at escaping Tampa. As the 49 vessels in the convoy steamed south in three columns, he noted that the Florida Keys area was “a sapphire sea, wind-rippled, under an almost cloudless sky” When he first caught sight of the shoreline of Santiago Bay, waves beating in diagonals, he wrote to his sister Corinne that “All day we have steamed close to the Cuban Coast, high barren looking mountains rising abruptly from the shore, and at a distance looking much like those of Montana. We are well within the tropics, and at night the Southern Cross shows low above the Horizon; it seems strange to see it in the same sky with the Dipper.”

At both San Antonio and Tampa Bay, his two horses Rain-in-the-Face and Texas practically never left his side. With Vitagraph motion picture technicians filming the Rough Riders wading ashore, a trooper was ordered to bring his steeds safely onto the beach. Alas, a huge wave broke over Rain-in-the-Face. Unable to burst free from his harness, he inhaled seawater and drowned. For the only time during the war Roosevelt went berserk, “snorting like a bull,” as Albert Smith of Vitagraph recalled, “split[ting] the air with one blasphemy after another.” As the other horses were brought ashore, Roosevelt kept shouting “Stop that god-damned animal torture!” every time saltwater got in a mare’s face.

On June 23 the Rough Riders debarked at the fishing village of Siboney about seven miles west of Daiquiri, behind Gen. Henry Ware Lawton’s 2nd Division and Gen. William Shafter’s 5th Corps. The soldiers took ashore blanket rolls, pup tents, mess kits, and weaponry, but no one thought to give them any insect repellent. There was no wind, and they felt on fire. The tangled jungles and chaparral of Cuba, particularly in early summer, were breeding grounds for flies that now swarmed the camps. Cuba also boasted 100 varieties of ants, including strange stinging ones that seemed to come from a different world. Unafraid of the soldiers, little crouching chameleons with coffin-shaped heads changed color from bright green to dark brown, depending on the foliage they rested on. “Here there are lots of funny little lizards that run about in the dusty roads very fast,” Roosevelt wrote to his daughter Ethel, “and then stand still with their heads up.”

Roosevelt’s letters crackle with the kind of martial detail also found in Stephen Crane’s 1895 Civil War novel The Red Badge of Courage. Yet they’re also crowded with natural history, with observations about the “jungle-lined banks,” “great open woods of palms,” “mango trees,” “vultures wheeling overhead by hundreds,” and even a whole command “so weakened and shattered as to be ripe for dying like rotten sheep.” There was a strange confluence in Cuba between Roosevelt and the genius loci, as he constantly sought to conjure up nature as a way to increase his personal power.

Both in Roosevelt’s correspondence and his war memoir, the land crab is everywhere, its predatory omnipresence almost the central metaphor of his Cuban campaign. Carcinologists had noted that the local species, Gecarcinus lateralis, commonly known as the blackback, Bermuda, or red land crab, leaves the tropical forests each spring to mate in the sea. It made for an eerie spectacle all along Cuba’s northern coast as these misshapen creatures, many with only one giant claw, crawled out of the forests across roads and beaches to reach the water. Swollen with eggs, the female red land crabs nevertheless made their journey to incubate in the Caribbean Sea, traveling five to six miles a day over every obstacle imaginable. Roosevelt noted that they avoided the sun’s glare, often struggling to shade just like wounded soldiers. While basically land creatures, these burrowing red crabs—their abalone-like shells thick with gaudy dark rainbow swirls—still had gills, so they needed to stay cool and moist. “The woods are full of land crabs, some of which are almost as big as rabbits,” Roosevelt wrote to Corinne. “When things grew quiet they slowly gathered in gruesome rings around the fallen.”

For the first time as an adult, Roosevelt was in the tropics. The very density of vegetation he encountered was daunting, the white herons often standing out against the greenery like tombstones. He now knew how Charles Darwin must have felt in the Galapagos and Tahiti. Cuba’s red land crabs were his tortoises or finches; everything about them spoke of evolution. Unlike the stone crabs of Maine, these red crabs weren’t particularly good-tasting. Still, with supplies sparse, the soldiers smashed them with rocks, discarded the shells, and mixed the meat into their hardtack, calling the dish “deviled crab.” Although the crabs were not dangerous, many Rough Riders were jarred awake at night by their formidable pincers. And they were persistent—a buddy would shake them scurrying away from the bedroll, only to find them back a short while later.

In The Rough Riders, Roosevelt vividly described the timeworn, brush-covered flats in the island village of Daiquiri on which the regiment camped one evening, on one side the jungle, on the other a stagnant malarial pool fringed with palm trees. After they stormed Santiago, many of his troops, a third of whom had served in the Civil War, lay wounded in ditches while flies buzzed around them. Sometimes after an American died, villagers would strip the corpse of all its equipment. Humans could be scavengers, too. Roosevelt turned to avian and crustacean imagery to convey the horrors of death. “No man was allowed to drop out to help the wounded,” he lamented. “It was hard to leave them there in the jungle, where they might not be found again until the vultures and the land-crabs came, but war is a grim game and there was no choice.”

Ever since Roosevelt had discovered Darwin’s writings as a boy growing up in New York City, analyzing species and subspecies characteristics became a daily habit. In his 1895 essay on “Social Evolution,” published in the North American Review, he offered a parable about when the dictates of natural selection superseded love of wildlife. “Even the most enthusiastic naturalist,” he wrote, “if attacked by a man-eating shark, would be much more interested in evading or repelling the attack than in determining the specific relations of the shark.” By this criterion, Roosevelt was a dual success in Cuba. He not only thwarted the Spanish sharks but managed to make detailed diary notes regarding vultures and crabs, which he planned to use in his memoir of the war.

What he would call his “crowded hour” occurred on July 1, 1898, when, on horseback, he led the Rough Riders (plus elements of the 9th and 10th Regiments of regulars, African American “buffalo soldiers,” and other units) up Kettle Hill near San Juan Hill in the battle of San Juan Heights. Once the escarpment was captured, Roosevelt, now on foot, killed a Spaniard with a pistol that had been recovered from the sunken Maine. Roosevelt later said that the charge surpassed all the other highlights of his life. Somewhat creepily, it was reported, Roosevelt had beamed through the blood, mutilation, horror, and death, always flashing a wide grin as he blazed into the enemy. Whether he was ordering up artillery support, helping men cope with the prostrating heat, finding canned tomatoes to fuel the troops, encouraging Cuban insurgentes , or miraculously procuring a huge bag of beans, he was always on top of the situation, doing whatever was humanly possible to help his men avoid both yellow fever and unnecessary enemy fire. There was no arguing about it: Colonel Roosevelt had distinguished himself at Las Guasimas, San Juan, and Santiago (although the journalists did inflate his heroics to make better copy).

By the Fourth of July, Roosevelt had become a home-front legend, the most beloved hero produced in what the soon-to¬be secretary of state John Hay called “a splendid little war.” With the fall of San Juan Heights and the Spanish fleet destroyed, Santiago itself soon surrendered. The war was practically over. The stirring exploits of Colonel Roosevelt were published all over the United States, turning him overnight into the kind of epic leader he had always dreamed of being.

But the hardships Roosevelt had suffered were real. Supplies like eggs, meat, sugar, and jerky were nonexistent. Hardtack biscuits—the soldiers’ staple—had bred hideous little worms. Just to stay alive, the Rough Riders began frying mangoes. Worse still, the 100°F heat caused serious de hydration. Then there was the ghastly toll from tropical diseases. Diarrhea and dysentery struck the outfit. Fatigue became the norm. So many Rough Riders were dying from yellow fever and malaria that Roosevelt eventually asked the War Department to bring the regiment home to the Maine coast. On August 14 the Rough Riders, following a brief stopover in Miami, arrived at Montauk Point at the tip of Long Island (not Maine) and were placed in quarantine for six weeks.

In hard, good health, taut and fit, his face tanned, and his hair crew-cut, Roosevelt was living out his boyhood fantasy of being a war hero. He had endured the vicissitudes of combat with commendable grit, and now it was all glory. Something in the American wilderness experience, Roosevelt believed, including his long stints of hunting in the Badlands and Bighorns in the 1880s, had given him an edge over the Spaniards. The same with the Rough Riders, who hailed from the Southwest—Arizona, New Mexico, Oklahoma, and Indian Territory. Not a single Rough Rider got cold feet or shrank back.

Roosevelt believed that the American fighting spirit would only continue as long as outdoorsmen didn’t get lazy and rest on their laurels. Slowly he was developing an underlying doctrine that he would call “the strenuous life.” The majestic open spaces of western America, such as the Red River Valley, the Guadalupe Mountains, the Black Mesa, the Sangre de Cristo Range, the Prescott Valley, and the Big Chino Wash, had hardened his men into the kind of self-reliance Emerson had invoked in his writings. Wouldn’t Rough Riders make terrific forest rangers? Didn’t the wildlife protection movement need no-nonsense men in uniform to stop poaching in federal parks? “In all the world there could be no better material for soldiers than that offered by these grim hunters of the mountains, these wild rough riders of the plains,” enthused Roosevelt.

While the Rough Riders recuperated under yellow-fever watch at Montauk, New York’s Republican Party was urging Roosevelt to run for governor that fall. As he contemplated his political future, everybody clamoring to shake his hand, he found respite watching the pervasive raccoons and white-tailed deer of Montauk. There was even Nantucket juneberry along the sandplains to study. One hundred years later, to honor the Rough Riders’ residence at Camp Wikoff in 1898, Montauk named a 1,157-acre wilderness area Roosevelt County Park.

In August the New York Times ran a feature story about Josephine, reporting that the colonel might raise the big cat at Oyster Bay. But his wife, Edith, put a stop to that plan, and Josephine was carted off to tour the West as a circus attraction. Unfortunately, she got loose or was stolen in Chicago and was never seen again.

The eventual fate of Teddy the golden eagle was just as disappointing. Quite sensibly, Roosevelt had given him to the Central Park Zoo, where he became a popular tourist attraction, but he was killed by two bald eagles put into his cage to keep him company. The body of the regiment’s mascot was shipped to Frank Chapman at the American Museum of Natural History to be stuffed.

Cuba the dog’s story, at least, had a happy ending. Discharged from quarantine, Corporal Jackson headed back to his home in Flagstaff and gave the celebrity terrier to Sam Black, a former Arizona Territory Ranger, with whose family he lived for 16 years in the lap of luxury. When Cuba died of natural causes, he was given a proper military funeral.

On August 20, 1898, Colonel Roosevelt was allowed to leave quarantine to return to his Oyster Bay home at Sagamore Hill for five days. By the time he got there, a groundswell of support had arisen for his gubernatorial candidacy. All around Oyster Bay, he was greeted with shouts of “Teddy!” (which he hated) and “Welcome, Colonel!” (which he loved). “I would rather have led this regiment,” Roosevelt wrote a friend, “than be Governor of New York three times.”

Cleverly, Roosevelt had kept diaries in Cuba, jotting down exact dialogue and stream-of-consciousness impressions. His editor at Charles Scribner’s Sons, Robert Bridges, worried that if Roosevelt ran for governor the war memoir they’d been discussing would have to be put on hold. “Not at all,” Roosevelt assured him. “You shall have the various chapters in the time promised.”

Once back at Camp Wikoff, Roosevelt wandered Montauk Point, care taking his golden eagle and taking little Cuba on walks. Roosevelt seemed like a changed man, disconcertingly calm, studying the undercarriage of wigeon ducks as they flew overhead. Sometimes, particularly when reporters were around, he rode his horse up and down the beach. By having “driven the Spaniard from the New World,” Roosevelt could relax— the burden of family cowardice and the shadow of his father’s hiring of a surrogate for his Civil War service had passed away forever. With nothing more to prove, he could excel as a powerful politician, soapbox expansionist, true-blue reformer, naturalist, and conservationist.

On September 13 a bugle called, and the surviving Rough Riders dutifully fell into formation. In front of them was a card table with a blanket draped over a bulky object. The 1st Volunteer Cavalry had a parting gift for their humane and courageous colonel. Eventually the blanket was lifted to reveal an 1895 bronze sculpture by Frederic Remington, Bronco Buster. (A cowboy was the western term for a cattle driver, while a bronco buster broke wild horses to the saddle.) Tears welled up in Roosevelt’s eyes, his voice choked, and he stroked the steed’s mane as if it were real. “I would have been most deeply touched if the officers had given me this testimonial, but coming from you, my men, I appreciate it tenfold,” Roosevelt said. The Rough Riders had found the best gift possible. It summed up Theodore Roosevelt well: a fearless cowboy, stirrup flying free, determined to tame a wild stallion by putting the spurs to it, a quirt in his right hand, and the reins gripped in the other. A Remington cast of the Bronco Buster now sits prominently in the White House Oval Office for President Barack Obama to appreciate.

The 42-year-old Roosevelt took more than just a Remington bronze to the White House in September 1901; his wilderness values and philosophy came with him, along with his saddle bag. Besides continuing to collect myriad White House pets, Roosevelt used his executive power to save such national heirlooms as the Grand Canyon, Crater Lake, Devils Tower, Mesa Verde, and the Dry Tortugas. On July 1, 1908, to help commemorate his “crowded hour” of battle at Santiago, President Roosevelt created 45 new national forests scattered throughout 11 western states. He also initiated many innovative protocols for range management, wildfire control, land planning, recreation, hydrology, and soil science throughout the American West. It was exactly a decade since his moment of military glory. His “crowded hour” 10 years later put much of the Rocky Mountains and the Pacific Northwest beyond the lumberman’s ax. Adding to the conservationist theme, TR hired as forest rangers men who had served with him in combat. These ex-Rough Riders now protected wild America from ruin under the banner of Rooseveltian conservationism.

What particularly worried President Roosevelt at the dawn of the 20th century was that citizens of New York, Philadelphia, and Boston could not understand the splendor of the American West. “To lose the chance to see frigate birds soaring in circles above the storm,” Roosevelt wrote, “or a file of pelicans winging their way homeward across the crimson afterglow of the sunset, or a myriad of terns flashing in the bright light of midday as they hover in the shifting maze above the beach—why the loss is like the loss of a gallery of masterpieces of the artists of old time.”

Adapted by the author from The Wilderness Warrior: Theodore Roosevelt and the Crusade for America , published by HarperCollins, © 2009

The truth about piranha attacks

Practical fishing

Piranhas aren’t the man-eaters folklore would suggest; you’re much more likely to lose a toe, according to the results of a new survey of piranha attacks in Suriname.

Humans are much more likely to be bitten when piranhas are removed from the water when fishing than they are while bathing in the water, the study claims.

« Many human deaths attributed to piranhas are probably cases of scavenging on drowned or otherwise already dead persons », says Jan Mol of the University of Suriname, who has just published the results of a study on human attacks by piranha.

« In 15 years of field work in Suriname, often wading for hours through ‘piranha-infested’ streams and catching piranhas with hook and line while bathing in the river, I was never injured by free-swimming piranhas.

« Piranhas are usually more dangerous out of the water than in it and most bites occur on shore or in boats when removing a piranha from a gillnet or hook, or when a ‘loose’ piranha is flopping about and snapping its jaws. »

Other studies have come to similar conclusions, but Mol suggests that under some situations the risk of piranha attack is very real.

« In the low-water season, when hungry fishes become concentrated in pools, some piranha species may be dangerous to any animal or human that enters the water. »

Serrasalmus rhombeusMol studied Serrasalmus rhombeus attacks at three locations in Suriname; the villages of Donderkamp and Corneiskondre on the Wayombo River and a recreation park at Overbridge on the Suriname River.

Dozens of people had been attacked at each location, with most injuries resulting in bites to the heel, soles of the feet and toes.

More serious deeper wounds were also inflicted to the legs, arms and body. Some bites were so severe that the fish completely removed the toes, including the phalange bone.

Reader Mike Rizzo suffered this bite from his rhombeus last year. Full story

The recovery of toe phalanges, complete with human flesh and bits of toenail, identified the culprits as Serrasalmus rhombeus, one of the largest and most aggressive piranhas.

« Individuals of this species tend to remain several weeks at one site and this may explain why the respective piranhas were caught at exactly the same spot after their attacks on bathers », says Mol.

« Also, characteristics of wounds of victims from Overbridge resembled bite marks previously documented as caused by S. rhombeus. Furthermore, no Surinamese freshwater fish other than a piranha could be responsible for the injuries reported here. »

None of the three locations surveyed had reported any human deaths due to piranha attacks.

Two epileptic bathers whose badly mutilated bodies were retrieved from the water are believed to have suffered seizures and then been scavenged by the fish.

Villagers interviewed by Mol claimed that piranha attacks in the small villages were unheard of until the population of the village began to rise in 1990.

When the human population peaked, the number of piranha attacks increased.

Feeding, not defenceWhile piranha attacks in other areas have been attributed to attacks by breeding piranhas defending their eggs and fry, Mol believes this is not the case in Suriname.

« In Surinamese rivers most of the reproductive activity of S. rhombeus occurred in the long rainy season of April to July, while most piranha attacks in Overbridge and Donderkamp occurred during the low-water (dry) season of September to November.

« Nevertheless, there is a small possibility that some individual piranhas were reproducing and guarding their spawn and/or spawning sites out of the main season. »

The sites not only lacked stereotypical spawning sites for the species, but the surveys revealed only sexually immature juvenile piranhas, so Mol believes that the attacks stem from feeding behaviour, not the defence of offspring.

How to avoid being eaten1. Piranhas are only found in certain rivers in the Amazon basin. Avoid swimming in South America, unless you have to. If you must bathe there, fill a bucket and wash on land. But look out for Centromochus!

Voir enfin:

Safety in numbers? Shoaling behaviour of the Amazonian red-bellied piranha

Helder Queiroz1 and Anne E Magurran2,*

Biology letters

2005 May 10

Abstract

Red-bellied piranha (Pygocentrus nattereri) shoals have a fearsome reputation. However, the variety and abundance of piranha predators in the flooded forests of the Amazon in which they live indicate that an important reason for shoal formation may be predator defence. Experiments using wild-caught piranhas supported the hypothesis that individual perception of risk, as revealed by elevated ventilatory frequency (opercular rate), is greater in small shoals. Moreover, exposure to a simulated predator attack by a model cormorant demonstrated that resting opercular rates are regained more quickly by piranhas in shoals of eight than they are in shoals of two. Together, these results show that shoaling has a cover-seeking function in this species.

1. Introduction

It is now well established that individual animals accrue significant anti-predator advantages by grouping with conspecifics; for example, in flocks of birds and schools of fishes (Elgar 1989; Magurran 1990; Pitcher & Parrish 1993; Cresswell 1994). However, although the protective properties of groups have been comprehensively investigated (Krause & Ruxton 2002), the individual decisions on which these advantages rest are much less well understood (Tien et al. 2004). Hamilton (1971) proposed that individuals take advantage of the cover provided by other group members to reduce their ‘domain of danger’. The prerequisite for cover-seeking behaviour is a heightened perception of risk by singletons or members of small groups.

Few species have attracted greater notoriety than the red-bellied piranha, Pygocentrus nattereri (Schulte 1988). The species is popularly believed to be a dangerous pack-hunting fish. However, a recent investigation of the red-bellied piranha found no support for cooperative hunting and suggested that an important function of shoaling behaviour in the species is defence against predation (Magurran & Queiroz 2003). This assertion is supported by the observation that, in the flooded forests of the Brazilian Amazon in which we work, piranhas are regularly predated by river dolphins, caiman, aquatic birds and large piscivorous fishes (Bannerman 2001).

Here, we test the hypothesis that piranha shoaling is a form of cover seeking. We make two predictions: first, that fishes will feel safer in larger groups—as indicated by a reduction in their physiological stress response; second, that fishes in larger shoals will recover more quickly from a simulated predator attack. We use ventilatory frequency (opercular beat rate) as our measure of fearfulness. Previous work has demonstrated that opercular rate increases in fishes under predation risk; for example, in the presence of alarm substance (Pfeiffer 1962) or in response to a predator model (Metcalfe et al. 1987; Hawkins et al. 2004). Ventilatory frequency is thought to rise in anticipation of predator evasion (Barreto et al. 2003), even in the absence of prior locomotory activity.

2. Methods

(a) Experiment 1: safety in numbers

We tested the prediction that piranhas perceive larger shoals as safer by measuring the opercular rate of fish as singletons and in shoals of two, four and eight individuals. The investigation took place at Flutuante Arapaima in the Mamirauá Reserve, Amazonas, Brazil. Piranhas are abundant in the flooded forest that comprises the reserve. Our study was conducted during the high‐water season in July 2004.

Fish were collected between 12 and 24 h before testing and held in an underwater cage in their natural habitat so that stress levels were minimized. Trials were conducted in sets of four to ensure comparability of handling, time of day and so on. The order in which the four shoal sizes were tested within a set was varied across the 12 replicates in the experiment. Water was changed regularly. Oxygen levels, which were frequently monitored, did not fall below natural levels. At the beginning of a trial, a shoal of fish was gently placed in the test tank and allowed to settle for 10 min. A focal individual was then selected and its opercular rate measured for 5 successive minutes. Focal individuals, which could be identified by small variations in fin morphology, were chosen haphazardly. Using a single focal individual per group size ensured that the same number of observations was collected in each treatment. The tank was screened to avoid disturbance and all fish were observed from above. We selected the median of the five records of opercular rate per minute for our analysis. Afterwards, all fish were removed and measured, before being returned to the wild. With minor exceptions to make up shoal sizes (less than 2% of cases), fish were not reused. The mean (± s.d.) fork length of fish was 15.5±2.09 cm.

(b) Experiment 2: response to predator ‘attack’

We exposed piranhas in shoals of two and eight to a simulated attack from a realistic model cormorant, to test the prediction that larger groups regain their previous ventilatory rate faster than smaller groups. The olivaceous cormorant, Phalacrocorax olivaceus, is an important predator of piranhas at Mamirauá (H. Queiroz and A. E. Magurran, personal observation). During each trial, the 75 cm-long model swooped from its perch and splashed into the water in the test tank (60×15×60 cm3 with water 20 cm deep). The model was then immediately removed. We recorded the opercular rate of a focal individual for five successive minutes after the attack. These values were contrasted with baseline opercular rate for the same focal individual, which had been measured for 1 min before the presentation of the model. There were 10 replicates per shoal size. No piranhas were tested more than once and different individuals were used in experiments 1 and 2.

3. Results

(a) Experiment 1: safety in numbers

Our first experiment revealed a marked reduction in opercular rate with increasing group size (figure 1). A repeated‐measures ANOVA on the untransformed data confirmed that the decline within sets was significant (F3,33=12.67, p<0.001). Post hoc analysis using the Bonferroni–Dunn test showed that there was no significant difference (p>0.05) in opercular rate between singletons and groups of two, nor between groups of four and eight. The opercular rate in shoals of eight was 25% lower than for singletons. Overall, there was no relationship between the size of the focal individual and its opercular rate (F1,46=0.005, p=0.94).

Opercular rate (per minute) of the focal individual as a proportion of the singleton’s opercular rate (indicated by the line through unity) in a set of four tests. Mean value (± s.e.) is shown.

(b) Experiment 2: response to predator ‘attack’

The second experiment took advantage of the observation that focal individuals in shoals of eight have a lower opercular rate than do individuals in shoals of two. Piranhas in both shoal sizes reacted vigorously to the predator model. Experiment 1 had shown that there was no trend in opercular rate over 5 min for groups of two and eight in the absence of direct threat: one sample t-test of slope coefficients of the relationship between opercular rate and time: shoal of two t11=0.254, p=0.80; shoal of eight t11=1.338, p=0.21. By contrast, opercular rates in was experiment, 2 increased dramatically following the presentation of the model (figure 2). We detected a significant difference between shoal sizes in response (repeated‐measures ANOVA on proportion data: F1,18=11.2, p=0.004) and a significant interaction between shoal size and time after presentation (F4,72=4.77, p=0.002), indicating that the pattern of recovery also differed (figure 2). Opercular rates returned to the baseline levels more rapidly in the larger shoals.

Mean opercular rate (± s.e.) of the focal individual in shoals of two and eight, in the 5 min period following predator attack, as a proportion of its baseline value (indicated by the line through unity). Diamond symbols represent …

4. Discussion

The popular image of red-bellied piranhas portrays them as more feared than fearful. However, the results of our investigation are consistent with an anti-predator function for shoaling in the species. We found that opercular rate, which typically increases under risk (Metcalfe et al. 1987; Barreto et al. 2003), and may be indicative of a fish’s preparedness to flee (Hawkins et al. 2004), was lower in larger groups, even in the absence of an overt predation threat. Furthermore, after a simulated attack, opercular rate remained elevated for longer in the smaller shoals. Because the size of red-bellied piranha shoals at Mamirauá ranges from fewer than 10 to about 100 (H. Queiroz and A. E. Magurran, personal observation), the grouping advantages detected in this experiment are applicable to fishes in the wild. Our study not only casts new light on the behaviour of a charismatic, though poorly researched species, but also reveals how a fish’s perception of risk is affected by shoal size.

In the flooded forest at Mamirauá, shoals of fishes (including piranhas) are constantly under risk of attack. A large body of literature attests to the many anti-predator advantages enjoyed by larger groups (Krause & Ruxton 2002). In addition to increased vigilance, there are benefits related to dilution and predator confusion. The probability that a predator will successfully capture a fish declines with shoal size (Neill & Cullen 1974). For these reasons fishes seek cover by placing themselves next to other individuals (Williams 1964; Hamilton 1971; Williams 1992). Previously, we showed that large, reproductively mature piranhas position themselves in the centre of a shoal, and take fewer risks than smaller, immature individuals during foraging (Magurran & Queiroz 2003). The present study strengthens the conclusion that individual piranhas join shoals to reduce their risk of capture. In our study, we examined fish that had no cover from the simulated predation attack. However, piranha shoals may occur in the flooded forest itself as well as in open water in Mamirauá lake, and it is probable that they use the cover provided by submerged branches to evade predators. It would be interesting to determine whether the benefits of shoaling as a cover-seeking device reduce in the presence of physical cover to shelter in.

Time devoted to predator avoidance is time lost from other activities such as foraging. This trade-off can be optimized by resuming previous behaviour as soon as possible after the threat has abated (Krause & Ruxton 2002). For this reason, membership of a larger shoal provides advantages over and above the differences in baseline ventilation frequency. Because higher opercular rate is associated with higher metabolic rate (Shelton 1970; Olson 1998), piranhas in smaller shoals probably also experience greater oxygen requirements. Physiological costs could be particularly significant in this habitat as the flooded forest is seasonally affected by low levels of dissolved oxygen, a result of high rates of decomposition (Henderson et al. 1998). Periodic mass fish kills are a natural phenomenon here (Henderson et al. 1998). Individual mysids (Euphasia superba) consume less oxygen in larger swarms than in small groups (Ritz 2000), even when performing escape responses (Ritz et al. 2001). Our results point towards a similar benefit in piranhas.

Acknowledgements

The authors acknowledge the Royal Society, Mamirauá Institute and the following people without whom our fieldwork would not have been possible: Dalvino and Jonas Costa collected fishes, Divina and Luzia dos Santos maintained the field laboratory and Danielle Cavalcante and Carlos Maciel helped in the pilot study. Two referees made insightful comments on the paper.

References

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2. Piranha attacks are greatest during the dry season when water levels are lowest and the fish breed, resulting in thousands of hungry young piranhas in the water.

3. Human attacks are most common in areas where human densities are highest in the water, such as popular swimming spots.

4. Noise and splashing attracts piranhas, so try to avoid making a commotion while you’re taking a dip. Piranha most commonly attack children for this reason.

5. If you’re a menstruating woman, don’t swim in the water, as any leaking blood may attract piranhas. In Amerindian villages, women in menstruation are not allowed to bathe for this reason, says Mol.

6. Don’t throw dead fish, offal or other food into the water. Piranhas are not strictly carnivorous, so any food in the water might attract them into the area.

7. Piranha attacks are not isolated incidents. If you spot any signs erected by locals saying « Warning Piranhas », it’s probably sensible to avoid bathing there.

For more information see the paper: Mol JH (2006) – Attacks on humans by the piranha Serrasalmus rhombeus in Suriname. Studies on Neotropical Fauna and Environment, December 2006; 41(3): 189-195.

Voir enfin:

This article originally appeared in Piranha meat: It can take a bite out of what ails you © 1998 Houston Chronicle Houston Chronicle Publishing Company Division (“The Chronicle”), © 1985 – 2002 Hearst Newspapers Partnership, L.P. All rights reserved. By ERIC J. LYMAN Special to the Chronicle PUCALLPA, Peru — Feeling old? Tired? There is something found around these parts that a lot of people say can help. Men in their retirement years eat it, start new families and swear by it. So do childless women, who drink it and give birth. Found in the Peruvian rain forests, the demand for it is phenomenal. But it isn’t some pharmaceutical corporation’s answer to Viagra, the impotence drug, nor is it available at a corner drugstore. In fact, an Amazonian witch doctor here must be consulted for a prescription. It’s piranha. The bitter-tasting flesh of the fish that have devoured so many villains in jungle B-movies is hailed here as the cure for problems dealing with fertility, virility, even baldness. It is said to be the ultimate aphrodisiac. « The power of the meat can cure many things, » said Flor, a Peruvian witch doctor who specializes in concoctions based on piranha meat. « It is one of the strongest medicines the world has known. » The scientific community, of course, scoffs at the anecdotal claims of the supporters of piranha-based cures. The meat, they say, is acidic, sometimes toxic and utterly without medicinal powers. « These claims about the power of the piranha fish meat have been around for a very long time, and there has never been any scientific evidence to support it, » said Celso Pardo, the dean of a Lima pharmacological institute. « People see an aggressive, macho animal, and they say, `I want to be more like that.’  » Such disparaging words do not faze the supporters of the bony fish. Piranha fisherman Miguel Socorro, for example, said his father had been sterile before eating piranha and fathering Socorro and his two siblings. Maria Luisa Quepo, a childless woman near Pulcallpa, gave birth to twins when she was in her 40s after drinking a piranha-based brew. And the mayor of a nearby village, a widower in his 60s, started a second family with the help of the fish. Countless couples here say they’ve used the seductive powers of the piranha to spice up otherwise unimaginative marriages. « The people helped by the fish don’t need proof from scientists, » said the witch doctor, Flor, whose name means « flower » in Spanish. Catching a piranha isn’t easy. The best fishermen start early in the morning by pouring buckets of blood around their boats to attract the fish, which gather with such ferocity that the water near the boat seems to be boiling. The fishermen slap the waters with their fishing poles to mimic the splashing sounds of an animal in distress — something that excites the piranha even more. Then they they drop in multipronged hooks baited with chunks of red meat. The piranha just nibble at the meat, but a slight tug at the hook-lines tells the fisherman to jerk the hooks upward, something as likely to snag the fish in the gills or tails as in the mouths, since the piranha do not allow hooks past their razor-sharp teeth. « The process is difficult, but a good fisherman can catch 12 or 15 piranhas before the sun gets too hot, » said Socorro, the fisherman. The piranhas sell for a little less than $1 each to witch doctors like Flor, meaning a successful fisherman can make the average weekly wage near Pulcallpa of $16 or so in a little more than a day of fishing. Flor charges about $4.25 for most of his signature brews, which use one or two fish each. « This is one of the most profitable businesses a man can get into near here, » Socorro said proudly. Some of the region’s piranha trading takes place at a fish market just outside Pulcallpa. On one edge of the market, away from the tables and mats where more traditional fish are bought and sold, a handful of fishermen and buyers go over the day’s piranha catch. Large black-bellied fish are generally worth a little less and are in highest demand by artisans, who make necklaces from the larger- than-normal jaws and teeth to sell to tourists. The meat from a red-bellied piranha, by contrast, is considered potent and is snapped up by healers. Meat from a baby piranha is thought to start working quicker; pregnant piranhas are used to solve fertility-related problems. According to Flor, medicinal uses of the piranha go back generations, though he said that he personally « discovered » the formulas he uses to make some of his most potent potions. « Medicine in the jungle is always changing, always becoming better, always discovering new cures and powers, » Flor said. « The things we can’t cure are only because we haven’t figured out how yet. » But Pardo, the pharmacist, said any power claimed to reside in the fish is purely psychological. « If there’s any effect at all, it’s due to somebody being convinced it will work, » he said, « and then it does. » « That’s not such a bad thing, » he added, « just as long as people don’t take it too seriously and start hailing it as the next great miracle cure. » Or the next new impotence drug. Whoever is right, the witch doctor or the pharmacist, it makes no difference to people like Quepo, the formerly childless woman who gave birth to twins when she was 43 — a miracle she attributes to piranha. « I don’t understand science, and I don’t know why it works, but it does, » she said. « Before I took the medicine, my husband and I were alone. Now, thank God, we have two little children. » After 5-hour trip into jungle, I’m at home with witch doctor The route to the home of the witch doctor known as Flor is long and difficult, but it doesn’t discourage visitors. Inside his wooden hut, a sweaty five hours by dugout canoe and foot from the Amazon jungle city of Pucallpa, Flor brews his mysterious potions and medicines for an average of three « clients » a day. « People, » he said plainly, « they want what I have. » They want it for dozens of reasons. Flor boasts cures for maladies ranging from infertility to baldness, from alcoholism to poor night vision. During a recent visit, Flor told me he could cure me of whatever ailed me. ` »You have all your hair, » he said, stroking his chin. « Any fertility problems? » I told him I was single, but he wasn’t deterred. « Do you have problems shooting an arrow straight? » he asked, a little more desperate. « Do you make too much noise when you walk through the jungle? Do your feet sweat when you sleep? » Flor wasn’t what I thought an Amazon witch doctor would be. He wasn’t dressed in bright robes, his face wasn’t painted in cryptic patterns. In fact, he was virtually indistinguishable from the 60 or so people in the nearby village of Nuevo Destino — Spanish for New Destiny — with his earth-tone clothes and high, Indian cheekbones. His Spanish was fairly articulate, given that it wasn’t his native language. The Shapibo Indian language is spoken by most people in the area. The route to his hut included a maze of minor river tributaries — some of which had to be blazed by breaking off or slipping under branches from fast-growing Amazon trees — and then a muddy, hourlong walk along an overgrown path. Flor’s hut, on the southern edge of Nuevo Destino, looks as if it grew out of the land around it. Weeds sprouted between the unevenly spaced floor and the wooden-and-palm-thatched roof seemed to absorb the tube of smoke rising up from the flame Flor used to heat the potion he was making for me. The brew he concocted for me included an ounce or two of piranha meat along with a ground-up mixture twigs, herbs, powders and some drops from an odd assortment of bottles that Flor kept on a shelf with the skull of a huge Caiman. The gritty potion tasted bitter, but Flor and my guide urged me to drink it down as they chatted in Shapibo. After I took a few hesitant sips, Flor took the clay pot back and smiled a toothless smile. He declared me almost cured. Of what? I asked Flor and my guide. They looked at me as if I should have perhaps asked for a cure for being dimwitted. A few seconds passed, and Flor spoke slowly. « You will find love, » he said, « within 30 days. » That time has nearly passed, but I haven’t given up hope. –By Eric J. Lyman July 17, 1998 – Page C-1

Voir enfin:

Theodore Roosevelt explorateur

Positivisme et mythe de la frontière dans l’expediçao cientifica Roosevelt-Rondon au Mato Grosso et en Amazonie (1913-1914)

Armelle Enders

Revue d’histoire d’Outremer. Explorations, colonisations, indépendances, Paris, t.85 (1998), n° 318, p.83-104.

Nuevo Mundo

14/02/2005

Résumé

De décembre 1913 à la fin d’avril 1914, l’ancien président des Etats-Unis Theodore Roosevelt dirige une expédition scientifique à l’intérieur des Etats brésiliens du Mato Grosso et d’Amazonie. Le but principal de celle-ci consiste à reconnaître environ 700 km du cours d’un fleuve considéré comme « inconnu », lequel reçoit le nom de « Roosevelt » au terme d’un voyage périlleux. La logistique de l’expédition est assurée par le gouvernement brésilien, représenté par le colonel Cândido Mariano Rondon, célèbre par ses explorations dans l’intérieur du pays et sa politique à l’égard des Amérindiens. A son retour dans l’hémisphère nord, Theodore Roosevelt met sa notoriété au service de sa propre légende, mais aussi de la propagande des missions militaires brésiliennes et des apports de celles-ci à l’extension de la Civilisation à travers la forêt vierge.

1Dans les années 1910, l’Amérique du Sud en général et le Brésil en particulier sont des destinations qu’empruntent un nombre croissant de personnalités. Ainsi, Anatole France, Clemenceau, Jaurès, s’arrêtent à Rio de Janeiro et São Paulo en 1910 et 1911, et, l’ancien président des Etats-Unis Theodore Roosevelt débarque le 21 octobre 1913 à Rio de Janeiro, où il inaugure une tournée de conférences et de visites qui doivent ensuite le mener à Montevidéo, Buenos Aires, et Santiago du Chili, conformément à un programme bien rôdé par les visiteurs étrangers. L’originalité du passage de Theodore Roosevelt (1858-1919) au Brésil réside dans dans la seconde partie de son voyage, beaucoup moins classique, qui commence le 12 décembre 1913 sur la frontière fluviale qui sépare le Paraguay du Brésil pour s’achever le 30 avril de l’année suivante à Manaus.

2Entre-temps, l’ancien président et son équipe de savants américains ont été confiés aux soins du colonel Cândido Maria da Silva Rondon (1865-1958) et les mondanités ont cédé la place à l’Expédition Scientifique Roosevelt-Rondon, dont l’objectif avoué consistait à parcourir plusieurs milliers de kilomètres dans des conditions périlleuses, collecter des spécimens de la faune locale, et, surtout, reconnaître le cours d’un fleuve oublié des cartographes depuis plusieurs siècles. Ne sachant trop s’il se jetait dans le Guaporé ou s’il s’écoulait en direction du Madeira, Rondon l’avait appelé « fleuve du Doute » (Rio da Dúvida), lors d’une reconnaissance effectuée dans la région en 1909. Sur les instances du gouvernement brésilien, il le rebaptise « Roosevelt » pour conclure glorieusement l’exploration. C’est ce nom, ou parfois celui de « rio Teodoro », que l’on lit toujours sur les cartes du Mato Grosso actuel.

1 « Roosevelt a débarqué à Manaus sur une civière, à l’abri des regards. Cf Esther de Viveiros, Rondon (…)

3Le tribut payé pour cet hommage est cependant élevé : tous les membres de l’expédition ont souffert de la faim et des fièvres, trois porteurs ont trouvé la mort, Kermit Roosevelt, le fils du président, a échappé de peu à la noyade, et, c’est un Roosevelt considérablement amaigri, fiévreux et blessé, qui est discrètement débarqué au petit matin à Manaus1. Ces souffrances ne sont même pas récompensées par l’admiration générale. L’exploit du chef des Rough Riders est immédiatement accueilli par un mélange d’éloges qui saluent l’exploit et de persiflages qui ironisent sur la validité de sa « découverte ». On peut donc se demander si les dangereuses tribulations de Theodore Roosevelt dans la jungle amazonienne ne répondaient pas à quelque dessein de la diplomatie brésilienne et si elles n’ont pas profité principalement à un groupe de militaires brésiliens, adeptes du positivisme et de la conquête des marches de leur pays et de leurs habitants.

« Que vient faire M. Roosevelt au Brésil ? »2

2 Titre du journal carioca Correio da Manhã, le 22 octobre 1913.

3 Roosevelt, Theodore, Through the Brazilian Wilderness, New York, Charles Scribner’s sons, 1914, et S (…)

4La minceur des apports scientifiques de l’Expedição Científica Roosevelt-Rondon ont fait classer celle-ci au chapitre mineur des activités cynégético-naturalistes de « TR ». Pourtant, le titre retenu pour le récit de voyage que l’ancien président publie dès son retour à New York chez Scribner’s Sons, Through the Brazilian Wilderness, suggère qu’il souhaite se placer dans le sillage de son compatriote Stanley, auteur d’une exploration remarquée du fleuve Congo à la fin des années 1870, exploration qu’il avait relatée dans un ouvrage intitulé Through the Dark Continent3.

4 Correio da Manhã, 20 octobre 1913.

5Lors de l’arrivée à Rio de l’homme d’Etat, le quotidien d’opposition carioca Correio da Manhã retrace brièvement les étapes biographiques de Roosevelt, présenté, à grand renfort de mots anglais, comme un « ancien cowboy qui a fait la guerre aux Indiens au Far-west », un « homme politique, écrivain, sportsman, soldat, globe-trotter »4.

6Depuis ses débuts en politique, Theodore Roosevelt a en effet alterné et cumulé les rôles. S’il n’a pas « fait la guerre aux Indiens », il s’est pris effectivement pris de passion pour le « far west » quelques années avant la fermeture de la « Frontière ». Le mot cowboy est souvent utilisé par les les milieux politiques et intellectuels brésiliens pour désigner le président américain avec une condescendance tout aristocratique, sans savoir que Roosevelt est, précisément, un des inventeurs du cowboy.

5 Miller, Nathan, Theodore Roosevelt, a life, New York, Quill/WilliamMorrow, 1992; et surtout, Ricard, (…)

6 Frederick J. Turner s’était rendu célèbre en prononçant à Chicago en 1893 une conférence intitulée  » (…)

7Au début des années 1880, Roosevelt, qui appartient à l’aristocratie new yorkaise la plus traditionnelle, se singularise en achetant un ranch dans le Dakota où il réside de longs mois5. Cette expérience est déterminante pour l’intellectuel qui découvre dans les grandes plaines ce qu’il perçoit comme l’essence de la nation américaine, la progression héroïque de la civilisation, la naissance d’un peuple dans la lutte contre des conditions hostiles. Il théorise ensuite cette expérience, avant Frederick J. Turner6, en publiant entre 1889 et 1896 une histoire de la conquête de l’Ouest, The winning of the West, qui obtient un gros succès et formule les clichés et les stéréotypes d’une mythologie naissante. Le dandy souffreteux et policé, diplômé de Harvard et de Columbia, rentre à New York transformé en pionnier viril, chantre de l’énergie et des vertus de l’Amérique profonde.

7 Sa seule prestation à l’Instituto Histórico Geográfico Brasileiro, par exemple, lui est payée 2000 $ (…)

8Depuis son départ de la Maison Blanche, qu’il a occupée de 1901 à 1909, la reconnaissance internationale de Theodore Roosevelt croît de manière inversement proportionnelle à sa fortune politique. En 1912, il n’obtient pas l’investiture républicaine pour l’élection présidentielle, il se présente à la tête d’une dissidence « progressiste », mais est battu par le démocrate Wilson qu’il honnit particulièrement. En revanche, les sociétés savantes et les académies du monde entier invitent volontiers le prix Nobel de la Paix de 1910, l’essayiste dévoreur de livres, l’amateur éclairé des sciences naturelles qu’est Theodore Roosevelt, et lui permettent ainsi de conforter ses revenus7.

9De l’Expédition scientifique Roosevelt-Rondon, « TR » peut escompter un regain d’admiration sur le plan politique intérieur et rappeler à l’opinion américaine qu’à cinquante-cinq ans, le colonel des Rough Riders possède toujours la vigueur du temps où il était le plus jeune président de l’histoire des Etats-Unis.

8 Cf. Ricard, Serge, « Theodore Roosevelt et l’avènement de la présidence médiatique aux Etats-Unis », V (…)

9 Correio da Manhã, 24 octobre 1913.

10 Correio da Manhã, 22 octobre 1913.

11 Zahm, J.A., (H.J. Mozans), Through South America’s southland with an account of the Roosevelt Scient (…)

10Expert dans l’art de manœuvrer la presse8, celui-ci prend soin de se faire surprendre par des journalistes à Rio, le doigt pointé sur les cartes de la Brazilian wilderness , alors qu’il s’entretient avec deux collaborateurs de Rondon9. Le Correio da Manhã rapporte ainsi ses propos : « M. Roosevelt a l’intention d’organiser des collections de plantes et d’animaux des Tropiques, y compris des insectes, et emportera, comme il le pourra, les dépouilles de la bataille qu’il va engager contre…l’inconnu. Il destine une part de ses collections (celle du lion) aux musées nord-américains, et l’autre, au Museu Nacional et à celui du Pará »10. Il y a sans doute, dans le voyage à travers le Brésil central, la volonté américaine de marquer le continent de son sceau scientifique. Dans le récit qu’il consacre à la tournée sud-américaine de Roosevelt, le père Zahm, familier de l’Amérique andine, se vante d’avoir pressé le président d’ouvrir la piste aux savants américains : « En comparaison avec les merveilleux résultats des explorateurs allemands, nos hommes de science américains n’ont pas accompli grand’chose dans l’intérieur des régions equinoxiales ; et il semble que si M. Roosevelt pouvait être convaincu de pénétrer le territoire peu connu du Mato Grosso et de l’Amazonie, il stimulerait ses compatriotes à consacrer plus de temps qu’auparavant à l’exploration des régions vastes et inconnues drainées par les eaux de l’Amazone et de l’Orénoque »11. Le titre du livre du père Zahm reste d’ailleurs fidèle au projet qui consistait à mettre sur pied une Roosevelt Scientific Expedition et fait disparaître Rondon du haut de l’affiche.

Sous la protection de Cândido Rondon

11Il y a lieu de croire, d’autre part, que les autorités brésiliennes n’ont pas promené sans dessein l’homme du Big stick, l’auteur du corollaire à la Doctrine Monroe, dans des régions que leurs diplomates et leurs militaires considèrent comme extrêmement sensibles et à propos desquelles ces derniers se sont toujours montrés particulièrement chatouilleux. Au-delà des enjeux diplomatiques évidents, qui visent à consolider le soutien des Etats-Unis d’Amérique aux Etats-Unis du Brésil en cas de litige sur la souveraineté de ceux-ci dans le bassin amazonien, un groupe de militaires positivistes trouve dans le passage de Roosevelt dans leur pays une occasion de promouvoir à l’étranger une facette particulière de la modernité brésilienne. L’illustre touriste ne témoignera pas seulement des réussites du Brésil littoral, de l’assainissement et de l’embellissement récents de la capitale fédérale, des travaux spectaculaires menés par le docteur Vital Brazil au Butantã, l’Institut ophidien de São Paulo, – étapes obligées des visiteurs de marque -, il verra aussi comment les Brésiliens participent à l’extension de la Civilisation dans des contrées sauvages et arriérées.

12 Lettre de Frank Harper, secrétaire de T.Roosevelt, au ministre des Relations Extérieures, Arquivo do (…)

13 Roosevelt,Theodore, Mes chasses en Afrique, Paris, Hachette, 1910.

12Le montage de l’expédition est due en grande partie au ministre brésilien des Relations Extérieures, Lauro Müller (1863-1926). Le projet initial de Roosevelt était plus modeste que la tournure prise ultérieurement par les événements, comme en témoigne la lettre détaillée adressée par l’ancien président aux autorités brésiliennes12. Roosevelt, qui a été invité par le Museo Social de Buenos Aires, est décidé à profiter de cette occasion pour parcourir l’intérieur du continent sud-américain, de l’estuaire de La Plata à Caracas, en suivant les voies fluviales des bassins du Paraguay et de l’Amazone. Pour ce faire, il sollicite du gouvernement brésilien la logistique nécessaire à ce voyage très aventureux à travers des régions à peine reliées au télégraphe en ce début du XXe siècle. Roosevelt entend être accompagné de quelques ornithologues de l’American Museum of Natural History de New York, comme il s’était entouré de naturalistes du Smithsonian Institute lors de son safari est-africain de 190913.

14 Roosevelt, Theodore, Through the Brazilian wilderness, New York, Charles Scribner’s sons, 1914, p. 8 (…)

15 Fausto, Boris (éd.), História Geral da Civilização Brasileira, III, 2, São Paulo, Difel, 1985, 3e ed (…)

16 Amado, Luiz Cervo, et Bueno, Clodoaldo, História da política exterior do Brasil, São Paulo,1992.

13Lauro Müller profite de l’aubaine pour donner à cette visite privée un retentissement important, couvrir Roosevelt d’hommages et faire connaître le Brésil à l’étranger14. Il avait succédé en 1912 au Palais Itamarati (le Quai d’Orsay brésilien) au baron de Rio Branco (1845-1912) qui avait occupé le poste pendant dix ans et marqué pour longtemps la diplomatie brésilienne. Premier ministre des affaires étrangères à s’être rendu en voyage officiel aux Etats-Unis15, Lauro Müller restait fidèle à l’héritage de Rio Branco qui privilégiait l’alliance avec la grande république du Nord16.

14Rio Branco devait son immense prestige à l’efficacité de ses méthodes qui avaient permis d’agrandir pacifiquement le territoire brésilien et d’en faire reconnaître internationalement la plupart des frontières. Ainsi, en 1900, Rio Branco parvient à un arrangement avec la France à propos de l’Amapá, il obtient de la Bolivie la cession de l’Acre (1903), règle les problèmes frontaliers avec la Grande-Bretagne (1904), le Vénézuela (1905), les Pays-Bas (1906), la Colombie (1907) et le Pérou (1909). Lorsque les positions semblent inconciliables, Rio Branco recourt à l’arbitrage international.

17 Cité dans Amado, Luiz Cervo, et Bueno, Clodoaldo, op.cit., p.171-172. Voir aussi, des mêmes auteurs, (…)

15Comme le Brésil est l’Etat du continent américain qui possède le plus de frontières avec des puissances européennes, l’impérialisme de celles-ci, qui achèvent de se partager l’Afrique, paraît bien plus menaçant à Rio Branco que les appétits nord-américains. Rio Branco redoute en effet que les Européens n’imposent au bassin de l’Amazone le régime de liberté de navigation et de commerce en vigueur dans le bassin conventionnel du Congo depuis la Conférence de Berlin. L’alliance privilégiée du Brésil avec les Etats-Unis, l’accueil favorable réservé au Corollaire Roosevelt de la Doctrine de Monroe (1904), ont pour but principal de préserver la souveraineté brésilienne en Amazonie, car, écrit Rio Branco, « si jamais les Etats-Unis invitaient des Etats européens à exploiter des terres en Amérique du Sud et à imposer la liberté complète de l’Amazonie, ils refuseraient difficilement l’invitation »17.

18 Sur les conceptions de Theodore Roosevelt, cf Ricard, Serge, op.cit.

16Le discours que prononce Roosevelt devant l’Instituto Histórico e Geográfico Brasileiro, en présence de Lauro Müller, à Rio en octobre 1913, fait écho aux paroles du baron de Rio Branco. Toute l’œuvre d’écrivain et d’homme politique de Theodore Roosevelt fait de l’expansion coloniale la victoire de la civilisation sur la barbarie, l’apanage des peuples forts, une sorte de darwinisme des peuples qui condamne les plus faibles à la disparition18. Cette tâche est l’affaire des Européens en Afrique et dans une partie de l’Asie. Par la Conquête de l’Ouest, les Etats-Unis ont accompli chez eux leur œuvre de Progrès et reçu de l’Histoire et de leur destin singulier une mission civilisatrice identique à celle exercée par la Grande-Bretagne et la France. La mise en valeur de territoires sauvages est même, pour Roosevelt, une condition de la sécurité. La « mission civilisatrice » justifie pleinement dans les années 1910, du point de vue du droit international, l’intervention d’une puissance tutélaire dans les régions considérées comme sauvage. Inversement, les puissances tutélaires qui faillissent à leur mission sont affaiblies sur la scène internationale, et même, encourent la déchéance de leurs droits. Roosevelt aborde ce thème dans les discours qu’il prononce à Rio en octobre 1913 : « Ici, en Amérique, les nations civilisées ne doivent pas craindre de grandes invasions militaires, pas plus que nous ne devons redouter l’existence de vastes territoires peuplés de sauvages qu’il incombe aux nations civilisées de contrôler et qui, à moins qu’ils ne tombent sous la tutelle d’une nation civilisée et préparée pour cela, deviendront facilement dans ces conditions la propriété d’une autre nation ». Plus loin, l’allusion se précise :

19 Discours prononcé à l’Instituto Histórico e Geográfico Brasileiro, le 24 octobre 1913, Revista do IH (…)

20 Roosevelt indique qu’il a été prévenu de la nouvelle dimension prise par son voyage en arrivant à Ri (…)

17″Il y a une doctrine cardinale sur laquelle nous sommes tous d’accord qui est que l’Amérique ne doit pas être traitée comme un champ de nouvelles colonisations ou d’agrandissement territorial de la part de toute puissance du Vieux Monde »19. C’est là la version civilisatrice du « corollaire Roosevelt ». Il appartient aux nations du continent américain de faire avancer leur propre « Frontière » de colonisation, de lancer leurs pionniers à l’assaut d’une nature vierge et d’une Humanité barbare, comme les Etats-Unis l’ont accompli avant eux, faute de quoi, les appétits s’aiguiseront et la paix du continent sera menacée. Dans une telle perspective, l’idée de l’Expedição Científica Roosevelt-Rondon , qui remplace in extremis la Colonel Roosevelt’s South American Expedition for the American Museum of Natural History20, est un coup de génie de Lauro Müller.

21 Le parallèle entre les deux hommes peut être poursuivi quarante ans après l’Expédition. A la fin des (…)

18Ce dernier ne se contente pas de faciliter le voyage des Américains dans une zone considérée comme stratégique, mais les fait encadrer par des militaires brésiliens fort patriotes. Pour la parfaite symétrie de l’expédition, l’institution new-yorkaise a pour pendant brésilien le Museu Nacional de Rio de Janeiro, et, le prestigieux colonel Roosevelt a pour homologue le colonel Cândido Mariano da Silva Rondon21. Personne, en effet, n’était plus qualifié que Rondon pour faire valoir les capacités du gouvernement brésilien à mettre en valeur les sertões du Mato Grosso et la selva amazonienne, ni ne pouvait saisir mieux que lui l’opportunité d’attirer sur son œuvre les feux de la grande presse américaine et la renommée internationale de Theodore Roosevelt.

22 Lettre à Henry Cabot Lodge, sur le fleuve Paraguay, 12 décembre 1913, Selection from the corresponde (…)

23 Ricardo, Cassiano, Marcha para o Oeste. A influência da « Bandeira » na formação social e política do (…)

19Né en 1865 à Mimoso, dans l’immense province du Mato Grosso, Rondon compte des aïeules Borôro et Terena du côté de sa mère. C’est d’ailleurs par cette particularité qu’il est présenté à Roosevelt qui pense avoir affaire à un « full blooded Indian »22. Orphelin et pauvre, Rondon s’engage dans l’Armée brésilienne et réussit à entrer à l’Ecole Militaire de Praia Vermelha à Rio de Janeiro, où il rencontre la brillante génération d’officiers gagnés aux idées positivistes par le professeur de mathématiques Benjamin Constant Botelho de Magalhães. Il y fait notamment la connaissance d’Euclides da Cunha, l’auteur de Os Sertões, publié en 1902, et de Lauro Müller. Comme ses camarades, Rondon participe à la Proclamation de la République mais ne quitte pas la carrière d’ingénieur militaire pour la politique comme Lauro Müller, qui représente pendant de nombreuses années son Etat du Santa Catarina au Congrès fédéral, fait une belle carrière ministérielle et appartient aux noms que l’on cite au moment des successions présidentielles. Lauro Müller avait conservé de la sympathie pour les idéaux colonisateurs de ses compagnons de jeunesse. En 1891, c’est lui qui rapporte l’article de la constitution qui prévoit le transfert de la capitale fédérale sur le plateau central du Brésil23.

24 Viveiros, Esther de, Rondon conta sua vida, Rio de Janeiro, Livraria São José, 1958, p.107.

25 Lima, Antônio Carlos de Souza, O santo soldado. Pacificador, bandeirante, amansador de Indios, civil (…)

20Toute sa vie, Rondon révère la mémoire et l’influence de Benjamin Constant Botelho de Magalhães (mort en 1891), au point de donner à sa première fille le nom de la fille de Benjamin Constant (Aracy) et d’appeler son fils Benjamin24. Un de ses compagnons et héritiers spirituels, n’est autre qu’Amílcar Botelho de Magalhães, neveu du grand homme25.

26 Viveiros, Esther de, op. cit. p.68 et sq.

27 Viveiros, Esther de, op. cit. p.107.

21Formé à l’astronomie, Rondon est envoyé en 1890 dans son Mato Grosso natal pour servir la Commision des Lignes télégraphiques Stratégiques de Cuiabá à l’Araguaia, confiée au major Ernesto Gomes Carneiro 26. L’extension du réseau de communication dans les régions frontalières du Paraguay et de la Bolivie obéissait d’abord à des considérations géopolitiques. La guerre contre le Paraguay un quart de siècle plus tôt, les disputes territoriales récurrentes avec les voisins, prouvaient suffisamment la nécessité de rappeler la souveraineté brésilienne sur ses marches peu peuplées et de raccourcir le voyage des informations entre le centre et les périphéries. A la fin du siècle dernier, on met au bas mot trois semaines à rallier le Mato Grosso depuis Rio de Janeiro. En 1892, Rondon met même trois mois à rejoindre Cuiabá après une route particulièrement semée d’embûches, de quarantaines et de contre-temps27.

22Sur le terrain, l’installation de la ligne à travers la forêt prend une tout autre dimension. Pour faire passer le télégraphe, il faut reconnaître des régions peu ou mal cartographiées, procéder à des relevés topographiques, rencontrer les populations de l’intérieur, des fazendeiros isolés et des Indiens misérables et exploités, se frotter aux Indiens réputés bravos, que l’on dit aussi nus, féroces et anthropophages que ceux que rencontra Hans Staden au XVIe siècle. L’euphorie missionnaire et civilisatrice gagne ces officiers progressistes que sont Gomes Carneiro et Cândido Rondon. Ils rêvent de chemins de fer, de colonisation, d’incorporation pacifique des aborigènes dans l’ensemble national.

28 Viveiros, Esther de, op. cit. p.227.

23Après la mort de Gomes Carneiro, Rondon dirige la « Commission des lignes télégraphiques stratégiques de Cuiabá à Corumbá », toujours au Mato Grosso (1 746 km de ligne), puis de 1906 à 1915, la « Commission des lignes télégraphiques stratégiques du Mato Grosso à l’Amazonie ». Sous la présidence d’Afonso Pena (1906-1909), le projet ambitieux de Rondon trouve un écho au sommet de l’Etat : « les travaux de reconnaissance et de relevés géographiques, l’étude des richesses minérales, de la constitution du sol, du climat, des forêts, des fleuves, avanceraient au même pas que les travaux de construction de la ligne télégraphique, du tracé des voies de pénétration, du lancement des futurs centres de peuplement, de l’installation des premières exploitations agricoles et des premiers fermes d’élevage »28.

29 Luiz Antônio Simas, O Evangelho segundo os jacobinos. Floriano Peixoto e o mito do salvador da repúb (…)

30 Série Amílcar Botelho de Magalhães, Casa Benjamin Constant, 903.09 a 958.07.30.

24Dans l’intervalle, Rondon a ajouté à ses convictions philosophiques positivistes une foi vibrante dans la religion de l’Humanité qu’il observe scrupuleusement en plein sertão en procédant chaque dimanche à la lecture publique du Catéchisme comtiste. Ce fait est suffisamment remarquable pour être souligné. Si les idées d’Auguste Comte s’étaient en effet répandues parmi les « Cadets » de l’Ecole militaire, principalement à travers l’enseignement de Benjamin Constant Botelho de Magalhães, les dérives religieuses de la doctrine, le culte de l’Humanité, de Clotilde de Vaux et des saints positivistes, séduisaient peu les ingénieurs et les soldats, qui se montraient plus enclins à transformer leur pays qu’à assister aux « conférences » dominicales célébrées par les Apôtres. L’Apostolat, chef du positivisme religieux, considérait la plupart des militaires comme « hétérodoxes »29. Rondon, en revanche, est un modèle d’orthodoxie et son exemple favorisera quelques conversions autour de lui. Ses séjours à Rio sont marqués par la fréquention assidue de l’Eglise positiviste et il adopte, dans sa correspondance personnelle, le calendrier de ses coreligionnaires. Ainsi un faire-part de la famille Rondon annonce-t-il un heureux événement daté du 16 de Shakespeare 115 (25 septembre 1903), d’après le calendrier positiviste30.

31 Le décret du 14 janvier 1890 instituait 9 fêtes nationales dont le sens est expliqué dans un ouvrage (…)

25Les rites du Positivisme religieux consiste essentiellement en la commémoration de dates et de figures qui sont censées représenter les grandes étapes du Progrès humain. Le gouvernement provisoire (novembre 1889-février 1891) avait d’ailleurs accordé à l’Apôtre de la religion de l’Humanité et à ses sectateurs un calendrier de fêtes civiques conformes à leurs vœux31.

32 La correspondance de Júlio Caetano Horta Barbosa, membre de la Commission Rondon, atteste de ces eff (…)

26Ainsi la route de Rondon est-elle jalonnée d’hommages et de pieuses pensées aux dates anniversaires de son histoire personnelle, de celle de son pays et de l’Humanité. Les premières stations télégraphiques inaugurées avec Gomes Carneiro portait les noms de « Benjamin Constant »(Botelho de Magalhães), « Floriano », »Demétrio Ribeiro », les héros des radicaux de la République. Laissé à sa propre intiative, Rondon se livre parfois à une véritable course contre la montre afin d’ouvrir ses stations pour les fêtes nationales : le 21 avril, jour de l’exécution de Tiradentes, le 7 septembre, celui de l’Indépendance du Brésil, le 15 novembre, anniversaire de la Proclamation de la République, le 31 décembre, fête de l’Humanité. Il étrenne toujours la ligne par des télégrammes envoyés aux autorités, mais aussi à Miguel Lemos et Raimundo Teixeira, directeurs de l’Apostolat de l’Eglise Positiviste du Brésil32.

33 Cité par Gagliardi, José Mauro, O índigena e a República, São Paulo, Hucitec, 1989, p.56.

27La caractéristique que Rondon veut retenir de son action dans les sertões est son approche nouvelle et pacifique des Indiens. Nul doute que son positivisme ne vienne fournir des arguments rationnels à son esprit de justice. L’Eglise positiviste du Brésil était une des rares institutions nationales à avoir manifesté de l’intérêt bienveillant pour la question indienne. Lors de l’instauration du régime républicain, l’Apôtre avait proposé que la nouvelle Constitution distingue entre les « Etats Occidentaux brésiliens », formés de la population issue de la fusion des « trois races » européenne, africaine et amérindienne, et les « Etats Américains Brésiliens », « empiriquement confédérés » et « constitués des hordes fétichistes éparses sur le territoire de toute la République »33, dont la sécurité et l’intégrité seraient garanties par le gouvernement fédéral.

28La doctrine positiviste en matière indigène reposait sur l’idée d’une dette contractée par les Européens envers les premiers et légitimes occupants du pays, décimés par les maladies, assassinés au cours des guerres, spoliés de leurs terres. Sans doute, selon cette conception, les aborigènes se trouvaient à un stade primitif de l’Humanité et se débattaient dans les ténèbres du fétichisme, mais rien de congénital ne leur interdisait d’accéder à la civilisation. Il fallait guider leur évolution vers l’âge scientifique de manière à leur épargner un passage inutile par la phase théocratique dont l’Occident se sortait à peine.

34 Cf. José Bonifácio de Andrada e Silva, Apontamentos para a civilisação dos Indios bravos do Império (…)

35 Viveiros, Esther de, op. cit. , p.365.

29Rondon prend donc la défense concrète des Indiens opprimés, s’efforce de faire délimiter leurs terres et veut persuader ses concitoyens que l’Indien n’est pas un obstacle au Progrès, qu’il est travailleur et astucieux. Il associe donc les Borôro et les Pareci, sous la direction de leurs propres chefs, aux travaux de la ligne télégraphique. La commémoration du 7 septembre fait l’objet d’un soin particulier dans la mesure où ce jour rappelle le souvenir de José Bonifácio de Andrada e Silva, passé à la postérité comme le père de l’indépendance brésilienne mais aussi comme un ardent défenseur des Indiens34. José Bonifácio est honoré d’une sorte de temple rustique et donne son nom à une station télégraphique où le drapeau brésilien est hissé par une petite indienne nhambiquara35.

36 Lima, Antônio Carlos de Souza cite longuement ce texte qui a fourni le titre de son livre sur le SPI (…)

37 Viveiros, Esther de, op. cit. , p.241.

30L’extension de la ligne vers l’Amazonie, à travers des régions délaissées depuis longtemps par les Blancs, suppose la transformation de la mission en véritable expédition ainsi qu’un renforcement de la méthode indienne de Rondon. Sur les rives du fleuve Juruena, à quarante-huit jours de marche de Diamantino, la dernière bourgade traversée, commence en effet le domaine des Nhambiquara, considérés comme hostiles. Des volées de flèches suivent immédiatement les premiers contacts entre les explorateurs et les habitants des lieux. C’est là que prend corps la doctrine de conquête pacifique de l’intérieur, que Rondon résume par une déclaration de principe : « Mourir s’il le faut, tuer, jamais » et compare à un vaste et patient « siège de paix » (« cerco de paz »)36. Aux Nhambiquara méfiants, il montre la pureté de ses intentions à distance en semant sur son chemin des présents, surtout des pièces de tissu et des machettes qu’il définit comme la « livre sterling du sertão »37 et qui doivent achever de les convaincre de la supériorité technologique de leurs visiteurs.

38 C’est la date retenue par le calendrier positiviste, bien que, selon la chronologie admise, la flott (…)

39 Viveiros, Esther de, op. cit. p.314.

40 O Paiz, 2 décembre 1913.

41 Lima, Antônio Carlos de Souza, Um grande cerco de paz…, op.cit., p.121.

31Rondon assimile symboliquement son œuvre à celle des « découvreurs » de l’Amérique. La troisième expédition, celle qui l’entraîne de Tapirapoan au fleuve Madeira, s’élance le 3 mai 1909, jour qui commémore la découverte du Brésil par Pedro Álvares Cabral38. Rondon file plusieurs fois la métaphore en décrivant sans originalité un « nouveau monde, plein de merveilles »39 . Dans un moment critique, il exhorte ses hommes à suivre l’exemple de Christophe Colomb. Le colonel Rondon pense ainsi rééditer la découverte de l’Amérique en effaçant le péché originel des souffrances infligées aux Indiens. Le journal carioca O Paiz, proche du gouvernement et des amis de Rondon, synthétise le rôle national de Rondon en même temps qu’il diffuse sa légende : « En découvrant de nouvelles terres, de nouveaux trésors aux confins des sertões du Goiás, en triomphant de tous les obstacles de la nature brute, parfois hostile, il ne se contente pas de signer des conquêtes pour la Patrie et pour la Science (…) : il fonde à l’intérieur de la Patrie une véritable nation »40. C’est bien d’ailleurs ce qu’entendent les positivistes à travers la politique indienne : poursuivre la « formation du peuple brésilien »41.

42 Lima, Antônio Carlos de Souza, Um grande cerco de paz…, op.cit., p.132.

43 Lima, Antônio Carlos de Souza, Um grande cerco de paz…, op.cit., passim et p.209 et suivantes.

32Conformément à toute une tradition, née de la politique du marquis de Pombal au XVIIIe siècle, réinterprétée par le romantisme brésilien et réactivée par l’Apostolat positiviste, la figure de l’Indien exprime à la fois l’être historique et le corps géographique de la Nation. En même temps qu’il incarne un vestige archéologique du Brésil d’avant le Brésil, du Brésil inconscient à lui-même, il personnifie ses frontières et se fait le gardien naturel de ses richesses42. Cette seconde représentation sert d’argument pour défendre l’existence toujours menacée de la Commission Rondon par ceux qui voient d’un mauvais œil les deniers publics se perdre dans la forêt ou qui veulent freiner l’intrusion d’une bande de soldats positivistes, mandatés par le gouvernement central, dans les affaires (surtout foncières) des Etats de la Fédération. Contre ses ennemis, Rondon compte sur le réseau de ses coreligionnaires et sur l’opinion publique qui s’est enflammée pour ses premiers exploits43.

44 Viveiros, Esther de, op. cit. , p.596

33Les positivistes ne constituent pas en effet une grande force capable de peser dans le jeu politique de la République des Etats-Unis du Brésil, – exception faite du Rio Grande do Sul -, et leur influence s’exerce à travers une poignée de fidèles et dans des secteurs particuliers. Les présidences de Nilo Peçanha (1909-1910) et du maréchal Hermes da Fonseca (1910-1914) témoignent de la sympathie pour les positivistes et les activités de la Commission Rondon. Le 7 septembre 1910 est créé le Serviço de Proteção aos Indios e de Localização de Trabalhadores Nacionais (SPILTN), qui dépend du tout nouveau Ministère de l’Agriculture, de l’Industrie et du Commerce (MAIC). Un descendant de José Bonifácio de Andrada e Silva assiste à la cérémonie inaugurale44. Cândido Rondon, qui avait servi dans les années 1880 sous les ordres de Hermes da Fonseca, en est le directeur plus symbolique que réel puisqu’il retourne, dès 1911, aux œuvres de la Commission des lignes télégraphiques stratégiques. C’est là que le trouve le télégramme de Lauro Müller lui confiant Theodore Roosevelt.

Portrait de Roosevelt en Stanley

45 Lima, Antônio Carlos de Souza, Um grande cerco de paz…., op. cit. p.123.

46 Certaines ont d’ailleurs été publiées : Conferências realizadas nos dias 5, 7 e 9 de outubro de 1915 (…)

47 Les archives de l’escritório central de Rondon se trouvent en grande partie au Fort de Copacabana. V (…)

48 Série Amílcar Botelho de Magalhães, Casa Benjamin Constant, pasta 3.

34Cândido Rondon est la vitrine idéale du Brésil civilisateur. Rondon est, de plus, en bon positiviste, un pédagogue hors pair. Comme l’a noté l’anthropologue Antônio Carlos de Sousa Lima, chez les positivistes religieux, tout est rite et tout rite est fondamentalement pédagogique45. Rondon est passé maître dans la mise en scène de sa vie et de son action. Ses séjours à Rio, entre deux expéditions dans les sertões, sont l’occasion de conférences publiques46, agrémentées de projections de films. Le cœur névralgique de la Commission des lignes télégraphiques stratégiques, le bureau central (escritório central47), comprend un service cinématographique depuis 191248. Le major Luiz Thomaz, cinéaste attaché à la Commission, suit aussi les pas de l’Expédition Roosevelt avec son matériel « Lumière Tropical » et en tire un documentaire.

49 Roosevelt, Theodore,Through the Brazilian …, op.cit., New York, Scribner, 1914, p.104.

50 Ibidem, p.100.

35Le trajet prévu par Rondon à travers son royaume est une véritable exposition coloniale in situ et comporte trois parties distinctes qui font parcourir en sens inverse aux Américains les phases successives de la progression vers l’Ouest. La première, qui conduit l’Expédition de Corumbá à São Luís de Cáceres, correspond à la zone pionnière. L’itinéraire est effectué par la voie fluviale. Il est ponctué d’étapes dans des fazendas accueillantes, de réceptions officielles, de parties de chasse et de détours touristiques. Roosevelt se retrouve en terrain connu. Ainsi compare-t-il le maître de la fazenda São João et son fils « au meilleur type des ranchmen et planteurs américains, de ces ranchmen et planteurs adeptes de sports audacieux et virils, qui sont des hommes d’affaires, et qui fournissent aussi à l’Etat des fonctionnaires compétents et fidèles »49. Il peut rêver à son aise sur l’avenir radieux de la région et affirmer que « cette région intérieure du Brésil, y compris l’Etat du Mato Grosso (…) est une région saine, excellemment adaptée la colonisation (settlement) ; des voies ferrées la pénétreront rapidement, et alors, on assistera à son développement étonnant « 50.

51 Ibidem, p.129.

36A partir de São Luís de Cáceres s’ouvrent la seconde phase du voyage et, comme le signale Roosevelt, le rideau sur la « scène des explorations du colonel Rondon », que l’Expédition sillonne pendant trente-sept jours avec un important convoi muletier51. TR peut admirer les lignes télégraphiques, les stations fondées par Rondon, comparables aux « stations de civilisation » implantées le long de la progression européenne en Afrique à la fin du XIXe siècle, et fait sien le futur mirifique que Rondon projette pour le plateau central du Brésil. De retour aux États-Unis, l’ancien président américain se chargera de diffuser l’épopée dans l’hémisphère nord en résumant longuement les travaux de la Commission Rondon :

52 Ibidem, p.212.

53 Rondon, Cândido Mariano da Silva, Expedição Roosevelt-Rondon, Rio de Janeiro, Typ. do « Jornal do Com (…)

37″Ce pays et les régions adjacentes, qui forment l’intérieur profond du Brésil occidental, alimenteront surement un jour une importante population industrielle ; dont l’arrivée sera accélérée, (…) si les anticipations du colonel Rondon sur le développement de l’extraction minière, surtout de l’or, se réalisent. De toute façon, la région deviendra une patrie saine pour une population considérable d’éleveurs et d’agriculteurs. Surtout, les nombreux rapides, avec leurs multiples cascades, dont certaines d’une hauteur et d’un débit importants, pour la croissance d’un nombre de gros centres industriels, reliés entre eux par les chemins de fer ainsi qu’à la côte atlantique et aux vallées du Paraguay, du Madeira et de l’Amazone, et qui commerceront avec les régions basses riches, chaudes et alluviales qui entourent ce territoire élevé »52. Signe de l’art consommé de Rondon pour la pédagogie ou la propagande, on sent plus d’une fois son influence dans les informations contenues dans Through Brazilian Wilderness qui, pour une bonne part, a été écrit au cours de l’Expédition53.

54 Ibidem.

38La troisième étape de la descente progressive dans la wilderness commence le 27 février avec la reconnaissance du Rio da Dúvida en canot. Il s’agit désormais d’exploration et Roosevelt prend soin de rappeler que Rondon et ses hommes sont les fondateurs de l' »école brésilienne » de cette discipline54.

55 Rondon, Cândido Mariano da Silva, op.cit…, p.76.

39Après avoir observé les réalisations de la Commission Rondon, Roosevelt peut la voir à l’œuvre dans son défrichement de la wilderness. Pendant quarante-huit jours, la partie inconnue des 1 409 km de méandres et des accidents du Rio da Dúvida sont l’objet de relevés effectués souvent dans des conditions périlleuses. Les cours d’eau rencontrés sont solennellement baptisés par Rondon du nom de « Kermit », le fils du président qui a failli disparaître dans les flots du Dúvida, de « Taunay », auteur brésilien que les deux Roosevelt ont lu, « Cardozo », d’après un compagnon de Rondon, et enfin de « Roosevelt », conformément aux ordres de Lauro Müller qui voulait rendre ainsi un hommage à la « grande République du Nord » en la personne de son ancien président55. Le 15 avril, l’Expédition aperçoit les premières habitations de seringueiros amazoniens : le Rio Roosevelt est un affluent du Madeira et porte en aval le nom de « Castanho ».

56 Série Amílcar Botelho de Magalhães, Casa Benjamin Constant, pasta 3.

57 Article « Rondon », dans Abreu, Alzira de, et Beloch, Israel (éd.), Dicionário biográfico-histórico Br (…)

40Pendant que Rondon retourne à ses travaux, Theodore Roosevelt s’en va divulguer les résultats de l’Expédition, chanter la gloire de son guide de par le monde et ses plus prestigieuses institutions savantes et montrer au public new yorkais les films réalisés par la Commission Rondon56. Cândido Rondon est honoré par la Société de Géographie de New York en 1914 du « Prix Livingstone »57, tandis que Roosevelt place la descente du fleuve qui porte désormais son nom dans la continuité des grandes explorations africaines du siècle passé. L’Amérique du Sud est présentée comme le nouveau « Dark continent » dont il faut dessiner la carte. C’est le sens du rapport qu’il présente le 6 juin 1914, un mois et demi après sa sortie de la Brazilian wilderness, dans le temple des explorateurs, la Royal Geographical Society de Londres, avec d’autant plus de force que les détracteurs sont nombreux.

58 A Epoca, 29 avril 1914.

59 Ibidem, passim.

41Un ingénieur brésilien, Inácio Moerbeck, n’attend même pas l’arrivée de l’expédition à Manaus pour affirmer dans la presse que le « Dúvida » est l’Aripuanã, affluent du Madeira, fréquenté par tout ce que la région compte de seringueiros et autres ramasseurs des drogas amazoniennes58. On fait la fine bouche sur le « rio Roosevelt », dont les cours supérieur et inférieur avaient déjà été rejoints par la « civilisation » et sur les relevés incomplets rapportés par une expédition malmenée par les éléments et que le président était pressé d’achever59.

42Le colonel Roosevelt se défend en affirmant qu’il a bien été le premier « civilisé » à descendre le cours moyen du Dúvida et à le « porter sur la carte » (put it on the map). Il ne lésine pas sur les références illustres devant les membres de la Royal Geographical Society :

60 Roosevelt, Theodore, « A journey in central Brazil », The Geographical Journal, n°2, février 1915, vol (…)

43″Laissez-moi définir ce que je veux dire quand je dis que nous avons porté ce fleuve sur la carte. J’utilise cette expression comme on le dirait, toute proportion gardée, en décrivant ce qu’ont fait Speke et Grant, et Baker, pour le cours supérieur du Nil. Le fleuve que nous avons descendu figure maintenant sur la carte au même sens que le Nil Victoria et le Nil Blanc l’ont été pendant des décennies après leur découverte et situation par les trois hommes que j’ai mentionnés. Depuis le temps de Ptolémée, les grands lacs du Nil supérieur était vaguement connus ; mais ils ont été « portés sur la carte » par Speke et Baker, et le relevé actuel n’a été fait que bien des années plus tard. Les sources du Niger et du Congo étaient connues bien avant qu’on sache où et comment leurs eaux s’écoulaient vers l’océan ; mais ils n’ont été portés sur la carte que lorsque leur cours furent, non relevés, mais situés par un certain nombre d’observations astronomiques quand les explorateurs les ont réellement parcourus ; Le « Columbia » fut « porté sur la carte » par Lewis et Clarke, bien que son embouchure ait été déjà connue, et qu’on n’ait pas procédé à son relevé avant bien longtemps »60.

61 Mille, Pierre, Au Congo belge, Paris, A.Colin, 1899.

62 « A journey in central Brazil : discussion », The Geographical Journal, n°2, février 1915, vol.XLV, p. (…)

44Les comparaisons entre le Brésil amazonien et l’Afrique équatoriale sont fréquentes à la Belle Epoque et fonctionnent dans les deux sens. Le journaliste français Pierre Mille ouvre par exemple son recueil d’articles contre l’Etat Indépendant du Congo sur les similitudes entre les deux pays61. Le président de la Royal Geographical Society ne modère pas l’emphase de Roosevelt à propos d’une haute Amazonie qui serait la dernière terre à conquérir par le peuple des cartographes, et l’intronise comme un nouveau Stanley. Il souhaite seulement que les Américains n’appliquent pas la doctrine de Monroe dans le domaine des explorations62.

63 Roosevelt, Theodore, Mes chasses en Afrique, Paris, Hachette, 1910, p.231.

64 A propos de l’équipe nord-américaine : « In its composition ours was a typical American expedition. (…)

45Cette remarque malicieuse met en lumière un des enjeux de l’Expédition Roosevelt-Rondon. A travers elle, les Américains du Nord et du Sud ont voulu montrer leur participation au mouvement d’expansion qui, depuis le milieu du XIXe siècle, étend la civilisation européenne à travers le monde. Ils ont voulu témoigner de la vocation civilisatrice de leur nation respective, et par conséquent, de la modernité et de la vocation de celle-ci à la puissance. Ils ont voulu, surtout, s’approprier leur continent. En 1909, l’Américain Peary avait atteint le pôle Nord sur un bateau appelé « Roosevelt » et proclamé « le pôle est à nous »63. De même, dans les sertões du Mato Grosso, les drapeaux brésiliens et américains accompagnent les pas de l’Expédition dont les membres sont décrits par Roosevelt comme la synthèse de leur peuple respectif64.

65 Cité par Leitão, C. de Melo, História das expedições científicas no Brasil, São Paulo, Cia editora N (…)

46Du côté brésilien, Roquette Pinto propose en 1915 que, de même que Cecil Rhodes avait laissé son nom à la Rhodésie, la région située entre les fleuves Juruena et Madeira porte le nom de « Rondônia »65. Ce sera chose faite en 1956.

66 Rondon, Cândido Mariano da Silva, op.cit…, p.121.

67 Ibidem, p.121.

47La « découverte », en assurant la prise de possession scientifique et symbolique du monde, suscite logiquement des polémiques. La plus significative naît à Lisbonne où Ernesto de Vasconcelos, secrétaire perpétuel de la Société de Géographie, conteste précisément les « découvertes » de l’Expédition Roosevelt-Rondon. Vasconcelos exhibe à cette fin la carte de la « Nova Luzitânia » de 1798 et attribue la première descente de l’Aripuanã au capitaine de frégate Antônio Pires da Silva Pontes, au nom de Sa Majesté le roi du Portugal66. C’est Rondon cette fois qui engage le fer et se charge de ridiculiser ce qu’il considère comme des contorsions cartographiques.67.

Les années quarante et la nouvelle actualité de l’Expedição Científica Rondon-Roosevelt

48En Europe et aux Etats-Unis où le temps des explorations est passé et où la guerre fait rage, l’Expédition Roosevelt-Rondon sombre dans l’oubli. L’ancien président meurt en janvier 1919. Son fleuve éponyme qui, comme il avait pu l’éprouver, était loin d’être une voie de pénétration du Brésil central, restait livré à ses enchevêtrements de lianes et de cataractes. Lauro Müller, d’origine allemande, fut pour sa part contraint de quitter l’Itamarati au moment où le Brésil choisit le camp des Alliés en 1917.

68 Lima, Antônio Carlos de Souza, Um grande cerco de paz…, op.cit., p.139.

49Cândido Rondon achève sa carrière active à la fin de la Première République qu’il sert sans faille. La « Révolution de 1930″ provoque sa disgrâce et sa retraite, mais le Serviço de Proteção aos Indios e de Localização de Trabalhadores Nacionais reste aux mains d’ingénieurs militaires positivistes sans solution de continuité jusqu’au milieu des années cinquante68.

69 Viveiros, Esther de, op.cit., annexes.

50Cette éclipse dure peu et Rondon est réintégré au Panthéon national sous l’Estado novo (1937-1945). Cette seconde vie héroïque naît du projet idéologique et de la politique d’exaltation nationale que promeut le gouvernement présidé par Getúlio Vargas. La grandeur du Brésil passe par la mise en valeur de ses régions périphériques. Or, qui incarne mieux que Rondon la « Marche vers l’Ouest » que lance l’Estado Novo en 1939 ? Cette année-là, Rondon reçoit de l’Instituto Histórico e Geográfico Brasileiro et des mains du ministres des Relations Extérieures Oswaldo Aranha, le titre inédit de « civilisateur des sertões »69. En 1940, Getúlio Vargas est le premier président brésilien à se rendre dans l’extrême ouest du pays et à visiter les Indiens Karajá sur l’île de Bananal.

51Les explorations redeviennent un thème fort en vogue dans l’édition brésilienne. Une História das expedições científicas no Brasil est publiée en 1941. Rondon fait l’objet d’innombrables hagiographies qui insistent sur son œuvre conquérante : Rondon, o bandeirante do século XX (1941), Rondon. A conquista do deserto brasileiro (1942), Rondon. Uma relíquia da Pátria (1942). En 1943 enfin, trente ans après sa publication aux Etats-Unis, Through the Brazilian Wilderness devient en portugais, Nas Selvas do Brasil, et est édité sous les auspices du ministère de l’Agriculture. Il paraît aussi en 1944 dans la collection Brasiliana de la Companhia Editora Nacional, sous le titre Através do sertão do Brasil.

52Une préface du ministre de l’Agriculture Apolônio Sales précède en 1943 le récit de Theodore Roosevelt pour en affirmer la double actualité. L’Expédition Roosevelt semble préfigurer la conjoncture des années 1940. Le Brésil s’est rapproché des Etats-Unis de Franklin D. Roosevelt et a déclaré la guerre à l’Axe. Theodore Roosevelt devient sous la plume du ministre le parangon des vertus nord-américaines : courageux, fait pour l’aventure, dévoué aux causes universelles, passionné de progrès scientifique. Tel était Roosevelt l’Ancien, ami du Brésil, tel est son neveu Roosevelt le Jeune, qui a rencontré Getúlio Vargas à Natal en janvier 1943.

70 Préface à Nas Selvas do Brasil, Rio de Janeiro, Serviço de informação agrícola, Ministério da Agricu (…)

71 Roosevelt, Theodore, Through the Brazilian…, op. cit., p.324.

53Le diagnostic porté par Theodore Roosevelt sur les sertões du Mato Grosso vient à l’appui de la « Marche vers l’Ouest ». « On dirait, écrit le ministre, que le grand homme d’Etat américain a prévu ce qu’aujourd’hui le président Vargas, avec une vision des nécessités sociales du pays qui n’est pas moindre, est en train de d’indiquer comme remède à la désorganisation de notre agriculture et à la pénurie qui règne en souveraine dans la plupart des régions agricoles du Brésil »70. Le lecteur est invité à s’inspirer de la leçon morale contenue dans le livre que Roosevelt terminait par une méditation sur la fin mondiale de la « Frontière » et le rôle des « pionniers » brésiliens : « ces hommes (…) et ceux qui, comme eux, partout sur la frontière entre la civilisation et l’état sauvage au Brésil, joue à présent le rôle qu’ont joué nos coureurs de bois quand ils entreprirent, voilà un siècle, la conquête du grand bassin du Mississipi ; le rôle joué par les Boers depuis environ un siècle en Afrique du Sud, et par les Canadiens, quand il y a moins de cinquante ans, ils commencèrent à prendre possession de leur Nord-Ouest. On répète que maintenant la « Dernière Frontière » se trouve au Canada ou en Afrique et qu’elle a presque disparu. On trouve cette frontière sur une bien plus grande échelle au Brésil – un pays grand comme l’Europe ou les Etats-Unis -, des décennies s’écouleront avant qu’elle ne disparaisse » »71.

72 Ricardo, Cassiano, Marcha para o Oeste. A influência da « Bandeira »na formação social e política do B (…)

73 Les bandeiras, composées de bandeirantes, sont les expéditions qui, du XVIe au XVIIIe siècles, parta (…)

54La mythologie hautement rooseveltienne de la Frontière est récupérée par l’Estado Novo et brésilianisée par l’écrivain ultra nationaliste Cassiano Ricardo. Son livre, Marcha para Oeste, publié pour la première fois en 1940, a pour sous-titre « l’influence de la Bandeira dans la formation sociale et politique du Brésil », dans une référence évidente à Turner72. Cassiano Ricardo passe toute l’histoire de son pays au crible du bandeirantismo. Les bandeirantes 73sont selon lui à l’origine de l’Etat, de la fondation des villes, du métissage, de la démocratie raciale, mais le bandeirantismo n’est pas un phénomène circonscrit dans le temps, c’est l’essence même de la nation brésilienne. Rondon est ainsi le type même du bandeirante moderne et Theodore Roosevelt lui a apporté son concours.

55L’Expedição Científica Rondon-Roosevelt a finalement rempli sa mission, qui consistait à donner, au Brésil même, la plus brillante justification aux entreprises contestées de la Commission Rondon, et à servir le prestige national dans l’hémisphère nord. Quant à Theodore Roosevelt, il avait trouvé au Brésil ce que l’Afrique coloniale lui avait refusé quelques années plus tôt. Le voyage organisé par les militaires brésiliens conjuguait ses deux imaginaires, celui de la Frontière, dont il avait vécu la fin aux Etats-Unis, et celui des explorations européennes du siècle précédent, que lui inspirait la nature tropicale et équatoriale des régions traversées.

56Cette vision s’accorde en grande partie à celle de Rondon avec lequel il partage la même passion contradictoire pour la wilderness et pour sa conquête par la civilisation technicienne. L’expansion méthodique du Progrès à l’intérieur du continent, telle qu’elle est exprimée dans Through the Brazilian Wilderness, frappe par son caractère anachronique et imaginaire. La poussée vers l’Ouest appuyée sur le chemin de fer, le mythe de la Frontière, même sommairement nationalisé sous la forme du bandeirantismo, a peu à voir avec le bourgeonnement désordonné de « fronts pionniers », suscités par quelques cultures spéculatives, qui ont caractérisé la construction de l’espace brésilien. Elle avait l’avantage de s’inscrire dans une conception évolutive de l’histoire, de promettre un futur à une nation qui se voyait comme inachevée, de lui fournir un modèle américain, plausible et épique.

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Notas

1″Roosevelt a débarqué à Manaus sur une civière, à l’abri des regards. Cf Esther de Viveiros, Rondon conta sua vida, Rio de Janeiro, Livraria São José, 1958, p.422.

2Titre du journal carioca Correio da Manhã, le 22 octobre 1913.

3Roosevelt, Theodore, Through the Brazilian Wilderness, New York, Charles Scribner’s sons, 1914, et Stanley, Henry Morton, Through the Dark Continent : Or the Sources of the Nile Around the Great Lakes of Equatorial Africa and down the Livingstone River to the Atlantic Ocean, 1878. Les souvenirs d’Afrique de Roosevelt s’appellent sobrement African Game trails (1910).

4Correio da Manhã, 20 octobre 1913.

5Miller, Nathan, Theodore Roosevelt, a life, New York, Quill/WilliamMorrow, 1992; et surtout, Ricard, Serge, Theodore Roosevelt : principes et pratique d’une politique étrangère, Aix-en-Provence, Presses universitaires de provence Aix-Marseille I, 1991.

6Frederick J. Turner s’était rendu célèbre en prononçant à Chicago en 1893 une conférence intitulée « The significance of the Frontier in the American history ». Cette analyse, devenue classique, faisait de l’expérience historique de la « Frontière » le creuset de la nation et de la démocratie américaines.

7Sa seule prestation à l’Instituto Histórico Geográfico Brasileiro, par exemple, lui est payée 2000 $ d’avance (Arquivo do Itamarati, lata 214, 3642-3643), ce qui est considérable quand on songe que le salaire du président des Etats-Unis au début du XXe siècle s’élevait à 50 000 $ par an, celui de vice-président à 8 000 $ annuels, cf Miller, Nathan, op.cit., p.334 et 360. Amílcar Botelho de Magalhães rapporte que l’on disait que Roosevelt touchait 1 $ par mot de son récit de voyage ! Rondon, uma reliquia da Pátria, Curitiba,Guaíra, 1942, p.175.

8Cf. Ricard, Serge, « Theodore Roosevelt et l’avènement de la présidence médiatique aux Etats-Unis », Vingtième siècle. Revue d’histoire, n°51, juillet-septembre 1996, p.15-26.

9Correio da Manhã, 24 octobre 1913.

10Correio da Manhã, 22 octobre 1913.

11Zahm, J.A., (H.J. Mozans), Through South America’s southland with an account of the Roosevelt Scientific Expedition to South America, New York, Appleton & Cy, 1916, p.5.

12Lettre de Frank Harper, secrétaire de T.Roosevelt, au ministre des Relations Extérieures, Arquivo do Itamarati, lata 214, 3642-3643, s.d.

13Roosevelt,Theodore, Mes chasses en Afrique, Paris, Hachette, 1910.

14Roosevelt, Theodore, Through the Brazilian wilderness, New York, Charles Scribner’s sons, 1914, p. 8.

15Fausto, Boris (éd.), História Geral da Civilização Brasileira, III, 2, São Paulo, Difel, 1985, 3e ed., p.381.

16Amado, Luiz Cervo, et Bueno, Clodoaldo, História da política exterior do Brasil, São Paulo,1992.

17Cité dans Amado, Luiz Cervo, et Bueno, Clodoaldo, op.cit., p.171-172. Voir aussi, des mêmes auteurs, A política externa brasileira, 1822-1985, São Paulo, Ática, 1986.

18Sur les conceptions de Theodore Roosevelt, cf Ricard, Serge, op.cit.

19Discours prononcé à l’Instituto Histórico e Geográfico Brasileiro, le 24 octobre 1913, Revista do IHGB, vol.128, t.76, parte II, p.679. Le discours a été publié aussi dans la presse quotidienne de Rio.

20Roosevelt indique qu’il a été prévenu de la nouvelle dimension prise par son voyage en arrivant à Rio, op.cit…, p.182.

21Le parallèle entre les deux hommes peut être poursuivi quarante ans après l’Expédition. A la fin des années cinquante, les admirateurs de Rondon se lancent (en vain) dans une campagne destinée à lui faire obtenir le prix Nobel de la Paix. TR avait été le premier Américain à recevoir cette récompense, toute catégorie confondue, en 1906.

22Lettre à Henry Cabot Lodge, sur le fleuve Paraguay, 12 décembre 1913, Selection from the correspondence of Theodore Roosevelt and Henry Cabot Lodge, New York, 1925, p.443.

23Ricardo, Cassiano, Marcha para o Oeste. A influência da « Bandeira » na formação social e política do Brasil, Rio de Janeiro, José Olympio, 1970, 4e éd., p.627.

24Viveiros, Esther de, Rondon conta sua vida, Rio de Janeiro, Livraria São José, 1958, p.107.

25Lima, Antônio Carlos de Souza, O santo soldado. Pacificador, bandeirante, amansador de Indios, civilizador dos sertões, apóstolo da humanidade. Uma leitura de Rondon conta sua vida de Esther de Viveiros, Museu Nacional, programa de Pós-graduação em antropologia social, comunicação n°21, 1990, p.20.

26Viveiros, Esther de, op. cit. p.68 et sq.

27Viveiros, Esther de, op. cit. p.107.

28Viveiros, Esther de, op. cit. p.227.

29Luiz Antônio Simas, O Evangelho segundo os jacobinos. Floriano Peixoto e o mito do salvador da república brasileira, mestrado, UFRJ, 1994, p.32.

30Série Amílcar Botelho de Magalhães, Casa Benjamin Constant, 903.09 a 958.07.30.

31Le décret du 14 janvier 1890 instituait 9 fêtes nationales dont le sens est expliqué dans un ouvrage recommandé à la jeunesse brésilienne : Rodrigo Octavio, Festas nacionais, Rio de Janeiro, Livraria Francisco Alves, 1893.

32La correspondance de Júlio Caetano Horta Barbosa, membre de la Commission Rondon, atteste de ces efforrts; CPDOC, HB 08 08 23.

33Cité par Gagliardi, José Mauro, O índigena e a República, São Paulo, Hucitec, 1989, p.56.

34Cf. José Bonifácio de Andrada e Silva, Apontamentos para a civilisação dos Indios bravos do Império do Brasil, 1823.

35Viveiros, Esther de, op. cit. , p.365.

36Lima, Antônio Carlos de Souza cite longuement ce texte qui a fourni le titre de son livre sur le SPITLN : Um grande cerco de paz. Poder tutelar, indianidade e formação do Estado no Brasil, Petrópolis, Vozes, 1995, p.130.

37Viveiros, Esther de, op. cit. , p.241.

38C’est la date retenue par le calendrier positiviste, bien que, selon la chronologie admise, la flotte de Cabral ait aperçu la terre le 22 avril 1500, célébré la « première messe » le 26, et appareillé vers les Indes le 2 mai.

39Viveiros, Esther de, op. cit. p.314.

40O Paiz, 2 décembre 1913.

41Lima, Antônio Carlos de Souza, Um grande cerco de paz…, op.cit., p.121.

42Lima, Antônio Carlos de Souza, Um grande cerco de paz…, op.cit., p.132.

43Lima, Antônio Carlos de Souza, Um grande cerco de paz…, op.cit., passim et p.209 et suivantes.

44Viveiros, Esther de, op. cit. , p.596

45Lima, Antônio Carlos de Souza, Um grande cerco de paz…., op. cit. p.123.

46Certaines ont d’ailleurs été publiées : Conferências realizadas nos dias 5, 7 e 9 de outubro de 1915 no Teatro Phenix de Rio de Janeiro, sobre os trabalhos da Expedição Roosevelt e da Commissão Telegráficas, Rio de Janeiro, Typ. do Jornal do commercio, 1916.

47Les archives de l’escritório central de Rondon se trouvent en grande partie au Fort de Copacabana. Voir aussi Os Indios em arquivos do Rio de Janeiro, Rio de Janeiro, UERJ, 2 vol., 1995 et 1996.

48Série Amílcar Botelho de Magalhães, Casa Benjamin Constant, pasta 3.

49Roosevelt, Theodore,Through the Brazilian …, op.cit., New York, Scribner, 1914, p.104.

50Ibidem, p.100.

51Ibidem, p.129.

52Ibidem, p.212.

53Rondon, Cândido Mariano da Silva, Expedição Roosevelt-Rondon, Rio de Janeiro, Typ. do « Jornal do Comércio », 1916, p.39.

54Ibidem.

55Rondon, Cândido Mariano da Silva, op.cit…, p.76.

56Série Amílcar Botelho de Magalhães, Casa Benjamin Constant, pasta 3.

57Article « Rondon », dans Abreu, Alzira de, et Beloch, Israel (éd.), Dicionário biográfico-histórico Brasileiro, 1930-1983, Rio de Janeiro, FGV/CPDOC, 1983.

58A Epoca, 29 avril 1914.

59Ibidem, passim.

60Roosevelt, Theodore, « A journey in central Brazil », The Geographical Journal, n°2, février 1915, vol.XLV, p.105-106.

61Mille, Pierre, Au Congo belge, Paris, A.Colin, 1899.

62″A journey in central Brazil : discussion », The Geographical Journal, n°2, février 1915, vol.XLV, p.109.

63Roosevelt, Theodore, Mes chasses en Afrique, Paris, Hachette, 1910, p.231.

64A propos de l’équipe nord-américaine : « In its composition ours was a typical American expedition. Kermit and I were of the old revolutionary stock, and in our veins ran about every strain of blood that there was on this side of the water during colonial times. (…) We were as varied in religious creed as in ethnic origin », Roosevelt, Theodore, Through the Brazilian …, op.cit., p.5.

65Cité par Leitão, C. de Melo, História das expedições científicas no Brasil, São Paulo, Cia editora Nacional, 1941, p.340.

66Rondon, Cândido Mariano da Silva, op.cit…, p.121.

67Ibidem, p.121.

68Lima, Antônio Carlos de Souza, Um grande cerco de paz…, op.cit., p.139.

69Viveiros, Esther de, op.cit., annexes.

70Préface à Nas Selvas do Brasil, Rio de Janeiro, Serviço de informação agrícola, Ministério da Agricultura, 1943.

71Roosevelt, Theodore, Through the Brazilian…, op. cit., p.324.

72Ricardo, Cassiano, Marcha para o Oeste. A influência da « Bandeira »na formação social e política do Brasil, Rio de Janeiro, José Olympio, 1970, 4e éd. Cf « The significance of the Frontier in the American history » de F.J. Turner, ainsi que les nombreuses variantes qu’il a lui-même écrit sur ce thème.

73Les bandeiras, composées de bandeirantes, sont les expéditions qui, du XVIe au XVIIIe siècles, partaient de São Paulo pour capturer des esclaves indiens dans l’intérieur du continent. Au début du XXe siècle, les historiens paulistas font des bandeirantes les créateurs de l’espace national.

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Referencia electrónica

Armelle Enders, « Theodore Roosevelt explorateur », Nuevo Mundo Mundos Nuevos [En línea], BAC – Biblioteca de Autores del Centro, Enders, Armelle, Puesto en línea el 14 febrero 2005, consultado el 30 diciembre 2013. URL : http://nuevomundo.revues.org/607 ; DOI : 10.4000/nuevomundo.607

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Armelle Enders

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‘Gravity': C’est une histoire de renaissance (Behind the technical wonders, a good old redemption story ?)

25 octobre, 2013
https://i0.wp.com/www.aceshowbiz.com/images/still/gravity-poster01.jpghttps://jcdurbant.files.wordpress.com/2013/10/a93af-gravity_bullock_2-crop-promovar-mediumlarge.jpgEn vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. Jésus (Jean 3: 3)
Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Jésus (Jean 15: 13)
Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. Pascal
Le service religieux mené par le nouvel archevêque de Cantorbéry, Mg Justin Welby, a été on ne peut plus traditionnel. Elizabeth II est le gouverneur suprême de l’Eglise d’Angleterre, la religion officielle. L’héritier au trône, le prince Charles, entend couper ce cordon ombilical paradoxal dans un pays largement déchristianisé et dans une société multiculturelle où les confessions catholique, musulmane et bouddhiste ont le vent en poupe. William, lui, fortement marqué par l’influence de la reine, est ouvertement hostile à la défense de « toutes les croyances », réforme préconisée par le prince de Galles. Le choix des hymnes ou la teneur des sermons lors du baptême du prince George ont témoigné de cet attachement à la ligne religieuse la plus rigoriste. Le Monde
L’espace qu’on voit dans le film est aussi le miroir d’un espace intérieur. Le personnage dérive dans le vide intersidéral, victime de sa propre inertie. Il est dans sa bulle, fermé à toute communication. C’est la situation d’une personne isolée, qui pourrait être seule, quelque part dans une ville, et qui affronte l’adversité. C’est une histoire de renaissance. Des spectateurs y ont vu des sous-entendus spirituels. D’autres des sous-entendus médicaux et organiques. Pourquoi pas… J’y ai vu des sous-entendus biologiques. C’est aussi sur l’espèce humaine, avec la référence à Darwin, à la fin, lorsqu’elle sort de l’eau comme un amphibien, puis se lève sur ses jambes. Avec Jonas, on a pris plaisir à ouvrir le champs des possibles, en matière d’interprétations et d’imaginaire. Nous ne voulions pas dicter un point de vue unique. Alfonso Cuarón
A travers l’histoire de cette renaissance unique, Alfonso Cuarón radicalise et perfectionne le propos de ses Fils de l’homme. Avec Gravity, c’est encore à l’humanité entière que s’en prend le cinéaste, filmant une renaissance anthropologique en butte à la technologie. Comme le Titanic de James Cameron en son temps, Gravity est un film-époque à grand spectacle, centré sur un moyen de transport, incarnation d’un monde hors de contrôle. Les similitudes scénaristiques sont évidentes : il s’agit de regagner la terre ferme, et c’est la femme qui guide le film, sauvée par le sacrifice et la force morale de l’homme. (…) notre héroïne tente de réparer une station spatiale, mais est prise de nausées annonçant déjà une sorte de mal du pays (la terre, la pesanteur). Le plan s’étire jusqu’à ce que les débris percutent les astronautes, et suit leur déroute dans un détraquage des mouvements et des sens. Car les machines, une à une, deviennent folles et meurtrières, explosent, prennent feu : la technologie, écran entre l’homme et son humanité, abandonne celui-ci. Ainsi, le film qui est saturé par la technique en écrit aussi simultanément la condamnation. L’avarie de la navette spatiale oblige à une ingéniosité primaire et perdue. Le propulseur de Matt Kowalski (permettant d’avancer dans l’espace) n’a plus de carburant. Il faudra le remplacer par un extincteur, que l’ingéniosité transforme en propulseur de fortune. Lorsque l’héroïne parvient enfin à s’introduire dans une navette, elle se retrouve face à des centaines de boutons en chinois. (…) Dans Gravity, le salut passe par des navettes de tous pays (chinoises et internationales), montrant que le combat en solitaire de l’astronaute pour la survie est un combat de l’humanité entière, comme portée par cette première femme. Tandis que Ryan Stone (le nom est éloquent) travaille à son retour sur Terre, la mise en scène vertigineuse tend à se réguler enfin. Retrouver la pesanteur, c’est prendre conscience de sa corporéité, pour l’astronaute comme pour la mise en scène. Le salut du film dépend de sa capacité à se défaire de sa technicité. Pour voir enfin la caméra se poser dans un final épuré, il faudra que l’héroïne retrouve le contact du sol, et redécouvre, pas après pas, son humanité. Louis Séguin
During this final sequence, there appear at least two explicitly religious scenes: Aboard the Russian Soyuz, an Orthodox ikon above the spacecraft’s “dashboard”; on the Chinese Shenzhou, a statue of Buddha in the same location. Significantly, these religious images are featured on board the two spacecraft that play salvific roles. (The parallel figure we see aboard the crippled American space shuttle is a figurine of Marvin the Martian – the buffoonish cartoon alien bent on universal domination. Commentary, perhaps?) When Stone finally reaches Earth, her capsule sinks to the bottom of a shallow lagoon. She must swim to the surface and pull herself, alone (rescue crews haven’t had arrived yet) onto the shore of an Edenic landscape. Climbing onto land, unused to the eponymous “gravity,” she needs a moment to learn to walk again – the baptismal and rebirth motifs of her redemption story here fitting perfectly into the actual consequences of spaceflight. Throughout, Stone is always just a hair’s breadth away from becoming just another piece of cold debris floating through the vast, silent, beautiful cosmos. Vast distances and loneliness are ubiquitous, emphasized by the fact that Clooney and Bullock are the only actors ever seen alive in the entire movie. In one moment, Stone almost acquiesces to the “truth” of this empty loneliness, but through submission to a seeming act of revelation and a prayer, she manages to keep her life and is saved. But as is Hollywood’s usual way, this saving faith is generic, grounded in eclectic religious symbols – not really faith in anything in particular. To be sure, this kind of ambiguity is often found in good literature. Anything more than hints and suggestions can descend quickly into heavy-handed sermonizing rather than good storytelling. Yet Stone’s discovery of the need for faith calls for the effort to ground that faith in something solid. In the grandest scheme of things, Stone’s position marooned in space is really not that different than ours, sailing through the same vast space, albeit in our case on the Earth. Death is nevertheless a possibility at any moment. So what is this faith that finally saves? A delusional assertion of self in a fundamentally meaningless cosmos? A feel-good, eclectic spirituality? Or, to take a hint from the film’s respect for hard scientific fact, could there be a faith actually based in solid truth? These questions aren’t answered in Gravity. But one thing the film makes clear, amidst its impressive visuals and exacting accuracy: for man, lost in the cosmos, to really live requires more than technical and scientific fact. It takes a faith and a hope that come from beyond us. Michael Baruzzini
More than that film (and more than “Hugo” or “How to Train Your Dragon” or any other high-quality recent specimens), “Gravity” treats 3-D as essential to the information it wants to share. The reason for that is summed up in the title, which names an obvious missing element. Nothing in the movie — not hand tools or chess pieces, human bodies or cruise-ship-size space stations — rests within a stable vertical or horizontal plane. Neither does the movie itself, which in a little more than 90 minutes rewrites the rules of cinema as we have known them. But maybe not quite all of them, come to think of it. The script is, at times, weighed down by some heavy screenwriting clichés. Some are minor, like the fuel gauge that reads full until the glass is tapped, causing the arrow to drop. More cringe-inducing is the tragic back story stapled to Stone, a doctor on her first trip into orbit. We would care about her even without the haunting memory of a dead child, who inspires a maudlin monologue and a flight of orchestral bathos in Steven Price’s otherwise canny and haunting score. I will confess that the first time I saw “Gravity,” I found its talkiness annoying. Not just Ms. Bullock’s perky-anxious soliloquizing, but also Mr. Clooney’s gruff, regular-guy wisecracking. Doesn’t Stone say her favorite thing about space is the silence? But a second viewing changed my mind a bit. It’s not that the dialogue improved — it will not be anyone’s favorite part of the movie — but rather that its relation to that silence became clearer. Stone and Kowalski jabber on, to themselves and each other and to Houston “in the blind,” partly to keep the terror of their situation at bay, to fight the overwhelming sense of how tiny and insignificant they are in the cosmos. This assertion of identity is ridiculous and also, for that very reason, affecting. For all of Mr. Cuarón’s formal wizardry and pictorial grandeur, he is a humanist at heart. Much as “Gravity” revels in the giddy, scary thrill of weightlessness, it is, finally, about the longing to be pulled back down onto the crowded, watery sphere where life is tedious, complicated, sad and possible. The NYT
The overall villain in the movie is not a human and not even the eponymous gravity. Not directly, at least: The true antagonist is orbital mechanics. It comes into play when the satellite debris first swarms past the astronauts and rears its Newtonian head again and again throughout the movie when the astronauts make their way to the ISS and then push on to the Chinese space station Tiangong. The thing is, well … this won’t work. The problem is that most folks think of space as just having no gravity, so you can jet off to wherever you need to go by aiming yourself at your target and pushing off, like someone sliding on ice. But it doesn’t work that way. The reason is that there is gravity in orbit! The Earth’s. And objects orbiting the Earth are moving at high velocity, many kilometers per second, to stay in orbit. If you want to get from Point A to Point B you can’t just be at the right place at the right time; you need to match velocities as well. If the two objects are in different orbits, that gets a lot harder. Orbital velocity depends on altitude, so objects at different heights move at vastly different speeds, adding up to many hundreds if not thousands of kilometers per hour. The orbits can be tilted with respect to one another, making it hard to match direction. The shapes of the orbits can be different, too, again complicating a rendezvous.
Another significant plot point happens when Clooney and Bullock reach ISS. Still attached by a tether, they have a hard time finding a grip on the station to stop themselves. Eventually, Bullock’s leg gets tangled in the parachute shroud line from the Soyuz escape capsule. Its hold is tenuous, and she struggles to hold on to Clooney as he is pulled away from her. As her leg starts to slip, Clooney unclips his tether and falls away to his doom, saving her in the process. Except, well, not so much. The thing is, they very clearly show that when Bullock’s leg got tangled up in the shroud line, both her and Clooney’s velocity relative to the space station was zero. They had stopped. On Earth, if one person is hanging by a rope and holding on to a second person, yeah, gravity is pulling them both down, the upper person bearing the weight of the lower one. If the upper person lets go, the other falls away. But in orbit, they’re in free-fall. Gravity wasn’t pulling Clooney away from Bullock; there were essentially no forces on him at all, so he had no weight for Bullock to bear! All she had to do was give the tether a gentle tug and Clooney would’ve been safely pulled toward her. Literally an ounce of force applied for a few seconds would’ve been enough. They could’ve both then used the shroud lines to pull themselves to the station. This is a case where our “common sense” doesn’t work, because we live immersed in gravity, pulled toward the center of the Earth, supported by the ground. In space, things are different. During that scene, knowing what I know, all I could do was scream in my head “CLOONEY DOESN’T HAVE TO DIE!” but it was to no avail. My publicly admitted man-crush on Clooney plus my not-so-inner physics nerd made that scene hard to watch. Phil Plait
Le syndrome de Kessler est un scénario envisagé en 1978 par le consultant de la NASA Donald J. Kessler (en), dans lequel le volume des débris spatiaux en orbite basse atteint un seuil au-dessus duquel les objets en orbite sont fréquemment heurtés par des débris, augmentant du même coup et de façon exponentielle le nombre des débris et la probabilité des impacts. Au delà d’un certain seuil, un tel scénario rendrait quasi-impossible l’exploration spatiale et même l’utilisation des satellites artificiels pour plusieurs générations. Le syndrome de Kessler est un exemple de réaction en chaîne. Les vitesses relatives des objets en orbite peuvent dépasser 10 km/s. Tout impact à de telles vitesses entre deux objets de taille appréciable (de quelques centimètres ou décimètres) crée un nuage de débris à trajectoires aléatoires, dispersant l’énergie cinétique de la collision, qui sont autant de projectiles susceptibles de provoquer d’autres collisions. Lors d’une collision majeure mettant en cause un gros satellite comme la station orbitale, la quantité de débris pourrait rendre les orbites basses totalement impraticables. Cependant, plus on est à basse altitude (où la densité de ces débris devrait être la plus forte), plus l’atmosphère résiduelle subsiste, ce qui freine les débris et provoque leur entrée dans l’atmosphère. La densité des débris à basse orbite est donc plus faible que prévue. Les orbites les plus denses sont ainsi comprises entre 800 et 1 200 km. Wikipedia
Aujourd’hui, ces « écolos » spatiaux sont plus écoutés. Précisément depuis 2007, quand les Chinois ont amorcé une réaction en chaîne en tirant sur un de leurs satellites pour prouver leurs capacités spatiales militaires. L’opération a engendré 3 000 débris spatiaux et enclenché le « syndrome de Kessler », du nom d’un chercheur de la NASA qui, à la fin des années 1970, avait prédit que l’accumulation d’engins spatiaux et les collisions qui en résulteraient immanquablement allaient produire toujours plus de débris. Après la « démonstration » chinoise, les Américains ont répliqué en 2008 en abattant au missile un de leurs satellites en orbite basse, mais plus proprement – tous les débris sont désormais retombés. Ce n’est pas le cas de ceux produits en 2009 par la collision accidentelle entre un satellite de la constellation Iridium et un satellite russe Cosmos désactivé. Les 2 000 débris produits se sont ajoutés aux 170 millions d’objets de plus de 1 millimètre en orbite, dont 20 000, d’une taille supérieure à 10 cm, peuvent faire l’objet d’une surveillance depuis la Terre. Le pouvoir de destruction de ces bolides croisant à plusieurs kilomètres par seconde est potentiellement dévastateur pour les activités spatiales. Le Monde

Attention: un baptême peut en cacher un autre !

Icone russe, bouddha chinois, Marvin le Martien, sacrifice christique, lagon édénique, glaise adamique …

A l’heure où, contre les visées multiculturelles du Prince Charles, les jeunes parents du prince George retrouvent la tradition du baptême chrétien …

Pendant qu’oubliant son passé génocidaire, l’Europe envisage d’interdire la circoncision

Comment ne pas être touché comme le rappelle la critique d’un site catholique américain …

Au-delà de la magnificence des images de l’espace et de notre bonne vielle Terre comme de la haletante histoire de survie ….

Et malgré les quelques invraisemblances techniques (l’apparente inutilité du sacrifice de Kowalsky, les larmes flottantes, les problèmes d’orbites) …

A laquelle nous convie le film du réalisateur mexican Alfonso Cuarón (‘Gravity’) …

Par la sensation de l’incroyable fragilité de l’existence humaine dans l’effrayant mais encombré silence des espaces intersidéraux …

Mais aussi par cette autre image baptismale, c’est-à-dire à la fois de mort et ressurection …

D’une héroïne un temps tentée par le suicide après le double naufrage de la perte de sa fille et de ses partenaires astronautes  …

Mais redécouvrant, via le sacrifice et l’inspiration de son partenaire, la prière pour enfin réémerger à la fin des eaux d’un lagon édénique …

Et retrouver à la fois le plaisir du toucher de notre glaise originale …

Et du réapprentissage, pour cette nouvelle première femme et première Eve, de la marche dans notre bonne vieille gravité ?

Faith in Space: A Review of “Gravity”

Michael Baruzzini

The Catholic thing

09 October 2013

The film Gravity just opened to box-office success, telling a story about astronauts Ryan Stone (Sandra Bullock) and Matt Kowalski (George Clooney) who are stranded in space after satellite debris destroys their space shuttle. Cut off from contact with Earth (voice of Ed Harris, in a nod to his roles in The Right Stuff and Apollo 13), the two must try to survive. Spoilers, be warned, ahead.

Is this movie science fiction? It certainly has the feel of a science-fiction story. Its greatest achievement, however, is its stark realism, in particular the beautiful and realistic visuals. All of the spacecraft, the technology, and (with one major exception) the events that happen are real spacecraft and technologies, accurately portrayed. None of the elements are “speculative.” Gravity is not science fiction, but a disaster film set in the world of present-day spaceflight.

One area where realism is almost entirely sacrificed, and understandably so, is in the depiction of distances between objects orbiting Earth. There is no way that the characters could have managed to fly from the space shuttle docked to the Hubble Space Telescope, to the International Space Station, and to Shenzhou as they do in the movie. Each of these orbits at different altitudes and inclinations. It’s like making a film in which someone survives the Titanic by just swimming to shore.

Still, for dramatic purposes, belief may be suspended, and the plot is straightforward: a sequence of effect-packed events the protagonists must endure to survive. Like all action movies, the characters are given emotional backgrounds with “issues” that must be worked through: In this case, Stone’s tendency towards despair and passivity in the face of tragic events. The drama is sometimes a bit overwrought and just shy of contrived. But it hints at a religion-friendly perspective.

Stone lost her four-year-old daughter in a freak playground accident, and has coped by engaging only with her work, remaining distant and aloof otherwise. After the disaster and subsequent loss of Kowalski, she is the sole survivor and is prepared to give up. Having made her way aboard a crippled Soyuz capsule, Stone mourns the fact that she has never learned to pray, in part because she has never really believed in anything. She shuts off the oxygen to the cabin and prepares to die.

Suddenly, the lost Kowalski reappears outside, climbs aboard the capsule, and gives her a humorous pep talk, encouraging her to keep trying. He also reminds her that the Soyuz’ landing engines still have fuel, possibly enough to get her to the Chinese space station. (A science aside: Stone could have survived the brief exposure to the vacuum that she encounters in this scene when Kowalski opens the hatch, but not without consequences, and the fact that she’s just fine is a clue that something isn’t quite right about what follows.)

Who or what is Kowalski in this scene? The film is properly ambiguous. Is he a figment of Stone’s oxygen-deprived brain? Kowalski himself, communicating from beyond the grave? An angel? In any case, his message works. Stone awakes to find herself alone, turns the oxygen back on, and follows Kowalski’s suggestion to find the Chinese station, which is rapidly deorbiting, but still has a Shenzou capsule available.

During this final sequence, there appear at least two explicitly religious scenes: Aboard the Russian Soyuz, an Orthodox ikon above the spacecraft’s “dashboard”; on the Chinese Shenzhou, a statue of Buddha in the same location. Significantly, these religious images are featured on board the two spacecraft that play salvific roles. (The parallel figure we see aboard the crippled American space shuttle is a figurine of Marvin the Martian – the buffoonish cartoon alien bent on universal domination. Commentary, perhaps?)

When Stone finally reaches Earth, her capsule sinks to the bottom of a shallow lagoon. She must swim to the surface and pull herself, alone (rescue crews haven’t had arrived yet) onto the shore of an Edenic landscape. Climbing onto land, unused to the eponymous “gravity,” she needs a moment to learn to walk again – the baptismal and rebirth motifs of her redemption story here fitting perfectly into the actual consequences of spaceflight.

Throughout, Stone is always just a hair’s breadth away from becoming just another piece of cold debris floating through the vast, silent, beautiful cosmos. Vast distances and loneliness are ubiquitous, emphasized by the fact that Clooney and Bullock are the only actors ever seen alive in the entire movie. In one moment, Stone almost acquiesces to the “truth” of this empty loneliness, but through submission to a seeming act of revelation and a prayer, she manages to keep her life and is saved.

But as is Hollywood’s usual way, this saving faith is generic, grounded in eclectic religious symbols – not really faith in anything in particular. To be sure, this kind of ambiguity is often found in good literature. Anything more than hints and suggestions can descend quickly into heavy-handed sermonizing rather than good storytelling. Yet Stone’s discovery of the need for faith calls for the effort to ground that faith in something solid.

In the grandest scheme of things, Stone’s position marooned in space is really not that different than ours, sailing through the same vast space, albeit in our case on the Earth. Death is nevertheless a possibility at any moment. So what is this faith that finally saves? A delusional assertion of self in a fundamentally meaningless cosmos? A feel-good, eclectic spirituality? Or, to take a hint from the film’s respect for hard scientific fact, could there be a faith actually based in solid truth?

These questions aren’t answered in Gravity. But one thing the film makes clear, amidst its impressive visuals and exacting accuracy: for man, lost in the cosmos, to really live requires more than technical and scientific fact. It takes a faith and a hope that come from beyond us.

Michael Baruzzini is a freelance science writer and editor who writes for Catholic and science publications, including Crisis, First Things, Touchstone, Sky & Telescope, The American Spectator, and elsewhere. He is also the creator of

CatholicScience.com, which offers online scisnce curriculum resources for Catholic students.

Voir aussi:

Alfonso Cuarón : “ ‘Gravity’, c’est une histoire de renaissance”

Entretien | Comment arriver à la prouesse technique de la vraisemblance et du réalisme à l’écran ? Le réalisateur mexicain Alfonso Cuarón raconte sa conquête de l’espace.

Télérama

18/10/2013

Propos recueillis par Jacques Morice

Drôle de zèbre, cet Alfonso Cuarón. Un cinéaste mexicain, résolument éclectique, qui a grandi à Mexico et fait ses classes aux Etats-Unis, à la télévision. En 2001, il décroche la timballe grâce à Y tu mama tambien, une comédie sensible tournée au Mexique, avec Gael Garcia Bernal. Suivent Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban (2004) et Les Fils de l’homme (2006), film d’anticipation glaçant et original autour d’une Angleterre aux abois, devenue dictature policière. Aujourd’hui, Alfonso Cuarón a décroché la Lune. Space-movie au réalisme stupéfiant, Gravity nous emmène, nous immerge surtout, au cœur du vide intersidéral, tout là-haut, aux portes du néant, d’une possible renaissance aussi. Rencontre avec son chef de mission.

[Attention, Alfonso Cuarón dévoile certains éléments-clés du film dans cet entretien.]

Autant de contemplation que d’action, priorité aux plans-séquence, économie de dialogues, un seul personnage à la moitié du film : vouliez-vous défier les lois d’Hollywood ?

Je ne pense pas à Hollywood, ni à transgresser ou calculer quoi que ce soit. Je sais qu’en France, vous pensez beaucoup à catégoriser, à définir ce qui est commercial ou non. Je pense pour ma part simplement en terme de cinéma. Et je suis toujours confiant vis-à-vis du public en me disant qu’il partage la même attente de cinéma que moi. Lorsque j’ai commencé à travailler le scénario avec mon fils, Jonas, ce dernier tenait à une chose : que le film nous cloue à notre fauteuil. Il fallait pour cela un suspense maximal, une tension maintenue de bout en bout. Le scénario était lui-même très dense. C’était ce que les studios appellent un « page-turner », un objet impossible à lâcher. Cela aide à convaincre les producteurs. Tant que la structure est bonne, on peut la remplir à sa guise de toutes sortes d’éléments… Ce que nous voulions, c’était suivre la journée d’un personnage confronté à des montagnes russes émotionnelles. Et que tout un chacun puisse s’identifier. L’important était que les thèmes soient signifiés par des métaphores visuelles, pas par la rhétorique. Eviter la rhétorique, c’était le leitmotiv de mon fils.

N’est-ce pas insolite d’écrire avec son fils ?

J’ai travaillé avec lui comme avec n’importe quel autre scénariste. Mais je tiens à lui rendre hommage, car son énergie m’a souvent inspiré. Il est très pragmatique, plus direct que moi. C’est lui qui m’a incité à retrancher une partie des dialogues, à aller vers des sensations et des sentiments primitifs, à profiter d’une certaine liberté visuelle, métaphorique. Nous avions deux modèles pour ce film, que nous avons évoqués dès le premier jour. Pas du tout des space-movies : il s’agit d’Un Condamné à mort s’est échappé, de Robert Bresson (1956) et de Duel, de Spielberg (1971). Ces deux films ont en commun de suivre un personnage comme en temps réel, avec deux tons complètement différents. Celui de Bresson est dépouillé et contemplatif. Celui de Spielberg correspond davantage à une approche de film d’action. Mais les deux ont des résonances existentielles. Métaphysiques chez Bresson, plus prosaïques chez Spielberg, où le personnage combat une étrange force du mal, un démon qui est presque en lui. La fin de Gravity se rapproche de celle du Condamné à mort s’est échappé. L’héroïne se lève et marche. On ne sait pas ce qui va lui arriver ensuite, si elle ne va pas être de nouveau bloquée. L’important, c’est qu’elle ait échappé au pire, au cours de cette journée.

Atteindre un tel réalisme dans l’action suppose paradoxalement de recourir à pas mal d’effets spéciaux. Jusqu’où êtes-vous allé dans l’avancée technologique ?

La technologie, les effets spéciaux, tout cela, ce n’est qu’un moyen, pas une fin. Il ne faut jamais l’oublier. Les deux objectifs étaient ici d’honorer les lois de la pesanteur et de paraître réaliste à l’image. Or, tout était rendu compliqué par le choix des plans-séquences, auxquels je tenais beaucoup. Moi-même, je ne suis pas du tout une personne technophile. Je sais à peine envoyer des courriels et faire des recherches sur Google… Et pourtant, je me suis retrouvé à orchestrer une caméra-robot, le travail de marionnettistes, l’animation informatique et infographique, et le dispositif révolutionnaire de la « Light Box » [un cube creux éclairé de minuscules lampes LED, dans lequel était enfermée Sandra Bullock]. J’étais en charge avec Emmanuel Lubezki, le directeur de la photo, et Tim Webber, responsable des effets spéciaux, de superviser tout ça. Nous étions sans doute les seuls à comprendre de quoi il s’agissait ! Car chacun avait une tâche qualifiée, très spécifique, sans savoir forcément à quoi elle était destinée dans l’ensemble.

Combien de temps a réclamé la réalisation de ce film ?

Quatre ans et demi. Car on a tâtonné avant de trouver, de développer ces nouvelles technologies et de les combiner. Toute l’animation était faite avant de démarrer le tournage. Ensuite, il a fallu faire tout coïncider : l’animation, l’éclairage, le tournage de l’action.

De quoi êtes-vous le plus fier ?

De la performance de Sandra Bullock. C’était un véritable exercice d’abstraction pour cela. Elle a joué dans la « Light Box », sans repères, sans avoir de retour. C’était comme une chorégraphie, avec des mouvements très rythmés, très cadencés… Sinon, il y a une séquence que j’aime tout particulièrement et que les gens n’ont pas forcément relevé, à la différence du plan du début ou de celui où la main de Georges Clooney lâche celle de Bullock : c’est le moment où Sandra Bullock est dans la capsule Soyouz. Elle entend et parle soudain à cet homme sur la Terre, mais dont elle ne comprend pas la langue. Elle pleure, se résigne à mourir, s’assoupit. Georges Clooney réapparait, prodigue ses conseils. Puis repart. Elle se fait alors violence, s’efforce de relancer la machine. Tout cela, c’est un seul et unique plan séquence ! On a d’ailleurs fait un court-métrage, qui a été montré à Venise, sur le contrechamp de cette action : le point de vue de celui qui est sur Terre. On y voit la personne qui parle : un Inuit, au fin fond du Groenland.

Le lointain et le proche, la pesanteur et l’apesanteur, l’infiniment grand et l’infiniment petit… Les extrêmes se rejoignent souvent dans votre film.

Absolument. L’espace qu’on voit dans le film est aussi le miroir d’un espace intérieur. Le personnage dérive dans le vide intersidéral, victime de sa propre inertie. Il est dans sa bulle, fermé à toute communication. C’est la situation d’une personne isolée, qui pourrait être seule, quelque part dans une ville, et qui affronte l’adversité. C’est une histoire de renaissance. Des spectateurs y ont vu des sous-entendus spirituels. D’autres des sous-entendus médicaux et organiques. Pourquoi pas… J’y ai vu des sous-entendus biologiques. C’est aussi sur l’espèce humaine, avec la référence à Darwin, à la fin, lorsqu’elle sort de l’eau comme un amphibien, puis se lève sur ses jambes. Avec Jonas, on a pris plaisir à ouvrir le champs des possibles, en matière d’interprétations et d’imaginaire. Nous ne voulions pas dicter un point de vue unique.

La Nasa a t-elle été consultée ?

Elle n’était pas impliquée, en tant qu’institution. Car il y a trop de casse pour elle, dans le film ! Mais on a fait appel à plusieurs astronautes ayant travaillé pour la NASA, et qui ont servi de consultants. D’autres, qui ont vu le film depuis, comme Jean-François Clervoy, sont très supporters. Et pour cause : ils s’y retrouvent totalement, car ce qu’on montre est fidèle à la réalité. On peut ne pas aimer le film, mais je pense qu’il y a deux choses sur lesquelles on est irréprochable : c’est le respect des lois de la physique et la véracité des outils technologiques employés.

Quel sera votre prochain film ?

J’ai commencé un autre scénario avec mon fils, mais ce « salaud » est très occupé en ce moment, puisqu’il tourne son film, Désert, avec Gael Garcia Bernal. Il va donc falloir que je patiente…

Gravity

On a marché sur la Terre

Louis Séguin

Transfuge

Un homme, une femme, le vide infini : Gravity est une variation dépouillée sur le film-catastrophe version spatiale. Ou comment reconquérir la pesanteur et renaître.

Hollywood est encore capable d’émerveiller, de créer des images vierges, de faire naître les émotions d’une première fois. Alfonso Cuarón s’offre avec Gravity un tour dans l’espace et en rapporte un blockbuster d’une légèreté de nageur. Ryan Stone (Sandra Bullock) et Matt Kowalski (George Clooney), astronautes en mission spatiale, sont attaqués de plein fouet par des débris de satellite en orbite. S’ensuit un programme de film catastrophe assez classique : retrouver la Terre par tous les moyens et, en l’occurrence, la pesanteur du titre. Premier tour de force : l’économie scénaristique confine à l’épure. On ne verra d’ailleurs que les deux personnages cités, si l’on omet un troisième tôt disparu. La solitude des naufragés célestes est comme démultipliée par la beauté effrayante du paysage, la Terre bleue brillant au milieu d’une infinie étendue de sombre et d’oubli, aux reflets intermittents de lumière crue.

Si le film procure bien des sensations inédites, la première fois est aussi son sujet. Il s’agit, en effet, de filmer une venue au monde. Le sens dramatique (le retour sur terre) se double rapidement de son sens métaphorique et courant, et Gravity exploite à fond l’imagerie de la (re)naissance. On voit ainsi l’astronaute Ryan Stone en position foetale, confrontée à un silence utérin, et devant (au sortir de son oeuf) rapprendre à marcher, comme un nouveau-né, comme un premier homme. Le foetus de 2001 se rappelle à la mémoire du spectateur. Gravity s’ancre ainsi dans la lignée des grands films utilisant l’espace comme une terre vierge, ou plutôt comme une absence de terre, et donc de passé, de ce qui éloigne l’homme de son état de nature.

Car, à travers l’histoire de cette renaissance unique, Alfonso Cuarón radicalise et perfectionne le propos de ses Fils de l’homme. Avec Gravity, c’est encore à l’humanité entière que s’en prend le cinéaste, filmant une renaissance anthropologique en butte à la technologie. Comme le Titanic de James Cameron en son temps, Gravity est un film-époque à grand spectacle, centré sur un moyen de transport, incarnation d’un monde hors de contrôle. Les similitudes scénaristiques sont évidentes : il s’agit de regagner la terre ferme, et c’est la femme qui guide le film, sauvée par le sacrifice et la force morale de l’homme. Mais alors que Titanic était un paquebot lourd comme le siècle, et induisait une mise en scène d’artillerie lourde, l’expédition Gravity marque le règne de la technologie numérique, qui brille de ses plus beaux feux grâce à la caméra virtuose d’Alfonso Cuarón. Elle non plus ne pèse pas, mais virevolte dans les airs et les images de synthèse. Elle caresse les personnages comme un doigt effleure une tablette tactile. La mise en scène dans l’espace, prouesse incomparable du cinéaste, rend compte, notamment dans son plan séquence initial d’un quart d’heure, d’une fluidité (technologique) que l’accident dérègle. Dans cette ouverture, notre héroïne tente de réparer une station spatiale, mais est prise de nausées annonçant déjà une sorte de mal du pays (la terre, la pesanteur). Le plan s’étire jusqu’à ce que les débris percutent les astronautes, et suit leur déroute dans un détraquage des mouvements et des sens. Car les machines, une à une, deviennent folles et meurtrières, explosent, prennent feu : la technologie, écran entre l’homme et son humanité, abandonne celui-ci. Ainsi, le film qui est saturé par la technique en écrit aussi simultanément la condamnation. L’avarie de la navette spatiale oblige à une ingéniosité primaire et perdue. Le propulseur de Matt Kowalski (permettant d’avancer dans l’espace) n’a plus de carburant. Il faudra le remplacer par un extincteur, que l’ingéniosité transforme en propulseur de fortune. Lorsque l’héroïne parvient enfin à s’introduire dans une navette, elle se retrouve face à des centaines de boutons en chinois. Le Titanic, monde miniature, emportait dans son naufrage la lutte des classes. Dans Gravity, le salut passe par des navettes de tous pays (chinoises et internationales), montrant que le combat en solitaire de l’astronaute pour la survie est un combat de l’humanité entière, comme portée par cette première femme. Tandis que Ryan Stone (le nom est éloquent) travaille à son retour sur Terre, la mise en scène vertigineuse tend à se réguler enfin. Retrouver la pesanteur, c’est prendre conscience de sa corporéité, pour l’astronaute comme pour la mise en scène. Le salut du film dépend de sa capacité à se défaire de sa technicité. Pour voir enfin la caméra se poser dans un final épuré, il faudra que l’héroïne retrouve le contact du sol, et redécouvre, pas après pas, son humanité.

Between Earth and Heaven

A. O. Scott

The New York Times

October 3, 2013

“Life in space is impossible.” That stark statement of scientific fact is one of the first things to appear on screen in “Gravity,” but before long, it is contradicted, or at least complicated. As our eyes (from behind 3-D glasses) adjust to the vast darkness, illuminated by streaks of sunlight refracted through the Earth’s atmosphere, we detect movement that is recognizably human and hear familiar voices. Those tiny figures bouncing around on that floating contraption — it looks like a mobile suspended from a child’s bedroom ceiling — are people. Scientists. Astronauts. Movie stars. (Sandra Bullock and George Clooney in spacesuits, as Mission Specialist Ryan Stone and Mission Commander Matt Kowalski; Ed Harris, unseen and unnamed, as “Houston” down below).

The defiance of impossibility is this movie’s theme and its reason for being. But the main challenge facing the director, Alfonso Cuarón (who wrote the script with his son Jonás), is not visualizing the unimaginable so much as overcoming the audience’s assumption that we’ve seen it all before. After more than 50 years, space travel has lost some of its luster, and movies are partly to blame for our jadedness. It has been a long time since a filmmaker conjured the awe of “2001: A Space Odyssey” or the terror of “Alien” or captured afresh the spooky wonder of a trip outside our native atmosphere.

Mr. Cuarón succeeds by tethering almost unfathomably complex techniques — both digital and analog — to a simple narrative. “Gravity” is less a science-fiction spectacle than a Jack London tale in orbit. The usual genre baggage has been jettisoned: there are no predatory extraterrestrials, no pompous flights of allegory, no extravagant pseudo-epic gestures. Instead, there is a swift and buoyant story of the struggle for survival in terrible, rapidly changing circumstances. Cosmic questions about our place in the universe are not so much avoided as subordinated to more pressing practical concerns. How do you outrun a storm of debris? Launch a landing module without fuel? Decipher an instruction manual in Russian or Chinese?

It has recently been observed that not all of the film’s answers to these questions are strictly accurate. The course that Stone and Kowalski plot from the Hubble Space Telescope to the International Space Station would apparently not be feasible in real life. (On the other hand, I was relieved to learn that a fire extinguisher really can serve as a makeshift zero-G jetpack. Not a spoiler, just a word to the wise.) Surely, though, the standard for a movie like this one is not realism but coherence. Every true outlaw has a code. The laws of physics are no exception, and Mr. Cuarón violates them with ingenious and exuberant rigor.

The accidental explosion of a communications satellite silences Houston and, what’s worse, sends a blizzard of shrapnel hurtling toward the astronauts. Quite a bit goes wrong. Straps connecting astronauts to the relative security of their spacecraft are severed. Parachute lines foul engines. Fires break out inside vessels, and stuff outside is smashed to pieces. Not everyone survives. All of it — terrifyingly and marvelously — evades summary and confounds expectations. You have to see it to believe it.

And what you see (through the exquisitely observant lenses of the great cinematographer Emmanuel Lubezki) defies easy description. Stone and Kowalski’s orbital path is perched between the inky infinite and the green, cloud-swept face of home. The perspective is dazzling and jarring, and Mr. Cuarón allows a few moments of quiet, contemplative beauty to punctuate the busy, desperate activity of staying alive. Kowalski, generally an irreverent joker, pauses to savor the sun over the Ganges, and you may find yourself picking out other geographical details. Look, there’s Italy, and the Nile Valley. These reference points are as unsettling as they are reassuring, because they are glimpsed from a vantage point that is newly and profoundly alien.

That sense of estrangement owes a lot to Mr. Cuarón’s use of 3-D, which surpasses even what James Cameron accomplished in the flight sequences of “Avatar.” More than that film (and more than “Hugo” or “How to Train Your Dragon” or any other high-quality recent specimens), “Gravity” treats 3-D as essential to the information it wants to share. The reason for that is summed up in the title, which names an obvious missing element. Nothing in the movie — not hand tools or chess pieces, human bodies or cruise-ship-size space stations — rests within a stable vertical or horizontal plane. Neither does the movie itself, which in a little more than 90 minutes rewrites the rules of cinema as we have known them.

But maybe not quite all of them, come to think of it. The script is, at times, weighed down by some heavy screenwriting clichés. Some are minor, like the fuel gauge that reads full until the glass is tapped, causing the arrow to drop. More cringe-inducing is the tragic back story stapled to Stone, a doctor on her first trip into orbit. We would care about her even without the haunting memory of a dead child, who inspires a maudlin monologue and a flight of orchestral bathos in Steven Price’s otherwise canny and haunting score.

I will confess that the first time I saw “Gravity,” I found its talkiness annoying. Not just Ms. Bullock’s perky-anxious soliloquizing, but also Mr. Clooney’s gruff, regular-guy wisecracking. Doesn’t Stone say her favorite thing about space is the silence?

But a second viewing changed my mind a bit. It’s not that the dialogue improved — it will not be anyone’s favorite part of the movie — but rather that its relation to that silence became clearer. Stone and Kowalski jabber on, to themselves and each other and to Houston “in the blind,” partly to keep the terror of their situation at bay, to fight the overwhelming sense of how tiny and insignificant they are in the cosmos.

This assertion of identity is ridiculous and also, for that very reason, affecting. For all of Mr. Cuarón’s formal wizardry and pictorial grandeur, he is a humanist at heart. Much as “Gravity” revels in the giddy, scary thrill of weightlessness, it is, finally, about the longing to be pulled back down onto the crowded, watery sphere where life is tedious, complicated, sad and possible.

“Gravity” is rated PG-13 (Parents strongly cautioned). Existential terror and the salty language it provokes.

Gravity

Opens on Friday.

Directed by Alfonso Cuarón; written by Alfonso Cuarón and Jonás Cuarón; director of photography, Emmanuel Lubezki; edited by Alfonso Cuarón and Mark Sanger; music by Steven Price; production design by Andy Nicholson; costumes by Jany Temime; visual effects by Tim Webber; produced by Alfonso Cuarón and David Heyman; released by Warner Brothers Pictures. Running time: 1 hour 31 minutes.

WITH: Sandra Bullock (Ryan Stone), George Clooney (Matt Kowalski) and Ed Harris (Voice of Houston).

Bad Astronomy Movie Review: Gravity

Phil Plait

Phil Plait writes Slate’s Bad Astronomy blog and is an astronomer, public speaker, science evangelizer, and author of Death from the Skies! Follow him on Twitter.

Slate

Let’s get this out of the way immediately, so there’s no confusion: The movie Gravity (which opens today) is incredible. It was intense, it was tense, it was thrilling. Go see it. In fact—and I can’t believe I’m writing this—go see it immediately, and if you can, watch it in 3-D. I loved it.

But that love is not without its (minor) reservations. While I can wholeheartedly recommend it—I spent much of it literally on the edge of my seat—there were some things that, as a world-class nitpicky übernerd, I must point out. But I’ll note up front that nothing I whinge about below will detract from the experience of the movie itself. Seriously. It sets the bar for what movies can look like now. Go see it.

What follows below are spoilers, so fairly warned be thee, says I. Let me add that this is not your standard movie review; if you want thematic dissection and all that, then go read my colleague Dana Steven’s piece on Slate. With me, you get science analysis.

Plot Boiler

The plot of the movie can be summed up pretty briefly. Sandra Bullock and George Clooney portray astronauts orbiting the Earth on a routine extravehicular activity mission when a call comes from NASA: A Russian missile has destroyed a satellite, and the debris is headed their way at several kilometers per second. Before they can return to their Shuttle Orbiter, the shrapnel flies past, destroying the spacecraft and killing the crew. Clooney and Bullock make their way to the International Space Station, which is also damaged. Clooney is out of fuel in his Manned Maneuvering Unit and sacrifices himself to save Bullock. She uses a Russian Soyuz berthed to the ISS to get to the Chinese space station, where she finds a re-entry rocket capable of getting her back to Earth. But will she make it?

I won’t spoil the very end for you, because it was very well done. I’ll note that this is pretty much it for the plot—it’s thin, but you probably won’t notice.

That’s because the graphics really are all that. I mean, seriously: The special effects are superb. I generally shy away from movies that are all effects and no plot, but the immersive directing coupled with flawless effects—especially with the 3-D—was so compelling that I honestly felt the simple plot was not a concern as the movie unfolded. The drama and urgency were so riveting that I was essentially living in the moment, just experiencing the movie.

Dork Star

Still. There were some distractions in the form of scientific missteps. I’ll go over a few below, but I want to make myself very clear: My days of nitpicking a movie’s errors to death just because I can are behind me. The story lives or dies on the story, not whatever shortcuts it may need to take to move that story along, as long as those shortcuts don’t leap out and bite you on the nose. The plot of Gravity, unfortunately, does rely on some pivotal science boo-boos, but I understand sacrifices have to be made sometimes for the sake of the movie itself—without them, there’s no movie at all. And I’m far more willing to be forgiving when it’s clear a huge effort was made to get as much right as possible, which is obviously what director Alfonso Cuarón did (an interview at Collect Space confirms all this). The attention to some details was staggering.

So, let me push my glasses up my nose, hike up my flood pants, and blow my nose stentoriously. Let’s get to the glavin.

Orbital Mechanical Breakdown

The overall villain in the movie is not a human and not even the eponymous gravity. Not directly, at least: The true antagonist is orbital mechanics. It comes into play when the satellite debris first swarms past the astronauts and rears its Newtonian head again and again throughout the movie when the astronauts make their way to the ISS and then push on to the Chinese space station Tiangong.

The thing is, well … this won’t work. The problem is that most folks think of space as just having no gravity, so you can jet off to wherever you need to go by aiming yourself at your target and pushing off, like someone sliding on ice. But it doesn’t work that way.

The reason is that there is gravity in orbit! The Earth’s. And objects orbiting the Earth are moving at high velocity, many kilometers per second, to stay in orbit. If you want to get from Point A to Point B you can’t just be at the right place at the right time; you need to match velocities as well. If the two objects are in different orbits, that gets a lot harder. Orbital velocity depends on altitude, so objects at different heights move at vastly different speeds, adding up to many hundreds if not thousands of kilometers per hour. The orbits can be tilted with respect to one another, making it hard to match direction. The shapes of the orbits can be different, too, again complicating a rendezvous.

And in fact, Hubble and the ISS have very different orbits; Hubble orbits the Earth roughly 200 kilometers (125 miles) higher up than the station. A rough calculation shows it orbits about 110 meters per second slower, then—250 miles per hour. Clooney would have a pretty hard time putting the pedal to the metal to get up to that kind of speed in his Manned Maneuvering Unit. (The “jet pack” he has in the movie—I’ll note the MMU is a real device but has nowhere near that kind of oomph; it can only accelerate one person to about 25 meters per second, and remember Clooney was dragging Bullock along for the ride as well.)

Also, the two objects have orbits tipped at wildly different angles (Hubble is 28.5 degrees, while ISS is at 51.6 degrees). Think of it this way: Two cars can be going at the same speed, but if they are at an angle to each other, jumping from one to another is hard, especially if one’s heading east while the other is heading northeast (and you have to jump off an overpass at the same time). At a relative speed of 250 mph, that’s suicide.

Same for Tiangong: The orbital height of the Chinese station is about the same as that of ISS, but the orbits are inclined by about 10 degrees. Matching orbits using just the soft landing rockets on the Soyuz (again, a real thing!) wouldn’t work.

But to be clear, without these plot points, we’d have no movie. It’s fun to think about afterward, but during the movie I’m OK with it.

Let It Go, Man

Another significant plot point happens when Clooney and Bullock reach ISS. Still attached by a tether, they have a hard time finding a grip on the station to stop themselves. Eventually, Bullock’s leg gets tangled in the parachute shroud line from the Soyuz escape capsule. Its hold is tenuous, and she struggles to hold on to Clooney as he is pulled away from her. As her leg starts to slip, Clooney unclips his tether and falls away to his doom, saving her in the process.

Except, well, not so much. The thing is, they very clearly show that when Bullock’s leg got tangled up in the shroud line, both her and Clooney’s velocity relative to the space station was zero. They had stopped.

On Earth, if one person is hanging by a rope and holding on to a second person, yeah, gravity is pulling them both down, the upper person bearing the weight of the lower one. If the upper person lets go, the other falls away. But in orbit, they’re in free-fall. Gravity wasn’t pulling Clooney away from Bullock; there were essentially no forces on him at all, so he had no weight for Bullock to bear! All she had to do was give the tether a gentle tug and Clooney would’ve been safely pulled toward her. Literally an ounce of force applied for a few seconds would’ve been enough. They could’ve both then used the shroud lines to pull themselves to the station.

This is a case where our “common sense” doesn’t work, because we live immersed in gravity, pulled toward the center of the Earth, supported by the ground. In space, things are different. During that scene, knowing what I know, all I could do was scream in my head “CLOONEY DOESN’T HAVE TO DIE!” but it was to no avail. My publicly admitted man-crush on Clooney plus my not-so-inner physics nerd made that scene hard to watch.

Ad Absurdum

Of course, there were lots of other things, most too trivial to spend time on.

We see the bodies of the dead shuttle crew, frozen, when in reality that would take hours to happen. (Think about it: How long does it take a steak to even get frost on it when you put it in the freezer?)

When Bullock’s decelerating in Earth’s atmosphere, her helmet is still floating in the capsule, when there would’ve been a healthy force pinning it to the back wall.

Her antics using the fire extinguisher to match velocities with Tiangong were probably impossible; holding it too far from her center of mass meant it would’ve sent her rapidly tumbling every time she used it—plus she had to face away from the station, making it impossible to see her target while she was thrusting. (On the other hand, her not bracing herself to put out the fire and subsequently flying around was a great touch.)

The cascade effect of orbital debris slamming into other satellites and making more debris is correct, but the debris will stay on roughly the same orbit it started on. That means the satellites making the debris would have to have orbits that intersect that of Hubble and ISS, and that sort of thing is specifically avoided in real life, for this very reason.

Speaking of which, I’m not sure shrapnel hitting the robot arm would cause it to go flying and spinning off. The impact is very high speed, and I’m not sure much momentum would transfer from the debris to the arm. Hypervelocity impacts are difficult to predict, though, and I could be wrong here.

But again, this is all really nitpicky. And the movie got so much right. The sets were spot-on: the cramped Soyuz; the long, narrow ISS corridors; the appearance of essentially all the space hardware. I’ll note it was important to the plot that the Chinese Shenzhou re-entry vehicle was similar in design to the Soyuz, and in real life it is. When she hit the button to separate the crew module from the forward and rear modules, I practically cheered. That was accurate, and very cool.

And the scenery, well, wow. And how about this: I noticed pretty quickly that the stars were portrayed accurately! I saw the Pleiades float by, next to the horns of Taurus, and a glimpse of Orion. Other constellations came into view as well. Happily, this means Neil Tyson won’t have to confront Cuarón.

I can’t leave you without mentioning this, too: Ed Harris was the voice of Mission Control. Talk about a nice touch: He played Flight Director Gene Kranz in Apollo 13. When I saw his name in the credits, my heart grew three sizes.

Dénouement

Obviously, there’s a lot to love and a lot to gnaw over in this movie. But the bottom line is clear: Go see this flick. The science errors won’t bug you, and if they do, you need to pull your head out of your assumptions of what a movie should be. As a demonstration of craftsmanship, and as a viewing experience, Gravity is astonishing. I loved it, and I’ll be going to see it again.

A final note: If this massive verbiage spewing wasn’t enough for you, lots of other people have reviewed the movie as well. I won’t vouch for how accurate their reviews are, but you may enjoy reading them.

How realistic is « Gravity »?

Jean-Luc Margot

UCLA

2013 Sep 28

From the production notes

Gravity is a 2013 American 3D film co-written, co-produced, co-edited and directed by Alfonso Cuarón. The film stars Sandra Bullock and George Clooney as surviving astronauts in a damaged space shuttle.

Medical engineer Dr. Ryan Stone is on her first Space Shuttle mission accompanied by veteran astronaut Matt Kowalsky, who is commanding his final expedition. During a spacewalk, debris from a satellite crashes into the space shuttle Explorer, leaving it mostly destroyed, and stranding them in space with limited air. Without means of communication with Earth, they must cooperate to survive.

Overall impression

There are many things to like about the movie, including an engaging story of adversity and survival, brilliant performances by talented actors, high-quality sound and 3D imagery, and full immersion in a superb space simulator. The film makers based their story on realistic premises and clearly made an attempt to conform to many physical principles.

Realism of movie premises

The plot is based on a space shuttle mission to repair the Hubble Space Telescope (HST) (there have been five such servicing missions).

The plot invokes the voluntary destruction of an artificial satellite (China did this in 2007, and the USA did this in 2008).

The destruction of the satellite generates thousands of pieces of orbital debris (the Chinese event did this).

The risk of orbital debris colliding with spacecraft is very real (this is a significant concern actively studied by federal agencies).

Realism of movie physics

The following physical principles were honored to a large extent:

Sound does not propagate in space.

Drops of liquid are spherical, not teardrop-shape, in a weightless environment.

Conservation of momentum (but see below for exceptions). When Stone and Kowalsky collide with each other, they bounce off each other with appropriate velocities.

Lighting that obeys the laws of optics (reflection/refraction/absorption).

Appropriate orbital period (~90 min) for orbital height (~560 km) of Hubble Space Telescope.

Realism of oceans/landmasses.

Inaccuracies

There are some minor inaccuracies in the movie:

Tools for space instrumentation are very carefully calibrated to provide the correct amount of torque. An astronaut would not screw parts together with her bare hands.

Electronics are sensitive to radiation and would normally be carefully protected in a chassis, not exposed to the space environment.

The movie places the space shuttle, the HST, and the International Space Station (ISS) in an orbit at 600 km above the surface of the Earth. While that is approximately correct for the HST, the ISS orbits at a height of 370 km above the surface of the Earth.

Exaggerations

There are some instances in which the movie exaggerates or departs from reality, but that is probably needed at some level to sustain the narrative:

Many of the maneuvers during space walks are executed much too fast (approaches would purposefully be very gentle in reality).

Communication blackouts were much more severe and extended than they would be in reality.

The diffusion of the cloud of orbital debris was much more rapid than it would be in reality (it would take weeks, months, or years, depending on the mass-to-area ratio and altitude of the debris).

Collision scenes have much more devastating consequences in the movie than would be expected from the impact of pieces of orbital debris.

Problematic scene

Perhaps the most unrealistic scene in the movie occurs when the space shuttle starts to roll rapidly as a result of a collision with orbital debris. It would take the entire (undestroyed) satellite (about 1,000 kg) to hit the wing of the shuttle at the most favorable location (the tip) with a relative velocity of about 1 km/s to produce that much rotation (assuming that the shuttle remained structurally intact after that impact, which is in itself rather unlikely). Any piece of debris would be much lighter and would travel at much smaller relative velocity, so the effect on the shuttle would be nowhere near what is portrayed in the movie. It would puncture the structure for sure, but it would not dramatically affect the spin state of the shuttle.

Conclusion

There are a few inaccuracies and exaggerations in « Gravity », but the movie premises are sound and many physical principles are honored, which greatly enhances the quality of the movie experience. I highly recommend the movie. Short of watching actual astronaut footage, this is as close to space as you are likely to get in the next few years. It may even prompt you to investigate the promise of space tourism.

CNN interview

The above thoughts were condensed into a 2-minute CNN video.

Contact:

Jean-Luc Margot

Dept. of Earth, Planetary, and Space Sciences

Dept. of Physics and Astronomy

University of California, Los Angeles

595 Charles Young Drive East

5642 Geology Building

Los Angeles, CA 90095

310 206 8345

jlm@ess.ucla.edu

Astrophysicist Neil deGrasse Tyson Fact-Checks Gravity on Twitter

Angela Watercutter

Wired

10.07.13

Director Alfonso Cuarón’s film Gravity just had an amazing weekend, raking in a record-breaking $55.6 million at the box office. There was just one little snag: Beloved astrophysicist Neil deGrasse Tyson showed up on social media to poke some scientific holes in the story about astronauts stranded in space.

The internet’s favorite astrophysicist took to Twitter last night with a string of fact-checks of Cuarón’s film, questioning everything from why the movie’s space debris orbited from East to West to why the hair on Sandra Bullock’s head didn’t float as freely as it should have in the weightlessness of space.

“The film #Gravity should be renamed ‘Zero Gravity,’” wrote Tyson, who will be hosting the Fox documentary Cosmos: A Spacetime Odyssey next year. His other nitpicks, which he called “Mysteries of #Gravity,” included why “satellite communications were disrupted at 230 mi up, but communications satellites orbit 100x higher” and “how Hubble (350mi up) ISS (230mi up) & a Chinese Space Station are all in sight lines of one another.” Tyson did, however, give the film credit for drawing attention to the very real Kessler syndrome (aka the problem caused by all the debris floating in space that causes Gravity’s big bang) by tweeting “the film #Gravity depicts a scenario of catastrophic satellite destruction that can actually happen.” (Check out more of Tyson’s tweets above.)

Last year, the astrophysicist offered a similar critique for Titanic, which he took to task for misplacing the stars above Rose’s head near the end of the film.

“Neil deGrasse Tyson sent me quite a snarky email saying that, at that time of year, in that position in the Atlantic in 1912, when Rose is lying on the piece of driftwood and staring up at the stars, that is not the star field she would have seen,” director James Cameron said after reshooting to correct the mistake. It seems as though it would be difficult for Cuarón to reshoot to correct the issues Tyson brought up, but it’ll be interesting to see if he responds to the critique.

Of course, as soon as Tyson’s tweets began hitting the web, many users responded to remind him that, Gravity is, in fact, just a movie. “Quick. Someone tell @neiltyson what science fiction means,” read one @ reply. Another reminded the vocal science advocate that “for all it’s bullshit I bet Gravity creates some future NASA staffers in a generation.”

But in the end, even Tyson was won over by the film. “My tweets hardly ever convey opinion,” he said in another tweet. “Mostly perspectives on the world. But if you must know, I enjoyed #Gravity very much.”

La pollution spatiale risque d’entraver l’activité orbitale

Hervé Morin

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO

25.04.2013

L’orbite géostationnaire (35 785 km) est moins peuplée. La majorité des objets excentrés au-dessus de l’hémisphère Nord sont d’origine russe.

Il y a quelques années, c’était un peu une réunion entre initiés. Aujourd’hui, elle rassemble 350 chercheurs venus de trente pays. » Christophe Bonnal, expert senior à la direction technique du Centre national des études spatiales (CNES), se réjouit du succès de la 6e conférence européenne sur les débris spatiaux, qui s’est tenue du 22 au 25 avril à Darmstadt (Allemagne) sous l’égide de l’Agence spatiale européenne (ESA).

Les spécialistes des débris spatiaux ont en effet longtemps été vus comme des empêcheurs de lancer en rond fusées et satellites : ils insistaient sur la nécessité de prévoir la fin de vie des engins, de les purger pour éviter les explosions intempestives et d’assurer leur bonne retombée sur Terre, pour éviter de polluer notre banlieue spatiale. Une règle dite « des 25 ans » prévoyant une désorbitation en fin de vie a bien été admise, mais elle n’est pas toujours respectée : ces contraintes sont synonymes de surcoûts pour les industriels et les opérateurs.

« ÉCOLOS » SPATIAUX

Aujourd’hui, ces « écolos » spatiaux sont plus écoutés. Précisément depuis 2007, quand les Chinois ont amorcé une réaction en chaîne en tirant sur un de leurs satellites pour prouver leurs capacités spatiales militaires. L’opération a engendré 3 000 débris spatiaux et enclenché le « syndrome de Kessler », du nom d’un chercheur de la NASA qui, à la fin des années 1970, avait prédit que l’accumulation d’engins spatiaux et les collisions qui en résulteraient immanquablement allaient produire toujours plus de débris.

Après la « démonstration » chinoise, les Américains ont répliqué en 2008 en abattant au missile un de leurs satellites en orbite basse, mais plus proprement – tous les débris sont désormais retombés. Ce n’est pas le cas de ceux produits en 2009 par la collision accidentelle entre un satellite de la constellation Iridium et un satellite russe Cosmos désactivé. Les 2 000 débris produits se sont ajoutés aux 170 millions d’objets de plus de 1 millimètre en orbite, dont 20 000, d’une taille supérieure à 10 cm, peuvent faire l’objet d’une surveillance depuis la Terre. Le pouvoir de destruction de ces bolides croisant à plusieurs kilomètres par seconde est potentiellement dévastateur pour les activités spatiales.

« ACCÉLÉRATION DE LA PRISE DE CONSCIENCE »

Ces dernières années, les agences spatiales ont fait tourner divers modèles pour apprécier la vitesse de multiplication prévisible de ces débris au fil des accidents. « Ces modèles convergent vers la nécessité d’aller chercher cinq à dix gros objets par an dès aujourd’hui pour pouvoir continuer à exploiter l’espace, note Christophe Bonnal. Si rien n’est fait, entre 2050 et 2100, l’orbite basse, en particulier entre 700 et 1 100 km d’altitude, la plus utile, ne sera plus accessible. » Les « études de survivabilité » indique-t-il, montrent que pour Spot 5, par exemple, la probabilité de perte de la mission est de 5 %. Quel taux les Etats et les industriels sont-ils prêts à tolérer avant d’agir ?

Un paramètre économique est déjà à l’oeuvre : la multiplication des alertes et des manoeuvres d’évitement pour échapper à la course fatale de « zombies » incontrôlés, coûteuses en carburant et en durée de vie des satellites. « Cela a accéléré la prise de conscience », note Luisa Innocenti, chef du Clean Space Office de l’ESA.

MISSION D’ÉBOUAGE SPATIAL

Ce bureau a lancé un programme de recherche pour les prochaines années, avec 30 millions d’euros investis en 2013-2014. Un montant « significatif », indique Luisa Innocenti, même si les investissements militaires américains, à travers la Darpa, l’agence de financement de la recherche et développement de l’armée américaine, sont bien plus ambitieux.

« L’idée, à ce stade, est de préparer un dossier technique et programmatique qui serait adopté par les Etats membres en 2015″, explique-t-elle. C’est-à-dire de décider quelles technologies développer, pour quelles cibles – satellites gros ou petits, étages de fusées -, avant de décider d’un investissement beaucoup plus conséquent pour une mission d’ébouage spatial qui ne verrait pas le jour avant 2020. « Cela n’a jamais été fait, il ne faut pas rêver, ce n’est pas pour demain », relève-t-elle.

Pour l’ESA, le péril principal vient de son satellite Envisat, lancé en 2002. Depuis avril 2012, ses 8 tonnes sont hors contrôle à 800 km d’altitude, après une perte de contact irrémédiable. Impossible de l’autodésorbiter proprement, ou même d’éviter un accident, alors que l’année précédant sa mort il avait fait l’objet de plus de 60 alertes anticollision. Entre 2009 et 2011, il avait dû effectuer neuf manoeuvres d’évitement, contre trois seulement auparavant, un signe tangible de la mise en branle du syndrome de Kessler.

UN ÉNORME MARCHÉ

Envisat peut donc se désintégrer d’un instant à l’autre. Mais c’est aussi le cas de nombre de gros objets avec lesquels l’Europe n’a rien à voir, fait-on valoir à l’ESA. A raison : dans son dernier bulletin, le Bureau du programme des débris spatiaux de la NASA indique que l’ESA ne totalise que 88 satellites et restes de fusées en orbite parmi les 16 649 suivis par le réseau de surveillance spatial américain. Les plus gros pollueurs sont d’abord la Russie (6 257), les Etats-Unis (4 938), la Chine (3 752), et la France (498).

A Darmstadt, face à l’ampleur des enjeux techniques et financiers, Christophe Bonnal a « prôné la coopération internationale ». Le CNES anime ainsi deux consortiums publics-privés sur le sujet, au sein desquels les grands industriels du secteur sont fort actifs. Car le nettoyage spatial, très onéreux – le désorbitage d’Envisat se chiffrera en centaines de millions d’euros – sera aussi un énorme marché.

Les ingénieurs rivalisent donc d’idées pour traiter les débris. Les plus petits pourraient être déroutés par des tirs laser. Les plus gros seraient la proie de satellites chasseurs armés d’un bras, d’un harpon, d’un grappin ou d’un filet. Des kits de désorbitation dotés de petits moteurs, de ballons ou de fils conducteurs ralentissant leur course seraient couplés aux débris pour les attirer dans la haute atmosphère, où ils se consumeraient. Mais aucune de ces techniques, si ingénieuse fût-elle, n’a encore été testée in situ.

L’ingénierie juridique et financière suscitée par les débris spatiaux n’est pas moins inventive. Qui est responsable et comptable des débris ? Qui blâmer en cas de suraccident pendant une intervention ? Qui paiera ? Les Etats ou les opérateurs spatiaux, sur leurs fonds propres ou à travers une taxe pollueur-payeur ? Qui la collecterait ? Autant de questions encore sans réponse.

Le satellite espion qui embarrasse les Etats-Unis

 J.B.

Le Figaro avec AFP

15/02/2008

Dans un scénario digne d’Hollywood, Washington a ordonné la destruction de l’engin qui menace de s’écraser sur Terre. Raison officielle : le risque de pollution.

Les Etats-Unis ont décidé d’abattre avec un missile un satellite espion devenu incontrôlable et qui devait s’écraser sur Terre avec des réservoirs remplis d’une substance toxique. Le satellite en question pèse 1,1 tonne environ. Il a décroché de son orbite voici plusieurs semaines.

L’annonce de cette destruction a été faite jeudi par le conseiller adjoint à la Sécurité nationale James Jeffries. Selon ce dernier, le président George W. Bush «a ordonné au département de la Défense de procéder à l’interception» du missile. La décision a été prise en raison du risque pour la vie humaine de la rentrée dans l’atmosphère terrestre de ce satellite encore porteur de près de 500 kilos d’un carburant toxique appelé hydrazine. L’hydrazine est une substance chimique hautement toxique est le carburant de choix pour les moteurs des satellites classiques. Extrêmement irritante, elle attaque le système nerveux central et peut être mortelle à forte dose. Heureusement, elle se dégrade rapidement sous l’effet de la chaleur et des rayons ultra-violets, relève un rapport de l’agence française de sécurité INERIS.

Le missile, qui sera tiré sur le satellite depuis un bâtiment de la marine américaine, «est conçu évidemment pour d’autres missions mais nous avons conclu que nous pourrions reconfigurer à la fois le missile et les autres systèmes associés, de façon réversible et juste pour effectuer le tir», a précisé le conseiller à la sécurité. Les autorités américaines n’ont encore fourni aucune estimation sur la date de la destruction du satellite.

Des satellites placés en basse orbite

Les Etats-Unis disposent du réseau de satellites espions le plus dense au monde. Les caractéristiques de ces satellites, dont le prix unitaire dépasse le milliard de dollars, sont couvertes par le secret-défense. Pour répondre aux besoins des militaires, les satellites espions sont amenés à faire de fréquentes corrections d’orbite, ce qui implique des réserves d’énergie plus importantes que pour la plupart des engins civils spatiaux. Les satellites espions sont placés en orbite basse afin de détecter le plus de détails possibles à la surface de notre planète.

Plusieurs satellites espions sont déjà sortis de leurs orbites au cours de ces dernières années. En février 1983 notamment, un satellite espion russe (Cosmos 1402), s’était désintégré dans l’atmosphère en au dessus de l’océan Indien, mais des traces du plutonium qu’il contenait avaient été détectées jusque que dans la neige tombée sur l’Arkansas, au sud des Etats-Unis.

PHOTOS. « Gravity »: pourquoi le film est un véritable choc visuel

Alexis Ferenczi

Le HuffPost

23/10/2013

CINÉMA – Non Gravity n’a pas été tourné dans l’espace. La question malicieuse posée à Alfonso Cuaron en conférence de presse n’est pas anodine. Le thriller galactique qui fait de Sandra Bullock et George Clooney les seuls survivants d’un accident dévastateur au beau milieu de l’espace interpelle par sa beauté plastique.

Le film qui sort en France ce mercredi 23 octobre a déjà remporté la bataille du coeur. Conquis, critiques, cinéastes et personnels navigants de la NASA ont unanimement salué ce premier candidat sérieux aux prochains Oscars. Gravity est le résultat d’une longue et minutieuse gestation dont voici quelques détails.

Bande-annonce:

Richard Branson et son Virgin Galactic peuvent aller se rhabiller. Pour le Hollywood Reporter, Gravity est « sensationnel et donne l’impression d’être dans l’espace plus que nous ne le pourrons jamais ». Visuellement époustouflant et en 3D, le film détonne par son réalisme, se parant d’atours qu’on ne trouve que dans les documentaires léchés de National Geographic.

Caméra en apesanteur

Son réalisateur, Alfonso Cuaron, explique avoir délibérément cherché ce cachet, convaincu de l’intérêt d’utiliser des images de synthèses après avoir vu Avatar en 2009 – le film de James Cameron sert depuis de point de comparaison en termes de box-office.

L’intense odyssée spatiale, écrite par le cinéaste mexicain et son fils, multiplie les prouesses techniques, des longs plans-séquences aux chorégraphies spatiales, en passant par la reproduction visuelle de l’état d’apesanteur, techniquement impossible à reproduire sur Terre.

Interrogé par Isabelle Regnier dans Le Monde, le cinéaste mexicain décrit les transformations apportées à la caméra pour obtenir ces images renforcées par la 3D: « Nous voulions donner aux spectateurs l’impression qu’ils flottaient avec les personnages. Nous avons soumis aux principes de la micro-gravité non seulement les acteurs, mais aussi la caméra qui porte le point de vue du spectateur. »

« En rotation permanente, elle avait sa propre inertie. Nous l’avons programmée pour qu’elle se comporte comme si elle flottait dans l’espace, délestée de son poids, ne bougeant qu’en raison des mouvements et des impulsions de l’opérateur. »

Parmi les plans proposés, le spectateur passe de l’intérieur du casque de chacun des cosmonautes à l’extérieur, dans l’espace intersidéral. Le réalisateur réussit ainsi à recréer les sensations d’étouffement et l’angoisse ressentis par les protagonistes.

Simulation

« Cela a été le plus grand défi », déclarait Cuaron lors d’une récente conférence de presse à Beverly Hills à propos de cette dérive des corps. « Quand nous imaginions la chorégraphie, nos cerveaux fonctionnaient du point de vue de la gravité, en termes de poids et d’horizon. Nous avons dû tout réapprendre car c’était complètement contre-intuitif ».

Le cinéaste y est parvenu en mêlant prises de vue réelles et effets spéciaux conçus par ordinateur, notamment pour les combinaisons spatiales, soulignant ne jamais avoir filmé sur fond vert mais toujours avec une image de la Terre.

Pour donner l’impression que les acteurs se déplaçaient en apesanteur -sans donner l’impression qu’ils étaient équipés de harnais, comme c’est normalement le cas- les techniciens ont créé une plateforme depuis laquelle des marionnettistes faisaient bouger et « flotter » Sandra Bullock et George Clooney.

Le directeur de la photographie, le Mexicain Emmanuel Lubezki, a pour sa part créé une « boîte de lumière » dont les parois internes étaient couvertes de milliers de petites ampoules LED pour simuler les étoiles.

Unanimité

À quelques rares exceptions, le spectacle est salué comme une réussite. Côté cinéma, le film fait consensus. Quentin Tarantino l’a glissé dans sa liste des meilleurs films de 2013 alors que James Cameron, le papa d’Avatar, l’a décrit comme le « meilleur film tourné dans l’espace de tous les temps ».

Voir aussi:

« Gravity » : le somptueux enfer céleste d’Alfonso Cuaron

♥♥ Guillaume Loison

Le Nouvel Observateur

22 octobre 2013

Le cinéaste réussit un thriller saisissant mais manque (de peu) le chef d’oeuvre.

« A couper le souffle », « Allo Houston, on tient un chef d’œuvre », « Epoustouflant » on en passe et des meilleurs. « Gravity » ce futur aspirateur à oscars qui a-t-on lu, va bouleverser dans les mois à venir l’ADN du blockbuster de série, mérite-il une telle déferlante de louanges, un si chatoyant gratin de mots clé à faire se pâmer les pythies du référencement Google ? La question mérite en guise en réponse un bon vieux « oui et non » des familles, moins explosif et glamour on vous le concède que la succession de catastrophes spatiales qu’affrontent George Clooney et Sandra Bullock dans le film d’Alfonso Cuaron, astronautes en rade de navette, et privés en sus, d’un contact radio avec la terre.

Pourquoi oui ? D’abord pour la beauté graphique qui frappe dès la première image de « Gravity » : du noir profond de l’espace aux structures métalliques des équipements de la NASA qui se découpent sur les rondeurs gracieuses d’une terre écrasante mais lointaine, le film remporte haut la main le défi d’un hypra-réalisme nimbé de merveilleux. Le récit a beau basculer rapidement dans le survival pur et dur, rien ne vient perturber cet équilibre gracieux entre terreur cotonneuse, sidération et ébahissements charriés par le cosmos. Cette réussite n’est pas seulement plastique, Cuaron concoctant un traité de mise en scène proche de la perfection : ses mouvements d’appareils prodigieux, sa manière alerte de passer d’un point de vue général aux visions terrifiées de Bullock dans son scaphandre (et tout cela au sein d’un même plan séquence !) attestent d’une science aiguisée, rarement vue à ce niveau, des lois de la physique appliquées à l’art du grand spectacle hollywoodien.

Comment cadrer l’espace, générer de la vitesse, exploiter au maximum les potentialités de la 3D, articuler des mouvements régis par l’apesanteur, injecter de la sensualité dans la quintessence de la froideur et du néant, autant de questions que « Gravity » pose et résout avec une insolente dextérité. Le tout en insufflant une amplitude incroyable à un scénario qui filmé par un tâcheron honnête laisserait voir sa nature profonde : celle d’une série B maligne mais gentiment aberrante où l’on envisage sans problème de visiter en quelques heures (et en majeure partie à la « nage ») tout ce que la stratosphère compte de stations spatiales…

Qu’est ce qui empêche alors « Gravity » de prétendre au chef d’œuvre ? Pas ce côté super série B en tout cas, bien au contraire, mais la propension de Cuaron à une patapouferie consubstantielle à sa virtuosité technique, qu’on retrouve hélas aux entournures du film. On se souvenait du pompiérisme politique de lycéen lyrique qui polluait la réussite du « Fils de l’homme » son long métragee précédent qui du même coup, glissait du côté d’un sous Barjavel, alors que le cinéaste visait Orwell. Ici, c’est le spectre d’un mélo dégoulinant lardée d’une poignées de considérations philosophico-new age (proférées par une Sandra Bullock parfois à la lisière de la becassinerie) qui lubrifient à gros bouillons la mécanique infernale d’un récit pourtant dévolu à l’âpreté la plus totale. Conséquence : ces relents de niaisierie un peu lourdingues détournent « Gravity » sur le terrain plus convenu, mais paradoxalement plus carnavalesque (et nettement moins exigeant) du film à oscars.

On vous donne un exemple. En préambule, Cuaron rappelle que l’espace est dénué du moindre son pour cause d’absence d’oxygène. On se dit alors qu’il s’agit pour lui d’un enjeu de mise en scène (faire du silence une pièce maitresse de thriller), relevé notamment par Kubrick dans « 2001 », d’une annonce pour le spectateur qu’il s’évertuera à honorer. Et pourtant, le cinéaste fait l’inverse, dillue les subtilités de sa bande sonore (chocs et autres commotions étouffées que perçoit Bullock emmitoufflée dans sa combinaison) en nappant l’action d’une musique assourdissante bourrée de flonflons. Fort heureusement, ces travers ne gâchent pas tout, mais ils lestent assez « Gravity » pour l’empêcher d’atteindre le firmament des blockbusters. Mais du sixième ciel, la vue reste néanmoins imprenable.

Voir également:

Gravity : pourquoi le film est un chef-d’oeuvre

Hervé Ratel

Sciences et Avenir

22-10-2013

Étourdissant, original, d’une maestria sans faille, le dernier film d’Alfonso Cuarón convoque le meilleur du cinéma d’action à taille humaine.

AVENTURE HUMAINE. Depuis combien de temps, Hollywood ne nous avait-il pas proposé un film à grand spectacle sans robots géants, extraterrestres belliqueux ou super-héros tout puissants ? Jusqu’à quand est-il besoin de remonter pour avoir un blockbuster qui raconte une simple aventure humaine dans laquelle l’émotion ne se retrouve pas emportée par un déluge d’actions sans queue ni tête et une débauche d’explosions défiant toute logique ?

La mémoire du spectateur aurait peut-être besoin de revenir à l’alpha et l’oméga du film d’action moderne, aux « Dents de la mer » de Steven Spielberg quatre décennies plus tôt. Des hommes, l’océan, un requin, pour une fable ontologique qui plaçait l’humain face à ses peurs les plus ancestrales, confronté à ses propres démons intérieurs fut-ce via l’artifice d’un squale géant. Basique et diablement efficace. Aujourd’hui, le réalisateur mexicain Alfonso Cuarón, déjà responsable de l’un des meilleurs films d’anticipation de ces dix dernières années, « les fils de l’homme », tente le pari fou, en ces temps de surenchère pyrotechnique, de revenir à la matrice du genre. Deux astronautes, l’espace infini, des débris spatiaux mortels.

Et c’est tout bonnement grandiose, probablement le plus beau spectacle que vous pourrez voir au cinéma cette année. Un film qui redonne ses lettres de noblesse à l’expérience incomparable de la salle obscure par la grâce d’une 3D immersive et d’une bande son qui décoiffe.

DÉBRIS SPATIAUX. L’histoire démarre 598 kilomètres au-dessus de la surface de la Terre au moment où l’équipage d’une navette Explorer est en train de réparer le télescope spatial Hubble. George Clooney en vieux routard de l’espace assiste une experte en ingénierie médicale dans sa première mission spatiale interprétée par Sandra Bullock qui trouve là son plus beau rôle. Le drame ne tarde pas à arriver sous la forme d’une pluie torrentielle de débris spatiaux issus de la destruction d’un satellite russe. Désormais, il va s’agir pour les deux astronautes de survivre.

Simplement survivre, en même temps que de trouver en eux des raisons de le faire quand tout espoir semble perdu.

HUIT-CLOS. Dans ce huis-clos où l’action se déroule paradoxalement dans l’espace le plus grand qu’il se puisse trouver, le réalisateur mexicain déploie une réalisation en totale osmose avec son propos. Car Alfonso Cuarón ne se contente pas de défricher un terrain de jeu totalement neuf pour le cinéma, il en redéfinit également les règles. Jetant aux orties la grammaire classique en vigueur depuis un siècle, il réinvente un langage pour sa caméra. Entrées et sorties de champ, travellings, panoramiques, champs-contre champs, dramaturgie en trois actes, tout cela n’a plus cours dans l’espace et n’a plus aucune raison d’être.

Révolution sur le fond, dans la forme, les prochains films hollywoodiens vont nous paraître bien fades… « Gravity » vous laissera la tête dans les étoiles, le coeur en apesanteur. Chef-d’oeuvre.

Voir encore:

C’est quoi, la singularité de « Gravity » ?

Aurélien Ferenczi

Cinécure

Télérama

Le 23/10/2013

Qu’est-ce qui n’a pas encore été dit sur Gravity, d’Alfonso Cuarón ? Peut-être simplement que c’est un petit film, une expédition cinématographique courte mais intense, qui déjoue – David Heyman l’expliquait bien hier dans Libération – les codes du grand spectacle hollywoodien d’aujourd’hui, qui doit sans cesse caracoler et tonitruer. Le fait est qu’un film intimiste, quoique singulier, peut provoquer chez son spectateur une impression plus forte que, disons, un combat de nains et de hobbits contre des goblins déchaînés, saisi par un caméraman épileptique, Howard Shore à pleine puissance dans les bafles. Voir des films est désormais un passe-temps presque banalisé. Il faut un plus pour que s’impose durablement le désir de voir un titre plutôt qu’un autre : soit la promesse de trois heures d’hyperréalisme (Adèle, es-tu là ?), ou une expérience plus singulière encore, et c’est celle-ci qu’offre Gravity.

Même si le son Atmos en met plein les oreilles, même si la 3D abolit les bordures de l’écran – merci Alfonso, j’ai bien vu le film au Pathé Wepler – la singularité de Gravity est à mes yeux de mêler avancées technologiques remarquables et classicisme total du récit. Y aura-t-il assez d’oxygène dans la combinaison ? Assez de carburant dans la capsule ? De temps avant le retour des débris tueurs ? Seront-ils tous assez habiles pour accrocher l’élément de métal qui saura faire freiner les corps propulsés dans l’espace ? Super dur de s’arrêter, là-haut… Ces questions simples, basiques, rivent l’attention du spectateur : aussi vieilles que le cinéma, elles participent à 50% au moins du sentiment d’immersion qu’augmentent relief et spatialisation sonore. Et même davantage encore. Car peut-être la technologie ne sert-elle qu’à augmenter l’empathie pour les personnages – donc le suspense. Apesanteur aidant, Gravity est l’un des rares films où le spectateur est quasiment dans la position de ceux qu’ils voient à l’écran.

Gravity est-il un film de science-fiction ? Techniquement, je dirais que non. Tout ce qui s’y passe pourrait, je crois, se passer vraiment dans un cas similaire de panique dans l’espace. La métaphysique n’intéresse pas Cuaron et c’est son droit. Il nous épargne même panthéisme, déisme, mysticisme – je n’ose imaginer comment Malick aurait boursouflé Gravity (oups, cette phrase ne va pas me faire que des amis). On n’échappe pas à une certaine sensiblerie (c’est ma réserve , avec une musique que je juge un peu superfétatoire), mais rien de l’habituelle religiosité attendue dans le cinéma américain. L’espace est-il la métaphore du monde virtuel ? Je me pose la question. Plus de carburant, plus de transmission : c’est un peu comme une batterie à plat, la 3G qui fout le camp, la livebox qui crame et vous laisse à votre solitude réelle. Cuaron nous dit vers la fin qu’il faut goûter au plaisir du concret – l’eau, la terre. Mais on a bien compris auparavant qu’il était super dangereux de traverser une autoroute de l’information sans regarder longuement des deux côtés…

P-S : Le premier qui dit du mal de Sandra Bullock, qui parle de chirurgie esthétique ou quoi que ce soit, je l’anéantis. Sandra est juste parfaite dans Gravity.


Religion/neurones miroirs: Comme le Père m’a aimé (Keeping God real is what’s hard)

19 octobre, 2013
Photo : AS THE FATHER HATH LOVED ME (keeping God real is what’s hard)The moment I wake up before I put on my make up I say a little prayer for you ... I run for the bus dear, while riding I think of us dear I say a little prayer for you ... At work I just take time and all through my coffee break time I say a little prayer for you ... Aretha Franklinhttp://www.youtube.com/watch?v=fgahyfSGpVYBut it's so hard loving you ...The Beatles  http://www.youtube.com/watch?v=GB7Syh_iY84It may be the devil or it may be the Lord but you’re gonna have to serve somebody.Bob Dylan http://www.youtube.com/watch?v=9AWgnsYECLohttp://www.youtube.com/watch?v=BLFNTBcPNfQAs the Father hath loved me, so have I loved you (...) This is my commandment, that ye love one another, as I have loved you ...Jesus (John 15: 9-12)For my yoke is easy, and my burden is light.Jesus (Matthew 11: 38)Jack (...)  set aside an hour and a half each day for this. He’d spend the first 40 minutes or so relaxing and clearing his mind. Then he visualized a fox (he liked foxes). After four weeks, he started to feel the fox’s presence, and to have feelings he thought were the fox’s.(...) For a while he was intensely involved with her, and said it felt more wonderful than falling in love with a girl. Then he stopped spending all that time meditating — and the fox went away. It turned out she was fragile. (...) The mere fact that people like Jack find it intuitively possible to have invisible companions who talk back to them supports the claim that the idea of an invisible agent is basic to our psyche. But Jack’s story also makes it clear that experiencing an invisible companion as truly present — especially as an adult — takes work: constant concentration, a state that resembles prayer.It may seem paradoxical, but this very difficulty may be why evangelical churches emphasize a personal, intimate God. While the idea of God may be intuitively plausible — just as there are no atheists in foxholes, there are atheists who have prayed for parking spots — belief can be brittle. Indeed, churches that rely on a relatively impersonal God (like mainstream Protestant denominations) have seen their congregations dwindle over the last 50 years. To experience God as walking by your side, in conversation with you, is hard. Evangelical pastors often preach as if they are teaching people how to keep God constantly in mind, because it is so easy not to pray, to let God’s presence slip away. But when it works, people experience God as alive.Secular liberals sometimes take evolutionary psychology to mean that believing in God is the lazy option. But many churchgoers will tell you that keeping God real is what’s hard. http://www.nytimes.com/2013/10/15/opinion/luhrmann-conjuring-up-our-own-gods.html?_r=0The essence of this mechanism — called the mirror mechanism — is the following: each time an individual observes another individual performing an action, a set of neurons that encode that action is activated in the observer’s cortical motor system. The mirrormechanism was originally discovered in the ventral premotor cortex of the macaque monkey ... Single-neuron recordings showed that this area contains neurons — mirror neurons — that discharge both when a monkey executes a specific motor act and when it observes another individual performing the same motor act. Mirror neurons do not fire in response to a simple presentation of objects, including food. Most of them do not respond or respond only weakly to the observation of the experimenter performing a motor act (for example, grasping) without a target object.There is convincing evidence that an action observation–action execution mirror circuit also exists in humans. This evidence comes from brain imaging, transcranial magnetic stimulation (TMS), electroencephalography (eeG) and magnetoencephalography (MeG) studies. The crucial issue concerning the parieto-frontal mirror neurons is their role in cognition. If this mirror mechanism is fundamental to understanding actions and intentions, the classical view — that the motor system has a role only in movement generation — has to be rejected and replaced by the view that the motor system is also one of the major players in cognitive functions. Further evidence of goal encoding by the parieto-frontal mirror circuit was obtained in an fMRI experiment in which two aplasic individuals, born without arms and hands, and control volunteers were asked to watch video clips showing hand actions. All participants also performed actions with their feet, mouth and, in the case of controls, hands. The results showed that the parieto-frontal mirror circuit of aplasic individuals that was active during movements of the feet and mouth was also recruited by the observation of hand motor acts that they have never executed but the motor goals of which they could achieve using their feet or mouth. The issue of whether the human parieto-frontal mirror network encodes motor goals was also addressed by fMRI and TMS studies investigating the activation of motor areas in subjects listening to action-related sounds. Hearing and categorizing animal vocalizations preferentially activated the middle portion of the superior temporal gyri bilaterally (a region that is not related to motor act coding), whereas hearing and categorizing sounds of tools that were manipulated by hands activated the parieto-frontal mirror circuit. Similarly, it was shown that listening to the sound of hand and mouth motor acts activated the parieto-frontal mirror network. This activation was somatotopically organized in the left premotor cortex and was congruent with the motor somatotopy of hand and mouth actions.In support of this view, two studies showed that the meaning of the motor acts of other individuals could be understood in the absence of visual information describing them. In one study, monkeys heard the sounds of a motor act (such as ripping a piece of paper) without seeing it; in the other study, the monkeys knew that behind a screen was an object and saw the experimenter’s hand disappear behind the screen, but they could not see any hand–object interaction. The results showed that in both experiments F5 mirror neurons in the monkeys fired in the absence of visual information describing the motor act of the experimenter. The neuronal activation therefore underpinned the comprehension of the goal of the motor act of the other individual, regardless of the sensory information that described that motor action.There is no doubt that, in some cases, understanding the motor behaviour of others might require a mechanism different from mirroring. A typical example is the capacity of humans to recognize the actions of animals that do not belong to the human motor repertoire and cannot be captured by a motor generalization. The evidence for a non-mirror mechanism in action recognition was provided by an fMRI study in which volunteers were presented with video clips showing motor acts that did or did not belong to the human motor repertoire. Although all volunteers recognized the observed motor acts regardless of whether or not they belonged to their own motor repertoire, no activation of parieto-frontal mirror areas was found in response to acts that did not belong to their motor repertoire (for example, a dog barking). The areas that became active in such cases were occipital visual and STS areas. By contrast, the sight of motor acts that were within the motor repertoire of the observer (for example, a dog biting) recruited the parieto-frontal mirror network.Finally, there is evidence that the mirror mechanism, possibly located in this case in the fronto-mesial areas, also has a role in setting up an anticipatory representation of the motor behaviour of another individual. It has been shown that the ‘Bereitschaftspotential’, an electrophysiological marker of the readiness to act, occurs not only when an individual actively performs a motor act, but also when the nature and the onset time of an upcoming action performed by another individual is predictable on the basis of a visual cue.Such motor-based understanding seems to be a primary way in which individuals relate to one another, as shown by its presence not only in humans and monkeys, but also in evolutionarily distant species, such as swamp sparrows and zebra finches.Saxophone playing has been used as an example to show that the mirror view of action understanding is “untenable”: no motor competence is required to understand that someone is playing a saxophone. This is true, but such competence leads to a different understanding of saxophone playing. The non-motor-based understanding implies a mere semantic knowledge of what a saxophone is for, whereas the motor experience allows an individual to understand what saxophone playing really means — that is, it provides a musical knowledge ‘from the inside’Furthermore, this mechanism indicates the existence of a profound natural link between individuals that is crucial for establishing inter-individual interactions. Finally, preliminary evidence suggests that the impairment of this natural link may be one of the causes of the striking inability of people with autism to relate to other individuals.http://www.cogsci.ucsd.edu/~pineda/COGS260Mirroring/readings/Rizzolatti_NatureRevNeurosci10.pdfhttp://www.ted.com/talks/vs_ramachandran_the_neurons_that_shaped_civilization.htmlhttps://jcdurbant.wordpress.com/2013/07/18/mimetisme-qui-sassemble-se-ressemble-what-if-it-was-flocks-that-made-birds-of-a-feather/Photo : HOW MUCH MORE YOUR FATHER IN HEAVEN (Shabbat Shalom to all !) If ye then, being evil, know how to give good gifts unto your children, how much more shall your Father which is in heaven give good things to them that ask him?Jesus (Matthew 7: 11)Samuel (Joshua Reynolds, 1776)Photo : TRAIN UP A CHILD IN THE WAY HE SHOULD GO (the costs of dumbing down our children's meals but also of trusting your man too much with the food shopping - even the French know that !)Train up a child in the way he should go: and when he is old, he will not depart from it.Proverbs 22: 6Honour thy father and thy mother: that thy days may be long upon the land which the Lord thy God giveth thee.Exodus 20: 12'If children were eating what their parents eat - and, like the French, eating round the table - then we wouldn't have the iron deficiency problem we have. If they sat together there are less chances of the kids manipulating the parent over food.'It may be tempting for tired, pressurised parents to resort to the easier option - to avoid the time it takes to sit with a child and develop healthy eating habits.'But research has shown the nutritional intake and growth rate of children between the ages of 2 and 12 can have a profound influence on their susceptibility to obesity and chronic diseases in later years.'The food you feed your children now does not only influence their weight and health in the short-term, it can adversely affect their health in the future.' Dr Colin Michie (chair of the Royal College of Paediatrics and Child Health's nutrition committee)Getting fathers to do the food shopping pushes the budget up by hundreds of pounds a year. On average, men who do the food shopping spend an extra £235 a year, or £1,175 every five years, largely because they tend not to plan meals before they set out and so are more susceptible to impulse buys.http://www.dailymail.co.uk/news/article-2319770/Healthiest-children-eat-parents.html#ixzz2SRFgcPcnComme le Père m’a aimé, je vous ai aussi aimés. (…) Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. Jésus (Matthieu 15: 9-12)
Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un, et aimera l’autre; ou il s’attachera à l’un, et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon. Jésus (Matthieu 6: 24)
Car mon joug est doux, et mon fardeau léger. Jesus (Matthieu 11: 38)
The moment I wake up before i put on my make up I say a little prayer for you … I run for the bus dear, while riding I think of us dear I say a little prayer for you … At work I just take time and all through my coffee break time I say a little prayer for you … Aretha Franklin
But it’s so hard loving you … The Beatles
It may be the devil or it may be the Lord but you’re gonna have to serve somebody. Bob Dylan
Jack (…)  set aside an hour and a half each day for this. He’d spend the first 40 minutes or so relaxing and clearing his mind. Then he visualized a fox (he liked foxes). After four weeks, he started to feel the fox’s presence, and to have feelings he thought were the fox’s.(…) For a while he was intensely involved with her, and said it felt more wonderful than falling in love with a girl. Then he stopped spending all that time meditating — and the fox went away. It turned out she was fragile. (…) The mere fact that people like Jack find it intuitively possible to have invisible companions who talk back to them supports the claim that the idea of an invisible agent is basic to our psyche. But Jack’s story also makes it clear that experiencing an invisible companion as truly present — especially as an adult — takes work: constant concentration, a state that resembles prayer. It may seem paradoxical, but this very difficulty may be why evangelical churches emphasize a personal, intimate God. While the idea of God may be intuitively plausible — just as there are no atheists in foxholes, there are atheists who have prayed for parking spots — belief can be brittle. Indeed, churches that rely on a relatively impersonal God (like mainstream Protestant denominations) have seen their congregations dwindle over the last 50 years. To experience God as walking by your side, in conversation with you, is hard. Evangelical pastors often preach as if they are teaching people how to keep God constantly in mind, because it is so easy not to pray, to let God’s presence slip away. But when it works, people experience God as alive. Secular liberals sometimes take evolutionary psychology to mean that believing in God is the lazy option. But many churchgoers will tell you that keeping God real is what’s hard. T. M. Luhrmann
The essence of this mechanism — called the mirror mechanism — is the following: each time an individual observes another individual performing an action, a set of neurons that encode that action is activated in the observer’s cortical motor system. (…) The mirrormechanism was originally discovered in the ventral premotor cortex of the macaque monkey … Single-neuron recordings showed that this area contains neurons — mirror neurons — that discharge both when a monkey executes a specific motor act and when it observes another individual performing the same motor act. Mirror neurons do not fire in response to a simple presentation of objects, including food. Most of them do not respond or respond only weakly to the observation of the experimenter performing a motor act (for example, grasping) without a target object. (…) There is convincing evidence that an action observation–action execution mirror circuit also exists in humans. This evidence comes from brain imaging, transcranial magnetic stimulation (TMS), electroencephalography (eeG) and magnetoencephalography (MeG) studies. (…) The crucial issue concerning the parieto-frontal mirror neurons is their role in cognition. If this mirror mechanism is fundamental to understanding actions and intentions, the classical view — that the motor system has a role only in movement generation — has to be rejected and replaced by the view that the motor system is also one of the major players in cognitive functions. (…) Further evidence of goal encoding by the parieto-frontal mirror circuit was obtained in an fMRI experiment in which two aplasic individuals, born without arms and hands, and control volunteers were asked to watch video clips showing hand actions. All participants also performed actions with their feet, mouth and, in the case of controls, hands. The results showed that the parieto-frontal mirror circuit of aplasic individuals that was active during movements of the feet and mouth was also recruited by the observation of hand motor acts that they have never executed but the motor goals of which they could achieve using their feet or mouth. The issue of whether the human parieto-frontal mirror network encodes motor goals was also addressed by fMRI and TMS studies investigating the activation of motor areas in subjects listening to action-related sounds. Hearing and categorizing animal vocalizations preferentially activated the middle portion of the superior temporal gyri bilaterally (a region that is not related to motor act coding), whereas hearing and categorizing sounds of tools that were manipulated by hands activated the parieto-frontal mirror circuit. Similarly, it was shown that listening to the sound of hand and mouth motor acts activated the parieto-frontal mirror network. This activation was somatotopically organized in the left premotor cortex and was congruent with the motor somatotopy of hand and mouth actions. (…) In support of this view, two studies showed that the meaning of the motor acts of other individuals could be understood in the absence of visual information describing them. In one study, monkeys heard the sounds of a motor act (such as ripping a piece of paper) without seeing it; in the other study, the monkeys knew that behind a screen was an object and saw the experimenter’s hand disappear behind the screen, but they could not see any hand–object interaction. The results showed that in both experiments F5 mirror neurons in the monkeys fired in the absence of visual information describing the motor act of the experimenter. The neuronal activation therefore underpinned the comprehension of the goal of the motor act of the other individual, regardless of the sensory information that described that motor action. (…) There is no doubt that, in some cases, understanding the motor behaviour of others might require a mechanism different from mirroring. A typical example is the capacity of humans to recognize the actions of animals that do not belong to the human motor repertoire and cannot be captured by a motor generalization. The evidence for a non-mirror mechanism in action recognition was provided by an fMRI study in which volunteers were presented with video clips showing motor acts that did or did not belong to the human motor repertoire. Although all volunteers recognized the observed motor acts regardless of whether or not they belonged to their own motor repertoire, no activation of parieto-frontal mirror areas was found in response to acts that did not belong to their motor repertoire (for example, a dog barking). The areas that became active in such cases were occipital visual and STS areas. By contrast, the sight of motor acts that were within the motor repertoire of the observer (for example, a dog biting) recruited the parieto-frontal mirror network. (…) Finally, there is evidence that the mirror mechanism, possibly located in this case in the fronto-mesial areas, also has a role in setting up an anticipatory representation of the motor behaviour of another individual. It has been shown that the ‘Bereitschaftspotential’, an electrophysiological marker of the readiness to act, occurs not only when an individual actively performs a motor act, but also when the nature and the onset time of an upcoming action performed by another individual is predictable on the basis of a visual cue. (…) Such motor-based understanding seems to be a primary way in which individuals relate to one another, as shown by its presence not only in humans and monkeys, but also in evolutionarily distant species, such as swamp sparrows and zebra finches. (…) Saxophone playing has been used as an example to show that the mirror view of action understanding is “untenable”: no motor competence is required to understand that someone is playing a saxophone. This is true, but such competence leads to a different understanding of saxophone playing. The non-motor-based understanding implies a mere semantic knowledge of what a saxophone is for, whereas the motor experience allows an individual to understand what saxophone playing really means — that is, it provides a musical knowledge ‘from the inside’ (…) Furthermore, this mechanism indicates the existence of a profound natural link between individuals that is crucial for establishing inter-individual interactions. Finally, preliminary evidence suggests that the impairment of this natural link may be one of the causes of the striking inability of people with autism to relate to other individuals.  Giacomo Rizzolatti and Corrado Sinigaglia

A l’heure où nos savants font la fine bouche (mais c’est aussi leur boulot et comme ça que la science avance) devant l’une des découvertes peut-être les plus révolutionnaires du siècle …

A savoir celle des neurones miroirs

Sans lesquels, des primates aux humains mais aussi aux oiseaux,  tant l’apprentissage que l’emphatie ne seraient possibles …

Comment ne pas voir avec ce récent article de l’anthropologue de Stanford T.M. Luhrman et le cas particulier de la religion …

L’importance, comme pour l’amour (voir Aretha Franklin) et comme le Christ lui-même l’a montré, de l’imitation active …

Pour initier une relation avec Dieu …

Mais, aussi et surtout comme par exemple la brillante mais brève période born again d’un chanteur comme Bob Dylan l’a si spectaculairement montré …

Pour l’entretenir et la maintenir …

Conjuring Up Our Own Gods

T. M. Luhrmann

The New York Times

October 14, 2013

BIG SUR, Calif. — “AMERICANS are obsessed with the supernatural,” Jeffrey J. Kripal, a scholar of religion, told me here at Esalen, an institute dedicated to the idea that “we are all capable of the extraordinary.”

Surveys support this. In 2011, an Associated Press poll found that 8 in 10 Americans believed in angels — even 4 in 10 people who never went to church. In 2009 the Pew Research Center reported that 1 in 5 Americans experienced ghosts and 1 in 7 had consulted a psychic. In 2005, Gallup found that 3 out of 4 Americans believed in something paranormal, and that 4 in 10 said that houses could be haunted.

One interpretation of these data is that belief in the supernatural is hard-wired. Scholars like the anthropologist Pascal Boyer, author of “Religion Explained: The Evolutionary Origin of Religious Thought,” and the psychologist Justin L. Barrett, author of “Why Would Anyone Believe in God?” argue that the fear that one would be eaten by a lion, or killed by a man who wanted your stuff, shaped the way our minds evolved. Our hunter-gatherer ancestors were more likely to survive if they interpreted ambiguous noise as the sound of a predator. Most of the time it was the wind, of course, but if there really was danger, the people who worried about it were more likely to live.

That inclination to search for an agent has evolved into an intuition that an invisible agent, or god, may be there. (You can argue this theory from different theological positions. Mr. Boyer is an atheist, and treats religion as a mistake. Mr. Barrett is an evangelical Christian, who thinks that God’s hand steered evolution.)

However, intuitive plausibility is one thing, and measured, sober faith is another. These are the two kinds of thinking that the Nobel laureate Daniel Kahneman, author of “Thinking, Fast and Slow,” calls “system one” (quick intuitions) and “system two” ( deliberative judgment). When we’re scared in the dark, we populate the world with ghosts. When we consider in full daylight whether the ghosts were real — ah, that is another matter.

Consider how some people attempt to make what can only be imagined feel real. They do this by trying to create thought-forms, or imagined creatures, called tulpas. Their human creators are trying to imagine so vividly that the tulpas start to seem as if they can speak and act on their own. The term entered Western literature in 1929, through the explorer Alexandra David-Néel’s “Magic and Mystery in Tibet.” She wrote that Tibetan monks created tulpas as a spiritual discipline during intense meditation. The Internet has been a boon for tulpa practice, with dozens of sites with instructions on creating one.

Jack, a young man I interviewed, decided to make a tulpa when he was in college. He set aside an hour and a half each day for this. He’d spend the first 40 minutes or so relaxing and clearing his mind. Then he visualized a fox (he liked foxes). After four weeks, he started to feel the fox’s presence, and to have feelings he thought were the fox’s.

Finally, after a chemistry exam, he felt that she spoke to him. “I heard, clear as day, ‘Well, how did you do?’ ” he recalled. For a while he was intensely involved with her, and said it felt more wonderful than falling in love with a girl.

Then he stopped spending all that time meditating — and the fox went away. It turned out she was fragile. He says she comes back, sometimes unexpectedly, when he practices. She calms him down.

The mere fact that people like Jack find it intuitively possible to have invisible companions who talk back to them supports the claim that the idea of an invisible agent is basic to our psyche. But Jack’s story also makes it clear that experiencing an invisible companion as truly present — especially as an adult — takes work: constant concentration, a state that resembles prayer.

It may seem paradoxical, but this very difficulty may be why evangelical churches emphasize a personal, intimate God. While the idea of God may be intuitively plausible — just as there are no atheists in foxholes, there are atheists who have prayed for parking spots — belief can be brittle. Indeed, churches that rely on a relatively impersonal God (like mainstream Protestant denominations) have seen their congregations dwindle over the last 50 years.

To experience God as walking by your side, in conversation with you, is hard. Evangelical pastors often preach as if they are teaching people how to keep God constantly in mind, because it is so easy not to pray, to let God’s presence slip away. But when it works, people experience God as alive.

Secular liberals sometimes take evolutionary psychology to mean that believing in God is the lazy option. But many churchgoers will tell you that keeping God real is what’s hard.

T. M. Luhrmann, an anthropologist at Stanford, is a contributing opinion writer.

Voir aussi:

What’s So Special about Mirror Neurons?

Ben Thomas

Scientific American

November 6, 2012

In the early 1990s, a team of neuroscientists at the University of Parma made a surprising discovery: Certain groups of neurons in the brains of macaque monkeys fired not only when a monkey performed an action – grabbing an apple out of a box, for instance – but also when the monkey watched someone else performing that action; and even when the monkey heard someone performing the action in another room.

In short, even though these “mirror neurons” were part of the brain’s motor system, they seemed to be correlated not with specific movements, but with specific goals.

Over the next few decades, this “action understanding” theory of mirror neurons blossomed into a wide range of promising speculations. Since most of us think of goals as more abstract than movements, mirror neurons confront us with the distinct possibility that those everyday categories may be missing crucial pieces of the puzzle – thus, some scientists propose that mirror neurons might be involved in feelings of empathy, while others think these cells may play central roles in human abilities like speech.

Some doctors even say they’ve discovered new treatments for mental disorders by reexamining diseases through the mirror neuron lens. For instance, UCLA’s Marco Iacoboni and others have put forth what Iacoboni called the “broken mirror hypothesis” of autism – the idea that malfunctioning mirror neurons are likely responsible for the lack of empathy and theory of mind found in severely autistic people.

Ever since these theories’ earliest days, though, sharp criticism has descended on the claims they make. If it turns out that mirror neurons play only auxiliary roles – and not central ones – in action understanding, as many opponents of these claims contend, we may be looking in entirely the wrong place for causes of autism and speech disorders. We could be ignoring potential cures by focusing on a hypothesis that’s grown too popular for its own good.

And through it all, the mirror neuron field continues to attract new inquisitive minds. September 2012 marked the first-ever Mirror Neurons: New Frontiers Summit in Erice, Sicily, where researchers championing all sides of the debate gathered to share their findings and hash out their differences.

In the wake of the Summit, I caught up with some of the world’s top mirror neuron experts, and asked them to bring me up to date on their latest findings, debates, and discussions. Their insights paint a more subtle, nuanced picture of mirror neurons’ role than anyone originally suspected.

Can mirror neurons understand?

There’s something strange about the range of actions mirror neurons respond to. They don’t respond to pantomimes, or to meaningless gestures, or to random animal sounds. They seem specially tuned to respond to actions with clear goals – whether those actions are perceived through sight, sound, or any other sensory pathway.

This realization led the discoverers of mirror neurons to put forth what they call the “action understanding” hypothesis – that mirror neurons are the neural basis for our ability to understand others’ actions. On this hypothesis rests a kingdom: If it’s true, Iacoboni may be right that we can treat autism and speech disorders by repairing the human mirror neuron system. But this kingdom’s borders have fallen under relentless attack since its very earliest days.

One of the first scientists to question the “action understanding” hypothesis was UC Irvine’s Greg Hickok. Though Hickok doesn’t dispute the existence of mirror neurons, he’s highly skeptical about their supposed central role in empathy, speech, autism and understanding – and he’s spent the past 10 years publishing research regarding those doubts.

The question of whether mirror neurons allow us to understand movement gestures, Hickok explains, is only one of the “action understanding” school’s unsupported claims – researchers who argue for a mirror neuron-centric model of speech comprehension also bear the burden of proving their claim that the motor system is involved in representing the meaning of action-related language.

What the “action understanding” school originally claimed, Hickok says, was that mirror neurons provide the neural mechanism for attaching meanings to motor actions – but in recent years, many of those same researchers have been leaning away from that claim, and toward the contention that mirror neurons themselves actually encode the meanings of actions. And both of these claims, according to Hickok, remain unsupported by hard evidence.

“Iacoboni and the other ‘action understanding’ supporters are conflating two logically independent questions,” Hickok explains. “Their original claim was that mirror neurons provide the mechanism for attaching meaning to actions like hand and speech gestures. But the second question – which they conflate with the first – is whether the meanings of actions are coded in motor systems.” In other words, before we can say for sure whether mirror neurons are necessary for understanding others’ actions, we first need to establish whether these neurons associate actions with their meanings, code the meanings themselves, or neither.

“It could be that mirror neurons facilitate your understanding a reaching movement,” Hickok adds, “but don’t themselves represent the semantics of the concept ‘reach’ generally.” In short, even if mirror neurons do enable your brain to access the concept ‘reach,’ that doesn’t mean they themselves are the neurons that encode that concept.

Over the years, Hickok has led several dozen studies that find dissociations between motor control and conceptual understanding. If he’s right, and mirror neurons help code movements but not semantic concepts of them, researchers may be looking for the causes of autism and speech disorders in areas that merely reflect, rather than produce, the symptoms – like picking trash out of a creek while ignoring the garbage dump upstream.

Take patients with Broca’s aphasia, for instance. These patients, who’ve suffered severe damage to the motor areas of their brain’s left hemisphere, have major trouble joining words into coherent phrases. Ask a person with Broca’s aphasia about the last time he visited the hospital, and he’ll say something like, “hospital… and ah… Wednesday… Wednesday, nine o’clock… and oh… Thursday… ten o’clock, ah doctors.” Even so, a patient with Broca’s aphasia can still understand sentences he hears others say. “If the neural system supporting speech production were critical to speech recognition,” Hickok says, “Broca’s aphasia should not exist.”

To use a more familiar example, babies – and, arguably, even dogs – clearly understand the meanings of many words without having the motor ability to say them. By the same token, we can understand the meaning of a verb like “echolocate” without having any understanding of how to perform it.

Thus, Hickok says, “hearing the word ‘kiss’ activates motor lip systems not because you need lips to understand the action,” but because your previous experiences with the word “kiss” are associated with movements involved in kissing. Mirror neurons, then, don’t encode the meaning of the word “kiss” itself; they simply happen to fall downstream of that understanding in your brain’s river of associations.

What all this implies, Hickok says, is that “action understanding is clearly not a function of the motor system.” If we want to find the neural correlates of understanding itself, Hickok suggests, we should concentrate our search upstream from the motor cortex, in brain regions like the superior temporal sulcus (STS), which plays a central role in our ability to associate objects with goals – to decide, in other words, what an action or object is “for.”

Not everyone’s thrilled by this line of argument, though. “When one looks at the data,” Iacoboni says, “true examples of dissociation between action understanding and action production are very rare.” Action understanding doesn’t always require motor-cortex activity, he agrees; but in many instances, mirror neurons do indeed appear to be crucial for it.

For example, patients with damaged motor cortices seem to have trouble placing photos of people’s actions in chronological order – though they have no trouble ordering photos of, say, a falling ball. Cases like these, Iacoboni says, argue strongly for mirror neurons’ importance in understanding the intentions of other people’s actions. This means, he says, that the concepts of “action” and “understanding” need to be integrated into a single model of mirror neuron function – not picked further apart.

But action execution and action understanding fall apart naturally, Hickok contends. “This is evident in the fact that the inability to produce speech following brain damage or in developmental speech disorders, for example, does not cause speech recognition deficits. It is also plainly evident in the fact that we can understand actions that we can’t perform, such as fly, slither, or coil.”

As you may have noticed by now, a specter that’s even harder to pin down lurks throughout this whole debate: We have no empirical rubric for action understanding; no experiment that can tell us for sure whether it’s happening – because there’s no real agreement about what exactly “understanding” is. It’s a weirdly recursive question: Understanding implies meaning; and so far, neither Hickok nor his opponents have been able to pin down what “meaning” means in neurological terms. “The fact is, we don’t know exactly how semantic understanding is achieved neurally,” Hickok says. “I certainly don’t know.”

Does association mean understanding?

It doesn’t always take a brand-new discovery to shake up an old debate – sometimes what’s needed is a new way of seeing the data. In the mirror neuron debate, that fresh approach comes courtesy of Cecilia Heyes, a professor of psychology at Oxford’s All Souls College. At the 2012 New Frontiers Summit, Heyes presented her case for an altogether different approach to studying mirror neuron function. The really important question, she says, isn’t whether mirror neurons encode understanding, but whether they qualify as a special class of neuron at all.

Mirror neurons, in Heyes’ view, aren’t evolved specifically “for” understanding, imitation, or any other purpose – rather, they’re simply ordinary motor-cortex neurons that happen to take on special roles as we learn to associate motor actions with sounds, feelings, goals and so on. “Special-purpose mechanisms can be forged by evolution or by learning,” Heyes says – and if we can figure out what makes certain neurons, but not others, take on mirror properties in the first place, we’ll be in a much better position to examine what they’re up to.

As for the question of whether mirror neurons “do” meaning, association, or both, Heyes thinks it may boil down to how we choose to define “meaning” and “understanding.” “I don’t think it’s right to contrast meaning and association,” she says. “In principle, mirror neurons could be a product of associative learning and help us to understand the meaning of actions.” But before we can find that out with a lab experiment, she adds, supporters and defenders of the “action understanding” hypothesis will need to explain what exactly it is that they’re claiming or denying, so we know what we’re looking for.

Hickok, for his part, says Heyes’ hypothesis actually supports his argument that mirror neurons don’t constitute the basis of action understanding – after all, he explains, if mirror neurons associate incoming stimuli with motor responses, why does the concept of “understanding” need to enter the picture at all? “The mirror neuron system links sensory stimuli to the motor system for the control of action,” he says. “It’s a system that acts reflexively and adaptively.” So as far as describing mirror neurons’ function in terms of sensory-motor association, Hickok says, Heyes is right on the money.

While Iacoboni also agrees that Heyes’ hypothesis is reasonable, he cautions that mirror neurons are still a special kind of associative cell: One that’s specialized for action-oriented associations. “Why should mirror neurons respond to specific actions,” Iacobini asks, “if they’re just learning visuomotor associations?” Why, in other words, do they respond not to just any action-related stimulus, but only to actions that have goals?

And it’s on this question of goal-orientedness – and what it implies about the human mind – that the views of Hickok, Heyes, and the Parma school all diverge once again.

Does empathy depend on mirror neurons?

No matter whose side of the debate you’re on, Vittorio Gallese cuts an imposing figure. One of the original discoverers of macaque mirror neurons – and a father of the “action understanding” theory – Gallese has spent the past three decades vigorously defending the centrality of mirror neurons in our ability to know what others’ actions are “for.”

“The data strongly suggest that mirror neurons map between an observer’s goals and the acting animal’s motor goals,” Gallese says. These neurons fire in relation to the goal of grasping, he explains, whether it’s performed by a hand, a pincer, or another tool; whether it’s performed by oneself or another individual; whether the other’s movement is seen or merely heard. The only common factor in all these events, Gallese says, is the goal they aim to achieve.

Gallese actually agrees with Hickok that understanding can take place without mirror neuron activation. However, he notes, “only through the activation of mirror neurons can we grasp the meaning of others’ behavior from within.” In other words, mirror neurons enable us to understand other people’s actions in terms of our own movements and goals – to empathize with them.

Hickok will have none of it. Gallese, he says, is trying to quietly slip out of his original hypothesis that mirror neurons associate meanings with actions, and into a more evasive “claim that they allow ‘understanding from the inside,’ whatever that means.”

Gallese has an answer at the ready: If not in mirror neurons, then where else should we look for action understanding? Surely not in the STS, as Hickok advocates. “Evidence demonstrates that only the motor system – not the STS – can generalize a motor goal independently from the effector accomplishing it,” Gallese says: When it comes to directly mapping others’ motor goals against our own, mirror neurons are still the only serious contenders in town. That kind of perceptual mapping, says Gallese, is what he means by “understanding from the inside.” More work is necessary, he acknowledges, to establish the exact nature of this kind of understanding – but nevertheless, its dependence on mirror neurons is clear.

Iacoboni is somewhat less sanguine. “Admittedly, it is very difficult to obtain empirical evidence that unequivocally proves this hypothesis,” he says – though he’s quick to add that “both imaging and neurological evidence are compellingly consistent with it.” The evidence is also consistent, he adds, with the idea that mirror neuron function is significantly altered in people on the autism spectrum of disorders (ASD) – implying a correlation between autism and “broken” mirror neurons.

That may be so, Heyes interjects – but ASD is too complex a range of disorders to lay at the feet of a single malfunctioning neuron system. “Iacoboni doesn’t ask,” she says, “whether atypical mirror mechanism activity generates – rather than merely accompanies – autism spectrum disorders.” If, as Hickok contends, mirror neurons lie far downstream in the process of action understanding, this abnormal mirror-neuron activation may simply be another symptom of autism, rather than its cause.

Gallese agrees – partially. “It is very unlikely that autism can be simply equated to a mere malfunctioning of the mirror neuron mechanism,” he says – but nevertheless, “many of the social cognitive impairments manifested by ASD individuals might be rooted in their incapacity to organize and directly grasp the intrinsic goal-related organization of motor behavior.” Mirror neurons map others’ motor goals to our own; autistic individuals have trouble grasping others’ goals; therefore, Gallese argues, some kind of correlation clearly exists.

But there’s an even more serious problem with this line of reasoning, says Morton Ann Gernsbacher, a prominent autism researcher at the University of Wisconsin-Madison. “It has been repeatedly demonstrated,” Gernsbacher says, “that autistic persons of all ages have no difficulty understanding the intention of other people’s actions.” Not only that – decades of research have also shown that autistic people can perform imitation tasks as well as or better than non-autistic participants, and that they can be highly responsive to imitation by others.

And so, once again, we come back to the question of what kind of understanding it is that we’re talking about here: Can people with autism really be said to “understand” an action they can’t readily imitate it? Gernsbacher says that, obviously, the answer’s yes. Gallese would argue that this isn’t “understanding from the inside,” but a more abstract kind.

Iacoboni, as usual, takes a more integrative view: “Current theories of empathy suggest a multilayer functional structure, with a core layer of automatic responses to reproduce the affective states of others. Mirror neurons are likely cellular candidates for the core layer of empathy.” And it’s that core layer of empathy, Iacobini says, that likely lies at the root of true action understanding.

In the final analysis, the one conclusion that’s emerged loud and clear from all these debates is that mirror neurons aren’t the end-all of understanding, empathy, autism, or any other brain function. The closer we examine the parts these neurons play, the more we find ourselves peering between the cracks of these mental processes – watching them unravel into threads that run throughout the brain. It may very well turn out that “meaning” and “understanding” aren’t single processes at all, but tangled webs of processes involving motor emulation, abstract cognition, and other emotional and instinctual components whose roles we’re only beginning to guess.

After decades of research, these strange cells continue to astound and confound us – not only with their unique abilities, but with the hidden complexity to which they may provide a key. But, as so often happens in neuroscience, we may end up having to pick the lock before we understand exactly how the key fits into it.

About the Author: Ben Thomas is an author, journalist, inventor and independent researcher who studies consciousness and the brain. A lifelong lover of all things mysterious and unexplained, he weaves tales from the frontiers of science into videos, podcasts and unique multimedia events. Lots more of his work is available at http://the-connectome.com. Follow on Twitter @theconnectome.

Voir également:

The functional role of the parieto-frontal mirror circuit: interpretations and misinterpretations

Giacomo Rizzolatti*and Corrado Sinigaglia

Abstract

The parieto-frontal cortical circuit that is active during action observation is the circuit with mirror properties that has been most extensively studied. Yet, there remains controversy on its role in social cognition and its contribution to understanding the actions and intentions of other individuals. Recent studies in monkeys and humans have shed light on what the parieto-frontal cortical circuit encodes and its possible functional relevance for cognition. We conclude that, although there are several mechanisms through which one can understand the behaviour of other individuals, the parieto-frontal mechanism is the only one that allows an individual to understand the action of others ‘from the inside’ and gives the observer a first-person grasp of the motor goals and intentions of other individuals.

One of the most intriguing and exciting developments in neuroscience in recent years has been the discovery of a mechanism that unifies action perception and action execution 1–3 . The essence of this mechanism — called the mirror mechanism — is the following: each time an individual observes another individual performing an action, a set of neurons that encode that action is activated in the observer’s cortical motor system. The mirror mechanism is present in many cortical areas and brain centres of birds, monkeys and humans. The basic functions of these areas and centres vary con – siderably, from song production to the organization of goal-directed motor acts , to emotional processes. Thus, like other basic mechanisms (for example, excitatory postsynaptic potentials), the functional role of the mir – ror mechanism depends on its anatomical location, with its function ranging from recognition of the song of conspecifics in birds 4,5 to empathy in humans 6 . The aim of this article is not to review the vast literature on the mirror mechanism, but to focus on one spe – cific circuit endowed with mirror properties: the parieto- frontal action observation–action execution circuit. The reason for this choice is twofold. First, the proposed interpretation of the function of the parieto-frontal circuit as a mechanism that enables individuals to under – stand the actions and intentions of others ( mirror-based action understanding ) represented a paradigm shift in the classical view that these cognitive functions depend on higher-level mental processes. Second, mostly as a reaction to this new perspective, there have been attempts to interpret the functions of the action observation–action execution circuit in a way that minimizes or even denies its role in cognition. For these reasons, a review of the data on the mirror mechanism in the action observation–action execution network seems timely and necessary. In this Review, we examine first what the parieto-frontal action observation–action execution circuit encodes in monkeys and humans and then discuss its possible func – tional relevance for cognition. After examining different views on these issues, we conclude that the parieto-fron – tal mechanism allows an individual to understand the actions of another individual ‘from the inside’ and gives the observing individual a first-person grasp of the motor goals and intentions of another individual. The parieto-frontal mirror network The monkey parieto-frontal network. The mirror mechanism was originally discovered in the ventral premotor cortex of the macaque monkey (area F5) 1–3 . Single-neuron recordings showed that this area contains neurons — mirror neurons — that discharge both when a monkey executes a specific motor act and when it observes another individual performing the same motor act. Mirror neurons do not fire in response to a simple presentation of objects, including food. Most of them do not respond or respond only weakly to the observation of the experimenter performing a motor act (for example, grasping) without a target object 7 . Area F5 has recently been divided into three sectors: F5c, F5p and F5a 8–9 (FIG. 1) . Mirror neurons were originally recorded in the cortical convexity that corre – sponds to F5c 1–3 . However, functional MRI (fMRI) data showed that the other two areas also respond to observing a grasping action 8 . Mirror neurons are also present in the rostral part of the inferior parietal lobule (I pl ), particularly in area p FG 10 – 12 and the anterior intraparietal area (AI p ) 9,13 (FIG. 1) . Both these areas are heavily connected with F5: p FG mostly with F5c, and the AI p with F5a 14 . Both area p FG and the AI p receive higher-order visual infor – mation from the cortex located inside the superior temporal sulcus (STS) 13 – 14 . STS areas, like mirror areas, encode bio – logical motion, but they lack motor properties. They are therefore not part of the mirror system in a strict sense. The AI p also receives connections from the middle temporal gyrus 15 . This input could provide the mirror areas with information concerning object identity. Finally, area F5 is connected with area F6 — the pre- supplementary motor area (pre-SMA) — and with the prefrontal cortex (area 46) 16 . The prefrontal cortex is also richly connected with the AI p 16 . The frontal inputs con – trol the selection of self-generated and stimulus-driven actions according to the intentions of the agent 17 . It was recently shown that, in addition to areas p FG and AI p , two other areas of the parietal lobe contain mirror neurons: the lateral intraparietal area and the ventral intraparietal area. The mirror properties of neurons in these areas are not the focus of this Review but are briefly discussed in BOX 1 . The human parieto-frontal network. There is convinc – ing evidence that an action observation–action execu – tion mirror circuit also exists in humans. This evidence comes from brain imaging, transcranial magnetic stimulation (TMS), electroencephalography ( ee G) and magnetoencephalography (M e G) studies. Brain imaging studies have shown that, as in the mon – key, this action observation–action execution mirror cir – cuit is formed by two main regions: the inferior section of the precentral gyrus plus the posterior part of the inferior frontal gyrus; and the inferior parietal lobule, includ – ing the cortex located inside the intraparietal sulcus 18 . Additional cortical areas (such as the dorsal premotor cor – tex and the superior parietal lobule) have also been occa – sionally found to be active during action observation and execution 19–21 . Although it is possible that their activation is due to a mirror mechanism, it is equally possible that it reflects motor preparation. In support of this interpreta – tion are single-neuron data from monkeys showing that these areas are involved in covert motor preparation 22–23 . As for the superior parietal lobule, although its activation is typically absent in studies in which the experimenters use distal motor acts as visual stimuli, it is prominent when volunteers observe proximal arm movements that are directed to a particular location in space 24 . Single-subject fMRI analyses have recently provided evidence that other cortical areas (for example, the pri – mary and secondary somatosensory cortices and the middle temporal cortex) also become active during action observation and action execution 21 . It has been suggested 21 that these activations outside of the ‘classi – cal’ mirror areas are caused by additional mechanisms (for example, internal models) that are triggered by the mirror mechanism. These activations would enrich the information about the actions of other individuals that the mirror mechanism provides. A tale of two populations. Some authors have recently argued that the activation of the same areas during action observation and action execution is not suffi – cient to prove the existence of the mirror mechanism in humans 25 . Instead, they have suggested that, in humans, motor areas have distinct, segregated populations of vis – ual and motor neurons, the visual neurons discharging during action observation and the motor neurons during action execution. They proposed to use the ‘repetition– suppression’ technique — that is, a technique based on the progressive reduction of a physiological response to repeated stimuli to prove this point 25 . If mirror neurons exist in humans, they should ‘adapt’ when the observa – tion of a motor act is followed by the execution of that motor act, and vice versa . The ‘adaptation’ effects are, in general, difficult to interpret 26 . Adaptation occurs at the synaptic level and should therefore be present only when information repeatedly reaches a neuron through the same or largely common pathways 27 . This input commonality is typically absent when mirror neurons are activated during action observation and execution. During action observation, the input to the parieto-frontal circuit arrives from higher- order visual areas (for example, the STS) 16 whereas, during voluntary movement, it mostly comes from the frontal lobes 17 . The results of adaptation experiments therefore depend on the design of the experimental paradigm and on the stimuli used. These considerations could explain why the results of repetition–suppression experiments have been contradictory. Although some authors found evidence of the mirror mechanism in the parietal 28 or the frontal nodes 29 , others obtained negative results 30–31 . Regardless of the empirical data that may help to define some properties of the parieto-frontal mirror mechanism, the logic of the two-population story is flawed. Assuming that neurons in motor areas respond – ing to action observation are merely visual neurons implies that motor areas contain a large number of ‘dis – placed’ visual neurons and that these neurons do not communicate with their ‘neighbour’ motor neurons. Both these assumptions are hard to reconcile with what is known about the organization of the cerebral cortex. Most importantly, TMS studies have shown a clear con – gruence between the observed motor act and the acti – vated motor representation 32–36 . Thus, if higher-order sensory information describing a motor act reaches motor neurons that encode that same motor act, these motor neurons are mirror neurons by definition. Humans do not differ from monkeys in this respect. What do parieto-frontal mirror neurons encode? Evidence for goal coding in monkeys. The crucial issue concerning the parieto-frontal mirror neurons is their role in cognition. If this mirror mechanism is fundamental to understanding actions and intentions, the classical view — that the motor system has a role only in movement generation — has to be rejected and replaced by the view that the motor system is also one of the major players in cognitive functions. To address this fundamental issue, a preliminary problem must first be solved: what do the parieto-frontal mirror neurons encode when they discharge in response to the observation of the actions of others? A way to solve this problem is to examine what mir – ror neurons encode when they discharge during motor behaviour. w hat is recorded in single-neuron studies during both action execution and observation are action potentials — that is, neuronal output. Thus, having deter – mined what neurons encode during the execution of an agent’s own motor act, one also knows what they encode when they are triggered by the agent’s observation of a motor behaviour of others. e arly experiments on area F5 found that most of the motor neurons in this area encode motor acts (that is, goal-related movements, such as grasping) rather than movements (that is, body-part displacements without a specific goal, such as finger flexion) 3 7 –38 . A recent study provided compelling evidence that this is the case 39 . This study describes single-neuron recordings from monkeys that were trained to grasp objects using two types of pliers: normal pliers, which require typical grasping movements of the hand, and ‘reverse’ pliers, which require hand move – ments executed in the reverse order (that is, first closing and then opening the fingers). The results showed that F5 neurons discharged during the same phase of grasp – ing in both conditions, regardless of whether this involved opening or closing of the hand (FIG. 2) . The functional properties of I pl motor neurons are similar to those of F5 neurons: the goal of the executed motor acts is the parameter that is encoded by I pl neurons that fire during the execution of motor acts 11,40 – 42 . The mirror neurons in F5 and I pl do not differ in their motor properties from parieto-frontal motor neu – rons that do not have visual properties 1–3 . Thus, when they fire in response to motor act observation, they send information about the goal of the observed motor acts. This information can be encoded with different degrees of generality: some mirror neurons (strictly congruent mir – ror neurons) fire when the observed and executed motor acts are the same (for example, grasping with precision grip), whereas other mirror neurons (broadly congruent mirror neurons) fire when the observed motor act has the same goal as the executed motor act (for example, grasp – ing), but can be achieved in a different way (for example, with both precision and whole-hand grips) 43–44 . Recently, a single-neuron study investigated the effect of the spatial relationships between an agent and an observer, comparing F5 mirror neuron responses to motor acts performed near the monkey (in the peripersonal space) or outside its reach (in the extra – personal space) 45 (FIG. 3) . The results showed that many F5 mirror neurons were differentially modulated by the location of the observed motor act. Some neurons were selective for actions executed in the monkey’s peripersonal space, whereas others were selective for stimuli in the extrapersonal space. These findings indicate that mirror neurons may encode the goal of the motor acts of another individual in an observer-centred spatial framework, thus providing the observer with crucial information for organizing their own future behaviour in cooperation or competition with the observed individuals. Goal and single-movement coding in humans. In accordance with early findings 46–49 , a series of new fMRI studies provided strong evidence that the human parieto- frontal mirror circuit encodes the goal of observed motor acts. Volunteers were instructed to observe video clips in which either a human or a robot arm grasped objects 50 . Despite differences in shape and kinematics between the human and robot arms, the parieto-frontal mirror circuit was activated in both conditions. Another group extended these results by investigating cortical activation in response to the observation of motor acts performed by a human hand, a robot hand or a tool 51 . Here, bilat – eral activation of a mirror network formed by intra – parietal and ventral premotor cortex occured, regardless of the effector. In addition, the observation of tool actions produced a specific activation of a rostral sector of the left anterior supramarginal gyrus, suggesting that this sector specifically evolved for tool use. Further evidence of goal encoding by the parieto- frontal mirror circuit was obtained in an fMRI experi – ment in which two aplasic individuals, born without arms and hands, and control volunteers were asked to watch video clips showing hand actions 52 . All partici – pants also performed actions with their feet, mouth and, in the case of controls, hands. The results showed that the parieto-frontal mirror circuit of aplasic individuals that was active during movements of the feet and mouth was also recruited by the observation of hand motor acts that they have never executed but the motor goals of which they could achieve using their feet or mouth. The issue of whether the human parieto-frontal mir – ror network encodes motor goals was also addressed by fMRI and TMS studies investigating the activation of motor areas in subjects listening to action-related sounds. Hearing and categorizing animal vocalizations preferentially activated the middle portion of the supe – rior temporal gyri bilaterally (a region that is not related to motor act coding), whereas hearing and categoriz – ing sounds of tools that were manipulated by hands activated the parieto-frontal mirror circuit 53 . Similarly, it was shown that listening to the sound of hand and mouth motor acts activated the parieto-frontal mirror network 54 . This activation was somatotopically organ – ized in the left premotor cortex and was congruent with the motor somatotopy of hand and mouth actions. u nlike in monkeys, the parieto-frontal mirror circuit of humans also becomes active during the observation of individual movements 55–56 . The initial evidence for this mechanism was based on TMS experiments which indi – cated that the observation of the movements of others results in an activation of the muscles involved in the execution of those movements 32–36 . Additional support comes from ee G and M e G studies showing that the observation of movements without a goal desynchronizes the rhythms recorded from motor areas 5 7 –64 . Recently, it was shown that mirror coding might depend on the content of the observed behaviour. Motor evoked potentials (M ep s) in response to TMS were recorded from the right opponens pollicis (O p ) muscle in participants observing an experimenter either open – ing and closing normal and reverse pliers or using them to grasp objects 65 . The observation of tool movements (that is, opening and closing the pliers without grasping anything) activated a cortical representation of the hand movements involved in the observed motor behaviour. By contrast, the observation of the tool grasping action activated a cortical representation of the observed motor goal , irrespective of the individual movements and the order of movements required to achieve it. Together, these findings show that the human parieto-frontal mirror network encodes both motor acts and movements. Understanding the actions of others Cognitive functions of the parieto-frontal network: evidence and criticisms. w hy should the motor sys – tem encode the goal of actions performed by others? From the discovery of mirror neurons, the interpreta – tion of this finding was that they allow the observer to understand directly the goal of the actions of others 1–3 : observing actions performed by another individual elic – its a motor activation in the brain of the observer similar to that which occurs when the observer plans their own actions, and the similarity between these two activations allows the observer to understand the actions of others without needing inferential processing 43–44 . In support of this view, two studies showed that the meaning of the motor acts of other individuals could be understood in the absence of visual information describing them. In one study, monkeys heard the sounds of a motor act (such as ripping a piece of paper) without seeing it 66 ; in the other study, the monkeys knew that behind a screen was an object and saw the experimenter’s hand disappear behind the screen, but they could not see any hand–object interaction 67 . The results showed that in both experiments F5 mirror neu – rons in the monkeys fired in the absence of visual infor – mation describing the motor act of the experimenter. The neuronal activation therefore underpinned the comprehension of the goal of the motor act of the other individual, regardless of the sensory information that described that motor act. This interpretation of the function of the parieto-frontal mirror mechanism has been challenged with objections and alternative proposals 68–71 . A key criticism has been advanced by Csibra 69 . He argued that the interpretation of mirror neuron function in terms of action understanding contains a “tension” between “the claim that the mirror mechanism reflects nothing else but faithful duplication of the observed action” and “the claim that mirroring rep – resents high-level interpretation of the observed action”. In other words, if mirror activity represents a copy of the observed motor act, it is not sufficiently general to capture the goal of that motor act; conversely, if it is sufficiently general for goal understanding, it cannot be interpreted in terms of a direct matching mechanism between sensory and motor representations (see also R EFS 70,71 ). In the earlier studies on the mirror mechanism, it was indeed not clearly specified that the parieto-frontal mirror mechanism in humans is involved in two kinds of sensory–motor transformation — one mapping the observed movements onto the observer’s own motor representation of those movements (movement mirror – ing), the other mapping the goal of the observed motor act onto the observer’s own motor representation of that motor act (goal mirroring), as described above. By match – ing individual movements, mirror processing provides a representation of body part movements that might serve various functions (for example, imitation), but is devoid of any specific cognitive importance per se . By contrast, through matching the goal of the observed motor act with a motor act that has the same goal, the observer is able to understand what the agent is doing. This is true not only for the mirror neurons that are broadly congru – ent but also for those that are strictly congruent, because these neurons also do not encode the elementary aspects of a movement (for example, its kinematics), but respond to the goal of the observed motor acts 44,56 . Typically, authors who play down or even deny the importance of the motor system for cognitive functions suggest that goal understanding is primarily due to cortical activation in the STS. This region, as described in a series of fundamental studies in monkeys 72,73 , is involved in the visual analysis of the actions of others. Several fMRI studies showed a similar role for the STS in humans (see R EFS 74,75 for a review). There is little doubt that STS neurons have an impor – tant role in encoding the behaviour of others. However, it is unlikely that the STS by itself mediates the processing of action understanding, relegating the parieto-frontal mir – ror network to an ancillary role in this function 65 : among the neurons in various areas that become active during action observation, only those that can encode the goal of the motor behaviour of another individual with the great – est degree of generality can be considered to be crucial for action understanding, and the available evidence shows that this capacity for generalization characterizes the parieto- frontal mirror neurons rather than STS cells. Indeed, pari – eto-frontal mirror neurons encode the goal of observed motor acts regardless of whether they are performed with the mouth, the hand or even with tools. Although STS neurons may encode some types of motor act, goal gener – alization such as is achieved by the parieto-frontal mirror neurons seems to be absent in the STS 72,73 . Most importantly, there are theoretical reasons why STS neurons are unlikely to encode actions with the same degree of generality as parieto-frontal mirror neurons. If an STS neuron selectively encodes the visual features of a given hand action (for example, grasping), it is unclear how this neuron would also be able to encode selectively the visual features of a mouth performing the same motor act. One could postulate an associa – tion process similar to that described for the temporal lobe 76,77 . However, in the STS, the association would be between spatio-temporally adjacent visual representa – tions of body part movements and not between visual representations of the same motor goal achieved by different effectors. By contrast, parieto-frontal mirror neurons — owing to their motor nature and the fact that they encode the goal of motor acts — can be trig – gered by different visual stimuli (for example, hand and mouth actions) that have a common goal (for example, grasping). Only the presence of a ‘motor scaffold’ that provides the goal-related aspects of observed actions can allow this generalization; such generalization cannot be achieved by mere visual association. A recent study provides empirical evidence in favour of this point 78 . The study was based on a TMS adaptation paradigm 79 . p articipants were presented with ‘adapta – tion-inducing’ movies of a hand or foot acting on vari – ous objects and asked to respond as quickly as possible to a picture of a motor act similar to that of the movie. TMS pulses were delivered over the ventral premotor cortex bilaterally, over the left I pl and over the left STS. The results showed that the delivery of TMS over both premotor and I pl cortices shortened the reaction times to ‘adapted’ motor acts regardless of which effector performed the observed motor act; by contrast, TMS stimulation of the STS shortened the reaction times to ‘adapted’ motor acts only if the same effector executed the act in the movie and in the test picture. Understanding actions from the inside. Another argu – ment against the role of mirror neurons in action under – standing is that there are several behavioural instances in which individuals understand the actions of others even if they are unable to perform them. For example, macaques can react to the observation of humans mak – ing the gesture of throwing objects overhand towards them 80 . It was proposed that, although monkeys never throw objects overhand, they could nevertheless under – stand the action they saw because they analysed the vari – ous visual elements of the observed actions and applied some form of inferential reasoning . However, this argument would only be valid if the parieto-frontal mirror mechanism consisted solely of strictly congruent mirror neurons. As the authors of the study themselves recognize 80 , the capacity of broadly congruent mirror neurons to generalize the goal of motor acts might account for the observed phenome – non. Given that broadly congruent mirror neurons may generalize from a hand action to actions performed with tools, even when they are as bizarre as reverse pliers, it is plausible that they could equally generalize from one type of throwing to another. There is no doubt that, in some cases, understanding the motor behaviour of others might require a mechanism different from mirroring. A typical example is the capacity of humans to recognize the actions of animals that do not belong to the human motor repertoire and cannot be captured by a motor generalization. e vidence for a non- mirror mechanism in action recognition was provided by an fMRI study in which volunteers were presented with video clips showing motor acts that did or did not belong to the human motor repertoire 81 . Although all volunteers recognized the observed motor acts regardless of whether or not they belonged to their own motor repertoire, no activation of parieto-frontal mirror areas was found in response to acts that did not belong to their motor reper – toire (for example, a dog barking). The areas that became active in such cases were occipital visual and STS areas. By contrast, the sight of motor acts that were within the motor repertoire of the observer (for example, a dog biting) recruited the parieto-frontal mirror network. These data indicate that the recognition of the motor behaviour of others can rely on the mere processing of its visual aspects. This processing is similar to that performed by the ‘ventral stream’ areas for the recogni – tion of inanimate objects. It allows the labelling of the observed behaviour, but does not provide the observer with cues that are necessary for a real understanding of the conveyed message (for example, the communica – tive intent of the barking dog). By contrast, when the observed action impinges on the motor system through the mirror mechanism, that action is not only visu – ally labelled but also understood, because the motor epresentation of its goal is shared by the observer and the agent. In other words, the observed action is under – stood from the inside as a motor possibility and not just from the outside as a mere visual experience (BOX 2) . Understanding motor intentions of others From motor goals to motor intentions. The properties of parieto-frontal mirror neurons described above indicate that their activity reflects what is going on in the ‘here and now’. However, there is evidence that parietal and frontal mirror neurons are involved in encoding not only the observed motor acts but also the entire action of which the observed motor act is part. Monkeys were trained to grasp objects with two different motor inten – tions: to place them into a container or to bring them to their mouth 11 . After training, motor neurons in the I pl that encode grasping were studied in the two set-ups. The results showed that the majority of these neurons discharged with an intensity that varied according to the action in which the motor act was embedded (‘action- constrained motor neurons’). This finding implies that the I pl contains ‘chains’ of neurons in which each neuron encodes a given motor act and is linked to oth – ers that are selective for another specific motor act. Together, they encode a specific action (for example, grasping for eating). A striking result of this study was that many of these action-constrained motor neurons have mirror proper – ties. w hen tested in the two set-ups described above, the majority of these neurons were differently activated depending on the action to which the observed motor act belonged (‘action-constrained mirror neurons’). This finding indicates that, in addition to describing what the observed individual is doing (for example, grasping), I pl mirror neurons also help the observer to explain why the individual is performing the action, owing to chained organization in the I pl . That is, I pl mirror neurons ena – ble the observer to recognize the agent’s motor intention. A recent study demonstrated that action-constrained neurons are also present in area F5 ( REF . 82) . The compar – ison of F5 and I pl (specifically area p FG) mirror neuron properties revealed no clear differences in their capacity to encode the motor intentions of others. e vidence that the parieto-frontal mirror circuit in humans is also involved in intention encoding was first provided by an fMRI experiment consisting of three conditions 83 . In the first (the ‘context condition’) the vol – unteers saw a photo of some objects arranged as for an ongoing breakfast or arranged as though the breakfast had just finished; in the second (the ‘action condition’), the volunteers saw a photo of a hand grasping a mug without any context; in the third (the ‘intention condition’) they saw photos showing the same hand actions within the two contexts. In this condition, the context provided clues for understanding the intention of the motor act. The results showed that the intention condition induced a stronger activation than the other two conditions in the caudal inferior frontal gyrus of the right hemisphere. An activation of the right parieto-frontal mirror cir – cuit during intention understanding was also described in a repetition–suppression fMRI experiment 84 . p articipants were presented with movies showing motor actions (for example, pushing or pulling a lid) that could lead to the same or to different outcomes (for example, opening or closing a box). The results showed that the responses in the right I pl and right inferior frontal cortex were ‘suppressed’ when participants saw movies of motor actions that had the same outcome, regard – less of the individual movements involved. Responses in these regions were not influenced by the kinematics parameters of the observed motor action. Brain imaging experiments allow the cortical sub – strate of a given function to be located, but they do not give information about the mechanism underlying the function. Cattaneo and colleagues tested whether the understanding of motor intention in humans might be based on the ‘chain mechanism’ described in the monkey 85 . p articipants were asked to grasp a piece of food and eat it or to grasp a piece of food and place it in a container. In another condition, they had to observe an experimenter performing the same actions. In both the execution and the observation condition, the electromyographic activity of the mylohyoid muscle — a muscle involved in mouth opening — was recorded. Both the execution and the observation of the eating action produced a marked increase of mylohyoid muscle activity as early as the ‘reaching’ phase, whereas no mylohyoid muscle activ – ity was recorded during the execution and the observa – tion of the placing action. This indicates that, as soon as the action starts, the entire motor programme for a given action is activated. Interestingly, the observers also seem to have a motor copy of this programme. This ‘intrusion’ allows them to predict what action the agent is going to execute from the first observed motor act and thus to understand the agent’s motor intention. Finally, there is evidence that the mirror mechanism, possibly located in this case in the fronto-mesial areas, also has a role in setting up an anticipatory representation of the motor behaviour of another individual. It has been shown that the ‘Bereitschaftspotential’, an electrophysio – logical marker of the readiness to act 86 , occurs not only when an individual actively performs a motor act, but also when the nature and the onset time of an upcoming action performed by another individual is predictable on the basis of a visual cue 87 . Mirroring intentions and inferring reasons. The studies reviewed above indicate that the parieto-frontal mirror network may subserve the understanding of the motor intention underlying the actions of others. This capacity represents a functional property of the parieto-frontal mirror network that further distinguishes it from those of visual areas. Indeed, it is difficult to imagine how motor intention understanding could be based on visual processing alone, including visual processing that is car – ried out in higher-order visual areas such as the STS. It is true that some STS neurons are selective for a sequence of stimuli. For example, in contrast to classical visual neu – rons that respond to a specific static stimulus, some STS neurons respond to the static view of a body only when this stimulus occurs after a certain movement (for exam – ple, walk and stop) 88 . However, despite this fascinating property, these neurons do not give information about the agent’s motor intention: they describe a given motor act according to a previous motor behaviour, but they do not provide information about the motor intention underlying that motor act. This does not mean that the parieto-frontal mirror mechanism mediates all varieties of intention under – standing. Intention understanding is a multi-layer process involving different levels of action representation, from the motor intention that drives a given chain of motor acts to the propositional attitudes (beliefs, desires and so on) that — at least in humans — can be assumed to explain the observed behaviour in terms of its plausible psychological reasons. w e provide an example to clarify this point. Mary is interacting with an object (for example, a cup). According to how she is grasping the cup, we can understand why she is doing it (for example, to drink from it or to move it). This kind of understanding can be mediated by the parieto-frontal mirror mechanism by virtue of its motor chain organization. However, the mirror mechanism is not able to provide us with the reasons that might underlie the motor intention of Mary (for example, she grasped the cup to drink from it because she was thirsty or because she wanted some caffeine, or she did it to please her friends). u nderstanding the reasons behind an agent’s motor inten – tion requires additional inferential processes 89–91 . Recent empirical data confirmed these considera – tions. They showed that, although the parieto-frontal mirror mechanism is active in all conditions in which the motor task has to be directly understood, when vol – unteers were required to judge the reasons behind the observed actions, there was an activation of a sector of the anterior cingulate cortex and of other areas of the so-called ‘mentalizing network’ 92 . Activation of the same network was also shown in a study that investigated unu – sual actions performed in implausible versus plausible contexts 93 , as well as in a study on the neural basis of reason inference in non-stereotypical actions 94 . As there are different levels of action representation, there should be diverse neural mechanisms subserv – ing these different levels of intention understanding. u nderstanding motor intention relies on the parieto- frontal mirror mechanism and the motor chain organi – zation of the cortical motor system. u nderstanding the reason behind motor intention seems to be localized in cortical areas — the temporal parietal junction and a part of the anterior cingulate gyrus — that have not as yet been shown to have mirror properties. There have been theoretical attempts to integrate these two ways of understanding the intentions of others 95–96 . n onetheless, unlike for the mirror mechanism, there are currently no neurophysiological data that can explain how the ‘mental – izing network’ might work. Conclusions The mirror mechanism is a neurophysiological find – ing that has raised considerable interest over the past few years. It provides a basic mechanism that unifies action production and action observation, allowing the understanding of the actions of others from the inside. Such motor-based understanding seems to be a pri – mary way in which individuals relate to one another, as shown by its presence not only in humans and mon – keys, but also in evolutionarily distant species, such as swamp sparrows 4 and zebra finches 5 . Furthermore, this mechanism indicates the existence of a profound natural link between individuals that is crucial for establishing inter-individual interactions. Finally, preliminary evidence suggests that the impairment of this natural link may be one of the causes of the strik – ing inability of people with autism to relate to other individuals (BOX 3) .


Prix Nobel: Cherchez la femme (Lise Meitner: Looking back at the woman who would not be a bomb)

9 octobre, 2013
http://hollywoodrevue.files.wordpress.com/2011/03/bombshellposter.jpgPhoto : CHERCHEZ LA FEMME (Physics Nobels: Looking back at the woman who would not be a bomb)We see a shy, introverted girl -- handsome but not beautiful -- blossom into an aggressive researcher. Physics was her life; Sime found no evidence that Meitner was ever involved in a romantic relationship. “I will have nothing to do with a bomb.”Lise Meitner While professional jealousies only threatened to keep Marie Curie from receiving the Nobel Prize, they succeeded in denying Meitner the same recognition. With her name missing from the key experimental paper on nuclear fission (previously Meitner and Hahn always shared the credit on their joint efforts), Hahn alone received the 1944 prize for chemistry. Sime shines an insightful spotlight on the politics of science through this biography -- how the idealistic quest for scientific knowledge can be sullied by a scientist's obsessive watch over citations and credit. It is thus surprising to discover that Meitner remained loyal to Hahn throughout this turmoil. In fact, horrified by the bomb, fission's offspring, she had mixed feelings about being linked in any way to its creation. With the discovery of the neutron in the early 1930s, the scientific community began to speculate that it might be possible to create elements heavier than uranium in the lab. A race to confirm this began between Ernest Rutherford in Britain, Irene Joliot-Curie in France, Enrico Fermi in Italy and the Meitner-Hahn team in Berlin. The teams knew the winner would likely be honored with a Nobel Prize.http://www.washingtonpost.com/wp-srv/style/longterm/books/reviews/lisemeitner.htmhttp://www.wired.com/thisdayintech/2010/02/0211lise-meitner-publishes-nuclear-fission/all/We see a shy, introverted girl — handsome but not beautiful — blossom into an aggressive researcher. Physics was her life; Sime found no evidence that Meitner was ever involved in a romantic relationship. The Washington post
I will have nothing to do with a bomb. Lise Meitner
While professional jealousies only threatened to keep Marie Curie from receiving the Nobel Prize, they succeeded in denying Meitner the same recognition. With her name missing from the key experimental paper on nuclear fission (previously Meitner and Hahn always shared the credit on their joint efforts), Hahn alone received the 1944 prize for chemistry. Sime shines an insightful spotlight on the politics of science through this biography — how the idealistic quest for scientific knowledge can be sullied by a scientist’s obsessive watch over citations and credit. It is thus surprising to discover that Meitner remained loyal to Hahn throughout this turmoil. In fact, horrified by the bomb, fission’s offspring, she had mixed feelings about being linked in any way to its creation. WP
With the discovery of the neutron in the early 1930s, the scientific community began to speculate that it might be possible to create elements heavier than uranium in the lab. A race to confirm this began between Ernest Rutherford in Britain, Irene Joliot-Curie in France, Enrico Fermi in Italy and the Meitner-Hahn team in Berlin. The teams knew the winner would likely be honored with a Nobel Prize. Wired

Attention: un prix Nobel peut en cacher un autre !

Alors qu’après la série des Miss qui vient de finir, les hommes entament leur saison de prix de beauté à eux …
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Retour 75 ans après le prix Nobel de la bourde de Fermi
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Et sans parler, d’Arafat à Gore et Obama, des innombrables erreurs de casting de la fondation de l’inventeur de la dynamite …
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Sur un autre prix volé que, après son homologue britannique et contrairement à la double lauréate polonaise qui venait « briser des ménages français », n’aura jamais la physicienne autrichienne Lise Meitner

The Woman Behind the Bomb

Marcia Bartusiak

The Washington Post

March 17, 1996

In the history of modern physics there are names that perpetually resonate: Ernest Rutherford and Niels Bohr for unveiling the secrets of atomic structure, Erwin Schroedinger and Werner Heisenberg for establishing the rules of the quantum game, and Albert Einstein for recognizing that mass is frozen energy. In this company the name Lise Meitner has diminished to a footnote.

Yet in her day she had a reputation as one of Germany’s best experimentalists. Einstein fondly referred to her as « our Marie Curie. » Meitner’s perceptive realization that atomic nuclei can be split in half was the first step in a cascading set of discoveries that would relentlessly lead to the atomic bomb. But, in the midst of these revelations, Meitner had to flee from Nazi Germany, which cut her off from her laboratory and colleagues. While this exile saved her life, it cost her the Nobel Prize and a prominent niche in many annals of physics.

Fortunately, attention is gradually being refocused on this remarkable woman. Richard Rhodes devoted an appreciable section in The Making of the Atomic Bomb to Meitner’s work on nuclear fission. And now Ruth Lewin Sime, a chemist at Sacramento City College, has written the definitive scientific biography of Meitner, a riveting and masterful account of a scientist’s steadfast devotion to physics. Sims blends the science and history with seamless ease. Even though decades have passed since the collapse of the Third Reich, Sime’s extensive research offers fresh insights on the devastating legacy of Nazism’s distortion of the scientific truth.

Born in Vienna in 1878, Meitner was one of eight children; her father was among the first group of Jewish men to practice law in Austria. As with Curie (but rare for a woman at the turn of the century), the intellectual atmosphere that surrounded Meitner as a child nurtured her scientific proclivity. Only the second woman to obtain a doctoral degree in physics at the University of Vienna, she was soon drawn into the novel study of radioactivity.

In 1907 she moved to Berlin, the mecca of theoretical physics, where she was introduced to Einstein and Max Planck, the father of the quantum. More important, she met Otto Hahn, who became her closest collaborator and a valued friend. They were an interdisciplinary yin and yang: Hahn, the chemist, Meitner,the physicist. While he was methodical, she was bold. Together, in 1917, they discovered a new element, protactinium.

Despite the terrible gender discriminations of the time (especially in Germany), Meitner’s deft abilities could not be ignored. By 1917, still in her thirties, she was given her own physics section in the prestigious Kaiser Wilhelm Institute for Chemistry. In 1934 she convinced Hahn to join with her once again to investigate the very heart of the atom, its nucleus, and seek elements beyond uranium, then the heaviest atom known.

By bombarding uranium with neutron particles, the two researchers encountered a nightmarish jumble of radioactive species that could not be easily identified. For four long years, Hahn, the expert chemist, carefully separated and processed the radioactive materials; Meitner’s job was to explain the nuclear processes going on. Sime, so obviously at home with the periodic table of the chemical elements, dissects each and every one of Hahn and Meitner’s experiments to a degree that only a specialist can follow. Newcomers to this material would have been helped by some simple diagrams of atomic structure and an introductory overview of nuclear physics. Yet it is through such detail that the reader comes to appreciate Meitner’s originality of thought and creativity at the laboratory bench. We see a shy, introverted girl — handsome but not beautiful — blossom into an aggressive researcher. Physics was her life; Sime found no evidence that Meitner was ever involved in a romantic relationship.

Throughout these years Hitler was casting his long, dark shadow upon Europe. Sime’s engrossing narrative shows how easy it was for so-called « good » Germans to rationalize their compromises and look the other way. Dismissed from teaching, her name suppressed, Meitner hung on without protest, nervously hoping that the unpleasantness would be temporary. Although of Jewish descent, she had been baptized a Protestant and loved her country.

But as restrictions on « non-Aryan » academics tightened, Meitner at last slipped across the border with only a small valise carrying a few summer clothes. She was 59. Her mind as vigorous as ever, she continued to advise Hahn through letters from Sweden, which became her new home.

A breakthrough in their work came at the end of 1938, just months after Meitner fled Germany. At Meitner’s direction from afar, Hahn and his assistant Fritz Strassmann more closely analyzed the byproducts of the neutron-bombardment experiments. To their amazement, the elements weren’t heavier than uranium, but lighter. « Perhaps you can come up with some sort of fantastic explanation, » Hahn wrote Meitner. « We knew ourselves that [uranium] can’t actually burst apart into [barium]. »Within days, collaborating with her nephew Otto Robert Frisch, also a noted physicist, she worked out a theoretical model of nuclear fission.

Hahn published the chemical evidence for fission without listing Meitner as a co-author, a move she understood given the tinderbox that was Nazi Germany. In The Making of the Atomic Bomb Rhodes wrote that Hahn had always hoped to add Meitner’s name to this historic paper; Sime tells a different story. She builds a strong case that Hahn was distancing himself from his longtime collaborator even before Meitner escaped. More tragic was Hahn’s conduct after the war; he maintained the fiction (or convinced himself) that his chemical experiments verifying fission had never been inspired or guided by Meitner. And, over the years, this version of the tale lived on. Meitner, Hahn’s equal partner at the Institute for 30 years, came to be mistakenly known as his junior assistant.

While professional jealousies only threatened to keep Marie Currie from receiving the Nobel Prize, they succeeded in denying Meitner the same recognition. With her name missing from the key experimental paper on nuclear fission (previously Meitner and Hahn always shared the credit on their joint efforts), Hahn alone received the 1944 prize for chemistry. Sime shines an insightful spotlight on the politics of science through this biography — how the idealistic quest for scientific knowledge can be sullied by a scientist’s obsessive watch over citations and credit. It is thus surprising to discover that Meitner remained loyal to Hahn throughout this turmoil. In fact, horrified by the bomb, fission’s offspring, she had mixed feelings about being linked in any way to its creation.

But there is a happy ending yet. Though denied the coveted Nobel, Meitner will be rewarded with far more durable fame: a permanent abode on the periodic table. In 1994 an international commission agreed that element 109, artificially created in Germany by slamming bismuth with iron ions, will be named « meitnerium. »

Marcia Bartusiak regularly writes on astronomy and physics. The author of « Thursday’s Universe » and « Through a Universe Darkly, » she is an adjunct professor of science journalism at Boston University.

Voir aussi:

Feb, 11, 1939: Lise Meitner, ‘Our Madame Curie’

Beverly Hanly

Wired

February 11, 2010

1939: Austrian-born physicist Lise Meitner publishes her discovery that atomic nuclei split during some uranium reactions. Her research will be overlooked by the Nobel committee when it awards a prize for the work.

Meitner is a prominent example of a woman whose gender put her in the back seat when the top prize was given. The political climate in Nazi Germany contributed to her obscurity — as a Jew, she had to flee the country to survive, but leaving cost her the chance to publish with her colleagues. Plain old scientific jealousy also played a part in who got credit for discoveries that led to splitting the atom and, ultimately, the atomic bomb and nuclear power.

Other honors would come late in life to Meitner. Einstein even called her “our Marie Curie.”

Meitner was born in Austria in 1878 to Jewish parents. Women were not allowed to attend institutions of higher learning in those days, so she had to study privately to earn a doctoral degree in physics in 1905 at the University of Vienna. Meitner was only the second woman to do so.

She went to Berlin, where she met Einstein and attended lectures by Max Planck. Planck had previously refused to teach women, but after a year, she became his assistant and teamed up with chemist Otto Hahn. They discovered several new isotopes, and in 1909 she presented two papers on beta radiation.

When Meitner and Hahn moved to the new Kaiser Wilhelm Institute in Berlin in 1912, she worked unpaid in Hahn’s department of Radiochemistry. She got a paid position at the institute in 1913, only after being offered an assistant professorship in Prague. She was given her own physics section at the prestigious academy in 1917.

She and Hahn were a productive team. They discovered the first long-lived isotope of the element protactinium. Meitner isolated the cause of the emission from atomic surfaces of electrons with “signature” energies in 1923, but the French scientist Pierre Auger made the same discovery independently in 1925 and his name was attached to the phenomenon. It’s been known thereafter as the “Auger effect.”

With the discovery of the neutron in the early 1930s, the scientific community began to speculate that it might be possible to create elements heavier than uranium in the lab. A race to confirm this began between Ernest Rutherford in Britain, Irene Joliot-Curie in France, Enrico Fermi in Italy and the Meitner-Hahn team in Berlin. The teams knew the winner would likely be honored with a Nobel Prize.

When Adolf Hitler came to power in 1933, Meitner was acting director of the Institute for Chemistry. Her Austrian citizenship protected her, but other Jewish scientists — including her nephew Otto Frisch, Fritz Haber, Leó Szilárd and many others — lost their posts and most left Germany.

Meitner buried herself in her work, but when Austria was annexed by the Nazi regime, she had to flee. Dutch physicists helped her escape to Holland in July 1938. She was 59 when she landed in Sweden, where she worked with Niels Bohr and corresponded with Hahn and other German scientists. Later that year, she met Hahn secretly in Copenhagen to plan a new series of experiments.

Now, it gets tricky. Hahn performed the experiments that isolated the evidence for nuclear fission, finding that neutron bombardment produced elements that were lighter than uranium. But he was mystified by those results.

“Perhaps you can come up with some sort of fantastic explanation,” Hahn wrote Meitner. “We knew ourselves that [uranium] can’t actually burst apart into [barium].”

Meitner and Frisch quickly came up with a theory that explained nuclear fission, resolving Hahn’s key problem. “Hahn published the chemical evidence for fission without listing Meitner as a co-author,” writes The Washington Post in a review of a Meitner biography. “[It was] a move she understood, given the tinderbox that was Nazi Germany.”

A letter from Bohr documents her inspiration in December 1938. Although some historians say that Hahn hoped he would be able to add her name later, others report that he maintained the fiction that Meitner functioned as a junior assistant. Whatever his intention, her insights were key to his discoveries — and to the developments in radioactivity and nuclear processes that changed the world.

Meitner and Frisch made other key discoveries. They explained why no stable elements beyond uranium existed naturally. And she was the first to see that Einstein’s E = mc2 explained the source of the tremendous releases of energy in atomic decay, by the conversion of the mass into energy.

The aunt and nephew coined the term “nuclear fission” when they published “Disintegration of Uranium by Neutrons: A New Type of Nuclear Reaction” in the journal Nature on Feb. 11, 1939. Instrumental as they were in the discovery (.pdf), they were still overlooked when it came to awarding the 1944 Nobel Prize in Chemistry. It was Hahn alone who received the prize.

Meitner’s realization that nuclear fission made possible a chain reaction of huge explosive power had meanwhile galvanized members of the scientific community to act. Knowing German scientists had the knowledge, Leo Szilard, Edward Teller and Eugene Wigner convinced Albert Einstein to use his celebrity and warn President Franklin D. Roosevelt. The result was the Manhattan Project.

Meitner was invited to work on the Manhattan project at Los Alamos, but categorically declined: “I will have nothing to do with a bomb.”

Refusing to move back to Germany, even when it was safe for her to do so, she worked in Stockholm doing research into her late 80s. She conducted atomic research, including work on R1, Sweden’s first nuclear reactor.

Meitner received many awards later in her lifetime. Element 109, meitnerium, is named in her honor, and her picture appeared on an Austrian stamp. She received many honorary doctorates and lectured at Princeton, Harvard and other U.S. universities. In 1946, she was named “Woman of the Year” by the National Press Club at a dinner with President Harry Truman.

The German Physics Society gave her the Max Planck Medal in 1949. Hahn, Meitner and Fritz Strassmann won the Enrico Fermi Award in 1966.

Meitner died in 1968, a few weeks shy of her 90th birthday. She had mixed feelings about being associated with work that led to the A-bomb, so perhaps the fact that her role in discovering nuclear fission was not widely known is a kind of blessing.

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Il y a 75 ans, le Nobel de physique récompensait… une incroyable erreur

Passeur de sciences

Pierre Barthélémy

6 octobre 2013

Lundi 7 octobre s’ouvre la grande parade annuelle des prix Nobel, avec la catégorie « physiologie ou médecine ». Suivront la physique (le 8 octobre), la chimie (le 9), la paix (le 11), les sciences économiques (le 14) et la littérature à une date qui n’est pas encore déterminée. 2013 est l’occasion d’un curieux anniversaire puisqu’on fête cette année les 75 ans de ce qu’on peut appeler le prix Nobel de l’erreur et ce dans le domaine qui est censé être le plus précis de tous ceux que cette récompense recouvre, à savoir la physique.

En 1938, c’est l’immense chercheur italien Enrico Fermi qui reçoit la distinction suprême pour, je cite, « sa découverte de nouveaux éléments radioactifs, développés par l’irradiation des neutrons, et sa découverte à ce propos des réactions de noyaux, effectuées au moyen des neutrons lents ». Le communiqué explicite cette découverte ainsi : “Fermi a en effet réussi à produire deux nouveaux éléments, dont les numéros d’ordre sont 93 et 94, éléments auxquels il a donné le nom d’ausénium et d’hespérium.” Seulement voilà, d’ausénium et d’hespérium il n’y avait en réalité point dans l’expérience du savant transalpin. Fermi s’était trompé dans son interprétation et il avait néanmoins eu le prix Nobel pour la découverte de deux éléments imaginaires…

Pour comprendre cette erreur, il faut replonger dans les années 1930, ère des pionniers du noyau atomique. L’histoire illustre à merveille la manière dont la science se trompe, se corrige et, ce faisant, s’améliore. Que fait Enrico Fermi dans l’expérience qui lui vaut ce Nobel, relatée en 1934 dans Nature ? A l’époque, on ne connaît pas d’élément chimique dont le noyau contienne davantage de protons que l’uranium (92) et le chercheur italien se demande s’il est possible de synthétiser des éléments plus lourds. Son idée est de profiter de la radioactivité bêta qu’il vient de modéliser et grâce à laquelle un neutron peut se transformer en proton (ou le contraire). Pour son expérience, Fermi part de l’idée qu’en bombardant de neutrons des noyaux d’uranium, ceux-ci vont finir par absorber un neutron qui, sous l’effet la radioactivité bêta, se transformera en proton. Le noyau aura finalement gagné un proton, ce qui aura « transmuté » l’uranium à 92 protons en élément nouveau à 93 protons (que Fermi appellera ausénium). Après une nouvelle étape, celui-ci se métamorphosera en élément à 94 protons (nommé hespérium). La difficulté de l’expérience consiste à détecter la présence de ces nouveaux éléments. Fermi ne les identifie pas chimiquement : il se contente de constater que l’expérience produit deux « choses » radioactives dont les caractéristiques sont inconnues. Pour lui, c’est la preuve, certes indirecte, mais la preuve quand même, qu’il a synthétisé deux nouveaux éléments.

Comme l’explique Martin Quack, chercheur à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich, dans l’article qu’il a récemment consacré à cette histoire (publié par Angewandte Chemie International Edition), Enrico Fermi est au départ plutôt prudent dans sa formulation. Mais les années passant et rien ne venant contredire cette interprétation, cette prudence s’estompe et l’on considère le résultat comme acquis, d’autant que la stature scientifique de l’Italien est immense. La chimiste allemande Ida Noddack tente bien d’avancer que le niveau de preuve n’est pas suffisant, mais personne ne tient vraiment compte de ses objections. Un magnifique cas d’école de l’aveuglement des experts.

Tout se précipite à la fin 1938, comme dans un thriller scientifique où le temps se condense et s’accélère. Le 12 décembre, Enrico Fermi reçoit à Stockholm son prix Nobel des mains du roi de Suède. Il en profite pour fuir aux Etats-Unis, la situation de son épouse, qui est juive, étant de plus en plus précaire dans l’Italie mussolinienne. Une semaine plus tard, le 19, le chimiste allemand Otto Hahn, qui a, avec Fritz Strassmann, reproduit l’expérience de Fermi, envoie ses résultats à sa consœur Lise Meitner : les produits de l’expérience ne sont pas des éléments superlourds. Au contraire, cela ressemble à des isotopes inconnus d’éléments plus légers, notamment du baryum (56 protons). Mais comment diable de l’uranium peut-il donner du baryum ? Pendant les vacances de Noël, Lise Meitner discute avec son neveu, Otto Frisch de la possibilité théorique qu’un noyau d’uranium se brise pour donner des noyaux plus légers. Ils écrivent un article en ce sens qui sera publié en février 1939. Ce qu’avait réalisé Enrico Fermi sans le comprendre, c’était la première expérience de fission nucléaire !

Le coupable était dans l’uranium. Le minerai naturel d’uranium contient deux isotopes de cet élément. Le premier, l’uranium 238 (92 protons + 146 neutrons) est de très loin le plus courant puisqu’il représente plus de 99 % du minerai. Le second, l’uranium 235 (92 protons + 143 neutrons) est beaucoup plus rare (0,7 %) au point qu’on peut le considérer comme une impureté. C’est lui qui est fissile et que l’on emploie dans de nombreux réacteurs nucléaires. Et c’est aussi lui qui se trouvait dans la bombe atomique d’Hiroshima. Dans l’expérience de Fermi, le bombardement de neutrons n’a, contrairement à ce qu’espérait le savant italien, rien fait aux atomes d’uranium 238. En revanche, il a provoqué la fission des noyaux d’uranium 235. Les produits nouveaux qu’a détectés l’Italien étaient des produits de fission, des éléments plus légers, inconnus sous cette forme radioactive, comme le baryum 140.

Enrico Fermi méritait sans doute un Nobel et il est dommage qu’il l’ait reçu pour une expérience mal interprétée et pas assez approfondie. Dès qu’il apprit la découverte de Hahn et Strassmann, début 1939, il modifia son discours de réception du prix pour intégrer ce nouveau résultat, preuve d’une grande honnêteté intellectuelle. Les deux chercheurs allemands reçurent le Nobel de chimie 1944 pour la fission nucléaire (Lise Meitner étant scandaleusement oubliée dans l’histoire) et, d’une certaine manière, pour avoir corrigé l’erreur de Fermi. Ce dernier réalisa, en collaboration avec Leo Szilard, la première pile atomique en 1942, c’est-à-dire la première réaction nucléaire en chaîne contrôlée de l’histoire. Et, bien sûr, Fermi travailla pour le projet Manhattan qui mena à la bombe atomique. Quant aux éléments 93 et 94, le neptunium et le plutonium, ils furent bel et bien produits selon le processus qu’avait prévu Fermi. En 1951, on donna donc de nouveau un prix Nobel (de chimie) à ceux qui les avaient mis en évidence, mais cette fois-ci pour de vrai : Glenn Seaborg et Edwin McMillan.

Trois-quarts de siècle après le Nobel de l’erreur, l’histoire vient rappeler que la science a deux versants inséparables, le côté créatif et le côté critique. Comme le souligne Martin Quack dans son article, « la composante créative s’engage dans de nouvelles idées et dans des avenues inexplorées (…). Elle se vend bien grâce au terme chic de « nouveau ». Cependant, la composante critique est tout aussi importante que la composante créative. Elle interroge le résultat « nouveau », soumettant ses faiblesses à une critique sévère, répétant et testant les résultats dans de longues enquêtes impliquant un dur labeur. Souvent elle rejette ou corrige le résultat original et mène parfois à une découverte encore plus frappante. » Vérifier les résultats des autres a des airs austères et tristes de police scientifique mais conduit parfois à la révolution.


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