Affaire Galilée: Attention, un martyre peut en cacher un autre ! (Guess who in the end got accused of being the enemy of science by self-appointed Enlighteners who themselves played no part in the scientific enterprise ?)

29 décembre, 2019
Galilée et le doge sur le campanile de Venise (fresque de Giuseppe Bertini, Villa Andrea Ponti, Vareselettre autographe de Galilée à Benedetto Castelli en date du 21 décembre 1613Frontispiece and title page of the Galileo’s “Dialogue Concerning the Two Chief World Systems,” 1632.
Alors Josué parla à l’Éternel, le jour où l’Éternel livra les Amoréens aux enfants d’Israël, et il dit en présence d’Israël: Soleil, arrête-toi sur Gabaon, Et toi, lune, sur la vallée d’Ajalon! Et le soleil s’arrêta, et la lune suspendit sa course, Jusqu’à ce que la nation eût tiré vengeance de ses ennemis. Cela n’est-il pas écrit dans le livre du Juste? Le soleil s’arrêta au milieu du ciel, Et ne se hâta point de se coucher, presque tout un jour. Josué 10: 12-13
Le soleil et la lune s’arrêtent dans leur demeure, A la lumière de tes flèches qui partent, A la clarté de ta lance qui brille. Habacuc 3: 11
God moves in a mysterious way, His wonders to perform; He plants his footsteps in the sea, And rides upon the storm. William Cowper (1779)
Lives of great men all remind us we can make our lives sublime, and, departing, leave behind us footprints on the sands of time. Longfellow (“A Psalm of Life »)
Bernard de Chartres avait l’habitude de dire que nous sommes comme des nains sur les épaules de géants, afin que nous puissions voir plus qu’eux et les choses plus éloignées, pas en vertu d’une netteté de la vue de notre part, ou d’une distinction physique, mais parce que nous sommes portés haut et soulevés vers le haut par leur taille gigantesque. John de Salisbury (1159)
Si j’ai vu plus loin que les autres, c’est parce que j’ai été porté par des épaules de géants. Isaac Newton (1676)
Il est de nombreux passages de l’Écriture qui doivent être interprétés selon les idées du temps et non selon la vérité même des choses. Jérome
L’intention du Saint-Esprit est de nous enseigner comment on doit aller au Ciel, et non comment va le ciel. Cardinal Cesare Baronio
Qu’on le veuille ou non, les Promoteurs de la science moderne n’étaient ni païens, ni athées, ni même anti-catholiques en règle générale (ne l’étant, d’ailleurs, que dans la mesure où l’Église catholique leur paraissait encore entachée de paganisme). Ce que ces savants combattaient, c’est la Scholastique dans sa forme la plus évoluée, c’est-à-dire l’Aristotélisme restitué dans toute son authenticité païenne, dont l’incompatibilité avec la théologie chrétienne avait été clairement vue et montrée par les premiers précurseurs de la philosophie des temps nouveaux (qui, avec Descartes, essaya pour la première fois à devenir elle aussi chrétienne et qui le devint effectivement par et pour Kant). En bref et du moins en fait et pour nous, sinon pour eux-mêmes, c’est parce qu’ils ont combattu en leur qualité de chrétiens la science antique en tant que païenne, que les divers Galilée petits, moyens et grands ont pu élaborer leur nouvelle science, qui est encore «moderne» parce que la nôtre. Alexandre Kojève
The church at the time of Galileo was much more faithful to reason than Galileo himself, and also took into consideration the ethical and social consequences of Galileo’s doctrine. Its verdict against Galileo was rational and just, and revisionism can be legitimized solely for motives of political opportunism. Paul Feyerabend
And it is of course not true that we have to follow the truth. Human life is guided by many ideas. Truth is one of them. Freedom and mental independence are others. If Truth, as conceived by some ideologists, conflicts with freedom, then we have a choice. We may abandon freedom. But we may also abandon Truth. (…) When sophistication loses content then the only way of keeping in touch with reality is to be crude and superficial. This is what I intend to be. Paul Feyerabend
The falsehood that science required the defeat of religion was proclaimed by such self-appointed cheerleaders as Voltaire and Gibbon, who themselves played no part in the scientific enterprise. Rodney Stark
In many of the disputes that have been conventionally analyzed in terms of some notional relation between science and religion, the underlying issues were principally about neither science nor religion, nor the relationship between them, but were matters of social, ethical or political concern in which the authority of either science, religion or both was invoked (often on both sides) to defend a view held on other grounds… John Hedley Brookes
Au XVIe siècle, le développement de la théorie des marées provient essentiellement des médecins et des astrologues, qui cherchent à établir le lien entre les astres et les phénomènes terrestres. Un médecin de Sienne, Lucius Bellantius, fait le tri parmi les diverses opinions : «  Les rayons par lesquels la Lune agit principalement lorsqu’elle attire et gonfle les eaux de la mer ne sont pas les rayons de la lumière lunaire ; car, au moment des conjonctions, il n’y aurait pas de flux et de reflux, alors que nous les pouvons constater ; ce sont des rayons virtuels par lesquels la Lune attire la mer comme l’aimant attire le fer. A l’aide de ces rayons, on résout facilement tout ce qu’on peut objecter sur cette matière. » Un autre médecin, Frédéric Grisogone, donne une nouvelle description du phénomène des marées, mettant clairement en évidence le double rôle de la Lune et du Soleil : « Le Soleil et la Lune tirent vers eux l’enflure de la mer, de telle sorte que, perpendiculairement au dessous de chacun d’eux, se trouve l’enflure maximum ; il y a donc, pour chacun d’eux, deux maxima d’enflure, l’un au-dessous de l’astre, et l’autre en la partie opposée, qu’on nomme le nadir de cet astre. » La mer se déforme en deux ellipsoïdes de révolution, l’un dont le grand axe s’oriente vers le Soleil, l’autre dont le grand axe se dirige vers la Lune. La combinaison des deux ellipsoïdes explique les variations mensuelles : les deux déformations s’ajoutent au moment des pleines Lunes et des nouvelles Lunes pour donner les marées de vives-eaux et se retranchent dans les quadratures pour donner les marées de mortes-eaux. Les idées des médecins et astrologues se répandent et sont à l’origine d’un redoublement de faveur pour la théorie « aimantique » des marées, selon laquelle la Lune et le Soleil attirent les eaux de la mer. Kepler (1571-1630) la développe fortement, en liaison avec sa théorie de la gravité, qui résulte d’une attraction mutuelle entre deux corps apparentés. Il affirme : « Je suis le premier, que je sache, à avoir dévoilé, dans mes prolégomènes aux Commentaires sur les mouvements de Mars, le procédé par lequel la Lune cause le flux et le reflux de la mer. Il consiste en ceci : la Lune n’agit pas comme astre humide ou humectant, mais comme masse apparentée à la masse de la Terre ; elle attire les eaux de la mer par une action magnétique, non parce qu’elles sont des humeurs, mais parce qu’elles sont douées de la substance terrestre, substance à laquelle elles doivent également leur gravité.» L’idée est visionnaire et prépare l’avènement de la gravitation universelle. Mais elle est loin d’entraîner l’unanimité des savants et, en particulier, elle provoque les moqueries de Galilée (1564-1642). En 1632, il expose : « C’est presque comme si la Lune et le Soleil jouaient un rôle actif dans la production de ces effets [les marées], mais cela répugne entièrement à mon intellect : voyant que le mouvement des mers est un mouvement local, perceptible, d’une immense masse d’eau, je ne puis croire à des lumières, des chaleurs tempérées, à des dominations de qualités occultes et autres vaines imaginations du même genre ; tout cela n’est pas et ne peut être cause du flux, au point même que c’est au contraire plutôt le flux qui en est la cause ; c’est lui qui les produit en des cerveaux plus portés à la loquacité et à l’ostentation qu’à la réflexion et à la recherche des opérations les plus secrètes de la nature.» Ou encore : « Mais de tous les grands hommes qui ont philosophé sur cet effet si étonnant de la nature [les marées], c’est Kepler qui m’étonne le plus : cet esprit libre et pénétrant avait à sa disposition les mouvements attribués à la Terre, il a pourtant prêté l’oreille et donné son assentiment à un empire de la Lune sur l’eau, des propriétés occultes et autres enfantillages du même genre. » L’intuition de Kepler, par ce qu’elle a d’incompréhensible (comment les eaux de la Terre et la Lune pourraient-elles s’attirer), échauffe les esprits. En 1616 puis en 1632, dans son Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, Galilée avance une autre explication pour les marées, à partir de la combinaison de la rotation de la Terre sur elle-même et de sa révolution autour du Soleil. Il expose : « Il est bien vrai que le mouvement de tout le globe et de chacune de ses parties serait égal et uniforme s’il n’y avait qu’un mouvement, le mouvement annuel seul ou le simple mouvement diurne ; de même, il faut qu’en mélangeant ensemble ces deux mouvements, il en résulte pour les parties du globe des mouvements non uniformes, tantôt accélérés, tantôt retardés, selon que la rotation diurne ajoute ou retranche à la circulation annuelle. Si donc il est vrai (c’est bien vrai, et l’expérience le prouve) que l’accélération et le retardement du mouvement du vase font couler l’eau qu’il contient dans un sens et dans l’autre sur toute sa longueur, et la font s’élever et s’abaisser sur ses extrémités, fera-t-on difficulté pour admettre que cet effet puisse, et même doive nécessairement, se produire avec les eaux de la mer ? Ne sont-elles pas contenues dans des vases qui sont soumis à de tels changements ?» En raison du double mouvement de la Terre (annuel et journalier), les points de la circonférence terrestre n’ont pas une vitesse uniforme, puisque les deux mouvements tantôt se conjuguent, tantôt s’opposent (figure 1). Si les eaux des océans réagissent comme des eaux contenues dans une cuvette, qui est tantôt accélérée, tantôt décélérée, alors la réaction inertielle des eaux à l’accélération de leurs bassins provoque immanquablement un flux et un reflux. La théorie de Galilée a un handicap majeur : elle n’explique qu’une marée par jour, et non pas deux. Mais outre cette difficulté sérieuse, où se situe la méprise dans le raisonnement du savant italien ? Dans la compréhension du mouvement orbital. Comme le montrera Newton un demi siècle plus tard, la Terre est retenue sur son orbite par la force gravitationnelle exercée par le Soleil. Or cette force gravitationnelle agit sur toute la matière terrestre, aussi bien sur les parties liquides que sur les parties solides. Les eaux comme les bassins subissent la même force et donc la même accélération, il n’y a plus lieu de les distinguer. Pour le dire autrement, les eaux et les bassins, attirés de la même manière par le Soleil, « tombent » simultanément vers lui : le mouvement relatif, tel que le suppose Galilée, n’existe pas ! Galilée ne connaît bien évidemment pas l’attraction gravitationnelle de Newton. Il ne l’aurait d’ailleurs pas beaucoup aimée. Pas plus que Kepler et que ses contemporains, il ne comprend le mouvement orbital des planètes. Pour lui, le mouvement de révolution de la Terre autour du Soleil est donné et naturel ; il existe sans cause, ce qui relève d’une physique imaginaire. Rien n’y personne ne peut donc l’amener à douter de l’effet de la combinaison des deux mouvements de la Terre et pendant toute sa vie, il reste persuadé du bien fondé de sa théorie. Son explication lui paraît aussi sans doute, et à juste titre, la seule qui soit digne d’intérêt. La théorie de Kepler ne fournit qu’une idée générale, sans expliquer réellement comment les marées sont générées. Sa théorie est toute autre. Il récuse toute astrologie, toute attraction de la Lune sur la Terre et traite mécaniquement du problème des marées. ENS Lyon
Ayant pu avoir accès aux Archives romaines de la Compagnie de Jésus, P. Redondi nous apporte beaucoup d’informations, du plus grand intérêt et souvent originales, sur nombre de théologiens jésuites, spécialement le P. Grassi, déjà mentionné, et sur le Collège romain qui était alors un foyer intellectuel d’un grand rayonnement et où, d’ailleurs, a longtemps résidé et enseigné le P. Grassi. Rappelons que l’opposition entre le P. Grassi et Galilée a son origine dans le Saggiatore où, avec un talent qui a fait de cet ouvrage son chef-d’œuvre littéraire, Galilée s’en prend à la théorie des comètes que le P. Grassi avait exposée dans un ouvrage publié en 1619, à la suite de l’observation de trois comètes en 1618, et où d’ailleurs il affirmait leur réalité alors qu’elles n’étaient pour Galilée qu’une illusion d’optique. François Russo
La préface de Mme Chauviré présente sous un jour considérablement renouvelé la polémique très connue sur le problème des comètes. Car l’auteur a reconstitué pour la première fois le dossier de cette difficile énigme astronomique en remontant aux textes de Mástlin, Kepler et Tycho Brahé, ce qui lui permet de mesurer les dimensions historiques réelles de l’erreur de la thèse défendue dans le Saggiatore et de légitimer ensuite l’analyse critique du problème des raisons profondes d’une telle thèse erronée. Hors de toute tentation hagiographique, comme celle qui fait encore dire à des commentateurs que, malgré tout, Galilée avait peut-être eu moins tort que son adversaire ou, au plus, tout aussi tort que lui, l’auteur fait preuve d’une sensibilité critique avisée en reconnaissant les causes implicites du conservatisme du Saggiatore en matière d’astronomie cométaire. Son explication rejoint d’une manière très persuasive celle déjà avancée par William Shea dans The Galileo’s Intellectual Revolution (mais que l’auteur ne semble pas connaître), à savoir l’hypothèse que Galilée devait tenir pour irrecevable a priori la théorie tychonienne des comètes ayant des orbites abstruses pour maintenir le dogme copernicien des mouvements circulaires et uniformes du ciel- Mais si pour l’épistémologue « le problème essentiel de l’Essayeur » est celui « du choix motivé — et sans doute rationnel — d’une théorie des comètes étrangement fausse et rétrograde » (p. 15), on s’attendrait à voir poursuivre jusqu’au bout la question du comportement méthodologique rationnellement assumé par Galilée pour sauver l’intégralité de la doctrine copernicienne de toute invalidation possible, de toute menace à venir. L’auteur préfère aborder une autre question : « En quoi, apportant une réponse fausse et rétrograde au problème des comètes, l’Essayeur a-t-il pu contribuer efficacement à l’avènement de la science classique ? » (p. 27). Ce ne sera point sur le terrain de la physique qui occupe pourtant tellement de pages du livre. Car le Saggiatore est encore affecté par le concept à l’impetus et surtout par celui d’atome « que Galilée exclura par la suite de son vocabulaire », ces atomes démocritéens, ces « fragments de matière physiquement indivisible qui ne préfigurent que d’assez loin , les indivisibles des Discorsi, qui ne sont indivisibles que géométriquement » (p. 33). Pas plus que l’atomisme, la distinction entre « qualités premières et qualités secondes n’est d’ailleurs philosophique que dans une certaine mesure » (p. 34) ; ainsi la métaphore du livre de l’Univers ne saurait être platonicienne. Pietro Redondi
For many, the Galileo affair was emblematic of Christianity’s inherent antagonism towards science and reason. Galileo was no anomaly; no aberrant outlier in an otherwise contrary arrangement. No, Galileo culminated and crystallized the undeniable and irredeemable pattern of Church/science relations. Other exemplars affirming that pattern are easily discerned: In 415, a reactionary Christian mob brutally murdered pagan mathematician and astronomer Hypatia and burned the ancient world’s great center of learning, the library of Alexandria; In 1277, Doctor Mirabilis (wonderful teacher) and Franciscan monk Roger Bacon was imprisoned for asking too many embarrassing questions; in 1600, Giordano Bruno was burned at the stake for his scientific views; in 1925, Jesuit paleontologist Teilhard de Chardin was exiled and his writings on human evolution were (later) banned — and on it goes. Sadly, the “pattern” theory has a problem. It’s wrong. On it does not go. The above examples pretty much exhaust the “church oppresses science” list, and each entry is either inaccurate or has nothing to do with religion and science. Hypatia’s murder by a crazed Christian mob had little to do with hatred of science or scientific women. In fact, one of Hypatia’s closest friends was Synesius of Cyrene, the neo-Platonist Christian Bishop of Ptolemais. Our earliest historical source, Socrates Scholasticus (5th century), attributes her murder to her involvement with Orestes, the (Christian) imperial prefect of Alexandria who was in a power struggle with Cyril, the Alexandrian Bishop. Christians believed that she was scuttling a reconciliation between the two. Did Cyril instigate the murder? Was it in retaliation for earlier violence on Christians? As best as I can tell historians still debate these and other details. What seems clear is that sectarian violence was rife in Alexandria at the time and Hypatia’s murder was one of many bloody incidents Christians, Jews, and Pagans inflicted upon one another. But it was about politics and power, not science and religion. As for library-burning — the great Alexandrian library was probably burned by Julius Caesar in 48 B.C.E. when he chased Pompey into Egypt. There may have been a small “daughter” library still housed in the Temple of Serapis in 391 C.E. (long before Hypatia’s demise), whose holdings may have been largely destroyed when the temple was raised and converted to a Christian Church. But even if true (a big “if”), it says nothing about Christian attitudes toward science and learning. Instead, all it tells us is that Christians, Pagans, and Jews were doing lots of nasty stuff to each other in Alexandria at this time, something we already knew. As for Roger Bacon: University of Wisconsin-Madison historian Michael Shank sums it up nicely: “The assertion that Bacon was imprisoned (allegedly by the head of his own Franciscan order) first originates some eighty years after his death and has drawn skepticism on these grounds alone. Scholars who find this assertion plausible connect it with Bacon’s attraction to contemporary prophecies that have nothing to do with Bacon’s scientific, mathematical, or philosophical writings.” On Giordano Bruno — no question he was burned at the stake on the seventeenth of February, 1600, in Rome’s Flower Market. But he was burned for his theological heresies, not his scientific beliefs. Bruno refused to recant his disbelief in the Trinity, Virgin Birth, divinity of Christ and other rather non-negotiable items (especially for a clergyman). Yes, his scientific/philosophic studies probably contributed to his fall from orthodoxy, but it was the fall, not the science, that the Church condemned and for which Bruno died. Likewise with Teilhard de Chardin. His popularity with the current Pope notwithstanding, Teilhard strained the patience of his Jesuit superiors not because of his expert paleoanthropological work (he was part of the team that discovered “Peking” man) but because he turned that work into an elaborate, unorthodox, evolutionary-based theology. Luckily for Teilhard, by the 20th century, burning heretics was passé and his theological writings were simply suppressed until his (quite natural) death. Galileo was indeed exceptional. Arthur Koestler pronounced this very verdict over fifty years ago in his well-regarded history of astronomy, “The Sleepwalkers”: “The Galileo affair”, Koestler asserted, “was an isolated, and in fact quite atypical, episode in the history of the relations between science and theology … “ . Even just the few cases cited above hint at Galileo’s singularity. Yes, over the centuries some scholars suffered the Church’s wrath; but is it not equally noteworthy that century after century the Christian Church kept producing superlative scholars? Bacon, Bruno, Copernicus, Teilhard — even Galileo (not a cleric, but faithful to the end) — why did the well not dry up in the face of such incessant intellectual oppression? In his book, “For the Glory of God“, sociologist Rodney Stark identifies 15 clerics of the 16th and 17th centuries whom he considers “scientific stars”. Similarly, Stephen Barr’s brief review easily finds over a dozen clergymen from the Middle Ages to modern times making substantial contributions to mathematics, physics, biology, genetics, and cosmology. Is it possible that Christianity has actually been science’s oldest and dearest friend?  Matt J. Rossano
If you ask many people today what they think about science’s relationship to religion, you are likely to be told that the two have been in conflict for a very long time. There was the trial of Galileo by the Inquisition, for example, the debate between Wilberforce and Huxley, and there is still an on-going dispute over the teaching of evolution in American schools. These usual suspects may be trotted out whenever this topic is mentioned, but are events such as these really typical of the history of science as a whole? Contrary to the impression given by some commentators, the conflict thesis between science and religion is one that has been discredited in academic circles for some time. The rise of science in the West was, of course, a very complicated affair in which many different factors played a part. There were certainly inevitable points of tension, but this does detract from the fact that Europe was a largely Christian continent in which religious individuals and institutions inevitably played a central role in the changes that occurred. This depiction of the Enlightenment, as if it was some kind of clean secular break from the past, persists today, but, as John Coffey points out, it could be more accurately described as a religious process. This is because many of those at the vanguard of the movement were Protestants (though certainly not all orthodox) who sought to fuse religious and philosophical ideas together. This is not to deny the role of certain groups of atheist thinkers, but crucially these were not representative of the Enlightenment as a whole. Furthermore, Dominic Erdozain argues that you can trace a lot of the unbelief of the time back to expressly religious roots. It was a Christian conscience (rather than a secular or pagan one) that drove much of the Enlightenment thought and a poignant example of this was the way in which Voltaire often used Jesus—albeit his own interpretation of him—in order to attack the church. Simon Wenham
Historiquement, l’Église a souvent été un important soutien des sciences. Elle a permis la fondation de nombreuses écoles, universités et hôpitaux et beaucoup de membres du clergé étaient actifs dans les sciences. Les historiens des sciences tels que Pierre Duhem soulignent le rôle des mathématiciens et philosophes catholiques médiévaux tels que Jean Buridan, Nicole Oresme et Roger Bacon comme fondateurs des sciences modernes. Duhem conclut que « la mécanique et la physique, dont les temps modernes sont fières de descendre, par une série ininterrompue d’améliorations rarement perceptibles, sont des doctrines développées au cœur des écoles médiévales ». La thèse du conflit et d’autres critiques mettent en avant les conflits historiques et contemporains entre l’Église catholique et les sciences, citant le procès de Galilée comme preuve. De son côté, l’Église catholique enseigne que la foi chrétienne et la science sont complémentaires, comme l’indique le paragraphe 159 du Catéchisme de l’Église catholique, qui déclare au sujet de la foi et de la science « bien que la foi soit au-dessus de la raison, il ne peut jamais y avoir de vrai désaccord entre elles. Puisque le même Dieu qui révèle les mystères et communique la foi a fait descendre dans l’esprit humain la lumière de la raison, Dieu ne pourrait se nier lui-même ni le vrai contredire jamais le vrai ». Les scientifiques catholiques ont permis des découvertes scientifiques dans de nombreux domaines. Dans l’ancien temps, l’emphase chrétienne sur la charité pratique a permis le développement d’infirmeries et d’hôpitaux et l’Église reste le plus important fournisseur privé de soins et de centres de recherche dans le monde. Après la chute de Rome, les monastères et les couvents restèrent des bastions académiques en Europe occidentale dans lesquels les hommes du clergé étudiaient la nature, les mathématiques et le mouvement des étoiles (principalement à des fins religieuses). Au Moyen Âge, l’Église a fondé les premières universités d’Europe, formant des académiques tels que Robert Grosseteste, Albert le Grand, Roger Bacon et Thomas d’Aquin, qui aidèrent à établir la méthode scientifique. Durant cette période, l’Église soutenait également l’ingénierie pour la construction de cathédrales modernes. Depuis la Renaissance, les scientifiques catholiques ont été considérés comme les « Pères » de certains domaines scientifiques : Jean-Baptiste Lamarck (1744–1829) a préfiguré la théorie de l’évolution avec le lamarckisme ; Gregor Mendel (1822–84) était un pionnier de la génétique et Georges Lemaître (1894-1966) proposa le modèle cosmologique du Big Bang. Les Jésuites ont également été particulièrement actifs, notamment en astronomie. Le soutien de l’Église dans les sciences continue avec des institutions dont l’Académie pontificale des sciences et l’Observatoire du Vatican. La vision de l’Église comme mécène des sciences est contestée par certains, qui parlent soit d’une relation historiquement variée, qui est passée d’un soutien actif et singulier à des affrontements amers (avec des accusations d’hérésie) – ou un conflit intellectuel permanent entre la religion et la science. Les philosophes du Siècle des Lumières comme Voltaire sont connus pour leurs critiques des avancées du Moyen Âge. Au XIXe siècle, la thèse du conflit émergea pour mettre en avant un conflit intrinsèque ou des conflits entre l’Église et les sciences. L’usage historique original de ce terme impliquait que l’Église était en opposition perpétuelle avec les sciences. Les usages tardifs de ce terme dénote une opposition épistémologique de l’Église à la science. La thèse interprète la relation de l’Église avec les sciences comme conduisant inévitablement à l’hostilité publique, quand la religion remet en cause agressivement les idées scientifiques — comme dans le procès de Galilée. Une critique alternative est que l’Église s’est opposé à des découvertes scientifiques particulières qu’elle ressentait comme mettant en cause son autorité et son pouvoir – particulièrement pendant la Réforme et le Siècle des Lumières. Cette thèse déplace l’emphase d’une incompatibilité fondamentale de la religion per se et des sciences en général à une critique des raisons structurelles ayant entraîné la résistance de l’Église en tant qu’organisation politique. L’Église elle-même rejette aussi la notion de conflit inné. Le premier concile du Vatican (1869/70) déclara que « la foi et la raison s’aident mutuellement l’une et l’autre ». La Catholic Encyclopedia de 1912 établit que « les conflits entre la science et l’Église ne sont pas réels » et déclare que les croyances en un tel conflit sont basées sur de mauvaises assomptions. Le pape Jean-Paul II a résumé la vision catholique de ces relations entre la foi et la raison dans l’encyclique Fides et Ratio, en disant que la « foi et la raison sont comme deux ailes sur lesquelles l’esprit humain s’élève pour contempler la vérité ; et Dieu a placé dans le cœur humain un désir de savoir la vérité – en un mot, se connaitre soi-même – afin que, en connaissant et en aimant Dieu, les hommes et les femmes puissent connaître toute la vérité sur eux-mêmes ». L’astronome papal, Guy Consolmagno, décrit la science comme un « acte de vénération » et une façon d’ « être intime avec le Créateur ». Wikipedia
Galilée est certain que ses découvertes montrent qu’il est dans la vérité. Il condamne ceux qui se servent de l’Écriture pour prétendre que la Lune brille par elle-même et ne reçoit pas sa lumière du Soleil, que les planètes médicéennes autour de Jupiter n’existent pas, puis il affirme qui si de tels auteurs qui ont mal compris les Écritures abusent de leur autorité pour imposer leur interprétation à leurs lecteurs devaient l’emporter, alors ils pourraient interdire toutes les sciences spéculatives. Galilée rappelle que pour ces théologiens, « la théologie est la reine de toutes les sciences et ne doit pas s’abaisser à s’accommoder aux propositions des autres sciences qui sont moins dignes, et qui leur sont inférieures, mais que, tout au contraire, ces autres sciences doivent se référer à elle comme suprême maitresse, et modifier leurs conclusions conformément aux statuts et aux décrets de la théologie ». Pour Galilée, la théologie est la reine des sciences en raison de la sublimité de son objet qui est l’enseignement sur les révélations divines et l’acquisition de la béatitude. Mais la géométrie, l’astronomie, la musique et la médecine ne sont pas traitées de manière plus exacte dans les Écritures que chez Archimède, Ptolémée, Boèce et Galien. Il en déduit qu’imposer aux professeurs d’astronomie de se défier de leurs observations parce qu’elles ne seraient que des sophismes est une prétention inadmissible. Il demande alors aux Pères de considérer les différences qui existent entre les doctrines opinables et les doctrines démonstratives, entre commander à un mathématicien et à un philosophe, entre donner des instructions à un marchand ou à un légiste. Reprenant les passages des Écritures qui posaient problème d’un point de vue cosmologique, il cite saint Jérôme : « Il est de nombreux passages de l’Écriture qui doivent être interprétés selon les idées du temps et non selon la vérité même des choses » (commentaire du chapitre 28 du Livre de Jérémie), et « Il est habituel dans les Saintes Écritures que le narrateur présente beaucoup de questions selon la manière dont on les comprenait à l’époque » (commentaire du chapitre 13 de saint Mathieu). Il est donc normal que pour les hommes du vulgaire la Terre est immobile et le Soleil est mobile car ils sont liés à la Terre et voient le Soleil se déplacer. Cette opinion est naturelle et a été reprise par les Pères et n’a pas été discutée, mais cela n’en fait pas une vérité de la Foi car ils n’ont pas condamné l’opinion contraire car ils ne s’en sont pas préoccupés. C’est parce que Copernic connaissait la force avec laquelle l’idée de la stabilité de la Terre était ancrée dans les esprits qu’il a démontré le mouvement de la Terre autour du Soleil mais a introduit les tables en parlant de lever et coucher du Soleil. Galilée interprète ensuite l’immobilisation du Soleil et de la Lune à la demande de Josué. Dans cette lettre, Galilée, qui a rompu avec l’enseignement d’Aristote, affirme que la science des savants, dûment contrôlée par l’observation et démontrée, pouvait faire autorité sans aucune référence à l’autorité ecclésiastique et des Saintes Écritures. Les théologiens ne doivent pas intervenir sur des sciences qui ne sont pas de leur compétence et qui ne relèvent pas du domaine de la Foi. Galilée se rend à Rome pour se défendre contre les calomnies et surtout essayer d’éviter une interdiction de la doctrine copernicienne. Mais il lui manque la preuve irréfutable de la rotation de la Terre pour appuyer ses plaidoiries. Son intervention arrive trop tard : Lorini, par lettre de dénonciation, avait déjà prévenu Rome de l’arrivée de Galilée et le Saint-Office avait déjà commencé l’instruction de l’affaire. Cherchant toujours une preuve du mouvement de la Terre et pour répondre aux objections du cardinal Bellarmin, Galilée pense la trouver dans le phénomène des marées. Le 8 février 1616, il envoie sa théorie des marées (Discorso del Flusso e Reflusso) au cardinal Orsini. Cette théorie rappelle la relation entre les marées et la position apparente de la lune, qui tourne moins vite autour de la Terre (29,57 jours) que la Terre n’est supposée tourner sur elle-même (1 jour). Malheureusement, Galilée ne peut expliquer ainsi qu’une marée par jour alors qu’il en est couramment observé deux, parfois avec un peu de décalage sur l’heure astronomique (qui ne sera expliqué que plus tard par la Dynamique des fluides). Elle reste en revanche compatible avec le principe d’inertie admis par Galilée. L’influence de la lune sur les marées avait déjà été soulignée par Kepler, mais Galilée n’en avait pas alors tenu compte. Il faudra attendre l’année 1728 et les observations de Bradley sur l’aberration de la lumière pour avoir une première preuve directe du mouvement de la Terre par rapport aux étoiles. L’historien Maurice Clavelin a cherché à justifier le refus de l’équivalence des hypothèses de Galilée. Bellarmin, qui demande à Galilée de présenter l’héliocentrisme comme une hypothèse, le fait sur la base d’un géocentrisme admis et considéré comme vrai. Quand Galilée refuse ce compromis, il refuse que l’astronomie conserve un rôle de subordonné par rapport à la philosophie naturelle traditionnelle (d’Aristote), alors partie intégrante de la théologie catholique. Galilée revendique le statut de philosophe et considère que, non seulement Dieu a donné aux hommes les sens et la raison pour découvrir la vraie constitution du monde, mais que ses observations minent l’astronomie de Ptolémée et justifie son adhésion à l’astronomie copernicienne. Malgré deux mois passés en de nombreuses tractations, Galilée est convoqué le 16 février 1616 par le Saint-Office pour l’examen des propositions de censure. Les 25 février et 26 février 1616, la censure est ratifiée par l’Inquisition et par le pape Paul V. Galilée n’est pas inquiété personnellement mais est prié d’enseigner sa thèse en la présentant comme une hypothèse. Cet arrêté s’étend à tous les pays catholiques. Des rumeurs circulent que Galilée a abjuré et reçu une sévère pénitence. À sa demande Bellarmin lui donne un certificat (26 mai 1616) clarifiant que rien de tel n’eut lieu. Il lui a été simplement notifié que l’héliocentrisme, étant contraire aux Saintes Ecritures, ne peut à ce stade être défendu ou enseigné. (…) En 1618, on observe le passage de trois comètes, phénomène qui relance la polémique sur l’incorruptibilité des cieux. En 1619, le père jésuite Orazio Grassi publie De tribus cometis anni 1618 disputatio astronomica. Il y défend le point de vue de Tycho Brahe sur les trajectoires elliptiques des comètes. Galilée riposte d’abord par l’intermédiaire de son élève Mario Guiducci qui publie en juin 1619 Discorso delle comete où il développe une théorie personnelle sur les comètes, allant jusqu’à émettre l’hypothèse de phénomènes météorologiques d’illusions d’optique. En octobre, Orazio Grassi attaque Galilée dans un pamphlet plus sournois : aux considérations scientifiques se mêlent des allusions religieuses considérées comme malveillantes et dangereuses au temps de la Contre-Réforme. (…) Galilée, encouragé par son ami le cardinal Barberini (futur pape Urbain VIII) et soutenu par l’Académie des Lyncéens, répond avec ironie à Grassi en publiant en 1623 Il Saggiatore (ou L’Essayeur) ; ouvrage important sur la philosophie atomiste, qui est considéré comme un « chef-d’œuvre de l’art polémique ». Il y fait des remarques sur l’atomisme et déclare que l’atome possède bien des qualités premières, qui lui sont propres, mais que ce qu’on appelle les « qualités secondes » ou les « accidents » dans la terminologie aristotélicienne — qui déterminent le goût, le toucher, l’odeur — sont en fait le fruit de l’interaction des objets avec les organes du corps humain. Grassi, l’un des plus grands savants jésuites, est ridiculisé et envoie une lettre anonyme à l’Inquisition dénonçant une contradiction avec le dogme catholique de la transsubstantiation, mais un théologien de l’Inquisition conclut à un non-lieu. (…) Le 6 août 1623, l’ami de Galilée, le cardinal Maffeo Barberini est élu pape sous le nom de Urbain VIII. Le 3 février 1623 Galilée reçoit l’autorisation de publier son Saggiatore qu’il dédie au nouveau Pape. L’ouvrage paraît le 20 octobre 1623. Ce sont d’abord les qualités polémiques (et littéraires) de l’ouvrage qui assureront son succès à l’époque. Il n’en demeure pas moins qu’en quelques mois et dans une atmosphère de grande effervescence culturelle, Galilée devient en quelque sorte le porte-drapeau des cercles intellectuels romains en rébellion contre le conformisme intellectuel et scientifique imposé par les Jésuites. Dans cet ouvrage, il énonce la mathématisation de la physique : « La philosophie est écrite dans cet immense livre qui se tient toujours ouvert devant nos yeux, je veux dire l’univers, mais on ne peut le comprendre si l’on ne s’applique d’abord à en comprendre la langue et à connaitre les caractères dans lesquels il est écrit. Il est écrit en langue mathématique, et ses caractères sont des triangles, des cercles et autres figures géométriques, sans le moyen desquels il est humainement impossible d’en comprendre un mot. » (…) Dans les années 1620, après la censure de ses thèses, Galilée passe un mois à Rome où il est reçu plusieurs fois par le pape Urbain VIII qui a pour lui une grande amitié. Il lui expose le plan de l’étude commanditée par celui-ci Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, ouvrage devant présenter de façon neutre les avantages comme les inconvénients du système de Ptolémée et du système de Copernic. En effet, le pape qui apprécie Galilée ne veut pas qu’il fasse figurer des arguments si peu convaincants notamment à propos de sa théorie sur les marées, conseil dont Galilée ne tiendra pas compte. Wikipedia
Feyerabend (…) ne dit pas que les scientifiques ne devraient pas se servir de la renormalisation ou de quelconques hypothèses ad hoc. Au contraire, il affirme que de telles méthodes sont nécessaires au progrès de la science pour plusieurs raisons. L’une d’entre elles est que le progrès de la science est inégal. Feyerabend explique par exemple qu’au temps de Galilée, l’optique ne rendait pas compte de phénomènes qui pourtant pouvaient être observés par les télescopes. Les astronomes qui se servaient des observations des télescopes avaient déjà recours à des hypothèses ad hoc jusqu’à ce qu’ils puissent justifier leurs suppositions grâce à la théorie optique. Feyerabend a également critiqué toute attitude consistant à juger la qualité des théories scientifiques en les comparant avec les faits connus. Il pensait que les théories précédentes pouvaient influer sur l’interprétation des phénomènes observés. Les scientifiques se servent d’interprétations naturelles, c’est-à-dire d’idées « si étroitement liées aux observations qu’il faut faire un effort spécial pour en prendre conscience », lorsqu’ils comparent les théories scientifiques aux faits qu’ils observent. De telles interprétations doivent être modifiées si l’on veut rendre la nouvelle théorie compatible avec les observations. Feyerabend prenait pour exemple principal de ces interprétations naturelles des phénomènes l’argument de la tour. L’argument de la tour, en effet, constituait l’objection majeure à la théorie tentant de démontrer que la terre tourne. Les aristotéliciens pensaient que le fait qu’une pierre tombant d’une tour atterrisse juste devant la tour prouve que la terre est immobile. Ils pensaient que si la terre effectuait une rotation pendant que la pierre tombait, celle-ci aurait atterri derrière la tour. Si la terre tournait les objets ne tomberaient pas à la verticale mais en diagonale, selon eux. Comme cela ne se produit pas dans le monde physique, les Aristotéliciens en inféraient l’immobilité de la terre. La théorie de Copernic semble bien être réfutée par le fait que les objets tombent verticalement sur terre. Il a donc fallu réinterpréter cette observation pour la rendre compatible avec la théorie de Copernic. Si Galilée a réussi à le faire, ce n’est qu’en se servant d’hypothèses ad hoc et en procédant contre-inductivement. Les hypothèses ont de fait chez Feyerabend un rôle positif: elles permettent de rendre une théorie temporairement compatible avec les faits, en attendant que la théorie à défendre puisse être soutenue par d’autres théories. Toutes ces remarques tentent de justifier l’introduction de théories qui ne sont pas à première vue compatibles avec les faits bien établis. Au-delà, elles rendent nécessaire un pluralisme méthodologique qui implique de faire des comparaisons entre les théories pour améliorer l’articulation de ces théories. De cette façon, le pluralisme scientifique renouvellerait le pouvoir critique de la science. Ainsi, Feyerabend propose que la science ne procède plus par induction, mais bien plutôt par contre-induction. Selon Feyerabend, les théories nouvelles ne sont jamais acceptées pour avoir respecté une démarche scientifique, mais parce que ceux qui la soutenaient se sont servis de toutes les astuces possibles — qu’elles consistent dans des arguments rationnels, des artifices rhétoriques ou dans de la pure propagande — pour faire avancer leur cause. Dès lors, la seule approche qui ne nuit pas au progrès est « tout est bon » (anything goes). « “Tout est bon” n’est pas un principe que je voudrais ériger… », dit Feyerabend en 1975, « mais l’exclamation terrifiée d’un rationaliste qui s’est intéressé de plus près à l’histoire. » Feyerabend pensait également que l’incommensurabilité des théories, c’est-à-dire le fait de ne pouvoir comparer directement les théories parce qu’elles sont basées sur des suppositions incompatibles, pourrait également empêcher l’utilisation de critères généraux pour définir la qualité de théories scientifiques. Il n’est pas de théorie supérieure à une autre, puisqu’en aucun cas les théories scientifiques n’appréhendent le réel à partir des mêmes axes, selon lui. Selon Feyerabend, la science peut être considérée comme anarchiste par essence, soucieuse de son propre mythe, et prétendant à la vérité au-delà de ce que lui permettent ses capacités réelles. Qu’Aristote ait été défendu contre Galilée ou Pouchet contre Pasteur ne relève que d’une controverse scientifique normale, mais que les constatations de Darwin sur la marche de la nature soient interprétées comme prescriptions pour un ordre social n’a plus de rapport avec la science elle-même. Il estime condescendante l’attitude de nombreux scientifiques envers d’autres modes de pensée et de connaissance. Il rappelle entre autres que les opinions négatives sur l’astrologie ou sur l’effectivité des danses de la pluie n’ont pas fait l’objet de réfutations scientifiques, et que le refus de ces phénomènes ne relevait donc plus du rationnel. Pour lui, la science devenait une idéologie répressive après avoir été un mouvement initialement libérateur. Feyerabend pensait utile pour une société moderne de se libérer d’une vision uniquement causale du monde, comme elle l’avait fait des idéologies finalistes. Contestant l’idée de méthode scientifique universelle, Feyerabend affirme déplacée la position dévolue aux sciences dans les sociétés occidentales, et donc le scientisme. Puisque les scientifiques ne peuvent parvenir à adopter un point de vue universel qui garantirait la qualité de leurs observations, il n’y a pas pour lui de raison que les assertions de la science soient privilégiées par rapport à celles d’autres idéologies comme les religions. On ne pourrait donc juger les autres idéologies à partir des visions de la science du moment. En outre, les grands succès scientifiques ont historiquement comportés des éléments non scientifiques. L’inspiration du scientifique lui vient au moins en bonne partie du mythique ou du religieux. En se basant sur cette argumentation, Feyerabend prône alors la séparation de la science et de l’État, de la même façon que la religion et la société sont séparées dans les sociétés modernes séculières. Il envisage « une société libre » dans laquelle « toutes les traditions auraient les mêmes droits et le même accès au pouvoir ». Par exemple, les parents devraient avoir le droit de déterminer le contexte idéologique de l’éducation de leurs enfants, au lieu de n’avoir que des options limitées par la science. Feyerabend va jusqu’à suggérer que la science devrait également être soumise à un contrôle démocratique: non seulement les domaines de recherche devraient être déterminés par des élections populaires, mais les suppositions et les conclusions de la science devraient également être supervisées par des comités populaires. Il pensait que les citoyens devraient se servir de leurs propres principes lorsqu’ils seraient amenés à prendre des décisions sur ces problèmes; l’idée qu’une décision doit être rationnelle est selon lui élitiste, car elle suppose que les philosophes ou les scientifiques sont en mesure de déterminer les critères en vertu desquels les hommes devraient prendre leurs décisions. Or eux aussi sont faillibles, et ont leurs préjugés, qui ne doivent parfois justement rien à la science (thème de son ouvrage Adieu, la Raison). Wikipedia
Au XIIe siècle, l’Église invente l’université. Celle-ci fera beaucoup pour le développement du savoir, quel qu’il soit. Au XIIIe siècle, Paris, Bologne, Oxford et Toulouse comptaient chacune mille à mille cinq cents étudiants. C’est dans ses universités […] qu’est née la science. (…)  À cette époque, la réforme protestante se dressait, provocatrice, dans le nord de l’Europe […]. En réponse aux accusations protestantes selon lesquelles elle ne serait pas fidèle à la Bible, l’Église catholique imposa finalement des limites plus strictes à une théologie recevable à ses yeux, ce qui l’amena à intervenir plus fréquemment dans les débats érudits et scientifiques.  Rodney Stark
« Et pourtant, elle tourne ! » Tout le monde connaît cette phrase de Galilée à ses juges de l’Inquisition, qui voulaient absolument lui faire dire que la Terre était plate et que le Soleil tournait autour… Cette phrase choc n’a qu’un défaut : elle est fausse, elle a été inventée au XVIIe siècle et reprise par Bertold Brecht dans sa pièce La Vie de Galilée. Jamais le savant italien n’a déclaré cela à qui que ce soit. Dommage, c’était bien trouvé… L’affaire Galilée est emblématique : c’est le type même de la désinformation fabriquée par les ennemis de l’Église pour la discréditer, et tenter de faire croire qu’elle fut l’ennemie acharnée de la science et de la raison. (…) Quand on regarde les faits avec honnêteté, en effet, on constate que c’est le contraire qui est vrai : l’Église a non seulement permis l’épanouissement des sciences, mais elle a tout fait pour que les scientifiques puissent mener leurs expériences et leurs travaux. Mieux : beaucoup de savants furent des chrétiens fervents, parfois même des prêtres ou des moines. Pour bien le comprendre, un détour par la philosophie s’impose. Comme le rappellent Éric et Émeline Picard dans L’Église en procès, « pour l’Église, il existe deux voies reconnues d’accès à la vérité et donc à Dieu : d’un côté le livre de la Révélation, l’Ancien et le Nouveau Testament, lu dans la foi, de l’autre le livre de la nature déchiffré par la raison et la science dans un mouvement lent, difficile et progressif. » Ils ajoutent : « Dieu étant le créateur de l’un comme de l’autre, il ne saurait y avoir de contradiction qu’apparente entre les deux. » La science fait donc partie des moyens d’accéder à la vérité. Elle est aussi un moyen de mieux connaître les beautés du monde. Le chrétien ne saurait la négliger. L’Église, dès ses débuts, a promu la liberté en matière scientifique – comme sur le plan social, politique, économique – estimant qu’il n’était pas de son ressort de s’en mêler. C’est ce que l’historien Jean-Louis Harouel appelle, dans un livre éponyme, « le vrai génie du christianisme » : « Le royaume de Dieu est céleste et non terrestre, Dieu et l’État sont séparés. D’où la disjonction du spirituel et du temporel, qui a procuré à l’individu une liberté sans équivalent dans les autres civilisations, en excluant la sacralisation d’un quelconque ordre terrestre. » C’est pour lui la raison du progrès scientifique que l’on observe dans la civilisation chrétienne. La science a pu s’y développer librement. La volonté de découvrir la vérité était le moteur ; la liberté a servi de carburant. « Au XIIe siècle, rappelle le sociologue américain Rodney Stark, l’Église invente l’université. Celle-ci fera beaucoup pour le développement du savoir, quel qu’il soit. Au XIIIe siècle, Paris, Bologne, Oxford et Toulouse comptaient chacune mille à mille cinq cents étudiants. C’est dans ses universités […] qu’est née la science », poursuit Rodney Stark. C’est l’époque où saint Thomas d’Aquin suit les cours à Paris de son maître allemand Albert le Grand, plus connu comme philosophe que comme scientifique : or ce dernier s’intéresse aux plantes et aux fruits, à la dissection de l’œil de la taupe, au système nerveux de l’écrevisse, à l’alchimie, ainsi qu’aux minéraux et aux fossiles. L’une des idées reçues contre lesquelles s’élèvent les historiens est celle selon laquelle le développement scientifique aurait eu lieu à la Renaissance (le terme même de « renaissance » implique d’ailleurs que la période précédente était sombre et obscure, chrétienne pour tout dire…). La simple observation des faits contredit cette vision simpliste et fausse. Ce que l’on appelle le Moyen Âge est en réalité une période très riche sur le plan scientifique. Les écoles de philosophes et de savants se multiplient en Europe, font valoir Éric et Émeline Picard : « L’école de Chartres, marquée par le platonisme, est emblématique de cette renaissance [des XIe et XIIe siècles, Ndlr] qui cherche à comprendre, à la lumière des Anciens, le lien entre âme et matière, l’homme et le monde. […] L’école d’Oxford, avec Robert Grosseteste ou Roger Bacon, témoigne du renouveau scientifique des XIIIe et XIVe siècles. L’expérience, par exemple en optique, est une manière de confirmer des thèses nées de l’observation raisonnée de la nature. » Mais Galilée ? N’a-t-il pas subi les foudres de l’Inquisition ? N’est-ce pas la preuve que l’Église a exercé une pression sur les savants pour les empêcher de poursuivre et de publier leurs travaux ? Essayons de résumer cette affaire. Galilée, né en 1564, était au départ très bien compris, et même soutenu, par une bonne partie de la hiérarchie catholique – les travaux de Copernic, un siècle plus tôt, n’avaient d’ailleurs causé aucun émoi particulier à Rome. Son premier ouvrage, Le Messager céleste, où il affirme que l’univers est écrit en « langage mathématique […] sans lequel il est humainement impossible d’en comprendre un mot », reçoit à Rome un accueil enthousiaste. Mais certains s’inquiètent de l’orthodoxie de telles affirmations. Rodney Stark replace cette réaction dans son contexte : « À cette époque, la réforme protestante se dressait, provocatrice, dans le nord de l’Europe […]. En réponse aux accusations protestantes selon lesquelles elle ne serait pas fidèle à la Bible, l’Église catholique imposa finalement des limites plus strictes à une théologie recevable à ses yeux, ce qui l’amena à intervenir plus fréquemment dans les débats érudits et scientifiques. » Ajoutons à cela la personnalité de Galilée, très brillant, très conscient de sa valeur, très porté à la provocation, et l’on obtient un cocktail explosif. En 1632, le savant publie le Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, « pamphlet désobligeant », selon le théologien allemand Manfred Lütz, où il soutient de manière péremptoire les thèses coperniciennes (la Terre tourne autour du Soleil) qu’il n’avait aucun moyen de prouver, quand le pontife, avec sagesse, voulait que l’on se contente de les présenter comme des hypothèses. C’était mal connaître le savant qui se permit en outre, dans son ouvrage, de ridiculiser le pape sous les traits de Simplicio (simple d’esprit). « Piège politique, piège théologique, racontent Éric et Émeline Picard, qui pousse Urbain VIII à lancer une procédure exceptionnelle qui aboutit, le 22 juin 1633, à l’abjuration publique de Galilée devant le Saint-Office et à l’interdiction de l’enseignement de l’héliocentrisme dans toutes les universités européennes. » Quelles leçons tirer de cette affaire ? D’abord qu’elle est beaucoup plus complexe que le poncif éculé qu’on nous ressasse depuis des lustres : Galilée l’esprit libre et éclairé l’emporte face à l’Église obscurantiste. Il est arrivé à Galilée de se tromper, et au pape d’avoir raison. Ensuite qu’elle s’explique davantage par des raisons de circonstances – le caractère un peu égotique de Galilée, le contexte de la Réforme protestante – que par des raisons de fond. Reste que ce fut un tort, incontestablement, d’interdire l’enseignement de l’héliocentrisme dans les universités, alors même que les thèses héliocentriques de Copernic, proches de celles de Galilée, ne posaient de problème à personne au Vatican, alors même que l’Église avait toujours encouragé la recherche scientifique. Cette décision allait à l’encontre des principes mêmes qu’elle professait. Cette affaire marquera durablement les relations entre science et foi, « au point qu’il existe un véritable “syndrome Galilée” pour les catholiques, estiment Éric et Émeline Picard. En effet, elle cristallise toutes les problématiques : comment lire le texte sacré ? Comment concilier ce dernier avec les découvertes scientifiques ? Quelle liberté accorder à la science ? » Ces questions se posèrent avec une acuité toute particulière au XIXe siècle quand les découvertes archéologiques de l’époque parurent remettre en cause la vérité des textes sacrés. D’où l’encyclique Divino afflante spiritu (« Sous l’inspiration de l’Esprit Saint »), publiée par Pie XII en 1943, qui autorise les méthodes scientifiques pour étudier la Bible. Benoît XVI poursuivra dans cette voie, notamment dans son livre Jésus, où il prendra ses distances avec la méthode « historico-critique » de certains savants allemands. Charles-Henri d’Andigné
Une lettre rédigée par Galilée lui-même vient de resurgir à Londres après quatre siècles d’oubli. Elle prouve que le savant aurait falsifié sa correspondance afin d’amadouer l’Inquisition dont il redoutait le jugement. C’est un document surprenant qui vient d’être exhumé de la bibliothèque de la Royal Society de Londres, l’équivalent de l’académie des sciences,  où elle dormait dans l’oubli. Rédigée d’une écriture serrée, elle est signée des deux lettres GG, soit Galileo Galilei, le nom du savant italien Galilée et porte la date du 21 décembre 1613, comme l’a révélé la revue Nature. Le contenu de cette lettre, expertisé comme un original de la main du grand scientifique, a de quoi surprendre les historiens ! Elle montre en effet que le mathématicien et astronome, dont la position en faveur de l’heliocentrisme  (le fait que la Terre tourne autour du Soleil et non l’inverse comme on le pensait à l’époque) était parvenue aux oreilles de l’Inquisition, aurait tenté d’adoucir ses propos -en s’adonnant à ce qui pourrait s’apparenter à une falsification-  et ceci, dans le but d’éviter une éventuelle condamnation. Sans pour autant renoncer à ses idées. Pour comprendre la portée de cette missive de sept pages, mise au jour fortuitement par l’historien des sciences Salvatore Ricciardo et son ancien directeur de thèse Franco Giudice, de l’Université de Bergame (Italie), il faut préciser le contexte dans lequel elle s’inscrit. A savoir une « confrontation entre deux mentalités, précise Francesco Beretta, du Laboratoire de recherche historique Rhône Alpes (LARHRA), à Lyon et spécialiste reconnu de « l’affaire Galilée ». D’un côté ceux qui défendaient une lecture rigoriste des écrits saints, estimant que leur interprétation était réservée aux théologiens ; et de l’autre ceux qui pensaient que les savants pouvaient se pencher sur certains passages de la Bible qui abordent le mouvement des astres dans le ciel, et les interpréter différemment. »  Précisons que si la majorité des ecclésiastiques défendaient le premier point de vue, quelques-uns étaient favorables au second. Galilée était partisan de la vision héliocentrique du monde proposée au XVIe siècle par l’astronome polonais Nicolas Copernic, sans toutefois en avoir de preuves. Pour l’Église en revanche, il allait de soi que notre étoile était en mouvement autour de la Terre puisque la Bible évoquait dans certains récits le « lever » du Soleil. Ce qui s’accordait donc bien avec la conception géocentrique du monde, partagée par la presque totalité des savants de l’époque. Pour argumenter  en faveur de sa position, Galilée soutenait que certains passages bibliques qui évoquaient des astres, devaient être interprétés à la lumière de la compréhension scientifique du monde. A l’époque, la diffusion des idées s’effectuait souvent grâce aux correspondances. Et c’est ainsi que Galilée avait écrit à son ami et élève Benedetto Castelli une  longue lettre exposant ses principes au sujet de l’interprétation de la Bible. Une lettre-manifeste en somme dont plusieurs copies ont circulé et une bonne douzaine d’exemplaires ont été conservés. Or, « en février 1615, l’une de ces copies s’est retrouvée dans les mains de l’Inquisition, à Rome », précise Francesco Beretta.  Mais l’Inquisition n’a pas jugé devoir intervenir sur la base de cette seule copie. C’était alors sans compter sur les adversaires les plus coriaces de Galilée. A peine un mois plus tard, c’est le dominicain Tomaso Caccini qui se rend à Rome pour dénoncer personnellement le savant. Il annonce que l’érudit qui officie à Florence soutient le mouvement de la Terre et, selon Caccini, cette doctrine est hérétique. Sauf que… Entretemps, Galilée apprend par ses amis et disciples que l’inquisition est en possession d’une copie de la lettre envoyée à son ami Benedetto Castelli. Il craint alors la sentence de l’église. C’est là où la découverte de cette nouvelle lettre exhumée à Londres permet d’écrire un épisode inédit. Galilée aurait aussitôt tenté ce que l’on pourrait appeler une « opération de déminage » en modifiant -bien après- l’original de la lettre à Castelli : raturant certains passages, il aurait adouci le propos et aurait fait circuler de nouvelles copies de la lettre en affirmant que c’était la version « authentique ». Une des copies de la lettre à Castelli modifiée  -qui vient de surgir à Londres-  était adressée à Monseigneur Dini, l’un de ses amis romains, afin qu’il joue un rôle d’intermédiaire et la transmette aux autorités ecclésiastiques dans le but de décharger Galilée. Ce dernier aurait ainsi tenté de « racheter » son cas, en quelques sortes, « un peu comme les politiques d’aujourd’hui qui tentent d’amoindrir la portée de leur première déclaration » précise Francesco Beretta. C’est du moins le  scénario que propose Franco Giudice. Il correspond à la reconstitution la plus probable. Aucune certitude cependant, car « au cours des dernières décennies une discussion animée a eu lieu entre spécialistes concernant cette question car les copies conservées ne sont pas toutes identiques…et l’originale est perdue ! » Malgré cela, un point étonnant qui conforte ce scénario est que dans la version adoucie de la lettre, trouvée à Londres « les passages modifiés semblent être précisément ceux mis en évidence par l’expert de l’inquisition » explique Francesco Beretta. Y aurait-il eu au sein même du Saint-Office romain un informateur favorable à Galilée ? Cependant, la lettre « trafiquée » n’a pas évité que le procès prenne une nouvelle tournure à Rome. La dénonciation de Caccini aboutira à la condamnation officielle de l’héliocentrisme en 1616 et à l’interdiction de l’enseigner. Quant à savoir par quel chemin cette lettre a-t-elle pu se retrouver à Londres… nul ne le sait. Sciences et avenir
L’Histoire retient de lui l’image du savant persécuté par l’Église en raison de ses affirmations hétérodoxes. Une image qui mérite d’être nuancée… Galilée s’interrogea d’abord sur la chute des corps et mit en évidence la nature corpusculaire de la matière. Étudiant la gravité, il laissa tomber des objets différents du haut de la tour penchée de Pise et montra que leur vitesse de chute était indépendante de leur masse (il n’est pas sûr toutefois qu’il ait réalisé cette expérience ; il l’a peut-être seulement imaginée). Suite à l’invention de la lunette astronomique en Flandre, au début du XVIIe siècle, il invita le 21 août 1609 le doge de Venise Leonardo Donato et plusieurs membres du Sénat à faire des observations du haut du campanile de la place Saint-Marc. Habile en affaires, il leur fit voir les navires au loin et souligne l’intérêt militaire de l’instrument. Cela lui valut une grasse rémunération. Mais Galilée lui-même préfèrait employer sa lunette à l’exploration du système solaire. C’est ainsi qu’il découvrit le relief de la Lune, les satellites de Jupiter et les taches du Soleil. Performance d’autant plus remarquable que la lunette était à peine plus puissante qu’une paire de jumelles d’aujourd’hui, avec à ses extrémités deux verres grossissant l’un six fois, l’autre neuf fois. Par ses expériences, il prolongea brillamment les travaux scientifiques et philosophiques de Nicolas Copernic comme de ses contemporains Tycho Brahé, Giordano Bruno et surtout Johannes Kepler. En 1610, avant de s’installer à Florence, Galilée publie Le Messager des étoiles, ouvrage dans lequel il relate ses observations. Il montre en particulier que la Lune n’est pas lisse mais couverte de cratères et de montagnes. Il révèle aussi l’existence de quatre satellites de Jupiter qu’il nomme « satellites médicéens » par égard pour son protecteur du moment, le grand-duc de Toscane Ferdinand 1er de Médicis. Ses travaux en astronomie vont faire sa célébrité… et son malheur. Un demi-siècle plus tôt, le chanoine Copernic, soucieux de sa tranquillité, avait su rester discret et il avait publié en latin, la langue réservée aux savants, ses découvertes sur l’héliocentrisme (théorie selon laquelle le Soleil – et non la Terre – est au centre de l’univers). Galilée n’a pas sa prudence. Il a l’audace de publier ses propres théories sur le système solaire en italien, la langue du peuple. Il suscite dès lors contre lui un flot de dénonciations de la part de clercs qui croient y voir la négation des Écritures saintes mais aussi de savants qui lui reprochent de présenter comme des vérités indubitables et non de simples hypothèses ses théories selon lesquelles la Terre et les planètes se placent sur des orbites autour du Soleil. Galilée n’arrange pas ses affaires par son arrogance et ses rapports orageux, voire méprisants, avec ses rivaux demeurés favorables à la vision traditionnelle héritée de Claude Ptolémée. (…) Sur la foi d’une lettre signée G.G., écrite à son ami et élève, l’abbé Benedetto Castelli, le savant pisan est une première fois condamné en 1616 par le tribunal de l’Inquisition qui lui interdit de diffuser ses théories. Le pape Urbain VIII, son ami et protecteur, l’autorise néanmoins à comparer les cosmologies de Copernic et Ptolémée. Il s’exécute sans se faire prier et publie en 1632 ses conclusions, favorables à Copernic, sous la forme d’un dialogue imaginaire entre trois amis : Dialogue sur les deux grands systèmes ptolémaïque et copernicien. Cela lui vaut d’être à nouveau traduit devant la Sacrée Congrégation de l’Inquisition romaine et universelle, le 12 avril 1633, dans le couvent Santa Maria de Rome. « Eppure, si muove » aurait-il alors murmuré (Et pourtant elle tourne). Son ami le pape réussit heureusement à adoucir ses sanctions. Après sa rétractation, Galilée est banni dans le hameau d’Arcetri en Toscane, avec toujours l’interdiction de diffuser ses thèses. Ses disciples Viviani et Toricelli vont heureusement poursuivre ses recherches. Hérodote

Ni incarcéré ni torturé mais simplement assigné à résidence, moins inquiété pour ses convictions scientifiques que pour sa duplicité arrogante, fâcheuse propension à s’attribuer le mérite d’inventions faites par d’autres (télescope) ou de recherches empiriques qu’il n’avait probablement pas menées (chute des corps de la tour de Pise), présentations truffées d’erreurs (théorie des marées inexplicable sans la gravitation, comètes faussement assimilées à des reflets de vapeur émanant de la Terre),  trahison de la parole donnée en refusant de présenter comme hypothétiques des résultats alors incomplétement démontrés, demeuré profondément chrétien malgré toutes ses gesticulations, lettres trafiquées pour adoucir ses propos et éviter une éventuelle condamnation, ami des plus grands de l’Eglise (pape compris),  Eglise catholique contrainte de surenchérir sur sa fidélité à la Bible face aux accusations protestantes, jugement à son encontre en partie motivé par la volonté d’en finir avec les astrologues et leurs prétentions d’un destin humain régulé par le mouvement des corps célestes …

Attention, un martyre peut en cacher un autre !

Où suite à  la réapparition d’une lettre trafiquée de sa propre main pour adoucir ses propos et éviter une éventuelle condamnation …

Et derrière le mythe du martyr de la science persécuté par l’Eglise …

L’on redécouvre la véritable victime de la fameuse Affaire Galilée …

Qui après avoir inventé l’université et, à travers la plupart de ses grands savants, les fondements de la science elle-même …

Se voit, avec le prétendu obscurantisme du Moyen-Age et depuis près de quatre siècles de désinformation, désignée à la vindicte publique …

Comme pire ennemie de la science …

Par des philosophes des Lumières qui eux-mêmes n’y avaient pris aucune part !

L’incroyable histoire de la lettre retrouvée de Galilée

Sciences et avenir

Une lettre rédigée par Galilée lui-même vient de resurgir à Londres après quatre siècles d’oubli. Elle prouve que le savant aurait falsifié sa correspondance afin d’amadouer l’Inquisition dont il redoutait le jugement.

La lettre retouvée de Galilée

La lettre retrouvée par hasard quatre siècle après avoir été rédigée montre les craintes du savant

C’est un document surprenant qui vient d’être exhumé de la bibliothèque de la Royal Society de Londres, l’équivalent de l’académie des sciences,  où elle dormait dans l’oubli. Rédigée d’une écriture serrée, elle est signée des deux lettres GG, soit Galileo Galilei, le nom du savant italien Galilée et porte la date du 21 décembre 1613, comme l’a révélé la revue Nature. Le contenu de cette lettre, expertisé comme un original de la main du grand scientifique, a de quoi surprendre les historiens ! Elle montre en effet que le mathématicien et astronome, dont la position en faveur de l’heliocentrisme  (le fait que la Terre tourne autour du Soleil et non l’inverse comme on le pensait à l’époque) était parvenue aux oreilles de l’Inquisition, aurait tenté d’adoucir ses propos -en s’adonnant à ce qui pourrait s’apparenter à une falsification-  et ceci, dans le but d’éviter une éventuelle condamnation. Sans pour autant renoncer à ses idées.

Le mouvement des astres

Pour comprendre la portée de cette missive de sept pages, mise au jour fortuitement par l’historien des sciences Salvatore Ricciardo et son ancien directeur de thèse Franco Giudice, de l’Université de Bergame (Italie), il faut préciser le contexte dans lequel elle s’inscrit. A savoir une « confrontation entre deux mentalités, précise Francesco Beretta, du Laboratoire de recherche historique Rhône Alpes (LARHRA), à Lyon et spécialiste reconnu de « l’affaire Galilée ». D’un côté ceux qui défendaient une lecture rigoriste des écrits saints, estimant que leur interprétation était réservée aux théologiens ; et de l’autre ceux qui pensaient que les savants pouvaient se pencher sur certains passages de la Bible qui abordent le mouvement des astres dans le ciel, et les interpréter différemment. »  Précisons que si la majorité des ecclésiastiques défendaient le premier point de vue, quelques-uns étaient favorables au second. Galilée était partisan de la vision héliocentrique du monde proposée au XVIe siècle par l’astronome polonais Nicolas Copernic, sans toutefois en avoir de preuves. Pour l’Église en revanche, il allait de soi que notre étoile était en mouvement autour de la Terre puisque la Bible évoquait dans certains récits le « lever » du Soleil. Ce qui s’accordait donc bien avec la conception géocentrique du monde, partagée par la presque totalité des savants de l’époque. Pour argumenter  en faveur de sa position, Galilée soutenait que certains passages bibliques qui évoquaient des astres, devaient être interprétés à la lumière de la compréhension scientifique du monde.

Une version adoucie

A l’époque, la diffusion des idées s’effectuait souvent grâce aux correspondances. Et c’est ainsi que Galilée avait écrit à son ami et élève Benedetto Castelli une  longue lettre exposant ses principes au sujet de l’interprétation de la Bible. Une lettre-manifeste en somme dont plusieurs copies ont circulé et une bonne douzaine d’exemplaires ont été conservés. Or, « en février 1615, l’une de ces copies s’est retrouvée dans les mains de l’Inquisition, à Rome », précise Francesco Beretta.  Mais l’Inquisition n’a pas jugé devoir intervenir sur la base de cette seule copie. C’était alors sans compter sur les adversaires les plus coriaces de Galilée. A peine un mois plus tard, c’est le dominicain Tomaso Caccini qui se rend à Rome pour dénoncer personnellement le savant. Il annonce que l’érudit qui officie à Florence soutient le mouvement de la Terre et, selon Caccini, cette doctrine est hérétique.

Sauf que… Entretemps, Galilée apprend par ses amis et disciples que l’inquisition est en possession d’une copie de la lettre envoyée à son ami Benedetto Castelli. Il craint alors la sentence de l’église. C’est là où la découverte de cette nouvelle lettre exhumée à Londres permet d’écrire un épisode inédit.

Galilée aurait aussitôt tenté ce que l’on pourrait appeler une « opération de déminage » en modifiant -bien après- l’original de la lettre à Castelli : raturant certains passages, il aurait adouci le propos et aurait fait circuler de nouvelles copies de la lettre en affirmant que c’était la version « authentique ». Une des copies de la lettre à Castelli modifiée  -qui vient de surgir à Londres-  était adressée à Monseigneur Dini, l’un de ses amis romains, afin qu’il joue un rôle d’intermédiaire et la transmette aux autorités ecclésiastiques dans le but de décharger Galilée. Ce dernier aurait ainsi tenté de « racheter » son cas, en quelques sortes, « un peu comme les politiques d’aujourd’hui qui tentent d’amoindrir la portée de leur première déclaration » précise Francesco Beretta.

C’est du moins le  scénario que propose Franco Giudice. Il correspond à la reconstitution la plus probable. Aucune certitude cependant, car « au cours des dernières décennies une discussion animée a eu lieu entre spécialistes concernant cette question car les copies conservées ne sont pas toutes identiques…et l’originale est perdue ! » Malgré cela, un point étonnant qui conforte ce scénario est que dans la version adoucie de la lettre, trouvée à Londres « les passages modifiés semblent être précisément ceux mis en évidence par l’expert de l’inquisition » explique Francesco Beretta. Y aurait-il eu au sein même du Saint-Office romain un informateur favorable à Galilée ?

Condamnation à Rome

Cependant, la lettre « trafiquée » n’a pas évité que le procès prenne une nouvelle tournure à Rome. La dénonciation de Caccini aboutira à la condamnation officielle de l’héliocentrisme en 1616 et à l’interdiction de l’enseigner. Quant à savoir par quel chemin cette lettre a-t-elle pu se retrouver à Londres… nul ne le sait.

« Mais dans le fond, le propos des deux versions n’est pas bien différent » poursuit Francesco Beretta. La lettre adoucie retrouvée à Londres ne renie en rien les convictions de Galilée qui continue encore pendant 17 ans à observer les astres et chercher les preuves de l’héliocentrisme. Ce n’est qu’en 1633, après la publication du Dialogue des deux systèmes du monde que Galilée sera suspecté d’hérésie et contraint à l’abjuration. « Mais là c’est une autre histoire», conclut Francesco Beretta.

Voir aussi:

Discovery of Galileo’s long-lost letter shows he edited his heretical ideas to fool the Inquisition

Exclusive: Document shows that the astronomer toned down the claims that triggered science history’s most infamous battle — then lied about his edits.

Nature

Close up of Galileo's letter

The original letter in which Galileo argued against the doctrine of the Roman Catholic Church has been rediscovered in London. Credit: The Royal Society

It had been hiding in plain sight. The original letter — long thought lost — in which Galileo Galilei first set down his arguments against the church’s doctrine that the Sun orbits the Earth has been discovered in a misdated library catalogue in London. Its unearthing and analysis expose critical new details about the saga that led to the astronomer’s condemnation for heresy in 1633.

The seven-page letter, written to a friend on 21 December 1613 and signed “G.G.”, provides the strongest evidence yet that, at the start of his battle with the religious authorities, Galileo actively engaged in damage control and tried to spread a toned-down version of his claims.

Many copies of the letter were made, and two differing versions exist — one that was sent to the Inquisition in Rome and another with less inflammatory language. But because the original letter was assumed to be lost, it wasn’t clear whether incensed clergymen had doctored the letter to strengthen their case for heresy — something Galileo complained about to friends — or whether Galileo wrote the strong version, then decided to soften his own words.

Galileo did the editing, it seems. The newly unearthed letter is dotted with scorings-out and amendments — and handwriting analysis suggests that Galileo wrote it. He shared a copy of this softened version with a friend, claiming it was his original, and urged him to send it to the Vatican.

The letter has been in the Royal Society’s possession for at least 250 years, but escaped the notice of historians. It was rediscovered in the library there by Salvatore Ricciardo, a postdoctoral science historian at the University of Bergamo in Italy, who visited on 2 August for a different purpose, and then browsed the online catalogue.

“I thought, ‘I can’t believe that I have discovered the letter that virtually all Galileo scholars thought to be hopelessly lost,’” says Ricciardo. “It seemed even more incredible because the letter was not in an obscure library, but in the Royal Society library.”

Ricciardo, together with his supervisor Franco Giudice at the University of Bergamo and science historian Michele Camerota of the University of Cagliari, describe the letter’s details and implications in an article in press at the Royal Society journal Notes and Records. Some science historians declined to comment on the finding before they had scrutinized the article. But Allan Chapman, a science historian at the University of Oxford, UK, and president of the Society for the History of Astronomy, says “it’s so valuable — it will allow new insights into this critical period”.

Pages from Galileo's letter

The first and last page of Galileo’s letter to his friend Benedetto Castelli. The last page shows his signature, “G. G.”.Credit: The Royal Society

Mixed messages

Galileo wrote the 1613 letter to Benedetto Castelli, a mathematician at the University of Pisa in Italy. In it, Galileo set out for the first time his arguments that scientific research should be free from theological doctrine (see ‘The Galileo affair’).

He argued that the scant references in the Bible to astronomical events should not be taken literally, because scribes had simplified these descriptions so that they could be understood by common people. Religious authorities who argued otherwise, he wrote, didn’t have the competence to judge. Most crucially, he reasoned that the heliocentric model of Earth orbiting the Sun, proposed by Polish astronomer Nicolaus Copernicus 70 years earlier, is not actually incompatible with the Bible.

Galileo, who by then was living in Florence, wrote thousands of letters, many of which are scientific treatises. Copies of the most significant were immediately made by different readers and widely circulated.

His letter to Castelli caused a storm.

Of the two versions known to survive, one is now held in the Vatican Secret Archives. This version was sent to the Inquisition in Rome on 7 February 1615, by a Dominican friar named Niccolò Lorini. Historians know that Castelli then returned Galileo’s 1613 letter to him, and that on 16 February 1615 Galileo wrote to his friend Piero Dini, a cleric in Rome, suggesting that the version Lorini had sent to the Inquisition might have been doctored. Galileo enclosed with that letter a less inflammatory version of the document, which he said was the correct one, and asked Dini to pass it on to Vatican theologians.

His letter to Dini complains of the “wickedness and ignorance” of his enemies, and lays out his concern that the Inquisition “may be in part deceived by this fraud which is going around under the cloak of zeal and charity”.

At least a dozen copies of the version Galileo sent to Dini are now held in different collections.

The existence of the two versions created confusion among scholars over which corresponded to Galileo’s original.

Beneath its scratchings-out and amendments, the signed copy discovered by Ricciardo shows Galileo’s original wording — and it is the same as in the Lorini copy. The changes are telling. In one case, Galileo referred to certain propositions in the Bible as “false if one goes by the literal meaning of the words”. He crossed through the word “false”, and replaced it with “look different from the truth”. In another section, he changed his reference to the Scriptures “concealing” its most basic dogmas, to the weaker “veiling”.

This suggests that Galileo moderated his own text, says Giudice. To be certain that the letter really was written in Galileo’s hand, the three researchers compared individual words in it with similar words in other works written by Galileo around the same time.

Timeline: The Galileo affair

1543 Polish astronomer Nicolaus Copernicus publishes his book On the Revolutions of the Heavenly Spheres, which proposes that the planets orbit the Sun.

1600 The Inquisition in Rome convicts Dominican friar and mathematician Giordano Bruno of heresy on multiple counts, including supporting and extending the Copernican model. Bruno is burnt at the stake.

1610 Galileo publishes his book The Starry Messenger (Sidereus nuncius), describing discoveries made with his newly built telescope that provide evidence for the Copernican model.

1613 Galileo writes a letter to his friend Benedetto Castelli, arguing against the doctrine of the Roman Catholic Church in matters of astronomy. Copies of this letter are circulated.

1615 Dominican friar Niccolò Lorini forwards a copy of the letter to the inquisition in Rome. Galileo asks a friend to forward what he claims to be a copy of his original letter to Rome; this version is less inflammatory than Lorini’s.

1616 Galileo is warned to abandon his support of the Copernican model. Books supporting the Copernican model are banned. On the Revolutions of the Heavenly Spheres is withdrawn from circulation pending correction to clarify that it is only a theory.

1632 Galileo publishes Dialogue Concerning the Two Chief World Systems, in which he lays out the various evidence for and against the Church’s Ptolemaic model of the Solar System, and the Copernican model. The Inquisition summons Galileo to Rome to stand trial.

1633 Galileo is convicted on “vehement suspicion of heresy” and the book is banned. He is issued with a prison sentence, later commuted to house arrest, under which lived the last nine years of his life.

Chance discovery

Ricciardo uncovered the document when he was spending a month this summer touring British libraries to study any handwritten comments that readers might have left on Galileo’s printed works. When his one day at the Royal Society was finished, he idly flicked through the online catalogue looking for anything to do with Castelli, whose writings he had recently finished editing.

One entry jumped out at him — a letter that Galileo wrote to Castelli. According to the catalogue, it was dated 21 October 1613. When Ricciardo examined it, his heart leapt. It appeared to include Galileo’s own signature, “G.G.”; was actually dated 21 December 1613; and contained many crossings out. He immediately realized the letter’s potential importance and asked for permission to photograph all seven pages.

“Strange as it might seem, it has gone unnoticed for centuries, as if it were transparent,” says Giudice. The misdating might be one reason that the letter has been overlooked by Galileo scholars, says Giudice. The letter was included in an 1840 Royal Society catalogue — but was also misdated there, as 21 December 1618. Another reason might be that the Royal Society is not the go-to place in the United Kingdom for this type of historical document, whose more natural home would have been the British Library.

The historians are now trying to trace how long the letter has been in the Royal Society library, and how it arrived there. They know that it has been there since at least the mid-eighteenth century, and they have found hints in old catalogues that it might even have been there a century or more earlier. The researchers speculate that it might have arrived at the society thanks to close connections between the Royal Society and the Academy of Experiments in Florence, which was founded in 1657 by Galileo’s students but fizzled out within a decade or so.

For now, the researchers are stunned by their find. “Galileo’s letter to Castelli is one of the first secular manifestos about the freedom of science — it’s the first time in my life I have been involved in such a thrilling discovery,” says Giudice.

Voir également:

And yet it moves —

Newly discovered letter by Galileo resolves puzzling historical mystery

Letter shows Galileo lightly edited his original words to appease Catholic Church.

The original letter in which Galileo argued against the doctrine of the Roman Catholic Church.

Renowned astronomer Galileo Galilei has been lauded for centuries for his courageous principled stance against the Catholic Church. He argued in favor of the Earth moving around the Sun, rather than vice versa, in direct contradiction to church teachings at the time. But a long-lost letter has been discovered at the Royal Society in London indicating that Galileo tried to soften his initial claims to avoid the church’s wrath.

In August, Salvatore Ricciardo, a postdoc in science history at the University of Bergamo in Italy, visited London and searched various British libraries for any handwritten comments on Galileo’s works. He was idly flipping through a catalogue at the Royal Society when he came across the letter Galileo wrote to a friend in 1613, outlining his arguments. According to Nature, which first reported the unexpected find, the letter “provides the strongest evidence yet that, at the start of his battle with the religious authorities, Galileo actively engaged in damage control and tried to spread a toned-down version of his claims.”

“I thought, ‘I can’t believe that I have discovered the letter that virtually all Galileo scholars thought to be hopelessly lost,’” Ricciardo told Nature. “It seemed even more incredible because the letter was not in an obscure library, but in the Royal Society library.”

Oh more than moon

To  fully understand the significance of this discovery, one has to go back to Claudius Ptolemy around 150 CE, who was the first to synthesize the work of Greek astronomers into a theoretical model for the motions of the Sun, Moon, and planets—all that made up the observable universe at the time. In his Almagest treatise, Ptolemy suggested the Earth was fixed, positioned at the very center of closed, spherical space, with nothing beyond it. A set of nested spheres surrounded the Earth, each an orbit for a planet, the Sun, the Moon, or the stars.

“The aesthetics [of the Ptolemaic model] meshed nicely with the prevailing Christian theology of that era.”

Everyone loved the Ptolemaic model, even if it proved an imperfect calendar. It was so clean and symmetrical—positively divine. That’s why it was the dominant model for 14 centuries. The aesthetics meshed nicely with the prevailing Christian theology of that era. Everything on Earth below the Moon was tainted by original sin, while the celestial orbits above the moon were pure and holy, filled with a divine “music of the spheres.”  It became the fashion for poet-courtiers, like John Donne (a personal favorite), to praise their mistresses as being “more than Moon” and dismiss “dull sublunary lovers’ love” as inferior and base. And it provided a rationale for maintaining the social hierarchy. Upset the order of this “Great Chain of Being” and the result would be unfettered chaos.

Everything changed in the mid-16th century when Nicolaus Copernicus published De Revolutionibus, calling for a radical new cosmological model that placed the Sun at the center of the universe, with the other planets orbiting around it. His calculations nailed the order of the six known planets at the time, and he correctly concluded that it was the Earth’s rotation that accounted for the changing positions of the stars at night. As for planets moving in apparent retrograde motion, he concluded this was because we observe them from a moving Earth.

Frankly, the book didn’t immediately cause much of a stir outside rarefied astronomical circles, perhaps because it was a massive tome brimming with tiresome mathematics. It didn’t make the list of the Roman church’s banned books until 1616. That’s when it was pulled from circulation pending “correction” to reflect that its audacious claims were “just a theory”—an argument all too familiar today with regard to evolution and creationism.

Enlarge / Frontispiece and title page of the Galileo’s “Dialogue Concerning the Two Chief World Systems,” 1632.
Public domain

Then Galileo came along with his handy telescope (a recent invention), and his observations clearly supported the Copernican worldview. The church started taking notice, because Galileo openly espoused the Copernican system in his papers and his personal correspondence. Things came to a head in 1632 when he published the “Dialogue Concerning the Two Chief World Systems.” It wasn’t just the science that raised eyebrows. He also had the audacity to question key biblical passages typically offered in support of the Ptolemaic cosmology, insisting that the Bible is for teaching people how to get to heaven, not a scientific treatise for how the heavens move.

The Catholic Church had had enough, and Galileo found himself facing the Inquisition, forced to his knees to officially renounce his “belief” in the Copernican worldview. He was convicted of “vehement suspicion of heresy” anyway, and lived his last nine years under house arrest. He wasn’t officially pardoned by the Vatican until 1992.

Hiding in plain sight

That’s the story as it’s traditionally told. So what has changed? At issue is Galileo’s 1613 letter to mathematician Benedetto Castelli at the University of Pisa. It’s the first known instance when Galileo argued in favor of the Copernican model and that scientific observations should supersede church teaching in regards to astronomy. That letter was copied and circulated widely (a common practice in the 1600s), and a copy found its way into the hands of a tattle-tale Dominican friar named Niccolò Lorini. Aghast at the heretical implications, Lorini forwarded the letter to the Inquisition in Rome on February 7, 1615. It’s currently housed in the Vatican Secret Archives.

Here’s where things get complicated. Galileo asked Castelli to return his original 1613 letter to him. He then wrote to a Roman cleric friend, Piero Dini, on February 16, 1615, claiming that Lorini (in “wickedness and ignorance”) had doctored the copy of the letter forwarded to the Inquisition to make Galileo seem guilty of heresy. He enclosed a different version of the Castelli letter, with notably less inflammatory language, claiming it was the correct version.

Historians were unsure which of the two versions was correct, since the original was deemed lost—until Ricciardo stumbled across it hiding in plain sight in the Royal Society archives. According to Ricciardo, the catalog listed the date of the letter as October 21, 1613, but the actual letter is dated December 21, 1613. This may be why so many prior scholars had overlooked it. It’s also an unusual item for the Royal Society to have in its archives. The Society is currently trying to trace its provenance to determine how it ended up there.

The first and last page of Galileo’s 1613 letter to Castelli, showing his signature, “G. G.”
Enlarge / The first and last page of Galileo’s 1613 letter to Castelli, showing his signature, “G. G.”
Royal Society

The letter provides a strong piece of evidence that Galileo was the one fibbing here and deliberately modified the version he asked Dini to forward to the Inquisition, in hopes of appeasing the church’s wrath. Per Nature:

Beneath its scratchings-out and amendments, the signed copy discovered by Ricciardo shows Galileo’s original wording—and it is the same as in the Lorini copy. The changes are telling. In one case, Galileo referred to certain propositions in the Bible as “false if one goes by the literal meaning of the words.” He crossed through the word “false” and replaced it with “look different from the truth.” In another section, he changed his reference to the Scriptures “concealing” its most basic dogmas, to the weaker “veiling.”

Ricciardo and his colleagues—Franco Giudice of the University of Bergamo and science historian Michele Camerota of the University of Cagliari—conducted their own handwriting analysis. They compared individual words in the newly discovered letter with similar words in Galileo’s other writings from around the same time period. They concluded the handwriting was indeed Galileo’s.

Should we conclude from this that Galileo was not the scientific hero we’ve long thought him to be? Surely not. The changes are minor, mostly regarding his statements about the Bible, not his scientific analysis. It’s difficult for us to conceive just how dangerous a time the 17th century was for scientists and scholars who dared to cross the Catholic Church. Galileo was fortunate not to have been burned at the stake for his claims; thousands of less-fortunate people around the world were executed for heresy over the centuries that the Inquisition existed. Who could begrudge him those last nine years of relative quiet and contemplation? This merely shows the complicated man behind the heroic stereotype—one with sufficient diplomatic skill to soften his words without diluting his science.

Voir de même:

Controverse : ce que la science doit à l’Église

Charles-Henri d’Andigné

Famille chrétienne
Numéro 2181
30/10/2019

Trois essais font la démonstration de tout ce que la science doit à l’Eglise. D’ailleurs, beaucoup de savants furent de fervents chrétiens, voire même des prêtres et des moines.

« Et pourtant, elle tourne ! » Tout le monde connaît cette phrase de Galilée à ses juges de l’Inquisition, qui voulaient absolument lui faire dire que la Terre était plate et que le Soleil tournait autour… Cette phrase choc n’a qu’un défaut : elle est fausse, elle a été inventée au XVIIe siècle et reprise par Bertold Brecht dans sa pièce La Vie de Galilée. Jamais le savant italien n’a déclaré cela à qui que ce soit. Dommage, c’était bien trouvé… L’affaire Galilée est emblématique : c’est le type même de la désinformation fabriquée par les ennemis de l’Église pour la discréditer, et tenter de faire croire qu’elle fut l’ennemie acharnée de la science et de la raison.

Les hasards de l’édition ont fait que trois livres récents, parus en même temps, contrebattent ce cliché attaché à l’histoire de l’Église. Très différents et complémentaires, ces ouvrages abordent notamment, chacun à sa façon, la question des relations entre la science et la foi. Et mettent en pièces le vieux préjugé selon lequel l’Église obscurantiste aurait freiné le développement de la science.

L’Église a toujours favorisé la recherche scientifique

Quand on regarde les faits avec honnêteté, en effet, on constate que c’est le contraire qui est vrai : l’Église a non seulement permis l’épanouissement des sciences, mais elle a tout fait pour que les scientifiques puissent mener leurs expériences et leurs travaux. Mieux : beaucoup de savants furent des chrétiens fervents, parfois même des prêtres ou des moines.

Pour bien le comprendre, un détour par la philosophie s’impose. Comme le rappellent Éric et Émeline Picard dans L’Église en procès, « pour l’Église, il existe deux voies reconnues d’accès à la vérité et donc à Dieu : d’un côté le livre de la Révélation, l’Ancien et le Nouveau Testament, lu dans la foi, de l’autre le livre de la nature déchiffré par la raison et la science dans un mouvement lent, difficile et progressif. » Ils ajoutent : « Dieu étant le créateur de l’un comme de l’autre, il ne saurait y avoir de contradiction qu’apparente entre les deux. » La science fait donc partie des moyens d’accéder à la vérité. Elle est aussi un moyen de mieux connaître les beautés du monde. Le chrétien ne saurait la négliger.

L’Église, dès ses débuts, a promu la liberté en matière scientifique – comme sur le plan social, politique, économique – estimant qu’il n’était pas de son ressort de s’en mêler. C’est ce que l’historien Jean-Louis Harouel appelle, dans un livre éponyme, « le vrai génie du christianisme » : « Le royaume de Dieu est céleste et non terrestre, Dieu et l’État sont séparés. D’où la disjonction du spirituel et du temporel, qui a procuré à l’individu une liberté sans équivalent dans les autres civilisations, en excluant la sacralisation d’un quelconque ordre terrestre. »

C’est pour lui la raison du progrès scientifique que l’on observe dans la civilisation chrétienne. La science a pu s’y développer librement. La volonté de découvrir la vérité était le moteur ; la liberté a servi de carburant.

Au Moyen Âge, l’Église est à la pointe de la science

« Au XIIe siècle, rappelle le sociologue américain Rodney Stark, l’Église invente l’université. Celle-ci fera beaucoup pour le développement du savoir, quel qu’il soit. Au XIIIe siècle, Paris, Bologne, Oxford et Toulouse comptaient chacune mille à mille cinq cents étudiants. C’est dans ses universités […] qu’est née la science », poursuit Rodney Stark. C’est l’époque où saint Thomas d’Aquin suit les cours à Paris de son maître allemand Albert le Grand, plus connu comme philosophe que comme scientifique : or ce dernier s’intéresse aux plantes et aux fruits, à la dissection de l’œil de la taupe, au système nerveux de l’écrevisse, à l’alchimie, ainsi qu’aux minéraux et aux fossiles.

L’une des idées reçues contre lesquelles s’élèvent les historiens est celle selon laquelle le développement scientifique aurait eu lieu à la Renaissance (le terme même de « renaissance » implique d’ailleurs que la période précédente était sombre et obscure, chrétienne pour tout dire…). La simple observation des faits contredit cette vision simpliste et fausse. Ce que l’on appelle le Moyen Âge est en réalité une période très riche sur le plan scientifique. Les écoles de philosophes et de savants se multiplient en Europe, font valoir Éric et Émeline Picard : « L’école de Chartres, marquée par le platonisme, est emblématique de cette renaissance [des XIe et XIIe siècles, Ndlr] qui cherche à comprendre, à la lumière des Anciens, le lien entre âme et matière, l’homme et le monde. […] L’école d’Oxford, avec Robert Grosseteste ou Roger Bacon, témoigne du renouveau scientifique des XIIIe et XIVe siècles. L’expérience, par exemple en optique, est une manière de confirmer des thèses nées de l’observation raisonnée de la nature. »

Mais Galilée ? N’a-t-il pas subi les foudres de l’Inquisition ? N’est-ce pas la preuve que l’Église a exercé une pression sur les savants pour les empêcher de poursuivre et de publier leurs travaux ? Essayons de résumer cette affaire. Galilée, né en 1564, était au départ très bien compris, et même soutenu, par une bonne partie de la hiérarchie catholique – les travaux de Copernic, un siècle plus tôt, n’avaient d’ailleurs causé aucun émoi particulier à Rome.

Son premier ouvrage, Le Messager céleste, où il affirme que l’univers est écrit en « langage mathématique […] sans lequel il est humainement impossible d’en comprendre un mot », reçoit à Rome un accueil enthousiaste. Mais certains s’inquiètent de l’orthodoxie de telles affirmations. Rodney Stark replace cette réaction dans son contexte : « À cette époque, la réforme protestante se dressait, provocatrice, dans le nord de l’Europe […]. En réponse aux accusations protestantes selon lesquelles elle ne serait pas fidèle à la Bible, l’Église catholique imposa finalement des limites plus strictes à une théologie recevable à ses yeux, ce qui l’amena à intervenir plus fréquemment dans les débats érudits et scientifiques. »

Avec Galilée, un cocktail explosif

Ajoutons à cela la personnalité de Galilée, très brillant, très conscient de sa valeur, très porté à la provocation, et l’on obtient un cocktail explosif. En 1632, le savant publie le Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, « pamphlet désobligeant », selon le théologien allemand Manfred Lütz, où il soutient de manière péremptoire les thèses coperniciennes (la Terre tourne autour du Soleil) qu’il n’avait aucun moyen de prouver, quand le pontife, avec sagesse, voulait que l’on se contente de les présenter comme des hypothèses.

C’était mal connaître le savant qui se permit en outre, dans son ouvrage, de ridiculiser le pape sous les traits de Simplicio (simple d’esprit). « Piège politique, piège théologique, racontent Éric et Émeline Picard, qui pousse Urbain VIII à lancer une procédure exceptionnelle qui aboutit, le 22 juin 1633, à l’abjuration publique de Galilée devant le Saint-Office et à l’interdiction de l’enseignement de l’héliocentrisme dans toutes les universités européennes. » Quelles leçons tirer de cette affaire ? D’abord qu’elle est beaucoup plus complexe que le poncif éculé qu’on nous ressasse depuis des lustres : Galilée l’esprit libre et éclairé l’emporte face à l’Église obscurantiste. Il est arrivé à Galilée de se tromper, et au pape d’avoir raison. Ensuite qu’elle s’explique davantage par des raisons de circonstances – le caractère un peu égotique de Galilée, le contexte de la Réforme protestante – que par des raisons de fond. Reste que ce fut un tort, incontestablement, d’interdire l’enseignement de l’héliocentrisme dans les universités, alors même que les thèses héliocentriques de Copernic, proches de celles de Galilée, ne posaient de problème à personne au Vatican, alors même que l’Église avait toujours encouragé la recherche scientifique. Cette décision allait à l’encontre des principes mêmes qu’elle professait.

« L’Église n’a pas peur de la vérité »

Cette affaire marquera durablement les relations entre science et foi, « au point qu’il existe un véritable “syndrome Galilée” pour les catholiques, estiment Éric et Émeline Picard. En effet, elle cristallise toutes les problématiques : comment lire le texte sacré ? Comment concilier ce dernier avec les découvertes scientifiques ? Quelle liberté accorder à la science ? » Ces questions se posèrent avec une acuité toute particulière au XIXe siècle quand les découvertes archéologiques de l’époque parurent remettre en cause la vérité des textes sacrés.

D’où l’encyclique Divino afflante spiritu (« Sous l’inspiration de l’Esprit Saint »), publiée par Pie XII en 1943, qui autorise les méthodes scientifiques pour étudier la Bible. Benoît XVI poursuivra dans cette voie, notamment dans son livre Jésus, où il prendra ses distances avec la méthode « historico-critique » de certains savants allemands.

Rappelons enfin une anecdote : quand il fut question, dans les années 1940, d’entreprendre des fouilles sous la basilique Saint-Pierre, à Rome, pour retrouver le tombeau de l’apôtre, certains monsignori, dans l’entourage du pape, s’en émurent discrètement : et si les scavi (fouilles) ne donnaient rien ? Ce fut Pie XII qui trancha : « L’Église n’a pas peur de la vérité ». Et les fouilles furent lancées.

Voir de plus:

Galilée (1564 – 1642)

Un savant qui voit loin

Hérodote

Galileo Galilei, dit Galilée, est né à Pise le 15 février 1564, dans la famille d’un musicien qui va lui transmettre sa passion des instruments de tous ordres. Après des études de médecine, il se consacre aux sciences.

Doté d’une chaire de mathématiques à l’Université de Padoue dès 1592, il comprend combien les mathématiques peuvent être utiles à la compréhension des lois de la physique. Mais il sera avant tout un homme d’observation et d’expérience, un pionnier du Grand Siècle des Sciences (le XVIIe) et un précurseur des chercheurs contemporains. L’Histoire retient de lui l’image du savant persécuté par l’Église en raison de ses affirmations hétérodoxes. Une image qui mérite d’être nuancée…

Naissance de la recherche expérimentale

Galilée s’interrogea d’abord sur la chute des corps et mit en évidence la nature corpusculaire de la matière. Étudiant la gravité, il laissa tomber des objets différents du haut de la tour penchée de Pise et montra que leur vitesse de chute était indépendante de leur masse (il n’est pas sûr toutefois qu’il ait réalisé cette expérience ; il l’a peut-être seulement imaginée).

Suite à l’invention de la lunette astronomique en Flandre, au début du XVIIe siècle, il invita le 21 août 1609 le doge de Venise Leonardo Donato et plusieurs membres du Sénat à faire des observations du haut du campanile de la place Saint-Marc.

Habile en affaires, il leur fit voir les navires au loin et souligne l’intérêt militaire de l’instrument. Cela lui valut une grasse rémunération.

Mais Galilée lui-même préfèrait employer sa lunette à l’exploration du système solaire. C’est ainsi qu’il découvrit le relief de la Lune, les satellites de Jupiter et les taches du Soleil. Performance d’autant plus remarquable que la lunette était à peine plus puissante qu’une paire de jumelles d’aujourd’hui, avec à ses extrémités deux verres grossissant l’un six fois, l’autre neuf fois.

Par ses expériences, il prolongea brillamment les travaux scientifiques et philosophiques de Nicolas Copernic comme de ses contemporains Tycho Brahé, Giordano Bruno et surtout Johannes Kepler.

En 1610, avant de s’installer à Florence, Galilée publie Le Messager des étoiles, ouvrage dans lequel il relate ses observations. Il montre en particulier que la Lune n’est pas lisse mais couverte de cratères et de montagnes. Il révèle aussi l’existence de quatre satellites de Jupiter qu’il nomme « satellites médicéens » par égard pour son protecteur du moment, le grand-duc de Toscane Ferdinand 1er de Médicis.

Ses travaux en astronomie vont faire sa célébrité… et son malheur.

Langue du peuple, langue du scandale

Un demi-siècle plus tôt, le chanoine Copernic, soucieux de sa tranquillité, avait su rester discret et il avait publié en latin, la langue réservée aux savants, ses découvertes sur l’héliocentrisme (théorie selon laquelle le Soleil – et non la Terre – est au centre de l’univers).

Galilée n’a pas sa prudence. Il a l’audace de publier ses propres théories sur le système solaire en italien, la langue du peuple.

Il suscite dès lors contre lui un flot de dénonciations de la part de clercs qui croient y voir la négation des Écritures saintes mais aussi de savants qui lui reprochent de présenter comme des vérités indubitables et non de simples hypothèses ses théories selon lesquelles la Terre et les planètes se placent sur des orbites autour du Soleil.

Galilée n’arrange pas ses affaires par son arrogance et ses rapports orageux, voire méprisants, avec ses rivaux demeurés favorables à la vision traditionnelle héritée de Claude Ptolémée. Pour ce savant grec très réputé, qui vécut à Alexandrie d’Égypte au IIe siècle de notre ère, la Terre devait en effet se situer au centre de l’univers.

Sur la foi d’une lettre signée G.G., écrite à son ami et élève, l’abbé Benedetto Castelli, le savant pisan est une première fois condamné en 1616 par le tribunal de l’Inquisition qui lui interdit de diffuser ses théories.

Le pape Urbain VIII, son ami et protecteur, l’autorise néanmoins à comparer les cosmologies de Copernic et Ptolémée. Il s’exécute sans se faire prier et publie en 1632 ses conclusions, favorables à Copernic, sous la forme d’un dialogue imaginaire entre trois amis : Dialogue sur les deux grands systèmes ptolémaïque et copernicien.

Cela lui vaut d’être à nouveau traduit devant la Sacrée Congrégation de l’Inquisition romaine et universelle, le 12 avril 1633, dans le couvent Santa Maria de Rome. « Eppure, si muove » aurait-il alors murmuré (Et pourtant elle tourne). Son ami le pape réussit heureusement à adoucir ses sanctions.

Exil et réhabilitation

Après sa rétractation, Galilée est banni dans le hameau d’Arcetri en Toscane, avec toujours l’interdiction de diffuser ses thèses. Ses disciples Viviani et Toricelli vont heureusement poursuivre ses recherches.

Le grand-duc de Toscane Ferdinand II de Médicis, petit-fils de Ferdinand Ier, se montre plein d’égards pour le génie de Galilée. Il commande un portrait du vieil homme désabusé à Julius Sustermans.

Tout autant épris de sciences, son frère le cardinal Léopold de Médicis fonde en 1657 à Florence l’Accademia del Cimento (Académie de l’Expérience), en hommage aux méthodes galiléennes d’observation et d’expérimentation. C’est la première académie de sciences naturelles en Europe. Elle témoigne de l’extraordinaire bond accompli par les sciences et la recherche au XVIe siècle, le siècle scientifique par excellence.

En 1992, le pape Jean-Paul II a annulé solennellement les conclusions du tribunal de 1633 et réhabilité l’infortuné Galilée.

Voir encore:

Matt J. Rossano
Professor of Psychology, Southeastern Louisiana University
Huffpost

On the morning of June 22, 1633 in the hall of the convent of Santa Maria sopra Minvera in Rome, Galileo Galilei knelt before the Lord-Cardinal Inquisitors-General and publicly abjured his false opinion that the sun was the motionless center of the universe. Thus ended Galileo’s personal trials; but the “Galileo affair,” with its myriad attendant controversies and consequences rippling across the centuries, was just commencing. “Affair” rightly characterizes the tangled personal and political intrigues pervading this particular piece of jurisprudence.

But however thick it was with complicating and mitigating factors, in the end the Catholic Church blew it — something acknowledged centuries later by a Pope proudly nurtured in Copernicus’ homeland: “[Galileo] had to suffer a great deal — we cannot conceal the fact — at the hands of men and organisms of the Church” (Pope John Paul II, Nov. 10, 1979 address to the Pontifical Academy of Sciences). When it came to interpreting scripture in light of scientific findings the Pope observed that “Galileo … showed himself to be more perceptive … than the theologians who opposed him (Oct. 31, 1992 address to the PAS).

For many, the Galileo affair was emblematic of Christianity’s inherent antagonism towards science and reason. Galileo was no anomaly; no aberrant outlier in an otherwise contrary arrangement. No, Galileo culminated and crystallized the undeniable and irredeemable pattern of Church/science relations. Other exemplars affirming that pattern are easily discerned: In 415, a reactionary Christian mob brutally murdered pagan mathematician and astronomer Hypatia and burned the ancient world’s great center of learning, the library of Alexandria; In 1277, Doctor Mirabilis (wonderful teacher) and Franciscan monk Roger Bacon was imprisoned for asking too many embarrassing questions; in 1600, Giordano Bruno was burned at the stake for his scientific views; in 1925, Jesuit paleontologist Teilhard de Chardin was exiled and his writings on human evolution were (later) banned — and on it goes.

Sadly, the “pattern” theory has a problem. It’s wrong. On it does not go. The above examples pretty much exhaust the “church oppresses science” list, and each entry is either inaccurate or has nothing to do with religion and science. Let’s look at them:

Hypatia’s murder by a crazed Christian mob had little to do with hatred of science or scientific women. In fact, one of Hypatia’s closest friends was Synesius of Cyrene, the neo-Platonist Christian Bishop of Ptolemais. Our earliest historical source, Socrates Scholasticus (5th century), attributes her murder to her involvement with Orestes, the (Christian) imperial prefect of Alexandria who was in a power struggle with Cyril, the Alexandrian Bishop. Christians believed that she was scuttling a reconciliation between the two. Did Cyril instigate the murder? Was it in retaliation for earlier violence on Christians? As best as I can tell historians still debate these and other details. What seems clear is that sectarian violence was rife in Alexandria at the time and Hypatia’s murder was one of many bloody incidents Christians, Jews, and Pagans inflicted upon one another. But it was about politics and power, not science and religion (see: David Lindberg’s chapter in “Galileo Goes to Jail and Other Myths about Science and Religion“, R. L. Numbers, ed. Harvard Press or “The Vanished Library” by Luciano Canfora, UC Press or Maria Dzielska’s “Hypatia of Alexandria”, Harvard Press.)

As for library-burning — the great Alexandrian library was probably burned by Julius Caesar in 48 B.C.E. when he chased Pompey into Egypt. There may have been a small “daughter” library still housed in the Temple of Serapis in 391 C.E. (long before Hypatia’s demise), whose holdings may have been largely destroyed when the temple was raised and converted to a Christian Church. But even if true (a big “if”), it says nothing about Christian attitudes toward science and learning. Instead, all it tells us is that Christians, Pagans, and Jews were doing lots of nasty stuff to each other in Alexandria at this time, something we already knew.

As for Roger Bacon: University of Wisconsin-Madison historian Michael Shank sums it up nicely:

“The assertion that Bacon was imprisoned (allegedly by the head of his own Franciscan order) first originates some eighty years after his death and has drawn skepticism on these grounds alone. Scholars who find this assertion plausible connect it with Bacon’s attraction to contemporary prophecies that have nothing to do with Bacon’s scientific, mathematical, or philosophical writings.” (p. 21 from his chapter in “Galileo Goes to Jail”).

On Giordano Bruno — no question he was burned at the stake on the seventeenth of February, 1600, in Rome’s Flower Market (see Jole Shackelford’s chapter in “Galileo Goes to Jail”). But he was burned for his theological heresies, not his scientific beliefs. Bruno refused to recant his disbelief in the Trinity, Virgin Birth, divinity of Christ and other rather non-negotiable items (especially for a clergyman). Yes, his scientific/philosophic studies probably contributed to his fall from orthodoxy, but it was the fall, not the science, that the Church condemned and for which Bruno died.

Likewise with Teilhard de Chardin. His popularity with the current Pope notwithstanding, Teilhard strained the patience of his Jesuit superiors not because of his expert paleoanthropological work (he was part of the team that discovered “Peking” man) but because he turned that work into an elaborate, unorthodox, evolutionary-based theology. Luckily for Teilhard, by the 20th century, burning heretics was passé and his theological writings were simply suppressed until his (quite natural) death (see Amir Aczel’s “The Jesuit and the Skull”).

Galileo was indeed exceptional. Arthur Koestler pronounced this very verdict over fifty years ago in his well-regarded history of astronomy, “The Sleepwalkers”: “The Galileo affair”, Koestler asserted, “was an isolated, and in fact quite atypical, episode in the history of the relations between science and theology … “ (p. 523).

Even just the few cases cited above hint at Galileo’s singularity. Yes, over the centuries some scholars suffered the Church’s wrath; but is it not equally noteworthy that century after century the Christian Church kept producing superlative scholars? Bacon, Bruno, Copernicus, Teilhard — even Galileo (not a cleric, but faithful to the end) — why did the well not dry up in the face of such incessant intellectual oppression? In his book, “For the Glory of God“, sociologist Rodney Stark identifies 15 clerics of the 16th and 17th centuries whom he considers “scientific stars” (pp. 198-199). Similarly, Stephen Barr’s brief review easily finds over a dozen clergymen from the Middle Ages to modern times making substantial contributions to mathematics, physics, biology, genetics, and cosmology (see “Modern Physics and Ancient Faith” pp. 9-10). Is it possible that Christianity has actually been science’s oldest and dearest friend?

Voir aussi:

The RZIM

If you ask many people today what they think about science’s relationship to religion, you are likely to be told that the two have been in conflict for a very long time.(1) There was the trial of Galileo by the Inquisition, for example, the debate between Wilberforce and Huxley, and there is still an on-going dispute over the teaching of evolution in American schools. These usual suspects may be trotted out whenever this topic is mentioned, but are events such as these really typical of the history of science as a whole?

Contrary to the impression given by some commentators, the conflict thesis between science and religion is one that has been discredited in academic circles for some time. The rise of science in the West was, of course, a very complicated affair in which many different factors played a part. There were certainly inevitable points of tension, but this does detract from the fact that Europe was a largely Christian continent in which religious individuals and institutions inevitably played a central role in the changes that occurred.

A number of the popular misconceptions about history are addressed in Ronald Numbers’ book, Galileo Goes to Jail and Other Myths about Science and Religion.(2) One of the most famous examples is the « debate » between Bishop Samuel Wilberforce and T. H. Huxley (1860), which was actually an after-lecture discussion on the merits of Darwin’s work. The alleged clash was largely forgotten about until the 1890s, when it resurrected by those seeking to attack the power of the Anglican orthodoxy. By this point the scientific community had become more professionalized and some of its members realized the debate could be used to promote their already growing autonomy. The event was therefore portrayed as if it had been a portentous victory for science over religion, even though, at the time, neither side was said to have won and the discussion was held on purely scientific grounds.(3)

It is important, therefore, to be aware of how history is sometimes portrayed. Scholars no longer use the term « dark ages, » for example, because the description gives the false impression that this was a period of ignorance during which little development occurred. Rodney Stark suggests that there is a similar problem with the process known as the Enlightenment, because the term itself, coined by Voltaire, was appropriated by various militant atheists and humanists who sought to claim the credit for the rise of science. As Stark points out, « The falsehood that science required the defeat of religion was proclaimed by such self-appointed cheerleaders as Voltaire and Gibbon, who themselves played no part in the scientific enterprise. »(4) This depiction of the Enlightenment, as if it was some kind of clean secular break from the past, persists today, but, as John Coffey points out, it could be more accurately described as a religious process. This is because many of those at the vanguard of the movement were Protestants (though certainly not all orthodox) who sought to fuse religious and philosophical ideas together. This is not to deny the role of certain groups of atheist thinkers, but crucially these were not representative of the Enlightenment as a whole. Furthermore, Dominic Erdozain argues that you can trace a lot of the unbelief of the time back to expressly religious roots. It was a Christian conscience (rather than a secular or pagan one) that drove much of the Enlightenment thought and a poignant example of this was the way in which Voltaire often used Jesus—albeit his own interpretation of him—in order to attack the church.(5)

It is always helpful, therefore, to bear in mind John Hedley Brookes’ comments, when he reminds us that: « In many of the disputes that have been conventionally analyzed in terms of some notional relation between science and religion, the underlying issues were principally about neither science nor religion, nor the relationship between them, but were matters of social, ethical or political concern in which the authority of either science, religion or both was invoked (often on both sides) to defend a view held on other grounds… »(6)

As this suggests, simplistic ways of understanding history honor neither history nor the present.

Simon Wenham is research coordinator for Ravi Zacharias International Ministries in Europe.

(1) Article adapted from Simon Wenham’s, « Making History: The ‘War’ Between Science and Religion, » Pulse, Issue 8 (Summer 2011), pp. 2-4.
(2) R. Numbers, Galileo Goes to Jail and Other Myths about Science and Religion (Boston: Harvard University Press, 2009).
(3) For further reading see J. R. Lucas Wilberforce and Huxley: A Legendary Encounter (available online).
(4) R. Stark, For the Glory of God (Princeton: Princeton University Press, 2003), 123.
(5) J. Coffey and D. Erdonzain, lectures given at The Dark Side of Christian History Conference, St Ebbe’s Church, Oxford, February 5, 2011.
(6) J. H. Brooke, Darwinism and Religion: A Revisionist View of the Wilberforce-Huxley Debate (lecture), at Emmanuel College, Cambridge, 26 February 2001 (available online).

Voir également:

The Death of Irony

Benedict and the Enemies of Reason

Angelo Matera
National Catholic Register
February 3-9, 2008

If irony abounds, but no one notices, does that mean irony is dead? Or does it mean we’re living in the most ironic of all possible worlds?

That’s the question that comes to mind watching the intellectual controversies Pope Benedict XVI has had to confront on the world stage in the past year and a half.

First, there was the Regensburg speech flap, and the irony — willfully ignored by most commentators — of Muslims around the world angrily protesting and issuing death threats against the Pope because he allegedly said Islam was … well, violent. (It’s like the old joke — “There is no Mafia, and we’ll kill anyone who says there is.”)

And now, we have professors and students at Italy’s La Sapienza (the term means wisdom) University angrily protesting against — and forcing the cancellation of — the Holy Father’s visit to the school over Galileo.

The subject the Pope planned to address in the speech that was suppressed: how to encourage dialogue between faith and science.

According to the dictionary, irony “relies on a sharp discordance between the real and the ideal … the perceived notion of an incongruity, or a gap between an understanding of reality, or expectation of a reality, and what actually happens.”

Based on that definition, Benedict has been living in a whirlwind of irony since he was elected in 2005. Look at the “gaps” or “incongruities” between what this Pope is supposed to be like — “God’s Rottweiler,” oppressor of free inquiry and critical thinking — and the reality, which is the exact opposite.

No world figure has spoken out more forcefully than Pope Benedict XVI on behalf of reasoned debate and dialogue on the great issues of the day

The problem is that the people who are supposed to be good at perceiving irony — the young, radical, postmodern intellectuals who dominate most of the world’s universities — have lost their ability to see the irony that’s before their eyes, which means they’ve lost the ability to think straight at all.

That becomes clear when we examine the additional layers of irony that abound in the La Sapienza affair. The whole incident is based on mistakes.

The source of the protests was a 1990 statement about Galileo made by then Cardinal Ratzinger that was extracted — out of context — from a speech entitled “The Crisis of Faith in Science.” The statement read:

“The Church at the time of Galileo was much more faithful to reason than Galileo himself, and also took into consideration the ethical and social consequences of Galileo’s doctrine. Its verdict against Galileo was rational and just.”

The irony is that this statement was not made by Cardinal Ratzinger at all. The cardinal was quoting someone else. And when you read the entire speech, it’s not only clear that the cardinal didn’t say it, he disagreed with it.

Far from using these ideas to exonerate the Church for persecuting Galileo, Cardinal Ratzinger rejected the temptation to do so, and concluded by saying:

“It would be absurd, on the basis of these affirmations, to construct a hurried apologetics. The faith does not grow from resentment and the rejection of rationality.”

But there’s more. The greatest irony is that the words mistakenly attributed to the Pope were uttered by one of the most subversive and controversial postmodern thinkers of the late 20th century, the deceased Austrian philosopher, Paul Feyerabend.

Before considering Feyerabend, we have to briefly define — however inadequately — the term “postmodern,” the philosophy that holds sway over most of the world’s intellectuals.

Put simply, postmodernism is a philosophy that arose from the ruins of World War II and the apparent collapse of Western culture. Postmodernists rejected the “modernist” ideas that originated in the Enlightenment of the 17th and 18th centuries — that man can, without God, know absolute truth and universal values through his reason alone.

While some postmodernists came up with legitimate criticisms of rationality, and especially those situations in which reason was misused to support man-made totalitarian ideologies such as fascism and communism, many others went too far. They became philosophical nihilists, believing in nothing.

These postmodernists — exemplified by the crazed student radicals Joseph Ratzinger encountered during his university teaching days in the 1960s — believe all truth claims are merely propaganda used by the powerful to justify their positions and to oppress the weak.

They reject any form of hierarchy and authority and instead embrace the most radical relativism.

Not surprisingly, for postmodernists, the Catholic Church — and the pope — are the epitome of power and privilege. For postmodernists, the Church must always be opposed, even when it’s on their side on issues of war, social justice and human rights (for different reasons, of course).

It also means condemning the pope, even when he appears to ally himself with a philosopher who was one of the leading figures of postmodernism!

Paul Feyerabend’s motto was “anything goes,” although that’s a bit misleading. He was, despite his reputation, a serious philosopher, which is why the cardinal bothered to quote him at all.

That takes us to yet another irony. While Cardinal Ratzinger, in his 1990 speech, rejected Feyerabend’s critique of rationality and his defense of the Church in the Galileo case, the cardinal and the “pomo” philosopher did share legitimate concerns about science run amok.

In his recent encyclical Spe Salvi (On Christian Hope), Benedict wrote about science:

“Francis Bacon and those who followed in the intellectual current of modernity that he inspired were wrong to believe that man would be redeemed through science. Such an expectation asks too much of science; this kind of hope is deceptive. Science can contribute greatly to making the world and mankind more human. Yet it can also destroy mankind and the world unless it is steered by forces that lie outside it.”

This is the sort of critique that serious postmodernists came close to making, albeit in a reckless way, when they’ve said, for example, that there is a direct path that leads from Galileo to the atom bomb.

There is no doubt that Pope Benedict would reject such a statement; as the statement above makes clear, he believed Feyerabend’s rejection of reason was excessive.

Instead, the Catholic position might agree more with the Church’s most prophetic critic of the Enlightenment, the scientist-mystic Blaise Pascal. He was 10 years old when Galileo was tried for heresy, and would go on to nearly equal the Italian as a scientist, as well as write Pensees, one of the most profound defenses of the Christian faith ever written.

Pascal wrote: “Two extremes: to exclude reason, to admit reason only.”

Of course, such subtleties eluded the protesters at La Sapienza University. Their confusion, and their utter disregard for logic and consistency of thought, perfectly illustrated what the Holy Father has been warning about for decades, regarding the dangers of the “dictatorship of relativism.”

This “dictatorship” makes it impossible for most universities in the West to intellectually engage Pope Benedict XVI’s ideas on how to reconcile faith and reason.

And that may be what’s most ironic of all, especially for serious postmodernists who have legitimate criticisms of systems of thought that leave no room for the mysteries of life and love (for example, scientists who refuse to admit that there are mysteries that can’t be explained by Darwinism or physics).

The best postmodernist thinkers used irony to criticize real-life hypocrisy in Western societies, the gap between the reality of suffering and injustice and the ideals of truth and love. These incongruities, based on distorted reason, led political leaders to incinerate entire cities with nuclear weapons, and scientists to experiment on human beings in laboratories.

But when the postmodernists turned on reason itself, they destroyed the basis for their criticisms, and their humanity. Without a grounding in truth, post-modernism lost the capacity to perceive irony.

And without that perception, they’re now fated to erect new forms of intolerance and oppression that are worse than the power structures they seek to bring down.

And that’s really the ultimate irony. An irony, despite it all, you won’t find Pope Benedict laughing about.

Angelo Matera is editor of Godspy.com

Voir de même:

« How to Defend Society Against Science »

Paul Feyerabend
Practitioners of a strange trade, friends, enemies, ladies and gentlemen:Before starting with my talk, let me explain to you, how it came into existence. 

About a year ago I was short of funds. So I accepted an invitation to contribute to a book dealing with the relation between science and religion. To make the book sell I thought l should make my contribution a provocative one and the most provocative statement one can make about the relation between science and religion is that science is a religion. Having made the statement the core of my article I discovered that lots of reasons, lots of excellent reasons, could be found for it. I enumerated the reasons, finished my article, and got paid. That was stage one. 

Next I was invited to a Conference for the Defence of Culture. I accepted the invitation because it paid for my flight to Europe. I also must admit that I was rather curious. When I arrived in Nice I had no idea what Iwould say. Then while the conference was taking its course I discovered that everyone thought very highly of science and that everyone was very serious. So I decided to explain how one could defend culture from science.All the reasons collected in my article would apply here as well and there was no need to invent new things. I gave my talk, was rewarded with an outcry about my « dangerous and ill considered ideas, » collected by ticket andwent on to Vienna. That was stage number two. 

Now I am supposed to address you. I have a hunch that in some respect you are very different from my audience in Nice. For one, you look much younger. My audience in Nice was full of professors, businessmen, and television executives, and the average age was about 58 1/2. Then I am quite sure that most ofyou are considerably to the left of some of the people in Nice. As a matter of fact, speaking somewhat superficially I might say that you are a leftist audience while my audience in Nice was a rightist audience. Yet despite all these differences you have some things in common. Both of you, I assume, respect science and knowledge. Science, of course, must be reformed and must be made less authoritarian. But once the reforms are carried out, it is a valuable source of knowledge that must not be contaminated by ideologies of a different kind. Secondly, both of you are serious people. Knowledge is a serious matter, for the Right as well as for the Left, and it must be pursued in a serious spirit. Frivolity is out, dedication and earnest application to the task at hand is in. These similarities are all I need for repeating my Nice talk to you with hardly any change. So, here it is. 

Fairytales

I want to defend society and its inhabitants from all ideologies, science included. All ideologies must be seen in perspective. One must not take them too seriously. One must read them like fairytales which have lots of interesting things to say but whichalso contain wicked lies, or like ethical prescriptions which may be useful rules of thumb but which are deadly when followed to the letter.

Now, is this not a strange and ridiculous attitude? Science, surely, was always inthe forefront of the fight against authoritarianism and superstition. It is to science that we owe our increased intellectual freedom vis-a-vis religious beliefs; it is to science that we owe the liberation of mankind from ancient and rigid forms of thought. Today these forms of thought are nothing but bad dreams-and this we learned from science. Science and enlightenment are one and the same thing-even the most radical critics of society believe this. Kropotkin wants to overthrow all traditional institutions and forms of belief, with the exception of science. Ibsen criticises the most intimate ramifications of nineteenth-century bourgeois ideology, but he leaves science untouched. Levi-Strauss has made us realise that Western Thought is not the lonely peak of human achievement it was once believed to be, but he excludes science from his relativization of ideologies. Marx and Engels were convinced that science would aid the workers in their quest for mental and social liberation. Are all these people deceived? Are they all mistaken about the role ofscience? Are they all the victims of a chimaera?

To these questions my answer is a firm Yes and No.

Now, let me explain my answer.

My explanation consists of two parts, one more general, one more specific.

The general explanation is simple. Any ideology that breaks the hold a comprehensive system of thought has on the minds of men contributes to the liberation of man. Any ideology that makes man question inherited beliefs is an aid to enlightenment. A truth that reigns without checks and balances is a tyrant who must be overthrown, and any falsehood that can aid us in the over throw of this tyrant is to be welcomed. It follows that seventeenth- and eighteenth-century science indeed was an instrument of liberation and enlightenment. It does not follow that science is bound to remain such an instrument. There is nothing inherent in science or in any other ideology that makes it essentially liberating. Ideologies can deteriorate and become stupid religions. Look at Marxism. And that the science of today is very different from the science of 1650 is evident at the most superficial glance.

For example, consider the role science now plays in education. Scientific « facts »are taught at a very early age and in the very same manner in which religious « facts »were taught only a century ago. There is no attempt to waken the critical abilities of the pupil so that he may be able to see things in perspective. At the universities the situation is even worse, for indoctrination is here carried out in a much more systematic manner. Criticism is not entirely absent. Society, for example, and itsinstitutions, are criticised most severely and often most unfairly and this already at the elementary school level. But science is excepted from the criticism. In society at large the judgement of the scientist is received with the same reverence as the judgement of bishops and cardinals was accepted not too long ago. The move towards « demythologization, » for example, is largely motivated by the wish to avoid any clash between Christianity and scientific ideas. If such a clash occurs, then science is certainly right and Christianity wrong. Pursue this investigation further and you will see that science has now become as oppressive as the ideologies it had once to fight. Do not be misled by the fact that today hardly anyone gets killed for joining a scientific heresy. This has nothing to do with science. It has something to do with the general quality of our civilization. Heretics in science are still made to suffer from the most severe sanctions this relatively tolerant civilization has to offer.

But is this description not utterly unfair? Have I not presented the matter in a very distorted light by using tendentious and distorting terminology? Must we not describe the situation in a very different way? I have said that science has becomerigid, that it has ceased to be an instrument of change and liberation, without adding that it has found the truth, or a large part thereof. Considering this additional fact we realise, so the objection goes, that the rigidity of science is not due to human wilfulness. It lies in the nature of things. For once we have discovered the truth -what else can we do but follow it?

This trite reply is anything but original. It is used whenever an ideology wants to reinforce the faith of its followers. « Truth » is such a nicely neutral word. Nobody would deny that it is commendable to speak the truth and wicked to tell lies. Nobody would deny that_-and yet nobody knows what such an attitude amounts to. So it is easy to twist matters and to change allegiance to truth in one’s everyday affairs into allegiance to the Truth of an ideology which is nothing but the dogmatic defense of that ideology. And it is of course not true that we have to follow the truth. Human life is guided by many ideas. Truth is one of them. Freedom and mental independence are others. If Truth, as conceived by some ideologists, conflicts withfreedom, then we have a choice. We may abandon freedom. But we may also abandon Truth. (Alternatively, we may adopt a more sophisticated idea of truth that no longer contradicts freedom; that was Hegel’s solution.) My criticism of modern science is that it inhibits freedom of thought. If the reason is that it has found the truth and now follows it, then I would say that there are better things than first finding, and then following such a monster.

This finishes the general part of my explanation.

There exists a more specific argument to defend the exceptional position science has in society today. Put in a nutshell the argument says (1) that science has finally found the correct method for achieving results and (2) that there are many results to prove the excellence of the method. The argument is mistaken_-but most attempts to show this lead into a dead end. Methodology has by now become so crowded with empty sophistication that it is extremely difficult to perceive the simple errors at the basis. It is like fighting the hydra_-cut off one ugly head, and eight formalizations take its place. In this situation the only answer is superficiality: when sophistication loses content then the only way of keeping in touch with reality is to be crude and superficial. This is what I intend to be.

Against Method

There is a method, says part (1) of the argument. What is it? How does it work? One answer which is no longer as popular as it used to be is that science works by collecting facts and inferring theories from them. The answer is unsatisfactory as theories never follow from facts in the strict logical sense. To say that they may yetbe supported from facts assumes a notion of support that (a) does not show this defect and (b) is sufficiently sophisticated to permit us to say to what extent, say,the theory of relativity is supported by the facts. No such notion exists today, nor is it likely that it will ever be found (one of the problems is that we need a notionof support in which grey ravens can be said to support « all ravens are black »).This was realised by conventionalists and transcendental idealists who pointed out that theories shape and order facts and can therefore be retained come what may. They can be retained because the human mind either consciously or unconsciously carries out its ordering function. The trouble with these views is that they assume for the mind what they want to explain for the world, viz., that it works in a regular fashion. There is only one view which overcomes all these difficulties. It was invented twice in the nineteenth century, by Mill, in his immortal essay On Liberty, and by some Darwinists who extended Darwinism to the battle of ideas. This view takes the bull by the horns: theories cannot be justified and their excellence cannot be shown without reference to other theories. We may explain the success of a theory by reference to a more comprehensive theory (we may explain the success of Newton’s theory by using the general theory of relativity); and we may explain our preference for it by comparing it with other theories.

Such a comparison does not establish the intrinsic excellence of the theory we have chosen. As a matter of fact, the theory we have chosen may be pretty lousy. It may contain contradictions, it may conflict with well-known facts, it may be cumbersome,unclear, ad hoc in decisive places, and so on. But it may still be better than any other theory that is available at the time. It may in fact be the best lousy theory there is. Nor are the standards of judgement chosen in an absolute manner. Our sophistication increases with every choice we make, and so do our standards. Standards compete just as theories compete and we choose the standards most appropriate to the historical situation in which the choice occurs. The rejected alternatives (theories; standards; « facts ») are not eliminated. They serve as correctives (after all, we may have made the wrong choice) and they also explain the content of the preferred views (we understand relativity better when we understand the structure of its competitors; we know the full meaning of freedom only when we have an idea of life in a totalitarian state, of its advantages_and there are many advantages_as well as of its disadvantages). Knowledge so conceived is an ocean of alternatives channelled and subdivided by an ocean of standards. It forces ourmind to make imaginative choices and thus makes it grow. It makes our mind capableof choosing, imagining, criticising.

Today this view is often connected with the name of Karl Popper. But there aresome very decisive differences between Popper and Mill. To start with, Popper developed his view to solve a special problem of epistemology-he wanted to solve »Hume’s problem. » Mill, on the other hand, is interested in conditions favourable to human growth. His epistemology is the result of a certain theory of man, and not the other way around. Also Popper, being influenced by the Vienna Circle, improves onthe logical form of a theory before discussing it, while Mill uses every theory in the form in which it occurs in science. Thirdly, Popper’s standards of comparison are rigid and fixed, while Mill’s standards are permitted to change with the historical situation. Finally, Popper’s standards eliminate competitors once and for all: theories that are either not falsifiable or falsifiable and falsified have no place in science. Popper’s criteria are clear, unambiguous, precisely formulated; Mill’s criteria are not. This would be an advantage if science itself were clear, unambiguous, and precisely formulated. Fortunately, it is not.

To start with, no new and revolutionary scientific theory is ever formulated in a manner that permits us to say under what circumstances we must regard it as endangered: many revolutionary theories are unfalsifiable. Falsifiable versions do exist, but they are hardly ever in agreement with accepted basic statements: every moderately interesting theory is falsified. Moreover, theories have formal flaws,many of them contain contradictions, ad hoc adjustments, and so on and so forth. Applied resolutely, Popperian criteria would eliminate science without replacing it by anything comparable. They are useless as an aid to science. In the past decade this has been realised by various thinkers, Kuhn and Lakatos among them. Kuhn’s ideas are interesting but, alas, they are much too vague to give rise to anything but lots of hot air. If you don’t believe me, look at the literature. Never before has the literature on the philosophy o’science been invaded by so many creeps and incompetents. Kuhn encourages people who have no idea why a stone falls to the ground to talk with assurance about scientific method. Now I have no objection to incompetence but I do object when incompetence is accompanied by boredom and self-righteousness And this is exactly what happens. We do not get interesting false ideas, we get boring ideas or words connected with no ideas at all. Secondly, wherever one tries to make Kuhn’s ideas more definite one finds that they are false. Was there ever a period of normal science in the history of thought? No-and I challenge anyone to prove the contrary.

Lakatos is immeasurably more sophisticated than Kuhn. Instead of theories he considers research programmes which are sequences of theories connected by methods of modification, so-called heuristics. Each theory in the sequence may be full of faults. It may be beset by anomalies, contradictions, ambiguities. Whatcounts is not the shape of the single theories, but the tendency exhibited by the sequence. We judge historical developments and achievements over a period of time, rather than the situation at a particular time. History and methodology are combined into a single enterprise. A research programme is said to progress if the sequence of theories leads to novel predictions. It is said to degenerate if it isreduced to absorbing facts that have been discovered without its help. A decisive feature of Lakatos’ methodology is that such evaluations are no longer tied to methodological rules which tell the scientist either to retain or to abandon a research programme. Scientists may stick to a degenerating programme; they may even succeed in making the programme overtake its rivals and they therefore proceed rationally whatever they are doing (provided they continue calling degenerating programmes degenerating and progressive programmes progressive). This means that Lakatos offers words which sound like the elements of a methodology; he does not offer a methodology. There is no method according to the most advanced and sophisticated methodology in existence today. This finishes my reply to part (1)of the specific argument.

Against Results

According to part (2), science deserves a special position because it has producedresults. This is an argument only if it can be taken for granted that nothing else has ever produced results. Now it may be admitted that almost everyone who discusses the matter makes such an assumption. It may also be admitted that it is not easy to show that the assumption is false. Forms of life different from science either have disappeared or have degenerated to an extent that makes a fair comparison impossible. Still, the situation is not as hopeless as it was only a decade ago. We have become acquainted with methods of medical diagnosis and therapy which are effective (and perhaps even more effective than the corresponding parts of Western medicine) and which are yet based on an ideology that is radically different from the ideology ofWestern science. We have learned that there are phenomena such as telepathy and telekinesis which are obliterated by a scientific approach and which could be used to do research in an entirely novel way (earlier thinkers such as Agrippa of Nettesheim, John Dee, and even Bacon were aware of these phenomena). And then-is it not the case that the Church saved souls while science often does the very opposite? Ofcourse, nobody now believes in the ontology that underlies this judgement. Why? Because of ideological pressures identical with those which today make us listen to science to the exclusion of everything else. It is also true that phenomena such as telekinesis and acupuncture may eventually be absorbed into the body of science and may therefore be called « scientific. » But note that this happens only after a long period of resistance during which a science not yet containing the phenomena wants to get the upper hand over forms of life that contain them. And this leads to a further objection against part (2) of the specific argument. The fact that science has results counts in its favour only if these results were achieved by science alone, and without any outside help. A look at history shows that science hardly ever gets its results in this way. When Copernicus introduced a new view of the universe, he did not consult scientific predecessors, he consulted a crazy Pythagorean such as Philolaos. He adopted his ideas and he maintained them in the face of all sound rules of scientific method. Mechanics and optics owe a lot to artisans, medicine to midwives and witches. And in our own day we have seen how the interference of thestate can advance science: when the Chinese communists refused to be intimidated by the judgement of experts and ordered traditional medicine back into universities and hospitals there was an outcry all over the world that science would now be ruined in China. The very opposite occurred: Chinese science advanced and Western science learned from it. Wherever we look we see that great scientific advances are due to outside interference which is made to prevail in the face of the most basic and most « rational » methodological rules. The lesson is plain: there does not exist a single argument that could be used to support the exceptional role which science today plays in society. Science has done many things, but so have other ideologies. Science often proceeds systematically, but so do other ideologies (just consult the records of the many doctrinal debates that took place in the Church) and,besides, there are no overriding rules which are adhered to under any circumstances;there is no « scientific methodology » that can be used to separate science from the rest. Science & just one of the many ideologies that propel society and itshould be treated as such (this statement applies even to the most progressive and most dialectical sections of science). What consequences can we draw from thisresult?

The most important consequence is that there must be a formal separation between state and science just as there is now a formal separation between stateand church. Science may influence society but only to the extent to which any political or other pressure group is permitted to influence society. Scientists may beconsulted on important projects but the final judgement must be left to the democratically elected consulting bodies. These bodies will consist mainly of laymen. Will the laymen be able to come to a correct judgement? Most certainly, for the competence, the complications and the successes of science are vastly exaggerated. One of the most exhilarating experiences is to see how a lawyer,who is a layman, can find holes in the testimony, the technical testimony, of the most advanced expert and thus prepare the jury for its verdict. Science is not a closed book that is understood only after years of training. It is an intellectual discipline that can be examined and criticised by anyone who is interested and that looks difficult and profound only because of a systematic campaign of obfuscation carried out by many scientists (though, I am happy to say, not by all). Organs of the state should never hesitate to reject the judgement of scientists when they have reason for doing so. Such rejection will educate the general public, will make it more confident, and it may even lead to improvement. Considering the sizeable chauvinism of the scientific establishment we can say: the more Lysenko affairs, the better (it is not the interference of the state that is objectionable in the case of Lysenko, but the totalitarian interference which kills the opponent rather than just neglecting his advice). Three cheers to the fundamentalists in California who succeeded in having a dogmatic formulation of the theory of evolution removedfrom the text books and an account of Genesis included. (But I know that they would become as chauvinistic and totalitarian as scientists are today when given the chance to run society all by themselves. Ideologies are marvellous when used inthe companies of other ideologies. They become boring and doctrinaire as soon astheir merits lead to the removal of their opponents.) The most important change, however, will have to occur in the field of education.

Education and Myth

The purpose of education, so one would think, is to introduce theyoung into life,and that means: into the society where they are born and into the physical universethat surrounds the society. The method of education often consists in the teaching of some basic myth. The myth is available in various versions. More advanced versions may be taught by initiation rites which firmly implant them into the mind. Knowing the myth, the grownup can explain almost everything (or else he can turn to experts for more detailed information). He is the master of Nature and of Society. He understands them both and he knows how to interact with them. However, he is not the master of the myth that guides his understanding.

Such further mastery was aimed at, and was partly achieved, by the Presocratics.The Presocratics not only tried to understand the world. They also tried to understand, and thus to become the masters of, the means of understanding theworld. Instead of being content with a single myth they developed many and so diminished the power which a well-told story has over the minds of men. The sophists introduced still further methods for reducing the debilitating effect of interesting, coherent, « empirically adequate » etc. etc. tales.The achievements of these thinkers were not appreciated and they certainly are not understood today. When teaching a myth we want to increase the chance that it will be understood (i.e. no puzzlement about any feature of the myth), believed, and accepted. This does not do any harm when the myth is counterbalanced by other myths: even the most dedicated (i.e. totalitarian) instructor in a certain version ofChristianity cannot prevent his pupils from getting in touch with Buddhists, Jewsand other disreputable people. It is very different in the case of science, or of rationalism where the field is almost completely dominated by the believers. In this case it is of paramount importance to strengthen the minds of the young, and »strengthening the minds of the young » means strengthening them against an yeasy acceptance of comprehensive views. What we need here is an education that makes people contrary, counter-suggestive, without making them incapable ofdevoting themselves to the elaboration of any single view. How can this aim beachieved?

It can be achieved by protecting the tremendous imagination which childrenpossess and by developing to the full the spirit of contradiction that exists in them. On the whole children are much more intelligent than their teachers. They succumb, and give up their intelligence because they are bullied, or because their teachers get the better of them by emotional means. Children can learn, understand, and keep separate two to three different languages (« children » and by this I mean three to fiveyear olds, not eight year olds who were experimented upon quite recently and did not come out too well; why? because they were already loused up by incompetent teaching at an earlier age). Of course, the languages must be introduced in a more interesting way than is usually done. There are marvellous writers in all languageswho have told marvellous stories-let us begin our language teaching with them and not with « der Hund hat einen Schwanz » and similar inanities. Using stories we may of course also introduce « scientific » accounts, say, of the origin of the world and thus make the children acquainted with science as well. But science must not be given any special position except for pointing out that there are lots of people who believe in it. Later on the stories which have been told will be supplemented with « reasons, »where by reasons I mean further accounts of the kind found in the tradition to which the story belongs. And, of course, there will also be contrary reasons. Both reasons and contrary reasons will be told by the experts in the fields and so the young generation becomes acquainted with all kinds of sermons and all types of wayfarers.It becomes acquainted with them, it becomes acquainted with their stories, and every individual can make up his mind which way to go. By now everyone knows that you can earn a lot of money and respect and perhaps even a Nobel Prize by becoming a scientist, so many will become scientists. They will become scientists without having been taken in by the ideology of science, they will be scientistsbecause they have made a free choice. But has not much time been wasted on unscientific subjects and will this not detract from their competence once they have become scientists? Not at all! The progress of science, of good science depends on novel ideas and on intellectual freedom: science has very often been advanced by outsiders (remember that Bohr and Einstein regarded themselves as outsiders). Will not many people make the wrong choice and end up in a deadend? Well, that depends on what you mean by a « dead end. » Most scientists today are devoid of ideas, full of fear, intent on producing some paltry result so that they can add to the flood of inane papers that now constitutes « scientific progress » in many areas. And, besides, what is more important? To lead a life which one has chosen with open eyes, or to spend one’s time in the nervous attempt of avoiding what some not so intelligent people call « dead ends »? Will not the number ofscientists decrease so that in the end there is nobody to run our precious laboratories? I do not think so. Given a choice many people may choose science, for a science that is run by free agents looks much more attractive than the science of today which is run by slaves, slaves of institutions and slaves of « reason. » And ifthere is a temporary shortage of scientists the situation may always be remedied by various kinds of incentives. Of course, scientists will not play any predominant role in the society I envisage. They will be more than balanced by magicians, or priests,or astrologers. Such a situation is unbearable for many people, old and young, right and left Almost all of you have the firm belief that at least some kind of truth has been found, that it must be preserved, and that the method of teaching I advocate and the form of society I defend will dilute it and make it finally disappear. You havethis firm belief; many of you may even have reasons. But what you have to consider is that the absence of good contrary reasons is due to a historical accident; it doesnot lie in the nature of things. Build up the kind of society I recommend and the views you now despise (without knowing them, to be sure) will return in such splendour that you will have to work hard to maintain your own position and will perhaps be entirely unable to do so. You do not believe me? Then look at history. Scientific astronomy was firmly founded on Ptolemy and Aristotle, two of the greatest minds in the history of Western Thought. Who upset their well-argued, empirically adequate and precisely formulated system? Philolaos the mad and antediluvian Pythagorean. How was it that Philolaos could stage such a comeback? Because he found an able defender: Copernicus. Of course, you may follow your intuitions as I am following mine. But remember that your intuitions are the result of your « scientific » training where by science I also mean the science of Karl Marx. My training, or, rather, my non-training, is that of a journalist who is interested in strange and bizarre events. Finally, is it not utterly irresponsible, in the present world situation, with millions of people starving, others enslaved, downtrodden, in abject misery of body and mind, to think luxurious thoughts such as these? Is not freedom of choice a luxury under such circumstances? Is not the flippancy and the humour Iwant to see combined with the freedom of choice a luxury under such circumstances? Must we not give up all self-indulgence and act? Join together, andact? This is the most important objection which today is raised against an approach such as the one recommended by me. It has tremendous appeal, it has the appeal of unselfish dedication. Unselfish dedication_-to what? Let us see!

We are supposed to give up our selfish inclinations and dedicate ourselves to the liberation of the oppressed. And selfish inclinations are what? They are our wish for maximum liberty of thought in the society in which we live now, maximum liberty not only of an abstract kind, but expressed in appropriate institutions and methods ofteaching. This wish for concrete intellectual and physical liberty in our own surroundings is to be put aside, for the time being. This assumes, first, that we do not need this liberty for our task. It assumes that we can carry out our task with a mind that is firmly closed to some alternatives. It assumes that the correct way of liberating others has always been found and that all that is needed is to carry it out. I am sorry, I cannot accept such doctrinaire self-assurance in such extremely important matters.Does this mean that we cannot act at all? It does not. But it means that while acting we have to try to realise as much of the freedom I have recommended so that our actions may be corrected in the light of the ideas we get while increasing ourfreedom. This will slow us down, no doubt, but are we supposed to charge ahead simply because some people tell us that they have found an explanation for all the misery and an excellent way out of it? Also we want to liberate people not to make them succumb to a new kind of slavery, but to make them realise their own wishes,however different these wishes may be from our own. Self-righteous and narrow-minded liberators cannot do this. As a rule they soon impose a slavery that is worse, because more systematic, than the very sloppy slavery they have removed. And as regards humour and flippancy the answer should be obvious. Why would anyone want to liberate anyone else? Surely not because of some abstract advantage of liberty but because liberty is the best way to free development and thus to happiness. We want to liberate people so that they can smile. Shall we be able to do this if we ourselves have forgotten how to smile and are frowning on those who still remember? Shall we then not spread another disease, comparable to the one we want to remove, the disease of puritanical self-righteousness? Do not object that dedication and humour do not go together-Socrates is an excellent example to the contrary. The hardest task needs the lightest hand or else its completion will notlead to freedom but to a tyranny much worse than the one it replaces.

Voir enfin:

Les marées avant la gravitation

Vutheany LOCH
ENS Lyon

18/07/2017

Vincent Deparis

Enseignant
iFé-ENS-Lyon
Publié par

Gérard Vidal

Directeur de la publication
IFÉ ENS de Lyon

RésuméPendant plusieurs siècles, de l’Antiquité jusqu’au milieu du XVIIe siècle, l’explication du flux et du reflux de la mer est restée inaccessible au savant. Que peuvent dire les savants sur l’origine d’un phénomène lorsque le concept qui l’explique leur est encore étranger ? Petit éclairage de l’Histoire sur l’évolution des conceptions sur les marées océaniques.



Introduction :

Avant d’exposer sa théorie des marées, Galilée prévient son lecteur : «  Il est de nombreuses opinions concernant la cause du flux et du reflux ; puisque, pour un seul effet, je sais qu’il n’y a qu’une seule cause véritable et primordiale, je comprends fort bien et suis assuré que l’une de ces opinions au plus est véritable et que les autres ne sont que des fables et des faussetés ; et même peut-être la véritable cause n’est-elle pas parmi celles qu’on a avancées jusqu’à présent ; c’est même le cas, je crois : il serait étonnant que le vrai ait une clarté si faible qu’elle ne transparaisse pas dans la ténèbre des erreurs. [1]  » L’intuition du vrai est cependant bien trompeuse puisque, avant Newton, tous les savants qui se sont essayés à expliquer les marées, se sont soit fourvoyés, soit arrêtés en chemin ! En effet, avant l’avènement de la gravitation universelle au cours du XVIIe siècle, la cause des marées est hors de portée des savants. Ce qui ne les empêche pas d’avoir des idées. C’est justement parce que l’explication du flux et du reflux de la mer demeure encore inaccessible que la période, qui va de l’Antiquité jusqu’au milieu du XVIIe siècle, est si intéressante. Que peuvent dire les savants sur l’origine d’un phénomène lorsque le concept de base leur est encore étranger ? Quelles solutions proposer, lorsque toute tentative est encore vaine ? Dans l’article, nous proposons une revue des différentes conceptions sur les marées depuis l’Antiquité jusqu’à l’explication proposée par Isaac Newton en 1687 dans ses Philosophiae Naturalis Principia Mathematica. [2]

Une connaissance précise, dès l’Antiquité

Les premières interrogations sur le flux et le reflux de la mer remontent à l’Antiquité. Mais comme les marées sont pratiquement insignifiantes sur les côtes méditerranéennes, ce n’est qu’à partir du récit des voyageurs que les savants grecs peuvent découvrir les lois du mouvement des eaux. Les expéditions d’Alexandre et surtout la navigation des bouches de l’Indus au Golfe Persique, que Néarque accomplit en 325 av. J.-C. sur l’ordre du conquérant, révèlent les marées de l’Océan Indien. Au même moment, le long périple de Pythéas de Marseille, de Gadès au sud de l’Espagne vers les îles britanniques, permet de connaître celles de l’Océan Atlantique. Durant son voyage, Pythéas fait une première découverte fondamentale : les marées sont en quelque sorte reliées à la Lune et il explique «  par la Lune qui devient pleine, les marées montantes et par la disparition de la Lune, les marées descendantes. [3]  » Quelques temps plus tard, Ératosthène (v. 276-194 av. J.-C.), le fameux géomètre alexandrin qui mesura le périmètre de la Terre, explique que les marées présentent deux flux et deux reflux par jour. Les flux surviennent lorsque la Lune passe dans le méridien et dans l’anti-méridien, de l’autre côté de la Terre. Les deux reflux, lorsque la Lune se lève et se couche. Poseidonios (135-50 av. J.-C.) poursuit les investigations et remarque que les deux marées quotidiennes changent d’amplitude avec les phases de la Lune : elles sont maximales au moment de la Pleine et de la Nouvelle Lune (marées de vives-eaux) et minimales aux quadratures (marées de mortes-eaux). Il note encore des variations annuelles, avec des marées plus fortes au moment des équinoxes.

Les diverses caractéristiques des marées ont donc été découvertes très tôt. Mais comment expliquer cette respiration ample et périodique des océans ? Le savant de l’Antiquité ou du Moyen-Age qui veut expliquer le mouvement de la mer fait face à de nombreux problèmes. D’abord les contraintes de l’observation que nous venons de voir : pourquoi les marées sont-elles inexistantes dans certaines mers et très fortes dans d’autres ? D’où viennent non seulement les deux flux et reflux quotidiens, mais encore les variations mensuelles et annuelles ? Une théorie qui ne pourrait expliquer qu’un seul de ces faits ou qu’une seule de ces périodes serait insatisfaisante. Ensuite, la perception même du mouvement de la mer : nécessite-t-il l’apport d’eaux nouvelles, venant d’ailleurs, puis l’enlèvement de ces eaux ou peut-il s’expliquer uniquement par le gonflement des eaux déjà présentes ? Enfin, le lien étonnant qui semble exister entre les marées et la Lune : faut-il, comme les astrologues le font volontiers, demander aux astres d’expliquer le mouvement des eaux par l’intermédiaire d’une qualité mystérieuse ou s’offusquer de telles vertus et tenter une approche plus rationnelle, en invoquant uniquement des mécanismes dont l’expérience est courante ?

Des théories multiples et contradictoires pendant le Moyen-Age

Plusieurs solutions se présentent lorsque l’action des astres est refusée. Puisque le vent a une influence évidente sur la mer, il n’y a qu’un pas à faire pour supposer qu’il est également responsable des marées. De même, les courants marins sont connus et selon Adélard de Bath (v. 1080 – v. 1160), qui reprend une conception de Macrobe (v. 370 – après 430), ce sont leurs rencontres et leurs conflits qui provoquent le mouvement des eaux. Une autre observation est plus troublante, celle du Maelström dans la mer du Nord, dont le tourbillon change de sens lorsque la marée se renverse (les Maelströms correspondent à ce qu’on appelle aujourd’hui des points amphidromiques, lieux où la marée est nulle et autour desquels tourne la crête de la marée). S’appuyant sur ce phénomène, Paul Diacre (720-778), attribue le flux et le reflux à des gouffres chargés d’absorber puis de rejeter périodiquement les flots de la mer.

Mais pour ceux qui veulent mettre en avant l’influence de la Lune, plusieurs possibilités peuvent également être envisagées. La lumière reçue du Soleil montre une interaction évidente entre un astre (le Soleil) et la Terre. La Lune ne pourrait-elle pas elle aussi agir par l’intermédiaire de sa lumière ? C’est le premier mode d’action de la Lune, avancé déjà par Poseidonios et constamment réévalué ensuite. En chauffant modérément les eaux, la Lune les ferait gonfler et entrer dans une sorte d’effervescence ou de bouillonnement. La variation de sa lumière au cours du mois expliquerait le changement dans l’amplitude des marées. Mais Abou Ma’shar al-Balklî (787-886), dit Albumasar, soulève plusieurs difficultés : comment, dans ce cas, expliquer la marée haute quotidienne qui survient lorsque la Lune est sous l’horizon, de l’autre côté de la Terre, ou les grandes marées de la Nouvelle Lune, lorsque c’est sa face sombre qui est tournée vers la Terre ? Robert Grossetête (1175-1253) puis Roger Bacon (1214-1294) font une tentative audacieuse pour expliquer les deux marées quotidiennes : les rayons lumineux de la Lune agissent simultanément des deux côtés de la Terre, soit en arrivant directement, soit en arrivant par réflexion sur la sphère céleste !

Albumasar privilégie un autre mode d’action de la Lune, qui repose sur la symbiose entre les qualités semblables. Dans la croyance astrologique en effet, la Lune est l’astre humide par excellence. Elle domine les eaux et les contraint de croître et de décroître avec elle. Elle soulève donc les océans grâce à son affinité avec toutes les choses humides. Et si certaines mers réagissent moins que d’autres cela ne provient pas d’un empêchement de la Lune mais d’une disposition moins favorable de ces bassins à recevoir l’influence lunaire. Au XIIIe siècle, Guillaume d’Auvergne (1190-1249) présente un troisième type d’action astrale, qui sera fécond et largement repris par la suite : la mer s’élève vers la Lune comme le fer montre vers l’aimant.

Le rôle des médecins et des astrologues au XVIe siècle

Au XVIe siècle, le développement de la théorie des marées provient essentiellement des médecins et des astrologues, qui cherchent à établir le lien entre les astres et les phénomènes terrestres. Un médecin de Sienne, Lucius Bellantius, fait le tri parmi les diverses opinions : «  Les rayons par lesquels la Lune agit principalement lorsqu’elle attire et gonfle les eaux de la mer ne sont pas les rayons de la lumière lunaire ; car, au moment des conjonctions, il n’y aurait pas de flux et de reflux, alors que nous les pouvons constater ; ce sont des rayons virtuels par lesquels la Lune attire la mer comme l’aimant attire le fer. A l’aide de ces rayons, on résout facilement tout ce qu’on peut objecter sur cette matière. [4]  » Un autre médecin, Frédéric Grisogone, donne une nouvelle description du phénomène des marées, mettant clairement en évidence le double rôle de la Lune et du Soleil : « Le Soleil et la Lune tirent vers eux l’enflure de la mer, de telle sorte que, perpendiculairement au dessous de chacun d’eux, se trouve l’enflure maximum ; il y a donc, pour chacun d’eux, deux maxima d’enflure, l’un au-dessous de l’astre, et l’autre en la partie opposée, qu’on nomme le nadir de cet astre. [5]  » La mer se déforme en deux ellipsoïdes de révolution, l’un dont le grand axe s’oriente vers le Soleil, l’autre dont le grand axe se dirige vers la Lune. La combinaison des deux ellipsoïdes explique les variations mensuelles : les deux déformations s’ajoutent au moment des pleines Lunes et des nouvelles Lunes pour donner les marées de vives-eaux et se retranchent dans les quadratures pour donner les marées de mortes-eaux.

L’attraction de deux corps apparentés : Kepler

Les idées des médecins et astrologues se répandent et sont à l’origine d’un redoublement de faveur pour la théorie « aimantique » des marées, selon laquelle la Lune et le Soleil attirent les eaux de la mer. Kepler (1571-1630) la développe fortement, en liaison avec sa théorie de la gravité, qui résulte d’une attraction mutuelle entre deux corps apparentés. Il affirme : « Je suis le premier, que je sache, à avoir dévoilé, dans mes prolégomènes aux Commentaires sur les mouvements de Mars, le procédé par lequel la Lune cause le flux et le reflux de la mer. Il consiste en ceci : la Lune n’agit pas comme astre humide ou humectant, mais comme masse apparentée à la masse de la Terre ; elle attire les eaux de la mer par une action magnétique, non parce qu’elles sont des humeurs, mais parce qu’elles sont douées de la substance terrestre, substance à laquelle elles doivent également leur gravité. [6]  »

L’idée est visionnaire et prépare l’avènement de la gravitation universelle. Mais elle est loin d’entraîner l’unanimité des savants et, en particulier, elle provoque les moqueries de Galilée (1564-1642). En 1632, il expose : « C’est presque comme si la Lune et le Soleil jouaient un rôle actif dans la production de ces effets [les marées], mais cela répugne entièrement à mon intellect : voyant que le mouvement des mers est un mouvement local, perceptible, d’une immense masse d’eau, je ne puis croire à des lumières, des chaleurs tempérées, à des dominations de qualités occultes et autres vaines imaginations du même genre ; tout cela n’est pas et ne peut être cause du flux, au point même que c’est au contraire plutôt le flux qui en est la cause ; c’est lui qui les produit en des cerveaux plus portés à la loquacité et à l’ostentation qu’à la réflexion et à la recherche des opérations les plus secrètes de la nature. [7]  » Ou encore : « Mais de tous les grands hommes qui ont philosophé sur cet effet si étonnant de la nature [les marées], c’est Kepler qui m’étonne le plus : cet esprit libre et pénétrant avait à sa disposition les mouvements attribués à la Terre, il a pourtant prêté l’oreille et donné son assentiment à un empire de la Lune sur l’eau, des propriétés occultes et autres enfantillages du même genre2.  [8]  » L’intuition de Kepler, par ce qu’elle a d’incompréhensible (comment les eaux de la Terre et la Lune pourraient-elles s’attirer), échauffe les esprits.

La combinaison de la rotation et de la révolution la Terre : Galilée

En 1616 puis en 1632, dans son Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, Galilée avance une autre explication pour les marées, à partir de la combinaison de la rotation de la Terre sur elle-même et de sa révolution autour du Soleil. Il expose : « Il est bien vrai que le mouvement de tout le globe et de chacune de ses parties serait égal et uniforme s’il n’y avait qu’un mouvement, le mouvement annuel seul ou le simple mouvement diurne ; de même, il faut qu’en mélangeant ensemble ces deux mouvements, il en résulte pour les parties du globe des mouvements non uniformes, tantôt accélérés, tantôt retardés, selon que la rotation diurne ajoute ou retranche à la circulation annuelle. Si donc il est vrai (c’est bien vrai, et l’expérience le prouve) que l’accélération et le retardement du mouvement du vase font couler l’eau qu’il contient dans un sens et dans l’autre sur toute sa longueur, et la font s’élever et s’abaisser sur ses extrémités, fera-t-on difficulté pour admettre que cet effet puisse, et même doive nécessairement, se produire avec les eaux de la mer ? Ne sont-elles pas contenues dans des vases qui sont soumis à de tels changements ? [9]  » En raison du double mouvement de la Terre (annuel et journalier), les points de la circonférence terrestre n’ont pas une vitesse uniforme, puisque les deux mouvements tantôt se conjuguent, tantôt s’opposent (figure 1). Si les eaux des océans réagissent comme des eaux contenues dans une cuvette, qui est tantôt accélérée, tantôt décélérée, alors la réaction inertielle des eaux à l’accélération de leurs bassins provoque immanquablement un flux et un reflux.

L'origine des marées selon Galilée
Figure 4. L’origine des marées selon GaliléeLe schéma est réalisé dans le plan de l’écliptique, confondu avec le plan de l’équateur, vu depuis le Nord. Le mouvement de rotation et le mouvement orbital s’ajoutent en A (où la vitesse par rapport au Soleil est maximale) et se retranchent en B (où la vitesse est la plus faible).

La théorie de Galilée a un handicap majeur : elle n’explique qu’une marée par jour, et non pas deux. Mais outre cette difficulté sérieuse, où se situe la méprise dans le raisonnement du savant italien ? Dans la compréhension du mouvement orbital. Comme le montrera Newton un demi siècle plus tard, la Terre est retenue sur son orbite par la force gravitationnelle exercée par le Soleil. Or cette force gravitationnelle agit sur toute la matière terrestre, aussi bien sur les parties liquides que sur les parties solides. Les eaux comme les bassins subissent la même force et donc la même accélération, il n’y a plus lieu de les distinguer. Pour le dire autrement, les eaux et les bassins, attirés de la même manière par le Soleil, « tombent » simultanément vers lui : le mouvement relatif, tel que le suppose Galilée, n’existe pas !

Galilée ne connaît bien évidemment pas l’attraction gravitationnelle de Newton. Il ne l’aurait d’ailleurs pas beaucoup aimée. Pas plus que Kepler et que ses contemporains, il ne comprend le mouvement orbital des planètes. Pour lui, le mouvement de révolution de la Terre autour du Soleil est donné et naturel ; il existe sans cause, ce qui relève d’une physique imaginaire. Rien n’y personne ne peut donc l’amener à douter de l’effet de la combinaison des deux mouvements de la Terre et pendant toute sa vie, il reste persuadé du bien fondé de sa théorie. Son explication lui paraît aussi sans doute, et à juste titre, la seule qui soit digne d’intérêt. La théorie de Kepler ne fournit qu’une idée générale, sans expliquer réellement comment les marées sont générées. Sa théorie est toute autre. Il récuse toute astrologie, toute attraction de la Lune sur la Terre et traite mécaniquement du problème des marées.

Les tourbillons de Descartes

Dans ses Principes de la Philosophie, publiés en 1644, Descartes (1596-1650) présente une nouvelle théorie des marées, relativement indépendante par rapport aux théories précédentes. Descartes pense que tout est régi par les seules lois du mouvement, il a une vison mécaniste de l’univers. Pour lui, le vide n’existe pas : dès qu’il y a une étendue, il y a nécessairement une substance qui la comble. Ainsi l’espace entre le Soleil et les planètes est entièrement rempli d’une matière subtile, organisée en d’énormes tourbillons. Le Soleil occupe le centre du tourbillon principal, qui emporte les différentes planètes sur leurs orbites. Les planètes génèrent des tourbillons secondaires, qui entraînent les satellites.

Le principe des marées selon Descartes
Figure 6. Le principe des marées selon DescartesSelon Descartes, les marées résultent d’une pression différentielle exercée par la matière du tourbillon sur les mers (la figure est tirée du traité Le Monde ou Traité de la lumière, éd. Adam et Tannery, Paris, 1974.). ABCD est le tourbillon de matière subtile généré par la rotation propre de la Terre EFGH, de centre T. 1234 représente les mers et 5678 l’atmosphère. En raison de la présence de la Lune en B, le centre M du tourbillon ne coïncide pas avec le centre T de la Terre.

Bien qu’emportée par le tourbillon engendré par la Terre, la Lune ne se déplace pas aussi vite que lui (Descartes n’en donne pas la raison). La matière subtile, gênée par la présence de la Lune, ne peut s’écouler librement et exerce une pression différentielle à la surface des mers, d’où résultent les marées. Si on accepte l’idée de départ des tourbillons, la théorie de Descartes peut paraître cohérente. Mais rien n’est expliqué. C’est, selon les partisans de Newton, une magnifique vue de l’esprit ! A son époque, elle a cependant une grande popularité, surtout parmi ses disciples en France et est souvent adoptée comme la moins mauvaise des théories des marées.

Newton et la gravitation

En 1687, Isaac Newton (1642-1727) donne la solution à la cause du flux et du reflux de la mer dans ses fameux Principia. Il explique que les marées océaniques relèvent de la mécanique (comme Galilée le voulait) et qu’elles sont une conséquence inévitable de la théorie de la gravitation universelle (comme Kepler en avait l’intuition) : elles proviennent des inégalités de l’attraction de la Lune et du Soleil sur les différentes parties du globe. Elles constituent ainsi une confirmation supplémentaire et intéressante de son système de l’attraction universelle de la matière.

Quel a été le cheminement des idées de Newton ? Comment a-t-il découvert la cause des marées ? Si nous nous en tenons à la présentation de sa théorie dans les Principia, son questionnement n’a pas été direct. C’est en faisant le détour par la Lune qu’il atteint la Terre, c’est en passant par l’étude des inégalités du mouvement de la Lune qu’il comprend le phénomène terrestre des marées. Newton a montré que, sous l’influence gravitationnelle de la Terre, la Lune décrit une ellipse dont notre planète occupe l’un des foyers. L’orbite lunaire n’est cependant pas stable mais subit des perturbations (en particulier, les nœuds de son orbite rétrogradent en 18,6 ans environ), qu’il veut expliquer. Il comprend que si l’attraction est universelle, alors la Lune subit également l’influence gravitationnelle du Soleil, ce qui modifie sa trajectoire autour de la Terre.

Newton montre que les forces perturbatrices du Soleil sur la Lune ne proviennent pas de l’attraction totale du Soleil sur la Lune mais de la différence entre l’attraction du Soleil sur la Lune et l’attraction du Soleil sur la Terre. C’est l’étape fondamentale de sa découverte, où il définit le concept de force de marée. Il peut ensuite passer de la Lune à la Terre : le Soleil met l’eau des océans en mouvement de la même manière qu’il perturbe le mouvement de la Lune autour de la Terre. Il reconnaît finalement que la Lune est un autre corps céleste qui, comme le Soleil, est responsable pour une part (et même pour la part principale) des marées.

Dans le raisonnement de Newton, la Lune agit donc d’abord comme un révélateur. Très sensible aux forces perturbatrices provenant du Soleil, elle met en évidence les forces de marées du Soleil qui agissent également sur la Terre. Sa théorie des marées apparaît donc comme un corollaire de sa théorie lunaire. Elle en est en quelque sorte une application supplémentaire et peut-être inattendue. Les ténèbres, dont parlait Galilée, sont-elles pour autant dissipées ? Pas vraiment. On le sait, il faudra un demi-siècle pour que la théorie de la gravitation de Newton soit acceptée et que son aspect déconcertant (comment deux masses peuvent-elles s’attirer à distance) s’efface devant son pouvoir calculatoire.

La force génératrice des marées selon Newton
Figure 8. La force génératrice des marées selon NewtonReprésentation géométrique des forces perturbatrices du mouvement de la Lune (figure 121 du livre I des Principia). S est le Soleil, T la Terre, P la Lune et CADB l’orbite de la Lune. L’attraction du Soleil sur la Terre est représentée par le segment NS et l’attraction du Soleil sur la Lune par le segment LS qui peut être décomposé en deux parties : LM et MS. Les forces de marées solaires sont représentées par les segments LM et MT.

Conclusion

Que nous apprend cette histoire ? Que peuvent dire les savants lorsque le concept de base pour appréhender un phénomène n’a pas encore été découvert ? Beaucoup de choses ! Kepler reste sur le seuil en croyant avoir fait tout le chemin, Galilée se méprend et est persuadé du bien fondé de sa théorie, Descartes invente une « pure fiction ». Qu’il est facile de se laisser abuser ! Mais si ces premières tentatives d’explication sont vaines, la question des marées n’en a pas moins été déterminante. En suggérant un lien possible entre le mouvement des eaux, la Lune et, dans une moindre mesure, le Soleil, les marées ont éclairé sous une lumière légèrement différente le problème de l’attraction mutuelle des astres et préparé la gravitation universelle. En résistant à l’interprétation des savants, elles ont représenté un formidable défi et une puissante source d’interrogations et de recherches. Elles ont également permis de soulever des divergences de points de vue sur l’action à distance d’un astre qui, avec Newton, éclateront au grand jour. Mais pour qu’une solution soit trouvée, il aura fallu une invention déroutante et inattendue : l’attraction universelle de la matière. Est-ce une surprise de ce type qui nous attend avec la résolution des énigmes de l’astronomie actuelle ? L’histoire le dira…


[1] Galileo Galilei, Dialogue sur les deux grands systèmes du Monde, Paris, Seuil, 1992, p. 604-605.

[2] L’article repose sur les travaux de Pierre Duhem : P. Duhem, Le Système du Monde., Paris, Hermann, 1958. Tome II, p. 267-390 ; Tome III, p. 112-125 ; Tome IX, p. 7-78 et P. Duhem, La théorie physique, son objet, sa structure, Paris, Riviere et Cie, 1906. Réédition Vrin, 2007. Nous utilisons le texte mis en ligne à l’adresse suivante : http://www.ac-nancy-metz.fr/enseign/philo/textesph/duhem_theorie_physique.pdf.

[3] Germaine Aujac, Strabon et la Science de son temps, Paris, Les Belles Lettres, 1966., p.285, note 3.

[4] Pierre Duhem, La théorie physique, son objet, sa structure, op. cit., p. 189.

[5] Pierre Duhem, La théorie physique, son objet, sa structure, op. cit., p. 195.

[6] Pierre Duhem, La théorie physique, son objet, sa structure, op. cit., p. 191.

[7] Galileo Galilei, Dialogue sur les deux grands systèmes du Monde, op. cit., p. 633.

[8] Galileo Galilei, Dialogue sur les deux grands systèmes du Monde, op. cit., p. 652.

[9] Galileo Galilei, Dialogue sur les deux grands systèmes du Monde, op.cit., p. 612-613.

Voir par ailleurs:

A propos de l’affaire Galilée
René Taton François Russo Pierre Costabel
Revue d’histoire des sciences Année 1984 37-3-4 pp. 313-324
Référence bibliographique

Le 350e anniversaire du procès de Galilée et de sa condamnation par le Saint-Office a suscité en 1983 un vaste mouvement d’intérêt en faveur des recherches sur la vie et l’œuvre du grand Florentin, mouvement d’intérêt illustré en particulier par le grand Congrès international d’Etudes gali- léennes organisé du 18 au 26 mars 1983 à Pise, Venise, Padoue et Florence sur le thème « Novità celesti e crisi del sapere ». C’est ainsi que P. Acloque a évoqué dans notre revue certains aspects historiques du phénomène des marées, principal élément utilisé par Galilée en faveur de la thèse héliocentrique (1). En plus des actes du Congrès italien récemment publiés (2), plusieurs ouvrages importants ont été édités à cette occasion, dont le plus discuté, sinon le plus marquant, est celui de Pietro Redondi, Galileo eretico. En utilisant un document inédit découvert par lui en juin 1982 dans les archives du Saint-Office, cet auteur tente en effet de montrer que la véritable raison de la condamnation de Galilée réside non dans le prétexte évoqué de son copernicianisme militant, mais dans son adhésion à l’ato- misme démocritéen, doctrine jugée par l’Eglise incompatible avec le dogme eucharistique de la transsubstantiation. Cette thèse ayant suscité d’ardentes prises de position, soit pour l’appuyer, soit pour confirmer le point de vue traditionnel, nous avons jugé utile de publier les opinions de deux auteurs ayant une connaissance approfondie de l’histoire des sciences du XVIIe siècle et de l’histoire de la théologie, le P. François Russo et le P. Pierre Costabel. Sans intervenir à nouveau dans ce débat, P. Redondi, à la suite, complète ce dossier en présentant une traduction française, publiée en 1980 par Mme Ch. Chauviré, de l’ouvrage même de Galilée sur lequel s’appuie sa thèse, le Saggiatore de 1623, traduction passée jusqu’alors presque inaperçue.

Enfin, sous l’impulsion de sa plus haute autorité, le pape Jean-Paul II, l’Eglise est à son tour intervenue dans le débat en suscitant la publication de deux ouvrages consacrés à Galilée et aux causes, circonstances et conséquences de sa condamnation par le Saint-Office en 1633.

Le premier de ces ouvrages est un recueil d’articles écrits à la demande d’une commission pontificale créée par Jean-Paul II afin de marquer la volonté de l’Eglise de réexaminer le cas Galilée et de tenter d’apaieer le débat engagé à son sujet depuis trois siècles et demi (3). Voici le sommaire de cet important recueil réunissant à des études de caractère réellement scientifique des articles visant à expliquer, justifier ou minimiser le rôle joué par l’Eglise dans ce drame exemplaire de l’histoire scientifique.

Le second de ces ouvrages est un recueil de textes originaux, en partie inédits, concernant directement ou non le procès de Galilée (4). S’agit-il là de la publication intégrale des documents du procès que tous les historiens attendent avec impatience, publication qui permettrait d’espérer que dans un proche avenir les chercheurs pourraient avoir accès à l’ensemble des archives du Saint-Office ? Ou s’agit-il simplement de la révélation de certains documents parmi d’autres qui resteraient à découvrir? Seule une étude approfondie du dossier et sa confrontation attentive avec l’ensemble des documents déjà connus permettront de juger de l’originalité et de l’importance réelle de cet ouvrage que, pour compléter ce dossier galiléen, nous avons cependant tenu à signaler avant même d’avoir pu le consulter.

Deux opinions sur un ouvrage controversé (5)

1.

D’une part, une large originalité, une très riche et pertinente érudition, d’autant plus digne d’admiration que l’auteur est né en 1950, un grand intérêt des questions traitées au sujet et autour de Galilée, une grande clarté d’exposition. D’autre part, une thèse insoutenable. Telle est l’impression paradoxale que nous a donnée la lecture de cet ouvrage dont, par ailleurs, un titre, assurément « accrocheur », une fois de plus évoque mal le contenu.

Voici cette thèse. La condamnation de Galilée pour son copernicianisme n’est que la couverture d’un grief bien plus grave, savoir une théorie atomiste de la matière, exposée surtout dans le Saggiaîore (1623), qui conduit à nier le dogme catholique de l’Eucharistie. En fait, Galilée a été condamné non pour ce qui n’était qu’une « hérésie inquisitoriale, disciplinaire, mais pour une autre trahison » (p. 413) absolument différente de la condamnation copernicienne qui n’a été qu’ « un accident de parcours, un malentendu » (p. 418).

Si nous refusons radicalement cette thèse, ce n’est aucunement parce qu’elle dérange singulièrement nos vues habituelles sur l’affaire Galilée, mais parce que, tout ce que l’on sait de l’affaire Galilée, et, finalement, on en sait beaucoup, s’y oppose, et que l’argumentation de l’auteur n’est absolument pas convaincante.

Elle réside essentiellement en ces points :

— La question de l’Eucharistie préoccupait alors l’autorité suprême de l’Eglise beaucoup plus que le copernicianisme, dont, en somme, elle était prête à s’accommoder. Pour la théologie officielle de l’époque, qui s’appuyait sur la philosophie aristotélicienne, l’atomisme conduisait nécessairement à la négation de la présence réelle. Ce à quoi nous répondrons que, si, effectivement, Galilée a soutenu dans le Saggiatore une doctrine atomiste, il n’y a pas traité de l’Eucharistie, ce que d’ailleurs reconnaît P. Redondi, et que — hors la question du copernicianisme, alors abusivement considérée comme théologiquement inacceptable — il a toujours manifesté une pleine adhésion à la foi catholique, à tous ses dogmes.

Certes, surtout du fait des thèses protestantes condamnées par le Concile de Trente, l’Eucharistie a été l’un des thèmes majeurs du combat de l’Eglise pour la défense de la foi catholique. Et les jésuites, spécialement tenus par vocation au soutien des autorités romaines, ont beaucoup œuvré en ce sens, notamment le fameux P. Grassi dont nous reparlerons plus loin. Mais cet état de choses n’implique aucunement que le copernicianisme n’ait pas été à l’époque un grave sujet d’inquiétude pour les autorités romaines.

— Dans une lettre adressée à Galilée par un de ses amis, il est dit que les autorités romaines examinent présentement « i vostri libri » (p. 313). Selon P. Redondi, ce pluriel montrerait que ce n’est pas seulement le Dialogo (1632) qui était visé, comme le voudrait la thèse classique sur le procès, mais en plus, et surtout, le Saggiatore où ne se trouve rien sur le copernicianisme, mais où des vues atomistes tiennent une assez large place. A cela nous répondrons que, déjà dans son livre sur les taches solaires (1613), Galilée manifestait sa faveur pour les positions de Copernic, ce qui suffit à justifier ce pluriel qui, d’ailleurs, pouvait concerner également la fameuse lettre à Castelli (1615), elle aussi en faveur de Copernic, et qui, du fait de sa large diffusion, peut apparaître comme constituant un écrit public, donc, d’une certaine manière, être considérée comme un livre. D’ailleurs, il est normal que, même si un seul de ses ouvrages est visé, ceux qui ont à juger la doctrine d’un auteur examinent aussi les autres ouvrages, y compris ceux qui, jusque-là, n’ont pas été soupçonnés de porter atteinte à la juste doctrine.

Finalement, ce « pluriel » ne prouve aucunement que c’est non pas le copernicianisme de Galilée, mais son atomisme qui aurait été la cause véritable de sa condamnation.

— Plus gravement et plus fondamentalement, nous ne voyons absolument pas comment P. Redondi peut soutenir que la mesure prise contre Galilée était dans son expression « purement inquisitoriale et disciplinaire », alors que le texte de la condamnation comporte principalement ce passage .

« La proposition que le Soleil est au centre du monde et immobile d’un nouvement local est absurde, fausse en philosophie et formellement hérétique (c’est nous qui soulignons), parce qu’elle est expressément contraire à la Sainte Ecriture. »

On peut certes reprocher au Saint-Office ses prises de position, mais il est extrêmement difficile de soutenir qu’elles ne sont pas conformes à leur formulation publique, d’autant qu’il s’agit ici de dispositions qui ont été approuvées par le pape. D’ailleurs, tout le contexte historique de l’affaire Galilée manifeste que, dès le procès de 1616 — où Galilée n’était pas directement mis en cause, mais où il l’était cependant indirectement — , le copernicianisme a été considéré par les autorités romaines et leurs conseillers comme une question qui mettait gravement la foi en péril. Aussi ne peut-on conclure, comme le fait P. Redondi, que, lorsque Urbain VIII a déclaré que les thèses de Galilée posaient de graves questions pour la foi, il ne pouvait pas s’agir du copernicianisme (p. 322).

— Si, en fait, le grief majeur du Saint-Office à l’égard de Galilée avait été sa doctrine sur l’Eucharistie, on ne voit pas pourquoi cette instancen’aurait pas condamné Galilée explicitement à ce titre, alors qu’elle l’a fait pour plusieurs théologiens contemporains soutenant les mêmes thèses atomistes, pourquoi elle aurait préféré une « punition indirecte » (p. 415). A ce sujet, P. Redondi ne nous éclaire aucunement.

— P. Redondi fait état d’un document anonyme, demeuré jusqu’ici ignoré, qu’il a été autorisé à consulter en juin 1982 aux Archives du Saint-Office. Ce document, non daté, mais qui est à peu près sûrement de 1624, dénonce le Saggiatore comme un ouvrage mettant gravement en cause le dogme catholique de l’Eucharistie. Or, P. Redondi croit démontrer que cette dénonciation est due au P. Grassi, professeur au Collège romain, qui était un des jésuites les plus en vue à Rome.

Sans doute, ce document, dont la découverte est due à la sagacité de P. Redondi, ne manque pas d’intérêt. Il manifeste l’importance qu’avait à l’époque, du point de vue religieux, le débat sur la question de l’atomisme. Cependant, nous avons bien d’autres preuves de cette importance, lesquelles sont d’ailleurs relevées par P. Redondi. Et nous devons ajouter que, d’une part, une dénonciation au Saint-Office n’entraîne pas nécessairement un procès, et que, d’autre part, P. Redondi semble ignorer que de telles dénonciations ont été et sont aujourd’hui encore monnaie courante. Elles informent certes — bien ou mal — le Saint-Office, qui a maintenant pour désignation « Congrégation pour la doctrine de la Foi », mais, pour une large part, elles ne sont pas retenues. Aussi, finalement, si méritoire qu’elle soit, cette découverte ne nous semble pas constituer un argument en faveur de la thèse de P. Redondi.

Nous espérons que l’auteur ne nous en voudra pas de lui avoir ainsi exprimé notre radical désaccord sur sa thèse, d’autant que, élaborant cet ouvrage pour la démontrer, il a été conduit, mais débordant parfois sensiblement son sujet, à traiter nombre de questions d’un grand intérêt, et ceci de façon claire, pénétrante et juste, ce qui fait de cet ouvrage l’une des contributions récentes les plus remarquables à une meilleure connaissance de la vie et de l’œuvre de Galilée. Parmi ces questions, retenons les plus importantes :

— Les débats sur l’Eucharistie au début du XVIIe siècle et aussi au Moyen Age. Certes, cette question a déjà fait l’objet de nombreux travaux. Mais P. Redondi a le mérite de nous en présenter une synthèse claire et intelligente, dont nous ne connaissons pas d’équivalent et qui comporte un certain nombre d’éléments originaux.

— L’atomisme au XVIIe siècle dans les milieux intellectuels de Rome. Cette doctrine affirmait notamment que la lumière et la chaleur sont dues à des mouvements d’atomes. Mais une philosophie naturelle d’inspiration aristotélicienne a conduit — on l’a dit — la théologie officielle à considérer l’atomisme comme incompatible avec la foi catholique en ce qui concerne l’Eucharistie.

Notons à ce propos que cette doctrine officielle, qui liait si étroitement et, ne craignons pas de le dire, si fâcheusement, la théologie à la philosophie naturelle — et quelle philosophie naturelle ! — , devait fort heureusement être contestée dès cette époque par un certain nombre de théologiens, ainsi le cardinal de Bérulle, comme l’a si bien montré le P. Costabel au Congrès galiléen de 1983 en Italie. Ces théologiens avaient compris, ce qui devait l’être encore mieux par la suite, qu’une saine théologie ne devait certes pas ignorer la philosophie naturelle, mais qu’elle ne devait pas s’y asservir ainsi qu’elle le faisait alors, faute d’avoir exactement reconnu le caractère propre de sa démarche.

— Plus largement, une évocation très vivante et très éclairante, spécialement en ce qui concerne les relations de Galilée avec le milieu romain partisan de la « philosophie nouvelle ». Cette philosophie entendait essentiellement se dégager du cadre aristotélicien et tenir compte des progrès alors si remarquables des connaissances scientifiques. Déjà Favaro avait apporté nombre d’informations à ce sujet. Mais, à plusieurs égards, P. Redondi traite cette question de façon plus complète.

— L’attitude des Jésuites à l’égard de ces doctrines et, à ce point de vue, à l’égard de Galilée. Ayant pu avoir accès aux Archives romaines de la Compagnie de Jésus, P. Redondi nous apporte beaucoup d’informations, du plus grand intérêt et souvent originales, sur nombre de théologiens jésuites, spécialement le P. Grassi, déjà mentionné, et sur le Collège romain qui était alors un foyer intellectuel d’un grand rayonnement et où, d’ailleurs, a longtemps résidé et enseigné le P. Grassi. Rappelons que l’opposition entre le P. Grassi et Galilée a son origine dans le Saggiatore où, avec un talent qui a fait de cet ouvrage son chef-d’œuvre littéraire, Galilée s’en prend à la théorie des comètes que le P. Grassi avait exposée dans un ouvrage publié en 1619, à la suite de l’observation de trois comètes en 1618, et où d’ailleurs il affirmait leur réalité alors qu’elles n’étaient pour Galilée qu’une illusion d’optique. Mais, en fait, la question des comètes est très tôt devenue secondaire. C’est avant tout l’atomisme que professait Galilée qui devait retenir l’attention, entraînant les vives polémiques évoquées plus haut.

Achevant ce compte rendu, nous ne pouvons nous empêcher de comparer le destin de l’ouvrage de P. Redondi à celui de l’in-folio du jésuite Grégoire de Saint-Vincent, Problema austriacum (1647), qui vise la quadrature du cercle, mais où, pour cette fin si vaine, l’auteur a été amené à de nombreuses vues et à des résultats remarquables qui devaient notamment être pris en compte, comme on le sait, par Pascal et Leibniz.

François Russo, s.j.

2.

L’auteur de ce livre suggestif était déjà connu comme découvreur de documents ignorés, historien des sciences et philosophe de l’analyse fine, il le sera désormais pour son talent d’écrivain et l’étendue de sa culture. C’est en quelques mois que, sur la piste ouverte par un texte tiré des Archives du Saint-Office, en juin 1982, il a construit cet ouvrage de 460 pages qui restitue avec art et références l’atmosphère hautement colorée de la société italienne et de l’Eglise romaine dans la décennie où se noue l’affaire Galilée.

Nul doute que le fait d’écrire dans sa langue maternelle a permis à Pietro Redondi de tenir le délai très court pour publier dans l’année où les manifestations diverses, suscitées par le 350e anniversaire du procès de Galilée, favorisaient l’attention, et il est clair qu’U a eu raison de compter avec ces circonstances. Le message de son livre a été mieux entendu et les critiques qu’il a soulevées en témoignent tout autant que les approbations.

Dans la perspective traditionnelle, admise par tous les commentateurs antagonistes, l’affaire Galilée est celle de la cosmologie nouvelle en butte à l’opposition de l’Eglise, et en attendant la publication intégrale des pièces du procès, annoncée par le Vatican, ce que l’on sait de ces pièces ne semble pas indiquer que le débat ait mis en jugement autre chose que la cosmologie et ce qu’elle implique, de près ou de loin. Aussi en révélant que par la publication du Saggiatore (1623) Galilée a été jugé suppôt d’hérésie pour de tout autres raisons que la cosmologie, P. Redondi introduit une donnée nouvelle, intéressante à coup sûr et qui heurte par sa nouveauté même.

Le texte découvert dans les Archives du Saint-Office par Redondi est incontestable, c’est une dénonciation : l’atomisme de Galilée ne fait aucun doute après le Saggiatore et cette philosophie est incompatible avec la doctrine de l’Eucharistie. P. Redondi s’efforce de démontrer que l’auteur de cet argument n’est autre que le jésuite Grassi — en controverse avec Galilée à propos des comètes — et prouve que l’écho de la dénonciation figure dans des ouvrages imprimés en 1626 et 1677. L’éloignement de ces deux dates est significatif : dans les collèges jésuites de Rome et de Florence un argument jusqu’ici inconnu, contre Galilée, a été utilisé durablement. Tels sont les faits indéniables.

P. Redondi a sans aucun doute été moins heureux dans sa quête d’indices qui permettraient d’assurer que le parti Grassi a joué un rôle occulte mais considérable dans l’organisation de la conduite du procès de 1633. Le procès n’a-t-il été qu’une façade ? Le dire constitue une extrapolation audacieuse mais outrancière dans l’état actuel de la documentation. Redondi s’est exposé ainsi à la critique. On peut se demander cependant si le fait d’aller aussi loin dans la conjecture n’était pas en définitive utile pour éviter que les faits ci-dessus mentionnés ne soient trop aisément renvoyés à classement.

La tentation de classer ne manque pas de motifs. Comment espérer après trois siècles et demi faire vraiment la preuve de manœuvres souterraines, lesquelles ne pouvaient en l’occurrence que viser un procès de tendance puisque Galilée n’a jamais rien exprimé au sujet de l’Eucharistie.

Pourtant P. Redondi a ouvert un chantier qui intéresse aussi bien les historiens des sciences que les théologiens. Car est-il bien vrai, d’abord, que l’atomisme de Galilée allait, comme l’affirmait le dénonciateur, jusqu’à concevoir que les particules et leur disposition dans une structure géométrique rendent compte de toute la nature et des propriétés physiques de telle ou telle matière ? Et n’était-ce pas le dénonciateur lui-même qui, paradoxalement, avait une vision prophétique de l’atomisme ? Ce sont des questions qui méritent d’être posées, et il y en a d’autres pour les théologiens.

Une distinction importante a échappé à P. Redondi. Le dogme tridentin concerne, contre la Réforme protestante, la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie, et la transsubstantiation n’est qu’une explication adjointe que le Concile de Trente a adoptée comme la plus apte, dans un scrutin tourmenté. La proposition d’une explication physique de la présence réelle s’est heurtée à une opposition, minoritaire mais vigoureuse, et il serait bien extraordinaire que cette opposition ait été sans lendemain. Sans aucun doute l’adoption du Canon a durablement réduit à la clandestinité toute expression contraire, et il y a encore trente ans ce n’est que dans un ouvrage hors commerce qu’un théologien jésuite pouvait reprendre les thèses qui auraient dû prémunir le Concile de Trente : celles de saint Bonaventure, que P. Redondi n’a rencontré que sur des questions mineures. Il semble cependant qu’aujourd’hui il devrait être possible d’en discuter ouvertement, et, si le débat concerne au premier chef la théologie catholique, il est évident que celle-ci aurait le plus grand intérêt à accepter un approfondissement de l’enquête historique.

Il y a en effet analogie indéniable entre les problèmes posés par le géocentrisme et la transsubstantiation. Dans les deux cas, c’est le rapport de la foi chrétienne avec le discours rationnel, informé par la philosophie et la science, qui est en cause. Si l’on se réjouit de trouver dans l’histoire motif de dégager la conscience religieuse de connexions étroites et indues, comme cela a lieu dans le premier cas, il importe dans le second cas de se demander si le même désengagement ne s’impose pas.

Dans le Saggiatore, le style du discours scientifique galiléen visant l’effet psychologique et artistique prend tout son éclat, au mépris de l’organisation logique — ce qui provoqua tellement l’irritation de Descartes. Syllogismes, apologues, citations littéraires, allusions personnelles, métaphores denses de tension poétique : un « entrelacement de fils » du discours, ainsi que le définissait Italo Calvino dans un séminaire tenu récemment à I’ehess sur « La métaphore et le récit chez Galilée ».

Les pamphlets et les dialogues de Galilée visent à convaincre le lecteur de la véracité des nouvelles conceptions du monde, mais aussi à éveiller en lui des sentiments nouveaux, peut-être encore imprécis, mais intenses. En le détournant de la mentalité érudite, du culte de l’autorité, ils visent à délivrer le lecteur de l’attitude d’esprit ancienne envers la nature et lui-même.

Cette volonté triomphe dans le Saggiatore sous les allures d’un manifeste intellectuel, mais aussi sous la forme littéraire baroque d’une parodie étincelante des commentaires scolastiques. C’est un pamphlet scientifique et philosophique irrévérencieux contre un adversaire masqué, qui n’était rien moins que le professeur de mathématiques du puissant Collège romain de la Compagnie de Jésus. S’il faut, certes, bien connaître les nuances de la langue toscane et les réminiscences de la littérature italienne de la Renaissance pour savourer et la beauté et la férocité de ce jeu littéraire émaillé de références et d’ironies, certains passages du livre — le Carnaval de Rome, l’apologue du chant de la cigale, la métaphore célèbre du livre de l’Univers — ont une force poétique et conceptuelle immédiate, universellement accessible qui s’est durablement maintenue jusqu’à aujourd’hui.

On ne connaît généralement du Saggiatore que ces quelques passages et les circonstances de la polémique sur les comètes qui suscitèrent cet ouvrage d’humeur et d’exception. Rares ont été, même chez les biographes et les’ commentateurs, ceux qui ont lu l’intégralité de ces 53 paragraphes contenant chacun une section de l’ouvrage cible (la Libra, à savoir à la fois la balance et la constellation de la Balance, de Sarsi, alias le P. Grassi, de 1619) et le commentaire galiléen correspondant. La polémique incessante, les discussions méticuleuses autour de micro-controverses souvent confuses sur des questions allant de l’observation télescopique, à la position et à la nature des comètes, des problèmes de la connaissance à ceux de la constitution de la matière, des ironies aux jeux de mots, font du Saggiatore un amalgame. S’il émerveillait les contemporains, habitués à la prolixité et à l’hétérogénéité des traités de controverses, aujourd’hui, au contraire, on a pris l’habitude de sélectionner. Malgré les mérites du style, en effet, la lecture continue d’un tel pamphlet paraît interminable.

Il faut donc saluer l’effort de Mme Chauviré qui nous livre ici pour la première fois une traduction intégrale du Saggiatore, avec une présentation historique et critique et une riche série de notes bibliographiques. Et il faut d’autant plus féliciter cet effort courageux et stimulant que les études galiléennes en France languissent, au point que même cette première traduction est restée si discrète qu’elle est passée pratiquement inaperçue. Mais l’initiative étant importante et bien conçue, il est souhaitable que cette édition soit davantage connue, peut-être par une réédition améliorée.

La traduction abandonne la structure originale qu’avait le livre, sous l’inspiration de l’édition Favaro {Opere, vol. VI, 19332), mais également d’après le critère adopté par S. Drake dans sa traduction américaine dans Controversy of Cornets of 1618 (Philadelphia Univ. Press, 1960), critère qui consiste à regrouper en tête d’ouvrage les sections de la Libra citées par Galilée. A vrai dire, ce critère ne se justifiait que dans le cas des exigences spéciales de l’édition Favaro. Il est par contre regrettable ici que le lecteur soit artificiellement obligé de réunir à nouveau les textes correspondants, par une consultation que l’absence d’un système de renvois rend encore plus pénible. La réédition italienne la plus récente et la plus rigoureuse donnée par Libero Sosio (Feltrinelli, Milan, 1965) qui reproduit la structure originale du pamphlet et son allure de commentaire telle que Galilée l’avait voulue, aurait pu servir avantageusement de modèle.

Il était difficile de rendre en français certaines caractéristiques du style du Saggiatore, ainsi que le titre — désignant à la fois un trébuchet et un essayeur (voir à ce sujet l’apostille de Galilée, Opere, vol. VI, p. 381) — le révèle à lui seul, et peut-être même impossible à certains endroits. Mais si des lacunes stylistiques étaient inévitables, des défauts philologiques qui touchent à des points délicats du vocabulaire philosophique pourront être facilement éliminés. Ainsi, quand il s’agit du célèbre credo gnoséologique et corpusculaire du 48e paragraphe, la traduction de primi acddenti par « qualités premières », de accidente par « qualité », de particelle minime par « particules infimes », de affezione par « sensation » (p. 242 s.) ne semble pas la plus heureuse.

La préface de Mme Chauviré présente sous un jour considérablement renouvelé la polémique très connue sur le problème des comètes. Car l’auteur a reconstitué pour la première fois le dossier de cette difficile énigme astronomique en remontant aux textes de Mástlin, Kepler et Tycho Brahé, ce qui lui permet de mesurer les dimensions historiques réelles de l’erreur de la thèse défendue dans le Saggiatore et de légitimer ensuite l’analyse critique du problème des raisons profondes d’une telle thèse erronée.

Hors de toute tentation hagiographique, comme celle qui fait encore dire à des commentateurs que, malgré tout, Galilée avait peut-être eu moins tort que son adversaire ou, au plus, tout aussi tort que lui, l’auteur fait preuve d’une sensibilité critique avisée en reconnaissant les causes implicites du conservatisme du Saggiatore en matière d’astronomie comé- taire. Son explication rejoint d’une manière très persuasive celle déjà avancée par William Shea dans The Galileo’s Intellectual Revolution (mais que l’auteur ne semble pas connaître), à savoir l’hypothèse que Galilée devait tenir pour irrecevable a priori la théorie tychonienne des comètes ayant des orbites abstruses pour maintenir le dogme copernicien des mouvements circulaires et uniformes du ciel- Mais si pour l’épistémologue « le problème essentiel de l’Essayeur » est celui « du choix motivé — et sans doute rationnel — d’une théorie des comètes étrangement fausse et rétrograde » (p. 15), on s’attendrait à voir poursuivre jusqu’au bout la question du comportement méthodologique rationnellement assumé par Galilée pour sauver l’intégralité de la doctrine copernicienne de toute invalidation possible, de toute menace à venir.

L’auteur préfère aborder une autre question : « En quoi, apportant une réponse fausse et rétrograde au problème des comètes, l’Essayeur a-t-il pu contribuer efficacement à l’avènement de la science classique ? » (p. 27). Ce ne sera point sur le terrain de la physique qui occupe pourtant tellement de pages du livre. Car le Saggiatore est encore affecté par le concept à l’impetus et surtout par celui d’atome « que Galilée exclura par la suite de son vocabulaire », ces atomes démocritéens, ces « fragments de matière physiquement indivisible qui ne préfigurent que d’assez loin , les indivisibles des Discorsi, qui ne sont indivisibles que géométriquement » (p. 33). Pas plus que l’atomisme, la distinction entre « qualités premières et qualités secondes n’est d’ailleurs philosophique que dans une certaine mesure » (p. 34) ; ainsi la métaphore du livre de l’Univers ne saurait être platonicienne.

En dépit de réponses originales fournies à la physique par ce texte de polémique et en attendant les Discorsi, « c’est bien sur le terrain de la philosophie que l’Essayeur compense ce qu’il perd du côté de l’histoire des sciences » (p. 35). Soumission du réel à la raison mathématique, critique de l’autorité et de la perception brute, dénonciation de l’aristoté- lisme, idée de refonte et de remise en question du savoir. Par ce riche apport philosophique, le Saggiatore apparaît comme le reflet d’une lutte perpétuelle entre les obstacles d’un passé périmé et la nouvelle représentation mathématique qui se fait jour.

Un bilan aussi satisfaisant, pour l’histoire récurrente du « paradoxe » du Saggiatore suscite inévitablement des curiosités pour le cadrage et les détails. Une première curiosité est légitimée par une courte note (p. 56) où l’auteur nous dit rapidement que Galilée voudra par la suite éviter prudemment le terme « atome » pour ne pas tomber dans l’accusation de matérialisme. Evidemment, s’il en est ainsi, la question de l’échec de l’atomisme changerait considérablement, car il s’agirait davantage d’une menace externe, que d’un obstacle interne. Et deuxièmement, pour bien saisir le lien entre « le vrai et le faux » noués dans leur contexte historique précis, ainsi que l’auteur le fait, ne fallait-il pas laisser aussi le droit de réponse au protagoniste direct du Saggiatore, à savoir ce malchanceux adversaire jésuite du Collège romain ? En 1626, il publiera sa réponse, la Ratio ponderum Librae et Simbellae, dûment lue et annotée par Galilée sur le ton le plus injurieux. Mais, comme dans presque toute la tradition critique du Saggiatore, cette dernière pièce de la polémique n’a droit qu’à une citation fugitive.

Galilée ne cesse de persuader ses lecteurs que l’adversaire était, de toute manière, dépourvu de tout argument digne de foi.

Voir enfin:

Rodney Stark et la sociologie religieuse américaine

Une stimulation pour la recherche historique européenne
Rodney Stark and the American religious sociology, A stimulation for the European history research
Frédéric Schwindt
Revue de l’histoire des religions

La réélection de George W. Bush, le développement des courants évangéliques à l’échelle mondiale, les succès d’éditions d’ouvrages sur Billy Graham ou la Bible Belt (voir la traduction de Au pays de Dieu de Douglas Kennedy1), mais aussi en France la question du culte musulman, du voile, de la réforme de la loi de 1905 (après celle jadis avortée de la loi Falloux) accompagnent le retour de Dieu comme thème politique, littéraire ou journalistique. Le sujet tend à devenir un véritable marronnier. En nous limitant seulement à l’hexagone, pas un jour en effet sans que ne soit annoncé un dossier dans un mensuel. Les auteurs les plus en vue, les académiciens, Jean-Marie Rouart2 en premier lieu, donnent le ton. En trois ou quatre ans, plus d’une dizaine de revues ont été lancées, la plupart pour le grand public. À l’exemple du journal Le Monde, avec Le Monde des Religions, certains quotidiens n’hésitent plus à publier une version dérivée. Il y a quelques années, leurs dirigeants auraient eu peur de prendre un tel risque financier, mais aujourd’hui l’opération est devenue très profitable. Enfin, les hommes politiques commencent à se mêler à la discussion suite à l’exemple donné par Nicolas Sarkozy3. Ce début du xxie siècle connaîtrait-il, comme la fin du xixe, une crise de conscience qui avait vu Paul Claudel, derrière son pilier de Notre-Dame, et toute une génération se convertir, de Péguy à Ernest Psichari et de Joris-Karl Huysmans ou Maritain à Jacques Rivière ? Régis Debray ne théorise plus le Foco, le foyer d’insurrection guevariste, mais il accumule les analyses érudites du fait religieux4. Mieux, dans la préface d’un de ses ouvrages, le romancier, historien et ancien ministre Max Gallo raconte son retour à la foi à l’occasion du baptême du fils du précédent 5. On se croirait revenu à la vague de la fin du xixe siècle mentionnée ci-dessus6. On s’interroge, on se félicite ou on s’inquiète sans toujours se rendre compte que ce « revival » avait été annoncé par certains scientifiques alors même que la plupart des spécialistes glosaient sur la « sécularisation » des sociétés modernes. La mort de Dieu avait peut-être été trop vite présentée comme acquise7. En tout état de cause, le sujet est aujourd’hui âprement disputé.

  • 8 Alan Wolfe, The transformation of American Religion: How We Actually Live Our Faith, Chicago, Unive (…)

2Le sociologue Alan Wolfe (Boisi Center for Religion and American Public Life du Boston College) nous décrit une Amérique modérée et en voie de sécularisation, bien loin de l’image renvoyée par les médias ou la personne du président des États-Unis8. Il insiste notamment sur les progrès de l’incroyance ou sur le fait que près des deux tiers des Américains sont incapables de réciter cinq des dix commandements. Il est en effet aujourd’hui possible, aux États-Unis, d’assumer publiquement son incroyance (peut-être parce que cela engendre une « tension » valorisante entre l’incroyant et la société ambiante). Même dans les milieux conservateurs, la religion est du reste de plus en plus conçue sur un mode individuel, une sorte de thérapie ou un outil de réalisation personnelle.

  • 9 Rodney Stark, « Secularization: The Myth of Religious Decline », Fides et Historia 385, 1999, p. 28 (…)
  • 10 Rodney Stark, Exploring the Religious Life, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2004.

3Tout aussi critique que lui, Rodney Stark présente une vision complètement inverse, rétive à l’idée de sécularisation et qui insiste sur le temps long9. Au cours des ans, il est devenu l’un des plus importants auteurs anglo-saxons en sociologie et en histoire comparée des religions, ainsi que le chef de le d’une importante école. Il y a peu, il revenait sur une carrière de plus de quarante ans en faisant le bilan de ses recherches dans Exploring the Religious Life10.

  • 11 Rodney Stark & Massimo Introvigne, Dio è Tornato – Indagine sulla rivincita delle religioni in Occi (…)
  • 12 Rodney Stark, One True God: Historical Consequences of Monotheisms, Princeton, Princeton University (…)

4Abondement cité ou combattu au Québec, aux Pays-Bas, en Belgique ou en Suisse – il vient de publier un livre avec Massimo Introvigne en Italie11 – il demeure pourtant largement ignoré en France (même si le dernier rapport parlementaire sur les sectes mentionne ses travaux). Cette méconnaissance sera peut-être palliée par la traduction prochaine d’un de ses ouvrages en français12. La répugnance de la recherche française à son endroit provient surtout de ce que Rodney Stark est le vulgarisateur de deux importantes théories venues des sciences économiques et appliquées par lui et ses élèves à l’étude de la religion. Il utilise en effet largement la théorie du choix rationnel et de l’économie de l’offre, alors que l’Europe et la France demeurent attachées au dogme de la sécularisation irrémédiable des sociétés modernes, mariées à l’irrationalité des comportements religieux.

Rodney Stark

  • 13 Rodney Stark, The Rise of Christianity: A sociologist reconsiders History, Princeton, Princeton Uni (…)
  • 14 Version numérique accessible sur : http://www.religjournal.com
  • 15 Aujourd’hui professeur de sociologie à l’université d’Etat de Pennsylvanie. Pour une bibliographie (…)
  • 16 Rodney Stark, « A Note on the Reliability of Historical U.S. Census Data on Religion », Sociologica (…)
  • 17 Rodney Stark, The Victory of Reason: How Christianity Led to Freedom, Capitalism, And Western Succe (…)
  • 18 Rodney Stark & Roger Finke, Act of Faith – Explaining the human face of Religion, Berkeley – Los An (…)

5Né en 1931, ancien journaliste et correspondant de guerre, chercheur à Berkeley où il soutint sa thèse en 1971, Rodney Stark fut professeur de sociologie et de religions comparées à l’université de Washington à Seattle jusqu’en 2004. Il a depuis accepté un poste de professeur de sciences sociales à l’université Baylor du Texas où vient de se créer un très important centre pluridisciplinaire voué à l’étude des religions. Il y retrouve deux de ses élèves, le sociologue Christophe Bader et l’historien Paul Froese (spécialiste des religions dans l’ancien empire soviétique). Président de l’Association pour la sociologie des religions dans les années 1980, puis chef du département des religions à l’Association américaine de sociologie en 1996-1997, Rodney Stark a obtenu de nombreux prix scientifiques et a été nominé au Pulitzer pour son maître ouvrage sur le développement du christianisme dans l’Empire romain13. Il a également fondé l’Interdisciplinary Journal of Research on Religion14. Il est l’auteur de plus de 150 articles et de 28 livres, traduits dans de nombreuses langues, la plupart en collaboration avec ses élèves, en premier lieu avec Roger Finke, son ancien assistant de Seattle15. Ses préoccupations vont en alternance vers les travaux empiriques et vers de vastes synthèses. Il a ainsi « inventé » une source tout à fait nouvelle pour étudier la question religieuse aux États-Unis depuis l’époque coloniale16 et développé une vieille intuition de Durkheim consistant à rapprocher taux de suicides et foi. Mais Rodney Stark s’est aussi intéressé au monothéisme et il a cherché à dépasser l’idée de Max Weber sur la liaison religion-capitalisme en étendant le propos à l’idée de progrès et aux raisons du succès de l’Occident17. Il est en effet l’un des rares aujourd’hui à tenter de dépasser les enquêtes fragmentaires sur tel ou tel culte, telle ou telle époque et tel ou tel espace géographique au profit d’une vue globale du phénomène religieux18.

L’ancien paradigme : le dogme de la sécularisation

  • 19 Rodney Stark, The Victory of Reason, op. cit.
  • 20 Rodney Stark & Roger Finke, Act of Faith, op. cit., p. 52-53.

6Religion et modernité ne feraient pas bon ménage. Dans un ouvrage récent, Rodney Stark a largement contredit cette affirmation19. En effet, le sociologue aime prendre les problèmes à rebours et casser les certitudes. Il y a quelques années, il a ainsi conduit, avec d’autres, une étude sur les convictions religieuses des universitaires américains en partant du présupposé classique que les spécialistes des sciences dures devraient être les plus détachés de la foi, en tout cas les plus sceptiques. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir chez les mathématiciens et les physiciens le plus fort taux d’adhésion (plus que chez certains membres des départements de théologie) et que ce taux décroissait régulièrement vers les spécialités de sciences humaines ou de littérature20 ! Donc l’opposition entre science et foi n’est peut-être pas aussi tranchée que cela.

7Encore faudrait-il examiner les concepts qui ont servi de fondements à cette théorie. Le progrès technique, l’élévation du niveau de vie, le passage des sociétés holistes aux sociétés individualistes, le développement de la démocratie et du libéralisme entraîneraient irrémédiablement un déclin des religions (il faudrait d’ailleurs distinguer religions et sentiment religieux, ce qui n’est pas exactement la même chose). Or, ceci n’est pas une démonstration scientifique mais la simple généralisation de l’expérience vécue par l’Europe depuis les Lumières puis la Révolution industrielle (quoique les historiens remettent aujourd’hui en cause l’idée d’une adhésion unanime des habitants sous l’Ancien Régime). Mais la sécularisation est maintenant présentée comme un dogme, une évolution obligatoire et inévitable, un modèle universel. Dans la ligne droite de Voltaire, le propos historique ou sociologique est fréquemment contaminé par des jugements de valeur : la sécularisation serait liée au progrès et au bien, la religion à l’obscurantisme supposé des siècles passés. N’était-ce pas l’opium du peuple ?

8La réflexion sur ces problèmes est biaisée par des considérations politiques, que ce soit aux États-Unis par la montée en puissance de la droite fondamentaliste, observée depuis les années 1980, ou en France par la question de la laïcité. Pour prendre un exemple dans l’actualité, afin de montrer que ce débat ne concerne pas que les spécialistes, la question de l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne comporte en elle-même une croyance liée à la théorie de la sécularisation. La croissance économique qui suivrait cette adhésion, le développement des classes moyennes et le progrès de la démocratie permettraient d’y réduire l’influence sociale de l’Islam. On ne fait hélas pas attention au fait que, depuis vingt ans, le taux de croissance moyen de la Turquie est le double de celui de l’Europe de l’Ouest et que cela n’a en rien freiné le développement du fondamentalisme. Pour la Turquie, ce raisonnement sous-estime l’impact de groupes religieux d’origine chiite, comme les Alévis, qui sont des facteurs de stabilité et de progrès (par la valorisation du statut de la femme, de l’éducation ou de la liberté individuelle). Il y a donc là le risque d’un raisonnement circulaire : si les choses se sont déroulées apparemment comme cela, c’est qu’elles ne pouvaient que se passer comme cela. D’où des annonces prophétiques, il y a une trentaine d’années, qui promettaient la disparition des religions, d’abord en Europe puis aux États-Unis avant le début du xxie siècle.

  • 21 Massimo Introvigne & Rodney Stark, « Religious Competition and Revival in Italy: Exploring European (…)

9Or, les travaux les plus récents montrent le retour des croyances même au sein de la vieille Europe. Rodney Stark et Massimo Introvigne peuvent même parler d’un « revival » italien à l’œuvre depuis le début des années 198021. La croyance en l’existence de l’âme a augmenté de 10 %, celle en la vie après la mort ou aux enfers de 15 % (25 % pour les seuls 18-29 ans). Chez les jeunes, l’idée que Dieu n’est pas important dans la vie est même passée de 19 % en 1981 à seulement 8 % en 1999. On note également un retour en grâce de la prière. L’actualité tend donc à détruire le caractère inéluctable de la sécularisation.

  • 22 Alberto Fukuyama, End of History and the Last Man, Free Press, 2006 (dernière édition en date).
  • 23 Jean-Pierre Bastian, Protestantisme en Amérique latine – Une approche socio-économique, Genève, Lab (…)

10En y pensant bien, la théorie de la sécularisation liée à l’idée de progrès est éminemment religieuse. Monisme axiologique, elle conduit en ligne droite d’un point A à un point B fixé d’avance. Que l’on appelle cela bonheur, société parfaite, parousie et jugement dernier ou même fin de l’Histoire dans la perspective d’Alberto Fukuyama (soit l’établissement général de la démocratie et de la société libérale)22, voire même Révolution (Marx reprend le même schéma linéaire), les différences sont faibles. Auguste Comte, dans sa théorie des trois états, posait déjà les bases d’un tel schéma : état magique, état théologique et état positif. N’oublions cependant pas qu’il affectait une « race » à chaque étape et bien sûr que seule la race blanche atteignait le stade scientifique dans son modèle. Il n’est donc pas inutile d’examiner l’origine et les fondements des concepts que nous utilisons couramment pour débattre, parfois sans y faire attention. C’est d’ailleurs le piège dans lequel tombent de nombreux historiens qui reprennent à leur compte des notions issues des sciences sociales (pas toujours en l’avouant d’ailleurs dans leurs notes) sans s’interroger sur le contexte dans lequel ils ont été conçus. Dans la lignée de la théorie de la sécularisation, la crise de l’Église catholique, la chute de la pratique avec celle des ordinations dans le monde occidental sont généralement analysées comme la conséquence d’une inadéquation à la société moderne. La seule réponse possible consisterait en une série d’aggiornamento remettant en cause le gouvernement monarchique de l’Église, sa structure centralisée, son dogme, sa morale, etc. Or, depuis Vatican II, l’influence du catholicisme continue de diminuer en Europe. Les pays du Sud occupent un poids de plus en plus important, en Amérique latine notamment. Mais même là, le catholicisme est de plus en plus concurrencé par les Églises évangéliques ou les cultes syncrétiques. Or, il apparaît que ces religions nouvelles se développent parce qu’elles remplissent des fonctions que le catholicisme a abandonnées, notamment dans le domaine de l’organisation de la communauté d’habitant ou de la circulation des ressources23. Rodney Stark avance donc l’idée hérétique que le Concile et la volonté d’adapter le catholicisme au siècle n’ont pas freiné le mouvement, mais l’ont au contraire accéléré en réduisant la tension (nous reviendrons plus tard sur cette idée) entre l’Église et le monde.

Une théorie globale du religieux

11Dans Act of Faith – Explaining the Human Side of Religion, paru en 2000, Rodney Stark et Roger Finke reviennent sur trente ans de travaux empiriques et d’études de terrain afin de fournir un modèle en 32 définitions et 99 propositions. Pour eux, la religion s’explique d’abord et en priorité au niveau de l’individu. Ils s’attachent donc à décrire les micro-fondements de la religion, les choix effectués par les fidèles (autour des notions de con version et surtout de réaffiliation), ainsi que la dynamique des groupes.

Le choix rationnel

  • 24 Pascal Boyer, Religion Explained, New York, 2001 ; « De la Religion aux neurones – D’où viennent le (…)

12La recherche partait autrefois (et encore souvent aujourd’hui) du principe que le sentiment religieux est quelque chose de mystérieux, donc d’incompréhensible, et qu’il n’est pas nécessaire, voire impossible, de l’étudier sur le fond. Il appartient au domaine de l’irrationnel et ne relève donc pas de la science qui doit seulement s’intéresser aux structures, aux gestes et aux comportements. À l’inverse, la neurobiologie et les sciences cognitives tendent aujourd’hui à identifier dans le fonctionnement du cerveau une prédisposition à la religion24. Si l’explication se veut rationnelle, elle tend à évacuer le rôle du sujet. En effet, même si elle n’explique que les fondements généraux de la croyance, laissant aux sociétés humaines et à l’histoire culturelle la liberté de faire évoluer les formes de la religion, l’individu reste en quelque sorte victime de son cerveau modelé par des millénaires d’évolution.

  • 25 Laurence R. Iannacone, Rodney Stark & Roger Finke, « Rationality and the Religious Mind », Economic (…)

13Rodney Stark et son école s’appuient au contraire sur l’idée que le croyant agit – le citoyen romain, le paysan européen de l’époque moderne, le bourgeois capitaliste du XVIIIe siècle, comme le pasteur baptiste d’aujourd’hui – d’une manière tout à fait raisonnable et que son adhésion, ainsi que ses choix, sont dictés par tout un processus de réflexion et l’espoir d’un retour. Ceci implique un calcul individuel, personnel afin de maximiser ce retour par rapport aux efforts nécessités par l’acte de foi (c’est ce qu’on appelle en économie un coût). Bien sûr, ce retour est attendu dans un autre monde, mais pas seulement. Le sociologue de l’université Baylor applique donc à l’étude de la religion la notion de choix rationnel conçue par les sciences économiques25.

  • 26 Gérald Bronner est maître de conférence en sociologie à l’université de Nancy II et il cherche à ex (…)
  • 27 Raymond Boudon, « Toward a Synthetic Theory of Rationality », International Studies of Philosophy o (…)
  • 28 Giovanni Levi, Le pouvoir au village – Histoire d’un exorciste dans le Piémont du xviie siècle, Par (…)
  • 29 Rodney Stark & Roger Finke, Act of Faith, op. cit., p. 277.
  • 30 Frédéric Schwindt, La communauté et la foi – Confréries et société dans l’ouest de l’espace lorrain (…)

14La théorie selon laquelle les croyances reposent sur des choix rationnels tend aujourd’hui à se répandre chez les sociologues, moins chez les historiens. En France, les travaux de Gérald Bronner26 et bien sûr ceux de Raymond Boudon27 vont dans ce sens. Dans Le pouvoir au village, son maître ouvrage où il réalise la biographie d’un exorciste du xviie siècle28, le spécialiste de la microstoria Giovanni Levi avance l’hypothèse de l’existence d’une rationalité restreinte. Les philosophes et les sociologues sont eux aussi de plus en plus nombreux à parler de cette rationalité limitée ou subjective. Selon l’historien italien, les croyances et l’irrationalité apparente seraient un moyen de se projeter dans le futur et de planifier un avenir incertain, du moins dans l’environnement mental qui est celui des habitants. Or, il s’agit presque exactement de la définition donnée par Rodney Stark et Roger Finke : “Within the limits of their information and understanding, restricted by avaible options, guided by their preferences and tastes, humans attempt to make rational choices.29” Nous-même avons remarqué que les croyances et les diverses pratiques proposées par la religion permettaient de maintenir l’unité du groupe et de mobiliser la communauté d’habitants vers des actions collectives destinées à assurer la survie, tout en permettant à chaque individu d’y trouver son compte30.

La notion de tension

  • 31 W.S. Bainbridge & Rodney Stark, « Sectarian tension », Review of Religious Research 22, 1980, p. 10 (…)

15Les conceptions de Rodney Stark et de son école reposent également sur la notion de « tension » qui a largement occupé le sociologue au cours des années 1960 et 197031. Un groupe religieux progresse lorsque son mode de vie et les choix moraux qu’il enjoint à ses fidèles s’écartent de la norme acceptée par la société du temps. Sinon, on ne peut expliquer, après 1776, le lent déclin de la Main Line, le groupe de congrégations protestantes (épiscopaliens, congré-gationalistes, presbytériens…) qui dominait la société coloniale nord-américaine, au profit de confessions nouvelles, alors moins politiquement correctes dans leurs pratiques. Les Églises établies critiquent en effet fortement la pastorale des méthodistes et des baptistes, leurs pasteurs non-professionnels ou leurs prédicateurs itinérants, les célèbres circuit-riders dont Francis Ashbury (1745-1816) fut un des modèles. Sont donc visés pêle-mêle les tournées de prédication, les camps d’été où les fidèles se retrouvent, ainsi que le système des free churches. Les sermons prêchés sur un mode dynamique et passionnel par des pasteurs non gradués en théologie apparaissent surtout incorrects et scandaleux au clergé traditionnel de la côte Est.

16Or, lorsque ces nouvelles congrégations se stabilisent et adoptent le mode de fonctionnement des premières (méthodistes et baptistes du Nord à partir de 1850), elles entament leur propre décadence.

17Rodney Stark démontre ainsi, mais il ne fait en cela que suivre l’enseignement de Max Weber, que la secte des témoins de Jéhovah est entrée sur la voie de l’assimilation car une partie d’elle-même commence à transiger avec le monde, en acceptant par exemple la transfusion sanguine. À mesure qu’elle passe du rang de secte (au sens weberien) à celui d’Église, elle perd par contrecoup une part de son pouvoir d’attraction.

18Tout l’intérêt de la notion de tension est qu’elle donne du poids au choix rationnel du croyant en accordant un prix à l’engagement. Choisir telle ou telle confession, mais aussi en changer n’est pas anodin en termes de coût personnel et de capital social (autre notion importante trop ignorée des historiens). Un vieux proverbe communiste, transférable ici, ne disait-il pas que plus on donne de travail à un militant et plus cela lui coûte d’efforts, d’abnégation et d’épreuves (prisons, coups, regard des autres et rejet de la part de la société), plus l’individu demeure attaché au Parti et aux liens qui le relient aux autres adhérents. Les nouveaux convertis iraient donc en priorité vers des cultes à la forte visibilité sociale, ceux dont les exigences sont suffisamment fortes pour les mettre en situation de rupture avec la société ambiante, voire avec leurs propres familles. Ainsi, on note depuis vingt ans une augmentation régulière des conversions d’Américains au judaïsme. Les raisons en sont multiples, mais les efforts demandés ne sont pas sans lien avec l’intérêt de la conversion.

  • 32 Rodney Stark & Reid L. Neilson (Ed.), The Rise of Mormonism, New York, Columbia University Press, 2 (…)

19Notre regard s’est peut-être donc trop attardé sur la religion à la carte et les cultes peu exigeants qui facilitent le zapping et le turn over des fidèles, un mot qui d’ailleurs n’a plus de sens au sein de ces organisations. Ceux-ci auraient caché les vrais mouvements de fond dont on voit seulement maintenant émerger quelques parties, en particulier la face fondamentaliste à rebours de la prétendue sécularisation. Toute une relecture de l’histoire des Mormons, dont Rodney Stark est aussi l’un des spécialistes32, est en train d’être faite à partir de la notion de tension. On pourrait également appliquer le même raisonnement à l’Islam européen et aux nouveaux musulmans, non pas issus de l’immigration, mais des familles de souche. Ceux-ci se montrent en effet souvent « plus royalistes que le roi ».

20C’est donc moins dans le contexte, même si les tenants de la théorie du marché religieux ne l’évacuent jamais, que dans l’économie interne des mouvements qu’il faut chercher les clefs de leurs succès ou de leur déclin.

Un grand livre d’histoire écrit par deux sociologues : The Churching of America – 1776-2005

  • 33 Rodney Stark & Roger Finke, The churching of America – 1776-2005 – Winners and losers in our religi (…)
  • 34 Jeu de mots sur le sens originel qui signifie « relevailles » et l’idée d’encadrement croissant de (…)

21Le plus grand apport du maître ouvrage que Rodney Stark et son élève Roger Finke ont consacré à l’histoire des Églises américaines depuis 177633, est de casser le double mythe du May Flowers et de la Petite maison dans la prairie. Contrairement aux idées reçues, l’Amérique des Pères fondateurs n’était pas une nouvelle Jérusalem constituée de puritains soucieux de construire la cité de Dieu sur terre. Cette vision est une reconstruction a posteriori à laquelle les historiens américains classiques ont donné crédit. Au moment de la guerre d’Indépendance, seulement 17 % des habitants des États-Unis reconnaissaient appartenir à une Église et ce taux, qui a peiné à monter à un tiers de la population après 1800, demeura stable malgré l’immigration dans la deuxième moitié du xixe siècle. La critique rétorquera que croire et adhérer à une Église sont deux choses différentes. C’est pourtant le même argument que celui que l’on oppose aujourd’hui, en Europe, aux partisans de la sécularisation lorsque l’on compare le déclin des cultes organisés, celui des Églises officielles, et le maintien de certaines croyances révélé par les études d’opinion. Tardivement, à partir de 1890, l’Amérique aborde une nouvelle étape de son histoire religieuse avec la croissance régulière et durable de son taux d’encadrement des fidèles, d’où le titre du livre des deux sociologues et l’utilisation du mot churching34. Ce taux passe de 41 % en 1906 à 59 % en 1952 et presque 70 % aujourd’hui avec le phénomène très médiatisé des born again (en raison notamment de la personne du président des États-Unis) qui constitueraient près du tiers des fidèles américains. L’analyse donnée par les deux sociologues a pour nous le grand avantage de replacer les réalités actuelles au sein d’une longue histoire et de montrer sur quoi elles s’appuient.

  • 35 Andrew Greeley, « Ethnic Variations in Religious Commitment » in Robert Wuthnow (Ed.), The Religiou (…)

22Les auteurs prouvent surtout que les réussites ou les échecs des différentes Églises ne sont pas seulement le produit de l’immigration, beaucoup de nouveaux Américains étant au départ détachés de la religion ou bien rompant avec leurs origines. Plus du tiers des immigrants catholiques d’origine européenne ne demeurent ainsi pas fidèles à leur culte maternel. Stark et Finke, à la suite d’Andrew Greeley, montrent également que nombre d’Irlandais venus en Amérique n’étaient pas des catholiques, mais des protestants émigrés des comtés d’Hulster35. D’ailleurs, les deux phénomènes s’additionnant, la majorité des descendants d’Irlandais (mais aussi de Français) qui vivent aujourd’hui aux États-Unis sont protestants. Cette approche s’oppose donc aux idées toutes faites sur les causes du succès catholique aux États-Unis car beaucoup de catholiques actuels, notamment dans le Middle West, ne sont pas des fidèles de souche de l’obédience romaine mais des descendants de protestants. Au bon moment, dans la seconde moitié du xixe siècle, et alors même que la dynamique méthodiste commençait à retomber, l’Église catholique a su faire évoluer son organisation et sa pastorale au contact des mouvements évangéliques en imitant ce qui permettait à ceux-ci de réussir. Ainsi, le père Francis Xavier Wenniger (1805-1888) adopta pratiquement l’existence et les manières de prêcher d’un circuit-rider méthodiste. Active dans la compétition, elle put reprendre à son compte une part appréciable du marché religieux.

23Pour ce qui est des cultes protestants, il est intéressant de noter que les Églises qui se développèrent le plus sont à la fois celles pour lesquelles la rigidité du dogme est importante et celles chez qui demeure l’image d’un Dieu fort. Nous sommes loin des Unitariens qui n’obligent pas même à croire en Dieu. Elles sont les moins centralisées et elles détiennent le clergé le moins bien formé (souvent rien d’autre que l’école primaire) et le moins bien payé (d’où l’obligation d’avoir un emploi). Moins une Église est instituée, plus elle réussit. Et lorsque l’une d’entre-elles négocie avec le siècle, décide d’élever le niveau d’éducation de ses pasteurs, notamment en théologie, en créant lycées, séminaires, et universités, de construire des chapelles fixes et de les fédérer, elle commence à perdre de l’influence. Ainsi s’expliquent, à la n du xviiie ou dans la première moitié du xixe siècle, les progrès du Méthodisme aux dépens de la Main Line, le groupe d’Églises officielles, puis ensuite la montée en puissance des Baptistes. Ceux du Sud progressent beaucoup plus que ceux du Nord, qui ont adopté le mode de fonctionnement dominant et lorsque les Églises méthodistes renoncent à ce qui avait fait leur succès depuis l’époque du Grand Réveil, ils deviennent la première dénomination religieuse aux États-Unis.

L’économie religieuse et la théorie de l’offre

  • 36 Chao Hsing-Kuang, « The Converts in Taiwanese Immigrant Church », Soochow Journal of Sociology 9, M (…)

24Les croyances seraient moins importantes que les organisations, la sociabilité et les phénomènes de groupe qui conduisent les fidèles vers certains cultes et non vers d’autres. C’est pourquoi les enquêtes s’orientent de plus en plus vers l’analyse des phénomènes sectaires. Le sociologue Chao Hsing-Kuang a ainsi démontré que les conversions d’immigrés chinois en faveur d’un groupe sectaire protestant de San Francisco étaient guidées par une revue, mais que ce n’était pas les articles de fond, le dogme et les croyances, mais les petites annonces annexées au journal qui servaient de support à la création de réseaux de soutien mutuel préalables au changement religieux36.

  • 37 Frédéric Schwindt, La communauté et la foi, op. cit. Archives départementales de la Meuse 616 PER.

25Au début du xxe siècle, le diocèse de Verdun, dans l’Est de la France, tente une relance organisée de la sorte37. Un journal mensuel, l’Etincelle, tiré à 20 000 exemplaires, sert à faire circuler l’information et à créer des liens entre 360 associations du Sacré-Cœur réparties dans les 550 paroisses. Les confréries regroupent environ 30 000 membres, ce qui est énorme pour un département de moins de 300 000 âmes. L’élite du mouvement est formée de zélatrices qui, comme les Témoins de Jéhovah, livrent la revue aux membres et font la tournée du village pour trouver de nouveaux membres. Le journal donne en exemple les meilleurs prosélytes et propose un service de petites annonces qui permet d’assurer une multitude de services. Par ce moyen, l’Église catholique, loin d’être victime de la loi de Séparation, passe à l’offensive grâce à une stratégie qui lui apporte un sérieux atout « commercial ».

  • 38 Laurence R. Iannacone, « Religious Participation: A Human Capital Approach », Journal for the Scien (…)

26Rodney Stark et ses collègues appliquent donc à la religion le concept d’économie religieuse parfois décliné sur le mode de la théorie de l’offre. C’est une théorie issue directement des sciences économiques, qui s’appuie tout naturellement sur les notions de choix rationnel et de coût présentées plus haut, mais aussi de compétition. Dans cette démarche, le sociologue de l’université Baylor a retrouvé l’économiste californien Laurence R. Iannacone, précurseur des recherches dans ce domaine38. Appeler une théorie « le marché de la religion » a suscité de nombreuses critiques, notamment celle de banaliser la foi en s’abaissant à l’étudier à l’aune de la concurrence. Bien sûr, ces critiques sont surtout venues de ceux qui pensaient que la religion est un fait irrationnel, un reste d’obscurantisme, voire même le symptôme d’une grave psychopathologie. Bien entendu, l’économie religieuse est bien plus subtile qu’une simple description des pratiques commerciales à l’œuvre au sein des Églises américaines, pratiques qui expliquent l’acceptation officielle de la Scientologie comme religion par l’État américain (avec les avantages sociaux afférents). Et puis le vocabulaire employé par Rodney Stark – qui aime provoquer – ne facilite pas toujours l’acceptation de ses idées. Ainsi utilise-t-il le terme de firm pour désigner les Églises en lutte les unes contre les autres pour la captation d’un segment du marché de la religion.

  • 39 Conversion : changement au profit d’une religion issue d’un environnement socioculturel tout à fait (…)
  • 40 Massimo Introvigne & Rodney Stark, « Religious Competition and Revival in Italy », op. cit.

27Ce qu’on appelle une économie religieuse, ce sont, au-delà des phénomènes financiers, les mécanismes matériels à l’œuvre dans le fonctionnement des religions ou à l’origine des conversions et des réaffilations 39 du fait même de l’existence d’un marché où les cultes se mesurent et se concurrencent. Ce modèle se décline en de nombreuses variantes selon que le marché est libre ou pas, régulé éventuellement par l’Etat ou par une Église officielle qui provoque une distorsion de concurrence, etc. Un marché libre et une forte concurrence, la liberté ou non de proposer une offre variée qui s’adapte aux besoins des consommateurs (c’est l’application littérale de la théorie de l’offre), le devoir même de s’adapter à la demande pour survivre expliqueraient un fort taux de pratique religieuse, ou tout au moins, d’adhésion aux Églises. C’est en tout cas grâce à ce modèle que Rodney Stark et Massimo Introvigne expliquent le revival religieux italien récent40.

  • 41 Fenggang Yang, « The Red, Black and Gray Markets of Religion in China », Paper presented at the Ann (…)

28Certains apportent pour preuve de l’inanité de ces théories le cas des États musulmans qui possèdent une religion d’État, donc un marché non libre, et un fort taux de pratique religieuse. Reprenant à notre compte le dogme de la sécularisation, nous pourrions invoquer le fait que ces pays sont inégalement avancés dans le processus historique de détachement. Mais la chute importante de la fécondité dans plusieurs d’entre eux, récemment entrés dans la transition démographique, nous en apprend bien plus sur la perte d’audience de la religion officielle que le discours sur le statut de la femme. Ces États, même l’Arabie saoudite, font aujourd’hui face à une vague de conversion au christianisme qui les conduit à réactiver une législation punissant parfois de mort la « trahison » (Afghanistan). Même l’Algérie est en train de voter des lois pénalisant le prosélytisme et la conversion. Il est vrai que les troubles connus par ce pays et le problème des minorités, notamment la question kabyle, ont conduit le marché religieux à une dérégulation de fait. Depuis 1979, l’Iran des Mollahs lui-même n’est pas épargné par des conversions, certes cachées et peu nombreuses numériquement, mais symboliquement marquantes au profit du culte zoroastrien. La Chine Populaire possède également « un marché interdit ». Elle voit pourtant une progression sans précédent de l’affiliation aux Églises et à une multitude de sectes, justifiant l’invention par un chercheur de l’expression de « marché noir » de la religion 41.

Une source d’inspiration pour l’histoire religieuse européenne

  • 42 Hypothèse que nous défendons dans : Frédéric Schwindt, La communauté et la foi, op. cit.

29La théorie de l’offre apporte une stimulation importante à l’étude de certains phénomènes historiques et pas seulement aux problèmes actuels. Les historiens du vieux continent tireraient d’ailleurs un grand profit du rapprochement des concepts, des méthodes et des conclusions de la sociologie américaine actuelle (notamment celles tirées de The Churching of America) avec ce que nous savons de la Réforme catholique des xviie et xviiie siècles ou bien des tentatives de reconquête religieuse du xixe siècle. En effet, la recherche a partiellement expliqué ces phénomènes par le développement des séminaires et donc d’un clergé séculier mieux formé. Mais la plupart des missionnaires et des simples prêtres de l’époque moderne n’avait pas encore bénéficié d’une telle formation. De même, après la Révolution, la France mit plusieurs décennies pour reconstituer son clergé paroissial. Avant que les séminaires ne fonctionnent de nouveau à plein, elle dut pallier les difficultés comme elle le pouv ait. Ainsi, Jean-Marie Vianney (1786-1859), le célèbre curé d’Ars qui attire les foules dans sa paroisse des Dombes, est entré dans les Ordres sur le tard parce qu’on jugeait son bagage intellectuel trop léger. Tant au xviiie qu’au xixe siècle, le début du détachement religieux paraît coïncider avec le moment où les séminaires fournissent des curés à la fois nombreux et au niveau d’éducation élevé. Paradoxe ? À l’aune de l’exemple américain, on peut légitimement se demander si l’élévation du niveau de formation des prêtres n’a pas contribué à une rigidification du clergé, un élément qui a pu provoquer ou accompagner le retrait des fidèles 42.

  • 43 Madeleine Foisil, Le Sire de Gouberville, Paris, Flammarion, 1986.

30Toute une relecture des origines de la Réforme, puis de son éclatement en courants divers, serait à faire autour des notions de choix, de demande et de concurrence. Si l’on n’ignore pas l’angoisse qui était celle des contemporains de Luther, si l’on connaît leur attente d’une religion plus attentive à leurs interrogations ou bien d’un clergé moins corrompu, on a trop insisté sur le rôle des grands réformateurs ou des princes. Sans aller plus avant dans le détail, le livre de raison de Gilles de Gouberville, un petit seigneur normand mort en 1578, nous montre un homme qui hésite entre la messe et le prêche et qui va donc aux deux, le temps de se faire un avis43. Certes, il s’agit d’un gentilhomme, mais l’homme du peuple était aussi capable de décider par lui-même.

31À l’inverse, on imagine fréquemment la Contre-réforme – la Réforme propre au catholicisme qui trouve sa source dans le Concile de Trente (1545-1563) – comme un phénomène massif, frontal et brutal d’acculturation religieuse, la volonté d’appliquer une norme unique à l’ensemble de la société chrétienne. Face à des populations soumises, au mieux passives, la Réforme tridentine aurait envoyé ses milices constituées par des Ordres religieux et monastiques nouveaux ou rénovés, prêts à obéir, à l’image des Jésuites, perinde ac cadaver. Mais, il n’y a jamais eu en fait de plan coordonné, ni de « complot jésuite ». Cette image est une création de la littérature du xixe siècle.

  • 44 La bibliographie devient très importante pour ce sujet. Un des grands apports de la recherche récen (…)

32En revanche, même un peu anarchique, la floraison religieuse des xvie et xviie siècles, et par bien des aspects encore celle du siècle des Lumières, est assimilable à une « relance par l’offre ». La fondation de centaines de couvents, la multiplication des formes de dévotion (Rosaire, Saint-Sacrement, plus tard le Sacré-Cœur…), la réaffirmation du culte des saints, des reliques et des images, la création de milliers de confréries44 ont permis une adaptation des décisions du Concile aux réalités locales et aux fidèles de réaliser de vrais choix parmi cette offre vaste.

  • 45 Par exemple, le public, loin d’être victime de la justice, sait très bien jouer des tribunaux et ef (…)

33Loin du village immobile, et pas seulement dans le domaine religieux, l’historiographie tend en effet aujourd’hui à réhabiliter les habitants qui ne demeurent pas passifs face à la modernité et à l’intrusion dans leur monde du pouvoir royal ou de la Réforme catholique45. La combinaison du choix rationnel et de la théorie de l’offre au sein du modèle de l’économie religieuse permet d’expliquer la complexité d’un mouvement comme la Réforme catholique en insistant sur la rencontre d’une volonté et du terrain. Mieux, la concurrence entre les maisons religieuses ou entre les réguliers et les séculiers, observée à l’échelle urbaine ou à l’occasion des missions, loin d’être la tare dénoncée à l’époque par les visiteurs, est l’une des clefs du système. Du fait de cette compétition, les religieux réalisent de véritables études de marché afin de saisir un segment de la population, donc du marché local, en cherchant un positionnement intéressant, en diversifiant leur offre ou en passant des accords avec d’autres couvents, parfois pour échanger un quartier, une chapelle ou une dévotion. Selon nous, ceci nous rapproche d’une économie religieuse telle qu’elle a été définie par Rodney.

34Stark et Laurence R. Iannacone. La concurrence et l’existence d’un marché ont même été une chance pour l’Église catholique, en tout cas l’une des causes de son succès qu’il nous faut à présent étudier puisque l’Histoire continue.

Notes

1 Douglas Kennedy, Au Pays de Dieu, Paris, Belfond, 2004.

2 Jean-Marie Rouart, Je crois parfois la nuit : Le Libertin chrétien, Desclée de Brouwer, 2004.

3 Nicolas Sarkozy, Thibaud Collin & Philippe Verdin, La République, les religions, l’espérance, Paris, Pocket, 2005.

4 Plus d’une dizaine d’ouvrages sur ce thème pour le président d’honneur de l’Institut européen en sciences des religions (Ecole Pratique des Hautes Études à Paris) dont : Régis Debray, Dieu, un itinéraire, Paris, Odile Jacob, 2001 ; L’enseignement du fait religieux dans l’école laïque, Paris, Odile Jacob, 2002 ; Le Feu Sacré : Fonctions du Religieux, Paris, Gallimard, 2005.

5 Max Gallo, Les Chrétiens (Tome I : Martin, le manteau du soldat), Paris, Fayard, 2002, p. 11-22.

6 Comparaison des deux vagues dans : Frédéric Schwindt, « De Claudel à Max Gallo : le retour de Dieu ? », Le Géant – Revue du Centre Charles de Gaulle de Nancy, N° 2/2004, p. 5-6.

7 Voir à ce sujet l’évolution du sociologue américain Peter L. Berger : Peter L. Berger, La religion dans la conscience moderne – Essai d’analyse culturelle, Paris, Éditions du Centurion, 1971. Peter L. Berger (Ed.), Le réenchantement du monde, Paris, Bayard, 2001. On remarque que depuis une dizaine d’années, l’homme, défunt en 1968, revient également au centre des préoccupations des philosophes.

8 Alan Wolfe, The transformation of American Religion: How We Actually Live Our Faith, Chicago, University of Chicago Press, 2005. Sébastien Fath présente en revanche une vision beaucoup plus contrastée du président américain et de son entourage : Sébastien Fath, Dieu bénisse l’Amérique – La Religion de la Maison-Blanche, Paris, Seuil, 2004.

9 Rodney Stark, « Secularization: The Myth of Religious Decline », Fides et Historia 385, 1999, p. 286-307.

10 Rodney Stark, Exploring the Religious Life, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2004.

11 Rodney Stark & Massimo Introvigne, Dio è Tornato – Indagine sulla rivincita delle religioni in Occidente (God is back: An Inquiry into the Revival of Religions in the West), Casale Montferrato, Piemme, 2003.

12 Rodney Stark, One True God: Historical Consequences of Monotheisms, Princeton, Princeton University Press, 2001 (traduction annoncée à Paris aux Éditions Noesis).

13 Rodney Stark, The Rise of Christianity: A sociologist reconsiders History, Princeton, Princeton University Press, 2001.

14 Version numérique accessible sur : http://www.religjournal.com

15 Aujourd’hui professeur de sociologie à l’université d’Etat de Pennsylvanie. Pour une bibliographie complète de Rodney Stark, voir le site de l’université Baylor : www.baylor.edu/sociology

16 Rodney Stark, « A Note on the Reliability of Historical U.S. Census Data on Religion », Sociological Analysis 52, 1992, p. 91-95.

17 Rodney Stark, The Victory of Reason: How Christianity Led to Freedom, Capitalism, And Western Success, Random House, 2005.

18 Rodney Stark & Roger Finke, Act of Faith – Explaining the human face of Religion, Berkeley – Los Angeles – London, University of California Press, 2000.

19 Rodney Stark, The Victory of Reason, op. cit.

20 Rodney Stark & Roger Finke, Act of Faith, op. cit., p. 52-53.

21 Massimo Introvigne & Rodney Stark, « Religious Competition and Revival in Italy: Exploring European Exceptionalism », Interdisciplary Journal of Research on Religion, volume 1, 2005, Article 5.

22 Alberto Fukuyama, End of History and the Last Man, Free Press, 2006 (dernière édition en date).

23 Jean-Pierre Bastian, Protestantisme en Amérique latine – Une approche socio-économique, Genève, Labor et Fides, 1994 ; « Amérique latine : la vague pentecôtiste », Sciences humaines Hors série N° 41/juin-août 2003, p. 42-44.

24 Pascal Boyer, Religion Explained, New York, 2001 ; « De la Religion aux neurones – D’où viennent le succès de certains concepts religieux ? », La Recherche Hors Série N° 14 Janvier-Mars 2004, p. 48-50.

25 Laurence R. Iannacone, Rodney Stark & Roger Finke, « Rationality and the Religious Mind », Economic Inquiry 36, 1998, p. 189-214.

26 Gérald Bronner est maître de conférence en sociologie à l’université de Nancy II et il cherche à expliquer le maintien des croyances dans nos sociétés dites modernes : Gérald Bronner, L’Empire des croyances, Paris, P.U.F., 2003.

27 Raymond Boudon, « Toward a Synthetic Theory of Rationality », International Studies of Philosophy of Science N° 7, 1993, p. 5-19; Raison, bonnes raisons, Paris, P.U.F., 2003.

28 Giovanni Levi, Le pouvoir au village – Histoire d’un exorciste dans le Piémont du xviie siècle, Paris, N.R.F.-Gallimard, 1989 (« Bibliothèque des Histoires »).

29 Rodney Stark & Roger Finke, Act of Faith, op. cit., p. 277.

30 Frédéric Schwindt, La communauté et la foi – Confréries et société dans l’ouest de l’espace lorrain (xiiiexxe siècles), Thèse d’Histoire de l’Université de Nancy II sous la direction du professeur Louis Châtellier, 2004.

31 W.S. Bainbridge & Rodney Stark, « Sectarian tension », Review of Religious Research 22, 1980, p. 105-124.

32 Rodney Stark & Reid L. Neilson (Ed.), The Rise of Mormonism, New York, Columbia University Press, 2001.

33 Rodney Stark & Roger Finke, The churching of America – 1776-2005 – Winners and losers in our religious economy, New Brunswick – New Jersey, Rutgers University Press, 2005 (version augmentée et actualisée de la première édition de 1992).

34 Jeu de mots sur le sens originel qui signifie « relevailles » et l’idée d’encadrement croissant de l’Amérique par ses Églises.

35 Andrew Greeley, « Ethnic Variations in Religious Commitment » in Robert Wuthnow (Ed.), The Religious dimension: New Directions in Quantitative Research, New York, Academic Press, 1979.

36 Chao Hsing-Kuang, « The Converts in Taiwanese Immigrant Church », Soochow Journal of Sociology 9, March 2000.

37 Frédéric Schwindt, La communauté et la foi, op. cit. Archives départementales de la Meuse 616 PER.

38 Laurence R. Iannacone, « Religious Participation: A Human Capital Approach », Journal for the Scientific Study of Religion 29(3), September 1990, p. 297-314; « Social Markets and the Economic of Religion », Social Compass 39(1), March 1992, p. 121-131.

39 Conversion : changement au profit d’une religion issue d’un environnement socioculturel tout à fait différent de celui de l’individu (par exemple du catholicisme vers le bouddhisme). Réaffiliation : changement au profit d’un culte appartenant au même environnement socioculturel que celui de l’individu ou au sein de la même famille religieuse (par exemple d’une Église réformée à une Église évangélique).

40 Massimo Introvigne & Rodney Stark, « Religious Competition and Revival in Italy », op. cit.

41 Fenggang Yang, « The Red, Black and Gray Markets of Religion in China », Paper presented at the Annual Meeting of the Society for Scientific Study of Religion, Norfolk, Virginia, 2003.

42 Hypothèse que nous défendons dans : Frédéric Schwindt, La communauté et la foi, op. cit.

43 Madeleine Foisil, Le Sire de Gouberville, Paris, Flammarion, 1986.

44 La bibliographie devient très importante pour ce sujet. Un des grands apports de la recherche récente est constitué par le dépouillement des fonds du secrétariat des brefs réalisé à Rome par Philippe Boutry, Bernard Dompnier et Marie-Hélène Froeschlé-Chopard. Cette étude permet de se faire une idée de la géographie des fondations de confréries à l’échelle de la Chrétienté.

45 Par exemple, le public, loin d’être victime de la justice, sait très bien jouer des tribunaux et effectuer des choix parmi les procédures possibles, voire passer au moment opportun de l’une à l’autre : Hervé Piant, Une justice ordinaire – Justice civile et justice criminelle dans la prévôté royale de Vaucouleurs sous l’Ancien Régime, Rennes, P.U.R., 2006.

Pour citer cet article

Référence papier

Frédéric Schwindt, « Rodney Stark et la sociologie religieuse américaine », Revue de l’histoire des religions, 1 | 2007, 61-81.

Référence électronique

Frédéric Schwindt, « Rodney Stark et la sociologie religieuse américaine », Revue de l’histoire des religions [En ligne], 1 | 2007, mis en ligne le 01 mars 2010, consulté le 28 décembre 2019. URL : http://journals.openedition.org/rhr/5235 ; DOI : 10.4000/rhr.5235


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31 décembre, 2018

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Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain; tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son boeuf, ni son âne, ni aucune chose qui appartienne à ton prochain. Exode 20: 17
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. Jésus (Matthieu 25: 40)
Comme par une seule offense la condamnation a atteint tous les hommes, de même par un seul acte de justice la justification qui donne la vie s’étend à tous les hommes. (…) Là où le péché abonde, la grâce surabonde. Paul (Romains 5 : 18-20)
Les envieux mourront, mais non jamais l’envie. Molière (Tartuffe, V, III)
Il ne faut pas dissimuler que les institutions démocratiques développent à un très haut niveau le sentiment de l’envie dans le coeur humain. Ce n’est point tant parce qu’elle offrent à chacun les moyens de s’égaler aux autres, mais parce que ces moyens défaillent sans cesse à ceux qui les emploient. Les institutions démocratiques réveillent et flattent la passion de l’égalité sans pouvoir jamais la satisfaire entièrement. Cette égalité complète s’échappe tous les jours des mains du peuples au moment où il croit la saisir, et fuit, comme dit Pascal, d’une fuite éternelle; le peuple s’échauffe à la recherche de ce bien d’autant plus précieux qu’il est assez proche pour être connu et assez loin pour ne pas être goûté. Tout ce qui le dépasse par quelque endroit lui paraît un obstacle à ses désirs, et il n’y a pas de supériorité si légitime dont la vue ne fatigue ses yeux. Tocqueville
Il y a en effet une passion mâle et légitime pour l’égalité qui excite les hommes à vouloir être tous forts et estimés. Cette passion tend à élever les petits au rang des grands ; mais il se rencontre aussi dans le cœur humain un goût dépravé pour l’égalité, qui porte les faibles à vouloir attirer les forts à leur niveau, et qui réduit les hommes à préférer l’égalité dans la servitude à l’inégalité dans la liberté. Tocqueville
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
Si le Décalogue consacre son commandement ultime à interdire le désir des biens du prochain, c’est parce qu’il reconnaît lucidement dans ce désir le responsable des violences interdites dans les quatre commandements qui le précèdent. Si on cessait de désirer les biens du prochain, on ne se rendrait jamais coupable ni de meurtre, ni d’adultère, ni de vol, ni de faux témoignage. Si le dixième commandement était respecté, il rendrait superflus les quatre commandements qui le précèdent. Au lieu de commencer par la cause et de poursuivre par les conséquences, comme ferait un exposé philosophique, le Décalogue suit l’ordre inverse. Il pare d’abord au plus pressé: pour écarter la violence, il interdit les actions violentes. Il se retourne ensuite vers la cause et découvre le désir inspiré par le prochain. René Girard
Si Jésus ne parle jamais en termes d’interdits et toujours en termes de modèles et d’imitation, c’est parce qu’il tire jusqu’au bout la leçon du dixième commandement. Ce n’est pas par narcissisme qu’il nous recommande de l’imiter lui-même, c’est pour nous détourner des rivalités mimétiques. Sur quoi exactement l’imitation de Jésus-Christ doit-elle porter ? Ce ne peut pas être sur ses façons d’être ou ses habitudes personnelles : il n’est jamais question de cela dans les Evangiles. Jésus ne propose pas non plus une règle de vie ascétique au sens de Thomas a Kempis et de sa célèbre Imitation de Jésus-Christ, si admirable que soit cet ouvrage. Ce que Jésus nous invite à imiter c’est son propre désir, c’est l’élan qui le dirige lui, Jésus, vers le but qu’il s’est fixé : ressembler le plus possible à Dieu le Père. L’invitation à imiter le désir de Jésus peut sembler paradoxale car Jésus ne prétend pas posséder de désir propre, de désir « bien à lui ». Contrairement à ce que nous prétendons nous-mêmes, il ne prétend pas « être lui-même », il ne se flatte pas de « n’obéir qu’à son propre désir ». Son but est de devenir l’image parfaite de Dieu. Il consacre donc toutes ses forces à imiter ce Père. En nous invitant à l’imiter lui, il nous invite à imiter sa propre imitation. Loin d’être paradoxale, cette invitation est plus raisonnable que celle de nos gourous modernes. Ceux-ci nous invitent tous à faire le contraire de ce qu’ils font eux-mêmes, ou tout au moins prétendent faire. Chacun d’eux demande à ses disciples d’imiter en lui le grand homme qui n’imite personne. Jésus, tout au contraire, nous invite à faire ce qu’il fait lui-même, à devenir tout comme lui un imitateur de Dieu le Père. Pourquoi Jésus regarde-t-il le Père et lui-même comme les meilleurs modèles pour tous les hommes ? Parce que ni le Père ni le Fils ne désirent avidement, égoïstement. Dieu « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons ». Il donne aux hommes sans compter, sans marquer entre eux la moindre différence. Il laisse les mauvaises herbes pousser avec les bonnes jusqu’au temps de la moisson. Si nous imitons le désintéressement divin, jamais le piège des rivalités mimétiques ne se refermera sur nous. C’est pourquoi Jésus dit aussi : « Demandez et l’on vous donnera… » Lorsque Jésus déclare que, loin d’abolir la Loi, il l’accomplit, il formule une conséquence logique de son enseignement. Le but de la Loi, c’est la paix entre les hommes. Jésus ne méprise jamais la Loi, même lorsqu’elle prend la forme des interdits. A la différence des penseurs modernes, il sait très bien que, pour empêcher les conflits, il faut commencer par les interdits. L’inconvénient des interdits, toutefois, c’est qu’ils ne jouent pas leur rôle de façon satisfaisante. Leur caractère surtout négatif, saint Paul l’a bien vu, chatouille en nous, forcément, la tendance mimétique à la transgression. La meilleure façon de prévenir la violence consiste non pas à interdire des objets, ou même le désir rivalitaire, comme fait le dixième commandement, mais à fournir aux hommes le modèle qui, au lieu de les entraîner dans les rivalités mimétiques, les en protégera. (…) Loin de surgir dans un univers exempt d’imitation, le commandement d’imiter Jésus s’adresse à des êtres pénétrés de mimétisme. Les non-chrétiens s’imaginent que, pour se convertir, il leur faudrait renoncer à une autonomie que tous les hommes possèdent naturellement, une autonomie dont Jésus voudrait les priver. En réalité, dès que nous imitons Jésus, nous nous découvrons imitateurs depuis toujours. Notre aspiration à l’autonomie nous agenouillait devant des êtres qui, même s’ils ne sont pas pires que nous, n’en sont pas moins de mauvais modèles en ceci que nous ne pouvons pas les imiter sans tomber avec eux dans le piège des rivalités inextricables. (…) Même si le mimétisme du désir humain est le grand responsable des violences qui nous accablent, il ne faut pas en conclure que le désir mimétique est mauvais. Si nos désirs n’étaient pas mimétiques, ils seraient à jamais fixés sur des objets prédéterminés, ils seraient une forme particulière d’instinct. Les hommes ne pourraient pas plus changer de désir que les vaches dans un pré. Sans désir mimétique il n’y aurait ni liberté ni humanité. Le désir mimétique est intrinsèquement bon. L’homme est cette créature qui a perdu une partie de son instinct animal pour accéder à ce qu’on appelle le désir. Une fois leurs besoins naturels assouvis, les hommes désirent intensément, mais ils ne savent pas exactement quoi car aucun instinct ne les guide. Ils n’ont pas de désir propre. Le propre du désir est de ne pas être propre. Pour désirer vraiment, nous devons recourir aux hommes qui nous entourent, nous devons leur emprunter leurs désirs. Cet emprunt se fait souvent sans que ni le prêteur ni l’emprunteur s’en aperçoivent. Ce n’est pas seulement leur désir qu’on emprunte à ceux qu’on prend pour modèles c’est une foule de comportements, d’attitudes, de savoirs, de préjugés, de préférences, etc., au sein desquels l’emprunt le plus lourd de conséquences, le désir, passe souvent inaperçu. La seule culture vraiment nôtre n’est pas celle où nous sommes nés, c’est la culture dont nous imitons les modèles à l’âge où notre puissance d’assimilation mimétique est la plus grande. Si leur désir n’était pas mimétique, si les enfants ne choisissaient pas pour modèles, forcément, les êtres humains qui les entourent, l’humanité n’aurait ni langage ni culture. Si le désir n’était pas mimétique, nous ne serions ouverts ni à l’humain ni au divin. C’est dans ce dernier domaine, nécessairement, que notre incertitude est la plus grande et notre besoin de modèles le plus intense. René Girard (Je vois Satan tomber comme l’éclair)
Nous sommes encore proches de cette période des grandes expositions internationales qui regardait de façon utopique la mondialisation comme l’Exposition de Londres – la « Fameuse » dont parle Dostoievski, les expositions de Paris… Plus on s’approche de la vraie mondialisation plus on s’aperçoit que la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante. On était encore dans cette idée selon laquelle on vivait dans le même monde: on n’est plus séparé par rien de ce qui séparait les hommes auparavant donc c’est forcément le paradis. Ce que voulait la Révolution française. Après la nuit du 4 août, plus de problème ! René Girard
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme.  René Girard
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la « victime inconnue », comme on dirait aujourd’hui le « soldat inconnu ». Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
« Que celui qui se croit sans péché lui jette la première pierre ! » Pourquoi la première pierre ? Parce qu’elle est seule décisive. Celui qui la jette n’a personne à imiter. Rien de plus facile que d’imiter un exemple déjà donné. Donner soi-même l’exemple est tout autre chose. La foule est mimétiquement mobilisée, mais il lui reste un dernier seuil à franchir, celui de la violence réelle. Si quelqu’un jetait la première pierre, aussitôt les pierres pleuvraient. En attirant l’attention sur la première pierre, la parole de Jésus renforce cet obstacle ultime à la lapidation. Il donne aux meilleurs de cette foule le temps d’entendre sa parole et de s’examiner eux-mêmes. S’il est réel, cet examen ne peut manquer de découvrir le rapport circulaire de la victime et du bourreau. Le scandale qu’incarne cette femme à leurs yeux, ces hommes le portent déjà en eux-mêmes, et c’est pour s’en débarrasser qu’ils le projettent sur elle, d’autant plus aisément, bien sûr, qu’elle est vraiment coupable. Pour lapider une victime de bon coeur, il faut se croire différent d’elle, et la convergence mimétique, je le rappelle, s’accompagne d’une illusion de divergence. C’est la convergence réelle combinée avec l’illusion de divergence qui déclenche ce que Jésus cherche à prévenir, le mécanisme du bouc émissaire. La foule précède l’individu. Ne devient vraiment individu que celui qui, se détachant de la foule, échappe à l’unanimité violente. Tous ne sont pas capables d’autant d’initiative. Ceux qui en sont capables se détachent les premiers et, ce faisant, empêchent la lapidation. (…) A côté des temps individuels, donc, il y a toujours un temps social dans notre texte, mais il singe désormais les temps individuels, c’est le temps des modes et des engouements politiques, intellectuels, etc. Le temps reste ponctué par des mécanismes mimétiques. Sortir de la foule le premier, renoncer le premier à jeter des pierres, c’est prendre le risque d’en recevoir. La décision en sens inverse aurait été plus facile, car elle se situait dans le droit fil d’un emballement mimétique déjà amorcé. La première pierre est moins mimétique que les suivantes, mais elle n’en est pas moins portée par la vague de mimétisme qui a engendré la foule. Et les premiers à décider contre la lapidation ? Faut-il penser que chez eux au moins il n’y a aucune imitation ? Certainement pas. Même là il y en a, puisque c’est Jésus qui suggère à ces hommes d’agir comme ils le font. La décision contre la violence resterait impossible, nous dit le christianisme, sans cet Esprit divin qui s’appelle le Paraclet, c’est-à-dire, en grec ordinaire, « l’avocat de la défense » : c’est bien ici le rôle de Jésus lui-même. Il laisse d’ailleurs entendre qu’il est lui-même le premier Paraclet, le premier défenseur des victimes. Et il l’est surtout par la Passion qui est ici, bien sûr, sous-entendue. La théorie mimétique insiste sur le suivisme universel, sur l’impuissance des hommes à ne pas imiter les exemples les plus faciles, les plus suivis, parce que c’est cela qui prédomine dans toute société. Il ne faut pas en conclure qu’elle nie la liberté individuelle. En situant la décision véritable dans son contexte vrai, celui des contagions mimétiques partout présentes, cette théorie donne à ce qui n’est pas mécanique, et qui pourtant ne diffère pas du tout dans sa forme de ce qui l’est, un relief que la libre décision n’a pas chez les penseurs qui ont toujours la liberté à la bouche et de ce fait même, croyant l’exalter, la dévaluent complètement. Si on glorifie le décisif sans voir ce qui le rend très difficile, on ne sort jamais de la métaphysique la plus creuse. Même le renoncement au mimétisme violent ne peut pas se répandre sans se transformer en mécanisme social, en mimétisme aveugle. Il y a une lapidation à l’envers symétrique de la lapidation à l’endroit non dénuée de violence, elle aussi. C’est ce que montrent bien les parodies de notre temps. Tous ceux qui auraient jeté des pierres s’il s’était trouvé quelqu’un pour jeter la première sont mimétiquement amenés à n’en pas jeter. Pour la plupart d’entre eux, la vraie raison de la non-violence n’est pas la dure réflexion sur soi, le renoncement à la violence : c’est le mimétisme, comme d’habitude. Il y a toujours emballement mimétique dans une direction ou dans une autre. En s’engouffrant dans la direction déjà choisie par les premiers, les « mimic men » se félicitent de leur esprit de décision et de liberté. Il ne faut pas se leurrer. Dans une société qui ne lapide plus les femmes adultères, beaucoup d’hommes n’ont pas vraiment changé. La violence est moindre, mieux dissimulée, mais structurellement identique à ce qu’elle a toujours été. Il n’y a pas sortie authentique du mimétisme, mais soumission mimétique à une culture qui prône cette sortie. Dans toute aventure sociale, quelle qu’en soit la nature, la part d’individualisme authentique est forcément minime mais pas inexistante. Il ne faut pas oublier surtout que le mimétisme qui épargne les victimes est infiniment supérieur objectivement, moralement, à celui qui les tue à coups de pierres. Il faut laisser les fausses équivalences à Nietzsche et aux esthétismes décadents. Le récit de la femme adultère nous fait voir que des comportements sociaux identiques dans leur forme et même jusqu’à un certain point dans leur fond, puisqu’ils sont tous mimétiques, peuvent néanmoins différer les uns des autres à l’infini. La part de mécanisme et de liberté qu’ils comportent est infiniment variable. Mais cette inépuisable diversité ne prouve rien en faveur du nihilisme cognitif ; elle ne prouve pas que les comportements sont incomparables et inconnaissables. Tout ce que nous avons besoin de connaître pour résister aux automatismes sociaux, aux contagions mimétiques galopantes, est accessible à la connaissance. René Girard
Jésus s’appuie sur la Loi pour en transformer radicalement le sens. La femme adultère doit être lapidée : en cela la Loi d’Israël ne se distingue pas de celle des nations. La lapidation est à la fois une manière de reproduire et de contenir le processus de mise à mort de la victime dans des limites strictes. Rien n’est plus contagieux que la violence et il ne faut pas se tromper de victime. Parce qu’elle redoute les fausses dénonciations, la Loi, pour les rendre plus difficiles, oblige les délateurs, qui doivent être deux au minimum, à jeter eux-mêmes les deux premières pierres. Jésus s’appuie sur ce qu’il y a de plus humain dans la Loi, l’obligation faite aux deux premiers accusateurs de jeter les deux premières pierres ; il s’agit pour lui de transformer le mimétisme ritualisé pour une violence limitée en un mimétisme inverse. Si ceux qui doivent jeter » la première pierre » renoncent à leur geste, alors une réaction mimétique inverse s’enclenche, pour le pardon, pour l’amour. (…) Jésus sauve la femme accusée d’adultère. Mais il est périlleux de priver la violence mimétique de tout exutoire. Jésus sait bien qu’à dénoncer radicalement le mauvais mimétisme, il s’expose à devenir lui-même la cible des violences collectives. Nous voyons effectivement dans les Évangiles converger contre lui les ressentiments de ceux qu’ils privent de leur raison d’être, gardiens du Temple et de la Loi en particulier. » Les chefs des prêtres et les Pharisiens rassemblèrent donc le Sanhédrin et dirent : « Que ferons-nous ? Cet homme multiplie les signes. Si nous le laissons agir, tous croiront en lui ». » Le grand prêtre Caïphe leur révèle alors le mécanisme qui permet d’immoler Jésus et qui est au cœur de toute culture païenne : » Ne comprenez-vous pas ? Il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour tout le peuple plutôt que la nation périsse » (Jean XI, 47-50) (…) Livrée à elle-même, l’humanité ne peut pas sortir de la spirale infernale de la violence mimétique et des mythes qui en camouflent le dénouement sacrificiel. Pour rompre l’unanimité mimétique, il faut postuler une force supérieure à la contagion violente : l’Esprit de Dieu, que Jean appelle aussi le Paraclet, c’est-à-dire l’avocat de la défense des victimes. C’est aussi l’Esprit qui fait révéler aux persécuteurs la loi du meurtre réconciliateur dans toute sa nudité. (…) Ils utilisent une expression qui est l’équivalent de » bouc émissaire » mais qui fait mieux ressortir l’innocence foncière de celui contre qui tous se réconcilient : Jésus est désigné comme » Agneau de Dieu « . Cela veut dire qu’il est la victime émissaire par excellence, celle dont le sacrifice, parce qu’il est identifié comme le meurtre arbitraire d’un innocent — et parce que la victime n’a jamais succombé à aucune rivalité mimétique — rend inutile, comme le dit l’Épître aux Hébreux, tous les sacrifices sanglants, ritualisés ou non, sur lesquels est fondée la cohésion des communautés humaines. La mort et la Résurrection du Christ substituent une communion de paix et d’amour à l’unité fondée sur la contrainte des communautés païennes. L’Eucharistie, commémoration régulière du » sacrifice parfait » remplace la répétition stérile des sacrifices sanglants. (…) En même temps, le devoir du chrétien est de dénoncer le péché là où il se trouve. Le communisme a pu s’effondrer sans violence parce que le monde libre et le monde communiste avaient accepté de ne plus remettre en cause les frontières existantes ; à l’intérieur de ces frontières, des millions de chrétiens ont combattu sans violence pour la vérité, pour que la lumière soit faite sur le mensonge et la violence des régimes qui asservissaient leurs pays. Encore une fois, face au danger de mimétisme universel de la violence, vous n’avez qu’une réponse possible : le christianisme. René Girard
Our supposedly insatiable appetite for the forbidden stops short of envy. Primitive cultures fear and repress envy so much that they have no word for it; we hardly use the one we have, and this fact must be significant. We no longer prohibit many actions that generate envy, but silently ostracize whatever can remind us of its presence in our midst. Psychic phenomena, we are told, are important in proportion to the resistance they generate toward revelation. If we apply this yardstick to envy as well as to what psychoanalysis designates as repressed, which of the two will make the more plausible candidate for the role of best-defended secret? René Girard
In the affluent West, we live in a world where there is less and less need therefore and more and more desire…. One has today real possibilities of true autonomy, of individual judgments. However, those possibilities are more commonly sold down the river in favour of false individuality, of negative mimesis…. The only way modernity can be defined is the universalization of internal mediation, for one doesn’t have areas of life that would keep people apart from each other, and that would mean that the construction of our beliefs and identity cannot but have strong mimetic components. René Girard
Dans notre époque où il n’est plus indécent de se vanter de manipulations en tous genres, le marketing a franchi un pas décisif grâce à Internet et aux réseaux sociaux. Il avait compris depuis longtemps les mécanismes du mimétisme et le rôle des modèles dans les décisions d’achat : la publicité n’a cessé d’en jouer. Mais délibérément ou en suivant un mouvement dont il n’a pas eu l’initiative, le marketing vient de révéler le pot aux roses. Des modèles de consommation officiels ont désormais un nom : influenceuses ou influenceurs. Et les victimes du désir mimétique sont des « followers », autrement dit des suiveurs ou des suiveuses des conseils ainsi dispensés. Ces modèles ont le plus souvent des comptes Instagram ou des chaînes YouTube. Ils parlent de beauté, de mode, de voyages, de sport, de culture… bref interviennent dans autant de marchés sur lesquels ils sont susceptibles d’orienter des comportements de consommation. Du point de vue de la théorie mimétique, ils sont plutôt des médiateurs externes, insusceptibles d’entrer en rivalité avec la plupart de leurs suiveurs, si ce n’est certains d’entre eux mus par leur ressentiment et qui sont dénommés « haters », donc haineux. Nous retrouvons ici les passions stendhaliennes de l’envie, de la jalousie et de la haine impuissante ou encore la figure du narrateur des Carnets du sous-sol de Dostoïevski, cet homme du ressentiment par excellence. La puissance des influenceurs se mesure au volume et à la croissance du nombre de leurs suiveurs. En découle une valeur économique qui se traduit par les rémunérations que leur servent les marques promues. Mais la relation n’est pas si simple : elle suppose aussi que l’influenceur donne des gages d’indépendance à ceux qui suivent leurs conseils. L’influenceur ne peut étendre et maintenir son influence qu’en apparaissant comme souverain vis-à-vis de ses suiveurs mais aussi des marques qu’il promeut. Sinon, il serait lui-même considéré comme influençable par les entreprises dont il vante les qualités, du moins celles de leurs produits et services. Cette suprématie est obtenue par sa capacité à modeler les goûts de ses suiveurs. Il est en effet beaucoup plus efficace, efficient et pertinent qu’une campagne de publicité par voie de presse – écrite, radiophonique ou télévisuelle. Il regroupe une population rendue homogène par l’attraction commune que ses membres ressentent pour son «charisme». Des jeunes gens de moins de vingt peuvent ainsi devenir ce qu’on appelait autrefois des leaders d’opinion. Sans avoir fait autre chose que s’enregistrer en vidéo dans leur appartement en tenant des propos persuasifs, ils peuvent être suivis par des millions d’admirateurs qui attendent leurs avis pour faire leurs choix. Enjoy Phenix, Cyprien, Natoo, Caroline Receveur ou encore SqueeZie seraient-ils les nouveaux maîtres du désir mimétique ? Au moins sont-ils d’indéniables révélateurs de sa persistante actualité et de sa pertinence. Jean-Marc Bourdin
René Girard (1923–2015) was one of the last of that race of Titans who dominated the human sciences in the nineteenth and twentieth centuries with their grand, synthetic theories about history, society, psychology, and aesthetics. That race has since given way to a more cautious breed of “researchers” who prefer to look at things up close, to see their fine grain rather than their larger patterns. Yet the times certainly seem to attest to the enduring relevance of Girard’s thought to our social and political realities. Not only are his ideas about mimetic desire and human violence as far-reaching as Marx’s theories of political economy or Freud’s claims about the Oedipus complex, but the explosion of social media, the resurgence of populism, and the increasing virulence of reciprocal violence all suggest that the contemporary world is becoming more and more recognizably “Girardian” in its behavior. (…) Somewhat like Heinrich Schliemann, who discovered the site of ancient Troy by assuming that the Homeric epics contained a substrate of historical truth, Girard approached literary works as coffers containing the most fundamental truths about human desire, conflict, and self-deception. (…) For Girard there is no such thing as fullness of being among mortals. All of us—including the rich, the famous, the powerful, and the glamorous—have our mimetic models and suffer from a deficiency of being. That deficiency nourishes our desires, physical or metaphysical. (…)The common currency of mimetic desire is envy. Envy is a form of hostile worship. It turns admiration into resentment. Dante considered it radix malorum, the root of all evil, and Girard agreed. He claimed that envy is the one taboo that is alive and well in contemporary society—the vice that few will ever talk about or confess to (…) Since then social media has brought “the universalization of internal mediation” to a new level, while at the same time dramatically narrowing the “areas of life that would keep people apart from each other.” Social media is the miasma of mimetic desire. If you post pictures of your summer vacation in Greece, you can expect your “friends” to post pictures from some other desirable destination. The photos of your dinner party will be matched or outmatched by theirs. If you assure me through social media that you love your life, I will find a way to profess how much I love mine. When I post my pleasures, activities, and family news on a Facebook page, I am seeking to arouse my mediators’ desires. In that sense social media provides a hyperbolic platform for the promiscuous circulation of mediator-oriented desire. As it burrows into every aspect of everyday life, Facebook insinuates itself precisely into those areas of life that would keep people apart. Certainly the enormous market potential of Facebook was not lost on Girard’s student Peter Thiel, the venture capitalist who studied with him at Stanford in the late 1980s and early 1990s. A devoted Girardian who founded and funds an institute called Imitatio, whose goal is to “pursue research and application of mimetic theory across the social sciences and critical areas of human behavior,” Thiel was the first outside investor in Facebook, selling most of his shares in 2012 for over a billion dollars (they cost him $500,000 in 2004). It took a highly intelligent Girardian, well schooled in mimetic theory, to intuit early on that Facebook was about to open a worldwide theater of imitative desire on people’s personal computers. Robert Pogue Harrison
After a few minutes of rendering, the new plot appeared, and I was a bit taken aback by what I saw. The blob had turned into a surprisingly detailed map of the world. Not only were continents visible, certain international borders were apparent as well. What really struck me, though, was knowing that the lines didn’t represent coasts or rivers or political borders, but real human relationships. Each line might represent a friendship made while travelling, a family member abroad, or an old college friend pulled away by the various forces of life…When I shared the image with others within Facebook, it resonated with many people. It’s not just a pretty picture, it’s a reaffirmation of the impact we have in connecting people, even across oceans and borders. Paul Butler
Depuis lors, les médias sociaux ont porté « l’universalisation de la médiation interne » à un nouveau niveau, tout en réduisant considérablement les « domaines de la vie qui séparaient les gens les uns des autres ». Les médias sociaux sont le miasme du désir mimétique. Si vous publiez des photos de vos vacances d’été en Grèce, vous pouvez vous attendre à ce que vos « amis » publient des photos d’une autre destination attrayante. Les photos de votre dîner seront égalées ou surpassées par les leurs. Si vous m’assurez, par le biais des médias sociaux, que vous aimez votre vie, je trouverai un moyen de dire à quel point j’aime la mienne. Lorsque je publie mes plaisirs, mes activités et mes nouvelles familiales sur une page Facebook, je cherche à susciter le désir de mes médiateurs. En ce sens, les médias sociaux fournissent une plate-forme hyperbolique pour la circulation imprudente du désir axé sur le médiateur. Alors qu’il se cache dans tous les aspects de la vie quotidienne, Facebook s’insinue précisément dans les domaines de la vie qui sépareraient les gens. Très certainement, l’énorme potentiel commercial de Facebook n’a pas échappé à Peter Thiel, l’investisseur en capital-risque et l’un de ses étudiants à Stanford à la fin des années 80 et au début des années 90. Girardien dévoué qui a fondé et financé un institut appelé Imitatio, dont le but est de « poursuivre la recherche et l’application de la théorie mimétique dans les sciences sociales et les domaines critiques du comportement humain », Thiel a été le premier investisseur extérieur de Facebook, vendant la plupart de ses actions. en 2012 pour plus d’un milliard de dollars (elles lui avaient coûté 500 000 dollars en 2004). Seul un girardien très intelligent, bien initié à la théorie mimétique, pouvait comprendre aussi tôt que Facebook était sur le point d’ouvrir un théâtre mondial de désir mimétique sur les ordinateurs personnels de ses utilisateurs. Robert Pogue Harrison

Après la neuroscience et les djihadistesHarry Potter et Superman, devinez qui confirme René Girard ?

En ce nouveau et dernier réveillon de l’année 2018 …

Dont les meilleures photos ne devraient pas manquer pour bon nombre d’entre nous …

De faire les meilleures pages et les beaux jours de la formidable invention du docteur Frankenstein-Zuckerberg

Comme hélas depuis bientôt deux mois le déchainement auto-entretenu de la violence et de l’envie des casseurs aux gilets jaunes

Comment ne pas repenser avec la NY Review of books

Ou le girardien Jean-Marc Bourdin

 

Aux découvertes et analyses de René Girard sur « l’universalisation de la médiation interne » dont est faite notre modernité même …

Avec la réduction toujours plus implacable qu’elle implique …

Des « domaines de la vie qui séparaient les gens les uns des autres » …

Et qui avec les réseaux sociaux et ses « influenceurs » et « suiveurs » trouve sa confirmation la plus éclatante …

Ouvrant littéralement à la planète entière

Et pour le meilleur comme pour le pire

La scène sur laquelle chacun peut désormais s’exposer …

Au déchainement quasiment sans frein des « feux de l’envie »  ?

The Prophet of Envy
Robert Pogue Harrison
NY Review of Books
December 20, 2018

Violence and the Sacred

by René Girard, translated from the French by Patrick Gregory
Johns Hopkins University Press (1977)

Battling to the End: Conversations with Benoît Chantre

by René Girard, translated from the French by Mary Baker
Michigan State University Press (2010)

René Girard (1923–2015) was one of the last of that race of Titans who dominated the human sciences in the nineteenth and twentieth centuries with their grand, synthetic theories about history, society, psychology, and aesthetics. That race has since given way to a more cautious breed of “researchers” who prefer to look at things up close, to see their fine grain rather than their larger patterns. Yet the times certainly seem to attest to the enduring relevance of Girard’s thought to our social and political realities. Not only are his ideas about mimetic desire and human violence as far-reaching as Marx’s theories of political economy or Freud’s claims about the Oedipus complex, but the explosion of social media, the resurgence of populism, and the increasing virulence of reciprocal violence all suggest that the contemporary world is becoming more and more recognizably “Girardian” in its behavior.

In Evolution of Desire: A Life of René Girard, Cynthia Haven—a literary journalist and the author of books on Joseph Brodsky and Czesław Miłosz—offers a lively, well-documented, highly readable account of how Girard built up his grand “mimetic theory,” as it’s sometimes called, over time. Her decision to introduce his thought to a broader public by way of an intellectual biography was a good one. Girard was not a man of action—the most important events of his life took place inside his head—so for the most part she follows the winding path of his academic career, from its beginnings in France, where he studied medieval history at the École des Chartes, to his migration to the United States in 1947, to the various American universities at which he taught over the years: Indiana, Duke, Bryn Mawr, Johns Hopkins, SUNY Buffalo, and finally Stanford, where he retired in 1997.

Girard began and ended his career as a professor of French and comparative literature. That was as it should have been. Although he was never formally trained in literary studies (he received a Ph.D. in history from Indiana University in 1950), he effectively built his theory of mimetic desire, in all its expansive anthropological aspects, on literary foundations. Somewhat like Heinrich Schliemann, who discovered the site of ancient Troy by assuming that the Homeric epics contained a substrate of historical truth, Girard approached literary works as coffers containing the most fundamental truths about human desire, conflict, and self-deception.

His first book, Deceit, Desire, and the Novel, published in French in 1961 when he was a professor at Johns Hopkins, treated the novels of Cervantes, Stendhal, Flaubert, Dostoevsky, and Proust as forensic evidence of the essential structures of desire, not just of literary characters but of those who find themselves reflected in them. The prevailing modern belief that my desires are my own, that they arise from my autonomous inner self, is a “Romantic” falsehood that the novelistic tradition, according to Girard, exposes as a delusion (I’m echoing here the French title of the book: Mensonge romantique et vérité romanesque, literally “Romantic falsehood and novelistic truth”). Instead, he argues, my desires are mimetic: I want what others seem to want. Whether I am conscious of it or not (mostly not), I imitate their desires to such a degree that the object itself becomes secondary, and in some cases superfluous, to the rivalries that form around it.

Girard postulated that between a desiring subject and its object there is usually a “model” or “mediator,” who can be either “external” or “internal.” External mediators exist outside of my time and place, like Amadís de Gaule’s chivalric heroes, who impel Don Quixote’s desire to become a knight-errant; or Lancelot and Guinevere, whose adulterous kiss is imitated by Paolo and Francesca in Dante’s account in canto 5 of the Inferno; or the celebrities whom advertisers enlist to sell us products. The external mediator often figures as a hero or ego ideal, and there is typically no rivalry involved.

With internal mediators, however, we are in the realm of what Girard calls “interdividuals,” or people who interact with one another in the same social world. The internal mediator is my neighbor, so to speak, and is often a rival who arouses hatred or envy, or both at once. In the novels Girard dealt with, internal mediation often involves “triangulated desire” between three characters, two of whom vie for the other: Mathilde and Mme de Fervacques vying for Julien in Stendhal’s The Red and the Black, for instance, or Julien and Valenod vying for Mme de Rênal. Even when a character views the mediator as an enemy, the former often secretly envies and idolizes the latter, as in the case of Proust’s Mme Verdurin, who loathed the Guermantes family until she married into it.

A crucial concept in Deceit, Desire, and the Novel is that of “metaphysical desire,” a somewhat misleading term for a common sentiment. We tend to attribute to the mediator a “fullness of being” that he or she does not in fact enjoy. For Girard there is no such thing as fullness of being among mortals. All of us—including the rich, the famous, the powerful, and the glamorous—have our mimetic models and suffer from a deficiency of being. That deficiency nourishes our desires, physical or metaphysical.

The English translation of Deceit, Desire, and the Novel came out in 1965, two years before V.S. Naipaul published The Mimic Men, which seems like a ringing endorsement of Girard’s claims about deficiency. (I don’t know if he ever read Girard.) In the novel Naipaul probes the psychology of elite ex-colonial “mimic men” who, after decolonization, model their desires on their former British masters. The mimic man will never enjoy the “fullness of being” he ascribes to his model, who, in Girard’s words, “shows the disciple the gate of paradise and forbids him to enter with one and the same gesture.” Naipaul’s narrator, Ralph Singh, knows this, yet such knowledge does not alleviate his unhappy consciousness. “We become what we see of ourselves in the eyes of others,” he declares. Girard would most likely deny Singh his one consolation, namely his belief that he is different from, and superior to, the mimic men who lack his own heightened self-awareness.

Girard might go even further and ask whether Naipaul’s mimic men in fact imitate one another more than the British models they share. The whole business gets altogether murkier—and more Girardian—when one considers that Naipaul himself was the perfect expression of the mimic man he defined and despised. The writer’s bearing, speech, racism, and invectives betray an ex-colonial subject mimicking the habits of his masters and the class to which he desperately wanted to belong. In this Naipaul falls well short of the novelists Girard dealt with in Deceit, Desire, and the Novel, all of whom, Girard claims, ended up forswearing the mimetic mechanisms they so insightfully depicted in their work.

The common currency of mimetic desire is envy. Envy is a form of hostile worship. It turns admiration into resentment. Dante considered it radix malorum, the root of all evil, and Girard agreed. He claimed that envy is the one taboo that is alive and well in contemporary society—the vice that few will ever talk about or confess to:

Our supposedly insatiable appetite for the forbidden stops short of envy. Primitive cultures fear and repress envy so much that they have no word for it; we hardly use the one we have, and this fact must be significant. We no longer prohibit many actions that generate envy, but silently ostracize whatever can remind us of its presence in our midst. Psychic phenomena, we are told, are important in proportion to the resistance they generate toward revelation. If we apply this yardstick to envy as well as to what psychoanalysis designates as repressed, which of the two will make the more plausible candidate for the role of best-defended secret?

These sentences come from the introduction to the only book that Girard wrote in English, A Theater of Envy: William Shakespeare (1991), which is full of insights into the envy and imitative behavior of Shakespeare’s characters. Proceeding as incautiously as Schliemann did in his excavations, Girard bores through Shakespeare’s corpus to arrive at the substrate of mediated desire that he believed lies at its foundation. Girard plays by none of the rules of the tradition of commentary on Shakespeare, so it is not surprising that the book remains largely neglected, yet one day A Theater of Envy will likely be acknowledged as one of the most original, illuminating books on Shakespeare of its time, despite its speculative recklessness and relative ignorance of the vast body of secondary literature on Shakespeare’s works.

Speaking of “a theater of envy,” in Evolution and Conversion (in French, Les origines de la culture, 2004; the English translation was recently republished by Bloomsbury)—his conversations with Pierpaolo Antonello and João Cezar de Castro Rocha, which took place a couple of years before Facebook launched its website in 2004—Girard made some remarks that seem particularly resonant today:

In the affluent West, we live in a world where there is less and less need therefore and more and more desire…. One has today real possibilities of true autonomy, of individual judgments. However, those possibilities are more commonly sold down the river in favour of false individuality, of negative mimesis…. The only way modernity can be defined is the universalization of internal mediation, for one doesn’t have areas of life that would keep people apart from each other, and that would mean that the construction of our beliefs and identity cannot but have strong mimetic components.

Since then social media has brought “the universalization of internal mediation” to a new level, while at the same time dramatically narrowing the “areas of life that would keep people apart from each other.”

Social media is the miasma of mimetic desire. If you post pictures of your summer vacation in Greece, you can expect your “friends” to post pictures from some other desirable destination. The photos of your dinner party will be matched or outmatched by theirs. If you assure me through social media that you love your life, I will find a way to profess how much I love mine. When I post my pleasures, activities, and family news on a Facebook page, I am seeking to arouse my mediators’ desires. In that sense social media provides a hyperbolic platform for the promiscuous circulation of mediator-oriented desire. As it burrows into every aspect of everyday life, Facebook insinuates itself precisely into those areas of life that would keep people apart.

Certainly the enormous market potential of Facebook was not lost on Girard’s student Peter Thiel, the venture capitalist who studied with him at Stanford in the late 1980s and early 1990s. A devoted Girardian who founded and funds an institute called Imitatio, whose goal is to “pursue research and application of mimetic theory across the social sciences and critical areas of human behavior,” Thiel was the first outside investor in Facebook, selling most of his shares in 2012 for over a billion dollars (they cost him $500,000 in 2004). It took a highly intelligent Girardian, well schooled in mimetic theory, to intuit early on that Facebook was about to open a worldwide theater of imitative desire on people’s personal computers.

In 1972, eleven years after Deceit, Desire, and the Novel appeared, Girard published Violence and the Sacred. It came as a shock to those familiar with his previous work. Here the literary critic assumed the mantle of cultural anthropologist, moving from the triangular desire of fictional bourgeois characters to the group behavior of primitive societies. Having immersed himself during the intervening decade in the work of Alfred Radcliffe-Brown, Bronisław Malinowski, Claude Lévi-Strauss, Émile Durkheim, Gabriel Tarde, and Walter Burkert, Girard offered in Violence and the Sacred nothing less than an anthropogenic theory of mimetic violence.

I will not attempt to describe the theory in all its speculative complexity. Suffice it to say that the only thing more contagious than desire is violence. Girard postulates that, prior to the establishment of laws, prohibitions, and taboos, prehistoric societies would periodically succumb to “mimetic crises.” Usually brought on by a destabilizing event—be it drought, pestilence, or some other adversity—mimetic crises amount to mass panics in which communities become unnerved, impassioned, and crazed, as people imitate one another’s violence and hysteria rather than responding directly to the event itself. Distinctions disappear, members of the group become identical to one another in their vehemence, and a mob psychology takes over. In such moments the community’s very survival is threated by internecine strife and a Hobbesian war of all against all.

Girard interpreted archaic rituals, sacrifices, and myth as the symbolic traces or aftermath of prehistoric traumas brought on by mimetic crises. Those societies that saved themselves from self-immolation did so through what he called the scapegoat mechanism. Scapegoating begins with accusation and ends in collective murder. Singling out a random individual or subgroup of individuals as being responsible for the crisis, the community turns against the “guilty” victim (guilty in the eyes of the persecutors, that is, since according to Girard the victim is in fact innocent and chosen quite at random, although is frequently slightly different or distinct in some regard). A unanimous act of violence against the scapegoat miraculously restores peace and social cohesion (unum pro multis, “one for the sake of many,” as the Roman saying puts it).

The scapegoat’s murder has such healing power over the community that the victim retroactively assumes an aura of sacredness, and is sometimes even deified. Behind the practice of sacrifice in ancient societies Girard saw the spasmodic, scapegoat-directed violence of communities in the throes of mimetic crises—a primal murder, as it were, for which there exists no hard evidence but plenty of indirect evidence in ancient sacrificial practices, which he viewed as ritualized reenactments of the scapegoat mechanism that everywhere founded the archaic religions of humanity. (“Every observation suggests that, in human culture, sacrificial rites and the immolation of victims come first.”)

Violence and the Sacred deals almost exclusively with archaic religion. Its argument is more hypothetical and abstract, more remote and less intuitive, than what Girard put forward in Deceit, Desire, and the Novel. The same can be said for the main claims of his next major book, Things Hidden Since the Foundation of the World (1978; the title comes from Matthew 13:35). There he argued that the Hebrew Scriptures and the Christian Gospels expose the “scandal” of the violent foundations of archaic religions. By revealing the inherent innocence of the victim—Jesus—as well as the inherent guilt of those who persecute and put him to death, “Christianity truly demystifies religion because it points out the error on which archaic religion is based.”*

Girard’s anthropological interpretation of Christianity in Things Hidden is as original as it is unorthodox. It views the Crucifixion as a revelation in the profane sense, namely a bringing to light of the arbitrary nature of the scapegoat mechanism that underlies sacrificial religions. After publishing Things Hidden, Girard gained a devoted following among various Christian scholars, some of whom lobbied him hard to open his theory to a more traditional theological interpretation of the Cross as the crux of man’s deliverance from sin. Girard eventually (and somewhat reluctantly) made room for a redemptive understanding of the Crucifixion, yet in principle his theory posits only its revelatory, demystifying, and scandalous aspect.

Orthodox Girardians insist that his corpusfrom Deceit, Desire, and the Novel to his last worksforms a coherent, integrated system that must be accepted or rejected as a whole. In my view, that is far from the case. One need not buy into the entire système Girard to recognize that his most fundamental insights can stand on their own.

Some of Girard’s most acute ideas come from his psychology of accusation. He championed legal systems that protect the rights of the accused because he believed that impassioned accusation, especially when it gains momentum by wrapping itself in the mantle of indignation, has a potential for mimetic diffusion that disregards any considered distinction between guilt and innocence. The word “Satan” in Hebrew means “adversary” or “accuser,” and Girard insisted in his later work that there is a distinctly satanic element at work in the zeal for accusation and prosecution.

Girard’s most valuable insight is that rivalry and violence arise from sameness rather than difference. Where conflicts erupt between neighbors or ethnic groups, or even among nations, more often than not it’s because of what they have in common rather than what distinguishes them. In Girard’s words: “The error is always to reason within categories of ‘difference’ when the root of all conflicts is rather ‘competition,’ mimetic rivalry between persons, countries, cultures.” Often we fight or go to war to prove our difference from an enemy who in fact resembles us in ways we are all too eager to deny.

A related insight of equal importance concerns the deadly cycles of revenge and reciprocal violence. Girard taught that retaliation hardly ever limits itself to “an eye for an eye” but almost always escalates the level of violence. Every escalation is imitated in turn by the other party:

Clausewitz sees very clearly that modern wars are as violent as they are only because they are “reciprocal”: mobilization involves more and more people until it is “total,” as Ernst Junger wrote of the 1914 war…. It was because he was “responding” to the humiliations inflicted by the Treaty of Versailles and the occupation of the Rhineland that Hitler was able to mobilize a whole people. Likewise, it was because he was “responding” to the German invasion that Stalin achieved a decisive victory over Hitler. It was because he was “responding” to the United States that Bin Laden planned 9/11…. The one who believes he can control violence by setting up defenses is in fact controlled by violence.

Those remarks come from the last book Girard wrote, Battling to the End (2010). It is in many ways one of his most interesting, for here he leaves behind speculations about archaic origins and turns his attention to modern history. The book’s conversations with Benoît Chantre, an eminent French Girardian, feature a major discussion of the war theorist Carl von Clausewitz (1780–1831), whose ideas about the “escalation to extremes” in modern warfare converge uncannily with Girard’s ideas about the acceleration of mimetic violence.

Toward the end of his life, Girard did not harbor much hope for history in the short term. In the past, politics was able to restrain mass violence and prevent its tendency to escalate to extremes, but in our time, he believed, politics had lost its power of containment. “Violence is a terrible adversary,” he wrote in Battling to the End, “especially since it always wins.” Yet it is necessary to battle violence with a new “heroic attitude,” for “it alone can link violence and reconciliation…[and] make tangible both the possibility of the end of the world and reconciliation among all members of humanity.” To that statement he felt compelled to add: “More than ever, I am convinced that history has meaning, and that its meaning is terrifying.” That meaning has to do with the primacy of violence in human relations. And to that statement, in turn, he added some verses of Friedrich Hölderlin: “But where danger threatens/that which saves from it also grows.”

  • *Girard goes so far as to argue that “Christianity is not only one of the destroyed religions but it is the destroyer of all religions. The death of God is a Christian phenomenon. In its modern sense, atheism is a Christian invention.” The Italian philosopher Gianni Vattimo was very drawn to Girard’s understanding of Christianity as a secularizing religion, and the two collaborated on a fine book on the topic, Christianity, Truth, and Weakening Faith: A Dialogue (Columbia University Press, 2010). 

Voir aussi:

Influenceurs et «followers» : les nouveaux maîtres du désir mimétique

Jean-Marc Bourdin

Iphilo

17/12/2018

BILLET : Sur Instagram ou sur leur chaîne YouTube, les influenceurs médiatisent nos désirs dans une relation triangulaire qui est au cœur de la thèse du désir mimétique de René Girard, analyse Jean-Marc Bourdin dans iPhilo. 


Ancien élève de l’ENA, inspecteur général de la ville de Paris, Jean-Marc Bourdin a également soutenu en 2016 une thèse de doctorat en philosophie sur René Girard à l’Université Paris-VIII. Créateur du blog L’Emissaire et membre de l’Association Recherche Mimétique (ARM), il a publié René Girard philosophe malgré lui et René Girard promoteur d’une science des rapports humains chez L’Harmattan en 2018.


René Girard affirme en 1961 dans Mensonge romantique et vérité romanesqueque seuls les plus grands romanciers, à la liste desquels il ajoutera par la suite quelques dramaturges, ont la faculté de comprendre les mécanismes du désir mimétique. Ceux-ci resteraient inconnus non seulement du commun des mortels mais aussi d’écrivains moins doués qui se laissent duper par la prétention du désir à l’autonomie.

Cette affirmation radicale souffrirait-elle désormais d’au moins une exception de taille ? Dans notre époque où il n’est plus indécent de se vanter de manipulations en tous genres, le marketing a franchi un pas décisif grâce à Internet et aux réseaux sociaux. Il avait compris depuis longtemps les mécanismes du mimétisme et le rôle des modèles dans les décisions d’achat : la publicité n’a cessé d’en jouer. Mais délibérément ou en suivant un mouvement dont il n’a pas eu l’initiative, le marketing vient de révéler le pot aux roses. Des modèles de consommation officiels ont désormais un nom : influenceuses ou influenceurs. Et les victimes du désir mimétique sont des « followers », autrement dit des suiveurs ou des suiveuses des conseils ainsi dispensés.

Ces modèles ont le plus souvent des comptes Instagram ou des chaînes YouTube. Ils parlent de beauté, de mode, de voyages, de sport, de culture… bref interviennent dans autant de marchés sur lesquels ils sont susceptibles d’orienter des comportements de consommation.

Du point de vue de la théorie mimétique, ils sont plutôt des médiateurs externes, insusceptibles d’entrer en rivalité avec la plupart de leurs suiveurs, si ce n’est certains d’entre eux mus par leur ressentiment et qui sont dénommés « haters », donc haineux. Nous retrouvons ici les passions stendhaliennes de l’envie, de la jalousie et de la haine impuissante ou encore la figure du narrateur des Carnets du sous-sol de Dostoïevski, cet homme du ressentiment par excellence.

La puissance des influenceurs se mesure au volume et à la croissance du nombre de leurs suiveurs. En découle une valeur économique qui se traduit par les rémunérations que leur servent les marques promues. Mais la relation n’est pas si simple : elle suppose aussi que l’influenceur donne des gages d’indépendance à ceux qui suivent leurs conseils.

L’influenceur ne peut étendre et maintenir son influence qu’en apparaissant comme souverain vis-à-vis de ses suiveurs mais aussi des marques qu’il promeut. Sinon, il serait lui-même considéré comme influençable par les entreprises dont il vante les qualités, du moins celles de leurs produits et services. Cette suprématie est obtenue par sa capacité à modeler les goûts de ses suiveurs. Il est en effet beaucoup plus efficace, efficient et pertinent qu’une campagne de publicité par voie de presse – écrite, radiophonique ou télévisuelle. Il regroupe une population rendue homogène par l’attraction commune que ses membres ressentent pour son «charisme».

Des jeunes gens de moins de vingt peuvent ainsi devenir ce qu’on appelait autrefois des leaders d’opinion. Sans avoir fait autre chose que s’enregistrer en vidéo dans leur appartement en tenant des propos persuasifs, ils peuvent être suivis par des millions d’admirateurs qui attendent leurs avis pour faire leurs choix.

Enjoy Phenix, Cyprien, Natoo, Caroline Receveur ou encore SqueeZie seraient-ils les nouveaux maîtres du désir mimétique ? Au moins sont-ils d’indéniables révélateurs de sa persistante actualité et de sa pertinence.

Voir encore:

Visualizing Friendships
Paul Butler
Facebook
December 14, 2010

Visualizing data is like photography. Instead of starting with a blank canvas, you manipulate the lens used to present the data from a certain angle.

When the data is the social graph of 500 million people, there are a lot of lenses through which you can view it. One that piqued my curiosity was the locality of friendship. I was interested in seeing how geography and political borders affected where people lived relative to their friends. I wanted a visualization that would show which cities had a lot of friendships between them.

I began by taking a sample of about ten million pairs of friends from Apache Hive, our data warehouse. I combined that data with each user’s current city and summed the number of friends between each pair of cities. Then I merged the data with the longitude and latitude of each city.

At that point, I began exploring it in R, an open-source statistics environment. As a sanity check, I plotted points at some of the latitude and longitude coordinates. To my relief, what I saw was roughly an outline of the world. Next I erased the dots and plotted lines between the points. After a few minutes of rendering, a big white blob appeared in the center of the map. Some of the outer edges of the blob vaguely resembled the continents, but it was clear that I had too much data to get interesting results just by drawing lines. I thought that making the lines semi-transparent would do the trick, but I quickly realized that my graphing environment couldn’t handle enough shades of color for it to work the way I wanted.

Instead I found a way to simulate the effect I wanted. I defined weights for each pair of cities as a function of the Euclidean distance between them and the number of friends between them. Then I plotted lines between the pairs by weight, so that pairs of cities with the most friendships between them were drawn on top of the others. I used a color ramp from black to blue to white, with each line’s color depending on its weight. I also transformed some of the lines to wrap around the image, rather than spanning more than halfway around the world.

After a few minutes of rendering, the new plot appeared, and I was a bit taken aback by what I saw. The blob had turned into a surprisingly detailed map of the world. Not only were continents visible, certain international borders were apparent as well. What really struck me, though, was knowing that the lines didn’t represent coasts or rivers or political borders, but real human relationships. Each line might represent a friendship made while travelling, a family member abroad, or an old college friend pulled away by the various forces of life.

Later I replaced the lines with great circle arcs, which are the shortest routes between two points on the Earth. Because the Earth is a sphere, these are often not straight lines on the projection.

When I shared the image with others within Facebook, it resonated with many people. It’s not just a pretty picture, it’s a reaffirmation of the impact we have in connecting people, even across oceans and borders.

Paul is an intern on Facebook’s data infrastructure engineering team.

Voir également:

Check out this stunning Facebook world map

Jeffrey Van Camp

Digital trends

12.14.10

Have you ever wondered what 10 million friendships would look like on a world map? Well, a Facebook engineer has the answer for you. The map below was made by Paul Butler, an engineering intern at Facebook. In a blog post, he explains how he created this visualized representation of friendships. His quest began when he became curious as to whether country or physical location had a big impact on friendships. In other words, he wondered if people had a lot of friends who live far away from them, perhaps around the world. So he took a sample of 10 million friendship pairs from the Facebook database and made this image.

The results are fairly evident and we recommend you check it out in high resolution to fully understand what you’re looking at. This data was not graphed onto a map, by the way. Every lit up dot of land is the geo-location of a friend. The map formed itself by the sheer number of connections. The most lit areas–Europe and the United States–are bright because of the density of smaller range friendships inside them.

“After a few minutes of rendering, the new plot appeared, and I was a bit taken aback by what I saw,” said Butler. “The blob had turned into a surprisingly detailed map of the world. Not only were continents visible, certain international borders were apparent as well. What really struck me, though, was knowing that the lines didn’t represent coasts or rivers or political borders, but real human relationships. Each line might represent a friendship made while travelling, a family member abroad, or an old college friend pulled away by the various forces of life…When I shared the image with others within Facebook, it resonated with many people. It’s not just a pretty picture, it’s a reaffirmation of the impact we have in connecting people, even across oceans and borders.”

As much as we dog Facebook here and there, this perfectly shows the great qualities of social networking. With only 10 million of the 500 million connections, we are able to build a map of the world solely from our own personal connections. Very cool.


Cinéma/First man: Look what they’ve done to my flag, Ma ! (First postnational hero: why can’t Lalaland recognize a true American hero when it sees one ?)

23 octobre, 2018
Condamner le nationalisme parce qu’il peut mener à la guerre, c’est comme condamner l’amour parce qu’il peut conduire au meurtre. C.K. Chesterton
Deliverance did for them [North Georgians] what ‘Jaws’ did for sharks. Daniel Roper (North Georgia Journal)
The movie, ‘Deliverance’ made tourist dollars flow into the area, but there was one memorable, horrifying male rape scene that lasted a little more than four minutes, but has lasted 40 years inside the hearts and minds of the people who live here. CNN
Il n’y a pas d’identité fondamentale, pas de courant dominant, au Canada. Il y a des valeurs partagées — ouverture, compassion, la volonté de travailler fort, d’être là l’un pour l’autre, de chercher l’égalité et la justice. Ces qualités sont ce qui fait de nous le premier État postnational. Justin Trudeau
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Hussein Obama (2008)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton (2016)
On vous demande une carte blanche, et vous salissez l’adversaire, et vous proférez des mensonges. Votre projet, c’est de salir, c’est de mener une campagne de falsifications, de vivre de la peur et des mensonges. La France que je veux vaut beaucoup mieux que ça. Il faut sortir d’un système qui vous a coproduit. Vous en vivez. Vous êtes son parasite. L’inefficacité des politiques de droite et de gauche, c’est l’extrême droite qui s’en nourrit. Je veux mener la politique qui n’a jamais été menée ces trente dernières années. Emmanuel Macron (2017)
Les démocrates radicaux veulent remonter le temps, rendre de nouveau le pouvoir aux mondialistes corrompus et avides de pouvoir. Vous savez qui sont les mondialistes? Le mondialiste est un homme qui veut qu’il soit bon de vivre dans le monde entier sans, pour dire le vrai, se soucier de notre pays. Cela ne nous convient pas. (…) Vous savez, il y a un terme devenu démodé dans un certain sens, ce terme est « nationaliste ». Mais vous savez qui je suis? Je suis un nationaliste. OK? Je suis nationaliste. Saisissez-vous de ce terme! Donald Trump
La NFL et CBS voulaient vraiment Rihanna pour l’année prochaine à  Atlanta. Ils lui ont fait l’offre, mais elle a dit non à cause de la polémique sur le genou au sol. Elle n’est pas d’accord avec la position de la NFL. Proche de la chanteuse Rihanna
Je sais que ça ressemble à un sacrifice de privilégiée, mais c’est tout ce que je peux faire. Frapper la NFL au niveau des annonceurs, c’est le seul moyen de leur faire vraiment mal. Je sais que s’opposer à la NFL, c’est comme s’opposer à la NRA (une association américaine qui fait la promotion des armes à feu, ndlr). C’est très dur, mais vous ne voulez pas être fier de votre vie? Amy Schumer
Car les yeux du monde sont dorénavant tournés vers l’espace, vers la Lune et les planètes au-delà, et nous avons fait le serment de ne pas voir cet espace sous le joug d’un étendard hostile et spoliateur, mais sous la bannière de la liberté et de la paix. Nous avons fait le serment de ne pas voir l’espace envahi par des armes de destruction massive, mais par des instruments de connaissance et de découverte. Cependant, les promesses de cette nation ne pourront être tenues qu’à l’impérieuse condition que nous soyons les premiers. Et telle est bien notre intention. En résumé, notre suprématie dans le domaine scientifique et industriel, nos espoirs de paix et de sécurité, nos obligations envers nous-mêmes et envers les autres, tout cela exige de nous cet effort ; afin de percer ces mystères pour le bien de l’humanité toute entière et devenir la première nation au monde à s’engager dans l’espace. Nous levons les voiles pour explorer ce nouvel océan, car il y a de nouvelles connaissances à acquérir, de nouveaux droits à conquérir, qui doivent être conquis et utilisés pour le développement de tous les peuples. Car la science spatiale, comme la science nucléaire et toutes les technologies, n’a pas de conscience intrinsèque. Qu’elle devienne une force bénéfique ou maléfique dépend de l’homme et c’est seulement si les États-Unis occupent une position prééminente que nous pourrons décider si ce nouvel océan sera un havre de paix ou un nouveau champ de bataille terrifiant. John Kennedy (12.09.1962)
In the end it was decided by Congress that this was a United States project. We were not going to make any territorial claim, but we were to let people know that we were here and put up a US flag. My job was to get the flag there. I was less concerned about whether that was the right artefact to place. I let other, wiser minds than mine make those kinds of decisions. Neil Armstrong
C’est de la folie totale. Et un mauvais service rendu à un moment où notre peuple a besoin de rappels de ce que nous pouvons accomplir lorsque nous travaillons ensemble. Le peuple américain a payé pour cette mission, sur des fusées construites par des Américains, avec de la technologie américaine et pour transporter des astronautes américains. Ce n’était pas une mission de l’ONU. Marco Rubio
I think it’s very unfortunate. (…) it’s almost like they’re embarrassed at the achievement coming from America. I think it’s a terrible thing. (…) because when you think of Neil Armstrong and when you think about the landing on the moon, you think about the American flag. And I understand they don’t do it. So for that reason I wouldn’t even want to watch the movie. (…) I don’t want to get into the world of boycotts. Same thing with Nike. I wouldn’t say you don’t buy Nike because of the Colin Kaepernick. I mean, look, as much as I disagree, as an example, with the Colin Kaepernick endorsement, in another way, I wouldn’t have done it. In another way, it is what this country is all about, that you have certain freedoms to do things that other people may think you shouldn’t do. So you know, I personally am on a different side of it, you guys are probably too, I’m on a different side of it. Donald Trump
Pour répondre à la question de savoir s’il s’agissait d’une revendication politique, la réponse est non. Mon but avec ce film était de partager avec le public les aspects invisibles et inconnus de la mission états-unienne sur la lune – en particulier la saga personnelle de Neil Armstrong et ce qu’il a pu penser et ressentir pendant ces quelques heures de gloire. Damien Chazelle
Cette histoire est humaine et elle est universelle. Bien sûr, il célèbre une réalisation américaine. Il célèbre également une réalisation ‘pour toute l’humanité. Les cinéastes ont choisi de se concentrer sur Neil qui regarde la Terre, sa marche vers le Petit Cratère Occidental, son expérience personnelle et unique de clôturer ce voyage, un voyage qui a eu tant de hauts et de bas dévastateurs. Mark et Rick Armstrong
Je pense que cela a été largement considéré à la fin comme une réalisation humaine [et] c’est ainsi que nous avons choisi de voir les choses. Je pense aussi que Neil était extrêmement humble, comme beaucoup de ces astronautes, et qu’à maintes reprises, il a différé l’attention de lui-même aux 400 000 personnes qui ont rendu la mission possible. Ryan Gosling
I think this was widely regarded in the end as a human achievement [and] that’s how we chose to view it. I also think Neil was extremely humble, as were many of these astronauts, and time and time again he deferred the focus from himself to the 400,000 people who made the mission possible. He was reminding everyone that he was just the tip of the iceberg – and that’s not just to be humble, that’s also true. So I don’t think that Neil viewed himself as an American hero. From my interviews with his family and people that knew him, it was quite the opposite. And we wanted the film to reflect Neil. I’m Canadian, so might have cognitive bias. Ryan Gosling
As a half-Canadian, half-French, I agree with everything Ryan said. Damien Chazelle
We’ve read a number of comments about the film today and specifically about the absence of the flag planting scene, made largely by people who haven’t seen the movie. As we’ve seen it multiple times, we thought maybe we should weigh in. This is a film that focuses on what you don’t know about Neil Armstrong. It’s a film that focuses on things you didn’t see or may not remember about Neil’s journey to the moon. The filmmakers spent years doing extensive research to get at the man behind the myth, to get at the story behind the story. It’s a movie that gives you unique insight into the Armstrong family and fallen American Heroes like Elliot See and Ed White. It’s a very personal movie about our dad’s journey, seen through his eyes. This story is human and it is universal. Of course, it celebrates an America achievement. It also celebrates an achievement “for all mankind,” as it says on the plaque Neil and Buzz left on the moon. It is a story about an ordinary man who makes profound sacrifices and suffers through intense loss in order to achieve the impossible. Although Neil didn’t see himself that way, he was an American hero. He was also an engineer and a pilot, a father and a friend, a man who suffered privately through great tragedies with incredible grace. This is why, though there are numerous shots of the American flag on the moon, the filmmakers chose to focus on Neil looking back at the earth, his walk to Little West Crater, his unique, personal experience of completing this journey, a journey that has seen so many incredible highs and devastating lows. In short, we do not feel this movie is anti-American in the slightest. Quite the opposite. But don’t take our word for it. We’d encourage everyone to go see this remarkable film and see for themselves. Rick and Mark Armstrong and James R. Hansen
In ‘First Man’ I show the American flag standing on the lunar surface, but the flag being physically planted into the surface is one of several moments of the Apollo 11 lunar EVA that I chose not to focus upon. To address the question of whether this was a political statement, the answer is no. My goal with this movie was to share with audiences the unseen, unknown aspects of America’s mission to the moon — particularly Neil Armstrong’s personal saga and what he may have been thinking and feeling during those famous few hours. I wanted the primary focus in that scene to be on Neil’s solitary moments on the moon — his point of view as he first exited the LEM, his time spent at Little West Crater, the memories that may have crossed his mind during his lunar EVA. This was a feat beyond imagination; it was truly a giant leap for mankind. This film is about one of the most extraordinary accomplishments not only in American history, but in human history. My hope is that by digging under the surface and humanizing the icon, we can better understand just how difficult, audacious and heroic this moment really was. Damien Chazelle
[The moon landing] cost money, it tore families apart. There was this tremendous sacrifice and loss that came with the success story that we all know,” Chazelle said. “That, in some ways more than anything, was what motivated us — trying to put a human face to that toll and really pay tribute to the people who literally gave everything so that all of us can grow up knowing that people walked on the moon. Damien Chazelle
By focusing on that loss and sacrifice and failure, it humanizes this person who we think of as an idol and helps us really understand that this wasn’t easy, this wasn’t superheroes that did it. Josh Singer
I don’t know if I’ll do that. That’s a hard one — never conquered the script on that. To tell the drama of it is going to be difficult. I’ve met with him, played golf with him. He’s a very nice guy but he likes his privacy and I can’t blame him for that. Clint Eastwood
Voulant absolument se décoller des références L’Etoffe des héros et Apollo (la grandeur de la nation américaine dans toute sa splendeur), Chazelle bidouille les séquences dans l’espace en secouant sa caméra, en bricolant l’image et en filmant les poils de barbe de son personnage. C’est parfois un peu fatigant parce que systématique.  En revanche – et c’est là où l’eastwoodien qui est en lui se réveille – la partie intimiste est passionnante. Armstrong est prêt à tout sacrifier pour être le premier. Pas forcément pour recevoir les applaudissements mais pour nourrir sa propre névrose. Comme si le héros américain, bouffé par une machine mythologique basée sur le « do it yourself » devait forcément en passer par là. Armstrong a le visage fermé et Ryan Gosling, qui n’est pas l’acteur le plus expressif au monde, est parfait. Claire Foy, son épouse, également ; femme de tête, actrice de coeur. La face cachée de la Lune est finalement ce qu’il y a de plus intéressant à voir. L’Express
Avec La La Land, Damien Chazelle, le jeune prodige de Hollywood, remettait de la fragilité dans la glorieuse comédie musicale à l’américaine : danser et chanter n’y était pas si facile pour les deux acteurs principaux, et la mise en scène exploitait subtilement leurs faiblesses. Dans cette biographie de Neil Armstrong, la discipline incertaine, laborieuse, faillible, c’est la conquête spatiale elle-même. Le cinéaste insiste sans cesse sur la précarité des engins et vaisseaux pilotés par l’astronaute, du début des années 1960 à ses premiers pas sur la Lune, le 21 juillet 1969. Leitmotiv des scènes d’action : les antiques cadrans à aiguilles s’affolent, les carlingues tremblotent, fument, prennent feu… La réussite, lorsqu’elle survient, paraît arbitraire, et ne parvient jamais à dissiper l’effroi et le doute devant l’entreprise du héros. Voilà comment, dès la saisissante première scène, le réalisateur s’approprie le genre si codifié du biopic hollywoodien. Le visage de Ryan Gosling est l’autre facteur majeur de stylisation. Avec son jeu minimaliste, son refus de l’expressivité ordinaire, l’acteur de Drive bloque la sympathie et l’identification. Damien Chazelle filme sa star en très gros plans, avec une fascination encore accentuée depuis La La Land : Ryan Gosling est lunaire bien avant d’alunir et il le demeure ensuite. Le scénario donne et redonne, trop souvent, l’explication la plus évidente à cette absence mélancolique — la perte d’une fille, emportée en bas âge par le cancer. Cette tragédie intime, véridique, devient même la composante la plus convenue, avec flash-back mélodramatiques sur le bonheur familial perdu, un peu comme pour le personnage de spationaute de Sandra Bullock dans Gravity, d’Alfonso Cuarón. Or l’attendrissement sied peu à Damien Chazelle, cinéaste cruel, dur — voir le sadisme de Whiplash, et le gâchis amoureux de La La Land, pour cause d’égocentrisme des deux amants. Le film brille, en revanche, dès qu’il s’agit de la distance qui éloigne toujours plus le héros des siens — sa femme et ses deux fils —, au fil des expériences spatiales. Sommé par son épouse d’annoncer son départ vers la Lune à ses enfants, Neil Armstrong leur parle soudain comme s’il était en conférence de presse, sans plus d’émotion ni de tendresse — scène glaçante. Plus tard, l’homme (en quarantaine après une mission) est séparé de sa femme par une épaisse cloison de verre. La paroi devient alors, tout comme le casque-miroir du scaphandre, le symbole d’une vie à part, « hors de ce monde » — les mots de l’épouse. A la même époque, des mouvements sociaux dénoncent, aux Etats-Unis, les dépenses publiques faramineuses consacrées à la conquête spatiale, tandis que des millions de citoyens vivent mal. Damien Chazelle s’attarde sur cette critique-là, comme pour contredire la formule d’Armstrong une fois sur la Lune : « … un grand pas pour l’humanité »… Scepticisme et froideur contribuent ainsi à élever First Man au-delà de l’hagiographie attendue, au profit d’une réelle étrangeté, et d’une grande tenue. Télérama
Damien Chazelle nous propose d’entrer dans l’intimité de ce héros de l’espace. Cernant au plus près ce personnage complexe, qui n’arriva jamais à faire le deuil d’une enfant de deux ans emportée par une tumeur au cerveau, il nous fait ainsi entrer dans la psyché de ces pionniers de l’aventure spatiale. Très vite, et une scène en particulier est terrifiante, Neil Armstrong est littéralement absorbé par son envie d’infini, de découverte, au point de dire au revoir à ses enfants, en 1969, sous forme d’interview ! (…) Entre drame intime et conquête spatiale, le dernier opus de Damien Chazelle est aussi un véritable documentaire sur ces moments exceptionnels.  (…) Si le scénario fait l’impasse sur le fanion américain hardiment planté sur le sol lunaire, il ne fait pas l’économie des problèmes liés aux dépenses titanesques de la recherche spatiale aux USA. Sommes absolument exorbitantes dont le but inavoué était de rattraper le retard sur l’URSS dans ce domaine… Actu.fr
What do words cost? In contemporary Hollywood, quite a bit, apparently. If you believe those who say First Man was hurt by Ryan Gosling’s ‘globalist’ defense of director Damien Chazelle’s decision not to depict astronaut Neil Armstrong’s planting of an American flag on the moon—and the Internet is crawling with those who make that claim—then Gosling’s explanation cost up to $45,000 a word this weekend. First Man, from Universal and DreamWorks among others, opened to about $16.5 million in ticket sales at the domestic box office. That’s $4.5 million short of expectations that were pegged at around $21 million. At the Venice Film Festival in late August, Gosling, who is Canadian, spoke about 100 words in defending the flag-planting omission. “I don’t think that Neil viewed himself as an American hero,” he said:  “From my interviews with his family and people that knew him, it was quite the opposite. And we wanted the film to reflect Neil. If the ensuing controversy really suppressed ticket sales—and who can know whether sharper-than-expected competition from Venom and A Star Is Born was perhaps a bigger factor?—the $45,000-per-word price tag is just a down payment. Under-performance by First Man of, say, $50 million over the long haul would raise the per-word price to a breathtaking $500,000. Such is the terror of entertainment in the age of digital rage and partisanship. The simplest moment of candor at a routine promotional appearance can suddenly become a show-killer. The real math, of course, is mysterious. To what extent a slip of the tongue or an interesting thought helped or hindered a film or television show will never be clear. But, increasingly, the stray word seems to be taking a toll on vastly expensive properties that have been years, or even decades, in the making. Michael Cieply
Movies about space exploration have tended to be pretty strong box-office performers lately, whether they’re films based on events that did happen, films based on events that didn’t happen or films based on events that will one day happen if only we could get Matt Damon enough potatoes. So it’s been a surprise to see “First Man,” the Neil Armstrong drama starring Ryan Gosling and Claire Foy and directed by “La La Land” filmmaker Damien Chazelle, do as poorly as it has. The film took in just $16 million last week in its first weekend of release, despite showing on nearly 4,000 screens. (…) It didn’t do much better on its second weekend — barely $8 million in receipts and bested by four other releases. Absent a major awards run, the film seems poised to become a disappointment for its studio, Universal, not to mention its star and its previously red-hot director. (…) “First Man,” about one of the great unifying American achievements of the 20th century and the internal conflict of the man who risked hi s life to achieve it, was humming along, seemingly set for a nice theatrical run after its premieres at the upscale Venice and Toronto film festivals in the late summer. That’s when several outlets, including Business Insider, pointed out the absence of an iconic moment in the moon-landing saga, with Armstrong not shown planting the American flag on the lunar surface. Gosling himself, a Canadian, poured some unintentional gasoline on the flame when he told reporters that “I don’t think he saw himself as an American hero,” referring to Armstrong. (…) This in turn set off political leaders, particularly Sen. Marco Rubio (R-Fla.). (…) The Rubio criticism was echoed by a number of public figures, including fellow Armstrong moonwalker Buzz Aldrin, who tweeted photos many saw as a pointed response to the omission. (…) By the time it was over, the film had become as divisive as the lunar-landing itself was unifying. Some Hollywood pundits certainly thought so. In a post on the trade site Deadline, Michael Cieply asked, “What Do Words Cost? For ‘First Man,’ Perhaps, Quite A Lot,” and broke down the box-office underperformance by the word count in Gosling’s interview. Meanwhile, the Hollywood Reporter columnist Scott Feinberg advanced the theory even more directly. “FIRST MAN got Swiftboated,” he posted on Twitter, referring to the politically motivated set of attacks during the 2004 presidential election about John Kerry’s Vietnam War record. “I genuinely believe its box-office performance was undercut by the BS about the planting of the American flag.” He makes a potent case, given the decibel level of the controversy and the fact that “First Man” contains subject matter that might be expected to play strongly in red states. (…) One inference they both might have pointed out, and even agreed on: In times so divided, making a movie about unity could be the most politicizing act of all. Steven Zeitchik
The First Man true story reveals that unlike many astronauts, Neil Armstrong was not the hotshot type, nor was he a fame-seeker. He was a man of few words who was driven to accomplish something no other human being had done. Up to his death, he largely remained a bit of an enigma. (…) The movie is based on author James R. Hansen’s New York Times bestselling biography First Man: The Life of Neil A. Armstrong. First published in 2005, the book is the only official biography of Armstrong. (…) Film rights to the book were sold in 2003, prior to its publication, but a Neil Armstrong movie took years to get off the ground. Initially, Clint Eastwood had been attached to direct. (…) As we explored the First Man true story, we quickly discovered that there are no good photos of Neil Armstrong on the Moon. (…) The reason for the lack of photos of Armstrong on the lunar surface is because most of the time it was Armstrong who was carrying the camera. (…) Aldrin (…) felt horrible that there were so few photos of Armstrong but there was too much going on at the time to realize it. The most iconic shot of an astronaut on the Moon is of Buzz Aldrin standing and posing for the camera. If you look closely at that photo, you can actually see Armstrong taking the picture in the visor’s reflection. (…) We do know that he took with him remnants of fabric and the propeller from the Wright Brothers plane in which they took the first powered flight in 1903. (…) Armstrong’s Moon walk lasted 2 and 3/4 hours, even though it feels much shorter in the movie. Astronauts on the five subsequent NASA missions that landed men on the Moon were given progressively longer periods of time to explore the lunar surface, with Apollo 17 astronauts spending 22 hours on EVA (Extravehicular Activity). The reason Armstrong and Buzz Aldrin didn’t get to spend more time outside the Lunar Module is that there were uncertainties as to how well the spacesuits would hold up to the extremely high temperatures on the lunar surface. History vs. Hollywood
When Neil Armstrong and Buzz Aldrin planted the American flag on the moon in 1969, it marked one of the proudest moments in US history. But a new film about Armstrong has chosen to leave out this most patriotic of scenes, arguing that the giant leap for mankind should not be seen as an example of American greatness. The film, First Man, was unveiled at the Venice Film Festival yesterday, where the absence of the stars and stripes was noted by critics. Its star, Ryan Gosling, was asked if the film was a deliberately un-American take on the moon landing. He replied that Armstrong’s accomplishment « transcended countries and borders ». (…)The planting of the flag was controversial in 1969. There was disagreement over whether a US or United Nations flag should be used. Armstrong said later: « In the end it was decided by Congress that this was a United States project. We were not going to make any territorial claim, but we were to let people know that we were here and put up a US flag. My job was to get the flag there. » The Telegraph
On Thursday evening, Ryan Gosling made international news when he justified the fact that the new Damien Chazelle biopic of Neil Armstrong will skip the whole planting the American flag on the moon thing. Gosling, a Canadian, explained, “I think this was widely regarded in the end as a human achievement [and] that’s how we chose to view it.” Now, the real reason that the film won’t include the planting of the American flag is that the distributors obviously fear that Chinese censors will be angry, and that foreign audiences will scorn the film. But it’s telling that the Left seems to attribute every universal sin to America, and every specific victory to humanity as a whole. Slavery: uniquely American. Racism: uniquely American. Sexism: uniquely American. Homophobia: uniquely American. Putting a man on the moon: an achievement of humanity. All of this is in keeping with a general perspective that sees America as a nefarious force in the world. This is Howard Zinn’s A People’s History of the United States view: that America’s birth represented the creation of a terrible totalitarian regime, but that Maoist China is the “closest thing, in the long history of that ancient country, to a people’s government, independent of outside control”; that Castro’s Cuba had “no bloody record of suppression,” but that the U.S. responded to the “horrors perpetrated by the terrorists against innocent people in New York by killing other innocent people in Afghanistan.” In reality, however, America remains the single greatest force for human freedom and progress in the history of the world. And landing a man on the moon was part of that uniquely American legacy. President John F. Kennedy announced his mission to go to the moon in 1961; in 1962, he gave a famous speech at Rice University in which he announced the purpose of the moon landing (…) The moon landing was always nationalist. It was nationalism in service of humanity. But that’s been America’s role in the world for generations. Removing the American flag from an American mission demonstrates the anti-American animus of Hollywood, if we’re to take their values-laden protestations seriously. Ben Shapiro
When the prime minister says Canada is the world’s “first postnational state,” I believe he’s saying this is a place where respect for minorities trumps any one group’s way of doing things. (…) The New York Times writer who obtained this quote said Trudeau’s belief Canada has no core identity is his “most radical” political position. It seems especially so combined with criticism Trudeau is a lightweight on national security and sovereignty. Not too many Canadians, however, seem disturbed by Trudeau talking about us as a “postnational state.” Maybe they just write it off as political bafflegab. But of all the countries in the world, Canada, with its high proportion of immigrants and official policy of multiculturalism, may also be one of the few places where politicians and academics treat virtually all forms of nationalism with deep suspicion. Of course, no one defends nationalism in its rigid or extreme forms. Ultranationalism has been blamed for us-against-them belligerence throughout the 20th century, which led to terrible military aggressions out of Germany, Japan, the former Yugoslavia, China and many regions of Africa. But would it be wise to let nationalism die? What if our sense of a national identity actually was eradicated? What if borders were erased and the entire world became “transnational?” We sometimes seem to be heading that way, with the rise of the European Union, the United Nations and especially transnational deals such as the North American Free Trade Agreement and the looming Trans-Pacific Partnership. The aim of these transnational business agreements is to override the rules, customs and sovereignty of individual nations and allow the virtually unrestricted flow of global migrants and money. Such transnational agreements benefit some, especially the “cosmopolitan” elites and worldwide corporations. But the results for others are often not pretty. (…) Trudeau contradicts himself, or is at least being naive, when he argues Canada is a postnational state. On one hand Trudeau claims Canada has no “core identity.” On the other hand he says the Canadian identity is quite coherent – we all share the values of “openness, respect, compassion, willingness to work hard, to be there for each other, to search for equality and justice. » Can it be both ways? Most Canadians don’t think so. Regardless of what Trudeau told the New York Times, a recent Angus Reid Institute poll confirmed what many Canadians judge to be common sense: 75 per cent of residents believe there is a “unique Canadian culture.” I wish some of that common sense about nationalism was being brought to the housing affordability crisis in Vancouver and Toronto. (…) As a result many average Canadians who are desperate to make a home and livelihood in Metro Vancouver can’t come close to affording to live here. It’s the kind of thing that can happen when too many politicians believe we’re living in the world’s first “postnational state.” Douglas Todd
Dans le cas de Christophe Guilluy, traité par le géographe, Jacques Lévy, invité le 9 octobre des Matins de Guillaume Erner sur France Culture, d’ « idéologue géographe du Rassemblement national », ce sont vingt-et-un géographes, historiens, sociologues, politistes, membres de la rédaction de la revue Métropolitiques, qui se sont chargés de l’exécution pour la partie scientifique, quand Thibaut Sardier, journaliste à Libération se chargeait du reste consistant, pour l’essentiel, à trouver une cohérence à des potins glanés auprès de personnes ayant côtoyé Christophe Guilluy ou ayant un avis sur lui. La tribune des vingt-et-un s’intitule « Inégalités territoriales : parlons-en ! » On est tenté d’ajouter : « Oui, mais entre nous ! ». On se demande si les signataires ont lu le livre qu’ils attaquent, tant la critique sur le fond est générale et superficielle. Ils lui reprochent d’abord le succès de sa France périphérique qui a trouvé trop d’échos, à leur goût, dans la presse, mais aussi auprès des politiques, de gauche comme de droite. Pour le collectif de Métropolitiques, Christophe Guilluy est un démagogue et un prophète de malheur qui, lorsqu’il publie des cartes et des statistiques, use « d’oripeaux scientifiques » pour asséner des « arguments tronqués ou erronés », « fausses vérités » qui ont des « effets performatifs ». Christophe Guilluy aurait donc fait naître ce qu’il décrit, alimentant ainsi « des visions anxiogènes de la France ». Ce collectif se plaint de l’écho donné par la presse aux livres de Christophe Guilluy qui soutient des « théories nocives », alors que ses membres si vertueux, si modestes, si rigoureux et si honnêtes intellectuellement sont si peu entendus et que « le temps presse ». Le même collectif aurait, d’après Thibaut Sardier, déclaré que l’heure n’était plus aux attaques ad hominem ! On croit rêver. Thibaut Sardier, pour la rubrique « potins », présente Christophe Guilluy comme un « consultant et essayiste […], géographe de formation [qui] a la réputation de refuser les débats avec des universitaires ou les interviews dans certains journaux, comme Libé ». L’expression « géographe de formation » revient dans le texte pour indiquer au lecteur qu’il aurait tort de considérer Christophe Guilluy comme un professionnel de la géographie au même titre que ceux qui figurent dans le collectif, qualifiés de chercheurs, ou que Jacques Lévy. Je cite : « Le texte de Métropolitiques fait écho aux relations houleuses entre l’essayiste, géographe de formation, et les chercheurs. » Si l’on en croit Thibaut Sardier, Christophe Guilluy aurait le temps d’avoir des relations avec LES chercheurs en général. Le même Thibaut Sardier donne à Jacques Lévy, le vrai géographe, l’occasion de préciser sa pensée : « Je ne veux pas dire qu’il serait mandaté par le RN. Mais sa vision de la France et de la société correspond à celle de l’électorat du parti. » Le journaliste a tendance à lui donner raison. La preuve : « La place qu’il accorde à la question identitaire et aux travaux de Michèle Tribalat, cités à droite pour défendre l’idée d’un ‘grand remplacement’ plaide en ce sens. » Thibaut Sardier se fiche pas mal de ce que j’ai pu effectivement écrire – il n’a probablement jamais lu aucun de mes articles ou de mes livres – tout en incitant incidemment le lecteur à l’imiter, compte tenu du danger qu’il encourrait s’il le faisait. Ce qui compte, c’est que je sois lue et citée par les mauvaises personnes. Ne pas croire non plus à l’affiliation à gauche de Christophe Guilluy. Le vrai géographe en témoigne : « On ne peut être progressiste si on ne reconnaît pas le fait urbain et la disparition des sociétés rurales. » Voilà donc des propos contestant l’identité politique que Christophe Guilluy pourrait se donner pour lui en attribuer une autre, de leur choix, et qui justifie son excommunication, à une époque où il est devenu pourtant problématique d’appeler Monsieur une personne portant une moustache et ayant l’air d’être un homme ! Et l’on reproche à Christophe Guilluy de ne pas vouloir débattre avec ceux qui l’écrasent de leur mépris, dans un article titré, c’est un comble, « Peut-on débattre avec Christophe Guilluy ? » Mais débattre suppose que l’on considère celui auquel on va parler comme son égal et non comme une sorte d’indigent intellectuel que l’on est obligé de prendre en compte, de mauvais gré, simplement parce que ses idées ont du succès et qu’il faut bien combattre les théories nocives qu’il développe. Michèle Tribalat
Étant donné l’état de fragilisation sociale de la classe moyenne majoritaire française, tout est possible. Sur les plans géographique, culturel et social, il existe bien des points communs entre les situations françaises et américaines, à commencer par le déclassement de la classe moyenne. C’est « l’Amérique périphérique » qui a voté Trump, celle des territoires désindustrialisés et ruraux qui est aussi celle des ouvriers, employés, travailleurs indépendants ou paysans. Ceux qui étaient hier au cœur de la machine économique en sont aujourd’hui bannis. Le parallèle avec la situation américaine existe aussi sur le plan culturel, nous avons adopté un modèle économique mondialisé. Fort logiquement, nous devons affronter les conséquences de ce modèle économique mondialisé : l’ouvrier – hier à gauche –, le paysan – hier à droite –, l’employé – à gauche et à droite – ont aujourd’hui une perception commune des effets de la mondialisation et rompent avec ceux qui n’ont pas su les protéger. La France est en train de devenir une société américaine, il n’y a aucune raison pour que l’on échappe aux effets indésirables du modèle. (…) Dans l’ensemble des pays développés, le modèle mondialisé produit la même contestation. Elle émane des mêmes territoires (Amérique périphérique, France périphérique, Angleterre périphérique… ) et de catégories qui constituaient hier la classe moyenne, largement perdue de vue par le monde d’en haut. (…) la perception que des catégories dominantes – journalistes en tête – ont des classes populaires se réduit à leur champ de vision immédiat. Je m’explique : ce qui reste aujourd’hui de classes populaires dans les grandes métropoles sont les classes populaires immigrées qui vivent dans les banlieues c’est-à-dire les minorités : en France elles sont issues de l’immigration maghrébine et africaine, aux États-Unis plutôt blacks et latinos. Les classes supérieures, qui sont les seules à pouvoir vivre au cœur des grandes métropoles, là où se concentrent aussi les minorités, n’ont comme perception du pauvre que ces quartiers ethnicisés, les ghettos et banlieues… Tout le reste a disparu des représentations. Aujourd’hui, 59 % des ménages pauvres, 60 % des chômeurs et 66 % des classes populaires vivent dans la « France périphérique », celle des petites villes, des villes moyennes et des espaces ruraux. (…) Faire passer les classes moyennes et populaires pour « réactionnaires », « fascisées », « pétinisées » est très pratique. Cela permet d’éviter de se poser des questions cruciales. Lorsque l’on diagnostique quelqu’un comme fasciste, la priorité devient de le rééduquer, pas de s’interroger sur l’organisation économique du territoire où il vit. L’antifascisme est une arme de classe. Pasolini expliquait déjà dans ses Écrits corsaires que depuis que la gauche a adopté l’économie de marché, il ne lui reste qu’une chose à faire pour garder sa posture de gauche : lutter contre un fascisme qui n’existe pas. C’est exactement ce qui est en train de se passer. (…) Il y a un mépris de classe presque inconscient véhiculé par les médias, le cinéma, les politiques, c’est énorme. On l’a vu pour l’élection de Trump comme pour le Brexit, seule une opinion est présentée comme bonne ou souhaitable. On disait que gagner une élection sans relais politique ou médiatique était impossible, Trump nous a prouvé qu’au contraire, c’était faux. Ce qui compte, c’est la réalité des gens depuis leur point de vue à eux. Nous sommes à un moment très particulier de désaffiliation politique et culturel des classes populaires, c’est vrai dans la France périphérique, mais aussi dans les banlieues où les milieux populaires cherchent à préserver ce qui leur reste : un capital social et culturel protecteur qui permet l’entraide et le lien social. Cette volonté explique les logiques séparatistes au sein même des milieux modestes. Une dynamique, qui n’interdit pas la cohabitation, et qui répond à la volonté de ne pas devenir minoritaire. (…) La bourgeoisie d’aujourd’hui a bien compris qu’il était inutile de s’opposer frontalement au peuple. C’est là qu’intervient le « brouillage de classe », un phénomène, qui permet de ne pas avoir à assumer sa position. Entretenue du bobo à Steve Jobs, l’idéologie du cool encourage l’ouverture et la diversité, en apparence. Le discours de l’ouverture à l’autre permet de maintenir la bourgeoisie dans une posture de supériorité morale sans remettre en cause sa position de classe (ce qui permet au bobo qui contourne la carte scolaire, et qui a donc la même demande de mise à distance de l’autre que le prolétaire qui vote FN, de condamner le rejet de l’autre). Le discours de bienveillance avec les minorités offre ainsi une caution sociale à la nouvelle bourgeoisie qui n’est en réalité ni diverse ni ouverte : les milieux sociaux qui prônent le plus d’ouverture à l’autre font parallèlement preuve d’un grégarisme social et d’un entre-soi inégalé. (…) Nous, terre des lumières et patrie des droits de l’homme, avons choisi le modèle libéral mondialisé sans ses effets sociétaux : multiculturalisme et renforcement des communautarismes. Or, en la matière, nous n’avons pas fait mieux que les autres pays. (…) Le FN n’est pas le bon indicateur, les gens n’attendent pas les discours politiques ou les analyses d’en haut pour se déterminer. Les classes populaires font un diagnostic des effets de plusieurs décennies d’adaptation aux normes de l’économie mondiale et utilisent des candidats ou des référendums, ce fut le cas en 2005, pour l’exprimer. Christophe Guilluy
Les candidats ont compris que la France périphérique existait, c’est pourquoi leurs diagnostics sont assez proches. Mais ils ont la plus grande difficulté à remettre en cause leur modèle économique, aussi ne dépassent-ils pas le stade du constat. Un parti et un discours politiques s’adressent d’abord à un électorat. Or, l’électorat de la France périphérique se trouve ailleurs que dans les grands partis de gouvernement, ce qui complique un peu les choses. François Fillon a compris que son socle électoral libéral-conservateur ne suffisait pas et qu’il devait aussi parler à cette France populaire périphérique. Au PS, certains cadres m’ont contacté pendant la primaire car ils ont compris que quelque chose se jouait dans ces territoires. Mais ces élus lucides sont enfermés dans leur électorat, ce qui n’aide pas ces thématiques à émerger. En réalité, aucune thématique n’a émergé dans la campagne présidentielle. Une fois l’affaire Fillon retombée, le débat portera sur un autre sujet monothématique :  quel niveau le Front national atteindra. Cela permet de ne pas parler de l’essentiel. (…) Le Front national n’est que la fin d’une longue histoire de mise à l’écart de ce qu’on appelait hier la classe moyenne et aujourd’hui les classes populaires. Ces dernières soulèvent des problèmes aussi essentiels que le choix du modèle économique mondialisé, le multiculturalisme, les flux migratoires. Passer son temps à se demander si Marine Le Pen peut atteindre 30%, 35%, 45% voire être élue permet de faire l’impasse sur le fond. Si rien n’est fait, Marine Le Pen ou un autre candidat contestant le modèle dominant sous une autre étiquette gagnera en 2022, si ce n’est en 2017. On est à un moment de basculement. Il suffit de prolonger les courbes et les dynamiques en cours pour comprendre que si cela ne se fait pas maintenant, cela arrivera plus tard. De deux choses l’une : soit on décide de se rendre sur ces territoires délaissés et de prendre au sérieux le diagnostic des habitants, soit on reste dans une logique de citadelle qui consiste à serrer les fesses pour préserver l’essentiel et essayer de passer encore un tour. (…) Rien ne sert de s’alarmer sans comprendre les causes des phénomènes qu’on combat. Le FN n’est qu’un indicateur. De la même manière, après le Brexit et l’élection de Trump, le monde d’en haut a exprimé son angoisse. Mais les racines du Brexit sont à chercher dans le thatchérisme qui a désindustrialisé le Royaume-Uni. Et les racines de la victoire de Trump se trouvent dans les années 1980 et 1990, époque de dérégulation et de financiarisation de l’économie sous Reagan et Clinton. Sur le temps long, l’émergence du Front national correspond bien sûr à l’installation d’une immigration de masse mais aussi à la désindustrialisation de la France engagée à la fin des années 1970. (…) C’est systémique. Jusqu’à une certaine mesure, la diabolisation du FN marche. Car si on prend une à une les grandes thématiques qui structurent l’électorat, comme le rapport à la mondialisation, le capitalisme mondialisé, la financiarisation, l’immigration (70% des Français considèrent qu’il faut arrêter les flux migratoires !), on obtient des majorités écrasantes en faveur du discours du FN. Et pourtant le Front national ne rassemble qu’une minorité d’électeurs. Cela veut bien dire que la diabolisation fonctionne, quoique de plus en plus mal. Si le système en place parvient à faire élire un Macron, il préservera l’essentiel mais en sortira fragilisé : certains sondages donnent Marine Le Pen à 40% voire 45% au second tour, ce qui est considérable par rapport aux 18% de Jean-Marie Le Pen en 2002. La dynamique est de ce côté-là. De ce point de vue, la grande différence entre Marine Le Pen et Donald Trump c’est que celui-ci avait la puissance du Parti républicain derrière lui, ce dont ne dispose pas la présidente du FN. (…) N’oublions pas que la France d’en haut agglomère beaucoup de monde, toutes les catégories qui veulent sauver le statu quo ou l’accentuer, autant dire les privilégiés et les bénéficiaires du système économique en place. Ce qui est intéressant chez Macron, c’est qu’il se définit comme un candidat ni de gauche ni de droite. Il arrive d’en haut et en cas de duel avec Marine Le Pen au second tour, on verra un clivage chimiquement pur : le haut contre le bas, les métropoles mondialisées contre la France périphérique, etc. Même si ces sujets-là ne seront à mon avis pas abordés si on a droit à une quinzaine antifasciste entre les deux tours. On voit bien que le clivage droite-gauche est cassé. Mais l’amusant, c’est qu’au moment où ce clivage ne marche plus, on organise des primaires de gauche et de droite dont les vainqueurs (Hamon et Fillon) sont d’ailleurs aujourd’hui dans l’impasse ! (…) J’avais rencontré Emmanuel Macron et lui avais montré mes cartes. Dans son livre Révolution, il cite d’ailleurs La France périphérique plusieurs fois. C’est quelqu’un d’intelligent qui valide mon diagnostic sans bouger de son système idéologique. Selon la bonne vieille logique des systèmes, quand le communisme ne marche plus, il faut plus de communisme, quand le modèle mondialisé ne fait pas société, quand la métropolisation ne marche pas, il faut encore plus de mondialisation et de métropolisation ! Le bateau ne change pas de direction mais tangue sérieusement (…) Pour le moment, personne n’offre de véritable modèle alternatif. C’est toute la difficulté. Quand je me balade en France, j’entends des élus qui ont des projets de développement locaux mais tout cela est très dispersé et ne fait pas un projet à l’échelle du pays. D’autant que ces élus et ces territoires détiennent de moins en moins de pouvoir politique. A l’image de la Clause Molière contre le travail détaché, c’est par petites touches que le système sera grignoté. Mais n’oublions pas que les élus locaux ne pèsent absolument rien ! Les départements n’ont par exemple plus aucune compétence économique, ce qui fait que la France périphérique a perdu non seulement sa visibilité culturelle mais aussi son pouvoir politique. Changer les choses exige une certaine mobilité intellectuelle car il ne s’agira pas de gommer du jour au lendemain le modèle économique tel qu’il est. On ne va pas supprimer les métropoles et se priver des deux tiers du PIB français ! Dans l’état actuel des choses, l’économie française se passe de la France périphérique, crée suffisamment de richesses et fait un peu de redistribution. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si l’idée du revenu universel arrive aujourd’hui sur le devant de la scène avec Benoît Hamon. (…) La question centrale demeure : comment donner du travail à ces millions de Français ? Comment faire société avec cette France rurale et péri-urbaine ? Le revenu universel valide la mise à l’écart de la classe moyenne paupérisée dans les pays développés. A partir de là, reste à gérer politiquement la question pour éviter les révoltes et autres basculements politiques violents. Dans l’esprit des gagnants de la mondialisation, cela risque de se faire à l’ancienne, avec beaucoup de redistribution, des cotations, voire un revenu universel. Mais ils oublient un petit détail : ce gros bloc constitue potentiellement une majorité de Français !  En réalité, les tenants du système n’ont aucun projet pour le développement économique de ces territoires, si ce n’est de prétendre que la prospérité des métropoles arrivera par ruissellement jusqu’aux zones rurales et que le numérique nous fera nous en sortir. Ils ne perçoivent absolument pas la dynamique de désaffiliation politique et culturelle qui s’approfondit dans ces territoires. Ce n’est pas socialement  ni politiquement durable. Si la France d’en haut ne fixe pas comme priorité le sauvetage des classes populaires, le système est condamné. Les métropoles sont devenues les citadelles intellectuelles du monde d’en haut (…) Le FN, qui est le parti de la sortie de la classe moyenne, a capté les catégories délaissées les unes après les autres. D’abord les ouvriers, premiers touchés par la mondialisation, puis les employés, les paysans et maintenant la petite fonction publique. En face, le monde hyper-intégré se réduit comme peau de chagrin. Christophe Guilluy
Ce qui est intéressant, c’est que les deux candidats sont ceux qui se positionnent en dehors du clivage gauche-droite. Ceux qui ont été identifiés à droite et à gauche, issus des primaires, ne sont pas au second tour. La structure n’est plus le clivage gauche / droite. Le clivage qui émerge est lié complètement au temps long, c’est-à-dire à l’adaptation de l’économie française à l’économie monde. Dès 1992, avec Maastricht, ce clivage était apparu, avec la contestation d’un modèle mondialisé. Si on veut remonter plus loin, les causes sont à chercher dans le virage libéral, qui est le basculement des sociétés occidentales dans le néolibéralisme. C’est une logique ou les sociétés vont se désindustrialiser au profit de la Chine ou de l’Inde par exemple. Cela est aussi vrai avec Donald Trump ou le Brexit, qui nait de la financiarisation de l’économie américaine sous Clinton et du thatchérisme. Ce sont des dynamiques de temps long qui vont avoir un impact d’abord sur les catégories qui sont concernées par ce grand plan social de l’histoire : celui des classes moyennes. Tout cela se fait au rythme de la sortie de la classe moyenne. Logiquement, ce sont d’abord les ouvriers, qui subissent ce processus de désaffiliation politique et culturelle, qui sont les premiers à grossir le nombre des abstentionnistes et à rejoindre les mouvements populistes. Puis, ce sont les employés, les agriculteurs, qui suivent ce mouvement. La désaffiliation aux appartenances s’accentue. Les ouvriers qui votaient à gauche se retrouvent dans l’abstention ou dans le vote Front national, c’est également le cas aujourd’hui du monde rural qui votait à droite. Ce que l’on constate, c’est que l’effet majeur de la disparition des classes moyennes est de mettre hors-jeu les partis traditionnels. Parce que le Parti socialiste ou Les Républicains ont été conçus pour et par la classe moyenne. Or, ces partis continuent de s’adresser à une classe moyenne qui n’existe plus, qui est mythique. Il ne reste plus que les retraités, cela a d’ailleurs été le problème de François Fillon, qui a perdu par son incapacité à capter le vote de la France périphérique, ces gens qui sont au front de la mondialisation. Il ne capte que ceux qui sont protégés de la mondialisation ; les retraités. C’est le même constat à gauche, dont le socle électoral reste la fonction publique, qui est aussi plus ou moins protégée de la mondialisation. Nous parlons d’électorats qui se réduisent d’année en année, ce n’est donc pas un hasard que les partis qui s’adressent à eux ne parviennent plus à franchir le premier tour. C’est aussi ce qui passe en Europe, ou aux États Unis. Les territoires populistes sont toujours les mêmes, l’Amérique périphérique, l’Europe périphérique. Ce sont toujours ces territoires où l’on créé le moins d’emplois qui produisent ces résultats : les petites villes, les villes moyennes désindustrialisées et les zones rurales. La difficulté est intellectuelle pour ce monde d’en haut ; les politiques, les journalistes, les universitaires etc… Il faut penser deux choses à la fois. Objectivement, nous avons une économie qui créée de la richesse, mais ce modèle fonctionne sur un marché de l’emploi très polarisé, et qui intègre de moins en moins et créé toujours plus d’inégalités sociales et territoriales C’est ce qui a fait exploser ce clivage droite gauche qui était parfait, aussi longtemps que 2 Français sur 3 faisaient partie de la classe moyenne. Si on n’intègre pas les gens économiquement, ils se désaffilient politiquement. (…) C’est son modèle inversé. Emmanuel Macron comme Marine Le Pen ont fait le constat que cela ne se jouait plus autour du clivage gauche / droite. Ils ont pris en compte la polarisation de l’économie, entre un haut et un bas, et sans classes moyennes. Dans ce sens-là, l’un est la réponse de l’autre. (…) Géographiquement, c’est l’opposition entre la France des métropoles et la France périphérique qui structure le match Emmanuel Macron/ Marine Le Pen. On a déjà pu voir quelques cartes sur l’opposition est ouest, mais ce clivage est ancien, hérité, il ne dit rien des dynamiques en cours. Lorsque j’étais étudiant ces cartes est ouest existaient déjà, elles expriment l’héritage de l’industrie, et donc de la désindustrialisation. C’est là où il y a le plus de chômage, de pauvreté, d’ouvriers, et le plus de gens qui votent FN. Ce qui est intéressant, c’est de voir les dynamiques. C’est en zoomant à partir des territoires qui créent le plus d’emplois et ceux qui en créent le moins. Par exemple, en Bretagne, ou Marine Le Pen fait 6% à Rennes, et 20% dans les zones rurales. C’est toujours un distinguo entre les dynamiques économiques. Aujourd’hui les classes populaires ne vivent plus aux endroits où se créent les emplois et la richesse. Le marché de l’immobilier s’est chargé, non pas dans une logique de complot, évidemment, mais dans une simple logique de marché, de chasser les catégories dont le marché de l’emploi n’avait pas besoin. Ces gens se trouvent déportés vers les territoires où il ne se passe rien. Or, les élites n’ont de cesse de parier sur la métropolisation, il est donc nécessaire que s’opère une révolution intellectuelle. Il serait peut-être temps de penser aux gens qui ne bénéficient pas de ces dynamiques, si on ne veut pas finir avec un parti populiste en 2022. (…) Tout le bas ne peut pas être représenté que par le Front national. Il faut que les partis aillent sur ces thématiques. Il y a toujours eu un haut et un bas, et des inégalités, la question est qu’il faut que le haut soit exemplaire pour le bas, et qu’il puisse se connecter avec le bas. Il faut que le « haut » intègre les problématiques du « bas » de façon sincère. C’est exactement ce qui s’était passé avec le parti communiste, qui était composé d’une base ouvrière, mais aussi avec des intellectuels, des gens qui parlaient « au nom de ». Aujourd’hui c’est la grande différence, il n’y a pas de haut qui est exemplaire pour le bas. La conséquence se lit dans le processus de désaffiliation et de défiance des milieux populaires dans la France périphérique mais aussi en banlieues. Plus personne n’y croit et c’est cela l’immense problème de la classe politique, des journalistes etc. et plus généralement de la France d’en haut. Ces gens-là considèrent que le diagnostic des gens d’en bas n’est pas légitime. Ce qui est appelé « populisme ». Et cela est hyper fort dans les milieux académiques, et cela pèse énormément. On ne prend pas au sérieux ce que disent les gens. Et là, toute la machinerie se met en place. Parce que l’aveuglement face aux revendications des classes populaires se double d’une volonté de se protéger en ostracisant ces mêmes classes populaires. La posture de supériorité morale de la France d’en haut permet en réalité de disqualifier tout diagnostic social. La nouvelle bourgeoisie protège ainsi efficacement son modèle grâce à la posture antifasciste et antiraciste. L’antifascisme est devenu une arme de classe, car elle permet de dire que ce racontent les gens n’est de toute façon pas légitime puisque fasciste, puisque raciste. La bien-pensance est vraiment devenue une arme de classe. Notons à ce titre que dans les milieux populaires, dans la vie réelle les gens, quels que soient leurs origines ne se parlent pas de fascisme ou d’antifascistes, ça, ce n’est qu’un truc de la bourgeoisie. Dans la vie, les gens savent que tout est compliqué, et les gens sont en réalité d’une hyper subtilité et cherchent depuis des décennies à préserver leur capital social et culturel sans recourir à la violence. Le niveau de violence raciste en France reste très bas par rapport à la situation aux États Unis ou au Royaume Uni. Cette posture antifasciste, à la fin, c’est un assèchement complet de la pensée. Plus personne ne pense la question sociale, la question des flux migratoires, la question de l’insécurité culturelle, celle du modèle économique et territorial. Mais le haut ne pourra se régénérer et survivre que s’il parvient à parler et à se connecter avec le bas. Ce que j’espère, c’est que ce clivage Macron Le Pen, plutôt que de se régler par la violence, se règle par la politique. Cela implique que les partis intègrent toutes ces questions ; mondialisation, protectionnisme, identité, migrations etc… On ne peut pas traiter ces questions derrière le masque du fascisme ou de l’antifascisme. Christophe Guilluy
La Corse est un territoire assez emblématique de la France périphérique. Son organisation économique est caractéristique de cette France-là. Il n’y a pas de grande métropole mondialisée sur l’île, mais uniquement des villes moyennes ou petites et des zones rurales. Le dynamisme économique est donc très faible, mis à part dans le tourisme ou le BTP, qui sont des industries dépendantes de l’extérieur. Cela se traduit par une importante insécurité sociale : précarité, taux de pauvreté gigantesque, chômage des jeunes, surreprésentation des retraités modestes. L’insécurité culturelle est également très forte. Avant de tomber dans le préjugé qui voudrait que « les Corses soient racistes », il convient de dire qu’il s’agit d’une des régions (avec la PACA et après l’Ile-de-France) où le taux de population immigrée est le plus élevé. Il ne faut pas l’oublier. La sensibilité des Corses à la question identitaire est liée à leur histoire et leur culture, mais aussi à des fondamentaux démographiques. D’un côté, un hiver démographique, c’est-à-dire un taux de natalité des autochtones très bas, et, de l’autre, une poussée de l’immigration notamment maghrébine depuis trente ans conjuguée à une natalité plus forte des nouveaux arrivants. Cette instabilité démographique est le principal générateur de l’insécurité culturelle sur l’île. La question qui obsède les Corses aujourd’hui est la question qui hante toute la France périphérique et toutes les classes moyennes et populaires occidentales au XXIe siècle : « Vais-je devenir minoritaire dans mon île, mon village, mon quartier ? » C’est à la lumière de cette angoisse existentielle qu’il faut comprendre l’affaire du burkini sur la plage de Sisco, en juillet 2016, ou encore les tensions dans le quartier des Jardins de l’Empereur, à Ajaccio, en décembre 2015. C’est aussi à l’aune de cette interrogation qu’il faut évaluer le vote « populiste » lors de la présidentielle ou nationaliste aujourd’hui. En Corse, il y a encore une culture très forte et des solidarités profondes. À travers ce vote, les Corses disent : « Nous allons préserver ce que nous sommes. » Il faut ajouter à cela l’achat par les continentaux de résidences secondaires qui participe de l’insécurité économique en faisant augmenter les prix de l’immobilier. Cette question se pose dans de nombreuses zones touristiques en France : littoral atlantique ou méditerranéen, Bretagne, beaux villages du Sud-Est et même dans les DOM-TOM. En Martinique aussi, les jeunes locaux ont de plus en plus de difficultés à se loger à cause de l’arrivée des métropolitains. La question du « jeune prolo » qui ne peut plus vivre là où il est né est fondamentale. Tous les jeunes prolos qui sont nés hier dans les grandes métropoles ont dû se délocaliser. Ils sont les pots cassés du rouleau compresseur de la mondialisation. La violence du marché de l’immobilier est toujours traitée par le petit bout de la lorgnette comme une question comptable. C’est aussi une question existentielle ! En Corse, elle est exacerbée par le contexte insulaire. Cela explique que, lorsqu’ils proposent la corsisation des emplois, les nationalistes font carton plein chez les jeunes. C’est leur préférence nationale à eux. (…) La condition de ce vote, comme de tous les votes populistes, est la réunion de l’insécurité sociale et culturelle. Les électeurs de Fillon, qui se sont majoritairement reportés sur Macron au second tour, étaient sensibles à la question de l’insécurité culturelle, mais étaient épargnés par l’insécurité sociale. À l’inverse, les électeurs de Mélenchon étaient sensibles à la question sociale, mais pas touchés par l’insécurité culturelle. C’est pourquoi le débat sur la ligne que doit tenir le FN, sociale ou identitaire, est stérile. De même, à droite, sur la ligne dite Buisson. L’insécurité culturelle de la bourgeoisie de droite, bien que très forte sur la question de l’islam et de l’immigration, ne débouchera jamais sur un vote « populiste » car cette bourgeoisie estime que sa meilleure protection reste son capital social et patrimonial et ne prendra pas le risque de l’entamer dans une aventure incertaine. Le ressort du vote populiste est double et mêlé. Il est à la fois social et identitaire. De ce point de vue, la Corse est un laboratoire. L’offre politique des nationalistes est pertinente car elle n’est pas seulement identitaire. Elle prend en compte la condition des plus modestes et leur propose des solutions pour rester au pays et y vivre. Au-delà de l’effacement du clivage droite/gauche et d’un rejet du clanisme historique, leur force vient du fait qu’ils représentent une élite et qu’ils prennent en charge cette double insécurité. Cette offre politique n’a jamais existé sur le continent car le FN n’a pas intégré une fraction de l’élite. C’est même tout le contraire. Ce parti n’est jamais parvenu à faire le lien entre l’électorat populaire et le monde intellectuel, médiatique ou économique. Une société, c’est une élite et un peuple, un monde d’en bas et un monde d’en haut, qui prend en charge le bien commun. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le vote nationaliste et/ou populiste arrive à un moment où la classe politique traditionnelle a déserté, aussi bien en Corse que sur le continent. L’erreur de la plupart des observateurs est de présenter Trump comme un outsider. Ce n’est pas vrai. S’il a pu gagner, c’est justement parce qu’il vient de l’élite. C’est un membre de la haute bourgeoisie new-yorkaise. Il fait partie du monde économique, médiatique et culturel depuis toujours, et il avait un pied dans le monde politique depuis des années. Il a gagné car il faisait le lien entre l’Amérique d’en haut et l’Amérique périphérique. Pour sortir de la crise, les sociétés occidentales auront besoin d’élites économiques et politiques qui voudront prendre en charge la double insécurité de ce qu’était hier la classe moyenne. C’est ce qui s’est passé en Angleterre après le Brexit, ce qui s’est passé aux Etats-Unis avec Trump, ce qui se passe en Corse avec les nationalistes. Il y a aujourd’hui, partout dans le monde occidental, un problème de représentation politique. Les électeurs se servent des indépendantismes, comme de Trump ou du Brexit, pour dire autre chose. En Corse, le vote nationaliste ne dit pas l’envie d’être indépendant par rapport à la France. C’est une lecture beaucoup trop simpliste. Si, demain, il y a un référendum, les nationalistes le perdront nettement. D’ailleurs, c’est simple, ils ne le demandent pas. (…) [Avec la Catalogne] Le point commun, c’est l’usure des vieux partis, un système représentatif qui ne l’est plus et l’implosion du clivage droite/gauche. Pour le reste, la Catalogne, c’est l’exact inverse de la Corse. Il ne s’agit pas de prendre en charge le bien commun d’une population fragilisée socialement, mais de renforcer des positions de classes et territoriales dans la mondialisation. La Catalogne n’est pas l’Espagne périphérique, mais tout au contraire une région métropole. Barcelone représente ainsi plus de la moitié de la région catalane. C’est une grande métropole qui absorbe l’essentiel de l’emploi, de l’économie et des richesses. Le vote indépendantiste est cette fois le résultat de la gentrification de toute la région. Les plus modestes sont peu à peu évincés d’un territoire qui s’organise autour d’une société totalement en prise avec les fondamentaux de la bourgeoisie mondialisée. Ce qui porte le nationalisme catalan, c’est l’idéologie libérale libertaire métropolitaine, avec son corollaire : le gauchisme culturel et l’« antifascisme » d’opérette. Dans la rhétorique nationaliste, Madrid est ainsi présentée comme une « capitale franquiste » tandis que Barcelone incarnerait l’« ouverture aux autres ». La jeunesse, moteur du nationalisme catalan, s’identifie à la gauche radicale. Le paradoxe, c’est que nous assistons en réalité à une sécession des riches, qui ont choisi de s’affranchir totalement des solidarités nationales, notamment envers les régions pauvres. C’est la « révolte des élites » de Christopher Lasch appliquée aux territoires. L’indépendance nationale est un prétexte à l’indépendance fiscale. L’indépendantisme, un faux nez pour renforcer une position économique dominante. Dans Le Crépuscule de la France d’en haut (*), j’ironisais sur les Rougon-Macquart déguisés en hipsters. Là, on pourrait parler de Rougon-Macquart déguisés en « natios ». Derrière les nationalistes, il y a les lib-lib. (…) L’exemple de la Catalogne préfigure peut-être, en effet, un futur pas si lointain où le processus de métropolisation conduira à l’avènement de cités-Etats. En face, les défenseurs de la nation apparaîtront comme les défenseurs du bien commun. Aujourd’hui, la seule critique des hyperriches est une posture trop facile qui permet de ne pas voir ce que nous sommes devenus, nous : les intellectuels, les politiques, les journalistes, les acteurs économiques, et on pourrait y ajouter les cadres supérieurs. Nous avons abandonné le bien commun au profit de nos intérêts particuliers. Hormis quelques individus isolés, je ne vois pas quelle fraction du monde d’en haut au sens large aspire aujourd’hui à défendre l’intérêt général. (…) [Pour Macron] Le point le plus intéressant, c’est qu’il s’est dégagé du clivage droite/gauche. La comparaison avec Trump n’est ainsi pas absurde. Tous les deux ont l’avantage d’être désinhibés. Mais il faut aussi tenir à l’esprit que, dans un monde globalisé dominé par la finance et les multinationales, le pouvoir du politique reste très limité. Je crois davantage aux petites révolutions culturelles qu’au grand soir. Trump va nous montrer que le grand retournement ne peut pas se produire du jour au lendemain mais peut se faire par petites touches, par transgressions successives. Trump a amené l’idée de contestation du libre-échange et mis sur la table la question du protectionnisme. Cela n’aura pas d’effets à court terme. Ce n’est pas grave car cela annonce peut-être une mutation à long terme, un changement de paradigme. La question est maintenant de savoir qui viendra après Trump. La disparition de la classe moyenne occidentale, c’est-à-dire de la société elle-même, est l’enjeu fondamental du XXIe siècle, le défi auquel devront répondre ses successeurs. (…) On peut cependant rappeler le mépris de classe qui a entouré le personnage de Johnny, notamment via « Les Guignols de l’info ». Il ne faut pas oublier que ce chanteur, icône absolue de la culture populaire, a été dénigré pendant des décennies par l’intelligentsia, qui voyait en lui une espèce d’abruti, chantant pour des « déplorables », pour reprendre la formule de Hillary Clinton. L’engouement pour Johnny rappelle l’enthousiasme des bobos et de Canal+ pour le ballon rond au moment de la Coupe du monde 1998. Le foot est soudainement devenu hype. Jusque-là, il était vu par eux comme un sport d’ « ouvriers buveurs de bière ». On retrouve le même phénomène aux États-Unis avec le dénigrement de la figure du white trash ou du redneck. Malgré quarante ans d’éreintement de Johnny, les classes populaires ont continué à l’aimer. Le virage à 180 degrés de l’intelligentsia ces derniers jours n’est pas anodin. Il démontre qu’il existe un soft power des classes populaires. L’hommage presque contraint du monde d’en haut à ce chanteur révèle en creux l’importance d’un socle populaire encore majoritaire. C’est aussi un signe supplémentaire de l’effritement de l’hégémonie culturelle de la France d’en haut. Les classes populaires n’écoutent plus les leçons de morale. Pas plus en politique qu’en chanson. Christophe Guilluy
Nous sommes dans un processus de sortie lente – mais dans un processus de sortie quand même – de la classe moyenne de la part des différentes catégories qui la composent, les unes après les autres. C’est ce que j’ai voulu identifier. La notion de classe moyenne est déjà morte mais on utilise encore cette catégorie comme si elle existait encore. Mais en réalité, en parlant des classes moyennes aujourd’hui, on parle des catégories supérieures. Finalement, quand on regarde les élections, toutes les vagues populistes reposent sur deux éléments. D’une part, une sociologie, c’est-à-dire le socle de l’ancienne classe moyenne que sont les catégories populaires, ouvriers, employés, petits paysans, petits indépendants, etc…et on retrouve ces mêmes catégories partout. Et d’autre part des territoires. C’est la géographie des périphéries avec à chaque fois les mêmes logiques quel que soit le pays occidental que l’on considère. (…) Les classes ouvrières britannique et américaine ont été fracassées beaucoup plus rapidement que la classe populaire française. Il y a les effets de l’État providence en France qui sont réels, et qui a fait que nous avons encore des catégories protégées dans notre pays. (…) Emmanuel Macron a fait des scores de dirigeant soviétique dans les grandes métropoles, avec des pourcentages incroyables à Paris, Bordeaux, Toulouse etc…Emmanuel Macron se sauve avec les deux gros bataillons que sont les retraités et les fonctionnaires – la majorité des fonctionnaires ont voté Macron – qui sont les deux catégories qui sont en train d’être tondues par ce président. Nous sommes donc effectivement à la limite d’un système qui se raccroche à des catégories encore protégées mais le vent tourne. (…) Aujourd’hui, 30% des 53-69 ans vivent sous le seuil de pauvreté, nous voyons les choses se transformer en douceur pour des catégories que l’on pensait préservées. Cela est le contexte français, mais en Grande Bretagne par exemple, les retraités ont été fracassés tout de suite et n’ont pas hésité à voter en faveur du Brexit. L’idée que les retraités vont continuer à protéger le système est à mon avis un leurre. C’est la même chose pour les fonctionnaires, les catégories B et C qui s’en prennent plein la figure ne vont pas éternellement protéger un système dont elles ne bénéficient pas. Cela est vraiment intéressant de constater que tout évolue partout mais toujours en fonction des contextes. (…) Les catégories modestes ont été relativement mieux protégées en France qu’elles ne l’ont été aux Etats-Unis ou en Grande Bretagne. On a bien un contexte français très particulier avec une fonction publique très importante etc…c’est là-dessus que nous faisons la différence. Mais une fois encore, cela n’est qu’une question de temps. Et le temps joue effectivement vers la disparition de cette classe moyenne. C’est donc bien la structuration sociale de l’ensemble des pays développés qui est en train de se modifier avec ces 20-30% de gens « en haut » qui vont s’en sortir et une immense classe populaire qui n’est plus dans l’espoir d’une amélioration de ses conditions de vie. (…) ces gens ont vraiment joué le jeu de la mondialisation et de l’Europe. Il n’y a jamais eu d’opposition de principe, ils ont joué le jeu et après 20 ou 30 ans ils font le diagnostic pour eux-mêmes et pour leurs enfants que finalement cela n’a pas marché. Il s’agit simplement d’un constat rationnel de leur part. Ce qui est frappant, c’est que tous les modèles sont affectés, du modèle américain au britannique, au modèle français républicain, jusqu’au modèle scandinave. (…) Mais (…) la disparition de la classe moyenne a commencé par les ouvriers, les paysans, les employés, les professions intermédiaires et demain, ce sera une fraction des catégories supérieures qui sera emportée. On voit déjà que les jeunes diplômés du supérieur n’arrivent plus à s’intégrer. Le processus est enclenché et il va détruire aussi des catégories qui pensent encore être protégées. (…) A partir du moment où la gauche a abandonné la question sociale, elle a abandonné les catégories populaires et c’est la dessus que le divorce s’est réalisé. Ce mouvement s’est accompagné d’une forme d’ostracisation des plus modestes qui était très forte dans certains milieux de gauche, et aujourd’hui la rupture est totale. On a en plus un processus de sécession, que Christopher Lash avait vu très tôt, qui est celle des bourgeoisies, qui s’ajoute au phénomène de citadellisation des élites, qui fait qu’il n’y a pas plus de connexion entre ces catégories. (…) Il faut arrêter le discours du magistère des prétentieux. Cette idée de rééducation du peuple, en lui montrant la voie, n’est pas possible. Une société c’est une majorité de catégories modestes et l’objectif d’une démocratie, c’est de servir prioritairement ces catégories. C’est dans ce sens là qu’il faut aller. Il faut prendre ces gens au sérieux, il faut prendre en compte les diagnostics des classes populaires sur leurs souhaits d’être protégés, ce qui ne veut pas dire être assistés. Ces catégories veulent du travail, elles veulent qu’on les respecte culturellement, et ne pas se faire traiter de « déplorables » ou de sans dents » – ce qui fait partie intégrante du problème identitaire que nous avons aujourd’hui qui est le produit de ces attaques là -. (…) Les gens veulent de la protection, du travail, de la régulation économique mais aussi une régulation des flux migratoires. Je parle ici de tout le monde d’en bas, parce que la demande de régulation des flux migratoires vient de toutes les catégories modestes quelles que soient les origines. Tout le monde veut la même chose alors que lorsque les gens parlent de la question migratoire, on les place sur la question raciale, non. C’est anthropologiquement vrai pour toutes les catégories modestes, et cela est vrai partout. Dans tous les pays, les catégories modestes veulent vivre tranquillement, ce qui ne veut pas dire vivre derrière des murs, mais vivre dans un environnement que l’on connaît avec des valeurs communes. (…) Ce qui est amusant aujourd’hui, c’est qu’il y a une ethnicisation des classes moyennes – on pense blanc – cela montre bien la fin du concept qui était censé être intégrateur pour le plus grand nombre. (…) Les autoritaires ne sont pas ceux que l’on croit. Sauver les démocraties occidentales, c’est faire entendre le plus grand nombre. (…) Soit le monde d’en haut refuse d’entendre la majorité et on basculera dans une forme d’autoritarisme soft, ce qui pourrait faire durer le système un peu plus longtemps, mais avec le risque que cela se termine très mal. Soit  on essaye de faire baisser la tension en disant : « maintenant on essaye d’intégrer économiquement et culturellement le plus grand nombre ». Cette réflexion existe, il n’y a pas encore de parti politique qui représente tout cela, qui fait cette connexion, mais cela est en gestation. Il n’y a pas 50 sorties possibles de cette impasse, il n’y en a qu’une. Inclure les catégories populaires parce qu’elles sont la société elle-même. C’est pour cela que le discours sur les marges a été destructeur. Les ouvriers, les ruraux etc…ce ne sont pas des marges, c’est un tout, et ce tout est la société. Maintenant tout est sur la table, les diagnostics sont faits. Alors il faut se retrousser les manches et aller dans le dur en essayant de réellement inventer quelque chose de plus efficace, et en oubliant ce truc absurde du premier de cordée. Mais là, il faut bien remarquer le problème que nous avons concernant le personnel en place. Ils pensent tous la même chose. Il faut une révolution culturelle du monde d’en haut, ce qui devrait être à la portée des nations occidentales…cela ne coûte pas cher. La question pour eux est donc de protéger ou disparaître. Christophe Guilluy
Les catégories populaires – qui comprennent aussi les petits agriculteurs, ainsi que les jeunes et les retraités issus de ces catégories – n’ont donc nullement disparu. Leur part dans la population française est restée à peu près stable depuis un demi-siècle. La nouveauté, c’est uniquement que «le peuple» est désormais moins visible, car il vit loin des grands centres urbains. Le marché foncier crée les conditions d’accueil des populations dont les métropoles ont besoin. En se désindustrialisant, les grandes villes nécessitent beaucoup moins d’employés et d’ouvriers. Face à la flambée des prix dans le parc privé, les catégories populaires cherchent des logements en dehors des grandes agglomérations. Le problème crucial politique et social de la France, c’est donc que la majeure partie des catégories populaires ne vit plus là où se crée la richesse. Nulle volonté de «chasser les pauvres», pas de complot, simplement la loi du marché. Le projet économique de la France, tourné vers la mondialisation, n’a plus besoin des catégories populaires, en quelque sorte. C’est une situation sans précédent depuis la révolution industrielle. (…)  Dans tous les pays développés, on vérifie le phénomène déjà constaté en France: la majorité des catégories populaires vit désormais à l’écart des territoires les plus dynamiques, ceux qui créent de l’emploi. Ces évolutions dessinent les contours d’une Amérique périphérique et d’une Angleterre périphérique tout autant que d’une France périphérique. De la Rust Belt américaine au Yorkshire britannique, des bassins industriels de l’est de l’Allemagne au Mezzogiorno italien, villes petites et moyennes, régions désindustrialisées et espaces ruraux décrochent. (…)  La dimension sociale et économique du vote populiste se complète par une dynamique culturelle. Les catégories les plus fragiles socialement (celles qui ne peuvent mettre en œuvre des stratégies d’évitements résidentiels et scolaires) sont aujourd’hui les plus sensibles à la question migratoire. Les mêmes demandent à être protégés d’un modèle économique et sociétal qui les fragilise. Dans des sociétés multiculturelles, l’assimilation ne fonctionne plus. L’autre ne devient plus soi, ce qui suscite de l’inquiétude. Le nombre de l’autre importe. Personne n’a envie de devenir minoritaire dans les catégories populaires. En France, l’immobilier social, dernier parc accessible aux catégories populaires des métropoles, s’est spécialisé dans l’accueil des populations immigrées. Les catégories populaires d’origine européenne et qui sont éligibles au parc social s’efforcent d’éviter les quartiers où les HLM sont nombreux. Elles préfèrent consentir des sacrifices pour déménager en grande banlieue, dans les petites villes ou les zones rurales afin d’accéder à la propriété et d’acquérir un pavillon. Dans chacun des grands pays industrialisés, les catégories populaires « autochtones » éprouvent une insécurité culturelle. (…) ce sont bien les territoires populaires les plus éloignés des grandes métropoles qui portent la dynamique populiste. La Rust Belt et les régions désindustrialisées de Grande-Bretagne pèsent respectivement plus dans le vote Trump ou dans le Brexit que New York ou le Grand Londres. Dans les zones périurbaines de Rotterdam, ce sont bien aussi les catégories modestes (qui ne se confondent pas avec les pauvres) qui voient leur statut de référent culturel remis en question par la dynamique migratoire et qui votent pour Geert Wilders. Ainsi, si la situation de l’ouvrier allemand n’est pas celle du paysan français, de l’employé néerlandais ou d’un petit travailleur indépendant italien, il existe un point commun : tous, quel que soit leur niveau de vie, font le constat d’être fragilisés par un modèle économique qui les a relégués socialement et culturellement. (…) On ne s’intègre pas à un modèle ou à un système de valeur mais à une population à qui on désire ressembler. On se marie, on tisse des liens d’amitié, de voisinage avec des gens qui sont proches. Or cette intégration ne se réalise pas dans n’importe quelle catégorie sociale, mais d’abord dans des milieux populaires. Et ce qui a changé depuis les années 1970 et surtout 1980, c’est précisément le changement de statut de ces catégories populaires. Les ouvriers, les employés, les « petites gens » sont désormais perçus en grande partie comme les perdants de la mondialisation. Quel nouveau venu dans un pays peut avoir envie de ressembler à des « autochtones » qui ne sont pas en phase d’ascension sociale et que, de surcroît, leurs propres élites méprisent en raison de l’attachement des intéressés à certaines valeurs traditionnelles ? Souvenons-nous de la phrase de Hillary Clinton présentant les électeurs de Donald Trump comme des « déplorables » pendant la campagne présidentielle de 2016 aux États-Unis. C’est pourquoi, alors que la France, les États-Unis, la Grande-Bretagne ou la Scandinavie se sont construits sur des modèles culturels très différents, tous ces pays connaissent la même dynamique populiste, la même crise sociale et identitaire et le même questionnement sur la pertinence de leurs modèles d’intégration. (…) la rupture entre le haut et le bas (…) nous conduit à un modèle qui ne fait plus société. La disparition de la classe moyenne n’en est qu’une conséquence. Le monde d’en haut refuse d’écouter celui d’en bas qui le lui rend bien notamment en grossissant les camps de l’abstention ou du vote populiste. Cette rupture du lien, y compris conflictuel, entre le haut et le bas, porte en germe l’abandon du bien commun et nous fait basculer dans l’asociété. Trump vient de l’élite américaine, c’est un des points communs qu’il partage avec Macron. Tous les deux se sont affranchis de leur propre camp pour se faire élire : Macron de la gauche, Trump du camp républicain. Ils ont enterré le vieux clivage gauche-droite. Les deux ont compris que nous étions entrés dans le temps de la disparition de la classe moyenne occidentale. L’un et l’autre ont saisi que, pour la première fois dans l’histoire, les classes populaires, celles qui constituaient hier le socle de la classe moyenne, vivent désormais sur les territoires qui créent le moins d’emplois : dans l’Amérique périphérique et dans la France périphérique. Mais la comparaison s’arrête là. Si Trump a été élu par l’Amérique périphérique, Macron a au contrai- re construit sa dynamique électorale à partir des métropoles mondialisées. Si le président français est conscient de la fragilisation sociale de la France périphérique, il pense que la solution passe par une accélération de l’adaptation de l’économie française aux normes de l’économie mondialisée. À l’opposé, le président américain fait le constat des limites d’un modèle qu’il convient de réguler (protectionnisme, remise en cause des traités de libre-échange, volonté de réguler l’immigration, politique de grands travaux) afin de créer de l’emploi sur ces territoires de la désindustrialisation américaine. Il existe un autre point de divergence fondamental, c’est le refus chez Trump d’un argumentaire moral qui sert depuis des décennies à disqualifier les classes populaires. Christophe Guilluy
Les pays de l’OCDE, et plus encore les démocraties occidentales, répondent pleinement au projet que la Dame de fer appelait de ses vœux. Partout, trente ans de mondialisation ont agi comme une concasseuse du pacte social issu de l’après-guerre. La fin de la classe moyenne occidentale est actée. Et pas seulement en France. Les poussées de populisme aux Etats-Unis, en Italie, et jusqu’en Suède, où le modèle scandinave de la social-démocratie n’est désormais plus qu’une sorte de zombie, en sont les manifestations les plus évidentes. Personne n’ose dire que la fête est finie. On se rassure comme on peut. Le monde académique, le monde politique et médiatique, chacun constate la montée des inégalités, s’inquiète de la hausse de la dette, de celle du chômage, mais se rassure avec quelques points de croissance, et soutient que l’enjeu se résume à la question de l’adaptabilité. Pas celle du monde d’en haut. Les gagnants de la mondialisation, eux, sont parfaitement adaptés à ce monde qu’ils ont contribué à forger. Non, c’est aux anciennes classes moyennes éclatées, reléguées, que s’adresse cette injonction d’adaptation à ce nouveau monde. Parce que, cahin-caha, cela marche, nos économies produisent des inégalités, mais aussi plus de richesses. Mais faire du PIB, ça ne suffit pas à faire société. (…) Election de Trump, Brexit, arrivée au pouvoir d’une coalition improbable liant les héritiers de la Ligue du Nord à ceux d’une partie de l’extrême gauche en Italie. De même qu’il y a une France périphérique, il y a une Amérique périphérique, un Royaume-Uni périphérique, etc. La périphérie, c’est, pour faire simple, ces territoires autour des villes-mondes, rien de moins que le reste du pays. L’agglomération parisienne, le Grand-Londres, les grandes villes côtières américaines, sont autant de territoires parfaitement en phase avec la mondialisation, des sortes de Singapour. Sauf que, contrairement à cette cité-Etat, ces territoires disposent d’un hinterland, d’une périphérie. L’explosion du prix de l’immobilier est la traduction la plus visible de cette communauté de destin de ces citadelles où se concentrent la richesse, les emplois à haute valeur ajoutée, où le capital culturel et financier s’accumule. Cette partition est la traduction spatiale de la notion de ruissellement des richesses du haut vers le bas, des premiers de cordée vers les autres. Dans ce modèle, la richesse créée dans les citadelles doit redescendre vers la périphérie. Trente ans de ce régime n’ont pas laissé nos sociétés intactes. Ce sont d’abord les ouvriers et les agriculteurs qui ont été abandonnés sur le chemin, puis les employés, et c’est maintenant au tour des jeunes diplômés d’être fragilisés. Les plans sociaux ne concernent plus seulement l’industrie mais les services, et même les banques… Dans les territoires de cette France périphérique, la dynamique dépressive joue à plein : à l’effondrement industriel succède celui des emplois présentiels lequel provoque une crise du commerce dans les petites villes et les villes moyennes. Les gens aux Etats-Unis ou ailleurs ne se sont pas réveillés un beau matin pour se tourner vers le populisme. Non, ils ont fait un diagnostic, une analyse rationnelle : est-ce que ça marche pour eux ou pas. Et, rationnellement, ils n’ont pas trouvé leur compte. Et pas que du point de vue économique. S’il y a une exception française, c’est la victoire d’Emmanuel Macron, quand partout ailleurs les populistes semblent devoir l’emporter. (…) Emmanuel Macron est le candidat du front bourgeois. A Paris, il n’est pas anodin que les soutiens de François Fillon et les partisans de La Manif pour tous du XVIe arrondissement aient voté à 87,3 % pour le candidat du libéralisme culturel, et que leurs homologues bobos du XXe arrondissement, contempteurs de la finance internationale, aient voté à 90 % pour un banquier d’affaires. Mais cela ne fait pas une majorité. Si Emmanuel Macron l’a emporté, c’est qu’il a reçu le soutien de la frange encore protégée de la société française que sont les retraités et les fonctionnaires. Deux populations qui ont lourdement souffert au Royaume-Uni par exemple, comme l’a traduit leur vote pro-Brexit. Et c’est bien là le drame qui se noue en France. Car, parmi les derniers recours dont dispose la technocratie au pouvoir pour aller toujours plus avant vers cette fameuse adaptation, c’est bien de faire les poches des retraités et des fonctionnaires. Emmanuel Macron applique donc méticuleusement ce programme. Il semble récemment pris de vertige par le risque encouru pour les prochaines élections, comme le montre sa courbe de popularité, laquelle se trouve sous celle de François Hollande à la même période de leur quinquennat. Un autre levier, déjà mis en branle par Margaret Thatcher puis par les gouvernements du New Labour de Tony Blair, est la fin de l’universalité de la redistribution et la concentration de la redistribution. Sous couvert de faire plus juste, et surtout de réduire les transferts sociaux, on réduit encore le nombre de professeurs, mais on divise les classes de ZEP en deux, on limite l’accès des classes populaires aux HLM pour concentrer ce patrimoine vers les franges les plus pauvres, et parfois non solvables. De quoi fragiliser le modèle de financement du logement social en France, déjà mis à mal par les dernières réformes, et ouvrir la porte à sa privatisation, comme ce fut le cas dans l’Angleterre thatchérienne. (…) Partout en Europe, dans un contexte de flux migratoire intensifié, ce ciblage des politiques publiques vers les plus pauvres – mais qui est le plus pauvre justement, si ce n’est celui qui vient d’arriver d’un territoire 10 fois moins riche ? – provoque inexorablement un rejet de ce qui reste encore du modèle social redistributif par ceux qui en ont le plus besoin et pour le plus grand intérêt de la classe dominante. C’est là que se noue la double insécurité économique et culturelle. Face au démantèlement de l’Etat-providence, à la volonté de privatiser, les classes populaires mettent en avant leur demande de préserver le bien commun comme les services publics. Face à la dérégulation, la dénationalisation, elles réclament un cadre national, plus sûr moyen de défendre le bien commun. Face à l’injonction de l’hypermobilité, à laquelle elles n’ont de toute façon pas accès, elles ont inventé un monde populaire sédentaire, ce qui se traduit également par une économie plus durable. Face à la constitution d’un monde où s’impose l’indistinction culturelle, elles aspirent à la préservation d’un capital culturel protecteur. Souverainisme, protectionnisme, préservation des services publics, sensibilité aux inégalités, régulation des flux migratoires, sont autant de thématiques qui, de Tel-Aviv à Alger, de Detroit à Milan, dessinent un commun des classes populaires dans le monde. Ce soft power des classes populaires fait parfois sortir de leurs gonds les parangons de la mondialisation heureuse. Hillary Clinton en sait quelque chose. Elle n’a non seulement pas compris la demande de protection des classes populaires de la Rust Belt, mais, en plus, elle les a traités de « déplorables ». Qui veut être traité de déplorable ou, de ce côté-ci de l’Atlantique, de Dupont Lajoie ? L’appartenance à la classe moyenne n’est pas seulement définie par un seuil de revenus ou un travail d’entomologiste des populations de l’Insee. C’est aussi et avant tout un sentiment de porter les valeurs majoritaires et d’être dans la roue des classes dominantes du point de vue culturel et économique. Placées au centre de l’échiquier, ces catégories étaient des références culturelles pour les classes dominantes, comme pour les nouveaux arrivants, les classes populaires immigrées. En trente ans, les classes moyennes sont passées du modèle à suivre, l’American ou l’European way of life, au statut de losers. Il y a mieux comme référents pour servir de modèle d’assimilation. Qui veut ressembler à un plouc, un déplorable… ? Personne. Pas même les nouveaux arrivants. L’ostracisation des classes populaires par la classe dominante occidentale, pensée pour discréditer toute contestation du modèle économique mondialisé – être contre, c’est ne pas être sérieux – a, en outre, largement participé à l’effondrement des modèles d’intégration et in fine à la paranoïa identitaire. L’asociété s’est ainsi imposée partout : crise de la représentation politique, citadéllisation de la bourgeoisie, communautarisation. Qui peut dès lors s’étonner que nos systèmes d’organisation politique, la démocratie, soient en danger ? Christophe Guilluy
Qui pourrait avoir envie d’intégrer une catégorie sociale condamnée par l’histoire économique et présentée par les médias comme une sous-classe  faible, raciste, aigrie et inculte ? (…) On peut débattre sans fin de la pertinence des modèles, de la crise identitaire, de la nécessité de réaffirmer les valeurs républicaines, de définir un commun: tous ces débats sont vains si les modèles ne sont plus incarnés. On ne s’assimile pas, on ne se marie pas, on ne tombe psas amoureux d’un système de valeurs, mais d’individus et d’un mode vie que l’on souhaite adopter. Christophe Guilluy
En 2016, Hillary Clinton traitait les électeurs de son opposant républicain, c’est-à-dire l’ancienne classe moyenne américaine déclassée, de « déplorables ». Au-delà du mépris de classe que sous-tend une expression qui rappelle celle de l’ancien président français François Hollande qui traitait de « sans-dents » les ouvriers ou employés précarisés, ces insultes (d’autant plus symboliques qu’elles étaient de la gauche) illustrent un long processus d’ostracisation d’une classe moyenne devenue inutile.  (…) Depuis des décennies, la représentation d’une classe moyenne triomphante laisse peu à peu la place à des représentations toujours plus négatives des catégories populaires et l’ensemble du monde d’en haut participe à cette entreprise. Le monde du cinéma, de la télévision, de la presse et de l’université se charge efficacement de ce travail de déconstruction pour produire en seulement quelques décennies la figure répulsive de catégories populaires inadaptées, racistes et souvent proches de la débilité. (…) Des rednecks dégénérés du film « Deliverance » au beauf raciste de Dupont Lajoie, la figure du « déplorable » s’est imposée dès les années 1970 dans le cinéma. La télévision n’est pas en reste. En France, les années 1980 seront marquées par l’émergence de Canal +, quintessence de ll’idéologie libérale-libertaire dominante. (…) De la série « Les Deschiens », à la marionnette débilitante de Johnny Hallyday des Guignols de l’info, c’est en réalité toute la production audiovisuelle qui donne libre cours à son mépris de classe. Christophe Guilluy
La diabolisation vise moins les partis populistes ou leur électorat (considéré comme définitivement « perdu » aux yeux de la classe dominante) que la fraction des classes supérieures et intellectuelles qui pourrait être tentée par cette solidarité de classe et ainsi créer les conditions du changement. (…) Si l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis a provoqué autant de réactions violentes dans l’élite mondialisée, ce n’est pas parce qu’il parle comme un « white trash » mais parce que au contraire il est issu de l’hyper-classe. En évoquant le protectionnisme ou la régulation des flux migratoires, Donald Trump brise le consensus idéologique à l’intérieur même de la classe dominante. Il contribue ainsi à un basculement d’une fraction des classes supérieures qui assurent la survie du système. Le 45e président n’a pas gagné parce qu’il a fait le plein de voix dans la « white working class » mais parce qu’il a réalisé l’alliance improbable entre une fraction du monde d’en haut et celui de l’Amérique périphérique. La prise de conscience des réalités populaires par une fraction de l’élite est un vrai risque, elle peut se réaliser à tout moment, dans n’importe quel pays ou région. Christophe Guilluy
Quitte à scier, comme la polémique qui a suivi et semblent l’indiquer les premiers chiffres d’exploitation en berne, la branche sur laquelle l’industrie cinématographique américaine reste néanmoins assise …
Comment ne pas regretter …
Ce qu’aurait pu en faire, avant son jet de l’éponge et à l’inverse d’un réalisateur et d’un acteur principal issus du « premier Etat postnational » autoproclamé, un Clint Eastwood ?
Et comment surtout ne pas y voir …
Après l’ancien collègue d’Armstrong Buzz Aldrin, le sénateur Rubio ou le président Trump
L’énième illustration et confirmation ….
De cette entreprise systématique de déconstruction et de délégitimation des valeurs de la classe moyenne américaine et occidentale …
Qui comme le décrit si bien le désormais sulfureux lui aussi géographe français Christophe Guilluy notamment dans son dernier ouvrage …
Est en train non seulement de démoraliser tout le socle populaire d’une classe moyenne hier encore triomphante …
Mais de priver une immigration désormais hors de contrôle de toute chance d’assimilation ?
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Fier d’être américain : Buzz Aldrin twitte une photo du drapeau américain sur la Lune en pleine controverse avec le film “First Man”

L’astronaute légendaire Edwin “Buzz” Aldrin a twitté dimanche soir des photos historiques de l’alunissage d’Apollo 11 au cœur de l’indignation suscitée par la décision du réalisateur de First Man Damien Chazelle d’exclure le drapeau américain d’être planté sur la Lune.

Joshuah Caplan

Breibart

traduction Nouvel Ordre mondial

3 septembre 2018

Buzz Aldrin a twitté deux photos de la mission de 1969, mettant en évidence le drapeau américain, avec divers hashtags, dont “#proudtobeanAmerican” et “onenation”.

Samedi, Aldrin a tweeté quatre photos de lui-même en portant un t-shirt qui se lit “Buzz Aldrin, Future Martian”, avec un astronaute plantant le drapeau américain sur une planète.

De plus, l’astronaute emblématique a retwitté la photo de l’utilisateur @pir8lksat40 qui le salue avec une photo de l’alunissage derrière lui.

Aldrin a également retwitté une photo de lui-même en saluant tout en se tenant à côté d’une photo agrandie de la mission Apollo 11 qui inclut le drapeau sur la lune.

La semaine dernière, Chazelle a rejeté les critiques selon lesquelles l’omission du drapeau américain était censée être une revendication politique. “Pour répondre à la question de savoir s’il s’agissait d’une revendication politique, la réponse est non”, a déclaré le réalisateur de First Man dans une interview avec Variety. “Mon but avec ce film était de partager avec le public les aspects invisibles et inconnus de la mission états-unienne sur la lune – en particulier la saga personnelle de Neil Armstrong et ce qu’il a pu penser et ressentir pendant ces quelques heures de gloire.”

Mark et Rick Armstrong, les fils de l’astronaute d’Apollo 11 Neil Armstrong, ont critiqué ceux qui ont étiqueté le sujet “d’antiaméricain”.

“Cette histoire est humaine et elle est universelle. Bien sûr, il célèbre une réalisation américaine. Il célèbre également une réalisation ‘pour toute l’humanité’”, peut-on lire dans la déclaration des Armstrong. “Les cinéastes ont choisi de se concentrer sur Neil qui regarde la Terre, sa marche vers le Petit Cratère Occidental, son expérience personnelle et unique de clôturer ce voyage, un voyage qui a eu tant de hauts et de bas dévastateurs.”

Dans une interview accordée au Telegraph, Ryan Gosling, star de First Man, a déclaré que la décision d’exclure le drapeau américain était motivée par l’idée que l’alunissage est considéré comme un “accomplissement humain plutôt qu’américain”.

“Je pense que cela a été largement considéré à la fin comme une réalisation humaine [et] c’est ainsi que nous avons choisi de voir les choses”, a déclaré l’acteur, qui joue Armstrong, au journal britannique. “Je pense aussi que Neil était extrêmement humble, comme beaucoup de ces astronautes, et qu’à maintes reprises, il a différé l’attention de lui-même aux 400 000 personnes qui ont rendu la mission possible”, a déclaré l’acteur au journal britannique.

Le sénateur Marco Rubio (F-FL) a pris Twitter pour faire exploser l’omission du drapeau américain comme une “folie totale” et un “mauvais service” rendu au peuple américain. “C’est de la folie totale. Et un mauvais service rendu à un moment où notre peuple a besoin de rappels de ce que nous pouvons accomplir lorsque nous travaillons ensemble”, a écrit Rubio. “Le peuple américain a payé pour cette mission, sur des fusées construites par des Américains, avec de la technologie américaine et pour transporter des astronautes américains. Ce n’était pas une mission de l’ONU.”

Voir aussi:

Hollywood Just Cut The Flag Out Of The Moon Landing. Here’s Why That Matters.

On Thursday evening, Ryan Gosling made international news when he justified the fact that the new Damien Chazelle biopic of Neil Armstrong will skip the whole planting the American flag on the moon thing. Gosling, a Canadian, explained, “I think this was widely regarded in the end as a human achievement [and] that’s how we chose to view it.”

Now, the real reason that the film won’t include the planting of the American flag is that the distributors obviously fear that Chinese censors will be angry, and that foreign audiences will scorn the film. But it’s telling that the Left seems to attribute every universal sin to America, and every specific victory to humanity as a whole. Slavery: uniquely American. Racism: uniquely American. Sexism: uniquely American. Homophobia: uniquely American. Putting a man on the moon: an achievement of humanity.

All of this is in keeping with a general perspective that sees America as a nefarious force in the world. This is Howard Zinn’s A People’s History of the United States view: that America’s birth represented the creation of a terrible totalitarian regime, but that Maoist China is the “closest thing, in the long history of that ancient country, to a people’s government, independent of outside control”; that Castro’s Cuba had “no bloody record of suppression,” but that the U.S. responded to the “horrors perpetrated by the terrorists against innocent people in New York by killing other innocent people in Afghanistan.”

In reality, however, America remains the single greatest force for human freedom and progress in the history of the world. And landing a man on the moon was part of that uniquely American legacy. President John F. Kennedy announced his mission to go to the moon in 1961; in 1962, he gave a famous speech at Rice University in which he announced the purpose of the moon landing:

For the eyes of the world now look into space, to the moon and to the planets beyond, and we have vowed that we shall not see it governed by a hostile flag of conquest, but by a banner of freedom and peace. We have vowed that we shall not see space filled with weapons of mass destruction, but with instruments of knowledge and understanding. Yet the vows of this Nation can only be fulfilled if we in this Nation are first, and, therefore, we intend to be first. In short, our leadership in science and in industry, our hopes for peace and security, our obligations to ourselves as well as others, all require us to make this effort, to solve these mysteries, to solve them for the good of all men, and to become the world’s leading space-faring nation. We set sail on this new sea because there is new knowledge to be gained, and new rights to be won, and they must be won and used for the progress of all people. For space science, like nuclear science and all technology, has no conscience of its own. Whether it will become a force for good or ill depends on man, and only if the United States occupies a position of pre-eminence can we help decide whether this new ocean will be a sea of peace or a new terrifying theater of war.

The moon landing was always nationalist. It was nationalism in service of humanity. But that’s been America’s role in the world for generations. Removing the American flag from an American mission demonstrates the anti-American animus of Hollywood, if we’re to take their values-laden protestations seriously.

Voir également:

Why Neil Armstrong’s sons don’t think the biopic ‘First Man’ is anti-American

The Washington Post

September 3

Ryan Gosling is not an American, but he is part of a species that visited a celestial body beyond Earth.

That is one perspective the Canadian used in describing the Apollo 11 mission, and specifically Neil Armstrong, whom he plays in the upcoming film “First Man.”

It depicts the 1969 mission to land men on the moon and return them safely. But the film does not show Armstrong and Buzz Aldrin unfurling and planting an American flag on the lunar surface. And its creators, including Gosling, say they view the moment as a human achievement more than an American one, and have suggested Armstrong did not believe he was an “American hero.”

“From my interviews with his family and people that knew him, it was quite the opposite,” Gosling said, according to Britain’s Telegraph newspaper. “And we wanted the film to reflect Neil.”

Predictably, the Canadian actor’s comments, paired with the omission of the Stars and Stripes, have sparked outrage, particularly in American conservative circles. The criticism, in turn, has prompted Armstrong’s sons to defend the film’s depiction of events and its attention to quieter, lesser-known aspects of their father’s life.

“This story is human and it is universal. Of course, it celebrates an America achievement. It also celebrates an achievement ‘for all mankind,’ as it says on the plaque Neil and Buzz left on the moon,” according to a statement released Friday by Rick and Mark Armstrong.

The statement was also attributed to “First Man” biographer James R. Hansen, according to Hollywood Reporter.

“It is a story about an ordinary man who makes profound sacrifices and suffers through intense loss in order to achieve the impossible,” the men said. Their father died in 2012.

Some conservative figures have taken Gosling’s Telegraph interview as proof of Hollywood globalism run amok, and an outcropping of the ongoing controversy over NFL players kneeling during the national anthem to protest police killing of black citizens.

Sen. Ted Cruz (R-Tex.) weighed in Saturday among conservatives propelling social media calls for boycotts of the film.

“Really sad: Hollywood erases American flag from moon landing. This is wrong, and consistent with Leftists’ disrespecting the flag & denying American exceptionalism,” Cruz, who is in an unexpectedly tight reelection race, wrote on Twitter. “JFK saw that it mattered that America go to the moon — why can’t Hollywood see that today?”

“Fox & Friends,” a Fox News program favored by President Trump, discussed the issue Friday.

Co-host Pete Hegseth simply called Gosling “an idiot.”

Ainsley Earhardt, his co-host, grimly assessed the social implications.

“This is where our country is going. They don’t think America is great,” she said. “They want to kneel for the flag.” Later in the day, #BoycottFirstMan was trending on social media.

Chuck Yeager, the legendary American pilot who was the first to break the sound barrier, called leaving out the flag-planting “more Hollywood make-believe.”

On Sunday Aldrin tweeted photos of the historic moment with the hashtag #proudtobeanAmerican.

Director Damien Chazelle, who also helmed “La La Land” and “Whiplash,” has echoed the sentiments of the Armstrong brothers on the selective storytelling.

“I wanted the primary focus in that scene to be on Neil’s solitary moments on the moon — his point of view as he first exited the [Lunar Module], his time spent at Little West Crater, the memories that may have crossed his mind during his lunar [exploration],” he said in a statement Friday, according to Hollywood Reporter.

The film, which debuted this past week at the Venice Film Festival, will arrive stateside Oct. 12, and have plenty of American flags waving throughout.

“First Man” does not show the flag planting, but there are several shots of the U.S. flag on the moon, Daily Beast writer Marlow Stern said after attending the screening.

Ironically, the controversy may endure longer than the flag itself: Aldrin told controllers he saw the flag knocked over with a blast of spacecraft exhaust, NASA has said.

The flag really wasn’t designed to endure the blastoff, let alone the lunar environment, or lack thereof. It was purchased from a Sears store for $5.50, NASA said. Department-store flags cannot even withstand terrestrial wear and tear, like sunlight and wind, for more than a few years.

On the moon, decades of extreme temperatures, ultraviolet radiation and micrometeorites have probably disintegrated the flag entirely, scientists say, and the bombardment of unfiltered sunlight has probably bleached flags left on subsequent missions stark white.

Even the original flag planting was controversial. Debate raged over whether to raise an American flag or a banner of the United Nations. Congress forbid NASA from placing flags of other countries or international bodies on the moon during U.S.-funded missions, the agency said.

“In the end, it was decided by Congress that this was a United States project. We were not going to make any territorial claim, but we were to let people know that we were here and put up a U.S. flag,” Armstrong said, according to Newsweek. “My job was to get the flag there. I was less concerned about whether that was the right artifact to place. I let other, wiser minds than mine make those kinds of decisions.”

Voir de même:

‘First Man’: Neil Armstrong film fails to fly flag for US patriotism
Anita Singh
The Telegraph
29 August 2018

When Neil Armstrong and Buzz Aldrin planted the American flag on the moon in 1969, it marked one of the proudest moments in US history.

But a new film about Armstrong has chosen to leave out this most patriotic of scenes, arguing that the giant leap for mankind should not be seen as an example of American greatness.

The film, First Man, was unveiled at the Venice Film Festival yesterday, where the absence of the stars and stripes was noted by critics.

Its star, Ryan Gosling, was asked if the film was a deliberately un-American take on the moon landing. He replied that Armstrong’s accomplishment « transcended countries and borders ».

Gosling explained: « I think this was widely regarded in the end as a human achievement [and] that’s how we chose to view it. I also think Neil was extremely humble, as were many of these astronauts, and time and time again he deferred the focus from himself to the 400,000 people who made the mission possible. »

« He was reminding everyone that he was just the tip of the iceberg – and that’s not just to be humble, that’s also true.

« So I don’t think that Neil viewed himself as an American hero. From my interviews with his family and people that knew him, it was quite the opposite. And we wanted the film to reflect Neil. »

Gosling joked: « I’m Canadian, so might have cognitive bias. » The film’s director, Damien Chazelle, Who previously worked with Gosling on the Oscar-winning La La Land, is French-Canadian.

The planting of the flag was controversial in 1969. There was disagreement over whether a US or United Nations flag should be used. Armstrong said later: « In the end it was decided by Congress that this was a United States project. We were not going to make any territorial claim, but we were to let people know that we were here and put up a US flag.

« My job was to get the flag there. I was less concerned about whether that was the right artefact to place. I let other, wiser minds than mine make those kinds of decisions. »

First Man is based on an authorised biography of Armstrong by James Hansen. It has the backing of the astronaut’s family, including his two sons, and of NASA.

Armstrong died in 2012, aged 82. President Obama paid tribute to him as « among the greatest of American heroes – not just of his time, but of all time ».

First Man also features Claire Foy as Armstrong’s first wife, Janet, mother of his two boys. She said her focus was on the family dynamics behind the space mission: « I wanted to honour how these children saw their mum and dad. Their dad wasn’t an astronaut to them, he was their dad. »

Venice in recent years has been a launch pad for Oscar campaigns – including last year’s best picture winner, The Shape of Water – and First Man will be a contender.

Other films being unveiled include a new version of A Star Is Born, featuring Lady Gaga and Bradley Cooper.

There is only one woman director in the official line-up, Jennifer Kent, prompting criticism from female filmmakers. However, the Festival director, Albert Barbera, has resisted pressure to introduce gender balance, saying: « If we impose quotas, I resign. »

:: The London Film Festival released its competition line-up yesterday with five of the 10 contenders directed by women. Tricia Tuttle, the festival’s artistic director, said it was « a real pleasure to see that half of these films come from female directors ».

Voir de plus:

Neil Armstrong’s Sons, Director Damien Chazelle Defend Absence of Flag-Planting Scene in ‘First Man’
Dave McNary
Variety
August 31, 2018

Neil Armstrong’s sons and director Damien Chazelle have defended the absence of a flag-planting scene in the movie “First Man,” which details the 1969 moon landing.

Rick Armstrong and Mark Armstrong released a statement jointly with “First Man” author James R. Hansen on Friday in the wake of claims that the lack of the flag planting in the movie is unpatriotic.

“We do not feel this movie is anti-American in the slightest,” the trio said. “Quite the opposite. But don’t take our word for it. We’d encourage everyone to go see this remarkable film and see for themselves.”

“First Man” is directed by Chazelle from a script by Josh Singer, based on Hansen’s book “First Man: The Life of Neil A. Armstrong.” The film stars Ryan Gosling as Neil Armstrong and focuses on the the years leading up to the Apollo 11 mission in 1969. “First Man” had its world premiere at the Venice Film Festival on Wednesday and hits theaters in the U.S. on Oct. 12.

Gosling has also responded to the criticism, telling reporters when asked about the omission, “I think this was widely regarded in the end as a human achievement [and] that’s how we chose to view it. I also think Neil was extremely humble, as were many of these astronauts, and time and time again he deferred the focus from himself to the 400,000 people who made the mission possible.”

“In ‘First Man’ I show the American flag standing on the lunar surface, but the flag being physically planted into the surface is one of several moments of the Apollo 11 lunar EVA that I chose not to focus upon,” he said in a statement. “To address the question of whether this was a political statement, the answer is no. My goal with this movie was to share with audiences the unseen, unknown aspects of America’s mission to the moon — particularly Neil Armstrong’s personal saga and what he may have been thinking and feeling during those famous few hours.”

“I wanted the primary focus in that scene to be on Neil’s solitary moments on the moon — his point of view as he first exited the LEM, his time spent at Little West Crater, the memories that may have crossed his mind during his lunar EVA,” Chazelle added. “This was a feat beyond imagination; it was truly a giant leap for mankind. This film is about one of the most extraordinary accomplishments not only in American history, but in human history. My hope is that by digging under the surface and humanizing the icon, we can better understand just how difficult, audacious and heroic this moment really was.”

Armstrong died in 2012 at the age of 82.

Here’s the statement from Armstrong’s son and Hansen:

We’ve read a number of comments about the film today and specifically about the absence of the flag planting scene, made largely by people who haven’t seen the movie. As we’ve seen it multiple times, we thought maybe we should weigh in.

This is a film that focuses on what you don’t know about Neil Armstrong. It’s a film that focuses on things you didn’t see or may not remember about Neil’s journey to the moon. The filmmakers spent years doing extensive research to get at the man behind the myth, to get at the story behind the story. It’s a movie that gives you unique insight into the Armstrong family and fallen American Heroes like Elliot See and Ed White. It’s a very personal movie about our dad’s journey, seen through his eyes.

This story is human and it is universal. Of course, it celebrates an America achievement. It also celebrates an achievement “for all mankind,” as it says on the plaque Neil and Buzz left on the moon. It is a story about an ordinary man who makes profound sacrifices and suffers through intense loss in order to achieve the impossible.

Although Neil didn’t see himself that way, he was an American hero. He was also an engineer and a pilot, a father and a friend, a man who suffered privately through great tragedies with incredible grace. This is why, though there are numerous shots of the American flag on the moon, the filmmakers chose to focus on Neil looking back at the earth, his walk to Little West Crater, his unique, personal experience of completing this journey, a journey that has seen so many incredible highs and devastating lows.

In short, we do not feel this movie is anti-American in the slightest. Quite the opposite. But don’t take our word for it. We’d encourage everyone to go see this remarkable film and see for themselves.

Voir encore:

Cinéma: First Man, La la lune

Le réalisateur de Whiplash retrace la vie de l’astronaute Neil Amstrong, homme névrosé et obsédé. Le film décolle souvent mais pas toujours.

Eric Libiot

L’Express

Damien Chazelle est un Clint Eastwood en velours. L’un et l’autre racontent des héros (du quotidien ou de la grande histoire) mus par leur seule obsession. Eastwood fait plutôt dans le brutal, quand Chazelle y met de la rondeur et quelques pas de danse. Mais entre Red Stovall (Honkytonk Man) et William Munny (Impitoyable) d’un côté, Andrew (Whiplash) et Sebastian (La la land), de l’autre, il n’est question que d’hommes qui se détruisent pour parvenir à leurs fins. Le revers de la médaille du héros américain. Difficile de dire quelle voie va emprunter Chazelle – il est moins désabusé que le grand Clint – mais s’il se durcit la couenne, il pourrait devenir un portraitiste passionnant du rêve étoilé d’aujourd’hui.

First Man. Le premier homme sur la lune (et pourquoi pas rallonger le titre en italien et en chinois tant qu’à faire ?), raconte l’épopée de Neil Armstrong, le gars qui fit un petit pas pour l’homme et un grand pour l’humanité. Pilote moyen qui parvint à s’envoler et à marquer son temps à force d’abnégation et de maîtrise. Héros national mais tête de lard, père absent et mari mal luné. On a assez envie de lui mettre deux claques.

Ryan Gosling parfait

Voulant absolument se décoller des références L’Etoffe des héros et Apollo (la grandeur de la nation américaine dans toute sa splendeur), Chazelle bidouille les séquences dans l’espace en secouant sa caméra, en bricolant l’image et en filmant les poils de barbe de son personnage. C’est parfois un peu fatigant parce que systématique.

En revanche – et c’est là où l’eastwoodien qui est en lui se réveille – la partie intimiste est passionnante. Armstrong est prêt à tout sacrifier pour être le premier. Pas forcément pour recevoir les applaudissements mais pour nourrir sa propre névrose. Comme si le héros américain, bouffé par une machine mythologique basée sur le « do it yourself » devait forcément en passer par là. Armstrong a le visage fermé et Ryan Gosling, qui n’est pas l’acteur le plus expressif au monde, est parfait. Claire Foy, son épouse, également ; femme de tête, actrice de coeur. La face cachée de la Lune est finalement ce qu’il y a de plus intéressant à voir.

First Man. Le premier homme sur la lune, de Damien Chazelle. 2 h 22.

First Man – Le premier homme sur la lune – Bande Annonce

Voir aussi:

First Man : le premier homme sur la lune

Louis Guichard

Télérama

17 octobre 2018
Après La La Land, Ryan Gosling enfile le scaphandre de Neil Armstrong avec une froideur lunaire fascinante. Une biographie distanciée et troublante.

Avec La La Land, Damien Chazelle, le jeune prodige de Hollywood, remettait de la fragilité dans la glorieuse comédie musicale à l’américaine : danser et chanter n’y était pas si facile pour les deux acteurs principaux, et la mise en scène exploitait subtilement leurs faiblesses. Dans cette biographie de Neil Armstrong, la discipline incertaine, laborieuse, faillible, c’est la conquête spatiale elle-même. Le cinéaste insiste sans cesse sur la précarité des engins et vaisseaux pilotés par l’astronaute, du début des années 1960 à ses premiers pas sur la Lune, le 21 juillet 1969. Leitmotiv des scènes d’action : les antiques cadrans à aiguilles s’affolent, les carlingues tremblotent, fument, prennent feu… La réussite, lorsqu’elle survient, paraît arbitraire, et ne parvient jamais à dissiper l’effroi et le doute devant l’entreprise du héros. Voilà comment, dès la saisissante première scène, le réalisateur s’approprie le genre si codifié du biopic hollywoodien. Le visage de Ryan Gosling est l’autre facteur majeur de stylisation. Avec son jeu minimaliste, son refus de l’expressivité ordinaire, l’acteur de Drive bloque la sympathie et l’identification. Damien Chazelle filme sa star en très gros plans, avec une fascination encore accentuée depuis La La Land : Ryan Gosling est lunaire bien avant d’alunir et il le demeure ensuite.

Le scénario donne et redonne, trop souvent, l’explication la plus évidente à cette absence mélancolique — la perte d’une fille, emportée en bas âge par le cancer. Cette tragédie intime, véridique, devient même la composante la plus convenue, avec flash-back mélodramatiques sur le bonheur familial perdu, un peu comme pour le personnage de spationaute de Sandra Bullock dans Gravity, d’Alfonso Cuarón. Or l’attendrissement sied peu à Damien Chazelle, cinéaste cruel, dur — voir le sadisme de Whiplash, et le gâchis amoureux de La La Land, pour cause d’égocentrisme des deux amants. Le film brille, en revanche, dès qu’il s’agit de la distance qui éloigne toujours plus le héros des siens — sa femme et ses deux fils —, au fil des expériences spatiales. Sommé par son épouse d’annoncer son départ vers la Lune à ses enfants, Neil Armstrong leur parle soudain comme s’il était en conférence de presse, sans plus d’émotion ni de tendresse — scène glaçante. Plus tard, l’homme (en quarantaine après une mission) est séparé de sa femme par une épaisse cloison de verre. La paroi devient alors, tout comme le casque-miroir du scaphandre, le symbole d’une vie à part, « hors de ce monde » — les mots de l’épouse. A la même époque, des mouvements sociaux dénoncent, aux Etats-Unis, les dépenses publiques faramineuses consacrées à la conquête spatiale, tandis que des millions de citoyens vivent mal. Damien Chazelle s’attarde sur cette critique-là, comme pour contredire la formule d’Armstrong une fois sur la Lune : « … un grand pas pour l’humanité »… Scepticisme et froideur contribuent ainsi à élever First Man au-delà de l’hagiographie attendue, au profit d’une réelle étrangeté, et d’une grande tenue.

Voir également:

What Do Words Cost? For ‘First Man,’ Perhaps, Quite A Lot
Michael Cieply
Deadline

October 14, 2018

What do words cost? In contemporary Hollywood, quite a bit, apparently.

If you believe those who say First Man was hurt by Ryan Gosling’s ‘globalist’ defense of director Damien Chazelle’s decision not to depict astronaut Neil Armstrong’s planting of an American flag on the moon—and the Internet is crawling with those who make that claim—then Gosling’s explanation cost up to $45,000 a word this weekend.

First Man, from Universal and DreamWorks among others, opened to about $16.5 million in ticket sales at the domestic box office. That’s $4.5 million short of expectations that were pegged at around $21 million. At the Venice Film Festival in late August, Gosling, who is Canadian, spoke about 100 words in defending the flag-planting omission. “I don’t think that Neil viewed himself as an American hero,” he said:  “From my interviews with his family and people that knew him, it was quite the opposite. And we wanted the film to reflect Neil. »

If the ensuing controversy really suppressed ticket sales—and who can know whether sharper-than-expected competition from Venom and A Star Is Born was perhaps a bigger factor?—the $45,000-per-word price tag is just a down payment. Under-performance by First Man of, say, $50 million over the long haul would raise the per-word price to a breathtaking $500,000.

Such is the terror of entertainment in the age of digital rage and partisanship. The simplest moment of candor at a routine promotional appearance can suddenly become a show-killer.

The real math, of course, is mysterious. To what extent a slip of the tongue or an interesting thought helped or hindered a film or television show will never be clear.

But, increasingly, the stray word seems to be taking a toll on vastly expensive properties that have been years, or even decades, in the making. Asked in May by a Huffington Post interviewer whether Star Wars character Lando Calrissian was “pansexual,” Jonathan Kasdan, co-writer of Solo: A Star Wars Story, answered: “I would say yes.”

What followed was a full-throated digital debate about sexual identity in the Star Wars series. Some fans loved it. Some didn’t. But the film, which had about $213.8 million in domestic ticket sales, seriously lagged its predecessors, leaving a scary question: Did Kasdan’s answer cost Disney and Lucasfilm some millions of dollars per word?

On the conservative side of the Great Divide, Roseanne Barr cost herself and ABC tens of millions of dollars per word when she compared former Obama White House advisor Valerie Jarrett to a combination of the Muslim Brotherhood and Planet Of The Apes, in a brief Tweet that led to her own firing and her show’s cancellation. On the progressive side, Marvel and Star Wars writer Chuck Wendig was just fired for a series of Tweets saying things at least as rude about Republicans (though the cost-per-word is clearly lower than Barr’s).

In retrospect, I begin to understand a backstage encounter I once witnessed between Bob Weinstein and Viggo Mortensen before a press conference at the Toronto International Film Festival.

Weinstein was delivering a ferocious, finger-jabbing lecture about what Mortensen could and could not say as he answered questions about his role in John Hillcoat’s The Road.

Back in 2009, this struck me as a rude, heavy-handed attempt to censor an intelligent actor who was perfectly capable of speaking for himself. But having seen what a few misplaced words can now cost, I suspect that Weinstein was ahead of his time.

Voir aussi:

The dangers of Trudeau’s ‘postnational’ Canada
Douglas Todd
The Vancouver Sun
April 28, 2016

Justin Trudeau says Canada is the world’s first « postnational state. » But the goal of the alternative, transnationalism, is to override the rules, customs and sovereignty of individual nations and allow the virtually unrestricted flow of global money.

I’m trying to understand Justin Trudeau’s idealistic thinking.

When the prime minister says Canada is the world’s “first postnational state,” I believe he’s saying this is a place where respect for minorities trumps any one group’s way of doing things.

‘There is no core identity, no mainstream in Canada,’ Trudeau claimed after the October election. ‘There are shared values – openness, respect, compassion, willingness to work hard, to be there for each other, to search for equality and justice.”

The New York Times writer who obtained this quote said Trudeau’s belief Canada has no core identity is his “most radical” political position. It seems especially so combined with criticism Trudeau is a lightweight on national security and sovereignty.

Not too many Canadians, however, seem disturbed by Trudeau talking about us as a “postnational state.”

Maybe they just write it off as political bafflegab. But of all the countries in the world, Canada, with its high proportion of immigrants and official policy of multiculturalism, may also be one of the few places where politicians and academics treat virtually all forms of nationalism with deep suspicion.

Of course, no one defends nationalism in its rigid or extreme forms. Ultranationalism has been blamed for us-against-them belligerence throughout the 20th century, which led to terrible military aggressions out of Germany, Japan, the former Yugoslavia, China and many regions of Africa.

But would it be wise to let nationalism die?

 

What if our sense of a national identity actually was eradicated? What if borders were erased and the entire world became “transnational?”

We sometimes seem to be heading that way, with the rise of the European Union, the United Nations and especially transnational deals such as the North American Free Trade Agreement and the looming Trans-Pacific Partnership.

The aim of these transnational business agreements is to override the rules, customs and sovereignty of individual nations and allow the virtually unrestricted flow of global migrants and money.

Such transnational agreements benefit some, especially the “cosmopolitan” elites and worldwide corporations. But the results for others are often not pretty.

Indeed, a case can be made that the housing affordability crises in Metro Vancouver and Toronto is a result of a “postnational” mindset.

Canada’s politicians are failing to put serious effort into protecting residents of Vancouver or Toronto from transnational financial forces.

Before digging further into the influences behind our overheated housing markets, however, I’ll make a case for healthy nationalism.

Avoid extremes

The first thing to keep in mind is to not judge nationalism by its extremes.

As G.K. Chesterton once said, condemning nationalism because it can lead to war is like condemning love because it can lead to murder.

In recent years many regions have developed generally positive forms of nationalism: Scotland, the Czech Republic, the U.S., Argentina, Japan, Sweden to name a few.

Healthy nationalism encourages diverse people to cooperate.

“Patriotism is what makes us behave unselfishly. It is why we pay taxes to support strangers, why we accept election results when we voted for the loser, why we obey laws with which we disagree,” writes Daniel Hannan, author of Inventing Freedom.

“A functioning state requires broad consensus on what constitutes the first-person plural. Take that sense away, you get Syria or Iraq or Ukraine or – well, pretty much any war zone you can name.”

Though Canada’s particular style of nationalism is fluid and not simple to define, it’s part of what makes the country attractive to immigrants, who often arrive from dysfunctional regions torn by corruption and cynicism about national officials.

Many immigrants seem to realize that it’s not normally nationalism that foments catastrophic division – it’s religion, race or tribalism.

In contrast, some of the world’s most economically successful and egalitarian countries have a sense of mutual trust and appreciation for good government that is in part based on the glue of nationalism.

People in proud Nordic countries, for instance, often decorate even their birthday cakes with their national flags. At the same time Nordic nations are generous to their disadvantaged and in distributing foreign aid.

Michael McDonald, former head of the University of B.C.’s Centre for Applied Ethics, thinks Trudeau’s belief that Canada is the world’s first “postnational state” emerges out of his concern that it’s dangerous to “affirm a dominant culture that suppresses and marginalizes those outside the mainstream.”

But even though the ethics professor believes it’s important to protect minorities, he isn’t prepared to overlook the value of nationalism.

McDonald believes being Canadian is like being a member of a community, or a big family.

“Some are born into the family and others are adopted. There is a shared family history – interpreted in diverse ways,” McDonald says.

“Not everyone is happy being in the family. Some think being a family member is important and others do not. But we are shaped by our families, and we shape ourselves within and sometimes against our families. So also with our country.”

Transnationalist dangers

Embracing McDonald’s view that Canada is a giant, unruly but somewhat bonded family, I’d suggest Trudeau contradicts himself, or is at least being naive, when he argues Canada is a postnational state.

On one hand Trudeau claims Canada has no “core identity.” On the other hand he says the Canadian identity is quite coherent – we all share the values of “openness, respect, compassion, willingness to work hard, to be there for each other, to search for equality and justice.”

Can it be both ways?

Most Canadians don’t think so. Regardless of what Trudeau told the New York Times, a recent Angus Reid Institute poll confirmed what many Canadians judge to be common sense: 75 per cent of residents believe there is a “unique Canadian culture.”

I wish some of that common sense about nationalism was being brought to the housing affordability crisis in Vancouver and Toronto.

While some of the strongest support for transnationalism comes from big business, we need to hear more from economists who stand up for healthy nationalism.

They include the famous Scottish economist Adam Smith, who is often cited as the father of capitalism. Smith believed free enterprise would work most effectively within the cultures of unified nations.

 

Healthy nationalism requires loyalty between citizens and leaders, says Geoffrey Taunton-Collins, who writes for http://www.adamsmith.org. A nation’s leaders are expected to protect their citizens from outside powers.

That is not what is happening in Vancouver and Toronto, where the forces of transnationalism have been allowed to run amok. “The city has become a commodity,” former Vancouver city councillor Jonathan Baker recently lamented. It’s being increasingly occupied by transnational wealth.

Global capital is coming to Toronto and Vancouver because it seeks a haven that has no ethical, legal or physical boundaries, Eveline Xia and UBC planning department director Penny Gurstein wrote this month in The Vancouver Sun.

Xia and Gurstein say federal and B.C. politicians are not protecting citizens from transnational speculators. Unlike the officials who represent London, Hong Kong or Singapore, Xia and Gurstein say, Canadian politicians are failing to regulate residency requirements on home purchases or charge nonresidents extra fees.

As a result many average Canadians who are desperate to make a home and livelihood in Metro Vancouver can’t come close to affording to live here.

It’s the kind of thing that can happen when too many politicians believe we’re living in the world’s first “postnational state.”

Voir enfin:

First Man (2018)

History vs. Hollywood
Questioning the Story:

How much of Neil Armstrong’s life does the First Man movie cover?

The biopic covers the period of Neil Armstrong’s life from 1961 up to the Apollo 11 Moon landing on July 20, 1969. On that day, Armstrong became the first person to set foot on the lunar surface. He was joined by Buzz Aldrin approximately 20 minutes later. This can be seen in the Apollo 11 Moon Landing Video.

Was astronaut Neil Armstrong really an introverted and quiet hero like he’s portrayed to be in the movie?Yes. The First Man true story reveals that unlike many astronauts, Neil Armstrong was not the hotshot type, nor was he a fame-seeker. He was a man of few words who was driven to accomplish something no other human being had done. Up to his death, he largely remained a bit of an enigma.

Is the First Man movie based on a Neil Armstrong book?

Yes. The movie is based on author James R. Hansen’s New York Times bestselling biography First Man: The Life of Neil A. Armstrong. First published in 2005, the book is the only official biography of Armstrong. It chronicles his involvement in the space program, concluding with the climactic Apollo 11 mission. At the same time, it explores his personal life as well. Armstrong gave his full support to Hansen and encouraged others to provide any necessary information that the author requested. Film rights to the book were sold in 2003, prior to its publication, but a Neil Armstrong movie took years to get off the ground. Initially, Clint Eastwood had been attached to direct.

Was Ryan Gosling the first choice for the role of Neil Armstrong?

Yes. Director Damien Chazelle told People Magazine that the first time he ever met Ryan Gosling was to pitch him the role in the Neil Armstrong biopic. This was before the director and actor teamed up to make the 2016 musical La La Land together.

Is the movie’s opening scene, in which Neil Armstrong pilots an X-15 rocket plane into the stratosphere, depicted accurately?

For the most part, yes. He indeed had trouble returning to Earth as the plane began to bounce off the atmosphere instead of slicing back into it. Armstrong was more than 20 miles above the Earth. The only part of that scene that isn’t as realistic is when we’re able to look out the window of his plane and see the white clouds just below. At 120,000 feet, he was roughly double the altitude of the highest clouds, so realistically, the clouds would have been much further beneath him. -TIME

Is the song playing when Neil and Janet dance in the living room based on an actual song that they listened to?

Yes. The eerie space melody that Neil and Janet dance to in the biopic is an actual song that they listened to. “It was a track that Neil and Janet shared with each other and that Neil wound up bringing with him on the Apollo 11 mission, » says director Damien Chazelle. « It’s called ‘Lunar Rhapsody’. It’s quite appropriate, but it’s this sort of weird Theremin orchestral track from the early days of the Theremin [an electric instrument with metal antennas].” -People.com

Did Neil Armstrong really lose a daughter to brain cancer?

Yes. On January 28, 1962, Neil and Janet lost their two-year-old daughter Karen to a case of pneumonia while suffering from a malignant brain tumor. « I thought the best thing for me to do in that situation was to continue with my work, » said Armstrong, « keep things as normal as I could, and try as hard as I could not to have it affect my ability to do useful things. » He became an astronaut that same year. The movie seems to depict this time in Armstrong’s life rather accurately. -First Man Book Interview

Did Neil Armstrong’s home really catch on fire?

Yes. Though the scene was cut from the final version of the movie, the First Man true story confirms that the Armstrongs’ Houston home caught fire in the spring of 1964. Janet woke in the middle of the night and smelled smoke, at which time she alerted Neil. Astronaut Ed White (portrayed by Jason Clarke in the movie) was their neighbor at the time and jumped the fence to help. The Armstrongs nearly lost their lives. Neil passed their ten-month-old son Mark through a window to Ed. He then went to save his six-year-old son Rick, holding a wet cloth over Rick’s face as they made it outside to the backyard. Neil described the 25 feet to Rick’s bedroom as « the longest journey I ever made in my life. » Rick was okay except for a burn on his thumb.

Not shown in the movie, the Armstrongs’ home burned to cinders in a 1964 house fire. They nearly lost their lives. Actor Ryan Gosling stands in the backyard of the burning home in a scene omitted from the biopic (above).

Did Neil Armstrong almost die while training for the lunar landing?

Yes. Two Lunar Landing Research Vehicles were built. Each used a single jet engine turned right-side up to simulate the Moon’s one-sixth gravity of Earth. On May 6, 1968, Neil Armstrong was piloting one of the vehicles roughly 100 feet above the ground. Unanticipated depletion of helium used to pressurize the fuel tanks led to a total failure of his flight controls and the LLRV started to go into a roll. He ejected and parachuted safely to the ground. Future analysis concluded that if he had ejected just half a second later, his parachute would not have deployed in time. His brush with death can be seen in the Neil Armstrong LLRV Training Crash Video. The top image below shows Neil Armstrong floating to the ground after Lunar Landing Research Vehicle 1 exploded into a ball of flames upon hitting the field. -First Man book

Did astronaut Neil Armstrong injure his face during the Lunar Lander training accident like in the movie?

No, he did not injure his face when he was forced to eject from the Lunar Landing Research Vehicle and parachute to the ground. The worst that happened was that he bit his tongue hard during his impact with the ground.

Did Neil Armstrong really have a serious talk with his kids about the possibility of him not returning from the mission?

Yes. Armstrong’s sons, Rick and Mark, told USA Today that their father indeed talked with them before going to space and walking on the moon. « That scene came from us, » Rick said. He and his brother collaborated with director Damien Chazelle for two-and-a-half years. As for the specifics of the conversation, Mark says he was too young to remember, but Rick says that the movie gets the gist of it right. However, he never remembers directly asking his father, « Do you think you’re coming back? »

« I didn’t have any doubt that he was coming back, » says Rick, who was 12 at the time. « So I wouldn’t have asked that. » -Collider

« We think we’re coming back, but there is some risk, » is basically what Armstrong told his sons. With regard to the oldest son shaking his father’s hand at the end of the conversation, that was added by the filmmakers. Rick said that it could have happened, or maybe it was a hug. He wasn’t sure.

Were Neil and Buzz really running low on fuel as they approached the moon’s surface?

As Neil Armstrong and Buzz Aldrin descended to the moon’s surface in the Lunar Lander, they believed that they were running low on fuel because the computers were telling that to mission control, indicating that they had less than a minute to either touch down or abort the mission. The nail-biting sequence is true. However, they later learned that the lander hadn’t actually been low on fuel.

« You got a bunch of guys about to turn blue. We’re breathing again. Thanks a lot, » flight controller Charlie Duke radioed to Armstrong after the successful landing. -The Wrap

Does the lunar footprint in the famous photo belong to Neil Armstrong?

No. The famous photo of the lunar footprint that is often shown with Armstrong’s iconic quote, « That’s one small step for man, one giant leap for mankind, » is actually Buzz Aldrin’s footprint, not Neil Armstrong’s. Therefore, it’s not the footprint of the first step taken on the Moon, which we see in the movie. Aldrin made the bootprint in the photo as part of an experiment to test the properties of the lunar regolith (the loose rock and dust sitting on top of the lunar bedrock).

Why aren’t there any good photos of Neil Armstrong on the Moon?

As we explored the First Man true story, we quickly discovered that there are no good photos of Neil Armstrong on the Moon. The best image is displayed below. It was taken by fellow astronaut Buzz Aldrin and shows Armstrong removing equipment from storage in the Lunar Module. The reason for the lack of photos of Armstrong on the lunar surface is because most of the time it was Armstrong who was carrying the camera. Some people blamed Aldrin for the insufficient number of photos of Armstrong, reasoning that he wanted the limelight since Armstrong was first to step onto the moon. Aldrin later addressed the criticism, saying he felt horrible that there were so few photos of Armstrong but there was too much going on at the time to realize it.

The most iconic shot of an astronaut on the Moon is of Buzz Aldrin standing and posing for the camera. If you look closely at that photo, you can actually see Armstrong taking the picture in the visor’s reflection.

Did Neil Armstrong really leave his daughter Karen’s bracelet on the moon?

No. It is here that the movie perhaps takes one of its biggest liberties. There is no historical record that Armstrong left a bracelet of his daughter’s on the moon (in the film, he drops it into Little West Crater). Astronauts flew with a PPK (personal preference kit), which included any non-regulation or sentimental items that they wanted to bring with them. Armstrong said that he lost the manifest for his PPK, so we can’t be sure what all it contained. We do know that he took with him remnants of fabric and the propeller from the Wright Brothers plane in which they took the first powered flight in 1903. Since Karen’s death is believed to have set the course of Armstrong’s life (especially at NASA), it’s not hard to imagine him bringing a sentimental item of Karen’s like the bracelet to the moon. We just don’t know for certain if he did, and if so, what he brought. -TIME

How much time did Neil Armstrong spend walking on the Moon?

Armstrong’s Moon walk lasted 2 and 3/4 hours, even though it feels much shorter in the movie. Astronauts on the five subsequent NASA missions that landed men on the Moon were given progressively longer periods of time to explore the lunar surface, with Apollo 17 astronauts spending 22 hours on EVA (Extravehicular Activity). The reason Armstrong and Buzz Aldrin didn’t get to spend more time outside the Lunar Module is that there were uncertainties as to how well the spacesuits would hold up to the extremely high temperatures on the lunar surface. -Space.com

Did Neil Armstrong and his wife Janet stay together?

No. After 38 years of marriage, Neil Armstrong’s wife Janet divorced him on April 12, 1994 after a long separation. He had begun a relationship with Carol Held Knight, a widow who he had met at a golf tournament in 1992. Armstrong married Knight, who was 15 years his junior, on June 12, 1994, exactly two months after his divorce became final.

Apollo 11 Moon Landing Footage & Related Videos

Below, you can further explore the true story behind the Neil Armstrong biopic First Man by watching actual footage of the 1969 Apollo 11 Moon landing, including witnessing Armstrong take the first steps on the surface of the Moon. You can also view footage of his ejection from the Lunar Landing Research Vehicle (LLRV) and its subsequent crash, which happened more than a year prior to landing on the Moon.

Neil Armstrong Lunar Lander Training Crash
Apollo 11 Moon Landing Live Broadcast Footage
First Man Movie Trailer

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The Impact of “Deliverance”

Stacey Eidson
Metro spirit
April 15, 2015

Long before moviegoers watched in horror as actor Ned Beatty was forced to strip off his clothes and told to “squeal like a pig” during a film set in the rural mountains of North Georgia, there was the novel by Atlanta writer and poet James Dickey that started it all.

It’s been 45 years since “Deliverance” first hit the book shelves across this nation, but the profound impact that the tale of four suburban men canoeing down the dangerous rapids of a remote Georgia river and encountering a pair of deranged mountain men can still be felt today.

When the book was first released back in April of 1970, the reaction was definitely mixed, to say the least. Most critics praised the adventurous tale, describing the novel as “riveting entertainment” or a “monument to tall stories.”

The New York Times called the book a “double-clutching whopper” of a story that was a “weekend athlete’s nightmare.”

“Four men decide to paddle two canoes down the rapids of a river in northern Georgia to get one last look at pure wilderness before the river is dammed up and ‘the real estate people get hold of it,’” the New York Times book review stated in 1970.

But to the shock of the reader, the whitewater adventure turns into a struggle for survival when the character Bobby Trippe is brutally sodomized by a mountain man while his friend Ed Gentry is tied to a nearby tree.

“In the middle of the second day of the outing, two of the campers pull over to the riverbank for a rest,” the New York Times wrote in 1970. “Out of the woods wander two scrofulous hillbillies with a shotgun, and proceed to assault the campers with a casual brutality that leaves the reader squirming.

“It’s a bad situation inside an impossible one wrapped up in a hopeless one, with rapids crashing along between sheer cliffs and bullets zinging down from overhead. A most dangerous game.”

The New Republic described “Deliverance” as a powerful book that readers would not soon forget.

“I wondered where the excitement was that intrigued Lewis so much; everything in Oree was sleepy and hookwormy and ugly, and most of all, inconsequential. Nobody worth a damn could ever come from such a place.”

“How a man acts when shot by an arrow, what it feels like to scale a cliff or to capsize, the ironic psychology of fear,” The New Republic review stated. “These things are conveyed with remarkable descriptive writing.”

But the Southern Review probably said it best by stating that “Deliverance” touched on the basic “questions that haunt modern urban man.”

The book spent 26 weeks on the New York Times best-selling hardback list, and 16 weeks on that newspaper’s paperback list.

Within two years, it had achieved its eighth printing and sold almost 2 million copies.

The novel was having an immediate impact on the image of northern Georgia, according to the book, “Dear Appalachia: Readers, Identity, and Popular Fiction since 1878” by author Emily Satterwhite.

“Dickey’s novel created for readers an Appalachia that served as the site of a collective ‘nightmare,’ to use a term adopted by several of Dickey’s reviewers,” Satterwhite wrote. “The rape of city men by leering ‘hicks,’ central to the novel… became almost synonymous with popular conceptions of the mountain South.”

The book is a tall tale written by a man raised in a wealthy neighborhood in Atlanta, who both loved and feared the mountains of North Georgia, according to Satterwhite.

“Dickey’s father, James II, was a lawyer who loved hunting and cockfighting; his North Georgia farm served as a refuge from his wife, her family inheritance and the Buckhead mansion and servants that her wealth afforded them even in the depths of the Great Depression,” Satterwhite wrote, adding that James Dickey, like his father, was also uncomfortable with his family’s wealth. “Dickey preferred to claim that he grew up in the mountains. He attributed his blustery aggressiveness to his ‘North Georgia folk heritage’ and averred, ‘My people are all hillbillies. I’m only second-generation city.’”

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But that was far from the truth.

“Though Dickey’s ancestors had indeed lived in mountainous Fannin County, Georgia, they were not the plain folks he made them out to be,” Satterwhite wrote. “He failed to acknowledge that they were slaveholders and among the largest landowners and wealthiest residents of the county. Dickey’s romantic — and racist — vision of Appalachia as a place apart stayed with him his entire life.”

Dickey’s conflicting feeling about these so-called “mountain people” of North Georgia is evident in many of the conversations between two of the novel’s main characters, graphic artist Ed Gentry and outdoor survivalist Lewis Medlock.

In the beginning of the book, Lewis attempts to describe to Ed, the narrator of the novel and the character who is generally believed to be loosely based on Dickey himself, what makes the mountains of northern Georgia so special.

Lewis insists that there “may be something important in the hills.”

But Ed quickly fires back, “I don’t mind going down a few rapids with you and drinking a little whiskey by a campfire. But I don’t give a fiddler’s f*** about those hills.”

Lewis continues to try to persuade Ed by telling him about a recent trip he took with another friend, Shad Mackey, who got lost in these very same mountains.

“I happened to look around, and there was a fellow standing there looking at me,” Lewis said. “‘What you want, boy down around here?’ he said. He was skinny, and had on overall pants and a white shirt with the sleeves rolled up. I told him I was going down the river with another guy, and that I was waiting for Shad to show up.”

The man who stepped out of the woods was a moonshiner who, to Lewis’ surprise, offered to help.

“‘You say you got a man back up there hunting with a bow and arrow. Does he know what’s up there?’ he asked me. ‘No,’ I said. ‘It’s rougher than a night in jail in south Georgia,’ he said, ‘and I know what I’m talking about. You have any idea whereabouts he is?’ I said no, ‘just up that way someplace, the last time I saw him.’”

What happened next opened Lewis’ eyes to these mountain people, he told Ed.

“The fellow stood up and went over to his boy, who was about fifteen. He talked to him for a while, and then came about halfway back to me before he turned around and said, ‘Son, go find that man.’

“The boy didn’t say a thing. He went and got a flashlight and an old single-shot twenty-two. He picked up a handful of bullets from a box and put them in his pocket. He called his dog, and then he just faded away.”

Several hours later, the boy returned with Shad, who had broken his leg. When Lewis finishes his story, it’s obvious the tale means very little to Ed.

“That fellow wasn’t commanding his son against his will,” Lewis said. “The boy just knew what to do. He walked out into the dark.”

Ed quickly asks, “So?”

“So, we’re lesser men, Ed,” Lewis said. “I’m sorry, but we are.”

“From the ubiquitous rendition of the ‘Dueling Banjos’ theme song to allude to danger from hicks to bumper stickers for tourists reading, ‘Paddle faster, I hear banjoes,’ the novel and film have created artifacts that many of us encounter on an almost weekly basis.”

When the pair reaches the fictitious mountain town of Oree, Georgia, in the novel, Ed is clearly even less impressed.

“An old man with a straw hat and work shirt appeared at Lewis’ window, talking in. He looked like a hillbilly in some badly cast movie, a character actor too much in character to be believed. I wondered where the excitement was that intrigued Lewis so much; everything in Oree was sleepy and hookwormy and ugly, and most of all, inconsequential. Nobody worth a damn could ever come from such a place.”

As Lewis continues to negotiate with the mountain men, Ed becomes even more harsh in his description of Oree and its residents.

“There is always something wrong with people in the country, I thought. In the comparatively few times I had ever been in the rural South I had been struck by the number of missing fingers. Offhand, I had counted around twenty, at least. There had also been several people with some form of crippling or twisting illness, and some blind or one-eyed. No adequate medical treatment maybe. But there was something else. You’d think that farming was a healthy life, with fresh air and fresh food and plenty of exercise, but I never saw a farmer who didn’t have something wrong with him, and most of the time obviously wrong.

“The catching of an arm in a tractor park somewhere off in the middle of a field where nothing happened but that the sun blazed back more fiercely down the open mouth of one’s screams. And so many snakebites deep in the woods as one stepped over a rotten log, so many domestic animals suddenly turning and crushing one against the splintering side of a barn stall. I wanted none of it, and I didn’t want to be around where it happened either. But I was there, and there was no way for me to escape, except by water, from the country of nine-fingered people.”

The South Squeals Like a Pig

The portrait of mountain people as toothless, sexual deviants in a “country of nine-fingered people” was too much for many Southerners to accept.

“The consequences of fictional representation have never been more powerful for the imagination of mountainness — or perhaps even for southernness, ruralness, and ‘primitiveness’ more generically — than in the case of ‘Deliverance,’” Satterwhite wrote.

By the time director John Boorman brought “Deliverance” to the big screen in 1972 starring Burt Reynolds as Lewis and Jon Voight as Ed, the damage to the South’s reputation was in full force.

The movie, which was primarily filmed in Rabun County in North Georgia during the summer of 1971, grossed about $6.5 million in its first year and was considered a great success at home and internationally.

“Indeed, it would be difficult to overstate the thoroughness with which ‘Deliverance,’ transformed by Dickey and director John Boorman into a film classic, has imbricated itself into Americans’ understanding and worldview,” Satterwhite wrote. “From the ubiquitous rendition of the ‘Dueling Banjos’ theme song to allude to danger from hicks to bumper stickers for tourists reading, ‘Paddle faster, I hear banjoes,’ the novel and film have created artifacts that many of us encounter on an almost weekly basis.”

Ironically, the movie’s most memorable line, “Squeal like a pig!” was never a part of the book. It was allegedly improvised by the actor during filming.

But the South wanted to still promote Dickey, an accomplished Atlanta author, so articles in the Columbia Record and other South Carolina and Georgia newspapers frequently featured Dickey’s novel. The film version of “Deliverance” was also honored at the Atlanta film festival.

“Southern hopes for self-promotion were evident at the film’s premiere in Atlanta,” Satterhite wrote. “Dickey leaned over to say to Jimmy Carter, then the governor: ‘Ain’t no junior league movie is it, Governor?’ ‘It’s pretty rough,’ Carter agreed, ‘but it’s good for Georgia.’ Carter paused. ‘It’s good for Georgia. I hope.’”

However, the success of “Deliverance” had such an impact on the Peach State, Carter decided to create a state film office in 1973 to ensure Georgia kept landing movie roles.

As a result, the film and video industry has contributed more than $5 billion to the state’s economy since the Georgia Film Commission was established.

But the release of “Deliverance” was, without question, a difficult time for rural Southerners, wrote Western Kentucky University professor Anthony Harkins, author of “Hillbilly: A Cultural History of an American Icon.”

The mountaineers of “Deliverance” were “crippled misfits and savage sodomizers of the North Georgia wilderness” who terrorize the foursome of Atlanta canoeists who simply want to run the rapids of the fictitious Cahulawassee River.

“Indisputably the most influential film of the modern era in shaping national perceptions of southern mountaineers and rural life in general, Deliverance’s portrayal of degenerate, imbecilic, and sexually voracious predators bred fear into several generations of Americans,” Harkins wrote. “As film scholar Pat Arnow only partly facetiously argued in 1991, the film ‘is still the greatest incentive for many non-Southerners to stay on the Interstate.’”

“As film scholar Pat Arnow only partly facetiously argued in 1991, the film ‘is still the greatest incentive for many non-Southerners to stay on the Interstate.’”

In fact, Harkins points out that Daniel Roper of the North Georgia Journal described the movie’s devastating local effect as “Deliverance did for them [North Georgians] what ‘Jaws’ did for sharks.”

“The film’s infamous scenes of sodomy at gunpoint and of a retarded albino boy lustily playing his banjo became such instantly recognizable shorthand for demeaning references to rural poor whites that comedians needed to say only ‘squeal like a pig’ or hum the opening notes of the film’s guitar banjo duet to gain an immediate visceral reaction from a studio audience,” Harkins writes.

Harkins believes that’s not at all what Dickey intended in writing both the book and the movie’s screenplay.

“To (the character) Lewis (and Dickey), the mountain folk’s very backwardness and social isolation has allowed them to retain a physical and mental toughness and to preserve a code of commitment to family and kin that has long ago been lost in the rush to a commodified existence,” Harkins wrote. “Lewis praised the ‘values’ passed down from father to son.”

But all of that meaning appeared to be lost in the film, Harkins wrote. Instead, Hollywood was much more interested in the horrific tale and captivating adventure of traveling down a North Georgia river being chased by crazed hillbillies.

The film was about the shock and fear of such an incident in the rural mountains that enthralled moviegoers.

“The film explicitly portrays Lewis (Burt Reynolds) shooting the rapist through the back with an arrow and the man’s shocked expression as he sees the blood smeared projectile protruding from his chest just before he dies violently,” Harkins wrote.

Surprisingly, Dickey seemed to thoroughly enjoy that scene in the film during the movie’s New York premiere, Harkins writes.

“Known for his outrageous antics and drunken public appearances, (Dickey) is said to have shouted out in the crowded theater, ‘Kill the son of a bitch!’ at the moment Lewis aims his fatal arrow,” Harkins wrote. “And then ‘Hot damn’ once the arrow found its mark.”

Many years later, Ned Beatty, the actor in the famous rape scene wrote an editorial for the New York Times called “Suppose Men Feared Rape.”

“‘Squeal like a pig.’ How many times has that been shouted, said or whispered to me since then?” wrote Beatty, who, according to Atlanta’s Creative Loafing would reply, “When was the last time you got kicked by an old man?”

Beatty wrote the editorial amid the outcry of 1989’s high-profile Central Park jogger rape case, and offered his experience with the snide catcalls, Creative Loafing reported.

“Somewhere between their shouts and my threats lies a kernel of truth about how men feel about rape,” he wrote. “My guess is, we want to be distanced from it. Our last choice would be to identify with the victim. If we felt we could truly be victims of rape, that fear would be a better deterrent than the death penalty.”

The Shock in Rabun County, Georgia

The rape of Ned Beatty’s character was easily the most memorable scene in the film, and, needless to say, many of the residents in Rabun County who were interviewed after the movie was released were less than thrilled.

“Resentment grew even while the film was being made,” Harkins wrote. “As word of how the mountaineers were being portrayed spread, (James Dickey’s son) Christopher Dickey, who was staying with his family in a low-budget motel and had more contact with the local residents acting or working on the set than did Boorman and the lead actors staying in chalets at a nearby golf resort, began to fear for his safety. Shaped by a century of media depictions of brutally violent mountaineers, he worried that some ‘real mountain men’ with ‘real guns’ might ‘teach some of these movie people a lesson.’”

Although many people in the region still bristle at the movie’s portrayal of locals as ignorant hillbillies, there were some major benefits to the book and film.

“That river doesn’t care about you. It’ll knock your brains out. Most of the people going up there don’t know about whitewater rivers. They are just out for a lark, just like those characters in ‘Deliverance.’ They wouldn’t have gone up there if I hadn’t written the book.”

Both helped create the more than $20 million rafting and outdoor sports industry along the Chattooga River in North Georgia.

In 2012, the national media descended on Rabun County again when reporters quickly learned the film’s 40th anniversary was going to be celebrated during the Chattooga River Festival.

“The movie, ‘Deliverance’ made tourist dollars flow into the area, but there was one memorable, horrifying male rape scene that lasted a little more than four minutes, but has lasted 40 years inside the hearts and minds of the people who live here,” CNN reported in 2012.

Rabun County Commissioner Stanley “Butch” Darnell told the media he was disgusted by the way the region was depicted in the film.

“We were portrayed as ignorant, backward, scary, deviant, redneck hillbillies,” he told CNN. “That stuck with us through all these years and in fact that was probably furthest from the truth. These people up here are a very caring, lovely people.”

“There are lots of people in Rabun County that would be just as happy if they never heard the word, ‘Deliverance’ again,” he added.

The news media interviewed everyone, including Rabun County resident Billy Redden, who as a teen was asked to play the “Banjo boy” in the film.

“I don’t think it should bother them. I think they just need to start realizing that it’s just a movie,” Redden, who still lives in Rabun County and works at Walmart, told CNN in 2012. “It’s not like it’s real.”

The Rabun County Convention and Visitor’s Bureau also pointed out that tourism brings in more than $42 million a year in revenue, which makes for a huge surplus for a county whose operating budget was about $17 million at the time.

Several local businesses embraced the 2012 festival including the owners of the Tallulah Gorge Grill.

The Tallulah Gorge is the very gorge that Jon Voight climbed out of near the end of the 1972 film and the owners of the Tallulah Gorge Grill wanted to celebrate that milestone.

“It is hard to believe that 40 years have passed since this movie first brought fame to the Northeast Georgia Mountains,” Tanya Jacobson-Smith wrote on the grill’s website promoting the festival. “Much has happened over the years here in Rabun County Georgia and around the world. Some good, some bad. Some still believe the movie was a poor portrayal of this county and it’s people. Other’s believe it is at least part of what has helped this region survive.”

Both thoughts are justified, Jacobson-Smith wrote.

“When ‘Deliverance’ was released in 1972, it was for many outside the community their first introduction to the beauty of the Blue Ridge Mountains, and the ways of the people living and working in their shadow,” she wrote. “Many of us (myself included) saw the breathtaking beauty of this area for the first time via the big screen. We caught a glimpse into the lives of the people who inhabit this place, some good and some not so good. There are those who believe that ‘Deliverance’ made the mountain people seem ‘backwards, uneducated, scary, and even deviant.’ I believe there were also many who, like myself, saw a people of great strength, caring and compassion. A community knit together by hardship, sharing and caring for each other and willing to help anyone who came along.”

She wrote that, as in any community, if people look hard enough and thoroughly examine its residents, they will find some bad, but most often they will find “a greater good that outshines the bad.”

“That is certainly the case here in the Northeast Georgia Mountains,” she wrote. “Most importantly ‘Deliverance’ introduced the world to the natural beauty of this mountain region, the unforgettable sounds of the Appalachian music and the wild excitement of river rafting. Drawn here by what they saw on the big screen, tourists flocked to the area to see and experience for themselves the good things they had seen in the movie.”

As a result, tourists filled hotels and campgrounds to capacity, tasted the local fare in restaurants and cafes and discovered the thrill of swimming in, or paddling on, the state’s beautiful rivers and lakes.

“Forty years later, people from all over the world still come to this area to experience the beauty and simplicity of mountain living,” she wrote. “It is here in these beautiful mountains that ‘strangers’ find a vibrant community of lifelong residents and newcomers, working together to maintain a quality of life that has been lost in much of today’s world.”

Over the years, Rabun County and surrounding North Georgia communities have embraced these changes. Some parts of the area have become a playground for high-end homeowners with multi-million-dollar lakefront property.

But there was also some growing pains.

Thousands of “suburbanites” flocked to the river in search of whitewater thrills and exhibited what author Anthony Harkins calls “the Deliverance syndrome.”

These individuals showed the “same lack of respect and reverence for the river that the characters in the film had displayed,” Harkins wrote, adding “to the shame of local guides, some even would make pig squeals when they reached the section of the river where the rape scene had been filmed.”

Some of those individuals paid a price.

“Seventeen people drowned on the river between 1972 and 1975, most with excessive blood-alcohol levels, until new regulations were imposed when the river was officially designated Wild and Scenic in 1974,” Harkins wrote.

Ironically, some people like to point out that “Deliverance” author James Dickey tried to warn people prior to his death in 1997 about their need to respect the rivers located in the mountains of North Georgia.

“That river doesn’t care about you. It’ll knock your brains out,” Dickey told the Associated Press in 1973. “Most of the people going up there don’t know about whitewater rivers. They are just out for a lark, just like those characters in ‘Deliverance.’ They wouldn’t have gone up there if I hadn’t written the book. There’s nothing I can do about it. I can’t patrol the river. But it just makes me feel awful.”

Voir par ailleurs:

Comment le néolibéralisme détruit les classes moyennes, par Christophe Guilluy

« There is no such thing as society » (« La société, cela n’existe pas »), ce message de Margaret Thatcher de 1987, au plus fort de son pouvoir, vous en tirez le titre de votre dernier livre*. Vous êtes devenu thatchérien ?
Christophe Guilluy : Moi, non. Mais le monde, oui. En tout cas, les pays de l’OCDE, et plus encore les démocraties occidentales, répondent pleinement au projet que la Dame de fer appelait de ses vœux. Partout, trente ans de mondialisation ont agi comme une concasseuse du pacte social issu de l’après-guerre. La fin de la classe moyenne occidentale est actée. Et pas seulement en France. Les poussées de populisme aux Etats-Unis, en Italie, et jusqu’en Suède, où le modèle scandinave de la social-démocratie n’est désormais plus qu’une sorte de zombie, en sont les manifestations les plus évidentes. Personne n’ose dire que la fête est finie. On se rassure comme on peut. Le monde académique, le monde politique et médiatique, chacun constate la montée des inégalités, s’inquiète de la hausse de la dette, de celle du chômage, mais se rassure avec quelques points de croissance, et soutient que l’enjeu se résume à la question de l’adaptabilité. Pas celle du monde d’en haut. Les gagnants de la mondialisation, eux, sont parfaitement adaptés à ce monde qu’ils ont contribué à forger. Non, c’est aux anciennes classes moyennes éclatées, reléguées, que s’adresse cette injonction d’adaptation à ce nouveau monde. Parce que, cahin-caha, cela marche, nos économies produisent des inégalités, mais aussi plus de richesses. Mais faire du PIB, ça ne suffit pas à faire société.
Comme géographe, vous avez imposé dans le débat hexagonal la notion de « France périphérique« . Ce n’est pas une de ces fameuses exceptions françaises ?

Election de Trump, Brexit, arrivée au pouvoir d’une coalition improbable liant les héritiers de la Ligue du Nord à ceux d’une partie de l’extrême gauche en Italie. De même qu’il y a une France périphérique, il y a une Amérique périphérique, un Royaume-Uni périphérique, etc. La périphérie, c’est, pour faire simple, ces territoires autour des villes-mondes, rien de moins que le reste du pays. L’agglomération parisienne, le Grand-Londres, les grandes villes côtières américaines, sont autant de territoires parfaitement en phase avec la mondialisation, des sortes de Singapour. Sauf que, contrairement à cette cité-Etat, ces territoires disposent d’un hinterland, d’une périphérie. L’explosion du prix de l’immobilier est la traduction la plus visible de cette communauté de destin de ces citadelles où se concentrent la richesse, les emplois à haute valeur ajoutée, où le capital culturel et financier s’accumule. Cette partition est la traduction spatiale de la notion de ruissellement des richesses du haut vers le bas, des premiers de cordée vers les autres. Dans ce modèle, la richesse créée dans les citadelles doit redescendre vers la périphérie. Trente ans de ce régime n’ont pas laissé nos sociétés intactes. Ce sont d’abord les ouvriers et les agriculteurs qui ont été abandonnés sur le chemin, puis les employés, et c’est maintenant au tour des jeunes diplômés d’être fragilisés. Les plans sociaux ne concernent plus seulement l’industrie mais les services, et même les banques… Dans les territoires de cette France périphérique, la dynamique dépressive joue à plein : à l’effondrement industriel succède celui des emplois présentiels lequel provoque une crise du commerce dans les petites villes et les villes moyennes.

Les gens aux Etats-Unis ou ailleurs ne se sont pas réveillés un beau matin pour se tourner vers le populisme. Non, ils ont fait un diagnostic, une analyse rationnelle : est-ce que ça marche pour eux ou pas. Et, rationnellement, ils n’ont pas trouvé leur compte. Et pas que du point de vue économique. S’il y a une exception française, c’est la victoire d’Emmanuel Macron, quand partout ailleurs les populistes semblent devoir l’emporter.

En quoi la victoire d’Emmanuel Macron est-elle un cas particulier ?

Emmanuel Macron est le candidat du front bourgeois. A Paris, il n’est pas anodin que les soutiens de François Fillon et les partisans de La Manif pour tous du XVIe arrondissement aient voté à 87,3 % pour le candidat du libéralisme culturel, et que leurs homologues bobos du XXe arrondissement, contempteurs de la finance internationale, aient voté à 90 % pour un banquier d’affaires. Mais cela ne fait pas une majorité. Si Emmanuel Macron l’a emporté, c’est qu’il a reçu le soutien de la frange encore protégée de la société française que sont les retraités et les fonctionnaires. Deux populations qui ont lourdement souffert au Royaume-Uni par exemple, comme l’a traduit leur vote pro-Brexit. Et c’est bien là le drame qui se noue en France. Car, parmi les derniers recours dont dispose la technocratie au pouvoir pour aller toujours plus avant vers cette fameuse adaptation, c’est bien de faire les poches des retraités et des fonctionnaires. Emmanuel Macron applique donc méticuleusement ce programme. Il semble récemment pris de vertige par le risque encouru pour les prochaines élections, comme le montre sa courbe de popularité, laquelle se trouve sous celle de François Hollande à la même période de leur quinquennat. Un autre levier, déjà mis en branle par Margaret Thatcher puis par les gouvernements du New Labour de Tony Blair, est la fin de l’universalité de la redistribution et la concentration de la redistribution. Sous couvert de faire plus juste, et surtout de réduire les transferts sociaux, on réduit encore le nombre de professeurs, mais on divise les classes de ZEP en deux, on limite l’accès des classes populaires aux HLM pour concentrer ce patrimoine vers les franges les plus pauvres, et parfois non solvables. De quoi fragiliser le modèle de financement du logement social en France, déjà mis à mal par les dernières réformes, et ouvrir la porte à sa privatisation, comme ce fut le cas dans l’Angleterre thatchérienne.

Cette situation, vous la décrivez comme explosive…

Partout en Europe, dans un contexte de flux migratoire intensifié, ce ciblage des politiques publiques vers les plus pauvres – mais qui est le plus pauvre justement, si ce n’est celui qui vient d’arriver d’un territoire 10 fois moins riche ? – provoque inexorablement un rejet de ce qui reste encore du modèle social redistributif par ceux qui en ont le plus besoin et pour le plus grand intérêt de la classe dominante. C’est là que se noue la double insécurité économique et culturelle. Face au démantèlement de l’Etat-providence, à la volonté de privatiser, les classes populaires mettent en avant leur demande de préserver le bien commun comme les services publics. Face à la dérégulation, la dénationalisation, elles réclament un cadre national, plus sûr moyen de défendre le bien commun. Face à l’injonction de l’hypermobilité, à laquelle elles n’ont de toute façon pas accès, elles ont inventé un monde populaire sédentaire, ce qui se traduit également par une économie plus durable. Face à la constitution d’un monde où s’impose l’indistinction culturelle, elles aspirent à la préservation d’un capital culturel protecteur. Souverainisme, protectionnisme, préservation des services publics, sensibilité aux inégalités, régulation des flux migratoires, sont autant de thématiques qui, de Tel-Aviv à Alger, de Detroit à Milan, dessinent un commun des classes populaires dans le monde. Ce soft power des classes populaires fait parfois sortir de leurs gonds les parangons de la mondialisation heureuse. Hillary Clinton en sait quelque chose. Elle n’a non seulement pas compris la demande de protection des classes populaires de la Rust Belt, mais, en plus, elle les a traités de « déplorables ». Qui veut être traité de déplorable ou, de ce côté-ci de l’Atlantique, de Dupont Lajoie ? L’appartenance à la classe moyenne n’est pas seulement définie par un seuil de revenus ou un travail d’entomologiste des populations de l’Insee. C’est aussi et avant tout un sentiment de porter les valeurs majoritaires et d’être dans la roue des classes dominantes du point de vue culturel et économique. Placées au centre de l’échiquier, ces catégories étaient des références culturelles pour les classes dominantes, comme pour les nouveaux arrivants, les classes populaires immigrées. En trente ans, les classes moyennes sont passées du modèle à suivre, l’american ou l’european way of life, au statut de losers. Il y a mieux comme référents pour servir de modèle d’assimilation. Qui veut ressembler à un plouc, un déplorable… ? Personne. Pas même les nouveaux arrivants. L’ostracisation des classes populaires par la classe dominante occidentale, pensée pour discréditer toute contestation du modèle économique mondialisé – être contre, c’est ne pas être sérieux – a, en outre, largement participé à l’effondrement des modèles d’intégration et in fine à la paranoïa identitaire. L’asociété s’est ainsi imposée partout : crise de la représentation politique, citadéllisation de la bourgeoisie, communautarisation. Qui peut dès lors s’étonner que nos systèmes d’organisation politique, la démocratie, soient en danger ?

Voir aussi:

Guilluy / Smith : démolition médiatique demandée!

Ces intellectuels qui pensent mal et que certains médias exécutent


Depuis la parution de leur dernier livre, Christophe Guilluy et Stephen Smith sont victimes d’une fatwa. Coupables de penser différemment de la majorité de la « communauté scientifique », sur les sujets démographiques et migratoires notamment, ils sont minutieusement disqualifiés médiatiquement. 


Une constante des liquidations professionnelles en sciences sociales est le mélange d’attaques personnelles – on s’en prend à l’auteur, on se livre à une analyse psychologique et idéologique de l’auteur, de son passé, de penchants politiques dont il n’est pas forcement conscient lui-même – et de critiques qui, pour être percutantes, nécessitent de faire des raccourcis ou une lecture partielle, parfois des démonstrations frauduleuses. Au mieux, on le taxe d’imprudence, au pire on l’accuse de faire le jeu du camp du mal et des heures les plus sombres qui ne sont pas toutes derrière nous.

Eux pour tous et tous contre un !

Deux affaires récentes racontent le règlement de compte de deux gêneurs, Stephen Smith et Christophe Guilluy. Le premier a écrit un livre traitant de l’avenir des migrations subsahariennes qui a rencontré un gros succès – La ruée vers l’Europe : La jeune Afrique en route pour le Vieux Continent. Le second vient de publier No Society, la fin de la classe moyenne occidentale, dont certains commentaires laissent à penser qu’il n’a pas été vraiment lu. C’est le cas lorsqu’on lui attribue l’expression « ancienne classe moyenne blanche » qui n’apparaît jamais dans son livre (Libération).

Dans ces deux affaires, un procès en légitimité est fait aux auteurs qui, contrairement à ceux qui les ont pris en grippe, n’auraient pas les compétences nécessaires pour traiter les sujets qu’ils abordent.

Deux solutions pour liquider professionnellement un gêneur : ou on y va seul, mais soutenu par des titres qui rendent la contestation quasiment impossible aux yeux du grand public ou des journalistes, ou, n’écoutant que son courage, on chasse en groupe et on se met à plusieurs pour revendiquer les compétences dont manquerait le fauteur de trouble.

« Vrai » scientifique contre « faux » scientifique

Le procès fait à Stephen Smith relève du premier cas. Le démolisseur, François Héran, est présenté, à tour de rôle ou en même temps, comme philosophe, anthropologue,  sociologue ou démographe, sans oublier ses titres académiques : directeur de l’Ined pendant 10 ans, fraîchement nommé professeur au Collège de France et directeur du tout récent Institut Convergences sur les migrations. Avec tout ça, il ne peut que parler d’or. C’est le syndrome Mister Chance. Si l’on y ajoute le fait que la première salve a été tirée dans une revue de réputation scientifique – Population & Sociétés, le quatre pages de l’Ined – l’effet médiatique est assuré. En effet, le plan de bataille a consisté à frapper fort sur le terrain scientifique, puis à finir le travail dans la presse ou sur internet. Le timing est impeccable. Et si l’accusé se rebelle, l’accusateur est à peu près sûr d’avoir le dernier mot ; un journal ne se risquerait pas à refuser ses pages à un aussi grand savant. Sans compter la reprise en boucle sur internet. Aucun décodeur donc pour voir si la réfutation, dénommée scientifique avec une certaine emphase par son auteur et ceux qui le répètent sans en connaître, tient la route. Pas même les « Décodeurs » du Monde qui titra le 12 septembre 2018 sur la « réponse des démographes », comme si un homme aussi prestigieux – « sociologue, anthropologue et démographe, meilleur spécialiste du sujet » – ne pouvait qu’entraîner l’ensemble de la profession derrière lui. Il faut dire, à la décharge du Monde, que la publication dans la supposée très sérieuse revue Population & sociétés de l’Ined peut le laisser croire.

Permis de tuer

Le succès provient d’abord de la satisfaction idéologique procurée par la dénégation d’un risque de migrations massives en provenance de l’Afrique. Ouf ! On croit tenir là un argument scientifique à opposer aux prophètes de malheur. Une lecture attentive et critique est alors impossible, y compris par les chercheurs en sciences sociales qui en auraient les moyens et dont c’est la mission. C’est ainsi que la sociologue Dominique Méda répondit ceci à Guillaume Erner, l’animateur des Matins de France Culture, qui l’interrogeait lundi 15 octobre sur la nécessité d’un débat avec ceux qui pensent mal (il était question de Christophe Guilluy): « Je pense qu’il faut absolument débattre. Je pense à une autre controverse sur l’immigration, le fait qu’on va être submergés par l’Afrique subsaharienne [là, Guillaume Erner intervient pour préciser qu’il s’agit de Stephen Smith et de François Héran qui ont été tous deux reçus, séparément, dans l’émission]… C’est très bien, évidemment il faut donner autant… Les médias ont un rôle absolument central… dans cette question. Il faut donner autant de place à l’un qu’à l’autre… Et montrer… François Héran a fait une démonstration magistrale pour montrer la fausseté des thèses du premier. Donc il faut absolument débattre. »

Cette déclaration de Dominique Méda est intéressante car elle dénote une conception du débat  particulière – débattre, oui, à condition d’être sûr d’écraser son adversaire – et un aveuglement sur les qualités scientifiques de la démonstration de François Héran, qu’elle qualifie de magistrale. Elle a donc privilégié sa satisfaction idéologique à l’interrogation scientifique qui aurait pu l’alerter sur le caractère frauduleux de la démonstration magistrale en question.

On ne « fact-check » pas les bons scientifiques !

J’ai la chance de porter un intérêt aux questions méthodologiques et d’avoir déjà exercé cet intérêt sur les écrits antérieurs de François Héran. Mais, comme on va le voir, la critique était à la portée d’un lecteur ordinaire. François Héran fait l’hypothèse, dans sa démonstration magistrale, qu’il existe un rapport fixe dans le temps entre la population résidant en Afrique subsaharienne et celle d’immigrés de cette origine résidant en Europe, et donc en France. Si la population subsaharienne double d’ici 2050, celle vivant en France doublerait aussi.

La première question à se poser est : est-ce que cette relation repose sur une observation antérieure ? Les instituts de statistiques, lorsqu’ils élaborent des projections, apportent un soin tout particulier à quantifier ce qui s’est passé avant le démarrage de la projection. Il serait, à cet égard, utile d’avoir l’avis de l’Insee qui réalise les projections de population pour la France sur la méthode de projection de François Héran.

Que disent donc les observations rétrospectives de ce rapport supposé fixe par François Héran ? De 1982 à 2015, la population immigrée d’Afrique hors Maghreb a été multipliée par 5,1 en France, alors qu’elle ne l’a été que par 2,4 en Afrique hors Maghreb. L’hypothèse à la base de la démonstration magistrale est donc fausse et conditionne entièrement la conclusion qu’en tire François Héran. Ce raisonnement était à la portée de tous, a fortiori des sept membres du comité de rédaction de Population & Sociétés, dont le rédacteur en chef Gilles Pison. Là aussi, la satisfaction idéologique et le fait que tous partagent la même idéologie ont prévalu sur l’esprit critique attendu d’un comité de rédaction. C’est même la partie de l’histoire qui m’attriste le plus : les relecteurs de la revue de vulgarisation de l’Ined, institut public de recherche scientifique, n’y ont vu que du feu.

Je passe ici sur la morgue et le mépris affichés à l’égard de Stephen Smith dans d’autres publications. Cette exécution s’est faite au prix d’une simplification outrancière de son livre qui, rappelons-le, présente, en conclusion, cinq scénarios qui ne se réduisent pas à celui critiqué par François Héran dans lequel Stephen Smith se demande ce qui se passerait si l’Afrique subsaharienne rejoignait en trente ans un niveau de développement équivalent à celui du Mexique.

« Je ne veux pas dire que Christophe Guilluy serait mandaté par le RN, mais… »

Dans le cas de Christophe Guilluy, traité par le géographe, Jacques Lévy, invité le 9 octobre des Matins de Guillaume Erner sur France Culture, d’ « idéologue géographe du Rassemblement national », ce sont vingt-et-un géographes, historiens, sociologues, politistes, membres de la rédaction de la revue Métropolitiques, qui se sont chargés de l’exécution pour la partie scientifique, quand Thibaut Sardier, journaliste à Libération se chargeait du reste consistant, pour l’essentiel, à trouver une cohérence à des potins glanés auprès de personnes ayant côtoyé Christophe Guilluy ou ayant un avis sur lui.

La tribune des vingt-et-un s’intitule « Inégalités territoriales : parlons-en ! » On est tenté d’ajouter : « Oui, mais entre nous ! ». On se demande si les signataires ont lu le livre qu’ils attaquent, tant la critique sur le fond est générale et superficielle. Ils lui reprochent d’abord le succès de sa France périphérique qui a trouvé trop d’échos, à leur goût, dans la presse, mais aussi auprès des politiques, de gauche comme de droite. Pour le collectif de Métropolitiques, Christophe Guilluy est un démagogue et un prophète de malheur qui, lorsqu’il publie des cartes et des statistiques, use « d’oripeaux scientifiques » pour asséner des « arguments tronqués ou erronés », « fausses vérités » qui ont des « effets performatifs ». Christophe Guilluy aurait donc fait naître ce qu’il décrit, alimentant ainsi « des visions anxiogènes de la France ». Ce collectif se plaint de l’écho donné par la presse aux livres de Christophe Guilluy qui soutient des « théories nocives », alors que ses membres si vertueux, si modestes, si rigoureux et si honnêtes intellectuellement sont si peu entendus et que « le temps presse ». Le même collectif aurait, d’après Thibaut Sardier, déclaré que l’heure n’était plus aux attaques ad hominem ! On croit rêver.

Thibaut Sardier, pour la rubrique « potins », présente Christophe Guilluy comme un « consultant et essayiste […], géographe de formation [qui] a la réputation de refuser les débats avec des universitaires ou les interviews dans certains journaux, comme Libé ». L’expression « géographe de formation » revient dans le texte pour indiquer au lecteur qu’il aurait tort de considérer Christophe Guilluy comme un professionnel de la géographie au même titre que ceux qui figurent dans le collectif, qualifiés de chercheurs, ou que Jacques Lévy. Je cite : « Le texte de Métropolitiques fait écho aux relations houleuses entre l’essayiste, géographe de formation, et les chercheurs. » Si l’on en croit Thibaut Sardier, Christophe Guilluy aurait le temps d’avoir des relations avec LES chercheurs en général. Le même Thibaut Sardier donne à Jacques Lévy, le vrai géographe, l’occasion de préciser sa pensée : « Je ne veux pas dire qu’il serait mandaté par le RN. Mais sa vision de la France et de la société correspond à celle de l’électorat du parti. » Le journaliste a tendance à lui donner raison. La preuve : « La place qu’il accorde à la question identitaire et aux travaux de Michèle Tribalat, cités à droite pour défendre l’idée d’un ‘grand remplacement’ plaide en ce sens. » Thibaut Sardier se fiche pas mal de ce que j’ai pu effectivement écrire – il n’a probablement jamais lu aucun de mes articles ou de mes livres – tout en incitant incidemment le lecteur à l’imiter, compte tenu du danger qu’il encourrait s’il le faisait. Ce qui compte, c’est que je sois lue et citée par les mauvaises personnes.

« Peut-on débattre avec Christophe Guilluy ? »

Ne pas croire non plus à l’affiliation à gauche de Christophe Guilluy. Le vrai géographe en témoigne : « On ne peut être progressiste si on ne reconnaît pas le fait urbain et la disparition des sociétés rurales. » Voilà donc des propos contestant l’identité politique que Christophe Guilluy pourrait se donner pour lui en attribuer une autre, de leur choix, et qui justifie son excommunication, à une époque où il est devenu pourtant problématique d’appeler Monsieur une personne portant une moustache et ayant l’air d’être un homme !

Et l’on reproche à Christophe Guilluy de ne pas vouloir débattre avec ceux qui l’écrasent de leur mépris, dans un article titré, c’est un comble, « Peut-on débattre avec Christophe Guilluy ? » Mais débattre suppose que l’on considère celui auquel on va parler comme son égal et non comme une sorte d’indigent intellectuel que l’on est obligé de prendre en compte, de mauvais gré, simplement parce que ses idées ont du succès et qu’il faut bien combattre les théories nocives qu’il développe.

Voir encore:

Peut-on débattre avec Christophe Guilluy ?

Thibaut Sardier

Le géographe, théoricien de la «France périphérique», annonce dans son dernier essai la disparition de la classe moyenne occidentale. Celui qui avait ouvert une réflexion intéressante sur les inégalités de territoires a radicalisé son discours. Quitte à refuser toute controverse ?

Consultant et essayiste, Christophe Guilluy, géographe de formation, a la réputation de refuser les débats avec des universitaires ou les interviews dans certains journaux, comme Libé. Pourtant, il y a matière à discussion. Son dernier livre, No Society (Flammarion, 2018), élargit à l’Occident des réflexions auparavant centrées sur la France et explique que les classes moyennes ont disparu, créant des sociétés de plus en plus polarisées. D’un côté, Guilluy distingue des dominants vainqueurs de la mondialisation, volontairement retranchés à l’abri des grandes métropoles. De l’autre, l’ancienne classe moyenne blanche, appauvrie, se trouve selon lui reléguée dans les espaces ruraux et périurbains, ce que Guilluy englobe sous le terme «France périphérique» quand il ne s’intéresse qu’à l’Hexagone. Ces perdants de la mondialisation conserveraient toutefois un soft power dont on trouve la trace dans la victoire de Trump et des partis populistes européens, qui défendraient les sujets jusqu’ici négligés par les élites : «Souverainisme, protectionnisme, préservation des services publics, refus des inégalités, régulation des flux migratoires, frontières, ces thématiques dessinent un commun, celui des classes populaires dans le monde», écrit-il.

A ses contradicteurs, Guilluy oppose une fin de non-recevoir. Il invite à ne pas écouter «les médias» et «le monde académique», dont le discours a pour seul but de légitimer les dominants. A plus forte raison s’ils tentent d’introduire de la nuance : «Cette rhétorique […] vise à mettre en avant la complexité pour mieux occulter le réel. Dans ce schéma, les classes populaires n’existent pas, la France périphérique non plus.»

Certains tentent pourtant le débat contradictoire. Dans la tribune qu’ils signent, les membres de la revue en ligne Métropolitiques, spécialisée dans les questions d’aménagement urbain, appellent à des débats sur les enjeux socio-spatiaux que connaissent nos sociétés. Rédacteur en chef de la revue, Aurélien Delpirou (1) justifie l’initiative : «Les débats sont préemptés par quelques figures devenues référentes pour les médias et pour les politiques. Il y a un grand décalage entre les idées qu’ils véhiculent et les savoirs académiques.» Premier objectif : critiquer les éléments qui fondent le raisonnement de Guilluy. Membre de Métropolitiques, la sociologue Anaïs Collet montre la difficulté à parler de disparition de la classe moyenne en France : «Même si on se limite aux « professions intermédiaires » de l’Insee, qui en forment le cœur incontestable pour les définir, les classes moyennes regroupent encore un quart des actifs, une proportion qui reste en croissance.» La chercheuse réfute aussi l’hypothèse d’un décrochage des classes moyennes d’hier, qui seraient devenues les classes populaires d’aujourd’hui : «Depuis trente ans, les enfants des professions intermédiaires sont la catégorie qui a le plus progressé parmi les diplômés du supérieur, même si les plus fragiles sont effectivement en difficulté.»

Mais la controverse entre Guilluy et le monde universitaire dépasse les enjeux scientifiques, elle concerne aussi les questions politiques. Organisé autour de l’idée que «Guilluy contribue, avec d’autres, à alimenter des visions anxiogènes de la France», le texte de Métropolitiques fait écho aux relations houleuses entre l’essayiste, géographe de formation, et les chercheurs. Le 9 octobre sur France Culture, Jacques Lévy le présentait comme un «idéologue géographe du Rassemblement national». Le géographe précise à Libération : «Je ne veux pas dire qu’il serait mandaté par le RN. Mais sa vision de la France et de la société correspond à celle de l’électorat du parti.» Dans No Society, la place qu’il accorde à la question identitaire et aux travaux de Michèle Tribalat, cités à droite pour défendre l’idée d’un «grand remplacement», plaide en ce sens. Difficile pourtant de situer politiquement Guilluy. Docteur en géographie, Laurent Chalard a retracé les étapes de sa réception politique. Il rappelle que ses premières tribunes furent publiées dans des journaux de gauche comme Libé dans les années 2000, et qu’il fut reçu à l’Elysée tant par Nicolas Sarkozy que par François Hollande. «Il a un fort prisme marxiste, avec la grande place donnée aux classes sociales, mais aussi une influence chevènementiste, avec un attachement à la souveraineté nationale», précise Chalard. Pour Lévy, l’opposition nette qu’il opère entre des métropoles mondialisées et des périphéries héritières de la France rurale le rattache à un courant conservateur. «On ne peut être progressiste si on ne reconnaît pas le fait urbain et la disparition des sociétés rurales», explique Lévy.

A la question politique s’ajoute celle de la médiatisation. «Sa médiatisation débute en 2011-2012, lorsque ses thèses sont reprises par Sarkozy,explique Chalard. Cela suscite une méfiance vis-à-vis de Guilluy, qui n’a pas de doctorat et se tient à l’écart du monde universitaire. Certains mandarins estiment que ce sont eux qui devraient avoir voix au chapitre.» A rebours des premiers ouvrages comme l’Atlas des nouvelles fractures françaises ou Fractures françaises, plutôt bien accueillis par nombre d’universitaires qui disent y avoir trouvé des pistes de réflexion, ceux parus à partir de 2014 sont jugés plus polémiques et scientifiquement peu fondés, ce qui débouche sur un «Guilluy bashing» parfois jugé excessif. C’est le cas de Pierre Veltz, économiste et sociologue : «Même s’il n’était pas le premier, il a pointé le fait que les groupes en difficulté ne se trouvent pas uniquement dans les banlieues, qu’il y avait aussi un décrochage dans les périphéries (2)», analyse-t-il avant de nuancer : «Mais contrairement à ce qu’il dit, les fractures sociales traversent les territoires.» Même constat pour l’économiste Laurent Davezies : «Il s’est fait lyncher. Cela l’a poussé à radicaliser son discours.»

Avec ses deux derniers ouvrages, c’est bien cette «radicalisation» qui pose problème, car elle diffuse une vision pessimiste des questions sociales et spatiales qui, par son succès médiatique, devient une prophétie autoréalisatrice. «Après dix ans à répéter les mêmes termes, vous construisez une réalité», explique l’économiste Frédéric Gilli, membre de Métropolitiques. Or, d’autres lectures sont possibles : «En France, les inégalités sont relativement contenues, grâce notamment à la redistribution. Elles sont bien plus fortes dans les pays anglo-saxons ou les pays émergents», souligne Veltz. Christophe Guilluy répondrait sans doute que son dernier livre s’intéresse désormais à tout l’Occident.

Pour l’équipe de Métropolitiques, qui signe la tribune, l’heure n’est plus aux attaques ad hominem. Il ne s’agit pas de refuser à Guilluy sa légitimité à parler, mais de revendiquer la possibilité de débattre pour élaborer une vision plus pertinente du territoire : «La France a longtemps construit son imaginaire territorial autour des campagnes, par opposition à la ville. Malgré l’urbanisation du territoire, nous sommes restés dans ce mode binaire», explique Gilli, qui espère ainsi «une société plus apaisée». Pour cela, il faudra poursuivre les efforts de vulgarisation, dans les médias, «mais aussi dans nos cours, où nous ne cessons de vulgariser les connaissances», souligne Collet. Un défi : il est plus délicat d’émettre des idées complexes que des oppositions binaires entre dominants et dominés, ou entre métropoles et espaces périphériques. Pas facile de nuancer l’idée d’un crépuscule de la France sans nier pour autant les difficultés des territoires.

(1) Trois signataires de la tribune sont cités dans cet article : Aurélien Delpirou, Anaïs Collet et Frédéric Gilli.

(2) La France invisible de Stéphane Beaud, Joseph Confavreux, Jade Lindgaard (La Découverte, 2006).

Voir enfin:

Face au Brexit, à Trump, aux populismes, le Front des bourgeoisies sort les crocs

«There is no society» : la société, ça n’existe pas. C’est en octobre 1987 que Margaret Thatcher prononce ces mots. Depuis, son message a été entendu par l’ensemble des classes dominantes occidentales. Voyage dans l’histoire du scandale de la destruction des classes moyennes, avec « No Society », le dernier livre de Christophe Guilluy, publié chez Flammarion. Extrait 1/2.

Représentantes autoproclamées de la société ouverte et du vivre-ensemble, les classes dominantes et supérieures du XXIe siècle ont réalisé en quelques décennies ce qu’aucune bourgeoisie n’avait réussi auparavant : se mettre à distance, sans conflit ni violence, des classes populaires. La citadellisation, que la technostructure appelle « métropolisation », n’est que la forme géographique du processus de sécession des bourgeoisies au temps de la mondialisation.

Une bourgeoisie asociale

L’arnaque de la société ou de la ville ouverte offre au monde d’en haut une supériorité morale qui lui permet de dissimuler la réalité de son repli géographique et culturel. L’« open society » est certainement la plus grande fake news de ces dernières décennies. En réalité, la société ouverte et mondialisée est bien celle du repli du monde d’en haut sur ses bastions, ses emplois, ses richesses. Abritée dans ses citadelles, la bourgeoisie « progressiste » du XXIe siècle a mis le peuple à distance et n’entend plus prendre en charge ses besoins. L’objectif est désormais de jouir des bienfaits de la mondialisation sans contraintes nationales, sociales, fiscales, culturelles… et, peut-être, demain, biologiques.

En 1979, l’historien et sociologue Christopher Lasch révélait comment la culture du narcissisme et de l’égoïsme allait conduire l’Amérique à sa ruine antisociale. Il dessinait déjà avec précision le portrait d’une nouvelle bourgeoisie asociale, et notamment son incapacité à évoluer et à interagir en dehors de ses propres réseaux. Inadaptée à la vie en société, elle vit aujourd’hui totalement dans le déni de la réalité des classes populaires.

On comprend dans ce contexte que l’émergence du monde des périphéries populaires et la menace qu’elle fait peser aient provoqué un tel vent de panique dans le monde d’en haut. Un petit monde de plus en plus fermé qui semble désormais tenté par la fuite de Varennes.

Vent de panique : le front des bourgeoisies

La vague populiste qui traverse l’Occident a déclenché un mouvement de panique sans précédent au sein de la classe dominante. Rappelons-nous par exemple les réactions politiques, médiatiques, académiques suscitées par le vote en faveur du Brexit ou l’élection de Donald Trump. Insultes, refus affichés des résultats électoraux : le comportement des classes dominantes et supérieures a révélé tous les symptômes de l’hystérie d’une bourgeoisie asociale. Découvrant la fragilité de sa position, le monde d’en haut a réagi en faisant front et en renforçant sa bunkerisation.

Extrait de No Society, Christophe Guilluy, Flammarion, 2018.

Comment l’Etat, et donc les hommes politiques, sont devenus dépendants des marchés financiers

«There is no society» : la société, ça n’existe pas. C’est en octobre 1987 que Margaret Thatcher prononce ces mots. Depuis, son message a été entendu par l’ensemble des classes dominantes occidentales. Voyage dans l’histoire du scandale de la destruction des classes moyennes, avec « No Society », le dernier livre de Christophe Guilluy, publié chez Flammarion. Extrait 2/2.

Atlantico

L’abandon du bien commun accompagne fatalement le processus de sécession du monde d’en haut. Ne pouvant assumer politiquement cette démission, et notamment le démantèlement d’un État-providence jugé trop coûteux, les classes dominantes ont créé les conditions de leur impuissance à réguler, à protéger. Cela passe par une dépendance accrue au système bancaire et aux normes supranationales du modèle mondialisé. Peu à peu, les marges de manœuvre des pouvoirs publics et politiques se sont ainsi réduites. Cet affaiblissement progressif de la gouvernance politique et sociale permet aujourd’hui de justifier la fuite en avant économique et sociétale promue par des classes dominantes désormais irresponsables.

Créer les conditions de l’impuissance des pouvoirs publics

Depuis des décennies, la classe dominante n’a de cesse de déplorer les conséquences d’un modèle économique et sociétal qu’elle promeut par ailleurs avec constance. Elle plébiscite par exemple un modèle fondé sur la division internationale du travail qui condamne les classes populaires occidentales, mais feint de déplorer l’explosion du chômage et de la précarité. Elle abandonne sa souveraineté monétaire à la Commission européenne et aux marchés financiers mais s’inquiète aujourd’hui de l’explosion de la dette et de la dépendance des États aux banques.

Si les effets de la « loi de 1973 » font débat (entre libéraux et antilibéraux de gauche et de droite) et qu’elle n’est évidemment pas la cause unique de l’envolée de l’endettement français (les emprunts d’État existaient avant 1973), elle a néanmoins contribué à créer les conditions d’un renforcement de la dépendance aux marchés financiers. Cette loi, inspirée de la Réserve fédérale américaine, interdit à la Banque centrale de faire des avances au Trésor français, c’est-à-dire de prêter de l’argent à l’État à un taux équivalent à zéro. Obligé de financer son endettement par des emprunts aux banques privées, l’État perd alors une part essentielle de sa souveraineté. Ce mécanisme, opérationnel dans l’ensemble des pays développés, a permis à l’industrie de la finance de prendre le contrôle de l’économie, mais aussi du monde politique. La suite est connue. La dépendance à l’industrie de la finance plonge les États dans la spirale de la dette en justifiant la nécessité d’une baisse des dépenses publiques et à terme le démantèlement de l’État-providence. Protégé par son impuissance, le très rebelle François Hollande pouvait déclarer sans risque : « Mon ennemi, c’est la finance », et suggérer une hypothétique reprise en main du politique sur la banque (la fameuse promesse de la séparation entre les banques de dépôts et les banques d’affaires), il savait que cette proposition transgressive ne serait jamais suivie d’effet.


Grievance studies: Quelle folie identitaire ? (As it leaks into other fields like education, social work, media, psychology and sociology, corrupt scholarship undermines the legitimacy and reputations of universities, skews politics, drowns out needed conversations and pushes the culture war to ever more toxic and existential polarization, US researchers warn)

6 octobre, 2018
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. René Girard
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama (2008)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
J’entends des voix apeurées qui nous appellent à construire des murs. Plutôt que des murs, nous voulons aider les gens à construire des ponts. Mark Zuckerberg
The scholars promoting this concept claim that it is a microaggression even when someone says “I don’t see you as black,” or claims to be colorblind, or purports not to be a sexist, or in general doesn’t “acknowledge” one’s race membership or gender. But let’s face it — it’s considered racist for whites to treat any trait as “black.” If we accept that, then we can’t turn around and say they’re racists to look at black people as just people. That particular aspect of the microaggression notion seems fixed so that whites can’t do anything right. One can’t help sensing a notion that this would be perhaps “payback” for whites and the nasty society they stuck us with. But all it does is create endless conflict, under an idea that basically being white is, in itself, a microaggression. That, however, is neither profound nor complex — it’s just bullying disguised as progressive thought. Let’s call it microaggression when people belittle us on the basis of stereotypes. Creating change requires at least making sense. John McWorther
Il n’y a pas longtemps, l’apartheid régnait en Afrique du sud. Reposant sur la ségrégation des Noirs, il voulait se disculper en créant des bantoustans où une autonomie factice leur était concédée. Un tel système a heureusement disparu. Et voici qu’aujourd’hui, c’est un apartheid d’un nouveau genre qui est proposé à la France, une ségrégation à l’envers grâce à laquelle les « dominés » préserveraient leur dignité en se mettant à l’abri des « dominants ». Mais alors, cela veut dire qu’une femme qui ôte le voile et sort dans la rue deviendrait une proie normale ? Cela veut dire qu’une « race » qui côtoie les autres serait humiliée ? Cela veut dire qu’une religion qui accepte de n’être qu’une parmi d’autres perdrait la face ? (…) À quoi peut donc servir ce ségrégationnisme nouvelle manière ? Doit-il seulement permettre aux soi-disant « dominés » de sauvegarder leur pureté en vivant entre eux ? N’a-t-il pas surtout pour but d’affirmer la sécession avec la communauté nationale, avec ses lois et ses mœurs ? N’est-il pas l’expression de la haine la plus caractérisée à l’égard de notre pays et de la démocratie ? Que chacun vive dans la loi de sa communauté ou de sa caste et dans le mépris de celle des autres, que chacun ne soit jugé que par les siens, cela est contraire à l’esprit de la République. Celle-ci a été fondée sur le refus de droits privés s’appliquant à des catégories spécifiques et exclusives, autrement dit sur l’abolition des privilèges. Les mêmes lois pour chacun de nous, voilà ce que nous garantit au contraire la République. C’est ce qu’on appelle tout simplement la Justice. Le nouveau séparatisme avance masqué. Il veut paraître bénin, mais il est en réalité l’arme de la conquête politique et culturelle de l’islamisme. L’islamisme veut être à part car il rejette les autres, y compris les musulmans qui ne partagent pas ses vues. L’islamisme déteste la souveraineté démocratique car elle lui refuse toute légitimité. L’islamisme se sent humilié lorsqu’il ne domine pas. Manifeste contre le séparatisme islamique
Récapitulons : Donald Trump est la vulgarité incarnée. Viktor Orban menace la démocratie. Le premier entache les États-Unis de ses comportements grossiers. Le second viole, en Hongrie, l’indépendance de la justice et la liberté de la presse. Ce tableau est brossé, en France, par la Macronie et ses médias. Pourtant, c’est le chef de l’État qui a longtemps fait obstacle à la nomination du nouveau procureur de Paris : trois candidats à la succession de François Molins, proposés par la Chancellerie, ont d’abord été retoqués par l’Élysée en dépit des usages. Le Parquet national financier, qui a sonné l’hallali contre François Fillon en 2017, a toujours ses liens avec l’exécutif. Quant à la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, elle a assigné à l’audiovisuel public la mission de « changer les mentalités sur le terrain » et de « devenir le miroir de nos différences  ». France Culture vient d’ailleurs de remercier l’impertinent Michel Onfray. Le gouvernement rêve aussi de mettre l’Internet, refuge des dissidents, sous surveillance… Bref, Emmanuel Macron reproche à Orban ce qu’il pratique. La pensée dominante en rajoute dans l’obligation de bêler en chœur, lorsqu’elle dénonce les récalcitrants comme des ennemis du Bien. Quant à ceux qui accablent Trump, ils ne voient rien de la métamorphose de Macron. Il a été salué pour avoir su se glisser, avec talent et élégance, dans les habits de président. Or, depuis, un Dorian Gray s’ébauche derrière le personnage fiévreux et transgressif. « Alexandre Benalla n’est pas mon amant  », croit utile de préciser, en juillet, le chef de l’État pour démentir un ragot sur son garde du corps. Imaginer le général de Gaulle se prêter à une telle confidence donne la mesure de l’effondrement de la politique. Pour avoir abandonné sa posture « jupitérienne », voilà le président prêt à tout pour faire peuple. À côté, Nicolas Sarkozy et François Hollande incarneraient presque la sophistication. Et c’est Trump qui, par contraste, se montre respectable. « Le pouvoir ressemble au Titanic, dont le ministre de l’Intérieur vient de s’échapper mardi. Le naufrage sera difficile à éviter. Les premiers effets du revirement dans la communication élyséenne viennent d’ailleurs de produire une image désastreuse, samedi, à Saint-Martin, aux Antilles. Une photo, prise dans la moiteur d’une HLM, montre le président en bras de chemise entouré, amusé, de deux jeunes Antillais. Celui qui est à sa droite, contre qui le président colle son épaule, est torse nu. Son pantalon largement baissé laisse voir son caleçon. Le petit voyou fait un doigt d’honneur. Celui qui est à sa gauche, casquette à l’envers, vêtu d’un débardeur blanc, s’est présenté comme braqueur tout juste sorti de prison. Tout est vulgaire: la désinvolture des deux cousins, la complicité ambiguë du président. L’image en rappelle une autre, prise à l’Élysée, en juin, lors de la Fête de la musique: le couple Macron pose, entouré du groupe techno Kiddy Smile. Les artistes se revendiquent «fils d’immigrés, noirs et pédés». Ils portent des shorts et des maillots en résille. La Macronie perd pied, en voulant voir du racisme dans les critiques portées contre ces attitudes présidentielles. Lundi, la secrétaire d’État, Marlène Schiappa, a qualifié Marine Le Pen de «leader d’un grand parti raciste, d’extrême droite» au prétexte que la présidente du RN avait jugé la photo antillaise «impardonnable». Le député LaREM, Aurélien Taché, estime que «tous ceux qui polémiquent ne supportent tout simplement pas que la France, à tous les niveaux, change de visage». En fait, le racolage ethnique auquel se prête le chef de l’État ressemble à une ode au grand remplacement racialiste. Il est loisible de voir un deux poids deux mesures dans la réaction de Macron quand, le 18 juin dernier à Paris, il rabroue un Gavroche qui venait de l’appeler «Manu»: «Tu te comportes comme il faut. Il faut que tu m’appelles Monsieur le président de la République, ou Monsieur, d’accord?» Faut-il comprendre que le Noir serait dispensé des codes exigés du Blanc? Le sommet de l’État ne tourne plus rond. (…) Du prophète exalté qui disait incarner le nouveau monde, il ne reste qu’un masque tombé à terre. Le contraste est saisissant entre la machine de guerre savamment élaborée par Macron et les siens pour accéder au pouvoir, et l’état d’impréparation que révèle la démission de Collomb. Le vide est tel, au cœur du pouvoir, que l’intérim a dû être confié au premier ministre. Il est vrai que les dossiers de l’Intérieur – immigration, islam, violence, terrorisme – ont été de ceux que le macronisme a abandonnés aux populistes, pour leur plus grand profit. Mercredi, lors de la passation de pouvoir avec Édouard Philippe, Collomb a évoqué la situation «très dégradée» des quartiers difficiles: «On vit côte à côte, je crains que demain on ne vive face à face.» Mais cela fait longtemps que l’affrontement s’enracine entre deux France, deux peuples, deux civilisations que tout sépare. Le braqueur Redoine Faïd, interpellé mercredi à Creil (Oise), passait inaperçu sous une burqa, en dépit de la loi interdisant ce voile intégral ; il est devenu banal dans les cités. Macron perpétue la démission de l’État. Shahnourh Varinag Aznavourian s’était fait appeler Charles Aznavour, en hommage à la France qui avait accueilli ses parents arméniens. «J’ai abandonné une grande partie de mon arménité pour être français. Il faut le faire, ou il faut partir», avait-il expliqué en 2013. La mort du chanteur, lundi, devrait être un hommage à l’assimilation. Ivan Rioufol
A la fin, Gérard Collomb a réalisé qu’il n’y arriverait pas ; que la situation sécuritaire de la France était telle que lui, le ministre, n’aurait pas la force de conduire ses troupes à cette dure bataille. En prime, à Lyon, une amorce de fronde à l’idée de son retour… Mais voici l’essentiel : chez les hauts cadres du ministère de l’Intérieur, chez les patrons et chefs syndicalistes de la police, chez les officiers supérieurs de la gendarmerie, la nuit-cauchemar de la victoire française en coupe du monde de foot, le 16 juillet passé, a servi de brutal révélateur ; a ouvert les yeux des plus naïfs partisans du vivre-ensemble. Oh bien sûr, le bon peuple est resté dans l’ignorance de ce que fut cette nuit chaotique. Au nom de la « diversité » et de l' »inclusion », les médias des milliardaires et les radios du « service public » ont, tant qu’ils l’ont pu, préservé le « sacre de l’équipe de France ». « Quelques incidents à déplorer…des débordements et dégradations… La fête a mal tourné… Des gestes festifs ont parfois dérivé…  » : ce soir là, euphémismes et propos édulcorants ont inondé ces médias. Mais sur le terrain, une « ambiance bon enfant », vraiment ? A Lyon, Paris, Caen, Marseille, Rouen, Grenoble, Chambéry, Aix-Les-Bains, Nice Vallauris, Menton, Toulouse, Caen, Honfleur, Mulhouse, Strasbourg, Saint-Louis, Nantes, Lille, etc., des bandes déchainées brûlent des voitures par dizaines, « sèment la désolation », transforment les centres de vingt villes en « zones de guerres ». Les racailles assaillent les policiers, agressent des filles et frappent celles qui résistent, incendient des boutiques et des commissariats au Cocktail-Molotov. Un magistrat lyonnais dénonce une « véritable guérilla urbaine ». Des fêtards sont dévalisés ou lynchés dans les rues, des boutiques pillées, du mobilier urbain détruit. Les Champs-Elysées semblent avoir subi un tsunami. En plein tumulte criminel, les pompiers et les Samu passent une nuit d’enfer, leurs véhicules de secours aux victimes parfois hors d’usage. Des journalistes filmant l’émeute sont roués de coup et finissent aux urgences. Et le football là dedans ? Les émeutiers s’en balancent, bien sûr : ce sont pour l’essentiel les mêmes qui, au stade, sifflent l’équipe de France et le drapeau français. Pour eux, le plaisir est dans l’émeute, la force de la bande – montrer qui domine le territoire ; d’ineptes sociologues osant encore parler de « violences gratuites », quand la plupart des interpellés sont  » déjà connus de la justice pour vols, violences sur dépositaires de l’ordre public, dégradations de véhicules, etc. » Cette nuit là, tous les responsables de la sécurité publique de France – ministre en tête – réalisent que les réformettes genre « police de proximité » vont à l’échec. Regardons la liste des « quartiers de reconquête républicaine de 2018-2019 » : en région parisienne, c’est une litanie des pires coupe-gorge défrayant la chronique criminelle depuis des décennies : Sarcelles-Lochères… La Dame-Blanche à Garges-les-Gonesse… Le Luth à Gennevilliers… Les Hauts d’Asnières… Le Gros-Saule à Aulnay… Les Beaudottes à Sevran… La ZSP-Torcy… Le Cours du Luzard à Noisiel… les Merisiers à Trappes… Le Bois-L’Abbé et les Mordacs à Champigny… Les Tarterêts à Corbeil… Paris-La Chapelle… Des sites-cauchemar de la « Politique de la Ville », mi-Cours des miracles, mi-Pistes Ho-chi-Minh, d’où l’ordre républicain s’est évanoui depuis parfois un demi-siècle ; où notoirement, des gangs criminels font la loi ; où des policiers et pompiers, attirés dans des embuscades, sont lynchés plus souvent qu’à leur tour. Or sans moyens massifs, la « police de sécurité du quotidien » du ministère de l’intérieur n’est qu’un risible cache-misère : saupoudrage de policiers, effilochés dans le temps… constant usage du « déshabiller Pierre pour habiller Paul »… Des gadgets high-tech (des tablettes) pour abolir un enracinement criminel de parfois cinquante ans…. Ce, quand un récent rapport sénatorial dénonce le profond malaise de forces de sécurité intérieure, démotivées et découragées. Déclassement, dénuement matériel, véhicules et parc immobilier « en état critique » : voilà l’armée de l’Intérieur censée – sans rire – « construire une société rassemblée et apaisée ». Mais le quotidien des flics du terrain, c’est plutôt « une policière tabassée devant sa fille de trois ans par un dealer et son frère » – et une préoccupante vague de suicides. Coup de grâce : Le 30 septembre, le président Macron donne un entretien d’une page et demie au Journal du Dimanche. « Face à la tempête »… mais pas une seule fois, un seul mot sur la sécurité ou quoi que ce soit d’approchant. Vous êtes ministre de l’Intérieur et votre président oblitère totalement la sécurité comme problème national majeur. Alors vous lâchez la rampe. Et laissez votre successeur – et le président – devant les décombres. Xavier Raufer
Les déclarations fracassantes de Gérard Collomb, ex-ministre de l’Intérieur, au matin de sa passation de pouvoir à Edouard Philippe, Premier ministre, montrent que la juxtaposition de ces deux nations aujourd’hui en France engendre un risque d’affrontement. Nous sommes aujourd’hui «côte à côte» (sous-entendu musulmans et non-musulmans) a dit Gérard Collomb, mais rien ne garantit que demain nous ne serons pas «face à face». Cet avis de guerre civile en bonne et due forme a été proféré par l’homme qui, pendant un an et demi, Place Beauvau, a eu sous les yeux, au quotidien, tous les rapports de police et de gendarmerie. Gérard Collomb est partie prenante de l’élite politique française. Il abandonne son poste en informant que la guerre civile est à nos portes. Une fuite qui à elle seule justifie mon titre «Le Grand Abandon». L’avertissement aurait eu plus de force s’il avait été proféré par un ministre en exercice. L’avoir prononcé sur le pas de la porte a fait que certains médias ne l’ont même pas repris. (…)  Mais en France, la nation islamique a été fabriquée de toutes pièces. Elle est le résultat d’une politique. Les élites françaises, c’est-à-dire les grands corps de l’État, les partis politiques, les experts, les magistrats, les médias, les élites culturelles… ont, pour de multiples raisons, plusieurs décennies durant – et encore aujourd’hui – encouragé et légitimé l’immigration musulmane. Cette préférence des élites pour l’islam a produit un fossé abyssal entre la France d’en haut et la France d’en bas. Le Baromètre de la Confiance que le Cevipof, le centre de recherches de Sciences Po, publie année après année, illustre parfaitement le phénomène: la majorité de la population française témoigne à l’égard de sa classe politique d’une gamme de sentiments qui va de l’écœurement au dégoût, en passant par le rejet et l’indifférence. Et sur quoi se cristallise cette rupture entre le haut et le bas de la société? Sur l’islam jugé trop invasif et l’immigration jugée excessive. Curieusement, ce baromètre du Cevipof sauve la mise de deux institutions, l’armée et la police qui jouissent d’un taux de confiance de près de 80 %. (…) L’immigration a été voulue et organisée, mais l’islamisation de cette immigration n’était sans doute pas inscrite au menu. Si l’immigration se poursuit malgré l’islamisation, c’est sans doute que nos élites la jugent insignifiante. Ou bien qu’elle leur est indifférente. (…) La constance avec laquelle le Conseil d’État a aidé à la constitution d’une nation islamique en France est sidérante. Je liste dans mon livre tous les arrêts du Conseil d’État favorables à l’immigration musulmane, favorables au voile, favorables au burkini, favorables à la burqa, favorables aux familles polygames et j’en passe. Idem pour le Conseil constitutionnel qui trouve conforme à l’intérêt général de laisser les écoles salafistes proliférer ou de supprimer, au nom de la «solidarité», les peines qui frappaient autrefois les délinquants qui facilitaient l’immigration clandestine. Mon livre passe également au crible l’étrange aveuglement de l’Observatoire de la laïcité quand il est question d’islam et l’étrange sensibilité du Conseil supérieur de l’audiovisuel aux récriminations des téléspectateurs musulmans. (…)  L’ordonnancement et la mise en relation de ces faits étayés et vérifiés entre eux mettent en lumière une évidence: il existe bel et bien une préférence des élites françaises pour l’islam. (…) Ce n’est pas seulement l’islam qui empêche aujourd’hui de faire nation. Les élites aussi ne veulent plus faire nation. (…) Je n’ai pas remarqué de mobilisation des organisations antiracistes contre le rappeur Nick Conrad qui a chanté le meurtre des Blancs et des enfants blancs dans les crèches. Ni contre les Indigènes de la République ou le syndicat SUD Éducation qui ont organisé des séminaires «racisés» fermés aux «Blancs», ni contre Médine qui rêve de crucifier les laïcards au Golgotha, ni contre Mmes Ernotte (France Télévisions) et Nyssen (ministère de la culture) qui souhaitaient voir moins de «Blancs» à la télévision. En revanche, quand Éric Zemmour a affirmé que les immigrés étaient surreprésentés dans les prisons, ou quand Georges Bensoussan a tenté d’expliquer que l’antisémitisme sévissait dans une large frange de la population musulmane en France, les associations antiracistes se sont unies pour les traîner devant un tribunal. Au nom de la lutte antiraciste! Ces quelques exemples permettent de situer la zone d’action de l’antiracisme: faire taire tout critique de la «diversité». La «diversité» n’est pas un slogan antiraciste un peu creux. Je démontre dans mon livre que la «diversité» est en réalité une politique. Et cette politique passe par les organisations antiracistes subventionnées par l’État, par l’école où l’apprentissage de l’arabe est proposé aujourd’hui dès le primaire, par une politique du ministère de la Culture qui subventionne la «diversité» au cinéma et au théâtre, par l’Afnor qui labellise les entreprises pour plus de «diversité», par le Conseil supérieur de l’audiovisuel qui, avec son Baromètre de la «diversité» rêve d’imposer des quasi quotas ethniques sur le petit écran, et par divers lobbys comme le Club XXI d’Hakim el Karoui ou l’association Coexister… (…) l’antiracisme politique et le discours diversitaire n’ont pas pour but de combattre le racisme. Ce sont des outils au service d’une réinitialisation des consciences. Ils servent à marteler que les immigrés de couleur sont par essence des victimes. Les services du Premier ministre diffusent actuellement des clips contre les violences sexistes. L’un de ces clips montre un «Blanc» qui agresse sexuellement une jeune fille d’origine maghrébine laquelle est défendue par une «Blanche» en couple avec un homme noir. Ce clip d’État d’une grande pureté idéologique assigne la violence sexuelle aux hommes Blancs et refuse d’évoquer celle qui peut aussi exister chez les «victimes» de couleur. J’affirme que cette victimisation forcenée des Français de couleur participe à la fabrication de la violence d’aujourd’hui. (…) les partis politiques, le ministère de la justice, les associations antiracistes, l’université, l’école, les experts, les intellectuels, le monde du cinéma et du théâtre et de quelques autres encore… Chacun de ces groupes ou institutions œuvre, dans le champ qui est le sien, à la promotion de la «diversité» et de son corollaire le «vivre-ensemble». J’ai déjà évoqué le cas du Conseil d’État, du Conseil constitutionnel et du Conseil supérieur de l’audiovisuel. Mais je liste également le cas des intellectuels qui pétitionnent et lynchent médiatiquement toute personnalité publique qui émet des opinions non conformes aux leurs. L’écrivain algérien Kamel Daoud en a ainsi fait les frais quand il a expliqué que les viols de masse de Cologne en 2015 étaient dus à l’importation en Allemagne d’une culture patriarcale des relations entre les sexes. Les experts justifient et encouragent l’immigration au nom de supposés bienfaits économiques. Le ministère de la justice met à mal la liberté d’expression des Zemmour et Bensoussan… etc. (…) En trente ans, la société française a quitté un modèle laïque républicain pour être projetée dans un modèle multiculturaliste, communautariste et anti-laïque. Il s’agit d’une authentique révolution qui se poursuit encore aujourd’hui sous nos yeux. Les élites politiques, économiques et institutionnelles ont balayé le vieux modèle laïque et républicain sans demander l’avis du reste de la population. Les élites françaises ont été à l’origine du plus grand casse du siècle, lequel s’avère être aussi un casse de la démocratie et de la laïcité. Pour quel profit? Je crains que seul l’islamisme soit à même de tirer les marrons du feu. (…) La gauche clientéliste flatte le communautarisme islamique: baux emphytéotiques pour la construction de mosquées, heures de piscine réservées aux femmes, etc., cela dans le but de recueillir les voix des musulmans. L’islamo-gauchisme accompagne la violence islamiste pour conquérir le pouvoir. Ce sont deux démarches différentes, mais les deux instrumentalisent les musulmans comme outil de conquête du pouvoir. (…) Le rôle des journalistes n’est pas de prendre les apparences pour le réel. Quand Macron va au Collèges des Bernardins et déclare aux plus hautes personnalités du catholicisme français qu’il faut «réparer» le lien abîmé entre l’Église et l’État, que croyez-vous qu’il fasse? Une bonne action? Non, il fait de la politique. Il s’adresse à une Église catholique blessée par cent ans de laïcité et qui souffre d’une hémorragie de fidèles. Il lui dit: oublions la laïcité, revenez dans le jeu politique. Pourquoi Macron fait-il cela? Pour se constituer des alliés dans son grand projet de bâtir ce qu’il appelle l’ «Islam de France». Macron a besoin d’alliés pour se débarrasser de la laïcité. Quel meilleur allié que l’Église? Quant à la compassion de l’Église pour les migrants musulmans, il est bon de rappeler que cette compassion est sélective. L’Église ne défend pas les Coptes quand ils sont massacrés en Égypte, elle proteste à peine contre l’authentique épuration ethnique qui frappe les chrétiens d’Orient, et elle n’a guère eu de mot charitable pour les Yazidis massacrés par l’État islamique. C’est cette sélectivité compassionnelle qui interroge. (…) la charité affichée de l’Église envers les musulmans est aussi une politique. (…) Il y a quelques jours, le Journal télévisé de France 2 a diffusé un reportage sur l’épidémie d’attaques au couteau qui sévit à Londres. Mais la même épidémie sévit en France et aucun média ne dresse un tableau de la situation. Il faut feuilleter la presse de province, journal par journal, pour se rendre compte de l’ampleur des violences gratuites, souvent mortelles, commises au quotidien. Quand un journal évoque une attaque au couteau, on ignore le nom de l’agresseur et ses motivations. Comme s’il y avait une volonté d’anonymiser le «déséquilibré»! Les médias, dans leur grande majorité, participent au casse du siècle. Ils n’informent plus sur les problèmes, ils prêchent la «diversité» et le «vivre ensemble». Yves Mamou
On brode beaucoup sur la non intégration des jeunes de banlieue. En réalité, ils sont totalement intégrés culturellement. Leur culture, comme le rap, sert de référence à toute la jeunesse. Ils sont bien sûr confrontés à de nombreux problèmes mais sont dans une logique d’intégration culturelle à la société monde. Les jeunes ruraux, dont les loisirs se résument souvent à la bagnole, le foot et l’alcool, vivent dans une marginalité culturelle. En feignant de croire que l’immigration ne participe pas à la déstructuration des plus modestes (Français ou immigrés), la gauche accentue la fracture qui la sépare des catégories populaires. Fracture d’autant plus forte qu’une partie de la gauche continue d’associer cette France précarisée qui demande à être protégée de la mondialisation et de l’immigration à la « France raciste ». Dans le même temps, presque malgré elle, la gauche est de plus en plus plébiscitée par une « autre France », celle des grands centres urbains les plus actifs, les plus riches et les mieux intégrés à l’économie-monde ; sur ces territoires où se retrouvent les extrêmes de l’éventail social (du bobo à l’immigré), la mondialisation est une bénédiction. Christophe Guilluy
Nous sommes dans un processus de sortie lente – mais dans un processus de sortie quand même – de la classe moyenne de la part des différentes catégories qui la composent, les unes après les autres. C’est ce que j’ai voulu identifier. La notion de classe moyenne est déjà morte mais on utilise encore cette catégorie comme si elle existait encore. Mais en réalité, en parlant des classes moyennes aujourd’hui, on parle des catégories supérieures. Finalement, quand on regarde les élections, toutes les vagues populistes reposent sur deux éléments. D’une part, une sociologie, c’est-à-dire le socle de l’ancienne classe moyenne que sont les catégories populaires, ouvriers, employés, petits paysans, petits indépendants, etc…et on retrouve ces mêmes catégories partout. Et d’autre part des territoires. C’est la géographie des périphéries avec à chaque fois les mêmes logiques quel que soit le pays occidental que l’on considère. (…) Les classes ouvrières britannique et américaine ont été fracassées beaucoup plus rapidement que la classe populaire française. Il y a les effets de l’État providence en France qui sont réels, et qui a fait que nous avons encore des catégories protégées dans notre pays. (…) Emmanuel Macron a fait des scores de dirigeant soviétique dans les grandes métropoles, avec des pourcentages incroyables à Paris, Bordeaux, Toulouse etc…Emmanuel Macron se sauve avec les deux gros bataillons que sont les retraités et les fonctionnaires – la majorité des fonctionnaires ont voté Macron – qui sont les deux catégories qui sont en train d’être tondues par ce président. Nous sommes donc effectivement à la limite d’un système qui se raccroche à des catégories encore protégées mais le vent tourne. (…) Aujourd’hui, 30% des 53-69 ans vivent sous le seuil de pauvreté, nous voyons les choses se transformer en douceur pour des catégories que l’on pensait préservées. Cela est le contexte français, mais en Grande Bretagne par exemple, les retraités ont été fracassés tout de suite et n’ont pas hésité à voter en faveur du Brexit. L’idée que les retraités vont continuer à protéger le système est à mon avis un leurre. C’est la même chose pour les fonctionnaires, les catégories B et C qui s’en prennent plein la figure ne vont pas éternellement protéger un système dont elles ne bénéficient pas. Cela est vraiment intéressant de constater que tout évolue partout mais toujours en fonction des contextes. (…) Les catégories modestes ont été relativement mieux protégées en France qu’elles ne l’ont été aux Etats-Unis ou en Grande Bretagne. On a bien un contexte français très particulier avec une fonction publique très importante etc…c’est là-dessus que nous faisons la différence. Mais une fois encore, cela n’est qu’une question de temps. Et le temps joue effectivement vers la disparition de cette classe moyenne. C’est donc bien la structuration sociale de l’ensemble des pays développés qui est en train de se modifier avec ces 20-30% de gens « en haut » qui vont s’en sortir et une immense classe populaire qui n’est plus dans l’espoir d’une amélioration de ses conditions de vie. (…) ces gens ont vraiment joué le jeu de la mondialisation et de l’Europe. Il n’y a jamais eu d’opposition de principe, ils ont joué le jeu et après 20 ou 30 ans ils font le diagnostic pour eux-mêmes et pour leurs enfants que finalement cela n’a pas marché. Il s’agit simplement d’un constat rationnel de leur part. Ce qui est frappant, c’est que tous les modèles sont affectés, du modèle américain au britannique, au modèle français républicain, jusqu’au modèle scandinave. (…) Mais (…) la disparition de la classe moyenne a commencé par les ouvriers, les paysans, les employés, les professions intermédiaires et demain, ce sera une fraction des catégories supérieures qui sera emportée. On voit déjà que les jeunes diplômés du supérieur n’arrivent plus à s’intégrer. Le processus est enclenché et il va détruire aussi des catégories qui pensent encore être protégées. (…) A partir du moment ou la gauche a abandonné la question sociale, elle a abandonné les catégories populaires et c’est la dessus que le divorce s’est réalisé. Ce mouvement s’est accompagné d’une forme d’ostracisation des plus modestes qui était très forte dans certains milieux de gauche, et aujourd’hui la rupture est totale. On a en plus un processus de sécession , que Christopher Lash avait vu très tôt, qui est celle des bourgeoisies, qui s’ajoute au phénomène de citadellisation des élites, qui fait qu’il n’y a pas plus de connexion entre ces catégories. (…) Il faut arrêter le discours du magistère des prétentieux. Cette idée de rééducation du peuple, en lui montrant la voie, n’est pas possible. Une société c’est une majorité de catégories modestes et l’objectif d’une démocratie, c’est de servir prioritairement ces catégories. C’est dans ce sens là qu’il faut aller. Il faut prendre ces gens au sérieux, il faut prendre en compte les diagnostics des classes populaires sur leurs souhaits d’être protégés, ce qui ne veut pas dire être assistés. Ces catégories veulent du travail, elles veulent qu’on les respectent culturellement, et ne pas se faire traiter de « déplorables » ou de sans dents » – ce qui fait partie intégrante du problème identitaire que nous avons aujourd’hui qui est le produit de ces attaques là -. (…) Les gens veulent de la protection, du travail, de la régulation économique mais aussi une régulation des flux migratoires. Je parle ici de tout le monde d’en bas, parce que la demande de régulation des flux migratoires vient de toutes les catégories modestes quelles que soient les origines. Tout le monde veut la même chose alors que lorsque les gens parlent de la question migratoire, on les place sur la question raciale, non. C’est anthropologiquement vrai pour toutes les catégories modestes, et cela est vrai partout. Dans tous les pays, les catégories modestes veulent vivre tranquillement, ce qui ne veut pas dire vivre derrière des murs, mais vivre dans un environnement que l’on connaît avec des valeurs communes. (…) Ce qui est amusant aujourd’hui, c’est qu’il y a une ethnicisation des classes moyennes – on pense blanc – cela montre bien la fin du concept qui était censé être intégrateur pour le plus grand nombre. (…) Les autoritaires ne sont pas ceux que l’on croit. Sauver les démocraties occidentales, c’est faire entendre le plus grand nombre. (…) Soit le monde d’en haut refuse d’entendre la majorité et on basculera dans une forme d’autoritarisme soft, ce qui pourrait faire durer le système un peu plus longtemps, mais avec le risque que cela se termine très mal. Soit  on essaye de faire baisser la tension en disant : « maintenant on essaye d’intégrer économiquement et culturellement le plus grand nombre ». Cette réflexion existe, il n’y a pas encore de parti politique qui représente tout cela, qui fait cette connexion, mais cela est en gestation. Il n’y a pas 50 sorties possibles de cette impasse, il n’y en a qu’une. Inclure les catégories populaires parce qu’elles sont la société elle-même. C’est pour cela que le discours sur les marges a été destructeur. Les ouvriers, les ruraux etc…ce ne sont pas des marges, c’est un tout, et ce tout est la société. Maintenant tout est sur la table, les diagnostics sont faits. Alors il faut se retrousser les manches et aller dans le dur en essayant de réellement inventer quelque chose de plus efficace, et en oubliant ce truc absurde du premier de cordée. Mais là, il faut bien remarquer le problème que nous avons concernant le personnel en place. Ils pensent tous la même chose. Il faut une révolution culturelle du monde d’en haut, ce qui devrait être à la portée des nations occidentales…cela ne coûte pas cher. La question pour eux est donc de protéger ou disparaître. Christophe Guilluy
Les catégories populaires – qui comprennent aussi les petits agriculteurs, ainsi que les jeunes et les retraités issus de ces catégories – n’ont donc nullement disparu. Leur part dans la population française est restée à peu près stable depuis un demi-siècle. La nouveauté, c’est uniquement que «le peuple» est désormais moins visible, car il vit loin des grands centres urbains. Le marché foncier crée les conditions d’accueil des populations dont les métropoles ont besoin. En se désindustrialisant, les grandes villes nécessitent beaucoup moins d’employés et d’ouvriers. Face à la flambée des prix dans le parc privé, les catégories populaires cherchent des logements en dehors des grandes agglomérations. Le problème crucial politique et social de la France, c’est donc que la majeure partie des catégories populaires ne vit plus là où se crée la richesse. Nulle volonté de «chasser les pauvres», pas de complot, simplement la loi du marché. Le projet économique de la France, tourné vers la mondialisation, n’a plus besoin des catégories populaires, en quelque sorte. C’est une situation sans précédent depuis la révolution industrielle. (…)  Dans tous les pays développés, on vérifie le phénomène déjà constaté en France: la majorité des catégories populaires vit désormais à l’écart des territoires les plus dynamiques, ceux qui créent de l’emploi. Ces évolutions dessinent les contours d’une Amérique périphérique et d’une Angleterre périphérique tout autant que d’une France périphérique. De la Rust Belt américaine au Yorkshire britannique, des bassins industriels de l’est de l’Allemagne au Mezzogiorno italien, villes petites et moyennes, régions désindustrialisées et espaces ruraux décrochent. (…)  La dimension sociale et économique du vote populiste se complète par une dynamique culturelle. Les catégories les plus fragiles socialement (celles qui ne peuvent mettre en œuvre des stratégies d’évitements résidentiels et scolaires) sont aujourd’hui les plus sensibles à la question migratoire. Les mêmes demandent à être protégés d’un modèle économique et sociétal qui les fragilise. Dans des sociétés multiculturelles, l’assimilation ne fonctionne plus. L’autre ne devient plus soi, ce qui suscite de l’inquiétude. Le nombre de l’autre importe. Personne n’a envie de devenir minoritaire dans les catégories populaires. En France, l’immobilier social, dernier parc accessible aux catégories populaires des métropoles, s’est spécialisé dans l’accueil des populations immigrées. Les catégories populaires d’origine européenne et qui sont éligibles au parc social s’efforcent d’éviter les quartiers où les HLM sont nombreux. Elles préfèrent consentir des sacrifices pour déménager en grande banlieue, dans les petites villes ou les zones rurales afin d’accéder à la propriété et d’acquérir un pavillon. Dans chacun des grands pays industrialisés, les catégories populaires « autochtones » éprouvent une insécurité culturelle. (…) ce sont bien les territoires populaires les plus éloignés des grandes métropoles qui portent la dynamique populiste. La Rust Belt et les régions désindustrialisées de Grande-Bretagne pèsent respectivement plus dans le vote Trump ou dans le Brexit que New York ou le Grand Londres. Dans les zones périurbaines de Rotterdam, ce sont bien aussi les catégories modestes (qui ne se confondent pas avec les pauvres) qui voient leur statut de référent culturel remis en question par la dynamique migratoire et qui votent pour Geert Wilders. Ainsi, si la situation de l’ouvrier allemand n’est pas celle du paysan français, de l’employé néerlandais ou d’un petit tra- vailleur indépendant italien, il existe un point commun : tous, quel que soit leur niveau de vie, font le constat d’être fragilisés par un modèle économique qui les a relégués socialement et culturellement. (…) On ne s’intègre pas à un modèle ou à un système de valeur mais à une population à qui on désire ressembler. On se marie, on tisse des liens d’amitié, de voisinage avec des gens qui sont proches. Or cette intégration ne se réalise pas dans n’importe quelle catégorie sociale, mais d’abord dans des milieux populaires. Et ce qui a changé depuis les années 1970 et surtout 1980, c’est précisément le changement de statut de ces catégories populaires. Les ouvriers, les employés, les « petites gens » sont désormais perçus en grande partie comme les perdants de la mondialisation. Quel nouveau venu dans un pays peut avoir envie de ressembler à des « autochtones » qui ne sont pas en phase d’ascension sociale et que, de surcroît, leurs propres élites méprisent en raison de l’attachement des intéressés à certaines valeurs traditionnelles ? Souvenons-nous de la phrase de Hillary Clinton présentant les électeurs de Donald Trump comme des « déplorables » pendant la campagne présidentielle de 2016 aux États-Unis. C’est pourquoi, alors que la France, les États-Unis, la Grande-Bretagne ou la Scandinavie se sont construits sur des modèles culturels très différents, tous ces pays connaissent la même dynamique populiste, la même crise sociale et identitaire et le même questionnement sur la pertinence de leurs modèles d’intégration. (…) la rupture entre le haut et le bas (…) nous conduit à un modèle qui ne fait plus société. La disparition de la classe moyenne n’en est qu’une conséquence. Le monde d’en haut refuse d’écouter celui d’en bas qui le lui rend bien notamment en grossissant les camps de l’abstention ou du vote populiste. Cette rupture du lien, y compris conflictuel, entre le haut et le bas, porte en germe l’abandon du bien commun et nous fait basculer dans l’asociété. Trump vient de l’élite américaine, c’est un des points communs qu’il partage avec Macron. Tous les deux se sont affranchis de leur propre camp pour se faire élire : Macron de la gauche, Trump du camp républicain. Ils ont enterré le vieux clivage gauche-droite. Les deux ont compris que nous étions entrés dans le temps de la disparition de la classe moyenne occidentale. L’un et l’autre ont saisi que, pour la première fois dans l’histoire, les classes populaires, celles qui constituaient hier le socle de la classe moyenne, vivent désormais sur les territoires qui créent le moins d’emplois : dans l’Amérique périphérique et dans la France périphérique. Mais la comparaison s’arrête là. Si Trump a été élu par l’Amérique périphérique, Macron a au contrai- re construit sa dynamique électorale à partir des métropoles mondialisées. Si le président français est conscient de la fragilisation sociale de la France périphérique, il pense que la solution passe par une accélération de l’adaptation de l’économie française aux normes de l’économie mondialisée. À l’opposé, le président américain fait le constat des limites d’un modèle qu’il convient de réguler (protectionnisme, remise en cause des traités de libre-échange, volonté de réguler l’immigration, politique de grands travaux) afin de créer de l’emploi sur ces territoires de la désindustrialisation américaine. Il existe un autre point de divergence fondamental, c’est le refus chez Trump d’un argumentaire moral qui sert depuis des décennies à disqualifier les classes populaires. Christophe Guilluy
We spent 10 months writing the papers, averaging one new paper roughly every thirteen days. (Seven papers published over seven years is frequently claimed to be the number sufficient to earn tenure at most major universities although, in reality, requirements vary by institution.) As for our performance, 80% of our papers overall went to full peer review, which keeps with the standard 10-20% of papers that are “desk rejected” without review at major journals across the field. We improved this ratio from 0% at first to 94.4% after a few months of experimenting with much more hoaxish papers. Because we were forced to go public before we could complete our study, we cannot be sure how many papers would have been accepted if we had had time to see them through—papers typically take 3-6 months or more to complete the entire process and one of ours was under review from December 2017 to August 2018—but an estimate of at least 10, probably 12, eventual acceptances seems warranted at the time of having to call a halt. (…) Our papers also present very shoddy methodologies including incredibly implausible statistics (“Dog Park”), making claims not warranted by the data (“CisNorm,” “Hooters,” “Dildos”), and ideologically-motivated qualitative analyses (“CisNorm,” “Porn”). Questionable qualitative methodologies such as poetic inquiry and autoethnography (sometimes rightly and pejoratively called “mesearch”) were incorporated (especially in “Moon Meetings”). (…) Many papers advocated highly dubious ethics including training men like dogs (“Dog Park”), punishing white male college students for historical slavery by asking them to sit in silence in the floor in chains during class and to be expected to learn from the discomfort (“Progressive Stack”), celebrating morbid obesity as a healthy life-choice (“Fat Bodybuilding”), treating privately conducted masturbation as a form of sexual violence against women (“Masturbation”), and programming superintelligent AI with irrational and ideological nonsense before letting it rule the world (“Feminist AI”). There was also considerable silliness including claiming to have tactfully inspected the genitals of slightly fewer than 10,000 dogs whilst interrogating owners as to their sexuality (“Dog Park”), becoming seemingly mystified about why heterosexual men are attracted to women (“Hooters”), insisting there is something to be learned about feminism by having four guys watch thousands of hours of hardcore pornography over the course of a year while repeatedly taking the Gender and Science Implicit Associations Test (“Porn”), expressing confusion over why people are more concerned about the genitalia others have when considering having sex with them (“CisNorm”), and recommending men anally self-penetrate in order to become less transphobic, more feminist, and more concerned about the horrors of rape culture (“Dildos”). None of this, except that Helen Wilson recorded one “dog rape per hour” at urban dog parks in Portland, Oregon, raised so much as a single reviewer eyebrow, so far as their reports show. (…) Our data indicate that grievance studies is a serious academic problem … with knowledge production within fields that have been corrupted by grievance studies arising from critical constructivism and radical skepticism. Among the problems are how topics like race, gender, sexuality, society, and culture are researched. Perhaps most concerning is how the current highly ideological disciplines undermine the value of more rigorous work being done on these topics and erodes confidence in the university system. Research into these areas is crucial, and it must be rigorously conducted and minimize ideological influences. The further results on these topics diverge from reality, the greater chance they will hurt those their scholarship is intended to help. Worse, the problem of corrupt scholarship has already leaked heavily into other fields like education, social work, media, psychology, and sociology, among others—and it openly aims to continue spreading. This makes the problem a grave concern that’s rapidly undermining the legitimacy and reputations of universities, skewing politics, drowning out needed conversations, and pushing the culture war to ever more toxic and existential polarization. Further, it is affecting activism on behalf of women and racial and sexual minorities in a way which is counterproductive to equality aims by feeding into right-wing reactionary opposition to those equality objectives … Our recommendation begins by calling upon all major universities to begin a thorough review of these areas of study (gender studies, critical race theory, postcolonial theory, and other “theory”-based fields in the humanities and reaching into the social sciences, especially including sociology and anthropology), in order to separate knowledge-producing disciplines and scholars from those generating constructivist sophistry. We hope the latter can be redeemed, not destroyed, as the topics they study—gender, race, sexuality, culture—are of enormous importance to society and thus demand considerable attention and the highest levels of academic rigor. Further, many of their insights are worthy and deserve more careful consideration than they currently receive. This will require them to adhere more honestly and rigorously to the production of knowledge and to place scholarship ahead of any conflicting interest rather than following from it … As for us, we intend to use the knowledge we’ve gained from grievance studies to continue to critique them and push for universities to fix this problem and reaffirm their commitment to rigorous, non-partisan knowledge production. We do this because we believe in the university, in rigorous scholarship, in the pursuit of scientific knowledge, and in the importance of social justice. Helen Pluckrose, James Lindsay and Peter Boghossian
Le savoir basé de moins en moins sur le fait de trouver la vérité et de plus en plus sur le fait de s’occuper de certaines ‘complaintes’ est devenu établi, presque totalement dominant, au sein de [certains champs des sciences sociales] et les chercheurs brutalisent de plus en plus les étudiants, les administrateurs et les autres départements qui n’adhèrent pas à leur vision du monde. (…) Nous ne devrions pas avoir été capables de publier n’importe lequel de ces papers si calamiteux dans des journaux réputés. Encore moins sept d’entre eux. (…) Il y a un problème de production du savoir au sein de champs qui ont été corrompus par les ‘grievance studies’ nées du socio-constructivisme et du scepticisme radical. Parmi les problèmes, il y a la manière dont des sujets comme la race, le genre, la sexualité, la société et la culture sont traités par la recherche. (…) Nous espérons que ceci donnera aux gens – spécialement à ceux qui croient au libéralisme, au progrès, à la modernité et à la justice sociale – une raison claire de regarder la folie identitaire qui vient de la gauche universitaire et militante, et de dire : ‘Non, je n’irai pas dans ce sens là. Vous ne parlez pas en mon nom. Helen Pluckrose, James Lindsay et Peter Boghossian
Des chercheurs ont réussi à faire publier dans plusieurs revues de référence aux Etats-Unis des essais aux thèses absolument délirantes, prônant par exemple le développement de l’usage anal de sex-toys chez les hommes pour lutter contre la transphobie et faire progresser le féminisme. Quand un homme se masturbe en pensant à une femme sans lui avoir demandé son consentement, c’est une agression sexuelle. Il existe une culture systémique du viol chez les chiens. L’astronomie est une science sexiste et pro-occidentale qui doit être remplacée par une astrologie indigène et queer. Ces thèses vous semblent loufoques, invraisemblables ? Elles le sont. Elles ont néanmoins été considérées avec le plus grand sérieux, et parfois même publiées, par des revues académiques de premier plan aux Etats-Unis, victimes de l’un des canulars universitaires les plus ambitieux jamais mis en œuvre… Helen Pluckrose, James Lindsay et Peter Boghossian sont trois chercheurs américains, persuadés que quelque chose cloche dans certains secteurs du monde académique outre-Atlantique. (…) Se désolant de ce tournant idéologique en cours dans les facs américaines, notre trio d’universitaires établit une liste des disciplines les plus gravement touchées : il s’agit des matières communément regroupées dans l’enseignement supérieur américain sous le terme de « cultural studies » ou « identity studies », « enracinées dans la branche ‘postmoderne’ de la théorie qui a émergé à la fin des années soixante ». On y trouve donc les fameuses « gender studies », les « queer studies » mais également la « critical race theory », les « fat studies » (sic) ou des pans entiers de la sociologie critique. Le point commun de ces branches universitaires, requalifiées en « grievance studies » (qu’on pourrait traduire par « études plaintives ») ? D’après les trois chercheurs, elles produisent des travaux très souvent « corrompus » par l’idéologie, qui renoncent à toute honnêteté intellectuelle dès lors qu’il s’agit de dénoncer les oppressions de toutes sortes : sexistes, raciales, post-coloniales, homophobes, transphobes, grossophobes… Pour prouver leur diagnostic, Pluckrose, Lindsay et Boghossian ont fait un pari simple… et drôle : pousser, dans des articles fantaisistes, la doxa qu’ils pointent dans ses retranchements les plus absurdes et voir si ces papiers seraient acceptés pour publication dans de très sérieuses revues scientifiques. Ils ont donc passé dix mois à écrire de faux « papers », un format universitaire anglo-saxon qu’on peut comparer au mémoire français. Recette commune de ces essais : « Des statistiques totalement invraisemblables, des assomptions non prouvées par les données, des analyses qualitatives idéologiquement biaisées, une éthique suspecte (…), une bêtise considérable ». Les chercheurs ont ensuite systématiquement envoyé leurs travaux bidons aux « journaux de référence dans les champs universitaires concernés ». Après quasiment un an de bombardement de canulars, les trois audacieux ont été forcés d’arrêter leur expérience car un de leurs textes commençait à connaître un important écho dans la presse. Mais les 20 papers écrits ont suffi à valider la pertinence de leur thèse : pas moins de sept d’entre eux ont en effet été validés par les revues universitaires, dont quatre publiés. Sept autres sont encore en cours d’examen et seulement six ont été refusés sans ambiguïté par les universitaires chargés de les évaluer. Par quatre fois, les facétieux compères ont même été invités à eux-mêmes examiner le travail de « pairs » en récompense… de leur « savoir exemplaire ». (…) Au bout du compte, la leçon que tirent les trois auteurs de leur plongée en absurdie sociologique est partagée entre amusement et réelle inquiétude. Rejetant l’idée simpliste que « le monde universitaire est corrompu » ou que « tous les universitaires et évaluateurs dans le champ des humanités qui étudient le genre, la race, la sexualité ou le poids sont corrompus », ils alarment : « Nous ne devrions pas avoir été capables de publier n’importe lequel de ces papers si calamiteux dans des journaux réputés. Encore moins sept d’entre eux ». Produisant un « savoir » considérablement orienté, ils constatent aussi avec effarement que les chercheurs relisant leurs textes ne leur réclamaient souvent « pas d’être moins biaisé politiquement et moins négligent dans le travail, mais de l’être davantage ». (…) C’est donc bien un nouvel obscurantisme que les chercheurs décrivent, une idéologie qui « rejette l’idée d’universalité scientifique et d’objectivité et insiste, pour des raisons morales, sur la nécessité d’accepter la notion de vérités multiples basées sur l’identité ». Or selon eux, ce relativisme mortifère serait devenu « autoritaire » dans les facs américaines. Marianne

Attention: une folie identitaire peut en cacher une autre !

A l’heure où après avoir si longtemps nié et caché les conséquences de leurs propres décisions dont ils ont seuls – leurs clients compris – les moyens de se préserver …

Nos bien-pensants premiers de cordée et sansfrontiéristes échevelés n’ont pas de mots assez durs pour dénoncer

Pour leur attachement d’un autre âge à leur propre identité entre religion, armes à feu et frontières, les laissés pour compte de la mondialisation

Et où peuvent se publier entre les prétendus « zoos humains » et les dérives victimaires de nos systèmes éducatifs des articles de recherche aussi loufoques que …

Le « remplacement de l’astronomie sexiste et pro-occidentale par une astrologie indigène et queer »…

Le « développement de l’usage anal de sex-toys chez les hommes pour lutter contre la transphobie et faire progresser le féminisme  » …

Ou la « culture systémique du viol chez les chiens » …

Comment ne pas voir avec trois chercheurs américains qui viennent d’en faire la démonstration dans des revues académique de premier plan …

Cette véritable folie identitaire qui s’insinue jusque dans l’éducation, le travail social, les médias, la psychologie ou la sociologie …

D’une « recherche universitaire corrompue » qui « sape la légitimité et la réputation des universités, fausse le discours politique, noie une bien nécessaire conversation et pousse la guerre culturelle vers une polarisation toujours plus toxique » ?

CQFD

« De la culture du viol chez les chiens » : l’incroyable canular qui a piégé la sociologie américaine

Des chercheurs ont réussi à faire publier dans plusieurs revues de référence aux Etats-Unis des essais aux thèses absolument délirantes, prônant par exemple le développement de l’usage anal de sex-toys chez les hommes pour lutter contre la transphobie et faire progresser le féminisme.

Quand un homme se masturbe en pensant à une femme sans lui avoir demandé son consentement, c’est une agression sexuelle. Il existe une culture systémique du viol chez les chiens. L’astronomie est une science sexiste et pro-occidentale qui doit être remplacée par une astrologie indigène et queer. Ces thèses vous semblent loufoques, invraisemblables ? Elles le sont. Elles ont néanmoins été considérées avec le plus grand sérieux, et parfois même publiées, par des revues académiques de premier plan aux Etats-Unis, victimes de l’un des canulars universitaires les plus ambitieux jamais mis en œuvre…

Helen Pluckrose, James Lindsay et Peter Boghossian sont trois chercheurs américains, persuadés que quelque chose cloche dans certains secteurs du monde académique outre-Atlantique. « Le savoir basé de moins en moins sur le fait de trouver la vérité et de plus en plus sur le fait de s’occuper de certaines ‘complaintes’ est devenu établi, presque totalement dominant, au sein de [certains champs des sciences sociales]« , écrivent-ils dans le magazine Areo, et les chercheurs brutalisent de plus en plus les étudiants, les administrateurs et les autres départements qui n’adhèrent pas à leur vision du monde ». Se désolant de ce tournant idéologique en cours dans les facs américaines, notre trio d’universitaires établit une liste des disciplines les plus gravement touchées : il s’agit des matières communément regroupées dans l’enseignement supérieur américain sous le terme de « cultural studies » ou « identity studies« , « enracinées dans la branche ‘postmoderne’ de la théorie qui a émergé à la fin des années soixante« . On y trouve donc les fameuses « gender studies« , les « queer studies » mais également la « critical race theory« , les « fat studies » (sic) ou des pans entiers de la sociologie critique. Le point commun de ces branches universitaires, requalifiées en « grievance studies » (qu’on pourrait traduire par « études plaintives ») ? D’après les trois chercheurs, elles produisent des travaux très souvent « corrompus » par l’idéologie, qui renoncent à toute honnêteté intellectuelle dès lors qu’il s’agit de dénoncer les oppressions de toutes sortes : sexistes, raciales, post-coloniales, homophobes, transphobes, grossophobes…

Recette des faux articles : « une bêtise considérable »

Pour prouver leur diagnostic, Pluckrose, Lindsay et Boghossian ont fait un pari simple… et drôle : pousser, dans des articles fantaisistes, la doxa qu’ils pointent dans ses retranchements les plus absurdes et voir si ces papiers seraient acceptés pour publication dans de très sérieuses revues scientifiques. Ils ont donc passé dix mois à écrire de faux « papers« , un format universitaire anglo-saxon qu’on peut comparer au mémoire français. Recette commune de ces essais : « Des statistiques totalement invraisemblables, des assomptions non prouvées par les données, des analyses qualitatives idéologiquement biaisées, une éthique suspecte (…), une bêtise considérable« .

Les chercheurs ont ensuite systématiquement envoyé leurs travaux bidons aux « journaux de référence dans les champs universitaires concernés« . Après quasiment un an de bombardement de canulars, les trois audacieux ont été forcés d’arrêter leur expérience car un de leurs textes commençait à connaître un important écho dans la presse. Mais les 20 papers écrits ont suffi à valider la pertinence de leur thèse : pas moins de sept d’entre eux ont en effet été validés par les revues universitaires, dont quatre publiés. Sept autres sont encore en cours d’examen et seulement six ont été refusés sans ambiguïté par les universitaires chargés de les évaluer. Par quatre fois, les facétieux compères ont même été invités à eux-mêmes examiner le travail de « pairs » en récompense… de leur « savoir exemplaire« .

Lorsqu’on examine le contenu de ces faux mémoires, on peine pourtant à croire que leur absurdité n’ait pas sauté à la figure des chercheurs chargés de les examiner. Dans un article intitulé « Passer par la porte de derrière : défier l’homo-hystérie masculine et la transphobie à travers l’usage de sex-toys pénétratifs« , les chercheurs expliquent que si les hommes utilisent rarement des sex-toys pour « s’auto-pénétrer par voie anale« , c’est parce qu’ils ont peur d’être pris pour des homosexuels ou par hostilité aux transsexuels. Conclusion : encourager cette pratique engendrerait, à coup sûr, une baisse de la transphobie et un progrès de valeurs féministes. Délirant ? Le texte a été publié dans la revue Sexuality and Culture, et qualifié de « contribution incroyablement riche et excitante à l’étude de la sexualité et de la culture » par un universitaire chargé de l’analyser.

Une de leurs inventions croquignolesques a même rencontré un réel triomphe académique : dans « Réactions humaines à la culture du viol et performativité queer au sein des parcs à chiens de Portland, Oregon« , nos chercheurs soutiennent qu’il existe « une rampante culture du viol canine » et qu’une « oppression systémique » frappe certaines races de chiens. Un mémoire qualifié « d’incroyablement innovant, riche en analyse, extrêmement bien écrit et organisé » par la revue Gender, Place, and Culture, qui lui a fait une place dans ses prestigieuses colonnes… et l’a même intégrée parmi ses 12 meilleures publications de l’année 2018 ! La chercheuse Helen Wilson, auteure de ce travail volontairement absurde, expliquant sa méthode de travail, y écrivait avoir « délicatement inspecté les parties génitales d’un peu moins de 10.000 chiens tout en interrogeant leurs propriétaires sur leur sexualité« , mais également avoir « constaté un viol de chien par heure au parc à chiens urbain de Portland » ! Pas de quoi faire lever un sourcil aux universitaires chargés de valider son article pour publication dans une revue « de référence »…

D’autres mémoires-hoax n’ont pas eu le temps d’être publiés avant que le canular soit finalement rendu public. Mais ils ont été quasiment intégralement validés par les revues auxquelles ils ont été présentés, avec des modifications mineures. On y trouve des thèses toujours aussi comiques : « L’Intelligence artificielle est intrinsèquement dangereuse car elle est programmée avec des données masculinistes, impérialistes et rationalistes« . Ou encore : « L’astronomie est et sera toujours intrinsèquement sexiste et occidentale, ce biais masculiniste et occidental peut être corrigé en incluant une astrologie féministe, queer et indigène (par exemple, des horoscopes) à la science astronomique« .

« Les éducateurs devraient discriminer selon l’identité et calculer le statut de leurs étudiants en fonction de leurs privilèges »

Et même : « Les éducateurs devraient discriminer selon l’identité et calculer le statut de leurs étudiants en fonction de leurs privilèges (…), pénalisant les plus privilégiés en refusant d’écouter leurs contributions, ridiculisant leurs efforts, en parlant plus fort qu’eux et en les forçant à s’asseoir enchaînés sur le sol » ! Toutes ces contributions n’ont reçu que des critiques de forme de la part des revues universitaires auxquelles ils ont été adressés. Celle proposant d’enchaîner des étudiants sur le sol a même été applaudie comme « une forte contribution à la littérature foisonnante s’attaquant à l’injustice épistémique dans la salle de classe« .

D’autres faux essais universitaires ont été finalement rejetés après examen par des universitaires. Mais cela ne les a pas toujours empêché de recevoir des commentaires chaleureux de la part de chercheurs chargés de les évaluer, qui ont parfois même poussé l’absurde encore plus loin. Ainsi, dans un mémoire consacré à la masturbation, les auteurs du canular écrivent que « quand un homme se masturbe en privé en fantasmant sur une femme sans qu’elle lui ait donné sa permission (…), il commet une violence métasexuelle contre elle« . Dans son évaluation, la première contributrice de Sociological Theory encourage nos chercheurs à aller plus loin encore dans cette théorie : « Je pense à d’autres scénarios où les hommes pourraient transformer en arme leur non-connaissance de manière très tangible. Par exemple, la déclaration ambiguë ‘Je pense à toi tout le temps’, dite de manière impromptue à une femme par un homme, est particulièrement insidieuse, étant donné le contexte structurel de violence métasexuelle dans le monde« .

« Juifs » remplacé par « Blancs » dans « Mein Kampf » : un chercheur applaudit

Le clou de cette fanfaronnade a été apporté par un essai présenté au magazine Sociology of Race and Ethnicity, où nos trublions prétendent « examiner de manière critique la blanchité (‘whiteness, ndlr) depuis la blanchité« . Pour cela, ils ont ni plus ni moins sélectionné – sans le dire – des extraits de Mein Kampf, l’infâme pamphlet antisémite d’Adolf Hitler, en y remplaçant le mot « Juifs » par « Blancs« . Le paper a été rejeté mais cela ne l’a pas empêché de recevoir au préalable les éloges de plusieurs pairs universitaires. « Cet article a le potentiel pour être une contribution puissante et particulière à la littérature traitant des mécanismes qui renforcent l’adhésion blanche à des perspectives suprémacistes blanches, et au processus par lequel des individus peuvent atteindre des niveaux plus profonds de conscience sociale et raciale« , écrit ainsi un chercheur enthousiaste, qui n’objecte que « des révisions concernant la précision, la clarté, l’expression d’assertions et des exemples concrets » et complimente ainsi sans le savoir une resucée de Mein Kampf.

« Nous espérons que ceci donnera aux gens une raison claire de regarder la folie identitaire qui vient de la gauche universitaire et militante, et de dire : Non »

Au bout du compte, la leçon que tirent les trois auteurs de leur plongée en absurdie sociologique est partagée entre amusement et réelle inquiétude. Rejetant l’idée simpliste que « le monde universitaire est corrompu » ou que « tous les universitaires et évaluateurs dans le champ des humanités qui étudient le genre, la race, la sexualité ou le poids sont corrompus« , ils alarment : « Nous ne devrions pas avoir été capables de publier n’importe lequel de ces papers si calamiteux dans des journaux réputés. Encore moins sept d’entre eux ». Produisant un « savoir » considérablement orienté, ils constatent aussi avec effarement que les chercheurs relisant leurs textes ne leur réclamaient souvent « pas d’être moins biaisé politiquement et moins négligent dans le travail, mais de l’être davantage ».

Le tableau final est implacable pour tout un pan du monde universitaire anglo-saxon : « Il y a un problème de production du savoir au sein de champs qui ont été corrompus par les ‘grievance studies’ nées du socio-constructivisme et du scepticisme radical. Parmi les problèmes, il y a la manière dont des sujets comme la race, le genre, la sexualité, la société et la culture sont traités par la recherche ». C’est donc bien un nouvel obscurantisme que les chercheurs décrivent, une idéologie qui « rejette l’idée d’universalité scientifique et d’objectivité et insiste, pour des raisons morales, sur la nécessité d’accepter la notion de vérités multiples basées sur l’identité« . Or selon eux, ce relativisme mortifère serait devenu « autoritaire » dans les facs américaines. Rappellent leur propre sympathie pour les mouvements des droits civiques, le féminisme et le mouvement LGBT, nos trois trublions émettent un souhait : « Nous espérons que ceci donnera aux gens – spécialement à ceux qui croient au libéralisme, au progrès, à la modernité et à la justice sociale – une raison claire de regarder la folie identitaire qui vient de la gauche universitaire et militante, et de dire : ‘Non, je n’irai pas dans ce sens là. Vous ne parlez pas en mon nom' ».

Voir aussi:

This essay, although hopefully accessible to everyone, is the most thorough breakdown of the study and written for those who are already somewhat familiar with the problems of ideologically-motivated scholarship, radical skepticism and cultural constructivism.


Part I: Introduction

Something has gone wrong in the university—especially in certain fields within the humanities. Scholarship based less upon finding truth and more upon attending to social grievances has become firmly established, if not fully dominant, within these fields, and their scholars increasingly bully students, administrators, and other departments into adhering to their worldview. This worldview is not scientific, and it is not rigorous. For many, this problem has been growing increasingly obvious, but strong evidence has been lacking. For this reason, the three of us just spent a year working inside the scholarship we see as an intrinsic part of this problem.

We spent that time writing academic papers and publishing them in respected peer-reviewed journals associated with fields of scholarship loosely known as “cultural studies” or “identity studies” (for example, gender studies) or “critical theory” because it is rooted in that postmodern brand of “theory” which arose in the late sixties. As a result of this work, we have come to call these fields “grievance studies” in shorthand because of their common goal of problematizing aspects of culture in minute detail in order to attempt diagnoses of power imbalances and oppression rooted in identity.

We undertook this project to study, understand, and expose the reality of grievance studies, which is corrupting academic research. Because open, good-faith conversation around topics of identity such as gender, race, and sexuality (and the scholarship that works with them) is nearly impossible, our aim has been to reboot these conversations. We hope this will give people—especially those who believe in liberalism, progress, modernity, open inquiry, and social justice—a clear reason to look at the identitarian madness coming out of the academic and activist left and say, “No, I will not go along with that. You do not speak for me.”

This document is a first look at our project and an initial attempt to grapple with what we’re learning and what it means. Because of its length and detail, it is organized as follows, putting the factual information up front and more detailed explanations thereafter.

  • Our methodology, which is central to contextualizing our claims;
  • A summary of this project from its beginning until we were eventually exposed and forced to go public before we could conclude our research;
  • An explanation of why we did this;
  • A summary of the problem and why it matters;
  • A clear explanation of how this project came to be;
  • The results of our study, including a full list of all of the papers we submitted, their final outcomes, and relevant reviewer comments to date;
  • A discussion of the significance of the results;
  • A summary of what may come next

Part II: Methods

Our approach is best understood as a kind of reflexive ethnography—that is, we conducted a study of a peculiar academic culture by immersing ourselves within it, reflecting its output and modifying our understanding until we became “outsiders within” it.

Our objective was to learn about this culture and establish that we had become fluent in its language and customs by publishing peer-reviewed papers in its top journals, which usually only experts in the field are capable of doing. Because we came to conceptualize this project as a kind of reflexive ethnographic study in which we sought to understand the field and how it works by participating in it, obtaining peer reviewers’ comments about what we were doing right and what needed to change to make absurd theses acceptable was central to the project. Indeed, the reviewers’ comments are in many ways more revealing about the state of these fields than the acceptances themselves.

While our papers are all outlandish or intentionally broken in significant ways, it is important to recognize that they blend in almost perfectly with others in the disciplines under our consideration. To demonstrate this, we needed to get papers accepted, especially by significant and influential journals. Merely blending in couldn’t generate the depth necessary for our study, however. We also needed to write papers that took risks to test certain hypotheses such that the fact of their acceptance itself makes a statement about the problem we’re studying (see the Papers section, below). Consequently, although this study does not qualify as being particularly controlled, we did control one important variable: the big-picture methodology we used to write every paper.

Our paper-writing methodology always followed a specific pattern: it started with an idea that spoke to our epistemological or ethical concerns with the field and then sought to bend the existing scholarship to support it. The goal was always to use what the existing literature offered to get some little bit of lunacy or depravity to be acceptable at the highest levels of intellectual respectability within the field. Therefore, each paper began with something absurd or deeply unethical (or both) that we wanted to forward or conclude. We then made the existing peer-reviewed literature do our bidding in the attempt to get published in the academic canon.

This is the primary point of the project: What we just described is not knowledge production; it’s sophistry. That is, it’s a forgery of knowledge that should not be mistaken for the real thing. The biggest difference between us and the scholarship we are studying by emulation is that we know we made things up.

This process is the one, single thread that ties all twenty of our papers together, even though we used a variety of methods to come up with the various ideas fed into their system to see how the editors and peer reviewers would respond. Sometimes we just thought a nutty or inhumane idea up and ran with it. What if we write a paper saying we should train men like we do dogs—to prevent rape culture? Hence came the “Dog Park” paper. What if we write a paper claiming that when a guy privately masturbates while thinking about a woman (without her consent—in fact, without her ever finding out about it) that he’s committing sexual violence against her? That gave us the “Masturbation” paper. What if we argue that the reason superintelligent AI is potentially dangerous is because it is being programmed to be masculinist and imperialist using Mary Shelley’s Frankenstein and Lacanian psychoanalysis? That’s our “Feminist AI” paper. What if we argued that “a fat body is a legitimately built body” as a foundation for introducing a category for fat bodybuilding into the sport of professional bodybuilding? You can read how that went in Fat Studies.

At other times, we scoured the existing grievance studies literature to see where it was already going awry and then tried to magnify those problems. Feminist glaciology? Okay, we’ll copy it and write a feminist astronomy paper that argues feminist and queer astrology should be considered part of the science of astronomy, which we’ll brand as intrinsically sexist. Reviewers were very enthusiastic about that idea. Using a method like thematic analysis to spin favored interpretations of data? Fine, we wrote a paper about trans people in the workplace that does just that. Men use “male preserves” to enact dying “macho” masculinities discourses in a way society at large won’t accept? No problem. We published a paper best summarized as, “A gender scholar goes to Hooters to try to figure out why it exists.” “Defamiliarizing,” common experiences, pretending to be mystified by them and then looking for social constructions to explain them? Sure, our “Dildos” paper did that to answer the questions, “Why don’t straight men tend to masturbate via anal penetration, and what might happen if they did?” Hint: according to our paper in Sexuality and Culture, a leading sexualities journal, they will be less transphobic and more feminist as a result.

We used other methods too, like, “I wonder if that ‘progressive stack’ in the news could be written into a paper that says white males in college shouldn’t be allowed to speak in class (or have their emails answered by the instructor), and, for good measure, be asked to sit in the floor in chains so they can ‘experience reparations.’” That was our “Progressive Stack” paper. The answer seems to be yes, and feminist philosophy titan Hypatia has been surprisingly warm to it. Another tough one for us was, “I wonder if they’d publish a feminist rewrite of a chapter from Adolf Hitler’s Mein Kampf.” The answer to that question also turns out to be “yes,” given that the feminist social work journal Affilia has just accepted it. As we progressed, we started to realize that just about anything can be made to work, so long as it falls within the moral orthodoxy and demonstrates understanding of the existing literature.

Put another way, we now have good reasons to believe that if we just appropriate the existing literature in the right ways—and there always seems to be a citation or vein of literature that makes it possible—we can say almost any politically fashionable thing we want. The underlying questions in every single case were the same: What do we need to write, and what do we need to cite (all of our citations are real, by the way) to get this academic madness published as high “scholarship”?

What Did We Do?

We wrote 20 papers and submitted them to the best journals in the relevant fields (more on this below) with considerable success, even though we had to take the project public prematurely, and thus stop the study, before it could be properly concluded. At the time of publishing this, we have:

  • 7 papers accepted.

4 of these have been published online.

3 more have been accepted without having had time to see publication through. (This can take months).

  • 7 papers still in play when we had to call a halt.

2 have been “revised and resubmitted,” and are awaiting a decision. (A judgment of “Revise and Resubmit” usually results in publication following the satisfactory completion of requested revisions. A judgment of “Reject and Resubmit” can result in publication following more substantial ones. It is very rare for papers to be accepted outright.)

1 is still under first review at its current journal

4 are left hanging with no time to submit them to journals after rejection (2), revise and resubmit (1) or reject and resubmit (1).

  • 6 retired as fatally flawed or beyond repair.
  • 4 invitations to peer-review other papers as a result of our own exemplary scholarship. (For ethical reasons, we declined all such invitations. Had we wished to fully participate in their culture in this way, however, it would have been an unrivaled opportunity to tinker with how far we could take the hypothesis that the canon of literature within these fields gets skewed in part because the peer-review process encourages the existing political and ideological biases.)
  • 1 paper (the one about rape culture in dog parks) gained special recognition for excellence from its journal, Gender, Place, and Culture, a highly ranked journal that leads the field of feminist geography. The journal honored it as one of twelve leading pieces in feminist geography as a part of the journal’s 25th anniversary celebration.

To summarize, we spent 10 months writing the papers, averaging one new paper roughly every thirteen days. (Seven papers published over seven years is frequently claimed to be the number sufficient to earn tenure at most major universities although, in reality, requirements vary by institution.) As for our performance, 80% of our papers overall went to full peer review, which keeps with the standard 10-20% of papers that are “desk rejected” without review at major journals across the field. We improved this ratio from 0% at first to 94.4% after a few months of experimenting with much more hoaxish papers. Because we were forced to go public before we could complete our study, we cannot be sure how many papers would have been accepted if we had had time to see them through—papers typically take 3-6 months or more to complete the entire process and one of ours was under review from December 2017 to August 2018—but an estimate of at least 10, probably 12, eventual acceptances seems warranted at the time of having to call a halt.

The final submitted drafts totaled just shy of 180,000 words and the entire project totaled between 300,000 and 350,000 words, including all notes, drafts, summaries, and replies to journal reviewers. The papers themselves span at least fifteen subdomains of thought in grievance studies, including (feminist) gender studies, masculinities studies, queer studies, sexuality studies, psychoanalysis, critical race theory, critical whiteness theory, fat studies, sociology, and educational philosophy. They featured radically skeptical and standpoint epistemologies rooted in postmodernism, feminist and critical race epistemology rooted in critical social constructivism as well as psychoanalysis. They all also endeavored to be humorous in at least some small way (and often, big ones). The project so far has generated more than 40 substantive editorial and expert reader reports, constituting a further 30,000 or so words of data that provide a unique insider’s look into the field and its operation.

Our papers also present very shoddy methodologies including incredibly implausible statistics (“Dog Park”), making claims not warranted by the data (“CisNorm,” “Hooters,” “Dildos”), and ideologically-motivated qualitative analyses (“CisNorm,” “Porn”). (NB: See Papers section below.) Questionable qualitative methodologies such as poetic inquiry and autoethnography (sometimes rightly and pejoratively called “mesearch”) were incorporated (especially in “Moon Meetings”).

Many papers advocated highly dubious ethics including training men like dogs (“Dog Park”), punishing white male college students for historical slavery by asking them to sit in silence in the floor in chains during class and to be expected to learn from the discomfort (“Progressive Stack”), celebrating morbid obesity as a healthy life-choice (“Fat Bodybuilding”), treating privately conducted masturbation as a form of sexual violence against women (“Masturbation”), and programming superintelligent AI with irrational and ideological nonsense before letting it rule the world (“Feminist AI”). There was also considerable silliness including claiming to have tactfully inspected the genitals of slightly fewer than 10,000 dogs whilst interrogating owners as to their sexuality (“Dog Park”), becoming seemingly mystified about why heterosexual men are attracted to women (“Hooters”), insisting there is something to be learned about feminism by having four guys watch thousands of hours of hardcore pornography over the course of a year while repeatedly taking the Gender and Science Implicit Associations Test (“Porn”), expressing confusion over why people are more concerned about the genitalia others have when considering having sex with them (“CisNorm”), and recommending men anally self-penetrate in order to become less transphobic, more feminist, and more concerned about the horrors of rape culture (“Dildos”). None of this, except that Helen Wilson recorded one “dog rape per hour” at urban dog parks in Portland, Oregon, raised so much as a single reviewer eyebrow, so far as their reports show.

Near the end of July 2018, a clear need arose to call the project to a premature end after our “dog park” paper attracted incredulous attention on social media generated by the Twitter account Real Peer Review, which is a platform dedicated to exposing shoddy scholarship. This deserved incredulity led to small and then larger journalistic publications investigating our fictitious author, Helen Wilson, and our non-existent institution, the Portland Ungendering Research Initiative (PURI) and finding no credible history of either. Under this pressure, the publishing journal, Gender, Place and Culture, asked our author to prove her identity and then released an expression of concern about the paper. This generated further attention that eventually got the Wall Street Journal involved, and far more importantly, it changed the ethics of utilizing deception within the project. With major journalistic outlets and (by then) two journals asking us to prove our authors’ identities, the ethics had shifted away from a defensible necessity of investigation and into outright lying. We did not feel right about this and decided the time had come to go public with the project. As a result, we came clean to the Wall Street Journal at the beginning of August and began preparing a summary as quickly as possible even though we still had several papers progressing encouragingly through the review process.

Part III: Why Did We Do This?

Because we’re racist, sexist, bigoted, misogynistic, homophobic, transphobic, transhysterical, anthropocentric, problematic, privileged, bullying, far right-wing, cishetero straight white males (and one white female who was demonstrating her internalized misogyny and overwhelming need for male approval) who wanted to enable bigotry, preserve our privilege, and take the side of hate?

No. None of those apply. Nevertheless, we’ll be accused of it, and we have some insights into why.

To many not involved in academia, particularly those who are skeptical of its worth generally, it may seem like we’re addressing yet another obscure academic squabble of little relevance to the real world. You are mistaken. The problem we’ve been studying is of the utmost relevance to the real world and everyone in it.

Alternatively, those who are positively inclined towards academia and ethically and/or politically in support of social science and humanities research that focuses on social justice issues may think the work researchers are doing on these topics is important and generally sound. You’d be right that it’s important but not that it is always sound—some of the work being produced is positively horrifying and surreal while exerting considerable influence on the field and beyond. You also might acknowledge that there are problems arising from the pressures of a publish-or-perish culture driven by broken university business models and taken advantage of by an opportunistic publishing industry, but be skeptical that there are any serious integral epistemological or ethical issues at work.

As liberals, we recognize that you might be resistant to acknowledging that our evidence points to an undeniable problem in academic research on important issues relevant to social justice. The work done in these fields claims to continue the vital work of the civil rights movements, liberal feminism, and Gay Pride. It seeks to address oppression of women and racial and sexual minorities. Surely, you might therefore believe, these bodies of literature must be essentially good and sound, even if you recognize some overreach and silliness.

After having spent a year immersed and becoming recognized experts within these fields, in addition to witnessing the divisive and destructive effects when activists and social media mobs put it to use, we can now state with confidence that it is neither essentially good nor sound. Further, these fields of study do not continue the important and noble liberal work of the civil rights movements; they corrupt it while trading upon their good names to keep pushing a kind of social snake oil onto a public that keeps getting sicker. For us to know anything about injustice in society and be able to show it to those who are unaware or in denial of it, scholarship into it must be rigorous. Currently, it is not, and this enables it, and social justice issues with it, to be dismissed. This is a serious problem of considerable concern, and we must address it.

What’s the Problem?

We have stated firmly that there is a problem in our universities, and that it’s spreading rapidly into culture. It is aided in this by being tricky to understand and by intentionally using emotionally powerful words—like “racist” and “sexist”—in technical ways that mean something different than their common usages. This project identifies aspects of this problem, tests them, and then exposes them.

The problem is epistemological, political, ideological, and ethical and it is profoundly corrupting scholarship in the social sciences and humanities. The center of the problem is formally termed “critical constructivism,” and its most egregious scholars are sometimes referred to as “radical constructivists.” Expressing this problem accurately is difficult, and many who’ve tried have studiously avoided doing so in any succinct and clear way. This reticence, while responsible given the complexity of the problem and its roots, has likely helped the problem perpetuate itself.

This problem is most easily summarized as an overarching (almost or fully sacralized) belief that many common features of experience and society are socially constructed. These constructions are seen as being nearly entirely dependent upon power dynamics between groups of people, often dictated by sex, race, or sexual or gender identification. All kinds of things accepted as having a basis in reality due to evidence are instead believed to have been created by the intentional and unintentional machinations of powerful groups in order to maintain power over marginalized ones. This worldview produces a moral imperative to dismantle these constructions.

Common “social constructions” viewed as intrinsically “problematic” and thus claimed to be in need of dismantling include:

  • the understanding that there are cognitive and psychological differences between men and women which could explain, at least partially, why they make different choices in relation to things like work, sex, and family life;
  • that so-called “Western medicine” (even though many eminent medical scientists are not Western) is superior to traditional or spiritual healing practices;
  • that Western liberal cultural norms which grant women and the LGBT equal rights are ethically superior in this regard to non-Western religious or cultural ones that do not; and
  • that being obese is a life-limiting heath condition rather than an unfairly stigmatized and equally healthy and beautiful body-choice.

Underlying these alleged “social constructions” is the most deeply concerning of them all. This is the belief that in urgent need of “disrupting” is the simple truth that science itself—along with our best methods of data-gathering, statistical analysis, hypothesis testing, falsifying, and replicating results—is generally a better way of determining information about the objective reality of any observable phenomenon than are non-scientific, traditional, cultural, religious, ideological, or magical approaches. That is, for grievance studies scholars, science itself and the scientific method are deeply problematic, if not outright racist and sexist, and need to be remade to forward grievance-based identitarian politics over the impartial pursuit of truth. These same issues are also extended to the “Western” philosophical tradition which they find problematic because it favors reason to emotion, rigor to solipsism, and logic to revelation.

As a result, radical constructivists tend to believe science and reason must be dismantled to let “other ways of knowing” have equal validation as knowledge-producing enterprises. These, depending on the branch of “theory” being invoked, are allegedly owned by women and racial, cultural, religious, and sexual minorities. Not only that, they are deemed inaccessible to more privileged castes of people, like white heterosexual men. They justify this regressive thinking by appealing to their alternative epistemology, called “standpoint theory.” This results in an epistemological and moral relativism which, for political reasons, promotes ways of knowing that are antithetical to science and ethics which are antithetical to universal liberalism.

Radical constructivism is thus a dangerous idea that has become authoritative. It forwards the idea that we must, on moral grounds, largely reject the belief that access to objective truth exists (scientific objectivity) and can be discovered, in principle, by any entity capable of doing the work, or more specifically by humans of any race, gender, or sexuality (scientific universality) via empirical testing (scientific empiricism). (This particular belief is sometimes referred to as “radical skepticism,” although philosophers also have other meanings for this term.) Although knowledge is always provisional and open to revision, there are better and worse ways to get closer to it, and the scientific method is the best we have found. By contrast, the means offered by critical theory are demonstrably and fatally flawed. Particularly, this approach rejects scientific universality and objectivity and insists, on moral grounds, that we must largely accept the notion of multiple, identity-based “truths,” such as a putative “feminist glaciology.” Under critical constructivism, this gains an explicitly radical political motivation.

Any scholarship that proceeds from radically skeptical assumptions about objective truth by definition does not and cannot find objective truth. Instead it promotes prejudices and opinions and calls them “truths.” For radical constructivists, these opinions are specifically rooted a political agenda of “Social Justice” (which we have intentionally made into a proper noun to distinguish it from the type of real social progress falling under the same name). Because of critical constructivism, which sees knowledge as a product of unjust power balances, and because of this brand of radical skepticism, which rejects objective truth, these scholars are like snake-oil salespeople who diagnose our society as being riddled with a disease only they can cure. That disease, as they see it, is endemic to any society that forwards the agency of the individual and the existence of objective (or scientifically knowable) truths.

Having spent a year doing this work ourselves, we understand why this fatally flawed research is attractive, how it is factually wrong in its foundations, and how it is conducive to being used for ethically dubious overreach. We’ve seen, studied, and participated in its culture through which it “proves” certain problems exist and then advocates often divisive, demeaning, and hurtful treatments we’d all do better without.

We also know that the peer-review system, which should filter out the biases that enable these problems to grow and gain influence, is inadequate within grievance studies. This isn’t so much a problem with peer review itself as a recognition that peer review can only be as unbiased as the aggregate body of peers being called upon to participate. The skeptical checks and balances that should characterize the scholarly process have been replaced with a steady breeze of confirmation bias that blows grievance studies scholarship ever further off course. This isn’t how research is supposed to work.

Though it doesn’t immediately seem obvious—because financial incentives for the researchers, for the most part, aren’t directly involved (although the publishing houses are definitely raking it in)—this is a kind of blatant corruption. In this way, politically biased research that rests on highly questionable premises gets legitimized as though it is verifiable knowledge. It then goes on to permeate our culture because professors, activists, and others cite and teach this ever-growing body of ideologically skewed and fallacious scholarship.

This matters because even though most people will never read a single scholarly paper in their lifetimes, peer-reviewed journals are the absolute gold standard of knowledge production. And these concepts leak into culture. A good example of this is Robin DiAngelo’s concept of “white fragility,” which posits that white people have become fragile because of their privilege and will act out like spoiled children if it is challenged. DiAngelo forwarded this concept in the International Journal of Critical Pedagogy in 2011. Seven years later, in 2018, she landed a major book deal on white fragility, even as activists pushed it into the common parlance and started putting it on billboards around Portland, Oregon.

As a society we should be able to rely upon research journals, scholars, and universities upholding academic, philosophical, and scientific rigor (because most academic journals do). We need to know that the hardline stand against corruptions of research taken in domains like financial and personal conflicts-of-interest will extend to political, moral, and ideological biases. Our project strongly suggests that at present we can neither rely upon nor know these things in fields that bow to or traffic in grievance studies. The reason is because grievance studies based in critical constructivism (a class of descendants of cynical postmodern philosophy and poststructuralism) have corrupted research journals. This needs to be repaired.

This is why this matters, but how did we get here, to this specific project? And what guiding principles did we adopt and why?

Part IV: The Plan—How this Came to Be

In May 2017, James and Peter published a paper in a poorly ranked peer-reviewed journal arguing, among other things, that penises conceptually cause climate change. Its impact was very limited, and much criticism of it was legitimate. The journal was poor, and its quality was by far the dominant factor in how it was published (in that it provides very lax review standards and charges authors a fee to have their papers published). This muddied the water so much that “The Conceptual Penis” could not prove much about the state of its intended primary target: academic gender studies (which relies heavily upon critical constructivism). To do that, a much larger and more rigorous study was needed.

We approached this new effort by asking two central questions: Are we correct in our claim that highly regarded peer-reviewed journals in gender studies and related fields will publish obvious hoaxes? (By “hoaxes,” we meant papers featuring at least one of the following: clearly ludicrous and/or outrageous theses, visibly amateurish construction, a transparent lack of rigor, and that clearly demonstrate little understanding of the field.) And, if not, what will they publish?

We set out with three basic rules: (1) we’ll focus almost exclusively upon ranked peer-reviewed journals in the field, the higher the better and at the top of their subdisciplines whenever possible; (2) we will not pay to publish any paper; and (3) if we are asked at any point by a journal editor or reviewer (but not a journalist!) if any paper we wrote is an attempted hoax, we will admit it. These rules were meant to ensure that any conclusions we derived from the field came from the field itself, not the unrelated but significant problem that also corrupts academic pursuits: the proliferation of predatory and quasi-predatory journals with extremely low standards. With these rules guiding us, we committed to transparently reporting the results, whether we succeeded or failed.

In the year that followed, and with the help of Helen, who joined us in September 2017, we wrote twenty academic papers for journals in fields we have come to identify as being particularly susceptible to grievance studies and critical constructivism. The results have gone a long way toward answering both of our central questions.

The first question has a clear answer. “Are we correct in our claim that highly regarded peer-reviewed journals in gender studies and related fields will publish obvious hoaxes?” was answered nearly unequivocally and in the negative by November. It only took us a few months and a few papers to learn that while it is possible that some journals in these fields may fall prey to an outright hoax so long as it plays upon their moral biases and preferred academic jargon, nothing like “The Conceptual Penis” would have been published in a highly regarded gender-studies journal. In believing that some might, and on having said so in the wake of that attempt, we were wrong.

In pursuing the second question (“What will they publish?”), we learned a great deal of useful information about academic grievance studies. First, by taking a reflexive ethnographic approach, seeking reviewer comments, complying with them, playing more strongly to biases we were explicitly told would help us be published, we became well-versed not only in the scholarship of the fields we are studying but also in the culture that favors it. Second, we amassed what appears to be significant evidence and sufficient expertise to state that we were correct in claiming there is a problem with bias in fields influenced by critical constructivist approaches and assumptions.

Part V: The Results (of all 20 papers)

(All the papers and reviews can be found here)

“Dog Park”

Title: Human Reactions to Rape Culture and Queer Performativity in Urban Dog Parks in Portland, Oregon

By

Helen Wilson, Ph.D., Portland Ungendering Research (PUR) Initiative (fictional)

 Gender, Place, and Culture

Status: Accepted & Published

Recognized for excellence. Expression of concern raised on it following journalistic interest leading us to have to conclude the project early.

Thesis: That dog parks are rape-condoning spaces and a place of rampant canine rape culture and systemic oppression against “the oppressed dog” through which human attitudes to both problems can be measured. This provides insight into training men out of the sexual violence and bigotry to which they are prone.

Purpose: To see if journals will accept arguments which should be clearly ludicrous and unethical if they provide (an unfalsifiable) way to perpetuate notions of toxic masculinity, heteronormativity, and implicit bias.

Selected Reviewer Comments:

“This is a wonderful paper – incredibly innovative, rich in analysis, and extremely well-written and organized given the incredibly diverse literature sets and theoretical questions brought into conversation. The author’s development of the focus and contributions of the paper is particularly impressive. The fieldwork executed contributes immensely to the paper’s contribution as an innovative and valuable piece of scholarship that will engage readers from a broad cross-section of disciplines and theoretical formations. I believe this intellectually and empirically exciting paper must be published and congratulate the author on the research done and the writing.” -Reviewer 1, Gender, Place, and Culture

“Thank you for the opportunity to review a really interesting paper. I think it will make an important contribution to feminist animal geography with some minor revisions, as described below.” -Reviewer 2, Gender, Place, and Culture

As you may know, GPC is in its 25th year of publication. And as part of honoring the occasion, GPC is going to publish 12 lead pieces over the 12 issues of 2018 (and some even into 2019). We would like to publish your piece, Human Reactions to Rape Culture and Queer Performativity at Urban Dog Parks in Portland, Oregon, in the seventh issue. It draws attention to so many themes from the past scholarship informing feminist geographies and also shows how some of the work going on now can contribute to enlivening the discipline. In this sense we think it is a good piece for the celebrations. I would like to have your permission to do so.” -Editor of Gender, Place, and Culture


“Fat Bodybuilding”

Title: Who Are They to Judge?: Overcoming Anthropometry and a Framework for Fat Bodybuilding

By

Richard Baldwin, Ph.D., Gulf Coast State College (a real person who gave us permission to use his scholarly identity for this project)

Fat Studies

Status: Accepted, Published

Thesis: That it is only oppressive cultural norms which make society regard the building of muscle rather than fat admirable and that bodybuilding and activism on behalf of the fat could be benefited by including fat bodies displayed in non-competitive ways.

Purpose: To see if journals will accept arguments which are ludicrous and positively dangerous to health if they support cultural constructivist arguments around body positivity and fatphobia.

Selected Reviewer Comments:

The topic of this essay is certainly novel and addresses an issue relevant to a disenfranchised demographic. The essay addresses bodybuilding as a stigmatizing activity toward the fat body and presents fat bodybuilding as a “way to disrupt the cultural space” of traditional bodybuilding” -Reviewer 1, Fat Studies

I thoroughly enjoyed reading this article and believe it has an important contribution to make to the field and this journal. For the most part, I wholeheartedly agree with its argument. It is well written and structured.” -Reviewer 3, Fat Studies

On p. 24, the author writes “a fat body is a legitimately built body”. Absolutely agreed.” -Reviewer 3, Fat Studies

“[T]he use of the term ‘final frontier’ is problematic in at least two ways. First – the term frontier implies colonial expansion and hostile takeover, and the genocidal erasure of indigenous peoples. Find another term.” -Reviewer 3, Fat Studies


“Dildos”

Title: Going in Through the Back Door: Challenging Straight Male Homohysteria and Transphobia through Receptive Penetrative Sex Toy Use

By

M Smith, M.A., PUR Initiative (fictional)

Sexuality & Culture

Status: Accepted, Published 

Thesis: That it is suspicious that men rarely anally self-penetrate using sex toys, and that this is probably due to fear of being thought homosexual (“homohysteria”) and bigotry against trans people (transphobia). (It combines these ideas into a novel concept “transhysteria,” which was suggested by one of the paper’s peer reviewers.) Encouraging them to engage in receptive penetrative anal eroticism will decrease transphobia and increase feminist values.

Purpose: To see if journals will accept ludicrous arguments if they support (unfalsifiable) claims that common (and harmless) sexual choices made by straight men are actually homophobic, transphobic, and anti-feminist.

Selected Reviewer Comments:

This article is an incredibly rich and exciting contribution to the study of sexuality and culture, and particularly the intersection between masculinity and anality. … This contribution, to be certain, is important, timely, and worthy of publication.” -Reviewer 1, Sexuality and Culture

Sorry for so many questions, but this paper is so rich and exciting, I’m just overwhelmed by so many new questions—which is a sign of a marvelous paper!” -Reviewer 1, Sexuality and Culture

Overall, this paper is a very interesting contribution to knowledge.” -Reviewer 1, Sexuality and Culture

Thank you for this exciting research. I enjoyed reading your paper, and I recommend publishing it after significant revisions.” -Reviewer 2, Sexuality and Culture


 “Hooters

Title: An Ethnography of Breastaurant Masculinity: Themes of Objectification, Sexual Conquest, Male Control, and Masculine Toughness in a Sexually Objectifying Restaurant

By

Richard Baldwin, Ph.D., Gulf Coast State College

Journal: Sex Roles

Status: Accepted, Published

Thesis: That men frequent “breasturants” like Hooters because they are nostalgic for patriarchal dominance and enjoy being able to order attractive women around. The environment that breastaurants provide for facilitating this encourages men to identify sexual objectification and sexual conquest, along with masculine toughness and male dominance, with “authentic masculinity.” The data are clearly nonsense and conclusions drawn from it are unwarranted by it. (NB. One reviewer did raise concerns about the rigor of the data)

Purpose: To see if journals will publish papers that seek to problematize heterosexual men’s attraction to women and will accept very shoddy qualitative methodology and ideologically-motivated interpretations which support this.

Selected Reviewer Comments:

The reviewers and I were positive about many aspects of the manuscript, and we believe that it could make an important contribution to the field.” -Editor, Sex Roles

I agree that the breastaurant is an important site for critical masculinities research that has been neglected in the extant literature and this study has the potential to make a significant contribution.” -Reviewer 2, Sex Roles

While the author clearly has a solid grasp of the relevant research and scholarly works related to breastaurants and male subcultures where traditional forms of masculinity are embraced and promoted, it is not presented in a way that is easy to follow and understand.” -Reviewer 2, Sex Roles

I thank the authors for addressing an important and interesting issue in gender research viewed through a masculine perspective.” -Reviewer 3, Sex Roles

Following external review of the manuscript, we have decided not to publish it. However, the material you write about is certainly interesting and will doubtless find a receptive audience in another publication.” -Editor, Men & Masculinities

This article is certainly interesting to read and to think about, and I can imagine this article being valuable in an undergraduate or graduate class on masculinities.” -Reviewer 1, Men & Masculinities

Overall, this article is an interesting contribution that provides much to think about and through.” -Reviewer 1, Men & Masculinities


“Hoax on Hoaxes 2” or “HoH2”

Title: When the Joke Is on You: A Feminist Perspective on How Positionality Influences Satire

By

Richard Baldwin, Ph.D., Gulf Coast State College

Hypatia

Status: Accepted

Thesis: That academic hoaxes or other forms of satirical or ironic critique of social justice scholarship are unethical, characterized by ignorance and rooted in a desire to preserve privilege.

Purpose: To see if journals will accept an argument that shuts down critiques of social justice scholarship as a lack of engagement and understanding, even if one engages fully and knowledgeably with the ideas to the extent of having a paper on them published in a leading academic journal. (This paper is also to anticipate and show understanding of the feminist epistemological arguments against our project and demonstrate their high estimation in the field by having them accepted in the leading academic journal of feminist philosophy. That is, to criticize our work that way, they have to cite us.)

Selected Reviewer Comments:

“This is a very promising essay and so revisions will be very helpful.” -Reviewer 1, Hypatia

“The paper is well written, accessible and clear, and engages in important scholarship in relevant ways. Given the emphasis on positionality, the argument clearly takes power structures into consideration and emphasizes the voice of marginalized groups, and in this sense can make a contribution to feminist philosophy especially around the topic of social justice pedagogy.” -Reviewer 2, Hypatia

The topic is an excellent one and would make an excellent contribution to feminist philosophy and be of interest to Hypatia readers.” -Reviewer 2, Hypatia

Excellent and very timely article! Especially nice connection with pedagogy and activism.” -Reviewer 1, Hypatia (second review)

I have a couple of personal, very minor comments that I’ll put in below the referee’s praise. I hasten to add that I like your paper very much as well!” -Editor of Hypatia, acceptance letter


“Moon Meetings

Title: Moon Meetings and the Meaning of Sisterhood: A Poetic Portrayal of Lived Feminist Spirituality

By

Carol Miller, Ph.D., PUR Initiative (fictional)

Journal: Journal of Poetry Therapy

Status: Accepted (without any requested revisions or comments) 

Thesis: No clear thesis. A rambling poetic monologue of a bitter, divorced feminist, much of which was produced by a teenage angst poetry generator before being edited into something slightly more “realistic” which is then interspersed with self-indulgent autoethnographical reflections on female sexuality and spirituality written entirely in slightly under six hours.

Purpose: To see if journals will accept rambling nonsense if it is sufficiently pro-woman, implicitly anti-male, and thoroughly anti-reason for the purpose of foregrounding alternative, female ways of knowing. (NB: It was written entirely by James, who is male.)


“Feminist Mein Kampf” or “FMK”

Title: Our Struggle is My Struggle: Solidarity Feminism as an Intersectional Reply to Neoliberal and Choice Feminism

By

Maria Gonzalez, Ph.D., and Lisa A. Jones, Ph.D., of the Feminist Activist Collective for Truth (FACT) (both fictional)

Affilia

Status: Accepted

Thesis: That feminism which foregrounds individual choice and responsibility and female agency and strength can be countered by a feminism which unifies in solidarity around the victimhood of the most marginalized women in society.

Purpose: To see if we could find “theory” to make anything grievance-related (in this case, part of Chapter 12 of Volume 1 of Mein Kampf with fashionable buzzwords switched in) acceptable to journals if we mixed and matched fashionable arguments.

Selected Reviewer Comments:

This is an interesting paper seeking to further the aims of inclusive feminism by attending to the issue of allyship/solidarity.” Reviewer 1, Affilia

As I read your manuscript, I found your framing and treatment of both neoliberal and choice feminisms well grounded.” -Reviewer 2, Affilia

I am very sympathetic to the core arguments of the paper, such as the need for solidarity and the problematic nature of neoliberal feminism.” -Reviewer 1, Feminist Theory

While I am extremely sympathetic to this article’s argument and its political positioning, I am afraid that I cannot recommend publication in its current form.” -Reviewer 2, Feminist Theory

 The reviewers are supportive of the work and noted its potential to generate important dialogue for social workers and feminist scholars.” -Co-Editor in Chief, Affilia (1st Review)

The reviewer(s) have been very favorable although there are a few minor outstanding issues to address.  Therefore, I invite you to respond to the editorial and reviewer(s)’ comments included at the bottom of this letter and revise your manuscript quickly so that we can move toward publication.” -Co-Editor in Chief, Affilia, second review


“Porn”

Title: Agency as an Elephant Test for Feminist Porn: Impacts on Male Explicit and Implicit Associations about Women in Society by Immersive Pornography Consumption

By

Richard Baldwin, Ph.D., Gulf Coast State College, and Brandon Williams, Ph.D., unaffiliated (fictional)

Porn Studies

Status: Revise and resubmit. 

Thesis: That “feminist” porn is good for improving explicit and implicit attitudes about women in society while other porn is bad for this. The paper seeks to upset the female-friendly/female-degrading dichotomy in favor of feminist/non-feminist as read according to perceptions of scene authenticity and female performer agency.

Purpose: The original hypotheses for this paper, were two, one of which survived an initial request to rewrite the paper. The first, which survives, is that taking the Harvard Implicit Association Test (on gender and science) immediately before and after two-hour blocks of immersive pornography consumption can serve as a reliable metric for whether that pornography improves or damages attitudes about women in society (in all, it posited that four men watched 2,328 hours of hardcore pornography over the course of a year and took the same number of Implicit Association Tests). The second, in addition to any commentary made by the thesis it forwards, is that it is acceptable to override ambiguous statistical results with ideologically interpreted qualitative results, but because the journal’s editor (Feona Attwood) seemed not to understand the statistics, the second draft largely abandoned this hypothesis in favor of a more clear “feminism good” position. As such, the paper under review still forwards the IAT hypothesis and attempts to position extremely female-degrading scenarios as being pro-women when they can be construed as “feminist.”

Selected Reviewer Comments:

I found this article to be weird, fascinating, fun and provocative. I would very much like to see it published in some form. It’s trying to do something genuinely new – and the fact that it doesn’t get it exactly right first time is to be expected given its experimental status. The authors should be supported in this project.” -Reviewer 1, Porn Studies 

My first piece of feedback on how to make this hybrid article work is that they should remove the quantitative data. As they note in the article, quantitative and qualitative approaches each have strengths and weaknesses. The strength of quantitative data is that it allows you to simplify as massive group of data to make it comprehensible, by ignoring complexity, subtlety, idiosyncrasy and meaning. It makes no sense to undertake quantitative analysis for four people – when you flatten the detail out of a sample of four you’re not left with anything interesting. Besides which, everything interesting in the article comes in the analysis of the qualitative data. My second recommendation is that this analysis should be more self-reflective.” -Reviewer 1, Porn Studies. 

“It’s vitally important that the story in this article is about the researchers own voyage of self-discovery otherwise it becomes mansplaining – ‘we’re four male scientists, we watched lots of porn, and you know, we’ve discovered that actually some women can really have agency in BDSM. No, really, we’re men, listen to us telling you about how women can have agency!’”- Reviewer 1, Porn Studies 

“I appreciate your dedication/contribution to the field.” – Reviewer 2, Porn Studies

 “Your work affirms several theorists’ claims that mediated sex positive sexual practice has a note-worthy impact on consumers and your methodological contribution helps unpack the facile, as you state, distinction between female-friendly and female-degrading” – Reviewer 2, Porn Studies


“Progressive Stack”

Title: The Progressive Stack: An Intersectional Feminist Approach to Pedagogy

By

Maria Gonzalez, Ph.D., FACT (fictional)

Hypatia

Status: 3 Reject and Resubmit decisions

Thesis: That educators should discriminate by identity and calculate their students’ status in terms of privilege, favor the least privileged with more time, attention and positive feedback and penalize the most privileged by declining to hear their contributions, deriding their input, intentionally speaking over them, and making them sit on the floor in chains—framed as educational opportunities we termed “experiential reparations.”

Purpose: To see if journals will accept arguments which advocate rating students by their identity, privileging the most marginalized and discriminating against the most privileged to the extent of having them sit on floor in chains and have their contributions discredited. (This was accepted. No requirement for revision took issue with that). 

Selected Reviewer Comments:

This is a solid essay that, with revision, will make a strong contribution to the growing literature on addressing epistemic injustice in the classroom. The focus on the Progressive Stack is interesting yet focused and it is great that the author is trying to suggest some specific approaches.” -Reviewer 1, first review, Hypatia

I like this project very much. I think the author’s insights are on target and I think that the literature on epistemic injustice has lots to offer classroom pedagogies, I encourage the author to continue working on this project.” -Reviewer 2, first review, Hypatia

This is a worthwhile and interesting project. The essay is just not ready yet.” -Reviewer 2, second review, Hypatia


“Feminist AI

Title: Super-Frankenstein and the Masculine Imaginary: Feminist Epistemology and Superintelligent Artificial Intelligence Safety Research

by

Stephanie Moore, Ph.D., unaffiliated (fictional)

Feminist Theory

Status: Revise and Resubmit 

(Minor revision to length and style)

Thesis: That AI is inherently dangerous because it is being programmed with masculinist, imperialistic, rationalist data. Straight, white men know this and fear that they will be subordinated as they have subordinated women and minorities. Therefore, AI needs to be programmed with plural and irrationalist knowledges and given control over humanity.

Purpose: To see if journals will publish dense and incoherent psychoanalytic and postmodern theory that problematizes whiteness, maleness, science, and reason as oppressive.

Selected Reviewer Comments:

None available. This is the extent provided: “Your article has now been peer-reviewed by two experts. Their comments are attached at the bottom of this letter. As you can see, the reviewers felt that this was a strong piece but suggested some minor revisions. We invite you to revise and re-submit your manuscript, responding to the reviewers’ comments and in accordance with the attached Style Guide.”

Those comments at the bottom read only this: “Please reduce word length and bring in line with journal requirements.”


“Feminist Astronomy”

Title: Stars, Planets, and Gender: A Framework for a Feminist Astronomy

by

Maria Gonzalez, Ph.D., FACT (fictional)

Women’s Studies International Forum

Status: Revise and Resubmit

(Out of time)

Thesis: The science of astronomy is and always has been intrinsically sexist and Western, and this masculinist and Western bias can best be corrected by including feminist, queer, and indigenous astrology (e.g., horoscopes) as part of astronomical science.

Purpose: To see if the same result put forth in the very successful and thoroughly non-scientific feminist glaciology paper can penetrate into feminist and postcolonial studies of astronomy.

Selected Reviewer Comments

This paper addresses feminist critiques of science, focusing specifically on astronomy. As such, it is an interesting topic, and would make a useful contribution to the journal” – Reviewer 1, Women’s Studies International Forum

For existing proponents of feminist science studies, this also makes sense as a next step—to cast a feminist eye on scientific disciplines beyond the “soft” sciences of biology and environmental studies, and to move increasingly towards critiques of and interventions into “hard” sciences, such as physics and astronomy. The main goal is relevant and interesting” – Reviewer 2, Women’s Studies International Forum

This manuscript holds much promise and is interesting. The goal of a feminist astronomy is very thought-provoking—one that I would be excited to read and learn more about….I wish them luck as they move forward on this interesting piece and hope to someday see it discussed in classrooms, labs, and plenary halls“- Reviewer 2, Women’s Studies International Forum

The originality of the author’s contention is a success. Its contention at the most basic level—that feminist astronomy is/should/could be a thing!—would be exciting to readers in feminist science studies, women’s and gender studies, science and technology studies, and maybe even, hopefully, astronomy” – Reviewer 2, Women’s Studies International Forum


“CisNorm

Title: Strategies for Dealing with Cisnormative Discursive Aggression in the Workplace: Disruption, Criticism, Self-Enforcement, and Collusion

By

Carol Miller, Ph.D., PUR Initiative (fictional)

 Gender, Work, and Organization

Status: Under review

(Rejected after mixed but mostly critical reviews by Gender & Society.)

Thesis: That trans people are all oppressed and constrained by cisnormative language in the workplace even if they don’t think they are, that trans activists who are avoided at work are proof of transphobia and trans men who are skeptical of trans activism are afraid of transphobia and/or taking advantage of male privilege.

Purpose: To see if journals will accept a methodologically shoddy study of a small sample of trans people and clearly ideologically-motivated interpretations of it which are not at all supported even by the recorded answers.

Selected Reviewer Comments:

Overall, I find this four-part framework to be helpful in advancing an understanding of cisnormativity, particularly through the agentic responses of trans and gender non-conforming people to systems of power.” -Reviewer B, Gender & Society

This paper offers an interesting and important empirical case for understanding how workplace inequalities persist even as many workplaces are at least formally more inclusive. A strength of this paper is its focus on trans and gender non-conforming persons’ first-hand experiences and interpretations of the aggressions they endure even in workplaces that may appear to be inclusive. It further highlights the enduring rigidity of the traditional gender order.” -Reviewer C, Gender & Society


“Masturbation

Rubbing One Out: Defining Metasexual Violence of Objectification Through Nonconsensual Masturbation

By

Lisa A. Jones, Ph.D., FACT (fictional)

 Sociological Theory

Status: Rejected after peer review

(Out of time)

Thesis: When a man privately masturbates while fantasizing about a woman who has not given him permission to do so, or while fantasizing about her in ways she hasn’t consented to, he has committed “metasexual” violence against her, even if she never finds out. “Metasexual” violence is described as a kind of nonphysical sexual violence that causes depersonalization of the woman by sexually objectifying her and making her a kind of mental prop used to facilitate male orgasm.

Purpose: To see if the definition of sexual violence can be expanded into thought crimes..

Selected Reviewer Comments:

One aspect I thought about was the extent to which metasexual violence, and non- consensual masturbation specifically, introduces uncertainty into all relationships. It is not possible for women to know if a man has masturbated while thinking about them, and I think it might be possible to get theoretical leverage out of this “unknowable” aspect of metasexual violence. I could also imagine scenarios where might men weaponize this unknowability in very tangible ways. For example, the ambiguous statement “I think about you all the time” said unprompted to a woman by a man is particularly insidious given the structural context of metasexual violence in the world. I am not sure if this a direction you want to go with the paper, but I can imagine a section discussing the ambiguity and anxiety metasexual violence introduces to interpersonal relationships and how metasexual violence exacerbates or compounds other tangible forms of violence.” -Reviewer 1, Sociological Theory

I was also trying to think through examples of how this theoretical argument has implications in romantic consensual relationships. Through the paper, I was thinking about the rise of sexting and consensual pornographic selfies between couples, and how to situate it in your argument. I think this is interesting because you could argue that even if these pictures are shared and contained within a consensual private relationship, the pictures themselves are a reaction to the idea that the man may be thinking about another woman while masturbating. The entire industry of boudoir photography, where women sometimes have erotic pictures taken for their significant other before deploying overseas in the military for example, is implicitly a way of saying, “if you’re going to masturbate, it might as well be to me.” Essentially, even in consensual monogamous relationships, masturbatory fantasies might create some level of coercion for women. You mention this theme on page 21 in terms of the consumption of non-consensual digital media as metasexual-rape, but I think it is interesting to think through these potentially more subtle consensual but coercive elements as well.” -Reviewer 1, Sociological Theory


“White Mein Kampf” or “WMK”

Title: My Struggle to Dismantle My Whiteness: A Critical-Race Examination of Whiteness from within Whiteness

By

Carol Miller, Ph.D., PUR Initiative (fictional)

 Sociology of Race and Ethnicity

Status: Rejected after peer review

(Out of time)

 Thesis: This paper is an autoethnography that tracks a white lesbian woman who becomes radicalized against “Whiteness” (intentionally capitalized) by engaging with critical race literature.

Purpose: To see if we could find “theory” to make anything (in this case, selected sections of Mein Kampf in which Hitler criticizes Jews, replacing Jews with white people and/or whiteness) acceptable to journals if we mixed and matched fashionable arguments.

Selected reviewer comments:

In “problematizing her own whiteness,” the author seeks to address a void within critical whiteness scholarship. Given that most reflexive commentary on whiteness is relegated to “methodological appendices” or “positionality statements,” I found the author’s effort to center this self-critical struggle refreshing. The author demonstrates a strong ability to link personal narration to theory, particularly by highlighting the work of several women of color writers.” -Reviewer 1, Sociology of Race and Ethnicity

This article “My Struggle to Dismantle My Whiteness: A Critical-Race Examination of Whiteness from Within Whiteness” focuses on extremely important subject matter with a significant and thoughtful methodology. With revision particularly for precision, clarity, explanation of assertions and adding concrete examples, the article has potential to be a powerful and particular contribution to literature related to the mechanisms that reinforce white adherence to white supremacist perspectives, and to the process by which individuals can come into deeper levels of social and racial consciousness.” -Reviewer 2, Sociology of Race and Ethnicity


“Queering Plato”

Title: Queering Plato: Plato’s Allegory of the Cave as a Queer-Theoretic Emancipatory Text on Sexuality and Gender

By

Carol Miller, Ph.D., PUR Initiative (fictional)

GLQ: A Journal of Gay and Lesbian Studies

Status: Desk rejected after several months and retired.

 Thesis: Plato’s allegory of the cave is best read as a queer-theoretic text that positions overcoming binaries of sexuality and gender as a kind of enlightened state and thus accepting those binaries as a kind of blindness.

Purpose: To see if it would be possible to foist a ridiculous and ideological reading of Plato’s Allegory of the Cave upon gender and sexualities studies if it sufficiently flattered the notion that “overcoming binaries” constitutes a kind of personal and societal enlightenment.


“Feminist Bodybuilding”

Title: “Pretty Good for a Girl”: Feminist Physicality and Women’s Bodybuilding

By

Richard Baldwin, Ph.D., Gulf Coast State College

Sociology of Sport Journal

Status: Retired.

(Last rejection: Sociology of Sport Journal, after peer review)

Thesis: The primary reasons women bodybuilders are smaller than their male counterparts isn’t biology; it’s sexism that exists explicitly and implicitly in gym environments, broader culture, and specifically bodybuilding judging criteria.

Purpose: To see if biological denialism could be published in favor of social constructivism if it sufficiently flattered certain moral orthodoxies.


“BJJ” or “BJ-Gay”

Title. Grappling with Hegemonic Masculinity: The Roles of Masculinity and Heteronormativity in Brazilian Jiu Jitsu

By

Richard Baldwin, Ph.D., Gulf Coast State College

International Review for the Sociology of Sport

Status: Retired.

(Last rejection:  International Review for the Sociology of Sport, after peer review)

Thesis: The primary reason men engage in “grappling-based martial arts” like Brazilian jiu jitsu and wrestling, is because hegemonic forms of masculinity prevent their access to homosexual (and homoerotic) male touch in general, which is exacerbated in specific through the focus on “submission” into a repressed need to do so via socially acceptable activities that amount to performative gay BDSM.

Purpose: To see if a truly ridiculous argument about men’s sports could be published by attempting to situate it in their literature and by accusing men of harboring unfalsifiable socially repressed urges.


“Hoax on Hoaxes (1)” or “HoH1”

Title: Hegemonic Academic Bullying: The Ethics of Sokal-style Hoax Papers on Gender Studies

By

Richard Baldwin, Ph.D., Gulf Coast State College

Journal of Gender Studies

Status: Retired.

(Last rejection: Journal of Gender Studies, never peer reviewed) 

Thesis: The ethics of attempting to perpetrate academic hoaxes depends entirely upon the position the relevant journal or field of inquiry takes with regard to social justice. Specifically, it is unethical to hoax journals that favor social justice scholarship, neutral to hoax journals like physics, and an ethical imperative to hoax journals (like evolutionary psychology) that obtain results used against social justice. “The Conceptual Penis as a Social Construct” and The Sokal Affair are given as examples of this form of “hegemonic academic bullying.”

Purpose: To see if journals will accept a blatant double standard where it comes to criticizing fields dedicated to social justice. (As Hoax on Hoaxes 2 demonstrates, this hypothesis wasn’t entirely wrong.) Also, that we could publish a paper criticizing “The Conceptual Penis” which actually cites us (again, not entirely wrong).


“The Autoethnography”/“SZE”

Title: Self-Reflections on Self-Reflections: An Autoethnographic Defense of Autoethnography

By

Richard Baldwin, Ph.D., Gulf Coast State College

Journal of Contemporary Ethnography

Status: Retired.

(Last rejection: Journal of Contemporary Ethnography, never peer reviewed)

Thesis: Autoethnography is best defended by using autoethnography. It’s not clear that this outright attempted hoax has a thesis beyond this, but it would generally be that a young man can discover the importance of feminism, the “situatedness of his perspective,” and a feminism-oriented masculinity by putting his masculinity to the test in keeping with other autoethnographies.

Purpose: To see if a truly ridiculous hoax paper could be perpetrated.

As SZE

Title: Masculinity and the Others Within: A Schizoethnographic Approach to Autoethnography

By

Brandon Williams, Ph.D., unaffiliated (fictional)

Qualitative Inquiry

Status: Retired.

(Only submission: Qualitative Inquiry, never peer reviewed)

Thesis: No clear thesis beyond that “schizoethnography” in which one considers the varying lines of thought in one’s mind to be different selves with different insights. A rambling autoethnography incorporating many ‘selves’ which interrogates the author’s masculinity as problematic.

Purpose: To see if journals will publish utter nonsense if it comes in the form of autoethnography and reflects fashionable negativity about masculinity.

NB: This paper was only rewritten as SZE specifically to test Qualitative Inquiry, and that we thought it might have a chance there by the end of our year in the project says a great deal about the need to critically examine that journal.


“Fem-Mein Kampf” or “FemMK”

Title: Rebraiding Masculinity: Redefining the Struggle of Women Under the Domination of the Masculinity Trinity

By

Helen Wilson, Ph.D., PUR Initiative (fictional)

Signs

Status: Retired.

(Only submission: Signs, never peer reviewed)

Thesis: Hegemonic masculinity, patriarchy, and male allyship form three braided strands of masculinity as the problem, following feminist scholar Lisa Wade’s insistence as such. It is just an adaptation to feminism of the first draft of “White Mein Kampf.”

Purpose: To see if we could find “theory” to make anything (in this case, sections of Mein Kampf in which Hitler criticizes Jews, replacing Jews with men or patriarchy) acceptable to journals if we mixed and matched fashionable arguments, in this case following popular pieces being written by feminist writers and scholars.


Part VI: Discussion

What does this experiment show exactly? We will let you make up your own minds about that, but put across the case that it shows that there are excellent reasons to doubt the rigor of some of the scholarship within the fields of identity studies that we have called “grievance studies.”

We managed to get seven shoddy, absurd, unethical and politically-biased papers into respectable journals in the fields of grievance studies. Does this show that academia is corrupt? Absolutely not. Does it show that all scholars and reviewers in humanities fields which study gender, race, sexuality and weight are corrupt? No. To claim either of those things would be to both overstate the significance of this project and miss its point. Some people will do this, and we would ask them not to. The majority of scholarship is sound and peer review is rigorous and it produces knowledge which benefits society.

Nevertheless, this does show that there is something to be concerned about within certain fields within the humanities which are encouraging of this kind of “scholarship.” We shouldn’t have been able to get any papers this terrible published in reputable journals, let alone seven. And these seven are the tip of the iceberg. We would urge people who think this a fluke (or seven flukes) which shows very little to look at how we were able to do that. Look at the hundreds of papers we cited to enable us to make these claims and to use these methods and interpretations and have reviewers consider them quite standard. Look at the reviewer comments and what they are steering academics who need to be published to succeed in their careers towards. See how frequently they required us not to be less politically biased and shoddy in our work but more so.

Consider the fact that we were asked to review other papers no less than four times even though we had produced such evidence-free, absurd and morally objectionable papers. It would have been entirely possible for us to take part in this process of directing the production of knowledge within these fields further away from rigorous, reasonable and evidenced scholarship. We did not do that because it would have been unethical but scholars writing very similar papers completely sincerely will do so to the same effect.

Consider that this was a short-term project and was cut even shorter by discovery when we were becoming highly successful, and that we could have published one or two papers a month indefinitely and totaled hundreds in our lifetimes and reviewed and directed hundreds more. Understand that this would all have the legitimacy of knowledge that peer-reviewed papers should have when the process of knowledge production and peer-review works. Ask yourself if it is working. If you think not, join us in asking universities to fix this. 

Part VIl: What Now?

What needs to happen as a result of this project? That will be decided by other people. Our project has been little more than an initial exploration into a problem that aims primarily to provide evidence for its existence, gather an insider’s look into the fields producing it, and to outline its nature. Our data indicate that grievance studies is a serious academic problem that is in need of immediate attention.

It is easy to identify some popular but wrong answers to the question of what should happen next. One potential outcome of this project could be that journals begin to ask those submitting papers for identification and proof of qualifications in order to prevent people like us from doing this again. This is a poor solution that attempts to maintain the status quo rather than fixing it. Scholarship should stand on its merits regardless of the qualifications or identities of its authors. Taking this approach would only reduce journals’ fear of embarrassment and their accountability for producing rigorous scholarship and do nothing to improve academic standards within those fields—it may even make the problem worse by amplifying echo-chambers. Our work was accepted on its merits, not because we wrote under aliases, and that problem, which is the one that matters, cannot be addressed merely by requiring proof of identity to submit papers.

Two other wrong answers are to attack the peer-review system or academia overall. Peer review may need reform to prevent it from being susceptible to political, ideological, and other biases, but it remains the best system we have for guaranteeing the quality of research—and in most fields it works extremely well. The same is true for the university, which is a center of knowledge production and a gem of modern culture. Fighting the university or the peer-review system would be like killing the patient to end the disease. We expect to see these attacks, especially from political conservatives, and they are wrongheaded.

Based on our data, there is a problem occurring with knowledge production within fields that have been corrupted by grievance studies arising from critical constructivism and radical skepticism. Among the problems are how topics like race, gender, sexuality, society, and culture are researched. Perhaps most concerning is how the current highly ideological disciplines undermine the value of more rigorous work being done on these topics and erodes confidence in the university system. Research into these areas is crucial, and it must be rigorously conducted and minimize ideological influences. The further results on these topics diverge from reality, the greater chance they will hurt those their scholarship is intended to help.

Worse, the problem of corrupt scholarship has already leaked heavily into other fields like education, social work, media, psychology, and sociology, among others—and it openly aims to continue spreading. This makes the problem a grave concern that’s rapidly undermining the legitimacy and reputations of universities, skewing politics, drowning out needed conversations, and pushing the culture war to ever more toxic and existential polarization. Further, it is affecting activism on behalf of women and racial and sexual minorities in a way which is counterproductive to equality aims by feeding into right-wing reactionary opposition to those equality objectives.

What do we hope will happen? Our recommendation begins by calling upon all major universities to begin a thorough review of these areas of study (gender studies, critical race theory, postcolonial theory, and other “theory”-based fields in the humanities and reaching into the social sciences, especially including sociology and anthropology), in order to separate knowledge-producing disciplines and scholars from those generating constructivist sophistry. We hope the latter can be redeemed, not destroyed, as the topics they study—gender, race, sexuality, culture—are of enormous importance to society and thus demand considerable attention and the highest levels of academic rigor. Further, many of their insights are worthy and deserve more careful consideration than they currently receive. This will require them to adhere more honestly and rigorously to the production of knowledge and to place scholarship ahead of any conflicting interest rather than following from it. This change is what we hope comes out of this project.

As for us, we intend to use the knowledge we’ve gained from grievance studies to continue to critique them and push for universities to fix this problem and reaffirm their commitment to rigorous, non-partisan knowledge production. We do this because we believe in the university, in rigorous scholarship, in the pursuit of scientific knowledge, and in the importance of social justice.

Voir encore:

Christophe Guilluy : « L’insécurité culturelle des classes moyennes traverse tout l’Occident »
Guillaume Perrault
Le Figaro
28/09/2018

GRAND ENTRETIEN – Après Fractures françaises (2010), La France périphérique (2014) et Le Crépuscule de la France d’en haut (2016), le géographe élargit sa réflexion à l’ensemble des sociétés d’Europe et d’Amérique du Nord avec No Society. La fin de la classe moyenne occidentale (Flammarion), en librairie mercredi.

LE FIGARO. – Vos travaux sur la France périphérique, ces dernières années, ont suscité un vif intérêt. Pourriez-vous résumer votre thèse de départ?

Christophe GUILLUY. – J’étudie depuis vingt ans les classes populaires, les catégories modestes, qui, je le crois, nous indiquent le mouvement réel des sociétés. C’est en examinant ces catégories que je suis arrivé à la France périphérique, pas l’inverse. On peut définir les catégories populaires par les catégories sociales mais aussi par le revenu médian. En 2015, 50 % des salariés gagnaient moins de 1650 euros net par mois. Il s’agit, en grande majorité, d’ouvriers et d’employés. La baisse de la proportion d’ouvriers a coïncidé avec une augmentation de la proportion d’employés. Les catégories populaires – qui comprennent aussi les petits agriculteurs, ainsi que les jeunes et les retraités issus de ces catégories – n’ont donc nullement disparu. Leur part dans la population française est restée à peu près stable depuis un demi-siècle. La nouveauté, c’est uniquement que «le peuple» est désormais moins visible, car il vit loin des grands centres urbains. Le marché foncier crée les conditions d’accueil des populations dont les métropoles ont besoin. En se désindustrialisant, les grandes villes nécessitent beaucoup moins d’employés et d’ouvriers. Face à la flambée des prix dans le parc privé , les catégories populaires cherchent des logements en dehors des grandes agglomérations. Le problème crucial politique et social de la France, c’est donc que la majeure partie des catégories populaires ne vit plus là où se crée la richesse. Nulle volonté de «chasser les pauvres», pas de complot, simplement la loi du marché. Le projet économique de la France, tourné vers la mondialisation, n’a plus besoin des catégories populaires, en quelque sorte. C’est une situation sans précédent depuis la révolution industrielle.

Dans ce nouvel ouvrage, vous appliquez la même grille d’analyse aux États-Unis, à la Grande-Bretagne, voire à la Suède, l’Allemagne ou l’Italie. Pourquoi ces comparaisons?

Dans tous les pays développés, on vérifie le phénomène déjà constaté en France: la majorité des catégories populaires vit désormais à l’écart des territoires les plus dynamiques, ceux qui créent de l’emploi. Ces évolutions dessinent les contours d’une Amérique périphérique et d’une Angleterre périphérique tout autant que d’une France périphérique. De la Rust Belt américaine au Yorkshire britannique, des bassins industriels de l’est de l’Allemagne au Mezzogiorno italien, villes petites et moyennes, régions désindustrialisées et espaces ruraux décrochent. Ce constat n’efface pas les contextes nationaux (l’économie allemande n’est en rien comparable avec l’économie française) mais permet de conclure à l’émergence d’un monde des périphéries, celle des catégories modestes. Si le modèle mondialisé n’annule pas les spécificités nationales – les niveaux de vie et de protection sociale, les contextes économiques ne sont jamais identiques – il porte aussi des dynamiques communes: polarisation de l’emploi, renforcement des inégalités sociales et territoriales, fragilisation des plus modestes, fatigue de l’État-providence et crise identitaire. Dans tous ces pays, ce sont en priorité ces catégories populaires, qui formaient hier le socle de la classe moyenne occidentale, qui sont les premières concernées par la crise qui traverse le monde occidental.

Précisément, vous soutenez que nous assistons à «la disparition de la classe moyenne occidentale». N’est-ce pas exagérément apocalyptique?

Même si les contextes nationaux diffèrent, les évolutions sociales et culturelles communes aux classes populaires des pays occidentaux remettent en question l’idée d’une classe moyenne majoritaire et intégrée. Pendant les Trente Glorieuses, la classe moyenne a représenté le groupe social majoritaire – les fameux «deux Français sur trois» qu’évoquait Giscard pendant son septennat. Ouvriers, employés, paysans ou cadres faisaient partie de cette classe moyenne. Intégrées économiquement, pour beaucoup dans une phase d’ascension sociale, et aussi référentes culturellement, la majorité de ces catégories sociales se reconnaissaient, alors, dans ce concept de classe moyenne et dans les partis de droite et de gauche qui la représentaient. Puis le modèle économique mondialisé a changé la donne. Une fraction de plus en plus importante des catégories modestes, qui constituaient le socle de la classe moyenne majoritaire, sont aujourd’hui fragilisées. Le processus a commencé par les ouvriers, puis a affecté employés et agriculteurs. La fragilisation se diffuse en touchant de nouvelles catégories, les jeunes diplômés, demain les retraités. Nous sommes entrés progressivement dans le temps de la sortie de la classe moyenne. L’idée d’une classe moyenne majoritaire et intégrée, qui vérifierait la pertinence de notre modèle économique mondialisé, ne correspond plus à la réalité. C’est si vrai qu’aujourd’hui ceux qu’on désigne sous le terme de classe moyenne appartiennent souvent aux catégories supérieures.

L’essor du vote populiste observé dans la plupart des pays occidentaux s’explique aussi, estimez-vous, par des facteurs identitaires. Lesquels?

La dimension sociale et économique du vote populiste se complète par une dynamique culturelle. Les catégories les plus fragiles socialement (celles qui ne peuvent mettre en œuvre des stratégies d’évitements résidentiels et scolaires) sont aujourd’hui les plus sensibles à la question migratoire. Les mêmes demandent à être protégés d’un modèle économique et sociétal qui les fragilise. Dans des sociétés multiculturelles, l’assimilation ne fonctionne plus. L’autre ne devient plus soi, ce qui suscite de l’inquiétude. Le nombre de l’autre importe. Personne n’a envie de devenir minoritaire dans les catégories populaires. En France, l’immobilier social, dernier parc accessible aux catégories populaires de des métropoles, s’est spécialisé dans l’accueil des populations immigrées. Les catégories populaires d’origine euro- péenne et qui sont éligibles au parc social s’efforcent d’éviter les quartiers où les HLM sont nombreux. Elles préfèrent consentir des sacrifices pour déménager en grande banlieue, dans les petites villes ou les zones rurales afin d’accéder à la propriété et d’acquérir un pavillon. Dans chacun des grands pays industrialisés, les catégories populaires « autochtones » éprouvent une insécurité culturelle. En Grande- Bretagne, en 2013, le se- crétaire d’État chargé des Universités et de la Science de l’époque, David Willetts (conservateur), se déclara favorable à une politique de discrimination positive en faveur des jeunes hommes blancs de la « working class » car leur taux d’accès à l’université s’était effondré et était désormais infé- rieur à celui des enfants d’immigrés.

Peut-on vraiment démontrer sans tordre les faits que votre modèle s’applique à toutes les nations occidentales ? N’y a-t-il pas des nuances entre le vote Trump dans l’État de New York, le vote en faveur du Brexit dans le nord de l’Angleterre, la force du FPÖ dans la région de Vienne ou l’implantation du parti de Geert Wilders autour de Rotterdam ?

Ces nuances existent, nous avons même eu en France un vote macroniste dans les zones rurales ! Mais en moyenne, ce sont bien les territoires populaires les plus éloignés des grandes métropoles qui portent la dynamique populiste. La Rust Belt et les régions désindustrialisées de Grande-Bretagne pèsent respectivement plus dans le vote Trump ou dans le Brexit que New York ou le Grand Londres. Dans les zones périurbaines de Rotterdam, ce sont bien aussi les catégories modestes (qui ne se confondent pas avec les pauvres) qui voient leur statut de référent culturel remis en question par la dynamique migratoire et qui votent pour Geert Wilders. Ainsi, si la situation de l’ouvrier allemand n’est pas celle du paysan français, de l’employé néerlandais ou d’un petit trvailleur indépendant italien, il existe un point commun : tous, quel que soit leur niveau de vie, font le constat d’être fragilisés par un modèle économique qui les a relégués socialement et culturellement.

L’ouvrier français a longtemps été un modèle à imiter pour les immigrés désireux de s’assimiler dans notre pays, avant d’être déprécié dans les années 1970, observez-vous. Ce changement catastrophique se constate-t-il dans d’autres pays occidentaux ?

On ne s’intègre pas à un modèle ou à un système de valeur mais à une population à qui on désire ressembler. On se marie, on tisse des liens d’amitié, de voisinage avec des gens qui sont proches. Or cette intégration ne se réalise pas dans n’importe quelle catégorie sociale, mais d’abord dans des milieux populaires. Et ce qui a changé depuis les années 1970 et surtout 1980, c’est précisément le changement de statut de ces catégories populaires. Les ouvriers, les employés, les « petites gens » sont désormais perçus en grande partie comme les perdants de la mondialisation. Quel nouveau venu dans un pays peut avoir envie de ressembler à des « autochtones » qui ne sont pas en phase d’ascension sociale et que, de sur- croît, leurs propres élites méprisent en raison de l’attachement des intéressés à certaines valeurs traditionnelles ? Souvenons-nous de la phrase de Hillary Clinton présentant les électeurs de Donald Trump comme des « dé- plorables » pendant la campagne présidentielle de 2016 aux États-Unis. C’est pourquoi, alors que la France, les États-Unis, la Grande-Bretagne ou la Scandinavie se sont construits sur des modèles culturels très différents, tous ces pays connaissent la même dynamique populiste, la même crise sociale et identitaire et le même questionnement sur la pertinence de leurs modèles d’intégration.

Pas de mouvement de masse sans alliance de classes, écrivez-vous. En quoi cette alliance de classes est-elle devenue très difficile dans les démocraties occidentales ? Trump et Macron représentent-ils deux expériences opposées pour renouveler cette alliance du haut et du bas ?

C’est effectivement le sujet central du livre : la rupture entre le haut et le bas qui nous conduit à un modèle qui ne fait plus société. La disparition de la classe moyenne n’en est qu’une conséquence. Le monde d’en haut refuse d’écouter ce- lui d’en bas qui le lui rend bien notam- ment en grossissant les camps de l’abs- tention ou du vote populiste. Cette rupture du lien, y compris conflictuel, entre le haut et le bas, porte en germe l’abandon du bien commun et nous fait basculer dans l’a-société. Trump vient de l’élite américaine, c’est un des points communs qu’il partage avec Macron. Tous les deux se sont affranchis de leur propre camp pour se faire élire : Macron de la gauche, Trump du camp républicain. Ils ont enterré le vieux clivage gauche-droite. Les deux ont compris que nous étions entrés dans le temps de la disparition de la classe moyenne occidentale. L’un et l’autre ont saisi que, pour la première fois dans l’histoire, les classes populaires, celles qui constituaient hier le socle de la classe moyenne, vivent désormais sur les territoires qui créent le moins d’emplois : dans l’Amérique périphérique et dans la France périphérique. Mais la comparaison s’arrête là. Si Trump a été élu par l’Amérique périphérique, Macron a au contraire construit sa dynamique électorale à partir des métropoles mondialisées. Si le président français est conscient de la fra- gilisation sociale de la France périphérique, il pense que la solution passe par une accélération de l’adaptation de l’économie française aux normes de l’économie mondialisée. À l’opposé, le président américain fait le constat des limites d’un modèle qu’il convient de réguler (protectionnisme, remise en cause des traités de libre-échange, volonté de réguler l’immigration, politique de grands travaux) afin de créer de l’emploi sur ces territoires de la désindustrialisation américaine. Il existe un autre point de divergence fondamental, c’est le refus chez Trump d’un argumentaire moral qui sert depuis des décennies à disqualifier les classes populaires.

Votre livre n’est-il pas exagérément sombre ?

C’est la réalité qui est sombre, pas ce livre. Pour éviter la catastrophe, et si elles ne veulent pas être balayées dans les urnes, les classes dirigeantes n’ont pas d’autre choix que celui de rejoindre le mouvement réel de la société, celui de la majorité, des plus modestes.

■ No Society La fin de la classe moyenne occidentale FLAMMARION, 242 P., 18 €, EN LIBRAIRIE LE 3 OCTOBRE.

Voir de plus:

Christophe Guilluy : « Seuls 20 à 30% de gens d’en haut peuvent encore espérer une amélioration de leurs conditions de vie dans les pays occidentaux. Et les autres l’ont bien compris »

Le géographe français auteur de la France périphérique publie un nouveau livre « No society. La fin de la classe moyenne occidentale » (Flammarion) dans lequel il détaille les conséquences politiques explosives de cette disparition alors même que les « gens d’en bas et du milieu » ont accepté de bonne grâce de jouer le jeu de la mondialisation pendant plusieurs décennies. Mais plus maintenant.
No Society
Atlantico

3 Octobre 2018

Atlantico : Dans votre dernier livre No Society, vous élargissez votre thème de la France périphérique à l’échelle internationale, pour décrire la disparition de la classe moyenne occidentale. N’est-on pas déjà entré dans l’étape suivante, depuis le Brexit, Trump, Salvini, la percée de l’AfD en Allemagne, ou la chute d’Emmanuel Macron dans les sondages en France ? Y voyez-vous la suite du modèle « néolibéral », ou sa fin programmée ?

Christophe Guilluy : Cela fait des années que l’on nous parle de la disparition de la classe ouvrière, des régions désindustrialisées, de la crise du rural, etc.. et après nous avons pu voir que d’autres pays avaient les mêmes signes de précarisation, comme les Etats-Unis, la Grèce, la Grande Bretagne etc…La Vague populiste est alors arrivée, et tout cela forme un tout qui s’appelle la disparition de la classe moyenne occidentale.

Cela permet d’identifier la puissance des mouvements politiques que l’on voit surgir un peu partout dans le monde occidental mais aussi l’état de ces sociétés au sens large. On peut débattre à l’infini sur le concept de classe moyenne, mais il s’agissait bien de parler d’une classe majoritaire dans laquelle tout le monde était intégré, de l’ouvrier au cadre, et c’est bien cela qui se détériore aujourd’hui. Nous sommes dans un processus de sortie lente – mais dans un processus de sortie quand même – de la classe moyenne de la part des différentes catégories qui la composent, les unes après les autres. C’est ce que j’ai voulu identifier. La notion de classe moyenne est déjà morte mais on utilise encore cette catégorie comme si elle existait encore. Mais en réalité, en parlant des classes moyennes aujourd’hui, on parle des catégories supérieures.

Finalement, quand on regarde les élections, toutes les vagues populistes reposent sur deux éléments. D’une part, une sociologie, c’est-à-dire le socle de l’ancienne classe moyenne que sont les catégories populaires, ouvriers, employés, petits paysans, petits indépendants, etc…et on retrouve ces mêmes catégories partout. Et d’autre part des territoires. C’est la géographie des périphéries avec à chaque fois les mêmes logiques quel que soit le pays occidental que l’on considère. Il y a des pays plus riches que d’autres – l’Allemagne n’est pas l’Italie – et les contextes nationaux restent pertinents. Il n’empêche que l’on voit bien que dans un pays très riche comme l’Allemagne, il y a bien un décrochage par le bas des catégories modestes, il y a une société qui se clive avec un phénomène de polarisation de l’emploi qui a des effets. On est toujours dans le mythe d’une mutation en douceur des sociétés, mais ce n’est pas le cas. Il y a des inégalités qui progressent à peu près partout, que le pays soit riche ou non, qu’il soit en excédent ou en déficit, cela attaque partout. Même si cela prend différemment selon les contextes. Les classes ouvrières britannique et américaine ont été fracassées beaucoup plus rapidement que la classe populaire française. Il y a les effets de l’État providence en France qui sont réels, et qui a fait que nous avons encore des catégories protégées dans notre pays.

Emmanuel Macron est donc paradoxalement le résultat électoral de cet État providence ?

Emmanuel Macron a fait des scores de dirigeant soviétique dans les grandes métropoles, avec des pourcentages incroyables à Paris, Bordeaux, Toulouse etc…Emmanuel Macron se sauve avec les deux gros bataillons que sont les retraités et les fonctionnaires – la majorité des fonctionnaires ont voté Macron – qui sont les deux catégories qui sont en train d’être tondues par ce président. Nous sommes donc effectivement à la limite d’un système qui se raccroche à des catégories encore protégées mais le vent tourne.

On a toujours dit que les retraités sauvaient le système. Mais jusqu’à quand ? Aujourd’hui, 30% des 53-69 ans vivent sous le seuil de pauvreté, nous voyons les choses se transformer en douceur pour des catégories que l’on pensait préservées. Cela est le contexte français, mais en Grande Bretagne par exemple, les retraités ont été fracassés tout de suite et n’ont pas hésité à voter en faveur du Brexit. L’idée que les retraités vont continuer à protéger le système est à mon avis un leurre. C’est la même chose pour les fonctionnaires, les catégories B et C qui s’en prennent plein la figure ne vont pas éternellement protéger un système dont elles ne bénéficient pas. Cela est vraiment intéressant de constater que tout évolue partout mais toujours en fonction des contextes. La classe moyenne italienne par exemple, qui a commencé sa chute dans les années 2000, ce qui a beaucoup été la conséquence des effets de l’euro, mais à la fin, nous avons bien ce qui représentait le modèle social et culturel de l’ensemble des pays développés qui est en train de s’effondrer. En 1981, les Français votaient François Mitterrand alors que Reagan et Thatcher prenaient le pouvoir dans le monde anglo-saxon, menant une politique qui fut imité par la France dès 1983. Percevez-vous également l’élection d’Emmanuel Macron comme un simple contre-temps, un anachronisme d’une tendance en cours ?

On peut dire cela, ce décalage est réel. Mais quand on regarde en détails, cela est assez logique notamment pour ce que je viens de dire. Nous avons quand même un État providence qui fonctionne encore en France et bien évidemment le décalage s’est fait à ce niveau-là. Les catégories modestes ont été relativement mieux protégées en France qu’elles ne l’ont été aux Etats-Unis ou en Grande Bretagne. On a bien un contexte français très particulier avec une fonction publique très importante etc…c’est là-dessus que nous faisons la différence. Mais une fois encore, cela n’est qu’une question de temps. Et le temps joue effectivement vers la disparition de cette classe moyenne. C’est donc bien la structuration sociale de l’ensemble des pays développés qui est en train de se modifier avec ces 20-30% de gens « en haut » qui vont s’en sortir et une immense classe populaire qui n’est plus dans l’espoir d’une amélioration de ses conditions de vie.

Cela n’en fait pas des catégories qui seraient opposées de fait à la mondialisation ou à l’Europe…c’est une pirouette intellectuelle rassurante de dire cela. Parce qu’au contraire, ces gens ont vraiment joué le jeu de la mondialisation et de l’Europe. Il n’y a jamais eu d’opposition de principe, ils ont joué le jeu et après 20 ou 30 ans ils font le diagnostic pour eux-mêmes et pour leurs enfants que finalement cela n’a pas marché. Il s’agit simplement d’un constat rationnel de leur part.

Ce qui est frappant, c’est que tous les modèles sont affectés, du modèle américain au britannique, au modèle français républicain, jusqu’au modèle scandinave. A la fin, on a toujours le même résultat. Penser qu’il y a presque 20% des gens qui ont voté extrême-droite en Suède à l’air hallucinant, mais quand on regarde la géographie électorale des Démocrates Suédois, on voit les gros bastions de zones rurales et de petites villes désindustrialisées, une sociologie d’ouvriers ruraux, avec le nord et le sud du pays, mais évidemment pas du tout Stockholm.

On retrouve la polarisation de l’emploi et des territoires, cette dernière n’étant qu’une conséquence de la première. J’entends régulièrement que les gens voteraient pour un parti parce qu’il vivent sur un territoire, non, ils votent pour un parti parce qu’ils estiment que le modèle en place ne leur est pas favorable.

En se concentrant sur l’économie, en étant perçu par les Français comme le président des « riches », Emmanuel Macron n’est-il pas justement en train de réinstaller les bases d’une politique de classes en France ? 

De fait. Mais on lui fait porter un chapeau qui est un peut trop grand pour lui. Le phénomène Emmanuel Macron est microscopique dans ce processus. Je n’ai rien contre lui, je l’ai rencontré et il était plutôt d’accord sur le diagnostic, mais il est dans la lignée des anciens présidents. Nous avons trop tendance à surévaluer le « nouveau » néolibéral, le nouveau président des riches…parce que cela était également vrai pour ses prédécesseurs. Cette situation n’est et n’était que la conséquence de la structuration sociale et d’un modèle inégalitaire et qui s’est imposé à peu près partout. Les politiques français ne sont rien, pas grand-chose, dans ce mouvement mondialisé. Les présidents successifs n’ont fait qu’accompagner le mouvement même si l’on peut dire qu’avec Emmanuel Macron, cela s’accélère. Mais sa feuille de route était la même que celle de François Hollande ou de celle de Nicolas Sarkozy, en fait depuis le virage libéral de 1983 avec Fabius et Mitterrand. L’habillage est un peu plus social quand le président est à gauche, ou un peu plus identitaire s’il est à droite, mais globalement c’est la même tendance. L’élection d’Emmanuel Macron est le rassemblement des bourgeoisies, cela se voit avec le vote dans les métropoles. Ils ont voté en masse pour lui, parce que ce qui compte à la fin, c’est quand même le patrimoine. Il y a toujours une rationalité.

Vous décrivez « le repli d’une bourgeoisie asociale ». Ne peut-on pas voir une forme de déni, notamment chez les cadres, de se percevoir comme « les gagnants de la mondialisation » ?

Les gens voient toujours le court terme. Pour le moment cela va encore, ils « s’accrochent aux wagons ». Mais il y a une forme de déni sur ce qu’ils vont devenir. La disparition de la classe moyenne a commencé par les ouvriers, les paysans, les employés, les professions intermédiaires et demain, ce sera une fraction des catégories supérieures qui sera emportée. On voit déjà que les jeunes diplômés du supérieur n’arrivent plus à s’intégrer. Le processus est enclenché et il va détruire aussi des catégories qui pensent encore être protégées.

Trump, Brexit, on voit que ces mouvements sont nés au sein des partis. Le même schéma peut-il se répéter en France ? Comment expliquer vous que ce soient des partis de droite qui ont saisi cette thématique sociale plutôt que des partis de gauche ? 

A partir du moment ou la gauche a abandonné la question sociale, elle a abandonné les catégories populaires et c’est la dessus que le divorce s’est réalisé. Ce mouvement s’est accompagné d’une forme d’ostracisation des plus modestes qui était très forte dans certains milieux de gauche, et aujourd’hui la rupture est totale. On a en plus un processus de sécession , que Christopher Lash avait vu très tôt, qui est celle des bourgeoisies, qui s’ajoute au phénomène de citadellisation des élites, qui fait qu’il n’y a pas plus de connexion entre ces catégories. C’est le sens du « no society » de Margaret Thatcher. Elle pensait faire tomber l’État providence avec l’idée que nous étions avant tout des agents économiques et finalement, les bourgeoisies ont suivi ce mouvement. Cette rupture fait qu’aujourd’hui, nous n’avons plus de société. Une société est saine quand il y a un lien organique entre le haut et le bas, même si ce lien peut être conflictuel, comme cela était le cas avec le parti communiste. C’est un moment particulier ou il n’y a plus d’intérêt du tout pour le monde d’en bas, c’est frappant partout dans les démocraties occidentales, et cette rupture n’est même plus conflictuelle. « Vous n’existez plus, nous ne vivons plus ensemble, et votre destin ne nous intéresse plus ». Et la réponse des gens d’en bas est aussi une forme de désaffiliation et de défiance gigantesque avec le monde d’en haut au sens large. Mais cela n’est absolument pas un modèle durable. On le voit bien aujourd’hui avec les mouvements populistes, ou la contestation va aller forcément croissante.

Quelle réponse donner à cette contestation ?

Il faut arrêter le discours du magistère des prétentieux. Cette idée de rééducation du peuple, en lui montrant la voie, n’est pas possible. Une société c’est une majorité de catégories modestes et l’objectif d’une démocratie, c’est de servir prioritairement ces catégories. C’est dans ce sens là qu’il faut aller. Il faut prendre ces gens au sérieux, il faut prendre en compte les diagnostics des classes populaires sur leurs souhaits d’être protégés, ce qui ne veut pas dire être assistés. Ces catégories veulent du travail, elles veulent qu’on les respectent culturellement, et ne pas se faire traiter de « déplorables » ou de sans dents » – ce qui fait partie intégrante du problème identitaire que nous avons aujourd’hui qui est le produit de ces attaques là -.

On ne s’en sortira que si – je tends la main en disant cela- les gens d’en haut comprennent que s’ils ne veulent pas disparaître, ils vont devoir prendre les gens au sérieux.

Leur modèle économique est à bout de souffle alors que nous sommes soi-disant gouvernés par des gens sérieux. Nous sommes au bout du modèle. Les gens veulent de la protection, du travail, de la régulation économique mais aussi une régulation des flux migratoires. Je parle ici de tout le monde d’en bas, parce que la demande de régulation des flux migratoires vient de toutes les catégories modestes quelles que soient les origines. Tout le monde veut la même chose alors que lorsque les gens parlent de la question migratoire, on les place sur la question raciale, non. C’est anthropologiquement vrai pour toutes les catégories modestes, et cela est vrai partout. Dans tous les pays, les catégories modestes veulent vivre tranquillement, ce qui ne veut pas dire vivre derrière des murs, mais vivre dans un environnement que l’on connaît avec des valeurs communes. C’est d’ailleurs ce qu’était la classe moyenne historiquement. La classe moyenne était interclassiste, avec des ouvriers mais aussi des cadres, mais cela était aussi multiculturel. Ce qui est amusant aujourd’hui, c’est qu’il y a une ethnicisation des classes moyennes – on pense blanc – cela montre bien la fin du concept qui était censé être intégrateur pour le plus grand nombre.

Comment se processus peut-il se mettre en place en France ?

Je suis optimiste. Je crois que les classes populaires vivent une espèce d’épopée -difficile- avec une forme d’héroïsme. Elles sont seules – personne ne les représente – elles ont été plongées dans ce processus de mondialisation économique sans aucun mode d’emploi. On leur a dit « démerdez vous avec vos 1000 euros par mois », et elles n’ont pas disparu, elles maintiennent un minimum de solidarité entre elles – je parle d’un soft power des classes populaires – elles restent majoritaires partout dans l’ensemble des démocraties occidentales.

Les autoritaires ne sont pas ceux que l’on croit. Sauver les démocraties occidentales c’est faire entendre le plus grand nombre. Et quand on se promène en France, on voit des élus de gauche et de droite qui sont tous d’accord avec cela. Ils savent très bien qu’il faut réinventer un modèle économique, et il ne s’agit pas de faire la révolution. Cela est beaucoup plus puissant que les discours d’en haut, ou de tel ou tel intellectuel. Les gens n’attendent pas qu’on leur décrive ce qu’il se passe, ils le savent déjà.

Soit le monde d’en haut refuse d’entendre la majorité et on basculera dans une forme d’autoritarisme soft, ce qui pourrait faire durer le système un peu plus longtemps, mais avec le risque que cela se termine très mal. Soit  on essaye de faire baisser la tension en disant : « maintenant on essaye d’intégrer économiquement et culturellement le plus grand nombre ».

Cette réflexion existe, il n’y a pas encore de parti politique qui représente tout cela, qui fait cette connexion, mais cela est en gestation. Il n’y a pas 50 sorties possibles de cette impasse, il n’y en a qu’une. Inclure les catégories populaires parce qu’elles sont la société elle-même. C’est pour cela que le discours sur les marges a été destructeur. Les ouvriers, les ruraux etc…ce ne sont pas des marges, c’est un tout, et ce tout est la société. Maintenant tout est sur la table, les diagnostics sont faits. Alors il faut se retrousser les manches et aller dans le dur en essayant de réellement inventer quelque chose de plus efficace, et en oubliant ce truc absurde du premier cordée. Mais là, il faut bien remarquer le problème que nous avons concernant le personnel en place. Ils pensent tous la même chose. Il faut une révolution culturelle du monde d’en haut, ce qui devrait être à la portée des nations occidentales…cela ne coûte pas cher. La question pour eux est donc de protéger ou disparaître.

Voir enfin:

« Face à l’islamisme, nos élites ont trahi »

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Alors que l’existence de tensions communautaires a été reconnue par Gérard Collomb lui-même, le journaliste Yves Mamou accuse les élites françaises de s’être coupablement désintéressées de l’immigration, et d’avoir fermé les yeux sur l’islamisation du pays.


Yves Mamou est un ancien journaliste du Monde. Il a également collaboré au Canard Enchaîné, à Libération et à La Tribune. Collaborateur régulier du site américain The Gatestone Insitute, il est l’auteur de nombreux ouvrages dont Hezbollah, dernier acte (éd. Plein jour, 2013) et Le Grand abandon. Les élites françaises et l’islamisme (éd. L’Artilleur), paru le 25 septembre 2018.


FIGAROVOX.- Selon vous, l’immigration et l’islamisation auraient pour conséquence d’empêcher les Français de «faire nation»? Quel lien faites-vous entre la supposée émergence perturbatrice de l’islam et la supposée désagrégation de la nation française?

Yves MAMOU.- Le Grand Abandon est une tentative de reconstitution. J’ai essayé de savoir pourquoi et comment, à côté de la nation française, une nation islamique avait pu progressivement se constituer. Les déclarations fracassantes de Gérard Collomb, ex-ministre de l’Intérieur, au matin de sa passation de pouvoir à Edouard Philippe, Premier ministre, montrent que la juxtaposition de ces deux nations aujourd’hui en France engendre un risque d’affrontement. Nous sommes aujourd’hui «côte à côte» (sous-entendu musulmans et non-musulmans) a dit Gérard Collomb, mais rien ne garantit que demain nous ne serons pas «face à face». Cet avis de guerre civile en bonne et due forme a été proféré par l’homme qui, pendant un an et demi, Place Beauvau, a eu sous les yeux, au quotidien, tous les rapports de police et de gendarmerie.

Gérard Collomb est partie prenante de l’élite politique française. Il abandonne son poste en informant que la guerre civile est à nos portes. Une fuite qui à elle seule justifie mon titre «Le Grand Abandon». L’avertissement aurait eu plus de force s’il avait été proféré par un ministre en exercice. L’avoir prononcé sur le pas de la porte a fait que certains médias ne l’ont même pas repris.

La guerre civile se définit comme le déchirement d’une nation. Je ne sais pas si cette guerre aura lieu, mais il m’a semblé utile de m’interroger sur la présence de deux nations sur le même territoire national. Parfois, ce sont des frontières mal tracées qui créent les conditions d’un affrontement entre deux nations. Mais en France, la nation islamique a été fabriquée de toutes pièces. Elle est le résultat d’une politique. Les élites françaises, c’est-à-dire les grands corps de l’État, les partis politiques, les experts, les magistrats, les médias, les élites culturelles… ont, pour de multiples raisons, plusieurs décennies durant – et encore aujourd’hui – encouragé et légitimé l’immigration musulmane.

Cette préférence des élites pour l’islam a produit un fossé abyssal entre la France d’en haut et la France d’en bas. Le Baromètre de la Confiance que le Cevipof, le centre de recherches de Sciences Po, publie année après année, illustre parfaitement le phénomène: la majorité de la population française témoigne à l’égard de sa classe politique d’une gamme de sentiments qui va de l’écœurement au dégoût, en passant par le rejet et l’indifférence. Et sur quoi se cristallise cette rupture entre le haut et le bas de la société? Sur l’islam jugé trop invasif et l’immigration jugée excessive.

Curieusement, ce baromètre du Cevipof sauve la mise de deux institutions, l’armée et la police qui jouissent d’un taux de confiance de près de 80 %.

Peut-être, mais est-ce suffisant pour affirmer comme vous le faites que l’islamisme et l’immigrationnisme ont été voulus, théorisés, écrits et préparés à l’avance?

L’immigration a été voulue et organisée, mais l’islamisation de cette immigration n’était sans doute pas inscrite au menu. Si l’immigration se poursuit malgré l’islamisation, c’est sans doute que nos élites la jugent insignifiante. Ou bien qu’elle leur est indifférente. Et c’est cette indifférence au risque de guerre civile que j’ai voulu souligner.

La constance avec laquelle le Conseil d’État a aidé à la constitution d’une nation islamique en France est sidérante. Je liste dans mon livre tous les arrêts du Conseil d’État favorables à l’immigration musulmane, favorables au voile, favorables au burkini, favorables à la burqa, favorables aux familles polygames et j’en passe. Idem pour le Conseil constitutionnel qui trouve conforme à l’intérêt général de laisser les écoles salafistes proliférer ou de supprimer, au nom de la «solidarité», les peines qui frappaient autrefois les délinquants qui facilitaient l’immigration clandestine. Mon livre passe également au crible l’étrange aveuglement de l’Observatoire de la laïcité quand il est question d’islam et l’étrange sensibilité du Conseil supérieur de l’audiovisuel aux récriminations des téléspectateurs musulmans.

Tout ce que j’avance dans mon livre est sourcé. Le Grand Abandon est riche de plus de 700 notes et références. L’ordonnancement et la mise en relation de ces faits étayés et vérifiés entre eux mettent en lumière une évidence: il existe bel et bien une préférence des élites françaises pour l’islam.

Ce qui nous ramène à votre première question. Ce n’est pas seulement l’islam qui empêche aujourd’hui de faire nation. Les élites aussi ne veulent plus faire nation.

«L’antiracisme politique qui sévit aujourd’hui n’a jamais eu pour but de combattre le racisme.» Que voulez-vous dire?

Je n’ai pas remarqué de mobilisation des organisations antiracistes contre le rappeur Nick Conrad qui a chanté le meurtre des Blancs et des enfants blancs dans les crèches. Ni contre les Indigènes de la République ou le syndicat SUD Éducation qui ont organisé des séminaires «racisés» fermés aux «Blancs», ni contre Médine qui rêve de crucifier les laïcards au Golgotha, ni contre Mmes Ernotte (France Télévisions) et Nyssen (ministère de la culture) qui souhaitaient voir moins de «Blancs» à la télévision.

En revanche, quand Éric Zemmour a affirmé que les immigrés étaient surreprésentés dans les prisons, ou quand Georges Bensoussan a tenté d’expliquer que l’antisémitisme sévissait dans une large frange de la population musulmane en France, les associations antiracistes se sont unies pour les traîner devant un tribunal. Au nom de la lutte antiraciste!

Ces quelques exemples permettent de situer la zone d’action de l’antiracisme: faire taire tout critique de la «diversité». La «diversité» n’est pas un slogan antiraciste un peu creux. Je démontre dans mon livre que la «diversité» est en réalité une politique. Et cette politique passe par les organisations antiracistes subventionnées par l’État, par l’école où l’apprentissage de l’arabe est proposé aujourd’hui dès le primaire, par une politique du ministère de la Culture qui subventionne la «diversité» au cinéma et au théâtre, par l’Afnor qui labellise les entreprises pour plus de «diversité», par le Conseil supérieur de l’audiovisuel qui, avec son Baromètre de la «diversité» rêve d’imposer des quasi quotas ethniques sur le petit écran, et par divers lobbys comme le Club XXI d’Hakim el Karoui ou l’association Coexister…

Le Grand Abandon démontre que l’antiracisme politique et le discours diversitaire n’ont pas pour but de combattre le racisme. Ce sont des outils au service d’une réinitialisation des consciences. Ils servent à marteler que les immigrés de couleur sont par essence des victimes. Les services du Premier ministre diffusent actuellement des clips contre les violences sexistes. L’un de ces clips montre un «Blanc» qui agresse sexuellement une jeune fille d’origine maghrébine laquelle est défendue par une «Blanche» en couple avec un homme noir. Ce clip d’État d’une grande pureté idéologique assigne la violence sexuelle aux hommes Blancs et refuse d’évoquer celle qui peut aussi exister chez les «victimes» de couleur. J’affirme que cette victimisation forcenée des Français de couleur participe à la fabrication de la violence d’aujourd’hui.

Quand vous parlez des «élites», qui désignez-vous exactement? Peut-on mettre tous les responsables politiques, économiques, culturels, médiatiques… dans le même panier?

Mon livre passe en revue les partis politiques, le ministère de la justice, les associations antiracistes, l’université, l’école, les experts, les intellectuels, le monde du cinéma et du théâtre et de quelques autres encore… Chacun de ces groupes ou institutions œuvre, dans le champ qui est le sien, à la promotion de la «diversité» et de son corollaire le «vivre-ensemble». J’ai déjà évoqué le cas du Conseil d’État, du Conseil constitutionnel et du Conseil supérieur de l’audiovisuel. Mais je liste également le cas des intellectuels qui pétitionnent et lynchent médiatiquement toute personnalité publique qui émet des opinions non conformes aux leurs. L’écrivain algérien Kamel Daoud en a ainsi fait les frais quand il a expliqué que les viols de masse de Cologne en 2015 étaient dus à l’importation en Allemagne d’une culture patriarcale des relations entre les sexes. Les experts justifient et encouragent l’immigration au nom de supposés bienfaits économiques. Le ministère de la justice met à mal la liberté d’expression des Zemmour et Bensoussan… etc. J’ai 600 pages d’exemples et de logiques qui s’emboîtent les unes dans les autres et qui tous ensemble concourent à une révolution, «par le haut».

En trente ans, la société française a quitté un modèle laïque républicain pour être projetée dans un modèle multiculturaliste, communautariste et anti-laïque. Il s’agit d’une authentique révolution qui se poursuit encore aujourd’hui sous nos yeux. Les élites politiques, économiques et institutionnelles ont balayé le vieux modèle laïque et républicain sans demander l’avis du reste de la population. Les élites françaises ont été à l’origine du plus grand casse du siècle, lequel s’avère être aussi un casse de la démocratie et de la laïcité. Pour quel profit? Je crains que seul l’islamisme soit à même de tirer les marrons du feu.

Les politiques ont selon vous une responsabilité toute particulière dans la diffusion de l’islamisme. Tous, y compris le Front national, pourquoi?

Le Front national a joué les repoussoirs. Par sa seule présence, le Front national a empêché l’émergence de tout débat sérieux sur l’islam et l’immigration. Les éructations de Jean-Marie Le Pen toujours à la limite du racisme et de l’antisémitisme ont contribué au caractère hégémonique du discours antiraciste. Marine Le Pen a bien tenté de redresser l’image de son parti, mais le mal était fait. Et il dure encore.

Quant aux gouvernements de gauche, ils portent une responsabilité historique que j’expose dans Le Grand Abandon.

Vous reprochez aux politiques, notamment de gauche («islamo-gauchistes») leur clientélisme, mais vous le reconnaissez vous-même en introduction, les musulmans deviennent une composante à part entière de la population: il faut bien que des politiques leur parlent à eux aussi?

La gauche clientéliste flatte le communautarisme islamique: baux emphytéotiques pour la construction de mosquées, heures de piscine réservées aux femmes, etc., cela dans le but de recueillir les voix des musulmans. L’islamo-gauchisme accompagne la violence islamiste pour conquérir le pouvoir. Ce sont deux démarches différentes, mais les deux instrumentalisent les musulmans comme outil de conquête du pouvoir.

En trente ans, la société française a quitté un modèle laïque républicain pour être projetée dans un modèle multiculturaliste, communautariste et anti-laïque.

Cette instrumentalisation de l’islam par la gauche a creusé la tombe de la laïcité. La laïcité non plus n’est pas un mot creux. C’est l’espace de la citoyenneté. Et la citoyenneté c’est l’espace du politique parce qu’il est débarrassé de tous les sujets qui ne prêtent pas à la discussion et à la négociation. Si la laïcité a cantonné la religion au domicile et aux lieux de culte, c’est précisément pour les sortir de l’espace politique. En réintroduisant la religion – et surtout la religion musulmane – dans l’espace de la politique, la gauche (mais aussi la droite) a disséminé les germes de la guerre civile.

Une République laïque ne doit reconnaître que des citoyens et non des communautés, et moins encore des communautés religieuses. Penser comme le font nos élus de droite et de gauche que la République doit des mosquées aux musulmans est une erreur et une trahison. Une erreur parce qu’elle conforte le communautarisme et le sécessionnisme musulman. Et une trahison parce que ce que la République doit aux Français, quelle que soit leur confession ou leur couleur de peau, ce sont des écoles, la liberté de pensée et d’expression.

Vous critiques beaucoup aussi l’Église. Mais n’est-elle pas dans son rôle lorsqu’elle exprime une compassion à l’égard des migrants? Faut-il toujours tout ramener à une vision politique?

Le rôle des journalistes n’est pas de prendre les apparences pour le réel. Quand Macron va au Collèges des Bernardins et déclare aux plus hautes personnalités du catholicisme français qu’il faut «réparer» le lien abîmé entre l’Église et l’État, que croyez-vous qu’il fasse? Une bonne action? Non, il fait de la politique. Il s’adresse à une Église catholique blessée par cent ans de laïcité et qui souffre d’une hémorragie de fidèles. Il lui dit: oublions la laïcité, revenez dans le jeu politique. Pourquoi Macron fait-il cela? Pour se constituer des alliés dans son grand projet de bâtir ce qu’il appelle l’ «Islam de France». Macron a besoin d’alliés pour se débarrasser de la laïcité. Quel meilleur allié que l’Église?

Quant à la compassion de l’Église pour les migrants musulmans, il est bon de rappeler que cette compassion est sélective. L’Église ne défend pas les Coptes quand ils sont massacrés en Égypte, elle proteste à peine contre l’authentique épuration ethnique qui frappe les chrétiens d’Orient, et elle n’a guère eu de mot charitable pour les Yazidis massacrés par l’État islamique. C’est cette sélectivité compassionnelle qui interroge. J’essaye de montrer dans mon livre que la charité affichée de l’Église envers les musulmans est aussi une politique.

Quant aux médias, pour finir, vous y voyez des «falsificateurs de la vérité»?

Il y a quelques jours, le Journal télévisé de France 2 a diffusé un reportage sur l’épidémie d’attaques au couteau qui sévit à Londres. Mais la même épidémie sévit en France et aucun média ne dresse un tableau de la situation. Il faut feuilleter la presse de province, journal par journal, pour se rendre compte de l’ampleur des violences gratuites, souvent mortelles, commises au quotidien. Quand un journal évoque une attaque au couteau, on ignore le nom de l’agresseur et ses motivations. Comme s’il y avait une volonté d’anonymiser le «déséquilibré»! Les médias, dans leur grande majorité, participent au casse du siècle. Ils n’informent plus sur les problèmes, ils prêchent la «diversité» et le «vivre ensemble».

Voir enfin:

Emmanuel Macron, le masque tombe
Ivan Rioufol
Le Figaro
le 4 octobre 2018

Récapitulons : Donald Trump est la vulgarité incarnée. Viktor Orban menace la démocratie. Le premier entache les États-Unis de ses comportements grossiers. Le second viole, en Hongrie, l’indépendance de la justice et la liberté de la presse. Ce tableau est brossé, en France, par la Macronie et ses médias. Pourtant, c’est le chef de l’État qui a longtemps fait obstacle à la nomination du nouveau procureur de Paris : trois candidats à la succession de François Molins, proposés par la Chancellerie, ont d’abord été retoqués par l’Élysée en dépit des usages. Le Parquet national financier, qui a sonné l’hallali contre François Fillon en 2017, a toujours ses liens avec l’exécutif. Quant à la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, elle a assigné à l’audiovisuel public la mission de « changer les mentalités sur le terrain » et de « devenir le miroir de nos différences  ». France Culture vient d’ailleurs de remercier l’impertinent Michel Onfray. Le gouvernement rêve aussi de mettre l’Internet, refuge des dissidents, sous surveillance…

Bref, Emmanuel Macron reproche à Orban ce qu’il pratique. La pensée dominante en rajoute dans l’obligation de bêler en chœur, lorsqu’elle dénonce les récalcitrants comme des ennemis du Bien. Quant à ceux qui accablent Trump, ils ne voient rien de la métamorphose de Macron. Il a été salué pour avoir su se glisser, avec talent et élégance, dans les habits de président. Or, depuis, un Dorian Gray s’ébauche derrière le personnage fiévreux et transgressif. « Alexandre Benalla n’est pas mon amant  », croit utile de préciser, en juillet, le chef de l’État pour démentir un ragot sur son garde du corps. Imaginer le général de Gaulle se prêter à une telle confidence donne la mesure de l’effondrement de la politique. Pour avoir abandonné sa posture « jupitérienne », voilà le président prêt à tout pour faire peuple. À côté, Nicolas Sarkozy et François Hollande incarneraient presque la sophistication. Et c’est Trump qui, par contraste, se montre respectable.

« Le pouvoir ressemble au Titanic, dont le ministre de l’Intérieur vient de s’échapper mardi. Le naufrage sera difficile à éviter. Les premiers effets du revirement dans la communication élyséenne viennent d’ailleurs de produire une image désastreuse, samedi, à Saint-Martin, aux Antilles. Une photo, prise dans la moiteur d’une HLM, montre le président en bras de chemise entouré, amusé, de deux jeunes Antillais. Celui qui est à sa droite, contre qui le président colle son épaule, est torse nu. Son pantalon largement baissé laisse voir son caleçon. Le petit voyou fait un doigt d’honneur. Celui qui est à sa gauche, casquette à l’envers, vêtu d’un débardeur blanc, s’est présenté comme braqueur tout juste sorti de prison. Tout est vulgaire: la désinvolture des deux cousins, la complicité ambiguë du président. L’image en rappelle une autre, prise à l’Élysée, en juin, lors de la Fête de la musique: le couple Macron pose, entouré du groupe techno Kiddy Smile. Les artistes se revendiquent «fils d’immigrés, noirs et pédés». Ils portent des shorts et des maillots en résille.

La Macronie perd pied, en voulant voir du racisme dans les critiques portées contre ces attitudes présidentielles. Lundi, la secrétaire d’État, Marlène Schiappa, a qualifié Marine Le Pen de «leader d’un grand parti raciste, d’extrême droite» au prétexte que la présidente du RN avait jugé la photo antillaise «impardonnable». Le député LaREM, Aurélien Taché, estime que «tous ceux qui polémiquent ne supportent tout simplement pas que la France, à tous les niveaux, change de visage». En fait, le racolage ethnique auquel se prête le chef de l’État ressemble à une ode au grand remplacement racialiste. Il est loisible de voir un deux poids deux mesures dans la réaction de Macron quand, le 18 juin dernier à Paris, il rabroue un Gavroche qui venait de l’appeler «Manu»: «Tu te comportes comme il faut. Il faut que tu m’appelles Monsieur le président de la République, ou Monsieur, d’accord?» Faut-il comprendre que le Noir serait dispensé des codes exigés du Blanc? Le sommet de l’État ne tourne plus rond.

L’insistance que Gérard Collomb a dû mettre pour imposer sa démission, refusée lundi par le président, n’est pas la moindre des rébellions contre la Macronie. Sa fuite est celle d’un vieux grognard qui a partagé l’intimité du clan. C’est le ministre de l’Intérieur qui avait déjà mis en garde contre le manque d’humilité du président et son repli sur lui-même. Le départ de Collomb fait comprendre qu’il ne croit plus en son protégé. L’alerte s’ajoute à celle lancée par Nicolas Hulot, exaspéré par la lourdeur technocratique. Toutefois, c’est le général Pierre de Villiers qui, le premier, avait pressenti les dérives du macronisme en démissionnant de ses fonctions de chef d’état-major des armées en juillet 2017. Peu avant, le militaire s’était fait rabrouer par le jeune élu: «Je suis votre chef.» Cet autoritarisme allait avec la panoplie de président vertical. Toutefois,ce déguisement est devenu incongru au vu des dérapages d’un chef d’État s’abandonnant à une proximité irréfléchie.

Du prophète exalté qui disait incarner le nouveau monde, il ne reste qu’un masque tombé à terre. Le contraste est saisissant entre la machine de guerre savamment élaborée par Macron et les siens pour accéder au pouvoir, et l’état d’impréparation que révèle la démission de Collomb. Le vide est tel, au cœur du pouvoir, que l’intérim a dû être confié au premier ministre. Il est vrai que les dossiers de l’Intérieur – immigration, islam, violence, terrorisme – ont été de ceux que le macronisme a abandonnés aux populistes, pour leur plus grand profit. Mercredi, lors de la passation de pouvoir avec Édouard Philippe, Collomb a évoqué la situation «très dégradée» des quartiers difficiles: «On vit côte à côte, je crains que demain on ne vive face à face.» Mais cela fait longtemps que l’affrontement s’enracine entre deux France, deux peuples, deux civilisations que tout sépare. Le braqueur Redoine Faïd, interpellé mercredi à Creil (Oise), passait inaperçu sous une burqa, en dépit de la loi interdisant ce voile intégral ; il est devenu banal dans les cités. Macron perpétue la démission de l’État.

Shahnourh Varinag Aznavourian s’était fait appeler Charles Aznavour, en hommage à la France qui avait accueilli ses parents arméniens. «J’ai abandonné une grande partie de mon arménité pour être français. Il faut le faire, ou il faut partir», avait-il expliqué en 2013. La mort du chanteur, lundi, devrait être un hommage à l’assimilation. « 


Anglomanie: Proust était bien plus qu’un neuroscientifique (Great books are written in a kind of foreign language: Proust was also a first-rate linguist and sociologist)

22 mars, 2016
ProustNeuroscientistProust2Le passé est un pays étranger. Ils font les choses différemment là-bas. Lesley Poles Hartley (« Le Messager »)
Aucune théorie, aucune formule, aucune recette ne saurait prendre la place de l’expérience pratique. Auguste Escoffier
Les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère. Proust
Chaque écrivain est obligé de se faire sa langue, comme chaque violoniste est obligé de se faire son “son”. Proust
Je me lève un jour sur quatre et descends ce jour-là dicter quelques pages à une dactylographe. Comme elle ne sait pas le français et moi pas l’anglais mon roman se trouve écrit dans une langue intermédiaire à laquelle je compte que vous trouverez de la saveur quand vous recevrez le volume. Proust
Le trait d’esprit était ce qu’on appelait un « à peu près », mais qui avait changé de forme, car il y a une évolution pour les calembours comme pour les genres littéraires, les épidémies qui disparaissent remplacées par d’autres, etc… Jadis la forme de l’ « ‘à peu près » était le « comble ». Mais elle était surannée, personne ne l’employait plus, il n’y avait plus que Cottard pour dire encore parfois, au milieu d’une partie de « piquet »: « Savez-vous quel est le comble de la distraction ? C’est de prendre l’édit de Nantes pour une Anglaise ». Proust (Sodome et Gomorrhe)
Je trouve ce genre de milieux cléricaux exaspérants. Ce sont des milieux, on fait tribu, on fait congrégation et chapelle. Tu ne me diras pas que ce n’est pas une petite secte ; on est tout miel pour les gens qui en sont, on n’a pas assez de dédain pour les gens qui n’en sont pas. La question n’est pas, comme pour Hamlet, d’être ou de ne pas être, mais d’en être ou de ne pas en être. Tu en es, mon oncle Charlus en est. Que veuxtu ? moi je n’ai jamais aimé ça, ce n’est pas ma fauteSaint-Loup, Proust, Sodome et Gomorrhe)
Puisqu’en France on donne à toute chose plus ou moins britannique le nom qu’elle ne porte pas en Angleterre. Proust
Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse : ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D’où avait pu me venir cette puissante joie ? Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D’où venait-elle ? Que signifiait-elle ? Où l’appréhender ? Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m’apporte un peu moins que la seconde. Il est temps que je m’arrête, la vertu du breuvage semble diminuer. Il est clair que la vérité que je cherche n’est pas en lui, mais en moi. (…) Quand d’un passé ancien, rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir. Proust
Proust fut l’un des premiers artistes à intégrer la philosophie de Bergson. Son œuvre littéraire devint une célébration de l’intuition, de toutes les vérités que nous pouvons découvrir simplement en étant allongé sur le lit à réfléchir tranquillement. (…) En fait, l’assimilation approfondie de la philosophie de Bergson amena Proust à conclure que le roman du xixe siècle, qui privilégiait les choses par rapport aux idées, n’avait absolument rien compris. « Le type de littérature qui se satisfait de “décrire les choses”, écrivit Proust, de leur consacrer un maigre résumé en termes de lignes et de surfaces, a beau se prétendre réaliste, est en fait le plus éloigné de la réalité. » Comme le soutenait Bergson, la meilleure manière de comprendre la réalité est subjective. Et intuitive pour avoir accès à ses vérités. Mais comment une œuvre de fiction pouvait-elle démontrer le pouvoir de l’intuition ? Comment un roman pouvait-il prouver que la réalité était, selon la formule de Bergson, « en dernier lieu spirituelle, et non physique » ? La réponse de Proust prit une forme inattendue, celle d’un petit gâteau sec au beurre parfumé au zeste de citron et en forme de coquillage. C’était là un peu de matière qui révélait « la structure de son esprit », un dessert qui pouvait « se réduire à ses éléments psychologiques ». C’est ainsi que débute la Recherche, avec la célèbre madeleine, à partir de laquelle se dévoile tout un esprit. (…) Ce magnifique paragraphe résume toute l’essence de l’art de Proust, la vérité s’élevant comme de la buée d’une tasse de thé limpide. Alors que la madeleine était le déclencheur de la révélation de Proust, ce passage ne porte pas sur la madeleine. Le gâteau sec est simplement pour Proust un prétexte pratique pour explorer son sujet favori : lui-même. Qu’ont appris à Proust ces miettes prophétiques de sucre, farine et beurre ? Il a en réalité fait preuve d’une immense intuition au sujet de la structure du cerveau humain. En 1911, l’année de la madeleine, les physiologistes n’avaient pas la moindre idée du mode de connexion des sens à l’intérieur du crâne. C’est là que Proust eut l’une de ses intuitions les plus pénétrantes : notre odorat et notre goût portent ensemble le poids de la mémoire. (…) Les neurosciences ont maintenant pu prouver que Proust avait vu juste. Rachel Herz, psychologue à l’université Brown, a montré – dans un article scientifique intitulé avec beaucoup d’esprit « Tester l’hypothèse proustienne » – que notre odorat et notre goût sont exceptionnellement sentimentaux, car ce sont les seuls sens directement connectés à l’hippocampe, centre de la mémoire à long terme du cerveau. Leur marque est indélébile. Tous nos autres sens (vue, toucher et ouïe) sont au départ traités par le thalamus, source du langage et porte d’entrée de la conscience. Ils sont donc beaucoup moins efficaces pour évoquer notre passé. Proust a eu l’intuition de cette anatomie. Il s’est servi, pour faire remonter à la surface de la mémoire son enfance, du goût de la madeleine et de l’odeur du thé car la vue seule du gâteau sec en forme de coquille n’a pas suffi. Proust est d’ailleurs même allé jusqu’à accuser son sens de la vue de brouiller ses souvenirs d’enfance. « Peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, écrit Proust, leur image s’était dissociée de ces jours à Combray »[6]. Fort heureusement pour la littérature, Proust décida de porter à sa bouche le gâteau sec. Jonah Lehrer
One day, I found myself engrossed in Swann’s Way. As I read this epic novel about one man’s memory, I had an epiphany. I realized that Proust and modern neuroscience shared a vision of how our memory works. If you listened closely, they were actually saying the same thing. (…) After I realized that Proust had anticipated these scientific theories, I suddenly started re-reading all my favorite novelists, poets and artists. What did Virginia Woolf intuit about consciousness? Why was Walt Whitman so obsessed with his “body electric”? Why did Cezanne paint in such an abstract style? Once I started asking these strange questions, I saw all sorts of connections. I realized that there was a whole group of artists that had discovered truths about the human mind—real, tangible truths—that science is only now re-discovering. (…) Proust would be thrilled. But he wouldn’t be surprised. Proust was confident that every reader, once they read his novel, would “recognize in his own self what the book says…This will be the proof of its veracity.” And Proust wasn’t the only artist who was convinced that his art was full of truth. George Eliot famously said that her art was “simply a set of experiments in life.” Virginia Woolf, before she wrote Mrs. Dalloway, said that in her new novel the “psychology should be done very realistically.” Whitman thought he was expressing deep “truths about the body and soul” that the science of his time had yet to understand. In other words, all of these artists believed that their art was capable of being literally true, just like science. (…) Each artist had his or her own peculiar method. (And some of them, like Proust, were very peculiar.) But one thing these artists all shared was an obsession with our experience. They wanted their art to express what it was like to be alive, to be conscious, to feel, to remember, to taste, to see. They turned themselves into empiricists of ordinary life. That’s where their wisdom came from. (…) Escoffier defined cooking as “equal parts art and science,” and I tend to agree with him. (I also tend to agree with Brillat-Savarin, who declared that “The discovery of a new dish does more for the happiness of the human race than the discovery of a new star.”) Furthermore, I think that Escoffier demonstrates one of the larger themes of the book, which is that we can discover truths about ourselves just by paying attention to our subjective experience. After all, it’s not like Escoffier understood the molecular mechanisms behind our taste receptors. He just wanted his food to taste good, and that led him to invent recipes that accurately reflected the anatomy of our tongue. This chapter also grew out of my own experience as a line cook. I’ve been lucky enough to work in the kitchens of some nice restaurants (Le Cirque 2000, Melisse, Le Bernardin), and I was always struck by how much chefs know about the sensation of taste, even if they aren’t familiar with the underlying cellular mechanisms. Watching a chef concoct a new dish is a lot like watching a science experiment: they put some stuff together, then taste it, then add some more stuff, then taste again, and so on. But the whole process is really empirical. A good chef is constantly testing. (…) They were extremely engaged with their contemporary science. While the artists I discuss often disagreed with the science of their time, they always used it as a springboard. Long before C.P. Snow mourned the separation of our two cultures, Whitman was busy studying brain anatomy textbooks and watching gruesome surgeries, George Eliot was reading Darwin and James Clerk Maxwell, Stein was conducting psychology experiments in William James’ lab, and Woolf was learning about the biology of mental illness. It is impossible to understand their art without taking into account its relationship to science. (…) First of all, I hope this book compels people to look at art in a new way. I think that we’ve diminished the importance of art. We think of art as just a collection of entertaining stories and pretty paintings. But Proust and Whitman and Woolf saw themselves as truthtellers. I hope this book compels people to think about the potential of art, to reimagine what the imagination is capable of. Of course, in order for a novel or poem to be “true” we need to redefine what the “truth” is. Our current culture subscribes to a very narrow definition of truth. If something can’t be quantified or calculated, then it can’t be true. Because this strict scientific approach has explained so much, we assume that it can explain everything. But every method, even the experimental method, has limits. Take the human mind. Scientists describe our brain in terms of its physical details; they say we are nothing but a loom of electrical cells and synaptic spaces. What science forgets is that this isn’t how we experience the world. (We feel like the ghost, not like the machine.) It is ironic, but true: the one reality science cannot reduce is the only reality we will ever know. This is why we need art. Jonah Lehrer
Proust anticipated important truths about memory: the sense of taste and smell are uniquely sentimental, memories are dishonest and do not faithfully reproduce the past, and memories are able to persist – even if we never think about them. (…) Contradicting the science of his time, Whitman believed that the body and mind were profoundly connected, and that the flesh was the source of feelings. (“Behold the body includes and is the meaning, the main/Concern, and includes and is the soul,” he wrote.) Modern neuroscience now concurs, and has discovered that emotions often have a bodily source. (…) In her time, scientists believed that people were prisoners of their genes. But Eliot’s art consistently argued that our mind was “not cut in marble.” She believed that the most essential element of human nature was its malleability, the way we can “will ourselves to change.” She anticipated the discovery of neural plasticity. (…) Escoffier’s kitchen articulated biological truths of the tongue and his seminal recipes anticipated basic truths about the sensation of taste. He also realized that the taste of most flavors is actually a smell. (…) Though criticized as overly abstract, Cézanne wasn’t interested in pure abstraction, and always made sure that his surreal brushstrokes could be translated into real objects. With just enough information, the brain can decipher his paintings. If he left some details out, and canvas blank, it was to show what the visual cortex puts in. (…) Stravinsky knew that a symphony was nothing but a collection of acoustic patterns that the brain had learned how to hear. Further, what makes music pleasurable is the tension between the melodic patterns expected and the patterns actually heard. He forced the audience to learn an entirely new set of patterns, and though this newness caused a riot at the time, he knew that the brain would adapt. He was right: he’s now considered by many to be the most influential composer of 20th-century music. (…) Stein exposed the “deep structure” of language, and observed “Everybody said the same thing over and over again with infinite variations but over and over again.” Stein, in anticipation of Noam Chomsky, saw the source of this sameness, to cut our words until their structure showed through. (…) Virginia Woolf realized that the stream of consciousness “was very erratic, very undependable.” At any given moment, her mind seemed to be scattered in a million little pieces. And yet, something bound those fleeting sensations together. Woolf’s revelation was that we emerge from our own subjective interpretations. When we sense something, we naturally invent a subject for our sensation. The self is simply this subject; it is the story we tell ourselves about our own experience. As Woolf wrote in her unfinished memoir, “We are the words; we are the music; we are the thing itself.”Jonah Lehrer
Le langage intermédiaire du roman de Proust véhicule les oscillations de l’entre-deux sexuel, social et temporel. Le texte de La Recherche qui navigue entre le temps perdu et le temps retrouvé est jonché de mots anglais qui participent à la représentation de la société mondaine d’avant la guerre tout en frayant un chemin du côté de Sodome et Gomorrhe. La question de comment traduire les mots anglais enchâssés dans le texte français se pose donc lors de sa traduction en anglais. Faut-il garder le jeu entre les deux langues en préservant la touche de l’étrangeté ou peut-on l’aplanir en laissant les mots anglais de la version originale se fondre dans la traduction  (…) Perdu et retrouvé : ces deux termes constituant la trame du texte de La Recherche se rapportent aussi bien à la traduction des mots anglais de Proust. Ce qui est perdu dans la traduction d’un mot peut être retrouvé dans la traduction d’un autre, par un jeu de compensation ou de déplacement. Cependant les cas étudiés ici montrent que les mots anglais de Proust-tels que « lady-like » ou « smoking » ? sont rebelles à la traduction. Ils font trébucher la langue, et le traducteur qui bute contre eux doit déployer toutes sortes de stratégies pour rendre leur effet d’intrusion intempestive, de perte d’équilibre, de vacillement sémantique. Ces mots anglais ont beau être des pierres d’achoppement pour le traducteur, ce sont des pierres précieuses incrustées dans la poétique de l’étranger proustien. Emily Eells

Attention: un scientifique peut en cacher un autre !

A l’heure où l’on escrime en France …

Pour les derniers vestiges de l’état le plus ancien de notre langue …

Que seule a jusqu’ici cru bon de conserver la langue de notre ennemi héréditaire lui-même …

Avec, comme le disait Clémenceau, le « français mal prononcé » d’une « colonie française qui a mal tourné » …

Qui se souvient que le plus grand et le plus snob, au moins de réputation, de nos écrivains  …

Etait non seulement en fait comme le rappelle une étude sur les problèmes de traduction anglaise (fascinant « jeu de compensation ou de déplacement ») de ses nombreux emprunts à la langue de Shakespeare …

Le plus anglophile voire le plus anglomane

Mais qu’en véritable spécialiste de neuroscience qu’il était, en avait fait une véritable « langue intermédiaire », lui qui ne la pratiquait d’ailleurs pas mais faisait taper ses manuscrits par une secrétaire anglaise non-francophone …

Tout comme une remarquable instrument pour débusquer ces innombrables jeux sociaux …

Où, entre « calembours surannés, » « passeport pour la haute société »,  » carte d’identité homosexuelle », source de ridicule basculant d’un moment à l’autre en objet admiration ou « palais clos » de mise à distance de l’être aimé voire d’ échappatoire (à l’instar de la très significative et seule phrase entière en langue anglaise de La Recherche : « I do not speak french ») …

Et à l’instar de la seule phrase entière en langue anglaise de La recherche et sans compter ces non moins innombrables néologismes puisqu’en France, comme le rappelle très justement Proust lui-même, on donne à toute chose plus ou moins britannique le nom qu’elle ne porte pas en Angleterre …

La question n’était pas, comme le faisait remarquer l’un de ses personnages, d’être ou de ne pas être, comme pour Hamlet, mais « d’en être ou de ne pas en être » ?

Les belles rebelles : comment traduire les mots anglais de Proust ?

Emily Eells
Books Open edition

« Les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère », note Proust dans ses brouillons1. Gilles Deleuze a repris cette formule pour définir le style littéraire qui distingue l’écrivain taillant « dans sa langue une langue étrangère et qui ne préexiste pas2 ». L’écrivain se forge son propre langage, ou pour citer la métaphore musicale que Proust utilise dans sa correspondance : « Chaque écrivain est obligé de se faire sa langue, comme chaque violoniste est obligé de se faire son “son3. »

Les mots anglais qui figurent dans le texte de Proust, tels des ornements musicaux qui le modulent-feront l’objet de cette étude sur la traduction. Cet aspect du style proustien a été étudié avec brio par Daniel Karlin dans Proust’s English4, où il recense et analyse l’emploi de 225 termes ou expressions anglais dans À la recherche du temps perdu. La présence de ces mots anglais dans le texte de Proust reflète l’anglomanie qui envahissait la société parisienne de la belle époque. Le mot étranger traduit une volonté de suivre la mode ou de faire partie d’une certaine coterie sociale. Il participe à la dynamique du texte dans lequel les personnages se déplacent en « buggy » ou en « victoria5 ». Les mots anglais ajoutent une note de modernité et de snobisme au texte de Proust, qui semble écrit dans ce qu’il appelle une « langue intermédiaire », lorsqu’il explique dans une lettre à un de ses amis qu’il résulte d’une collaboration franco-anglaise au stade de la dactylographie. En effet, la dactylographe anglaise au Grand-Hôtel de Cabourg, employée pour faire la saisie de son texte lorsque Proust y séjournait, ne comprenait pas ce qu’elle tapait:

Je me lève un jour sur quatre et descends ce jour-là dicter quelques pages à une dactylographe. Comme elle ne sait pas le français et moi pas l’anglais mon roman se trouve écrit dans une langue intermédiaire à laquelle je compte que vous trouverez de la saveur quand vous recevrez le volume6.

Bien que cette « langue intermédiaire » ait une valeur anecdotique, elle participe pleinement au projet esthétique de Proust. Notons en passant qu’il s’en sert aussi de façon humoristique pour formuler un calembour fondé sur la ressemblance entre un mot français et un mot anglais : « Savez-vous quel est le comble de la distraction ? », demande l’un de ses personnages. « C’est de prendre l’édit de Nantes pour une Anglaise7 ». Ce jeu de mots bilingue, où « l’édit » et « lady » se confondent, pose problème aux différents traducteurs de Proust, dont le premier insère le mot français entre crochets dans la conclusion de sa traduction : « It’s to think that the Edict of [l’edit de] Nantes was an Englishwoman8. » Les mots de la langue intermédiaire constituent des difficultés pour le traducteur, que je qualifie de « belles rebelles », pour faire écho au concept de la traduction comme une « belle infidèle9 ».

Je propose de développer une réflexion sur la traduction des mots anglais dans le texte de Proust en commençant par une analyse des caractéristiques de cette langue intermédiaire et de ses fonctions dans La Recherche, avant d’étudier les stratégies adoptées par les différents traducteurs pour en préserver la « saveur ». Je ferai appel aux trois versions du texte marquant l’his- toire de sa traduction en anglais, qui débute du vivant de Proust, avec la publication des volumes traduits par Charles Kenneth Scott Moncrieff entre 1922-1931. S’ensuivent deux révisions de ce travail monumental, d’abord par Terence Kilmartin au début des années 1980, puis par le poète D. J. une dizaine d’années plus tard. Ce dernier a fait un changement de taille, en abandonnant la citation du sonnet de Shakespeare adoptée comme titre par Moncrieff – Remembrance of Things Past – en faveur d’un titre fondé sur une traduction plus littérale : In Search of Lost Time. La nouvelle traduction coordonnée et éditée par Christopher Prendergast, publiée en 2002, a pour spécificité que chaque volume du roman est traduit par quelqu’un d’autre. Il s’agit d’une traduction polyphonique, composée de voix des différentes nationalités anglophones (australienne, américaine, anglaise et irlandaise). Après avoir examiné comment ces différentes traductions négocient la présence des mots anglais dans la version originale, je terminerai en étudiant de près la traduction du passage dans lequel Proust inscrit la seule phrase complète en anglais.

LA « LANGUE INTERMÉDIAIRE » DE PROUST

La langue intermédiaire de Proust participe d’une affectation anglophile : elle est parlée exclusivement par des francophones, que ce soit le narrateur ou les personnages de La Recherche. Ils s’en servent le plus souvent dans un « entre-deux », c’est-à-dire aux abords d’un autre espace, que ce soit au seuil d’une porte, dans une cour d’entrée d’un hôtel particulier, ou dans un vestibule. Par exemple, le narrateur ajoute un mot anglais à la description de son entrée dans un restaurant :

[…] une fois engagé dans la porte tournante dont je n’avais pas l’habitude, je crus que je ne pourrais pas arriver à en sortir. (Disons en passant, pour les amateurs d’un vocabulaire plus précis, que cette porte tambour, malgré ses apparences pacifiques, s’appelle porte révolver, de l’anglais revolving door) 1010.

Le terme « porte révolver » tourne en rond entre les deux langues, en ce sens qu’il n’est ni tout à fait anglais, ni nécessaire en français, où il sert simplement de synonyme à « porte tambour ». Un autre exemple de la façon dont le français adopte un synonyme de l’anglais alors qu’il possède déjà un terme pour désigner le même objet se trouve dans le passage suivant, où le mot anglais « snow-boots » vient remplacer l’expression française « les caoutchoucs américains ». Le narrateur se trouve de nouveau dans un espace intermédiaire car il quitte une soirée mondaine pour se préparer au retour à la maison :

Dans le vestibule où je demandai à un valet de pied mes snow-boots que j’avais pris par précaution contre la neige, dont il était tombé quelques flocons vite changés en boue, ne me rendant pas compte que c’était peu élégant, j’éprouvai, du sourire dédaigneux de tous, une honte qui atteignit son plus haut degré quand je vis que M me de Parme n’était pas partie et me voyait chaussant mes caoutchoucs américains. La princesse revint vers moi « Oh ! quelle bonne idée, s’écria-t-elle, comme c’est pratique ! voilà un homme intelligent. Madame, il faudra que nous achetions cela », dit-elle à sa dame d’honneur tandis que l’ironie des valets se changeait en respect et que les invités s’empressaient autour de moi pour s’enquérir où j’avais pu trouver ces merveilles11.

Le mot « snowboots » est entré dans la langue française en 1888, mais son emploi est critiqué par Rémy de Gourmont dans son Esthétique de la langue française, qui considère cet emprunt superflu. Il fait figurer le mot « snowboot » dans sa liste des mots étrangers comme « garden-party » et « rocking-chair » (qu’on trouve aussi dans La Recherche) qui contaminent la langue française de façon inutile12. Ce mot anglais fait vaciller la langue, car bien que de sonorité anglaise, il s’agit d’un néologisme créé par la langue française pour désigner un objet que l’anglais appelle plutôt « galoshes » ou « rubber overshoes ». Le mot anglais inventé par le français est donc associé à un contexte de snobisme où le narrateur se sent ridicule avant que la Princesse de Parme ne tourne la dérision en admiration, en louant « ces merveilles » de snowboots.

Odette Swann se sert couramment d’anglicismes qui sont pour elle comme un passeport pour la haute société. Demi-mondaine d’origine, elle réussit à améliorer son rang social grâce à son anglomanie et en parlant une sorte de franglais qui la distingue. Elle reçoit pour le five o’clock, loue le fair play13 des anglais pendant la guerre et s’entretient en anglais avec sa fille Gilberte. Le jeune narrateur qui en est amoureux se sent alors mis à distance, car il est exclu par son manque de compréhension :

« […] Odette […] se mit à parler anglais à sa fille. Aussitôt ce fut comme si un mur m’avait caché une partie de la vie de Gilberte, comme si un génie malfaisant avait emmené loin de moi mon amie. Dans une langue que nous savons, nous avons substitué à l’opacité des sons la transparence des idées. Mais une langue que nous ne savons pas est un palais clos dans lequel celle que nous aimons peut nous tromper, sans que, restés au-dehors et désespérément crispés dans notre impuissance, nous parvenions à rien voir, à rien empêcher14. »

La langue étrangère est comparée à « un palais clos » dont sont exclus ceux qui ne le comprennent pas. Il réduit le narrateur à l’impuissance. Devant un mur d’ostracisme, d’incompréhension et de silence, il ressent la violence d’un enlèvement.

Au moment de la Grande Guerre, par contre, la langue étrangère mène à l’inclusion et Odette continue à parler le langage des alliés :

Son langage à elle était pourtant, plus encore qu’autrefois, la trace de son admiration pour les Anglais, qu’elle n’était plus obligée de se contenter d’appeler comme autrefois « nos voisins d’outre-Manche », ou tout au plus « nos amis les Anglais », mais « nos loyaux alliés. » Inutile de dire qu’elle ne se faisait pas faute de citer à tout propos l’expression de fair play pour montrer les Anglais trouvant les Allemands des joueurs incorrects, et « ce qu’il faut c’est gagner la guerre, comme disent nos braves alliés ». Tout au plus associait-elle assez maladroitement le nom de son gendre à tout ce qui touchait les soldats anglais et au plaisir qu’il trouvait à vivre dans l’intimité des Australiens aussi bien que des Ecossais, des Néo-Zélandais et des Canadiens. « Mon gendre Saint-Loup connaît maintenant l’argot de tous les braves tommies, il sait se faire entendre de ceux des plus lointains dominions et, aussi bien qu’avec le général commandant la base, fraternise avec le plus humble private 15. »

Ainsi, Odette bat en brèche la hiérarchie des classes sociales, mais étant donné le penchant sexuel de Saint-Loup, on pourrait aussi décoder dans cet emploi de l’anglais une allusion à ses rapports intimes avec les alliés. Selon l’argumentaire de mon livre Proust’s Cup of Tea : Homoeroticism and Victorian Culture16, Proust associe l’homosexualité à la langue et la culture anglaises. À commencer par le mot « fast » utilisé dans le premier portrait que le narrateur campe d’Albertine17. Proust joue avec l’ambigüité de la langue, lorsqu’il met une citation de Shakespeare dans la bouche de Saint-Loup : « la question n’est pas comme pour Hamlet d’être ou de ne pas être, mais d’en être ou de ne pas en être18. » Cette citation se réfère à l’inclusion à une certaine coterie sociale (le clan des Verdurin) mais, dans le contexte plus général de Sodome et Gomorrhe, la phrase revêt la valeur d’une carte d’identité homosexuelle.

Le langage intermédiaire du roman de Proust véhicule les oscillations de l’entre-deux sexuel, social et temporel. Le texte de La Recherche qui navigue entre le temps perdu et le temps retrouvé est jonché de mots anglais qui participent à la représentation de la société mondaine d’avant la guerre tout en frayant un chemin du côté de Sodome et Gomorrhe. La question de comment traduire les mots anglais enchâssés dans le texte français se pose donc lors de sa traduction en anglais. Faut-il garder le jeu entre les deux langues en préservant la touche de l’étrangeté ou peut-on l’aplanir en laissant les mots anglais de la version originale se fondre dans la traduction ?

COMMENT TRADUIRE L’ANGLAIS DU TEXTE-SOURCE FRANÇAIS AU TEXTE-CIBLE ANGLAIS

Le traducteur du texte de Proust bute contre les mots anglais dans la version originale et s’efforce de maintenir leur saveur dans la version anglaise. Un simple transfert du mot anglais dans le texte-source français au texte-cible anglais gommerait son caractère étranger et atténuerait la façon dont il fait irruption dans le texte de Proust. Une telle opération correspondrait à la dernière pratique de déformation définie par Antoine Berman dans son analytique de la traduction, à savoir l’effacement de la superposition des langues dans un texte19. Ne pas traduire les rapports de tension et d’intégration des mots étrangers dans le texte d’origine voudrait dire rendre homogène un texte qui était à l’origine hétérogène, et aurait pour effet d’annuler ce que Berman appelle « l’épreuve de l’étranger ».

Le traducteur a souvent recours à la typographie pour faire ressortir l’étrangeté du mot anglais dans le texte d’origine, étrangeté qui peut se doubler, comme nous l’avons vu, d’un emploi approximatif du terme anglais. L’adoption du mot « smoking » par le français ? que Proust explique par « une anglomanie mal informée20 » ? montre comment le passage d’une langue à une autre change le sens du mot. Le français a en effet intégré le mot « smoking jacket » dans son lexique en 1888, en l’abrégeant à « smoking » et en l’utilisant pour désigner non pas une veste en velours avec une ceinture à noeud, mais ce que les anglais appellent « a dinner jacket » et les américains un « tuxedo ». L’emploi de « smoking » (dont on trouve une vingtaine d’occurrences dans le texte de Proust) relève non seulement de son statut de mot étranger, mais aussi d’un usage particulier de ce mot qui marque la différence, ou un léger décalage avec son usage normal. Le narrateur de La Recherche compare le Duc de Guermantes à un « Hercule en “ smoking ” », avant de commenter cet anglicisme : « puisqu’en France on donne à toute chose plus ou moins britannique le nom qu’elle ne porte pas en Angleterre21. » Le traducteur peut se permettre de garder le terme « smoking » sans le modifier, car la façon dont il détonne légèrement dans un contexte anglais reproduit l’effet de l’original : « this Hercules in his “ smoking ” (for in France anything that is the least bit British gets given the name it happens not to have in England)22. » La typographie met l’étrangeté du mot en relief, en doublant d’italiques les guillemets de la version originale. L’emploi d’un terme impropre est chargé de sens ici, car il indique que le Duc n’est pas à sa place dans ce café-concert populaire, et qu’il essaie de se faire passer pour le mari fidèle alors que nous le savons un véritable Don Juan.

La façon dont Odette emprunte une expression anglaise pour la faire sienne a pour résultat la fabrication d’un idiome à elle. Elle modifie le sens de « meeting » que l’anglais utilise le plus souvent pour désigner une réunion politique lorsqu’elle invite le narrateur à « une réunion mondaine chez des amis des Swann (ce que celle-ci appelait “ un petit meeting ”)23 ». La dernière traduction de Proust précise que dans son emploi erroné du terme, Odette se forge un anglais à elle : « a social gathering at the house of one of the Swanns’own friends (what M me Swann called in her English a little “meeting”)24 ».

Les anglicismes d’Odette caractérisent son salon, où le protocole diffère de celui que connaît le jeune narrateur proustien. Y aller équivaut à un voyage à l’étranger, et à la traversée d’un fuseau horaire. Le « lunch » auquel Odette invite le narrateur est en décalage horaire par rapport au déjeuner servi chez lui, à 11 h 30. Il se trouve donc suspendu dans le temps, avec une heure à perdre dans un entre-deux temporel et géographique entre chez lui et chez les Swann. Son entrée chez eux a quelque chose de féerique et d’irréel, comme s’il était transporté dans un autre monde :

À midi et demi, je me décidais enfin à entrer dans cette maison qui, comme un gros soulier de Noël, me semblait devoir m’apporter de surnaturels plaisirs. (Le nom de Noël était du reste inconnu à M me Swann et à Gilberte qui l’avaient remplacé par celui de Christmas, et ne parlaient que du pudding de Christmas, et de ce qu’on leur avait donné pour leur Christmas, de s’absenter-ce qui me rendait fou de douleur-pour Christmas. Même à la maison, je me serais cru déshonoré en parlant de Noël, et je ne disais plus que Christmas, ce que mon père trouvait extrêmement ridicule.)25

Le traducteur le plus récent de ce volume de La Recherche, James Grieve, a reproduit le relief de l’interaction des deux langues à l’aide d’italiques et en gardant quelques mots français dans sa traduction, introduisant aussi un anglicisme en appelant les cadeaux « des présents » :

By half-past twelve, I would have plucked up the courage to enter the house which, like a great Christmas stocking, seemed to promise supernatural delights. The French word Noël, by the way, was never heard from the lips of M me Swann or Gilberte. They had replaced it by the English word and spoke of le pudding de Christmas, of the présents de Christmas which they had been given, of going away (which gave me an unbearable pang) pour Christmas. At home, it would have been beneath my dignity to speak of Noël ; and I went about talking of le Christmas, in the teeth of my father’s ridicule26.

Cette traduction met en pratique la stratégie de la compensation dont parle Peter Newmark dans About Translation : « puns, alliterations, rhyme, slang, metaphor, pregnant words-all these can be compensated, if the game is worth the candle […]27. » On peut aussi noter que la traduction opère une transposition culturelle en traduisant « le soulier », qui selon la coutume française se met devant la cheminée à Noël, par le « stocking », qu’on suspend au manteau de cheminée en Angleterre. Ce passage saturé de la répétition du mot « Christmas » illustre comment le narrateur proustien savoure le mot étranger qui pimente le familier et le commun.

Il fait ainsi écho à l’exemple cité par Deleuze et Guattari de la façon dont Kafka enfant répétait un mot qu’il venait d’entendre et « dont le sens n’est que vaguement pressenti, pour le faire vibrer sur lui-même28 », pour le plaisir du mot dans la bouche.

La traduction met en pratique différentes stratégies de compensation et d’équivalence pour garder l’hétérogénéité linguistique du texte source. Proust se sert de la langue intermédiaire représentant l’entre-deux pour rendre compte d’une expérience de la mémoire involontaire qui a lieu dans la cour de l’hôtel des Guermantes. Il fait trébucher la langue lorsqu’il décrit comment le narrateur trébuche sur les pavés inégaux en employant un mot à résonance anglaise-wattman ? mais qui n’existe pas en anglais :

J’étais entré dans la cour de l’hôtel de Guermantes et dans ma distraction je n’avais pas vu une voiture qui s’avançait ; au cri du wattman je n’eus que le temps de me ranger vivement de côté, et je reculai assez pour buter malgré moi contre les pavés assez mal équarris derrière lesquels était une remise. Mais au moment où, me remettant d’aplomb, je posai mon pied sur un pavé qui était un peu moins élevé que le précédent, tout mon découragement s’évanouit devant la même félicité [que m’avait donnée] […] la saveur d’une madeleine trempée dans une infusion29.

Le français a créé l’antonomase « wattman » (à partir du nom propre de l’ingénieur écossais James Watt) pour désigner le mécanicien chargé de la conduite d’une automobile électrique ou d’un tramway, alors qu’il s’agit d’un emprunt erroné de l’anglais. La traduction de Terence Kilmartin garde une touche de langue étrangère en remplaçant le « wattman » de la version originale par le mot français « chauffeur », adopté par l’anglais aussi récemment que 189930.

Proust fait aussi appel à l’anglais dans le contexte de l’homosexualité, par exemple, pour décrire la démarche du baron de Charlus, qui franchit le seuil du salon des Verdurin :

Bien qu’il eût demandé à son corps de rendre manifeste (au moment où il entrait chez les Verdurin) toute la courtoisie d’un grand seigneur, ce corps […] déploya, au point que le baron eût mérité l’épithète de lady-like, toutes les séductions d’une grande dame31.

La traduction préserve la saveur du texte original, en laissant l’expression française « grande dame » dans le texte anglais, et met en valeur l’adjectif « lady-like » en le positionnant en fin de phrase et en le rehaussant de guillemets :

Although he had demanded of his body that it manifest (at the moment of entering the Verdurins’house) all the courtesy of a great nobleman, that body […] deployed all the seductiveness of a grande dame, to the point that the Baron might have merited the epithet of “ lady-like ”32.

La traduction opère donc ce que Basil Hatim et Ian Mason appellent une compensation par déplacement : « It matters less where exactly the impression is conveyed than that it is conveyed to an equivalent extent33. »

LA PHRASE « I DON’T SPEAK FRENCH » DANS SON CONTEXTE

L’association de la langue anglaise et de l’homosexualité est inscrite dans la seule phrase entière en langue anglaise du roman de Proust. De façon significative, elle se trouve dans Sodome et Gomorrhe, que Proust consacre explicitement à l’homosexualité. Elle fait partie du récit de la soirée chez la Princesse de Guermantes où l’arrivée des invités est annoncée par un « huissier ». Or l’huissier de la Princesse en est, et avait quelques jours auparavant partagé des plaisirs sexuels avec un des cousins de la Princesse, le Duc de Châtellerault, tout en ignorant son identité. La phrase en anglais s’insère dans le passage suivant :

Il y avait quelqu’un qui, ce soir-là comme les précédents, pensait beaucoup au duc de Châtellerault, sans soupçonner du reste qui il était : c’était l’huissier (qu’on appelait dans ce temps-là « l’aboyeur ») de M me de Guermantes. M. de Châtellerault, bien loin d’être un des intimes – comme il était l’un des cousins – de la princesse, était reçu dans son salon pour la première fois. Ses parents, brouillés avec elle depuis dix ans, s’étaient réconciliés depuis quinze jours, et forcés d’être ce soir absents de Paris, avaient chargé leur fils de les représenter. Or, quelques jours auparavant, l’huissier de la princesse avait rencontré dans les Champs-Elysées un jeune homme qu’il avait trouvé charmant mais dont il n’avait pu arriver à établir l’identité. Non que le jeune homme ne se fût montré aussi aimable que généreux. Toutes les faveurs que l’huissier s’était figuré avoir à accorder à un monsieur si jeune, il les avait au contraire reçues. Mais M. de Châtellerault était aussi froussard qu’imprudent ; il était d’autant plus décidé à ne pas dévoiler son incognito qu’il ignorait à qui il avait à faire ; il aurait eu une peur bien plus grande-quoique mal fondée-s’il l’avait su. Il s’était borné à se faire passer pour un Anglais, et à toutes les questions passionnées de l’huissier désireux de retrouver quelqu’un à qui il devait tant de plaisir et de largesses, le duc s’était borné à répondre, tout le long de l’avenue Gabriel : “ I do not speak french34. ”

Charles K. Scott Moncrieff traduit :

There was one person who, on that evening as on the previous evenings, had been thinking a great deal about the Duc de Châtellerault, without however suspecting who he was : this was the usher (styled at that time the aboyeur) of M me de Guermantes. M. de Châtellerault, so far from being one of the Princess’s intimate friends, albeit he was one of her cousins, had been invited to her house for the first time. His parents, who had not been on speaking terms with her for the last ten years, had been reconciled to her within the last fortnight, and, obliged to be out of Paris that evening, had requested their son to fill their place. Now, a few days earlier, the Princess’s usher had met in the Champs-Elysées a young man whom he had found charming but whose identity he had been unable to establish. Not that the young man had not shewn himself as obliging as he had been generous. All the favours that the usher had supposed that he would have to bestow upon so young a gentleman, he had on the contrary received. But M. de Châtellerault was as reticent as he was rash ; he was all the more determined not to disclose his incognito since he did not know with what sort of person he was dealing ; his fear would have been far greater, although quite unfounded, if he had known. He had confined himself to posing as an Englishman, and to all the passionate questions with which he was plied by the usher, desirous to meet again a person to whom he was indebted for so much pleasure and so ample a gratuity, the Duke had merely replied, from one end of the Avenue Gabriel to the other : “ I do not speak French35. ”

Voici la révision proposée par Terence Kilmartin et revue par D. J. Enright :

There was one person who, on that evening as on the previous evenings, had been thinking a great deal about the Duc de Châtellerault, without however suspecting who he was : this was the Princesse de Guermantes’s usher (styled at that time the “ barker ”). M. de Châtellerault, so far from being one of the Princess’s intimate friends, although he was one of her cousins, had been invited to her house for the first time. […] He had confined himself to posing as an Englishman, and to all the passionate questions with which he was plied by the usher, desirous to meet again a person to whom he was indebted for so much pleasure and largesse, the Duke had merely replied, from one end of the Avenue Gabriel to the other : “ I do not speak French36. ”

Voici enfin la traduction la plus récente, signée John Sturrock :

On that, as on the preceding evenings, there was someone who had the Duc de Châtellerault very much on his mind, without, however, suspecting who he was : this was Mme de Guermantes’s doorman (known in those days as the’barker’). M. de Châtellerault, very far from being an intimate – as he was of the cousins – of the Princesse, was being received in her drawing-room for the first time. […] He had merely passed himself off as an Englishman, and to all the doorman’s impassioned questions, who was eager to see someone to whom he was indebted for so much pleasure and largesse again, the Duc had merely answered in English, all the way along the Avenue Gabriel, “ I do not speak French37. ”

29Constatons tout d’abord que Proust propose une traduction d’ordre « intralinguistique », pour utiliser le terme de Roman Jakobson, c’est-dire un mot français est traduit par un mot français38, car le terme désuet d’« aboyeur » est actualisé par l’emploi du mot « huissier ». Les deux phrases suivantes ont été source d’erreurs pour les premiers traducteurs de Proust qui ont mal compris le français : le Duc de Châtellerault et sa famille étaient en froid avec les Guermantes suite à une querelle, et donc l’incise « comme il était l’un des cousins » veut dire « puisque » ou « parce que ». La traduction de John Sturrock est bonne (« as he was one of the cousins »), mais ni Scott-Moncrieff ni Kilmartin n’en traduisent le sens. Celui-là traduit « albeit » ; celui-ci pense corriger l’erreur alors qu’il en commet une autre : « although ». La traduction de la phrase « M. de Châtellerault était reçu dans son salon » pose problème dans toutes les versions. La Princesse de Guermantes a un « salon » dans le sens qu’elle organise des réunions mondaines, celle dont il est question ici ayant lieu principalement dans les jardins de son hôtel particulier et non pas à l’intérieur. Il faut donc entendre « salon » dans le sens d’une réception mondaine et non pas la désignation d’un lieu comme le font les traducteurs de Proust (« her house », « her drawing room »). Une traduction anglaise qui garde le mot français en italiques aurait pu servir de référence à ce phénomène culturel.

La phrase avant la conclusion du passage a également donné lieu à des traductions qui méritent commentaire. Dans le contexte, la nature du plaisir et des largesses accordées si généreusement est claire, même si elle n’est pas explicite. L’huissier n’est pas un jeune prostitué, et le duc ne lui donne pas d’argent. Pour garder le non-dit de l’original, la traduction pourrait laisser « largesse » sans préciser de quelle largesse il s’agit.

Enfin, de peur de compromettre sa réputation comme membre de l’aristocratie, le Duc se cache derrière la langue étrangère en formulant une phrase en anglais qui essaie de nier son identité française. Le paragraphe que nous sommes en train d’étudier était ajouté aux épreuves de la première version publiée de cette partie du roman, qui est parue en 1921 sous forme d’un long extrait dans la revue Les Oeuvres libres39. Proust souligne la phrase qu’il inscrit sur les épreuves comme indication qu’il faut la mettre en italiques. Le premier mot est biffé et difficile à déchiffrer : Proust a peut-être écrit « And do not speak French », auquel cas la conjonction suggère la continuation d’un dialogue en anglais, ou bien Proust a voulu écrire au départ « A do not », où le « A » servirait de transcription phonétique d’une mauvaise prononciation de « I ». Le « f » minuscule dans « french » respecte les règles de typographie française, car l’anglais exige la lettre majuscule en ce cas. Ce signe typographique fonctionne comme une transcription de l’accent français du duc lorsqu’il prononce la phrase en anglais. La graphie de Proust est révélatrice, car on relève une faute d’orthographe sur « speack » qui semble transcrire la prononciation du mot par un étranger.

Perdu et retrouvé : ces deux termes constituant la trame du texte de La Recherche se rapportent aussi bien à la traduction des mots anglais de Proust. Ce qui est perdu dans la traduction d’un mot peut être retrouvé dans la traduction d’un autre, par un jeu de compensation ou de déplacement. Cependant les cas étudiés ici montrent que les mots anglais de Proust-tels que « lady-like » ou « smoking » ? sont rebelles à la traduction. Ils font trébucher la langue, et le traducteur qui bute contre eux doit déployer toutes sortes de stratégies pour rendre leur effet d’intrusion intempestive, de perte d’équilibre, de vacillement sémantique. Ces mots anglais ont beau être des pierres d’achoppement pour le traducteur, ce sont des pierres précieuses incrustées dans la poétique de l’étranger proustien.

Bibliographie

BIBLIOGRAPHIE COMPLÉMENTAIRE

Eells Emily, Proust’s Cup of Tea : Homoeroticism and Victorian Culture, Aldershot, G. B., Ashgate, 2002.

Traductions anglaises d’À la recherche du temps perdu

Remembrance of Things Past, Scott Moncrieff Charles Kenneth (trad.), Londres, Chatto&Windus, 1922-1931.

Remembrance of Things Past, Kilmartin Terence (trad.), Londres, Penguin Books, 1983.

In Search of Lost Time, Enright D. J. (trad.), Londres, Chatto&Windus, 1992.

In Search of Lost Time, Prendergast Christopher (dir.), Londres, Allen Lane Publishing, 2002.

Notes

1 Proust Marcel, Contre Sainte-Beuve, Clarac Pierre et Sandre Yves (éd.), Paris, Gallimard, « de la Pléiade », 1971, p. 305.

2 Deleuze Gilles, « Bégaya-t-il», in Critique et Clinique, Paris, Les Éditions de Minuit, 1993, p. 138

3 Proust Marce